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Le parfait ingénieur françois, ou la fortification offensive et défensive
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- LE PARFAIT
- INGENIEUR FRANÇOIS,
- O 17
- LA FORTIFICATION
- OFFENSIVE ET DÉFENSIVE;
- CONTENANT
- LA CONSTRUCTION, L’ATTAQUE ET LA DEFENSE des Places Régulières Sc Irrégulières, félon les Méthodes de Monfieur de Vauban , & des plus Habiles Auteursde l’Europe, qui ont écrit fur cette Science.
- NOUVELLE EDITION
- Corrigée 6c augmentée de la Relation du Siège de Lille, 6c du Siège de Namur, ôc enrichie de plus de cinquante Planches.
- Par M* l’Abbé D El DIE R* Profejfeur Royal d.es Mathématiques à F Ecole d’Artillerie de la Fére,
- À PARIS, RUE SAINT JACQUES,
- Chez Charles-Antoine Jombert, Libraire du Roy pour PArtillerie.j ôc le Génie, vis-à-vis la rue des Mathurins, à l’Image Notre-Dame.
- M. D. C. C. X L I I.
- AVEC. APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY,\
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- DE VA L L IE R Ey
- LIE UT EN AN T-GENERAL
- DES ARMÉES DU ROY,
- GRAND-CROIX
- DE L’ORDRE ROYAL - MILITAIRE
- DE SAINT - LOUIS,
- DIRECTEUR GENERAL
- DES ÉCOLES D’ARTILLERIE.
- O N S I E U R,
- Lorfque je mis au jour 'pour la premièrefois t Ouvrage que fai r honneur de vous préjenter} je me défais tellement de
- a y
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- mes forces , que je ne voulus jamais confentir quon ïannonçât fous mon nom. L’accueilfavorable que le Public lui fit, me rajjura un peu ; mais malgré ce jugement fi gracieux , je fent ois toujours en moi-meme que je ne devois en faire une fécondé Edition, quaprès avoir confidté quelque perfonne éclairée, & qui eut long-tems pratiqué un métier que je. ne mmoijfois que par la fimple fpéculation. Dans cette vue, à qui pôuvois-je mieux maddrejfer quà vous\ Monfieur , dont la France & l3Europe entière admire la fcience, & les vertus civiles & militaires que vous avez fait paroître dans tant d’oc-cafions,*]’eus donc l’honneur de vous rendre mes devoirs, & vous voulûtes bien me traiter avec cette politejfe qui vous ejl fi ordinaire , furtout pour les perfnnes qui travaillent à fie rendre utile au Public. Quelque tems après les lumières dont vous eûtes la bonté de me faire part, me mirent en état défaire cette fécondé Edition, ou après avoir corrigé bien des fautes qui métoient échappées dans la première, j3ai ajoûtégrand nombre de chofes utiles & intérejfiantes que je navois pas encore connues. J3ofe donc vous f plier, Monfieur, d’accepter cetOuvrage comme un tribut qui nefldû quà vous, & en même-tems comme une marque de ma parfaite reconnoijfance, & du profond rejpeôi aveclequel j’ai ïhonneur d’être.
- M O N S I EU R,
- Votre très-humble & obéïiTant Serviteur, Deidier.
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- PRÉ FA CE.
- IL eft certain que la partie des Mathématiques qui traite des Fortifications, eft la moins abftraite de toutes, mais en revanche il eft fur auffi qu’il n’en eft point qui demande plus de prudence 8c de difcernement. S’il n’étoit queftion pour défendre une Place que d’entaflèr ouvrages fur ouvrages, 8c y jetter une nombreufe Garnifon , le moindre Deffinateur un peu initié dans les premiers principes, feroit en état d’en donner des defleins peut- être encore meilleurs que tous ceux qu’on a• vu jufqu’ici : de même s’il ne s’agifloit que d’emporter une Ville à quelque prix que ce fut, quel eft l’Officier fubalterne qui avec la valeur naturelle aux François, n’en vint enfin à bout, pourvu qu’on lui fournit une puifîinte Armée, 8c les munitions de guerre 8c de bouche nécefiaires pour ce projet. Cependant le fort d’un Prince qui n’auroit que de pareilles reiîburces, feroit le plus déplorable de tous les forts , foit qu’il fût obligé de défendre fes Places, ou d’attaquer celles de fes Ennemis. En fe défendant, fes tréfors épuifés par les conftruélions immenfès qu’il feroit obligé de faire, & fes Armées par le grand nombre de troupes qu’il faudroit en tirer pour former fes Garnifons, le mettroient bientôt hors d’état de tenir la Campagne , 8c expofèroient tout fon Royaume aux încurfions de fes aggreflèurs ; que s’il vouloit attaquer lui - même fes voi-
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- VJ PRE F A C E.
- . fins, la perte de les meilleures troupes qu’il fèroit contraint de fiicrifier à fon entreprifè, le jetteroit après la viéloire dans des inconvéniens mille fois plus dangereux que ceux qu’il auroit prétendu éviter.
- Le but de la Fortification n’eft donc pas celui qu’elle paroît nous offrir du premier abord., il faut à la vérité conftruire, défendre, 8c attaquer., mais il ne faut' faire tout cela qu’avec des ménagemens 8c des précautions conformes à l’état des choies, 8c qui tournent à l’avantage d’un Royaume, 8c non pas à là deftruétion. C’ell à quoi la piûpart des Auteurs qui ont écrit fur cette matière n’ont pas penfé autant que le fujet le demandoit. Prévenus des fautes de ceux qui avoient traité des Forti-tifications avant eux, ils n’ont pas pris garde qu'en s’éloignant d’un écueil, ils alloient donner directement dans un autre, dont il étoit plus difficile de fe lauver. Errard de Bar-le-Duc, 8c la plupart des Ingénieurs de fon liécle ont fortifié d’une maniéré très-imparfaite , parce qu’on ne les attaquoit alors que très - imparfaitement ; dans la fuite l’Artillerie s’étant peu à peu multipliée , 8c la conduite des Sièges ayant changé, il a fallu néceflair.ement fonger à le défendre d’un autre façon; mais qu’a-t’on fait ? on s’eft creufé l’imagination pour tâcher de mettre l’Affiégé au niveau de l’Alfiégeant, 8c à force de tourner lès vues vers cet unique objet, il n’eft pas même venu dans l’elprit de ceux qui écrivoient, de s’interroger eux-même pour fçavoir fi tout ce qui paroit beau dans le pays des idées, peut fç tranfplanter 8c ne point s’abba-tardir dans le pays de la réalité. Delà cette foule innombrable de fyftêmes > ou pour mieux dire de phantômes , qui auraient bientôt été diflipés à la honte de ceux qui les avoient mis au jour, fi l’on s’étoit donné la peine
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- PREFACE. vij
- de les mettre en éxecution ; 8c delà auflî le peu de foin quon a pris de nous donner de bonnes maximes $ 8c des réglés générales pour détendre 8c attaquer les Places de quelque façon qu’elles fullent conftruites, ou qu’on voulut diriger leurs attaques. Chaque Auteur a prétendu partager avec les autres la gloire de l’invention ; dans cette vue, il s’eft donné la torture pour enfanter une Méthode, 8c quelquefois même plufieurs, après quoi il ne s’eft attaché quà nous faire voir les avantages de les productions, en fuppofant toujours que l’Ennemi feroit un efpece de paéte avec lui pour ne l’attaquer que de la maniéré ia plus conforme à faire briller là défenfej & pour rien faire contre fès Ouvrages au-delà de ce qu’il avoir pû prévoir.
- Ces confidérations me portèrent il y a environ cinq ans à donner au Public un Traité complet de Fortification qui fut comme une Bibliothèque dans laquelle on trouveroit tout ce qui avoit été écrit jufqu’à nos jours fur la Conftruéfion , l’Attaque 8c la Défenfe des Places, avec des paralelles capables de faire juger du bon 8c du mauvais de tout ce qui avoit été pratiqué , <$c de per-feéfionner par ce moyen ce grand Ait fi néceflaire à l’Etat. Mon principal but étoit de faciliter l’étude des Fortifications à grand nombre d’Officiers qui n’ont pas toujours ni le pouvoir d’acheter une foule de Livres., ni l’intelligence du Latin 8c des Langues Etrangères dans lefquelles la plupart des Traités fe trouvent écrits. Les Mémoires de M. de Vauban n’a voient point encore été imprimés dans ce tems-là ; fes Manufcrits fe vendoient quelquefois jufqu’à trois ou quatre cens livres, & ceux qui faifoient ce lucratif commerce avoient grand foin de dire qu’un Ouvrage de cette nature ne devoit point être ira--
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- viij PREFACE. -
- primé, de peur que nos Ennemis, à qui néanmoins ils les débitaient eux-mêmes, n’en tiraflent de trop grandes inftruélions ; cependant la multiplication des copies faites prefque toujours par des perfonnes qui n'y entendoient rien, a produit une infinité de.fautes fi confidérables^qu’il efl: bien des endroits ou il n'efl: pas poffible de deviner quel a été le lèns de l'Auteur, dcmalheureulementc’eftfur l’une de ces copies défigurées 8c infidèles que les Hollan-doisfe fontavifés d’en taire uneEdition qui efl: devenue encore plus défeélueule par les fautes d’impreliïon 8c par le peu d’intelligence de ceux qui en revoyoient les épreuves. Au relie quand même ce précieux Ouvrage n’auroit pas fubi un fi trille fort, il feroit toujours vrai de dire quil y au-roit encore beaucoup à ajouter. Il en a été de Moniteur de Vauban comme de M. Delcartes 8c de tous les grands Hommes qui ont fait d’admirables découvertes. La loi fatale qui tranche toujours trop tôt la deltinée de ces heureux Génies ne leur a jamais permis de perfectionner ce qu’ils avoient commencé, & ce n’efl: qu’après eux que les Sçavans à la faveur de leurs lumières ont poulie les choies beaucoup plus loin qu'on n’auroit crû d’abord qu’elles puflent aller. On en verra beaucoup d’exemples dans cet Ouvrage, 8c furtoutdans cettederniere Edition, où je fais voir grand nombre d’ufiiges nouveaux qui m’é-toient inconnus lorlque ma première Edition parut au jour.
- Pour rendre ce Traité plus intelligible, j’y explique d’abord toutes les Propositions de Géométrie, 8c les termes de l’Art dont je dois me lervir, obiervant dans la fuite de ne pas en employer d’autres fins les définir , 8ç retranchant tous les calculs, à la place defquels je lùbfti-îue des Tables où ces calculs le trouvent tous faits. A la yérité je jpouvois employer la voye de la Trigonométrie,
- pour
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- PREFACE. ix
- pour éviter les foupçons que Ton a toujours contre des Tables imprimées ; mais il m’a paru que les Sçavans au-roient beaucoup plus de fatisfaélion de faire eux-mêmes les calculs que de les lire ; 8c que ceux qui ne les entendent point, ne comprenant rien à ce que j’en dirois, pourroient fè dégoûter du relie du Livre, quelque utilité qu’ils enpuflent retirer.
- Après ce petit préambule, je commence par la Conf truélion des Places dont il faut néceflàirement avoir une çxaéle connoifîànce, quand on veut les attaquer, ou les défendre ; car c’eft toujours fur leur fort ou foible qu’on doit régler fes projets. J’y détaille d’abord avec beaucoup de foin les trois Méthodes de M. de Vauban, qui font fans contredit les meilleures, que nous ayions, 8c je lais voir enfuite par le paralelle que j’en fais avec celles des plus fameux Auteurs, que leur noble fimplicitéeftbeaucoup au-deflus de tout ce que la fubtilité de Pelprit humain a pu trouver de plus compofé. Ce paralelle, en rendant à ce grand Homme l’honneur qui lui eft dû, efl: en même-tems très-propre pour accoutumer ceux qui s’adonnent aux Fortifications, à juger facilement du bon ou du mauvais d’une Place , félon ce qui fe doit, 8c ce qu’on peut pratiquer dans l’état où l’on eft, 8c non félon des hautes Spéculations qui perdent toute leur réalité, dès qu’elles fortent du fond d’un Cabinet. De la Conf-truélion des Places régulières, je viens à celles des irrégulières, qui eft d’un plus grand ufage, à caule du grand nombre d’anciennes Villes qui ont été bâties avant la nouvelle Fortification , & je donne des régies pour en corriger les défauts dans quelque cas que ce foit, avec plus de facilité 8c de rapport aux bonnes maximes, que la plûpart des Auteurs n’a voient fait jufqu’aujourd’hui. On
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- X PREFACE.
- y verra furtout des Tables 8c des Méthodes qui abrégeront beaucoup la pratique. Cette matière me conduit à la fin de la première Partie que je termine par la Conftruéfion des Citadelles 8c des Réduits, où je fais voir l’adrefiè dont M. de Vauban s’eft: fervi pour rendre les Réduits plus petits 8c moins incommodes ; 8c cependant plus fpacieux en-dedans, à proportion de leur grandeur } 8c beaucoup plus propres pour l’ufàge de la Gar-nifon.
- La féconde Partie contient en détail les régies qu’il faut fùivre pour bien attaquer 8c défendre une Place* Quoique FEfcalade > le Pétard , 8c les autres furprifes ne foient plus d’ufàge aujourd’hui, à caufe des dehors dont les Places de Guerre font environnées , & de la garde qu’on y fait, j’ai crû cependant ne devoir pas les omettre, tant pour faciliter l’intelligence de l’Hiftoire des Guerres paffées, que pour engager ceux qui font dans les Villes mal-fortifiées, 8c où l’on n’a pas toujours une nombreufè Garnifon , à fe tenir fur leur garde contre ces fortes d’en-treprifès, dont l’Ennemi pourroit faire revivre l’ufage à leur dépens. Delà , après avoir dit un mot des Attaques d’Emblée 8c par Bombardement, je paflè aux grands Sièges où je conduis mon Leèleur comme par la main, depuis l’inveflicure jufqu’à la reddition d’une Place, lui taifànt obferver l’étendue 8c le travail des Lignes dans lefquelles on fé renferme pour envelopper la Place, 8c arrêter les fecours qui pourroient lui arriver ; les Gardes avancées , foit du côté de la Campagne, foit du côté des Fortifications pour éviter les furprifes ; le foin que l’on a de reconnoître les travaux de l’Ennemi, pour diriger toujours les Attaques du côté le plus avantageux, pour l’Affiégeant ; la conduite de la Tranchée toujours
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- P R E F A C JE. xj
- dégagée de s enfilades, & toujours en état de Ce défendre contre les Sorties ; l’invention ingénieufe de la Sappe qui cpnduit l’Affiégeant dans moins de huit jours au pied du glacis, fans perdre quelquefois un fèul homme, malgré le feu de la Place fous lequel on travaille ; l’adreflè de placer lès Batteries qui fervent tout-à-la-fois Sc à démonter le canon de l’Affiégé , Sc à l’inquiéter lui-même par le moyen des ricochets dans les endroits les plus couverts 5 l'étendue des paralelles qui reflèrrent l’Ennemi, Sc lui ôtent toute elpérance de réuffir dans fes Sorties, à caule du grand nombre de troupes quelles lui oppolènt ; les précautions dont on ulè pour rendre inutile ce que l’Affiégé pourrait entreprendre du côté du deffous * tandis qu’on le rend maître du delîùs ; le foin que l’on prend d’épargner le lang des Soldats, loit en les faifant travailler à couvert, dès qu’il y a le moindre danger , foit en ne les conduilànt aux Attaques de vive-force, que lorf* qu'on ne peut faire autrement ; la maniéré adroite de chaflèr l'Ennemi du chemin couvert, d’emporter lès dehors, de lè loger fur lès brèches, .& de le pouflèr juf* ques dans lès derniers retranchemens, fans avoir recours à ces aflàuts auffi douteux que meurtriers, que l’on re-gardoit autrefois comme l'unique moyen d’avancer j enfin le peu de tems que l’on employé à terminer un Siège, malgré tous ces ménagemens qui lèmblent d’abord fi oppofés à la rapidité avec laquelle on vient cependant à bout de la délenlè la plus obftinée. Après la deferip-tion des Sièges, je fais paflèr légèrement mon Leéteur fur les Attaques brufques , & les Blocus dont on fe 1èr-voit anciennement à l’égard des Places qui paffoient pour imprenables, plutôt par l'ignorance des Affiégeans, que par leur heureulè fituation ; Sc je finis en lui faifant exa-
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- xij PREFACE.
- miner trois projets d’Attaque, qui étoient autrefois les plus eftimés * afin qu'il juge lui-même des avantages de celles dont je lui ai fait le détail * Sc par confëquent des grandes obligations que nous avons à M. de Vauban.
- Le détail des Attaques eft fuivi de celui de la défenfè. Je me renferme pour ainfi dire , dans une Place , où je fuppofe qu’un fàge Sc vaillant Gouverneur doit efîuyer les différentes Attaques dont j’ai parlé, fuccefïïvement les unes après les autres. Je le fais voir toujours zélé pour l’intérêt de fon Prince, s’occuper uniquement à confèr-ver la Place qu’il lui a confiée ; en obferver foigneufe-ment toutes les parties ; y retrancher ce qu’elle a de défectueux ; y ajoûter ce qui peut la rendre plus forte) ne rien foulfrir autour d’elle à la portée du canon qui puifle lui être nuifible ; y entretenir une bonne Sc vigilante Garnifon qui ne s’écarte jamais des réglés de la difcipline; veiller aux provisions de guerre Sc de bouche;, obferver les démarches de l’Ennemi pour éviter les fur-prifes ; s'attirer par fes bonnes maniérés l’amitié des Ha-bitans Sc des Soldats ; regarder fa Garnifon comme fes propres enfans , ne les expofer que félon la force de fes travaux 5 chicaner cependant jufqu’à un pouce de terrein; profiter de tous les avantages de fes Fortifications j retarder les progrès de l’Afîîégeant par cent nouvelles chicanes qu’il invente tous les jours pour l’arrêter, s’il fè peut, jufqu’à ce que la mauvaife Saifon, les maladies , ou le manque de nourriture ou de fourage, l’obligent de décamper, ou pour donner le loifir à fon Prince de lui envoyer du fècours ; poufier la défenfè auflîloin qu’il le peut * Sc obtenir à la fin une glorieuie Capitulation * ou s’ouvrir un pafiàge avec toute fa Garnifon à travers l’Armée qui l’environne ? plûtot que de fè rendre à des
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- PREFACE. xiîj
- conditions indignes de la conduite qu’il a tenue.
- Plufieurs perfonnes ont trouvé à redire de ce que dans ma première Edition je ne m'étois pas allez étendrt fur l’Attaque 8c la Défenfe, ce qui m’a fait voir qu'elles n'a-voient fait que feuilletter les Planches, fans s’attacher au difcours, où certainement elles auroient vâ que j’enavois beaucoup plus dit qu’on n’avoit fait jufqu’ici. Cependant pour contenter les efprits, & furtout ceux qui s’imaginent que la vue des deffeins fuffit pour les rendre fçavans, j’ai ajouté quelques Planches où l’on voit de quelle maniéré on doit attaquer les Places félon leurs différentes fituations, 8c je n’en ai pas mis davantage, attendu qu'il auroit fallu trois ou quatre Volumes au lieu d’un, fi j’avois voulu entrer dans le détail de tous les cas qui peuvent arriver. Qu'on fè donne la peine de lire attentivement ce que je dis fur cette matière, qu'on en faflè l’application aux defîèins que je donne, en changeant ce qui doit être changé félon les occurrences 8c l’on conviendra fans peine qu’un plus grand nombre de gravures n’auroit fait qu’augmenter de beaucoup le prix de ce Volume > lans le rendre plus inftruétif.
- Comme l’application des préceptes efl fouvent auffi utile que les préceptes mêmes, j’ai donné pour exemple d’une bonne Fortification celle de Luxembourg telle qu’elle eft aujourd'hui. On y verra que tout a été eonftruit félon les meilleures maximes, 8c qu'on n’y a multiplié les dehors 8c les ouvrages qu’autant que le demandoit la fituation de la Place, 8c les confidérations que l’on doit toujours avoir dans ces fortes de conftruétions. J’ai auffi choifi deux des plus fameux Sièges qui fè foient faits fous le Régné de Louis XIV. 8c qui ont le plus relevé la gloire des François qui, comme l’on fçait, ont toujours été
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- xiv ^ PREFACE.
- fupérieurs à leurs voifins dans cette partie de la Guerre P de même que dans les autres. Le premier de ces Sièges efl: celui de Lilles où M. le Maréchal de Bouflers fit une fi belle & fi vigoureufe défenfè contre les attaques vives 8c redoublées du Prince Eugene qui étoit alors à la tête de l’Armée des Confédérés. Le fécond, efl: celui de Namur, où Sa Majefté commandoit en perfonne, & où M. de Vauban dirigeoit les travaux. La feule leéture des Relations que j’en donne efl: capable d’animer l’émulation des perfonnes qui s’adonnent au Génie, 8c de les porter à le mettre en état d’imiter de fi beaux exemples.
- C’efi: là tout le plan de cet Ouvrage. J’y ai expliqué du mieux qu’il m’a été poffible toutes les difficultés qui pou-voient faire peine au Leéleur ; il n’efl: point de terme que je n’aye clairement défini ; point de calculs à faire dont je n’aye donné des Tables, afin qu’on n’en eut pas l’embarras ; point d’endroits un peu obfcurs que je n’aye étendu autant qu’il le falloit pour les mettre à la portée de tout le monde ; & point d’autres faciles à entendre que je n’aye mis en peu de mots, pour ne pas rendre la leéture de ce Traité trop fatiguante par fà longueur. Ce qui me refte à fouhaiter eft que ceux qui le liront, puiflent, en s’inf-truifànt de cette grande Science, parvenir en même-tems à fervir utilement l’Etat, & à fè couronner eux-mêmes de gloire & de laurier.
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- APPROBATION.
- J’Ai lu par ordre de Monfeigneur le Chancelier un Manufcrit intitulé. Le Parfait Ingénieur François. Il m’a parû que Pimpreflîon de cet Ouvrage feroit utile au progrès de l’Art Militaire : les Méthodes de fortifier les Places fuivant les meilleurs Auteurs, y font expliquées avec tout l’ordre âc toute la clarté qu’on peut délirer. Fait à Paris ce 2. May 1740.
- PRIVILEGE DU ROY.
- LOU IS, par la grâce de Dieu, Roy de France & de Navarre : A nos Amés 8c Féaux Confeillers les Gens tenant nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Confeil, Prévôt de Paris , Bailiifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils & autres nos Jufli-ciers qu’il appartiendra : Salut, notre cher & bien amé Charles-Antoine-Jombert , Libraire ordinaire pour notre Artillerie 8c pour le Génie, 8c Libraire à Paris , Nous ayant fait remontrer qu’il fouhaiteroit faire imprimer 8c donner au Public ? Arithmétique desGéometres, & le Parlait Ingénieur François , s’il nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège fur ce né-ceffaires ; offrant pour cet effet de faire imprimer lefdits Ouvrages ci-deffus expofés en bon papier 8c. beaux caraôteres , fuivant la feuille imprimée & attachée pour modèle fous le contre-fcel des Préfentes. A ces causes, voulant favorablement traiter ledit Sieur Expofant, Nous lui avons permis êc permettons par ces Préfentes de faire imprimer lefdits Ouvrages ci-deffus fpecifiés, en un ou pluficurs volumes, conjointement ou féparement & autant de fois que bon lui femblera, 8c de les vendre , faire vendre & débiter par tout notre Royaume pendant le tems de fix années confecutives, à compter du jour de l’expiration du précédent Privilège. Faifons défenfes à toutes fortes de perfonncs de quelque qualité 8c condition qu’elles foient, d’en introduire d’impreffion étrangère dans aucun lieu de notre obéiffance ; comme au fit à tous Libraires - Imprimeurs 8c autres d’imprimer ou faire imprimer, vendre , faire vendre, débiter ni contrefaire lefdits Ouvrrges ci-deffus expofés en tout ni en partie ni d’en faire aucuns extraits , fous quelque prétexte que ce foit d’augmentation , corredion , changement de titre ou autrement, fans la per-miffion expreffe 8c par écrit dudit Expofant, ou de ceux qui auront droit de lui, à peine de confifcation des exemplaires contrefaits, de trois mille livres d’amende contre chacun des contrevenans , dont un tiers à nous, un tiers à l’Hôtel - Dieu de Paris, l’autre tiers audit Expofant, 8c de tous dépens, dommages 8c interets ; A la charge que ces Préfentes feront enregiflrécs tout au long fur le Regiftre de la Communauté des Libraires 8c Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la date d’icelles ; Que l’impreffion defdits Ouvrages fera faite dans notre Royaume 8c non ailleurs, & que l’Impétrant fe conformera
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- en tout aux Reglemens de la Librairie, Sc notamment à celui du i o Avril 17 a f & qu’avant que de l’expofer en vente, les manufcrits ou imprimés qui auront fervi de copie à l’imprcffion defdits Ouvrages, feront remis dans le même état où les Approbation y auront été données es mains de notre très-cher &feai Chevalier le Sieur Dagueffeau, Chancelier de France, Commandeur de nos Ordres ; Sc qu’il en fera enfuite remis deux Exemplaires de chacun dans notre Bibliothèque Publique, un dans celle de notre Château du Louvre , & un dans celle de notre très-cher Sc féal Chevalier le Sieur Daguefleau, Chancelier de France , Commandeur de nos ordres ; le tout à peine de nullité des Préfentes : Du contenu defquelles vous mandons Sc enjoignons de faire jouir ledit Expofant, ou (es ayans caufe , pleinement & paifiblement, fans fouffrir qu’il leur foit fait aucun trouble ou empêchement ï Voulons que la copie defdites Préfentes, qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin defdits Ouvrages, foit tenue pour duement lignifiée , Sc qu’aux copies collationnées par l’un de nos amés & féaux Confeillers Secrétaires , foi foit ajoûtée comme à l’original : Commandons au premier notre Huifiïer ou Sergent de faire pour l’exécution d’icelles tousA&es requis Sc nécelfaires , fans demander autre permiflïon , Sc nonobftant Clameur de Haro, Chartre Normande 3c Lettres à ce contraires ; Car tel efl: notre plaifir. Donné à Paris le vingt-troifiéme jour du moisd’Aout, l’an de grâce mil fept cens trente-fept, Sc de notre Régné le vingt-deuxième. Par le Roy en fou Confeil. SAIN S O N.
- Regijîré fur le Regijlre IX. de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris, 2V°. y J 8. fol. 484. conformement aux anciens Reglemens, confirmés par celui du vingt-huit Février mil fept cens vingt• trois. A Paris le trente-uniéme Aoujl mil fept cens trente-fept.
- LANGLOIS,Syndic.
- LE
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- LE PARFAIT
- INGENIEUR
- FRANÇOIS.
- CHAPITRE PREMIER-
- Explication de quelques principes de Géométrie nêcejjaires. aux Fortifications.
- E point Mathématique eft ce que Ton confidere comme n ayant aucune partie. Tel eft le point A, Figure première, Planche première.
- La ligne eft une continuité de points, comme lai ligne AB, Fig. 2. Planche 1.
- La ligne droite eft le plus court chemin d’un point à un autre: tel eft la ligne AB, Fig. 2. Planche i;
- La ligne courbe eft une ligne qui ne fuit pas le plus court chemin d’un point à un autre, Fig. 3, Planche 1.
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- â Le Parfait
- Une ligne perpendiculaire eft une ligne droite, qui tombant fur une autre ligne, n’incline pas plus d’un côté que d’un autre, Fig, 4. Planch, 1.
- Pour élever une perpendiculaire OB, Fig, 4. fur une ligne droite CD par le point donné B, marquez fur la ligne CD deux points E, F, également éloignez de part ôc d’autre du point donné B, enfuite ouvrez le compas à difcretion , ôc mettant une de ces pointes fur le point E, décrivez avec l’autre l’arc GH ; portez la pointe du compas fur le point F, ôc avec la même ouverture décrivez l’arc IL qui coupe l’arc GH ; du point O où ces deux arcs le coupent, tirez la ligne OB au point donné B.
- Les lignes parallèles font des lignes également diftantes Tune de l’autre en toutes leurs parties, en forte qu’étant prolongées à l’infini, elles ne fe rencontreroient jamais, comme les lignes AB, CD, Fig, f. Planch, 1.
- Une ligne droite ÀB étant donnée, ôc un point C hors de cette ligne-, on mènera de ce point donné C la ligne CD parallèle à la ligne AB en cette maniéré : du point donné C tirez une ligne oblique CH fur la ligne donnée AB ; ouvrez le compas à difcretion, ôc mettant l’une de fes pointes fur le point H, décrivez avec l’autre l’arc IL ; portez la pointe du compas fur le point C, ôc avec la même ouverture décrivez l’are MN que vous ferez égal à l’arc IL; enfin du point C par le point N, menez la ligne CD qui fera parallèle à la ligne AB.
- Il y a plufieurs maniérés de divifer géométriquement une ligne droite en autant de parties égales que l’on voudra ; mais la plus commode ôc la plus courte eft de fe fervir du compas de proportion en cette maniéré.
- Soit par exemple, la ligne AB, Fig, 6, qu’il faille divifer en 7 parties égales, prenez avec le compas ordinaire , la grandeur de la ligne AB, ôc ouvrez le compas de proportion , en forte que les deux pointes du. compas ordinaire tombent de côté ôc d’autre fur les points 70 de la ligne des parties égales ; laiflant aînfi le compas de proportion ouvert, prenez avec le compas ordinaire la diftance des points 10 , Ôc portez cette diftance (ept fois fur la ligne AB, qui fera divifée en 7 parries égales, ôc ainfî des autres ; obfervant toujours de choifir un nombre divifible par 10. Par exemple, s’il avoit fallu divifer là ligne AB en fix parties égales, vous auriez porté les pointes du çompas ordi?
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- Ingénieur François; inaire de 60 en 60, dont 10 eft la fixiéme partie;
- Et fi la ligne à divifer, par exemple, en 6 étoit trop grande, en forte quen ouvrant le compas de proportion, fa grandeur ne puifle pas être comprife de 60 en 60 , on la porterait de 150 en 120, ôc l’on prendrait alors la diftance de 20 à 20 pour la fixiéme partie de cette ligne , ôc ainfi des autres.
- Le Cercle eft un efpace borné d’une ligne courbe, qu’on nomme circonférence, Ôc dont tous les points font également éloignés du milieu de cet efpace qu’on appelle centre, Fig. 7. Flanche r.
- Toutes les lignes menées du centre à la circonférence, font égales, ôc s’appellent rayons, comme les lignes CD, CE, Fig. 7. Flanche 1.
- Une ligne droite qui paflant par le centre, va aboutir aux deux extrémités oppofées de la circonférence , s’appelle diamètre, comme la ligne AB, Figure 7. ôc ce diamètre eft double du rayon.
- Une ligne droite qui fans paffer par le centre, coupe la cir-conférence en deux parties, s’appelle corde, comme la ligne IL, Fig. 7. Planche 1.
- On divife le cercle on 360 parties égales, qu’on nomme dé-grés, chacun defquels eft divifé en 6o parties, qu’on nomme minutes, ôc chaque minute en 60 parties qu’on nomme fécondés, ôc cette divifion fert à mefurer lés angles, comme nous l’allons dire.
- L’angle eft l’inclinaifon de deux lignes , qui fe rencontrent en un même point, comme l’angle ABC, Fig. 8. Planche 1.
- Le point B, où. les lignes AB, BC fe rencontrent, s’appelle fommet de l’angle, ôc les lignes AB, BC, fe nomment côtés ou jambes de l’angle.
- Si l’on décrit un cercle autour d’un angle en prena’nt le fom-met pour centre , la portion de cercle renfermée entre les deux jambes de l’angle, fera ou égalé au quart de la circonférence, où plus grande, ou plus petite. Dans le premier cas, l’angle fera droit, ôc par conféquent depo dégrés qui eft le quart de 360, comme l’angle ABC, Fig. 9. Dans le fécond cas, l’angle fera obtus, comme l’angle FBE, ôc dans le troifiéme l’angle fera aigu, comme l’angle EBC, Fig. 9. Flanche 1.
- Les jambes de l’angle droit font perpendiculaires entre elles.;
- Une Figure eft un efpace renfermé de plufieurs lignes*.
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- ï Le parfait
- La plus fimple de toutes les figures eft le triangle, il eft com* pofé de trois lignes ôc de trois angles.
- Le triangle confideré par rapport à fes trois côtés, fe divife en triangle équilatéral, ifofcele Ôc fcalene.
- Le triangle équilatéral a fes trois côtés égaux, comme le triangle ABC, Fig. io. Flanche i.
- Le triangle ifofcele a deux côtés égaux, comme le triangle ABC, Fig. ii. Planche i.
- Le triangle fcalene a fes trois côtés inégaux, comme le triangle ABC, Fig. 12. Flanche i.
- Le triangle confideré par rapport à fes angles, fe divife en triangle reSangle, acutangle, ôc obtufangle.
- Le triangle reôtangle eft celui qui a un angle droit, comme le triangle ABC, Ftg. 13. PI. 1. dont l’angle B eft droit. Le côté AC oppofé à l’angle droit, s’appelle hypothenufe.
- Le triangle acutangle eft celui qui a fes trois angles aigus , comme le triangle ABC, Fig, 14. Planche 1.
- Le triangle obtufangle eft celui qui a un angle obtus, comme le triangle ABC, Fig. ij. Planche 1.
- Le quarré eft une figure de quatre côtés égaux, ôc de quatre angles droits , comme ABCD, Fig. 16. Planche 1.
- Le quarré long, parallélogramme re&angïe, ou Amplement re£tangle , eft une figure qui a les quatre angles droits, ôc les côtés oppofés parallèles ôc égaux, comme ABCD, Figure 17. Planche 1.
- Le parallélogramme qu’on appelle aufti rhomboïde, a les côtés oppofés parallèles ôc égaux, ôc les angles oppofés égaux, comme ABCD, Fig. 18. dr ip. Planche 1.
- Le rhombe aies quatre côtés égaux, ôc les angles oppofés égaux, comme ABCD, Fig. 20. l*lanch 1.
- Le trapezoïde a fes quatre côtés inégaux ; mais il y en a deux qui font parallèles, comme ABCD, Fig. 21. Planche 1.
- Le trapeze a fes quatre côtés inégaux, ôc il n’en a point de parallèles, comme ABCD , Fig. 22. Planche r.
- Toutes les figures qui ont les côtés Ôc les angles égaux , s’appellent poiigones réguliers. Le premier eft le triangle équilatéral, le fécond le quarré, le troifiéme le pentagone , le quatrième l’éxagone, le cinquième l’éptagone, le fixiéme l’o£togone, le feptiéme l’enneagone, le huitième le décagone, le neuvième londéçagone, le dixiéme le dodécagone. Voyez, la deuxième
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- INGENIEUR F RANÇOI S. f
- Planche. Les poligones qui ont plus de douze cotés, n’ont point de noms particuliers, & s’appellent du nombre de leurs côtés ; ainfi on dit un polygone de 13 côtés, de 14. 1$, ôcc.
- Tout polygone régulier a un point qu’on appelle centre, qui eft également éloigné du fommet des angles du polygone.
- Si du centre du polygone on tire des lignes au fommet de tous les angles, ces lignes qu’on nomme rayons, diviferont le polygone en autant de triangles égaux, que le polygone a de côtés, Fig. _ 1. PL 2.
- L’angle ABC s’appelle angle du centre ; l’angle ACD s’appelle angle de la figure ou du polygone. L’angle ACB s’appelle angle du rayon fur le côté, ou angle de labafe. Cet angle eft toujours la moitié de l’angle du polygone. Les lignes AC, CD, s’appellent côtés du polygone ; cependant dans l’ufage des Fortifications , on appelle fouvent polygone chacun de fes côtés ; ainfi au lieu de dire les côtés du polygone qu’on veut fortifier , auront chacun 1S0 toifes de long, on dit chaque polygone aura 180 toifes de long. Quoique cette maniéré de parler foit abfolument contraire à l’idée que la Géométrie nous donne des polygones, je ne laiflerai pas de m’en fervir dans ce Traité de Fortification, quand l’occafion s’en prefentera, parce qu’il eft inutile de chicaner fur les mots, dès qu’on convient de la lignification qu’on leur donne.
- Si du centre B, Fig. 1. PL 2. on décrit un cercle qui paflb par le fommet de tous les angles du polygone, ce cercle s’appellera circonfcrit au polygone 7 & le polygone s’appellera in£* crit au cercle.
- Un cercle ACDE, Fig. 2. PL 2. étant donné, la manière la plus courte d’y inferire un polygone tel qu’on voudra, eft de fe fervir du compas de proportion. Suppofez, par exemple , qu’il faille y inferire un pentagone, prenez avec le compas ordinaire la grandeur du rayon BC, & portez-la fur la ligne des polygones * en forte que les deux pointes du compas ordinaire tombent fur le point 6 de part ôc d’autre ; le compas de proportion étant ainli ouvert, prenez avec le compas ordinaire la diftance des points 5 , & portez cette diftance $ fois fur la circonférence du cercle donné aux points A,C,D, E,F, joignez enfuite les points par des lignes droites AC, CD, DE, EF, FA, & vous aurez votre pentagone inferit. Pour l’eptagone vous auriez pris la diftance des points 7, pour l’o&ogone la diftance du point 8 *
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- 6 Le Parfait
- ôc ainfî des autres. Dans l’exagone le rayon eft égal au côté, ainfi il n’y a qu’à porter 6 fois ce rayon fur la circonférence.
- Si le rayon du cercle donné étoit fi grand qu’on ne pût pas le porter fur la ligne des polygones, comme nous avons dit, on décriroit par le centre du cercle un autre cercle ac def, dont le rayon Bc feroit plus petit. On infçriroit dans ce petit cercle le pentagone de la maniéré que nous venons de l’enfei-gner , après quoi du centre B on tireroit des lignes droites, qui paffant parles angles du Pentagone, iroient couper la circonférence du grand cercle en cinq endroits différens, ôc l’on tireroit des lignes droites d’un point à l’autre, comme montre la deuxième figure, Planche 2.
- La toife eft une mefure dont on fe fert en France ; elle contient 6 pieds, le pied contient 12 pouces, ôc le pouce 12 lignes.
- Pour fcavoir combien de toifes les côtés d’une figure deffmée fur le papier, doivent avoir fur le terrein, on fe fert ordinairement d’une échelle qui eft une ligne droite double , telle que vous la voyez, Fig. 3. PL 2. On ia divife en un certain nombre de parties qu’on fait valoir une toife chacune, ou y, ou 10 félon l’étendue du papier \ c’eft ce qu’on appelle réduire au petit pied.
- On reprefente une Fortification fur le papier par les plans, les profils, & quelquefois par les élévations.
- Le Plan ou Ichnographie, eft la repréfentation d’un Ouvrage tçl qu’il paroîtroit au rez-de-chauffée, s’il étoit coupé de niveau furies fondemens ; il montre la longueur des lignes, la quantité des angles, la longueur des foflez, ôc les épaiffeurs des remparts , des parapets ôc des banquettes.
- Le profil ou ortographie eft la repréfentation d’un Ouvrage , tel qu’il paroîtroit , s’il étoit coupé à plomb depuis la plus haute jofqu’à la plus baffe de fes.parties. Il montre les épaiffeurs, les fauteurs ôc les profondeurs des Ouvrages.
- L’élévation ou fcenographie, eft la repreféntation de la face d’un Ouvrage telle quelle paroît quandoala regarde.
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- Ingénieur Fr an ç o i s;
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- CHAPITRE IL
- De lyInvention, & des Progrès de la Fortification.
- Plan de cet Ouvrage.
- LA Fortification prife dans fa lignification la plus étendue ;
- eft la fcience de conftruire, d’attaquer & de défendre les Places.
- Elle fe divife en Fortification offenfive ôc Fortification dé-* fenfive.
- La Fortification offenfive eft l’art de conduire un fiege, de forte qu’on fe rende maître de la Place qu’on attaque.
- La Fortification défendve, qui comprend l’Architefture Militaire , eft l’Art de mettre une Place à couvert, ôc de la défendre contre toutes les attaques de l’ennemi.
- Ceux qui commencèrent les premiers à fe renfermer dans les Vfiles, n’oppoferent d’abord à l’ennemi qu’une bonne mu-* raille ôt un foffé, ce qui d’un côté mettoit l’Aftiegé au-deflus de l’Aifiégeant, Ôc de l’autre arrêtoit celui qui attaquoit, le contraignant de gagner la muraille ou de la renverfer. Peu à peu on bâtit des créneaux au-deffus de la muraille pour fe mettre à couvert des traits ; ôc comme la hauteur de cette muraille empêchoit de découvrir l’ennemi dès qu’il étoit une, fois parvenu jufqu’au pie 1, on y fit diverfes ouvertures d’efpace en efpace, aufquelles on ajoûta des meurtrières, par lefquelles on jettoit des pierres du haut en bas fur ceux qui s’étoient approchés. Mais comme on ne pouvoit pas trop multiplier ces ouvertures, de peurd’af-foiblir la muraille, ôc qu’on pouvoit facilement s’approcher dans les entre-deux fans être découvert, on s’avifa de bâtir des Tours quarrées pour pouvoir prendre l’ennemi en flanc. Ces Tours étoient encore défe&ueufes, en ce que leur face reftoit fans défenfe ; c’eft pourquoi en jugea à propos de les faire rondes , tant pour découvrir du haut de la muraille l’ennemi qui en ap-procheroir, que pour les rendre plus fortes par cette figure contre les coups de Belier, qui étoit la Machine ordinaire dont on fe fervoit pour les abbatre. D’autres conferverent les Tours quarrées , qu ils difpoferent en .forte quelles préfentoient un de leurs
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- s Le parfaiï
- angles à la Campagne j ce qui leur donnoitun double avantage > en ce que les deux faces qui règardoient la Campagne étoient découvertes du haut de la muraille, ôc que les deux autres n’é-toient point apperçûës de l’ennemi, qui en étoit cependant fort incommodé au paffage du folié.
- Cette maniéré de fortifier par des Tours a duré fort long-tems > mais enfin les Vénitiens fatigués des attaques continuelles des Empereurs Ott'omans, ont inventé la méthode de fortifier par des Baftions, méthode abfolument nécelfaire depuis l’invention du Canon, aufquels la petiteïïe des Tours ne pouvoit rélifter, ôc qui ayant été cultivée par grand nombre d’Auteurs Hollan-dois, Allemans, Italiens, ôc François , a été enfin perfectionnée par M. de Vauban, qui l’a mife fur le pied où nous la voyons aujourd’huy.
- Les Places que l’on veut fortifier par cette méthode, font ou régulières, ou irrégulières ; les régulières font celles dont le contour eft femblable à un polygone régulier , dont les côtés n’ex-cèdent pas la longueur de 20otoifes ; les Places irrégulières font celles ou qui ont le contour irrégulier, ou qui ayant leur contour régulier, ont les côtés plus longs de 200 toifes, ou moindre de 160. De ces deux fortes de Places font venues deux fortes de fortifications ; l’une qu’011 appelle régulière , ôc qui convient aux Places de la première efpece, ôc l’autre qu’on appelle irrégulière, ôc qu’on applique aux Places de la fécondé efpece.
- Mon deffein dans cet Ouvrage, eft de détailler le mieux qu’il ine fera poflible, les trois maniérés différentes de fortifier, que M. de Vauban a mis en ufage dans les différentes Places qu’il a fait bâtir, foit régulières, foi-t irrégulières \ je ferai enfuite un précis des méthodes qui ont été employées par les Auteurs qui Pont précédé., afin qu’on puiffe juger de la fuperiorité ôc des avantages de celles de M. de Vauban. De-là je pafferai à l’attaque des Places ; c’efl>à-dire, à la méthode que ce grand Auteur veut qu’on employé dans ces occaftons, ôc je finirai par quelques régies dont on doit fe fervir dans la fortification défenfive lorf-qu’on eft attaqué, ôc qui ont tant de rapport à l’attaque, qu’on ne les auroit pas entendues facilement, fi j’en av.ois parlé avant d’a-voir expliqué la fortification offenfive,
- chapitre
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- Ingénieur François; &
- CHAPITRE Ht
- Explication des Parties d'une Place, des différens dehors quon y ajoute, des Angles, & des Lignes qui compofent ces Parties, & des Lignes occultes qui fervent à la conjlruâion.
- Des Parties d’une Place, et de ses Dehors;
- Orps de la Place. C’efl: un affemblage de plufieurs Edi-fices à l’ufage du Public ôc des Particuliers, féparés par des rues, ôc ornés de Places pour la commodité de ceux qui y demeurent. Voyez la Figure iere. de la Planche 3.
- B. Rempart. C’efl: une élévation de terre qui régné autour de la Place pour mettre les Edifices à couvert, ôc y porter des troupes qui en défendent les approches avec le Moufquet ôc le Canon. On le revet ordinairement d’une muraille de pierre, ou de brique, Ôt quelquefois d’un fimple gazon.
- C. Baftion. C’efl: une partie du Rempart qui avance vers la campagne pour mieux découvrir l’ennemi, ôc l’empêcher d’approcher. Les deux côtés qui regardent la campagne, s’appellent faces , ôc les deux autres s’appellent flancs. La partie du Rempart qui régné entre deux Battions, s’appelle Courtine.
- Quand les flancs rentrent en-dedans du Bartion, ôc font couverts par l’extremité des faces, le Baftion s’appelle Baftion à oril-lons, comme le Baftion D.
- E. Foffé. C’efl: une profondeur qui régné autour des Remparts ôc des Ouvrages de dehors, pour éviter les furprifes. Il eft quelquefois plein d’eau, Ôc quelquefois fec. Le bord du Folié du côté du Rempart, fe nomme Efcarpe, Ôc celui qui eft vers la campagne s’appelle contre-Efcarpe.
