Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,’
- FAITES OU APPROUVÉES
- FAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE. ROYALE
- jdjes scjcjéwejgs jdje: jp^lmjeSo
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre , en Suide, en Italie.
- Far J. E. Bertrand, Frofeffeur en B elle s-Lettre s à Neuchâtel, 'Membre de VAcadémie des Sciences de Munich, & de la Société des Curieux de la nature de Berlin.
- TOME IX.
- Contenant les Jix premières parties de CArt du Fabricant dlétoffes de foie.
- bibliothèque DU CONSERVATOIRE NATIONAL des ce ^ÉTIEUS
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- i ma lion.
- A NEUCHATE T J, frNddJNk
- Del’Imprimerie de la Société Typographi q_u e.
- M. D C C. L X X I X.
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- ART
- B B FABRICANT
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- Par M. Paulet , definatenr & fabricant en étoffes de foie de la ville de Nîmes.
- Tomt IX,
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- A M. E S S I E U R- S .
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- B JE LA 'V I L L E DE NIMES»
- E S S I E U R
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- En vous priant c£accepter £ hommage du fruit de mes travaux > je ne fais que porter à leur fource les cojinaiffances que fai puifées parmi vous , & qui me procurent cet honneur. Jaloux de pouvoir me dire votre concitoyen 9 fai cherché à nen être pas indigne. Honoré du Suffrage de la première académie de £ Europe en tout genre de fciences , fai cru quil ne manquerait rien à ma gloire, fi l'art du fabricant d'étoffes de foie pouvait obtenir £ aveu des artifes les plus éclairés qui me l'ofit, ertfeigné. Mes parens ont occupé ma plus tendre enfance à connaître les foies dans leur origine : bientôt ils m'ont initié dam
- A ij
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- l'art de les employer; enfin Us lumières de vos plus habiles fabrîcans ont perfectionné en moi ce qui jufques - là n était quèbauché^ Couronne^ votre ouvrage y Mess te URS. Le traité que je publie vous appartient a tant de titres } que le ftul moyen de lui. donner quelque prix, ejl de le faire paraître fous vos aufpices : heureux d'avoir pu donner a ma patrie cette marque publique de mon amour pour elle ;:& a vous Me s S I £ £A R S ^ celle dk plus profond refpecl avec lequel je fuis y.
- MESSIEURS,
- Votre très-humble 8c très-obèiflant ferviteur
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- ART.
- DU FABRICANT D’ÉTOFFES
- DE SOIE (O'
- «CüLlL-f.M-.-------TT". ., —.rr.-»
- PRÉFACE:
- T. Ïu’histoire de fa- découverte de la foie , & l’époque de fon introduc-
- tion- en Europe , femblent ne pouvoir
- (i) tes deux premières ferions de cet ouvrage ont été publiées par l’académie en 1771 Elles traitent du devidage des'foies teintes & de l’ourdiflagc des Ghaînes. La troifieme & la quatrième feétien font de la même année.: on y explique l’art du plieur dé chaînes & poils pour les étoffes de foie unies , rayées & façonnées ; & Fârfe de faire les cannettes pour les étoffes de foie & les efpolins pour brocher. La cinquième fè&ion a paru l’année fuivarte 1774. Elle contient l’art du remiffeur ou faileur de liffes , tant pour les étoffes de foie, que •pour les autres étoffes. La fixieme feétion , publiée en 177s » renferme l’art du peigner", ou faifeur de peignes pour toutes fortes d’étoffes & de tiffus. Enfin , la feptitme feétion a été publiée cette année 1777. C’eft ici proprement que Fauteur commence à traiter la fabrication des étoffes unies & rayées", telles- que les latins, les
- être mieux placées qu’à îa tète de la
- ferges, & les taffetas; enfuite les étoffes demi - façonnées dans tous les genres ; les étoffes façonnées exécutées par le moyen de la petite-tire après quoi l’on verra celles qu’on exécute aux xemples , qu’on nomme étoffes courantes. On y joindra un traité fur la grande.tire, qui eft l’art de fabriquer des étoffes brochées en foie, en or 6c en argent. Après ce traité, on trouvera là defeription de quelques machines qui fervent à faciliter la fabrication des étoffes, & à leur plus grande perfection. Cet ouvrage fera terminé par Fart de faire toute foire de velours , peluches , &c. Tel eft !e plan que M. Taulet fe trace à lui-même , & qu’il a déjà exécuté en grande partie, avec cette précifion , cette clarté qui conviennent à un amifte , parlant d’objets dont il s’eft occupé toute fa vie. Ces mémoires, que je vais réunit dans ce volume, font fans contredit ce qa’ilexiftede plus complet fur la
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- ART B U FAR R IC A N T
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- defcription d’un art dont l’induftrie des hommes a fait ünë des plus'importantes branches de commerce. Curieux de connaître ce que nos auteurs modernes ont écrit de l’origine de ce beau travail, j’ai été fort furpris de voir qu’ils fe font copiés dans le peu qu’ils en ont dit : le dictionnaire de Trévoux rapporte trois ou quatre anecdotes 'peu intéréffantes> qu’on' retrouve mot pour mot dans melui du commerce. L’Encyclopédie meme, ce vafte monument de la plus hardie , & en même tems de la plus belle entreprife qu’on ait jamais, formée en littérature , mais dont l’exécution trop précipitée n’a pas permis de traiter chaque objet dans toute l’étendue dont il était fufceptible , l’Encyclopédie les a auffi copiés quant à l’origine ; car j’aurai occalion de relever par la fuite, des erreurs groiïieres, dans lef-quelles les auteurs d’articles concernant la foie, font tombés. "
- 2, Il me paraît difficile de fixer l’époque de l’invention de la foie. Comme il n’eft point d’établiifement auquel on ne donne une origine merveilleufe, on raconte, (je copie ici ce qu’en difent l’Encyclopédie, le dictionnaire de Trévoux & celui de commerce) que ce fut dajis l'isle de Cos que Pamphïla, fille de PLatis ( 2 ), trouva la première l'invention de mettre la foie en œuvre. Tout ce que j’ai pu apprendre de cette isle de Cos, eft que plufîeurs géographes modernes l’appellent autrement Stanclûo ou Stancou. C’eft une isle de l’Archipel, près de la Natolie, patrie du fameux Hippocr'atë lê'médecin. Si cette isle eft la même où Pamphila travailla en foie, les Chinois n’auront pas l’honneur de l’invention; mais pour un ou deux auteurs qui racontent cette fable, tous les autres conviennent que la foie a été découverte par des peuples nommés Seres , qui font les Chinois ; le mot fierica ( 3 ) qui lignifie foie, eft en même tems celui qui rend en latin le Càtay, partie orientale de l’Alie, que plufîeurs géographes difent être le nom des fept provinces fep-tentrionales de la Chine. Navarette , voyageur, dont les mémoires fonttrès-eftimés, affure que le mot Chine vient de celui de Chin, qui fignifie foie, comme qui dirait pays de la foie. Vollîus rapporte que les Pertes ont appris des Chinois à travailler la foie,& qu’enfuite ils l’ont tranfmis aux Grecs, puis aux Italiens. Saumaife dit que la première étoffe qu’on ait vue en
- foie & fur les fabriques qui s’y rapportent. Ils n’ont point encore été traduits en allemand : mais j’ai de bons mémoires fur les manufactures de foie du nord. D’ailleurs j’ai tâché de fuppléer à quelques omiffions de l’auteur, de corriger quelques inexactitudes , & d’éclaircir tout ce qui m’a femblé renfermer des obfcurités. Enfin, j’ai cru qu’il convenait, pour ne rien laifler à defirer fur cette matière, de joindre à l’ouvrage
- de M. Paulet, l’art de la teinture en foie , parle favantchymifte M. Macquer. Dé forte qu’on trouvera . réunis tous les procédés relatifs à la foie , depuis h plantation du mûrier jufqu’à la fabrication des étoffes les plus riches.
- (2) C’eft ainfi qu’Ariftote nomme le pere de cette illuflre fileufe. jlrifiot. Animal. V. 19. Pline l’appelle Latoiis. Plicu XI, 22.
- O) Ou fericuni.
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- D'ETOFFES DE SOIF.
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- Europe,, fut après la conquête de la Perfe par Alexandre. Le P. Kirker allure qu’on connailfait à la Chine le travail de la foie, plus de huit cents ans avant Jéfus.-Chrift. Quoique les Romains aient eu très-anciennement con-naidance de la foie , ils ne s’en procuraient que par la voie du commerce avec les Perfes ik les Grecs 3 elle fe vendait^ au poids de l’or, ainli que Vopifcus, dans la vie d’Aurélien , le dit expreilément (libm auri tune y libra fcrici fuit'). Les loix du Code,au titre de vejlibus holojhias, nous apprennent que les Romains avaient une très-grande connaitfance des teintures , tant en laine .-qu’en foie. Les empereurs Valentinien, Valens & Gratien, défendirent de faire des habits tout de foie, pour qui que ce fût,& 11e permirent ce travail que dans l’appartement de leurs femmes , & pour eux-mêmes j mais Ju(finien , qui rapporte à l’endroit cité la conflitution de ces trois empereurs, n’en défendit l’ufage qu’aux hommes; & pour donner aux ouvriers de l’émulation, il empêcha de vendre de la foie aux étrangers & n’en permit l’achat que fous l’autorité du magilfrat qui préfidait au çommerce ; enfin ce prince voyant avec peine la cherté exorbitante de cette denrée, envoya en deux moines en Chine pour y apprendre l’art, d’éleyer des vers .à foie, d’en tirer la foie & de l’employer , & pour en apporter avec eux. Le retour des moines ne fut pas fort heureux j car il parait ,que s’ils s’étaient chargés de ces vers, ils moururent en chemin: mais l’empereur crut qu’on tranfporterait plus aifément des œufs, & les y .renvoya. Jls en apportèrent en effet des millions , & cette efpece de culture np fit, qu’augmenter de plus en plus. On avait cru jufqu’aîors que la foid venait fur les arbres comme le coton : peut-être avait-011 déjà connaif-fànce de'- dette efpece de foie plante, dont parlent les naturaliftes , & que Trévoux, le didhonnaire de commerce & l’Encyclopédie rapportent encore en fe copiant tous trois ( 4.) i peut-être -auffi ,avait-011 connaüfance d’une efpece d’^paignée f, f ) ou efearbot, qui entortille un peu de foie autour
- i-.i • ‘ : a y •> >
- f (4) Laplante.qui produit une efpece de foie, croit dans les Indes orientales. Elle reffemble beaucoup au coton. L’écorce contient un fil très-blanç, doux, affez luifant, & qui fe file fort aifément. On en fabrique aux Indes-une étoffe qui nous vient en Europe fous le nom de baji, ou bonibaft. Elle eft forte ; mais elle n’a pas l’éclat de la foie ordinaire,.Communément elle eft brune, &; il- n’eft pas certain ;qu’on en ait d’autre; coulent. *
- . ( ç ) On'connaît des expériences faites par M. Bon, premier préfident de la cham-
- bre des comptes de Montpellier, fur l’ufage des fils dont les araignées enveloppent leurs œufs. 1! en réfuhe que l’on peut tirer de ces araignées, une foie d’une couleur grife , qui fe file aifément après avoir été lavée & battue, & dont le fii eft plus fort que celui delà foie ordinaire. Ce fil prend toutçsrfortes de couleurs,& on en peut faire des étoffes. Les araignées fe nourriiTent de diver.fes chofes. plus aifées à trouver dans les-différens climats ; mais on a obfervé un inconvénient qui peut rendre cette décou» verte inutile. Ces animaux réunis dans un
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- ART BU FABRICANT
- de petites branches d’arbres (6). Quoi qu’il en Toit, la foie était il précieufè en ces tems reculés, que Lampride reproche à Héliogabale , comme une infamie , d’avoir porté le premier un habit tout de foie. Quelle différence ! il y en a prefque de nos jours à n’en pas porter.
- 3. Plusieurs auteurs prétendent que les vers à foie s’élèvent dans beaucoup de provinces de la Chine fans aucun foin & en pleine campagne, & qu’il fuffit de ramaffer les cocons quand ils font faits. Cette opinion, à en juger par les foins fans nombre que le P. du Halde dit qu’on en prend , & par ceux qu’ils exigent dans nos climats , parait un peu hafardée. Comment en effet imaginer que l’hiver, la pluie , le foleil, les vents & autres intempéries 11e leur nuifent pas dans ces contrées, lorfqu’ici on les voit fujets à tant de révolutions diverfes , d’où vient cette inégalité dans taprix des foies? Cependant on ne faurait nier que le ver à foie ne foit une efpfece d’infeéle deltiné par fa nature à vivre dans la campagne fur des arbres, plutôt que renfermé dans des chambres où on lui fournit une nourriture champêtre. Quelques voyageurs affurent même que, dans quelques parties de l’Afie, on les y recueille comme les fruits (7).
- 4. Il eft vrai que quelques autres voyageurs ont dit que les vers à foie , qui en Afie s’élèvent tout feuls à la campagne, font une efpece plus grof-fiere que ceux dont on prend un foin particulier, & que leur foie 11’eft
- même lieu , fe mangent les uns les autres avec une férocité inconcevable ; en peu de tems , de deux ou trois cents qui étaient dans la même boite , il ne s’en trouva plus qu’une ou deux. Al. de Réaumura aulfifait des recherches fur cet infeéte.
- ( 6 ) La pinne marine, pinna tefta fuir mta, fquamis fornicatis per fériés digef tis, Linn. coquillage de mer, bivalve, s’attache aux rochers avec un fil foyeux , dont on fait en Sicile des bas & des gants.,
- (7) Les papillons cboifiiîent fur l’arbre un endroit convenable pour y pofer leurs œufs, & ils les y attachent avec cette glu dont la plupart des infedes font fournis. Ces œufs paffentainfi l’automne & l’hiver ; la maniéré dont ils font collés les met à couvert d’une gelée qui n’épargne pas quelquefois le mûrier même. Les feuilles commençant à fortir des boutons , le jeune ver perd fa coque , fe répand fur la verdure, groITit peu à peu , fe métamorphofe , &
- multiplie enfuite. Cette façon de nourrir les vers à foie paraît être favorable à leur'fan-té; elle ellfûrement plus commode. M. Plu-che, dans fon Spciïaclc de la nature, fait mention de vers qu’on laiffa croître & courir en liberté en France. Mais plulieurs rai-fons rendent cette pratique fujette à bien des inconvéniens, 11 eft vrai qu’avec des filets ou autrement on peut préferver les vers côntre les infultes des oifeaux ; mais il y a des mouches & d’autres infcdtes qui attaquent les vers. D’un autre côté , les froids qui furviennent tout d’un coup après les grandes chaleurs , les variati#ns fubites de l’achmofphere , les longues pluies & les grands vents perdraient des familles entières. Voyez l’Encyclopédie économique i, ouvrage extrait des meilleurs livres qui ont paru fur ces matières, corrigé & augmenté par M. .]. Bertrand , pafteur à Orbe , membre de la fociétééconomique de Berne, au mot Vers à foie.
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- D'ETOFFES DE SOIE.
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- pas aufii belle ; qu’ils fe nourriifent des feuilles d’un arbre qui a un très-grand rapport avec notre chêne, & que depuis le teins où ils éclofent jufqu’à ce qu’ils foient en travail, les Chinois à qui ils appartiennent, poftent des enfans autour pour épouvanter lesoifeaux qui font fort friands de ces animaux, & écarter les mouches qui laiQent fur les feuilles dont les vers fe nourrilfent, un venin qui leur eft mortel, comme, à peu près, dans les provinces de France où l’on cultive le chanvre , on fait garder les chenevieres. Ces cocons, ajoutent ces voyageurs, font plus gros que les autres, & la foie qui les compofe en eft moins belle. Auffi les étoffes* qu’on en fait font-elles femblables à celles de foie filée au rouet ou à la main. ( 8 )
- 5. Le récit de ces voyageurs eft alfez conforme avec des deftins chinois qui nous font parvenus, & dont j’ai vu quelques-uns chez M. Delatour, imprimeur à Paris. Ce font eux dont j’ai parlé au commencement du traité de l’ourdilfage : l’un d’eux repréfente de petits Chinois qui paraiffent rôder autour d’une plantation d’arbres, & chaifer les oifeaux qui veulent en approcher , ainfi que les mouches. Au bas de quelques-uns de ees deftins, font des explications de ce qu’ils repréfentent, conformes à ce que je viens d’en dire. Sur quelques autres font repréfentés des cocons en alfez grande quan.-i tité , fur des arbres où leur couleur aurore les fait diftinguer fuftifammenfc 5 011 y voit auiïi des Chinois occupés à les recueillir : d’autres enfin repréfen-tent la maniéré de tirer la foie & d’ourdir les chaînes, ainfi que je l’ai rapporté à l’endroit cité.
- 6. D’autres voyageurs prétendent qu’à la Chine & dans le Japon on nourrit les vers à foie de toutes fortes 'de feuilles, tant de mûriers que d’autres arbres fruitiers ; mais ce qui paraîtra incroyable à ceux qui connaif-fent ces infecles, c’eft qu’on leur falfe manger des feuilles de choux, de faiade & autres légumes. Il faut cependant avouer qu’011 eft venu à bout en France d’en nourrir avec des feuilles de laitue, & qu’on les a conduits an point de faire leurs cocons; mais le nombre qui y eft parvenu en eft fi petit, que ce 11’eft qu’un elfai de pure curiofité.
- 7. Les auteurs du dictionnaire de Trévoux, du commerce, & de l’Ency-»
- (g) Outre la foie ordinaire, que l’on obtient par une culture régulière, on vend à la Chine une efpece, de foie, qui ne fç trouve que dans la province de Canton. On ne la vend pas volontiers aux étrangers , parce qu’on en fait grand cas . dans lé pays. Les vers qui produifent cette foie font fàu-vages ; iis font leurs cocons dans les forêts, Tome IX.
- & ils ne réufiffent point dans,les maifons. Leur foie eft grife & fans éclat, les étoffes qu’on en fabrique font rudes au toupher y comme de la toile crue, ou du droguet. Mais la durée de ces étoffes leur donne du prix -, les fils ne rompent jamais ; les étoffes fe lavent comme du linge , & ne pren*' nent aucune tache d’huile. '
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- ART DU FABRICANT
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- clopédie, en fe répétant, ont rapporté tous trois un procédé qu’on emploie pour tirer la foie, tant dans l’Inde què dans le Levant ; mais je n’aurai pas de peine à en démontrer la faulfeté. Ils difent que dans ces endroits-là on tire la foie fins décoélion & à fec. Sans doute que celui qui le premier a avancé ce fait, a été induit en erreur pour avoir vu tirer à fec la bourre qui environne la bonne foie fur le cocon, & qui étant filée au rouet, compofe ce que nous appelions fleuret ou filofde ; & cependant tous ceux qui s’occupent à cette partie, fe fervent de feu & d’eau pour la tirer , & alfurent que l’opération eft beaucoup plus aifée , & la matière plus belle.
- 8* ON-diftingue en Europe la foie fous trois noms différens , félon les diiférens procédés qu’on lui fait fubir. La foie gre^e ou grège, h. foie crue ou écrue , & la foie cuite ou teinte.
- 9. La foie greçe eft celle qu’on emploie telle qu’on l’a tirée des cocons , & elle conferve ce nom tant qu’elle refte en cet état.
- 10. La foie crue ou écrue eft celle qu’on a moulinée , ce qui confifte à l’apprêter en la tordant & retordant félon fa deftination.
- 11. On nomme foie cuite celle qu’effectivement on a fait cuire en la. faifant bouillir pendant trois ou quatre heures dans une eau de favon , afin qu’à la teinture elle prenne une plus belle couleur ; car celle qu’on teint fans la faire cuire , ne prend qu’une couleur faulfe & terne.
- 12. Le détail des différentes fortes de foie , dans lequel je fuis entré , n’a pour but que de relever l’erreur où font ceux qui prétendent qu’on peut tirer la foie fans décoélion & à feG ; mais ils n’ont pas fait attention que la foie, quand le ver en forme le cocon, eft imprégnée d’une matière vifqueufe qui colle immédiatement tous les brins les uns aux autres. Il eft peu de per-fonnes qui, au moins dans leur jeunefle (9) , n’aient élevé quelques vers à foie ; on fait quelle peine on a à devider les cocons , parce que le fil collé fur ce petit œuf ne s’en détache qu’avec un certain efforts & comme ce travail eft fort long, beaucoup de gens ont effayé d’en devider plufie.urs à la fois ; mais on n’en vient à bout qu’avec beaucoup de peine, encore n’eit peut-on pas devider plus de trois. Les fils de foie, tels que ceux qu’on, emploie dans la fabrique des étoffes , font ordinairement compofés depuis flx brins jufqu’à dix-huit, 8c cependant ils ne paraiffent en.faire qu’un: voici pourquoi. Au moyen de l’eau prefque bouillante , dans laquelle trempent fans celfe tous les cocons, cette gomme dont la foie eft enduite fe-diffoutj & ce nombre de brins plus ou moins grand, palfe par une filiere
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- ( 9 ) Cela peut être vrai dans les pays où eft moins répandue : on peut dire de ces la culture des versa foie eft commune; mais lieux - là , qu’il y a peu de perfonnes qui il n’en eft pas de même dans les lieux où elle aient élevé quelques vers à foie.
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- D' ETOFFES DE SOIE.
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- où ils fe collent enfemble & ne forment plus qu’un feul fil : comment feroit-il poffible d’opérer une telle union fans détremper cette gomme ? Auffi quelque nombre qu’on en dévidé à la fois à fec, ils ne s'unifient jamais.
- 13. Je penfe avoir démontré l’abfurdité de l’alfertion des auteurs que je réfute; les bornes de cette préface ne me permettent pas d’en dire davantage : le traité abrégé de la culture des foies , que je me propofe de mettre en tète de cet ouvrage, ne laiifera rien à defirer là-deffus. Je crois devoir dire un mot d’une foie plante , que nous connaiffons dans ce pays, & dont plu-fieurs perfonnes penfent qu’on peut tirer parti.
- 14. L’auteur du didionnaire du commerce rapporte que, dans le Levant, on emploie une autre efpece de foie que produit une certaine plante dans des goufies , à peu près comme le coton, & qu’après l’avoir filé ,011 en fait des étoffes prefqu’aufli belles que celles de foie.
- if. Peut-être 11’a-t-on pas encore apporté de ces étoffes en Europe, où on ne les connaît pas ( 10), à moins que l’auteur n’ait voulu parler de cette efpece d’étoffe qu’on nomme écorce d'arbre, parce qu’elleeft faite d’une écorce qu’on enleve par longs filamens fur un certain arbre , à peu près comme les anciens prenaient leur papier fur l’arbre qu’on nommait papyrus. Si c’eft là la production que l’auteur cité a eue en vue , il fe trompe; puifque ce ne font point des goufies qui la donnent, mais une pellicule ou fécondé écorce d’arbre : du refte, elle eft fort belle , & refl'emble alfez à de la foie.
- 16. Peut-Être auffi parle-t-il de ce qu’on nomme ouatecherie, & qui reffemble affez à ce qu’il en dit : je n’en connais pas la plante ; mais la gouffe, dans laquelle on trouve cette matière, que bien des gens prétendent être de la foie, eft commune même à Paris, où je rii’en fuis procuré chez un grainier-fleurifte ( 11 ). Elle a environ deux pouces de long, & reffemble à une coffe de pois feche , mais brune. En l’ouvrant, on 11’y voit d’abord que la graine rangée avec un art admirable ; mais au centre eft la foie, qui y tient Ci peu de place, qu’après l’avoir écharpie , on eft furpris qu’une fi petite gouiïe en puiffe contenir autant.
- 17. A examiner cette matière avec attention, on ne faurait nier que ce ne foit plutôt un duvet que de la foie : fa blancheur eft éblouiifante , & fon éclat l’emporte fur celui de la plus belle foie. Ajoutez à cela une fineffe extraordinaire, qui la rend plus douce que le velours le mieux fabriqué: mais on connaît cette plante fous le nom de chardon, & on la compare à ces chardons fauvages qui, quand ils font très-mûrs , s’épunouiffent & remplif.
- ( 10 ) Voyez ee que j’ai dit ci. deiTus , ( 11 ) Chez le fieur Reignier. quai de
- note 2. L’auteur du dictionnaire n’a pas la Ferraille, au Coq de la bonne foi. voulu parler de l’étoffe nommée écorce.
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- A R T D U F A B R ï C A N T
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- fent Pair d’un duvet de même efpece moins beau à la vérité, & dont on a eflay6 en vain jufqu’ici de tirer quelque parti.
- ig. On affure que les peuples du Levant filent cette efpece de foie, & en font de très-belles étoffes. Quant à nous , malgré les tentatives réitérées, nous n’en tirons encore aucun avantage en Europe j & quoique quelques particuliers 'aient prétendu en avoir trouvé l’emploi, elle entre pour fi peu de chofe dans les étoffes où on la met, qu’on peut dire que ce n’eft que cacher fous un nom nouveau un procédé très-ancien. On voit dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, près d’un couvent que tout le monde connaît fous le nom des Loges , une manufacture de velours , dans lequel les ouvriers affurent qu’il entre du chardon. Comme ce travail eft leur fecret, il ne m’appartient pas d’y porter des yeux indifcrets. Je dirai feulement que le velours qu’on y fabrique m’a paru femblable à celui de coton, quelle qu’en foit la matière 5 mais je ne penfe pas qu’on ait encore pu, jufau’à préfent, former de ce duvet, en le filant,un brin d’une certaine confiftance, & d’une étendue capable de compofer ni trame , ni chaîne, ni poil.
- 19. Quelques autres perfonnes ont aufti effayé de cultiver cette plante & d’en tirer parti ; mais je ne crois pas que jufqu’à ce jour l’événement ait répondu à leur attente : le velours eft la feule étoffe dans laquelle on ait, à ma connaiffance,? eflayé de la faire entrer : encore n’en emploie-t-on qu’avec le poil i car dans l’étoffe que j’ai vue, la chaîne & la trame étaient de filofele j & quant au'poil, j’ai cru..voir un coton collé: ce qui m’a fait conjeéhirer qu’en filant le coton on y avait mêlé de ce duvet, & que pour pouvoir le fabriquer, onavaitparé (a ) ce poil, afin que les frottemens quede peigne & le rérriijje lui font éprouverrquand ,on fabrique l’étoffe, ne puiffent féparer ce duvet du coton auquel il eft fi artiftement adapté.
- 20. La nature de ce duvet femble devoir le prolcrire pour jamais, du moins pour en faire des étoffes ^ il eft fi lifte & fi court, qu’à moins que quelque voyageur n’apprenne des Levantins la maniéré de le mettre en œuvre, 8c ne nous en itiftruife, on ne peut guere fe flatter d’en former de longs fils, comme il en faut pourle genre de travail auquel on s’obftine à l’employer.
- 21. Ce n’eft pas que je blâme les recherches qu’on peut faire à ce fujet 5 quand 011 a l’utilité publique-pour but, quelle que foit la réuflite, on doit être fatisfait : & quand il ferait impoflîble d’en faire des étoffes, je connais des perfonnes qui l’eriiploient avec avantage au lieu d’édredon pour piquer des couvre-pieds & autres choies femblables. Je reviens à l’introdu&ion des foies en Europe.
- (à) On nomms parer , l’aétîon de réunir pour que le frottement qu’il éprouvé ‘dans îe duvet d’un brin de foie ou autre chofe la fabrication ,‘ne le fdffepas écarter, avec une efpece décollé ou de gomme, !
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- D'ETOF'FES DE S P I È.
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- 22. Nous avons dit plus haut, que Juftinien envoya des moines à la Chine pour apporter en Europe des œufs de vers à foie; mais je ne vois pas pourquoi ce prince envoyait ii loin chercher ce qu’il pouvait trouver chez les Perfes & chez les Grecs, qui avaient déjà des manufactures ( 12): car dans la fameufe guerre que ces peuples eurent enfemble , & où les Grecs eurent l’avantage , ils leur enlevèrent leurs ouvriers & l’art de cultiver la foie. L’hiftoire nous apprend que Lucullus , amateur des beaux arts , quand les Romains fe furent rendu maîtres de la Grece , fit tranfporter à R.ome, pour décorer Ton triomphe , toutes les richeifes d’Athenes , parmi lefquelles plufieurs auteurs ont conjeCturé qu’on trouva des foies & des étoifes fabriquées. ( 13 )
- 23. Vopifcus rapporte que l’empereur Aurélien refufa à l’impératrice fon époufe une robe toute de foie , quoique cette princelfe la lui demandât avec inftance , parce qu’elle coûtait trop cher.
- 24. Environ l’an 1130, Roger, roi de Sicile, établit à Palerme & en Calabre, des manufactures d’étoffes de foie, qui furent dirigées par des ouvriers qu’il avait amenés d’Athenes, de Corinthe, &c. dont ce prince avait fait la conquête lors de fon expédition .de la 'Terre-faiiite. Mezeray -ajoute qu’infenfiblement le refte de l’Italie;& l’Efpagne apprirent des Siciliens &>des Calabrois , la maniéré de gouverner les vers à foie , & l’art de travailler la -foie.
- 25. Mezeray rapporte encore que les Français, comme voifins des Italiens & des Elpagnols , commencèrent à les imiter dans ce précieux travail .un peu avant le régné de François premier ; ce qui ne fait pas remonter bien haut l’origine de cette partie de nos connailfances , à laquëlle nous avons depuis donné tant de perfection. ( 14)
- 26. Louis XI,tch 1470, fit venir à Tours des ouvriers de la Grece , de Gènes, de Venife & de Florence, pour y établir des manufactures d’étoffes de foie , Sc en 1480 il leur accorda de très-beaux privilèges qui leur furent confirmés par Charles. VII fon fils, en 1497. Dlciionn. du commerce.
- 27. Il paraît, par ce rapport, que c’eft à Tours.que fe font fabriquées
- ( 12 ) On peut croire , fi l’on admet le "fait comme vrniCque Juftinien voulait fe 'procurer la meilleure graine poifible.
- (13) Il fallait plutôt tranfporter à'Rome des ouvriers en foie & les manufactures, & :c’eftce que Lucullus me ;fit pas. La preuve :«’en trouve dans- le ^paragraphe fuivant.
- Si du tems d’Aürélien les étoffes de foie -étaient fbrares -que Timpératrice même ne
- pouvait pas en avoir une robe, parce qu'elle coktait trop cher , il n’y a nulle apparence que plus de trois cents ans auparavant , Lucullus ait établi à Rome ce genre de fabrication.
- (I4VI1 paraît que Me-zeray s’eft trompé, -en attribuant-à François I un établiffemen* •formépar Louis XL t, '
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- les premières étoffes de foie en France , & cependant les Avignonnais prétendent être les plus anciens dans l’art de traiter les vers à foie, & de fabriquer les étoffes : voici comment ils le prouvent. Lorfque le comtat Vénaiiïm fut donné au pape , environ l’an 1268, fes légats en cette contrée, introduifirent, félon eux, à Avignon de la foie, des vers à foie & dès mûriers j & par la fuite les papes ayant établi dans cette ville le faint fiege apoftolique , encouragèrent cette manufacture naiffante, où l’on 11e faifait alors que des doucettes , efpece detoffe dont la ehaîne était de foie, & la trame de laine. Bientôt après, on parvint à y fabriquer des étoffes toutes de foie, & même de façonnées , telles que le damas. Ils affurent que quelques ouvriers Avignonnais mécontens, fe joignirent à d’autres ouvriers Italiens , & établirent des manufactures à Lyon vers le régné de François I, qui, par la protection qu’il accorda aux manufactures , donna lieu à ces migrations.
- 28. Les fabricans de Nimes conviennent de bonne foi qu’ils tiennent d’Avignon leurs manufactures. Quoiqu’il y ait très-long-tems que ce travail y foit en vigueur , on ne faurait fixer l’époque de fon établiffementàNîmes, à caufe des guerres civiles qu’elle a fouvent effuyées , & qui ont toujours nui aux progrès de cette importante branche de commerce.
- 29. Malgré les foins que François I, Charles VII, & fes fucceffeurs f© font donnés pour procurer aux manufactures l’accroilfement qu’elles ont pris depuis, elles n’ont pas fait de grands progrès dans ce tems-là. Il était réfervé à Henri IV, de fournir à fon peuple cette nouvelle reffource pour rinduftrie : il appella en France les meilleurs ouvriers & fabricans , & les
- #.y fixa par des privilèges utiles & des diftinCtions flatteufes ; il encouragea les fabriques de Lyon, rectifia les réglemens de celles de Tours , accorda de nouvelles lettres-patentes à la ville de Nimes, & établit des manufactures dans la capitale. Quelques-uns prétendent même qu’il accorda des lettres de nobleffe à quatre particuliers , avec une fomme confidérable pour foute-nir cet étabîiffement, car le commerce n’était pas alors dans cet état d’avilif-fement où la nobleffe l’a plongé depuis , & d’où la bienfaifance éclairée du meilleur des rois vient de le tirer, eu accordant aux cqmmerçans des di£ tinCtions honorables. Louis XIII & fes fucceffeurs (15) ont auffi conf-
- ( iç ) C’elt à Colbert que la France doit principalement fes manufactures de foie. Perfuadé qu’il fallait d’abord mettre la matière première à la portée du fabricant, il engagea le payfan à planter des mûriers & à élever des vers à foie ; pour cet effet, il lui propofa un gain prochain & facile , en donnant vingt fols à chaque particulier
- pour chaque mûrier qu’il aurait planté dan* les poffeffions. Depuis cette époque, la culture de la foie eft devenue commune dans les provinces méridionales ; les manufactures encouragées parle gouvernement fe font établies & perfectionnées. La France gagna chaque année des fommes confidéra-bles par cette fabrique j & elle aurait con.
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- tamment donné, aux manufactures des marques de la protection qu’elles leur ont paru mériter; & depuis cette heureufe époque , celles de Paris, fur-tout, ont toujours été en augmentant. Les gazes y ont cependant encore plus fait de progrès que les étoffes , puifqu’on ne compte guere à Paris que fix cents métiers pour les étoffes, & qu’on en compte environ quinze cents à foire des gazes : enfin on peut dire que les manufactures des étoffes de foie paraiffent être parvenues dans ce fiecle au plus haut point de perfection où elles puiffent atteindre , puifqu’on compte de nos jours plus de deux cents fortes d’étoffes différentes, entre lefquelles plus de cent cinquante ont été inventées depuis 1730. Nous devons un accroiifement aufii confidérable à la fageffe des loix qu’on a faites depuis cette époque pour cette branche de commerce. La collection de lettres-patentes, d’édits & de déclarations du roi qui la concernent, feront à jamais l’hiftoire la plus exacte de fon avancement en France.
- 30. La prétention des Avignonnais fur l’ancienneté de leurs manufactures n’eft pas fans fondement. Quelques églifes de cette ville ont des orne-mens très-anciens & très-riches , qu’on prétend y avoir été fabriqués ; de plus , la perfection de leurs étoffes prouve aifez l’ancienneté du travail : c’eft, à mon avis, l’endroit de l’Europe où la fabrique eft la plus parfaite, du moins quant à la bonté des étoffes.
- 31. On fabriquait à Avignon , il y a environ cinquante ans , les étoffes les plus riches , comme fonds d’or, tiifus, brocards, damas brochés & lize-rés, perfianes, brocatelles, &c. C’eft là que les Génois ont porté les premiers damas qu’ils tenaient eux-mêmes de Damas en Syrie , d’où cette étoffe a pris fon nom. Les Avignonnais parvinrent à les fabriquer fi parfaitement, qu’on les préférait à ceux de Gènes même. Pendant ce tems-là, Lyon foifait en ce genre des progrès confidérables ; la variété & la beauté des définis , auxquels elle s’eft toujours attachée, lui mérita en peu de tems cette réputation qu’elle conferve encore aujourd’hui à jufte titre. ^Néanmoins deux qualités effentielles dans les Avignonnais, leur donnèrent de tout tems beaucoup d’ombrage; leur efprit inventif pour le mécanifme des métiers , & la culture des foies qui fourniflait à leur fabrique ; au lieu que Lyon n’en recueillait prefque point du tout :aufîi Avignon eût-il fait des progrès bien rapides , fi la nature ne l’eût affligée , autant que l’ambition des Lyonnais chercha à lui nuire.
- 33. La pefte qu’Avignon éprouva dans ce tems ,lui emporta, dans l’eipace
- fervé beaucoup plus long-fcems l’avantage en divers pays finduftrie des fabricant, de ce commerce, fans la malheureufe ré- dont la plupart étaient proteftans. vocation de l’édit de Nantes, qui a porté
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- de neuf à dix mois plus de trente mille citoyens. Le tiers fur taux, efpecfi d’impôt qu’on croit communément à Avignon n’avoir été mis fur la fortie de fes étoffes qu’à la follicitation des Lyonnais, & qui n’a été levé que depuis quelques années , acheva de ruiner de fond en comble le commerce d’uii pays qu’on regardait alors comme étranger. Tous les ouvriers furent trop heureux de trouver à Lyon & à Nîmes des relfources dans ce malheur univerfel. La France dès-lors tirait cependant de cette ville beaucoup de foie pour fés manufactures , & y faifait mouliner toutes celles qui entrent dans la fabrique , ainfi qu’on fait encore aujourd’hui. On y voyait dans ce tems environ dix-huit cents métiers, dont plus de cinq cents pour le damas & autres étoffes façonnées pour meubles ; aujourd’hui que le commerce y a un peu repris vigueur, à peine en compte-t-on huit cents ou mille.
- 33. Ce fut là pour Lyon l’époque du degré d’élévation auquel elle eft parvenue depuis , & où nous la voyons : les ouvriers s’y réfugièrent de toutes parts , & les meilleurs ufienfiles des métiers à la tire, y furent vendus à vil prix.
- 34. Quant aux Nîmois,ils n’eurent pas affez d’adreffe pour profiter de cette révolution en faveur de leurs manufactures.
- 3f. Tous les faits que j’avance ici, font à la connaiffance de perfonnes qui en ont été témoins oculaires, & qui vivent encore i au furplus, c’eft peut-être à cette émulation que produit la rivalité entre deux villes célébrés, que Lyon doit toute fa renommée.
- 36. Tel a toujours été le bon goût des Avignonnais, qu’une aufli trifte révolution n’a rien diminué de la beauté des étoffes qu’ils nous fourniffenti Cela eft fi vrai, que leurs taffetas Florence , leurs armoijins & leurs taffetas d'Angleterre, ainfi que leurs damas, font préférés à ceux de Lyon même, puifque bien des marchands à Paris font paffer leurs taffetas d’Angleterre pour des-taffetas d’Italie, & que leurs taffetas de Florence font préférés à ceux de Florence même.
- 37. Cette décadence nfinfluapas moins fur le moulinage des foies, que fur les étoffes ; car Avignon avait alors quatre cents moulins à mouliner la foie,& à peine y en trouve-t-011 à préfent cent cinquante j le refte s’eft difperfé dans Nîmes, dans le Vivàrais , dans le Dauphiné.& dans la Provence. Ce qui prouve encore parfaitement combien le moulinage des foies était en vigueur à Avignon, c’eft que les bons moulins qu’on trouve dans lés endroits que je viens;de nommer , enfontfortis , & que les bons ouvriers en ce genre font à Avignon, ou font des Avignonnais.
- II eft certain qû’Avignon a rendu de grands fervices aux manufactures, tant pour Te tirage des foies, que pour leur moulinage ; qu’il n’y a pas encore trente ans que dans le Languedoc ,la Provence, le Dauphiné &
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- le Vivarais, les meilleures ouvrières qu’on employât à tirer la foie, y venaiexit d’Avignon, & qu’aujourd’hui même on les y vient retenir quelque tems avant cette efpece de récolte , & même on leur donne des arrhes, tant on craint qu’elles ne manquent de parole.
- 39. Nous avons auffi puifé la connaiflance du moulinage chez eux ; car ce n’eft que depuis la grande révolution arrivée à Avignon, qu’on a établi à Lyon & à Nîmes les mouliniers en maîtrife ; avant cette époque, Lyon n’avait pas plus de dix moulins , & Nîmes plus de quarante. Il eft vrai qu’à Lyon le nombre n’en eft pas beaucoup augmenté, puifque les douze ou quatorze maîtres qui y font actuellement, n’ont pas entr’eux plus de vingt ou vingt-cinq moulins; mais Nîmes peut en contenir environ cent trente, dont plus de cent ont été faits à Avignon , ou par des Avignonnais.
- 40. Ce qui pouvait avoir procuré à cette ville tant d’avantage dans cette branche de culture, c’ell qu’elle eft fituée fous le plus beau ciel de l’Eu-' rope ; fon terrein eft fertile en tout genre de productions, & environné d’eau de toutes parts : d’un côté paffe le Rhône, & de l’autre un bras de la Durance; de plus, une branche de la fontaine de Vauclufe , Il faméufe par les amours de Pétrarque & de Laure , traverfe la ville d’un côté , &une petite riviere qu’011 nomme Duranfole, la traverfe d’un autre. Avec de fi belles eaux, eft-il furprenant que les teintures y aient été de tout teins anllî belles qu’on les y voit encore aujourd’hui? Ses couleurs fines y vont de pair avec celles de Lyon.
- 41. On peut dire que l’introdu&ion des foies, & les genres d’induftrie qu’elles ont déployés, ont opéré un changement total dans le fyftème politique de l’Europe. Il eft peu de provinces qui n’en aient reifenti les douces influences ; & quoiqu’il 11’y ait point d’état qui ne fe foit empreile d’introduire des manufactures dans fo'n fein , il paraît que le deftin de la France eft de l’emporter conftamment fur tous fes voifins , qui, loin de lui nuire, entretiennent une émulation néceffaire pour faire éclorre ces chefs-d’œuvres qu’on admire chaque jour, & qui font les fruits des recherches éclairées des fabricans de Lyon. Je fuis Nimois , fans doute; mais la vérité eft de tous les pays; & je fuis forcé de convenir que ce n’eft qu’à eux-mêmes , qu’aux foins infatigables qu’ils fe donnent fans celle pour répandre fur leurs étoffes cette élégance dans le goût, cette richeffe dans les deftins , cette variété dans les compofitions, qu’aucune autre ville 11e porte à un aufiî haut degré, qu’ils doivent leur célébrité , qui a Fait plus de progrès dans ce fiecle feul qu’elle 11’en avait fait pendant trois cents ans. Les moyens qu’ils, emploient pour cela, font, à la vérité, très-difpendiêux ; mais rien 11e leur coûte pour les-effiis : foie ,'dorure , façons d’ouvriers, travaux de deffinateurs ; tout eft facrifié à un nouveau goût; & quoiqu’on ne réuffiile
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- pas toujours, on n’eft jamais rebuté3 fouvent même, tel fabricant qui n’occupe que cinquante ou foixante métiers, a cinq ou fix deifinateurs, auxquels il donne des appointemens confidérables ; encore,a-t-il foin d’envoyer tous les ans à Paris le premier d’entr’eux, pour prendre connailfance de tout ce que chaque faifon précédente a fourni de nouveau dans tous les genres. On fent combien cette politique contribue à perfectionner le goût de chacun, & quelle émulation en ell nécelfairement la fuites mais malgré cette avidité de connaiifances & de nouveautés, on ne peut que louer leur attention à ne fe jamais copier les uns les autres. Les fabricans ont même fait un réglement , qui défend à qui que ce foie de faire exécuter le deflin d’un autre , fous peine de mille écus d’amende, & d’ètre dégradé de maîtrife en cas de récidive. Qu’on s’étonne après cela de la beauté de leurs productions.
- 42. Un autre foin qui ne tend pas moins à l’avancement des manufactures, eft d’encourager par des récompenfes les recherches qui peuvent dimi-nuerles opérations, fimplifier le mécanifme, & autres de cette efpece (<*). Pourrais-je moi-même , fans ingratitude, palfer fous filence un bienfait que je tiens du corps des fabricans de Lyon , dans le féjour que je fis dans cette ville , il y a quelques années? Je propofai une invention qui fut accueillie , & les fuifrages fe réunirent en ma faveur. Plût à Dieu que mon palfage dans chaque ville de manufactures eût été marqué par un femblable bonheur, flérile, à la vérité, pour moi 3 mais plus fatisfaifant pour mon cœur que le» récompenfes pécuniaires !
- 43^ Apres un tel aveu, tout le bien que je rapporte de cette fabrique , paraîtra peut-être fufpeCt 5 mais on verra par la fuite que, Ci les connaiifances que j’ai acquifes m’ont mis à portée de prodiguer les éloges, elles me ferviront auffi à éclairer la critique que l’ouvrage que j’ai entrepris me permet de faire de tous les difFérens procédés.
- 44. C’est à ces récompenfes que la fabrique de Lyon a dû l’invention du métier à La Maugis, ainli que celui à la Falconne, chef-d’œuvre de l’art, qui, fans la dépenfe excefîive qu’exige fon Lifage-, l’emporterait fur tous les autres. ~
- 4C La perfection de la petite tirent If encore un des fruits des encoura-gemens que Lyon prodigue fans relâche aiix inventeurs. Les noms de Ga~ lanthr & de Blache, tous deux Avignonnais , & tous deux émules contemporains , auxquels on doit l’ordre admirable des métiers montés à bouton, feront à jamais mémorables dans cette ville. Le lifage de cette partie a été
- (û’îOn perçoit aux douânes de Lyon nouvelles inventions qui peuvent intéreffer deux fols fix deniers par livre de foie qui les manufactures, y entre, & le produit en eft affeCté aux
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- fi fort perfectionné par eux, qu’il eft difficile de le porter à un plus haut degré , ainfi que la fimplicité du mécanifme. C’eft au génie créateur de Galantier, qu’on doit plus de cent efpeces d’étoffes qu’il a inventées lui-même, ou dont il a occafionné l’invention, & dont la perfection qu’il a donnée à la petite tire a facilité l’exécution. Il ferait trop long de rapporter les découvertes qu’on doit en grande partie à la frgacité des Lyonnais.
- 46. Si les ouvriers de Lyon font habiles, fi les defîïnateurs y excellent, il faut convenir aulli que les fabricans qui les mettent en œuvre, réunifient les connaiffances de tout genre. Le fabricant le plus riche n’abandonne pas à des mains étrangères le fort de fa fortune & de fa réputation; il commande par lui-mème ; & s’il le fallait, il exécuterait ce qu’il ordonne : auifi, comme il connaît les difficultés, il récompenfe les talens avec générofité, & s’attache les plus habiles ouvriers. Il ferait àfouhaiter que les defiinateurs euflent une parfaite connaiflànce de la fabrique: les deffins, toujours d’accord avec l’exécution, en tireraient un nouveau lufire.
- 47. Malgré cette fage conduite pour l’avancement de leur manufacture, c’elt pourtant à eux-mêmes que les Lyonnais doivent imputer le palfage de quelques-uns de leurs meilleurs.ouvriers en pays étranger. Trop de dureté dans le traitement; leur a fait prendre le parti daller porter ailleurs leurs lumières & leurs talens. Ce 11’eft pas auffi que tôt ou tard on n’ait dû s’attendre à de pareils établilfemens ; mais ils ont dû leur rapidité à la fcience de ceux qui ont été mis à la tète. Tout le monde fait que les fabriques d’Allemagne, de Suilfe & d’Efpagne ne doivent leur origine qu’à des Lyonnais, ou apprentifs de Lyon. Depuis environ trente ans , il s’eft monté chez l’étranger plus de quinze mille métiers. Le fieur T. . .. un des plus habiles ouvriers de Lyon,a établi & conduit à Berlin , où l’on n’avait pas la moindre connailTance de la foie, plus de mille métiers ( 16). C’eft à lui
- (16) La révocation de l’édit de Nantes conduifit dans le Brandebourg plufieurs ouvriers & fabricans en foie , qui y furent accueillis avec tous 1 es égards qu’exigeaient l’humanité & la politique. Le feu roi Fréde-ric-Guillaume , principalement occupé des manufactures, n’avait pas fongé à la culture des mûriers , & à l’éducation des vers à foie. C’était alors un préjugé univerfelle-jnent reçu, que cette culture eft impraticable dans les pays feptentrionaux. Frédéric le Grand à vu le vrai, & par fes foins les plants de mûriers font devenus communs', & les fabriques de Berlin travaillent une
- quantité conlidérable de foie faite dans le pays même. Pour cet effet, on publia divers mandats qui promettaient des prix à ceux qui planteraient des mûriers. On récom-penfa les pafteurs & les marguiiliers de chaque paroiffe qui cultivaient ces arbres fur les cimetières de leurs paroiffes , & leur fuccès montra combien cet ordre de citoyens peut contribuera la perfection de l’économie publique. En 1748 on recueillit 698 livres de foie dans le plat pays de Brandebourg. La paix qui fe fit cette même année, permit à S. M. de s’occuper de ces objets. La chambre des domaines , le dépaf-
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- à qui Lyon a dû l’invention des péruviennes piquées, qui dans ce tems furent tres-efHmées ,& plusieurs petits mécanifmes très-utiles à la fabrication des étoffes. Il emmena avec lui plufieurs bons ouvriers de Lyon, avec une partie defquels il parcourut toute l’Allemagne & partie de la Hollande, laiflant partout des éclairciiïemens utiles fur la fabrication des étoffes, & vendant fort cher, fon talent pour monter .les métiers, quand on voulait fabriquer de nouvelles étoffes ; & malgré tout cela, il eft mort à Paris , il y a environ quatre ou cinq ans, peu favorifé dé la fortune : comme lî la Providence eût pris plaifir à punir en lui latrahifon dont il était coupable envers fa patrie.
- 48- Vienne en Autriche, qui n’avait pas deux cents métiers il y a trente ans, & dont les manufactures ont été fondées par des Génois & Piémontais » en a à préfent plus de deux mille cinq cents , dont plus de la moitié fabriquent des étoffes riches dans le genre de celles de Lyoïij & même on y
- tement de h guerre, & celui des affaires eccléfiaftiques, eurent {ordre! de favorifer cet établiffement. Les magiftrats des villes durent établir dans les terres communes,des pépinières de mûriers. On en fit une con, ‘dition dans les baux des domaines royaux ; les forêtiers du roi furent fournis à la même obligation. Les maifons de force & de travail s’occupèrent de la foie. L’exemple de tant de perfonnes confidérables excita les particuliers, on commença à fentir l’avantage de cette culture. Pour répandre les lumières , on diftribua gratuitement des instructions fur la culture des mûriers & fur l’éducation des vers à foie. Tous ces en-couragemens produifirent leurs effets : en j 7S t on recueillit 1100 livres de foie , uniquement dans la Vieille . Marche, & 100 livres dans la Nouvelle-Marche. On comptait déjà alors plus de deux cents mille mûriers. ,Les progrès furent foutenus : en 175.2, la récolte fut de iççç livres 12 onces ; en 1754 , de 2656 livres iç onces. Pour diriger les cultivateurs , on établit dans toutes les provinces où l’on pouvait cultiver des mûriers , des infpeCteurs en-tendus dans cette partie , chargés de donner leurs inftruCtions à tous ceux qui en auraient befoin, & de former des jeunes gens à ces diverfes opérations, en les atti-
- rant par des récompenfes, dont le roi fit les fonds. C’eft ainfi que l’on établit d’abord à Berlin, & enfuite dans les provinces, des métiers^d la tire, & des moulins pour le moulinage des foies du pays. Le roi fit conftruire ces derniers à fes frais, il fit aufli venir de Piémont, où le moulinage fe fait le mieux, des ouvriers qui en formèrent d’autres. La guerre de x 7<» 6 retarda fenfi-blement ces établiffemens fi heureufement commencés. Après la glorieufe paix de 176; , S. M. portant de nouveau fes regards fur cette branche de l’économie politique, a ranimé tous les efforts de l’in-duftrie. En 1765 , on fit dans les états du roi 2^42 livres 11 onces de foie ; en 1771, 4704livres 6 onces;en 1773 , 620; livres 12 onces & demie. Afin de ne négliger aucune précaution pour faire fleurir cette branche de commerce, le cinquième département du directoire général, chargé principalement de cette partie, a pris foin d’établir à Berlin tous les genres de fabrication, propres à confommer la foie. Le fleuret & la foie tarée eft employée par les fabriques de bas & de molton en foie ; les cocons même font mis en œuvre dans une fabrique de fleurs artificielles. V. Jacobfons Schau-platz der Zcugmanufacturen, vol. 111, pag. 5 & fuiv. ... .
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- voit encore aujourd’hui des Lyonnais habiles dans le defiin, & dans Part de monter les métiers.
- 49. On ne connaît en Hollande la maniéré de fabriquer le velours , que par les Lyonnais. Rouillere a attiré en Efpagne un nombre infini d’ouvriers de Lyon, pour y établir la manufacture de Talaver-la-Reine, lorfqu’obligé de quitter fa patrie , il choifit ce royaume, ou il fut reçu à bras ouverts, & fait enfin noble Caftilîan.
- 50. Français, raffurez-vous. Toutes ces déferlions ne porteront à notre commerce que de légères atteintes ; le goût dominant de notre nation nous alTure la victoire dans ce genre d’induftrie ; & nos voifins feront toujours réduits à nous copier; du moins, c’eft ainlî que j’aime à le préfager.
- 5 t. Les Anglais feuls parailfent avoir porté leurs manufactures à un très-haut degré de perfection. Londres feul contient environ huit mille métiers, & voici quelle eft la raifon de ce grand nombre : comme les ouvriers qui s’y donnent à un genre d’étoffes n’en fabriquent jamais d’autres, les métiers une fois confacrés à telle ou telle étoffe , ne font jamais montés pour une autre ; ainfi tel ouvrier qui fait du fatin, ne fera jamais de taffetas ou de velours, & ainfi du refte : par ce moyen chacun d’eux acquiert dans fou genre une préçifion à laquelle nul autre ne peut atteindre, parce que le fabricant 11e change jamais la qualité de la foie 5 c’eft toujours au même apprêt ou au même denier pour l’organfin, & à la même grolfeur pour la trame ; il y en a même qui refuferaient de prendre des commiftions de fatin, de taffetas, &c. fi l’on exigeait d’eux de changer la quantité ou la qualité de la foie qu’ils ont coutume d’employer. Un pareil trait peint mieux le génie de cette nation eftimable, qu’une longue difïertation.
- 52. Il y a environ neuf ans, qu’on établit à Manheim, en Allemagne, une manufa&ure d’étoffes de foie , à la tête de laquelle étaient un defiinateur & un monteur de métiers, que je puis affurer être tous deux très-entendus dans leur partie; car j’ai occupé l’un à Nîmes, & j’ai travaillé à certains ouvrages avec l’autre.
- 53. Ce que j’ai dit jufqu’ici conftitue, ce me femble, Lyon pour la première ville de manufactures qu’il y ait en Europe ; c’eft une juftice qu’elle obtiendra toujours de tout écrivain judicieux : néanmoins on ne faurait nier que Nîmes & Tours ne fe difputent l’honneur du fécond rang. Nîmes emploie plus de métiers , & Tours eft plus varié dans les genres d’étolfes ; celle-ci copie Lyon dans le riche , & l’autre dans les ouvrages de petite tire, dont le mécanifme y eft auffi bien connu qu’à Lyon.
- ^4. Le travail dominant à Tours eft la grande tire : aufii ils y réuffiffent il bien, que ce qu’ils envoient à Paris, paffe pour venir de Lyon; parce que le réglement pour les définis, fi ftri&ement obfervé dans cette derniers
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- ville , n’a pas lieu dans les autres. Il en eft de même à Nîmes pour la petite tire: les ouvriers y excellent; mais les fabricans n’ofant produire de nouveaux deflins, ne font exécuter que ceux qu’on leur envoie : aufli leurs deili-nateurs font ils découragés par le peu de confiance qu’on a dans leurs productions. Le feul remede qu’on puilfe apporter à cet inconvénient, eft d’établir dans chaque ville une académie de deiiîn relative aux fabriques ; fans cela elles feront toujours réduites à copier ; & le goût du Français eft tel, qu’une étoffe n’eft fouventplus de mode quand on penfe à l’imiter.
- Je le répété, le dellin, en fait d’étoffes, eft la route à la célébrité. Les deffins de damas du fameux Dacier font immortels : en vain a-t-on voulu les imiter ; on en revient toujours aux fiens , & on doute encore que quelqu’un puiffe l’égaler dans ce genre : aufti les fabricans les achetent-ils encore fort cher de ceux à qui ils appartiennent ; car à Lyon les deffins font auffi précieux pour les fabricans, que des effets commerçâmes pour ceux qui fe mêlent de banque j ceux fur-tout à nuances & qui imitent le naturel, font autant de prodiges admirables.
- 56. Les defîinateurs peuvent choilir parmi fix principaux genres , celui pour lequel leur goût penche davantage : les étoffes riches brochées ; les étoffes brochées à nuances ; les étoffes courantes ; celles de la petite tires les velours, & les étoffes chinées.
- 57. Chacune de ces divifions offre encore du choix ; car dans les étoffes riches, on diftingue le petit & le grand riche, le riche accompagné de nuances, & celui qui n’eft foutenu que par des couleurs;les habits & les veftes à bordures tiennent à ce genre.
- 58. Les étoffes brochées à nuances, n’ont de variété que par les différens genres d’étoffes où elles entrent, comme le taffetas, le gros-de-Tours , le fatin, la luftrine, &c. & la partie des bouquets détachés.
- 59. Dans les étoffes courantes, font les damas pour meubles à une , deux & trois couleurs, & ceux pour robes i les grandes florentines, les per-fianes, les raz-de-Sicile, les brocatelles, les brocards , quelques genres de nioëres, &c. Quoique toutes ces étoffes n’emploient pas plus de trois ou quatre couleurs , un deflînateur peut encore y briller.
- 60. Dans les étoffes qui dépendent de la petite tire, on peut faire bien
- des divifions ; les droguets ordinaires , les droguets fatinés, les pruffiennes, les petites florentines, &c. font une partie qu’011 peut féparer des péruviennes grandes & petites, des droguets liferés, des latins deux lacs, &c. On peut encore traiter à part les taffetas façonnés, les viennoifes, les taffetas à l’anglaife, les taffetas luftrinés, &c. '
- 61. On doit auflî traiter à part tout ce qui concerne les moëres qui dépens dent de la petite tire.
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- 62. Les velours fe divifent en trois claffes ,les velours frifés , les velours eifelés qu’on appelle communément velours frifés & coupés ou velours a jardin, & les velours mignatures; 8c dans tous ces genres, 011 traite'Séparément les velours pour habits 8c veftes à bordures en foie , en or 8c en argent.
- 63. Quant aux deffins pour les étoffes chinées, c’eft encore un goût tout particulier , & qu’il faut traiter d’une toute autre maniéré que les autres étoffes : les opérations & les deiîins de ce travail font ii linguliers , que bien peu de deilinateurs y réuiliffent, 8c malgré ces difficultés , les Lyonnais l’ont porté à la plus haute perfection.
- 04. Tels font les moyens de produire des beautés dans chaque genre : ii faut en adopter quelques-uns } mais qui voudrait, les fuivre tous, ne fortira jamais de la médiocrité.
- Nîmes a certainement en elle-même tout ce qu’il faut pour aller de pair avec Avignon , tant par la quantité de foie qu’on y recueille, que pour fes bonnes teintures. Il eft vrai que les drogues qui y entrent font un peu cheres en ce pays, à proportion du prix qu’on donne aux étoffes , & c’eft ce qui y a retardé cette partie de l’indullrie.
- 66. Il y a quelques années qu’un fabricant de Nîmes y fît teindre en noir les foies qu’on employait pour le velours dans fa fabrique , & la réuffite a été on 11e peut pas plus parfaite. L’expérience 11e nous permet pas de douter que la qualité de l’air 8c de l’eau n’entre pour beaucoup dans la beauté des teintures } les noirs de Lyon, tout vantés qu’ils font, n’approchent pas de ceux de Paris.
- 67. Un ufage qu’ont les ouvriers de Nîmes , 8c qui rend leurs étoffes défec-tueufes, eft de mouiller les chaînes de leurs étoffes avec de l’eau gommée , de la colle ou autres ingrédiens. Je defire bien fincérement qu’ils abandonnent une pratique qui ternit la beauté de leur travail, & diminue la valeur de leurs étoffes de dix ou quinze fols par aune. Je fais bien que c’eft une ancienne habitude à laquelle on tient, & dont les ouvriers font efclaves ; mais Ii les fabricans leur donnoient de la foie bien ouvrée, 8c que les rémiffes fuf-fent de couji & faits à petite couliffe , on parviendrait à fe paffer de gomme.
- 68- Ce que je dis ici eft fondé fur ma propre expérience : alfervi par ma naiifànce aux préjugés de mes concitoyens dans le tems où j’avais chez moi douze métiers travaillais , j’ai d’abord fuivila méthode commune du pays} mais bientôt je reconnus l’erreur, 8c avec les attentions que je recommande, je fuis parvenu à m’en écarter. Il ne faut pas non plus pour cela n’employer que les premières qualités d’organfin de Piémont} quel que foit celui dont on fe fert, il fuffit qu’il ait l’apprêt qu’en terme de mouliniers on dit, depuis dix-fept jufquà vingt-un points de filage , & depuis fix jufquà kfiit points de retard au tors. , Z-''
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- 69. En vain obje&erait-on le renchériffement des foies , fi 011 lui donnait cette façon ; tant parce que la foie plus torfe fe raccourcit, & qu’à pareille longueur il y en a davantage au poids, ou bien à caufe de la main-d’œuvre que je recommande : mais cet objet ne faurait être de grande conféquence ; car les mouliniers de Languedoc, de la Provence & du Vivarais, moulinent les organfins à railon de deux livres quinze fols la livre au plus , & fouvent à moins : or, pour ce prix , ils mettent au filage treize à quatorze, points, & point fur point ou deux points de retard : il eft certain que moyennant dix fols par livre, ils donneraient à ces foies l’apprêt que je recommande, & cette différence qui ne reviendrait guere qu’à un fol par aune, rendrait aux étoffes l’éclat que la gomme leur ôte, & permettrait de les vendre au moins cinq fols de plus.
- 70. Quant à l’objeCtion du raccourciifement de la foie, on peut employer de la foie à trente-deux deniers , au lieu d’une à trente-fix; par-là on gagne fur la fin elfe au-delà de la longueur que celle de trente-fix aurait perdue: de plus, oiïgagne toujours d’employer de la'foie bien montée, en ce que la devideufe & l’ourdiiîeufe font moins de déchet j au lieu que la foie mal apprêtée donne fouvent demi-once & quelquefois une once de déchet par livre, ce qui met le fabricant en perte de cinq fols par aune.
- 71. On me reprochera peut-être d’entrer dans des détails minutieux: mais je n’écris que pour l’avancement de mon art} & fi quelqu’une de mes obfer-vations peut tourner à l’avantage des fabriques, je ferai amplement récom-penfé des foins que mon travail exige de moi : d’ailleurs , qu’on me permette de faire remarquer en palfant, que c’eft à mes compatriotes que je fais part de mes réflexions } & le mérite que j’ambitionne le plus, eft celui de l’impartialité.
- 72. Je prie mes ledeurs de me pardonner une auffi longue digreflion au fujet de deux villes qui, après celle de Lyon, tiennent un rang diftingué dans celles de manufactures. J’ajouterai qu’outre plus de dix-huit cents métiers qu’on compte àTours^on y recueille encore beaucoup de foie, & on y occupe environ quatre-vingt moulins pour l’apprêter, tant pour les étoffes que pour la paflementerie.
- 73- Nîmes occupe environ trois mille métiers pour les étoffes, cent vingt moulins pour ouvrer les foies dont elle recueille une grande quantité : la paffementerie n’y eft pas confidérable} mais en récompenfe on y compte environ huit mille métiers à faire des bas de foie.
- 74. D’après tous ces détails, il eft aifé de juger de l’étendue de nos manufactures } car outre celles dont j’ai parlé, qui font les plus confidérables , celles de Paris & de Rouen nejeur cedentguere dans leur genre : nous avons encore celles de Lavaur,de Narbonne, d’Auch,de Marfeille, du Puy-en-
- Velay ,
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- Vélay, d’Amboife, de Touloufe, &c. qui ne font pas auflî fortes, parce que leur établiffement elt plus moderne.
- 7f. Il y a encore beaucoup d’autres villes où l’on ne fabrique pas , mais dont l’unique emploi etb de recueillir de la foie; c’efl larichelfe de toutes nos provinces méridionales, telles que le Languedoc, la Provence, le Vivarais, le Dauphiné, le comtat Venaiifin, la Touraine & les provinces voilines ; & pour donner une idée préciTe de l’état de nos fabriques, on compte en France plus de quinze cents moulins à apprêter les foies, vingt-huit mille métiers à fabriquer les étoffes, plus de douze mille à faire des rubans & galons , & environ vingt mille à faire des bas ; enforte que le travail des foies occupe directement environ deux millions de perfonnes, fans compter les ouvriers qui font occupés à conflruire ou réparer toutes les machines.
- 76. Tant de fuccès de notre part ont nui fans doute à ceux de plufleurs-fabriques, autrefois accréditées, de l’Italie. Lucques , Pife, & quelques autres, ont été obligées d’appelîer des Lyonnais, pour remonter leurs manufactures ; encore ne font-elles que languir.
- 77. Jacques I, roi d’Angleterre, 11e ceila toute fa vie d’engagerTes fujets à faire des plantations de mûriers, & à fe livrer à la culture des vers à foie , pour augmenter leurs manufactures, qu’il voulait élever au pair de celles de France. Peut-être me faura-t-on gré de faire connaître par une anecdote linguliere, combien l’introduCtion d’étoffes de foies étrangères eft rigoureu-fement défendue en Angleterre. Il y a environ huit ans qu’on effaya de paffer un habit de velours mignature, fabriqué à Lyon pour AL le duc de Cumberland , frere du roi; il fut faifî aux frontières, & par fentence juridique, il fut brûlé publiquement, malgré fa deftination : aufli l’on peut dire que fi les manufactures y font moins brillantes, du moins elles y éprouvent moins de vieifîitudes que chez nous, où l’on s’obftine à tirer du Levant & des Iudes, des étoffes que nous fabriquerions aufll belles & à meilleur marché.
- 78- Les différentes opérations qui concernent la foie font, Part d’élevex & cultiver les mûriers; l’art de conduire les vers à foie depuis Imitant de leur nailfance , jufqu’à celui où ils s’enferment dans le magnifique tombeau dont nous tirons de fi grands avantages ; Part de tirer la foie de deffus les cocons, & de la mouliner ; l’art de la teinture , fi difficile , & d’où dépend le fuccès de tout le travail des foies ; celui du devidage, de l’ourdiffage, & enfui de l’emploi de cette foie , qui jufqu’à cet inftanc a déjà fubi tant d’opérations.
- 79. Il aurait ^eut-être é^é à propos de commencerPouvrage que je donne aujourd'hui au public, par li? détail des premières opérations qu’on fait fubir à la foie , & de ne traiter l’emploi qu’on en fait, qu’après ; mais en cela je me fuis conformé augôm des perfonnes; éclairées,, qui peiifent que le travail Tome. IX. D
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- des étoffes eft fi curieux qu’il n’eft pas de lecteurs pour qui il ne foit inté-reffant; au lieu que la préparation des foies , toute curieufe qu’elle eft, n’in-térefle pas un aufli grand nombre de perfonnes. Au furplus, l’accueil du public pour cette partie , me déterminera à donner fuccefiivement toutes les autres, ou à m’en tenir à cet eflai ; & néanmoins pour donner quelque teinture de ces opérations , je joindrai à cette première fetftion un traité abrégé de la culture des vers à foie, de la maniéré de tirer les foies, & de leur moulinage.
- 80. Il y avait déjà long-tems que je m’occupais du projet que j’exécute aujourd’hui, quand j’appris que mon art était traité dans l’Encyclopédie. Curieux de voir comment on l’avait décrit, je le parcourus avec avidité, & fus fort furpris qu’on n’en eût donné qu’un extrait très-fuccinét, & même plein d’inexactitudes : je fentis renaître mon zele , & formai le delfein d’en faire un traité complet, qui, faifant fuite aux arts & métiers décrits par MM. de l’académie royale des fciences , ne fût pas indigne des modèles qu’ils offrent en tout genre. Je 11e le cache pas, je fuis fabricant, & j’ai plus encore travaillé par mes mains que je n’ai fait travailler * c’elt la feule qualité qui me puiife mériter quelque éloge. Peu accoutumé à rédiger mes idées par écrit, j’ai fait la trilte expérience qu’il y a loin d’un bon ouvrier à un auteur > même médiocre 5 mais fi je me fais entendre , fi mes defcriptions font claires , j’aurai atteint mon but. D’ailleurs , la quantité de termes techniques, les répétitions nécelfaires, tout cela concourt à rendre le ftyle peu agréable.
- 81. La nécefiité de répandre dansplufieurs articles d’un dictionnaire , des procédés qui, quoique différens, devraient être préfentés fous un même point de vue, a fans doute encore nui aux defcriptions qu’on trouve dans l’Encyclopédie: j’ofe contredire bien des principes qu’on y avance , &je no crains pas qu’on me releve : le dirai-je enfin, il n’eft prefque pas d’opérations dans la fabrique que je n’aie exécutées moi-même ; point de machines quo je 11’aie vues , me.furées & fouvent corrigées. Peu attaché aux méthodes de mon pays, quand elles font inférieures à d’autres, je les condamne par cela feul qu’elles font inférieures.
- 82. Tels font les fentimens dans lefquels j’entreprends de décrire un des arts qui font le plus d’honneur à l’induftrie des hommes. Tout y eft beau : le principe de notre travail eft une des merveilles du Créateur j la nature eft; le livre où nous puifons nos idées ; les fleurs, les fruits, les oifeaux, tout y offre fans ceffe des images riantes ; tout nous y porte à admirer la grandeur de Dieu : Cceli marrant gloriam Dei. Nos uftenfiles même font des fruits du génie, chez nous un métier eft d’autant plus eftimé que fes opérations font plus fimples. La phyfique & la méchanique font fans relâche miles, en ufage, pour leurjjproeurer cette importante qualité. M. de Vaucanfon , dont
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- îe nom eft fon éloge, a rendu les plus importans fervices aux manufa&ures , dont il s’occupe fans ceffe.
- 83. Quelques perfonnes ont voulu me détourner de mon entreprife, fous prétexte que c’eft répandre chez l’étranger des connaiifances que nous devons faire tourner à l’avantage de nos manufactures ; mais à cette frivole objection , la réponfe eft péremptoire : malgré l’état floriflànt de cette efpece de commerce en France , à faire le dénombrement de la quantité de métiers dans chaque état voifin , on trouvera que la France en a moins que l’Angleterre , l’Allemagne & l’Italie enfemble ; & quand ce nombre augmenterait chez eux, où en ferait le débouché ? D’ailleurs , c’eft moins la quantité de nos métiers , que notre goût, qui fait notre richelfe. Ce goût inépuifable fe produit fous mille formes , & une étoffe eft déjà vieillie chez nous , quand elle arrive à l’étranger. Qui ne {ait que l’éloge d’une mode ou d’une étoffe chez nos voifins, eft qu’elle vient de France? (17)
- 84. Au furplus , je vais propofer un raifonnement bien {impie : on vient de voir à peu près l’état de nos manufactures comparées avec celles de nos voifins; leurs méchanifmes font certainement les mêmes, puifqu’ils fabriquent les mêmes genres , & qu’on n’a jamais pu arrêter les transfuges. Qu’apprendront-ils dans mon ouvrage ? Que le fatin fe fait de telle ou telle maniéré ? Ils en font. Que le velours doit être traité de telle façon ? Ils en fabriquent d’auffi beau que nous. Connaiflent-ils donc la petite ou la grande’ tire ? Oui, fans doute, toutes deux. Eh bien , que ne produifent-ils donc des chefs-d’œuvres pareils aux nôtres ? Qjae leur manque-t-il ? La foie leur eft commune avec nous. Faut-il le dire î il leur manque d’être français , d’avoir ce goût qu’ils nous envient ; & quand tous les ouvriers de Lyon pafferaient chez l’étranger, des Français s’établiraient à Lyon, & y feraient des chefs-d’œuvres qu’on nous envierait encore. Enfin , en traitant cet art, je trace un point au cercle qu’a projeté l’académie des fciences. Sans mon art, les deux bouts de ce cercle nefe toucheront jamais : & puifque le projet a paru beau, & digne d’une telle compagnie, a-t-011 pu concevoir un tout à qui il manquât quelque partie ?
- (17) On pourrait demander à notre auteur , s’il eft permis de compter fur une Supériorité manifeftement fondée fur un préjugé des autres peuples de l’Europe, en faveur des Français, dans toutes les
- marchandées de mode. On pourrait lui faire remarquer que ce goût inné qu’il attribue à fa nation , n’eft au fond qu’une chi* ir.ere. Mais cette difcuffion n’appartient pas à l’art de fabriquer les étoffes de foie.
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- INTRODUCTION
- A la fabrique des étoffes de foie r contenant un traité abrégé de la culture des mûriers, des vers à foie, du tirage & du moulinage des foies.
- Abrégé de la culture, des vers à foie en France.
- 85. croirait que l’art d’élever les premiers artilans de notre luxe , eft
- entre les mains de gens à qui ce travail aonne à peine la fubfiftanee ! Et pourquoi mon habit de velours n’a-t-il procuré que du pain à tant de mal-heureux qui y ont travaillé , avant qu’il vint rehaulfer mon peu de mérite 3 aux yeux d’hommes qui en ont auili peu que moi !
- 86. C’est à des gens de la campagne qu’eft abandonnée là culture des vers à foie ; les plus riches d’entr’eux ont en propriété des plantations de mûriers, d’autres en louent, d’autres enfin achètent les feuilles au poids, au tas ou bien à la fâchée, félon les différens pays.
- 87. Il eft certain que l’ufage d’acheter des feuilles de cette maniéré, eft très-pernicieux, parce que l’expérience a appris qu’il fallait admettre du choix parmi les mûriers , fuivant les différens âges des vers à foie : ainfi ceux dont les feuilles font plus tendres, conviennent aux plus jeunes 5 & l’on a foin d’en donner de plus dures, & peut-être à caufe de cela plus noumirantes , aux plus avancés en âge. Il eft difficile , pour ne pas dire impoffible, de fuivre cette gradation avec des feuilles ramalfées indiftindement de tous côtés , fouvent gardées, & prefque toujours flétries par le feul tranfport : auffi les vers à foie meurent-ils en très-grande quantités & ceux qui parviennent à faire leurs cocons, n’en font que de très-minces , ou leur foie eft de moindre qualité.
- 88* Les foins qu’exigent ces précieux infedes font fans nombre s le froid, le trop grand chaud, l’humidité, la fraîcheur, la mauvaife odeur, le bruit, font pour eux autant d’ennemis mortels , ou pour le moins leur portent un préjudice eonfidérable. Les Chinois , félon le P. du Halde, en prennent encore de bien plus grands foins s & même en comparant la maniéré qu’il rapporte des Chinois dans le traitement des vers à foie, avec la nôtre, 011 ferait tenté de croire que notre climat leur convient mieux que l’Afie. Voici comment on s’y prend chez nous.
- 89. Généralement parlant, on choifit la quinzaine de pâques pour faire couver les œufs des vers à foie, parce que ce 11’eft guere que dans ce tems qu’on voit paraître en ce pays-là les feuilles de mûriers ; il y a même des pay-fans qui, foit dévotion, foit je ne fais quelle autre idée, les mettent couver le vendredifaint.
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- 90. On emploie plusieurs méthodes pour faire éclorre ces œufs i les uns les mettent dans une boite qu’ils placent dans la cheminée, de maniéré que la chaleur 11e fe faiîe fentir que par gradation, & les y lailfent huit ou dix jours, au bout duquel tems on juge qu’ils doivent être éclos , félon la chaleur qu’on leura fait éprouver, d’autres mettent cette boite derrière le four d’un boulanger ou d’un fournier ; (j8) quelques autres mettent les œufs dans un petit linge bien blanc, puis aflêmblant les quatre coins , ils les lient de façon qu’aucun œuf ne puifle fe perdre, fans cependant les preifer : alors une femme les portant dans fon fein , fans difcontinuer, leur communique la chaleur de fon corps , & n’a d’autre foin que de ne les pas écrafer jufqu’à ce qu’ils foient éclos ; quelquefois un homme les met dans fa chemife contre fa chair, quelques-uns les mettent dans leur lit ; ceux-ci dans le lit des enfans , comme devant éprouver une chaleur plus faine j & ceux-là les font couver par des chiens. Voilà toutes les méthodes que j’ai vu employer.
- 91. Il n’eft prefque perfonne qui 11e connailfe les vers à foie (19) , & qui
- (ig) D’autres font éclorre les œufs des vers à foie fur des poêles , que l’on nomme vulgairement en Suifle fourneaux.
- (19) Lever à foie, en latin bombyx, en ail. Seicicnraupe, eft rangé dans la clalTe des infeétes, par Linné qui le définit ainfi : Phalæna 33, bombyx clinguis, alis re-verjîs pallidis , Jirigis tribus obfoletis ,fyf-cis, maculaque lutiari. Syji. nat. tom. 1, pag. 817» treizième zàit.Vindobon a, 1767. Jlrnœn. acad. 4, p. <563. Plufieurs auteurs célébrés, Malpighy , Swammerdam , Val-Jifnieri, Réaumur , nous font connaître cet infeéte. C’eft d’après eux que nous allons le décrire. Son corps eft divifé en onze anneaux, fur chacun defquels on apper-qoit un petit mamelon noir, nomméflig-mate, que l’on croit être les endroits par où le ver refpire. Ces bouches répondent à des poumons qu’on appelle des trachées, A mefure que le ver grolfit, les ftigmates & l’anus donnent naiflance à des tuyaux qui s’alongent à chaque mue. Le tuyau de l’anus a cinq ou fix lignes de longueur , & ceux des ftigmates deux à trois. Cet infeéte afeize pattes , dont les fix antérieures font plus courtes que les huit autres , les leux dernieres font attachées- à l’extrémité pos-
- térieure du ver. En obfervant la tête de la chenille, on remarque la levre fupérieure , les mâchoires , deux corps charnus qui lui fervent comme de levre inférieure, & la filiere qui eft urt mamelon charnu, percé d’un petit trou où fe moulé la liqüèur foyeufe. Sur la tête, on apperqoit fix petitâ grains noirs, difpofés en cercle fur le devant & un peu fur le côté de la tête : trois de ces grains font convexes,hémifphériques & tranfparens ; ce qui a fait croire que c’é-taienc de véritables yeux. En ouvrant la chenille, on trouve d’abord l’eftomac : c’eft un canal qui va en ligne droite de la bouche à l’anus. La première partie de ce canal eft fermee par une foupape, & tient lieu de gofier ou d’œfophage. Vers la fin , il eft fermé par un fécond étranglement. De la tête descendent deux vailTeaux qui viennent fe coucher fur l^tomac , où après quelques finuoficés , ils vent fe ranger da côté du dos. Ces petits vaifleaux ordinairement jaunâtres, quelquefois blancs, font les réfervoirs de la foie , & vont aboutir à la filiere: mais avant que d’y arriver , ils deviennent déliés comme des filets Us ne s’introduifent dans aucune partie , où ils pourraient puifer la liqueur foyeufe , en-
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- n’ait vu de leurs œufs 5 ce foiit de petits corps fphériques, un peu applatîs, gros comme des grains de millet, & d’une faulfe couleur lilas foncé.
- 92. Quand les vers à foie éclofent, ils rdfemblent à des fourmis , & cherchent aulli-tôt à manger : il n’eft pas poflible qu’ils éclofent tous dans une meme journée; aufti quand on prévoit qu’ils 11e tarderont pas , on met dans la boite ou dans le linge quelques feuilles de mûrier , fur lefquelles ils gravif-fent auiii-tôt. On a foin de lever ces feuilles deux fois par jour, & on les met dans une autre boite ou fur quelque planche fort propre, & garnie de papier , où on leur donne à manger trois ou quatre fois par jour.
- 93. Comme tous ces œufs n’éclofent pas en un même jour, on a foin de mettre à part tous les foirs ceux de la journée, & on ne les mêle jamais avec d’autres.
- 94. La durée de l’exiftence des vers à foie , depuis leur tiaiffance jufqu’à leur travail, eft de cinquante jours ou environ, & pendant ce tems ils éprouvent quatre fois une même maladie, qui eft le changement de peau , à peu près tous les dix jours ; la durée de cette crife eft d’environ vingt - quatre heures ; ils font pendant ce tems comme dans une eipece de fommeil & fans mouvement. Ils fe cachent fous les feuilles qu’on leur a données ou fous les débris de celles qu’ils ont déjà mangées , de forte qu’on ne les apperçoit point. Ces maladies font très - dangereufes pour eux ; & quoiqu’ils foient fujets à d’autres accidens, c’eft là qu’ils périlfent le plus. Depuis leur naif-fauce jufqu’à leur première maladie, 011 les nourrit avec foin des plus tendres feuilles, & des mûriers de l’efpece la plus tendre (20) ; après chacune
- forte qu’ils doivent la recevoir par des canaux de communication infiniment déliés qu’on n’a pas encore pu découvrir. Le corps graiffeux du ver à foie eft un afiemblage d’efpeces de vaifleaux mous & fort entrelacés. C’eft de là que le papillon tire une grande partie de ce qui doit le compofer. Le coeur des chenilles eft un vaifleau de couleur d’eau , que l’on voit appliqué le long du milieu du^p's , depuis la tête juf-ques près de l’anus. On ne peut lui refufer le nom de cœur, puifqu’il en fait toutes les fondions : on y voit couler une liqueur qui s’élance par jets refiemblans à des flots, qui coulent toujours de l’anus vers la tête. Comme on n’a point encore découvert de veines, il eft incertain fi ce fang circule , ou s’il n’eft que battu par un mouvement périftaltiquede la membrane. On ne trouve
- dans le ver à foie nul indice des parties de la génération ; ces organes ne fe démêlent que pendant la fermentation qui fe fait dans la chryfalide.
- (20) Le mûrier, en latin morus, en ail. Maulbeerbaum, en italien , mono, en anglais Mulberry - tree, eft diftingué en deux efpeces, i°. MorusfruBu nigro, Fin. Morus nigra 2. fol iis cordatis cabris , Linn. Le mûrier noir eft un arbre dont la racine eft rameufe ; fes branches font entrelacées , fon écorce eft rude & épaifle, fon bois jaune , fes feuilles font alternes , d’un verd luifant , pétiolées, Amples, entières , faites en cœur, deatées, quelquefois découpées en ctnq; lobes ; les fleurs mâles font compofées de quatre étamines dans un calice divifé en quatre folioles ovales & concaves ; les fleurs femelles qui fe
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- de ces quatre maladies, on les nettoie , car ils aiment beaucoup la propreté; & pour y parvenir, on leur jette autant de feuilles qu’il en faut pour les
- trouvent quelquefois fur le même arbre , font composes de deux piftils , dans un calice à quatre folioles obrondes ; fon fruit qu’on nomme mitre, eft formé de petites baies renflées , charnues & fucculentes dans la maturité , dont chacune renferme une femence ovale , aiguë.
- 29. Le mûrier blanc , rnorus friidht albo, Pin rnorus alba i. foliis obltqtie cordatis lavibus , Linn. a fon fruit blanc plus petit que celui du noir , d’un goût fade & doucâ-tre , fon feuillage eft d’un verd naiffant plus clair ; l’ecorce eft aufü plus blanche ; fes jets font plus menus & deux ou trois fois plus longs ; ils croiffent plus vite que ceux du mûrier noir.
- On doit remarquer parmi les mûriers blancs le mûrier d'Efpagne , rnorus Hif-panica, foliis aniphjjunis , nunquam lu-çinatis , rnorus lndtca foliis ovato-oblongis utrinque œquahbus , inaqualiter Jerratis. Sa feuille grande , épaiffe . eft plus ferme & plus fucculente ; fes mûres font grifes & plus groflfes que celles des autres mûriers.
- Le mûrier blanc enrichit la plus'grande partie de l’Italie, la Sicile, l’Efpagne, & les provinces méridionales de France Un ancien préjugé en a long-tems empêché la culture dans les pays moins chauds. Ce-pendant.cet arbre a très - bien réuffi dans plulieurs endroits de la Suiffe. On en a même planté avec fuccès en Suede & en Dannemarc.
- Les feuilles du mûrier blanc fauvageon font une foie très, belle, mais en petite quantité. Les vers nourris de celles du mûrier d’Efpagne donnent beaucoup de foie; mais elle n’eft ni belle ni bonne. Les feuilles de mûrier franc ou enté avec la greffe du mûrier blanc fourniffent beaucoup de foie & d’une qualité fupérieure. M. Thomé donne la préférence au mûrier rofe d’Italie. Un obfervateur Suiffe , M, le capitaine.
- 'Wildermett, de Bienne , a fait des expériences qui prouvent qu’on peut concilier ces deux opinions , en variant les efpeces de feuilles , fuivant les différens âges des vers à foie.
- On multiplie cet arbre par la femence, par les marcottes & par les boutures. Pour les mûriers blancs , il faut tirer la graine des plus belles mûres qui fe trouvent fur les mûriers dont les feuilles font grandes , blanchâtres , douces , tendres & le moins, découpées qu’il eft polfible. M Duhamel incline à la tirer de pays où il fait quelquefois affez froid. Les caractères d’une bonne graine font, d’être groffe , pefante , blonde , de répandre beaucoup d’huile lorfqu’on l’écrafe , & de pétiller quand on la jette fur une pelle rouge. Le mûrier s’accommode affez bien de toute forte de terre. La graine doit être femée dans un bon terrein , préparé par plufieurs labours. Dès que la chofe eft faifable, on arrache tous les arbres qui ont de petites feuilles d’un verd foncé , qui font rudes ou profondément déchiquetées ; cette efpece d’arbres ne produirait point de feuillage pro. près pour les vers à foie. Quand les jeunes plants ont pouffé plufieurs jets longs d’un ou deux doigts, on n’en laiffe qu’un ou deux fur chaque pied, & on retranche tout le refte. Cela fait, il ne faut pas les émonder jufqu'au commencement de mars de la fécondé année ; dès-lors & à mefure qu’ils poufferont des jets , on aura foin de les émonder. On les tranfplante dans ta fécondé année ; fl on les met dans une bonne terre , il faut les efpaeer à cinq toifes ; Fi c’elt en terre fablonneufe , il ne les faut: planter qu’à deux toifes les uns des autres, en taillant les racines qui peuvent être endommagées & rafraîchiffant les autres Le mûrier a réuflî dans des terreins fablon-neux , maigres & tellement arides que la bruyere même avait de la peine à y croître^
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- couvrir entièrement. Deux ou trois heures après on s’apperqoit qu’ils ont quitté les vieilles & qu’ils font venus chercher les fraîches. On enleve avec précaution ces nouvelles feuilles ,& par ce moyen on les tranfporte aifé-ment dans une place nette : & il ne relie au fond que les cotons des vieilles feuilles, ainfi que les ordures.
- 9f. Le P. du Halde rapporte une méthode très-ingénieufe , dont fe fervent les Chinois pour changer les vers à foie, & dont on pourrait tirer parti
- Dans de pareils endroits, il faut les planter prefqu’à fleur de terre , dans des foffes de cinq à fut pieds en quarré , obfervant de jçtçr fur un des bords, la fuperfiçie du ter» rein, que l’on fuppofe meilleure que le fond, <% que l’on réferve pour entourer les racines de la jeune plante» La foire remplie avec précaution, doit être couverte d’un lit de feuilles. On butte le pied de l’arbre au moins d’un pied & demi au - deffus du niveau du terrein, en le foulant légèrement pour l’afTurer contre les vents. H eft ut-ile de faire les foffes fix mois ou un an avant de planter. Au lieu de foffes , on peut former des tranchées larges de quatre pieds, en obfervant la réparation des couches de terre. On beche tout le fond de la tranchée ; on marque la place de chaque arbre ; on jette la terre de la première couche fur chaque endroit où il fe trouve un arbre» On fe trouvera bien de ne pas remplir entièrement la tranchée , afin que la terrè-recoive les pluies , & qu’elle foitcon-ferv.ée fraîche. On n’étête jamais le mûrier en le plantant. On fe contente de retrancher les branches inutiles, & d’en confer-ver trois ou quatre des mieux difpofées. La djfiance des tranchées peut être fixée à dix - huit pied-s.. Les jeunes mûriers ainfi tranfplantés demandent d’être arrofés juf-qu’à ce qu’ils aient repris ; en hiver, on fait porter un ou deux paniers de fumier confommé oq de terreau , au pied de char que arbre. Le mûrier fe multiplie aufli de boutures , ferrées au commencement du printems, ps*r un tem$ humide & exempt $u;h&l.e; eljçs pouffent de meilleures rai»
- cines, Iorfqu’on enleve avec elles une partie de la plus groffe écorce du tronc. Pour multiplier cet arbre de marcottes, on choi-fit de jeunes mûriers qui aient de belles feuilles , & dont la tige ait de quatre à cinq pouces de diamètre ; on les coupe à cette hauteur. Les Touches pouffent au printems quantité de branches ; quand elles ont un pied de hauteur, on couvre de bonne terre franche la naiffance de ces branches qu’on étend de tout côté , en les affujettiffant avec des piquets & des crochets de bois. Au bout de deux ans, les jeunes branches ont affez de racines pour être mifes en pépinière. La fécondé ou la troifieme année après que les mûriers ont été plantés, on peut en cueillir la feuille; mais comme le bois en eft fort caffant, il faut bien prendre garde de ne pas endommager les branches-On leur fait un tort confidérable en les effeuillant trop jeunes. Enfin , on multiplie les mûriers , en greffant ceux dont la feuille eft large fur ceux qui ont une petite feuille. On greffe en fente , en écuffon , & même quelquefois en fifflet, Lorfqu’on a greffé un mûrier , il faut lui donner trois cultures chaque année, pendant fix ou fept ans, en bêchant à deux pieds tout autour, en mars, en juin & en feptembre, V. Buchoz, DiBionnaire uni-verfel des plantes, &c. Linné, Gen. plant. & Syjlema natures Tournefort, Injlitut. rei herbaria , Encyclopédie économique , au mot Mûrier. Traité fur la culture des mûriers blancs, par M. Pomier , ingénieur des ponts & chauffées.
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- eu Europe. Quand ils font dans une de leurs maladie^ périodiques, ils ont coutume de fe cacher fous leurs feuilles ; lorfque les Chinois prévoient que cette crife tire à là fin , ils les couvrent d’un léger filet, fur lequel ils arrangent des feuilles fraîches; quand ils font fortis de leur efpece de léthargie, iis cherchent avec avidité de la nourriture , & montent à ces nouvelles feuilles. Au bout de quelque tems , quand on eft alluré qu’ils y font tous, ou à peu près, on enleve le filet, & on les change ainfi de place, fans les tourmenter par des mouvemens qui leur faut infupportables.
- 95. Il faut, à mefure que ces animaux groffilfent, les loger plus au large; car c’eft encore un des moyens de n’en pas perdre beaucoup , que de les mettre à l’aife. Voici comment on fe conduit à cet égard dans nos provinces méridionales.
- 97. Chaque particulier qui s’occupe de ce genre de culture , leur delfine les chambres de fa maifon qu’il croit le plus convenables ; & fi la température de l’air n’était pas telle qu’il la leur faut, on y fupplée au moyen d’un peu de feu, dont la chaleur doit être très-douce. O11 place tout autour & au milieu de cette chambre plufieurs rangées de tablettes d’environ quatre pieds de largeur & à plufieurs étages; & pour fixer à peu près le nombre qu’on en peut mettre , il fuffit de dire que dans une chambre de neuf pieds , hauteur ordinaire, on met fept rangées de tablettes.
- 98- Ces tablettes ne font pas toutes faites de même matière: les uns les font de planches aflemblées ; d’autres prennent des claies d’ofler ou de ro-feaux refendus, & dont la furface liffe eil d’un même côté; 011 foutient le bord de ces claies avec des lattes , pour y former des rebords ; d’autres font un tiffu avec de la paille & de la ficelle de jonquille. ; quelques-uns avec de petits rofeaux entiers de deux lignes & demie ou trois lignes de groffeur ; enfin d’autres tendent de la toile fur de petits chafiis faits avec des lattes, & s’en fervent comme de tablettes pour placer les vers à foie.
- 99. Il faut avoir attention à chaque changement de peau , de leur donner plus déplacé qu’ils n’en occupaient auparavant; car leur accroiffement eft très-fenfible , & fans cette précaution ils fe trouveraient trop à l’étroit, & fe gêneraient les uns les autres. Un ver à foie, quand il fort de l’œuf, eft prefque noir, & n’a guere plus d’une ligne de longueur ; & quand il eft prêt à faire fa coque, il a environ deux pouces, ce qui fait à peu près une ligne d’accroiifement par jour. Lorfque je recommande de les tenir à l’aife , ce n’eft pas qu’ils puiiTent s’échauffer les uns les autres , car ils font qn tout tems très-froids ; mais leurs excrémens, dont l’exhalaifon leur eft très-préjudiciable, étant plus renfermés, fermenteraient & leur deviendraient mortels.
- 100. Depuis la première jufqu’à la troifieme maladie , on leur donne à
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- manger trois fois par jour j de la troifieme à la quatrième , on leur en donne cinq fois, à peu près toutes les quatre heures & demie, autant la nuit que le jour ; & depuis la quatrième jufqu’à la montée, on leur en donne toutes les deux heures.
- 101. Lorsqu’on a de toutes les efpeces de mûriers qui leur conviennent, on leur donne d’abord de l’efpece la plus délicate tant qu’ils font jeunes , (21 ) & enfuite de plus dure qui les nourrit davantage ; car alors ils ont plus de force pour ronger les feuilles qui ont acquis fur l’arbre plus de confit tance. (22)
- 102. Outre les maladies auxquelles les vers à foie font fujets , on craint encore beaucoup pour eux les orages , fur-tout après leur quatrième crifè, & l’expérience a appris qu’un fort orage peut détruire en un inftant l’efpé-rance de la plus belle récolte.
- 103. Après leur quatrième maladie (23) on redouble de foins pour eux; & lorfqu’on voit qu’ils commencent à mûrir, on difpofe les cabanes dans lefquelles ils doivent faire leurs cocons. On connaît leur maturité en ce que non-feulement ils celfent de manger, mais encore ils deviennent tranfpa-rens, ce qui eft un ligne non équivoque qu’ils vont incelfamment faire leurs cocons. J’ai même ^remarqué, en ouvrant un ver à foie prêt à faire fa coque ,
- (si) M. le capitaine "Wildermett , que j’ai déjà cité dans une note précédente , fit éclorre une once de graine , il nourrit les vers jufqu’à la fécondé maladie, avec la feuille du mûrier fauvageon, planté en haie dans une expofition favorable. Depuis cçtte époque, il les nourrit avec la feuille du mûrier rofe fauvageon, jufqu’au tems où ils font à la briffe. Depuis lors , jufqu’à ce qu’ils font en cabane , il leur donna la feuille du mûrier rofe d’Italie enté. Enfin , il leur préfenta la feuille romaine, fort analogue à celle du mûrier noir. Les yers provenus de cette once de graine ont pro-duit le double de ce qu’ils donnent ordinairement en France; & fept livres environ de ces cocons ont rendu une livre du plus bel organfm. Diii. cVhift. rtat. édit. d'Yvcrdon , au mot ver à foie.
- (22) Dans les années où les feuilles de mûrier étaient rares, on a eu recours à plufieurs autres plantes pour nourrir les vers à foie, comme la laitue , les feuilles de ronce, de.chênc, de charme ; mais tout
- cela n’a pas répondu aux efpérances qu’on avoit conques. Ce n’a été qu’après beaucoup d’épreuves qu’on a imaginé de faire fécher la feuille de mûrier de la pouffe d*automne. Les vers étant éclos, on fera bouillir de l’eau , dans laquelle on laiffera tremper pendant une minute cette feuille feche, qui devient par-là verte & tendre , comme fi on venait de la cueillir.
- (2?) Les vers à foie font fujets à quatre grandes maladies. La première fe déclare fix à fept jours après leur naiffance. Ils s’endorment, deviennent comme immobiles; la tête leur groiïit, & ils changent de peau. Cette opération dure trois à quatre jours ; & quand il fait froid , jufqu’à quinze jours entiers. Les trois autres mues fe fuccedent de même de fept en fept, ou de huit en huit jours. Outre ces quatre crifes ordinaires, les vers font quelquefois malades, pour avoir mangé des feuilles mouillées ou brouées , ou pour n’avoir point étépréfer-vés de l’humidité. L’intempérie de l’air , les tems froids, leur font auffi fbnefte*.
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- dans la partie antérieure de Ton corps, vers fa tète, une petite botte de matière verte & du&ile , que j’ai cru reconnaître pour la quantité de foie que chacun doit fournir pour fa tâche ; mais quoique cette foie foit jaune ou blanche quand ils font leur cocon , la couleur verte que j’ai vue m’a fait croire , ou que je n’avais pas fait mes obfervations fur des vers affez prêts à faire leur coque , ou qu’en paffant par leur bec elle prenait cette couleur jaune avec la gomme dont toute foie eft imprégnée. Je fonde ce raifonnc-ment fur la facilité avec laquelle on lui fait perdre cette teinture & cette gomme en la débouillant.
- 104. Quand les vers veulent faire leurs.cocons (24), ils montent à de petites branches de genet ou de bruyere, qu’on leur arrange fur leurs tablettes comme autant de berceaux, de la maniéré fuivante.-
- ioç. On prend ces branches par poignées, on les aifemble par le pied comme un balai, & on les place entre les tablettes , de maniéré qu’elles y tiennent debout, & même par le haut elles s’arrondilfent fous la tablette fupérieure, parce que ces petits faifeeaux font plus longs que la diltance d’une tablette à l’autre. Ces berceaux ont à peu près quatorze à quinze pouces d’écartement, & font appuyés les uns contre les autres comme autant d’arcades , puis on leur continue la nourriture, & ils montent travailler quand leur période eft arrivé.
- 106. Quand un ver à foie fe difpofe à faire fon cocon , il commence à placer en tout fens des fils, auxquels il en attache d’autres , & toujours en s’approchant du centre jufqu’à ce qu’il fe foit enfermé dans fon riche tombeau ; on le voit travailler pendant deux ou trois jours 5 mais quand le cocon devient plus épais , on ne voit plus rien.
- 107. Le tems qu’il met à conftruire cet admirable édifice eft d’environ huit jours , au bout duquel teins il fe change en chryfalide, puis en papillon, & alors il perce fa coque , qui ferait perdue fi l’on 11 y obviait comme on le verra , & enfin il ne fonge plus qu’à perpétuer fon efpece en s’accouplant avec un papillon d’un autre genre que le lien. Ces papillons ont d’affez grandes ailes, mais ils ne fauraient cependant voler, quoiqu’on les leur voie battre affez fouvent & rapidement; & l’inftant où ils les agitent le plus eft quand ils font accouplés, à peu près comme les pigeons quand ils s’approchent. Telle eft en abrégé l’éducation des vers à foie ; nous allons voir maintenant la maniéré de tirer la foie de deffus les cocons.
- 108. Nous 11e répéterons pas ce que nous avons dit de i’impoflibilité de
- (24-) Quand le tems de la métamorphofe mange prefque plus, il parait flafque & eft arrivé , le corps du ver à foie devient mollafle, puis il cherche un endroit où il luifant, & comme tranfparent, L’animal ne puifle faire fa coque.
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- tirer la foie à fec & fans feu. Quoi qu’il en foit, le P. du Halde nous a donné une defcription de cette opération chez les Chinois , & il allure qu’ils fe fervent d’une chaudière & d’eau prefque bouillante. Quant aux machines qu’il rapporte pour cet ufage, la complication que nous avons été forcés de donner aux nôtres , permet à peine de croire que ce qu’il en dit foit poifble j mais nous ne nous y arrêterons pas , il nous fuffit de décrire les opérations qu’on pratique en Europe.
- 109. On a vu plus haut qu’on fait trois fortes de foie, la greze, l’écrue & la cuite. Voici comment on leur donne les divers apprêts qui les différencient entr’elles.
- 110. Lorsque les vers à foie ont achevé leurs cocons, on choifit les plus beaux pour en avoir de l’efpece pour l’année fuivante ; c’eft ce qu’on appelle choijîr les cocons pour graine. ( 25 ) On en prend moitié de mâles & moitié de femelles , qu’on reconnaît à la forme des cocons ; chaque livre produit une once de graine, c’eft-à-dire , d’œufs , & cette once produit , année commune, cinquante livres de cocons.
- in. Quand ce choix eft fait (36) , il faut de toute néceflité faire périr
- (2s) On donne le nom de graine aux œufs des vers à foie. Le choix de cette graine eft un objet très-important. De toutes les graines étrangères, les Français préfèrent celle de Piémont & de Sicile, enfuite celle d’Efpagne. On doit obferver cependant que toutes les graines qu’on tire de l’étranger ne réunifient pas . parce qu’elles ont été gâtees en route par les intempéries de l’air. On prétend même qu’on les fait quelquefois pafier au four avant de les expédier , pour détruire par ce moyen le principe de fécondité qu’elles renfermant La graine de la Chine eft jugée la meilleure de toutes par plufieurs obfervateurs ; & il ne ferait pas impoilible d’en faire venir dans des pots de verre bien fermés. En S'uiffe , la graine de Piémont réuffit mieux que toute autre. On reconnaît la bonne graine lorfqu’elle eft caftante, qu’elle contient une liqueur qui n’eft ni trop épaiflê ni trop fluide, qu’elle porte un œil vif & lucide, qu’elle tire fur le gris obfcur. On l’éprouve en la mettant dans du vin : celle qui fe précipite au fond eft bonne , celle qui fur-nage doit être rejetée. Il femble que cette
- épreuve doit être fujetteà bien des incon-véniens ; la force du vin peut nuire à l’animalcule. Si l’on veut absolument effayer , on pourrait fe fervir de l’eau avec le même fuccès ; mais il faut retirer promptement la graine , & la faire fecher au grand air.
- (26) Il y a encore un autre choix à faire, pour féparer les mauvais cocons, qu’011 appelle chiques, en italien chochetti. Ce font des cocons tachés , dont le ver eft mort ou fondu. On doit encore mettre à part les cocons doubles, qui ont été formés par deux vers enfemble , & qui ne renferment qu’une foie groflîere. Ces différentes efpeces de cocons doivent être tirées fépa-rément Avec un peu d’habitude, on d'i(lingue facilement à l’œil cinq fortes de vers à foie. La première efpece eft blanche, les pieds de l infeéle deviennent rouges , après la quatrième maladie, & leur foie eft rouge. La fécondé efpece fe diftingue de la première, parce que les pieds relient blancs après la quatrième mue ; leur foie eft blanche. La troifieme efpece , plus délicate que les deux premières, aime les feuilles ta-
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- le ver dans les cocons ; car autrement étant changé en papillon , il percerait fa demeure, dont on ne pourrait plus tirer aucun parti. Il y a trois maniérés de faire mourir les vers ; les uns les expofent à l’ardeur du foleil, d’autres à la vapeur de l’eau bouillante , d’autres enfin les font paifer dans un four fuffifamment chaud; cette derniere méthode eft la plus fûre, & la moins nuifible pour la foie.
- 112. Les vers qu’on expofe au foleil ne périfTent pas tous; ceux qu’on met à la vapeur de l’eau bouillante périifent à la vérité , mais cette vapeur dilate la gomme dont la foie eft imprégnée-, les cocons étant les uns fur les autres s’écrafent, & la foie n’eft pas aufti facile à tirer : ceux qu’on met au four périifent , & les cocons confervent leur confiftance. Il eft vrai qu’il faut prendre garde que la chaleur du four ne foit trop forte; mais ordinairement les ouvriers qui emploient cette méthode font fort au fait, & ne manquent pas leur coup.
- 113. Il eft certain que ces trois opérations nuifent à la beauté de la foie; mais il eft indilpenfable de fixer ainfi le ver dans fa coque , & fans cela la foie dont le papillon eft forti, n’eft bonne qu’à filer à la quenouille. Ce n’eft pas , comme le prétend l’auteur du dictionnaire du commerce, qu’il y ait à craindre que les papillons s’envolent, & aillent dépofer leurs œufs ailleurs; quiconque en a vu , fait que malgré les efforts qu’ils femblcnt faire pour s’envoler , à peine en voit-on un feul qui quitte le papier fur lequel ils font, pour s’élancer à un demi-pouce plus loin.
- 114. Il faudrait un volume entier pour décrire les différentes machines qu’on emploie pour tirer la foie ; c’eft toujours une roue dont la forme & la
- .grandeur varient fuivant la coutume des pays où l’on s’en fert. Nous donnerons par la fuite dans un traité particulier le détail de ces opérations. Il fuflRt préfentement de dire qu’on tire de trois fortes de foie; l’organfin (27), latra-me& le poil : chacune de ces efpeces peuvent être tirées plus ou moins fines félon leur deftination ;mais il eft confiant que, quelque fines qu’on les veuille,
- chées de points noirs ; leur foie eft rougeâtre, ou quelquefois un peu azurée, La quatrième efpece eft verdûrre ; leur foie eft jaune & groffiere. La cinquième efpece qui n’a pas encore été fuffffamment obfervée, fait de la foie d’un beau verd céladon. En fuivant ces obfervations par des expérien-ces multipliées , on pourrait peut-être mettre à part chaque efpece de foie. On pour, rait même effayer d’elever à part chaque efpece de vers.
- ( 27 ) Uorganjîn , en ail. Kettcnfeide , en ital. Jeta torta, eft une foie tordue à trois , quatre jufqu’à huit brins , deltinée principalement à compofer la chaîne des étoffes. Pour la rendre propre à cet ulage , 01T la tord davantage , afin qu’elle ait plus de corps. On choifit pour cela la plus belle & la plus fine. La trame, en ail. Einjchlagy-Jcide , eft une foie moins forte , qu’on tire à quatorze jufqu’à vingt brins, pour tramer les étoffes.J
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- un feul brin de cocon ne peut jamais faire un fil ; le moins qu’on en réunifie elt fix pour l’organfin, neuf & dix pour les trames , & treize ou quatorze pour les poils.
- 11 j. Pour réunir ainfi plusieurs brins de foie, on met une certaine quantité de cocons dans une bafîine de cuivre rouge , d’environ dix-huit pouces de diamètre, & de cinq ou fix de profondeur, pleine d’eau , & portée fur un fourneau bâti avec de la brique & delà chaux, ou fur tel autre qu’on juge à propos : mais il doit y avoir à ces fourneaux un tuyau par où s’en va la fumée'', car on l’échauffe avec du bois auflî bien qu’avec du charbon.
- 116. Il faut néceflairement deux perfonnes pour ce travail , l’une pour conduire les brins venant des cocons, & l’autre pour tourner la roue fur laquelle on dévidé la foie en écheveaux.
- 117. La tireufe eft afGfe à côté du fourneau à une hauteur convenable pour faire, fans être gênée, autour de la bafîine tous les mouvemens né-ceflaires ; à fa droite eft placée la roue fur fon chevalet, ainfi queda tour-neufe. ( 28 )
- Ii8- Un des bouts du chevalet eft appuyé fur le fourneau , & porte deux guides de fer ou de fil de fer, dans lefquels paflent tous les brins de foie , & où ils fé réunifient pour n’en faire qu’un : ces deux premiers guides excédent le chevalet qui les porte, de trois ou quatre pouces, de façon qu’ils font au-deflus du milieu à peu près delà bafîine. A ceux-ci répondent deux autres qui font fur un va-vient, auquel la roue communique le mouvement.
- (28) L’afple ou machine à tirer la foie’efb un chevalet de bois fort b c (L pi 2 ,
- long d’environ cinq pieds, & large de deux, au milieu duquel, en e f. eW pofé l’afple ou dévidoir g h. Cette machine eft compofée d’un arbre i> de quatre à cinq pouces d’é-paifleur, garni de quatre ailes, qui peuvent le démonter en g & en /z, pour pouvoir enlever commodément la foie. Sur le devant du chevalet en a A, eft aftujettie une forte planche k , au milieu de laquelle en Z eft fixée une fourche de fer m , dont les pointes font recourbées en dehors, comme on le voit en m & én n. Ces deux pointesfont diftantes l’une de l’antre d’environ cinq pouces ; & c’eft ce qu’on nomme les guides, en ail, Einfàdler. La fourche eft de gros fil de fer. Plus loin fur le chevalet font fixés en 0 & p , deux pivots perpendiculaires,
- hauts de fix pouces , dont l’un eft creufé en o. Sur l’autre pivotp , tourne une poulie horifontale q , dont la gorge reçoit une corde r , qui pafle fur l’arbre de l’afple , en s. Cette poulie d’environ neuf pouces de diamètre porte en t une virole de fer, fur le bout de laquelle repofe la traverfe a , qui peutfe mouvoir avec la poulie , parce que le bout o entre dans l’ouverture o de l’autre pivot. Au milieu de la traverfe font deux fortes aiguilles u , dont le fommet eft recourbé en anneaux, pour conduire les fils jufqu’à l’afple. Us font diftans , comme les deux autres guides , de cinq pouces. Le fourneau W porte une balïine d’un pied & demi de diamètre. La profondeur en eft arbitraire , mais il vaut mieux qu’elle foit plate par en-bas. L’afple eft mis en mou' vement par une manivelle x.
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- Pour faire les organfins & les crames comme il faut, on tire deux éche-veaux à la fois , de la maniéré qu’on va voir.
- 119. La tireufe (29) affile comme 011 vient de le dire , met dans la baf. fine une certaine quantité de cocons, puis avec un petit balai de bouleau ou de bruyere , taillé également par le bout, elle effleure en fouettant la fuperficie des cocons qui furnagent, & les bouts s’attachent au balai; en-fuite elle les prend dans fa main gauche & les dépouille d’abord en totalité , & après cela chacun en particulier, de la mauvaife foie qui les couvre, ce qu’on appelle purger La foie ; enfin elle choilit avec fa main droite parmi tous les fils un nombre fuffifant pour compofer celui qu’elle veut tirer, les paffe dans le trou d’un des deux guides, en paffe autant dans l’autre, & alfem-blant au fortir des guides ces deux brins , elle les tord d’environ douze ou quinze tours , puis les fépare & les paffe chacun dans un des deux autres guides qui font fur le va-vient ; de là elle les attache à la roue ou afple fur lequel fie forment les écheveaux, & à laquelle la'tourneufe imprime le plus rapide mouvement qu’il lui eft poffible.
- 120. Le va-vient reçoit fon mouvement de la roue :on fait varier la com-binaifon de fa courfe à l’infini, afin que chaque tour de foie n’aille pas fe coucher fur le précédent ; fans cette fage précaution , la gomme de la foie que l’eau prefque bouillante d’où elle fort a dilatée, collerait néceffairement tous ces brins les uns aux autres, au lieu que chaque tour va occuper une place nouvelle, ou dont la gomme a pufe fécher par la rapidité du mouvement. ( 30 )
- (29) En ail. Hafplerin.
- (;o) L’afple à la piémontaife eft préfé-nHe à celui que j’ai décrit dans la note 28. Il diffère principalement en ce qu’il n’y a pas de chevalet à corde , dont l’ufage eft défendu dans le Piémont, fous peine d'amende. Le chaïïîs de cette machine eft porté fur quatre pieds, dont deux foutien-nent l’afple , & les deux autres le va-vient : les deux premiers font éloignés des deux féconds de trente-huit pouces, mefure de France , afin que la diftance de l’afple à la baffine puiffe conduire le fil plus fec fur l’afple. Au bout de l’arbre de l’afple, & en-dedans du pilier , eft un pignon compofé de vingt-deux dents , qui engrene dans une roue taillée comme une roue de champ. Cette roue eft attachée à un arbre , au bout duquel eft une autre roue de champ , aufli
- de vingt-deux dents , qui engrene à un au-tre pignon de trente-cinq dents. Sur ce pignon eft un excentrique qui entre par une pointe recoudée en équerre , dans un trou à l’extrémité du va-vient, qui de l’autre côté entre dans une couliffe , où il a la liberté d’avancer & de reculer fur une même ligne. La foie eft paffee d’une part dans deux fils de fer recourbés en anneaux , qu’on appelle griffes ; & de l’autre part dans une lame de fer percée , & adhérente à; la baffine. Au moyen de cette machine , on croife les fils les. plus fins dix-huit à vingt fois au moins , & on augmente les croifemens à proportion de leur groffeur. Ce qui donne tant de fupériorité aux organfins du Piémont, c’eft que les fils font tellement dift pofés fur toute la longueur de l’afple, que l’un ne peut pas fe trouver fur l’autre ; car
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- 121. On conçoit allez au feul récit de cette opération, que chacun des guides forme un écheveau ; & comme les brins des cocons peuvent finir ou ie calfer, la tireufe ne doit pas les perdre de vue pour en fubftituer de nouveaux quand il en manque, & fur-tout elle n’en doit pas mettre à chaque brin plus ou moins qu’il n’en faut ; elle a foin auiii d’entretenir dans la baf-fine un nombre fuffifant de cocons prêts à devider , & de tenir, en modérant ou pouilant fou feu à propos, l’eau prefque bouillante , fans jamais bouillir ; & fl elle fe trouve furprife de trop de chaleur, elle verfe dans la balline de l eau froide qu’elle a à côté d’elle. C’eft de cette attention que dépend la beauté de la foie. (31)
- 122. Il faut avouer que c’eft un travail bien pénible de tirer de la foie j car on ne peut fe difpenfer d’avoir continuellement les mains dans de l’eau prefque bouillante ; auffi voit-on les femmes qui s’y occupent, avoir les doigts tout pelés, ce qui augmente encore leur douleur. En vain ont-elles quelques faibles topiques qui pallient un peu leur mal; & cependant la modicité du prix qu’011 leur donne n’eft pas capable de les dédommager. Que de réflexions affligeantes pour un philofophe fenfible !
- 123. La gomme dont la foie eft naturellement imprégnée , fert à lier fur les cocons les brins les uns avec les autres , de façon qu’ils faffent un tout folide tel qu’on le voit ; elle fert encore à lier enfemble tous les brins particuliers dont au tirage on forme un feul brin, qui, quand il eft fec, ne peut plus fe divifer,à moins qu’on ne le fit bouillir de nouveau. Qu’on juge à préfentfi, comme le prétendent plufieurs auteurs, il eft poffible de tirer la foie à fec.
- 124. Il y a encore une autre maniéré de tirer la foie , fur-tout celle qu’on nomme poil ; 011 n’en fait qu’un écheveau à la fois, & par conféquent il ne faut qu’un feul guide ; mais pour procurer au brin de foie le frottement qu’il éprouvait en fe tordant avec le fécond, fuivant la méthode qu’on a vue plus haut, 011 le fait palfer dans le premier guide, de là il va faire un tour fur chacune de deux petites bobines, dont les têtes fe terminent en talus vers
- un fil de foie forçant de la badine , fe collerait à un autre fil, & ne pourrait s’en détacher qu’en caftant au devidage. M. de Vaucanfon a propofé un autre tour à tirer la foie , dont on peut voir les deiîlns & les dimenfions dans les planches de l’Encyclopédie. Il parait qu’il a voulu imiter la machiné piémontaiTe ; mais il n’y a que celle-ci qui foit propre à exécuter parfaitement l’opération du tirage.
- (51) On a obfervé que plus les cocons font vieux , & plus l’eau doit être chaude. Si les brins fe caftent fréquemment, il faut en conclure que l’eau eft trop froide : s’il vient beaucoup de bourre , c’eft que l’eau eft trop chaude. La tireufe ne doit pas attendre qu'un cocon foit entièrement épuifé pour lui en fubftituer un autre , parce qu’à la fin les fils ont à peine le quart de leur épaifteur.
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- le milieu de la longueur, & ne forment entr’elles qu’une rainure circulaire arrondie , d’environ une ligne de large , fans laquelle ces deux plans inclinés fe rencontreraient, & de là va paffer dans le guide qui eft fur le va.-vient : le refte de l’opération eft le même qu a celle que nous avons détaillée ci-deflus.
- I2f. S’il était befoin de démontrer la nécelîïté de l’eau chaude, tant pour tirer plus facilement la foie que pour unir plulieurs brins en un feul, ou pourrait s’en convaincre par quelques expériences que je vais indiquer. Plufieurs perfonnes , à Paris fur-tout, s’amufent chaque année à élever des vers à foie, & font faire de petits dévidoirs pour tirer la foie des cocons à fec : aucune d’elles n’a jamais pu faire ufige de cette foie, fi cen’eftpour des bas ou des gants , encore faut-il la filer au rouet ou à la quenouille comme du lin, & par conféquent les brins fé-parés au devidage font confondus & mêlés ; mais pour plus de certitude, voici quelques expériences très-aifées à faire , & qui démontrent l’impoffibilité de la tirer à fec.
- 125. Première épreuve. Doublez en huit ou dix un brin de foie tiré à fec, mouillez-le avec de l’eau froide en le palfant plulieurs fois entre les doigts, puis faites-le fécher fans feu 5 il eft certain que tous ces brins auront entre eux une certaine adhérence faible, que la moindre humidité détruira, & de plus la foie en fera très-terne, parce que le frottement qu’on lui aura fait éprouver n’eft pas capable de tendre les replis tortueux que la dureté de la gomme a fait contracter au brin, dont un cocon eft compofé dans fon pelotonnage.
- 127. Seconde épreuve. Doublez de même un brin de foie, trempez-le dans de l’eau bouillante en le palfant entre les doigts , & laiflez - le fécher tout naturellement i la foie fera plus brillante, parce que l’eau chaude en détrempant davantage la gomme, jointe aux frottemens qu’on lui aura fait fubir , aura détruit les crêpillonnemens qu’il avait en fortant de deflus la coque : ainfi il approchera davantage de la foie tirée par la méthode reçue.
- 128- Troijïems épreuve. Doublez deux brins en pareille quantité &fans les frotter entre les doigts, trempez l’un dans de l’eau bouillante , & l’autre dans de l’eau froide ; 011 n’aura de tous deux qu’une efpece de filofele, dont l’un fera plus adhérent & l’autre prefque pas ; mais tous deux feront bourrus , ce qui prouve la nécefïité du frottement dans le tirage.
- 129. Enfin , fuppofons qu’un brin foit compofé de huit brins primitifs , & qu’on l’ait tordu ; fuppofons aufli qu’on ait tiré par la méthode ufitée un brin compofé auffi de huit brins unis à l’eau bouillante : attachez-les par un bout à quelque point folide, & flifpendez à chacun un poids égal ; on verra que celui qui eft tordu fe rompra bien plus tôt que le fécond, qui peut fup-porter une charge prefque du double,
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- 130. Dans toutes ces expériences, lorfqu’on aura'uni les brins à Teats chaude, on ne'pourra les féparer qu’à l’eau chaude, au lieu que la moindre hLimidit.é féparera les autres..
- 131 - Je ne rne fuis un peu appefanti fur ces détails, que pour faire fentir l’impoftibilité des procédés que rapportent plusieurs auteurs eftimés, & dont par cette raifon les erreurs font plus répandues : ainfi toutes ces connais lances mettent en état tout lecfteur de favoir ce que font les foies grezes.
- 132. Lès foies crues ne font autre chofe que des foies grezes, qu’on a fait tordre & retordre fur des moulins deftin.ésà cet ufage,au point qu’exige le genre d’étoffes pour lequel on les deftine.. Après avoir donné la maniéré d’élever les vers à foie, & de tirer la foie ,.il ne refte plus qu’à donner une idée du moulinage.
- Traité abrégé du moulinage des foies*
- 133. Le moulinage ( 32.) des foies eft un apprêt qu 011 leur donne après; le tirage, pour pouvoir les teindre & leur donner une confiftance capable de réfifter aux efforts qu’elles fubiffent dans les différentes opérations où elles paffent, jufqu’à l’enciere fabrication des étoffes. (33)
- 134. Cette partie du travail de la.foie eft un art très; - curieux; & cette opération qui, au premier coup-dyœil, paraît très-fimple, a mérité l’attention d’un des plus habiles méchaniciens de l’Europe. Le moulin qui fert k cet ufage, quoique très-compliqué dans fes parties, eft fimple dans fes opé-
- rations ;,<% quoique ce ne foit pas ici
- (32) En ail. das Zwirnen.
- (3$) On appelle foie greze toutes les foies en général qui font tirées fimplement du cocon. De cette foie greze différemment travaillée, fe fait le poil, la trame & i’or-f>anfn. Le poil eft compofé d’un feul brin de foie greze, tordu faiblement fur lui-même. Cette préparation eft néceffaire pour lui donner plus de confiftance, & pour qu’il ne bourre pas à la teinture. La trame eft eompofée de deux brins de foie greze , tordus légèrement comme le poil. On donne encore le nom de trame à une certaine quantité de brins, de foie greze , tordus en-femble fur une machine appellée ooale. Vorganjhi eft compofé de deux , trois ou quatre brins de foie- greze, auxquels on donne par la préparation une force extraor-
- le.lieu d?en domier la d.efcription de-
- dinaire. Pour cet effèt , chaque brin dér foie greze eft tordu fép.arément fur lui-même , à l’aide d’un moulin. Ce tors, que-l’on nomme premier apprêt, fe fait à droite, & le fil reçoit plus de 800 tours.. Chaque brin ainfi féparé , on leur donne le retors* Par ce fécond apprêt, on joint enfemble les deux brins de foie tordue comme je viens de le dire. Ce fécond tors eft beaucoup moins fort que le premier. 11 fe fait dans un fens contraire au premier. La foie ovalce reçoit à peu près la même préparation ; avec cette différence, qu’au lieu de deux ou trois brins de foie greze , elle eft.-compofée de huit, douze & quelquefois, feize brins , fuivant la qualité de la foie , & le poids qu’on veut donner aux bas ; car la foie ovalée n’eft propre qu’aux bonnetiers-
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- taillée » nous tâcherons d’en dire affez pour mettre le le&eur au fait de cet important travail.
- 13 Presque tous les moulins font ronds *, ceux desEfpagnols font quar-rés ; mais ceux qu’a inventés M. de Vaucanfon, font longs , & fans contredit les plus parfaits de tous. Comme les ronds font le plus en ufage , je ne parlerai que de ceux-là. Il ne m’appartient pas de donner le détail de celui de ce grand méchanicien. Quant à ceux des Efpagnols, ils font en fi petite quantité , que je me crois difpenfé d’en parler.
- 136. C’est des Italiens & des Piémontais que nous avons reçu les moulins dont nous nous fervons communément en France; leur hauteur & leur diamètre varient à l’infini. On en fait chez nous , qui contiennent depuis une vargue jufqu’à quatre ; mais dans le pays d’où nous les tenons, ils font communément tous à quatre.
- 137. Le diamètre de ces moulins eft de onze , treize, quinze & dix-fept pieds ; mais les plus ordinaires en Piémont font de quinze pieds , & en France de treize.
- 138- Les moulins de onze pieds de diamètre ont douze guindres ©u afples pour chaque vargue ; ceux de treize en ont quatorze , ceux de quinze en ont feize, & ceux de dix-fept en ont dix-huit : par ce moyen les premiers ont foixante-douze fufeaux à chaque vargue, les féconds en ont quatre-vingt-quatre, les troifiemes en ont quatre-vingt-feize , & les derniers en ont cent huit. (33) ,
- 139. La hauteur des moulins à une vargue eft d’environ fept pieds , celle de ceux à deux vargues eft de neuf, ceux à trois vargues en ont douze , & ceux à quatre en ont quinze. Telles font les dimenfions générales de cette machine : nous allons donner la defcription des principales parties qui la compofent, 8c la maniéré de les faire mouvoir. Celui que je vais prendre pour exemple , eft un moulina quatre vargues, dont deux font deftinées à donner le premier apprêt à l’organfin, & les autres pour le fécond , & pour lefc trames & les poils. Il contient quatorze guindres ; fon diamètre eft de treize pieds, fur quinze de haut ; le haut & le bas de ce moulin font com-pofés dé deux cercles égaux qui en déterminent la circonférence. Ils font divifés fur cette circonférence en quatorze parties égales , à chacune deft quelles eft alfemblé un pilier ou montant; chaque vargue contient une rangée de quatre-vingt-quatre fufeaux de fer , pofés verticalement tout autour du moulin, ainfi qu’on va le voir.
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- ( H ) Les moulins, en allem. Zwirn. à MM. Fonrobert freres, & plufieurs au. mühle, portent quelquefois plufieurs cen- très petits moulins. V. Jacobfon, Scliau* taines de fufeaux. En 1775, il y avait à platz , &c. tome il!, p. 108. herlin trois grands moulins , appartenant
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- 140. Ces fufeaux font placés fix par fix entre chacune des quatorze divt-fions formées par les quatorze piliers. Ils font fupportés par deux cercles d’un diamètre un peu plus petit que ceux du haut & du bas du moulin, qui font formés de quatorze portions de cercle , qu’on affemble aux montans de la maniéré fuivante.
- 141. Ces deux cercles ne font pas d’un égal diamètre entr’eux ; celui d’en-bas eft le plus grand , on le nomme cercle des voltes, & chacune des quatorze parties qui le compofent eft fufpendue par fes bouts dans une entaille pratiquée à chacun des piliers, au moyen d’une plaque de fer qui les tient le plus horizontalement qu’il eft poflible ; chaque portion de ce cercle eftdivi-fée en fix parties égales , à chacune defquelles eft un trou d’un demi-pouce de diamètre, qui perce toute fon épaifleur j dans chacun de ces trous 011 place uncarcagnol qui eft un bouton de verre fervant de crapaudine au fufeau dont la pointe porte dans un petit trou conique qui s’y trouve.
- 142. Le fécond cercle, qu’on nomm& cercle de furvolte,dont le diametçe eft plus petit que celui du précédent, eft auili compofé de quatorze parties qu’on attache avec des vis fur la face intérieure des montans : & pour cet effet on les tient un peu plus longues que la diftance de ces montais. Ce cercle eft écarté de celui d’en-bas d’environ quatre pouces , & fa circonférence répond à peu près au quart de la largeur de celui d’en-bas ; de manière que Ci la furface de ce dernier était divifée en quatre parties égales par\rois cercles concentriques, la circonférence de celui d’en-haut répondrait perpendiculairement au plus petit de ces cercles.
- 143. C’est par ces deux cercles que font retenus verticalement les fufeaux à chaque v argue, au moyen de deux pièces de bois à chacun, dont une qu’on nomm e coquette, ei\ percée d’un trou , de maniéré que le fufeau paife juf-qu’aux deux tiers de fa hauteur. Cette coquette eft retenue fur le cercle de furvolte, parla fécondé piece de bois qu’on nomme pontelet, qui eft entaillée de façon que la coquette entre dedans en largeur & profondeur.
- 144. On nomme vargue une rangée de fufeaux 5 ainfi un moulin à quatre vargues , a quatre cercles de volte, quatre de furvolte, & autant de coquettes & de pontelets que de fufeaux; & comme chaque rangée de fufeaux eft de quatre-vingt-quatre , le nombre qu’en contient un moulin eft de trois eents trente-fix , & d’autant de pontelets & de coquettes.
- 145. Chaque fufeau eft garni d’un rochet qu’il fait tourner, & d’une colonelle : on nomme coronelle une noix de bois dur, arrondie par-delfus, & évidée par en-bas à peu près comme une demi-boule j elle eft percée d’outre en outre, & reçoit la partie lupérieure du fufeau, qu’on y fixe au moyen d’une petite cheville de bois qui entre dans un trou pratiqué au haut du fufeau. Cette noix eft garnie d’un fil d’archal cpii forme deux bras, l’un en-bas &
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- l’autre en-haut, pour faciliter le déroulement de la foie à mefure qu’elle fe dévidé fur les guindres ou lur les roquettes.
- '146. Les vargues du haut du moulin font ordinairement deftinées à donner le premier apprêt à l’organfin : la foie devidée fur les rochets fe dévidé de nouveau fur des roquettes, qui font des efpeces de rochets de trois pouces de diamètre fur quatre pouces de longueur, à mefure qu’elle fe tord dans un fensi ces roquelles font enfilées par une baguette, fîx par fix, pour être en nombre égal aux divifions des fufeaux , de forte que chacune reçoit le brin d’un des rochets qui font fur les fufeaux, où il fe répand également au moyen d’un guide mu par un va-vient, dont la courfe détermine l’étendue que ce brin doit occuper fur la longueur du rochet qui le reçoit.
- 147. Les roquelles tournent au moyen d’une roue dentée qui eft en-arbrée fur la baguette où elles font placées.
- 348. Les vargues du fécond apprêt pour l’organfin, fervent auffi pour l’apprêt de la trame & du poil ; & au lieu de fe redevider fur des roquelles comme l’organfin , c’eft fur des guindres ou afples , comme on l’a déjà dit. Ces guindres font compofés de quatre lames de bois unies & polies , dont le dos eft arrondi } ces lames font portées par deux croix de bois égales, dont le milieu tient aux extrémités de l’arbre, où elles font folidement aifemblées, & dont l’écartement eft d’environ dix-huit pouces. Ils font placés horizontalement, & faits de maniéré que la foie fe dévidé deifus, y forme fix écheveaux venant des fix fufeaux de chaque divifion, & y eft conduite par fix guides immobiles j & comme chaque face de ces guindres a neuf pouces d’écartement d’une lame à l’autre, l’écheveau atrente-fix pouces de circonférence, & non pas quinze , comme dit l’Encyclopédie.
- 149. Les croix font fixées à l’arbre d’un côté par une broche de fer applatie ou quarrée , à laquelle on adapte la roue denté'e, & de l’autre par une autre broche de fer à deux pointes , plantée dans l’arbre , & dans ce qu’on nomme la queue du guindre ; par ce moyen l’arbre eft à la longueur fuffifante pour tourner entre deux points d’appui, ainfi qu’il eft néceifaire.
- I f o. Les baguettes & les guindres tournent au moyen des roues qui font attachées à fept des piliers du moulin, de forte que chacun a quatre roues les unes furies autres , une à chaque vargue, & toutes placées dans l’alignement du centre. Leur diamètre eft d’environ un pied, & leur circonférence qui eft divifée en huit parties égales, porte à chaque divifion une dent de bois très-dur, ronde & longue de fix ou fept pouces.
- if 1. Au centre du moulin eft un arbre qui porte par le haut une rangée de huit traverfes, & autant à environ trois pieds du bas ; au bout de ces traverfes font alfemblés huit montans qui forment un corps cylindrique à claire-voie : fur les piliers font attachées les ferpes oxxfarpes; 'ce font autant
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- de portions de cercle d’environ cinq pouces de largeur fur un pouce & demi d’épailfeur ; & comme ces ferpes font pofées obliquement fur les montans , elles doivent avoir environ huit pouces de plus que leur écartement. Pour un moulin à quatre vargues , tel que celui que je décris ici, il faut trente-deux farpes , huit à chaque vargue: ce qui forme fur la hauteur du moulin une vis fans fin à chacune , par le moyen de laquelle tournent les roues à longues dents , dont on vient de parler , qui font elles-mêmes tourner les baguettes où font les ro quelle s & les guindres.
- ijZ. En général les moulins tournent de gauche adroite, & non pas de droite à gauche, comme le prétend l’auteur du dictionnaire encyclopédique. Ce mouvement réglé tous les autres ; de forte que pour faire tourner les fu-feaux des vargues du premier apprêt, ce font quatre ejlrafins à chaque rang de fuféaux, qui , par un frottement alternatif, leur donnent aflez de mouvement pour entretenir leur rotation. Ce frottement fe fait dans l’intérieur du moulin ; ainfi on peut juger par fa rotation , que les fufeaux tournent de droite à gauche, au lieu qu’ils tourneraient dans un feus contraire, fi l’auteur cité 11e fe trompait pas.
- 1^3. L'eftrafin eft une pieee de bois de deux pieds de long ou environ , dont la forme eft une portion de cercle ; on l’aflemble dans l’intérieur du moulin , au bout d’une traverfe , au moyen d’un tenon au milieu de fa longueur , de maniéré à pouvoir balancer horizontalement ; fa partie circulaire eft couverte d’une ou plufieurs lifieres de drap, pour rendre le frottement plus doux, & garnie par-delïùs d’une courroie bien tendue , dont le frottement qu’elle etfuie contre les fufeaux les fait tourner; & du côté de la traverfe où elle eft alfemblée, & à l’un de fes bouts, eft une corde au bout de laquelle pend un contre-poids qui porte fans ceife l’autre bout fur les fufeaux; quelquefois aufli au lieu de ce contre-poids, 011 y met un relfort qui remplit le même objet.
- 1^4. Les fufeaux des vargues du fécond apprêt tournent au moyen d’une courroie fans fin, qui palfe continuellement delfus ; cette courroie eft conduite & foutenue au bout de deux traverfes qui entrent dans l’arbre , & dont la longueur eft telle qu’ayant à leur extrémité chacune une équerre de fer, à laquelle tient la courroie, ces équerres & la courroie elle-même fe trouvent à la hauteur des fufeaux fur lefquels elle frotte fans ceife, environ à deux pouces au-deüus du cercle des voltes , qu’on a vu plus haut être placé dans des entailles pratiquées aux montans du moulin. On doit fentir que ce frottement de la courroie fur les fufeaux fe fait extérieurement à eux, & intérieurement par rapport aux équerres ; ainfi il eft clair que, quoique le moulin n’ait qu’un mouvement,,il fait tourner ces fufeaux du même fens que lui, tandis que l’eftrafin fait tourner les autres fufeaux dans un fens contraire.
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- Tf f. La maniéré dont on fait tourner les moulins n’eft pas par-tout la même ;plufieurs mettent un homme dans le châtelet du moulin ( c’eft ceque nous avons nommé cylindre à claire-voie') ; cet homme s’appuie contre les traverfes , & pouifant avec fon épaule contre les mon tans avec une force convenable , il marche continuellement fur une même ligne circulaire ; quelques autres mettent des ânes ou des mulets dans les moulins , ouïes attelent à un cabeftan qui les fait tourner.
- if6. Ceux qui ont la commodité d’eaux courantes, comme de rivières ou fontaines un peu rapides , en tirent parti pour faire tourner leurs moulins au moyen de rouages qui y communiquent 5 d’autres ont une grande-roue en forme de lanterne , dans laquelle un homme marche fans ceffe, &à l’arbre de laquelle eft un pignon qui engrene dans une roue qui mene plu-fieurs moulins à la fois; d’autres enfin ont des cabeftans dentés , dont l’effet eft le même , & auxquels ils attelent des bœufs, des mulets ou des chevaux.
- if7- Telle eft la conftru&ion du moulin à apprêter les foies : il ne nous refte qu’à donner la defcription des opérations en quoi confifte cet apprêt.
- 158. L’organsin eft une qualité de foie qu’011 emploie ordinairement affaire la chaîne des étoffes; & pour lui donner la qualité néceffaire à cet ufage, on la paffe deux fois au moulin ; la première à fimple brin, & non pas à double brin, ainfi que l’auteur du didionnaire du commerce le dit ; St la fécondé à brin double & quelquefois triple , mais rarement quadruple.
- if9. Le premier apprêt, ainfi qu’on l’a vu ci-deffus , confifte à tordre la foie fur elle-même, en faifant tourner le fufeau de droite à gauche, tandis que le brin fe redevide fur des roquelles. Quand elles font fuffifamment remplies de foie , on la double ou on la triple, en la dévidant de nouveau de deux ou trois roquelles fur un rochet pareil à celui où elle était d’abord ; & quand elle eft ainfi doublée ou triplée, on met ces rochets fur le moulin aux var-gues du fécond apprêt, qui confifte à tordre ce brin en fens contraire. Le premier apprêt de l’orgaiifin fe nomme filage, & le fécond s’appelle tors„
- 160. Les trames & les poils reçoivent leur apprêt de la même maniéré que le fécond des organfins ; mais ceux-ci, tant dans le premier que dans le fécond apprêt, ne font pas tordus également, ainfi que les trames & poils.
- 161. Les roquelles tournent au moyen drune roue dentée qu’on fixe à la ba-» guette, fur laquelle elles font fix par fix ; cette roue eft plus ou moins grande y félon qu’on veut que la foie foit plus ou moins tordue, parce qu’elle tourne elle-même au moyen d’une autre roue dentée , dont le nombre des dents eft ordinairement fixé à foixante ou foixante-deux, au lieu que celui des roues des baguettes eft' depuis onze , toujours par nombre impair, jufqu’à vingt-cinq 1 e’eftpar ce moyen qu’on détermine le plus ou le moins d’apprêt qu’on veut donner à telle'ou telle qualité de foie. Ainfi ,fi l’on fait tourner une baguette
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- qui ait line roue de onze dents avec une de foixante-deux, celle de onze fera loixante-deux tours quand l’autre en fera onze ; & fi la baguette a une roue de vingt-cinq dents & l’autre encore foixante-deux, celle de vingt-cinq ne fera que vingt-fept tours & pour donner des idées plus claires de ce calcul, pendant que la roue de onze .dents fera quinze cents cinquante tours, celle de vingt-cinq n’en fera que fix cents quatre-vingt-deux, & les deux; motrices de foixante-deux dents auront fait dans les deux cas deux cents foixante-quinze tours.
- 162. Il fuit naturellement de ces calculs , que la foie qui fera tordue par la roue de onze dents , le fera beaucoup moins que par celle de vingt-cinq, parce que la rotation de cette derniere étant plus lente, la foie fe dévidé plus lentement fur les roquelles , & par conféquent reçoit plus de tors ; & la proportion de ces deux cas eft comme un eft à deux ^ : ainfi moins la petite roue aura de dents , plus elle tournera vite.
- 163. De l’attention qu’on prend dans ces différentes combinaifons, il réfulte que les foies dont on fait les organfins , 11e font pas toutes également tordues ; il en eft de même des trames & des poils ; il y en a deux raifons : la première eft, qu’une foie fine doit recevoir plus d’apprêt qu’une grofle, parce que cette opération produit dans les étoffes où entrent ces foies , des effets différens félon leurs différentes groffeurs ; fecondement, l’apprêt qu’on donne aux foies dépend de l’emploi auquel on les deftine.
- 164.. Une foie tordue plus qu’il ne faut, eft moins forte , parce qu’alors tous les brins qui compofent le nouveau brin raccourciffent en fe tordant, mais ils ne raccourciffent pas également ; ceux de delfus s’entortillent fur ceux du milieu qui reftent à peu près dans leur longueur : ainfi, fi l’on fait éprouver un tiraillement à ce brin, ceux de deffus font tout l’effort en rai-fon de leur tors,& caffent à mefure qu’ils font forcés, ce qui entraîne la deftruétion totale du brin; au lieu que quand ils font peu tordus, l’effort fe partage fur tous, & la réfiftaiice eft bien plus grande. C’eft la raifon pour laquelle telle groffeur de foie doit recevoir plus ou moins d’apprêt que telle autre, félon le genre d’étoffe ou d’emploi auxquels on la deftine. Quelle que foit la fageffe qui adicfté les réglemens des mouliniers en France & en Pié-,r mont, on n’y a fixé que l’apprêt que les foies exigent en général 5 mais il n’a pas été pofîible de defcendre dans les plus petits détails , parce qu’il n’appartient qu’au fabricant ou à celui qui doit employer la foie, d’en déterminer au jufte l’apprêt. Ce n’eft pas qu’un bon apprêt ne rende la foie à peu près bonne à tout ; mais même en évitant le trop ou le trop peu, un peu plus ou un peu moins donne à l’étoffe plus ou moins d’éclat, & à l’ouvrier plus ou moins de facilité à l’employer.
- l6j. Qn fait que la foie qu’on emploie aux taffetas doit être plus tordue
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- que pour les fat in s , & celle pour les ferges doit tenir un jaffe milieu entre elles. On en verra les raifons , quand je traiterai chaque genre d’étoffe. Souvent aulli on donne pour les mêmes emplois différens apprêts aux foies , félon leur nature, ou félon les différens pays d’où, elles viennent, à caufe des différentes maniérés de tirer la foie.
- 166. Le fécond apprêt qu’on donne aux organfins leur eft d’un grand fe-cours , tant pour conlerver leur force, que pour en faciliter i’ufage. En effet, cette fécondé opération rend, en quelque façon, tout ce que le tors qu’on lui avait donné, avait diminué de fon élafticité ; la démonftration en eft à la portée de tout le monde. Prenez un fil que vous tordrez fur lui-même en arrêtant un defes bouts ; lorfqu’il fera parvenu au point de ne pouvoir plus être tordu fans fe vriller malgré vous , joignez les deux bouts en le prenant: par le milieu pour le tenir toujours tendu, & empêcher qu’il ne fe crocville ; puis lâchez le milieu , St vous verrez ces deux brins fe tordre enfemble, mais le tors qu’ils prennent n’eft que l’eftêt du détors auquel on l’abandonne. Tel eft l’effet du fécond apprêt de l’organfin qu’on appelle tors, lors duquel on le met eu petits écheveaux fur des guindres qui tournent au moyen de roues dentées qui engrenent dans d’autres roues adaptées à4’axe des étoiles à huit rayons , que nous avons vu plus haut être mifes en mouvement par les fermes qui forment la vis fans fin à chaque vargue.
- 167. Pour les organfins ordinaires, 011 met deux roues à pareil nombre de dents , pour que l’une falfe autant de tours que l’autre, ce qu’on appelle tant fur tant ou point fur point.
- ï<58- Lorsqu’on veut donner aux organfins un plus fort apprêt, on leur donne depuis un jufqu’à huit points de retard; c’eft-à-dire, que la roue fixée au guindre a depuis une jufqu’à huit dents de plus que celle qui eft fixée à P axe de la grande étoile.
- i6ÿ. Les roues dentées des guindres ont depuis feize jufqu’à vingt-quatre dents en augmentant une par une , & celles qui font aux grandes étoiles en ont ordinairement feize.
- 170. Plus 011 veut donner d’apprêt à l’organfin, & plus les roues du guin-dre doivent avoir un grand nombre de dents; car fi l’on met à un guindre une roue de dix-fept dents , & que celle du moulin n’en ait que feize , lorfque celle-ci aura fait un tour , il s’en faudra d’une dent que la première n’en ait fait autant, ce qu’on appelle un point de retard; & fi la roue du guindre a vingt dents , ce fera quatre points de retard, qui eft la différence de feize à vingt, & ainfi du refte. La combinaifon des dents, faite dans un feus contraire, s’appelle point courant ; ainfi, fi l’on mettait une roue de quatorze dents au guindre, & que celle du moulin en eût feize, on appellerait cela apprêt à deux points courans, parce que quand le guindre aurait fait un tour, Tome IX. G
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- il s’en faudrait de deux dents que la roue qui le mene eût fait le fien. Ce calculs foht toujours fortaifés à faire.
- 171. Il ne faut cependant pas croire que des roues dentées à un nombre quelconque de dents , puiffent donner le même apprêt aux foies par la feule différence de leur grandeur; car quatre points de retard procurés par une roue de vingt dents qui engrene dans une de vingt-quatre, ne font pas les mêmes que d’une de feize, menée par une autre de vingt, quoique la différence foit la même : c’eft une erreur où font beaucoup de mouliniers , & de ceux qui donnent leur foie à mouliner; car pour donner les points de retard & les points courans , ils fe fervent indiftindtement de roues dentées à un nombre quelconque , pourvu que la différence s’y rencontre ; & ils prennent aufli bien une roue de feize dents avec une autre de vingt, pour avoir quatre points de retard , qu’ils en mettraient une de vingt avec une de vingt-quatre ; & cependant l’apprêt n’eft pas le même , ainfl qu’on va le voir.
- 172. Je vais prouver qu’il s’en faut d’un vingt-cinquieme , qu’une roue de vingt dents menée par une de feize , ne donne le même apprêt qu’une de vingt-quatre , menée par une de vingt.
- 173. Supposons une roue dentée de feize dents, fixée à la grande étoile du moulin, pour faire tourner un guindre auquel elt fixée une roue de vingt dents.
- 174. Supposons encore une roue de vingt dénts fixée à la même grande étoile, pour faire tourner un guindre auquel elt fixée une roue de vingt-quatre dents , de forte que la roue de feize dents & celle de vingt tournent fur le même axe ; il eft certain qu’elles feront autant de tours l’une que l’autre , & cependant dans le tems où la roue de feize dents n’a fait faire à celle de vingt dents que vingt-quatre tours, celle de vingt dents qui tient au même axe que celle de feize, a fait faire vingt-cinq tours à celle de vingt-quatre : ainfi la différence de l’apprêt qu’on donne par ces deux différentes combinaifons, eft d’un vingt-cinquieme ; & ce qui paraifîait devoir produire un même effet, eft tout-à-fait différent, puifque celle qui aura fait vingt-cinq tours fera plus tordue d’un vingt-cinquieme.
- 175. Cette obfervation peut s’appliquer à toutes les maniérés de mouliner les foies; car il eft certain que plus les roues qui font tourner les guin-dres , foit en points courans , foit en points de retard, auront de dents en raifon de celles qu’elles font tourner, moins la foie fera tordue.
- 176. J’ai cru devoir faire cette remarque, parce qu’il eft effentiel de donner à la foie un même degré d’apprêt, fur-tout lorfqu’on la deftine au même ufage : car fi dans un même ballot on en trouve de moins tordue ou moins jîlagie, on en connaît la différence en l’employant ; mais il n’eft plus tems, & ce font fans doute ces inconvéniens qui ont déterminé M, de Vaucanfon-à faire conflruire de très-beaux moulins à Aubenas.
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- 177. Les trames font des foies qu’011 prépare pour fervir au tiffu des étoffes & des rubans : elles 11e reçoivent qu’un apprêt fort léger 3 c’eft- à-dire , qu’on ne les fait prefque pas tordre, afin qu’elles aient plus d’éclat quand elles font teintes, & pour d’autres raifons qu’011 verra ailleurs.
- 178. Pour apprêter les trames on les dévidé àfimple brinfurdes roohets, enfuite on les redevide à brin double 3 c’eft-à-dire, qu’on met à la fois fur un même rochet les brins de deux des premiers 3 on les joint autant qu’il ^ftpolîible , puis on les met au moulin pour leur donner l’apprêt convenable, qui eft de douze ou quatorze points courans 5 de forte que les roues dentées qui font à la grande étoile, font de vingt-quatre dents, & celles du guindre font de dix , de onze ou de douze dents. Cet apprêt eft fi léger qu’il ne fait que lier enfemble les deux brins, & qu’on pourrait aifément les féparer tant que la foie eft crue : l’apprêt de cette foie fe donne dans le même lens que celui de lorganfin au fécond apprêt.
- 179. On nomme poil, une eljDece de foie qu’on deftine aufli pour le tiffu des étoffes 3 il différé de la trame , en ce qu’on lui donne l’apprêt à fimple brin. On varie cet apprêt fuivant la finelfe de la foie, car on donne depuis huit jufqu’à quatorze points courans , & l’on fait toujours tourner les guin-dres par une roue de vingt^quatre dents , tandis que les leurs en ont quelquefois dix, onze, douze & jufqu’à feize.
- 180. Voila, en général l’apprêt qu’on donne aux foies, & la maniéré de le leur donner : j’ai cru qu’il était néceffaire de mettre ces opérations fous les yeux des leéteurs qui ne les connaiffent pas , pour qu’ils fentiffent mieux les raifons de la beauté de la foie & fes défeduofités , & qu’ils euflent une idée des moyens qu’on a imaginés , pour lui donner une confiftance capable de réfifter aux opérations qu’011 lui fait fubir jufqu’à l’entiere fabrication da l’étoffe.
- 18 r. Lorsque les foies ont reçu l’apprêt néceffaire, rl n’eft plus queftion que de les teindre dans les couleurs dont on a befoin. Il n’eft pas de mon objet de dire par quel moyen on vient à bout de leur donner ces couleurs vives & brillantes qui rendent nos étoffes fi recherchées 3 on peut confulter l’art du teinturier (37): mais je ne dois pas lailfer ignorer que pour pouvoir leur faire prendre ces belles couleurs , il faut néceffairement les décruer.
- ig2. L’opération de dkruer la foie, confifte à la faire bouillir pendant
- ( 35 ) Comme cet art déjà publié par introduction , afin que l’on comprenne l’académie, a une liaifon néeeffaire avec mieux les procédés développés” par M. ceux que je réunis dans ce volume , je me Paulet dans les diverfes fedtions de fo* détermine à placer le mémoire fur la tein- ouvrage. ture en foie, immédiatement après cette
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- trois ou quatre heures dans une chaudière remplie d’eau , dans laquelle on a mis une certaine quantité de favon blanc ; par ce moyen on dilfout la gomme qui lui donnait une crudité qu’on fent même en la touchant, & il lie relie plus que la pure foie, qu’on nomme alors foie cuite.
- 183. Ce qui prouve encore la réparation qui fe fait de la gomme & delà foie , c’eft que il après l’avoir ainfi fait bouillir, & après i’avoir lavée dans une eau courante autant qu’il eft poflible , on la fait fécher , on s’appercevra qu’elle a perdu un quart de ce qu’elle pefait auparavant. Ce que j’avance ici eh à la connaiifance de tous les gens de l’art. Il n’eft point de fabricant qui ne fâche que le teinturier ne lui rend que les trois quarts du poids qu’on lui a donné, en quelque couleur que la foie ait été teinte, excepté en noir : mais ce qui furprendra , fans doute, c’eft que la foie qui perd ainiî du côté du poids , augmente du côté du volume > car il eft certain que chaque brin parait à la feule vue grofîi fenfiblement. La raifon de cet événement eft fans, doute la folution d’adhérence entre tous les brins des cocons dont eft formé le brin qui pâlie à la teinture où il perd la gomme, qui au tirage les avait unis 11 intimement i au lieu qu’il ne leurrefte plus que l’apprèt qui les unilfe : mais ils ne font plus collés les uns aux autres.
- . 184. C’est le décruage de la foie qui lui procure cette beauté & cette vivacité de couleurs qu’on admire en elle: la gomme fans cela fe mêlerait à ces couleurs, & les rendrait ternes & faulfes i d’ailleurs elles ne pénétreraient pas aulîi bien les brins qui compofent chaque fil, parce que la gomme leur en fermerait le palïage. On fait par expérience, que le lin lui-mème reçoit de plus belles couleurs que la foie crue; c’eft le décruage qui la rend blanche & poreufe, & tout le monde fût que le blanc eft fufceptible de prendre toutes fortes de couleurs.
- 185. D’un autre côté , fi la foie qu’on paife au décruage n’avait pas été tordue à l’apprèt, on ne retirerait de l’eau bouillante qu’un duvet dont 011 11e pourrait plus tirer parti, & que la cuilfon en dilfolvant la gomme aurait défuni > on aurait à peine une filerie fupportable : ainfi les opérations du.: décruage & de la teinture ne font que lui ajouter un nouveau luftre.
- 186. Bien des perfonnes mettent tout ce qui provient des cocons au même
- rang;.mais celles qui ont quelques connaiifances de cette partie, favent qu’il 31’y a de véritable foie que celle qu’on tire par le moyen des procédés que nous venons de rapporter : le refte eft ce qu’on nomme fleuret,filofelle, galette ? diryfandn y première barbe, fantaifle ^ Sic. Tout cela fe file à la quenouille ou au rouet, à peu près comme le lin ou le chanvre. Après avoir donné la maniéré de tirer la bonne foie, nous allons dire un mot de celle de faire ufage de,ces efpeces de déchets. .
- D’atorjd, ce font les cocons qu’on avait choifis pour graine , & dont
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- les pnpillons font fortis. Comme iîs font percés en un endroit, on n’en fa lirait faire d’autre ufage ;.mais on les met en état d’être filés , & même ce qu’ils produifent eft ce qu’il y a de meilleur en ce genre, & qui approche le plus de la belle foie. On écharpit chacun de ces cocons en particulier, pour en former un duvet moelleux & liant , de forte que dans la touffe que chacun > produit, aucun brin ne foit lié par la gomme à un autre : dans cet état on en place plufieurs fur une quenouille , & on en fait une fort belle filerie , à laquelle on donne le nom de fantaijïe.Il y en a de fi belle qu’on ne faurait l’apprécier qu’en la mettant de pair avec la foie pour la valeur; mais on n’y trouve jamais la même beauté, la comparât-on aux foies les plus inférieures : on s’en fert ordinairement pour le tilfu d’une étoffe dont la chaîne eft de foie ; quelquefois on emploie cette filerie pour la chaîne d’une autre étoffe donc le tilfu eft d’une filofelle ou d’un chryfantin, &c. parce que pour tous les genres d’étoffes quelconques , la chaîne eft toujours d’une matière fupérieureà la trame.
- 188* On a encore deux maniérés differentes de préparer ces cocons percés, à être filés ; on les met fur un bloc, on les bat avec un gros bâton , de façon cependant à ne les point hacher; quand ils font amollis, on les écharpit avec les doigts ou on les carde. L’autre maniéré de les préparer eft de les faire bouillir une couple d’heures , de les écharpir un peu étant encore humides , & enfuite de les faire carder avec précaution. Cette derniere méthode rend cette matière un peu moins belle , mais elle eft beaucoup plus expéditive en tout ce qui la fuit, parce que la décodion dilate la gomme du cocon , l’en fépare , & ne lailfe que la partie foyeufe.
- 189. Les cocons produifent encore d’autres matières qu’on file , & qu’on appelle cojles ou frijans : on fépare cette partie des cocons en les purgeant îorfqu’on tire la foie ; c’eft la fuperficie de ces cocons qui ne fe dépouillant pas comme le fefte qui le compofe, au lieu de rendre de bonne foie , ne forme qu’un duvet qui devient greffier par l’irrégularité avec laquelle il fort de deffus le cocon : ce dépouillement en entraîne fouvent d’entiers qu’on ne peut pas tirer ; car il y a des vers à foie qui font leurs coques de maniéré qu’on ne peut pas les devider. De ces frifons, cojles ou ejlrajfes , on tire les chryj’an-tins ,les Jilofelles & les premières barbes ; pour y parvenir, on les bat, on les carde ou bien on les fait bouillir fans les battre, & on les carde enfuite ; après quoi on les file.
- 19.0. On tire encore une filerie grofliere des cocons qu’on ne peut tirer entièrement; il y en a une grande quantité qu’on ne peut devider jufqu’an dernier bout, à caufe de la trop grande fineffe de leur brin; ce qui prouve que bien des vers produifent de trois fortes de foie , ou pour mieux dire , que dans la longueur du brin qui compofe un cocon., on en trouve, de trois,
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- qualités : la première eft celle que l’on voit fans ordre au-deffus du cocon, qui différé par la régularité de (a forme ; c’eft cette partie qui fait le frifon, &c. dont je viens de parler : la fécondé partie eft nette , égale , & a une cou-fiftance qui lui permet de fe joindre tout d’un trait aux brins des autres cocons , dont on forme celui de la foie ; & lorfqu’il vient à la fin, ce brin tout-à-coup ou peu à peu perd fa force, & on ne peut plus rien en tirer ; c’eft quelquefois la vingtième partie d’un cocon qu’on perd, quelquefois plus & quelquefois moins. On a donné le nom de peau à cette partie du cocon , qui reflemble en effet à une peau ou parchemin. Soit que les cocons foient dévidés à fond ou qu’ils ne le foient pas, il n’eft pas moins vrai que le dernier bout de leur brin eft toujours plus fin que leur commencement.Cela eft fi vrai, que fi un brin de foie doit être compofé de dix cocous , & que la tireufe voie qu’il y en ait quatre qui tendent à leur fin, elle augmente fon brin de deux autres, fans attendre que les peaux foient finies ; de forte qu’on regarde la grolfeur du brin de deux cocons, auxquels il ne refte qu’un douzième à dévider , comme n’en valant qu’un : ainfi , pour rendre le brin d’une foie toujours égal, on augmente le nombre des cocons, fans attendre que ceux auxquels ils doivent fuccéder foient finis. Il ne faut pas cependant croire qu’on exécute ftricftement ce que je dis ici; mais ceux qui entendent bien l’art de faire tirer la foie, y font prendre autant de précaution que la beauté de la matière peut l’exiger : ainfi les cocons qu’on ne peut pas finir de tirer font encore mis à profit. La matière qu’on en file eft très-grolfiere , parce que le ver qui eft dedans fe met en poudre, & cette pouftîere s’attache au duvet du cocon ; de forte qu’on a beau la laver, il y en refte toujours alfez pour la rendre bien inférieure aux autres fileries ; voilà précifément tout ce qu’on tire des cocons.
- *91. Les vers à foie font fi précieux, que, comme on le voit, on tire avantage de tout ce qu’ils produifent ; on fait plus encore, on tire avantage des vers même, puifqu’on en nourrit des poules , des canards & des poules-d’inde. Pour cet effet on les fait fécher, & on les donne à mangera ces animaux pendant l’automne & l’hiver, ce qui tient lieu de grain ; & même la volaille qui fe nourrit de ces vers, devient très-délicate & très-graffe. Toutes ces productions n’ont befoin d’autre apprêt que de celui qu’on leur donne en les filant. Quand on les met en teinture, on en ufe comme de la belle foie ; il faut néceffairement lesdécruer: elles donnent la même diminution, quant à leur poids, excepté celles qu’on a déjà fait bouillir pour les carder & les filer plus commodément : celles-là, dis-je , quoiqu’on les faffe recuire , ne perdent prefque rien, parce que la première fois on a emporté tout ce qui était étranger à la foie ; &fi on la fait recuire, c’eft plutôt pour la nettoyer $ç ouvrir les pores des brins de foie , dont la filerie eft compofée, que pour
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- autrS chofe : d’ailleurs ces fileries prennent bien en général la teinture qu’on leur communique; mais elle y éclate plus ou moins à proportion de leur beauté. Telles font en général toutes les produ&ions des cocons, & les matières avec lefquelles on fait les étoffes de foie. Voyons maintenant l’ordre qu’on leur fait tenir pour les mettre en état d’ètre fabriquées.
- 192. Au fortir delà teinture , on les dévidé les unes & les autres , comme ;*n le verra dans la première partie ; on ourdit les chaînes avec Porganfin , ce qui fera le fujet de la fécondé. Quand les chaînes font ourdies, on les plie fur des enfuples ; ce fera la troifieme partie. La trame & le poil qui font les parties qu’on deftine pour le tiffu des étoffes, font mifes en canettes & en efpolins ; c’eft une forte de redevidage qui remplira la quatrième partie. Comme les remiffes & les peignes font deux ufienfiles dont la connaiifance eft nécelfaire à un fabricant, quoiqu’ils pccupent particuliérement des gens qui en font leur état, ces deux arts feront traités féparément, & feront la cinquième & la fixieme parties ; & comme ils tiennent de très-près à la fabrique à caufe de l’accord du compte de dents avec celui des fils , je les traiterai dans toute leur étendue. Je donnerai à la fuite de ces traités , celui des étoffes unies & rayées , telles que les fatins, lesfirges & les taffetas ; enfuite les étoffes demi-façonnées dans tous les genres ; les étoffes façonnées , exécutées par le moyen de la petite tire ; enfuite on verra celles qu’on exécute aux xemples, qu’on nomme étoffes courantes. On donnera après celaun traité fur la grande tire, qui eft Part de fabriquer les étoffes brochées en foie, en or & en argent, &c. Après ce traité on trouvera la defeription de quelques machines qui fervent à faciliter la fabrication des étoffes , & à leur plus grande perfection. Cet ouvrage fera terminé par l’art de faire toutes fortes de velours, peluches , &c.
- 193. Quoique ce projet foit vafte & difficile à exécuter , j’ofe me flatter d’en venir à bout; je mets ma confiance dans les expériences que j’ai faites fur toutes les différentes parties que je me propofe de traiter : j’ai travaillé généralement à toutes , & je ne crains pas d’avancer que j’ai acquis la con-nailfance d’environ deux cents genres d’étoffes que j’ai exécutées ou fait exécuter.
- 194. Je donnerai le moyen de connaître comment on exécute toutes les étoffes, en voyantTeuleinent un échantillon : je donnerai auffi des con-naiffances, à l’aide defquelles on peut inventer des étoffes nouvelles , & je tracerai une route facile à ceux qui cherchent à faire des inventions dans cette partie. On trouvera cela dans l’article des étoffes demi - façonnées , où l’on verra une fuite de combinaifons pour concilier les trois genres d’étoffes principaux, pour les réunir à un feul ; & j’y prouverai que cela peut fe porter prefqu’à l’infini.
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- 195. On ne finirait fabriquer d’étoffes à fleurs fans le fecours du defîin ; il faut même que les delïîns qu’on y emploie foient exécutés fur un papier règle , ce qu’011 appelle dejjîn mis en cane. On trouvera la maniéré de les mettre en carte, avec tous les foins qu’on doit y prendre, fuivant que je l’ai toujours exécuté & vu exécuter. J’ajouterai une explication , ou plutôt une dilfertation importante fur le papier réglé , fur la maniéré de l’employer, défaire les translations qui conviennent à certaines étoffes ;& ce qui eft plu intéreflant encore, on y trouvera un moyen fur pour fe fervir du compte de papier réglé pour une étoffe , afin de lui donner la qualité qu’011 voudra fans altérer en aucune maniéré l’ordre des defîins : je prouverai dans cet endroit, que quoique les manufactures d’étoffes aient été pouffées bien avant, on 11’a pas encore fuivi la véritable route pour connaître la réduction du papier réglé ; qu’on ne connaît pas tous les comptes auxquels ils peuvent fe faire, & tous ceux qu’011 pourrait employer s que même on n’a pas encore trouvé le moyeu de découvrir dans une étoffe à fleurs fabriquée, le papier fur lequel le defîin qui y eft porté a été exécuté.
- 196. Je fuis perfuadé que, par les calculs que je donnerai à ce fujet, on fera à portée de voir que c’eft un point d’autant plus eflentiel pour la perfection des étoffes, que bien fouventles ouvriers font obligés de ferrer la trame plus dans un endroit que dans l’autre , afin de procurer à un deffin la rondeur qu’il exige pour n’ètre pas défectueux ; ce qui 11e peut s’exécuter qu’en rendant l’étoffe moins belle en elle-même, parce que l’endroit où la trame efl: plus rapprochée, eft moins éclatant que celui où elle eft dans fon écartement naturel.
- 197. Cette dilfertation & les connaiflances que je me fuis propofé de donner à cet égard, m’ont paru d’autant plus nécelfaires, que dans toutes les villes où les manufactures d’étoffes de foie font établies, on 11e trouve qu’un bien petit nombre de fabricans qui déterminent à propos le genre de papier qu’il fuit pour une étoffe , lorfqu’on a quelque changement à y faire , foit pour la force qu’on veut lui procurer, foit pour la groifeur de la trame qu’011 veut y employer, foit pour en augmenter ou en diminuer le nombre des fils de la chaîne.
- 198. Il efl: certain que mes obfervations à ce fujet ne deviendront avantageas que pour ces changemens ou pour les étoffes qu’on ne connaît pas , parce que pour celles qu’011 fabrique communément dans une ville, 011 eft d’accord fur le papier qu’on doit y employer ; mais comme les changemens font fréquens, & que d’ailleurs telle ville de manufacture veut ou mieux fabriquer une étoffe que l’autre ou moins bien, ou faire quelque changement dans cette même étoffe, il faut, pour la beauté du delîîn , que le compte du papier réglé lui ferve de bafe. Il efl: donc à propos d’avoir un moyen fur
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- pour le déterminer, fans être obligé de faire des efTais, toujours longs & coûteux-. Il eit donc eilentielaux fabricans de connaître cette partie, qui ne devrait fans doute regarder que les dellînateurs ; niais il faudrait qu’ils eut lent la connaidànce des étoiles , ce qui n’eft pas ordinaire ; car pour un def linateur qui connaît un peu l’étoife , il y en a cent qui n’en connailfent que le nom : c’eft pour cela que je me fuis cru obligé d’inférer dans mon traité le moyen de leur procurer cette connaiifmce, fans qu’ils foient obligés de ^s’attacher au méchanifme du métier, qu’ils devraient néanmoins entendre à un certain point, pour être plus fûrs dans leur exécution; d’ailleurs quelques-uns m’ont engagé à rendre public ce procédé , & je n’ai pas cru devoir m’y refufer.
- 199. Le méchanifme du métier devrait être la fctence des ouvriers en général ; mais il eft certain que tous ne peuvent pas le polféder; cela n’eft pas même néceflàire, parce que beaucoup de parties qui le concernent font l’occupation de plufieurs perlonnes qui 11e s’attachent qu’à cela , & l’exécutent avec autant de célérité que de perfe&ion. Il n’y a que dans les villes où les manufadures font peu confidérables , que les ouvriers fe donnent la peine d’entreprendre toutes les parties qui concernent ce méchanifme; & dans prefque toutes les autres, comme Nîmes , Tours, Avignon, Rouen, Paris & Lyon, on trouve des gens qui s’occupent uniquement à certaines parties qui regardent le montage des métiers , tant pour les étoffes unies , que pour celles qui font façonnées : voici quel eft l’ordre des connailfances qui regardent les métiers.
- 200. On emploie d’abord des monteurs de métiers : il eft certain que ces artiftes ordinairement connailfent & font en état d’exécuter tout ce qui dépend du métier ; mais ils s’attachent feulement à remplir les objets les plus difficiles, & lai dent le relie à ceux qui s’occupent aux parties qui exigent plus d’exaditude que de fcience : ainfi les uns lifent les deflins, les autres pa/Jèntlafoie, d’autres font les lacs, d’autres font leur unique occupation d'appareiller les corps des maillons ; il y a encore des gens qui s’occupent uniquement à tordre les chaînes , de forte que les ouvriers n’ont de foin que de fabriquer les étoffes, & c’eft le véritable moyen de parvenir à la perfedion , parce que ceux qui veulent tout entreprendre, non-feulement ne réuftilfent pas à tout, mais encore ils font forcés d’être longs dans chacune de ces differentes opérations, à caufe du peu d’ufage qu’ils en ont ; ce qui leur devient plus difpendieux que lorfqu’ils y emploient les gens qui 11e font que cela ; auffi prefque tous les chefs de manufactures, quand ils entendent bien leurs intérêts, ont-ils des gens propres aux diverfes opérations, oufe fervent de ceux qui les font pour le public ; mais ils n’emploient jamais leurs ouvriers à autre chofe qu’à la fabrication des étoffes.
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- 201. Les erreurs les plus confidérables de l’Encyclopédie font celles du montage des velours, & la préférence qu’on donne aux Génois fur leur maniéré de fabriquer les damas, afin de prouver qu’ils le fabriquent mieux que les Français. Les raifons que l’auteur en donne , prouvent qu’il n’a parlé que par oui-dire; s’il en était autrement, il conviendrait que fi notre maniéré d’étendre les chaînes a paru fufceptible de perfection, celle qu’il prête aux Génois eft d’autant plus imparfaite qu’il n’effc pas polîible de s’en fervir fans que l’étoffe y per'de; au lieu que par notre maniéré de tendre les chaînes , nous fommes moralement affurés de fabriquer toujours également, & que fi nos ouvriers ne nous rendent pas les étoffes auffi parfaites qu’on devrait les attendre , c’eft à d’autres caufes qu’il faut l’attribuer.
- 202. Il ferait trop long de prouver ici le ridicule de cette prétention ; mais on le trouvera dans l’article des étoffes courantes , où je mettrai en compa-raifon toutes les maniérés poffibles de procurer à une chaîne la tenfion qu’elle doit avoir; on verra les raifons qui doivent faire préférer les unes & rejeter les autres. J’efpere que mes lecteurs en feront fatisfaits, & que les fabricans y trouveront quelques idées dont ils pourront profiter.
- 203. Une erreur encore plus grofiîere, c’eft la maniéré de monter les métiers propres à faire du velours cifelé ou à jardin. Il femble que l’auteur ait pris plaifir à induire fes lecfteurs en erreur , par l’idée la plus finguüere ; car il fait commencer cette opération par où tous nos plus habiles artiftes dans ce genre la finiffent.
- 204. Comme ce qui regarde le velours dans cette partie a beaucoup de rapport avec les autres étoffes façonnées, 011 n’aura qu’à comparer la maniéré de monter les uns & les autres, avec ce qu’on a dit dans ce fameux ouvrage; je me flatte qu’on me faura bon gré d’avoir fait obferver ce qui y cft dit à cet égard.
- 205. Indépendamment du mauvais ordre qu’on a fait tenir aux étoffes qu’on a traitées dans cet ouvrage , on a fou vent confondu leurs noms , & on en a décrit certaines qui ne s’entendent pas. Je dois cependant rendre juftice à un article où l’on parle des étoffes brochées en riche ^ & des fonds guiliochés ; cet endroit eft fupérieurement traité , & j’avoue que j’y ai appris des mouvemens que j’ignorais.
- 2 06. La defcription du métier à la Maugis n’eftpas aflez claire; j’en connais le méchanifme pour l’avoir vu travailler: mais je ne l’ai pas reconnu à la defcription qu’on y en a donnée. /
- 207. On eft fcandalifé de voir décrier fi mal-à-propos le métier à la Fal-conne ; il femble que celui qui en a donné la critique, ait pris plaifir non-feulement à dénigrer ce chef-d’œuvre de l’art & de fon auteur , mais il n’a pas craint de compromettre les maîtres-gardes d’une communauté auili confia dérable que celle des fabricans de Lyon,
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- 20g. Je connais le métier à la Falcoqne, il mérite tous les éloges imaginables ; le feul défaut qu’on peut lui attribuer , c’eft la dépenfe du lifage du deftm -, mais ceux qu’on lui attribue dans l’Encyclopédie n’ont aucun fondement, puifqu’im enfant de douze ans, à ce métier, peut tinr les deflins avec plus de facilité qu’un homme de trente ne le ferait aux métiers ordinaires, Quant à la beauté de la fabrication , il eft fupérieur à tout autre ufagc ; tellement que fi fon lifage était aufii prompt & auiii peu coûteux que celui *des métiers ufités, on ne pourrait fe défendre de le préférer à tous les autres.
- 209, Avec le métier à la Falconne on ne craint point que le changement de tems , ni bien d’autres inconvéniens qui arrivent ordinairement aux autres métiers, embrouillent les cordes ; car fi une feule s’y dérange, elle eft tout de fuite apperque auffi promptement raccommodée. Quant à l'avancement de l’ouvrage, il eft plus grand encore, puifqu’on a vu des ouvriers faire jufqu’à cinq aunes de damas par jour, ce qui fait pour le moins un tiers de plus que les journées ordinaires des métiers à l’ancienne méthode.
- %\Q, Qjjoïqu’qn ait ajouté que ce méchanifme n’avait eu qu’un feul par-tifan, qu’on aifure même fans réferve avoir vendu fes fuftrages au fieur Falcon , cette calomnie tombe par elle-même} car j’ai vu des maîtres à Lyon qui en avaient jufqu’à cinq chez eux, travaillant tous à la fois, & l’on eu compte actuellement plus de cent auxquels 011 a adapté ce méchanifme.
- % il, Les fabricant qui en çonnaiiTent la perfection, n’ont d’autre em-prçftement que de déterminer leurs ouvriers à monter ce métier, particuliérement pour faire des damas & des lampas ; ainfi il ne faut pas être furpris ft les maîtres-gardes ont donné leurs fuffrages en faveur d’une telle invention ) car ils n’auraient pu les refufer qu’en faifant tort à leurs lumières.
- Les gratifications qu’on a données au fieur Faîcon, ont été d’autant plus méritées, qu’il a rendu unfervice eflentiel à la fabrique de Lyon , qui fe perpétuera, & qui par la fuite fera peut-être oublier une bonne partie des anciens méchanifmes,
- Si3. Si l’auteur de eette critique, qui rapporte lui - même qu’un grand miéchanicien a admiré & préçonifé cette machine, avait fait attention que oet habile homme était plus en état d’en juger que lui, il n’aurait pas été gifez vain pour en dire çe qu’il en a dit j & maintenant qu’il voit combien elle trouve de partifans dans ceux même qu’il dit l’avoir proferite, il devrait tout au moins faire réparation d’honneur à un ouvrage dont il ignorait le mérite,
- 314, Ie tombe encore dans un défaut auifi groffier que celui que je viens de relever * en parlant contre le? métiers à cylindre comme d’une invention fans utilité 5 j’ignore oùiUvu ce méchanifme 3 mais certainement il ne Ta
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- pas connu dans toute fon étendue, ou bien il a pris plaifir à fe montrer ridicule en donnant Ton fentiment à tort & à travers, fans approfondir les objets.
- 2i S- Les métiers à cylindre font encore un chef-d’œuvre dont on ne connaît pas le mérite, parce qu’on n’a pas voulu fans doute l’examiner. Je ne fais fi la fabrique de Lyon l’a connu; mais je l’ai vu travailler dans Nîmes, où il a été inventé par le fieur Regnier, homme d’un très-grand génie, qui a requ même des gratifications du gouvernement & de la province de Languedoc , comme innovateur.
- 216”. Ce méchanifine n’eft pas borné , comme le prétend l’auteur qui s’eft déchaîné contre ; car avec un métier femblable on peut faire toutes fortes d’étoffes fur toutes fortes de deffins ; & ce qui prouve l’ignorance de ce prétendu réformateur, c’eft qu’il n’a pas prévu que fi la circonférence d’un cylindre n’eft pas fuffifante pour la hauteur d’un deffin , on peut en employer plufieurs qu’on change fucceflîvement ; de forte que fi un deiiin de cent dixaiues de hauteur ne peut pas être lu fur un cylindre d’une circonférence déterminée, on le continue fur un fécond, fur un troifieme, enfin fur tel nombre que la hauteur de ce deffin peut exiger; de forte qu’en numérotant les cylindres, on les fubftitue les uns aux autres dans le même ordre. Le changement d’un cylindre eft des trois quarts plus prompt que le montage d’un xempk.
- 217. Ce que j’avance fur ce méchanifme, eft d’après les expériences que l’auteur en a faites à Nîmes & à Lavaur, où le fieur Rpboul, d’Avignon, avaic établi une manufacture qui eft encore en vigueur. Le fieur Regnier avait monté dans cette ville pour le fieur Reboul, un métier à cylindre pour faire un damas de quatre cents cordes de rames, pour un deffin de quatre cents dixaiues ; ce qui produifait deux mille lacs , qu’il avait diftribués fur un nombre de cylindres convenable à la facilité du travail.
- 218. Si ce méchanifme n’a pas eu de partifans, c’eft qu’il 11’a pas étéaffez connu , ou pour mieux dire , c’eft qu’011 ne l’a pas aifez répandu ; car fi l’on avait eu foin de le faire monter chez plufieurs ouvriers , infenfiblement il aurait prévalu fur les anciens ufages ; & il faut convenir qu’il eft bien commode pour un ouvrier de pouvoir faire feul ce qu’il ne faurait faire qu’à l’aide d’un fécond , qui non-feulement lui coûte & lui emporte une partie de fon profit, mais il arrive très-fouvent qu’on ne peut pas trouver des gens au fait de tirer, ce qui caiife une perte de tems très-confidérable. Au furplus , l’entretien d’un métier à cylindre eft beaucoup moins confidérable que celui d’un métier à corde : la dépenfe eft à peu près la même; ainfi quand on a l’avantage de pouvoir fabriquer feul toutes fortes d’étoffes, foit celles de la petite tire, foit celles du courant, foit les brochées les plus riches » il eft certain
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- qu’on ne peut qu’y trouver de l’avantage, fur-tout quand on peut avancer l’ouvrage à proportion: car j’ai vu chez l’auteur de cette machine, un ouvrier qui failàit, journée commune , quatre aunes de pruffienne , petite étoffe en deux lacs par la chaîne & par la trame ; c’eft la journée ordinaire de deux qui fabriquent cette étoffe à bouton.
- 219. Le feul défaut que j’ai remarqué à la machine dont je viens de parler, , c’eft d’ètre trop bruyante ; mais j’ai fait part à fauteur dans le tems , d’un Changement qui, fans nuire à la conftruCtion ni à la folidité , pourrait empêcher que le bruit ne fut plus fort que celui des métiers ordinaires : mais comme cette invention ne m’appartient pas , je ne crois pas devoir en parler.
- 220. Le vif intérêt que je prends à l’avancement des manufactures de France , me fait defirer qu’on mette tout à profit pour rendre les opérations plus faciles & plus parfaites encore qu’elles ne le font ; aufli je me ferai un plaifir d’inltruire mes leCteurs de tout ce que j’aurai pu découvrir d’inté-reffant dans les diverfes villes de manufactures que nous avons en France, St d’y ajouter toutes les découvertes que j’aurai faites fur celles d’Angleterre, de Piémont, d’Italie , de'Ruflie, &c. Et fi mon projet peut porter ombrage à quelque manufacture de ce royaume ,je ne rapporterai pas leurs procédés, parce que les autres villes, & ce que j’en fais, me fourniiTent une carrière affez valte pour donner au public tout ce qui convient pour parvenir à fabriquer dans toute la perfection poffible ; mais je ne réponds pas qu’il ne s’y trouve bien des chofes communes pour le méchanifme des métiers. Je 11e craindrai pas de dire ici en paffant, que fi j’avais voulu faire comme bien des artiftes de la fabrique des étoffes , j’aurais pu profiter de beaucoup d’avantages qu’on m’a offerts plufieurs fois pour palfer chez l’étranger ; mais l’amour de ma patrie l’a emporté fur l’intérêt, & c’eft ce même fentiment qui m’a déterminé à écrire , parce que je ne crains pas de faire connaître aux étrangers ce qu’on ne leur a que trop enfeigné en l’exécutant chez eux.
- 221. Il ferait à fouhaiter que nos voifins n’eulfent jamais eu fur les manufactures que des leçons par écrit 5 au moins la France aurait encore dans fon fein tant de grands fujets qu’elle a perdus, & tous les ouvriers qu’on a débauchés fe feraient fans ceffe occupés à la fabrication des étoffes, ou à quelqu’autre chofe d’utile à l’état, & les manufactures étrangères ne feraient pas parvenues au point où on les voit.
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- jL. M Æ
- K»E IA TEINTURE EN SOIE 0«).
- Par M% M a c qv e r%
- 4 F 4 N T ~ P R 0 F Q &
- %22. HLés avantages de fart de la teinture , & fimportanoq dont il eff pour 1? commerce , font trop connus pour qu’il foithefoin de les pxpoler içfi Tout le monde fait que c’eli par le feçoprs de cet art, que nous tranipor-s tons fur nos habillemsns Sç fur nos meubles lçs couleurs vives & brillantes, dont la nature pare aveç tant d’éclat fes plus belles productions,
- 223* Mais il eft important de faite remarquer que cet art, quoique porté à un certain degré de perfection par la pratique de ceux qui l’exercent s eff encore rempli de beaucoup de difficultés ; il offre quantité de problèmes à réfoudre , & un grand nombre de procédés défectueux, dont on ne peut efpérer la réforme que du concours des phyfîçiens les plus éclairés aveç le§ artiftes les plus intelligens,
- 224. Feu M. du Fay & M. Hellot font les premiers favans qui aient porté leurs vues fur cet objet ; le travail de ce dernier a procuré au public le traité de la teinture des laines, ouvrage fans contredit le meilleur le plus com-* plet qui ait paru jiffcju’à préfent fur cette matière.
- 32?. La teinture des laines eft à la vérité la branche la plus étendue Sç la '"plus importante de cet art j elle peut même en être çonôdérée comme la bafe : mais celle des foies , des ffs & des cotons , mérite auffi une trèsrgraudq attention.
- 226, Des cireonfiances particulières m’ayant déterminé il y a déjà longueurs à m’infçruire des pratiques de la teinture des foies , je fréquentai l’at^ Çelier d’un de nos meilleurs artiftes en ce genre j fi fe prêta aveç le plus grand
- (36) Cet art fut publié en iy6$,&tra- puliere,par l’exaclitude, la folidjté & duit l’année fuivante, pour être inféré dans çlarté qui y régnent, comme dans Iç8 au* le troilieme volume de l’édition allemande , très ouvrages du même auteur. J’ai çru de* avec un petit nombre de notes de IV|. de voir le faire précéder les diverfes manipu, ǧ tRiçé mérite yrje qtteutiori partb iatiops ç|ç la foie , décrites pqr M. payig|,
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- zele à me donner tous les éclairciffemens dont j’avais befoin ; je fuivis exactement le détail de toutes Tes opérations, & je les rédigeai par.écrit.
- 227. Depuis ce tems, l’académie s’étant déterminée à publier la defcrip-tion de tous les arts & métiers , je crus qu’il était de mon devoir de lui communiquer les matériaux que j’avais fur l’art de la teinture en foie 3 elle ii agréé ce travail, & m’a chargé d’y mettre la derniere main.
- 228- Je puis alfurer qu’on trouvera dans la defcription de cet art toute ;v,|xaclitude & la fidélité qui font le mérite elfentiel de ces fortes d’ouvrages. C eft à l’artifte intelligent qui ne m’a rien caché, qui m’a même communiqué généreufement jufqu’à fes pratiques particulières, que le public fera redevable de ces avantages. Je fouhaiterais beaucoup pouvoir les nommer ici avec les éloges qu’il mérite à fi jufte titre ; mais fa modeftie me prive de cette fatisfa&ion, & le porte à vouloir demeurer inconnu.
- 229. D’un autre côté, M. Hellot, qui pofledait plusieurs mémoires & procédés particuliers fur diverfes teintures en foie, s’eft fait un plaifir de me les communiquer : on les trouvera à la fin de ce traité.
- 230. Avant que d’entrer dans les détails de la teinture des foies, il .treft pas hors de propos de jeter un coup-d’œil général fur les opérations de cet art.
- 231. Tout l’art de la teinture confifte à extraire les parties colorantes des différens corps qui les contiennent, & à les faire paffer fur les étoffes, de manière qu’elles s’y trouvent appliquées le plus folidement qu’il eftpofnble; mais il n’efi; pas à beaucoup près aufli facile de parvenir à ce but, qup pourraient le croire ceux qui 11’ont pas fait un examen approfondi de ce qui fe paffe dans les opérations de la teinture..
- 232. Il fembleraic au premier coup-d’œil , que pour teindre les étoffes , il fuffirait d’extraire par l’eau la couleur des différens ingrédiens capables d’en fournir, & de plonger ou de faire bouillir dans cette eau ainfi chargée de couleur , les étoffes (*) qu’on a delfein de teindre ; mais cette pratique fi fimple & fi commode ne peut avoir lieu que pour un fort petit nombre de teintures, comme 011 le verra bientôt. Toutes les autres exigent des manipulations & des préparations particulières* foit furies ingrédiens colorans, foit de la part des fubffances qui doivent être teintes.
- 233. Pour jeter quelque jour fur cette matière, il eft à propos d’établir d’abord plufieurs propofitions relatives à l’analyfe & aux principes des végétaux.
- 234. Lorsqu’on fait bouillir dans l’eau un végétal quelconque , il fe fait
- O On défignera dans ce traité les matières à teindre, les foies en écheveau , par le nom d'étoffes.
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- une réparation des principes prochains de ce végétal y L’.eau fe charge de tous ceux de ces principes qu’elle eh en état de dilfoudre , & larfle les autres , auxquels elle ne touche point. N
- 235. Les principes dont l’eau fe charge font les mucilages , les gommes, les fels, & une matière huileufe combinée avec des fels qui la rendent mif-cible à l’eau , & à laquelle je crois qu’on doit donner en général le nom de fubjîance favonneiife. J’appelle toutes ces fubttances confondues enfembh matière extractive, foufà dihinguer enfuite plufieurs efpeces de matières extra -tives, fuivant la nature des fubhances qui y dominent.
- 236. Les principes des végétaux que l’eau ne diifout point, font les parties huileufes, réfineufes & terreufes les moins faillies.
- 237. Mais il eh bien elfentiel de remarquer que cette féparation des principes prochains des végétaux , qui fe fait par le moyen de l’eau , n’eft jamais abfolument entière & exade; les principes huileux, réfineux,& terreux, auxquels elle ne touche point, recèlent & garantirent de fon adion une certaine quantité des matières dont elle eh le dilïolvant naturel ; de même l’eau extrait des végétaux, non-feulement les principes dont elle eh le dif. folvant naturel, mais encore une portion delà matière réfineufe & terreufe, qui s’y tiennent fufpendues à caufe d’un certain degré d’adhérence qu’elles ont avec les matières qui compofent l’extrait. Or il arrive fouvent que ces parties réfineufes & terreufes furabondantes à la matière extradive , s’en îéparent enfuite , foit par leur défunion d’avec la matière extradive , foit par la diflîpation de la partie la plus volatile de celle-ci. De là vient que la plupart des infufions & décodions, lors même qu’elles ont été filtrées & rendues très-claires , 1e troublent enfuite & lailfent dépofer beaucoup de ces matières réfineufes & terreufes , fur-tout fi on les tient expofées à un certain degré de chaleur.
- 238. Ces notions préliminaires fuffifent pour donner une idée générale de ce qui arrive dans les différentes opérations de la teinture.
- 239. Parmi les ingrédiens dont on fe fert dans cet art, il y en a dont la couleur ou la partie capable de teindre, réfide dans une fubftance réfineufe & terreufe, de la nature de celles qui fe dilfolvent en partie dans l’eau, à l’aide de la matière extradive du même ingrédient, mais qui s’en féparent enfuite d’elles-mèmes, ainfi qu’on vient de le dire, La décodion de ces ingrédiens eh donc ref no-extractive ; & fi l’on y plonge ou qu’on y falfe bouillir des étoffes ,1a partie réfineufe colorée s’applique d’elle-mème fur ces étoffes, les teint & y adhéré par le fimple contad, fans pouvoir en être enfuite enlevée par l’eau, parce que ces fubhances réfineufes & terreufes une fois fépa-rées d’avec la partie extradive, ne peuvent plus être diffoutes de nouveau par cette même partie, & à plus forte raifonpar l’eau feule.
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- 240. Il fuit de là que pour teindre avec ces fortes d’ingrédiens, on n’a befoin d’aucune préparation, ni de la part de l’ingrédient teignant, ni de la part de l’étoffe qui reçoit la teinture.
- 24r. Les principales fubftances de ce genre font le brou de noix , la racine de noyer, le fumac (37), le fantal (38), & l’écorce d’aune (39). Ces matières fournilfent facilement leur teinture dans l’eau , & cette teinture s’applique & adhéré aux étoffes d’une maniéré très-folide, fans le fecours d’au-vtun mordant; mais toutes ces matières ne donnent qu’une feule nuance, qui eft le fauve que les teinturiers en laine appellent couleur de racine. Ces ingrédiens ne font point d’ufage dans la teinture en foie.
- 242. Il y a d’autres ingrédiens de teinture , dont la partie colorante eft de nature tellement réfineufe, que l’eau, même aidée de leur matière extractive, eft incapable delà diffoudre; les principaux de cette efpece font l’indigo (40) , l’orfeille (41) , & le carthame ou fafran bâtard (42). On ne peut donc teindre avec ces ingrédiens, qu’après avoir diffous d’abord leur
- (?7) En ail. der Schmack. Rhus folio ulmi. Pin. Rhus coriaria. Linn. ArbrifTeau originaire de l’Amérique feptencrionale , qui fe naturalife allez bien dans nos jardins. Cette plante qui fert à teindre en verd, fe tire de Portugal. Celle qui croit dans les Vofges, n’eft pas auffî eftimée.
- ($8) En ail. Sandelholz, en lat. fan-taluni : arbre de la grandeur de nos noyers, qui croit dans les Indes orientales. Le bois en eft dur, pefant & odorant. On diftingue le fantal citrin , le fantal blanc , & le fantal rouge qui eft le plus commun.
- (;ç) En a 11. Erlenbaum. Almis rotun-âifolia, glutinofa , viridis , Pin. Betula-alnus , Linn. Arbre qu’on appelle aulfi verne , bouillard , aunet. 11 forme une tête large; fon écorce, d’un gris-brun en - dehors , jaunâtre en-dedans, fert à faire un allez beau noir.
- ( 40 ) En ail. Indig, Voyez ce qui eft dit fur cette drogue & fur la plante qui la produit, dans le huitième volume de cette collection , pag. 2 & fuiv.
- (41) En ail. Fàrber-moos : petite moufle qui fe forme fur les pierres & les rochers des montagnes.
- ( 42 ) En allèm. Wilde-faffran. Saflor Tome IX.
- carthamus tinBorius , carthamus folvs ovatis integrisferrato-aculcatis Linn. Sp. plant. 1162. Carthamus ojjkinarutn flore croceo , Tourn. 457. fiance qui croit dans plufieurs provinces de France. On emploie le pétale pour donner aux étoffes de foie de belles nuances de couleur de cerife, de ponceau & de couleur de rofe. Les plu-malfiers s’en fervent pour teindre les plumes en incarnadin d’Efpagne. Pour cela on mêle le fuc avec le jus de citron. On en tire encore un très-beau rouge , appelle vermillon d’Efpagne, Pour cet effet, prenez les étamines jaunes que vous laverez dans de l’eau claire, jufqu’à ce qu’elles ne donnent plus de couleur jaune ; mêlez-y des cendres gravelées , & verfez par-deffujs de l’eau chaude; ajoutez-y du jus de citron, & vous aurez une liqueur rouge. Au bout de deux ou trois minutes, quand les parties groflieres feront précipitées, verfez la liqueur légèrement dans un autre vaiffeau. Après quelques jours de repos, il s’en fépa-rera une efpece de lie très-fine, d’un rouge foncé, très-éclatant ; faites fécher cette lie, & frottez-la avec une dent d’os qui la rendra compacte. Ce rouge eft très-beau. Bu-choz , Diél. univ. des plantes.
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- partie réfineufe; on y parvient en les traitant avec des matières falines , & fur-tout avec des fels alkalis : chacune de ces matières exige des manipulations particulières , dont on trouverade détail dans ce traité.
- 243. On fera feulement icirdeux obfervations fur ces ingrédiens, dont la teinture eft réfineufe. : la premier^ , c’eft que comme il n’y a point de végétaux qui ne contiennent de la maliere extraélive, & que cette matière a toujours quelque couleur, ces ingrédiens.renferment réellement deux fortes de teintures, dontd’une eft diflbluble. dans l’eau , & l’autre ne l’eft pas. Lcé-couleur de la matière extraélive eft prefque toujours roulfe, verdâtre & fale. Quelquefois cependant elle eft décidée & alfez belle. On en a un exemple dans la fleur de carthame. L’eau diflout dans cette fleur , & lui enleve entièrement une couleur extraélive d’un alfez beau jaune ; mais elle ne touche point à une teinture d?un très-beau rouge , contenue dans cette même fleur, parce que cette teinture eft de nature abfolument réfineufe : on eft obligé de la dilfoudre'par un fel alkali ,pour la mettre en état de teindre les étoffes , comme on le verra à l’article du couleur de feu & du couleur de cerife.
- 244. La fécondé obfervation qu’il eft à propos de faire furies teintures réfineufes , c’eft que j quoiqu’on regarde communément les réfines comme dilfolubles dans l’elprit-de-vin, il fe trouve cependant des couleurs qui pa-raiftent réfineufes, en ce que l’eau ne peut les dilfoudre , mais qui 11e cedent point davantage à Paélion de l’efprit-de-vin qu’à celle de l’eau : telle eft, par exemple, la.partie colorante de l’indigo.
- 2441 J’ai déjà eu occafion de faire remarquer dans d’autres ouvrages, que parmi les matières huileufes concrètes, indiflolubles dans l’eau , il y en a qui font dilfolubles dans l’èlprit-de-vin , & d’autres qui ne le font pas; que cette différence vient de la nature de l’huile , qui fert de bafe à ces fubftan-ces:}„que. l’huile des premières eft de l’efpece des huiles effentielles , & celles des.fecondes.de la nature des huilesrdouces non volatiles. Il ferait donc à propos de ne pas confondre fous la dénomination commune de refîne > des fubftances auffi différentes ; mais faute du nom particulier, & pour abréger, j’avertis ici que je me fervirai du nom de refîne,, pour toutes les couleurs huileufes indiflolubles dans l’eau.
- 246'. La matière colorante de prefque tous les autres ingrédiens qui fervent à la teinture , eft de nature abfolument extraélive : elle eft entièrement difloluble dans l’eau ; la gaude ( 43 ) , la farette ( 44) , la geniL
- (4?^ Enalli JVeidt. Luteola herbafa* cher, d’entre lefquelles Portent des tiges licis folio, Pin. Refeda luteola Linn. Cette de la hauteur de trois à quatre pieds, du-herbe croit fur les grands chemins & fur res, verdâtres., rameufes, garnies de feuilles murailles : de fa racine s’élèvent des les, plus petites que celles du bas de la feuilles longues > étroites, douces au tou- plante ; le haut des. tiges, elt garni en longs
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- trolle (4O, & toutes les herbes qui donnent du jaune ; les bois d’Inde (46) * de Bréfil (47;, de fuftet(48)» le bois jaune (49), & tous les bois de tein-
- épis , de petites fleurs jaunes, formées par des pétales de grandeur inégale : Isrfqu’el-les fe fanent, leur piftil fe change en une gapfule ronde , terminée par trois pointes ; c’elt là que font renfermées des femences y unes. En féchant, la plante devient jaune. Elle donne une belle couleur jaune. On la tire de France & d’Efpagne,
- Pour les teintures vertes , on fait paffer dans le bain de gaude , les étoffes qui Portent de la cuve de paftel.
- (4+) En ail. Schartt j jacea nemorenjis , qua Jerratula vulgo , Tourn. Serratula tincloria, Linn. Plante pérennelle qui croit dans les fieux humides. Sa racine eft fufifor-me, fibreufe ; fes tiges, au nombre de deux ou trois, font droites, fermes, herbacées, rameufes & liffes ; fes feuilles font alternes, fefliles, ailées, dont la foliole impaire eft plus grande que les autres, les découpures dentées & épineufes ; fes fleurs font au fom-met de la tige, compofées, ayant les fleurons rougeâtres , hermaphrodites dans le difque & à la circonférence, reflémblant à ceux des chardons, raflémblés dans un calice oblong, prefque cylindrique, un peu renflé ; fes écailles font lancéolées, aigues, fans piquans ; fes femences font ovales, couronnées d’une aigrette, renfermées dans le calice. Cette plante donne un jaune plus pâle que la gaude,
- (4O En ail. Genijle, genifîa tinfloria germanica, Tourn. 643. Genijla foliislan-ceolatis, glabris , rarnis Jlriatis , tereti-bus, ereflis, Linn.
- (4 6) En ail. Ind ia n if ch e-h 0 lz, h&ma-toxylum , Linn. Ce bois eft celui d’un grand arbre de l’Amérique. Ses feuilles aromatiques reflemblent à celles du laurier ; fon fruit de la groffeur d’un pois, renferme des graines odorantes, dont on fe fert dans les
- ragoûts; fon bois eft dur, compade, d’un beau brunmaron, tirant fur le noir. Sa décodion eft fort rouge avec l’alun ; ft l’on n’y en ajoute point, la décodion devient jaunâtre, & au bout de quelque tems, très-noire,
- (47) En allem. BraJJïlifchcJioIz, Brajt-lien-holz , cotinus , coccygria. Arbre des Indes, dont le tronc eft tortu & raboteux ; fes feuilles reflemblent à celles du buis ; fes fleurs font femblables à celles du muguet, mais ‘plus odorantes & d’un beau rouge ; fes fruits , plats, rougeâtres , contiennent deux femences d’un rouge luifant ; fon écorce eft rougeâtre & épineufe. On diftinguele Bréfil de Fernambouc, du Japon , de La-mon, de Sainte-Marthe, & enfin le BreJUlet, qui vient des Antilles. Le premier eft le plus eftimé. On s’en fert pour teindre en rouge. On en retire par le moyen de l’alun, une efpece de carmin,
- (48) En ail. Fujlelbaumi cotinus-coriaria, Dod. Rhus cotinus Linn. Arbriffeau qui croit en Provence, & qui eft propre à teindre en jaune : la racine eft ligneufe & rameufe ; fes tiges faibles ; fon écorce lifte ; fon bois, jaunâtre; fes feuilles alternes, pétiolées, Amples , très-entières , fans dentelures , ovales, d’un beau verd, avec quelques nervures jaunâtres ; fes fleurs font purpurines, pédunculées , axillaires, difpofées en grappes touffues à l’extrémité des tiges, ayant cinq pétales ouvertes, un petit calice divifé en cinq parties ; cinq étamines & trois pift tils ; fon fruit eft une baie ovale , renfermant une feule femence ronde. Buchoz, Diâ. univ. des plantes, arbres & arbujkt de la France.
- (49) Ou bois de la Jamaïque, lignutn Indicum, nommé par les Indiens ajfow ou. Il eft propre à teindre les laines, en noir, violet & gris ; avec l’alun, il donne un rouge.
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- ture ; la garence (^o) , le kermès i) , la cochenille , & beaucoup d’autres ingrédiens , fourniffent une teinture de ce genre j toutes ces drogues n’ont belbin d’aucune préparation , d’aucun dilfolvant particulier : l’eau feule dans laquelle on les fait infufer ou bouillir , en extrait très-bien toute la matière colorante. Mais fi l’on effaie d’appliquer ces couleurs actives fur des matières qui n’auront point été préparées, on verra bierttôt qu’elles n’y font qu’une efpece de barbouillage qui n eft d’aucune folidité ; l’eau feule eft capable d’enlever ces teintures de déifias les étoffes , avec la même facilité & par la mèm^ raifon qu’elles les a diffoutes dans les fûbftances qui les contenaient originairement.
- 247. Il a donc fallu trouver le moyen d’imprégner les étoffes qu’on voulait teindre avec ces ingrédiens , de quelque mordant qui eût la propriété de dénaturer en quelque forte leur teinture extra&ive, & de lui faire perdre finguliérement la facilité qu’elle a à fe diffoudre dans l’eau. On y eft parvenu très-heureufement, en pénétrant les matières à teindre de plusieurs fiels qui font propres à produire cet effet, & entre lefquels l’alun tient, fans contredit, le premier rang. Mais il eft à remarquer que ces couleurs extra&ives, quoiqu’affurées toutes par les mêmes mordans , ne fe fixent point, à beaucoup près, avec la même folidité. Les unes, comme celles de la gaude, de la garence , du kermès, de la cochenille, s’alfurent tellement par l’effet des mordans , qu’elles font en état de réfifter à l’a&ion de l’air, & de durer aufli long-tems que les étoffes , fans fe dégrader fenfiblement j les autres, & particuliérement celles du bois d’Inde , du bois de Bréfil, & de la plupart des autres bois de teinture , ne fe fixent qu’imparfaitement ; elles s’altèrent, fe dégradent & s’effacent prefqu’entiérement au bout d’un tems plus ou moins long : de là eft venue la diftin&ion entre le bon 8c le faux teint.
- 248. Ce ferait ici le lieu d’expliquer la maniéré dont les mordans agiffent dans la teinture, & de développer la caufe du bon & du faux teint i mais
- (50) En ail. Fàrberrothe ; ruina tinc-t@rum fativa, Tourn. 114 ; rubiafoliis fe-?u'r,Linn. Hort. Cliff. ç. Plante qu’on cultive aflêz facilement en France, en Suilfe, & en Allemagne : fes racines font longues, rampantes, rougeâtres ; fes tiges font droites , de la longueur de trois à quatre pieds, noueufes ; chaque nœud eft garni de cinq ou fix feuilles longues , étroites ; fes fleurs font d’un jaune verdâtre, & d’une feule piece ou godet ; il leur fuccede un fruit com-pofé de deux baies, dont chacune contient une femence prefque ronde.
- (51) En ail. Scharlach-kôrner ; ilex acu-leata cocci glandifera, Pin. Petit chêne verd à feuilles très-piquantes, qui croit dans le Languedoc & la Provence. Il n’a qu’envi-ron un pied ou un pied & demi de hauteur, nommé dans le pays avou, ou agarras. Sur cet arbre fe trouve le petit infecte appelle kermès, & par les habitans vermeou. Voyez VHiJîoire naturelle du kermès, par M. Ga-ridel. Les œufs de cet infe&e , dépofés fur les feuilles du chêne , donnent un très-beau rouge.
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- ecs objets ont été traités avec tant de fagacité par M. Hellot, dans fa def. cription de la teinture des laines, que je crois devoir y renvoyer le lecteur.
- 249. Je me contenterai d’annoncer ici, que je crois poffible d’alïurer toutes les couleurs de faux teint, & que ceux qui ont des connaiifances en chymie, en étudiant le détail des opérations de la teinture, & travaillant d’après les idées que cela leur fera naître, pourront parvenir à faire difpa-'aître la diftinction entre le bon & le faux teint ; ce qui eft certainement le \ )ps beau & le plus utile problème qu’on puiffe réfoudre en ce genre.
- 2jO. Si, comme on en doit être convaincu parles obfervations qui viennent d’être rapportées , 011 a des difficultés à furmonter dans la teinture de la part des matières qui fourniffent les couleurs ; celles qui doivent les recevoir , en offrent qui 11e font pas moins confidérables. La laine, la foie, le coton & le fil ont chacun leur caractère particulier, & 11e fe prêtent point également à recevoir les mêmes teintures.
- 251. Les rouges de la garence & du kermès , qui s’appliquent très - bien fur la laine , ne peuvent point prendre furja foie. O11 peut dire en général , que la laine & toutes les matières animales, font celles qui fe teignent le plus facilement, & dont les couleurs font les plus belles & les plus folides i le coton, le fil & toutes les matières végétales font au contraire les plus ingrates & les plus difficiles à teindre.
- 2^2. C’est fur-tout dans l’écarlate de cochenille, que cette différence devient très-fenfible, & voici une fort belle obfervation de M. du Fay à ce fujet. Si dans une même décoction de cochenille préparée pour teindre en écarlate, par une quantité convenable de dilfolution d’étain, on met en même tems de la laine , de la foie & du coton , on ne pourra voir fans étonnement, qu’après avoir fait bouillir fuffifamment toutes ces matières , la laine en fortira teinte en un rouge magnifique & plein de feu, tandis que la foie n’aura pris qu’une couleur de lie de vin fort terne, & que le coton n’aura pas feulement perdu fon blanc.
- 253. Cette expérience donne lieu d’obferver une gradation bien fenfible , dans l’aptitude qu’ont la laine , la foie & le coton, à recevoir cette forte de teinture ; & comme la foie y tient exactement le milieu entre la laine, matière entièrement animale, & le coton, fubftance purement végétale , il paraît qu’011 en peut conclure que, quoique la foie foit le produit d’un infecte, quoiqu’elle fourniife, dans fon analyfe, les mêmes principes que les matières animales, & qu’on la regarde communément comme telle , elle n’a pas réellement tous les caractères des fubfiances parfaitement animalifées : car il eft certain d’ailleurs , que la foie qui réfifte beaucoup moins que le fil & le coton à l’action des fels alkalis , y réfifte cependant infiniment mieux que la laine, &.queles teignes & autres infectes qui mangent avidement la laine, ne touchent jamais à la foie.
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- 3ï4< On ne fera pas étonne après cela , que la plupart des opérations de> teinture foient fort différentes pour les laines, lesffoies, les fils & les cotons }
- & que les gens de l’art quiteignent ces différentes matières , foient partagés en plufieurs corps, ou plutôt embraffent d’eux - mêmes quelqu’un de ces objets en particulier, auquel ils fe bornent.
- 25 f. Il arrive do là, que perfonne n’a une coimaiffance entière de tous les procédés de la teinture. Les teinturiers en laine ne connaiifent point ? ou ne connaiffent que d’une maniéré très-vague, les pratiques des teintu riers en foie, fil& coton j il en eft de même de ces derniers, qui fe renfer-nient tous chacun dans fon objet. On ne peut çfpérer cependant la perfec-tion de l’art, que de la réunion de toutes ces connaiflances, & de la com-paraifon des différens procédés. Il eft donc bien à fouhaiter que les meilleurs ârtiftes dans les autres branches de la teinture, fe prêtent aufîi à communiquer leurs pratiques particulières: c’eft le feul moyen par lequel on pourra connaître exactement l’état aètuel & les befoins de cet art important.
- Cuite de la foie, '
- 256. La foie fortant de deffus les cocons, a une roideur & une dureté qui lui viennent d’une forte de vernis dont elle eft naturellement enduite j elle a auffi, du moins prefque toute celle de ce pays-ci, une couleur rouffâtre-jaune, ordinairement même très-foncée. Cette roideur de la foie ne convient point pour la plupart des étoffes, à la fabrique defquelles elle eft def-tinée j & la nuance naturelle eft défavorable à prefque toutes les couleurs qu’on doit lui faire prendre.
- 2^7. La première des opérations de l’art de la teinture en foie ,a donc pour objet de lui enlever en même tems fon enduit & fa couleur naturelle : mais il eft aifé de fentir que cela ne fe peut faire que parle moyen d’un dif. folvant qui ait une adion fuffifante fur le vernis naturel de la foie. Les ar-tiftes qui fe font occupés les premiers de cet objet,n’ont certainement pas eu beaucoup à choilir parmi les agens qui pouvaient remplir ces vues j car l’enduit de la foie eft une fubftance d’une nature fînguliere , qui ne fe laiffe attaquer, à proprement parler, que par une feule efpece de diffolvans. (^2) 8. Cette matière rélîfte abfolutnent à l’aCtion de l’eau ; les diffolvans fpiritueux, & particuliérement l’efprit-de-vin, loin de l’enlever, ne font au contraire que la racornir. Les acides fuffifamnaent affaiblis ou adoucis pour ne point détruire la foie même, n’attaquent fon enduit que fort imparfaite*
- (52) Les expériences chymiques faites mifes dans la retente, à un feu modéré, ont fur la foie, en ont tiré une grande quantité donné deux onces & deux dragmes de fel vo-defelvolatil.'Quinze onces de foie crue, latil.
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- nient. Enfin , il parait qu’il n’y a que les fiels alkalis ( 53 ) qui aient fur lui allez cfia&ion pour le dilfioudre efficacement, quoique fuffifamment affaiblis ou adoucis pour ne point altérer fenliblement la foie.
- 259. Toutes les propriétés de cette fubftance démontrent qu’elle n’effc ni une gomme, ni une vraie rc-fine, ni même une gomme-réfine, & qu’elle différé eifientiellement de toutes ces matières ; car toutes les gommes (54)
- diffolvent dans l’eau, toutes les vraies réfines fie diffolvent dans l’efprit-oc^vin , & toutes les gommes-réfines peuvent être diffoutes en partie dans l’eau, en partie dans l’efprit-de-vin : c’eft donc probablement une de ces matières huileufcs concrètes, qui different des réfines proprement dites, en ce que leur partie huileufe n’eft pas de l’efipece des huiles effentielles , mais de celle des fiuiles douces qui n’ont rien de volatil, & qui ne fie laif-fient point attaquer par l’efprit-de-vin. Peut- être aufli l’enduit de la foie eft-il compofié de fubliances gommeufes & huileufies , mais proportionnées & combinées de maniéré qu’elles fie fervent mutuellement de défenfifs contre l’a&ion de leurs diifiolvans propres.
- 260. Quoi qu’il en fioit, c’elt par le moyen des fiels alkalis qu’on parvient à débarraifier la foie de fion vernis , ce qui s’appelle la dècrcufer (5 Mais fioit qu’on n’ait point penfé à employer à cet ufiage les alkalis purs & étendus dans une fiuffifiante quantité d’eau , fioit qu’on y ait trouvé quelque inconvénient, il paraît que dans ces pays-ci on s’eft accordé à fe iêrvir pour cela de l’alkali adouci par de l’huile , c’eft-à-dire du fiavon.
- 261. Le décreufement ou décrcufage de la foie , qu’on nomme aufli la cuite, fie fait en général par de l’eau chaude , chargée d’une certaine quantité de fiavon ; mais les détails de cette opération , & la quantité de fiavon varient, fuivant l’ufage auquel eft deftinée la foie , comme on va le voir.
- 262. On cuit en deux fois les foies auxquelles on veut donner le plus grand degré de blancheur; celles, par exemple , qui doivent relier en blanc, & avec lefiquelles on doit fabriquer des étoffes blanches : & l’on cuit en une feule fois & avec une moindre quantité de fiavon, prefique toutes celles qu’011
- ( ) On entend par fel alkali tout fel
- dont les effets font différens & contraires à ceux des acides. Les Arabes donnent le nom de kaii à la foude , dont la leffive fermente avec les acides & les émouffe. C’eft de là qu’on nomme alkali tous les fels qui produi-fent fur les acides un effet femblable. Voyez Macquer, Ditlionnaire de chyrnie.
- (<54). On donne le nom dz gommes à tous les fucs mucilagineux qui fe leparent d’eux-
- mènies des plantes & des arbres , &' qùi ont acquis une confiftance folide par l’évaporation de la plus grande partie de l’eau. Les gommes font entièrement diffolubles dans l’eau, & ne fe liquéfient point par le feu. Les refines font des fubftances huileufes, réduites en forme folide, par le mélange des acides.