- F. Tenaille. C’efl: un Ouvrage qu’on met devant la Courtine pour défendre le Folié. Il y en a de deux fortes : la Tenaille {impie, qui eft compofée de deux faces, telle que la Tenaille F, ôc la Tenaille double, qui eft compofée de deux demi-Baftions ôc d’une Courtine , comme la Tenaille H. Cet Ouvrage,
- B
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- io Le Parfait
- de même que tous les autres, eft revêtu de pierre , de brique £
- ou de gazon.
- I. Demi-Lune ou Ravelin. C’eft un Ouvrage qu’on fait dans le Fofifé pour couvrir les portes ou les ponts, qui font ordinairement fur le milieu de la Courtine. Il y en a de deux fortes ; les unes font compofées Amplement de deux faces, comme la demi-Lune I, Ôc les autres ont deux faces ôc deux flancs, comme la demi-Lune L. On ajoûte quelquefois au côté de la demi-Lune des petites lunettes, qui en font féparées par un foffé, comme la demi-Lune L, quelquefois aufli on couvre fes faces de deux grandes lunettes, qui en font féparées par un fofle, comme la demi-Lune M; à quoi on peut ajoûter encore une petite lunette vers la pointe de la demi-Lune, comme vous voyez en N.
- O. Ouvrage à corne. Cet Ouvrage eftcompofé d’une Courtine ôc de deux demi-Baftions. On le place ordinairement devant la demiLune ; on a la pointe d’un Baftion pour le couvrir. On met aufli une demi-Lune devant la Courtine de cet Ouvrage.
- P. Ouvrage à couronne. Il eft compofé d’un Baftion, de deux demi-Baftions Ôc de deux Courtines. Onn’employe cet Ouvrage que dans la néceflité, foit pour couvrir un Fauxbourg, ou une fource d’eau nécefîaire à la Place , ôcc. foit pour renfermer une éminence qui domine fur les Remparts, ou un lieu creux qui pourroit feryir de.retranchement à l’ennemi. On met ordinairement des demi-Lunes devant les Courtines de cet Ouvrage.
- Le Rempart ôc les autres Ouvrages font couverts fur leur bord extérieur d’une élévation de terre d’environ 6 pieds, qu’on nomme Parapet, pour mettre à couvert ceux qui le>s défendent ; on y ajoute en dedans une petite marche nommée banquette, haute environ de deux pieds ôc demi, pour mettre les Moufquetaires en état de tirer par-deflus le parapet. On fait à ce parapet d’ef-pace en efpace des ouvertures nommées embrazures pour tirer le Canon.
- S. Chemin couvert. C’eft un chemin large d’environ 5* toifes, qui régné autour de la contre-Efcarpe, ôc qui eft couvert d’un parapet ; on y fait à tous les angles rentrans des Places d’Armes qui font des efpaces plus grands , tels que vous les voyez dans la figure ; c’eft-là où les Moufquetaires fe retirent, quand ils font prefles par l’ennemi.
- V, Glacis* C’eft une pente douce qui part du parapet du
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- Ingenieur François: h
- chemin couvert, ôc qui va fe perdre infenfibiement dans là Cam-pagne.
- Il y a d autres Ouvrages que je n’ai point mis ici, de peur de furchargër la figure, 6c dont je parlerai dans la fuite, lorfque je donnerai le détail des conftru&ions.
- Des Lignes, & des Angles qui compofenf les parties d'une Place.
- AB, BC, faces du Baftion. AE, GP, flancs du Baftion. EH, Courtine. Voyez la Figure 2. Planche 3.
- La ligne HE AB CF, qui par fa continuité forme les Courtines, les flancs 6c les faces, s’appelle ligne magiftrale, tant parce que c’cft par elle qu’on commence la conftruétion , que parce que cette ligne enferme la Place, tout ce qui eft au-delà n’étant que des dehors qu’on employé pour la défenfe de cette ligne. Quand on trace une Place fur le papier, on fait cette ligne beaucoup plus épaiflfe que les autres.
- Après avoir tracé la ligne magiftrale, on lui tire en - dedans une ligne parallèle MNOQIL à la diftance d’environ douze ou quinze toifes ; cette ligne marque l’extrémité intérieure du Rempart ; quand cette ligne fuit parallèlement les flancs ôc les faces du Baftion, le Baftion s’appelle vuide, tel qu’eft le Baftion P, 6c quand cette ligne n’entre pas dans le Baftion, le Baftion s’appelle Baftion plein, comme le Baftion S.
- Entre la ligne magiftrale 6c celle qui marque l’extrémité intérieure du Rempart, on trace deux autres lignes qui fuivent parallèlement par-tout la ligne magiftrale , celle qui eft plus proche de la magiftrale, marque l’extrémité intérieure du parapet, ôc celle qui vient après, marque l’extremité de la banquette.
- L’angle ABC , s’appelle angle du Baftion, ou angle flanqué, parce qu’il eft vu ôc défendu par les flancs des Battions oppofés
- P, X.
- L’angle EAB, s’appelle angle de l’épaule, oü Amplement épaule, parce qu’il couvre l’épaule de ceux qui font le long du flanc.
- L’angle HE A, s’appelle angle du flanc, c’eft-à-dire, l’angle que le flanc fait avec la Courtine.
- L’angle TVY, s’appelle angle rentrant dans la contre-Efcarpe^ & l’angle VŸX, s’appelle angle faillant de la contre Efcarpe*
- Bij
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- i2 Le Parfait
- On arrondît toujours l’angle Taillant de la manière que vous lé voyez dans la figure, ce qui laiffe une elpace qu’on appelle Place d’Armes.
- Des Lignes & des Angles occultes qui ne paroijfent point après la cQnjlruâion.
- O Centre du polygone. AB côté extérieur du polygone. CD, côté intérieur. Voyez la Figure 3. Flanche 3.
- OB Grand rayon, OD, petit rayon ; OE rayon droit fur le-; quel Monfieur de Vauban prend ce qu’il appelle la perpendiculaire.
- CI, CG demi-gorge du Baftion , dont la ligne droite GI eft: la gorge entière, où l’on doit prendre garde que les deux demi-gorges prifes enfemble, font toujours plus grandes que la gorge entière, les deux demi-gorges fe formant par la continuation des Courtines jufqu’au rayon, ce qui fait qu’elles font un angle ; au lieu que la gorge entière eft une ligne droite tirée de l’extre-mité d’une Courtine à l’extremité de l’autre.
- CA capitale. C’eft l’excès du grand rayon fur le petite
- IB ligne de défenfe razante, ainfi appellée, parce que le Mou£ quetaire qui feroît au point I, ne pourroit point tirer contre la face LB, mais feulement la rafer.
- TB ligne de défenfe fichante, ainfi appellée, parce que le Moufquetaire qui feroit au point T, pourroit tirer contre la face ZB. Il eft évident que dans ce cas on peut rafer cette face de quelque point de la Courtine, tel que feroit le point V, & alors la ligne VB s’appelle ligne de défenfe rafante, ôc la partie VT, de la Courtine, a’ou l’on peut découvrir cette face, s’appelle fécond flanc, ou feu dans la Courtine.
- L’angle AOB s’appelle angle du centre. L’angle ABX angle du polygone extérieur, l’angle OAB angle de bafe extérieure* ou angle du rayon fur la bafe extérieure, il eft toujours la moitié de l’angle du polygone. L’angle CDT angle du polygone intérieur , & l’angle ODT angle de bafe intérieure, ou angle du rayon fur la bafe intérieure.
- L’angle BIH que la ligne de défenfe BI, fait avec le flanc IH, s’appelle angle flanquant intérieur, quand il n’y a point de fécond flanc \ & lorfqu il y en a un, l’angle flanquant intérieur
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- Ingénieur François: ïj?
- fe forme par la rencontre de la ligne rafante Ôc de la Courtine , comme l'angle B VT.
- L’angle AQL formé par les deux lignes rafantes, s’appelle angle flanquant extérieur , ou autrement angle de tenaille , ôc les lignes QA, QB, s’appellent tenailles ; c’eft de-là que le petit Ouvrage que M. de Vauban met ordinairement devant la Cour* tine, a pris fon nom.
- La ligne rafante fait avec la Courtine un petit angle BID , qu’on appelle angle diminué ; il eft toujours égal à l’angle LBA , que fait la face LB, avec le côté extérieur AB, parce qu’il eft démontré en Géométrie, qu’une ligne IB inclinée entre deux parallèles ID * AB, fait les angles alternes BID, IB A, égaux»
- L’angle AGI que fait la capitale AC, avec la demi-gorge CI^ s’appelle angle de gorge.
- Quand on delfine un plan fur le papier, on met ordinaire* ment à Pextremité de ce papier une échelle, par le moyen de laquelle on connoît la grandeur des lignes qui le compofent ; dans la fortification régulière, félon la méthode ordinaire de M» de Vauban, qui donne 180 toifes au côté extérieur, il eft boa de faire cette échelle de la longueur du côté extérieur , & de la divifer enfuite en 180 parties égales, telle quefl: l’échelle AB de la Planche 4*
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- Le Parfait
- CHAPITRE IV-
- Des Maximes générales de la Fortification.
- i°.qpOutes les parties d’une Fortification doivent être vues & flanquées, c’eft-à-dire, défendues par les Afliegés.
- Cette maxime eft la plus efléntielle , & fert de fondement aux autres, puifqu’il eft sûr que l’ennemi pourroit s’emparer aifé-ment d’une partie qui ne feroit pas défendue, ou la renverfer fans danger par une mine.
- 2°. La longueur de la ligne de défenfe doit être proportionnée à la portée du moufquet, afin de pouvoir employer tout à la fois le moufquet & le Canon , lorfque l’ennemi voudra approcher. La portée du moufquet eft tout-au-plus de ifo toifes ; mais comme le coup feroit trop foible à cette diftance> on donne ordinairement 120 toifes à la ligne de défenfe, ce qui n empêche pas qu’on ne puiffe lui donner quelque chofe de plus, comme 130 ou 135 ; mais il ne faut jamais la prolonger juf-qu’à i^o , excepté dans des cas de nécefîité , & alors il faut fup-pléer à ce défaut par d’autres défenfes plus courtes, pratiquées dans le folié.
- 3°. Les parties qui flanquent ne doivent être vues que de celles quelles doivent flanquer.
- On ne peut pas obferver abfolument cette maxime, qui ren-droit une Place parfaite ; mais on tâche de fuppléer le mieux qu’on peut à ce défaut, par les orillons qui couvrent une partie du flanc, & par les dehors.
- 4°. Les parties qui flanquent, doivent regarder le plus dire&e-ment qu’il eft pofïible celles qui font flanquées.
- Errard pour mettre fon flanc plus à couvert, le fait perpendiculaire à la face du Baftion ; mais à force de le couvrir, il rend les gorges trop petites, les embrazures trop obliques, ÔC le foffé fe trouve prefque fans défenfe. Le Chevalier de Ville tire le flanc perpendiculaire à la Courtine ; mais les embrazures font encore trop obliques, fui>tout dans les polygones de plu-fieurs côtés, ôc le foffé eft par conféquent mal défendu. Le Comte de Pagan le fait perpendiculaire à la ligne de défenfe \ ce qui
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- Ingénieur François. j?
- femble convenir parfaitement à cette maxime , puifque par-là le flanc défend le plus dire&ement qu’il eft poflible la face du Baftion oppofé ; mais aufli ce flanc devient trop petit ôc trop expofé aux'batteries de l’ennemi ; c’eft pourquoi M. de Vauban a pris un milieu entre ces différentes méthodes, en tirant fon flanc de manière que fans le trop découvrir, la défenfe ne s’éloigne pas de beaucoup de la défenfe direète. Nous en parlerons dans le Chapitre de la conftruètion.
- Les flancs les plus grands, ôc les plus grandes demi-gorges * font les meilleures.
- Il eft évident que plus le flanc eft grand, plus il contient de Canon ôc d’Artillerie. C’eft ce qui a fait que plufieurs Auteurs ont ajouté un fécond flanc pour augmenter la défenfe ; niais outre que ce fécond flanc ne défend la face du Baftion oppofé que d’une maniéré extrêmement oblique, ce qui eft contre la quatrième maxime ; le flanc droit, ou le flanc du Baftion fe trouve par-là plus expofé aux Batteries de l’Ennemi, ce qui eft encore un grand défaut ; c’eft pourquoi on fe contente aujourd’hui de faire les flancs du Baftion les plus grands que l’on peut, fans fe fervir du fécond flanc , à moins que la néceflité n’y oblige. Les plus grandes gorges font aufli les meileures, parce qu’elles rendent le Baftion plus ample ôc plus propre pour y faire des retranchemens, lorfque l’ennemi a fait brèche au Baftion.
- 6°. Les parties expofées aux Batteries des Afliégeans doivent être affez fortes pour pouvoir foutenir leurs attaques.
- Cette maxime eft évidente par elle-même , puifqu’on ne fait des Ouvrages autour d’une Place, que pour empêcher l’ennemi de s’en rendre le maître ; d’où il fuit que les angles flanqués ne valent rien lorfqu’ils font trop aigus, parce que le Canon de l’Af-fiégeant peut en émoufîer facilement la pointe. Les Hollandois le fouflfrent au éoe. dégré, mais félon la méthode de M. de Vauban , on ne le met gueres au-deflous de 7 j dégrés, à moins que la néceflité ne le demande. C’eft pourquoi l’angle du polygone doit au moins être droit pour pouvoir être fortifié, ôc par con-féquent le quarré eft la première figure régulière dont on puifle fe fervir, le triangle ayant fes angles trop aigus pour être capables d’un Baftion bien conditionné.
- 7°. Une Place doit être également forte par-tout.
- Car autrement l’Ennemi s’attacheroit à la partie la plus foible* d’où il pourroit enfuite fe rendre plus facilement maître de la
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- Ptace ; on volt par cette maxime qu’en fongeant à donner tous les avantages poffibles à une partie, il faut en même-tems fonger à ne pas tomber dans le défaut à l’égard des autres, mais à ménager également les avantages de tous les cotés.
- 8°. Le Corps delà Place doit commander dans la campagne, ôc aucun endroit de la campagne ne doit commander ni dans la Place ni dans les dehors.
- On appelle commandement en terme de Fortification, une hauteur qui découvre quelque partie de la Place ou de fes dehors. Ce commandement peut être fimple, double, triple., ôcc. en prenant la hauteur de p pieds pour un commandement, celle de 18 pour deux, celle de 27 pour trois, 6c ainfi de fuite en augmentant toujours de p.
- 11 y a trois fortes de commandemens, fçavoir de front, de revers & d’enfilade. Le commandement de front eft celui qui eft oppofé à la face d’un pofte ; le commandement de revers eft celui qui bat un pofte par derrière, prenant les troupes à dos ; ôc le commandement d’enfilade qu’on appelle aufli commandement de Courtine, eft celui qui bat d’un feul coup toute la longueur d’une ligne droite.
- Quand il arrive un défaut contre cette maxime,, il faut le corriger, ou en coupant le commandement, ou en l’enfermant dans quelque Ouvrage extérieur, ou en élevant plus haut le Rempart du côté du commandement, ou enfin en fe couvrant de Cavaliers, ou de traverfes, qui font des Ouvrages dont nous donnerons le détail en parlant des conftru&ions.
- p°. Les Ouvrages les plus proches du centre de la Place, doivent être plus hauts que les plus éloignés.
- Cette maxime n’eft qu’une fuite des précédentes : car fi l’ennemi s’empare d’un ouvrage extérieur qui foit plus bas que le Piempart, on pourra toujours du haut du Rempart l’empêcher quil ne s’en couvre ; au lieu que fi cet ouvrage étoit plus haut , la Place fe trouveroit dominée, dès que l’Afliégeant s’en feroit rendu maître.
- io°. Il faut faire accorder les. maximes précédentes le plus qu’on pourra.
- Il eft difficile dans la pratique d’obferver à la rigueur chacune de ces maximes en particulier ; fi on veut aggrandir la gorge, la face en fouffre ; fi on couvre trop le flanc, la défenfe devient trop oblique ; fi on le découvre, il eft trop expofé aux
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- Batteries : en un mot on trouve par-tout de l’avantage ôc du dé-favantage, ôc le fècret confifte à fçavoir difcerner ce qui convient le mieux, félon les occafions, & à ménager les chofes de telle maniéré ', que la Fortification ne pèche pas confiderable-ment contre les maximes principales.
- C H A P I T R E V-
- De la conjlruâlion des Ouvrages, félon la première méthode de M. de Vauban.
- IL y a deux maniérés de fortifier fur le papier un polygone régulier ; la première s’appelle fortifier en dedans, ôc la fe-conde fortifier en dehors.
- Fortifier en dedans, c’eft reprefenter les Battions Ôc la Courtine au-dedans du polygone qu’on veut fortifier ; ôc alors ce polygone s’appelle polygone extérieur.
- Fortifier en dehors, c’eft reprefenter les Battions ôc la Courtine au dehors du polygone qu’on veut fortifier, ôc ce polygone prend alors le nom de polygone intérieur.
- Errard a, commencé le premier à fortifier en dedans, ôc fa Méthode qui étoit extrêmement défe&ueufe, a été corrigée par le Comte de Pagan, ôc perfectionnée par M. de Vauban.
- Cet Illuftre Auteur établit trois fortes de Fortifications, la grande, la moyenne, Ôc la petite. La grande a pour côté extérieur depuis 200 toifes jufqu’à 230, ou 240. Il ne l’employe pas pour tous les côtés d’une Place, mais feulement pour le côté qui eftlelong d’une riviere, où il met toujours un grand dehors. La moyenne a le côté extérieur de 180 toifes , ôc c’eft celle qui eft le plus en ufage. La petite a le côté extérieur de 160 toifes , ôc même au-deffous.
- Nous fuivrons la moyenne dans toute les conftru&ions que nous allons enfeigner, ôc nous donnerons une Table qui montrera les dimenfions qu’il faut donner aux parties de la grande ÔC de la petite.
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- Le Parfait
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- Conjlruflion delà Ligne magijlrale, du Rempart, du Fojfe, du Chemin couvert, & du Glacis.
- Suppofé donc que nous ayons un eptagone à fortifier ; après avoir fait une échelle de 180 toifes, égale à l’un des côtés du polygone, comme nous avons déjà dit, Voyez la Figure i. de la Planche 4. Divifez l’un des côtés, par exemple, le côté AB en deux également au point C ; de ce point C tirez la ligne CO au centre O, cette ligne fera perpendiculaire fur le côté AB , parce qu’il eft démontré en Géométrie qu’une ligne qui paffant par le centre, coupe la corde d’un cercle en deux également, eft perpendiculaire fur cette corde. Prenez la fixiéme partie du côté AB, Ôc portez-là fur la ligne CO en dedans depuis C jufi-qu’en D ; cette ligne CD eft ce que M. de Yauban appelle la perpendiculaire ; elle eft toujours égale à la huitième partie du côté extérieur quand on fortifie un quarré, à la feptiéme quand on fortifie un pentagone, ôc à la fixiéme quand on fortifie un hexagone, un eptagone, ôc tous les autres polygones au-deflus* Des extrémités A, & B du côté extérieur, tirez par le point D les lignes de défenfe indéfinies AF, BE ; divifez le côté exté-, rieur AB en fept parties égales, ôc portez-en deux fur les lignes de défenfe de A en I, & de B en L, ce qui vous donnera les deux faces ; prenez enfuite la diftance IL, ôc portez-là fur ces mêmes lignes dé défenfe de I en F, ôc de L en E, après quoi tirez la Courtine EF, ôc les flancs El, FL ; fi vous faites la même chofe fur les autres côtés, vous aurez toute la ligne ma-giftrale.
- Voici une Table qui marque les différentes grandeurs que Pon peut donner aux côtés des polygones dans la grande, la petite ôc la moyenne Fortification, ôc même dans celles des Forts de Campagne, avec la grandeur des faces ôc des flancs* des perpendiculaires ôc des capitales des demi-Lunes.
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- Pour les Forts de * Campagne. Petite Fortification. Moyenne. Grande.
- Cotes des polygon. s 8opo 100 UC I 20 130 :i4°, 150 160 17c 180 1 t?o 2CC2ÔQ 1
- Perpendicu laires. loji l 12-7 J5 1 6 18 20 25 25 28 30 30 25 22
- faces des Bafiions. 22 28 30 30 35 40 45 45 48 50 52 55 60
- lianes. 7 8 9 10 10 14 I 6 18 20 22 24 24 24 24
- Capitales de demi-Lttnes. 25 28 3° £ 35 40 45 50 5o 52 55 55 60 5o
- Le premier rang horizontal marque que pour les Forts de Campagne, on peut donner au côté extérieur du polygone depuis 80 toifes jufqu’à 130. Pour la petite Fortification, depuis 140 jufqu’à 170. Pour la moyenne, depuis 180 jufqu’à 1^0 ; & pour la grande, depuis 200 jufqu’à 260.
- Le fécond rang horizontal montre la valeur des perpendiculaires , félon la grandeur des côtés ; ainfi fi l’on donne 80 au côté extérieur, le fécond rang montre qu’il faut donner 10 toifes à la perpendiculaire ; fi l’on en donne 100 au côté extérieur, le fécond rang montre qu’il en faut donner 127 à la perpendiculaire, ôt ainfi des autres ; mais il faut prendre garde i°. que les perpendiculaires ont été calculées pour les Forts de Campagne iur le pied de la huitième partie du côté extérieur, parce que ces fortes de Forts fe font ordinairement quarrés. 20. Que dans la petite Fortification elles font furie pied de la feptiéme partie du côté extérieur, parce que cette Fortification eft pour les Citadelles qu’on fait ordinairement pentagones. 30. Que dans la moyenne elles font fur le pied de la fixiéme partie, parce que cette Fortification s’employe pour les grandes Places qui font ou hexagones, ou eptagones, ou au-deflus. 40. Enfin , que dans la grande elles font fur le pied de la huitième partie, pour éviter que les angles flanqués ne deviennent trop aigus. C’ell pourquoi il faut obferver dans l’ufage de cette Table, que fi on faifoit un Fort de Campagne qui eût plus de quatre côtés, il faudroit faire la perpendiculaire conforme à la régie que nous
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- avons donnée ci-deflus, c’eft-à-dire, égale à la feptiéme partie du côté extérieur, fi c’étoit un pentagone, ôc à la fixiéme pour lin hexagone , Ôc pour tous les autres polygones au-deflus, ôc non pas fe fervir de celle que la Table marque, qui n’eft que pour le quarré. Il faut faire la même obfervation pour la petite ôc la moyenne Fortification, mais on doit toujours fuivre la Table pour la grande, parce quon ne Pemploye jamais que fur un feul côté d’un polygone irrégulier.
- Le troifiéme rang marque la grandeur des faces des Battions ; félon la grandeur qu’on veut donner au côté extérieur ; ainfi fi l’on donne au côté extérieur 80 toifes, le troifiéme rang marque 22 toifes pour la face ; fi on en donne 110 au côté, le troifiéme rang marque 30 pour la face, ôc ainfi des autres.
- Le quatrième rang marque de même la valeur des flancs, à
- nortion de la grandeur qu’on veut donner au côté extérieur,
- : cinquième marque la valeur des capitales des demi-Lunes qu’on met devant la Courtine, à proportion de la grandeur du côté extérieur ; cette Table peut fervir pour la Fortification irrégulière , de mêmë que pour la régulière ; mais revenons à notre conftru&ion.
- Après avoir décrit la Ligne magiftraîe de la maniéré dont nous venons de l’enfeigner, il faut lui tirer paralellement ôc en-dedans la ligne abc à, qui marquera l’extrémité intérieure du Rempart ; fi les Battions font vuides, cette ligne fuivra paralellement les flancs ôc les faces des Battions, Ôc fi les Battions font pleins, elle fera feulement paralelle à la Courtine, ôcfera un angle vis-à-vis l’entrée du Baftion, comme on peut voir dans la Figure.
- Le Rempart a ordinairement 1 ? pieds de hauteur fur le niveau de la Place ; pour éviter l’affailTement des terres , on lui donne en - dedans une pente égale à fa hauteur, ou du moins aux deux tiers, qu’on nomme talus intérieur, pour le diftinguer de l’extérieur, dont nous parlerons bientôt.
- On met le long de ce talus en certains endroits, des rampes ou pentes extrêmement douces pour monter fur le Rempart ; elles ont deux toifes de largeur, Ôc font prifes fur le talus intérieur. On les place félon l’occafion ôc le befoin, tantôt à l’angle du Rempart vis-à-vis l’entrée du Baftion quand le Baftion eft plein , tantôt le long des flancs, ou à l’angle flanqué quand le Baftion eft vuide, comme on peut voir dans la Figure. On
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- I n g e~n i E u R François: 21
- ne marque pas ordinairement dans les petits plans ni les rampes, ni les talus.
- Nous avons déjà dit que le bord extérieur étoit toujours revêtu ou d’un (impie gazon, ou dune muraille de pierre ou de brique.
- Quand il eft revêtu d’un (impie gazon on ne peut gueres fe difpenfer de faire fon talus extérieur égal à fa hauteur, ou du moins aux deux tiers, pour empêcher l’afîaiflement des terres; 6c comme l’ennemi pourroit y monter facilement, on plante au niveau du haut du Rempart, autrement dit le terre - plein , des fraifes, qui font des pieux quarrés, pofés prefque horizontalement à lix pouces de diftance les uns des autres, & fortans en dehors de dix ou douze pieds pour empêcher les efcalades.
- Quand le Rempart eft revêtu d’une muraille , ce que M. de Yauban a toujours obfervé, le talus extérieur doit être égal à la cinquième partie de fa hauteur ; ainfi en donnant quinze pieds de hauteur au Rempart, le talus intérieur doit être de trois pieds ; 6c ces trois pieds de talus extérieur étant ajoutés aux quinze pieds du talus intérieur, réduifent la largeur du Rempart au îommet à neuf toifes, fur lefquelles il faut encore prendre l’épais feur du parapet 6c de la banquette dont nous allons parler.
- En - dedans de la ligne magiftrîtle, & à trois toifes quatre pieds de diftance ou environ, on tire une ligne qui fuit paralellement les Courtines, les faces 6c les flancs, ôc qui marque l’extrémité intérieure du parapet ; la hauteur de ce parapet eft ordinairement de fix pieds, fon talus intérieur eft d’un pied, l’extérieur eft continué avec celui du Rempart quand il eft gazonné ; mais l’on n’en fait point quand il eft revêtu, ôc la petite muraille qui le couvre, ôc qu’on nomme tablette, tombe a plomb fur le haut du revêtement du Rempart où l’on met le cordon. Le fommet du parapet doitpancher vers la Campagne, de forte qu’on puifle aifément découvrir le chemin couvert, ce qui réduit la hauteur extérieure du parapet à trois ou quatre pieds environ, félon la largeur du Folle.
- Sur le bord intérieur du parapet, ôc à quatre ou cinq pieds de diftance, on tire une autre ligne paralelle par-tout au parapet, 6c qui marque l’extrémité intérieure de la banquette ; on lui donne environ deux pieds de hauteur quand il n’y en a qu’une , 6c un petit talus intérieur ; 6c quand il y en a deux, chaque banquette a deux pieds ~ de large, 6c un pied de hauteur ? la
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- diftance qui refte entre le bord intérieur de la banquette ôc Pex-
- trêmité du talus intérieur du Rempart, s’appelle fommet du
- Rempart ou terre-plein, ôc a environ $ toifes de largeur. C’eft-
- là où l’on place le Canon ôc l’Artillerie pour la défenfe de la
- Place.
- Le revêtement ou la muraille dont on couvre le Rempart, a fon fondement au-deffous du fond du folié ; fon talus commence au fond du foflé, ôc fe termine au cordon qui eft au niveau du terre-plein ; le cordon eft rond , ôc a environ dix ou douze pouces de diamètre. Le fommet de la muraille au cordon, félon la méthode de M. de Vauban, a toujours cinq pieds d’é-paiffeur , ôc fon talus eft toujours la cinquième partie de fa hauteur, d'où on tire une méthode facile de trouver l’épailTeur qu’il faut donner au pied par-deffus le fondement, dès qu'cn fçait la hauteur qu’on veut lui donner Ainli fuppolànt qu’on veuille donner trente pieds de hauteur à la muraille, il n’y a qu’à prendre la cinquième partie de la hauteur 30 qui eft 6, ôc l’ajouter à î’épailleur qu’on doit lui donner au cordon qui eft 7 , ce qui fait 11 pour I’épailleur de la muraille par-deffus le fondement. On ne peut pas donner de même des réglés pour I’épailleur du fondement, parce que cela dépend de la qualité du terrein, qui n’eft pas toujours le même. •
- Afin que cette muraille fourienne plus facilement la pouffée des terres du Rempart, on y ajoute en-dedans de 1 j en 17 pieds, ou de 18 en 18 félon le befoin des Eperons ou contre-Forrs , qui font de petites murailles perpendiculaires au revêtement ; leur hauteur monte tout au moins jufqu’au cordon. Voyez la Fig, 2. de la Flanche 4. où la ligne AB marque l’extrémité intérieure du revêtement, la ligne CD s’appelle racine du contre-Fort, la ligne EF s’appelle queue du contre-Fort, ôc la ligne 1H s’appelle la longueur. Voici une Table que M. de Vauban a donné, pour marquer les différentes épaiffeurs de toutes ces lignes , félon les différentes hauteurs du revêtement depuis 10 toifes de hauteur jufqu’à 80.
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- Hauteur tîes Revete-iru 11s. Epaifleur desBeve- temens aufom- mtt. Epaifleur des Rcvé-temens fur la retraite ou furie fondement. Diftance du milieu d’un con-ti e — Fort à l’autre. Diftance du milieu d’un contre - Fort à l’autre. Lon- gueur des contre- Forts. Epaifleur des contre- Forts à la Racine. F.paiffèui des contre-Forts à la queue. Solidité de la Maçonnerie par toifes cour antes j les contre-Forts étant de 16 en T 8 pieds. Solidité de la Maçonnerie par toiles courantes, les contre-Forts étant de i, en i, pieds.
- pieds. pieds. pieds. pieds. pieds. pieds. pieds. pi. po. pi.po.lig poi. pi.po.lig. poi.
- IO f 7 18 4 3 z 0 2011 I 2114
- 20 S 9 18 1 î 6 4 2 8 4 5 0 5 4 •> 9 4
- 3° •i II 18 1S 8 ? 3 4 8 3 3 1 8514
- 40 * 13 18 i* 10 6 4 0 13 2 6 2 14 0 2 8
- 50 S Iî 18 15 12 7 4 8 15> 3 8 10 20 4 2 8
- 6o s 17 18 1S 14 8 5 4 27 I 10 2 29 6 2 8
- 70 ï 19 18 I s 16 9 6 0 36 3 9 4 39 3 4 0
- 80 * 21 18 I? 18 10 6 8 47 4 5 4 51280
- M. de Vauban ajoute à cette Table quelques remarques que nous allons tranfcrire mot à mot.
- i°. Dans les Pays où la Maçonnerie eft fort bonne, on peut faire l’épaiffeur au fommet de 4 pieds \3 mais dans les lieux où elle ne le fera pas, il faudra l’augmenter jufques à $ pieds 6 pouces, ôc même plus fi elle eft fort mauvaife.
- 20. Les contre-Forts aux angles faillans doivent être redoublés ôc brafés par rapport aux lignes droites qui forment ces angles.
- 3°. Les contre-Forts feront toujours élevés à plomb à l’extrê-mités ôc par les côtés, ôc bien liés au corps de la muraille.
- 4°. Ils feront élevés aufii haut que le cordon ; ils feroient encore meilleurs fi on leur donnoit deux pieds de plus pour le fou-tien du parapet.
- 50. Dans les Ouvrages où le revêtement neft élevé qu’à la moitié ou aux trois quarts du Rempart, ôc le furplus en gazon, il faudra régler fon épaiffeur comme s’il devoit être élevé en maçonnerie jufqu’au fommet du Rempart ; par exemple, fi on élevoit quinze pieds en gazon au-deflfus du revêtement, il faudrait augmenter l’épaiffeur au fommet de trois pieds, avec cinq quelle auroit déjà, pour en avoir huit à la naiffance du gazon.
- 6°. Il faut augmenter la grandeur ôc la folidiré des contre-Forts à proportion de l’élévation du revêtement ; par exemple * file revêtement a 35 pieds de haut, fçavoir 20 en revêtement,
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- Ôc 15? en gazon, il faudra y faire les contre-Forts qui ont été réglés fur le revêtement, de 33 pieds de haut, ôc le revêtement doit avoir la même épaiffeur à 20 pieds de haut, comme s’il en a voit 3 5'.
- 70. Dans les endroits où on fera des Cavaliers, comme à Maubeuge, (Nous expliquerons ailleurs ce que c’elt qu’un Cavalier) il faudra augmenter le fommet du revêtement d’un demi-pied d’épais pour chaque cinq pieds de hauteur que le Cavalier aura au-deffus du revêtement, ôc la folidité des contre-Forts fera augmentée à proportion, ce qui doit s’entendre des gros revêtemens de la Place, ôc non pas de ceux qu’on fait quelquefois au Cavalier, ôc feulement quand le pied du Cavalier approche de trois ou quatre toifes du parapet.
- 8°. Les deux dernieres colonnes ae la Table portent en toifes, pieds Ôc pouces cubiques, ce que chaque toife courante de ces différens revêtemens en contient, rédu&ionfaite des contre-Forts.
- p°. Enfin ces revêtemens ne font propofés que pour la Maçonnerie , qui doit foutenir des grands poids de terre nouvellement remuée, ôc non pas pour celle qu’on endoffe contre la terre vierge qui ne l’a pas encore été, comme font la plupart des revêtemens des foliés.
- Quoiqu’on fe foit fervi de cette Table avec beaucoup de fuccès dans la pratique, ôc que M. de Vauban allure lui-même qu’on l’a expérimentée fur plus de cinq cens mille toifes cubes de Maçonnerie bâties à 1 jo Places fortifiées par les ordres de Louis le Grand ; cependant M. Belidor dans fon excellent Livre de la Science des Ingénieurs, trouve qu’elle n’a pas toute l’exaêti-tude qu’on pourrait lui donner, ôc voudrait du moins, fans la rejetter, qu’on y fit quelque corre&ion, par raport à l’épaiffeuc du fommet des Remparts. Ce fçavant Auteur, après avoir calculé avec toute l’exa&itude polïibîe, la poulfée des terres félon les différentes hauteurs qu’elles peuvent avoir, prouve très-bien que le revêtement de dix pieds de hauteur pris avec les dimen-fions que la Table lui donne, eft en état de foutenir une poulfée double de celle qu’il foûtient naturellement ; que celui de 20 eft au-deffus de l’équilibre d’un quart de la réfïftance qu’il lui faut; que celui de 30 n’eft au-deffus de l’équilibre que d’un huitième ; celui de 40 d’un dix-neuviéme , celui de f o d’un yingt-uniéme, ôc celui de 60 d’un cinquante-huitième ; de forte
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- qu’il eft évident que dans ceux qui font au-deffus, la pouffée des terres eft au-deffus de la réfiftance : c’eft ce qui l’a obligé à calculer des Tables ou il donne les différentes épaiffeurs du fommet des revêtemens ôc de leurs bafes, félon les, différentes hauteurs des terres qu’ils ont à foutenir, ôc les talus différens quon voudroit leur donner, depuis un cinquième de talus ju£ qu’à un dixiéme ; mais comme on pourroit lui objecter que l’expérience eft contraire à ce qu’il avance, il répond i°. Que les revêtemens que l’on fait d’ordinaire, paffent rarement 3J à 40 pieds, ôc qu’à cette hauteur la réfiftance eft encore beaucoup au-deffus de la pouffée des terres. 20. Que les terres n’ont jamais toute la pouffée dont elles font capables, parce que quand on éléve les Remparts, on les entretient avec des lits de fafcinage, qui font qu’elles fe foutiennent prefque d’elles-mêmes. 30. Enfin que le pied du revêtement eft bien lié avec les fondemens, qui étant enterrés, ne peuvent pas facilement incliner du côté du foffé, quand même la réfiftance du revêtement feroit au-deffous de l’équilibre ; ce qui n’empêche point qu’on ne prît quelques précautions qu’il propofe lui-même pour une plus grande sûreté, ôc qui nous difpenferoient de faire tous les calculs qu’il a faits, ôc même d’avoir recours à fes Tables, du moins pour un cinquième de talus â comme on l’obferve dans la Méthode de M. de Vauban. Ces précautions feroient de donner quatre pieds d’épaiffeur au fommet du revêtement de dix pieds, quatre pieds ôc demi à celui de vingt, cinq à celui de trente, cinq ôc demi à celui de quarante, ôc ainfi des autres, augmentant toujours l’épaiffeur de fix pouces , à mefure que la hauteur augmentera de dix pieds ; ôc à l’égard des autres dimenfions on les déter-mineroit comme elles font marquées dans la Table de M. de Vauban, obfervant pourtant toujours de donner un cinquième de talus.
- Comme toutes ces remarques de M. Belidor font fondées fur un calcul d’analyfe très - exa£t, il me femble qu’on devroit y faire attention, ôc l’obferver du moins depuis la hauteur de trente pieds au-deffus, ôc fuivre la Table de M. de Vauban depuis dix pieds jufqu’à trente, pour donner plus de réfiftance contre le Canon au fommet des revêtemens.
- Dans ce même Livre de la Science des Ingénieurs, M. Belidor après avoir enfeigné les calculs néceffaires pour trouver les di-menfions qu’on doit donner aux contre-Forts, prouve par 1$
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- principe même de Méchanique fur lequel fes calculs font fondés ; que ces contre-Forts feroient beaucoup meilleurs, fi on les mettait dans la difpofition contraire à celle dont on les met ordinairement, c’eft-à-dire, qu’au lieu que leur queue n’eft environ que les deux tiers de leur racine, on fit au contraire leur queue non-feulement plus grande de la moitié, mais même double de la racine pour leur donner plus de force. Il eft vrai, comme il l’avoue lui-même, que les contre-Forts dans cette difpofition ne feroient pas fl bien liés avec le revêtement ; mais outre que ce défaut feroit affez compenfé par la force plus grande qu’ils acquerraient, on y trouveroit encore un autre avantage, qui eft que lorfque le revêtement aurait été^détruit par les Batteries des Afliégeans, les contre-Forts qu’il faut néceffairement abattre pour rendre la brèche praticable, donneroit moins de prife au Canon, ayant leur racine moins large, ôc par conféquent arrê-teroient davantage l’ennemi. Quelque folide que foit ce raifon-nement, l'Auteur ne veut pourtant rien décider abfolument là-deflus, ôc donne dans fes Tables les dimenfions des contre-Forts félon la difpofition ordinaire ; mais fa modeftie n’eft en cela que plus louable, & ne doit pas empêcher ceux qui font chargés de ces fortes d’Ouvrages, de faire du moins attention à ce qu’il dit. On ne doit point porter l’eftime pour les Réglés de M. de Vauban, jufqu’à croire qu’on n’y puilfe rien ajouter, ôc je ne doute point que ce Grand Homme , s’il vivoit encore, n’approuvât lui-même les remarques qu’on pourroit faire pour perfectionner fes Ouvrages, d’autant plus que fes grandes ôc continuelles occupations pouvoient les dérober facilement à fes lumières.
- Venons à préfent à la conftruCtion du folfé, après avoir décrit la ligne magiftrale, celle du Rempart, du parapet ôc de la banquette de la maniéré que nous avons dit ; prenez 18 toifes, ôc de l’extrémité B de l’angle flanqué, PL 4. Fig. 1. décrivez l’arc 1,2; enfuite des angles d’épaüle des Battions oppofés tirez les lignes 11, 32, qui touchent cet arc ; faites la même chofe à tous les angles flanquée, Ôc vous aurez la ligne qui marque l’extrémité extérieure du foflé, autrement dite la contre-Efcarpe, comme vous voyez dans la figure. Ou bien continuez les deux faces de B en î , Ôc de B en 2 jufqu’à la diftance de 18 toifes ; tirez par les points 1 ôc 2 des lignes aux angles d’épaule des Battions oppofés } ôc arrondiffez la diftance 1a 2, le point C où fe coupent
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- les lignes tirées aux angles d’épaule , s’appelle fommet de l’angle rentrant de la contre - Efcarpe ; ôt le point 4 où ces lignes fe couperoient, fi on les continuoit au-delà de l’arc 12, s’appelle fommet de l’angle faillant de la contre-Efcarpe. On arrondit toujours cet angle pour avoir plus de facilité dans le chemin couvert.
- Sur la rondeur de la contre -Efcarpe, on met de coté & d’autre des dégrés qu’on appelle pas de fouris ; ils commencent du point ou la capitale prolongée couperoit cette rondeur à la diftance de dix ou douze toifes fur la contre-Efcarpe, & vont finir au fond du foffé, félon la pente qu’on leur donne, t'oyez la Figure 1. de la Flanche 4. où ces dégrés font marqués vis-à-vis l’angle flanqué A. La longueur de ces dégrés eft de fept à huit pieds ,
- & ils entrent d’environ fix pieds dans la contre-Efcarpe ; on en met aùfïi au fommet de l’angle rentrant de la contre-Efcarpe , & aux angles rentrans des dehors ; ces dégrés fervent pour la, communication d’un ouvrage à l’autre quand le foffé eft fec ; mais quand il eft plein d’eau, on met à leur place des ponts de communication ; on ne marque pas ordinairement dans les plans les pas de fouris, c’eft pourquoi nous ne les mettrons plus dans les figures fuivantes, non plus que les rampes dont nous avons parlé ci - devant, & qu’on doit obferver de mettre dans les ou-yrages extérieurs, comme dans le Rempart de la Place-
- Quoique nous ayons donné dix-huit toifes de largeur au foffé on ne doit pourtant pas regarder cette mefure comme déterminée & fixe, la longueur & la profondeur du foffé dépendant de plufieurs circonftances, & principalement de la qualité du terrein qu’il faut confulter avant de déterminer rien là - deffus. Tout ce qu’on peut dire en général, c’eft que fa largeur doit fur-paffer la grandeur des plus grands arbres, afin que l’ennemi ne puiffe pas facilement faire des ponts pour le paffer. Dans les lieux marécageux où l’on trouve facilement l’eau , on le fait plus large , pour donner plus de peine à l’ennemi quand il voudra le feigner. Dans les lieux élevés, & où il y a du roc, on le fait moins large; mais auffi comme ordinairement il n’y a point d’eau, on le fait plus profond pour éviter les furprifes & l’efcalade. Enfin dans les lieux où la terre eft bonne, on lui donne une largeur & une profondeur médiocre, à moins que quelque autre cir-conftance ne demande qu’on faffe autrement ; mais de quelque maniéré qu’on les conftruife, ils ne font gueres au*defîous de
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- quinze toifes de largeur, ni au-deffus de vingt-deux, Ôc fa profondeur peut aller depuis douze jufqu’à vingt ou vingt-deux.
- Le foflë lec a fa contre - Eicarpe ôc fes talus plus droits , ôc celui qui eft plein d’eau doit avoir plus de talus , s’il n’y a point de revêtement de pierre ou de brique, parce que l’eau détrempant la terre, la feroit facilement ébouler.
- Quand le foflé eft fec on y peut pratiquer au milieu un autre folié plus petit, qu’on appelle cunette ou cuvette , large de deux toifes, ôc profond d’environ lix pieds, pour faciliter l’écoulement des eaux, ôc prefenter un nouvel obftacle à l’Ennemi^ on y peut faire aulïi des traverfes pour couvrir ceux qui fortent, comme nous dirons dans la fuite, des coffres Ôc des caponieres qui font des galleries creufées en terre, Ôc couvertes de folives élevées de deux pieds au-delfus du fond du folfé. On y fait de petites ouvertures par lefquelles les Moufquetaires qui font dans ces galleries peuvent tirer fans être vûs. On ne fe fert plus guéres de ces fortes de galleries depuis l’invention des tenailles.
- Le folfé fec , ôc celui qui eft plein d’eau, ont l’un ôc l’autre des grands avantages, ôc l’on ne peut déterminer lequel des deux vaut mieux, que félon la fituation de la Place ôc les différentes circonftances on l’on peut fe trouver. Le folfé fec eft plus commode pour faire des l’orties, là Cavalerie même pouvant s’y alfembler, pourvu qu’on y pratique des montées ; il facilite la retraite quand on eft repoulfé, on fecourt les dehors plus aifément par fon moyen ; enfin on peut le difputer pied à pied en y faifant des retranchemens ; mais en revanche le folfé' plein d’eau alfure mieux la Place ôc les dehors contre les fur-prifes, ôc arrête davantage l’Ennemi, qui fe trouve obligé ou d’en détourner l’eau, ou d’y faire des efpeces de jettées avec des fafcines ôc de la terre pour pouvoir le palfer. C’eft pourquoi on peut tirer de l’un ôc de l’autre des grandes utilités qu’il faut fçavoir ménager , félon le befoin.,
- A cinq toiles de la contre - Efcarpe, on lui tire une ligne pa-ralelle qui marque l’extrémité intérieure du glacis ; l’efpace ren-fermé entre ces deux lignes, s’appelle Coridor ou Chemin couvert, parce qu’il eft effe&ivement couvert parle glacis, qui a fix pieds de hauteur de ce côté-là, ôc va fe perdre infenfible-ment par une pente douce dans la Campagne, à la diftance de quinze, vingt, ou même trente toifes..
- Quand iln’eft pas aifé de creufer autour d’une Place} on fait
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- le chemin couvert au niveau de la Campagne, en le couvrant cependant toujours du glacis ; ôc quand on peut creufer, on le met trois ou quatre pieds au-deflous du niveau ; c’eft pourquoi on donne à la hauteur du Rempart tantôt trois toifes, tantôt trois toifes ôc demi.
- On ajoute au pied du glacis fur le Chemin couvert, une petite banquette femblable à celle du Rempart. On obferve aufli de faire aux angles rentrans des Places d’Armes, qui fe conftruifent ainii.
- Continuez les lignes du glacis jufqu à ce qu’elles fe rencontrent au point 7. Du côté Ôc d’autre du point 7, portez 8 toifes 9 ce qui vous donnera les deux demi-gorges 78,7p. Prenez enfuite douze toifes, ôc des points 8, ôc p, décrivez deux arcs qui fe coupent au point 10, tirez les lignes 810, pio, qui vous donneront les deux faces, Fig. 1. PI. f.Nous parlerons ailleurs des traverfes que l’on met ordinairement fur le Chemin couvert ; nous ajouterons feulement ici que fur la banquette qui doit être large de trois pieds, "on plante à un pied de diftance du glacis, des pieux en lozanges à quatre pouces les uns des autres, c’eft ce qu’on appelle Palifîade : elles font plus élevées que le glacis de deux ou trois pieds, on les lie avec des traverfes de bois, Ôc leur fommet finit en pointe, afin que l’Ennemi ne puifle pas monter par~delîus.
- De la maniéré de décrire le Profil du Rempart avec fou Revêtement, du Fojfé', du Chemin couvert 9 & de la Contre-Efcarpe.
- Nous avons dit ailleurs que le Profil étoit la repréfentatîom d’unOuvrage, tel qu’il paroîtroit s’il étoit coupé à plomb depuis la plus haute jufqu’à la plus bafle de fes parties. C’eft pourquoi avant de commencer à le décrire, il faut couper les parties du Plan que vous voulez reprefenter par une ligne perpendiculaire à ces parties, telle qu’eft la ligne YZ, Fig. 1. PI. $. qui coupe perpendiculairement la face du Baftion, la Contre-Efcarpe, le chemin couvert ôc le glacis r il faut aufli obferver de faire pour le Profil une échelle beaucoup plus grande que celle du Plan p pour mieux reprefenter ces parties.
- .Ces préparations étant faites, tirez la ligne du niveau de la
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- Campagne AB, Fig. 3. & 4. PL 4. portez de À en C douze toifes pour l’épaiffeur du Rempart, de C en D dix - huit toifes pour la largeur du foffé, de D en E cinq toifes pour le Chemin couvert, ôc de E en B trente ou vingt toifes pour le glacis, félon quil eft marqué dans le Plan ; enfuire élevez des perpendiculaires fur toutes ces divifions. Portez fur les perpendiculaires AH, CI, trois toifes, fi le chemin couvert eft au niveau de la Campagne , & feulement deux toifes - , fi le Chemin couvert eft plus bas de quatre pieds ; ce que l’on fait afin que le haut du Rempart foit élevé de deux toifes fur le glacis qui fert de parapet au Chemin couvert, 6t foit par-là en état de do-miner non-feulement fur le glacis/ mais encore fur les dehors qu’on peut mettre entre le Rempart & la contre-Efcarpe. Portez 3 toifes de H en L, quand la hauteur du Rempart eft de 3 toifes, ©u 2 toifes ~, quand elle n’en a pas davantage, & tirez le talus intérieur LA. Portez de I en M 3 toifes 4 pieds pour l’épaiffeur du parapet ; élevez en M la perpendiculaire M, O, de 6 pieds pour la hauteur intérieure du parapet, tirez du point O la ligne OD au fommet de la contre-Efcarpe ; ce qui vous donnera la pente du fommet du parapet qui doit toujours découvrir le Che-min couvert. Ajoutez au pied du parapet en-dedans une ou deux banquettes, félon les dimenfions que nous avons déjà données, & vous aurez le profil de l’intérieur du Rempart, en obfervant de donner au terre-plein ML une pente d’environ 1 pied & -J pour l’écoulement des eaux, & à la Surface intérieure du parapet un talus d’environ un pied.
- Enfuite portez fur les perpendiculaires DP, CQ quinze pieds pour la profondeur du foffé , fi le Chemin couvert eft au niveau de la Campagne, ou dix-neuf s’il eft quatre pieds plus bas; tirez la ligne QP, qui marque le fond du fofle ; portez de Q en S cinq pieds pour l’épaiffeur du revêtement au fommet, & iïx pieds de Q en T pour fon talus, parce que fa hauteur eft de trente pieds , dont fix eft la cinquième partie ; tirez la perpendiculaire SV & la ligne TI, ce qui vous donnera le revêtement; ajoûtez-y un cordon de dix ou douze pouces de diamètre , ôc par-deffus le cordon élevez une petite ligne perpendiculaire juf-qu’à ce quelle coupe la ligne OD ; cette ligne marque la petite muraille qui revêt la face extérieure du parapet, & qu’on appelle tablette ; on lui donne ordinairement quatre pieds de hauteur fur trois d’épaiffeur. De S en Z, portez huit pieds pour la longueur
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- du contre~Fort, & achevez ce contre-Fort de la maniéré que vous le voyez dans la Figure, obfervant que fa hauteur furpalfe celle du cordon , félon ce qui a été dit auparavant. Ce qui eft en-deflous dé la ligne ZT, marque les fondemens dont nous ne donnerons point les dimenfions, parce qu’elles dépendent de la qualité du terrein.
- Du fommet de la contre-Efcarpe tirez une ligne en pente d’un pied fur le fond du folié ; cette ligne marquera le talus du revêtement de la contre-Efcarpe. Comme les terres du Chemin couvert ne font pas des terres remuées, & n’ont pas par con-féquent tant de pouffée que les autres, on ne donne ordinairement au fommet du revêtement que trois ou quatre pieds fur un talus du fixiéme de fa hauteur.
- Quand on fait une cuvette au milieu du folié, on lui donne deux toifes de largeur par le haut, une toile de profondeur, ôc trois pieds de talus de chaque coté. Il eft bon alors de faire le fonds du grand folié un peu en pente pour faciliter l’écoulement des eaux dans la cuvette.
- Enfin pour achever ce profil, prenez fur la perpendiculaire ER, la partie ER de fix pieds, fi le Chemin couvert eft au niveau de la Campagne ; ôc de fept pieds s’il eft au-defîbus du niveau, ôc dans ce dernier cas, il faut y ajouter deux banquettes ; enfuite du point R tirez la ligne EB, qui représentera le glacis 9 ôc tout fera fait.
- ConJlruBion du Baflion à Orillons.
- Décrivez un Baftion félon la Méthode ci-delfus, Vyez Fig. ï, PL y. Divifez enfuite le flanc droit A C en trois parties, ôc prenez-en une CB pour l’orillon ; de l’angle flanqué D du Baftion oppofé, tirez la ligne DBH, en forte que BH qu’on appelle retraite ou brifure, vaille cinq toifes, quand le côté extérieur eft de 180, lix quand ce côté eft de 200, quatre quand il efi de 160, ôc trois quand il eft de 140. Continuez la ligne de dé-fenfe DA jufqu’en I, ôc faites la brifure AI égale à la brifure BH ; tirez la ligne droite IH, ôc faites fur cette ligne le triangle équilatéral IHQ, le point Q fera le centre par lequel vous décrirez rarrondilfement du flanc concave*
- Pour avoir l’arrondiffement de l’orillon , qu’on appelle aufli flanc convexej tirez la ligne droite BC> divifèz-k en deux;
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- également au point P, fur lequel vous éleverez la perpendiculaire PO ; enfuite élevez la perpendiculaire CO, fur l’extrémité G de la face du Baftion ; ôc le point D où ces deux perpendiculaires fe couperont, fera le centre d’où vous décrirez l’arron-diffement de l’orillon.
- Il y a des Auteurs qui ne l’arrondiffent point, ôc qui le terminent par la ligne droite BC ; mais cette maniéré d’orillon n’eft pas fi folide que celle-ci, qui eft aujourd’hui généralement fuivie.
- Il n’y a qu’à jetter les yeux fur la figure, pour voir de quelle maniéré il faut mener le parapet ôc la banquette autour du flanc concave par le moyen du triangle équilatéral SQT. Je n’ai point continué le parapet & la banquette devant l’orillon, pour en mieux faire voir la conftruétion. Nous parlerons ailleurs des flancs bas ou cafemates, que quelques Auteurs ajoutent aux Battions à orillons.
- Conjlruffiion des Embrazures, & des Batteries à Barbette.
- Les ouvertures que l’on fait au parapet pour tirer le Canon 9 s’appellent Embrazures, Fig. 3. FL 6. Ces ouvertures commencent à trois pieds au-deflus du terre-plein de Rempart, ôc ont trois largeurs différentes ; la première AB eft du côté de la Place, ôc a deux pieds ôc demi ; la fécondé CD eft à un pied de diftance de la première, ôc eft de deux pieds ; la troifiéme NM qui eft en dehors , eft de neuf pieds, la partie du parapet qui refte entre les embrazures , s’appelle merlon : on donne aux embrazures la même pente qu’au parapet, pour pouvoir tirer fur le Chemin couvert.
- Pour conftruire les embrazures fur le papier, divifez la ligne fur laquelle vous voulez les décrire de trois en trois toifes ; ainfi fuppofant que la ligne EF à neuf toifes, vous la diviferez en trois aux points P, Q ; élevez fur ces points de divifions des perpendiculaires, comme QR, qui aillent aboutir à la furface extérieure du parapet ; portez fur cette ligne un pied de Q en I, ôc du point I tirez la ligne TIV paralelle à la ligne EF ; mettez enfuite ün pied ~ de Q en A, ôc de Q en B, la diftance CD donnera la fécondé largeur ; enfin portez de R en N , ôc de R en M quatre pieds ~9 la diftance NM donnera la
- troifiéme *
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- T> toises'
- tpqo osant que le chemin couvert
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- 'apposant que le
- chemin couver
- Echelle de 3o Toises
- A
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- ï N G E N I E Ü E F R A Ïï Ç Ô ï S. ^ 5
- ftroifiéme, après quoi vous tirerez des lignes droites BD, ÂCj, <8c DM, CN, ôc tout fera fait.
- Il faut diftribuer de telle maniéré les embrazures du flanc concave, que la première C puiffe battre le chemin couvert, ôc la derniere D puifle défendre la brèche que l’Ennemi auroit faite à la face du Baftion oppofé, Pl. $. Fig. 2.
- Les Batteries en Barbe font des plateformes quon éleve aux angles flanqués des Baftions ôc des dehors, à la hauteur de quatre pieds fur le terre-plein, de forte que le Canon peut tirer par-deflus le parapet, ce qui leur a fait donner le nom de Batteries en Barbes, parce que le boulet rafe le haut du parapet, ôc c’efl: delà qu’on dit tirer en Barbe ou en Barbette.
- Pour conftruire cette Batterie, PL Fig. 4. prenez fix toifes lur chaque face depuis le fommet de l’angle flanqué A jufqu’en B ôc en C ; aux points B, ôc C, élevez les perpendiculaires BD, EC, jufqu'àl’extrémité du terre-plein, fi le Baftion eft creux, ou ce qui eft la même chofe, donnez cinq toifes à ces perpendiculaires. Cette Batterie doit être élevée, comme nous venons de dire, de quatre pieds au-deflus du terre-plein ; onia fait de terre bien battue qu’on couvre d’un plancher de bois de $hêne*
- ConJlniFlion des Cavaliers.
- Le Cavalier de la maniéré qu’on le fait aujourd’hui, PL 'Fig. 1. eft une plateforme à qui on donne la figure du Baftion, au-dedans duquel on l’éléve pour mieux découvrir la Campagne ôc la contre-Efcarpe, ôc pour commander les Batteries que les Ennemis y peuvent élever ; il fert aufli pour couvrir quelque endroit de la Place, que l’Ennemi pourroit battre de front ou de revers, ôc alors on lui donne une figure ronde ou quarrée, ou de quelque autre maniéré, félon le befoin.
- Pour conftruire un Cavalier dans un Baftion, tirez deux lignes rAB, BC, paralelles aux faces du Baftion, ôc diftantes de dix toifes de ces faces ; prolongez les côtés DE , DF, du triangle équilatéral julqu’en C ôc en L, en forte que les parties FL , EC, ayent chacune dix toifes ; du centre D décrivez l’arc CL, faites la même chofe au flanc AO, ôc vous aurez la ligne raa-giftrale du Cavalier, auquel vous ajouterez un parapet ôc unq banquette, comme au Rempart.
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- La hauteur du Cavalier par - defïus le fommet du Rempart 9 eft de douze, quinze pieds, &c. félon la nécefïité ; fon talus quand il eft revêtu, eft au fixiéme de fa hauteur, ôc quand il eft ga-zonné, on lui donne un talus égal à fa hauteur.
- Il y en a qui pour donner un folfé aux faces du Cavalier * éloignent ces faces d’environ dix-huit toifes de celles du Baftion ; mais alors ce Cavalier ne peut contenir tout au plus que trois ou quatre pièces de Canon, au lieu que ceux-ci en peuvent contenir jufqu’à huit..
- Pour monter fur le Cavalier on fait une rampe large de deux toifes, qui va fe perdre dans l’une des Courtines ; on peut en faire deux qui aillent aboutir l’une à une Courtine, ôc l’autre à l’autre Courtine.
- ConjlruBion des Guérites-
- Les Guérites font des petites Tours qu’on bâtit furie cordorf. du revêtement, c’eft-à-dire, du fommet du Rempart, à tous les angles faillâns des ouvrages ; on leur donne environ trois ou quatre pieds de diamètre en-dedans, êt fept ou huit pieds de. hauteur : leur figure eft ou ronde, ou pentagonale, ou hexagonale , ôcc. On leur fait des fenêtres de tous les côtés, afin que la fentinelle qu’on y place, puiffe découvrir tout ce qui fe pafle dans le folié ,. ôc avertir, en cas que l’Ennemi voulut furprendre la place. On coupe aufli le parapet ôc la. banquette devant l’entrée delà guérite, pour former un paffage large de deux ou trois pieds. Voyez les Fig. 3. & y. de la PL 6. dont la première montre le plan d’une guerite pentagonale, & la fécondé le plan, d’une ronde. Les Figures 4. & 6. en font voir les élévations.
- Quand le Rempart eft revêtu d’un fimple gazon, on y fait-des guérites de bois.
- Confirufîion de la Tenaille fimple, de la Tenaille doubles & de la Caponniere , ou Chemin couvert au-devant de. la Tenaille...
- ; Pour conftruire la Tenaille fimple, prenez fur les lignes de défenfe les faces CB,. DB, Fig. 1. PL 7. laiffant entre l’oriilon ôc la tenaille un: fofte de trois toifes, Ôc un. autre entre les deux faces,.
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- large de deux toifes ; tirez les lignes DI, CL, paraleîles aux Han es droits , ôc longues d’environ huit ou neuf toifes, ou même davantage fi l’on veut ; des points I, L, tirez des lignes paraleîles aux faces, jufqifà ce quelles coupent les lignes de défenfes en M, N, & tirez MN qui fera paralelle à la Courtine, laiflànt au milieu l’efpace de deux toifes pour le petit foffé qui eft entre les deux faces.
- On donne à la tenaille un Rempart de huit ou neuf toifes, & même au-deflfus, félon le befoin. Ce Rempart eft au niveau de la Campagne, on y ajoute une banquette ôc un parapet de la même épaiffeur que celle de la Place.
- Le petit foffé qu’011 laide entre les deux faces, fert de palfage aux Soldats pour aller darss la Caponiere ou Chemin couvert BH , qu’011 met ordinairement devant la tenaille, lorfque le grand foffé eft fec. Ce chemin eft large de deux toifes, on y fait au milieu un petit foffé large d’une toife , ôc plus bas de trois pieds que le grand foffé : la terre que l’on en tire, fert à faire les parapets de côté ôc d’autre. Ces parapets ont trois ou quatre pieds de .hauteur au-deffus du fond du grand foffé. On plante aufii des paliffades fur leur banquette, ôc on laiffe du côté de la tenaille, ôc du côté de la contre-Ëfcarpe, de petits paffages pour communiquer avec les autres ouvrages.
- Les faces de la tenaille fe communiquent par un petit pont qu’on fait fur le foffé qui les fépare.
- Pour conftruire la tenaille double, donnez feize toifes aux deux faces HI, LM, prenez enfuite la diftanee IL, ôc portez* la fur les lignes de défenfe de I en O, ôc de L en P, ce qui vous donnera les deux flancs IP, LO ? enfin tirez la Courtine PO. Les faces peuvent être plus grandes félon les différentes grandeurs de la Courtine de la Place ; mais il faut obferver que le flanc ne doit pas avoir moins de huit à dix toifes, ôc qu’entre la Courtine de la Place ôc celle de la tenaille, il doit y avoir tout au moins fept ou huit toifes de diftanee, dont trois feront pour le parapet de la tenaille 1 ~ ou 2 pour le fommet du Rempart, qui n’eft pas plus large dans cet endroit, ôc 1 ~ ou deux pour la diftanee de ce même Rempart à celui de la place.
- Sous les faces ôc les flancs de la tenaille le fommet de fon Rempart doit être de neuf à dix toifes, ôc le parapet des faces doit être plus haut que celui des flancs, de deux ou trois
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- pieds , pour mieux couvrir ceux qui font dans ces flancs.
- Il y en a qui font régner tout au tour de l’Efcarpe, c’eft-à-J dire fur le bord du foffé du coté de la Place, un chemin cou** vert qu’on nomme faillie braye. Il a environ fix toifes y compris le parapet ôc la banquette : d’autres ne mettent la faufle braye que devant les Courtines ôc les flancs de la Place ; mais comme les débris du revêtement ou du Rempart, lorfqu’il n’y a point de revêtement, incommodent beaucoup ceux qui font dans la faulfe braye , M. de Vauban en a abfoluinent condamné l’ufage, 6c a mis en fa place les tenailles, qui fans avoir la même incommodité, ont le même avantage, puiqu’elles fourniflent un fécond flanc pour la défenfe du fofie, auquel la Caponiere en ajoute ua troifiéme*
- ConJIruâion des demi-Lune s fans Flancs, des demi-Lune® avec Flancs, des grandes & des petites Lunettes.
- Pour conftruïre une demi-Lune fans Flanc, PI. 7. F/g. zZ prolongez la perpendiculaire FIL au-delà de l’angle rentrant de la contre-Efcarpe, ôc prenez depuis cet angle rentrant $o ou toifes pour la.capitale de la demi-Lune. Du point L où. ces cinquante toifes vont aboutir, tirez des lignes aux angles d’épaules jufqu’à ce qu’elles coupent la contre-Efcarpe aux points M, N, ce qui vous donnera les deux faces LM, LN, ôc les deux gorges IM, IN. On donne à la demi-Lune un Rempart de dix ou onze toifes, y compris fes talus, fur lequel on met un parapet Ôc une banquette, de même que fur le Rempart de la Place. La plus grande hauteur de la demi-Lune, qui eft celle du fommet de fon parapet, doit être de fix pieds plus bas que le fommet du parapet du Rempart de la Ville; c’eft-à-dire, que fi le haut du- parapet de la Place eft élevé au-deflus de l’honzon de trois toifes, le haut du parapet de la demi-Lune ne fera élevé au-deflus de l’horizon que de deux toifes ôc demi. On peut aufli alligner les faces de la demi-Lune à quatre ou cinq toifes par cieflus l’angle d’épaule du Baftion ; ce qui vaut mieux , parce qu’en les alignant à cet angle, l’épaifîeur du parapet du? flanc diminue la défenfe du fofle de la demi-Lune.
- Quelques Commençans feront peut- être étonnés dé voir dans ie profil de la PL 7. que la ligne YZôc, fur laquelle j’ai fait ta coupe du plan n’eft pas droite, comme il femble que j’ai dit
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- Ingénieur François: veî-defïus qu’elle devoit l’être ; mais je répons à cela que le» profils étant faits principalement pour faire voir les hauteurs ôc les talus des.ouvrages que le plan ne montre point ; on peut négliger les épaiffeurs que le plan montre, afin de ne pas trop prolonger l’étendue d’un profil. C’efl: pourquoi j’ai fait un angle à ma ligne en Z, pour n’être pas obligé de mettre fur mon profil toute la longueur ST, qu’il m’auroit fallu mettre, fi ma ligne avoit été droite. En général il faut s’attacher au profil, comme je viens de le dire , pour les hauteurs ôc les talus ; mais il faut avoir recours aux plans pour les grandes épaiffeurs, ce plan étant fait pour cela.
- J’ai donné les talus extérieurs, en fuppofant toujours qu’ils étoient revêtus de pierre ou de brique ; mais il faut fe fouvenir que ces talus devroient être plus grands, comme nous l’avons dit ailleurs, s’ils étoient Amplement gazonnés.
- On fait autour de la demi-Lune un fofîé large de dix à douze toifes, ôc pour empêcher le paffage de ce foffé lorfqu’il efi: fec, on y fait aux extrémités M, N, des faces, des Places d’Armes MR, NV, qui font des Chemins couvert dont le parapet efi: de trois ou quatre pieds au-deffus du fond du foffé.
- Pour conftruire une demi-Lune avec des flancs, décrivez-la d’abord fans flanc, Fig. i, PL 8. Ôc prenez enfuite fur l’extrémité des demi-gorges cinq ou fix toifes; ôc des points I, L, tirez les flancs IM, LN, paralelles aux capitales.
- On ajoute ordinairement à la gorge un réduit ou corps-de-garde D, dont les murs font percés de petits trous, qui ont deux ou trois pouces d’ouverture en dehors, ôc dix-huit ou vingt pouces en-dedans. Les demi-gorges ont fix toifes, les flancs qui doivent être paralelles aux capitales, ont quatre toifes,ôc de l’extrémité de ces flancs on tire les faces paralelles à celles, de la demi-Lune. On y fait tout au tour un petit foffé large de trois toifes , ôc profond de dix pieds. Autrefois on mettoit. la demi-Lune vis-à-vis l’angle flanqué, pour couvrir cet angle,, fur-tout lorfqu’il étoit trop aigu ; ôc comme on arrondiffoit fa gorge,- de même qu’on arrondit la contre-Efcarpe, cette gorge arrondie avoit la forme d’une demi-Lune, ce qui en fit donner le nom à cet Ouvrage, qui prenoit celui de Ravelin, lorfqu’on* le mettoit devant la Courtine, parce que fa gorge n’étoit pas arrondie. Aujourd’hui on l’appelle indifféremment Ravelin oi£ demi-Lune*
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- 38 Le Parfait
- Pour cônftrùire les petites Lunettes quon fait aux angles ren«* trans formés par la contre - Efcarpe du grand folié, ôc par celle du folfé de la demi-Lune, Fig, i. PL 8. donnez aux demi-gorges TV, TS, quinze toifes ; enfuite prenez vingt toifes, ôc des points V, S, décrivez des arcs qui le couperont en R, où vous tirerez les deux faces, autour defquelles on met un folfé de fix toifes.
- Cet Ouvrage n’a point de Rempart, c’eft-à-dire, que fon terrein eft au niveau du Chemin couvert : on y met feulement un parapet & une banquette à l’ordinaire, pour pouvoir enfiler l’Ennemi dans le Chemin couvert, lorfqu’il voudra monter à la brèche de la demi-Lune, ou de la face du Baftion.
- Les grandes Lunettes ou contre-gardes, font 'des Ouvrages dont on couvre les faces de la demi-Lune, Fig, 2, PL 8. fur-tout lorfque par la fituation du lieu, elle pourroit être battue de revers ; pour les décrire, prolongez les deux faces de la demi-Lune au-delà de la contre-Efcarpe ; donnez trente toifes aux lignes DC, EF, enfuite fur l’angle formé par la contre-Efcarpe du grand folfé, ôc par celle du folfé de la demi-Lune, portez quinze toifes de M en N, ôc tirez les lignes CN, FN. Le Rempart ôc le parapet font de même qu’à la demi-Lune, excepté qu’ils doivent être plus bas de trois ou quatre pieds. Dans le milieu de ces Lunettes on fait un retranchement PO paralelle à la face DC, il eft compofé d’un Rempart ôc d’un parapet qui fe joint à celui de la grande face, ôc Ion folfé qui fe joint à celui de la demi-Lune, a environ trois toifes : le folfé des Lunettes eft de la même grandeur que celui de la demi-Lune. On ajoute aulîi quelquefois devant ces contre-gardes une petite Lunette S, dont les demi-gorges peuvent avoir dix toifes, ôc les faces douze ; fon folfé eft d’environ fix toifes : on peut fe palier de faire des Places d’Armes aux deux angles rentrant 3e la contre-Efcarpe, qui font aux cotés de cette Lunette,
- ConJlruBion d'un Ouvrage à Corne.
- L’Ouvrage à Corne préfente à la Campagne une Courtine défendue de deux demi-Baftions, ce qui s’appelle la tête de POuvrage, Fig, 3. PL 8. Il eft fermé par deux longs côtés pa-ralelles qui s’appellent les ailes, Ôc qui aboutilfent à la contre-pfearpe du grand folfé. On peut le placer devant une Courtine,
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- ta à la pointe d’un Baftion, ôc fes ailes doivent toujours être défendues de quelque endroit de la Place.
- Pour conftruire cet Ouvrage, prolongez la perpendiculaire IL qui paffe par le milieu de la Courtine vers la Campagne, & du point I où elle coupe l’angle rentrant de la contre-Efcarpe, portez en L la moitié, ou tout au plus les deux tiers du côté extérieur ,. c’eft-à-dire , qu’on peut faire la ligne IL de la grandeur depo, de 1 io, ou de 120 toifes, ôc non pas au-delà, parce que la tête de l’Ouvrage doit être à la portée du moufquet de la Place. Du point L, menez la ligne LOP paralelle à la Courtine, ôc faites LO, LP chacune de 60 toifes ou de 70 ; en forte que le côté extérieur PO, aye 120 ou 140 toifes au plus, parce qu’autrement fes ailes tomberoient trop près de l’angle flanqué. Fortifiez ce côté extérieur de la même maniéré qu’on fortifie la Place, c’eft-à-dire, en faifant la perpendiculaire égale à la fixiéme partie, les faces aux deux feptiémes , Ôc c,. La brifure des orillons ne doit avoir que trois toifes, comme nous avons dit ailleurs, parce que le côté extérieur n’eft que de 140.
- S’il étoit abfolument néoeffaire de faire le côté extérieur de cet Ouvrage plus long de 140 toifes, alors au lieu de faire les ailes paralelles , il faudroit les aligner ou à l’angle d’épaule, ou à cinq ou fix toifes au-deffus, afin que le relie des faces pût défendre les ailes.
- Le folié de cet Ouvrage ell les trois quarts du grand folié. Son Rempart ôc fon parapet, de même que ceux de la demi-Lune : mais il doit être plus bas de fix pieds, ce que Pon doit: ©bferver dans tous les dehors, dont les plus proches de la Place doivent avoir fix pieds de hauteur par-aeffus les plus éloignés ÿ ainfi fuppofant que le Rempart de la Place ait trois toifes au-deflus du niveau de la Campagne, celui de la demi-Lune n’en doit avoir que deux Ôc demi, celui de l’Ouvrage à corne nen doit avoir que deux, Ôc celui delà demi-Lune qu’on met ordinairement devant la-Courtine de l’Ouvrage à corne,. n’en doit avoir qu’une ôc demi, ÔC ainfi des autres Ouvrages,.excepté la tenaille, qui n’étant faite que pour défendre- le paffage du foffé,. n’a pas befoin de dominer fur la demi-Lune, ni fur les autres dehors, la capitale de la demi-Lune qu’on.met devant la Courtine de l’Ouvrage à corne doit être de trente - cinq toifes, ôc fes faces font alignées aux angles d’épaule de cet Ouvrage ; fonibffé eft les trois .quarts de celui de la grande demi-Lune^.
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- Quand on met l’Ouvrage à corne à la pointe du Baftion \ fe$ ailes au lieu d’être paralelles, doivent être alignées à 15 ou 20 îoifes des angles d’épaule du Baftion.
- ConjlruBion d'un Ouvrage à Couronne.
- La tête de cet Ouvrage comprend un Baftion entre deux Courtines , ôc deux demi-Baftions ; on le met quelquefois à l’angle flanqué d’un Baftion, ôc quelquefois devant la Courtine : dans le premier cas fes ailes font alignées fur la face du Baftion à douze toifes loin de l’angle d’épaule : ôc dans le fécond elles font alignées à ces angles. La diftance de l’angle flanqué de l’Ouvrage à Couronne à l’angle flanqué de la demi-Lune, doit être entre 120 ôc ijo toifes, ôc quand cet Ouvrage eft à l’angle flanqué d’un Baftion, la diftance doit être la même de cet angle à celui ,de l’Ouvrage.
- Pour conftruire cet Ouvrage devant la demi - Lune, élevez du milieu de la Courtine la perpendiculaire AB, qui paflera par l’angle flanqué de la demi - Lune ; portez fur cette perpendiculaire depuis l’angle flanqué C de la demi-Lune entre 120 ôc .15*0 toifes ; par exemple, 150 de C en B ; du point C pris pour centre, ôç de l’intervalle CB, décrivez l’arc £BF, fur lequel vous porterez aufli 130 toifes de B en E, ôc de B en F ; les côtés BE, BF, feront les côtés extérieurs de cet Ouvrage, que vous fortifierez comme ceux de la Place, après quoi vous tirerez les ailes ou aux angles d’épaule du Baftion, ou à quelques toifes par-deflus. Le Rempart Ôc le parapet auront les mêmes dimenfions que ceux de l’Ouvrage à corne. Le fofle fera les deux tiers ou les trois quarts du grand.
- On met aux angles rentrans des contre - Efcarpes de cet Ouvrage des demi-Lunes, dont la capitale eft de trente ou trente - cinq toifes, ôc dont le foflfé eft de fept à huit toifes.
- ÇonflruBion des Ouvrages à Tenailles jhnples & doubles $ des Ouvrages à Queue & à contre - Queue d'Hirondes & des Bonnets à Prêtre,
- L’Ouvrage à tenaille Ample préfente à la Campagne deux faces ôciffi angle rentrant, Fig, 1. PL p. Pour le tracer, il faut
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- tirer du milieu de la Courtine la perpendiculaire AB, que Ton fait égale aux trois quarts du côte extérieur ; c’eft-à-dire, que fi le côté extérieur a 180 toifes, cette perpendiculaire doit en avoir 13$ ou 140. Du point B on tirera la ligne CBD paralelle au côté extérieur, Ôc Ton portera la longueur de la face du Baftion de B en C, & de B en D. Enfuite on portera la moitié de cette longueur fur la perpendiculaire de B en E, Ôc l’on tirera les deux faces CE, CD. Les ailes feront paralelles à la perpendiculaire, Ôc fe termineront fur la contre - Efcarpe ; le foffé fera les deux tiers du grand.
- L’Ouvrage à double tenaille préfente un angle faiîlant entre deux rentrans, Fig. 2. PL 9. Pour le décrire, divifez chacune des faces de la tenaille fimple en deux également aux points A ôc B ; portez fur la perpendiculaire de D en E la moitié de la longueur CD, ôc tirez enfuite les lignes BE> AE, le refte de même que pour la tenaille fimple.
- Quand les Ouvrages qui ont des ailes, vont en rétrécilfant du côté de la Place, comme l’Ouvrage à corne, Fig* 3. PL 9. on les appelle Ouvrages à Queue d’Hirondelle ou d’Hironde ; Ôc fi au contraire la fituation du lieu demandoit qu’on les élargit en allant vers la Place, on les appelleroit Ouvrages à contre-Queuës d’Hironde ; mais la double tenaille, quand elle va vers la Place en rétréciffant, comme on voit dans la Fig. 4. PL 9.’ s’appelle Bonnet à Prêtre : fes ailes font ordinairement alignées ou au milieu de la Courtine, ou au centre de la Place.
- On n’employoit autrefois ces fortes d’Ouvrages que dans la néceflité d’enfermer une hauteur, un Palais , une fource d’eau, ôcc. parce qu’ils donnoient trop de terrein à l’Ennemi, lorfqu’il s’en étoit emparé , mais aujourd’hui on ne s’en fert plus, non-feulement à caufe qu’ils fervent de logement à l’Ennemi lorfqu’il s’en eft rendu le maître, ce qu’il eft bon d’éviter autant qu’il eft polfible, mais encore parce que leurs angles rentrans n’étant flanqués de nulle part, rien n’empêchoit l’Afliégeant d’y attacher le Mineur , ôc d’en chafler l’Affiegé.
- C’eft pour la même raifon qu’on a banni de la Fortification moderne, tous ces Ouvrages à redans ou à retours, ôc ces Forts à Etoiles qui fembloient n’être faits avec tant d’appareil, que pour convier l’Ennemi à venir s’y loger.
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- Le Parfait
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- ConflruBion des Traverfes* des Redoutes * Bonnettes , ou Fléchés qu on met à Vextrémité du Glacis, de lJavant-Fojfé, & des Pâtés.
- Les Traverfes font des parapets de terre, qui traverfent le Chemin couvert d’efpace en efpace, Fig. i. PL io. Elles ont trois toifes d’épaiffeur, fix pieds - de hauteur, en comptant leurs banquettes qui font toujours du côté des angles rentrans de la contre - Efcarpe, ôc leur hauteur du côté des angles faillans, eft d’environ quatre pieds ôc demi. Celles qui font auprès des angles faillans, fe forment par le prolongement des faces dès Battions, ou des demi-Lunes; ôc celles qui font aux angles rentrans, fe tirent de l’extrémité des faces de la Place d’Armes ; elles font ou perpendiculaires au parapet du Chemin couvert, ou para-lelles aux traverfes des angles faillans. La longueur des unes ôc des autres eft de cinq toifes, ôc occupe toute la largeur du Chemin couvert.
- On laifîe entre les traverfes ôc le parapet du Chemin couvert un efpace de trois ou quatre pieds pour le pafîage des Soldats ; mais afin que ce pafîage ne foit pas enfilé par l’Ennemi, lorf-qu il eft parvenu jufqu’à l’angle faillant du Glacis, on le couvre en reculant le parapet du Chemin couvert, ôc lui faifant faire un petit retour qu’on appelle coude, du côté de l’angle faillant. Voyez les traverfes qui font aux angles rentrans de la Fig. i. PL i o. Car ce que nous venons de dire, ne regarde que celles-là. Pour celles qui font aux angles faillans, ou dans l’intervalle du Chemin couvert entre les traverfes des angles faillans ôc des angles rentrans, il y a trois différentes maniérés de couvrir leurs paflages. La première eft de reculer le parapet du Chemin couvert , ôc d’y faire deux retours ou coudes l’un devant ôc l’autre derrière la traverfe, comme on voit dans la figure depuis A jufqu’en B. La fécondé eft de faire un retour devant chaque traverfe, ôc de tirer enfuite une ligne depuis l’extrémité extérieure du retour qui eft devant la traverfe la plus proche de l’angle faillant, jufqu’à l’extrémité intérieure du retour qui eft devant celle qui vient après, ce qu’on appelle retours à dents de cremailliere, parce qu’en effet le parapet du Chemin couvert en prend la figure, comme vous voyez depuis B jufqu’en C.
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- La troifiéme enfin eft de faire devant la traverfe à trois ou quatre pieds de diftance un merlon qui avance trois ou quatre pieds dans le Chemin couvert, tel que vous voyez depuis C jufquen D. De ces trois maniérés, la première me paroît la meilleure pour garantir de l’enfilade, à caufe du retour quon fait derrière la traverfe, qui empêche que le refte du Chemin couvert ne foit vu par l’Ennemi. Le parapet du Chemin couvert ne doit'point avoir de banquettes dans le paiïage des traverfes.
- On fe fert de femblables traverfes pour mettre à couvert les Ouvrages du dehors, & ceux mêmes de la Place de quelque commandement ou des Batteries à ricochet. On y fait aufli des rechutes au Rempart, c’eft-à-dire qu’on élève le Rempart du côté du commandement, plus haut qu’aux autres endroits où il n’eft pas commandé.
- On appelle Batteries à ricochet des Batteries de Canon , que l’on dreffe de telle maniéré que le boulet, au lieu d’aller en ligne droite, comme il va ordinairement, s’élève comme la bombe, mais à moins de hauteur ; en forte qu’en tombant à terre, il fait des ricochets, à peu près comme une pierre platte qu’on jette horizontalement fur la furface de l’eau. On dreffe ordinairement ces Batteries fur la ligne d’une face ou d’un flanc, afin que le boulet en enfile & nettoye toute la longueur : c’eft pourquoi il eft bon quand l’attaque eft formée, d’y employer les précautions dont nous venons de parler.
- Â l’extrémité du glacis on fait quelquefois des redoutes t flèches ou bonnettes, pour défendre l’approche du chemin couvert, Fig. 1, PL 10. Ce font des logemens de terre ou de maçonnerie faits en forme de Battions ou de demi - Lunes. Leur gorge peut avoir neuf ou dix toifes, leurs faces douze toifes , Ôc leurs flancs fept ou huit. Ils font compofés d’un parapet de trois toifes d’épaiffeur, de fix à fept pieds de hauteur, ôt d’une ou deux banquettes. On leur donne un fofTé fec de trois ou quatre toifes, & par-devant un Chemin couvert ôc un glacis qui régné quelquefois tout le long du premier glacis, comme à Philippe-Ville & à Saar- Louis, ou qui eft Amplement devant la redoute, comme on voit en plufieurs autres Places. On met une bonne paliffade le long de ce glacis, & l’Ouvrage eft con-treminé, afin que l’Ennemi ne puiffe pas s’en fervir.
- Ces redoutes font placées fur les angles faillans du glacis de la Place, parce que ce font ces angles que l’Ennemi attaque
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- ordinairement. On fait une coupure au glacis depuis le Chemin couvert pour fervir de communication à ces redoutes, Figure 2• Planche 10. & de peur que ces coupures ne foient enfilées, on y fait des traverfes d’efpace en efpace , comme on peut voir Fig, 2, PI. 10. Ces coupures font fermées à l’entrée du Chemin couvert par une barrière.
- On fait aufll quelquefois autour du glacis, un fécond foffé qu’on appelle avant-FofTé, & qui a environ douze toifes Fig. 3. PI, to. On y met vis-à-vis des deux angles rentrans, qui font à côté de la demi-Lune du grand FofTé des petites demi-Lunes, dont la capitale peut avoir 20 ou 30 toifes, ôc les faces 30 ou 3y. On y fait régner l’avant-Fofle tout au tour. On ajoute à cet avant-FofTé un Chemin couvert, ôc un glacis quand la fituation du lieu le permet, comme à la Citadelle de Lille, dont oii verra le plan ci - après. Vvyez la Fig, 3. PL 1 o. depuis A juf-qu’en B; mais fi on ne pouvoit faire ceChemin couvert fans couvrir celui de la Place, on n’en feroit point, comme je l’ai marqué de-puis/B jufqu’en C.
- Enfin on peut faire aufîi à quelque diftance du glacis des Ouvrages irréguliers D, qu’on nomme des Pâtés, à caufe de leur figure irrégulière tantôt quarrée, tantôt longue, ôcc. qu’on leur donne félon le befoin. Ils fervent à occuper un lieu creux, à défendre une avenue, ôte. Us ont un parapet, une banquette, un foflfé, un Chemin couvert, bordé de palifTade, ôc un glacis qu’on joint à celui de la Place, ôc l’on mine l’Ouvrage, afin que l’Ennemi ne puifTe pas s’en fervir lorfqu’il en aura chafTé les Aflîégés.
- S’il y a quelques ternies dont nous n’ayons point encore parlé, on en trouvera l’explication dans la fuite, où je tâcherai de ne rien laifler en arriéré. Je dirai feulement en finiffant cette première Méthode, que les differentes mefures que nous avons donné jufqu’ici, ne font pas fi abfolument déterminées, quon ne puiffe les augmenter ou les diminuer de quelque chofe, pourvu qu’on ne pèche pas contre les maximes effentielles d’une bonne Fortification*
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- De la fécondé , & troifiéme Méthode de M. de Vauhan.
- Construction de la Seconde Me’thode.
- MOnfieur de Vauban n’a employé cette fécondé Méthode quà Beffort ôc à Landau 5 la mauvaife fituation de Beffort, ôc l’impoflibilité de fortifier cette Place avec des Baftions ordinaires fans être enfilé prefque de tous les côtés , malgré les tra-verfes & les rechutes qu’on auroit pu y faire, lui ont donné occafion d’inventer de petits Baftions voûtés à l’épreuve de la bombe, quon appelle Tours baftionnées, ôc qui font couverts de contre-gardes, dont le fommet du parapet eft prefque aufli haut que celui des Tours. Quoique ces deux Places foient irrégulières, lune dans fes angles, ôc l’autre dans.fesangles & fes cotés, en peut cependant en tirer une Méthode pour la Fortification régulière, comme on verra par laconftruôtion.
- Suppofe donc que nous ayons à fortifier un hexagone, dont le côté intérieur 1, 2, foit de 120 toifes, Fig. 1. PL 11. portez fix toifes à P extrémité de ce côté de 1 en 3 ; du point 3 élevez la perpendiculaire 3,4, à laquelle vous donnerez fix toifes ; du point 4 abbaiffez fur la capitale la perpendiculaire 4,5; faites la ligne $, 6, égale à la perpendiculaire f, 4, Ôc tirez la face f > 6- Faites la même chofe fur toutes les extrémités des côtés intérieurs, ôc vous aurez les Tours baftionnées, dont vous continuerez les flancs 4, 3 , dans l’intérieur de la Place jufqu a quatre toifes, & vous fermerez enfuite l’entrée de ces Tours par une ligne droite.
- Pour la contre-garde, prolongez la capitale, en forte qu’il y ait trente-neuf toifes du point 6 au point 7, Ôc tirez la ligne de défenfe 7, 2. Donnez cinquante-fix toifes à la face 7, 8; portez trente-trois toifes depuis l’angle de la tenaille 10 jufqu’au point U , ôc tirez le flanc 8,11; élevez fur la face de la Tour baftionnée la perpendiculaire 6, p ? à laquelle vous donnerez fix toifes, & tirez enfuite la ligne 11,5), que vous arrondirez devant 1 angle flanqué de la Tour. Le Rempart, le parapet ôc la banquette font de même que ceux de la première Méthode.
- Les contre-gardes de Beffort ôc de Landau, ne font ni ü
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- longues ni fi larges ; mais celles de Neuf-Brifach, oà M. de Vauban a employé la troifiéme Méthode, par laquelle il a perfectionné celle - ci, ont les mêmes dimenfions que nous venons de leur donner, ôc la raifon en eft que cette pièce étant la plus importante, puifqu’elle met à couvert le corps de la Place, on doit en repoufler l’Ennemi le plus qu’on peut, ôc pouvoir même y difputer le terrein pas à pas.
- La capitale des demi-Lunes eft de quarante - cinq toifes, ôc peut aller jufqu’à cinquante - cinq, comme nous avons dit dans la première Méthode; mais leurs faces au lieu d’être alignées aux angles d’épaule de contre-garde font alignées à dix toifeS au-deffus, leurs flancs ont dix toifes de longueur.
- Le petit Foffé entre la Tour baftionnée Ôc la contre - garde, eft de fix toifes à l’angle flanqué de la Tour, comme nous venons de voir ; le grand Foffé eft de douze toifes à l’angle flanqué de la contre - garde, ôc fa contre-Efcarpe eft alignée à l’angle d’épaule 5 ôç le Fofle de la demi-Lune eft de dix toifes. Le Chemin couvert Ôc Je glacis de même qu’à la première Méthode.
- Il n’y a point de tenailles à Beffort ; mais fi on veut en mettre comme à Landau, on joint par une ligne droite 11, 13, l’ex-trêmité intérieure des flancs des contre - gardes, ôc l’on décrit la tenaille fimple à l’ordinaire, en laiffant entre la tenaille ôc la contre-garde un Fofle de cinq ou fix toifes, ôc un autre à l’angle rentrant de la tenaille d’environ deux toifes. Les deux profils, Fig. 2. & 3. PI. n. marquent les différentes hauteurs de toutes ces pièces. J’y ai donné dix-huit pieds pour la hauteur du Rempart au - defîus dê l’horizon ; mais on peut le réduire à 1 ? pieds fi on veut, pourvu que le Rempart de la demi-Lune foit abaiflé de fix pieds. J’ai aufli donné dix-huit pieds pour la profondeur du Foffé, ce qu’on peut réduire de même à ij ; mais de quelque maniéré qu’on le faffe, il faut obferver qu’il n’y ait que fix pieds d’eau, afin que la batterie foûterraine de la Tour ne foit pas inondée.
- Cette batterie foûterraine eft au niveau de l’eau, ôc contient deux Canons à chaque flanc ; elle eft voûtée à plein ceintre , ôc terraffée à l’épreuve de la bombe. Le deffus eft une terraffe avec un parapet de brique de huit pieds d’épaiffeur, ôc l’on peut y faire deux embrazures à chaque flanc, ôc trois à chaque face. Le cordon de la Tour lurpaffe de deux pieds celui de la Cour-
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- tine, & la hauteur intérieure defon parapet n’a qu’un pied au-deffus de la hauteur intérieure du parapet de la contre - garde.