- ( 5 5) En ail. die Seide in Seife kochen.
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- claie teindre enfuite en différentes çquleurs , parce que le petit œil roux qui leur refte, n’empèche point que la plupart des couleurs qu’on Jeur donne enfuite ne foient belles : on emploie néanmoins différentes quantités de favon, fuivant les couleurs pour lefquelles les foies font deftinees j on fera men-tion à l’article de chaque teinture, de la quantité du favon qui doit être employée pour la cuite de la foie qui doit la recevoir. On va parler d abord de la maniéré de cuire les foies auxquelles on veut donner la plus grand', blancheur j cette cuite fe fait, comme on l’a déjà dit, en deux fois.
- Du dégommage & de la cuite de la foie pour le blanc.
- 263. La première cuite que l’on donne à la foie deftinée à être mile eu blanc, fe nomme dégommage , parce qu’en effet le but qu’011 fe propofe dans cette opération, eft‘ d’oter à la foie la plus grande partie de fa gomme (a).
- 264.. Pour faire le dégommage, on commence pàr pantimeroupantinerÇjà) les foies j c’eft-à-dire , qu’on paife un fil autour de chaque mateau, qui confite en une certaine quantité d’écheveaux noués enfemble. Après cela 011 dénoue les mateaux , & on en joint plufieurs enfemble pour en former une poignée dont la groifeur & le nom varient, fuivant les manufactures. A Lyon, cette poignée conferve le nom àz mateau ; à Tours, elle prend le nom de parceau; & à Paris celui de bouin ; ces noms varient de même dans d’autres manufactures (b).
- 26 j. Cette précaution àepantimer les foies, et néceffaire pour qu'elles foient plus faciles à dreffer , pour pouvoir les manier plus aifément, & pour empêcher qu’elles ne fe mêlent, ou ne fe crampillent (57) , comme difent les teinturiers.
- 2 66. Après cette opération, on fait chauffer dans une chaudière ovale, une fuffifante quantité d’eau de riviere, ou autre eau propre pour y faire fondre du favon de Marfeille, à raifon de trente pour cent du poids de la foie. On coupe le favon par petits morceaux, pour le faire diffoudre plus facilement.
- 267. Quand le favon a été fondu en bouillant, on remplit la chaudière d’eau fraiche, & l’on ferme les portes du fourneau , en laiffant feulement
- ( a ) Cette exprelüon eft impropre, comme on en peut juger par ce qui vient d’être dit fur la nature de l’enduit de la foie ; néanmoins on s’en fervira, parce qu’elle eft commode & ufitée par les gens de l’art.
- (5 6) En ail. die Seide zufammen bindert.
- Le mateau fe nomme en allemand Stikk, pièce , paquet.
- ( b ) On fe fervira dans ce traité, des termes ufités à Lyon, parce que les manufactures de cette ville en fait de foie font les plus confidérables & les plus renommées.
- (57) En ail. Verivirrcn.
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- vrn peu de b rai Te'de/Tous, afin que le bain fe tienne très-chaud, mais fans bouillir ; parce que fi le bain.bouillait, cela ferait ouvrir <k bourer la foie , fur-tout la foie fine.
- 26%. Pendant que ce bain fe prépare , on pafle les mateaux fur des bâtons qui fe nomment lifoirs (*,%)•> & dès qu’il eft en état, on y met les foies , & on les laifle fur ce bain de favon jufqu’à ce qu’on voie que toute la partie qui trempe eft entièrement dégommée ; ce que l’on reconnaît aifément par & blancheur & par la flexibilité que la foie prend en perdanc fa gomme. Alors on la retourne fur les bâtons pour faire fubir la même opération à la partie qui n’avait point trempé, & l’on retire du bain àmefure que le dégommage eft fait, parce que les mateaux qu’on a retournés les premiers font toujours plus tôt dégommés que les autres. La foie étant ainfi dégommée , on la tord fur la cheville (^9) pour lui faire quitter fon favon, & on la dreJJe(6o); c’eft-à-dire , qu’on la manie fur la cheville & fur les mains, pour la démêler ou décrampiller.
- 269. Ensuite on pafle une corde dans les mateaux, pour les aflujeteir pendant la cuite , ce qui s’appelle mettre en corde (61).
- 270. On peut pafler jufqu’à huit ou neuf mateaux dans chaque corde. Après cela, on met les foies dans des lacs ou poches de grolfe & forte toile. Ces poches ont quatorze ou quinze pouces de large , & quatre à cinq pieds de long, & elles font fermées par les deux bouts. Elles font ouvertes par le côté , de toute la longueur de la poche. Lorfqu’on y a mis la foie , on coud cette poche tout du long avec une ficelle qu’on arrête par le moyen d’un nœud.
- 271. On met dans chaque poche vingt-cinq à trente livres de foie. Cette
- opération s’appelle empocher (62). ’ ‘
- 272. Lorsqu’elle eft faite, on prépare un nouveau bain de favon , fem-blable au premier, c’eft-à-dire , qu’on y met la même quantité de favon pour cent; & lorfque le favon eft bien fondu, & qu’on a abattu le bouillon par de l’eau fraîche, on met les poches dedans, & l’on, fait bouillir à gros bouillons pendant une he.ure & demie. Quand le bouillon veut s’enfuir, on le rabat par un peu d’eau froide. Pendant cette cuiflon, on a attention de barrer fouvent ; c’eft-à-dire , que par le moyen d’une barre , ou plutôt d’une perche , on remue les facs en faifant pafler defliis ceux qui étaient deflous , pour empêcher que la foie ne fe brûle, en touchant trop long-tems le fond de la
- Q8") En ail. Stan%e. Les lifoirs font de (60) En ail. Zu richten.
- |*ros bâtons bien polis, d’environ trois pieds (<51) En ail. aufStricke 2Ïehen.
- de long fur un à deux pouces de diamètre. (62) En ail. Eintafchcn.
- ($9) En ail. Holzcrnc Nçgeî.
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- chaudière : ce mouvement aide auffi à la faire cuire plus également & plu» promptement.
- 273. L’opération que l’on vient de décrire s’appelle la cuite , elle fe pratique pour les foies qui font deftinées à refter en blanc, & fe fait dans ls chaudière ronde B, planche 7, fig: 1.
- De la cuite des foies definies à' être teintes.
- 274. Pour cuire les foies deftinées à être mifes en couleurs ordinaires, on met vingt livres de favon pour chaque cent pefant de foie crue j& la cuite fe fait en tout comme dans l’opération qu’on vient de décrire , avec cette différence feulement , que comme 011 ne fait point de dégommage , on fait bouillir pendant trois heures & demie ou quatre heures , ayant foin de remplir de tems en tems avec de l’eau , pour avoir toujours une quantité de bain fuffifante.
- 275. Si l’on deftine les foies à être mifes en bleu, en gris-de-fer, foufre, ou autres couleurs qui demandent à être mifes fur un fond bien blanc , pour avoir toute la beauté qu’on peut leur defirer, on emploie pour la cuite trente livres de favon pour cent pefant de foie, & P on fait bouillir de même pendant trois ou quatre heures.
- 276. Enfin ,, fi la foie eft deftinée à être mile en ponceau, cerife, & autres rouges de faffranum (63), on emploie pour la cuite cinquante livres de favon pour chaque cent pefant de foie, parce qu’il eft nécelfaire qu’elle devienne-prefqu’auffi blanche que celle qui doit refter en blanc.
- 277. Quand les foies font cuites > on les jette Bas , c’eft-à-dire, qu’on retire les poches de la chaudière. Pour faire cette opération, on fe fert d’une barrs ou perche plus petite'que la première dont nous avons parlé. On paffe cette petite perche fous le fac, en appuyant fur le bord de la chaudière, & par ce moyen 011 fbuleve la poche en la pinçant.
- 278- Pour lors on paffe par-deffous ce point drappui une perche affe^ grande pour porter fur les deux bords de la chaudière , & l’on retire le fac en le roulant & l’engageant fucceffivement furies deux perches , jufqu’à ce qu’il foit entièrement hors du bain, & auffi-tôt 011 le jette à terre. Il faut avoir foin que Tendroit où l’on jette les facs ,en les retirant, foit bien propre » bu même de le couvrir de toile ou de planches , pour éviter les taches qui pourraient pénétrer à travers le fac ; ou pour le mieux, on le jette fur un baillard (64) en attirant à foi. Voyez la forme du baillard'D , planche AI, fig. 1* 279. -Quand il eft fur le baillard, on le découd en tirant la ficelle après
- (63) En ail* Saflor. Wilde fajfran. Voyez ci-defïùs >not. 42. (64) En ail. Tragbahre»
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- avoir défait le nœud, & l’on en retire les foies pour examiner fi elles font bien cuites, & s’il ne s’y trouve point de ce que les teinturiers nomment improprement bifcuït, c’eft-à-dire, des places où le bouillon n’aura point fuffifamment pénétré ; ce qui fe voit aifément par le jaune , & un certain limon qui relie en ces endroits. Si l’on voit ce défaut, il faut les remettre à cuire , en faifant bouillir de nouveau pendant quelque tems ; & quand on voit que toute la foie eft bien cuite , on jette toutes les poches à bas, comme pu avait fait la première fois.
- 280. Après avoir dépothé, on drefle le tout fur la cheville pour difi pofer enfuite les foies à être mifes dans les couleurs qu’on veut leur donner»
- Remarques fur le dédommage & la cuite.
- 28r. Il eft nécelfaire d’employer le meilleur favon blane deMarfeillepour la cuite des foies. Tout autre favon de qualité inférieure ne réuflitpas également bien , & d’ailleurs on ne ménagerait pas en employant certains favons; car il en faudrait une plus grande quantité : il y en a qui fe caillent avec la gomme de la foie , & forment avec elle une matière qui a prefque la confif.
- tance de la cire.
- 282. On s’eftfervi, pour cuire la foie , d’un favon dans lequel il entrait de la grailfe % mais 011 a remarqué que les foies qui avaient été cuites avec ce favon , n’avaient jamais la fécherelfe & l’éclat vif convenables ; d’ailleurs elles fe rouflilfaient à la longue.
- 283* La foie perd communément un quart de fon poids à la cuite; il y en a quelques-unes , comme les trames d’Efpagne , de Valence, &plufieurs autres, qui perdent deux où trois pour cent déplus. .
- 284. Le bain de favon qui a fervi à la cuite de la foie, prend une mau-vaife odeur, & fe corrompt très-promptement, & pour lors il n’eft plus bon à rien. Si, lorfqu’il fait chaud , 011 garde pendant fix ou fept jours en monceau , de la foie euite qui n’a pas .été dégorgée & lavée du favon de fa cuite, elle s’échauffe ; elle prend une mauvaife odeur, & même il s’y forme des vers blancs de même forme que ceux de la charogne : ces vers cependant ne mangent point la foie, mais feulement l’eau de iàvon mêlée de gomme, dont elle eft reliée mouillée; cette foie eft fujette à fe durcir.
- 28 V La foie qui n’a point été cuite, & qu’on nomme foie crue( 66) , eft roide & dure , ainfi «ju’on l’a dit ; enforte que la cuiffon eft abfolument nécefi.
- (<5ç) Greffer fur la cheville, en ail. auf cheville, & les étirer fortement pour que dem Nagel zu redite madien ,• c’eft ranger tous les fils foient étendus & rangés, les mateaux l’un après l’autre fur une forte (66) En ail. rohe Seide.
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- faire, tant pour lui ôter ces mauvaifes qualités, que pour lui enlever la couleur jaunè qu’ont naturellement beaucoup d’efpeces de foies. Il eft né-ceilàire d’employer pour là cuite de la foie, de l’eau bien pure, & qui diffolvc parfaitement bien le favon ; celle de lariviere de Seine eft très-bonne.
- 286. Lorsque Veau de la riviere eft bien bourbeufe, cela n’empèche pas qu’on ne s’eii Verve pour cuire les foies * mais dans ce cas, on eft obligé de la laiife'r dépofer pendant quelque tenïs, on la met enfuite dans la chaudière , & on achevé de l’épurer de la maniéré fuivante.
- 287. ÔNla fait.chauffer fans bouillir; après quoi on y jette environ une livre de favônTur trente féaux d’eau : ce Vavon fait monter à la fur face de Veau les impuretés en forme d’écume, qu’on enleve avec l’écumoire ; après quoi on fait la cuite à l’ordinaire.
- 288- Telles font les méthodes ufitées jufqu’à préfent dans toutes le» manufa&ures de l’Europe, pour cuire & décreufer les foies : mais peut-"être feront-elles changées, du moins à certains égards ; car les principaux ‘négocians &niàhufàduriers en étoffes de foie, ont remarqué depuis long-teins que les foiès Be ces pays-ci qui font déereufées par le favon, ont plu-'fieurs' défauts, 3c finguliérement moins de luttre que celles de la Chine, qu’on dit être déereufées fans favon. Ces confidérations ont engagé l’académie de Lyon à propofer pour le fujet de fon prix de l’amfée 1761, de trouver une méthode de décreufer les foies fans favon, & ce prix vient d’être décerné à M. Rigaut, de’S. Quentin , déjà connu par plufieurs recherches «hymiques très-utiles pour la perfection des arts’& des objets de commerce.
- 289- Ce phyficien déjà prévenu par le programme de l’académie , quec’eft Thuile du favon qui donne à la foie les mauvaifes qualités dont on fe plaint, propofe de fubftituer au favon une diifolution'de fel de foude , étendu dans une fuffifante quantité d’eau pour ne point altérer & énerver la foie ; ce qui iàns doute remplit les vues de facadémie.
- ; ' * . Du blanc. ; >1 ' »
- 290. Les foies dégoriimées & cuites, comme ron vient de le dire, ont îe plus'grarid degré de blancheur qu’on piaffe leur donner par .ces opérations ; mais comme il y a différentes nuances de blanc, dont les unes ont un petit œil jaunâtre , les autres' tirent 'fur lé bleu , d’autres fur le rougeâtre , les teinturiers font obligés , pour faire prendre à la foieda nuance ^particulière de blanc qu’ils défirent , d’ajouter quelques ingrédiens, Voit dans le dégom-Tnàge sTôit^irtsTa cuite, Voit dans un troifteme bain fort-léger de favon, qu’ils-nomment le blanchiment. On va indiquer les moyens de donner*à la foie les principales nuances de blanc.
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- 29 T. On diftingue dans la teinture en foie cinq fortes de blancs, ou plutôt cinq principales nuances de blanc , qui fe nomment U blanc de la Chine , le blanc des Indes, le blanc de fil appelle auffi le blanc de lait (67) , U blanc d'argent (68)5 lk le blanc a^urè (69). Tous ces blancs ne dilferent les uns des autres que par des nuances très-légeres, mais qui font cependant ienlibles à la vue , fur-tout lorfqu’on les compare les unes avec les autres.
- 292. Les trois oremiers blancs fe dégomment & fe cuifent comme il a
- # dit-
- 293. Pour faire le blanc de la Chine , on lui donne un peu de rocou (70) fur le blanchiment, quand on veut qu’il ait un œil rougeâtre , fans quoi ou n’y met -rien.
- 294. Le blanc des Indes rf a befoin que de palfer fur le blanchiment, excepté lorfqu’on veut qu’il ait un petit œil bleu ; on lui donne dans ce cas un peu d’indigo , préparé comme 011 le dira ci-après , & que les teinturiers nomment açiir.
- 295. Le blanc deffil fe paife fur le blanchiment, qui va être décrit ci-après,
- avec un peu d’azur. ?
- 296. Mais pour le blanc d’argent & le.blanc azuré, il eft à propos de mettre de l’azur dans le dégommage , ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- 297. On prend de bel indigo ; on le lave deux ou trois fois dans de Peau moyennement chaude ; enfuite 011 le pile bien dans un mortier , & on jette de l’eau bouillante delfus.,On laiife repofer & tomber toutes les parties grof-fieres de l’indigo, & l’on ne fe fert que du clair : c’eft ce.qu’on appelle aqur.
- 298- On met-de cet azur dans le bain de favon deftinéau dégommage.
- 299. Il n’y arien de déterminé fur la quantité , parce que Ci la foie ne fe trouve point affèz azurée, on lui redonne de l’azur fur le blanchiment.
- 300. Pour le blanc d’argent & le blanc azuré, 011 met auffi de l’azur dans la cuite, à vue d’œil, comme dans le dégommage.
- 301. Lorsque la cuite eft faite., on leye la foie,de la chaudière en la barrant, c’eft-à-dire, en lui faifant faire le moulinet par le moyen de la demi-barre , comme il a été dit i mais au lieu de jeter les poches à terre, ou fur le baillard, on les porte dans une barque remplie d’eau claire 5 on ouvre la poche dans Peau , & on l’en retire en y laiiTant la foie; on étale la foie dans l’eau par cordée, après quoi on la leve, & 011 la pofe fur le baillard, qui
- (67) En ail. Mildiweifs.
- (68) En ail. Silberweifis.
- (69) En ail. Blaulicht.
- (70) Le roceu, ou roucon, eft une pâte
- tirée par la macération des graines d’un arbre cultivé dans les illes de l’Amérique, •& nommé par les fauvages achiote ou codie-huc, par les Caraïbes bidiet, & par les be-taniibes uruc.
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- eft mis en travers fur la barque, 8c à travers lequel les foies s’égouttent de leur eau de favon dans’la barque.
- 302. Cette première eau de favon eft remife dans la chaudiereoù l’on a fait la cuite de blanc, pour fervir à. une autre cuite.
- 303. On remplit la barque avec de nouvelle eau claire, dans laquelle on
- lave ou disbrode les blancs. On les écoule 8c on les drelfe enfuite, & on en fait des mateaux propres à être tords. En même tems on prépare le blanchiment de la maniéré fuivante. r
- t
- Du blanchiment.
- 304. Pour faire ce qu’on appelle le blanchiment ( 71 ) , on remplit une chaudière d’eau claire : fur trente féaux , on met environ une livre ou une livre & demie de favon ; on fait bouillir le tout ; & quand le favon eft fondu , 011 braife l’eau avec un bâton pour voir fi le blanchiment eftaffez gras, ou fi au contraire, il ne l’eft pas trop : ces deux inconvéniens font également à éviter i parce que fi le blanchiment était trop maigre, les foies n’y prendraient pas une teinte uniforme ; fi au contraire il était trop gras , elles refu-fèraient de tirer de l’azur comme il faut, & prendraient des plaques bleues par places. On connaît que le blanchiment eft bon, quand en le battant avec un bâton, il donne une écume qui n’eft ni forte ni faible ; pour lors on met les foies en bâtons, & on les paffe de la maniéré fuivante.
- 305. Pour le blanc de la Chine , on paffe fur le bain en y ajoutant un peu de rocou , fi l’on veut qu’il porte un œil un peu rouge. On doit obferver de paffer les;foies dans le bain de-la maniéré fuivante. On y plonge tous les mateaux arrangés fur les bâtons , & on place ces bâtons de maniéré que les deux bouts portant fur les deux côtés du vaiffeau , tous les écheveaux pôles verticalement, trempent dans le bain, à l’exception de leur partie fupé-rieure qui en eft dehors, parce qu’elle eft retenue par le bâton, & que le vaiffeau ne peut!être rempli entièrement, à caufe de Pelpace qu’il faut laiffer pour manœuvrer. On les prend enfuite l’un après l’autre, & on les retourne bout pour bout, afin de faire tremper à fon tour la partie du mateau qui était dehors , & on les repouffe en même tems à l’autre extrémité du vaif. feau. Cette manœuvre qu’on réitéré jufqu’à ce que la foie ait pris uniformément la teinte qu’on veut lui donner , s’appelle lifer la foie (72)-} les bâtons dans lefquels font paflés les mateaux , fe nomment des lifoirs , ainfi qu’on l’a dit ci-devant $ & lorfqu’on a mis ainfi du haut en bas chaque mateau, cela s’appelle avoir donne une life : ainfi chaque fois qu’on les retourne , c eft une
- (71') En ail. das ÏFeiJfen. foirs s’appellent dans cette même langue
- (72) En ail, die Seide auslefen. Les IL WeifseJioizer,
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- nouvelle life qu’on leur donne. Cette manœuvre fe pratique dans toutes les opérations où il s’agit défaire prendre également quelque couleur à la foie; & l’on obferve toujours de lifer fans interruption dans le commencement, ou jufqu’à ce que la nuance que prend la foie foit bien uniforme. Sur la fin , ou lorîque le bain eft déjà affaibli, on donne les lifes moins fréquemment.
- 306. Pour le blanc des Indes, on life de même , & l’on ajoute un peu d’azur, fi l’on veut qu’il ait un petit œil bleu ; & cela fe fait en particulier po%r ne pas gâter le blanchiment qui eff deftiné à fervir ainfi pour les autres blancs.
- 307. Pour le blanc de fil, & pour les autres blancs, on y ajoute un peu d’azur , à proportion de la nuance qu’on veut lui donner.
- 308. Pendant toute cette opération, il faut obferver que le bain foit bien chaud , mais fans bouillir, & lifer exactement jufqu’à ce qu’on voie que toute la foie ait pris une nuance bien unie , ce qui elt fait ordinairement en quatre ou cinq lifes. A mefure que les foies font unies & finies , 011 les tord à fec fur Vefpart (73) : après quoi, on les étend fur les perches pour les faire fécher Amplement ; ou bien à la vapeur du foufre , fi cela elt néceflaire, comme on va le dire.
- Du fouf rage,
- 309. Toutes les foies qui font deftinées à être employées en blanc pour toutes fortes d’étoffes, à l’exception de la moire, doivent être foufrées , parce que l’acide du foufre (74) achevé deleur donner le plus grand degré de blancheur auquel on puiife les amener : le foufrage ( 75) fe fait de la maniéré fuivante.
- 310. Sur des perches placées à fept ou huit pieds de hauteur, on étend les foies qu’on veut foufrer; on choifit pour cela une haute chambre fans cheminée s ou un grenier élevé, où l’on püiffe dans le befoin donner accès à l’air , en ouvrant les portes & les fenêtres.
- 311. On met pour cent livres de foie à peu près une livre & demie ou
- (73) En ail. Windcftock. cîizer , Pyritographia Helv. pag. 180. La
- (74) En ail. Schwcfelj en fuédois Swaf- maniéré de faire le foufre ou de le tirer des ' wel ; en angl. Brimftone , pyrites fulphur, fcories, varie félon les lieux. On en fait en
- Linn. Ce foffile eft compofé d’un acide vi- Mifnie, en Suede, à Goslar. O11 compofe triolique & d’une matière inflammable. Lorf- auffi di* foufre artificiel, Stahl en a explique le phlogiftique eft uni avec l’acide vi- que la méthode. Voyez Junckeri, Confpcc~ triolique & un peu de terre marneufe, c’eft tus chemin, tome II, page 10. Bertrand? le foufre vierge, qui fe trouve en Suiffe & Diti. des fojjiles, au motfoufre.
- ailleurs , c’eft le pyrites nudus diaphanus (75) En ail. die Sivefelung, ^
- Linn. Syji.nat. 169, n. j. Voyez Scheu» ‘
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- deux livres de foufre en canons dans une terrine ou dans une marmite de fer, au fond de laquelle on a mis un peu de cendres ; on écrafe groffiére-ment les canons de foufre ; on les met en un tas fur la cendre; on allume à la chandelle un des morceaux , avec lequel on met le feu à plufieurs endroits du tas.
- 312. On ferme bien la chambre ; s’il y a une cheminée, il faut aufli avoir attention de la boucher, pour empêcher que la vapeur du foufre ne fe diflipe, & on laide brûler tout le foufre fous les foies pendant la nuit.
- 313. Le lendemain 011 ouvre les fenêtres pour laiifer difliper l’odeur du foufre & faire fécher les foies ; ce qui fufïit en été.
- 314. Pendant l’hiver, après que l’odeur du foufre eft paffée, on referme les fenêtres , & on niet de la braife allumée dans des réchauds pour faire fécher les foies. Il eft très-efTeiitiel que l’endroit dans lequel on foufre les foies foit fitué de maniéré qu’on en puiife ouvrir :la porte & les fenêtres fans être obligé d’y entrer; il faut le laiifer ainfi ouvert jufqu’à ce que l’air s’y foit renouvelle, fans quoi 011 ferait expofé à être fuifoqué par les vapeurs du foufre & de la braife.
- 3 1 Quand le foufre eft confumé, on trouve une croûte noire jqu’on.en-leve de delfus la cendre: elle eft très-combuftible , & on s’en fert pour allumer le foufre par la fuite ; ce qui eft plus aifé que quand on allume lefoufüe même qui n’a pas encore été brûlé.
- 316. Pour voir fi les foies font fuffifamment feches, on les tord à la cheville, & elles font bien fi elles ne fe collent pas les unes aux autres en les tordant ou chevillant : fi elles collent encore, on les met fécher.
- Remarques fur les blancs & U foufrage,
- 317. L’Acide vitriolique fulfureux qui fe dégage en grande quantité pen-
- dant une lente combuftion du foufre , a la propriété de manger & de détruire avec une très-grande efficacité la plupart des couleurs ; c’eft par cette raifon que le foufrage donne à la foie un blanc plus éclatant : il mange le roux qui lui reftait, & qui ,‘parle)mèlange de l’azur,,paraiifait un peu yer-dàtre : il lui donne aufli plus de fermeté, & même ce qu’on appelle^ du cri ou du maniement. Cela confifte en'ce que ', lorfque la foie a été imprégnée de l’acide du foufre ou d’un autre "acide quelconque, & qu’on en fait rouler les uns fur les autres les brins d’un écheveau en les preflant entre les doigts, leur frottement devient fenfible par des efpeces de vibrations ou de trémoufle-mens quife communiquent à la fnain, & même par un petit bruit qu’011 entend très-bien quand onl’approehede fon oreille, & qu’on y prête attention, ' ... ..
- 3*8.
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- D’ £*T 0 F F ES DE SOIE.
- Se
- 3 ï8* Comme ce maniement donne une certaine roideur aux foies, on eft dans l’ufage de ne point foufrer celles qui font deftinées à faire de la moire* parce que lorfqu’elles font foufrées elles réfiftent trop aux impreffions de la calandre, fous laquelle on fait paffer l’étoffe pour la moirer, & que cela empêche les fils de l’étoffe de rouler affez librement les uns fur les autres pour prendre un beau moirage.
- 3 15?. Pour éviter l’inconvénient qui réfui te de cette roideur ou dureté que la foie prend au foufrage,on eft dans l’ufage, dans certaines manu-îifclures , de la défoufrer : ce qui confifte à la tremper à plufieurs reprifes dans de l’eau chaude , en lifant comme pour la teinture. Cette opération rend la foie plus douce, & lui fait perdre fon maniement ; mais cette foie eft toujours moins propre à être moirée que celle qui n’a point été foufrée. Si l’on voulait teindre des foies qui auraient été foufrées , il faudrait les défoufrer , parce qu’il y a beaucoup de couleurs qu’elles ne prendraient pas bien fans cette précaution ; ce font toutes celles qui ne peuvent réfiffer à l’adion des acides.
- 320. Quand les foies ont été foufrées, fi l’on remarque qu’elles n’aient point affez d’azur pour la nuance qu’on veut afiortir, il faut leur en donner de nouveau fur de l’eau claire & fans y mêler de favon 5 & il eft à remarquer que il l’on emploie de l’eau crue comme l’eft celle de certains puits , l’azur en eft plus bleui fi au contraire on emploie une eau de riviere bien douce, l’azur tire un peu plus fur le rouge.
- 321. Après qu’on a ainfi redonné de l’azur,on foufre les foies une fécondé fois. Aurefte, le premier foufrage n’eft pas inutile dans cette opération , parce que l’acide du foufre fait prendre plus facilement fur la foie l’azur qui fe donne avec feau feule i car il n’en ferait pas de même de celui qui fe donne fur le favon.
- 322. A l’égard de la cuite, fi l’on n’avait pas d’azur , 011 pourraity mêler un peu du bain d’indigo préparé pour teindre en bleu, comme on le dira ci-après, & que les teinturiers nomment bleu de cuve ; il produirait le même effet, pourvu que ce bleu fût tiré d’une cuve qui eût encore toute fa force. On pourrait même , à la rigueur , fe fervir de ce bleu de cuve pour donner l’azur avec l’eau ; mais il eft fujet à donner une nuance moins belle , parce que quand on mêle une petite quantité de bleu de cuve dans beaucoup d’eau, il perd fa qualité & tombe dans le gris.
- 323. Il y a des étoffes qu’on fabrique toujours avec des foies crues , pourvues de toute leur gomme & de leur fermeté naturelle, parce que ces étoffes doivent être elles-mêmes très-fermes, & comme empefées ou gommées: telles font les dentelles de foie qu’on connaît dans le commerce fous le nom de blondes, les gelées & autres de cette efpece. Les foies deftinées à la
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- fabrique de ces fortes d’étoffes , ne doivent donc point être dégommées ni cuites; & on leur donne toutes les préparations de teinture dont elles ont befoin , finis leur avoir fait fubir ces opérations préliminaires. On aura par cette raifon attention d’indiquer à la fin de chaque procédé de teinture, ce qu’il faut obferver pour faire prendre à la foie crue toutes les différentes couleurs. Voici d’abord ce qui concerne les foies qui doivent être employées crues & blanches , pour les étoffés dont on vient de parler.
- 324. Il faut choifir celles qui font naturellement les plus blanches
- les tremper dans de l’eau , les tordre enfuite, les foufrer, & après cela leur donner de l’azur fur de l’eau claire; les tordre de nouveau , & enfuite les foufrer une fécondé fois : du moins telle eft la méthode ordinaire.
- 325. Mais l’expérience a appris qu’011 peut faire aufîi bien en les trerm-pant dans un bain de favon , comme pour le blanchiment, & chaud au point qu’on y puiffe tenir la main. On les life fur ce bain, en y mettant de l’azur s’il en faut. Lorfqu’elles font au point convenable, on les lave bien à la riviere, ce qui leur rend la fermeté qu’elles perdent dans l’eau de favon j enfuite 011 les tord & on les foufre.
- 3 26. Il faut obferver que cette efpece de blanchiffage de la foie crue ne s’emploie que pour des foies de pays de qualité inférieure ; car les belles foies de Nanquin, qui font naturellement d’un très-beau blanc, n’ont aucun befoin de cette opération.
- De l'alunage,
- , , 327. L’alunage doit être regardé comme une des opérations générales de la teinture , parce que l’alun (76) eft un mordant fans lequel la plupart des couleurs ne pourraient s’appliquer fur les matières à teindre, ou du moins n’auraient ni beauté , ni foïidité $ ce fel réunit deux propriétés admirables, & de la plus grande importance pour l’art de la teinture ; il rehauife
- (7 6) En ail. Alaiin ; en latin alumen ;£d auquel la' cryftallifation donne une figure ;txftoëdrei II fond au feu , il y bouillonne ; il faut quatorze fois f fon poids d’eau pour le diffoudre. Son acide eft .fulfureux. On trouve dans la terre , en Egypte, en Sardaigne,, en Bohême, dans le Tirol, dans l’isle de Malthe & dans la Laponie, un alun vierge qui n’eft pas fi tranfparent que l’alun artificiel. C’eft Y alumen nudum, Linn. Syfi. natur. 16 9 , n. 1. Alumen nativum, Yall. rriin. i7i.Â'cette efpece appartient Y alun déplumé, alumenplumofurn ; en ail. Fcdcr-
- 'alaun. II fe rencontre par gros paquets filandreux. Lés filets font argentés, longs d’un pouce & demi. On peut l’employer fans préparation. Dans la teinture, il eft, comme le lien qui unit les couleurs aux étoffes, il rend les couleurs vives & durables. L’alun de Rome, qui fe trouve à Civita-Vecchîa, eft rouge; Y alun de roche, qui vient d’Angleterre , de Liege, de Suede , eft tranfparent comme du cryftal, & blanc. Voyez Bertrand , Dicïionn: univ, des fojjiles, au mot alunK
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- Teclat d’une infinité de couleurs, & les fixe fur les matières teintes d’une maniéré folide & durable.
- 32g. On emploie l’alun dans la teinture de la laine, du coton, du fil & de la foie ; mais les manipulations pour Rappliquer font différentes : voici celle dont on fe lert pour la foie, qui efl l’objet de ce traité.
- 329. Dans une tonne ou bacquet d’environ quarante ou cinquante féaux (77) , on met quarante ou cinquante livres d’alun de Rome, qu’on a'1*fait diffoudre d’abord dans une chaudière pleine d’eau fuffilàmment chaude 5 il faut avoir attention, en verfant la diifolution d’alun dans la tonne „ de bien remuer & brader, parce que la fraîcheur de l’eau pourrait le faire cryjlaLLifer ou congeler, comme difent les teinturiers; & alors la foie qu’011 mettrait dedans , ferait toute enduite de petits cryflaux d’alun , ce que les teinturiers appellent fe glacer. Lorlque cet inconvénient arrive , on paife la foie fur un peu d’eau tiede, qui enleve promptement tous ces cryflaux, & l’on peut remettre cette eau dans la tonne à l’alun.
- 330. Après avoir lavé les foies de favon, en leur donnant une batture , & même pour le mieux , après les avoir écoulées fur la cheville, pour ôter le plus gros du favon qui relie encore , 011 les paffe dans des cordes , comme quand on les fait cuire. On plonge dans l’alun toutes les cordées les unes fur les autres , en obfervant que les mateaux ne foient point trop roulés fur eux-mêmes , ou voltés , comme difent les teinturiers; que les cordées foient à i’aife , de maniéré qu’elles foient toutes bien fubmergées : on les laiffe dans cet état pendant huit à neuf heures, ordinairement depuis le foir jufqu’au lendemain matin. Après onlesleve, on les tord à la main'fur la tonne , 011 les porte à la riviere pour les laver, ce que l’on nomme rafraîchir , & on les bat lorfqu’il efl néceffaire , comme 011 le dira en fou lieu.
- 331. Dans quelques manufactures , au lieu de mettre les foies en corde pour les faire aluner, 011 les paffe fur des bâtons , en mettant trois ou quatre mateaux fur chaque bâton , & on leur donne trois ou quatre lifes ; enfuite on les fait fubmerger entièrement dans le bain, en y plongeant tous les bâtons par le bout qui efl chargé des foies , & l’autre bout demeurant appuyé fur le bord de la barque, ce que les teinturiers appellent mettre en fonde (78). Ils défignent en général par cette exprefïion , la fubmerfion & le féjour de la foie dans une liqueur quelconque.
- 332. Pour éviter que les foies ne s’échappent de deffus les bâtons & ne fe mêlent, on a foin d’avoir une perche , qui efl jufte de la longueur de la barque , & fur laquelle on appuie la tête de tous les autres bâtons , enforte que cette perche empêche les foies de pouvoir couler. O11 peut faire la même
- (77) La Forme & la grandeur du bacquet d’en donner la figure, comme l’a faitM. Jsl: a-font très.-indifférentes : il eft donc inutile quer. ' (7b) En ali. insSalz t/mn.
- L ij
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- choie par le moyen d’une corde qu’on attache à la tête du premier & d'n dernier bâton, & qui paifant fous la tête de tous les autres , fait le même effet que la perche.
- 333. Le bain d’alun étant formé , comme on a dit, 011 y peut paffer juf-qu’à cent cinquante livres de foie., fans qu’il foit néceifaire d’y ajouter de nouvel alun, ou de le recruter , pour fe fervir du terme de l’art.
- 334. Mais quand on s’apperçoit que ce bain commence à s’affaiblir, ce que l’on connaît aifément avec un peu d’ufage en en mettant un peu fur fl langue, parce qu’alors il fait une impreffion moins vive, on fait dilfoudre. vingt ou vingt-cinq livres d’alun que l’on met dans le bain , avec les mêmes précautions que ci-deffus, & l’on continue ainii à refournir de nouvel alun à proportion des foies qu’on a alunées » jufqu’à ce que le bain commence à prendre une mauvaife odeur ; ce qui lui arrive plus tôt ou plus tard, fui-vant la plus ou moins grande quantité de foie qu’on a paflée delfus.
- 33L Quand le bain commence à s’empuantir de la forte, on achevé de le tirer en y paifant les foies deftinées aux couleurs baifes, comme font les bruns , les marrons , &c. enfuite on le jette ; on rince la barque, & on forme un nouveau bain.
- Remarques fur t alunage.
- 336. Quand une barque a fervi un certain tems à faire falunage, il fe fait tout autour une incruftation qui va quelquefois jufqu’à l’épaiffeur d’un écu de iix francs, fur les côtés, plutôt que fur le fond , parce que , comme il arrive fouvent que les foies touchent le fond de la barque, elles le balaient en quelque forte , & empêchent cette croûte de s’y former.
- 337. Les teinturiers n’ôtent point cette incruftation , parce qu’ils n’ont point remarqué qu’elle eût aucun mauvais effet ; au contraire, elle fert à mieux retenir le bain & à empêcher le vaiffeau de fuir. Ce dépôt vient de ce que les foies qu’on met dans la diifolution d’alun, ne font point ordinairement débarraffées de tout le favon de leur cuite ; ce refte du favon & une partie de l’alun fe décompofent mutuellement ; il fe forme de l’union de l’acide de l’alun avec l’alkali du favon , du tartre vitriolé ; & de la terre de l’alun avec l’huile de favon 5 une matière épaiffe : le tout enfemble fait la matière de l’incruftation dont il s’agit.
- 338- Il paraît que c’eft auffi à la portion de favon qui refte ordinairement dans la foie, lorfqu’on la met dans le bain d’alun, qu’on doit attribuer la mauvaife odeur que contra&e ce bain après avoir fervi pendant un certain tems.
- 339. On fait toujours aluner les foies à froid, parce qu’on a remarqué que lorfqu’on les fait aluner dans un bain chaud, elles font fujettes. à perdre une partie de leur luftre.
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- 340. L’expérience a appris qu’il eft toujours beaucoup plus avantageux de faire aluner les foies dans.un bain bkn fort d’alun , que dans un bain un peu faible , parce que l’alunage étant fo™, on eft toujours fur de tirer beaucoup mieux la teinture 5 au lieu que lorfqu’il eft faible, la teinture fe tire difficilement, & fe mal unit.
- > Du bleu.
- 341. Le bleu fe fait fur la foie avec l’indigo, comme fur toutes les matières fufceptibles d’être teintes ; mais cette drogue eft d’une nature particulière : la matière colorante de l’indigo eft réfineufe; elle ne communique aucune couleur à l’eau , dans laquelle elle eft indifloluble ; il faut néceliai-rement la diviler ou la difloudre par des matières falines, & par une forte de fermentation : ce qui exige des opérations particulières à cette efpecede teinture, & demande finguliérement des vaiffèaux d’une ftrudure convenable ; ces vaiifeaux fe nomment cuves (79)3 on va les décrire, ainft que la maniéré de préparer l’indigo , & celle d’y teindre la foie.
- 342. Le vaiffeau dans lequel on fait le bleu eft ordinairement de cuivre j il a la figure d’un cône tronqué & arrondi en pain de fucre renverfé,planche Iy fg. 2 & 3. La partie inférieure ou le fond C, a environ un pied de diamètre , & l’ouverture ou la partie fupérieure en a environ deux 5 la hauteur eft de quatre pieds à quatre pieds & demi. La partie inférieure eftfcellée en terre, & y eft enfoncée d’environ un pied & demi au-deffous du niveau de la terre , comme on le voit en D, fg. 2. Cette cuve eft environnée d’un âtre pavé E yfig. 3. Ce qui eft hors de terre , eft entouré d’une maçonnerie Fÿ fg. 2 & 3 , qui eft perpendiculaire au fol, & qui 11e joint pas la cuve 5 enforte qu’il refte autour du vailfeau un efpace G ffig. 3 , qui eft plus grand dans la partie inférieure que dans la fupérieure. La maçonnerie ne s’applique à la cuve que par le haut 3 elle s’y joint par cette partie fupérieure, en formant autour d’elle un rebord LI ,fg. 2 , de fix à îmi?pouces.
- 343. On pratique à cette maçonnerie deux ouvertures, une au niveau de la terre 3 la première I , fg. 2, a environ un pied de haut fur fix à fepfc pouces de large 3 c’eft par cette ouverture qu’on met la braife.
- 344. La fécondé ouverture eft formée par un tuyau de grès ou de plâtre : c’eft une efpece de cheminée, que l’on nomme venteufe b,fg. 2& 3 5 elle eft deftinée à entretenir le feu par le courant d’air 3 ce tuyau doit s’élever environ à dix-huit pouces au-deffus de la cuve, pour empêcher que celui qui travaille 11e foit incommodé par la fumée ou par les exhalaifons de la braife qu’on met dans l’âtre autour de la cuve. Telle eft la conftruéUon du
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- vaifleau deftiné au bleu, & de fon fourneau : voici préfentement comment on prépare l’indigo.
- 34^. On commence par faire ci qu’on nomme le. brevet, de la maniéré fuiVante.
- 346. Pour huit livres d’indigo, on prend ftx livres de cendre grave-lée ( 80 ) la plus belle ; trois à quatre onces de garance par livre de cendre i & huit livres de fon qu’on lave d’abord dans plusieurs eaux, pour enlever la farine : lorfque le fon eft lavé , on le prelfe pour lui ôter la plus gran& partie de fon eau, & on le met feul au fond de la cuve.
- 347. On met la cendre gravelée, & la garance feulement écrafée , bouillir enfemble pendant environ un quart d’heure dans une chaudière qui tient à peu près les deux tiers de la cuve ; & onlaiife après cela repcffer le brevet , en fermant les portes du fourneau.
- 348. Deux ou trois jours auparavant, on a mis tremper huit livres d'indigo dans environ un feau d’eau chaude , dans laquelle on a foin de le bien aver, en changeant même l’eau. Cette eau prend une teinte rouife. Quelques teinturiers commencent par faire bouillir l’indigo dans une leffive
- t d’une livre de cendre gravelée fur deux féaux d’eau ; après quoi on le pile tout mouillé dans un mortier (81). Quand il commence à être en pâte, on verfe deflus plein le mortier, du brevet qu’on vient de faire bouillir & qui eft encore chaud, avec lequel 011 le broie pendant un certain tems ; après quoi on laifle repofer le tout pendant quelques moraens, & on enleve le clair, qu’on met à part dans un chauderon , ou qu’on verfe dans la cuve. On reverfe enfuite une égale quantité du brevet fur l’indigo qui eft refté au fond du mortier ; on recommence à bien broyer, & on enleve le clair qu’on met dans le chauderon , comme la première fois; on réitéré cette manœuvre jufqu’à ce que tout l’indigo ait palfé ainfi avec la plus grande partie du brevet.
- 349. On le verfe p*r chauderonnée à mefure fur le fon qui eft au fond de la cuve; & quand le tout y eft, on jette delfus ce qui refte du brevet avec fon-marc. On remue ou pallie le tout avec un bâton qu’on appelle rable, & 011 lailfe fans feu jufqu’à ce que le degré de chaleur foit devenu allez modéré pour pouvoir tenir la main dans le bain; alors on met un peu de feu autour de la cuve pour entretenir ce même degré de chaleur; il faut le continuer jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que la liqueur commence à devenir verte , ce que l’on reconnaît à l’aide d’un peu de foie blanche qu’on y trempe.
- (80) On nomme gravelle, la lie de vin les cendres gravelées. deflechée & difpofee pour être réduite en ( 81 ) Ce mortier ordinairement de fer cendres très-riches en alcali fixe. Ces cen- fondu , eft d’une forme arbitraire, & n’a pas cires, en allemand Wcinjlcin-afdic, font befoin d’être repréfenté,
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- 3?0. Quand elle eft en cet état, cela indique que la cuve revient, c’eft-à-dire, que l’operation va bien ; on donne alors un coup de rable pour l’avancer, & pour voir Ci elle fe détermine à venir, & on la laide rcpofer jufqu a ce que l’on apperçoive une crème ou pellicule brune & cuivrée qui montre à la furface, & qui indique que la cuve elt revenue.
- 3> i. Pour être certain que la cuve elt bien revenue, il faut obferver il elle eft bien croutée, & voir Ci en foufflant de fin s il le reforme fur-le-champ paie crème à la place de celle que l’on vient d’écarter : lî la liqueur donne cés lignes , on la laide repofer pendant trois ou quatre heures , après quoi on refait un nouveau brevet pour l’accomplir ; & pour cela on met dans une chaudière la quantité d’eau nécelfaire pour achever de remplir la cuve , & on y lait bouillir deux livres de cendres & quatre onces de garance , comme la première fois : on verfe ce nouveau brevet dans la cuve 5 011 pallie le bain , & on laide repofer pendant quatre heures : alors la cuve eft en état de teindre.
- 3^2. Lus foies deftinées à être teintes en bleu , doivent aVoir été cuites à raifon de trente-cinq à quarante livres de fa von pour cent, comme il a été dit à l’article de la cuite, & 11e doivent point être imprégnées d’alun , parce que la partie colorante de l’indigo, & en général celle de toutes les matières rélineufes, n’ont aucun befoin de mordant pour s’appliquer fur les matières à teindre.
- 353. Lorsqu’on veut teindre la foie dans la cuve, on la lave bien de fon favon j & pour la bien dégorger, on lui donne deux battures à la riviere -, on la partage par mateaux propres à être bien & commodément tords. On prend un de ces mateaux, on le paflê fur un rouleau de bois de quatorze pouces de long fur un pouce & demi de diamètre , lequel fe nomme lupajje. Voyez fa forme en E , pbanche II ,fig. 4. On le plonge dans la cuve, & on lui donne quelques tours pour l’unir & lui faire prendre la nuance qu’on veut lui donner. On le tord à la main fur la cuve, le plus fort qu’il eft poftible, pour ne point perdre du bain ; on l’évente ou efcrêpe dans les mains pour le dé-verdir, & aufli-tôt on le lave dans deux eaux différentes qu’on a eu foin de tenir toutes prêtes dans des barques à portée de celui qui travaille : aulfi-tôt qu’il eft lavé, on le tord fur l’efpart à la pointe du chevillon , pour le tordre aufli fort qu’il eft poftible , & on l’elfuie à mefure avec un autre mateau allez égoutté pour pouvoir s’imbiber de l’eau qui fort par la torfe ; on donne ainlî quatre coups de torfe le plus promptement qu’il eft poftible : après qu’il eft tors , on le retord encore une douzaine de fois au milieu du chevillon, pour diftribuer par-tout également dans la foie le peu d’eau qui refte par places après les quatre coups de torfe ; cela s’appelle efgaliver.
- 3 T4- Quand il eft tors & efgali, on l’étend fur la perche pour le faire
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- fécher le plus vite qu’il eft poffible; & fi les mateaux étaient trop gros, il faudrait avoir attention de caifer le fil dont ils font noués, pour pouvoir étendre la foie & empêcher qu’elle ne rougitfe fous le fil, comme cela lui arriverait fi elle était ferrée : on traite de même fucceilivement tous les mateaux que l’on a à teindre.
- Remarques fur le bleu d'indigo.
- 3^5. Les teinturiers en foie n’ont point ordinairement d’autre cuve celle qui a été décrite ci-dedus ; cependant ils pourraient en employer une autre qui ferait utile pour les verds. Cette cuve fe fait comme la précédente , à l’exception qu’on y met une demi-livre de garance pour chaque livre de cendre gravelée. Elle eft beaucoup plus verte que la première, & la couleur qu’elle donne eft plus aifurée fur la foie , fans avoir un œil moins avantageux que celui de la cuve ordinaire. Lorfque le bain de cette cuve eft épuifé de couleur, il devient d’un roux à peu près couleur de bierre, au lieu que le bain de la précédente devient noirâtre.
- 3 j6. A l’égard des autres cuves, c’eft-à-dire de celles qui fe font avec l’urine, foit à froid, foit à chaud , & de celle qui fe fait à froid avec dè la cou-perofe fans urine, les teinturiers en foie ne font point dans l’ufage de s’en fervir , non plus que de celle de paftel , parce que toutes ces fortes de cuves font trop lentes, c’eft-à-dire qu’elles ne teignent point la foie aifez promptement , & que d’ailleurs quelques-unes d’entr’elles donnent trop de dureté à la foie.
- 3Ï7- Le vaiifeau dont 011 fe fert pour la cuve d’indigo , eft ordinairement de cuivre, comme on l’a dit ; mafs on pourrait le faire de bois, en fe fervant pour cela de douves d’environ un pouce d’épaiifeur, & d’une hauteur convenable , & cerclées de fer. Mais il ferait eifentiel que le fond de la cuve 11e fût point de bois , parce qu’il ferait fujet à fe tourmenter par la chaleur , & à fe pourrir p^rl’humidité de la terre. Ainfi, au lieu de fond de bois, il faut lui faire ce qu’on appelle un fromage ; c’eft un mortier de chaux & de ciment que l’on jette dans le fond de la cuve , & qui fe pofe fur la terre, & 011 emplit cette cuve jufqu’à la hauteur d’environ fix pouces : pendant que le mortier eft frais, on l’unit avec une truelle, & à mefure qu’il feche on a foin de boucher par le moyen de la truelle les ouvertures & les gerçures qui s’y forment ; ce mortier fe fait ordinairement fans autre eau que celle que l’on a été obligé de mettre pour éteindre la chaux ; ce qui le rend beaucoup plus difficile à faire , mais en même tems beaucoup plus dur & plus folide ( 82 ).
- (82) C’eft-à-dire que ce mortier eft fait avec de la chaux vive, ce qui lui. donne une force extraordinaire.
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- 358- On ne peut commencer à faire la cuve de bleu , que lorfque ce mortier eft abfolument fec. Pour pouvoir fécher cette cuve, on y pratique fur îe côté à niveau de la terre une ouverture d’environ huit à dix pouces , & on applique fur cette ouverture une plaque de cuivre que l’on a foin d'enfoncer dans la terre de trois ou quatre pouces, & on la cloue allez exactement pour que la liqueur du bain ne puiffe pénétrer au-dehors. C’eft vis-à-vis cette plaque qu’on pratique l’âtre ou foyer en maçonnerie avec un tuyau ou cheminée, comme pour la cuve de cuivre. Au refte, il ferait peut-être à craindre que cette cuve ne fût fujette à fe défunir & à s’ouvrir par l’effet de la cendre gravelée; car 011 a remarqué que cela arrive aux féaux de bois dans lefquels on met de cette cendre : ainlî il vaut toujours mieux fe fervir de cuves de cuivre.
- 359- L’indigo dont fe fervent communément les teinturiers en foie , eft celui qu’on appelle indigo cuivre (83;, à caufe d’une couleur de cuivre rouge qu’on remarque à fa furface, & même dans fon intérieur > cependant ils pourraient fe fervir, & même avec plus d’avantage, de plufieurs autres efpeces d’indigo qui lui font fupérieurs , tels que font ceux que l’on nomme indigo bleu , qui eft plus léger, plus fin , & d’un bleu plus franc que l’indigo cuivré 1 Vindigo de Cadix ou de Guadmala, qui eft le plus beau & le meilleur de tous : mais le prix de ces autres efpeces d’indigo , & finguliérement celui du dernier , empêche qu’on ne s’en ferve.
- 360. On emploie ordinairement la garance dans la cuve , parce qu’on a remarqué qu’elle donne au bleu un œil plus agréable , & qui tire moins fur la couleur d’empois.
- 361. Les teinturiers en foie font tous dans rufage de laver le fon qu’ils mettent dans leur cuve » pour lui enlever la farine, qui rendrait le bain trop glutiueux j le fon d’ailleurs eft très-utile pour faire verdir & travailler l’indigo ; & même on a obfervé que la cuve fe fait mieux en mettant une plus grande quantité de fon : e’eft ce qui fait qu’on en a prefcrit dans le procédé une plus forte dofe que celle que la plupart des teinturiers mettent ordinairement*
- 3-62. Lorsque la cuve eft pofée, on la pallie d’abord comme nous l’avons dit, & enfuite il faut la laiffer en repos fans la pallier davantage , fi ce n’eft lorfqu’elle commence à être verte -, parce qu’on a remarqué qu’en la palliant dans le terns de Tefpeee de fermentation qui s’y excite,. cela ne fait, que retarder.
- 363. La foie que l’on teint en bleu de cuve, eft très-fujette à prendre une
- (83) Voyez fur les differentes efpeces de l'indigotier, tome VII de cette collée-d’indigo, le mémoire que j’ai ajouté à l'art tion, pag. 121 & fuiv.
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- couleur mal unie } & cela arrive même à coup fur, quand elle n'eft pas lavée & féchée très-rapidement aufii-tôt après qu’elle a été teinte: c’eft là ce qui; eft caufe qu’on eft obligé de palfer la foie fur cuve par petites parties, de la laver auffi-tôt à mefure qu’elle s’eft teinte , de la tordre à fec , & de la mettre féeher fur-le-cliamp en l’étendant bien. On choifit toujours par cette raifon-un tems beau & fec pour faire ces opérations. Si par malheur il tombait de l’eau deifus lorfqu’elle feche , elle ferait toute tachée, & deviendrait rougeâtre dans les endroits qui auraient été mouillés. Pendant l’hiver & d^ps les tems humides , on la fait féeher dans une chambre échauffée par un poêle , en branlant continuellement les perches fur lefquelles elle eft étendue.
- 364. On a pour cela une branloire (84) qui eft une efpeee de chaflis A r planche II, fig. 5 , formé en quarré-long par des perches dont deux ont dix ou douze pieds, & les deux autres ftx à fept pieds, foutenus en l’air & au plancher par des crampons de fer mobiles B, de maniéré que ce chaflis puiffe prendre le mouvement d’une balançoire. L’un des deux côtés longs C, eft garni de fiches de fer D, de trois pouces de haut, placées à quatre à cinq pouces de diftance} l’autre côté long E ,a vis-à-vis de chaque fiche une fourchette F.
- 365. Quand on veut mettre féeher la foie, on prend des perches G, de la largeur de la branloire, dont un bout eft percé d’un trou qui entre-dans la fiche, & l’autre bout pofe dans la fourchette} ce qui empêche les-perches de tomber lorfqu’on remue la branloire. On ajoute fur ce chaflis plusieurs autres perches qui y font affujetties à un de leurs bouts par une cheville, & à l’autre par une fourchette , comme on le voit en H. A mefure que les mateaux font tors, on les porte & on les étend fur l’une de ces perches de traverfe ; & on agite continuellement la branloire jufqu’à ce que toute la partie de la foie qui vient d’être teinte foit ainfi fucceflivement arrangée & féchée.
- 366. Pour frire les différentes nuances de bleu , on paffe d’abord fur la cuve neuve les nuances qui doivent être les plus pleines , 8c on les teint fur cette cuve en les tenant un peu plus long-tems , à mefure que la cuve s’affaiblit, jufqu’à ce qu’elle commence à être affez épuifée pour que la nuance que prend la foie après y avoir féjourné pendant deux ou trois minutes au plus, commence à paraître moins forte. Quand la cuve eft ainfi affaiblie, on s’en fert pour y paffer les foies qui doivent avoir une nuance inférieure, 8c ainfi de fuite jufqu’aux nuances les plus claires.
- 367. Mais, il faut obferver que quand on teint de fuite une grande quantité de foie fur la même cuve ,il arrive ordinairement qu'après avoir teint une
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- certaine quantité de foie, la cuve fe lajjè, c’eft-à-dire qu’elle commence à perdre de fou verd , & à donner une couleur moins belle. Il eft à propos pour lors de lui donner un nouveau brevet, qui eft une chauderonnée de décoétion d’une livre de cendres, deux onces de garance & une poignée de fon lavé, qu’on fait bouillir enfemble pendant un demi-quart d’heure dans de l’eau ou dans une portion du bain même de la cuve, fi la cuve eft encore alfez pleine pour celai on pallie la cuve après avoir ajouté le brevet, & il fa.pt la laiifer repofer tout au moins pendant deux ou trois heures avant de recommencer à y teindre.
- 368. Pour faire de beaux bleus, il eft à propos d’avoir une cuve neuve: ainfi quand on n’a que des bleus clairs à faire , il conviendrait de 11’employer pour cette cuve qu’une petite quantité d’indigo, plutôt que de fe fervir d’une cuve qui aurait été faite avec une plus grande quantité d’indigo , mais qui fe ferait affaiblie à force de teindre. Les bleus clairs faits fur cette cuve neuve & faible , font toujours plus vifs que ceux qui fe font fur une cuve qui a fervi d’abord à faire du bleu foncé. Mais les teinturiers ne peuvent guere avoir cette attention, parce que, comme les bleus ne fe paient qu’un prix très-modique, ils n’y trouveraient pas leur compte.
- 369. La cuve de bleu , dans un vaiffeau de la grandeur de celui que nous avons décrit, peut fe pofèr depuis une livre d’indigo jufqu’à huit. On pour-fait cependant excéder cette quantité de quelques livres fans aucun inconvénient.
- 370. Les teinturiers en foie 11e diftinguent que cinq fortes de bleus : fa-voir , le bleu pâle, ou bleu de porcelaine, le bleu célejle, le bleu moyen , le bleu de roi, & le bleu turc, ou bleu complet. Tous ces bleus ont leurs nuances intermédiaires qu’on peut tirer en tel nombre que l’on veut, en y donnant l’attention néceifairej mais ces nuances n’ont point de noms particuliers.
- 371. Les bleus foncés 11e peuvent fe faire fur la cuve feule, parce que l’indigo ne donne jamais fur la foie affez de plénitude pour ces nuances. Ainfi , pour avoir ces bleus, il faut leur donner une première couleur avec de l’orfeille, ce qui s’appelle en général donner un pied, avant de les paifer en cuve. Pour le bleu turc, qui eft le plus plein de tous, on donne d’abord un très-fort bain d’orfeille préparée comme nous le dirons dans la fuite j on donne auffi ce pied , mais moins fort, pour le bleu de roi, & l’on paife ces bleus fur une cuve neuve & bien garnie.
- 372. Pour donner le bain d’orfeille, on bat la foie à la riviere au fortir de la ouite ; enfuite on l’écoule fur l’efpart pour ôter la pins grande quantité d’eau ; après quoi on la met fur le bain d’orfeille bien chaud : on lif^jufqu’à ce que la couleur foit bien unie, puis on la lave en lui donnant jMie batture# on la dreife, & on la paife en cuve.
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- 373. A Fégard des autres bleus, ils fe font fans aucun pied , & il Tant avoir foin, avant de les pafler en cuve, de bien dégorger la foie du favon de la cuite , en lui donnant deux battures, parce que le favon fait dans la cuve un dépôt blanc , & lui fait même perdre fa couleur,s’il fe trouve en certaine quantité.
- 374, On fait encore un bleu auffi foncé que le bleu de roi, mais pour le pied duquel on fe fert de cochenille au lieu d’orfeille , pour lui donner plus de folidité, ce qui le fait aufli nommer bleu fin» Comme il faut employer procédé particulier pour teindre en cochenille, nous renvoyons cette couleur à l’article violet fin,
- 37?- Le bleu de roi, pour imiter celui des draps , fe fait de la maniéré fuivante,
- 376. On délaie avec de l’eau froide dans un mortier ou dans un cajfin y St par le moyen d’un pilon , environ une once de verd-de-gris pour chaque livre de foie ; on brade bien le tout enfemble , & on life les foies fur ce bain à l’ordinaire par mateaux de cinq ou lix onces : la foie prend dans ce bain une petite nuance de verd-de-gris fi. légère , que même elle ne paraît plus lorfque la foie eft feche.
- 377, Quand la foie a fuffifamment tiré fon verd-de-gris, on la tord, on la met fur les bâtons, & on la life à froid fur un bain de bois d’Inde plus ou moins fort de couleur, fuivant la nuance qu’on veut donner. La foie prend dans ce bain une couleur bleue qui alfortit au bleu de roi en drap : mais cette couleur eft fort mauvaife; elle fepaffe très-promptement, & tombe dans le gris-de-fer. Pour remédier à cet inconvénient & la rendre plus folide, on doit la tenir plus claire en bois d’Inde que l’échantillon qu’on a à alfortir » lui donner un peu d’orfeille à chaud , ce qui le rougit & fait monter la bru-niture; enfuite onia paffe fur la cuve.La eouleur pour lors eft beaucoup plus folide.
- 37Î. A l’égard des foies qu’on veut teindre en bleu fur crud, c’eft-à-dire fans qu’elles aient été cuites, il faut avoir attention de choiftr celles qui font naturellement bien blanches ; on en forme des mateaux, on les trempe dans de l’eau, & on leur donne deux battures pour faire mieux pénétrer l’eau : lorfqu’elles font trempées, on les drefle, & on en fait des mateaux que l’on paffe en cuve comme les foies cuites, & qu’011 fait fécher de même.
- 379. Comme toutes les foies crues prennent eii général la teinture avec beaucoup plus de facilité & d’aéfivité que les foies cuites, on a foin de palfer, autant qu’il eft poftible, les foies cuites avant les crues ; parce que Je s pre-mieres^nt befoin de toute la force de la cuve, St montent en couleur moins facilement. Si le bleu qu’on fait fur crud eft une nuance qui ait befoin d’orfeille ou des autres ingrédiens dont nous avons, parlé ci-deifus, on les donne comme aux foies cuites»
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- Du jaune.
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- 380. Les foies defiinées à être mifes en jaune fe cuifent à raifon de vingt livres de favon pour chaque cent pefant de foie.
- 38 r. Après la cuite , on les lave, 011 les met en alun ; & après les avoir relavées, ce qui s’appelle rafraîchir, & drelfées , 011 les met en bâtons par mateaux d’environ fept à huit onces, & on les palfe en lifant fur le bain defiiné à leur donner le jaune.
- 382. Pour faire le jaune franc , que les teinturiers en foie appellent jaune de graine , ils n’emploienf pas ordinairement d’autre ingrédient que la gaude.
- 383- On met dans une chaudière environ deux livres de gaude pour chaque livre de foie ; & pour que toutes les bottes de gaude trempent bien dans l’eau, on a foin de les charger de gros morceaux de bois. Lorfque cette gaude a bouilli pendant environ un gros quart - d’heure, on repoufle les bottes dans un des bouts de la chaudière, ou même, fi l’on veut, on les retire , & par le moyen d’un feau ou d’un cafjin, on retire tout le bain, & on le coule dans une barque de cuivre ou de bois (85) ; c’efi-à-dire qu’on le verfe à travers un tamis ou une toile, pour le débarraifer de la graine & des petites pailles que la gaude laiife aller en bouillant. Lorfque ce bain efi ainfi coulé , on le laide refroidir allez pour pouvoir y tenir la main ; alors on met les foies delfus , & on les life jufqu’à ce qu’elles foient unies. Si le bouillon de gaude 11e fe trouvait pas fuffifant pour remplir la barque , on y fuppléerait avec de l’eau qu’il faut mettre avant de lailfer refroidir le bain 5 enforte qu’il fe trouve toujours au degré de chaleur que nous venons de marquer. En général, toutes les barques ou chaudières dans lefquelles on teint, doivent être pleines , la foie y étant jufqu’à environ deux pouces de leur bord.
- 384- Pendant qu’on fait cette opération, on fait bouillir la gaude une fécondé fois dans de nouvelle eau; & quand elle a bouilli, on leve à un des bouts de la barque les foies fur un baillard, ou fur la tête de la barque. Alors 011 jette environ la moitié du bain, & l’on reponchortne, c’eft-à-dire qu’on remet du fécond bouillon du nouveau bain de gaude, autant qu’on en a ôté du premier , & on obferve de braifer le bain pour bien mêler le tout : c’eft ce qu’il faut faire en général, toutes les fois qu’on efi: dans le cas de rajouter quelque choie dans le bain , à moins que le contraire ne foit fpécifié. Ce nouveau bain peut être employé un peu plus chaud que le premier ; mais cependant il faut toujours que la chaleur foit alfez modérée , parce qu’autre-ment on détruirait une partie de la couleur que la foie a déjà prife; ce qui
- (8 O C’eft une baignoire de bois, de fept à huit pieds de long, & d’environ deux pieds de profondeur.
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- vient vraifemblablement de ce que les foies fe défalunent par la trop grande chaleur du bain. On life fur ce nouveau bain comme la première fois, & pendant ce tems-là on fait fondre de la cendre gravelée à raifon d’une livre environ pour vingt livres de foie.
- 38Ç. On met pour cela la cendre dans un chauderon j on coule deflus du fécond bain de gaude tout bouillant, & l’on remue la cendre pour aider à en difloudre tout le fel. On lailfe repofer ce petit bain, & lorfqu’il eft clair, on releve une fécondé fois les foies furie baiilard ou fur la tète de la barque , & l’on jette dans le bain environ deux ou trois caiîins du plus clair de ce bain de cendre. On bralTe bien le bain ; on y replonge les foies, & on les life de nouveau. L’effet de cet alkali eft de développer le jaune de la gaude, & de le dorer.
- 386- Au bout de fept à huit lifes, on donne un coup de cheville à un des mateaux, c’eft-à-dire que l’on tord ce mateau fur la cheville , pour voir Ci la couleur eft aflez pleine & aflez dorée. Si elle 11e l’eft pas aifez, on rajoute encore un peu du bain de cendre, & l’on fait tout le refte comme ci-deifus , jufqu’à ce que la foie foit parvenue à la nuance qu’on veut lui donner.
- 387. La leflive de cendre faite à part, aiufi que nous l’avons dit, peut fe mettre, iî l’on veut, dans le tems qu’on ajoute dans ce bain le fécond bouillon de gaude ; mais il faut avoir attention que le bain ne foit point trop chaud pour reponchonner. Cette opération n’eft bonne que pour les jaunes, & ce bain ne peut fervir pour le verd.
- 388- Si l’on veut faire des jaunes plus dorés & tirant fur le jonquille, il faut en même tems que l’on mette la cendre dans le bain, y ajouter aufli du rocou , à proportion de la nuance que l’on veut avoir. Nous donnerons ci-après , quand nous parlerons de l’orangé , la méthode de préparer le rocou.
- 389. Les petites nuances de jaune, comme citron pâle, ou couleur de ferin, doivent être cuites comme les bleus, parce que ces nuances font d’autant plus belles & plus tranfparentes , qu’elles font mifes fur un fond plus blanc. Voyez Varticle du bleu pour la cuite.
- 390. Pour les faire, lorfque la gaude paraît prête à bouillir, on prend quelques caflins de ce bain, & l’on en met un peu fur de l’eau claire avec un peu du bain de la cuve, Ci les foies ont été cuites fans azur. On paife les foies fur ce bain en lifant comme à l’ordinaire ; & fi l’on apperçoit que la nuance ne foit point aflez foncée, on redonne de la gaude, & de la cuve aufli, s’il eft néceflaire, jufqu’à la nuance que l’on defire.
- 391. Pour les nuances de citron plus foncées, il faut faire bouillir la gaude comme pour les jaunes, & n’en mettre qu’une certaine quantité fur de l’eau claire, fuivant la plénitude que l’on veut avoir. On y met aufli du bain de la cuve, fi la nuance le demande. Mais ces citrons foncés peuvent
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- Iç cuire en cuite ordinaire, comme les jaunes. Il faut remarquer qu’on n’ajoute du bleu de cuve dans ces couleurs que quand on veut que la couleur ait un œil tirant fur le verd.
- 392. Ces nuances de jaune très-claires ont leur difficulté : elles font fu-jettes à prendre très-fouvent trop de plénitude , même en léchant ; cela arrive quand elles font affiliées à l’ordinaire , attendu qu’elles ont alors trop d’alun. Pour éviter cet inconvénient, 011 peut, au lieu de les affiner comme les autres , leur faire à part un petit alunage qu’on rend alors auffi léger qu’on le juge à propos , & fur lequel on les life ; ou bien fans les affiner en particulier, on met feulement un peu d’alun dans le bain même de gaude.
- 393. Remarques fur le jaune. Dans les manufactures où l’on ne peut pas avoir la gaude commodément, on fe fert de graine d’Avignon ( 86 ) qui
- (86) La graine d’Avignon croit fur Parti ri fléau nommé nerprun, en ail. Stegdorn, Wegedorn, Krcutzbeer , Rhammts cathar-ticus minor, Pin. 11 elt fort commun dans les provinces méridionales de la France, fur-tout aux environs d’Aix & d’Avignon, d’où la graine a pris fon nom. Il s’élève facilement de femence & de drageons enracinés qui fe trouvent auprès des gros pieds. Ces arbrif-feaux viennent dans toute forte de terrein, fur-tout dans un fol léger, au bas des montagnes. Ils croilfent quelquefois à la hauteur d’un arbre, dont la racine eft longue, dure & ligneufe. Le tronc eft couvert d’une écorce grife en-dehors, & jaunâtre en-dedans. Les branches font armées de quelques épines allez longues ; les feuilles font petites, entières, ordinairement brillantes, finement dentelées par les bords, fouvent op-polees & quelquefois alternes -, les fleurs ont un calice en entonnoir, coloré en-dedans, & découpé en cinq par les bords.. A chaque divifion il y a de petits pétales qui couvrent les étamines. On appercoit autant d’étamines qu’il y a de divilions au calice ; elles font terminées par des fommets fort petits , au milieu defquels fe trouve le piftil formé d’un embryon arrondi & d’un Ityle terminé par un ftigmate obtus. L’embryon devient une baie qui contient plufieurs femences. Les baies de nerprun donpent trois fortes de couleurs. i°. Quand on les cueille vers
- la moilfon , & qu’on les fait fécher & macérer dans de l’eau & de l’alun, on a une couleur jaune. ?,<>. Lorfqu’on les ramafl'e en automne, elles donnent, étant broyées, une couleur verte très-brune & très-ufitée pour la peinture. 3 °. Si on ne les cueille que vers-la S. Martin, elles rendent une couleur d’écarlate propre pour teindre les cuirs & enluminer les cartes. Les baies du petit nerprun fourniflent la graine d’Avignon. On prépare au fli avec ces baies\tjhle de grain, en les faifant tremper & bouillir. On y joint enfuite des cendres de farment, ou de blanc de craie, pour lui donner un corps comme à la laque, & on paffe le tout à travers un linge fin. L’écorce du nerprun fert auffi à faire un jaune pour la teinture. L’ufage en eft fort répandu en Suede. Pour la préparer, détachez du milieu des branches environ trois livres d’une écorce fine & nouvelle ; hachez-la & la broyez dans un moitierde marbre ; mêlez-y par degrés environ deux pintes & demie d’eau commune, en battant & broyant bien le tout. Après avoir laide re-pofer pendant fix heures , verfez-y une once d’huile de tartre par défaillance, & laiflez-le encore repofer une heure & demie; après quoi vous le ferez bouillir fur un feu doux, dans un vaiifeau de terre, en remuant avec-une fpatule d’ivoire. Quand il aura, bouilli pendant un quart-d’heure, preflez légère» ment la liqueur hors de l’écorce, filtrez-la.
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- s’emploie précifément de même. Mais elle a l’inconvénient de donner une couleur moins folide.
- 394. Il y a deux fortes de gaudes ; la gaude bâtarde ou fauvage , eft celle qui vient naturellement dans les campagnes : elle eft plus haute que l’autre, & le brin, en eft beaucoup plus gros.
- 39f. La gaude cultivée, au contraire, ponde des tiges moins hautes & moins groffes, & elle eft d’autant plus eftimée que les tiges en font plus fines. Les teinturiers donnent toujours la préférence à cette gaude, parce qu’elle fournit beaucoup plus de teinture que la bâtarde, & ils ont foin de la ehoilir bien mûre & bien jaune.
- 396. Celle qu’on nous apporte quelquefois d’Efpagne, eft très-bonne. Les teinturiers de Paris fe fervent de celle’qui vient dans les environs de Pontoife, de Chantilly & autres endroits, où on la feme dans le mois de mars, pour en faire la récolte au mois de juin de l’année fuivante. Ainfi cette plante palfe l’hiver dans la terre. Les terreins fableux font les plus propres à cette forte de plante.
- 397. Lorsque la gaude eft mûre , on l’arrache , on la laide féeher , & on la met en bottes ; les teinturiers font bouillir cette botte toute entière, parce que toutes les parties de cette plante donnent de la teinture.
- 395. Pour teindre le jaune furcrud, on prend des foies naturellement blanches ; mais il n’eft cependant pas nécedaire qu’elles forent de la plus grande blancheur, comme pour les bleus.
- 399. Après les avoir trempées , comme nous l’avons expliqué en parlant du bleu , on les met aluner , & on les teint, comme cela a été dit., Le jaune de gaude eft une couleur folide & de bon teint.
- De £ aurore, orange ,mordoré, couleur d'or & de chamois.
- 400. L’ingrédient dont on tire ces différentes couleurs dans la teinture en foie, eft le rocou. Cette plante eft de la nature de celles dont la partie colorante réfide dans une fubftance réfineufe ; elle doit, à caufe de cela , être diffoute par un fel alkali, comme on le dira bientôt i & la foie qu’on y veut teindre, n’a aucun befoin d’être imprégnée d’alun, parce qu’en général ce mordant n’eft néceffaire que jpour faire tirer & affurer les couleurs extractives, naturellement diffolubles dans Peau pure, & ne contribue point à pro-
- & Vous aurez une couleur jaune. Faites dif. Filtrez-la deux ou trois fois, en ajoutant tou-foudre un peu d’alun dans de Peau , & mê- jours de Peau claire ; il vous reliera une fubf-lez-le a cette liqueur jaune ; ellefe perlera tance pulpeufe d’un très-beau jaune, jpar degrés, & la matière jaune fe féparera.
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- rîuire les mêmes effets pour toutes les couleurs rélineufes , qu’on ne rend mifcibles avec de l’eau, qu’à l’aide des diffolvans falins, & particuliérement des Tels alkalis.
- 401. Pour préparer le rocou , on prend une paffoire de cuivre d’environ huit à dix pouces de profondeur, fur moitié autant de largeurs cette paffoire eft percée dans toute ion étendue, de trous à peu près de la grandeur de ceux d’une écumoire à petits trous ; elle a deux anfes de fer ou de cuivre»
- <402. On fait chauffer dans une chaudière d’une grandeur convenable > de l’eau de riviere , ou de l’eau de fource bien douce , & propre à bien diffou-dre le fàvon s & pendant que cette eau chauffe , 011 coupe le rocou par morceaux ; on le met dans la paffoire dont on vient de parler , laquelle fe nomme pot à rocou ; on plonge le tout dans l’eau , & par le moyen d’un pilon de bois on broie le rocou, on le délaie, & 011 le fait paffer au travers des trous. Lorfque le rocou entier a paffé de la forte , on met dans cette même paffoire de la cendre gravelée (87)5 & on lui fait fubir la même opération qu’au rocou. Après cela on remue le bain avec un bâton, on lui fait jeter un ou deux bouillons, & aulîi-tôt 011 y verfe de l’eau froide, pour l’empêcher de bouillir plus long-tems 5 enfuite on retire le feu de deffous la chaudière»
- 403. On peut faire fondre telle quantité de rocou que l’on juge à propos; 8c pour chaque livre de rocou , on met douze onces ou une livre de cendre gravelée; Ci l’on en mettait moins, la couleur ne ferait point allez foîide , 8c ferait fujette à tomber dans une couleur de brique ou de tuile, ce qui s’appelle tuikr. Au relie , comme les cendres gravelées ne font pas toutes d’une force égale, c’eit au teinturier à juger de la quantité qu’il en doit employer, par les effets qu’il voit faire au rocou; l’effet de la cendre ell de jaunir le rocou en le fondant; elle lui fait perdre fa couleur de brique, & lui fait prendre une couleur beaucoup plus jaune & plus dorée, 8c en même tems rend cette couleur plus folide.
- 404. Si en employant le rocou, 011 s’apperçoit qu’il tire encore fur l’œil briqueté, c’ell une preuve qu’il n’ell point allez garni de cendre; & pour lors il ell à propos de lui en donner de nouvelle , en faifant jeter un bouillon au bain, & en l’appaifant enfuite avec de l’eau froide, comme dans la première opération : on remue le tout enfemble avec un bâton, & on le laiffe enfuite repofer.
- (S7) Les cendres gravelées, cineres da-vcllati, en ail. Weinftcinafdie, fe font avec la lie de vin. Les vinaigriers forment des pains ou gâteaux de la partie la plus épaiffe de la lie de vin. Ce marc étant defféché, ils le brûlent dans des foffes découvertes, & Tome J JC.
- c’ell ce qu’on appelle cendres gravelées. C’ell un fel alkali très-caullique, qui prépare les étoffes à recevoir la couleur. Quelques auteurs la confondent mal-à-propos avec la potaffe, qui ell un alkali tiré des cendres de végétaux.
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- 405. Le rocou fondu de la forte, fe garde aufîi long-tems qu’on veut fans fe corrompre, pourvu qu’on ait attention de n’y rien jeter de malpropre.
- 406. Les foies deftinées à être mifes en aurore & orangé, n’ont pas be-foin d’autre cuite que l’ordinaire de vingt pour cent de favon. Quand on les a lavées & battues pour les dégorger de favon, on les écoule furi’efpart, & on les met en bâtons , par mateaux un peu forts i & pendant qu’on les difpofe ainfi , on fait chauffer de l’eau de riviere dans une chaudière que l’on n’emplit qu’environ à moitiés enfuite on met dans cette eau une portion du rocou qui a été fondu s on fait chauffer le tout iufqu’à un degré de chaleur tel qu’on 11e puiife y tenir la main, mais cependant qu’il ne foit point -prêt à bouillir , c’eft-à-dire un bon degré de chaleur, moyen entre l’eau tiede & l’eau bouillante s & après avoir braflé le bain, pour bien mêler enfemble l’eau & le rocou, on y life les foies.
- 407. Quand elles font unies , on retire un des mateaux, on le lave, on lui donne deux battures , & enfuite un coup de torfe fur la cheville , pour voir fi la couleur efl; affez pleine> fi elle ne l’eft pas affez, on rajoute du rocou, on brade & 011 life de nouveau , jufqu’à ce que la couleur foit comme on la defire.
- 408. Quand elle efl: faite, on lave le tout, & l’on donne en mêmetems deux battures à la riviere : elles font abfolument néeeffaires pour débar-raifer la foie du fuperdu du rocou. Si l’on 11’avait pas cette attention, les foies teintes en rocou feraient fu jette s à barbouiller, & toujours moins belles.
- 409. L’aurore- fert de pied pour une autre couleur, qu’on appelle vio-redoré. Quand la foie a pris l’aurore , & qu’elle a été lavée , on l’alune à l’ordinaire ; on la rafraîchit enfuite à la riviere, & on prépare un bain nouveau d’une bonne chaleur, dans lequel on met de la décoction de bois de fuftet & un peu de celle de bois d’Inde. On life les foies fur ce bain ; & fi l’on s’ap-perqoit que la couleur ait un œil trop rougeâtre, on jette dans le bain une très-petite quantité de diffolution de couperofe (88)» qui fait jaunir davantage la couleur. Les premières nuances de cette couleur n’ont befoin , pour toute bruniture , que d’un peu de eouperofe, avec le fuftet, pour faire pré-cifément la nuance d’au-deffus de l’aurore.
- (88) La couperofe, en allem. Vitriol, nion de l’acide vitrïolique avec le cuivre, Kupferwajfer, eft un fel neutre vitrïolique c’eft le vitriol bleu, vitriol de Chypre, ou àbafe métallique. On en diftingue de trois couperofe bleue y. c’eft celui dont il s’agit ici. forces. i°. Celui qui réfulte de la compofi- 30. Celui qui fe fait de l’union de ce même tion de l’acide vitrïolique avec le fer,, c’eft acide avec le zinc, c’eft le vitriol blanc, ou le vitriol de mars,vitriol d’Angleterre , vitriol de Goslar* couperofe vçrte. 20. Celui qui.fe fait de l’u-
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- 410. L’alunage qu’on donne à la foie par-deffus le pied de rocou qu’elle a déjà , eft néceffaire pour faire tirer & aifurer les teintures de bois de fuftet & de bois d’Inde, qu’on emploie pour le moredoré, parce que la teinture de ces bois réfide dans leur partie extractive.
- 411. Pour teindre l’aurore fur crud, 011 choifit des (oies naturellement blanches, comme pour le jaune; & après les avoir fait tremper, 011 leur donne un bain de rocou , qu’il faut avoir attention de ne tenir que tiede ou même froid, parce qu’autrement la cendre gravelée qui fe trouve dans ce bain, & par le moyen de laquelle on a fondu le rocou , ferait perdre le crud de la foie , & lui ôterait la fermeté qui lui eft néceffaire pour les ouvrages auxquels on la deftine.
- 412. Pour l’orangé & le moredoré, on continue l’opération précifément comme pour les foies cuites.
- 413. Quand on 11a qu’une petite partie de foie à teindre , on fait fondre à peu près la quantité de rocou néceffaire; & lorfque le bain a été rafraîchi par l’eau froide , on le lailfe repofer pour que le marc tombe au fond de la chaudière ; & enfuite on paffe les foies fur ce bain.
- 414. Tout ce que nous venons de dire regarde les foies auxquelles 011 veut donner la nuance d’aurore; mais pour faire l’orangé, qui eft une nuance beaucoup plus rouge que celle d’aurore, il faut, après la teinture en rocou , rougir les foies par le vinaigre, par l’alun , ou par le jus de citron. Ces acides, en faturant l’alkali dont on s’eft fervi pour diffoudre & faire prendre le rocou, détruifent la nuance du jaune que cet alkali lui avait donnée , & ramènent à fa couleur naturelle qui tire beaucoup plus fur le rouge.
- 415. Le vinaigre ou jus de citron, fufffent pour donner les nuances d’orangé qui ne font pas bien foncées ; mais pour les nuances extrêmement foncées, on eft dans l’ufage à Paris de les palier dans l’alun , qui rougit beaucoup le rocou ; & fi la couleur ne fe trouve point encore affez rouge , on le paffe fur un bain de bois de Bréfil léger. A Lyon , les teinturiers qui fofit les couleurs de faffranum, fe fervent quelquefois des vieux bains qu’on a employés à ces couleurs, pour y paffer deifus les orangés foncés.
- 416. Lorsque les orangés ont été rougis par l’alun , il faut les laver à la riviere ; mais il n’eft pas néceffaire de battre , à moins que la couleur ne fe trouve trop rouge.
- 417. Les bains de rocou qui ont fervi à faire les aurores, font encore affez forts pour donner le pied ou la première nuance à des couleurs nommées ratines, dont on parlera ci-après, pour dorer les jaunes foncés, & pour faire les couleurs d’or & les chamois. Ces nuances fe font à la fuite des aurores, & n’ont aucune difficulté, parce qu’elles fe font avec le rocou feul.
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- Cependant il y a quelques nuances de chamois qui tirent fur le rougeâtre» & qu’on eft obligé , par cette raifon, de rougir comme les orangés ; à moins qu’on n’aime mieux préparer le rocou exprès : ce qui fe fait ainfi.
- 418* On fait fondre le rocou, comme il a été dit ei-deffus , & enfuite on lui fait jeter un bouillon , fans y mettre de cendre. Lorfque ce bain eft re-pofé , on en prend une partie, qu’on met avec du bain de rocou fondu par la cendre ; & par ce moyen on a un bain qui eft naturellement affez rouge pour faire ces fortes de chamois , fans qu’il foit néceffaire de les rougir après coup ; 011 peut auiîi ne mettre que peu de cendre en fondant le rocou » ée qui reviendra au même : ces chamois ont befoin d’une batture en les lavant à la riviere.
- 419. Le rocou nous eft apporté ordinairement en mottes de deux ou trois livres , qui font enveloppées de feuilles de rofeau très-larges. Quelquefois cependant 011 en apporte en grolfes mottes, qui ne font point enveloppées comme les précédentes. Les teinturiers n’en font point de différence; ils s’attachent feulement à choifir par préférence celui qui a une belle chair rouge, & dans lequel on n’apperqoit point de veines noires. Les couleurs que donne le rocou font affez peu folides : elles changent au bout d’un certain tems , deviennent briquetées & s’affaibîiffent beaucoup ; mais difficilement pourrait-on faire les mêmes nuances avec des ingrédiens d’un meilleur teint; car la garance qu’on emploie avec la gaude, pour faire les aurores & les orangés fur la laine, ne prend point fur la foie : d’ailleurs les couleurs que donne le rocou font très-belles , & c’eft une forte raifon pour s’en fervir ;. car en fait de teinture en foie, on préféré toujours la beauté à la folidité.
- Du rouge. Du cramoiji fin..
- 420. Cette couleur fe tire de la cochenille , & fe nomme cramoijifin9. à caufe de fa beauté & de fa folidité; elle réfide dans une matière extradive;-
- (89 ) En al'Iem. Kutzenelle, Scharlach-fteere ; en latin coccus radicum. C’eft un in-feéte hémiptere, rond, un peu moins gros qu'un grain de coriandre, plein d’un fuc purpurin. On le trouve à la fin de juin, à la racine d’une plante nommée coquette, car-dajje, nopal, figuier d'Inde, opuntia. On la. cultive au Mexique avec un très - grand foin, & on fait deffécher les infectes pour îa teinture. Voyez ci-deffus, art du maroquinier, §„4ç, dans le troifieme volume de
- cette colleétion. Voyez auffi Réaumur, Jfe-moires pour fervir àVhiftoire des infeclesr tom. IV. Hellot, Teinture des laines. Ray appelle la plantepolygonum cocciferum incar num fi or c majori perenni ,fcleranthus. percnnis, Linn. La plante & l’infecte font communes dans FUkraine , la Podolie, ta Volhinie, îa Lithuanie , & même en Prude „ du côté de Thorn. Voyez ce que j’ai dit du kermès, note 51 , page 68.
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- elle eft très-dilfoluble dans l’eau , & demande par cette raifon le mordant ordinaire , qui eft l’alun.
- 421. Les foies deftinées à être teintes en cramoifi de cochenille , ne doivent être cuites qu’à raifon de vingt livres de favon pour cent pefant de foie, fans aucun azur , parce que le petit œil jaune qui refte à la foie quand elle u’eft décreufée qu’avec cette quantité de favon , eft favorable à cette couleur.
- 422. Apres avoir lavé & battu les foies à la riviere pour les bien dégorger de favon, on les met dans un alunage qui foie dans toute fa force: on les y lailfe ordinairement depuis le foir jufqu’au lendemain matin, ce qui fait environ fept ou huit heures ; au bout de ce tems on lave les foies , & 011 leur donne deux battures à la riviere. Pendant ce tems-là on prépare le bain ainfi qu’il fuit.
- 423. On remplit une chaudière longue d’eau de riviere , environ jufqu’à moitié ou aux deux tiers; & quand cette eau eft bouillante, on y jette de la noix de galle (50) blanche pilée, & on lui fait jeter quelques bouillons: on en peut mettre depuis quatre gros jufqu’à deux onces pour chaque livre de foie. Si la noix de galle était pilée bien fine, & palfée au tamis, on pourrait la mettre en même tems que la cochenille.
- 424. Lorsque les foies font lavées & battues, on les diftribue fur les bâtons par mateaux ; on peut tenir ces mateaux un peu forts , parce que le cramoifi n’eft pas fujet à prendre inégalement.
- 425. Quand les foies font ainfi mifes fur les bâtons, on jette dans le bain la cochenille qu’on a eu foin de piler & tamifer ; on la remue bien avec un bâton, & on lui fait jeter cinq à fix bouillons. On en met depuis deux onces jufqu’à trois pour chaque livre de foie , fuivant la nuance que l’on veut faire. Pour faire la nuance la plus ordinaire, la dofe de cochenille eft de deux onces & demie. Il eft rare que l’on paife trois onces, fi ce n’eft pour faire quelque aifortiment particulier.
- 426'. Quand la cochenille a jeté un bouillon , on ajoute dans le bain une once de crème de tartre ( 91 ) ou de tartre blanc pilé pour chaque livre de cochenille.
- 427. Aussi-tôt que le tartre a bouilli, on jette dans le bain pour chaque livre de cochenille environ une once d’une dilfolution d’étain dans l’eau régale (92) , qu’on nomme compojîtïon , & qui fe fait de la maniéré fuivante.
- (90) La noix de galle, en ail. Gallapfel, du vin par la fermentation, & qui s’attache eft une excrefcence qui fe trouve fur les aux parois des tonneaux. La crème de tartre chênes, produite par un infecte qui y dé- n’eft autre chofe qu’un tartre purifié & coa-pofe fes œufs. gulé en forme de cryftaux.
- • (91) On fait quele tartre, en ail. Wein- (92) L’eau régale, en lat. aquajhjgia , Jîein, eft une matière terreftre, qui fefépare ou chri/fulca, eft une dilfolution de fèl a nu
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- 428. On prend une livre d’efprit de nitre (93) , deux onces de fel ammoniac (94), & fix onces d’étain fin grenaille. On met l'étain & le Tel ammoniac dans un pot de grès d’une grandeur fuffifante ; on verfe par-deffus environ douze onces d’eau, puis on ajoute l’eiprit de nitre, & on laide faire la diffolution.
- 429- Cette composition contient beaucoup plus de fel ammoniac & d’étain que celle que l’on emploie pour l’écarlate de cochenille fur laine : mais cela eft abfolument néceffaire; car cette derniere éclaircirait trop , & même pourrait détruire entièrement le rouge que la cochenille eft capable de donner fur la foie.
- 430. On mêle bien dans le bain, en l’agitant avec un bâton , la quantité prefcrite de cette eompofition, & auili-tôt 011 achevé de remplir la chaudière avec de l’eau froide ; la proportion du bain eft d’environ huit à dix pintes d’eau pour chaque livre de foie fine ; on en peut mettre moins pour les groffes foies , parce qu’elles occupent moins de place. Le bain eft pour lors en état de recevoir les foies que l’on y plonge en les lifant jufqu’à ce qu’elles paraiffent bien unies, ce qui arrive ordinairement au bout de cinq ou fix lifes. Alors on pouffe le feu pour faire bouillir le bain , & on le fait bouillir ainfi pendant deux heures , & pendant ce tems-là on a foin de lifer les foies de tems en tems : au bout de ce tems on retire le feu de deffous la chaudière , & ori met les foies en fonde, comme nous avons dit que cela fe fait pour l’alunage. On les y laiffe pendant cinq ou fix heures , & même fi on fait le cramoifi le foir, on peut les y laiffer jufqu’au lendemain matin; on les retire enfuite, & 011 les lave à la riviere, en leur donnant deux battures ; on les tord comme à l’ordinaire , & on les étend fur les perches pour les faire fécher.
- 431. Les bruns du cramoifi fin fe nomment communément cannelés. Pour les faire, on lave les cramoifis en les retirant du bain de cochenille, & on leur donne deux battures à la riviere ; après cela 011 prépare un bain d’eau , telle qu’elle fe trouve en été & en hiver un peu tiede , & on y jette de la cou-perofe fondue dans de l’eau en plus ou moins grande quantité, fuivant la bruniture que l’on veut donner à la couleur. On life la foie fur ce bain par
- moniac dans l’efprit de nitre. On l’appelle ainfi parce qu’elle dilfout l’or, qu’on appelle le roi des métaux.
- (95) L’efprit de nitre eft une liqueur fort acide, qu’on tire du falpêtre par la diftilla-tion. C’eft un puiffant corrofif.
- (94) Le fel ammoniac, en ail. Salmiac, eft en général un fel neutre, compofé d’un acide quelconque, uni avec l’alkali volatil.
- Il fe trouve tout formé dans le voifinage des volcans, c’eft le fel ammoniac natif ; mais celui qui eft dans le commerce, fe fait dans des manufactures exprès, avec cinq parties d’encre , une partie de fel marin, & demi-partie de fuie de cheminée, qu’on cuit en-femble, & qu’on réduit en une maffe, laquelle étant mife fur un feu gradué, on en fait fublimer un fel.
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- petits mateaux , pour qu’elle s’unilfe bien ; & quand elle eft à la nuance que l’on veut avoir, on la retire, 011 la tord , & on la met fécher fans la laver , fi l’on veut, parce que ce bain de couperofe eft prefque comme de l’eau claire. Comme l’effet de la couperofe eft de faire prendre à la cochenille un œil violet, c’eft-à-dire, de lui faire perdre fon jaune , fi l’on s’apperçoit que la couleur perde trop de fon jaune , on la fondent en mettant dans le bain de couperofe un peu de déco&ion de bois de fuftet, qui le remet au ton convenable j il n’y a que la couperofe qui puiffe faire la bruniture des cramoilis fins j le bois d’Inde ne fert à rien dans cette occafion : la couperofe feule fuffit, attendu qu’elle brunit beaucoup avec la noix de galle que l’on emploie dans le cramoili fin.
- Remarques far le cramoiji fin.
- 432. Le procédé qu’on vient de donner pour faire cette couleur, eft le plus en ufage à préfent, parce qu’il donne une couleur plus belle que celle quife faifait autrefois. Cependant, comme il y a encore quelques teinturiers qui font le cramoili fuivant l’ancienne méthode , nous allons la donner ici.
- 433. Pour faire ces cramoilis, 011 met dans la cuite de la foie du rocou en pâte, tel qu’il eft apporté des Indes. Quand le favon eft bouillant, 011 prend environ une demi-once de ce rocou , & on l’écrafe en le pilant dans la paifoire, comme nous l’avons dit en parlant de l’orangé. On le pile le plus fin qu’il eft poftible , pour qu’il ne refte plus de grumeaux qui puiffent s’attacher à la foie.
- 434. Au moyen de cette petite quantité de rocou , la foie , en fe cuifinit, prend une couleur ifabelle qui eft alfez folide , & qui tient lieu de l’effet que la compolition produit furie cramoifi, qui eft de le jaunir un peu. Tout le refte fe fait comme dans le cramoifi précédent ; mais on 11’y met ni compo-fition ni tartre.
- 43?. Les teinturiers en foie 11e font point dans l’ufage de fe fervir d’autre cochenille que de la mefieque ou cochenille fine ; & même ils préfèrent toujours la cochenille grabdie, c’eft-à-dire celle qui a été nettoyée de toutes fes ordures , en la tamifant & en triant enfuite toutes les petites pierres & autres petits corps étrangers qui peuvent s’y trouver mêlés. On ne peut qu’approuver cette attention, attendu que la cochenille non grabelée étant moins pure , il en faut mettre davantage , & qu’ainfi on a toujours dans le bain plus de fon ou de marc, qui peut faire du tort à la couleur.
- 436. Le tartre blanc qu’on emploie dans les cramoilis fins , fert à exalter & à jaunir la couleur de la cochenille ; effet qu’il produit à caufe de fon acidité. Tous les acides produiraient le même effet : mais on a remarqué que le tartre eft préférable, & qu?il donne un plus bel œil.
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- 437. Malgré cette qualité du tartre , il ne ferait pas capable d’exalter la couleur de la cochenille autant qu’il eft néceflaire pour avoir un beau cramoili, quelque quantité qu'on en mît, fi on l’employait feul ; car s’il n’y avait qu’une dofe médiocre de cet ingrédient, il ne jaunirait point fuffifam-ment; & fi on en mettait une grande quantité, il mangerait & dégraderait une partie de la couleur, fans même produire un bel effet.
- 438- On eft obligé, pour les féconder, de fe fervir de la compofition qui n’eft, comme on l’a vu, qu’une diifolution d’étain dans l’eau régale. Cette dilfolution qui produit fur la cochenille , lorfqu’on l’emploie à teindre la lame , un effet alfez confidérable pour changer la couleur giroflée qu’elle a naturellement, en une couleur de feu d’un éclat prodigieux, ne peut que f amener au cramoifi lorfqu’on l’emploie fur la foie ; mais aufii elle donne un très-bel œil à cette couleur; elle fe marie avec le tartre , en augmente l’effet fans apauvrir la couleur quand on 11’en met point trop , & difpenfe de donner un pied de rocou à la foie , comme nous l’avons dit.
- 439. A l’égard de la noix de galle, elle ne produit aucun bon effet dans les cramoifis quant à la couleur; au contraire, elle la ternit au point que lorfqu’on. en ajoute trop , la couleur en efb tout-à-fait gâtée ; il eft néanmoins d’ufage d’en mettre toujours la quantité que nous avons prefcrite.
- 440. Voici ce qu’on peut conjedurer fur PintroduéHon de cette mau-vaife pratique. On faifait autrefois les cramoifis de cochenille fans tartre ni compofition , en les ja unifiant feulement par le rocou; mais alors les foies teintes par cette méthode n’avaient point de cri ou maniement ; enforte qu’au feul toucher.on ne pouvait diftinguer cette foie d’avec celle qui était teinte avec le bois'de Bréfil. Comme la noix de galle, à raifon d’un acide caché qu’elle contient, a la propriété de donner a la foie beaucoup de maniement, 011 en a ajouté avec la cochenille dans les cramoifis ; on a eu par ce moyen des foies cramoifies, qui, par le maniement que cela leur donnait, pouvaient fe diftinguer au toucher, d’avec les cramoifis faux ou de Bréfil; car il faut remarquer que la teinture du bois de Bréfil ne peut fupporter l’aétion de la noix de galle, qui la mange & la détruit entièrement.
- 441. Mais en même tems que la noix de galle donne du cri à la foie, elle a encore la propriété finguliere & très-remarquable d’en augmenter le-poids alfez confidérablement ; c’eft-à-dire , qu’en mettant une once de noix de galle par chaque livre de foie, cela peut donner de deux à deux & demi pour cent; il y a même des teinturiers qui portent cette augmentation de poids de la foie cramoifi fin, par le moyen de, la noix de galle, jufqu’à fept à huit pour cent. Or on s’eft accoutumé à avoir ce bénéfice du poids de la foie, dû à la noix de galle ; enforte que lorfque cette drogue eft devenue inu-tile par l’addition du tartre & de la compofition, qui donnent aufii-bien.
- qu’elle
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- qu’elle du cri à la foie, elle a continué d’ètre néceffaire pour Paugmentation du poids, à laquelle on était accoutumé , & que les acides , donc nous venons de parler, ne peuvent point comme elle. Au refte, on a toujours loin de préférer la noix de galle blanche à la noire , parce qu’elle gâte beaucoup moins la couleur. Il réfui te de ce qu’on vient de dire, de l’ufage de la noix de galle dans le cramoifi fin, que cette drogue eft non - feulement inutile, mais encore qu’elle eft nuifible, & qu’elle ne peut fervir qu’à donner lieu à des fraudes condamnables & préjudiciables au commerce ; & que il l’on faifait un réglement pour la teinture des foies, il ferait à propos de' défendre abfolument d’employer cette drogue dans le cramoifi fin.
- 442. Le repos, que l’on donne aux foies dans le bain , eft nécelfaire pour leur faire tirer entièrement la cochenille. Les foies prennent encore dans ce repos environ une bonne demi-nuance , & la couleur fe jaunit d’autant, ce qui lui donne un coup-d’œil moins fombre & plus beau.
- 443. Peut-être ferait-on tenté de croire qu’en biffant bouillir les foies plus long-tems dans le bain , 011 aurait les mêmes effets : mais l’expérience prouve le contraire 5 d’ailleurs les frais feraient plus confidérables, attendu qu’il faudrait entretenir le feu plus long-tems.
- 444. La cochenille lailfe fur les foies, au fortir du bain, une efpece de fon qui n’eft que la peau de cet infeéte, dans laquelle il refte toujours un peu de fon fuc colorant. C’eft pour bien nettoyer les foies & les débarraffer entièrement de ce fon, qu’on les bat deux fois en les lavant à la riviere. Par ce moyen, la couleur devient auffi plus brillante , plus nette & plus développée.
- 44^. A l’égard des deuxbattures que l’on donne avant la teinture , elleâ font nécelfaires, parce que les foies ayant été fortement alunées pour cette •couleur, & étant deftinées à bouillir long-tems dans le bain de teinture, elles y laiiferaient aller, fans cette précaution , une certaine quantité d’alun', qui non-feulement tiendrait la couleur trop rofée & trop grife, mais airffi qui empêcherait la cochenille de fe retirer parfaitement; car en général', -tous les fels neutres mis dans les bains de teinture, ont plus ou moins cet inconvénient.
- 446. Le cramoifi fin ou de cochenille, tel qu’on vient de le décrire, eft non-feulement une très-belle couleur , mais on peut la regarder aufli comme excellente : c’eft la plus folide de toutes les teintures en foie. Elle réfifte parfaitement au débouilli du favon , & parait ne recevoir aucune altération de la part de PaéH'on de l’air & du foleil. Les étoffes de foie , teintes de cettfc couleur, qui font employées ordinairement dans les ameubletnens, font plus tôt uféés par le fervice , que déteintes ; on voit d’anciens meubles cramoifi fin , qui ont plus dê foixante ans , dont la couleur ne parait prefqut Tome IX. O
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- point dégradée. Le feul changement qu’éprouve le cramoifi fin , ceft de perdre à la longue de l’œil jaune qui lui donne de l’éclat : cela le fait tirer fur le violet, & le rend fombre.
- 447. Les connailfeurs n’ont befoin que de manier la foie teinte en cra-moifi fin, pour la diftinguer de celle qui eft teinte en cramoifi faux ou de bois de Bréfil, dont on va parler ci-après , parce que cette derniere couleur 11e pouvant fupporter l’adion des acides, la foie fur laquelle elle eft appliquée , ne peut avoir le cri ou le maniement que donnent aux foies les acides employés dans le cramoifi fin. Mais lorfque la foie eft fabriquée en étoffes , & qu’il eftqueftion de prouver aux acheteurs qu’elle eft teinte en cramoifi fin , on fe fert du vinaigre , à l’adion duquel le cramoifi de cochenille réfifte très-bien ; au lieu que cet acide tache en jaune, & mange en un inftant le cramoifi de bois de Bréfil.
- Du cramoifi faux > ou du rouge, de bois de Bréfil.
- 448. Cette couleur fe tire du bois de Bréfil, qui fournit une teinture extradive très-abondante & affez belle, quoiqu’elle le foit fenfiblement moins que celle de la cochenille : on la nomme cramoifi faux , à caufe du peu de folidité qu’elle a en comparaifon du cramoifi fin. Comme elle eft infiniment moins chere, elle ne laide pas d’être d’un aifez grand ufage,
- 449. Les foies deftinées à être éteintes en rouge de bois de Bréfil, doivent être cuites à raifon de vingt livres de favon pour cent pefant de foie ; on les alune à l’ordinaire , comme pour toutes les autres couleurs > il n’eft pas.^é-celfaire que l’alunage foit auif fort que pour les cramoifis fins. Lorfque les foies font alunées, on les tord & on les rafraîchit à la riviere.
- 4fo. Pendant qu’on fait ce lavage, on fait chauffer de l’eau dans une chaudière, & cependant 011 prépare une barque dans laquelle 011 met du jus ou forte décodion de bois de Bréfil, à raifon d’environ un demi-feau'pour chaque livre de foie, plus ou moins., fuivant la force de la décodion, & la nuance qu’on veut donner. On verfe enfuite dans cette barque , la quantité d’eau chaude néceifaire pour former le bain j on paife les foies fur ce bain , en les lifant comme les jaunes : elles prennent dans ce bain un rougé qui , lorfqu’on fe fert de l’eau de puits , eft ordinairement à la nuance de cramoifi j mais lorfqu’on s’eft fervi d’eau plus pure , telle que celle de riviere, ce rouge eft plus jaune que ne l’eft le cramoifi de cochenille, auquel on veut toujours le faire reifembler le plus qu’il eft poflible ; il a befoin , par cette raifon, d’ètrerofé, ce quiTe fait de la maniéré fuivante.
- \ 451. On leffive un peu de cendre gravelée dans de l’eau chaude ; environ une livre peut fuffire pour trente ou quarante livres de foie j on lave les foies
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- à la riviere; on leur donne une batture, & on met la leffive de cendre gravelée dans une nouvelle barque qu’on remplit d’eau froide i on paife les foies fur cette eau ; elle y prend auffi-tôt un bel œil cramoifi, en laiifant dans cette eau un peu de fa teinture : on lave après cela les foies à la riviere ; on les tord & on les metfécher fur les perches.
- 4^2. Dans quelques manufactures , au lieu de fe fervir de cendre gravelée pour rofer les cramoifis , on paife fimplement les foies fur de l’eau chaude , jufqu’àce qu’elles aient l’œil que l’on déliré. Cette opération eft beaucoup plus longue, & coûte davantage, attendu la confommation de bois ; ainfl elle n’a aucun avantage fur la précédente ; & même il faut que la couleur foit plus pleine de teinture, parce que l’eau chaude décharge beaucoup cette couleur.
- 4ï3. Quelques autres teinturiers font dans l’ufage de rofer ces cramoifis fur le bain même où ils ont été faits, en y mettant de la leffive de cendre gravelée. Cette méthode eft beaucoup plus courte, mais 01111e s’en fert guere, parce qu’il y faut plus de cendre , & que les cramoifis faits de cette façon parailfent un peu moins beaux.
- 4Ï4. On fent bien que pour faire les nuances claires , il ne s’agit que de mettre moins de jus de Bréfil dans le bain : mais elles ne font guere d’ufage, parce qu’elles ne font point belles.
- Remarques fur le rouge ou cramoifi de bois de Brêjil.
- Cette couleur n’a aucune difficulté, & fe fait fans embarras. Les teinturiers en foie ont foin d’avoir toujours une provifion de jus ou décoction de bois de Bréfil, qui fe fait de la maniéré fuivarvte. On hache le bois de Bréfil par petits copeaux. Dans une chaudière qui tient environ ioixante féaux, on met cent cinquante livres de ces copeaux ; on remplit la chaudière , & l’on fait bouillir ces copeaux pendant trois bonnes heures , en rem-pliftant pour remplacer l’eau qui s’évapore. On coule ce jus de Bréfil dans une tonne, & on reverfe autant de nouvelle eau claire fur les copeaux. O11 les fait bouillir de nouveau encore pendant trois heures, on fait ainfi quatre bouillons en tout , après quoi le bois eft épuifé de toute fa teinture.
- 4f6. Quelques teinturiers font dans l’habitude de conferver féparément ces différons bouillons. Le premier eft plus fort ; mais fouvent auffi fa couleur eft moins belle , parce qu’il eft chargé de toutes les impuretés du bois. Le dernier eft ordinairement très-clair & très-faible de teinture : mais on a remarqué qu’en les mettant tous enfemble, ils forment une liqueur homogène , qui eft d’un très-bon fervice.
- 457. Peut-être,fi l’on voulaits’affujettir à laver d’abord le bois dans
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- l'eau chaude p.qur la nettoyer ? obtiendrait-on un jus qui donnerait une coupleur un peu plus, bçlle : mais elle n’eft pas allez importante pour qu’on* prenne tant de peines & de précautions. Il eft bon néanmoins d’enlever dans* chaque décoction une écume noirâtre qui monte à la fur fa ce ; la couleur de la décoction en eft toujours plus, belle.
- 4S&. On garde ordinairement pendant quinze jours ou trois femaines le jus du Brélil avant de s’en fervir, parce qu’on a remarqué qu’il s’y excite mie forte de fermentation foqrde, qui fait foifoniier-la couleur. Quelques-teinturiers font même dans l’ufage de le lailfer vieillir pendant quatre ou cinq mois, jufqu?à ce qu’il foit gras & filant comme de l’huile : mais on n’a pas, remarqué, du moins pour l.a foie, qu’il fût avantageux de le garder fi long-tems. Quinze jours ou trois femaines fuffifent, comme nous l’avons dit,
- p. our lui donner toute là qualité y fi on l’employait tout nouvellement fait, il donnerait une couleur plus rofe(, & lien faudrait une plus grande quantité, parce q,u’alors il tient moins fortement...
- 4.Ç9. On peut le fervir indifféremment d.’eau de puits ou d’eau de riviere, pour faire la décodion du bois de Bréfil : le feu 1 avantage qu’on ait remarqué en fe fervant d’eau de puits , tant pour la- décoôlion du bois que pour le bain, c’eft qu’alors les cramoifis qu’on en tire ,. n’ont pas befoin d’être rofés par la cendre gravelée ; tnaisaufti 011 a obfervé que ceux qui font faits-à l’eau de riviere, & qu’on rofe enfuite avec la cendre,, ont un coup-d’œil un peu plus flatteur.
- 46b. On comprend fous-la dénomination générale de bois deBréfil, plu-fieurs efpeces de bois qui, quoique fourniffant tous à peu près la même couleur, parajfTent néanmoins différens par la beauté ou; la bonté de leur teinture. Le plus beau & le meilleur de tous, pour la foie , eft celui qu’on: nomme bois- de Fernambouçj c’eft anili le plus cher ; ce bois eft très-lourd j il nous eft apporté fans écorce. * il parait brunâtre’ à l’extérieur. Lorfqu’il eft nouvellement fendu, il parait dans fon- intérieur tirer plutôt fur le jaune*
- q. ue fur le rouge ; mais fa couleur, rouge fe développe peu à peu à l’air j au; refte fa couleur n’eft: jamais bien, foncée. II faut ehoifir le plus fain , le plus net, îe.moins carié, & le plus haut en couleur qu’il eft poflible.
- 451. Les teinturiers en foie ne font point dans l’ufage de fe fervir du bois, de Sainte-Marthe 5 qui. ne différé du précédent que parce qu’il eft beaucoup plus rouge & plus foncé. Cependant il pourrait peut-être fervir avantageu-fement à faire certaines couleurs foncées. Ce qu’il y a de certain, c’eft qu’011 s’en fert beaucoup pour les toiles & les cotons.
- 4.62. Il y a encore un autre boisa peuprès fèmblable au Fernambouc, & qu’on nomme bois du Japon ou Bréjiltet ; il donne beaucoup moins de couleur , & par cette>r,aifon.oiuie;s!e.n:fertique pour faireles plus baffes nuances.
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- Aurefte, il y a toujours plus davantage à fe fervir du bois de Brélil ou de Fer-nambouc, même pour ces nuances, parce qu’il en coûte autant de foins pour tirer la couleur du bois du Japon. Ce bois fe difiingue aifcment du Fernambouc, parce qu’il eft beaucoup moins haut en couleur, & beaucoup moins gros. Il a dans fon intérieur un peu de moelle.
- 463. Les bruns & cramoifis faux portent ordinairement le nom de rouges bruns, parce que dans les atteliers on donne au cramoifi faux le nom de rouge.
- 464. Pour faire ces nuances , Iorfque la foie a tiré le Bréfïl, lorfqu’elle a pris fuffifamment de hauteur, on met dans le même bain du jus de bois d’Inde * plus ou moins , fuivant la nuance que l’on veut avoir ; on braffe bien le bain , & l’on y pafle les foies de nouveau juiqu’à ce qu’elles aient acquis le degré de bruniture néceïïaire. Si l’on ne trouvait pas la couleur allez violette, 011 lui donnerait fur de l’eau un peu de lelïive & de cendre gravelée, comme au cramoifi faux.
- 46j. Pour teindre fur crud le cramoifi faux, on prend fes foies blanches, comme pour le jaune ; & après les avoir trempées , on les alune & on les traite comme les foies cuites»
- Du ponceau, du nacarat ( 9 £ ), & du urife,
- $66. Toutes ces couleurs font des rouges vifs exaltés par un tonneau-coup plus jaune que le cramoifi. Elles fe font facilement fur la laine avec la cochenille jaunie & avivée par la compofition ou dilfolution d’étain ; elles ©nt fur cette fubftance beaucoup d’éclat & de folidité, parce que la cochenille dont on les. tire eft un ingrédient elfentiellement de bon teint. Mais il s’en faut bien qu’on ait le même avantage fur la foie. Cette fubftance refufe abfolument de. prendre ces nuances en cochenille ; du moins jufqu’à préfent on n’a publié aucun procédé pour les lui faire prendre (*;. La foie mife dans un bain de cochenille exalté par la compofition , & capable de teindre la laine en une couleur de feu des plus éclatans , ne prend dans ce bain qu’une nuance de pelure d’oignon faible , terne , & qui n’eft, à proprement parler, qu’un mauvais barbouillage.
- 467. 0>N: eft donc obligé de faire toutes ees couleurs fur la foie avec une
- ( 9O II femble que ce mot dérive par nille. Tout ce qu’on a pu favoir defon fe-eorruption, de celui d’incarnat. cret, eft qu’il donnait à la foie un fort pied
- de rocou , & qu’après l’avoir bien lavée, il O II y a dix ou douze ans qu’un ancien* la teignait dans un bain de cochenille , au-teinturier du bon teint fit voir un velours quel il ajoutait une petite quantité dediffo-couleur de feu, qu’il difait teint en coche- lution d’étain.
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- autre drogue ; c’eft la fleur d’une plante qu’on nomme carthame , faffran bâtard, ou faffranum (96).
- 46g. Cette fleur contient deux fortes de teintures bien diftin&es & bien différentes l’une de l’autre par leur couleur & par leur propriété. L’une eft une efpece de jaune, de nature extradive , & par conféquent diflbluble dans l’eau ; l’autre eft un fort beau rouge, beaucoup plus jaune que le cramoifi, & dont la nuance naturelle eft une couleur de cerife très-vive & très-agréa-ble. Cette fécondé partie colorante du carthame ne fe diffout point dans l’eau pure, parce qu’elle eft de nature décidément réfineufe , ainfi qu’on le verra bientôt.
- 469. Quoique la nuance naturelle du rouge réfineux du carthame ne foit point affez jaune, & demande à être aflife fur un fond jaune orangé pour imiter la couleur de feu ou l’écarlate que la cochenille donne fur la laine, on ne fait néanmoins aucun ufage du jaune extraétif, qui contient ce même carthame , parce que ce jaune n’eft point affez beau, & qu’il n’a pas d’ailleurs le ton de couleur convenable. Ainfi on commence par feparer ce jaune extradif d’avec le rouge réfineux, ce qui eft très-facile, à caufe de la différente nature de ces deux teintures s il ne. s’agit pour cela que de diffoudre & d’enlever tout ce jaune extradif par une fuffifante quantité d’eau 5 il ne refte plus après cela dans le carthame que le rouge réfineux que l’eau n’a pu enlever, & qu’on rend diffoluble par le moyen d’un fel alkali, pour le mettre en état de teindre, comme on va le voir par le détail du procédé»
- Préparation du carthame ou faffranum,
- 470. On enferme le carthame dans desfacs de forte toile , jufqu’à la quan* tité d’environ foixante livres à la fois ; on porte ces facs à la riviere, & l’oil a foin de choifir un endroit dont le fond foit bon, & où il n’y ait point de pierres. On met les facs dans l’eau ; & pour qu’ils ne puiffent être entraînés, on a foin de les attacher par le bout avec une corde qu’on lie à un poteau enfoncé fur le bord de l’eau. Enfuite un homme monte deflus, en tenant à fa main un fort bâton pour s’appuyer, & il les foule continuellement avec les pieds.
- 471. S’il fait chaud, & qu’on n’ait pas une grande quantité dq faffranum à laver, ceux qui font cette opération peuvent la faire jambes nues & le pied dans des fabots. Mais fi l’on en a une grande quantité à laver, ou qu’il faffe froid , il eft néceffaire d’avoir des bottines de cuir très-fort, & propre à réfifter à l’eau. On a même foin de fe garantir lesjambes de lingês avant dç
- (96) Voyez ci-deffus, note 43,
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- les mettre dans ces bottes ; & par ce moyen on évite que la peau ne s’at-tendrifle trop par le féjour dans l’eau.
- 472. Le faffranum, par le moyen de ce lavage, fe décharge d’une grande quantité de fon jaune extractif que l’eau emporte, & l’on continue à fouler les facs jufqu’à ce que l’eau 11’en tire plus de couleur.
- 473. Cette opération eft longue , il faut ordinairement deux jours à un homme pour pouvoir laver ainG un fac de foixance livres.
- 474. Quand on eft à portée d’avoir de l’eau de fource ou de bonne eau de puits propre à boire , on peut éviter d’aller laver le faffranum à la riviere, & on peut le laver dans des barques , de la maniéré fuivante. Ces barques font faites de bonnes planches à languettes & rainures ; & 011 leur donne ordinairement Gx pieds de longueur fur trois ou quatre de large, afin que les facs puiifent y entrer , & y être remués commodément.
- 475. Quand le fac eft dans une pareille barque , on en ouvre la bouche, & on la tient fixée dans cet état par le moyen d’un morceau de bois en croix , eu par quelqu’autre manœuvre. Enfuite on lâche dans cette ouverture un des robinets qui font dans l’attelie-r; & aufti-tôt que le faffranum fe trouve fuffifàmment baigné d’eau, un homme muni de bottes , comme nous l’avons dit, & qui fe tient à une corde attachée au plancher, monte fur ce fac, & le foule aux pieds pour dégorger le faifran de fa couleur jaune.
- 476. Quand l’eau s’eft bien chargée de cette couleur, 011 la vuide par le moyen d’un robinet ou bondon qui eft au-bas delà barque , dont le fond doit avoir un peu de pente pour faciliter l’iffue de l’eau. Enfuite on donne de nouvelle eau ; on foule de nouveau, on laitfe aller encore cette eau , & 011 continue ainti jufqu’à ce que le faffranum foit entièrement lavé, & qu’il ns colore plus l’eau en jaune.
- 477. Cette méthode de laver le faffranum eft, comme on voit, beaucoup plus commode que l’autre, & l’on s’en fert toujours par préférence dans tous les endroits où l’on a de bonnes eaux de fontaine ou de puits à fa portée. Cette méthode fe pratique à Lyon , où l’on a des eaux & des atte-liers propres à ce travail. Les facs qui ont fervi à ce lavage font toujours teints en couleur de cerife, parce que le jaune extra&if dilfout 2c emporte avec lui une petite portion du rouge réGneux du faffunum.
- 478- Lorsque cette fubftance eft débarraffée ainG de tout fon jaune , on achevé de la préparer pour la teinture , de la manieredmvante.
- 479. On la met dans une barque de bois de fapin, faite comme celles dans lefquelles on teint ; comme le carthame eft en mottes, on le frife, c’eft-à-dire qu’on divife toutes ces mottes en les brifant avec une pelle : lorfqu’il eft bien divifé, on faupoudre deifus à diverfes repufes de la cendre gravelée ou de la foude bien pulvérifée & tajmifée, à raifon de Gx livres pour cent
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- livres de faffranum. Ou mêle bien le tout enfemble, à mefure qu’on met le fiel. On range le tout dans un coin de la barque, & on achevé de bien faire le mélange, en le foulant aux pieds par petites portions qu’on rejette enfuite par-derriere foi à l’autre bout de la barque. Cela s’appelle amejlrer le faffranum (97).
- 480. Lorsque cette opération eft faite, on met le faffranum ainfi ameftré dans une petite barque longue, qu’on nomme grille, parce que le fond eft formé comme une claie par des barres de bois placées à deux travers de doigt l’une de l’autre, dans le feus de la largeur ; on garnit l’intérieur de cette barque avec une bonne toile ferrée, & on remplit cette barque de faffranum : on le palfe fur la grande barque , & on jette de l’eau froide deifus. Cette eau fe charge des fels qui tiennent en diifolution la matière colorante du faffran, & fe filtre en tombant dans la barque deftinée à la recevoir. Voyez cet appareil marqué H, planche II, ftg. S. On continue à verfer ainfi de nouvelle eau, en remuant de tems en tems jufqu’à ce que la barque inférieure foit pleine ; on tranfporte après cela le faffranum fur une autre barque, & on coule de nouvelle eau jufqu’à ce que la liqueur commence à n’avoir plus de couleur: alors on y remèle encore un peu de cendre ; on le remue, & on palfe de nouvelle eau qui tire encore un peu de couleur. On ceffe cette manœuvre , quand on voit que le faffranum eft entièrement dépouillé de fa couleur rouge, & qu’il n’eft plus que jaune. Il ne peut plus ferviràrienlorfqu’il eft en cet état.
- 481. Lorsqu’il eftqueftionde teindre des foies en ponceau ou couleur de feu fin, avec la teinture ainfi préparée, ces foies doivent d’abord avoir été cuites comme pour le blanc : enfuite on leur donne un pied de rocou de trois ou quatre nuances au-delfous de celle qu’on nomme aurore, comme il a été expliqué à l’article de l’orangé. Ces foies 11e doivent point être alu-nées , parce qu’il ne s’agit ici que de leur faire prendre une couleur réfi-neufe.
- 482. Lorsque les foies font lavées , bien écoulées & diftribuées par mateaux fur les bâtons, 011 met dans le bain du jus de citron, jufqu’à ce que, de couleur jaune-rougeâtre qu’il était, il devienne-d’un beau couleur de cerifej cela s’appelle, virer le bain* On bralfe bien le tout, & on y met les foies , qu’011 life tant qu’on s’apperqoit qu’elles tirent de la couleur.
- 483-Il faut obferver que, pour les ponceaux qui font la plus haute couleur que puilfe donner le faffranum , lorfque la foie paraît 11e plus tirer de teinture dans ce bain, on la retire, on la tord à la main furie bain; on récoule à la cheville., & tout de fuite on la paffe fur un nouveau bain dé même
- ( 97 ) En allem. den Saffran durch-arbcitcn. ^ '
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- force que le premier. On la traite comme la première fois ; après quoi on la retire , 011 la lave, on la tord, & on l’étend fur les perches pour la faire fécher : lorfqu’elle efl feche, on lui redonne de nouveaux bains, tels que les premiers, & on continue la même manœuvre en lavant, en faifant fécher entre chaque nouveau bain, jufqu’à ce qu’elle ait acquis la hauteur qu’on déliré ; il faut ordinairement cinq à fix bains pour l’amener au couleur de feu ou ponceau ; au relie cela dépend de la force du bain ; enforte qu’il faudrait un beaucoup plus grand nombre de bains , fi la lelfive de faffranum était faible j & quelque forte qu’elle foit, 011 ne peut guere faire cette couleur à moins de trois ou quatre bains.
- 484* La foie étant parvenue au degré de plénitude convenable, 011 lui donne un avivage de la maniéré fuivante. O11 fait chauffer de l’eau jufqu’à ce qu’elle foit prête à bouillir 5 011 la met dans une barque ; on verfe du jus de citron dans cette eau, à la quantité d’environ un demi-feptier par chaque feau d’eau. On life les foies ponceau , environ fept ou huit fois fur ce bain d’avivage , qui leur fert en même tems de lavage; elles prennent dans ce bain plus de brillant & de gaieté ; on les tord alors, & on les fait fécher à l’ordinaire.
- 48 î- Les nacarats & cerifes foncés fe font précifément comme les ponceaux, à l’exception qu’il n’eft point nécelfaire que les foies aient un pied de rocou , & qu’on peut employer des bains qui ont fervi au ponceau pour faire ces couleurs , ce qui achevé d’épuifer ces bains. On ne fait des bains neufs pour ces dernieres couleurs , que quand on n’a point eu occalion de faire de ponceau.
- 486- A l’égard des cerifes plus légers , des couleurs de rofe de toute nuance, & des couleurs de chair , on les fait fur les féconds & derniers bains de coulage de faffran, qui font plus faibles; ces couleurs fe travaillent au relie & s’avivent comme les ponceaux, en palfant toujours d’abord celles qui doivent être le plus foncées.
- 487. La plus légère de toutes ces nuances, qui eft une couleur de chair extrêmement tendre, a befoin qu’on mette dans le bain un peu d’eau de favon ,"*qui a fervi à cuire les foies. Ce fa von allégé la couleur , & empêche qu’elle ne prenne trop promptement, & qu’elle 11e foit mal cuite. On la lave , 8c enfuite on lui donne un peu d’avivage fur le bain qui a fervi aux couleurs plus foncées.
- 488* Tous ces bains s’emploient aulli-tôt qu’ils font faits, & toujours le plus promptement qu’il efl polfibîe, parce qu’en les gardant, ils perdent beaucoup de leur couleur, qui même s’anéantit entièrement au bout d’un certain tems.
- 48s». On les emploie toujours auffi à froid, parce qu’aufii - tôt que le Tome IX. P
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- fajfranum viré > c’eft-à-dire, rougi par l’aide du citron , fent la couleur, il fe décolore.
- 490. Pour économifer le fajfranum , on eft dans l’ufage depuis quelque tems d’employer pour les ponceaux & autres nuances foncées, de l’or-feille ( 98 ) d’herbe, ou de la perelle à fon défaut. Cette orfeille fe met dans les premiers & féconds bains, à raifon de cinq ou fix féaux de bain d’or-feille, dans un bain d’environ trente féaux de bain de fafïfan , ce qui fait à peu près un cinquième au total du bain. En parlant des couleurs qui fe font avec de l’orfeille , nous donnerons la maniéré d’en tirer la teinture.
- 491. Pour faire fur crud toutes les nuances de fafranum dont nous venons de parler, on ch oifît des’ foies très-blanches, & on les traite préci-fément comme les foies cuites j avec cette feule différence, qu’on paffe ordinairement les ponceaux, les nacarats & les cerifes fur crud , dans les bains qui ont fervi pour faire les mêmes couleurs en foie cuite. Ces bains fe trouvent avoir encore affez de force pour teindre la foie crue , qui, comme nous l’avons dit, monte beaucoup plus facilement en couleur, & même exige en général moins de teinture que la foie cuite.
- Remarques fur la teinture de carthame , ou fajfran bâtard.
- 492. Lorsque le carthame a été dépouillé de tout fon jaune extracftifpar le lavage à l’eau ,1e rouge réfineux qui lui refte a befoin d’un diifolvant particulier j & ce font les fels alkalis fixes, que l’expérience a fait connaître comme les plus propres à cet ufage. C’eft donc pour mettre le rouge réfi-
- (98) L’orfeille, ou lichen, dont j’ai déjà parlé ci-deffus, note 41, eft une forte de moufle, dont il y a plufieurs efpeces, d’où l’on pourrait tirer de très-belles teintures. L’orfeille, ou l’herpette-feuille, eft le lichen prunaftris, Linn. Lichenoïdes ccrnutnm , bronchiale molle Jubtus incarnwm, Dill. Mufc. hift. Elle fe trouve fur le prunier épineux. La perelle de murailles, lichen pa-rietarius, Linn. Lichenoides valgare fnuo-fumfoliis & fcutellis luteis, Dill. Mufc. hift. Cette efpece fe trouve fur les murailles. On en tire une greffe teinture jaune pour les étoffes de laine. La perelle brodée, lichen faxatilis, lichen imbricatus ,fo!iolis fnnatis, Jcabris , lacunofs, fcutellis folio concoloribus. Linn. Sp. plant. 1609, Lichen t mil or i us. Cette efpece donne une tein-
- ture violette. On la prépare en Auvergne, avec la chaux & l’urine , & l’on en fait une pâte molle , d’un rouge violet, parfemée de taches, comme marbrée. L’orfeille chevelue, lichen floridus, Linn. Mufcus rarnoftus jïo-ridus, Tabern. Elle donne une teinture violette , plus belle que la perelle brodée. Pour voir 11 un lichen peut fe changer en pâte d’orfeille, ou en orfeille préparée pour la teinture, il fuffit d’enfermer la plante dans un petit bocal, & de l’humecter d’efprit volatil de fel ammoniac, ou de parties égales d’eau de chaux première , avec une pincée de fel ammoniac. Au bout de quatre jours , la liqueur deviendra rouge, & la plante fe chargera de cette couleur; finon, il n’y a rien à efpérer. Buchoz , Dictionnaire des plantes.
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- lieux du carthame dans l’état de dilfolution néceffiiire à la teinture , qu’on en lait une efpece de leftîve, avec la foude ou la cendre gravelée. Mais ces alkalis , en même tems qu’ils dilloivent ce rouge réfineux, diminuent beaucoup l’intenfité de fa couleur, & la font tirer fur le jaune, comme on a vu qu’ils le font à l’égard du rocou. Le jus de citron qu’on ajoute dans le bain , remédie pleinement, en qualité d’acide, à cet inconvénient : il fépare cette partie colorante réfineuiê d’avec l’alkali, & rétablit fa couleur dans toute fi beauté.
- 493. A la vérité , le rouge réfineux n’eft plus alors dans l’état de diflblu-tion , il eft plutôt fous la forme d’une efpece de précipité ; mais ce précipité eft il fin & fi divifé, que cela équivaut à une dilfolution , & qu’il eft en état de s’appliquer allez bien fur la foie. Cependant il eft à remarquer que quand la foie a féjournc dans cette teinture pendant un certain tems , elle ne continue plus à fie teindre, quoiqu’il y ait encore beaucoup de couleur dans le bain : ce qui vient finis doute de ce que la foie s’empare d’abord des parties les plus fines , les autres étant trop groftîeres pour pouvoir s’y appliquer , fur-tout lorfqu’elle eft déjà chargée de teinture jufiqu a un certain point.
- 494. Tous les acides font capables de faire prendre le ton de couleur convenable à la teinture de carthame préparée par l’alkali, & certainement les acides minéraux coûteraient beaucoup moins cher que le fuc de citron ; cependant c’eft ce dernier auquel on a toujours donné la préférence, & c’eft fans doute parce qu’on s’eft apperçu qu’il produit un meilleur effet : il eft probable que cela vient de ce que le précipité qu’il occafionne eft plus fin & moins fiée que celui qui fierait produit par les acides minéraux.
- 495. Le ponceau fait avec attention, fans orfeille, fiuffifamment garni de rouge de pur carthame, & lorfqu’il eft dans toute fa fraîcheur, eft une couleur fort belle & fort éclatante ; cependant il ne peut fioutenir la comparaifon d’une belle écarlate de cochenille fur laine : le feu étonnant de cette derniere le fait toujours paraître faible «St blafard.
- 49<5. Le ponceau réfifte à l’épreuve du vinaigre ; il eft beaucoup plus beau & plus cher, & fie foutient un peu plus long-tems à l’air, qu’un mauvais couleur de feu qu’on fait avec le bois de Bréfil, & qu’on nomme pon-cz.au faux ou ratine. Ces propriétés le font regarder par la plupart des teinturiers & manufacturiers en foie, comme une couleur fine & de bon teint; mais il s’en faut bien qu’il mérite en effet d’être rnis au nombre des teintures fines ou folides ; car vingt-quatre heures d’expofition au fioleil & au grand air, fuffifent pour dégrader le plus beau ponceau de trois ou quatre nuances ; & au bout de quelques jours d’une pareille expofition, à peine refte-t-il un veftige de cette couleur fur la foie. Les canarats, cerifes & couleurs de rofe, qui font moins chargés de rouge du carthame que le pon-
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- ceau , font encore plus tôt dégrades & détruits par l’action de l’air.
- 497. Il eft à remarquer que le rouge du carthame eft de la nature des vraies réfines , ou de celles qui font diifolubles dans refprit-de-vin ; car ce diiibîvant enleve en un inftant toute cette couleur de deifus les étoffes qui çn font teintes»
- Du ponceau faux, ou couleur de feu fait avec le bois de Bréjll,
- 498. On fait avec le bois de Bréfil une efpece de couleur de feu , qu’on nomme ratine ou ponceau faux , parce qu’il eft infiniment moins cher, infiniment moins beau, & encore moins folide que celui de carthame.
- 499- Pour faire cette couleur, 011 prend des foies cuites, comme pour les couleurs ordinaires > on leur donne un pied de rocou , d’une bonne nuance plus fort que pour le ponceau fin , parce que le-rouge du bois de Bréfil eft naturellement moins jaune que celui du carthame ; ce pied eft à peu près à la nuance du demi-aurore. Au refte , tant pour la ratine que pour le ponceau, il eft à propos , quand une fois on a un pied convenable, d’eu garder un écheveau pour échantillon : cet écheveau fert à guider pour faire le pied toutes les fois qu’on a de ces couleurs à faire.
- 500. Le ratine fefait fans aucune difficulté. Après avoir cuit la foie comme on vient de le dire, on la lave, 011 l’écoule, & on lui donne le pied de rocou ; on la lave enfuite, en lui donnant une ou deux battures à la riviere. Après cela , on l’alune comme pour toutes les couleurs extra&ives, parce que celle du bois de Bréfil eft de ce nombre ; après quoi onia rafraîchit à la riviere; & l’ayant dreffée comme à l’ordinaire, on lui fait un bain de jus de Bréfil fur de l’eau chaude ; & l’on met dans ce bain un peu d’eau de favon delà cuite, qu’on garde exprès pour cela , à la quantité d’environ quatre ou cinq pintes ou un demi-caffin, fur une barque qui contient vingt-cinq à trente livres de foie : on braffe le tout enfemble , & l’on y met la foie.
- 501. Si après un certain nombre de lifes,on s’apperçoit que la couleur' ne foit point aifez foncée, on ajoute du jus de bois de Bréfil. Quand la couleur eft unie, on lui laiffe tirer fa teinture , ayant foin de la lifer de terns en tems, jufqu’à ce que la couleur foit à la nuance convenable.
- 502. Quand elle eft faite, on la lave à la riviere , & on peut lui donner line batture, quand on voit qu’elle manque un peu de rouge; mais il faut pour cela obferver auparavant fi l’eau de la riviere eft dans le cas de rofer le rouge de Bréfil, comme elles font.la plupart ; fi elle 11’avait pas cette pro-' priété , au lieu de battre la foie, il faudrait rechanger le bain de jus de Bréfil, jufqu’à ce que le ratine eût acquis alfez de rouge.
- $03. On fait, par la nièijie méthode que nous venons de décrire , des
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- ratines p’us bruns, qui s’écartent abfolument de la nuance de couleur de feu.
- ^04. Pour les brunir, quand le bain de Bréfil eit tiré , on en jette une portion & on remet de nouveau jus de Brélll, qu’on laide fe tirer ; après quoi on met dans ce bain du jus de bois d’Inde, qui donne une bruniture plus ou moins forte , fuivant la quantité qu’on en met.
- 50^. Ces couleurs qui font les vrais ratines bruns, ont pris depuis quelque tems le nom de moredoré ; nom qui cependant ne leur convient pas , & qui appartient à une autre couleur dont nous avons parlé à l’article de l’aurore.
- 506. Ces ratines bruns, ainfi que les rouges bruns , dont nous avons parlé à l’article des cramoifis faux, fervent pour compléter la nuance de tous les ponceaux & nacarats, attendu qu’avec le fafïran on ne peut faire ces fortes de bruns.
- 507. Nous n’avons rien à ajouter ici fur ce que nous avons dit touchant la manière de préparer le jus de Bréfil, en parlant du cramoifi. On fe fert de ce même jus pour toutes les autres couleurs où entre le Bréfil ; il n’y a de différence que dans l’emploi. Par exemple , le favon que l’on met dans le bain de Bréfil pour faire le ratine, elt deftiné à rendre la l'oie fouple & pliante , & à lui ôter une certaine dureté qu’elle aurait fans cette précaution , parce que l’alunage donné par-delfus un pied de rocou , procure cette dureté. Quelques teinturiers , au lieu de favon , jettent dans le bain de Bréfil une petite poignée de noix de galle en poudre ; & ils prétendent que cela produit le même effet, & même que cela donne plus de gaieté à la couleur : mais le grand nombre préféré l’ufage du favon.
- 50g. Pour le ratine fur crud , on prend des foies blanches comme pour le jaune ; & après les avoir trempées , on leur donne le rocou tiede , ou même froid, pour 11e point dégommer la foie ; après quoi on achevé cette couleur comme pour les foies cuites.
- Du couleur de rofe faux.
- 509. On n’eft point du tout dans l’ufage de faire en faux ni le canarat, ni le cerife , parce que les couleurs que l’on a par cette méthode, font trop mornes & trop laides. On fait feulement le rofe faux, en donnant à la foie la cuite comme pour le ponceau » alunant enfuite & palfant fur un bain de Bréfil fort léger, fans y rien ajouter autre chofe : mais comme cette couleur eft fort grife , & manque abfolument d’éclat, elle eft fort peu d’ufage.
- 510. Pour teindre cette nuance fur crud, il faut avoir foin de choifir des foies très-blanches, comme pour toutes les autres couleurs tendres : après les avoir trempées , 011 les teint comme le cuit.
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- Du verd.
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- f il. Cette couleur eft compofée de jaune 8c de bleu ; elle eft difficile à faire fur la foie , à caufe de l’inconvénient qu’a le bleu de cuve d’ètre fort fujec à fe tacher & à donner une couleur bigarrée, ce qui devient encore plus fenfible dans le verd que dans le bleu pur -, les verds fe font de la maniéré fui-vante. La cuite de la foie pour ces couleurs eft comme pour les couleurs ordinaires.
- 512. Les teinturiers en foie diftinguent une multitude de nuances de verd ; mais nous ne parlerons ici que des principales, & feulement en tant qu’il eft nécelfaire d’employer , pour les faire, des ingrédiens différens.
- f 13. La première nuance dont nous parlerons , eft celle du verd de. mer ou verd Tourville. Cette nuance a vingt-cinq ou trente dégradations en numéros depuis la plus faible , qu’on appelle verdpifiache, qui a un œil citron , jufqu’à la plus foncée, qu’on nomme verd de terrajfe.
- 514. Pour faire ces verds, après avoir cuit la foie ,011 l’alune fortement ; après l’alunage, on rafraîchit à la riviere, & on diftribue la foie en petits mateaux comme de quatre ou cinq onces. Cette précaution eft nécelfaire pour donner le pied de jaune à toutes les foies en général qui font deftinées à être teintes en verd, parce que la foie, ainfi diftribuée en petits mateaux, a de l’avantage pour fe teindre également, & que quand il s’agit des verds, on doit prendre toutes les précautions poffibles pour lui procurer cet avantage. Enfuite on fait bouillir de la gaude , comme il a été dit à l’article du jaune,
- f if. Quand la gaude eft bouillie , on en prépare un bain avec de l’eau claire, aifez fort pour donner un bon pied de citron. On life la foie fur ce bain avec beaucoup d’attention, parce que le mal-uni du pied paraît fort aifément dans le verdi & quand on juge que le pied eft à peu près à fa hauteur , on trempe dans la cuve quelques brins de cette foie pour voir il la couleur a allez de plénitude ou de pied \ fi elle n’en a point aifez, on ajoute de la décodtion de gaude, & on fait un nouvel elfai fur la cuve. Quand la couleur vient bien, on tord la foie, on la rafraîchit à la riviere , 011 lui donne une batture, fi l’on veut j on drelfe enfuite la foie , 8c 011 la remet en mateaux convenables pour palfer en cuve ; on la palfe mateau par mateau l’un après l’autre, comme les bleus j on les tord & les fait fécher avec le même foin 8c la meme promptitude.
- 516. Les quinze ou feize nuances les plus claires de cette forte de verd , n’ont befoin que d’ètre paifées fur la cuve pour être entièrement parachevées. Lorfque l’on vient au verd piftache, fi la cuve eft encore trop forte, on a foin de laiifer éventer le mateau au (ortir de la cuve fans le laver j 011 Yefcrêpe
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- lin peu entre les mains , c’eft-à-dire qu’en le tenant d’une main , on le frappe dans l’autre main 3 de maniéré que les brins fe refoulent & s’écartent les uns des autres, &'qu’ils prennent l’air, ce qui donne lieu à la couleur de s’éclaircir également 3 enfuite on en lave quelques brins pour effayer fi la couleur eft bien , & pour lors on la lave. Ce retardement du lavage eft nécef-faire pour jaunir fuffifamment cette nuance , parce que la cuve n’étant point lavée , s’affaiblit & fe mange un peu à l’air.
- 517. Pour les verds plus foncés de cette nuance, on ajoute dans le bain, lorfque la gaude eft tirée, du jus de bois d’Inde 3 cette teinture fert à les brunir. Les nuances les plus foncées de toutes, ont même befoin qu’on y ajoute de la décodtion de bois de fuftet. Ce bois donne un fond qui emplit la couleur 3 enfuite 011 les lave en leur donnant une batture comme aux pré-cédens, & on les paffe en cuve toujours avec les mêmes attentions pour laver & faire fécher promptement.
- VI8* Il y a beaucoup d’autres nuances de verd qui n’entrent pas dans le verd de mer , parce que l’œil en^tire plus fur le jaune 3 ces verds fe font cependant avec les mêmes ingrédiens. Tels font, par exemple , les verds d'ofier.
- 519. Pour ces verds , on paffe d’abord fur un très-fort bain de gaude 3 & lorfqu’elle eft tirée , on donne fur le même bain ou du fuftet ou du rocou , pour achever d’emplir fuivant la nuance : fl la couleur a befoin d’être brunie , on ajoute du bois d’Inde après le fuftet ou rocou 3 enfuite 011 paffe en cuve.
- 520. La fécondé nuance de verd dont nous avons à parler , eft le verd pré ou verd £ émeraude. Pour le faire , on alune comme pour le verd de mer 3 & après avoir rafraîchi la foie à la rivière , on la paffe fur le bain de gaude qui a fervi à faire le verd de mer 3 on la life fur ce bain : lorfque la couleur paraît unie , 011 en effaie quelques br-ins fur la cuve pour voir la hauteur du pied 5 & fi le verd fe trouve trop bleu, on remet de la décoétion neuve de gaude 3 on braffe le bain, & on repaffe de nouveau la foie deffus jufqu’à ce qu’en faifant un nouvel effai fur la cuve, on trouve que ce pied eft bien pour la nuance que l’on cherche.
- 521. Il n’y a point d’autre différence entre le verd pré & le verd d’émeraude, fi ce 11’eft que le premier eft un peu plus foncé.
- 522. Dans les manufactures où l’on peut fe procurer commodément de la farrete (99) , on s’en fert par préférence à la gaude pour faire ces fortes de verds, parce que la farrete donne naturellement plus de verd que la gaude , ou pour mieux dire, parce que la farrete en féchant, refte au même ton de couleur qu’elle a pris dans le bain, Sc que la couleur de la gaude, au contraire ,
- (99) Voyez ci-deffus, note 44.
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- jaunit & roufïit toujours un peu en féchant j ce que les teinturiers appellent rouir.
- f 23. On peut fe fervir de géniftrole (r 00) au défaut de farrete. Cette herbe donne les mêmes effets que la gaude, avec cette différence qu’elle emplit toujours un peu moins j enforte qu’il en faut mettre plus que de gaude. Ces couleurs doivent fe laver & fe fécher promptement comme tous les verds & les bleus en général.
- ^24. La troifieme nuance dont nous parlerons, eft le verd canard. Il fe fait avec la gaude , la farrete ou la géniftrole , en donnant un bon pied de ces ingrédiens 5 & lorfquele bain eft tiré, on brunit la couleur en mettant du bois d’Inde fur le même bain, enfuite on paife en cuve.
- 525. Les verds d’œillet fe font comme le verd pré & le verd d’émeraude, avec cette feule différence, qu’on en fait des dégradations ou nuances, en tranchant le pied 9 c’eft-à-dire , en donnant des pieds plus ou moins forts , fui-vaut les nuances , au lieu qu’on ne tire point de dégradations des verds de pré ou d’émeraude. Pour brunir ces verds canards, on met du bois d’Inde comme dans les nuances précédentes.
- 526. Le verd céladon doit avoir bien moins de pied que les autres , parce qu’il tire beaucoup plus fur le bleu : les bruns fe font à l’aide du bois d’Inde.
- 527. Le verd pomme tient précifément le milieu entre le verd d’œillet & le verd céladon, & fe fait par les mêmes procédés. Tous les pieds des verds dont nous venons de parler, à l’exception du verd de mer, doivent fe donner, autant qu’il eft polfible , fur les bains d’herbe qui ont déjà fervi, mais dans lefquels il n’y a point de bois d’Inde ni de fuftet, parce que la foie qui eft fortement alunée tire trop rapidement dans les bains .neufs, & ferait fujette, par conféquent, à prendre une couleur mal unie. Afnfi il eft à propos de garder toujours du vieux bain pour-faire tous ces verds.
- Remarques.
- 528. La gaude & la géniftrole font, comme nous avons dit, à peu près les mêmes effets, & on les emploie prefqu’indifféremmeilt, & même quelquefois mêlées enfemble. A l’égard de la farrete , il eft certain qu’elle eft préférable aux deux autres pour toutes les nuances de verd , excepté celles où l’on eft obligé de mettre dubois d’Inde, du fuftet ou du rocou.
- 529. Outre les verds que nous avons nommés , il y en a une multitude d’autres dont les noms varient fuivant les manufactures, mais qui rentrent tous dans les principales nuances dont nous avons parlé. Nous ferons feu-
- (100) Voyez ci-deiTus, note 45.
- lement
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- îement remarquer que pour les nuances abfolument brunes, & qui tirent prefque fur le noir, on fe fert de couperofe pour forcer la bruniture après avoir tiré les autres ingrédiens. Pour les nuances très-claires des verds céladons , & autres petits verds clairs, il eft à propos que la foie ait été cuite blanche comme pour les bleues ; ces nuances légères en font beaucoup plus gaies & tran/parentes.
- De l'olive.
- f30. Les foies deftinées à être teintes en cette couleur, doivent avoir eu la cuite ordinaire. Après un fort alunage, & avoir rafraîchi à la riviere , on les palfe fur un bain bien fort de gaude, comme pour faire du jaune; & lorfque ce bain eft tiré, on y ajoute du bois d’Inde ; après le bois d’Inde tiré, on met dans le bain un peu de lefllve de cendre gravelée; cet alkali verdit la couleur, & lui fait prendre l’olive ; on palfe de nouveau les foies fur ce bain, & lorfqu’elles font à leur nuance, on les retire, on les lave, & on les met fécher fur les perches.
- 531. Aurefte, ilya deux nuances d’olive, l’une olive verte, qui eft celle dont nous venons de parler, & l’autre olive roufle ou olive pourrie. Pour cette fécondé nuance , après avoir donné la gaude, on ajoute dans le bain , du fuitet & du bois d’Inde, fans mettre de cendre. Si on veut que la couleur foit moins rougeâtre , on 11e met que du bois d’Inde, aufli fans cendre.
- Ï32. Pour les nuances claires de ces deux couleurs, on fait trancher le bois d’Inde , c’eft-â-dire qu’011 en donne moins pour les plus claires, & davantage pour les plus foncées.
- 533. Remarques. Quoique l’olive foit une efpece de verd , on ne fe fert cependant point de cuve pour le faire, parce que la couleur deviendrait trop verte. Le bois d’Inde, qui naturellement donne le violet, devient beaucoup plus bleu par l’addition de la cendre gravelée ; & ce bleu combiné avec le jaune de la gaude, qui monte aufli par l’effet de l’alkali, donne le verd néceffaire pour cette nuance.
- 5 34. On fait aufli avec le fuftet un olive qui s’appelle communément olive de drap, parce qu’il fe fait ordinairement pour affortir l’olive en drap , lequel eft plus rougeâtre que celui dont nous avons parlé ci-deffus.
- f 35- Après avoir aluné les foies comme à l’ordinaire , on les palfe dans un bain de fuftet, auquel on ajoute de la couperofe & du bois d’Inde. Lorfque ce bain eft tiré, on le jette & on en fait un nouveau femblable au premier, en ayant attention de rediflerles dofes des ingrédiens. Si l’on s’apper-çoitquela couleur peche par quelqu’endroit, 011 y palfe la foie comme fur le premier, jufqu’à la plénitude convenable. Ces deux bains doivent être d’une chaleur moyenne.
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- 536. Le verd fur crud fe traite comme le verd fur cuit ; il faut choifir des foies blanches comme pour le jaune , & après les avoir trempées , on les alune & on fait tout le refte comme pour le cuir.
- Du violet.
- 537. Le violet eft une couleur compofée de rouge & de bleu , & c’eft de l’indigo dont on fe fert pour donner le bleu à tous les violets; à l’égard du rouge , c’eft de la cochenille ou de plusieurs autres ingrédicns qui founiiftent du rouge , dont 011 le tire.
- Ï38. Le violet dont le rouge eft fourni par la cochenille , eft de bon teint, & fe nomme violet fin. Celui dont le rouge eft fourni par toute autre drogue , & finguliérement par l’orfeille, eft très-peu folide , & fe nomme violet faux,
- Du violet fin.
- Ï39. On donne pour cette couleur la cuite ordinaire: enfuite on alune comme pour le cramoifi fin, & il faut avoir foin de donner deux battures en la lavant à la riviere.
- ^o. Après cela , on donne le cochenillage comme pour le cramoifi; avec cette différence cependant, qu’on ne met dans le bain , ni tartre , ni compo-fition , parce que ces acides ne s’emploient dans le cramoifi , que pour exalter davantage la couleur de la cochenille, & lui donner un œil plus jaune. Pour le violet, au contraire, il faut que la cochenille demeure dans fa couleur naturelle, qui eft beaucoup plus violette & plus pourpre , & qui tire fur le giroflé.
- 541. On met plus ou moins de cochenille , fuivant l’intenfité de la nuance que l’on veut avoir. La dofe ordinaire pour un beau violet, eft de deux onces de cochenille pour chaque livre de foie.
- 542. Pour faire le bain de cochenille, on emplit d’eau la chaudière défi-
- tinée à faire la couleur, environ jufqu’à la moitié, & l’on y fait bouillir la cochenille à peu près pendant un quart-d’heure. Pendant ce tems-là , on met les foies fur les bâtons par petits mateaux, comme pour donner le pied aux verds ; enfuite on achevé d’emplir la chaudière avec de l’eau froide , parce qu’il faut que le bain ne foit que tiede ; on y met les foies , & auiïi-tôt on les life £ir le bain avec exaditude ; fi même il y avait une vingtaine de bâtons ou plus , il faudrait néceflairement employer deux hommes pour le lifage , afin que la couleur s’unifie bien & prenne également. ,
- 543. Lorsque la couleur paraît unie , on poufic le feu pour faire bouillir le bain; & alors un homme feul fuffit pour continuer le lifage , qu’il faut
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- toujours foutenir exactement tant que le bain bout , ce qui dure deux heures comme pour le cramoifi fin.
- 544. Si l’on voit qu’après les deux heures d’ébullition le bain n’eft pas encore alfez tiré, on peut mettre les foies en foude pendant cinq ou fix heures , comme nous l’avons dit en parlant du cramoifi ; après quoi on les lave à la riviere en leur donnant deux battures ; on les dreffe enfuite , & on les paife fur une cuve plus ou moins forte, fuivantla hauteur que l’on veut donner au violet.
- Î4f. On emploie pour le lavage & le féchage, les mêmes manœuvres que pour les bleus, les verds , & généralement pour toutes les couleurs qui paf-fent en cuve.
- 546'. Les teinturiers font dans l’ufage d’employer un peu d’orfeille dans ces couleurs , pour leur donner plus de force & de beauté. Pour donner cette orfeille , on en met dans le bain de cochenille , après qu’il eft tiré , la quantité qu’on juge convenable, fuivant la nuance qu’011 veut avoir -, on la fait bouillir pendant environ un quart-d’heurei on laiffe enfuite un peu repofer, pour donner le tems à l’orfeille de tomber au fond , après quoi on life la foie fur ce bain. Cette méthode eh condamnable , parce que la couleur de l’orfeille eft d’un très-faux teint , qui ne doit point avoir iieu dans une couleur fine & de bon teint, telle que l’effc le violet de cochenille pure.
- ^47. L’usage d’allier l’orfeille avec la cochenille dans les violets fins, s’eft introduit peu à peu , & eft fondé fur ce que le rouge de la cochenille eft fenftblement moins beau que celui de l’orfeille dans cette couleur. Or, comme c’eft toujours à l’éclat & à la beauté des couleurs que les manufacturiers & marchands d’étotfes de foie donnent la préférence, en fait de teintures, ils fe fontprêtés à cette manœuvre ; mais comme d’un autre côté l’orfeille 11e coûte prefque rien en comparaifon de la cochenille, plufieurs teinturiers ont augmenté infenfiblement la dofe de cet ingrédient de faux teint, & diminué celle de la cochenille à tel point que leurs violets prétendus fins, & qu’011 fait toujours payer comme tels, ne font réellement que des efpeces de violets faux. Or c’eft là un abus criant, qui certainement mérite bien d’ètre réprimé ; cependant il paraît indifpenfable d’admettre l’orfeille dans les nuances faibles & légères de violet, parce que la couleur que donne la .cochenille dans ces nuances, eft fi terne & fi morne , qu’elle n’eft point fupportable. O11 eft donc réduit à faire la dégradation des nuances légères avec de l’orfeille , qui donne toujours une couleur très-belle, quoiqu’elle foit très-mauvaife.
- Ç4§. On a dit à l’article du bleu , qu’on 11e pouvait faire fur la foie les nuances les plus foncées de cette couleur avec l’indigo feul, & qu’on était obligé d’y joindre un rouge fombre & foncé} ce rouge peut être tiré de la
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- cochenille ; & les bleus foncés qui font brunis par cet ingrédient, fe notïH ment bleus fins, pour les diftinguer de ceux qui font brunis par l’orfeille y laquelle eft une drogue de faux teint: ces bleus foncés font plutôt » comme onle voit, des efpeces de violets.
- Ï49- Le bleu fin s’alune comme te violet fin; on le lave de même à la riviere : après l’alunage , on le cochenille, à la quantité d’une once ou une once & demie de cochenille , fuivant la hauteur de la nuance que l’on veut avoir, & l’on a foin de mettre la foie par petits mateaux comme pour le violet ; enfuite on le lave en lui donnant deux battures : après quoi il ne s’agit plus que de le palier fur une cuve neuve.
- Du violet faux ou ordinaire, & des lilas.
- fço. On fait les violets faux de plufieurs maniérés, & avec différentes* efpeces d’ingrédiens, dont nous allons parler fucceliivement.
- 551. Les plus beaux & les plus ufttés fe font avec l’orfeille. Cet ingrédient du genre des moulfes ou lichen , eft une herbe qui, dans fon état naturel, ne fournit aucune couleur dans l’eau; on eft obligé, pour pouvoir s’enfervir, de développer & de dilfoudrele principe colorant qu’il contient, par le moyen d’une digeftion & d’une eipece de fermentation r fécondées par le mélange de l’urine & de la chaux. La maniéré de préparer l’orfeille pour la teinture , eft détaillée très-clairement & très - exactement dans le Traité de la teinture des laines par M. Hellot. La partie colorante de cette drogue , paraît être de nature réfineufe, puifqu’elle ne peut fe difloudre dans l’eau, que par l’internaede d’un alkali : aulTi les matières qu’on veut teindre avec l’orfeille, n’ont aucun befoin d’alunage. Voici comment on s’y prend pour teindre avec cet ingrédient.
- î 52. On fait bouillir dans une chaudière r de l’orfeille en quantité proportionnée à la couleur qu’on veut avoir. Si l’on veut faire un violet plein & foncé, on doit mettre une grande quantité d’orfeille, qui va quelquefois à deux ou trois & même quatre fois le poids de la foie , fuivant la bonté de* l’orfeille & la plénitude qu’on veut avoir.
- 553. Pendant que l’on prépare le bain d’orfeille , on donne une batture* à la riviere aux loies Portant du favon , pour les en dégorger ; on les écoule enfuite, & on les drelfe par mateaux , comme pour les violets fins. On tranft-porte toute chaude la liqueur claire du bain d’orfeille, en laiiîant le marc au fond, & on la met dans une barque de grandeur convenable*, fur laquelle ou life lès foies avec beaucoup d’exaétitude.
- 554. Lorsque la couleur eft bien, on en fait un eflai fur la cuve, pourvoir fi elle eft allez pleine pour prendre un beau violet très-foncé ; fi elle fe
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- trouve trop claire , on la repaie fur le bain d’orfeille ; on en ajoute même de nouvelle, fi cela eft néceifaire ; & quand la couleur eft à la hauteur convenable , on lui donne une batture à la riviere , & on la paife en cuve comme les violets fins.
- f. Le lavage & féchagefont les mêmes que pour toutes les couleurs qui paflent en cuve ; on diltingue & on défigne par des noms diiférens , les différentes nuances de violets ; celle que nous venons de décrire, fe nomme violet de Hollande : c’eft la plus pleine, la plus nourrie , la plus franche , & la plus belle pour la couleur. »
- 556'. Le violet d'évêque , qui eft la fécondé nuance de violet, eft aulîi plein de fond : mais on lui donne moins de cuve, ce qui lui conferve un œil plus rougeâtre.
- Les dégradations de ces deux nuances principales fe font par la même méthode , avec moins de pied & de cuve ; la dégradation du violet de Hollande donne toutes les nuances des lilas bleus, plus ou moins pleines : celle du violet d’évêque donne les différentes nuances des lilas rouges.
- 558. Comme il faut donner le bleu avec beaucoup de ménagement dans ces lilas, & qu’ordinairementles cuves font trop fortes, on eft dans l’ufage, pour fe rendre maître de cette nuance, de mêler un peu de cuve neuve avec de la cendre gravelée , dans de l’eau claire tiede, pour en préparer un bain exprès , fur lequel on bleuit ou l’on vire les lilas à volonté i on doit prendre , pour faire ce bain, d’une cuve neuve & dans toute fa force, parce que celles qui ont déjà travaillé & qui font fatiguées, ne donneraient, quand même on en mettrait une plus grande quantité, qu’une couleur grifatre, & qui ne ferait pas folide.
- 559. Quand on a mis la cuve dans le bain dont nous parlons, on le braife auflî-tôt : il prend une couleur verte, qui infenfiblement diminue. O11 attend , pour y paifer les foies, que ce bain ait commencé à perdre un peu de fon premier verd , & fe rapproche de la couleur de l’indigo , parce que fi on les paifait avec ce tems, on ferait expofé à faire une couleur mal unie, attendu que lorfque ce bain eft dans tout fon verd , & par conféquent dans toute fà force, les premières portions de foie qu’on y paife , fe faifiifent avec avidité de la couleur du bain-, pendant ce tems-là il perd de fon verd , enforte que les portions de foie qui viennent à palfer enfuite dans le bain , rencontrent de la cuve qui n’a plus la même activité , &qui donne un bleu moins-fort.
- 5.60. La cendre gravelée que l’on met dans ce bain, aide à bleuir for-feille, parce qu’en général l’eifet de tous les alkalis eft de rendre tous les> rouges plus violets.. On ne la met pas dans le bain d’orfeille , parce qu’eu bouillant avec elle, elle pourrait en détruire en partie la. couleur & L’effet,
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- Nous avons prefcrit un bain tiede pour virer ou bleuir, parce que l’eau chaude fuffit touce feule pour affaiblir le pied d’orfeille; & à plus forte rai-fon feraic-elle le même effet, étant armée d’un fel alkali ; on pourrait même dans le befoin fe fervir d’eau tiede pour cette opération.
- f6i. Quand ces couleurs font faites, on les tord fur le bain, & enfuite fur la cheville fans les laver , parce que la plus grande partie du bleu fe perdrait par le lavage : après cela on met les foies fécher dans un endroit couvert, parce que l’aétion de l’air fuffirait pour les altérer confidérablement ; les violets & lilas d’orfeille , fur-tout quand ils font faits avec la meilleure efpece d*orfeille qui croît aux Canaries , & qu’on nomme orfeille d'herbe, font de la plus grande beauté ; mais ce font en même tems les moins folides de toutes les couleurs de la teinture : non-feulement le moindre acide détruit abfolument ces couleurs ; mais l’air feul les dégrade fi promptement, qu’on eft obligé de tenir enfermées avec le plus grand foin les foies teintes de ces couleurs, fi l’on veut conferver leur fraîcheur.
- Du violet de bois cClnde.
- <)62. Pour faire le violet de bois d’Inde, on prend des foies cuites, alu-nées & lavées comme à l’ordinaire. On fait bouillir dans de l’eau du bois d’Inde réduit en copeaux, comme on a dit que cela fe pratiquait à l’égard du bois de Bréfil. On met cette décodion dans une tonne, pour s’en fervir au befoin.
- 563. Lorsqu’il eft queftion de teindre, on met dans une barque une quantité d’eau froide proportionnée à celle de la foie qu’011 a à teindre ; on y ajoute & on y mêle bien une quantité plus ou moins grande de la décoction de bois d’Inde dont nous venons de parler, fuivant la nuance qu’on veut donner, & on life les foies à froid fur ce bain, jufqu’à ce qu’elles aient acquis la couleur qu’011 veut avoir. Elles prennent dans ce bain un violet moins beau que celui d’orfeille & un peu fombre.
- 564. Remarques. Le bois d’Inde fe nomme aufli bois de Campèche, parce qu’on le coupe dans le pays baigné par la baie de Campèche aux Indes occidentales. La couleur naturelle de ce bois eft un rouge fort brun : celui qui a le plus de couleur, qui eft le plus fain & le moins chargé d’aubié , eft le meilleur. Sa décoélion eft un rouge brun & noirâtre.
- Les foies qu’on veut teindre dans cette teinture , doivent être alu-nées , fans quoi elles ne feraient que fe barbouiller d’une couleur rougeâtre qui ne tiendrait pas même au lavage , parce que la teinture de ce bois eft de nature extra&ive.
- 5 66, Mais lorfque les foies fontalunées, elles prennent dans ce bain une
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- couleur violette paffablement belle, un peu plus folicîe que celle de for-feille , & qui tient même un peu au favon, lequel lui donne un œil plus bleu.
- 567. On doit faire cette teinture à froid , parce que lorfque le bain de bois d’Inde eft chaud , la couleur qu’il donne eft vergetée & mal unie , & d’ailleurs beaucoup plus terne & moins belle.
- Par la même railon, on doit avoir attention que la décodion de bois d’Inde foit faite deux ou trois jours avant de s’en fervir ; car fi on l’employait tout nouvellement faite , elle donnerait aufii une couleur plaquée & mal unie. Il faut cependant obferver qu’on ne peut pas garder la décodion de bois d’Inde auifi long-tems que celle du bois de Bréfil , parce qu’à la longue elle s’altere & prend une elpece de fond fauve qui la gâte 3 011 doit par cette raifon n’en faire à la fois qu’à peu près ce qu’on en peut confommer pendant l’efpace de trois femaines ou d’un mois.
- Violet de bois d'Inde avec le verd-de-gris.
- ^69. On fait encore un violet de bois d’Inde avec le verd-de-gris, de la maniéré fuivante. On lave d’abord les foies de leur favon , on les écoule, &c. on délaie dans de l’eau froide à peu près une once de verd-de-gris par livre de foie : lorfqu’il eft bien mêlé dans l’eau , on life les foies fur ce bain 5 on les y lailfe pendant environ une heure , ou pendant le tems néceilaire pour les bien imprégner de verd-de-gris ; elles n’y prennent point de couleur bien fenfible. Après cela on tord les foies pour les remettre fur les bâtons. On fait un bain de bois d’Inde comme pour le violet précédent 3 on paffe les foies, elles y prennent une couleur bleue affez foncée.
- 570. Quand les foies ont tiré ce bain, on les lave, on met dans le bain ou dans de l’eau claire de l’alun diffous dans de l’eau ; on y paffe les foies, & elles acquièrent un rouge qui, de bleues qu’elles étaient, les rend violettes.
- 571. La quantité d’alun qu’on ajoute ainfi , eft indéterminées plus on en met, plus le violet qu’on obtient eft rougeâtre. Quand elles ont acquis la couleur qu’on defire , on les tord de deffus le bain , on les lave, on les tord modérément à la cheville , on les efgalive, afin que la couleur demeure unie en féchant, ce qui n’arriverait point fi en les tordait trop à fec en fortant du lavage 3 car alors les endroits qui auraient été plus preifés dans la torfe, demeureraient plus clairs, &les autres auraient une couleur foncée & comme cuivreufe 3 inconvénient auquel ces couleurs de bois d’Inde font très-fujettes. Ainfi il faut avoir la même attention pour les violets de bois d’Inde fans verd-de-gris.
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- 572. Les violets de bois d’Inde au verd-de-gris, dont nous venons de parler , n’ont ni plus de beauté , ni plus de folidité que ceux qui s’y font fans cet ingrédient. Il faut feulement obferver que le verd-de-gris dont 011 imprégné les foies, leur fert d’alunage pour tirer la teinture du bois d’Inde ; qu’alors cette couleur eft abfolument bleue , & que l’alun qu’on ajoute après coup , ne fert qu’à donner l’œil rouge dont on a befoin dans le violet. On voit aufli par-là qu’on peut faire par le moyen du verd-de-gris & du bois d’Inde un vrai bleu; mais il eft de très-faux teint, & n’eft nullement comparable à celui de cuve , ni pour la beauté, ni pour la folidité.
- Violet de bois de Brèjil & de bois d’Inde.
- ^73. Pour faire ce violet, on prend des foies alunées & rafraîchies comme à l’ordinaire; on les paffe fur un bain de bois de Bréfil au degré de chaleur ordinaire; quand elles ont tiré ce bain , 011 y ajoute de la décodtion de bois d’Inde, on les life delfus, & lorfque la couleur eft à la plénitude convenable , on la vire en ajoutant dans le bain un peu de leftîve de cendres grave-lées ; après quoi on lave, on tord, & on met fécher comme à l’ordinaire.
- 574. Remarques. Ce violet fait avec le bois de Bréfil & celui d’Inde, eft plus rouge & beaucoup plus beau que celui qui fe fait au feul bois d’Inde, fans cependant avoir plus de folidité; il eft même plus fufceptible de l’im-preffion du favon.
- 575. Quoiqu’ïl entre deux ingrédiens colorans dans ce violet, on les donne l’un après l’autre, parce que fi 011 les mêlait enfemble , la couleur ferait plus fujette à fe mal unir.
- 576. Il n’eft pas indifférent de donner d’abord le bain de bois de Bréfil, ou celui de bois d’Inde ; on doit commencer par celui de bois de Bréfil, attendu qu’on a obfervé que , quand les foies font une fois chargées de teinture de bois d’Inde, elles ont beaucoup plus de peine à prendre celle de Bréfil, ce qui vient vraifemblablement de ce que la teinture de bois d’Inde s’empare fort avidement de l’alun, & empêche qu’il n’en refte allez pour bien tirer le Bréfil. D’ailleurs il faudrait, fi l’on commençait par le bois d’Inde , donner d’abord ce bain à froid , à caufe du mal uni qu’il donne lorsqu’il eft chaud , & qu’il eft même fujet à prendre, lorfqu’après avoir été tiré, on lui fait éprouver de la chaleur : ce qui n’arrive pas par la méthode que nous avons donnée ; car il n’eft pas néceifaire de donner le bois d’Inde à froid dans ce procédé, comme dans les précédens , parce que comme les foies font imprégnées de la teinture de bois de Bréfil, & que leur alunage eft devenu par-là moins fort, il n’eft pas fujet à donner du mal uni, comme quand on l’emploie feul.
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- 577- La feule combinaifon de la teinture du bois d’Inde & de celle du bois de Bréfil fait un violet; mais pour lui donner plus d’éclat, on le viro avec la cendre gravelée : elle égaie beaucoup la couleur du bois de Brélil, en la rendant plus pourpre.
- 578. Au lieu de mettre la cendre gravelée dans le bain, il eft quelquefois à propos défaire ufkbain d’eau claire pour ce virage; cette pratique doit avoir lieu lorfqu’on eiKlijet à alfortir la nuance, & qu’on appréhende que la foie 11e fe charge trop de teinture 3 en la lailfant plus long-tems dans le bain.
- 579* On fe contente ordinairement de laver feulement toutes ces nuances à la riviere , fins les battre. Il peut arriver neanmoins , qu’on ait befoin ds battre toutes ces couleurs en les lavant; on a recours à la batture , lorfqu’on juge que la couleur eft trop brune & trop fombre, & que cette manœuvra pourra l’éclaircir & l’égayer; de même que lorfqu’on remarque fur les foies quelques limons ou impuretés, on les emporte facilement par ce moyen.
- Violet de bois de Brejil & d’orfeille.
- 580. Pour faire ce violet, après avoir cuit & aluné la haie , comme pour les p/écédens, on la paife fur un bain clair de bois de Bréfil, ou fur un bain qui vient de fervir à faire des rouges; & lorfqu’il eft tiré , on bat la foie à la riviere ; enfuite on la paffe fur un bain d’orfeille , pour achever de les emplir ; enfuite on les lave une fécondé fois en leur donnant une batture ; après quoi on les paffe en cuve ; on les tord & on les feche avec la même promptitude & la même exactitude que les verds & les bleus.
- 581. Ce dernier violet approche du beau violet, que nous avons nommé violet de Hollande , lequel fe fait avec l’orfeille pure & la cuve. Le Bréfil qu’on lui donne avant l’orfeille, fertpour économilèr l’orfeille ; mais comme ces violets font toujours moins beaux que les violets de Hollande, il ne faut fe fervir de ce procédé que pour les violets qu’on veut porter à une très-grande plénitude, & telle qu’-on ne pourrait l’obtenir lans ce fecours. La teinture de bois de Bréfil commence adonner à la foie un fort pied, .& n’empêche point que l’orfeille ne prenne, enfuite avec autant d’activité que fi la foie n’avait point reçu cette première teinture.
- 582. Ce qui empêche les violets dont nous parlons, d’avoir autant de beauté & d’éclat que les violets de Hollande, c’eft l’alunage que l’on eft obligé de donner pour faire tirer le Bréfil; cela vient de ce que l’alun a la propriété de faire rancir l’orfeille, ou de lui donner un œil jaunâtre, lequel ne convient point dans cette couleur.
- 583- Pour teindre les violets fur crud, on prend des foies blanches Tome IX. R
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- comme pour le jaune; & après les avoir trempées, on les traite comme les violets fur cuit, chacun luivant ce que fa nuance exige : le violet fin n’elt point d’ufage fur crud.
- Du pourpre. & du girofle. Du pourpre fin ou à la cochenille.
- f 84- La foie fe cuit pour cette couleur en cuite ordinaire , & s7alune comme les violets fins. Le cochenillage fe fait aufii comme pour le violet fin. La dofe ordinaire de cochenille e(t de deux onces; mais on fent bien qu’il en faut mettre plus ou moins ,vfuivant la nuance que l’on veut avoir. Quand la foie a bouilli dans le bain de cochenille pendant deux heures, on la retire, on la lave, & on la bat à la riviere. Si l’on veut un pourpre plus violet, ou qui tire davantage fur le bleu, il ne s’agit que de paifer cette foie fur une cuve faible. Dans ce cas, il faut avoir- attention , comme nous l’avons dit, de tordre & fécher très-promptement: cette précaution étant abfolument nécelfaire pour toutes les couleurs qui fe palfent en cuve. An relie , on ne palfe en cuve que les pourpres les plus bruns 8c les plus foncés ; les autres fe palfent fur de l’eau froide, dans laquelle on met un peu du bain de cuve, parce qu’ils prendraient toujours trop de bleu fur la cuve même , quelque faible qu’elle pût être.
- î8v Pour aider à virer toutes ces couleurs, on peut mettre une petite quantité d’arfenic dans le bain de cochenille : on en met ordinairement environ une demi-once pour chaque livre de cochenille.
- 586* Les clairs de cette couleur fe font précifément de même, en obfer-vantde mettre moins de cochenille. Les nuances d’au-delfous du pourpre, font celles qu’on nomme girofle 8c gris-de-lin ; & celles au-detfous du gris-de-lin, prennent le nom de fleurs de pêcher ; le giroflé fe fait fans virage , & de même les autres nuances , à moins qu’on ne les trouve trop rouges : dans ce cas, on les vire par un peu de bain de cuve.
- Du pourpre faux.
- ^87- Les pourpres faux s’alunent comme pour les couleurs ordinaires de Bréfil ; on leur donne un bain léger de bois de Bréfil, enfuite on leur donne une batture à la riviere ; après quoi on les palTe fur un bain d’orfeille plus ou moins fort, fuivant la nuance qu’on veut faire. Le Bréfil qu’on donne avant l’orfeille eft nécelfaire , parce que l’orfeille toute feule ferait une couleur trop yiolette.
- 588- Pour brunir les nuances foncées, on emploie le bois d’Inde,qui fe met ou dans le bain de Bréfil, fi l’on veut brunir beaucoup, ou dans le bain d’orfeille, fi l’on veut moins brunir.
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- 589. Les clairs de cette nuance peuvent Te faire avec le Bréfil feul, en les virant enfuite fur de l’eau claire , dans laquelle on met du bain de cendre gravelée ; mais comme cette méthode a l’inconvénient de durcir un peu la foie , il vaut mieux leur donner un petit bain d’orfeille après le Bréfil ; fi la couleur fe trouvait un peu trop violette, on la rancirait fur de l’eaü dans laquelle on aurait mis très-peu de vinaigre ou de jus de citron.
- 590. Le girofle faux fe fait dans le bain d’orfeille , fans donner auparavant la teinture de bois de Bréfil comme pour les pourpres ; ainfi il 11e faut point les aluner : s’ils ne fe trouvent point alfez violets, on leur donne un peu de bain de cendre gravelée fur de l’pau : les clairs fe font de même en employant des bains moins forts.
- 591. Le pourpre fin & le girofle'fin 11e font point d’ufage fur crud. A l’égard de ces nuances eu faux , on prend pour les faire, des foies blanches , comme pour les couleurs ordinaires) & après les avoir trempées, on les traite comme les foies cuites.
- Du marron , canelle , lie-de-vin.
- Ï92. Les couleurs de canelle & de marron, fe font avec le bois d’Inde, de Bréfil & de fuftet.
- 5^3. Pour faire le canelle , on cuit les foies à l’ordinaire ; 011 les alune , & on fait un bain d’une décodion des trois bois dont nous venons de; parler, faite féparément : le fond du bain eft la décodion de fuftet, & on y ajoute environ un quart de jus de Bréfil, & à peu près un huitième de jus de bois d’Inde.
- S94. Le bain doit être d’une chaleur tempérée. On life les foies fur ce-bain -, & lorfqu’il elt tiré & que la couleur eft unie , on les tord à la main ; on les remet fur les bâtons, & on refait un fécond bain, dans lequel 011 arrange toutes les proportions de ces trois ingrédiens colorans, d’après* l’effet qu’ils ont produit d’abord, pour obtenir au jufte la nuance qu’on defire. Il eft aifé de fentir que le fuftet fournit le jaune j le bois de Bréfil ,-le rouge j & le bois d’Inde , le brun dont ces couleurs font compofées.
- 59<ÿ. Les marrons fe font précifément de même, à l’exception que comme* ces dernieres nuances font beaucoup plus brunes, plus foncées & moins rouges , on fait dominer dans ce cas le bois d’Inde fur celui de Bréfil, en gardant toujours la même proportion de celui de fuftet, qui doit faire également le fond de l’une ou de l’autre de ces couleurs. Les jus-de-prune 8c-lie-de-vin fe font aulîi de la même maniéré, & avec les mêmes ingrédiens, en changeant feulement la proportion, c’eft-à-dire , en diminuant la quantité de fuftet, & augmentant celles de Bréfil & de bois d’Inde, fuivant qu’on en ^ befoin.
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- <>96. Remarques. Il ne faut faire la décoélion du bois de fuftet que quand on a befoin de s’en fervir» parce que cette décodion fe gâte & s’altere en allez peu detems; elle devient limonneufe, fa couleur fe ternit ? prend un. ton olivâtre, & ne produit plus les effets qu’on en attend. Si cependant il arrivait qu’on eût une ancienne décodion de ce bois , ainfi altérée , on pourrait lui rendre prelque toute fi qualité en la fai faut réchauffer ; & alors elle pourrait être employée allez bien dans les nuances dont nous parlons.
- 597. Plusieurs teinturiers font dans Pufage de laver les foies de leur alun à la riviere, avant de les mettre dans le bain, & de faire ces couleurs en un feuî bain. Mais le procédé qu’011 vient de décrire parait préférable» parce que le premier bain fait un lavage fuffifant de l’alun , & que les foies par cette méthode confervant plus d’alun, prennent mieux la quantité de teinture dont on a befoin. D’ailleurs, comme toutes ces nuances ne peuvent fe faire que par un tâtonnement continuel, le fécond bain eif très-utile, pour rectifier les défauts qu’on pourrait avoir eus dans le-premier, & pour achever d’emplir la couleur, fur-tout de fon fond de fut-tet, qui demande à ne point perdre d’alun, pour pouvoir monter fufïifam-nient.
- 598* On pourrait faire les canelles &jnarrons par une autre méthode» Pour cela, lorfque les foies font cuites » il faudrait faire refondre des marcs de rocou dans le même favon qui a fervi pour la cuite, en le paffant, comme il a été dit ci-devant, dans le pot au rocou ; & lorfque ces marcs de rocou auraient bouilli pendant environ un quart-d’heuiie , il faudrait laiifer repofer îe bain, & lifer enfuite les foies fur ce bain, fans les avoir lavées. Elles prendraient un pied de jaune ; enfuite il faudrait les laver, les battre à la riviere, & les mettre en alun comme à l’ordinaire. Après quoi on leur donnerait le bain de fuftet, de Bréfil, & bois d’Inde pour les canelles; & pour les marrons , on ne mettrait point de Bréfil qu’après avoir vu fi la couleur n’eft point alTez rouge, attendu que l’alunage rougit confidérabîement le rocou. S’il arrivait meme qu’plie devint encore trop rouge, quoiqu’on n’eut pas mis de Bréfil, on mettrait dans le bain un peu de diifolution de couperofe,. qui rabattrait le rouge, & lui donnerait un œil plus verdâtre, & en même tems brunirait la couleur affez confidérabîement, fur-tout s’il y avait une certaine quantité de bois d’Inde : ainfi il ferait à propos de ménager le bois d’Inde, pour être à portée de donner de la couperofe ,fi le marron rou-gilfait trop à caufe du rocou.
- 599. Cette méthode ferait plus avantageufe que la première, attendu que le rocou rougi par l’alun , eft beaucoup plus folide que le rouge de Bréfil. Au refte , on pourrait donner un peu de rocou fans favon, comme pour les ratines*
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- . Soù. Pour faire le marron & les autres couleurs brunes fur crud , on peut employer des foies jaunes, telles que la nature les donne , parce que ce fond n’ell point nuifible à ces fortes de nuances, & qu’au contraire il peut leur tenir lieu de fond. Après les avoir trempées comme à l’ordinaire, on les traite comme les foies cuites, chacune fuivant leurs nuances.
- Des giis-noïfette, gris-d.'épine , gris-de-maure, gris-de-fef, & autres couleurs de
- ce genre.
- 6oï. Toutes ces couleurs, excepté le gris-de-maure, fe font fans alunage. Après avoir lavé les foies de favon, & les avoir écoulées à la cheville , OU leur fait un bain avec fuftet, bois d’Inde , orfeille & couperofe verte. Le fuftet fert à donner le fond, l’orfeille donne le rouge , le bois d’Inde donne la bruniture, & la couperofe rabat toutes ces couleurs, c’eft-à-dire, qu’elle fait tourner le bain au gris ; elle tient auiïi lieu d’alun , pour faire tirer les couleurs qui en ont befoin, & pour les aifurer. Comme il y a une variété infinie de gris qui n’ont point de nom,s fixes, & qu’ils fe font tous par la même méthode, on n’entrera point dâns ce détail, qui alongerait inutilement ce traité.
- 602. On fe contente d’obferver ici, que pour faire les gris qui tirent fur le rougeâtre, on donne plus d’orfeille ; que pour ceux qui tirent plus fur le gris , on donne une plus grande quantité de bois d’Inde 3 que pour ceux qui tirent davantage fur le roux & le verdâtre, on donne une plus grande quantité de fuftet.
- 603. En général, il faut donner le bois d’Inde avec beaucoup de ménagement , lorfqu’on eft obligé d’en ajouter pour finir la couleur, parce qu’il eft fujet à brunir beaucoup en Léchant, faifant à.cet égard tout le contraire des autres couleurs.
- 604.. Pour donner un exemple de la maniéré de faire ces couleurs, nous prenons le noifette. On met dans de l’eau modérément chaude , de la décoélion de fuftet, de l’orfeille, & un peu de bois d’Inde. On life les foies fur ce bain ; & lorfqu’il eft fuffifamment tiré, on les leve,(& l’on ajoute au bain, de la dilfolutionde couperofe, pour rabattre la couleur. Quelques teinturiers fe fervent, pour rabattre tous les gris, de lavurede noir, au lieu de couperofe. On life les foies de nouveau ; & fi l’on s’apperqoit que la couleur ne s’uniife point fuffifamment, & qu’il y refte des endroits rouges, c’eft une^preuve qu’elle 11’eft point alfez rabattue : aînfi il faut lui redonner de la couperofe. J
- 60s• Il faut faire attention que la couperofe eft la bafe générale du gris : fcinfi, iorfque la couleur 11’eft pas alfez rabattue, c’eft-à-dire, quand on ns
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- lui a point donné aflez de couperofe, elle eft fujette à changer en féchant : elle fe vergette ou fe mal-unit.
- 606. Pour voir fi une couleur eft aflez rabattue, il faut examiner fi elle fe trempe aifément après qu’on lui a donné un coup de cheville. Si cela lui arrive , c’eft une preuve qu’elle 11’a point encore aflez de couperofe ; fi au contraire la foie a un peu de peine à tremper, c’eft une preuve que la couleur eft aflez rabattue.
- 607. D’un autre côté , fi l’on donnait trop de couperofe, cela endurcirait confidérablement la foie : elle deviendrait âcre , & perdrait même une partie de fonluftrê. Mais comme 011 s’apperqoit de cet inconvénient lorfque l’on tord les foies fur la cheville au fortir du bain , 011 y remédie auffi-tôt en les battant à la riviere : ce qui ôte une partie de la couperofe.
- 608. Le gris-de-maure fait une clafle à part, parce qu’il s’alune, & qu’011 lui donne de la gaude. Après avoir aluné, on rafraîchit les foies à la riviere, & l’on fait un bain de gaude comme un premier bain de jaune» Lorfque la foie a tiré cette gaude, on jette une partie du bain, & l’on y fubftitue du jus de bois d’Inde. On life la foie de nouveau fur ce bain ; & lorfque le bois d’Inde'eft-tiré, on y met de la couperofe en fuffifante quantité pour faire tirer la couleur fur le noir : lorfque la foie eft à fa. nuance , on la lave, 011 la tord, & l’on fait lerefte comme à l’ordinaire»
- 609. Pour le gris-de-fer, il faut donner la cuite comme pour le bleu , parce qu’étant afiis fur un fond bien blanc, la couleur en devient beaucoup plus belle. Comme le gris-de-fer eft plus ufité pour faire des bas que pour toutes autres chofes , cette couleur fe fait ordinairement par nuances,; c’eft-à-dire, qu’on en fait en mêmetcms plusieurs nuances différentes.
- 610. Les foies ayant été lavées*& préparées comme à l’ordinaire-, on fait un bain d’eau de* riviere , ou fi l’on veut, d’eau de puits; & l’um & l’autre fe font à froid.
- 611. Si le bain fe fait à l’eau de riviere, on y met du jus de bois d’Inde fait par de l’eau de riviere en fufiifance quantité pour atteindre l'a nuance la plus brune que l’on veut avoir. On life- les foies deflus ; & lor£-qu’elles ont tiré fuffifamment, on les tord?, & on les met en têtes, Enfuite on jette une portion du bain,& on le remplit d’eau, pour paffer deflus la nuance fuivante, & aïnfi des autres jufqu’à la plus claire, ayant foin de les faire trancher également; c’eft-à-dire, qu’il faut mettre*une égaie diftanee entre toutes les nuances.
- 612. Lorsqu’elles font toutes faites fur le bois d’Inde, on reprend la plus brune ,, & on la remet en bâtons pour la pafler: de nouveau fur le bain, après y avoir ajouté de la couperofe. Les autres plus claires fepaflent fur çe même bain, fans y remettre de couperofe. Si cependant il arrivait
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- que la fécondé nuance ire fût point aifez rabattue , on y remettrait de la couperofe. On s’apperçoit de ce défaut, après avoir donné quelques lifes, parce que dans ce cas la couleur ne s’unit pas bien , comme il a été obfervé ci-delfus. ‘
- 613. Lorsqu’on vient au dernier clair, il faut prendre garde fi le bain
- ne fe trouve point trop chargé de couperofe, ce qu’on apperqoit par l’œil roulfàtre que la couleur prend ; s’il fe trouvait dans ce cas , il faudrait jeter une portion du bain , & mettre de l’eau à la place. Quand ces couleurs ont trop de couperofe , elles tombent dans le même inconvénient que les 'précédentes. • r
- 614. Si le bain fe fait à l’eau de puits, on emploie, pourHe faire, une décocftion de bois d’Inde, faite à l’eau de puits. Ôn met de ce jus de bois d’Inde dans le bain, & l’on y palfe les nuances brunes les premières, comme dans le procédé décrit ci-delfus ; après qu’ils ont tiré fuffifamment, 011 les retire , & on y paffe les nuances fuivantes, fins jeter du bain, parce qu’il fe trouve beaucoup mieux tiré, & par confêquent beaucoup plus clair & moins chargé que quand la couleur fe fait à l’eau de riviere.
- 6if. Quand toutes les nuances font faites, on les rabat avec la couperofe , par la même méthode qu’on a expliquée ci-delTùs. Après cela, 011 les lave en leur donnant une batture, Ci l’on juge qu’elle foit néceffaire.
- 616. Pour décharger les grifailles, de même que les marrons , canelles , &c. c’eft-à-dire , lorfque la nuance s’en trouve trop pleine & trop brune , on pile du tartre dans un mortier, on le palTe au tamis, 011 le met dans un îeau ou petit baquet, & 011 jette delfus de l’eau bouillante. Enfuite on prend le clair de cette eau, qu’on met dans une barque ; on life les foies delfus , & cette opération décharge la couleur très-promptement.
- 617. Si la couleur 11e s’unit point très-promptement, c’eft qu’il n’y a point aifez de tartre ; ain.fi il faut lever les foies & redonner de ces ingrédiens par la même méthode dont nous venons de parler.
- <518. Lorsque les foies font déchargées du fuperflu de leur couleur, il faut leur donner une batture à la riviere , & enfuite les palfer fur de l’eau chaude fans aucune addition. Cette derniere opération leur fait reprendre une partie de la nuance qu’elles avaient perdue par le tartre ; & pour voir fi la couleur eft bien, on donne un coup de cheville.
- 619. Comme il arrive prefque toujours que le tartre a mangé quelqu’une <ïes portions de la couleur, il faut refaire un bain neuf pour redonner ce qui peut y manquer, & rabattre enfuite par la couperofe , comme à l’ordinaire.
- 620. Quand c’efi: une couleur alunée, on peut éviter de la palfer fur l’eau chaude après la batture s on la remet aluner tout de fuite, & ou lui
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- donne ce qui lui eft néeelfaire pour la rétablir; mais l’échaudage efl: toujours utile pour ôter l’àcreté que le tartre donne.à la foie. Au lieu détartré, ou pourrait employer du jus de citron , qui ferait le même effet.
- 621. Pour décharger les gris-de-fer quand ils fe trouvent trop foncés , il faut les mettre au foufrej, ’enfuite les défoùfrer par une ou deux battures à la riyiere, & les refaire fur un bain femblable au premier.
- , 622. Cette maniéré de décharger les gris-de-fer efl préférable à celle du tartre ou du jus de citron , parce que ces ingrédiens leur donnent un fond qui-ne s’en va point entièrement, même au .débouilli du favon , & qui par conféquent gâte la couleur ; au lieu que le foufre blanchit prefqu’entiére-,ment la'foie ,-eu-màngeant totalement le bois d’Inde.
- > 623. Pour faire les gris fur crud, on prend des foies blanches comme pour les couleurs ordinaires, à l’exception du gris-de-maure, pour lequel on peut fe fervir de foie jaune. Après avoir fait tremper les foies crues, on les ,traife pour toutes ces, nuances comme les fpies cuites,
- ' '0''\ ‘ Pu noir,
- 624. Le noir efl: une couleur difficile à faire fur la foie : du moins il y a lieu de croire que ce n’eil qu’après bien de expériences & des recherches , qu’on efl: parvenu à faire de belles teintures noires, fi l’on en juge par la multitude d’ingrédiens qu’on fait entrer dans la compofition de cette couleur.
- 62<). En général, toute teinture noire efl: compofée , pour le fond , des ingrédiens avec lefquels on fait l’encre à écrire; c’eft toujours du fer diffous par des acides, & précipité par des matières aftringentes végétales.
- 626. Les diverfes manufactures ont différentes méthodes de faire le noir ; mais elles reviennent toutes à peu près au même pour le fond : nous allons donner ici, pour faire cette couleur, un procède qui efl en ulage dans plu-, fieurs bons atteîiers , & qui nous a bien réuffi , quoiqu’il paraiife qu’il entre dans la recette beaucoup d’ingrédiens fuperflus.
- 627. Il faut prendre vingt pintes de fort vinaigre, le mettre dans un baquet, & y faire infufer à froid une livre de noix de galle noire, pilée & palfée au tamis à avec cinq livres de limaille de fer bien propre, & qui 11e foit point rouillée. Pendant que cette infufion fe fait, on nettoie la chaudière où l’on veut pofer le pied de noir, & l’on pile les drogues fuivantes ; lavoir, 8 livres de noix de galle noire, 8 de cumin, 4 de fumac, 12 d’éçorçes de grenade, 4 de coloquinte, 3 d’agaric ( 101 ), 2 de coques du
- (101) L’agaric, cigaricus ,Jïve fungus fa nourriture , comme les plantes parafites. Zam, Pin. eft une efpece de champignon L’écorce extérieure eft calleufe, grife;fon qui croit fur Iç larix ou mélefe, d’où il tire intérieur eft blanc léger, la partie inférieure}
- Levant;
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- Levant (rca), iode nerprun ou de petits pruneaux noirs (103), f de graine depjillium ou de graine de lin ( 104).]
- 628. On fe fert, pour faire bouillir toutes ces drogues, d’une chaudière qui tient la moitié de celle où l’on veut faire le pied de noir, & on l’emplit d’eau ; 011 jette enfuite vingt livres de bois de Campêche (107) haché, qu’on a foin de mettre dans un fac de toile, afin de pouvoir le retirer commodément j fi on n’aime mieux le retirer avec un caffin percé ou autrement , parce qu’il faut le faire bouillir une fécondé fois, ainfi que lès autres drogues.
- 629. Quand le bois u’Inde a bouilli environ pendant une heure, 011 Pote» & on le conferve proprement. Pour lors on jette dans la décoétion du bois d’Inde, toutes les drogues ci-deifus mentionnées, & on les y fait bouillir l’efpace d’une bonne heure, ayant attention de rabaiffer de tems en tems le bouillon avec de l’eau froide , lorfque le bain menace de s’enfuir.
- 630. Quand cette opération eft; finie, on coule le bain dans une barque au travers d’un tamis ou d’une toile, pour qu’il ne paife point de gros marc,
- eft compofée de lames ou feuillets , dentelés , unis ou poreux. C’eft dans ces lames que M. Michéli a découvert des efpeces de fleurs à filets, & des graines qui étant fe-mées fur des arbres , ont produit des agarics. Jufques là on ignorait la génération de ces plantes. L’efpece dont il s’agit principalement ici, c’eft l’agaric de chêne, agaricus pedis equinifacie ->fcu fungi ignarii, en a Hem. Lerchenjchwatnm. La partie fpon-gieufe qui occupe fon milieu , prend feu très-aifément. Cette matière macérée dans une lefiive ordinaire , puis battue & féchée, eft l’amadou blanc. O11 l’emploie au lieu de noix de galle, pour les teintures noires. Les autres agarics connus font, agaricus liche-nisfacie ,• 2 agaricusfo Liât us cornaa damæ refer eus ,• 3 agaricus fufeusJericeus4 agaricus præcox, albo-gilvus , crijlatus, &c. Voyez Gleditfch, Mctkodusfungorum. Bat-tara, Fungonun agri ariminenjis hijloria.
- (102) Les coques du Levant, en allem. Kokelkürner ,• cocci orientales , font des baies fphériques , groffes comme de gros pois , d’un brun noirâtre. Elles viennent du Malabar & d’Egypte. C’eft le fruit d’un ar-Tome IX.
- bufte que Rumph appelle tuba baccifera.
- (103) Voyez ci-delfus, note 86.
- (104) Le lin, en ail. Lein, linum Jati-vum, Pin. 214. Tourn. 339. Linum caly-cibus, capfulifquc mucronatis, petalis cre-natis , foliis lanceolatis altérais , caulc fubfolitario. Lin. Sp. plant. 397. C’eft une plante connue, dontl’ufage &la culture ne font pas de mon fujet. La graine de lin ou linnette , doit être grofle, huileufe, pefante, d’un brun clair. Pour connaître fi elle eft huileufe, on en met quelques grains fur une pelle rougie au feu ; elle doit y pétiller & s’enflammer vivement. Si elle eft pefante , elle ira au fond de l’eau. Elle fe conferve dans des greniers, où l’on a foin de la remuer de tems en tems. La graine de lin fournit beaucoup d’huile qui fert à brûler & à la peinture ; c’eft aufii la bafe de tous le* vernis huileux qui imitent celui de la Chine. Macérée dans l’eau , elle donne beaucoup de fucs mucilagineux.
- (105) Ou bois d’Inde. Voyez ci-delTus, note 46. La décoêtion de bois de Campc^ che fert à adoucir & velouter les noirs.
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- & on le l'ai(Te repofer ; il faut avoir foin de conferver le marc de toutes ces drogues , pour le faire bouillir une fécondé fois.
- 631. On met-alors dans la chaudière deftinée au pied de noir, le vinaigre charge de fa noix de galle & de fa limaille de fer; & on y verfelehain où ont. bouilli toutes les drogues dont nous venons de parler ; enfuite on met delfous un peu de feu , & on y jette aulfi-tôt les ingrédiens fuivans j favoir, 20 livres de gomme arabique pilée & écrafée (106) ; 3 de réalgar (107); 1 de fel ammoniac i 1 de fel gemme (108); I de cryftal minéral (109) ; [ d’arfenic blanc pré ( i ro)>' 1 de fublimé corrofif ( ni); 20 de couper.ofe verte ;
- (106) La gomme arabique , guninii ara-b'icum, eft un fuc vifqueux qui découle d’un arbre d’Egypte & d’Arabie, nommé acacia ver a, pour le diftinguer de l’acacia commun , appelle par Linnæus robinia. La gomme arabique eft en morceaux tranfparens, d’un blanc jaunâtre, fragiles, brillans, donnant à l’eau une vifeofité gluante, d’un goût fade & fans odeur. Le grand commerce s’en fait aujourd’hui au Sénégal.
- (107) Le réalgar eft une forte d’arfenic , concrétion volatile , pefante, très-cauftique & pénétrante , qui fe trouve dans les urines fous une apparence plus ou moins métallique. Il parait participer différemment aux foufres, aux fels & aux métaux. Scheuchzeri feu Acarnani fpecimin. lithol. p. 49 , ^2. Dijfertatio (le cri/ftallo, p. 7. Parmi les différentes efpeces d’arfenic, on diftingue l’orpiment, auripigmentum, en ail. Opcrmcnt. C’eft un minéral d’un jaune clair, tirant fur le verd, éclatant, volatile, qui femble com-pofé de lames & d’écailles, & qui parait être une décompofition de l’arfenic & du foufre. Lefandaracha des anciens n’était autre chofe que l’orpiment rougi par la calcination dans un creufet. Les auteurs qui parlent exactement , entendent par réalgar, toutes les préparations arfénicales, & les évaporations farineufes métalliques. Voyez Bertrand, Dictionnaire des fojjiles, au mot orpiment. Vallerii Mineralogia , tom. I, p. 410..
- •' (108) Lz fel gemme , ou le fel foffile, fe trouve en maiïes fo.lides, blanches, grifes,’ rouges, bleues, félon la couleur qu’il a re-
- çue de quelques vapeurs minérales. Il eft pour l’ordinaire demi - tranfparent. Il refte long-tems dans l’eau avant de s’y diflbudre ; il décrépite dans le feu ; il ne fe précipite ni par l’alkali fixe, ni par l’alkali volatil. Ce fel eft fouvent pur, fa! gemma folidumpurum, en ail. Bergsalz, derhes Bcrgsalz. On en trouve auffi fous la forme d’une gelée blanche , contre les parois des mines ,fiosfalis, en ail. angefiogen Bcrgsalz. 11 eft quelque-^ fois mêlé avec de la terre, maria fojjilis, terra mincralifata, en ail. Sah-crde. Souvent enfin il eft mêlé avec de la pierre, fal caduran, en ail. Salz-Jtcin. Voyez Bertrand , Dictionnaire desfojjîlcsJunckeri „ Confpectus chcmia, tom. I, pag. 32 3 éc feq. Turmanni, Bihliotheca fa lin a, in-4. Halæ , 1702. Thomafii, Hijioria fa H s, in-4. Lipfiæ, 1614.
- (109) Le cryftal minéral eftym falpêtre duquel on a enlevé une partie du volatil par le moyen du foufre & du feu. Il eft très-probable qu’il ne vaut pas mieux que le falpêtre raffiné , pour les ufages de la teinture. On le falfifie fouvent en y ajoutant de l’alun de roche durant la fufion : le cryftal minéral en eft plus blanc, plus luifant, fa quantité augmente, & il revient moins cher ; mais il n’eft pas auffi bon.
- (110) L’arfenic qui fe trouve dans les mines, eft opaque ou tranfparent, fouvent d’une couleur grife ou blanchâtre. D;ans la grande variété , l’arfenic factice que l’on tire de diverfes fubftances, on diftingue. la pouffiere arfénicale qui s’élève dans les cheminées des atteÜers où l’on travaille des
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- 2 d’écume de fuc candi ; io de oaffonade % 4 de litharge d’ôr ou d’argent pilée ( 112); ^ d’antimoine-pilé (113)} 2 de plumbago ou plomb de nier pilé ( 114) ; 2 d’orpiment pilé. .
- 632. Il faut que toutes les drogues pilées foient paffées au tamis, à l’exception de la goriime arabique, qui doit être feulement concallée.
- 633. Au lieu de gomme arabique, on peut employer de la gomme de pays, qu’on fait fondre de la maniéré fuivante. On met de la décodion de bois d’Inde dans une chaudière ; & après l’avoir fait chauffer, on y plonge un tamis de cuivre en forme d’œuf, dont l’ouverture eft par le gros bout. C’eft par cette ouverture qu’on met la gomme de pays dans ce tamis. Amefure que le bain chauffe , la gomme s’y détrempe 5 & pour la faire pâfterà travers les trous, on la foule avec un pilon'de bois , à mefure qu’ëlle s'échauffe-. Lorfqu’elle ell pailée toute entière de la forte à travers les trous-, on place dans le pied de noir un autre tamis de cuivre , dont les trous font beaucoup plus petits que ceux du premier, & affez tins pour empêcher que les petits morceaux de bois qui fe trouvent dans la gomme de pays ne puiffént palfer dans le bain ; on verfe dans ce tamis le bain où l’on a fondu la gomme, & on l’y paffe comme on l’a fait la première , à l’aide du pilon de bois. Pour faciliter cette opération , on retire de teins en tems le tamis, on le pôle
- mines arfénicales. Cette farine d’arfenic, en ail. Giftmekl, eft blanchâtre ou jaunâtre. On vend dans les boutiques un arfenic à demi vitrifié, cryftallin, blanc ; il y a été fabriqué.
- (ni) Lefublimé corrofif, ou le mercure fublimé corrofif, eft un fel mercuriel, dans lequel l'acide marin eft uni à une fubftance matérielle, avec laquelle il puiflè fe combiner. Ce fel eft le plus corrofif de tous les fels à bafe métallique. Les dift’érens procédés pour le fabriquer, reviennent tous à faire rencontrer dans un même vaifteau fublimatoire, le mercure & l’acide marin très - concentré, •réduits l’un & l’autre en vapeur.
- ( 112) La litharge eft du plomb qui a perdu fon phlogiftique par l’action du feu , & qui eft dans un état de vitrification imparfaite. Lorfqu’on affine l’argent par le plomb , celui-ci fe transforme en une matière figurée en petites lames brillantes , demi-trânf-parentes ; & c’eft ce qu’on nomme litharge. Elle eft plus ou moins blanchâtre ou rougeâ-
- tre , fuivant les métaux alliés avec l’argent. C’eft la litharge d'or & la litharge d’argent. Elle eft très-fufible & très-fondante.On l’emploie pour rendre les couleurs ficcatives.
- (113) L’antimoine , en lat. antinionïutn , Jlibium, JHbi, en ail. Spiejglafs , eft un minéral ftrié, fragile, volatil au feu, & qui entre en fuiion après avoir rougi : fa couleur eft d’autant plus blanchâtre, qu’il y a moins de foufre. On diftingue l’antimoine natif, tel qu’il fe trouve dans les entrailles de la terre, & l’antimoine fondu , que l’on fépare par lafufion des matières étrangères. C’eft de ce dernier dont on fe fert dâns la teinture.
- (114) Quoique les auteurs foient peu d’accord fur la lignification de ce terme, il parait qu’il s’agit ici d’une forte de crayon nomméplurnbagofcriptoria,en angl. Blcxk-Icad. C’eft un minéral noir, luifant, d’un tifiu délié, compofé defeuillets talqueux, gras au toucher , peu compacte’, réfractaire.
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- fur une planche placée en travers fur la chaudière, ou on le fufpend à îa cheville qui eft au-delîus de la chaudière , &*qui fert à tordre le noir ; & on y foule la gomme allez fort pour la difpofer à paifer entièrement à travers les petits trous de ce tamis. '1 ' ;
- 634. La gomme fondrait encore plus aifément, fi on la mettait trempe? quelques jours auparavant dans la décoction de bois d’Inde qu’on aurait eu foin de verfer deiTus toute chaude.
- 63f. Lorsque les ingrédiens dont on vient de parler, font dans le pied de noir , il faut avoir foin de donner une chaleur fuffifante pour faire fondre la gomme arabique, fuppofé qu’on l’ait employée , & les fels ; mais il ne faut jamais lailfer bouillir ce bain. Quand le bain eft fuffifamment chaud, on ôte le feu , & on faupoudre de la limaille bien propre en quantité fuffifante pour couvrir le bain.
- 636. Le lendemain on remet le feu fous la chaudière où l’on a fait bouillir les drogues, & l’on y fait rebouillir le bois d’Inde dont on s’eft déjà fervi ; on le retire enfuite, & l’on met dans cette fécondé décoction les drogues ci-après ; favoir , 2 livres de noix de galle noire pilée ; 4 de fumac ; 4 de cumin ; f de nerprun ; 6 d’écorces de grenades pilées ; 1 de coloquinte pilée ; 2 d’agaric pilée ; 2 de coques du Levant pilées ; 5 depfillium ou de graine de lin.
- 637. On fait bouillir toutes ces drogues ; on paffe le bain, on le verfe dans le pied de noir , comme il a été dit ci-deifus , & l’on garde le marc. On met un peu de feu fous la chaudière, comme la première fois, & l’on y met auffi-tôtles drogues fuivantes ; favoir, § onces de litharge d’or ou d’argent pilée ; 8 d’antimoine pilée; 8 de plomb de mer auffi pilé; 8 d’arfenic blanc pilé? 8 de cryftal minéral ; 8 de fel gemme ; 8 de fénugrec (11 5) ; 8 de fublimé corrofif; 6 livres de couperofe; 20 de gomme arabique ou de pays ; cette derniere préparée comme on l’a dit ci-deifus.
- 638- Quand le bain eft devenu fuffifamment chaud, on retire le feu ; on couvre le bain comme les premières fois, avec de la limaille , & 011 le laiife lepofer deux ou trois jours.
- 639. Au bout de ce tems, ôn pile deux livres de verd-de-gris, qu’on délaie avec iîx pintes de vinaigre dans un pot de terre, & l’on y ajoute
- fi 10 Le fénugrec, ou fenegré, fœnum font axillaires , {effiles , papillonnacées ; fon gr&cum Jattuum, Pin. Ti igonella fœnum fruit eft en légume alongé, étroit, courbé gracum, Linn. eft une plante pérennelle, & terminé en pointe, contenant des femen-
- dont la racine eft menue, blanche, iimple & ces rhomboïdes & fillonnées. Cette graine 'ligneufe ; fa tige eft grêle, creufe, rameufe ; réuffit très-bien dans la teinture, fur - tout les feuilles font alternes, ovales, dentées dans le iouge incarnat, en maniéré de feie à leur fommet ; fes fleurs
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- environ une once de crème de tartre : 011 fait bouillir le tout pendant une bonne heure, ayant attention de rabattre le bouillon avec du vinaigre froid , lorfqu’il veut s’enfuir , & l’on garde cette préparation pour la mettre dans le noir , lorfqu’on veut teindre.
- 640. Pour teindre en noir, on donne aux foies la cuite ordinaire; & après les avoir lavées & battues à l’ordinaire, on leur donne l'engallage, qui fç fait deux fois pour les noirs pefans, & une fois feulement pour les noirs légers. Ces deux noirs ne different point l’un de l’autre pour la beauté ni pour la nuance; ils ne different que pour le poids que prend la foie : cependant le noir léger a plus de luftre.
- 641. Le bain de galle fe fait de la maniéré fuivante : 011 prend pour chaque livre de foie que l’on a à teindre en noir, trois quarterons de noix de galle légère , ou fi l’on veut, de gallon. La galle légère eft ainfi nommée, parce qu’elle eft effectivement beaucoup plus légère que la galle qu’on emploie ordinairement; elle eft aulîi plus ronde, plus groffe, & moins épiueufe. Le gallon différé de la galle ordinaire en ce qu’il n’a point une forme déterminée, il eft ordinairement plus long & plus anguleux ;. ii a à peu près la même couleur , mais un peu plus brune que la galle légère : on nous l’apporte ordinairement broyé groftiérement. Il faut joindre à ces trois quarterons de galle légère ou de gallon, un quarteron de galle noire fine, qu’on appelle galle, déAlep. On pile toute cette galle , & enfuite on la fait bouillir pendant deux heures & plus dans la quantité d’eau néceffaire pour faire un bain affez grand pour les foies qu’on a à engaller. Comme le bain diminue beaucoup.en bouillant , on le remplit au bout d’une heure : après les deux heures, on retire le feu de deffous la chaudière; on laiffe repofer le bain, pour retirer la galle par le moyen d’un calfin percé , & une heure après on peut y mettre les foies que l’on a préparées de la maniéré fuivante.
- 642. Pendant que la galle bout, on écoule les foies fur la cheville, on les met en corde comme pour la cuite, fans être voltées que très-légérement. Pour lors on les plonge dans l’engallage, en mettant les cordées les unes par-deffus les autres ; mais il faut avoir attention qu’elles ne veillent point, c’eft-à-dire, qu’elles ne paffent point la fuperficie de l’eau , & qu’elles en foient entièrement couvertes. On les laiffe ainfi douze ou quinze heures , & au bout de ce tems , on les releve, on les lave à la riviere; & fi on les de£ tine au noir pefant, on les engalle une fécondé fois avec un engallage neuf, femblable au premier. Mais on fe fert ordinairement de ces fonds de galle , pour faire le premier engallage , & on fe fert de drogues neuves pour le fécond.
- 643- Quelques teinturiers ont la méthode de n’engaller qu’une fois le noir pefant, en faifant bouillir les vieux fonds qu’ils retirent enfuite ; après quoi ils mettent de la galle neuve bouillir dans le mêpie bain, en ajoutant,
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- pour chaque livre de foie, une livre de gallon ou de galle légère , & une demi'-' livre de galle noire fine i ils font bouillir toute cette galle neuve pendant deux heures'& plus; & après en avoir retiré les fonds, ils mettent les foies à l’engallage, & les y lailfent un jour&.une nuit. =
- 644. Ils prétendent que cette méthode eft préférable, parce que, dilènt-ils , lorfqu’on lailfe le marc de la galle dans le bain , elle repompe une partie de la fubftance qu’elle avait donnée dans l’eau.
- 64^. Lorsque les foies font engallées,on met du feu fous le pied' dè Hoir i & pendant qu’il chauife ; an tord les foies qu’on a retirées de l’engallage , & 011 leur donne une batture à la riviere.
- 64.6. Lorsqu'elles font lavées , où les écoule fur la cheville , & on palfe un fil autour de chaque mateau , lequel mateau>doit être de la même grofi. feur que pour les couleurs ordinaires : enfuite on les met en bâtons.
- <547. A mefure que le noir chauife , on a foin de le remuer avec une ratif-foire de fer, pour empêcher que les.marcs ne s’attachent au fond de la chaudière ; après avoir donné quelques coups de rable , on y fond de la gomme de pays, par la méthode que: nous avons preicrite, jufqu’à ce qu’on s’ap-perçoive que la gomme monte fur le bain , comme une efpece de croûte qui couvre le bain; il mieux on n’aime y jeter cinq ou fix livres de gomme arabique pilée; enfuite on jette encore dans le bain deux ou trois poignées de pjillïum. Alors 011 met dans le bain la moitié de la préparation de vinaigre Sc de verd-de-gris, avec environ quatre ou cinq livres de couperofe ; ce qu’011 a foin de faire à chaque feu, c’eft-à-dire ,.chaque fois que l’on fait chauffer ie noir pour y teindre.