- Cette fécondé Méthode a des avantages confidérables qui méritent une attention particulière, Ôc qui doivent la mettre au* deffus de la précédente. i°. Les dehors d’une Ville fortifiée, félon cette Méthode, tels que font la contre - garde, la demi* Lune &les autres Ouvrages qu’on pourroit ajouter, fe défendent mutuellement les uns les autres, Ôc n’ont pas befoin du fecoûrs de la Place, qu’on peut par conféquent cacher aux Batteries de l’Ennemi. 2.0. Les contre-gardes occupant la Place des Bâfrions, ôc en ayant toutes les propriétés, font capables des mêmes dé-fenfes ; avec cette différence, que quand l’Ennemi s’eft une fois logé fur la brèche d’un Baftion attaché, la défenfe ne va plus guéres loin, à caufe de la difficulté de pouvoir conferver des retranchemens faits à la hâte, ôc du péril où l’on expofe une Place en foûtenant l’affaut, au lieu qu’on peut opiniâfrer la défenfe des contre-gardes, Ôc difputer leterrein pied à pied fans expofer la Place qui en eft détachée par un folle, ôc qui a fa défenfe particulière. 30. Les Tours ne fçauroient être battues de la Campagne, ni d’aucun autre endroit que du fommet des contre-gardes, ni leurs flancs, que des flancs des contre - gardes oppofées, où l’Ennemi ne peut monter du Canon qu’avec de grandes difficultés, encore ne peut-il drefler une Batterie contre le flanc d’une Tour, fans s’expofer à être battu par le flanc de l’autre ; outre qu’on peut miner le terre - plein de la contre-garde. 40. Les Tours ne craignent ni les ricochets, ni les bombes, tant à caufe qu’elles font cachées à l’Ennemi, qu’à caufe de leur petitefle, qui donne peu de prife aux bombes, ôc point du tout aux ricochets, parce qu’il faut del’efpace au boulet pour plonger, ce qui ne fe trouve pas ici. $°. La brèche faite aux faces ou aux flancs de ces Tours, neft jamais qu’une très-petite brèche, ôc ne peut pas même faire une véritable ouverture à la Place, à caufe de la muraille qui en ferme l’entrée, où l’on peut même faire des défenfes. 6°. Enfin outre les Batteries baffes, on peut encore faire dans ces foûterreins des caves très-bonnes, ôc des magazins à poudre très-furs, ôc capables d’en contenir une grande quantité, comme on peut voir par le plan que M. Belidor en a donné dans fon Traité de la Science des Ingénieurs. Il eft vrai que la dépenfe des revêtemens, félon cette Méthode, eft plus confidérable que celle des revêtemens de la première; mais
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- on peut la diminuer de beaucoup en ne mettant qu’un demi-revêtement aux dehors , comme on a fait à Neuf-Brifac; ôc d’ailleurs la dépenle n’eft pas un objet à quoi on doive s’arrêter, lorfque fans devenir plus forte de beaucoup, elle augmente con-fidérablement la défenfe d’une Place, ôc la met en état de faire une réfiftance prefque double, comme cette fécondé Méthode nous le fait voir.
- Conflrutfion de la troifte'me Méthode.
- Cette troifiéme Méthode qui n’eft qu’une fuite de la fécondé,' & qu’on appelle pour cela l’ordre renforcé, Fig. i. PL 12. a été mife en éxecution à Neuf-Brifach. M. de\;auban n’y a rien oublié pour la perfe&ionner, Ôc a même trouvé le moyen d’en diminuer la dépenfe parles demi-rêvêtemens qu’il met aux dehors, tels que les profils les montreront, quoiqu’il en augmente la force , comme on le verra par la conftruêtion.
- Prenons, par exemple, un Polygone de huit côtés, ôc qui aye fi8o toifes pour fon côté extérieur, tel qu’eft Neuf-Brifach; donnez à la perpendiculaire ab trente toifes, c’eft-à-dire, la fixiéme partie du côté extérieur. Des deux extrémités d, c, du côté extérieur, tirez par le point b les lignes de défenfe indéfinies de, cf", portez fur ces deüx lignes de den h, Ôc de c en i foixante toifes pour les deux faces des contre-gardes; du point h intervalle hi décrivez un arc fur lequel vous porterez la ligne i, l, de vingt - deux toifes pour le flanc de la contre - garde, faites la même chofe pour avoir l’autre flanc hs ; par les extrémités intérieures/, m, des flancs, tirez une ligne indéfinie qui fera paralelle au côté extérieur, continuez la perpendiculaire^, en forte que le point n foit neuf toifes au r delà de cette derniere ligne que vous venez de tirer, ôc par le point n tirez une autre ligne paralelle au côté extérieur ; cette ligne fera le côté intérieur, aux deux extrémités duquel vous prendrez fept toifes pour chaque demi - gorge des deux Tours ; vous donnerez cinq toifes aux flancs qui feront perpendiculaires au côté intérieur, ôc de l’extrémité des flancs, vous tirerez les faces aux points où la paralelle du milieu coupe les rayons de la figure; vous continuerez enfuite les flancs jufqu’à quatre toifes du côté de la Place, ôc vous fermerez l’entrée de la Tour.
- Pour avoir la partie rentrante de la Courtine, continuez la
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- perpendiculaire, ôc donnez cinq toifes de » en o ; du point o ôc par les angles des flancs, tirez les deux petites lignes de dé-fenfes indéfinies ; prolongez les flancs des contre - gardes, juf-qu’à ce qu’ils coupent les deux lignes de défenfes en-dedans aux points /?, q> que vous joindrez par une ligne qui fera la partie enfoncée delà Courtine ; les lignes/?», qr, feront les deux flancs, ôc les parties ue9 rfy des lignes de défenfe, formeront le relie de la Courtine.
- Pour le foffé entre: les contre - gardes ôc la Courtine, prenez fur le paralelle du milieu depuis l’extrémité des flancs les parties ugimsy chacune de dix toifes, élevés fiir l’angle flanqué desTours une petite ligne perpendiculaire à la face , ôc longue de fix ou fept toifes, enfuite vous tirerez des points g ôc s des lignes à l’extrémité de ces perpendiculaires, ce qui vous donnera la coa-tre - Efcarpe de ce folfé.
- Le grand folfé eft .de quinze ou feize toifes, Ôc (h contre-Efcarpe eft paralelle aux faces de la contre - garde ; le folfé entre la tenaille ôc la contre-garde, eft de cinq à fix toifes, celui de la demi-Lune eft de douze toifes , ôc celui du réduit eft de fix.
- La tenaille n’a point de folfé entre; fes faces. La capitale de la demi-Lune eft de cinquante - cinq toifes; fes faces font alignées à quinze toifes par-delfus l’angle d’épaule des contre-gardes , fes flancs ont dix ou quinze toifes.
- La capitale du réduit eft de vingt - trois toifes, fes faces font paralelles à celles de la demi-Lune, ôc fes flancs ont cinq ou fix toifes.
- Les trois profils de cette troifiéme Méthode, Fig. i. 2. & 3» de la PL 13. font les mêmes que M. Belidor a donné dans la Science des Ingénieurs, parce que j’ai crû ne pouvoir mieux faire que de fuivre un Auteur qui a écrit fur les Mémoires les plus exaôts; je ny ai point marqué en chiffres les: dimenfions de chaque partie, de peur de broüiller les figurés; mais j’y fup-pléerai par une explication, Ôc j’avoue franchement que je l’ai prife dans le même Livre de M. Belidor ; car quoiqu’il foit permis de fe fervir d’un bien dont on a rendu maître le Public, on ne doit , pourtant jamais le faire fans en; rendre une efpéce d’hommage àfon Auteur, à qui du thoins on doit marquer fa recon-noiflance. -
- Le Rempart de la Place, félon cefte Méthode , eft élevé dé onze ou douze pieds au-deflfus de l’horizon ; le fommetde fon
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- terre - plein eft de trente pieds, ôc fon talus intérieur de feize.
- La banquette a un pied ôc demi de hauteur, quatre pieds ôc demi de large, ôc trois pieds de talus.
- Le parapet a quatre pieds ôc demi au-deffus de la banquette ; fon talus intérieur eft du quart de fa hauteur, c’eft-à -dire, d’un peu plus d’un pied ; fon fommet a dix-huit pieds, Ôc fa pente du dedans au dehors, eft de deux pieds.
- Le revêtement a environ dix pieds d’épaiffeur fur le fondement; c’eft- dire, au fond du foffé qui a quinze pieds de hauteur. La hauteur de ce revêtement jufqu’au cordon, eft de vingt -fix pieds, ôc fa largeur au cordon eft de cinq pieds. Il eft furmonté par une petite muraille ou tablette qui couvre le parapet, ôc qui a quatre pieds de hauteur fur trois ou quatre de largeur.
- Le terre-plein de la tenaille eft élevé de dix pieds par-deffus le fonds du foflTé ; fa banquette a deux pieds de hauteur, ôc fon parapet en a $ ~ par-deffus la banquette : le revêtement a dix pieds de hauteur au-deffus du fond du folié. Son épaiffeur au îbmmet eft de trois pieds ; delà à trois pieds plus bas elle eft de quatre pieds, ôc fon talus eft du fixiéme de fa hauteur, c’eft-à-dire, d’un pied huit pouces, ce qui donne pour l’épaiffeur au-deflus du fondement cinq pieds huit pouces ; comme les talus des revêtemens font toujours d’un fixiéme de la hauteur, nous nous contenterons dans la fuite de donner l’épaiffeur au fommet.
- Par-deffus le revêtement on fait une retraite d’un pied fix pouces de largeur qu’on nomme berme ; on peut y planter une haye vive, comme nous lavons marqué au profil, pourvu qu’on la fît plus large ; mais comme cet Ouvrage eft fait pour la défenfe du folié, il vaut mieux n’y en point mettre, afin que le folié foit mieux découvert du haut du parapet.
- A l’extrémité intérieure de cette berme, on éleve le côté extérieur du parapet, qui a cinq pieds ôc demi de hauteur, ôc un talus égal aux deux tiers de fa hauteur, parce qu’il n’eft pas revêtu.
- Le Rempart du réduit eft trois pieds plus bas que celui de la Place; c’eft-à-dire, qu’il n’eft élevé au-deffus de l’horizon que de huit ou neuf pieds ; le fommet de ce Rempart a quinze pieds de largeur, fon talus intérieur a les deux tiers de fa hauteur, ce qu’il faut obferver dans tous les autres Remparts ; c’eft pourquoi nous n’en parlerons plus.'La banquette comme celle de la Place, la largeur fupérieure du parapet quinze pieds, le revêtement a
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- vingt-trois pieds jufqu’au cordon où il a cinq pieds d’épaiffeur: il eft furmonté d’une tablette femblable à celle de la Plac e. La pente des parapets du dedans au dehors, eft par-tout de deux pieds.
- Le terre-plein de la demi-Lune eft au niveau de celui du réduit, ôc fon fommet a vingt pieds de largeur, ce que Ton doit entendre ici comme ailleurs, depuis le pied de la banquette juf-qu’au bord du talus intérieur.
- La banquette Ôc le parapet comme ceux de la Place. Le revêtement n’a que quinze pieds de hauteur par-deffus le fond du foffé ; fon épaiffeur au fommet eft de deux pieds fix pouces > mais à trois pieds plus bas elle eft de cinq pieds, taluant à l’or-* dinaire.
- Au' delTus du revêtement eft une berme de dix pieds de lar* geur, garnie d’une haye vive ôc d’une paliflfade vers le milieu ; ôc à l’extrémité intérieure de cette berme on éleve le côté extérieur du Rempart ôc du parapet, de fimple terre, ou revêtu d’ün gazon.
- Nota. Que lorfque les Ouvrages font de fimple terre, ce qu’on appelle placage, M. de Vauban leur donne pour talus les deux tiers de leur hauteur, ôc quand ils font revêtus d’un gazon, il ne leur donne qu’un tiers.
- Le cordon de la Tour eft plus haut de deux pieds que celui de la Courtine. L’épaiffeur au fommet eft de huit pieds, Ôc le parapet qui eft par-deflus, eftaufli de huit pieds d’épaiffeur ; il eft de briques, ôc a deux banquettes aux faces, faifant enfemble trois pieds de largeur fur trois de hauteur. La batterie foûteraine , les magazins Ôc la terralfe qui eft par-deflus, font les mêmes que dans la Méthode précédente, toute la différence ne confif-tant que dans un peu plus de largeur quecesTours ont par-deffus celles de Landau, Ôc en ce que l’angle flanqué eft obtus dans celle-ci, au lieu qu’il eft droit dans celles-là.
- Le Rempart de la contre - garde eft élevé à l’angle flanqué de douze ou treize pieds au-deffus de l’horizon ; c’eft-à-dire, qu’il eft plus haut d’un pied que celui de la Courtine, en forte que la hauteur intérieure de fon parapet n’eft furmontée que d’un pied par la hauteur intérieure du parapet de la Tour baftionnée ; mais ce même Rempart eft plus bas de trois pieds à l’angle d’épaule, Ôc de quatre à l’angle du flanc, ôc ces différentes hauteurs fe forment par une pente prefque infenfible. Le fommet du terre-plein
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- la banquette Ôc le parapet, de même que ceux de la Place. Lef revêtement eft élevé de vingt pieds par - deffus fes fondemens à Pangle flanqué, de dix-huit ôc demi à l’angle d’épaule, ôc de dix - huit à Pangle du flanc ; fon épaiffeur au fommet eft de deux pieds Ôc demi, mais à trois pieds plus bas elle eft de cinq pieds , en forte que dans ce revêtement, comme dans ceux des autres ouvrages, qui ne font revêtus qu’à demi, la partie de la muraille qui eft depuis le fommet jufqu’à trois pieds plus bas, eft une efpece de tablette, ôc n en différé qu’en ce qu’elle a un talus en dehors qui fe continue avec celui du refte de la muraille. La berme qui eft au-deffus du revêtement, a dix pieds de largeur, Ôc à l’extrémité intérieure de cette berme le Rempart ôc le parapet s’élèvent avec leur talus du tiers ou des deux tiers, comme nous avons déjà dit. Outre cela, on ajoute à l’angle flanqué une petite muraille par - deffus le revêtement : elle a quatre pieds de hauteur, ôci vingt pieds de longueur fur chaque face, où elle va fe raccorder au revêtement par une pente de douze pieds. Voyez, la Fig. 4. PL 13. où j’ai mis l’élévation des deux faces de la contre-garde. Je né donne point ici les dimenfions des contre-Forts de tous ces revêtemens, parce qu’on peut confulterla Table que j’en ai donné dans la première Méthode.
- Les contre - Efcarpes du grand folié, ôc de ceux des Ouvrages, ont un revêtement qui a trois pieds d’épaiffeur au fommet, ôc dont les contre-Forts ont quatre pieds de longueur, de largeur à la racine, 3 à la queue, Ôc 1 pied de hauteur moins que le revêtement ; ces contre-Forts, aufli-bien que ceux de la Place ôc des autres Ouvrages, font efpacés à quinze pieds de diftance de milieu en milieu.
- Tous les foffés ont quinze pieds de profondeur, mais celui qui eft à l’angle flanqué de la contre-garde, a vingt pieds de profondeur, Ôc monteinfenliblement en s’avançant vers la tenaille, où il fe réduit à quinze.
- Enfin tous les Remparts ont une petite pente d’un pied ôc demi depuis, la-banquette jufqu’au talus intérieur:, pour faciliter l’écoulement des eaux, Ôc l’on y plante deux rangs d’arbres qui font une allée fur le terre-plein, ôc un troifiéme au pied du talus. Je crois qu’après cette explication on comprendra facilement les profils de la quatorzième Planche, pourvu qu on fe donne la peine d’y jetfer les yeux à mefure qu’on lira.
- Telle eft cette fameufe Méthode de M. de Yauban, qui
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- malgré l’approbation prefque univerfelle qu’elle s’eft attirée, n’a pu cependant éviter la critique de quelques Auteurs qui l’ont cenfurée, les uns par envie, & les autres faute de la bien con-noître. Du nombre de ces derniers eft le célébré Sturmius Pro-feffeur en Mathématique de l’Univerfité de Francfort, qui en 1708. donna au Public un Livre intitulé: Lé véritable Vauban fe montrant j au lieu du faux Vauban qui a couru jufqu ici par le monde, &c. Ce Titre pompeux joint à la réputation de l’Auteur, donne d’abord de grandes efpérances ; mais on eft bien étonné en lifànt cet Ouvrage, de n’y trouver touchant la première ôc la troiliéme Méthode de M. deVauban, que ce que tout le monde en fçavoit ; encore s’explique-t’il d’une maniéré fi obfcure, & quelquefois fi peu exa&e, qu’on peut dire que le faux Vauban qu’il veut décrier, ne s’eft jamais trouvé que dans fon Livre : la Fortification de Neuf- Brifach ne vaut pas, à fon avis, la dépenfe qu’on y a faite ; mais comme il trouve que ce fyftême eft très - commode pour faire des forties, il veut bien lui faire grâce, pourvû qu’on veuille la renforcer par les moyens qu’il nous en donne, ne s’ap-percevant pas que ces moyens font précifément ceux qui feroient les plus capables de laffoiblir. Voyez la Fig. 2. de la PL 12. où j’ai donné le plan de cet Auteur. i°. Il met la Courtine fur la di-reâion du coté extérieur, ôc faitfortir en dehors la partie que M. de Vauban fait rentrer, d’où il arrive que les Tours ne peuvent prefque plus fe défendre mutuellement, ôc que le petit flanc de fa Courtine faisante ne nettoye qu’une courte partie du foffé.:
- 20. Il donne à la perpendiculaire quarante toifes, rendant ainfî l’ângle flanqué des contre-gardes plus aigu, félon fa belle maxime, que l’on doit faire l’angle du Baftion aufli aigu qu’on peut, ce qui eft abfolument oppofé au fentiment de tout ce qu’il y a d’habiles gens dans cette fcience, qui ne fouffrent gueres cet angle au-deflous de 7 y dégrés.
- 3°. Il diminue la largeur ôc la longueur de la contre-garde ^ diminuant par - là la défenfe de cette paitie, que M. de Vauban a pris foin d’aggrandir tant qu’il a pû, parce que c’eft la pièce la plus importante de cette Fortification ; il eft vrai que Sturmius n’en agitainfi que pour ajouter une fauffe braye autour de la contre-garde j mettant un petit foflfé entre-deux, afin que les Soldats ne foient point incommodés parles débris du revêtement;mais cette fauffe braye n’ett gueres tenable, dès que l’Ennemi eft une fois maître du Chemin couvert, ôc l’afliégeant y trouve le moyen
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- de monter plus facilement le Canon fur la brèche de la contre-garde , ce queM. de Vauban a pris tant de foin d'éviter, qu’il a même fait creufer le foffé devant l’angle flanqué jufqu’à vingt pieds de profondeur^ afin que l’Ennemi eut plus de peine à faire le pont pour approcher de la brèche.
- 4°. Enfin il fait un pètit fofle fec entre le grand folTé plein d’eau & la contre - Efcarpe, ùe qui me paroît fans fondement, puifque ce fofle ne fçauroit couvrir les afliegés, quand ils font obligés d’abandonner le Chemin couvert, & qu’il diminue la longueur du pont que l’Ennemi eft obligé de faire pour s’avancer vers la contre - garde. Il faut avouer qu’un Ouvrage fi mal conçu, ne demandoit pas d’être annoncé au Public avec tant d’emphafe, & je ne fçaurois le lire fans me reflouvenir que les cris horribles de la Montagne en travail, ne produifirent qu’une chétive Souris.
- Le même Auteur fur la fin de fon Livre, donne un nouveau Plan pour renforcer la première Méthode de M. de Vauban, mais il ne veut ni l’expliquer, ni en donner les profils, parce qu’il eft bien aife , dit - il, d’attendre le jugement qu’on en portera, & de fçavoir jufqu’à quel point il peut reconnoître pour fes Juges ceux qui en décideront ; bien entendu cependant qu’il traitera d’ignorans ceux qui ne l’approuveront point, comme il le fait entendre à l’égard d’une autre produ&ion qu’il a mis dans ce Livre, & qu’il comparera leurs fentimens à ceux de Midas. Il ne paroît pas que la modeftie ait été trop confultée dans ce dif-cours ; quoiqu’il en foit nous rapporterons dans la fuite ce nouveau plan de Sturmius, ôc l’on pourra voir aifément que cette produûion fi vantée n’eft qu’un pillage mafqué des Méthodes de Coëhorn que nous détaillerons avec beaucoup de foin.
- De la grande Place d Armes, del’Arfenal, des Cazernes, des grandes Portes, des Poternes, des Ponts , &c.
- La grande Place d’Armes d’une Ville de Guerre, eft un grand efpace vuide où on affemble les Soldats pour recevoir les ordres, & pour leur faire faire l’exercice. Elle doit être, s’il fe peut au centre de la Ville, afin quelle découvre également de tous côtés. La figure qu’on lui donne, eft ordinairement la même que celle du polygone fortifié, Fig. 4. PI. 1 a. & l’on tire les rues principales les unes aux centres des Baftions, ôc les autres au milieu
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- des Courtines ; la raifon qu* en donne Ozanam, c eft que par‘là le Gouverneur peut voir de la Place tout ce qui fe paffe dans toutes les attaques , & y envoyer un prompt fecours, fans être obligé d aller s’en informer fur les Remparts ; mais comme cette difpofition des rues rend la plûpart des Maifons irrégulières par les angles aigus qu elles doivent néceffairement avoir, comme le montre la Fig. 4. de la PL 12. & que d’ailleurs l’avantage que l’on en retire, n eft pas de telle nature, quon ne puiffe facilement fuppléer à fon défaut par le moyen de deux ou trois per-fonnes qu’on charge de venir informer le Gouverneur de ce qui fe paffe. Il eft plus à propos de faire cette Place quarrée, comme M. de Vauban l’a ordonné à Neuf-Brifach, dont j’ai donné le plan dans la Pl. 14. & d’aligner les rues principales aux portes ae la Ville, obfervant de faire les autres perpendiculaires à celles-là , afin que les maifons n’ayent point d’angles irréguliers.
- La grandeur de la Place d’Armes doit être proportionnée a celle du polygone fortifié, c’eft- à - dire, qu’elle doit être capable de contenir la garnifon qui eft néceffaire pour fa confervation. M. Belidor régie cette grandeur pour une Fortification de fix Baftions, dont le côté extérieur eft de 180 toifes, à 40 ou 4y toifes par côtésî pour une àfept Baftions, à $5 ou 60 par côtés; pour huit Baftions à 70 ou 7? ; pour pou 10 Baftions à 80 ou 8 j ; enfin pour 11 ou 12 Baftions à 90 ou 95 ; mais comme il ajoute fort bien, il vaut mieux s’en rapporter à la difcrétion des Ingénieurs qui exécutent de pareils deffeins, qu’à aucune régie particulière.
- Les logemens du Gouverneur, du Lieutenant du Roy, du Major, de l’Intendant, ôc du Commiffaire, la Maifon - de - Ville & les Prifons, doivent être bâties fur cette Place, de même que la Paroiffe, afin que les Habitans en foient également à portée.
- On donne ordinairement aux principales rues fix toifes de largeur, afin que trois chariots y puiffent paffer de front, & qu’y en ayant un d’arrêté de chaque côté, un troifiéme puiffe paffer entre - deux ; mais les petites rues n’ont que trois ou quatre toifes.
- On fait aufli des petites Places d’Armes devant les Portes de la Ville, tant pour Fembelliffement, qu’afin que les Corps -de-Garde puiffent fe garantir plus facilement des furprifes du dedans.
- Les Cazernes ou logemens des Soldats, fe placent proche le
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- Rempart, le long des Courtines, afin que le Soldat foit plus féparé de la Bourgeoifie ; on y fait aux extrémités des Pavillons pour les Officiers. Quoique les Cazernes augmentent la dépenfe qu’on fait dans la conftrudion d une Ville, on ne doit cependant jamais négliger d’en faire, par la commodité quelles donnent de pouvoir aflembler facilement la Garnifon toutes les fois qu’on en a befoin , au lieu que lorfque le Soldat eft logé chez les Bourgeois, s’il furvient un alarme pendant la nuit, on ne peut le raflembler qu’avec beaucoup de peine.
- La Boulangerie Ôc la Cantine doivent être au voifinage des Cazernes. On appelle Cantine dans une Ville de Guerre, des lieux où la Garnifon a le privilège d’avoir de l’eau-de-vie, du vin ôc de la biere, à beaucoup meilleur marché que dans les Cabarets ôc dans les autres lieux de la Ville.
- L’Arfenal eft un grand Edifice qui renferme une ou plufieurs Cours entourées de bâtimens à plufieurs étages, dans lefquels on ménage des fales pour renfermer les armes, qu’on appelle des Sales d’Armes, desMagazins pour les Bombes, les Boulets, pour les cordages, les facs à terre, les harnois des Chevaux, les hottes, les paniers ôc autres chofes néceffaires dans une Ville de Guerre, des forges, des boutiques d’Armuriers, des atteliers pour les Charpentiers ôc les Charons, des grands Magazins pour les bois ; enfin tout ce qu’il faut pour une Fonderie, fi l’on en peut faire une dans la Ville. On y fait auffi des logemens pour les Officiers d’Artillerie, ôc pour les Ouvriers. On place ordinaire-, ment l’Arfenal au voifinage du Gouverneur ôc du Major.
- L’Hôpital doit être dans un lieu écarté, ôc furtout proche d’une riviere ou d’un ruiffeau, s’il s’en trouve. A Neuf-Brifach il eft hors la Ville, comme on peut voir dans le Plan, ôc c’eft ce qui a obligé M. de Vauban de faire ce grand Ouvrage à Couronne qui l’enveloppe.
- Oh fait, le moins que l’on peut, des Portes dans une Place de Guerre, pour ne pas multiplier la garde dont elles ont befoin. On les met au milieu des Courtines , qui eft le lieu le plus fort, étant défendu par les deux flancs ; on coupe le Rempart à cet endroit à la largeur de neuf à dix pieds, ôc l’on y fait une voûte de treize à quatorze pieds de hauteur, fur laquelle on fait deux petits bâtimens, l’un du côté de la Ville pour loger un Capitaine des Portes, ou un Ayde-Major de la Place, ôc l’autre du côté de la Campagne, pour y placer l’Orgue qui eft une Porte com-
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- Ingénieur François, ÿy pofée de plusieurs grofles poutres féparées les unes les autres d’un demi - pied, qui fe lèvent ôc fe baiffent perpendiculairement, ôc qui fervent à couper le pàflage aux Ennemis, lorfqu’ils ont rompu le Pont-levis qui couvroit la porte. On peut voir la Fig. 2. dam la PI. 14.
- Les Orgues font meilleurs que les herfes, qui font une efpece de porte, telle qu’on la voit repréfentée dans la Fig. 3. PI. 14, parce que fi le Canon ou le pétard vient à rompre une poutre de l’Orgue, cette poutre n’étant point attachée aux autres, retombe & répare la brifure par fa longueur; au lieu que fi on brife une partie de la herfe, elle donne un paffage auquel on nefçau-roitremédier; outre qu’on peut l’empêcher de tomber, en mettant une piece de bois dans les coulifies qui font entaillées aux côtés de la Porte, ou en mettant au - deffous un chariot renverfé, ou des planches foûtenues par des tréteaux, ce qu’on appelle des chevalets, Fig. 4. PI. 14.
- Aux côtés des voûtes de la porte on en fait deux autres, qui fervent de Corps « de - garde, l’un pour les Soldats, ôc l’autre pour les Officiers, ôc c’eft au-deflus de ces Corps-de-garde qu’eft le logement du Capitaine des portes. Entre ce logement ôc la Chambre des orgues, on laiffe une ouverture qui donne du jour au pafîage de la porte. A côté des Corps - de - gardes, on fait des Efcaliers de pierre pour monter fur les Remparts.
- Outre les grandes Portes, on fait auffi au milieu des autres Courtines, à la retraite des orillons, dans la première Méthode, ôc aux côtés des Tours dans la troifiéme, des petites portes ou poternes pour communiquer au dehors. Leur paflage eft voûté fous le Rempart, ôc a dix ou douze pieds de largeur, les portes ont quatre pieds Ôc demi de largeur, ôc font mafquées ou couvertes du côté du foflfé d’une maçonnerie de quatre pieds ôc demi d’épaiffeur, qu’on n’abbat qu’en cas de befoin. J’ai marqué ces portes avec leurs allées aux côtés de la Tour dans la Fig. 3. de la PL 12.
- Ou couvre les grandes portes d’une demi - Lune, ôc l’on y fait un pont de communication, dont la partie la plus proche de la porte fe hauffe ôc fe baifle, ôc s’appelle Pont - levis ; le refte s’appelle Pont - dormant, ôc fe fait toujours d’une charpente pofée fur des piles de maçonnerie, dont la hauteur fe réglé fur la profondeur du foffé ; on coupe ordinairement le Pont - dormant au milieu par un Pont-levis.
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- Tous les Ouvrages par où il faut pafler pour entrer dans laVille, tels que font à Neuf-Brifach le réduit 8t la demi-Lune ont aufli des portes, des Corps - de - gardes, des Pont - levis , 8c des Ponts - dormans jufqu’au Chemin couvert, où l’on fait une coupure en glacis qui laifle le paffage libre, Ôc qu on ferme par une bonne barrière.
- Les autres Ouvrages fe communiquent entre eux par des Ponts - dormans 5 où Ton paffe par des foûterreins crçufés fous les Remparts de ces Ouvrages. Ceux qui voudront en fçavoir davantage fur tout ce que nous venons de dire, n ont qu’à con-fulter la Science des Ingénieurs de M. Belidor, qu’il me faudroifc copier ici, fi je voulois entrer dans un plus grand détail.
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- CHAPITRE VIL
- Des Méthodes des différens Auteurs.
- METHODE D’ERRARD,
- R R a R d fortifie en dedans, & fait le flanc perpendicu laire A la face depuis le quarré jufqu a l’oftogone, 6c perpendiculaire à la Courtine aux autres polygones.
- Pour fa conftrudion, fuppofons un hexagone dont le centre eft O, ôc le côté extérieur AB, Fig. i. PL 15. faites aux extrémités A, B, avec les rayons AO, BO, les angles O AC, OBD, chacun de quarante - cinq dégrés. Si c’étoit un quarré, vous le feriez de trente dégrés; ôt fi c’étoitun pentagone, vous le feriez de quarante ; mais aux autres polygones, l’Auteur le fixe comme ici a quarante - cinq. Divifez l’angle O AC en deux également par la ligne AD, qui coupera la ligne de défenfe BD au point D ; diviiez de même 1 angle OBD en deux également par la ligne BC, qui coupera la ligne de défenfe AC au point C; joignez les points CD par une ligne qui fera la Courrine, ôc de ces points C, D, abbaiffez des lignes perpendiculaires fur les lignes de défenfes, ce qui vous déterminera les flancs Ôc les faces.
- Pour le foffé, tirez de chaque angle d'épaule des lignes pa-ralelles aux lignes de défenfe, ôc pour le Rempart vous ferez fa longueur égale à la longueur du flanc.
- Les défauts de cette maniéré de fortifier font fi vifibles furtout fi on la compare aux Méthodes dont on le fert aujourd’hui, qu’on a même voulu dire que l’Auteur ne s’en étoit jamais fervi dans les travaux qu’il avoit fait conftruire. J’ai peine à croire qu’un habile Géomètre qui paffoit pour le plus habile Ingénieur de fon fiécle eut voulu de gayeté de cœur fe deshonorer dans un Ouvrage qu’il compofoit avec connoiflance de caufe, ôc qu’il con-facroit a la pofterité ; il eft vrai qu’une Place bâtie dans ce goût ne ferviroit qu’à exciter la rifée des Alliegeans qui attaqueroient comme on attaque de nos jours. Il faut néceflairement pour pouvoir fe défendre faire des flancs capables d’un plus grand nombre de canons, ôc qui regardent plus dire&ement la contre-
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- Efcarpe ôc le foffé où i’Ennemi trouve le fecret de parvenir en peu de tems, ôc de dreffer de violentes batteries ; mais il n’en étoit pas de même du tems d’Errard. L’attaque étoit extrêmement foible : toute l’Artillerie que l’on conduiloit à un Siégé con-fiftoit en quatre ou cinq pièces de canon de très-petit calibre, ôc en quelques Mortiers que l’on employoit plutôt à ruiner des clochers, qu’à inquiéter l’Ennemi dans fes défenfes. Les tranchées menées fans art n’étaient ni amples, ni fpatieufes, comme on les fait aujourd’hui ; la moindre foriie renverfoit tout, ôc obli-geoit à recommencer un travail où l’on perdoit un monde infini à caufe du feu de la Place toujours fupérieur à celui qu’on lui oppofoit. Cependant le tems faifoit fon cours, ôc la mauvaife Saifon venoit fouvent arrêter l’entreprife au grand contentement du Soldat rebuté ; que 11 après bien des travaux ,. ôc du fang répandu , on parvenoit enfin jufqu’au Chemin couvert, que pouvait-on faire avec des Troupes fatiguées ôc des munitions de Guerre fi peu. abondantes , contre une Place dont la Garnifon fubfifioit dans fon entier,, ôc dont à peine on avoir abbatu quelques morceaux de parapets. La plupart du tems tout aboutiffoit ou à une retraite honteufe, ou à une victoire plus cruelle pour le vainqueur, que pour celui qui s’avouoit vaincu.* Les Hiftoires font remplies de pareils exemples* Rapprochons -nous, de ces tems, ôc nous avouerons, fans peine que, fi Errard n’a. pas mieux fait, c’eft que la nécefllté de fe mieux défendre ne lui. avoit pas; ouvert l’entendement, comme elle l’a fait à nos. Ingénieurs. Au refie, j’ai rapporté fa Méthode uniquement pour faire voir les, progrès que les Fortifications ont faits, en les comparant à celles, qu’on a été obligé d’imaginer après l.uù
- METHODE A L'ITALIEN NE,
- PF S 4 R D 1 S ,.
- Les Italiens ont eu grand nombre d’Auteurs qui ont donné différentes Méthodes de fortifier, entre lefquelles nous avons ehoifi celle de Sardis, à qui l’on a toujours donné la préférence*
- Il fortifie en- dedans, ôt donne à fon côté intérieur AB , au rapport d’Ozanam, 800 pas géométriques, fur lefquels il en prend *50 de chaque côté pour les demi-gorges AC , BD, ce. qui me paroît exhorbitant, puifque le pas géométrique valant
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- Ingénieur François: êï
- cinq pieds, il s’enfuivroit que le coté intérieur, félon Sardis, au-roit 666 toifes, ôc les demi-gorges 12 j, de même que les flancs qui leur font égaux, ôc par conséquent que la Courtine aùroit 410 toifes, d’où retranchant yi toifes qui en eft le huitième pour le fécond flanc, il refteroit encore 5yp toifes, ce quiren-droit les lignes de défenfe beaucoup plus longues qu’il ne faut pour la portée du moufquet. C’eft pourquoi en gardant la proportion de 800 à 150, on peut donner 160 toifes au côté intérieur, ôc 50 à chaque demi-gorge, à l’extrémité defquelles on éleve perpendiculairement les flancs CF, DE, chacun aulïi de trente toifes. Enfuite on donne à chaque fécond flanc CI, DH, la huitième partie de la Courtine, ôc l’on tire les lignes de défenfe IK, HL, qui déterminent les faces.
- Les Cavaliers que l’Auteur ajoute au milieu de chaque Courtine , font éloignés du#parapet d’environ trente pieds : leur figure eft un quarré long qui contient trois pièces de Canon fur le long côté pour battre la Campagne, & deux à chaque côté pour battre les Battions quand l’Ennemi y aura fait brèche.
- Pour les orillons ôc les flancs bas qu’on appelle Cafemates, il prend fur les flancs les lignes AC, EF, égales chacune au tiers du flanc, Fig. 3. PI. 15. Il prend aufli fur les demi - gorges les lignes BI, NM, égales aux précédentes, ôc porte la même grandeur fur les faces prolongées de A en L, ôc de E en H, après quoi il tire les lignes IT, LV, MO, HR., paralelles aux flancs & indéfinies ; il prolonge enfuite les flancs, en forte que les parties BS, MY, foient chacune de quinze pieds, ôc tire des points; S Ôc Y les lignes. SP, YQ, paralelles aux demi-gorges ; les parties C4, F3, ont chacune dix pieds, ôc les lignes Pô,. Yy ont chacune vingt - quatre toifes.
- Si on veut un orillon. quarré, 011 tirera du point F une ligne' au milieu de la face du baftion oppofé, qui coupera en R la.ligne HR, ôc pour l’orillonrond, après avoir tiré la ligne C.V de la même maniéré, on fera fur la ligne. LV un triangle ifofcele r dont les côtés foient environ les deux tiers- de cette ligne, ôc Ton décrira la rondeur de l’orillon dufommet de ce triangle. La: ligne P6 marque l'extrémité extérieure du flanc haut, ou Place haute, ôc la ligne CB marque Pextrêmité extérieure du flanc bas,, qu’on appelle Cafemate, ou Place baffe, parce quelle eft plus baffe: que le flanc haut, comme on peut voir dans la Fig.. 4- Pi. 15^. qui en montre le profil, la partie  reprefentant le flanc haut $
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- i$2 Le Parfait
- Ôc la partie B le Banc bas avec leur banquette ôc leur parapet ; le nom de Café mates, félon Ozanam, vient de ce que Ton pratique des voûtes fous le Rempart du flanc haut, ôc au niveau du flanc bas , pour y renfermer les Canons de ce flanc bas, quand on n’en a plus befoin.
- Quoique les Gafemates paroifîent d’abord d’une grande utilité, puifqu’elles augmentent le feu de la Place, ôc quelles défendent beaucoup mieux le foffé que ne fait le flanc haut, cependant on a obfervé que pour peu qu’on y tire le Canon, on y eft étouffé de la fumée qui incommode aufli la Place haute; ôc qu’outre le feu de cette Place ôc les débris qui fatiguent extrêmement ceux qui font en bas , à moins qu’on ne fafle les Cafemates fort larges ôc les flancs, fort hauts, ce qui eft fujet à de grands inconvéniens, comme nous dirons autre part, la Bombe y fait d’ailleurs tant de fracas, qu’on eft bientôt obligé de les abandonner; ce qui a obligé M. de Vauban à en condamner entièrement l’ufage.
- Le défaut de cette Méthode confifte en ce que les faces font défendues trop obliquement par les flancs, qui cependant font extrêmement découverts à caufe du fécond flanc fur la Courtine, dont la défenfeeft d’un très-petit avantage, ôc très-incommode pour fon obliquité.
- Tous les Auteurs Italiens s’attachent fort à ce fécond flanc , ôc affe&ent de faire l’angle du Baftion aigu, afin que les faces d’un même côté de la Place puiffent fe défendre mutuellement. C’eft pourquoi Ozanam a cru que ceux qui ont donné la Méthode de Sardis, comme nous venons de l’expliquer, n’ont pas bien pris la penfée de l’Auteur, ôc voudroit qu’au lieu de donner dans tous les polygones la huitième partie de la Courtine pour le fécond flanc, on n’en donnât point au quarré ni au pentagone, parce que leurs angles ne font pas aflez ouverts ; qu’on donnât la huitième partie à l’hexagone, la feptiéme à l’eptagone , la fi-xiéme à l’o&ogone, la cinquième à l’ennéagone, la quatrième au décagone, la troifiéme à l’ondécagone, ôc la moitié au dodécagone ; mais ce raifonnement ne me paroît pas jufte, parce que Sardis, tout Italien qu’il eft, peut fort bien avoir penfé autrement que les autres.
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- Ingénieur François: METHODE ESPAGNOLE.
- Les Efpagnols nè font jamais de fécond flanc, & l’angle flanqué obtus n’eft point regardé parmi eux comme un défaut dans la Fortification, Fig. 5*. Fl. 1 y. Selon leur Méthode on donne aux demi-gorges AC, BD, la fixiéme partie du côté intérieur AD, les flancs font égaux aux demi-gorges, & perpendiculaires à la Courtine, & les faces font déterminées parles lignes de défenfes rafantes CE, BF.
- Cette maniéré de fortifier a le même défaut que la précédente, excepté que fon flanc n’eft pas fi découvert, n’y ayant point de fécond flanc ; mais d un autre côté les angles flanqués deviennent extrêmement obtus dans les polygones qui font au-deflus de l’hexagone, ce qu’il faut éviter avec foin, parce qu’il faut beaucoup moins démolir pour faire une brèche dans un angle obtus, qu’il ne faut démolir pour en faire une égale dans un angle aigu, comme on peut voir dans la Fig. 7. PI. iy. où. l’on voit que, quoique la brèche AB foit égale à la brèche CD, cependant la démolition AEB qu’il faut faire pour l’une , eft bien plus petite que la démolition CED qu’il faut faire pour l’autre. C’eft ce qui a donné lieu à quelques Auteurs de foutenir que tous les. angles aigus étoient bons ; en quoi ils fe font trompés , parce que l’angle trop aigu ne fçauroit rélifter au Canon, & que l’Ennemi l’ayant abbatu du premier coup, trouve bientôt le moyen d’en aggrandir la brèche 5 d’où il fuit que l’angle du Baftion doit être un peu aigu, ou tout au plus droit, ôc qu’on ne doit jamais le fouflfrir au-deflous de foixante dégrés, obfervant même de le faire toujours au-deflùs, comme de 70 ou 7; , à moins que la nécelTité ne le demande.
- De VQrdre renforcé.
- Cet Ordre dont plufieurs Auteurs Italiens & Efpagnols ont parlé fort au long, a été inventé pour diminuer le nombre des Battions qu’il faudroit faire dans une grande Place, pour proportionner la ligne de défenfe à la portée du moufquet, Fig. 6. P h 15*. On donne ordinairement 160 toifes au côté intérieur AB que l’on divife en huit parties égales ; les demi-gorges en ont une chacune, de même que les flancs qui font perpendiculaires
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- 6$ Le Parfait
- au côté intérieur , les deux Courtines DE, FC, ont chacune deux parties, ôc les flancs retirés El, FL, font égaux ôc para-lelles aux flancs du Baftion. La Courtine retirée fe tire par l’extrémité de ces flancs, après quoi on tire les lignes de défenfe IFG, LEH, qui déterminent les faces.
- Toutes les défenfes de cette Méthode font trop obliques, les angles flanqués, font trop aigus, ôc les foliés pour être bien défendus doivent être extrêmement grands, puifqu’il faut les faire d’une largeur raifonnable à l’angle flanqué, afin que l’Ennemi n’approche pas trop facilement de la brèche, ôc les aligner aux angles d’épaule, afin que les flancs puiffent les défendre, ce qui les aggrandit beaucoup, ôc augmente prodigieufement la dépenfe.
- METHODE DU CHEVALIER DE VILLE.
- Le Chevalier de Ville, à l’exemple des Efpagnols, donne aux demi-gorges ôc aux flancs la fixiéme partie de la Courtine, ôc détermine les faces ôc l’angle flanqué du quarré ôc du pentagone par les lignes de défenfes rafantes, Fig. i .PL 16. mais dans les autres polygones, il tire une ligne droite AC par l’extrémité des flancs, ôc fur cette ligne il décrit un demi-cercle ABC, qui efl: coupé en deux également au point B, où il fait l’angle flanqué en tirant les lignes AB, BC ; par-là il donne un fécond flanc fur la Courtine, à l’exemple des Italiens, ôc c’eft ce qui a fait appeller fa Méthode le Trait compofé, parce qu’elle eft mêlée •de l’Italienne Ôc de l’Efpagnole.
- Pour Porillon ôc les Cafemates, divifez lç flanc AB en deux également au point C ; de l’angle flanqué D du Baftion oppofé, tirez la ligne DC, mettez fix toifes de C en E, ôc de A en F, tirez la ligne EF fur laquelle vous ferez un demi - cercle pour larron-diflement de Porillon, Fig. 2. PL 16.
- Pour les Cafemates ôc le flanc haut, prolongez indéfiniment la ligne EC ; de l’extrémité I de Porillon oppofé, tirez la ligne IB indéfinie, ôc qui pafle par l’extrémité de la Courtine; divifez la demi-gorge en deux également au point H, par lequel vous tirerez la ligne LH paralelle au flanc BC, ôc qui fera terminée par la rencontre des lignes indéfinies. LO marquera le bord extérieur du flanc haut, ôc BC le bord extérieur du flanc bas.
- Cette Méthode a de commun avec les précédentes, que fes
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- défenfes ne font pas aflez directes, ôc que Ion foiïé doit être extrêmement grand vis-à-vis les Courtines, furtout dans les grands polygones , pour être défendu de tout le flanc : on peut ajouter encore que fes flarics font trop petits, ôc ne fourniflent pas aflez de terrein pour une bonne Batterie.
- Par les Méthodes dont nous venons de parler, il paroît que le principal ufage auquel on deftinoit le flanc, éroit de défendre le paflage du foflé. Ce paflage fe faifoit alors par le moyen de galeries de bois, contre lefquelles le Canon avoit beau jeu ; le flanc ne contenoit à la vérité que quatre ou cinq Canons, mais comme on pouvoit y tranfporter des pièces des autres endroits de la Place qui n’étoient point attaqués, ôc faire par conséquent un feu continuel en tirant les uns, tandis qu’on chargeoit les autres, on ne laiffoit pas que d’arrêter long-tems l’iinnemi, d’autant plus qu’on fe tiouvoit toujours Supérieur aux petites Batteries qu’il oppofoit contre les flancs. Dans la fuite ces Batteries devenant plus fortes, on s’avifa de faire un fécond flanc ou Ca-zemate, pour détruire les Galeries, tandis que le flanc haut tâ-choit de démonter le Canon de rÂfliégeant ; & par ce moyen la défenfe étoit encore aflez proportionnée à l’attaque. Mais depuis qu’on fait marcher des Arfenaux entiers contre une Place, ôc que le paflage du foflfé fe fait par des fafeinages ôc des facs à terre qui bravent le feu du flanc ; c’eft en vain que l’Afliégé multiplie ôc étend fes flancs : fes défenfes entièrement abbatues dès le commencement même des travaux, la grêle énorme de Grenades, de pierres ôc de bombes qu’on fait pleuvoir fur lui» le jeu effroyable des mines qu’on pratique de toutes - parts , le feu terrible des Batteries qui culbutent l’unique défenfe qu'il re-gardoit comme fa derniere reffource, tout le menace d’une ruine prochaine, Ôc le feul parti qui lui refte après avoir pouffé la défenfe à bout, eft d’obtenir une Capitulation glorieufe, à moins qu’une puiffante Armée ne vienne à fon fecours, ou que la grêle, l’orage, ou les tempêtes ne fe déclarent pour lui,
- METHODE DU CH E FJ LIER DES. JULIEN pour les Grandes P lac es.