- (>48. Il faut avoir foin de rabler pendant que le feu eft fous la chaudière ; & pour voir fi le noir eft affez chaud , on tourne le rable debout , appuyé fur le fond de la chaudière ; fi la gomme s’attache autour du bâton, & que le bain ne fé découvre point dans le milieu de fon écume de gomme , c’eft une preuve qu’il eft allez chaud& pour lors on retire le feu , parce que, comme nous l’avons déjà dit; il 11e faut point que le pied de noir bouille jamais. On retire auffïie râble, & l’on couvre le bain de limaille , de la même maniéré qu’on a fait ci-devant > enfuite 011 le lailfe repofer environ une heure, & au bout de ce teins on remue lafuperficie du bain avec un bâton, pour faire précipiter la limaille.
- 649. Avant d’expliquer la maniéré de paifer les foies dans le bain de noir , il eft à propos de dire que cette couleur 11e fe fait que par chaudrées ; c’eft-à-dire que les teinturiers en foie ne teignent en noir, que lorfqu’ils ont Une fuffifânte quantité de foie pour faire trois palfes , fi c’eft du noir pefant j ou deux palfes, fi c’eft du noir léger : & voici comment tout cela fe pratique.
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- 6?0. Lorsqu’on fait du noirpefant, on met en bâtons le tiers de la foie qu’on a à teindre , & on lui donne trois lifes fur lepied de noir; après quoi 011 tord les foies à une cheville ou efpart, au-deffus de la chaudière ; on lui donne pour cela trois coups de torfe ; on peut tordre ainfi trois mateaux à ia fois, parce que c’eft une torfe faible & feulement pour écouler; on les remet enfuite en bâtons , & on les jette fur deux perches pour les faire éventer : cela s’appelle les mettre au vergue ou fur le vergue.
- 6<)i. Pendant que ces premières foies s’éventent, on paffe fur la chaudière le fécond tiers de là même maniéré que le premier , & de fuite le troi-fieme tiers, toujours pàr la même méthode ; il faut obferver que pendant que ces foies font fur le vergue, on doit retourner de tems en tems pour les éventer.
- 6<) 2. Lorsque le troifieme tiers eft tors, on y met le premier, & fiiccef. fivement les deux autres jufqu’à trois fois, en faifant toujours éventer à chaque fois. Cela s’appelle communément donner trois torfes , & les trois tor-fes font ce qu’on appelle un feu. A l’égard du noir léger, on lui donne de même trois torfes par feu.
- 6^ 3. Apres chaque feu , on réchauffe le pied de noir, en y remettant de la couperofe & de la gomme , comme il a été dit. On fait cette opération trois fois pour les noirs pefans, c’eft-à-dire, qu’on leur donne trois feux,com-pofés chacun de trois torfes ; & deux fois pour les noirs légers, c’eft-à-dire qu’on ne leur donne que deux feux , compofés aufîi chacun de trois torfes.
- 4. Il faut obferver que chaque fois qu’on réchauffe, il eft néceffaire ue changer l’ordre des pafiés , enforte que chacune foit mife à fon tour la première fur le bain , enfuite la fécondé , & enfuite la troifieme , afin qu’elles éprouvent toutes la même force de teinture. Dans le cas où l’on aurait trois paffes de noir léger à faire, il faudrait obferver d’en faire toujours palfer une en fécond , & les deux autres alternativement en premier & en dernier. Il faut remarquer enfin que , lorfque le noir eft bien bon & qu’il teint fortement, on peut faire le noir pefant en deux feux feulement, & ménager une torfe fur chaque feu au noir léger.
- <3^- Le noir étant achevé, on met de l’eau froide dans une barque, & on life les palfes delfus , l’une après l’autre : cela s’appelle .disbroder, & l’eau de la lavure fe nomme disbrodure de noir. Après cela, 011 les vôlte pour aller laver à la riviere , où on leur donne deux ou trois battures. Lorfqu’elles font lavées, on les met en cordes fimples, ayant foin de ne les pas beaucoup volter.
- Adouci([âge du noir.
- 65 6. La foie, en fortant de la teinture eu noir , a beaucoup d’âpreté, ce
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- qui n’efl; point étonnant, vu la quantité do drogues acides & même cof-rofives qui entrent dans cette teinture : on elf donc obligé de l’adoucir, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- 6s7. On fait dilfoudre environ quatre ou cinq livres de favon dans deux féaux d’eau bouillante, & pendant que le favon bout & fe dilfout dans l’eau, on y jette une poignée d’anis ou de quelqu’autre plante aromatique; on fait bouillir jufqu’à ce que le favon foit entièrement fondu; 011 a foin, pendant ce tems , d’emplir d’eau froide une barque aifez grande pour pouvoir y. palfer toutes les foies à la fois. On y coule l’eau de favon à travers une toile ; on mêle bien le tout; on y met ies foies , & on les y laiffe environ pendant un bon quart d’heure. Après cela, 011 les leve, on les tord fur l’efpart, pour les mettre fécher à l’ordinaire. La quantité de favon ne peut point faire de mal : e’eft pourquoi il vaut mieux en mettre plus que moins. Cet adoucilfage eft nécelfaire pour ôter , comme on l’a dit, aux. foies teintes en noir, un cri & une âpreté qui îiuiroit à la fabrique.
- Noir fur crud.
- 6<)%. Pour teindre en noir la foie crue, on Tengalle à froid fur le bain de galle neuve, qui a fervi pour le noir en foie cuite ; on prend pour cette couleur, des foies qui ont leur jaune naturel, parce que les blanches prennent un œil moins beau.
- 6s9. Après avoir dénoué les foies, & les avoir rnifes en mateaux de groifeur ordinaire, on les trempe à la main dans le bain de galle dont nous venons de parler ; lorsqu’elles font trempées , on les volte un peu, & enfuite on les met en corde par huit ou dix mateaux.
- 660. Après cela on les met dans le bain de galle , les cordées les unes fur les autres , en laiflant même aller les cordes dans le bain. On les lailïe pendant fix ou fept jours dans ce bain de galle froid ; on les leve enfuite , & on leur donne une batture à la riviere. Au refte , le tems de lailfer dans l’en-gallage , dépend de la force du bain de galle , & de la quantité de foie qu’on y met ; mais quelque fort que foit l’engallage, & quelque petite que foit la quantité de foie, 011 ne peut pas moins l’y lailfer que deux ou trois jours.
- 661. Lorsque les foies font lavées, on les remet en corde > on les lailTe égoutter, & après on met les cordées les unes fur les autres dans la disbro-dure ou lavure du noir : elle fuf&t pour les teindre ; mais fuivant le plus ou moins de force delà disbrodure , il faut plus ou moins de tems : cela va ordinairement à trois ou quatre jours. Pendant que les foies font dans la disbrodure , il faut les lever fur des bâtons ou fur un baillard, trois ou quatre fois par jour; on les y laiife égouttfr; & quand çlles font égouttées, on les met
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- à terre dans un lieu propre, & on Iesy étend pour les éventer & leur faire prendre l’air fans fécher : ce quieft abfolument néceffaire pour faire paraître le noir ; fans cela les foies 11e prendraient qu’une efpece de gris de maure : mais ce gris noircit à l’air, & pour lors on peut juger du degré de teinture jquelafoie a pris., & de celui qu’il faut lui faire prendre encore. Si 011 lait :lait fécher les foies, il faudrait les retremper avant de les remettre dans le :bain , ce qui ferait une main-d’œuvre de plus. On continue cette opération de lever & éventer fuccefiîvement, jufqu’à ce que les foies foient fuffifam-ment noires.
- 662. Lorsqu’elles font dans cet état, on va les laver à la riviere, en leur donnant une ou deux battures; après quoi on les lailfe égoutter tout en cordées , & enfuite on les met fécher fur les perches fans les tordre, parce que fi on les tordait., cela les amollirait trop. Comme ces fortes de foies font deftinées à faire des gazes , des dentelles noires , & autres femblables ouvrages qui doivent avoir de la fermeté, il faut avoir attention de conferver toute celle que la foie crue a naturellement.
- 66%. Si l’on veut faire le noir crud avec plus de promptitude , il faut, après avoir lavé les foies de leur engallage, les mettre en bâtons , & leur donner trois lifes fur le pied de noir froid, les lever enfuite , les mettre égoutter nu-deffus du vaiffeau qui contient la teinture noire, & les faire éventer fur le vergue, c’eft-à-dire , fur deux perches qui portent les extrémités des bâtons,^ entre lefquelles les foies pendent.
- 664. Lorsqu’elles font égouttées, on les repafle encore deux fois fur le pied de noir froid , en faifant égoutter & éventer à chaque fois , comme la première fois i & lorfqu’elles font égouttées , on les lave & on les traite comme celles qui ont été teintes dans la disbrodure. O11 ne fuit point ordinairement cette méthode de teindre le noir fur crud , parce qu’elle ufe trop promptement le pied de noir, attendu la grande vivacité avec laquelle la foie crue prend en général toutes les couleurs, & que d’ailleurs une bonne .disbrodure fuffit pour cette teinture.
- Brevet pour le noir,
- 66S- La teinture noire s’affaiblit & s’épuife à mefure qu’on y teint delà foie ; on efl; obligé , par cette raifon , de l’entretenir & de la fortifier de tems eli tems , en y ajoutant les drogues convenables : c’eft ce qui s’appelle donner un breyet. ,
- 666i Pour faire ce brevet de noir, on met environ quatre à cinq féaux d’eau dans u.ne chaudière ; on met dans cette eau quatre livres de bois d’Inde hache , qu’011 fait bouillir comme il a été dit : ôiï retire après1 cela le bois ;
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- fi Ion a de la décodion de bois d’Inde toute faite , on peut s’en fervir, On met enfuite 4 livres de nerprun , ou de petits pruneaux noirs; 2 d’écorce de grenade; 2 de coloquinte; 2 de fumach ; 2 de coques du Levant; 2 de graine de lin, ou depfüUuni ; & 4 de cumin.
- 667. On fait bouillir toutes ces drogues pendant trois quarts - d’heure. Pendant qu’elles bouillent, on met du feu fous le pied de noir, on le fait chauffer un peu plus que moitié ; lorfqu’ileft chaud (116) on y met 2 livres
- ( 116 ) Enlifant ces différentes recettes pour la teinture en noir, on ne peut pas s’empêcher de faire quelques obfervations critiques. Le célébré auteur de ce mémoire infinue en plus d’un endroit, qu’il eft à prc-fumer que plufieurs de ces ingrédiens font inutiles. Mais un chymifte aurait du le démontrer : c’eft: ce qu’a fait M. de Jufti dans une note fur cet endroit. A quoi fert, pat-exemple , l’aiitimoine ? Si Ton confidere la nature de la compofition ici prefcrite, on conçoit qu’il doit y avoir peu ou point de diffolution. Si après l’avoir employé aufli lông-tems qu’on pourra à la teinture, on examine le marc de ce mélange mal ordonné , on y trouvera encore l’antimoine fans aucune altération. Et quand même il y aurait quelque folution , on ne voit pas quel bien elle pourrait faire à la teinture en noir. La folution d’antimoine eft d’un jaune fou-fre, d’un jaune foncé ; elle êft aufli rougeâtre ou verdâtre, félon læ nature des difiol-vans ; mais elle n’eft jamais, noire. Si quelqu’un a pu imaginer que.parce que fanti-inoine eft extérieurement d’une couleur noire , il pourrait être propre à teindre en noir ; il faut avouer qu’un tel homme n’avait pas les premières idées de la chymié. On dira peut-être que l’antimoine eft fur - tout utile parce qu’il contient du foufre, dont la plupart des parties intégrantes font un fel acide. Mais les ingrédiens qui entrent dans ce mélange ne diffoudront que peu de ce foufre d’.antimoinp ; & quand même la folution aurait lieu-, il 'eh' féliciterait une‘couleur brdné^u rougeâtre..v a c j iaujj 1;d r. -, j Quant à,;Ja. li thargec,-, jta, -diijFqrence, que l’inventeur de cette recette met entre’ là
- litharge d’or & celle d’argent, prouve déjà qu’il n’eft pas chymifte. D’ailleurs,la litharge ne peut point faire de couleur noire. Les ingrédiens auxquels elle eft jointe, ne la diffoudront point ; & quand même il y aurait quelque folution, il n’en réfulterait aucune couleur noire. Le plomb, dont la litharge eft formée, ne donne qu’une couleur jaune. 11 n’a, non plus que la litharge, aucun acide qui eft le principal agent de la couleur noire. •
- Le fel ammoniac, cette drogue aujourd’hui fi chere, eft aufli parfaitement inutile. Tout ce que j’ai pu raffembler d’expériences fur l’ufage de ce fel dans la teinture, me prouve que ce n’eftpas ici qu’on peut s’en promettre de grands avantages. S’il faifait quelque bon effet, ce ferait par fon fel d’urine , ou par fon acide de fel commun; Mais on fait que le fel cTurine fait effervefcence avec l’acide vitriolique, d’où il réfulte une efpece de précipitation qui ne ferait propre qu’à affaiblir ou même à empêcher l’effet du vitriol, qui eft ici une drogue nécefiàire. Et fi l’on foutenait que le fel d’urine a une efficace qu’on ne conçoit pas, on pourrait croire que de l’urine bien putréfiée remplacera le lel ammoniac. Que fi; le fel ammoniac opéré en vertu du fel commun qu’il contient, ce ne peut être que parce qu’on emploiera moins de vitriol; & dans ce cas il n’y aurait qu’à mettre une plus forte dofe de fel gemme.. La drogue la plus ridiculement placée dans cette recette, c’eft le cryftal de roche, ;I1 ne s’en diffput pas un feul atom^; & fans cette folutioq, à,quoi peut - il fervir ? Le fublimé côrroûf h’e'ift d’aucun ùfage quant a fâ partie.
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- de réalgar; 4 d’antimoine; i de litharge d’or; i de litharge d’argent; i de fel ammoniac; [ de Tel gemme; I de cryftal minéral ; I d’arfenic blanc; I de iublimé corrofif; I d’orpiment;4 de calfonnade; 1 de fénugrec;4 de cou-perofe.
- 668. Quand toutes ces drogues font pilées, on les jette dans le pied de noir, ayant foin de le brader; & lorfque le brevet a fuffifamment bouilli , 011 le coule dans une barque; on le laiiTe repofer pour en féparer le marc , & on met le clair dans le pied de noir. O11 fait rebouillir une fécondé fois ces mêmes marcs pour une autre occafion.
- 669. Lorsque le brevet eft dans le noir, & fufîiramment chaud, on ôte le feu; on couvre le bain de limaille, & on le laiiTe repofer pendant deux jours.
- 670. Quand le pied de noir a reçu un certain nombre de brevets, & qu’il s’eft arnaflé au fond une affez grande quantité de marc, on retire une partie de ce fédiment, pour que le bain demeure plus libre. On donne des brevets au noir à mefure qu’il en a befoin ; mais on conferve toujours le même fond de teinture , c’eft-à-dire qu’on ne renouvelle point en entier le pied de noir ; & quand une fois un teinturier l’a pofé dans fon attelier, c’eft pour toute fa vie. On a cette facilité, parce que cette teinture n’eft point fufceptible de putréfadion. La raifon en eft, que le vitriol martial & la noix de galle qui entrent en grande quantité dans le noir, font l’un & l’autré du nombre des plus puilfans anti-putrides connus ; c’eft-à-dire , que ces fubftances ont la propriété de préferver pendant un très-long tems de la putréfadion les matières qui en font le plus fufceptibles. Je tiens ces obfervations d’un fort habile chymifte , qui a fait fur cet objet une fuite d’expériences très - nom-breufes,& même complétés. Il y a lieu d’efpérer que le public fera dans peu en état de recueillir le fruit de ce travail auflî bien fait qu’il eft important.
- 6 j r. Remarques fur le noir. On a déjà fait remarquer qu’il y a tout lieu de croire que dans le grand nombre de drogues qu’on emploie pour cette couleur, il y en a beaucoup d’inutiles; 011 pourra s’en convaincre en com-parantie procédé du noir de Gènes, qu’011 trouvera ci-après. Ce qu’il y a de plus elfentiel à obferver fur la teinture noire, c’eft qu’en général elle altéré & énerve beaucoup les étoffes ; enforte que celles qui font teintes en noir , font toujours beaucoup plus tôt ufées, toutes chofes égales d’ailleurs, que, celles qui font teintes en d’autres couleurs : c’eft principalement à l’acide
- mercurielle, & de fort peu d’utilité quant à ne, & par la même raifon. .Les teinturiers fes parties falines & acides/que l’on peut en foie, qui retrancheront toutes ces dro-obtenir à beaucoup moins de frais en aug- gués, en augmentant la dofe du vitriol & du mentant la dofe du vitriol & du fel gemme, fel gemme , fe trouveront bien d’avoiplu Il en eft de l’orpiment comme de fantimoi- cette longue note.
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- vitriolique de la couperofe , lequel n’eft qu’imparfaitement faturèpar leferv qu’on doit attribuer eet. inconvénient. Comme le fer uni à tout autre acide & même aux acides végétaux, eft capable de produire du noir avec les aftrin-gens végétaux,,il y a. tout lieu de croire qu’en.fubftituant d’autres combi-naifons de ce métal, à la couperofe, on pourrait' remédier à cet inconvénient. Ce font certainement de bonnes & utiles tentatives à faire.
- 672. On a dû remarquer dans le procédé qui vient d’être décrit pour le-noir, qu’011 a grand" foin de palfer les foies dans la teinture noire, à trois* reprifes différentes , & de le^éventer ou dê les expofer à l’air pendant un certain tems, entré chaque pajfe' Ce n’eft pas fans raifbn qu’on s’eft alfujetti à cette pratique elle contribue infiniment à la beauté du noir ; car il eft certain qu’à la différence des autres teintures, qui perdent toujours de leur intenfité en féchant, celle-ci au contraire en acquiert beaucoup. Tout le monde fait que la bonne encre à écrire ne parait pas à beaucoup près auflr noire quand on l’emploie & qu’elle eft toute fraîche , que quand elle eft féche, & qu’elle noircit même déplus en plus pendant un certain tems. La même chofe arrive à la teinture noire fia* foie n’eft en quelque forte que grisr— noirâtre immédiatement après la ^première paife -, elle n’acquiert fon beau? noir que par rexpofition à l’air. Cè n’eft pas le feul exemple qu’on ait de: l’influence de l’air fur les (couleurs de la teinture. La cuve d’indigo eft verte* quand elle eft en étarde teindre ,.ainfi qu’on la vu à l’article’du bleu : la foie qu’on y plonge en fort verte auffi ; mais par la-feule expofition à l’air, ce verdi fe change très-promptément en bleu; .'! ' , ' ‘
- .. ' ji 1 : t . • ' • . ? •• ; ... t - * r.
- Procédés particuliers, tirés du depot du confeil, communiqués par
- M,Heilot(*):_
- 673. o Ie cramoijie de 'Damas & de-Diarbequir. Suivant lés lettres de* M.Granger , correlpondantde l’académie royale desfcîences , mort à S ch iras-eiiPerfeau mois de juin 1737, lorfque les teinturiers de la-Ville de Damas-téignentles foies dans leur couleur de cramoifi , fi belles fi-efti-mée dans tout l’orient, ils prennent dix roues (la rote pefe cinq livres) de foie en écheveaux ;• ils lalavent bien dans de l’eau chaude; puis-ils la laiflent tremper dans fuffi-fante quantité d’autre eau chaude pendant demi-heure.Enfuite ils en expriment l’eau. Alors ils la-trempent une fois feulement dans une leiïive bien chaude , faite dans fufiifantè quantité d’eau, dans laquelle ils ont fait diifoudre une demi-rotte de kafi pour chaque rotte de foie qu’on laiife égoutter, après l’avoir
- ‘O Aucun des procédés fümtns n’a été imprimé jufqu’à préfent;ils étaient manuf-erits chez IVL.Hellot, & le public n’en avait point connaiffance.
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- fufpendue fur des bâtons, obfervant de ne lai fier la fuie dans cette kff.ve que le tems qu’il faut pour la bien imbiber , parce qu’autrement les fels du kali corroderaient la foie.
- 674. Pendant1 que la foie , imbibée de leffive, s’égoutte , ils préparent une autre liqueur à froid , avec dix onces de chair de melon jaune , bien mûr, qu’ils délaient exactement dans fuffifante quantité d’eau. Ils y font tremper pendant vingt-quatre heures les‘dix rottes de foie. On augmente ou diminue la dofe des drogues ci-deffus, à proportion de la quantité de foie qu’on veut teindre. Quand-la foie a relié pendant un jour dans cette liqueur de melon , on la lave plufieurs fois dans de l’eau fraîche jufqu’à ce qu’elle foit bien nette , puis on la fufpend pour la faire égoutter.
- 675. Pendant ce tems-là , l’ouvrier remplit une grande baffine d’eau, dans laquelle il jette une demi-rotte d’alun en poudre pour chaque rotte de foie. Il pofe la baffine fur un fourneau bien allumé, & il y laille bouillir la liqueur pendant vingt minutes ; après quoi il retire tout le feu du fourneau.-Il trempe la foie dans cette folution d’alun, médiocrement chaude, & il la retire auffi-tôt qu’elle eft bien imbibée. Il la met dans une autre balline, dans laquelle il verfe la dilfolution d’alun , pour l’y lailfer tremper pendant quatre ou cinq heures de fuite ÿ mais pas plus-. Qn la retire pour la laver plufieurs fois dans l’eau fraîche.
- 676. Pendant qu’on la lave, un ouvrier fait bouillir dans une grande balline une fuffifante quantité d’eau , où il met une once de baizonge (c’eft un fungiis ) en poudre fine j?our chaque rotte de foie ; il fait bouillir pendant demi-heure cette nouvelle décoétion : alors il y ajoute dix onces d’oudez ( cochenille ) en poudre très-fine pour chaque rotte de foie ; c’eft-à-dire, fix livres quatre onces d’oudez pour dix rottes de foie. Quand il a ajouté cet oudez à la liqueur , il ôte tout le feu du fourneau. Enfuite il agite doucement la liqueur en rond avec un bâton, afin de bien mêler les drogues enfemble. Le mélange étant bien fait, il verfe doucement & par inclinaifon lin peu d’eau fraîche dans le milieu de la baffine. Cette eau ajoutée , non-feulement refroidit la teinture , mais la rend beaucoup plus vive. Alors on y trempe quatre ou cinq fois la foie , obfervant de la tordre à chaque fois qu’on l’a trempée, pour en exprimer la liqueur. Enfüite on fait rebouillir cette teinture environ un quart d’heure. On ôte le feu du fourneau comme ci-devant, pour la lailfer un peu refroidir. Alors on y trempe la foie , obfervant de la tordre à chaque fois qu’on l’a trempée. Après cette fécondé teinture, on met la foie dans une baffine vuide, & l’on verfe deifus le relie de la teinture: on l’y laide tremper pendant vingt-quatre heures; enfuite on la lave bien dans l’eau fraîche, puis on la fait fécher à l’ombre ; & quand elle eft bien feche, on l’emploie dans les étoffes. Cette couleur cramoifie eft beaucoup
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- plus belle que tous, les cramoifis qu’on fait en France & en Italie , parce qu’on ne fait pas bouillir la foie dans le bain de teinture.
- 677. Les teinturiers de Damas & deDiarbequir prétendent qu’on ne peut réuffir à cette teinture, fans le fecours de la chair de melon pour la préparation de la foie , &fans l’addition du baizonge avec l’oudez ou cochenille pour la teinture. Nous avons le melon en France, dit M. Granger; mais il doute qu’on y trouve le baizonge. C’eft une efpece de fungus, qui croît fur quelques arbres en Perle, d’où on l’apporte à Damas. On pourrait en faire palfer en France par la voie d’Alep , fi l’on a delfein d’imiter cette couleur fi fupériëure.
- 678. Pour ne pas fe...tromper fur la dofe des dilférens ingrédiens employés dans ce procédé, il faut favoir que la rotte de Damas pefe cinq livres de France.
- 679. Les dix rottes de foie, fervant d’exemple dans ce mémoire, doivent aulîi fervir de réglé par rapport à la dofe de tous les autres ingrédiens.
- 680. A l’égard de l’eau nécelfaire pour la préparation de la foie avec le kali, la chair de melon , & l’alun pour faire la teinture , on n’en prend que ce qu’il en faut pour bien humecfter la foie ; c’eft-à-dire, qu’il ne faut pas que la liqueur furpalfe de plus d’un travers de doigt, lorfqu’on la met dans la baifine, à l’exception de la liqueur teinte, qui doit être plus ample, à caufe qu’on y trempe dix à douze fois les écheveaux de foie.
- 681. Le kali qu’on emploie à la préparation de la foie, n’eft autre chofe que la cendre d’une plante que les Arabes appellent kaillou:. Cette cendre eft préférée à celle qu’on tire de la roquette & à celle qu’on, fait en Egypte. Quant aux métiers fur lefquels on rpét cette foie, ils font femblables à ceux de Lyon.
- 682. Cramoiji de Gêms / procède vérifie au mois de mai 1743. A Gênes, la foie deftinée à la couleur cramoifie doit être cuite dans une moindre quantité de favon , que celle qu’on deftine à d’autres couleurs. Dix-huit à vingt livres de favon fuffifent pour cent livres de foie à teindre en cramoifi, au lieu que pour les autres couleurs, les Génois emploient quarante à cinquante livres fur cent livres de foie.
- 683. Qua.nd la foie eft cuite , on la fait paflfer par un bain d’alun. Sur une partie de foie qui pefait fojxante - douze livres étant crue, il a été mis feize à dix-huit livres d’alun de roche réduit en poudre dans une chaudière pleine d’eau froide. Après que l’alun a été bien diflous , on y a mis tremper la foie près de quatre heures : on aurait pu l’y lailfer davantage, fans que cela eut pu tirer à conféquence, parce que la foie deftinée à être teinte en cramoifi, demande plus d’alun que pour d’autres couleurs. Lorfqu’elle a été fortie du bain d’alun, on l’a fecouée & drelfée fur la cheville., fans l’y
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- tordre. Le teinturier, queftionné pourquoi il ne tordait: pas cette foie au fortir du bain d’alun, a répondu que, fi on la tordait, elle fe purgerait trop d’alun, dont elle était empreinte, & qui lui eft abfolument néceflaire pour prendre la couleur cramoifie.
- 6 84. Des foixante - douze livres dont on vient de parler, il y en avait trente-deux d’organfin , & quarante livres de trame. On donne communément à Gènes, deux onces de cochenille fur douze onces d’organfin , deftiné pour la chaîne des damas à meubles ; & une once f de cochenille fur douze onces de trame , deftinée pour le même damas, parce qu’on juge né-ceffaire que Forganfin foit plus foncé que la trame , afin que le damas ait plus d’éclat ; & lorfqu’on veut perfectionner la couleur du damas , on ajoute un quart d’once de cochenille à Forganfin ; c’elt-à-dire , qu’au lieu de deux onces, on en donne deux onces |, fans rien ajouter à la trame au-delà d’une once J.
- 68G Comme les trente-deux livres d’organfin , dont il eft parlé ci-delîus, doivent être de la plus belle couleur , on a donné deux onces \ de cochenille par livre de foie; eriforte que, fur toute la partie , on a employé cent quarante-deux onces de cochenille, ou onze livres dix onces, poids de Gènes; favoir, trente-deux livres d’organfin à deux onces 5 de cochenille , font foixante-douze onces : quarante livres de trame à une once f, font fo:-xante-dix onces. Total , cent quarante-deux onces.
- 686. Lorsqu’il a été queftion de donner Te cramoifi à ces foixàiite-douze livres de foie alunée ainfi qu’on Fa dit ci-delfus, on s’efl fervi d’une chaudière ovale, qui remplie , pouvait contenir deux cents pintes d’eaii. On a rempli cette chaudière au tiers , d’eau claire de fontaine: on ajetéenfuite dans cette eau les drogues fuivantes , pilées & tamifees , deux onces de tartre de vin , deux onces AGfaÿ'ranum , & deux livres & demie de galles du Levant.
- 687.. On a attendu que ces drogues euftent bouilli deux minutes dans lé bain ; après quoi on y a jeté les onze livres dix onces de cochenille réduite en poudre & tamifée; & pendant qu’un ouvrier Faifaic tomber la cochenille peu à peu dans le bain , un autre remuait violemment le bain avec un bâton, pour faciliter la fonte de la cochenille. - J ’
- 688- Cela fait, on a rempli le bain d’éau claire à un demi-pied dti bord , & tout de fuite on y amis tremper les trente-deux livres d’organfin ; épar-ties fur quatorze baguettes. O11 les y a laiifées feules, jufqu’à ce que le bain fous lequel on a fait grand feu , après qu’on Fa eu rempli d’éau , ait été prêt à bouillir ; & afin que la foie prit également la couleur , oh levait fins difcontinuer les baguettes les unes après les autres , afin de faire aller alternativement au fond de la chaudière la partie des flottés qui fe trouvait au-dèifus & hors de la cliaudiere, n’y ayant jamais que ^ les deux tiers où là moitié de
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- chaque flotte, qui trempaflent dans le bain ; le refte étoit dehors, parce que les baguettes portaient fur les bords de la chaudière.
- 6S9, Quand le bain a été prêt à bouillir, on y a mis tremper les quarante livres de trame éparties fur dix-huit baguettes. On a continue pendant plus de demi-heure à lever les baguettes les unes après les autres, tant celles de l’organfin que celles de la trame , afin de faire alternativement aller au fond du bain ce qui auparavant était dehors ; enforte que l’ouvrier, parvenu à la derniere baguette, retournait à la première., & fucceiîivement des unes aux autres.
- 6$q. Cette première demi-heure paflee., l’ouvrier a mis environ un quart d’heure d’intervalle entre chaque manœuvre, de lever les baguettes depuis la première jufqu’à la derniere, l’ayant réitérée cinq à fixfois pendant l’efpace d’une heure & demie. Pendant tout ce tems , on a toujours entretenu grand feu fous la chaudière. Alors l’organfin avait trempé deux heures & un quart dans le bain, & la trame deux heures feulement. L’ouvrier a ôté le feu de deflous la chaudière, & a pris une flotte de la trame, qu’il a tordue & féchée autant qu’il a pu, afin de voir fi la couleur était à fou point. Comme elle ne s’eft pas trouvée aflez foncée, il a lailfé, tant l’organfin que la trame , un peu moins d’une demi-heure dans le bain, à rnefure qu’il refroidilfait. Enfuite il a forti toute la foie du bain, & l’a tordue fur la cheville ; après quoi il l’a lavée plusieurs fois dans de l’eau claire de fontaine, changeant l’eau chaque fois. Cela fait, il l’a de nouveau tordue fur la cheville , & l’a mife fécher : ainfi a fini l’opération.
- 691. Il faut obferver que l’organfin & la trame, quoique teints dans le même bain, ne fe font pas trouvés de la même nuance après l’opération finie. L’organfin était plus foncé , parce qu’il avait été un gros quart d’heure dans le bain de cochenille avant la trame, & que pendant cet intervalle il s’était empreint de la partie colorante la plus fubtile de la cochenille.
- 692. On n’eft pas dans l’ufage, à Gènes, de laver la foie après qu’on l’a fortie du Bain de Gochenille, dans l’eau de favon. Au contraire , on y eft per-fuadé que cette méthode 11e fait que ternir l’éclat de la couleur , & qu’il faut que l’eau, tant celle qu’on emploie pour le bain de cochenille , que celle dont pn fe fert pour laver la foie après qu’elle eft teinte, feit de l’eau de fontaine bien claire ; car on a remarqué que les foies qu’on teint en été en.cramoifi avec de l’eau de citerne, & qu’on lave avec la même eau, parce que dans cette faifon les fontaines font fujettes à manquer, n’ont pas autant d’éclat que celles pour iefquclles on a employé de l’eau de fontaine dans les autres faifons.
- 69 3‘ Suivant les teinturiers de Gênes, il y a des cochenilles quiparaif-fant belles à l’infpeétion, ne le font pas dans leur effet, & qui, pour être employées ,
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- ployées, demandent que la foie foit alunée autant qu’elle peut l’être, & que l’on mette dans le bain de cochenille une quantité de tartre fupcneure à celle dont il eft parlé ci-devant. On ne faurait donner fur cela de règles certaines j c’elt au teinturier à connaître , par des effais , la qualité de la cochenille qu’il doit employer. Mais on doit s’attacher à n’employer que de bonne cochenille , parce que , quand il ferait vrai que l’inférieure, au moyen d’une plus grande quantité de tartre & d’alun, donnât une aufti belle couleur que la meilleure , il réfulterait toujours que la foie ne ferait plus aufîi parfaite, parce que l’alun l’énerve toujours. Les fabricans Génois font Ci perfuadés de cette vérité, que, pour îi’etre pas expofés à cet inconvénient, ils fournilTent eux-mèmes la cochenille à leurs teinturiers ,à mefure qu’ils leur donnent de la foie à teindre en cramoili.
- 694. La foie qui, pour être teinte en cramoifi, a eu befoin d’une très-grande quantité d’alun , à caufe de la mauvaife qualité de la cochenille qu’on y a employée , crie lorfqu’on la preffe dans la main ; au lieu que celle pour laquelle 011 a employé moins d’alun , 11e fait pas cet effet.
- 695. Viokucramoifi en foie, T Italie. La foie étant alunée, comme pour le rouge-cramoift, tirez-la hors de fou alun ; puis teignez-la avec la cochenille. Pour cela, faites foudre deux onces de gomme arabique dans la chaudière : ajoutez-y pour chaque livre de foie, deux onces de cochenille , un tiers d’once d’agaric , & autant de terra mérita (117). Mêlez & verfez dans votre chaudière. Quand elle commence à bouillir, & que la gomme eft bien fondue, arrangez votre foie fur les lifoirs 5 abattez-la dans la chaudière, faites-la bouillir deux heures , & elle fera teinte. Laiffez-la refroidir , lavez-la , & la tordez fur la cheville ; puis lavez-la encore légèrement. Pour l’avoir violette, plongez-îa
- (117) Cette racine , qu’on appelle auffl Jonchet des Indes, curcitma, ou Jaffran des Indes, eft de deux efpeces ; la longue & la ronde. La première, curcutna longafcliis lanceolatis, nervis lateralibus nnmcrojijji-mis, a une racine oblongue, noueufe, compacte , de la grofleur du petit doigt, garnie de quelques fibres, pâle en-dehors & jaune en-dedans, qu'l devient rouge dans la fuite , lorfqu’on la fait infufer dans quelque liqueur; de chacun des noeuds de la racine Portent des feuilles d’un beauverd, appla-ties, pointues, femblables aux feuilles de balificr. De la plus vigoureufe tubérofité de cette racine, s’élève une tige épaiflè , cylindrique, pleine de fuc, groffe comme une plume à écrire, d’un verd pâle ; depuis le Tome IX.
- milieu de fa hauteur, elle eft garnie de petites feuilles vertes, pâles d’abord, enfuite jaunes-rougeâtres, qui donnent à la fommitc de la tige, la forme d’un épi cylindrique. Ses fieurs d’un jaune-pâle ou purpurines, font femblables à celles du balilier. Voyez Linnæus, Gen. plant, p. 829. L’autre efpece curcutna rotunda foliis lanceo/ato-ovatis , nervis lateralibus rarijjhnis, eft le raiz de Jaffran des Portugais. Sa racine eft ronde, groffe comme une prune moyenne, compacte & fort dure. Les teinturiers obfervent que cette fécondé efpece teint moins bien en jaune que la première. Le curcuma eft admirable pour rehauffer la couleur rouge des étoffes teintes arec la] cochenille ou le kermès.
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- bien épartie fur une cuve de bleu, jufqu’à ce qu’elle ait pris un beau violet, Lavez-la dans de l’eau de fontaine bien pure : tordez-la & la faites fécher à l’ombre, bien étendue & démêlée.
- 696. Demi-violet. Vont une livre de foie , une livre & demie d’orfeillebien démêlée dans le bain ; faites-la bouillir un bon quart d’heure ; paifez-y votre foie rapidement; lailfez-la refroidir ; lavez-la à la riviere : vous aurez un beau demi-violet, ou lilas plus ou moins foncé.
- 697. Noir de Gênes, pour le velours. Juin 1740. On fait bouillir la foie pendant quatre heures , avec le quart de fon poids de favon blanc de Marfeille : 011 la lave à fond. Dans une chaudière de cinq cents pintes d’eau, faites bouillir fept livres de galle. Lailfez dépofer la galle ; tirez l’eau à clair , & ayant jeté le marc, remettez l’eau de galle dans la même chaudière. Plongez-y à demi une cuiller percée à purée, dans laquelle vous mettrez fept livres de gomme de Sénégal, fept livres de vitriol romain ou couperofe, & fept livres de la plus belle limaille de fer. Le bain ayant diifous ces drogues, lailfez éteindre le feu, & fermenter ce bain pendant huit jours. Enfuite faites-le chauffer $ & quand il fera prêt à bouillir , mettez de nouveau , fuf-pendue dans la même chaudière * la même palfoire; & ayant fait fix paquets compofés de la fixieme partie de la quantité de gomme, couperofe & limaille deftinée à ce bain de noir, félon la quantité de foie, à raifon d’une livre de chacun de ces ingrédiens pour dix livres de foie, faites fondre dans la palfoire cette fixieme partie du total. Le feu étant ôté, & ayant fait jeter dix pintes d’eau froide fur le bain, qui doit relier chaud à y pouvoir tenir la main , faites mettre la foie fur des lifoirs ; plongez-la dans le bain, & l’y tenez pendant dix minutes ou environ. Lifez les écheveaux quatre fois ; après quoi tordez-les ù la cheville fur la chaudière.
- 698. Passez fur le même bain de nouvelle foie fans rien ajouter, & la traitez de même. Commencez d’abord par la trame, enfuite palfez le poil. Enfin, le bain étant beaucoup refroidi, palfez-y la chaîne qu’011 ne veut teindre ordinairement qu’en gris-noir.
- 699. Toute la foie ayant palfé dans ce premier bain , réchauffez-le, & y remettez la palfoire avec une autre fixieme partie de gomme, vitriol & limaille de fer. Quand le bain fera rafraîchi comme ci-delfus , paffez-yda foie comme au premier bain ; obfervant, cette fois-ci depalfer \e poil le premier, enfuite la trame, & toujours la chaîne la derniere : faites ce manege fix fois. Tant que la foie était mouillée, fon noir charmait, même comparé avec celui de Tours : ce qui fut différent quand elle fut feche. On comptait à Tours ajouter au bain de noir, du vin bas , de l’anis & autres drogues. Mais on prit le parti d’envoyer ces foies noires à Gènes ; & voici cc que M. Regni écrivit le 9 novembre 1740.
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- 700. c< Les teinturiers de Gênes, auxquels on a Fait le récit des opérations „ faites fur cette foie qu’on leur a fait voir auiiî, ont trouvé qu’on a exaéte-„ ment fuivi la derniere inftruction, & que le défaut de fuccès vient i°. de 39 ce que pour engaller la foie, 011 a employé de la galle du Levant, qui a „ beaucoup plus de fubfcance que celle de la Sicile & de la Romagne, dont 011 „ fe fert ordinairement à Gènes. 2°. De ce que le bain de noir 11’a pas acquis fa „ perfedion, qu’une nouvelle dofe des drogues qui le compofent, peut feule
- lui donner ; de forte que dans les nouvelles & futures opérations, 011 n’aura „ qu’à obferver, quant à l’engallage de la foie, de fe fervir de la galle de SL 33 cile ou de la Romagne ; ou , fi l’on efi obligé d’employer celle du Levant, « qui efb bonne, de ne mettre de cette derniere qu’un tiers de livre pour ,3 chaque livre de foie, au lieu qu’il en faut une demi-livre de la première. 3, Le teinturier Génois a reconnu la galle qu’on avait employée en France , à s, ce qu’on avait mandé à M. Regni, que la foie avait acquis dans le bain de „ galle tout ce qu’elle avait perdu de fon poids dans la favonnade , pendant „ que la livre de foie de douze onces, qui, dans fa cuite au favon, refie à 33 neuf onces, 11e doit revenir, après avoir été engallée, qu’à onze. „
- 701. Quant au bain denoir, iln’ya, pour le perfectionner, qu’à y ajouter une nouvelle dofe de gomme , de limaille & de vitriol (en parties égales de chacune de ces drogues ), en obfervant de le faire par petites dofes, jufqu’à ce qu’on trouve que la foie ait acquis le noir qu’on veut lui donner : bien entendu que les petites dofes de ces drogues doivent être mifes dans le bain de noir dont 011 s’était fervi, fans qu’il foitbefoin d’en faire de'nouveau ; puifque ce n’eft qu’à mefure que ce bain fert, qu’il acquiert fa perfedion. Le même teinturier Génois ayant trempé fix fois les échantillons manqués à Tours, dans fon bain de noir, le noir efi devenu beaucoup plus beau. Ce même teinturier Génois , homme enrichi dans fa profefiion, a écrit qu’abfolument il ne doit entrer dans le bain de noir aucune autre drogue que celles mentionnées dans la derniere inftrudion ci-defius fuivies 5 que le vin bas & l’anis'ne peuvent fervir qu’à gâter le bain de noir.
- 702. On s’eft corrigé à Tours d’après cette lettre, & l’on a fait de très-beaux noirs : voici le procédé qu’on y a fuivi dans la manufadure de feu M. Hardion. Pour cent livres de foie , on fait bouillir pendant une heure vingt livres de noix de galle d’Àlep en poudre, dans fuffifante quantité d’eau. Oh laiife enfuite repofer le bain jufqu’à ce que la galle foit précipitée au fond de la chaudière , d’où 011 la retire. Après quoi l’on y met deux livres & demie de vitriol d’Angleterre, & douze livres de limaille de fer, vingt livres de gomme du pays , c’efi-à-dire, de prunier, ceûfïer, &c. qu’on met dans une eipece de chauderon à deux anfes , troué de toutes parts. O11 lufpcnd ce chauderon avec des bâtons dans la chaudière, de maniéré qu’il n’aille pas au fond. On laide
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- dilfoudre la gomme pendant une heure, en la remuant légèrement de terns en tems avec un bâton. Si-, l’heure palTée, il relie encore de la gomme dans le chau-deron, c’ell une marque que le bain, qui eft de deux mqids, en a pris autant qu’il faut. Si, au contraire , toute la gomme ell diifoute, on peut en remettre trois ou quatre livres. On laide ce chauderon continuellement fulpendu dans la chaudière, d’où du ne i’ôte que pour teindre, & on le remet enfuite. Pendant toutes ces préparations , ta chaudière doit être tenue chaude, mais -fans bouillir. L’engallage de la foie fe fait avec un tiers de galle d’Alep. On y lailfe la foie d’abord pendant fix heures , puis pendant douze. Le relie félon l’art.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- jL<a figure, i reprélente la perfpeélive des deux grandes chaudières , l’une ronde, & l’autre oblongue , montées dans leur maçonnerie & fur leurs fourneaux.
- A , chaudière oblongue que les teinturiers nomment ovale.
- B, chaudière ronde.
- C, hotte de la cheminée qui reçoit la fumée des fourneaux de ces chaudières.
- D , porte par laquelle on va aux fourneaux, qui font plus bas que le foî de l’attelier.
- E, efcalier par lequel on defcend aux fourneaux.
- F , tuyau de plomb qui conduit l’eau aux chaudières.
- G, robinets placés, au-deifus. de chaque chaudière , qu’on lâche pour les emplir d’eau.
- Figure 2. Cette figure repréfente le plan des chaudières & de la cheminée „ fervant aux deux chaudières de la figure i,
- A, plan Je la chaudière ronde.
- B , plan de la chaudière longue ou ovale.
- C, bouches des-fourneaux.
- D , ef’pace fous, la cheminée devant les fourneaux pour leur fervice.
- E, efcalier par lequel on defcend aux fourneaux.
- Figure 3, Cette figure repréfente la coupe de la chaudière ronde, de fort fourneau & de la cheminée..
- A, intérieur de la chaudière ronde.
- B, intérieur du fourneau qui ell fous'cette chaudière.
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- C , porte de ce fourneau.
- D , intérieur de la cheminée.
- E, fol de l’efpace qui eft devant le fourneau pour fon fervice.
- F, fol de î’attelier. On voit par cette difpofition, que le fourneau de la chaudière eft abaifle au-deifous du fol de I’attelier , afin que le haut de cette chaudière foit à la portée de l’ouvrier qui travaille dedans. De même le fol de l’efpace qui eft devant les fourneaux, eft abaiffé de maniéré que la bouche de ces fourneaux foit à la portée de ceux qui les fervent.
- G, tuyau & robinet par le moyen defquels l’eau eft portée dans la chaudière.
- H, chauderon ou petite chaudière portative.
- K, tamis ou palfoire.
- Planche II. .
- Figure i. D, efpece de brancard nommé baillard, fur lequel on'pofe les foies mouillées.
- Figure 2, cuve pour le bleu d’indigo , repréfentée jufqu’au niveau du fol de I’attelier, entourée de la maçonnerie avec fon fourneau.
- D C, partie inférieure de la cuve enfoncée en terre.
- F , la maçonnerie qui entoure la cuve.
- H, ouverture ou entrée de la cuve.
- I, porte pratiquée dans la maçonnerie, au niveau du fol de I’attelier, laquelle répond dans l’efpace qui eft entre la maçonnerie & les parois de la cuve, & dans lequel on met de la braife pour la chauffer.
- K , partie du corps de la cuve qu’on apperçoit par la porte I.
- L , ventoufe , ou tuyau fervant de cheminée pour l’iffue des vapeurs de la braife.
- Figure 3 , coupe delà cuve &i de là maçonnerie»
- C, fond delà cuve enfoncé enterre.
- E, fol de i’attelier.
- F, épaiifeur de la maçonnerie.
- G, efpace entre les parois de la cuve & celles de la maçonnerie.
- L, partie de la ventoufe qui s’élève au-delfus de la maçonnerie.
- M , communication intérieure de la ventoufe dans l’efpace qui eft autour de la cuve.
- N , porte par laquelle on met la braife.
- Figure 4. E , bâton fur lequel on met la foie pour la paffer en cuve, & qui fe nomme la- paJfc'
- Figure ^, branloire.
- B, crochets deftinés à foutenir la branloire fufpendue au plancher, avec leurs pitons.
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- C, un des grands côtés de la branloire.
- DDD, fiches du côté C, dellinées à recevoir le bout percé des perches. E, côté de la branloire oppofé au côté C.
- FFF, fourches du côté E de la branloire, deflinées à recevoir le bout non percé des perches.
- G, une des perches fur lefquerles on rnet les foies dans la branloire.
- H, deux perches chargées de foies & ajuftées fur la branloire.
- Figure 6, appareil pour tirer la teinture du fajfranum.
- ==, ,g^========M.._.?. ,
- EXPLICATION DES TERMES
- Employés dans T art de la teinture en foie.
- Accomplir 3 c’ell achever d’emplir une cuve devenue propre à teindre. Adoucissage; c’ell une eau defavon, dans laquelle 011 fait palier les foies teintes en noir, pour les adoucir. Alunage. Opération par laquelle on imprégné la foie d’alun pour la dif-pofer à recevoir la teinture. Amestrer; c’ell bien mêler le faffra-murnwee de la foude'ou delà cen-1 dre gravelée, pour en tirer la couleur rouge.
- Aviver ; c’ell rendre une couleur plus vive par l’addition de quelque matière faline.
- Azur. L’azur des teinturiers en foie n’elt autre chofe que de l’indigo pilé & étendu dans' beaucoup d’eau 5 ils s’en fervent pour donner un petit œil bleu à certaines nuances de blanc.
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- Gaillard , efpece de brancard fur lequel onpofe les foies pour les égoutter. Bain; c’ell une certaine quantité de teinture, ou de quelqu’autreliqueur, dans laquelle 011 trempe la foie.
- Barque ou Bacque , efpece de baquet long , de cuivre ou de bois, dont on le fert pour certaines teintures qui ne demandent pas à bouillir fur le feu. Il parait qu’on devrait fc fervir du terme de bacque, & non de celui de barque 3 mais ce dernier eftpafle tout-à-lait en ulage-chez les teinturiers : c’ell pourquoi on l’a em. ployé dans ce traité.
- Barre 3 c’ell une perche avec laquelle on remue & on retire les poches qui contiennent la foie pendant la cuite’
- Barrerj c’ell foulever, parle moyen d’une perche qu’on appelle barre, les poches qui contiennent la foie pendant la cuite. Cette opération fe fait pour empêcher les poches qui font au fond delà chaudière d’y fé-journertrop long-tems 3 ce qui pourrait faire brûler la foie : ce barrage rend auffi la cuite plus prompte & plus égale.
- Benaut , nom que l’on donne à une efpece de baquet cerclé de fer, avec deux mains deboisjiour faciliter fon tranfport,
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- Biscuit. Les teinturiers appellent ainfi les endroits de la foie qui ont échappé à faction du fa von pendant la cuite.
- Bleu de cuve. On nomme ainfî l’indigo préparé de maniéré qu’il foit propre à teindre.
- Bleu fin. C’eftunbleu d’indigo auquel on donne de l’intenfitépar le moyen de la cochenille, au lieu de Porfeille.
- Bleu de vaisseau ; c’eft la même cho-fe que le bleu de cuve.
- Bouillon , nom qu’on donne fou-vent à la décodion de quelque drogue de teinture.
- Bouïn, nom que les teinturiers en foie de Paris donnent à. un certain nombre d’écheveaux ra'llèmblés & noués enfemble pour être, teints.
- Bourer , fe Bourer. Les teinturiers dilènt que la foie boure lorlquefes Bis s’ouvrent & deviennent boura-ceux.
- Brasser', c’eft remuer en diffère ns feus & agiter un bain de teinture avec un bâton pour bien mêler les drogues qu’il contient.
- Brevets c’elt un certaine quantité de drogues qu’on ajoute dans un bain.
- Brunitüre. On fe fert de cette ex-preffion lorfqu’on donne à une couleur quelconque une nuance qui la rend plus brune.
- G
- Cannelés, nom qu’on donne aux nuances brunes du cramoifi Bn.
- Cassin ; c’eft une efpece de poêlon à queue, dont les teinturiers fe fervent pour retirer de la teinture de leurs vaifleaux, ou pour en ajouter.
- Chaudrée. Faire une chaudrée, c’eft teindre en noir une partie de. foie fuffîfante pour faire trois Rafles ou
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- trois torfes, fi c’eft du noirpefant i ou deux, fi c’eft du noir léger.
- Cheville. La cheville eftune piece de bois cylindrique & Iceiiée par un de fes bouts dans un mur. C’eft fur la cheville qu’on dreife les foies.
- Cheviller ; c’eft tordre la foie fur l’efpart à plufieurs reprifes , pour la fécher & pour la luftrer.
- Cochenille grabelée 5 c’eft celle qui a été épluchée & mondée.
- Cochenillemesteque 5 c’eft lapins belle & la meilleure efpece de cochenille. On la nomme auffi cochenille fine.
- Cocheniller. C’eft teindre avec de la cochenille.
- Composition , dilfolution d’étain dans l’eau régale, dont 011 fe fert. pour aviver la couleur du cramoifi Bn ou de cochenille.
- Congeler, fe Congeler. Les teinturiers difent qu’un fel le congelé , quand il fe cryltallife.
- Cordée. On appelle une cordée pîu-fieurs mateaux paifés dans une meme corde & noués enfemble.
- Couler j c’eft verfer une liqueur dans un vailfeau en la faifant paifer à travers un tamis ou une toile.
- Crampiller, fe Crampiller : cx-prellion par laquelle les teinturiers en foie défignent ce qui lui arrive
- • quand les écheveaux fe mêlent &
- - s'ébouriffent.
- CRI- On appelle cri de la foie , un petit bruit qu’elle fait lorfqu’on en frotte plufieurs brins les uns fur les autres entre les doigts. La foie n’a ce cri que quand elle a été imprégnée de quelque acide, ou de noix de galle.
- Croutée , fé dit d’une cuve 'fur Ja-
- _ quelle il fe forme une écume ou
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- ART DU FABRICANT
- ICO
- croûte quand elle devient propre à teindre.
- Cuite de la. soie ; c’eft une opération par laquelle on enleve la gomme & le jaune naturels de la foie crue, en la faifant bouillir dans de l’eau chargée de favon.
- Cuve. Ce nom eft aifeété particuliérement au vaiifeau dans lequel on fait le bleu de l’indigo.
- D
- DÉcrampiller ; c’eft dreffer ou démêler la foie.
- Décreusement ou Décreusage de la foie; cfeft l’opération par laquelle on enleve à la foie fa gomme ou fon vernis naturel, par le moyen d’un diifolvant convenable. Comme la foie, avant cette opération, fe nomme foie crue, & qu’après qu’elle l’a fubie on l’appelle foie cuite, peut-être ferait-il mieux de dire, décreufage que décreufement ; mais il parait que l’ufage eft d’écrire décreufement.
- Dégommage de la foie, c’eft une première cuite qu’on donne à la foie dans de l’eau chaude chargée de favon, mais fans la faire bouillir, pour la débarraifer de la plus grande partie de fa gomme.
- Dépocher ; c’eft retirer des cordées de foie d’une poche ou fac de toile dans lequel elles ont été mifes pour la cuite ou pour queîqu’autre opération.
- Disbroder ; c’eft laver la foie de fa teinture ou de fon eau de favon dans une petite quantité d’eau.
- Disbrodure ; c’eft l’eau dans laquelle on a disbrodé la foie.
- Discaller. Les teinturiers en foie fe fervent de cette expreifion pour mar-
- quer la perte du poids que la foie fait par la cuite. Ainli on dit : telle qualité de foie difcalle de tant pour cent.
- Dresser la joie, c’eft féparer les uns d’avec les autres, les fils des éche-veaux ou mateaux, ou les rendre bien parallèles ; cela fe fait en paifant les mateaux fur une cheville, les tenant tendus, & leur donnant quelques fecouifes avec la main, tandis qu’on en fepare les fils avec la main droite,
- E
- Ecouler la foie^ c’eft la tordre légèrement l’ur l’efpart pour en faire fortir la plus grande partie de l’eau dont elle eft humeétée.
- Ecresper , c’eft refouler un mateau de foie fur lui-même entre les mains pour éventer tous fes brins.
- Empocher , c’eft mettre des cordées de foie dans un grand fac de toile, qu’on nomme poche.
- Esgaliver, c’eft tordre modérément & dix ou douze fois de fuite, un mateau de foie qui a déjà été tordu alfez fortement pour qu’il n’en puiife plus couler d’eau. Cette manœuvre fert à diftribuer également dans tout le mateau de foie, l’humidité qui lui refte après la forte torfe.
- Espart, piece de bois cylindrique, fcellée par un bout dans un mur, ou enclavée dans la mortaife d’un poteau , & terminée par l’autre bout en une tête arrondie : c’éft fur l’efpart qu’on tord les foies.
- Eventer , c’eft faire prendre l’air,
- F
- Feu , fè dit pour le noir, lorfqü’on fait chauffer le loin pour y teindre.
- Friser,
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- D’ ET 0 F I E S DE SOIE.
- tSi
- Friser , fe dit du fajframm lavé, dont ôn divifp les mottes, pour le mêler avec la cendre gravelée ou la foude.
- G
- Glacer , fe glacer. Les teinturiers di-fentque la foie fe glace, lorfqu’en la mettam dans la diifolution d’alun, elle fe trouve enduite de petits cryf. taux de ce fel.
- I
- Jaune de graine, c’eft un jaune franc, fait avec la gaude feule.
- Jeter bas, c’eft retirer de la chaudière les poches dans lelqueîles on a fait cuire la foie.
- L
- Lasser ,felajfer. Les teinturiers'difent que la cuve de bleu fe lajfe , quand, après avoir teint une certaine quantité de foie, elle commence à ne plus donner une couleur auffi belle & auffi pleine.
- Liser la foie, c’eft la tremper dans un bain de teinture ou de toute autre liqueur, de maniéré que les mateaux qui font paifés fur des bâtons qu’on nomme lifoirs), plongent alternativement par l’une & l’autre de leurs extrémités dans le bain. Cette manœuvre confifte donc à retourner les mateaux du haut en bas.
- Lisoirs , ce font les bâtons fur lefquels on life la foie.
- M
- Maniement. Le maniement de la foie eft un certain trémouflement qui fe fait fentir lorfqu’on prelfe ou qu’on manie entre les doigts un écheveau de foie qui a été imprégnée de quel-Tome IX.
- qu’acide ou de noix de galle.
- Mateau , nom qu’on donne à Lyon & dans quelques autres manufactures, à plufieurs écheveaux de foie réunis enfemble.
- Mettre en cordes , c’eft paifer plufieurs mateaux dans une corde avec laquelle on les noue enfemble.
- Mettre en tête, c’eft tortiller les mateaux par un de leurs bouts, ce qui leur forme une efpece de tète : cela les empêche de fe mêler.
- Mordans, ce font des fels dont on imprégné les foies, ou toute autre matière à teindre, pour les difpofer à prendre fie à retenir la teinture.
- Moredoré , c’eft une couleur rouge-brun mêlé de jaune, ou plutôt d’orangé.
- N
- Nacarat , c’eft un rouge vif qui tient le milieu entre le cerife & le ponceau.
- Noir leger , c’eft un noir moins en-gallé & qu’on ne paife que deux fois dans le pied de noir.
- Noir pesant , c’eft un noir moins engallé, & qu’on paife trois fois dans le pied de noir.
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- Pallier , c’eft remuer un bain avec un rable-, pour mêler les drogues qu’il contient.
- Pantime ou Pantine , c’eft un certain nombre d’écheveaux de foie, raifem-blés enfemble pour les teindre.
- Parceau , c’eft le nom que les teinturiers de Tours donnent à une pantine.
- Passe , la pafje, c’eft un bâton court, fur lequel on paife les mateaux de foie dans la cuve.
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- A R T D V FABRICANT
- Passe, fe dit au fujet des couleurs pour ieiquelles on eft obligé de paffer plu-fieurs fois la foie dans la même teinture , & particulièrement du noir, pour lequel on elt obligé de paffer deiix ou trois fois la foie dans le pied de noir ; chacune de ces opérations s’appelle une pajfe.
- Pied , c’eft une première couleur qu’on
- . donne à la foie, pour en appliquer enfuite une autre par-deffus, & faire par conféquent une couleur compo^-fée.
- Poche, c’eft un grand fie de toile ouvert dans toute fa longueur, dans lequel on met la foie pour plufieurs opérations. On ferme cette poche par le moyen d’une ficelle qu’on paife dans des œillets pratiqués d.es deux
- ' côtés de fon ouverture, ce qui fait l’effet d’un lacet.
- Ponceau, c’eft un rouge-jaune ou couleur de feu, qu’on fait fur la foie avec le fajfranum & un pied de ro~ 'Cou.
- R
- Rabattre une couleur , c’eft lui faire prendre un ton gris ou noirâtre, par le moyen de la couperofe.
- Rable, c’eft un bâton au bout duquel eft adaptée perpendiculairement une palette de bois : cet infiniment fert à pallier les bains.
- Rafraîchir , c’eft laver une fécondé fois, ou laver légèrement.'
- Ratine, efpece de rouge couleur de feu de faux teint, qu’on fait fur la foie avec le rocou & le bois de Bréfil.
- Recruter , c’eft rajouter une nouvelle dofe de drogues dans un bain.
- Reponchonner , c’eft ajouter de la teinture dans un bain, & y repaifer la foie.
- Roser , c’eft changer le ton jaune d’une couleur rouge en une nuance qui tire davantage fur le cramoifi ou fur le couleur de rofe.
- Rouges-bruns , ce font les nuances foncées & brunes du cramoifi faux ou de bois de Bréfil, qu’on nomme Amplement rouge.
- Rouir , fe rouir, fe dit de couleur jaune de la gaude. Cette couleur eft fuiette à fe brunir & à fe roufîir en féchant : c’eft ce que les teinturiers appellent fe rouir.
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- Soude , cendres des kalis ou d’autresr plantes maritimes , lefquelles cendres contiennent l’alkali minéral ou marin.
- Soude ( mettre eu). Lorfque les teinturiers plongent entièrement les mateaux de foie dans un bain , pour les y lailfer féjourner pendant un certain tems, fans les remuer, ils. appellent cela mettre la foie en fonde,
- Soufrage. Opération par laquelle on expofe les foies à la vapeur du foufre aluné, pour les blanchir.
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- Tondre. Tordre les foies, c’eft engager les mateaux fur l’efpart; & par le moyen du chevillon qu’on y paffe, on les tord en effet pour les écouler , les [écher , & les htjirer.
- Trancher ( faire trancher ) , c’eft faire prendre différentes nuances par dégradations , par le moyen d’un, même ing édient.
- Tuiler, fe dit d’une teinture qui tire fur la couleur des tuiles ou des briques.
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- D'E T 0 F F E S DE S QJ&
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- Veiller, fe dit des foies dont une partie n’eft point fubmergée dans le bain.
- Venir ou revenir , fe dit de la cuve qui devient propre à teindre.
- Vergue. Mettre au vergue ou fur le vergue, c’eft mettre des foies qui ont déjà été paflees dans le pied de noir, fur une perche pour les éventer, & les repaifer enfuite dans ls noir.
- Violet fin. C’eft un violet dans lequel on emploie la cochenille.
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- Violet faux , font tous ceux dont le rouge n’eft pas fourni par la cochenille.
- Violet de Hollande. C’eft un violet foncé, tirant fur le bîeu.
- Violet d’éveque. C’eft un violet qui tire fur le rouge.
- Virer , c’eft faire tourner une teinture d’un jaune-rouge, à un rouge plus décidé : celafe dit finguliérement de la couleur rouge du jajpranum.
- Volter,c’eft tortiller ou rouler des mateaux fur eux-mêmes.
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- 154 ART DU FABRICANT
- ART
- DU' FABRICANT D'ÉTOFFES
- DE SOIE.
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- 4te^g==wegae=4i^= =^—
- Traite du devidage des foies teintes , frawze £5? organfin , propres d Ai fabrication des étoffes (i 18).
- 703. IDepuis l’origine des manufactures d’étoffes <de foie, on a fuccefïïve-ment imaginé diverfes méthodes pour le devidage des foies teintes ; les machines qu’on a d’abord employées à cet ufage , étaient fort inférieures à celles qu’une industrie éclairée leur a fait préférer. Anciennement le devidage était une opération longue & embarralfante , d’où réfultait une altération fenlible dans le luftre de la foie; mais le luxe ayant multiplié les be-foins, on eft devenu plus recherché fur la qualité & la beauté des étoffes , & plus ingénieux pour fatisfiire cette délicatelfe.
- 704. La ville de Lyon, remplie d’excellens artiftes, eft celle à qui l’on doit l’invention du rouet à quatre guindres , communément appelle rouet de Lyon : nous nous propofons d’en donner un détail exaél; mais pour mettre le leéteur plus à portée de juger de fk fupériorité fur tous ceux dont on s’eft Lervi jufqu’à préfent, nous çroyons ne pouvoir nous difpenfer de donner la defcription de trois des anciens dévidoirs qui font encore en ufage dans certaines villes de fibrique, & d’expofer en peu de mots la maniéré de s’en fervir (119).
- CHAPITRE PREMIER.
- Defcription du premier dévidoir ; maniéré de s'en fervir.
- 70^. Des differens pieds des dévidoirs. Les pieds de ces dévidoirs, difFé-rens pour la forme, rempliffent le même objet: ou bien c’eft une tringle de
- ( 118 ) Le traité du devidage des foies eft ( 119) Le devidage, en ail. das Wiekeln, la première partie de l’ouvrage de IYL Pau- eft ordinairement l’ouvrage des femmes. Les let, auquel nous revenons, après avoir exa- anciennes méthodes qu’on va décrire dans miné les procédés de la teinture 3expofés le premier chapitre font plus fimples, mais par M. Macquer. moins expéditives & moins commodes.
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- fer A, planche, /, fig. 2, dont le bas eft fendu en trois parties , & forme line patte d’oie ; pour rendre ce pied plus folide , on y pafle une pierre 15 ,fig. 3 , percée par le milieu.
- 706. Quelquefois on fe fert d’une tringle de bois, ronde, & plantée fblidement dans une bafe de pierre d’une forme à volonté. •
- 707. On fe fert aufli d’une pareille tringle de bois plantée au milieu d’un banc formé d’une planche quarrée , & monté fur quatre pieds.
- 708- Defcripdon du guindre. La partie fupérieure du guindre, fig. 4 , eft compofée de trois traverfes de rofeau E , ou autre bois léger , dont la longueur eft depuis treize pouces jufqu’à quinze 5 au milieu de chacune eft un trou par où elles entrent dans la queue de la noix D , pour former l’alfem-bîage qu’on voit fig. 5.
- 709. L'A partie inférieure eft aufti compofée de trois traverfes .F : elles font pareilles aux précédentes, mais plus longues de 2 pouces ; elles font aflemblées les unes aux autres vers le tiers de leur longueur avec de la ficelle , & forment une figure irrégulière qu’011 voit fig. 6.
- y 10. Les bouts de ces.traverfes, tant du haut que du bas , font terminés en pointe pour recevoir les montans dont nous allons parler.
- 701. G, fig. 7 , eft un des douze montans de rofeau fendu en deux , la partie polie en-dehors; il a environ onze pouces de long : à chaque bout eft un trou par où il eft fixé fur les traverfes haut & bas.
- 712. La noix n’eft autre chofe qu’une cheville , dont la tête ronde & un peu grolfe, a un trou au centre ; comme il eft bon de la faire au tour, le trou que laiffe la pointe du tour fera fuffifant.
- 713. Il ne s’agit plus que de monter le guindre : voici comment on doit s’y prendre.
- 714. A chaque pointe de la partie fupérieure on place deux montans
- qu’on y arrête avec un peu de gros fil; ce fil doit être d’une longueur fuffi-fante pour faire deux tours fur chaque pointe , & pour lier fans interruption toutes celles du haut ou du bas; puis prenant un montant à chaque rayon voifm, on les fait entrer tous deux dans la pointe d’un rayon de la partie inférieure , & continuant ainfi on forme un double.hexagone, & les montans décrivent un zig-zag circulaire. L’infpeétion de la figure 4 ne lailfera rien à defirer. \
- 715'. Il faut nécelïairement fe pourvoir de plufieurs pareils guindres , mais de différens diamètres, à caufe du peu d’accord entre les rnouliniers des différentes villes , dont les uns font des écheveaux fort grands, & les autres fort petits.
- y 16. Au moyen de ce que les traverfes d’en-bas font plus longues que .celles d’en-haut, le guindre fera un peu conique ; ce qui fe pratique ainfi,
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- ART DU FABRICANT
- afin que les écheveaux ne tombent pas de delïus le dévidoir.
- 717. Maniéré de fe fervir du dévidoir ou gui/tdre. La devideufe ayant mis Ui| de les guindres fur la tringle de fer ou de bois qui doit lui fervir d’axe, & dont le bout terminé en pointe, entre dans le trou de la tète de la cheville, elle met un écheveau deflus , cherche le bout de la foie; puis étant affife de maniéré que le dévidoir foit à quelque diftance d’elle , & un peu à fa gauche, elle prend dans fa main une broche de fer H,fig. 8 ; cette broche eft longue de feize a dix-fept pouces : elle la paife dans un rochet I, ou une bobine K, qui tient à frottement dur ; elle monte le rochet ou la bobine jufques près de la boule, ainfi qu’on le voit en Lj & appuyant la partie inférieure de cette broche, qui elt terminée en pointe, dans l’un des trous pratiqués fur la furface d’un petit morceau de.bois quarré-long qu’on voit en M, qu’elle attache à fa oeinture à droite , dans cet état elle forme avec fes doigts <Sc Ion pouce , une efpece de cercle, dont, par un mouvement du poignet, elle fait parcourir tous les points à la broche qui, parce ce moyen, tourne fur elle-même; & conduifant de la main gauche le fil de foie , elle le diftribue également fur le rochet dans toute fa longueur.
- 718- Comme la vitelfe 's’accélère en raifon de la malle du corps mis en mouvement, on adapte au bout fupérieur de la broche , & par-delfus le rochet, une boule de fer ou de plomb , qui facilite cette accélération.
- 719. Au lieu de cette broche, on fe fert quelquefois, pour devider la foie fur le rochet, d’une efpece de rouet dont nous allons donner une courte defcription.
- 720. Defcription du rouet à devider. La figure 2, /*/./, à la vignette, repréfente un rouet à devider fur une bafe B, formée par une planche plus longue que large , élevée fur quatre pieds alTemblés , comme on le voit, par les tra-verfes C , C, D ; & vers un des bouts de cette bafe font deux montans E, E, d’environ dix-neuf pouces, y compris les tenons, faifànt, avec la longueur de cette bafe, un angle obtus , de maniéré qu’ils penchent vers le bout de cette même bafe. Au haut de ces montans eft une entaille propre à recevoir l’arbre ou axe d’une roue dont nous allons parler.
- 721. Sur un moyeu ou noyau/, terminé par deux hémilpheres pris au même morceau , dont la longueur détermine l’écartement des montans qui le portent, font percés huit trous qui reçoivent les fix rayons G de la roue , dont la circonférence eft formée par un cercle d’environ quatre pouces de large, & aux deux bords duquel eft une petite élévation formée par deux autres cercles d’environ un pouce de large & cloués deifus. Au centre du moyeu, eft un trou dans lequel entre à force l’arbre ou axe, dont les parties qui portent dans les montans, font arrondies & limées avec foin; l’un des bouts de cet arbre eft coudé d’un double coude pour recevoir la poignée ou ma* nivelle.
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- 722. Presqu’au milieu du banc & du même côté, font deux arcboutans M , M, qui s’aifemblent à tenon & mortaife dans le banc B, & dans les mon-tans E, E.
- 723. A l’autre bout du banc font deux autres montans N, moins hauts que les premiers, mais pofés de façon qu’ils vont en s’écartant l’un de l’autre pour pouvoir y placer une broche de fer plus ou moins longue, qu’on voit en
- a >fig- 9-
- 724. Cette broche eft deftinée à porter les rochets ou les bobines ; elle eft de longueur à tenir entre les deux petits montans N, N; fes deux bouts font très-pointus ; vers l’un d’eux eft réfervée une partie quarrée, fur laquelle eft une poulie de bois I, folidement enarbrée, & le refte de la broche eft rond.
- 725. La broche étant placée entre les deux montans, on palfe fur la grande roue & fur la poulfe, une lifiere fins fin, dont les deux bouts font coufus enfemble , au moyen de laquelle on fait tourner la broche.
- 726. L’usage de ce rouet eft facile à concevoir : quand on tourne la roue, la broche fait autant de tours que la circonférence de la poulie eft contenue de fois dans celle de la roue ; ainfi en accélérant la rotation de cette derniere , le devidage va aufti vire qu’on le déliré , la devideufe n’a d’attention que de conduire la foie avec la main gauche, pour qu’elle fe diftribue également furie rochet, en Portant de delfus le guindre ou de tout autre devidoir.-
- CHAPITRE II.
- Defcription d'un fécond dévidoir, avec la maniéré de s’en fervir.
- 727. La figure 1 , planche 7, repréfente ce fécond dévidoir. Sur un banc D, élevé fur quatre pieds, font placés deux montans d’environ trois pieds & demi, y compris les tenons; ils font affemblés parle haut par une traverfe d’environ quinze pouces, qui font l’écartement des montans ,dont les tenons font à queue d’aronde ; & par le bas, ils tiennent au moyen d’unç clavette , en-delfous de la bafe D ; fur leur hauteur & au milieu de leur largeur eft percé un nombre fuffifant de trous , à un pouce les uns des autres, pour recevoir & changer à volonté l’écartement des deux tournettes E, E : fur ces tournettes eft un écheveau de foie F , dont le bout G va fe rouler fur le rochet N de la figure 2 ; ces tournettes tournent fur des petites tringles de fer qui leur fervent d’axe. l,fig. JO, repréfente une de ces tour-nettes ; ce font deux petits barrillets, dont deux planches rondes forment les bouts. Près de leur circonférence , & à égale diftance les uns des autres, font percés huit petits trous, dans lefquels on fixe de petites baguettes, ce
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- i<?8 ART BU FABRICANT
- qui forme le corps du barrillet ; au centre de chacune eft-un trou quarré* dans lequel entre une efpece de cheville à tête percée d’outre en outre » qu’on appelle noix, faite de bois dur, dans laquelle palfe une petite tringle de fer , fur laquelle ils tournent.il faut faire attention que ces barrillets foient de longueur fuffifante pour que'quand les têtes des noix qu’on met au centre font en place, ils rempliifent à peu près P écarte ment des mon-tans du dévidoir. Deux de ces barrillets ou tournettes fuffifent'; on met un écheveau delfus, & on les écarte félon la grandeur de l’écheveau.
- C H A P I tT R E I I I.
- Defcription d'un troifieme dévidoir, & la maniéré de s’en fervir.
- 72g- Ce dévidoir eft celui qu’on voit planchz I,/zg. 11 ; il eft monté fur un banc A, quarré-long, porté fur quatre pieds G, G , G, G; au milieu de la planche qui forme ce banc, fuivant fa longueur, eft pratiquée une rainure B en queue d’aronde, dans laquelle glilfent, à frottement dur, deux pièces de bois C C, de quatre à cinq pouces de long, formant un pied aux deux tringles de bois D , D , qui fervent d’axe aux tournettes E , E. L’inf. peétion de la figure fuffira pour en donner une idée.
- 729. Sur les pieds qu’on voit en P, fig. 12, font plantées deux tringles de bois Q_, au haut defquelles eft réfervé un trou qu’y lailfe la pointe du tour fur lequel elles ont été faites. Ces tringles font celles qui fervent d’axe aux tournettes , fig. 11, même planche.
- 730. Les deux tournettes ou barrillets font à peu près pareils aux précédais, mais placés verticalement ; ils fervent à contenir l’écheveau; & par la facilité qu’on a d’écarter ces tournettes, elles fe prêtent à la grandeur toujours variée des écheveaux. Au centre de la partie inférieure de ces tour-nettes, eft un trou rond ; mais au-haut on fait un trou quarré, propre à recevoir les noix qu’on voit en R ,fig. 1 3.
- 731. Ces noix, dont la partie inférieure fe termine en pointe, eft un cône renverfé , fur la bafe duquel on réferve une queue quarrée qu’on place au centre de la planche d’en-hautà chaque tournette. O11 conqoit aifémenfc que la bafe du cône fert de rebord qui le retient à fa place , & que le pivot roule dans le trou qu’011 a réfervé au-haut des tringles de bois.
- 732. Au milieu de la longueur du banc, & fur le derrière, eftun montant F percé de plufieurs trous, dans lefquels on met une cheville G , dont l’office eft d’empêcher l’écheveau H de tomber de deffius le dévidoir (*). Quand à ce dévidoir on veut fe palfer de ce montant, il Lut que les
- (*) La rainure dans laquelle font les pièces de bois qui fervent de pied aux pivots des
- tournettes
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- te?
- ’tcuniettes foient faites de maniéré que la petite planche qui en forme le bas, ait deux pouces de diamètre de plus que celle du haut3 par ce moyen » on évitera que les écheveaux defcendcnt plus bas que 11e leur permettra leur écartement.
- 733. O bfovations fur Us anciens dévidoirs. On voit parla maniéré d’employer les anciens dévidoirs , qu’on ne faurait éviter que le bout de la foie qu’on dévidé, ne pafle continuellement dans la main delà devideufe ,pour être conduit & placé comme il faut fur le rochet. Quelqu’attention qu’on y apporte , le frottement d’une main échauffée, fuante ou naturellement hui-leufe, peut porter au luftre de la foie une altération fenfible. D’ailleurs, quand le bout de l’écheveau caffe, finit, ou fe dérange , il faut néceffairement que la devideufe porte fur ce même écheveau, la main droite dont on eft enclin à fe fervir plus fréquemment, foit qu’elle faffe tourner la broche dans fa main, foit qu’elle tourne la roue du rouet, dont elle doit toujours tenir la manivelle. Si cette main n’eft très-propre, & que la devideufe la porte fur la foie, elle 11e peut que nuire à l’éclat d’une matière qu’on ne faurait con-ferver avec trop de foin.
- 734. Quant à l’avancement du devidage, on en fera aifément ia diff<> rence, Jorfqu’on aura vu la defcription du rouet à quatre guindres, 8c la maniéré de s’en fervir. De plus, indépendamment de ce que la foie perd de fou luftre en paffant continuellement entre les doigts de la devideufe , elle perd auffi de fa force par le ferrement continuel qu’elle éprouve pour être roulée fortement fur le rochet ou fur la bobine 3 ce ferrement énerve la foie & lui fait perdre beaucoup de fa qualité 3 d'ailleurs ce duvet qui fait paraître aux yeux un efpece de velouté , & qui en rend la vue fi agréable, eft concentré par ce même ferrement.
- 735. Enfjn, quand la foie eft roulée fur le rochet avec trop de force, 8c qu’un bout vient à fe perdre, il en coûte non-feulement du tems pour le retrouver, mais bien fou vent une perte de foie très-confidérable. Ainfi tout •engage à fe fervir du rouet à quatre guindres 3 & l’on en fera bien plus convaincu , quand on connaîtra qu’il n’a aucun des défauts des anciens dévidoirs : c’eft ce qu’on verra dans la defcription fuivante.
- 736. lune faut pas cependant abandonner les anciens dévidoirs, parce •qu’on en a befoin pour le devidage des fleurets , cotons , filofelles , laine , poil de chevre, &c. Je parlerai de la maniéré de devider ces matières, immédiatement après le devidage des foies.
- tournettes, fert à les écarter ou à les rapprocher les unes des autres, fuivantles longueur» 4es écheveaux qu’on veut devicL’r.
- Tome IX,
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- A R T DU: F A B R I C A N T CHAPITRE IV.
- Defcriptim du rouet à quatre guindres (120).
- 737. La figure I de la planche II, repréfente le rouet tout entier, vu urî: peu de côté & par-devant, dont on. a ôté les quatre guindres pour l’intelligence de cette machine.
- 738-A » A, A, A, font les quatre montans du rouet qui en forment les angles, & qui lui fervent de pied ; leur hauteur eft de trente-deux pouces >. tout compris. Les ornemens qu’on y voit ne font pas nécelfaires ; il fuffit d’y r-éferver une partie quarrée haut & bas pour l’alfemblage ; chaque face de ces< pieds a environ trois pouces & demi de large..
- 739. B, B, font deux des quatre trayerfes d’en-bas, leur longueur eft de-trente pouces fans les tenons,, la largeur égale à celle des quatre pieds, &. l’épailfeur d’un pouce & demi.
- 740. C,.C, font les deux autres traverfes d’en-bas, dont la longueur, qui? eft de dix pouces fans les tenons, détermine la largeur du rouet ; ces quatre traverfes ont chacune deux tenons à chaque bout. On voit que ees quatre traverfes font alfemblées de niveau les unes aux autres, à environ deuxpoiu ces de terre;
- 741.1>,D , font deux des quatre traverfes fupérieures, dont les dimen-fions font les mêmes que celles C.C d’en-bas, & l’alfemblage le même, à deux pouces de l’extrémité des montans.
- 742. E eft la traverfe fupérieure de derrière; elle eft alfemblée de niveau avec les deux précédentes. F eft la traverfe fupérieure de devant; elle eft alfemblée à environ fix ou fept pouces de l’extrémité des montans, du refts les dimenlions font égales à celles de la traverfe de derrière..
- 743. Au. milieu de fa longueur eft uneraortaife deftinée à recevoir le petit montant G qu’on voit : la hauteur de ce petit montant eft de fix ou fept pouces au-delfus de la traverfe ; il eft de la mêmegrolîêur des quatre pieds, &-t.erminé de même par le haut.
- 744. A trois pouces du bout de la traverfe E, & à gauche du rouet, eft
- (120) Ce rouet, nommé dans les manuc- très ^ elles occafionnent une trop forte ten-fadures d’Allemagne Lioner fpulhmqfchi- fion. Les fils les plus faibles caftent fréquem-ne, eft le plus ingénieufement difpofé ; mais ment. On a un autre rouet quia moins de il femble n’avoir d’autre avantage que ce roues que celui de Lyon, mais qui eft fujet grand nombre de rouages. Des fabricans fia- aux mêmes inconvéniens. Auilî l’on préféré biles ont obfervé qu’indépendamment du généralement \zrouetàlafuiJJe,Schweitzçr bruit très-incommode que font toutes ces mafchim, comme étant plus fimple & plus roues qui engrennent les unes dans les au- commode. J’en donnerai les dimenfron$>..
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- D' E T 0 F F E $ BS S 0 I £
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- asne mortaife quarrée qui reçoit un petit montant H, pareil à celui dont nous venons de parler -, mais il eft placé par -deftous; il elt aufli de fix ou -i'ept pouces de longueur, & de même grolfeur que le précédent.
- 745. J, J, font deux pommettes, dont la forme qu’on voit ici ne fert -qu’à donner une idée 5 chacun peut les faire à fa fantaifie ; elles tiennent par leur tenon dans un trou pratiqué au haut de la face'extérieure des deux mon-rans de devant 5 leur ufage eft de porter deux des tringles de bois K, K, K, K, -qui fervent d’axe aux guindres.
- 746. Sur la longueur de la traverfe fupérieure de derrière le rouet, font trois trous, l’un au milieu qui reçoit la tringle de bois L, à laquelle on attache la lampe de la devideufe, au moyen de plufieurs trous qui y font .pratiqués. Les deux autres font vers les extrémités de cette traverfe, & reçoivent les deux autres tringles K , qui fervent d’axe aux guindres.
- 747. Sur la face du montant de derrière, qui regarde le petit montant H, & fur la face de celui-ci qui regarde le grand montant à droite , font deux coulilfes pratiquées dans l’épaiiîêur du bois venant de l’arête extérieure-, en biaifant du haut en bas ; on place dans cette rainure un coulilfeau de bois O, dans lequel eft enchâlfée*une petite piece P, de bois bien dur oti de corne , nommée grenouille, fig. 2, dans laquelle roule la pointe de la grande broche m ,fig. 3 , dont nous parlerons bientôt-
- 748. Les deux montans de devant, ainlî que le petit montant du milieu, •doivent avoir fur les faces qui fe regardent, de pareilles coulilfes, garnies de même & pour le même ufage.
- 749. Les grenouilles dont il eft parlé , font de petits cubes de corne d’un pouce j au milieu de chaune de fes fix faces, eft un trou conique, auquel •communique une rainure , pour pouvoir ôter les broches de leurs trous & les y remettre.
- 7fO. N, eft une piece nommée porte-courant, & F eft le courant. Nous •allons en donner le détail, fig. 4. Le porte-courant N eft une piece de bois de trois pieds & demi de long, de trois pouces de large & de deux pouces d’épaiffeur; fur fa largeur eft une rainure de quinze lignes de large & de neuf de profondeur, bien égale & bien unie j à l’extrémité qu’on doit placer à droite, les deux rebords de la rainure font abattus environ trois pouces de long, & cet excédent fe termine en pente vers le devant du rouet , ju£ qu’à l’arête inférieure du porte-courant j c’eft fur cette pente qu’on place les deux poulies L, qui ont un même axe I fait d’une cheville à tête , qui entre à frottement dur dans le porte-courant , comme on le ?voit fig. 4, ou cette figure repréfente le courant hors du porte-courant, pour découvrir l’arrangement des cordes qui le font mouvoir, ainfi que des roues dentées & des lan*
- bernons. A l’autre extrémité du porte-courant, & au milieu de la rainure, eft
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- A R T & Ü F A B, R LC A N T
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- «lie entaille dans laquelle on place une poulieP, dont l’axe ou cheville tra-verfe la largeur du porte-courant. Nous verrons ailleurs l’ufàge de ces poulies*.
- i. Le courant F eft une tringle de bois telle qu’elle puilie co uler aifément dans la rainure du porte-courarit N 5 fa longueur eft d’environ deux pieds & demi, & fon épaiifeur d’environ dix lignes ; à celui de fes deux bouts qu’on placera à droite , elb une entaille fur fon épailfeur, & dans laquelle on met une poulie K, d’un diamètre un peu moins fort que l’épaiifeur du courant ; cette* poulie reçoit une corde, dont on détaillera l’ufage. A l’autre bout du courant , eft une cheville à tète, à laquelle tient une ficelle où pend un contrepoids , & qui palfe fur la poulie du bout gauche du porte-courant.
- 7^2: Le courant eft percé dans fa longueur de deux rangées de trous, diftans. les uns des autres d’un demi-pouce, & en quinconce ; c’eft dans ces trous qu’on place les quatre guides. Les guides 11e font autre chofe que de petites pièces, de bois rondes, au bout defquelles on plante un fil de verre ou de fer, de trois ou quatre pouces de hauteur, tortillé en forme de fpirale, d’un tour & demi, tels qu’on les voit en R, R, R, R. Ces trous qu’011 voit au courant F de cette figure, font faits pour changer les guides de place , afin de diftribuer plus, egalement la foie fur les rochets.
- 753. On a coutume de mettre une planche fur l’efpace vuide entre le* porte-courant & la traverfe de derrière, pour fervir de table où la devideufe met diverfes chofes à fon ufàge.
- 75’4- Entre le pied droit de derrière du rouet & le petit montant placé-en-delfous de la traverfe fupérieure , eft une broche de fer //z, fig. 3 , dont les. deux bouts, très-pointus , roulent dans les deux grenouilles de corne dont on a parlé. Vers un des bouts de cet arbre ou broche, à droite, eft fixée, une poulie g de bois dur, dont la rainure a environ un pouce & demi de large, pour recevoir la lifiere fuis fin qui paife fur la grande roue.
- 7f.f. Environ au quart de la longueur de l’arbre , à droite & près dè l’autre extrémité , font deux autres poulies h , h , auftl de bois dur, ayant chacune trois rainures étroites , dans l’une defquelles pa/fe une corde fans fin , qui va faire tourner les deux broches P, P, de devant, dont nous allons parler. Il eft aifé de voir qu’011 pratique ainfi trois rainures à chaque poulie, pour que la corde aille toujours chercher en ligne droite la poulie de devant, & qu’on puilie aifément la changer de rainure.
- 7^6. Les broches P ,P , doivent être allez longues pour entrer jufte dans, les grenouilles qui les reçoivent. Le corps de ces broches eft rond & le plus uni qu’il eft poffible ; au milieu dè chacune eft une partie qu’011 réferve quarrée pour retenir folidement une poulie i, qui reçoit une des cordes fans fin , /, / , dont 011 vient de parler. La figure 3 repréfente la grande broche de derrière avec celles de devant? celle de derrière garnie de fa poulie g, & dè
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- ETOFFES DE SOIE:
- «elles h, h; & celles de devant garnies chacune de fa poulie i : une de ees broches enfile deux rochets K, K, dont un eft couvert de foie. Cette même figure repréfente les deux cordes fans fin fi fi telles quelles font quand il faut devider. C’eft fur les broches de devant qu’on place les rochets fur lesquels s’enveloppe la foie qui ’paffe par les guides. Ce n’cft pas ici le lieu de parler de la maniéré dont le vacillement du courant diftribue la foie fur les rochets : nous réfervons ce détail pour la fin de cet article.
- 757- Q_s fig- I 5 eft une marche, au moyen de laquelle on fait tourner la grande roue ; elle eft de la largeur de la traverfe fur laquelle elle eft fixée , & ièmblable à peu près à la marche d’un tour; elle eft arrêtée par une cheville à tête, près du montant de devant à gauche du rouet. Environ ja un pouce dé l’autre bout, font deux pitons folidement attachés avis, fi l’on veut, ou rivés par-deffous i dans l’anneau de celui de derrière paife une corde. R , qui y tient au moyen d’un gros nœuds cette corde va de la même maniéré dans l’anneau d’un autre piton planté dans la traverfe E, par-utuC”*', & y eft aufîi arrêtée par un nœud. Dans cet état, la marche ne frotte point par ce bout fur la traverfe , à caulè de la petite élévation oit la corde R la tient ; elle n’a de mouvement que de devant en arriéré, & décrit une portion de cercle, parce qu’elle eft fixée par l’autre bout, au moyen de la cheville m qui lui fert d’axe.
- 758- Assez fouvent on pratique fur la face de devant du pied gauche dm rouet, au niveau de la traverfe, un trou dans lequel on place la cheville n ; c’eft là que la devideufe met les écheveaux de foie qu’elle a préparés pour remplacer ceux qui finitfent fur les guindres : p >p ,fig. 3 , font les deux broches de devant, dont une eft garnie de deux bobines o, o , avec la foie deifus, & l’autre eft garnie de deux rochets r, r, ayant aufîi de la foie.
- 7%<$lDubanc & des roues. La figure 5 de la même planche repréfente le banc du rouet j il eft fans roue : ce banc eft fait d’une planche A , d’environ deux pieds de long, fans les tenons , fur fix pouces de large & deux pouces d’é-pailfeur j à un de fes bouts font deux tenons , dont fun entre dans une mor-taife-pratiquée au bas du montant de devant du rouet à droite ; & l’autre dans une autre mortaife prife fur l’épaifîèur de la traverfe B du devant du rouet y. à l’autre bout de cette planche font deux boules de bois, qui lui fervent de pieds pour la mettre de niveau avec les traverfes d’en-bas du rouet; environ ail quart de fa longueur, font deux montans B, B , d’une épaiifeur convenable & d’une largeur à proportion, folidement arrêtés fur les côtés du banc, à tenons & mortaife; la hauteur de ces montans eft d’environ vingt-un pouces , fans, les tenons; au haut de chacun d’eux eft une entaille arrondie au fond pou2 recevoir l’axe, fig. 3, de la roue fig. 7.
- 760. D ifig- 5 , eft une piece de bois qui exc.ede le montant fur lequel il eft
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- ART DU FABRICANT
- adapté, de Pépaidcur d'une des roues dentées qu’on voit en F, F,j%. i,pL IIÎ ; c’eft pour tenir la fécondé de ces roues dentées dans un écartement fuffifatit pour que la première puilTe tourner facilement entr’elle & le montant.
- 761. La roue eft compofée de deux planches affemblées à languette & rainure , elle a environ trois pieds moins un pouce de diamètre ; le bois de noyer fec eft fort bon pour cela. Sur les deux bords de fa circonférence, près de chaque angle, font attachés fur le plat de la roue, avec des pointes, deux cerceaux lailfant entr’eux Pépaiffeur de la roue qui fert de rainure, ainfi qu’on le voit fig. 8 > pi U, qui eft un profil de cette même roue ; a a font les deux cerceaux, & b eft le corps de la roue, fur lequel pâlie une lifîere fans fin, telle qu’on en voit une en F, pL II, fig. 1. Il faut que la roue ait environ dix-huit lignes d’épaiffeur. Ces deux cerceaux excédent la furface de la rou® d’environ trois à quatre lignes, & fervent auffi à contenir l’affemblage des deux planches,
- 762. Au centre de la roue ,fig. 7 ,pl. //, eft un trou quarré A, dans lequel, entre un noyau de bois très-dur, quarré au milieu, & terminé de chaque côté par deux hémifpheres pris au même morceau furie tour. Ce noyau a de longueur la diftance d’un des mon tans B , B ,fig. f, à l’autre, pour que la roue n® puilTe balotter en tournant : on peut voir ce noyau en B ,fig.9> vu fur fa longueur, & en C, fig. 10, vu du côté du trou qui reçoit l’axe.
- 763. L’axe qui porte la roue eft de fer j on le voit 6, dans la pofition qu’il tiendrait s’il était au centre de la roue, fig. 7 j il eft garni de fon lan-ternon & de fa manivelle ; à l’écartement des deux montans, font pratiqués deux collets ronds ,fur lefquels il tourne dans les entailles des montans ; on voit cet arbre en C ^fig. 4 > pl. II ; le renflement qu’on voit au milieu , eft quarré & entre dans le noyau ; à une de fes extrémités eft un quarré auquel on adapte une manivelle, qu’on ferre avec un écrou ; c’eft le côté de la devi-deufe : à l’autre bout,*qui eft celui de dehors, eft un lanternon qui tient fondement à fon centre fur une partie qu’on a réfervée à l’arbre.
- 764. Au bout de la manivelle, au lieu de la poignée qu’on y voit ordinairement, eft une petite poulie qui roule fur une cheville de fer, dans le même feus que feroit la manivelle.
- 765. Le lanternon eft fait de deux plaques de fer : l’une eft toute ronde, & à l’autre eft réfervée une petite queue à laquelle eft adaptée une petite cheville de fer, qui fert d’axe à une petite poulie fur laquelle on fixe un des bouts de la corde qui fait mouvoir le va & vient, ainfi qu’on peut le voir en F & en G, fig- 4, pL //, où l’on voit le bout de cette corde attaché à la poulie dont je veux parler.
- 7S6. Au centre E eft le trou de l’axe commun à toutes deux; enfuite fonê g&rcés trois trous à diftances égales les uns des autres, dans un même éloi«
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- D'ETOFFES DE SOIF.
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- gnementdu centre; ces trois points font ceux qui déterminent un triangle équilatéral. On rive proprement trois fufeaux dans les trois trous qui fe corrcfpondent.
- 767. Dans cet état, on fixe le lanternon fur la partie de l’arbre qu’on a deftinée à le recevoir ( la poulie-en dehors) au moyen d’un écrou qu’on ferre par-delfus.
- 768. Sur le montant de dehors de la fig. 1 , pi. III, on voit une roue F dentée de trente-deux dents , retenue au moyen d’une cheville, dont la. tète entre à fleur dans la furface de la roue ; elle tient folidement dans le, montant, & cependant permet à la roue de tourner fur fon centre, en engrenant dans le premier lanternon.
- 769. Au centre de cette roue, eft un fécond lanternon, fait comme Ie: précédent>mais il a quatre i’ufeaux ; il fait tourner une fécondé roue F den-tee aufti, & qui porte le même nombre de dents.
- 77°* Cette roue, pour venir engrener dans le fécond lanternon , doit, être mife par-delfus la première roue dentée, où elle tourne facilement, au. moyen de l’écartement que la piece de bois D donne à cette roue, afin d’éviter le frottement & l’irrégularité de la rotation qu’une feule cheville ne pourrait prévenir.
- 771. SuR.le côté extérieur de cette fécondé roue, <&; auftî près de fa circonférence qu’il e.ft poflible , on place une poulie, au moyen d’une cheville à tête en prenant garde toutefois que cette poulie dans- fa révolution, ne rencontre celle qu’on a mife à la queue du fécond lanternon. O11 voit, cette poulie en a, fur la roue A de la./g. 4, pl.II. Dans cet état, la machine: eft toute montée, il ne refte plus qu’à la faire mouvoir.,
- 772. Il faut d’abord faire tourner la grande roue ; pour cela 011 attache-au piton de devant de la marche une corde, à l’autre bout de laquelle eft une-boucle qui palfe dans la manivelle de la roue. Il fuffit de pouflèr la marche en-avant pour faire tourner la roue.
- 773. Comme toute la méchanique qu’on a placée fur le montant extérieur, qui porte cette roue , a pour objet de faire avancer & reculer le va-vient ou courant, voici comment on y parvient,/’/. II,fig. 4. On fixe dans la poulie F du, lanternon E, qui tient à l’axe C .de la grande roue, le bout G de. la corde.H qui doit être d’une grofleur fuffifante pour cette opération * de là. on la fait pafler fur la poulie i, qui eft celle du deflus des.deux qui font ans. bout à droite du porte-courant, enfuite dans la poulie K qui tient au courant; de là elle revient fur celle L qui eft celle de deifous des deux qui font: au bout du porte-courant; de là fur la partie M du lanternon D, & enfim on la fixe fur la poulie a de. la deuxieme.roue dentée, au moyen d’une bolide ou.d’un noeud.
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- ART DU FABRICANT
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- 774. A l’autre bouc du courant, eft une c ^evilie ^ ^ à laquelle eft attaché* une corde O, de meme grofleur que celle de l’autre côté5 elle pafle fur la poulie P qui eft à l’autre bout du porte-courant, & defcend au-deifous du porte-courant d’environ quinze pouces ; au bout eft attaché un contre-poids Q_, de plomb ou de fer , &c. & d’une pefanteur fuffiftuite pour attirer le courant à lui.
- 77>. Il faut obferver, quand on pofe la corde , que les poulies qui font aux lanternons, & celle de la fécondé roue dentée, foient toutes du côté du rouet, dans la même direction.
- 776. Sur la grande roue eft une lifiere qu’on voit en G, 7%. 1 ,/»/.///, dont on alfemble les deux bouts en les coulant ; elle va palfer fur la poulie g à large rainure, que porte la grande broche m, fig. 3 ,77/.//, derrière le rouet, & la fait tourner. Deux cordes fans fin paflent fur l’une des trois rainures des poulies h9h9 que porte la même broche, & de là fur celles des broches i, i, qui font devant.
- 777. Pour faire les cordes fans fin, il faut bien fe garder d’affembler les deux bouts avec un nœud : car chaque fois qu’il paierait, il arriverait un fuutillement nuifible, & la corde fortirait des rainures 5 le meilleur eft d’ef-filoquer la corde à chaque extrémité , & de les joindre l’une fur l’autre, en les entortillant d’un fil; ou bien fans effiioquer ,.on peut coudre les deux bouts.
- 778. Si l’on fuppofe la machine en mouvement, on verra tourner les broches ,1e va-vient ira de droite à gauche, & fera^fa révolution de la maniéré que nous allons démontrer.
- 779. Dans quelqu’inftant qu’on prenne le va-vient, le calcul eft le même ; mais pour fimplifier les idées , prenons-le au bout de fa révolution. Quand la grande roue aura fait deux cents cinquante-lix tours , la première roue dentée en aura fait vingt quatre, la fecond-e en aura fait trois, & le courant fera revenu au point d’où il eft parti.
- 780. Il a fallu imaginer cette opération pour coucher la foie fur les ro-cliets dans toute leur longueur, & obtenir le bombement qu’on y voit; encore au moyeu du retour périodique & coudant des mêmes paftages de la foie, ne peut-on parvenir à un bombement parfait; & c’eft pour corriger ce défaut, que de tems en terris la devideufe eft obligée de changer les guides de trous. Ainfi la combinaifon de ce changement de guides, jointe aux effets du rouage, devient infinie (121).
- (121) J’ai promis de donner la defcrip- pl. III, repréfente la machine vue par-de-tion des dévidoirs à la fuifle, plus (impies, vant. Le corps eft un quarré-long, fait de for*-moins incommodes par le bruit des rouages, tes pièces de bois dur, aflemblées à tenons & propres à accélérer ou à retarder le mouve- & mortaifes. Sa longueur eft de deux pieds ment fuivant la force de la foie. La fig. 7 , fix pouces , fa hauteur eft égale à la Ion-
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- 78 ï. Defcripti&n des nouveaux guindres, & de la manière de s'en fervlr. Les guindres dont ou Le fert pour le rouet de Lyon , ont cet avantage fur les
- gueur, & fa largeur eft de dix-huit à vingt pouces, a bcd font les montans & les tra-verfés qui compofent le corps de la machine. € f font deux montans fur lelquels porte la roue^. Le haut de la machine eft un chaffis /z, partagé fur fa longueur en deux parties égales par une forte traverfe L La moitié antérieure reçoit quatre bobines, Spulcn, k, placées à égale diftance l’une de l’autre,qui tournent horizontalement fur leur broche. L’autre moitié du cadre elt couverte d’une forte planche /, arrondie d’un côté , & nommée à caufe de cela la lune, Moud. Sur cette planche font élevés perpendiculairement & à diltance égalé l’un de l’autre, cinq piliers m , qui portent quatre guindres n, placés horizontalement dans leurs trous. Lorfqu’on ne fe 1èrt pas des guindres, on peut les plier comme on le voit en o, pour y étendre les écheveaux. La roue perpendiculaire g , d’environ dix-huit pouces de diamètre, porte fur un arbre horizontal p, d’environ quatre pouces, dont les deux extrémités repofent furies deux montans e f. Le tourillon porte en <h fis• 8 , une petite manivelle, à laquelle tient une bafcule r , qui va fe joindre au piton de la marche s. La marche eft atta-ehée avec du cuir à la traverfe antérieure d, aiin qu’en appuyant, on puilfe faire mouvoir la roue. Chaque bobine porte à fon extrémité une petite poulie t, dans laquelle vient paiTer la même corde fans fin qui entoure la grande roue. Cette corde montant depuis la grande roue en u, pafie par-def fus la première poulie t, & par-dellous la fécondé, qu’elle embraffe toute entière pour paffer de même par-delfous la troifieme & la quatrième ; après quoi elle va paffer de l’autre côté de la grande roue. Au moyen de ce méchanifme très -fimple, on conçoit qu’en appuyant fur le marche-pied, on fait tourner la roue & les quatre bobines. Le fil des mateaux de foie, placés fur les guindres, s’attache à chaque bobine , & à induré Tome IX,
- qu’elle tourne, il paffe du guindre fur la bobine.
- Mais comme la bobine fe chargerait dans tin feul endroit, il a fallu trouver le moyen de guider le fil dans toute la longueur de la bobine. Voici comment on s’y eft pris pouf cela. Dans la traverfe i qui partage dans fa longueur le chailis /z , eft entaillé entre chaque bobine, un trou oblong pour recevoir une piece étroite v, qui avance & recule commodément. Ces petites pièces font allez longues pour occuper prefque tout l’efpace où fe meuvent les bobines, & pour paifer encore un peu plus loin que le trou dans lequel elles font enchâüees. Chacune de ces pièces eft attachée à un montant perpendiculaire iu, au moyen duquel on peut la faire avancer ou reculer horizontaiément. Ces montans, de deux pieds de long,font ferrés entre deux jumelles x ^figures 8 & 9. Les jumelles font deux pièces d’un pied de long fur deux pouces de large, pofées perpendiculairement fur la traverfe inférieure d. Leur diltance eft telle que les montans w puiifent s’y mouvoir librement fur l’axe z. Ces quatre montans, avec leurs pièces horizontales, s’appellent les guides, JTcifcr , parce que chacun porte une petite aiguille de bois t-z t furmontée d’un anneau de ftl-de-fer , où paffe la foie. Pour faire avancer & reculer les guides, on a imaginé un méchanifme particulier. Entre les deux montans e/, & derrière la grande roue, eft placée une traverfe a a ,fig. 8 & 10, qui peut fe mouvoir avec fes rouages qu’ellé porte dans les montans a b. Au milieu de cette traverfe a a * & vis-à-vis du noyau de la grande roue g, eft fixée une roue dentée b b yfig. 10 , qui en-grene dans les entailles de l’axe p ; de maniéré que lorfque la grande roue tourne , elle fait auffi tourner la roue dentée avec la traverfe. Vis-à-vis de chaque guide, & dans U longueur de la traverfe a a, font attachées quatre pièces de bois en forme de cœur c c.
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- autres , qu’ils fe prêtent à l’écartement qu’exige la variété dans la grandeur des écheveaux de foie; au lieu que les autres étant d’une grandeur fixe, iî faut en avoir à tout étage.
- 782. La fig. 2 , pL III, repréfente ce guindre tout monté. A & B font de petites pièces de bois rondes, de quatre pouces & demi de diamètre, dont la circonférence elt divifée en lix parties égales ; de chaque point de divifion jufqu’au centre, eft une rainure en queue d’aronde, dan laquelle gliife à frottement dur une des douzes traverfes C, qui ayant la liberté de s’avancer & reculer, augmente ou diminue à volonté le diamètre du guindre.
- 783- Les fix traverfes qu’on deftine pour le haut du guindre ont environ fix pouces de long, ce qui donne au plus petit écartement environ treize pouces de diamètre ; & celles d’en-bas en auront fept, ce qui donnera quinze pouces de diamètre: elles font terminées en pointes, pour recevoir chacune deux des douze montansD.
- 784. Ces montans D, D, &c.- font de rofeau fendu en deux, la furface polie en-dehors ; ils ont onze pouces de long; à chacun de leurs bouts eft un trou qui reçoit les pointes des traverfes C C.
- 785'- La planche ronde A qui porte les traverfes qu’on deflinera au haut du guindre , aura un trou quarré à fon centre , dans lequel entre une noix E de bois dur , fig. 2, qu’on collera à fa place , terminée en pointe très-aiguë * & qui roule fur le haut de la tringle qui porte le guindre, dans un trou qu’on y pratique exprès. Celle d’en-bas B aura feulement un trou rond pour recevoir l’axe du guindre.
- 786. Pour monter le guindre , on fera entrer dans chaque pointe des traverfes d’en-haut des deux montans D, D, qu’on fixera fur ces pointes avec un gros fil; enfuite prenant un montant de chaque traverfe voifine, on les fera entrer dans une pointe des traverfes d’en-bas, où on les fixera de même avec un fil, ce qui donnera la figure d’un V ; puis prenant à droite ou à gauche celui que cetce première opération aura laide feul, on le joindra dans la traverfe d’en-bas , avec un de la traverfe fuivante d’en-haut ; & continuant
- fig. 8 & 10 ; les montans io portent en dd, de petits rouleaux mobiles, fur lefquels les cœurs c c venant frotter à mefure que la traverfe a a fe meut, cartent plus on moins les montans , & font avancer & reculer les guides fidvant l’inegale rondeur des pièces ç c. De cette maniéré, le fil de foie parcourt jfuccefiivement toute la longueur de la bo’-bine, fur laquelle il s’arrange également. 'Comme la longueur des bobines n’effc pas
- toujours la même, on a percé de differens trous la traverfe fupérieure des guides, afin d’y pouvoir placer convenablement l’aiguille qui porte le fil. Les guindres tourneraient trop vite, & la foie ne ferait pas affez ferrée fur la bobine. Pour prévenir cet inconvénient , on a des poids garnis d’ün cn> chet de fil-de-fer, que l’on accroche à l’axe des guindres.
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- D' E T O TE ES D E SOIE.
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- ainfi jufqu’à la fin , on aura unzig-zag circulaire, & le guindre aura la forme d’un cône tronqué.
- 787. Des rockets & bobines propres a. devider la, foie. Les rochets font des efpeces de poulies de bois léger, dont la rainure a environ quatre pouces de long, & dont le corps eft égal & uni ; les deux ailes ou rebords font en talud en-dedans du rochet, «St à angle droit par-dehors ; ainfi l’épaiifeur de chaque aile étant près du corps du rochet de trois lignes, donne quatre pouces <Sc demi pour longueur totale : au centre eft un trou d’environ trois lignes & demie de diamètre , par où paife la broche ; le diamètre des ailes eft d’environ quatorze lignes, & celui du corps du rochet eft de fix lignes. La fig. 3 repréfente un rochet vu de profil, & la fig. 4 repréfente un autre rochet vu en perfpedive.
- 788- Les bobines different des rochets, en ce qu’elles font un peu plus longues que ceux-ci, & qu’elles n’ont qu’une tête; on la fait beaucoup plus grande qu’aux rochets, pour pouvoir'les placer debout quand elles font pleines ; alors cette tète leur fert de bafe ; le côté oppofé à la tête augmente infenfiblement de diamètre, & fe termine en rond. D’ailleurs elles font percées comme les rochets. La fig. S ? même planche , eft une bfflbine vue de profil, & la fig. 6 eft une autre bobine vue en perfpedive.
- 789- Les rochets font deftinés pour le devidage de l’organfin, & les bobines pour celui de la trame.
- 790. La raifon qui a fait préférer les rochets pour l’organfin , eft que quand 011 ourdit, il n’eft pas pofiible d’éviter les faccades;par conféquent les rochets 11e tournent pas uniformément, il y a toujours des tours de foie qui » fe fentant du relâchement, fortiraient, fans le rebord qui les retient : au contraire, quand on a dévidé la trame furies bobines, & qu’on veut faire les canettes , dont ilfera parlé en fon lieu, on place la bobine fur fa bafe ; & comme le déroulement de la foie eft continu & uniforme, 011 n’a pas à craindre qu’elle fe dérange, & l’opération en eft plus facile.
- 791. La diftindion des bobines & des rochets n’eft pas admife par-tout, il 11’y a guere qu’à Nîmes , à Avignon, & dans quelques villes voifines , qu’on la connaifle. A Lyon on les diftingue plutôt par le terme de rochets à une & deux tètes, qu’autrement ; & quand ils font pleins de foie, on les appelle canons à une & à deux têtes. A Paris & dans les lieux voifins , les fabricans onfc donné le nom de yolans aux bobines, pour les diftinguer des rochets.
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- no ART B 1T FABRICANT
- CHAPITRE V.
- Deferiptiou des trafufoir s.'
- 792. On appelle trafufage, l’opération par laquelle on démêle un éehs-.
- •veau de foie > l’inftrurnent dont 011 fe fert pour cela, fe nomme trafufoir i il y en a de deux fortes, celui à la lyonnaife , & celui à la nimoife. Tous deux rempliiTent également leur objet > mais le trafufoir à ]a nîmoife a fur l’autre un degré de perfection , que le lecteur fera en état de connaître 3 lorfqu’a-près la defcriptioii que je vais donner de tous deux, il pourra en faire la com parai fon. .
- 793. Du trafufoir à la lyonnaife. La figure 11 , planche III, repréfente ce trafulbir fur une bafe A , formée par deux pièces de boisaflèmhlées en croix, au moyen d’une entaille à mi-bois à chacune ; au centre de cette croix eft un trou dans lequel on plante avec force un montant B , d’environ cinq pieds trois pouces de hauteur, tel, à peu près, qu’un pied à perruque. O11 fait ordinairement ce montant au tour , foit pour y former quelques moulures,; foit pour le ftndre plus poli, de peur qu’il n’accroche la foie qu’on met fans celle deffus pour trafufer; on peut, pour plus de propreté, former au bas. de ce montant un tenon par où il entre dans la bafe , & qui fèrt en meme tems. de cheville pour affembler la croix. Le haut du montant eft quarré, ainft qu’on le voit dans la figure ; fur une de fes faces eft un trou quarré qui perce d’outre en outre, & de grofleur à recevoir jufte le tenon d’une groffe ehe^ ville G, fur laquelle on met les écheveaux pour trafufer.
- 794. Cette cheville, longue de trois pieds , qui a un tenon quarré , entre-dans la mortaife pratiquée au haut du montant : elle doit être néceflaire-ment faite au tour,& le plus polie qu’il eft poftîble,pour que la foie ne puiffeyêtre accrochée..Immédiatement après le tenon quarré, eft un rebord coupé à angle droit de chaque côté ,un peu arrondi par-deffus, & élevé d’environ trois ligues fur la cheville qui va en diminuant infenfiblement vers; l’autre bout , auquel on forme encore un rebord arrondi des deux côtés-Leur effet eft d’empêcher la foie de tomber d’un ou d’autre côté.
- 79L Sur une face du montant , à angle droit avec la cheville C, en elî •une autre D de fix pouces de long, fans le tenon, faite en petit comme la grande , excepté que fon tenon eft rond , & qu’étant une fois mife en place , on ne l’en ôte plus ; fon ufage eft de recevoir des écheveaux trafufés, que la de vide u fe place fur les guindres à mefure que les autres finiffent. i . i-
- 796. Le trafufoir eft placé devant le rouet, au côté gauche de la devi-deufe , de maniéré que la grande cheville foit fuivant la longueur du rouet, gour que la devideufe puiffe trafufer en dévidant : ce qui eft d’autant plus
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- facile j que la feule a&ion du pied met en mouvement toute la machine.
- 797. Du trafufoir à la nîmoife. La fig. 2 , pi. IX, repréfente ce trafufoir attaché à deux cordes folidement fixées au plancher au moyen de deux pitons ou clous : 011 voit une cheville A, à peu près pareille à la précédentes excepté qu’au lieu du tenon quarré, on en pratique un petit rond à deux rebords, par où elle tient à une des deux cordes B , B } l’autre corde a à fou extrémité une boucle que le rebord de l’autre bout empêche de glilfer, 8c qui permet de mettre & d’ôter de deffus la cheville, les écheveaux de foie à la volonté de la devideufe. Ce trafufoir eft fufpendu au-deffus du rouet, & dans le même feus que l’autre, de façon à ne point gêner le mouvement des guindres , & à une hauteur convenable pour que la devideufe, étant aifife, puilfe trafufer facilement. Tel eft le trafufoir à la façon de Nîmes : on voit jufqu’à préfent qu’il a fur celui de Lyon le mérite de la {implicite; nous verrons autre part s’il eft plus commode.
- CHAPITRE VI.
- Maniéré de devider & de fe fervir du trafufoir, foit de Lyon, foit de
- Nîmes.
- 798- L’un des deux trafufoirs étant mis en place, la devideufe s’afiîed fur une chaife un peu haute , & a foin , avant de commencer, de mettre un peu d’huile aux pointes de toutes les broches , & à l’axe de la grande roue ; puis pallant un mateau dans la broche du trafufoir, elle fépare les pantimes qui îe compofent.
- 799- Le mateau eft compofé de plufîeurs pantimes, 8c la pantimecontient plufieurs écheveaux ; la quantité de pantimes dont eft compofé un mateau n’eftpas déterminée. C’eft le teinturier qui le plus fouvent réglé cela : cependant, pour l’ordinaire , les mateaux font compofés depuis quatre jufqu’à fix pantimes ; & les pantimes, aufli depuis quatre jufqu’à fix écheveaux. Le foin de ce détail regarde plus particuliérement le fabricant, parce que ces dilférentes combinaifons font de fûrs moyens de reconnaître promptement ii le teinturier, qui prétend que la foie a foulfert du déchet du côté du poids» 21e le trompe pas.
- 8'-o. Quand la devideufe a féparé les pantimes & les écheveaux, elle tra~ fuie ces derniers un à un , 8c voici comme elle doit s’y prendre. Elle palfe 1 es deux mains dans l’écheveau, & leTaifant tourner fans celle fur la cheville & dans fes mains, elle fépare avec le pouce, 8c le premier doigt de chaque main, les brins de foie que la teinture peut avoir collés les uns aux autres, ayec beaucoup de foin > enfuite elle caiîê la centaine (*), 8c la refait d’une
- (*) Ba centaine eft une capiure faite par le moulinier fur chaque écheveau, afin d’en
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- maniéré plus (Impie. Quand elle a ainfi trafufe quatre écheveaux, elle eiï met un fur chaque guindre, place les guides où il convient qu’ils foient, palfe la foie dans leur anneau , & en fixe le bout fur chaque rochet, qu’elle a auparavant mis fur les broches ; en leur faifant faire avec la main quelques tours dans le fens où ils doivent tourner. Quand tout elt ainfi préparé , elle donne avec la main l’impulfion à la roue , & en continue la rotation au moyen delà marche avec fon pied, ainfi qu’on l’a déjà vu.
- 801. Quand le devidage elt entrain, elle continus detrafufer, afin d’avoir toujours des écheveaux prêts à remplacer ceux qui finilfent. Lorfque la foie en dévidant calfe, finit ou s’arrête ,1a devideufe plie fon écheveau , le met fur la cheville du trafufoir, de façon que rien ne puiife accrocher ni gâter la foie, & remédie aux divers accidens qui peuvent arriver. C’eft ainfi qu’elle s’y prend quand elle fe fert du trafufoire à la lyonnaife : mais fi c’eft de celui à la façon de Nîmes , elle peut y remédier fans quitter l’écheveau des deux mains ; car alors tenant l’écheveau de la main gauche , elle palfe fon bras dans l’écheveau qu’elle trafufe , & s’en fert comme d’un point d’appui, d’ou elle va remettre en ordre ce qui s’était dérangé, au moyen de la faculté qu’a cettrafufoir de fe prêter aux divers mouvemens du corps ; & c’eft en quoi il eft préférable à celui de Lyon, avec lequel il faut quitter fans cçlfe l’écheveau pour porter remede à ce qui fe dérange.
- 802. La devideufe ne doit pas garder fur la cheville du trafufoir tin. grand nombre d’écheveaux trafufés, qui fe mêleraient enfemble 3 mais il eft à propos qu’elle falfe un double nœud coulant à chaque écheveau, & qu’elle le place, ou fur la cheville du montant du trafufoir à la lyonnaife , ou fur celle du montant à gauche du rouet.
- 803. Elle doit aulfi avoir attention de changer de rochets ou bobines , quand ils font fuffifamment pleins de foie.
- 804. Il eft certain que ce rouet à quatre guindres eft beaucoup plus expéditif que les autres, puifqu’une devideufe y fait l’ouvrage de quatre autres : d’un autre côté, la foie ne fouffre aucune altération dans fon luftre, puifqu’elle ne fait d’autre elfort que celui qu’occafionne le mouvement qu’on imprim’e au guindre; au lieu qu’avec l’autre méthode de dévider, elle palfe fans cefle entre les doigts de la devideufe, ce qui ne peut que nuire à fon éclat.
- 8.05. En vain obieéterait-on que dans le trafufage la foie palfe dans les mains de la devideufe ; il fuffit de comparer ces deux fortes de frottemens : l’un eft continu & échauffe les doigts, au lieu que le fécond n’en eft pas un, c’eft
- arrêter le bout, qui fans cela ^embrouille- ce moyen on n’apas à craindre qu’un éche-rait aifément, de tenir tout le corps de l’é- veau fe mêle, à moins d'un accident partit cheveau, & d’en çonferver l’ouverture ; par culier, *
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- fin fimple coiitaél des doigts, qui étant fait avec ménagement, ne peut faire aucun tort à la foie.
- goé>. Au moyen de ce rouet, la foie fe roule fur les rochets bien moins ferme que lorsqu’elle paile dans lahnain;& quand quelque bout fe perd, on le trouve plus aifément & avec bien moins de ,déchet.
- 807. On peut devider de la trame & de l’organfim tout à la fois ; on peut aufïi devider de la foie de différentes couleurs ; car chacun des guindres peut être varié , tant en qualité qu’en couleur.
- 808. J’ai dit qu’il fallait que les trous des rochets & bobines fuffent plus grands que la broche du rouet qui les porte, n’eft grofî’e : c’efl par ce moyen que lorfqu’il fe forme une tenue à l’écheveau qu’on dévidé , le bout ne peut caffer , parce qu’alors le rochet relie immobile , & la broche continue de tourner j de plus , quand quelqu’un des bouts fe calfe ou finit, la devideufe n’ell point obligée d’ôter le rochet de delfus la broche * pour le renouer , puif-qu’elle peut arrêter le rochet ou la bobine, pour en chercher le bout, fans être obligée d’arrêter la broche. Ce n’ell pas qu’il ne puiife arriver qu’on foit obligé de retirer les rochets ou bobines de delfus la broche, comme dans le cas d’un bout perdu fur le rochet, de façon à ne pouvoir le trouver qu’avec la pointe d’une épingle.
- 809. La longueur ordinaire des rochets & des bobines étant de quatre pouces & demi ou environ, il eft évident qu’elle 11e peut remplir celle des broches ; ainfi, pour empêcher que ces bobines aillent à droite ou à gauche , ce qui nuirait aux combinaifons du va-vient & des guides, dont l’effet eft de produire un bombement, ainli qu’on l’a vu , on retient le rochet à la même place au moyen de deux petites rondelles de liege qu’on paffe dans la broche : ainfî le rochet n’ayant entr’elles que trois ou quatre lignes de jeu, ne peut pas trop s’écarter.
- 810. On ne faurait difeonvenir que cette méthode de devider 11e foit, en tout, préférable à toute autre i & même la dépenfe d’un rouet tel que celui dont je viens de parler, ne faurait détourner ceux qui voudraient s’en fervir» puifque le rouet le mieux fait, de la main des plus habiles tourneurs de Lyon , ne coûte que trente-fix livres. Cette fomme eflfûrement trop modique pour en empecher l’ufage, fur - tout dans des villes où les manufactures prennent quelqu’accroiifement, car l’avancement de l’ouvrage efl fuffifant pour indemuifer en peu de tems d'une aufïi petite dépenfe.
- 811. Par la différence que je mets entre les anciens dévidoirs & le rouet de Lyon , que j’ai annoncé comme une nouvelle méthode de devider, il paraîtrait que ce dernier efl abfolurnent nouveau ; il ne l’efl que pour les fabriques qui ne l’ont adopté que depuis peu de tems, & pour celles où l’on ne s’ea fert pas encore5 car le rouet à quatre guindres efl connu depuis le milieu
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- du dix-feptieme fiecle, dans la perfeéHon où il exifte actuellement ; il y U même apparence qu’on ne trouvera rien de mieux, puifque bien des recherches à ce fujet ont échoué. Tout ce qu’on avait pu trouver de mieux, après celui-là, a été le rouet à huit guindres, dont on a eflayé de fe lervir; mais il devient li compliqué & fi incommode, qu’on a été obligé de l’abandonner totalement. Je crois qu’on aurait peine à en trouver deux de ces derniers dans tout Lyon , encore ne s’en fert-on pas. Le tableau qu’on m’en a fait elt fi peu avantageux, que j’ai cru ne devoir pas prendre la peine de le décrire.
- 812. Au commencement de ce fiecle, un tourneur à Lyon, imagina im rouet à trente-deux guindres 5 mais il eut encore moins de fuccès que celui à huit.
- 813. Voici la meilleure notion que j’aie pu tirer de ce rouet, & l’idée que l’auteur en avait conque : il penfiit que trois ou quatre filles tout au plus, pourraient fuffire pour faire aller tous les guindres ; il en deftinait une pour tourner feulement, une fécondé pour trafufer les foies, & les deux autres pour avoir foin chacune de feize guindres , c’eft-à-dire:, pour veiller à ce qu’il ne manquât jamais de foies fur les guindres, pour dégager les tenues qui fe forment fur les écheveaux, pour nouer les bouts calfés ou finis, & pour changer les rochets ou bobines, quand les uns ou les autres font fuffifamment pleins de foie.
- 814- Quant à fa forme, ceux qui en ont vu quelques fragmens, m’ont dit qu’il était long autant que'feize guindres peuvent tenir d’efpace l’un à côté de l’autre, y compris l’intervalle nécelfaire pour agir librement ; ce qui devoit faire tout au moins une longueur d’environ dix-neuf pieds. Il devait y avoir conféquemment deux rangées de guindres, placés de maniéré que des deux filles qui en prenaient foin, chacune fût d’un côté delà longueur du rouet, & en face de l’autre.
- 81V Chaque côté avait huit broches femblables à celles du rouet à quatre guindres ; elles tournaient par le moyen de huit roues portées fur un feul axe, lefquelles correfpondaient aux poulies des huit broches par le fecours d’une corde fuis fin à chacune des roues. Une fille aflife à une extrémité du rouet, faifait tourner les roues par le moyen d’une manivelle à un des bouts de leur axe ; à l’autre bout était un lanternon qui engrenait dans une roue dentée , pour en faire tourner trois, les unes fur les autres, par autant de lanternons attachés à ces roues ; à ces lanternons étaient attachées des ficelles qui faifaient mouvoir deux courans & leurs guides , & au bout de chacun defquels était un contre-poids.
- 816. La longueur de cette machine, qui ne pouvait être, comme je l’ai obfervé , moindre de dix-neuf pieds, & fa largeur moindre de quatre pieds
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- & demi, faiPaient fans doute une difficulté pour trouver des emplacemens convenables ; d’ailleurs, fans entrer dans le détail des défauts que fans doute on n’a pas fu corriger, celui de la dépenfe a pu feule le faire négliger. D’après la defcription qu’on m’a donnée de ce rouet, j’ai jugé que l’idée en avait été tirée des devidages des foies- grefes, communément appellées tavelles.
- CHAPITRE VIL
- Vf âge qu'on doit faire des anciens dévidoirs décrits dans le premier
- chapitre.
- 817. J’ai dit fur la fin des obfervations faites au fujet des anciens dévidoirs , qu’on pouvait les employer au devidage des filofelles , fleurets , cotons, fils, poils de chevre, &c. On le doit même , parce qu’on ne faurait dévider ces matières différemment. Le fécond dévidoir eft le plus convenable pour cela , à caufe des différentes grandeurs des écheveaux des unes & des autres ; car les écheveaux de filofélle ont autant de différentes grandeurs que de différentes fileufes les ont travaillés. Il en eft de même du fil & du coton, dont les écheveaux different fouvent entr’eux de plus de la moitié en grandeur : cela vient des différentes perfonnes qui fe mêlent de filer ou de faire filer , & des différens pays où l’on Dit ces filatures.
- 818* Il n’y a que la laine & le poil de chevre qui aient à peu près leurs écheveaux égaux , parce que l’une & l’autre font montés au moulin pour leur donner le double apprêt qui leur eft néceffaire : leur variété n’eft guere plus confidérable que celle des écheveaux de foie.
- 8i9- Toutes ces différentes matières font employées dans les manufactures des étoffes de foie : elles y fervent de trame-, c’eft pourquoi je me fuis cru obligé d’indiquer auffi à la fuite du devidage de la foie, les moyens né-ceffaires pour les devider.
- 820. J’ai déjà dit que le fécond dévidoir y était le plus propre, parce qu’il fe prête aux différentes grandeurs des écheveaux ; & qu’au cas que celui dont j’ai parlé ne foit pas alfez élevé & affez fort, quant aux tournettes , il eft facile d’y pourvoir. Cependant tous les trois peuvent être mis en ufàge, en les renforçant de même.
- 821. Le premier eft celui qui convient le moins, 8c malgré cela on peut l’employer facilement; mais au lieu de fe fervir d’un guindre fait comme les premiers , il en faut un qui s’élargiffe & fe rétréciffe félon la grandeur de l’écheveau qu’on lui deftine. La modicité de la dépenfe peut mettre les devi-deufes dans le goût de s’en fervir, quoique les autres ne foient pas bien coûteux.
- 822. Defcription du guindre. Ce guindre eft celui qu’on voit pL IV 1. Il
- Tome IX, A a
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- ART BU FABRICANT
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- eft compofé de deux pièces de liege AA, quarrées & de l’épailfeur la plus forte; fur une des faces de l’épailfeur font pratiqués deux trous aux deux extrémités de cette face, & traverfent cette épailfeur d’outre en outre : fur l’autre face à angle droit font pratiqués deux femblables trous, qui ne fe rencontrent point au milieu de leur longueur , & cependant fe croifentavec les deux premiers.
- 82 . Une de ces pièces de liege a au centre, furie plat, un trou de grandeur fuffifante pour tourner fans gène fur la tringle B, qui doit fervir d’axe au guindre : cette piece fervira pour la bafe du guindre.
- 824. L autre piece a aulîi un trou rond au milieu de fa largeur, mais moins grand que le précédent; & quoiqu’il traverfe aulîi la piece d’outre en outre , il eft plus grand par-delfous que par-delfus : il eft deftiné à recevoir une noix æ, faite de bois très-dur, en forme de cône. Au milieu du diamètre de fa bafe, en-deifous, elt un petit trou de deux lignes de diamètre & d’autant de profondeur, terminé en pointe pour recevoir la pointe de la tringle B » qui fert d’axe au guindre, & fur laquelle la noix doit tourner. Cette piece» dans cet état, fervira de couronnement au guindre.
- 825. Quatre baguettes C, C, C, C , de bois, fort unies, & pointues par un bout, font placées chacune dans un des trous de la piece de liege, que j’appelle le couronnement du guindre ; & quatre autres baguettes D, D , D, D, font dans les trous de celle qui en forme la bafe.
- 826. Aux bouts pointus des baguettes CCCC,DDDD, on fixe avec de la ficelle les montans EEEE, &c. faits de rofeau, de la maniéré qu’ori voit fig. 1 , qui repréfente le guindre tout monté.
- 827. Les baguettes doivent être d’u-ne longueur convenable , pour qu’en les faifant couler dans les trous du liege , dans lefquels elles entrent avec un peu de force, on puiife agrandir ou diminuer la circonférence du guindre , félon la grandeur de l’écheveau.
- 828 Avec tous ces dévidoirs on pourra fe fervir de la broche à la main, ou du rouet par préférence, à caufe de fou avancement; mais on pourra fe fervir avec bien plus d’avantage, de l’efcouladou.
- g29. Defcription de l'efcouLadou , & du la maniéré de s’enfervir. L’efcouladou , fig. 2 ,/?/. -/U, eft compofé d’une planche A, longue d’environ vingt pouces » & large de quatre : au milieu de fa largeur, & à un demi-pouce de chacun des bouts, eft planté folidement un petit montant de fer B , B , applati, d’environ quatre pouces de hauteur, dont le bout arrondi & recourbé forme une demi-boule. Chacune de ces demi-boules eft placée en face de l’autre, à la même hauteur , au moyen d’un écrou par-delfous ; au centre de chacune de ces demi-fpheres , eft un petit trou rond, terminé en pointe, d’une ligne» tout au plus, de diamètre a & d’autant de profondeur; au trou d’un des deux
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- D’ETOFFES DE SOIE.
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- fnontans communique une petite rainure d’une demi-ligne de largeur, dont le fond forme un angle aigu, par la rencontre des deux côtés s cette rainure vient joindre le trou obliquement du delfus du montant. Ces trous font deftinés à recevoir les pointes d’une broche de fer C, qui doit être d’une longueur égale à la diftance quife trouve entre les deux montans, dont les boules doivent fervir de grenouille à cette broche; fa longueur eft divifée en deux groifeurs différentes ; au milieu elle eft quarrée ; la partie à droite & jufqu’à un pouce du bout, eft oêtogone, & plus groffe du double, pour le moins, que la partie gauche, qui eft aufti odogone, quoique de beaucoup moins groffe ; chacun des bouts eft rond, & terminé en pointe très-aiguë.
- 830* La petite portion quarrée qui eft au milieu de la longueur , porte une roue qui n’eft formée D que par un cercle de fer affemblé fur une croix aufîî de fer, percée au centre d’un trou quarré , pour être pofée fur la broche qui-lui fert d’arbre.
- 83 t. Sur le côté mince de la broche on place les rochets a, fig. 3 , ou les bobines b, fig. 4, pour le devidage ; & l’autre côté fert à faire tourner la broche. La roue de fer qu’on voit ici, ne fert qu’à accélérer & continuer le mouvement à chaque impulfion.
- 832. De quelque dévidoir que fe ferve la devideufe, elle s’afîied & le place devant elle; enfuite prenant l’efcouladou, elle le met furfes genoux, & place un rochet ou bobine fur la broche ; il faut que le côté où eft le rochet, foit à la gauche de la devideufe, & conféquemment le gros côté de la broche à fa droite, ainfl qu’on le voit fous la fig. 2. Le rochet ou bobine, fur lequel on dévidé , doit tenir ferme la broche de l’efcouladou , afin qu’il ne s’arrête pas lorfque la devideufe tient le bout de foie un peu ferré.
- 833* La devideufe prend enfuite le bout de l’écheveau , le roule un peu fur le rochet, & avec fa main droite qu’elle tient à plat autant qu’elle peut, elle frappe fur la broche de l’efcouladou , en retirant- fa main à elle ; & pro-duifant le frottement Je plus rude qu’il lui eft poflible, elle imprime à la broche un mouvement de rotation qu’elle entretient en continuant toujours'' de frapper. Par le plus ou le moins de force, ainfl que par le plus ou le.„ moins de fréquence dans les coups de main, elle réglé la vîteffe de la rotatioir de fa broche , félon que la matière qu’elle dévidé l’exige.
- 834- La devideufe tient avec fa main gauche le bout de foie qu’elle conduit fur le rochet ou fur la bobine fur laquelle elle dévidé, & elle a foin, fi c’eft fur un rochet, de le garnir de foie également par-tout, en promenant fou vent fa main d’un bout à l’autre du rochet, jufqu’à ce qu’il foit plein, c’eft-à-dire, jufqu’à ce que la matière qu’elle dévidé foit à la hauteur des ailes du rochet ; après quoi, en conduifant bien le bout, elle peut en mettre encore delfus,
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- ART DU FABRICANT
- 3 BS
- obfervant d’aller en diminuant jufqu’à une certaine élévation qu’elle termine en arrondilfant. Fig. f , pl. IF.
- 835- Si c’eft fur une bobine qu’elle dévidé, le côté de l’aile de la bobine doit être près de la roue de l’efcouladou ; elle doit conduire le bout de foie de maniéré à former un cône, c’eft-à-dire, grofliifant toujours du côté de la tète de la bobine, & allant en diminuant du côté de la pointe. Quand la matière dévidée eft portée à la hauteur de la tète, & à la diftance convenable de l’autre côté, elle conduit fon bout de maniéré à groffir le milieu , & l’élever bien au-delfus de l’aile , & elle le termine en arrondilfant. Fig. 6.
- 83<5. Quelque matière qu’elle dévidé, & fur quelque machine que ce foit, c’eft-à-dire , foit fur une bobine ou rochet, elle doit ferrer le bout auffi fortement qu’il eft poiîible, & donner à l’un ou l’autre aifez de fermeté pour empêcher la matière qui eft delfous, d’en fortir d’elle-mème; ce qu’on appelle faire bien dur les bobines ou rochets, afin qu’ils n’éboulent point.
- 837- Les bobines & rochets qui fervent à devider des filofelles , laines, &c. doivent être plus longs & plus gros que ceux fur lefquels on dévidé la foie , & d’un bois plus dur, autant qu’il eftpoflible.
- 838- Comme c’eft pour trame que ces matières font dc-ftinées, du devi-dage elles vont aux canettes. On ne devrait fe fervir que de bobines pour les devider , parce qu’on en fait plus aifément les canettes. Il eft vrai qu’avec le rochet on craint moins le dégât que peut occasionner un devidage mal fait; mais en y faifant apporter toute l’attention qu’exige ce travail , on ne doit rien avoir à craindre.
- 839- En dévidant avec l’efcouladou, on eft fur de faire au moins trois fois autant de devidage qu’on en ferait avec les autres machines ; & d’ailleurs la rapidité avec laquelle on en fait ordinairement tourner la broche , fert extrêmement à rendre les rochets & bobines très-durs. Cette rapidité ne faurait convenir au devidage des foies teintes : aufti n’emploie-t-on jamais l’efcouladou à cet ulage.
- .f ..... .... - —- .... .gffia_ _1 , . *
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- JF*I GU RE I , devideufe qui travaille avec le dévidoir à tournettes. A eft la. femme qui dévidé ; B eft la broche de fer qu’elle fait tourner dans fa main droite , garnie d’un rochet fur lequel elle place la foie ; C eft le morceau de bois qui eft attaché à la ceinture de la devideufe , dans un des trous duquel
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- pofe la pointe de la broche de fer jD eft le dévidoir à tournette; E E font les deux tournettes ; F eft l’écheveau de foie qu’on dévidé, il eft pofé fur les deux tournettes ; G eft le bout de foie de l’écheveau que la devideufe tient entre les doigts de la main gnuche, de maniéré à le guider, pour qu’il fe roule à propos fur le rochet.
- Fig. 2, autre devideufe qui travaille avec le guindre. A eft la femme qui dévidé 5 B eft la bafe du rouet placé devant elle ; C eft la grande roue de ce même rouet, qu’elle tourne avec fa main droite; D eft le guindre ; E eft la tringle qui fert d’axe au guindre ; F eft la bafe de la tringle ; G eft un écheveau de foie placé fur le guindre ; H eft le bout de l’écheveau que la devideufe tient avec fa main gauche de maniéré à le conduire à propos, pour que la foie foit bien devidée.
- Fig. 3 , paquet de trois mateaux de foie pendus à une cheville qui eft plantée dans un mur; ce paquet tient à cette cheville au moyen d’un écheveau qui lie les mateaux par le haut.
- Fig. 4, planche portée par deux talfeaux, fur laquelle la devideufe pofe fes rochets & bobines.
- Bas de la planche.
- Fig. 1, afple à tirer la foie.
- Fig. 2, A, tringle de fer qui fe tient droite d’elle-mème , au moyen de ce que fa bafe eft faite en patte de poule; elle fert d’axe aux guindres.
- Fig. 3 , B, pierre percée qu’enfile la tringle de fer ou de bois qui fert d’axe aux guindres.
- Fig. 4 , guindre de rofeau.
- Fig. 5 , couronnement de ce même guindre.
- Fig. 6, bafe du même guindre.
- Fig. 7 , G, un des douze montans d’un guindre.
- Fig. g, FI, broche de fer avec laquelle on dévidé.
- I, rochet vuide.
- L, broche garnie d’un rochet plein.
- M, morceau de bois que la devideufe tient attaché à fa ceinture, dans un des trous duquel elle pofe la pointe de la broche avec laquelle elle dévidé.
- Fig. 9 , a , broche de fer du rouet.
- Fig. iQ , i , tournette du rouet.
- Fig. 11, dévidoir à tournettes, vu en perlpedive, garni de fes deux tour* nettes & d’un écheveau de foie.
- Fig. 12, Q_, une des bafes ou tringles qui fervent d’axe aux tournettes de ce dévidoir.'
- Hg> 13 ,R, noix des tournettes»
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- *90 ART DU' F A B R I C A
- Planche II.
- Fig. i , rouet à quatre guindres, vu en perfpetftive par-devant ; il eft dépourvu des guindres, du banc & des roues ; il porte les quatre tringles qui 1er vent d’axe aux guindres & le veilloir. Sur le devant font deux broches ,~ dont l’une eft garnie de deux bobines, & l’autre de deux rochets.
- Fig. 2, P, une des grenouilles du rouet.
- Fig. 3 , grande broche de derrière , garnie de fa poulie à large rainure, fur laquelle palfe la lifiere fans fin j & de fes deux poulies à trois rainures, fur lefquelles paflent les cordes fans fin qu’on y voit, ainfi que les broches de devant, que chacune de ces cordes fait tourner.
- Fig. 4, le courant du rouet hors du porte-courant, & placé par - defîus pour rendre plus intelligible l’arrangement des cordes qui le font mouvoir. On voit l’axe de la grande roue garnie de fa manivelle & de fon lanternon , avec les deux roues dentées , dans le même fens que quand elles font en travail. On a ôté la grande roue & le banc, pour les faire voir à découvert, afin de faire mieux concevoir leur arrangement.
- Fig. ç , banc qui porte la grande roue & les roues dentées qui font varier le courant dans fes révolutions : CC, font les deux pièces du banc: b eft le montant extérieur qui porte la grande roue, & par lequel les deux roues dentées font portées.
- Fig. 6, l’axe de la grande roue garnie de fon lanternon & de fa manivelle,
- Fig. 7, la grande roue vue en face.
- Fig. 8, la grande roue vue de profil.
- Fig, 9 , moyeu de la grande roue.
- Fig. îo, le même moyeu vu en face.
- Planche III.
- Fig. i, rouet à quatre guindres, vu en face du côté de la grande roue. Cette figure préfente les roues dentées, telles qu’elles font fur le rouet, ainfi que les lanternons ; elle préfente aufti la direction de la corde qui fait aller \e va-vient, par le mouvement de ces mêmes roues & de ces mêmes lanternons. On voit auiïî en G la lifiere qui fait tourner la broche de derrière. On voit en outre deux guindres garnis chacun d’un écheveau de foie , & portés fur la tringle qui leur fert d’axe..
- Fig. 2 , un des guindres fur lefquels on place les écheveaux de foie pour devider. . .
- Fig. 3 & 4, bobines vues de côté & en perlpedive.1 -
- Fig, ï & 6 , rochets vus de même. *
- Fig• 7, machine à devider à la fuifte , vue par-devant.
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- JD’ ETOFFES DE SOIE.
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- Fig. 3 , la meme machine vue par-derriere.
- Fig, 9 , jumelles qui ferrent les montans perpendiculaires.
- Fig. 10, traverfe mobile de la même machine.
- Fig. i T, trafufoir à la lyonnaife.
- Fig. iz , trafufoir à la nîmoife.
- Planche IV.
- Fig. I , guindre ou dévidoir.
- Fig. 2 , efcouladou garni d’une bobine prête à recevoir du fil.
- Fig. $, a, rochet vuide, fur lequel on peut devider les fleurets, &c.
- Fig. 4, b , bobine vuide. f •
- Fig. ï , rochet plein de fil.
- Fig. 6, bobiné pleine.
- Fig. 7, devideufe travaillant au rouet à quatre guindres. A eft le rouet vu en perfpeêtive , garni de fes quatre guindres , portés chacun fur la tringle qui lui fert d’axe j ces guindres ont chacun un écheveau de foie. B eft le trafufoir garni de quelques écheveaux de foie. C eft la devideufe ; on la voit ayant fa main droite paflee dans un écheveau de foie placé dans la grande cheville du trafufoir ; elle porte fa main gauche fur un autre écheveau , pour y dégager une tenue j'cette derniere aétion lui fait fufpendre le trafufage , où il faut néceflairement les deux mains. C’eft pour ne pas perdre de tems qu’elle n’abandonne pas l’écheveau qu’elle trafufe. D eft la chaife fur laquelle elle eft affifej cet ouvrage ne peut fe faire fans être affis.
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- J9z A R T D 0 FABRICANT
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- • SECONDE PARTIE.
- T rai t à de l'ourdiffage des étoffes de foie*
- 840. Introduction. L’art d’ourdir les chaînes & les poils pour les étoffes de foie, confiée à affembler tous les brins de foie dont une chaîne ou un poil doivent être compofes.
- 841. Les chaînes font compofées d’une quantité déterminée de brins de foie , fuivant le genre d’étoffes pour lefquelles 011 les deftinej car toutes n’ont pas la même quantité de fils , ni la même longueur. Ce font les chaînes qui, avec la trame, forment le corps des étoffes au moyen de la fabrication.
- 842. Les poils font de fécondés, troifiemes, quatrièmes, &c. chaînes qu’on ajoute aux premières ; ils font rarement corps avec l’étoffe à laquelle on les adapte ; le plus fouvent qn les deftine à former des deffins , des cannelés , des carrelets, &c. Souvent jnêriie dans un grand nombre de poils à une même étoffe, partie y forme des deffins, & le refte entre dans le corps de l’étoffe. Le velours ne peut fe fabriquer fans un poil au moins j il y en a même qui font fufceptibles d’en avoir quatre & même cinq ; il ne faut pas cependant confondre les uns avec les autres , à caufe du terme de fabrique qui défigne la fupério-rité des velours , par le plus ..grand nombre de poils : ainfi , quoiqu’on dife un velours deux poils, un velours trois poils, &c. il n’y en a néanmoins qu’un, dont le nombre des brins qui le compofent, effc plus ou moins grand ; mais les poils des velours dont je veux parler, font féparés les uns des autres , & d’une couleur oppofée.
- 843- Il y a des poils dont l’ufage eft de lier à l’étoffe la foie , l’or , l’argent, le cordonnet, &c. qui fervent à former les deffins qu’on y voit.
- 84L L’ourdissage de ces poils s’exécute de même que celui des chaînes : ainfi la chaîne ne différé du poil, & ne porte un nom particulier, que par rapport à l’emploi qu’on en fait. Je prie mes, ledleurs de ne les entendre que fous le nom de chaîne, parce qu’à leur emploi on^erra la fonction de chacun.
- 84L II a fallu trouver des moyens pour faire falfemblage des brins dont on compofe les chaînes, de maniéré à pouvoir les féparer les unes des autres , afin de parvenir facilement à fabriquer les étoffes j il a fallu en même tems trouver d’autres moyens pour donner à tous les brins d’une chaîne une longueur égale, & les multiplier autant qu’en eft fufceptible une étoffe pour laquelle 011 veut ourdir. Il était enfin néceffaire de donner aux chaînes toute la longueur dont on a befoin.
- 846. On n’a pu parvenir à préparer ces chaînes comme il le fallait, qu’au moyen des machines que l’induftrie a fait imaginer. Chacun a cherché à fuivre
- fur
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- les méthodes les plus faciles, fclon les machines qu’il avait adoptées, & malgré cela les méthodes ont encore varié, ainfi qu’on le verra par la fuite. Les différens goûts qu’on a introduits dans les étoffes de foie ont beaucoup multiplié les difficultés dans les ourdiffages.
- 847. Les étoffes rayées en font des preuves certaines ; il faut, pour ourdir les chaînes pour les étoffes dont les rayures font nuancées, bien entendre l’art d’ourdir ; il faut y être encore plus expert pour vaincre les obftacîes qu’on trouve dans l’ourdilfage des rayures doubletées , tripletées & quadrupletées ; on ne peut parvenir à ourdir les unes & les autres, qu’en multipliant une des principales machines dont on fe fert pour cette opération, je veux dire la cantre. On trouve des rayures dans le genre de celles que je viens d’indiquer, où il faut jufqu’à trente de ces cantres pour un feul ourdiffoir, afin d’éviter les fautes dans l’ordre qu’on doit faire tenir aux couleurs des foies qu’on eft obligé d’y employer. Cette multiplicité de cantres n’eft néceffaire qu’en our-diffant à lalyonnaife; car il y a des villes de manufactures où par une intelligence plus éclairée on fuit une méthode plus expéditive , beaucoup moins embarraffante, & avec laquelle néanmoins on parvient à ourdir toute forte de chaîne, de quelque genre qu’elle foit, & de quelque nombre de couleurs 8c de nuances que les rayures foient compofées ; une feule cantre fuffit alors pour un ourdiffoir. Nîmes, Avignon, & quelques autres villes tiennent à cette méthode.
- 848- Il eft furprenant même que Lyon, qui eft fans contredit la première ville de l’univers pour la fabrication des étoffes de foie, ne fuive pas cet ufàge , que je peux dire , non-feulement d’après mon expérience , mais de l’aveu des plus habiles fabricans & des premiers ouvriers , être la plus facile 8c la plus parfaite de toutes celles qu’011 a fuivies jufqu’à préfent, ainfi qu’on le verra en fon lieu.
- 849. Il a fallu que les ourdiffeurs de Lyon , ainfi que ceux des villes qui ont adopté leur maniéré d’ourdir , aient imaginé des cantres moins volumi-neufes que celles dont on fe fert communément, afin que la quantité qu’on eft obligé d’en avoir, ne tînt pas un auffi grand efpace. Toutes les cantres & tous les ourdiffoirs ne font pas conftruits les uns eomme les autres, ainfi qu’on le verra par les deferiptions & par les planches où feront repréfentés les uns & les autres.
- 850. La maniéré d’ourdir les chaînes pour les étoffes de foie , tient en général de celle d’ourdir les chaînes pour les toiles de fil ou pour les étoffes de laine; leur analogie eft, quant'à l’affemblage des brins, & quant à l’ordre principal qu’on y obferve pour les longueurs des chaînes, pour l’égalité de la longueur de chaque brin, & pour que ces brins puiffent être féparés, fans que l’un nuife à l’autre dans fa fon&ion. La différence qu’il y a entre
- Tome IX, B b
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- ART B U'F A FRIC A NT
- in
- Fûurditfage des chaînes de foie & ces dërnieres . vient des ourdiffoirs 8c des; cantres. Les tifferands & les drapiers nomment cette derniere machine eanelier..
- 8?i. Il eft vraifemblable que la maniéré d’ourdir les chaînes de foie eft tirée de celle d’ourdir celles de laine & de fil pour les toiles , puifqu’ancienne-ment on fe fèrvait pour celles des étoffes de foie, d’un ourdilfoir femblable à peu près, à celui du tilferand, mais plus parfait & plus régulier, comme-devant fervir à une matière plus délicate & plus précieufè que le fil : nous avons encore en France des-villes de manufactures , telles que Tours, où l’on emploie cet ourdilfoir.
- 852- De plus , il eft certain qu’en Europe on a connu ieshoiles Si les étoffes de laine avant que celles de foie y fulfent introduites î c’eft de la Chine , de la Perfe, & de queîqu’autre partie de l’A-lie , que nous avons reçu la maniéré de cultiver les foies : les procédés qu’on employait dans La fabrique des étoffes de laine & des toiles , a fans doute donné des lumières pour fabriquer celles de foie î mais je ne crois pas que nous ayons pénétré dans la méthode des Asiatiques, pour les ourdilfages , &c. Je fonde ee que j’en dis, fur quelques rapports vagues qui m’en ont été faits , & encore plus fur des deffms que j’ai vus au fujet de tout ce qui concerne les foies dans l’Afie. Ces deffins viennent deKangton, ville capitale d’une des plus confidérables provinces de la Chine* Un de ces deffins repréfente une opération d’ourdiffage, qui différé totalement des nôtres j il paraît par ce deffin, que l’ourdiffage & le pliage fe font tout à la fois. Cette maniéré d’opérer me paraît d’autant plus impoffible , qu’il fau* drait >.pour y parvenir, qu’une cantre contînt autant de rochets qu’il faut de brins de foie pour compofer une chaîne} les rochets qu’on voit à la cantre de cet ourdiflage, y font debout ,-ils ne tournent pas jJa foie fort par le haut enfe déroulant, tous les brins paffentfur de petites tringles de fer qui font placées, horizontalement par-deffus, de forte que les rochets étant placés fur plusieurs rangs, il y a une tringle pour les brins de foie de chaque rang ; ces. tringles font plus élevées les unes que les autres, & forment entr’elles une efpece de gradin , dont la plus haute eft la.plus reculées
- 853- J’ai d’autant plus de doute de la poffibilité d’un ourdilîage dé cette-
- nature , qu’il eft incompatible avec le foin qu’il faut donnera quatre mille-rochets à la fois, & quelquefois à un nombre bien plus confidérable ; car il y a des chaînes compofées de quinze mille fils. Par la maniéré dont les rochets; font placés , il régnerait une inégalité de tenfion fi grande entre les brins de foie , qu’on ne pourrait aucunement fabriquer les étoffes : ce qui augmente encore mon doute, c’eft que dans le deffin il n’y a1 rien qui ferve de guideaux-brins de foie, pour.les faire.poferpar ordre fur l’enfuble qui fert d’oiir-diffoir. "... .u
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- Ü' ETO F F ES DE SOIE.
- Bf4- J’Aï pnéfumé que ces definis avaient été faits fur des rapports va-rguess car de tous ceux que j’ai vus fur cette matière, c’eft-à-dire, fur ces différentes opérations des foies, il n’y en a pas un qui préfente une maniéré poffible d’opérer.
- 8ï5". J’ai jugé par celui qui repréfente l’ourdiffage, qu’on avait pour méthode d’ourdir portée par portée , comme quatre-vingt fils par quatre-vingt fils, ou autre nombre déterminé fur chaque rochet, & qu’enfuite on mettait à la cantre autant de rochets qu’il fallait de fois, pour une chaîne , le nombre de fils que contient un rochet. Par ce moyen on peut parvenir à finir Pour-* diffage en pliant; mais il faut une machine qui ferve de guide aux portées* pour qu’elles foient placées en bon ordre fur l’enfuple ; il faut aufli trouver quelque moyen par rapport aux rochets , pour que toutes les portées foient également tendues , fans quoi on ne faurait fabriquer l’étoffe.
- 8f6. J’ai cru devoir donner une idée de cet ourdiffage , pour que ceux qui auront vu cette maniéré d’ourdir, en la comparant avec la nôtre, ne reftent pas en doute fur fon impollibilité,, à caufe de la grande différence qu’ils trouveront entre Pun & l’autre.
- 857. Les différentes conftruCtions des deux efpeces d’ourdiffoirs dont nous nous fervons en France ( car outre l’ourdiffoir long dont j’ai déjà parlé, nous employons encore l’ourdiffoir rond ); & les variétés qu’on rencontre dans la conftruCtion des cantres, m’a fait juger que fi l’on a atteint à la perfection de l’ourdiffage, ce n’a été que par degrés.
- 8^8- J’ai dit plus haut que dans certaines villes on employait l’ourdiffoir long 3 mais dans les villes où la fabrication des étoffes eft mieux entendue , on fe fort par préférence de l’ourdiffoir rond; non pas que le premier foit inférieur au fécond ,car il a l’avantage fur lui, de rendre les longueurs des portées dont une chaîne eft compofée,beaucoup plus égales ; mais il eft moins expéditif, & beaucoup plus fatigant pour ceux qui s’en fervent.
- L’ourdissoir rond a plus de propreté que le précédent, il tient moins d’efpace ,1a longueur des chaînes eft plus facile à déterminer, & la foie étant plus aifée à conduire, donne une forte de perfection aux chaînes que l’our-diffoir long ne faurait leur donner.
- 860. A Paris , & dans quelques autres villes de manufacture , 011 emploie l’ourdiffoir rond ; mais on fe fort avec cet ourdiffoir, de la cantre droite ou du jet, qui eft une efpece de cantre droite , inférieure à l’autre.
- 861. A Lyon , à Nîmes, à Avignon , &e. on fe fort aufli de l’ourdiffoir rond , mais on y a joint la cantre couchée : la cantre droite lui eft beaucoup inférieure & n’a en fa faveur que l’habitude que l’on a de s’en forvir, & l’avantage de tenir moins de place que l’autre.
- 862. Avec l’ourdiffoir long 011 ne pourrait employer la cantre droite que
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- ART DU FABRICANT
- très-difficilement, c’eft-à-dire, q.u’en ajoutant quelque chofe à fa conftruc-tion : j’en donnerai les raifons quand je traiterai de i’ourdilfage avec cette cantre ; mais avec l’ourdilfoir rond on peut fe fervir de toutes deux.
- 8^3* Il faut nécelFairement employer un des deux onrdiiToirs &une des deux efpeces de cantres ; quels que foient ceux qu’on adopte, on parvient également à ourdir toute forte de chaîne :1a différence confifte feulement dans le plus ou le moins de célérité & de perfection qu’on y trouve.
- 864. Il faut avoir fait l’expérience de l’un & de l’autre des deux ourdiffoirs, ainlî que celle des différentes cantres, pour décider de la préférence qu’on doit leur accorder > car en général, chacun tient à la méthode qu’il a adoptée. J’ai dit mon fentiment à ce fujet: ileft fondé furies expériences que j’ai faites des uns & des autres : aufurplus, pour mettre le ledeur à portée de comparer les deux différens ourdiffoirs, ainfi que les deux cantres , je donnerai une defcription exaéle de chaque efpece de l’un & de l’autre ; & après que j’aurai relevé leurs défauts & leurs avantages , chacun adoptera ce qui lui paraîtra le plus convenable.
- CHAPIT RE PREMIER.
- Defcription de V ourdiffoir long { 122).
- 8L’ourdissoir long 11’eft autre chofe qu’un chaffis de bois de chênel allez folide pour pouvoir être démonté fans rifque j il eft repréfenté 1, pL /, dans toutes fes proportions. Pour ne pas charger mes defcriptions de détails des d'imenfions, j’ai mieux aimé mettre au bas de chaque planche une échelle graduée avec foin, dont on pourra fe fervir.
- 866. Deux longues traverfes A & B font alfemblées haut & bas par leurs tenons aux montans C , D, qui portent les mortaifes. Sur leur longueur, qu’on divife en trois parties égales, font deux autres montans E, E, affemblés auffi à tenons & mortaifes.
- 867. Tel eftl’ourdifloir long qu’on place contre un mur, où on le retient folidement au moyen de pattes ou happes de fer.
- 868- Au milieu de la largeur des deux montans C, D, des extrémités , font pratiqués fur leur longueur, environ vingt-deux trous à égale diftance les uns des autres, dans lefquels 011 fixe à demeure autant de chevilles pareilles à celles G, G.
- 869. La première cheville du montant C, doit être placée fur îa même
- ( 122) Les opérations de l’ourdilîage, qnierent par la pratique l’art de Amplifier en ail. das Scheren, font décrites ici dans tous ces différens procédés, un grand détail. Les ouvriers intelligent ac-
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- D'ETOFFES DE SOIF.
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- ligne que celles a, a, qu’on voit à la traverfe d’en-haut, & dont on expliquera l’ufage.
- 870. Aux mon tans du milieu E, E, font deux rangées de trous pareils aux autres, dans lefquels on fplace les chevilles errantes b, b. On les appelle errantes , parce qu’elles n’ont point déplacé fixe , ainfi qu’on le verra.
- 87r. Toutes les chevilles ont la même forme que celles qu’on voit en G, & leur longueur fans le tenon eft de fix pouces ; il ell à propos de les faire au tour, pour plus de propreté : alors on y réferve deux rebords pour empêcher la foie de fortir de deffus ; & le tenon qu’on y voit ell de la groffeur du trou qui le reçoit.
- 872. La place nécelfaire pour cet ourdiifoir n’eft pas indifférente ; il faut, autant qu’on le peut, qu’il foit en face d’une ou de plusieurs fenêtres; 011 pourrait même le placer au milieu d’une chambre, fi le mur était trop loin du jour : alors on le fixerait par bas avec des pattes dans le plancher , & par le haut avec des étaies roidies contre le plafond dans tous les fens.
- 873. On a, pour plus de clarté, repréfenté fur cet ourdiifoir une chaîne ourdie ; il eft évident que fi la longueur de l’ourdiffoir eft déterminée & connue , pour ourdir une chaîne d’une longueur donnée', il fuffira de compter les allées & venues. Tout ceci s’entendra mieux quand on détaillera l’opération.
- 874. Le croifement qu’on voit entre les chevilles a , a, s’appelle envergeure, ainfi que celui que retiennent les chevilles errantes b, b. L’envergeure eft un moyen très-ingénieux de réduire à un ordre alfez (impie une immenfité de fils dans lefquels, fans cela, il ne ferait pas polfible de fe reconnaître : auffi nous verrons quel foin on prend pour la conferver jufqu’à la fabrication entière de l’étoffe pour laquelle on ourdit une chaîne.
- CHAPITRE II.
- Defcription de la cantre couchée, propre à Vottrdiffoir long.
- 87<f. On nomme camre( 123)un bâti de bois, fur lequel font diftribués des rochets pleins de foie, dont on forme la chaîne d’une étoffe.
- 876. La fig. 1 ,/*/. //, repréfente une de ces contres , vue un peu de côté 5 on la nomme cantre couchée , pour la diftinguer de celles où les rochets font en hauteur , & qu’on verra par la fuite.
- (123) La cantre, en ail. Scherlatte, eft volonté, au moyen d’un fupport attaché par beaucoup plus fample dans les manufactures une charnière à la traverfe fupérieure du allemandes.' Elle s’incline plus ou moins à bâti, ou cadre qui forme la machine.
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- ART DU FABRICANT
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- 877. A, A font les deux mo titans de devant, & B, B font ceux de derrière; ces derniers ont environ cinq pouces de hauteur plus que ceux de devant; on verra bientôt pourquoi. A environ trois pouces du bas , ils reçoivent à tenons & mortaifes, les deux traverfes G, C * qui déterminent Ta longueur de la cantre, & celles D, D, qui en fixent la largeur.
- 878- Au milieu de la hauteur des montans de derrière , font affemblées d’autres traverfes E,E,F, F, parallèlement à celles ,du bas. Le parallélogramme qu’elles forment au milieu, eft féparé en deux parties égales, par une autre traverfe G, affemblée par les deux bouts dans celles E, E. La traverfe G eft percée fur fa longueur , & au milieu de fa largeur, de vingt trous, de deux ou trois lignes de diamètre, dont011 va faire connaître l’ufage.
- 879. A pareilles diftances & pofition font pratiqués fur les faces intérieures des traverfes F, F , de femblabies trous, & en même quantité ; mais ils ne pereent point ces traverfes d’outre en outre , & ne vont qu’environ à moitié de leur épaiffeur ; à chacun de ces trous communique une petite rainure qu’on a eu foin de repréfenter fur la figure, & dont l’ufage eft de donner entrée à chaque broche de fer qui enfile ces trois trous : ainfi on conçoit combien il eft elfentiel que ces trous des trois traverfes foient dans un même alignement.
- 880. Au haut de chacun des quatre montans , eft un tenon qui reçoit les traverfes H, H, auxquelles on affemble les deux traverfes J, J. Ces dernieres, auxquelles on attache autant d’anneaux ou d’agrafFes de verre qu’il y a de broches ( 124), doivent répondre perpendiculairement au milieu de chaque divifion de la cantre , formée par la traverfe G.
- 881- Lorsqu’on emploie des anneaux, on voit en L, fig. 2 , la maniéré dont on les attache. Si on préféré des agraffes , on a repréfenté en M ^fig. 3 , le nœud dont on les embralfe; puis on noue les deux bouts de la ficelle par-delfus la traverfe , affez fortement pour que par la fuite ils ne puiffent aller d’un ou d’autre côté, chaque anneau devant répondre perpendiculairement à chacun des rochets; caria traverfe à anneaux, la plus balfe, détermine le devant de la cantre, afin que les deux hauteurs différentes des rangées d’anneaux puiffent préfenter au premier coup-d’œil deux divifions. On verra dans l’opération l’ufage qu’on en doit faire.
- 882. N repréfente une des broches de fer qui fert pour les deux divifions , & qu’en terme de manufacture on nomme efiijfures. On peut, pour plus de commodité , fermer le deffous des deux divifions avec des planches fort minées, de forte que les rochets paraîtront être dans un double tiroir.
- 883* La hauteur des montans de devant eft de deux pieds huit pouces,
- (124) Dans la plupart des fabriques aile- truite, ces anneaux ou agraffes de verre font mandes, où la cantre eft différemment conf- inutiles.
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- feux de derrière ont trois pieds 5 la longueur totale de la cantre eft de quatre pieds quatre pouces ,& fa largeur eft de dix-neuf pouces 5 lesrochets font eu* viron à vingt-un pouces du bas de la cantre.
- CHAPITRE III.
- Maniéré d'ourdir avec I ourdiffoir long, en fe fervant de la cantre décriter dans le chapitre précédent»
- S84- L’ourdisseuse place la cantre en long, en face de l’ourdiffoir, & à «nviron quatre pieds de diftance, de la maniéré qu’on voit en la pi. 11 ,fig. y,
- 88î* La première opération eft de déterminer le nombre des rochers qu’exige la chaîne ou le poil qu’elle va ourdir.
- 886- Pour Amplifier les idées dans une matière aifez compliquée, je ne parlerai pour le préfent que des chaînes unies, me réfervant de parcourir dans un autre tems tous les genres de rayures dont une chaîne peut être com-pofée.
- 887* La quantité de fils dont an forme une chaîne, fe divife en portées & en mufettes.
- 888- Communément parlant, chaque portée eft compofée de quatre-vingt fils, & on nomme mufette la moitié d’une portée. Ce nombre déterminé de quatre-vingt fils ne regarde dire&ement que le fabricant, qui doit lavoir de combien de portées la-chaîne de telle étoffe ou de tel poil doit être compofée» A Paris, & dans quelques autres villes, la portée n’eft compofée que de quarante fils i mais comme les villes où les fabriques font les plus, fortes & le mieux entendues ont adopté la portée de 80 fils, j’entendrai toujours ce* nombre , quand je parlerai de portées.
- 889* Les poils ne different des chaînes que par les divers emplois qu’on en* fait ; on ourdit les uns ainfi que les autres , Amples, doubles, triples, &c. La méthode eft la même pour tous , & le calcul du nombre de fils , mufettes & portées, doit quadrer avec la fournie des fils dont une chaîne ou un poil* doivent être compofés.
- <590.. Ourdir Ample, c’eft compter un fil pour un. Ourdir double ou triple, c’eft compter deux ou trois fils pour un , & ainft du refte; de forte que, quand on dit qu’on a ourdi telle étoffe à quarante portées Amples , cela* Agnifie que le nombre de fils, à raifon de quatre-vingt par portée, fera de-3200} fi les portées font doubles, le nombre des fils fera de 6400, & ainfi des; autres 5 & néamoins dans l’ordre de l’ourdiffage, les portées doubles , triples,, &c. ne font comptées que comme Amples : 011 en verra les raifons 3 quand jr traiterai de la. fabrication des étoffes..
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- 89T. J’ai dit qu’en général la portée était compofée de quatre-vingt fils : cela eft vrai, relativement au calcul qu’en doit faire le fabricant ; mais par rapport à l’ourdilfeur, elle n’eft point fixe ; elle peut auffi bien être de foi-Xante , cent fils , &c. que de quatre-vingt. A l’ourdilfoir long , ce qui la détermine effc l’aller & le retour ; c’elt-à-dire, pour la longueur de Pourdilfoir > le double du nombre de rochets avec lequel 011 ourdit. Quant à la mufette, elle 11e varie point, c’eft toujours la moitié d’une portée. Il peut arriver que le nombre des portées d’une chaîne foit pour le fabricant de quarante, & que pour l’ourdilfeufe il foit de cinquante , ou plus ou moins : cela dépend du nombre de rochets avec lequel elle ourdit : je m’explique.
- 892. Si pour quarante portées elle ourdit à quarante rochets , elle n’aura juftement que les quarante portées à ourdir, puifqu’alors elle remplit le calcul du fabricant i mais fi elle n’emploie que trente rochets , il faudra nécefi. fairement qu’elle ourdiffe un plus grand nombre de portées, pour compléter le même nombre de fils ; ainfi elle ourdira cinquante-trois portées & un tiers de portée. Pour cela il fuffira à la première mufette de la cinquante» quatrième portée, de mettre vingt fils au lieu de trente.
- 893. Récapitulation. A quarante rochets, quarante portées font qua^ tre-vingt mufettes, lefquelles à quarante rochets chacune, donnent
- pour nombre total de fils................................... 3200.
- * 894- A trente rochets , cinquante-trois portées font cent fix mufettes , lefquelles à trente rochets chacune, donnent un nombre de
- fils de....................................................31&O.
- g9f. Le tiers d’une portée équivaut aux deux tiers d’une mufette, qui font ds vingt fils, ci............... . ..................20.
- Total des fils. . . 6400.
- 896. Si au contraire l’ourdiffage fe faifait avec cinquante rochets, il faudrait bien moins de portées. Il eft vrai que la cantre qu’on a vue 11e peut pas contenir ces cinquante rochets j mais on verra par la fuite , qu’on en fait même de plus grandes encore: ainfi, fuppofons qu’on en ait une de ce nombre, il fuffira d’ourdir trente-deux portées i car trente-deux portées font foixante-quatre mufettes qui, à cinquante rochets, donnent trois mille deux cents fils.
- 897. J’Ai jugé à propos de préfenterau le&eur ces calculs, pour que dès les premières notions d’une opération qui Ya devenir de plus en plus difficile , on eût fous les yeux les principes qui lui fervent de bafe.
- 898- Il ferait fans doute plus à propos que l’opération de l’ourdilfeur s’accordât avec les calculs du fabricant ï mais outre les méthodes que chacun adopte, & dont on ne veut pas fe départir, une partie de foie peut venir à
- manquer,
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- manquer, ou bien on peut n’en avoir pas fuffifamment de devidée} alors quelques ourdifleurs préfèrent de multiplier les portées, à ce que d’autres appellent trancanage*
- 899. On nomme trcmcancige 9 une opération qu’il eft à propos de faire quand la foie manque j elle confifte à tranfporter en parties égales, fur un nombre déterminé de rockets , la foie qui refte fur quelques-uns»
- 900. Quand on ourdit avec un plus grand nombre de rockets que les portées du fabricant ne le marquent, l’ourdiffage en va bien plus vite} car alors, ainfi qu’on la vu, le nombre des portées n’eft pas fî grand : mais cette précipitation ne peut qu’être nuiflble à l’étoffe, attendu que la mufette devenant plus groflè, le pliage de la chaîne eft moins parfait : on verra dans le traité du pliage, la raifon de ce que j’avance ici.
- 9© T- On ne faurait donc affez recommander d’ourdir à petites mufettess i’ourdiffage, le pliage & conféquemment l’étoffe ne peuvent qu’y gagner»
- 902. Dès que l’ourdiffeule a déterminé le nombre de rockets qu’il convient d’employer, il 11e s’agit que Sencantreu
- 903. On appelle encantrer, l’a&ion de placer les rockets pleins de foie fur les broches de la cantre dans les deux divifions. On voit, fîg. 19pL III% deux rochets fur chaque broche} enfuite on pafle le bout de foie de chaque rochet dans l’anneau de verre qui lui eft perpendiculaire , comme on le voit fig. f , pL //, ayant foin que la foie fe déroule toute du même côté} par ce moyen , il eft aifc d’appercevoir fi quelque rochet ceffe de tourner, ce qui j, fans cela, ferait fort difficile. D’ailleurs, comme l’ourdifTeufe eft obligée d’avoir fans ceffe les yeux fur les rochets en ourdiflant, cette diverfité lui fatiguerait la vue.
- 904. Comme les anneaux de verre font en deux rangées, dont Tune eft plus élevée que l’autre, il eft évident que les bouts de foie de chaque divi-lion font dans un même alignement, & que, quoiqu’on tienne la totalité de ces bouts, on diftingue encore la féparation venant de chaque divifion , produite par la hauteur différente des traverfes à anneaux : on Verra par la fuite quel précieux avantage on tire de cette féparation.
- . 90Quand tous les bouts de foie font ainfi paffés, l’ourdifTeufe les réunit & les noue tous enfemble ; puis tenant ce nœud de la main gauche , elle paffe la droite dans la féparation que forment les deux traverfes à anneaux, la conduit jufqu’au nœud , & accroche la foie par cette féparation , à la première cheville du montant à gauche de l’ourdiflbir, & reprenant de la maiit gauche la totalité des fils qu’on nomme braffe, elle les y fait gliffer jufqu’à ce que fa main foit parvenue à une hauteur convenable pour enverger plus commodément.
- 906. Enverger ou cncroifer font deux termes dont la lignification eft 1» Tome, IX» Ce
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- mêmej mais comme Gelui d'enverger eft plus généralement reçu dans les manufactures, je m’en fervirai habituellement.
- ; 907. Cette opération , fort difficile pour la bien faire, confifte à placer fur deux doigts de la main droite , par ordre , tous les fils de la bralfie, de maniéré que chaque couple de fils forme une croix ou fautoir.
- •908. Le nom à'encroijer vient de la croix que forment ces fils ; & celui d'myerger vient de ce que quand l’ourdilfeufe a tout envergé , elle place la chaîne dans cet état fur l’ourdiffoir, en fubftituant à fes deux doigts les deux verges ou, chevilles qu’on voit au haut fur la traverfe , près de celle où tient le bout de la chaîne.
- 909. Nous avons dit que l’envergeure était un moyen fur de donner de l’ordre à l’immenfité de fils dont une braffe eft compofée. Comment en effet trouver autrement la véritable place d’un fil qui fe caffé? Plus le ledeur ira en-avant, plus il connaîtra l’utilité de cette invention: je vais entrer dans le détail de l’opération.
- . 91o. L’ourdisseuse tient la braffe de la main gauche, & enverge avec la droite de la maniéré fuivante. Pour mieux me faire entendre, j’appellerai première divifion delà cantre , celle qui eft plus près de l’ourdiffoir, & l’autre fera la fécondé ; elle pofe l’index furie premier fil de fou côté appartenant à la fécondé divifion , & relevant le pouce, elle le prend deffus ; puis elle reîeve l’index, fur lequel elle place le premier fil de la première divifion qu’elle met fous le pouce; dans cet état, il eft évident que ces deux fils fe croifent entre fes deux doigts , & c’eft ce qu’on appelle enverger; elle n’a plus qu’à conti-'nuer la même opération jufqu’au dernier fil; après quoi, fi l’on veut y faire .attention, on verra que le premier fil de la fécondé divifion fera fous l’index & fur le pouce; le premier, première divifion , fur l’index & fous le pouce; le fécond , fécondé divifion , fous l’index & fur le pouce ; le fécond 9 première diyifion , fur l’index & fous le pouce , & ainfi des autres : de forte que quand l’envergeure fera finie , tous les fils de la première divifion feront fur l’index & fous le pouce, & tous ceux de'la fécondé feront fur le pouce & fous l’index.
- 911. Cette opération une fois bien entendue , n’exige plus que de l’attention, pour ne pas changer l’ordre prefcrit.
- 912. Comme , par ce moyen , chaque fil eft placé à l’envergeure dans un feus contraire à celui qui le précédé ou le fuit, il eft clair que chacun fert de féparation à.fes deux voifins, qui, fans lui, fe trouveraient dans une même direction. Cette pofition refpeétive de chaque brin de foie, procure un moyen fur de reconnaître fi quelque fil s’eft caffé , ou fi- l’ourdilfeufe a manqué à l’alternative ; ce qui ferait, fans cela , prefqu’impoffible à réparer, devient on ne peut plus aile. Si c’eft un fil caffé , 011 peut aifément le renouer;
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- fi flenvergeure eft mal faite, il faut la recommencer de l’endroit où eft la faute.
- 913. On a dù voir, par le détail dans lequel Je fuis entre, que les deux divifions de la cantre font d’un grand lècours pour faciliter l’envergeure; ce n’eft cependant pas pour cela qu’on les a imaginées, püifqu’on peut aifé-ment enverger les Bis d’une leule divifion , en prenant far uh doigt le premier fil, fur l’autre le fécond', & ainfi du relie. Deux autres raifons les ont rendu néceflaires; la première eft, qu’il faut conferver, autant qu’il eft pcflî-ble, les deux pas d’envergeure pour celui qui fabriquera l’étoflfe , afin qu’il fafle couler fis verges plus facilement : 011 verra, lors de la fabrication, en quoi cela confille.
- 9 J 4. La fécondé raifon eft, qu’une cantre ferait trop longue , fi elle contenait cinquante ou foixante rochets dànsJ une feule divifion ; & les fils des extrémités devant être réunis au rnêrne point entre les doigts , feraient trop en rifque de calfer.
- 915. Quand l’ourdi/Teufe a envergé toute la b rafle, elle va placer cette envergeure comme elle eft fur les deux chevilles qu’on voit au haut de l’our-difloir long, près du montant à gauche, ce qui confifte à mettre la cheville à gauche en place du pouce , &‘ l autre en place de l’index. Enfidte tenant de la main droite une cheville à' deux têtes, telle qu’on la voitfig> 3 ,/>/..///> elle l’appuie contre la brafle, & marchant vers l’autre bout de l’ourdifloir fig. r, pi. //, elle fait couler la foie fur fa cheville jufqu’à ce qu’y étant arrivée, elle la place fur la première cheville en-haut, & reprenant encore cette brafle, elle revient fur fes pas de l’autre côté, & continue ainfi d’un bouta l’autre, jufqu’à ce qu’en comptant le nombre de chevilles, & calculant le nombre d’aunes , elle ait atteint la longueur'qu’on lui a ordonnée pour la chaîne qu’elle termine aux chevilles errantes , ainfi qu’on le voit fig. 1 ,/?/./.
- 916. On a déjà vu dans la defeription de lVurdifloir long, ce que font'les chevilles errantes > ce font elles auxquelles 011 plie l’extrémité d’une chaîne de la maniéré qu’on va voir.
- 917. On voit, fig- 1, pi. //, ces deux chevilles errantes. L’ourdifleufe pafle la brafle fur la première des deux qu’elle rencontre, de quelque côté qu’elle vienne, de là fous la fécondé où elle fait prefqüe un. tour, & va re-pafler fous la première. La figure que ce croifement décrit, réifemble on ne peut davantage à l’envergeure dont nous avons parlé ci-deflus : c’en eft une en effet ; mais au lieu que l’une eft formée par les fils un à un l celle-ci fera formée par les mufettes , puifqu’à chaque bout de la chaîne l’ourdifleufe mettra la brafle fur ces chevilles de la même maniéré.
- 918. Cette fécondé envergeure eft abfolument néceflaire pour,.le bon ordre de l’ourdilfage -, car quand on veut (avoir combien on a déjà ourdi de
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- portées, il Suffit de compter cëuë èrivergëùrë, mais elle eft encore plus m-difpenfable pour le pliage. , puifque fans elle on ne faurait plier une chaîné fur Menfuple. On verra ce qüe c’eft qu’un enfuple dans le traité du pliage des chaînes, qui fuivra immédiatement celui de l’ourdiflage.
- 919. Apres cette féconde ënvérgëurë, l’ourdiiTeufe retourne fur fes pas dans un ordre rétrograde à celui qu’elle avait tenu d’abord y ainfî, fi l’eti fuppofe qu’elle a occupé dix chevilles tarit à droite qu’à gauche, elle repalfe par la vingtième, puis, parla dix-rièùviërhe , enfuite la dix-huitîeme,& ainfî de fuite jufqu’à la première d’ou elle ëft partie.
- 920. Quand l’ourdiiTeufe ëft parvenue, en rétrogradant, aux chevilles d’eft-vergeure d’en-haut, corame alors elle fe trouve avoir la eantre à fa gauche, elle paife fous la braife pour l’avoir a fa droite > puis quittant la chevillé, elle prend cette braife de la main gauche, & eîiverge de là droite, comme la première fois ( ce qu’elle répété à chaque tour, tant en-hàut qu’en-b'üs ; avec eetté différence, qu’en-haut l’envergeure fe fait de fil à fil, au liéii qü’en-bas c’eft de mufette à mufette ); elle place cette envergeure fur les chevilles a , b ypUI, jig. i. Mais comme après avoir placé fa braife fur là première cheville dit montant à gauche , il faudrait envergër'dé nouveau en revenant aux chevilles d’envergeure, & qu’il, eft toujours avantageux de fimplifier les opérations, voici comme .elles y prend. Elle paife la main gauche dans l’envergeure, en mettant l’index à la place du pouce, & le poüce à la place de Tiiidex5 puis paifant un doigt, n’importe lequel, dans l’duvertüre'du pouce gauche, elle la fait gliffer plus loin que la première cheville du montant à gauche, place fon envergeure fur les chevilles, & niét la braife entière fur la première cheville du montant à gauche : & comme la fepâration qu’elle â Confervée forme naturellement avec la féparation dès tràverfes à àiilieaux de la eantre , une fécondé envergeure, elle la place fur lès chevilles deftiüées à la recevoir, ayant foin de faire fauter le fil.
- 921. On appelle fairq fauter te fit, ürië opération qui n’a lieu qüe dans les. chaînes unies, & qui coniifte à faire paffer le dernier fil envergé par-deffoüs-la braife, pour le faire devenir le premier de toute la mufette , fans lui faire perdre la paiition qu’il tenait ; autrëmënt oh ferait un feulera en-devant. J’ef-pere fuppléer ci-deffous à ce qui manque à cette defeription, par une explication détaillée, qui contiendra tous ces différens procédés.
- 922.. Le feulére , que quelques-uns nomment Jeurelle , eft oecafionné lor£ qu’en envergeant on ,prend deux fils de fuite du même fens; & comme le nombre de rocliets efl ordinairement pair, il eft évident que deux fils pris ainfipourun ,îe rendent impair, & par conféquent occafionnerorit un fécond feulere.‘Quand le remetteur ou le tordèur s’en apperçôivënt, ils les comptent pour un, & foht'obligés d’ajouter aux bordsde la chaîne autant dé-fils qu’il, s’eft trouvé de feuleres*.
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- £23. AvÊC toutes ceS'précautions, Fourdifleufe continue Ton travail juÉ <^u’à ce qu’elle ait complété le nombre de portées nécelîàire pour la chaîne pu poil qu’elle ourdit ; quand elle a fini, elle coupe fia brafle, l’arrête à la cheville où elle a accroché le premier bout, pafle un cordon de foie dans les féparations de l’envergeure que tiennent les chevilles, ainfi qu’on voitpl.HI, fig. 3 , en noue les deux bouts, & en fait autant à l’envergeure des mûfiéttes.
- 924. Dans cet état, il ne s’agit plus que de lever la chaîne de deifius Four-difloir; pour cet effet Fourdifleufe fie fert d’une cheville H,/?/./, d’envirôh deux pieds de long, faite au tour , polie, autant qu’il eft pcffible , allant en diminuant vers les deux bouts , & au milieu de laquelle eft une rainure : on a coutume de percer un trou à l’une de fies extrémités , & d’y pafler un bout dè ficelle pour pouvoir la placer contre un mur, à un clou ou autrement.
- 92î. D’abord Fourdifleufe ôte la chaîne de deflus lès chevilles errantes', & prenant la boùcle que lailfe au bout la derniere de ces deux chevilles, elle tord ün peu la foie fur elle-même; puis paffiant la main dans cette bouclé, elle fiaifit la chaîne qu’elle fait pafler par-là en retirant fa main, & formé un noéud coulant, dans lequel elle met la. cheville à relever à l’endroit de la rainure ; enfuifce par une forte tenfion, elle ferre ce nœud , & fixe le bout delà chaîné folidement fur cette cheville.
- 026. L’ourdisseuse roule la chaîne fur la cheville avec forcé,en' fait: crôifer tous les tours de la même maniéré que les arpenteurs relèvent leuir cordeau, & les enfans la corde de leur cerf-volant. On arépréfenfé cèt’té opération dans la pl. IV, fig. 1, où la pofture de Fourdifleufe exprime la force qu’elle y emploie: quand elle eft arrivée au premier bout de la chaîne, elle retire la foie de deflus les chevilles de la première envergëure, ainfi que' de' deflus là première cheville; puis palfant le doigt dans la boucle que forme cette derniere, elle tord ce bout comme elle a fait à l’autre , & le rouie' fuir la' cheville en venant vers une de fes extrémités, & enfin pafle le bout dé la. chaîne fous un des derniers tours, & ferre ce neeüd en tirant fortement â elle. On voit >pl. III, fig. 5, une chaîne relevée fur la cheville, & la riiaiiiëre dont on arrête le bout.
- 927. Maniéré de nouer les fils qui cafient en ourdififaht, & defubjlituer des rockets à ceux qui finirent. Lorfque l’ourdiffeufe eft occupée à conduire fa brafle d’un bout à l’autre de l’ourdilfoir , il arrive fouvent que quelque fil cafle , ou que des rochets fe vuident; aufîi doit-elle toujours avoir les yeux fur la c'ahtré , afin de voir ce qui s’y pafle,& d’y remédier fur-le-champ.
- 928- Dans l’endroit où l’on ourdit, vers les montans du milieu de Foinr-difloir, on fufpend au plancher deux bâtons, tels qu’on les voit en CC, pl. //, au moyen de deux pitons dans lefquels on pafle la ficelle qui eft à un de leurs bouts, & à l’autre eft un tenon qui entre dans une cheville à deux
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- tètes : comme le partage de l’ourdifleufe doit être libre * il faut que ces deux bâtons foient plus près de l’ourdilfoir.
- 939.'Si quelque fil calfe, ou qu’un rochet finifle , & que l’ourdifleufe ne s’en foit pas apperçue dans l’inftant, & même qu’elle ait fait plufieurs tours depuis, c’ell à l’un de ces bâtons qu’elle attache fa b rafle pour remettre e/n ordre , de la maniéré fuivante, les fils qui fe font dérangés.
- 930. L’ourdisseuse prend d’une main à la cantre la féparation que for- ' ment les deux divilions à l’endroit où le fil ne va plus, & de l’autre elle arrête au bout du bâton le plus prochain, en faifant quelques tours fur la cheville, la brade qui doit être tendue entre l’ourdilfoir & cette cheville ; enfuite elle fait couler cette féparation fur ion ourdilfage, en rétrogradant jufqu’à ce qu’elle ait trouvé le bout fini ou calfé ; & tâchant de le placer dans la dépara-tion qu’elle tient, elle le noue avec celui du rochet qui n’allait plus, auquel elle fait fuivre l’ordre de l’ourdiflage, le mettant par-tout où il manque , & le conduit jufqu’au bâton, d’où elle retire la brafle à laquelle elle joint ce fil, & continue d’ourdir.
- 931. Une attention que doit avoir l’ourdifleufe en allant & venant d’un bouta l’autre de l’ourdilfoir, elt de ne palier aucune cheville, & de ne pas prendre plufieurs fois la même: en effet, on conçoit que la longueur de cetjte portée ferait confidérabiement augmentée ou diminuée. Il eft aifé des’apper-çevoir.d’une pareille erreur; car dans l’un de ces deux cas, cette mufette croiferait fur les autres.
- 933. Obfervadons fur Us longueurs quon peut donner aux chaînes & poils. J’ai dit plus haut que c’eft le nombre des chevilles qu’on emploie , qui détermine la longueur d’une chaîne ou d’un poil: cela pôle, fi l’on connaît une fois la* longueur d’un ourdifloir, il. eft très-aifé de fixer le nombre de chevilles qu’en doit occuper telle ou telle chaîne.
- 933, U’ourdissoir. qu’on a vu, pi. I, eft fuppofé avoir trois aunes de long; chaque montant du milieu les divife par aunes, au moyen de quoi il fera aifé d’ourdir une chaîne à telle longueur qu’on voudra : on peut ajouter une ou deux aunes , en fixant au premier ou au fécond montant les chevilles errantes ; ainfi , fi l’ourdilfoir porte vingt-deux chevilles de chaque côté, & qu’on les emploie toutes, on aura trois fois quarante-quatre aunes , qui font cent trente-deux aunes. Un ourdifloir fufïtt ordinairement dans cette proportion; il eft aifé d’en conftfuire un plüs haut & plus long, ou bien de rapprocher davantage les chevilles les unes des autres, alors le nombre en fera augmenté. ' .*•
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- CHAPITRE IV.
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- Dejcription de Pourdiffoir rond, & des différentes pièces qui le compofent.
- De la cage de l'ourdiffoir.
- 934. La cage de Pourdilfoir', qui eft repréfentée/%. 6, pl. III, eft compofée par le bas des deux traverfes A, B , alfemblées au milieu en croix , au moyen d’une entaille prife fur leur épaiifeur à mi-bois. Deux autres pareilles traverfes alfemblées de même, forment le fommet de cette cage. Dans des mortaifes pratiquées à quelque diftance des extrémités de ces traverfes, haut & bas, font aifemblés les quatre montans E , E , E, E, dont la largeur & l’épailfeuj: font égales à celles des traverfes mifes en croix.
- 935. Comme 011 eft dans le cas de changer quelquefois cet ourdiffoir de place, les pièces qui en compofent la cage ne font point chevillées j (mais on la rend folide en mettant au bout de chaque bras de la croix fupérieure, deux étaies qu’on roidit obliquement, tant fur le côté que fur le devant, contre le plancher ou contre la muraille la plus voifine , de la maniéré qu’on juge le plus convenable.
- 936. Il faut que cette cage , ainfi que Pourdilfoir, foient pofés bien à plomb 5 & pour la monter comme elle doit l’être, on pofe d’abdïd la croix inférieure par terre , le plus de niveau qu’il eft poffi ble 5 enfuite on met deux montans fur la traverfe A , & on y alfemble la traverfe C par le haut, après cela les deux autres montans , & enfin la traverfe D ; ayant foin de paffer dans le montant qu’on deftine à être devant, le plot F, dont on donnera plus bas l’explication.
- 937. Le petit montant G qu’on voit au-delfus de celui qui reçoit le plot, eft alfemblé à tenon & mortaife, à environ fix pouces du bout de la traverfe D , & y eft chevillé ; au haut eft une entaille dans laquelle on met une poulie où palfe une corde à boyau, dont 011 verra l’ufage.
- 938. Au bout de cette même traverfe D , eft une petite mortaife qui la perce d’outre en outre, & dans laquelle on met aufii une poulie dans le même fens que la précédente.
- 939. C’est alors qu’on peut placer les étaies pous rendre cette cage folide j mais une attention qu’il faut avoir , eft que le trou qu’on a pratiqué au centre de la croix fupérieure, foit bien perpendiculaire avec celui d’en-basj l’ufage de celui d’en-haut eft de recevoir un boulon qui y tourne, ainfi il doit ^êtrerond; mais celui d’en-bas n’eft qu’une entaille quarrée, dans laquelle on place un cube£, de fer ou de cuivre, qui fert de grenouille, & fur lequel tourne le pivot de Pourdilfoir.
- 940. Quand cette cage eft folidement arrêtée, on pofe l’arbre eu palTant
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- fou boulon dans le trou d’en-haut, & on l’abandonne à fou propre poids ,r en mettant la pointe de fon pivot dans le trou de la grenouille b : fi l’arbre eft bien fait, & que la cage foit de niveau, il doit tourner aifément, & ne pas s’arrêter toujours d’un même côté, ce qui ferait voir que la cage penche par-là.
- 94r. La hauteur totale de cette cage eft de fix pieds & demi, & la longueur des traverfes eft de cinq pieds deux pouces.
- 942. Dfifcrîption d& Courdijfoir rond. On a cru, pour Amplifier la defcription de cette machine très-compofée par elle-même , devoir la repréfenter hors de la cage dont on vient de donner l’explication.
- 943. La fig> 7 repréfente l’ourdiffoL rond tout monté, & vu en face hors de fa cage. La piece du milieu A eft l’arbre ; c’eft une piece de bois à huit pans comme l’ourdiffoir, dont la hauteur détermine celle qu’on veut donner à l’ourdiffoir, mais qui doit avoir environ fîx à huit pouces de moins que la hauteur de la cage ; fon diamètre eft d’environ huit pouces.
- 944. Au centre d’un de fes bouts eft planté folidement un boulon de fer L,' d’environ deux pieds de long , dont un bout eft terminé en pointe & quarré ; à l’autre bout de l’arbre eft plantée, aufli au centre, une piece de fer N, quarrée, pointue par un bout, & percée de l’autre ; c’eft dans ce trou qu’entre le pivot de^er M, au moyen du tenon qu’on y voit. Il femble qu’il ferait plus fimple de faire le pivot tout d’une piece ; mais la pointe venant à s’émouffer, il faudrait démonter l’ourdiffoir pour mettre un autre pivot, au lieu qu’on change celui-ci très-facilement.
- 94£, Sur la hautqdr de l’arbre font trois divifions de mortaifes qu’il eft à propos de détailler. A environ fix pouces du haut de l’arbre on tire un trait à l’équerre fur chaque pan, ce qui indique que toutes les mortaifes font à égale hauteur j on en tire plus bas un fécond, à un pouce & demi de diftance du premier, qui en' fixe la longueur. Sur une des faces de l’arbre on trace une de ces mortaifes, de trois pouces plus longue que les autres; & comme elle Va par le diamètre fur la face parallèle, elle n’a de ce côté que quatre pouces ; on peut voir fur l’arbre féparé, en-haut, cette mortaifeplus longue que les autres.
- 94£. Sur la face de l’arbre qui eft à angles droits avec celle dont nous venons de parler, la mortaife n’a qu’un pouce & demi, comme 011 l’a dit; mais elle perce d’outre en outre, & rencontre la première au centre : les quatre autres n’ont qu’environ deux pouces de profondeur.
- 947. A pareille diftance de l’autre bout de l’arbre, & au milieu de fa longueur, font de pareilles mortaifes. On voit fur cet arbre que celles qui font plus longues font placées fur le même plan, & que leur excédent eft pris vers le bas»
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- 948- On conçoit aifez,à Pinfpe&ion de lafig. 7, que ces trois divilions de mortaifes reçoivent les trois hauteurs de rayons qu’011 y voit ; mais examinons de quelle maniéré ils y-font aflèmblés.
- 949. A chaque divifion font deux traverfes qu’on voit en B, B , dont la longueur détermine le diamètre de l’ourdilfoir ; au milieu eft une entaille ù mi-bois, par où elles s’alfemblent en croix au centre de l’arbre, de la maniéré fuivante.
- 95'o. On palfe d’abord une de ces deux traverfes dans la plus petite des deux mortaifes qui percent l’arbre d’outre en outre ; enfuite on met la fe-oonde dans la plus longue, jufqu’à ce qu’étant arrivée entaille fur entaille , on oblige avec un coin, ou autrement, celle-ci de monter jufqu’à ce qu’elle rencontre le trait qui met toutes les mortaifes au même niveau.
- 95’ï* Quand ces traverfes font placées par-tout, on prend exactement la longueur de leur faillie hors de l’arbre; on y ajoute deux pouces, & c’eft la longueur des quatre petites traverfes qu’il faut mettre à chaque divifion , fur les quatre pans qui n’en onc pas encore.
- 952. Il 11e faut pas oublier, avant de mettre aucune de ces traverfes en place , de faire à leurs extrémités un tenon.
- 9S3- Au-dessous de chaque divifion de rayons, eft une planche telle qu’on la voit repréfentée féparément en D , fig. 11, & qu’on nomme tourteau ; elle eft à huit pans, & percée au milieu de même, pour recevoir jufte l’arbre. Sur Fl furface font huit entailles concentriques , de la largeur des rayons ou traverfes qu’elle reçoit-, & profondes de la moitié de fonépaiifeur ; quand elles font en place ,' 011 met par-delfous une clef ou un coin de bois, dans la mor-taife qu’on a pratiquée à l’arbre , plus longue que les autres : par ce moyen on ferre à une égale hauteur tous les rayons ; & comme ceux qui n’entrent que de deux pouces dans l’arbre , n’y tiendraient pas alfez folidement, on les fixe fur le tourteau , chacun avec deux chevilles à tête , qui peuvent s’ôter quand on veut démonter l’ourdilfoir.
- 9Ï4- On voit au fond de quatre des huit rainures du tourteau, les trous de ces chevilles , ainfiquefur deux des quatre petits rayons C, C.
- On n’a pu repréfenter fur l’ourdilfoir tout monté, ces tourteaux & leurs clefs, qu’aux rayons du haut & du bas, à caufe du point de vue qui ne permet pas de voir celui du milieu.
- 9f6. Sur chaque pan de l’arbre, dans toute fa hauteur, font, ainfi qu’on vient de le voir, trois rayons, au bout de chacun defquels on a réfervé un tenon ; e’eft là qu’on aifemble un des huit montans F, F, F, &c. un peu plus larges qu’épais; les mortaifes qu’on y pratique fur l’épaiflèur , font au même ccartement que celles qu’on a tracées fur l’arbre: l’autre face de leur épailfeur eft arrondie & très-polie, pour ne point accrocher la foie.
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- 9^7. Dans cet état l’ourdiffoir eft à peu près fini 5 mais comme dans Pour-* diffage, la foie venant à en ferrer les ailes, pourrait les faire écarter à droite ou à gauche , ce qui diminuerait le diamètre de la machine , & en hâterait la deftruétion, il a été néceifaire de conferver ces ailes dans un même écartement refpectif, au moyen des traverfes G,G,H»H,I, I, qui font en totalité au nombre de vingt-quatre de même longueur ; favoi'r, douze comme celle qu’on voit à part en G, huit comme celle qu’on voit eu H, & quatre comme celle I.
- 953. Sur quatre pans de l’ourdiffoir, à angles droits , les ailes font retenues par trois traverfes égales & femblables G, G , G; mais l’ufage & la conf-tru&ion des autres ont befoiti d’être expliqués.
- 959. On fe rappelle fans doute avoir vu à l’ourdiffoir long deux montans au milieu , deftinés à porter les chevilles errantes qui terminent la longueur des chaînes ; on n’en a repréfenté que deux ici en K K tfig. 7 t pl. IIs les deux autres ne pouvant fe voir comme il faut
- 960. La longueur de ces montans fans les tenons , eft égale à la diftance d’une traverfe H, fupérieure à celle d’en-bas, prife juftej leur largeur doit être luffifante pour y percer deux rangées de trous qu’on y voit j & leur épaif feur eft moindre que celle des traverfes H, H , au milieu defquelles ils font affemblés à tenons & mortaifes : on voit cette mortaife fur la traverfe féparée H, 13. La traverfe du milieu l, fig- 14, a une entaille de plus de la moitié de fon épaiffeur, & de la largeur du montant qui doit y entrer fans effort. Toutes ces pièces doivent être coupées afléz jufte pour tenir les ailes dans un écartement convenable, fins trop les forcer.
- 961. Il ne refte plus qu’à percer au bas de chaque montant F, un trou dans lequel on met une cheville faillante d’environ neuf lignes, dont l’office eft d’empêcher la corde fans fin qui fait tourner l’ourdiifoir, de tomber par terre.
- 962. Les chevilles qui portent la chaîne, font en tout pareilles à celles de l’ourdiifoir long: ainfi nous nous difpenferons d’en rien dire de plus.
- 963. La hauteur de cet ourdilfoir eft de fix pieds , & fon diamètre de quatre pieds quatre pouces 5 comme il n’eft pas poifble de le mettre dans fa cage tout monté , on y place d’abord l’arbre, & on monte cnfuite toutes les pièces. Un pareil inftrument, quand il eft folidement conftruit, doit durer trèsdong-tc-ms ; mais le bois le plus fain fe gerce à la longue ; ainfi il eft bon d’avoir la précaution de garnir les deux extrémités de l’arbre de deux cercles de fer qu’on fait entrer avec force dans une feniifure entaillée fur i’arbre, & qui affleurent fa fuperficie : on a eu foin de les repréfenter fur la figure.
- 964. Defcription des dififéren s plots quon ewploie avec Iourdijfoir rond. On homme plot ( 12^ ) une pieoe de bois qui coule le long du montant de la cage
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- de l’ourdiifoir, 8c dont l’effet eft de conduire la braffe haut & bas , tandis qu’elle fe place fur l’ourdiifoir qui tourne. On fait de ces plots de plu (leurs elpeces , & dont il n’eft pas poifible de fe difpenfer de donner le détail, pour faire connaître les différentes maniérés d’ourdir dans différentes provinces.
- 9^f. Celut qu’on voit fur l’ourdiifoir , efl repréfenté , fig. 6,pl. H ; il eft: formé d’une piece de bois plus longue que large & haute , 8c d’une figure que les géomètres appellentparalUlipipede : à peu près à la moitié de fa longueur, on donne un trait de fcie, qui fe rencontrant à angle droit avec un autre qu’on fait fur un de fes bouts , produit l’échancrure qu’on voit fig. 6. Sur la partie qui eft refiée en fon entier, on perce une mortaife d’outre en outre, propre à recevoir le montant de la cage : ainfi l’on ne peut lui donner ici de dimenfion fixe j lorfqu’il s’agit d’en confiruire un , il fufiit de prendre celles du montant, pour qu’il puiffe y entrer à l’aife. On doit avoir foin de réferver un peu plus d’épailfeur de bois en-devant, pour y pratiquer la mortaife qu’on voit fig. i. C’efi dans cette mortaife qu’on place une poulie qui doit la remplir fans être gênée , & fur laquelle paiTe une corde à boyau , dont nous verrons bientôt l’ufage.
- 966. Pour plus de clarté, nous allons reprendre en détail la conftrudioil de chacun des plots.
- 967. Celui qu’on voit dans la fig. 6, a fur chaque angle de fa partie inférieure une tringle de fer très-polie, fur laquelle pafie la foie tant du côté de la cantre que de l’ourdifToir : on en a repréfenté une à part en e ,fig. 7, dont un bout recourbé & applati en patte, fe met fur le bout du plot, où on le fixe avec un clouj l’autre efi auffi applati, & s’attache de même fur la partie du plot qu’on alaiiTée en fon entier j il a fallu ainfi garantir les angles qui n’étant que de bois , fe feraient promptement ufés. L’autre tringle qu’on y voit, efi celle qu'on a repréfentée en fi, fig. 9 ; elle eft arrondie par un bout& applatie. par l’autre, avec trois trous par où on la fixe fur Je devant du ploti mais comme cette partie du plot eft un point où viennent fe réunir des fils de toute la longueur de la cantre, il a fallu les y tenir aifembfés s c’eft ce qu’011 a obtenu au moyen des deux efpeces de rochets qu’on voit en ï, fig. 11, & qui tournent fur une cheville à tête. Ainfi, de quelque côté que tourne l’ourdiifoir, une de ces deux poulies ou rochets empêche que la bralfe ne forte de delfus le plot, tandis que les deux tringles la retiennent entr’elles. Voyons maintenant de quelle maniéré on fait monter & defcendre le plot. Pour cela, il faut nous reporter à la fig. 1, pl, K
- 968* Il faut, avant de planter le boulon dans l’arbre de l’ourdiifoir, avoir eu la précaution d’y percer un trou qui doit fe trouver un peu au-deifus de la cage ;.ony palfe une corde à boyau, au bout de laquelle on fait un nœud j on met cette corde fur la poulie du petit montant, puis fur celle
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- du bout de la traverfe, de là dans la raortaife du plot ; après quoi on y met la poulie, que Ton y retient avec une petite cheville ; on fixe l’autre bout au moyen d’un nœud, dans un trou qu’on fait au bout de la traverfe d’en-haut à côté de la poulie.
- 969. Quand on pofe cette corde , il faut, pour faire le dernier nœud, que le plot fe trouve au bas du montant, au-delfus des chevilles qui retiennent la corde fans fin fur l’ourdiffoir.
- 970. Dans cet état l’ourdiffoir eft complet, & prêt à travailler. Nous paft. ferions tout de fuite à la defcription de la cantre, fins laquelle on ne peut ourdir, G ce n’était ici le lieu de parier des divers plots dont on faithifage dans beaucoup de manufactures ; nous en verrons de fimples & de compofés ; tous ont leurs avantages & leurs iuconvéniens : mais comme la defcription d’un art îdeft complété qu’autant que tout ce qui le concerne eft détaillé, nous allons remplir la nécefîîté que notre engagement nous impofe.
- 971. La fécondé efpece de plot ne différé de celui qui eft repréfenté pl. II,fig. 6 , qu’en ce qu’au lieu de la tringle fupérieure, & des poulies ou rochets qu’on y a vus, on fe contente de mettre, au milieu de fa partie entaillée , une tringle de fer poli, terminée en fpirale, telle à peu près qu’on en met aux guides du courant du rouet de Lyon , pour le devidage, & qu’on peut voir fig. 12, pl. II. Du refte, les angles intérieur & extérieur font , comme au précédent, garnis d’une tringle de fer poli, faite & placée de même.
- 972. Comme aux deux plots qu’on vient de voir , la poulie eft fur le devant , il eft évident que fa pefanteur eft toute en arriéré , ce qui augmente le frottement. On a cherché à remédier à ce défaut, & c’eft ce qui a donné lieu à une troifieme efpece de plot.
- 973. C’est un principe invariable de phyfîque, que dans un corps de forme régulière, le centre de gravité eft au centre de la figure : ce qui ne peut avoir d’application rigoureufe dans un plot, puifque fou poids fe trouve diminué d’un côté par l’entaille; mais en reculant un peu fon point de fuf-peniion, l’équilibre renaîtra; il a donc fallu que ce plot fût fufpendu par cet endroit, & c’eft ce qui arrive dans celui dont nous allons donner la defcription.
- 974. Au lieu d’une mortaife pour le montant, on en pratique deux, entre lefquelies 011 réferve la place de la poulie de fufpenfion. Ain fi fon conqoit que ce plot gliife le long de deux montans : c’eft ce qu’on peut voir dans la fig. 3 , pl. V, qui repréfente ces deux montans vus de face , affemblés haut & bas dans les traverfes de la cage; on voit au bout de la traverfe d’en-haut la poulie fur laquelle paffe la corde, & à côté, le point où elle eft fixée par le bout.
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- 97C Entre les deux montans eft une poulie placée dans une mortaife faite fur le plot, & dont la cheville fe met avant de le placer : par ce moyen, la montée & la defcente de ce plot font uniformes , au lieu que les autres vont par fauts , à caufe du frottement oblique.
- 976. Sur les angles de fa partie entaillée , font des tringles de fer poli, de deux ou trois lignes de diamètre ; à environ un pouce au-defus de celle de devant en eft une fécondé arrondie par un bout & applatie par l’autre, qu’011 fixe fur le devant du plot parallèlement à celle de l’angle , avec trois petits clous. On la voit en f pi. 11 ,fig. 9 , ainfi que fur le plot 5 au milieu de ces deux tringles en eft une troifieme fichée dans le côté de l’entaille, à environ un demi-pouce de la furface fur laquelle eft clouée la précédente. La propriété de cette derniere eft de conferver à la braife la féparation formée par les deux divifions delà cantre. Au milieu de la partie entaillée, & à un demi-pouce l’une de l’autre , font deux poulies longues ou rochets , dont la rainure eft arrondie , comme on le voit en i ,jîg. 11 , & qui tournent fur une cheville à tête. Quoique le plot repréfenté/ig. 4, pi. V, ne foit pas précifément celui dont nous parlons ici, la maniéré dont les trois tringles , ainfi que les poulies ou rocliets, y font pofés , ne Jaiife rien à defirer.
- 977. Ce plot eft fans contredit le plus parfait de tous ceux dont on fe fert dans les manufactures : il ferait à fouhaiter que tous les ourdiifeurs l’adop-talfent ; mais le préjugé & l’habitude, ennemis du progrès des arts, ne permettent à la plupart des ouvriers que de fuivre la route qu’on leur a frayée.
- 978. On a aufli des plots qui coulent fur un feul montant ; les angles de la partie entaillée font garnis de tringles de fer : mais au lieu des deux autres que nous venons de voir au troifieme plot, ce font deux rouleaux de bois dur , qui tournent par un bout dans le côté de l’entaille , & par l’autre dans un petit montant qu’on plante au bout de l’entaille : on met auffi deux poulies ou rochets, ainfi qu’aux autres plots, pour retenir la braife en un même point.
- 979. L’idée de ces tringles tournantes eft très-ingénieufe ; mais elle eft fufceptible d’une perfection qu’011 ne lui a pas encore donnée. 11 ferait à fouhaiter que ces rouleaux fuflent de fer , percés dans toute leur longueur , & qu’ils tournaflent fur des tringles de fer faites au tour ; il eft certain que de cette maniéré la braife. en palfant fur ces rouleaux, n’v eifuierait prefqu’aucun frottement. On pourrait encore, pour plus de perfection , au moyen de deux autres rouleaux mis un peu plus loin, conferver la féparation des divifions de la cantre. Comme il faut à chaque inftant retirer la brafle de deifus ces tringles, elles ne peuvent être fixées que par un bout fur la partie forte du plot. On pourrait auili faire couler ce plot fur deux montans , comme le précédent: il ferait alors le plus parfait de tous ceux que nous avons vus jufqu’ici.
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- 9S0. Il nous refte encore un plot à décrire. Ce qu’il y a de particulier confite à réferver dans l’endroit de fa grand-e mortaife, deux languettes aux deux bouts ; alors il elt ouvert par-derriere, & le devant elt double d’épaifleur. On conçoit à la -impie infpection, qu’il doit couler dans une rainure qu’on pratique au montant de la cage ; & pour pouvoir l’ôter & le remettre en place fans démonter cette cage, on entaille un des côtés de la rainure au haut du montant à droite & à gauche , de toute l’épaiifeur du plot : au furplus, on y voit un petit montant, dans l'entaille duquel elt une poulie où pallë la corde à boyau. Les deux angles du plot font garnis de tringles de Dr , comme les autres , & portent auffî deux poulies entre lefquelles pâlie la bradé ; mais pour la mieux retenir haut & bas , on place la tringle courbée par foi. tenon , dans un trou qu’011 pratique exprès au plot; l’autre bout de cette tringle elt arrondi ; & quand on veut paifer la bralfe entre les deux tringles de devant & les deux poulies, on tourne en-devailt celle qui elt courbée, & en fuite 011 la retourne jufqu’à ce qu’elle foit parallèle à celle de delfous.
- 981. Dans l’obligation où je fuis de parler des différentes maniérés d’ourdir, je n’ai pu me difpenfer de donner une deferiptien des difiérens plots qui font en ufage ; chacun choifira celui qui lui paraîtra le plus commode.
- 982. On a vu dans la defeription du troifieme plot, que fa perfection était de monter & defeendre bien parallèlement à lui-même , au moyen de l’équilibre qui s’y trouve. Quel que foit celui des autres qu’011 adopte, on peut lui donner cet équilibre en le chargeant avec du fer ou du plomb-du côté où il elt trop léger ; c’eft ainli qu’on en ufe dans les manufactures.
- 983. Manière de Je fervir du plot. On a vu, en parlant du premier plot, de quelle maniéré on le place fur le montant, & comment on paife la corde à boyau fur le boulon & fur les poulies pour le faire monter & defeendre.
- 984. Le plot étant tout en-bas du montant, en quelque feus qu’on fifTe tourner I’ourdiifoir, comme la corde à boyau fe roule fur le boulon qui tient à l’arbre, il elt évident que le plot doit monter, & qu’il doit defeendre fî l’on tourne i’ourdiifoir en fens contraire ; mais il elt généralement reçu que pour le faire monter on doit tourner I’ourdiifoir de gauche à droite , & qu’en tournant de droite à gauche, il defeend. Par ce moyen les ourdiifeurs font d’accord enfemble ; & li quelqu’un veut continuer un ourdiifage commencé par un autre, il n’a pas de peine à fuivre fa maniéré.
- 98 T- L£ pl°c dans P ourdiifage elt le guide de la bralfe , fes révolutions font toujours exactement les mêmes; & la foie , en fe roulant fur I’ourdiifoir, y décrit une hélice.
- 986. Le premier foin qu’on doit avoir elt de mefurer la circonférence de I’ourdiifoir ; car il fufEra enfuite de compter les tours, pour connaître la longueur de la chaîne qu’on ourdit.
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- 987* On fent aifément que, plus le plot monte vite & plus tôt il eft arrivé au haut du montant, dans un nombre déterminé de révolutions, moins il y a de tours de foie fur l’ourdiffoir : ainft, par exemple , fi I’ourdiîfoir fait vingt tours dans le tems que le plot parcourt la longueur du montant, il y aura vingt tours de foie ; s’il montait de moitié moins vite , il y en aurait le double. Par cette même raifon , la diftance quife trouvera entre chaque tour de foie fur l’ourdiffoir, dépend delà grolfeur du boulon 3 ainfi , s’il a trois pouces de diamètre , la corde étant doublée , comme on l’a vu , le plot defcendra d’un pouce & demi par tour 3 par conféquent l’écartement de chaque tour fera d’un pouce & demi. Ce calcul a lieu pour le cas où la corde à boyau eft doublée 3 car il le plot était Amplement fufpendu au bout, il defcendrait de trois pouces par tour. Audi, quand on veut ralentir la montée & la defcente du plot pour multiplier les tours , on triple la corde au moyen d’une poulie qu’on place au haut du montant 3 on peut même la quadrupler , & le plot montera & defcendra en même raifon inverfe. Je ne penfe pas que cefoit ici le lieu de donner la démonftration géométrique de ces combinaifons de la corde3 les ouvriers n’en ont pasbefoin, & les gens d’étude la connaiiTcnt.