- Quelque dépenfe que l’on fafle pour bien fortifier une Ville, il faut cependant avouer que la Bombe ôc le Canon viennent enfin about de tout, ôc qu’aprèsbien des peines ôc de l’argent employé
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- 66 Le Parfait
- dans une Place, PAfliégeant ne laifle pas de s’en rendre le maître. C’eft ce qui a obligé le Chevalier de S. Julien d’imaginer pour les Grandes Places qui coûtent le plus à défendre , une nouvelle Méthode , par laquelle il prétend non - feulement diminuer la dépenfe, ce qu’on ne lui pourroit contefter , mais encore augmenter la force ; ce que nous examinerons après avoir vû fa construction.
- Suppofé donc que nous ayons un oftogone à fortifier félon fà maniéré, Fig. 3. PL 16. donnez au côté extérieur ab 240 toifes, divifez cette ligne en deux également au point c, ôc faites la perpendiculaire ci de 24 toiles ; c’eft-à-dire, égaleà la dixiéme partie du côté extérieur; tirez parle point i lei lignes de défenfes ail, ht h, ôc faites les parties il, ih3 chacune de 70 toifes ; tirez la ligne hl, qui fera la Courtine, ôc par le milieu 0, tirez les lignes de défenfes rafantes 0 a, ob, fur lefquelles vous prendrez pour chaque face 48 toifes; c’eft-à-dire le cinquième du côté extérieur, ôc vous tirerez enfuite les flancs par les deux extrémités de la Courtine : ces mefures fervent pour toutes fortes de polygones.
- Pour l’orillon prenez les deux cinquièmes du flanc, Ôc achevez le refte comme dans la Méthode de M. de Vauban. Le fofle, dont la contre - Efcarpe eft paralelle à la face du Baftion, a vingt toifes de largeur ; ôc comme dans cette Méthode la portée du moufquet fe prend du milieu de la Courtine, l’Auteur met dans le fofle depuis le milieu de la Courtine jufqu’à la gorge de la demi-Lune, une Caponiere couverte, haute de fept pieds, ôc large de dix toifes, où il met du Canon pour la défenfe des faces, ôc par-deflus il y fait une gallerie pour les Moufquetaires, ôc pour fervir de paflage au Ravelin.
- La demi-Lune a quarante-cinq toifes de capitale , ôc fes faces font alignées ai; toifes dans la Courtine, fon foflfé eft de dix toifes, la contre-garde a trente-cinq toifes de p en cj, fes faces font paralelles à celles de la demi - Lune, ôc fon foflè eft de douze toifes. J’ai fait par mégarde dans la figure le fofle de la demi - Lune ôc celui de la centre - garde beaucoup plus grands que je ne viens de dire; mais je crois, qu’à la dépenfe près que l’Auteur veut ménager, ilferoit beaucoup mieux de le faire ainfi, puifque l’orillon feroit par-là plus couvert.
- Le Chemin couvert a cinq toifes de largeur, les demi-gorges des Places d'Armes ont quinze toifes, ôc les faces vingt. Elles
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- INGENIEUR Fl A N Ç O I S. font couvertes d’une traverfe de chaque côté, ôc dans le milieu eft une redoute pour y loger du Canon ôc des Moufquetaires. Le glacis eft de trente-cinq à quarante toifes.
- Le Rempart a douze toifes d epailfeur, y compris le parapet qui en a cinq, afin qu’il réfifte davantage. L’élévation du Rempart au-deffus de l’horizon, n’eft que de douze pieds, ôc les dehors ne font plus bas que de deux ou trois pieds ; ce que l’Àu-teur a fait pour donner moins de prife aux Batteries de l’Ennemi., en enterrant les Ouvrages qu’il couvre avec des traverfes d’ef-pace en efpaçe pour éviter l’enfilade ; il met aufli en plufieurs endroits des Cavaliers pour battre l’Ennemi en barbe, ôc furtout à la gorge de chaque Baftion, où le Cavalier a deux batteries , l’une plus élevée que le parapet de la Place, ôc l’autre au niveau du Rempart, ôc voûtée à l’épreuve de la bombe ; enfin pour rendre plus folides les parapets des flancs ôc des Cafemates, il a imaginé une forte de nierions ôc d’embrazures, à qui il donne une figure circulaire, comme on peut voir dans la Fig. 4. P/. 16. Les em-brazures doivent avoir environ une toife ôt demi, Ôc les merlons deux.
- Quoiqu’il y ait de fort bonnes chofes dans cette Méthode, telles que le Cavalier de la gorge, qui féparant en quelque maniéré le baftion du corps de la Place, met les Aflîégés en état de fe défendre plus long -tems après la brèche faite ; cependant il me paroît que fes faces ne font pas allez bien flanquées par la capo-niere du fofle dont la défenfe eft trop oblique, ôc qui peut être entièrement détruite par deux ou trois bombes, Ôc que fes flancs font trop découverts, puifque l’Ennemi ayant abbattu le parapet de la demi-Lune ôc de fa contre - garde, voit ceux du flanc fur un front extrêmement large.
- Pour les merlons des flancs , on ne fçauroit disconvenir qu’ils ne foient plus folides que ceux qu’on fait ordinairement ; mais c’eft à Meilleurs de l’Artillerie à juger s’ils font allez commodes pour être mis en ufage.
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- Le Parfait
- METHODE DU CHEVALIER. DE S, JULIEN,
- pour les Petites Places,
- L’intention de l’Auteur dans la Méthode précédente a été, comme nous l’avons déjà dit, de diminuer confidérablementles dépenfes énormes qu’il faut faire pour fortifier une grande Ville ; ma s comme il y a de petites Places qui ne laiffent pas que d’être d’une grande conféquence, ôc qu’on peut faire à moins de frais, il a imaginé pour celles-ci une nouvelle maniéré, qui fans contredit, vaut mieux que la précédente, quoiqu’elle ait aufli fes défauts.
- Suppofons, par exemple, que nous ayons un hexagone .à fortifier, Fig, i. PL 17 donnez 18 toifes aù côté extérieur ab, ôc faites la perpendiculaire cd égale au quart de ce coté ÿ c’eft-à-dire de 47 toifes, tirez enfuite les lignes de défenfe fur lefquelles vous porterez 120 toifes de a en /, ôc de b en /; donnez 60 toifes aux faces as, br> 6c portez fur les lignes de défenfe 30 toifes de à en 0, 6c de d en r, la ligne 01 fera la Courtine de la Place, 6c la ligne 1, /, fera celle du tenaiilon; tirez les lignes fr, os, 6c par les angles d’épaule, tirez rp,sq, paralelles au côté extérieur. Faites en-dedans un FofTé de huit toifes de largeur, ce qui vous donnera les faces des Battions telles que», x, ôc vous déterminerez le flanc droit xt, fur lequel vous ferez l’orillon 6c le flanc concave à la maniéré de M. de Vauban. Tirez enfuite les flancs des tenaillons paralelles à ceux de la Place, jufqu’à ce qu’ils rencontrent les faces prolongées de l’avant-Baftion.
- Le FofTé de la Place eft de feize toifes de largeur, la capitale de la demi - Lune extérieure, de 70 toifes, ôc fes faces font alignées aux points a, », éloignés de 20 toifes des extrémités r, sy des faces de l’avant - Baftion ; fon folTé eft de douze toifes.
- La capirale de la demi - Lune intérieure eft de quarante - cinq toifes ; fes faces font paralelles à celles de la demi-Lune extérieure ; fon fofle eft de dix toifes, ôc fa gorge eft arrondie, en forte qu’on puiffe voir de u en a, ce que l’Auteur fait à deflein de mettre une Batterie dans le FofTé fec up, pour arrêter l’Ennemi , lorfqu’il aura fait brèche à la pointe a de l’avant - Baftion. J’ai oublié de donner de petits flancs aux demi - Lunes , comme
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- Ingénieur. François. 69
- l’Auteur a fait. Le Chemin couvert eft à l’ordinaire , & le glacis doit avoir trente - cinq ou quarante toifes.
- Selon cette nouvelle maniéré de fortifier, les flancs ont une bonne défenfe qui approche beaucoup de la directe, fans être cependant trop découverts ; les faces du Baftion intérieur font cachées aux Batteries de PAfliégeant; la brèche eft battue de revers par la batterie du foflfé fec du Baftion oppofé, contre laquelle l’Ennemi ne fçauroit dreffer du Canon; enfin le tenaillon eft capable d’une grande défenfe par la longueur de fes flancs : mais on peut dire aufli que l’angle flanqué de Pavant-Baftion eft trop aigu, ôc celui du Baftion principal trop obtus, ce qui facilite extrêmement la brèche fur laquelle l’Ennemi pourra toujours feloger, malgré la batterie du Fofle fec,,parce qu’il pourra la détruire par la bombe, s’il ne peut pas la découvrir avec le Canon. Ajoutez à cela que dès que cette Batterie ferarenverfée, les faces du Baftion intérieur relieront fans défenfe.
- METHODE HO LLANDOISE
- D E Ma RO LLO I S.
- Soit le côté extérieur & indéfini AB, faîtes au point A l’angle BAO égal à la moitié de Pangle du polygone que vous vouiez fortifier, Fîg, 2. PL 17. Par exemple, fi c’eft un hexagone comme ici, faites l’angle BAO de foixante, parce que l’angle de l’hexagone eft de 120. Divifezcet angle en deux également par la ligne AC, & faites enfuite Pangle CAD defeptdégrés ôc demi. Portez fur la ligne AD quarante - huit toifes de A en E pour- la face du Baftion ; du point £ tirez la ligne EG indéfinie & perpendiculaire au côté extérieur, faites à ce même point E Pangle GEF de cinquante dégtés. Du point F où le rayon AO eft coupé, tirez la ligne FH paralelle au côté extérieur, ce qui terminera le flanc, & donnez à la Courtine GM 72 toifes. Du point H élevez la perpendiculaire HI, faites IB égal à AN& le flanc HL égal au flanc GE ; tirez la face LB , & après avoir fait La demi-gorge HM égale à la demi-gorge FG, vous tirerez le rayon BMO, qui rencontrera A FO au point O, qui fera le centre de votre polygone. On l’achevera facilement en décrivant de ce point O un cercle qui pafle par les points AB, & fur lequel on portera le côté extérieur AB fix fois, parce que c’eft un hexagone, enfuite on portera fur ces côtés de part ôc d’autre la diftance AN, d’oà
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- 70 L E P A R F A I T
- on élevera des perpendiculaires, fur lefquelles on portera les dif-tances NE, EG, pour déterminer les faces, les flancs, Ôc les Courtines, comme on peut voir par la Figure. On fuivra cette confiruétion dans tous les polygones jufqu’à l’ondécagone; mais pour le dodécagone, ôc ceux qui font au-defliis, on fe contentera après avoir fait l’angle BAO égal à la moitié de l’angle du polygone, de faire enfuite OAE de quarante - cinq dégrés, afin que l’angle flanqué ne devienne pas obtus, ce qui arriveroit infailliblement, fi on faifoit dans ceux-là, comme on fait aux autres, où l’on ajoute à la moitié de l’angle du polygone quinze dégrés, comme on peut voir par cette conftrudion de l’hexagone î car l’angle O AC valant trente dégrés, ôc l’angle CAD fept & demi, ce qui fait trente-fept ôc demi pour le demi-angle flanqué ; ils’enfuit que l’angle flanqué tout entier en a 7j ; c’eft-à-dire, i$ de plus que la moitié, 60 de l’angle de l’hexagone.; ôc par conféquent comme l’angle du polygone augmente à me-fure qu’il a plus de côtés, l'angle flanqué augmente aufli, ôc feroit enfin obtus, fi on ne le bornoit, comme 1 Auteur a fait.
- On peut juger facilement des défauts de cette Méthode par tout ce que j’ai déjà dit dans les précédentes ; c’efl pourquoi fans m’y arrêter davantage, je dirai feulement ici que les Hollandois, outre la faufle braye dont ils fe fervent dans leurs Ouvrages, ôc dont nous avons déjà parlé, pratiquent aufli entre le cordon ôc le parapet un chemin large de neuf ou dix pieds, fur le bord duquel eft un petit parapet de deux pieds de largeur, pour empêcher qu’on ne tombe dans le fofle ; c’efl: ce qu’on appelle le chemin des rondes, c’efl-à-dire, où on fait le guet de nuit, pour voir ce qui fe pafle au-dehors, ôc fi les fentinelles font leur devoir. VoyezlaTig. 3. de la PL 17. où j’ai donné le profil d’un Rempart avec fon chemin des rondes ; la partie A marque le Rempart, la banquette, ôc le parapet; la partie B le chemin des rondes, ôc fon petit parapet au-deflus du cordon; la lettre C reprefente le fofle, ôc la lettre D le Chemin couvert avec une partie du glacis.
- M. de Vauban a condamné avec jufte raifon cet Ouvrage , parce que dès les premiers jours d’un Siège, le petit parapet étoit bientôt abbattu, ôc le chemin fe trouvoit comblé par les débris des parapets de la Place.
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- Ingénieur François. 71
- METHODE DE B 0 M B E L L E.
- Monfieur de Bombelle établit trois fortes de Fortifications, le grand Royal, le moyen, ôc le petit Royal, Fig. 4. Pi. 17. Le côré intérieur du premier a 80 verges , ou 160 toifes ; celui du fécond a 70 verges, ou 140 toifes, & celui du troifiéme n’a que 60 verges, ou 120 toifes; ôc tous les trois fe fortifient de la même maniéré.
- Soit la ligne ac le côté intérieur du polygone, donnez «en la cinquième partie à chaque demi - gorge a b, d c, ôc la quatrième partie à chaque flanc b i, après quoi vous tirerez les lignes rafantes dp, b s, qui détermineront les faces.
- Pour les orillons ôc les Cafemates, tirez la ligne b n perpendiculaire à l’extrémité de la Courtine, prenez - en le tiers de n en u, prenez âufli le tiers de la face de s en z, ôc du point z tirez la ligne zuo, qui fera terminée en 0 par la ligne bo, perpendiculaire à la ligne de défenfe.
- Continuez la ligne de défenfe jufqu’à ce qu’elle coupe le rayon de la Figure au point x, faites a;M égal à xa, Ôc tirez la ligne droite bM, fur laquelle les flancs couverts feront terminés, le centre q de ces flancs fe trouve au fommet d’un petit triangle ifofcele, fait fur la ligne bo, ôc dont les côtés ont chacun les trois quarts de cette ligne. Le flanc bas ôc le flanc haut avancent vers la face d’environ deux ou trois toifes au - delà du point 0.
- La Cafemate de l’angle flanqué fe décrit en prenant fur la capitale la ligne pt, égale à la ligne pr, ôc le centre de fon arron-diflement fe prend fur le milieu de cette ligne.
- L’angle flanqué delà demi-Lune fe trouve en décrivant deux arcs de cercle, l’un du point à intervalle da, ôc l’autre du point b intervalle b c, fes faces font alignées aux extrémités des orillons, Ôc fe terminent fur la contre-Efcarpe du Foffé qui a vingt-quatre toifes de largeur.
- Le Fofîë de la demi-Lune a feize toifes, la contre-garde fe décrit en prolongeant les faces de la demi-Lune au-delà de fon Fofle ; en forte que la ligne 1,2, foit égale à l’une de ces faces, l’angle 1,2, } , doit avoir 60 dégrés ; la partie 1, $, doit être le tiers de la ligne 1,2, après quoi il n’y a plus qu’à achever le petit paraleliogramme, comme on le voit dans la Figure. Tous les parapets ont quatre toifes de largeur.
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- Cette Méthode eft beaucoup plus conforme aux maximes d’une bonne Fortification que la plupart des précédentes ; fes faces font défendues dire&emenr, Ôt les flancs étain très-grands, font capables d’une bonne défenfe, fans préièntcr pourtant un fi grand front à l’Ennemi, parce qu’iis lont toujours à ligne ralante. Cependant comme l’angle diminué elt toujours d’environ vingt-un dégrés, il arrive que l’angle flanqué du quarré n’en a que quarante- huit, & celui du pentagcne foixante-lix, ce qui rend le premier entièrement irrégulier, ôc le fécond extrêmement foible.; d’ailleurs la Cafèmate de l’angle flanqué affbiblit cet angle qu’elle ne paroît d'abord le fortifier ; Cafemate devant êrre plus balfe que la Place haute d’environ dix-huit pieds, fi l’on ne veut point que ceux d’en bas foient brûlés par le Canon d’en haut, comme on l’a fouvent éprouvé, il eft impoflible qu’elle ne fort enfilée de toutes-parts, furtour n’étant couverte d’aucun dehors, ôc de l’autre l’ar-rondiflement de la Place haute préfente un front à l’Ennemi beaucoup plus facile à renverfer, que ne feroit la pointe du Baftion; ajoutez à cela que la Cafemate fert de dégrés à i’Afliégeant pour monter plus commodément à la brèche.
- On pourrait aufli donner plus d’aifance à l’entrée du Baftion, en décrivant rarrondifleniént des flancs félon la maniéré ordinaire. -
- beaucoup plus car d’un coté la
- METHODE DE M. BLONDEL.
- M. Blondel fortifie en-dedans, ôt établit deux fortes de Fortifications ; la grande, dont le côté extérieur eft de deux cens toifes, ôc la petite, ou le côté n’eft que 170, parce qu’il ne veut point que la ligne de défenfe foit au-delà de 140 toifes, qui eft la grande portée du moufquer, ni au-deflous de 120, pour ne pas multiplier les Battions, il commence par l’angle diminué qu’il trouve en ôtant 5?o dégrés de l’angle du polygone, & en ajoûtant ij au tiers du refte ; c’eft - à - dire, que fuppofé que l’angle du polygone foit de 120 dégrés, comme il Peft dans Phexagone, il en retranche po, ôc comme il lui en refte 30., il en prend le tiers qui eft 10, & en y ajoûtant 1 y , il a 2$ dégrés pour l’angle diminué de ce polygone ; ainfi cet angle eft de 15 dégrés dans le quarré, ôc augmente peu à peu dans les autres polygones , jufqu aux Battions qui fe font fur une ligne droite
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- où il fe trouve de 4 J dégrés. D’où il fuit que l’angle du Baftion eft au quarré de 60 degrés > au pentagone de 66, à l’hexagone de 70, augmentant toujours à mefure que les polygones augmentent, quoiqu’il ne monte à^o dégrés, que lorfque le Baftion eft conftruit fur une ligné droite.
- Soit donc AB le côté extérieur d’un hexagone, faites aux deux extrémités les deux angles diminués ABC, DAB, de 25 dégrés, Fig. PL 17. ce qui vous donnera les deux lignes de défenfe, que vous déterminerez en leur donnant à chacune les fept dixiémes du .côté extérieur; c eft - à - dire, qu’ayant divifé ce côté en dix parties, vous en donnerez fept à chaque ligne de défenfe, qui par conféquent aura 140 toifes dans la grande Fortification, & un peu moins de 120 dans la petite ; divifez les parties AO, BO des lignés de défenfe en deux également aux points E, H, ôc de ces points tirez les lignes EC, HD, aux extrémités C, D, ce qui vous donnera les faces Ôc les flancs, après quoi tirez la ligne CD, qui fera la Courtine.
- Pour rorillon ; prenez fur les flancs les parties El, HL, chacune de dix toifes, ôc donnez cinq ou fix toifes à la retraite que vous alignerez à l’angle du Baftion oppofé. Dans les grands polygones ôc dans les Battions qui fe font fur une ligne droite ,
- 1 Auteur donne jufqu’à vingt toifes, afin d’aggrandir par-là fa Courtine. Les trois plateformes qui font après la retraite del’o-rillon., font paralelles aux flancs, leurs parapets ont trois toifes, ôc leur terre-plein cinq. La plus baffe eft au-deffus du fond du foffé de neuf à douze pieds, la moyenne de dix-huit à vingt-quatre, Ôc la plufrhaute.de vingt-fept à trente-fix. La gorge du Baftion eft occupée en partie par un Cavalier, tel que la Figure le montre.
- Le foffé eft paralelle aux faces, ôc fa largeur eft égale à la longueur du flanc ; on met dans ce foffé à la pointe de chaque Baftion, ôc à la diftance de dix ou douze toifes de la contre - Éfc carpe, une contre-garde de maçonnerie large de quatre toifes, y compris fon parapet qui n’a que huit ou dix pieds, ôc contre-minée par - tout ; fa longueur eft terminée par le foffé de la demi-Lune.
- L’angle flanqué de la demi- Lune fe trouve en décrivant deux arcs des points E, H, pris pour centre, ôc de fintervalle EH, les faces font alignées à fix toifes au-deffus des angles d’épaule, & font terminées fur le prolongement du côté extérieur des con-
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- tre - gardes ; le foffé eft large de dix toifes, Ôc afin que ce foffé foit bien défendu, on prend fur la face du Baftion toute la partie qui découvre le foffé, ôc qui par conféquent eft de dix toifes , ôt l’on y fait deux Batteries, l’une baffe qui eft au niveau de la moyenne du flanc, ôc l’autre haute qui eft au niveau du Rempart. On fait de femblables Batteries fur les parties de la demi - Lune , qui découvrent le foffé de la contre-garde ; ôc afin que ces Batteries foient mieux couvertes , on met aux angles rentrans une petite demi-Lune, dont chaque côté a environ vingt toifes. Enfin on fait régner dans le milieu du grand foffé une cuvette large de fept ou huit toifes.
- S’il ne s’agiffoit pour rendre une Ville bien forte, que de mettre beaucoup de Canon fur les Remparts , il n’y auroit rien de mieux imaginé que cette Méthode, où chaque face eft défendue par quatre Batteries, dont chacune a $o, ôc même 60 Ôc 70 toifes de longueur ; mais comme un Tableau qui pécheroit contre les régies de la Peinture, ne devroit jamais être approuvé malgré l’éclat ôc la vivacité des couleurs qu’on auroit pu y employer, il ne faut pas non plus que cette prodigieufe augmentation de feux que ce deffein nous préfente d’abord, nous ébloüiffe ôc nous faffe fermer les yeux fur les défauts effentiels que l’on y trouve prefque à chaque pas, contre la maxime fondamentale de la Fortification.
- La contre-garde de maçonnerie, telle que l’Auteur la conf-truit, ne fçauroit réfifterlong-tems, parce que fon parapet n’a que huit ou dix pieds, Ôc qu’on n’a pas affez de place pour en fub-ftituer un autre de gabions ou de facs à terre, qui doit néceffaire-nient avoir trois toifes ôc demi pour réfifter au canon : cette contre-garde étant détruite, les flancs fe trouvent entièrement expofés aux Batteries de l’Ennemi, fans qu’on puiffe tirer en même - tems tous leurs Canons, parce que ces Places n’ont pas affez de profondeur pour empêcher que le feu des fupérieures ne brûle ceux qui font dans les inférieures ; d’ailleurs ces quatre Batteries font fi ferrées, que les bombes qu’on ménage fi peu aujourd’hui, en auraient bientôt fait un amphithéâtre ruiné, quifembleroit attirer l’Ennemi à l’affaut, par la facilité qu’il lui offrirait de monter.
- Les Batteries qui font fur les faces des Baftions Ôc des derni-Lunes, font fij/ettes aux mêmes défauts, ôc l’on peut encore chicaner cette Méthode fur l’angle flanqué, qui eft trop aigu dans la plupart des polygones, fur la cuvette féche qu’un Auteur
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- moderne appelle une vraye niche à Mineur ; malgré la caponiere que M. Blondel y met à l’angle rentrant, ôc fur plufieürs autres chofes dont il eft inutile de parler plus long- tems, non plus que de la dépenfe qui, toute énorme qu’elle eft, ne devroit point être un objet, fi la Fortification en valoir la peine, parce que, comme difent très-bien le Chevalier de Ville Ôc le Comte de Pagan, un Prince doit fermer les yeux ôc ouvrir la bourfe, dès qu’il s’agit de conferver une Place, d’où dépend prefque toujours la sûreté de fes Etats.
- METHODE ANONYME.
- II parut en 1689. un Livre intitulé : Nouvelle Maniéré de For-tifier les Places, tirée des Méthodes du Chevalier de Ville » du Comte de Pagan, & de M. de Vauban, avec des Remarques fur P Ordre renforcé, fur les Dejfeins du Capitaine Marchy, <& fur ceux de Mon--fieur Blondel. On y trouve des réflexions fi folides touchant ces maniérés de fortifier, qu’on eft étonné que l’Auteur n’ait point voulu mettre fon nom à la tête d’un Ouvrage, qui certainement lui auroit fait beaucoup d’honneur. C’eft fur ces réflexions qu’il fonde fa nouvelle Méthode, qui ne préfente d’abord, comme il l’avoue lui-même, que des pièces de rapport; mais qui par le choix ôc l’arrangement judicieux qu’il a fçû faire de ces pièces, augmente cependant beaucoup plus la force d’une Place que les Méthodes précédentes, ôc en diminue en même-tems la dépenfe. Il diftingue trois fortes de Fortifications: la Grande , la Moyenne, ôc la Petite, dans chacune defquelles la conftru&ion varie fi fort par rapport aux différens polygones, qu’il eft à propos avant de l’expliquer, de mettre ici une Table, où l’on voye d’un coup d’œil les différens rapports de ces pièces ; ce que l’Auteur, ce me femble, n’auroit pas dû négliger de faire, pour faciliter à fon Leôteur l’intelligence de fon Ouvrage.
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- . Grande Fortification. Moyenne. Petite.
- Poligor.es. IV. V. VI. VII. Les autres polygofies , au-deffusde l’eptagone , ont les mêmes dimen-lions que l’eptagone , IV. V. VI. VII. Les Polygones itU-defTus de l’eptagone i fuivent les dimenlions de ce dernier., excepté pour les demi-gorges qui fuiven. la réglé pré-dente. IV. V. L’Auteur ne veut point qu’on employé la petite fortification au-delàjdu pentagone, cependant fi on vouloit s’en fervir , on donnerait toujours au fianci4 toifes & l’on commence -roit à augmenter les demi - gor-ges à l’epta-gone, afin quelles faces ne devinf-fent pas trop petites.
- Cotes intérieurs* 130 toiles. 140 ISO 150 120 130 130 130 IIO IIO
- Demi- Gorges. iî 28 28 30 excepté pour les demi-gorges pour lef-quelles on ajoute au-tantde pieds à la cinquième partie du côté que l’angle du polygone a de degrés au-defius de ns- 120 2-S 26 26 20 22
- Flanc droit. Indé- termi- né. . 24 2-S Indé- termi- né. 24. 24 24 Indé- termi- né. 24
- Inclination du Flanc• 0 3 3 3 O 3 3 3 O 3
- Second Flanc. 0 12 14 Indé- termi- né. O 10 13 iî O 0
- Saillie droite de l’Orillon. 1 1 1 ï O 1 1 1 I 1
- Fri faite de l’Orilios jujba’à la CaJ'emate. ï 1 1 1 i O 1 1 1 O 1 .
- Retraite de la -Courtine j-tfçu’d la Cafi mate. 1 0 0 0 O 0 0 0 Q 0
- Cafemate, plstte. platte. ronde. ronde. platte. platte. platte. platte. platte. platte.
- Par le moyen de cette Table on peut facilement décrire, félon la Méthode de l’Auteur, tel polygone qu’on voudra, à l’exception du quarré pour lequel il a une conftru&ion particur licre dont nous parlerons bientôt.
- Suppofé donc que vous vouliez décrire un hexagone de là grande Fortification, vous trouverez dans la Table fous le chiffre Romain VI, qui marque l’hexagone, if o toifes pour le côté intérieur a, b9 de ce polygone,. Fig» 1. & 2» PL 18. & vingt-huit toifes pour chaque demi-gorge ; élevez fur les extrémités de la Courtine les flancs droits, à qui vous donnerez vingt - cinq
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- toifes, comme la Table le montre, il faut les faire d’abord perpendiculaires, tels que les flancs AB, CD, de la fécondé figure, qui reprefente un Baftion en grand, ôc enfuite vous les inclinerez en portant fuir la Courtine trois toifes de A en E, par où vous tirerez BE qui fera le véritable flanc ; la Table fait voir que cette inclinaifon eft égale dans tous les polygones, ôc qu’au quarré les flancs relient perpendiculaires. Portez fur la Courtine de côté ôc d’autre quatorze toifes pour le fécond flanc, ôc par les points cd, Fig. 1. où finifîent ces féconds flancs, tirez les lignes de défenfe, qui paflfant par l’extrémité des flancs droits , iront couper le rayon de la figure > ôc détermineront les faces ; ainfi tout fera fait. •
- Pour l’orillon, portez fur le flanc DH fept toifes de D en I, Fig. 2. PL 18. portez deux toifes ôc demi fur la face du Baftion oppofé, à commencer depuis l’angle flanqué, ôc par l’extrémité de ces deux toifes ôc demi, tirez une ligne indéfinie qui pafle par le point I, portez fur cette ligne une toife en dehors du flanc de I en F, c’eft ce que j’ai appellé dans la Table faillie droite de l’orillon; du point F tirez la ligne FD à l’angle d’épaule, ôc après avoir élevé une perpendiculaire fur le milieu de cette ligne, ôc une autre à l’extrémité de la face, vous décrirez l’arrondif-fement de l’orillon du centre O, où ces perpendiculaires fe coupent.
- Pour la Cafemate portez fur la ligne indéfinie que vous avez tirée de la face oppofée par le point I, une toife en - dedans du flanc de I en L, ôc des points L, H, intervalle LH , décrivez deux arcs en dehors, dont la fe&ion fera le centre de l’arron-diflfement de la Place baflfe, la partie IL eft ce que j’ai appellé dans la Table Retraite de l’orillon jufqu’à la Cafemate. La Place haute fe décrit par le même centre, ôc doit être éloignée de la baflfe de dix toifes ; elle eft terminée du côté de f orillon par la ligne indéfinie, mais on la fait rentrer dans la Place à quinze toifes au-delà de la retraite de la Courtine, ce qui fe fait en décrivant fur la ligne TV un triangle équilatéral VTP, ôc décrivant du fommet P l’arc TS, fur lequel on porte quinze toifes. La retraite de la Courtine fe trouve en tirant une ligne de l’angle d’épaule oppofé par le pied A du flanc perpendiculaire AB, jufqu’à ce quelle rencontre la Place haute en T.
- La feçonde Courtine eft éloignée de la première de fept toifes^ le coffre fe tire d’un angle d’épaule à l’angle d’épaule oppofé»
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- 78 ‘ t Le Parfait
- Pour la demi-Lune il faut porter fur les faces huit toifes depuis l’angle d’épaule jufqu’au point h, i, Fig. i. PL 18.ÔC après avoir divifé l’efpace h9i9 en huit parties, il faut décrire deux arcs des centres h, i, ôc d’un intervalle égal à fept de ces parties , ce qui donnera l’angle flanqué de la demi-Lune ; fes faces feront alignées aux points h, i ; fon folfé fera de douze toifes , Ôc fera défendu par une Batterie enfoncée fur la face du Baftion, à peu près femblable à celle de M. Blondel, fi ce n’efl qu’au lieu d’aligner la retraite ZX de cette Batterie à la contre-Efcarpe de la demi-Lune, Fig. 2. PL 18. l’Auteur l’aligne à trois pu quatre toifes au-delfous de Pangle flanqué, ce qui vaut beaucoup mieux, parce qu’il y a toujours par ee moyen un Canon caché dans cette Batterie que l’Ennemi ne peut pas découvrir. J’oubliois de dire que le Fofle de la Place eft de feize toifes à l’angle flanqué, ôc doit être aligné à l’angle d’épaule.
- Le petit réduit fe décrit en retranchant de la Courtine baffe dix toifes de chaque côtés pour la grande ôc moyenne Fortification, ôc cinq pour la petite, Fig. 1. PL 18. ôc décrivant en-fuite des extrémités s, r, intervalle sr9 deux arcs qui donneront l’angle flanqué du réduit, fes faces feront alignées aux points r, s.
- Les contre-gardes ont feize toifes de longueur. L’Auteur y forme à l’extrémité des faces une efpece de flanc, tel qu’on le voit dans la Figure 3. PL 18. où j’ai marqué toutes les dimenfions pour abréger le difcours ; la ligne AB doit être alignée à quatre toifes au-deffous de l’angle flanqué de la demi-Lune.
- Le Chemin couvert Ôc le Glacis fe font à l’ordinaire, ôc fi on vouloit mettre un avant'foffé, l’Auteur ne veut point qu’on le faffe à la maniéré ordinaire, tel que la Fig. 4. PL 3 8. le re-prefente, parce que l’Ennemi peut s’y retrancher après l’avoir îàigné ; mais il propofe de continuer le premier Glacis depuis le parapet A du Chemin couvert, jufqu’au pied B de la contre-Efcarpe du fécond Glacis, ce qui fans contredit vaut beaucoup mieux.
- Les Polygones de la grande Fortification depuis l’eptagone en haut, ôc ceux de la moyenne depuis l’oâogone ont l’angle flanqué droit. Fig. PL 18. L’Auteur décrit cet angle en tirant par l’extrémité des flancs une ligne droite fur laquelle il décrit un demi-cercle, ôc du milieu de la circonférence il tire les faces à l’extrémité des flancs ; ces faces étant prolongées, donnent
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- INGENIEUR F R A N Ç O I 7p
- Jfe fécond flanc fur la Courtine, ôc c’eft pourquoi dans la Table j’ai appellé ce flanc indéterminé, parce qu’au lieu que dans les autres polygones ce flanc détermine l’angle flanqué, dans ceux-ci au contraire, c’eft l’angle flanqué qui le détermine.
- Le retranchement des Battions fe fait comme celui de la Fig. 2. FL 18. ou il n’y a dans le befoin qu’à couper les terres qui font entre les lignes NZ, MY, ôc faire la même chofe fur l’autre face, pour n’avoir plus de communication avec la brèche.
- Pour conftruire le quarré, il faut donner aux demi-gorges le nombre de toifes qui eft marqué par la Table, ôc élever des perpendiculaires indéfinies à toutes les extrémités des Courtines, après quoi pour avoir par exemple, l’angle flanqué A, Fig. 6. PL 18. il faut joindre les extrémités BC, des deux Courtines par la ligne BC, fur laquelle on décrira le triangle équilatéral BAC, dont le fommet A fera l’angle flanqué, ôc les côtés B A , AC feront les lignes de défenfe, qui détermineront les faces Ôc les flancs que j’ai appellé dans la Table indéterminés, parce que l’Auteur ne les détermine point avant d’avoir tiré la ligne de défenfe , comme dans les autres polygones.
- Dans tous les quarrez, ôc dans le pentagone de la petite For* tîfication, la gorge du Baftion n’eft pas affez grande pour y faire un retranchement femblable à celui des autres polygones ; c’eft pourquoi l’Auteur y met un petit Baftion, dont la face eft défendue en ligne rafante par le flanc oppofé, comme on peut voir dans la Fig. 7. PL 18. Mais comme il faut pour cela que les parties E, F, de la Cafemate ôc du flanc haut foient ab-batues, ôc que la Courtine baffe, fi elle étoit conftruite comme dans les autres polygones, refteroit alors fans défenfe, il met cette .Courtine à la place de la grande, ôc retire la grande dans la Ville.
- Les Remparts ont huit toifes d’épaifleur, y compris le parapet qui a trois toifes aux Courtines ôc aux faces, aux places baffes ôc aux dehors, ôc vingt pieds aux flancs hauts. Le terre-plein du Baftion eft élevé au - deflus du niveau de la Campagne de trois toifes, ôc celui de la Courtine haute de deux. La Courtine baffe eft au niveau du Chemin couvert ; ôc le folié a deux toifes de profondeur. Le flanc bas eft élevé d’une toife au - deflus de la Campagne, ôc eft par conféquent plus haut de fix pieds que la Courtine baffe ; fon terre - plein eft féparé du flanc haut & de la Courtine retirée par un foffé de trois toifes, afin que les
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- 8o LeParfait
- bombes n’y faffent pas tant de ravages, on laiffe une petite coupure entre le flanc bas & la retraite de la Courtine haute, pour pouvoir defcendre dans la Courtine baffe. Les dehors font plus bas de trois pieds que la haute Courtine; le parapet du coffre eft élevé de quatre pieds au - deffus du fond du foffé.
- La haute Courtine, les Batteries enfoncées fur les faces des Baftions & le réduit, ne font point revêtus, ce qui diminue beaucoup la dépenfe.
- On ne fqauroit difconvenir que cette Méthode ne foit très-judicieufement inventée ; toutes les pièces y font bien flanquées, les défenfes ne font ni trop obliques, ni trop ouvertes ; fes flancs y font d’une grandeur raifonnable , & ont même l’avantage d’augmenter beaucoup le feu par leur prolongement du côté dé la Place ; ce qui fait qu’on peut les regarder comme des flancs rafans, fes Cafemates ont toute l’utilité que Pon peut attendre de ces fortes de pièces, fans être fujettes aux ravages des bombes, à caufe du foffé qui les fépare de la place haute ; & fi l’Auteur met une foffé braye, ce n’eft que devant la Courtine que l’Ennemi n’attaque gueres, encore l’employe - t’il bien moins en vue d’augmenter la force de la Place, que pour éviter la dépenfe d’un grand revêtement. Tous ces avantages n’empêchent cependant pas que cette Méthode n’ait encore de grands défauts , aufquels il faudroit néceffairement remédier avant de le mettre en ufage. Ses Baftions font trop élevés au-deffus des dehors, qui font tout au moins quinze pieds plus bas, ce qui les expofe trop au feu des Ennemis ; fes Cafemates font encore trop élevées par rapport au flanc haut qui ne domine que de deux toiles, les Batteries enfoncées dans les faces, facilitent beaucoup la brèche. Enfin l’Auteur auroit bien mieux fait d’aggrandir fes flancs en dehors en les mettant à défenfe rafante, que de les prolonger en-dedans de la Place, où leur feu incommode beaucoup une grande partie de la Courtine ; aufli avoue-t’il lui-même qu’il n’a pas fuivi en cela fon inclination, & que s’il n’avoit voulu éviter l’augmentation des frais qui rebute bien des gens, il auroit préféré les deux deffeins qu’il donne à la fin de fon Livre, & dont nous allons voir la conftru&ion. Je n’ai rien dit de la différence de fes Cafemates qu’il fait plattes ou rondes, félon qu’il, a befoin du terrein, parce que la Table fait affez voir dans quels polygones il les employé ; j’ajouterai feulement qu’il voudroit qu’on diftribuât les rues d’une nouvelle Place à
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- Ingénieur François. 81
- peu près de la maniéré qu’on les voit dans la Fig. u PI. 18. en forte que les maifons formaffent devant chaque Baftion une tenaille ou un Ouvrage à corne, couvert d’une demi-Lune, afin de pouvoir s’y retrancher ; mais je doute fort qu’on veuille jamais aflujettir toute une Ville aux incommodités d’une telle difpofition pour un avantage qui, dans le fond eft fi petit, & fur lequel il eft bien rare qu’on ofe fe fier.
- SECONDE METHODE ANONYME.
- L’Auteur n’ayant propofé cette Méthode & la fuivante que Comme des fimples projets, n’en a donné la cônftru&ion que fur un o&ogone, fans l’expliquer même entièrement; mais il feroit facile de l’appliquer à toutes fortes de polygones en fui-vant fon idée ; & pour la conftru&ion la voici telle que j’ai pû. l’imaginer, ôc qui s’accorde cependant très - bien avec ce qu’il en dit.
- Tirez la ligne ab indéfinie du côté du point b, faites au point a l’angle bao de 67 dégrés ~ qui eft la moitié de l’angle de l’o&ogone, Fig. 8. PL 18. faites encore au même point a l’angle diminué b ad de trente-deux dégrés ôc demi, afin que le demi-angle du Baftion foit de trente-cinq, ôc par conféquent l’angle entier de 70 ; donnez à la ligne de défenfe a d 1 $o toifes, ôc à la face ac 42 ; du point d tirez une ligne indéfinie ôc pa-ralelle à la ligne ab, &c mettant la pointe du compas àl’extrê-inité c de la face, décrivez un arc de l’ouverture de y 8 toifes, jufqu’à ce qu’il coupe la derniere ligne que vous venez de tirer au point », que vous joindrez au point c par une ligne droite qui fera le flanc, ôc qui aura par conféquent y 8 toifes. Enfuite du milieu de la Courtine ndt élevez une perpendiculaire jufqu’à ce quelle coupe la ligne de défenfe au point h, par lequel ÔC par le point » vous tirerez l’autre ligne de défenfe n b à qui vous donnerez aufli ijo toifes de » en b. Vous prendrez fur cette ligne la face de l’autre Baftion, ôc de fon extrémité vous tirerez le flanc à l’extrémité d de la Courtine. Après quoi pour trouver le centre du polygone, vous continuerez la perpendiculaire que vous avez élevée fur le milieu de la Courtine , jufqu’à cç qu’elle coupe le rayon ao au point 0, qui fera le centre par lequel vous décrirez un cercle, ôc vous porterez fur fa circonférence le côté ab huit fois.
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- $2 * Le Parfait
- II ne fera pas difficile après cela de faire la même conftruc-tion fur les autres côtés ; car il n y aura quà tirer du centre a une ligne perpendiculaire o i fur le milieu de ces côtés , ôc faire la partie o s de cette perpendiculaire égale à la ligne oh, àc tirez, enfuite par le point s ôc par les extrémités du côté extérieur les lignes de défenfe, à chacune defquelles vous donnerez cent cinquante toifes, ôc vous achèverez le refte comme ci-deflus.
- Le flanc c9 n, doit être divifé en deux parties, dont là première tn a vingt-cinq toifes, ôc la fécondé cy t, en a 33. Du pied d du flanc oppofé on tire une ligne d t, qui allant aboutir fur le rayon de la figure, donne la face du Baftion intérieur. Les Cafemates Ôc les flancs hauts de ce Baftion font circulaires ; mais celles du Baftion extérieur font en ligne droite ; il y a toujours un foffé large de trois toifes entre les places hautes ôc les places baffes. Devant la Cafemate du Baftion intérieur on fait un petit flanc convexe, plus bas d’une toife que la Cafemate, ôc qui ne fert que pour la moufqueterie.
- Le foffé fe décrit en tirant d’abord une ligne de l’angle a du Baftion à l’angle d’épaule oppofé, ôc tirant enfuite une ligne paralelle à la face ac9 ôc éloignée de cette face de feize toifes, jufqu’à ce quelle rencontre la première au point u ; ce foffé eft profond de quatre toifes, depuis l’angle d’épaule t du Baftion intérieur jufqu’à la contre - Efcarpe, ôc va en talus vers la Courtine , où fa profondeur fe réduit à une toife. On met une capo-niere depuis l’angle d’épaule d’un Baftion intérieur, jufqu’à l’angle d’épaule de l’autre ; les faces du Baftion extérieur font élevées de deux toifes au-deffus du niveau de la campagne, ôc parconfé-quent de fîx au-deffus du fond du foffé, le Baftion intérieur a trois toifes au-deffus de Phorizon. Le flanc bas du Baftion extérieur eft deux toifes plus haut que le fond du foffé, ôc le flanc haut Peft de quatre, le refte du Baftion entre les flancs hauts , eft au niveau de la place baffe, afin qu’en cas debefoin, on pût couper la place haute qui n’a que quatre toifes ôc demi depaiffeur, ôc Séparer par-là entièrement le Baftion intérieur..
- L’Ouvrage qui régné le long de la contre - Efcarpe, ôc que PAuteur appelle une fauffe braye, a fes flancs longs de vingt-cinq toifes, Ôc fa ligne de défenfe ne doit jamais être au-deffus de t $o toifes. Le foffé de cet Ouvrage doit être de douze toifes devant les faces a les trois demi-Lunes ôc le refte de cette conf* tm&ion fe conçoivent facilement en voyant la figure..
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- Cette Fortification confidérée en elle-même, ôc dépouillée des circonftances qui la rendent prefque impoflible dans la pratique, feroit excellente, fi l’Auteur au lieu de creufer un fofle fi profond, ôc de bailler fes dehors, les avoit au contraire élevés, à l’exemple de M. de Vauban ; en forte que la Place dont les dehors n’ont point befoin pour leur défenfe, eut été prefque entièrement couverte. Par-là l’Ennemi après s’être épuifé pour emporter ces Ouvrages, dont la réfiftance n’auroit certainement pas été moindre que celle des meilleures Places, fe feroit vu obligé de recommencer fur nouveaux frais un Siège encore plus pénible, ne pouvant fe placer que fur des ruines enfilées de tous côtés, Ôc où il auroit eu bien de la peine à fe retrancher. ‘Cependant fi l’on confidére la dépenfe excefiive de cette Fortification , ôc le nombre de Soldats qu’il faudroit y mettre pour la garder, furtout fi on avoit à faire, comme il arrive prefque toujours à des Habitans intéreffés ôc mutins qui fe mettent peu en peine d’obéïr à un Prince plutôt qu’à un autre, pourvu que la Bombe n’endommage pas leurs maifons, on verra bientôt qu’il ne faudroit que deux ou trois Places bâties~de la forte pour épuifer entièrement les coffres d’un Roy, ôc dépeupler fon Royaume. Ileft vrai qu’un Prince ne doit point épargner les frais dans ces fortes d?occafions, parce qu’il perdroit beaucoup plus en perdant fes Places ; mais aufli ces fraisj demandent beaucoup de prudence, ôc ne doivent jamais le mettre hors d’état de tenir une bonne Armée en Campagne , en l’obligeant d’enfermer le plus grand nombre de fes troupes.