- 988- Ordinairement la corde n’eft que doublée fur un ourdiifoin on ne 3a triple ou quadruple guere que dans le cas où l’on aurait à ourdir une chaîne plus longue que i’ourdiîfoir ne le permet à corde double.
- 989. Au lieu de doubler ou tripler la corde , il fuffit de mettre un boulon beaucoup moins gros 3 & même avec un tel boulon, fi l’on double la corde , on aura aiïèz de longueur fur I’ourdiîfoir, quelle que foit la chaîne. Il fuffit ici d’indiquer les moyens dont on peut fe fervir 3 c’eft à l’induftrie à en tirer parti, & à imaginer ce qu’il eft à propos de faire dans chaque circoniîance.
- 990. Au moyen de ce que le retour périodique du plot eft toujours le même fur tous les points de la circonférence, il eft évident que le diamètre del’our-diîfoir doit augmenter à chaque tour ; conféquemment les dernieres portées feront plus longues que les premières. On a cherché à remédier à ce défaut, qui nuirait à la fabrication de l’étoffe : voici le procédé dont 011 fe fert pour cela.
- 991. On fixe au montant une'petite crémaillère, on paffe le bout delà corde à boyau dans le petit trou d’un double anneau, & après un certain nombre de portées on change de cran , ce qui alonge ou raccourcit la corde 3 alors la foie fe couche un peu à côté des tours précédens. 11 faut pourtant avoir attention de ne pas tellement ufer de cette reffource, qu’on revoie plus d’intervalle entre les tours de foie 3 car il ne ferait plus pcffible de les compter.
- - 992. Quoique ce moyen de rétablir l’égalité entre les portées foit fort
- connu , il n’eft cependant pas autant en ufage qu’il devrait 1 etre. Combien
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- d’excellentes inventions 11e font pas admifes, parce que, dans tous les arts, les ouvriers tiennent fans difcernement à la méthode qu’on leur aenfeignée, 8c rejettent tout ce qu’on leur propofe fans examen, 8c par cela feul qu’il eft nouveau. Il faut pourtant convenir qu’a moins que les tours de la chaîne fur l’ourdiJfoir ne foient fort éloignés les uns des autres, on 11e faurait guere faire uiage de la crémaillère.
- 993- Obf&rvations fur Us différens ourdijfoirs, L’ourdilfoir rond, dont 011 vient de donner la defcription, eft dans les proportions de quatre pieds quatre pouces de diamètre : ce qui fait à peu près douze pieds de circonférence, qui équivalent à trois aunes un quart par chaque tour. La hauteur de l’ourdillbir, en prenant celle de Tes ailes, eft de cinq pieds & demi.
- 994. Tous les ourdiifoirs ronds ont, à peu de chofe près , la même forme que celui-ci ; mais ils varient dans leurs grandeurs : celui dont nous parlons eft plus convenable , & fa conftrudion la mieux entendue.
- 99ï* Quelques-uns 11’ont que deux montans pour recevoir les chevilles errantes , mais il vaut mieux qu’il y en ait quatre , car 011 ourdit plus exactement une chaîne de longueur prefcrite ; autrement il faut ourdir un peu plus ou un peu moins de longueur, ce qui peut donner un faux aunage ou quelque perte de foie.
- 996. D’autres n’ont aucun de ces montans, mais 011 place à volonté entre les ailes de l’ourdilfoir une traverfe de longueur exacte, qu’011 y retient avec deux bouts de ficelle, 8c ou y met les chevilles errantes. Cette méthode ferait fort bonne , fi pour placer cette traverfe comme il faut, on n’était pas obligé de forcer quelquefois les ailes pour la faire entrer, tandis qu’elle ferait trop lâche entre d’autres.
- 997. Une différence qui fe rencontre affez fouvent entre les ourdilToirs ordinaires, 8c celui dont nous avons donné la defcription, c’eft que les tra-verfes auxquelles font attachés les montans qui en forment les ailes, 11e font pas placées fur l’arbre en trois parties ou rangées, comme 011 l’a vu : alors, comme chaque traverfe eft double de longueur, elle paife au travers de l’arbre, 8c par conféquent les mortaifes font pratiquées les unes au-delfus des autres, & les traverfes font placées par-tout indifféremment fur l’arbre. Cette confi. trudion eft très-incommode , en ce qu’il faut, pour faire les mortaifes fur les montans , prendre exadement la pofition des traverfes auxquelles ils appartiendront > & comme un montant une fois ajufté , ne peut convenir qu’à ces trois rayons ou à ceux qui font diamétralement oppofés, il faut de toute néeeffîté marquer & ces traverfes 8c les montans , pour que, quand 011 démonte un ourdiifoir, 011 puiife s’y reconnaître, & le remonter aifément.
- 998. D’ailleurs, cet arrangement préfente à la vue une irrégularité qui déplaît. Enfin, il fe trouve entre les traverlès une diftance qui ne retient pas
- fuffifimment
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- liiffifamment l’effort concentrique de la foie ; un montant peut plier aux derniers tours , les premiers godent, la foie s’arrache, ou bien les portées font de différentes longueurs. On peut encore-ajouter que, fi une ou plufieurs traverfes viennent à glilfer dans leur mortaife , l’aile s’écarte de l’arbre par ce côté; le diamètre de l’ourdilfoir, & par conféquent fa circonférence, en font tout changés. On 11e finirait donc conftruire trop folidemenc & trop régulièrement une machine deftinée à une opération aufli importante.
- S>9^. D’autres ourdiifoirs ont au bas de l’arbre une poulie d’unalfez grand diamètre, fur laquelle palfe la corde fans fin qui le fait tourner, comme on le verra , au lieu des petites chevilles que nous avons vu qu’on met au bas de chaque montant.
- J000. Cet ufage, qui au premier coup-d’œil paroitrait préférable , a fes inconvéniens ; la corde fans fin qui fait tourner l’ourdilfoir, peut quitter très-aifément la rainure de cette poulie , ou de celle du banc dont nous parlerons. Il faut fans celle s’occuper à la remettre en place ; & fi les deux roues ne font pas parfaitement de niveau , la corde prend le bord d’une des deux rainures, & s’échappe d’un autre côté. A moins que cette poulie n’eût toute la circonférence de l’ourdilfoir , il ne ferait pas poffible d’éviter que fa rotation ne fût trop rapide ; car fuppofons que la circonférence de la roue du banc foit contenue trois fois dans celle de l’ourdilfoir, au bout de trois tours de cette roue, l’ourdilfoir n’en aura fait qu’un ; mais fi les roues font égales , elles feront tour pour tour, & de cette maniéré l’ourdilfoir fera difficile à faire tourner , à caufe de l’inégalité des leviers, & de la réfiftance de la part de la foie.
- 1001. De quelque plot qu’on veuille fe fervir , l’emploi qu’011 en fait dans différentes manufactures , prouve alfez qu’on peut également parvenir à ourdir une chaîne j mais le plus parfait eft, làns contredit, celui que repréfente la fig. 4, pi. V.
- 1002. Au moyen des trois tringles de fer qu’on y voit, la bralfe eftdivifée en deux parties égales dans toute la longueur de la mufette ; c’eft la divifion de la cantre que donnent les traverlès à anneaux par leur différente hauteur. Cette réparation facilite l’envergeure, ainfi qu’on l’a déjà vu : de plus , fi quelque fil vient à calfer entre le plot & la cantre, elle fert à faire connaître quelle direction il doit tenir dans l’envergeure , tous avantages qu’on ne rencontre point aux autres plots , où il n’eft pas polfible de former cette réparation.
- 1003. L’usage de ce plot ne devient difficile que,quand, pour ourdir, on emploie une cantre droite , dont nous n’avons pas encore parlé ; la réparation qu’v forment les deux divifions étant perpendiculaire, ne pourrait palier auffi aiiëment par une tringle dont la polition eft horizontale. Mais à la rigueur , en tordant la bralfe d’un quart de tour, on peut.encore J’y faire palier.
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- 1004. On n’a encore vu de cantre que celle qu’onnommz couchée-, chaque3 province de manufacture en a , ou de particulières., ou qui 11e different que' peu les unes des autres. Celle dont nous avons parlé fuffifàit pour faire entendre l’ourdilfage , qui eft le même avec toutes les cantres; nous nous pro<-pofons de les réunir toutes fous un même point de vue , dans un même chapitre.
- 1OO). Tous les plots fe placent fur le montant, de la maniéré dont ils font repréfentés , l’entaille à gauche. Je crois que ce que nous venons de dire de leur conftru&ion & de leur pofition , 11e laiife rien à defirer : 011 aura occafion de les voir bientôt en œuvre.
- CHAPITRE V..
- Description du banc à roue.
- 1006. Ce banc eft formé d'une planche montée fur quatre pieds 3 ainff qu’on le voit, pl. Vfig. 2 : gqs pieds font aifemblés folidement, au moyen de trois traverfes , fur celle du milieu D; & vers un de fes bouts , font deux petits montansEE, fur lefquels eft affemblée à queue d’aronde la traverfe M , qu’on ne voit pas fur la figure, à caufe de la roue qui la cache. Entre ces deux montans, fur la traverfe D, eft une entaille quarrée & peu profonde, propre à recevoir un cube de fer, ou mieux encore de cuivre , fur lequel tourne le pivot de la roue. Perpendiculairement à ce cube, eft percé fur le banc un trou rond, dans lequel paife l’arbre de cette roue.
- 1007. F , eft cet arbre qui doit, quand il eft fur fou pivot, furpalTerHa; hauteur du banc de deux ou trois pouces : on peut y dittinguer une partie quarrée , fur laquelle on fixe la roue I. Le refte de l’arbre eft à pans ou rond , à volonté ; au-delfous du quarré qu’011 y a réfervé, eft un trou qui reçoit une piece de fer ou d’acier trempé légèrement, terminée en pointe, qui fert de pivot à la roue ; & la partie fupérieure de cet arbre eft applatie à la lime fur deux faces, pour recevoir la piece de bois K, fur laquelle eft la poignée ou muinotte de la manivelle.
- ioog. On doit difpofer ce banc de maniéré que la poulie foit à un pouce au-delfus du niveau des chevilles qu’on a mifes au bas de l’ourdiffoir, pour que la corde fans fin, qui paife dans fa rainure , foit un peu plus haut qu’elles. On peut voir dans la pl. T,\d. pofition de ce b-anc par rapport à l’ourdilfoir. L’ourdiifeufe s’alfted delfus, ayant la manivelle à fa gauche , & la cantre à la droite ; de cette façon elle peut avoir l’œil fur l’ourdilfoir & fur la cantre.
- 1009. La. meilleure maniéré de fixer ce banc en fa place, eft de le charger de pierres à l’autre bout, fur la rencontre des traverfes C, D.
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- D'ETOFFES DE SOI E. CHAPITRE VI. Description des e antres droites.
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- 1010. De la cantre droite fimple (126). On nomme cantres droites, celles ouïes Tochets font placés en hauteur pour les diftinguer de celles qu’on nomme couchées, où ils font placés en long. La fig. ^pL V, repréfente une cantre droite ftmple, formée par trois montans C, C, D„ d’environ cinq pieds & demi de haut, y compris les tenons. Ils font arrêtés par le bas fur une efpece de petit banc, monté fur quatre pieds qui vont en s écartant dans tous lesfens , au moyen d’une clavette chacun par-deffous ; & par le haut, au moyen d’une traverfe E, à queue d’aronde par les bouts , & à tenons & mortaifes au milieu. Le montant D, eft percé dans fa longueur & fur fa largeur, de trente trous, de deux ou trois lignes de diamètre, auxquels correfpondent bien horizontalement d’autres trous faits fur la face intérieure des tnontaus C, C , jufqu’à un quart de leur épaiifeur ; à chacun de ces trous communique une petite rainure venant obliquement de devant la cantre, par où l’on met eu place les tringles fur lefquelles tournent les rochets.
- 1011. Une pareille cantre contient, au moyen des deux divifions qu’011 y voit, foixante rochets, nombre allez ordinaire pour l’ourdilfage.
- 1012. La bafe a environ deux pieds de long fur un de large ^'l’écartement entre chaque montant eft de fept pouces & demi, & la longueur de chaque broche eft d’environ huit pouces j il faut foixante de ces broches pour cette cantre.
- 1013. Cantre double en largeur. On a auffi des cantres , dont la largeur eft double de la précédente , cSt qui par conféquent contiennent le double de rochets. Leur bafe, femblable à la première, eft auffi double fur fa longueur, & n’a rien de différent pour la conftrudion, fi ce n’eft.que le montant du milieu qui femblerait pouvoir être percé de trous , comme fes deux voilins, 11e l’ëft pas entièrement par ceux qu’on voit fur fes deux faces, qui ne fe rencontrent pas ; ainfi on pratique à chaque trou une rainure oblique fur chaque face. La raifonpour laquelle ces cinq montans ne font pas tous percés de trous qui fe correfpondent, eft que, quand on voudrait ôter un ro-chet d’une des deux divifions du milieu , il faudrait néceffairement en ôter un de la divifion du bouts la diftance des deux montans extrêmes eft d’environ deux pieds huit pouces. Comme l’infpeétion de ia figure fuffit après
- (126) La cantre droite, en ail. Scheer- fils ; d’ailleurs elle eft beaucoup plus chere^ latte, eft la feule qui foit employée en Aile- & à quoi bon acheter chèrement une ma-magne. La cantre couchée fait rompre les chine incommode ?
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- les dimenfions de la cantre précédente, nous ne nous y arrêterons pas davantage.
- 1014. Cantre à deux faces Jîmples. Le grand nombre de cantres dont on a quelquefois beloin pour ourdir une chaîne , en a fait imaginer de doubles, de quadruples, &c. pour éviter l’embarras. La cantre à deux faces fimples n’ett autre chofe que deux cantres fimples, mifes l’une devant l’autre , fur un même pied ou banc, à environ fix pouces de diftance. Pour ne pas fatiguer le leétcur par des delcriptions inutiles , nous nous contenterons d’indiquer la fuivante.
- 1015. Cantre double à deux faces. La cantre double à deux faces *eft un affemblage de deux cantres doubles en largeur, mifes l’une devant l’autre , à fix pouces de diftance 5 les dimenfions des doubles font les mêmes que celles de leur fimple , aux bafes près, qu’il eft très-aifé de conltruire dans Jes proportions convenables.
- SOI 6. Obfervations fur une cantre à trois divifions , comparée à celle qui n en a que deux. Rien n’eft aufiî facile que d’augmenter le nombre des divifions aux cantres droites 5 un montant de plus eit tout ce qu’il faut. On a imaginé d’ajouter un quatrième montant à la cantre fimple, pour avoir une troi-fieme divifion; mais l’ufage en eft fi défectueux, que je n’ai pas jugéà propos de la repréfenter. On n’a eu pour but que de diminuer la hauteur de la cantre fimple; mais il n’e(t pas polfible de s’en fervir , fans courir rifque de faire des fautes très-groiïieres dans les rayures ombrées, à caufe du mélange des tantes , dont je traiterai amplement. Il n’y a donc que les chaînes unies qui puiîfent y être ourdies ; encore l’entrelacement que produit Penvergeure parmi tous les fils , ne peut fe débrouiller qu’avec beaucoup de peine , fur-tout quand les qualités de foie ne font pas bien moulinées, ou qu’elles font trop fines; & l’ouvrier qui fabrique l’étoffe ne peut faire couler les verges qui retiennent les féparations de Penvergeure, fans caffer quelques fils. D’ailleurs , quoique le plot raflemble en un point toute la braife, on apperçoit toujours fur la chaîne la marque des trois divifions, à caufe de la direction qu’elles ont fuivie : au contraire, les deux divifions d’une cantre ordinaire fe faifant fentir jufqu’à la fin de Pourdiffage , facilitent Penvergeure, & au bout de chaque portée , chaque fil reprend fa direction naturelle.
- 1017. Ce qu’on vient de dire de la cantre à trois divifions, ne doit pas s’entendre de celles qui en ont quatre, & davantage; car alors, comme on fe fert des divifions, deux à deux, chaque couple de divifions tient lieu d’une cantre fimple, & une des deux forme conftamment la partie fupé-rieure de Penvergeure , & l’autre fa partie inférieure.
- loi8- Quoique les cantres droites nefoientpas toutes conformes à celles qu’on vient de voir, on peut dire que celles-ci font plus parfaites. On en
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- fait de tant de combinaifons différentes , que je ne me crois obligé de faire connaître que celles qui font généralement en ufage. ..
- 1019. Souvent elles ne different que dans la quantité de rochets dont 011 les garnit ï je crois que le nombre le plus convenable pour chaque divihon eh de trente j un plus grand ne peut que nuire à la perfe&ion de toutes les opérations qu’on fait fubiràla ioie julqu’à la fabrication même.
- 1020. Quant à la forme, au lieu d’un efpace vuide & inutile au-deffous des rochets, quelques ourditfeurs ont imaginé d’en faire une armoire , dans laquelle on met la foie & les rochets à l’abri de la poufîiere & des mains infidelles ; d’autres fe contentent de faire du bas une caiife dans laquelle on jette les rochets vuides.
- 1021. De quelq'ue maniéré qu’on emploie cette bafe , fourdiifage n’y perd rien ; ainfi chacun peut la-deifus confulter fon goût : il fuffira de lui conferver alfez dalHette pour ne pouvoir être aifément renverfée par terre.
- 1022. Defcription dujetjimple. On nomme jet, un montant de bois garni
- de chevilles de petites tringles de fer, tel qu’on le voit jîg. I , pL. V, fur lef. quelles on place les rochets pour ourdir, & dont l’ufage eh le même que celui de la cantre. ^
- 1023. Il eh planté fur un petit banc élevé fur quatre pieds pofés obliquement. Ce montant, dont la hauteur eh d’environ cinq pieds, la largeur de trois pouces , & l’épaifleur de deux , eh percéfur fa largeur, de trente trous obliques , dans lefquels 011 met autant de broches de fer d’environ lix pouces & demi de faillie.
- 1024. On conçoit que l’obliquité de ces broches fert.à empêcher les rochets de fortir de deifus, & que par ce moyen leur poids les ramene toujours vers le montant.
- io2Ç. L’usage de ce jet eh fort connu à Paris & dans quelques autres villes de manufacture ; on en a même imaginé de doubles & de quadruples de plufieurs fortes , que nous ne pouvons nous difpenfer d’indiquer.
- 1026". Jet double. Il y a deux fortes de jets doubles : l’un eh compofé de deux jets fimples, tels que le précédent > fa conhruCtion s’entendra aifément, d’après la connailfance qu’on a de celui dont on a déjà parlé.
- 1027. L’autre eh double, parce que fur un même montant on met deux rangées de tringles au lieu d’une, & pour cela on le tient d’environ trois pouces plus large: il faut obferver entre ces tringles affez d’efpace en tout îeiis , pour que les rochets ne puiffent jamais fe toucher. Le montant eh claveté comme le précédent par-delfous fa bafe, qui doit être un peu lourde pour réfiher aux efforts réunis des brins de foie.
- 1028. Jets quadruples. Il y aauffideux fortes de jets quadruples. La première forte n’eh autre chofe qu’un affemblage de deux jets doubles, mis fur une
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- même bafe à côté l’un de l’autre. Ce ferait ennuyer le le&euç^que de donner les ’dimenfions de celui-ci; il luffit d’avertir qu’un couple de montans eft éloigné'de l’autre de vingt-un pouces, pour pouvoir ôter & remettre aifément les rochets , fans toucher aux chevilles d’à-côté ; & chaque montant eft éloi-gné ’de fou pareil de quatre pouces feulement : ainli les broches parallèles fe trouvent écartées de lix à fept pouces.
- * 1029. Quant à l’autre jet quadruple , ce font deux montans doubles, mjs à côté l’un de l’autre j ainli , comme 011 a vu que chacun de ces montans porte deux Rangées de tringles de chaque côté, ce jet en contiendra quatre. Il n’eft perfonne qui, après cette defcription de tous les genres de jets, 11e foit en état d’en conftruire de femblables : au furplus , on 11e peut'trop recommander de faire les bafes un peu lourdes , pour rélifter aux efforts de la foie.
- 1030. Obfcrvcitions fur la. multiplicité & la variété des cantres (S- des jets. On fera peut-être furpris d’une multiplicité de cantres fi variée 5 maison verra par la fuite de quel ulàge elles font pour ourdir des chaînes un peu conli-dérables.
- ; 1031. Il eft certain que Ci l’on n’eût eu befoin d’ourdir que des chaînes d’une feule couleur, on aurait pu fe contenter d’une feule cantre ou d’un feui jet pour chaque ourdilfoir ; mais la néceftlté de fabriquer des étoiles rayées, a fait imaginer des moyens d’en ourdir les chaînes avec plus de célérité & d’exaélitude. Autrefois, quand on avait ourdi une raie ou une partie de raie, on ôtait de la cantre les rochets de cette couleur, & on y en fubftituait d’autres par la rayure fuivante , & ainli de fuite, rayure par rayure : ce qui caufait beaucoup d’embarras , faifait perdre du te ms , & occasionnait fouvent des fautes dans l’ordre des rayures , d’où réfultait des défeéluolités dans l’étolfe. Mais aujourd’hui que l’induilrie ne laitfe rien à delirer aux arts, avant de commencer l’ourdiifage , on peut encantrer toutes les couleurs dans l’ordre qu’elles doivent tenir fur l’étoffe , & il n’y a plus de difficulté qu’à les faire fuccéder les unes, aux autres , comme il convient : au moyen de quoi il n’eft prefquepas pollible de faire des fautes en ourdiffant.
- < 1032. Il y a certaines rayures qui exigent jufqu’à vingt encantrages & plus : quelles précautions ne doit-on pas prendre pour ne pas fe tromper dans la conduite d’un tel ourdilfage , fur-tout s’il [allait encantrer & défencantrcr à chaque baguette ? Mais 11 les cantres font toutes prêtes , & qu’on n’ait plus qu’à s’en fervir par ordre, l’opération en fera plus exaéle , plus fûre & plus prompte. Il 11’y a plus d’inconvénient que pour la place qu’exige une pareille quantité de cantres ou de jets.
- 1033. On voit maintenant ce qui a douné lieu au doublemeut des cantres & des jets. Une cantre double ne tient guere plus de place qu’une fimple,
- & un jet ou une cantre quadruple n’en occupe pas beaucoup plus qu’une
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- double. Ainfi, fi pour une rayure on fuppofe qu’il faille douze cantres ou jets, trois cantres quadruples feront l’aifiaire; fans cela, il aurait fallu un emplacement immenfe.
- 1034. On PeLlt objeder qu’en augmentant le volume de ces cantres, ou: augmente leur pefanteur, & qu’il eft très-difficile de remuer fouvent 8c promptement une machine devenue par-là fort lourdes mais un peu d’induf-trie va lever la difficulté. Ne peut-on pas , fous chaque pied , mettre une roulette, au moyen de quoi un enfant pourra avancer & reculer la plus lourde cantre ?
- 103.5. Quoique les différentes cantres droites qu’on a décrites femblent remplir le même objet que les jets, il eft cependant certain que l’ufage des cantres eft préférable. En effet, l’obliquité que fouffrent les rochets fur les jets, leur fait éprouver contre le montant un frottement qu’ils n’elfuieraient pas fur la cantre s d’ailleurs , ce frottement eft encore augmenté par la tenfion des brins de foie réunis en un feul point, qui les tient fans ceffe appuyés contre ce montant : auffi au moindre choc voit-on plusieurs fils fe caffer. S’il eft né-eeffaire de renouer fans celle les bouts , la foie fouvent maniée perd de fon luf. tre , & l’étoffe 11e peut que perdre de fon éclat.
- 1036. La fupériorité qu’obtient fur les jets la cantre droite , fera bientôt effacée par le parallèle que nous ferons plus bas de cette derniere, & de la cantre couchée. Néanmoins, comme il y a beaucoup de manufactures où l’on tient à la cantre droite, qu’on me permette de propofer ici une cantre droite quadruple que j’ai imaginée , & dont le fervice eft très-facile.
- Defcription d'une nouvelle cantre droite quadruple.
- 1037. Sur une planche,À, fig. 7,/»/. de deux pieds en quarré, & de deux pouces d’épaiffeur, fervant de bafe, eft percé au centre un trou quarré qui reçoit le tenon de l’arbre B r fait fur le tour, de cinq pieds huit pouces de haut ou environ, & de deux pouces de diamètre. C’eft fur cet arbre que tourne comme fur un pivot, la cantre à quatre faces, dont on va donner les dimenfions : ainfi il ne peut être planté trop folidement fur fa bafe.
- 103g. Sur deux planches C , D, de moindre longueur & largeur que la bafe , mais unpeu plus minces, on fait à quelque diftance , de chaque côté, trois mortaifes de deux pouces de long ou environ, ainfi qu’on les voit en D , dans lefquelles on affemble les montans E, F , haut & bas ; au milieu de celle qu’on deftine à être en-bas D , on fait un trou dont le diamètre eft égal à celui du bas de l’arbre : on en fait un auffi au milieu de celle d’en-hautj mais il eft plus petit, & propre à recevoir ie tenon qu’on voit au haut de ce même arbre.
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- 1039. Quatre montans comme E, font placés dans les mortaifes du milieu de chaque côté , & quatre autres comme F, occupent celles des angles de la cantre ; ils font tous huit aflemblés dans les planches C, D. Sur chacune des faces de ces huit montans qui fe regardent, font percés trente trous de lix lignes de profondeur: mais à chacun de ceux des angles, communique une rainure oblique, par où l’on met en place la tringle de fer qui fert d’axe à chaque rochet.
- 1040. Il efl aifé de voir que chaque côté de cette cantre en préfente une fimple, telle qu’on l’a vue plus haut : ainfi, au lieu de déplacer fans celle une machine fort lourde, il fuffit de faire tourner celle-ci, pour fe fervir du côté dont on a befoin ; & comme en palfant, & même en travaillant, elle pourrait varier fans celfe , on la fixe au moyen d’un crochet de fer a , dont la tête percée ell retenue par la vis b, fur un des côtés de la bafe ; & fa partie crochue entre dans un piton c, qu’on met fur chaque bord de la planche d’en-bas D, à l’écartement qu’exige la longueur du crochet, pour que la cantre foit parallèle à fa bafe.
- 1041. La hauteur totale de cette cantre efl d’environ fix pieds. Etant pleine de rochets, elle en contiendra deux cents quarante en tout, ce qui fait foixante pour chaque face, nombre avantageux pour l’ourdiifage des chaînes rayées.
- 1042. Obfervations fur Les propriétés de la nouvelle cantre quadruple. Il efl certain que la cantre qu’on vient de voir, a furies cantres droites ordinaires un double avantage, celui de tenir moins de place, & de fe mouvoir plus aifé ment.
- 104 h De quelque efpece de cantre qu’011 fe ferve , il faut néceflairement, pour ourdir une chaîne rayée , les changer dans l’ordre que prefcrit le retour des rayures. Ainfl, fi Ton doit employer huit cantres, chaque fois qu’on aura pris fur une d’elles ce qu’elle doit fournir , il faudra néceifairement en changer; ce qui, félon l’ordre fymmétrique qu’011 obferve ordinairement dans la composition des rayures, donnera au moins quinze mutations : & fi dans la combinaifon une même cantre devait avoir un double emploi, le nombre de ces ch-angemens fera-it'Confidérablement augmenté. Mais au moyen des cantres quadruples , il fuffira d’en changer quatre fois , parce que quatre fois quatre faces font feize, & qu’on fuppofe qu’il n?en faut que quinze; encore peut-il arriver qu’une divifion d’une de ces cantres contienne*la couleur dont on a befoin, & que l’autre moitié foit contenue dans une des divifions d’une pareille cantre, ce qui diminuerait les changemens.
- 1044 On peut aufil mettre fous fa bafe quatre roulettes, ainfi qu’on l’a déjà dit pour les autres ; & l’ourdiifeufe„ fans- quitter fa place, pourra fe la faire approcher, même par un enfant.
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- (* * ç
- 104^. Ce n’efi: pas qu’une pareille cantre influe en rien fur l’curdiflagc plus que toute autre cantre droite j mais la facilité du tranfport fait gagner du tems, dont l’emploi eft toujours précieux : au refte, je penfe qu’en fait d’ourdiifage, les cantres couchées font infiniment préférables aux droites, quelle que foit leur perfe&ion. Je me propofe de donner la defeription de piufieurs eipeces de cantres couchées , dont l’ufage efi: très-commode.
- CHA PITRE VIL
- De la manière d'ourdir les chaînes & poils fimples unis, ou à une feule couleur , avec l’ourdijfoir rond, & la cantre droite ou le jet.
- 1046. L’gurdisseuse place la cantre ou le jet en face du montant où efl le plot, à environ quatre pieds de diftance , puis elle encantre le nombre de -rochets convenable. O11 fe fou vient que Pencantrage doit être réglé par la quantité de portées dont la chaîne doit être compofée.
- 1047. Si l’on veut ourdir à quarante rochets, on en met vingt dans chaque divifion de la cantre ou du jet ; ( comme l’ourdiifage fe fait également avec l’un ou l’autre, on doit entendre de tous deux, ce que je dirai d’un feul ) & en général, quand on veut ourdir fimple , on met la moitié des rochets dans chaque divifion, ayant foin que la foie fe déroule du même fens. En-fuite l’ourdiifeufe noue enfemble tous les bouts de foie, paife fa main dans la féparation que forment les deux divifions de la cantre, puis elle .accroche cette braife à la cheville -a, qu’on voit en-haut de l’ourdiffoir.,pl. VI.9 fig. 1 j enfuite elle enverge avec la main droite.
- 1048. La maniéré d’enverger à la cantre droite efb à peu près la même que celle qu’on a vue à la cantre couchée i on a fait paifer fous l’index &fur le pouce, le premier fil de la divifion fupérieure des anneaux, & mis fur l’index & fous le pouce le premier de la divifion inférieure. Comme à la cantre droite les divifions font perpendiculaires , cette difiindion de fupérieure & d’inférieure 11e peut avoir lieu j ainfï la maniéré de commencer l’enver-geure eft un peu différente : on commence par le fil du rochet le plus bas de la première divifion ; ( on nomme ioi première divifion celle qui, la cantre étant à la droite de Pourdiflèufe , fe préfente la première ) on le met fous l’index & fur le pouce : de là on va à la fécondé divifion , dont on met le fil le plus bas furi’index & fous le pouce; & ainfi de fuite en remontant o-n prend alternativement dans le même ordre tous les fils de chaque divifion ; de forte que tous ceux de la première fe trouveront fous l’index & fur le pouce, & tous ceux de la fécondé fur l’index & fous le pouce.
- 10451. Cette opération doit toujours fe faire de la main droite, .& peu- • Tome IX. Ff
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- ART DU F AB R IC A N T
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- dant ce tems l'a gauche tient la bralTe à poignée ; ainfi deux doigts de la main droite fuffifent pour cela,
- iofo. Comme la main en envergeant avance & recule pour aller d’une divifion à l’autre , & qu’on pourrait, en la retirant, laifler échapper quelques fils , on prévient cet inconvénient en relevant les doigts & baiffant le poignet : un peu d’ufage en apprend plus là-delfus, que les préceptes les plus clairs. Tel eft l’avantage de la pratique fur la théorie , qu’on conçoit mieux l’opération la plus compliquée , p#r un coup-d’œil, qu’on n’entend la plus fimple, le mieux expliquée. On a repréfenté tous les effets de l’envergeure ; & pour ne laifler rien à defirer, on efpere que l’explication des planches fuppléera à ce qui manque ici.
- 1051. Quand tous les fils font envergés, elle met cette envergeure fur les chevilles qui font deftinées pour la retenir b, c, fig. 1 , favoir celle b, en place du pouce, & celle c, en place de l’index; & les croifemens qui étoient entre les doigts , fubfiftent encore entre les deux chevilles.
- 1052. Après cela Pourdiifeufe place fa bralfe fur le plot^f, foit entre les deux poulies , foit dans le guide, &c. félon la difpofition de celui dont elle fe fert ; & comme le plot à trois tringles eft le plus parfait, fi c’eft de lui qu’elle fe fert, elle y place la braffe de façon que la tringle du milieu foit mife dans la réparation des deux divifions de la cantre, pour les raifons qu’on a déduites en parlant des plots.
- 1053. Quand la brade eft ainfi placée, l’ourdilfeufe s’aflied furie banc, fig. 2, fait tourner la manivelle avec la main gauche , de maniéré que l’our-ditîoir tourne de droite à gauche, pour que le plot defeende ; car on doit avoir foin, avant de commencer l’ourdiffage, de le faire monter tout en-haut.
- io>4* L’ourdisseuse qui fait à quelle longueur^ elle doit ourdir, doit avoir calculé, d’après la circonférence de fon ourdiffoir, combien il doit faire de tours pour remplir cette longueur, & la terminer en plaçant les ehevilles errantes. Âinfi, fuppofons qu elle ourdilfe à foixante aunes, & que l’ourdiffoir ait trois aunes de circonférence , elle doit lui faire faire vingt tours; & comme il y a quatre montans pour les chevilles errantes fur cet ourdiffoir, il eft certain qu’elle terminera fa chaîne où elle voudra, en y ajoutant à volonté trois quarts de plus, ou en les diminuant, félon qu’il fera néceffaire.
- 105 ï. Comme il eft rare de rencontrer plufieurs ourdilfoirs dans les mêmes dimenfions, il eft néceffaire, avant de s’en fervir, d’en connoître la circonférence, pour ne pas faire fur l’un un calcul qui 11e convient qu’à un autre.
- iof6. L’ourdisseuse doit auflî favoir fi la longueur qu’on lui demande eft celle qu’on veut donner à la chaîne, ou fi c’eft celle qu’on prétend donner à l’étoffe, ce qui eft fort différent, car la chaîne doit être plus longue que ne
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- doit être l’étoffe : ainfi l’onrdilfeufe doit s’informer du genre d’étoffe pour lequel elle ourdit, fi elle s’éboit de beaucoup ou de peu, & fe le faire expliquer par le fabricant, afin d’ourdir alfez jufle pour 11e pas perdre de foie , ou faire une piece trop courte. Il eft vrai qu’à la rigueur on pourrait, fi la chaîne était trop courte, en ourdir de nouveau une certaine quantité ; mais il n’cft pas pofiible de le faire fans perte de foie : ainfi il faut nécelfaircment qu’elle y apporte tous fes foins.
- 10^7. Il y a encore une raifbn purement d’économie, qui engage à prendre toutes ces précautions ; c’efl que fouvent un fabricant fait ourdir une partie de foie qui lui relie, & il ne ferait pas poffible de l’alfortir parfaitement, foie pour la couleur , foit pour la qualité : dans ce cas, on n’en peut venir à bout qu’en pelant la portée , & fur la quantité qu’il en faut on détermine la longueur. Voici de quelle maniéré 011 pefe cette portée.
- ioy8. On ourdit une portée de la longueur qu’on croit devoir fuffire , à peu près 5 on la pefe très-exaèlement après l’avoir levée de delfus l’ourdilfoir , & 011 voit par-là fi 011 aura alfez de foie pour continuer à cette longueur, ou s’il faut diminuer ou augmenter la chaîne. Suppofons'donc qu’on ait une partie de foie de deux livres & demie, qui font quarante onces, & qu’on our-dilfe à quatre-vingt portées*, fi la portée d’elfai pefe fix gros, il eft évident qu’elle fera d’un tiers trop longue, puifque chaque portée, fuivant le calcul* doit pefer quatre gros.
- 10Ç9. Personne n’ignore ce que c’eft, en fait de poids , que tarer ; cette opération confille à connaître le poids de l’inllrument ou vailfeau qui contient ce qu’on veut pefer, & à le déduire du poids total ; par exemple , les ro-ehets font en général alfez égaux entr’eux , & leur poids ne varie guere; fi donc on veut favoir au jufle combien pefe la foie que contiennent cinquante rochets , 011 les mettra tous dans un plateau de la balance, & de l’autre côté on mettra autant de rcdiets vuides ; tout le poids excédant fera certainement celui de la foie, à peu de chofe près. •
- 1060. On fe rappelle fans doute, comment le fait à PourdMoir long fenver-geure des mufettes aux chevilles errantes ; comme celle qu’on fait au bout de la chaîne fur l’ourdilfoir rond eft abfolument la même, je crois pouvoir répéter ici ce que j’en ait dit alors. Quand la mufette efl alfez longue, 011 va jufqu’au montant à chevilles le plus prochain ; on y en place deux, ainfi qu’on le voit en e,f. On palfe la bralTe fous la première en venant, de là fur la fécondé , fur laquelle 011 fait prefqu’un tour en palfant par-delfous, & enfin fur la première; après quoi 011 tourne l’ourdilfoir dans un feus contraire, pour faire remonter le plot & retourner aux premières chevilles d’en-haut, où elle enverge de nouveau , ainfi qu’on va le voir.
- 1061. Lorsque le plot efl monté à peu près à la hauteur des chevilles
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- d’envefgeiire , elle arrête l’ourdi-iToir, puis prend la brade tout contre le plot >' de la main gauche, & elle enverge de la droite , ainfi qu’on Ta vu la première fois ; elle fait fortir la brade du plot fans quitter l’envergeure , & la place fur les chevilles d’envergeure , comme elle a déjà fai-t.
- 1052. On doit ferappelier la maniere]dont on a vu , à l’ourdiffoir long, que l’ourdilTeufe faifait couler l’envergeure, en profitant de celle que lui offrent les divifions de la cantre. Comme cette opération eft fort difficile à décrire , on va eifayer de nouveau de la rendre fenfible. Elle paffe un des doigts de la main gauche dans la féparation de l’envergeure que tenait le pouce droit , & fait couler cette féparation jufqu’à ce qu’elle ait placé la bralfe lur la première cheville où elle a accroché le bout de la chaîne. La^g. 6 de la pl. VI fait aifez comprendre que les divifions de la cantre forment, avec la féparation qu’elle vient de conferver, une nouvelle envergeure dont elle profite , en ayant foin de faire fauter le fil; on fe rappelle auffi que cette opération confifte à prendre le fil qui, quand l’envergeure eft fur les deux doigts de la main droite, fe trouve le dernier vers le bout des doigts, en le faifant palfer par-delfous la brade pour le placer avant celui qu’on a pris le premier en envergeant ; & comme on change l’envergeure de main, il fe trouve , quoique changé de place, au bout des doigts de la main gauche. On remarquera qu’on ne peut faire fauter le fil qu’aux chaînes d’une feule couleur; en effet, il n’eft pas pofïible dans une rayure de porter un fil à côté d’une baguette ou .raie de couleur fouvent oppofée. Dé plus, la raie dont on le retirerait aurait par là un fil de moins. Dans ce cas, il faut à chaque portée enverger de nouveau, .somme la première fois , & ne tirer aucun parti de cette fécondé envergeure,
- 1053. La maniéré d’envergsr qu’on a vue ci-delfus, eft celle qu’on fuit dans tout i’ourdiifage : je crois que c’étoit là le lieu de donner une définition générale ; mais je dois obferver ici qu’à la première mufette de chaque portée-on enverge dans un fens contraire ; c’eft-à-dire, qu’au lieu de prendre d’abord le premier fil de la divifion fupérieure , qui eft la fécondé T & enfuite le premier dè l’inférieure, qui eft la première, on doit prendre à cette première mufette le premier de la première , qui eft celle d’en-bas , puis celui de la fécondé , & ainfi de fuite ; ce qui eft une exception de la réglé générale.
- 1054. La. raifoti de cette maniéré d’opérer eft facile à concevoir : on n’a befoin de fécondé envergeure , que lorfqu’arrivé aux chevilles d’en-haut qui retiennent celle qu’on vient de faire en remontant, on eft dans le cas d’en faire fur-le-champ une fécondé , quand après avoir placé la braffe fur la cheville du haut de l’ourdiifoir , on va repaffer par ces mêmes chevilles en defeendant, & qu’on aurait befoin d’enverger de nouveau. En fe fervant de l’expédient qu’on a vu , 011 a une demi envergeure après qu’on a fait couler la féparation du pouce 3 &divifions de la cantre la complètent aufïï-tôt ; ainfi, ce n’eft
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- «ne pour mettre le tems à profit qu’on emploie cette méthode ; 8z lorfquc dans les chaînes rayées on ne peut profiter de cette fécondé , on fe fert de la méthode générale qu’on a donnée ci-deffus. Lors donc qu’on defcend pour aller trouver les chevilles errantes, on n’a pas befoin de cette demi enver-geure, & elle ne ferait que mêler les fils, ce qui empêcherait l’ouvrier de faire couler fes verges, comme il le doit, en fabriquant l’étofFe ; aufiî cette méthode n’en donne-t-elle pas.
- i o6f. On eft cependant maître, en ourdiffant, de profiter, ou non, de cette fécondé envergeure. Dans ce cas on enverge à chaque fois tout-à-Pait, ce qui n’empêche pas que l’ourdiffage ne foit aufîî bon ; on repallê la braffe dans le plot, comme elle doit l’ètre , & on continue d’ourdir.
- 1066. L’ourdisseuse doit avoir grande attention de voir fî quelque fil cafte , ou 11 un rochet finit ou quitte la braffe avant que d’arriver au plot ; car fî le bout était déjà fur l’ourdiffoir, elle ne pourrait fe difpenfer de le détourner pour renouer ce fil de la maniéré qu’on va voir,
- 1067. Maniéré de reprendre les fils cafjés en ourdijjant avec la cantre droite ou le jet. Lorfqu’en ourdiiïànt on s’apperqoit qu’un fil calfe, il eft très-facile de le renouer fur-!e-champ ; mais fi on ne le voit que long-tems après , & que l’our-diffoir ait déjà fait quelques tours depuis, il faut néce/fairement dérouler la bralfe en tournant dans un feus contraire, jufqu’à ce qu’on ait trouvé le bout; on le noue & on remet la foie comme elle était.
- 1068. Il y a trois maniérés de réparer cet accident; mais toutes ne font pas également bonnes , quoiqu’elles parviennent au même but.
- 1069. Quelques ourdilfeufes déroulent la bralfe & la couchent par terre ÿ de peur qu’elle ne fe mêle , jufqu’à ce qu’elles trouvent le bout cafté.
- 1070. D’autres en déroulant paffent un doigt de la main gauche dans la féparation des deux divifions, pour mieux connaître à laquelle des deux il appartient ; cette méthode eft préférable à la précédente.
- 1071. D’autres enfin, en même tems qu’elles paflent un doigt dans la féparation des divifions de la cantre , en font couler un fécond entre les fils où devrait être celui qui ne va plus. Cette précaution eft infiniment meilleure : par-là on ne peut manquer de placer le fil où il doit être ; ma:‘s quelle que foit celle de ces trois maniérés d’opérer qu’on fuive, on ne peut empêcher la bralfe de fe mêler , les brins s’entordent les uns avec les autres, & l’ouvrier' qui fabrique l’étoffe eft quelquefois obligé de couper des mufettes entières pour remettre ces fils en ordre. On fient quelle perte de tems & de foie réfulte-de là , & l’étoffe elle-même ne peut qu’en-fouffrir , quelque foin qu’on y apporte. D’ailleurs , la foie en traînant par terre , fe falit & s’accroche par-tout 9 même aux habiliemens de i’ourdiffeufe ; & fi quelqu’un paffe , q.uron ouvre une porte ou une fenêtre, le vent fait envoler toute la foie & augmert le dé-
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- fordre ; alors le feul remede eft de couper toute la brafte & de la renouer plus bas, ce qui perd beaucoup de foie.
- 1072. Quelques ourdilfeufes, en cherchant un bout fini ou cafte, ont la précaution d’entortiller la brade fur les quatre doigts de la main droite , & conduifent deux doigts de la gauche dans les féparations , ainli qu’on vient de voir ; mais quand le bout eft trouvé , elles ont befoin des deux mains pour le renouer i la foie qui les couvre s’accroche par-tout, & quand elles la remettent fur l’ourdiifoir, il eft impoffible d’éviter que quelque brin ne foit arrêté , mêlé ou cafte de nouveau. Cette méthode n’eft pas encore la meilleure . quoique préférable aux trois autres.
- 1073. Quoique prefque tous les ourdifleurs & ourdilfeufes connaiflent une cinquième méthode , infiniment préférable à toutes les autres , je 11e fais par quelle obftination, qui femble concertée contre le progrès des arts, c’eft la feule qu’ils ne veuillent pas mettre en ufage , la voici :
- 1074. Quand un bout eft cafte ou fini, 011 roule la brafte fur une mainotu, dont 011 va donner la defcription.
- 107^. On appelle mainotu une piece de bois dur , d’environ 6 pouces de long , fur un pouce & demi de diamètre, faite au tour, très-polie , un peu plus greffe par le haut que par le bas, & terminée par les deux bouts en arron-diftant, telle qu’011 la voit, fig. 4 , pl. VI; à l’un de fes bouts eft un trou d’environ 3 pouces de profondeur, un peu plus large à l’entrée qu’au fond, & d’environ 10 lignes de diamètre: c’eft fur cette mainotte qu’on entoure la brafte à mefure qu’on la déroule ; & quand l’endroit où eft le bout eft trouvé , 011 met cette mainotte fur un pied qui eft fait de la maniéré fuivante.
- 1076. Au centre d’une planche quarrée ou octogone , d’environ un pied de diamètre, & un peu épaifte pour lui donner de 1’alfiette , on plante un bâton fait au tour, fi on veut, d’environ 2 pieds ou même plus de hauteur, terminé en pointe par un bout, pour recevoir aifément la mainotte quand on renoue la foie. La place de cette mainotte eft entre la cantre & l’ourdiifoir , ainfi qu’on le voit pi VI ,fig. 4, pour que l’ourdifteufe puifte aifément l’atteindre quand elle veut s’en fervir.
- 1077. Lorsqu’un fil eft cafte, l’ourdifteufe paffe un doigt de la main gauche dans la féparation des divifions de la cantre, & un autre dans celle du fil qui manque ; on fe fert ordinairement, pour cela , du pouce & de l’index : on doit obferver auffi que la position la plus convenable eft d’avoir l’ourdiifoir à gauche, & la cantre à droite. Elle prend la mainotte entre l’index & le pouce de la main droite , & ferrant la partie de la brafte qui va depuis fa main jufqu’à la cantre , entre le troilîeme &le quatrième doigt, de façon que cette brafte pafie par-dedans la main, & forte par-deftus les deux derniers doigts, elle la tient aiiifi fixée à_cet endroit, pour que les rochets ne-tournent plus/ enfuite elle
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- Je fert des autres doigts de la main gauche qui font reftés libres, c’eft-à-dire, des troifieme , quatrième & cinquième, pour rouler la braife fur la mainotte en détournant peu à peu fourdilfoir jufqu’à ce qu’elle ait trouvé le bout caifé; alors elle met la mainotte fur fon pied , noue le fil caifé avec celui qu’elle prend aurochet en le paifant dans fon anneau; & tournant l’ourdilfoir avec la main gauche, elle tient dans fa droite, perpendiculairement fur la mainotte, la braife qui fe déroule fans fe mêler , parce qu’on a-vu que cette mainotte était plus grolfe du haut que du bas, & rétablit ainfi le défordre que ce fil avoit caufé. »
- 1078* De quelque cantre qu’on fe ferve, cette maniéré de. renouer les fils eft fans contredit la meilleure , c’eft celle qui ménage le plusda foie; mais on ne peut s’en fervir qu’à fourdilfoir rond : on doit fe rappeller qu’à l’ourdilfoir long on fe fert, pour cela , du bâton pendu au plancher. ;
- 1079. De la maniéré de lever les chaînes ou poils de dejjiis l'ourdijjoir rond. On a déjà vu plus haut, que l’opération qui fuit immédiatement,l’ourdilfage, eft de relever la chaîne de delfus l’ourdilfoir ; on fait aufîi qu’on:doit confer.ver les envergeures avec de petits cordons de foie faits cxprès.pour çela; ces cordons, quand ils font arrêtés avec un nœud, prennent eux-mêmes le nom d’enver-geure , parce qu’ils femblent .ne faire qu’un avec ellb & qu’ils relient en place jufqu’à ce que le plieur ait pris l’envergeure des mufet/es , ou du boue inférieur de la chaîne avec fon compajteur, & que le tordeur ait pris, avec Tes verges, l’envergeure , proprement dite, du bout d’en-haut.
- 1080. On nomme compajfeur, une petite verge de bois que le plieur met à la place de la derniere des chevilles errantes, dans la boucle qu’elle formait au bout de la chaîne ou du poil ; à l’un des bouts de ce compafteur eft un trou dans lequel on palfe un cordon de foie, & qu’on y retient au moyen d’uîi nœud ; on palfe ce cordon dans la féparation que tenait l’autre,cheville errante, & par ce moyen l’envergeure des mufettes fe trouve confervée d’une maniéré invariable. Je ne fais qu’annoncer ici cette opération , me réfervant de la décrire à fond dans le traité du pliage, qui fuivra immédiatement celui-ci.
- 108r. Quand fourdiffeufea foigneufementnoué les envergeures, elle fait defeendre le plot jufqu’aux chevilles errantes, d’où elle retire la chaîne, la tord un peu à l’endroit de la boucle que forme la derniere cheville, & la met entre les deux poulies où était la braife, ainfi qu’entre deux tringles; puis repaflant la main dans cette boucle , elle y fait palfer la chaîne, & forme uti nœud coulant, comme on l’a déjà vu quand il s’eft agi de lever une chaîne à l’ourdilfoir long, & qu’on peut voir de nouveau, fig. 4 , pl. FI, ainfi que la maniéré dont la chaîne eft arrêtée par le bout, fur une cheville pareille à celle dont on a déjà parlé , où elle eft fixée folidement.
- 1082. L’oürdisseuse s’aftîed fur une chaife, & nonjpas futile banc, entr®-
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- l’ourdifloir & la cantre, au-devant du montant du plot, de maniéré à pouvoir retenir avec le pied l’ourdiffoir, & ne le laiffer tourner qu’autant qu’il eft néceifaire.
- : 1083. On a reprefenté, fig. ? ,pl. TI, une ourdiffeufe relevant une chaîne; elle a le pied contre l’ourdifloir, & fa pofture exprime la force qu’elle emploie pour relever la chaîne fur la cheville , avec le plus de tenfion poffible. On peut voir de quelle maniéré chaque tour eft couché fur la cheville dans le même ordre ,fig. pi. III.
- 1084. On conçoit que le plot, dans cette opération, fert de guide à la brade, en ne montant qu’à mefure rque fourdiifoir tourne ; & quand il eft parvenu vis-à-vis des chevilles d’envergeure , elle entortille le cordon qu’elle a placé fur la chaîne entre ces deux chevilles. Voyez, fig. ? ,pl. III, la maniéré dont ces cordons entourent la chaîne. Enfuite elle retire la foie de ces même chevilles , ôte la chaîne de deifus le plot, ainli que delà cheville d’en-haut, tord fur elle-même l’ouverture qu’elle y faifait, & l’arrête au bout fur la cheville , en paifant quelques tours fous leurs précédens, ainfi qu’on pratique à four* diifoir long ,pour que la foie nepuilfe s’échapper ni s’accrocher.
- CHAPITRE VIII.
- De la maniéré d'ourdir les chaînes ou poils doubles ; les chaînes doubles & fimples ; celles doubles £«? triples, & la différence qu'il y a dans
- cet ourdiffage, entre l’ufage de la cantre droite & celui de la cantre couchée,
- ,108?.‘L’ourdissage.des chaînes doubles fait avec la cantre droite, ne différé de celui des chaînes fimples, dont on vient de parler, que par rap^ port à l’envergeuie & au double nombre de portées.
- iû86. Par rapport à l’envergeure , en ce qu’au lieu de prendre un fil fimple , on en prend deux dans la même divifion, qui ne comptent que pour un; ainfi l’on commence par prendre fous l’index & fur le pouce les deux plus bas fils de la première divifion ; énfüite fur l’index & fous le pouce, les deux plus bas de la fécondé, & ainfi des autres; & l’on voit que , quoiqu’il n’y ait encore qu’un er.oifement ou euvergeure , il y a quatre fils de pris.
- 1087* Maintenant la différence, quant au double des portées, coiir fifte en ce que ces deux fils étant joints à l’envergeure , ne comptent que pour un dans Pourdiifage & dans la fabrication ; ainfi, fi l’on doit ourdir à ?o portées pour un taffetas à chaîne fimple , il en faudra 100 pour un à chaîne double, ou ce qui revient au même, on dit ordinairement qu’il faut 50 portées doubles. Il eu eft de même pour les chaînes triples & quadruples-,
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- les fils doubles ou triples n’étant comptés que pour un. Ainfi les uftenfiîes dont on fe fert pour les unes, ferventauftï pour les autres ; le nombre des portées feul augmente en ration de l’augmentation des fils. Je vais donner quelques exemples.
- 1088. Nous avons vu que .fi l’on ourdit une chaîne firnple à 40 roc-hets , la portée fera de 80 fils-, & fi cette .chaîne eft deftinée,pour un talfetas à s° portées , il eft certain que 40 rochets la pourront fournir ; mais fi c’eft pour une chaîne double d’un talfetas à 50 portées, il eft clair qu’il faudra ioa portées.
- 1089* Si l’on veut fe rappeller qu’ourdir triple, c’dft prendre trois fils pour un , 011 fendra que fi l’on ourdilfait de cette maniéré à 40 rochets, il y en .aurait un de trop, ou deux de moins , parce que 13 fois 3 ;font 39 ; il en relie un, ou bien il en manque deux : dans ce cas, il fautencantrer à 42,48 , H , ou 60 rochets , & on fe trouvera jufte.
- 1090. Plus 011 prendra de fils pour un , moins le nombre de rochets‘ordinaire fuffira; ainfi, pour ,une chaîne triple de 50 portées, 48 rochets donneront 16 fils triples : une chaîne à 50 portées doit avoir 4000 fils ; car la portée a toujours 80 fils, la portée à 48 rochets ne produit que 16 fils > il faut divifer 4000 , nombre des fils , par 16, & on aura .125 portées.
- 1091. Pour enverger ces fortes de chaînes, on s’y prend comme aux autres, en mettant l’index fur les trois plus bas fils de la première divifion de la cancre, & les prenant fur le pouce, puis fur l’index & fous le pouce , les trois pLus bas de l’autre divifion., & ainfi de fuite , en remontant, trois par trois. .
- 1092. Quoiqu’il arrive rarement qu’on ourdilfe une chaîne quadruple, néanmoins, comme certaines étoffes en font fufceptibles, & qu’on en fabrique par extraordinaire , ainfi qu’on le verra dans le traité de ia fabrication des étoffes unies , je dois en faire mention .; on les ourdit comme les doubles & les triples, en prenant quatre fils pour un. Le calcul qu’on a fait pour les- fils triples doit fe faire pour les quadruples; c’effià-dire, que la cantre doit contenir dans chaque divifion, un nombre de rochets multiple de quatre, & qui s’accorde avec la quantité de portées dont une chaîne eft com-pofée. Ainfi, fi l’on ourdit à48 rochets, en les envergeant par quatre , on aura 12 fils ; c’effià-dire, 24 par portées 1 & fi .cette chaîne eft deftinée à un talfetas à 40 portées , fuppofons qu’elle fût Ample & ourdie à 48 rochets, il faudrait 33 portées & un tiers; mais étant ourdie quadruple, il en faudra quatre fois autant,ce qui fait 133 portées & 8 fils. Après tous ces exemples, je ne crois pas qu’il puilfe y avoir rien d’obfcur fur la maniéré dont 0*11 ourdit toutes les chaînes. Il 11e refte plus à traiter que celles où le nombre
- Tome IX. . ; . . G g
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- de rochets éft inégai dans les divifions de la cantre : c’eft ce que nous allons faire de la maniéré la plus méthodique.
- 1093. On verra dans la fuite que la variété des étoffes exige des ourdit fages de bien des efpeces 5 mais il doit nous fuffire , pour le préfent, de favoir qu’on ourdit des chaînes (impies & doubles, (impies & triples, (impies & quadruples , doubles & triples , doubles & quadruples , & enfin de triples & quadruples : 011 ne faurait nier que Pencantrage de ces chaînes , leur enver-geure & leur ourdiifage 11e demandent la plus grande attention , fur-tout quand on fe fert de la cantre droite ; les figures qu’on va mettre fous les yeux du ledleur ne lailferont rien à defirer fur cés difficultés.
- 1094. 1, pL Vil, repréfente une des faces d’une cantre droite : le détail dans lequel nous allons entrer fera fuffifamment comprendre l’ordre qu’on a fuivi en y plaçant les rochets.
- io9>. Supposons qu’on veuille ourdir double & (impie, la divifion à gauche contient-30 rochets, & l’autre n’en contient que 011 voit que deux bouts de foie viennent fe croifer fur un de l’autre divifion , ce qui indique que pour un fil qu’on prend dans l’une , on en prend deux dans l’autre» Quant à l’ordre ; des rochets fur deux broches , on en 1 aille continuellement une vuide , ainfi qu’on le voit j & quand on enverge, 011 prend, fans avoir égard au nombre, un & deuxffils alternativement.
- 1096. Depuis l’ourdiifage jufqu’à l’entiere fabrication de l’étoffe, ces deux fils ne feront jamais comptés que pour un, & les portées dans l’our-dilfage feront augmentées d’un tiers de plus qu’il n’y en aurait, (î l’on our-dilfait (impie ; ainfi on mettra 30 rochets dans une divifion , & 15 dans l’autre ; ce nombre de 45 ffil'S ne fera compté que comme 30, favoir 1 5 doubles & i<f (impies >’& chaque portée , quoique contenant 90 fils, fera réputée: n’en contenir que 6a» / s: 1
- - - 1097. Quant à la maniéré d’enverger, nous ne croyons pas qu’il foitr
- néceifaire de répéter ce que nous avons détaillé dans les chaînes doubles y triples & quadruples j nous y renvoyons le ledeur -,h feule différence e(t, qu’àlors On prenait deux fils par-tout, ou trois ou quatre ,& qu’ici on eu prendra deux & un, deux 8c trois , &c. : . 1 ,
- u 1098. Si la'chaîne doit être (impie & triple, on placera dans une des di-•Vifions de la cantre trois fois autant de rochets que dans l’autre. Dans cet cncantrage le roçhet feul eff vis-à-vis , fur la même broche de celui du milieu des trais de l’autre divifion ; ainfi l’une contiendra 30 rochets , & l’autre 10, &en envergeant on prendra trois fils d’un côté à la fois, & un de Vautre*- «* ! > ' ; t
- - 1099. 'Si la chaîne doit être double & triple, on mettra deux rochets d’un côté, fur trois de l’autre ; par exemple, zo dans la première divifion, & 3.0
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- dans la fécondé : c’eft-à-dire , que fur trois broches deux font garnies , & la troiiieme eft vuide ; ainfi l’on prendra trois fils d’un côté, & deux de l’autre. -; >' ' '
- i ioo. Quoique l’on ait employé 50 rochets à cet encantrage, favoir 30-& 20, la mufette ne fera comptée que pour 20, nombre plus faible 5 & d’après ces calculs, on pourra connaître le nombre de rochets‘qu’on doit employer pour lourdilfage propofé. 1 r *
- 1101. Pour les chaînes doubles & quadruples, on met quatre rochets d’un côté & deux de l’autre , de façon que les deuxfeuls foient vis-à-vis de ceux du milieu des quatre -, par ce moyen il fe trouvera toujours deux broches vuides , & deux pleines alternativement ; & pour vingt-huit fils dans une divifion , on en mettra quatorze dans l’autre ; cet encantrage ne donnerait la mufette que quatorze fils ; favoir, fept doubles , & fept quadruples : aufïï on fe réglera là-deffus pour compléter le nombre qu’exigera la chaîne qu’on veut ourdir.
- 1102. Il nous refte encore une combinaifon à faire , c’eft celte de triple & quadruple. Tout ce que nous venons de dire des autres, nous diipenfe d’entrer dans aucun détail fur celle-ci. On peut fe tromper fur le nombre de fils à prendre en envergeant j comme vis-à-vis des quatre broches il y en a une vuide, 011 pourra reconnaître l’endroit où commencent & finiffent les brins de foie qu’on doit prendre enfemble.
- 1103. Nous ne nous fommes un peu appefantis fur tous ces détails, que pour faire fentir les difficultés ,& l’attention qu’011 doit y apporter : quoique les fautes qu’on pourrait y faire ne foient pas d’une conféquence infinie s il en réfulte toujours une imperfection dans l’étoffe , qu’il eft à propos de prévenir.
- 1104. La cantre couchée n’offre pas tant de difficultés dans ces fortes d’ourdilfages , parce qu’en envergeant on fuit à peu près l’ordre des chaînes fimples, ainfi qu’on va le voir.
- IlOf. Maniéré <Tencantrer avec la cantre couchée les chaînes qu on vient de voir. Les encantrages que nous avons vus jufqu’ici, ont été fuppofés faits fur des cantres droites ou des jets i nous allons maintenant voir de quelle maniéré on opéré fur des cantres couchées.
- 1106. De quelque combinaifon que foit cet encantrage, on met le plus grand nombre de rochets dans une des deux divifions , & le plus petit dans l’autre5 mais ce qui rend l’envergeure bien plus facile, c’eft qu’on paffe les fils dans les anneaux de verre , en ne les comptant jamais que pour un.
- 1107. Supposons donc qu’on veuille ourdir flmple & double, on met le double de rochets dans une des deux divifions, & prenant les fils deux à deux * on les faitpaifer dans un des deux anneaux qui font perpendiculaires à
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- leurs rochets, faifant attention de fuivretoujours le même ordre: je veux dire que fi l’on a paifé ces deux fils, dans le premier anneau d’un des bouts, de la cantre, on pafiera les deux fuivans dans le troifieme, enfuite dans le-cinquièmele feptieme, &c. Si c’eft dans le fécond, on continuera par les-quatrièmes, fixiemes , huitièmes , &c, ,ainfi il y a toujours alternativement un anneau occupé , & l’autre vuide. Il eft aile de fentir que l’envergeure devient par-là très-facile, puifqu’on n’a plus qu’à prendre fil par fil, fans avoir égard fi-les uns font doubles & les autres fimples.. Lafig. 2-, pi. Vil, repréfente les.deux divifions de cette cantre, dont l’une efi pleine de rochets , & l’autre n’ën contient que la moitié. Ce moindre nombre eft arrangé, de façon que les anneauxdans lefquels leur foie pafle,.foient en ligne droite.avec ceux où pafle celle delà divifion précédente, de forte que chaque broche. & don anneau qui relient v.uides, foie.nt vis-à-vis de celui qui eft refté vuide à. l’autre divifion.
- 1108. Si l’encantrage doit être firnple & triple, on palfe trois fils dans: l’anneau du- milieu des trois qui .leur correfpondent, de forte que deux anneaux relient, toujours alternativement#vuides * & dans l’autre divifion. on met un rochet fur la broche du< milieu de ces trois,.
- 1109. Pour une chaîne double & triple , on met an tiers de rochets dans une divifion plus que dans l’autre ; dans l’une on palfe trois fils dans un anneau, & dans l’autre 011 en palfe deux. L’ordre qu’on leur fait tenir s’entendra mieux en voyant la figure y que par le difcours; la feule réglé générale qui on peut établir, eft qu’il faut que les fils, foit fimples , foit doubles , triples, &c. fortant des anneaux, foient vis-à-vis l’un de l’autre; par ce moyen, les é.cartemens étant les mêmes, l’envergeure fe fait très -aifément.
- 1110. On pourra, d’après ce que nous venons de dire,, prendre l’idée d’une chaîne double & quadruple , & d’une triple 8c quadruple comme la difficulté ne confifte qu’à place? les rochets & à.pafler dans les anneaux,.il n’eft pas poffible qu’on rencontre encore aucun obftacle après l’infpeétion des figures.. Tout ce que nous dirions ici ne pourrait qu’ennuyer.
- 11 11. Obfervation fur Les deux efpeces de cantres, par rapport, aux ourdiffages dont on vient de parler. On-peut dès à préfent avoir fenti la différence qui fe rencontre entre les deux efpeces de cantres, ainfi que la fupériorité de la cantre couchée fur la cantre droite: dans celle-ci, en ourdilfant les chaînes dont on vient de parler,. malgré le vuide des rochets qu’on a- obfervé , les* fils ne font pas aflez. diftinéls pour qu’011 ne foit pas obligé, de les compter quand on les enverge ; ainfi la moindre erreur devient de la plus-grande con-féq.uence, & cette attention retarde l’opération. Mais avec la cantre couchée,, comme le nombre de fils , quel qu’il foit, eft réuni dans-les anneaux, on enyerge fans précautionen comptant tous ces fils pour un, & 011 ne
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- peut fe tromper, à caufe de Pefpace vuide qu’on rencontre fouvent, & qui fert à fe reconnaître.
- iri2. Dans les exemples que j’ai donnés ci-deffus , je n’ai fait aucune mention de nombre de fils, ni de genre d’étoffe, parce que pour établir une réglé générale, on n’a pas befoin d’application particulière.
- CHAPITRE IX.
- Dûfcription de la cantre couchée à la lyonnaife, propre à lourdiffoir rond.
- il 13. La cantre à la lyonnaife a beaucoup de reffemblanee avec celle que nous avons décrite dans le chapitre fécond de cet ouvrage , & qu’on a vue pi. 1 ; mais elle a fur elles des perfections qu’on fera à portée de con-
- naître quand on l’aura vue en œuvre.
- 1114. Quatre montans A , A, A , A, fig. 3 , pl. P7/, de 22 pouces de haut , formant les angles de la cantre , font affemblés en-bas par les traverfes B , R, C , C,- & par le haut au moyen de celles D , D , E , E ; celles qui conf. tituent la longueur de la cantre B , B, D, D , ont 5 pieds de long fans les tenons ; les autres , qui en forment la largeur , ont environ 1^ pouces , aulli fans les tenons..
- 111 Au milieu du parallélogramme, que forment au haut de cette cage les traverfes fupérieures , eft affemblée une troifieme traverfe F , à tenons & mor-taifes, quile divife en deux parties égales, & qui forme les deux divifions de la cantre.
- 1116. Sur chacune des traverfes E , E, font affemblés a tenons & raor-taifes, deux montans G, G , H, H , précifément au milieu des deux divifions; la hauteur de ceux H', H , eft d’environ 1 g pouces , fans leurs tenons ; les autres G , G, de devant ont environ 6 pouces de moins ; ils font retenus dans leur écartement par les traverfes I, I, à tenons & mortaifes; l’extrémitéfupé-rieure de ces quatre petits montans reçoit à queue d’aronde les deux traverfes K , K, qui portent les anneaux qu’011 y place de la maniéré fuivante.
- 1117. On perce fur chacune , dans fa longueur, trente trous à égale difi-tance les uns des autres; enfuite on prend un bout de ficelle d’environ g à IO pieds de long, qu’on arrête au moyen d’un nœud par-deffus à un des bouts de ces traverfes. On paffe la ficelle dans un anneau, puis on la repaffe dans le même premier trou , & par ce moyen l’anneau eft fixé contre la traverfe; enfuite on paffe cette ficelle dans le fécond trou par-deffus; on prend un anneau , on la repaffe dans le même trou , & on continue ainfi jufqu’au bout. Cette maniéré d’enlacer les anneaux , eft le moyen le plus fïir de les fixer invariablement fous les traverfes. On pourrait d-e même fe fervir d’agraffes en
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- palfant la ficelle dans leurs deux yeux, mais le ferrement pourrait en faire calfer : ainli les anneaux font préférables.
- i l 18- Les trois traverfes du haut de la cantre doivent auffi être percées fur leurdongueur de trente trous qui répondent perpendiculairement à ceux des traverfes à anneaux ; c’eft là qu’on place les broches fur lefquelles tournent, les rochets ; ainli chacun doit être dans un même alignement avec ceux des deux autres traverfes. -
- il 19. On doit fe rappeller qu’aux autres cantres ôn met les broches à leur place, au moyen d’une rainure pratiquée à chaque trou, qui n’entre qu’à mi-bois de la traverfe î à celle-ci, le moyen de retenir ces broches en place eft moins vétilleux & plus fimple.
- 1120. L eft une tringle de toute la longueur delà cantre & d’un pouce & demi de largeur, qu’on fixe delfus chacune des deux traverfes d’en-haut ds chaque côté , au moyen de deux morceaux de cuir a 3 , pl. VU, qui font l’office d’une charnière. Cette tringle étant abandonnée à fon propre poids , vient s’appliquer fur la traverfe à laquelle elle eft attachée, ferme les trous où font les broches, & les empêche de fortir d’un ou d’autre côté. Quand on veut encantrer ou changer quelque rochet, il fuffit de la lever, & enfuite de la laiffer retomber'.
- 1 i2r. Sur l’affemblage des deux traverfes B, D , qui forment le devant de la cantre avec les montans A, A, font marqués les trous dont celle d’en-haut eft percée , pour recevoir les broches ou efiijfures.
- 1122. Comme c’eft la plus balle traverfe à anneaux qui détermine le devant de la cantre , 011 la met du côté de l’ourdiiToir, elle eft garnie de rochets , dont les bouts paffent dans leurs anneaux, & vont fe réunir en un point au plot. On conçoit alfez la pofture de l’ourdiffeufe, & la place du banc, ainli que celle de la mainotu dont elle fe fert quand un bout vient à fe calfer ou fe perdre , ainli qu’on l’a vu plus haut.
- 1123. Derrière la cantre, eft une table fur laquelle PourdilTeufe place quelques inftrumens à fon ufage, comme un compas, du papier pour calculer fes portées, & un peigne dont on verra autre part l’ufage. Près de là font auffi deux corbeilles, dont l’une eft pleine de rochets vuides , & l’autre contient ceux qui font pleins. L’ourdiffeufe doit auffi avoir auprès d’elle deux qhe-. villes à relever une chaîne , dont on a parlé ci-devant.
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- CHAPITRE X.
- Maniéré ffourdir à une couleur avec Pourdiffoir rond, en fe fer vaut de la cantre à la lyonnaife.
- 1124. L’ourdisseuse place la cantre devant l’ourdiffoir, de maniéré que le montant du plot foit vis-à-vis le milieu de la cantre , qui en eft éloignée d’environ 4 pieds. A droite de l’ourdilfeufe , entre le banc & la cantre , il doit y avoir une diftance fufïifante pourxj3ouvoir paffer librement.
- 1125. Quand le nombre de rochets, avec lequel doit fe faire l’ourdiffage, eft déterminé, elle prend à côté d’elle une corbeille dans laquelle ils font, & tirant prefque hors de la cantre toutes les broches ( peu importe de quel côté elle fade cette opération ) , de façon qu’elles ne paffent en - dedans d’une divifion que de 2 pouces, étant tout-à-fait ôtées de l’autre ; elle place les rochets fur toutes ces broches, de maniéré qu’ils puiifent fe dérouler du même fens, & les repouffe dans le trou de la traverfe du milieu , en les faifant encore excéder d’environ 2 pouces j puis elle en fait autant dans la fécondé divifion , pouffant les broches à mefure ; & quand l’encantrage eft fini, elle laiife tomber la traverfe qui bouche les trous & retient les broches.
- 1126. Quand ils font tous ainfi placés , elle paffe chaque bout de foie dans Panneau qui lui eft perpendiculaire, à moins qu’il ne s’agiffe d’ourdir fimple & double, double & triple, &c. auquel cas elle en mettrait 2,3 ou 4, dans un même anneau , ainfi qu’on l’a vu ; puis prenant tous ces bouts à côté les uns des autres, elle les égalife autant qu’elle peut, & les noue tous enfemble ; e-nfuite elle approche ce nœud de l’ourdiffoir pour leur donner une égale ten-fion -, puis paflant la main droite dans la féparation des deux traverfes à anneaux , elle accroche par-là fa braffe fur la première cheville, au haut de l’our-ditfoir, & prend dans fa main gauche toute la braffe à une certaine diftance des chevilles , de peur qu’en envergeant elle ne s’échappe ; après quoi il ne s’agit plus que d’enverger.
- 1127. Nous 11e répéterons point ici ce que nous avons déjà dit de l’enver-geure : on doit avoir compris cette opération; ainfi nous renvoyons le lecteur aux endroits où nous en avons parlé , fur-tout à l’article de l’ourdiffoir long, où nous avons donné l’exemple d’une cantre couchée, peu différente de celle-ci.
- 1128- Quand l’envergeure eft placée furies chevilles qui lui font deftinées* l’ourdilfeufe reprend avec la main droite la féparation des traverfes à anneaux , & prenant de la main gauche la braffe entière, elle la fait paffer entre les deux poulies du plot, & met dans la féparation qu’elle tient, la tringle du milieu qui la conferve, après quoi elle s’afîied. ' ; .
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- 1129. 0^ fe rappelle que pour faire defcendre le plot, il faut faire tourner Pourdiffoir de droite à gauche. Quand elle a fait le nombre de tours qu’exige la longueur de la chaîne, elle pâlie la bralfe fur les chevilles errantes, de la maniéré qu’on a vu ch. g , & fait remonter le plot jufqu’à l’envergeure qu’elle fait toujours de même , en profitant de la fécondé ainfi qu’on l’a vu. Pendant tout ce travail., l’ourdilfeufe a continuellement les yeux fur pourdiffoir & fur la cantre pour remédier aux accidens qui peuvent arriver,
- 1130. Comme cette cantre à la lyonnaife n’eft autre chofe que la cantre couchée qu’on a déjà vue , à laquelle on a donné plus de perfèdion , tous les en-cantrages & les ourdiiïages qu’on a faits avec l’une , peuvent fe faire auifi aifé-ment avec l’autre : ainfi nous n’entrerons dans aucun nouveau détail là-deflu s.
- 1131. De La maniéré d'encantrer les chaînes à deux couleurs, qu'on nomme pas d'un & pas d'autre. La maniéré d’encantrer les chaînes de deux couleurs, qu’en termes de manufacture on appelle pas d'un & pas d'autre, confifte à mettre toute une couleur dans une divifion , & toute une autre dans l’autre. Ainfi, fi la première divifion contient des rochers bleus & que l’autre en contienne des blancs, 011 aura un pas d'im, & un pas d'autre.
- 1132. C’est une réglé générale dans la fabrique des étoffes , que celles quf font de deux couleurs, fout ourdies doubles ; & néanmoins l’ourdilfage fe fait comme aux chaînes unies : on peut même y faire fauter le fil, pour profiter d’une fécondé envergeure comme dans les chaînes à une feule couleur, & alors les fils feront mis deux par deux dans les anneaux,
- 1133- Méthode dont on fe fert à Lyon pour lever les chaînes ou poils de deffus tourdiffoir rond, La méthode qu’on emploie à Lyon pour lever les chaînes des étoffes du plein, c’eft-à-dire, qui n’ont ni fleurs ni deiïin, eft la même que celle qu’on a décrite dans le chap. 8 - on s’y fert delà cheville; on conferve les envergeures de la même maniéré ; mais quant aux étoffes façonnées , on les leve à la chaînette: voici en quoi confifte cette opération, qui eft repréfen-tée par la fig. 4 de la pL VII.
- 1134. Quand l’ourdilfeufe a fini d’ourdir fa chaîne, qu’elle a coupé & arrêté par un nœud fa bralfe, après l’avoir retirée de delfus le plot, elle le fait defcendre à la hauteur des chevilles errantes qu’elle retire ; enfuite elle pafie les doigts dans la boucle que forme au bout de la chaîne la derniere de fes chevilles , tord la foie un peu fur elle-même , place la chaîne entre les poulies & entre deux tringles du plot ; & paflant fa main dans cette boucle, elle prend avec l’index & le doigt du milieu , dont elle fe fert dans toute cette opération, la chaîne, qu’elle fait paffer par là en retirant fa main, ce qui forme une autre boucle (voye{ la fig, 4, où cette opération eft repréfentée) ; alors elle prend la première boucle de la main gauche ; puis paflant fes deux doigts dans la fécondé , elle fait encore palier la chaîne par là, ce qui en forme une
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- fcroifieme, par laquelle elle en forme une quatrième, puis une cinqieme, & ainfi de fuite jufqu’au bout de la chaîne. Pour faire mieux comprendre l’ef-pece d’enlacement que décrit cette chaînette ,oaa eu foin de repréfenter la chaîne dans de fortes proportions.
- 113 5. Une précaution qu’il faut avoir en relevant ainfi, c’eft de mettre le pied droit au bas de l’ourdilfoir pour en retenir les ailes ; fans quoi, comme on tire la chaîne alfez fortement, l’ourdilfoir tournerait trop vite, & on n’au-rait plus de tenfion.
- 1136. La chaîne ainfi relevée, eft réduite environ au tiers dé fa longueur, & quand l’ouvriere a une fuite de chaînons égale à l’écartement de fes deux bras, elle la replie fur elle-même en la tenant de la main gauche, de peur qu’elle 11e traîne par terre , ce qui endommagerait la foie. O11 voit tons ces détails dans la fig. 4. Il peut néanmoins arriver que la chaîne foit d’une telle longueur qu’on ne puilfe la tenir dans la main; alors elle a près d’elle une cor* beille dans laquelle elle met la chaîne à mefure qu’elle la releve.
- 1 r 37. Il eft certain que cette maniéré de relever les chaînes eft plus facile ; d’ailleurs il eft plus aifé de pefer la foie, & plus commode de ferrer cîans une armoire ou dans un tiroir une telle chaîne, en l’enveloppant de papier pour garantir les couleurs , que quand elle eft fur une cheville, dont la longueur em-barralfe ; & néanmoins, malgré tous ces avantages, l’autre méthode me paroîfc préférable , attendu que le pliage en eft plus parfait, ainfi qu’on le verra.
- CHAPITRE XI.
- Comparaifon des différentes méthodes qu'on emploie pour ourdir les ch aines & poils, & particuliérement celles qui font rayées.
- 1138- En fuivatit la maniéré d’ourdir que nous avons vue jufqu’ici, on ne peut éviter la multiplicité des cantres : en vain a-t-on elfayé de les doubler, quadrupler, &c. il n’eft pas poflible de les réduire à un aifez petit nombre pour qu’elles ne caufent point d’embarras. Il faut en convenir, malgré là fupériorité des talens que Lyon réunit dans tout genre d’ouvriers, les villes de Nîmes, d’Avignon, & quelques autres qui ont tiré de celles-ci leurs manufactures, ont un ufage d’autant plus avantageux, qu’en évitant le grand nombre de cantres, 011 y fimplifie les opérations , & 011 gagne beaucoup de tems, ainfi qu’on va le voir.
- 1139. Dans toutes ces manufactures une feule cantre , même fimple, fuffie pour l’ourdiifage le plus coinpofé ; on y emploie beaucoup moins de rochets à la fois & l’on va bien plus vite. Cette maniéré s’appelle ourdira plufimrs par* ties , ou àplufîeurs compafleurs ; ces deux expreffions qui lignifient la même chofe, ont cependant befoin d’être expliquées.
- Tome IX, H h
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- 1140. On appelle ourdir ci plusieurs parties, lorfque pour ourdir la chaîne d’une étoffe rayée , au lieu de fe fervir de plufieurs cantres fuivant la méthode de Lyon, de Paris, &c. & de les changer même plufieurs fois , on ourdit tout de fuite tout ce qu’une cantre doit fournir pour une rayure quelconque, dont alors on combine les répétitions j après cela on place un cordon de foie dans les envergeures, comme fi c’était une chaîne entière j puis on défencantre les rochets , & on leur fubftitue ceux qui doivent fuivre. On ourdit cette nouvelle partie comme la précédente, on conferve de même les envergeures, & on continue d’ourdir ainfi partie par partie , en les regardant toutes comme autant de chaînes particulières ; puis on paffe un cordon dans la totalité des envergeures. On leve la chaîne comme à l’ordinaire fur une cheville, ou à chaînette, de la maniéré qui a été expliquée plus haut.
- 1141. On appelle aufîi cette méthode ourdir à plufieurs compajleurs, parce que le plieur fe fert, pour plier la chaîne fur Yenfuple, d’autant de compafteurs qu’elle eft compofée de parties différentes.
- 1142. On peut être furpris que j’aie avancé qu’il ne faut pour cette maniéré d’ourdir qu’une feule cantre, & beaucoup moins de rochets ; mais on va s’en convaincre facilement, en fuivant un tant foit peu l’opération.
- 1143. Je fuppofe que, félon la méthode de Lyon , on ne puiffe ourdir la rayure d’une chaîne à moins de fix cantres , & que cette rayure exige des foies blanches , rofes & vertes. Je fuppofe encore que la première cantre contienne cinquante rochets , partie de foie blanche & partie de verte ; que la fécondé en contienne quarante-huit, partie de foie rofe & partie de blanche ; la troifie-me, foixante de foie blanche ,1a quatrième , cinquante-quatre, partie de verte & partie de blanche 5 la cinquième , quarante de foie rofe ; & la fixieme , cinquante-huit moitié de blanche & moitié de rofe. Le nombre des rochets qu’occuperont ces fix cantres, fera de trois cents dix , dont cent foixante-cinq de foie blanche , quatre-vingt-treize de foie rofe, & cinquante-deux de verte. N’eft-il pas fenfible qu’un tiers environ de ces rochets fera fufïifant avec la méthode de Nîmes , pour ourdir la chaîne propofée ; parce qu’on ourdira avec la couleur blanche toutes les portées de foie blanche qu’exigera la rayure, enfuite la rofe, & enfin la verte ; au lieu de répéter ces trois couleurs de la maniéré qu’exige chaque combinaifon de rayure.
- 1144. On peut m’objeder que, pour prouver l’opinion que j’avance , j’ai choifi un exemple fi fimple, qu’on ne peut pas en conclure une réglé générale*, mais je n’ai dû apporter de preuves que celle que le le&eur eft en état d’entendre par ce que nous avons vu jufqu’ici : je me propofe de fuivre mon hypothefe dans l’ourdiifage de poils doublais , triplais, quadruplais, &c. C’eft ulors que la multiplicité des cantres paraîtra indifpenfable ; & cependant comme j’entrerai dans les détails les plus curieux fur ces chaînes compofées , 011 verra que mon afiertion n’aura rien perdu de fa vérité.
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- Iï4f. La forme volumineufe & embarraffante des cantres dont on fe fert par-tout, a fait imaginer les cantres & jets doubles & quadruples, ainfi que tous tes moyens dont on le fert pour gagner de la place : on a plus befoin à Lyon qu’autre part d’économifer de ce côté, à caufe de la quantité de celtes qu’on y emploie, ainli qu’on l’a vu dans un des chapitres précédens : auffi a-t-on imaginé de fe fervir de cantres à tiroirs, dont on donnera la defcription dans 1e chapitre fuivant.
- CHAPITRE XII.
- Defcription de la contre à tiroirs, de tout ce qui la compofe.
- 1145. De la carcajfe de la cantre à tiroirs. On nomme cantre à tiroirs, un bâtis debois compofant une.certaine quantité de fourreaux, dans lefquels on met des elpeces de tiroirs garnis de rochets prêts à travailler. Rien n’eft aufli commode & 11e tient aulfi peu de place que cette cantre dont nous allons donner la defcription.
- 1147. La fig. ïi , pL VIII9 repréfente cette carcaffe j quatre montans A, A, A , A , font alfemblés par 1e bas au moyen de deux traverfes B, B, qui déterminent la longueur de cette cantre.
- 1148. Seize traverfes C, C, C, C, &c. alfemblent tes deux côtés à tenons & mortaifes ; tes crans qu’on voit fur la face intérieure de chaque montant, font autant de rainures qui doivent affleurer 1e delfus de chaque traverse, dont l’ufage eft de recevoir chacune une planche fervant de fond à chaque fourreau , & qui repofe par tes bouts fur tes traverfes C, C : neuf lignes font fuffi-fantes pour la profondeur de ces rainures.
- 1149. Sur les traverfes fupérieures font alfemblés deux montans D, D , dont l’un eft plus haut que l’autre de 6 pouces , & qui reçoivent à queue d’a-ronde tes deux traverfes à anneaux I, I; on tes entretient dans leur écartement au moyen de deux autres petites traverfes F, F. La connailfance qu’on doit avoir prife defc autres cantres couchées, nous dilpenfe d’entrer dans un plus grand détail fur celte - ci, dont l’ufage & la forme font à peu près tes mêmes.
- 1150. Quand tes fept planches font mifes en leur place , on a autant de fourreaux qui contiennent chacun un tiroir tel qu’il eft repréfenté fig. 2 : ces planches ont peu d’épailfeur, attendu qu’elles 11e font aucun effort, & 11e forment que des féparations.
- iifi. On doit fe rappeller qu’aux cantres couchées , on s’eftfervi ,pour fermer tes trous de chaque broche, d’une traverfe de toute la longueur , & de chaque côté de la cantre, qu’on attache fur tes traverfes d’en-haut avec de petits morceaux de cuir j mais comme à cette cantre chaque tiroir qu’on met
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- en-haut en forme une à lui feul, & que ces fept tiroirs rendent le fervice de fept cantres , il faudrait mettre à chacun une pareille traverfe i il a été plus fimple de fixer ces traverfes aux montans A, A, A, A, au moyen de deux pitons , dans les anneaux defquels entrent deux petites pointes de fer qui font fichées fur les bouts de chaque traverfe, & qui font l’office de charnières, ainfit qu’on peut le voir en a , a, même planche.
- 115s. Defcription des tiroirs. On nomme tiroir, un chaffis de bois qui eff» à proprement parler, une cantre, mais qui en effet reffemble à un tiroir fans fond ', divifé fur fa largeur en deux parties égales, ainfi que le repré-lente la fig* 2, pi FIII.
- 1153. Trois traverfes A, A, B, formant les deux divifions de ce tiroir, font aifemblées à leurs extrémités par celles C , C, à queue d’aronde, & celle du milieu à tenons & mortaifes. Chacun de ces tiroirs reffemble parfaitement à la partie de la cantre à la lyonnaife , qui contient les rochets ; ainfi la facilité de fubftituer dans l’inftant un tiroir à un autre, rend l’ufage de cette cantre très-commode. Les trois longues traverfes font percées de trente trous qui fe correfpondent parfaitement, & dans lefquels on place les efijfu-res ou broches, &pour pouvoir ôter & remettre facilement ces tiroirs en place , on attache fur le devant de chacun, deux poignées de cuir h, b, par où on les prend.
- n?4* Quoique nous ayons vu que la carcaffe fur laquelle on place ces tiroirs contient fept fourreaux, on n’y met cependant que fix tiroirs pour plus de commodité. En effet, quand il s’agit de changer un tiroir, fi tous les fourreaux étaient remplis , il faudrait mettre à terre celui qu’on ôte pour le remettre à la place que lui laiffe celui qu’on vient de lui fubftituer ; au lieu qu’y ayant toujours une place vuide, 011 y met du premier coup celui dont on ne fe fert plus, & l’on évite par-là de l’embarras : ainfi chaque tiroir qui travaille devant reprendre fa même place , on peut les numéroter tous, & par-là reconnaître l’ordre qu’on doit leur faire tenir dans l’ourdiffage.
- IIf$. Defcription de la carcajfe de la cantre fans tiroirs. Il effc encore une autre efpece de carcafle j mais comme elle ne porte jamais à la fois qu’un feul tiroir, que dans cet inftant elle reffemble à une cantre à la lyonnaife, & cependant que c’eft une efpece de carcaffe comme la précédente, on lanomme carcajfe fans tiroir.
- 1156?. Deux traverfes de toute la longueur de la cantre, affemblent les montans par le bas, & deux autres les affemblent par le haut à trois pouces de leur extrémité s ils font auffi affemblés parles côtés au moyen de deux traverfes par le haut, & de deux autres par le bas j on peut même pour plus de folidité mettre deux traverfes fur la longueur de celles d’en-haut, à queue d’aronde 9 pour retenir leur écartement, & qui les divifent en trois parties
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- égales : la planche porte fur les traverfesdu haut , qui par conféquent doivent toutes êtres de niveau. C’eft fur cette efpece de table qu’011 place les tiroirs les uns après les autres, à mefure que PourdiiTage l’exige 3 & comme les quatre montans font élevés de trois pouces , les tiroirs ne peuvent plus avoir de mouvement que de devant en arriéré : encore quand ils font en place, font-ils retenus par les traverfes qui fervent autant à les y fixer qu’à empêcher les broches de fortir : ces traverfes font fixées avec des pitons aux montans, ainfi qu’on l’a vu à la carcaffe à tiroirs.
- 1157. Au furplus, les traverfes à anneaux font portées comme dans les cantres couchées qu’on a vues jufqu’ici, par les montans plantés fur les traverfes. Il eft inutile de rien dire de la maniéré de placer les anneaux, qui eft abfo-lument la même que celle qu’on a vue. *
- 11 8- Cette cantre eft la plus commode de toutes celles dont on a parlé jufqu’à préfent, quoiqu’elle ne contienne qu’un tiroir. Comme elle eh fort légère , on peut la déplacer fans peine ; & avec un nombre fuffifant de tiroirs dont on combine l’ordre auparavant, on vient à bout de PourdiiTage le plus compofé. Il 11e nous refte plus qu’à dire un mot de la maniéré dont on place ces tiroirs pour éviter l’embarras.
- 11^9. Avec une douzaine de tiroirs comme celui qu’on vient de voir, il eft aifé d’ourdir une chaîne ordinaire j & fi la rayure en eft très-compofée , 011 peut, ou bien en avoir davantage, ou bien défencantrer à mefure que les couleurs font épuifées.
- 1160. Une douzaine de tiroirs mis fur des chevilles les uns au-deifus des autres, fe placent contre un mur, de la maniéré fuivante. Sur deux montans qu’on fixe folidement contre un mur, au moyen de pattes ou happes de fer.,’ font percés autant de trous qu’on veut y placer de chevilles , diftantes les unes des autres d’environ quatre pouces , & un peu plus longues que les tiroirs ne font larges 3 c’eft fur ces chevilles qu’on pofe les tiroirs quand on ne s’en fert plus, pour les changer à volonté fur la, cantre ; & comme le corps de tiroirs a une certaine élévation , on fe fert de marche-pied pour y atteindre plus commodément. Pour plus de folidité , il eft à propos de faire les trous 'des chevilles quarrés , & d’appointir un peu & quarrément un bout de chaque cheville. (*)
- (*) Je fais bien que dans beaucoup d’endroits , au lieu de mettre contre le mur deux montans pour recevoir les chevilles , on fe contente de percer des trous dans le mur, & d’y fceller ces chevilles ; mais cet ufage eft fujet à plufieurs inconvéniens que les montans n’ont pas : chaque fois qu’on déménage,il faut ôter ces chevilles & re-
- boucher les trous; & fi plufieurs ourdif feurs viennent les uns après les autres occuper le même logement, le mur à la fin fe trouve criblé d’une infinité de trous : ainfi j’ai moins rapporté l’ufage établi, que celui qu’il ferait à propos de fuivre ; d’ailleurs beaucoup de propriétaires de maifons pour* raient bien s’oppofer à cette dégradation.
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- 116L Quelque nombre de tiroirs qu’on ait dans une meme chambre, ils ne tiennent, à beaucoup près, pas tant de place qu’une bien moindre quantité de cantres j de plus on rencontre dans Pufage de ces tiroirs l’avantage des cantres couchées : ainfi tout engage à préférer d’ourdir de cette maniéré, fur-tout dans un attelier où il y a plusieurs ourdilfoirs.
- 1162. Il me femble inutile de m’étendre davantage fur la préférence qu’on doit accorder aux carcaffes, ou en général à Pufage des tiroirs, fur celui de tout autre genre de cantres. En effet, comme dans les grandes villes de manufa&ures , telles que Lyon , Nîmes , Avignon , &c. l’ourdiffage fait l’occupation unique de plufieurs perfonnes , & qu’il eft ordinaire de voir dans une même chambre jufqu’à trois ou quatre ourdilfoirs, li chacun employait cinq ou llx cantres, il ne ferait pas poffible de trouver d’emplacement capable de les contenir.
- CHAPITRE XIII.
- Explication de l'ordre que tiennent les rayures, £«? de leur diverfitê; pourquoi il faut plufieurs cantres pour les ourdir ; la maniéré de les conu biner fur les échantillons, fur les efquijfes & fur les defiîns, & d'en encantrer certaines en employant la contre droite ou le jet, & de les ourdir.
- H63. Généralement parlant, toutes les combinaifons des rayures ont une diftribution fymmétrique , & cette diftribution eft combinée au goût du compofiteur : il en eft de la compolition des rayures dans les étoffes, comme de leurs définis ; le goût eft le meilleur maître.
- 1164. Ordinairement une même rayure eft répétée plufieurs fois dans la largeur d’une étoffe: celui qui compofe & defline l’échantillon, eft maître de les répéter trois, quatre, cinq fois, & même beaucoup plus, félon fon idée.
- 116"^. Toutes les étoffes rayées ont un fond pour bafe. On nomme fond, la couleur qui dans une étoffe fait valoir les raies j & un affemblage de plufieurs raies compofe ce qu'on appelle rayure.
- il66. Les largeurs de ces raies varient à l’infini ; fouvent elles font égales entr’elles ; quelquefoisja diftribution en eft telle , qu’on ne diftingue prefque plus le fond , foit parce que leur largeur eft égale à lui, foit auflî parce quo les intervalles qui féparent les couleurs font égaux entr’eux, quoique les raies foient de différentes largeurs. Néanmoins dans toutes les étoffes , quelles qu’en foient les rayures, on diftingue toujours le fond , quand même la plus grande largeur de l’étoffe ferait employée par la rayure. On reconnaît celle-ci à la variété des couleurs j car toutes les fois, par exemple , que la chaîne
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- d'une étoffe n’aura que deux couleurs , la partie la plus confidérable confti-tuera le fond : ainfi, fi la chaîne eft ourdie de foie rofe & de blanche , & qu’il y ait plus de blanche que de l’autre, on nommera fond la partie blanche, & la rofe fera la rayure ; fi c’eft un taffetas , on le nommera taffetas blanc raie rofe, & ainfi des autres dans les différentes couleurs. La fig. 3, pl. FUI, repréfente une rayure à une couleur : toutes les parties fous le n°. I , font les raies, & celles fous le n°. 2 font le- fond. La fig. 4, même, planche, repréfente une rayure à deux couleurs ; les parties numérotées 1, font une raie ; celles 2 en font une autre , & celles 3 font le fond.
- 1167. Il y a aufli des rayures ombrées ; c’eft-à-dire, que les raies qui les compofent font de plusieurs nuances d’une même couleur, & ces nuances font rangées de faqon que la teinte la plus foncée eft d’un côté , & la plus claire eft de l’autre, & vont par gradation comme la fuite des'ombres dans la peinture. Souvent on place du côté de la nuance foncée une couleur rembrunie, & même quelquefois du noir, pour faire fortir les couleurs d’une rayure : de même que dans la peinture on donne des coups de force, fouvent aufli l’on met à côté de la teinte la plus claire quelques fils de foie blanche , afin que les extrémités fat fent fortir le milieu. La fig. f , même planche, repréfente une rayure dans laquelle on a mis des raies ou baguettes ombrées, & d’autres d’une feule couleur : celles 1 font d’une feule couleur, ainfi que celles 2 ; mais celles 3 , 3 , 3,3 , font ombrées, & 4 eft le fond.
- 1168. Les raies ombrées qui ne font compofées que de nuances d’une feule couleur , font appellées rayures camayeu, telles que celles qu’on voit fig. 6, où , quoique la gravure 11e permette de rendre que le blanc & le noir, on peut fentir l’effet d’une même nuance qui vient en mourant jufqu’au clair ; & même dans la raie numérotée 3 , on peut voir au milieu quelques fils de foie blanche : celles numérotées 2, où l’obfcur eft au milieu , ont de mêmes fils blancs fur leurs bordures 1, 1, & une raie d’une feule couleur ; & 4,4 , eft le fond.
- 1169. Les rayures dont les raies font fous des nuances de plufieurs couleurs , font du rang des ombrées, ainfi que celles dont quelques raies font nuancées , & les autres ne le font pas.
- 1170. Quoique les raies foient de plufieurs couleurs , il peut fe faire, comme dans la fig. 4, qu’elles ne foient pas ombrées.
- 1171. La fig. 7 repréfente une efpece de rayure dans la compofition de laquelle il entre des raies ombrées , d’autres d’une feule couleur, & d’autres aufli de deux couleurs qu’on nomme pas d'un & pas d'autre ; quelquefois aufli un de ces deux pas eft ombré , & l’autre eft d’une feule couleur.
- 1172. Il y a beaucoup d’étoffes façonnées qui exigent un poil pour en former le deflin ou pour l’accompagner, telles que les taffetas façonnés ,dou-
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- bhtcs & triplais, certaines moëres, des taffetas brillantes, des velours , des droguets & autres.
- 1173. Quand 011 ourdit les chaînes des rayures dont je viens de parler,' on ne faurait fe difpenfer d’employer plufieurs cantres, aux unes plus, aux autres moins.
- 1174. Les rayures à une feule couleur ne s’ourdiffent pas toujours avec lé même nombre de cantres; cela varie félon la difpofition de la rayure : ainfi l’une pourra être ourdie avec deux cantres, tandis qu’il en faudra quatre pour une autre ; c’eft à l’ourdilfeur intelligent, ou à celui qui conduit l’ourdiffage, à déterminer le plus petit nombre de cantres avec lequel il puilfe ourdir fa chaîne, pour éviter les mutations. Il peut arriver qu’une ourdilfeufe fans intelligence fe ferve de quatre cantres pour une chaîne, où une autre n’en emploierait que trois ; car fouvent une cantre qui contiendra 60 rochets , peut remplir diverfes raies d’une rayure , fur-tout Ci elle eft fans nuances.
- 117^. Supposons que, voulant ourdir une rayure dont le fond foit blanc & les raies rofes, une cantre contienne de ces deux couleurs, & que fur 60 rochets dont elle eft garnie , 20 contiennent de la foie blanche & 40 de la rofe : fuppofons encore que pour compléter une des raies qui compofent cette rayure, il faille 30 fils rofes , ou que pour le fond il en faille 20 blancs ; comme la cantre contient l’un & l’autre de ces deux nombres, & même au-delà , on pourra, au lieu d’employer une nouvelle cantre, retrouver dans la même, la raie qu’il femblerait qu’on eût dû encantrer exprès , & par-là on évitera un double emploi. C’eft ainfi qu’un ouvrier ingénieux trouve des reffources pour économifer le tems & la foie. Il faut cependant, pour fe fervir de cet expédient, que les rochets d’une même couleur foient placés de fuite à la cantre; fans cela il ferait difficile de les prendre de côté & d’autre , parce que l’agitation des uns ferait voltiger les bouts de foie des autres, & les mêlerait tous.
- 117 6. De la maniéré de combiner les efquijfes , les échantillons & les dejjîns des rayures. Avant que d’encantrer, il faut connaître la difpofition de la rayure qu’on doit ourdir , & pour quel genre d’étoffe on la deftine ; il faut favoir fl c’eft pour un fatin, pour un taffetas, ou pour une ferge, & connaître fur quel compte de peignes l’étoffe pour laquelle la chaîne fera ourdie, doit être faite, & à combien de fils par dent.
- 1177. Le peigne eft un des uftenfiles principaux, avec lequel on fabrique les étoffes de foie ; c’eft lui qui détermine la largeur de l’étoffe, c’eft par lui que la foie fe trouve divifée en autant de parties égales que l’étoffe l’exige; chaque divifion eft féparée par une dent ; les uns en ont plus , & les autres moins ; leur largeur varie encore beaucoup, & dans une même largeur les dents peuvent être plus ou moins rapprochées les unes des autres.
- 1178* Cet article fera traité à fond dans l’art du peigneur, qui précédera la
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- deTcription des autres uftenfiles propres à la fabrication des étoffes de foie.
- 1179. Il faut néceifairement, pour ourdir une chaîne quelconque,favoir le nombre de dents dont le peigne qui doit fervir à fabriquer l’étoffe efticompofé, & combien on doit mettre de fils à chaque dent. (
- - 1 i8ol On verra , lorfque je parlerai des différentes combinaifons des rayures , que cette connaiffance eft encore plus effentielle pour les chaînes rayées,
- 118 r- Lorsqu’on a fur un échantillon la rayure qu’on veut ourdir j fi cet échantillon eft tiré d’une étoffe femblable en tout à celle pour laquelle on veut ourdir, la combinaifon de la rayure fe trouve toute faite ; il ne faut, pour favoir le compte des fils dont chaque raie , ainfi que chaque partie de fond, font compofées, que melurerla largeur de chacune, & la comparer à la largeur du peigne dont on doit fe fervir i & en les ajoutant les unes aux autres, on aura la fomme des fils dont la chaîne eft compofée. Si cette addition ne fe trouve pas jufte avec le nombre des fils dont on a befoin, il fera évident qu’on aura fait quelqu’erreur : ainfi l’ôn 11e doit commencer l’ourdiffage que lorfque le calcul de la fomme des raies avec celui des parties du fond fera un nombre de fils égal à celui dont doit être compofée la chaîne que l’on veut ourdir.
- 1182. Lorsqu’il faut faire une tranfpofition de rayures, c’eft-à-dire, lorf-qu’011 veut ourdir pour un taffetas une rayure qu’on a fur un échantillon de latin, il faut procéder d’une autre maniéré que celle dont je viens de parler, il faut , ou connaître exactement la largeur du peigne qu’on doit employer, ainfi que le nombre de dents dont il eft compofé, ou bien préfenter l’échantillon devant le peigne, marquer toutes les largeurs tant des raies que du fond , «nfuite prendre le nombre des dents de chaque partie en particulier , & en faire un total ; par ce moyen on voit fi l’on eft jufte dans fon opération. Quand ou a trouvé que le nombre des dents des différentes largeurs des raies & de celles des parties du fond en produit un égal à celui de la totalité du peigne, on détermine l’encantrage.
- ix83* Les efquiifes pour les rayures fe combinent de même que je viens de dire, en les préfentant devant un peigne égal à celui pour lequel on deftine la chaîne qu’on veut ourdir , & le calculant de même. En rayure comme en def-fin , les efquiifes repréfentent pofitivement l’étoffe telle qu’elle doit être ; ainfi fur efquilfe on doit prendre la largeur d’une raie, comme fi 011 la prenait fur lin échantillon auquel on voudrait faire une tranlpofition de rayure dont on veut profiter pour une autre étoffe. Il eft facile de remarquer qu’une efquilTc peut, au moyen de ce que je viens d’en dire, repréfenter toute forte d’étoffe, du moins dans le genre des rayures. 1 . .
- 1184. Les defiins pour les rayures font différemment traités ; ils portent leurs combinaifons toutes faites, il 11e faut que les calculer, parce que le Tome IX. I i
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- A R T D U FA B R Ie? A N T
- nombre des dents dont chaque raie & chaque partie de fond font compofées, eft pofitivement marqué par le papier fur lequel ils font faits.
- 1185- Les defîins, foit de rayure, foit de fleurs,-font ordinairement faits fur du papier réglé. Ce* papier eft tout tracé de lignes noires imprimées & extrêmement fines , à égales diftances les unes des- autres ÿil y en a dont 3a de ces lignes occupent l’efpace d’un pouce, d’autres plus, d’autres moins: ces lignes font croifées par d’autres qui confervent auili des diftances égales entr’elles, ce qui forme une quantité de petits carreaux qui quelquefois ont leurs côtés égaux, & quelquefois font des,quarréslongs, plus grands ou plus petits, félon le befoin.
- 1186- L’article du papier réglé fera traité avant celui des defîins propres à la fabrication de toute forte d’étoffes de foie & dorure.
- ir87- On fe fert pourles defîins des rayures, de différent papier, félon que le cas l’exige. Si le defîîrr eft pour une étoffe dont les dente du peigne font extrêmement rapprochées les unes des autres , on fe fert d’un papier dont les lignes font également rapprochées ; fi au contraire les dents font beaucoup éloignées les- unes des autres ,-on fe-fert d’un papier dont les lignes font éloignées à proportion ; & pour mieux faire comprendre ce que je viens de dire, chaque entre-deux des lignes du-papier réglé doit être égal à la diftance de deux dents du peigne qui doit fervir à fabriquer l’étoffe.
- H:88- On faitdes-defîins des rayures fur le papier réglé, lbrfqu’on craint que les ourdilfeufes ne faffent quelques fautes d’ourdiffage,, fl on leur donnait Pefquifle feulement.
- 1189- Dessiner une rayure fur le papier réglé r s’appelle, en terme de def-finateur , mettre une rayure en carte.
- Par le moyen de ce papier ,-l’ourdiflèufe n’a qu’à compter les intervalles des lignes qui fe trouvent dans la largeur d’une raie, ou dans celle d’une partie du fond , & parcourir fon deffin d’un bout à l’autre, pour être au. fait dans l’in fiant de fon ourdiifage ; elle doit obferver feulement qu?à certains endroits du- deffin tout l’intervalle de deux lignes n’eft pas plein, ou n’eft plein qu’à demi d’une des couleurs qui compofent la; rayure; alors au lieu de compter deux dents- pour cet intervalle, elle n’en compte qu’une „ & celle qui refte eft attribuée au fond ou à la raie avec laquelle cette partie fe trouve liée. C’eft un foin auquel elle ne doit pas manquer, pour fuivrede point en point l’intention du deffinateur, & rendre la- rayure avec le plus d’exactitude.
- 115KI. Supposition d'un échantillon pour un taffetas rayé d une couleur, & corn-binaifon de fa rayure. Je füppofe un échantillon de taffetas rayé,, pour lequel la largeur du peigne eft de 2© pouces, & dans laquelle il doit y avoir 1000 dents; on voit cet échantillon fig. 8 , pi- VIII*
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- D'ETOFFES DE SOIE.
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- IT92- On appelle ce compte de peigne , un portées, en terme de peigner ; car il y a des gens dont Tunique emploi eft de faire des peignes. Dans plu-fieurs villes de manufactures, les febricans leur donnent ce même nom; dans d’autres on lui donne celui de 50 portées, & dans d’autres encore les fabricans le nomment un mille. Ce 110m paraît plus analogue , parce qu’il porte avec lui fa valeur . & qu’il fe fait entendre plus facilement. La raifon de «es divers noms fera donnée dans l'art du peigner.
- r J93. Dans chacune des dents du peigne dont il s’agit, il doit y avoir 4 fils ; ce qui donne 4000 pour toute la chaîne. Je fuppofe que la rayure de l’é-«'hanti'Mon dont je parle foit répétée quatre fois dans la largeur de l’étoffe ; alors la difpofition entière de cette rayure fêta fur $ pouces de largeur ; cette largeur qui fait le quart de l'étoffa , donnera 2fo dents, & conféquemment mille fils. Je fuppofe maintenant que le goût de cette rayure fur la largeur de f pouces foit compofé de 6 raies gu baguettes de différentes largeurs; je me fervirai «lu terme de baguettes pour diffinguer les parties de rayure, de la rayure elle-même; toutes les parties de la rayure , qui feront d’une couleur oppofée à celle du fond, & qui feront divifées par le fond, auront le même nom; celles qui feront ombrées & jointes par d’autres qui 11e le feront pas, feront nommées raies ombrées à baguettes ; celles à plufieurs couleurs qui ne font pas om-, brées ni féparées par aucune partie de la couleur du fond, feront appellées raies à baguettes. Il efl; à propos de mettre le ledeur au fait des termes ulités dans cette partie, pour éviter les répétitions, & me faire mieux entendre.
- 1194. J’ai fuppofe que la rayure dont je veux parler était compofée de fix baguettes ; je fuppofe qu’une des baguettes foit de 30 dents de largeur , que deux foient de 4, deux autres de 2., &que la derniere foit de 12 :ce qui fera en tout 5 4 dents , ainfi qu’on peut le voir par l’exemple fuivant :
- Une baguette de trente dents, ci. - . . 30 ' •
- Deux de 4 dents , ci.................... 8
- Deux de 2 dents, ci.....................4
- Une de 12 dents,ci. .....................12
- Total 54
- îi9ï* Je fuppofe à préfent que la baguette d.e 30 dents foit au milieu de la largeur de l’échantillon dont il s’agit, que cette baguette en ait une de chaque côté des deux de 4 dents , que ces deux dernieres foient féparées chacune de la première par 3 dents de fond, que les deux baguettes de 2 dents foient chacune à un des côtés des deux dernières, St féparées d’elles par 2 dents de fond feulement, & que la fixieme baguette fuppofée de 12 dents , en la partageant en deux parties égales, foit moitié fur chaque extrémité de l’échantillon ; cette diipofition doit donner deux intervalles de fond très-confidérables »
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- eu égard à ceux qui régnent entre les baguettes précédentes ; puifque de 250 dents je n’en ai employé que 64, il doit en refter 186 : je les diviferai en deux parties égales, que je place dans les deux intervalles entre les dernieres baguettes , de forte que chacun de ces intervalles fera de 93 dents de fond.
- Àinfi 54 dents pour les baguettes.
- 6 dents pour les deux premiers intervalles du fond.
- 4 dents pour les deux féconds.
- 186 dents pour les deux derniers.
- Total 250 dents , qui forment le quart de la largeur du taffetas dont il s’agit : conféquemment ce quart répété quatre fois, produira un total qui fera de mille‘dents.
- n96. J’ai dit quelque part que les rayures étaient toujours compofées dans un ordre fymmétrique ; on peut l’avoir remarqué dans celle que je viens de donner, foit par la grande baguette qui eft au milieu de la rayure , foit par celle qui eft partagée fur les deux bords, foit enfin par celles que j’ai placées entre celle du milieu & celle des deux bords; car il faut ,pour que cet ordre foit bien obfervé , qu’une rayure ait fes deux bords égaux, & que de chacune de fes deux extrémités à fon milieu on trouve les objets répétés également *, ainli qu’on le voit dans la rayure ci - deffus, puifque ces deux bords ont chacun 6 dents d’une baguette de 12 qui y eft partagée; enfuite en venant des deux côtés vers le milieu , ce font deux fonds égaux de 93 dents chacun : en fuivant encore, on trouve deux petites baguettes de 2 dents chacune, qui font aufli feparées par deux dents de fond, d’une autre baguette de 4 dents , & ces dernieres font féparées de la baguette du milieu chacune par 3 dents de fond. >
- 1197. Par cet exemple ou doit trouver que la composition delà rayure que nous venons de voir a 13 parties, foit en baguette, foit en fond : il ne s’enfuit pas de là , qu’en Ja répétant quatre fois dans la largeur de l’étoffe, elle en ait 54; parce que la moitié de la baguette de J2 dents , qui a été partagée, pour en placer la moitié fur chaque bord delà rayure, fe joignant aune rayure femblable à elle-même, fe trouve faire une baguette entière. Cette jondion étant ainfi'faite trois fois dans la largeur du taffetas , reproduit trois fois cette même baguette entière ; elle refte feulement partagée fur les deux bords de l’étoffé. Il faut le pratiquer ainfi, pour que, quand 011 alfemble plufieurs laides de l’étoffe pour en faire-l’ufage auquel on le deftine, ces moitiés jointes forment par-tout des baguettes entières; & c’eft ce qu’on appelle , en tferme de l’art, rapport de de£în ou rapport de rayure.
- 1198. Je vais donner un fécond exemple pour la même rayure , qui me parait plus* clair encore que les précéderas ; ce fera de lui feul, c’eft-à-dire ,
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- de l’ordre que je lui donnerai, que je me fervirai pour toutes les fuppofitions de rayures que je vais parcourir par la fuite , pour remplir la promelfe que j’ai faite de traiter à fond la maniéré d’ourdir toutes les fortes de rayures. On verra dans cet exemple , qu’en prenant les parties dont une rayure eft compofée par les deux extrémités , & les conduifant au milieu , on trouvera les mêmes objets régulièrement placés & répétés, de même qu’en allant du milieu aux deux extrémités.
- Exemple pour la fymmètrîe de la rayure fuppofie , prife par fes extrémités.
- 6 dents de baguette. 93 dents de fond.
- 2 dents de baguette.
- 2 dents de fond.
- 4 dents de baguette.
- 3 dents de fond. *^30 dents de baguette.
- 3 dents de fond.
- 4 dents de baguette. 2 dents de fond.
- ; 2 dents de baguette.
- 93 dents de fond.
- 6 dents de baguette.
- Total 2fO dents.
- î 199. Cette derniere méthode de calculer une rayure, en donne par elle-même l’ordre fymmétrique , li l’on fait attention qu’à commencer par les extrémités, & venant au milieu , les nombres également éloignés de ce même milieu font toujours égaux.
- 1200. Ce même exemple nous donne le quart de la chaîne; ainfi l’our-dilfeufe n’a plus qu’à répéter quatre fois le même our'diffage pour la compléter. Ainfi, comme il faut quatre fils par dent, & que dans l’exemple pro-pofé, il y a 250 dents , ce fera mille fils pour chaque quart : ce qui donnera quatre mille pour le tout.
- 1201. Dans l’exemple que je viens de donner, je n’ai pas parlé des couleurs , pour faire mieux entendre l’opération : je vais maintenant en fup-pofer pour la même rayure , & faire voir comment on doit l’ourdir : les baguettes feront toutes cramoifies , & le fond blanc.
- 1202. Quelque rayure qu’on veuille exécuter, il faut que l’ourdiffeufe en falfe ou en ait une ordonnance , afin de ne point être expofée à fe tromper en ourdilfant une couleur pour une autre , & à prendre le fond pour les baguettes , & réciproquement. Cette ordonnance doit être faite avec toute l’exactitude poffible. L’ordre de celle qu’on va voir, fervira de modeleà toutes
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- celles que je me propofe de donner, pour ne rien laifler à defirer fur la maniéré d’ourdir toutes fortes de rayures} on l’appelle, en terme de l’art, ordonnance. £ourdffage. Prefque dans toutes les villes de manufactures, où l’on a la méthode d’ourdir les chaînes rayées avec plufieurs cantres, le fabricant donne les ordonnances toutes faites aux ourdilfeufes, de maniéré qu’elles n’ont qu’à diftribuer la foie dans tel nombre de cantres qu’elles jugent nécelfaire. Il faut cependant qu’on connailfe ces ourdilfeufes capables de régler leurs cantres ; fans cela on leur donnerait avec l’ordonnance d’ourdiffage, une ordonnance d’encantrage , qui ferait foutenue de l’ordre qu’elles doivent faire tenir aux cantres dans leurs différentes mutations. A Lyon, à Paris, à Tours , & dans les villes qui en ont tiré l’origine de leurs manufactures , on en ufe ainfi, mais dans d’autres où l’on a pour méthode de n’ourdir qu’avec une feule cantre toutes fortes de rayures & de chaînes , telles que Nîmes, Avignon, &c. c’eft aux purdilfeurs à favoir déchiffrer un échantillon, combiner la rayure , & en faire l’ordonnance eux-mèmes pour l’exa&itude de l’ourdiffage ÿ ce qui fera expliqué en fon lieu.
- 1203. Soit que les fabricans donnent les ordonnances d’ourdiffage, ou que les ourdilfeufes les falfent elles-mêmes, elles doivent toutes tenir l’ordre de celle qui fuit.
- 1204. doit fe rappeller que c’eft l’exemple que j’ai promis pour la rayure que nous avons déjà vue.
- Ordonnance £ourdffagepour un taffe-
- tas rayé cramoiji & blanc, dont H 120 fils cramoifis.
- 24 fils cramoifis, 372 fils blancs, fils cramoifis. fils blancs,
- 16 fils cramoifis. 12 fils blancs.
- 8
- peigne ejl un mille dçntf,
- fils blancs.
- 16 fils cramoifis, 8 fils blancs.
- 8 fils cramoifis. 372 fils blancs.
- 24 fils cramoifis,
- Total 1000 fils.
- 1205'. On ourdira quatre fois le contenu en cette ordonnance. Il eft clair que cet ourdiffage produira une chaîne de 4000 fils i ce qui eft conforme à celle du taffetas que j’ai fuppofé : il refte feulement à favoir de quelle façon l’ourdiffeufe accordera fçscantrçs, pour quadrer avec le nombre des fils
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- qu’il lui faut pour compléter la rayure, de quelle maniéré elle encantrera, & comment elle fuivra & finira Ton ourdiffiage.
- 1206. De la manière d'cncantrer les rockets ,pour dijlribuer les couleurs à propos, en employant la cantre droite ou U jet, quand on ourdit félon la méthode de Paris , de Lyon, &c. Pour ourdir les chaînes & les poils des étoffes rayées, en fuivant la méthode de Paris, de Lyon, &c. on ne peut fe paffer de plufieurs cantres. Suivons l’ordonnance de la rayure ci-deffus,& nous verrons combien elle doit en employer.
- 1207. Le premier article de l’ordonnance, eft de 24 fils cramoifis î il faut indifpenfablement mettre 24 rochets cramoifis dans la première cantre, douze dans chaque divifion, à commencer par les broches fupérieures.
- 1208. Le fécond article eft de 372 fils blancs :il faut, autant qu’on le pourra, divifer ce nombre en parties égales,& de maniéré qu’une d’elles puiffe occuper feule une cantre : fix fois 60 font 360 5 on mettra donc 60 rochets blancs dans la fécondé cantre avee laquelle rourdiffeufe fera trois portées, qui produiront le même nombre de 360 fils j il en manquera 12 pour compléter le nombre de 372 ; on ajoutera à la première cantre 12 rochets blancs qu’on mettra après les 24 cramoifis qui y font déjà ; & par ce moyen , nous aurons les 372 fils blancs dont on a befoin , fuivant l’ordonnance d’ourdiffage.
- Le troifieme article eft de . . . . 8 fils cramoifis.
- Le quatrième de . . .... 8 fils blancs.
- Le cinquième de...................16 fils cramoifis.
- Le fixieme de ...... 12 fils blancs.
- En tout 44 fils.
- 1209. Ces quatre articles doivent occuper une troifieme cantre , en les y plaçant dans l’ordre fuivant:
- 8 Rochets cramoifis, dont 4 dans chaque divifion.
- 8 Rochets blancs , 4 d'ans chaque divifion.
- 16 Rochets cramoifis , 8 dans chaque divifion.
- 12 Rochets blancs, 6 dans chaque divifion..
- 44
- 1210. Cela nous donne le nombre de 44 rochets contenus dans les quatre articles dont il vient d’ètre parlé, & ce fera la troifieme cantre.
- 1211. Le feptieme article eft compofé de 120 fils ; il faut néceffairement une quatrième cantre , dans laquelle on placera foixante rochets cramoifis.
- 1212. Suivant l’ordre fy m métrique de la rayure, il eft aifé devoir que les rochets dans la troifieme cantre font placés de maniéré à remplir les 8e , 9e, 10e & 1 Ie articles de l’ordonnance j que la fécondé cantre peut en faire le 12e article , & que la première cantre peut en faire le 13c, & compléter les
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- douze fils qui manquent dans le 12e; & cela, parce que les 8e , 9e, IOe & i Ie articles font conformes aux 6e, fe, 4e, & 3e j que le 12e article eft conforme au fécond, & que le 13e eft conforme au premier; il s’agit feulement de voir de quelle maniéré il faut conduire cet ourdiifage pour le mener à fa perfection.
- 1213. De la marâtre £ ourdir la rayure qu on vient £encantreu L’ourdiffeufe fera d’abord une mufette avec la première cantre : elle doit commencer fon envergeure par les fils du bas, & faire attention qu’en defeendant le plot, la foie qui eft au haut de la cantre, foit pofée du côté de l’ourdilfoir, & qu’en montant, cette foie fe trouve du côté oppofé. Cette obfervation eft générale pour toutes fortes de cantres. Quand elle aura ourdi cette mufette , elle coupera fa brade, dont elle arrêtera le bout aux deux chevilles errantes ; elle changera de cantre , & fera 3 portées avec la fécondé , en commençant par le bas de l’ourdilfoir, c’eft-à-dire, aux chevilles errantes ; enfuite elle paffera à la troifieme cantre, avec laquelle elle fera une mufette qu’elle commencera auffi aux chevilles errantes ; après cela elle ourdira une portée avec la quatrième j puis elle reprendra la troifieme cantre , avec laquelle elle ourdira encore une demi-portée : de là elle ourdira trois portées avec la fécondé , & enfin elle reprendra la première , avec laquelle elle ourdira une mufette; alors elle aura ourdi la valeur de la rayure qui fait le quart de la chaîne. Elle doit répéter cette opération trois autres fois, & fu ivre, la même route pour ourdir les trois autres quarts l’un après l’autre.
- 1214. Obfervations fur la maniéré cTertverger , de couper les braffes, & de les placer fur les chevilles lors de la mutation des cantres. L’ourdiffeufe doit toujours commencer fon envergeure par les fils les plus bas de la cantre quand elle en change; fi le plot fe trouve au bas de l’ourdilfoir , c’eft-à-dire, fi le nombre des mufettes ou portées que doit produire celle avec laquelle elle vient d’ourdir, finit aux chevilles errantes, elle recommencera les portées ou mvt-fettes que doivent produire la nouvelle cantre aux mêmes chevilles. Si au contraire c’eft par le haut qu’une cantre ait fini fon produit, elle commencera par le haut avec la nouvelle cantre ; & pour mieux me faire entendre , je reprends l’ordre des mutations de cantre, qu’011 a vues dans la feètion précédente. La première ne devant produire en commençant qu’une mufette, elle a dû couper la braffe aux chevilles errantes , & y en arrêter le bout : alors paf. fant à la fécondé cantre, elle commencera aux mêmes chevilles ; & ce produit devant être de trois portées qui font fix mufettes, finira auffi aux chevilles où il a commencé : avec la troifieme cantre , elle commencera encore aux mêmes chevilles ; mais comme le produit de cette derniere n’eft que d’une mufette, il finira à la cheville fupérieure de l’ourdilfoir; alors la quatrième cantre commencera fon produit à la cheville où l’autre a fini, & finira à cette
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- même cheville, parce qu’une portée Fait deux mufettes, & ainfi des autres. De cette maniéré, on verra que lorfqu’on aura ourdi un quart de la chaîne qui forme la valeur d’une rayure, & qu’on voudra continuer, le plot fe trouvera toujours en-haut.
- I2ff. J’ai dit qu’il fallait commencer Penvergeure par les fils de rochets les plus bas de la cantre ; mais les couleurs doivent être placées fur l’ourdif-foir dans un feus contraire : par exemple , quand le produit d’une cantre va du haut en bas de l’ourdiifoir (je fuppofe une cantre où il y ait plufieurs couleurs ), la couleur qui fe trouve tournée du côté de l’ourdiifoir, doit être du côté oppofé, quand le plot va remonter, afin que la fymmétrie de la rayure foit parfaite. Pour parvenir à faire cette opération avec facilité , malgré qu’on enverge toujours de même, on obferve de tourner la bralfe lorfqu’elle eft envergéei de maniéré que la couleur qui doit être du côté de l’ourdiifoir, s’y trouve placée, en pofant Penvergeure fur les chevilles qui doivent la tenir, & c’eftce qu’on appelle tourner La 'main. Cette opération doit s’entendre aifé-ment, fi l’on fait attention qu’on peut faire palfer fur les chevilles les premiers fils qui ont été envergés , de maniéré qu’ils foient du côté de l’ourdiifoir ou dans un fens contraire : ainfi, de quelque maniéré qu’ils foient placés à la def. cente du plot, on les placera dans un fens contraire quand il remontera.
- 1216. Il s’agit maintenant de démontrer comment la quantité des portées ourdies par les différentes mutations des cantres peut produire la valeur de la rayure. Une récapitulation du nombre du total de ces mêmes portées & des différentes mutations va nous en inftruire.
- Une mufette avec la première cantre . . . 3 6 fils.
- Trois portées avec la fécondé ..... 360
- Une mufette avec la troifieme ..... 44
- Une portée avec la quatrième ..... 120
- Une mufette avec la troifieme ..... 44
- Trois portées avec la fécondé . . . . . 360
- Une mufette avec la première................36
- Total 1000.
- 1217. Cette fomme de mille fils donne , ainfi que j’ai dit, le quart de la chaîne fuppofée ; il faut donc ourdir quatre fois la même choie pour la compléter s ainfi en faifant quatre fois les mêmes mutations de cantre , & prenant fur chacune le même nombre de mufettes & de portées qu’on a déjà ourdies pour l’exemple précédent, on aura 4000 fils, nombre auquel la totalité de la chaîne du taffetas dont il s’agit, a été fuppofée.
- 121 g. De la maniéré de combiner les rayures fur les échantillons. On n’efl pas toujours dans le cas d’ourdir de nouvelles rayures, on fe fert bien fouvenfc Tome IX. K k
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- de celles d’un genre d’étoffe pour la mettre à un autre ; c’eft-à-dire, qu’on fait: fouvent un taffetas fur la rayure d’un latin , un fatin fur celle d’une ferge & une ferge fur celle d’un taffetas, & ainfi du relie, félon que le goût & l’idée d’un fabricant l’exigent. D’ailleurs il peut arriver qu’un fabricant prenne la rayure d’un autre, & qu’on faffe ourdir plufieurs fois la même rayure, quoique dans d’autres couleurs. Souvent on en fait des affemblages pour en former de nouvelles ; c’eft-à-dire, que tirant une partie de la rayure d’un échantillon avec une partie d’un autre ou de plufieurs, on en fait une rayure nouvelle.
- 1219. Quelque rayure qu’on ait à ourdir, & pour quelque genre d’étoffe-que ce foit , il faut en faire une combinaifon qui s’accorde jufte au nombre-de fils dont on doit compofer la chaine ; il faut favoir i°. fur quel compte-de peigne doit être fabriquée l’étoffe pour laquelle on veut ourdir ; 2°. quelle en eft la largeur ; 30. combien il doit y avoir de fils par dents ; 40. le nombre de fils que la totalité des dents doit produire, & enfin à combien de portées fe réduit le nombre total des fils.
- ï220. On doit favoir fur quel compte de peigne doit être fabriquée l’é--toffe, parce que c’eft parle compte des dents qu’on détermine l’ourdiffage ; on doit en connaître la largeur, parce que le compte des dents dont toutes îes baguettes d’une rayure font compofées , doit être large en proportion de la partie qu’elles doivent y oecuper ; on doit favoir combien de fils chaque’ dent du peigne doit contenir pour pouvoir connaître le nombre dont la totalité de la chaîne fera compoféej on doit enfin favoir le nombre total des fils pour pouvoir les réduire en portées : ainfi il devient très-néceffaire de connaître tous ces détails, pour déterminer un ourdiffage comme il faut.
- 1221. Pour donner une idée pofitive de la combinaifon des rayures fur les échantillons, j’en fuppoferai un dans la rayure duquel on veut ourdir un fatin dont le compte du peigne eft un mille dans la largeur de 20 pouces , & dans chaque dent duquel il doit y avoir 5 fils : fon produit fera de 5000 fils pour la largeur de 20 pouces ; il eft évident que chaque pouce doit, contenir 50 dents, ce qui fait précifément 4 dents & un fixieme pour chaque ligne.
- P222. ^000 fils réduits emportées en donneront 62 \ en les comptant de 80 fils- chacune, ainfi qu’on doit généralement les compter, en fe conformant aux ufages de Lyon , Nîmes , Avignon , &c. Si l’on veut fe conformer à ceux de Paris , Rouen , &c. les portées ne font que de 40 fils ; alors au lieu de 6l\, le nombre de 5000 fils en donnera 12^ : ainfi comme la portée à Paris eft la moitié de celle de Lyon , &c. je me difpenferai de faire aucune explication ià-deffus , & je me fervirai toujours de la portée de Lyon qui eft île 8*0 fils. Ce que j’aurai dit d’une de ces portées, s’entendra de deux desautres qui font de. moitié moindres»
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- 1253. Je fuppofè que la rayure de l’échantillon dont il s’agit comprenne le quart de la chaine à ourdir, ce qui la réduit au nombre de 2^0 dents, & sonféquemment à celui de 12 fo fils , qui doivent être employés dans f polices de largeur , qui font le quart de celle de l'étoffe.
- 1224. Je fuppofe encore que la rayure dont il s’agit, foit d’une feule couleur , & le fond d’une autre , & qu’elle foit divifée en onze parties, tant baguettes que fond; le nombre de fils dont chaque partie fera compofée , doit fie prendre fur la largeur qu’elle occupera, non pas fur l’échantillon, mais fiur la chaine à ourdir, en comparant chacune des parties à la largeur qu’elle doit.tenir dans le peigne, & faifant le calcul en raifon de cette même largeur0
- Largeur des parties qui doivent compofer la rayure à ourdir.
- Une baguette de quatre lignes * * * * • 4 lignes.
- Un fond d’une ligne . . . 1.
- Une baguette de deux lignes 2.
- Un fond d’un pouce & fix lignes . 1 pouce . 6.
- Une baguette de quatre lignes 4*
- Un fond de deux lignes . « . .... 2.
- Une baguette de quatre lignes . 4-
- Un fond d’un pouce fix lignes. . . ï pouce . 6.
- Une baguette de deux lignes . Un fond d’une ligne . . . . ....
- . . a . . 1.
- Une baguette de quatre lignes . 4-
- Total 5 pouces.
- ï 22^. Les onze parties qui compofent cette rayure , produifent enfenrble 5 pouces de large , faifant le quart de 20 pouces , largeur totale du fatin dont on veut ourdir la chaine ; ainfi ces onze parties .répétées quatre fois donneront la largeur totale de l’étoffe.
- 1226. La largeur déterminée du peigne étant comparée à celle des parties qui compofent la rayure, chaque article doit employer un nombre de dents proportionné à fa largeur, & tous enfemble doivent en empîoyernn égal au quart du peigne , ainfi qu’on va le voir par l’exemple fuivant :
- Le premier article eft de 4 lignes de largeur , il doit occuper t6 % dents»
- Le fécond 1 .........................41
- Le troifieme 2 .........................g §
- Le quatrième 18 ......... 75
- Le cinquième 4 ......... 16" %
- Le fixieme 2 .........................8 5
- 12 9%
- Kk ij
- Total 2 pouc. 7 lig.
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- ’autre part 2 pouc. 7 lig. . .
- Le feptieme 4 • • '. i«i
- Le huitième 18 . • 7S
- Le neuvième 2 . . 8 !
- Le dixième I . . 4!
- Le onzième 4 • • •
- Total 5 pouces. 250
- 1227. Les 2^0 dents contenues dans l’exemple ci-deffus , font, comme on vient de le voir, la fournie exa&e des largeurs des. onze parties contenues dans la rayure de notre latin: ce nombre eft égal, ainfi qu’il doit l’ètre, au quart de celui des dents dont le peigne eft compofé; mais on rencontrerait beaucoup de difficultés, en fuivant cette méthode auffi fcrupuleufement que je viens de le faire dans ce dernier exemple, par rapport aux fradions dans lesquelles une dent fe trouve divifée ; l’exécution en devient moralement im-poffible, ainli qu’on peut le voir li l’on fait attention que chaque dent du peigne fuppofé ne doit contenir que f fils, & que chacun de ces fils eft indivi-fible; conféquemment, 011 ne faurait avoir le fixieme d’une dent qui ne contient que 5 fils, de même qu’on n’en faurait trouver le quart ni le tiers , &c« On en trouverait feulement le cinquième, & il faudrait alors accorder ce cinquième de façon que la largeur de toutes les parties qui compofent une rayure, occupât le nombre de dents convenable, & de plus un cinquième de dent. 11 en ferait de même aux autres étoffes pour les diverfes largeurs & les différens comptes de peignes , ainfi que pour tous les nombres des fils qui doivent être contenus dans chaque dent. Dans ce cas, un peigne, outre les 4 ou 5 fils qu’il doit contenir par dent, devrait auffi avoir des tiers , quarts, &c. de dent, pour s’accorder aux baguettes ou an fond ,.ce qui jete-rait toujours dans le même embarras pour l’exécution; ainli pour éviter toutes ces difficultés, on fuit la méthode que je vais expliquer.
- 1228- Pour fa voir combien un échantillon contient de dents dans la largeur de chacune des parties qui en compofent la rayure, il le faut mefurer fur un peigne égal à celui qui doit fabriquer l’étoffe; alors on note chaque partie dans l’ordre que j’ai expliqué ci-deffus, en fupprimant les fractions de dents.
- 1229. Il faut toujours faire la combinaifon des parties de la rayure d’un échantillon ou d’un deffin en dents entières , pour quelque genre d’étoffes que ce foit, & quelque nombre de fils que chaque dent puilfe contenir ; par ce moyen on évitera toutes les difficultés : ce 11’eft pas cependant qu’en divi-iànt quelquefois. les fils d’une dent pour en mettre une partie dans le fond
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- & l’autre dans une raie , on y trouve moins de perfedion; mais par-là on. évite des calculs qui deviennent d’autant plus embarrafiàns que la moindre erreur y occafionne fouvent des fautes très-confidérables dans l’ordre d’une rayure. Ainfi en préfentant un échantillon rayé ou en deflin de rayure devant un peigne femblable à celui qui doit fabriquer l’étoffe qu’on fe propofe de faire , on notera fur combien de dents portent chacune des baguettes & chaque partie de fond ; on remarquera chaque partie , tant de fond que de baguette, par le nombre des dents qu’elles doivent occuper dans le peigne, félon l’ordre qu’elles doivent y tenir, & de maniéré à pouvoir les additionner; enfuite on détermine le nombre de fils que chaque baguette & chaque partie de fond doivent contenir ; enfin on les place de maniéré à pouvoir en faire un nombre total, égal à celui qu’on a déterminé.
- I23Q. En fuivant à peu près l’ordre de ^échantillon ou de la rayure que Je fuppofe , on verra que la première baguette porte fur environ 16 dents f. Comme cette fradion furpaife la moitié d’un entier qui vaut |,il faudra le lui donner de plus & la regarder comme portant 17 dents, fauf à retrancher fur une partie moindre.
- 1231. On ne doit pas être furpris qu’il faille retrancher fur les petites parties plutôt que fur les grandes : la raifon eft, qu’en ôtant les fradions d’une grande partie pour l’ajouter à une petite, cette petite rifque de devenir trop grande, eu égard au goût de la rayure, ce qui peut la réndre moins agréable ; car tout ce qui tient du deflin, & principalement pour les étoffes , ne flatte pas tant lorfque les parties qui les compofent font à peu près égales entr’elles ; il faut, autant qu’il eft pofîible , que.l’un cede à lau-tre en grandeur quand la forme eft la même. Les rayures tenant du deflin font fufceptibles du même ordre & de la même variété; il faut même que les baguettes qui les compofent aient entr’elles une différence fenfible dans leur largeur , afin que l’une faffe valoir l’autre : c’eft par cette raifon qu’on 11e doit pas charger les petites baguettes des fradions des grandes, pour ne pas leur faire perdre la proportion qu’elles ont entr’elles , ou les rendre trop égales les unes aux autres. Ainfi , pour être plus précis dans ces fortes d’opérations, fans égard pour les baguettes, ni pour les fonds , 011 complétera une dent pour une baguette, lorfque les fradions feront au-deffus de la moitié d’un entier, foit au dépens du fond , foitau dépens des baguettes ; mais plutôt au dépens du fond, fur-tout lorfque la fradion fera pofitivement une demi dent. L’exemple fuivant, qui eft le même que celui qu’on a vu plus: haut, fera voir la route qu’on doit fuivre dans,ces fortes de rédudions de fradions.
- 1232. Il faut regarder le premier article de cette eombinaifon comme
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- prenant par fa largeur J î , .17 dents.
- Le fécond . * 4
- Le troifieme . 9
- Le quatrième * 75
- Le cinquième . 16
- Le fixieme . g
- Le feptieme . 16
- Le huitième ; . 75
- Le neuvième ; • 9
- Le dixième : * * 4
- Le onzième * 17
- Total 250.
- 1233. On voit que j’ai rempli l’objet des fra&ions en complétant un entier au premier article, un au troifieme , un au neuvième &un au dernier j par ce moyen j’ai levé une difficulté qu’on ne faurait éviter dans les çombi-naifons qu’en compliquant les ourdilfages au point d’y faire fou-vent des fautes groffieres,.
- 1234, Après avoir démontré le produit des dents par les différentes largeurs des baguettes & des fonds qui compofent la rayure fuppofée, on va voir combien chaque partie produit de fils.enles multipliant par cinq. L’exemple que je mets ci-après va nous le donner.
- Premier article 17 dents à 5 fils chacune. 85 fils.
- Second article ' . 4 20
- Tro.ifipme article . 9 45
- Quatrième article .. 75 375
- Cinquième article . 16 80
- Sixième article 8 40
- Septième .article 16 80
- Huitième article , 7S 375
- Neuvième article . 9 45
- Dixième article 4 20
- Onzième article, . 17 85
- Total 250 dents. 1250 fils.
- ï23f. On a vu par lés exemples ci-deifus, que le quart de la largeur du peigne eft de 5 pouces, & que ces cinq pouces contiennent 2^10 dents, ce qui produit 1250 fils.
- 1236'. -£>e la manier & d'encantrer & d'ourdir, quand il je trouve des nombres impairs dans les baguettes ou dans les parties de fond qui compofent une ray ure,
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- pour une étoffe quelconque. En général , de toutes les étoffes de foie , il n’y a que les fatins qui l'oient fujets à avoir des nombres de bis impairs dans les parties qui en compofent les rayures, parce que, dans ce genre d’étofïè,, le compte de peigne n’eft jamais déterminé, & encore moins le nombre de fils contenu dans chaque dent, de maniéré qu’elle n’a de réglé particulière pour la composition que l’idée du fabricant. Je donnerai dans un autre endroit quelques comptes tant généraux que particuliers, dont on fait ufage pour cette étoffe, ainfi que les différentes largeurs qu’on lui donne.
- 1237. Pour ces fortes de chaines,Tourdiffeufe doit avoir une ordonnance d’ourdiffage, qui contienne les différentes combinaifons dont on eft convenu & dans laquelle les couleurs foient défignées. Je' reprends encore Pexemple de la rayure ci-deffus, où je fuppofe que les baguettes font bleues & le fond blanc, & je vais donner un modèle de ces ordonnances.
- Ordonnance d’ourdiffage pour un fatin raye à q fils par dent en mille de peigne.
- 85 . .... . . . . fils bleus.
- 20 . . . . ... . . . . fils blancs.
- 45 ... . . . . . . . . fils bleus.
- 37? . . . . . ... . . . fils blancs;
- go .... . . . . . . . fils bleus.
- 40 . . . - . . . . . . . fils blancs.
- 80 ........... fils bleus.
- 37f . . + . . - . fils blancs;
- 4Ç .......... . fils bleus.
- 20 . . . . . ... . . • fils blancs.
- 85 . . ... .. .. . . . . . . fils bleus».
- Total 1250 fils.
- 1238. Il faut ourdir quatre fois cette ordonnance ; elle produira un nombre de filsfuffifant pour la totalité de la cbaine déterminée, mais il faut en--eantrer dans l’ordre qu’on va voir.
- 1239. Encantrage. Le premier article eff de 8ï fils bleus, la première cantre' doit avoir 40 rochets bleus ; on en ourdira une portée, à laquelle il manquera cependant % fils pour compléter ce premier article, puifqu’il eft de 85 fils , & que le produit d’une portée à 40 rochets ne peut être que de go ; on joindra ces 5 fils aux 20 qui compofent le fécond article qu’on mettra dans la fécondé cantre j on y ajoutera encore les 5 fils du 3e article, qui excédent le nombre de 40 , afin qu’avec la première cantre on puiffe ourdir fans y rien changer, le 3e article de l’ordonnance : de cette maniéré 011 ourdira une mufette avec la première cantre, & une avec la fécondé. Four le 4e article, il faudra une troifieme cantre à-ço*'rochets, avec laquelle on ourdira^
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- 7 mufettes & demie 5 c’eft-à-dire, que lorfqu’on aura ourdi 7 mufettes, on iiipprimera la moitié des fils qui compofent la brade, pour en ourdir une mufette à fils, fans cependant ôter aucun rochet de la cantre. Pour le fe article on fe fervira de la première cantre , avec laquelle 011 ourdira une portée ( on doit fe fouvenir qu’une portée eft compofée de deux mufettes). Pour le 6e article on emploiera la troifieme cantre , avec laquelle on ourdira une mufette, en y fupprimant 10 rochets, parce qu’il ne faut que 40 fils pour cette mufette, & que cette cantre contient fo rochets. La première fervira pour ourdir le 7e article, dont on ourdira une portée dans le nombre des rochets que la cantre contient > pour le 8e article on emploiera la troifieme cantre, avec laquelle on ourdira 7 mufettes & demie de la même maniéré qu’on la dit pour le article ; pour le 9e article 011 emploiera la première cantre, avec laquelle on ourdira une mufette; le 10e article fera ourdi avec la deuxieme cantre, une mufette fuffira ; & le dernier article fera ourdi avec la première cantre, avec laquelle on fera une portée.
- 1240. Pour rendre l’ordre de cet ourdilfage plus clair, en fuivantles eii-cantrages qu’on vient de voir, il faut fe conformer à l’exemple fuivant :
- Une portée avec la première cantre.
- Une mufette avec la fécondé.
- Une mufette avec la première.
- Trois portées trois quarts avec la troifieme.
- Une portée avec la première.
- Une mufette avec la troifieme en y fupprimant 10 fils.
- Une portée avec la première.
- Trois portées trois quarts avec la troifieme.
- Une mufette avec la première.
- Une mufette avec la fécondé.
- ' Une portée avec la première.
- 1241. Cette quantité de mufettes & de portées doit faire le quart de la chaine dont il eft queftion. Conféquemment pour la compléter, il faut ourdir quatre fois la même chofe.
- 1242. Pour favoir fi le nombre des mufettes & portées ci-delfus produit un nombre de fils égal au quart de la chaine, il faut en faire une récapitulation de la maniéré fuivante :
- Une portée à 40 rochets........... 80 fils.
- Une mufette à 30 rochets. ... 30 Une mufette à 40 rochets. ... 40 Sept mufettes & demie à fo rochets. 37 f
- Total
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- Ci-contre . . 7 f2f
- Une portée à 40 rochets. ... go Une mufette à 40 rochets. ... 40
- Une portée à 40 rochets........... 80
- Septmufettes & demie à fo rochets. 37^ Une mufette à 40 rochets. ... 40
- Une mufette à 30 rochets. ... 30
- Une portée à 40 rochets. .... 8o#
- Total i2fo. Quatre fois 12^0 font fooo, qui eft là valeur de la chaine dont il s’agit.
- 1243. Par l’ordre que je viens d’établir, 011 doit s’appercevoir que lorf-qu’une cantreaun nombre de rochets d’une feule couleur, on peut s’en fer-vir pour un nombre moins grand que celui qu’elle contient ; par ce moyen elle peut remplir diverfes parties contenues dans une rayure, il s’agit feulement d’en favoir faire l’application lors de la combinaifon pour les encan-tragesj on peut auffi, lorfque la quantité des fils contenus dans une partie de rayure eft un peu confidérable, ourdir avec une cantre qui n’aurait qu’une partie des rochets nécelfaires à cette même partie, en en multipliant les mu-Jettes j il s’agit feulement d’examiner fi le nombre de celles à ourdir peut balancer l’embarras d’une cantre déplus.
- 1244. Pour ourdir la rayure ci-delfus comme elle eft difpofée, il n’eft pas befoin de tourner la main à l’envergeure pour faire rapporter les couleurs , parce que par l’ordre de l’encantrage tout y eft naturellement placé ; on doit prendre garde en envergeant la demi mufette , ( on reconnaîtra dans l’exemple précédent, où la fomme des deux fractions | jointes, font un entier & demi) que les fils ne falfentun feulere parleur rencontre, ce qui peut s’appercevoir avant que de l’enverger ; alors on ce nmence cet envergeage par le premier fil de la deuxieme divifion, au lieu de le commencer par celui de la première. Toutes les fois qu’en ourdilfant une mufette on rencontrera un nombre de fils impair, on profitera de la fécondé envergeure produite naturellement par les deux divifions de la cantre, avec celle que les doigts ont compofée, qu’en faifant fauter le fil & en changeant fa diredion pour éviter un feulere; à moins qu’on n’aime mieux tourner la main. Cette opération eonfifte à faire trouver du côté de l’ourdilfoir les fils qui feraient du côté de l’ourdifleufe, félon l’ordre naturel, ce qui fe fait en renverfant la bralfe , de forte que le delfus foit defious. Cette méthode ne peut avoir lieu que pour les chaines à une couleur j mais pour les rayées, on doit non-feulement enverger de nouveau, il faut encore que la diredion du premier fil qu’on réenverge foit oppofée à celle du premier fil qu’on a'envergé ; de forte que
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- fi lors de la première envergeure on a pris le premier fil de la première di-vifion en le faifant patfer fous le doigt index & fur le pouce, on prendra pour cette fécondé envergeure le premier fil de la même divifion, qu’on placera fur le doigt index & fous le pouce ( ce qu’on appelle renvetfer tenvergeage ), au moyen de quoi on évitera les feuLeres.
- 124V- La fig. 9 ,y/. FIII, repréfente une mufette dont le nombre des fils eft fuppofé impair; on n’a qu’à placer l’envergeure A, B, fur les chevilles de l’o.urdifloir, replier la br^JTe fur la ligne C, D , & mettre fur les mêmes chevilles l’envergeure E, F ; on verra la néceffité de faire fauter le fil en changeant fa direction , ou de tourner la main , ou enfin combien il eft indifpen-iàble de réenverger & de fuivre l’ordre que je viens de prefcrire. (127)
- 1246, Quoiqu’il femble au premier coup-d’œil que ces deux termes en-yergeage & envergeure foient fynonymes , & même que le premier paraifle
- (12 7) Lorfqu’on ourdit une chaîne avec un nombre derochets impair, on doit prendre des précautions, non-feulement pour profiter de la fécondé envergeure produite par l’effet de la première; mais encore en envergeant chaque portée. On voit dans la fig. 9, pi. VIII, qu’en repliant la brade fur la ligne C, D , on aura inévitablement un feulere à la jondion de l’envergeure À, B, avec celle E, F ; fi l’on fait fauter le fil ay pour 1e placer à côté de celui c, ou qu’on tranfporte ce dernier à côté du premier, on aura encore un feulere, à moins qu’on ne change la direction des fils qu’on tranfpor-tera, de maniéré que fi après avoir placé l’envergeure A, B, fur les chevilles de l’our-difibir „on veut profiter de celle E,F, on donnera à ce fil une direction oppofée. Et fi f on veut ne. pas fe donner le foin de faire le tranfport d’aucun fil, il faut, après avoir paffé la première envergeure fur les chevilles , tourner la main pour placer la fécondé, c’eft-à-dire, tourner la brade de rq^niere que-les fils de la divifion fupérieure foient par-dedous, & ceux de la divifion inférieure par-dedus, Cela entord'ra nécedaire-ment la mufette d’un.demi tour; mais on préviendra cet inconvénient, fi en envergeant toujours comme il eft repréfenté par cette figure ron tourne, la. main en plaçant
- la première envergeure, & l’on place la fécondé telle qu’elle fe trouvera. Pour les chaînes rayées, il faut abfolument enverger de nouveau. On fait la première envergeure comme celle A, B ; mais pour la fécondé, au lieu de faire pader le fil a dedous, il faut le faire pader dedus, en le prenant dans un fens contraire à celui par où on lra envergé la première fois. Lorfqu’on a formé l’envergeure A. B, on fait pader le fil a fous le doigt index & fur le pouce ; il faudra , en formant la fécondé , faire pader ce même fil fur le doigt index & fous le pouce ; par ce moyen la direction de ce même fil deviendra contraire à fa première pofition, & conféquemment plus oie feulere : c’efi: ainfi qu’il faut en ufer à toutes les portées de la chaine ; alors la première mufette fera toujours dans un fens contraire à la fécondé par la diredion de fes fils. Toutes les fois qu’on ourdira, avec un nombre de fils impair, on commencera d’enverger parle premier fil de la divifion qui contiendra le plus grand nombre de rochets ; fans quoi y à la fin de la brade, il fe trouverait deux fils de la même divifion à enverger ; ce qui ne manquerait pas d’induire à erreur une ourdideufe peu intelligente, & même quelquefois de faire prendre par inadvertance ces deux fils pour un feuL
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- plutôt barbare que français, ils font cependant reçus tous deux dans les manufactures, avec cette différence : envergeage y défigne faction d’enver-ger , & envergeure lignifie la chofe envergée ; ainfi envergeage eft ce que fait l’ourdiffeufe quand elle enverge, & envergeure eft le croifement que retiennent les chevilles ou les cordons de foie.
- 1247. J’ai dit ci-devant, que la feco'nde cantre aurait 30 rochets dont 20 blancs & io bleus ; les 10 bleus doivent être aux deux extrémités de la cantre, f en-haut & f en-bas , & les 20 blancs feront conféquemment au milieu : il faut un ordre particulier pour cet encaiitrage , fans quoi lors de l’envergeage un fil blanc pafferait devant un fil bleu à la jonction des deux couleurs ; pour éviter cet inconvénient, il faut néceffairement que des cinq rochets qui doivent être au bas de la cantre , il y en ait 3 dans la première divilion & deux dans la fécondé , & que des ç du haut il y en ait 3 dans la féconde divilion & deux dans la prerrfiere ; car lorfqu’on enverge, comme on commence par le fil le plus bas de la première divilion , 8c que par ce moyen les cinq fils bleus feraient pris de fuite, & que fi l’encantrage était fait dans un ordre inverfe, le feptieme fil bleu ferait envergé le fixieme de la mu-fette i par cette raifon, les cinq fils bleus d’en-haut font pris de même; puifi. qu’il eft impoiïîble, à moins de faire une faute, de prendre le premier fil bleu avant que le dernier fil blanc foit envergé : par conféquent les cinq derniers fils bleus feront envergés de fuite. Cette obfervation doit avoir lieu toutes les fois qu’on encantrera des rochets de plufieurs couleurs, dont l’une fera d’un nombre impair.
- 1248. De la maniéré d'encantrer les rayures ombrées & de les ourdir. La com-binaifon des rayures ombrées fe fait de même que pour celles qui ne le font point i il n’y a de différence que dans l’exaditude que demande l’encantrage ' pour faire à propos le mélange des couleurs, c’eft-à-dire , le mélange des différentes teintes dont une couleur eft fufceptible pour ombrer par gradation les baguettes d’une rayure.
- 1249. Un échantillon peut être compJSr, comme 011 l’a déjà dit, de ba-
- guettes ombrées 8c de baguettes unies i il peut avoir aulïi des bagueHes fous les nuances de trois ou quatre couleurs & plus ; c’eft-à-dire , qu’une feule baguette peut être partie nuance verte, partie nuance lilas, partie nuance aurore, &c. \
- 1250. Les rayures qui contiennent des baguettes de cette nature exigent un grand nombre de cantres : il eft aifé de le concevoir , puifque celles à une couleur en emploient déjà beaucoup.
- I2Ç1. En terme de fabrique & d’ourdifiage 011 appelle les rayures ombrées, rayures à nuances ou rayures nuées, pour les diftinguer de celles qui ne le font pas & qui ne font que d’une couleur , c’eft-à-dire , d’une feule teinte s car
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- les couleurs qui font fufceptibles de nuances, font toujours défignées par leur nom principal, à quelques teintes qu’elles foient; on les nomme ainli pour les diftinguer de celles qui, quoique, de plufieurs couleurs, font fans nuances : comme quand on dit une baguette compofée d’une teinte rofe , d’une teinte verte ou d’une teinte lilas.
- 12^2. Dans l’ordre des couleurs on connaît fept nuances, qui font la nuance rofe , verte, bleue , aurore, lilas , violette, jaune. On pourrait ajouter la nuance noire qui en ferait fans doute une huitième , parce qu’avec les divers gris en montant du clair au foncé, on trouve le noir, dont toutes les teintes dépendent abfolument.
- 1253. Chacune de ces nuances, pour ce qui concerne les ourdilfages des étoffes de foie, elf divifée en huit teintes par gradations très-fenfibles. O11 fait que par gradations infenfibles on les porterait prefqu’à l’infini ; mais on a penfé que huit teintes étaient fuffifantes pour quelque largeur que puiffe avoir une baguette dans une rayure5 il eft vrai que par le mélange qu’on en fait, huit teintes produifent l’effet de 24 au moins, ce qui rend les gradations infenfibles. Le bon effet qu’on doit attendre de la diverfité des combinaifons de ces teintes dépend du foin particulier qu’on doit y apporter en encantrant ; car c’eft dans cette opération que fe fait le mélange dont il s’agit.
- 12^4- Parmi les nuances que j’ai désignées, le verd en fournit dans fou efpece une quantité qu’on ne faurait nombrer, & chaque verd produit fa nuance en particulier ; c’eft pourquoi il faut obferver, quand on fe fert d’une nuance verte , de ne la point mélanger avec une autre nuance quoique verte : ear le verd d’herbe , par exemple , produit une nuance verd d’herbe , le verd olive produit une nuance verd olive ,1e verd de canard produit une nuance verd de canard, & ainfi des autres ; il ne faut donc pas, pour faire une nuance parfaite, mêler du verd d’herbe avec du verd de canard, &c. parce que la nuance qui en fortirait ferait défeétueufe & même infupportable.
- 1254. Indépendamment de^teintcs dont une nuance eft compofée, on a le fecours de certaines couleurSixes dont l’affinité dans l’obfcur fait valoir to#te une baguette dans une rayure ; on fe fert bien fouvent du noir pour donner du jeu à certaines nuances , en faire fuir le clair avec plus de vivacité & donner plus de feu aux teintes.
- 12^6. Quand les rayures ne portent pas fur des fonds blancs, on les éclaire avec du blanc pour les rendre plus agréables; ce qu’on ne faurait faire fur un fond blanc , parce que ce blanc fe confondrait avec le fond , & ne paraîtrait plus être une partie de la baguette.
- 1257. Les mordorés, les cramoifis, les ponceaux, félon leurs teintes, fervent très-fouvent pour les parties les plus foncées d’une nuance; il s’agit feulement dé comparer les couleurs les unes aux autres , pour connaître l’effet agréable ou défagréable qu’elles peuvent produire.
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- ï2?S. Par l’exemple qui fuit on connaîtra plus particuliérement ce que font les rayures nuées*, & de quelle façon on doit faire le mélange des couleurs ou pour mieux dire le mélange des teintes. £
- 1259. Suppojition dun échantillon à rayure, nuée. Je vais choifir un échantillon pour un taffetas en grande largeur, c’eft-à-dire, à 30 pouces, dont le peigne eft un if00 à quatre fils par dent; ces fortes de taffetas font communément a ppellés pékins ; c’eft celui qu’on voit fig. 10, pL VIII.
- 1260. Je fuppofe une compofition de rayure qui prenne le cinquième de la largeur de l’étoffe , ce fera 6 pouces de largeur qui occuperont 300 dents, lefquelles produiront 1200 fils.
- 1261. if 00 dents fur trente pouces de largeur font à raifon de mille fur un peigne de 20 pouces , ce qui devient égal à celui de l’échantillon de fatin ci-devant fuppofé : ainfi il aura de même f o dents par pouce.
- 1262. Dans la combinaifon de cet échantillon, je ne me fervirai d’aucune
- fra&ion pour les dents qui feront occupées par les parties du fond & des baguettes; j’accorderai tout aux entiers , fuivant la méthode que j’ai détaillée dans les articles précédens. »
- 1263. Je ne ferai pas même mention des largeurs de chaque partie de l’échantillon fuppofé ; je mettrai feulement le nombre des dents que chacune de ces largeurs doit occuper.
- 12^4. Il eft bon de favoir que chaque baguette d’une rayure peut êtro compofée de plufieurs nuances ; que ces nuances, quoique fous les mêmes teintes, font défignées de maniéré à ne les pas confondre les unes avec les autres.
- i26f. On diftingue la nuance fermée & la nuance ouverte : l’une & l’autre font compofées de deux nuances au moins.
- 1266. La nuance fermée eft ainfi nommée ,narce que chacune des deux nuances qui la compofent eft placée à côté de * utre de façon que les teintes' claires fe touchent au milieu, & font renfermées par les teintes obfcures ; ainfi une baguette en deux nuances rofes où le clair de chaque nuance fe touche au milieu, & l’obfcur les renferme par chaque côté en touchant le fond, s’appelle nuance fermée ; la nuance ouverte eft une baguette de deux nuances dont le plus foncé eft au milieu, & le clair vient toucher le fond par chacune de fes extrémités.
- 1267. Il y a des baguettes compofées de quatre nuances ouvertes ; d’autres de quatre nuances fermées : les unes & les autres different entr’elles parce qu’une baguette à quatre nuances fermées peut être compofée de deux dont,la jon&ion n’en forme qu’une , & elle peut l’ètre aufïi de maniéré qu’au milieu de fa largeur le clair de deux nuances fe joigne , & que deux autres nuances extérieurement placées, une à chaque côté de la largeur des deux premières,
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- portent leurs teintes claires fur les teintes foncées des deux premières ; & par line raifon inverfe, les baguettes à nuances ouvertes font compofées dans un fens contraire ; de forte que les deux nuances du milieu font adoifées parleurs teintes brunes , & leurs teintes claires joignent chacune le brun d’une des deux autres nuances. L’ordre des encantrages donnera encore ,des idées plus précifes > mais fuivons le détail de l’échantillon fuppofé, f 1268- La. eombinaifon que je vais faire pour la rayure dont je vais donner l’ourdiffage , ne comprendra que la quantité de dents qu’occupent les parties de fond & les baguettes, chacune féparément, ajnfi qu’on va le voir par l’exemple ci-après, qui contiendra 19 articles tant en fond qu’en baguettes.
- ; 1269. La rayure de l’échantillon que je fuppofe eft compofée de
- 2 dents de fond à 4 fils chacune. , . g fils.
- 8 de baguette. . $2
- 2 de fond. 8
- i de baguette. 12
- $0 de fond. . , , . . 320
- 12 de baguette. . ' • -48
- 18 de fond. . 72
- de baguette, 20
- 4 de fond. 16
- de baguette. . . 128
- 4 de fond. 16
- ï de baguette. 20
- *8 de fond. . 72
- 12 de baguette. . 48
- 80 de fond. . . ^ 320
- 3 de baguette. 12
- 2 de fou# ... 8
- 8 de baguette. 32
- 2 de fond. 8
- Total 300 dents. 1200 fils.
- 127®. Ces 1200 fils compoferrt un cinquième de la chaine du taffetas fuppofé i le nombre de fils qui y eft contenu fera conféquemment ourdi cinq fois pour que la totalité de cette chaine foit complété.
- 1271. J’ai fuppofé dans l’exemple ci-deffus, que la rayure à ourdir était compofée de 19 parties tant en fond qu’en baguette ; le nombre des dents que chaque partie contient fuffit pour n’ètre point obligé d’indiquer leur largeur» il refte feulement à favoir dans quelles couleurs on doit ourdir : je fuppofe que le fond du taffetas dont il s’agit fera blanc, & que les baguettes feront des couleurs qu’on va voir.
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- D'ETOFFES DE SOIE.
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- J 272. L’exemple fuivant eft un diipofitif abfohynent néccflaire pour déterminer l’ordonnance d’ourdiflage, parce que les couleurs dont chaque baguette peut être compofée doivent y être défignées avec toute la préci-lion pofïible, comme on va le voir,
- 2 dents de fond.
- 8 pour une baguette rofe , nuance fermée.
- 2 de fond. '
- 3 pour une baguette verte fans nuance, quatrième teinte.’
- 80 de fond.
- J 2 pour une baguette lilas, nuance ouverte.
- 18 de fond.
- 5 pour une baguette rofe fans nuance, première teinte.
- . 4 de fond.
- 32 pour une baguette verte à nuances ouvertes, quat. teinte.
- 4 de fond.
- 5 pour une baguette rofe fans nuance, première teinte.
- Ig de fond.
- 12 pour une baguette lilas, nuance ouverte.
- 80 de fond.
- 3 pour une baguette verte fans nuance, quatrième teinte,
- 2 de fond.
- 8 pour une baguette rofe, nuance fermée,
- 2 de fond.
- Total 300 dents.
- 1273. Les couleurs étant déterminées dans tordre qu’on vient de voir on fait l’ordonnance d’ourdiifage dans la forme qui fuit
- Ordonnancer d'ourdijjage pour un pskin rayé à nuance & fans nuances
- 8 fils blancs.
- 32 rofes nuance ouverte.
- 8 blancs.
- 12 verds, quatrième teinte.
- 320 blancs.
- 48 lilas nuance ouverte.
- 72 blancs.
- 20 rofes, première teinte^
- 16 blancs.
- Total fôâ
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- D’au t part-f 3$ fils,
- 128 verds, 4 nuances ouvertes.
- 16 blancs.
- 20 rofes, première teinte.
- 72 blancs.
- 48 lilas nuance ouverte.
- 320 blancs.
- 12 verds, quatrième teinte.
- 8 blancs.
- 32 rofes nuance ouverte.
- 8 blancs.
- Total 1200 fils.
- 1274. Il faut ourdir cinq fois le contenu en l’ordonnance ci-defliis.
- I27f.. On doit entendre par la première teinte celle qui eft la plus foncée de la couleur j je les défigne ainfi , afin qu’on n’encantre pas une teinte pour une autre j ainfi la première teinte étant la plus foncée de la nuance , Ja fécondé, la troifieme, &c. font celles qui viennent après la gradation juf-qu’à la plus claire ; par ce moyen , quand on encantrera 011 faura de quel côté doit être placé le clair & l’obfcur, lorfqu’il s’agira d’une nuance fermée ; cependant je vais donner l’encantrage de ce même échantillon , pour ne laiffer rien à defirer fur une partie auffi difficile , & qui demande la plus grande précifion.
- 1276". Maniéré d? encantrer £ échantillon qu on vient de voir ,fuivant V or don» nance d'ourdijfage ci-dejjiis. i°. Pour la première cantre. Les 8 fils blancs contenus au premier article de cette ordonnance, avec les 32 fils nuance rofe contenus au fécond, feront pour la première cantre , & ils y feront encan-trés dans l’ordre fuivant, en commençant toujours par le haut de la cantre.
- 8 rochets blancs, dont 4 dans chaque divifion de la cantre.
- 2 rofes de la huitième teinte, un à chaque divifion.
- j rofe de la même teinte dans la première divifion.
- 1 rofe de la feptieme teinte dans la fécondé.
- 2 rofes de la feptieme teinte, un dans chaque divifion.
- 1 rofe de la feptieme teinte dans la première.
- j rofe de lafixieme teinte dans la première divifion.
- 2 rofes de la même teinte, un dans chaque divifion,
- I rofe delà fixieme teinte dans la première.
- I rofe de la cinquième teinte dans la fécondé..
- Total 2Q.
- 2 rofes
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- D'E TOFFES.DE SOIE.
- Ci-cont. 20 rochets.
- 2 rofes de la cinquième teinte, un dans chaque divifion.
- 1 rofe de la cinquième teinte dans la première.
- a rofe de la quatrième teinte dans la fécondé.
- 2 rofes de la quatrième teinte, un dans chaque divifion.
- 2 rofes de la quatrième teinte , un dans chaque divifion.
- 4 rofes de la fécondé teinte , deux dans chaque divifion.
- 4 rofes de la première teinte, deux dans chaque divifion.
- 4 ponceaux, deux dans chaque divifion.
- Total 40 rochets.
- 1277. La première cantre aura donc 40 rochets. Il faut remarquer que la couleur ponceau, avec laquelle je termine cet encantrage , fert à faire mieux fortir la nuance rofe; on peut mettre aufli en place du ponceau, du mordoré vif ou une couleur cramoifie: ces trois couleurs ont beaucoup d’affinité avec certaines nuances , c’eft pourquoi on en trouve toujours aux baguettes ombrées, fur-tout avec le rofe, l’aurore & le lilas.
- 1278. 2”. Pour la deuxieme cantre. Les 8 fils blancs contenus au troi-lieme article de l’ordonnance, avec les* 12 fils verds contenus au quatrième* feront tout ce que la fécondé cantre pourra contenir, & y feront placés dans l’ordre fuivant :
- 8 rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- 12 rochets verds, 6 dans chaque divifion.
- Total 20 rochets.
- 1279. Cette cantre contiendra en tout 20 rochets.
- 1280* Pour la troijieme cantre. Les 320 fils blancs contenus dans le cinquième article , feront ourdis avec la troifieme cantre par 40 rochets, 20 dans chaque divifion.
- 128 r. 40. Pour la quatrième cantre. Les 48 fils nuance lilas contenus dans le fîxieme article, feront ourdis^avec la quatrième cantre, & y feront placés dans l’ordre fuivant. Cet encantrage fera compofé de 4 rochets noirs, 2 dans chaque divifion»
- 1 roehet noir dans la première.
- 1 roehet lilas, première teinte , dans la fécondé.
- 4 rochets lilas, première teinte, 2 dans chaque divifion.
- 1 roehet lilas , première teinte, dans la première.
- I roehet lilas , fécondé teinte , dans la fécondé.
- 4 rochets lilas, fécondé, teinte , 2 dans chaque divifion.
- 16 rochets.
- Tome IX.
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- ART DU FABRICANT
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- D’autre part 16 rochets.
- 1 rochet lilas , fécondé teinte , dans la première.
- 1 rochet lilas,, troifieme teinte , dans la fécondé.
- 4 rochets lilas, troifieme teinte , 2 dans chaque divifionv
- 1 rochet lilas, troifieme teinte, dans la première.
- 1 rochet lilas , quatrième teinte, dans la fécondé.
- 4 rochets lilas , quatrième teinte , 2 dans chaque divifion.
- I rochet lilas, quatrième teinte , dans la première.
- 1 rochet lilas, cinquième teinte, dans la fécondé.
- 4 rochets lilas, cinquième teinte , 2 dans, chaque divifion.
- I rochet lilas, cinquième tçinte, dans la première.
- I rochet lilas, fixieme teinte, dans la fécondé.
- 4 rochets lilas , fixieme teinte, 2 dans chaque divifion,.
- 1 rochet lilas, fixieme teinte , dans la première.
- 1 rochet lilas, feptieme teinte, dans la fécondé.
- 2 rochets lilas , feptieme teinte , 1 dans chaque divifioii-
- 1 rochet lilas ,feptieme teinte ,. dans la première..
- î rochet lilas , huitième teinte, dans la fécondé.
- 2 rochets lilas,huitième teinte, 1 dans chaque divifion,.
- Total 48 rochets.
- Cette cantre contiendra 48 rochets.
- 1282. Le feptieme article de l’ordonnance fera rempli par la troifieme* cantre ,pour lequel on ourdira une portée, en fupprimant 4.fils fur chaque mufette.
- 1283- S°-Bour la cinquième cantre.. Les 20 filsrofes fans nuances, contenus; dans le huitième article, avec les 16 fils blancs contenus dans le neuvième, feront ourdis avec la cinquième cantrei on commencera l’encantrage: par les 20 fils.rofes, 10 dans chaque divifion, & enfuite les 16 fils blancs, 8 dans chaque divifion von y ajoutera 4 fils verds, huitième teinte , faifant partie de la nuance verte contenue dans le àixieme article de l’ordonnance , <& par ce moyen on aura une cantre de moins à remplir :ainfi la cinquième.* cantre contiendra,
- 20 rochets rofes fana nuances.
- Y6 rochets blancs.
- & 4 rochets verds, huitième teinte-,.
- En tout 40 rochets. « *
- 1284- 6*. Pour la fixieme cantre. Les 128 fils verds contenus dans le dixième" article de l’ordonnance doivent être partagés en deux parties égales qui
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- D’ETOFFES DE SOIE.
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- feront chacune de 64 fih ; les quatre avec lefquels on a rempli la cantre précédente, font pris fur ce nombre , ce qui le réduit à 60 qui feront encantrés dans la fixieme cantre. Comme cette derniere cantre contiendra pour le nombre de ces rochets la valeur d’une nuance, en y comprenant les 4. fils qui font dans la cinquième cancre, une portée d’ourdilfage complétera la baguette en entier, il faut que l’encantrage foit fait dans l’ordte fuivant:
- 2 rochets verds, huitième teinte, 1 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd , huitième teinte, dans la première.
- 1 rochet verd , feptieme teinte , dans la fécondé.
- 6 rochets verds , feptieme teinte , 3 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd , feptieme teinte , dans la première.
- X rochet verd , fixieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds , fixieme teinte , 3 dans chaque divifion»
- ï rochet verd, fixieme teinte, dans la première.
- ï rochet verd , cinquième teinte , dans la fécondé.
- 6 rochets verds, cinquième teinte, 3 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd, cinquième teinte, dans la première.
- ï rochet verd , quatrième teinte, dans la fécondé.
- 6rochets verds ,quatrième teinte, 3 dans chaque divifion.
- x rochet verd , quatrième teinte, dans la première.
- î rochet verd , troifieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, troifieme teinte, 3 dans chaque divifion.
- I rochet verd, troifieme teinte, dans la première.
- 1 rochet verd , deuxieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds , deuxieme teinte, 3 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd, deuxieme teinte, dans la première.
- 1 rochet verd , première teinte , dans la fécondé.
- 4 rochets verds , première teinte, 2 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd, première teinte , dans la première.
- 1 rochet noir, dans la fécondé.
- 2 rochets noirs, 1 dans chaque divifion.
- Total 60 rochets.
- 128?» Cette cantre contiendra 60 rochets & terminera la rayure. Il peut paraître furprenant qu’on n’ait pas parlé de tous les articles de l’ordonnance, puifqu’on a fini d’encantrer par le dixième ; mais on doit fe rappeller que j’ai dit dans un des chapitres précédens ,que l’ordre des rayures était fym-niétrique, & que comptant les parties qui le compofent en partant du milieu de la rayure pour aller aux deux bords, on trouvera même égalité de fond & de baguettes 5 conféquemment en venant des deux bords au milieu
- M in ij
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- ART DU F AB R ï C A N T
- 276
- on rencontre encore le même ordre ; dans ce dernier cas on ourdit deux fois avec la même cantre^puis on reprend T avant-derniere, puis Tantépénul-tieme , & ainftde fuite en rétrogaadant & bluffant par celle par laquelle on a commencé ; & par ce moyen une rayute qui ne paraît répétée que cinq fois danala largeur d’une étoffe ,fe trouve l’être dix au moyen de cette fymmétrie.
- i2%6. Il eft aifc de comparer les articles d’une ordonnance, avec ceux d’une, combinaifon ,.deux à deux; par exemple » le premier article avec le dernier ,. le fécond avec l’avant-dernier de Tun à l’autre approchant celui du milieu,, on doit les trouver tous égaux dans Tordre fymmétrique en nombre & en. couleur s’ils font nuancés'; toute la différence eft, que d’un côté le clair de la nuance porte à droite& que de l’autre côté il porte à gauche.
- 1287. Soit qu’on trouve au milieu, de la largeur d’une rayure une baguette* ou une partie de fond , de quelque nombre de fils que l’un ou l’autre foie compofé, en divifant ce nombre en deux parties égales, on trouvera le milieu de la rayure.
- 1288* Si Ton veut couper cette rayure à ce point du milieu & aflembler fes deux extrémités., alors ce qui était le milieu de cette rayure en devient le bord , & réciproquement. Pour ne rien laiffer à de tirer fur cette explication. ^ il fuffit de jeter un coup-d’œi.l fur l’exemple fuivant, qui compare, les. articles de la derniere ordonnance entr’eux,
- 1289* Le premier & le dernier article de cette ordonnance font égaux en* tr'eux en nombre de fils & en couleur.
- Le 2.eftégalaui&
- Le 3 1.7
- Le 4 1.6
- Le <ÿ. i\
- Le & 14
- Le 7- 13
- Le & 13
- Le 9 11.
- , & Le 10e étant feul de fon efpece , ne peut être com-
- paré à aucun ; d’ailleurs le milieu de la largeur eft le centre d’où il faut voir l’ordre fymmétrique qui en compofe la rayure.
- 1290. Si toutes, les rayures font dans Tordre qu’on vient de voir, il n’eft pas douteux qu’une rayure qui ne paraît d’abord contenue que cinq fois dans la largeur d’une étoffe,y eft réellement contenue dix ;.par-là il eft aifé de comprendre comment on doit continuer Tourdiffage, puifqu’ou n’aencantré. que jufqu’au milieu des articles de l’ordonnance.
- 1291. En. général la compofition de toutes les rayures eft faite de maniéré que chacune de fes extrémités n’eft*autre chofe qu’une, partie de fond ou une
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- L* ETOFFES DE SOIE.
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- baguette partagée en deux. On peut s’en convaincre en joignant les deux bords d’une étoffe : chaque jon&ion des deux parties extrêmes d’une rayure n’en forme qu’une feule : ainfi une rayure qui paraît être compofée, par exemple , de 19 parties tant en baguettes qu’en fond , étant jointe à fa femblable, elles ne produiront enfemble que 37 parties ; & fi on y en joint encore une troifieme, elles ne produiront que parties, quoiqu’elles femblent devoir en produire 38 ou 5 6. Ainfi, fi l’on ajoutait à l’infini on n’augmenterait jamais qu’à raifon de 18 parties pour la valeur de chaque rayure, parce que les deux parties qui en compofent les extrémités n’en font réellement qu’une qui fe trouve partagée en deux ; & fi l’on veut joindre les deux bords d’une rayure, 011 trouvera que celle qui préfente 19 parties n’en a effe&ivement que 18 5 & ainfi des autres.
- 1 292. La raifon pour laquelle on partage en deux parties égales une raie contre la lifiere d’une étoffe, eft que l’ordre fymmétrique s’y trouve obfervé, & que par ce moyen la vue en eft plus flattée ; d’ailleurs cet ordre donne une grande aifance à l’ourdiffage , foit dans les eombinaifons, foit dans la maniéré d’ourdir, ainfi qu’on peut l’avoir remarqué dans les rapports qui régnent entre les parties , eu égard à leur fymmétrie.
- 1293. J’AI dit que fix cantres fuffifaient pour ourdir la rayure du taffetas que j’ai fuppofé j. voyons maintenant de quelle manière on doit les conduire pour cet ourdiffage.
- 1294. 7°* man^n £ employer y pour ourdir la rayure ci-deffus , les Jix
- cantres qui la contiennent. On ourdira une mufette avec la première cantre ; une mufette avec la fécondé j quatre portées avec la troifieme ; une mufette avec la quatrième ï une portée avec la troifieme en fupprimant 4 fils fur chaque mufette j une mufette avec la cinquième 5 une portée avec la>fixieme; une mufette avec la cinquième -, une portée avec la troifieme en fupprimant 4 fils fur chaque mufette ; une mufette avec la quatrième ; quatre portées avec la troifieme ; une mufette avec la fécondé ; une mufette avec la première.
- 129?. Comm,e ce n’eft là que la cinquième partie de la chaine qu’011 doit ourdir , on répétera cinq fois la même opération pour la compléter.
- 1295. Cette maniéré d’employer les cantres fuitl’ordre marqué dans l’ordonnance dont l’encantrage dépend : il faut abfolument qu’une ourdiffeufe l’ait marquée de la maniéré qu’on vient de voir, pour pouvoir fuivre comme il faut fon ourdiffage ; il faut même qu’elle ait une récapitulation de toutes les mutations de cantre, pour voir fi le nombre des portées qu’on ourdira en fuivant cet ordre , doit produire le nombre de fils néceffaire pour la cinquième partie de la chaine qu’on veut ourdir. Cette, récapitulation; doit être faite dans Perdre fuivant
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- ART DU FABRICANT
- Une mufette avec la première cantre. ... 40 fils.
- Une mufette avec la fécondé...............20
- Quatre portées avec la troifieme. .... 320
- Une mufette avec la quatrième.............48
- Une portée avec la troifieme, 8 fils fupprimés. 72
- Une mufette avec la cinquième.............4°
- Une portée avec la fixieme............... . 120
- Une mufette avec la cinquième.............40
- Une portée avec la troifieme, 8 fils fupprimés. 7a
- Une mufette avec la quatrième.............48
- Quatre portées avec la troifieme..........320
- Une mufette avec la fécondé...............20
- Une mufette avec la première..............40
- Total 1200 fils.
- 1297. Il eft évident que ces 1200 fils étant ourdis cinq fois, donneront 6000 fils , nombre total de la chaine. ^
- 1298. La maniéré de combiner , d’encantrer & d’ourdir la rayure qti’otv vient de voir, peut fervir pour toute forte de rayures à nuance, quelle qu’en doit la difpofition; la différence ne confifte que dans la quantité des baguettes , & dans le plus ou le moins de largeur des différentes parties qui les corn-pofent, ainfi que dans la largeur totale de la rayure ; car toutes ces parties peuvent varier à l’infini, & un même rayure peut être répétée plus ou moins de fois dans la largeur d’une étoffe.
- 1299. Comme le principe des combinaifons eft fondé fur la quantité de dents que peut prendre la largeur d’une baguette , ou celle d’une partie de fond pour toute forte d’étbffes » la combinaifon que j’ai faite pour le taffetas que j’ai fuppofé , peut fervir d’exemple pour toute étoffe ; il n’y aura de différence que dans la quantité des fils que chaque dent du peigne doit contenir: tout le refte fuit l’ordre que nous avons vu.
- 1300. Il fautmaintenant voir de quelle maniéré on ourdit & l’on encanti e les rayures à diverfes couleurs fans nuances , ainfi que les rayures pas d’un pas £ autre.
- 1301. Je fuppoferai un échantillon, où l’une & l’autre de ces deux rayures puiifent entrer, afin de ne pas multiplier les objets : c’eft celui qu’on voitfig. I r, pi. VIII ; ce fera encore un pékin, dont le peigne fera un 1600, à quatre fils doubles par dents -, c’eft ce qu’on appelle chaine double. La largeur de ce peigne fera de .27 pouces ;& pour que les objets que j’y veux faire entrer puif-fent mieux y trouver leur place , la rayure que je fuppoferai occupera le quart de la largeur : ce qui fera 6 pouces 9 lignes. Cette largeur contiendra confé-
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- D'ETOFFES DE S 0 ï F
- quemment 400 dents, qui à quatre fils chacune, produiront 16CO fils. O11 doit fie reifouvenir que chaque fil double dans une chaîne ne doit être compté que pour un.
- 130a. Pour donner une intelligence parfaite de ces rayures , je joindrai à celle-ci comme aux précédentes , des exemples convenables à toutes les rayures de la nature de celle qu’on va voir.
- 1303. 1°. Maniéré d'encantrer & d'ourdir les rayures à plujîeurs couleurs & à double pas, fins nuance. Les rayures à plusieurs couleurs (ans nuances peuvent entrer dans toute forte de genre d’étoffe ; mais le double pas ne peut entrer que dans ce qui eft taffetas , à moins que dans un autre genre on ne veuille l’ajouter pour en faire un compofé de plusieurs étoffes.
- 1304. On appelle double pas, une chaine, ou une partie de chaîne , ourdie en deux couleurs l’une fur l’autre., 8c non à côté l’une de l’autre ; & pour mieux me faire entendre, quand on veut ourdir une chaine .ou une baguette de rayure , pas d'un pas d'autre, on met des rochets d’une même couleur dans une divifion de la cantre , 8c d’autres d’une couleur oppofée dans l’autre ; de forte qu’en envergeant, tous les fils d’une couleur fe trouvent fur le doigt index 8c fous le pouce, 8c la couleur oppofée eft placée dans un fens contraire.
- 130L Ce n’eft pas qu’011 ne rencontre des chaînes ourdies pas d'un pas d'autre, & qui cependant ne font point encantrées comme je viens de le dires il y a même des rayures qui fortent de cet ordre : la raifon de cette différence , eft que l’on veut, par le moyen de ces deux pas, faire préfenter au fond d’une étoffe ou dans une raie, de petits carreaux j c’eft l’ordre de l’our-dilfage qui produit cet effet. La maniéré d’eneantrer ces fortes de chaines mérite d’être appuyée d’un exemple qu’on verra un peu plus bas. On donne à ce fond ou à la raie dont il s’agit, le nom de fond paonne, ou celui de raie, paonnée.
- 1306. Les baguettes dont le double/^ prend toute la largeur fans interruption de carreau , font nommées baguettes cannelles ; mais comme dans les étoffes on fait entrer des raies cannelées dans une toute autre difpolition,, on confervera pour celle-ci le nom de raie ou de baguette doubletée ; d’ailleurs le nom leur eft plus propre par le rapport que ces raies ont avec les bandes doubletées des poils pour les taffetas faqonnés, dont je me propofe de. parler en tems & lieu.
- 1307. 2°. Suppoftion d'une rayure pour un taffetas ourdi double à plufieurs couleurs, pour Les baguettes fans nuance , & pour les baguettes doubletées. La rayure que je fuppofe eft encore pour un pékin en 1600 de peigne ,Tur 27 pouces de large , à 4 fils par dent, chaîne double ainfi 'que je l’ai déjà dit. Cette' rayure eft celle qu’on voitfig. 11 ,pl. FIJI. Elle prendra le quart déTàrgéür dé' 3’étoffe, ce qui lui donnera 6 pouces 9 ligues de largeur 8c occupera 4.00 dents do peigne.
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- 38o
- ART DU FABRICANT
- 1308. Comme les combinaifons fe font toujours de la maniéré qu’on ^ vue, je paflerai tout de fuite au détail de la difpofition des baguettes , en fup-pofant les couleurs dans l’ordre ci-après fur un fond blanc.
- 2 dents de baguette rofe, première teinte.
- 6 dents de baguette verte, quatrième teinte..
- 6 dents de fond.
- 3 dents de baguette rofe, première teinte.
- 60 dents de fond.
- 6 dents de baguette violette, fixieme teinte.
- 3 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte, quatrième teinte.
- 3 dents de baguette violette, fixieme teinte.
- I dent de fond.
- JO dents de baguette, chamois & mordoré, doubletés,
- 1 dent de fond.
- 3 dents de baguette verte, quatrième teinte.
- 72 dents de fond.
- 3 dents de baguette rofe, première teinte.
- 2 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte, quatrième teinte.
- 3 dents de fond,
- 1 dent de baguette verte, quatrième teinte.
- 2 dents de fond,
- 1 dent de baguette verte, quatrième teinte.
- 2 dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe, première teinte.
- I dent de fond.
- 3 dents de baguette violette, fixieme teinte.
- 14 dents de baguette, chamois & mordoré, doubletés.
- 3 dents de baguette violette, fixieme teinte.
- 1 dent de fond.
- 3 dents de baguette rofe, première teinte.
- 2 dents de fond.
- ï dent de baguette verte, quatrième teinte.
- 2 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte, quatrième teinte.
- 3 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte, quatrième teinte,
- 223 dents,
- 2 dents
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- D'ETOFFES DE SOIE:
- 38i
- xCi-cont. 222 dents.
- 2 dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe., première teinte.
- 72 dents de fond.
- 2 dents de baguette verte, quatrième teinte.
- î dent de fond.
- •10 dents de baguette^ chamois & mordoré, doublâtes*
- 1 dent de fond.
- 2 dents de baguette violette., fixieme teinte.
- 1 dent de baguette verte , quatrième teinte.
- 3 dents de fond.
- 6 dents de baguette violette, fixieme teinte, dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe, première teinte.
- 6 dents de fond.
- 6 dents de baguette verte, quatrième teinte.
- 2 dents de baguette rofe , première teinte.
- Total 400 dents.
- Cette rayure efi; compofée de cinquante - une parties, tant en fond qu’en baguettes.
- 1309. Les couleurs pour les baguettes & pour le fond étant décidées, on fait l’ordonnance d’ourdilfage dans l’ordre de celle qui fuit. Beaucoup de fabricans y mettent en tète un numéro qu’ils portent fur un regiftre; pour les reconnaître, on y ajoute le nom de l’ouvrier qui doit fabriquer l’étoffe avec cette cbaine, le quantieme du mois & l’année , afin de n’ètre pas obligé d’en refaire la combitiaifon s on y attache aufii un échantillon de la rayure, ou le deifin d’où on l’a tirée; alors on n’a plus qu’à confronter cet échantillon avec celui que l’on demande.
- 1310. Du 16 novembre 1772. 3. Ordonnance cCdurdiffage n°. 36, pour un taffetas à chaîne double en | de largeur fur un 1600 de peigne fans les lifieres, à 4 fils par dent, pour Jacques Fabret, félon la difpoftion de fon métier.
- g fils rofes , première teinte. 240 fils blancs.
- 8 fils roTes, première teinte. 24 fils verds, quatrième teinte. 24 fils blancs.
- 328 de ci-contre.
- 12 fils blancs.
- 4 fils verds , quatrième teinte, g fils violets, fixieme teinte.
- 4 fils blancs.
- 40 fils chamois & mordoré , dou-
- 24 fils violets, fixieme teinte.
- bletés.
- 328
- Tome IX.
- 396 fils.
- Nn
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- ART DU FABRICANT
- $96 d’autre part.
- 4 fils blancs.
- 8 fils verds, quatrième teinte.
- 288 fils blancs.
- 8 fils rofes, première teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, quatrième teinte, g fils blancs.
- 4 fils verds , quatrième teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, quatrième teinte.
- 8 fils blancs.
- 8 fils rofes , première teinte.
- 4 fils blancs.
- 3 Z fils violets, fixieme teinte, f 6 fils chamois & mordoré , doubl. 12 fils violets , fixieme teinte.
- 4 fils blancs.
- 8 fils rofes, première teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds , quatrième teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, quatrième teinte.
- 876
- 876 de ci-contre.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, quatrième teinte.
- 8 fils blancs.
- 8 fils rofes , première teinte.
- 288 fils blancs.
- g fils verds, qnatrieme teinte.
- 4 fils blancs.
- 40 fils chamois & mordoré , dou^ bletés.
- 4 fils blancs.
- 8 fils violets, fixieme teinte.
- 4 fils verds , quatrième teinte.
- 12 fils blancs.
- 24 fils violets, fixieme teinte.
- 240 fils blancs.
- 8 fils rofes, première teinte.
- 24 fils blancs.
- 24 fils verds , quatrième teinte.
- 8 fils rofes, première teinte.
- 1600 fils, qu’on ourdira quatre fois pour compléter la chaîne.
- 13 11. Cette méthode nda paru fi bonne que j’ai cru devoir la rapporter telle qu’on la voit ci-delfus ; d’ailleurs il n’en coûte que peu de foin 3 & le moindre avantage qui en réfulte, eft de maintenir l’ordre dans le magafin d’un fabricant.
- 1312. Ceci n’a lieu que pour les fabricans qui font eux-mêmes leurs ordonnances , ou qui les font faire pour les donner aux ourailfeufes : car dans les villes où ce foin fait partie de la fcience de l’ourdiffeur , il n’efu pas poffible d’en ufer ainfi, parce qu’ils font cette combinaifon pour eux-mêmes, & qu’ils craindraient qu’en communiquant ces ordonnances toutes faites au fabricant, il ne les donnât une autre fois à un autre ourdiffeur pour faire ourdir cette même rayure 3 d’ailleurs , comme chacun penfe que fa maniéré d’opérer eft un fecret pour un autre, on croit ne lui en devoir point faire part , îoit pour ne pas l’inftruire, foit par la crainte de perdre quelqu’une de fes pratiques.
- 1313. Tous les fils qui font contenus en l’ordonnance ci-deffus font dou-blés , ce qui eft conforme à fon titre de chaîne double.
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- D' ETOFFES DE SOIE.
- m
- 1314. On doit expliquer exactement fi tout ce qui compofe une chaine eft double, ou fi elle eft partie double & partie fimple ; parce qu’il arrive fouvent que les chaines pour certaines étoffes de foie rayées , font doubles & Amples s quelquefois même fimples & triples j mais ceci n’a pas lieu pour celles qu’on a vues jufqu’ici : quand il s’en rencontrera, on aura foin d’en prévenir le lecteur.
- 131 f. Les chaines rayées, doubles & Amples, font celles dont la trame qui doit entrer pour tilfn eft de la couleur du fond; ce fond eft ourdi fimple & cependant l’étoffe ne paraît pas affamée de chaîne dans cet endroit, parce que la trame qui s’unit à elle ne faifant qu’une feule couleur , 11e laiffe pas apper-cevoir que la chaine dans cette partie là n’eft pas aufli fournie que dans k partie qui compofe les baguettes. Ce n’eft pas pour faire l’étoffe meilleure ni plus belle qu’on la fait ainfi fabriquer, elle devient même r par ce moyen , inférieure à tous égards ; mais le feul but que le fabricant fe propofe en ce cas, eft d’économifer de la foie, afin de pouvoir donner l’étoffe à moindre prix , ou’pour bénéficier davantage.
- 1316. La maniéré d’encanter ces fortes de chaines , n’a d’autres difficultés que d’enverger le fond à fil fimple, comme pour une chaine fimple ; & les baguettes à fil double , comme pour une chaine double. J’ai cru devoir faire remarquer enpaffant, cette maniéré d’opérer, pour qu’on puiffe en tirer avantage dans les diverfes maniérés d’encantrer & d’ourdir lorfque le cas l’exige.
- 13T7. Voyons maintenant la maniéré dont on encantrera pour ourdir la shaine contenue en la derniere ordonnance.
- 1318. 4°. Pour la première cantre. En commençant toujours par le bas , on mettra
- 16 rockets rofes , 8 dans chaque divifion.
- 24 rochets verds, 12 dans chaque divifion.
- En tout 40 rochets.
- 1319. Cette cantre aura 40 rochets pour ourdir le premier, 2e , 4e, 48e, ^Oe & f Ie articles de l’ordonnance.
- 1320. ï°. Pour la fécondé cantre. On y mettnftfo rochets blancs, 30 dans chaque divifion : cette cantre fervira à ourdir le 3e, le fe, le 14e, le 38e » le 47c & le 49e articles de l’ordonnance.
- 1321. 6°. Pour la troifieme cantre. 48 rochets violets, 24 dans chaque divî-
- fion : cette cantre fervira pour ourdir le 6e, le 2fe, le 27e & le 45 e articles de rordonnance. .
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- A R T D V F A B R I C AN T
- 7°. Pour la quatrième, cantre,
- 8 rocbets verds, 4 dans chaque divifion.
- 16 rochets violets, 8 dans chaque divifion..
- 8 roehets blancs, 4 dans chaque divifion..
- En tout 32 rochets.
- Cette cantre fervira pour ourdir le 8e,• le 9e,le 10e, le 4.2e, le 43e & 1b 4^e articles de l’ordonnance.
- 1322. 8°. Pour la cinquième cantre,.
- 28 rochets chamois dans une divifion.
- 28 rochets mordoré dans l’autre.
- En tout 56 rochets.
- Avec cette cantre on ourdira le rre, lè 26e & le 41e articles de l’ôrdbnnance»
- 1323. 99. Pour la fixieme cantre..
- 8 rochets blancs , 4 dans chaque divifion.-16 rochets verds, 8 dans chaque divifion.
- En tout 24 rochets.
- Cette cantre fervira pour ourdir les 12e, 13e, 39e & 40e articles de l’ordonnance.
- 1324. 10°. Pour la feptieme cantre,
- 16 rochets rofes, 8 dans chaque divifion.
- 3 6 rochets blancs , 8 dans chaque divifion.
- 8 rochets verds, 4,dans chaque divifion.
- 16 rochets blancs, 8 dans chaque divifion;.
- 4 rochets verds, 2 dans chaque divifion.
- En tout 60 rochets.
- Cette cantre fervira pour ourdir les 15e, 16e, 17e ,18e, 19e, 20e, 2T£, 22 e 33e, 24e, 29e, 30e, 31e, 32e, 33e, 34e» 35e» 36e & 37e articlesde l’ordon-aianee.
- 1325'* 11°. Pour la huitième & derniere cantre.
- 8 rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- 24 rochets violets, 12 dans chaque divifion.
- Cette cantre fervira pour ourdir les 24e, 25 e, 27e & le 28e articles de l’ordonnance.
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- 1325. De l'ordre quon doit donner aux contres en ourdijj'ant, & ia quantité de portées & de mofettes qu'on doit faire avec chacune. On commencera par la première cantre, avec laquelle on ourdira une portée , dont la première mufètte fera compofée de tous les rochets qu’elle contient 5 & à la fécondé on luppri-mera tous les rochets rofes.
- 1 327. Il faut à la première mufette , que le rofe foit du côté de l’ourdif-foir j quand on la placé fur le6 chevilles de fenvergeure , on obfervera aufli que tous les fils doivent être envergés doubles dans tout l’ourdiflage de cette ehaine.
- 1328. On ourdira une mufette avec la fécondé cantre, en y fuppriinant 12 rochets 5 une mufette avec la première cantre en y fupprimant tout le verd; huit portées avec la fécondé , avec tous fes rochets ; une mufette avec la troisième j une mufette avec la fécondé en y fupprimant 36 rochets 5 une mufette avec la quatrième ; une portée avec la cinquième en fupprimant fur chaque mufette 8 rochets chamois & 8 mordorés ; une mufette avec la Sixième : il faut que le côté blanc de la mufette foit du côté de l’ourdiSfoir ; dix portées avec la fécondé cantre en fupprimant 24 rochets aux deux dernieres mu-fettes ,12 à chacune iune portée avec la feptieme cantre, obfervant qu’à la première mufette le rofe fojt du côté de fourdilfoir, & à la fécondé il fera du côté oppoféj une mufette avec la huitième cantre, le blanc fera du côté de fourdilfoir ; une portée avec la cinquième cantre ; une mufette avec la huitième cantre, & fur les chevilles d’envergeure le blanc fera du côté de l’our-dilfeufe 3 une portée avec la feptieme cantre , à la première mufette le rofe fera du côté de fourdilfoir, & à.la fécondé il fera mis du côté oppofé j dix portées avec la fécondé cantre en fupprimant 24 rochets aux deux dernieres mufet-tes, 12 à chacune j une mufette avec la fixieme cantre ; une portée avec la cinquième cantre en fupprimant à chaque mufette 8 rochets chamois & 8 mordorés ; une mufette avec la quatrième cantre} une mufette avec la fécondé cantre en fupprimant 36 rochets j une mufette avec la troifieme cantre ; huit portées avec la fécondé cantre lans y rien fupprimer j une mufette avec la première cantre en Supprimant tout le verd 5 une mufette avec la fécondé cantre en y fupprimant 12 rochets. Enfin on ourdira une portée avec la première cantre dans la première mufette on fupprimera tous les rochets rofes, & la fécondé fera ourdie avec tous les rochets que la cantre contient,-obfervant feulement que le rofe lôit du côté de l’ourdilfeufe.
- " 1329. Il faut répéter quatre fois tout cet ourdilfage. O11 doit entendre
- que dans les articles où il elt dit qu’on fupprimera des rochets, il ne s’agit pas de les ôter dé la cantre, mais feulement de ne les pas faire travailler, afin que l’ourdilfage fe trouve d’accord avec l’ordonnance ; & cela fe fait en mettant de côté les fils des rochets dont on ne doit pas fe ferviiv & lorfi
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- qu’on en abefoin on les reprend; on prend cette précaution pour ne point multiplier ni les cantres ni les encantrages, ainfi que les mutations des can-tres que la différence des rayures ne multiplie déjà que trop.
- 1330. Voyons fi l’ordre que j’ai donné à l’ourdiffage eft fait de maniéré à produire jufte le nombre de fils dont doit être compofé le quart de la chaine à ourdir.
- Une portée avec la première cantre, dont une muiette
- à 40 fils , & l’autre à 24. . . . . 64 fils fimpies.
- Une mufette avec la deuxieme cantre, moins 12 fils. 48 Une mufette avec la première cantre, le verd fupprimé. 16 Quatre portées avec la deuxieme cantre. . . . 480
- Une mufette avec la troifieme cantre. ... 48
- Une mufette avec la deuxieme cantre , moins 36 fils. 24 Une mufette avec la quatrième cantre. . . . 32
- Une portée avec la cinquième cantre, moins 32 fils, go Une mufette avec la fixieme cantre. . 24
- Dix portées avec la deuxieme cantre, moins 24 fils. ^76 Une portée avec la feptieme cantre. . . IEO
- Une mufette avec la huitième cantre. . . 32
- Une portée avec la cinquième cantre. . . 112
- Une mufette avec la huitième cantre. . . 32
- Une portée avec la feptieme cantre. . . 120
- Dix portées avec la deuxieme cantre, moins 24 fils. 576 Une mufette avec la fixieme cantre. . . 24
- Une portée avec la cinquième cantre , moins 32 fils. 80 Une mufette avec la quatrième cantre. , . 32
- Une mufette avec la deuxieme cantre, moins 36 fils. 24 Une mufette avec la troifieme cantre. . . 48
- Quatre portées avec la deuxieme cantre. . . 480
- Une muiette avec la première cantre, fans le verd. 16 Une mufette avec la deuxieme cantre, moins 12 fils. 48 Uue portée avec la première cantre, dont une mufette à 40 fils, & l’autre à 24. , . . 64.
- Total 3200
- ' 133Î. Les 3200 fils fimpies contenus dans la récapitulation , ne doivent
- être regardés dans l’ourdiffage que comme 160Q, parce qu’ils font envergés doubles, & qu’on doit fe fouvenir que les fils doubles ne comptent que pour un.
- 1332. L’ordonnance pour laquelle je viens de faire la récapitulation
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- ne doit faire qu’un quart de la chaine, dont la totalité fera de 12800 fils fimples, qui ne doivent être regardés que comme 6400 fils, ainfi qu’on vient de le dire, & parce qu’un métier qui aura les uftenfiles propres à fabriquer une étoffe , dont la chaine ferait de 64co fils fimples , pourra fabriquer celle dont il eft ici queftion, {ans être obligé d’y faire aucun changement ni aucune augmentation.
- j333. Quand une chaine eft finie d’ourdir , quelle qu’en foit la rayure , on doit placer un petit cordon de foie dans chaque envergeure, de la même maniéré qu’on obferve pour les chaines unies, & on la leve fur une cheville comme celles à une feule couleur, en y apportant les mêmes attentions.
- 1334. De la maniéré d'encantrer & d'ourdir les chaines paonnées. Les chaînes paonnées fe traitent comme celles qui font rayées., e’eft-à-dire qu’il faut favoir à combien de dents doit fe terminer le petit carreau qu’on veut faite paraître fur l’étoffe au moyen de l’ourdiifage ; comme ces petits carreaux ne peuvent fe terminer que par un contre-pas dans l’encantrage, jl eft à propos d’en donner un exemple qui fervira de réglé générale pour l’ourdiifage de ces fortes de chaines , & pour celui des raies qui font fouvent une partie' de rayure : il faut d’abord obferver que ces fortes d’ourdiffages fe font toujours à chaine double.
- 133 ç. Je fuppofe que pour une chaine ou pour une raie, 011 veuille un carreau de fix dents à quatre fils par dent, le carreau aura 24 fils , ce qui donnera 48 rochets pour un carreau feul j on eft forcé d’ourdir ces carreaux l’un après l’autre , de maniéré que chaque mufette en falfe un ; on doit aufîi à la cantre mettre 24 rochets d’une couleur dans la première divifion, 8c 24 d’une autre dans la fécondé : alors en ourdilfant à plot defcendant, on place l’envergeure telle qu’elle fe trouve 3 mais à plot montant, on tourne la raaim pour que ce qui eft d’une couleur à la première mufette fur une des chevilles de l’envergeure fe trouve à côté d’une couleur oppofée du contre-pas de la fécondé : cela fe fait en tournant la main , ou en commençant d’enverger par un autre fil que celui qu’on a pris d’abord 3 c’eft-à-dire, que fi pour l’envergeure de la première mufette , on a pris le premier fil de la première divifion ou de la divifion fupérieure , quand on envergera la mufette fuivante, on; prendra le premier fil delà deuxieme divifion ou de la divifion inférieure a & fi cette opération donne des feuleres, on les évitera en faifant fauter le fil de la maniéré qu’on a vue ci-devant dans les chaines à une couleur, pour profiter de la fécondé envergeure que les deux divifions de la cantre" don-r nent naturellement.
- 1336. Cette maniéré d’encantrer eft , comme on le voit, fujetüe à quelques difficultés pour l’envergeure > j,e vais en rapporter une autre qui les. évite toutes*
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- 1337. En fuppofant le même carreau ou même un plus grand., il faut encantrer de maniéré que la moitié de chaque couleur foit dans une divi-fion par un bout de la cantre, & l’autre moitié dans l’autre divifion par l’autre bout.
- 1338- PAR exemple, je fuppofe que le paonne dont il eft queftion , foit compofé de foie verte & de foie blanche, & d’un carreau fembla'ble à celui dont je viens de parler s il faut mettre 12 rochets verds au côté gauche, & les 12 blancs au côté droit dans une même divifion de la cantre , & mettre 12 rochets verds au côté droit, & 12 rockets blancs au côté gauche , dans l’autre divifion, & ourdir tout Amplement comme l’encantrage le préfente; on eft alors fur que les carreaux feront de fix dents chacun , au moyen de ce que fur les chevilles d’envergeure la jon&ion des deux mufettes donnera 24 fils de chaque couleur pour les deux pas ; il n’y aura de .différence que le partage du carreau fur chaque bord de la chaine au raz de la lifiere.
- 1339* On ne peut, avec cet encantrage, profiter de la fécondé enver-geure, parce qu’on ne pourrait faire fini ter le fil qu’en ôtant d’un carreau pour agrandir l’autre ; ainfi l’on doit dans ce cas enverger chaque fois comme pour les chaines rayées.
- 1340. Avec cet encantrage,.fi l’on veut des carreaux moitié moins grands que ceux que je vieus de défigner, on n’aura qu’à tourner la main en plaçant l’envergeure d’une des deux mufettes qui compofent la portée d’our-diffage ; & fi l’on ne veut tourner la main que de deux portées une, on aura des carreaux de fix dents, & des carreaux de trois dans la même chaine.
- 1341. Cette maniéré d’encantrer & d’ourdir doit être la même pour les raies paonmes qui fe trouvent faire partie d’une rayure.
- 1342. Ce que je viens de dire des carreaux que j’ai fuppofés, peut s’entendre de toLis , quelle qu’en foit la longueur, & de quelque nombre de dents qu’ils foient compofés: on doit toujours fuivre une de ces deux méthodes pour l’encantrage & pour Pourdiffage.
- CHAPITRE XIV.
- De la maniéré d'ourdir à Lyon.
- 1343* Four chû-ines à une fade couleur. On doit fe fouvenir que toutes les cantres de Lyon font couchées. Les encantrages pour les chaines unies , ainfi que les envergeages , font les mêmes que ceux dont il a été parlé pour l’ourdiifoir long ; quant à la fuite de l’ourdùfagç, on tient le même ordre, qu’avec les cantres droites.
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- 1344. On doit placer la cantreà environ trois pieds & demi du montant de l’ourditfoir par lequel le plot eft enfilé, de maniéré que le devant de cette cantre Toit tourné du côté de l’ourdilfoir ( on doit fe rappeller que le devant de la cantre eft déterminé par la plus balle traverfe à anneaux ) ; on fait enforte que le milieu de la longueur de cette cantre foit en ligne droite avec les deux poulies du plot, entre lefquelles la bralTe doit palTer continuellement.
- 134Ï. En fuppofant que l’ourdiffeufe n’emploie pas toutes les broches de la cantre , elle doit en lailfer un nombre égal à chaque bout, pour que ce qui eft occupé tienne toujours le milieu de fa longueur.
- 1346. Lorsqu’elle a encantré, elle prend tous les fils par le bout, les noue enfemble , accroche la brade à la cheville feule au haut de l’ourdii-foir par la féparation que forment les deux divifions de la cantre -, enfuite elle enverge, puis place fon envergeure fur les deux chevilles deftinées à la recevoir, & reprenant la même féparation formée par les deux divifions de la cantre , elle place fa bralfe fur le plot entre les deux poulies , fait paf fer la tringle du milieu dans la féparation qu’elle a confervée , & continue fon ourdilfage de la maniéré qu’on a vue plus haut.
- 1347. Ce 11’eft pas fans raifon que nous avons donné au plot à trois tringles la préférence fur tous les autres dont nous avons donné la defcription» À Lyon , Nîmes , Avignon , &c. on n’en emploie pas d’autres.
- 1348. L’usage des cantres à la lyonnaife ne différé de celui des cantres droites ou des jets , qu’en ce qu’aux premières le bout le plus prochain du banc à roue répond au bas d’une cantre droite; ainfi tout ce que nous avons dit de celles-ci peut s’entendre des autres au moyen de cette efpece de convention :1a maniéré d’encantrer eft la même à toutes deux, & les rayures y font placées dans le même ordre aux deux divifions.
- 1349. Avec un peu d’attention il eft aifé de fentir que les premiers fils qu’on ourdit dans toutes fortes de chaines , fe trouvent contre la lifiere, & fur-tout dans les chaines rayées : ainfi on commence toujours une ordonnance par les articles qui avoifinent cette lifiere, & le bout de la cantre oppofé au banc les contient; tranfportons-nous à l’opération.
- 1350. L’ourdisseuse commence l’envergeage par le côté gauche de la cantre ( pour éviter les répétitions, j’appellerai dorénavant côté gauche celui qui eft proche du banc , & l’autre fera le côté dr;oit ) ; quand elle a en-vergé fa bralfe, les derniers fils qui fe trouvent placés fur fes doigts , vers le bout, font ceux qui fur les chevilles d’envergeure feront contre l’ourdif foir ; mais il eft clair que ce font les derniers du côté droit de la cantre ; & comme l’ourdilfoir tourne de droite à gauche en commençant une chaine, il faut donc, pour la facilité de l’ourdilfage, établir des réglés invariables
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- pour l’encantrage, fans quoi Pourdiffeufe ferait obligée d’apporter la plus ïcrupuleufe attention pour faire rapporter les couleurs fuivantla difpofition d’une rayure.
- 1351. Il faut qéceffairement dans les encantrages , tels que ceux que j’ai fuppofés, prendre garde fi telle partie doit s’ourdir à plot montant & telle autre à plot defcetidant.
- 13 52t. La partie qui fs fera à plot defcendant doit être encantrée de maniéré que les fils qui doivent fe trouver du côté de l’ourdilfoir fur les chevilles d’envergeure , foient placés à la cantre au bout, à droite, & qu’à plot montant ils foient placés à gauche.
- 1353. On objectera peut-être que, de quelque maniéré qu’on place les ro-chets, on commence toujours l’envergeage par un même bout de la cantre, le bout gauche , & qu’ainfi la précaution que je recommande n’eft d’aucune conféquencej mais la réponfe eft facile. En effet, quand le plot defcend , l’ourdilfoir tourne de droite à gauche, & les fils du côté droit de la cantre fe couchent les premiers fur Pourdiffoir 5 & quand il tourne en fens contraire , ce font ceux du bout oppofé : d’ailleurs il paraît naturel que les derniers fils envergés foient placés fur les chevilles de maniéré à être contre Pourdiffoir ; & quand le plot monte, il faut néceffairement préfenter fur ces chevilles la braffe qu’on vient d’enverger par le côté qu’on a commencé d’enverger; parce qu’il faut faire monter le plot aufïi haut que ces chevilles pour l’accrocher à la première de toutes , & de là retourner fur fes pas. Il eft donc à propos que, puifque ces fils fe font roulés du côté de l’ourdilfoir pendant toute la montée du plot, ils foient placés fur les chevilles de l’en-vergeure dans le même fens , pour éviter que la braffe éprouve un demi tour d’entordage ; ce qu’on ne pourrait éviter fi les fils étaient placés dans la cantre autrement qu’on vient de le recommander, cela ne ferait pas grand tort à la chaine , mais bien à l’ordre de l’ourdiffage.
- 1354. On obfervera que dans toutes les ordonnances d’ourdiffage en général, quelle que foit la combinaifon d’une rayure , il faut toujours qu’une cantre faffe deux fois la même fondion , une fois avant l’article qui fût le milieu de la rayure , & une autre fois après. Ain fi, fi quand on ourdit la première moitié de la rayure, on ne doit faire qu’une mufette , & qu’elle foit faite à plot defcendant, 011 la fera à plot montant dans la fécondé. De cette maniéré il n’eft pas pofîible que fi les fils font bien placés pour la défi cente du plot, ils 11e le foient pour la montée, parce que l’ordre des rayures eft fymmétrique, & que chaque couleur doit être à égale diftance du point milieu ; fi donc une partie de foie verte qui fera dans unè cantre, doit fe trouver du côté de Pourdiffoir à plot defcendant, elle doit fe trouver par la même raifon du côté oppofé à plot montant.
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- ï 3ff. Si les encantrages étaient faits dans un fens contraire à celui que je viens de prefcrire, & qu’on n’y voulut rien changer, on le pourrait encore ; mais il faudrait alors tourner la main à l’envergeure.
- Moyen de connaître par quel bout de la cantre on doit commencer les encantrages*
- L’ordre des encantrages doit néceflairement s’accorder avec celui de i’ourdiifage : cet accord ne peut réfulter que de l’attention qu’on doit avoir en commençant cette opération par le bout de la cantre qui convient le mieux : à la cantre droite on doit favoir fi c’eft par le haut ou par le bas, & à la cantre couchée , fi c’eft par le côté droit ou par Je gauche.
- 13 f7. Pour connaître par quel bout de la cantre on doit commencer l’encantrage d’une rayure, il faut fuivre les articles de l’ordonnance d’our-diifage qu’on a faits pour la rayure qu’on veut ourdir ; favoir, fi ceux qui occupent une cantre, doivent faire dans la moitié de la rayure quelques portées entières, ou ne faire qu’une mufette.
- 1358-Si la première cantre ne doit faire qu’une mufette , la fécondé commencera par le bas de l’ourdilfoir, & fera fa mufette à plot montant : con-féquemment l’encantrage de cette fécondé cantre doit être fait du côté oppofé à celui de la première : c’eft une attention qu’il faut avoir à toutes les cantres ; ainfi fi une cantre doit commencer par Je haut de l’ourdilfoir, & qu’elle n’ait qu’un nombre impair de mufettes à fournir, la cantre fui-vante commencera indifpenfablement par le bas.
- 1359. Quand on eft en peine de favoir par où commence l’envergeure ,, par le bas ou par le haut, par la gauche ou par la droite ; fi une cantre doic commencer par le haut de l’ourdilfoir, on commencera fon encantrage par fon côté droit fi c’eft une cantre couchée, & par le haut fi c’eft une cantre droite ;& toutes les fois qu’une cantre commencera fon opération par le bas de l’ourdilfoir, fi c’eft une cantre couchée , l’encantrage fera commencé par le côté gauche , & fi c’en eft une droite , on commencera par le bas.
- 1360. Il peut arriver que dans certaines dilpofitions de rayure on etpploie une cantre pour plusieurs parties différentes j alors on fait l’encantrage de la plus forte partie à laquelle elle doit être employée dans l’ordre qu’on vient de prefcrire, fauf à tourner la main pour les moindres, plutôt que d’ajouter une cantre de plus, ou de faire remonter ou defeendre le plot vuide pourpren-dre I’ourdiifage dans le fens de l’encantrage.
- 1361. Il eft facile de comprendre par quel côté de l’ourdilfoir une cantre doit commencer fon opération, fi l’on veut faire attention à l’ordre que les cantres doivent tenir pendant le cours de I’ourdiifage ; cela ne change rien dans le nombre des rochets ni dans l’ordre qu’011 doit faire tenir aux çou-
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- leurs que chacune doit contenir ; la différence conlifte feulement dans la place que celles-ci doivent occuper dans chacune.
- 1362. Je fuppofe que la première cantre doive faire une portée ; elle ne faurait être faite qu’à plot defcendant pour la première mufette, & à plot montant pour la fécondé jconféquemment la fécondé cantre commencera par le haut de Pourdufoir comme la première, & fera encantrée dans le même fens ; mais fi cette fécondé cantre ne fait qu’une mufette ou tout autre nombre impair, la troifieme cantre commencera fon opération par le bas de l’our-diffoir : dans ce cas, il faut qu’elle foit encantrée par le côté oppofé à celui des deux premières, & de même pour toutes les autres cantres.
- Obfervation fur tordre quon doit faire tenir aux cantres en ourdiffant.
- 1363. Il ne faut pas confondre l’ordre qu’on doit obferver dans l’encan-trage, avec celui que les cantres tiennent dans l’ourdilfage , parce qu’une cantre peut faire plufieurs parties dans une rayure, & par-là l’ordre des en* cantrages eft interrompu, ainfi qu’on peut l’avoir remarqué, tant dans les encantrages que dans l’ordre des ourdiffages, au chapitre précédent, où la première cantre fait le premier article de la rayure, la fécondé en fait le fécond, la première en fait le troifieme , & la fécondé en fait le quatrième; & par-là on voit que chaque cantre peut remplir plufieurs parties dans une rayure , quoique ces parties ne foient pas égales en nombre de fils ni même en couleur, puifqu’on a vu qu’on fupprime des fils à quelques-unes pour certains articles , & même des couleurs entières à d’autres; d’ailleurs on peut avoir remarqué que dans chaque rayure en général le nombre des cantres dellinées à ourdir, eft beaucoup moindre que le nombre des articles contenus dans une ordonnance d’ourdilfage , depuis un des bords jufqu’au milieu; car on fe fouvient que l’autre moitié n’eft qu’une répétition de la première.
- 1364. L’usage des cantres à tiroirs eft préférable pour Pourdiffage des chaines rayées ; mais la cantre couchée ordinaire fuffit pour celui des chaines unies, ainfi que tous ceux qui fuivent la méthode de Nîmes , d’Avignon, &c. où une feule cantre fuffit, ainfi qu’on l’a vu plus haut.
- i36'5'. Toutes les villes de fabrique où les ourdilfeurs n’ont point voulu adopter cette derniere maniéré d’ourdir les chaines, ont été obligés d’avoir recours à la multiplicité des cantres, ainfi que je l’ai déjà dit : les uns ont multiplié les cantres droites , & ont tâché de les rendre moins volumineufes. Quelques fabricans de Lyon ont cherché à fimplifier les cantres couchées, & 'e’eft ce qui a donné naiifance aux cantres & aux carcaffes à tiroirs.
- De la maniéré de fe fervir des cantres à tiroirs , pour Courdijfage des chaines rayées.
- 1366. L’ordre de l’encantragê aux tiroirs eft abfolument le même qu’à
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- la cantre couchée , puifqu’on doit regarder un tiroir comme une cantre. Ain fi fi Ton fuppofe qu’une rayure doive occuper fix cantres, elle occupera ce même fix tiroirs , avec cette différence que dans le même volume d’une cantre on en trouve fix par les fix tiroirs qu’elle contient.
- 1367. L’ourdisseuse doit numéroter fes tiroirs ou les marquer autrement, afin de fe reconnaître dans l’ordre qu’elle doit leur faire tenir en ourdiflant; ainfi toutes les combinaifons des rayures & toutes les ordonnances qu’on a rapportées dans les chapitres précédens , peuvent fervir d’exemples pour les cantres à tiroirs , de même que pour les cantres couchées.
- I36'8. Il me refte à traiter de l’ourdiffage des poils ombrés de toutes couleurs ; & pour mieux faire comprendre de quelle maniéré on fe fert des cantres à tiroirs , j’en donnerai les encantrages, je détaillerai les opérations, & conféquemment l’ordre des ourdiifages.
- O bfer valions furies chaînes communément appellées poils.
- 1369. Toutes les étoffes qui font fufceptibles d’une fécondé chaine font ordinairement façonnées; cette fécondé chaîne eft généralement appellée poil; il y a même des étoffes qui en ont trois, & quelquefois quatre; cela dépend du goût ou du defiln qu’on veut leur donner. Il y a de ces poils qui fervent pour faire des bandes cannelées, d’autres pour des guirlandes à fleurs, &c.
- 1 370. Parmi tous ces différens poils, il y en a à nuance ( ce font les ombrés) & d’autres qui ne le font pas; il y en a de doubletés, de tripletés, & même de quadrupletés ; tous fervent à former quelque deffin fur l’étoffe pour laquelle 011 les deftine.
- 1371. Il y a encore un autre genre de poils qui fervent pour les étoffes dont les deflins dépendent de leur trame qui en font le corps ; d’autres pour des étoffes où ce font des trames brochées qui en font les fleurs ; d’autres enfin où c’eft l’or & l’argent qui forment le deflîn. La fondion de ces poils dans les étoffés dont je viens de parler, eft de lier de près la foie ou la dorure , &c. de maniéré que les parties qui forment le deffin , ne puiffent s’accrocher par leur trop grande longueur , ainfi qu’on le verra en fon lieu.
- 1372. Ces fortes de poils font ordinairement d’une feule couleur ,&toujours de celle de la chaine, à moins qu’ils ne fervent à lier quelque dorure. Dans ce cas, ils font ou couleur d’or, ou blancs pour lier de l’argenture. Cette partie fera auffi traitée à part.
- 1373. La maniéré d’ourdir ces poils eft h même qu’aux chaines unies : il fuffit que l’ourdiffeufe fâche le nombre de fils dont chacun eft compofé. On leur donne prefque toujours un nombre de fils beaucoup moins confidéra-ble que la chaine à iaquelle ils font deftinés. Ce qui demande en ouidiffant
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- une précaution, elfentielle , c’eft qu’il faut toujours les ourdir avec le plus petit nombre de rochets poflible, afin que, lorfqu’on les plie, on trouve un plus grand nombre de mufettes à divifer : la rai fou en fera donnée dans le traité du pliage.
- 1374. Il y a cependant des étoffes pour lefquelles les poils ont un nombre de fils aufli conlidérable que la chaîne pour laquelle ils doivent fervir ; il y en a d’autres dont le nombre eft double de celui de la chaine ; d’autres encore où il eft plus grand d’un tiers. Ces fortes de poils font ordinairement de la couleur de la chaine, quoiqu’ils fervent à former des deflins fur l’étoffe à laquelle ils font deftinés ; quelques-uns de ces poils ont aufli des rayures à nuances & fans nuances : leur combinaifon , leur encantrage & leur ourdif-fage fe traitent comme ceux des chaines rayées doubles.
- Des poils à bande.
- 1375. Les poils à bande font ceux qui dans une étoffe forment un deflîn ou une raie cannelée, & qui n’occupent pas toutes les dents du peigne ; ces dents laiffent des intervalles d’une partie à l’autre, comme font les baguettes des rayures qui font féparées par les parties du fond : c’eft par cette raifon qu’on les nomme poils à bande.
- 1376. Parmi les étoffes de foie , il y en a beaucoup dont les deflins exigent de ces poils , fur-tout dans le genre des taffetas, tels que ceux qui font cannelés , brillantes & façonnés, plufieurs genres de moëre , de velours , &c. La combinaifon de ces poils n’eft pas la même que celle des poils dont nous venons de parler , non plus que des chaines rayées; & pour la faire comme il faut, 011 a abfolument befoin d’un deflin fait, ou d’un échantillon de l’étoffe qu’011 veut faire; car il n’eftprefque pas pofflble de fe fervir de celui d’un genre d’étoffe différent, pour le faire fur un autre ; la raifon en eft qu’il fiut nécefïairement fe trouver d’accord fil pour fil avec le deflin. ou avec l’échantillon, de maniéré que fi le deflin porte une bande de 20 dents, il faut l’ourdir de 20 dents & fuivre l’idée du deflinateur ; & fi l’on omettait quelques dents, le deflin ne pourrait s’exécuter qu’en partie, ce qui rendrait l’étoffe très-défedueufe : fi au contraire on employait des dents de trop, on tomberait encore dans une de ces défeduofités infupportables par le dérangement des couleurs, & il s’enfuivrait un dégât confidérablc de foie , quelque précaution qu’on y apportât , parce qu’il faudrait fupprimer la foie des dents qu’on aurait ajoutées , & que cette fuppreflion 11e faurait fe faire que lorfque les chaines & poils font fur le métier, attendu qu’il eft impoflible de s’appercevoir ailleurs de ce trop de foie , puifque ce n’eft que par le rapport exad qu’il doit y avoir entre le nombre des fils qui compofent un poil, les uftenciles qui doivent le mettre en œuvre, & l’accord que le tout doit avoir avec le deflin ou avec l’échantillon.
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- 1377* J’ai dit ci-deffus , qu’on pouvait ourdir les poils fur une efquiffe ; mais cet ourdiifage ne peut avoir lieu que pour la première chaine ou poulie premier poil, qui doit faire le deffin porté par cette efquiffe; encore faut-il que ce foit fur l’ordonnance d’ourdiffage, qu’on accorde les uftenciîes du métier, pour en fabriquer l’étoffe ; ou que ce foit de l’ordonnance des uften-ciles , qu’on tire l’ourdiifage. Au furplus, cette derniere méthode ne faurait avoir lieu que pour quelques poils à bande cannelée ou fatinée, ou pour quelque brillante ; le plus fur eft de ne s’en point fcrvir, tant parce qu’elle eft très-embarraifante, que parce qu’il eft difficile d’éviter d’y faire des fautes très-groffieres : la meilleure de toutes les méthodes pour les poils à bande & même pour les poils en plein & à nuance , eft de prendre les ourdilfages iur les deffins , parce qu’on n’a qu’à calculer & non à combiner. Pour donner une idée de l’aifance que procure le deffin pour l’ourdiifage de ces poils, il fuffit de favoir que les deffins de toute forte d’étoffe façonnée font exécutés fur du papier réglé, tel que celui dont il a été parlé au chapitre XIII de cet ouvrage.
- 137g. Si le deffin eft fait pour un tiers de la largeur de l’étoffe à laquelle il doit fervir, fa largeur contiendra autant de petits carreaux que le tiers de l’étoffe peut contenir de dents , ou le double de ces petits carreaux, & même pour certains genres d’étoffes ce deffin doit contenir le triple de petits carreaux de ce que le tiers de l’étoffe peut contenir de dents; cette différence ne doit point embarraffer , puifque c’eft , comme je viens de le dire, le genre d’étoffe qui détermine le nombre de petits carreaux qu’il faut occuper furie papier réglé, pour chaque dent du peigne qui doit la fabriquer. Ordinairement le deffinateur explique fur l’envers du deffin , combien chaque dent contient de carreaux ; alors l’ourdiffeufe n’a qu’à calculer en conféquence, pour fe mettre au fait de fon ouvrage.
- 1379. On fe fert pour les deffins à bande, d’un papier réglé auffi large que pour un deffin plein , où tons les carreaux en largeur font occupés ; par cc moyen on voit dans l’inftant combien de fois le deffin doit être contenu dans la largeur de l’étoffe , & l’on n’a plus qu’à calculer tous les carreaux qu’occupe, fur la largeur du papier feulement, la couleur qui forme le def. fin , conformer l’ourdiifage à ce calcul, & le répéter autant de fois que le deffin doit fe trouver dans la largeur de l’étoffe ; & dans ces poils à bande les intervalles qui relient entre les parties dontla couleur détermine le deffin, eft le fond de l’étoffe ; c’eft pour cela qu’on emploie autant de papier en largeur pour un deffin à bande que pour un deffin en plein.
- l 3 go. Delà combinaifon }encantrage & curdijjage des poils à placeurs couleurs , & des poils ombrés. Pour traiter méthodiquement tous les articles annoncés dans le titre de cette fection, je vais parcourir plufieurs exemples, tant en
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- échantillons qu’en deffins ; & pour rendre les opérations plus fenfibles, j’en expoferai tous les détails.
- x381. L’échantillon queje choifis pour exemple efl un taffetas à bande cannelée , dont le peigne efl un mille, à quatre fils par dent-, la fuppofi-tion que je fais convient à toute rayure, i'oit que fa chaine foit enrichie d’un poil, ou que ce poil la compofe ; je fuppofe aulïi que chaque baguette foit une bande cannelée, & que ces bandes foient en deux couleurs & fans doubleté.
- 1382. Si la chaine eft à rayure, on en fait la combinaifon comme on l’a dit pour les chaines rayées ; on l’eneantre & on l’ourdit de même que s’il ne devait pas y avoir du poil ; enfuite on calcule fur l’échantillon le nombre des dents du peigne que ce poil doit occuper dans l’étoffe ( 011 a vu ci-deffus de quelle conféquence il eft de n’y en mettre ni plus ni moins ) ; on peut même, pour plus d’exa&itude , compter ces fils à l’aide d’un microfcope.
- 1383* On fait une note, bande par bande, des dents que chacune contient, ainfi que de leurs différentes couleurs , afin de les ourdir comme il faut: quand 011 fait le difpofitif d’une rayure de chaine ou d’un poil, on ne doit tenir aucun compte des couleurs dont le deflîn de l’échantillon qu’on fuit eft compofé , à moins que le hafard 11e le donne.
- 1384. Je fuppofe maintenant que la rayure de l’étoffe pour laquelle on deltine le poil, foit répétée trois fois dans une largeur de 20 pouces , le tiers de cette même largeur fera celle de la rayure dont il s’agit; ainfi elle aura 6 pouces & 8 lignes ; & comme on a fuppofe que le peigne efl un mille, 011 aura pour le tiers de ce nombre 333 dents, en évitant les fractions qui font d’autant plus inutiles que l’on ne faurait les accorder : on rejetera fur la lifiere le produit des trois fraélions formant une dent, & l’on regardera le peigne comme n’ayant que 999 dents.
- 1381* Sur les 333 dents qui compofent le tiers des mille du peigne, je fuppofe que le poil par ces diverfes parties en occupe 112 , & que ce nombre foit
- divifé en cinq parties ou bandes.
- Je fuppofe la première bande de ... 24 dents.
- La fécondé de..............................9
- La troifieme de........................46
- La quatrième de............................9
- Et la cinquième de........................24
- Total 112.
- 1386. Les poils (impiétés ont toujours deux fils doubles par dents% quelquefois ils en ont trois ; on fabrique même aujourd’hui des étoffes où l’on en met quatre : nous verrons ailleurs les réglés des doubletés , des tripletés & des autres. 1387.
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- D'ETOFFES DE SOIF.
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- 1387. Le poil dont il s’agit ici, doit donc être regardé & exécuté fur le pied de 2 fils doubles par dent, & c’eft dans cette proportion que l’ourdif fage en fera fait dans toutes fes parties.
- 1388- Il eft évident que, fuivant la rayure fuppofee, les 112 dents qui y font contenues doivent être ourdies trois fois , puifque le deffin pour lequel elles font deftinées doit être répété trois fois dans la largeur de l’étoffe.
- 1385?. Il faut, pour l’ourdilfage des poils, que Pourdilfeufe ait une ordonnance pareille à celles des chaines ; & comme nous avons vu plus haut que les chaines auxquelles on joint un poil n’ont rien de particulier , je fuppoferai que la chaine pour laquelle ce poil doit fervir eft déjà ourdie.
- Ordonnance, d'ourdijfage du poil d'un taffetas à trois répétitions , dont la chaîne ejlfous le n°. y , pour le métier de Jean Dugas.
- 48 fils cramoifis.
- ï 8 fils verds, quatrième teinte.
- 92 fils cramoifis.
- 18 fils verds, quatrième teinte.
- 48 fils cramoifis.
- Total 224fils doubles.
- Il faut ourdir trois fois le contenu en cette ordonnance.
- 1390. De la maniéré d'encantrer pour tordonnance du poii dont il s'agit, en. employant la cantre a. tiroirs. Le premier tiroir aura 48 rochets cramoifis, 24 dans chaque divifion. Le fécond tiroir aura 36 rochets verds de la quatrième teinte, 18 dans chaque divifion. Ces deux tiroirte font fuffifans pour l’ourdilfage de ce poil.
- 1391. Ordre qu'on doit obferver dans l'ourdi(fage. Une portée avec le premier tiroir i une mufette avec le fécond j deux portées avec Je premier, en fupprimant 8 rochets à la derniere mufette i une mufette avec le fécond, & une portée avec le premier.
- 1392. En répétant trois fois cet ourdilfage, on aura le nombre de fils fuffifant pour la totalité du poil 5 il eft inutile d’avertir qu’en envergeant on doit, au lieu d’un fil, en prendre deux à la fois , puifqu’ils doivent être palfés deux à deux dans les anneaux de la cantre, & que ces .deux fils n’en valent qu’un.
- Récapitulation. Une portée avec le premier tiroir. ... 48 fils.
- 1 Une mufette avec le fécond.................ig
- Deux portées avec le premier, 8 fils fupprimés. 92
- Une mufette avec le fécond.................ig
- Une portée avec le premier» »... 48
- Tome IX,
- Total 224 fils dou-
- Pp
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- ART DU FABRICANT
- blés, lefquels répétés trois fois, donneront 672 fils doubles , quife trouvent d’accord avec la difpofition de la rayure fuppofée.
- *393' Obfervation fur /’ordre qiûon fait tenir aux tiroirs. Quelque nombre de tiroirs qu’uue rayure puilfe employer, foit pour une chaine , foit pour xin poil, 011 leur fait toujours tenir le même ordre qu’aux cantres ; c’eft-à-dire , que lorfqu’avec le premier tiroir on a ourdi la partie que la foie qu’il contient doit remplir, en fuivant les difpofitions de la rayure l’une après l’autre, on l’ôte de delfus la cantre, & on le place dans fon fourreau : ( 011 doit fe redouvenir que la cantre à tiroirs eft compofée de fix tiroirs, & de fept fourreaux , pour qu’il y en ait toujours un de libre ) enfuite on lui fubftitue celui qui doit fournir la partie fuivante de la rayure.
- 1394. Avant que d’ôter de fa place un tiroir qui vient de travailler, 011 coupe la brade , & on roule tous les bouts de foie chacun fur le rochet auquel il appartient 5 & comme ces rochets font encantrés tous du mêmefens, il fuffit de tenir dans la main gauche la moitié de la brade compofée de tous les bouts d’une divifion , & de pader rapidement la main droite fur le bord de tous leurs rochets ; on leur imprime un mouvement de rotation ; & cette opération qui ferait fort longue, s’il fallait prendre les rochets les uns après: les autres, fe fait dans un inftant : il ne faut cependant pas les rouler tout-à-fait, parce que, lorfqu’011 voudrait remettre ce même tiroir en œuvre, on aurait beaucoup de peine à les retrouver pourles pader dans les anneaux où ils doivent être ; il faut nouer tous les bouts enfemble, moitié d’un côté moitié d’un autre , pour qu’ils ne fe mêlent point, & de maniéré que le nœud puîné fe défaire aifément pour ne point perdre de foie, & les reprendre quand on veut fe fervir du même tiroir.
- 1-39Î* On faitfuivre aux tiroirs qu’on emploie pour ourdir une rayure, l’ordre qu’on a déterminé dans l’ordonnance. Quand ils ont rempli leur fondlion, & qu’on en a roulé les brins comme on vient de le voir, on en fubftitue un aucre,, & on en pade les bouts dans les anneaux comme on l’a vu.
- 139^. S’il arrive qu’une, rayure emploie plus de tiroirs qu’une & même dèux cantres ne peuvent en contenir, on peut fe difpenfer de prendre une nouvelle cantre, il fuffit alors de mettre des tiroirs d’une autre cantre fur celle qui eft en place : c’eft ce qui a fait imaginer la carcade à tiroirs dont on a parlé dans le chapitre XIII. On, voit par-là combien il eft nécedaire que chaque tiroir puiifê aller à toutes les cantres, ainfi qu’à la carcade, & que tous aient lb même nombre de broches. Comme il eft rare que les ourdideu-fes faffent faire leurs uftenfiles en même tems , il arrive fouvent qu’en achetant partie par partie, elles fe trouvent de différentes dimenfions ; mais j’ai dû avertir de ce qu’il eft à propos de faire.
- 1397. Pourdijfage de poils à plujieurs couleurs fans nuance > doublais & à
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- bande. Je fuppofe un deJTîn de rayure pour le poil d’un taffetas cannelé feni-blajhle au précédent, du même compte de peigne quant à la largeur, & qui prenne la moitié de celle de l’étoffe , ce qu’on peut nommer rayure à deux répétitions; car on appelle dans plusieurs villes de fabrique rayure à trois ou quatre répétitions , &c. celles dans lefquelles la rayure eft répétée trois ou quatre fois, & même plus dans la largeur d’une étoffe. On fe fert auffi de la même expreffion pour les étoffes à fleurs, & l’on dit un taffetas, un fatin ou autre étoffe dont le deffin eft à trois, quatre répétitions ; mais dans d’autres villes , telles que Lyon, Nîmes, Avignon , &c. on nomme chemin ce qu’ail-leurs on appelle répétition ; de maniéré qu’une étoffe, dans la largeur de laquelle le deffin fe trouve trois fois répété , eft nommé étoffé à trois, quatre, &c. chemins. Cette obfervation m’a paru néceffaire pour prévenir le le&eur fur l’ufage de deux expreffions fynonymes.
- 1398- La rayure fuppofée étant à deux répétitions fur un mille dépeigne, donnera ^oo dents fur 10 pouces de largeur ; mais 011 ne doit avoir égard ni à la largeur de l’étoffe, ni à la quantité des dents que cette largeur contient: la combinaifon fera faite fur la quantité qu’en offre le deffin pour ce qui concerne ce poil, & la chaine eft fuppofée ourdie , puifqu’il n’eft ici queftion que des poils ; ainfi je n’ai befoin de connaître que le nombre des bandes que ce poil doit occuper dans la largeur de la rayure, du nombre des dents pour chaque bande, & de quelle couleur chacune doit être ourdie.
- 1399. Pour les couleurs , je fuppoferai que parmi les bandes fimpletées , il y en aura des vertes & des rofes, & que les bandes doubletées feront chamois & mordoré : les unes & les autres feront diftinguées dans l’ordre de la combinaifon, par bandes doubletées & bandes fimpletées. La bande fimple-tée eft celle qui eft faite avec une feule couleur , à laquelle il ne faut que deux fils doubles par dent; mais la bande doubletée eft à deux couleurs & à quatre fils doubles par. dent; ou pour mieux me faire entendre, la bande doubletée eft compolee de deux bandes l’une fur l’autre, qu’on pourrait ourdir féparément, s’il n’en réfultait un peu plus d’embarras pour l’ouvrier qui fabrique l’étoffe.
- 1400. Le deffin formera 13 bandes, ainfi qu’on va le voir dans la combinaifon qui fuit:
- Première bande. Deuxiemebande. Troifieme bande. Quatrième bande. Cinquième bande.
- 4 dents vertes, cinquième teinte, fimpletée. 24 dents rofes , troifieme teinte , fimpletée.
- 16 dents vertes ,cinquième teinte, fimpletée. 12 dents chamois & mordoré , doubletée.
- 8 dents rofes, troifieme teinte, fimpletée.
- Pp ij
- 64 dents.
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- ART DU FABRICANT
- D’autre part . . .64 dents.
- Sixième bande . . 4 dents vertes, cinquième teinte , fimpletc-e,
- Septième bande . 60 dents chamois & mordoré, doubletée. Huitième bande . 4 dénis vertes , cinquième teinte , fimpletée.
- Neuvième bande . 8 dents rofes , troifieme teinte , fimpletée.
- Dixième bande . 12 dents chamois & mordoré, doubletée. Onzième bande . 15 dents vertes , cinquième teinte , fimpletée. Douzième bande . 24 dents rofes , troifieme teinte, fimpletée. Treizième bande . 4 dents vertes , cinquième teinte, fimpletée.
- Total 196 dents.
- 1401. C’est fur cette combinaifon qu’il faut que l’ordonnance d’ourdif-fage foit faite dans l’ordre qui fuit :
- Ordonnance d'ourdiffdge d'un poil de taffetas doublcté à deux répétitions , pour la chaine nif ,pour le métier de Simon Robinot.
- 8 fils verds, cinquième teinte.
- 48 rofes, troifieme teinte.
- 32 verds, cinquième teinte.
- 48 dont 24 chamois, & 24 mordoré, doubletés.
- 16 rofes , troifieme teinte.
- 8 verds, cinquième teinte.
- 240 dont 120 mordoré, & 120 chamois, doubletés»
- 8 verds, cinquième teinte.
- 16 rofes , deuxieme teinte.
- 48 dont 24 chamois , & mordoré, doubletée
- 32 verds , troifieme teinte.
- 48 rofes, cinquième teinte.
- 8 verds, cinquième teinte.
- Total 560 fils, tous doubles.
- 1402. On ourdira deux fois le contenu en l’ordonnance. Cet ourdifiag© produira 1 î20 fils doubles, & c’efl le même nombre dont le poil doit èt?e compofé, fuivant la combinaifon qui en a été faite,
- 1403. Encantrage, premier tiroir. 32 rochets verds, 16 dans chaque divifion.
- Second tiroir. 48 rochets rofes, 24 dans chaque divifion.
- Troifieme tiroir. 24 rochets chamois dans une divifion, 24 rochets chamois dans l’autre.
- Ces trois tiroirs feront fuffifans pour l’ourdilfage du poil dont il eft que£ tion, en leur failant tenir à chacun l’ordre convenable.
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- Ordre qu on doit faire tenir aux tiroirs dans /’ourdiffage,
- 1404. On ourdira une mufette avec le premier tiroir, en y fupprimant la moitié des fils. Une portée avec le fécond ; une portée avec le premier; une portée avec le troisième; une mufette avec le fécond, en y fupprimant 16 rochets; une mufette avec le premier, en y fupprimant la moitié des fils; cinq portées avec le troifieme ; une mufette avec le premier, en y fupprimant la moitié des fils ; une mufette avec le fécond, en y fupprimant 16 fils j une portée avec le troifieme ; une portée avec le premier ; une portée avec le fécond ; une mufette avec le premier, en y fupprimant la moitié des fils.
- 1405. Le nombre des portées & mufettes comprifes dans tout cet our-diflage doit produire la quantité de fils dont le poil fera compofé , ainfi qu’on peut le voir par la récapitulation fuivante : -
- Une mufette avec le premier tiroir, dont on a fupprimé la moi-
- tié..............................................8 fils.
- Une portée avec le fécond...........................48
- Une portée avec le premier.......................32
- Une portée avec le troifieme........................48
- Une mufette avec le fécond , moins 16 rochets. . 16
- Une mufette avec le premier, moins la moitié. . 8
- Cinq portées avec le troifieme.....................240
- Une mufette avec le premier, moins la moitié. . 8
- Une mufette avec le fécond, moins 16 fils. . . 16
- Une portée avec le troifieme. ...... 48
- Une portée avec le premier..........................32
- Une portée avec le fécond...........................48
- Une mufette avec le premier , moins la moitié. . 8
- Total 5 60 fils doubles.
- 1406. Comme on ourdit deux fois la même chofe, on aura les 1120 fils dont on a befoin.
- 1407. Jusqu’à préfent les exemples qu’on a vus ne prouvent pas beaucoup lanéceifité de la multiplicité des cantres ou des tiroirs pour l’ourdilfage des poils; enverra dans l’exemple qui va fuivre, combien certains poils peuvent en employer : mais j’ai cru devoir venir du (impie au compofé, pour parcourir par degrés tous les genres d’ourdiflage, & donner de l’ordre à cet ouvrage. On peut avoir remarqué que tous les exemples que j’ai déjà donnés ont en-tr’eux une différence marquée,pour laquelle il faut nécelfairement changer quelque chofe dans chaque opération ; la connaiffance de ce changement ne peut s’acquérir que par la multiplicité des exemples, qui feuls peuvent inf-
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- ART DU FABRICANT
- truire de l’ordre qu’on doit tenir à chaque différente rayure, foit pour les chaines , foit pour les poils.
- 1408- Dis poils ombrés & doublais pour Us taffetas brillantes. Les taffetas brillantes ne différent des taffetas cannelés que par de petites façons qu’on voit dans les bandes, & qui forment des efpeces de defîins ; l’ourdiffage ne contribue à ces façons que par rapport au nombre des fils qu’on met à leur poil pour les former ; mais le relie effc produit par le méchanifme du métier fur lequel 011 fabrique l’étoffe. Il eft vrai qu’ordinairement ces fortes de taffetas ont le poil plus considérable que les taffetas cannelés, & que d’ailleurs ils ont auffi des bandes nuancées , même de celles qui font doubletées , ce qui n’arrive prefque jamais dans les taffetas cannelés.
- 1409. La combinaifon , foit fur des deffins, foit fur des échantillons , doit être faite pour les poils des taffetas brillantés , delà même maniéré que pour ceux des taffetas cannelés.
- 1410. Les ordonnances , l’encantrage & l’ourdiffage font auffi les mêmes ; la différence ne confffle que dans le nombre de bandes, celui des fils dont chacune eft com.pofée, & le plus ou'le moins de cantres ou de tiroirs qu’il faut employer pour les ourdir.
- 1411. Dans les taffetas brillantés, aitifî que dans les taffetas à bande cannelée , il peut y avoir autant de variété dans leur compofition , qu’il peut y en avoir dans les rayures qui entrent dans les diverfes étoffes qui en font fuf-ceptibles ; c’eft pourquoi il 11e faut pas croire qu’en fuivant un des exemples que j’ai déjà donnés, ou de ceux que je me propofe de donner par la fuite, on ait connaiflance de tout ce que l’on peut faire en ce genre : on aura occa-fion de fe convaincre que chaque rayure pour les étoffes, & chaque deflin pour les poils , fournilfent autant de combinaifons differentes iles exemples que j’en donne ferviront feulement à frayer la route qu’on doit tenir dans chaque efpece, afin d’y arriver fûrement.
- 1412. Il faut une grande exa&itude dans toutes les opérations qui concernent les poils, foit dans le calcul, foit dans l’arrangement des couleurs j la moindre omiffion de l’une de ces deux précautions rend l’étoffe défeétueufe : le meilleur remede alors , eft d’ourdir de nouveau & à part ce qui y manque ; car bien fou vent les corre&ions n’y réuffiffent qu’en faifant des dégâts de foie, & en donnant beaucoup de peine à l’ouvrier qui fabrique l’étoffe , encore n’eft-elle jamais auffi parfaite qu’elle devrait l’être.
- 1413. Exemple Tun dejjin pour un taffetas brillante. Je fuppofe un deflîii pour nu taffetas brillanté dont le peigne foit un r foo fur 27 pouces de largeur , & à 4 fils par dent pour la chaîne i ce deffîn aura trois répétitions, ce qui donne pour le tiers, 9 pouces de largeur & 500 dents de peigne. O11 en voit l’échantillon fig. 2 , pU /. £128)
- ( 1 î8) Les réparations des dix bandes donnent onze parties de fond. Les deux bandes 1,1,
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- 1414. Je fuppofe encore que pour ce tiers le deffn foit divifé en dix bandes, & que parmi ces bandes il y en ait d une feule couleur, d autres nuancées , d’autres doubletées, & que dans les bandes doubletées il y ait un pas nuancé.
- 1415. Il ne faut pas être furpris que dans l’exemple que je fuppofe, la rayure que je choifis foit compofée de dix bandes, quoique dans toutes les combinaifons de rayures que j’ai fuppofées, & même dans celles des poils qu’on a vues , le nombre des parties qui les compofent foit impair. Tous les poils à bande peuvent être pairs, parce qu’aucune des bandes n’eft partagée contre la lifiere fur le bord de l’étoife. Malgré cela , ni l’ordre delà rayure , ni celui du poil même, ne perdent rien de leur iymmétrie, fi l’on fuppofe que-le poil en rende fufceptible la chaine pour laquelle ce poil eft deltiné.
- 14.16. Il peut arriver cependant qu’une bande foit partagée fur leslifieres, Si que néanmoins le nombre des bandes foit pair, fur-tout quand dans le milieu de la difpofition deux bandes fe trouvent égales , & font féparées par le fond de la chaine ou par une baguette appartenante à la rayure de la même chaine. La combinaifon fuivante nous en fournira un exemple :
- Première bande . Seconde bande . Troifieme bande .
- Quatrième bande . Cinquième bande . Sixième bande .
- 6 dents blanches.
- 20 dents violettes, 2 nuances ouvertes.
- 12 dents vertes & rofes fans nuances , deux dents vertes à chaque côté du rofe.
- 32 dents aurores, 2 nuances ouvertes.
- 60 dents nuance verte fermée , doubleté blanc.
- 60 dents vertes , nuance fermée î doubleté blanc.
- J 90
- font fuppofées blanches , & prennent fix dents; celles 2,2, font violettes, à nuance ouverte, elles font de deux dents ; les bandes 3, 3, de douze dents, font rofes fans nuance ; celles 4, 4, de trente-deux dents , font aurores à nuance ouverte; celles ç, ç, de foixante dents, nuances vertes , fermées & doubletées blanc. Dans l’ourdiffage du poil, il n’eft pas fait mention de la largeur des .parties du fond qui en féparent les bandes ; voici le nombre des dents qu’elles emploient. Les parties du fond 6,6, font de huit dents ; celles 7, 7 , de dix dents;cel-les 8 ? 8, de foixante 'dents ; celles 9,9,
- de dix-huit dents ; celles 10, 10, de douze dents ; celle 11, de quatorze dents. Dans les bandes 5 , ç , on doit appercevoir une couleur qui s’oppofe à l’autre, c’eft ce qui marque le doubleté. Ges fortes de deffins peuvent être enrichis par des raies à la chaine, qui accompagnent les bandes du poil. Les taffetas cannelés en font auffi fufceptibles. Le deffin dont il s'agit ici eft pour un taffetas de vingt-fept pouces,de largeur à trois chemins. Il y a des fctillantés fousplufieurs deffins. On peut en varier le goût àfiniini, de même que ceux des autres rayures.
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- D’autre part . Septième bande Huitième bande Neuvième bande Dixième bande
- 190.
- 32 dents aurores, 2 nuances ouvertes.
- 12 dents" vertes & rofes, comme la troifieme. 20 dents violettes , 2 nuances ouvertes.
- 6 dents blanches.
- Total 26o dents.
- Suivant cette combinaifon, le tiers du poil fuppofé occupe 260 dents.
- 1^17. Si-l’on confidere ces 260 dents feules & fans doubleté , elles 11e produiront pour le tiers du poil que f 20 fils doubles ; mais les deux bandes dou-bletées qui font chacune de 60 dents, doivent augmenter ce nombre, & le faire regarder comme fi la combinaifon portait deux fois 60 dents de plus, parce que les bandes doubletées ont chacune 4 fils par dent ,& que les bandes ordinaires qu’on nomme Jimpletêes n’en ont que deux : ainfi deux fois 60 donnent 120 dents qu’il faut ajouter à 260 , ce qui fait en tout 380 dents j & malgré ce nombre, le poil n’en occupera dans la totalité du peigne que 780 , & c’eft d’après cela que l’ordonnance d’ourdilfage doit être faite.
- Ordonnance, d'ourdiffage du poil d'un taffetas brillante à trois répétitions , pour la chaîne n°. /y, pour le métier de Jean Verdier.
- 12 fils blancs.
- 48 fils violets , nuance fermée.
- 4 fils verds, deuxieme teinte.
- 16 fils rofes , cinquième teinte.
- 4 fils verds , deuxieme teinte.
- 64 fils aurores , deux nuances ouvertes.
- 480 fils, moitié de nuance fermée verte , & l’autre moitié en blanc.
- 64 fils blancs, deux nuances ouvertes.
- 4 fils verds , deuxieme teinte.
- 16 fils rofes , cinquième teinte.
- 4 fils verds, deuxieme teinte.
- 48 fils violets, nuance fermée.
- 12 fils blancs.
- Total 77G fils doubles , pour un tiers du poil.
- 1418. Il ne faut pas être furpris que l’ordonnance d’ourdilfage porte trois articles de plus que la combinaifon dont elle dépend ; cela doit être ainfi, parce que les deux bandes du milieu font égales entr’elles, qu’on n’en forme qu’une de deux, que la troifieme & la huitième bande de la combinaifon contiennent du verd & du rofe, & que le verd borde les deux côtés du rofe à
- chaque
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- chaque bande ; conféquemment les 3,4 & Ve articles de l’ordonnance font feulement la troifîeme bande de la combinaifon ; & les 9, 10 & 1 Ie articles de cette même ordonnance en font la huitième bande : de cette maniéré les deux bandes du milieu de la combinaifon réduifent le nombre de 10 à celui de 9 ; mais la troifîeme & la huitième bande donnant chacune 3 articles à l'ordonnance, la font monter au nombre de 13. Si cette rencontre de plu-fieurs couleurs jointes enfetnble fe trouve dans la rayure d’une chaîne , on regarde la maffe de chaque couleur comme une baguette ; mais dans les poils à bande, plufîeurs couleurs réunies enfemble ne forment qu’une feule bande : dans les poils qui paffent dans toutes les dents du peigne , & qui font de di-verfes couleurs, on traite de raie ou de baguette conformément aux chaines rayées, chaque couleur féparée par une autre, ou par ce qui peut être regardé comme le fond , & on en fait les combinaifons de même ordre , ainfî que l’ordonnance pour leur ourdiifagei il fufïit de favoir fi ou doit ourdir fimple ou double.
- 1479. Encantrage. Premier tiroir; 24 rochets blancs, 12 dans chaque divifion. Second tiroir ; 40 rochets contenant la nuance violette, 20 dans chaque divifion ; 011 commence par le clair de la nuance à un bout du tiroir , & on finit par le brun à l’autre bout. En plaçant les 20 rochets dans chacune des divifions du tiroir, on obfervera de faire fuivre exactement les teintes, & de faire un mélange à chaque jonction d’une teinte à une autre, de maniéré qu’un ou deux rochets d’une teinte foient dans cet endroit mêlés avec autant de ceux de la teinte fuivante. Il faut auffi dans ces mélanges , que la même broche n’ait pas deux rochets de la même teinte ; de forte que fi dans le mélange dont je veux parler , une broche a un rochet de la deuxieme teinte dans une divifion, elle en aura un de la première ou de la troifîeme dans l’autre.
- 1480. Troifîeme tiroir ; 8 rochets verds , 4 dans chaque divifion.
- 32 rochets rofes, 16 dans chaque divifion.
- 8 rochets verds , 4 dans chaque divifion.
- Total 48 rochets.
- 1481. Quatrième tiroir\ 32 rochets, nuance aurore, 16 dans chaque divifion. On n’emploiera que les quatre teintes les plus claires , en les plaçant de fuite, & obfervant le mélange des teintes à chacune de leur jonction , comme il eft dit pour le deuxieme tiroir.
- 1482. Cinquième tiroir ; 32 rochets , nuance aurore, 16 dans chaque divifion. Ce tiroir contiendra les quatre teintes foncées ; on les encantrera dans l’ordre du tiroir précédent, & de maniéré à fe lier avec lui pour ourdir une feule nuance avec les deux tiroirs.
- Tome IX.
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- 1483. Sixième tiroir ; 60 rochets , dont 30 pour la nuance verte dans une divifion , & 30 pour le doubleté blanc dans l’autre 5 obfervant que des rochets de la nuance verte , il y en ait 24 de la première teinte placés de fuite, & que les Cix autres foient compofés de 3 de la première & de 3 de la fécondé 5 & pour faire ce mélange , ces 6 rochets feront placés alternativement dans la divifioii du tiroir qu’ils doivent occuper; c’eft-à-dire, un d’une teinte & un de l’autre.
- 1484. Septième tiroir ; 60 rochets , dont 30 pour fuivre la nuance verte , & 30 blancs pour doubleter ; des 30 rochets de la nuance verte , on en mettra 24 de la deuxieme teinte de fuite , & 3 de cette même teinte mêlés avec 3 de la troifieme , dans le même ordre que ceux du tiroir précédent.
- 148Î. Huitième tiroir ; 60 rochets, dont 30 pour fuivre la nuance verte, & 30 pour doubleter ; des 30 rochets verds , il en faut 24 de la troifieme teinte de fuite, & 3 mêlés avec 3 de la quatrième teinte , de même que eide il 11 s.
- i486'. Neuvième tiroir; 60 rochets, dont 30 de la nuance verte, & 3O blancs pour doubleter ; des 30 rochets verds, il en faut 24 de la quatrième teinte de fuite, 8c 3 mêlés avec 3 de la cinquième teinte.
- 1487. Dixième tiroir ; 60 rochets , dont 30 pour la nuance verte , & 30 blancs pour doubleter; des 30 verds, il en faut 24 de la cinquième teinte de fuite , & 3 mêlés avec 3 de lafixieme teinte.
- 1488- Onzième tiroir; 6O rochets, dont 30 pour la nuance verte, & 30 blancs pour doubleter ; des 30 verds, il en faut 24 de la fîxieme teinte de fuite, 8c 3 mêlés avec 3 de la feptieme teinte.
- •j 489. Douzième tiroir ; 60 rochets, dont 30 pour la nuance verte, & 30 blancs pour doubleter; des 30 rochets verds , il en faut 24 de la feptieme teinte de fuite, & 3 mêlés avec 3 de la huitième teinte.
- 1490. Treizième tiroir ; 60 rochets, dont 30 pour la nuance verte , huitième teinte , & 30 blancs pour doubleter. On mettra toujours dans tous les tiroirs, les rochets blancs dans une de leurs divifions, & les rochets verds dans i’autre.
- 1491. Ces encantrages doivent être faits de maniéré que la nuance verte foit fuivie teinte par teinie , pour qu’en ourdiffant, les rochets blancs fe trouvent toujours dans la divifion de derrière ou dans celle de devant ; obfervant que ce foit toujours la même; c’eft-à-dire, quell l’on a commencé d’encan-, trer les tiroirs , pour que les rochets blancs foient dans la divilion de devant, on doit continuer de façon que les autres foient placés de même. Tout doit être ourdi double.
- 1492. Il faut indilpenfablement treize tiroirs pour ourdir le poil dont il s’agit, & on aura attention de les faire fuivre par ordre à l’ourdilfage.
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- Ï493. On doit voir par l’exemple de cet encantrage, que la multiplicité des cantres eft très-néceffaire ; & cependant on verra par la fuite, que ce poil n’eft pas un de ceux qui en occupent le plus ; on en verra même qui en exigeront jufqu’à 30, fur-tout dans les poils des taffetas façonnés.
- 1494. De f ordre quon doit tenir dans t ourdiffage du poil dont on vient de parler, en fuivant ! encantrage qu’on en a fait. On ourdira une mufette avec le premier tiroir ; une portée avec le fécond , l’obfcur de la nuance qu’il contient fera placé du côté de l’ourdiffeufe ; une mufette avec le troifieme ; une mufette avec le quatrième , l’obfcur de la nuance du côté de l’ourdiffeufe ; une portée avec le cinquième, la nuance qu’il contient fera liée avec la nuance du précédent j une mufette avec le quatrième , même précaution ; une mufette avec le fixieme , le côté fins mélange des deux teintes qu’il contient fera placé du côté de l’ourdiffeufe ; une mufette avec le feptieme,le côté du mélange des teintes fera placé du côté de l’ourdiffeufe ; une mufette avec le huitième, le côté du mélange fera oppofé au précédent; une mufette avec le neuvième , le côté du mélange fera placé du côté oppofé au fixieme ; une mufette avec le dixième, le côté du mélange fera aufîi oppofé au cinquième ; une mufette avec le onzième, le côté du mélange fera oppofé au quatrième; une mufette avec le douzième, le côté du mélange fera oppofé de même au troifieme ; une portée avec le treizième , le mélange fera oppofé à celui du fécond.
- 1495'. On continuera l’ourdilfage dans le même ordre, pour la pofition des tiroirs. Les oppofitions que je fais faire aux fept derniers tiroirs font indif-penfables, parce qu’une mufette par l’un fe fait à plot montant, & par l’autre la mufette qui fuit fe fait à plot defcendant ; ainfi il faut que chaque tiroir prenne la pofition la plus convenable à l’ourdilfage : celle que je leur fais tenir eft la meilleure qu’011 puifle fuivre ; & dans tout le refte de l’ourdilfage de cette rayure, on continuera en rétrogradant pour les tiroirs dans l’ordre ci - après. Une mufette avec le douzième ; une mufette avec le onzième ; une mufette avec le dixième; une mufette avec le neuvième; une mufette avec le huitième ; une mufette avec le feptieme ; une mufette avec le fixieme ; une mufette avec le quatrième; une portée avec le cinquième ; une mufette avec le quatrième ; une mufette avec le troifieme ; une portée avec le fécond; une mufette avec le premier.
- 1495. On ourdira trois fois tout ce qu’on vient de voir, pour compléter la totalité du poil, ainfi qu’on pourra le voir parla récapitulation fuivante ; on obfervera toujours que les’tiroirs foient placés dans l’ordre qui a été marqué , afin que les nuances prennent naturellement leur pofition.
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- Récapitulation.
- Une mufette avec le premier tiroir à vingt-quatre rochets. Une portée avec le fécond à quarante rochets.
- Une mufette avec le troifieme à quarante-huit rochets. . Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. . Une portée avec le cinquième à trente-deux rochets. Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. . Une mufette avec le fixieme à foixante rochets. . . .
- Une mufette avec le feptieme à foixante rochets.
- Une mufette avec le huitième à foixante rochets.
- Une mufette avec le neuvième à foixante rochets.
- Une mufette avec le dixième à foixante rochets.
- Une mufette avec le onzième à foixante rochets. . .
- Une mufette avec le douzième à foixante rochets.
- Une portée avec le treizième à foixante rochets. .
- Une mufette avec le douzième à foixante rochets.
- Une mufette avec le onzième à foixante rochets.
- Une mufette avec le dixième à foixante rochets.
- Une mufette avec le neuvième à foixante rochets.
- Une mufette avec le huitième à foixante rochets.
- Une mufette avec le feptieme à foixante rochets.
- Une mufette avec le fixieme à foixante rochets.
- Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. Une portée avec le cinquième à trente-deux rochets. Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. Une mufette avec le troifieme à quarante-huit rochets. . Une portée avec le fécond à quarante rochets.
- Une mufette avec le premier à vingt-quatre rochets.
- 13 fils doubles. 40 24 16 32 16 30
- 30 30 30 30 30 30 60 30 30 30 30 30 30 30 16 82 16
- 24
- 40
- 12
- Total 760 fils doubles.
- 1497. Par cette récapitulation, on voit que les 260 dents qui compofent les dix bandes de la combinaifon qui doivent faire le tiers du poil fuppofé , produifent félon Pourdiifage 760 fils doubles, & que ce nombre répété trois fois donnera celui de 2280 fils doubles, compofant la totalité du poil.
- 1498. 'Ces combinaifons, les ordonnances d’ourdiifage , & les récapitulations que j’ai rapportées, ne fervent pas feulement à prouver que je n’ai fait d’erreur ckUisaucune de mes opérations; mais elles peuvent aider ceux qui voudraient entreprendre cette partie , & qui ne la connailfent qu’impar-faitement 5 ils verront par-là quelle exactitude ils doivent apporter pour 11e
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- point faire de faute en ourdiffant, ou dans quelqu’une des operations que j’ai détaillées.
- 1499. On doit avoir remarqué par tous les procédés que nous avons fuivis , que toutes les opérations de l’ourdiffage dépendent du calcul le plus exacft, & qu’on 11’y faurait apporter trop d’attention.
- 1500. On fera peut-être furpris que dans l’encantrage que j’ai fait ci-deffus, je n’aie déterminé pour aucun des tiroirs , par quel bout il fallait commencer d’encantrer les nuances de chaque rayure ; je me fuis arrêté feulement à les faire placer à propos dans l’ordre convenable , parce que pourvu qu’un encantrage foit commencé comme il faut, & qu’011 ait fuivi l’ordonnance d’ourdiflâge, il eit facile de placer le tiroir comme il doit l’être fur la earcaife. En effet,les tiroirs n’ayant ni devant ni derrière marqué , il eft facile d’en placer les bouts dans le feus que l’ordre de l’ourdiffage l’exige : ainfi fi une nuance claire fe trouve à droite, & qu’on veuille l’avoir à gauche, il fu'ffira de changer le tiroir bout pour bout.
- 1501. Cette maxime cependant ne peut avoir lieu que pour l’encan-trage des bandes fimpletées , foit à nuance, foit à plufieurs couleurs.
- 1502. Les bandes doubletées demandent une exa&itude fcrupuleufepour les encantrages, foit avec les tiroirs , foit avec les cantres ordinaires, parce qu’il faut, comme je l’ai déjà dit, qu’en ourdiffant la divifion d’un tiroir qui contient une couleur , foit toujours placée du même côté , devant ou derrière, pour que les tiroirs ou cantres qui fuivent & qui font deftinés à continuer la bande commencée par un tiroir , foient placés dans le même feus : ainfi fi la divifion d’un tiroir, dans laquelle feront encantrés des rochets blancs eft placée derrière en ourdiffant, les tiroirs ou les cantres qui feront deftinés à ourdir la même bande , feront placés de maniéré que la divifion qui contiendra des rochets blancs fe trouve auflî derrière ;& pour n’être arrêté en cela par aucune difficulté , il faut prendre garde en encantrant,fi lorfqu’on ourdira, la première mufette doit fe faire à plot montant ou à plot defcendant, & par-là on connaîtra par quel bout d’un tiroir on doit commencer d’encantrer, fuivant la réglé que j ai donnée à ce fujetpour les cantres dans un des chapitres précédens.
- 1503. Cette précaution n’a lieu pour ce qui concerne les tiroirs, que lorfqu’il faut ourdir des poils ou des chaines doubletées ou tripletées , afin de les enverger comme les poils ordinaires.
- 1504. Obfervation fur les genres de poils doubletês , & fur les poils tripletès. O11 appelle doubleté, un poil ou la partie d’un poil dont le deffin qu’il forme fur l’étoffe , offre fur la longueur de cette même étoffe une couleur coupée par une autre qui dépend du même poil. Les poils triple tés font ceux qui ont trois couleurs dans le même feus des doubletês j car dans les uns comme
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- dans les autres, jamais les parties doubletées ainfi que les tripletées, ne travaillent enfemble dans un même point de PétoiFe :&pour m’expliquer plus clairement, je fuppofe que dans une partie débandé doubletée, il doive y avoir un pas blanc & un pas verd ; parles obfervations déjà faites, on fait que chaque dent du peigne qu’occupe cette bande, doit avoir deux fils blancs doubles , & deux fils verds doubles aufîi : & dans le doubleté , jamais les fils blancs d’une de ces dents ne lèvent pour former la partie qu’ils doivent faire dans le deflîn au même inftant que les fils verds, parce qu’ils doivent fe fuccéder l’un à l’autre; de forte que fi dans la même bande il doit y avoir une rofette blanche fuivie d’une rofette verte, la foie verte reftera fans mouvement jufqu’à ce qu’elle doive commencer fa rofette, après que la rofette blanche fera entièrement finie, ainfi que l’intervalle qui les fépare , fi elles doivent l’être; de forte qu’une couleur prend la place de l’autre, enfui-vant l’ordre du defiin pour lequel le poil eft ourdi. lien eft de même des poils tripletés; une couleur fuccede auflî à une autre dans l’ordre que le deffin exige.
- i fof. Pour donner encore une idée plus nette des poils doubletés & des poils tripletés , il faut les regarder comme plufieurs poils réunis enfemble ; c’eft-à-dire, qu’il faut regarder le poil doubleté comme deux poils , & les tripletés comme trois poils qu’on pourrait ourdir féparément, en en faifatit fur les deflins ou fur les échantillons une combinaifon particulière pour chacun.
- if 06. Quelques particuliers ont voulu fuivre cette méthode & multiplier les poils ; mais ils en font bientôt revenus à l’ancien ufage , & ont reconnu que la multiplicité des enfuples fur lefqueîs chacun de ces poils doit être roulé , caufait trop d’embarras; & que comme il eft prefque impoffible de tendre également tous ces poils , il réfulte de là beaucoup d’imperfe&ions dans PétoiFe ou dans le defiin, & quelquefois même dans tous les deux. En elFet, pour un poil fimpleté il faut un enfuple, deux pour un poil doubleté, & trois pour un poil tripleté , & ainfi du refte : il eft clair que la complication du métier qui fabrique PétoiFe , ne peut que lui nuire & retarder les opérations ; PourdiiFage à la vérité en devient bien plus aifé, mais beaucoup plus long à exécuter.
- if07. Comme les poils tripletés demandent un foin très-grand dans toutes les opérations nécelfaires pour les ourdir, je crois qu’il eft à propos d’en donner un exemple pour en faire connaître les parties les plus elfentielles, qui font Pencantrage & Penvergeage ; quant au refte , on n’a qu’à fuivre l’ordre des combinaifons & celui des ourdilFages dont j’ai déjà parlé.
- . ifoB- Pour que l’exemple que je donnerai foitplus facile à concevoir , je fuppoferai un échantillon de peu d’étendue & fans nuance, & pour cela je
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- cnoifirai un tripleté à trois couleurs finalement. Je prendrai aufîî pour cet exemple une bande qui puifTe être ourdie avec une feule cantre; d’ailleurs je dois obferver que ces fortes de poils ne font guere en ufage ; c’eft pourquoi je me bornerai à un fort petit détail.
- 1509. Exemple. Une bande tripletée pour un taffetas cannelé ou pour un brillante fur dix dents de largeur, ce qui fera 20 fils doubles pour chacune des trois couleurs, qui font, le blanc, le verd & le rofe. Lajfg. 12 ,pl. VIII, eft un échantillon de taffetas tripleté.
- if 10. Encantrage. On commencera Pencantrage par le côté gauche delà cantre ou du tiroir dans l’ordre qui fuit: 011 mettra 2 rochets blancs dans la divifion de derrière , 2 rofes dans celle de devant, 2 verds dans celle de derrière, 2 blancs dans celle de devant, 2 rofes dans celle de derrière , 2 verds dans celle de devant, & l’on répétera cinq fois cet encantrage dans le même ordre pour arriver jufqu’à 60 rochets , favoir 20 de chaque couleur.
- 15 il. On nomme rom une quantité déterminée de rochets, compofant une des parties fymmétriques d’une rayure : ici les 60 rochets nécelfaires produifent cinq cours égaux, dont chacun doit être encantré de même fens, & elf compofé de 12 rochets, deux par deux. Il fufKt de prendre garde par quelle couleur & par quelle divifion on a encantré le premier cours, pour placer les autres dans le même fens.
- 1512. Les tableaux que je joins ici, rendront encore plus fenfibles les exemples que je propofe. Cet encantrage doit être fait dans une cantre ou dans un tiroir de trente broches au moins; il faut le compter par les broches3 comme il fuit : 2 rochets blancs fur les deux premières broches dans la divifion de derrière ; 2 rochets rofes fur les mêmes broches dans celle de devant; 2 rochets verds fur les troifieme & quatrième broches de derrière; 2 blancs fur les deux mêmes broches de devant; 2 rofes fur les cinquième & fixieme broches de derrière ; 2 verds fur les mêmes broches de devant.
- 1513. Il faut répéter cinq fois cette opération, en fuivant l’ordre des broches deux par deux jufqu’à fix dans chaque divifion, & ainfi continuer de fix en fix. Il eft aifé de voir que chaque couleur revient périodiquement de fix en fix broches, tant dans la divifion de derrière que dans celle de devant.
- 1514. Pour ne rien laifler à defirer là-deffus, je vais préfenter le même exemple fous une autre face en deux colonnes, dont l’une repréfente la divifion de derrière, & l’autre celle de devant.
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- Exemple. Divifion de derrière. . Divijion de devant.
- Premier cours. 2 rochets blancs. . 2 rochets rofes.
- 2 verds. . . . 2 blancs.
- 2 rofes. . . . 2 verds.
- Second cours. 2 blancs. . 2 rofes.
- 2 verds. . . 2 blancs.
- 2 rofes. . . . 2 verds.
- Troifieme .cours. 2 blancs. . . 2 rofes.
- 2 verds. . . 2 blancs.
- 2 rofes. . . . 2 verds.
- Quatrième cours. 2 blancs. . . . 2 rofes
- 2 verds. . . . 2 blancs.
- 2 rofes. . . . 2 verds.
- Cinquième cours. 2 . blancs. . 2 rofes.
- 2 verds . . . 2 blancs.
- 2 rofes. . . . 2 verds.
- 30 rochets. 30 rochets.
- i^ïf. On doit voir par cet exemple , que dans la totalité de l’encantrage le même cours eft contenu cinq fois tant dans une divifion que dans l’autre ; on doit voir auffi que l’oppofition des couleurs d’une divifion à l’autre eft toujours la même dans chaque cours.
- i «ç r6". Comme cet encantrage eft très-difficile à concevoir & encore plus à bien exécuter, je vais donner encore un exemple dans lequel le blanc fera repréfenté par le n°. i, le rofe par le n‘\ 2 , & le verd par le n°. 3. Le parallélogramme repréfente la cantre où la ligne du milieu forme les deux divifions.
- Côté gauche.
- Première divifion.
- Seconde divifion.
- 1^17* De la manière d'enverger. La maniéré d’en-cantrer pour toute forte d’ourdiifage n’eft que la première opération pour l’arrangement des couleurs ; mais l’encantrage des tripletés doit être fuivi d’une maniéré denverger fi exade qu’elle ne puilfe jamais être dérangée par rapport à l’ordre que les couleurs doivent tenir entr’elles. Ce n’eft pas que la maniéré d’envergerfoit en elle-même différente de celle que nous avons vue 5 mais il faut commencer invariablement
- 1...3...2...1., ..3...2...1. ..3...2...1...3. ..2...1., -3-2
- 2...1...3...2.. .1...3...2.. .1...3...2...1., .•3-2- -1-3
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- riablement par le premier fil à gauche de la divifion fupérieure formée par les deux traverfes à anneaux de la cantre ; parce que, quand on voudra fé-parer les fils pour les mettre en œuvre , il faut à l’envergeure prendre les couleurs dans un même retour, le blanc, le rofie & le verd , & ainlî de fuite de trois en trois : ce 11’eft pas auffi que dans les couleurs il y en ait une de préférence qui doive paffer la première , il importe fort peu laquelle c’eft; mais il faut néceffairement que celle qu’on a prife la première en commençant, fuive le même ordre jufqu’à la fin.
- 1518. Pour les poils quadruplais. Si pour un ouvrage il fallait un poil qua-drupleté, il ferait toujours plus avantageux de l’ourdir pour un feul enfuple que de le divifer en quatre, ou du moins de ce poil quadrupleté en faire deux doubletés ,pour qu’on 11’eût que deux enfuples pour cet objet au métier qui fervirait à fabriquer l’étoife.
- 1^19. Cet ourdiifage arrive encore plus rarement que le tripleté , mais il peut fe faire qu’on en ait befoin ; c’eft pour cela que je me crois obligé d’en donner une idée.
- if20. S’il s’agit d’encantrer un poil tel que celui-ci, on doit faire fuivre* les couleurs à l’encantrage , après leur avoir donné un ordre déterminé, ainft qu’on l’a fait pour les poils tripletés ; & pour ne point entrer dans un détail trop minutieux , ni multiplier les exemples, j’en donnerai feulement un ferrn blable au dernier des poils tripletés, & je fuppoferai pour cela quatre couleurs, telles que le noir, le bleu, le jaune & le lilas. Ces quatre couleurs feront repréfentées chacune par un chiffre différent, 1 fera le noir, 2 le bleu,
- 3 le jaune , & 4 le lilas. Cet exemple fera entre trois lignes qui marquent les trois grandes traverfes, qui forment les deux divifions de la cantre j celle des deux divifions qui repréfentera la première fera celle de devant, & l’autre fera celle de derrière.
- Première divifion.
- Seconde divifion.
- 1 f 21. Cet exemple eft pour un encantrage à 48 rochets, deux fous chaque chiffre , qui donneront 6 fils doubles de chaque couleur. Si on obferve l’ordre de l’encantrage , on trouvera que la première divifion ne contient que du noir & du jaune , & que la fécondé ne contient que du bleu & du lilas ; par cette raifon, l’encantrage devient plus facile pour le quadrupleté que pour le tripleté.
- if22. L’envergeage des poils quadrupletés eft fufceptible d’autant Tome JX. R. r
- I..
- 2...4...2.. •4-3- ..4...2...4...2.. -4-3-4
- l l T
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- d’exacftitude, pour l’ordre des couleurs, que celui des poils tripletés.
- 1523. Si parmi les couleurs des poils tripletés & des quadrupletés, il y en a qu’il faille nuancer , on compte le nombre des rochets que la nuance peut prendre pour fon entier , on la range féparément comme fi on devait l’enean-trer ailleurs , & enfuite on la place par ordre dans la cantre avec les autres couleurs , en la regardant comme une feule teinte. Cette opération demande plus d’exaétitude que de fcience.
- 1524. Je vais donner quelques notions fur les poils brillantes & fatinés, dont je n’ai pas encore parlé ; on en fait allez d’ufage pour qu’ils méritent d’être traités avec attention.
- If2f. Des poils brillantes & fatinés. Les poils brillantes & fatinés different des autres poils, en ce que la partie qui fait le brillante eft ourdie double , & que celle qui fait le fatin eft ourdie fimple 5 ce qui demande une opération différente dans l’ourdilfage , & beaucoup de précaution dans les combinai-fons, ainfi que dans les ordonnances d’ourdiffage. C’eft pour cela que j’ai cru nécelfaire d’en donner un exemple, afin qu’on puilfe en prendre une idée plus nette : ainfi je fuppoferai un petit échantillon qui fùfïira pour donner une connailfance entière des plus grandes parties 5 c’eft celui qu’on voit fig. 13 ,pl. VUL
- 1526. L’échantillon que je fuppofe n’aura que cinq bandes ,dont trois pour le fatin & deux pour le brillante 5 la combinaifon qu’on va voir en contiendra la largeur ; mais je dois obferver auparavant que les bandes brillantées, fimpletées , font toujours à 2 doubles fils par dent, & que les fatinées font ordinairement à 8 fils fimples ; ainfi celles que je fuppofe feront fur ce compte-là , quoique je fiche bien que dans certains poils où il entre des bandes fatinées , on mec depuis 5 fils jufqu’à 8 dans les dents que ces bandes doivent occuper ; & pour les combinaifons comme pour les ordonnances, il faut qu’on fâche combien chaque dent de la bande fitinée doit contenir de fils, fans quoi il 11e ferait pas poftible de fe trouver d’accord avec les uftenfiles du métier qui doit mettre eu étoffe la chaine qu’on veut ourdir.
- 1527. Combinaifon. La partie de fatin eft à g fils. Première bande , 8 dents pour fatin blanc. Seconde bande., iy dents aurore pour brillanter. Troifieme bande, 2f dents pour fatin blanc. Quatrième bande, 1^ dents aurore pour brillanter. Cinquième bande , 8 dents pour fatin blanc. En tout 71 dents.
- 1528* Si le nombre des dents contenues en la combinaifon était déterminé pour une étoffe, on finirait le nombre de fois qu’il devrait y être répété* mais ce qu’on voit ici fuftit pour me faire entendre \ & l’on fe contentera des ordonnances d’encantrage & d’ourdilfage , pour cette partie feulement.
- 1529. Ordonnance d’ourdijfage. 64 fils blancs fimples ; $0 fils aurore don-
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- blés* 2oo fils blancs (impies; 30 fils aurore doubles ; 64 fils blancs fimples. En tout 388 fils tant fimples que doubles.
- 1530. Encantrage. Pour l’ordonnance dont il eft ici queftion , il ne faut que deux cantres ou deux tiroirs. Premier tiroir ; 40 rochets blancs , 20 dans chaque divifionj les bouts de foie de ces rochets feront pâlies fimples dans les anneaux.
- 1 f 3 r. Second tiroir : 60 rochets aurore, 30 dans chaque divifion ; les bouts de foie de ces rochets feront pafles deux à deux dans les anneaux.
- If32. Maniéré d'ourdir fuivant l'encantrage des deux tiroirs précédens. Une portée avec lé premier , en fupprimant 8 rochets à chaque mufette ; une mufette avec le fécond ; deux portées & demie avec le premier tiroir ; une portée avec le premier, en fupprimant 8 rochets fur chaque mufette.
- if 33. Le nombre des portées prefcrit pour cet ourdilfage , doit donner la quantité des fils contenus en l’ordonnance, comme on le verra par la récapitulation qui fuit :
- 1534. Une portée avec le premier tiroir où on fupprime 8 rochets fur chaque mufette , ce qui fera 64 fils fimples ; une mufette avec le fécond 30 j deux portées & demie avec le premier 200 ; une mufette avec le fécond 30 j une portée avec le premier, en fupprimant 8 rochets fur chaque mufette 64„ En tout 388 fils fimples.
- 153f. Telle eft la méthode dont on fe fertpour ourdir les poils à bande brillantée & à bande fatinée. En fuppofant que le nombre des bandes défi-gnées ci-delfus fût contenu quatre fois dans la largeur de l’étoffe, on le multiplierait par quatre & l’on faurait ce qu’il faut de poils pour quatre répétitions plus ou moins.
- if 36. Il peut fe rencontrer des difpofitions de deflin, où par l’encantrage on aurait à craindre de mêler des fils deftinés pour le fatin, avec ceux defti-nés pour le brillante, en voulant éviter le nombre des cantres. Je ne crois pas en devoir donner d’exemples , d’autant que par tous ceux que j’ai donnés , 011 peut comprendre l’exécution de ce que je ne fais qu’annoncer.
- if 37. On peut encore trouver des deiïlns dont les bandes foient nuancées, tant celles du fatin , que celles du brillanté. On peut auflî en trouver de dou-bletées dans le brillanté ; alors on ourdit comme il a été dit dans l’article des poils doubletés, & les bandes de fatin toujours fimples : cependant quelquefois on les ourdit double.
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- CHAPITRE XV.
- De la méthode d’ourdir à Nîmes, à Avignon, dans les manu factures qui ont tiré leur origine de ces deux villes.
- iS38- La méthode pour les ourdiffages à Nimes, à Avignon, &c. quant aux chaînes à une couleur, elt la même que celle de Lyon , foit pour les chaines fimples , foit pour les doubles , pour les doubles & fimples, &c. Mais pour les rayures elle eft toute différente, en ce qu’avec une feule can-tre, ainil qu’on l’a dit plus haut, on en ourdit de toutes les façons. Cette méthode eft préférable à toutes les autres , parce qu’elle eft plus expéditive , plus parfaite & beaucoup moins embarraffante. Elle eft plus abrégée, en ce qu’iLny a de changement de cantre pour une rayure , qu’autant de fois qu’il faut qu’il y ait d’eneantrages diffé.rens pour ce qui concerne la même rayure ; c’eft-à-dire, que fi pour une rayure il fallait dix cantres en fuivant la méthode de Lyon , de Paris , &c. avec celle dont je parle il faudrait feulement dix encantrages pour la totalité de la même rayure , & jamais qu’une cantre.
- 1539. On verra par la fuite que chaque encantrage fait une partie féparée de l’ourdiffage, ou pour mieux dire, ce qu’on a encantré pour faire une baguette , ou un fond, doit être ourdi tout de fuite , pour compléter la quantité de portées ou de mufettes qu’il faut pour le nombre de fois que la rayure fera répétée dans la largeur de l’étoffe.
- 1540. Cette méthode eft plus parfaite en ce que l’on n’eft pas fi Tu jet à faire des fautes dans l’ordre de l’ourdiffage: d’ailleurs, comme il faut employer beaucoup moins de rochets, ainfi qu’on le verra , on peut tirer un plus grand avantage de la diftribution des couleurs , qui par ce moyen abonde en nombre de rochets.
- 1541. Elle eft moins embarraffante, en ce qu’il ne faut qu’une feule cantre , & qu’il n’y a conféquemment point de mutation à en faire : car chaque fois qu’une cantre a rempli fi fonction dans la rayure, on la défencan-tre, on encantre la fuivante , & on 11’a pour la fuite de l’ourdiffage qu’à continuer ainft félon le difpofitif de la combinaifon & le précis de l’ordonnance d’ourdiffage qu’on doit en avoir ,tiré.
- 1542. Pour prouver combien cette méthode eft au-deffus des précédentes, je vais préfenter deux exemples d’ourdiffage, l’un pour une rayure de chaine, & l’autre pour le poil d’un taffetas façonné & doubleté; par ce moyen on verra la préférence que mérite cette maniéré d’ourdir fur toutes les autres, en les comparant les unes aux autres.
- 1^43. Je choifis la rayure d’un petit taffetas, tel que ceux qu’011 fabrique dans les endroits dont je donne la maniéré d’ourdir.
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- 1544. Suppojîtion d'une rayure peur un petit taffetas , en Ig pcuces de lar-geur, dont le compte du peigne ejl un 960 dents. La rayure du taffetas dont il s’agit eft fuppofée à trois répétitions 5 elle fera conféquemment un tiers de î’étoffe, fa largeur fera de fix pouces, & elle occupera fur le peigne 320 dents , lefquelles à quatre fils chacune, produiront 1280 fils.
- 1545. La combinaifon de cette rayure doit fe faire de même que pour les rayures précédentes , il faut de même en défigner les couleurs.
- if46". Notre taffetas aura fur un fond blanc, des baguettes lilas, de vertes & de rofes à nuance. La combinaifon que j’en vais faire eft abfolu-ment la même que celles qu’on a déjà vues ; je défignerai article par article, & couleur par couleur, & j’en tirerai l’ordonnance d’ourdiffage, ainfi que j’ai fait pour les ourdiffages des rayures dont les exemples font dans les chapitres précédens. 2 dents de fond. 4 dents vertes, troifieme teinte. 8 dents lilas, cinquième teinte. 2 dents vertes, troifieme teinte. 6 dents de fond. 2 dents lilas , cinquième teinte. 2 dents de fond. 8 dents vertes, troifieme teinte. 2 dents de fond. 2 dents lilas , cinquième teinte. 80 dents de fond.
- 8 dents rofes , nuance ouverte. 2 dents de fond. 9 dents vertes, troifieme teinte. 3 dents de fond. 40 dents rofes, nuance fermée. 3 dents de fond.
- 9 dents vertes , troifieme teinte. 2 dents de fond. 8 dents rofes , nuance ouverte, go dents de fond. 2 dents lilas , cinquième teinte. 2 dents de fond. 8 dents vertes, troifieme teinte. 2 dents de fond. 2 dents lilas, cinquième teinte. 6 dents de fond. 2 dents vertes, troifieme teinte, g dents lilas, cinquième teinte. 4 dents vertes , troifieme' teinte. 2 dents de fond. En tout 320 dents.
- 1547. Cette combinaifon répétée trois fois donnera 960 dents, qui eft le nombre contenu au peigne, fans y comprendre les lifiereS; car il faut prendre garde que dans aucune des ordonnances, ni dans aucune combinaifon des rayures que j’ai fuppofées jufqu’ici, je n’ai jamais compris les lifieres, parce que c’eft une partie qu’011 ourdit à part de la chaine, aux deux côtés de laquelle on doit les placer.
- - t54g. Pour ourdir le difpofitifde la combinaifon que je viens de donner, il faut en tirer une ordonnance d’ourdiffage ; mais je dois obferver que dans les villes où les ourdiffages font tels que ceux dont je parle ici, c’eft l’ourdif. feur ou l’ourdiffeufe qui font eux-mêmes cette ordonnance, comme ils en ont fait la combinaifon ; parce que les fabricans, ou pour mieux dire ceux qui font fabriquer dans ces endroits-là, ou ne connaiffent pas à fond les our-diflàges, ou ne veulent pasfe donner la peine d’en faire les difpofitions ; ils fe bornent à la connaiifance des foies qu’ils doivent faire employer dans les divers genres d’étoffes qu’ils veulent faire fabriquer, & n’ont ordinairement d’autre foin que de faire teindre ces foies, de les faire devider ; & comme
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- fonventils ne font devider que ce qui concerne la chaîne, il y a beaucoup de fabricans à Avignon, qui chargent leurs ouvriers du dcvidage.des foies, & de l’ourdilfage des chaines ; ils fe contentent d’expliquer à chaque ouvrier le genre d’étoffe pour lequel ils deftinent la foie teinte qu’ils lui donnent, pour qu’il ourdilfe ou fafle ourdir conformément à la rayure que porte cet échantillon.
- 1^49. L’ourdisseur a foin de faire fes ordonnances de maniéré à pouvoir les réourdir en cas qu’011 lui redemande la même rayure j c’eft pourquoi il les note de la maniéré fui vante :
- Ordonnance, d’ourdijjage pour un taffetas rayé à 45 portées, pour M. Dumas. 8 fils blancs ; 16 fils verds, troifieme teinte; 32 fils lilas , cinquième teinte; 8 fils verds, troifieme teinte; 24 fils blancs ; 8 fils lilas , cinquième teinte ; 8 fils blancs ; 32 fils verds , troifieme teinte ; 8 fils blancs ; 8 fils lilas , cinquième teinte; 320 fils blancs ; 32 fils rofes, nuance ouverte ; 8 fils blancs ; %6 fils verds , troifieme teinte ; 12 fils blancs ; 160 fils rofes, deux nuances fermées; 12 fils blancs; 36 fils verds , troifieme teinte; 8 fils blancs; 32 fils rofes , nuance ouverte ; 320 fils blancs ; 8 fils lilas , cinquième teinte; 8 fils blancs ; 32 fils verds , troifieme teinte ; 8 fils blancs ; 8 fils lilas, cinquième teinte; 24 fils blancs ; 8 fils verds, troifieme teinte ; 32 fils lilas, cinquième teinte ; J 6 fils verds , troifieme teinte ; 8 fils blancs. En tout 1280 fils.
- if^o. Il faut ourdir trois fois le contenu en l’ordonnance, pour la totalité de la chainc : nous allons voir de quelle maniéré l’ourdilfeur doit difpofer fes parties pour encantrer.
- 15 > 1. Il faut combiner fur l’ordonnance , le moyen le plus fur d’éviter la multiplicité des parties de l’encant-rage; il faut pour cela faire tous les alfem-bîages poftibles , afin de donner plus de célérité à l’ouvrage. Peu importe par quel article de l’ordonnance on commence d’encantrer & d’ourdir , pourvu que ce foient ceux qui s’accordent à donner plus de précifion & moins d’embarras, & que l’ordonnance fe trouve complétée ; cependant, autant qu’on le peut, il eft à propos de commencer par les premiers articles, non pas pour plus grande perfection de l’ourdilfage, mais parce qu’au pliage des chaines 011 eft plus tôt au fait de la connaiffance de la rayure, pour fe conformer au deflin ou à l’échantillon d’où on l’a tirée,
- 1^52. J’ai dit que cet oudiifage fe faifait partie en partie, & que chaque encantrage particulier en formerait une féparée ; c’eft ce qu’on va voir par les exemples qui vontfuivre.
- 1^3. Encantrage pour la première partie. On commencera cet encantrage par le côté de la cantre, & l’on mettra 8 rochets blancs, 4 dans chaque divi-fion ; 16 rochets verds, 8 dans chaque divifion ; 32 rochets lilas, 16 dans
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- cette cantre, 011 fait tout de fuite trois portées qui donnent 336^ fils : il fuffira de fuivre l’ordre que préfente l’encantrage, fans jamais tourner la main en pofant l’envergeure fur les chevilles. Cette partie comprend le 1 , 2 & 3e articlesde l’ordonnance.
- 1554. Pour la féconde partie. On commence toujours par le côté droit de la cantre , &l’on mettra 8 rochets verds, 4 dans chaque divifion ; 24 rochets blancs, 12 dans chaque divifion ; 8 rochets lilas, 4 dans chaque di\ifion;8 rochets blancs ,4 dans chaque divifion. En tout 48 rochets. On ourdira tout de fuite trois portées qui donneront 288 fils. Cette partie comprend les 4, •) , 6 & 7e articles de l’ordonnance.
- 15^. Pour la tioifeme partie. 32 rochets verds, 16 dans chaque divifion ; 8 rochets blancs , 4 dans chaque divifion ; 8 rochets lilas ,4 dans chaque divifion. En tout 48 rochets. On ourdira tout de fuite avec cet encantrage trois portées qui produiront encore 288 ^ls. Cette partie comprend les 83 9 & *oe articles de l’ordonnance.
- 1556. Pdur la quatrième partie. 32 rochets rofes nuancés, T 6 dans chaque divifion; 8 rochets blancs, 4 dans chaque divifion. En tout 40 rochets. O11 ourdira trois portées tout de fuite, qui produiront 240 fils. Cette partie comprend les 12 & 13e articles de l’ordonnance. On encantrera cette partie de maniéré que le clair delà nuance rofe Toit du côté de la cantre , en obfervantles mélanges des teintes, autant qu’il fera pofilble, à la jondion de chacune. Comme la totalité de la nuance ne prend que 32 rochets, on peut éviter de mettre les huit teintes , & faire avec fix feulement, des mélanges à toutes les jondions. Cependant fi l’on veut les employer toutes les huit, 011 peut fe palfer de faire de mélange aux quatre teintes les plus claires , & ne mettre que trois rochets de chacune ; alors il s’y trouvera un mélange naturel par l’ordre qu’on fera forcé de leur faire tenir.
- ï 557. Pour la cinquième partie. 3 6 rochets verds , T 8 dans chaque divifion ; 12 rochets blancs, 6 dans chaque divifion. En tout 48 rochets. Avec cet encantrage 011 ourdira trois portées tout de fuite , qui produiront 288 fils. Cette partie comprend les 14 & 15e articles de l’ordonnance.
- 1 558. Pour la Jîxiemepartie. 40 rochets rofe nuancé , 20 dans chaque divifion. Il faut que le brun de la nuance foit du côté droit de la cantre ; & pour mieux faire valoir la nuance , on la commencera par 2 fils noirs & 6 mordorés 5les 32 fils reliant feront pris dans les quatre premières teintes, en les faifant fuivre à propos; on fera les mélanges par des nombre impairs. Cette partie comprend le quart du 16e article ; ce quart fera feulement la moitié de la première nuance , pour laquelle on ourdira trois portées qui produiront .240 fils.-
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- 1 <1 f(). Pour la feptieme partie. 40 rochets rofe nuancé , 20 dans chaque divt-fion. Le brun de la nuance fera du côté droit de la cantre ; il faut que les 40 rochets foient pris dans les quatre teintes les plus claires de la nuance rofe; ces quatre teintes doivent fuivre les quatre qui compofent l’encantrage précédent ;& pour que ces deux encantrages puftîent mieux être liés par rapport à la nuance qu’ils doivent compofer entr’eux , on commencera celui-ci par trois rochets de la quatrième teinte , dont 2 dans une divifion & un dans l’autre, de maniéré que cet arrangement fade un mélange , & l’on finira le refte de l’encantrage par 37 rochets pris dans les 4 teintes fuivantes ; & comme ee font deux nuances fermées pour une feule baguette, on peut terminer l’encantrage par 2 rochets blancs pris fur le nombre des 37 rofes. Cet encan-trage comprend le fécond quart du i6e article: ainfi ces deux derniers encantrages font entr’eux la moitié d’un feul article ; & par l’ordre dans lequel ils font encantrés, ils font fuffifans pour le tout. On en fera auffi trois portées tout de fuite , qui produiront 28o fils comme l’encantrage précédent.
- I <)6o. Pour La huitième partie. 40 rochets blancs, 20 dans chaque divifion. Avec cet encantrage on ourdira tout de fuite 24 portées qui produiront 1920 fils. Cette partie comprend les ïl & 26e articles de l’ordonnance. Ces deux articles font les plus confidérables de l’ordonnance pour le fond; les autres parties de fond font comprifes avec les baguettes, ce qui ne faurait être autrement exécuté. Quoique les grandes parties foient précédées ou lui-vies par d’autres, elles doivent, dans la réglé , être ourdies féparément : autrement il faudrait plufieurs cantres , ou augmenter le nombre des parties, ce qui eit fort inutile. Ainfi ,en fui vaut l’ordre que je fais tenir aux encantrages , on verra la raifon pour laquelle huit parties fuffifent pour l’ourdifiage de toute cette chaine, quoique tous les articles de l’ordonnance ne foient pas traités à part dans les huit encantrages.
- 1561. Si l’on fe rappelle que l’ordre des rayures eft fymmétrique, on fendra aifément que l’encantrage de la moitié des articles contenus dans une ordonnance d’ourdiifage fuffit pour la totalité d’une rayure, ainfi qu’on va le voir par la remarque fuivante.
- 15A2. Remarque. L’encantrage de la première partie comprend le premier, le fécond & le troifieme articles de l’ordonnance ; l’ordre fymmétrique de la rayure doit donner le premier article égal au dernier, le fécond égal au tren-tieme , le troifieme égal au vingt-neuvieme. Par cette raifon, l’encantrage qui fait les trois premiers articles, fait auflî les trois derniers; il ne refte plus que la difficulté apparente de la pofition inverfe des articles dont il s’agit ; mais elle fera bientôt levée.
- 1563* Tous ces encantrages en général, en fuivant cette méthode d’our-
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- diiîage j doivent être commences d’un même côté ; e’eft-à-dire , que de tous les articles dont une ordonnance d’ourdiffage eft compofée , il faut que le premier foit placé du côté droit de la cantre, parce que fur les chevilles d’en-vergeure il fera par ce moyen tout contre Pourdilîoir , puifqu’il doit faire un des bords de la rayure dont il dépend, 8c qu’il doit fe trouver à une des extrémités de la largeur de l’étoffe. Toutes ces raifons ont lieu pour les trois premiers articles contenus dans la première partie, 8c font voir que le fécond encantrage qui comprend les 4,5,6 8c 7e articles , comprend auflï les 2$ , 27, 26 8c 25e, 8c ainli des autres en fuivant l’inverfion des articles jufqu’au milieu de l’ordonnance ; c’elt pour cela que dans les huit encantra-ges dont j’ai parlé, je n’en ai compris que la moitié de cette ordonnance.
- 1564. Au moyen de cette maniéré d’ourdir, 011 n’eft obligé de tourner la main dans aucun cas, parce qu’une rayure eft ordinairement contenue un nombre exadt de fois dans la largeur d’une étoffe, 8c jamais une fois 8c demie, ou une fois 8c trois quarts, 8cc. Ainfi, en confervant l’ordre lymmétrique , .011 trouvera qu’un encantrage fera les portées entières : il faut ordinairement autant, ou le double ou le triple, 8cc. de portées qu’une rayure eit répétée .de fois dans letoffe , parce qu’on doit ourdir les parties parallèles entr’elles avec le même encantrage. Ainfi, s’il faut pour trois articles d’une ordonnance qui feront d’un côté, une mufette, il en faudra une autre pour le .côté oppofé, à caufe du parallélifme des rayures. Ainfi pour une rayure feulé tout fe réduira à avoir des portées complétés i 8c fi elle eft répétée trois fois, on fera obligé d’ourdir trois portées, une pour chaque répétition. Si donc chaque répétition exigeait trois portées , on en aurait neuf pour les trois » 8c ainfi du refte pour tous les autres cas.
- 1565. On ne peut avoir de demi-portées avec cette maniéré d’ourdir,1 que dans le cas où l’article du milieu d’une ordonnance ferait encantré feul, c’eft-à-dire, où il pourrait fe faire par une feule mufette , ce qui peut fe rencontrer dans certaines dilpofitions de rayures. Il faut aufîi que le nombre des répétitions foit impair, fans cela on 11e rencontrerait aucune partie différente des autres 5 d’ailleurs , quand cet ourdiffage produirait des portées 8c des demi-portées , pourvu que l’encantrage foit fait dans l’ordre preferit, on n’a aucun dérangement à faire en envergeant i la defeente 8c la montée du plot fait tout le refte.
- 1566. Chaque partie doit commencer à plot defeendant; de forte que G. par hafard unefiniffait à plot descendant, il faudrait remonter le plot à vuids pour commencer la partie fuivante comme toutes les autres, pour 11e point changer l’ordre de l’encantrage.
- 15^7. Lorsqu’on a fini d’ourdir une partie , on place un petit cordon de foie à chaque .envergeure fans y ridéranger, 8t avec la même exa&i-Tome IX. ' S s
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- tilde que' (Il’on voulait retirer cette partie de’ deflus laurdifloir. Outre te nœud ordinaire qui doit joindre les deux bouts du cordon, on a foin d’en faire un qui marque la première partie , deux pour marquer la fé condé,trois pour la troifieme , &c. de forte que chaque partie doit être défignée par un nombre de nœuds égal au rang qu’elle tient parmi les autres, afin que le plieur, avec le même échantillon de L’ourdilfeur r puMe mettre facilement les-couleurs dans la place que chacune doit occuper.
- 1568* Quand on a placé un cordon à chaque envergeure , ainfi qu’on vient de le dire, 011 défencantre les rochets de cette partie, on encantre pour la fuivante & l’on continue d’ourdir partie par partie, en mettant à chacune un cordon pour les féparer les unes des autres.
- 1569. Lorsqu’on a fini d’ourdir toute la chaine, on met eneore un cordon à chaque envergeure > mais celui-ci doit embraffer toutes les parties de maniéré qu’elles ne puilfent fe féparer, lors même qu’on leve la chaine de delfus l’ourdilfoir.
- 15:70. La maniéré de lever ces chaines eft la même que celle des chaines unies dont on a donné le détail dans un des chapitres préeédens.
- 1571. Pour voir fi l’on eft jufte dans le compte des fils qu’bn a ourdis par les diverles parties, on doit aufK faire une récapitulation en fuivant le nombre des fils que chacune des parties a dû produire.
- 1572. Il eft même plus à propos de faire cette récapitulation avant de commencer l’ourdilfage, pour lavoir fi on fe rencontrera jufte avee le nombre des fils dont la chaine doit être compofée.
- Récapitulation. 3 portées de la première partie à ^ rochets. . 336 fils.
- 3 fécondé à 48 rochets. . . 28a
- 3 troifieme à 48 rochets. . . 2-8 S
- 3 quatrième à 40 rochets. . . 240
- 3 cinquième à 48 rochets. fixieme à 40 rochets. . . . 288
- 3 . . 240
- 3 feptieme à 40 rochets. . . . 240
- 24 huitième à 40 rochets. . . 1920
- portées. 3840 fil:
- 15:73. Le. total des fils qu’offre cette récapitulation eft égal à celui que doit avoir la chaine propofée, ainfi qu’on peut le voir en multipliant par trois celui de l’ordonnance, & en multipliant par quatre le nombre de dents contenu au peigne, chacun de ces deux produits doit être égal à celui de la récapitulation.
- 1574. JE n’ai Pas encore parlé de l’ourdilfage des poils pour les taffetas façonnés & à bande 5 je vais donner un fécond exemple à la maniéré de
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- Nîmes * d’Avignon, &c. &pour faire voir combien cette méthode exige peu de cantres, je choifirai le deflin d’un taffetas doubleté& ombré , dans lequel je ferai entrer des bandes doubletées par nuances ; c’eft-à-dire, que les deux pas qui feront doubletés , feront l’un d’une nuance & l’autre d’une autre.
- rS7ï* Quand pour l’ourdilfage de ces fortes de poils on fe fert de plu-fieurs cantres, la combinaifon ainfi que l’encantrage fe font comme pour ceux dont il a été parlé > mais quand on ourdit avec une feule cantre , il faut* comme on a déjà vu, tenir une route toute différente : c’eft ce dernier procédé que j’emploierai pour les deflins du taffetas façonné que je me propofe de donner.
- I f 76. Suppojiùon d'un dejjîn pour un taffetas façonné à poil, dont les bandes feront à Jimples couleurs, ombrées & doubletées. Le taffetas que je fuppofe, eft de la même largeur & du même compte de peigne que le précédent ; la chaîne aura de même quatre fils par dents. Ces taffetas font façonnés , par le moyeu d’un poil à bande ou en plein, quelquefois doubletés, tripletés,ou (impiétés, & bien fouvent ils tiennent de l’un & de l’autre. L’exemple que je vais traitée eft de ce genre, & je l’exécuterai, avec une feule cantre ; je ne parlerai pas de la chaine de ce taffetas , on peutfuppofer qu’elle eft déjà ourdie, parce que fou ourdiffage n’a rien de commun avec le poil j ou s’il y a quelquefois quelque chofe de commun entre l’un & l’autre , ce ne peut être que quant aux com-» binaifons, à caufe de l’analogie qu’il peut y avoir entre les raies de la chaine & celles du poil ; mais comme les exécutions des uns & des autres font to-. talement féparées, 011 n’a aucun mélange à faire dans tous les articles qui le -concernent.
- 1577. Il peut fe faire qu’on 11e puifle ourdir ni la chaine ni le poil fans prendre la combinaifon de l’un & de l’autre fur le deflin ; pour la chaine „ parce qu’il y a des raies qui font tout-à-fait analogues aux effets que doit produire le poil j & pour le poil, parce qu’il faut néceffairement fe rapportée jufte avec la quantité de petits carreaux que la couleur du deflin qui le désigne y occupe dans fa largeurs connaître en outre quelles font les bandes qui doivent être doubletées , & quelles font les fimpletéesj il faut diftinguec encore celles qui font d’une feule couleur & celles qui doivent être nuancées i toutes ces différences ne peuvent être connues que parle moyen du deflin,1 ou par quelque chofe qui en tienne lieu. Je dois dire en paffant que les défi» fînateurs qui font jaloux de bien faire exécuter leurs deflins , en tirent eux-» mêmes une efpece de rayure, qui met l’ourdiffeur à portée de le faire avec plus d’aifance. Le moyen qu’ils emploient pour cela, eft de prendre une bande de papier réglé pareil à celui fur lequel le deflin eft porté, & dont la longueur égale la largeur du deflin ; c’eft-à-dire, qu’elle contient un nombre de carreaux égal à celqi qui fe trouve dans la largeur de ce deflin ; ils peignent fur
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- l’étendue de cette bande , la même quantité de carreaux que ce qui eft deftine pour le poil fur le deffin en peut occuper ; on laiffe à part les intervalles que doit occuper le fond : s’il doit y avoir quelques parties doubletées , ils mettent deux couleurs l’une au-deiTus de l’autre, de faqon à les bien diftinguer entr’elles.
- 1578- Si de ces deux couleurs l’une doit être nuancée, ils l’ombrent de la nuance la plus convenable ; & fi toutes les deux couleurs doivent l’ètre, ils les marquent de même. Si dans le deffin il doit y avoir quelque partie fimpletée nuancée, ils pofent auffi la nuance dans le fens où elle doit être fur l’étoffe, & ainfi du refte pour ce qui concerne le poil. Comme cette même bande de papier doit encore porter la rayure de la chaine , elle y eft peinte aufîî ; & dans les endroits où le poil doit palfer, & où la partie de la chaine n’eft pas de la couleur du fond, il faut qu’ils la marquent comme fi c’était une partie du poil qui fût doubletée, pour que l’ourdilfeur ou celui qui difpofe l’ourdiiTage né puiffent pas fe tromper. Ils ont enfin la précaution d’écrire au dos de cette bande , que telle couleur eft pour le poil, & telle autre appartient à la chaine, que telle bande eft doubletée, & telle autre fimpletée. Quant à ce qui doit être nuancé , ils 11’ont pas befoiu de l’écrire, parce que la peinture doit aifez défigner que telle bande eft nuancée , & que telle autre ne feft pas.
- 1579. Toutes les efpeces de raies formées fur cette bande de papier réglé doivent être numérotées, parce qu’on donne à l’ourdilfeur une ordonnance qui lui indique les couleurs de la foie qu’il doit employer pour chacune de ces raies, tant pour la chaine que pour le poil. Cette ordonnance eft féparée de la bande de papier réglé, & doit être conque comme on va le voir.
- 1 Çgo. La raie n*. 1 , appartient au poil, & doit être ourdie en couleur de rofe , cinquième teinte. La raie n°. 2 , appartient à la chaine j elle doit être ourdie dans la nuance lilas. La raie n°. 3, appartient au poil 5 elle eft doubletée , & doit être ourdie à nuance bleue, & fon contre-pas doit être ourdi en couleur aurore , troifteme teinte, & ainfi des autres raies. Par ce moyen l’ourdilfeur ne peut pas commettre d’erreurs, quant aux couleurs, puifi. qu’elles font toutes déterminées , & que d’ailleurs on ne lui en donne que de celles qu’il convient qu’il y ait.
- 1581. En général tous les poils, fur-tout ceux des taffetas faqonnés qui ont plufieurs nuances dans une feule bande , doivent être traités dans l’our-ditfage comme fi chaque nuance eompofait autant de bandes, parce que chacune étant d’une différente couleur, on n’a pas befoin de les mettre enfern-ble ; au furplus , on 11e pourrait aifément les expliquer, ni fur les combinai-fons ni fur les ordonnances d’ourdilfage.
- i$83. Il arrive auiïî que dans les bandes doubletées il y a des nuances
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- & des couleurs feules qui ne forment enfemble qu’une feule bande ; on doit dans ce cas les féparer, quand même elles ne feraient que d’une feulement.
- 1 S83* J’ai parlé dans un des chapitres précédais , de l’exa&itude qu’il faut néceifairement apporter dans les calculs des definis ou des échantillons dont dépendent les poils qu’on veut ourdir} mais pour les taffetas façonnés, il faut en apporter encore plus, s’il eff pofîible, pour ne faire aucune faute } car ce ferait un dérangement confidérable pour l’ouvrier qui fabrique l’étoffe, s’il en échappait aucune , quelque petite qu’elle parût. Pour prévenir tous ces inconvéniens, il faut que l’ourdiffeur ait fous les yeux, tant qu’il fait fes opérations , ou le defîin ou la bande de papier réglé dont j’ai parlé.
- 1^84- Quand un deffinateur connaît bien la partie de l’ourdiffage, il ne doit s’en fier qu’à lui-même pour l’exécution } c’eft-à-dire , qu’en donnant la: bande de papier réglé, quoiqu’en bon ordre, il doit aufli donner la combinai-fon toute faite , de forte que l’ourdiffeur n’ait plus qu’à en tirer fou ordonnance d’ourdiffage.
- i^8S* Le defini que j’ai fuppofé fera à trois répétitions } il prendra 320 cordes de rame. Je donnerai ailleurs l’explication détaillée de ce qu’on nomme corde de rame ; qu’il me fuffîfe ici d’avertir qu’en fait d’ourdiffage des taffetas façonnés, chaque corde de rame répond à chaque dent du peigne, ce qui ferait 320 dents , tiers du peigne & de l’étoffe. Il eff cependant plus à propos de dire, par rapport à l’ourdiffage, 520 dents , que 320 cordes de rame; parce qu’il peut arriver que fur le même nombre des dents il y ait 500 cordes de rame ,à caufe d’un doubleté. Je n’expliquerai cela que dans le"traité de la fabrication de ces taffetas.
- 1586“. Il y a cependant des taffetas façonnés , où ce qu’on appelle corde de rame , n’eft regardé dans l’ourdiffage que comme une demi - dent ; l’ourdif feur n’eft pas obligé de favoir quand on la regarde comme dent entière ou comme demi-dent; c’eft au fabricant ou au deflinateur à l’en prévenir , & fur cet avertilfement il doit diriger fes opérations.
- 1587* Ce que je dis ici ne regarde que les ourdiffeurs qui font obligés de faire eux-mêmes les combinaifons fur les échantillons ou fur les deflins qu’on leur donne , & qui font en état de mener à fa perfection tout ce que les our-diffages offrent de difficultés.
- 1 S 88- Je fuppofe que fur le defîin que je propofe il y ait neuf bandes dans l’ordre & dans les couleurs de la combinaifon fuivante. Première bande , 6 dents chamois ; fécondé bande, 3 dents ; vertes troifieme teinte ; troifieme bande, 24 dents aurores, nuance ouverte; quatrième bande ,40 dents bleues, nuance fermée doubletée blanc ; cinquième bande, 100 dents rofes , 4.nuances dont deux ouvertes & celles du milieu fermées doubletées vertes , nuances oppofées 5 fixieme bande , 40 dents bleues, nuance fermée doubletée
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- blanc j feptieme bande , 24 dents aurores, nuance ouverte j huitième bande 1 3 dents vertes, troifieme teinte ; neuvième bande, 6 dents chamois. En tout 246 dents. J :
- IS89- Par. le nombre des dents comprifes dans la combinaifon ,011 voit que le poil fuppofé eft à bande, puifqu’il n’occupe dans le tiers du taffetas que 246 dents , & que ce même tiers doit en avoir 320, ce qui fait une différence de 74 dents que le poil occupe de moins, par conféquent ces 74 dents relient en fond.
- 1^90! Il importe fort peu à l’ourdiffeur de favoir en combien de parties font divifées ces 74 dents , & combien elles forment de féparations pour les parties du poil, pourvu qu’il ait bien ourdi la chaine, & qu’il fafle comme il faut toutes les opérations pour l’ourdiifage de ce poil.
- 1591. Si la combinaifon que je viens de donner était faite fur un deflin de taffetas façonné fimpleté, l’ordonnance d’ourdiffage qui en ferait tirée ne produirait que 492 fils doubles j mais à caufe des bandes doubletées elle doit en produire davantage , parce que, comme je l’ai déjà dit, les bandes doubletées font la valeur de deux poils , & que conféquemment elles ont 4 fils doubles par dent ; il faut donc pour cela augmenter le nombre de fils de l’ordonnance , de celui que peuvent produire les bandes doubletées.
- 1 f 92. Si une bande doubletée eft de 40 dents , elle doit produire 160 fils doubles à l’ordonnance d’ourdiffage, dont 80 d’une couleur & 80 d’une autre , ainfi qu’on va le voir dans l’ordonnance fuivante :
- 1493. Ordonnance d’ourdiffage pour Le poil d'un taffetas façonné doubletè, deffin à trois chemins,pour M. André. 12 fils chamois ; 6 fils verds , troifieme teinte ; 48 fils aurores, nuance ouverte ; 160 fils, dont 80 bleus nuance fermée, & 80 blancs pour doubleterj 400 fils , favoir 200 rofes en 4 nuances dont 2 ouvertes & les 2 du milieu fermées , & 200 verds en 4 nuances auffi, mais oppofées aux précédentes pour doubleterj 160 fils dont 80 bleus nuance fermée, & 80 blancs pour doubleterj 48 fils aurore, nuance ouverte j 6 fils verds , troifieme teinte; 12 fils chamois. Entout8f2 fils. O11 ourdira trois fois le contenu en cette ordonnance.
- 1594. L’ourdisseur , après avoir fait fon ordonnance, doit chercher en encantrant le moyen de ne point multiplier le nombre des parties : autant qu’il lui eft poftîble , il doit toujours commencer fon encantrage par le côté droit de la cantre j & s’il le commence par le côté gauche , il doit le faire en prenant les rocliets dans un ordre inverfe à celui qui eft marqué dans l’ordonnance, afin de s’y trouver conforme, & de n’ètre pas obligé de tourner la main à l’envergeure.
- If9f. Encantrage pour la première partie. 24 rochets chamois, 12 dans chaque divifion; 12 rochets verds de la teinte décidée, 6 dans chaque divifiom
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- En tout %6 rochets pour le premier encantrage, avec lequel on ourdira trois portées, qui produiront Jo8fils doubles. Cette partie comprend les i , 2, 8 & 9e articles de l’ordonnance , par rapport à l’ordre fymmétrique de chaque difpofition de defîins qui fuivent ordinairement celle des rayures. *
- 1^6. Pour la fécondé partie. 48 rochets delà nuance aurore , 24 dans chaque divifion. On emploiera les quatre dernieres teintes de cette nuance pour cette partie: on commencera d’encantrer par la plus claire, obfervant de bien conduire les gradations, & de bien faire les mélanges des teintes à leur jonction.
- i?97. Il eft beaucoup plus aifé de faire les mélanges des teintes, quand les fils font ourdis doubles que lorfqu’ils font ourdis fimples, parce qu’à la jondion des teintes 011 peut mettre un brin de l’une & un brin de l’autre enfemble pour n’en faire qu’un feul, au lieu que dans les ourdiifages à fils fimples on ne peut avoir cet avantage, parce que chaque fil fait fon effet en particulier. Quand l’étendue de la nuance fe trouve confidérable, on mêle 4 brins de chaque teinte dans un nombre impair, & par ce moyen cette nuance fuit parfaitement. Lorfque ces nuances font encore plus grandes, 011 fait les mélanges depuis 6 jufqu’à 8 ; lorfqu’elles font moyennes, on n’eu mêle que deux ou trois ;& lorfqu’elles font petites, on n’en mêle qu’un ou point du tout, joignant feulement les teintes à un nombre de fochets impair.
- i^g. Dans la nuance dont il eft ici queftion, on peut en mêler 4 dans chaque teinte , puifqu’elle contient 24 dents de largeur, & que le tout ne fait qu’une feule nuance, dont le clair doit porter du côté des lifieres > c’eft pour cela qu’on la nomme nuance ouverte.
- 1599. Avec cet encantrage on ourdira trois portées qui produiront en tout 144 fils doubles. Cette partie comprend la moitié du 3e & la moitié du 7e article de l’ordonnance.
- 1600. Pour La troifiemepartie. 48 rochets nuance aurore, 24 dans chaque divifion. Pour cette nuance on emploiera les quatre premières teintes, afin de faire fuite à la partie précédente, puifque celle-ci eft deftinée pour compléter la nuance comprife dans les 3 & 7e articles de l’ordonnance -, on aura cependant foin, en commençant cet encantrage , de mêler quelques rochets de la derniere teinte de la partie précédente , afin que leur jonâiou ne fe rende pas fenfible.
- i6or. On doit obferver que tout ce qui eft nuance pour les poils des taffetas façonnés, ne fouffre guere de couleurs étrangères j c’eft-à-dire, que pour le foncé delà nuance on ne met ordinairement que la première teinte, qu’on tâche d’avoir la plus obfcure poffible. Cependant, fi le defini exigeait qu’une nuance fût bien fortante, on ferait forcé d?y avoir reccurs ; mais on ne doit jamais y employer du noir. Le mordoré, le cramoifi,le pourpre
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- peuvent bien, fervir pour foncer les nuances rofes, jaunes, aurores ; mais les lilas, les verds, les bleus & les violets n’ont befoin d’aucun fecours, parce que leurs premières teintes font portées prefqu’au noir.
- 1602. Ces remarques font générales pour tout ce qui eft nuance dans les poils des taffetas façonnés, à moins que pour quelque deffin on 11e fût obligé de fortir de cette réglé ; ce qui ne ferait ordinairement que par l’ordre du deflinateur ou du fabricant.
- 1603. Avec les 48 rochets de cette partie , on ourdira trois portées qui produiront 144 fils doubles, Cette partie complétera les 3 & 7e articles de l’ordonnance* d’ourdiffage.
- 1604. Pour la quatrième partie. 26 rochets bleus de la première teinte ; 4 autres , dont deux de la première teinte , deux de la fécondé mêlés & placés tous dans la première divifion; 30 rochets blancs dans la fécondé. En tout 60 rochets pour l’encantrage de cette partie. On en ourdira trois portées qui donneront 180 fils doubles. Cet encantrage comprend une partie des 4 & 6e articles de l’ordonnance.
- - 1601). Pour La cinquième partie, 10 rochets bleus de la deuxieme teinte-, 4
- autres bleus, dont 2 de la deuxieme teinte, & 2 de la troifieme ; 16 rochets de la troifieme'teinte : tous ces rochets feront placés dans la première divifion dans l’ordre marqué ; 30 rochets blancs dans la fécondé divifion. En tout Co rochets pour l’encantrage de cette partie. On en ourdira trois portées qui produiront 180 fils doubles. Cet encantrage comprend encore une partie des 4 & 6e articles de l’ordonnance.
- 1606*. Pour la Jixiemepartie. 4 rochets bleus de la troifieme teinte ; 4 autres bleus, dont 2 de la troifieme teinte , mêlés avec 4 de la quatrième 5 20 rochets bleus encore de la.quatrième teinte ; 2 autres bleus, dont un de la quatrième teinte , & un de la cinquième : tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans l’ordre marqué; 30 rochets blancs dans la deuxieme divifion pour doubleter. En tout 60 rochets pour l’encantrage de cette partie , pour laquelle on ourdira 3 portées qui produiront 180 fils doubles. Cet encantrage comprend encore une partie des 4 & 6e articles de l’ordonnance.
- 1607. Pour la feptieme partie. 2 rochets bleus, dont un de la cinquième teinte, & un de la fixieme mêlés ; 20 rochets bleus de la fixieme teinte ; 4 rochets bleus , dont 2 de la fixieme teinte mêlés avec 2 de la feptieme; 4 rochets bleus de la feptieme teinte. Tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans l’ordre marqué ; 30 rochets blancs pour doubleter dans la deuxieme divifion. En tout 60 rochets pour l’encantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira trois portées qui produiront 180 fils ' -il doubles,
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- doublés. Cet encantrage comprend auiîi une partie des 4 & 6e-articles de l’ordonnance.
- 1608. Pour la huitième partie. 16 rochets bleus de la feptieme teieite; 4fo-ohets bleus, dont 2 de la feptieme teinte, & 2 de la huitième mêlés ; 10 rochets bleus de la huitième teinte. Tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans l’ordre marqué ; 30 rochets blancs dans la deuxieme divifion pour doubleter. En tout 60 rochets pour l’encantrage de cette partie , pour laquelle on ourdira trois portées qui produiront 180 fils„‘ Cet encantrage comprend auffi une partie des 4 & 6e articles de l’ordonnance.
- 1609. Pour la neuvième partie. 10 rochets bleus de la huitième teinte dans la première divifion ; 10 rochets blancs dans la fécondé divifion. En tout 20 rochets pour fencantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira tro^s portées qui produiront 6o fils doubles. Cet encantrage finira les 4& 6e articles de l’ordonnance.
- 1610. Pour la dixième partie. 10 rochets rofes de la huitième teinte ; 4 autres rofes , dont 2 de la huitième teinte, & 2 de la feptieme, mêlés ; 10 rofes de la feptieme teinte; 2 autres, dont un de la feptieme , & un de lafixieme, mêlés. Tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans leur ordre; jo rochets verds de la première teinte ; 4 autres, dont 2 de la première teinte mêlés avec deux de la fécondé; 10 rochets verds de la fécondé teinte ; 2 autres, dont un de la fécondé, & un de la troifieme , mêlés* Ces derniers rochets occuperont la fécondé divifion de la cantre dans l’ordre marqué. En tout 52 rochets pour fencantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira fix portées, qui produiront 312 fils doubles. Cet encantrage comprend une partie du 5e article de l’ordonnance.
- 1611. Pour la onzième partie. 4 rochets rofes, dont un de la feptieme teinte & un de la fixieme , mêlés ; 10 rochets rofes de la fixieme teinte ; 4 rochets rofes , dont 2 de la fixieme teinte & 2 de la cinquième, mêlés ; 10 rochets rofes de la cinquième teinte. Tous ces rochets feront encantrés dans la première divifion de la cantre fuivant leur ordre ; 2 rochets verds, dont un de la fécondé teinte & un de la troifieme , mêlés ; 10 rochets verds de la troifieme teinte ; 4 rochets verds, dont 2 de la troifieme teinte & 2 de la quatrième, mêlés ; 10 rochets verds de la quatrième teinte. En tout 72 rochets pour fencantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira fix portées qui produiront 312 fils doubles. Cet encantrage comprend auifi une partie du 5e article de l’ordonnance.
- 1612. Pour la douzième partie. 4 rochets rofes, dont 2 de la cinquième teinte & 2 de la quatrième , mêlés. 10 rochets rofes de la quatrième teinte.
- 4 autres rofes, dont 2 de la quatrième teinte & 2 de la troifieme, mêlés.
- § autres de la troifieme teinte, Tous ces rochets feronCencantrés dans h
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- première divifion de la cantre fuivant leur ordre, brochets verds-, dont 2 af la quatrième teinte & 2 de la cinquième, mêlés. io autres verds de la cinquième teinte. 4 autres verds, dont 2 de la cinquième teinte & 2 de la? fixieme , mèlési g autres verds de la fixieme teinte. Tous ceux-ci feront en-cantrés fuivant leur ordre dans la fécondé divifion de la cantre. En tout 52 rochets pour PenGantrage de cette partie , pour laquelle on ourdira fix portées, qui produiront 312 fils doubles. Cet eneantrage comprend encore line partie du cinquième article de l’ordonnance.-
- 1613. Pour la treizième partie. 4 rochets rofes, dont 2 de la troifieme teinte-, & 2 de la fécondé, mêlés, 8- roehets de la fécondé teinte. 4 autres, dont 2 de la fécondé teinte & 2 de la première, mêlés. 6 autres encore de la premiers teinte. Tous ces rochets feront encantrés dans la première divifion delà cantre dans l’ordre marqué. 4 rochets-verds , dont 2 de la fixieme teinte & 2 de la feptieme, mêlés. 8 rochets verds de la feptieme teinte & 2 de la huitième, mêlés. 4 autres, dont 2 de la feptieme teinte & 2 de la huitième 3-mèlés. 6 autres de la huitième teinte. En tout 44 rochets pour l’encantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira fix portées qui produiront 264fils doubles. Cet eneantrage finit le cinquième article de l’ordonnance, & tout l’ourdilfage.
- 1614. Le poil dont je viens de parler eft ourdi en treize parties ; à cha-^ que partie on doit en avoir ufé de même que pour la chaine de l’ourdilfage' précédent; c’eft-à-dire, qu’on aura défencantré toutes les parties après en avoir ourdi le nombre des portées qu’il convient, & on aura mis un cordon de foie à ehaqué envergeure de chaque partie , pour féparer les portées-, comme on a vu dans l’ourdilfage des chaines ; ainfi tout doit être exécuté pour un poil comme pour une chaine , foit pour les envergeures , foit pour les lever de delfus l’ourdilfoir ; il relie feulement à voir fi les treize parties qu’on aura ourdies pour ce poil feront fuffifantes pour le nombre de fils qu’il doit y avoir; pour cela il faut en faire une double récapitulation, pourvoir fi l’ordonnance quadre bien avec la combinaifon, & fi l’ourdilfage a été fait exactement fur l’ordonnance.
- -, 1615. Récapitulation pour accorder tordonnance d’ourdijjage avec la combL
- naifon. Le Ier article de la combinaifon efl de 6 dents fans doubleté, qui produifent pour l’ordonnance d’ourdilfage 12 fils doubles. Le 2 eft de 3 dents fans doubleté qui produifent 6. Le 3 eft de 24 dents qui produifent 48-Le 4 eft de 40 dents doubletées qui produifent 160. Le 5 eft de 100 dents doubletées qui produifent 400. Le 6 eft de 40 dents doubletées qui produifent 160. Le 7 eft de 24 dents fimpletées qui produifent 48» Le 8 eft de 3 dents fimpletées qui produifent 6. Le 9 eft de 6 dents fimpletées qui produifent 12, En tout $53 ;fils doubles. Ce nombre eft pofitivement celui
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- Qu’exige l’ordonnance d’ourdilfage , & qu’il faut exécuter trois fois. Trois fois 8ï2 fils donnent 2j,<)6 fils doubles, à quoi la fomme des treize parties •ourdies doit monter.
- I6L6. Récapitulation pour accorder Cordonnance d'outdijfage avec les treize parties qui compofent le poil. 3 portées de la première partie à 36 rochets 108 fils. 3 portées de la fécondé partie à 48 rochets 144. 3 portées de la troilieme partie à 48 rochets 144. 3 portées de la quatrième partie à 60 rochets igo. 3 portées de la cinquième partie à 60 rochets 180. 3 portées delafixieme parties 60 rochets 180. 3 portées de la feptieme partie à 60 rochets 180. 3 portées de la huitième partie à 60 rochets 180. 3 portées de la neuvième partie à .20 rochets 60. 6 portées delà dixième partie à f2 rochets 312. 6 portées de la onzième partie à 52 rochets 312. 6 portées de la douzième partie à f 2 rochets 3 12. 6 portées de la treizième partie à 44 rochets 254. En tout 2f S 6 fils. Par cette récapitulation, on voit qu’il 11’y a d’erreur dans aucune des opérations concernant l’ourdiifage du poilfuppofé.
- 1617. Obfervation fur cette derniere maniéré d'ourdir, comparée avec les précis dentes. On voit que cette derniere méthode d’ourdilfage s’exécute avec une feule cantre, & qu’il fuffit de défencantrer toutes les fois qu’on a ourdi une partie pour encantrer la fuivante 5 il n’eft pas douteux qu’elle emploie biem moins de tems que les autres , purfque moyennant huit encantrages pour la chaine, & treize pour le poil, on n’a aucune mutation de cantre à faire : car pour la chaine qui eft ourdie en huit parties, il aurait fallu huit cantres, dont fept auraient été changées à chaque mufette, ce qui aurait occafionné.42 mutations , & la huitième aurait été changée fix fois, ce qui aurait fait en tout.48 mutations ; de plus , il aurait fallu à chacune couper la bralfe, palfer les bouts dans les anneaux, & rouler ces mêmes bouts fur les rochets 48 fois, fi 011 fe fût fervi de cantre à tiroirs.
- •161$. Dans l’ourdilfage du dernier poil il aurait fallu 13 cantres., dont neuf auraient été changées 6 fois chacune, & les 4 dernieres l’auraient été 1% fois chacune, ce qui aurait fait en tout 102 changemens de cantres, pour une chaine longue, comme pour une courte. Le foin de ce changement de cantre emporte avec lui un tems confidérable, qui ne lailfe pas de retarder l’ouvrage ; d’ailleurs , il elt prefqu’impoffible qu’il n’arrive toujours quelque petits accidens , ce qui en augmente le retard.
- 1619. Comme 011 eft obligé de couper la bralfe & de rouler les bouts de foie fur les rochets, afin de ne leur laiifer que la .longueur convenable, il arrive Couvent qu’on gâte de la foie , malgré tout le foin qu’on y apportei en outre, il n’eft pas poifible que les nœuds qu’il faut faire toutes les fois qu’on coupe la bralfe pour l’arrêter, foit aux chevilles errantes, foit à la cheville %>é-
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- rieure, ne donnent une inégalité de tenfion aux mufettes, fi le nœud eft faâ? trop loin ou trop p^ès.
- 1620. L’ourdissage avec plufieurs cantres a encore un grand défaut que celui à une feule cantre n’a point, c’eft d’occuper un trop grand nombre de rochets : car fi le premier des deux qu’on vient de voir avait été fait avec 8 cantres, il aurait occupé dans la totalité des encantrages 360 rochets à la fois, à moins qu’on n’eût préféré d’encantrer & défencantrer toutes les mu~ fettes les unes après les autres j mais avec une feule cantre on ne peut jamais avoir befoin d’un aufli grand nombre, puifque les rochets blancs qui entrent dans la première partie , ceux de la fécondé, de la troifieme, de la quatrième , &c. font toujours les mêmes, à moins qu’ils ne fe foient vuidés dans l’opération ;il en eft de meme des autres couleurs, comme on peut le voir dans toute* les parties. Ainfi, fi dans la première il entre 20 rochets verds & que dans la fécondé il en entre 16 de la même couleur, il peut arriver qu’une partie des rochets verds fe trouve bien placée pour la fécondé ; au lieu qu’à la pluralité des cantres il faudra 20 rochets verds pour la première cantre , & 16 de la même couleur pour la fécondé: ce qui fait fur ces deux articles une dilférence de 16 rochets qu’il faudrait de moins en fe fervant de la derniere méthode.
- 1621. Il arrrive fouvent qu’une rayure à plufieurs baguettes eft fous læ même nuance,& que ces nuances ne font pas d’une égale largeur, c’eft-à-dire, qu’elles occupent plus ou moins de dents ; il faut alors , enourdifTa-ntt avec plufieurs cantres, autant de fois la nuance répétée fur des rochets qu’il y a de cantres qui doivent la contenir j au lieu qu’en ourdiflant avec' Une feule, on y met un nombre fuffifant de rochets pour la plus large des ba-guettes, & on en a pour toutes les autres, au moyen de ce qu’on encantre & défencantre à mefure.
- 1622. Il y a encore dans les ourdiffages à pfufieurs cantres , un inconvénient qu’on ne faurait prévenir que difficilement ; c’eft qu’outre le nombre des rochets , il faut beaucoup plus de foie devidée que la chaîne qu’on veut ourdir n’en exige j car il n’eft pas poffible de faifir ce point jufte du poids des foies pour les chaines rayées, fur-tout à caufe du grand nombre de rochets qu’il y faut employer; alors il faut avoir la précaution, comme j’ai déjà dit, de défencantrer & de réencantrer toutes les mufettes, ou de trancan&r les rochets, pour en faire un nombre fuffifant,& fournir à ceux qui peuvent fe vuider. On ferait forcé d’en ufer ainfi, quand même dans certaines circonf. tances 011 voudrait ourdir avec moins de rochets, ce qui ne peut avoir lieu que pour les baguettes à une feule couleur ou pour les fonds : car cela eft impraticable pour les baguettes nuancées, parce que s’il manque de foie de la troifieme teinte, on ne peut en fwbftituet de la quatrième, ni de la cinquie-. me a &c4
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- 1623. L’ourdissage à une cantre n’a pas cet inconvénient : ce 11’eft pas qu’on puiffe fe rencontrer à une once près 5 mais du moins on approche autant qu’il eft poüible , parce qu’il ne faut qu’un petit nombre de rochets , eu égard à celui qu’exigent les ourdiffages à plufieurs cantres, & que par ce moyen la diftribution n’en étant pas fi eonfidérable , on peut mieux appré* cier le poids de la foie fur 20 rochets que fur 40.
- 1624. Les obfervations, & la préférence que j’accorde en Certains procès dés, n’ont pas pour but de m’ériger en réformateur des méthodes établies * fur-tout dans des villes de manufactures, telle que celle de Lyon , où préfide fans contredit le génie de la fabrique des étoffes de foie , foit pour l’exécution 3 foit pour le goût; mais comme je les ai pratiquées toutes,-je connais combien la méthode de Nîmes, d’Avignon,&c. eftfupérieure en tout aux autres.
- 1625. Le mérite de la célérité eft le plus précieux dans l’ourdiffage. En effet, il n’eft prefque pas polfible de remettre au lendemain une pareille opération; quanti une fois on l’a commencée , les variations de température dans l’air changent fans ceffe le diamètre de l’ourdiffoir ; & ce qu’on croirait n’être que de peu de conféquence, alonge ou raccourcit la chaine fenfiblement. Auflî les fabricans de Lyon, quand ils font ourdir pour un taffetas chiné, ont-ils grand foin de faire commencer l’ourdiffage des chaines qu’ils y veulent faire employer, de maniéré qu’il foit achevé dans la même journée. Mais * m’objedera-t-on , chaque tour venant fe coucher fur le préeédent, augmente néceffairement le diamètre de l’ourdiffoir, au point que la derniere mufette eft beaucoup plus longue que la première, j’en conviens : aufli, pour corriger cette inégalité , a-t-on imaginé de fe fervir des eremailleres dont nous avons parlé à l’article des plots & des montans de l’ourdiffoir rond. Par ce moyen, en baiffant cette cremaillere d’un cran, on alonge la corde à boyau, & la bralfe ne fe roule plus fur les tours précédens,
- 1626. Obfcrvationfur Vourdijfage des lijieres. Quoique j’aie, ce me femble, traité fort au long tous les genres d’ourdiffage, je me fuis réfervé de parler dans un article à part, de celui des lifieres qu’on n’ourdit jamais avec le corps de l’étoffe.
- 1627. Cette opération peut fe faire de plufieurs maniérés ; les uns les ourdiflent à fimples fils, les autres à fils doubles, & d’autres à fils triples on quadruples, & tout cela bien fouvent fans ordre.
- irf-28. Quelques fabricans les font ourdir avec la chaine, pour être pliées enfemb'e, & d’autres les font ourdir fépafément-ÿ tous ces ufages ont leur pour & leur contre, par la raifon que telle lifiere ourdie avec la chaine d’une étoffe 11e lui convient pas , & qu’elle conviendrait à une autre.
- 1629» Pour ourdir les lifieres comme il convient qu’elles le fuient, il faut
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- favoir pouf quel genre d’étoffe on les deftine , afin de déterminer fi l’on doit les ourdir doubles, triples ou quadruples, & fi elles doivent occuper 4,6, 8 ou 10 dents ; ii faut fa voir encore fi ces lifieres doivent être partie en taffetas & partie en fatin ou ferge , & fi l’on doit les ourdir à chaînette, c’eft-à-dire rayées, ou d’une feule couleur.
- 1^30. Il faut remarquer que plus une étoffe eft fournie en chaine, moins 011 a befoin de rendre les lifieres fortes , & qu’au contraire moins la chaine eft fournie & plus on doit les renforcer ; par la raifon qu’une étoffe bien four, nie en chaine fe fondent par elle-même, & que celles qui ne lefont pas ont befoin de deux fortes lifieres pour les foutenir : ainfi la décifion des lifieres eft plutôt l’affaire du fabricant que de l’ourdiffeur, parce que c’eft à lui de lavoir qu’une étoffe de telle ou telle force de chaine doit avoir telle ou telle lifiere. Il eft cependant vrai que , pour quelqu’étoife que ce foit, 011 ne rifque jamais rien de mettre les lifieres plutôt trop fortes que pas affez ; parce que jamais une forte lifiere ne faurait lui nuire. Si l’on en ufe autrement, c’eft pour économifer la foie , & même 011 a raifon ; car dès que le nombre de fils qu’011 détermine pour une lifiere eft fuffifant pour l’étoffe, tout ce qu’on mettrait de plus eft en pure perte.
- ( 1.631. J’ai dit qu’011 ourdiifait quelquefois les lifieres à fils fimples: cela arrive très-fouvent; mais il 11e faut pas entendre cela de ce qu’on doive les paffer fimples dans les;anneaux comme la chaine ; c’eft au contraire pour voir, en paffantAss fils dans les lijfes, ou en tordant, à quel nombre on pourra les affembler. Cependant il eft plus à propos d’ourdir les lifieres , fur-tout en employant la cantre couchée, de maniéré que tous les brins de foie qui doivent en compofer un fil foient pafTés dans le même anneau ,que d’être fépa, rés , parce que cet affemblage fe conferve tout le long de la chaine, & qu’il devient avantageux à l’ouvrier quand il arrive quelqu’accident aux lifieres,
- CHAPITRE X V L Obfervations fur les différons ourdijffoirs.
- 1632. Dt l'ourdiffoir long, On doit fe rappeller qu’à l’ourdilToir long , l’our-diffeufe va fans ceffe d’un bout à l’autre pour placer la braffe fur les chevilles , & que quand elle eft parvenue à la derniere, elle retourne fur fes pas , & continue toujours ainfi jufqu’àGe qu’elle ait ourdi toute fa chaine ; on fe rappelle aufli la maniéré dont elle accroche fa bralfe aux bâtons pendus au plancher, quand un fil calfe ou qu’un rochet finit. On ne faurait nier que cette opération ne foit très-fatigante. En effet, qu’on juge du chemin que fait dans fa chambre chaque j jur cette ouvrière5 joigne? à cela l’attention qu’il
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- faut avoir continuellement fur la cantre, pour voir fi tous les rochets travaillent , ou Ci quelque fil ne caffe ou ne finit pas. A cela près, cette méthode d’ourdir eft fans contredit la meilleure, puifqu’avec un peu de foin on- peut rendre toutes les raufettes parfaitement égales entr’elles en les plaçant fur les chevilles , non pas les unes furies autres , ce qui en augmenterait la longueur , mais les unes à côté des autres, avantage qu’on ne rencontre pas aves l’ourdiffoir rond , où malgré l’ufage de la cremaillere, on ne peut que diminuer cet inconvénient. Malgré toutes ces raifons de préférence , il n’eft pas d’un ufage auffi univerfellement reçu que l’ourdiffoir rond, parce qu’il n’eft pas aufiî expéditif que lui, & que la foie en fe dévidant de deffus les rochets éprouve un tiraillement multiplié, & des faccades qui luinuifent beaucoup? fur-tout quand elle eft trop tendre , ou brûlée par la teinture.
- 1633. Avec l'ourdilfoir long, on peut ourdir toute forte de chaînes & d<? poils, tant unis que rayés, avec une ou plusieurs cantres, & félon la méthode de Lyon ou celle de Nîmes. Toutes fortes de rayures peuvent par es moyen y être exécutées ; & pour Gela on n’a pas d’autres opérations à faire que celles qu’on exécute pour l’ourdilfoir rond , telles que les comhinaifons , ordonnances , &c. Quand on ourdit avec plufieurs cantres * il faut les mêmes mutations & le même ordre qu’avec l’ourdiffoir rond.
- 1634. Dans les ourdiffages à une feule cantre,. il faut à toutes les parties d’une chaine rayée ou à celles d’un poil , mettre des cordons aux envergeu-fes, marquer les parties par le nombre des nœuds, afin que le plieur con~ îlaitfe fur l’échantillon ou fur le deffin qu’on lui préfente , lefquelles ont été les premières ourdies ,pour pouvoir les placer fuivant l’ordre qu’elles doivent tenir dans la rayure.
- 163 f. Il faut pourtant avouer qu’en fe fervant de l’ourdiffoir long on 11c faurait employer les cantres droites ni les jets , tels que je les ai décries pour l’ourdiffoir rond , parce que les uns & les autres ne peuvent fervir qu’autant» que les bouts de foie des rochets en font tirés par l’ourdiffoir en ligne droite 5 & il eft évident qu’à cet ourdiffoir, les bouts de foie font toujours tirés obliquement, tantôt à droite ù tantôt à gauche, à moins qu’on n’imaginât de placer des guides pour la foie , ce qu’on exécuterait facilement au moyen de deux tringles de fer polies , placées à un pied.’de diftance de la cantre, & au milieu de chaque divifion ; elles feraient plantées dans la bafe & retenues par le haut de la maniéré qu’on jugerait la plus convenable 5 on ne laifferait entr’elles qu’environ deux ou trois pouces ; ainfi entre chaque couple de ces tringles pafferait la moitié de la braffe ; & par ce moyen , de quelque côté que Fourdiffeufe dirigeât fa braffe, les bouts de foie trouveraient toujours* un point fixe qui faciliterait le déroulement des- rochets. !r,
- i636, La remarque que je fais fur le moyen defefervir de la cantre.droite?
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- avec l’ourdiiToir long, n’a pas pour but d’en confeiller l’ulage; je n’ai voulu que faire voir comment avec un peu de génie , il n’eft pas de manchine, quel-cjue défeétueufe qu’elle foit, dont on ne puiiTe tirer parti.
- 1*537. Nous venons de voir quelles précautions il faudrait prendre pour fefervir des cantres droites à l’ourdiifoir long; en revanche, toute forte de cantre couchée peut y être employée, foit celle à la lyonnaife , foit la cantre à tiroirs, foit enfin la carcaffe à tiroirs.
- 1638. De Courdijjoir rond. L’ourdiifoir rond doit être placé de maniéré que la cantre reçoive une clarté convenable , parce que l’ourdiifeufe ne doit pas quitter les rochets de vue. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit au commencement de ce traité, où nous avons détaillé toutes les précautions qu’on doit prendre pour que l’ourdiifoir foit placé de niveau & foli-dement.
- 1639. Le banc à roue qui fait tourner l’ourdiifoir , n’eft jamais aflez pefant par lui-mème pour demeurer en place , & rédfter à la force de la rotation de l’ourdiiToir j c’eft pourquoi on a coutume de mettre une pierre aifez lourde fur la grande traverfe d’en-bas, entre la roue & fes deux pieds, du côté op-pofé à l’ourdiiToir,
- 1640. On pourrait fixer le banc à roue fur le plancher avec des crochets , des happes ou autrement, & fe paifer de pierre ; mais la variété de la température de l’air donnerait plus ou moins de tendon à la corde qui fait tourner l’ourdiifoir. Comme il ne ferait pas poffible d’avancer ou de reculer le banc dans certains tems, la corde ferait trop lâche ou trop tendue, & dans l’un & l’autre cas l’ourdiifoir ne tournerait plus, à moins qu’on ne la ra-longeât ou raccourcit ; il eft bien plus aifé de reculer ou d’avancer ce même banc au point de tendon convenable , que d’alonger & d’accourcir la corde.
- 1(341. On a vu de quelle importance il efb qu’une chaine foit ourdie en un feul jour, il ne l’eft pas moins qu’elle le foit par une même perfonne ; la viteife que reçoit l’ourdiifoir ne peut être la même , produite par deux per-fonnes différentes, & l’expérience a démontré que la foie eft beaucoup plus tendue fur un ourdiifoir qui tourne vite que fur un qui tourne lentement. La raifon en eft fendble : les rochets, quelqu’uniforme que foit la rotation de l’ourdiifoir, ne fe déroulent que par faccades, d’autant plus ou moins fortes, que fa rapidité eft moindre ou plus grande. Aind chaque brin éprouve fans ceife une tendon fuivie d’un relâchement proportionné à cette viteife ; la chaine eft plus ou moins fortement tendue fur l’ourdiifoir, de là vient l’inégalité de longueur qu’on y remarque très-fou vent.
- 1 ï'64.2. Cês observations paraîtront peut-être minutieufes, auiîi ne feront-elles peut-être pas fenties par des ouvriers qui travaillent machinalement; *»ais ceqx qui fe feront donné la peine d’y apporter quelque attention, conviendront
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- viendront aifément qu’il eft très-effentiel de prendre toutes les précautions po/Tibles, pour donnera l’ourdiffage des chaines & des poils , toute la perfection qu’ils peuvent recevoir; & les connaiffeurs verront que lesraifons que )’èn donne font conformes à la faine phyfique.
- CHAPITRE XVII.
- De la méthode d'ourdir les chaines ou les poils en or ’& en argent.
- 1643. Toutes les étoffes de foie font fufceptibles d’une fécondé chaine ou pour mieux dire, d’un poil, pour leur donner quelqu’agrément, fi ce n’eft pour y former des deflins entiers. On ajoute-quelquefois à ces étoffes, des poils en or ou en argent, qui doivent être ourdis de même que ceux en foie ; mais pour y parvenir , les procédés font différens.
- 1^44. Le nombre des fils d’or ou d’argent qui complètent un poil, eft indéterminé pour quelque genre d étoffé que ce foit, parce que ces fortes de poils font prefque toujours à bande, & que les comptes de peignes dans le£> quels font faites les dilférentes étoffes , varient à l’infini.
- 164Ç. La combinaifon pour l’ourdiffage de ces poils eft très-aifée ; il fuffîfc de voir, foit fur un défini, foit fur un échantillon, quel nombre de bandes compofe la rayure, & combien de fils, ou pour mieux dire ^combien de dents contient chaque bande ; car ordinairement on 11e met qu’un fil d’or ou d’argent dans chaque dent; & en fupputant la valeur de chaque bande, 011 ourdit la totalité de ces fils, autant de fois que la rayure eft contenue dans la largeur de l’étoffe à laquelle on la deftine. Ainfi , fi une rayure prend 80 fils d’or, & qu’elle foit répétée fix fois dans la largeur d’une étoffe , le poil en or fera compofé de fix fois 80 fils, qui produiront 480 fils pour le tout.
- 1646. Si le poil eft en plein, c’eft-à-dire, s’il occupe toute la largeur de l’étoffe fans aucun intervalle, pour en faire une combinaifon, il fuffit de favoir le compte des dents contenues au peigne avec lequel on doit fabriquer l’étoffe dans laquelle doit entrer ce poil, & alors on ourdit autant de fils que ce peigne contient de dents.
- 1647. Il arrive quelquefois que l’on met deux fils d’or ou d'argent dans chaque dent du peigne ; cet ufage n’a lieu que dans quelques cas particuliers # ou lorfque les fils fe trouvent n’ètre pas d’une groffeur fuffifante pour remplir leur objet; alors ces deux fils font ourdis enfemble & n’en font qu’un C c’eft ce qu’on appelle dans l’ourdiffage des chaines de foie, ourdir double ); ainfi on enverge ces fils deux par deux, ou bien on les paffe deux par deux dans les anneaux de la cantre/
- 1648. On rencontre des deifins qui exigent qu’on ourdiffe des poils en ot
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- & en argent tout à la fois ; ils fe traitent comme les rayures en deux couleurs la combinaifbn en eft la mêmes elle fert auffi d’ordonnance d’ourdiffage, ainfi-qu’on va le voir..
- 1649. Je fuppofe un échantillon à fept bandes, tanten or qu’en argent, pour le genre d’étoffe qu’on jugera à propos. Première bande, 6 fils en or s fécondé bande , 4 fils en argents troifieme bande, 22 fils en ors quatrième bande, 8 fils en argent s cinquième bande , 22 fils en or s fixieme bande, 4 fils en argents feptieme bande , 6 fils en or. En tout y2 fils. 11 faut ourdir ce total-autant de fois que la rayure eft répétée dans la largeur de l’étoffe où elle doifî entrer.
- 1550. Si Pourdiffage des poils en or ou en argent n’exigeait, pas de différentes précautions que celles des poils de foie, une feule cantre fufïirait pour ourdir l’ordonnance que je viens de donner s mais ordinairement on n’ourdit ces fortes de chaînes ou poils qu’à dix rochets, ce qui eft même fufR-fant pour que la difperfion puiffe en être faite comme il faut lors du pliage 5 par cette raifon l’ordonnance que je viens de donner 11e peut être ourdie à moins de trois cantres.
- 15 f 1. La raifon pour laquelle on eft obligé de multiplier lés cantres, eft qu’il y aurait à craindre qu’au pliage il 11e. fe fit quelque dégât fi l’on ourdirait à plufieurs parties.
- 16^2. Quand je dis que cet ourdiffagedoit être fait avec plufieurs cantres , 011 doit l’entendre par rapport à l’ordre qu’on doit tenir ; car il ferait facile de mettre le tout dans une feule cantre, & de n’ourdir que la quantité de fils néceffaire ; cependant j’en donnerai l’encantrage comme fi l’on devait employer trois cantres.
- 1653. Quant au côté par ou l’on doit commencer d’encantrer, la réglé eft la même que pour les chaineS' de foie, c’eft-à-dire qu’il faut pour la cantre droite commencer par le haut, & pour la cantre couchée commencer par le côté droit.
- 1654. Première cantre. b rochets or, 3 dans chaque divifion. 4 rochets argent ,2. dans chaque divifion. En tout 10 rochets. Seconde cantre. 11 rochets or, 6 dans une divifion & f dans l’autre. Troijieme cantre. g rochets argent, 4 dans chaque divifion.
- 16^5. En fuppofant que la rayure foit contenue cinq fois dans lalargeur de l’étoffe pour laquelle 011 deftine le poil, le nombre des fils qui le compofera fera de 360fils, & pour compléter ce nombre il faudra ourdir une mufette avec la première cantre 10 fils ; une portée avec la> fécondé 22 ; une mufette avec là troifieme 8 ; une portée avec la fécondé 22 ; une mufette avec la première 10, En tout 72 fils. Il faut ourdir cinq fois la même chofe , & on aura 360 fils dont on a befoin pour le total du poil fuppofe.
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- 1656. Obfervatlon fur les poils en or <$* en argent filé, ou or & argent lame. Les fils en or ou en argent, dont on fie fert pour ourdir les poils dont il eft ici queftion , font nommés filé;ï 1 arrive cependant que dans des étoffes il entre des poils en or & en argent filé, accompagnés d’autres fils en or & en, argent lame. Ces derniers ne font jamais ourdis enfemble ; chaque fil de lame » Toit en or ou en argent, eft placé fur un petit roquetin, & tous ceux qui peuvent être employés par un poil, font placés dans une cantre femblable à celles qui fervent aux roquetins de foie pour les velours cifelés , ainfi qu’on le verra dans fon lieu i de forte qu’on emploie autant de roquetins qu’on voit de fils de lame fur un échantillon, & on répété cela autant de fois que la rayure $ft contenue dans la largeur de l’étoffe : ainfi fi une rayure prenait 30 fils larn’s en or ou en argent , & que cette rayure fût répétée fix fois dans la largeur de l’étoffe, le métier qui fabriquera cette étoffe aura 180 roquetins.
- 1657. Les fils lame ne peuvent être ourdis comme les autres, parce qu’ils ne font pas affez confiftans, & que d’ailleurs ils ne préfenteraient bien fou-vent fur l’étoffe que leur tranchant, ce qui les empêcherait de rendre le brillant qu’ils doivent naturellement produire.
- i6?8* Si une rayure, indépendamment des fils lame, contient des fils filets or & argent, on fait la combinaifon de ces derniers fans avoir égard aux fils lame, & on ourdit ce que cette combinaifon peut produire pour la rayure, fans s’arrêter aucunement à ce que deviendront les fils lame, parce qu’il n’eft pas du reffort de l’ourdiffage d’en régler l’ordre , ainfi qu’on doit l’avoir remarqué par l’arrangement qu’on en fait au métier qui doit fabriquer l’étoffe.
- 16^9. Des précautions qu il faut nêcejfairement prendre pour ourdir les poils en or & en argent. J’ai dit que la dorure qui fervait pour les poils tant en or qii’en argent, eft appellée filet ou filé; ce filet n’eft autre choie qu’une lame d’or ou d’argent, qui couvre un brin de foie dont il requit toute fa confiC. tance j il eft évident que cette lame ne peut couvrir ce brin de foie qu’en l’enveloppant dans toute fa longueur , & que fon élafticité ne permettant pas au filet de s’étendre en ligne droite , elle lui fait au contraire toujours décrire une ligne courbe -, il a donc fallu, pour le foumettre à l’ourdiffage, trouver un moyen de lui donner un -degré de tenfion convenable à cette opération.
- 1660. Les rochets dont on fe fert pour ourdir les poils d’or & d’argent avec la même groffeur & longueur que ceux qu’on emploie pour la foie, doivent avoir chacun à un de leurs bouts, deux rebords féparés d’un demi-pouce l’un de l’autre , par une rainure circulaire en forme de poulie. Cette rainure doit être moins profonde que le corps du rochet fur lequel le filet or ou argent eft dévidé.
- î66i. On doit faire attention, en dévidant le filet fur ces rochets, que
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- 3a poulie fe trouve toujours du même côté à chacun , afin qu’en ourdiifant, la dorure fe déroule du même fens.
- 1662,. De quelque cantre qu’on fe ferve pour l’ourdiffage des poils en or ou en argent, on met à chaque rochet, dans la poulie , une corde à laquelle pend un contre-poids, à peu près de même force, pour que la tenfion foit îa même à tous ; on doit même obferver, quel que foit le nombre de ces rochets , de les distribuer également dans les deux divifions de îa cantre, à moins que le nombre; n’en fût impair. Il faut aufli faire attention , en divergeant-, queues fils s’accordent à la jonétion de chaque mufette , afin de ne point faire de feukre. ; car dans les encantrages à nombre impair, on peut profiter de la fécondé envergeure, fi on a bien commencé la première, fans craindre de faire de fcukn, & fans être obligé même de faire fauter le fil ; mais il faut avoir la précaution de tourner la main en prenant la fécondé envergeure, ou en plaçant la première ; car autrement le feulere fe ferait, à moins qu’on ne donnât au fil une direction oppofée à celle qu’il tient. La remarque que je fais ici peut fervir pour les envergeages de la foie , comme pour ceux de la dorure.
- 1663. J’ai dit que pour donner une tenfion convenable aux fils d’or ou d’argent, il fallait un contre-poids à chaque rochet. Il importe fort peu de quelle matière on les faffe; cependant on doit choifirpour cela la moins vo-lumineufe : aiufi le plomb doit être préféré. La forme en efl arbitraire, pourvu qu’elle ne foit pas incommode, & qu’ils foient fuffifamment pefans. Voici comment on s’en fort.
- 166.4. On noue les deux bouts d’une ficelle d’environ 4 ou ^ pouces de long, ce qui forme une boucle d’environ 2 pouces d’ouverture, qu’on fixe à chaque contre-poids ; enfuite on paflè dans la poulie de chaque roque-tin une autre ficelle fort unie, d’environ 20 pouces de long; on lui fait faire deux tours , & on noue fes deux bouts après l’avoir paifée dans la boucle qu’on a attachée au contre-poids. O11 fait la même opération à tous les contre-poids.
- 166Si c’eft d’une cantre couchée qu’011 fe fert, il faut niceifairement que le fond delà cantre foit ouvert, afin que les contre-poids puiifent agir librement; & pour qu’ils aient plus de liberté , on a le foin de laiffer un intervalle de deux broches ou plus s’il le faut, d’un rochet à l’autre; cependant ce n’eft qu’autant qu’011 craindrait que les contre-poids ne fuifent pas fu-ffifans pour donner toute la tenfion néceifaire.
- J 666. Si l’on veut employer la cantre droite , il faut un intervalle de broches bien plus confidérable, afin que le contre-poids du rochet fupérieur ne puiffe toucher au rochet de deifous.
- 1507. PüüRn’ètre pas obligé d’obferver un fi grand intervalle entre les
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- rochets à cette cantre, on peut diminuer 3a longueur des ficelles ; on peut même faire les contre-poids de forme applatie , ou ronde, ou bien conique ; il fuffit que le point de leur fufpenfion l'oit à peu près au centre de la figure. Tels font les moyens dont on fe fort pour ourdir les poils en or ou en argent.
- i66'8. On pourrait, au lieu de contre-poidsattacher un reffort à'.chaque broche pour opérer un frottement dans le trou de chaque rcchet,5ç ralentir la vîteffe de fa rotation. Mais'cet expédient eft trop difficile à exécuter : ainfi on doit s’en tenir à l’ufage établi. r
- 1669. Il eft ailé de fentir que le déroulement du rochet ne peut jamais occafionner l’entortillement de la ficelle qui nefaitqùe glifTer dans la’poulie, & augmente la tendon, en proportion de la pefanteur du contre-poids.
- 1670. Du relie, l’ourdilfage fe traite comme celui des chaînes de foie. Avec une cantre couchée, on palfe les fils fimplesou doubles dans les anneaux ; mais fi c’eft une cantre droite, on ourdit comme à l’ordinaire , foit àl’our-dilfoir long, foit à l’aide du plot, ainfi qu’on l’a vu.
- 1671. Quand on a achevé d’ourdir ce poil, on place à chaque envergeure im petit bout de ficelle , la plus unie qu’on puilfe trouver au lieu d’un cordon de foie que la dorure arracherait infailliblement, & on leve ce poil fur une cheville comme les chaines & poils de foie; mais on ne doit jamais les lever à chainette, de peur que les en.trelaiTemens n’arrachent la dorure.
- 1672. Nous terminerons ici le traité de l’ourdilfage. Nous aurions defiré le reiferrer dans des bornes plus étroites ; mais il nous a femblé qu’un art doit plutôt être décrit abondamment qu’obfcurément : heureux celui qui peut atteindre le degré de perfection. -
- t^--~—*=—- - . . - =====»==.====»
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- 1 reprérente l’ourdiiTbir long vu en face son y voit line chaîne F, toute ourdie , dont la longueur, fuivant les proportions de cet ourdilfoir, eft de vingt aunes , ce qui le fuppofe à trois aunes de longueur.
- A , eft la traverle inférieure de l’ourdilfoir. ‘
- B , eft celle d’en-haut; les deux trous qu’on y voit reçoivent les deux chevilles a, b, de l’envergeure.
- C,D, font les deux isontans des extrémités; les trous qu’on voit fur ceux qui fontféparés, reçoivent les chevilles-qu’on voit en place fur l’ourdit foir tout monté. n. 3. .
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- ART DU F A SiR 1 C A N T
- E, E, font les deux montatis du milieu , féparés ; les deux rangées de trous qu’on apperçoit fur chacun font deftinées à recevoir les deux chevilles errantes, telles qu’on les voit en c ,d, fur la figure; elles tiennent les réparations de la derniere envergeure.
- - G, G, font deux des chevilles qu’on met fur les montans C, D, de la
- figure i.
- Fig. 2, deffin pour un taffetas brillante.
- Planche II.
- Fig. r , cantre couchée, propre à l’ourdilfoir long, vue en perfpe&ive.
- A, A, font les deux montans de devant, plus courts de fix pouces que les deux de derrière.
- B, B , font ces deux montans de derrière.
- C, C, font les deux traverfes d’en-bas fur la longueur.
- D , D, font celles des côtés.
- E, E,font des traverfes de même longueur, qui s’alfemblent aux quatre montans du milieu de la hauteur de ceux de derrière , & forment les côtés de la cantre.
- F, F, font les deux traverfes de devant & de derrière du milieu de la hauteur de la cantre ; on voit fur chacune vingt petits trous , dans lefquels on paffe les broches de fer qui fervent d’axe aux rochets ; les petites rainures qui communiquent à ces trous fervent à faciliter l’entrée du bout de ces broches.
- G, eft la traverfe qui forme les deux divifions de la cantre : elle a auflî fur fa longueur vingt trous, en ligne droite avec ceux des deux précédentes traverfes.
- H, H, font les deux traverfes qui affemblent les montans de la cantre par le haut.
- I, 1, font les deux traverfes à anneaux.
- Fig. 2. L, anneau rond, de verre, attaché à une ficelle , tel qu’on le place fur la traverfe en faifant un double nœud par-deffus.
- Fig. 3. M , anneau de verre en agraife, attaché audi à une ficelle > & au même ufage que le précédent.
- Fig. 4. N, une des vingt broches de fer ou eftiifures, qui fervent d’axe aux rochets.
- Fig. ç , attelier d’une ourdiiTeufe, où l’on découvre l’ourdilfoir long en perfpeôtive.
- A > e(l l’ourdilfeufe. Elle poulfe devant elle la bralfe avec la main droite ; elle fe fert pour cela d’une cheville contre laquelle elle fait glilfer la foie ; & marchant le long de l’ourdilfoir, elle foutient la bralfe de la main gauche ,
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- B'ETOFFES DE SOIE.
- 34?
- après' en avoir accroché le bout à la première cheville & avoir placé l’en-vergeure fur celles a , b ; enfuite elle va vers l’autre bout de l’ourdilToir pour accrocher cette même brade à celle a y. & continue en allant de droite à gauche.
- B , eft la brade compofée d’un nombre de fils venant de la cantre.
- C, C y deux bâtons où l’on arrête la brade lorfqu’on veut chercher un fil eafle ou fini.
- D, cantre couchée, garnie de 36 roehets pleins de foie; chaque brin eft pade dans un des anneaux de verre qui lui fert de guide ; elle eft éloignée de l’ourdidoir d’environ cinq pieds.
- Fig. 6, plot dans lequel la brade paffe entre les deux poulies , où elle eft retenue au moyen d’une tringle de fer coudée.
- Fig. 7 , e , tringle de fer polie qu’on place fur les angles des plots, pour adoucir le frottement.
- Fig. 8 ,/> autre tringle de fer qu’on place fur le devant, au-deffus d’une des précédentes , pour retenir la braife ou pour la divifer.
- Fig- 9 , f 9 autre tringle.
- Fig. 10 , e, autre tringle pour les angles.
- Fig. 11,/, une des deux longues poulies qu’on met debout fur les plots , entre lefquelles on fait pafler la bradé * & qui la retiennent.
- Fig. 12, guide du plot-
- Planche II I.
- Fig. 1, partie de la cantre avec fes roehets, defîinée dans de très-fortes proportions. On voit comment font placées les broches ; on découvre des roehets pleins de foie & d’autres vuides ; on a laide une broche vuide & d’autres qui ne contiennent qu’un rochet ; il y a même un efpace dont les trous ne font point occupés.
- Fig. 2 , une des cinq chevilles qui retiennent les bouts de la chaine & les féparations des envergeures dans l’ourdidoir rond.
- Fig. 3 , maniéré de pader un cordon de foie dans les féparations de l’en-vergeure que tiennent les chevilles. ’
- Fig. 4, H, cheville à lever la chaine.
- Fig. 5 , chaine relevée fur la cheville.
- Fig. 6 , cage de l’ourdidoir rond , vue en perfpedive. Le montant de devant eft celui où l’on voit le plot F.
- A , traverfe placée en-dediis de la croix inférieure de cette cage.
- B, traverfe placée par-dedous.
- €, D, deux traverfes formant la croix fupérieure, . . , . T.
- a i trou dans lequel entre le boulon de l’arbre.
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- ART DU FABRICANT
- E , E , E ,.E 5 quatre montans.
- G, petit montant portant une poulie.
- b, petite grenouille dans -le trou de laquelle tourne le pivot de l’arbre.’
- Fig. 7, ourdiffoir rond tout monté , vu en face hors de fa cage.
- A, arbre garni de fôn boulon L , & de Ton pivot M. On le voit détaché à la fig. 8 i à chacune de Tes extrémités eft un cercle de fer a,a 9 qui fert à empêcher le bois d’éclater.
- B , B , fix traverfes qui s’aflemblent en croix au centre de l’arbre.
- C , C, douze autres traverfes qui s’affemblent à l’arbre par le bout oppofé au tenonj elles portent avec les précédentes les huit montans F, F.
- D, une des planches ou tourteaux à huit pans quifoutiennent les traverfes à chaque rayon. On la voit féparément7%. il.
- E, une des trois clefs qui foutiennent les tourteaux.
- F, F, deux des huit montans qui forment les ailes de l’ourdiffbir.
- Gy une des douze traverfes qui fervent d’arcboutant aux ailes de l’ourdif. foir, afin qu’elles lie changent pas de pofition. Elle eft repréfentée à part figure i 2.
- H, une des huit autres traverfes qui fervent d’arcboutans & qui portent les quatre montans K, K. Elle eft repréfentée à part fig. 13.
- I, une des quatre traverfes fervant d’arcboutans i elles font entaillées à mi-bois pour recevoir le montant K au milieu de fa hauteur. Les quatre montans ont à leurs extrémités , des tenons , au moyen defquels ils entrent dans line mortaife pratiquée dans les traverfes H, haut & bas. Elle eft repréfentée
- fig- H-
- L y boulon de fer placé au centre du bout fupérieur de l’arbre.
- M, pivot fur lequel tourne l’arbre. Il eft repréfenté/g. 10.
- N, bout de fer terminé en pointe & quarré, qu’on place au centre du bout inférieur de l’arbre, & qui reçoit le tenon du pivot de maniéré qu’il puiife tourner dedans.
- Planche IV.
- Fig. i, ourdifleufe qui releve fur une cheville la chaine qu’elle vient d’ourdir.
- A, eft l’ouvriere tenant de fes deux mains une cheville B , fur laquelle elle roule la chaîne C, avec toute la force poffible, & croife chaque tour l’ua fur l’autre.
- Planche V.
- Fig. 1, ourdiflbir rond tout monté dans fa cage & prêt à travailler.
- Fig. 2, banc à roue, fur lequel s’aflied l’ouvriere pour faire tourner l’our-
- diiïbir 3
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- D' E T 0 FF E S DE SOIE.
- 34 f
- dKToir; ce qui s’exécute au moyeu de la manivelle K, qui fait tourner la roue I, dans laquelle pa(Te la corde L, qui erabraflè tous les montans de l’ourdiffoir.
- A, grande planche qui forme le deiFus du banc.
- B, B, B, B , pieds du banc.
- C, G, deux traverfes qui alfeniblent les pieds fur la largeur.
- D, grande traverfe alîbmblée aux deux précédentes à tenons &mortaifes! on voit fur cette traverfe un petit cube de fer quilert de grenouille au pivot de l’arbre F.
- E, E, deux petits montans afsenïblës fur îa traverfe D , & qui portent 1* petite planche g, qu’on ne peut pas voir fur la figura , à caufe de la roue 1, qui la cache.
- F, arbre fur lequel la roue du banc eft folidement fixée.
- G, G, deux pièces de fer vues féparément & en grand,fig. 8. Celle de deffus entre dans le bout de l’arbre , & celle de delfous eft aifemblée avec la première par fou tenon , de maniéré qu’on peut l’en fortir facilement lorfque fa pointe eft émouiféepar la force du frottement qu’elle éprouve dans le trou de la grenouille.
- H, grenouille dans un des trous de laquelle le pivot tourne.
- ï, roue.
- K, manivelle.
- Fig. 3 , montant delà cage de Pourdiftbirj fur lequel le plot A monte & defeend à corde (Impie.
- Fig. 4 , plot à trois tringles & à une feule grande mortaife. Il eft garni de toutes les tringles & de fes deux poulies droites.
- Fig. f , cantre droite (impie à deux divifions. •
- A , planche qui fert de bafie, montée fur quatre pieds B , B, Ê, B,
- C, G, les deux montans des extrémités.
- D , montant du milieu.
- Ë, traverfe qui aifembîe les trois montans par le haut.
- Fig. 6, jet (Impie à foixante broches.
- Fig- 7, cantre droite quadruple.
- Planche VL
- Fig. i, l’ourdilfoir rond en mouvement, fur lequel on vient de commet cer d’ourdir une chaine, dont on ne voit qu’un tour & demi de la première mufettei : i ' A • * -
- Fig. 2, banc fur lequel l’ourdideufe eftaflife; elle tient de la main gauche 3a manivelle. • - > ; -! - ~ f
- Fig. 3 , cantre droite avec laquelle* ou ourdit à quarante rochets. On l’a Tome IX. X X
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- $45 Z "& U 4 B R I € A N ?
- plaçée plus loin de Fourdifloir qu’elle ne devrait être, afin qu’on découvrit mieux l’quvriere..
- Fig, 4 , menotte .portée fur fon pied.
- Fig. y, opération par laquelle omreleve la chaine de^de/Tiis- Fourdiflbir rond. L’ourdifleufe eft aflife devant Fourdifloir j elle tend la chaine B , qu’elle a ôtée d’entre les tringles du plot C ,, mais-qui pafle ; entre les deux poulies droites ; avec le pied droit D ,. elle, retient Fourdifloir , qui fans cela tournerait trop vite.
- Fig. 6, maniéré de fauter le fil lorfqu’on veut profiter de la fécondé eii-% yergeure produite par la première.,
- , î Fig. t8 a, corbeille à mettre les rochet3..
- Planche VI I.
- Fig. r. Cantre droite, dont on a fupprimé la bafe ; on y voit l’encantrage dës ehaines doubles & fimples; dans une divifion font trente rochets & quinze dans l’autre. On a réuni les, bouts de fpie , pour faire voir comment on les>-prend en envergeant.
- Fig. 2 , cantre couchée. On y voit l’encantrage d’une chaine double & (impie; les fils font paifés doubles dans Une rangée d’anneaux & (impies dans-l’autre, en laiflant à chaque divifion toujours un anneau vuide. La maniéré dont on a repréfenté. le croifement des.fils ne permet pas à l’ourdiflëufe de fe. tromper.,
- Fig. 3 , cantre à la lyonnaife. Sa longueur eft de y pieds f pouces , fia hau<* fcèur de 22 pouces ,.fans comprendre les traverfes- à anneaux.,Les montans à anneaux les plus élevés font de i-f pouces ; ils font plus hauts de 4 pouces> que les autres, de forte qu’en tout la, cantre.. a- 3 pieds i, pouce.
- A A A A/quatre'montans formant les angles de la cantre.
- B, B, deux grandes traverfes inférieures qui afsemblent les montans parle bas , & déterminent la longueur de la cantre. . .
- C, C , deux petites traverfes quf déterminent la largeur. ^ .
- D, D , traverlès fupérieures 5 eile.s.font percées de. trente trous a un pou.cm
- de leur bord fupérieur. " . ,
- E, E,deux petites traverfes fupérieures.
- F, traverfe qui divife fen deux parties égales le quarré long formé parlés^
- quatre précédentes > elle forme, les deux divifions de la. cantre, dans lefquelles.-pn place-les rochets..,. ....... - , : , ; . ,
- G, G, deux montans qui portent la traverfe à anneaux la plus bafse., ;
- H, H, demx rftmwans pour lâ.tràveffefu{iérieuré*;' f . », .;y.’
- I, ï, deux petites traverfes qui tiennent les montans G, H»dans, un*
- écartement‘convenable, & les rendent folides* <
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- ^ETOFFES DE SÛT B.
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- K , une des deux traverfes à anneaux , percée de trente trous pour recevoir la ficeile qui retient les anneaux ; ces trous répondent perpendiculaire-;ment à ceux des traverfes D, D & F.
- - L, une des deux traverfes fixées fur celles D , D , pour retenir les broches,
- , a , a.9 deux petits morceaux de cuir , fervant de charnière aux traverfes L«
- Fig. 4, ourdifseufe qui releve à chainette une chaîne ourdie j elle tient dans fa main gauche une partie repliée plufieurs fois , & avec la droite elle forme autant de boucles que cela eft nécefsaire.
- Fig. y , banc à roue.
- Fig. 6", cantre à tiroirs garnis de cinq tiroirs ; on y voit un fourreau vuide, dans lequel 011 peut placer le lixieme tiroir. . /
- Planche VII I.
- Fig. ï , carcaffe de la cantre dépouillée de fes tiroirs.
- A , A , A, A , montans qui forment les angles de la cantre.
- B, B, deux grandes traverfes qui affemblent ces mêmes montans par le f>a«„
- . C, C, traverfes de largeur. , <
- D, D,D, douze traverfes affemblées dans les montans pour porter les tiroirs.
- E, E, deux traverfes qui aflemblent les mêmes montans par le haut. i
- F, F,deux petits montans alfemblés à tenons & mortaifes fur les traver» fes E E, pour porter les traverfes à anneaux.
- - G, G, deux montans pour la traverfe fupérieure.
- * H, H, deux petites traverfes pour conferver l’écartement.
- 1,1, deux traverfes à anneaux percées de trente trous , où fe placent au» •tant d’anneaux de verre. -
- Fig. 2 , tiroir de la cantre.
- A, A, deux traverfes de longueur.
- B, traverfe qui partage le tiroir fur la longueur.
- C , C , traverfes de largeur. : :
- Fig. 3 , échantillon d’étoffe ou un defini de rayure , à une couleur fur un fond ; il eft compofé de fept baguettes 1,1, I, &c. & de fix-parties de fond 5 &,2,&c. Cette rayure peut fervir à toutes fortes d’étoffes, & on peut l’ourdir dans les couleurs qu’011 defire : font les deux extrémités de
- l’échantillon, qu’011 doit regarder comme les deux lifîeres , parce que, pour quelque étoffe qu’011 veuille employer cette rayure, les deux baguettes a toucheront toujours les bords.
- Fig. 4, defïin de rayure à deux couleurs fans le fond ; il eft compofé de Iiuit baguettes &' de fept parties de fond.-Les quatre baguettes marquées 1, font d?une même couleurs-lés quatre autres marquées 2 font d’une couleur
- X x ij
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- ^ ~R ~T BU F A B R I C A N T
- - oppofee , & les fept marquées 3 compofent le fond. b,by marquent les deux -lifierés.
- Fig. j , rayure de deux couleurs en plufieurs nuances fur un fond à vo-tentée elle eft compofée de neuf baguettes & de dix parties de fond marquées 4; l'es quatre baguettes marquées i, font toutes d’une même couleur j celle coûtée a ett d’une couleur oppofée , & les quatre cottées 3 font nuancées., ‘
- Fig. 6, autre deflin de rayure , à nuances fermées & nuances ouvertes ; H eft compofé de cinq baguettes , dont deux d’une feule couleur, & les autres nuances,. & de deux parties de fond; les deux baguettes I , I, font d’une feule couleur ; celles 2,2, font nommées nuances ouvertes parce que. les brins de ces nuances font adolfés l’un contre l’autre, & que le clair eft en dehors. ; ce font donc des baguettes à deux nuances ouvertes ; la baguette 3 efit à quatre nuances fermées, parce que les teintes claires fe joignent au mirieu-
- Fig. 7, rayure dont les baguettes font les unes à nuances & les autres paonnées, c’elt-à-dire , pas d'un ,pas d'autre. Elle eft compofée de fept baguettes ; I, i , I, I , font à nuances ouvertes, deux étroites & deux plus larges, l’es trois baguettes 2, 2,2, fe nomment paonnéesparce qu’elles font ourdies à deux coureurs, dont l’une forme un pas & l’autre forme Pautre. On fait marquer de petits carreaux à ces. baguettes, pour les diftinguer des autres y cependant on les. fait quelquefois cannelées. Dans le deiEn, les carreaux font marqués plus grands qu’ils ne le font ordinairement, afin qu’on en apperçoive mieux l’effet. Ces baguettes font toujours ourdies doubles ; par ce moyen elles rendent mieux l’effet qu’on en attend. Il s’agit feulement d’employer deux couleurs, qui s’oppofent bien l’une à l’autre. L’our-diifage de ces baguettes eft ce qu’on appelle doublaii 3 ,3 , font les deux parties de fond de la rayure-
- Fig. g, autre rayure compofée de fept baguettes & Ex parties de fond* les baguettes font toutes fuppofées de la même couleur ; le deffin a été déterminé pour un taffetas ourdi en blanc &. les baguettes eramoifies : les; deux baguettes 2,2, font de Ex dents chacune , celles 3,3, font de deux dents î celles 4,4, font de quatre dents, & celle f , de trente dents : les, deux grandes parties, de fond 6,6,. font de quatre-vingt-treize dents ehav cune , les deux parties 7, 7, font de deux dents , & les deux g , 8, de trois dents j la largeur de la rayure eft de 5 pouces, faifant le quart de l’étoffe t elle occupe le quart d’un peigne de 1000 dents.
- Fig. 9. Envergeage lorfqu’on ourdit avec un nombre de roehets impair. Dans ce cas on doit prendre garde auféuleredela fécondé envergeure ,produit .par l’effet de la première., On voit qu’en repliant la brade fur la ligne C , D , on aura inévitablement unfeulere à la jon&ion de. i’envergeure A,B > ave©
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- DJ ~E T 0 F F E S D E S 0 1 F.
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- celle E , F ; fi l’on fait fauter le fil a, on aura encore un feulere, à moins qu’on ne change la diredion du fil qu’on tranfportera ; de maniéré que fi, après avoir placé fur les chevilles l’envergeure A, B, on veut profiter de celle E, F, on donnera à ce fil une diredion oppofée à celle qu’elle tient ; & fi l’on veut ne pas fe donner cette peine , il faut, après avoir placé la première envergeure fur les chevilles, tourner la main pour placer la fécondé. Cela entordra néceffairement la mufette d’un demi-tour 5 mais 011 préviendra cet inconvénient, en tournant la main pour placer la première envergeure , & en plaçant la fécondé telle qu’elle fe trouvera. Pour les chaines rayées, on fera la première envergeure comme celle A, B ; mais pour la fécondé , au lieu de faire paifer le fil a deffous , il faut le faire paifer deifus , en le prenant dans un fens contraire. Lorfqu’on a formé l’envergeure A, B , on a fait paifer le fil a fous l’index & fur le pouce ; il faudra donc, en formant la fécondé , faire pafser ce même fil fur l’index & fous le pouce.
- Fig. 10, rayure de neuf baguettes, dont quelques-unes d’une feule couleur, & d’autres à nuances > elle eft fuppofée pour un pékin à trente pouces de large, dont le peigne eft de 15CO dents. Les deux baguettes 1,1, des extrémités de la rayure font fuppofées nuances rofes ; les deux baguettes 2, 2, font vertes5 les deux baguettes 3,3, nuances lilas ; les deux baguettes 4,4, jrofes d’une feule teinte ; & la baguette 5 eft en deux nuances vertes & ouvertes : les fonds 6,6,7, 7*8» 8 , & 9 » 9 > font blancs.
- Fig. 11, rayure de vingt-neuf baguettes paonnées , mais fans nuance, & vingt-deux parties de fond. Celles 1, 3,9 & 13, font couleur de rofe première teinte , 2 , f , 8 > *o & 12, vertes quatrième teinte ; 4, 6 & 14 , violettes fixieme teinte ; 7 & I? mordoré & chamois parleur doubleté ; 16, 17* 18 » 19,20, 21,22, 23,24 & 25 , compofent le fond. Les baguettes dou-bletées font nommées paonnées , cannelées , parce que chaque couleur eft dans toute la largeur de la rayure. Ce deflm a été encore deftiné pour un pékin large de vingt-fept pouces. Le peigne eft de 1600 dents, à quatre fils doubles par dents 5 la largeur de la rayure prend le quart de l’étoiFe.
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- ART DU FABRICANT
- = ------^==-'.—*-==
- TROSIEME PARTIE.
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- •€=
- Traité du pliage de ch aines. & poils, pour les étoffes de foie unies, rayées
- & façonnées.
- 1673. JCntroduction. L’opération qui, dans la fabrique des étoffes de foie, fuit immédiatement l’ourdiffage, eft le pliage des chaînes qu’on vient d’ourdir. On a vu, dans le traité de l’ourdiffage, qu’on compte la valeur des chaînes par portées & par mufettes ; on doit fe rappeller auiîî qu’une portée vaut deux mufettes, & que cette portée, qui eft: toujours fixe à l’égard du fabricant, ne l’eft jamais à l’égard de l’ourdiffeur qui la détermine par le nombre derochets avec lequel il veut, peut, ou doit ourdir.
- 1674. Pour plier les chaines & les poils, il faut néceffairement en divifer p2r ordre , foit les portées , foit les mufettes ; & c’eft toujours le nombre de celles qui ont été déterminées dans l’curdiffage, qu’il faut fuivre , fans avoir égard au nombre de fils dont chacune eft compofée.
- 16JS. Dans la divifion de ces portées ou mufettes, on a foin de les placer les unes à côté des autres fur un rouleau de bois , qu’en terme de manufacture on nomme enfuple ou enfouple. On aura occafion de voir par la fuite que cet infiniment eft un des principaux uftenfiles qui fervent à la fabrication des étoffes de foie.
- 1676. Quoiqu’il femble que chaque ville de manufacture ait une-méthode particulière pour plier les chaines, cependant cette différence ne con-fifte que dans les diverfes machines qu’on emploie à cetufage-. Parmi toutes ces machines , on ne faurait nier qu’il n’y en ait de préférables , tant pour leur perfection que pour la célérité qu’elles procurent. Je me crois obligé de donner une idée de chaque méthode, & de rapporter l’ufàge de toutes les machines qu’on emploie pour chacune; je me permettrai quelquefois d’en faire obferver les défauts, mais je ne manquerai pas d’en faire fentir les avantages : c’eft au leCieur à donner la préférence à celle qu’il croira la mériter. Comme depuis plufieurs années je me fuis occupé du projet dont j’ofe entreprendre aujourd’hui l’exécution, j’ai parcouru les différentes villes de manufactures, tant pour connaître à fond l’objet dont je m’occupais dès-lors , que pour pouvoir comparer les connaiflànces que j’ai prifes dans la ville à laquelle je dois ma naiflance, avec les procédés qu’on emploie dansi toutes les autres, & offrir au public une critique judicieufe & impartiale de ce que chacune préfente d’avantages & de défauts.
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- B'ETOFFES DE SOIE. CHAPITRE PREMIER.
- 3*î
- Defcription du pliage des chaînes ; des machines qu'on y emploie, tant à Taris que dans les autres villes de manufactures , & de la maniéré de. s'en fervir : raifon de cette différence d'nfages~.
- 1677. Defcription du pliage. Le pliage eft l’art de diftribuer fur un enfuple les portées ou mufèttes dont les chaînes ont été compofées au moyen de Pourdilfage. On a vu que chaque portée ou mufette fe couchant fur l’our-diffoir, forme un enfemble dans lequel les rayures qui le compofent ( quand c’eft une chaîne rayée) n’ont aucune diftinétion. L’opération que je vais décrire fert à placer fur la longueur de l’enfuple chaque mufette, & par cou. féquent chaque rayure à la place qu’elle doit occuper dans l’étoffe ; de maniéré que toutes étant fur l’enfuple , n’occupent pas en largeur plus de deux pouces ou environ de plus que l’étoffe ne doit elle-même avoir de largeur. IE eft aifé de fentir qu’on ne peut donner d’ordre à toutes ces mufettes & rayures , qu’au moyen de machines propres à faciliter cette opération ; ainfi il eft à propos de les détailler à mefure que je décrirai chaque procédé particulier.
- 167g. Gomme la méthode de Paris eft différente des autres , j’ai pré-fènté à part tout ce qui la concerne i & c’eft par-là que je commencerai mai defcription. L’ordre dans lequel je vais donner les noms de chaque uftenfile* & que je fuivrai dans l’explication , eft celui que chacun tient dans l’opération. La lanterne fur fon chevalet, le compafteur, les porte-rateaux , le râteau, les cabres fur lefquels on place les enfuples; enfin les enfuples fur lef. quels on roule les chaînes au moyen d’un levier ou cheville de bois, ainft qu’on va le voir.
- 1579. Du chevalet & de la lanterne. La fig. 1 , pl. /, reprélènte le chevalet tout monté, avec fa lanterne ; c’eft un fort bâtis de bois de chêne, formé par deux pièces A , A, affemblées folidement au, moyen de quatre traverfes B,B,B,B. Sur l’épaiffeur de ces deux jumelles A, A ,font deux mortaifes à chacune , qui reçoivent deux forts montans C , C, retenus contre l’effort de devant & de derrière parles deux areboutans D, Di l’écartement de ces-deux montans eft auffi retenu par la traverfe E, qui s’y affemble folidement, de maniéré que toute cette machine puiffe réfifter aux efforts multipliés qu’on liai faitéprouver. Au haut des deux montans C, C, eft une entaille arrondie dans fa partie inférieure, pour l’ufage qu’on va expliquer.
- i6go. LAlanterne qu’on voit fur le chevalet, eft repréfentée à part,/#. 2*. Sur le plat de deux poulies G, G, d’un diamètre à volonté, on perce fis. trous à égale diftanco dii centre i & dans un même. écartement refpeéUf ; clia^
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- cun de ces trous reçoit le tenon d’un des fix fufeaux pareils à celui H ,fig. 3 ; au moyen de quoi, quand ils. font en place, on a une efpece de cylindre à claire-voie; mais avant de mettre la fécondé poulie, on fixe au centre de chacune qu’on a équarri, les tenons quarrés a, b , de l’arbre A, fig. 4 , dont le corps , qui ett de la longueur exade des fix fufeaux fins leurs tenons, peut être indifféremment rond , quarré ou à pans. Aux deux bouts de cette lanterne, font les deux collets c , d, de l’arbre, qu’on a eu foin de faire fur le tour, & par où elle repofe dans le fond des entailles des montans du chevalet; il faut aufîi avoir foin de réferver à l’un des bouts de l’arbre une partie méplates, qui reçoit la mortaife/, de la manivelleI. Telle eft la ianterne qu’on voit fur le chevalet ; & comme 011 a befoin d’en diminuer la viteife quand elle tourne , ce qu’on ne peut opérer que par un dur frottement, on pratique fur l’épaiffeur de chaque poulie une rainure circulaire , -comme 011 voit en K ^ fig- f , qui repréfente cette poulie de profil.- On y pafle une corde qui y fait prefque deux tours , fig- 1, pL /, dont un bout eft fixé à un fort piton à vis fur la bafe du chevalet, & l’autre eft garni d’un crochet de fer auquel on fufpend un contre-poids plus ou moins lourd , félon le befoin.
- 1 <581- Il y a des ouvriers qui préfèrent la lanterne qu’on voit fig* 6 : voici comment elle eft faite. On forme fur le tour un cylindre L, aux deux bouts duquel, coupés à angles droits, & même un peu en rentrant, on réferve un tenon quarré qui entre dans le trou des poulies, & dont la longueur eft égale à leur épailfeur ; enfuite eft un collet pareil & au même ufage qu’à l’autre lanterne : enfin à l’un des bouts eft un tenon méplat, pour placer la manivelle. On fixe les poulies contre le corps du cylindre, on le place fur le chevalet, & on s’en fert de même que de la précédente lanterne. O11 a repré-fenté ,fig- r, la figure que décrit la corde quand elle eft fur la poulie de la lanterne ; à un de fes bouts eft un contre-poids, & l’autre eft fixé à un piton.
- 1682. Quoique ces deux lanternes foient deftinées au même ufage, il eft certain que celle à claire-voie eft préférable à l’autre : on en donnera plus bas les raifons. Chacune a au milieu, foi t de l’axe, foit du cylindre , un crochet de fer auquel on attache le bout de la chaine qu’011 veut plier; & pour ménager davantage la foie, 011 a foin de polir, autant qu’on le peut, toutes les pièces qui compofent l’une & l’autre. Quand on veut fe fervir du chevalet, on place fon côté X contre un mur, & on l’y arrête, foit avec des cordes, foit avec des crochets fcellés dans la muraille, foit enfin en mettant fur le devant de la bafe Y, des pattes de fer dans le plancher, ou en la chargeant de pierres, pour réfifter à l’effort de la chaine qui attirerait en-devant toute la machine.
- 1683. Defcription des cabres. On nomme cabres, deux efpeces de tréteaux fur lelquels repofe l’enfuple lorfqu’ou roule la chaine deffusainfi qu’011. le
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- verra dans la fuite. On fe fert de deux cabres pareilles à celle qu'on voit fg. 7, dont nous allons donner la defcription.
- 1684. Sur une piecede bois A , fervant debafe, s'élève un montant B,» aftemblé au milieu à tenon & mortaife , & retenu par les deux arc-boutans C, C, ce qui forme le pied de la cabre. Au haut de ce montant e(l un grand tenon d’environ dix pouces de long , qui entre dans une mortaife pratiquée vers un des bouts d’une longue piecede bois qu’on y voit placée. Cette piece de bois D, eft l’arcboutant, d’environ fix pieds de long, ayant vers un de fes bouts une mortaife plus longue qu’il ne faut, pour recevoir le tenon dit montant B, & dont on va faire connaître l’ufage ; l’autre bout de l’arcbou--tant eft coupé parallèlement au plancher fur’lequel il pofe , & où on l’arrête au moyen d’un clou qu’on y enfonce folidement : c’eft dans l’angle extérieur formé par le montant du pied de la cabre & l’arcboutant, qu’on place l’en» fuple. Voyons maintenant à quoi fert le furplus de la grand mortaife. Au bout inférieur de deux montans, comme E ,fg. 8 , eft pratiquée une entaille qui forme un tenon capable de remplir la mortaife & de tenir folidement : à l’autre extrémité eft une entaille telle qu’on la voit, & dans laquelle 011 place les rateaux. Telles font les machines qu’on nomme cabres, dont nous détaillerons l’ufage, & que quelques ouvriers fixent par terre au bout E f par le moyen d’une traverfe de bois, qu’ils attachent fur le plancher.
- 168 f. Defcription de £ enfuple ou enfouple. On appelle enfuple ou enfouple un rouleau de bois qui quelquefois a des tenons à fes extrémités, & fou-vent auftî n’en a pas, fur lequel on roule une chaine, & dont la forme varie confidérablement. La fig. 9 repréfente un enfuple tout uni à tenons de bois. On en fait de tout pareils , à tenons de fer, qu’on fait entrer à force au centre à chaque bout. La fig. 10 eft encore un autre enfuple à tenons de bois , pareil au premier, mais à l’un des bouts duquel on a réfervé un tenon quarre avec le collet qu’on y voit : c’eft fur ce tenon qu’on place la poulie L,7%. 11, dont le centre eft équarri & y entre jufte; & même pour plus de folidité* on l’attache à l’enfupîe au moyen de deux chevilles ou clous, de manier® cependant qu’011 puiife les retirer pour ôter la poulie quand il le faut. La .fig- 12 eft une autre efpece d’enfuple, ayant auffi des tenons de bois, & vers les extrémités duquel font deux efpeces de poulies qui n’exceclent le corps de ce rouleau que d’un pouce ou environ.
- J686- Tous les enfuples dont je viens de parler , ont vers leurs extrémités, & furie corps même, plufieurs trous fur une même ligne circulaire ; c’eft dans l’un de ces trous qu’on fait entrer un piton, fig. 13, dans l’anneau duquel pafle la boucle d’une corde fixée folidement au milieu d’un bâton ou levier a, au moyen duquel on fait tourner l’enfupîe fur les cabres, après avoir procuré à la chaine une tenfiôn convenable. Comme on change fou vent Tome IX Y y
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- ces leviers de place, il eft à propos d’arrondir & de polir nn peu le corps du piton qui, fans cela , agrandirait trop vite les trous, & hâterait la deftruc-non de l’enfupîe. Enfin on fait aufTi des enfuples fans tenons ; & au lieu de trous pour placer le piton, ce font deux trous quarrés qui percent l’enfupîe d’outre en outre, & fe rencontrent au centre, dans lefqüels on place un levier jufqu’au milieu de fa longueur, pour faire tourner l’enfupîe , comme on s’en fert pour toutes fortes de treuils.
- 1687* On n’a jufqu’ici confidéré ces enfuples que comme des rouleaux } Sc relativement à la maniéré de les faire mouvoir , je vais y faire remarquer une autre propriété. On voit fur la longueur de chacun d’eux , une rainure a., b, qui prend depuis un de fes bouts jufqu’à l’autre , dont la profondeur eft d’un pouce, & dans laquelle on place une verge ou baguette , qu’on nomme compajhur. Le compafteur eft une baguette de bois fort unie , de cinq à fix lignes de diamètre , & de toute la longueur de la rainure de l’enfupîe , dans laquelle on le place : à l’un de fes bouts eft un petit cordon de foie dont on verra plus bas l’ufage. Il faut bien fe garder de le confondre avec une autre verge aulli de bois , qui ne fert qu’à retenir le compafteur au fond de la rainure de l’enfupîe ; au lieu que la deftination de celui-ci eft de con-ferver l’ouverture que la derniere des chevilles errantes de l’ourdiiîoir a formée au bout de la chaine, & le cordon de foie qui y eft attaché paffe dans l’ouverture que l’autre cheville errante a aufii formée, ce qui conferve l’en-vergeure des mufettes. On entrera dans de plus grands détails lors de l’opération du pliage. La fig. 14,pi. III, repréfente la coupe d’un enfuple, dans la rainure duquel on voit au fond le compafteur a ; en c, la place qu’occupe le cordon de foie dans la féparation des envergeures * en b 3 la verge qui retient le compafteur en fa place ; & en d> une partie de l’extrémité de la chaine. Par l’infpe&ion de la figure, il eft naturel de craindre que toutes ces baguettes ne foient emportées hors de leur place parla moindre tenfion de la chaine, mais auparavant de la tendre , on lui fait faire un tour entier fur l’enfupîe, & par ce moyen les baguettes font retenues en leur place.
- I688* Quelques plieurs ont imaginé une autre maniéré de placer le compafteur dans la rainure qu’ils croient moins fujette à laiifer échapper la chaine. Voici en quoi elle confifte. Au lieu de mettre le compafteur en place de la derniere cheville errante, c’eft la verge b qu’ils y placent j puis paifant le cordon de foie c, dans la place de la première, ils mettent le compafteur a par-delfus la chaine , de maniéré que quand elle eft dans la rainure, il fe trouve enveloppé par la chaine & placé au fond de cette rainure.
- 1689. Defcription du ratcau. Le rateau eft une efpece de peigne , entre les dents duquel on place toutes les portées ou les mufettes d’une chaine, pour les-divifer fuivant la largeur d’une étoffe. Celui que repréfente la fig. 15 ,
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- n’eft que le bois d’uu rateau dépourvu de Tes dents ; mais on voit la rangée de trous dans lefquels on les place. Aux deux extrémités a, a, font affem-blées deux palettes ou clefs à angles droits, qui y tiennent folidcment. Sup-pofons pour un inftant que ce rateau Toit garni de toutes fes dents : quand la chaine y eft rangée comme il convient, on ferme le rateau au moyen de la traverfe,// 16, aux extrémités de laquelle font deux mortaifes qui reçoivent les palettes a, a. Lavis qu’on voit fig. 15 , au milieu de fa longueur, & dont la tête ell par-delfous, entre dans un trou pratiqué aulfi au milieu de la traverle fig. 16, & toutes les dents entrent dans autant de trous de trois lignes de profondeur, faits fur cette traverfe & qui leur correfpondent, La fig. 17 repréfente un rateau garni de 120 dents, nombre ordinaire, de fes deux palettes a, a, & de la vis du milieu b ; plus bas eft la traverle qui fert à le fermer : on y voit les mortaifes c, c, qui reçoivent les palettes, les fiches de fer ou de bois/,/, qui les retiennent, & enfin l’écrou qui l’arrête par le milieu. Les dents de ces rateaux font ordinairement de fer , de laiton, d’os, ou de bois bien dur, & doivent être très-polies : elles ont environ trois pouces de long ; on a foin de les conferver toujours très-droites , pour rencontrer aifément les trous auxquels elles appartiennent dans la traverfe > & pour plus de facilité , les bouts en font terminés en pointe émoulfée. Le rateau qu’on voit ici, eft dans les proportions de 32 pouces entre les deux palettes. Il eft à propos d’avertir que la vis 11e doit pas être plus grolfe que les autres dents, parce qu’elle fait elle-même l’office d’une de ces dents. 1
- 1690. Manière de plier les chaînes , & de fie fervir des ufienfiles dont on vient
- de parler. On place le chevalet, pl. I, fig. 1, garni de fà lanterne , près de quelque mur, & on l’attache le plus folidement qu’il eft poffible , ainft qu’on l’a vu ; on place enfuite les deux cabres, fig. 7 , pl. III, à l’oppofite ; de maniéré que les bouts des deux arcboutans qui pofent à terre foient tournés du côté du chevalet. Il faut, pour l’avantage de cette opération, mettre aur-tant de diftance entre les cabres & le chevalet, que la grandeur de l’endroit où l’on travaille le permet, pourvu cependant que la chaine ne fe courbe pas par une trop longue étendue. On peut porter cette diftance jufqu’à BApieds fins rien craindre. Il faut que le milieu de l’écartement des deux cabres réponde au milieu de la longueur de la lanterne, & que l’enfuple lui foit bien parallèle ; & pour placer toutes ces pièces plus exactement, on tire une dia~ gonale de l’angle intérieur formé parla rencontre de chaque arcboutant, avec le pied qui le porte , & à égale longueur on place les deux bouts du pied du chevalet j par ce moyen on s’alfure du parallélifme que je viens de recommander. ,
- 1691. Quand cet arrangement eft fait, on ôte de delfus la cheville ^ re’.e-yer, le bout de la chaine qu’on y avait arrêté en la relevant, on l’attache au
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- crochet du milieu de l’axe de la lanterne ; enfuite le plieur prend la cheville dans fes deux mains, recule, en la déroulant, aufli loin que la diftance du chevalet aux cabres peut le lui permettre, & tient la chaîne très-tendue s alors un ouvrier, placé à côté du chevalet, tourne la lanterne au moyen de la manivelle, & enveloppe la chaîne delTus à mefure que le plieur revient fur fes pas vers le chevalet, en confervant toujours la même tenfion. Lorf* qu’il eft arrivé contre le chevalet, celui qui tient la manivelle continue de la tenir très-ferme, pendant que le plieur retourne encore en arriéré pour dérouler de deffus la cheville une nouvelle longueur à rouler fur la lanterne 9 & répété ainfi la même opération jufqu’au bout de la chaîne. (129)
- 1692. Quand le plieur eft à la derniere longueur de la chaîne, celui qui tourne la manivelle arrête pour un inftant, & place fur les deux poulies de la lanterne,fig. 1 , les cordes F , F , ainfi qu’on l’a dit ( car pendant les opérations elles font reliées par terre de chaque côté ), & enfin fufpend au crochet, qui eft à fun de leurs bouts , un contre-poids alfez lourd pour empêcher la chaîne de fe dérouler. On doit fe fouvenir que les arcboutans reçoivent chacun , dans les mortaifes qu’on pratique à une de leurs extrémités , outre les tenons des cabres, un des porte-rateaux E, fig. 8* C’eft dans cet inftant que le plieur les y place, & met dans l’entaille qui eft au haut, un rateau , fig. 17, convenable, par le nombre de fes dents , à la chaîne ou au poil qu’il va plier : il ôte le deffus c,c, qu’il pofe furie bout des arcboutans* pour pouvoir diftribuer les portées de la chaîne dans les dents du rateau.
- 1693. Quand le rateau eft ainfi mis à fa place, le plieur ôte le bout de la chaîne de deifus la cheville à relever; il paffe fa main dans la derniere fépa-ration de l’envergeure des mufettes, puis y place le compafteur ; il en paffe le cordon dans la première féparation de la même envergeure , & en arrête le bout à l’autre extrémité du compafteur, de maniéré qu’il ne puiffe s’échapper. Dans cet état le plieur fe place vis-à-vis de la lanterne, ayant le rateau devant lui, & tenant le compafteur auiïî horifontalement qu’il lui eft po/fi-ble de la main gauche , dont en même tems il tient toute la chaine : il en di-vife toutes les mufettes, ainfi que les portées , avec la main droite, par le fecours des envergeures, & les place par ordre dans les dents du rateau. Cette opération eft repréfentée dans la pi. 11, où, quoique le rateau & le chevalet foient différens, on voit le plieur afiîs devant le rateau , tenant le
- (129) Cette opération eft repréfentée mément,à mefure que l’ouvrier B fait tour-dans la fig. 17. Plufieurs ouvriers la font ner la lanterne. Tout l’art confifte à tenir fans changer de place. L’ouvrier A fe por- la chaine bien tendue. Cette maniéré eft tant à une diftance convenable du cheva- préférable, parce qu’elle exige moins de let , tient ferme la cheville lur laquelle place, k chaine eft tirée, & ils la déplient unifor-
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- compafteur de la main gauche, & arrangeant les portées avec la main droite.
- 1694. Quand la répartition des mufettes dans le rateau eft faite, leplieur met la traverfe par-delfus, puis les chevilles aux deux palettes & la vis au milieu, pour qu’il ne puifle s’ouvrir; 8c tenant toujours le compafteur, il fait placer fur les cabres un enfuple fans en ôter le rateau , & range les mu-lettes fur le compafteur comme elles le font dans le rateau ; enfuite il place line verge H ,fig. 19, pi. I, fous le compafteur, & les met l’une 8c l’autre dans la rainure de Penfuple , de la maniéré qui eft repréfentée dans la fig. 4 , qui eft la coupe d’un enfuple , & où a eft le compafteur ; c eft le cordon qui l’y tient, & b eft la verge dont on vient de parler : d’autres la placent différemment, comme nous l’avons ditci-deffus.
- 1695. On a foin, pour empêcher le bout de la chaine de fortir de la rainure, de faire faire tout de fuite environ un tour & demi à cette chaine fur l’enfuple , 8c alors la teufion qu’elle éprouve, retient toutes ces pièces en leur place ; après cela le plieur ôte le rateau de deffus les porte - rateaux , qu’il retire de leur place : par ce moyen l’enfuple demeure libre fur les cabres. Pendant ce tems-là un autre ouvrier met une cheville à l’enfuple, d’une des maniérés qu’on a vues, & tient la chaine tendue; alors le plieur abandonne le rateafi qui eft porté par la chaine, pour aller régler les contre-poids qu’011 avait mis aux deux cordes fur les poulies de la lanterne. Cette opération de régler les contre-poids, confifte à en mettre dont la pefanteur puilfe tenir la chaine tendue, en lui permettant cependant de fe déroulera mefure qu’on tourne l’enfuple. Onnefaurait déterminer une quantité de poids qui convienne à toutes les chaines ou poils, parce que le nombre de fils dont les unes & les autres font compofés, varient infiniment, & que ces mêmes fils ne font ni d’une même groifeur ni d’uA même apprêt ; d’ailleurs les cordes qui paffent furies poulies de la lanterne, peuvent être plus ou moins groffes & plus ou moins neuves, 8c par conféquent produire plus ou moins de frottement : e’eft à l’intelligence du plieur à le guider là-deffus. Il eft aifé de fen-tir que les contre-poids, pour opérer une réfiftance fuffifante , ne doivent pas être bien lourds, Ci l’on fait attention que les cordes font attachées par un bout fur la bafe, & que la lanterne fe déroule à contre-fens; ainfi 011 trouvera qu’avec un contre-poids d’environ une livre , on peut empêcher la lanterne de tourner abfolument.
- 1696. Quand les contre-poids font ainfi réglés, un des ouvriers tourne l’enfuple, & pendant ce tems le plieur tient le rateau de maniéré à donner aux portées la largeur que doit avoir l’étoffe à peu près, en l’agitant tantôt obliquement & tantôt droit, pour dégager les tenues & les accrochemens qui le font aux brins de foie , afin que les tirailîemens que produit cette opération, ne puiffent faire caffer aucun brin, La fig. %ipLI> repréfente deux
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- ouvriers occupés à plier une chaîne , dont l’un A tient le'rateau/z un peu obliquement, tandis quef’autre B, à l’aide de la cheville , fait tourner l’en-fuple C , fur lequel s’enveloppera chaine E. On peut voir dans cette figure la maniéré dont les grands arcboutans font arrêtés fur le plancher par des fiches a, a. Le plieur doit.avoir grand foin de renouer les fils qu’il calfe ou qui Te trouvent cafles, & de les placer dans la mufette à laquelle ils appartiennent.
- 1697.. Quoique la quantité des dents du rateau foiü la véritable largeur de l’étoffe dont on plie la chaine, il eft cependant nécelfaire de lui faire occuper fur l’enfuple environ trois pouces de plus que cette largeur dans les premiers tours 3 & à mefure qu’on avance , on diminue cette largeur jufqu’à ce qu’en fin. elle n’ait plus que fa largeur naturelle. Il eft aifé de fentir que les deux bords de cette chaine forment fur l’enfuple un talus dont l’effet eft d’empêcher la foie de s’ébouler.
- 1698. La maniéré qu’emploie le plieur pour écarter ainfi la chaine fur l’enfuple plus que le rateau ne le permet, eft de balancer à droite & à gauche le rateau à mefure que l’autre ouvrier tourne l’enfuple; & même il eftàpro-pos de mettre dans les deux dents des extrémités plus de foie que dans les autres : ainfi s’il a mis une mufette dans toutes les dents du rateau , il mettra dans celles-ci une portée. Par ce moyen ce talus forme en même tems un bourrelet qui retient le r.efte de la foie, parce que cette partie fe roule avec plus de force fur l’enfuple.
- 1699. Il n’eft prefque pas. poflible d’éviter qu’il, y ait dans une chaine des portées plus longues que les autres , parce que le diamètre de l’ourdif-foir augmente toujours un peu vers la fin de la chaine, malgré le remede qu’y apporte la cremaillere , &c. De là réfulte néceflàirement une inégalité détention lors du pliage; mais on la corrige en mettant fous les parties plus lâches , des feuilles ou demi-feuilles de papier , plus ou moins, à l’aide defquelles on groffit à volonté le diamètre de l’enfuple en l’enveloppant plus ou moins, félon le befoin ; & même il eft rare qu’011 ne foit pas obligé d’avoir recours à cet expédient.
- x.1700. Lorsque la chaine eft pliée, à la derniere longueur près, le crochet de la lanterne auquel on en a.attaché le premier bout, avertit qu’on ne peut pas aller plus loin ; alors le plieur décroche cette chaine , & l’accroche au crochet C, qui eft au milieu d’un bâton b ,fig. 20, pi. /, aux extrémités duquel font deux trous qui reçoivent les bouts d’une allez longue corde, où ils font fixés par un nœud : le milieu a de cette corde eft noué , ainfi qu’on le voit, & forme.une boucle qu’on attache au crochet où était la chaine; on roule cette corde fur la lanterne, comme était la chaine, en commençant par le milieu, & s’écartant vers les extrémités, de façon que le bâton:fq
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- trouve parallèle à cette lanterne : il-eft aifc de voir que par ce moyen on procure à la chaine une nouvelle longueur qui lui permet de venir, avec une égale tenfion, Te rouler lur l’enfuple jufqu a une aune près ou environ ; alors on ouvre le rateau , dont on fait fortir toute cette chaine ; puis en ayant décroché le bout, on pâlie la main dans l’ouverture qui y eft , on approche de l’enfuple à mefure qu’il tourne ; & quand il ne relie plus guere qu’un tour & demi, on met la main fous le dernier , pour , en la retirant enfuite, procurer palfage au bout qu’on tire fortement pour l’arrêter fur l’enfuple, ainft qu’on peut le voir fig. 21 ,pl. /.
- 1701. L’usage des machines qu’on vient de voir, n’a lieu qu a Paris & dans quelques villes de manufactures qui en ont pris les méthodes. Celles dont on fe fert à Nimes, à Avignon , à Tours , & dans prefque toutes les manufactures , & dont je vais donner la defeription , font bien plus parfaites que les premières , dont les fabricans de Paris continuent de le fervir, quoiqu’ils conviennent de leur infériorité; mais quelques-uns ne les connailfent pas, & les autres font attachés aux principes qu’on leur a donnés dans l’enfance ; d’autres enfin font effrayés de la dépenlè qu’il faudrait faire pour fe procurer des machines bien plus volumineufes , & de l’emplacement qu’elles exigent. Prefque tous les fabricans de Paris plient leurs chaines eux-mèmes ; aù lieu que dans les autres villeVde manufactures, le pliage eft exercé par dés gens qui en font leur unique occupation, & par cette raifon cette partie eft mieux traitée. C’eft donc la difficulté de placer.ces machines, qui leur en fait préférer de moins parfaites. On verra par la fuite combien le tambour eft au-delîus de la lanterne, quoiqu’au même ufage , & que celle-ci n’a pas atfez de circonférence pour permettre à chaque brin de foie une égale tendon ; défaut auquel j’ai donné ci-deifus la maniéré de remédier. Enfin avec la lanterne on ne peut fe fervir de la corde qu’à la fin du pliage, parce que'fi on la roulait delfus dès le commencement, la foie qu’on y roulerait enfuite en ferait accrochée & déchirée, attendu qu’elle n’aurait d’autre place que fur la corde.
- CHAPITRE IL
- Méthode dont on fe fert d Tours, Nîmes ; Avignon , pour plier les chaines , avec les machines qu'on y emploie.
- 1702. La maniéré dé plier les chaines eft la même dans toutes les villes de manufactures ; mais 'es machines dont on fe fert, font entièrement différentes dans celles de Nîmes, Tours & Avignon : aînfi nous ne pouvons nous diipenfer d’en donner la defeription. Les cabres fout abfoiument les mêmes
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- que celles qu’on a décrites dans le chapitre précédent ; c’eft pourquoi nous n’en dirons rien. Au lieu de la lanterne, on fe fert d’un tambour, dont la grandeur, ainil que le chevalet qui le porte, varient quelquefois j mais nous allons décrire ceux qui font le plus en ufage.
- 1703. Defcription d'un premier tambour. La fig* l , pL III, repréfente utl tambour vu en face fur fon chevalet, & dont voici le développement.
- 1704- A repréfente l’arbre du tambour ; c’eft une piece de bois à huit pans , aux deux extrémités de laquelle font, contre le corps de cet arbre, deux parties cylindriques a, a , d’un moindre diamètre que lui, pour diminuer le frottement contre le chevalet ; enfuite font deux collets b> £,d’un moindre diamètre encore : à un des deux bouts feulement eft réfervé un renflement cylindrique , qui fert tant à retenir l’arbre en fa place dans les entailles du chevalet, qu’à appuyer la manivelle qu’on place dans la partie quar-rée </, pour le faire tourner. Il eft bon , pour plus de régularité, de faire fur le tour toutes les parties cylindriques qu’on voit à cet arbre. Aux deux extrémités de chacun des huit pans, eft une mortaife dont la longueur eft par-tout la même, ainft que la largeur, excepté fur une face où elles font longues d’environ deux pouces de plus que les autres , pour pouvoir affetn-bler au centre, à mi-bois, deux traverfes, ainfi qu’on le verra. Ces deux mor-taifes font rencontrées au centre de l’arbre, à angles droits , par deux autres > mais celles des quatre autres pans de l’arbre ne font profondes que d’un pouce & demi.
- I70f. Deux traverfes comme celle qu’on voit en C, & qui s’affemblent au milieu en croix à mi-bois , font placées aux deux extrémités de l’arbre de la maniéré fui vante : dans la plus petite des mortaifes, qui paffe d’outre; en outre , on fait entrer un peu jufte une de ces deux traverfes , jufqu’à ce que l’entaille foit dans l’alignement de l’autre mortaife à angles droits j alors on place la fécondé, qu’on pouffe jufqu’à ce que les entailles fe rencontrent ; & avec une clef qu’011 fait entrer dans la plus longue mortaife, on les force de s’affembler l’une avec l’autre d’une maniéré très-folide; & prenant la longueur d’un côté de ces traverfes, à laquelle on ajoute un pouce & demi qui doit entrer dans la mortaife , on en fait quatre pareilles à chaque bout, ce qui en tout donne huit rayons de chaque côté.
- 1706. Il faut, avant de mettre en place toutes ces traverfes , avoir foin de faire à un de leurs bouts un tenon pour recevoir huit autres traverfes comme celle D, & former les huit ailes de ce tambour, auquel, dans cet état, il ne manque plus que huit areboutans de chaque côté, pour entretenir l’écartement de ces ailes. On trouvera fur la fig. 1, pl. III, toutes ces piece?. fous les mêmes lettres , excepté les areboutans qu’on a ôtés pour limplifier la figm & la rendre plus intelligible.
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- 1707. Ce tambour ainfl conftruit forme un cylindre à claire-voie, tel à peu près qu’un ourdilfoir rond qui ferait couché, mais dont les ailes font beaucoup moins longues ; fon diamètre eft d’environ trois pieds dix pouces : le diamètre de l’arbre eft de fix à fept pouces , & fa longueur de trois pieds & demi tout compris, car celle des ailes n’eftque de deux pieds & demi.
- 1708. Sur un des pans de l’arbre, s’il eft à pans, ou dans une même ligne , s’il eft rond, font plantés deux pitons b, b, auxquels on attache les bouts des cordes qui font attachées à l’arbre, & qui entourent le tambour à trois ou quatre pouces des deux extrémités , en laiflant entr’elles un écartement fuffifànt pour pouvoir y placer la chaine, dont le bout eft attaché au crocheté* fixé au milieu du bâton qui tient aux deux cordes d, d,fig. 2, pl. III.
- 1709. Defcription du chevalet. On appelle , en terme de plieur de chaine» chevalet, tout ce qui fert defupport, foit à la lanterne foit au tambour. J’ai déjà décrit le premier -, voyons maintenant ce que c’eft que celui-ci. Lafig. 9 , pl. Il, repréfente un chevalet tout monté : c’eft un bâtis de bois de chêne très-fort & très-folide, à caufe de la téfiftance qu’il doit oppofer aux efforts du pliage.
- 1710. La bafe eft un quarré compofé de deux pièces de bois A, A , alfem-blées folidement au moyen des trois traverfes B, B, B 5 aux quatre angles de cette bafe font deux mortaifes propres à recevoir les tenons des quatre montans C, C, C, Cjenfuite eft une longue mortaife qui reçoit ceux des deux croix D E, D E, entaillées à mi-bois , & alTemblées non pas à angles droits, mais en croix de Saint-André. Chaque côté eft aufli affemblé au moyen d’une des traverfes G, G, lefquelles le font à leur tour par un bout feulement, par une troifieme traverfe H. Sur le devant de ce chevalet (& c’eft le côté où on ne voit point de traverfe en-haut ) on fait deux entailles capables de recevoir à l’aife , mais fans balotter, les collets b, b, de l’arbre A, fig. 1, pL III. Dans cet état le tambour eft prêt à travailler, & n’a plus be-foin que de la manivelle B, dont la mortaife reçoit le tenon quarré de l’arbre.
- 1711. Sur la traverfe du milieu de la bafe du chevalet, font deux forts pitons de fer, mis à vis près des bouts de cette traverfe : c’eft là qu’on attache i’un des bouts de deux fangles E ,pl. III, fig. 3 , lefquelles font garnies de crochets de fer b, b , & qui, après avoir fait un tour prefqu’entier fur la circonférence du tambour, viennent s’accrocher par l’autre bout, auquel eft auili un crochet de fer, à d’autres crochets d, d, qui font folidement attachés aux deux bouts d’un fort bâton C ,fig. 2, au milieu duquel eft un autre crochet de fer*, femblable au palonnier d’un train de carrolfe. L’effet de ses deux fangles eft, ainfl que celui des cordes qui paffentfur les poulies de
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- la lanterne, d’oppofer une réfiftance convenable au déroulement de la chaîne* afin de la tenir tendue fuffifamment pour la plier comme il convient.
- 1712. La fig> 10 ,//. Il y repréfente une bafcule compofée d’une traverfe-» dont la longueur, fans les tenons, eft égale à l’écartement des deux côtés du chevalet ; les deux tourillons g, g, entrent dans des trous pratiqués an bas des montans C, C, de derrière des côtés du chevalet. Au milieu de cette traverfe eft aflemblé à tenon & mortaife un montant B, de la longueur de la bafe , & retenu de chaque côté par deux arcboutans C, C, qui y font fondement afîemblés. Au bout du montant B, eft un crochet de fer rivé par-def-fous, auquel on attache le crochet qui eft au milieu du bâton, où font les fangles E, E. Dans cet état, fuppofons que le tambour eft fur fon chevalet » on attache le bout des fangles aux pitons qui font fur la traverfe du milieu de la bafe 5 puis leur ayant fait faire un tour fur le tambour, on attache le crochet du bâton à la bafcule , qu’on charge avec une pierre ou autre chofe qu’on avance à volonté, pour en augmenter ou diminuer la pefanteur ; la feule attention qu’on doive avoir en cela , eft de faire enforte que la bai-cule foit élevée par le bout de quatre à cinq pouces au-deflus de la bafe , & que le côté des tourillons en foit à environ un pouce, fans quoi elle fe trou»-verait arrêtée dans fon mouvement.
- 1713. Defcrîption (Tun autre, chevalet. La fig. 4 ,/>/. III, repréfente un des côtés d'un autre chevalet, propre à porter un tambour pareil à celui qu’on a vu ; la bafe eft compofée de deux pièces de bois A, A , qui reçoivent deux traverfes dont on voit les mortaifes. Sur cette bafe s’élèvent deux montans C fur le devant a , & deux autres D fur le derrière b ; au haut de chaque couple de montans, eft une traverfe E, au milieu de laquelle eft une entaille circulaire prefque fermée , qui reçoit les collets de l’arbre. Au haut des deux montans C eft une mortaife qui reçoit le tenon des arcboutans F, dont l’autre bout eft coupé parallèlement au plancher fur lequel on les fixe au moyen d’un gros clou ou d’une tringle de bois qu’011 attache par terre, & contre laquelle ils appuient; leur écartement eft entretenu par une traverfe qui y eft a/Temblée, vers le milieu, à tenons & mortaifes. Sur les côtés de la bafe font deux pitons dans lefquels pa/Tent les cordes, & où elles font retenues au moyen d’un nœud. 11 eft inutile de répéter ici quel eft l’ufage de ces cordes ; on le connaît aflez par ce que j’en ai dit précédemment. On fe fert au/lî avec ce chevalet, d’une bafcule comme avec les précédens, & pour cela on fait deux trous vers les bouts des traverfes A de la bafe, dans lefquels entrent les tourillons qu’on y réferve.
- 1714. Il y a encore une autre efpece de chevalet, dont la /implicite & la folidité font les qualités principales : le voici. On fcelle dans un mur, à la hauteur des autres chevalets 5 deuxpkces de bois, àl un des bouts de/quelles
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- eft; une entaille propre à recevoir l’arbre du tambour ;à l’autre bout e(l un trou dans lequel entre une cheville de fer, qui fert à rendre le fcellement plus folide. Au bout extérieur de ces deux pièces de bois, on attache une étaie, dont la hauteur eft telle que l’entaille qu’on y voit roidiffe un peu par-dellous , tandis que par-devant on l’attache avec une vis à tête, qui ne fait que l’entretenir en la place ; & pour empêcher ces deux étaies de s’écarter par le bas, 011 les affemble avec une piece de bois, à tenons & mortaifes. Enfin on fcelle aullî au bas du mur deux forts pitons de fer , dans lefquels on place une bafcule pareille à la précédente. Quelques plieurs fe fervent des cabres pour chevalet, & mettent le tambour à la place de l’enfuple ; d’autres font à cec endroit une entaille pour retenir plus folidement le tambour : mais toutes ces méthodes font défeéiueufes , à caufe du manque de folidité.
- 171Ç. Defcription d'un autre tambour. On a une autre forte de tambour qui 11e ditfere de ceux qu’on a vus précédemment, que par l’arbre qui le rend plus commode. Cec arbre, au lieu de collets pris immédiatement après la longueur qui en fait le corps, a de chaque côté une partie cylindrique d’un moindre diamètre que lui, & terminée vers les extrémités par un rebord aufli élevé que l’arbre même; enfuitefont les collets , puis d’un côté 2a partie quarrée qui reçoit la manivelle : ainfi la différence 11e confifte que dans les parties cylindriques , dont 011 va faire connaître l’ufage..
- 1715. On fe fou vient fans doute, qu’aux autres tambours 011 paffe fur leur circonférence deux fangles qui, au moyen d’un frottement qu’011 augmente ou diminue à volonté, s’oppofent à un trop prompt déroulement de ia chaine ; à celui-ci on obtient le même effet par un moyen différent : on enveloppe les cylindres faits au bout de l’arbre, d’une corde chacun, attachée par un bout fur la baie, par l’autre à un palonnier, & celui-ci Peft à fon tour à la bafcule, qu’on charge d’une pierre plus ou moins lourde 5 mais comme on fait que la réfiffance opérée par les frottemens eft en raifon des furfaces, il eft évident qu’ici la réfiffance ne doit pas être la même en enveloppant l’arbre que quand on enveloppe le tambour, & que d’ailleurs l’inégalité des leviers y contribue encore ; c’eff pourquoi on fait faire deux tours à ces cordes , & l’expérience du cabeftan nous apprend combien eft grande la réfiffance qui en réfulte, au point qu’en chargeant un peu plus la bafcule, on réduirait le tambour à ne pouvoir plus tourner du tout. Au furplus , les ailes de ce tambour & fa conftru&ion entière font abfolument les mêmes qu’à ceux qu’on a vus plus haut ; il leur eft même préférable, tant à caufe de fa folidité, que parce que 11’y ayant fur fa circonférence qu’un tour d» cordes & non pas deux, la chaine trouve plus d’efpace à occuper.