- Le fecret de la Fortification ne confifte donc point à multiplier les Ouvrages ; car autrement il n’y auroit qu’à faire plufieurs enceintes les unes plus fortes que les autres ; mais à les difpofer de telle forte , qu’on foit en état de faire une défenfe vigoureufe avec un petit nombre de troupes qui ne diminue pas confidé-rablement celles qu’on doit avoir en Campagne pour faire tête ài’Ënnemi, ôc c’eft ce qu’on trouve dans les Syftêmes de M. de Vauban, beaucoup mieux que dans tous les autres.
- TROISIEME . METHODE ANONYME.
- Cette troifiéme Méthode ne différé de la fécondé, par rapport au Corps de la Place, quen ce que les faces font plus longues, ôc les flancs moins inclinés, Fig. 1. & 2. PI. 19. Pour la conf-
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- 84 Le Parfait
- tru&ion, faites les mêmes angles que dans la précédente, ôc après avoir donné 150 toifes à la ligne de défenfe, ôc tiré la ligne indéfinie BC, Fis;. 2. tirez une autre ligne indéfinie SP en-dedans de la Place, ôc paralelle à la ligne BC à la diftance de fix toifes. Enfuite portez $ 6 toifes fur la ligne de défenfe de A en D, pour la face du Baftion, prenez 5*8 toifes avec le compas, ôc mettant une pointe en D, décrivez de l’autre un arc qui coupera la ligne SP en S, où vous tirerez le flanc DS, ce flanc coupera la ligne indéfinie CB au point C ; ainfi vous diviferez la longueur CB en deux également au point L, Ôc vous y éleverez la perpendiculaire LHE, qui coupera la ligne de défenfe en H. Du point C par le point H vous tirerez l’autre ligne de défenfe , ôc vous achèverez le relie comme dans la Méthode précédente.
- Sa grande demi-Lune fe décrit comme dans la première Méthode ; la fécondé a fes faces alignées à l’orillon du Baftion extérieur, ôc celles du réduit font alignées à l’orillon du Baftion intérieur.
- L’angle flanqué de la contre - garde extérieure, eft éloigné de 70 toifes de l’angle flanqué du Baftion extérieur. Ses faces font alignées fur la contre - Efcarpe de la demi-Lune, à trente toifes de l’angle flanqué. Cet Ouvrage n’a point de foflfé.
- Quoique cette Fortification paroifîe beaucoup plus fimple que la précédente; cependant, fi onia confidere de près, on verra que la dépenfe n’y eft gueres moindre à caufe de fes doubles contre - gardes, ôc qu’elle demande à peu près la même gar-nifon, furtout fi on veut éviter les furprifes qui peuvent arriver facilement du côté de ces Ouvragés, à qui l’Auteur a très-mal-à - propos retranché le foflfé. D’ailleurs la grandeur de ces contre-gardes, jointe à leur continuité avec le Chemin couvert, offre un vafte terrein à l’Ennemi, dont il peut s’approcher fans beaucoup de peine, en ruinant les défenfes des demi-Lunes, ôc où il peut enfuite fe retrancher facilement, au grand dommage de la Place. Je ne voudrois pas non plus que l’Auteur préfentât tout d’un coup aux yeux de l’Ennemi toutes les forces de la Place dans une efpece d’amphithéatre, dont les pièces les plus hautes font même trop relevées, ce grand étalage ne fert qu’à avertir l’Afliégeant de redoubler fes Batteries dont la violence ne laiflfe rien fubfifter, au lieu qu’en fe réfervant, comme on dit, une poire pour la foif, on pourroit l’arrêter davantage , ôc lui donner même beaucoup de peine. Ses Battions intérieurs fe^
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- Ingénieur François. roient, par exemple, très-bons pour cela, s’il les avoit baillés au lieu de les relever, ôc s’il les avoit couvert davantage, en prolongeant l’orillon des Baftions extérieurs ; car alors les faces des Battions n’auroient pu être battues que du Rempart des Baftions extérieurs, qui n’a pas beaucoup de terrein, Ôc où bailleurs l’Ennemi n’auroit pû monter du Canon qu’avec une extrême fatigue, à caufe de la grande profondeur du fofle.
- J’ai oublié de dire qu’au lieu du terre-plein de la Courtine balfe ôc des Cafemates, l’Auteur propofe un Canal plein d’eau où l’on metteroit des Batteries fur des Batteaux couverts en dos d’âne, afin que les bombes ne les endommagealfent point ; l’expédient , quoique nouveau, ne laifle pas que d’être fort ingénieux, ôc l’Auteur ne rencontre pas tout-à-fait fi jufte, lorfqu’il ajoute que l’eau de ce Canal ferviroit à noyer le folfé, quand l’Ennemi feroit fur la brèche; on ne fe perfuade pas aifément qu’un Folfé profond de quatre toifes, ôc large de feize devant les faces du Baftion, puiffe être inondé par une fi petite quantité d’eau.
- METHODE DU COMTE DE PA GH N*
- Le Comte de Pagan fortifie en - dedans, Ôc diftingue trois fortes de Fortifications ; la grande, la moyenne, ôc la petite, Fig, 3. & 4. PL ip. Le côté extérieur de la grande eft de 200 toifes; celui de la moyenne eft de 180, ôc celui de la petite de 160, Il commence par élever fur le milieu du côté extérieur ôc en-dedans une perpendiculaire, à qui il donne toujours 30 toifes pour tous les polygones qui font au-déifias du quarré; ôc après avoir fait palfer les lignes de défenfe par l’extrémité de cette perpendiculaire, il prend fur ces lignes foixante toifes pour chaque face de la grande Fortification, $$ pour celles de la moyenne, 5*0 pour celles de la petite, ôc de l’extrémité de ces faces il tire des perpendiculaires fur les lignes de défenfe op~ pofées, ce qui détermine la Courtine ôc les flancs. Mais ces régies , ôc furtout la perpendiculaire, varient un peu pour les quarrez, comme on va voir dans cette Table.
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- Grande Fortification. Moyenne. Petite.
- Pour les Quarrez. Pour tous les autres Polygones. Pour les Quarrez. Pour tous les autres Polygones. Pour les Quarrez. Pour tous les autres Polygones.
- Coté extérieur. 200 toifes 200 toifes 180 toifes 180 toifes 160 toiles 160. toifes
- Perpendiculaire. *7 3° 24 30 21 3°
- Face. 60 <30 SS SS 4S S°
- Flanc. 22 2410. 2 pi. IP to. 1 pi. *4 l8to* 3 pi. 23 to. 2 pi.
- Courtine. 73 to. 2 pi. 70 to. s pi. 6 3 to. 4pi. 6oto. 4pi. 63 to.ypi. J O to. 4 pi.
- Ligne de défenfe. 141 to. 4 pi. 1 141 to. 2 pi. Ilé.o. 1 pi. 126 to. s pi. 1151°. S pi. II2to.3 pi.
- Après ce que je viens de dire , il n’y a qu’à jetter les yeux fur cette Table ôc fur les Fig. 3. & 4. de la PL 19. pour tracer facilement le premier trait de toutes fortes de Polygones félon cette Méthode.
- L’orillon que l’Auteur fait plat, eft toujours égal à la moitié-du flanc ; là retraite de la Courtine fe prend fur le prolongement de la ligne de défenfe, ôc celle de l’orillon lui eft paralelle. Les trois places de chaque flanc, c’eft-à-dire, la haute ôc les deux Cafemates, ont deux toifes d’élévation les unes au-defliis des autres ; ôc leur terre - plein -y compris le parapet, eft de fept toifes dans le quarré delà grande Fortification, dans le quarté ôc le pentagone de la moyenne, Ôc dans le quarré, le pentagone, ôc l’hexagone de la petite. Mais dans les autres, les Remparts des Cafemates ont huit toifes, quoique ceux de la Place n’en ayent que fept.
- Dans tous les quarrez, ôc dans le pentagone de la petite Fortification , la Cafemate la plus baffe fe décrit fur la ligne du flanc haut, qui a quatorze toifes de longueur. Dans les autres polygones la première Cafemate eft enfoncée de cinq toifes, ôc les deux autres Places ont quinze toifes de longueur.
- Dans tous les polygones, on tire de l’extrémité des places hautes des lignes paralelles aux faces des Baftions, ce qui donne un Baftion intérieur, ôc l’on fait entre les faces de ces deux Baftions un foffé fec pour diminuer l’effet des mines.
- Le foffé de la Place a feize toifes de largeur devant les faces aufquelles il eft paralelle ; fa profondeur eft de trois. La hauteur
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- des Remparts eft de fix toifes au - defTus du fond du foffé ; celle du Baftion extérieur eft la même.
- Les dehors que l’Auteur appelle des grandes contre - Efcarpes, ont deux fortes de difpofttions. La première confifte en un double ravelin Ôc une contre-garde. Les demi-gorges du grand ravelin ont trente toifes chacune, ôc les faces cinquante; celles du fécond en font éloignés de quinze, ôcleur font paralelles; on fait un petit foffé entre ces deux ravelins. Le foffé du grand a douze toifes, la contre-garde a neuf ou dix toifes d’épaiffeür, ôc fon foffé eft femblable à celui du ravelin..
- La fécondé difpofition des dehors confifte en deux contre-gardes qui fe joignent par une Courtine brifée, à l’extrémité de laquelle on éleve deux flancs, Fig. 4. PL ip. Pour la décrire, il faut donner vingt-cinq toifes de largeur aux contre-gardes, ôc après avoir continué leurs faces jufqu’à ce qu’elles coupent la contre - Efcarpe aux points A ôc B, il faut porter fur ces lignes de A en C, & de B en D, dix - fept toifes pour l’épaiffeur des trois Cafemates, & élever aux points D & C,, les flancs perpendiculaires. Les Remparts de ces dehors ôc des précédens, ont fept toifes d’épaiffeür, ôc le refte du terrein eft occupé par des Fauxbourgs. La hauteur de ces deux fortes de dehors eft de quatre toifes au-deffus du fond de leur foffé, qui n’a que deux toifes de profondeur ; ce qui fait que les Remparts de la Place ne font élevez que d’une toife au - deffus. Le Chemin couvert a quatre toifes de largeur, ôc le refte s’acheve à la maniéré ordinaire.
- Les grands avantages que cette Méthode a fur toutes celles qui avoient paru jufqu’alors, lui ont attiré grand nombre d’admirateurs , qui l’ont même regardée comme la meilleure maniéré de fortifier, Ôc il n’a fallu rien moins que le fyftême de M. de Vauban pour en diminuer la réputation. En effet, la maniéré de décrire les flancs, qui vaut beaucoup mieux que celle dont on fe fervoit autrefois ; les doubles Baftions par lefquels P Auteur a prétendu rendre les mines inutiles, les Fauxbourgs où l’on peut enfermer grand nombre de perfonnes ôc d’animaux néceffaires, mais embarraffans dans une Place attaquée , Ôc qui n’ont pas befoin pour être à couvert, d’un Ouvrage à corne ou a couronne, dont on fe trouve quelquefois fi mal; enfin fes demi-Lunes retranchées, ont quelque chofe de fi éblc.u’ffant, furtout quand on n*a rien vu de mieux, qu’il eft très facile, pour peu qu’on s’y laiffe furprendre, de ne pas s’appercevok
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- 88 Lë Parfait
- li-tôt des défauts de cette Fortification, quoiqu’elle en ait de fort confidérables. Ses flancs, dont la défenfe eft entièrement dire&e, paroiflent d’abord avoir la meilleure dilpofition qu’on puifle leur donner ; mais comme il ne s’agit point ici d’une exactitude Géométrique, & qu’il eft d’ailleurs d’une grande importance de conferver le plus que l’on peut ces parties, qui font les feules dont on puifle fe fervir pour flanquer la brèche., ôc défendre le paflage du fofle ; ils n’en auroient pas été moins bons , s’ils avoient été un peu inclinés, comme M. de Vauban les a faits, & l’Ennemi n’auroit pas eu l’avantage de les battre fur un Il large front. Ses orillons font d’une largeur démefurée , ôc dérobent inutilement quatre ou cinq toifes de largeur, où l’on pourroit mettre deux canons de plus. Les Cafemates n’ont point aflez de profondeur des unes aux autres pour pouvoir tirer tout à la fois , ôc font outre cela trop étroites. Ces fortes de pièces, dit très-bien l’Auteur des Méthodes anonymes, ne font bonnes que pour la montre ôc le divertiflement des Bombardiers, qui ont le plaifir de voir porter tous leurs coups. Mais on peut croire en cela que M. de Pagan les auroit corrigées lui-même, s’il avoit vû de fon tems la profufion ôc l’adrefle avec laquelle on jette les bombes aujourd’hui. Le Baftion intérieur n’eft flanqué que par les Cafemates, qui ne fçauroient empêcher que le Mineur ne s’attache à l’angle d’épaule. Enfin la Courtine brifée de fes féconds dehors, laifle leurs flancs fans défenfe, ôc les Faux-bourgs que l’Auteur y met, donnent un moyen facile à l’Ennemi de s’y retrancher. Au refte, je ne prétens pas dans les jugemens que je porte de cette Méthode ôc des autres, en relever tous les défauts ; j’en pafle beaucoup fous filence pour n’être pas trop long, ôc il peut fort bien fe faire qu’il en échappe beaucoup d’autres à mes lumières ; mais il me fuffit d’en marquer les plus eflentiels, pour faire voir que c eft avec raifon qu’on donne la préférence aux lyftêmes de M. de Vauban. Ce n’eft pas que je
- Î>enfe que cesfyftêmes foientfi parfaits, qu’on ne puifle abfo-ument y ajouter quelque chofe de mieux, il n’eft rien dans ce monde dont le tems ôc l’ufage ne découvrent les défauts ; mais il eft jufte aufli de s’en tenir à ce qui eft bon jufqu’à ce qu’on ait rencontré mieux, ôc l'on doit prendre garde furtout, que l’amour de la nouveauté ne nous fafle donner dans des idées chimériques, telle qu’eft la Méthode dont nous allons parler.
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- Qu’un Auteur Moderne préféré à celle de Neuf-Brifach.
- Je ne nommerai point l’Auteur de cette Méthode, parce qu’il eft encore en vie. Quelques ridicules que puiflent être les découvertes d’un homme qui a cru fervir le Public par fon travail, on doit toujours lui fçavoir gré de fa bonne intention ; & s’il faut relever fes bévues, de peur que quelqu’un ne s’y laifle fur-prendre, il faut du moins ménager fa perfonne, de peur de paroître ingrat, d’autant mieux qu’un mauvais Ouvrage, s’il ne perfe&ionne pas l’efprit par la fcience, nous fait du moins ouvrir les yeux fur le danger qu’il y a de nous fier trop legerement à nos propres lumières.
- L’Auteur affe&e d’abord dans fon Livre de ne parler de M. de Vauban qu’avec les éloges les plus pompeux. Il a été, dit-il, (Ingénieur de /’Europe le plus fuivi & le plus eftimé. Sa mémoire
- fera éternellement chere à la France...Neuf - Brifach eft la
- faille de ï Europe la mieux fortifiée .Tout efi fi bien propor-
- tionné dans cette Place , quon y reconnoît aifement le haut ff avoir de /’Ingénieur qui en a donné le Plan. Que pouvoit - il dire ÔC penfer de plus avantageux pour ce grand homme ! & qui ne croiroit après ces beaux difcours, qu’il ne fe fit honneur d’en fuivre inviolablement les régies ? Cependant il n’en conclut rien moins que cela, & ce langage en apparence fi flateur pour M. de Vauban, ne tend enfin qu’à vouloir relever davantage fon nouveau fyftême, où il prétend qu’on ne fçauroit reprendre ce qu’il croit devoir blâmer dans Neuf-Brifach ; c’eft-à-dire, le nombre des Ouvrages extérieurs pour lefquels il faut, dit-il, une Garde d autant plus grande , quils font détachés les uns des autres. Son Chemin couvert garni de traverfes & de Places dé Armes, dont il fe flatte d’avoir fait connoître le défavantage, & enfin les femmes immenfes que cette Fortification a coûtée, fans être, ajoute - t’il, d’une plus grande défenfe quune Ville qui feroit bâtie félon cette nouvelle Méthode. Aflurément l’Auteur ne fe fert pas mal de l’art de louer les autres pour fe combler lui - même d’éloges, qui dans le fond ne feroient point outrés, fi fes promefles étoient véritables ; l’aveuglement funefte touchant les Fortifications où eft encore aujourd’hui toute l’Europe, quoiqu’elle foit la partie
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- du Monde la plus éclairée, feroit enfin par-là heureufement guéri ; les ridicules préventions qui nous font regarder l’Auteur du Neuf - Brifach comme le plus grand Ingénieur qui ait paru, ne nous entretiendroientplus dans l’erreur, nos plus grandes Villes fe fortifieroient avec peu de dépenfe, & feroient cependant incomparablement plus fortes que par aucune des Méthodes pratiquées juf qtià prefent. Les importions qu’un Prince eft fouvent contraint ae mettre fur fes Sujets pour défendre fon Royaume, feroient par conféquent moins grandes , ôc nous mettroient plus à couvert des attaques de l’Ennemi. Tant d’avantages mériteroient certainement bien que nous fiffions tous nos efforts pour rendre étemelle la mémoire de celui qui nous les auroit procuré, au préjudice même de celle de M. de Vauban. Mais malheureu-fement nous n’en fommes pas encore réduits là ; ôc le nouveau fyftême, bien loin d’affoiblir nos anciens préjugés, ne femble même avoir été inventé que pour les fortifier davantage. C’eft ce qu’il ne fera pas difficile de prouver, quand nous aurons vit le détail de fa conftrudion.
- Sa maniéré de fortifier eft la même depuis le quarré jufqu’au dodécagone, Fig. i. PL 20. Le côté extérieur de fa grande enceinte eft toujours de 200 toifes , la perpendiculaire élevée fur le milieu ôc en- dedans, en. a toujours 27. Les lignes de défenfe paffent par Pextrêmité de cette perpendiculaire ; les faces ont 60 toifes chacune, ôc les flancs fe forment comme ceux de M. de Vauban; c’eft-à-dire, en portant le compas depuis l’extrémité de l’autre, ôc décrivant des arcs jufqu’à ce qu’ils coupent les lignes de défenfe oppofées, ce qui détermine en même*tems la Courtine.
- L’orillon eft le tiers du flanc ; fa retraite eft alignée au point oit les deux lignes de défenfe fe coupent. La Cafemate eft reculée de cinq toifes du côté de l’orillon, ôc va fe terminer à 3’extrêmité de la Courtine, ce qui rend le flanc auffi ouvert que celui de M. Pagan ; le terre - plein de la Cafemate eft de huit toifes, y compris le parapet qui en a trois. Ce terre - plein eft au niveau de la Campagne.. Les Remparts des Courtines ôc des Baftions ont neuf pieds au-deffus de l’horizon, ôc quinze toifes d’épaiffeur, y compris le parapet qui en a fix.
- Le Rempart du Cavalier eft fix pieds plus haut que celui du Baftion ; fa conftru&ion fe fait en prolongeant les lignes de défenfe ôc celle de la retraite de l’orillon, jufqu’à ce quelles cou-
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- jpent la capitale du Baftion, on prend fur le prolongement des lignes de défenfe quinze toifes pour chaque demi-gorge, ôc fur le prolongement de la retraite de l’orillon vingt toifes pour chaque face, ce qui détermine les flancs.
- Le foflfé a vingt - cinq toifes de largeur devant les faces. Sa profondeur eft de trois toifes au pied de la contre - Efcarpe, 6c de deux au pied de l’Efcarpe.
- Devant la Courtine on met une tenaille qui en eft éloigné de cinq toifes. Elle eft compofie de deux faces brifées, de deux petits flancs ôt d’une Courtine. La première partie de la face fe fait en tirant une ligne de l’extrémité de la Courtine à l’angle rentrant de la contre - Efcarpe ; cette ligne fera déterminée par une autre qu’on tirera de la fécondé embrazure de la Cafemate à l’angle flanqué du Baftion oppofé, ôt celle-ci fera déterminée par la rencontre de la ligne de défenfe. A l’extrémité de cette derniere partie de la face, on tirera le flanc perpendiculaire à la Courtine, ôt long de cinq toifes, ôc faifant la même chofe de l’autre côté, on aura toute la tenaille.
- Quand le fofle eft fec, l’Auteur fait autour des faces une faufle braye qui a fix toifes de largeur, ôc dont le parapet eft en glacis jufqu’à la contre - Efcarpe. Cette faufle braye fe termine a une Place d’Armes en forme de demi-Lune enterrée, dont les faces fe forment fur des lignes tirées des extrémités de la Courtine à l’angle rentrant de la contre - Efcarpe, comme on peut voir dans la Fig. i. PL 20. Mais files foflfés étoient pleins d’eau, il n’y auroit que la tenaille.
- Le Chemin couvert a douze toifes de largeur, il n’y a ni Places d’Armes , ni traverfes ; mais feulement un réduit dans 1 angle rentrant, dont les demi-gorges ont chacune quinze toifes , les flancs font perpendiculaires à la contre - Efcarpe, Ôc . ont douze toifes de longueur ; des extrémités de la Courtine ÔC par celle des flancs on tire les faces. Les flancs n’ont qu’un Ample parapet d’une toife ôc demi d’épaiflfeur, ôc battenfode niveau le Chemin couvert ; les faces ont un Rempart de fept pieds de hauteur ôc un parapet par - defîus, pour pouvoir tirer fur le glacis ôc dans la campagne. On peut placer du canon Ôc de la moufqueterie dans le réduit.
- Le glacis a neuf pieds de hauteur fur l’horizon, c’eft-à-dire autant que le Rempart de la Place, ôc il faudrott l’élever davantage , li ce Rempart étoit plus haut. Son étendue dans la
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- 5)2 Le Parfait
- campagne cft de i oo toifes fur i $ pieds de pente ; en forte qu’à Ion extrémité il fe trouve plus bas de fix pieds que.le niveau de la campagne, ce qui donne un fécond chemin couvert. A tous les angles fàilians il y a de petites demi - Lunes où l’on peut placer quelques pièces de canon. A ces mêmes angles ôc du côté du Chemin couvert, il y a des grandes Places d’Armes qu’on conftruit en mettant une pointe du compas fur l’angle Taillant du Chemin couvert, ôc décrivant un demi-cercle à l’ouverture de 50 toifes. On porte fur cet arc de part ôc d’autre 50 toifes pour les faces, ôc les flancs font alignés à 3 o toifes de l’angle Taillant ; les faces font enterrées de fix pieds.
- Si l’on pouvoit avoir une eau vive ôc rapide, l’Auteur feroit creufer le folfé de la Place deux toifes de plus, l’eau entreroit par l’angle faillant du glacis à quinze ou vingt toifes de chaque côté de cet angle, ôc iroit à l’angle du Baftion où feroient deux batardeaux ou digues, avec une Eclufe pour inonder la Campagne , s’il fe pouvoit, ou du moins pour faire paffer l’eau félon le befoin d’un côté du folfé, plutôt que d’un autre ; outre cela il feroit un folfé profond au pied du glacis pour pouvoir y mettre de l’eau à la difpolition de la Place quand les Ennemis auroient palfé ce folfé, ce qui, félon lui, les renfermeroit entre le camp ôc la .Ville, ôc les expoferoit ou à être taillés en pièces, ou à fe noyer.
- Pour rendre le palfage de ce folfé plus difficile, il formeroit des Baftions furl’Efcarpe, dont la conftru&ion qu’il ne donne point, pourroit fe faire ainfi. On prendroit fur les lignes extérieures du glacis 60 toifes pour les faces 5 les flancs fe feroient en mettant les pointes du compas fur les extrémités des deux faces ^ ôc décrivant des arcs fur lefquels on porteroit la grandeur des flancs de la Place ; enfuite on tireroit la Courtine que l’on continueroit de part ôc d’autre, jufqu’à ce quelle rencontrât les rayons prolongés du polygone j on diviferoit cette ligne en trois parties, ôc fur les deux points de divifion on tireroit des lignes en-dedans, qui feroient du côté du Baftion un angle de 100 dégrés, Ôc qui feroient terminées par le prolongement des faces j ce qui détermineroit la Courtine retirée ; enfuite des angles des flancs on tireroit aux extrémités de cette Courtine des lignes qui détermineroient les autres Courtines , ôc les petits flancs retirés.
- Tout ce que nous avons dit jufquici ne regarde que l’enceinte extérieure j mais comme l’Auteur n’a pas crû que c’en fût
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- afifez pouf fendre fa Place beaucoup plus forte que les autres , ou du moins, pour en convaincre, comme il dit lui-même, les perfonnes les plus dtjficultueujes, & éviter toutes les oppositions quon lui pourroit faire, il ajoute une fécondé enceinte en-dedans qui fe conftruit ainfi.
- On prend vingt - cinq toifes fur le rayon, depuis l’angle faillant formé par les côtés intérieurs des Remparts de la première enceinte. Delà on tire une ligne paralelle à la Courtine, ôc onia divife en trois parties égales. Enfuite on retranche fur les vingt-cinq toifes prifes fur le rayon, cinq toifes pour le foffé, ôc l’on tire de ces points les lignes de défenfe aux fécondés divifions de la paralelle. On prend quinze toifes pour les faces à l’extrémité defquelles on tire en-dedans des lignes-de fix toiles de longueur, ôc qui font avec les faces un angle obtus que l’Auteur ne détermine point, mais qu’on peut mettre à cent dégrés ; enfuite par les points de divifion de la paralelle on mene en-dehors des lignes qui font aulfi un angle de cent dégrés ; mais du côté oppofé, ces lignes font coupées par d’autres, que l’on tire depuis l’angle d’un flanc jufqu’à la fécondé divifion oppofée, ce qui détermine la Courtine retirée, les deux autres Courtines & les deux petits flancs. Voyez la Fig. i. PL 20.
- Le Rempart a fix toifes d’épaifleur à la Courtine retirée , ôc eft enfuite tiré fur la même ligne ; fa hauteur eft de trois pieds au - deffus de l’enceinte extérieure ; le parapet n’a que neuf pieds d epaiffeur. Il y a des Batteries baffes aux petits flancs de la Courtine ôc dans les petites tours , de même qu’à Neuf-Brifach, Le folTé aura fix pieds d’eau, fi l’on peut.
- J’oubliois de dire que l’Auteur ajoute le long du Chemin couvert, un foûterrein voûté, dé trois pieds de largeur, Ôc cinq pieds de hauteur, qui a plufieurs rameaux, avec des chambres pour des mines, par lefquelles il prétend faire fauter l’Ennemi quand il s’approchera des paliffades.
- Telle eft la belle Méthode que l’Auteur veut envain nous faire regarder comme le moyen le plus sûr d’augmenter les forces d’une Place ôc d’en diminuer les dépenfes, ôc la Garnifon qu’il faut y employer. S’il n’eft pas facile de fe perfuader que deux enceintes plus grandes que celle de Neuf-Brifach, environnées de trois foflfés extrêmement larges ôc profonds, ôc d’un glacis de cent toifes contreminé prefque par-tout, puilfent fe faire à peu de frais, il eft encore plus difficile de croire quon puiffe
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- 54 LeParfaît
- employer une petite Garnifon pour garder un parapet aulïï étendu que celui du fécond Chemin couvert, des grandes Places d’Ar-mes ôc des redoutes fur le glacis, un Chemin couvert extrêmement large, des réduits aux angles rentrans, des demi-Lunes enterrées , des faufles brayes, des tenailles, ôc deux enceintes, dont l’intérieure demande un nombre de foldats capables de contenir les Habitans, ôc dont Textérieure, quoique la plus importante , eft cependant fi fujette aux furprifes par le peu de hauteur de fes Cafemates. Il eft vrai que toutes les pièces de cette fécondé enceinte fe communiquent les unes aux autres ; mais elles ne font en cela que plus défe&ueufes ; car fi l’Ennemi ayant une fois furpris ou emporté l’une de ces pièces, feignoit de vouloir s’étendre ôc profiter du terrein, l’Affiegé feroit obligé d’attirer à fon fecours la plupart des troupes qui feroient dans les autres, ce qui pourroit occafionner des nouvelles furprifes, à moins qu’on n'eut dans la Place un nombre prodigieux de Soldats , par le moyen defquels on ne fut jamais obligé de dégarnir ces fortes de polies. J’ai pris cette remarque dans le Livre même de l’Auteur, ôc je fuis étonné que s’en étant fervi pour décrire les dehors détachés, il n’aye pas pris garde qu’on pou-voit l’employer beaucoup mieux contre les liens. PalTons-lui cependant ces deux articles où il s’eft peut-être trompé, ôc qui tout considérables qu’ils font, n’empêchent pas qu’on ne fe Servît d’un fyftême qui augmenteroit beaucoup la force , du moins dans une Place qui feroit de la derniere importance. Ce qui me rend fort contre la Critique, dit l’Auteur dans une Lettre qui eft à la fin de fon Livre, cyefi quon ne peut maccufer de n avoir
- point obfervè les maximes de la Fortification.& que les
- hauteurs, longueurs & largeurs de tous les Ouvrages ont des proportions fi exactes, que je les crois au-deffus de la critique réguliere; voilà déjà bien du fafte rabbattu, il ne s’agit donc plus de fe mettre au-delfus de M. de Vauban par un fyftême d’une plus grande force, Ôc qui eoûtêroit moins d’argent ôc de Soldats ; mais feulement de foutenir que ce fyftême eft conforme aux bonnes réglés. Cependant il réüfliroit dans ce point encore moins que dans les autres, ôc je ne crois point qu’il perfuade jamais à qui que ce foit, qu’un avant-foffé où l’Ennemi peut facilement fe retrancher par le moyen de quelques digues Ôc de quelques coupures,fans que l’Affiegé ofe trop s’approcher, malgré le parapet qui ne l’empêche point d’êrre enfilé de toutes - parts, qu’un
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- glacis dont la longueur Ôc l’enfoncement facilite à l’Ennemi le moyen d’éventer les mines > que des grandes Places d’Armes, qui font pour ainfi dire, autant de Batteries à bombes toutes faites pour l’Afllégeant, malgré fes redoutes ou demi-Lunes, dont on fçait fi bien venir à bout en les prenant par derrière ; qu’un Chemin couvert fans traverfe, ôc où l’on n’a de reffource que dans un réduit pointu, qu’une volée de Canon eft capable de mettre en poudre ; qu’une fauffe braye devant les' faces ou l’enfilade eft encore plus dangereufe que les débris du revêtement ; que des flancs perpendiculaires à la ligne de défenfe , & trop expofés aux Batteries de l’Ennemi 5 que fes Cafemates où l’on ne (çauroit tenir contre le feu du flanc haut, parce qu’il n’y a que neuf pieds de profondeur; que fes tenailles, dont une partie de la face ne défend rien; enfin que le parapet de fon enceinte intérieure qui n’a que neuf pieds d’épaiffeur , foient des Ouvrages conftruits félonies maximes d’une bonne Fortification. Qu’il ne s’en prenne donc point, comme il fait dans fa Lettre, contre l’horreur qu’on a pour la nouveauté. Defiartes, dont il cite l’exemple, ôc M. de Vauban, ont bienfait connottre que la raifon 'eft de tout âge, ôc ont changé notre horreur en admiration ; qu’il fafle aufli-bien qu’eux, s’il veut avoir le même fort, ôc qu’il propofe modeftement fes Ouvrages, fans déchirer impitoyablement des perfonnes dont la fcience a toujours été infiniment au-defïus de la Tienne. Je dis impitoyablement; car il n’y a qu’à voir la critique peu jufte qu’il fait des Places d’Armes ôc des tra-verfes du Chemin couvert, pour être tenté de croire qu’il a voulu fe dédommager des grandes louanges qu’il avoit prodiguées àM. de Vauban. Si on l’en croit, dès que l’Ennemi aura une fois fauté dans une de ces Places d’Armes, les Afliégés ne pourront fe fauver qu’un à un, ôc en tumulte par le paflage des traverfes , ce qui en expofera plufieurs à être tués ; l’Afllégeant n’aura plus qu’à fe retrancher du côté des gorges, ôc fe fervir du revêtement de la contre - Efcarpe comme d’un parapet, il fera même maître du Chemin couvert de côté ôc d’autreà la faveur des banquettes des deux traverfes ; enfin l’Afliegé ne fçauroit le chafler de ce pofte, parce qu’il ne peut faire un front de troupes aflez confidérables pour tenir tête à l’Ennemi, ÔC encore moins le forcer dans fa Place d’Armes couverte detra-yerfes. Voilà dans peu de mots bien des bévues contre les notons mêmes les plus communes de la Fortification» De quelles
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- Places d’Armes veut-il donc parler ici?.Eft«ce de celles de l’angle Taillant, ou de celles de l’angle rentrant ? Si c’eft des premières, comment ignore-1 il que leurs traverfes ont les banquettes en-dehors; ôc non pas en-dedans, comme celles des autres ? Ôc fi c’eft des fécondés, comment a - t’il oublié que l’Afliégeant ne les attaque ordinairement qu’après s’être rendu maître des autres ? ôc que par conféquent i’Afliegé ne pouvant plus fe tenir dans le refte du Chemin couvert, les traverfes de l’angle rentrant lui deviennent inutiles. D’ailleurs l’Ennemi n’eft pas fort emprelfé de placer fes canons fur cette Place d’Armes, & le feroit encore moins , s’il n’y avoit point de demi-Lune qui le couvrît en partie du feu de la Courtine, ainfi que l’Auteur le voudroit ; Ôc tout le monde fçait bien qu’on pofte les Batteries fur l’angle Taillant pour détruire le flanc op-pofé, ôc pouvoir enfuite jetter commodément le pont vers la brèche de la face. Ce qu’il obje&e contre les traverîes n’eft pas mieux fondé que ce qu’il dit contre les Places d’Armes i un petit nombre de ceux qui abandonnent le pofte y periflent, parce que le paflage eft trop étroit ; donc il faut abfolument condamner cet Ouvrage, & expofer tout le Chemin couvert à une enfilade contre laquelle on ne fçauroit tenir. Quelle conféquence quand même on ne pourroit remédier à ce défaut ? cependant rien de fi facile, ôc je fuis étonné qu’un homme capable de faire un fyftême, ne puifîe pas deviner qu’il n’y a qu’à faire un pont autour de la traverfe du côté du fofîe, pour faire évanouir cet inconvénient qui l’embarrafloit fi fort. Enfin fi l’Ennemi peut mettre une Batterie dans nos Places d’Armes, ôc fe couvrir du revêtement de la contre-Efcarpe; du moins ce n’eft qu’en cet endroit, ôc le refte du Chemin couvert ne fçauroit luifervir à cet ufage, au lieu que félon Ton fyftême, l’Ennemi trouve par - tout un efpace de douze toifes, où il peut étendre tant qu’il voudra fes Batteries, les couvrir d’un parapet même de cinq toifes fans craindre de fe refferrer, ôc élever facilement des deux côtés des traverfes qui lui formeroient une Place d’Armes où il feroit tout aufli difficile de le forcer que dans les autres, d’autant plus qu’il fe défendroit fur un front aufli large que celui fur lequel on voudroit l’attaquer. Mais en voilà afîez lur un fyftême qui certainement ne fera jamais fortune, ôc qu’on pourroit ap-peller Fortification à rebours, beaucoup mieux ôc dans unfens plus véritable que celui dont nous allons parler.
- METHODE
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- METHODE
- de la Fortification a Rebours.
- Donato Roflfetti Chanoine de Livourne, Profefleur de Mathématique dans l’Académie de Piémont, Ôc Mathématicien du Duc de Savoye, eft l’Auteur de cette Méthode qu’il fit paroître en 1678. en Dialogues Italiens. Il y a beaucoup de génie dans fan Livre, & l’on y trouve des remarques fi judicieufés touchant les Fortifications, furtout pour le tems auquel il a écrit, qu’il eft étonnant qu’on ne l’aye pas traduit en notre Langue, comme on a fait de tant d’autres, qui certainement ne valent pas celui-ci. L’Auteur intitule fon Syftême, Fortificazione a Rovefcw, c’eft-à-dire, Fortification à Rebours, tant parce que l’angle rentrant de la contre - Efcarpe eft vis-à-vis l’angle flanqué, ce qui eft: le contraire des autres fyftêmes, que parce qu’il prétend qu’on doit l’attaquer à rebours des autres, comme nous dirons ci-, après.
- Pour fa conftruêlion, fuppofons un o&ogone dont le côté in* térieur AB foit de 108 toiles, Fig. 2. PL 20. Après avoir prolongé les rayons indéfiniment, ôc élevé fur le milieu des côtés des perpendiculaires indéfinies en-dehors. On divife le côté AB en fix parties égales, dont on en donne une à chaque demi-gorge , les flancs font perpendiculaires à la Courtine, ôc égaux à la fixiéme partie du côté intérieur. Les lignes de défenfe font toujours rafantes, ôc déterminent les faces. Sur les deux extrémités de la Courtine on prend douze toifes de C en E, ôc de D en F, ôc l’on éleve des perpendiculaires jufqu’à ce qu’elles coupent les lignes de défenfes, ce qui donne les flancs bas avec leurs faces.
- On prend fur l’extrémité des faces fupérieures depuis l’angle d’épaule, trois toifes, ôc mettant les pointes du compas l’une au point S, ôc l’autre au point T, on décrit des arcs en-dehors qui donnent le fommet de la demi-Lune, fes faces font alignées aux points S, T, ôc ont trente toifes chacune. Après avoir fait de même fur tous les côtés du polygone, on tire de l’extrémité R de la face d’une des demi-Lunes la ligne RQP, qui paflfant par l’angle flanqué de l’autre, fe termine au point P , où elle rencontre le prolongement de la ligne de défenfe du Baftion
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- oppofé. On prend enfuite fur la Courtine la partie EV de fix toifes,' ôt après avoir tiré le côté extérieur delà Figure, on mene la ligne VP qui coupe le côté extérieur au point N; d’où l’on tire une ligne à l’extrémité de la face de la demi-Lune, ce qui en détermine le flanc. Il n’y a qu’à prendre la diflance du point N à la perpendiculaire élevée fur le milieu delà Courtine, ôc porter çette diflance de l’autre côté pour avoir le point d’où on doit tirer l’autre flanc, Ôc par ce moyen on aura tous les flancs des demi-Lunes.
- Du point P on tire la ligne PM à l’angle d’épaule delà demi-Lune oppofée; & fl on la prolonge de l’autre côté vers X, elle coupera la perpendiculaire tirée fur le milieu de la Courtine aii point X, de forte qu’il n’y a qu’à porter fur tous les rayons prolongés la diflance ZH depuis l’angle des Baflions en-dehors , ôt la diflance XQ fur toutes les perpendiculaires depuis l’angle flanqué des demi-Lunes, ôc tirer enfuite des lignes qui paffant par l’extrémité de ces diflances, donneront le contour de la contre - Efcarpe.
- Le Chemin couvert eft d’environ cinq toifes ; mais la largeur du glacis aux angles rentrans eft égale à la longueur du flanc bas, Ôc elle eft double aux angles faillans ; ce que l’Auteur a fait afin que les faces duBaftion puffent rafer ce glacis de tous côtés. Quelquefois il prolonge ce glacis jufqu’à ce qu’il foit plus bas de fix pieds que le niveau de la Campagne, ôc c’eft ce qu’il appelle le fécond glacis, dont on voit le profil dans la Fig. 4. Planche 20. ôc après ce glacis il ajoute un fécond Chemin couvert LH.
- La hauteur des faces ôc des flancs hauts, y compris celle des parapets, eft de fix toifes au-deffus du niveau de la Campagne; ôc celle des faces baffes, des flancs bas ôc de la Courtine, n’eft que de la moitié. Le foffé a trois parties différentes, que l’Auteur nomme foffé fec, foffé guayable, ôc foffé profond. Voyez, la Fig. 4. PL 20.
- . La contre - Efcarpe a trois toifes de profondeur au - deffous du uiveau de la Campagne. Sur ce niveau on prend de A en B dix-huit toifes ; ôc après avoir partagé la ligne AB en deux également au point C, on tire des perpendiculaires BE, CF, dont la première BE eft terminée par le niveau de l’eau ; la fécondé CF defcend quatre ou cinq pieds plus bas, ôt l’on tire enfuite la ligne OEFG, dont la partie OE eft le foffé fec, la partie EE
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- eft le foffé guayable , ôc la partie FG eft le foffé profond. Il n’importe pas que la ligne OEFG foit en ligne droite ou non, ce qui peut arriver félon le niveau de leau, ôc le pied de la contre-Efcarpe peut être creufé plus bas, jufqu’à ce quon ait huit ou neuf pieds d’eau tout au moins.
- Le Chemin couvert eft élevé d’une toife au -deffus de l’ho-rifon, Ôc la hauteur des demi - Lunes par-deflus le fond du foffé, eft d’environ quatre ou cinq toifes ôc demi. L’Auteur les joint aux faces fupérieures des Baftions par une muraille qu’il appelle Chemin des Rondes, parce qu’on peut paffer fur cette muraille pour faire la ronde dans les demi-Lunes. Il prétend par-là diminuer le nombre des fentinelles qu’il place feulement aux angles flanqués, ôc fe donner une place devant les Courtines pour y loger des troupes auxiliaires, qu’il ne pourroit loger dans la Ville, outre que les déferteurs ne trouveroient pas fi facilement le moyen de s’évader ; mais en cas d’un Siège, il fer oit abbattre fes murailles du côté des attaques, afin quelles nem-pêchaffent point la défenfe des flancs bas.
- Il ajoute dans le fofTé fec deux fauffes bs%yes, dont la Fig. y. P/. 20. fait voir le profil. La première qui eft. la plus proche du fofTé guayable, eft enfoncée en terre à fix pieds de profondeur, ôc Ta largeur eft de trois toifes. La fécondé qui eft au niveau du foffé fec, eft éloigné de trois toifes de la pointe du Baftion, & eft couverte d’un parapet formé par les terres qu’on a tiré de la première. Enfin l’Auteur propofe un retranchement dans la demi-Lune, tel qu’on le voit dans la Figure 2. à la demi-Lune Y ; mais ce retranchement ne fe feroit que dans le befoin, ôc Ton employeroit pour fes faces les terres que l’on ôteroit aux flancs.
- Sa conftruétiôn varie dans les autres polygones, par rapport aux différentes dimenfions, comme on verra dans la Table que j’ajouterai ici pour les Curieux, ôc dans la maniéré de décrire le quarré, que j’expliquerai en peu de mots, après avoir rapporté ici les différens noms que l’Auteur donne aux lignes dont il fe fert,
- La ligne CE s’appelle l’aile du Baftion. La hauteur de fon Rempart eft double de celle de la Courtine, Fig. 2. PL 20.
- La ligne EV s’appelle aile de la Courtine, parce qu elle découvre le point de l’aggreffeur.
- La ligne RQ s’appelle ligne fixe, parce qu elle fe tire toujours
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- de la même maniéré dans tous les polygones, excepte dans le quarré, où l’on ne pourroit la tirer de la même maniéré , comme la Fig. 3.. le fait voir*
- . Le prolongement QP de cette ligne, s’appelle la ligne directrice , elle ne le termine pas toujours comme ici, au prolongement de la ligne de défenfe , parce que le fofle deviendroit quelquefois trop étroit devant la pointe des demi-Lunes; mais l’Auteur la détermine félon les occafions, ce que la Table montrera.
- La ligne PHK s’appelle ligne variante, parce qu’elle n’eft pas toujours la même que la ligne de défenfe, comme nous venons de dire, & qu’elle fe termine tantôt à l’angle du flanc, tantôt plus bas vers la Courtine, & tantôt plus haut félon les dif-férens polygones.
- La ligne PV s’appelle la troisième concurrente, parce quelle concourt avec la ligne PR, & la ligne PK.
- Le point P s’appelle le point de faggrefleur, parce que l’Auteur prétend que c’eft-là où l’Afliégeant doit faire fon pont pour le fofle. Enfin la ligne MZP s’appelle la terminante, parce qu’on trouve le contour de la contre - Efearpe par fon moyem
- J’oubliois de dire que pour tracer dans le plan la ligne qui marque l’extrémité intérieure du fofle fec, il faut divifer ladif* tance Z H en deux également, & enfuite du point P élever une perpendiculaire PI fur la ligne PK, & faire cette perpendiculaire égale à la longueur du flanc bas, après quoi le refte fera facile à faire, Fig. 2. PL 20. Je dirai aufli que l’Auteur arrondit la? moitié du flanc haut jufqu’à la Courtine, & qu’il tire la partie du flanc bas qui eft coupée par la ligne de défenfe vers l’extrémité V de l’aile de la Courtine.
- Dans le. quarré on ne fçauroit tirer la plupart de ces lignes de la. même maniéré, parce que les demi-Lunes font entière** ment cachées les unes aux autres , c’eft pourquoi voici la conf-truâion-, Fig. 3, PL 20. Le côté intérieur eft de 10B toifes, les. demi-gorges enont quinze chacune, les flancs hauts quinze) lies lignes de défenfe font rafantes. L’aîle du Baftion a quinze toifes.. Celle de la Courtine fix. L’angle flanqué de la demi-Lune fe trouve comme ci-deflùs. Ses faces ont trente toifes chacune.. Après, quoi on prend à l’extrémité de la face du Baftion trois toifes depuis l’angle flanqué, ôt fondre la ligne fixe AB-, fa le prolongement de laquelle on prend kvingfc-deux toifes
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- pour la ligne dire&rice BC. La terminante fe trouve en portant fur le prolongement du rayon de la Figure, vingt-une toifes de E en F, ôc tirant la ligne FC, le refte s'achèvera comme nous avons dit ci - deflus. Les fauffes brayes fe feront comme on voit dans la Figure. Il ne faut pas s’embarrafler de la ligne variante , dont l’Auteur ne s’eft fervi que pour faire voir le plus ou moins de feu que l’aggrefleur doit effuyer félon les différens polygones-Voici la Table dont j’ai parlé-
- Poügones. IV. V. VI. VII. vin IX. X. XI. XII.