- 1717. Defcription d'un troifieme chevalet. C’eff pour ne pas multiplier inutilement les planches, que j’ai expliqué les tambours dont on vient de lire
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- la defcription ; & c’eft pour donner de l’ordre aux defcriptions, qu’en pors lant de ces tambours , je n’ai pas parlé des chevalets quiles portent. Sur une bafe formée de deux pièces de bois I, I ,pL III,fig. y, auxquelles font alfem-blées deux traverfes F, F, à tenons & mortaifes, s’élèvent deux montans M, M, qui par le haut font attachés au plancher & retenus par-devant au moyen des arcboutans N, N, qui vont s’appuyer précifément derrière les oreillons G, H, parce que c’eft là quefe fait le plus grand effort quand on plie la chaine. Ces deux oreillons reçoivent les collets de l’arbre du tambour , & font placés fur les montans M,M,à une hauteur convenable pour qu’un homme puiife commodément tourner la manivelle L; au bout de là bafe oppofé à celui où font les arcboutans N , N, font deux autres oreillons dans lefquels tournent les tourillons de la bafcule K ; fur la traverfe du milieu font deux pitons auxquels on attache un bout des fangles * ou des cordes dont l’autre tient au palonnier. Ce chevalet eft, fans contredit, préférable à tous ceux que nous avons vus jufqu’iei; mais j’ai du rapporter les différentes méthodes ufitées dans les villes de manufactures.
- 1718. Manière de fe fervir des tambours & des chevalets pour le pliage des. chaînes. Quelle que foit, de toutes les machines que je viens de décrire, celle qu’on adopte, la maniéré de s’en fervir eft abfoîument la même. Je fuppofe qu’on choififfe celles contenues dans la pi. IX, 011 attache le bout de la chaine au crochet du bâton ; l’un des deux ouvriers tourne la manivelle & roule les cordes fur le tambour, jufqu’au bâton; alors il s’arrête, & celui qui tient la cheville recule en déroulant la chaine à une certaine longueur » enfuite l’autre tourne le tambour pour y mettre cette partie : après quoi le plieur recule en déroulant une nouvelle longueur, que l’autre met enfuite fur le tambour, 8c ainfi de fuite jufqu’au bout de la chaine. Alors on met la chaine au rateau, comme on l’a vu au pliage à la parifienne ; avec cette différence , qu’au lieu de placer le rateau fur les cabres , on fe fert d’un banc » fig. 2, pi. II, fur lequel s’élèvent deux montans , au haut defquels eft une entaille dans laquelle on place les rateaux,de quelque longueur qu’ils foient. Ce banc eft porté fur quatre pieds affemblés par des traverfes fur la longueur & fur la largeur, qui le rendent alfez folide pour l’ufage auquel on l’emploie.
- 1719. La fig. 1, pl• U > repréfente un plieur A, qui met une chaine an rateau ; cette chaine C s’étend depuis le rateau jufqu’au tambour D, qui ne peut pas permettre à la chaine de fe dérouler, à caufe du poids dont eft chargée la bafcule, & des fangles qui l’entourent. Le plieur eft aftîs en face du rateau, ayant le dos tourné aux cabres fur lefquelles eft l’enfuple. Quand toute la chaine eft mife au rateau, il le ferme ou couvre, (ce font deux «xpreftions fynonymes pour lignifier qu’on met la traverfe de defius }, puis
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- conduit le compafteur & fon cordon , qui confervent Tenvergeure des mu. fettes jufqu’à l’enfuple, dans l’entaille duquel il les place, ainfi que la fécondé verge, & fait fur-le-champ faire un tour à la chaine delfus pour les empêcher de fortir, ainfi qu’on l’a dit ailleurs. Si le tambour a des fangles , le plieur les place delfus & charge la bafcule ; fi ce font des cordes, il en fait faire deux tours fur l’arbre, & faifant tourner l’enfuple , il l’enveloppe de la chaine, pendant qu’il agite en tous fens le rateau, ainfi que cette figure le repréfente.
- 1720. Defcription de la maniéré ujitée à Nîmes & à Avignon > pour plier les chaînes rayées , ourdies à plujieurs parties. J’ai dit en quelqu’endroit du traité de l’ourdilfage, que les chaînes ourdies à plufieurs parties exigeaient au pliage une précaution différente des autres 3 en effet, la maniéré de les mettre au rateau doit nécelfairement s’accorder avec celle dont 011 les a ourdies. Ce procédé que j’ai rapporté alors, eft celui dont 011 fe fert à Nîmes & à Avignon , où les plieurs doivent s’accorder avec les ourdiffeurs, pour conduire une rayure à fà perfedion. On a vu dans l’endroit cité, qu’un our-diifeur commence toujours à ourdir une rayure par la partie qui touche à la lifiere : c’eft auffi par où le plieur doit commencer quand il la met au rateau 3 ainfi il doit placer vers les extrémités des rateaux les parties qui ont été ourdies d’abord, puis de proche en proche les parties fuivantes; de maniéré que la totalité de la chaine étant au rateau, offre aux yeux la rayure de l’étoffe comme fi elle était déjà fabriquée. Il eft vrai que les parties de fond peuvent donner quelqu’irrégularité dans la répartition qui en eft faite entre les baguettes 3 mais comme le plieur a toujours un échantillon ou une efquiffe qui porte la rayure que doit avoir la chaine qu’il va plier, il doit connaître , par le calcul du nombre de portées qui compofent le fond, à combien d’endroits il doit en placer, & le nombre de portées ou de mufettes que chacun doit contenir.
- 1721. Supposons un plieur occupé à mettre au rateau la chaine d’un petit taffetas, dont la rayure eft rapportée au chapitre XV de £ourdijfiage. On y a vu qu’il n’était pas poflible, à caufe de la difpofition de la rayure, d’ourdir cette chaine à moins de huit parties : ainfi le plieur eft forcé de fui-vre l’ordre qu’on a fait tenir à ces parties , afin de donner au rateau Tordre que cette rayure doit avoir dans l’étoffe , & c’eft de là que dépend entièrement la beauté de fon exécution. Pour fuivre cette opération avec l’exactitude qu’elle exige, le plieur place à fa droite un porte-parties ,fig. 7 , pl. II, à côté du banc. Cet infiniment n’eft autre chofe qu’un montant de bois planté fur une bafe, & fur la longueur duquel font deux rangées de chevilles oppofées Tune à l’autre, à peu près comme le bâton d’un perroquet 3 fa hauteur eft de quatre pieds ou environ : c’eft fur ces chevilles que le plieur place
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- les parties dont la'chaine eft compofée , après les avoir féparées les unes des autres dans l’ordre qu’elles doivent tenir. La chaine dont il eft queftion eft compofée de huit parties ; le plieur les place d’abord fur un compafteur l’une après l’autre , à mefure qu’il les met au rateau , comme fi chacune était une chaine entière. J’ai dit encore dans le traité de l’ourdiifage, que l’ourdiifeur mettait un petit cordon noué à chaque partie pour fervir de guide au plieur3 c’eft à l’aide de ces nœuds que ce dernier reconnait l’ordre des parties de cette chaine : fans cette précaution , il ferait obligé de compter les portées , les mufettes, & même les fils bien fouvent. Pour mieux comprendre Popé-ration que je vais décrire , il eft à propos d’avoir fous les yeux l’échantillon fig. \^pl. VIII, de l’ourdiflage : c’eft celui de la chaine, que je fuppofe le plieur occupé à mettre au rateau. Cette chaine, à l’endroit où j’en ai parlé, eft cenfée ourdie à 4f portées, & la rayure en eft difpofée pour trois répétitions -, de forte que chaque portée de chaque partie de la rayure doit fournir à une des répétitions les 47 portées , qui font 90 mufettes : ainfi le rateau doit avoir 90 dents , dont chacune contiendra une mufette.
- 1722. Pour la première partie : on placera une mufette dans la première dent à droite 3 & venant vers la gauche , on mettra la fécondé mufette dans la 30e dent, la troifieme dans la 31, la quatrième dans la 60, la cinquième dans la 61 , & la fixieme dans la 90. Pour la fécondé partie : on mettra la première mufette de cette partie dans la 2e dent, la fécondé dans la 29 , la troifieme dans la 32, la quatrième dans la Ï9, la cinquième dans la 62 , & la fixieme dans la 89- Pour la troifieme partie ; on mettra la première mufette dans la 3e dent, la fécondé dans la 2g , la troifieme dans la 33, la quatrième dans la 58 5 la cinquième dans la 63 , & la fixieme dans la 88. Pour la quatrième partie : la première mufette dans la 15e dent, la fécondé dans la 16, la troifieme dans la 4$ , la quatrième dans la 46, la cinquième dans la , & la fixieme dans la 76. Pour la cinquième partie : la première mufette dans la 14e dent, la fécondé dans la 17 , la troifieme dans la 44 , la quatrième dans la 47 , la cinquième dans la 74 , & la fixieme dans la 77. Pour la Jîxiejne partie: on placera la première mufette dans la 13e dent, la fécondé dans la x g, la troifieme dans la 43 , la quatrième dans la 48 , la cinquième dans la 73 , & la fixieme dans la 78. Pour la feptieme partie : on placera la première mufette dans la 12e dent, la fécondé dans la 19, la troifieme dans la 42, la quatrième dans la 49, la cinquième dans la 72, & la fixieme dans la 79e dent. Pour la huitième partie : la huitième partie compofe le fond de la chaine 3 elle eft de 24 portées , qui produifent 48 mufettes. Par l’ordre que je viens d’établir , & l’arrangement des 90 mufettes que je fais placer dans les 90 dents du rateau, il n’y en a encore que 42 d’occupées 3 refte encore 48 à remplir. Ces 48 mufettes doivent donc remplir ce qui ne l’eft pas 3 ou les divifera en fix parties égales, qui feront de huit pour chacuns,
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- 1723. En faifant attention à la maniéré dont j’ai diftribué les mufettes dans le rateau, on verra qu’elles laiffent entr’ellqs fix efpaces vuides qui font de huit dents chacun ; c’eft précifément ce nombre répété de huit dents, qui recevra les mufettes dont eft compofée chaque divifion du fond, & elles y feront placées dans l’ordre qu’on va voir. On placera les 8 mufettes de la première divifion dans les 4,5,6, f ,8) 9) 10 & ire dents. Celles de la fécondé feront placées dans les 20, 21,22,23,24,2f , 26 & 27e dents. Celles de la troifieme feront mifes dans les 34, 3^ , 36, 37, 38 , 39, 40 & 41e dents. Celles de la quatrième dans les fo , f 1 s f 2, f3 , 54, f f , 56 & 57e dents. Celles de la cinquième dans les 64, 6f , 66,67,6g , 69,70 & 71e dents. Celles delà fixieme enfin, feront placées dans les go, 815 82 , 83,84, 8?, 86 & 87e dents. Par cette diftribution les 90 dents du rateau fe trouvent remplies , ainfi qu’on peut le voir par l’exemple figuré qu’011 a placé ci-après.
- 1724. Le tableau qui fuit repréfente le rateau dans lequel on met la chaîne; les zéros , au nombre de 9 r, en font les 91 dents néceffaires pdur contenir les 90 mufettes ; les nombres fupérieurs font les dents qu’occupent les rayures, & ceux de deffous font les parties de fond. Les fepc parties qu’on a vues d’abord ci-deffus , y font défignées par les fept premiers chiffres ; de forte que le chiffre 3 , par exemple , fignifie une mufette de la troifieme partie, en quelqu’endroit qu’il foit répété, & ainfi des autres ; & les chiffres de deffous 8, 8, &c. défignent le fond divifé en fix parties.
- 172^. Cet exemple peut s’appliquer à toute efpece de rayures ourdies à plufieurs parties. Les deux moitiés qu’on voit aux extrémités ne doivent pas furprendre , fi l’on fe rappelle ce qu’on a dit dans Yourdiffage du partage des rayures contre les lijieres.
- 1*3 7654407 321123 76^44^7 3=11*3 7654467 321
- COOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOoOOOOOOOOOOOOOOOOCCOC
- 8888S888 88S88888 8888888S 88888888 88888888 88888888
- 1726. J’ai dit ci-delfus que le plieur devait avoir mis un compafteur dans l’envergeure de la première partie : il doit en faire autant à toutes les autres , ainfi qu’on peut le voir par la fig. 6 ^pl. III, qui repréfente un tambour , la chaîne , un rateau & les verges vus géométraiement, ainfi qu’on va le détailler. A repréfente le rateau ; B eft un compafteur dans lequel font enfilées làns ordre toutes les parties de fond ; C eft un compafteur qui tient la première partie de rayure;D eft celui qui tient la fécondé; E eft celui qui tient la troifieme; F tient la quatrième; G tient la cinquième; H tient la fixieme, & I tient la feptieme partie; après quoi il ne relie plus qu’à placer les parties de fond dans le rateau. Il faut donc en tout pour cette chaîne huit compafteurs différens, par où il eft facile de déterminer ce qu’en exigerait une autre chaîne,
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- 1727. Lorsque le plieur a fini de mettre toute la chaine au rateau , il le ferme & retire tous les compafteurs qu’il a employés > puis paffant un doigt entre chaque mufette,il prend l’anneau que chacune forme au bout de la portée, & pafte dans toutes ces ouvertures un feui compafteur qui retient par ce moyen toutes les portées dont la chaine eft compofée. Il faut obfer-ver que lorfque le plieur a retiré les compafteurs particuliers, il abandonne entièrement cette envergeure des mufettes dont on n’a plus befoin.
- 1728. Si par le trop d’écartement des mufettes, occafionné par la dif-tance des dents du rateau, les portées fe trouvent avoir une inégalité de tenfion,au lieu de les prendre par les ouvertures qui font au bout, il les coupe toutes également ; & prenant les mufettes quatre par quatre, il les noue enfemble , après les avoir égalifées les unes aux autres, ayant foin de faire ces nœuds de façon qu’ils fe trouvent fur une même ligne j enfuite il prend la féparation du milieu de chaque quatre mufettes, y place un compafteur , & en fixe le cordon à l’autre bout pour retenir toutes les portées. Enfuite il porte le rateau jufques fur l’enfuple, dans la rainure duquel il place le compafteur , puis la fécondé verge, & continue fon pliage comme celui d’une chaine à une feule couleur.
- 1729. Il peut arriver que le mélange des parties qui compofent une rayure, occafionné quelqu’entrelacement ou quelques tenues entre les brins de foie ; il faut dans ce cas employer toutes les précautions poffibles pour éviter de cafter aucun fil 5 & pour cela on place derrière le rateau deux ou trois verges, pour féparer les parties de la foie dans l’ordre de l’ourdiftage 5 on la fait tenir à quelqu’un pendant tout le tems du pliage , pour dégager la foie & féparer les brins les uns des autres. Pour cette operation on emploie trois ouvriers, dont le premier tient le rateau, qui, pour plus de commodité , eft fufpendu à une perche flexible attachée au plancher ; par ce moyen on peut faire mouvoir ce rateau dans tous les feus, de devant en arriéré , de droite à gauche , & de haut en bas ; le fécond tourne l’enfuple au moyen d’un levier, tandis que le troifieme promene tout le long de la chaine, à me-fure qu’on la roule fur l’enfuple, les verges dont nous venons de parler. Il eft certain que les chaines ourdies à plusieurs parties , donnent plus de difficultés au pliage > mais cet inconvénient ne balance pas l’avantage de les ourdir ainfi.
- 1730. Lorsque la chaine eft fur l’enfuple à quatre ou cinq pieds près des envergeures, le tourneur arrête ; alors le plieur abandonne fon rateau qui fe trouve fufpendu en l’air au bout de la perche ; il le fait tenir contre l’enfuple ou on l’arrête, afin que la foie qui eft deftus ne puifte fe dérouler ; en-fuite , le tourneur prend la fourchefig. 2, pi. IV, fur laquelle il place les en-yergeures de toutes les parties, pour n’en former qu’une feule. Cette opération
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- ration fe fait en prenant au rateau les portées l’une après l’autre^ ou mu-fette par mufette, fuivant l’ordre qu’on a fuivi en mettant au rateau par portées ou par mufettes ; & on met dans une des branches a de la fourche, une des deux ouvertures , & l’autre b , dans l’autre, ainfi que la fig. 4, même planche, le repréfente.
- 1731. La pl.lVrepréfente toutes les opérations de ce nouvel envergeage : on voit en A , fig. 1 , le plieur qui prend à la chaine F quelques mufettes, les place fur la fourche d, que l’ouvrier qui a quitté Penfuple tient de la main gauche, tandis qu’avec la droite il les empêche de fortir de cette fourche. La fig. 3 de cette même planche repréfente le bout d’une chaine qu’on a fini de plier : on y voit tous les cordons que Pourdilfeur avait placés dans les envergeures de chaque partie , & qu’on ne retire que quand ces mêmes en-vergeures font mifes fur la fourche, comme le repréfente la fig. , en Ai & on ne retire cette fourche qu’après avoir palfé le cordon de foie ,fig. 5 , en place des deux branches de cette fourche. Pour conferver les envergeures , on noue les deux bouts de ce cordon , afin qu’il ne puiffe pas s’échapper, & on ôte tous les cordons particuliers ; enfin 011 forme à cet endroit un paquet du bout de la chaine avec ce cordon, pour la contenir jufqu’à ce qu’elle foit fur le métier où l’étoffe doit fe fabriquer. Après toutes ces opérations 011 ouvre le rateau, d’où l’on retire la chaine i 011 la roule entièrement fur l’en-fuple, en palfant le bout fous le dernier tour, ainfi- qu’on l’a déjà dit, & qu’on le voit fig. 21 ,pl. /.
- 1732. Obfervations fur le pliage des chaînes rayées , ourdies à plufîeurs parties. Les réglés que je-viens d’établir pour le pliage de la chaine qu’on vient de voir, doivent être obfervées à toutes celles qu’on a ourdies à plufieurs parties. Le plieur doit toujours commencer par compter les parties, & les prenant les unes après les autres, il les place fur les chevilles du porte-partie ; eufuite il les met au rateau dans le même ordre , mais auparavant il a foin de compter les portées dont chacune eft compofée, afin de prendre un rateau convenable à la largeur de la chaine qu’il va plier; & par le nombre de portées, il connaît c,elui des dents que doit avoir le rateau; après cela il prend l’échantillon de la rayure pareille à la chaine , & met les parties au rateau fuivant cet échantillon. Les couleurs de la chaine qu’on doit plier , ne font pas ordinairement les mêmes que celles de l’échantillon, mais la difpofition en eft femblable ; ainfi par l’ordre de la rayure , ou pour mieux dire, par celui que i’ourdilfeufe doit avoir donné à fa chaine, le plieur doit voir que telle couleur de l’échantillon répond à telle couleur de la chaine, & par-là il 11e faurait manquer de tomber d’accord avec cette chaine ourdie.
- 1733. Lorsque j’ai dit que le plieur choifiiïait un rateau convenable, je 11’ai pas voulu faire entendre qu’il dût toujours être jufte pour le nombre
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- de dents , avec les portées dont la chaine eft compofée ; jamais un rateau n’a trop de dents ; c’eft-à-dire, que quoiqu’il femble n’en devoir avoir qu’un nombre déterminé, s’il eft plus grand, on peut très-bien s’en fervir, fur-tout quand on a foin d’ourdir à un petit nombre de rochets, par la raifort que le rateau divife les mufettes dans une largeur fixe; & mieux elles font placées fur l’enlbple, plus il en réfulte d’avantage pour la beauté de l’étoffe.
- 1734. Pour ne pas interrompre le fil de ma description, lorfque j’ai détaillé les opérations par lefquelles on remédie aux tenues de la foie en pliant , j’ai fuppofé le rateau fufpendu à une perche attachée au plancher ; mais je n’ai vu exécuter cette méthode en aucun endroit : c’eft une idée que je pro-pofe, & dont on peut tirer avantage. Je crois que ce que j’en ai dit, joint à l’infpeétion de la figure, fuffit pour faire entendre cette opération. En effet, il n’eft pas pofîible que le plieur tienne long-tems ce rateau à bras tendu fans fe fatiguer confidérablement, ayant fur-tout fouvent befoin de fe fervir de fa main'droite. Pour fe convaincre de k fupériorité de cette méthode, on n’a qu’à jeter les yeux fur les planckes.
- 1735. De la maniéré de plier les chaînes levées à chaînette de dejj'us l'oitrdif-foir. Le pliage des chaines levées à chainette, ne différé de celui des autres que par la maniéré de les mettre fur le tambour. Voici comment on s’y prend. On met la chaine entière dans un tamis ou boiffeau , ou dans une corbeille garnie de papier , pour que rien ne puiffe accrocher la foie. Le plieur lâche le bout par où il doit commencer (c’eft par celui que l’ourdiffeufe a fini de ever fa chaine de deffus l’ourdiffoir, que le plieur doit défaire fa chainette , oar il ne pourrait fe défiler par l’autre) : il attache ce bout au crochet du bâton, auquel tiennent les cordes qui font attachées par l’autre bout fur l’arbre; puis tenant cette corbeille ou tamis d’une main, il recule autant que la diftance qui fe trouve entre le tambour & les cabres le permet, & fait couler la chaine dans fa main droite le plus délicatement qu’il lui eft pofîible. Quand il eft parvenu à une diftance convenable, il fait un tour de cette chaine fur la main, & ordonne à celui qui tient la manivelle de tourner : à mefure que la chaine s’enveloppe fur le tambour, il avance en la tenant toujours tendue, puis reprend en reculant une nouvelle longueur qu’il roule de même fur le tambour , & continue jufqu’à la fin , à quelques pieds près , qu’il conferve pour l’aifance de mettre au rateau.
- 1735. Quelques plieurs , après avoir accroché le bout de leur chaine au bâton, fe placent à une certaine diftance du tambour, & fans fortir de leur place ils laiifent couler la chaine dans leurs mains à mefure que le tambour l’attire à lui ; & alors il leur fuffit d’avoir la corbeille à leurs pieds : on voit le plieur occupé à défaire avec fa main droite les chainons, tandis qu’i retient la chaine avec la main gauche, po-ur lui conferverune égale tendon
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- Il eft certain que, comme la chaine gliffe toute entière entre les mains du plieur, fon luftre ne peut qu’en être altéré : ainfi cette méthode ne vaut pas îa précédente ; d’ailleurs il n’eft pas poffible de procurer par ce moyen à la chaine une égale tenfion, comme quand on ne roule que par parties.
- 1737. La tenfion que je recommande fi fort en pliant la chaine, fert à dégager les tenues qui ne s’y rencontrent que trop fouvent; du moins eft-il, par ce moyen, plus facile de les dégager , & l’opération en eft accélérée : d’ailleurs les brins de foie deviennent également tendus.
- 1738* Observation fur la différence qu'il y a entre l’ufage des lanternes & celui des tambours. La lanterne cylindrique dont j’ai donné la defcription au commencement de ce traité, en rapportant la méthode de Paris pour plier les chaines, eft inférieure au tambour, en ce que la foie pofant delfus dans tous les points de fa circonférence, & étant couverte par les tours fuivans , il n’eft pas poflible que tous les brins qui compofent une chaine , prennent cette égalité de tenfion fi elfentielle. La lanterne à claire-voie paraît par cette raifon préférable à la première ; mais fa circonférence n’eft pas alfez confi-dérable pour que l’élafticité de la foie puiffe, dans un auflï petit efpace, avoir tout Ion jeu , à caufe du peu de diftance entre les fufeaux. C’eft donc îa néceftité reconnue de donner un libre cours à l’élafticité de la foie, qui a fait penfèr que plus la machine fur laquelle on la roule aurait de circonférence, mieux la foie s’en trouverait : auffi a-t-on construit des tambours qui ont jufqu’à trois aunes & demie & même quatre aunes de circonférence, & on eft parvenu à procurer à la foie une parfaite égalité de tenfion dans toutes fès parties. De quelque grandeur que foient les tambours qu’on emploiera, ils n’ont tous que huit ailes, & font en cela femblables à un ourdilfoir couché; & la diftance des ailes qui eft d’environ 20 pouces, permet à la foie de s’étendre convenablement. On a même remarqué que cette différence influait juff. ques fur la beauté de l’étoffe. Mais, dira-t-on, d’où peut venir une inégalité de longueur entre ces brins de foie qui font raffemblés à l’ourdiffage par des procédés qui femblent ne le pas permettre ? Pour répondre à cette objection, ilfuffit de fe rappeller l’obfervation que j’ai faite dans un endroit du traité de l’ourdiflàge ; j’y ai fait remarquer que, malgré les différentes précautions dont on ufe à cet égard, & notamment l’ufage de la cremaillere, on ne peut éviter que le diamètre de l’ourdiffoir ne foit fenfiblement augmenté vers la fin de cette opération ; ainfi en comparant les premières portées ourdies avec les dernieres, on y trouvera une différence affez confidérable : c’eft pour y remédier, qu’on a introduit l’ufage des tambours ; d’ailleurs il n’eft pas poffible, en ourdiflant, que les brins foient également tendus, parce qu’un rochet plein étant plus lourd, fe déroule moins vite, & le brin eft plus tendu o au lieu que celui qui tire à fa fin tourne avec plus de rapidité, puifque
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- tous deux fout tirés par ime force égaie, & que leur réfiftance ne i’eft pas. L’élafticité qu’on remarque dans les foies vient du tors qu’elles ont reçu au moulinage; malgré l’attention qu’on y apporte, elles n’ont pas le même degré d’apprêt: c’eft donc pour compenfer ce plus & moins, qu’on les tend autant qu’il eft poliible dans toutes les opérations qu’on leur fait fubir.
- CHAPITRE III.
- Maniéré dont on fe fert à Tours & dans quelques autres villes qui tiennent des anciennes méthodes, pour plier les chaînes relevées, ainfi que pour les plier en fortant de deffus Vourdiffoir.
- 1739. Méthode de Tours & de quelques autres villes. A Tours, & dans quelques villes voifines, on ne fe fert, pour plier les chaines, ni de lanterne , ni de tambour , ni même d’aucune autre machine qui en tienne lieu ; mais on fe fert des cabres femblables à celles que nous avons décrites , avec des porte-rateaux, ou bien avec un banc deftiné à cet ufage. On y plie ordinairement les chaines dans un endroit découvert, comme cour ou jardin , qui doivent être alfez longs pour y étendre la chaine toute entière, quelle qu’en foit la longueur ; 011 en déroule de deffus la cheville d’abord une certaine longueur, qu’on met au rateau, puis fur l’enfuple qui eft fur les cabres; enfuite on letend dans toute fa longueur; on paffe dans l’ouverture qui eft au bout, une cheville un peu forte , à laquelle tiennent plufieurs fangles ou cordes, dont chacune eft retenue par un homme qu’elle enveloppe. L’un de ces hommes tient un bout de la cheville dans chaque main, & les autres font placés derrière en file, ou deux à deux, ou à côté les uns des autres : ils font tous leurs efforts pour donner à la chaine une tenfion fuffifante, & avancent à mefure qu’on l’enveloppe fur l’enfuple, fans lâcher mal-à-propos. Pendant ce tems-là le plieur conduit fon rateau de la maniéré qu’on a vu. Il eft facile de fentir toute la défecftuofité d’une pareille méthode, tant parce qu’il n’eftpas poffible que ces hommes procurent à la chaine cette égalité de tenfion qui lui eft fi néceffaire , que parce qu’une chaine dont la longueur eft quelquefois de cent aunes, ne faurait manquer de plier vers le milieu , & de décrire une courbe dont la recherche a fait l’objet des calculs des favans. Tous les brins ne font pas même également tendus ; quelques-uns devenus le jouet de l’air, s’embrouillent avec les autres, & augmentent encore le défordre. Il eft vrai que, pour obvier à ces inconvéniens, quelques plieurs placent des chevalets de diftance en diftance, comme on voit les cordiers le pratiquer eu travaillant. Cette précaution prévient fans doute une partie des défauts a
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- mais malgré cela , cette méthode me H: pas comparable à celles des autres villes de manufactures.
- i 740. Au furplus , la quantité de perfonnes que ce pliage occupe , eft un inconvénient capable de faire rejeter cet ufage. On a vu que, félon les méthodes que nous avons décrites, il ne faut être que deux, & quelquefois trois ; celui qui tourne l’enfuple , celui qui tient lerateau , & celui qui dégage les tenues, quand c^eft une chaine rayée, ourdie à plufieurs parties; au lieu que par cette méthode , indépendamment du tourneur & du plieur, il faut abfolument au moins quatre hommes pour tendre la chaine. Le procédé qu’emploient les cordiers quand ils câblent un cordage, eft le feul moyen à l’aide duquel on puiife tolérer l’ufage de Tours. Voici en quoi il confifte. Ils ont un bâti de bois qu’ils nomment quarré, & qu’ils chargent plus ou moins de pierres félon la groifeur de la corde ; ils y en attachent le bout : cette corde en fe cablant raccourcit, & attire ce fardeau qui traîne avec peine par terre. Tel eft le moyen dont peuvent ufer ceux qui, attachés à un auffi défectueux ufage, 11e s’en veulent point départir; mais encore une fois , la néceffitc de faire ce travail au grand air, où la pluie & le foleil peuvent faire tort à la foie, font capables de le profcrire , ainii que les ordures qui voltigent fans celfe.
- 1741. Maniéré de plier les chaînes immédiatement en les levant de dejfus four-dijjoir. Anciennement 011 ne connaiifait pas l’ufage de lever les chaines de delfus l’ourdilfoir, pour cnfuite les plier comme on fait aujourd’hui ; il y a même quelques villes de manufactures qui le pratiquent ainfi : c’eft pourquoi je me crois obligé d’en rapporter les procédés. Aufîî-tôt qu’on a fini d’ourdir une chaine, 011 ôtelacantre de fa place; on met à quelque diftance du montant du plot, deux cabres en face, auiîî loin que l’endroit peut le permettre ; enfuite 011 fait defcendre le plot à la hauteur des chevilles errantes, en place defquelles on met un cordon de foie pour conferver les enver-geures : on en retire le bout de la chaine, & on le paffe fur le plot entre les deux poulies droites, & entre deux tringles , où, pendant l’outdilfage, a paifé la bralfe , fans cependant obferver la féparation que la tringle du milieu y confervait alors. Le plieur conduit le bout de la chaine jufqu’aux cabres, où il la met au rateau; & quand cette opération eft finie, il place le compaf. teur , & plie la chaine fur l’enfuple de la maniéré qu’on a vue dans les chapitres précédens. On fent aifément qu’il faut une perfonne pour empêcher l’ourdilfoir de tourner trop vite , afin que la chaine 11e fe déroule qu’à me-fure qu’on tourne l’enfuple, & pour lui conferver une tenfion fujffifante.
- 1742. Cette maniéré de plier ne faurait avoir lieu que pour les chaines ourdies fur l’ourdilfoir rond ; mais quand on peut ufer delà méthode reçue généralement, on ne doit pas héfiter à la préférer. En eifet, quoiqu’au pre-
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- mier afpeél cette méthode paraiffe plus fimple & plus expéditive, il eft certain que le déroulement de l’ourdiifoir ne faurait être continu , & par confé-quent la foie'n’eft pas également tendue i d’ailleurs , quelque folide que foit cet ourdifloir, il n’eft pas podible qu’il rédfte long-tems aux efforts multipliés qu’il éprouve par la tendon de la foie. On ne doit donc lever ainfi les chaines que dans un cas de néceffité; car il faut d’abord un endroit qui, outre la place qu’occupe l’ourdiifoir, permette d’en écarter l’enfuple au moins de trois aunes ; encore cette diftance eft-elîe trop petite pour qu’on puiife opérer comme il faut. De plus, il faut que l’ouvrier, au métier duquel on dedine cette chaine , ait fini celle qu’il avait fur ce métier , pour que fon enfuple puiife en recevoir une nouvelle. Il eft vrai qu’on pourrait avoir plu-iieurs enfuples pour un même métier, ou que la chaine reftât quelque tems furf ourditfoir j mais dans une fabrique, où toutes les machines font coùteu-fes, à moins d’un calcul très-économique pour les dépendes , on ne faurait vendre une étoffe au prix courant, d on n’a pas pris garde à tout ce qui peut eu augmenter la valeur. Quant à laiffer une chaine fur l’ourdiifoir, elle peut s’y gâter, & l’ourdifleur , pendant ce tems, refte à rien faire, à moins qu’on n’eût audi pludeurs ourdilfoirs.
- 1743. Il y a des fabricans qui ourdiifent eux - mêmes , ou font ourdir chez eux toutes les chaines de leurs fabriques ; on les y plie audi, & c’eft prefque le feul cas où la méthode dont nous venons de parler puiife être admife j fans cela il faudrait pludeurs lanternes ou tambours : encore eft-il rare de trouver des emplacemens capables de contenir ces diverfes machines très - volumineufes par elles-mêmes ; aind le plus fiir eft de s’en tenir à l’ufage.
- 1744. Dans les villes de manufactures un peu conddérables , chaque opération de fabrique occupe un certain nombre de gens qui travaillent de cette partie pour le public. Aind on donne une chaine à ourdir à un ouvrier qui travaille pour vingt ou trente fabricans ; quand elle eft levée, on la porte chez un plieur, auquel 011 fournit un enfuple, & aind du refte5 & chaque opération faite par gens dont c’eft l’unique talent, eft mieux traitée & avec plus de promptitude.
- + , IL '1!—' A. . --i---------------- .... .......
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Plan c'h e I.
- JT/g. 1, chevalet dont on fe fert à Paris pour plier les chaines & les poils. Il eft garni de fa lanterne F, faite à claire-voie.
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- A, A , grandes traverfes de la bafe.
- B , B , B , B, quatre traverfes qui affemblent les deux grandes.
- C, C, deux montons dans les entailles defquels tourne la lanterne F.
- D, D, deux arcboutans qui retiennent les grands montans C, C, devant & derrière, afin que les efforts du pliage ne les ébranlent pas.
- E, traverfe qui tient les deux montans dans un écartement égal à celui qu’ils ont fur la bafe, pour recevoir la lanterne.
- G , G, poulies de la lanterne.
- H , H , fufeaux de la lanterne.
- 1, manivelle.
- K , K, cordes attachées par un bout à la bafe du chevalet.
- Fig. 2, lanterne à claire-voie vue en face & hors du chevalet.
- Fig. 3 , un des fix fufeaux qui forment la lanterne à claire-voie.
- Fig. 4. A, arbre ou axe de la lanterne à claire-voie, garni de fon crochet de fer a.
- Fig. 5. K, une des deux poulies de la lanterne vue en perfpective.
- Fig. 6, lanterne dont le corps eft un cylindre plein.
- Fig. 7, cabre toute montée comme quand 011 veut plier une ehaine.
- A, grand montant du pied qui s’emmanche par fon tenon a avec la mor-taife du grand arcboutant D.
- B , traverfe qui affemble par le bas chacun des arcboutans C, C , ainfi que le grand montant A.
- C C, deux arcboutans qui retiennent le grand montant A par les côtés, afin de le rendre folide.
- D, grand arcboutans de la cabre.
- Fig. 8. E ,un des deux porte-rateaux qu’on place derrière les grands montans des cabres quand on veut mettre une ehaine au rateau.
- Fig. 9 , enfuple dont les tenons font de fer.
- Fig. 10, enfuple dont les tenons font de bois : un de fes bouts eft propre a recevoir une poulie. »' - — < ;
- Fig. 11. L9 poulie qui fe place à l’extrémité de l’enfuple-précédent.
- Fig. 12 , enfuple à tenons de bois : 'chacun de fes deux bouts forme une efpeee de large poulie par deux rebords d a d’un côté’, & par ceux Ü b de l’autre j c’eft dans ces poulies qu’on place les cordes pour tendre la ehaine.
- Fig. 13 , cheville qu’on emploie pour tourner l’enfuple.*!
- Fig. 14, coupe d’un enfuple vue en face , pour faire appercevoir l’ordre qu’on fait tenir au bout d’une ehaine qu’on place dans la rainure,
- Fig. 1 , bas d’un rateau repréfenté fans aucune dent.
- Q_, écrou qui fert à le fermer. -;f 1
- Fig. 16, couverture du rateau.
- Fig» 17, rateau ouvert garni de toutes fes dents.
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- P, couverture du rateau.
- /,/, deux chevilles qui fervent à retenir la couverture P par fes deux bouts , lorfque le rateau eft fermé.
- Fig. ig, maniéré de rouler fur le tambour une chaine relevée fur une-cheville. ,
- ‘A, plieur tenant avec force là cheville fur laquelle eft roulée la chaine E.
- B, tourneur.
- C , chevalet.
- D, tambour.
- E , chaine.
- F, G, H, I, rateaux.
- M, tabouret fur lequel le plieur s’aftied en mettant la chaine au rateau. Fig. 19. H , verge qui fe place fous le compafteur dans la rainure de l’en-fuple.
- Fig. 20 , corde qu’on roule fur une lanterne, lorfqu’une chaine qu’on plie eft à fa fin. Cette corde fert à faire plier plus facilement la derniere longueur d’une chaine.
- ifig. 21enfuple fur lequel on voit une chaine toute pliée.
- Fig. 22 j arbre d’un tambour.
- Planche II.
- Fig. 1, plieur qui met une chaine au rateau.
- d t petite verge pour retenir le compafteur dans la rainure de l’enfuple.
- b, le compafteur que le plieur tient à la main pour distribuer les portées de la chaine dans les dents du rateau. , '
- c, le rateau.
- Fig, 2, banc porte-rateau.
- Fig. 3 , bout des cabres fur lefquelles on place les enfuples pour plier les chaînes. ,
- Fig. 4, chevalet garni de fou tambour, fur lequel eft roulée la chaine que le plieur met au rateau.
- Fig. f, ouvrier tournant le tambour & l’enfuple. Il eft ici vu portant un enfuple pour le placer fur ies cabres. ,. . . è
- Fig. 6,r cheville fur laquelle la chaine qu’on doit plier était relevée.
- Fig. 7, porte-parties.
- Fig. 8 ? maniéré de plier une chaine.
- A , plieur tenant le rateau ayqu’il conduit de maniéré à diriger la'foie fur renfuple, afin que lesportéesy foient diftribué.es la .mieux polîible,
- B , ouvrier qui tourne l’enfuple.
- C, enfuple.
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- D'ETOFFES DESOLE
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- D, cheville avec laquelle on tourne l’enfuple.
- E, chaine.
- F, F0 les deux cabres,
- G, tambour fur lequel la chaine eft roulée. ; ' ..
- H, chevalet qui porte le tambour. <
- I, banc porte-rateau.
- K , cheville dont on fe fort pour tourner l’enfuple, lorfqu’il n’a point de trou.
- a, rateau que tient le plieur.
- b ,c ,d, trois düférens rateaux.
- e , cordon de foie qu’on retire des envergeures , qu’on accroche à la cheville/pour s’en fervir au befoim ♦
- Fig. 9 , chevalet vu en face par-devant.
- Fig. io , bafcule au moyen de laquelle on tend la chaine à volonté.
- Fig. ii, une des deux cordes qu’on voit pi. /, fig. i , attachées par un de leurs bouts à la bafe du chevalet, & placées dans la rainure des poulies de la lanterne. On a repréfenté cette corde féparément, afin qu’on put juger de la maniéré avec laquelle elle peut occafionner les frottemens néceilaires pour tenir une chaine tendue autant & fi peu qu’on le defire. On voit en A i’e£ pace qu’occupe la poulie, & en C le contre-poids qui la fait roidir.
- Planche III.
- Fig. i, tambour placé fur fon chevalet, l’un & l’autre vus en face.
- Fig. 2, palonnier qu’on joint aux fangles ou aux cordes* pour roidir le tambour.
- Fig. 3 , une des deux fangles qu’on place fur le bord des ailes du tambour, afin de tendre la chaine.
- Fig. 4, un des côtés du chevalet propre à porter un tambour.
- Fig. f , chevalet dont les montans font arrêtés aux foîives du plancher. Il efi; vu par-derriere en peripedive , & dans la fig. 8 par-devant.
- Fig. 6, chaine ourdie en huit parties mifes au rateau , excepté la partie de fond.
- A, le rateau.
- B , compafteur fur lequel eft placée la partie de fond qu’on n’a pas encore mife au rateau.
- C,D,E,F,G,H,I, fept compafteurs qui tiennent chacun une des fept parties qui font mifes au rateau.
- K , le tambour. .
- L, la chaine étendue & diftribuée dans les dents du rateau.
- Fig. 7, un compafteur garni de fon-fil.
- Tenu IX.
- B b b
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- Planche IV.
- La fig. ï , repréiente la maniéré de réunir les envergeures qui font aux. différentes parties d’une chaine, en une feule ,. lorfqu’elle eft finie de plier.
- A, repréfente le plieur qui prend portée par portée , ou mufette par mu* fette, les unes après les autres, en fuivant dent par dent au rateau ; il place; l’envergeure de chacune fur la fourche, afin de n’en faire de toutes qu’une; feule.
- B, celui qui tient la fourche b avec fa main gauche, tandis qu’avec ta main droite il retient les portées qu’on a placées deffus , afin qu’elles, nQ-puiffent pas échapper.
- C , eft l’enfuple fur lequel on a plié la chaine*
- D, le rateau.
- EE* les deux cabres.
- F, le bout de la chaine qu’on a pliée'.
- G , le palonuier auquel le bout de la chaine eft accroché..
- a, le crochet du palonnier.
- Cj c , les deux cordes qui tiennent le palonnier, & au moyen defquelle^ ©n conduit le bout de la chaine jufques fur l’enfuple.
- La fig- 2 eft la fourche fur laquelle on place les envergeures des panier d’une chaine rayée, pour n’en faire qu’une feule lorfqu’elle eft finie de plier..
- La fig. 3 repréfente le bout d’une chaine rayée qui a été ourdie à huit parties , & qu’on vient de plier; c’eft dans cet état qu’on la voit avant qu’on faffe l’opération qu’on vient de voir ci-defTus,/gv i_
- A, eft le rateau.
- B, le palonnier.
- a 9 a 9 a 9 a 9a 9a,a>a3 font les huit cordons de foie qui tiennent chacun l’envergeure d’une des huit parties dont la chaine eft compofée parfonour-diffage.
- La fig. 4 repréfente le même bout de chaine, après qu’on a réuni toutes les envergeures à une feule fur la fourche ,. & qu’on en a retiré le cordon de foie qui tenait l’envergeure de chaque partie.
- A eft la fourche fur laquelle toutes les envergeures des différentes- parties de la chaine font réunies.
- B, le rateau.
- C, le palonnier.
- La fig. s eft un cordon de foie qu’on place à l’envergeure de la chaine * avant que d’en ôter la fourche.
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- ----rr— . 1 ~.......... . ^Sgggsagaa»,
- CLUAT.RIEME PARTIE.
- L'art de faire les canettes pour les étoffes de foie. & les efpolins pour
- brocher. -
- I74<f. JEntroduction. On ne faurait fabriquer aucune étoffe de foie fans avoir des canettes , ni brocher fans efpolins. La façon des canettes & des efpolins confifte dans un nouveau devidage des trames qu’on avait d’abord mifes fur des rochets ou fur des bobines, pour les tranfporter fur de petits tuyaux de rofeau ou de buis; on met ces tuyaux dans les navettes , fig. hpL / , après les avoir garnis de trame pour faire le tiflu des étoffes. Ges canettes ou tuyaux font longs de trois pouces ou environ, & ont à peu près trois lignes de diamètre. Les efpolins font auffi de petits tuyaux faits ordinairement de buis, d’un pouce & demi de longueur, & d’une ligne 8c demie de diamètre ; on les place dans des elpeces de petites navettes , fig. 3 , pi. /, qu’011 appelle boitas , avec lefquelles on broche les étoffes. Onïnomme, en terme de manufacture , faire des canettes ou des efpolims , non pas l’opéra-v tion de fabriquer ces petits tuyaux de rofeau ou de buis , mais celle de les emplir de foie, comme on a empli les rochets au moyen du devidage.
- 1745. On emploie à cet iifage des rouets faits exprès pour cela. Je dis des rouets, car il y en a de plufieurs fortes, non pas pour différentes opérations., mais parce que, quelle que foit leur différente conftruclion, ils rem-pliiTent le même objet, avec plus ou moins de perfection & de prompti-? tude , à la vérité ; mais fi c’eft le propre du génie de tendre toujours à cette perfection par la recherche , il en eft auffi à qui l’attachement aux anciens ufages ne permet pas d’en adopter de nouveaux; & c’eft la raifon pour laquelle les méthodes les plus défectueufes trouvent fouvent les plus zélés partifans. Je donnerai la defeription de quatre de ces rouets qui m’ont paru les plus parfaits, ainfi que des canüres ou doubloirs ; car il eft bon de favoir qu’il faut, pour faire les canettes, un rouet & un doubloir ou cantre.
- 1747. On ne regarde pas dans la fabrique des étoffes, la façon des canettes & efpolins comme étant d’une grande conféquence ; c’eft pour cela qu’011 donne cet ouvrage à des enfans. Il femble en effet que c’eft fi peu de chofe, qu’on aurait regret d’y occuper une perfonne raifonnable : mais ee petit ouvrage exige cependant quelqu’attention ; car, de ce qu’il eft bien ou mal fait , dépend à un certain point la perfection d’une étoffe , ainfi que fon avancement. On fe convaincra de ce que j’avance ici, quand, par le détail des procédés, on fera en état d’en juger. Je me bornerai donc à donner la de£ cription de quatre rouets, & de cinq cantres ou doubloirs, B b b ij :
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- CHAPITRE PREMIER.
- Des rouets à canettes ; dont on fe fert à Paris & dans quelques autres
- villes de fabrique.
- 1748. Defcription d'un premier rouet. La fig. I, pl. I, repréfènte un rouet à canettes, dont on fe fert à Paris & dans quelques autres villes de fabrique.
- 1749' Sur. uns efpece de banc formé d’une planche D, portée fur quatre pieds A, A, A , A , & affemblés par les traverfes B , B , & C , s’élèvent deux montans,E, E , dont les tenons paffent au travers de la planche D, & font clavetés par-deffous ; au haut de ces montans eft une entaille arrondie nu fond , dans laquellé eft placé l’arbre de la roue. Cette roue eft compofée d’urt cerceau plat & large d’environ trois pouces, à chaque côté duquel eft un petit rebord formé par deux petits cerceaux pareils au grand, & qu’on y attache avec des clous d’épingle, de maniéré qu’ils forment entr’eux une rainure circulaire , dans laquelle on place la lifiere fans fin G, qui fait tourner la broche H , fur laquelle 011 met les tuyaux pour faire les canettes.
- , 1750. L’arbre .a* eft quarré vers le milieu de fà longueur, & arrondi enfuite des deux côtés. Il entre à force dans le moyeu b , dont les bouts font terminés en hémifpheres, pour diminuer le frottement entre les montans-E , Ej fur ce moyeu font plantés à égale diftance huit rayons e} e, e , e, &c. dont la longueur doit être parfaitement égale entr’eux , pour recevoir jufte le cerceau qu’on y attache , & qui forment la roue telle qu’on la voit. Quant à la manivelle, on peut, en forgeant l’arbre, la former au même morceau par un double recourbement 5 finon on réferve au bout de cet arbre un petit tenon, auquel on attache la manivelle en rivant proprement ce tenon par-deffus. On peut encore faire ce petit tenon en vis, & tarauder le trou de la manivelle qu’on ôte & met en place quand on veut, comme celle d’une feri-nette. A l’autre bout du banc eft un montant I, au bas duquel eft aufti un tenon qui paffe au travers du banc, & où on le fixe avec une clavette. Au haut de ce montant font deux mortaifes quarrées, dont l’écartement eft à peu près égal à la longueur de la poulie f ; on place dans ces mortaifes deux petites pièces de nerf de bœuf g, g, retenues par-derriere au moyen d’une tringle h : c’eft entre ces deux pièces de nerf qu’on place la broche de fer H, garnie deTa poulie, & qui paffe dans deux trous qu’on y a pratiqués 5 enfuite on met une corde ou lifiere fans fin G fur la roue & fur cette poulie , & qui la fait tourner ; enfin on met une canette fur cette broche , & on la couvre de foie , ainfi. qu’on le verra. Les quatre traverfes n, n, n, n , qu’on voit fur le banc de ce rouet, y font attachées , & forment un quarré dans lequel on met les canettes à mefure qu’on les fait, ainfi que les tuyaux dont on fe ferfr pour cela.
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- 1751. On ne doit pas être furpris de ce qu'on préféré, pour tenir la broche , des morceaux de nerf de bœuf; en y mettant un peu d’huile , le frottement en eft: très-doux, & les filamens dont ils font compofés fe prêtent mieux aux efforts delà broche. La hauteur de la bafe du rouet effc de 18 pouces, fa longueur eft de 27 ; la hauteur des montans E, E, eft d’un pied , & celle du montant I eft de 9 pouces : le diamètre de la roue en a 20. .
- I7>*2. Defcription d'un fécond rouet. La fig. ù^^pL /, repréfetite un autre rouet tout monté, dont on fe fert encore à Paris. La planche A qui en forme le banc, eft portée fur quatre pieds B, B,B, B, dont l’écartement, par le bas, donne plus d’aifiette à la machine; ces quatre pieds font affemblés au moyen de quatre traverfes C, C, D,D. Sur ce banc s’élèvent deux montans E , E , dont on ne voit que l’un , l’autre étant caché par la roue F ; ces deux montans ont chacun un tenon qui palTe au travers de la planche A , fous laquelle ils font olavetés. Au haut de ces montans eft une entaille arrondie au fond, & qui reçoit l’axe de la roue. Cette roue F, dont le diamètre eft d’environ 18 pouces , eft formée d’une ou deux planches aifemblées à languette & rainure. Au centre eft un trou quarré qui reçoit un petit moyeu , dont les extrémités font arrondies. Ce moyeu reçoit lui - même l’axe de la roue, auquel tient la manivelle: on voit fur cet arbre une partie quarrée pour le moyeu; enfuite font deux collets ronds qui tournent dans les entailles.
- 175" 3. A l’autre bout du banc s’élèvent deux autres montans I, I. Ils font attachés fous le banc comme les deux premiers, par une clavette ; & au lieu d’entailles, ils n’ont parle haut qu’un trou chacun , dans lequel entre le bout d’une broche de fer, qui fert d’axe aune longue poulie, qu pour mieux dire à plufieurs poulies de diiférens diamètres , prifes fur le même morceau, ce qui lui donne une forme conique : vers l’un des bouts de ces poulies eft réfervée une partie quarrée a ,fig. 5 , fur laquelle eft fixée la fécondé roue H.
- 17^4. Sur le devant du rouet ( & j’appelle le devant, le côté où eft la manivelle ), font attachés à peu près au milieu de fa longueur deux cou-lilfeaux i, i , entre lefquels gliife le montant L, affemblé à angles droits avec la pièce de bois h , dont il eft à propos de donner d’abord l’explication. Cette piece de bois h, eft égale en largeur à l’écartement des couîiffeaux ; & fur fa longueur eft une entaille, entre laquelle palTe une vis de bois n , dont la tête, plus large que cette entaille , prefle cette piece de bois contre le banc quand on ferre cette vis , & l’arrête à l’endroit où on veut la fixer. On conçoit aifé-ment que par ce moyen le montant L a la faculté d’avancer & reculer comme on le juge à propos. Au haut de ce montant font deux pièces de nerf f,f, deftinées l’une & l’autre au même ufage, femblables à celles dont il eft parlé ci-defïus, & retenues de même par une broche de fer g. Ces deux
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- morceaux de nerf portent une broche de fer e , & fa poulie^, qui tourne au moyen d’une corde fans fin qui embraffe la petite roue, & de là vient paffer fur la poulie d de la brochej & quand elle eft trop lâche ou trop tendue, on a la faculté de l’avancer & reculer comme on le defire. Quant à la corde de la grande roue, pour la tendre ou lâcher, il fufïit de la mettre fur une poulie d’un plus grand ou d’un moindre diamètre. Tel eft le rouet dont on fe fert alfez communément à Paris , & dont l’objet eft de procurer une plus grande rotation aux canettes par ce renvoi de mouvement j car fi on fup-pofe que la circonférence de la poulie qui tient à la petite roue, eft contenue trente fois dans celle de la grande roue , quand celle-ci aura fait un tour, la poulie & la roue qui tourne avec elle , en aura fait trente ; & fi la circonférence de la poulie de la broche eft contenue vingt fois dans celle de la petite roue, chaque tour que celle-ci fera , la broche en aura fait vingt; & pour reprendre tout ce calcul, quand la grande roue aura fait un tour, la broche en aura fait 6oo. Qu’on juge par-là de la vîtelfe de cette rotation.
- 17^. Defcription des doubloirs ou cantres. La fig- 6 , pL /, repréfente un doubloir alfez en ufage à Paris & dans quelques autres endroits. A eft une planche qui lui fert de bafe : elle eft portée fur quatre pieds B , B, B , B , & autour font clouées quatre tringles de bois C, C , C, C , de deux ou trois pouces de large , qui forment de cette bafe une efpece de tiroir.
- 175 6. Vers les extrémités de la bafe, & au milieu de la largeur, s’élèvent deux montans ronds D,D, atfemblés par le bas au moyen de tenons, & retenus par le haut par la traverfe E, qui, en les tenant dans un égal écartement , contribue encore à lafolidité de la machine. Sur la hauteur des montans font percés plufieurs trous qui fe répondent horifontalement, & dans lefquels on met une tringle de fer comme F, fur laquelle palfent les bouts de foie venant des bobines. Sur la même bafe , & dans l’alignement des montans , font de petites chevilles plantées debout dans la planche ; c’eft là qu’on met les bobines auifi debout par leur tête lorfqu’il s’agit de faire les canettes, & par ce moyen la foie fe déroule de deifus ces bobines , & va palfer fur les tringles F, pour fe réunir fur la canette. La longueur de la bafe eft de 22 pouces, fa largeur de 8 » & la hauteur des montans D , D , eft de 3 pieds & demi. Tel eft l’ufage des doubloirs, dont la formelle varie que pour offrir plus de commodité. On a un autre doubloir parfaitement femblable au premier , à cela près qu’il eft monté fur quatre pieds affez élevés , & qui vont en s’écartant par le bas pour lui donner plus de folidité, & que la traverfe E, du haut, reçoit les tenons des montans D,D. U11 troifieme doubloir eft monté auffi fur quatre pieds affemblés à tenons & mortaifes aux traverfes. A l’armoire près, il reffemble affez au fécond ; mais fous fa bafe font deux
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- tiroirs , dont fufage eft le même que celui de l’armoire , quoique moins commode. Au furplus, je ne m’arrêterai pas à des defcriptions fatigantes pour le le&eur le moins intelligent.
- CHAPITRE IL
- Description du rouet à canettes dont on fe fert à Nîmes, d Avignon l & dans quelques autres villes de manufactures.
- I7T7» fA fiS' 7 s pC I, repréfente un rouet à canette , dont on fe fert à Nîmes , Avignon, &c. La bafe eft compofée de deux forts morceaux de bois A , A , à l’extrémité de chacun defquels eft une des pommelles D,D, D, D, faites au tour, qui fervent de pied. Ces deux pièces de bois font alfemblées par le milieu à tenons & mortaifes par la traverfe B, dont la fur-» face fupérieure affleure celle des morceaux de bois A, A. Telle eft la bafe de cette machine, qui par elle-même préfente beaucoup de folidité & d’affiette. Vers un des bouts de la traverfe B, font plantés deux montans E , E, cla-vetés par-delfous , au haut defquels eft une entaille arrondie au fond pour recevoir Taxe de la roue F, fur le plat de laquelle le tourneur qui la fait, a coutume de former des moulures pour l’ornement. Le centre de cette roue F, eft percé d’un trou quarré, dans lequel entre une pieee de bois aufïî quar-rée b ,fig. 8 , arrondie par les deux bouts ; mais à caufe des deux roues contenues entre l’écartement des montans E , E , il eft néceifaire que l’une foit plus vers la droite, & l’autre vers la gauche, pour que , tournant parallèlement, elles ne fe touchent pas; c’eft pourquoi la partie quarrée qu’on voit fur ce noyau, eft plus vers un bout que vers l’autre , ce qui fera pratiqué de même au noyau de la fécondé roue dont je vais parler. Il eft inutile, je crois , d’obferver que ces noyaux ou moyeux doivent être alfez longs pour rouler fans frottement ni balottement entre les deux montans; celui de la roue F, eft percé au centre, & reçoit la partie quarrée de l’arbre, auquel eft jointe fa manivelle. Sur l’épaiifeur des montans & en-dehors de la machine , à une hauteur convenable, font attachés deux Grillons de bois n, qui reçoivent l’axe de la roue H , qui doit être un peu plus grande que la première ; ainfi la hauteur à laquelle on place ces orillons ou goulfets , dépend du diamètre de la roue qu’on emploie. On a repréfenté à part en m, fig. 9, l’axe de cette fécondé roue , qui eft garni d’un moyeu o , fig. 10 , où l’on réferve une partie quarrée , & le refte eft rempli de rainures formant autant de poulies, pour placer la corde (ans fin de la première roue.
- 17^8- A l’autre extrémité de la bafe, eft afîemblé debout un montant L> îrès-folidement danslapiece deboisAiàun demi-pouce de diftance ou
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- environ , eft une fécondé mortaife qui reçoit îe tenon du montant K ; maiff celui-ci y entre librement, pour pouvoir fe prêter aux mouvemetis qu’il doit éprouver. Au haut du montant L, eft une vis M , à tète , qui paffe dans un trou qu’on y pratique , fans que les pas, dont elle eft formée, y prennent; & même près de fa tète eft une partie qu’on ne taraude, point; mais elle eft très-jufte dans le montant K; & l’on conçoit qu’en tournant un peu cette vis , on attire le montant ou on le repoulfe à volonté pour tendre la corde fans fin I, de la roue d’en-bas. Au haut de ce montant K , font deux pièces de nerf de bœuf h,h, comme à ceux qu’on a déjà vus, retenus derrière par la tringle g, & percés par l’autre bout pour recevoir la broche fi, garnie de fa poulie c,fig. 11 ; dans cet état la machine eft toute montée, & n’a plus befoin, pour être parfaitement entendue, que d’être confidérée en travail.
- 17f9. Quand on tourne la manivelle uf, la roue F qu’elle mene , fait tourner, au moyen de la corde fans fin G, qui paife dans la rainure a, la poulie n , qu’on ne faurait voir fur la figure. Cette poulie mene à fon tour la roue H , qui, par fa corde fans fin F, mene la broche fi; & fi cette corde n’eft pas fuffifamment tendue , on tourne un peu la vis M , qui attire le montant K, & la tend autant qu’il eft néceifaire. Pour rendre plus commode cette machine , on y a ajouté une tablette N , propre à recevoir les tuyaux , les canettes & autres chofes. Voyons comment 011 l’y adapte.
- 1750. La fig. 12 repréfente cette tablette toute montée ; N eft la tablette ; t ,t,t, t, font de petites tringles qu’on attache tout autour fur fes bords pour lui fervir de rebord. O eft un montant qu’on affemble dans la planche N, à queue d’aronde , & au bas duquel eft un tenon qui entre dans la mortaife i, fur la bafe de la machine. Sur un des bords de la planche N, en q, eft un tenon pris fur fa largeur ,qui entre dans une autre mortaife K* qu’on voit lur l’épailfeur du montant de devant E; parce moyen cette tablette eft rendue folide, & va jufqu’auprès de l’orillon n, en pofantjufte contre le montant. P repréfente un tiroir qu’on place fous la tablette N, au moyen de deux couliffes à languettes qui entrent dans les côtés du tiroir , au haut defquels 011 pratique une rainure. On a repréfenté dans ce tiroir plufieurs divifions formées par de petites planches, pour lui donner plus de? commodité.
- 1761. Doubloir dont on fie fiert avec le rouet précèdent. Ce doubloir n’a rien de diffèrent, pour l’ufage, de celui que repréfente la fig. 6 ; on a feulement imaginé, pour mettre à profit la place que les quatre pieds de celle-ci rendent inutile, de pratiquer au bas de celui dont je parle, une armoire qu’on peut fermer à clef, pour y mettre tout ce qu’on juge à propos; ainfi je ne m’arrêterai pas à en donner la defeription qui, après ce qu’on a dit, ne manquerait pas de paraître rebutante. CHAPITRE
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- CHAPITRE III.
- Description d'un autre rouet à cariettes & de fon doubloir.'
- 1762. Le rouet que nous allons décrire reffemble à tant d’égards au précédent, qu’après avoir bien entendu le premier, la fimple expofition de celui-ci le rendra très-facile à failir. Je crois ne devoir rien dire de la bafe 8c des mon tans , qui font abfolument les mêmes; mais la différence confifte en une affez fimple méchanique renfermée entre les montans, & dont je vais donner la defcription avec quelque détail.
- 17(33. Sur la fur fa ce intérieure des deux montans E, & dans toute leur longueur (voyez un de ces deux montans fig. 13 ), eft pratiquée une rainure ci f profonde d’un pouce ou environ , & large d’un pouce & demi, dans laquelle gliffe le chaffis C, C, fig. 14. Au bas de ce chaffis eft placé l’arbre de la roue H, fur lequel elle eft folidement fixée. Le moyeu ou noyau qui eft à Ton centre, tient tout l’écartement des deux tringles C, C, qui lui-même eft égal à celui des montans E, pris au fond de la rainure a, & eft terminé en rond par les bouts & fur fa longueur : depuis le quarré où l’on place la roue à l’une de fes extrémités, jufqu’à l’autre extrémité, font pratiquées plufieurs rainures circulaires en forme de poulies, afin qu’on puiffe choilir celle qui répondra perpendiculairement à la roue fupérieure. Au milieu de la traverfe G, qui aifemble par le haut les deux tringles C, C* eft un trou dans lequel entre le collet d’une vis en bois L ,fig> 15 , dont 011 va expliquer l’ufage. Au haut des montans eft une planche F , qui y eft fixée au moyen de quatre vis de fer : au milieu de cette planche eft un trou qui répond perpendiculairement à celui du milieu de la traverfe G, & qui eft taraudé pour recevoir la vis L. Il 11e refte plus, pour achever de faire fentir le méchanifme de ce rouet, qu’à le confidérer en mouvement.
- 1764. Si l’on fait tourner la manivelle, la roue , dont l’axe repofe dans les orillons , tournera auftï; & au moyen de la corde, qui paffe dans fa rainure & dans celle des poulies pratiquées fur le moyeu delà roue H, qui lui eft perpendiculaire, elle mene cette même roue H, qui fait tourner enfin la broche par le fecours de la corde fans fin, qui paffe fur la poulie i, 8c dans la rainure de cette roue H.
- 176). La fig. 14,77/. /, repréfente le chaffis qui porte la roue inférieure vue en perfpedtive : on y a fupprimé la roue K, dont 011 11’a laiffé que des traces par une ligne ponéluée, pour rendre la figure plusaifée à comprendre.. On conçoit aifément la difpofition des deux roues entre les deux montans, & la polition des cordes fuis fin. La tablette qu’on adapte au-devant du rouet, eft femblable à celle que nous avons décrite en parlant du rouet pré-Torne IXC c e
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- cèdent j toute la différence confifte dans le pied qui la fupporte , au lieu dit montant qui foutient l’autre.
- IJ66. On 11e fauraitnier que ce rouet n’ait, fur ceux qu'on a vus juf-. qu’ici, beaucoup de fupériorité. En effet, la qualité qu’on y remarque eft de pouvoir tendre les cordes fans fin à un point convenable : elles fe lâchent ou fe tendent fans ceffe félon la température de l’air, ainfi que celle de l’endroit- où l’on travaille ; les montans retenus parle haut en font plus folides. En accordant à ce rouet la fupériorité fur les autres, me faura-t-on gré de dire que fon auteur efl un Avignonnais ? C’eft une juftice que je rendrai toujours aux talens, en attribuant, avec autant de zele que d’impartialité » à chaque auteur les inventions dont ils nous ont enrichis, quand ils fe feront fait connaître.
- 1767. On a imaginé encore un autre rouet à peu près pareil à celui-ci », mais auquel le chaffis , au lieu de foutenir la roue d’en-bas , porte celle d’en-haut ; il eft certain qu’il n’eft pas aufîî parfait que le premier , en ce que dans, l’un la vis L ne porte rien du. tout : elle ne fert tout au plus qu’à empêcher le chaffis de remonter, puifque le poids de la roue le précipite vers le bas » au lieu que dans ce nouveau, la vis attirant à elle & la roue & le chaffis, fatigue beaucoup ik dépérit promptement.
- 176g. Doubloir dont on fe fert avec Le rouet precedent. Le doubloir qu’on voit fg. 16, eft à quatre faces , & rend par conféquent le fervice de quatre de ceux qu’on a vus. Sur une bafe quarrée A, entourée de tringles B, B, B ,B, pour en former une efpece de boîte , & élevée fur quatre pieds C, C » C, C, dont le quatrième 11e peut fe voir, eft planté au milieu en tout feus , un pivot ou arbre D , au moyen d’un tenon par le bas , enfuite duquel eft réfervée une partie quarrée, d’environ f pouces de long. Le corps de cec arbre eft rond, & a par le haut un collet furraonté , fi l’on veut, d’une pommelle , ou autre ornement fait fur le tour. Tel eft le pivot fur lequel roule le doubloir dont on va donner la defcription. A chacun des quatre coins de deux planches quarrées E, G, moins grandes que la bafe, eft un trou rond où s’affemblent les quatre montans F, F, F, F, haut & bas , ce qui forme la cage qu’on voit dans la figure. Au milieu , eii tout fens , de la planche cr'en-bas G, eft un trou rond propre à recevoir l’arbre D > & au milieu de celle d’en-haut en eft un autre moins grand & fait pour en recevoir le collet, au. moyen de quoi toute cette cage repofe fur le haut de l’arbre, & peut tourner aifément de tous côtés. Sur la planche inférieure G, & dans l’alignement des quatre montans, eft une rangée de chevilles e , e ,e, e, &c. à chaque face , dont on fe rappelle fans doute l’ufage. Vers le milieu de la hauteur de chaque montant, font des trous dans lefquels on place les petites tringles de fer 1*1,1, L> fur lefquelles gliffe la foie venant des bobines en-bas , ou
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- «les rochets qu’on met deflus, quand on fe fcrt de rochets. Quelques ouvriers font auiït mettre quatre traverfes H, H, H, H, au haut de ce doubloir, pourfervir de boîte, & où ils mettent des tuyaux vuides. On conflruit des doubloirs à cinq & même à fîx faces ; il ferait même facile d’en multiplier le nombre ; mais celui-ci a paru fuffifant, & ils n’en ont plus communément que quatre. Je vais donner la maniéré de fe fervirdes machines que je viens de décrire. 3
- CHAPITRE IV.
- Des tuyaux qui fervent à faire les canettes & les efpolins.
- 1769. Les tuyaux qu’on emploie pour faire les canettes, & les efpolins que l’on prépare pour former le tilfu des étoffes de foie, & pour y faire des fleurs en or , en argent ou en foie , font faits de rofeau , d’os ou de buis. Les tuyaux de rofeau qu’on deftine pour les canettes, font ordinairement de 2 pouces & demi de longueur ou environ, & depuis 3 jufqu’à 4 lignes de diamètre ; & ceux qui font choifis pour faire les efpolins , font d’environ. 15 à 16 lignes de longueur , & de 2 lignes de diamètre au plus. La fig. 17, pi. I, repréfente un tuyau de rofeau dans la grandeur qu’011 vient de dire pour ceux dont on fe fert pour faire les canettes ; & la fig. 18 en repréfente un dans la grandeur qu’on vient d’expliquer pour ceux qui fervent à faire les efpolins.
- 1770. Sans doute que le terme de canette, vient de ce que les tuyaux qu’on emploie pour les faire, font tirés en grande partie d’une efpece de cannes, plantes qui croilfcnt au hafard fur les bords de quelques rivières, & de celles qu’on afoin de cultiver dans plusieurs provinces. Les cannes font de grandes tiges droites, produites au nombre de 12 ou par une même racine. La hauteur de ces tiges varie de même que leur grolfeur j de maniéré que l’on en trouve qui n’ont que ro pieds, tandis que d’autres , qui partent de la même racine, en ont 20 & 30. Chaque tige eft enveloppée depuis le bas juf qu’au haut de feuilles qui la couvrent fi exactement qu’il eft irnpoffible de l’appercevoir par aucun endroit, à moins d’arracher quelqu’une de ces feuilles.
- 1771. Toutes les cannes de l’efpece de celles dont il eft ici queftion, font creufes & vuides dans leur longueurs enforte que, fl ce vuide n’était pas divifé fur la longueur par des nœuds, qui font le principe de chacune des feuilles qui couvrent une canne , toute la tige ne formerait qu’un feul tuyau : il eft facile d’imaginer que ces tiges vont en diminuant de groffeur depuis la racine jufqu’à leur extrémité. Les nœuds qui font formés par les feuilles fui* 1a longueur d’une de ces cannes, ne font pas à une égale diftafice ; ils font
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- plus rapprochés à mefure que la tige diminue de groffeur; de façon que Pin-tervalle qu’on apperçoit du premier nœud au fécond , eft plus grand que celui qui fe trouve entre le fécond & le troifieme , &c. En général, plus une canne eft grolfe, & plus les nœuds font éloignés ; ce qui doit faire fuppofer qu’une groife tige eft ordinairement plus élevée qu’une petite, parce qu’à l’extrémité des unes & des autres , quelque groifeur qu’elles aient par le bas on trouve les mêmes proportions dans la diftance des nœuds & dans la groft feur. Une canne produit autant de tuyaux qu’elle a de nœuds fur fa longueur: il y en a depuis 15 pouces de longueur julqu’à un pouce, & même au-def-fous. On rencontre de ces grands tuyaux au pied d’une canne , qui ont quelquefois 2 pouces de diamètre , tandis que ceux de fon extrémité ont à peine une ligne & demie : c’eft préciférnent dans cette derniere partie qu’011 choilit les tuyaux qu’011 deftine pour les canettes & pour les efpolins , parce que du côté de la racine la canne fe trouve trop grolfe pour l’employer à cet ufage. Nous avons encore une efpece de roleaux qui croilfent dans les petites rivières bourbeufes, & dans les marais , fur les tiges defquels 011 prend beaucoup de tuyaux pour les canettes & pour les efpolins. Ces tiges font bien moins grandes & moins grolfes que les cannes dont je viens de parler 5 mais elles font, comme les autres, couvertes de feuilles , divifées par des nœuds, & creufes en-dedans. On trouve dans leur longueur des tuyaux qui conviennent beaucoup mieux aux canettes, parce que leur forme 11’eft pas fi conique que celle de ceux qu’on choifit parmi les tuyaux des cannes : ils font même plus légers, mais non pas fi polis ni fi folides que les premiers s cependant avec les précautions qu’on indiquera , on pourra les rendre auffi durables les uns que les autres ,& auffi propres à la fabrication. J’ai cru devoir parler ici de l’une & de l’autre, parce qu’on 11e trouve pas dans toutes les parties du royaume, deux efpeces de rofeaux ou cannes. Cette raifon engage à fe fervir des uns au défaut des autres. Du refte, je n’ai pas cru qu’on dût me favoir mauvais gré d’avoir donné une idée de cette forte de plante , de laquelle je ferai obligé de parler plus amplement dans la fuite, parce que dans la fabrication des étoffes , on l’emploie à faire des uftenfiles encore plus effentiels. Dans les pays où l’on trouve communément ces deux efpeces de rofeaux, on peut choifir celle qui convient le mieux à l’emploi qu’011 veut en faire s car il eft vrai que, pour fabriquer certaines étoffes, les tuyaux des rofeaux font plus convenables que ceux des cannes, comme il eft vrai aufii que ceux des cannes font plus néceffaires à la fabrication de certaines autres étoffes , à caufe du plus ou du moins de légéreté. Par exemple, lorfque dans une étoffe de foie, quelle qu’elle foit, on emploie de la lame or ou argent, 011 a foin de choifir les tuyaux les plus légers, & néanmoins d’une longueur & d’une groffeur ordinaires j au lieu que pour le filé , le frifé, le furbet & le cordonnet, on fe fert
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- de tuyaux un peu plus pefans , pour les raifons qu’on verra ailleurs. Il y a quelques fabricans qui, pour les canettes & les efpolins , fe fervent de tuyaux de rolèaux, tels que ceux fig. 17 & 185 qui n’ont aucune préparation pour être confervés & pour retenir la foie qu’on place deffus. Cette méthode devient très-fouvent pernicieufe à la fabrication de l’étoffe & à la foie elle-même, parce qu’à mefure qu’elle fe déroule de la canette pour s’étendre dans la largeur de l’étoffe , fi les brins font inégalement tendus , il en paffe fur les pointifelles qui, dans la navette fig. 2 , ou dans la boite fig. 3 fervent d’axe à la canette , fur laquelle il s’entoure quelque brin ; de forte que la canette 11e peut plus tourner, & fouvent il faut en caifer les brins , parce que la navette fe trouve retenue dans fa courfe entre les deux pas de la chaine, dans la largeur de l’étoffe; il faut alors, avec les doigts, la prendre à travers, en écartant les brins de la chaine, après avoir eu la précaution de caifer ceux de la trame : il arrive même qu’en retirant la navette à travers la chaine de la maniéré que je viens de le dire, la foie de la canette s’éboule davantage ; enforte qu’il en réfulte une perte de tems , un dégât de foie, & une imperfection pour l’étoffe, foit parle rapprochement ou l’étran-* gîement des lifieres, foit par des épaniffures , ou par un crépillonnement à l’étoffe, occafionné par le trop de tenfion de la trame, ou encore d’autres accidens qu’il ferait trop long de détailler ici.
- 1772. Pour prévenir tous ces inconvéniens, la plus grande partie des fabricans ufent d’une précaution qui , en confervant les tuyaux , couferve suffi la foie de maniéré qu’aucun brin 11e paffe fur la pointifelle, & qu’on n’éprouve , dans la fabrication de l’étoffe, aucun dérangement provenant des canettes; c’eft en garniifant les deux bouts de chaque tuyau avec du fil ou de la foie , comme celui fig. 19, par fes deux rebords a , a , qu’on parvient à travailler fans difficulté , en fe fervant cependant des tuyaux de rofeau. O11 a plufieurs maniérés pour placer le fil ou la foie fur les tuyaux 3. afin d’y former les rebords néceffair es pour retenir la foie avec laquelle on fait les canettes ; les uns entourent fimplement un fil à chaque extrèmiré du tuyau 3 ils le ferrent avec autant de force qu’il en eft befoin : ils en arrêtent les deux bouts en les nouant enfemble ; d’autres en font de même avec une certaine quantité de brins de foie raflemblés : quelquefois , afin que le fil ou la foie tiennent mieux fur le tuyau , on le couvre de cire. Certaines perfonnes forment un ligneul dû fil ou de foie, & le placent encore de la même maniéré qu’il vient d’être dit. Tous ces foins font bons jufqu’à un certain point, mais aucun ne vaut la méthode que je vais rapporter, & dont j’ai reconnu la bonté par plufieurs expériences ; tellement que j’ai lieu de douter que l’on trouve un autre moyen aufii folide & aufii commode pour préparer les tuyaux.
- 1773* On raifèmble plufieurs brins de foie pour n’en faire qu’un feulV.
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- qu’on enduit de cire , pour en faire une efpece de ligneul qu’on pelotonne fur une cheville de bois ; enfuite avec un petit couteau à fcie, on fait de petites entaillles à chaque bout d’un tuyau , fur chacun defquels on en a pratiqué plusieurs, qui tiennent à peu près l’efpace que le ligneul peut occuper à chaque rebord qu’on veut former. La furface du rofeau eft extrêmement unie & polie, & elle reiTemble à un beau vernis : elle eft fi litfe , que rien ne fe peut coller delfus qu’avec une peine extraordinaire : c’eft à caufe de cela qu’on pratique les petites entailles, afin que les difierens contours du ligneul ne puilfent pas glilfer lotfqu’ils y font une fois arrêtés. On remarquera qu’on arrête le ligneul fur chaque bord , d’une maniéré très-fimple, & fans être obligé de faire aucun nœud : c’eft pour les éviter qu’on a imaginé cette méthode, parce qu’on a reconnu par l’expérience, que la groiTeur d’un nœud excede du double la hauteur du rebord qu’on a formé, & que cette grolfeur eft ii dangereufe , qu’on ne peut pas travailler long-tems une étoffe fans que ce nœud s’accroche aux fils de la chaîne, qu’il n’en arrache quelques-uns , & qu’il ne produite d’autres petits accidens.
- 1774. Voici la maniéré d’arrêter folidement & proprement les bouts du ligneul fans nœud & fans qu’il y parailfe même la moindre grolfeur. On coupe d’abord une longueur de ligneul, telle qu’il la faut pour fournir à la quantité de tours qu’on doit mettre pour former une des deux tètes du tuyau ; enfuite on en lait une efpece de boucle qu’on retient entre le doigt index & le pouce, on place cette boucle contre le tuyau , on prend le grand bout du ligneul , on l’entoure fur le tuyau, autant qu’il en eft befoin ; 011 palfe le petit bout dans la boucle qui eft placée fur le tuyau, on étend ce bout de ligneul, de maniéré qu’il tienne ferrés tous les tours qu’on a mis fur le tuyau , afin qu’en tirant le bout qui forme la boucle , on puilfe faire palfer fous ces mêmes tours du ligneul, une partie du bout & le rendre plat & uni. Il eft aifé de comprendre que les deux bouts du ligneul qui forment une des têtes d’un de ces tuyaux , font retenus fous les contours par le ligneul Le» même, & qu’ils y tiennent l’un par l’autre. Il y a un enlacement formé par deux mêmes bouts , qui eft produit par la boucle qui a attiré le bout qu’on y a paiTé , laquelle 011 a pris foin de ferrer, & de ne point la faire palfer plus avant que la moitié de l’efpqce qu’occupe la quamité des contours du ligneul.
- ry75'. Après qu’on a fait tout ce qui vient d’être dit, & qu’on a ferré les deux bouts du ligneul, 011 les coupe près du rebord , enforte qu’ils 11e paraif-fent pas du tout.
- 1776. Il y a des ouvriers qui lie font qu’au rebord h chaque tuyau ; en cela ils ne leur donnent pas beaucoup plus de perfe&ion que s’il n’en avait pas du tout. La bonne méthode eft de leur en former deux; & lorfqu’on les y a faits, on roule le tuyau fur une planche bien unie , pour polir les rebords,
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- à fin qu’ert travaillant les étoffes auxquelles on les emploie, ils né puiffent point arracher les fils de la draine.
- 1777. En rangeant les tuyaux delà maniéré que je viens de décrire, non-feulement on prévient les acciuens qui arriveraient à la foie & à l’étoffe ; mais on a l’avantage de s’en fervir long-tems, parce qu’on ne rifque plus de les refendre en les plaçant fur la broche du rouet à canettes ; au lieu que ceux qui 11e font point garnis, au moindre effort qu’on leur fait éprouver , ne peu-, vent plus fervir. Ce n’eft pas à caufe du prix qu’ils coûtent qu’on prend cette précaution , puifqu’ils ne valent que deux fols le cent 3 mais c’eft qu’il arrive très-fouvent qu’étant fendus , ils s’écrafent entre les mains lorfqu’ils font pleins de foie : alors on perd les tuyaux & la foie qui les couvrait, leL. quels ceffent d’ètre propres à aucun ufage.
- 1778. Les tuyaux derofeaux font ordinairement employés pour faire les canettes pour les étoffes unies ; quelquefois on s’en fert pour les étoffes fa-, qonnées. Ceux avec lefquels on fait les efpoüns , font employés pour les étoffes brochées ; mais comme pour les grolfes étoffes on met enfemble uns-grande quantité de brins , pour former la groffeur des chiites de la trame, on s’eft apperçu que ces tuyaux étaient trop légers, c’eff ce qui a donné l’idée d’en faire d’autres avec de l’os, du buis ou quelqu’autre bois dur; 011 leur donne à peu près la même grandeur qu’à ceux de rofeau , & on les fait fur le-tour, en pratiquant à chacun de leurs bouts un rebord arrondi. Voyez celui fig. 20 , dont les rebords font élevés d’environ une ligne au-deffus du corps du tuyau ; mais il fe perd infenfiblement fur fa longueur.
- 1779. La fig. 21 eft un tuyau de buis ou d’os, fait auffi fur le tour, pour fervir à faire les efpoüns ; les rebords qu’on y a ménagés font différemment conftruits que ceux des tuyaux pour les canettes : ils font coupés quarré-ment en-dedans , du côté du corps du tuyau , & arrondis en-dehors. Comme-ces tuyaux font faits fur le tour , on a grand foin de les polir , afin qu’ils ne puilfent pas accrocher la foie qu’on place deffus , ni celle de la chaine dans la-, quelle la navette les faitpaffer. Plusieurs tourneurs ont l’habitude de percer ces tuyaux avec un inftrument qui eft fait de maniéré que le trou eft plus grand d’un côté que de l’autre. Cette façon de les percer devient quelquefois pernicieufe à la fabrication de l’étoffe : auffi ceux qui en connaiffent le défaut-les font contre-percer ; c’eft-à-dire , qu’après les avoir percés par un côté, on repaît l’outil avec lequel on a fait le trou , par l’autre côté ; avec cette pré-caution on rend égal le trou dans to.ute.la longueur du tuyau. L’ufage des tuyaux de buis , &c. eft très-avantageux pour fabriquer les groffes étoffes i auffi eft-il adopté dans toutes les villes de mannfa&ures les plus connues» Peut-être que fi dans quelques-unes des villes où l’on fabrique des étoffes de foie, on n’a pas cet ufage, c’eft parce qu’on 11’en connaît pas fuffifammeni
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- Futilité, & qu’on imagine que c’eft une forte dépenfe à faire. Il eft vrai que dans plufieurs provinces j’ai vu que les tourneurs ont voulu faire payer ces tuyaux à raifon de cinq livres le cent, même dans des pays où le buis eft très-commun; que dans d’autres où il eft pius rare , ils exigent jufqu’à huit livres du cent, tandis qu’il ne coûte que huit fols le cent pour les canettes à Saint-Claude en Franche-Comté , & cinq fols pour les tuyaux qui fervent aux ef-polins. Je penfe donc qu’à ce prix chacun pourrait facilement s’en procurer.
- CHAPITRE V.
- Maniéré de faire les canettes.
- Ï780. Quelque forte de rouets qu’on préféré, il faut nécelfairement f joindre un doubloir, lorfqu’011 veut l’employer à faire des canettes. On le place en face du montant du rouet, où eft la broche de fer , fur laquelle on met un tuyau. Voyez fig. 1 & 3, pi. II.
- 178 f. Si la trame eft de vidée fur des bobines * comme on devrait le faire par-tout, on les place debout en faifant entrer une des chevilles qui font au bas du doubloir, dans le trou qui y eft, & la tête en-bas.Quant à la quantité de bobines qu’on peut employer à la fois, elle n’eft aucunement déterminée; cela dépend de la grolfeur de trame qu’exige telle ou telle étoffe , & peut varier depuis une jufqu’à vingt, ce qui s’appelle faire les canettes à 2,8 , 10 bouts. Si la trame eft fur des rochets , on les paffe dans une des tringles qui font au milieu des doubloirs ; on peut même mettre fur une même tringle plufieurs rochets ; mais il faut avoir attention qu’ils fe déroulent tous du même fens ; & file nombre des tringles n’eft pas fuffifant, on en ajoute autant qu’il eft néceffaire.
- 1782. Il n’yaguere qu’à Paris, & dans quelques autres villes de fabrique, qu’on dévidé la trams fur des rochets; cet ufage eft défedueux , en ce que la main qui conduitces brins fur les tuyaux , n’eft pas maitreffe de s’op-pofer aux faccades qu’une auffi rapide rotation leur fait éprouver; au lieu que, fortant de delfus les bobines fans effort, le mouvement eft bien plus égal
- 1783. Le doubloir étant en la place que je viens de dire, l’ouvrier af-femble les brins qui doivent compofer la trame, les applique fur le tuyau de rofeau ou de buis , qu’il a mis fur la broche , & les faifant paffer entre le fécond &le troifieme doigt, il les tient entre le doigt index & le pouce, pour les mieux conduire. Il faut ferrer entre les doigts la foie , pour faire la canette bien dure. C’eft de là que dépend la perfection de l’étoffe ; car il eft aifé de fentir que tous les brins qui fervent à compofer un fil de trame , doivent
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- Itre également tendus, fans quoi la furface elle-même de l'étoffe n’efl: pas unie, & par conféquent n’eft pas aufli brillante qu’elle doit l’être.
- 1784- Il faut aufli avoir attention d’entretenir le même nombre de bobines qui doit compofer le brin de foie , fans quoi on verrait des inégalités dans la groffeur des dunes , ce qui rend encore l’étoffe défe&ueufè. Si cependant la groffeur de la foie venait à varier, celui qui fait les canettes doit en' ôter ou en ajouter, & c’eftà quoi il doit veiller fans ceffe. J’ofe même avancer que les trois quarts des défauts qui fe trouvent dans les étoffes, viennent du peu d’attention qu’on apporte à cette opération. Dans les fabriques où l’on fe pique de donner aux étoffes toute la perfection qu’elles exigent, on ne confie le travail des canettes qu’à des perfonnes raifonnables , qui puiffent le traiter également, tant pour la groffeur des duites, que pour la tenfion des brins : avantage qu’on ne trouve pas dans le travail des enfans , qui n’y apportent aucune attention, & qui ne travaillant fouvent que parce qu’ils y font forcés parleurs parens, rempliffent bien ou mal la tâche qu’on leur a impofée : d’ailleurs cette occupation exige beaucoup de propreté, dont les enfans 11e font pas fouvent fufceptibles : de là vient l’inégalité des mêmes fleurs dans une étoffe, où tous les inftrumens qui ont contribué à fa fabrication , fembleraient affurer l’égalité & la iymmétrie de defini. Je vais donner les moyens les plus convenables pour faire les canettes & les efpolins , tant pour ce qui regarde la foie, que pour ce qui regarde la dorure, le cordonnet , la chenille, &c.
- 17g Des canettes & des efpolins de foie. Pour faire les canettes de foie, on place les bobines dans le doubloir, comme il eft repréfenté par celles qui font dans les doubloirs des rouets,/?/. Iffig-1 & 2. Celui qui fait les canettes, prend tous les brins de foie qui doivent former la groffeur de ,la duite qu’on a déterminée , il les affemble proprement, les place entre le fécond & le troifieme doigt de la main gauche, il les entoure par leur bout fur le tuyau qu’il a placé fur la broche du rouet ; il les tient tous réunis entre le doigt index & le pouce , il tourne enfuite le rouet pour faire rouler la foie furie tuyau, & pour en placer la quantité néceffaire afin de donner à la canette la groffeur qu’il convient. Voici la maniéré de conduire cette opération. Lorfqu’011 a placé dans la main les brins de foie , de la maniéré dont je viens de l’indiquer, on remue Ja main gauche avec une vivacité propre à difpofer la foie fur le tuyau , à me-fure qu’avec la main droite on tourne le rouet, en obfervant de l’emplir entre les deux bords. Quand le tuyau eft couvert de cette foie , on en conduit les brins de telle forte que l’on en forme deux rebords à chaque canette , comme on le remarque en e,e, fg. 22 , pl* J, qui repréfente un tuyau où font déjà formés les deux rebords. Cette figure eft repréfentée pour donner une idée de la conduite qu’on doit tenir pour faire régulièrement les canettes.
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- 1786. On doit prendre les mêmes précautions pour faire les efpolins ? les rebords h , A, de la fig. 23 , font aux efpolins , ce que les autres rebords font aux canettes: on obferve de former les rebords, tant aux uns qu’aux autres, parce que c’eft un fur moyen de contenir fur les tuyaux la foie qu’on y met.
- 1787- Pour finir les canettes & les efpolins, on met autant de foie fur les tuyaux qu’il en faut pour leur donner la forme & la groffeur des fig. 24 & 25 , qui repréfentent une canette & un efpolin finis, un tuyau de chacun defquels eft en buis, & le fécond enrofeau. On peut remarquer par ces figures, que la foie qui forme ces canettes & ces efpolins, eft placée de façon que les uns & les autres font plus élevés fur leur milieu que fur leurs bords; c’eft parce qu’il le faut ainfi pour leur perfe&ion , qu’on doit avoir foin de conduire la foie de la maniéré que je viens de l’expliquer : car lorfqu’on le pra* tique autrement, il arrive qu’en travaillant l’étoffe, la foie s’éboule fur la pointifelle , ou que la canette ne peut pas tourner dans la navette, ce qui empêche la foie de fe dérouler, & par ce manque de foin on tombe dans les mêmes inconvéniens que ceux qui font occafiormés par les tuyaux derofeàu! qu’on emploie fans être garnis. Il faut remarquer encore , dans le détail que je viens de donner, que les canettes & les efpolins doivent être commencés fur les deux bords de leurs tuyaux, & finis fur leur milieu. Par cette précaution , lorfqu’un efpolin eft placé dans une boîte , & qu’une canette eft mife dans u ne navette, la foie fe déroule facilement, parce que tant qu’ils relient d’une certaine grolfeur , ils fe vuident en fe déroulant prefque du même point delà pointifelle^ enforte qu’ils ne vacillent que lorfque la moitié de la foie qui les forme , eft employée dans l’étoffe : alors, à quelque point que la canette fe trouve fur la pointifelle, en déroulant fa foie , elle ne fait éprouver aucune difficulté.
- 178g. De la maniéré de reprendre les brins defoie quon caffe en faifant les canettes de foie & les efpolins. Comme on fait ordinairement les canettes avec plusieurs brins de foie, il arrive fort fouvent qu’il s’en ca/fe quelques-uns, & que le bout caifé paife fur la canette avant qu’011 l’ait pu remarquer ; & quand même il arriverait qu’011 $’en apperçût dans l’inftant même qu’il s’en calfe quelques-uns, la trop grande rapidité avec laquelle la broche tourne , no permet pas qu’on fufpende l’u&ion avec alfez de précifion pour que ce bout 11’ait déjà paflc fur la canette, & qu’il ne foit couvert quelquefois de plus de cent tours de la foie des autres brins , qu’on eft'obligé de dérouler pour chercher le bout, de celui qui eft caifé. Plusieurs perfonn-es ont l’habitude de lâcher la canette de delfusja broche, & de tirer la foie qui couvre le bout du brin catfé , en la faifant tomber par terre; auflî 'arrive-t-il que’lâ foie fe tache s qu’elle entraîne avec elle de la poufliere, qu’elle s’accroche au rouet &
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- tru doubloir ;& enfin il arrive quelquefois que toute la foie qu’on a déroulée fe trouve perdue , parce que les brins s’entre-mèlent en s’accrochant, de façon qu’on eft obligé de les caifer & de les mettre en bourre. Pour prévenir ces inconvéniens, lorfqu’on fait les canettes à deux brins feulement, & qu’on voit qu’il y en a un de caifé , on tire la canette de la broche , on la place fur un bout de fil de fer d’environ quatre pouces de longueur, qu’on a fom de planter fur le grand montant de la broche, comme on le voit fig. 8 > pi* H-Lorfque la canette eft enfilée par ce fil de fer, on prend la bobine ou le rochet duquel le brin n’eft pas caifé , & on roule delfus la foie qu’on retire de la canette , jufqu’à ce qu’on foit arrêté par le bout qu’on cherche ; alors on met la bobine ou le rochet à fa place ; on prend la canette , on cherche le bout du brin qui eft caifé ; on le déroule jufqu’au point où il puilfe fe trouver d’une même longueur que celui qui lui eft joint, en obfervant qu’il ne refte pas un tour de plus ou de moins à l’un qu’à l’autre. On trouve plufieurs petites difficultés qui lailfent de l’incertitude fur l’égalité des tours que les deux brins peuvent avoir fur la canette j mais pour écarter ces difficultés, on mouille légèrement avec de la falive, au-delfus de la canette, un efpace de deux lignes tout au plus , & dans un endroit feulement qui réponde à celui des tours de foie qu’on ^eut dérouler ; mais pour trouver l’égalité des brins, on les détourne en les faifant traîner, à„demi-tendus, fur la canette c par ce moyen on découvre tout de fuite celui qui, fur la canette , fe trouve avoir quelques tours de plus que l’autre; alors on déroule ce brin de la quantité de tours qu’il eft néceffaire pour le mettre à l’égalité de l’autre ; on noue avec fou pareil; celui qui eft caifé, &.l’on continue de faire la canette. Si les canettes que l’on fait font à un nombre de brins plus'confidérable que celui qui vient d’être établi, & qu’ils vienne à s’en cafter un ou plufieurs , on ne pourrait pas alors rouler fur les bobines ni fur les rechets la foie qu’on eft obligé de dérouler de la canette, pour découvrir les bouts des brins qu’on veut chercher, parce qu’il faut les dérouler tous à la fois; mais on fe fert d’un moyen qui prévient plufieurs des inconvéniens qui arrivent, lorfqu’en pareille circonftance, en tirant la foie de la canette , on la laifte tomber par terre; pour y obvier, on a foin de placer entre le rouet & le doubloir, Jet petit chandelier fig. 4 , pi. II, avec la bobine , fig. , delfus. On le met en-
- tre le doubloir & le rouet, comme il eft en C, fig. 6, pl. U ; alors on place la canette comme on le voit en C, fig• 8 > on prend avec la main droite B , la bobine D, laquelle on enveloppe des brins de foie E, qu’on conduit avec la main gauche A, afin qu’ils fe placenta propos fur la bobine, & de cette maniéré on place delfus toute la foie qu’il faut tirer de la canette pour découvrir le bout du brin que l’on cherche; & quand on y eft parvenu, on met ce bout égal aux autres brins, par ce« contours fur. la canette; on place la
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- bobine fur le bout du chandelier , comme on le remarque fig. 9, & ontiou^ ce brin avec le bout de celui F, qui eft le pareil de celui qu’on vient de trouver ; enfuite on remet la canette E fur la broche F du rouet, on conduit les brins avec la main gauche A, qu’on tient au-deffus de la bobine C, que l’on a placée fur le chandelier de façon à en faire dérouler facilement la foie qui l’entoure deffus, afin delà remettre proprement fur la canette, que l’on finit avec tout le foin poffible.
- 1789. Il eft indifpenfable de fe fervir des moyens que l’on vient d’indiquer , fi l’on veut atteindre à cette perfection que les étoffes d’une matière aufli précieufe que la foie peuvent exiger; & j’ofe dire même que, fans cette précaution , il eft moralement impoflible que ces étoffes n’aient quelques défauts occafionnés par celui de la canette. En faifant les efpolins , on doit prendre les mêmes attentions que celles que je viens de détailler pour les canettes , afin de procurer aux fleurs brochées qui font fur les étoffes , ce luftre éclatant qui en fait la principale beauté.
- 1790. Des canettes & des efpolins qu&n fait avec la lame or , argenté clin-quant. On dévidé ordinairement la lame or & la lame argent fur de petits roquetins d’environ if lignes de longueur , qui ont deux rebords de 10 lignes de diamètre; & la lame clinquant (*) eft aufli dévidée fur des roquetins, mais qui font de 2 pouces de longueur, & dont les rebords ont if lignes de diamètre.
- 1791. La lame or& celle argent font ordinairement plus minces & moins larges que la lame clinquant : aufli apporte-t-on plus de foin en faifant les. canettes & les efpolins de la lame fine , qu’en faifant ceux delà lame fauffew
- 1792. Je dois obferver ici quêtant dans les lames or & argent, que dans celles clinquant, il y en a de différentes groffeurs , qu’on distingue par une forte de numéros, & que plus elles font fines, & plus elles font fufceptibles d’attention, foit qu’on les mette en canettes & en efpolins, foit qu’on les emploie dans les étoffes.
- J793. Pour faire les canettes de lame, on doit toujours fe fervir d£ tuyaux dé rofeau , garnis à chaque bout ; on met dans le doubloir le roque-tin fur lequel eft placée la lame dont on veut faire des canettes ; on l’enfile avec une broche, on met enfuite un tuyau fur la broche du rouet, comme on le pratique pour faire une canette de foie;, on entoure le bout de la lame fur le milieu du tuyau , afin de l’y affujettir ; après quoi on tourne le rouet, on conduit la lame de telle forte qu’elle ne couvre pas tout le tuyau, & l’on fait la canette de la groffeur & de la forme de celles fig. 24 & 25 , qui repré-
- (*) On entend par clinquant, pïufieurs fortes de James faites avec des métaux , pour-imiter celles d’or & d’argent,* j ...
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- {entent deux canettes de lames ,* avec les dimenfions’ qu’elles "doivent avoir. Pour bien conduire le brin de la lame fur le tuyau, il faut faire enforte' qu’elle s’y place comme elle eft fur le roquetin; c’eft-à-dire , qu’il eft nécef. faire qu’elle foit fur ion plat,. & qu’elle ne foit jamais tordue, s’il eft poffiL ble. Pour parvenir à ce.point, on a un petit morceau de drap ou de peau, on le plie en deux ; on paffe la lame entre les deux doubles , qu’on tient ferrés avec le doigt index & le pouce , de maniéré que le brin foit tendu autant qu’il en eft befoin , afin que la lame ne s’entorde pas, & que la canette fe trouve fuffifamment dure. Quand la lame fe calfe enfaifant une canette , on noue les deux bouts enfemble , ou on les tord l’un contre l’autre. Lorfqu’on a fini la canette, on calfe le bout de la lame, on l’arrête fur le bord du tuyau , où on le fait tenir avec un peu de cire. Il ne faut pas pratiquer ce que font plufieurs ouvriers., qui arrêtent le bout de la lame en la nouant fur le tuyau, & en tordant le nœud, parce que non-feulement l’élafticité de cette lame ne fouifre pas une fi longue tenfion , mais on en perd une certaine longueur à chaque canette , lorfqu’on veut l’employer : ce qui n’arrive pas quand on en arrête le bout avec de la cire, puifqu’il ne s’agit que de fôter, & qu’alors. le bout de la lame fe trouve libre & en état d’être employé;. •
- 1794. Des canettes & des efpolïns de lames d'or & d'argent frifés. Lalame^
- frifée eft un brin de dorure préparé .par les. guimpiers. Le procédé qu’ils emploient pour cette préparation , eft le même que celui avec lequel 011 fait le filé, qu’on verra ci-deffous. Cependant il y a une grande.différence entre l’iin & l’autre des brins qu’il produit : cette différence vient de ce qu’ici la lame eft montée fur un brin de cordonnet de foie, & qu’au filé la lame enveloppe un brin de foie tout uni. Il eft aifé de concevoir que la lame qui couvre ce cordonnet,’rend des effets différens & plus varié* que celle qui eft placée’ far un brin de foie tout uni, parce que ce cordonnet eft une efpece de ca-netille fur laquelle fe place irrégulièrement la lame ; d’aillèurs on en rappro--che tellement les tours les uns des autres fur le cordonnet, qu’ils s’y elle-fauchent ; euforte que dans aucune partie de la longueur d’un brin , telle qu’elle foit, on ne,faurait appercevoir la foie qui la foutienttandis que la, lame du filé laiffe toujours à .découvert quelques petits intérvailp^ entre les tours qu’on lui fait faire' pour couvrir le brin de foie fur lequel’elle eff montée. ... .
- 1795. La beauté du brin de la lame frifée, confifte en partie dans le rapprochement des contours qu’elle fait fur le cordonnet qu’elle enveloppe », mais l’effet que l’irrégularité de la groffeur de ce^ même cordonnet lui fait, rendre par les différentes positions qu’il rfâit prendre à la lame, .eli ce quf fait diftinguer & préférer cette dorure à toutes celles qu’on etoploje pour, eprichir une grande quantité d’étoffes d.e;foie ?:tant dans la fabrication de
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- m ART D ü y À B RIeAN F
- ces'mêmes étoffes, que dans les broderies differentes qu’on travaille deflus.;
- 1796. Lorsqu’on fait des canettes de lame d’or ou-d’argent frifé , on. place le roquetin de la même maniéré que pour les lames ordinaires d’or d’argent; mais on prend foin d’en faire paifer lebrin entre le doigt index &ï le poiïce,le plus légèrementpoflible, afin de.ne'pas ,trop étendre les replis que la lame forme , & qui la font diftinguer ide là'lame fimple. On ne fait p¥s la canette plus grotte que celles fig. 24 &'2^,pl- 1, ni d’une différente forme ; 011 arrête le bout fur b b oui du tuyau avec de la cire, & non autrement : on doit prendre même un grand foin pour que ce bout 11e puiffe pas s’échapper,, parce qu’ô'n rifquerait de perdre toute la canette.
- 1797. Des canttïzs quon fait1 avec le filé or ou argent, & de celles qu'on fait avec le furb ec. Les roquetins fur lefquels on place lé filé, & ceux qui fervent au•furbec, font plus grands de la moitié au moins, que «eux qui fervent' aux lames; on les place cependant dans le doubloir dans la même fituation : on en fait les canettes & les efpolins de la même groffeur que celles de foie ; on en conduit les brins dans la même direction, & on les arrête fur le bord de même que ceux de lafame, c’eft-à-dire avec de la cire. O11 fait bien fou-vent des canettes de filé à deux firins , quelquefois à trois; alors on fe fert! d’un morceau de drap pour les ferrer en faifantles canettes, afin de les rendre égaie,ment tendus , & de rendre dures les canettes, poüt que la dorure ne puiffe faire ébouler les contours qui la forment.
- 1798* On appelle filé, une forte de dorure que les guimpiers fabriquent; c’en une lame d’or ou d’argent, montée fur un brin de foie qu’elle1 couvre tout au long. Cette lame entoure le brin de'foie de maniéré qu’il ne paraifle fias : car s’il fe montre par quelqu’endrôit fur fa longueur, c’eft un défaut qui eft d’autant plus grand que la foie eft moins couverte. Il faut que le brin de foie avec lequel 011 fait le filé argent, foitblanc, afin que cette couleur s’accorde avec celle de l’argent ; par ce moyen onn’apperqoit pas fi facilement les petits intervalles que la lame laide à découvert fur le brin de foie; & par la même raifon, larfqu’011 fait du filé avec une lame en or, on a foin' que lé brin de-foie qu’elle couvre,Toit couleur d’or lui-même.1
- 1799. Le furbec eftiineelpe.ee de filé or ou argent , qu’on traite de la1 mèmè maniéré qu’on vient 'de l’expliquer, avec la différence que les tours’ de la lame qui couvre la foie, ne font pas beaucoup rapprochés; de fortes qu’ils laiffent paraître les trois quarts de la foie, & quelquefois davantage. On fait du furbec fur de la foie de toutes couleurs, c’eft-à-dire ,/qu’on monté une lame d’argent fur un ou deux brins de foie rofe lilas , verte, bleue , &c. On en ufe de hième à l’égard du furbec fait avec la lame en or. Cette forte de dorure s’emploie dans les étoffes de foie pour féconder certaines nuances5 qui y forment des fleurs > quelquefois encore elle forme des fleurs elle-même ;
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- fouvent elle fait une partie du fond de l’étoffe, & quelquefois elle en fait le fond en entier. L’effet que cette dorure produit, eft fort beau: il donne-beaucoup d’éclat aux couleurs qui l’accompagnent, parce que l’or ou l’argent font épars & fans ordre, enforte qu’ils ne peuvent pas troubler l’arrangement de la foie j & pour mieux expliquer cet effet, lorfqu’on voit une fleur brochée ou lancée en furbec , il fembîe qu’on a jeté au hafard des paillettes d’or ou d’argent fur cette fleur : aufli l’emploie-t-on avantageufement dans plufieurs fortes de broderies.
- 1800. Des canettes & des efpolins qiùon fait avec de la chenille. On appelle chenille, un brin de foie peluché tout au long , ou plutôt un brin de velours dont 011 fe fert pour faire, fur les étoffes de foie, des fleurs veloutées qu’on voit communément fur des fatins brochés. On emploie aufli la chenille pour faire des fonds d’étoffes de différens goûts. On s’en fert encore dans certains genres de gaze , dans les agrémens pour les robes de femme, & en grande quantité dans les blondes d’hiver. Ce brin eft fait par les rubaniers. On forme le velouté de la chenille, en découpant en plufieurs parties un ruban fur fa longueur. Ce ruban eft fait exprès, afin que l’on puiffe le découper. J’efpere qu’on ne me faura pas mauvais gré de dire ici quelque chofe de la maniéré avec laquelle on parvient à faire le brin de chenille, pour rendre fo-îide, dans fa longueur , la partie veloutée qui le couvre.
- 1801. Les métiers fur lefquels les rubaniers fabriquent le ruban dont on tire la chenille, font difpofésàpeu près comme ceux qui leur fervent à faire les rubans de trois à quatre pouces de largeur ; on y place de même une chaîne de foie : on y en ajoute une fécondé ourdie avec du fil de lin monté à trois bouts très-fins; du refte on fabrique ces rubans comme le ruban ordinaire: la différence confifte dans la maniéré de diftribuer les fils de la chaine lorfi. qu’on les pallè dans le peigne, parce qu’on ne leur fait pas tenir , dans cette opération , le même ordre qu’on donne à ceux des autres rubans.
- 1802. Voici la maniéré dont on difp.ofe une chaîne pour faire le ruban
- de chenille. Après qu’on a paffé les fils des chaines qui forment le ruban dont «n tire la chenille, 011 paffe à la fois; trois brins de la chaîne de foie dans une feule dent, & l’on met dans la dent luivante un fil de la chaine de lin ; après cela on lailfe deux dents au peigne, fans y paffer aucun fil, ce qu’on appelle laijjcr deux dents vuides ; enfuite on paffe dans la dent qui fuit les deux dents vuides , un fécond fil de lin, & l’on recommence par trois fils de la chaine. de foie, qu’on fait fuivre par deux fils de lin placés comme, jft viens de le dire , en obfervant toujours de laiffêr entr’eux les deux dents vuides., dont on veira bientôt la nécelfité, & l’on continue cet arrangement jufqu’à ce que les deux chaines foient entièrement paffées ; &lorfque tout, eft ainfidiff pofé , on travailie le ruban comme il a été déjà dit. r . v..
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- ART DU FABRICANT
- 1803. FoRTfouvent, au lieu de laifler deux dents vuides au peigne entrer les deux brins de fil de lin qu’on y paffe , on fait faire des peignes qui, de quatre en quatre dents , laifïent un petit intervalle qui équivaut à l’efpace des deux dents vuides qu’on eft obligé de laifler dans les peignes pleins .dont je viens de parler. Ou eft contraint de donner ces intervalles à ces rubans , parce que lorfqu’ils font fabriqués, 011 les coupe dans leur longueur en autant de parties qu’on a laifle de diviiions dans leur largeur.
- 1804. Pour faire les rubans à chenille, on n’emploie pas toujours une chaine de foie & une chaine de fil de lin; quelquefois elles font toutes les deux de cette derniere matière; avec cette différence , qu’étant diftribuées dans le peigne , comme 011 a déjà vu, les fils de la chaine, qu’on paffe trois par trois dans les dents qu’ils doivent y occuper, font teints de la couleur de la trame qu’on doit employer pour faire le ruban , laquelle forme le velouté qui fait la richeffe de ce brin : du refte c’eft toujours le même travail que celui des autres rubans ; mais la chenille qu’on en retire eft beaucoup inférieure à celle dont la chaine , qu’on paffe par trois brins dans une feule dent, eft de foie. Il eft vrai qu’on ne fe fert jamais de cette forte de chenille pour les étoffes de foie ; c’eft celle qu’on emploie ordinairement dans les différens agrémens qu’on fait pour les ajuftemens de femmes. J’ai cru cependant devoir parler de cette forte de chenille, pour éviter qu’on ne la confonde avec l’autre.
- 180Ï. Quand on a fabriqué ce ruban de la maniéré qu’on vient de voir on le découpe pour en tirer la chenille qu’il doit produire. Les longueurs de ces rubans font ordinairement depuis vingt jufqu’à trente aunes ; mais quelle que foit leur longueur , on les découpe toujours de la maniéré dont je vais l’expliquer. La découpeufe fixe le bout d’une certaine longueur du ruban à quelque ehofe deftable, de forte qu’il ne puitfe être déplacé qu’autant qu’il le faut pour l’avancement & la perfeélion de l’ouvrage ; elle prend l’autre bout du ruban avec la main gauche : elle le tient teifdu autant qu’il eft né-cefTaire pour faciliter le découpage ; elle tient dans fa main droite une paire àzforces ou de cifeaux, avec lefqueîs elle découpe le ruban dans toute fa longueur, entre les deux fils de lin qui marquent un des intervalles qu’on a mé-riagés en paffant la chaine dans le peigne. Elle pourfuit cette opération en faifant de même à toutes les divifions qu’on a obfervées fur la largeur du ruban. Lorfqu’elle a découpé une piece de ruban en autant de parties qu’elle en était fufceptible, elle a foin de féparer de la chenille chacun de ces fils de lin qui lui frayaient la route que devaient tenir les cifeaux ; après cela elle forme autant d’écheveaux que le ruban lui a fourni de brins de chenille ; ensuite elle met tous ces écheveaux enfemble: elle en fait un jnatcau ou majfe\ & c’eft dans cet état qu’elle rend la chenille qu’011 lui a confiée.
- 1806.
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- Q'ETOFFES DE. SOIE 4ot
- 1806. Lorsqu’on veut faire des canettes ou des efpolins de chenille, 0131 met fur un guindre , un écheveau de chenille; on enfile ce guindre par une tringle , pour lui fervir d’axe ; on place cette tringle devant le montant de la broche du rouet à canette , à l’endroit où l’on met ordinairement le doubloir dont on fe fert pour faire les autres canettes ; on place un tuyau de buis fur îa broche du rouet, que l’on fait tourner, Sc on fait les canettes de la grolfeur ordinaire de celles de foie. On doit obferver, en faifanc ces fortes de canettes, de ne ferrer le brin de chenille qu’autant qu’il le faut pour le conduire fur le tuyau , afin qu’il y foit proprement rangé ; parce que fi on le prelfait trop fort entre les doigts, les brins de la trame qui forment le velours de la chenille, s’étendraient au long de ceux de la chaine qui les retient, ou ces mêmes brinjs fe dérangeraient ; de forte que dans la longueur d’un brin de chenille contenu fur une canette, il fe trouverait des endroits où les brins de velours feraient trop rapprochés , tandis que dans d’autres il n’y paraîtrait que les brins de la chaine. Lorfque la canette elt finie , on arrête le bout delà chenille fur le bord du tuyau le plus fûrement qu’il eft pofiible, afin qu’il ne puiife pas fe dérouler;
- 1807. De la maniéré de faire les canettes avec Le cordonnet de foie. Le cordonnet elt une efpece de canetille de foie , dont on fait divers agrémens pour les ajuftemens des femmes. On s’en fert beaucoup dans les différentes broderies , & 011 l’emploie communément pour brocher des fleurs fur les étoffes de foie : on procure même divers fonds à ces étoffes, en paffant du cordonnet dedans & tout à travers, par des duites placées de diftance en diitance , & fuffifani-ment combinées pour procurer aux'fonds des étoffes tout l’effet qu’on fe pro-pofed’y faire rendre. Ce font ordinairement les boutonniers qui fabriquent le cordonnet ; il eft peu de perfonnes qui ne l’aient vu fabriquer , parce qus c’elt dans les rues qu’on le fait communément , à caufe de l’étendue deterrein que cette opération, exige. On fait le cordonnet longueur par longueur, & même plufieurs longueurs à la fois , parce que les rouets dont on fe fert pour cela, font difpofésde telle forte qu’011 en peut faire jufqu’à dix. On fabrique plufieurs fortes de cordonnets ; on en fait en laine , en poil de chevre & en foie ; mais l’opération elt toujours la même. Ainfi, par la petite defcriptioii qu’on va voir de la maniéré dont on s’y prend pour faire le cordonnet de foie, on jugera facilement de celle des autres.
- 1808* On alfemble une quantité de brins de foie à proportion delà grof-feur qu’on veut donner au cordonnet ; on tord tous ces brins enfemble fur eux-mêmes, autant qu’on voit qu’il en eft befoin ; enfuite 011 met trois à quatre brins de foie enfemble, qu’on tend de maniéré que ceux qu’on vient de tordre s’entortillent fur ces derniers , en formant tout au long une ligne fpi-rale , etiforte que toute la force du cordonnet confiftedans les derniers brins qu’on a alfemblés, puifque c’eft fur eux que ceux qui font tordus font placés. Tome IX, E e e
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- "Quand on a fini le cordonnet, on en forme des écheveaux comme ceux qu’oti fait ordinairement pour la foie. Les guimpiers , avec leur moulin , font auffi du cordonnet ; c’eft pour eux la même opération qne celle de faire le filé or & argent, moyennant une préparation préliminaire , qui eft de tordre féparé-ment les brins de foie deftinés à couvrir ceux qui ne doivent pas être tordus. Il ferait trop long de donner ici leur maniéré d’opérer dans tout ce qui dépend de ce travail , parce qu’il faudrait néceifairement faire la defcription de leur moulin , qui eft une machine très-compliquée, & qu’on ne faurait expliquer fans le fecours de quelques planches de gravure. Je me bornerai à dire qu’ils font en état, parleur machine , de rendre le cordonnet beaucoup plus égal, fans être bornés aux longueurs : ce qui fait qu’on rencontre moins de nœuds dans les écheveaux qu’ils en font, que dans ceux qui font travaillés par les boutonniers, ce qui eft une perfedion de plus pour cet ouvrage.
- 1809. Pour faire les canettes de cordonnet, il faut pratiquer la même méthode que pour celle qu’on fait avec de la chenille, c’eft-à-dire , qu’on en met un écheveau fur un guindre qu’on range devant le montant de la broche du rouet, à l’endroit où eft ordinairement le doubloir. On place un tuyau fur la broche du rouet ; on conduit le bout du cordonnet fur ce tuyau, de maniéré que le cordonnet s’y diftribue dans le même ordre qu’on fait tenir à la foie lorfqu’on en fait des canettes j on obferve aufti de tenir ferré le bout du cordonnet, afin que la canette foit ferme.
- 1810. Quelquefois les guimpiers & les boutonniers, au lieu de mettre le cordonnet en écheveaux, le dévident fur des rochets j alors pour en faire les canettes , on place un de ces rochets dans le doubloir du rouet à canette , comme il a été dit pour lesroquetins de filé or & argent, &c.
- 1811. On doit appercevoir, par le détail de tout ce qui concerne les canettes, que ce n’eft pas un ouvrage qui mérite d’être totalement abandonné à la conduite des enfans ; & j’ofe dire même qu’il y a des perfonnes qui, quoique d’un âge raifonnable, ne parviennent à conduire ces différentes opérations qu’avec bien de la peine, parce qu’elles fe trouvent arrêtées par plufieurs difficultés qu’on y rencontre ; on ne faurait même , avec la théorie la mieux entendue, prévenir tous les obftacles qu’on rencontre dans les différentes opérations : il n’y a qu’une longue expérience quipuilfe apprendre à les fur-monter. On verra dans la maniéré de fabriquer , combien il eft avantageux pour la perfedion des étoffes que les canettes & efpolins foient bien exécutés % de quelque matière qu’ils puiiîent être faits.
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- D'ETOFFES DE SOIE. 403
- 'J'-.' ,, ,, . JV. . " ' ... ».
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- Fig. i , rouet à canette, vu du côté où fe place celui qui fait la canette.1
- A, A, A, A , les quatre pieds du rouet.
- B, B, les deux traverfes.
- G, traverfe qui tient les pieds dans un écartement conforme à la Ion*’ gueur du banc.
- E, E, montans aflemblés par la clavette K.
- F, la roue.
- a, la manivelle.
- b, le moyeu.
- e, les huit rayons qui portent le grand cerceau de la roue.’
- • />/> petite poulie fur laquelle pade la corde G.
- g, g9 les deux nerfs dans les trous defquels la broche H tourne.’ h y petite broche de fer qui retient les deux nerfs par-derriere le montant I.
- Fig,, %, navette propre à former le tilTu des étoffes de foie : elle eft reprs-fentée fans proportions de la groffeur & des dimenfions.
- Fig. 3 , petite navette que l’on nomme boite defpotins, pour brocher les-fleurs en foie , or ou argent.
- Fig. 4 , autre rouet.
- A, grande planche qui fert de bafe au rouet.
- B, B , B, B, quatre pieds.
- - C, C, traverfes.
- D , D, petites traverfes.
- E, montans qui portent la grande roue F.
- G, corde fans fin.
- H, petite roue.
- I, montant de la petite roue.
- K , corde de la petite roue.
- L, montant qui porte les deux nerfs fur lefquels tourne la broche «v
- M, tiroir pratiqué fous la grande planche. a , axe de la grande roue.
- • b, poignée de la manivelle.
- c , clavette qui tient les montans E fous la planche A. dy petite poulie fur laquelle pofe.la corde K, pour faire tourner la broche e.
- E e e ÿ
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- e, broche de fer fur laquelle on pofe les tuyaux pour faire les canettes.' /,/, deux nerfs fur lefquels tourne la broche e..
- g, petite broche placée derrière le montant L, pour retenir les. nerfs qu’elle enfile.
- h y petite planche à laquelle eft affemblé le montant L, & que Ton arrêt® au point où l’on veut par le moyen de lavis n. ‘ ; -,
- i,i, deux couliffeaux qui fervent de guides à la petite planche & n, vis qui ferre la petite planche h.
- ' o, clavette qui retient les deux montans 1,1.
- Fig. f , moyeu de la roue H, garni de fon axe de fer.
- Fig. 6, doubloir en ufage à Paris.
- Fig. 7 , rouet à canettes, en ufage à Nîmes , à Avignon.
- Fig. 8, b , le moyeu de la roue fupérieure, féparé de fon axe.
- Fig. 9 , m , axe de la fécondé roue.
- Fig. 10,0, moyeu delà même roue.
- Fig. n 9 e-, poulie fur laquelle paiTe la corde I, pour faire tourner la brod ehe f, fur laquelle on place les tuyaux pour faire les canettes.
- Fig. 12 , tablette qu’on aifemble au montant E, du devant du rouet. ,
- Fig. 13 , E , un des grands montans du rouet dont il eft parlé chapitre IIL Fig., 14, chaiîis qui porte la roue H, entre les deux montans E * E > le£ quels, glilfent dans les rainures de ces montans.
- Fig. 1 % , L, vis en bois placée au haut du chafîîs.
- Fig. 16, doubloir.
- Fig. 17» tuyau de rofeau pour faire les canettes. .
- Fig. 18 , tuyau de rofeau pour faire les efpolins»
- Fig. 19 , tuyau de canette garni de fil ou de foie.
- Fig. 20, tuyau d’os, de buis, ou de quelqu’autre bois dur, pour les canettes.
- Fig. 2 r, tuyau d’os , de buis, ou de bois dur pour les efpoîins.
- Fig. 22, canette de foieprefqu’à demi faite fur un tuyau de rofeau.
- Fig. 23 , efpolin demi fait fur un rofeau.
- Fig. 2.4 , canette de foie vue dans fa groffeur & fa forme ordinaire fur un ïofeau.
- Fig. 2$ 3 efpolin de foie fur un tuyau de buis, dans fa groffeur ordinaire* Flanche IL
- Fig. 1 , petit garçon qui fait des canettes > il emploie le troifîeme rouet qu’on a vu ci-devant, avec le troifieme doubloir.
- Fig. 2, chandelier fur lequel on pofe une bobine qui fert à contenir les brins de foie iorfqu’un fil eft cafte*
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- B? ETOFFES D E CS 0 I 2?,. 40*
- Fig. 3 , Jeune fille faifant des canettes avec le quatrième rouet dont on a parlé, & avec le doubloir qu’on lui donne ordinairement. .
- Fig. 4 , petit chandelier au mèmè'ufage que celui/g". 2.
- Fig. f , bobine dont on Te fert pour chercher un fil cafle.
- Fig. 6, troifieme rouet vu géométralernentavec le troifieme doubloir.1
- A, rouet.
- B, doubloir.
- C, chandelier.
- D , chaife du cahetiér.
- Fig. 7, quatrième rouet vu par-deflus,& fou doubloir, placés dans la difpofition du travail.
- A, rouet.
- B, doubloir.
- C, chaife.
- Fig. 8 , adion qu’on fait lorfqu’on a cafle un fil de foie.’
- A, main gauche qui conduit les brins.
- B, main droite qui les roule fur une bobine.
- C, canette d’où l’on déroule la foie. -
- D, bobine fur laquelle on l’entoure. ;*
- E , brins de foie qui tiennent aux bobines du doubloir.’
- F , un des fils cafle, dont on cherche le pareil.
- Fig. 9 , adion de remettre fur une canette les brins1 de foie ôtés pour chercher celui qu’on a cafle. - ' '
- ' A, main gauche qui conduit les brins fur la canette.
- B, chandelier.
- C, bobine placée deflus le chandelier. -
- D , montant qui porte les deux nerfs de la broche.
- E, canette fur laquelle on remet la foie.
- F, broche fur laquelle on place les canettes,
- G, doubloir.
- @
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- 4&i A R t -D U AF A BRI 0 A N T
- s ei.r.sgB-,1 "... 1 ' --ll1 - l —ir -napeapgga»
- C I N a U I E M Ë PART I E.
- Art, du remiffeur oufaifèur de liffes/ tant poiir Jet étoffes de foie ', que pour ïes autres étoffes, comme 'draps, toiles, gazes, &c.
- INTRODUCTION.
- --i;i-> ' ’r; ; :Des:lijfe&.en général9 & de leur.ufage.
- 1812. ][l n’eft aucun genre d’étoffes, toiles, draps, gazes, &c. qu’oti puilfe former fans liffes-, c’eft par le fecours de cet uftenfile qu’on parvient à divifer le nombre des fils dont une chaine eft compofée, en autant de partie» qu’il eft nécelfaire pour en former le tiifu aumoyen de-la trame qn’on y incorpore. Ce fîmple expofé fuffit pour prouver que l’art de faire les liRes effc aufîï ancien que celui de fabriqueples étoffes.: : i . ' . t,v.
- 1813* On nomme remiffe, une certaine quantité Aq liffes, qui n’eft jamais déterminée pour quelque étoffe que cçToit }'& lesliffes fontun affemblage de mailles faites de fil ou de foie', à-l’aiderdefqueHes ou fait lever telle partie de la chaine d’une étoffe, toile, &c. que le defîîn ou le genre de tiffu exige.
- jg I4.Gomiyie il n’eft pas de fils dans une chaine qui ne doivent fe combiner avec ce qu’on nomme trame, on conçoit que toqs doivent alternativement, lever & baiffer pour donner entr’eux paffageà cette trame y ainfi il n’en eft pas un qui pour ce mouvement ne doive avoir une maille particulière dans les liifes y nous aurons oçcafion de voir que foifvent ces,fils en occupent même deux. . T .v ..
- 18r T- Pour prendre une idée jufte de la définition que je viens de donner, il faut concevoir le tilfu d’une étoffe, toile, drap, &c. fans aucun defîîn, fleur ni rayure y car je n’entends parler ici que du corps de. l’étoffe, parce qu’on verra par la fuite que les defîînsdont on veut les orner fe multiplient à l’infini. Si l’on fe rappelle le grand nombre de fils dont une chaine eft fouvent compofée , quel doit être celui des mailles dont un alfemblage de liffes eft lui-même formé ? Et pour donner une idée précife de cette quantité , fi une chaine contient 3000 fils , & que chacun paffe dans deux mailles , ce font 6000 mailles qui jouent dans l’efpace affez étroit de la largeur de l’étoffe ; encore je ne parle pas ici des liffes qui font deftinées à produire des fleurs fur l’étoffe, & qui augmentent en raifon de la multiplicité de ces fleurs tant qu’elles nefe répètent pas. Il eft vrai qu’on a trouvé le moyen de mettre ces mailles fur plufieurs lignes y car il ferait phyfiquement impoffible de placer fix à neuf
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- mille mailles dans une largeur de vingt pouces ou environ , & encore moins de les y faire mouvoir.
- 18 ‘ 6. Si, comme dans les taffetas , les toiles & autres étoffes de ce genre , on n’a befoin que de faire alternativement lever & baiffer la moitié de la chaîne, deux lilfes peuvent fans douce fuffire ; & s’il eft d’ufage d’y en employer davantage, c’eft, comme je viens de le dire , pour donner de la liberté au jeu de chaque maille. Voici maintenant en peu de mots la maniéré de placer les lilfes & de s’en fervir.
- 1817- Je fuppofe que la chaîne d’un taffetas uni foit de mille fils , on en paffe cinq cents dans autant de mailles dont eft compofée l’une des deux lilfes que je fuppofe auffi qu’on emploie, & les cinq cents autres dans autant de mailles de la fécondé ; mais ce travail doit fe faire dans l’ordre qui fuit. On place deux lilfes garnies de leurs lifterons (ce font deux tringles de bois, fur lefquelles on les attache parle haut & parle bas ) l’une contre l’autre ; puis commençant par le premier fil d’un des bords de la chaîne, on le palfe dans la première maille d’une des deux lilfes , le fécond dans la première de la fécondé , le troilieme fil dans la fécondé maille de la première lifte , & ainfi de fuite alternativement dans les mailles de chaque lifte; puis on attache les deux bouts du liiferon à une ficelle qui palfe fur une poulie au haut du métier , ou tient à quelque levier, & dont l’autre bout eft attaché aux deux bouts du lifferon de l’autre lifte ; le liiferon d’en-bas eft attaché à une marche fur laquelle on met le pied pour faire bailfer la liife, & par une fuite de l’arrangement qu’on vient de voir , l’autre lilfe leve ; ce qui fépare la totalité de la chaîne en deux parties égales dans un fens horifontal, entre lefquelles onffait glifler la navette qui forme la trame, ainfi qu’on le verra en fon lieu : enfin mettant le pied fur une fécondé marche, on fait bailfer la liife qui était levée , ce qui fait lever l’autre & procure encore à la chaine une féparation dans laquelle on paife un fil de trame qu’on nomme duite, & quife trouve féparé du précédent par un croifement des fils de la chaine.
- 18 r g. Lorsqu’au lieu des deux lilfes qu’on vient de voir, on juge à propos d’en employer quatre, voici l’ordre qu’on leur fait tenir. On palfe le premier fil de la chaine dans la première maille de la première lifte, le fécond dans la première de la fécondé, le troilieme dans la première de la troilîeme , & le quatrième dans la première delà quatrième, après quoi on revient à la première lilfe , & l’on continue ainfi jufqu’à la fin ; & quand on fait mouvoir les lilfes , on fait bailfer la première & la troilieme d’un feul tems , puis la fécondé & la quatrième d’un autre, ce qui procure alternativement l’ouverture du pas de la chaine par moitié & renferme à chaque croifement une duite de la trame ; & pour le dire en paftant, à chaque coup de navette, c’eft-à-dire, à chaque croifement, on donne un coup de battant qui tient le peigne &qui ferre chaque duite.
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- 1819. Les fatins exigent dans leur fabrication plufieurs liftes, & e’eft du plus ou moins de ces liftes qu’ils tirent leur dénomination. On y en emploie depuis cinq jufqu a douze; mais le nombre de huit eft le plus ordinaire dans les fatins de foie, & celui de cinq dans ceux de laine ou de coton ; par ceux-ci on pourra juger de tous les autres.
- • 1820. Si le fatin eft à huit lilîes, 011 pafle chacun des huit premiers fils dans les premières mailles de chacune des huit lilîes j puis on en pafte huit autres dans la fécondé , puis dans la troifieme , continuant ainfi le courfe juf-qu’au dernier fil : ainli la totalité des mailles de ces huit lifles doit répondre exactement au nombre des fiis. de là chaine. Il 11’en eft pas de cette étoffe comme de celles dont j’ai parlé plus: haut : chacune de ces huit lifles doit lever à fou tour, mais aucune pendant ce tems ne baifte ; & pour obtenir ce mouvement , chacune d’elles eft fufpendue à i’un des bras d’un levier dont l’autre reçoit une corde qui communique à un fécond levier placé au-deffous des lilîes, & celui-ci à l’autre bras a aulîi une corde fixée à l’une des huit marches, qui le met eu mouvement: par ce moyen l’ouvrier, en appuyant le pied fur la marche , fait lever un huitième delà chaine, & paffe fa navette dans cette ouverture, Si ce fatin eft à cinq liffes, foit en foie , foit en laine ( celui en laine s’appelle cakman.de') le nombre des mailles de ces cinq liftes doit être égal à celui des fils de la chaiue, & chacun en contient un cinquième : on paife les fils dans le même ordre que ci-delfus , & 011 les fait lever de la même maniéré.
- 1821. Les étoffes de laine qui font fabriquées en ferge, celles de foie qu’011 nomme ^ Saint-Cyr & de. Sai.nt-M.aur, les toiles appellées cordas , font fabriquées avec quatre liftes ; on les place de même que nous l’avons dit pour les taffetas à quatre liftes ; on y paffe les fils de la chaîne dans le meme ordre ; mais le mouvement qu’011 leur donne n’eft pas réglé de la même maniéré. Il faut que ces quatre liftes lèvent deux par deux , dans l’ordre qui fuit : la première marehe fait lever la première & la fécondé lifte ; la fécondé fait lever la deuxieme & la troifieme, la troifieme fait lever la troifieme & la quatrième ; la quatrième marche fait lever la quatrième & la première lifte , après quoi 011 revient à la première marche ; mais il faut remarquer qu’ici la même marche qui fait lever deux liftes en fait defcendre deux , pour procurer une plus grande ouverture pour le jet de la navette.
- 1822. Les ferges de foie exigent fix liftes qu’on fait mouvoir trois par trois, & dans lefquelles les fils de la chaine font placés fuivant les réglés qu’on a établies plus haut: voici le mouvement qu’on leur donne. La première marche fait lever les 1, 3 , & 4 liftes ;la fécondé , les;2,4 , & ^ ; la troifieme, les 3 , s » & d j la quatrième , les 4, <5, & 1 ; la cinquième , les f , 1 , & 2 ; la fixieme ;
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- les 6, 2 & 3. Dans ce travail, il faut que chaque marche en faifant monter trois Hhes , faire defcendre celles qui ne montent pas.
- 1823. Quant aux gazes, linons, marlis & tout ce qui a rapport à ce genre de tiffu , 011 n’y emploie que deux liffes qui font l’ouvrage du remifleur ; ou y en ajoute une troilieme qu’on nomme liffe de perle , & qui doit être faite par l’ouvrier : c’eft par elle que le tiifu de la gaze différé de celui des autres étoffes , en ce que par la maniéré de pafler les fils de la chaine dans les mailles des deux liffes & dans les perles de la troilieme qui reçoit de là fon nom, un fil de la chaine forme un tour ou deux fur fon voilin ; au lieu que dans les autres tiffus , un fil fe croife feulement à côté d’un autre en embraffant chaque duite de la trame. Dans la fabrique de la gaze , ou fait lever alternativement une des liffes- du fond & la liffe de perle ; l’arrangement des fils de la chaine eft tel dans les liffes , que ce font toujours les mêmes fils qui lèvent pour former l’ouverture dans laquelle on lance la navette. Les gazes ou linons à fleurs font faits avec une feule liffe , que conffruit le remifleur , une liffe de perle confiante par l’ouvrier &un corps à maillon qui reçoit la moitié des fils de la chaine.
- 1824. J’ai cru devoir entrer dans le détail qu’on vient de voir fur la nature des liffes & fur l’emploi qu’on en fait, pour donner au leéleur une connaif fance exa&e de l’uftenfile que je me propofe de décrire. J’ai été embarraffé, je l’avoue, pour placer cette defcription; mais il me femble que des notions générales telles qu’on vient de les donner, n’ont pas de place marquée; peut-être même feraient-elles moins bien à la fin de ce traité, où l’on fe fût attendu de voir expliquer à fond l’ufage de l’uftenfile qu’011 venoit de décrire : d’ailleurs je me fuis rendu en cela aux avis de perfonnes à qui je dois les plus grandes déférences. Les artiftes n’en ont pas befoin fans doute ; mais ceux qui ïifent la defcription d’un art par purecuriofité, feront charmés de trouver ici quelques connaiffances fur l’ufage des liffes , avant d’entrer dans les détails qui feront placés dans la partie de cet ouvrage où je traiterai de la fabrication des étoffes.
- I82Ç. On ne peut fabriquer aucune étoffe avec une feule liffe, à moins de quelque arrangement particulier qui produife l’effet de plufieurs ; mais cette reflource n’a lieu que dans certains cas , ainfi qu’011 le verra par la fuite. Il 11’eft pas poffible non plus de déterminer le nombre de liffes qu’exigent les draps, les toiles , les gazes & autres étoffes ; chaque genre a un nombre à peu près déterminé, qu’on fuit ordinairement.
- 1826. Les liffes qu’on emploie à la fabrique des draps, des toiles , Refont, généralement parlant, faites avec du fil de lin monté à trois bouts 9 Sa qu’on connaît dans le commerce fous le nom de fil de liffe. Ce fil doit toujours être d’une grofleur convenable au nombre de brins dont une chaine eiVconfr Tome IX„ F f f
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- pofée. Ainfi , pour une chaîne dont le nombre des brins qui la compofent eft moindre que celui d’un autre, on doit employer du fil plus gros; c’eft ta pratique qui a établi fur cela des réglés dont on ne s’écarte jamais dans les manufactures. Tout ce que la théorie la plus éclairée peut prefcrire de plus certain*,, ctl que le fil dont on fait les liiTes doit être d’une grofleur proportionnée aux efforts qu’il a à vaincre de la part de la tenfion de la chaine , & de la grofleur des brins qu’elle fait mouvoir ; auffi emploie-t-on pour la fabrique de certaines étoffes groffieres , des lifles faites avec de la ficelle.
- 1827. D’après ce que je viens de dire, 011 voit qu’il ne m’eft pas poffible de déterminer les grofleürs néceflaires à chaque genre', il faudrait entrer dans de trop grands détails qui feraient déplacés ici ; il me fuffît maintenant de donner au leéteur la connaiiTance des qualités & des rapports des différens fils dont on fç fert pour faire les lifles. Les fils de lifle fe vendent par paquets^ d’une demi-livre chaque ; & leurs grofleürs fuivent une gradation infenlibls depuis le n°. 1 jufques & même au-delà du n°. 8o- On eft convenu que les numéros les plus bas indiqueraient le plus gros fil, & par conféquentles plus élevés appartiennent au plus fin : voici comme il faut entendre cela. Un paquet de fil de lifle du n*. 10, par exemple, contient cinq écheveaux, & pefe une demi-livre. Un paquet de ce même fil n°. 20 contient dix écheveaux & ne pefe auffi qu’une demi-livre ; ainfi le fil du n°. 10 eft moitié plus gros que celui du n°. 20 , quoique ces deux numéros foient compofés d’é-cheveaux d’une même longueur, puifqu’ordinairement tous ont été faits fur des afples d’un même diamètre, & qu’ils ont un égal nombre de tours, D’après ces notions, il eft fort aifé de déterminer la grofleur du fil qu’on veut employer, relativement à celui dont 011 s’eft déjà fervi, ou dont on a reconnu la propriété.
- 1828- Quoiqu’il femble que chaque ouvrier doive avoir toutes les con-xiaiffances relatives à fon art, & que, par exemple, un lifleur doive connaître Ses rapports des différentes grofleürs de fils dont il forme fes lifles , avec les chaines auxquelles on les deftine; cependant c’eft au fabricant éclairé à diriger les procédés qu’on fuit dans l’exploitation de la foie, de la laine ou du coton, ainfi que dans la préparation de l’or & de l’argent qu’on fait entrer dans les étoffes , dans tous les degrés où ils paflent, ainfi que le jeu des machines qu’on y emploie. G’eft donc à lui qu’appartient de déterminer les grofleürs des fils de lifle, parce que lui feul fait la force qu’il fe propofe de jdonner à la chaine , & que l’expérience a dû lui. apprendre que tel numéro conviendra mieux à telle chaine qu’un autre, & fera lever plus aifément la quantité de fils dont il la compofera.
- 1829. On ne doit pas fe difiîmuler que les foins dont eft chargé un fabricant habile font fans nombre, & qu’on n’impute pas Simplement au bonheur
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- la fortune de tel dont la manufa&ure eft fi brillante. Qu’il eft heureux î tout lui rit î dit un concurrent dont le débit elt moindre. Ignorant ou négligent ! fais-tu à quel prix il l’emporte fur toi ? D’abord , capable par fes lumières de porter un coup-d’œil éclairé fur toutes les opérations auxquelles il préfide » rien ne lui échappe; jamais un à-peu-près ne le fatisfa.it j fcrupuleux jufqu’à la rigueur , tous les ouvriers font fûrs de trouver en lui un cenfeur lëvere, à la vérité, mais un maître libéral, qui fait apprécier le talent. Ce n’eft pas tout , car l’habile homme languit quelquefois dans l’indigence ; foigneux jufques à la méfiance, il ne s’en rapporte à perfonne de ce qui le regarde „ & prévient par des ordres précis , des bévues auxquelles il n’eft: pas toujours arfé d’apporter un remede. Comme il connaît la maniéré d’opérer d’un bras mercenaire qui n’elf prefque jamais conduit que par un vil intérêt, & fur qui l’honneur ne fait aucune imprefiion ; s’agit-il de déterminer une opération , il la met lui-même en train , & i’ouvrier n’eft; jamais alluré d’un in liant où il n’en revienne voir l’exécution. Qu’on me pardonne cette courte digrelfion ; mais je n’ai pu me défendre de répondre à ce langage vulgaire que l’envie a imaginé, & que la parelfe accrédite. Je 11e crains pas de le dire» la beauté d’une étoffe dépend autant de la matière qu’011 y emploie, que de l’exaélitude qu’011 apporte à toutes les opérations qu’on lui fait fubir.
- 1830. Comme l’art dont je vais donner la defcription n’eft pas feulement mis en ufage pour les fabriques d’étoffes de foie, mais que celles de draps, de toiles, de gazes, &c. l’emploient aulfi ; j’ai cru qu’en donnant les réglés de conftruétion de liffes pour la matière la plus précieufe, on en déduirait aifément celles dont 011 le fert à d’autres ufages. Je donnerai cependant quelques notions fur la conftruétion des liffes qu’on emploie à la fabrique des étoffes les plus grolfieres. Le fil de lilfe pour les étoffes de foie, doit être très-doux & fur-tout très-uni; & même dans les villes où les fabriques font pouifées à un certain degré de perfection, on fe fert de foie qu’on nomme foie de remiffe qu cciiji : elle eft compofée de plufieurs brins tordusr enfemble à peu près comme celle qu’011 nomme à Paris Joie d'Angleterre.
- 1831. Voici en abrégé la maniéré de préparer la foie de remilfe. On la fait tordre au moulina un ou deux brins tout au plus, & du même fens que le premier apprêt de l’organfin ; on lui donne enfuite un apprêt tel que fa groffeur l’exige ; enfuite on la double ou triple ; après quoi on la repaffe au moulin , en tordant les brins fur eux-mêmes, comme quand on donne le fécond apprêt à l’organfin; après cela on la double ou triple encore , puis» on lapaffe unetroifieme fois au moulin, & enfin on en tord encore les brins fur eux-mêmes, mais dans un fens contraire à laderniere fois : ainfi, pour faire une foie de remilfe convenable, il faut qu’elle paffe trois fois au moulin,
- & c’eftee triple apprêt qui la rend unie & égale,
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- . 1832. Je fais bien qu’il y a des perfonnes qui fe contentent des deux-premières opérations pour la foie de réunifié j mais auïïi l’ufer n’en eft pas auffi bon , & au bout de fort peu de tems on la voit fe cotonner & pelucher comme les mauvais bas de foie. Il y a des ouvriers qui font de la foie de remiile à Yovale, auffi bien qu’au moulin : cette opération , ainfi que la première , demanderait fans doute à être détaillée ; mais je fuis forcé d’en fup-pofer la eonnaiflance , ainfi que beaucoup d’autres, pour ne pas me perdre dans des deferiptions où chaque nouvelle opération m’entraînerait infenfi-blement. Après que la foie de remilfe eft moulinée, on la décrût avant de s’en fervir j par ce moyen on lui donne une douceur & une fouplelfe que le tors & retors lui avaient ôtées, & par-là onia rend capable de le prêter à tous les mouvemens néceifaires pour être mife en œuvre.
- 1833» Il eft aile de comprendre par tout ce qu’011 vient de dire , qu’on fait du coujî de plufieurs grofteursj malgré cela, les mouliniers ne font pas dans l’ufage de les numéroter, comme nous avons vu qu’011 numérote le fl de lin ; & cependant ce ferait rendre un fervicc important aux fabricans, & leur épargner la peine de choiftr les grofleurs pour lesalfortir félon le.befoim La foie de coufi 11e fe prépare en France qu’à Nîmes & à Avignon ; le furplus qui s’y emploie nous vient du Piémont & de quelques villes d’Italie. On prépare à Paris une forte de foie qui approche fort du c.ouli , mais 011 ne lui donne pas le même apprêt : c’eft de cette foie qu’on fait les liftes de perles dont les gaziers fe fervent.
- 1834- Plusieurs fabricans prétendent que des deux maniérés de préparer la foie de remilfe , celle qui fêtait à l’ovale eft plus parfaite qu’au moulin. Je ne fais fur quoi ils fondent leurs raifons de préférence ; j’ai examiné de près l’une & l’autre de ces deux opérations, & j’ai toujours trouvé que, pourvu qu’on donne un apprêt convenable à la foie dont on compofe le coufi, il eft également bon pour les liftes.
- 183 Toutes les précautions que j’ai recommandées pour mettre le fil de lifte en proportion de la chaine qu’il doit faire lever,doivent être obfervées auiïi fcrupuleufement quand on fe fert de coufi 5 8c pour donner un exemple qui appuie la théorie que je viens d’établir, je fuppofe que dans une largeur de dix-huit pouces, on emploie une lifte qui contienne 960 mailles d’un fil de lin du n°. 60, ou d’un coufi de grolfeur proportionnée à ce numéro ; d’un autre côté, fi dans une même largeur on fait une lifte d’un égal nombre de mailles 8c d’un fil du n°. 30 , ou d’un coufi de même groffeur, il eft évident que ce dernier fil qui fera d’un tiers plus gros que le premier, ne laiftera pas entre chacune des mailles qui compoferont cette lifte un intervalle auffi grand que le premier qui eft d’un tiers moins gros. Ainfi les frottemens deviendront fi con-: jidérabies, que les fils de la chaîne mus entre ces mailles ne pourront y réfifter*
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- ôii âU moins ne pourront pas glifler ,à caufe du ferrement qu’ils éprouvent;, 'd’où fuivra une perte confidérable de foie pour le fabricant, & de temspour l’ouvrier. On peut juger maintenant de quelle conféquence il eft d’affortir le fil de liife aux chaînes félon chaque genre d’étoffes. Cette conféquence 11’eft cependant pas aufïi effentielle pour le coufi, parce que lafoupleife & la douceur de la foie fuppléent à ce qu’elle pourrait avoir de trop gros ; mais il n’en, eft pas de même du fil de liffe qui conferve toujours une certaine rudelie qui déchire la chaîne quand il eft trop rapproché.
- CHAPITRE PREMIER.
- De ce qu'on entend par les termes de remiffe, de liife, de ligatures, autrement dites lilfes pleines ou lilfes à jour : ce que c'eft que des mailles * Ê? de combien il y en a de fortes.
- 1836. Des remiffes & des liffes«, On appelle remiffe à Nîmes , à Avignon, &c». ee qu’à Paris ,à Tours, à Rouen & dans pîufieurs autres villes de manufacture , on connaît fous le nom de harnois ou à'équipage. Un remiffe eft un alfem-blage de pîufieurs liffes ,& ces lilfes qui le compofent font celles qui appartiennent ordinairement au fond de l’étoffe ; car fouvent 011 emploie encore d’autres liffes à part dans la fabrique , foit des étoffes de foie demi-façonnées * foit des toiles , draps , &c. & ces liffes reçoivent différens noms félon les différais pays ,parce qu’ordinairement elles fervent à former des deflins ou de petites façons furies étoffes.Elles y tiennent la place d’un affemblage de maillons que les fabricans en étoffes de foie appellent corps à maillons. Il y a cependant aufïi des remiffes formés de lilfes qui 11e fervent pas precifément au, fond de l’étoffe, quoiqu’elles faffent corps avec les autres; ils forment des lia-ges , adaptent des poils à l’étoffe, ou bien ils fervent à rabattre une partie de la chaîne que la ft'refait lever pour former fur l’étoffe le defïin qu’on y a lu ; alors, il arrive que pour une feule étoffe on emploie deux corps de remiffe & quelquefois trois , ainfi qu’on le verrra dans les articles des moires fatinées double fond, & de pîufieurs autres étoffes.
- 1337- Le nombre de mailles dont une liffe eft compofee, ne peut être dé-, terminé que par rapport au genre d’étoffe qu’on a deffein de fabriquer; ainfi* c’eft le nombre des fils de la chaine qu’on veut employer , qui fixe celui des. mailles des lilfes. On ne faurait fabriquer toutes fortes d’étoffes avec le même nombre de lilfes, & cependant il y en a pîufieurs en qui ce nombre eft fixe. Je "Vais rendre compte des raifons de cette variété.
- J 838- Pour fabriquer une toile dont la chaine eft de 13 20 fils, par exem*. £le j fur trente-trois pouces de largeur ? on ne fe fert que de deux liftes ÿ con&
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- pofées chacuns de 6'o m.iilles : fuppofons qu’un fil de liiTe du n\ îo convienne à cette liffe pour faire lever Ja chaîne fins trop de frottemens , ü eft cercain que la beauté du tnfu ne dépendra plus abfolument que de l’habileté de l’ouvrier. Mais fi dans une meme largeur de trente-trois pouces, au lieu de 132Q bis que contient la chaine fuppolèe , on veut en mettre 2000 , il eft évident que deux litTes de mille mailles chacune , faites d’un fil de meme numéro que celui qu’on a fuppofé, 11e pourront pas convenir, parce que dans un meme efpace il y a 340 mailles de plus fur chaque lifse , qui fe trouvant beaucoup plus rapprochées , le frottement en deviendra plus confîdérable , & les fils de la chaine 11e pourront plus glifser entre ces mailles fans qu’il s’en cafse une grande quantité ; ce qui caufe un préjudice notable à l’étoffe, drap , toile, &c. Et comme ce trop grand frottement occafionne un crépillonnement au tiffu, il faut, pour prévenir cet inconvénient, ou bien choilir un fil de lifse plus fin , ou bien mettre quatre lifses au lieu de deux avec un fil du même numéro. Il eftaiféde fentirque fi l’on prend un fil plus fin, ou fi l’on met un plus grand nombre démaillés, ces mailles ne font pas fi ferrées, & la chaine leve plus facilement: dans le fécond cas , chacune de ces deux rangées de mailles eft aufii fort à fon aide.
- 1839- Ce que je viens de dire d’une toile , ou en général d’un tifsu , peut s’appliquer à toutes les étoffes dont le fond eft formé comme un taffetas , foit étoffes de laine , foit de coton , foit enfin les étoffes de foie : mais pour ce qui concerne les étoffes dont le fond eft fergé ou fatiné , on ne fuirait fuivre cette méthode, parce qu’en général chacun de ces deux genres a un nombre de lifses déterminé , qu’il eft efsentiel, autant qu’on le peut, de n’en point augmenter la quantité , puifqu’il faudrait de toute néceffité la porter au double. J’ai dû faire ici cette obfervation , parce qu’il n’eft pas indifférent d’augmenter ou diminuer à volonté le nombre des lifses , dont la trop grande quantité eft nuifible à la fabrication d’une étoffe. Ainfi , fi pour une ferge qu’on fait ordinairement àfix Lips, on veut en employer douze , le travail de l’ouvrier & l’embarras s’en trouvent confidérablement augmentés. Il en ferait de même d’unfatin auquel on mettrait dix lifses , tandis qu’il peut être fabriqué avec cinq feulement.
- 1840. Lorsqu’on dit que le nombre de lifses eft ordinairement fixé pour chaque genre d’étoffes, voici comment cela doit s’entendre.En fait de ferge ou de fatin , on n’eft pas libre de mettre quelques lifses de plus pour diminuer les frottemens ; il faut nécefsairement les doubler, tripler, &c. Ainfi, s’il faut fix lifses pour une ferge, & qu’on trouve les frottemens trop durs, il n’eft pas poflible d’en mettre huit ou dix, on eft forcé d’en mettre douze ou dix-huit ; de même pour un fatin à huit lifses , il en faut mettre feize ou vingt-quatre. Quant aux taffetas 5 comme deux lifses fuffifent ordinairement, on peut les
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- augmenter par deux -, & quelque nombre qu’on en emploie, pourvu qu’il foie pair j l’opération fera toujours aifëe.
- 1841. Quoique ce Toit au fabricant à guider le remifseur , il y a plusieurs villes de manufacture où l’on ne fait que leur donner un échantillon , fur lequel ils doivent établir le nombre de iifses nécefsaire pour exécuter le deflm qui s’y trouve. C’eft ainfi qu’on en ufe à Paris parmi les fabricans. de gaze * qui ne prennent pas la peine de décompofer le deflin d’une gaze faite à la marche : ils abandonnent ce foin au remifseur, dont l’emploi eft de faire des Iifses pareilles à celles qu’il apperçoit avoir fabriqué l’échantillon. Par ce moyen cette partie ell pour ainfi dire bornée à une certaine quantité de defiins produits par le mécanifme des Iifses à jour ; de forte que fi quelqu’un veut faire exécuter un nouveau deflin , quoique Peuvent d’un même genre delifse , les ouvriers qui ne connaifsent que quelques armures & quelques conftrudions générales , font obligés de faire une efpece d’apprentifsage pour fe mettre au fait de ce deflin i attendu que la plupart d’entr’eux n’ont fur cet objet qu’une faible routine, dont ils ne peuvent fortir fans s’égarer. Mais lorfqu’un fabricant qui connaît toutes les parties de fon art, ne dédaigne pas de tracer lui-même la route que le remifseur doit fuivre, il n’eft aucun deflin dont il 11e puifse rendre l’exécution prompte & facile,en Amplifiant toutes les opérations. L’ouvrier n’a plus qu’à former les mailles telles qu’on les lui demande , & fur les marques qu’on lui donne , en obfervant les diflances qui y font déterminées pour chaque partie de ces Iifses.
- 3 842. Il ne faut pas croire non plus que les moyens que j’ai rapportés pour rendre l’ufage des Iifses plus facile , doivent engager à les multiplier fans ïnefure : pourvu que les fils de la chaine coulent facilement, moins on met de lifles , plus une étoffe eft exactement tiffue, & moins l’ouvrier rencontre de difficultés. Ainfi, autant qu’il eft poflible, il faut fe contenter de deux îiffes pour les toiles de lin, de coton, & autres dont le tifîù eft le même, Quant aux étoffes de foie , les petits taffetas doivent fe fabriquer avec deux lifles , ou quatre au plus ; mais pour les gros taffetas qu’on nomme gros-de-Naples , gros-de-Tcurs , gros-de-Florence 9 poux-de-foie, moires, &c. on peut ell employer jufqu’à huit. Pour les raz-de-faint-Cyr, & les raz-de-faint-Maur 5 il ne faut pas plus de quatre lifles , & fix pour les ferges de foie.
- 1843-^ Quant aux latins , on en fabrique de fept façons , favoir, depuis cinq lifles jufqu’à douze, & c’eft le nombre de Iiffes qu’on emploie à fabriquer un fatin qui conftitue fa qualité & fa beauté. Ce n’eft pas ici le lieu d’expliquer en quoi confifte cette perfedion 5 comme chaque efpece exige un travail particulier , tout détail ferait déplacé ; je renvoie le ledeur à la partie de cet ouvrage où je traiterai à fond la fabriqué de tous les fatins. Comme il y a des étoffes de laine* de fil & de coton qui tiennent du genre-
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- de ferge ou de latin , le nombre de liiTes qui leur convient eft proportionne au genre auquel elles ont rapport, & Ton ne doit s’en écarter que lorfqu’oit y eft contraint.
- 1844,. Des différentes Liffes. On connaît dans les fabriques deux fortes de îilfes , lavoir, des liiTes pleines, & des liiTes à jour. Les liiTes qu’on nomme pleines f font celles que repréfente la fig. 1, pi. I. 1111e faut pas croire qu’elles foieut repréfentées ici en proportion du nombre de mailles qu’elles contiennent ordinairement, ni de la grofleur du fil dont on les fait ; il eût fallu pour cela multiplier les planches à l’infini, & encore n’aurait-on pas pu les remplir d’objets proportionnés ; mais 011 a tâché dans cet ouvrage plus vétilleux que difficile , de rendre fenfibles aux yeux, des nœuds qui dans le travail en grand font prefqu’imperceptibles : ainfi d’un côté on a été obligé de diminuer les longueurs , & d’un autre de grofiir les fils & les nœuds -, d’ailleurs les diftances des mailles n’ont pas pu être rendues fenfibles. Par-là j’ef-pere que le difeours & les planches fe prêteront un fccours réciproque pour ne rien laifler à defirer au lecteur le moins intelligent. (130)
- 184L Les liiTes à jour, qu’on nomme aufîi ligatures, fervent à former des efpe-ces de defîinsfur les étoffes. Ons’enfert auffi dans la fabrication de certains draps, de quelques genres de toiles & de mouflelines ; mais on s’en fert plus communément pour quelques efpeces d’étoffes de foie, de gazes & de linons. La difpofition de ces Iilfes à jour n’effc pas toujours la même, c’eft le deffin ou la rayure qu’on veut leur faire produire qui la détermine. Le nombre de mailles de chaque divifion, ainfi que leur écartement rcfpeélif, ne font pas fouvenfc les mêmes. La2,/?/. /, repréfente une lifle à jour (131) , dans laquelle les mailles qui la compofent forment cinq divifions inégales entr’elles , & n’ayant qu’un rapport fymmétrique. L’infpeétion de cette efpece de liiïe fiiffit pour donner une idée de toutes les liffes à jour dont on peut avoir befoin.
- 1846. Un lifleur entendu doit fans doute , fur la combinaifon d’un échantillon , trouver le nombre de liiTes qu’il faut pour le fabriquer , ainfi que l’é-
- (130) Il y a des liiTes dont les mailles font à crochets ; d'autres font à grand cou-liife ; d’autres enfin font faites à nœud, comme on le voit fig. 1, pi. I. Ces trois efpeces de liiTes ne different que par la jonction des parties de leurs mailles : dans la première, les jonctions font toutes fur la même ligne ; dans la fécondé , elles font placées fur deux lignes alternativement de maille à maille ; la jonction d’une maille eft plus haute que celle de l’autre, enforte que cette différence de hauteur fe trouve exactement fur deux
- lignes feulement, dans toute la largeur de la liiTe : la troifieme parait avoir deux jonctions à chaque maille -, mais il n’y en a qu’une qui eft en A ; celle qu’on croit ap-perccvoir en B , font des nœuds pratiqués à chacune des mailles, qu’on a foin de faire couler fur une même ligne.
- ( 131 ) Les mailles de cette liffe font à petit couliffe. Il eft bon d’obferver que le petit couliffe ne différé du grand que parce que les jonctions des mailles font plus rapprochées.
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- cartement des mailles de chacune i & la grofleur du fil qu’il y emploiera : il eft cependant encore plus du relfort du fabricant que du rcmiffeur , de déterminer toutes ces proportions , parce que la fuite de l’exécution du defini le regarde entièrement j aufii ce font eux qui ordinairement donnent au lifleur des ordonnances par écrit & des marques au moyen defquelles il n’eft plus pofiible de commettre d’erreurs en les exécutant. Ces ordonnances, telles qu’on en verra par la fuite, déterminent la quantité des liifes qu’exige tel defini, le nombre de divilions pour chaque lifte & leur pofition réciproque , enfin la quantité des mailles dont chaque divifion ou la lifTe enticre doivent être compofées.
- 1847. On appelle encore lijfes à jour ou ligatures, une efpece de lfifes qui étant égales cntr’elles , tant par rapport aux mailles que par rapport aux divi-fions, fervent à former des defiins en même tems que le corps de l’étoffe, Telles font celles avec lefquelles 011 fait les prufiiennes ordinaires, celles qui fervent à fabriquer certaines ferviettes ouvrées, & d’autres qu’011 emploie pour fabriquer une efpece d’étoffe de laine, qu’on nomme malboroug, &c. Les mailles de ces liifes font toujours à égale diftance les unes des autres ; mais leur nombre n’eft déterminé , par rapport à telle ou telle étoffe» que par la grandeur du defiin qu’elle préfente ; aufii plus le defiin eft grand t & plus il faut de lifîes pour l’exécuter. Il eft vrai qu’alors chacune des liifes contient moins de mailles, parce que, quelque defiin qu’on fe propofe de faire fur une étoffe d’un genre quelconque , la chaine en eft toujours ourdie à un nombre de fil égal ; ainfi le nombre de mailles eft aufii déterminé , puif. que chacune ne fait jamais mouvoir qu’un feul fil : il 11e s’agit donc dans ce cas que de répartir un même nombre de mailles fur une plus grande quantité de liifes i & pour mieux me faire entendre , je vais donner un exemple. Chacune des liffes contient ordinairement autant de mailles ou de doubles mailles, que le defiin eft contenu de fois dans la largeur de l’étoffe ; de forte que fi un defiin eft contenu trente fois dans la largeur , chaque lifle aura trente mailles, doubles ou fimples : fi le nombre des répétitions eft plus grand ou moindre, celui des mailles fera en proportion. Suppofons donc qu’on veuille fabriquer une pruflîenne ordinaire , dans la largeur de laquelle le defiin fe trouve répété quarante fois, par exemple , il faudra quarante ligatures, de quarante doubles mailles chacune , parce que la chaine de ces étoffes eft communément compofée de 3200 fils, & que chaque double maille en fait mouvoir deux ; par conféquent quarante ligatures, à quarante mailles chacune, donnent 1600 mailles doubles , ou 3200 mailles fimples» nombre des fils de la chaine fuppofée.
- 1848. Comme pour ces fortes de ligatures on ne donne point de marques ni d’ordonnances de lifses à uuremifseur, ileft à propos qu’il fâche lui-même H onu JA • i, g g
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- faire une divifion de ligature qui foit d’accord par le nombre de mailles dont elle eft compofée, avec celui des fils delà chaineî de maniéré que plus un deflîn eft répété de fois dans la largeur d’une étoffe, moins il faut de ligatures i mais dans ce cas chaque ligature contiendra davantage de mailles. Je fuppofe qu’un deffîn fe répété trente-deux fois dans la largeur d’une étoffe pareille à celle que nous avons vue plus haut, il faudra nécefsairement cinquante ligatures de 32 mailles chacunei & s’il n’eft répété que vingt fois, il en faudra quatre-vingt de vingt mailles chacune. La raifon de cette différence eft, qu’il faut toujours la même quantité de mailles, quelque nombre de lifses qu’on emploie ; ainfi , foit qu’011 ait cinquante ligatures, à trente-deux mailles chacune , foit qu’on en ait quatre-vingt, à vingt chacune, on aura également le nombre de i6co mailles.
- 1849. Il fuit évidemment de ce calcul, que fl l’on changeait le nombre des fils de la chaine , il faudrait changer auffi celui des mailles , & en répartir le plus ouïe moins fur le nombre de ligatures qu’exigerait le nouveau compte des fils de la chaine.
- i8fo. Lorsqu’on fait des lifses à jour pour des ouvrages tels que ceux dont 011 vient de parler , tout le foin du remifseur confifte à faire les mailles à égale diftance les unes des autres, & à établir entre les ligatures une parfaite égalité ; alors l’affemblage entier de toutes ces liffes forme ce qu’on appelle un nmijfe.
- 18 S T. Les réglés que je viens de preferire font générales pour toutes fortes d’étoffes. 11 faut que ce qu’on vient de nommer remiffe ( qui, pour le répéter , eft l’affemblage de toutes les liffes) contienne autant de mailles que la chaine qu’on fe propofe de mettre en œuvre contient de fils ; enforte que , par une répartition exade , chaque liffe foit compofée d’un nombre égal de mailles: par exemple , s’il s’agit de faire un fatin à huit liffes , dont la chaine foit de quatre-vingt portées, qui toutes enfemble donnent 6400 fils , ( 132 ) il faut diviferces 6400 en huit parties égales, dont chacune contiendra 8oo fils, & par conféquent chaque liffe aura 800 mailles. Si le fatin qu’on fe propofe de fabriquer ne doit être qu’à cinq liffes, & que la chaine foit d’un nombre de fils pareil à la précédente, la cinquième partie de 6400 eft 1280 > nombre de mailles que doit avoir chacune des cinq liffes. Le principe fondamental de tout le travail d’un remiffeur eft de regarder le nombre des liffes qu’il doit faire pour une chaine quelconque , comme un tout compofé d’autant de parties qu’il y a de liffes, dont le nombre que chacune contient de fils eft le numérateur de chaque fradion , & le nombre total des fils de la chaine en eft le dénominateur. Exemple : fl avec 6400 fils on veut faire un fatin à huit liftes 3
- (132) Veyez là-deffus ce qu’on a dit plus haut dans le traité de l’ourdiffage.
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- chacune répondra à cette fraétion ^|§§ ; à cinq liftes, il divifera la chaine en cinq ; à quatre, en quatre parties égales , & ami! du refte.
- 18 f 2. Des mailLes , de leur differente conjlruction , & de Leurs diffêrens effets. On a vu plus haut qu’une lillle eft compofée d’un nombre déterminé de mailles > voyons maintenant ce que c’eft qu’une maille, & comment on les conftruit*
- I8f3. On connait quatre fortes de mailles, qu’on nomme mailles a cro-cket, mailles à petit couliffe, ( * ) mailles à grand, couliffe, & mailles à nœud , qui fe fubdivifent en mailles à nœud fimple , & mailles à nœud double. Jamais une même liite n’admet plufieurs de ces quatre fortes de mailles en mèmetems; ainfi, fi les mailles font à crochet, toutes feront à crochet, à petit ou grand couliife , &c.
- 1854- Les mailles à crochet font formées par l’affemblage de deux demi-mailles fimples i elles font repréfentéesfig. 3 /. Chacune eft divifée en deux
- parties égales, la partie fupérieure A, & l’inférieure B ; mais comme il eft indifférent laquelle on met en haut ou en bas, on ne leur a pas donné de dénomination particulière; & une liite , compofée toute de mailles à crochet, peut être placée dans le fens qu’on voudra. La fig. 3 , qui repréfente une pareille lifte, fera voir quelle n’a ni haut ni bas déterminé , puifque la partie A eft abfolument égale à la partie B, & qu’on peut mettre le liffcronlb en haut, au lieu de celui A qui y eft.
- 18T T* Nous avons vu ci-deffus que l’effentiel de la conftru&ion d’une liffe eft l’égalité dans l’écartement dès mailles ; pour mieux régler & pour fixer cet écartement, on arrête tous les contours des fils dont les demi-mailles font formées , fur une ficelle a ,fig. 3 ,pl. I, qu’on nomme crijlele. C’eft auffi au moyen, de ces crifteles qu’on change les mailles de place, afin que la partie d’une maille qui touche l’autre à l’endroit où elles s’embraitent en formant le crochet ^ ne l’ufe pas fi promptement par un frottement répété & toujours le même ; 011 a donc foin de tourner un peu fur les deux lifterons A , B , la totalité des mailles , & on les y fixe en y faifant quelques tours avec les crifteles, au moyen de quoi les crifteles font tantôt devant & tantôt derrière les lifterons , & plus ou moins haut, à volonté. { 133 ) On conftruit quelquefois des liftes dont les demi-mailles ne font pas d’une égale hauteur; 011 en conte
- O J’ai cru devoir fuivre les dénomina- le fil de la partie fupérieure , on aura le fil lions ufitées dans les manufactures, fans qui compote la lifte d’une feule longueur, examiner fi elles font toujours conformes à fans qu’aucun des contours puiffe y former la pureté du langage ; mais je parle la lan- aucun nœud. Il en ferait de même fi l’on gue du pays. tirait le fil de la partie inférieure ; mais fi l’on
- (1 Il) Quelquefois la liffe eft dépourvue de place le eriftele dans les petits anneaux que crifteles & de lifterons. En tirant par le bout lefilforme,cesmailless’ytrouverontarrêtées.
- Gggij .
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- truit, par exemple , qui ont cinq pouces d’un côté & fept de l’autre : oh verra par la fuite la caufe de cette inégalité.
- 1856. Une maille à petit couliffe n’eft autre chofe qu’un affemblage de deux mailles à crochet, dont la première a la jonction des deux mailles qui la compofent, plus haute que celle de la fécondé. Pour opérer cette inégalité , il faut néceifairement qu’une des deux parties qui compofent chaque maille foit plus courte que l’autre , & que chaque maille étant compofée d’une grande & d’une petite partie , il n’eft plus queftion que d’en mettre alternativement une en bas & l’autre en haut, pour procurer la diftance qui reçoit le fil de la chaine qui palfe entre chacune r il faut donc néceflairement deux mailles à crochet pour en former une à coulifse.
- i8f7. La fig- 4 repréfente une maille à grand couHJfie, On voit aifément qu’elle ne différé d’une à petit coulifse que par la diftance qui fe trouve entre la jonction a des deux parties de l’une , & celle b de l’autre des mailles à crochet qui la compofent ; & que le fil de la chaine , qui dans toutes ces figures eft repréfenté par la ligne F , eft renfermé entre la jondion a , & celle b. Pour pouvoir trouver un écartement plus confidérable dans les mailles à grand coulifse que dans celles à petit coulifse , il eft nécefsaire que la partie inférieure B de l’une des deux, & celle fupérieure C de l’autre, foient plus courtes dans ces dernieres qu’elles 11e le font aux autres; & la diftance qui fe trouve entre la jondion a de l’une & celle b de l’autre, doit être d’environ deux pouces ou deux pouces & demi.
- 18 T 8- La fig. f eft une maille à nœud : (134) cette maille s’emploie feule comme celle à crochet ; mais on voit qu’elle a trois divifions A , B , E, tandis que les autres n’en ont que deux. Les divifions A, E , font formées par un feul & même fil noué au point b , d’un feulnœud, pour pouvoir agrandir & diminuer celle du milieu félon le befoin : la divifion B eft formée par un fîmple enlacement avec celle E , au point a , & eft produite par un autre bout de fil. Les mailles à double nœud ne different de celles à nœud fimple , qu’en ce qu’on fait deux nœuds l’un fur l’autre, afin qu’ils nepuifsent pas couler : on ne fe fert de ces mailles que pour des étoffes gro/ïieres ou pour des toiles très-fortes.
- I8Ç9- Il fuit de tout ce que je viens de dire , qu’un nombre de mailles à grand coulifse eft formé par deux parties de fil différentes, l’une qui fait la divifion fupérieure & celle du milieu , & l’autre celle d’en-bas, ainfi qu’on le
- (154) La maille à nœud rend à l’étoffe le même fervice que les mailles à petit & à grand couliffe. Elle eft divifée en trois parties à caufe du nœud; mais les divifions font formées avec le même fil, & la divifion
- inférieure ne tient aux autres que par un enlacement. Si l’on rapproche le nœud l> fur la jondion a, on fera faire à cette piaille l’office de la maille à petit couliffe.
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- verra quand je détaillerai les opérations. La partie fupérieure de toute efpece de lifses eft fixée aulifseron parles crifteles , à une diftance plus ou moins confidérable, ainfi qu’on l’a déjà dit. Lesjig. 3 > 4,ï /, représentent des lifses de toutes fortes de mailles. La fig. 6, pl-1, eft une partie de lifse à crochet ;( 135 ) ce qu’on reconnaîtra en ce que toutes les jon&ions font fur une même ligne. Pour rendre les entrelacemens du fil fenfibles aux yeux, on a eu foin de repréfenter les nœuds coulans qu’on forme furies crifteles, tellement lâches , qu’on peut aifément les fuivre dans toutes leurs révolutions ; & fi on les examine avec attention , on verra qu’entre chaque maille eft un nœud coulant, qui fert en même tems à fixer leur écartement refpedif, & à les ferrer foli-dement fur le crifteie ; car on peut remarquer que les nœuds 11e font que fur les crifteles.
- 1860. La longueur des écheveaus de fil, quelque grande qu’elle foit, ne permet pas de faire une îifife qui contient quelquefois jufqu’à 1500 mailles d’un feul bout de fil ; mais la néceffité de joindre ces éche-veaux les uns aux autres, ne nuit en rien à la perfection des mailles, au moyen du foin qu’on a de faire rencontrer les nœuds fur les crifteles; fans cela, comme nous avons vu ci-deffus qu’on change de tems en tems l’endroit où les ni ail*.' les s’embraifent, les nœuds accrocheraient immanquablement les fils de là chaine, & produiraient un mal plus grand que celui qu’on veut éviter. Je tâcherai dans un autre endroit, de rendre encore plus fenfible la conftruction de ces mailles , Iorfque je détaillerai les opérations du liifeur travaillant.
- 186î- La fig. 7 repréfente une partie de lifle , dont les mailles font à petit coulilfe. Si l’on fe rappelle i’ufage de ces mailles, on fendra que, quoiqu’on en ait repréfenté fix dans cette figure ^ comme deux n’en font qu’une , il n’y en a réellement que trois , parce que, fi-l’on fuppofe un fil de la chaine pafié fous la jonction a > & fur celle b , Iorfque la lifte fera un mouvement de bas en-haut, ce fil fera élevé par la maille b ; 81 lorfqu’elle defccndra,!e même fil fera abaifte par celle a. Tel eft en effet l’office des liftes , qu’elles font lever & bailfer alternativement des parties combinées de la chaine, pour gliftêr la trame entr’elles, ainfi qu’on le verra dans la fabrication des étoffés. '
- _ . J !i
- (13 s) Les mailles de cette lifte font à on verra former fur le fil autant de nœuds nœud; elle eft dépourvue de crifteles & de qu’il y a de mailles, & cela à caufe des di-lifterons. En étendant le fil de la partie fu- vifions A, A, A, A , A, formées par les périeuxe par le bout c, ou d, on aura le fil nœuds qui ne manqueraient
- qui la compofe d’une feule longueur, fans pas de fe fermer de manier® à ae*pouvoir qu’aucun des contours puiffe-y former au- plusfefervir du fil. Pour défaire cesnœuds cun nœud; mais il rien fera pas de> même il faut contre-paffer le rochet furrLc>qpéîon fi l’on veut étendre le fil de la partie infé- dévidé le fil, ce qui rend cette operation rieure. Ear .quelque bout qu'on le retire, longue & difficile. • . ^ fi
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- i%62. La.fig. 8 repréfente une partie de li!fe , dont les mailles font à grand couliffe. Après l’explication que nous avons donnée de ces différentes mailles, la feule infpedion de \à figure fu'fit pour en faire la différence : le fil de la chaine, paffé dans cet efpace, renfermé entre a & b , de deux mailles pri-fes enfemhle , qu’on nomme Le couliffe <£une maille , a bien plus de jeu ; & pour le faire lever ou bailler, il eft évident que la liife doit faire elle-même un bien plus grand mouvement que toutes celles que nous avons vues juf. qu’ici. Si la lifse eftcompofee de mailles à nœud , il eft très-uifé de concevoir que ces fortes de maibes remplirent la fonction des mailles à grand & à petit coulifse. En effet, fi on laifse les nœuds de ces mailles dans l’écartement qu’on leur a donné fur la figure , & qu’elles doivent avoir naturellement, elles refsemblent fort à celles à grand coulifse 5 mais quand on veut s’en fervir comme de mailles à petit coulifse , il iuifit de faire def-cendre le nœud a, près de la jon&ion b de la demi-maille inférieure. Les avantages qu’offre cette efpece de lifse ne fauraient en balancer les incon-véniens ; malgré cela on les préféré fouvent, parce qu’au moyen de ce qu’une fimple maille fuffit pour contenir un fil de la chaîne, il eft évident qu’il faut moitié moins de mailles, & par conféquent moitié moins de lifses : de plus, le nombre des mailles étant confidérablement diminué, les fils de la chaine fe trouvent beaucoup plus à leur aife. Quant aux inconvéniens qu’on rencontre à s’en fervir , ce n’eft pas ici le lieu de les détailler, & je crois , pour conferver l’ordre que ma matière me prefcrit, devoir renvoyer le ledeur .aux opérations même.
- 1863. Toutes les mailles dont on forme des lifses , foit celles à crochet, foit celles à coulifse , foit enfin celles à nœud , ne font fixées , ainfi que nous l’avons déjà dit, qu’aux crifteles, au moyen dès nœuds coulans & des enla-cemens dont nous avons parlé. Si l’on veut fe donner la peine de fuivre des yeux fur la figure ces enlafsemens, on-verra qu’il n’eft rien d’aufil facile que de les défaire*
- 1864. Effets que produifcnt les differentes mailles. Les différentes mailles dont nous venons de parler, produifent toutes des effets différens, dont il eft à propos de rendre compte -, il ne faut pas croire aufti que ces effets foient tellement déterminés pour chaque efpece ,-qu’il n’y en ait quelques-unes préférables aux autres , ou qu’elles puiffent remplir indiftimftement le même objet : entrons en détail.
- i86ï- Les mailles à crochet remplilfent la triple fonction de faire lever Amplement les fils d’une chaine, ou de ne les faire que baiffer , ce qu’on appelle rabattre , ou enfin de produire alternativement ces deux effets; ce qu’011 concevra aifément à la fimple infpecftion de la maille, qui faififfant le fil de la chaine entre la jon&ion de fa partie fupérieure avec celle de fa
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- partie inférieure, ne faurait monter ou defcendre fans faire éprouver le même mouvement au fil qui la fuit, malgré la tenfion qu’on donne à la chaine fur le métier où fe fabrique l’étoffe. Nous venons de voir qu’il y a des mailles à crochet, dont l’ufage eft de ne communiquer aux fils de la chaine qu’un feul mouvement : telles font celles qui fupportant pour ainfi dire le fil, ne peuvent le faire mouvoir que de bas en haut; au lieu que fi on le pafiait en deflous de la jon&ion , elle ne pourrait que le faire baiffer.
- 1866. Les mailles à petit coulilfe font, d’une conftruction plus parfaite que la précédente, en ce qu’elles ne font éprouver à la chaine aucun frottement, puifque chaque fil palfe fur la jon&ion de l’une & fous celle de l’autre. Il n’eft pas uéceffaire qu’il touche à la jonction même,& par conféquent il avance fans peine , malgré les tnouvemens de la liife. On ne faurait donc trop recommander aux fabricans de 11e fe pas fervir de mailles à crochet f.inais les préjugés, plus forts quelaraifon , s’oppofent malheureufcment à la perfection des arts. Si quelque chofe peut en faire tolérer l’ufage , c’eft qu’étant faite de foie ou couji, ces mailles ne fauraient déchirer autant une chaine de foie , que quand elles font de fil: encore dans ce cas empêcheront-elles depaiferles bavures ou bouchons qu’il eft impoftible de ne pas rencontrer dans toute la longueur d’une chaine, & occafionneront-elles un dégât de foie qu’on doit toujours éviter ; au lieu que les mailles à petit coulilfe n'occafionnent prefque aucun frottement. Je fais bien que les petites déclamations que je me permets de tems en tems contre les abus qui s’oppofent aux progrès de mon art, ne le mèneront pas à laperfe&ion où je voudrais le porter ; mais s’il en eft des thlens comme de ces champs où les ronces abondent, un cultivateur habile ne doit pas fe lalfer de les couper, jufqu’à ce que la racine périlfe. Il fem-blerait au premier coup-d’œil, qu’une liife compofée de mailles à crochet doive coûter beaucoup moins que les autres ; mais quoiqu’il faille en effet moins de mailles, comme 011 prend alors du fil ou du coufi plus gros, la dépenfe revient au même; d’ailleurs il eft de fait qu’une liife à mailles à crochet s’ufe beaucoup plus vite que les autres, à caufe du frottement confî-dérable que nous avons remarqué s’y faire fans celfc par-tout; au lieu que celles à petit coulilfe, par exemple , n’elfuient de frottement que quand «lies font lever la chaine , mais non pas quand elle avance; & pour le dire en un mot, les étoffes fabriquées avec ces dernieres , toutes chofes égales d’ailleurs , font beaucoup plus belles que quand on fe fert de mailles à crochet, & l’ouvrier qui fabrique gagne aufîi beaucoup de tems.
- 1867. L’usage des mailles à grand coulilfe , qui, comme on l’a vu plus haut, font toujours compofées de deux mailles (impies , eft de faire lever & bailler les fils de la chaine , de même que celles à petit coulilfe & celles à crochet; mais la grande diftance quife trouve de la joncftion de l’une à celle de
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- l’autre , permet à la chaine 4e lever, lorfque pour former un defini fur l'étoffe on fe fert de la tire , car ordinairement c’eftaüx étoffes façonnées qu’on emploie les mailles à grand couîiffe. Un autre avantage qu’a encore cette efpece de mailles, eft de retenir les fils des chaines , afin qu’ils ne foient pas entraînés par celle des lilfes qui fe meut lorfqu’on fait le tiffu d’une étoffe. 11 fuffit de jeter les yeux fur lafig. 4,/?/./, pour reconnaître en elle toutes ces propriétés.
- 1868- La maille à nœud, telle qu’on en voit une fig. f, en réunilfant les avantages des mailles à grand couîiffe, a encore celui de tenir moins de place & de produire le même effet quoique fimple. Il ferait à defifer que cet avantage put compenfer les inconvéniens auxquels elle eft fujette : comme le nœud b n’eft qu’un nœud fimple , il eft aifé de fentir que la liffe à chaque mouvement le fait couler , foit en haut, foit en bas ; & la divifion E , dans laquelle paffe le fil de la chaine , dévient trop grande ou trop petite, & l’ouvrier eft affujetti à des foins fatigans lorfqu’il s’agit de paffer dans cette ouverture , devenue trop petite, un fil quicaffe affez fouvent. Au moyen de la facilité qu’a le nœud b, de monter ou defcendre , 011 emploie dans les fabriques la maille dont nous parlons, comme maille à grand ou petit couîiffe: il fuffit pour la grande de le tenir plus haut, & plus bas pour la petite; mais auffi, quand 011 s’en fert comme de maille à petit couîiffe, l'inconvénient dont je viens de parler eft plus grand , parce que le noeud A fe trouvant plus près de la jonction a, au moindre dérangement eft bientôt defcendu contr’elle.
- 1869* Telles font les diverfes maillés dont on forme lesliffes. Après avoir donné une idée de leurs propriétés , & de l’emploi qu’011 en fait, voyons les moyens dont on fe fert pour leur donner une régularité convenable. La qualité la plus effentielle dans une liffe eft une parfaite égalité entre lés mailles qui la compofent : cette égalité n’eft pas Amplement produite par finduftrie manuelle derl’ouvrier ; il a encore fallu imaginer des uftenfîles , à l’aide defqtiels l’homme le moins intelligent pût leur donner cette perfection & mettre à profit le tems toujours précieux. Il ferait trop long fans doute de décrire tous les procédés, & de rapporter toutes'les machines qu’on emploie dans la fabrique des liffes. Chaque ville a fes ufages ; mais comme on parvient au même but par différentes voies , je me bornerai à décrire trois des principaux métiers dont on fe fert dans les plus fortes villes de manufacture, & je ferai remarquer les avantages & les inconvéniens attachés à chacun , àmefure que j’aurai occaflon de détailler les opérations qui leur font propres.
- CHAPITRE SECOND.
- Defcription des meilleurs métiers à faire les liffes.
- 1870. Métier qu'on emploie à Aimes, à Avignon, & dans quelques autres villes.
- La
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- La fig. 9 I pl. I, repréfente le métier tout monté. Sur un banc formé par une planche A, d’environ quatre pieds & demi de long, fur huit à neuf pouces de large, montée fur quatre pieds B, B, B, B, aflemblés par les traverfes G, C,D, à tenons & mortaifes, & entourée par quatre tringles £,£,£,£, qui y forment des rebords, font plantés deux montans F, F , qu’on a repréfentés de profil fig. 10. Ces montans font placés à environ trois pouces des deux bouts du banc & clavetés par-deflbus : l’entaille qu’on voit en a, à chacun de ces montans, doit être alfez profonde pour recevoir les trois tringles G, H, I, qui feules fervent à former la hauteur des mailles, au moyen de leur largeur plus ou moins grande qu’on peut varier autant qu’on le déliré , félon cette hauteur , ainfi qu’on le verra : c’eft donc, à proprement parler, le moule des mailles, comme celui dont nos dames fe fervent pour faire du filet en réglé les mailles ; aulfi ces detix ouvrages' ont-ils enfemble beaucoup d’affinité. Les trois tringles doivent -entrer jufte dans les entailles des montans F, F, & n’y point ballotter : celles G & I font ordinairement d’une largeur égale entr’elles & terminées en rond, l’une en-bas, l’autre en-haut, ainfi qu’on le voit fig. il, qui les repréfente vues par le bout, toutes trois féparées. On voit auffi haut & bas, fur la partie arrondie de chacune, une rainure peu profonde, qu’on a eu foin de repréfenter fur la figure. C’eft dans cette rainure qu’on place le crîfiele dont on doit fe rappeller l’ufage, & qu’on le fixe fur une même ligne à mefure qu’en le couvrant alternativement de mailles & de noeuds * on le force d’entrer dans cette rainure de la maniéré qu’on va voir.
- 1871. peut fe rappeller que le criftele 11’eft autre chofe qu’une ficelle aifez fine , fur laquelle on fixe les mailles. Voici comment on s’y prend : on attache l’un des bouts de cette ficelle au bout de la tringle fupérieure H, à une cheville à tête , qui entre dans le trou d,fig. 11 5 puis ayant mis le clocher, fig. 12 , à l’autre bout, on la place fur la poulie a , & elle refte tendue dans cette fituation au moyen d’un contre-poids qu’on y fufpend. Ce qu’011 appelle clocher, eft un morceau de bois auquel on a pratiqué deux entailles , dont l’une C , doit être alfez large pour embralfer à frottement la tringle fupérieure G , & fe placer à tel endroit de fa longueur que le befoin l’exige:, l’autre entaille reqoit la poulie fur laquelle repofe le criftele, ainfi qu’on fa dit. Il eft aifé de fentir que le criftele fait avec la tringle fupérieure G un angle aigu , au moyen de l’élévation où il eft porté par l’autre bout ; c’eft dans cette féparation que l’ouvrier fait palfer la navette ou la bobine , lorfqu’il forme fes mailles , foit de fil , foit de coufi ; & chaque maille ferrée fur cette tringle oblige le criftele d’entrer dans la rainure à mefure que f ou* vrage avance: je reviendrai à l’opération. La hauteur du banc de ce métier eft de quinze pouces, & celle des montans de treize : quoique la largeütf Tome IX. Hhh
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- des trois tringles prifes enfemblc , varie en raifon de l’ouverture qu’on iVeut donner aux mailles, qu’on ne fait pas toujours de la même foule, cette; largeur la plus ordinaire eit d’environ fept pouces , à moins qu’on ne forme des mailles dont la partie inférieure foit plus grande ou plus petite que la partie fupérieure. Lorfqu’on veut faire des mailles à petit couliffe, on paffe ;dans les trous b , b, pratiqués au bas des montans F, F , une corde dont je ferai connaître plus amplement l’ufage lorfque je parlerai de l’opération.
- 1872. Métier dont on fefert à Paris & dans quelques autres villes. Ces métiers font diiférens en apparence de celui dont je viens de donner la defcription , & remplilfent le même objet par des procédés à peu près femblables : on voit un de ces métiers ,fig. 1 3 , pL I. Le banc qui lui fert de bafe , eft à peu près k même que le précédent, fi ce n’eft que les quatre pieds font affemblés par quatre traverfes C, C,D,D. Sur la planche A, font plantés quatre montans E, E, E , E, qui portent le chalîîs F , F , G, H , I, qui n’eft autre chofe , à quelque différence près, que les trois tringles du métier précédent, placées dans une pofîtion horifontale. Chaque couple de montans E, E, porte une traverfe F , qui fur fon épaiffeur d’un pouce & demi, & en-dedans du métier, a dans toute fa longueur une rainure de neuf lignes de profondeur fur un demi pouce de largeur ; c’eft dans ces deux rainures que coulent les trois tringles G , H, I, au moyen d’un petit tenon de pareilles dimenfions que la rainure qu’on pratique à chaque bout. L’écartement qu’on donne à ces tringles entr’eiles, détermine l’ouverture que doivent avoir les mailles;, mais pour conferver cet écartement d’une maniéré égale, on perce une certaine quantité de trous furie bord intérieur de chaque traverfe F ,F, qui répondant à de pareils qu’on a faits fur les tenons des trois tringles, donnent entrée à de petites fiches de bois ou de fer qui ne permettent plus aux tringles de changer de pofîtion, quand on l’a une fois déterminée. La hauteur du banc de ce métier eft de feize pouces, & celle des montans eft de quatorze; de forte que le métier le trouve à trente pouces d’élévation hauteur alfez ordinaire pour des machines qu’il eft à propos de mettre à la portée des bras d’un ouvrier ailîs. Les rebords qu’on pratique prefque toujours aux bancs de ces fortes d’uftenfiles , fervent à recevoir les outils propres au travail, comme navettes , rochets , & c. qui par ce moyen 11e peuvent tomber par terre.
- 1873. Métier dont on fe fert à Rouen , à Tours , &c. Si l’on s’accorde dans toutes les fabriques pour la maniéré de former les mailles des différentes liifes, on peut dire auflt que les méthodes qu’on y emploie different bien peu entr’elles.
- 1874. Le métier dont on va voir la defcription, a un rapport très-fen-fible avec les deux précédais ; la forme du banc n’eft pas tellement déter-
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- •mince, qu’on doive s’y arrêter abfolument; il fuffit de fe procurer une bafe à peu près femblable à celles qu’011 a déjà vues. A environ trois pouces des extrémités de la planche, font plantés deux montans , fur la face intérieure defquels eft une rainure, dont la largeur & la profondeur font d’un pouce : le plus près du bord de cette face & fur l’épaiffeur, etl une rangée de trous percés d’outre en outre, comme ceux du métier précédent, & dont l’ufage eft auiïi de fixer, à l’aide de petites chevilles, deux tringles, à un écartement plus ou moins grand , félon la grandeur des mailles qu’on veut former, à crochet ou à petit coulilfe ; car quand on en veut faire à grand coulilfe, on fe fert d’une troifieme tringle beaucoup plus étroite que les autres, & qu’011 place aulii dans les rainures j & même on emploie à cet ufage un petit morceau de bois, dont on donnera autre part la forme & les dimenfïons , & qu’on nomme chevalet ou coulijfeur. Après avoir détaillé la ftrudure des métiers à faire des lilfes , paffons aux opérations par lef. quelles on y parvient. On doit fe rappeller que les lilfes font faites de fil qui en porte le nom, ou bien de coud ; nous allons d’abord voir comment on dévidé ce fil ou cette foie fur des inftrumens propres à en faciliter l’emploi.
- 187i- Obfervation fur le devidage du fil & du coufi. On a vu dans l’introduction , que le fil de lilfes eft diftribué par écheveaux, & qu’il fuit.une gradation infenfible dans l’ordre des numéros par lefquels 011 le diftingue. Il n’eft donc pas pofîible de le mettre en œuvre fans le devider d’abord s foie fur des navettes , telles qu’on en voit une en k s fig. 9 ,pl. /, foit fur des bobines pareilles à celle qu’on voit en L-, même figure. Quant à la préférence qu’on doit aux unes ou aux autres , elle dépend entièrement de l’ufage de chaque pays ; mais je n’en fuis pas moins obligé de les décrire toutes deux.
- 1876* Quoiqu’il femble auffi qu’un dévidoir quelconque doive fufïire pour cette opération , il n’en eft pas moins vrai que dans les arts chaque genre d’ouvriers a fes uftenfîles particuliers : c’eft ce qui fait qu’on trouve tant de variétés dans les machines dont on fe fert même à des ufages fem-blables. Ce que je dis ici eft à deifein de prévenir mon ledeur , à qui dans le devidage des foies j’ai fait voir tant de.dévidoirs , & qui pourrait peut-être au premier coup-d’œil fe rebuter d’en retrouver ici qui femblent ne devoir être différenciés des premiers que par labifarrerie de leur conftrudion ; mais je décris mon art, & je ne crée rien.
- 1877. Le dévidoir le plus généralement adopté par les faifeurs de lilfes, eft le guindre à fix faces, dont nous parlerons plus bas ; mais ii ne faut pas croire qu’on doive rejeter indifféremment tous les autres, & je.puis affûter qu’un guindre quelconque , pourvu qu’il puilfe , en s’agrandilfant ou fe rétré-cilfant à volonté , fe prêter auix grandeurs fans ceffe variées des écheveaux, remplira le même objet, Ci cependant il n’eft pas trop faible, comme ceux que
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- }’ai fait voir, qu’on confirait avec de la canne. Il en eft: encore quelques autres que je ne ferai qu’indiquer , de peur de fatiguer les lecteurs par des défi. criptions aulîî rebutantes qu’elles font minutieufes. Soit qu’on dévidé le fil ou le coufî fur des bobines ou fur des navettes , le travail ferait fort long s’il fallait l’y placer à la main; mais les ouvriers, toujours exaéts appréciateurs du tems, ont imaginé diiférens moyens pour aller plus vite , dont je vais rendre compte.
- 1878. Defcription d'un dévidoir pour h fil ou le coujî. La fi g. I » pl> H* repréfente un dévidoir fort fimpîe , dont la fig. 3 fera aifément comprendre la conftru&ion. Aux quatre coins des deux planches quarrées B, C, parfaitement égales entr’elles, on perce quatre trous, dans lefquels on place foli-dement & même on colle quatre tringles de bois D ,D,D,D, qui forment par cet alfemblage un puralUlipipede à jour. Au centre de chaque planche eft un trou rond, d’environ un pouce de diamètre ; celui de la bafe B, reçoit l’axe ou arbre E, tandis qu’à l’autre eft une noix ou pivot, dont la partie terminée en pointe, repofe dans un trou conique, pratiqué au bout du bâton E , qui fert d’axe au dévidoir. O11 fent que ce pivot doit entrer jufte, & même être collé dans la planche C , fans quoi il fortirait aifément de fa place. Sur les quatre côtés de l’épaifléur de la bafe B, font pratiquées au milieu quatre mortaifes pour recevoir les tenons des quatre ailes A, A, A, A,, du dévidoir ,fig. 3. Enfin fur la longueur de chacune de ces ailes font percés, plufieurs trous , dans lefquels on place les chevilles F, F , F,F , fuivant la grandeur de l’écheveau qu’on veut devider. On a foin de faire fur le tour ces quatre chevilles, & de leur donner la forme qu’on voit dans la fig. 1. Dans cet état le dévidoir eft achevé, & n’a plus befoin que d’une pièce de bois H, ou d’une pierre , en forme de cube , au centre duquel on fixe l’arbre E , pour donner de l’aftiette à toute la machine. La hauteur de ce guindre,fans te pied , eft d’environ dix-huit pouces ; la longueur des ailes eft de quinze, & la hauteur des chevilles ou poupées eft defix à fept pouces, fans les tenons. On confirait de pareils guindres à fix ailes , & même on peut en conftruire à. huit ; il ne s’agit pour cela que d’avoir une bafe B , à fix ou huit pans. Il eft certain que, plus ils ont d’ailes, plus les côtés du polygone que forme l’écheveau deviennent petits , & par conféquent plus il approche du cercle qui peut oppofer la moindre réfiftance, à caufe de l’égalité des leviers qui font les rayons prefqu’égaux. Il ne faut pas croire que les lilfes reçoivent plus de perfection lorfque le fil en eft dévidé avec un guindre à fix ou huit ailes , plutôt qu’avec un à quatre ; mais comme le fil ou le coufi eft plus également tendu fur la bobine ou fur la navette quand le devidage a été fait fans faccades9 l’onvrier a plus de facilité pour ferrer les nœuds de chaque maille.
- Jgyÿ. Petit rouet dont on. fie fert pour devider le fil de lijfe & le coup fur
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- les navettes. Quoiqu’à l’infpedion de la fig. 2 , pi. II, qui repréfente le rouet dont je vais parler, on puiife comprendre toute fa conftru&ion , il contient néanmoins quelques détails qu’il eft à propos de faire connaître au leôteur. Ce rouet , ainfi qu’011 le voit, n’effc autre chofe qu’un arbre, fur lequel on place la navette par le milieu , au moyen d’un trou pratiqué fur fon épaiifeur, & qu’on fait tourner allez rapidement à l’aide d’une manivelle* 1880. Le banc a environ trois pieds de long, fur huit pouces de large ou environ, & 11’eft porté fur quatre pieds aufli forts & aulîi folidement alfemblés , que pour avoir plus d’alfiette: au relie les quatre tringles qui l’entourent & forment un rebord , ne fervent qu’à le rendre plus commode pour recevoir mille chofes qui par ce moyen 11e fauraient tomber à terre. Vers l’un de ces bouts font placés deux montans C, C, au haut defquels font percés deux trous qui le répondent bien horifontalement, & dont l’ufage , qui eft de recevoir l’axe ou arbre fur lequel on met la navette, ne peut être bien fenti que quand j’aurai fait voir comment cet arbre doit être fait.
- 188 î - La fig. 4 ,pi. Il, repréfente cet arbre nu & hors de la place qu’il occupe dans les deux montans C, C. La partie quarrée a elt celle où l’on place la navette, & dont la longueur elt égale à l’écartement qu’011 veut donner aux deux montans. b , b, font deux collets faits fur le tour, par où l’arbre tourne dans les trous qu’011 a pratiqués au haut des montans j mais il faut obferver que le trou qui eft du côté de la manivelle doit être plus grand que 1’ autre, parce que quand on retire l’arbre , le quarré y doit palier ; ce qui ne fe pourrait pas, Ci ce trou 11’était que de la grofleur du collet. Il eft à propos que les montans aient alfez d’écartement pour que la navette puiife y tourner à l’aife. O11 voit aulîi en d, fig. 4, la maniéré dont 011 forme line manivelle de bois ; au bout quarré de l’arbre qui eft aulîi de bois , & en E, la poignée de cette manivelle. La polition refpective des deux/%. 1 & 2rpLH* repréfente la maniéré de s’en fervir. L’ouvrier eft alîis vis-à-vis du rouet 9 & tournant la manivelle de la main droite , il conduit le fil ou le couli entre deux doigts de la gauche, pour modérer les faccades, & le placer comme il convient entre les cornes de la navette. Palfons maintenant à l’autre riftenlile dont les ouvriers fe fervent en place de celui-ci, & dont- on a déjà dit un mot •, c’eft-à-dire, la bobine.
- Ig§2. Autre rouet, à laide duquel on dévidé le fil de lijfie ou le couji fut fies rockets. Dans la defcription que je vais donner du rouet dont on fe fert pour devider le fil ou le couli fur des rochets , je ne dirai abfolument rien du dévidoir ou guindre qui porte l’écheveau. Celui qui a rapport au rouet dont je parlerai, a été repréfenté à fix ailes, pour fervir de modèle de ceux que j’ai dit qu’on fabriquait à ce nombre d’ailes, & même à un plus grand : je paffe tout de fuite au rouet,
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- 1883. La fig• f , pl> II, repréfente en perfpective le rouet dont il eft queftion;fa bafe n’eft autre chofe qu’une planche plus longue que large, montée fur quatre pieds de la maniéré qu’on juge la plus convenable. Vers les deux extrémités de la bafe, & fur la longueur, lontplantés deux montans d’environ trois pieds de haut , fur trois pouces de large & un d’épaiifeur. Ces montans , qui font fixés fur la bafe A , par le fecours de clavettes, font arrêtés par le haut au moyen d’une traverfc E, à queue d’aronde , qui les tient dans un égal écartement. A environ quatorze pouces de la bafe font percés deux trous qui fe répondent & qui reçoivent Earbre F, de la roue H: cet arbre reçoit vers l’une de fes extrèmirés, après un collet qu’on y a pratiqué , le moyeu G qui y entre quarrément. Sur la circonférence de ce moyeu font plantés fix rayons C,C,C,C,C,C, égaux , fur lefquels eft fixé avec autant de clous d’épingles le cercle ou cerceau H, aux deux bords duquel font attachés auffi avec des clous d’épingle de petits cercles de bois a, a , qui en fervant de rebords forment fur la roue une rainure qui empêche la lifiere I de fortir. A quelques pouces de la traverfe E, & fur les faces intérieures des montans C, D , font pratiquées de petites entailles quarrées, peu profondes , dans lefquelles on place de petits cubes de cuivre ou de corne , fervant à recevoir les pointes de la broche K, fur laquelle on fixe perpendiculairement à la roue une poulie à large rainure L , où paffe la lifiere I. A l’extrémité de l’arbre oppofée à la roue, eft un autre collet, après lequel eft une partie quarrée qui reçoit la manivelle M. Dans cet état on conçoit qu’en faifant tourner la roue, la lifiere fans fin fait tourner la broche , & par conféquent la bobine qu’on place deffus. Cette rotation de la bobine eft très-rapide , & contribue à la remplir promptement d’une fort grande quantité de fil ou de coufi.
- CHAPITRE III.
- De la maniéré de faire les lijfes.
- 1884* Obfervation fur les differentes hauteurs de mailles. Il eft à propos , avant d’entrer en matière, de fe rappeller qu’on appelle du nom de maille l’union des deux ou trois parties qui la compofent; ainfi nous avons vu qu’une maille aune partie fupérieure & une inférieure : quelquefois encore, comme dans celles à nœud, elles ont une ouverture au milieu ; ces trois parties font confondues fous le nom générique de maille. La hauteur totale des mailles eft ordinairement, pour les étoffes de foie , depuis quatorze pouces jufqu’à feize & même dix-huit. Cette hauteur, qu’en terme d’art on nomme foule *
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- ne varie guère que dans quelques cas particuliers. Lors donc qu’on commande une liiTe à un remïfeur, il fufHt de lui déterminer le nombre de pouces de fouit qu’on veut qu’elle ait. Cette dénomination de foule, pour dé-figiier la hauteur totale d’une maille, n’eft pas univerfellement adoptée dans les villes de manufacturesyil en elt où les pouces de foule fe comptent doubles : ainfi quand on veut, par exemple, une lifle de quatorze pouces, il faut, dans ces endroits-là, la commander de fept pouces de foule. Cette méthode a un alfez grand inconvénient, qui elt que quand on fait faire des liifes à parties inégales, il faut défiguer chaque partie à part, & dire qu’on veut une lifle à deux foules, l’une à cinq pouces, par exemple, 8c l’autre à fept, & ainfi des autres, donnant la mefure de chaque foule à part. Quoique cette méthode de faire des mailles à parties inégales foit connue dans prefque toutes les villes de manufactures, il en elt pourtant où elle eft plus adoptée que dans les autres.
- 1885- Il y a des étoffes dont la fabrication exige des mouvemens plus multipliés de la part des liifes, que certaines autres ; c’efï là le cas où il eft à propos de faire à chaque maille une partie plus grande que l’autre. Sans cette précaution , les frottemens fe faifant toujours aux mêmes endroits, le fil ou le coud s’uferait beaucoup plus vite; au lieu qu’au moyen de la précaution dont je viens de parler, 011 change les crifteles fouvent de pofi-tion par rapport au lijjeron, & les mailles s’ufent également par-tout. Ces fortes de liifes font bonnes , par exemple, pour la fabrication des étoffes dans lefquelles il 11’y a que la chaine qu’on fade lever, & pour celles où il faut des liifes de rabat , en obfervant de faire travailler davantage la partie la plus grande des mailles. Quant aux fabriques de toiles & de draps, on n’y fait guere ufage de ces fortes de filles, & encore moins pour les étoffes communes & grofîieres : celles qu’on y emploie n’ont ordinairement que douze pouces de foule au plus pour la maille entière, & fouvent même elles n’en ont que dix. Il eft vrai que ce font toujours des îifles à nœud, 8c alors on eft obligé de donner à la partie de la maille qui forme le nœud un pouce de plus qu’à l’autre. Les mailles à petit & à grand coulifle font auffi fufceptibles , ainfi que nous en avons déjà dit un mot, d’avoir une grande & une petite partie. Nous nous étendrons fur toutes ces différences , 8c fur leurs ufages, à mefure que l’occafioit s’en préfentera: voyons maintenant la maniéré de les former, en mettant, s’il eft poflible , aux yeux du ledeur, l’ouvrier en adion.
- 188<L Maniéré de faire les liffes à mailles à crochet, fuivant les méthodes de Nîmes , d'Avignon , &c. On fe rappelle fans doute le métier à Iifles dont j’ai donné la defeription, 8c que j’ai dit appartenir aux ufages do Nîmes, d’Avignonj de. Ne voulant alors qu’en faire fentir la conftrue*
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- tion,je n’ai pas pu y repréfenter l’ouvrier en travail; je le reprends ici s pour faire voir au leéleur le commencement de l’opération, me réfer-, vant de ne lui en plus montrer que des parties fur lefquelles il puiffe voir la fuite du travail.
- 1887- Le premier foin d’un ouvrier avant de commencer aucune liffe , eft de graduer très-exactement par pouces le bord fupérieur de la tringle d’en-haut entre les deux montans D,E, ainfi qu’on peut le voir, fig-6> pi. IL Sans cette précaution, il ne lui fera jamais poifible dérégler fon travail ni de s’aifurer du nombre de mailles qu’il convient de faire dans une longueur donnée ; & pour peu que le fil ou le coufi varient de groifeur, le nombre de mailles fe trouvera confidérablement augmenté ou diminué : fi donc la liffe qu’on lui a commandée doit être de 8GO mailles , fur une longueur de vingt pouces, il eft évident que chaque pouce doit contenir quarante mailles : on trouvera par le même calcul, que fi fur la même longueur la lilfe doit avoir mille mailles, il doit en mettre cinquante par pouce. Lorfqu’un remiifeur craint de ne pas trouver allez de précifion dans une divifion par pouces, il peut fubdivifer en demi-pouces , & même en quarts de pouce , & alors fa marche devient plus fûre, & les diftances de chaque maille plus égales.
- 1888- Les trois tringles A, B, C, placées comme on le voit , ne font le moule que de la moitié de la hauteur qu’on doit donner aux mailles quand leurs deux parties doivent être égales; & par conféquent, quand le nombre de mailles requis eft fait fur ce métier , on n’a encore que la moitié de la lilfe. Tout étant difpofé comme on vient de le voir , & le clocher B étant placé par-delà le montant E, l’ouvrier fixe un bout du criftele à la cheville d, le pofe fur la poulie e, & fufpend un contrepoids f > à l’autre bout ; puis il s’alîîed fur une chaife ou tabouret , non pas vis-à-vis du métier , dont fes genoux l’écarteraient trop, mais de façon que fon côté droit foit tout contre , pour pouvoir agir avec le bras droit fans peine , ainfi que la figure le représente. Alors , après avoir attaché le bout du fil ou du coufi fur le criftele , à l’endroit où commencent les graduations qu’il a marquées fur la tringle fupérieure, il prend la navette de la main droite , & formant une boucle tavec fon poignet gauche, il lâche alfez de fil pour permettre à cette main gauche de venir prendre, par-delfous les trois tringles , la navette ; alors il la change de main , la paife dans la boucle, & forme autour de ces tringles une demi-maille qui les embraife, en forçant le criftele d’entrer dans la rainure; & pour procurer à cette demi-maille une parfaite égalité avec toutes celles qu’il va faire, il leve la main gauche, dont il tient la navette, perpendiculairement
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- renient à la pente du criftele , & ferre le fil autant que fa corffftance peut îe permettre.
- T889- Si l’on confidere avec attention le nœud que nous venons de décrire, on fentira qu’il n’a rien de folide , puifque c’eft un fimple nœud coulant que le moindre effort peut faire lâcher ; auffi des que ce premier eft fait, le liffeur a-t-il foin d’en faire un fécond, dont l’enlacement eft repréfenté par la fig. 7, & que je vais tâcher de rendre fenfible.
- 1890. D’abord il prend de la main gauche le fil tout contre la maille , pour lui conferver un peu de teniion & en empêcher le relâchement j puis le laiffant tomber en cercle par-dehors >fig. 7 , comme on le voit, contre la maille, il paffe la navette fous le criftele , & la repayant par-deffus il la gHlfe dans l’ouverture & , fans la quitter de la main droite pendant tout ce teins i & tirant la navette par en-bas dans la pofition où on la voit, il force le nœud coulant à defcendre le long du criftele jufqu’à ce qu’il fuit parvenu tout contre le premier nœud de la maille : ce qui doit fe faire fort promptement, afin qu’étant obligé de lâcher le fil qu’il tenait de la main gauche , le premier nœud n’ait pas le tems de fe déranger.
- 1891. On aura peut-être quelque peine à concevoir comment on peut d’une feule main paffer la navette par-deffus le criftele & fous le fil de la boucle a , fig. 7 ; mais il n’eft prefque perfonne qui n’ait éprouvé comment en pareil cas les deux ou trois derniers doigts peuvent pouffer & foutenir cette navette, tandis que l’index & le pouce paffant par-deffus , la faififfent auflî-tôt. La précaution que j’ai recommandé d’entretenir lar tenfion du fil, n’a guere lieu que pour les perfonnes qui n’auraient pas un grand ufage du travail -, mais les ouvriers vont fi vite à cet ouvrage, qu’ils n’auraient pas le tems de l’employer,
- 1892. Toutes les mailles dont une liffe eft compofée fe font comme celle qu’on vient de voir ; la difficulté ne confifte que dans l’arrangement qu’il convient de leur donner, & dans le nombre, auquel il faut bien prendre garde de fe tromper. Il eft à propos d’obferver que , lorf-qu’un fabricant commande une liffe, dont il donne le compte des mailles, aiufi que la largeur , il n’y comprend ordinairement pas les mailles des lifieres -, & comme ces lifieres ufent beaucoup plus les mailles que le refte de la chaine, la bonne méthode eft de commencer & de finir les litfes par les mailles qu’on leur deftine*, & qu’il faut faire de fil ou de coüft double. J’aurai oceafion par la fuite de reprendre ce que je dis ici, & d’en faire fentir l’importance.
- 1893- On doit fe rappeller qu’une maille eft compofée de deux parties, comme celle que je viens de décrire: ainfi, quand un liffeur-a rempli fou métier d’un nombre qu’on lui avait prefcrit, de parties femblables à Tome IX. IÜ
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- celles qu’on y voit, fig. 7, il n’a encore fait que îa moitié de fon oua vrage; mais pour l’autre moitié, il faut de toute néeeflité qu’il foit aidé de quelqu’un, ainfl qu’on va le voir. Lors donc que la première moitié des mailles eft achevée, le liffeur détache les deux bouts du criftele d>. f9 8c retirant les trois tringles de dedans les montans D, E,il les replie l’une fur l’autre , ce qui permet à la liffe de fortir aifément 3 enfuite il fubftitue à la tringle fupérieure A, un lifferon,y%. 83 même, planche ,fur lequel il attache le deux bouts du criftele A, B, qui par ce moyen refte* très-tendu j après quoi il le met fur le banc du métier par-dehors 9 fig. 9 , pi. II3 8c ayant remonté le métier ,il continue fon opération, ainfi qu’on va le voir.
- 1894. Cette fécondé partie n’a abfolument rien de différent de la première , car toutes les mailles fe font de même j & l’aide, dont l’ouvrier ne peut fe palier, ne fert qu’à lui préfenter toutes les premières mailles-l’une après l’autre, pour les enfiler par chacune des fécondés 3 mais il y a quelques précautions à prendre de la part de l’aide. Comme dans cette fécondé opération le travail de l’aide eft fort peu de chofe, on a coutume d’y employer des femmes ou des enfans qui 11e font pas en état de gagner ♦ de fortes journées. Voici en quoi il confifte : l’aide prend dans fa main , gauche une plus ou moins grande quantité de mailles, qu’il retient avec les quatre derniers doigts , en obfervant de les prendre toutes , fuivant l’ouverture que leur donne le lifferon , & non pas en les croifant ce qu’on nomme mailles d col tors, & qui nuifent beaucoup aux fils de la chaine qui paffent dedans : l’aide donc les tenant toutes dans la main gauche, les prend une à une entre le pouce & l’index de chaque main pour leur donner une plus grande ouverture, & faciliter par-là le travail du liffeur, qui paffe la navette dedans avant d’aller la donner à la main* gauche par-deffous les trois tringles , ainfi qu’on l’a vu lorfque j’ai décrit l’opération qu’il ne fait que répéter ici.
- 1895'. Lorsqu’une liife eft entièrement finie, l’ouvrièr détache le cril-tele à droite & à gauche, ôte les tringles du métier pour retirer la liife , en les repliant fur elles-mêmes comme la première fois 3 il détache auffi les bouts de l’autre criftele, qu’il avait attachés aux deux bouts du lifferon , puis les attache en quatre endroits différéns , fig. 10 , pl. Il, & prenant d’une main une divifion, & l’autre de l’autre , il les tord fur elles-mêmes dans un feus contraire , & les retient dans cette fituatioiu Lorfque toutes les liffes dont un remiffe doit être compofé font finies on les lie eufemble avec une ficelle , 8c 011 en forme un paquet , pour éviter que les mailles 11e fe mêlent, & on les. livre en cet état au fabricant qui les a commandées.
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- ï$96. Maniéré de faire les mailles à petit & à grand couliffe. Les mailles à petit 8c à grand coulifle fe font fur le même métier que les précédentes; la différence ne confifte que dans les chevalets ou coulijjairs qu’on y ajoute» & qui en formant le coulifle , fervent à en déterminer la grandeur. Voici de quelle maniéré on les met en ufage. A la partie fupérieure A du coulif-feur fig. 11 ,//. //,(i36) font percés deux trous dans lefquels on pafle deux bouts de ficelle; lorfqu’on veut s’en fervir onia place fous la tringle inférieure, on lie fortement les ficelles par-deifus le criitele, & lorfqu’il y a deflus un nombre fuffilant de mailles , on les en ôte & on fait glifler le cou-liflèur plus loin jufqu’à la fin.
- 1897- On a déjà vu que chaque maille à coulifle ( grand ou petit) eft compofée de deux mailles à crochet, dont la jonélion de l’une eft placée plus bas que celle de l’autre. On ne fanrait obferver cette différence de hauteur avec trop d’exaélitude dans toutes les lifles dont unremifle eft com-pofé ; ainfi le coulifleur qui la réglé doit être parfaitement égal dans toute fa longueur. Si donc oif veut former un coulifle de trois lignes , par exemple » il faut donner trois lignes au coulifleur, & en général c’eft la hauteur ordinaire.
- 1898- Si l’oii veut jeter les yeux Fur la/g. n 3 pi. //, on verra que le foin du lifleur confîfte à faire alternativement une’grande & une petite maille; ce qui s’exécute en paflant la navette tantôt fous les trois tringles du métier, 8c tantôt fous le coulifleur. Ce foin eft d’une très-grande conféquence ; car s’il interrompt une fois l’ordre, il lui eft difficile d’y rentrer ; la maille double eft perdue, & dérange le rapport qui doit fe trouver avec la fécondé partie , dont on parlera plus bas.
- b i899- A mefure que le lifleur avance fon ouvrage, il eft évident que les graduations qu’il avait marquées fur le bord de la tringle fupérieure fe trouvent couvertes ;& lorfqu’il s’agit de récapituler le nombre de fes divificns, il n’y verrait pas clair. C’eft pour parer à cet inconvénient, qu’il a foin , à mefure qu’une divifion fe trouve remplie, d’entourer le criftele d’un gros fil qui lui conferve h trace de fa graduation , 8c qu’on nomme foufiluren On nomme figne ou jignal chaque divifion ainfi couverte de cefi 1 ; de forte que s’il y en a vingt, par exemple , on dit que telle lifle a vingt fignaux , plus ou moins.
- 1900. Il me refte maintenant à décrire la maniéré de faire la fécondé partie des mailles à coulifle ; les précautions qu’il faut apporter à ce travail font prefque toutes de la part de l’aide, dont, comme à celles à cro-
- (13 6) Lorfqu’on veut faire des lifles dont d’un coulifleur plus petit, qu’on attache de les mailles foienfc à petit coulifle, on fe fert même que le grand coulifleur.
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- chet, l’ouvrier ne peut fe paffer. La difficulté de ce travail confiée à ne pas faire des mailles courtes où elles doivent être longues , ou bien d’en faire de longues quand elles doivent être courtes ; &, pour le dire en un mot, l’aide doit préfenter une maille courte quand c’eft le tour de paffer la navette fous le couliffeur, & une longue quand il la paffe entre les tringles & le couliffeur. En effet,il eft évident que par ce moyen les .plus courtes parmi les premières fe joindront ici aux plus longues, & les plus longues aux plus courtes ; & fi la différence entre les premières eft de trois lignes , & qu’on obferve cette meme différence à la fécondé opération 4 il régnera une égalité parfaite dans la totalité des mailles , ainfi qu’on peut le voir dans la /g. 7 -, pi I La réglé que je viens d’établir eft commune à toutes les mailles à couliffe , foit à grand , foit à petit couliffe , parce que , comme on l’a déjà vu , c’eft le couliffeur qui réglé la hauteur du couliffe. Souvent, lorfque le couliffe doit être fort petit, le liffeur fe contente, en place de couliffeur , de paffer une corde fous les tringles du métier , dans les montans E, D ,fig- 6 ,pl. II ; & lorfqu’il forme fes mailles , il paffe la navette alternativement fur la corde pour les plus longues, & entra la corde & la tringle pour les plus courtes. Si la grandeur qu’on veut donner au petit couliffe permettait toujours d’employer cette derniere méthode , l’ouvrage en avancerait beaucoup plus , parce qu’on n’eft pas obligé d’ôter les mailles de deffus le couliffeur, & de le reculer à mefure qu’il fe remplit.
- 1901. Quelques remiffeurs ont imaginé de fubftituer au couliffeur,’ dont 011 a coutume de fe fervir pour faire les mailles à grand couliffe , une tringle de fer, à l’inftar de la corde dont nous venons de voirl’ufage. Cette tringle eft arrondie & polie, pour ne pas arracher le fil ou le couli, & on la paffe au bas des montans, dans des trous qu’on y pratique exprès ; mais il faut avoir attention que cette tringle foit bien parallèle avec le bord fupérieur de la tringle d’en-haut , fans quoi les mailles prendraient un accroiffement infenfible , qui de la première à la derniere pourrait devenir confidérable. Cette méthode ne change rien à la régularité des mailles -, le liffeur paffe fa navette , tantôt fur la tringle , & tantôt entr’elle & la tringle inférieure du métier.
- 1902. Des mailles à nœud. Pour peu qu’on veuille faire attention à la maniéré dont les mailles à nœud font formées , on s’appercevra aifé-ment que leur partie inférieure eft absolument femblable à chacune de celles à crochet; ainfi comme cette partie fe fait delà même maniéré, & parles mêmes moyens que ceux queffai rapportés en parlant des mailles à crochet, je n’en dirai rien ici, ne devant entretenir le le&eur que de la
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- partie où efl: le nœud. Il ne faut pas croire qu’il foit indifférent de commencer une lilfe à nœuds par la partie flmple ou par la partie nouée : l’aide qui doit, comme aux précédentes, préfenter au liifeur les mailles les unes après les autres, aurait trop de peine à reconnaître le feus dans lequel la navette doit l’enfiler, au lieu qu’il efl bien plus facile de diftinguer l’ouverture lorfqu’elles ne font que fimples.
- 1903. L’ouvrier attache le bout du fil au criftele en a, fig. 12 , & formant avec fon poignet gauche la boucle qu’on voit en F , de la même maniéré qu’on l’a déjà vu , il defcend avec la main droite la navette en-dehors du métier, puis enfile en paiTant la maille E, que laide lui préfente; enfuite il palfe le fil fous la tringle C, en changeant de main la navette qui fe trouve dans la main gauche, fig. 13. Il pafie la navette entre les deux traverfes B , C, fig. 14 ; & par ce moyen la navette fe trouve dans la main droite; après quoi il croife le fil D lur celui G, fig. 15, & forme un nœud au croifement de ces deux fils en paffant la navette fous celui G, & dans la boucle D, G; puis reprenant la navette de fon côté, de là main gauche , il la paffe dans la boucle qu’il a con-fervée de cette main pendant tout le tems de l’opération, fig. 16 , Sc termine ainfi fa maille en ferrant lefil,ainfi qu’on l’a déjà vu autre part. Je ne m’appefantirai pas davantage fur une defcription toujours très-difficile à rendre , de peur de rebuter les le&eurs par des répétitions mi-nutieufes : ceux qui n’auront pas entièrement compris l’opération par ce que je viens d’en dire , trouveront dans l’explication des planches de quoi fuppléer à ce qui manque ici , car je m’apperçois qu’il efl: bien difficile d’ètr* court quand on veut fe faire entendre.
- 1904. Il n’efl: pas poflîble, pendant le travail qu’on vient de voir, que les nœuds b}b,b , qu’on forme entre les deux tringles du métier, foient réglés à une même hauteur , à moins d’un foin particulier , qui confifte à palfer delfus & deifous ces nœuds, fig. 1 , pl. III, deux baguettes A, D, qui, Jorfqu’on les rapproche l’une de l’autre , leur procurent cette importante qualité ; c’efl; lorflque la liîfe eft entièrement finie qu’on s’occupe de ee foin; quand ils font tous dans un parfait alignement, 011 fubftitue à ces baguettes une ficelle qui, après avoir palfé deifous, repalTe par-deffus , & qu’on arrête par des nœuds à l’un des deux bouts. Par ce moyen on efl: fur que rien ne fe dérangera; & la lilfe étant ainfi finie, l’ouvrier démonte fon métier pour l’en retirer , la tord , comme on l’a vu , & l’arrête folidement pour la livrer au fabricant , fans rifque d’être mêlée.
- 1905'. L’jfes fuivant la méthode de Paris, &c. Après avoir donné la défi cription des métiers, à lilfe s, dont 011 fe fert dans les plus célébrés manu-
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- fa&ures, il ne nousrefte plus qu’à détailler les opérations qu’on exécute fur ces différons métiers , dans ces différentes villes. En décrivant celui que nous avons dit être en uiage à Paris, on a oublié de parler de la maniéré dont on place le clocher en-dehors du montant, dans une rainure à queue d’arond^ qui le retient folidement. Le liffeur ayant donné à fes deux tringles B, C ,fig. 2 -, pl. III, l’écartement convenable, attache le criftele à une cheville à fa gauche , le met fur la poulie , & fufpend à l’autre bout un contre-poids ; enfuite ayant attaché au criftele le bout du fil ou du coulî, qui, fuivant la méthode de Paris , &c. eft fur un rochet, il forme fes en-lacemens de la maniéré qu’on a détaillée plus haut, & dont il eft inutile de s’occuper ici de nouveau ; car aux tringles près , la maniéré dont il forme la première partie de fes liffes ,n’a rien de différent de celle dont j’ai rendu compte : c’eft à la fécondé partie que je "m’arrêterai le plus, parce que c’eft là qu’on trouve uniquement la différence des méthodes déjà rapportées.
- 1905. Lorsque la première partie d’une liffe eft finie , l’ouvrier en paife toutes les mailles dans une tringle À ,7%. 2 ,/?/. III, qu’il arrête à un écartement convenable, au moyen des chevilles b, b-, enfuite il attache les deux bouts du criftele fur cette tringle , comme 011 le fait fuivant la première méthode fur le lifferon; alors ayant placé le criftele comme à l’ordinaire, excepté que c’eft fur le plat de la tringle C, où il pratique une graduation, comme celle dont on a parlé , il forme fes mailles les unes après les autres , en prenant chaque fois une de celles dont l’aide lui préfente l’ouverture. Je 111e réferve de'propofer ailleurs mes réflexions fur le mérite de ces différentes fortes de métiers. Après que la liife eft finie , on ôte les chevilles des tringles, qu’on fait gliffer dans leurs rainures, & on la plie comme on l’a dit pour les autres.
- 1907. Des mailles à petit & grand coulijje. On fe fert affez ordinairement à Paris d’un petit couliflèur , comme celui dont on a parlé pour faire les mailles à petit coulillé ; mais celles à grand coulilfe fe font prefque toujours fur un métier comme celui que repréfente la fig. 2 , pl.UI, où l’écartement des tringles A, B , fixe la longueur des plus courtes parties, & celui des tringles B , C, détermine la longueur des plus grandes. Je n’entrerai point dans le détail de l’opération de cette première partie, je me contenterai de faire remarquer au leéleur la maniéré dont l’ouvrier embrafle avec fon fil alternativement deux & trois tringles , pour avoir autant de mailles longues que de courtes. Aulîi-tôt que cette première partie eft achevée , on démonte le métier pour l’ôter de deflus, & l’ayant remonté , comme on le voit dans la fig. 2 , pl. III, on pafle toutes les mailles qu’on vient de faire, fur une quatrième tringle qu’011 n’a pas jugé à propos de repréfenter ici; en-
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- fuite ayant tendu fur cette tringle le criftele , l’aide a foin de préfenter toutes les mailles dans leur ordre & bien ouvertes au lilfeur, qui doit enjoindre une courte à une longue, & en faire une longue quand on lui en préfente une courte , ainfi qu’on l’a déjà vu ; après quoi on retire la lifté, & on la plie comme je l’ai enfeigné.
- 1908. Des mailles à nœud. Comme la première partie des mailles à nœud eft compofée comme celles à crochet, je ne dirai abfolumcnt rien de leur conftrucftion, & fuppofant qu’on les a enfilées fur la tringle où elles font fixées au moyen des crifteles, je paife tout de fuite à la formation de la partie qui contient les nœuds. Je ne m’arrêterai pas non plus à décrire comment on forme les nœuds ; ce que j’en ai dit lorfque j’ai traité de pareilles mailles , fuivant la méthode de Nîmes , d’Avignon , &c. fuffit, ce me femble, fans fatiguer le le&eur par des redites toujours faftidieufes. Je penfe même qu’après ce que j’en ai dit alors, l’infpe&ion de la figure en fera fuffifam-ment comprendre le travail : l’ouvrier écarte les deux tringles qui font le plus près de lui, félon la grandeur qu’il veut donner à cette partie des mailles qu’il fe propofe de faire ; puis les ayant fixées & placé le criftele, il procédé d’une façon tout-à-fait femblable à celle que j’ai rapportée, à cela près, que ce métier-ci eft horifontalement placé, au lieu que l’autre l’était verticalement.
- 1909. Dans toutes les mailles à nœud on ne faurait, après les avoir faites , fe difpenfer de les régler de hauteur avec les deux baguettes dont j’ai parlé pour les autres : ainfi je ne fais qu’indiquer ici cette attention > mais quand les mailles doivent remplir P office de mailles à petit cou-liife, il faut que ce nœud foit bien plus près de la jonction que de l’autre partie : alors on ne fe fert que d’une baguette , qu’on place entre les nœuds & la première tringle , alors on procure à toute la liife une tenfiou convenable en reculant la troifieme tringle , puis on ôte la fécondé après avoir paflé dans l’ouverture qu’elle forme aux mailles une ficelle ; & enfin on amene avec la baguette, aufti près de la ficelle qu’il eft néceftaire, pour former des efpeces de mailles à petit conliftè. Telle eft la maniéré qu’011 emploie pour fubftituer les mailles à nœud à celles à petit ou à grand cou-lifle, & qui confifte à avancer ou reculer le nœud.
- 1910. Maniéré de confiruire les différentes Iffes, en employant les métiers de Rouen , de Tours, &c. La fig.. 3 , f l. III, repréfente un ouvrier occupé à faire la première partie d’une liife, dont les. mailles feront finies à crochet : quand cette partie eft achevée, 011 ôte les chevilles des deux tringles , & la liife fort aifément j puis ayant fubftitué un lilferon à la tringle A, on attache les crifteles par les deux bouts , ainfi qu’on l’a déjà dit jpluiieurs fois -, après quoi 011 met cette partie fur le banc-, 8c l’aide p-ré-
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- fente toutes les mailles les unes après les autres à l’ouvrier , qui en fui-faut la deuxieme partie les enfile une à une , ainfi qu’on le fait. Cette première opération n’a rien qui mérite d’ètre détaillé, ainfi je paife aux mailles à petit coulilfe.
- 19 r 1. On 11e fe fert à Rouen & à Tours, pour faire les mailles à petit codifie , d’aucun uftenfile ni d’aucun procédé particulier; le petit coulifi-feur, tel que nous l’avons décrit en rapportant l’ufage d’Avignon, où la corde détermine la hauteur du codifie , comme les tringles, détermine l’écartement des parties.
- 1912. Je ne fépare l’article des mailles à grand codifie de celui qui précédé , que pour conferver l’ordre que je me fuis tracé ; car toute la différence eft, qu’ici 011 fe fert du grand coulifieur , & là du petit.
- 1913. Les mailles à noeud dont rien de particulier, fuivant l’ufage de Rouen, de Tours, &c. que le métier fur lequel on les- fait ; ainfi nous n’en dirons rien de plus.
- 1914. Remarques fur les dijférens métiers , & fur les différentes méthodes. J’ai dit , ce me femble , dans le corps de cet ouvrage aifez fou vent mon avis fur les défecftuofités des machines, & fur l’infiiffifance des procédés , pour pouvoir , fans être taxé de partialité, dire encore ce que je penfe des différentes méthodes que je viens de rapporter. J’avoue que le métier de Nîmes , d’Avignon, &c. eft Tujet à un inconvénient qui l’empêche de fabriquer des liffes de toutes les grandeurs, à moins qu’on n’eût des tringles du milieu de toutes les largeurs pofiîbles, ce qui n’eft afturément pas praticable ; mais d’un autre côté , les trois tringles une fois affemblées , fi l’ouvrier s’aflure d’une parfaite égalité dans leur largeur totale, d’un bout à l’autre, rien 11e faurait faire varier les mailles qu’on fait deflus. Il n’en eft pas de même des tringles qu’on voit aux autres métiers ; l’expérience apprend qu’à force de ferrer une maille , puis la fuivante , & ainfi de fuite, elles fe rapprochent, infenfiblement à la vérité : mais cette fomme de rapprochemens ainfi multipliés devient très-fenf$.ble ; & lorfqu’une lifTe eft en œuvre , on eft fort furpris de voir les mailles du milieu ten'dues , tandis que celles des extrémités font fort lâches; on en cherche fort loin la caufe , & l’étoffe elle-même en éprouve des défeéluofités dans la fabrication , parce que la chaine ne leve pas également, & que ces mailles flottantes contribuent à faire caffer la foie, parce qu’elles bouclent & qu’elles produifent des accrochemens qui la font arracher. Quant* à la facilité du travail avec tel ou tel métier, je penfe que l’habitude'en eft toujours la mefure ; ainfi à cet égard point de préférence. J’ai trouvé, en conftruifant des lifles moi-même, que l’ufage du rochet était plus commode que celui de la navette 3 mais encore une fois, l’habitude ôte toutes différences.
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- CHAPITRE IV.
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- De la maniéré de faire les liffes à jour ou ligatures , & de marquer totites fortes de liffes, pour en faire les ordonnances.
- 1915'. Les liiîes à jour qu’on emploie à la fabrication des étoffes de foie, ont ordinairement leurs mailles à petit couliffe, quelquefois à crochet, 8c rarement à grand couliffe ou à nœud; mais lorfque ccs liiîes font deftinées à fabriquer toutes les autres efpeces d’étoifes, elles ont prefque toujours leurs mailles à nœud : ainfi, pour quelque liife à jour que ce foit , on difpofe le métier comme pour les liiîes pleines; la différence eonfîffe dans la diftance qu’on doit mettre entre les mailles & entre les divifions.
- 1916. J’ai-dit que les liffes devaient avoir la même largeur que l’étoffe; ainfi cette largeur une fois déterminée, il eft facile de faire la répartition des mailles que le fabricant veut donner à fa liife. Si donc fur vingt pouces de large on veut vingt doubles mailles, il eft clair que la diftance de l’une à l’autre fera d’un pouce; & s’il en faut faire entrer trente, la diftance fera de huit lignes. Ce que je viens de dire 11e doit s’entendre que des liffes à jour, qui en formant un deflîn, forment auffi le corps de l’étoffe ; car quant à celles qui n’ont rien de commun avec le fond d’une étoffe, & 11e fervent abfolument qu’à former un deflin, il faut fuivre une toute autre route dans la maniéré de les faire. Il n’y a là-deffus de réglés fixes que celles que preferit le deflin à l’exécution duquel on les deftine, parce que tel deflin. exigera vingt liffes, tandis que tel autre n’en exigera que dix, douze ,&c. & que parmi toutes ces liffes, il n’y en a quelquefois pas deux de fembla-bles : il faut donc autant de difpofitions particulières que de différentes liffes, & c’eft le deflin feul qui doit en cela fervir de guide.
- 1917. Qui que ce foit, du fabricant ou du liffeur , qui détermine la quantité de liffes néceifaires pour l’exécution d’un deflin, il ne faurait en venir à bout fans former un plan qu’on nomme ordonnance de liffes , qui n’eft autre chofe que les proportions prifes fur un deflin, pour favoir combien il faut de liffes pour l’exécuter, de combien de divifions chaque liife doit être compofée, & à quelle diftance ces divifions doivent être les unes des autres.
- 1918. Comme les divifions d’une même liffe ne tiennent prefque jamais des diftances égales , il faut apporter à les marquer & à les exécuter , les plus grandes précautions, fans quoi l’ouvrier qui doit fabriquer l’étoffe ferait arrêté ; 8c pour le dire en paifant,il faut que chaque divifion fe rencontre au point de la largeur de l’étoffe où fe lie la partie de la cbaine ou du poil qu’elle fait mouvoir; attendu, que ces fortes de liffes font mouvoir
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- le poil ou la chaine, quelquefois tous deux enfemble , mais pins communément le poil que la chaine. S’il arrive que ces divifions ne fe rencontrent pas exactement avec le point de la chaine auquel elles doivent correfpon-dre, elles occafionnent lors du travail des écartemens aux fils de la chaine, & à ceux du poil qu’elles font mouvoir ; ce qui nuit à la perfection de l’étoffe.
- 1919. Pour rendre plus fenfible la maniéré dont doivent être faites les lilfes à jour ou ligatures, & la précifion que je viens de recommander, j’ai fait graver un échantillon d’étoffe de foie façonnée , dont le défini puiife fe faire parle fecours des lilfes à jour: ce moyen m’a paru le meilleur que je puife employer pour donner une jufte idée du rapport des lilfes aux étoffes.
- 1920. L’échantillon dont je vais parler effc repréfenté par la Tg-4* pi. III j & pour ne pas multiplier les planches à l’infini, je l’ai réduit à trois pouces huit lignes, ( telle elf du moins la proportion que je lui ai fait donner fur la planche de cuivre ; car on fait qu’en mouillant le papier, fes-dimenfions augmentent, & qu’il ne les reprend jamais bien exactement en féchant ) au lieu de fept pouces quatre lignes qu’il devrait avoir réellement, pour être répété trois fois dans une largeur de vingt-deux pouces que je fuppofe 4 l’étoffes ainfi je préviens le leCteur, que pour éviter und planche double, toutes les proportions que lui préfente celle - ci font réduites à moitié. Le defïin qu’offre aux yeux l’échantillon fuppofé , eft formé par un poil que des lilfes à jour font mouvoir ; par conféquent il faut en con-iïdérer l’effet dans le fens de la longueur de l’étoffe, afin de découvrir l’ordre dans lequel elles le produifent. Il faut, pour rendre fur une étoffe un def fin de l’efpece de celui qu’on voit ici, plufieurs combinaifons , dont les principales dépendent des lilfes & du métier fur lequel l’étoffe eft fabriquée : 11e croyant pas à propos de rien dire ici du méchanifme du métier, je renvoie mes lecteurs à la partie de cet ouvrage, où je traiterai de la fabrication des étoffes, & ne parlerai pour le préfent, que de l’effet des lilfes. La largeur de notre échantillon doit fe prendre du point A au point B, & fa hauteur dans le fens du point A au point C. li faut auflï confidérer l’effet de fon defïin fur la hauteur, afin de connaître par quelle combinai fon les lilfes peuvent lui faire produire fon effet , & quel nombre de lilfes on doit y employer. Il faut, autant qu’on le peut, diminuer le nombre des lilfes à jour dans l’exécution d’un defïin: par-là on diminue beaucoup la peine de celui qui monte le métier, St de l’ouvrier qui fabriquej & pour donner fur cela quelques notions générales, il faut placer fur une liifu toutes les divifions qui s’accordent fur l’étoffe par l’effet du defïin, fans prendre garde fi elles dépendent de la mèmepartie ou non. Par exem-
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- ple, en voulant mettre toutes les lifles que le deffi-n de notre échantillon .parait exiger, on trouvera qu’il en faut trente-trois ; puifqu’il y a autant de parties féparées, ainfi qu’on peut s’en convaincre par les lettres qui les diftinguent : au lieu qu’en combinant à propos, on pourra l’exécuter avec dix lifles feulement, comme on va le voir. Pour faire mouvoir les fils par une feule lilîe, il ne faut pas s’arrêter au nombre qu’en contient chaque partie; il fuffit de les comparer les unes aux autres, pour voir fi leur effet eft le même: par ce moyeu on connaîtra les parties qu’il faut placer fur une même liflê, attendu qu’on verra dans la hauteur du deffin le même travail, produit par une combinaifon jufte des mouvemens qu’on fait faire aux lifles lorfqu’elles font en travail.
- 1921. Les parties a, a, b, b ,b ,b ,b ,b y produifent fur l’échantillon un même effet qui ne peut être rendu que par un même mouvement qu’on leur a fait éprouver : ainfi une feule lilîe peut fervir à les faire mouvoir. Les parties c , c, font égales entr’elles , & leur effet eft produit par un même mouvement; ainfi elles feront menées par la fécondé lifle: par la même raifon les parties d,e,e, compoferont la troilieme ; celles f, /, g, 'g, feront la quatrième ; celles h , h, la cinquième; i fera la fixieme ; k , k , la feptieme ; /, /, /, la huitième; /#, m, m, rempliront la neuvième, & enfin les parties /z, occuperont la dixième. J’ai dit que le deffin ferait répété trois fois dans la largeur de l’étoffe ; on faura aifément par-là combien chaque divifion doit contenir de mailles , puifque fur chaque partie du deffin eft marqué le nombre des dents que chaque partie occupera dans le peigne, avec lequel l’étoffe fera fabriquée: il eft même à propos de favoir que chaque dent contient deux fils , & que chaque fil occupe une maille. Je vais mettre fous les yeux du leéteur le tableau delà quantité des divifions , & du nombre de mailles que toutes ces dix liffes doivent ,contenir.
- 1922. La première lifle fera compofée de vingt-deux divifions , dont
- dix-huit de fix mailles, deux de huit, & deux de feize, fai- ilivif. mailles
- fiant en tout 156 mailles.................................... 22 15 6
- La fécondé fera de fix divifions de fix mailles chacune; en tout 6 36
- La troifieme contiendra douze divifions, dont fix de feize
- mailles , & fix de douze , en tout :........................... 12 188
- La quatrième contiendra douze divifions, dont fix à douze
- mailles , à fix chacune , en tout...................... ..... 12 108
- La cinquième aura fix divifions, de fix dents chacune, ou , ce
- qui eft la même choie, de douze mailles chacune, en tout.... 6 72
- La fixieme aura trois divifions de quatre dents, ci.. ...... 24
- Kkkij
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- art ü ü fabricant
- divif. mailles
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- De l’autre part,
- La feptierhe contiendra fix divifions, de quatre" dents chacune , ce qui donnera quarante-huit mailles, ci.................... 6 48
- La huitième , douze divifions, à quatre dents chacune, ci. 12 96
- La neuvième , douze divifions à fix dents, ci................. 12 144
- La dixième & derniere lilfe contiendra fix divifions, à huit dents chacune , ce qui fait quatre-vingt-feize mailles, ci..... 6 96
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- Il eft effentiel , ainfi qu’on doit le fentir à préfent , de favoir combien chaque liife doit contenir de divifions , afin de pouvoir marquer les diftan-ces qu’elles doivent garder entr’elles ; & comme ces diftances ne font pas égales , c’eft à l’échantillon à fervir de guide là-delfus, puifque c’eft en droite ligne de chaque partie que les divifions des liffes font mouvoir la foie , qui forme ces mêmes parties. 11 faut aufii connaître la quantité de mailles que contient chaque divifion , pour la porter fur la marque qu’on donne au remilfeur. On doit connaître enfin la quantité des mailles que toutes les liftes enfemble contiennent, pour déterminer par-là la quantité de fil ou de coufi qu’on y emploiera, & pour voir fi l’on eft d’accord en tout avec le poil qu’on fait ourdir pour tel ou tel deflin.
- 1923. Maniéré de marquer les liffes pour en faire £ ordonnance. Indépendamment de l’ordonnance générale qu’on donne au lifleur, 011 y joint encore des marques féparées pour chacune des lilfes relatives à chaque defiin. Ces marques font numérotées, & les divifions y font placées fuivant les diftances que l’ouvrier doit obferver en faifant fes lilfes. On fe fert ordinairement pour cet ufage, de tringles de bois, plates & minces, déréglés, ou de longues bandes de papier. Voici de quelle maniéré on s’y prend. Comme ces réglés ou bandes ont pour longueur toute la largeur de l’étoffe, le fabricant marque très-exa&ement par des lignes l’endroit où fur le defiin eft placée chaque divifion ;& autant qu’il eftpoflible, en marquant le nombre de mailles que chacune contient , on tâche qu’elle n’excede pas les lignes qui terminent ces divifions. Si, pour faire ces mailles , on fe fert d’un échantillon où le defiin foit contenu en entier, on le préfente fur la longueur de la bande ou fur les réglés, autant de fois qu’il doit être répété dans la largeur de l’étoffe,en commençant par un bout delà réglé & finif-fant par l’autre, & l’on marque fur la bande en droite ligne toutes les parties qui doivent être reçues par une même lifte, & ainfi de fuite pour toutes les autres.
- 1924. Par exemple, pour la première liife de l’échantillon, fig. 4 , pl.III, il fuffit de comparer la marqu«n°. 1 ,fg. 5 , au defiin de l’échantillon , en la prcfentant trois fois fur 1a longueur, & l’on trouvera que les
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- ÎT E TO F F E S 1) ES 0 I E.
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- parties <z, <z,Æ,é,£,é,é,é, font contenues trois fois dans la largeur de vingt-deux pouces, qui et celle de l’étoffe. On reconnaîtra encore par le même moyen , que les parties c,c5 font contenues trois fois fur la réglé, n°. 2, & ainfi des autres ; ce quia lieu pour toutes fortes de liffes & de deffins.
- 1925. Tout ce que je viens de dire ne peut avoir d’exécution quelorf-qu’on copie un échantillon; car fi le deffin qu’on veut exécuter et mis en carte, il faut lé fervir de moyens tout différens. Il y en a plufieurs ; mais ceux que je vais rapporter fuffiront pour comprendre aifément tous les autres, ou pour fe faire des méthodes à foi-même. Je me bornerai à trois exemples que je tiens des plus habiles fabricans, & que j’ai depuis mis moi-même en ufage.
- 1926. Le deffin d’une étoffe mis eti cane, porte lui-même le nombre des divifions & des mailles que chacune doit contenir; il n’y a plus qu’à en déduire les diftances en proportion du trop de grandeur qu’elles ont fur le deffin, pour les réduire au point où il doit être fur l’étoffe. Si la carte eft deux fois auffi grande qu’il ne faut, en prenant la moitié des dif-tances qui y fout marquées, ou aura exactement la mefure nécefFaire , & il fera facile de faire la réduction des parties , & de trouver la place & la grandeur de chaque divifion ; mais comme il arrive fouv-ent que la carte n’a ancune proportion, du moins facile à affigner , avec Pétoffe,le moyen que je viens d’indiquer elt abfolument infuffifant. Le fécond des trois moyens que j’ai annoncés, confite à faire recopier ce deffin , pour le mettre dans les proportions qu’il doit occuper fur l’étoffe, & alors on s’en fert comme de l'échantillon dont j’ai parlé, en le préfentant fur les réglés de liffes qu’on a vues; & malgré cette précaution , il ne faut pas négliger le premier deffin mis en carte, parce qu’il donnera plus exactement le nombre des dents du peigne., & par conféquent celui des mailles. Le troisième moyen confite à favoir d’abord combien de dents contient le deffin qui a été mis en carte, fuivant les parties qui le compofent, & combien il rete de dents libres dans les ditances qui féparent les parties du deffin; ainfi il et très-aile de trouver exactement la quantité de lignes ou de pouces que telle diftance qui contient tant de dents, doit occuper;& on n’a plus befoin que d’un compas & d’un pied-de-roi pour tracer ces rapports fur la réglé ou fur une bande de papier, ainfi que je l’ai dit, & 011 aura en peu de te ms des marques de liffes pour donner à l’ouvrier.
- 1927. Lorsqu’on donne au liffeur les réglés ou bandes dont je viens de parler, on y joint ordinairement une ordonnance deliffe, conque comme celle qu’on a vue plus haut, qui convient àTéchantillon que j’ai rapporté: fai cru qu’en donnant pour modèle une ordonnance qui eût un rapport
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- avec les marques de liffes* que le le&eur a fans doute encore fous les yeux, l’un & l’autre deviendrait plus intelligible.
- 1928. Comme les marques de cette ordonnance n’ont aucun rapport entr’elles, & qu’il n’y a rien de fi ordinaire que de 11e leur en voir aucun , il faut apporter la plus fcrupuleufe attention pour les faire exécuter avec précifion ; c’eft pour cela qu’on a coutume de donner féparément une marque pour chaque liife , à moins que dans le nombre de celles qu’un deiîin exige, il 11’y en ait de pareilles les unes aux autres: alors on met quelques différences dans l’ordonnance, mais les marques font toujours faites de la même maniéré ; & pour trois ou quatre liffes qui font fembla-bles en tout, on ne fait qu’une feule marque qu’on diftingue dans l’ordonnance comme ci - après. Il faut quatre liffes fur la marque n°. . .elle contient fix divifions 48 mailles ; ce qui fait 24 divifions 192 mailles. On obferye de placer le total des divifions fous les nombres de celles qu’011 a marquées pour les autres liffes, & le total des mailles fous le nombre des mailles qu’on a auffi marquées , afin de pouvoir additionner les uns & les autres, & par ce moyen on eft fur de ne faire aucune erreur.
- 1929. Voici de quelle maniéré le liffeur exécute les liffes à jour , félon les difpofitions contenues dans l’ordonnance & fur les marques. De quelque métier qu’il fe ferve , il le difpofe comme s’il allait faire une liffe pleine , obfervant néanmoins l’arrangement convenable au genre de mailles qu’il doit fabriquer; enfuite’il place fur la tringle fupérieure de celles qui fervent de moule aux mailles , une bande de papier, ou autre chofe qui en tienne lieu ; puis il trace fur cette bande les mêmes divifions qui font marquées fur les bandes ou réglés qu’on lui a données , & travaille enfuite comme à l’ordinaire, en faifant attention de ne placer fur chaque divi-fion que le nombre de mailles qui y eft marqué. 11 eft indifférent, pour l’exécution des liffes qui concernent un defiin, de fuivré les marques par l’ordre des numéros : il fuffit que chacune foit faite avec beaucoup ds foin; 8c quand toutes celles deftinées à un même defiin font finies , on les em-braffe avec une ficelle, pour ne les pas mêler avec d’autres, & c’eft alors qu’on les range fuivant leurs numéros, pour qu’on les puiffe reconnaître, & les placer dans un ordre convenable fur le métier où elles doivent travailler.
- 1930. Si les marques qu’on donne au liffeur font fur des réglés ou tringles de bois , il peut les attacher folidement par les deux bouts avec un peu de fil fur la tringle fupérieure du métier, en place de la bande de papier dont nous avons parlé : par ce moyen il n’a qu’à fubftituer les unes aux autres d’abord qu’elles font finies. A mefure qu’011 a rempli chaque
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- divifion d’une marque du nombre démaillés qui y convient, il finit avoir attention d’arrêter le fil par deux ou trois nœuds fur la derniere maille, de maniéré que dans aucun cas il ne puiffe gliiïer; car les mailles venant à fe relâcher , fe rapprocheraient -infenfiblement, & les divifions fe confondraient enfin. Si, lorfque la diftance d’une divifion à l’autre eft peu con-^ fidérable , on peut, après avoir arrêté le fil ainfi qu’on vient de le dire , fe difpenfer de le caffer pour la divifion fuivante : il fuffit de l’étendre fur le criftele, & de l’y arrêter par deux ou trois nœuds, jufqu’à la divifion fuivante i de maniéré que le dernier fe trouve placé précifément fur le bord de la divifion qu’on va couvrir de mailles, & l’on continue comme auparavant. Lorfque les divifions font un peu plus écartées, on calfe le fil après l’avoir arrêté fur le criftele par deux ou trois nœuds, on l’y attache de nouveau, & on continue le travail comme à l’ordinaire. La fécondé partie des liffes à jour fe fait abfolument comme on fa vu pour les liffes pleines, excepté que les divifions font les mêmes qu’à la première partie ; d’ailleurs on fe fait aider de quelqu’un qui donne les mailles les unes après les autres, comme on l’a dit.
- 1931. Lorsque dans les liffes à jour, les mailles font également dif. tantes les unes des autres, on fait entre chacune autant de nœuds fur le criftele que la diftance en peut contenir 5 &fi cette diftance était fi grande qu’il en fallût faire trop , on fe contente de les arrêter chacune par deux nœuds; puis étendant le fil fur le criftele, 011 va jufqu’à la maille fuivante, ayant foin de faire deux autres nœuds avant de faire la maille i de façon que cette maille fe trouve exactement fur le point de la divifion, & entre quatre nœuds, deux d’un côté, & deux de l’autre. Quant aux ligatures dont les mailles font placées à égale diftance les unes des autres, 011 11e. donne ni marques ni réglés au lilfeur pour les conftruirej c’eft à lui à divifer la longueur des liffes qu’on lui demande, fuivant le nombre de mailles qu’il doit y mettre j & il obferve les diftances au moyen des nœuds dont il les remplit fur le criftele avec le fil ou le coufi. La fécondé partie de ces ligatures fe fait comme on l’a vu pour les liffes pleines.
- 7932. J’ai avancé que fort fouvent dans le nombre de liffes néceifaires pour exécuter un deffin, il n’y en a pas deux de femblables; il l’on jette les yeux fur les deux marques de la planche. [II ^fig. , 011 pourra aifé-ment s’en convaincre, po^r peu qu’on les compare les unes aux autres. Pour rendre cette vérité plus fenfible, il faut concevoir que les liffes font faites fur ces marques. Ainfi la liffê,/<g. 6, eft fuppolëe faite fur la marque h°. 2. En effet ,1a variété des liffes venant de celle des deffins qu’oti voit fur les étoffes, comme 4a combinaifon de ceux-ci eft infinie, l’ufteufiie qui Tes produit doit fuivre la même proportion.
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- A R T D U‘ F AB R ICA N T
- 1933. Des lifics & ligatures propres pour les poils & les chaînes en or % argent file & lame. Il n’eft perforine qui n’ait vu des étoffes d’or ou d’argent; les unes préfentent des rayures , d’autres des cannelés , celles-ci ref-femblent à une ferge d’or, celles-là font dilues comme du fat 111,ou repré-fentent des deffins tout en or ou en argent; enfin il en eft de couvertes par une fécondé chaîne en or ou en argent, dont l’effet eft de produire quelque deilin particulier. C’elt par le moyen des îiiles ou des ligatures qu’on produit tous ces effets fur les étoffes , en incorporant à la chaîne de di-verfes maniérés , les fils d’or ou d’argent qu’on y emploie à mefure qu’oi* forme le tiffu. Ces liffes ne font pas faites comme celles dont je viens de donner la defeription ; ainfi ce ferait biffer incomplet l’art que je traite , que de 11e pas donner la maniéré de faire celles - ci. Ce ne font ni des mailles à nœud, ni des mailles à crochet, ni des mailles à couliffe; mais elles font conftruites avec de petits maillons de verre , dans l’ouverture defquels paffe le fil d’or ou d’argent, qui ne faurait s’y accrocher.
- 1934. On appelle maillon une efpece d’anneau de verre, tel que le repréfente la fig. 7, pL III. La forme de celui qu’on voit ici n’eft pas la même à tous; mais ce n’eft pas ici le lieu d’entrer dans un grand détail à cet égard: il me fuffit pour l’inftant, de dire que tous les métiers fur lesquels on fabrique des étoffes façonnées, en ont d’à-peu-près femblables. Leur grandeur varie auffi, & je ne me fuis pas appliqué à les représenter ici dans leurs proportions, pour pouvoir plus facilement en diftinguer les différentes parties, & faire mieux connaître leur ufage. Chaque maillon a trois trous fur fa hauteur, & eft terminé en pointe par les deux bouts: les trous a, h, des extrémités, font deftinés à recevoir le fil des mailles, dans la ftruéture defquelles ils entrent, ainfi qu’on le voit en d, e , fig- 8- Quant au trou du mileu c, c’eft pur-là que pafTe le fil d’or, qui
- ne faurait s’y accrocher à , caufe du poli qui fait tout le mérite de. ce petit uftenfile de verre fondu. Un avantage qu’on rencontre encore à retenir les fils d’or ou d’argent dans de pareils maillons, eft le paffiige qu’ils procurent à ces fils de métal, toujours raboteux, en prévenant les açcro-chemens 8c le déchirement de la chaîne elle-même , qu’il ne ferait pas aifé d’éviter, à caufe du mouvement continuel que cette immenfe quantité de fils éprouve de haut en bas.
- 1935. Voici comment on s’y prend pour faire les liffes & les ligatures à maillons. O11 paffe le fil, qu’on deftine à former la liffe, dans l’un des trous du bout d’une grande quantité de maillons;, puis fe fervant do tel des métiers dont on a vu plus haut la defeription, on forme la première moitié des mailles, ayant foin démettre à chacune un maillon; &
- lorfqu’ua
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- iorlqu’uu côté de la lifïe eft fait , on démonte le métier , 2c l’on s’y prend pour l'autre partie comme on l’a dit plusieurs fois pour chaque efpece de lilfe. Il eft cependant à propos d’obferver que la maniéré de former les mailles de cette fécondé partie , ne faurait être entièrement femblable à la première ; car, comme il faut enfiler les maillons les uns. après les autres, il eft certain qu’on ne peut fe fervir de navette ou de rochet : il faut dans ce cas, de toute néceffité, couper le fil par longueurs fuffifantes pour faire cinq ou fix mailles ; & alors on enfile chaque maillon à mefure qu’on forme les mailles , avec l’aide d’un ouvrier qui, au lieu qu’il préfentait les mailles ouvertes, ainfi que nous l’avons dit, préfente les maillons dans l’ordre où ils doivent être, & l’ouvrier noue chaque nouveau bout de fil avec celui qu’il vient d’employer , ce qui lui donne de la continuité. Outre l’attention que l’aide doit apporter pour préfenter les mailles à l’ouvrier félon leur ordre , il faut encore que ccs maillons foient enfilés de maniéré qu’ils fe préfentent à plat lorfque la lilfe eft faite, afin que le trou fe rencontre droit au fil d’or ou d’argent qui l’enfile.
- ï93<S. Quelques ouvriers intelligens ont l’habitude de conftruire les liiîes à maillons à fil double ; on ne peut qu’approuver cette méthode : comme l’office d’une lilfe eft de monter & defcendre fans celfe , les pointes des maillons n’étant pas fuffifamment couvertes par un feul fil, rifquent d’accrocher la foie de la chaine, au travers de laquelle ils vont & viennent continuellement. Peu de fabricans , que je fâche, ont juf-qu’à préfent adopté cette excellente méthode, dont on ne faurait alfez leur recommander l’ufage. La beauté d’une étoffe, fur-tout en foie , tient à de fi petits détails , qu’il n’en eft aucun qu’on puilfe négliger impunément. Il eft encore à propos de fe fervir plutôt de maillons un peu plus gros, que de plus petits. En voici la raifon : fi l’on y fait attention, on trouvera que toute la dorure ( on comprend auffi fous ce nom l’argent ) qu’on emploie dans les étoffes, eft remplie d’afpérités qui ne fauroient monter & defcendre entre les fils d’une chaine alfez ferrée, fans y caufer quelqu’aecrochement ; mais au moyen des maillons un peu larges, on vient à bout de procurer entre chacun de ces fils un écartement fuffifant pour prévenir cet inconvénient. Je ne me fuis autant étendu fur cette derniere efpece de liffes , que parce que j’ai eu occafioit de voir que fort peu de fabricans en connaiffent la ftrucfture, & que plusieurs fe font dégoûtés de fabriquer certaines étoffes , faute de pouvoir lever les difficultés qu’ils y ont rencontrées.
- 1937. Pour compléter autant qu’il eft en moi l’art que je décris, je crois devoir dire quelque chofe de la maniéré d’entretenir les liffes, & de Tome IX. ‘ LU
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- refaire les mailles qui peuvent caffer en travaillant ; j’y joindrai quelques obfervations fur la nature des différentes mailles , ainfi que fur la préférence qu’on doit accorder aux unes fur les autres.
- 193 g. Obfervations particulières fur Us métiers à faire les liffes. Lorfqu’au commencement de ce traité j’ai déduit les raifons qui me déterminaient à ne choifir parmi les dilférens métiers à faire des liffes, que les trois qui m’ont paru mériter cette préférence , j’aurais dû faire mention d’un quatrième, qui n’a befoin d’aucune defcription particulière , attendu fa fim-plicité & fa reiTemblanoe avec celui de Paris. Il me fufïira donc ici de renvoyer le ledteur à ce que j’ai dit du dernier , en ajoutant cependant que celui dont je veux parler, a, par-deffus celui de Paris , la commodité de fe monter avec des vis, au lieu de chevilles , ce qui en rend le transport bien plus facile. Je n’en dirai pas davantage , & je crois qu’il 11’eft per-fonne qui 11e puiife le faire exécuter, s’il le defire , après avoir décrit celui auquel je renvoie»
- 1939. Les grandeurs que j’ai données aux métiers dont on a vu la defcription , 11e font que celles dont on fe fert communément. On verra par la fuite, qu’on a fouvent befoin de liffes de trois, aunes , & même trois aunes & demie de long: il faut alors fe procurer des métiers qui aient environ treize pieds & demi, car le métier doit toujours excéder d’un demi-pied à chaque bout la plus longue liffe. Quant à la hauteur des mailles, elle ne pafle jamais dix-huit pouces j ainil cette dimenfion eft à tous les métiers toujours la même. On peut bien en faire de moins hautes ; mais , comme on l’a vu , on. eft toujours maitre de varier cette hauteur par la pofition des tringles.
- 1940» Les étoffes qui exigent de fî longues liffes, font les couvertures de laine , les toiles pour les voiles des vailfeaux, quelques tentures pouf les appartenons, &c. En général , les. liffes qui fervent à fabriquer les draps font de deux aunes & demie de longueur, parce que c’eft à cette largeur qu’on les fabrique ordinairement. Ceux qui n’ont pas de con-naillànces fur l’apprêt des draps , feront fans doute furpris d’une auflï grande largeur, d’après celle que nous leur voyons ordinairement j mais il eft certain que l’opération du foulon, d’où dépendent le corps & la. beauté des draps , ne leur procure ces importantes qualités qu’aux dépens de leurs dimenfions en tous fens. Ainfi tel drap qui, quand on l’achete, n’a qu’une aune un quart, de large, avait, au fortir du métier, deux aunes & demie-, & fi la même pièce dans cet inftant avait vingt aunes de long, elle fe trouve réduite à dix. Je n’ai parlé de cephéno* rhene fingulier', que pour faire voir de quelle longueur devaient être les liffes , fùr-tout lorfqu’oil fe propofe de fabriquer des draps d’une largeur
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- D'ETOFFES DE SOIE:
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- extraordinaire. Il ne faut donc pas juger des liiîes par la largeur aétuelle d’une étoffe, mais par celle qu’ils avaient avant de recevoir de l’apprèt. Le foulon n’eft pas feulement mis en ufage pour les draps > il eft certaines étoffes foie & coton, qui y perdent plus ou moins , félon leur efpece , ainfi que les couvertures de lit, & les molletons de foie. Ces étoffes n’acquierent cette épaiffeur & cette confiftance que nous leur voyons, que par l’effet du foulon; après quoi on leur procure ce duvet qui les rend peluchées , en en tirant le poil avec des chardons pareils à ceux dont on fe fert aux draps avant de les tondre. Il eft donc indif. penfable de connaître parfaitement la quantité que telle ou telle étoffe perd au foulon, pour lui donner, en la fabriquant, une largeur proportionnée à celle qu’on veut qui lui refte : il faut auffi connaître le nombre de brins dont leur chaîne doit être compofée.
- 1941. J’ai dit, en parlant de la hauteur qu’on doit donner aux mailles dont on forme les liffes , qu’elle ne paffe communément point dix - huit pouces ; mais je n’ai pas prétendu par-là qu’elles euffent toutes cette hauteur : elle varie en raifon de ce que la chaîne eft composée d’une plus ou moins grande quantité de brins ; & l’on peut établir pour réglé générale, que plus elle eft fournie, plus les mailles doivent avoir de hauteur ; & au contraire , quand elle l’eft moins, on fe permet de leur en donner un peu moins. On ne diminue cette hauteur que par raifon d’économie, parce qu’il entre moins de fil ou de coufi dans une îiffe de douze pouces de haut, que dans une de feize, par exemple, ou de dix-huit : encore cette économie n’eft-elle pas le fruit d’un calcul fort exact ; car avec l’attention de retourner de tems en tems les mailles fur les lifferons , on ménage le fil, & ce qu’on gagne à les faire plus courtes devient bien peu de chofe. D’ailleurs, comme les frottemens font bien plus durs quand elles font courtes, je penfe que ce qu’on ménage d’un côté, peut très-bien fe diffiper de l’autre. Mais il y a là-deffus, dans les fabriques , des préjugés dont il n’eft pas aifé de faire revenir les ouvriers : auffi voit-on peu de fabricans qui fuivent cette méthode; & rien n’eft fi ordinaire que des mailles très-courtes, qui fe meuvent toutes dans un fort petit efpace , & s’ufent par ce moyen en fort peu de tems. La dé-monftration de ce que j’avance eft à la portée de tout le monde : il 11’y a dans cette mauvaife méthode que le fil d’epargné ; car peu importé à un ouvrier de donner trois ou quatre pouces d? plus ou de moins à fes mailles. La dépenfe de plus eft donc bien peu de chofe.
- 1942. Les obfervations que je place ici ,ont pour but de faire connaître bien des défauts, auxquels peu d’ouvriers en liffes prennent garde, & qui cependant peuvent tirer à conféquenee, fur-tout dans la fabrique des étoffés
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- de laine , 011 ces uftenfiles ne font pas auflî bien traités que pour les étoffes de foie. On fe contente fouvent de leur donner huit pouces de haut,& l’on cherche après cela bien loin remede aux inconvénicns qui fe multiplient abondamment. Ces mailles , dont le frottement fe paffe toujours au même endroit, font en peu de tems ufées ; & fi l’ouvrier n’a pas foin de les raccommoder fur-le-champ , les fils de la chaine ne lèvent & ne bailfent plus, & l’étolîe eft pleine de ces défauts qui n’y font que trop communs.
- 1943. Des differentes opérations. On doit fe rappeller les opérations que j’ai décrites à mefure que j’ai traité chaque efpece de mailles. Je n’y ajouterai rien; mais je me crois obligé de parler des inconvéniens qui naiifent de la négligence des ouvriers à fuivre les méthodes que j’ai en-feignées. Les deux premiers métiers que j’ai rapportés y font moins fu.-jets ; mais le métier à la Parifienne , ainfi que la maniéré dont 011 s’eu fert, font fouvent très-vicieux.
- 1944. Quelques ouvriers ont l’habitude de faire la fécondé partie des îiîïes fans employer les tringles que je recommande, pour fervir de moule aux mailles ; ils fe contentent de placer la lilfe à une diftance approchante de celle qu’il faut, & croient pouvoir fuppléer à ces tringles,en eonfervant l’écartement auquel ils l’ont d’abord placée; de maniéré qu’à mefure qu’ils font leurs mailles, elles fe trouvent tendues. Il paraît au premier coup-d’œil , que ces mailles ne {auraient manquer d’avoir cette égalité de longueur , qu’il eft fi effentiel de leur donner : mais en faifanfc attention à la difficulté , pour ne pas Sire l’impoflîbilité , de placer la première partie bien parallèlement aux tringles qui font la fécondé , on conviendra que cette méthode eft très-défeélueufe , & les liffes ne peuvent manquer d'être fenfiblement plus hautes d’un côté que de l’autre: ainfi elle doit être abfolument rejetée, ou du moins elle devrait l’être ; car je n’ai droit que de faire remarquer les défauts , & je fais bien qu’il n’eft pas de raifonnemens qui tiennent contre la routine des ouvriers. Un autre inconvénient a/fez confidérable , c’eft que le fil de cette fécondé partie effuie un frottement qui fait rétrograder fon tors ; de faqon que certaines parties en ont beaucoup , & d’autres point du tout. Enfin , ces mailles fe couchant les unes fur les autres , il eft clair qu’elles ne peuvent avoir un même* degré de tenfion : auffî rien n’eft plus ordinaire dans les fabriques ,que de voir des liffes dont une partie eft tendue , tandis que l’autre eft fort lâche ; au moyen de quoi la chaine ne leve pas également, & la trame ne s’y place point comme elle devrait l’être; fource de ces imperfections & efpeces de cannelures qu’on rencontre tous les jours dans des étoffes dont le mérite particulier eft de préfenter une furfice parfaitement unie,
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- 194^. Il n’eft prefque pas d’ouvriers, même parmi ceux qui fuivent cette mauvaife méthode , qui ne conviennent de ces défauts ; mais , ou bien ils la tiennent de leurs parens ou de leurs maîtres , & n’en con-naiffant pas d’autres , ils la pratiquent telle qu’ils l’ont reçue , avec cette obftination , toujours compagne de l’ignorance ; ou bien ils trouvent dans ccs procédés des moyens de gagner un peu de tems, pour compenferla modicité du prix que leur donnent ceux qui les emploient.
- 1946. On a tellement pris l’habitude de faire la fécondé partie des liffes à maille tendue, que beaucoup d’ouvriers 11e font pas autrement toutes les leurs, & même ils en font les deux parties à la fois : telle eft la coutume des liffeurs qui travaillent pour les remilfes des gazes. Ces re-milfes font compofés de lilî’es à nœud fimple ; & pour les faire , deux ouvriers placés l’un devant l’autre, ayant le métier entr’eux , travaillent à la fois: l’un fait la partie où fe trouve le nœud, & l’autre celle où il n’y en a pas. Voici quelle eft l’opération. Le métier fur lequel fe fabriquent ces lilfes , eft placé horifontalement comme celui de Paris 5 la différence confifte en ce qu’au lieu des trois tringles , avec lefqueiles on forme la première partie des mailles , fuivant la méthode-de Paris, ici ce font deux fortes tringles, feulement retenues dans les mêmes tra-verfes, mais dont l’écartement eft égal à la hauteur totale des mailles ; puis on paffe au milieu de cet écartement une tringle de fer poli, d’environ quatre lignes de diamètre ; de maniéré qu’elle n’approche pas plus d’un côté que de l’autre des tringles de bois. Dans cet état on conçoit aifément, qu’à mefure qu’un des deux ouvriers fait une moitié de maille, Vautre auffi-tôt paffe fa navette dans cette première moitié , & fait la fécondé j mais il faut prendre quelques précautions dont je vais parler. 11 eft évident que , fi l’un des deux ouvriers faifait de fuite une moitié de fa liffe , fans que l’autre fit eu même tems la fécondé , le ferrement de chaque maille ferait plier infenfiblement la tringle de fer, qui par ce moyen décrirait une courbe : les mailles du milieu fe trouveraient , quoi-qu’au total d'une longueur égale, partagées en deux moitiés inégales, à caufe de la courbure de la tringle, & la plus courte ferait la première faite ; au lieu que ,fi l’on fuppofe qu’à mefure qu’un ouvrier fait une demi-maille, le fécond fait l’autre moitié, le tirage de l’une fur la tringle fera contre balancé par celui de l’autre : ainfi la liffe fera parfaitement égale dans toute fa longueur, & c’eft là ce qui a fait imaginer de faire à la fois les deux parties d’une liffe ; mais il s’en faut de beaucoup que les chofes n’aillent ainfi. J’ai dit ci-deffus , que les liffes qu’on fabrique ainfi à Paris font deftinées aux gaziers , & que ce font des mailles à nœud fimple. On doit fe rappeller que des deux parties dont elles font compofées , l’une
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- comprend le nœud, & l’autre n’en a pas. Or , il eft évident que celui des deux ouvriers qui fait la partie qui n’a pas de nœud , doit aller à peu près le double plus vite que l’autre; par conféquent il ne pourra pas éviter la courbure de la tringle & l’inégalité des mailles. C’eft pour parera cet inconvénient, qu’on a coutume de foutenir cette tringle contre J’effort qui tend à la courber, au moyen d’un arc-boutant de bois un peu échancré par chaque bout, pour mieux tenir en place. Cet arc-boutant doit avoir de longueur l’écartement exaél de deux tringles ; & à inefure que l’ouvrier avance fon ouvrage , il le place contre l’endroit où il eu eft; l’autre continue Ton opération, & n’eft arrêté par aucune difficulté. L’opération de foutenir la tringle de fer, qu’en terme d’ouvriers on nomme caler, eft, comme on le voit, indifpenfable pour remédier à la défe&uofité de la méthode que je viens de rapporter.
- 1947. Outre le nœud que le fécond ouvrier eft obligé de faire pour ces fortes de lilfes , & qui ralentilfent fa marche ( je n’entends pas parler ici du nœud que chaque ouvrier fait de fon côté fur le criftele , mais de celui qui conftitue les mailles à nœud), il eft encore arrêté par l’attention qu’il faut apporter pour palfer la navette dans l’ouverture de la première partie , dans le fens convenable, pour ne pas faire des mailles à col tors, & pour les bien prendre les unes après les autres , fans enpalfer aucune. Comme fouvent ces mailles font fort ferrées fur la tringle de fer , & qu’elles font fort tendues, il n’eft pas aifé de palfer la navette dans un 'auflî petit efpace , ce qui 11e manque pas de retarder l’ouvrier. C’eft auflî la difficulté de palfer la navette, qui Fait que pour cette fécondé partie ou fe fert de fort'petites navettes, auxquelles on ne donne guère qu’une ligne & demie d’épailfeur : encore a-t-on foin de n’y mettre que fort peu die fil ; an lieu que l’autre ouvrier , qui dans fon opération n’eft gêné par rien, peut à fon choix fe fervir d’une navette ou d’un rochet.
- J948. Peut - être que ce qui a donné lieu à l’ufage de la tringle dont je viens de parler pour les mailles à nœud, vient de l’idée qu’ont eue certains ouvriers, de rendre par ce moyen l’ouverture de ces nœuds égale dans toutes les mailles.; mais s’ils avaient voulu faire quelque attention à la maniéré dont on augmente ou diminue à volonté ces nœuds , au moyen des baguettes dont j’ai indiqué l’ufage dans un autre endroit, ils auraient fenti que cette légère précaution tenait lieu d’une méthode aufti vicieufe , & en excluait tous les inconvéniens. Si quelqu’un veut abfolument fs fervir de la méthode dont je viens de parler, au moins doit-il entièrement abandonner l’ufage de travailler deux ouvriers à la fois pour mener les deux parties enfemble. Il faut dans ce cas commencer par la partie qui n’a pas de nœuds., & pour l’autre il faut fe faire préfentet
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- les mailles l’une après l’autre, feuî moyen d’éviter les croifemens, auxquels cette méthode eft fujette, ainfi qu’à prendre deux mailles pour une: ce qui change entièrement l’ordre & les difpofitions des lifles, &y jette une confufion qui tourne toute au préjudice de l’ouvrier & de l’ouvrage. J’ai eflayé par moi-mëme toutes les maniérés que je rapporte ; & quoique cette derniere Toit encore très-imparfaite, j’ai remarqué que le feu! moyen d’en tirer quelque parti, eft de faire les deux parties des lifles l’une après l’autre; & même je puis aflùrer qu’on y gagne du tems , non pas relativement à une lifle , qui faite par deux à la fois , va néceflai-rement plus vite ; mais par rapport à la journée de deux ouvriers , qui féparément font beaucoup plus d’ouvrage , & le font d’une meilleure qualité.
- 1949. En comparant la dépenfe d’une lifle dont les mailles font à nœud, avec celle d’une autre où elles font à grand ou à petit coulifle» on eft furpris avec raifon , qu’un aulli mince objet ait pu jufqu’à préfent déterminer les fabricans adonner la préférence aux premières. Il eft certain qu’y ayant moins de mailles , la quantité du fil ou du coufi qu’on y emploie , n’eft pas aufli grande, & par conféquent la dépenfe premier© aufli forte; mais au/Ii les frottemen,s portent tout entiers fur un fort petit efpace, qui eft la partie du nœud, & par conféquent cet endroit eft très-promptement ufe; au lieu que les mailles à grand ou à petit cou-fifle ont la facilité de fe changer en baiflant ou retournant les crifteles fur leurs liflerons ; d’ailleurs l’une des deux mailles ne frotte qu’ën élevant h chaine, & l’autre ne frotté qu’en la baiflant. Il eft donc évident que ces frottemens , ainfi répartis , font beaucoup moins fenfibles : une maille à nœud vient-elle à cafl'er, l’ouvrier a toutes les peines imaginables à la refaire, encore ne faurait-il la faire comme il faut dans une aufli grande quantité de mailles, de fils & d’embarras de toute efpece. Ainfi tout engage à rejeter une-méthode aufli vicieufe.
- 19ÇQ. Une autre difficulté non moins eflentfelle dans fufagedes mailles à noeud, c’eft iorfqu’il s’agit de pafler les fils d’une chaine dans des noeuds qu’un rien peut ouvrir ou fermer; & tel ouvrier 11e remettra qu’une chaine dans un tems donne dans des mailles à nœud, qui dans le même tems en nmettraiitrois dans des: mailles à grand ou à petit coulifle. On eft obligé pour les premières , de fe fervir d’un infirment d’ivoire ou de laiton, qu’on nommepaffetteyde- peur d’agrandir l’ouverture des nœuds, comme on le ferais fi l’on fe férvait de fes doigts pour le même ufage; au lieu qu’on n’a d’autre précaution de l’autre maniéré, qu’à ménager le fil ou le coùfi:, précaution comnYutié'àüx deux méthodes. Un ouvrier attentif doit, après-avoir fabriqué environ, vingt-cinq aunes d’étoffe quelconque , changer un
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- peu les crifteles de place fur le lifferon; par ce moyen les fils de la chaîne rencontrent des parties de mailles qui n’ont encore eifuyé aucun frottement, & les [liifes en durent beaucoup plus long-tems, ce qui ne peut fe pratiquer aux mailles à nœud j & à travailler également, une lifl'e à grand ou à petit couliife peut durer trois ans, tandis qu’une à nœud aura peine à finir fon année. Il ne faut pas croire que je prétende par-là fixer la durée des liifes > cela eft impoffible , & dépend de plufieurs circonftances qu’il n’eft pas facile de faire rencontrer : premièrement, l’adrefie de l’ouvrier qui peut les ménager plus ou moins ; fecondement, la bonté du fil ou du coufi qu’on 11e peut jamais garantir, & plufieurs autres événemens qui concourent à leur deftrudion ou à leur confervation.
- I9fi. On aura occafion de voir par la fuite, qu’il y a dans les manufactures, des ouvriers dont l’unique occupation eft de remettre les chaînes dans les mailles des liifes. Lors donc qu’une fois une chaîne eft ainft palfée, l’ouvrier 11’a qu’à fabriquer fans aucun autre foin ; cependant, cqmme il eft poflible que quelque fil de cette chaîne vienne à calfer, il ne faurait aller chercher un autre ouvrier pour le repalfer. O11 conqoit qu’il a beaucoup plus de peine Torique les mailles font à nœud, n’étant pas accoutumé à ce genre de travail que quand elles font à couliife , & donnent un libre palfage aux doigts de l’ouvrier le moins adroit.
- 19ï2. Je n’oferais prononcer auffi affirmativement fur la préférence qu’on doit accorder à telle on telle méthode, li je n’avois pris foin de me mettre au fait des opérations de chacune ; il ne me manque que cette pratique, qu’on ne peut acquérir que par un long travail, & qui ne confifte que dans la prompte exécution des préceptes que je donne fur toutes les parties qui peuvent avoir quelque rapport avec l’art dont j’ai entrepris de donner la defeription. Il ne m’a cependant pas été poffible de pratiquer de mes mains toutes les opérations que je rapporte j mais connaiifant par moi-même les principales, j’ai parcouru les atteliers & les fabriques, j’ai conféré avec les différens ouvriers qui, ne fe doutant pas du deifein que j’avais de publier mon art, ne m’ont regardé que comme un artifte qui veut s’éclairer j au lieu que je n’euife trouvé en eux que diffimulation & éloignement. Ce que je dis ici, eft à deifein de prévenir la critique que je m’attends à voir faire de toutes mes deferiptions: mais avec des intentions droites , des connailfances fûres , un courage infatigable, j’efpere me captiver la bienveillance de cette partie refpedable du public, qui juge fainement & fans partialité, & pour laquelle feule j’écris. Je ne finirais pas , li je voulais répondre aux objedions que chaque ouvrier m’a faites en particulier; il n’en eft pas un qui ne foutienne fa maniéré d’opérer comme la meilleure de toutes, & c’eft cette obftination qui n’admet pas même
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- d’examen , qui apporte le plus grand obftacle aux progrès des arts. Je prends donc le parti de ne répondre à perfonne, & je me perfuade que les foins que j’emploie feront la réponfe la plus fatisfaifante que je puilfe donner. On trouvera peut-être déplacées les obfervations que je fais ici fur la nature, l’emploi, Sc les différentes qualités des liifes j mais j’ai mieux aimé épuifer tout ce que j’avois à dire fur ce fujet dans le traité même , que de me livrera ces réflexions, lorfque je traiterai de la fabrique des étoffes, où l’on fera en état de fentir les défauts que j’aurai remarqués , & par-là je rendrai ma marche plus rapide & mes descriptions plus claires. D’ailleurs, pour compléter ce traité en faveur des perfonnes qui ne voudront pas acquérir celui des étoffes de foie , j’ai dû ne rien laiffer à defirer de tout ce qui lui eft relatif. Il ne me reftera, lorfque je décrirai les opérations de la fabrique, qu’à indiquer les liffes qu’il eft plus à propos d’employer, & le le&eur faifira auiïî-tôt les raifons de préférence.
- 19^3. Pour revenir à mon fujet, il faut favoir que, de toutes les efpëces de mailles dont j’ai donné la défcription, on n’eft pas maître d’employer indifféremment les unes ou les autres , fur-tout dans la fabrique des étoffes. Ce ferait entrer dans un détail inutile , que de faire l’énumération de toutes les étoffes de foie , ainfi que des liffes qui conviennent à chacune. Je crois que cette indication fera mieux placée à mefure que je traiterai de la maniéré de fabriquer chaque efpece d’étoffe en particulier ; mais je puis dire en général, quelles font celles qui font particuliérement admifes dans les genres que je ne dois pas traiter. En général on fe fert de mailles à nœud dans la fabrique des gazes. Pour les toiles on emploie ordinairement celles à nœud & à crochet. Pour les draps & toutes les étoffes de laine , on préféré communément les mailles à nœud j & pour ce genre feulement, des mailles à double nœud, que je n’ai pas cru devoir décrire dans un article féparé , mais dont je dirai inceffam-ment quelque chofe. Je n’ai pas connaiffance qu’on fe ferve de mailles à couliffe autre part que pour les étoffes de foie ; mais je fuis perfuadé que, fi les autres fabricans en connaiffaient les avantages, ils les auraient bientôt adoptées»
- 1954- Lorsqu’on m’a vu blâmer avec tant de force la maniéré de faire les liffes à deux ouvriers à la fois, pour que les deux parties marchent à peu près enfemble, je n’ignorais pas ce qu’on peut dire pour foutenir cette méthode. Les ouvriers qui la mettent en ufage , prétendent qu’en les faifant l’une après l’autre, on peut aifément fe tromper, en paffant le fil deux fois de fuite deffus ou deffous le couliffeur ; ce qui formerait deux mailles longues ou deux courtes de fuite. Ils prétendent encore, qu’en faifant la fécondé partie, on peut aifément fe tromper de mailles Tom. IX. M m m
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- & joindre une partie courte avec une femblable , ou une longue avec une longue, ce qui met les lifTes hors d’état de fervirj au lieu qu’en travaillant à maille tendue, on n’a pas cet inconvénient à craindre.
- I9ÏÏ. Cette obje&ion eft féduifante, mais facile à réfuter. Il faut, pour fe tromper auffi groffiérement, perdre de vue les Jignaux dont j’ai rapporté l’ufage , & qui indiquent fufKfamment à quelle partie on en eft» & comme , pour fe rencontrer jufte avec le nombre de mailles qu’une liiTe doit contenir, il faut connaître celui des fignaux , ainfi que la quantité des mailles que chacun d’eux doit contenir, il paraît difficile de fe tromper affez groffiérement pour faire deux mailles pareilles de fuite, fans s’appercevoir bientôt de cette erreur au premier fignal i & les mailles à couliffes étant compofées de deux mailles à crochet, ainfi qu’on l’a vu, elles doivent toujours marcher à nombre pair , & par conféquent il eft; difficile de fe tromper jufqu’au fignal, à moins que dans l’efpace deTun à l’autre, qui renferme ordinairement vingt ou quarante mailles , on n’en ait fait de fuite deux longues & deux courtes ; ce qui pourrait arriver à caufe du nombre pair & impair , fur lefquels le remilfeur doit fe guider de la maniéré fuivante. Il doit avant tout établir que le n°. i 3 qui répond à une partie, fera rempli de mailles courtes , & celui 2 11e le fera que de longues 5 il lui fera très - facile par ce moyen de reconnaître promptement quand ce fera le tour d’une maille courte ou d’une longue 3 & fi l’on 11e fuppofe pas d’erreur d’une autre efpece de la part de l’ouvrier, il n’eft pas poffible que chaque vingtième ou quarantième maille qui finira le fignal, ne doive fe rencontrer courte ou longue, félon qu’il l’aura déterminé en commenqant : alors il examine foigneu-fement en arriéré jufqu a l’endroit où il s’eft trompé , que les ouvriers appellent trompage, calfe la demi- maille fautive, après avoir défait toutes celles de devant , noue le fil fur le criftele, & continue fon ouvrage.
- 19Î6". Il y a plufieurs genres d’étoffes , dans la fabrique defquelles on ne faurait guere employer d’autres liffes que celles à crochet ; mais il feroit à defirer que les fils y biffent paffés d’une autre maniéré. Les fils de la chaine, ferrés entre les deux demi-mailles, effuient un frottement confidérable qui s’oppofe à fon paffage j & pour peu qu’il vienne quelque bouchon, la foie fe déchire, & l’étoffe en eft bientôt altérée. Sans la dif. ficulté qu’on éprouve à pajfer & à remettre aux liffes à nœud , je trouverais leur ufage fans contredit préférable : d’un autre côté, ces. nœuds, en haulfant & baiffant fans ceffe, font augmentés ou diminués à chaque inftant : ainfi tout engage à fe fèrvir des mailles à petit couliffe.
- 1957. Les mailles à grand coulilfe ont plufieurs avantages, qui les font préférer par beaucoup de fabricans , & entr’autres celui de faire
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- mouvoir de bas en haut les fils de la chaine, fans leur ôter la liberté d’ètre mus par les maillons du corps de. la tire ; mais on ne fait par - là que diminuer le nombre des lifTes , & non pas la quantité de fil ou de coufi; car elles doivent avoir au moins deux pouces de foule de plus que les autres, & elles doivent contenir autant de mailles qu’une plus grande quantité de lifTes en contiendrait fi elles étaient à crochet. Je dis que ces lilfes doivent être plus hautes que les autres ; car, attendu que les mailles en font très-ferrées , elles éprouvent plus de frottement de la part de la chaine, & l’on vient à bout de le diminuer un peu en le divifant fur plus de hauteur. Lorfqu’au contraire on fe fert de mailles à crochet, elles ne defeendent pas pour rabattre la chaine , ni ne lèvent pas pour la faire lever, autant que font obligées de faire les lifTes à grand coulilfe j 8c comme cette-chaine eft répartie dans un plus grand nombre de lifTes, le travail de l’ouvrier en devient encore plus aile : tout concourt donc en faveur des mailles à crochet pour les étoffes façonnées. Il eft tems que je dife un mot des mailles à double nœud, que je n’ai fait qu’annoncer : comme l’ufage de ces fortes de mailles ne s’eft encore borné qu’à des effais , je n’ai pas cru devoir les mettre au rang des uf-tenfiles reçus & utiles. Quelques ouvriers, rébutés de voir que les mailles à nœud qu’ils conftruifaient avec du coufi, étaient fujettes à l’inconvénient de gliffer, de façon que l'anneau eft toujours ou fermé ou trop grand, on a effayé de fixer le premier nœud ordinaire, par un. fécond nœud qui l’embraifât & confervât l’ouverture dans un même degré ; mais dans ce cas il eft à craindre que ces nœuds , dont la grolfeur eft toujours trop forte, ne nuifent au mouvement de la chaine, & même ne la rongent à la fin. Il n’eft guere poftible d’employer ces fortes de lifTes à fabriquer d’autres étoffes que celles de foie : encore dois-je convenir que je n’en ai jamais vu faire que des effais, & que celles à nœud flmple n’ont réufîi que lorfque , pour éviter que l’anneau ne changeât de grandeur, on avait eu la précaution de frotter le coufi avec de la cire. On fait aufîî des mailles à double nœud pour les fabriques d’étoffes grof-fieres , comme couvertures, tapifferies de Bergame & autres ; mais alors on fe fert de ficelle fort menue, & c’eft, je crois , le feul cas où l’on puilfe fe fervir de pareilles mailles, attendu que , comme dans ces étoffes les chaines font beaucoup moins ferrées qu’aux étoffes fines , les nœuds ainfi doublés, trouvent un paifage plus libre entre chaque fil de ces chaines.
- 1958- Les remiffeurs qui ont cherché à perfectionner tous les genres qu’ils emploient, ont fu donner au double nœud une forme qui diminuât un peu fa grolfeur 5 ils les font de maniéré qu’ils Tout applatis,
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- & les fabricans les connaiftent fous le nom de nœuds plats : "par ce moyen ils préfentent une moindre réfiftance pour paifer entre les fils de ia chaine. Telles font les réflexions que j’ai cru devoir préfenter au ledtc-ur, fur les défauts & les avantages des différentes mailles : je defire qu’elles tournent à leur perfection.
- 1959. Manière d?entretenir les lijfes pour les conferver. S’il eft avantageux pour les ouvriers d’avoir des uftenfiles en bon état, il eft néceflaire de les y entretenir; mais il en eft peu qui daignent en prendre foin quand ils n’en ont plus un befoin actuel. C’eft ainfi que beaucoup d’entr’eux en ufent à l’égard des lilTes , & l’on eft fouvent fort furpris , lorfqu’on veut en faire fervir d’anciennes , de les trouver en très-mauvais état, faute de les avoir entretenues. Le détail que ces foins exigent, n’eft pas du reflort du remifteur : auflî pourra-t-on trouver déplacé ce que j’en dis ici; mais fi ce traité eft intitulé, art du remifjeur, il me paraît qu’il appartient autant à l’ouvrage qu’à l’ouvrier, & que tout ce qui concerne les lifles n’y eft pas déplacé.
- 1960. Il y a des ouvriers entre les mains defquels un remiffe peut fervir trois, & même quatre ans de fuite , tandis que d’autres l’uferaient en moins d’un an , encore feraient-ils moins d’ouvrage. Voyons donc en quoi peut confifter un foin fi avantageux aux fabricans. Il y aplu-fieurs précautions à prendre pour tirer des liftes tout le parti poflible, fans les trop fatiguer. Un ouvrier qui, dans l’arrangement de fon métier, fait régler à propos le mouvement des Hiles, doit avoir attention à ne donner aux cordes qui les font mouvoir, que le degré exaeft d’étendue qu’elles doivent avoir pour les faire monter ou defeendre bien perpendiculairement, foit qu’elles fe meuvent feules , ou plufieurs à la fois, ou qu’elles reftent immobiles ; mais fi une lilfe eft dans fon mouvement tirée en avant ou en arriéré , elle eftuie un frottement eonfidérable, puifque fouvent elle entraîne avec elle les autres liftes qui ne doivent pas fe mouvoir dans cet inftant. Si une lifte eft mal di/pofée , il eft certain que toutes les autres doivent être montées de la même maniéré ; & fi quelques-unes feulement ont un mouvement vicieux , elles iront néceftairement ronger les mailles de leurs voifines , foit quand elles fe meuvent, foit quand les autres fe mouvront, & les fils de la chaine eux-mèmes en feront altérés. 11 eft peu d’ouvriers qui portent jufques-là leur attention , parce que le plus grand nombre fe contente d’obtenir l’effet dont il a befoin pour l’inftant , fans fe mettre en peine de la durée de l’uftenfile qu’il met en œuvre ; mais , comme je l’ai dit bien des fois, il n’eft pas de mince épargne pour un fabricant qui veut vendre fes étoffes au prix courant avec quelque bénéfice.
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- ^ 1961. Supposons que les lifîes foient bien armées, elles peuvent encore être en très-peu de tems détruites par la mal-adrefte de certains ouvriers qui, quand ils fabriquent, pofent brufquement le pied fur les marches qui les font mouvoir, ou les lèvent de maniéré que la totalité des liftes eft dans une agitation perpétuelle , accompagnée d’un bruit confidérable, occafionné par des chocs des unes contre les autres. En faut-il davantage pour ruiner en peu de tems les uftenfiles les plus folides ? & les mailles même ne fauraient réfifter à des faccades auffi fortes & auffi multipliées. Il eft rare, pour ne pas dire impolhble, que toute une maille calle dans un même inftant 5 & ordinairement on ne voit guere cafter qu’une demi-maille. Il eft à propos, auflï-tôt que l’ouvrier s’apperçoit que le fil delà chaine qui y répond ne leve ou ne defcend plus , d’aller la raccommoder j pour peu qu’il le néglige , l’étoffe en eft altérée fenfiblement en cet endroit. Voici la maniéré de refaire cette maille. On cherche dans la lilîe la maille caffée ; on tient en main un bout de fil d’une longueur & d’une grolfeur convenables pour faire une demi-maille ; on le paft'e dans la demi-maille qui refte , & on le noue au-delfus du lifleron, de maniéré que cette maille ne foit ni plus ni moins tendue que toutes les autres ; puis prenant les deux bouts de la vieille demi-maille , on les noue folidement fur le criftele de la lifte à laquelle elle appartient , afin que les mailles voifines , dont ce fil eft la continuation, à droite & [à gauche, ne fe lâchent pas; enfin on pafte furie criftele un des bouts delà nouvelle demi-maille dans le même endroit où l’on a noué la vieille , & on fait un double nœud en joignant ce bout à l’autre ; par ce moyen cette nouvelle maille remplace celle qui vient de manquer , & l’ouvrier continue fon travail.
- 1962. Qu’on juge après cela de l’importance du foin qu’on doit avoir pour les remilfes , & de la dépenfe qu’on peut épargner. Il y a des fabricant qui, pour engager les ouvriers à ménager davantage les lifîes, aiment mieux leur donner un prix plus fort, & les obliger à fe fournir eux-mêmes de cet uftenfile. Ce moyen n’eft pas à rejeter entièrement ; mais ne peut-il pas fe faire aufîi que, pour économifer davantage, cet ouvrier fe ferve de liftes en trop mauvais état, & alors Pétoife elle-même en devient défe&ueufe? Il y a certains remiftes dans lefquels il entre jufqu’à quarante onces de coufi, qu’on vend communément trois livres quinze fols l’once ; & fi l’on joint à cette dépenfe la façon de l’ouvrier, cet objet peut monter environ à 160 liv. II. eft certain que, fi un ouvrier à qui l’on confie un pareil uftenfile, l’ufe en un an & demi , comme il arrive très - fouvent, c’eft un entretien de plus de ico liv. par an par chaque métier, tandis qu’avec un ouvrier foigneux il ne devrait pas excéder 25 liv.
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- 1963. Les remises de fil, qui coûtent beaucoup moins, ne laiflentpas d’être d’une dépenfe affez considérable , parce qu’ils s’ufent beaucoup plus vite que ceux de foie , & même avec un foin égal : l’expérience a appris qu’un remiffe de foie durait autant que trois de fil. Il eft étonnant que , dans les villes les plus floriffantes pour les manufactures d’étoffes de foie, 011 continue à fe fervir de lilfes de fil, puifque la dépenfe des unes ne faurait entrer en comparaifon avec celle des autres. Je dis des étoffes de foie, car il eft certain qu’on 11e faurait fe fervir d’autres liffes que de fil dans prefque toutes les étoffes. Il n’y a donc que la première dépenfe qui coûte; & lorfqu’un fabricant s’y eft une fois déterminé, l’entretien eft fort peu de cbofe : il eft même certain qu’une étoffe fabriquée avec des liffes de foie , en acquiert une beauté qui peut la faire valoir environ trois pour cent plus'qu’une autre. Si c’eft l’ouvrier qui eft chargé de fournir le remiffe, pour peu qu’il foit habile, il peut faire par jour au moins une aune de plus à certaines étoffes , s’il le fait faire avec de la foie : quand cette aune ne lui vaudrait que fix fols par jour, il augmente le prix de fon travail journalier d’un cinquième , puifque les journées ordinaires font de trente fols, il peut donc fe procurer, par fon induftrie , un bénéfice d’environ dix-huit pour cent de plus, qu’en fe fervant de celles de fil; & fii l’on fuppute ce qu’un ouvrier peut gagner dans un an , en fuppofant trois cents jours ouvrables , à une livre dix fols chacun, on aura un produit de quatre cents cinquante livres ; à quoi ajoutant quatre-vingt-une livres du bénéfice qu’il peut faire en fe fervant de liffes de foie, on aura la fomme totale de cinq cents trente-une livres , qu’il peut fe procurer fans forcer aucunement fon travail, & qui dans une famille peu fortunée ne laiffe pas de faire quelqu’effet.
- 1964. Je crois avoir démontré l’économie qui réfulte de l’ufage des remiffes de foie. Si l’on y joint la dépenfe qu’on eft obligé de faire pour remettre la chaine à chaque liffe nouvelle , 8c qui fe monte à fix livres, à moins que l’ouvrier ne fût en état de faire lui-meme cette opération , auquel cas il perdrait encore fon tems ; plus, fix livres pour la façon de chaque liife : on trouvera que d’un côté fon bénéfice eft beaucoup augmenté , & de l’autre confidérabîement diminué ; & par-deffus tout cela, l’étoffe en eft beaucoup mieux fabriquée.
- 1965. Après avoir établi des réglés générales fur la meilleure conftruc-tion des liffes, je reviens fur mes pas , & j’avoue que toutes celles dont on fe fert dans les fabriques, même d’étoffes de foie, ne doivent pas être de coufi, fans exception. Les frottemens qui nuifent le plus à la durée des lilfes, ne font pas auffi multipliés dans toutes les étoffes, & al or/ on peut les faire avec du fil dans les cas dont je vais parler. Les perfoiï-
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- nés qui ont quelque connaiffance de la fabrique , favent que les étoffes brochées font d’autant plus longues à fabriquer, qu’elles font plus chargées de brochures : il eii eft même dont l’ouvrier le plus habile ne faurait faire par jour plus d’un quart d’aune, d’autres une demi-aune, d’autres' trois quarts , ou une aune, plus ou moins , en proportion de la richelfe du deifn : or, dans ces cas , il eft certain que la trame n’avance pas beaucoup , & que par conféquent les liffes qui font lever la ehaine n’éprouvent pas des mouvemens fréquens. Je m’explique : lorfqu’une étoffe eft fort chargée de deflins, qu’on exécute en brochure , ces deffins s’exécutent à la tire $ & pendant ce tems-là les liffes qui font mouvoir la ehaine, relativement à la trame, relient tranquillesj & ce n’eft qu’après que tous les coups d’efpolins font donnés , que l’ouvrier donne un coup de trame. Telle eft la raifon pour laquelle j’ai dit qu’un très-habile fabricant n’en peut fouvent faire qu’un quart d’aune, &c. Lorfque j’ai recommandé de conft. truire les liffes en foie, cela fe doit entendre de celles qui font deftinées aux étoffes courantes, dont on peut faire plufieurs aunes dans un jour, & où la ehaine eft dans une agitation perpétuelle. Dans l’autre cas , on pourra les faire avec du fil pour gagner fur la première dépenfe , & parce que de pareilles liffes font en état de durer très-long-tems j d’ailleurs ces mailles ne font ordinairement pas à couliffe, mais bien à crochet, & par conféquent n’éprouvent pas de grands frottemens. Ainfi les liffes de foie doivent être réfervées pour les étoffes courantes ou celles en plein. Il y en a encore quelques-unes pour lefquelles on peut fe fervir de liffes de fil, quoiqu’elles foient façonnées, & qu’elles ne foient pas brochées j telles font les prufliennes , les droguets liserés ordinaires, les fatins deux lacs, fans liage, les petites florentines, & quelques autres étoffes à peu près du même genre, parce que le nombre des liffes ne paffe pas fix ou huit, & que d’ailleurs les fils de la ehaine ne font paffés que fur les mailles, qui ne fervent qu’à les faire lever.
- 1966. On met aufîi quelquefois des liffes de fil avec celles de foie ,
- comme dans la fabrication des moires farinées , ainfi que des moires double fond\ parce que, pour bien fabriquer les premières , 011 eft'forcé de faire les liffes de fond en coufi, & celles du fatin en fil, fi 011 le juge, à propos. Il ferait pourtant mieux de les mettre aufli de foie ; mais ce changement n’eft pas d’une grande conféquence , tant pour la beauté de l’étoffe , que pour la promptitude du travail. Pour les moires double fond , on fait aufîi les liffes de fond en coufi , & celles du fatin &' ‘du liage , en filJ; cependant, comme ces dernieres font plus fatiguées que lès autres , il vaudrait mieux les faire en foie. 1
- 1967. On fera peut-être furpris qu’il foit poffible d’entre-mêler ainfi tas
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- liffes aufli différentes ; mais il faut favoir que , de quatre liffes deftinées pour le fond dans les moires farinées, deux doivent le mouvoir alternativement avec les deux autres i c’eft-à-dire , que deux lèvent deux fois de fuite, & enfuite les deux autres en font autant ; au lieu que, pour quatre fois que celles du fond fe meuvent, celles du fa tin ne lèvent qu’une fois: ainfi fur huit coups de navette qu’onpajje pour former le corps de la moire, chacune des huit liifes du fatin ne fait qu’un mouvement. Déplus, chacune des liifes qui fervent à former le fond de l’étoffe , fait mouvoir le quart de la chaine, au lieu que celles du fatin n’en font mouvoir chacune qu’un huitième. On peut donc s’attendre que les liifes du fond doivent s’ufer huit fois plus vite que celles du fatin, fi on Jes faifait toutes de foie , ou toutes de fil. Tout ce que je viens de dire, peut s’appliquer aux moires double fond.
- 1968. Il y a encore d’autres genres d’étoffes, où l’on fe fert d’une partie de remiifes en foie, & l’autre en fil. Je n’en ferai pas ici l’énumération ; mais j’établirai comme réglé d’économie , que lorfque dans une étoffe on eft contraint de mettre deux corps de remiife , dont l’un doit travailler beaucoup plus que l’autre, quoiqu’il foit compofé d’un moindre nombre de liifes, s’il contient une auffi grande quantité de mailles que l’autre, il eft à propos de faire l’un en fil, & l’autre en foie. Par ce moyen, toutes les liifes fe trouvent ufées à peu près enfemble , & le travail de l’ouvrier en eft plus régulier. Il n’eft aucun fabricant, & même aucun ouvrier,, pour peu qu’ils aient quelque expérience , qui 11e foient en état de déterminer quelles liffes il convient de faire en foie ou en fil ; il fufEt pour cela de juger de la quantité de mailles que l’étoffe qu’ils projettent d’exécuter exigera, de la partie plus ou moins confidérable de la chaine que ces liffes doivent faire lever ou rabattre ; enfin , de la multiplicité plus ou moins grande des mouvemens qu’elles doivent éprouver.
- 1969. On peut dire en général, que les étoffes de foie unies doivent être fabriquées avec des remiffes de foie, parce que ce font les plus difficiles à rendre parfaites, & que les moindres,défauts y paraiffentj c’eft par cette raifon que chaque fil de la chaine doit être retenu par-deffus & par-deffous dans les mailles des liffes, & qu’on ne faurait y en employer qu’à crochet ou à petit couliffe : par ce moyen la chaine leve & baiffe uniformément, donne un paffage égal à la navette, & chaque duite de la trame s’y,,trouve placée comme elle doit l’être. Si les mailles font à petit couliffe , comme leur nombre eft double de celui des fils de la chaine, ainfi qu’on l’a dit, il eft à propos de les faire en coufi, pour diminuer les frottemens ï avantage qu’.on ne rencontrerait pas en les faifimt avec du fil.
- 1970. Si l’on préféré les mailles à crochet, il eft encore plus à propos
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- de les faire en foie , car un remiffe qui ne contiendrait que quatre liifes, dont chacune aurait quatre cents mailles, fur vingt-deux pouces de largeur, & qui ferait de fil, même le plus analogue au compte de foie & à la force de l’étoffe, fi les mailles en étaient à crochet, donnerait plus de difficulté pour le travail qu’un remiffe de foie paffé de même, & dont les liifes auraient chacune mille mailles fur la même largeur. Cependant je crois avoir démontré qu’un remiffe de fil bien combiné, fait à petit coulilfe, donne pour la fabrication beaucoup plus de facilité qu’un de foie, dont les mailles font à crochet ; & en balançant fes avantages & fes incon-véniens , on trouvera que d’un côté l’ouvrier va plus vite avec ce re-rniife de fil ; & que de l’autre l’étoffe n’eft pas fabriquée avec autant de propreté , & les fils de la chaine ne font pas aufiifujets à fe calfer. Mais une longue expérience a fait connaître qu’il altérait infailliblement cette chaine, enforte qu’au bout de quelque tems les liifes font couvertes d’un duvet alfez confidérable , dont la fource ne faurait être douteufe , puifqu’il eft abfolument de la couleur de la chaine; & ce qui n’eft point emporté de ce duvet par les liifes, ne réfifte pas en paflant entre les dents du peigne, où il fe fixe contre les jumelles; on en apperçoit même en quantité par terre fous le métier. Rien n’eft donc auffi fenfible que cette altération, à laquelle il eft elfentiel d’apporter remede. Mais , dira-t-on , comment peut-on connaître fi ce font les liifes & le peigne qui tirent de la chaine ce duvet qu’on y remarque fouvent; & ne faurait-on attribuer à toute autre caufe un effet auffi ordinaire ? A cela la réponfe eft bien fimple : qu’on fe ferve de toute autre lilfe que de celles que je condamne , & ce duvet n’aura plus lieu. On n’en voit jamais aux liifes de foie ; quelle preuve plus fenfible puis-je donner du tort que font aux étoffes les liffes de fil » excepté dans les cas que j’ai indiqués, ou l’on ne peut guere s’en paffer ?
- 1971. Dans plufieurs manufactures 011 eft forcé de gommer ou coller les chaines des étoffes, & fans cette précaution 011 ne faurait venir à bout de les employer. Les ouvriers qui font dans cet ufage en attribuent la né-ceflité au peu d’apprêt qu’011 donne à la foie, ou à la trop grande vivacité de l’air, & ne foupçonnent pas même la véritable caufe de ce déchet. Qui ne fent que les fils très-fins d’une chaine,ferrés entre des mailles à crochet, faites de fil , ne fauraient y gliffer fans éprouver quelque déchirement, qui ne peut manquer de nuire à la beauté de l’étoffe en lui donnant un coup-d’œil velu? Pour m’affurer par moi-même de la vérité de ce que j’avance, j’ai fait employer à un même genre d’étoffes façonnées , dépareilles qualités de foie , & d’une même couleur , pour que le degré de teinture fût le même , moitié avec des liffes dont les mailles étaient à crochet , & d’autres où elles étaient à petit coulifle: on a été forcé de Tome IX. Nnu
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- gommer la partie à laquelle on employait des mailles à crochet, & l’autre n’a fouffert aucune difficulté avec celles à petit coulifle. J’ai eu la fatif. faction de voir confirmer, par des expériences répétées, ce que j’avais imaginé ; & pour ne rien pmettre de ce qui pouvait faire varier mes ré-fultats, j’ai pouffé l’exactitude jufqu’à faire exécuter les mêmes définis par un même ouvrier, pour qu’on ne pût pas attribuer au plus ou moins d’habileté, la fatigue que pouvait éprouver la foie dans le travail ; enfin j’ai moi-même fabriqué des deux façons, & jamais je n’ai trouvé de différences. Je puis donc affurer que la méthode de gommer les chaînes pour empêcher qu’elles ne s’éraillent en paffant dans les mailles à crochet , eft très-nuifible à la beauté & à la qualité de l’étoffe , & qu’elle doit être entièrement proferite. Comme cette partie eft deftinée toute entière aux ob-fervations fur les défauts & avantages des différentes méthodes de faire les liffes , j’ai dû m’appefantir un peu fur les abus les plus univerfel-lement adoptés , pour faire voir la préférence qu’on doit donner aux remiifes de, foie fur ceux de fil, & aux mailles à couliffe fur celles à crochet. Tous les faits que j’avance, font aifés à vérifier, & les expériences n’en font pas fort eoûteufes.
- 1972. Après avoir rapporté les raifons qui me font préférer les remises de foie à ceux de fil; comme ceux-là coûtent beaucoup plus , je crois qu’on me faura bon gré de donner ici quelques moyens pour les entretenir long-tems en bon état. Ces moyens , s’ils font connus des fabricans , font du moins fort négligés ; car je 11e les ai jamais vu mettre en ufage que par un feul, dans une fabrique que j’entretenais alors dans ma patrie: c’eft de lui que je les tiens, & quinze années de foins affidus pour tous les uftenfiies qui m’appartenaient, m’ont convaincu qu’il n’en eft point dont 011 11e puifFe fe fervir très - long-tems, pourvu qu’on y apporte quel-qu’attention.
- *973- Je l’ai déjà dit quelque part, fi je me permets de tems en tems de dire mon avis fur les vices des méthodes en ufage , je dois en ré-compenfe rendre hommage aux talens. L’ouvrier, dont je viens de vanter les foins & le fàv.oir , a un droit acquis fur ma reconnaiifance t c’eft un Avigno'ftnais , nommé Jofeph Chauvet, fils d’un ancien fabricant de la même ville. Il portait fi loin l’intelligence dans toutes les parties qui concernent les -fabriques , qu’un métier dont il s’était fervi fans relâche pendant deux mu trois ans ,-était au.bout de ce tems en auffi bon ét*t que . le premier-jour y- & ce qui paraîtra peut-être fufprenant, il joignait à la théorfe la plus éclairée1,'la main-d’œuvre la plus recherchée & la plus parfaite. Entrerons les uftenfiies auxquels il donnait une attention fcrir-puleufe, les remiifes lui fem filaient les plus elfemiels à confervex en boa
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- état î cfe là dépend , difait - il, en grande "partie , la beauté des étoffes. Aüifi ne commenqait-il aucune journée fans les vifiter toutes avec foin; & fi quelque maille lui paraiflait trop foible, il la caifait lui-même, & eu fublhcuait une autre à fa place ; mais il avait une maniéré particulière pour refaire les mailles, & bien différente de celles que j’ai rapportées ei-delfus : la voici. Avant de calfer la maille qu’il voulait refaire, il prenait un bout de coufi d’une longueur fuffifante pour la remplacer ; puis l’ayant calfée , il nouait à l’un de fes bouts le nouveau; de maniéré qu’en le retirant du côté du crifteie il s’y trouvait rangé , & pouvait empêcher les mailles voilînes de glilfer ; puis coupant la vieille maille à quatre ou cinq lignes près du criilele, il y ajoutait le nouveau bout par un nœud à L'ongle, autrement nommé nœud du tiÿerand ; enfuite ayant embralfé la demi-maille , s’il en reftoit une , il nouait l’autre bout avec celui de la vieille maille parun nœud tirant, ou par un nœud plat,t\\ lui donnant line tendon égale à toutes celles de la liife ; & pour s’alfurer, davantage de cette égalité, il attachait au milieu du liiferon d’en-bas un contre-poids fuffifunt pour remplir fon intention. Dans cette opération, la perfection confilte à lailfer toujours les crilteles libres &à découvert ; de forte que 'fi les nouvelles mailles qu’on fait de tems en tems 9 venaient à çaffer, on pût les remplacer, fans ôter aux filles leur propreté, comme fi elles étaient neuves , ce qui contribue beaucoup à la confervation des remilfes.
- 1974. L’homme dont je viens de parler, ne bornait pas à cette partie les foins qu’il y donnait ; il fe connaifsait très - bien à tout, & était eu état de conduire la foie depuis le devidage jufqu’a la fabrique de l’étoffe la plus difficile à exécuter. Il montait lui-même fes métiers, lififit fes deffins , & deffinait même afsez pafsabîement. Il était contemporain du célébré Galantier , dont j’ai parlé dans la préface que j’ai mife en tète de cet ouvrage. Et qu’on ne croie pas qu’un intérêt perfonnel ou une liaifon intime me diète ce que j’écris ici; depuis le tems qu’il a travaillé chez moi, il s’elt écoulé bien des années; & quand il quitta Nîmes, il avait déjà foixante-trois ans. A cet inftant je ne fais s’il eft mort ou vivant; mais pénétré j pour fes talens en tout genre, de la plus finçere admira* tion , je dois la juftice à fes lumières, dont j’ai profité , d’en faire un aveu public. Il avait rédigé par écrit fes connaifsances fur les maniérés de monter toutes fortes de métiers ; toutes les armures, tous les Hfuges y étaient décrits; il s’était fait des tables raifonnées des différens comptes de fils qu’exigeaient les chaînes de. telle ou telle étoffe ; & l’on peut dire qu’il était un des plus habiles de fon tems, non pas pour inventer, comme il en convenait lui - même, mais pour exécuter. Il poufsait à un degré éminent l’arrangement .qu’il convient de donner ausç çordçs pour le
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- lifage: il n’ignorait que le montage à bouton, encore y fuppléait-il par une1 profonde connaiffance des mouvemens qu’on doit faire faire aux xemples. dans les étoffes riches ; & j’ai eu occafion de voir des métiers montés à bouton, par lui , d’une maniéré toute différente des nôtres , & qui lui était particulière. Enfin on peut dire de lui, qu’en toutes les parties il égalait les plus habiles, & qu’il les furpaffait en plusieurs. Son manufcrit, n’était pour lui qu’un memento , pour fervir au befoin ; & quoiqu’il ne le confiât à perfonne , je dois avouer avec reconnaiffance , qu’il m’a offert plufieurs fois de m’en laiffer prendre copie. Malgré tout fou favoir , il n’avait aucun amour-propre; & fi, travaillant enfemble chez moi à monter un métier, ou à quefqu’autre opération, j’imaginais quelque procédé plus fimple ou plus expéditif, il en convenait auffi-tôt, & l’écrivait dans cet important recueil. Que la jeuneffe n’a-t*elle donc quelque prévoyance pour l’avenir î Et quel ufage je ferais aujourd’hui de ce précieux ouvrage ! Mais uniquement appliqué alors à faire valoir une manufa&ure, & content des lumières que mes parens m’avaient communiquées , je ne penfais pas avoir jamais à remplir une tâche auffi pénible que celle que je me fuis impofée, & où, pour tenir mes engagemens comme je le devrais, il ferait nécef-faire de réunir toutes les connailfances relatives à un des arts les plus étendus. Devenu depuis plus prudent à mes dépens, je me fuis vu forcé d’aller de province en province mettre tous les atteliers à contribution , & d’y recueillir avec bien des peines, des matériaux pour l’édifice dont je jetais dès - lors les fondemens. Je n’ai parlé jufqu’ici que de la maniéré de refaire les demi-mailles lorfqu’elles viennent à caffer. Comme le procédé pour les faire tout entières lorfqu’elles périffent, eft un peu différent, je vais en dire quelque chofe.
- 197^. Maniéré de faire les mailles entières lorfqii il en café une ou plufieurs a-la fois , ou quand, par quelque faute de remettage, on ejl obligé d’en ajouter quelques- unes à des UJfes. Il arrive quelquefois en travaillant, que le haut & le bas d’une maille viennent à fe caifer ; quelquefois auffi par des accidens imprévus il en caife plufieurs 5 enfin on eft fou vent obligé d’ajouter une certaine quantité de mailles entières pour réparer des erreurs commifes par les remilfeurs , & dont on ne s’apperqoit que lorfqu’on a fini de remettre , c’eft-à-dire, lorfque la chaine eft prefqu’entiérement paffée dans les filles.
- 1976. Si la maille qui manque eft à crochet, & qu’elle fe foitcaffée, on paffe dans la partie fupérieure des mailles , fuivant l’ouverture qu’y forme le lifferon, une baguette unie , dont le milieu réponde à peu près à l’endroit où manque la maille qu’on veut refaire ; puis pour donner à ces mailles une égalité de tenfion , on fufpend à cette baguette un contre-
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- poids d’environ une demi-livre , attaché à un bout de ficelle de douze ou quinze pouces de long, à l’autre bout duquel eft un petit crochet de fer qui embraffe la baguette ; dans cet état il eft aifé de fentir que la première demi-maille qu’on va faire, ne faurait manquer d’avoir la hauteur , l’ouverture & la place convenables : après cette précaution, on noue un bout de fil ou de coufi à celui de la maille caifée , tout contre le criftele; après avoir paffé ce fil fous la baguette , on va le nouer avec l’autre bout de la vieille maille aufti fur le criftele, ayant foin de ne tendre cette demi-maille , ni plus ni moins que toutes celles qu’embraife la baguette. Il eft évident qu’ici la baguette fert de moule aux mailles, de même qu’on a vu les tringles fur les métiers dont nous avons parlé. Lorfqu’on a bien alluré cette première partie par des nœuds folides , on fait la fécondé partie de la même maniéré, fans cependant avoir befoin de baguette.
- 1977. Si le fil de la chaine qui paffait dans la vieille maille 11’eft pas caffe, on a foin, en faifant la nouvelle maille, que les bouts de fil ou de coufi dont on la compofe , embraffent le fil de cette chaine de la même maniéré qu’il était pris par les autres ; & enfuice on coupe les bouts de l’ancienne maille après les avoir arrêtés avec la nouvelle. S’il manque quelque maille, foit dans le corps d’une liffe, foit pour les lifieres, ce qui peut arriver de la part du lilfeur, qui quelquefois fe trompe de quelques-unes , on s’y prend de la façon qu’on vient d’enfeigner , en fe fervant de la baguette ; mais comme il n’y a pas de maille caifée à laquelle on puiffe attacher le bout du coufi , 011 l’attache fur le criftele , en lui réfervant au-delà du nœud un bout d’environ deux pouces , qui fert à nouer l’autre bout lorfque le fil ayant pafle fous la baguette revient au criftele , où on le fixe fondement. Quant aux fécondés parties des mailles, on s’y prend comme on l’a déjà dit.
- 1978- Si l’on a eu foin de donner à la première partie des mailles un degré fuffifant de tenfion,il eft certain qu’en ne donnant à la fécondé que celui qu’on voit à toutes les autres, les mailles qu’011 eft obligé de refaire n’auront aucune différence avec le refte de la liffe; mais il faut, pour plus de précaution, pour la partie inférieure, tenir la liffe tendue avec quelque contre-poids.
- 1979. Il peut encore arriver qu’il caffe un affez grand nombre de mailles (ce qui cependant indique que la, liffe tire à fa fin ) ; mais enfin, je fup-pofe qu’un ouvrier la croyant meilleure , l’ait mife en œuvre , il eft certain qu’on a beaucoup plus tôt fait de refaire les mailles que de dépaffer & repaifer la chaine , ce qui ferait à peine praticable. On fe fert dans ce cas, comme dans le premier, d’une baguette: mais on la charge d’un plus fort poids 5 & comme le fil ou coufi dont on fe fert, doit avoir une
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- certaine longueur , on en met une certaine quantité fur un tuyau de buis ou de canne, & l’on procédé à l’opération ; mais il faut avoir foin d’ôter de délias le criftele tous les nœuds des anciennes mailles; & nouant le fil ou coufi à la dernicre d’un côté , on les refait toutes , comme on l’a dit , jufqn’à ce'qu’étant arrivé à celle qui relie de l’autre coté, on y arrête folidement ce fil. Il finit encore avoir foin à chaque niable, d’arrêter le fil fur le criftele, comme font les lilfeurs ; fans cette précaution, toutes les mailles gifleraient les unes fur les autres,& n’auraient aucune confiftance.
- 1980. Il n’en effc pas de cette derniere opération comme quand on ne refait qu’une maille ; mais lorfqu’il y en a plusieurs, elles ne manquent pas, lorfqu’on a ôté la baguette pour faire la fécondé partie, de fe tordre toutes fur elles-mêmes : aufti faut-il en ce cas qu’un ouvrier préfente à celui qui les refait , les premières parties dans l’ordre qu’elles tiennent furie criliele, & fuivant l’ouverture que le lilferon leur donne. Voilàles moyens de remédier aux accidens qui peuvent arriver aux lilfes , dont les mailles font à crochet: voyons maintenant comment on s’y prend pour celles à couliife.
- 198 f- Lorsque les accidens dont je viens de parler arrivent aux mailles à couliife , on fe fert, au lieu d’une baguette , de deux bouts de fil de fer de la groifeur des égaillés à tricotter : on en paife une fur la jonétion des grandes demi-mailles , & l’autre fur celle des petites , en les y alfu-jettilfant avec un contre-poids 5 enfuite 011 noue les deux bouts de filou de coufi fur le criftele fupérieur , ou bieii on le joint aux bouts des mailles cafsées , & on fait pafser l’un fous l’éguille la plus baise , & l’autre fous la plus haute, & remontant les bouts, on la fait pafser fur le lifseron, & on les noue avec l’autre bout des vieilles mailles auxquelles ils correfi-pondent. S’il n’y en a point , 011 les attache fur le criftele , on retire les éguilles , & on fait les demi-mailles inférieures à peu près comme 011 a fait aux mailles à crochet ; car il eft évident que la plus grande demi-maille en aura pour fécondé une courte , & l’autre une longue.
- 198’* S’il fallait faire plufieurs mailles à couliife tout de fuite , le procédé ferait abfolument le même; mais comme il faudrait beaucoup de fil, & qu’il eft inutile de multiplier les bouts, on en met une certaine quantité fur un tuyau de buis ou de rofeau , comme je l’ai dit ailleurs, ou de telle autre maniéré que rinduftrie peut fuggérer la plus convenable ; mais on ne faurait,dans ce dernier cas, fe difpenfer d’avoir un aide qui pré-, fente les mailles les unes après les autres pour éviter les erreurs. Il faut encore bien prendre garde de fuivre l’ordre des mailles fur les fiifes, & il ne fuffit pas de faire alternativement une maille courte & une longue; il faut encore que la longue vienne à fou tour dans l’ordre des anciennes, & la courte de même.
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- D'ETOFFE S DE SOIE.
- I98T Il ne m’eft pas polfible d’abandonner çet article fai^ dire un mot de la maniéré de réparer toutes les efpeces de mailles ; je va® 'donc parler de celles à nœud. Si la maille qu’on veut refaire eit caflee entièrement, on Te fert de la baguette comme d’un moule pour l’anneau ou nœud qu’il convient d’y obferver. Voici comment on s’y prend.
- 1984. On attache un des bouts du fil ou coufi à la vieille maille , tout contre le crildele; puis palfant par-delfous la baguette ; 011 remonte de l’autre côté, en faifant un nœud coulant qui embraffe la baguette ; enfin on attache le bout fur le crillele à celui de l’ancienne maille , & l’on fait la partie inférieure , comme on l’a vu pour les mailles à crochet. Mais fi Ton a une fuite de mailles à refaire , il iaut abfolument fuivre une autre méthode, & alors il faut commencer parla partie inférieure, dans l’ouverture des mailles de laquelle on place la baguette, en la faifant remonter jufqu’à la jonction des demi-mailles , à l’oppofite du lilferon inférieur ; & pour qu’elle puifle y tenir plus finement, on en attache les deux bouts avec une ficelle, & on la fufpend au lilferon fupérieur , pour que la partie inférieure demeure fuffifamment tendue, & s’alfurer de l’égalité des demi-mailles qu’on va y faire j mais il elt à propos , pour cette opération, que les nœuds foient en haut; & c’elt de cette partie que j’entends parltr * lorf-que je nomme la partie fupérieure.
- 198 V Lorsque la baguette eft placée comme on vient de le dire, 011 fait les demi-mailles de la même maniéré que celles à crochet; après cela on place la même baguette dans quelques-uns des nœuds voilins , à droite & à gauche de celles qu’on veut finir , & on en fait la fécondé partie a mefure que l’aide préfente les mailles fuivant leur ouverture : on forme le nœud fur la baguette, comme ©n l’a déjà dit; enfin on arrête le fil à chacune par des nœuds coulans fur le criltele , comme on l’a vu dans l’opération du remilfeur. Si l’on fait les opérations dont je viens de parler fur le métier même, on a foin,à mefure qu’on fait une maille, d’y prendre les fils de la chaine de la maniéré dont ils doivent être palfés ; & fi cette attention devenait trop gênante, on pourrait les calfer & les paifer enduite de nouveau après avoir réparé les lilfes. Les foins dont je viens de faire le détail paraîtront peut-être un peu minutieux; mais les liffes font dans une fabrique un objet de dépenfe & d’entretien allez confidérable pour qu’on doive y donner quelqu’attention. Il vaut mieux réparer que de construire; & lorfqu’un remilfe devient vieux , il y a toujours des parties plus lifées que les autres, & l’on vient à bout, avec ces précautions, de faire travailler des lilfes quelques mois de plus qu’elles 11’auraient fait fans cela. Je defire que mes réflexions puiifent être de quelque utilité à toute efpece de fabricans, tant en étoffes qu’en toile,
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- ART DU FABRICANT
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- 1986- Maniéré de défaire les liffes. Soit qu’on ne veuille plus fe fervîr de liffes qui font'devenues inutiles , foit qu’on veuille mettre à profit le fil des vieilles, il eft bon de favoir les défaire fans rien couper , & d’un feul bout, par une méthode contraire à celle qu’011 a employée à les conftruire.
- 1987. Le métier dont 011 fe ferfe pour défaire les liifes ,fig. 9 , pl. III > n’eft autre chofe qu’un montant de bois, planté folidement fur une croix , femblable à un pied à perruque , & fur la hauteur duquel font placées pin-fleurs chevilles* On place la lifle fur les chevilles A, B s on arrête les crif-teles a, e,aux chevilles e ,/> enfuite on prend le bout du fil b, qu’on fait fortir du bout æ, du criftele , de la partie E, de la lifle: on dévidé ce fil fur le rochet F, qu’on tient commodément au moyen de la broche G, & qu’011 fait tourner avec la main droite, tandis qu’avec la gauche on en conduit le bout.
- 1988. Il eft très-aifé de défaire tout d’un trait toutes les mailles de la partie E, fans que le côté K de la liffe y apporte aucun obftacle; & pour peu qu’on fe rappelle la maniéré dont ces mailles font enlacées , 011 fentira que toute la partie inférieure fe rangera à mefure qu’on dévidera, comme les mailles L le font déjà. On ne perd dans ce travail que les crifteles , dont l’ouvrier coupe le bout à mefure que les mailles qui fe défont le découvrent. Par ce moyen, cette opération devient très-facile. Il eft évident que, quand cette première partie de la lilfe eft défaite, elle eft diminuée de moitié de fa hauteur : c’eft pour pouvoir la remettre fur ce même métier pour défaire le refte, à tel écartement qu’on le defire, qu’on a pratiqué des trous le long du montant M, fig- 1© ,/>/. III.
- --r—~-r-:; .---. ---*
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche L
- IG. 1, lifse dont les mailles font faites à crochet, placée furies lifserons C,D, tels qu’on les prépare ordinairement. Les bouts £»£,<;,</> des, crifteles ne font pas encore arrêtés fur les lifserons.
- A, partie fupérieure des mailles.
- B, partie inférieure des mêmes mailles.
- Fig. 2, lifse à jour, dont les mailles font à petit coulifse s elle eft mife ilir les lifserons,
- Fig. 3 , maille à crochet. A , partie fupérieure j B , partie inférieure. On voit ici la maniéré de pafserles fils d’une chaine dans les mailles , pour
- que
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- D' ETOFFES DE SOIE.
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- que les lifses les fafsent mouvoir , Iorfqu’on veut fabriquer l’étoffe. La ligne F fuppofe un fil de la chaine pafsé à la jondion des deux parties de la maille, dont une le retient par-defsus & l’autre par-defsous, ainfî qu’on le voit en a; c’eft ce qu’on appelle fils pajfiés à crochu.
- Fig. 4, maille à grand coulifse; les jondions <*, h , des parties qui corn-pofent les deux mailles à crochet dont celle-ci eft formée , font placées à une bien plus grande diftance l’une de l’autre, afin que F puifse être mu librement.
- Fig. ç , maille à nœud.
- Fig. 6, partie de lifse à crochet.
- Fig. 7, partie de lifse dont les mailles font à petit coulifse.
- Fig. 8 , partie de lifse dont les mailles font à grand coulifse.
- Fig. 9, métier à faire les lifses , tout monté.
- G,H,I, trois tringles de bois, placées dans les entailles F, Fi elles fervent de moules aux mailles.
- K, navette fur laquelle on dévidé le fiL
- L, rochet au même ufage.
- Fig. 10, F, un des montans du métier, repréfenté féparémentJ
- Fig. 11, G, H, I, les trois tringles vues par le bout.
- Fig. i2, le clocher qui fe place au bout des tringles.
- Fig. 13, métier à faire les lifses de Paris.
- Planche IL
- Fig. 1 , dévidoir fimple.
- Fig. 2, petite rouet propre à devider le fil fur une navette»
- Fig. 3 , bafe du guindre ou dévidoir delà fig. 1.
- Fig. 4, axe du petit rouet, garni de fa manivelle.
- Fig. ç , rouet à devider le fil fur un rochet.
- Fig. 6, lifseur à l’ouvrage. Il tient dans fa main droite une navette h garnie du fil g, qu’il déroule de maniéré à envelopper les tringles A, B, C, pour former la première maille. Le fil g eft attaché, à la ficelle F , qui fert de criftele à la lifse qu’on va faire, & qui eft tendue parle contrepoids f9 qui pafse fur la poulie e du petit clocher B. La main gauche de l’ouvrier eft enveloppée par le fil, dont elle forme une grande boucle, dans laquelle doit pafser la navette pour faire le premier enlacement , & fixer les mailles fur le criftele.
- « Fig. 7 , maniéré de faire le nœud coulant, qui fert à arrêter folidement la maille.
- Fig. 8, lifse finie, dont les mailles font tordues fur elles-mêmes.
- Fig. 9, métier à lifse repréfenté dans le moment où l’on fait la fécondé Tome IX* O 0 0
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- ART DU FABRICANT
- partie d’une lifse. On voit un aide A, tenant de Tes deux mains une maille' ouverte , de maniéré que le remifseur va pafser dans cette maille la navette qu’il tient à la main , afin de former la féconde partie de la maille.
- Fig. io, lifse finie, attachée à quatre endroits par les bouts des deux crifteles.
- Fig. 11 j grand coulifseur , ou grand chevalet vu dans fa grandeur natu* relie. A, B, font les deux cordes qui fervent à l’attacher au métier.
- Fig. i z , première adtion des lifses à nœud , qui eft de former une boucle F avec le fil D, & de pafser le fil dans la maille E.
- Fig. 13 , fécondé a&ion. On fait pafser le fil D derrière la tringle C.
- Fig. 14, troifieme a&ion. On pafse le fil D entre les tringles B , C.
- Fig. 1 ^ , quatrième adion. On pafse la navette A de maniéré que la partie du fil D croife fur la partie G de la maille commencée.
- Fig. 16, cinquième adion. On pafse la navette A derrière la partie du fil G , & devant celle H, & tout d’un trait dans la boucle F, formée par la partie du fil D; de façon qu’il n’y a plus qu’à tendre le fil, & la mailler fe trouvera fermée.
- Planche III.
- Fig. 1, maniéré de mettre tous les nœuds d’une lifse fur une même ligne. Cette opération fe fait en rapprochant les deux baguettes A, B , l’une de l’autre ; ce qui fait couler les nœuds à telle hauteur de la lifse où l’on defire de les placer. On ufe de deux baguettes quand on veut fe fervir de lifses à nœud , à la place de celles à grand coulifse.
- Fig. 2, métier à la maniéré de Paris. Le remifseur A , avec fon aide B, font la fécondé partie d’une lifse.
- Fig. 3, métier dont on fe fert à Rouen , à Tours , &c. Le remifseur tient dans fa main droite la navette & ferre le fil entre les doigts de la main gauche, afin de tendre la maille qu’il vient de faire. Les tringles A , B, font difpofées pour faire des mailles à crochet.
- Fig. 4, échantillon de taffetas, qui porte un ddlin qu’on peut exécuter par le moyen des lifses à jour ou ligatures.
- Fig. f , deux marques contenant les divifions qui fervent de réglé aux lifses. _
- Fig. 6, lifse faite fur la marque n°. 2.
- Fig. 7, maillon ou anneau de verre.
- Fig. 8 , maille de fil qui pafse haut & bas dans les trous d’un maillon d» verre. \
- Fig. 9 , montant du métier à défaire les lifses,
- Fig. 10, le métier monté fur fon pied,
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- D' E T 0 F F E S D E SOIE
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- SIXIEME PARTIE.
- Contenant Part du peigner, oufaifeur de peignes, tant pour la fabrique des étoffes de foie, yw/r toutes autres étoffes & tiffus, comme draps, toiles, gazes, &c.
- INTROD UCTION.
- Des peignes de canne.
- 1989. L ’ustensile dont j’entreprends la defeription , eft connu dans les différentes manufactures où il eft en ufage , fous différentes dénominations ; le nom fous lequel j’ai préféré de le défigner , eft celui qu’on a le plus univer-fellement adopté. Les drapiers l’appellent communément/^, plufieurs étof-fiers le nomment ratelet ; mais le plus grand nombre, comme fabricans en étoffes de foie , tifferands, rubaniers , gaziers , galonniers , &c. lui ont con-fervé le nom de peigne : c’eft pourquoi j’ai cru devoir intituler ce traité art du. peigner, comme plus généralement requ. J’aurai attention de ne me fervir , dans le cours de cet ouvrage , que du terme de peigne, fous lequel je prie mes lecteurs de comprendre les deux autres dont je viens de parler, comme étant trois fynonymes qui préfentent la même idée.
- J990- J'ai dit, au commencement de l’art du remiffeur, que les liffes étaient d’une néceffité indiPpenfable pour la fabrique des étoffes , draps, &c. Le peigne dont je vais détailler la conftruCtion & faire connaître les ufages, eft tout auffi néceffaire à ce travail. C’eft au moyen de cet uften-ftle , qu’on conferve l’ordre que doivent garder entr’eux les fils de la chaine, & qu’on vient à bout de placer chaque duite de la trame dans la pofîtion où elle doit être : ce font les liffes qui confervent la largeur qu’occupe la chaine fuivant celle de l’étoffe; mais le peigne , en même tems qu’il lie la trame avec la chaine , détermine irrévocablement la largeur de l’étoffe : en un mot, c’eft lui qui, proprement parlant, fabrique l’étoffe ; & tous les autres font des acceifoires , indifpenfables à la vérité ; mais on aura occafion de voir que de la perfection du peigne dépend abfolument celle de l’étoffe.
- 1991. L’art du peigner, que je compare à celui du remiffeur, n’a cependant lien de commun avec lui; l’ouvrier qui fabrique l’un 11’eft pas obligé d’avoir la moindre connaiffance dans le travail de l’autre. On a pu remarquer que les plus grandes difficultés qu’on rencontre dans le travail, des liffes, font l’exaCtitude dans le compte des mailles, dans leur diftribu-
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- â R T D V" T'A Ë R ICA N*T
- tion & dans la hauteur qu’il convient de leur donner ; mais la fabrique des peignes , fufceptible d’une grande délicateffe dans toutes fes parties, l’eft encore d’une très-grande précifion. Quelle jufteife ne faut-il pas pour faire entrer dans des efpaces fouvent fort petits, un nombre confidérable de parties qu’il femblerait impoffible d’y faire tenir? encore chacune d’elles doit - elle être artiftement traitée, pour pouvoir remplir cet objet, & concourir à la perfection totale de l’uftenfile } on peut alfurer que de tous ceux qui font en ufage dans la fabrique des étoffes en général, le peigne eft fans contredit celui qui exige le plus de foins pour être conffruit comme il faut.
- 1992. La forme qu’on donne aux peignes, pour quelque genre de tiffu qu’011 lesdeftine, eft toujours la même} mais ils varient dans leur grandeur , dans leur conftruCtion & dans le nombre de dents. Cette variété n’a pas feulement lieu dans les différentes étoffes auxquelles on les emploie ; mais dans une feule , les largeurs font, comme on le fait, très-différentes les unes des autres} & pour offrir au le&eur des idées qui lui fuient familières , je lui rappellerai ce que j’ai dit dans l’ourdilfage , que telle étoffe dont le peigne fur une largeur de dix-huit pouces contient huit cents dents s pourrait fur une même largeur être fabriquée par un qui en contînt jufc qu’à neuf cents ou mille. Il en eft de même de chaque tiffu} & pour 11e laiffer rien à defirer fur une matière qui a un rapport fi immédiat avec toutes les fabriques dont le plan que je me fuis tracé ne me permet pas de parler, je vais feulement faire l’énumération des arts auxquels les peignes-font utiles. 1 °. Les tifferands : on comprend fous ce nom les fabricans de toiles de lin & de coton, de mouffelines, linons , batiftes , &c. 2°. Les fabricans de draps , qui comprennent toutes les étoffes de laine , les pannes, &c. 3°. Les rubaniers qui ne font qu’un feul & même corps avec les paf-fementiers & les galonniers, & autres parties du tillage. 4*. Les gaziers, qui fabriquent les gazes, marlis, crêpes , toiles de crin pour les tamis , toiles d’or, d’argent, &c. Et enfin le fabricant d’étoffes de foie, qui lui feul fabrique pli>3 de deux cents genres. Il eft aifé de juger par ce détail, de la variété que le peigner eft obligé de mettre dans la fabrique du même uf-tenfile, puifqu’on l’emploie à tant d’ufages. Il n’eft pas poffible de détailler toutes les largeurs que chacun des genres exige pour le peigne, ainfi que tous les comptes de dents dont on le compofe. Je choifirai trois ou quatre exemples des plus difficiles, pour éclaircir ce que j’en dirai par la fuite : & quoique ces exemples foient pris fur les peignes des étoffes de foie, ils n’en feront pas moins applicables à toutes les autres ; puifque la régularité & la perfection qu’ils exigent ne peuvent que contribuer à en faire fentir les difficultés. D’ailleurs, le traité que je donne ici de l’art du peigner, étanfc
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- particuliérement deftitié à faire fuite à celui des étoffes de foie, qui eft mon principal objet, j’ai cru qu’il convenait de puiler les principes que j’établis, dans le fonds même du fujet que je traite.
- 1993. Malgré l’énumération que je viens de faire de l’ufage auquel on emploie les peignes, il eft à propos de favoir qu’il n’y en a, à proprement parler, que de jfix efpeces, qu’on distingue tant par la matière dont011 les compofe, que par la maniéré dont on les conftruit. Un peigne eft une efpece de rateau pareil à ceux dont le plieur de chaines pour les étoffes de foie fe fert, ainli qu’on l’a vu dans le traité qui porte ce titre. Son ufage eft de ferrer les duites de la trame les unes contre les autres à mefure qtf on les place dans les croifemens que le mouvement qu’on donne à la chaîne au moyen des liffes , préfente fans celle. C’eft en appuyant plus ou moins fort ce peigne contre l’étolfe, qu’elle acquiert plus ou moins de force & de roideurjmais ce n’eft pas ici le lieu d’entrer dans un grand détail. Cette opération fera traitée à fond lorfqu’ii s’agira de la fabrication de l’étolfe; ainli ce que j’en dis ici n’a pour but que de donner une idée de l’emploi 'de l’uftenfile dont on va voir la defeription. Il y a donc, ainli que je l’ai ditjlîx fortes de peignes, qui font i°. les peignes de canne, 2°. ceux de rofeau , 30. ceux d’ivoire ou d’os , 4’. ceux de cuivre, 5*. ceux d’acier liés; & enfin ceux d’acier fondus.
- 1994. Les peignes de canne font ceux dont les dents font faites avec de la canne ; de même que ceux d’ivoire, d’os , de cuivre , d’acier , font ceux dont les dents font faites avec de l’ivoire , de l’os, du cuivre ou de l’acier. Mais les peignes qu’on nomme d'acier fondu , font ceux dont les dents font d’acier comme aux précédens, mais où ces dents font retenues dans deux tringles de métal qui fe jettent en moule. Ces deux tringles fe nomment en terme de manufacture coroneLles ou jumelles. Tous les ouvriers qui fe fervent de peignes, peuvent fe fervir de ces fix efpeces indifféremment; mais çomme chaque talent a fes ufages , & chaque profelïion fes outils particuliers,, il eft alfez ordinaire de voir les galonniers ou rubaniers employer des peignes d’ivoire & de cuivre , pour certaines parties de leur fabrique feulement,. & ceux d’acier ou de canne pour tous les autres ouvrages, ainli que les autres ouvriers en tilfus.
- 1995. canne eft la matière dont on a le plus anciennement fait des. peignes ; on n’imagina de les faire en acier, que parce que les dents çjes. lifieres , quoique plus fortes , mais toujours de canne, pliaient plus facilement que celles du corps du peigne. On avait dès lors pris le foin qui fublifte encore , de les faire en fer; & comme en s’eft apperçu que ce métal réulîhfait très-bien , les fabricans ne tardèrent pas à fubftituer les dents d& fer à celles de canne.
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- ART DU F A B RI CA
- 1996. Tl n’y a pas long-tems qu’on a imaginé en Angleterre de faire Ié£ xorondles des peignes avec une matière femblable à celle dont 011 fait les ca-iacleres d’imprimerie, Cette invention ingénieufe eft remplie de difficultés pour réuffir comme il faut,.attendu qu’on a befoin pour cela d’un moule dans lequel on arrange les dents d’acier dans un ordre bien précis , après quoi on les fixe en y coulant la matière qui en forme la monture ; mais dans le refie de l’Europe on monte les peignes d’acier comme ceux de rofeau, de canne , d’ivoire , &c.
- ' 1997. On fera peut-être furpris de ce qu’ayant à traiter l’art du fabricant d’étoffes de foie , j’entreprends de donner ceux du remiifeur & du peigner. Mais obligé , pour compléter les connailfances relatives à mon art, de me procurer auffi celles des arts qui y ont rapport, j’ai cru devoir entreprendre la defcription de ces deux-ci, qu’il n’eft pas poffible à un fabricant intelligent d’ignorer.
- 1998. Je traiterai à part chacune des fix efpeces de peignes, & j’aurai foin de faire connaître les ufages auxquels on les emploie particuliérement: je dis particuliérement, car à la rigueur on peut fe fervir indifféremment dé toutes fortes de peignes, pour toutes fortes d’ouvrages ; mais il en eft quelques-uns cjue l’habitude a fait adopter par préférence à d’autres qui femblent plus propres à tel ou tel ouvrage.
- .CHAPITRE PREMIER,
- Defcription des peignes en général.
- 1999. Le peigne eft une efpece de rateau, au travers des dents duquel paifent tous les fils d’une chaîne , & qui conferve leur pofition refpeétive : c’eft lui qui, comme je l’ai déjà dit, fixe la largeur de l’étoîfe. Les dents qui le compolènt font placées les unes à côté des autres fur une même ligne, entre quatre tringles qu’on nomme jumdlcs ou coronelles, & retenues dans un écartement parfaitement égal & déterminé , au moyen d’un fil de lin enduit de poix , qu’011 nomme ligneul, pareil à celui dont fe fervent les cordonniers.
- 2000. La fig. 1 ,/>/. I, repréfente une partie de peigne dans fa grandeur naturelle. Les dents A font retenues par un bout entre les deux jumelles a, a , & par l’autre entre celles £ , b , au moyen des bouts de ligneul c , c , qui font un tour fur ces jumelles entre chaque dent, & confervent par ce moyen un écartement uniforme entr’elles.
- 200!. Ce n’eft pas allez pour la folidité d’un peigne d’avoir ainfi arrêté toutes ces dents Tune après l’autre haut & bas entre les jumelles ; il faut
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- D'ETOFEES DE SOI Æ
- «ncore garantir les extrémités contre la pointe de fer dont eft armée une navette, qui endommagerait conûdérablement les premières dents , lorf. que l’ouvrier lance cette navette de droite à gauche & de gauche à droite. On a pour cet effet imaginé deux montans qu’on nomme gardes B , qui en même tems qu’elles préfervent les dents , contribuent encore à la folidité du peigne. La hauteur de ces gardes détermine celle du peigne , en même tems qu’elles fervent à fa confervation. Ces gardes font faites de canne, de bois , d’os , d’ivoire , & quelquefois de laiton ou de bronze. Après avoir fait connaître leur ufage,ileff aifé de fentir que la matière la plus dure eft toujours la meilleure, quoiqu’elle n’influe en rien fur la bonté in-trinfeque du peigne ; il fuffit qu’elles foient bien faites, égales entr’clles , & fur-tout qu’elles foient placées bien d’équerre avec la jumelle,& foli-dement arrêtées en leur place.
- 2002. La fig. 2 repréfente une garde à part: les tenons d, </, qu’on y voit haut & bas doivent avoir pour épaiffeur la largeur des dents , & leur largeur dépend de la forme qu’on donne à la garde elle - même. L’épau-lement qu’on voit au bas du tenon contre le corps E , elf la place des jumelles. Comme il eft à propos d’éviter que la navette ne frappe contre les deux bouts du peigne, on a tâché de donner à ces gardes une forme extérieure qui pût remédier à cet inconvénient. C’eft pourquoi on leur donne l’arrondiifement d’un grand cercle. Quelques ouvriers donnent aux deux gardes mifes en place , la forme octogone , dont les deux faces principales font plus larges que les fix autres. Mais cette forme eft abfolument défectueufe, parles raifons que je viens de détailler. D’autres encore lui donnent une forme elliptique ; mais la première eft fans contredit préférable.
- 2003. Il eft vrai qu’il n’y a à craindre que le bout delà navette, quoi-' qu’il foit d’acier, ne s’émouffe contre les gardes du peigne, que quand elles font d’une matière fort dure, comme de cuivre, d’acier ou de bronze; mais Ci l’on préféré de les faire de canne, d’os ou d’ivoire, elles feront elles-mêmes endommagées par la pointe de la navette, & en peu de tems les premières dents de chaque côté du peigne ne manqueront pas d’être attaquées : aulTi femble-t-il que le nom de gardes , qu’on a ,donnérà ces deux pièces , leur vienne de l’emploi qu’elles ont de garder ou préferver les dents. Lorfqu’on veut abfolument faire les gardes avec de la canne , il eft certain que les faces extérieures arrondies fe trouvent tout naturellement fur cette canne ; 8c alors , pour l’avoir plus dure ., on doit prendre les tuyaux du 'bas , parce qu’ils ont plus de corps ; mais on 11e faurait dans ce cas leur donner une forme plus avantageufe que celle, où la partie ronde de sla canne fe trouve en - dehors pour rejeter la navette lorique l’ouvrier la lance maladroitement.
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- 2004» Plusieurs peigners ont l’habitude de faire les jumelles avec de h canne, comme les dents même i & pour cela ils ont foin de la refendre, de l’unir & de tenir ces jumelles d’une égale épaiffeur dans toute leur longueur. Quelque foin qu’on y apporte, les nœuds dont la canne eft remplie de diftance en diftance , ne permettent pas qu’on les drelfe comme lî convient. Le bois eft préférable à plufieurs égards j il eft fufceptible de fe drelfer parfaitement ; & avec de l’attention on peut lui donner une égalité d’épaiffeur à laquelle on ne parvient prefque jamais avec de la canne : d’ailleurs le ligneul fe trouve bien plus fixe lorfque ces jumelles font bien drelfées.
- 200La largeur des dents dont un peigne eft compofé , doit être parfaitement égale j mais la grande difficulté confifte à leur donner une égale épaiifeur : chacune de ces lames eft fi mince , que le moindre coup les réduit à rien , fi l’on n’y porte la plus grande attention , fur-tout lorf-qu’on les fait de canne. Quant à leur longueur , on n’eft pas obligé de fuivre précifément celle qu’elles doivent avoir fuivant le peigne : on les tient toujours un peu plus longues ; & quand le peigne eft fini , on les rogne à une égalé hauteur.
- 2006. Pour appîanir les difficultés & faciliter les opérations, on a imaginé plufieurs outils , tant pour les jumelles & les gardes , que pour les dents. On fe fert auffi d’un métier pour monter le peigne , lorfque toutes fes parties font préparées , & pour les arrêter commodément avec le ligneul. C’eft de la defeription de tous ces outils , ainfi que des procédés auxquels on les emploie , que nous allons nous occuper dans le chapitre fuivant.
- CHAPITRE IL
- De Ict maniéré de faire les jumelles & les gardes ; de refendre la canné & de tirer les dents. Defeription des outils & des métiers.
- 2007. Maniéré de faire les jumelles. Lorfqu’on fait les jumelles avec du bois , on fe fert ordinairement de bois de hêtre , parce qu’il eft très - liant, que fes fibres font courtes & fes pores ferrés , ce qui lui donne de l’élaf. ticité en même tems que de la confiftance. Il faut croire que l’expérience a déterminé les ouvriers à fefervir de ce bois par préférence, après en avoir eflayé plufieurs autres.
- f 200S. Les jumelles des peignes pour les étoffes de foie n’ont guere plus de deux lignes & demie d’épaiffeur , fur trois ou trois & demie de largeur. Quant à leur longueur, c’eft celle qu’on veut donner au peigne, comme trois ou quatre pieds, & quelquefois davantage : mais cette longueur n’eft
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- pas celle dont il faut les faire d’abord ; on a coutume, pour la facilité du travail , de leur donner environ un pied de plus qu’il ne faut , ainfi qu’on, le verra dans le chapitre fuivant. Le côté des jumelles qui doit appuyer fur la rangée des dents, doit être applati & bien drefié , & le côté extérieur eft arrondi.
- 2009. Il y a quelques peigners qui font eux-mêmes les jumelles , mais la plupart les font faire par des menuifiers. Auffi font-elles fouvent mieux faites , parce que ces ouvriers ont plus d’habitude de travailler le bois, & font plus en état de juger de celui qui eft le plus convenable à cet ufage. Voici comment on doit s’y ‘prendre. On drefle quatre réglés de bois , chacune fur leurs quatre faces , puis les pofant à plat fur un établi, on abat les angles fur une face ; & enfin on arrondit cette face avec un rabot dont le fer foit d’une courbure convenable , 8c qu’en terme de menuiferie on nomme mouchette.
- 2010. Lorsque les peigners font les jumelles avec de la canne, ils n’ont pas recours au travail du menuifier, parce que cette matière a par - dehors à peu près la forme requife. Elle préfente une furface unie ^interrompue par des nœuds , & c’eft à les applanir que le peigner doit s’occuper avant tout. Il'faut bien fe donner de garde d’entanier cette furface qui eft très-düre ; 8c lorfqü’on applanit les nœuds qui ne font autre chofe que les aiifelles des feuilles-de cette plante , on doit ne toucher qu’au nœud ; & même quelques ouvriers négligent d’ôter ces inégalités , mais cela ne porte aux jumelles aucun préjudice fenfib’ç. L’ufage des peignes, dont toutes les parties font faites de canne , eft plus univerfellement reçu dans le Languedoc Ha Provence $ le comtat Venaiflin 8c dans les provinces méridionales , où les cannes naiG fent en abondance. On a dans ces endroits la facilité de choifir les cannes les plus droites, ainfi que les plus greffes , & celles'où les nœuds font le plus écartés les uns des autres, pour en faire les jumelles j celles enfin qui par leur parfaite maturité ont acquis une plus grande confiftance qui les rend propres à'être amincies pour former les dents. Pour faire ces jumelles de canne, l’ouvrier coupe une tige à peu près à la longueur convenable; puis l’ayant refendue en quatre parties égales , il les y trouve- toutes-qtiatre ; par ce moyen les nœuds fe rencontrant au même endroit à chaque!coùple, on eft aifuré que le ligneul embràffera parfaitement chaqué défit les tiendra plus également ferrées que fi les nœuds de différentes tiges fe trouvaient dans divers endroits de leur longueur. La précaution que je lecommande ici n’eft pas aufii indilférente à la bonne conftruétion qu’on -pôürràiHe pénfer , il pourrait s’enfuivre une inégalité dans l’écartement “des dents&-de la üiië tres;-'grahdéHéfe<ftuofité 'dans l’étoffé': car-f pour le’dire en pOlfant-; de quelle autre fource-procèdent ces défauts qu’oiràvôifc
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- allez fouvent fur la longueur d’une étoffe , finon de la mal-façon du peigne qui réglé la polition refpeclive de tous les fils de la chaine '< Souvent meme un ouvrier perd beaucoup de tems à chercher d’où peut venir un défaut dont il ignore la caufe.
- 2011. Lorsqu’on a fendu en quatre parties égales une tige de canne, on les pâlie Tune, après l’autre dans une efpece de filiere 9fig. 3 9pL 1, pour les mettre d’égale largeur ; après quoi on les rend le plus unies qu’il eft poffibîe , fur la face intérieure de la canne , en les paffant dans une autre filiere ^fig. 4, pour les rendre par-tout d’une égale-épaiffeur. Voici comment font ordinairement faites ces filières. Dans une pièce de bois A , fig- 4 , pl.,1r, eft fulidement fixée la lame d’un rafoir, ainfi qu’on le voit en B, & vis-àr vis d’un morceau de fer C, dont l’écartement avec la lame détermine l’épailieur de la jumelle, en le rapprochant à volonté parle moyen de la vis a. Lorlqu’on dégrolîit les jumelles , on a foin de tenir fur l’un & l’autre fens plus écartées ces deux pièces B , C ; & lorfqu-’il ne s’agit plus que de les finir, on arrête la vis au point le plus convenable. Si la différence de la largeur qu’il convient de donner aux jumelles eft trop grande par {rapport à leur épaiffeur pour qu’une feule filiere puilfe opérer l’un & f’autre effet, 011 peut en avoir deux, dont l’une fervira pour la largeur, & l’autre pour fépaiffeur ; mais comme l’une & l’autre de ces dimenfions peuvent varier confidérablement, il eft plus à propos de placer à chacune de ces filières un morceau de fer qui, avançant & reculant à volonté au moyen de la vis a , affure invariablement la largeur ou l’épailfeur.
- 2012. Comme le tirage delà canne à la filiere ne faurait fe faire fans quelques efforts, on réferve ^i bas de la piece de bois ,fig. 3 ,/>/./, dont on la forme, un fort tenon quarré, au moyen duquel on la place dans l’une des mortaifes pratiquées fur la table , dont nous allons nous entretenir.
- 2013. Il eft aifé de fentir que le moyen le plus fimple pour empêcher que cette table & la filiere 11e vacillent aux efforts multipliés qu’on leur fait éprouver, eft de la faire fort lourde & fort folide; auffi a-t-on coutume de prendre pour cela un morceau-de bois quarré en furface, & dont l’épaiffeur lui donne de Paffiette : on le monte fur quatre pieds entrés à force dans des trous pratiqués vers les quatre angles, & fur cette table on perce différentes mortaifes pour recevoir le tenon de la filiere qui doit y entrer jufte: par ce moyen l’ouvrier peut, pour plus grande commodité, la changer de place , & même avec une fécondé filiere un autre ouvrier peut travailler à la même table. La grandeur qu’on doit donner à cette table peut varier Buvant l’idée des ouvriers ; mais ordinairement elles ont deux pieds & demi de long, fur dix-huit à vingt pouces de large.; & étant montée fur fes quatre .pieds, elle doit avoir par-deffus deux pieds deux pouces: ce qui, avec
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- environ dix pouces qu’on donne aux filières, fait une élévation totale de trois pieds. Cette hauteur eft fiiffifante pour qu’un ouvrier puifle paflet les jumelles- étant debout, pour plus de commodité.
- 2614. Maniéré de faire les gardes. Ce que j’ai dit des gardes en général,’ fuffit pour en donner une idée ; je n’ai plus qu’à détailler la maniéré de les faire de chacune des matières qu’on y emploie. Lorfqu’on les fait de bois, il eft à propos de les faire toutes deux à un même morceau , pour qu’elles foientplus parfaitement femblables ; & pour pouvoir les couper fans crainte, on les tient un peu plus longues ; de maniéré que lorfqu’on a marqué fur cette piece la longueur exa&e dés deux gardes, on les coupe & 011 fait les quatre tenons un peu plus longs qu’il ne faut.
- 201 f. Il faut avoir grande attention de donner aux tenons l’épaifleuc fuffifante pour que les jumelles puiifent contenir les dents fans ballotter ; ajnfi cette épaiffeur doit être égale à la largeur des dents. Il faut auffi que le corps des gardes contenu entre les deux tenons foit parfaitement égal, & ait la hauteur qu’on veut donner de foule au peigne ; car ce font ces gardes qui la déterminent ; & lorfque le peigne eft achevé, les dents excédent d’environ une ligne au-deflus des jumelles pour retenir chaque tour de ligne ul.
- 2016. Les gardes qu’on fait avec de la canne doivent être faites à peu près comme celles dé bois, fi ce n’eft qu’on ne touche point à la partie polie de la canne, & qu’on a foin de les choifir entre deux nœuds; du 'refte: il eft à propos de les prendre auffi toutes deux au même morceau', refendu en plufieurs parties égales. On y forme les tenons comme on vient de le voir , mais ils ne font pas auffi faciles à faire qu’aux gardes eii'bois. Il faut choifir des morceaux de canne gros & épais, entamer la partie polie qu’on met en-dehors du peigne, & y pratiquer un tenon, tant fur la partie convexe, que fur la partie concave , fans quoi on ne pourrait fixer foli-deinent les deux jumelles à un écartement convenable.
- 2017. Les gardes d’os ou d’ivoire font faites de la même maniere que
- les précédentes ; on fe fert, pour les travailler, de râpes à bois ou de limes1, dont les dents foient un peu fortes : fi les os font aflez longs’ pour qu’on puifle trouver les deux gardes l’une au bout de l’autre , il eft à propos de les faire ainfi , elles en font toujours mieux traitées; d’ailleurs les perfonnes qui ont quelque ufage du travail des mains, favent par expérience qu’une piece un peu longue fe façonne plus aifément qu’une courte), & qu’il n’eft prefque pas poffible dé faire féparément deux pièces parfaitement femblables. Lorfqu’elles font finies, on les coupe j’-& on fait les tenons comme on l’a dit. 1 '
- 2018* Les gardes de laiton ou de bronze fe jettent en moule dans du fable»
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- domine toutes les pièces de fonte ; mais il eft peu d’ouvriers qui puiiTent •faire eux-mèmes ce travail: a in fi l’on fait faire un modèle' en bois comme on veut qu’elles foient , .ayant foin de le.tenir un peu plus fort yparce que ]a croûte que forme le fable , & qu’il faut ôter à la lime , diminuerait trop ces pièces , fi l’on n’y avait pourvu d’avance. On le donne au fondeur ? qui fouvent même étant pourvu des uftenfiles néceifaires pour travailler le métal, tels qu’un étau & des limes de toute efpece, peut mieux que le peigner la finir comme, il convient;; mais dans ce cas on lui donne un leçond modèle de bois, dont les dimenfions foient juftes, & il n’a qu’à •fe régler deifus. Il faut que ces gardes foient polies fur le devant, pour diminuer les frottemens qu’y éprouverait fans cela la pointe de la navette.
- 2019. Manière de couper les cannes à la Longueur que Les. délits doivent avoir pour monter les peignes. Dans les villes voifines des endroits où l’on cultive les cannes, 011 les vend aux peigners , couvertes de leurs feuilles ; elles fe confervent mieux dans cet état que fi elles en étaient dépouilléés-r Quand on veut çhoifir les. tuyaux propres à faire des.dents , on a foin de les effeuiller d’abord & de les bien racler & polirpour les mettre en état de fervir. Mais quelque befoin qu’on ait de cannes, on ne les dépouille jamais de leurs feuilles qu’un an après avoir été coupées fur pied ; & quoiqu’on les cueille fuffifamment mûres, il leur faut cet intervalle pour les bien, fécher & leur procurer la confiftance & la dureté qu’ôn leur voit. Pendant qu’elles font en magafin -, il faut les préferver de toute humidité ; .car fi, l’écorce ayait fouffert la moindre atteinte de moifiifüre j elles iiepour-,iraient plus fervir à faire des dents de peigne., ( . r ,
- 2020vJPour ôter, les feuilles de deifus içsi cannes, on commencepar les arracher avec les mains le plus qu’il eft poffible , ce qui eft aîfez facile; puis avec un couteau l’on coupe tout ce qui tient davantage aux nœuds .qui féparent les tuyaux dont ,1a canne (emble être compofée comme d’autant de bouts. Enfin , 011 coupe chaque canné en deux, fur fa longueur , faifant -attention deffiéparer le côté le. plus,, mince du plus gros ; car la moitié pyérs leypied f,eft id’une. bonne groffeur, & l’autre eft ordinairement trop -menue; pour cela on prend garde fi les tuyaux dont on veut fe fervir, peuvent fournir aux dents une écorce fuffifamment longue, large & épaiife., car ce n’eft que de fécorce qu’on fe fert pour faire les dents d’un peigne, y :2o2;iXj Lorsque les_,cannes font pinfi.poupées par moitié, on coupe toutes celles qu’oadeiline à .faire,,des; çlents,,; en, autant de bouts qu’on y rencontre de nœuds .fur liilongueup; '& fi quelques-uns. de ces bouts font .•allez longs pour, donner , deux : longueurs de dents.,'on, lesrr coupe le plus prè, des nœuds qu’il eft poffible , pour Téur donner plys de longueur , ce qui en facilite lç travail» mais cependant fans anticiper furj la partie non
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- vernie que la feuille a découverte. Lorfqu’il n’eft pas poffible d’én trouver deux longueurs , on les coupe le plus loin des nœuds que la longueur des dents peut le permettre. Pour couper les cannes comme il faut, on fe fèrt d’un couteau en forme de ferpette , fig. 5, pareil à celui dent.(o_n_fe fert pour racler les nœuds. On tient ce couteau de la main droite , .entente que le tranchant foit en-deifus ; puis prenant une canne de la main gauche, on appuie le pouce droit fur la canne qui, par ce moyen , Te trouve preffée fortement contre le tranchant du couteau. En même tems on fait tourner la canne fur elle-même avec la main gauche, ce qui imprime fur l’écorce une entaille circulaire -, après quoi onfépareles deux .morceaux au moindre effort, en les tenant des deux mains près de l’entaille , pour prévenir les éclats qui pourraient fe faire fans cette précaution. Chaque fois que l’ouvrier coupe les cannes pour en féparer les tuyaux, il a foin de féparer les nœuds qu’il jette à terre : comme ils ne font propres qu’à être brûlés , on ne prend aucun foin de les ranger , & on les ramaife en balayant. Aux pieds de l’ouvrier eh une corbeille , dans laquelle il jette les bouts à mefure qu’il les coupe, pour, après cela , en faire un choix ainfl qu’011 le dira enfon lieu.
- 2022. J’ai dit ci-deffus que quelques ouvriers commençaient par féparer en deux les cannes fur leur hauteur, & qu’ayant mis à part la partie d’en-bas qui peutfervir, ils la coupent enfuite par longueurs, ainfi qu’on vient de le voir; mais d'autres ne prennent pas cette précaution, & coupent les cannes par bouts , jufqu’à ce qu’ils voient que ce qui refte à gauche eft trop menu pour l’ufage auquel ils le deftinent : alors ils jettent cet excédent en un tas devant eux.
- 2023. L’expérience a appris qu’une même canne n’avait pas l’écorce également dure dans toute fa longueur ; & en fuivant la nature dans fa marche, il eft aifé de s’appercevoir que le bas doit toujours être plus fort. Eu effet, placé plus près de la racine, il eft plus abreuvé de fucs nourriciers qui lui rdonnent en peu de tems une perfedion que le fommet de la plante 11’acquiert jamais, n’étant nourri que des fucs l.es plus fubtils qui ont la force, d’y atteindre. D’après cette obfervation , les tuyaux qu’011 coupe par bouts , auront leur écorce d’autant plus dure qu’ils approcheront plus près de la racine; & c’eft cet affortiment qu’il eft à propos, de faire, en choififfant & mettant enfemble ceux d’une mëmei qualité ; mais 011 fie. faurait fur cela établir de réglé générale, &. conclure qu’à une même hauteur les. tuyaux feront .également forts : car dans une. même touffe ,de faunes , il, y~ en a toujours, de mieux nourries fque les autres,:& c’eft à l’ouvrier intelligent à déterminer celles qu’il, doit mettre enfemble.. Pour, bien connaître l’égalité dés tuyaux qu’on choifft pour un genre de peigne,
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- on regarde l’écorce par le bout coupé, & l’on compare ceux où elle eft d’une même épaiiTeur, dont le brillant & la couleur font les mêmes, la fineffe ou la groiîîéreté des filamens femblables, & dont enfin l’écorçe femble également lâche ou compacte. Par ce moyen on parvient à appareiller les qualités autant qu’il eft pofiible; & dans un nombre infini de tuyaux, il n’eft pas difficile d’en trouver de cinq ou fîx efpeces , plus ou moins, félon la quantité de tuyaux ou la nature des cannes. Ces différentes efpeces font bonnes chacune pour différentes fortes de peignes ; & pour donner là-deifus des idées générales, on convient que ceux dont l’écorce eti plus fine & plus mince , doivent être employés à des peignes où, dans line longueur donnée , on doit faire entrer une plus grande quantité de dents : ainfi, par exemple , fi dans vingt pouces otT doit faire entrer mille dents , il eft évident qu’elles doivent être plus minces que fi , fur une même longueur, on n’en mettait que huit cents. Par cet exemple on comprendra que les dents qu’on tire des tuyaux dont l’écorce eft la plus épaiffe & la plus groffiere , ( & elle peut être l’une fans l’autre ) doivent entrer dans les peignes qui, en cotnparaifon des mêmes longueurs, exigent un moindre nombre de dents.
- 2024. Lorsque les qualités font bien afforties , il faut encore , autant qu’on le peut, affortir les tuyaux pour la groifeur ; ce choix eft fort difficile à faire , à moins qu’on ne s’y prenne comme je vais l’expliquer. Quand on fait le choix des qualités , 011 n’a aucun égard à la groifeur des tuyaux, parce que fou vent l’écorce des deux tuyaux eft d’une même épaiffeur , d’une même fineffe , &c. & cependant étant pris fur des cannes de dilférens diamètres ou à des hauteurs différentes, ils ne font pas d’unô même groffeur: alors il faut faire le fécond choix entre les qualités déjà choifies ; & fi, par exemple, on a féparé cinq qualités différentes , il peut y avoir dans chacune , des tuyaux de trois ou quatre groffeurs, dont chacune doit être employée à dilférens peignes. Cette précaution eft d’autant plus importante que, quoiqu’on divife un gros tuyau en plus de parties qu’un petit, les dents qui proviennent d’un petit font plus épaiifes que celles d’un plus gros , parce que la circonférence du gros donne une furface moins convexe que l’autre. Pour rendre cette remarque plus fenfible , tracez deux cercles , dont l’un ait, par exemple , deux pouces de diamètre, & l’autre trois ; un même efpace de deux lignes , pris fur la circonférence du petit, fera beaucoup plus convexe que fur le grand; & fi l’on veut donner une égale épaiiTeur à ces deux parties, il faut que la première devienne néeeffairement plus étroite, ou que la fécondé refte plus épaiffe f voilà la raifQn pour laquelle les peigners prennent un auffi grand foin pour affortir les groffeurs des tuyaux deftinés à un même emploi.
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- 2025. Indépendamment du triage dont je viens de parler, il y a encore des défeduofités particulières qui empêchent un tuyau de pouvoir fèrvir. Ceux qui font tarés, c’eft-à-dire , percés de vers, dont l’écorce eft raboteufè, car on a vu plus haut qu’on ne fè permet pas d’y toucher, même pour la polir; ceux dont le fil n’eft pas droit, ce qu’011 reconnaît JoiTque quelque nœud ou œil, autre que ceux que 1 aillent les feuilles, fe trouve lur la partie vernie, ou enfin qui ont d’autres défauts, doivent être entièrement rejetés. 11 y a encore des tuyaux dont l’écorce eft trop tendre, & qui fe réduit en pouffiere en la frottant ou la grattant avec l’ongle : il faut abfolument les mettre de côté , parce que les dents n’auraient pas affez de confiftance pour foutenir le frottement continuel de la chaine d’une étoffe : on 11e doit pas même hafarder d’employer un tuyau dont l’écorce paraît poudreule , parce qu’ordinairement cet effet eft produit par quelque humidité qui a féjourné entre la feuille & le tuyau , & que c’eft l’indication d’un commencement de pourriture. Quand même ce défaut ne fe rencontrerait que dans une partie du tuyau , il eft plus prudent de n’employer aucune des parties , même celles qui ne paraiffent aucunement affedées , de peur qu’elles ne participent du défaut qui leur eft fî voifin. D’ailleurs la canne n’eft pas une marchandife fi chere, qu’on doive rifquer la perte de plusieurs aunes d’étoffe, pour avoir voulu faire une auflî légère économie ; & l’ouvrier lui-même , pour un aufli petit gain , rifquerait de décréditer fa fabrique.
- 202,6. On ne faurait prendre trop de précautions pour donner aux peignes toutes les qualités néceffaires, puifque c’eft de tous les uftenfiles qui fervent à la fabrication des étoffes, celui qui contribue le plus à fa perfedion; c’eft pourquoi j’ai dû prévenir tous les inconvéniens qui peuvent réfulter du choix des matières qu’on y emploie. Il me refte à obferver qu’il faut avoir grande attention que les endroits où l’on tient la canne coupée , ne ioient humides : l’humidité attaque d’abord la partie intérieure du tuyau, qui eft fort Jpongieufe, puis ternit & altéré en peu de tems l’écorce & la met hors d’état de fervir. O11 connaîtra fi la canne eft dans un endroit trop humide, par l’œil terne qu’elle prend fur fa furface ; & même en y paffant le doigt, on s’appercevra d’une fleur allez femblable à la vapeur qui, l’hiver , couvre les vitres d’un appartement. On doit avoir la même pré~ caution pour les cannes, & les conferver dans des endroits aérés, comme des greniers ou chambres hautes, loin de l’humidité ; & même il eft à propos de les tenir plutôt debout contre le mur, que couchées fur le plancher. J’ai vu des peigners qui coupaient d’abord les cannes à l’endroit où leur groffeur permet de les employer aux dents de peigne, comme on la vu, îaus la dépouiller de leurs feuilles 5 puis les ayant liées par bottes de fepfc
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- ART DU FABRÎCANf
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- ou huit, les mettaient, en tas debout contre un mur, de haut en bas," c’eft-à-dire, le côté de la racine en haut, & l’autre contre terre. Quelques autres, avec les mêmes précautions , au lieu de les dreffer par bottes contre un mur , les fufpendaient par paquets au plancher avec toutes leurs feuilles, & prétendaient qu’il était également nuifible de les dreffer contre le mur dans le fens où elles croiffent, parce qu’il y a toujours dans l’aiffelle de chaque feuille un peu d’humidité qui ne peut que contribuer à la longue au dépénlfement des cannes , & de les effeuiller entièrement, parce que le grand air altéré en peu de tems l’écorce. Cette ob-fervation eft due au hafard qui, ayant découvert quelques cannes de leurs feuilles, tandis que d’autres en font reliées couvertes, celles-ci ontcon-fervé toute leur beauté & tout leur luifant, au lieu que les autres ont dépéri & noirci confidérablement : il elt donc à propos de les mettre de bas en haut, & même encore plus fûr de les fufpendre au plancher fans ôter les feuilles.
- 2027. Nous avons vu plus haut, que l’ouvrier qui coupe les cannes par bouts, les jette à mefure dans un panier: lorfque ce panier eff plein , 011 renverfe à terre tous ces tuyaux ; un autre ouvrier ayant autour de lui autant de corbeilles qu’il veut faire de parts différentes, fe met à genoux, & choififfant tous les tuyaux les uns après les autres, il les met dans les paniers. Lorfque le triage eft fini, on met des étiquettes fur les corbeilles pour reconnaître les différentes qualités des tuyaux qu’elles contiennent.
- 2028- Ceux qui font commerce de cannes pour les faire paffer dans les parties feptentrionales de la France, où il n’en croît pas, les coupent par tuyaux , comme nous avons dit que les peigners le font eux-mèmes ; mais comme ils n’ont pas une connaiffance bien particulière des parties qu’on peut employer , ils 11e prennent pas la peine d’en faire le choix j & après les avoir fait débiter par bouts , ils les emballent dans de grands facs & les envoient à leur destination ,où 011 les acheté à la livre. C’eft pour épargner les frais de voiture, ainfi que les droits, qu’on a trouvé convenable de n’envoyer que ce qui peut fervir à peu près j fans quoi ce qui ferait inutile augmenterait d’autant le prix de la partie utile. Quelques commerqans ont la précaution de faire faire des paquets de ces tuyaux, ou par compte, ou par poids, & les emballent par ce moyen plus facilement. A Paris, ces tuyaux fe vendent depuis huit jufqu’à douze fols la livre. Cette différence de prix vient du plus ou moins d’abondance de cette production, plutôt que de la qualité j quoiqu’on prétende que les cannés qui viennent d’Efpagne font meilleures que celles du Languedoc & de la Provence. Il eft vrai que die côté de Perpignan ôn en cultive beaucoup , & qu’on en fait de grands envois-dans toutes les parties de l’Europe, qui ne peuvent s’en procurer, que
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- par la voie du commerce: du refte, comme je me fuis apperçu qu’il y avait beaucoup de choix à faire dans les unes & dans les autres , je m’abftiendrai de décider de la préférence qu’on doit accorder à celles-ci plutôt qu’à celles-là , & je m’impofe la loi, en éclairant les arts, de ne point nuire au commerce ; ainfi l’on ne trouvera jamais daus mon ouvrage aucun prix déterminé de denrées, de machines, ni de journées d’ouvriers. D’ailleurs ,peut-on établir fur ces objets des prix réglés? L’abondance des vivres dans une province, la rareté de l’argent, la population, ne font-elles pas desfources de variations infinies dans tout ce qui s’appelle main-dœuvre ?
- 2029. Jai dit que les cannes fe vendent à la livre : aufli les marchands qui en tiennent de grandes provisions, ont-ils intérêt de les tenir dans un endroit plutôt frais que fecj mais pour ne pas nuire à la qualité, ils doivent en même tems les préferver de l’humidité qui, comme nous l’avons dit, leur porterait un dommage fenlible. Il eft bon d’être averti, parce qu’un ouvrier qui acheté un cent pelant de marchandife ferait fort furpris de ne plus trouver fon compte au bout de quelque tems; & le bas prix auquel 011 a acheté, n’eft pas capable de dédommager de la perte réelle qu’on éprouve enfuite. En général, les marchands 11e fauraient tenir les cannes dans un état d’humidité habituelle ; car à moins que d’en avoir un très-prompt débit, elles dépériraient pour leur compte, & ils ne pourraient bientôt plus les vendre ; car il n’eft prefque pas pofïible de cacher leur mauvaife qualité, en fe fervant des moyens que j’ai indiqués pour s’y connaître. On me pardonnera fans doute ees obfervations en faveur des perfonnes qui pourront en tirer de l’avantage, foit des ouvriers eux-mêmes, foit des cultivateurs, foit enfin de perfonnes qui defireraient entreprendre cette efpece de commerce , & à qui cette ignorance ferait très-préjudiciable. D’ailleurs il y a beaucoup de peigners qui travaillent fupérieurement, & dont les peignes dépériifent très-promptement, non pas par la mal-façon , mais par la mauvaife qualité de la canne, faute d’avoir les connaiflances né-ceifaires pour diftinguer la bonne de la mauvaife. Les commerçans en cannes & les peigners ont un intérêt particulier de tenir leurs cannes dans des endroits fecs-, c’eft pourquoi ces derniers qui font obligés de les acheter coupées par tuyaux , ont foin de les placer fur des planches fixées au haut des atteliers en forme de rayons , afin que ces tuyaux ne reçoivent aucune atteinte de l’humidité j & comme ils favent faire le choix des qualités & des grofleurs, ils diftribuent ces planches par cafés, enforte que chacune contient une différente qualité ou une différente groffeur de tuyau : & pour reconnaître les qualités particulières qu’011 y a placées , chaque cale eft numérotée de telle façon que le peigner fait tout de fuite dans quelle café de fes rayons il doit prendre les tuyaux de canne qu’il doit employer Tome IX. Q_q q
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- pour faire les dents du compte de peigne qu’il veut exécuter.’
- 2030. Manierede refendre La canne. Lorfque tous les tuyaux font coupés par longueurs de dents, ainfi qu’on vient de le voir , on les met tous en pièces à peu près de la largeur qu’on veut donner aux dents, pour les paifer enfuite à la filiere &leur donner une parfaite égalité de largeur & d’épailfeur; il faut donc refendre ces tuyaux fur leur circonférence en autant de parties que cette circonférence peut en produire. Mais pour faire cette divifion avec quelque exactitude, il a fallu employer des outils toujours plus fûrs que la vue fimple; encore n’obtient-on que des à-peu-près que la filiere corrige enfuite. Voici comment on s’y prend. Si les dents du peigne qu’on veut monter doivent avoir deux lignes de largeur quand elles feront finies, il eft à propos de leur donner d’abord deux lignes & demie quand on les refend, de peur qu’en les refendant duu premier coup au point jufteoùilles faut, le fil ne fe trouvant pas parfaitement droit, la fente ne fe jette à droite ou à gauche, ce qui augmenterait la largeur des unes aux dépens des autres : auffi avec une demi-ligne de plus qu’il ne leur faut, quand la canne eft bien cho'ifie, on ne craint pas cet inconvénient, & on les amene aifé-ment à n’avoir que deux lignes jufte en les palfant par plufieurs filières s’il eft nécelfaire, comme on le verra par la fuite ; mais voyons maintenant quels font les moyens & les inftrumens qu’on emploie pour les fendre à une égale largeur.
- 2031. ONfe fervait anciennement, pour refendre les tuyaux des cannes# d’une méthode à laquelle quelques ouvriers tiennent encore, & qui eft ïepréfentée par la figure 6, pl> /. Elle confifte à prendre un couteau de la main droite a , & tenant debout un tuyau £, appuyé fur le billot ou table À , devant laquelle l’ouvrier eft affis , ou pour mieux dire, qu’il place entre fes jambes j puis appuyant le couteau fur le tuyau, toute fon attention confifte à le divifer en deux parties bien égales fans les féparer. Lorfque la fente eft defcendue à trois ou quatre lignes du bas , ce qui ne demande pas que le couteau defcende auifi bas, à caufe de fon épaifleur qui fait l’office d’un coin, il retire le couteau de la fente b, & le place fur le même bout fiipérieur de la canne à environ deux lignes & demie de la même fente , /%. 7, où l’on voit le tuyau géométralement, & les deux fentes a, a , produites par le premier coup de couteau ; & ce même couteau placé à deux lignes & demie ou environ des premières fentes. Il ne faut pas placer le couteau du même côté, & décrire fur cette circonférence ce que les géomètres nomment une corde ; mais le couteau doit toujours, en palfant par le centre, donner un diamètre: voyez le couteau B fur le centre b , & formant avec, la pofition qu’il tenait à la première opérations des angles oppofés au fom-înet, égaux. L’ouvrier continue ainfi fur toute la ^circonférence à fendreja
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- Canne à des diftances de deux lignes & demie , en faifant toujours défi, cendre la fente au même degré qu’on a dit de la première, jufqu’à ce qu’en-fin il ait divifé toute cette circonférence, comme on le voit fig. 7, qui repréfente un tuyau de quatorze lignes de diamètre vu géométralement, divifé en quatorze parties égales de trois lignes moins un quart ou environ chacune ; car il n’eft pas poflible par cette méthode de rencontrer parfaitement jufte. Lorfque la canne eft ainfi divilée , on finit de la fé-parer avec les doigts, ou bien on fait entrer le manche du couteau , qui dans ce cas eft un peu conique, 5 > & pour peu qu’on force un peu, toutes les parties fe féparent aifément ; fi , comme il ne manque pas d’arriver, toutes les parties ne fe féparent pas, on les achevé avec les doigts. Mais comme en fe fervant du manche du couteau pour écarter toutes les parties, on pourrait fe couper avec la lame, il eft à propos d’avoir un repoujjoir tourné, fig* 8 5avec lequel on 11e court aucun rifque de fe blelfer, & l’on produit un écartement de toutes les parties. A mefure qu’on refend ainfi des tuyaux , on met les morceaux fur une table , & enfuite on en forme des paquets pour s’en fervir au befoin ; après quoi, pour les pré-fierver de l’humidité, il eft bon de les ferrer dans des boîtes ou tiroirs j qu’il vaut cependant mieux tenir découvertes , pour donner de l’air aux: cannes. La boîte qu’on emploie a deux parties, dont l’une eft remplie de morceaux de canne, & l’autre eft vuide. Comme il eft eifentiel de ne pas mêler les qualités des tuyaux qu’on a triés avec foin, il ferait impoffible de s y reconnaître fi on les mêlait après les avoir refendus : c’eft pour éviter cette confufion qu’on a coutume d’avoir des boîtes à double compartiment , parce que quand on paffe ces pièces à la filière , 011 les remet finies dans l’autre côté du tiroir, & l’on eft alluré de fe reconnaître pouf l’emploi qu’on en veut faire.
- 2032. Comme les fibres de la canne font placées fui vaut la longueur des tuyaux , & que fi l’on n’y prenait garde, les parties fc fépareraient fort aifément pour peu qu’on fît entrer le couteau , il faut éviter cet inconvénient qui empêcherait qu’on ne pût continuer la divifion fur la circonférence. Il eft vrai que le mal qui réfulterait n’eft pas de grande con-féquence j mais on divifé beaucoup mieux & beaucoup plus vite toutes les parties enfemble que quand elles font féparées. Ainfi , dès que le couteau eft placé à l’endroit néceffaire, on éleve les deux mains , favoir, celle qui tient le couteau, & la gauche qui tient le tuyau fortement par en-bas, & on fràppe quelques coups fur le billot : en peu de tems le couteaii entre, & la main gauche empêche la fente d’aller tout du long du tuyau 1 ce qui ne manquerait pas d’arriver, malgré cela, fi on n’erifonqait le couteau qu’autant qu’il eft néceifaire pour conduire la fente à quelque diftance du
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- bout > car le couteau étant nécefTairement plus épais vers le dos que vers le tranchant, il fait l’office d’un coin , & la fente eft déjà fort ouverte dans la partie fupérieure , quoique le couteau ne foit pas encore à moitié > tandis qu’à peine y a-t-il la plus petite fente vers le bas. Malgré les foins de ceux qui emploient cette méthode, leur promptitude à refendre les cannes, & leur exactitude à les bien divifer , jamais on ne peut avancer autant, ni divifer auffi également, qu’avec l’inftrument qu’on nomme rofette , dont on va voir l’ufage.
- 2033. Defcription des rofettes. Quoique j’aie dit que le couteau à refendre eft courbe, ainfi que la figure \e repréfente, néanmoins ce n’eft pas une néceffité ; & le premier couteau, pourvu qu’il foit un peu mince, peut très-bien opérer le même effet, mais jamais il ne peut rendre le même fervice que les rofettes. Les rofettes font de petits cylindres de fer, autour defquelsfont diftribués à égale diftance des rayons tranchans par un côté, & pris au même morceau. La figure 9 , pL 3 , repréfente une rofette, compofée de feize rayons écartés entr’eux d’environ deux lignes & demie vers leur fommet» car tous rayons divergens doivent être plus rapprochés vers leur bafe. On conçoit que, fi ces rayons d’acier font bien tranchans , & qu’on les pofe fur le bout d’un tuyau de même diamètre à peu près , ils le diviferont en feize parties égales d’un feul & même coup. Au centre de cette rofette eft un trou quarréqui reçoit le tenon Afdu manche de fer abattu à huit pans inégaux, pour que les vives-arêtes ne bleffent pas les mains dans l’ufage. La queue B, terminée en pointe , qu’on voit à ce fer, fert à le planter dans un billot pour s’en fervir, comme on le verra plus bas. Le tenon quarré A du manche de fer, entre jufte dans le trou de la rofette qui repofe fur l’épaulement a; & pour pouvoir changer cette rofette au befoin , on tient ce tenon un peu plus long que la rofette n’eft épaiife? & on le termine en pointe à quatre pans un peu arrondis.
- 2034. Comme le diamètre des tuyaux varie conftdérablement, il eft ïiéceffaire d’avoir plulîeurs rofettes de différentes grandeurs, & les plus grandes ont plus de rayons ou pointes que les autres , parce qu’il eft clair qu’un grand cercle fe divife en plus de parties données, qu’un petit. On a ordinairement des rofettes depuis, dix lignes de diamètre jufqu’à dix-huit & vingt, & depuis dix rayons jufqu’à vingt, & ce diamètre fe prend fans compter les rayons , qui doivent être tous également éloignés, les uns des autres., pour divifer les tuyaux en parties bien égales entr’elles. Quoique le nombre des rayons varie fuivant la grandeur des rofettes , il ne faut pas pour cela que l’écartement de ces rayons foit le même à toutes les rofettes y car comme 011 a befoin de différentes largeurs de dents fuivant les peignes
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- qu’on veut faire, il y aurait trop de perte, fi toutes les parties refendues avaient la même largeur.
- 2037. Sans entrer ici dans des calculs de mathématiques .qui feraient déplacés , on fait que le rapport du diamètre à la circonférence eft à peu près comme 113 3335. Mais pour la pratique il fuffit aux ouvriers de favoir que le diamètre eft un peu plus du tiers de la circonférence. Cela établi , je fuppofe qu’une rofette ait dix-huit lignes de diamètre, elle en aura cinquante-cinq ou environ de circonférence , ce qui fait quatre pouces & demi & quelque chofe. Si donc on veut que l’écartement des rayons foit de deux lignes & demie , on en trouvera vingt-deux fur la circonférence , & les tuyaux qu’on refendra avec cette rofette, feront partagés en vingt-deux parties égales; mais fi l’on veut leur donner trois lignes d’écartement, on n’en trouvera que dix-huit, qui diviferont les tuyaux en dix-huit parties.
- 2036. Si elle n’a qu’un pouce de diamètre, ce qui donne trois pouces ou trente-fix lignes pour la circonférence, & qu’on veuille encore donner aux rayons deux lignes & demie d’écartement , on n’en trouvera que quatorze , un peu à 1’aife, attendu la fraétion qui refte. Si on leur donne trois lignes d’écartement, on n’en aura que douze , 8c ainfi pour les autres groffeurs.
- 2037. Il faut donc fe pourvoir de rofettes de tous les diamètres pour toutes fortes de tuyaux; car fi l’on veut en refendre un grand avec une petite rofette, le nombre des. parties fera trop petit, ces parties trop grandes, & on aura beaucoup de perte. Mais pour ne pas multiplier à l’infini la dépenfe, on a imaginé de faire faire des rofettes qui peuvent fe placer toutes fur un même manche , quand on le fait comme celui que nous venons de voir ; car nous aurons oecafion de parler d’autres rofettes qui relient toujours montées fur leur manche. Il y a des peigners qui , avec les mêmes rofettes, obtiennent des parties plus ou moins larges dans les tuyaux qu’ils refendent, parce que les lames des rofettes font plus étendues qu'à l’ordinaire ; .il eft ifaciîe de concevoir qu’alors fur une même rofette on refend des tuyaux de plufieurs diamètres, & que ceux dont les diamètres font plus grands , n’étant divifés qu’en un nombre de parties égales à ceux dont le diamètre eft plus petit, les pairties doivent être plus larges> mais cette méthode eft fujette à .un grand inconvénient, en ce qu’on rifique de ne pas avoir toutes les: parties d’une égale largeur, à .moins d’apporter à cette, ^opération une attention particulière. En effet, fi d’on placer le tuyau en le refendant un , peu plus? d’un côté de la rofette que de l’autre, le côté-de la circonférence qui fera ,1e plus éloigné du centre produira des parties fenfiblement plus larges que celui qui en fera plus rapproché , ce qui peut devenir ccnféquent pour la fuite de l’ouvrage ; c’eft-à-dire, qu’il peut occa-
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- fionner un dégât à la canne & une difficulté à tirer les dents de largeur & d’épaiffeur, parce que fi le tuyau n’a pas été pofitivement placé fur la rofette dans un écartement égal du centre , aucunes des parties refendues ne feront égales entr’elles en largeur, à caufe qu’elles auront été refendues chacune au point de ces lames plus ou moins éloigné du centre , & par cette raifon elles a'uront acquis chacune plus ou moins de largeur , puifque l’écartement des deux cannes entre lefquelles chacune de ces parties a été forcée de paifer, eft plus large en s’éloignant de la bafe-qui les contient, qu’en s’en rapprochant, & que cette différence de largeur eff l’effet de tous les rayons divergens.
- 203B. Comme il eft affez difficile de rencontrer jufte la rofette qui convient à chaque tuyau , 011 a imaginé un moyen très-ingénieux, qui en même tems qu’il prévient toute méprife à ce fujet, rend encore plus folide la pofition de la rofette fur fon manche, donc le tenon, à force de changer de rofette, diminue infenfiblement, & les rofettes n’y tiennent bientôt plus. On fait le tenon de ces manches un peu plus long qu’il ne faut, on en taraude le bout; & quand la rofette eft à fa place, on l’y arrête avec un écrou qui fe termine par-dehors un peu en cône ;/#• 10 & 119pl. /. Le quarré qu’on voit en a, au manche,/#. 11 , qui n’eft repréfenté qu’en partie, pour 11e pas multiplier les mêmes objets, entre dans la rofette , & eft un peu moins haut qu’elle n’eft épaiife,pour donner lieu à l’écrou de la ferrer. La partie b eft taraudée jufqu’au bout pour recevoir l’écrou ,/#• W, qui étant terminé en cône, fert à régler la rofette qui convient à tel ou tel. tuyau , puifqu’il 11e lui permet pas de fendre un tuyau, dans le creux duquel elle 11e faurait entrer ; &- de plus elle fert auffi à.cetitrer comme il faut cette rofette que fans cela on' pourrait placer d’un côté ou d’un autre. Il eft vrai que, pour mettre ce moyen en ufage, on doit avoir autant d’écrous différens qu’on a de rofettes ; & qu’étant fur le meme pas-de-vls, ils iront tous fur le même manche: fans cela il faudrait autant de rofettes, de manches & d’écrous, qu’on aurait de tuyaux différens à refendre. Il faut encore avoir foin que cet écrou, qu’il ferait à propos de faire au tour,-11e prenne point fur les rayons, & ne couvre abfolumeut que la partie pleine de .la-rofette; fans cela il gênerait l’office des rayons coupaVis. Cet écrou conique mis en place, ne faurait entrer d ms un tuyau, pour permettre aux rayons de le fendre , qu’il n’ait le 'diamètre requis : par ce moyen- laf rofètte def. cend bien pérpêniiculairëmeut dans leotuyau & formelles parties' bien égales en tout feus. Quelques peigners fes ferventlencore d’un écrou entièrement coniqùe'&terminé en pointe*} mais ifn’eft. pas-'taraudé en-dedan9 plus avant que ceux dont je viens’d; parler plus haut1; il tl’a'rien, à mon avis, qui doive lui donner la préférence fur l’autre , le choix m’en paraît
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- fort arbitraire. Les entailles qu’on voit en a, a, à l’écrou fig. 10, fervent à recevoir un tourne-vis, dont le manche eft fembîable à celui d’une vrille, au milieu duquel eft emmanchée bien folidement & rivée par-deifus , une tige quarrée, pour réfifter aux efforts qu’on eft obligé de faire pour ferrer l’écrou fur la rofette.
- 2039. Première maniéré de refendre les tuyaux de canne avec les rejettes, Après avoir donné la defeription des rofettes & de leur emploi, il me fèmble à propos de détailler la maniéré de s’en fervir ; & comme les ouvriers même qui en ont de pareilles s’en fervent différemment , je vais les pafl'er en revue.
- 2040. On doit fe rappeller que le manche de la rofette , fig. 9, a par le bas une partie "terminée en pointe B; c’eft par là qu’on la plante debout dans une table ,fig. 12, pl. J. Ce tenon quarré entre dans l’un des trous a, a , a; la rofette repofe fur l’épaulement formé par la forte partie du manche, & par ce moyen réfifte aux coups multipliés de la canne qu’on appuie fur la rofette ; fans quoi, elle aurait bientôt agrandi fon trou , & paflé au travers de la table : 1 or 1 qu’à la fuite du tems les trous s’agrandiffent, les rofettes ne tiennent plus folidement ; on y remédie en les aifujettiifant par de petits coins faits avec de petits morceaux de canne ou de bois, ou bien on enveloppe le tenon avec une bande de papier, de façon qu’il entre bien jufte. il y a des ouvriers qui, au lieu de pointes quarrées , font terminer en vis le bas du manche ; la vis tient lieu du tenon, &le corps du manche fert d’épaulement pour appuyer fur la table. Mais on conçoit que ces vis, à force de ferrer, auraient en peu de tems mangé les pas de leur écrou, fi la table feule leur en tenait lieu. Pour obvier à cet inconvénient , on fait faire des écrous ,fig. 13 , dont la tige eft quarrée, & tient à une plaque aufli quarrée, qu’on voit de toute fon épaifîeur, pour la faire affleurer en entaillant la table, & on la fixe au moyen de quatre petits clous aux quatre coins b , b , b, b ; le dedans eft taraudé au pas de la vis : comme la tige a. entre jufte & même un peu à force dans un trou quarré de même groft Leur qu’on pratique dans l’épaiffeur de la table , il n’eft pas pofftble que la rofette fe dérange, lorfqu’avec une clef, dont Vitrier embraife le corps du manche , l’ouvrier la ferre fortement fur la table.
- 2041. On fait encore des rofettes dont les manches font différens dans-leur partie fupérieure , en ce qu’au lieu que le bout qui excede la rofette foit taraudé en vis , il l’eft en écrou, pour recevoir le chapeau ,fig. 14, dont on voit la vis en E, la rondelle F qui appuie fur la rofette, le quarré G qui fert à le ferrer au moyen du tourne-vis, & enfin le bout conique qui le termine, le tout fait d’un feul morceau de fer. Après avoir recommandé que les écrous avec lefquels on fixe les rofettesn’excedent point le plein.
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- & ne couvrent point les rayons , il eft prefqu’inutile d’avertir que la rondelle F ne doit pas couvrir les mêmes rayons. Du relie, ces rofettes fe placent fur la table ,fig. i 2, comme je l’ai déjà dit, & même l’ouvrier en a de trois ou quatre groifeurs différentes, & conféquemment de diiférens nombres de rayons, pour s’en fervir à mefure que les tuyaux qui fe pré-fentent font plus ou moins gros , & ne pas changer de place fou vent, ou n’être pas obligé de 11e fendre que ceux qui feraient de groifeur convenable à la rofette qu’il aurait actuellement fous la main ; ce qui prendrait beaucoup de tems. La hauteur la plus ordinaire de ces manches elf telle, qu’étant en place, les rofettes fe trouvent élevées à environ quatre pouces de la table. Voyons maintenant l’opération.
- 2042. L’ouvrier eft affis devant fa table , où font plantées trois ou quatre rofettes ; à fa gauche eft une corbeille remplie de tuyaux ; & pour qu’elle foit plus à fa portée, il la place fur un tabouret 3 à mefure qu’il en a fendu une certaine quantité , il jette toutes ces parties dans une autre corbeille qu’il a à fa droite. Pour les fendre il en prend une de la main gauche, la. place fur la rofette qui lui convient, & frappe quelques coups de la palette qu’il tient de la main droite, fur le bout oppofé de ce tuyau * qui bientôt eft féparé en autant de parties qu’il y a de rayons à la rofette. J’ai fait repréfenter à part ,fig. 14, l’effet en grand de la rofette, à mefure qu’elle entre dans le tuyau: on voit au travers des fentes les rayons a , a , #, &c. qui, quoiqu’à peine au milieu du tuyau, ont déjà conduit les fentes preft-qu’au bout. L’ouvrier ne fe donne pas la peine de ramaifer les parties à mefure qu’il les refend, pour ménager le tems ; mais il les lailfe tomber au hafard fur la table ; & quand il y en a une grande quantité qui pourrait lui nuire , il les jette par poignées dans la corbeille placée à terre à fa droite.
- 2043. La palette c eft faite de bois & a la forme qu’on lui voitfig. 16 m> on aurait fans doute pu fe fervir d’un inftrument de fer , mais eri bois il ménage mieux le bout des tuyaux, on eft plus maître de diminuer la force du coup ; & fi par inadvertance 011 frappait plus fort qu’il 11e faut , & que la canne fe fendît promptement, 011 ri fq lierait de donner fur la rofette un coup qui l’endommagerait ; au lieu qu’étant de bois , la palette feule reqoit le dommage, ce qui n’eft pas de grande conféquence. Quelques-uns lui donnent la forme d’une petite pelle , d’autres fe fervent d’un maillet ; mais il femble que la palette frappe plus également. Comme les morceaux refendus reftent fur la table, & qu’on eft obligé de tems en tems de les ramaifer ,> ce qui perd du tems, j’ai vu des peigners qui avaient une table dont la furface forme deux plans inclinés , & au fommet defquels font plantées les rofettes : par ce moyen, à mefure que les tuyaux font fendus, les parties tombent à terre par leur propre poids , & l’ouvrier n’eft
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- obligé de les ramafler qu’à l’heure des repas ou au bout de la journée; quelques-uns économifent le tems , jufqu’à étendre une toile par terre pou*'; ramaffer tous ces morceaux dans un inftant, & les mettre dans la corbeille tout à la fois. " ’’
- 2044. Autre manière de monter les rofettes & de s'en fervi-r. Chaque pays a ” Tes ufages ; mais pour décrire un art, faut-ilrapportertoütes les méthodes, détailler tous les procédés ? Non, fans doute : on n’aurait jamais fini. Faut-il donc fe contenter de rapporter les principales & négliger le refte? Tel dont l’uftge e(t le plus vicieux ( & c’eft dans tous les talens le plus, grand nombre ), croira que fon art n’eft qu’efquiiTé , parce que fa maniéré1 n’y eft pas rapportée. Comment donc faire ? Offrir au ledeur judicieux ; les meilleurs procédés, les décrire avec ordre & clarté , & lailfer parler la critique. Voilà mon but. L’ai-je atteint ? Je n’ofe m’en flatter ; mais j’y vife. Les peigners de certaines provinces fe fervent d’une autre forte de rofette, dont la différence avec les précédentes ne confifte que dans la maniéré dont elles font montées. Ce manche eft fait de maniéré qu’on place à chaque bout une rofette d’une grandeur & d’un nombre de rayons différens. Chacune de ces rofettes tient lieu d^ deux des autres; mais en revanche il faut être bien adroit & bien attentif; la moindre négligence! peut blelfer l’ouvrier ; cependant leur commodité les a fait adopter dans> beaucoup d’endroits , & même un des principaux peigners de Paris s’en fert par préférence.
- 204^. On peut voir, fig. 17 & 18, ces rofettes toutes montées, & re* tenues fur leurs manches des différentes ma.nieres dont j’ai parlé à l’occa-fion des précédentes : celle fig. 18, eft retenue par un chapeau ou boütoii conique, tel que repréfente la figure 14; 81 celle fig• 17, eil:/retenue par un écrou plat. Au refte on peut ,pour les fixer fur leurs manches, choifir celle des maniérés qu’on a rapportées ci-deifus, qui conviendra le mieux-Lés manches de ces rofettes ont ordinairement dix pouces de longueur , ou environ, & pour être tenus plus-commodément, on obferve au milieu un renflement qui va en mourant vers chaque bout jufqu’aüxJ rofettes ; ce renflement qu'011 nomme poignée de f but il, fr*rt à deux ufages-, on.lestient plus facilement, & cette groffeur contribue à faire éclater les tuyaux quand:1a rofette eft entrée jufqu’à un certain point.
- 2046. Comme ces rofettes font dou’oles,il eft certain qu’on ne fauraife afTez les garantir contre l’approche det.out corps dur, ou de tomber à terre * ce qui briferait les lames en très-péu de tétns:aulfi eft-il'dangereux- de les garder dans des .boites les unes con'cre .les antres ; les ouvriers ont grand foin de les fufpend';re ,à des râteliers,, dont les chevilles font'faites cordime on le voit fig. ij. Cette chevillé e’‘ft une piece de-bois de cinq à fix pouces Tome IX. R r r
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- de long, fans le tetion A , & de quatre de largeur ou environ fur un pouce ou quinze lignes d’épaifleur. Au milieu eft percé un trou rond, plus petit qu.ejelrenflement du manche des rofettes , & auquel communique une entaille plus petite, pour qu’une fois mifes en place, ces rofettes ne puiiTcnt f pas-en fortir.- Cette cheville eft alfembiée pans une mortaife qu’on pratique îur une piece de bois, fixée contre :un mur au moyen de pattes coudées, . & elle y eft chevillée pour plus de fureté. Quelquefois on accroche les rofettes aux chevilles , de maniéré qu’elles repofentfur les rofettes même. Mais cette méthode eft moins bonne que la premièreparce que les rayons de cescrofettes doivent être très-minces, & par çonféquent fufçeptibîes de fe gâter, a u moindre choc qu’on ne pourrait guère éviteren les ôtant & re-mettant-jfouyent à .leur place. D’autres enfin, lient ces rofettes plufieurs enfemble les/ufpendent hors x’e toute atteinte, ... ;
- 2047. Lorsqu’on- veut fe lervir de ces dernieres rofettes, on en prend,
- fur une table près de foi un alfez grand nombre, pour n’être pas obligé, de fe déranger à chaque inftant; puis ayant la table àJ;fa droite, l’ouvrier place/.entre fès ,jambes un billot monté fur troisqiieds *.Èc appuyant delà maiivgauçhe les tuyaux deifus, il préfente pour les fendre ja rofette qui leur _convient, & élevant un .peu le tuyau & la rofette, enfemble,, il frappe quelques coups fur le billot, au moyen de quoi la rofette entre dans cette cannev Alors il la lâche de la main gauche, & continue de frapper de la droite , jufqu’à ce que les parties foient entièrement féparées & tombent de;tous les- côtés. ^ . . . .... .. .. _ ; , , ... t., ^
- 2048, On a coutume de, dominer, au-ibiliot fur lequel l’ouvrier fend,
- fes;<tuy£ux, la .forme d’un. côjne tronqué * dont la-partie fupérieure a peu. de diamètre-,, & feulement ce qu’il en faut pour frapper deifus fans craindre de tomber à faux, adroite ou à gauche. Cette forme eft très-commode pour que les morceaux tombent à terre à mefure qu’ils font fendus , & ne point gênprf’ouvrier qui les rarnalfe quand il y en a une très-grande quantité; au lieu, que Ci le Jbloc avait une grande furface , ou s’il fe fier v:g,it. d'une table> ainlaque <le fqnt quelques peigners , il ne..trouverait plus déplace pour, frapper fes;:tuyaux. Quand on a refendu tous les tuyaux dont.on abefoin, oil ramaife>toutes les parties , on les met d’abord dans une corbeille, 011 en forme des paquets qu’on lie au milieu avec de la ficelle , puis on les range;ainfi liés fur des tablettes pour s’en fervir au befoin. Les parties ainfi débitées, ne, font qu’ébaucKé,es ,. il faut les. palier à la filiere pour les. ÛXQfn d’égales Iqrgc.ur &r épaiifeur : e’eftrjle travail le .plus délicat, dont nous allons -donner la, defcriptioii.' „ / ’ ,
- ,,',,2049. Maniéré de tiret les dents a la filiere, J’ai dit en décrivant les filières,’ qu’il eft à propos d’eiv avoir plufieurs^ foit pour la largeur, foit pour
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- 1’épaifTeur qu’il eft à propos de donner aux dents. IPeft facile de cmir cevoir que les dents doivent être minces à proportion delà quantité qu’on doit en placer dans un peigne 'de longueur déterminée ; ainfi le travail du tirage à la filiere confifte à leur procurer cette, épaiifeur. 11 y»,a téjnpfdé dilférens comptes de peignes , c’eft-à-dire , dennombres.de dents , .fiir une longueur qui varie prefque à l’infini ,, qu’il'a été néceflaire aux peig.Ljers; de fe faire des réglés pour les épailleurs qu’il .eft à propos de doune^taux dents, fuivant ces ditFérens comptes, ainfi que' leur largeur-, & pour donner une idée de cette variété, il faut favoir qu’il y a des peignes :q.ui fur vingt pouces de largeur ont jufqu’à quatorze cents dents,.tandis.que d’autres fur trois aunes & demie n’en ont quelquefois que* neufj.-cents : çê q.ui* .pour le premier, donne foixante & d;ix .dents cpar poirce tandis ;que les autres n’en ont pas tout-à-fait fix. Les deux ^exemples que je viens de rapporter ne font pas encore les extrémités de fineife & de-grolliéreté qu’on rencontre alfez fouvent: dans les peignes ; car il y a des étoffes tellement fines, qu’on eft obligé de faire entrer jufqu’à quatre-vingt dents-par pouce, & d’autres où quatre dents fuftifent ; ainfi en faifant des peignes.à tous les termes moyens entre ces deux extrêmes , on trouverai.qu’il fiint^des dents de plus de foixante-dix épailfeurs.différentesparce qii’iî yMa-ebcore fort fouvent des fractions dans le nombre des, dents, comme;>de douze & demi, vingt & un quart, & ainfi du relie. Toutes,ces différences font du reflort du peigner, le fabricant n’a d’autre foin que de commander un peigne d’une telle ou telle largeur, qui contienne tel ou tel nombre de dents; fans même prendre garde fi ce nombre:de dents s’accorde avec les réglés de l’art du peigner, à qui feul il appartient défaire des -calculs pour les différens nombres qu’on lui demande : il lui fuffit que la demande qu’il fait, s’accorde avec le genre d’étoffe qu’il veut fabriquer. C’eft donc^aü peigner de connaître l’épaiifeur qu’il doit donner aux dents à raifon du nombre qu’il en doit faire entrer par pouce au peigne. Ce 11’eft pas encore la feule difficulté que les peigners aient à vaincre ; il faut aulfi qu’ils fâchent de quelle maniéré doit être la chaine de l’étoffe qu’on veut'fabriquer avec ce peigne ; car il eft certain qu’une chaine de laine, par exemple, n’exige pas une auiïî forte épaiifeur de 'dents qu’une de fil, quoique dans l’une & dans l’autre étoffe on foit convenu qu’un peigne d’une longueur égale à un autre doive contenir le même nombre de dents : car ce n’eft pas encore l’épahfeur des dents qui doit feule remplirja longueur du peigne ;& chaque dent doit, ainfi que nous le verrons-autre part, être retenue entre les deux jumelles par un tour de ligneufhautr& bas, qui fort fouvent eft plus épais lui-même que chaque dent* Mais? ce. n’eft pas ici l’endroit d’entrer en détail fur cet objet; j’en traiterai dans un article
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- fépciré. Il raë fuffit maintenant d’obferver que les dents doivent fouvent être dune épaiffeur bien différente , quoique devant remplir un même êfpace dans un même nombre, fuivant les différentes matières qu’on fepro-pôfe de mettre en œuvre.
- 2Ofô. Pour tirer les dents d’épaiffeur, on fe fert des filières repré-fentées par la fig. 20 , qui ne font autre chofe qu’un bout de fer large d’en-yifôft un pouce , & long de quatre à cinq , planté dans une piece de bois B, ronde ou quarrée , à côté d’une lame de rafoir. Il faut avoir attention, en faifant entrer da force ces deux pièces , de leur conferver un parallé-lifmô parfait entr’clles , fans quoi il eft aifé de fentir que les dents feraient plus épaifles par un côté que par l’autre. La pofition refpedive des deux pièces préfente une efpecedeV, dont la pointe offre une ouverture par où paffe la canne, qui par ce moyen 11e faurait être plus épaiffe en aucune partie de fa longueur qu’en l’autre. On peut remarquer que la piece de fer eft plus élevée que la lame du rafoir ; cette élévation qui doit être d’environ deux pouces, eft néceffaire pour l’opération, ainfi qu’on le verra ren fon lieu.
- ao^i. Après avoir placé la filiere dont on veut fe fervir, fur une table 'ou fur un billot, au moyen des entailles qui y font pratiquées, l’ouvrier met à fès côtés des boîtes dont l’une contient les morceaux de canne qui ne font que refendus , & l’autre les reçoit à mefure qu’il les met d’épaiffeur. La pofition des filières devant l’ouvrier doit être telle que le bout de fer fe trouve à droite, & la lame du rafoir à gauche , le dos vers l’ouvrier, qui procédé comme on va le voir. Il prend dans la boite une poignée des délits qui 11e font que refendues, & les met fur la table j il les palfe à la filiere l’une après l’autre, ayant foin que l’écorce touche le ffout du fer, & non pas la lame du rafoir, parce que c’eft cette écorce qui par fa dureté donne de la confiftance aux dents ; & quelquefois même lorfqu’elles doivent être fort minces, cette écorce relie prefque feule. Il n’eft pas poifible de tirer la dent d’épaiffeur d’un bout à l’autre du premier coup , car il faut toujours la place des doigts qui la tiennent ; & même à caufe de l’effort qu’on a à faire, cette place peut avoir un pouce ou un pouce & demi de long. On ne fait donc guere paffer dans la filiere de la première fois qu’environ les deux tiers de la longueur, enfuite on la retourne bout pour bout , l’écorce toujours du côté du fer, & on en-leve l’épaiffeur qui était reliée entre les doigts. Cette façon n’eft pas fuf-fifante pour donner aux dents l’épaiffeur qu’elles doivent avoir ; & quelque foin qu’on-y apporte, on 11e faurait du premier coup les rendre parfaitement égales d’un bout à l’autre: il faut.de toute nécellîté les paffer dans d’autres filières qui ne mangent que fort peu, & par ce moyen on eft
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- àflfuré d’une égalité d’épaiifeur qu’une opération trop précipitée ne pourrait jamais leur procurer.
- 2052. Quoique la filiere femble fuffifante pour donner aux dents la largeur & l’épaiiTeur qui leur font néceifaires, il eft certain que l’adreife de l’ouvrier y contribue beaucoup : ainfi fuis une grande attention & même beaucoüp*.'d’habitude de ce travail, il eft aflez difficile de tirer les dents d’une largeur & d’une épaiifeur bien égales : l’ouvrier termine d’abord toutes les dents fur leur largeur, puis fur leur épaiifeur, & les met dans une boîte pour conferver l’affortiment qu’il en avait fait d’abord en les refendant à la rofette ou autrement. Voyez, fig- 21 , l’attitude de l’ouvrier au travail} il tient de la main gauche une poignée de dents qu’il va y palfer, pour n’ètre- pas obligé de les prendre une à une. Comme ce travail eft affez fatigant pour les mains, il eft à propos d’avoir un doigtier de peau au pouce & à l’index , pour n’être par coupé par les vives-arêtes des dents qui gliflênt tant foit peu entre les doigts.
- 20s3. On a vu qu’il fallait que le fer des filières fût plus élevé que la lame du rafoir d’environ deux pouces ; il eft à propos d’en ufer ainfi à toutes , & même au moyen d’un petit coin de bois placé entre ces deux pièces, on leur procure un peu plus d’écartement par le haut que par le bas , afin qu’en palfant une dent, on ne foit pas obligé de la réduire du premier coup à I’épaiifeur qu’elle doit avoir; & comme il eft à propos pour la perfedion du travail d’y parvenir petit à petit, on en vient à bout en defcendant infenfiblement la dent dans la partie plus étroite, ce qui mange peu à peu l’excédant de oe qu’elle doit avoir de grolfeur. Pour être fur de defcendre toujours à un même point, on a foin de tenir ce morceau ou coin de bois un peu en pente du côté de l’ouvrier : par ce moyen il n’y a que la partie élevée qui arrête la dent aune même élévation ; ce qui ne ferait pas auffi exad, fi l’on s’y prenait de toute autre maniéré. Ce moyen fournit un expédient prompt & fûrpour donner aux dents un peu plus ou un peu moins d’épaifleur ; car en mettant un morceau de bois d’une épaiifeur convenable fur le coin qui y eft déjà, la dent defcendra plus ou moins épaifle, félon le befoin. On fera donc maître par ce moyeu , de déterminer à un degré bien exact I’épaiifeur des dents ; mais il faut faire attention de ne pas faire décrire par la lame de rafoir & la pièce de fer un angle bien ouvert ; car alors les dents fur leur épaiifeur, au lieu d’être planes, fe trouveraient avoir une furface inclinée à l’aurre , ce qui ferait défedueux; & quand même on chercherait à y remédier en faifant pafler au fondée la filiere le coté qui avait été au premier coup en-deifus, on n’obtiendrait pas une furface plane, mais on verrait au milieu .un angle formé par la rencontre de deux
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- plans inclines, ce qui devient infenfible lorfque l’écartement des pièces de la filière eft peu confidérable. On peut encore , par un autre moyen, donner plus ou moins d’épaiifeur aux dents, lors même qu’on n’a pas de filières de tous les écartemens poffibles , & c’eft ainfi que tes ouvriers en tout genre viennent à bout de fuppléer par un peu d’induftrie au nombre d’outils dont ils ne font pas fufififamment pourvus. Ce moyen confifte à tirer la dent obliquement à la filiere du côté du fer; ce plu9 ou moins d’obliquité fait mordre la lame de rafoir plus ou moins , d’où fuit une épaiifeur telle qu’on la defire. Il ne faut cependant pas ufer de cet expédient habituellement ; car comme on ne faurait régler parfaitement l’obliquité qu’on prend, on aurait des dents plus minces, & d’autres plus épaiifes , ce qui efi d’une très-grande conféquence , comme nous le dirons lorfque nous en ferons au montage des peignes. Comme cette première opération ne fert qu’à ébaucher les dents , on n’y apporte pas tous les foins poffibles; c’eft à les finir qu’on donne toute l’attention qui leur eft néceffaire.
- 2054- Maniéré de pajfer les dents en largeur. Après avoir tiré les dents d’é-pailfeur, comme on vient de le voir, on les palfe en largeur; & pour cet effet on fe fert d’une filiere telle que la repréfente la figure 22, pi- Elle eft ordinairement compofée de deux lames de rafoir, & toute la différence ne confifte que dans l’écartement de ces deux pièces, plus confidérable fui-vant la largeur qu’il eft à propos de donner aux dents. Les tranchans de ces lames doivent être pofés obliquement l’un à l’autre , comme les deux jambages d’un V, qui ne feraient pas réunis par en-bas , mais qui tendraient feulement à fe réunir ; & c’eft l’efpace qui refte entre ces deux lames , qui détermine la largeur des dents. Voyons la maniéré de palfer les dents par cette filiere. On place la filiere par fon tenon fur la table B, fig- 23. L’ouvrier s’affied en face delà table; & prenant les dents l’une après l’autre dans une boîte C, de la main droite, il les fait palfer dans la filiere en tirant à lui ; & pour être plus fur de ne pas varier dans ce travail , il tient de la main gauche un petit bâton qu’il appuie fur la dent, ce qui la force d’être bien à plat fur le petit morceau de bois a, qui, comme à la filiere dont nous nous entretenions fur la fin de l’article précédent, détermine l’écartement, en forçant les lames d’être un peu plus écartées du haut pour faciliter l’entrée de la dent ; & par ce procédé il eft fur de donner une largeur parfaitement égale à toutes celles qu’il paife dans cette filiere. Il ne faut pas que le petit bâton avance avec la dent, à mefure que la main droite la tire; mais il doit toujours être appuyé ferme fur le coin de bois entre les deux lames, pour empêcher la canne de s’élever à droite ou à gauche, & fixer plus fûrement l’opération. Lorfque la dent eft mife de largeur par
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- un bout, on. la paffe par i’autre avec les mêmes précautions, & ce procédé qu’il eft affez long de bien décrire eft fort court par lui-même. Il faut avoir attention en finilîant, que l’écorce de la dent fe trouve en-deifous; & pour 11e rien lailfer à defirer fur cette opération , il eft à propos de l’avoir qu’on doit paifer chaque dent pour fa largeur, quatre fois à la filiere au moins, favoir deux fois par un bout, l’écorce en-dedus, puis en-deffous, & deux fois de la même façon lorfqu’on l’a changée bout pour bout. Il femble qu’il devrait fuffire de ne les paifer que deux fois, en tout dans la filiere; mais fi l’on fait attention que les lames font plus écartées par le haut que par le bas, on fentira la néceflité de corriger par un fécond p afflige l’angle que le premier a lailfé. '
- 2077;. Je n’ai infiftéfurles détails de cette opération, que parce que beaucoup de peigners ne portent pas jufques là leur attention; le bifeau ou talut qui relte aux dents, les rend plus faibles à cet endroit ; & quand 011 vient à monter les peignes , la force dont 011 ferre le fil pour arrêter les dents entre les jumelles , fait écailler cette partie qui fe trouve trop faible; les jumelles fe rapprochent , le ligneul qui les entoure fe relâche, les dents vacillent & fe couchent enfin, d’un côté ou de l’autre. C’eft ainfi qu’en rapportant les ufages, je tâche toujours de corriger les erreuis.
- 20<)6. Quel rernede eft-il poflible d’apporter à cet inconvénient, s’il arrive pendant la fabrication d’une piece d’étoffe, de toile? Comment dé-palfer la chaine ? Et quand cela ferait facile, le changement de peigne n’o-pérerait-il pas toujours quelque défaut à l’étoffe ?,Que de raifons pour donner^ aux peignes toute l’attention dont ils font Eufceptibles ! Il faut donc faire avec foin toutes les opérations qu’on fait fubir aux dents , & prendre .garde de ne pas trop en emporter fur la largeur ni fur l’épailîêur : fi elles font trop étroites., elles .-n’appuieront pas fur les jumelles , & ballottant fans ceffe , elles dépériront promptement ; fi elles font trop minces , une même longueur de peigne n’en contiendra pas une même quantité : enfin-le moindre défaut dans les parties, entraîne la défeduolité totale du peigne.., Soyons maintenant la derniere façon qu’il convient de donner aux dents ;avant de monter le peigne.
- (* 2Q%7. Maniéré de pafier Les dents à la filiere , pour leur donner Cépaijfeur convenable à tel ou tel compte de peigne auquel on les de {line* Les filières dans lefquelîes on paffe les dents , ne fervent qu’à les préparer, du moins pour leur épaiffeur. La première fois qu’011 les pafle , s’appelle ébaucher ou dé-grofiir les dents fécondé fert à les tirer de largeur, & la troifieme fert à les finir ou affiner. C’eft de cette derniere opération qu’il faut mettre le, détail fous les,yeuxdu ledeur. ; - . -
- ,,.207-8* La Éliere qu’on emploie à cet ufage, différé de celles qu’on a
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- vues plus haut, en ce que le bout de fer eft mobile, & peut s’avancer ou fe reculer par le fecours d’une vis ; la lame de rafoir eft immobile comme aux autres. Par ce moyen on eft affuré de donner à tou-tes les dents une parfaite égalité d’épaiffeur qu’aucun autre moyen ne pourrait leur procurer. La piece dans laquelle pafl’e la vis pour faire mouvoir l’autre piece , étant très-forte , ne permet aucun écartement forcé, d’où fuivrait de la variété dans i’épaifteur des dents. Du refte , on paife les dents comme aux autres filières. Il faut, dans toutes les opérations qu’on fait fubir aux dents pour les tirer d’épaiffeur, avoir foin que l’écorce foit toujours du côté du fer* & qu’elle ne touche jamais à la lame de rafoir.
- 2Cf9. J’ai fait repréfenter à part cette efpece de filier24, pour rendre fenfible la différence qu’elle a avec une dont on a parlé. Ici la vis paife dans la piece de fer C, qui eft taraudée. & pouffe la piece A, dans laquelle entre un collet qu’011 pratique au bout de la vis, & qui étant rivé par-deflus, fans cependant avoir perdu la liberté de tourner, rappelle cette piece quand on détourne la vis pour donner plus d’écartement à la filiere. La méthode que je rapporte ici eft fans contredit la meilleure pour s’alfurer de l’épailfeur des dents ; mais par un malheur attaché à tous les bons procédés, elle 11’eft prefque pas en ufage : les peigners fe fervent ordinairement des filières à ébaucher , avec lefquelles ils terminent les dents, en s’affurant du mieux qu’il leur eft poffible de l’écartement dont ils ont befoin. Mais que m’importe que le plus grand nombre des ouvriers foit ignorant, & par conféquent obftiné ? J’efpere que la perfection qui vient à pas fi lents, arrivera enfin , & que les principes que j’établis ici, feront reconnus pour ceux qu’on aurait dû fuivre.
- 2060. Puisque nous en fommes au point elîentiel de la fabrique des peignes, je veux dire l’épaifleur qu’il convient de donner aux dents, félon le nombre qu’on doit en faire entrer dans une longueur donnée du peigne, il eft à propos de remarquer que c’eft à ce travail qu’on diftingue l’habile homme de l’ignorant, ^ouvrier que guide le génie, de celui qui 11e fuit qu’une aveugle routine. La détermination de l’épailfeur convenable aux différentes dents n’eft pas une chofe aifée à faire : il femble naturel que celles dont on fera tenir une plus grande quantité dans un pouce de peigne, par exemple, doivent être plus minces que fi dans le même efpace on en faifait entrer beaucoup moins ; ce n’eft cependant pas toujours cette réglé qu’il faut fuivre: il ne s’agit pas ici de l’épailfeur des parties que le peigne doit contenir, mais de leur nature. Ainfi il faut diftinguer fi le peigne qu’on fe propofe de faire doit fervir aux étoffes de foie, à celles de laine , aux toiles de fil, ou à celles de coton ; & pour donner là-delfus quelques notions générales j on fait que les brins de foie font tout d’une longueur , & qu’étant
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- dépourvus de leur gomme par le décruage de la teinture , ils font réunis par un double tors qu’on leur donne. Ainfi des feize & quelquefois vingt brins dont on compofe chaque divifion d’une chaine, & qui paiient entre deux dents , on n’en forme pas un feul & même brin ; & ils ont la iiberté de fe porter fuivant la hauteur des dents : on n’eft donc point gène pour l’écartement, & l’on peut en faire entrer jufqu’à cinquante dans un pouce de long. Les ouvriers fe fervent dans ce cas, de cette exprefi fion : la matière de la chaine n emplit pas. Le fil de lin ou de chanvre , dont on fait des toiles , quoique dans la filature chaque brin ne foit pas couché de toute fa longueur, mais pris par fon milieu & couché double, eif cependant plus dur & plus ferré. Il n’eft perfonne qui n’ait vu travailler un cordier; voici comme il s’y prend : il entoure fon cor^s d’une certaine quantité de fils de lin , ou de chanvre , qui ont été pafies au feran, & font par conféquent entr’eux à peu près parallèles ; il noue les bouts des plus longs derrière fon dos , & arrête ainfi le tout à la hauteur de fa ceinture; il prend fon fil au milieu de tous les brins qu’il a devant lui, & qui par ee moyen fe trouvent fans celle doubles. Une femme à la quenouille s’y prend delà même façon , elle ne tire jamais fon fil des bouts de la filalfe, mais du milieu , raifon pour laquelle on voit au fil moins d’élafticité & plus de roideur qu’à toute autre matière. Auffi les dents du peigne pour les toiles doivent avoir plus de confiftance & d’épaiifeur que pour les toiles de coton ou les -étoffes de laine , dont la matière eft par elle-meme très-élaftique; les parties qui en compofent les brins, font toujours fé-parées les unes des autres , & l’on ne parvient à les unir qu’à force de les tordre ; encore s’apperqoit-on que , pour peu qu’elles cefTent d’être tendues , le brin groflit à vue d’œil. Auffi dans la fabrication a-t-on fouvent befoin de les coller ou de les huiler, pour qu’elles fe prêtent plus aifé-ment à l’emploi qu’on en veut faire. De toutes ces obfervations il fuit que les dents pour une étoffe de foie ne doivent pas être auffi îUÎnces à proportion que pour une étoffe de laine ou de coton ; & en fuppofant qu’on voulût faire un peigne pour une étoffe de foie qui exigeât vingt dents par pouce, il 11e faudrait pas lailfer un auffi grand efpace entre chaque dent, que lî pour une même étoffe on devait y faire entrer cinquante dents : ainfi il faudrait que les premières fuffent une fois & demie plus épailfes que les autres. Mais fi avec le premier peigne on voulait fabriquer une étoffe de laine , 011 n’en pourrait pas venir à bout, à caufe del’épaiffeur de ces dens, ou plutôt parce qu’elles n’auraient pas affez d’écartement entr’elles. Il faut donc que le peigner fâche ce qu’il convient de déterminer pour le genre auquel on deftine le peigne qu’il entreprend , & qu’il tire les dents d’une épailfeur convenable à chacun, & d’une largeur Tome IX. S f f
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- proportionnée ; car c’eft un principe reçu , que ce qu’elles perdent en épaif feur, on le leur donne en largeur : par ce moyen la force en eft un peu augmentée. Telle eft la méthode que l’expérience , de concert avec la théorie la mieux entendue, a fait adopter par nos plus habiles peigners, & ils ont fur cela établi des réglés^ dont ils ne s’écartent que dans quelques occa-fions.