- Côté intérieur. 108 102 108 108 108 108 108
- Demi-Gorge• 1 S 12 12 15 18 18 18 18 18
- jiijle du Billion. 1S 12 I? 12 12 12 1 12 12
- jiijte de la Courtine. 6 6 6 6 6 6 6 1 « 6
- Face de la demi - Lune. 30 24 27 28 I 30 30 30 1 3° 30
- Ligne directrice. 22| 22Î *si 24 1 23 22|
- Rien ne fait tant voir le génie ôc la capacité de FAuteur que la fimplicité de fon fyftême qui ne demande ni de grandes dépenfes * ni une forte garnifon, ôc qui oppofe cependant autantôc même plus de feu à l’Ennemi, que la plûpart des Méthodes les plus compofées. On pourroit de même louer l’invention de fes foliés * où l’on trouve tout-à-la fois l’avantage de Peau ôc du terrein , fans qu’il en cotise plus pour les conftruire, qu?il n’en coûte pour les foliés ordinaires, Padreffe avec laquelle il éleve fes murailles furie niveau de la campagne, de forte pourtant que l’Ennemi nen découvre le pied que lorfqu’il eft lur la contre - Efcarpe ; fes demi-Lunes vuides où l’Afliégeant ne Içauroitfe loger làn3 avoir beaucoup àfouffrir du côté de la Place, fes faulfes brayes éxemptes d’enfilade, ôc très - bien poftées pour défendre le paC* fage du foffé; enfin les défenfes râlantes qu’il employé, malgré la prévention générale des Italiens pour les féconds flancs-*, quoiqu?en cela je fuis moins étonné qu’il fe foit élevé au - deffus des préjugés de là Nation, que de voir encore aujourd’hui.des François qui veulent faire revivre ces pièces, après routes les démonftrations qu’on leur a fait de leurs défavantages,. Ceux qui
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- entendent l’Italien, trouveront dans fon Livre grand nombre
- d’autres bonnes chofes quii eft inutile de rapporter ici.
- Cependant il me femble que l’Auteur fait deux fuppofitions d’autant plus intéreffantes pour fon Syftême, qu’il en perd la moitié de fa force, Il elles fe trouvent fauffes. La première eft que l’Ennemi étant arrivé au point P, qu’il appelle le point de l’aggrelfeur y doit encore elfuyer tout le feu de la face haute ôc baffe, des ailes du Baftion ôc de la Courtine, de la face d’une demi - Lune, du flanc de l’autre, ôc des deux flancs du Baftion; la fécondé, que l’Ennemi doit néceffaire'ment choiflr ce point pour fe loger fur la contre-Efcarpe, préférablement à tout autre. Je ne m’arrêterai pas à réfuter la première qui eft évidemment fauflfe par elle-même, puifque tout le monde fçait que l’Aflié-geant ne s’avance ordinairement jufqu’à la contre-Efcarpe, qu’après avoir éteint tous les feux qu’il a pû découvrir de plus loin, ôc que rien n’empêche dans ce fyftême qu’il n’ait détruit de la campagne les faces hautes du Baftion, celles des demi-Lunes, ôc l’aile du Baftion. La fécondé paroît plus véritable, parce qu’effeêtivement on ne peut battre les flancs du Baftion K, que par ce point, ôc qu’il faut même dans ce fyftême, avant de paffer le folfé pour monter à la brèche H , dreffer une autre Batterie au point oppofé pour battrelé Baftion B, & le flanc N de la demi - Lune, qui défendent le paflage du foffé ; mais comme dans ces fuppofitions chacune de ces Batteries auroient à effuyer tout - à - la fois les feux des flancs, tant du Baftion que de la demi-Lune oppofce ; je ne vois point pourquoi l’Ennemi ne pourroit pas auparavant fe fervir des faces de la Place d’Armes de l’angle rentrant, ôc y faire par des coupures au glacis qui lui ferviroient d’épaulemens, deux Batteries croifées qui détruiroient les flancs des demi-Lunes; après quoi on les tranfporreroit aux points de l’aggrelfeur ; on pourroit même, ôc ceci vaudroit mieux, couper d’abord le glacis à ces mêmes points, en forte qu’on fût à couvert des flancs du Baftion, ôc après avoir battu en enfilade les flancs de là demi-Lune, tourner enfuite fes Batteries vers ceux de la Place. Je ne difconviens point que ce ne foit un grand avantage dans cette Méthode d’oppofer toujours au paflage du foffé les flancs de deux Battions, mais je crois que cet avantage eft extrêmement diminué par quantité d’autres défauts, qui font pour la plupart, inévitables dans cette conftruêtion. Les angles de fes demi - Lunes font trop aigus, ôc ceux des Battions trop
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- ouverts , ce qui facilite la brèche, comme nous avons dit ailleurs, fes flancs perpendiculaires obligent à faire des embrazures extrêmement obliques, qui diminuent beaucoup la force des nierions, les flancs bas n’ont pas afîez de profondeur par rapports aux flancs hauts, les uns & les autres font fort fujets à l’enfilade, pour peu qu’on abbatte du parapet des faces qui les couvrent, ce qui ne feroit point arrivé, fi l’Auteur y avoit mis un orillon. Enfin fes murailles élevées au niveau de la campagne, font fort commodes pour le Mineur, qui pafle facilement par-deffous, fur-tout s’il peut fe gliffer dans la première fauffe braye.
- PREMIERE METHODE DE M. COËHORN.
- Féu M. Minno Baron de Coëhorn , étoit tout à la fois Général de l’Artillerie, Lieutenant Général de l’Infanterie, Dire&eur Général des Fortifications des Provinces - Unies, Gouverneur de la Flandre ôc des Forterefles fur l’Efcaut; ôc l’on peut dire à fon honneur, que fon profond fçavoir joint à une longue expérience, le mettoient au-deflus de tous ces grands Emplois. Ce fçavant Homme s’étant apperçû que quelques dépenfes que l’on fit pour revêtir le Rempart d’une Ville de Guerre, le Canon avoit bientôt tout détruit, ôc que fouvent après bien du tems , des peines ôc des frais employés pour la fortifier, il ne falioit que quinze jours ou trois femaines à l’Ennemi pour s’en rendre le maître, imagina trois différens Syftêmes qui cachent entièrement les murailles aux Batteries, ôc où il met tant de chicanes à chaque pas, qu’il prétend, non pas à la vérité rendre fes Places abfo-lument imprenables, mais du moins en vendre bien cher la conquête à ceux qui oferont les attaquer. La feule infpe&ion de fes plans frappe d’abord, Ôc donne la curiofité de voir fon Livre ; mais à peine s’eft-on engagé dans cette le&ure, qu’on y trouve tant de maniérés obfcures de parler, qui viennent peut-être de la part du Tradu&eur peu verfé dans la langue, fi peu d’éclair-ciffemens touchant les conftru&ions que l’Auteur ne fe donne pas la peine de détailler, tant d’affeétation de cacher fa maniéré de faire les revêremens, Ôc les chicanes qu’il pourroit ajoûter dans fes Ouvrages, un détail fi ennuyeux de la défenfe qu’on peut oppofer, félon les différentes attaques qu’on feroit à fes Places , ôc enfin des paralelles fi longs de fes fyftêmes avec ceux de M. de Vauban, dont il fait peu de cas, qu’on n’a ni le cour
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- rage, ni la patience de parcourir cet Ouvrage jufqu’au bout; C’eft ce qui eft arrivé à d’habiles gens qui m’en ont parlé, & ce qui me feroit arrivé auffi, ü je n’avois entrepris de rapporter les Méthodes des différens Auteurs, afin qu’on voye par les défauts qu’on y découvre, fi c’eft par pure prévention que nous préférons celle de M. de Vauban à toutes les autres. J’ai donc lu Ôc relu, malgré mon dégoût, la nouvelle Fortification de M. de Coëhorn, de peur que mon filence ne fit croire à quelqu’un qu’on ne pouvoit y trouver des défauts, ôc après avoir comparé ôc rapproché plusieurs fois les différens endroits de fon Livre, dont j’ai pu tirer quelque éclairciffement ; j’ai enfin découvert fes conftru&ions ôc fes profils , que je tâcherai de développer en peu de mots, & le plus clairement que je pourrai.
- Par fon premier fyftême il fortifie un hexagone dont le côté intérieur eft de ifo toifes, ôc dont il füppofe que le niveau de la Campagne n’eft que de quatre pieds au - deffus du niveau de l’eau, comme on le trouve dans beaucoup d’endroits des Provinces-Unies. Il faut bien prendre garde a ce point, parce que c’eft fur cela qu’il a réglé tous fes profils.
- Suppofé donc que vous ayez à fortifier un femblable hexagone, Fig-i i. PL 21. divifez le côté intérieur AB en deux également au point C, portez trente -fix toifes de C enD, ôc tout autant de C en E, pour avoir la Courtine DE de 72 toifes, Faites à chaque extrémité de cette Courtine les angles diminués DEH, EDM de 27 dégrés par les lignes DM, EH, qui feront les deux lignes de défenfe. Faites la même chofe fur les autres côtés, ôc tirez les lignes des gorges tels que EL, aux extrémités de laquelle vous prendrez quatorze toifes de E en R, & de L en S, menez enfuite la ligne OP paralelle à la ligne de défenfe, ôc éloignée de vingt-trois toifes en-dedans. Donnez quarante-une toife à cette ligne OP pour la face haute du Baftion, Ôc tirez le flanc haut OR, que vous arrondirez à la maniéré ordinaire ; faifant de même par-tout ailleurs, vous aurez le contour intérieur de la Place,
- Divifez l’efpace qui eft entre la face haute ôc la ligne de défenfe en deux parties , dont l’une qui aura feize toifes, marquera le foffé fec, ôc l’autre qui en aura fept, fera la face baffe, dont le Rempart eft compofé d’un parapet ôc d’une banquette, ôc d’un petit terre-plein qui n’a que cinq pieds de largeur ; la I011* g.ueur de cette face baffe eft de 7 6 toifes.
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- Pour l’orillon, Ployez la Fig. 2. P/. 21, Prolongez la face baffe, 8t donnez au prolongement AB huit toifes; ou huit toifes {, tirez la ligne AC perpendiculaire à l’extrémité de la face baffe & en - dedans du foffé fec, donnez dix-neuf toifes à cette ligne. Sur le point C Ôc en-dehors du foffé fec, élevez la perpendiculaire CE de quatre toifes. Prenez fur CA cinq toifes-de C en F, élevez la perpendiculaire FH d’environ quatorze toifes, Ôc après avoir tiré la ligne HE, arrondiffez la diftance HB à la maniéré ordinaire, c’eft * à - dire, par un triangle équilatéral. Continuez la ligne EC vers le foffé fec jufqu’à quatre toifes, ôc faites - y trois embrazures, dont l’Auteur prétend fe fervir pour tirer fur l’Ennemi, quand il fe fera rendu maître de la face baffe, ôc qu’il voudra s’avancer vers la Tour par le moyen de la gallerie foûterraine qui régné le long de cette face. De Pextrêmité I de cette ligne, tirez une autre perpendiculaire de quatre toifes, qui ira aboutir à Pangle d’épaule duBaftion intérieur, vous ferez vers les deux bouts de cette ligne deux portes avec des Ponts-levis pour communiquer dans le foffé fec; Ôc dans l’entre-deux des portes il y aura deux embrazures pour enfiler ce foffé. Devant ces portes ôc devant le côté F de la Tour, vous mettrez un foffé plein d’eau, large de fix toifes. La Tour a une Batterie foûterreine de fix pièces de Canon, ôc par-deffus eft une platte-forme,'dont le parapet eft large au fômmet de vingt - quatre pieds aux côtés BA, BH, ôc de feize aux autres. Les voûtes des foûterreins font couvertes de fix pieds de terre contre la bombe.
- Après ce que nous venons de dire, on comprendra facilement par la Fig. 1. PI. 21. comment il faut décrire le flanc moyen qui aboutit à l’extrémité de la Courtine. Son terre-plein, fans compter le parapet ni la banquette, n’eft que de dix pieds de largeur ; mais en tems de guerre l’Auteur l’élargit jufqu’à vingt-quatre , par un plancher de bonnes poutres, afin d’y pouvoir tirer le Canon. On verra les hauteurs ôc les revêtemens de toutes les pièces dans la Table que je donnerai ci-deffous en parlant des profils. Entre le flanc moyen ôc le flanc haut, on fera un foffé fec y qui de même que tous les autres qui font dans cette conf-truétion, ne fera que d’un demi-pied au-deffus du niveau de l’eau, afin que l’Ennemi ne puiffepas s’y retrancher; en-dehors du flanc moyen eft un foffé plein d’eau, large de fix toifes.
- Pour la tenaille div.ifez en deux également la partie MN de la ligne de défenfe, comprife depuis l’angle d’épaule M, juft
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- quà celui de la tenaille N ; divifez de même en deux également la partie ND de cette même ligne, comprife depuis l'angle de la Courtine. Faites la même choie fur l’autre ligne de défenfe* ôc tirez des lignes droites des divifions de l’une aux divifions de l’autre , ce qui vous donnera les faces, les flancs ôc la Courtine, brifée de la tenaille, dont le terre - plein n’eft large que de quatre pieds i entre la tenaille ôc la Courtine on fait un folié fec.
- Le grand folié a vingt-quatre toifes de largeur devant les faces aufquelles il eft paralelle ; fa profondeur eft de treize pieds à l’Efcarpe ; de quatorze vers le milieu, ôc de douze à la contre-Efcarpe.
- Les demi-gorges duravelin intérieur ont environ vingt-huit à vingt-neuf toifes chacune, ôc leur faces quarante - cinq. Son terre-plein, fans compter le parapet, eft de quinze pieds ; mais, à l’angle flanqué il^eft de vingt-quatre fur vingt toifes de longueur. Tout autour de ce ravelin on fait un folié fec de feize toifes de largeur, ôc enfuite un fécond Rempart que l’Auteur nomme face balle , ôc dont le terre-plein, y compris la banquette , n’a que huit pieds de largeur.
- Le terrein renfermé dans le ravelin eft plus haut de lix ou fept pieds que le folié fec. On arrondit l’angle des gorges, ôc fur lei milieu de l’arrondillement on fait une eaponiere faite en triangle,-maçonnée Ôc couverte de bonnes poutres, chargées de trois pieds de terre; la muraille eft élevée de huit pieds par-deffus: les poutres, ce qui donne un parapet pour la terralfe que l’Auteur appelle bonnette. Devant cette eaponiere on fait un folié-fec paliffadé qui fe joint aux Remparts. On met encore des pa-lillades depuis la eaponiere jufqu’au grand folié, pour faciliter la retraite des afliégés. J’ai marqué ces paliffades par des points , il en faut mettre aulïi dans les foliés fecs autour des faces des. Ouvrages.
- Dans le fofle fec qui eft entre là face haute ôc la face bafîe du:i ravelin, on fait à fix toifes du grand folié un coffre haut de quatre: pieds par-deffus l’horizon, il eft couvert de planches, fur lequel on met un pied ôc demi de terre. On y fait des créneaux, de diftance en diftance pour la moufqueterie, ce qu’il faut ob-ferver de même dans la eaponiere ôc dans les autres Ouvrages de cette nature. Derrière le coffre du côté du grand folié, on; fait deux banquettes , afin de. pouvoir tirer par-deffus le coffre; dans là folié fec, ôc par-deyant on y fait un petit foffé plein*
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- id*eau, large de fix toifes. La communication delà demi-Lune fe fait par une fortie de maçonnerie au travers du Rempart du côté du grand foffé. Qn ajoute encore une caponiere à l’angle flanqué des faces baffes, qui a une communication avec la demi-Lune par une gallerie, comme la Figure le montre, ôc de peur que l’Ennemi ne fe ferve de cette gallerie pour entrer dans la demi - Lune, on la remplit d’eau dans le befoin.
- Le foffé qui régne devant les faces baffes, eft de dix - huit toifes de largeur ; il efl profond de onze pieds à l’Efcarpe, ôc de dix à la contre - Efcarpe,
- La contre-garde efl: compofée d’un parapet ôc de deux banquettes. Son foffé a quatorze toifes de largeur, dix pieds de profondeur à l’Efcarpe, ôc neuf à la contre - Efcarpe.
- Le Chemin couvert a douze toifes de largeur ; il efl au pied de*la banquette, trois pieds au-deffous de l’horizon, ôc va en taluant jufqu’au niveau de l’eau. Les demi- gorges des Places d’Armes ont chacune vingt - deux toifes, ôc les faces vingt-huit. On y fait un logement de maçonnerie, dont les faces ont quatorze toifes , ôc les demi-gorges douze, ôc l’on metunetravèrfe de chaque côté garnie d’un double rang de paliffades s tout le Chemin couvert efl bordé d’un rang de paliffades qui fe hauffent ôc fe baiffent félon le befoin, & qu’on peut par conféquent mettre à l’abri du Canon. J’en donnerai le deffein dans les Méthodes iuivantes.
- Sur le glacis à fix toifes des faces de la Place d’Armes, on fait un coffre couvert pour empêcher l’Ennemi d’approcher, /ëc l’on conftruit deux ailes tant pour fervir de communication , .que pour tirer fur ceux qui auroient forcé le paffage du coffre.
- Les profils delà PI. 21. ne font pas exaâs, fur-tout par rapport aux largeurs, parce que je h’avois pas affez d’étendue;; j’ai voulu feulement reprefenter les différentes hauteurs, diftinguer les pièces revêtues d’avec celles qui ne le font pas, ôc faciliter l’intelligence de la Table fuivante des profils que l’on comprendra plus aifément, fi on jette les yeux fur les Figures à mefure qu’on lira, d’autant plus que j’ai rangé dans-cette Table les parties dans le même ordre qu’elles le font dans ces profils.
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- TABLE
- DES PROFILS.
- Hauteur intérieure du parapet par-delïus l’horizon. Hauteur du revêtement par -ieilus l’horizon. Largeur du Parapet au Sommet. Pente du Parapet du devant au derrière. Largeur du terre-plein au fommet. TALUS.
- Courtine haute. 18 pieds. 6 pieds. 20 pieds. 2 pieds. 24 pieds. Toutes les pièces qui ne font pas revêtues , ont leur Talus extérieur égal à leur hauteur, 8c ceux qui font revêtus ont un Talus égal aux deux tiers de leur hauteur depuis le fommet du Parapet jufqu’au ïe-vêtement. Les Talus intérieurs font par-tout égaux à la hauteur, excepté au Parapet où on en en donne beaucoup moins. : '
- Courtine baffe, €r face delà Tenaille. 8 pieds. 0 20 pieds. 1 pied. 4 pieds.
- Face haute du Ravelin. 14 pieds. 8 pieds. 20 pieds. 2 pieds. 15: pieds.
- Face baffe du Ravelin. i 2 pieds. o zo pieds. 2 pieds. 4 pieds.
- Chemin couvert. 3 pieds. o 2© toifès. 3 pieds. i2toifes.
- Face haute du Baftion. 22 pieds. io pieds. 20 pieds. 2 pieds. Le Baftion eft plein.
- Face baffe du Baftion. 12 pieds. Q 20 pieds. 2 pieds. 5 pieds.
- Contre - Garde. 12 pieds. O zo pieds. 2 pieds. Il n’y a que deux Banquettes de 3 pieds chacune.
- Flanc haut. 22 pieds. io pieds. 24 pieds. 2 pieds. Le Baftion eft plein. L’Auteur fait revêtir d’une bonne muraille l’extrémité de la face, baflè qui touche l’orillon, afin de garantir cet oril-lon : Ce revêtement a ïèpt ou huit toifes : de longueur mais il eft un peu moins élevé que celui de la Tour.
- Flanc moyen. 11 pieds. o 24 pieds. i pied. 7 pieds.
- Flanc bas. 3 pieds. & 24 pieds. 1 pied. 4 pieds. On peut l’aggrandir pour y mettre du Canon.
- La Tour,. 22 pieds. ié pieds. 24 pieds. Mais il y en a 3 qui n’en ont que 16. Voyez ce qu’on en a dit ci-deUTus 2 pieds. Plein.
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- Courtuu kau te.
- Face kaute. du ravelin* .
- Flanche. 21
- "PcigeioS
- Face basse
- V? /irmiiin^-
- j-y Fosse du ravelvi^f > {PLu-iç
- FCJJC dés? /rmrrrr. C ItCMUl CZ>UUJ!i>hm»__%j uicts,
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- Nota i°. Qu’entre les parapets ôc les terre - pleins il y a toujours une banquette de trois pieds de largeur, qu’il ne faut prendre ni fur le terre-plein, ni fur le parapet.
- Nota 2°. Que l’Auteur prétend avoir une maniéré particulière de conftruire les revêtemens, de forte que quoiqu’il les falfe double avec deux contre - galleries, ils ne requièrent cependant que trois huitièmes de briques, que P on employé dans les Murailles modernes, c’eft- à - dire, dans celles de M. de Vauban. Ceux qui font plus au fait de la Maçonnerie que moi, pourront s’exercer à chercher cette conftru&ion que l’Auteur ne veut pas nous expliquer, parce qu'il veut, dit-il, fe rèferver quelque chofe pour lui. Mais il eft bon de fçavoir qu’il dit lui-même dans un autre endroit, que ce grand ménage réfulte uniquement de ce quil commence fes murailles fur le terreinfolide, & non pas depuis le fond du fojfê^ en quoi il femble avoir découvert fans y penfer, fon prétendu myftére, à moins qu’il n’aye voulu par-là empêcher les habiles gens de pouffer plus loin leurs recherches. Voyez P Addition fur la fin de la fécondé Méthode ci - dejfous.
- Il n’y a point d’Ouvrage dans ce Syftême qui ne foit conforme aux maximes d’une bonne Fortification ; chaque partie y eft très-bien défendue, les angles flanqués font d’une grandeur raifon-nable, étant de 70 dégrés, les hauteurs y font d’autant mieux proportionnées, que fans cacher les défenfes, elles dérobent cependant les murailles au canon de l'Ennemi, ôc fi la Courtine baffe femble défe&ueufe en ce quelle eft brifée , ôc que par - là le Mineur femble être en sûreté dès qu’il fera parvenu à l’angle rentrant, il n’y a qu’à jetter les yeux fur le profil pour voir que ce 11’eft pas ici un défaut, parce que le fommet du parapet du flanc bas n’ayant que trois pieds au-deffus de l’horizon, ôc fes embrazures n’étant par conféquent élevées que d’un pied au-deffus de l’eau, le Mineur feroit ici plus expofé que par - tout ailleurs ; oiitre que le peu de hauteur de cette partie le met à l’abri des tentatives que l’on voudroit y faire. Cette Méthode a encore l’avantage d’oppofer chicane fur chicane à l’Ennemi, qui ne trouve jamais du terrein pour fe loger, à caufe du peu d’é-paifleur des Remparts ôc des fofles fecs, où il ne fçauroit creufer un demi - pied fans rencontrer l’eau, ôc où il eft pourtant obligé d’eflfuyer toujours quelque nouveau feu caché , qu’il ne fçauroit détruire qu’avec beaucoup de peine, fans parler d’une infinité d autres moyens que l’Aflfiégé peut employer pour l’incommode%
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- ôc dont l’Auteur fait un long détail dans fon Livre, quoiqu’il nous dife qu’il nous en cache beaucoup ; d’où l’on peut conclure que cette maniéré de fortifier feroit effectivement la meilleure, fi elle ne demandoit une garnifon d’autant plus forte, que la plupart de fes défenfes dépendent de la moufqueterie, Ôc que d’ailleurs les furprifes y Tfont beaucoup plus dangereufes, Quel ravage en effet l’Ennemi ne feroit-il pas, fi par le moyen d’une fauffe attaque faite fur un front, il pouvoit furprendre d’un autre côté une ou deux redoutes des angles faillans, ou même la demi-Lune; fes batteries dreffées contre la Tour, auroient bientôt détruit cette partie la plus effentieile dans cette Fortification , & la Place fe trouveroit dans peu de jours à deux doigts de fa perte ; mais d’autre part quel nombre prodigieux d’hommes ne faut-il point pour mettre à l’abri d’infulte toutes ces différentes parties, dont on ne fçauroit dégarnir tant foit peu la moindre, pas même l’un des coffres du glacis fans être en grand danger. D’ailleurs la dépenfe n’eft pas fi petite que l’Auteur veut bien nous le dire. On convient avec lui que fes murailles ne coûtent pas tant que les nôtres, Ôc les grands calculs qu’il en fait dans fon Livre, n’étoient point du tout néceffaires pour nous en convaincre ; mais l’entretien de ces Ouvrages de terre qu’il faut réparer prefque à tout moment ne caufe - fil pas £ la fin plus de frais que les plus fortes murailles, ôc une longue expérience n’a-,t’elle pas fait connoître qu’une Place fortifiée qui doit durer long-tems, eft beaucoup moins difoendieufe pour un Prince lorfqu’elle eft revêtue, que fi elle ne l’étoit pas, Revenons - en donc à ce que nous avons déjà dit ailleurs ; il ne s’agit pas pour bien fortifier une Ville d’y entaffer les chh canes ôc les Ouvrages ; car autrement celui qui en mettroit le plus, pourvû qu’il eût foin de bien flanquer chaque partie, feroit toujours celui qui auroit le mieux réufli ; mais il faut tellement ménager les chofes, qu’en mettant une Place en état de fe bien défendre, une Prince ne foit point obligé d’y mettre une garnifon fi prodigiejufe, qu’il faille ou dégarnir les autres, ou affoi-blir extrêmement fon Année ; en quoi il y a beaucoup de danger ,de part ôc d’autre. La plupart des nouvelles Méthodes pèchent de ce côté-là, comme nous l’avons vu , de même que les anciennes péchoient contre les bonnes réglés, ôc l’on ne peut trop admirer la fublimité du génie de Mv de Vauban, qui a feu fi bien accorder les maximes d’une bonne Fortification avec les
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- Ingénieur François. iii
- précautions qu’il faut prendre pour ne pas affaiblir tout un Royaume, fous prétexte de fortifier deux ou trois Villes.
- SECONDE METHODE DE M. DE COtHORN
- Ce fécond Syftême eft fur uneptagone, dont le côté intérieur eft de 126 toifes, ôt dont le niveau de la campagne eft élevé de trois pieds au-deflus de celui de l’eau, PI. 22. Pour le conf-truire on prolonge les rayons fur lefquels on prend 72 toifes pour la capitale du Baftion. A l’extrémité de la capitale on fait de chaque côté un angle de 40 dégrés , ce qui rend l’angle du Baftion de 80. On prend enfuite fur le côté intérieur 30 toifes pour chaque demi-gorge, ôt mettant la pointe du compas fur l’angle du Baftion oppofé, on décrit un arc qui palfe par l’extrémité de la demi-gorge, ôt fur lequel on prend 30 toifes pour le flanc moyen. Cet arc ne fert que pour déterminer le flanc que l’on doit arrondir par un autre arc, dont le centre eft au fommet d’un triangle équilatéral, qui a le flanc pour bafe. Il faut obferver la même chofe par-tout où l’on trouvera une femblable conftru&ion, foit dans ce fyftême, foit dans le fuivant.
- La retraite de l’orilion eft alignée à l’angle du Baftion oppofé ;; fa faillie en-dehors jufqu’à la naiflance de l’arrondiffement, eft d’environ dix toifes, la. ligne droite de la face eft de 66 toifes ,, après quoi on arrondit l’orilion à l’ordinaire.
- La retraite de la Courtine eft fur la gorge du Baftion., le flanc haut a quarante toifes- de longueur , le Baftion eft plein.
- La tenaille fe décrit en prolongeant les faces jufqu a dix toifes y après quoi on met la pointe du compas fur l’angle du Baftion, êc l’on décrit un arc qui palfe par l’extrémité de ces dix toifes ôt auquel on en donne vingt pour la longueur du flanc bas, ce qui détermine la baffe Courtine qui fe trouve de 36 toifes.
- Derrière la tenaille, du côté de la Place, on fait un foflfé fec, ôt par-devant on en fait un autre plein d’eau, profond de dix pieds , ôt large de dix toifes-
- Autour de cet Ouvrage régné un folfé fec paralelle aux faces & large de vingt toifes ; ôt à l’extrémité de ce folfé on éleve un autre Rempart qui a vingt-neuf pieds de largeur au fommet, y compris le parapet Ôt la banquette, Ôt fous lequel on fait des galleries voûtées.
- A l’angle rentrant de ce Rempart on fait une coupure de
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- quinze toifes de chaque côté pour fervir de paflage à la demL Lune. Ce paflage eft bordé de part ôc d’autre d’un flanc qui fe décrit de l’angle Taillant oppofé ; il a dix-huit toifes de longueur; Ton Rempart a les mêmes dimenfions que le précédent, ôc on y fait aufli des galleries voûtées.
- Pour la demi - Lune on éleve une perpendiculaire de 12$ toifes fur le milieu de la Courtine, ôc l’on y fait à l’extrémité de chaque côté un angle de 3 $ degrés, ce qui en donne 70 pour l’angle flanqué. Les faces ont $o toifes de longueur; on met aufli des galleries voûtées fous fon Rempart.
- Le fofle fec qui eft entre les faces Ôc la redoute, eft de douze à quatorze toifes. La redoute eft de maçonnerie ; fa muraille intérieure eft éloignée de l’extérieure de feize pieds. On les couvre de poutres, ôc fur ces poutres on met un parapet de terre avec une banquette ôc un terre-plein. La longueur des faces eft d’environ quatorze toifes chacune.
- Le grand folié eft paralelle à tous ces Ouvrages, ôc a vingt* quatre toifes de largeur, ôc douze pieds de profondeur.
- Pour l’Ouvrage que l’Auteur appelle première contre - Ef* carpe, on le fait large d’abord partout de 20 toifes ; enfuite on fait aux angles rentrans des redoutes de maçonnerie, dont les faces ont quatorze toifes. Leur hauteur eft de neuf pieds au - defîus du Chemin couvert : à douze toifes loin de chaque face on tire deux lignes paralelles, qui font un angle faillant, du fommet duquel on prend de part Ôc d’autre quinze ou feize toifes pour chaque partie de la Courtine brifée. Enfuite on prend fur le 3t>ord extérieur de la contre - Efcarpe vingt-cinq toifes pour le flanc que l’on tire à l’extrémité de la Courtine brifée en l’arron* diflant à l’ordinaire, les faces de la contre - Efcarpe fe trouvent déterminées par cette çonftru&ion,
- Le Rempart de cet Ouvrage confifte en un parapet; une banquette Ôc un petit terre - plein, dont on verra le détail dans la Table des Profite. Le refte eft un Chemin couvert qui eft deux pieds plus bas que l’horizon au pied du Rempart, ôc qui va en saluant jufqu’au niveau de l’eau.
- Les Redoutes qui font vis - à-vis l’angle flanqué de la demi’* Lune, ont dix toifes de faces ôc fept de flanc ; ôc celles qui font vis-à-vis les Baftions en ont douze à la face, ôc quatre au flanc. Leur hauteur eft de fept pieds au - deflus du Chemin couvert, On met dans le Chemin couvert des traverfes à l’extrêmite
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- de chaque face de cette contre - Efcarpe ; fous la Courtine brifée on fait un coffre avec une gallerie de communication vers la redoute. Enfin on borde toutes les redoutes ôc le Chemin couvert de paliffades, difpofées de la maniéré que la Figure le fait voir.
- La fécondé contre - Efcarpe n’a rien de différent de celle d© la Méthode précédente, ôc le glacis a feize ou vingt toifes de longueur.
- Les Profils de la Planche 22. ne font pas plus exa£ts que ceux de la 21, parce qu’il n’eft pas pofïible de mettre toute la longueur des pièces dans fi peu d’efpace ; cependant ils ne bifferont pas que d’être fort utiles, fi on s’en fert en lifant la Table Suivante des Profils, comme j’ai dit dans la Méthode précédente*
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- DES PROFIL S.
- t t! I Hauteur ïtéi'îeure u parapet >ar-dcifus 'horizon. Hauteur du revêtement par-deflTus' l’ho-rizon. largeur du I parapet au fommet. Pente du parapet du devant au derrière. Largeur du Terre - plein au fommet. Talus.
- Courtine haute.. zz pieds. 8 pieds. io pieds. jL 2 pieds. 24 pieds. Les Pièces non - revêtues ont leur Talus exté-
- Courtine baffe y & Face de la Tenaille.^ il pieds. 5 pieds. 24 pieds. 1 pied. 3 pieds; rieitf égal à leur hauteur Les revêtues taluf-fent à peu près des a tiers ou des trois quarts, ufqu’au revêtement : les Talus intérieurs font égaux aux h auteur s*
- Redoute de la demi - Lune. 14 pieds. '8 pieds. 14 pieds. 1 pied. 6 pieds.
- face de la demi - \ Lune ou Ravelin. 1 2 piè. 1 O*- 20 pieds. 1 pied. 6 pieds.
- -, Première contre -Efcarpe. 10 pieds. 0 *0 pieds 1 pied. 5 pieds. Le Chemin couvert eft au pied de ce terre-plein, deux pieds j par.- delTous l5ho-rïzon , Sc va en taluftant jufqirà Peau.
- Seconde contre - Efcarpe. 4 pie. j- 0 itftoifes. C’eft le glacis. 4pie.^ C’eft la pente du glacis. i2toifes. Ce Terre-plein eft la même chofe que le Chemin couvert.
- Face du Bafiion. 28 pieds. 13 pie. i 20 pieds. 2 pieds. Le Baftîon eft plein#
- Face baffe. 14 pieds. O 10 pieds. 1 pied. 6 pieds.
- 1 Flanc haut. 2 S pieds. O:- 24 pieds. z pieds. Le Baftîon eft plein. -
- B Flanc moyen. 18 pieds 8 pieds. 24 pieds. 2 pieds. 8 toifes. Y compris les Talus intérieurs.
- 1 Flanc bas. 10 pieds . 4 pieds. 24 pieds. 1 pied. 4 pieds. —
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- Courtine haute.
- Face haute,
- Pedaute
- Planche. 22}
- Fruje xuf,. !
- Face du ravdtn. ~ , r ' Cf Contrescarpe -2 f Contrescarpe,
- ....yM/mm...........................jfliollt...............,/mimilJtoK...............ijran£i*/crs?.e...............................................................^iiiiniii«uuuiBuiuittMiuilü«l.,.-..
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- Il faut obferver ici ôc dans là Méthode fuivante , ce que nous avons dit dans la précédente au fujet des banquettes. Tous les angles faillans font plus hauts d’un ou de deux pieds que cette Table ne les marque ; ce que l’Auteur a fait fagement pour éviter l’enfilade.
- J’ai mis dans la PL 22. Fig. 2. un delfein des paliflades telles que l’Auteur les ordonne. Elles font attachées à une longue poutre que l’on met fur deux pieux percés, de telle maniéré que la poutre, haufle ou baille comme 011 veut, les pointes des paliflades. Par ce moyen le canon ne les incommode jamais, parce qu’elles font baiflfées tant qu’il tire, ôc on les releve quand l’Ennemi approche du Chemin couvert pour en chafler les Af-fiégés. Ces paliflades font aufli d’un grand ménage, parce qu’on peut les enfermer dans un magazin en tems de paix, Ôc que quand même on les laifleroit, elles dureroient encore plus long-tems que les autres dont la terre pourrit bientôt le pied.
- Ce que nous avons dit du Syftême précédent, fera facilement juger des défauts de celui-ci, qui font beaucoup plus fenfibles, ôc l’on verra par la conftru&ion ôc les profils du troifiéme, que fi l’Auteur avoit continué d’imaginer des Méthodes, il auroit enfin fallu employer la moitié des Habitans d’un Royaume pour la défenfe d’une feule Ville. On peut cependant dire pour fa juftification, que ces défauts fi confidérables dans une Ville foû-mife à une Monarchie, ne le font prefque pas dans celles qui dépendent d’une République, telle que la Hollande pour qui M. de Coëhorn a travaillé. On fçait que ces fortes d’Etats ne faifant prefque jamais la guerre que pour la confervation de leur liberté, mettent aufli tout en ufage plutôt que de s’expofer à la perdre ; chaque Particulier y contribue de bon cœur aux frais, tant pour ne pas tomber fous la domination d’un Etranger, que par l’efpérance de s’élever par-là aux plus hautes Charges ; ôc loin d’être obligé de laifler dans l’intérieur d’une Place une grande garnifon pour contenir les Habitans , on trouve même dans ces Habitans prefque autant de Soldats prêts à défendre les dehors , ôc à difputer le terrein pas à pas au péril de leur vie. Il eft même bon dans ces circonftances d’augmenter le plus qu’on peut les chicanes des dehors, pour fatiguer plus long - tems l’Ennemi, qui après avoir perdu beaucoup de monde, n’ofera peut-être pas attaquer le corps de la Place, où il eft afîuré que les Habitans fe voyant dans le danger de perdre leur liberté, feront une
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- défenfe beaucoup plus opiniâtre que les troupes les plus aguerries* Tout ceci fuppofe qu’une République loit aflez riche ôc afléz peuplée pour le foûtenir par elle--même; car fi-elle avoitbefoin des troupes auxiliaires , ces fyftêmes-,-à la dépenfe defquels elle auroit peine à fufiire, l’obligeroient outre cela à foldoyer une grande garnifon qui l’affameroit infailliblement, pour peu que le Siège traînât en longueur , ôc qui d’ailleurs n’ayant pas la même vigilance que les Troupes du pays, l’expoferoit à tout moment au danger des furprifes. D’où on peut conclure que fi les Méthodes de M. de Coëhorn font avantageufes dans certaines cir-conftances qu’il envifageoit lorfqu’il les a inventées, elles font aufli très - défe&ueufes dans une infinité d’autres, ôc qu’il efl: même dangereux de s’en fervir toujours en fuppofant tout ce qu’il fuppofe, parce que les révolutions de la guerre changeant fou-vent la face des chofes , il peut arriver que ces avantages que l’on en efpéroit tirer,, deviennent enfin très-préjudiciables..
- TROISIEME METHODE DE M. DE COËHORN,l
- L’Auteur fé propofe de fortifier par ce troifiéme Syftême un.. oÊlogone, dont le niveau de la campagne efl: élevé de cinq pieds au - defîus de celui de l’eau*
- Le côté intérieur eft de no toifes. Les demi-gorges en ont 2.1 chacune. La capitale efl: de 64 toifes , PL 23. A l’extrémité de cette capitale on fait de part ôc d’autre un angle de quarante-deux dégrés. ôc demi ; ce qui rend l’angle flanqué de 85. Sur les jambes de l’angle flanqué on prend 5*4 toifes pour chaque face, ôc depuis l’angle de tenaille en tirant vers l’intérieur du Baflion oppofé, on prend trente-deux toifes pour la moitié de la Courtine brifée de la tenaille, qui par conféquent en a 64. Enfuite mettant la pointe du compas fur l’angle flanqué du Baf-tion, on décrit deux arcs, dont l’un pafle par l’extrémité oppofée de la grande Courtine, ôc l’autre par l’extrémité oppofée de la Courtine brifée. Sur le premier arc on prend trente - fix toifes pour le flanc haut , ôc trente pour le flanc de la tenaille ou flanc bas, on les arrondit à la maniéré ordinaire, après quoi on décrit l’orillon. Il y a un folfé fec entre les flancs, de même qu’entre les Courtines, ôc l’on met un grand creux plein d’eau à chaque extrémité des Courtines brifées., afin que leur folfé fec n’ait point de. communication avec celui des flancs*.
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- Ingénieur François, 117
- Le fofî<é qui eft entre la face du Baftion principal, ôc le Baftion détaché, eft de 20 toifes. Sur l’angle rentrant de ce foffé on prend 38 toifes de paroôc d’autre pour les demi-gorges. On éleve fur le milieu de la Courtine une perpendiculaire indéfinie qui palfe par cet angle ; fur cette perpendiculaire on prend ioo-toifes en-dehors, à compter depuis l’angle rentrant du folfé ; ces 100 toifes. font la capitale du Baftion détaché. De l’extrémité de la capitale on tire des lignes à l’extrémité des demi «gorges op-pofées des autres Battions détachés, ôc à 23 toifes de ces lignes en- dedans on en tire d’autres qui leur font' paralelles, ôc. fur lefquelles on prend 31 toifes pour chaque face intérieure. On met enfuite la pointe du oompas fur l’extrémité de la capitale oppofée du Baftion détaché , ôc de l’autre on décrit un arc qui paflant par l’extrémité de la face intérieure, va couper la demi-gorge , ce qui donne le flanc haut qui eft de 34 toifes. Le folfé fec qui eft entre les faces hautes ôc balfes, eft de 16 toifes ; la face balfe en a 62 ou 54 de longueur ; après quoi on décrit l’o-rillon, le flanc bas Ôc le refte, comme dans la première Méthode , fi ce n’eft que l’orillon eft un peu plus long du coté de l’arrondilfement, afin qu’il couvre mieux le flanc bas, qui aboutit à l’extrémité des demi-gorges.
- Entre les deux flancs hauts on fait une caponiere haute de fix: pieds, par - deflus l’horizon, ôc couverte de 4 ou $ pieds de terre contre les feux d’artifice. On y fait tout au tour un folfé fec large-de 4 toifes, ôc profond de 3 pieds au-delfous de l’horizon ; le bord extérieur de ce folfé eft garni d’une gallerie * dont la largeur eft de 6 pieds, ôc la hauteur de 7 ; on la couvre de planches ôt~de terre par où on monte au terre-pleindu Baftion, qui eft élevé de: 1 $ pieds par - deflus l’horizon. On fait aufli desgalleries au tour de^ la face balfe. L’angle flanqué du Baftion détaché, eft de po dégrés* Le grand folfé eft paralelle aux faces balfes, ôc a 24 toifes de largeur, les demi-gorges de. la-demi-Lune ont 28 toifes chacune, ôc les faces en ont chacune 45. Le folfé fec entre les faces hautes ôc les balfes, eft- de 1 6-, On y fait des caponieres, des coffres , des galieries , ôc comme dans la première Méthode * l’angle flanqué- eft de 6 j dégrés-Enfin on met devant le Baftion détaché une contre-garde * dont le folfé eft large de douze toifes, ôc l’on achevé le Chemin couvert ôc le glacis comme on a fait aux deux Plans précédens* Voici la Table des Profils*
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- Le Parfait
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- T A B L E
- DES PROFILS.
- Hauteur intéiieuie du parapet par-dellus l’horizon. Hau-c. ; iu revctc-m.’m. par-denus l’horizon. .1 .aigem du . arapet au Sommet. dente du darapet du devant au derrière. Largeur du terre-plein au fommet. TALUS.
- Face du Baflion de la Place. z6 pieds. $ pieds. 24 pieds. 2 pied. Le Baftion eft plein. Les Talus extérieurs & intérieurs lûiveni les mêmes règles que ceux des deux Méthodes précédentes.
- Face haute du Ravelin. 16 pieds. 7 pieds. 20 pieds. 2 pieds. i 5 pieds. i
- Face baffe du Ravelin. 9 pieds. o 20 pieds. 2 pieds. Ç pieds.
- Chemin couvert. apie.| O iétoifes. C’eft le glacis. 2 pieds! cc.i- .a utoifes. peiuc du giaci. « f I.c- revêtement de ia Tour elt de quinze pieds au-ddfus de
- .Courtine haute. - 22 pieds. 6 pieds. 24 pieds. i- 2 pieds ;27 pieds. 1 horizon, & fm Parapet qui-elt de terre, ei| au (fi haut que celui de la face haute. Où revêtit, aufli lèpt ou huit toiles de la faceba èpour garantir la Tour, mais ce revêtement ell un peu moins haut.
- Courtine baffe.. 11 pieds. o 24 pieds. i j 1 pied. | 7 pieds.
- Face haute du Baflion détaché. 11 pieds. 9 pieds. 20 pieds. 2 pieds. Le Baftion eft plein.
- Face baffe du Baflion détaché. r i pieds. o 20 pieds. 2 pieds. S pieds, •
- Contre - Garde. io pieds. o 20 pieds. 1 pied. 4 pieds.
- Flanc haut de la Place. 22 pieds. 7 pieds. 24 pieds. 2 pieds. Le Baftion eft plein.
- Flanc bas de la Place. 12 pieds. o 24 pieds. 2 pieds. 8 pieds..
- Flanc haut du Baflion détaché. 19 pieds. 7 pieds. 24 pieds. 2 pieds. Le Baftion eft plein.
- Flanc bas. \ 9 pieds. o 24pieds. 2 pieds. 7 pieds.
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- Ingénieur François. i i p
- Fai mis chaque piece dans cette Table félon l’ordre quelles ont dans les defTeins de la PL 23. afin qu’on puifTe y jetter les yeux à mefure qu’on lira. .
- J’ajouterai ici la profondeur des foliés pleins d’eau, dont j’ai oublié de parler. Le fofle entre le Baftion capital ôc le Baftion détaché, elt profond de 13 pieds à l’Efcarpe, de 13 vers le milieu, ôc de 14 à la contre- Efcarpe.
- Le foffé entre le Baftion détaché ôc la contre - garde, eft pro-fond de 12 pieds à l’Efcarpe, de 14 vers le milieu, ôc de 13. à la contre-Efcarpe.
- Le folié entre la demi-Lune ôc le Chemin couvert,, eft profond de 8 pieds à l’Efcarpe, ôc de 7 à la contre - Efcarpe.
- Enfin le foffé entre la contre - garde ôc le Chemin couvert, eft profond de 7 pieds à l’Efcarpe, Ôc de 5 à la. contre- Efcarpe*
- ADDITION.