- 20(?r. Pour fuivre la méthode dont je viens de parler, on fe fert d’une jauge, fig. , dans l’entaille A de laquelle on place un nombre déterminé de dents : mais on a eu foin auparavant de s’alfurer que pour tel compte de peigne cette entaille , qui n’a ordinairement qu’un demi-pouce de large, doit contenir un nombre connu de dents. Si elle en contient moins que le nombre connu, c’eft un figue alfuré qu’elles font un peu trop épailfes pour le peigne qu’on veut faire ; fi au contraire elles tiennent trop au large, on en conclut avec raifon qu’elles font trop minces ; il faut donc reiferrer ou relâcher la filiere jufqu a ce que la jauge fe trouve être la mefure exacte de ce nombre de dents. Il eft certain que par un femblable procédé l’on ne rifque pas de faire l’ouvrage au liafard. On n’emploie que les dents qui ont été jaugées: celles qui fe font trouvées trop épailfes peuvent être repayées à la filiere, mais celles qui font trop minces doivent être abfolu-ment rejetées & mifes en réferve pour un autre peigne , auquel elles pourront certainement convenir.
- 2062. Il arrive fouvent que l’entaille ou jauge doit contenir un plus petit nombre de dents par rapport à certains peignes, que par rapport à un autre : je m’explique. Comme nous venons de voir que l’épailfeur des dents ne dépendait pas toujours du nombre qu’il doit en entrer dans un efpace déterminé du peigne , mais de l’emploi qu’on doit leur donner, & que les efpaces qui doivent les féparer les unes des autres font tout l’objet auquel on doic faire attention, toutes chofes égales d’ailleurs, & les com-binaifons étant une fois faites de l’épailfeur des dents & de l’écartement qu’on doit obferver entr’elles, il eft toujours à propos de viùder un peigne autant qu’il eft poftible , pourvu que ce ne foit pas aux dépens de la ftolidité ; car il eft confiant que plus les dents font larges & épaiifes , plus le peigne a de folidité. D’ailleurs, en cherchant à vuider ainfî les peignes, on peut donner aux dents une courbure qui leur foit préjudiciable, & les fils de la chaine ne feront pas mus aulfi librement que fi l’efpace à parcourir était librej il fuit de ce défaut une raie fur toute la longueur de l’étoffe; & fi le même défaut fe répété plufieurs fois dans un même-peigne , ce font autant de défecluofités , telles qu’on en voit fouvent dans les petites étoffes qui en font plus fufceptibles , comme les taffetas des Indes, &c. Ce que je dis eft fi vrai, que j’ai connu plufieurs peigners qui n’ont jamais pu réufiîr
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- à faire paffer un peigne paffable dans les comptes fins , & j’ai eu occafion de m’appercevoir que ce défaut provenait de l’inégalité dans l’épaifïeur des dents, ainfi que dans leur largeur. La connaiffance effentielle pour les peigners , eft donc l’épailfeur relative à donner aux différentes dents fùivant les différens peignes ; fans cette connaiffance, ils ne parviendront jamais à travailler que par routine.
- 2063. Lorsqu’on a tiré une certaine quantité de dents à l’épailfeur qu’on croit convenable dans la derniere filiere , on en met un nombre connu dans la jauge Ci elle en contient plus qu’il ne faut, l’ouvrier écarte un tant fpic peu la lame de la filiere, & les rend par ce moyen un peu plus épaiffes ; il la refferre au contraire , fi elles fe font trouvées trop épaiffes : mais il elf certain que les dents trop minces ne fauraient qu’être mifes à part pour un autre peigne. Quant à celles qui font trop épaiffes, on peut ou les réferver pour un autre peigne, ou les repaffer à la filiere.
- 2064. La variété d’épaiffeur des dents ne provient pas toujours de l’écartement de la filiere : la main de l’ouvrier y contribue beaucoup; car fi, comme nous l’avons déjà dit, il ne tire pas bien droit à lui les dents qu’il fait paffer à la filiere, il leur donne plus ou moins d’épaiffeur félon qu’il s’eft plus ou moins écarté de cette ligne dire&e ; mais pour n’ètre pas obligé de recommencer la befogne faite, quand on en a beaucoup , on les jauge , & ce qui eft bon eft mis à part pour le peigne a&uel, & toutes les jaugées où il s’en trouve plus ou moins font ferrées dans des boîtes avec des numéros pour lervir au befoin , & c’eft de la befogne d’avance. On a pour cela des boites à double compartiment, qu’on place fur des rayons contre le mur, & dont on peut former un corps de tiroirs.
- 2065. Si l’on fuppofe que les dents font parfaitement tirées à l’épaiffeur convenable, on 11’a pas encore pour cela atteint le but qu’on fe propofe par rapport à la précifion que ce travail exige. Si les dents font d’une telle épaiffeur qu’elles rempliffent le compte que le peigne exige, il faut encore avoir attention à la grolfeur du fil ou ligneul qui doit les entourer & qui doit lui-même être affujetti à des grolfeurs différentes, félon les différens comptes; fans cette précaution, vingt dents, par exemple, qui doivent occuper un demi-pouce , en occuperont un tout entier , fi le fil dont on les entoure eft trop gros. Mais ce ligneul varie lui-même de groffeur félon qu’il doit entrer un plus ou moins grand nombre de dents dans un efpace déterminé , & félon l’efpace qu’il convient de réferver entre les dents.
- 2066. Nous venons de voir que le moyen qu’on met en ufage pour s’aiTurer de l’épailfeur des dents , eft de les palfer à la jauge : c’eft auffi une jauge dont on le fert pour mefurer la groffeur du ligneul ; mais elle eft d’une conftru&ion toute'différente. La fig. 26 ,pU I, repréfente cette jauge ; voici
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- l’opération. On couvre de ligneul le cylindre A , depuis æ jufqu’en b ; on le ferre comme il doit être fur le peigne , on compte le nombre de tours qu'il contient, & après s’ètre affuré du rapport de cet infiniment avec les jumelles, on fait que telle gro/feur conviendra ou ne conviendra pas au peigne dont il s’agit. Lorfque je traiterai de la maniéré de faire le ligneul, je me propofe de donner quelques combinaifons de l’accord des dents avec ce ligneul, fuivant le compte & la groifèur de l’un & de l’autre. Il me refte à parler de la derniere préparation qu’on donne aux dents avant de monter le peigne.
- 2067. Derniere façon à donner aux dents avant de les employer. Lorfqu’on deftine les peignes à des étoffes grofîieres, on emploie les dents dans l’état où la derniere préparation dont je viens de parler les a mifes ; il n’y a que les étoffes de foie qui exigent une plus grande délicateffe : aufîi, lorfque c’eft à ces étoffes qu’on deffine un peigne , les ouvriers ont-ils foin , après leur avoir donné l’épaiffeur & la largeur que les opérations que nous avons décrites leur ont procurées , de leur donner une douceur & une foupleffe capables de ménager une matière aufîi délicate. Cette derniere façon n’eft pas la même chez tous les ouvriers, chacun fait myftere de la fienne : à l’entendre , c’eft un fecret que fon voifin ne poffede pas au même degré que lui ; tant il eft vrai que le nombre des charlatans ne fe borne pas à ces gens qui exercent la médecine fans connailfances , au grand dommage de l’humanité. Quoiqu’il en foit de ces prétendus fecrets que chacun cache avec grand foin , j'en ai découvert quelques-uns ; & pour ne pas me rendre complice de charlatanerie , je vais les publier tels que je les ai appris. Quelques peigners font fondre du fàvon gras dans une certaine quantité d’eau bouillante, & dès qu’il eft fondu, ils jettent dans cette chaudière ou marmite une poignée ou plus de dents qui aient reçu toutes les préparations ordinaires, & la font bouillir deux ou trois heures environ 5 ils retirent la chaudière du feu , biffent refroidir le tout, & retirent les dents pour les mettre fécher à l’ardeur du foleil fi cela eft poffible , ou devant un feu modéré fi le foleil ne donne pas, ou enfin au moyen d’un poêle; quand elles font bien feches , 011 les ferre dans des boîtes ou tiroirs , comme nous l’avons déjà dit, en les préfervant foigneufement de l’humidité. 11 eft certain que cette préparation donne aux dents une foupleffe & une élafticité très-avantageufe à la foie, & qui contribue beaucoup à la durée des peignes ; fans cecte précaution, la vive-arête que conferve chaque dent, & la rudeffe de la canne , font très-préjudiciables à la chaine , jufqu’à ce qu’un peu de travail les ait émouffées & adoucies : c’eft pour cela que quelques ouvriers frottent les peignes neufs avec du bois blanc , comme du faule ou de l’ofier, quand ils n’y faventpas donner d’autre façon. On peut encore préparer
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- les dents avec une leffive compofée d’urine & d’eau , dans laquelle on met fondre du favon & du fuif de chandelle ; on y ajoute une quantité affez confidérable de fuie 5 & lorfque le favon & le fuif font fondus, on y jette les dents, & on les y laiffe jufqu’à ce qu’elles, aient, acquis une couleur brune ; alors 011 les retire & 011 les met fécher comme on l’a vu ci-deffus. Comme on en prépare ordinairement beaucoup à la fois, on a foin de les tenir en garde contre l’humidité.
- 20-58. Des deux procédés que je viens de rapporter , il eh: certain que le fécond eft préférable au premier , l’expérience m’en a fait porter ce jugement. Il y a une troifieme préparation qui approche affez de la derniere, & qui rend les dents à peu près aulfi douces : toute la différence conlifte à mettre dans la compofition un peu de fel dans l’eau au lieu d’urine i mais on y met la même dofe de fuie , de favon & de fuif. Ceux qui préfèrent cette derniere recette, n’ont pas le défagrément de fentir l’odeur infupportable de l’urine, qui eft très-forte quand elle eft chaude.
- 2069. Tels font les procédés que j’ai recueillis de divers peigners. Quelques-uns m’ont alfuré qu’à ces ingrédiens on pouvait ajouter de l’alun de Rome; d’autres m’ont dit que fa nature cauflique nuifait plutôt qu’elle 11’était favorable,: mais ceux qui l’emploient, aifurent que l’alun n’attaque aucunement l’écorce delà canne & qu’elle ne s’attache qu’à la partie intérieure ; que comme il eft elfentiel de ne lailfer aux dents que l’écorce, 011 s allure par ce moyen de la durée des dents dans les frottemens multipliés que leur emploi leur fait effuyer.,. Cette remarque n’eft pas dépourvue de fondement; car en examinant un vieux peigne , on s’apperçoit qu’il n’y a que la partie intérieure de la canne qui foit endommagée , & que l’écorce 11’eft prefque pas attaquée. Quoi qu’il en foit , il eft certain que les dents ainli préparées rendent un peigne bien meilleur, plus fouple &plus doux. J’ai cependant connu des peigners qui ignoraient qu’on pût donner aux dents d’autres préparations que de les palfer à la èliere & d’en faire un choix convenable. Je 11’ai jamais eu oc-cafion de favoir li, pour les.étoffes de laine, pour les toiles , &c. on préparait les dents, des peignes comme je viens de le rapporter ; mais je penfe que cette (méthode 11e faurait être qu’avantageufe à tous les peignes, puifque ce n’eft pas l’étoffe feule qui en reçoit de l’avantage, mais que le peigne lui-même en acquiert plus de folidité & dure davantage. Je dois cependant avertir que les recettes que je viens de rapporter, m’ont été données par des ouvriers dont j’admirais les peignes, mais je 11e les ai jamais pratiquées moi-même. En comparant leurs ouvrages avec ceux des autres, je n’ai pu me défendre de leur accorder une très-grande fupériorité.
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- ART DU FABRICANT
- CHAPITRE III.
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- De la maniéré de faire les lign.euls qui fervent à tenir les dents dans leur écartement refpeffif, » les contenir entre les jumelles ou
- coronelles.
- 2070. Moyens pour ajjembler Us fils des ligneuls, & pour leur procurer La. grofieur qii ils drivent avoir. Le ligneul eft , comme 011 l’a déjà dit, le fil qui fixe les dents haut & bas entre les quatre jumelles, & qui fert en même tems à les efpicer comme il faut. Celapofé, on doit fentir que la groifeur de ce ligneul varie félon l’ccartement qu’on veut obferver entre les dents : il faut donc lui donner cette groifeur, par des procédés que je vais détailler.
- 2071:. Ce que je vais dire du ligneul propre aux différens peignes, ne doit s’entendre que du corps du peigne 5 car quant aux dents des lifieres , on a coutum) de les arrêter avec le ligneul au moins double en groifeur, tant pourra force q.ue pour fécartement auiîi a-t-on coutume de faire deux tours à chaque dent pour les tenir plus écartées.
- 2072. Le fil dont 011 fait le ligneul peut être indifféremment de chanvre
- ou de lin, fil i au rouet ou à la quenouille , peu importe 5 mais on ne lui donne aucun apprêt: il doit être d’une certaine fineffe pour qu’en ajoutant au brin qu’on veut compofer un ou plusieurs fils, on fifive une gradation plus infenfible , & par ce moyen faiiir plus précifément la groifeur dont on a befoiu. Ain a.,, fi à fix brins le ligneul était trop fin, & que le feptieme qu’on ajouterait fût un peu gros, il arriverait qu’a fix il ferait trop fin, & trop gros à fept. ^
- 2073. Pour, faire l’aiîèmblage des brins, il faut que le fil foit dévidé fur des rochets. On met une quantité convenable de ces rochets fur une petite cantre, & affemblant les bouts du nombre de ces rochets qu’on a déterminé, 011 tord tous ces. brins l’un fur l’autre avec un rouet à filer , & on les couche aiufi , 11e faifant plus qu’un brin fur le rochet, qu’011 place fur la broche. O11 ne donne à ce ligneul qu’autant de tors qu’il lui en faut pour alfembler ces brins , 8c n’en faire qu’un ; mais il eft eifentiel que dans toute fa longueur il foit également tordu : ce qu’il eft alfez aifé de régler eu comptant le nombre de tours de roue qu’on donne pour tordre la longueur qui eft entre la broche & la main de l’ouvriere. Quand cette longueur a reçu fou tors, on le couche fur le rochet, on enprend.une nouvelle, qui eft réglée par l’étendue du bras ; mais il faut avoir grand foin de ne pas dei'ferrer les doigts dans cette opération fans quoi le tors,pafferait çuj-delà de la main fur la partie comprife entre la main & la cantre : par
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- £’ ETOFFES D E S 0 I F.
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- ce moyen, "on s’a libre de l’égalité de tors, & le £1 eft très-1 ni dans tente la longueur.
- 2074. On obferve de ne pas trop tordre le ligneu!,‘parce qu’il devient trop dur, ce qui le rend difficile à employer, ainfi qu’on le vena lorfque nous en ferons au montage des peignes. Il ne faut pas tordre égalen ent le ligneul de toutes les grofleurs ; car le plus £n ferait trop mou , & le p!i:s gros trop dur : on a. chez les peigners des à-peu-près qui font tcujcois fiffifins,& dont les femmes, à qui ce travail eft ordinairement abandonné, ne s’écartent guere. Sans cette attention , l’ouvrier en montant fon peigne ne ferait pas' maître d’applatir ce £1 pour le forcer à ne pas tenir plus dé place qu’il ne faut entre les dents. Il ne m’eft pas peffibîe d’établir des iegles précifes pour la groifeur de ce fil i caries peignes varient fi fort drus le compte des dents qu’ils contiennent, & dans l’écartement qu’en cbfeive entr’elles, que l’expérience feule peut inftruire un ouvrier qui chercherait ici à s’en rendre parfaitement au fait.
- 2075. Les peigners de Tours & des villes voifines, ont une autre méthode pour tordre les ligneuls , du moins quant à la machine dont ils fe fervent pour cela, car l’alfemblage des fils fe fait à peu près de la même maniéré; mais le rouet eft d’une confhudtion tout-à.fait finguliere , & le mouvement de rotation eft produit par un moyen auffi ingénieux qu’il eft fimple.
- 2 opd. La fig. T ,/>/. II, repréfente ce rouet tout monté: je vais d’abord en décrire la conftrudion. A A font deux montans d’enviion fix pouces de haut, à chaque bout defquels eft afiemblee une traverfe B B, à queue d’aronde , ainfi qu’on le voit. Les montans A A font percés au milieu de leur hauteur & de leur largeur d’un trou de huit à neuf lignes de diamètre, dans lefqueîs paffe Taxe d, repréfenté féparément fig. 2 , qui n’eft pas d’une groffeur égale d’un bout à l’autre; mais en a & en b, font pratiqués deux: collets du diamètre des trous qui les reçoivent , de maniéré cependant qu’ils puilfent y tourner à l’aife. Et pour mettre cet axe en place, il faut démonter la machine; car le cylindre F étaîît plus gros qué les collets, & à peu près égal en longueur à la diftance qui fé trouve entre les montans ? ne faurait fortir dès qu’il eft placé. Après lé collet é-, qu’on a foin de tenir un peu plus long que l’épaiffeur du montant dans lequel il paffe, pour que la roue dont nous allons parler 11e frotte pas contre ce montant, eft pratiqué un quarréc, deftinéà recevoir la roué C, dont l’office n’eft autre que de donner de l’impulfion à l’axe des qu’il eft mis en mouvement. Oh a foin de pofer dette roue à l’équerre avec l’axe, & de l’y arrêter au n eyen de deux: petites chevilles", l’une devant, l’autre derriere.il refie maintenant à favoir de quelle maniéré en met cette machine en mouvement. Cn psfle deux tours
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- de corde fur l'arbre en/, & on en attache les deux bouts au bâton E, fig. i ; & prenant la machine de la main gauche , & le bâton de la droite, ,en ferrant un peu la(corde fur l’axe, on bailfe rapidement le bout d, ce qui fait tourner cet axe j & pour ne pas s’oppofèr à fa rotation par le frottement, on approche un peu la main droite vers la machine, ce qui lâche la corde & permet à cet arbre de tourner tant que dure l’impulfion que lui donne la roue. Dès qu’on la voit fe ralentir , on donne un nouveau coup de poignet , & ainfï de fuite , ce qui produit un mouvement continu.
- 2077. Il nous refte maintenant à voir comment on fe fert de cette
- machine pour; tordre le fil, t .
- 2078. L’ouvrier fixe un rochet fur une broche de fer b, fig.. 3 , qui eft
- plantée au haut d’un montant A , qu’on a fait’ entrer à force dans le billot ou pierre B , qui lui fert de bafe. Ce rochet eft arrêté fur la broche , de façon qu’il ne puilfe fe dérouler fans un effort affez grand. L’ouvrier en prend une certaine longueur félon l’endroit où il travaille , fixe le bout fur l’arbre du rouet A, fig. 4, qu’il tient de la main gauche , & fait tourner l’arbre &’la roue, ainfi .que nous l’avons vu plus haut. Lorfque cette longueur eft tordue au point convenable, il la dévidé fur l’arbre en s’approchant du rochet , & prenant une nouvelle longueur , il la fixe au bout par un nœud coulant, & réitéré cette opération tant qu’il y. a du fil fur le rochet, ayant foin que ce qui. eft tordu & placé fur l’arbre ne communique pas ion tors à la longueur qu’il va tordre, fans quoi il y aurait des parties plus, & d’autres moins tordues, ce qui nuirait à l’égalité que doit avoir le ïigneul. Quand le rochet eft fini, on, peut lui en fubftituer un autre, félon le befoin. ' / !
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- 2079. Si l’on craint que le rochet ne, fe déroule , à mefure qu’on tord les longueurs de ce fil, on peut fe le faire tenir par un enfant ou autre peffonne , comme le fait voir la fig. 5, où l’on a repréfenté deux mains dont le pouce de chacune s’oppofe au déroulement du rochet ; ou bien au haut du montant "on met une qh.eville , fur laquelle on fait faire deux ou trois tours au fil, ce qui fuffit pour l’arrêter j ou enfin on met un petit, coin de bois dans le trou du roche.t contre la cheville , & on le retire à chaque nouvelle longueur qu’on veut tordre.
- 2080. Il eft certain que cette méthode eft plus expéditive que celle du rouet à filer ; mais elle n’eft pas auffi Lire pour donner au fil une égalité de tors dans toute fa longueur, dont on eft affiné avec le rouet: on 11e finirait ni compter les tours de roue, ni juger du tors j & quoiqu’on puilfe compter' le nombre de coups de poignet qu’on ,donne à l’arbre, comme les frottemens font très-inégaux, tel qui aura été plus vif, produira moins de tours qu’un aiitre qui, quoique plus lâche, aura été plus libre;1
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- & E T 0 F F E S DE SOIE.
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- TÎnfi tout engage à préféra* le rouet à filer. Cette méthode, toute défedlueufè qu’elle me paraît, eft Ci univerfellement adoptée dans quelques provinces où j’ai voyagé, que je n’ai pas cru pouvoir me difpenfer de la rapporter*
- 2081« Troijîeme moyen pour tordre le ligneul. Si la bifarrerie du génie eft fouvent caufe des différentes méthodes qu’on voit adoptées dans telle ou telle province , il finit convenir auftî que le défit de perfetftionner les. arts a de tout tems animé quelques ouvriers plus intelligens , & c’eft à eux qu’on doit le degré où ils font portés de nos jours. Les deux méthodes que je viens de rapporter font tres-imparfaites pour donner au fil l’égalité de tors qui lui eft fi effentielle. C’eft fans doute cette confidération qui a fait imaginer le moulin dont je vais rendre compte , & qui à mon avis atteint, autant qu’il eft pofîîble, le but propofé. J’ignore quel en eft l’auteur : je m’ern-prefferais d’en publier le nom ; mais je n’en ai vu qu’un , d’abord chez un peigner à Avignon , puis bientôt après un fécond à Nîmes, ma patrie. La reifemblance que'je lui ai trouvée avec quelque partie du moulinage des foies, dont j’ai toute ma vie été fort curieux, me l’a fait examiner de fort près; & quoiqu’alors je ne penfaffe pas que ce fût un objet au fît effentiel , de s’occuper du tors du ligneul avec autant d’application que je le voyais faire , je 11e pus me refufer à admirer un moyen aufli ingénieux , qu’on fubftituait à la méthode ordinaire de faire tordre le fil du ligneuul au fufeau par des femmes.
- 20g2. Defcription du moulin. La machine que j’entreprends de décrire, eft une des plus ingénieufes de celles qu’on emploie aux opérations de la , foie, & mérite une attention particulière; elle eft fort compliquée, mais je redoublerai d’attention pour me rendre intelligible à tous mes ledeurs.
- 2083. La figure 6>pLH, repréfente la cage de cette machine: fur une forte table formée d’une planche A, épaiffe d’environ deux pouces, & montée fur quatre pieds B, B, B , B, affemblés par autant de traverfes C , C, C,C,fonc plantés quatre montans D, D,E, E, dont deux, favoir ceux de devant D, D , font plus épais que les deux autres pour des raifons qu’oit déduira par la fuite. Ceux E, E, font affemblés à iix ou huit pouces de leur extrémité fupérieure par la traverfe F , à tenons 8c mortaifes, & les deux au. très D, D , le font à quatre à cinq pouces du bas parla traverfe L, dont nous aurons occafion de parler encore. Chaque couple de ces montans eft lui même affemblé par les traverfes H, H, à la hauteur de celle L; mais outre les tenons & mortaifes qui forment cet affemblage , on a foin de pratiquer une entaille de l’épaiffeur des traverfes, où elles entrent jufte, pour rélîfter mieux À l’ébranlement que reçoit fans ceffe cette machine quand elle eft en mouvement. Sur l’extrémité des montans D E, D E, font placées & chevillées les traverfes G, G, fur la largeur defquelles eft pratiquée une large rainure, profonde d’un demi-pouce ou environ: ces traverfes excédent la longueur Tome IX. X 11
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- de la machine de quelques pouces de chaque côté pour l’ufege dont noui parlerons. Les- deux traverfes I, K, qu’on voit au haut des montans D , D, y fout attachées, non pas à tenons & mortaifes, mais clouées, ou chevillées folidement, l’une K par - dedans, & l’autre I par - dehors, de maniéré que celles G, G, femblent repcffer deffus ; au moyen de quoi il fe trouve entre ces traverfes I* K,- un efpace déterminé par l’épailfeur des montans D , D*. qu’on a fait plus épais à ce deifein, pour y placer un pignon ou lanternon dont nous parlerons dans un autre moment.
- 2084. Si le leéteur veut fe donner la peine d’examiner toutes les pièces» dont nous venons de parler, il verra d’abord la maniéré dont les quatre-montans de la cage font entaillés, outre les mortaifes pour recevoir les trois; traverfes d’en.-bas; il verra auffi l’entaille avec épaulement qu’on pratique-au haut des montans D, D, pour y placer plus folidement la traverfe F,, car celle K n’eft que elouée contre ces mêmes montans ; mais pour lui donner plus de folidité, on attache fous cette traverfe & contre chacun de ces» montans D, D , un goulfet N, fur lequel elle repofe.. On peut remarquer, auffi aux.montans E, E,un enfourchement pratiqué dans le fens de la traverfe-F, qui ne doit pas y être aifemblée, mais dans une mortaife qui fe trouve-amdeffousicet enfourchement fert à.recevoir la traverfe mobile M, repré— Tentée à;part,J%-. g , dont je vais détailler la conftrudtion & l’ufage,
- 2og5. Cette traverfe a vers le milieu de fa longueur fix ou huit pouces»' de largeur, & fes extrémités font réduites à deux pouces ou environ. Les» trous a, a,.qu’on y voit, fervent à recevoir les chevilles B,-B , qui paffant en même tems dans les trous pratiqués au haut des montans E , E, tiennent cette traverfe M: à différentes élévations, fuivant le befoin. L’entaille A, qu’on; Voit au milieu , profonde d’environ, un pouce ou un pouce & demi, fert à; recevoir l’axe d’un guindre ; & pour l’empêcher de fortir de fa-place , on ferme-cette entaille au» moyen de la petite traverfe O, quand le guindre y eft placé y, au-deflus dè la -figure 8„& à la , même place fur la figure 6. Cette traverfe elÉ retenue par le fecours des chevilles p, p, qui entrent dans la traverfe F, ew c, 8, en paffant autravers des trous delà petite traverfe qui; leur cor-refpondent.
- 208Ô. L’autre bout de l’axe du guindre eft porté par la traverfe K, dont nous avons déjà dit un mot; mais telle qu’on la voit fur la figure 6 , elle nefaurait'fe prêter aux différens degrés d’élévation que nous avons viu qu’on pouvait donner au guindre avec la traverfe M : il a donc fallu, lui donner cette propriété5,& c’effià quoi l’on a pourvu , en pratiquant fur fort épaiifeur, fig. 9 , deux mortaifes a , a , qui la traverfent d’un côté à l’autre r &dans laquelle entrent les deux clefs b, b , de la piece de bois fig. 7, qu’om peut, tenir* à. l’élévation» convenable,; au» moyen: des chevilles qu’on place?
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- datis les trous c,c,t, &c. de la traverfe M. On pratique à cette pièce de bois une entaille pareille à l’autre, pour recevoir l’axe du guindre,& ou
- I y retient au moyen de la traverfe r , & des chevilles S, S.
- 2087. Dans la diftance que l’épaiifeur des montans D, D, a réfervée entre les traverfos I, K, 011 place le lanternon C, fig. jo , fixé folidement fur une partie quarrée; & les deux collets a 3b, roulent, favoir, celui a dans un conduit de fer d, attaché au -deffous de la traverfe I, & l’autre b dans un trou qui répond horifontaiement à ce conduit, dans la traverfe K, & en-dedans de la machine. Après le collet, eft une partie quarrée prifo fur l’arbre , fur laquelle eft fixée une roue dentée D , & retenue par l’écrou c. La fig. 11 repréfente le plan géométral de ces deux traverfes I,K, du lan-ternon C , & de la roue dentée D.
- 2088- Sur la face extérieure 8c au milieu de la traverfe I , eft un autre conduit de fer, dans lequel roule le collet d’un autre axe , fur une partie quarrée duquel eft enarbrée la roue B,fig. 12, qui fe meut horifontaiement, & engrene dans le lanternon C , au moyen des alluchons dont elle eft garnie.
- II eft aifé de fentir que cette roue paffe par-delfous la traverfe I, pour rencontrer le lanternon qui eft lui-même au-defîbus de cette traverfe, ainfi que nous l’avons dit. Au haut de cet axe eft une partie quarrée qui reçoit îa piece de bois E, fig. 13 , au milieu de laquelle eft un trou quarré à cet effet. Sur la partie alongée de cette piece de bois eft un autre trou , dans lequel on plante folidement une cheville, après avoir enfilé une poulie longue e,qui y eft retenue par une tête qui eft réfervée. C’eft cette poulie qui produit une révolution excentrique autour de l’axe quand la roue eft en mouvement, 8c fait aller les deux va-viem, dont nous parlerons bientôt.
- 2089. La partie inférieure de l’arbre defeend environ au tiers de la diftance entre les traverfes I & L, 8c eft terminée par une partie quarrée qui entre dans la manivelle C>fig. 14,pl. Il, qui eft parfaitement femblable au fût d’un vilbrequin. Au milieu de la traverfe inférieure &„fur fon épaif-feur, eft attaché un autre conduit qui doit être bien à-plomb avec celui d’en-haut. C’eft là que palfe le collet d’un autre arbre , fur lequel eft réfervée une partie quarrée pour recevoir la poulie T à double rainure; le bas de cet arbre eft terminé en pointe , 8c roule dans une grenouille de cuivre entrée de toute fon épaiff'eur fur la table A de la machine, & le haut eft un quarré propre à entrer dans la manivelle : nous verrons ailleurs i’ufage de cette poulie.
- 2090. Il eft à propos de pratiquer fur l’épaiffeur delà poulie T une double rainure ,pour y placer deux cordes fans fin, dont l’une fait mouvoir îa poulie R à droite , & l’autre celle S à gauche ; mais en fixant ces deux
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- art bu fabricant
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- dermeres fur leur arbre , il faut avoir foin de les mettre chacune à la hauteur de la rainure de la grande poulie, à laquelle elles doivent correfpondre. La pointe de l’axe de ces trois poulies repofe dans une grenouille entrée de toute fon épailfeur dans la table, & les axes des poulies R , S, font tourner les deux rochets P , Q_> dans les trous defquels ils entrent à frottement dur. C’eft la rotation de ces rochets qui donne au ligneul le tors qui lui convient ; mais il ne fuffit pas qu’on parvienne à le tordre, il faut encore qu’il fe déroule également, pour qu’aucune partie ne foit plus tordue qu’une autre : nous allons pas à pas découvrir les moyens qu’on a mis en iffage pour obtenir cet effet.
- 2091. Sur l’axe ou fufeau qui reçoit les rochets P, Q_» & au-deffus de ces rochets, eft une piece de bois tournée , de la forme qu’on voit, fîg• I f, qu’on nomme coronelle. Elle a la liberté de tourner fur cet axe qui l’enfile par fon centre; & pour donner à cette piece un peu plus de pefanteur, on l’é-vide par-deflous, en la tournant de maniéré à en former une elpece de taffe dont l’entrée eft plus étroite que le fond , & qu’on remplit de plomb fondu ; mais pour ne pas perdre le trou du centre par lequel elle roule fur l’axe, on fait entrer dans ce trou une cheville de bois qu’on retire quand le plomb eft refroidi, & par ce moyen on peut aifémentla mettre en place. Ce n’eft pas affez d’avoir garni cette coronelle de plomb , on 11e donne par - là qu’un peu de frottement fur la tète du rochet, pour que le fil 11e fe déroule pas trop vite ; mais elle pourrait encore fortir de (k place ; c’eft pour cela qu’on l’y arrête au moyen de la petite cheville de bois qui entre dans un trou pratiqué au haut de l’axe, & qui le perce de part en part.
- 2092. Si l’on eût abandonné le déroulement du fil du rochet au mouvement de l’afple qui l’attire , comme nous le verrons plus bas , il en ferait fou vent forti dans le plus grand défordre , comme une pelotte de ficelle qui s’éboule»C’eft à quoi l’on a pourvu au moyen des deux bras a, b, qu’on voit fig- \ 2 , pi. U. Ces bras ne font autre chofe qu’un bout de fil d’archal, à chaque extrémité duquel 011 forme un anneau ; mais avant 011 le paffe par lès deux bouts à la fois dans deux trous pratiqués obliquement fur la partie convexe de la coronelle , de façon que les côtés par où ils fortent fe trouvent diamétralement oppofés l’un à l’autre , après avoir fuivi l’efpece d’enlacement qu’on voit en a , b ,fig. 15. C’eft après cet arrangement qu’on fait les anneaux dont il a été parlé, & on les dirige l’un en - haut, à peu près perpendiculairement à l’axe , & l’autre environ vers le milieu du rochetj par ce moyen ,îe fil en fe développant eft toujours dans une pofition à peu près perpendiculaire, ce qui empêche qu’il ne fe mêle. Je reviendrai lur tous ces détails , lorfque, pour les faire mieux feinirjje ferai voir au lecteur la machine entière en mouvement»
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- 2093. L’objet de toute cette méchanique eft de tordre le fil, & de le recevoir à mefure fur un guindre ou afple , qu’on voit au haut de la machine. Avant de pafler plus loin , il eft à propos de connaître la ftru&ure de cet uftenfile ; & quoiqu’on puifle le diftinguer alfez nettement fur la figure 12, je crois qu’il eft à propos d’en aller chercher l’enfemble & les détails dans la fig. 16. B , B , font deux croix ou croifieres de bois , alfemblées par le milieu ami-bois, & dont chaque rayon eft à angles droits avec les deux autres ; au bout de chacun eft pratiquée une entaille de deux pouces de profondeur ou environ, 8c d’une épaiflèur propre à recevoir les ailes A j A , A , A, qui y font ordinairement chevillées : je dis ordinairement, car quelques ouvriers plus intelligens ont quelquefois foin de n’en cheviller que deux , pour l’ufage que je rapporterai ailleurs. Au centre des deux croifieres , eft un trou quarré , fervant à recevoir l’axe D , fur lequel tourne le guindre; mais cet axe 11’eft pas conftruit d’une façon ordinaire,# a befoin d’être détaillé.
- 2094. La partie C, dont la longueur détermine fécartentent des croi-fieres entr’elles , eft cylindrique & de bois i à chacune de fes extrémités eft un trou équarri vers fon entrée, qui va en diminuant vers le fond, pour recevoir la tige de fer, dont les deux bouts font terminés en pointe, 8c quarrés pour entrer avec plus de force dans le cylindre 8c ne point tourner dedans. La partie pleine A , entre jufte dans les croifieres qui font retenues en place au moyen d’un autre cylindre coté D ,7%. 16 ; ce cylindre eft fixé fur le guindre au moyen de l’autre bout delà broche qui y entre comme à celui C ; 8c par cet arrangement qui fe répété à chaque bout, ainfique nous l’allons voir , les croifieres font retenues folidement en place, fans pouvoir fe déranger : le bout de cette partie de l’axe eft terminé par un collet, par où le guindre repofe dans l’entaille de la traverfe mobile de derrière la machine,/g. 12. La partie antérieure de l’axe eft toute de fer & quarrée , ainfi que le reprélente la fig,.17, où l’on voit en b 3a queue qui entre dans le cylindre c 3 8c retient les croifieres contre l’épaulemenc e ?
- 8c le quarré c , d va en diminuant infenfiblement vers d, pour que ,1a roue dentée qu’on place deifus, ne puilfe pas s’éloigner vers le guindre j enfin 0:1 voit eiu, un collet par où repofe le guindre fur la traverfe mobile du -devant de la machine.
- 2095., Au bout de l’arbre A , qui porte le lanternon C ,j%. 10 ,/?/.//, eft fixée fur un quarré fait exprès, une roue dentée D, qui eft retenue en place parle boulon à tètec, au moyen de quoi le lanternon C fe trouve entre les deux traverfesl, K delà machine, 8c l’arbre roule fur les deux collets dans l’épailfeur de ces traverfes ; la roue D eft en - dedans, fans autre appui que ces collets ; elle engrene dans celle qui tient à l’axe d»
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- guindre, & lui communique le mouvement qu’elle reçoit de la roue horifontale , dont les alluchons font tourner le lanternon.
- 2096. Au haut de l’arbre de la roue horifontale , eft une partie quarrée qui reçoit la piece excentrique ^,au bout de laquelle eft un trou dans lequel entre à vis le petit boulon de fer/?, qui palfe au centre d’une poulie qui a environ un pouce de haut, & reçoit les boucles formées aux bouts des ficelles c ,c, qui mènent les varient b , b , & paffent fur les poulies /, l, pour communiquer le mouvement dans la direction des coulilfes G , G. On fent aifément que ,lorfque l’excentrique eft à gauche, par exemple ,le va-vient de ce côté recule vers le bout de la machine, puifque la ficelle à laquelle il eft attaché, eft lâchée de ce côté; & par un effet oppofé, l’autre eft attiré en-devant. Pour contrebalancer ces mouvemens, on met au bout de chaque va-vient un contrepoids fufpendu à une ficelle qui paffe fur les poulies/,/, dont celle à droite eft cachée par le guindre. Il me refte à faire voir la machine en mouvement.
- 2097. Toutes les pièces étant mifes en leur place ,ainli que repréfente la fig* 12 , l’ouvrier s’aftied au - devant de la machine, & prenant de la main droite la manivelle, il la fût tourner de gauche à droite, & opéré deux mouvemens, l’un en-haut pour le guindre & les va-vient , & l’autre en- bas pour les rochets qui contiennent le fil. Il eft inutile d’ajertir que le fil doit être doublé à la quantité de brins néceffaires quand fin met les rochets fur ces fufeaux; car cette machine 11e fert uniquement qu’à le tordre.
- 2098- D’abord par en-haut, la roue horifontale B fait tourner lelan-t'ernon, & par conféquent la roue dentée qui eft au bout de fon arbre : cette derniere fait tourner la roue qui eft fur 1 arbre du guindre , & lui procure un mouvement plus ou moins rapide , félon que cett*e derniere eft plus ou moins grande. C’eft ici le lieu de faire fentir l’utilité des traverfes mobiles qui reçoivent l’axe du guindre ; car fi l’on veut mettre une roue d’un plus grand diamètre au bout du guindre , il faut de toute néceflité le hauffer, & c’eft à quoi fervent les trous pratiqués fur la hauteur des queues b>b± de la traverfe de devant fig. 18, & ceux pratiqués dans la traverfe de derrière M. Le guindre tourne donc de droite à gauche ; & fi l’on y attache les bouts du fil qui font fur les rochets P , Q., il les attirera à lui & en formera deux écheveaux. Jufques là le fil fe développerait fans fe tordre, fi le mouvement des poulies R, S , T, ne lui procurait cet avantage'au moyen des deux cordes fans fin qui les embraffent, favoir, l’une à droite, & l’autre à gauche. La poulie S fait tourner le fufeauO,fur lequel elle aft enarbrée, ainfi que le rochet qui y eft fixé. La fixation de ce rochet fur fon fufeau, ferait un obftacle au développement du fil, fi la coronelle r n’était mobile
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- relle Fait moins de tours que le rochet, parce que le fil que le guindre appelle fans ceffe , l’en empêche, pour fe prêter au développement. Il n’eft pas «lu tout indifférent de quel côté l’on faffe dérouler le fil de deffus le rochet j
- en fuivant le mouvement de gauche à droite à la manivelle, on verra que le rochet tourne de droite à gauche, qu’il femble envelopper le fil au lieu de le développer, ce qui convient parfaitement, pour ne le laiffer échapper qu’à mefure que le guindre le demande & que les coronelles le permettent : c’eft donc du même fens où le fil a été mis fur le rochet, qu’il doit être placé fur la .machine.
- 2099. Le fil ainfi attiré par le guindre en fortant de deffus les rochets placés l’un vis-à-vis de l’autre , formerait un écheveau double ,dontles brins fe mêleraient, fi l’on n’y avait pourvu par les va-vient, Il a fallu d’abord placer un guide immobile k, fur chaque traverfeG,G, au haut de la machine perpendiculairement à chaque fufeau , pour que les bras a, b des coronelles r ne fuffent pas fatigués par un tiraillement dont la diredion variât fans ceffe; & pour empêcher la réunion des écheveaux au même point furie guindre, on met fur la longueur des va-vient, à différens trous , un guide qu’on change de place quand on le juge à propos : mais il faut toujours avoir foin qu’ils 11e fe rencontrent jamais fur une même ligne ; car 011 tomberait dans l’inconvénient qu’on a deffein d’éviter, la réunion des écheveaux.
- 2100. II? ne faut pas croire que le plus ou moins de tors qu’on veut donner au fil puiffe fe déterminer par la force ou la lenteur du mouvement de la manivelle motrice de toute la machine ; car fi le mouvement eft très-rapide, il eft clair que les fuféaux tournant foitvîte,le fil femble devoir être très-tordu : mais en revanche il eft appelle fort vite parle guindre qui tourne lui-même très-rapidement. On réglé le plus ou moins de tors par la grandeur de la roue dentée qu’on met fur l’axe du guindre : & en effet, dans un nombre donné de tours delà manivelle , il eft évident qu’une grande roue au guindre lui aura fait faire moins de révolutions qu’une plus petite : il ne faut, pour s’en convaincre, que fuivie les révolutions de chaque piece. Suppofons que le Janternon faffe vingt tours , la roue qui eft fur le même arbre en aura fait autant; fuppofons encore que cette roue ait quarante dents , fi celle du guindre n’en a que dix, à chaque révo-Iution de la grande, l’autre en aura fait quatre ; mais fi elle en a quarante f elle fera tour pour tour, & moins fi elle en a plus. L’explication des planches fuppléera à ce qui pourrait manquer à ma defcription ,& rendra un compte plus particulier des pièces qui compofent toute la machine1/ Je n’ai plus qu’à ajouter un mot fur un ufage très-vicieux qu’on a adopté pour retirer les écheveaux de deffus le guindre,& à propofer uiï.expédieâ# auffi fimple qu’avantageux pour y remédier*
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- 2iot. Lorsqu’il s’agit de les retirer, on ne (aurait en 4enir à bout qu’avec force, ce qui en peu de tems fatigue & brifcja machine. Ne ferait il pas plus (impie de ne cheviller fur les croifieres du guindre', que deux des quatre aiies , & de faire aux deux autres les entailles plus profondes pour recevoir une traverfe amincie par un bout, & par l’autre réduite à une pareille largeur, au moyen d’une entaille ; de façon qu’en la frappant vers le bout, elle tombe fur la partie étroite & dans l’entaille.; & la traverfe , en s’enfonçant auffi dans l’entaille , donne de la liberté pour retirer les écheveaux : mais il faut avoir attention que ces encroches ou entailles foient % ;es à l’écartement des croifieres; & quand on veut les remettra en place, on frappe furie bout , qui les fait remonter ainfi que la traverfe. On pourrait encore, pour ne retirer les écheveaux dont on a befoin que par un bout, mettre quatre coins, & en n’ôtant que ceux d’un bout, ne retirer les écheveaux que par là. L’expédient que je propofe pour retirer les écheveaux de deifus le guindre a quelques avantages fur les traverfes entaillées dont j’ai parlé plus haut ; entr’autres, de ne donner ilfue aux écheveaux que par le bout qu’on veut, au lieu que les traverfes une fois baillées, tous les écheveaux deviennent lâches & courent rifque de tomber ou de fe mêler. Il eft vrai qu’en ne retirant les coins que par un bout, l’autre s’élargit un peu ; & la cheville qui retient les ailes , fe caife aifément-à caufe de l’écartement forcé : ainfi , tout confidéré , je penfe qu’il vaut mieux fe fervir des clefs entaillées ; on en fera quitte pour un peu d’attention ; & les mouliniers ne préféreraient pas cette méthode pour la foie qui eft infi* niment plus précieufe, fi les avantages ne l’emportaient pas fur les inçon-véniens.
- 2102. Lorsque le fil a reçu par le moyen de cette machine un tors convenable , il eftnéceffaire de le redevider fur des rochets, pour lui donner un autre apprêt, qui confifte à le poiffer, ainfi que nous allons le voir. Mais quoique ce devidagene foit ni difficile, ni compliqué ; comme chaque art a fes procédés diffiérens, même lorfqu’on fe propofe le même but, il eft à propos de décrire ceux que les peigners emploient à cet effet.
- 2103, Maniéré de dévider le fil tordu. Il eft certain que le tors qu’on vient de voir qu’il eft à propos de donner au fil pour en former le ligneul , lui donne beaucoup de roideur & de dureté ; c’eft la raifon fans doute pour laquelle les peigners n’ont pas adopté les dévidoirs dont l’ufage eft fi ordinaire par-tout; ils en conflruifent de très-forts & très-folides , tels qu’on en voit unfig* 19 , pl. IL Sur la circonférence d’un moyeu B , font pratiqués quatre trous à angles droits, deux par deux, fur deux lignes, pour qu’ils ne fe rencontrent pas au travers du moyeu : ces trous doivent être quarrés j
- reçoivent à frottement un peu jufte les quatre ailes AjA,A,A, qui
- forment
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- Forment la croix, & au bout defquels font affemblés à tenons & mortaifes quatre croiiTans C, C, C,C, placés fuivant la longueur du moyeu. On connaît, à la fimple vue de cette tournette , qu’elle peut changer de diamètre à volonté , & fe prêter à la grandeur des écheveaux , qui varie fuivant les guindres où ils ont été faits ; il ne s’agit pour cela que de pouffer ou de tirer à foi chacune de ces ailes. Il eft encore nécelfaire de pouffer une des ailes ,, quand on veut mettre un écheveau fur ce dévidoir ou l’en retirer j & quand il y eft placé , on doit la retirer au point convenable. Ce dévidoir tourne verticalement fur un axe qui paffe par le centre du moyeu b ; & pour qu’il n’approehe pas trop du montant, on réferve à cet arbre un renflement qui pofe contre le montant, & à l’autre bout eft un tenon quarré par où il entre dans ce montant qui lui-même eft planté dans un billot ou dans une pierre allez lourde pour donner de la folidité à toute la machine. On arrête la tournette fur fon axe au moyen d’une cheville de bois qu’on met dans le trou qui eft au bout de l’axe.
- 2104. Pour fe fervir de cette machine , il en faut une autre, dont voici la defcription. Sur une planche K , fig. 20 , font plantés deux montans L , L, à huit ou dix pouces de diftance l’un de l’autre ; au haut de chacun eft une entaille m, m, propre à recevoir les collets de l’arbre M, où il eft retenu par les chevilles n^n; enfuite du collet eft réfervée une partie quarrée, fur laquelle on place la roue N, dont l’office n’eft autre que d’accélérer la rotation de la machine ; & enfin l’arbre fe termine en pointe de quatre à cinq pouces de long, d’un diamètre fuffifant pour y pouvoir placer un rochetO , iur lequel on dévidé le fil. L’ouvrier tient de la main gauche le fil qu’elle conduit fur le rochet, pour qu’il s’y répande également, & delà droite elle frappe du plat de la main , en retirant le bras à elle, fur l’arbre entre les deux montans, & procure par-là une rotation très-rapide à cet arbre, & conféquemment au rochet ; elle répété ces coups de main auffi fouvent qu’il eft nécelfaire pour entretenir le mouvement. L’arbre de cette machine eft compofé de trois pièces , le gros deTarbre eft de bois ; à droite eft un collet qui y entre avec effort. Dans l’autre extrémité du cylindre^ entre une tige de fefappointie en o à cet effet, enfuite arrondie pour fervir de fécond collet\ enfuite eft un quarré qui reçoit la roue, & enfin eft la pointe fur laquelle on place le rochet. Au moyen de cet uftenfile, le devidage fe fait.fort vite; après quoi on paife le fil à la poix, cofnme on va le voir.
- 210 f. Maniéré de poifier Le fil pour en faire le ligneul. Le fi), avec lequel on arrête les dents fur les jumelles ne prend le nom de ligneul que lorfqu’après toutes les préparations dont j’ai rendu compte jufqu’ici , on l’a enduit de poix fondue~‘& préparée pour cela. La poix dont 011 fe fert n’eft pas pure , c’eft ordinairement delà noire > on y mêle une certaine quantité de poix-Tome IX. V v v
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- réfine & de fain-doux ou de fuif de chandelle ; quant aux dcfes dont’ c£ mélange eft compofé, il n’y a rien de déterminé ; chaque peigner le com-pofe à fa fantaifie; quelques-uns m’ont alluré que fur une livre de poix noire, on mettait deux onces de poix-réfine neuve , & environ une once de fain-doux ou de fuif. 11 faut faire fondre cela dans une marmite de terre verniffée neuve; & quand on veut s’en fervir, on met la marmite fur le feu, ayant foin que la matière bouille continuellement; alors on paife le. fil dedans , & il n’en prend que ce qu’il lui faut pour parvenir à la grolfeur dont on a befoin.^ Mais ce n’eft pas affez de l’abandonner ainfi au hafard, on a imaginé diverfes méthodes pour régler cette groffeur dans toute fa longueur. Parmi ces méthodes il y en a fans doute de meilleures les unes que les autres , mais je me contenterai d’en faire voir trois des plusufitées & des plus commodes, telles que je les ai vu pratiquer aux peigners les plus habiles, de qui je les tiens.
- 2106. Ptemïere manière depoififerh fil. On place une marmite fur un trépied, St on entretient deffious un feu fuffifant pour tenir la liqueur bouillante. Au côté droit de la cheminée & en-dedans , font feellés deux forts pitons, dans l’anneau defquefs paffe une broche de fer, fur laquelle eft placé un rochet quffe déroule à .mefure qu’on en a befoin. L’ouvrier prend un bout de ficelle un peu grolfe, & fait un nœud au milieu, dans lequel iï fait paffer le fil du rochet, & à mefure que ce fil fort de la marmite, ce nœud lui fert de filiere pour en régler la groffeur. Il fallait un moyen pour déterminer le fil à aller fie plonger dans la poix qui eft dans la marmite j c’eft ce qu’011 obtient au moyen d’une fourchette de fer, au bout de laquelle eft un tenon qui pafle dans un trou pratiqué au milieu d’un morceau de bois qui, appuyé contre les parois intérieures de la marmite, retient cette fourchette dans une pofition perpendiculaire; au moyen de quoi le fit qu’011 palfe d’abord entre les deux pointes fe plonge dans la marmite, & s’y imprégné d’une quantité fuffifante de poix, dont enfuite la filiere ôte le fupeyflu.
- .2107. Il faut dans ce travail avoir attention d’enduire les doigts de la main droite avec un peu de fain-doux , pour empêcher que la poix ne tienne aux mains ; St à mefure qu’elle fe diffipe, on en reprend dans une terrine qu’on place à cet effet fur la cheminée.
- 2icg. La poix dans cette opération ne le fige pas très-promptement ; c’eft pourquoi il faut avoir foin de placer chaque tour par terre , & non les uns fur les autres, du moins autant qu’011 le peut, attendu qu’ils fe collent enfemble, & que ceux qui font dans une pofition inclinée occa-, fionnent l’écoulement de la poix vers la partie inférieure , St le fil devient dans toute fà longueur plein d’inégalités ; inconvénient auquel la filiere devait remédier , & qu’on ne finirait éviter, malgré toutes les précautions que je viens de recommander. On 11’eft jamais alluré d’une parfaite égalité
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- dans la longueur du ligtieul, parce que, comme nous l’avons déjà dit, quelque foin qu’on prenne pour étendre les tours , à niefure qu’on le tire, comme la poix refte long -tems chaude, elle defcend par fon propre poids , & le trouve plus épaiife d’un côté que de l’autre j mais cçs défauts n’empèchent pas beaucoup d’ouvriers de fuivre cette méthode.
- 2109. Parmi ceux qui en tirant le ligneul le lailfent tombera terre , il y en a qui fe fervent pour fiiiere , d’une palette de bois , au milieu de laquelle eft un trou de la-groifeur qu’on déliré. O11 tient cette palette de la rmain gauche , tandis que Ja droite tire le ligneul. Cette fécondé méthode eft préférable quant à la fiiiere dont le trou peut être très-rond , ce que la ficelle ne faurait produire. On grailfe eette palette de tems en tems avec un peu de faiu-doux , pour que la poix ne s’y attache pas : on a autant de palettes qu’on veut de différentes grolfeurs de ligneul, & on les numérote pour les diftinguer plus aifëment au befoin. Quand on a poilfé une certaine quantité de ligneul, & qu’il eft bien refroidi, on le dévide par petits paquets entre le pouce & l’index de la main gauche, ou fur les trois premiers doigts , en le conduifant avec la main droite ; on lie enfuite ces paquets par le milieu avec la fin de chaque bout, & on l’arrête par un nœud coulant pour le ferrer fans craindre qu’il fe mêle.
- 2110. Seconde manière de poijjer Le fil. Les peigners qui emploient la me-thode que je vais rapporter , placent une marmite remplie de poix & autres ingrédiens fui le feu 5 ils fe fervent d’une palette dont le trou eft plus ou moins grand , fuivant la grolfeur qu’on veut donner au fil, 8c faifant de la main droite tourner un afple , iis l’enveloppent de ligneul à mefure qu’il fort de la marmite , 8c en forment par ce moyen un écheveau en fort peu de tems. Cet afple, fig. 21 , eft porté fur un chevalet, dont la conf-tru&ion n’a befoin que de folidité. Sur un chaffis formé de deux pièces de bois A, A, affemblées parles. traverfesB, B, s’élèvent deux forts mon-tans C , C, retenus par les areboutans E , E,E ,E, qui s’affemblent haut & bas à tenons & mortaifes , ainfi que toutes les autres pièces. Au haut de ces montans eft une entaille où repofe faxec ,d, & leur écartement eft déterminé par la longueur du moyeuD, au milieu duquel font percées deux mortaifes qui fe rencontrent au centre, car les tenons des quatre^ bras G, G , G, G, n’y entrent, guere que d’un pouce ou un pouce 8c demi* & chaque bout de ce moyeu eft convexe , pour diminuer les frottemens contre les montans C , C. Au bout de chaque bras eft un tenon qui reçoit les ailes F, F, F, F , au moyen d’une mortaife pratiquée fur leur épaift feurs & pour plus de foliditéces ailes y font chevillées.' L’axec,d, eft fait de deux pièces : la partie c a un tenon quarré qui reçoit la manivelle, & toutes deux font arrondies pour fervir de collet, & ont leurs extrê-
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- mités appointes pour entrer quarrément dans le moyeu. La manivelle H eft faite le plus fimplement poflible ; c’eft un morceau de bois de quatre à cinq pouces de long, à l’un des bouts duquel eft un trou quarréau calibre du quarré de Taxe, & à l’autre eft un trou rond qui reçoit la cheville à tète e , laquelle entre dans la poignée.
- 21 11. Cette méthode n’a que l’avantage de la filiere de bois ou palette,, pofir donner au ligneul une égalité de groifeur dans toute fà longueur 5 encore fi l’ouvrier n’y prend garde, le trop de poix que la petitelïe du trou force de refluer contre la palette, s’y fige , fe durcit & diminue infenfible-ment le diamètre du trou, au point que fi l’on n’avait foin d’approcher la palette du feu de tems en teins, le fil fe trouverait à la fin réduit à un tiers, au plus de la groifeur qu’on avait delfein de lui donner: on peut auffi l’enduire de fain-doux à mefure que la poix paraît s’y anraffer. 11 y a un autre inconvénient auquel il n’eft pas aifé d’apporter remede j c’eft que les fils couchés fur l’afple fe trouvent plus chargés de poix, & par conféquent plus gros près des ailes. La poix conferve affez long-tems fa fluidité , & le mouvement de rotation la lait tendre à s’échapper \ mais retenue par une furface qui eft l’aile , elle s’y fixe , & de proche en proche le fil s’en trouve plus, chargé que dans les entre-deux. Mais , dira-t-on, la poix eft-elle tellement nécellaire qu'on ne puiife lui fuhftituer des réfines, des gommes & autres fubftances ièmblables? Oui, fans doute, il faut que la matière dont on enduit le fil foit dure fans cafter, réfifte aux frottemens, & fur-tout puifte fe prêter aux contours que le ligneul décrit fur les jumelles , finis éclater ou s’égrener. D’ailleurs,lorfque le peigne eft fait & qu’on le met en œuvre dans, les rainures du battant qui le reçoit, il y éprouve des faccades & des ébran-lemens multipliés * & fi la matière dont le fil eft enduit n’était pas liante * elle ferait bientôt anéantie, au grand dommage du peigne, dont les dents, font comme amalgamées avec les jumelles par le moyen de la poix. Il faut, croire qu’on ne s’en tient à cette fubftance qu’après avoir eifayé de beaucoup d’autres qui 11’ont fans doute pas rempli le même objet.
- 2112. J’ai dit que l’ufage del’afple était fujet à un très-grand inconvé-
- nient: cependant on trouve beaucoup d’ouvriers qui s’en fervent ; & lorf-qu’ils le jugent fuffifamment rempli, ils redevident ce ligneul par longueurs, entre le pouce & l’index de la main gauche, en croifant chaque tour, ou bien fur quatre doigts , comme je l’ai dit plus haut. Voyons maintenant une autre méthode. i
- 2113. Troijîeme maniéré de poifei le ligneul. La maniéré dont j.e vais parler n’eft pas entièrement différente des précédentes 5 l’ouvrier place la marmite fur un trépied , comme on l’a vu, & le rochet fur une broche au côté-droit en-dedans de la cheminée y mais au lieu d’une palette de bois , ilpofe
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- fur la marmite même une planche fixée avec des clous fur des tafleaux, dont l’écartement eft à peu près égal au diamètre fupérieur de la marmite, pour qu’en tirant le fil la planche ne puiife pas fe déranger. Au milieu de cette planche font pratiqués plufieurs trous de diftérens diamètres pour toutes les grolfeurs de ligneul. Au moyen de cette planche, on a les mains libres pour diriger le ligneul fur un afple, comme à la précédente maniéré , ou fur un rouet , qui n’a pas le même inconvénient. Un autre avantage que procure l’ufage de la planche qui fert de filiere , eft d’y attacher la fourchette entre les pointes de laquelle paife le fil au fond delà marmite. On eft dit penfé par-là d’arrêter cette fourchette, comme on l’a vu précédemment. Ainfi, quand on veut palferle fil fous la fourchette , on enleve la planche & la fourchette à la fois. Un autre avantage eft, que cette planche fervant.de couvercle à la marmite, s’échauffe & le trou par où paffe le ligneul n’eftia-rnais bouché par la poix qui retombe à mefure dans la marmite. Il faut avoir foin déplacer le rouet bien en face de la marmite, afin que le ligneul ne tombe pas à droite ou à gauche 5 & même pour le placer plus également, on fe fert d’une baguette fur laquelle il glilfe & qui le dirige à volonté.
- 2114. La conftruétion de ce rouet eft on ne peut pas plus fimplej ce n’eft autre chofe qu’un bâtis de bois, cempofé de deux pièces allem-blées par les traverfes là tenons & mortaifes , fur lequel s’élèvent quatre montans affemblés par le haut au moyen de deux traverfes , au milieu defquelles eft une entaille où fe place l’axe du rouet cet axe eft retenu par un taffeau qu’on fixe avec deux chevilles. Quant à la roue, c’eftàpen près celle d’un rouet ordinaire, compofée d’un moyeu , au centre duquel paife l’arbre1, & fur fa circonférence font alfemblés fix rayons , au bout defquels eft retenue la cerce ou cercle de bois mince avec quelques clous d’épinglei les deux bouts de ce cercle font amincis pour être l’un, fur l’autre, fans en augmenter l’épailfeur. La manivelle eft formée d’un morceau de bois de fixa fept pouces de long, à l’un des bouts duquel eft un trou quarré qui reçoit le fiout de l’arbre, & l’autre reçoit une longue cheville à tête , qui paife au 'travers du manche, & lui permet de tourner quand on la tient dans la main. Il eft certain que l’ufage de ce rouet eft préférable à celui de l’afple, parce que la furface fur laquelle fe couche le fil, étant continue, force la poix de fe fixer à l’endroit où la filiere l’a placé ; au lieu que, comme nous l’avons vu, les vuides qui fe trouvent: à l’afple, lui permettent de couler vers les ailes. La maniéré de relever la fil de delfus ce rouet eft la même dont on a parlé précédemment-
- 2115. On vient de voir trois maniérés d’enduire le ligneul. La première: confifte à l’étaler*par terre à mefure qu’on le retire de la marmite, la fécondé en le dévidant fur un afple, la troifieme enfin en le recevant fur un rouet.
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- Ces trois opérations exigent que ce travail fe falTe dans une chambre, où le feul remede contre l’odeur forte que cette compofition exhale, a été de placer la marmite dans une cheminée, par où ie courant de l’air en emporte la plus grande partie ; mais cette odeur fe fait encore bien fentir à tout le voiilnage , malgré cette précaution: c’eft pour cela que plusieurs peigners ont coutume de faire ce travail dans une cour ou jardin, où le grand air dilfipe promptement cette odeur : on pourait même conftruire un hangard propre à cela, qui ne demanderait pas beaucoup de place.
- 2116. Maniéré, de poijjer le fil dans une cour ou jardin. Lorfqu’on poiife le ligneul en plein air, il faut fubftituer un fourneau à la cheminée, non pas cependant que cela foit indifpenfable, puifqu’on pourrait en conftruire une fous un hangard; mais pour plus de commodité on fe fert de fourneaux. Chaque pays a encore fes uftenfiles particuliers ; ici on fe fert de fourneaux de tôle , là de terre, & autre part de ceux qu’011 voit communément dans les cuifines , conftruits en plâtre & montés fur quatre pieds-pour être plus portatifs. Ceux de tôle ne font autre chofe qu’un cylindre de fer battu qu’on nommztôle^fig. 1 ,pl. IIfi Le fond eft monté fur trois pieds, & emboîte à recouvrement le corps du cylindre, qui y eft attaché avec des rivures. On a auftî coutume, pour plus de folidité , de mettre fur la hauteur deux cercles de fer, l’un au bord fupérieur, & l’autre en-bas. A peu près au tiers de fa hauteur eft attaché en-dedans un cercle de fer, ou au moins des portions de cercle, pour foutenir la grille qui n’eft elîe-mème qu’un cercle de fer aifez fort, fur lequel eft foudée à la forge ou rivée une quantité plus ou moins grande de tringles auffi de fer , qu’il eft: à propos de placer triangulairement, & non à plat; afin que la cendre trouvant deux plans inclinés, tombe & ne bouche pas les intervalles , ce qui ralentit l’aélivité du feu.
- 2117. Sur le devant du fourneau ,(&j’appelle devant, le côté oppofé à la jointure des deux bouts de la tôle) eft pratiquée une ouverture plus haute que large, qu’on ferme au befoin avec une porte eeintrée ; & même à cette porte qui fert à mettre le bois ou le charbon dans le fourneau , 011 en pratique une plus petite, comme à un poêle ordinaire. Cette dernière fert à donner de l’air au feu , qui fans cela s’éteindrait ou du moins fe ralentirait beaucoup. La maniéré dont on ferme ces deux portes avec de petits loquets, eft connue de tout le monde. Pour pouvoir tranlporter ce fourneau plus commodément, on y attache à deux points oppofés de fa circonférence, des anfes de fer, qu’on faifit avec des poignées de bois ou quelques chiffons, pour ne pas fe brûler. Il y a des ouvriers qui, quand ils placent la marmite fur ce fourneau, avant d’allumer le feu » luttent tes bords avec de la terre à four, ou autre, pour concentrer mieux la ch a*
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- leur. Cet expédient eft fort bon en lui-même ; mais fi l’on n’avait point attention , ou de laiffer une ou deux ouvertures oppofées fur la circonférence, ou de pratiquer quelques trous au haut du fourneau, on verrait infenfibîement le feu s’éteindre, ou pour mieux dire, on ne faurait venir à bout d’allumer , car tout le monde fait qu’il lui faut un courant d’air.
- 2i ig- La marmite étant fur le fourneau , il eft indifpenfable d’avoir un point d’appui pour placer le rochet fur lequel ell le fil; c’eft à quoi l’on a pourvu , en imaginant de fe fervir d’une efpece de petite cantre ; & quand on veut travailler, on place au - delfus de la marmite la même planche dont nous avons déjà parlé , & qui y eft retenue au moyen de deux taffeaux qui y font attachés. Le rouet fur lequel on enveloppe le ligneul, eft entièrement femblable à celui dont nous avons déjà donné la defcrip-tion ; mais comme le fourneau fur lequel on place fe marmite eft beaucoup plus haut que le trépied fur lequel on la mettait, & qu’il eft néceffaire que cette marmite foit beaucoup plus baffe que le rouet, il a fallu exhauffer ce rouet au moyen des quatre pieds qu’on a plantés fous fa bafe.
- 2119. Je dis qu’il faut que le rouet foit plus haut que la planche ou fàliere qui eft fur la marmite : en effet, la diredion fuivant laquelle il faut que le fil en forte pour que le ligneul foit rond , eft la ligne perpendiculaire , fans quoi ni la rondeur ni la groffeur des trous qu’on aurait déterminés n’influeraient fur celles du ligneul qui fe trouverait d’autant plus applati & menu que cette diredion ferait plus oblique. Aufîi le bâton que tient l’ouvrier à fa main gauche , fert autant à relever le fil en fortant de la filiere , qu’à le diftribuer également fur le rouet.
- 2120. On voit,j£g. 1 , pl. 111,l’ouvrier en opération ; à côté de lui eft une corbeille remplie de rochets pleins de fil, & plus loin un autre panier rempli de charbon pour entretenir un feu égal fous la marmite. Lorfqu’on 11e veut pas faire la dépenfe d’un pareil fourneau , on peut fie fervir d’un réchaud de terre decreufet, dont l’ufage eft fi commun * d’autres fe fervent de celui qu’on voit dans prefque toutes les cuifines; mais on y ajoute une double porte pour régler plus fûrement la force du feu. On peut avec ces fortes de fourneaux tirer le ligneul des trois maniérés dont j’ai parlé ci-devant. On fe place où fon veut ; l’odeur s’évapore plus aifément, le jour eft plus beau , & la poix eft bien plus tôt refroidie : ainfi tout engage à préférer cette méthode.
- 2I2T. Les peigners’, à qui il importe fi fort que le ligneul foit d’égale groffeur dans toute fa longueur, préfèrent celui qui a été fait dans un tems froid , à celui qu’on a fait dans l’été ou dans une chambre échauffée. Il eft certain que quand il fait froid, la poix eft fur-le-champ figée, & que le li-gneul eft à la groffeur où la filiere l’a mis. Cette obfervation m’a fait peiv-
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- fer que dans l’une & l’autre faifon , fi l’on avait foin de faire palTer le ligneuî dans de l’eau en fiortant de la filiere, on lui procurerait cette égalité fi recherchée, & qu’on obtient fi difficilement. Je vais propofer au leéteur mes idées à ce fujet.
- 2122. Premier moyen. Le premier moyen propre à refroidir promptement le ligneul, elt de monter I’afple ou le rouet fur une auge de bois remplie d’eau : pour cela il fuffit de pratiquer au milieu de l’épailfeur des deux grands côtés une mortaife alfez profonde pour recevoir les tenons ar-rafés des montans, dans lefquels eft une entaille où repofe l’axe. On voit que le fil ne ferait pas plus tôt fur I’afple , qu’étant porté dans l’eau , il ferait promptement refroidi, & que la poix acquerrait de la confiftance. D’ailleurs, même avant d’arriver à l’eau, le fil placé à côté d’autre déjà très-froid & mouillé, ferait lui-mènlte refroidi, & ne pourrait s’attacher au fil voifin. Ce moyen eft fujet à un inconvénient, c’eft que la rotation éleve l’eau & en répand au loin de tous côtés: par rapporta I’afple, il n’y a de rernede qu’à tenir la manivelle un peu longue, & s’éloigner de l’auge pour n’ètre pas mouillé. Quant au rouet, on peut fe fervir du même rernede, & de plus, placer a quelque diftance de la roue fur le bord de l’auge une planche ou autre chofe qui rabatte la plus grande partie de l’eau ; ce que les couteliers, dont la meule trempe fans celle dans l’eau , appellent rabaueau.
- 2123. Second moyen. Le fécond moyen eft un peu plus compliqué ; mais il n’eft pas fujet aux inconvéniens du premier. D’abord on place le rochet fur une broche de fer, au haut d’une cantre , de là le fil va au fond de la marmite s’abreuver de poix, & palfe par la filiers dont j’ai déjà parlé. A côté du fourneau eft placée une auge de bois fur fon pied , & fur le bout près de la marmite s’élève un montant alfemblé à tenon & mortaife , au haut duquel eft un enfourchement qui reçoit une poulie de deux ou trois pouces de long. Cette poulie a la liberté de tourner fur une broche de fer qui palfe dans l’épailfeur du montant: au fond de l’auge eft attaché un bâtis de bois, qui porte une poulie fous laquelle pâlie le ligneul au fond de l’eau , & enfin ce ligneul va fe deviderfur I’afple que l’ouvrier fait tourner avec^ la main droite au moyen d’une manivelle, tandis qu’avec une baguette il dirige le ligneul de la main gauche. Le bâtis du fond de l’auge eft compofé d’une piece de bois , fur laquelle s’élèvent deux montans percés par le haut pour recevoir l’axe qui porte la poulie j ainfi l’écartement de ces montans doit être à peu près égal à la longueur de cette poulie. Il eft abfolument nécefi-faire de faire palfer le fil fur une poulie avant d’entrer dans l’eau ; car comme alors la poix eft encore liquide , fi 011 le faifait gliifer fur le bord de l’auge ou autre part, il perdrait toute la poix qui a pâlie par la filiere, & s’appla-tirait du côté du frottement.
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- CHAPITRE IV.
- Maniéré de monter les peignes.
- 2124. Le métier à monter les peignes e fl; une table peu élevée, fig. 2, pl. III, montée fur quatre pieds A, A , A, A, aifemblés par le bas au moyen des traverfes B, B, C, C , & par le haut à tenons & mortaifes dans la planche D. Cette table eft unie au rabot & entourée d’un rebord dont la largeur , outre celle de la planche , eft environ d’un pouce ou d’un pouce &demi, pour qu’aucun des outils ne puilfe tomber à terre. Au milieu de la largeur & fur la longueur font pratiqués quatre trous quarrés propres à recevoir les tenons des montans ou poupées F,F, qu’on y arrête au moyen de clefs ou coins qui entrent dans leurs entailles, en-deifous de la table, comme les poupées d’un tour.
- 2i2f. Au haut de ces poupées & fuivant la longueur delà table efl: pratiqué un trou d’un diamètre fuffifant pour recevoir le canon de fer b,c, fig. 3, à l’un des bouts duquel eftfoudée une piece quarrée d, qui entre de toute fon épailfeur dans une des faces de la poupée , & y efl; retenue par quatre vis à tête noyée, au moyen de quatre trous qu’on y voit. La longueur totale de ce canon, y compris fa tête, efl; égale à l epailfeur de la poupée qui le reçoit. C’eft dans ce canon que pâlie le boulon de fer ,7%. 4 , dont une partie efl: ronde & unie , & le relie eft taraudé dans toute fa longueur ; à la partie pleine, eft une mortaife quarrée , un peu alongée, dans laquelle palfc la clavette/, dont on connaîtra bientôt l’ufage. On conçoit que le diamètre de ce boulon, tant de la partie pleine que de la partie taraudée, doit être tel qu’il puilfe couler aifément dans le canon à mefure que l’écrou à oreille g l’appelle.
- 2126. Les clavettes/fervent à contenir les jumelles du peigne, & le boulon étant attiré par l’écrou, leur donne autant de tenlion qu’on en a befoin pour monter le peigne. La figure repréfente la pofition du boulon dans fon canon, félon la place qu’ils occupent tous deux dans la poupée que j’ai fait voir par des lignes ponduées. La longueur des boulons doit être telle qu’on puilfe s’en fervir pour toutes les longueurs du peigne , en changeant les poupées de place. Je m’explique : il faut qu’on puilfe tenir avec les clavettes un peigne qui ferait plus court que depuis la première entaille de la table d’un côté , jufqu’à la fécondé de l’autre côté , & plus long cependant que l’intervalle compris entre les deux du milieu : par ce moyen il n’eft pas de longueur qu’on ne puilfe laillr.
- 2127. Cette maniéré de monter les poupées du métier eft fans contredit la meilleure j mais ces boulons coûtent un peu chér i & pour épargner
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- la dépenfe, beaucoup de peigners fe contentent d’un, comme ceux dont nous venons de parler ; ils le placent à droite; & l’autre eft un boulon à tète, fig. <j. Cette tête repofe contre la poupée & fondent l’effet que fait le tirage de l’autre qui eft à vis. On ne faurait abfolument blâmer cette méthode qui remplace fort bien l’autre, & même on pourrait y trouver de l’économie de tems , puifqu’on ne touche qu’au montant à droite , l’autre reftant immobile.
- 2128- La table ou le métier dont je viens de donner la defcriptioti , n’eft pas d’une grandeur fuffifante pour y fabriquer des peignes de toutes les longueurs ; aulîî plufieurs ouvriers ont-ils , chacun félon Ion génie, cherché à fe procurer les commodités néceftaires à ce travail. Les boulons à vis , que nous venons de voir, font on ne peut pas plus commodes ; on donne par leur moyen autant & aufli peu de tenliou qu’on en a befoin. Cette tenfion , qu’on croirait avoir déterminée d’une maniéré fûre au- moyen des vis , augmente à mefure qu’on place des dents dans le peigne , ainfi qu’on le verra en fou lieu : il faut donc que l’ouvrier lâche la vis infenfiblement * fans quoi les coronelles ou jumelles ne pouvant plus fupporter un pareil effort, cafteraient bientôt. De plus , pour faire un peigne, on. a befoin de pafter entre ces jumelles un infiniment qu’on nomme foule y & qui leur donne l’écartement convenable : cet uftenfile, en les écartant, les racourciS: encore & augmente la tenfion.
- 2129. On fe fert d’un autre métier qui réunit l’avantage de pouvoir tendre & détendre infenfiblement les jumelles au moyen du boulon à vis-qu’on voit dans le montant A, celui de pouvoir fe prêter plus facilement à toutes les longueurs des peignes. Voici comment. Chaque montant eft fixé folidement, au moyen de tenons à enfourchement., fur une palette B ,, fig• 7, qui le déborde de trois côtés, favoir de deux côtés parallèles aux boulons , d’environ deux pouces, & fur la face intérieure de quatre pouces, au moins. Sur les deux petits côtés eft pratiquée une feuillure telle qu’on la voit end, fig. 6, qui repréfente un -montant Déparé. Ces feuillures gliftenfe fous une autre pratiquée en fens contraire fous les tringles C» C , au moyen de quoi ces poupées peuvent s’avancer d’une aufli petite quantité qu’011 le juge a propos le long de ces tringles qui doivent être clouées fur la table bien parallèlement entr’elles ; & lorfqu’on veut les fixer , on ferre contre-la table une vis à tête quarrée a, qui entre dans, un écrou placé folidement par-deftous la planche ou bafe.de la poupée de toute fon épaifteur, qui doit être cependant moindre que cette planche. On fe fert d’une clef pour: ferrer cette vis; & pour ne pas ufer le bois à force de vifter & dévider,, on met fous la tète de,cette vis une rondelle de cuivre qui en ftipporte tout le frottement, , , . •
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- 2130. En parcourant les différens atteliers pour y prendre toutes les •onnaiffances qui me font nécelfaires, j’avais regardé le métier que je viens de décrire> comme le plus parfait & le plus commode; mais j’en vais décrire un autre que la plus grande partie des ouvriers eftiment davantage , à caufe de fa grande fimplicité. La table de ce métier reiïemble parfaitement au banc d’un tour. On pratique au milieu une rainure de dix-huit lignes de large ou environ, & prefque auffi longue que la table même ; les mon-tans dont 011 fe fert , 11e font autre chofe que les poupées d’un tour. Voyez la fig. 2, qui repréfente le métier tout monté , & la fig. 8 eft une poupée ou montant léparé : la clefE, qu’on y voit, eft fur fa largeur,!faite un peu en coin pour ferrer la poupée fur la table en entrant dans l’entaille , comme on l’y voit par-deffous ; du relie, les boulons palfent dans les poupées, comme aux autre métiers. Il y a cependant quelques ouvriers qui, pour diminuer la dépenfe, font faire ces boulons en bois. C’eft un collet percé d’une raortaife où entre la clavette fur laquelle on met les jumelles; enfuite eft une partie cylindrique de la grolfeur du trou de la poupée , & enfin le
- -relie eli taraudé à la filiere en bois ; & on fe fert, pour tendre les jumelles, d’un écrou de bois. Le métier ainfi monté, n’elt. certainement pas auft* folide qu’en fer ; mais aulfi la dépenfe eli bien moindre : c’eli ce qui engage beaucoup d’ouvriers à le préférer.
- 2131. Les métiers dont j’ai parlé jufqu’ici, font communément conliruits dans la proportion de quatre pieds ou quatre pieds & demi ; mais cette longueur n’elt pas fuffifante pour beaucoup de peignes qui ont fouvent juf-qu’à trois aunes & demie de long. Il faut des métiers capables de les contenir ; mais comme ils tiendraient trop de place, on les fait ordinairement de plulieurs pièces, qu’on alfemble & qu’on démonte à volonté, fuivant le befoin. La fig. 9 , pl. ///, repréfente un métier compofé de trois parties , dont les deux extrémités s’alfemblent au moyen de tenons qui entrent dans des mortaifes pratiquées fur l’épailfcur de la partie du milieu. Aux parties de droite & de gauche eli pratiqué un certain nombre d’entailles , pour recevoir les montans fuivant la première méthode que j’ai rapportée, & le bou'on à vis fupplée à leur mobilité. La longueur totale de ces trois parties doit être de quatorze pieds trois pouces, pour y fabriquer à Taife un peigne de trois aunes & demie de long, qui ne font que douze pieds fix , pouces ; il relie donc dix-fept pouces tant pour les montans , que pour la diftance des premières entailles aux extrémité^. D’autres conftruifent ce banc de maniéré que la partie du milieu eft alfemblee avec des .charnières à l'une des deux autres , & fe replie par-deifiis. Quand on veut s’en fervir , on abailfe. ce milieu qui vient fe joindre à l’autre , au moyen des tenons & mortaifes : on peut encore féparer la partie du milieu en deux,
- & en faire tenir une à un bout , & l’autre à l’autre. X x x ij
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- 2132. On fe fert encore d’une autre efpece de métier , avec lequel on peut faire des peignes de toutes les longueurs ; ce n’eft autre chofe que deux montans plantés foKdement chacun dans une planche un peu large, pour pouvoir les retenir à l’écartement dont 011 a belbin, au moyen d’une groffe pierre dont on les charge; ou , en place de pierre , le montant à droite eft fixé au moyen d’un crochet de fer enfoncé dans le plancher, & l’autre eft chargé d’une pierre. Comme l’ouvrier en travaillant a befoin de plu-fieurs uftenfiles, ainfi que d’une certaine quantité de dents qui doivent compofer le peigne, on a imaginé de conftruire une table fort petite, qu’on promene de tous côtés, & qui eft beaucoup plus baffe que les boulons des montans.
- 2133. Lorsqu’on fait de ces peignes de longueur extraordinaire, il eft néceffaire de tenir les jumelles un peu plus larges & plus épaiffes , & même on leur donne un peu plus de foule ( qui eft la hauteur du peigne ); leur longue portée les fait plier ; & fi l’on 11’y apportait remede , le peigne après être fait ferait un peu courbe: c’eft pour prévenir cet inconvénient, qu’on place fous les jumelles un fupport auquel on eft maître de donner telle élévation qu’on defire , par les moyens qu’on va voir. On prend une planche à peu prèsquarrée, au milieu de laquelle 011 fait une mortaife qui reçoit le tenon du montant, & au haut de ce montant eft une entaille en en-fourchement, propre à recevoir une planche fur fon épaiffeur : cette plancha eft retenue au moyen de la cheville qui paffe dedans & dans le montant 5 mais pour atteindre plus exactement la hauteur des jumelles , au lie» d’un trou rond dans la planche, on y fait une rainure , & on la fait monter ou defcendre à volonté au moyen de coins de bois ou de canne plus ou moins épais, dont 011 la calle par-deffous. On foutient encore ces jumelles avec un couffin, qui n’eft autre qu’un morceau de bois de la forme d’un parallélipipede, qu’on met fur la table à mefure que le peigne avance, tandis qu’avec le fupport on foutient la partie faite, & fouvent même on en met un fécond entre la table & l’autre montant, lorfque les peignes font fort longs ; mais il faut avoir grand foin de conferver au peigne une pofi-tion bien horifontale & bien droite.
- 2134. Après avoir décrit toutes les opérations & uftenfiles néceffaires à la fabrication des peignes 4 je paffe à la maniéré de les monter.
- 2135. La fig. I , pL IV, fait voir un métier difpofé à monter un peigne : dans la mortaife du bout de chaque boulon, on place un tenon de fer plus long que la plus grande hauteur des peignes ,& dont l’épaiffeur doit être égale à la moindre largeur des dents de canne; au lieu que, s’ils étaient trop épais, on ne pourrait pas s’en fervir pour des dents plus étroites, Il faut d’abord avoir foin que les jumelles foient placées bien
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- ïiorifontalement, ce qui dépend en grande partie de la hauteur des poupées & de la pofition des tenons. Il faut aufîi que les jumelles, dont l’écorce eft en-dehors, foient bien parallèles , & faffent un angle droit avec les tenons a , a, car de là dépend la perfection du peigne.
- 2136. On voit en d comment on attache les jumelles deux à deux par leurs bouts avec delà ficelle ; & pour que la tenfion des boulons ne la puifle pis faire gliffer, on fait une encoche au bout de ces jumelles, où fe loge la ficelle qui ne peut plus en fortir. Dans cet état il n’eftplus queftion que de mettre les dents en place.
- 2137. Pour s’aflùrer d’un écartement égal entre chaque couple de jumelles , on fe fert d’un inftrument, fig* 2, qu’on nomme foule, qui n’eft autre chofe qu’un morceau de bois entaillé deifus & deffous de rainures qui reçoivent les jumelles : ces rainures doivent être bien parallèles entr’elles & avec celles de l’autre face ; c’eft leur écartement qui réglé la hauteur du peigne, & la lignes, b, détermine ce qu’on appelle en terme de fabrique la hauteur de la foule. On ne court aucun rifque de faire ces entailles un peu plus larges que les jumelles qu’on y place; car comme elles appuient vers les faces intérieures ,7%. 10, pi. Il/, c’eft toujours la ligne a,b, qui réglé l’écartement; les quatre portions du cercle d, d, d^d, repréfentent la coupe des quatre jumelles, & l’on peut voir qu’elles appuient d’un côté, tandis que l’autre eft vuide. Les peigners ont ordinairement plulieurs foules fuivant les différentes hauteurs qu’ils veulent donner aux peignes. Ces hauteurs font quelquefois données par les fabricans eux-mêmes ; mais communément elles varient fuivant le genre d’étoffe auquel on doit employer le peigne , ou félon l’épailfeur qu’on doit donner aux dents. Voici comment cela doit s’entendre. Si le peigne doit contenir les dents très-fines, & par conféquent plus larges qu’à l’ordinaire, ou qu’011 ait befoin de plus de hauteur , c’eft la foule qui la réglé ; fi au contraire les dents doivent être minces & étroites, il faut que le peigne fuit moins haut, pour qu’il puiife réfifter aux coups multipliés qu’il éprouve contre la trame; & fi l’on ne fuivait pas de réglés certaines là-deffus, un peigne dépérirait bientôt. On ne peut s’en écarter qu’en donnant plus de largeur aux dents quand elles font minces, & ce qu’on perd d’un côté fe retrouve de l’autre. Il eft vrai que les fils de la chaine effuient plus de frottement entre des dents larges, que quand elles font plus étroites ; mais la folidité du peigne eft une loi dont on ne faurait s’écarter. La réglé générale eft que, toutes les dimensions obfervées , il eft bon de donner plutôt plus de hauteur que moins.
- 2138- Une autre difficulté que tous les peigners ne font pas en état de furmonter, c’eft le rapport de la hauteur qu’on doit donner aux peignes avec leur longueur ; car fi l’on veut donner deux pouces & demi de foule
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- a un peigne qui doit avoir vingt pouces de long , & qu’avec de pareilles dents on veuille en faire,un de trente pouces, de la même foule, il eft certain que le peigne ne fera pas alfez folide , puifqu’avec les mêmes di-menfions il eft d’un tiers plus long. Il faut donc dans ce cas tenir les jumelles un peu plus larges , & donner un peu moins de foule. Ce que je dis. ici de ces deux peignes, doit s’entendre en cas qu’ils foient aufïi en proportion par rapport aux dents, & que celui de vingtjjouces en ait huit cents , & l’autre douze cents. Tous ces foins font du reifort du fabricant, puifqu’il y a fi peu de peigners en état de conduire des «peignes fuivant ces régies ; & quand j’en ai eu befoin , j’ai été obligé de les diriger. 11 faut encore éviter un défaut dans lequel on tombe, pour vouloir donner de la folidité à un peigne , c’eft de laiifer trop de canne : on doit l’évider autant qu’il e(l poiîible; car fi la foiç elt bouchonncufe , ou qu’elle n’ait pas tout l’apprêt convenable, fi les dents font trop larges ou trop épaiifes, elles ne permettent pas aux boucons de paffer, & même elles écorchent la foie dont le peu de tors ne lui permet pas de réfifter. Ce que je dis ici eft appliquable à toutes fortes de peignes, tant pour les étoffes de foie que pour tous les autres tiffus, parce qu’il n’eft point de matière où il ne fe rencontre des inégalités ; ainfi on ne fapraity donner trop d’attem. tion. J’en reviens au montage des peignes.
- 2139. Nous venons de voir que 3e principal objet delà foule eft de déterminer la hauteur du peigne ; un autre avantage non moins confidé-ble eft, de procurer affez d’éçartement entre chaque couple de jumelles pour y paffer la batte B ,fig. i , pl.IV, avec laquelle on ferre les dents les unes contre les autres, Cette barre n’eft autre chofe qu’une lame de fera peu près de l’épaiffeur des dents qu’on emploie, & dont la largeur d’én-viron deux pouces eft égale d’un bout à l’autre -, fa longueur eft de fept à huit pouces. On y réferve une foie pour l’emmancher comme un couteau,
- 2140. Lorsque tout eft difpofé comme on vient de le dire, on place la première garde A ,fig. 3 , pL IV\ & on en arrête les tenons entre les quatre ju ruelles au moyen de trois ou quatre tours de ligneul qui fe croifent les uns les autres, & qu’on ferre avec force: il eft elfentiel que les tenons de ces gardes excédent la largeur des jumelles , tant pour arrêter le ligneul que pour fervir de mefure à la hauteur des dents dans toute la longueur du peigne i & le corps de ces gardes doit être parfaitement égal à la hauteur de la foule, puifqu’une fois placées par un bout, elles en fervent elles-mêmes.
- 2141. Quand la première garde eft ainfi arrêtée,on fait encore deux ©u trois tours de ligneul, tant pour lui donner plus de folidité, que peur mettre une diftance entr’elle & la première dent* on ferre çg.ligneu}*
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- & prenant la batte delà main droite, on la fait palier entre les quatre jumelles, & l’on frappe fur le ligneul pour approcher les tours les uns des autres : on fe fert de battes de différentes épaifléurs félon la largeur des dents, pour que le coup porte par-tout également. La première dent, qu’on nomme dent de force , n’eft pas une de celles qui compoferont le peigne, & eft beaucoup plus épaiffe fur la même largeur j on l’arrête par deux tours de ligneul , en frappant à chacun s puis on met huit ou dix dents de lifîere, entre chacune defquelles on place un tour de ligneul en frappant toujours avec la batte : ces dents de libérés doivent avoir environ le double d’épaiffeur de celles du corps du peigne. La méthode de ceux qui font ces dents avec du fil d’archal promptement applati, eft préférable à celle de ne mettre que delà canne, parce que ces dents fupportent la plus grande fatigue j il ferait même plus à propos de les faire avec du fil d’acier applati, qui eft toujours plus uni que le fer.
- 2142. Il faut, après avoir mis les dents des libérés en place, examiner fi elles occupent l’efpace qu’elles doivent y occuper fur chaque couple de jumelles, & fi elles font plus écartées fur les unes que furies autres : on les force avec la batte à s’arranger comme il convient. Quand cette opération eft faite ,011 marque fur chaque jumelle en-deifus, tout contre la derniers dent qu’on vient de placer , un point a , a ,fig. 4 , pi. IV, & c’eft de là qu’on fixe la longueur que le peigne doit avoir, en poiànt fur ce point le bout de la mefure qui doit lui fervir de réglé ; & l’extrémité de cette mefure qu’on marque par un point , eft l’endroit où on doit placer la derniers dent du peigne : enfuite avec un compas on prend la diftance qu’occupent les dents des lifieres qu’on a déjà placées , & on la porte à l’autre bout , pour ne rien faire que de très-iymmétrique & d’égal.
- 2143. Il faut après cela divifer tout cet efpace en pouces , demi-pouces & quarts de ponces, & marquer toutes ces divifions par des lignes dilfé-r rens, pour ne les pas confondre. On peut, par exemple, marquer toutes les diftances d’un pouce par c , comme on le voit fur les jumelles fig. 4. Cette maniéré de marquer les divifions fur-les jumelles varie à l’infini, fuivant l’idée de chaque ouvrier ; les uns font toutes les diftances & ne les marquent que par des points : d’autres font trois points en largeur aux pouces , deux aux demi-pouces, & un aux quarts de pouce. D’autres di-vifent leurs peignes par portées & par demi-portées. Ces portées ne font autre choie qu’un nombre déterminé & connu de dents , comme par vingt ou par quarante : il y a des provinces où la portée eft de quarante dents, dans d’autres elle eft de vingt, 8c dans d’autres elle eft de dix. Ainft . ceux quidivifent la portée en-quarante dents , ayant à fabriquer un peigne de mille dents , par exemple* l’appelleront de vingt-cinq portées i ceux qui
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- la divifent en vingt, rappelleront de cinquante portées j & enfin , fi la portes en contient dix, ce même peigne fe nommera cent portées : j’ai dû prévenir de toutes ces différences , pour rendre compte des ufages de tous les pays. Cette détermination des portées eft fufceptibîe de repréfenter diffé-rens nombres, même parmi les ouvriers d’une même province, fuivant le dénominateur des fraélions qu’elles repréfentent : ainfi la portée que nous venons de voir être le vingt-cinquieme d’un peigne de mille dents, & en contenir quarante ; fi le peigne eft à huit cents , la portée de quarante dents fera un vingtième, celle de vingt, un quarantième , &c. en-forte que ce rapport fuit celui de la fradtion à la portée. O11 a aufîi coutume de fe fervir dans les fabriques , d’expreffions qui indiquent le nombre de dents dont un peigne eft compofé, la portée étant, comme on dit, un vingt de peigne, un quarante , &c. fans les lifieres , ou avec les lifie-res, parce qu’elles palfent ordinairement pour une, pour deux ou pour quatre portées. Ceux qui comptent les portées d’un peigne par quarante dents , regardent les deux lifieres comme une portées ceux qui les comptent par vingt, la comptent par deux portées, &c.
- 2144. On a jugé à propos de divifer ainfi les dents des peignes par portées , par rapport au nombre des fils des chaines auxquelles ils doivent fervir, & fi l’on fe rappelle ce que j’ai dit dans le traité defourdilfage, on trouvera que dans certaines provinces les portées font de quarante fils, & dans d’autres elles font de quatre-vingt, tandis que beaucoup de fabri-cans d’étoffes de laine & de tiflerands les fixent toutes à vingt.
- 2145. Il eft peu de genre d’étoffe, de la chaine de laquelle on pui/Te placer moins de deux fils dans chaque dent du peigne : il fuit de là que ce font les comptes des portées des chaines qui ont déterminé ceux des dents 5 & pour s’en convaincre , il ne faut que faire attention qu’une portée de quatre-vingt fils occupe quarante dents dans le peigne, une de quarante en occupe vingt, & ainfi des autres : de là vient que ceux qui corn-pofent la portée d’une chaine de quarante fils , par exemple, appellent un peigne de mille dents du nom de cinquante portées ; & fi ces portées de la chaine font compofées de vingt fils, le même peigne fe nommera de cent portées.
- 2046. Cette variété caufe un embarras affez grand à ceux qui parcourent les différentes provinces : il ferait à fouhaiter que les dénominations & les idées qu’on y attache fuffent uniformes. Les fabricans de Paris ont remédié à cet inconvénient ; ils défignent leurs peignes par le nombre de dents dont ils font compofés : ainfi l’on dit un mille, un neuf-cents, &c. La feule difficulté eft, que quelques-uns comprennent dans ce nombre les lifieres, & ks autres ne kav comprennent pas > mais plus ordinairement, quel que
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- foit le nombre par lequel on défigne un peigne, on n’y comprend pas le* libérés ; & l’on regarde comme étrangère à l’étoffe , cette partie qui ne fe'rc qu’à en faciliter la fabrication , puifqu’on la coupe ou remploie toujours. Cette digreiiion néceffaire devait être placée ici, parce que je penfe qu’il vaut mieux épuifer ce qu’on a à dire fur un objet , lorfque cela peut fervir à expliquer l’opération qu’on décrit, que de le rejeter à la fin, où la file des idées étant interrompue , les obfervations deviennent des hors-d’œuvr» dont on ne fient plus la nécelfité. Je reviens à mon fiujet.
- 21 y~i. Les peigners qui divifent la longueur des jumelles par portées, doivent fiur-tout connaître combien il en faut placer entre les libérés ; alors ils divifent cette diftance en autant de parties égales qu’elle doit contenir de portées: par exemple , b l’on veut faire un mille, de peigne ( expreffion adoptée quibgnifie un peigne à mille dents, & non pas un millier dépeignes, comme il ferait plus exad), on divife fon étendue en vingt-cinq parties égales ; pour un huit cents on le divife en vingt, pour un neuf cents en vingt-deux & demi , dont chacune contiendra quarante dents : mais comme il ferait difficile de les y placer toutes , parce qu’on ne {aurait juger dans un auffi grand efpace fi on les ferre comme le nombre l’exige, il eftplus fur de fubdivifer chaque divifion en deux parties, dont chacune doit con-tènir vingt dents : il y a même des peigners qui, pour plus d’exa&itude , fub-divifent en quatre & même en huit parties : ils font plus fûrs d’obferver l’écartement convenable entre chaque dent ; au lieu que les divifions étant grandes , on ne s’apperçoit qu’à la fin , fi le nombre requis de dents pourra ou ne pourra pas y entrer; & s’il ne faurait y entrer, on force avec la batte les dernieres à fe rapprocher plus qu’il ne faut, tandis que les premières font trop efpacées. Cette régularité peut cependant devenir mi-nutieufe , fur-tout lorfque les comptes des peignes font fort fins ; car fi pour un mille, fur vingt pouces de largeur, on fait une divifion pour chaque cinq dents , chaque divifion aura à peu près une ligne de large, puifque chaque pouce doit contenir cinquante dents, ce qui fait quatre dents & lin fixieme dans chaque ligne; & il faudrait dans l’efpace de vingt pouces deux cents diftances , dont chacune contînt un peu plus de quatre dents-214g. Il me femble qu’il ferait plus à propos de divifer la longueur des jumelles en pouces, demi-pouces, & quarts de pouce, parce qu’on peut avoir une mefure d’une aune toute divifée, qu’il fuffit de préfenter aux jumelles pour y tracer les divifions qui font toutes faites; & moyennant cette operation, il fuffit au peigner de favoir combién le peigne qu’il va faire, doit contenir de dents par pouce ; & comme on a vu que les dents & le ligneul ont du être jaugés fui van t là place qu’ils doivent occuper fur le peigne , il lui eft facile de s’y accorder. Suppofons qu’il ait à faire un Tom e IX. Y y y
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- douze cents fur trente pouces, il entrera quarante dents par pouce ; fî c'eft un neuf cents fur vingt pouces , il y en entrera quarante-cinq. Et pour tous les cas il fuffit de favoir le total des dents , & le nombre des pouces ; on en conclura aifément pour les demis & les quarts de pouce. Il eft à propos de divifer les jumelles en demis & en quarts de pouce, pour être plus fur de la jufteffe des opérations; néanmoins, comme ces foufdivifions donnent fouvent des bradions , je vais prendre pour exemple deux cas où il s’en rencontre. Nous venons de voir qu’un neuf cents, fur vingt pouces de largeur, doit contenir quarante-cinq dents par pouce, ce fera vingt-deux & demi par demi-pouce, & onze un quart par quart de pouce ; il faut avoir attention à chaque quart de pouce , fi l’on remplit à infiniment peu près l’efpace déterminé ,, de même aux demi-pouces , & enfin on vient à bout de tomber jufte aux pouces. Le fécond exemple que je vais propofer eft tel, que les bradions qui viennent à chaque pouce, s’accordent avec quelques-uns & ne s’accordent pas à d’autres : je m’explique. Ces bradions font telles , que de pouce en pouce elles ne tombent pas jufte, & ne cornpofent pas un nombre entier de dents ; mais dans un retour égal d’un certain nombre de pouces , les bradions s’évanouiffent. Soit un huit cents dents de peigne fur dix-huit pouces de longueur ; chaque pouce contiendra quarante-quatre dents |, & ces bradions ne formeront de nombre complet qu’à la moitié du peigne , parce que de tous les nombres dans lefquels on peut divifer dix-huit pouces , il n’y a que neuf qui donnent un nombre entier, & que les autres font tous fradionnaires. On ne faurait éviter ces bradions ni fe difpenfer de cette exaditude, lorfqu’on monte un peigne; car comme les largeurs des étoffes font ordinairement limitées , on ne s’en écarte que très-rarement : d’ailleurs.les peigners ne font pas maîtres d’ajouter des dents, ni d’en retrancher, pour rendre leurs nombres ronds , parce que le nombre de dents doit s’accorder avec celui des fils qu’on met à la chaîne &,avec la largeur de l’étoffe. Il eft vrai cependant que, fur une quantité de dents fort minces , on peut en ajouter une on deux; mais G dans le dernier exemple on négligeait la fradion | par pouce* il manquerait fur la totalité du peigne huit dents ;~& G on voulait les ajouter au bout du peigne, on le rendrait trop long d’environ deux lignes & demie : ainfi l’on tomberait toujours dans le même inconvénient. Plus le nombre de dents eft confidérable dans la totalité du peigne, moins les bradions deviennent; feniibles fi on les néglige; & quand ce nombre eft petit, il faut en tenir compte foigneufement. On vient de voir que fur ïm peigne de huit cents dents les bradions négligées faifaient une différence de plus de deux lignes ; fi ce peigne n’avait que cinq cents dents fur la même largeur, il contiendrait vingt-fept dents | par pouce; cette
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- fraction | négligée à chaque dent, donnerait un déficit de quatorze dents ; & fi on voulait les ajouter enfuite, le peigne aurait près d’un demi-pouce de plus qu’il ne doit avoir.
- 2149. On peut éviter les fractions dans beaucoup de cas, en remplif-
- fant néanmoins la longueur du peigne du nombre de dents qu’il doit avoir} voici comme il faut s’y prendre. Je fuppofe que le nombre de dents donne une fra&ion par pouce, qui rende le travail difficile ; on peut alors abandonner la divifion par pouces & fe fervir de celle par portées, demi-portées, quarts , &c. ou tel autre nombre. Les fubdivifions que je recommande font très-utiles pour corriger les erreurs que l’inégalité des coups de batte oc-cafionne fouvent ; & lorfqu’à chaque fubdivifion 011 s’apperçoit' qu’on ne fe rencontre pasjufte fur chaque paire de jumelles, on frappe un peu plus fur le côté qui avance trop. - .. >
- 2150. Il peut arriver auffi, quoique très-rarement, qu’on ait trop frappé avec la batte, & qu’alors les dents occupent moins d’efpace que la fubdivifion ne marquait. Lorfqu’on s’en apperçoit, c’eft une preuve , non pas qu’on a trop ferré , car on ne faurait trop le faire , mais que le ligneul eft trop menu , & alors il faut en prendre de plus grosf Lorfqu’un ouvrier a une fois adopté une maniéré de divifer la longueur de Ion peigne ,' il doit continuer de s’en fervir, fans quoi il rifque de confondre d’une avec l’autre & de fe tromper dans le nombre de dents. Il elfc certain que la divifion par pouces , demi-pouces , &c. eft plus fûreque celle par portées, parce que celle-ci ne contient pas un efpace égal dans toutes fortes de comptes de peignes, & qu’elle varie dans prefque tous. Je vais reudre cela fenfible par des exemples. Ayant à conftruire deux peignes , dont l’un ait mille dents fur vingt pouces , & i’âutre quinze cents fur trente , les portées de l’un fe rapporteront avec celles de l’autre; mais fi l’on veut faire un neuf cents fur vingt pouces , ou un mille fur dix-neuf ou fur vingt-deux pouces, ou un neuf cents fur dix-huit pouces , il n’eft pas pof-fible de trouver de rapport entre les portées des uns & des autres : il faudra donc autant de différentes mefures pour divifer chacun, par portées; ou plutôt , il faut à chaque changement de peigne, combiner les moyens de divifer les jumelles en autant de parties qu’elles doivent contenir de quarantaines , de vingtaines, de dixaines de dents , &c.
- 2.15" 1 - Cette difficulté n’exiftait pas autrefois, parce que les comptes des peignes étaient prefque fixés pour toutes fortes d’étoffes ; les largeurs & le nombre des brins dont une chaine devait: être compofée étaient même fixés par dps arrêts •&' édits , ainfi qu’on peut lei.v'oir par les ffiatutS: & ré-glemens de toutes les communautés fde fabricaiis d’étoffes qui font eh jurande. (Les peigners avaient des divifions'faites..pour chaque compte de
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- peignes en particulier ; mais à préfen't que les fabricans ont la liberté de donner aux étoffes la largeur qu’ils jugent à propos, & d’employer des chaines à tel nombre de brins qu’ils veulent, on trouve une variété infinie dans la longueur des peignes, parce que tel fabricant efl libre de mettre foixante portées pour un taffetas en demi-aune de largeur , pour lequel fon confrère n’en met que cinquante-cinq. Il faut donc que le peigner qui travaille pour tous deux, faffe deux peignes différens pour un même ufage. Un fabricant-fera fon taffetas de la même largeur qu’un autre ; mais pour trouver moyen de lâcher quelque chofe du prix courant fans y perdre , il affamera la chaine du nombre de brins qu’elle devrait avoir , ce qui rend l’étoffe moins bonne ; & l’acheteur croit avoir bon marché d’une étoffe dont la largeur leféduit &. la modicité du,prix le détermine, ne pouvant apprécier à la main la différence des deux. Cette liberté a fes inconvéniens , fans doute, mais c’efl à l’acheteur à fe tenir fur fes gardes : du refie , elle a influé beaucoup fur la perfe&ion des manufactures, en répandant une variété infinie fur les tilfus de tout genre, & le génie n’a plus connu, de bornes à fes productions. Les ouvriers fe fervent ordinairement d’un compas pour di-vifer la longueur de leurs jumelles. Cet infiniment efl trop connu pour que je m’arrête à le décrire: il faut avoir grande attention dans cette opération, que le compas ne varie pas, & que la main foie bien fîire ; la plus petite erreur devient de la plus grande conféquence , parce que d’erreurs en erreurs les différences deviennent trèsdenfibîes. Indépendamment de l’égalité que doivent avoir les divifions & fubdivifions entr’elles^ & -fur les jumelles, il faut encore que chacune réponde à fa correfpondantç fur l’autre jumelle, bien à angles droits ; fans quoi le peigne ferait plus long par un bout que par l’autre, & les dents ne feraient pas bien perpendiculaires aux jumelles. Occupé fans ceife.de mon art, j’ai fait différentes recherches. Qu’il me Toit permis de propofer un infiniment de mon invention, à l’aide duquel il n’eft pas polfible de faire mal ces divifions fur les jumelles. Cet infiniment efl fort {impie ; c’efl une réglé de bois , divifée fur la longueur très-exaCle-• ment en pouces, dcmi-pouces & quarcs de pouces, en<cette maniéré: prenez une réglé de bois, fig.^^.pl. //^, fur l’épailfeur de 'laquelle onr fait une rangée de trous à trois lignes d’écartement tes uns des autres ; puis à toutes les dülances d’un pouce , on y fiche une lame tranchante de deux lignes de largeur environ: à tous les demi-pouces, on. en met une pareille pour le tranchant, mais un peu moins large ; enfin .aux quarts de pouces font de petits poinçons qui-, quand on les appuie , ne,marquent qu’un ppint. L’ef. ïèntiel, dans laîconflruélioii de cet üftenfile , efl d’obferver un écartement égal entre toutes les parties, & de' tenir toutes les lames à une égale hauteur, pour.être bien fûr qu’en appuyant un tant foit peu cette réglé fur ies ju«
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- nielles, toutes puiflent faire une empreinte. La figure repréfente cet inftru-ment tout monté & garni de lames. Il eft à propos de faire cette réglé en couteau du côté des lames, pour pouvoir, quand on l’applique fur les jumelles , voir aifément où on place les tranchans ; trop d’épaiifeur les cacherait. Il faut avoir foin de placer la première lame précifcment à l’endroit où, après les dents des lifiere-s, doit être la première du corps du peigne. J’ai fait marquer ces traits parles lettres æ, £, c, comme les lames même fur l’inftrument. On peut voir que toutes les marques a font à égale distance, qu’on fuppofe être d’un pouce 5 celles b font à la moitié entre les premières, aufiî entr’ellcs à un pouce ; & enfin celles c font à la moitié de celles b, ce qui fait le quart du pouce. On peut conftruire de ces réglés de plufîeurs longueurs , pour ne pas s’embarraffer d’une grande , quand on a un petit peigne à faire, & parce qu’une petite ne conviendrait pas .pour un grand peigne. O11 pourra peut-être trouver un peu de difficulté à appuyer cette réglé fur les jumelles qui plient au moindre effort ; mais en mettant deifous, le fupport ou le couffin dont nous avons parlé plus haut, on en viendra facilement à bout. On peut même, pour plus d’exa&itude, faire ces marques fur les jumelles, avant de les mettre fur le métier ; il 11e s’agira plus que de les bien placer vis-à-vis les unes des autres, ce qui fera allez facile en réglant l’encoche par où elles font retenues fur le tenon , à une diftance égale des dernieres marques à chaque bout; du refte ; chacun s’y prendra comme fon génie lui fuggérera. La longueur qu’il eft plus à propos de donner à'ce divifeur , eft de trente pouces ; car il eft inutile de;pen-fer à en faire de trois aunes & demie qu’on donne aux plus grands,peignes ; & après avoir marqué une longueur de réglé , on placera la première lame fur la derniere marque, & ainfi de fuite: par ce moyen on viendra à bout de divifer toutes fortes dépeignes. Quant aux peignes qui auront moins de trente pouces, la réglé peut encore fervir ; car il fuffira de compter vingt efpaces d’un pouce, &de contremarquer le refte, pour n’y avoir aucun égard: ainfi. cet uftenfiie me paraît devoir être fort utile. Il ferait bien poffible d’ôter & de remettre les lames à volonté, pour n’en laiffer que le nombre dont ©n aurait befoin : mais de deux chofes l’une; ou les trous qui les reçoivent feraient agrandis, & par conféquent les écartemens peu juftes;ou bien ce qu’il en coûterait pour le faire conftruire en cuivre ou en acier, où chaque dent ferait retenue à vis, ne compenferait pas l’avantage qu’on en retirerait & le teins qu’on perdrait à le monter & démonter.
- ;jo Si la conftruèlion de. ce divifeur, tout fimple qu’il eft ,'paraît
- trop difpendieufe, je vais en propofer un fécond moins embarraffant s* mais qui va moins vîte.< C’eft une palette d’environ quinze ou feize lignes de long, fur l’épaiffeur de laquelle font placées cinq lames, Lavoir 9 les deux
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- des extrémités, larges & écartées d’un pouce; celle du milieu moins Iafge» pour marquer le demi-pouce, & enfin les deux points qui marquent les quarts de pouce. Cette palette eft faite en couteau , & n’eft, à proprement parler, qu’une partie de réglé que je viens de propofer. Sur le côté épais & au milieu de fa longueur, eft un trou propre à recevoir le tenon du manche. Pour divifer un peigne avec cet infiniment, il faut l’appuyer fur la longueur des jumelles autant de fois qu’elles ont de pouces , en mettant toujours la première lame fur la derniere marque. Tl ne m’appartient pas de faire l’éloge de cet infiniment ; mais à le comparer avec fufage du compas, qu’il faut porter quatre fois dans l’efpace d’un pouce, & que le moindre choc peut déranger, je penfe qu’il ne peut manquer d’être adopté.
- 2153. Il était néceffaire de faire connaître toutes les divifions qu’011 peut faire fur la longueur d’un peigne ; achevons maintenant d’en décrire la conftru&ion. Lorfqu’on a placé la derniere dent de lifiere , on fait deux tours de ligneul fur les jumelles, pour la retenir en place & la féparer de la première de celles du corps de peigne; enfuite on place une dent qu’on arrête par un tour de ligneul, puis une fécondé, puis la troifîeme, & ainfi des autres jufqu’à la fin, ayant foin de mener enfemble les deux bouts des dents, qui fans cela occasionneraient une confufion infinie, f! l’on fe contentait de lier le premier bout d’abord , & qu’on voulût enfuite en venir au fécond. A chaque deux dents on frappe avec la batte des coups égaux pour que les unes ne foient pas plus ferrées ou plus lâches que les autres , puifque la bonté d’un peigne dépend en grande partie de l’égalité qui régné entre les dents. Une difficulté que rencontrent affez fouvent beaucoup d’ouvriers dans l’ufage de la batte, eft de frapper également à chaque bout des dents ; il faut de l’habitude pour régler le coup & n» pas ferrer plus en-haut qu’en-bas, encore eft-il à propos d’examiner fans cefîe fi l’on fe rapportera aux marques ; & lorfqu’on y eft arrivé, l’attention qu’on a eue doit diminuer les erreurs , & la derniere dent de chaque portée doit être vis-à-vis des marques fur chaque couple de jumelles : fî elle avance plus par un bout que par l’autre, on frappe un peu plus de ce côté; & fi l’on ne pouvait venir à bout de la faire rentrer, il n’y a de remde qu’en défaifant quelques dents, & corrigeant l’erreur de plus loin : fi ce défaut vient de l’inégalité de groffeur du ligneul, on coupe la partie trop groffe , & on ne fe fert que de ce qui convient.
- 2154. A mefure que le peigne avance, les jumelles font d’un côté couvertes de ligneul-; ainfî dès qu’on eft arrivé à une marque quelconque r on ne peut plus juger de fon écartement avec la fuivante , puifqu’on 11e la voit plus ; & alors on ne peut pas, à la vérité, fe tromper pour faire
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- bien rapporter les dents; mais faute de favoir où eft la derniere marque, on ne faurait s’aifurer du nombre de dents; il a donc fallu fe procurer des moyens de s’y reconnaître. Quelques ouvriers mettent entre les deux dernieres dents de la derniere divifion une dent debout, qui forme une tète par-delïus ; & comme ils font affinés de la marque qui fuit , ils comptent les dents depuis cette marque. D’autres attachent un fil à la garde du bout du peigne par où ils le commencent, & chaque fois qu’ils arrivent à une divifion , ils placent ce fil fur la derniere dent, au moyen de quoi ils ne peuvent fe tromper.
- 2lfî. îl faut avoir foin de bien ferrer le ligneul fur les dents quand on les entoure ; mais il faut encore le tenir tendu quand on entoure les autres jumelles & quand on fe fert de la batte ; fans quoi ce fil venant à fe lâcher , rendrait le peigne abfolument défe&ueux. Pour être le maître de diriger le fil comme on le defire , comme les bouts font affez longs, il ne faut pas le laiifer prendre, ce qui 1» déposerait à force de frotter fur les dents , & on ne manquerait pas de mêler les deux bouts enfemble : il eft donc à propos d’en faire de petits paquets qu’on tient facilement dans la main , & qu’on fait palfer & repalfer plus commodément à mefure qu’on 1 emploie ; ces petits paquets font plus commodes à tenir de la main quand on fe fert de la batte.
- 2i<)6. Comme en coupant la canne pour refendre les dents, on a foin de les tenir plus longues qu’il ne faut, on n’eft pas obligé , en montant le peigne, à les placer bien également les unes aux autres par leur bout entre les jumelles; elles ne pourraient fe rapporter que d’un côté, puif-qu’on ne s’aftreint pas à leur donner une égale longueur : il eft donc fort inutile de chercher à aligner les bouts ;& lorfque le peigne eft achevé de. monter , on les rogne tous, comme nous le verrons bientôt. On peut même profiter de ce trop de longueur pour placer d’un côté ou d’un autre une dent,à l’un des bouts de laquelle on appercevrait quelque léger défaut; car, comme je l’ai déjà dit, s’il eft un peu confidérable, il eft toujours plus prudent de la rejeter , pour que le peigne n’en foit pas endommagé.
- 2157. Il faut avoir foin que l’écorce des dents foit tournée d’un même côté ,jufqu’à la moitié du peigne ; & les peigners ont coutume de la tourner du côté du bout par où ils commencent. Lorfqu’on eft parvenu à la moitié de la longueur de peigne , on les change de dire&ion, de façon que l’écorce de la moitié des dents regarde un des bouts du peigne, & celle de l’autre moitié regarde l’autre bout ; ainfi les deux dents du milieu font à plat vis-à-vis l’une de l’autre, & le dedans de la canne fe regarde à chacune: en voici la raifon. Lorfque le peigne eft en travail, ce font les deux extrémités qui fatiguent le plus , enforte que.le milieu 11’éprouve cette fatigue que par
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- gradation. Or, comme le frottement vient des extrémités vers le milieu il a fallu lui oppofer une plus grande réfiftance, je veux dire l’écorce de la canne que j’ai dit ailleurs être peu fufceptible de s’endommager. Ce que je dis ici eft Ci connu de tous les ouvriers en tout genre de tilfus, qu’il n’en eft pas, depuis les plus délicats jufqu’aux plus groiîïïers , aux peignes de.fqusls les dents des lifieres ne foient plus du double plus fortes, comme devant fupporter les plus grands efforts ; & par la même raifon les fibricans de toute efpece ont foin de faire les fils de lifieres trois & quatre fois plus forts que ceux de l’étoffe. C’eft pour cela que non-feulement elles font plus groffieres dans tous les rilfus, mais auffi qu’on les fait d’uns couleur oppofée à l’étoffe. J’ai recommandé de faire les dents des lifieres plus fortes à tous les peignes : ce foin regarde les ouvriers. Les fabricant fa vent qu’il faut que les brins des lifieres foient auffi plus forts, les premiers peuvent en ignorer la raifon , fans conféquence pour leur ouvrage: l’expérience l’a apprife aux autres; mais il eft à propos d’inftruire le commun des leéteurs de la raifon phyfique de cette pratique.
- 2158- Toutes les étoffes rétréciffent à mefure qu’on les fabriquera première caufe qui produit cet effet, eft la tenfion qu’on donne à la trame: mais ce qui y contribue le plus, c’eft la preflion que les fils de la chaine font fur cette trame; preflion qui , jointe à celle qu’y fait le coup de battant, lorfque pour enjoindre les duites 011 frappe le peigne contre avec afTez de force , la raccourcit nécelfairement, parce que cette trame fe replie un tant foit peu entre chaque brin de la chaine. Et même chaque dent du peigne produit auffi autant de repliemens. Tous ces repliemens multipliés à l’infini ne peuvent fe faire qu’aux dépens de la longueur de la trame. D’un autre côté , il n’eft pas poffible d’ajouter à chaque coup de navette de quoi fuppléer à ce raccourciffement, parce que cet effet eft opéré fi rapidement qu’on a peine à l’appercevoir : d’ailleurs le battant frappe à la fois fur toute la largeur de l’étoffe; & quelque foin qu’on y apporte , on ne faurait éviter tous ces replis. Il y a cependant des étoffes qui fe rétréciffent fi fort qu’il a fallu imaginer des moyens pour en prévenir une partie : mais comme , je le dis , on ne le prévient qu’en partie.
- 21 ^9. Les étoffes qui fe rétréciffent le plus, font celles qui font le moins fournies en chaine ; ce qui prouve d’une maniéré fenfible le repliement de la trame: car pour prendre des exemples parmi des étoffes de foie, les gros-de-Naples, ni les gros-de-Tours, dont la chaine eft,très-fournie , ne fe rétrécirent qu’à proportion delà groffeur de la trame qu’on y emploie; pour le dire en patfant, plus on trame gros une chaine, & plus l’étoffe con-ferve la. largeur que le peigne lui a donnée; & fi à cette greffe trame 011 joint une chaine fournie, le rétréciifement eft'de peu de conféquence ; mais
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- ïi l’on fait un taffetas à deux fils par dents & qu’on ne trame qu’à deux bouts de foie fine, on eft forcé de travailler de la maniéré qu’en terme de fabrique on nomme à pied ouvert: fans cette précaution , les ülieres , quoique très-fournies en comparaifon du relie de l’étoffe, fe caifent & l’étoffe fe déchire.
- 2160. On appelle travailler à pied ouvert lorfque la chaine d’une étoffe eft peu fournie, & la trame très-fine, l’attention qu’a l’ouvrier qui fabrique l’étoffe, de donner le coup de battant fur la trame, fans faire joindre les deux parties de la chaine qui font reçue, qu’après que le coup eft donné ; je m’explique : on lait que, pour incorporer la trame dans une étoft’e , il faut féparer la chaine en deux parties égales , ou autrement, fuivant l’étoffe , par le moyen des lilfes , & qu’on lance dans cette féparation la navette qui y porte cette trame; il eft certain que ,li on lailfe rejoindre ces deux parties de la chaine avant que de ferrer la trame avec le battant, cette trame fera retenue par la chaine, & le coup du battant ne pourra la faire joindre aux duites déjà palfées , fans l’obliger à fe raccourcir, à caufe des replis que nous avons déjà vu que le peigne lui fait faire : mais li au contraire on donne le coup de battant avant que d’avoir fait rejoindre les deux parties de la chaine , on eft affuré que les replis qu’occafionne le peigne à la trame feront pris en grande partie fur la longueur non encore fixée de cette trame qui n’eft retenue que du côté d’où vient la navette , & aucunement de celui où elle fe trouve; c’eftpourquoi elle fournit de la longueur au repliement qu’occafionne le peigne. Ceux qui ont fabriqué ou vu fabriquer, fa vent ïa facilité qu’éprouve l’ouvrier qui travaille d pied ouvert, & au contraire la peine qu’il éprouve quand il travaille à pied clos , qui eft le contraire.
- 2161. Il faut donc travailler à pied ouvert toutes les étoffes qui ne font pas beaucoup fournies en chaine, ou celles qui l’étant convenablement, ne font pas tramées en proportion de leur chaine : par ce moyen non-feulement on trouve plus de facilité dans le travail, mais encore l’étoffe en a beaucoup plus d’éclat ; & fi l’on adopte fouvent l’autre manière de travailler, ce n’eft que pour faire paraître l’étoffe plus forte qu’elle n’eft en effet. Pour fe convaincre de la vérité de ce que j’avance , il fuffit d’effiler une certaine quantité de fils de trame : on verra que chaque fil de la chaine y eft marqué par autant de finuofités : il n’eft perforine qui n’ait effilé de la toile, & qui n’ait remarqué cet effet.
- 2162. Malgré les précautions que je recommande, l’étoffe tend toujours à fe rétrécir ; auffi les ouvriers en contiennent-ils la largeur au moyen d’un uftenfile qu’on nomme tempia, qu’ils avancent tout contre le bord à mefure qu’ils en ont fait un pouce ou deux tout au plus. Voilà pourquoi les dents des lifieres doivent être plus fortes que celles du corps de l’étoffe ;
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- voilà pourquoi on tourne l’écorce vers le bout du peigne : encore, malgré ces précautions , s’ufent-ils beaucoup plus & plus promptement aux extrémités : & lorfqu’un peigne eft hors d’état de fervir, on fe contente de changer les dents d’un pouce ou deux de long à chaque bout, ce qui le rend prefque neuf : on appelle cette opération enter un peigne.
- 2163. S’il eft quelquefois néceftaire d’enter un peigne parce que les dents des extrémités font ufées, fouvent aufti ne le fait-on que parce qu’elles ont contracté un peu de courbure , ou qu’elles font devenues trop fouples & trop faibles ; fouvent même cette réparation , quand elle eft bien faite , rend un peigne meilleur qu’un neuf , & elle eft très-économique. J’enfei-gnerai dans la fécondé partie la maniéré d’enter les vieux peignes.
- 2164. Quand on a rempli le peigne du nombre de dents qu’il doit contenir , on le finit par un nombre de dents de lifieres égal au premier, & de la même groffeur ; puis on en met une très-groffe comme la première de l’autre bout, enfin on met la garde de la même manière qu’on a pratiqué en commençant le peigne qui fe trouve ainfi terminé, du moins quant au montage; car il a encore , dans l’état où nous le fuppofons à pré-fent, bien des façons à recevoir. On commence par le démonter de delfus le métier , ce qui fe fait d’abord en feiant les jumelles du côté où l’on vient de finir ; car j’ai oublié, en parlant des jumelles , d’avertir qu’011 doit les tenir beaucoup plus longues que le peigne ne doit être, tant pour pouvoir les arrêter fur les montans du métier par des points qu’on ne met pas à profit, que pour donner du jeu à la batte dont 011 fe fert jufqu’à la derniere dent, & de la place à la foule qui y relie jufqu’à la fin. L’ouvrier feie donc les jumelles à environ trois quarts de pouce des gardes par chaque bout du peigne, en le tenant toujours tendu; d’autres lâchent les vis; mais de l’une & de l’autre maniéré il faut tenir le couteau-fcie de la main droite , & fou-tenir ferme le peigne avec la gauche, fans quoi on rifquerait de le cafter. Voilà quels font les procédés qu’on emploie ordinairement pour monter un peigne : il y en a quelques-uns particuliers, dont j’aurai occafion de parler dans la fécondé partie de ce traité, auquel je me référé pour éviter les répétitions. Voyons maintenant comment on rogne les dents.
- 2164; On a vu dans la fuite des opérations que je viens de d^rQ-ce , que "les dents n’étaient jamais coupées à la longueur qu’elles doivent aV’dr, parce que quand on coupe les cannes , on ne fait pas à quel peigne elles font deftinées, & que cette hauteur varie ; de plus, on ne prend aucune attention à couper ces cannes d’une égale longueur : ainfi il eft ordinaire , lorfqü’un peigne eft fait, de voir déborder les dents fur les jumelles plus ou moins , comme on le :voiü fur la Jig. 3 , pl. IV. On fe fert, pour rogner cet excédant des dents, d’un couteau'courbe, & ,c?n 11e laifte au^deftùs des
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- jumelles qu’une ligne ou une ligne & demie. On ne coupe pas ces extrémités à angles droits, mais à pans , comme on le voit fig. 6, ou bien en pointe ; par ce moyen le peigne qu’on place debout dans la rainure du battant, elfuie moins de frottement à caufe de fon peu de fur fa ce à cette partie , & fe prête plus aifément à tous les mouvemens qu’on lui fait elfuyer. Si les dents étaient coupées quarrément, il y aurait à craindre qu’elles ne s’accrochaifent en quelqu’endroit delà rainure du battant, où le peigne ne tient que par fon propre poids.
- 2i 66. Pour rogner un peigne, l’ouvrier s’affîed devant une table, & appuyant un des bouts du peigne contre fon eftomac , il abat tous les bouts du côté droit à angle aigu, avec le couteau qu’il tient de la main droite en le tirant vers lui, tandis qu’avec la gauche il foutient le peigne. Ce côté étant coupé, il retourne le peigne bout pour bout, & coupe l’autre côté de la même façon* après quoi les dents font formées en pointe.
- 2167. Ceux squi veulent que les dents foient pointues , 11’ajoutent rien à cette opération * ils fe contentent d’en faire autant de l’autre côté * mais ceux qui veulent que les dents foient arrondies, abattent la pointe que les deux premiers coups de couteau avaient lailfée. Pour bien faire cette opération , il faut tenir le peigne bien horifontalement fur fa longueur , & verticalement fur fa hauteur , fans quoi on rognerait plus par un bout que par l’autre.
- 2168. Il y a des ouvriers qui rognent leurs peignes en les tenant perpendiculairement fur une table , fur un banc ou autre uftenfile femblable, & ils fe fervent pour cela d’une lame de rafoir plantée folidemetit dans un manche , eu commençant par le haut du peigne , fig. 7. Cette maniéré parait plus commode que la précédente , parce que le point d’appui effc plus ferme * mais chacun fuit à cet égard l’habitude qu’il a contractée. En faifant l’opération qu’on vient de voir, il n’eft prefque pas polfible de ne pas lailfer quelques rebarbes , quelque net que coupe l’outil dont on fe fert ; 011 les ôte pour approprier le peigne , avec un canif un peu courbé, comme 011 en voit un, fig. 7, fur la table.
- 2169. Il eft une troifieme méthode dont quelques peigners fe fervent pour rogner les peignes, & qui me femble la plus fûre * elle confite à contenir le peigne entre^ deux tringles A, A , dans l’entaille de deux mon-tans B ,B , fig. 8- La conflru&ion de cette efpece de métier e(t très-fimple; le peigne ainli arrêté ne faurait vaciller , & l’on eit aifuré de couper toutes les dents très-également & fans fatiguer le peigne * mais pour cette opération , on 11e fe fert pas des inftrumens qu’on vient de voir, mais d une efpece de plane,/g". 9 , qui n’eît autre choie qu’une lame tranchante , aux
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- deux bouts de laquelle eft une foie qui reçoit les manches H, H : lar fig. g repréfente ün ouvrier occupé à rogner félon cette méthode. La longueur des tringles A , A , doit être pareille à celle du banc, pour que l’ouvrier puilfe être en force en les appuyant contre fon ventre, & même pour pouvoir fervir à différentes longueurs du peigne. Leur largeur doit être moindre de peu de chofe que la hauteur de la foule , pour que le peigne étant faifi contre les dents , repofe fur les jumelles j au moyen de quoi l’entaille des montans qui reçoivent le tout, doit être à peu près de cette largeur5 & fi les tringles n’y font pas contenues un peu jufte , on les force avec lin coin de bois ou de canne par chaque bout. Il ne faut pas que les tringles prelfent les jumelles , parce qu’elles dérangeroient le ligneul, & par conféquent les dents. Le peigne étant ainfi arrêté fur le métier,l’ouvrier coupe toutes les dents en bifeau avec la plane , en commençant par le bout du peigne qui lui elt oppofé j & quand ce côté eft fait,il coupe l’autre aufti en bifeau, foit en reftant à fa place, foit, comme quelques ouvriers le font, en allant à l’autre bout du métier. Enfin , quand ces deux côtés font rognés, il ébarbe la pointe qui eft reliée, par un coup de plane donné à plat, & termine les inégalités qui peuvent fe rencontrer avec le canif, comme on l’a vu. Quand ce côté du peigne eft rogné , il retire les tringles des entailles fans déranger le peigne, & le remet fens-deflus-deE fous, les alfujettit de même , & y fait la même opération. Il eft bon d’arrondir le bord extérieur des tringles , pour qu’en penchant la plane à droite & à gauche on n’en rencontre pas la quarre.
- 2170. Le métier que je repréfente ici, ne fert que pour des peignes de vingt-fept à vingt-huit pouces , qui font la longueur ordinaire : lorf. qu’on en a de fort longs , il n’eft pas nécelfaire d’avoir de métiers faits exprès, on fe fert Amplement de celui fur lequel on a monté le peigne 9 en fubftituant aux montans qui portent les boulons à vis, ceux qu’on voit ici, fig. 8 » & les y fixant de la même maniéré, c’eft-à-dire , aveG des clefs i mais dans ce cas , la longueur du peigne ne lui permet pas de fe mettre au bout du métier, comme on vient de le voir, mais il le met au milieu d’un côté ; il fe penche de maniéré que fes deux bras fè trouvent à peu près dans la même pofition que s’il était au bout, & s’y* prend à plusieurs fois en reculant à chaque. Cette maniéré eft fans contredit la meilleure qu’on puilfe mettre en ufage, & la plus expéditive.
- 2171. En parlant des différentes méthodes ufitées pour rogner les peignes, je n’ai rien dit des gardes. Il eft à propos de les couper d’abord à part, à la hauteur qu’on juge à propos de leur donner: cette hauteur eft: ordinairement celie des dents même, ainfi que leur forme i mais je penfe qu’il ferait plus avantageux de les tenir d’une bonne demi-ligne plus- lon^
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- gués, pour que le peigne étant placé dans la rainure du battant, elles en elfiiyafient tout le poids, ainfi que les chocs multipliés qu’il y éprouve; les dents feraient par-là ménagées , & on ne les verrait pas, au bout de fort peu de tems , percer le papier dont nous verrons bientôt qu’on entoure les jumelles & le bout des dents, & toucher, comme on dit en termes d’ouvriers : ce qui arrive quand elles rongent le papier en touchant au fond de la rainure. Quanta la longueur des jumelles, on leur donne ordinairement un demi-pouce après les gardes ; & on aura occasion de voir parla fuite, qu’il eft de quelque conféquence que cette longueur foit la même aux deux de chaque bout, pour placer le peigne bien au milieu du battant.
- 2172. Manière de planer Les peignes. Lorfqu’un peigne eft monté , il n’a pas pour cela atteint la perfedtion dont il eft fufceptible; & quelque foin qu’on ait pris pour tirer les dents de largeur à la filiere , & pour les placer comme il faut dans les jumelles, on ne faurait du premier coup leur procurer cet alignement refpedtif qui fait que chaque duite de la trame, frappée par le peigne, va fe placer en ligne droite contre la précédente. Sans l’opération dont nous allons nous occuper, cette duite ferait remplie de finuofités qui rendraient 1 etotfe défedueufe. Il a donc fallu planer les peignes pour les égalifer , & même pour diminuer un peu de la largeur que la filiere a donnée aux dents. Cette opération demande beaucoup de foins, & exige des outils bien tranchans pour couper vif & fans rebarbes les bords des dents. Prefque tous les peigners ont chacun une méthode particulière , & des outils différens : il ferait fans doute trop long de palier le tout en revue; & parmi les différentes méthodes , j’en rapporterai quatre qui m’ont paru les meilleures.
- 2173. Première méthode. Le couteau dont on fe fert pour planer, fig. 10, pl.II, relfemble alfez au tranchet des cordonniers ; il n’y a que la partie courbe AB, qui foit tranchante , & le bifeau n’eft que d’un côté, fur la partie concave; car indépendamment de la courbure AB fur l’élévation , il y en a une autre en plan qu’on n’a pu repréfenter que par le moyen de l’effet de l’ombre. La longueur totale de cet outil, fans fon manche , eft d’environ dix pouces.
- 2174. Pour fe fervir de ce couteau , l’ouvrier le tient par le milieu de la lame, la courbure AB tournée vers lui, & la convexité pofée fur le peigne , au moyen de quoi il le tire à lui; le bifeau fe trouve en-dehors,
- & le vif de l’outil pofe fur l’ouvrage. L’ouvrier tient le peigne de la main gauche , ayant le coude appuyé fur la table, tandis qu’avec la droite il eft occupé a planer. Il faut couper la canne fuivantla longueur des dents; car fi on fuivait celle du peigne , on rifquerait de les écorcher. O1111e coupe pas ces dents de toute leur longueur d’un même coup, mais en commençant
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- à quelques lignes près des jumelles extérieures ; on ramene le couteau contre celles qui touchent à la poitrine ; & quand ce côté eft fini , on retourne le peigne bout pour bout, & on enleve ce que la première opération avait lailie j mais en amenant ainli les copeaux près des jumelles , il faut avoir foin de les dégager par un coup de la pointe de l’outil donné fur toute la longueur du peigne contre les jumelles 5 & pour ne pas endommager les dents par une coupure trop profonde, il vaut mieux y revenir à pîu-fieursfois , jufqu’à ce que tous ces copeaux tombent d’eux-mèmes. Il faut auiii, dans cette opération , prendre bien garde d’endommager le ligneul qui retient toutes les dents : la perfection de cette opération confifte à ne lailfer fur la longueur du peigne aucune inégalité provenant de ce qu’on en aurait ôté plus dans certains endroits que dans d’autres ; enfin après avoir plané une des faces du peigne, on en fait autant à l’autre. Cette méthode elt fujette à plufieurs inconvéniens : premièrement le peigne n’elt pas affez folidement retenu dans des mains de l’ouvrier , pour qu’il n’en fouffre pas quelque atteinte ; enfin le coup de couteau n’eft pas fur , & l’on rifque de couper le ligneul, au grand dommage du peigne. La méthode qu’on va voir, me paraît infiniment préférable.
- 2175. Seconde méthode. Pour fe fervir plus fûrement du couteau dont je viens de parler, quelques ouvriers fixent le peigne fur une table fig. 2 , pl. IT, fous une couliffe dont un côté eft immobile , & l’autre fe meut au moyen des visa, a, a, a, qui glilfent dans les entailles b,b , b, b, pour fe prêter aux différentes largeurs des peignes : en-deifous de la table font quatre écrous & autant de vis , dont le chapeau repofe fur la tringle mobile , vont s’y loger 5 & comme leur tète eft quarrée, on les ferre & defferre à volonté parle moyen de la clef; & pour que les écrous ne puiffent pas tourner avec la vis, 011 y pratique de chaque côté un épauiement qui les rend capables de couler dans les entailles. L’ouvrier, pendant cette opération , a la faculté de travailler affis , & n’a d’autre foin que de bien conduire fon couteau , pour n’enlever fur les dents que ce qui convient. Lorfqu’un côté du peigne eft fini fur une même face, on l’ôte de fa place, & on le retourne bout pour bout pour achever cette face. Il paraît qu’il ferait plus fimple ou de porter fa chaife de l’autre côté de la table , ou de retourner cette table qui n’eft pas fort lourde ; mais les tètes des vis gêneraient la main de l’ouvrier, & même on a foin de terminer en bifeau la tringle immobile C fur fa longueur, pour que le couteau puiife approcher de plus près des jumelles fans gêner l’ouvrier. La longueur de cette table eft proportionnée à celle des peignes qu’on fabrique le plus communément. J’aurai occafion de dire ailleurs comment on s’y prend pour ceux d’une longueur extraordinaire. Quelques ouvriers fe fervent du métier
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- fur lequel ils fabriquent leurs peignes , comme de cette table ; mais ils fe contentent d’appuyer les jumelles contre la tringle de devant, & tiennent le peigne à plat avec la main gauche , tandis qu’avec la droite ils fe fervent du couteau pour le planer.
- 2176. Troijîeme méthode. La méthode que je vais rapporter ne différé prefque des précédentes que par les inftrumens qu’on y emploie ; car les métiers fur lefquels on arrête les peignes , font à peu près les mêmes : au lieu du couteau en forme detranchet, dont nous avons parlé , quelques ouvriers fe fervent d’un couteau , fig. 12, pl. IV, qui reifembie affez à un outil fort commun qu’011 nomme plane ; il n’a qu’un bifeau & deux tenons pris fur la même piece. A l’un eft un trou qui reçoit la goupille, par où il eft arrêté d’un bout fur les deux pièces de bois ou de corne, au moyen d’une goupille qui eft rivée de chaque côté, de façon cependant que, comme la lame d’un rafoir, il aie la faculté de tourner à frottement dur ; l’autre tenon va repofer fur l’une des deux autres goupilles qu’on voit à l’autre bout5 & pour tenir cette châjje dans un écartement convenable, en même tems qu’on met les goupilles , 011 y enfile une languette de fer, au moyen des trous qui correfpondent à ceux du manche, & on les rive ainli qu’on l’a fait à l’autre bout : Pépaiiï'eur de cette languette doit être égale à celle de la lame , pour que quand on travaille , elle 11e balotte pas; & pour plus de fureté, on enfile dans chaque bout du manche un cercle de forte peau ou de cuir. La maniéré de fe fervir de ce couteau 11’eft pas la même parmi tous les ouvriers : quelques-uns le tiennent d’une feule main , d’autres le tiennent à deux mains. L’habitude feule peut déterminer en faveur de l’une & de l’autre méthode ; mais dans tous les cas , le tranchant doit être contre les dents , & le bifeau en-deifus.
- 2177. On emploie encore au même ufage un autre couteau, dont la différence avec celui qu’on vient de voir 11’eft pas allez grande pour que j’aie cru nécelfaire de le repréfenter ; la lame eft à peu près la même , mais le manche fe fépare en deux fur la goupille de la tète, comme une lancette, & n’eft point arrêté par le bas , au moyen de quoi on peut donner à la lame tel degré d’obliquité par rapport au manche , qu’011 juge à propos , & on en retient les deux parties avec un anneau de cuir comme au précédent : la longueur du manche de chaque couteau eft de neuf pouces , favoir trois à chaque bout, & trois pour la lame : ce qui fuffit, foit qu’on le tienne à une ou à deux mains.
- 2178- Lorsqu’on a uni les dents autant qu’on le peut avec le couteau , 011 y donne le dernier coup avec un canif, & on enleve tous les copeaux en paflant ce canif le long des jumelles, prenant bien garde à endommager le' ligneui,
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- 2179. Je pafle à la quatrième & derniere méthode en ufage pour planer les peignes.
- 2180- La quatrième méthode confifte entièrement dans Pufage d’un outil qui eft particulier à quelques ouvriers. Cet u tien file qu’ils nomment , eft repréfenté par la ÿ%. 13; c’eft un parollélogramme tranchant par l’un de (es grands côtés , & à l’autre font deux manches recourbés qui entrent dans les poignées A , A, qu’on tient des deux mains.
- 2181- Avant de palier aux opérations qu’il eft néceffaire de faire aux peignes pour leur procurer une entière perfection , je crois qii’il eft à propos de donner la maniéré 'de planer les peignes d’une longueur extraordinaire.
- 2182. Tl il’eft pas poflible aux ouvriers de fe pourvoir de tous les uften-files dont ils peuvent avoir befoin dans des cas extraordinaires ; il leur fuftit d’avoir les plus courans : aufli , lorfqu’il fe préfente un peigne plus long que de coutume à faire , nous avons vu de quelle maniéré 011 fubftitue aux poupées ou montans aboulons qui fe placent fur la table, d’autres ni o titans qu’on fixe à tel écartement qu’on le defire , au moyen de pierres dont on les charge, ou de crampons plantés dans le plancher ,fig. I ,/>/. V. Les efforts du planage font plus confidérables que ceux du montage , auffï eft-il néceffaire de foutenir ces efforts au moyen d’une efpec-e de table fig. 2, qu’011 voit fous le peigne ; cette table eft formée par l’affemblage de deux potences D, D, plantées fur la planche C,& qui portent celle E, qui fe trouve parfaitement à la hauteur du deffous du peigne ; & comme les efforts de l’outil portent aufli contre les jumelles qui font du côté de l’ouvrier , on y remédie en attachant fur la petite table une tringle qui retient les jumelles. Lorfqu’on a plané d’un côté, il faut de toute nécefiité que l’ouvrier paffe de l’autre, & change fa table de pofition , à caufe de la tringle qui doit toujours fe trouver de fbn côté ; & quand toute une face du peigne eft finie , on le retourne fens-deffus-delfous de la maniéré fuivante. L’ouvrier lâche la vis du boulon d ; & comme , en faifant tourner le peigne fur lui-mème , on rifquerait de le caffer, ou au moins de le gauchir ; un fécond ouvrier fe met à un bout & l’autre à l’autre, & tous deux enfemble font tourner le •peigne avec beaucoup d’attention j puis on refferre la vis pour tendre le peigne ; on remet la table, & on achevé de le planer.
- 2183- J’ai oublié , en fuivant l’ordre des opérations , de dire qu’avant de planer le peigne, il eft à propos de rogner les dents, ce qu’on ne faurait faire qu’en tournant le peigne fur fon champ ou fur la hauteur, & fuivant la maniéré qu’on a enfeignée plus haut; & pour cela il faut aufli lâcher la vis & être deux. Ce n’eft pas qu’on ne pût le rogner après qu’il eft plané; mais comme nous venons de voir qu’on le retient contre la tringle de la
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- petite table, une ligne droite s’adapte mieux fur line pareille ligne droite, & on évite les tremblemens.
- 2184. Lorsque le peigne eft parfaitement plané, l’opération fuivante confifte à l’excarner. Les dents ayant été folidement arrêtées entre les jumelles , 011 ne faurait diminuer de leur largeur fur chaque face du peigne , fans qu’elles prennent la forme qu’a la figure 3 , où les parties e,/, repté-fentent la largeur qu’avaient d’abord les dents , & telle qu’elle efb reliée entre les jumelles ; la diminution qu’on voit de « en L& de c en repréfente l’elfet du planage & l’état où elles ont été réduites.
- 2185'. Il femble bizarre de tirer les dents avec tant de foin à une certaine largeur, pour les réduire enfuite à la moitié de cette largeur, car ce qu’on en ôte fur chaque face du peigne, va à peu près au quart; mais on peut rendre plufieurs raifons de ce procédé. La première eft, que ces tenons qui relient larges entre les jumelles les y retiennent plus folidement, •parce que plus un levier a de longueur, & plus il a de force ; l’expérience a donc appris que cette largeur mettait les dents plus à portée de rélifter aux chocs multipliés qu’elles éprouvent de la part des bouchons, des nœuds , des tenues & autres accidens; & que fans cette précaution un peigne 11e rendrait pas la moitié du fervice qu’011 eft en droit d’en attendre. Une autre raifon eft, qu’étant obligé de procurer aux peignes une égalité parfaite dans toute leur longueur, & n’étant pas poffible de tirer les dents d’une largeur parfaitement égale, il a fallu fuppléer à ce défaut par une opération particulière; de plus, li les dents étaient trop larges, elles fatigueraient trop la chaine , & on a mieux aimé leur en donner d’abord un peu plus, pour les réduire enfuite à celle qui leur convient.
- 2185. Il me refte , en ftnitfant cet article , à prévenir que les outils dont on fe fert pour planer les peignes, doivent être d’une bonne trempe 8c bien affilés, tant parce que la matière qu’on a à couper eft fort dure, que pour que les dents foient coupées vif & fans rebarbes ; auffi les ouvriers ont-ils coutume d’avoir devant eux une pierre qu’on nomme affiloir , avec lequel ils avivent de tems en teins le tranchant de ces outils.
- 2187* Quelque foin qu’on prenne à bien planer un peigne , il n’eft pas poffible de n’y pas laiifer de petites arêtes qui nuiraient à la chaine ; il a donc fallu excarner les dents, ainlî qu’on va le voir. Le terme d’excarner, aux yeux des perfonnes inftruites, indique fa lignification ; il préfente l’idée d’une opération par laquelle 011 ôte la chair ou le bois des dents , pour ne laiifer que l’écorce.
- 2 Ï 88- Le foin qu’on apporte à amincir les^dents quand 011 les tire à la filiere, ne les faurait réduire à n’avoir que l’écorce, dont on a uniquement befoin; la largeur à laquelle on eft obligé de les tenir, 11e les réduit Tcm e ÎX. A a a a
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- pas au degré d’épaiffeur où l’on a befoin de les porter ; je vais eflayer de me faire entendre. L’écorce des dents préfente une portion de cercle : nous avons vu qu’en les paifant à la filiere on ne les entame pas de ce côté > le dedans de la canne feul eft mangé par l’outil, ainfi l’écorce eft un arc • dont le dedans eft la corde : il fuit de là , que les extrémités de la largeur de ces dents offrent un angle très-aigu, ainfi qu’on peut le voir en jetant les yeux fur les figures 4 & 5 5 pi. V. La fig. 4 repréfente la coupe tranf-verïale d’une dent quand la rofette vient de divifer la canne : la fig- 5 la repréfente au fortir de la filiere ; c’eft dans cet état qu’on les place fur le peigne ? mais ii une opération poftérieure au montage , telle que le planage , vient entamer ces dents fur leur angle , elles prendront la forme d’un parallélogramme mixtiligne. On pourrait tirer une ligne parallèle à la-droite des deux bouts de l’arc ; e’eft cette ligne droite qu’il s’agit de tracer en quelque forte , en ôtant le fuperfl-u , & qu’on nomme excarnerles dents. Ceci foit dit pour les perfonnes qui aiment à raifonner par principes tous les procédés ; mais je palfe à l’opération.
- 2189. On fe fert pour ce travail, d’une efpece de canifemmanché comme on le voit fig-6, & il faut avoir grand foin de ne pas ôter plus de matière dans un endroit que dans un autre, pour que chaque côté des dents, foit bien parallèle à l’autre ; mais il faut bien prendre garde, à ne pas endommager le côté de l’écorce auquel le canif ne doit nullement toucher.
- 2190. Première maniéré. Qu’on fe repréfente un ouvrier affis à côté d’une table, & tenant de la main gauche un peigne prefque droit, & appuyé fur fes genoux, tandis que de la droite il conduit le canif entre, toutes les dents l’une après l’autre ;& pour n’en omettre aucune, on commence par un des bouts du peigne, jufqu’à la moitié, où on doit fe fouvenir qu’elles font tournées en feus contraire ; alors on retourne le peigne bout pour bout, & on fait l’autre côté : on tient le canif entre les trois premiers, doigts à peu près comme une plume quand on écrit. Il eft bon de finir d’abord le peigne fur une face , puis on le retourne pour voir s’il n’y a pas d’inégalités à l’autre furface ; & fi l’on en apperçoit quelqu’une-, on l’ôte avec le canif; il y a même des ouvriers qui fe piquent de travailler avec; dèlica.teife, qui le finiffent entièrement fur une lace, & le. repaient, entièrement fur l’autre, fans cependant affamer pour cela les. dents. Mais je ne faurais recommander trop d’attention pour n’en pas ôter plusà quelques-,
- . dents qu’à d’autres car delà viennent fouvent ces raies qu’on apperçoit. fur toute la longueur d’une étoffe, & qui la rendent défedueufe : il 11’y a-dé remede à ce malheur que de, rejeter le peigne.
- 2191... La fécondé maniéré s’exécute eupofant le peigne horifontalement fur une table* & l’y retenant au- moyen d’un poids uu d’un plomb.;.puis,
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- en fe fert du canif, comme nous l’avons dit: mais cette méthode eft très-défeeftueufe, en ce que le peigne pofant immédiatement fur la table , 11e permet pas à l’mftrument tout le jeu qui lui eft néccffaire ; pour peu que l’ouvrier l’enfonce un peu plus qu’il 11e faut, il rencontre la table, ce qui dérange l’opération. Quelques peigners plus iutelligens ont imaginé d’élever le peigne pour qu’il fût libre par-deftous. La jig. 7 , pl. F, repréfente un peigne pôle dans une fituation horilontale , fur deux parallélipipedes de bois de trois pouces à peu près degroffeur, fur huit à neuf de long. Chacun d’eux eft percé aux deux extrémités d’un trou quarré pour recevoir les boulons a, a, dont la tète qu’011 voit en-deflous , les retient en place ; ces boulons font taraudés de toute la longueur qui fort du bois , pour , au moyen des écrous à oreilles />, b, ferrer autant qu’on le veut la petite traverfe D, & par conféquent retenir folidement le peigne entr’elle & la piece de bois. C’eft dans cet état que la figure le repréfente : le tout eft pofé fur une table; l’ouvrier n’eft aucunement. gêné pour excarner; & lorfqu’il a fait les parties qui ne touchent point aux fupports,il lâche' les vis & change le peigne de place.
- 2192. Tl femblerait plus naturel de retenir le peigne dans cette efpece de prelfe par fes extrémités; mais la pefanteur des mains, quelque foin qu’on y apporte , ne faurait manquer de le fatiguer, & de lui faire prendre une tournure défedtueufe ; au lieu que l’efpace contenu entre ces appuis étant plus court, il ne nique pas de fe cafter. Il y a cependant des ouvriers qui placent le peigne fur les deux extrémités ; & pour ne pas le fatiguer du poids des mains , ils fe fervent de l’expédient que voici.
- 2193. Sur la longueur d’une table, & de la moitié de fon épaifteur, font pratiquées deux rainures, dans lefquelles entre le côté étroit de deux couliftes, & féparément on pratique en-delfous de ces coulifles une feuillure propre à recevoir les tenons d’une piece de bois, qui glifte fur la table. La largeur des entailles eft égale à l’épaifteur de la partie large des coulifles qu’elles reçoivent, au moyen de quoi cette piece de bois ne glifte qu’avec un peu de frottement. L’autre piece de bois n’eft qu’un parallélipipede fixé fur la table au moyen des têtes quarrées des deux boulons à vis, qui entrent dans l’épaifteur en-delfous de cette table & paftent au travers dans des trous pratiqués exprès; les tringles font appuyées par leur bout contre cette piece immobile , & les rainures ne commencent que de là. Dans les boulons de chaque piece de bois, Lune mobile, & l’autre immobile, entrent deux tringles de bois comme celles qu’on a vues plus haut & dont l'office eft de retenir le peigne au moyen des écrous à oreilles. Les preftes peuvent fe prêter à toutes les longueurs polfibles du peigne, au moyen de la faculté qu’a la piece fupérieure de gliffer entre les tringles parallèles.
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- Pour que la longueur du peigne & la pefanteur des mains n'y faflent au-cuntort, l’ouvrier mec un , deux & même trois couffins de bois, fur lesquels porte le peigne, & qu’il a la liberté de changer déplacé à volonté : il peut même fans crainte appuyer le coude gauche fur fon ouvrage, en plaçant un couffin à cet endroit. Il eft aifé de fentir que les vis de la piece mobile ne doivent avoir aucune communication avec la table, non plus qu’avec les tringles ; mais les tètes font encadrées de toute leur épaiiTeur dans le delîous de la piece de bois, au moyen de quoi elles n’apportent aucun obftacle à ce que cette piece puiffe gliifer. Comme ce métier eft fort étroit, il eft peu e m barra (fan t, & l’on peut l’approcher d’une fenêtre pour le procurer un-beau jour, dont on a grand befoin pour cette opération} & quand on a fini une moitié de la longueur du peigne , on retourne le métier pour faire l’autre. Il y a même des ouvriers qui, fans rien déranger,, finiffentun peigne fur toute fa longueur. Comme nous avons vu que la moitié des dents eft tournée vers un bout & l’autre vers l’autre, il faut pour cela s’accoutumer à tenir l’outil également bien des deuxfens, ce que beaucoup d’ouvriers ne peuvent faire. On excarne chaque dent en commençant par le boutjufqu’à celui b ,fig. 3; puis reprenant au point b , on retourne le canif & on le mene de b en a, pour les dents dont l’écorce eft à droite, &. du fens oppofé pour les autres. On en ufe ainfi pour qu’elles fe trouvent parfaitement évidées dans toute leur longueur i car comme il n’eft pas pof-llble de commencer tout contre les jumelles , fi on n’y repayait le canif, cet endroit fe trouverait plus épais , & cette inégalité endommagerait la chaine, fur-tout dans une étoffe de foie5 mais dans tous les cas, il faut, quand une; face dü peigne eft finie , fêter de là place pour le retourner de l’autre côté-On nefaurait apporter trop d’attention à bien finir un peigne; les difficuk tés augmentent en proportion du nombre de dents dont ils font compofés} & plus les dents font multipliées & fines, plus elles doivent être finies, à caufe du peu depaffage qu’elles laiffent aux fils de la chaine.
- 2194. La troijitme manurc d’excarner les peignes eft, pour le fond de l'opération , la même que celle que nous venons de voir , puifqu’il s’agit toujours d’évider les dents l’une après l’autre î mais celle-ci confifte à placer la main en - délions du peigne, de maniéré que la lame du canif étant pa£ fée entre chaque dent, 011 la falfe mouvoir de bas en haut, au Heu qu’elle avait une diredion contraire; pour cela il eft nécelfaire que ces peignes foient à une certaine élévation du métier , pour donner un paffage libre à h main.
- 2i9f. Lafig. V, repréfente la pofition d’un peigne fuivant cette^
- méthode. Le métier dont on fe fertpour cela n’a rien de particulier , ce n’eft: autre choie que celui fur lequel on a monté le peigne. On y voit même les;
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- poupées qui ne gênent aucun ement pour ce travail ; il eft feulement à pro~ pos de faire connaître la conftruction & la pofition des montans qui portent le peigne.
- 2196. Chacun de ces montans eftun morceau de bois à peu près quarré, dont la longueur n’eft pas déterminée ; elle dépend de la hauteur du métier fur lequel on les place, mais en général elle doit être telle qu’un ouvrier aflis puilfe y travailler commodément. Au bas de ce montant eft un tenon par où il entre jufte dans une des mortaifes qui font fur le métier ; ils n’ont pas befoin de plus de folidité, car ils ne font aucun effort. Au haut de ces mêmes montans eft une mortaife quarrée , propre à recevoir jufte le tenon du fupport C , qui repofe contre le montant, au moyen d’un fort épauîement , & va en diminuant vers l’autre bout , par-deifous , pour que l’ouvrier en promenant l'es mains, ne rencontre rien qui le bielle: il faut avoir attention que le deifus de ce fupport foit bien à angle droit avec le montant où il eft aifemblé : on en place fur le devant du métier quatre, fix ou huit, fuivant la longueur du peigne, & pour cela 011 pratique fur la longueur une rangée de trous quarrés dans une même ligne. Comme il faut que le peigne repofe fur ces fupperts, on a foin qu’ils foient tous à égalé hauteur. Quelques ouvriers y arrêtent le peigne au- moyen d’un poids de fer ou de plomb 5 d’autres fe contentent de retenir le peigne avec la main gauche, tandis que la droite travaille. Voye.1 fîg. 9, où onarepré-fenté la lame du canif paffant au travers les dents du peigne.
- 2197. Il y a encore une autre maniéré de placer le peigne dans cette pofition horifontale ; elle ne diftere prefque pas de celle que nous venons île voir ; mais la maniéré de placer les montans eft plus recherchée , & peut-être plus commode. Aux deux extrémités d’une table, font plantés des montans , dont le premier a la forme d’une croix dont le grand croi-filîon s’élève au-delfus du métier, à peu près de la hauteur des montans dont nous parlions il n’y a qu’un inftant, & reçoit le fupport, fait à peu près comme celui qu’on a vu; mais il eft un peu plus large. Le croifillon oppofé entre dans la mortaife faite au bout de la table, & ce montant repofe furies deux autres croifillons. A l’autre bout eft une croix femblable à la première, & qu’on place de même ; mais le croifillon fupérieur eft fort court. Sur les deux épaulemens qui forment ces croifillons , repofent deux tringles quarrées qui y font chevillées par les bouts. Dans l’entre-deux de ces tringles, güife le montant; & pour pouvoir l’arrêter où l’on veut,, fuivant la longueur du peigne, 011 pratique au croifillon inférieur , & fur fon épaitfeur, une mortaife, où palfe la clef qui le ferre contre les tringles. Au haut eft une mortaife pareille à celle qu’on a vue au précédent, pour recevoir un fupport 5. au milieu de la largeur de ce fupport,. & aifez près
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- du montant , eft un trou où paffe le boulon à tête, taraudé de plus de la moitié de fa longueur ; ce boulon étant en place, la tète en-deifous , reqoit aufli l’autre piece de bois , qui étant preffée par l’écrou à oreilles , retient le peigne par les deux extrémités fur le montant, à l’écartement qui détermine fa longueur. Pour ne pas fatiguer le peigne en appuyant les mains deifus quand on travaille, on fait paffer entre les tringles plufieurs fup-ports afl'ez longs pour que le peigne pofe deffus fans le forcer ; & comme rien ne les retient , on a la liberté de les faire couler à mefure qu’on en a befoin. Le métier à excarner, que je viens de décrire, n’étant monté que fur une planche qui lui fert de bafe , on a la liberté de le placer fur un métier à monter les peignes, ou fur des tréteaux, comme on le trouve plus commode.
- 2198. Qu’il me foit permis , en fmiffant cet article , de hafarder mon fentiment. La multiplicité des uftenfiles dans tous les arts me femble une charlatanerie dont il ferait à fouhaiter qu’on fe défît : pourquoi, par exemple, tant de métiers pour excarner les peignes ? Un peigner un peu occupé, qui fe piquerait de raffembler tous les uftenfiles de fa profeflïon , trouverait à peine de la place pour les loger 5 ne ferait-il pas plus (impie de faire l’opération-dont la defcription vient de nous occuper, fur le métier même, fur lequel on a monté le peigne ? Le dernier des métiers que nous venons de décrire, reffemble fi fort à celui à poupées, qu’il femble qu’on n’ait eu en vue que de multiplier les embarras. Je vais offrirai! ledeur quelques réflexions furies trois maniérés d’excarner que je viens de rapporter.
- 2199. Comme cette opération exige que le peigne ait une pofition af-furée, & que le moindre mouvement produit des inégalités fur la longueur des dents, il eft certain que la méthode de ceux qui tiennent le peigne fur leur genou , eft défe&ueufe ; aufli ai-je connu un habile peigner , qui, faute de connaître les moyens de fixer le peigne , voulait qu’au moins on l’appuyât folidement contre un mur, une table, un banc , &c.
- 2200. La fécondé maniéré eft fans contredit préférable à la première, parce que le peigne étant fixé dans une pofition horifontale, on eft plus affuré d’opérer également fur toutes les dents; mais d’un autre côté on 11e peut pas juger parfaitement de la quantité de matière qu’on emporte avec le canif, puifque la main cache l’endroit où l’on travaille; au lieu que par la troifieme on voit à découvert tout le peigne, & l’on peut voir par degrés les dents acquérir la forme qu’on a deffein de leur donner.
- 2201. Il eft fi important de ne pas faire de dents plus épaiffes ou plus minces dans la totalité de celles qui compofent un peigne, que pour peu qu’il en échappe quelques-unes, on s’en apperçoit aufîi-tôt fur l’étoffe -, une dent trop mince étant prelfée par la chaîne, fe rapproche de fa voi-
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- Yîtie, & de là viennent ces nuances qu’on apperçoit dans les étoffes qui ne fe mettent point à la foule; ces nuances ne font produites par aucun changement de couleur réel, foit dans la chaine , foit dans la trame ; mais comme il ne faurait arriver qu’une dent foit trop proche de fa voiline d’un côté, qu’elle ne foit en même tems trop éloignée de fa voiline de l’autre côté , de la deux effets qui produifent un changement de nuances qui n’eft qu’apparent. La raie fombre eft produite par les fils qui font trop ferrés entre les dents, & la raie plus claire qui la fuit, provient du trop d’écartement qu’ont entr’eux les fils qui palfent dans la dent écartée. La raifon en eft, que les couleurs de la trame très-ferrée entre les fils de la chaine, qui eft très-ferrée elle-même, n’ont pas autant de jeu que lorf-qu’elle elt plus lâche ; ainli ces effets deviennent d’autant plus fenfibles à la vue, que l’étoffe eft fabriquée avec plus de régularité. L’inégalité d’écartement d’une ou de quelques dents dans la totalité d’un peigne, ne le met cependant pas hors d’état de fervir. On peut en fubftituer une autre à la place de celle qu’on a trop amincie en excarnant. J’enfeignerai dans la fécondé partie la maniéré de remettre des dents fans démonter le peigne. Lorfqu’une dent eft trop épaiife , il eft fort facile de l’amincir ;lorfqu’elle eft trop écartée, on ne faurait rapprocher les autres fans ébranler tout le peigne. Mais quand il y en a quelques-unes de trop rapprochées des autres, on peut y remédier en les rendant un peu plus minces ; par ce moyen on obtient un écartement à peu près égal, & l’irrégularité devient: moins feniible : malgré tous ces foins , on ne peut que rendre un pareil peigne paifable , il ne fera jamais parfait.
- 2202. Maniéré de couvrir tes jumelles avec des bandes de papier, & de re-drejfer Us dents. Rien n’eft aufîi aifé que de coller des bandes de papier fur les jumelles d’un peigne ; il fuftit d’apporter à ce travail quelque attention, pour que ce papier, en entourant les jumelles, vienne tout contre les dents fans polèr delfus. Pour cela on prend avec un peu de papier ou autrement, la circonférence de ces jumelles d’une face du peigne à l’autre» ce qui détermine la largeur des bandes de papier; on en coupe une certaine quantité que l’ouvrier qui les colle, fixe fur la table avec un morceau de plomb ou autre chofe de pelant N , fig.. I o, pl. V; puis les end infant de colle d’un côté, il les laide fur la table, & pofe le peigne au milieu-de chaque bande fur la hauteur , comme on le voit en. I; après quoi il le couche de fon côté fans perdre le milieu de la bande, & en appuyant fur la longueur des jumelles, il les force à faifir le papier ; & enfin il re.tourn.e-le peigne de l’autre côté , ce qui achevé de coucher le papier tout autour des jumelles, il e.ft difficile de coller ces bandes de papier fans qu’il, a’y forme, quelques plisj auili pour, les faire difparaître. x & pour forcer k
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- papier à prendre la forme des jumelles, on prend une autre bande de papier plus large, qu’on pofe fur celle qui eft collée, & on frotte en tous fens pour bien l’unir fans crainte de rien déchirer; mais il faut pour cela que celle de deffus foit bien fec'ne : quand cette première bande eft collée, ou en place une autre au bout, & ainfî de fuite aux autres jumelles.
- 2203. Comme nous avons vu que les grolleurs du ligneul varient fuivanfc le genre de peignes qu’on fabrique, & par d’autres raifons qu’on doit ferap-peller, il eft évident que la circonférence des jumelles doit fuivre cette variation : aufti les bandes de papier , pour entourer cette circonférence , doivent-elles être plus ou moins larges. Maison ne faurait leur procurer cette égalité de largeur en les coupant avec des cifeaux , ou avec un couteau en pliant le papier par bandes ; les peigners ont imaginé l’uftenfile que je vais décrire, tant pour aller plus vite , que pour mieux régler ces largeurs.
- 2204. Aux deux extrémités d’une table, font deux trous quarrés propres à recevoir les tètes quarrées de deux vis qui palfent dans les trous cor-refpondans d’une tringle. On place une certaine quantité de feuilles de papier l’une fur l’autre , & on n’en laiife déborder que ce qu’on veut donner de largeur aux bandes ; on marque cette largeur à chaque bout au moyen d’un compas , puis on ferre les écrous à oreille, qui, en prelfant fur la tringle , empêchent le papier de changer de pofitionn; enfuite avec un outil, dont la lame reifemble alfez à celle d’un grattoir ,J%. 1 r , mais dont la foie f eft très-forte & entre dans le manche garni de viroles, il en fépare d’un feul coup une alfez grande quantité. Cette lame a deux tranchans , parce que rien n’émoulfe autant les outils que de couper du papier ou du carton; aufti eft-il fort fouvent obligé de les palier fur un afEloir. Lorfque toutes les feuilles de papier font coupées , on delferre les vis ; on reprend une autre largeur de bandes qu’on coupe de même, & ainli de fuite juf-qu’à la fin , ayant eu foin, avant l’opération, de marquer fur la première feuille avec le même écartement du compas , toutes les largeurs des bandes qu’011 peut y trouver. On ferre à part toutes les bandes de chaque largeur , & même on a foin de s’en pourvoir abondamment de toutes , depuis un pouce jufqu’à deux, de demi-ligne en demi-ligne, qVon numérote depuis un jufqu’à vingt-quatre , pour les reconnaître au befoin.
- 220$. La méthode que je viens de rapporter eft en ufage dans beaucoup de provinces, où, faute de relfources, les ouvriers font obligés de faire tout eux-mêmes ; mais dans les grandes villes ils font couper ce papier par bandes par des papetiers ou par des relieurs , dont la prelfe 8z le couteau à rogner font bien plus fiirs & plus expéditifs ; on eftalfuré par ce moyen de faire ces bandes bien égales de largeur, & on en peut couper une bien plus grande quantité d’un coup, puifqu’on rogne une
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- rame de papier à la fois. Il faut préferver ces bandes ainfi coupées, de l’humidité ; le mieux eft de les mettre Buvant leurs numéros dans les cafés numérotées d’une grande boite.
- 2206. Quelques ouvriers plus recherchés dans leur travail, fe fervent d’une autre méthode pour couvrir de papier les jumelles de leurs peignes. Au bord d’une table, on plante deùx morceaux de bois dont l’enfourche-ment fàifit jufte l’épaiifeur de cette table, & s’il devient un peu lâche, on peut y glilfer une ou deux cartes à jouer; puis avec deux chevilles de bois on y fixe un chalîis, au moyen de deux trous. Les deux montans font af-femblés aifez fimplement par une traverfe ; mais au haut de ces montans eft une entaille, où l’on place le peigne fur fa hauteur. Dans cette pofition l’ouvrier couvre fes jumelles de papier , & a la liberté de faire tourner le peigne avec le chalîis, & de régler fou papier en-delïùs & en-delfous à fa volonté. Cette méthode eft fort bonne ; mais avec de l’attention toutes deux peuvent très-bien remplir le même objet. Quelques peigners s’y prennent différemment ; les uns tiennent le peigne entre leurs genoux, d’autres le font tenir par quelqu’un , tandis qu’ils collent le papier ; enfin, pourvu que la perfection s’y trouve, peu importe comment on s’y prenne : Peifentieleft qu’il n’y ait point de plis fur la longueur des bandes , car elles nuiraient au "peigne quand on fabrique l’étoffe.
- 2207. Manière de redrefier les dents. L’opération du planage , ainfi que celle d’excarner les dents, quelque foin qu’on y apporte , fatigue néceffairement les dents: aufii, lorfqu’un peigne eft fini, on y voit beaucoup de dents qui ont pris un certain degré de courbure qui ferait fort nuifible à la fabrique , fi l’on n’y avait pourvu par la derniere des opérations qu’il eft à propos de faire à un peigne , celle d’en redrelfer les dents.
- 2208* Entre les différentes méthodes qu’on a adoptées pour cela, je n’en •ai remarqué que deux qui méritent d’être rapportées : les voici.
- 2209. La première eft repréfentée par la fig. 12 ,pl.V. O11 voit un ouvrier tenant de la main gauche un peigne par le milieu , & dont un bout eft appuyé contre fon eftomac, tandis que dé la main droite il palfe uwdnjfioir entre les dents qui fe font courbées. Ce dreffoir repréfenté à part fig. 13 , 11’eft autre chofe qu’une piece de fer faite comme une palette , ou comne une Ipatule fort mince par le bout, pour pouvoir entrer entre les dents les plus ferrées, & qui va en épaiftïifant infenfiblement, jufqu’à l’endroit où l’on voit fa largeur diminuer par deux plans inclinés, qui eft beaucoup plus épais : la tige qui par l’autre bout entre dans le manche , eft quarrée,-& terminée en pointe pour qu’on puiffe l’entrer à force dans fon manche. Ces fortes d’outils s’emploient chauds; & comme ils font fort minces, ils fe re-froidiffent promptement: c’elfpourquoi il eft à propos d’en avoir au moins Tom. JX. B b b b
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- quatre qui chauffent alternativement pendant qu’on fe fert de l’un ;&poti2r plus de commodité , l’ouvrier a à côté de lui un réchaud de feu où [on les voit. Il faut bien prendre garde de fe fervir de ces fers trop chauds , on brûlerait les dents; il ne faut que les échauffer pour faire tant (oit peu fondre la poix du iigneul, & par ce moyen faciliter la dent à fe redreifer par fiv qualité élaftique. On a auili des dieffoirs terminés à peu près en pointe , pour qu’on puiife plus aifément l’infmuer entre les. dents.
- 22io. La fécondé maniéré eft abfolument femblable à la première ; le' dreifoir feul en fait la différence , ainfi que la pofition du peigne.. Le peigne eft dans une pofition horizontale & eft retenu à l’aife dans les entailles L ,L, figure 143 le tenon qu’on voit au bas, fert à la planter dans, des trous pratiqués fur la table. On conçoit que dans cette opération on a befoin que les. dreffoirs foient courbés , pour que la palette fe promene entre les dents parallèlement à elles-mêmes. Voyez ce dreifoir ,7%. 14, qui dans fa conftruc-tion ne différé du précédent que par fa courbure; il eft emmanché de même ; & comme la chaleur fait déjeter le bois , il ne tiendrait bientôt plus, dans fon manche, fi l’on n’avait la précaution de le river par le bout de ce manche.
- 2.211. Tels font les procédés qu’on met en ufage pour porter les peignes à la perfection qui leur eft néceifaire. Il me refte en finiffant ,à rendre compte d’une derniere précaution que quelques ouvriers plus curieux de la perfeélion que les autres, prennent pour que leurs peignes ne fouffrent aucun dommage dans la rainure du battant, où il éprouve des faccades con-fidérables & multipliées* Le papier dont nous avons dit qu’on couvre les jumelles , fert autant à la folidité du peigne , qu’à empêcher la poix de couler lorfqu’on redreffe les dents ; mais fans une grande attention pour bien coller ce papier, la poix durcie s’écaillerait à force de recevoir mille contre-coups: c’eft pour cela que quelques ouvriers collent une fécondé bande de papier par-deffus les premières; mais ils ont attention que le premier foitplus faible,, fans quoi le fécond ne tiendrait pas, & même ils fe décolleraient tous deux..
- > ———— .. -sffia.--------... » ------=!»
- EXPLICATION DESFIGURES.
- Planche I.
- -F”/ g. 1, partie de peigne vue de grandeur naturelle, afin de faire apper-cevoir comment les dents A font contenues par le haut entre les deux jumelles axa , & par le bas entre celles b > b, au moyen des ligneuls c , c?
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- Df E T.O F F E S DE SOIE %6i
- qui en éhtourant les quatre jumelles deux par deux , retiennent les dents & les féparent en même tems les unes des autres. Les mêmes ligneuls entourent la garde B, haut & bas fur les jumelles , entre lefquelles font placés les tenons : les contours du ligneul font croifés fur des tenons » de maniéré que la garde ne puilfe s’écarter de Gôté ni d’autre.
- Fig. 2, garde de peigne, dont le corps eft de forme ovale.
- Fig. 3 , filiere pour paifer de Largeur les jumelles qu’on fait avec de la canne.
- Fig. 4 , autre filiere pour fixer l’épaiffeur des jumelles.
- Fig. y, couteau pour couper les tuyaux de canne.
- Fig. 6, ouvrier occupé à refendre des tuyaux de canne. Il tient de la main droite un couteau dont il place le tranchant fur le bout du tuyau, comme pour le féparer en deux parties égales. Il tient le tuyau de la main gauches il en appuie le bout fur le bloc A, placé entre fes jambes , fur lequel il frappe pour faire entrer le couteau.
- Fig: 7 , tuyau vu par le bout avec la lame du couteau. On voit en aat que cette lame a déjà fait une première divifion. En la plaçant de diftance en diftance, on doit le faire de maniéré qu’elle divife toujours la circonférence du tuyau en deux parties égales.
- Fig. 8 5 repoulfoir de bois pour faire éclater les tuyaux , à mefure qu’on les a refendus.
- Fig. 9, rofette emmanchée & vue en perfpedlive.
- Fig. io, écrou propre à fixer les rofettes lorfqu’elles font emmanchées, & pour leur fervir de conduéleur lorfqu’on refend les tuyaux , afin qu’elles fe trouvent au centre, enforte qu’on obtienne des parties d’une égale largeur.
- Fig. 11 , bout de manche, dont la partie quarrée a reçoit la rofette , & le bout b eft fait en vis pour recevoir l'écrou fig. io , qui retient la rofette lorfqu’elle eft emmanchée.
- Fig. 12, forte table fur laquelle on plante les rofettes pour refendre les tuyaux. Elles y font placées debout , comme on le voit en A. La table peut en contenir plufieurs de grolfeurs différentes , pour pouvoir choifir celle qui convient le mieux à chaque tuyau.
- Fig. 13 , écrou qu’on place dans les trous de la table, pour recevoir les tenons des manches des rofettes qui font faites en vis.
- Fig. 14, vis à chapeau faite pour le bout d’un manche de rofette. On ferre cette vis avec une clef.
- Fig. 1 ç , tuyau de canne dont la rofette a fait éclater les parties prefque jufqu’au bout.
- Fig. 16, palette de bois avec laquelle on frappe fur les tuyaux pour les refendre. Bbbbij
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- **4. ART DU FABRICANT
- Fig. 17 , manche garni de deux rofettes, dont les chapeaux fonfc'coupés quarrément.
- Fig. 18, autre manche, dont les rofettes font retenues par un chapeau; eonique.
- Fig. 19, une des chevilles du râtelier à fufpendre les rofettes de ma* niere qu’elles ne touchent à rien qui puiffe les émouifer.
- Fig. 20 , filiere pour tirer les dents de largeur & d’épaiffeur.
- Fig. 21 , ouvrier qui tire les dents d’épaiffeur. Il tient dans fa main droite un morceau de canne a, qu’il fait paffer entre le bout du fer B , & la lame de çafoir G,
- Fig. 22 , filiere pour fixer la largeur des dents.' Le morceau de boise*/,
- empêche que les dents ne defeendent plus bas qu’il ne faut.
- Fig. 23 , ouvrier qui tire les dents de largeur. Il tient dans fa main droite une dent placée entre les lames b , b, tandis que de la gauche il appuie avec une baguette D fur la dent, afin que le mouvement de la main ne la faife pas vaciller.
- Fig. 24 , filiere pour finir les dents. On y voit les deux pièces de fer , tenues avec la vis dans l’état où elles doivent être pour s’en fervir.
- Fig. 2S , jauge dans l’entaille de laquelle on apperçoit une quantité de dents déterminée fuivant leur fineffe.
- Fig. 26 , jauge à mefurer la groifeur du ligneul.
- Planche IL
- Fig. 1 , rouet à main pour tordre le fil à faire le ligneul.
- Fig. 2 , axe de la roue de ce même rouet : le bout e contient le fil quand
- il eft tordu , & l’autre reçoit la corde qui donne l’impulfion à la roue.
- Fig. 3 , montant au bout duquel on place un rochet plein de fil pour le tordre.
- Fig. 4 , ouvrier tordant le fil. Il tient un rouet de la main gauche, de la droite il tient un bâton , aux deux bouts duquel eft attachée une corde qui entoure la partie de l’axe entre les deux montans , & par un mouvement du poignet il donne des élans à la roue qu’il fait tourner très-rapidement. Par ce moyen le fil qui eft arrêté au bout de l’axe, fie tord fur lui-même. Quand une étendue depuis le montant à l’ouvrier eft fufïï-famment tordue, l’ouvrier dévidé le .fil fur le bout a de l’axe, enfuite il développe de deffus le rochet une autre longueur , fur laquelle il opéré de même.
- Fig. ï , deux mains tenant un rochet plein de fil prêt à être tordu. C© rochet eft enfilé d’une broche de fer ; & pour fuppléer au montant, fig* 3?
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- B9 ET 0 F F ES D E SOIE.
- 1
- en fait tenir le rochet par une femme ou un enfant, qui empêche le rochet de tourner avec les deux pouces.
- Fig. 6, carcaffe d’un moulin à tordre le fil.
- A, table de fortes planches folidement jointes.
- B , B , B, B, quatre pieds aifemblés par quatre traverfes C, C, C, G. :,
- D, D, montans de devant, dont l’épaiifeur réglé l’écartement des tra-verfes I, K.
- E, E, montans de derrière.
- F, traverfe qui alfemble par le haut les deux montans de derrière.
- G, deux couliifes fur lefquelles pofe le va-vient.
- H, H, deux traverfes qui joignent les montans de devant à ceux de derrière.
- I, traverfe appliquée au haut des deux montans de devant, au moyen d’une entaille de toute leur 'épailfeur.
- K, traverfe de derrière appliquée fur la face intérieure des montans.
- L, traverfe d’en-bas.
- Mj traverfe mobile de derrière.
- N,N, deux taffeaux fur lefquels repofe la traverfe intérieure K.
- Fig. 7 , E , l’un des montans de derrière, repréfenté à part. Us font moins épais que les autres , mais de la même largeur.
- Fig. 8 y M, traverfe mobile de derrière. Elle fe hauffe & baiiîè à volonté dans les entailles des montans dé derrière. Les deux trous a., a, fervent à la fixer à la hauteur qu’on veut, au moyen de deux chevilles.
- Fig. 9 , K , traverfe fixe de derrière.
- Fig. io, lanternon C & roue dentée D , enarbrés fur le même axe A: a^b , font les deux parties de l’arbre, qui paflent dans les traverfes ; & comme le lanternon eft entre les deux traverfes, l’arbre qui y entre quar-rément, ainfi qu’au centre de la roue dentée , ne les enfile qu’après que ce lanternon eft en place , & le bouton c empêche la roue de s’échapper.
- Fig. ir, plan géométral de la machine; 1, traverfe de devant, vue fur fon épailfeur : C , lanternon : K , autre traverfe i D, roue dentée : E, E, deux montans de devant, vus fur leur largeur.
- Fig. 12, la machine toute montée. -
- Fig. 13, excentrique, qu’on place au bout fupérieur de la partie A de Paxe.
- Fig. 14 , manivelle. A , arbre qui enfile quarrément la roue à alluchons D. La partie A eft ronde & tourne dans un conduit de fer , attaché fur l’é-pàilfeur de la traverfe L.
- E , piece de fer à peu près-ovale , rivée au haut de l’arbre en e. ' ?
- F, poulie alongée, qui tourne fur une broche de. fer à l’autre bout de
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- S66
- ART DU FABRICANT
- cette ovale, & produit le mouvement excentrique des va-viens."
- C, manivelle femblable au fût d’un villebrequin.
- F, pomme qui tourne fur un collet.
- B , autre arbre qui a une tète quarrée , par où la manivelle le faifit pouL* le faire tourner.
- T, poulie à double rainure, qui mene les cordes fans fin.
- Fig. iç , coronelle, dont les bras en fil de fer fervent au développement du fil qui eft fur le rochet.
- Fig. 16, guindre.
- A, les quatre ailes.
- B, B, pièces aflemblées à mi-bois, qui forment une des deux croi-fieres du guindre.
- Fig. 17, boulon de fer quarré, qui termine la longueur de l’axe du guindre, & fur lequel on place la roue dentée.
- Fig. 18 , piece qui entre au moyen defes deux queues b , £, dans latra-verfe de devant K , & qu’on peut fixer à la hauteur convenable , au moyen des petites chevilles qui entrent dans les trous C, C,C, C , &c.
- Fig. 19 , guindre pour devider le fil tordu , ou celui qu’on veut doubler.
- Fig. 20, dévidoir au même ufage.
- K , planche qui fert de bafe.
- L , L, deux montans qui portent l’axe.
- ’N, roue qui donne le mouvement de rotation.
- Fig. 21, afple pour recevoir le ligneul eu fortant delà marmite.
- Planche III,
- Fig. r, maniéré de poilfer les Jigneuls en fe fervanjt .d’un fourneau.
- A, roue fur laquelle on dévidé le ligneul.
- B , planche qui fert de filiere.
- C, corbeille à mettre le fil qu’on veut poilfer.
- D , corbeille à charbon.
- E , pelle à feu.
- F, cautre dans laquelle tourne le rochet qui contient le fil qu’on poiffe.
- Fig. 2, ouvrier occupé à fuer les jumelles apres avoir fini de monter fon peigne. On apperqoit qu’après avoir fcié tes jumelles a , a, il fcie celles il doit en faire autant à l’autre bout en c, & enfuite en d-
- Fig. 3, un des tuyaux de fer, dont on garnit les poupées.
- Fig. 4, vis garnie de fon écrou a oreilles , du tuyau de fer dans lequel elle palfe, & du tenon fur lequel 011 fixe les jumelles. On a ponctué les contours de la poupée.
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- L'ETOFFES DE SOIE.
- Fig. 5, boulon de fer à tête , qui entre dans la poupée.
- Fig. 6, poupée féparée du métier, fixée fur fa palette, & garnie d’un boulon’ de fer avec fon tenon. c .
- Fig. 7, métier à monter les peignes.! À, A , poupées- B, B-, boulons, C , C , deux tringles de bois qui forment le couliifeau des palettes.
- Fig. 8, poupée vue en perfpective , féparée du métier ; elle eft garnie de fa clavette feulement.
- Fig. 9 , métier à trois pièces , pour monter des peignes d’une grandeur extraordinaire.
- Fig. io, foule prife fur fa coupe longitudinale. On voit dans les entailles les bouts d9d,d,d', des' jumelles , tels qu’ils doivent être placés.
- Planche IV.
- Fig. i, métier prêt à travailler. On voit les jumellesA, b, c, c, fixées fur les tenon s a, a. La foule A retient ces jumelles dans un écartement déterminé, tant en largeur qu’en hauteur. La batte B, placée de la même façon que l’ouvrier la tient pour frapper les dents, & ferrer les tours du ligneul les uns contre les autres.
- Fig. 2, foule qu’on met entre les jumelles, pour déterminer la hauteur des peignes.
- Fig. 3, ouvrier montant un peigne. Il eft aflîs devant le métier A , tenant de la main gauche, en-deffous du peigne, les bouts du ligneul c, c , qu’il ferre autant qu’il en eft befoin. De la droite E , il tient la batte C, avec laquelle il'frappe fur les tours du ligneul & fur les dents.
- Fig. 4, partie du deffus des jumelles fupérieures , lefquelîes ont été marquées par le divifeur. On voit en a les marques qui indiquent les pouces.j en b , celles qui marquent les demi-pouces ; & en c , les points qui défignent les quarts de pouces.
- Fig. j , divifeur au moyen duquel on marque d’un feul coup toute l’étendue d’une jumelle.
- Fig. 6, dent de peigne, telle qu’elles font quand on les a rognées par trois coups de couteau.
- Fig. 7, ouvrier rognant les dents d’un peigne. Il eft debout devant une table ,fur laquelle il appuie fon peigne par un bout, & le le tient de l’autre avec la main gauche., tandis que de la droite il rogne les dents avec un couteau.
- Fig. 8, autre maniéré de rogner les dents avec un couteau à deux manches. Le peigne eft: ferré entre les deux planches A , A, de forte que les efforts de la lame ne peuvent pas l’ébranler.
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- ART DU FABRICANT
- f*S
- Fig. 9 , couteau à deux manches.
- Fig. io, couteau à planer les peignes.
- Fig. 11, banc à planer. On place le peigue'entre les tringles G, D , fous .les rainures que forment ces tringles. B eft la table., C eft une tringle immobile i D , autre tringle fixée par des vis , pour pouvoir la faire avancer ou reculer. '
- Fig. 12, autre forte de couteau à planer. Cet inftrument eft tout en fer forgé d’une feule piece.
- Fig. 13, autre forte de couteau à planer ; mais le bifeau eft d’acier. Planche V.
- Fig. 1, ouvrier qui plane en fe fervant du couteau fig. 13 ,pL. IF. Le. peigne eft encore fur le métier, & ce métier eft celui dont onfefertpour faire des peignes de toutes fortes de longueurs.
- Fig. 2, fupport qu’on fait courir fous le peigne pour le foutenir.
- Fig. 3 , dent de peigne , dans l’état où elles font quand on a plané.
- Fig. 4, bout d’une partie de tuyau de canne , tel qu’il eft avant de palfer à la filiere. Les points A , A , indiquent jufqu’où doit mordre la filiere , la première fois qu’011 les tire d’épaiifeur. -
- Fig. f , le même bout de canne, fortant de la filiere la première fois. fif, indiquent les endroits que les lames enlevent, quand on tire de largeur.
- Fig. 6 , canif à excarner.
- Fig. 7, métier à excarner. Le peigne eft élevé fur les couffins C, C, & tenu par les bandes D , D.
- Fig. 8 > dent de peigne coupée fur fa longueur , à d’endroit où eftplacé le canif, pour laiifer voir la pofition de la lame.
- Fig. 9, ouvrier occupé à excarner un peigne. Il eft affis devant le métier , de maniéré que les fupports fur lefquels eft pofé le peigne C, avancent-pref-que fur lui, &lui donnent toute la liberté de travailler. La main qui tient le canif, eft .par-delfous de peigne.
- Fig. 10, ouvrier occupé à coller un peigne, fl tient par les deux bouts les jumelles pofées furie milieu d’une bande de papier enduit de colle. Il couche le peigne en-avant & en-acriere, pour que la bande couvre également les jumelles des deux côtés. K eft un-peigne dont les jumelles font couvertes. L, autre peigne qui n’eft pas .encore couvert.
- Fig. 11 , couteau à -couper les bandes.
- Fig. 12 , ouvrier qui dreife les dents avec un drelfoir droit.
- Fig. 13 , drelfoir droit.
- , Fig. 14, o livriez qui dreife .les dents avec un drelfoir courbe.
- Fig. if , drelfoir courbe.
- TABLE
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- D'ETOFFES DE SOIE.
- ilU
- UiA
- 2J^L JB X JS JD JB S JP^L JR. JF X £S
- ET DES CHAPITRES.
- JÈPITRE DEDICATOIRE. pag. 3
- P RÉ FA C E. f
- INTRODUCTION à la fabrique des étoffes de foie, contenant un traité abrégé de la culture des mûriers, des vers à foie, du tirage & du moulinage desfoies.
- Abrégé de la culture des vers à foie
- en France. 28
- Traité abrégé du moulinage des foies. 42
- ART de la teinture en foie. Var M. Macquer.
- Av A N t - P ro p o s. 62
- Cuite de la foie. 70
- Du dégommage & de la cuite de la foie pour le blanc. 72
- De la cuite des foies deftinées à être teintes. 74
- Remarques fur le dégommage & la cuite 7f
- Du blanc. 76
- Du blanchiment. 78
- Du foufrâge. 79
- Remarques fur les blancs & le fou-frage. 80
- De l’alunage. 82
- Remarques fur l’alunage. 84
- Du bleu.
- Remarques fur le bleu d’indigo. 88 Du jaune. 93
- De l’aurore, orangé, mordoré, couleur d’or & de chamois. $6 Tome IX*
- Du rouge. Du cramoilî fin. p. 100 Remarques fur le cramoilî fin. 103 Du cramoilî faux, ou du rouge de bois de B ré fil. 106
- Remarques fur le rouge ou cramoilî de bois de Bréfil. 107
- Du ponceau, du nacarat, & du ce-rife. 109
- Préparation du carthame ou falfra-num. no
- Remarques fur la teinture de car-thame, ou faffran bâtard. 114 Du ponceau faux, ou couleur de feu, fait avec le bois de Bréfil. 116 Du couleur de rofe faux. 117 Du verd. 11 8
- De l’olive. 121
- Du violet. 122
- Du violet fin. Ibid.
- Du violet faux ou ordinaire , & des lilas. 124
- Du violet de bois d’Inde. 126 Yiolet de bois d’Inde avec le verd^de* gris. 127
- Violet de bois de Bréfil & de bois d’Inde. 128
- Violet de bois de Bréfil & d’orfeille.
- 129
- Du pourpre & dugiroflé. Du .pourpre fin ou à la cochenille. 130
- Du pourpre faux. Ibid.
- Du marron, canelle, lie-de-vin. 131 Des gris-noifette, gris-d’épine, gris-Cc gg ‘
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- ART DU FABRICANT
- 57°
- de-maure, gris-de-fer., & autre* couleurs de ce genre. pag. 135 Du noir. 136
- Adoucilfage du noir. 143
- Noir fur crud. 144
- Brevet pour le noir. 145"
- Remarques fur le noir. 147
- Procédés particuliers , tirés du dépôt du Confeil, & communiqués par M. Hel-lot. 14g
- Soie cramoifie de Damas &deDiar-bequir. Ibid.
- Cramoifi de Gênes; procédé vérifié au mois de mai 1743. iyo
- Violet-cramoifi en foie, d’Italie. 153 Demi-violet. 1^4
- Noir de Gênes, pour le velours. Ibid. Explication des figures. 15; <5
- Explication des termes. 15g
- PREMIERE PARTIE.
- Traité du devidage des foies teintes , trame & organfin , propres à la fabrication des étoffes.
- CHAPITRE I. Defcription du premier dévidoir ; maniéré de s'en fervir. 164
- Des difFérens pieds des dévidoirs.
- Ibid.
- Defcription du guindre. 1 Maniéré de fe fervir du dévidoir ou guindre. 166
- Defcription de rouet à devider.
- Ibid.
- CHAPITRE II. Defcription d'un fécond dévidoir, avec la maniéré de s'en fervir. 167
- CHAPITRE III. Defcription d'un troijieme devidpir, & la maniéré de s'en fervir. 16g
- Obfervations fur les anciens dé-
- vidoirs. pag- 169
- CHAPITRE IV. Defcription du rouet à quatre guindres. 170 Du banc & des roues. 173' Defcription des nouveaux guindres , & de la maniéré de s’en fervir. i?7
- Des rochets & bobines propres à devider la foie. 179
- CHAPITRE V. Defcription des tra-fufoirs. 180
- Du trafufoir à la lyonnaife. Ibid. Du trafufoir à la nimoife. 1 81 CHAPITRE VI. Maniéré de dévider & de fe fervir du trafufoir , foit de Lyon ,foit de Nîmes. Ibid. CHAPITRE VIII. Vfage qu'on, doit faire des anciens dévidoirs décrits dans le premier chapitre. i8ï Defcription du guindre. Ibid. Defcription de l’efcouladou, & de la maniéré de s’en fervir. i8& Explication des figures. J 88,
- SECONDE PARTIE.
- Traité de l'ourdiffage des étoffes de foie.
- Introduction. i 92
- CHAPITRE I. Defcription de l'our-diffoir long, 196
- CHAPITRE II. Defcription de la cantre couchée, propre à l'ourdi ffoir long. 197
- CHAPITRE III. Maniéré d'ourdir avec lourdiffoir long, en fe fer-vant de la cantre décrite dans le chapitre précédent. 199
- Maniéré de nouer les fils qui caf-
- fent en ourdilfant, & de fubfti-tuer des rochets à ceux quifiniR fent. 20 S
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- B'ETOFFES DE SOIE.
- Obfervations fur les longueurs qu’on peut donner aux chaines & poils. pag. 206
- CHAPITRE IV. Defcription de l’ourdijfoir rond , & des différentes pièces qui le compofeut.
- 207
- De la cage de l’ourdiffoir. Ibid. Defcription de l’ourdiffoir rond.
- 208
- Defcription des difïerens plots qu’on emploie avec l’ourdilfoir rond. 210
- Maniéré de fefervirdu plot. 214 Obfervations fur les différens ourdiffoirs. 216
- CHAPITRE V. Defcription du banc à roue. 218
- CHAPITRE VI. Defcription des cantres droites. 219
- De la cantre droite fimple. Ibid. Cantre double en largeur. Ibid. Cantre à deux faces fimples. 220 Cantre double à deux faces. Ibid. Obfervations fur une cantre à trois divifions, comparée à celle qui n’en a que deux. Ibid. Defcription du jet fimple. 221 Jet double. Ibid.
- Jets quadruples. Ibid.
- Obfervations fur la multiplicité & la variété des cantres & des jets. 222
- Defcription d’une nouvelle cantre droite quadruple. 223
- Obfervations fur les propriétés de la nouvelle cantre quadruple.
- 224
- CHAPITRE VIT. De la maniéré d’ourdir les chaines & poils Jim-pies unis 3 ou à une feule couleur,
- avec l’ourdiffoir rond, & la cantre droite ou le jet. pag. 22ç
- Maniéré dë reprendre les fils caf. fés en ourdiifant avec la cantre droite ou le jet. 229
- De la maniéré de lever les chaines ou poils de deffus l’ourdilfoir rond. 231
- CHAPITRE VIII. De la maniéré d'ourdir les chaines ou poils doubles , les chaines doubles & Jim-pies, celles doubles & triples, &c. & la différence qu’il y a dans cet ourdijjage, entre l’ufage de la cantre droite celui de la cantre couchée. 232
- Maniéré d’encanter avec la cantre couchée les chaines qu’on vient de voir. 23f
- Obfervation fur les deux efpeces de cantres, par rapport aux our-dilfages dont on vient de parler.
- 236
- CHAPITRE IX. Defcription de la cantre couchée à la lyonnaife, propre à l’ourdiffoir rond. 237 ' CHAPITRE X. Maniéré d’ourdir à une couleur avec l’ourdiffoir rond, en fe fervant de la cantre à la lyonnaife. 239
- Delà maniéré d’encantrerles chai-nés à deux couleurs qu’on nomme pas d’un & pas d’autre. 240 Méthode dont on fe fert' à Lyon pour lever les chaines ou poils de deffus l’ourdilfoir rond. Ibid CHAPITRE XI. ^ Comparaifon de} différentes méthodes qu’on em ploie pour ourdir les chaines & poils, 6? particuliérement celles C c c e ij
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- ART DU FABRICANT
- qui font rayées. pag. 241
- CHAPITRE XII. Defcription de la cantre à tiroirs, & de tout ce qui la compofe. 243
- Defcription des tiroirs. 244 Defcription de la carcaffe de la cantre fans tiroirs. Ibid.
- CHAPITRE XIII. Explication de l’ordre que tiennent les rayures, & de leur diverjîté ; pourquoi il faut plufieurs contres pour les ourdir ; la maniéré de les combiner fur les échantillons, fur les efquijjes & fur les dejfins, & d’en encantrer certainej en employant la cantre droite ou le jet, é? de les ourdir. 246
- De la maniéré de combiner les efquiffes , les échantillons & les delîins des rayures. 248
- Suppofition d’un échantillon pour un taffetas rayé à une couleur , & combinaifon de fa rayure.
- 2fO
- Exemple pour la fymmétrie de la rayure fuppofée, prife par fes extrémités. 253
- Ordonnance d’ourdiffage pour un taffetas rayé cramoifi & blanc , dont le peigne eft un mille dents.
- 2Î4
- De la maniéré d’encanter les ro-chets , pour diftribuer les couleurs à propos, en employant la cantre droite ou le jet, quand on ourdit félon la méthode de Paris , de Lyon, &c. 2ff De la maniéré d’ourdir la rayure qu’on vient d’encantrer. 2^6 Ohfervations fur la maniéré d’en-
- verger , de couper les braffes, & de les placer fur les chevilles lors de la mutation des cantres. Ibid. De la maniéré de combiner les rayures fur les échantillons. 2f7 Largeur des parties qui doivent compofer la rayure à ourdir.
- 259
- De la maniéré d’encantrer & d’ourdir , quand il fe trouve des nombres impairs dans les baguettes ou dans les parties de Fond qui compofent une rayure , pour une étoffe quelconque. 262 Ordonnance d’ourdiffage pour un fatin rayé à 5 fils par dent en mille de peigne. 263
- Encantrage. Ibid.
- De la maniéré d’encantrer les rayures ombrées & de les ourdir. 267
- Suppofition d’un échantillon à rayure nuée. 269
- Ordonnance d’ourdiffage pour un pékin rayé à nuance & fans nuance. 271
- Maniéré d’encantrer l’échantillon qu’on vient de voir, fuivant l’ordonnance d’ourdiffage ci-deffus. 272
- De la maniéré d’employer ,pour ourdir la rayure ci-deffus, les fix cantres qui la contiennent.
- 277
- Maniéré d’encantrer & ourdir les rayures à plufieurs couleurs & à double pas , fans nuance. 279 Suppofition d’une rayure pour un taffetas ourdi double à plufieurs couleurs , pour les baguettes
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- D'ETOFFES DE SOIE.
- fans nuance , & pour les baguettes. doubletées. p. 279 De l’ordre qu’011 doit donner aux cantres en ourdilfant,& la quantité de portées & de mufettes qu’on doit faire avec chacune.
- 285
- De la maniéré d’encantrer & d’ourdir les chaines paonnées.
- 287
- CHAPITRE XIV. De la maniéré d'ourdir à Lyon. 288
- Pour les chaines à une feule couleur. Ibid.
- Moyen de reconnaître par quel bout de la cantre on doit commencer les encantrages. 291 Obfervation fur l’ordre qu’on doit faire tenir aux cantres en ourdiifant. 292
- De la maniéré de fe fervir des cantres à tiroirs, pour l’ourdif-fage des chaines rayées. Ibid. Observations fur les chaines communément appellées poils. 293 Des poils à bande. 294
- De la combinaifon, encantrage & ourdiflage des poils à plufieurs couleurs s & des poils ombrés.
- 29?
- De la maniéré d’encantrer pour l’ordonnance du poil dont il s’agit , en employant la cantre à tiroirs. 297
- Ordre qu’on doit obferver dans l’ourdilfage. Ibid.
- Obfervation fur l’ordre qu’on fait tenir aux tiroirs. 298 De l’ourdilfage de poils à plufieurs couleurs fans nuance,
- 573
- doubletés & à bande, pag. 298 Ordre qu’on doit faire tenir aux tiroirs dans l’ourdilfage. 301 Des poils ombrés & doubletés pour les taffetas brillantes. 302 Exemple d’un deflîn pour un taffetas brillanté. Ibid.
- De l’ordre qu’on doit tenir dans l’ourdilfage du poil dont on vient de parier, en fuivant l’en-eantrage qu’on en a fait. 3°7 Obfervation furies genres de poils doubletés, & fur les poils tri-pietés. 309
- De la maniéré d’enverger. 312 Pour les poils quadrupletés. 313 Des poils brillantés & latines.3 14 Maniéré d’ourdir fuivant l’encan-trage des deux tiroirs précé-dens. 31?
- CHAPITRE XV. De la méthode d'ourdir à Nîmes, à Avignon, & dans les manufactures qui ont tiré leur origine de ces deux villes.
- ï\6.
- Suppofition d’une rayure pour un petit taffetas, en 18 pouces de largeur 5 dont le compte du peigne eft un 960 dents. 317 Suppofition d’un défini pour un taffetas façonné à poil, dontles bandes feront à fimples couleurs ombrées & doubletées. 323 Récapitulation pour accorder l’ordonnance d’ourdilfage avec la combinaifon. 330
- Récapitulation pour accorder l’or-donnannce' d’ourdilfage avec les treize parties qui compofent fe poil* 33 î
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- Ï74
- ART DU FABRICANT
- Obfervation fur cette derniere maniéré d’ourdir, comparée avec les précédentes. pag. 331
- Obfervation fur l’ourdiifage des lifieres. 333
- CHAPITRE XVI. Observations fur les diffêrensourdijfoirs. 334 De l’ourdiifoir long. . Ibid. De l’ourdiifoir rond. 33 6
- CHAPITRE XVII. De la méthode d'ourdir les chaînes ou les poils en or £s? en argent. 337
- Obfervation fur les poils en or & en argent filé, ou or & argent lame. 339
- Des précautions qu’il faut nécef-fairement prendre pour ourdir les poils en or & en argent. Ibid. Explication des figures. 3 4. [
- TROISIEME PARTIE. Traité du pliage des chaînes & poils,pour les étoffes defoie unies, rayées & façonnées. 3 fo
- Introduction. Ibid.
- CHAPITRE l.Defcription du pliage des chaînes ; des machines qu'on y emploie, tant à Paris que dans les autres villes de manufactures > ê? de la maniéré de s'e?i fervir : raifon de cette différence d'ufages. Defcription du pliage. 3 1
- Du chevalet & de la lanterne.
- Ibid.
- Defcription des cabres. 3 fz Defcription de l’enfuple ou en-fouple. 3S3
- Defcription du rateau. 3^4 Maniéré de plier les chaînes & de fe fervir des 11 ftenfiles dont on vient de parler. 3^
- CHAPITRE II. Méthode dont on fe fert à Tours, Nîmes, Avignon, pour plier les chaînes, avec les machines qu'on y emploie. 359 Defcription d’un premier tambour. 360
- Defcription du chevalet. 361
- Defcription d’un autre chevalet.
- 362
- Defcription d’un autre tambour.
- 363
- Defcription d’un troifieme chevalet. Ibid.
- Maniéré de fe fervir des tambours & des chevalets pour le pliage des chaines. 364
- Defcription de la maniéré ulitée à Nîmes & à Avignon, pour plier les chaines rayées, ourdies à plusieurs parties. 36f
- De la maniéré de plier les chaines levées à chainette de delï’us l’our-diffoir. 370
- Obfervation fur la différence qu’il y a entre l’ufage des lanternes & celui des tambours.
- 371
- CHAPITRE III. Maniéré dont on fe fert à Tours & dans quelques autres villes qui tiennent des anciennes méthodes, pour plier les chaines relevées , ainfi que pour les plier en portant de deffusl'our-dijjoir. - 372
- Méthode de Tours & de quelques autres villes. Ibid.
- Maniéré de plier les chaines immédiatement en les levant de l’ourdiifoir. 373
- Explication des figures. 375:
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- D' E T 0 F F E S DE S 0 î E.
- 57?
- QUATRIEME PARTIE.
- L'art de faire les canettes pour les étoffes de foie , & les efpolins pour brocher.
- Introduction. pag. 379
- CHAPITRE I. Des rouets à canettes, dont on fe fert à Paris & dans quelques autres villes de fabrique.
- 3 80
- Defcription d’un premier rouet.
- Ibid.
- Defcription d’un fécond rouet.
- 38i
- Defcription des doublons ou can-tres. 382
- CHAPITRE II. Defcription du rouet à canettes dont on fe fert à Nîmes , à Avignon , dans quelques autres villes de manufactures. 383
- Doubloir dont on fe fert avec le rouet précédent. 384
- CHAPITRE III. Defcription d'un autre rouet à canettes & de fon doubloir. 38?
- Doubloir dont on fe fert avec le rouet précédent. 386
- CHAPITRE IV. Des tuyaux qui fervent à faire les canettes & les efpolins. 387
- CHAPITRE V. Maniéré défaire les canettes. 392
- Des canettes & des efpolins de foie. 393
- De la maniéré de reprendre les brins de foie qu’on caffe en faisant les canettes de foie & les efpolins. 394
- Des canettes & des efpolins qu’on fait avec la lame or , argent &
- clinquant. pag. 396
- Des canettes & des efpolins de lames d’or & argent frifés. 397 Des canettes qu’on fait avec le filé or ou argent, & de celles qu’on fait avec le furbec. 398 Des canettes & des efpolins qu’on fait avec de la chenille. 399 De la maniéré de faire les canettes avec le cordonnet de foie. 401 Explication des figures. 403 CINQUIEME PARTIE.
- Art du remiffenr ou faifeur de lif-fes, tant pour les étoffes de foie , que pour les autres étoffes, comme draps, toiles, gazes, &c. Introduction. 406
- Des liffes en général & de leur ufage. Ibid.
- CHAPITRE I. De ce qu'on entend par les termes de remiffe, de lifle, de ligatures, autrement dites liftes pleines ou liffes à jour : ce que c'eft que des mailles, de combien il y en a de fortes. 413 Des remiffes & des liffes. Ibid. Des différentes liffes. 416 Des mailles, de leur différente conftrudtion , & de leurs diffé-rens effets. 419
- Effets que produifent les différentes mailles» 422
- CHAPITRE 11. Description des meilleurs métiers à faire les liffes.
- 424
- Métier qu’on emploie à Nîmes , à Avignon , & dans quelques autres villes. Ibid.
- Métier dont on fe fert à Paris & dans quelques autres villes, 426
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- ART DU F A B R I € A N Ti
- f7*
- Métier dont on fe fert à Rouen, à Tours, &c. pag. 4z6
- Obfervation fur le devidage du fil & ducoufi. 427
- Defcription d’un dévidoir pour le fil ou le coufi. 428
- Petit rouet dont on fe fert pour devider le fil de liffe & le coufi fur les qavettes. 429
- Autre roliet, à l’aide duquel on dévidé le fil de lilfe ou je coufi fur des rochets. Ibid.
- CHAPITRE III. De la maniéré de faire les liffe s. 430
- Obfervation fur les différentes hauteurs des mailles. Ibid. Maniéré de faire les liifes à mailles à crochet, fuivant les méthodes de Nîmes, d’Avignon, &c. 43 r Maniéré de faire les mailles à petit & à grand couliffe. 43 ^
- Des mailles à nœud. 436
- Liifes fuivant la méthode de Paris , &c. - 437
- Des mailles à petit & grand cou-liffe. 438
- Des mailles à nœud. 439
- Maniéré de conftruire les differentes liifes, en employant les métiers de Rouen, de Tours, &c. Ibid.
- Remarques fur les différens métiers , & fur les différentes méthodes. 440
- CHAPITRE IV. De la maniéré de faire les lijfes à jour ou ligatures, & de marquer toutes fortes de lijfes, pour en faire les ordon-nances. 441
- Maniéré de marqueras liffespour
- en faire l’ordonnance, p. 444 Des liffes & ligatures propres pour les poils & les chaines en or , argent filé & lame. 448 Qbfervations particulières fur les métiers à faire les liifes, 4^0 Des différentes opérations. 4^2 Maniéré d’entretenir les liifes pour les conferver. 4.60
- Maniéré de faire les mailles entières lorfqu’il en caffe une ou plufieurs à la fois, ou quand , par quelque faute dç remettage 9 on eft obligé d’en ajouter quelques-unes à des liifes. 468 Maniéré de défaire les liifes. 472 Explication des figures. Ibid.
- SIXIEME PARTIE.
- Contenant Part du peigner, ou faifeur de peignes 9 tant pour. la fabrique des étoffes de foie, que pour toutes autres étoffes £s? tif-fus , comme draps , toiles, gazes , &€.
- Introduction. 47^
- Des peignes de canne. Ibid.
- CHAPITRE I. Defcription des peignes en général. 478
- CHAPITRE IL De la maniéré de faire les jumelles & les gardes, de refendre la canne, & de tirer les dents. Defcription des outils & des métiers. 480
- Maniéré de faire les jumelles.
- Ibid.
- Maniéré de faire les gardes. 483 Maniéré de couper les cannes à la longueur que les dents doivent avoir pour monter les peignes.
- 484
- Maniéré
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- D' ETOFFES DE SOIE,
- S77
- Maniéré de refendre la canne.
- pag. 490
- Defcription des rofettes. 492 Première maniéré de refendre les tuyaux de canne avec les rofettes. 49 V
- Autre maniéré de monter les rofettes & de s’en fervir. 497 Maniéré de tirer les dents à la filiere. 498
- Maniéré de pafler les dents en largeur. 502
- Maniéré de’palfer les dents à la filiere , pour leur donner l’épaif-feur convenable à tel ou tel compte de peigne auquel 011 les deftine. 503
- Derniere faqon à donner aux dents avant de les employer.
- 508
- CHAPITRE III. De la maniéré de faire les ligneuls qui fervent à tenir les dents dans leur écarte-ment refpettif, & â les contenir entre les jumelles ou coronelles.
- 5.10
- Moyens pour aflembîer les fils des ligneuls, & pour leur prp-
- curer la groTeur qu’ils doivent avoir. pag. çio
- Troifieme moyen pour tordre le ligneul. 1 3
- Defcription du moulin. Ibid. Maniéré de devider le fil tordu.
- 520
- Maniéré de poifîer le fil pour en faire le ligneul. 521
- Première maniéré de poifler la fil. S 2%
- Seconde maniéré de poiiTcr le? fil.
- Troifieme maniéré de poiiTer la ligneul.
- Maniéré de poiiTer le fil dam: une cour ou jardin. 52^
- CHAPITRE IV. Manière de mon. ter les peignes. s 2$
- Maniéré de planer les peigner.
- S 49
- Maniéré de couvrir les jumelles avec des bandes de papier, & de redreTer les dents. >$9
- Maniéré de redreTer les dents.
- 5*1
- Explication des figures. 5 62
- Fin du neuvième volume,
- Tome IX,
- D d d d
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