- Jétois fur le point de faire imprimer cet Ouvrage , quand on eft venu me faire part delà découverte qu’un habile Officier, Lieutenant - Colonel d’infanterie, avoir fait de la maniéré dont M. de Coëhorn confirait fes revêtemens, en paflant par Manheim qui a été bâti fur le projet ôc les inftruêtions de cet Auteur. Cette manière, quoique fort fimple, eft cependant fi ingénieufe ôc fi propre à diminuer la dépenfe, que j’ai cru faire plaifir au Public de la lui communiquera On donne d’ordinaire cinq pieds au fommet des revêtemens, avec un cinquième de talus au-deflus des fondations, aufquelles on donne deux, trois, quatre pieds d’épaiffeur déplus, ôc fouvent même davantage, félon le terrekra On ajoute à cela des contre-Forts efpacés de dix-huit en dix-huit pieds, ou de quinze en quinze pieds, dont on a pu voir les dimenfions ci - deffus, quand nous avons parlé de la première Méthode de M. de Vauban. Cette conftruàion qui jette dans-une dépenfe exceffive, furtout dans les grandes Places, ôc dans* celles ou l’on eft obligé de faire le fofTé fort profond, a cependant paru jufqu’ici fi néceffaire pour réfifter à la pouflee des terres du Rempart qu’aucun Ingénieur n’a encore ofé s’en éloigner con-fïdérablement dans les Ouvrages dont il s’eft trouvé chargé. M. de Coëhorn avoit à la vérité franchi le pas ; mais il nous faifoit dans fon Livre un fi grand myftere de fon invention, qu’apparemment fon fecret feroit mort avec lui, s’il ne l’avoir
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- i2Q Le Parfait
- employé à Manheim, qui eft la feule Ville où il a fait travailler. Le voilà enfin heureufement découvert 5 voyons jufqu’où peut aller fon utilité. Il ne donne qu’environ trois pieds d’épaiffeur au fommet, avec un talus du fixiéme de la hauteur, ôc même moindre, qu’il continue jufqu’au bas du fondement, ôc ne met point du tout de contre - Forts ; mais comme la pouffé des terres renverferoif bientôt défi foibles murailles, en dérangeant ou faifant gliifer leurs affifes de pierre ou de brique, fi elles étoient pofées horifontalement, comme celles de la Fig. A. PL 23. ce qui s’eft toujours pratiqué ; il remédie à cet inconvénient en les mettant perpendiculaires au talus, afin que les terres qui pouffent de haut en bas fur un angle de quarante - cinq dégrés, venant à porter fur la plus haute alïife, ne faffe que la preffer davantage contre la fécondé, au lieu de la déranger, ôc que la fécondé étant preffée contre la fuivante, Ôc ainfi de fuite jufqu à la dernière d’en bas, fes revêtemens ne puiffent être culbutés, à moins quon ne vienne à fapper les fondemens, Voyez la Fig. B. PL 23. On ne peut certainement rien imaginer de meilleur pour diminuer les frais que caufe ces fortes d’Ouvrages mais je ne fçai pas fi quelques volées de coups de canons ne viendraient pas bientôt à bout des murailles ainfi bâties, ôc fi ce n’eft pas dans cette crainte que M. de Coëhorn prend tant de foin de les cacher aux batteries derEnnemi ; que fi c’eft-là fon objet, on peut dire qu’il n’a évité Scylla que pour tomber dans Carybde ; car il eft évident que la conftru&ion de fes revêtemens jointe à celle des Ouvrages de .terre dont il les couvre ôc à leur entretien, doit à la fin coûter beaucoup plus que ceux qui font faits félon la maniéré ordinaire. Quoiqu’il en foit, fon invention me paroît admirable pour les murailles qui n’ont à réfifter qu’à la pouflee des terres, ôc je crois qu’on doit en pareil cas s’en fervir préférablement a tout autre , furtout après l’expérience qu’en a fait ce Lieutenant - Colonel à S. Martin de Ré, où il a eu leplaifirde voir qu’un revêtement qu’il avoit fait faire de cette façon, s’eft beaucoup mieux foutenu que les autres,, quoiqu’on en eût ferré les affifes .avec des crampons de fer.
- METHODE DE SCHEITEER,
- J’avois réfolu de finir ici ce Chapitre, que je crois plus que fuiÇfant pour faire voir les avantages que les Fortifications de
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- Pla nche. 2 2.
- JPaoz n?. ^ i
- Face du bastion.
- Face haute du ravelùv.
- Fosse sec.
- Face basse du nivelât.
- Fosse du ra vélin.
- Haute tfîicedu bastion, détache,
- Face basse , du bastion détaché.
- Chemin ^
- ... ./(illIilllWlilUiililiU'UliilUliyiliUluiuiHtmimmrimuu.auiu.iuuuiu..
- Contrepartie. Chemin Ql^i,
- en a i 'fit.
- vfflliiiiîIilIilKâCir
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- Ingénieur François: 121
- M. de Vauban ont fur toutes les autres quon a imaginé jufques aujourd’hui ; mais ayant trouvé dans un vieux Livre qui nieft tombé par hazard entre les mains, la Méthode du célébré Scheitéer Auteur Allemand, j’ai crû devoir ia rapporter , afin qu’on juge fi Sturmius a eu raifon d’avancer aufll hardiment qu’il l’a fait dansfon Livre, que M. de Vauban doit à cet Auteur fin-y ention de Neuf - Brifach.
- Scheitéer établit trois fortes de Fortifications, la grande, la moyenne, & la petite. Le côté extérieur de la grande eft de aoo toifes, celui de la moyenne eft de 1S0, & celui de la petite eft de 160. La ligne de défenfe dans la grande, a 140 toifes de longueur; dans la moyenne 130, ôc dans la petite 120. Cette ligne eft toujours rafante ; toutes les autres lignes font fixées à une même grandeur dans tous les polygones , pour la conftruc-tion defquels il fufïit de connoître le côté extérieur, la capitale^ ou l’angle flanqué pour achever facilement tout le refte, comme nous ferons voir après que nous aurons donné la Table fuivante, qui marque les angles flanqués & les capitales qu’il faut donner à chaque polygone dans ces trois fortes de Fortifications.
- TABLE
- des Capitales et des Angles flanquées.
- POLYGONES. IV. V. VI. VII. VIII IX. X. XI. XII.
- Angles flanques' dans les trois Fortifications. 64 degrés. 76 dégrés. 84 po 9$ 97 99 101 103
- Capitale de la Grande. 4 6 toifes. 4P 51 S* $3 m i w y» $9
- Capitale de la Moyenne. 42 447 467 00 S° S1 S*i S 4 SS
- Capitale de la Petite. 39 4*7 427 4 S 4 6 47i 00 S 0 Soi
- On peut commencer la conftru&ion ou par l’angle flanqué , ou par la capitale. Nous la commencerons ici par la Capitale > après quoi nous dirons comment on peut y parvenir par l’angle flanqué, Fig. 2. PL 24*
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- 222 Ie Parfait
- Suppofons donc que nous ayons un o&ogone à fortifier feîoü la grande Fortification ; c’eft- à - dire, dont le côté extérieur AB foit de 200 toifes, prenez fur les rayons les capitales AC, BD' de 4 6 toifes., comme la Table le marque, & tirez le côté intérieur CD ;. après quoi prenez avec le compas 140 toifes pour la ligne de défenfe, Ôc portant une pointe fur l’angle flanqué A décrivez avec l’autre un arc qui coupera le côté intérieur au-point E. Portez aufli la pointe fur l’angle flanqué B , & décrivez, un arc qui coupera le côté intérieur au point F, ce qui vous donnera les deux lignes de défenfe AE, BF. Sur ces lignes élevez, les flancs perpendiculaires EL, FI, qui rencontrant les lignes, de défenfes oppofées, détermineront les faces de la contre-garde».
- Prolongez les lignes de défenfe vers lés capitales, ôc prenez-y* les parties EH, FP, de feize toifes, ôc ayant-divifé ces lignes en deux également, tirez les flancs hauts paralelles aux flancs bas, comme la Fig,.2. le fait voir. Faites la même chofe fur les autres côtés j ôc prenant enfuite la diflance PQ avec le compas,, dont vous laiflerez une pointe en P, décrivez avec l’autre un; arc qui coupe la capitale au point N, d’où, vous tirerez les lignes. QN, PN, ôc la contre-garde fera achevée,.
- Décrivez au tour de la contre-garde du côté’ de là Place un fofle large de 18 toifes, qui vous donnera le redan RST,... ôc comme l’Efcarpe de ce foflfé feroit un angle Taillant vers le milieu de la Courtine entre les deux contre-gardes, l’Auteur pour y remedier, y conftruit un Baftion que vous décrirez ainfi.
- Du point 3 où les lignes de défenfe fe rencontrent, abbaiflfez une perpendiculaire 3,4, fur le côté intérieur, ôc portez fur ce côté de part ôc d’autre, la grandeur 4, 3 , de 4 en y, ôc de. 4 en 6. Tirez les faces 3 , y ; 3,6 : ôc tirez les flancs y, 2 ; 6ÿ 7, paralelles à la perpendiculaire 4, 3, jufqu’à ce qu’ils rencontrent l’Efcarpe du folfé 5 faifant la même chofe de tous les côtés,: ©n aura le contour, de la Place intérieure, dont l’angle flanqué , comme on voit , fe trouve au milieu du côté du polygone.
- Pour le grand foflfé, prolongez la Face dè la contre-garde ju£*• qu’à 20 toifes depuis A jufqu’à en X, ôc tirez la ligne XL à l’angle d’épaule oppofé.
- Sur l’angle rentrant de la contre -Efcarpe faites une grande redoute, telle que vous la voyez dans la Fig, 3. PL 24. où le&
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- Ingénieur François.' ï^
- lignes AB, BC, marquent l’angle rentrant. Sa conftru&ion fe fait en élevant du milieu du côté intérieur une perpendiculaire indéfinie, qui paffe par l’angle rentrant B, ôc le coupe en deux également. Prenez enfuite fur cette ligne la partie BE de feize toifes; du point E portez fix toifes en-dedans jufqu’en F, ôc fur le point F élevez la perpendiculaire LFI, fur laquelle vous porterez la grandeur FE de F en L, ôc de F en I de part ôc d’autre; après quoi vous tirerez les deux faces LE, EI. Faites FH égale à FE, tirez une autre perpendiculaire MHN égale à LI, ôc tirez les deux faces intérieures MB, NB, ôc les deux lianes ML, NI, après quoi vous décrirez un fofle de fix toifes.
- Cela étant fait, il n’y a plus qu’à ajoûter des fauffes brayes au tour de la contre - garde ôc de la Place intérieure, excepté devant les faces des Baftions, ôc tracer deux Chemins couverts ôc deux glacis, comme on voit dans la Fig. i. PL 24.
- Si on vouloit commencer la conftruôlion par l’angle flanqué, on fait à l’extrémité A du rayon l’angle C AH de 47 dégrés ~, parce que la Table montre que l’angle flanqué de l’oâogone eft de p j dégrés, Fig. 2. PL 24. Enfuite on prendroit fur la ligne AH la ligne de défenfe AE longue de 140 toifes, ôc du point E on tireroit le côté intérieur DEC paralelle à l’extérieur; après <quoi le relie s’acheveroit comme ci-deffus.
- Telle eft cette Méthode que M. de Vauban a copié en fortifiant Neuf-Brifach, fi l’on en croit Sturmius ; quoiqu’il n’y ait qu’à jetter les yeux furies conftru&ions de ces deux Auteurs pour 7 trouver une différence totale. On voit ici un double glacis ôc double Chemin couvert], qui n’eft certainement pas un trop bon Ouvrage, tant à caufe du grand nombre de Soldats qu’il faut y employer pour le garder, qu’à caufe de l’enfilade qu’on n’y évite pas facilement ; une redoute fur l’angle rentrant affez grande pour donner prife à la bombe, ôc trop petite pour une bonne défenfe ; une fauffe braye au tour des contre-gardes qui, outre les inconvéniens ordinaires de ces Ouvrages , donne encore à l’Ennemi la facilité de monter à la brèche ; fur la piece la plus importante de cette conftru&ion , un Baftion intérieur qui ne femble montrer fes deux faces que pour convier l’Afïiégeant à les détruire, ôc qui ne tire fa défenfe intérieure que d’un foible redan, dont l’angle flanqué n’eft que de foixante dégrés. Enfin des fauffes brayes autour de la Place d’autant plus dangereufes, quelles feront dominées par l’Ennemi, dès qu’il
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- '124 L e Parfait
- fe fera rendu maître de la contre-garde. Quel rapport toutes ces pièces ont-elles donc avec celles de Neuf-Brifach : une Courtine rentrante qui fournit aux Affiégés deux nouveaux flancs,, ôc devant laquelle eft une bonne tenaille, peut-elle reffembler à une Courtine qui fort jufqu’à former un: Baftion? Peut-on fe méprendre aifément entre un Rédan ôc une Tour baftionnée,, entre une petite Redoute & une triple demi-Lune? Enfin entré une fauffe braye qui fert,.pour ainfi dire, de dégrés pour monter fur l’Ouvrage qui en eft environné, ôc un fbfle fort profond , que M. de Vauban met devant fa contre - garde pour la rendre de plus difficile accès. Il eft vrai qu’il y a ici de part ôc d’autre une grande contre - garde , ôc une Place intérieure ; mais fi cela, fuffit pour dire que l’une de ces Fortifications eft la copie de l’autre,. poui> quoi Sturmius n’a - t’il pas plutôt fait tomber fa comparaifon fur le Syftême de M. de Pagan, dont la contre - garde a des flancs bas comme celle - ci, ôc dont la Courtine brifée reffemblefifortaux deux faces de. ce Baftion intérieur. Il connoifloit certainement cet Auteur, puifqu’il en parle lui-même dans fon.Livre, ôc fi. la gloire d’attaquer un Ouvrage dont la réputation eft fort diminuée, eut été moindre que celle qu’il s’eft propofé en s’en prenant àM. de Vauban, du moins fon paralelle en auroit été plus raifonnable. Suppofons cependant avec lui, que Monfieur de Vauban ait en effet pillé Scheitéer : Que s’en fuivra- t’il ? finon que ce grand Homme a trouvé le fecret de rendre bon ce qui étoit mauvais ; au lieu que Sturmius a défiguré ôc affoibli M. de Coëhorn , comme nous allons voir dans le deffein qu’il nous & donné fur la fin de fon Lme„
- METHODE DE STURMIUS.
- L’Auteur ne donne- ni fa conftruftion ni fes profils, parce qu’if veut, dit - il, éprouver jufqu’à quel point on peut être fon juge, ôc j’aurois pu mettre ici Amplement fon deffein fans entrer dans un plus grand détail, fi je n’avois crû faire plaifir à ceux de mes Leâeurs qui feront bien aife de connoître plus particulièrement chaque piece de cette Fortification. Voici donc comme il conf-, truit, fuppofé que le Plan qu’il donne dans fon Livre foit jufte> comme il doit l’être, puifqu’il veut que ce foit par-là qu’on en juge. ^
- Son polygone eft un dodécagone dont le côté extérieur eft d&
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- :i 6o toifes, c’eft - à - dire,. égal à celui de la petite Fortification de M. de Vauban, qu’il prétend renforcer par ce Syftême, Fig.. 4.. PL 24. La perpendiculaire qu’il tire fur le milieu du coté extérieurpar l’extrémité de laquelle il fait pafîer fes deux lignes de défenfe, eft de 34 toifes 5 les lignes de défenfe en ont 126 chacune, Ôc la Courtine que ces lignes déterminent eft de 76. Ses faces ont trente - cinq toifes , ôc fes flancs droits en ont toüt autant. Après quoi il prend le tiers des flancs pour l’épaifleurde l’orillon, dont la retraite eft alignée à l’angle au Baftion oppofé & après avoir prolongé les faces d’environ dix toifes, ôc donné quatre toifes de faillie en-dehors à la ligne de retraite , il décrit l’arrondiflement de l’orillonà la maniéré ordinaire ,.de même qua celui des flancs.
- Entre l’orillon ôc la tenaille, eft un petit folié de trois ou quatre toifes. Les faces de la tenaille font fur l’alignement des lignes de défenfe,, Ôc ont dix toifes. Les flancs fe trouvent en mettant la pointe du compas fur l’angle flanqué, ôc décrivant avec l’autre un arc qui pafle par l’extrémité de la face de la tenaille, jufqu’à ce qu’il rencontre l’autre ligne de défenfe :.ce qui détermine les flancs ôc la Courtine-
- Devant les faces du Baftion eft un fofle fee de fèpt toifes de largeur, ôc enfuite une fauflfe braye beaucoup plus large à l’angle flanqué qu’à l’angle d’épaule. Pour la décrire, on prolonge la. capitale du Baftion en-dehors jufqu’à 37 toifes, ôc l’on tire des lignes aux extrémités des Courtines oppofées ; après quoi on met la pointe du compas fur l’angle flanqué oppofé, ôc on décrit un arc qui pafle par l’angle d’épaule, ôc qui fixe la longueur des faces de la tenaille à l’endroit où elle coupe, les lignes tirées-a l’extrémité des Courtines ; il y a deux caponieres dans cette faufle braye, comme on peut voir dans la Figure. Les faces; de la faufle braye font arrondies en-dedans, ôc l’on met une Tour maçonnée d’environ fept toifes de diamètre, vis-à-vis-l’extrémité de chaque face de la faufle braye , dont elle eft réparée par un fofle d’environ trois ou quatre toifes. Il y a une: communication de la tenaille au revers de l’orillon, ôc de l’orillon: a la Tour.
- Le folié eft large de vingt toifes ; les demi - gorges de la demi-Lune en ont trente chacune ,, ôc les faces trente-huit. Autour de ces faces eft un fofle fec, large de fept toifes, ôc enfuite un .glacis plus large vers l’angle flanqué que vers l’extrémité des-
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- :ï2$ Le Parfait
- faces. Pour le décrire, on prolonge les demi-gorges de la demî-Lune jufqu’à vingt toifes, Ôc la capitale jufqu’à quarante-fix ou à cinquante. Le foffé devant ce glacis eft de dix ou douze toifes ; le Chemin couvert, les traverfes, & le grand glacis s achèvent à la maniéré ordinaire. L’Auteur ajoute dans le Baftion un Cavalier qui fe décrit en prenant fur la capitale quinze toifes, depuis le point où les demi - gorges fe rencontrent. De ce point on décrit un arc qui paffe par l’extrémité de ces quinze toifes , ôc fur lequel on porte dix toifes de chaque côté ; ce qui donne la face du Cavalier, les flancs font paralelles aux flancs du Baftion, ôc ont vingt toifes de longueur.
- On découvre facilement à travers le mafque de ce Syftême les trois flancs de M. de Coëhorn, fon orillon ou tour de pierre, fes foffés fecs devant les faces, ôc fes caponieres pour prendre l’Ennemi de revers ; mais on y voit aufli que toutes ces parties ont perdu beaucoup de leur force en palfant par d’autres mains, ôc que M. de Coëhorn n’a pas été fi heureux en copifte que l’a été Scheitéer. Quelle différence en effet entre cette petite Tour incapable d’une grande défenfe, ôc le grand orillon que ce fameux Hollandois met dans fon premier fyftême ; entre cette fauffe braye, qui, quoique garantie par le foin qu’il a pris d’en relever l’angle flanqué, n’eft cependant jamais qu’une fauffe braye qui donne du terrein à l’Ennemi, ôc les faces baffes de M. de Coëhorn, où l’Ennemi ne fçauroit fe loger ; enfin entre un grand glacis mis mal-à-propos devant une demi-Lune pour faciliter à l’Afliégeant le moyen de fe retrancher, ôc les chicanes ingénieufes que nous ;avons vu dans les Ravelins de l’Auteur qu’il veut copier. On voit affez que Sturmius n’a pas mieux réüfli à renforcer la première Méthode de M. de Vauban, qu’il n’avoit fait à renforcer Neuf-Brifach, comme nous avons déjà vû, ôc qu’on pourroit lui dire jà jufte titre : Pauvre Grenouille, ne t’enfles pas tant,
- REMARQUE,
- Nous venons de voir que de toutes les Méthodes qui ont été rapportées dans ce Chapitre, il n’en eft point qui approchent davantage du but de la Fortification que celle de Neuf-Brifach. La dépenfe n’en eft point excefliye, ôc il ne faudroit qu’une Garnifon médiocre ôc bien conduite pour en faire payer cher ,1’acquifition à une puiffante Armée qui voudroit l’attaquer i
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- Ingénieur François; 127
- Cependant comme l’ufage, l’application, ôc le travail font acquérir tous les jours de nouvelles lumières, je ne doute point que M. de Vauban ne l’eut perfectionnée fi les grandes occupations lui en euffent laiffé le tems ôc le loifir. Ce n’eft pas que je m’imagine qu’il y eut ajoûté de nouvelles enceintes, ou de nouveaux dehors, l’un ôc l’autre auroient exigé une dépenfe plus grande ôc une Garnifon plus nombreufe, Ôc Ton voit bien que c’eft ce qu’il vouloit éviter. Qu’il me foit donc permis de con--jeCturer ce qu’il auroit fait, ou ce qu’il auroit pu faire s’il eut. entrepris d’y mettre la derniere main. Il paroît par la conftruc-tion de Neuf-Brifach que ce grand Homme avoit deux objets: principaux en vue; l’un d’empêcher que les Batteries de l’Ennemi ne dérruififfent les défenfes de la Place avant même qu’il fut parvenu fur le glacis, ôc l’autre d’avoir toujours des flancs confi-dérables capables de faire face aux Batteries , que l’Afliégeant a. coutume dé leur oppofer fur les angles faillans de la contre-Efcarpe ; or il eft vifible qu’il auroit mieux réufli par rapport au premier s’il avoit faitenforte qu’on n’eut pu voir de la Campagne que le fommet des parapets de la Ville 5 ôc il eft vrai qu’en, agiffant ainfi, les Canons que l’on tire ordinairement par les embrazures, n’auroient pû empêcher l’Ennemi d’approcher im^ punément jufqu’au glacis mais on auroit pû y fuppléer abondamment par des Batteries à barbettes établies fur toutes les-défenfes, ôc qu’on auroit pû aifément cacher à l’Afliégeant à la faveur des gazons qui croiffent ordinairement fur le fommet: des parapets. Ces fortes de Batteries qu’on peut tranfporter tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, fans que l’Ennemi s’en ap~ perçoive, fatiguent extrêmement l’Afliégeant, ôc ne fçauroient nuire à l’Afliegé, puifqu’il n’a qu’à les tranfporter ailleurs, dè& que l’Ennemi dirige fon feu de ce côté.
- Quant au fécond Chef, il me femble qu’il n’y avoit quà faire les flancs des contre - gardes beaucoup plus grands que M. de Vauban ne les a. faits , ôc à ne donner aux foffés que la même-largeur aux angles faillans, en alignant la contre - Efcarpe aux. angles d’épaule. Par-là ce foffé feroit devenu beaucoup plus* large vers l’angle rentrant que vers l’angle faillant, ôc par con-féquent l’Ennemi n auroit pû oppofer iaux Batteries du flanc que: des Batteries qui leur auroient été beaucoup inférieures, à moins-qu’il n’eût abbattu des terreins immenfes fur le glacis, ce qui n’eft pas aifé à faire en préfence d’une Place qui fubfifte encore.
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- toute entière, & dont les défenfes n’ont point été encore en^ tamées. Ce que je dis des flancs des contre-gardes, je le dis à plus forte raifon des flancs des Tours baftionnées, Ôc des Courtines briféescar il eft bien évident que puifque après la prife des contre - gardes, la Ville refte encore dans fon entier, ôc que l’Ennemi ne peut monter du Canon fur ces contre - gardes qu’avec des travaux immenfes, on pourroit l’arrêter bien davantage , fl on lui oppofoit alors non pas un Canon ou deux, mais fept ou huit par chaque flanc. Au refte ce ne font ici que des conje&ures , ôc je les foumets au jugement des perfonnes habiles qui font chargées de ces fortes d’Ouvrages.
- CHAPITRE VIIL
- De la Fortification irrégulière, & de la ConfiruBion des Citadelles & des Réduits.
- TOut ce que nous avons dit jufqu’ici, regarde la Fortification régulière, que Ton ne peut employer que dans les nouvelles Places où le terrein permet de s’étendre également, ou dans les anciennes , lorfque les environs donnant toute liberté, on n’eft pas obligé d’ailleurs d’entreprendre des dépenfes excef-fives pour les rendre régulières. Mais , comme on ne bâtit que rarement des nouvelles Villes, que dans celles mêmes qu’on bâtit félon les befoins d’un Etat, on ne trouve pas toujours une fttuation heureufe, qui permette de faire tout ce qu’on veut, Ôc qu’au contraire on eft prefque tous les jours obligé de fortifier des anciennes , dont la figure eft fouvent fi bizarre , qu’il fau-droit s’engager dans des frais immenfes pour la corriger , il eft bon de fçavoir comment il faut fe comporter dans ces fortes d’occafions, ôc c’eft la Fortification irrégulière qui en donne les régies.
- Une Place peut être irrégulière, ou feulement dans fa figure, dont les angles ne font pas tous également éloignés - du centre, quoiqu’ils foient tous capables d’un bon Baftion, 6c que les lignes Ibient d’une grandeur raifonnable, ou dans fa figure ôc fes angles, dont quelques-uns font trop aigus, ôc quelques autresrentrans,
- ou
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- <ou dans fa figure ôc fes côtés, qui font les uns trop longs ôc les autres trop courts ; ou enfin dans fa figure, fes côtés , ôc fes angles tout à la fois. Il fuffit de fçavoir corriger les trois premières fortes d’irrégularité, pour n’être pas embarraffé dans la quatrième qui n’en eft qu’une fuite. C’eft pourquoi nous ne parlerons que de celles-là ; ôc comme elles peuvent provenir ou du voifinage d’une Riviere, ou de l’entrée d’un Port, ou de quelques rochers efcarpés, au - delà defquels on ne fçauroit s’avancer, nous expliquerons en détail les réglés qu’il faut employer dans ces fortes de circonftances.
- Il faut réduire, autant qu’on peut, les Places irrégulières dans la régularité, parce que leur force en devient égale par-tout; mais fi on ne le peut pas abfolument, il faut du moins obferver les maximes principales de la Fortification régulière, qui font que toutes les parties foient bien flanquées, que les angles des Baftions ne foient pas au - deflbus de 60. dégrés ; que la défenfe foit proportionnée, autant qu’on peut, à la portée du moüfquet, ou du moins qu’on remédie à ce défaut par quelques dehors ; ôc enfin qu’on diftribue la force par-tout également, autant que l’irrégularité peut le permettre. En quoi il faut pourtant prendre garde de ne pas faire comme quelques perfonnes, qui fous prétexte qu’un côté fe trouve plus foible, diminuent la force de tous les autres , pour les mettre au même degré de réfiftance ; ce qui s’appelle affoiblir tout le corps pour une petite partie, à laquelle on pouiroit remédier facilement par quelques dehors.
- Rendre régulière une R lace irrégulière lorjqu on le peut.
- Suppofé que nous ayons à rendre régulier le pentagone irrégulier ABCDE , dont le plus grand côté CD eft de 200 toifes, Fig. 1. PL 25*. Il fuit d’abord faire palier un cercle par les trois angles les plus éloignés les uns des autres, comme font ici les angles A, C, ôc D ; ce qui fe fait en joignant ces angles par des lignes droites AC, CD , fur le milieu defquels on éleve des perpendiculaires qu’on prolonge jufqu’à ce quelles fe coupent en un point M : après quoi mettant une pointe du compas fur le -point M pris pour centre, on mettra l’autre fur le point A, ôc l’an décrira un cercle qui paflera par les deux autres points C, D : ce cercle étant ainfi trouvé, on fait une échelle fur le plus grand côté CD de la Figure donnée, ôc après avoir divifé
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- i3© Le Parfait
- ce côté en autant de parties qu'il renferme de toifes, c’eft-à-dire en 200 , on en prend avec le compas 180 que Ton porte fur la circonférence du cercle autant de fois qu’il peut y aller. S’il y entre précifément un certain nombre de fois fans refte, comme par exemple , fix ou fept fois, on aura un polygone régulier de. fix ou fept côtés que l’on fortifiera à la maniéré de M. de Vaubam Mais fi après avoir porté les 180 toifes autant de fois qu’on a pu fur la circonférence, on trouvoit un petit refte, il faudroit au lieu de 180 en prendre 185, ôc recommencer l'opération ; ôc s’il reftoit encore quelque chofe, il faudroit augmenter jufquà ce qu’on ne trouvât plus de petit refte. C’eft de cette .maniéré, que nous avons décrit le pentagone régulier AILOP, dont les côtés ont 15)0 toifes chacun.
- Nota. Qu’au lieu de ce pentagone, on auroit pû en diminuant les 180 toifes au lieu de les augmenter, avoir un hexagone ARSTVX, dont les côtés auroient eu 160 toifes.. Mais comme: pour avoir cet hexagone il auroit fallu retrancher davantage de 180 toifes , qui eft la longueur du côté extérieur, félon M. de Vauban, qu’il n’a fallu ajouter pour avoir le côté du pentagone nous avons choifî celui - ci. préférablement à l’autre ; ce que l’on doit toujours obferver dans cesoccafions, pour s’éloigner le moins qu’on peut de la réglé.
- Le Chevalier de S. Julien fe fert d’une autre Méthode que nous rapporterons ici, Fig. 2. & 3. PL 2$. Il diftingue deux fortes de Places irrégulières ; les unes qui peuvent être facilement enfermées dans un cercle, ôc les autres qu’on ne peut renfermer dans un cercle à caufe de leur longueur.
- Pour les premières il décrit fur leur figure ABCDEFG, un quarré HILM, Fig. 2. Pi. 2 y. par lequel il gagne à peu près autant de terrein qu’il en perd, ôc après avoir tiré les deux diagonales HL, MI, il pofe une pointe du compas fur le point N où elles fe coupent, ôc décrit un cercle autour du quarré, ôc achevé le refte comme ci-deffus.
- Pour lesPlaces longues, il décrit fur leur figure ABCDEFGHI un paralellogramme LMNO, obfervant toujours de gagner à. peu près autant de terrein d’un côté, qu’il peut en perdre de l’autre, Fig. 3., PL 2 5. enfuite fur le long côté NL il fait un triangle ifofcele L8N à difcretion, ôc dufommet 8 il décrit l’arc NXVL, ôc fait la même chofe fur l’autre long côté MO, ce qui lui donne î autre arc ORM. Après quoi il décrit fur le petit côté LM le.
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- Ingénieur. François. 13i
- triangle ifofcele L7M à difcrétion * Ôc faifant la même chofe fur l’autre petit côté NO, il décrit du fommet de ces triangles les arcsLTM, NPO, qui fe joignant avec les premiers, forment une ovale fur laquelle il achevé le refte, comme nous avons dit.
- On peut fe fervir de fa Méthode pour les Places qui approchent du quarré ; mais pour les ovales nous donnerons bientôt une maniéré de les décrire, qui me paroît beaucoup plus jufte.
- Trouver les cotés extérieurs d'une Place, dont on n a que les côtés intérieurs.
- Dans l’article précédent nous avons fuppofé que les côtés du pentagone irrégulier que nous avons rendu régulier, étoientles côtés extérieurs, en - dedans defquels on pouvoit conftruire les Baftions fans diminuer la grandeur de la Place. Mais comme on n’a pas toujours ces côtés extérieurs, Ôc que les plans des anciennes Villes que l’on veut fortifier de nouveau, repréfentent leur enceinte fur laquelle il faut mettre les Baftions en-dehors pour ne pas diminuer le terrein du dedans, on pourroitfe trouver fouvent embaralfé d’appliquer à ces Places la Méthode de M. de Vauban, qui commence toujours pat le côté extérieur. Ceft pourquoi j’ai calculé une.Table, par le moyen de laquelle ayant un côté intérieur quelconque, on peut trouver facilement le côté extérieur qui lui correfpond. Je fçai qu’il y a des perfonnes qui fortifient dans ces occafions du dedans en-dehors par le moyen des demi-gorges des flancs Ôc de leurs, angles, à qui ils donnent les mêmes dimenfions que M. de Vauban leur a données ; mais cette maxime eft fujette à des défauts dont je me flate que la mienne eft exempte , comme je le ferai voir en les appliquant toutes les deux fur une même Figure.
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- Le Parfait
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- T A B L E
- POUR TROUVER LES COTES EXTERIEURS
- d’une Place , dont on a les Côte’s intérieurs..
- Pour Pour Pour
- LE Quarre?. le Pentagone. lExagon e. ...
- Côté Diftance des Côté Côté Diftance de. Côté Côté D'ftance des Côté
- intérieur. Polygones j extérieur- intérieur. polygones. extérieur* intérieur. polygones. extérieur.
- I-29 toifcs 38 2.00 140 40 200 145 48 200
- IZ4 36 192 135 39 193 140 46 193
- Il 9 35 184 130 37 186 135 45 186
- 114 33 176 12 f 36 17? 130 43 179
- 109 3* 168 120 35 172 12? 4i s73
- 104 31 léO 115 34 164 120 40 l6ï
- 110 33 157 115 38 158
- Angle du polygone. J 90 degrés. Angle du Polygone. 1.08 Angle du polygone. 120
- Pour Pour Pour.
- l’Eptagone.. l Octogone. lEnneagone.
- Côté 1i fiance des Côté Côté diftance des Côté Côté iDiftanced.es Côté
- intérieur. polygones. extérieur. intérieur. polygones. extérieur. intérieur. Polygones. extérieur.
- 158 4é 200 l6l 51 200 Ï67 5° 200
- *53 45 194 ï'5 6 49 194 i6z 48 1*4
- 148 43 188 151 47 188 157 47 188.
- 143 42' 181 146- 46 1S2 152 45 1S2
- 138 40 175 141 •45 175 147 44 176
- 133 39 169 136 43 169 1^2. 42 170
- 128 37 \6z Ï31 42 163 137 41 164
- 123 35 i$6 12 6 4i 157 132 39 158
- Angle du Angle du Angle du
- polygone. 12 9 polygone. *35 Polygone. 140
- Pour Pour Pour
- le Décagone. l'Ondecagone. le Dodécagone.
- Côté Difiance des Côté Côté Diftance des Côté Côté Diftance desl Côté
- intérieur. polygones. extérieur. intérieur. polygones. extérieur. intérieur. 1 Polygones. extérieur.
- 170 49 200 170 5° 200 17 6 47 * 200
- 16$ 47 194 165 48 194 171 45 195
- léO 45 188 160 47 188 166 43 189
- 155 44 1S2 155 45 18 2 161 42 183
- 150 43 176 150 44 176 15<> 41 177
- 145 41 170 145 43 170 151 40 172
- 140 40 164 140 4i 164 146 38 166
- i35 38 158 135 40 158 141 37 160
- Angle du polygone. 144 Angle du polygone. 148 Angle du Polygone. 150
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- ÏNGENiEûR François. 133*
- ' La première colonne de cette Table marque les différens côtéâ intérieurs que l’on peut avoir. La fécondé que / appelle diftance des polygones, marque la longueur d’une ligne perpendiculaire que l’on tireroit du milieu du côté intérieur fur le milieu de l’extérieur. Enfin la troifiéme marque les côtés extérieurs, con-refpondans aux intérieure.
- Gomme les côtés extérieurs ne font réguliers, félon la Méthode de M. de Vauban, que depuis 200 jufqu’à 160 toifes., je n’ai marqué dans cette Table que les côtés intérieurs qui leur font proportionnés ; mais fi on vouloir trouver le côté1 extérieur qui correfpondroit à un côté intérieur plus grand ou plus petit que ceux qui font dans la Table, on en viendrait facilement à bout en faifant une réglé de trois en cette maniéré. Suppofé , par exemple, que l’on voulût le côté extérieur qui répond au côté intérieur 166 d’un o&ogone, on prendrait dans la Table le plus grand côté intérieur i ér, & l’extérieur 200 qui lui répond, & l’on dirait fi iéi demande 200, combien rééj&la. réglé donnerait 206 pour le côté extérieur. On ferait la même chofe pour trouver la perpendiculaire, en difant fi iéi demande 51, combien' r 66y & la réglé donnerait environ f 3 .
- Les côtés intérieurs fe furpaffent les uns &: les autres de cinq toifes, & l’on n’a par conféquent que les perpendiculaires ôc les côtés extérieurs qui leur répondent; mais fi 011 vouloir avoir la perpendiculaire & le côté extérieur qui répondent à un côté intérieur qui ferait, par exemple, pour l’oêtogone. 158,entre i6i-& i$6, on ferait de même une réglé de trais, en difant fi 161-demandent 200, combien iy8, &c. On pourrait même fi on vouloit fe paffer de faire ces réglés ; car le côté intérieur 15 S' étant entre 161 ôc 156, dont les côtés extérieurs font 2c o ôc 194, on pourrait prendre un nombre moyen entre ces deux derniers , plus près de 164 que de 200, parce que 158 eft plus, près de 15*6 que de 161 , & ce nombre pourrait être 196. De: même comme la perpendiculaire de 1 $6 eft 49, & celle de; iéi eft 51, on. pourrait prendre la perpendiculaire de iy8> 49 toifes, ôt 4 ou y pieds. Ce que je dis ici pourrait aufli fer pratiquer quand on voudra trouver un côté extérieur qui répond1 a un côté intérieur plus grand ou plus petit que ceux qui font dans laTable. Carfuppofé, pat exemple, que l’on voulût le côté extérieur qui répond au côté intérieur 171 d’un o&ogone, on. examinerait dans la Table de combien augmentent les côtés
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- 134 Le Parfait
- extérieurs, à mefiire que les intérieurs augmentent de J, & ayant trouvé que ces côtés augmentent de fix toifes, on donneroitau côté extérieur de 171 douze toifes de plus que n’a le côté extérieur de 161 , qui eft le plus grand qui foit dans la Table, parce que 171 furpafle 161 de 10, ôc qu’à mefure que les intérieurs augmentent de $, les extérieurs augmentent de 6, ce qui donne 12 lorfqu’un intérieur eft plus grand que l’autre de 10. On voit facilement, fans que je m’étende davantage, ce qu’il faudroit faire pour trouver les côtés extérieurs , qui répondent aux côtés intérieurs plus petits que ceux qui font marqués dans la Table, & de quelle maniéré on pourroit trouver leur perpendiculaire. Il eft vrai qu’en en ufant ainfi, ôn ne trouveroit pas les côtés extérieurs ôc les perpendiculaires auflï juftes qu’en faifant des réglés de trois; mais il ne s’agit pas dans les Fortifications d’une exactitude géométrique , ôc pourvu que chaque partie foit bien défendue, une, deux, ou trois toifes de plus ou de moins ne doivent jamais nous arrêter. C’eft pourquoi j’ai même négligé les fractions que j’ai trouvé en calculant cette Table, à laquelle je ne voudrois pas qu’on s’arrêtât fi fcrupu-leufement, qu’on n’ajoûtât ni qu’on ne diminuât quelque chofe toutes les fois que la défenfe pourroit en devenir meilleure. Mais venons à l’ufage.
- Suppofons que nous ayons à fortifier une Place dont on nous donne les côtés intérieurs AB, BC, CD, DE, EF, FG, GA; je commence par le plus grand côté AB qui eft de 158 toifes, Fig. 4. Pl. 25. J’examine les angles A & B, qu’il fait de côté ôc d’autre, ôc je trouve que le plus grand B eft de 15*0 dégrés , ôc par conféquent appartient au dodécagone, comme on peut voir dans la Table précédente, où j’ai marqué les angles des polygones. Je prens donc dans cette Table la grandeur de la perpendiculaire qui répond au côté intérieur 158 du dodécagone, ôc comme je n’y trouve que les côtés intérieurs 155 ôc 1619 entre lefquels eft 15" 8, je prens les perpendiculaires de ces deux côtés qui font 40 ôc 41, ôc je donne quelque chofe à la petite 40, en forte que la perpendiculaire que j’aurai par cette augmentation foit plus proche de 40 que de 41 a comme 15*8 eft plus proche de 1 $ 6 que de 161. Je donne donc environ deux pieds, ce qui me donnera 40 toifes 2 pieds «pour ma perpendiculaire ; j’éleve cette perpendiculaire fur le milieu, du côté intérieur AB, Ôc je tire par fon extrémité une ligne indéfinie f
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- Ingénieur François. 13$ ôc paralelle au côté intérieur. Cela fait, je paile au côté BC qui eft de 1 $ 3 , ôc ayant trouvé que l’angle qu’il fait en C avec le côté CD , eft de i2p dégrés qui eft l’angle de l’Eptagone ; je cherche dans la Table la perpendiculaire qui répond au côté intérieur 1J3 de l’Eptagone : cette perpendiculaire eft de 43 toifes, c’eft pourquoi je l’éleve fur le milieu du côté BC, ou même fans l’élever, je tire à la diftance de 43 toifes en - dehors une ligne indéfinie., ôc paralelle au côté intérieur. Je fais la même chofe fur les autres côtés, ôc je trouve à la fin que toutes ces lignes indéfinies fe déterminent les unes ôc les autres par leur rencontre, en me donnant les côtés extérieurs.
- Il faut obferver de commencer par le plus grand côté, ôc de choifir le plus grand des deux angles qu’il fait avec les deux autres côtés, pour déterminer par-là fa perpendiculaire, comme nous avons fait ; après quoi il faut palier au côté qui fait l’angle que vous avçz choifi, Ôc prendre toujours, pour déterminer fa perpendiculaire, l’angle qu’il fait avec le côtéfuivant, ôc non pas celui que vous avez déjà pris pour le précédent ; ce qu’il faut continuer jufquau bout, afin que chaque angle détermine une perpendiculaire.
- L’opération étant ainfi faite, vous ne trouverez pas que les côtés extérieurs foient de la 'même grandeur que la Table les marque, par rapport aux côtés intérieurs 3 ce qui arriveroit toujours fi la figure étoit régulière, parce que les côtés Ôc les angles étant alors égaux, les perpendiculaires feroient aufli égales; au lieu qu’ici les perpendiculaires étant inégales à caufe de l’inégalité des côtés Ôc des angles, il arrive néceflairement que les côtés extérieurs des plus courtes, anticipent fur ceux des plus grandes; mais c’eft en cela même que confifte l’un des plus grands avantages de cette Méthode, parce que les côtés extérieurs des petites perpendiculaires anticipant fur ceux des grandes , les diminuent Ôc s’aggrandiffent en même - tems b ce qui fait que tous les côtés extérieurs deviennent à peu près égaux, ôc que la figure approche davantage de la régulière. Il arrive même que des côtés intérieurs qui font naturellement irréguliers, tels que ceux depo, de 80r ou de 70 toifes, deviennent par-là réguliers, s’ils font contigus-à des grands côtés, parce que leur perpendiculaire étant fort petite , leurs côtés extérieurs anticipent beaucoup fur les autres ï ôc par la même raifon des côtés intérieurs plus grands qu’il ne: faut, tels que font ceux de 177,180, ôcc. peuvent être corrigés
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- t%6 Le Parfait
- s’ils font contigus à des petits côtés, parce que leurs côtés ex£ térieurs feront beaucoup diminués par l’anticipation de ceux des petits côtés. Nous parlerons des autres avantages de cette Méthode , fur celle dont quelques Auteurs fe fervent, après que nous aurons fait voir de quelle maniéré il faut fortifier les côtés extérieurs que nous venons de trouver.
- Fortifier une T lace irrégulière , dont les Côtés & les Angles font réguliers.
- Suppofons qu’il nous faille fortifier la même Place irrégulière ABCDEFG, Fig. 4. PL 25. dont tous les côtés & les angles font réguliers, le plus petit de ces angles étant de 108 degrés qui eft l’angle du pentagone. Nous chercherons les côtés extérieurs , comme nous venons de faire dans l'article procèdent ; après quoi la Figure ayant 7 côtés, nous la fortifierons comme un Eptagone régulier ; c’eft-à-dire , en élevant une perpendiculaire fur le milieu du côté extérieur en - dedans, a laquelle nous donnerons la fixiéme partie du côté extérieur; eniuite nous ferons pafler les lignes de défenfes par l’extrémité de cette perpendiculaire., nous prendrons les faces-égaies aux deux feptiémes du côté extérieur, & nous déterminerons les flancs & les courtines comme nous l’avons dit dans la première Méthode de M. de Vauban.
- Et fi l’angle flanqué de quelqu’un des Baflions devénoit trop aigu, comme il arriveroit ici au Bafiion G , à caufe que l’angle de la figure dans cet endroit n’efi que de 108 dégrés ; alors nous ne donnerions aux perpendiculaires des côtés extérieurs qui forment cet angle, que la feptiéme partie, ou même la huitième, comme nous avons fait, ce qui n’étoit pas abfolument nécef-faire.
- Par ce moyen la Figure fe trouveront aufll-bîen fortifiée dans fon irrégularité qu elle ponrroit l’être, la capacité de la Place en feroitmême augmenté; les flancs, les faces , ôc les courtines auroient leur jufte rapport, ôc les Battions y feroient toujours grands, & capables d’une bonne d fenle, parce que ceux dont la capitale diminue, comme il arrive aux angles obtus, ont aulfi des gorges bien plus grandes que ceux dont la capitale ne diminue point. Il efl vrai qu’il fe trouve des Battions dont l’angle
- flanqué
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- flanqué eft fort obtus ; mais c’eft un défaut qu’on ne fçauroit éviter dans la Fortification irrégulière, non plus que dans les grands polygones, à moins de vouloir avoir des féconds flancs, dont les inconvéniens font beaucoup plus confidérables, comme nous l'avons dit ailleurs.
- Quelques Auteurs fortifient ces Places du dedans en-dehors ; fans chercher le côté extérieur en cette maniéré, Fig. 5. PL 2 Ils donnent toujours aux demi-gorges la cinquième partie du côté intérieur. Enfuite fi le côté intérieur a depuis 60 jufqu’à 80 toifes, ils en donnent if à chaque flanc, à qui ils font toujours faire un angle de 100 dégrés avec la courtine ; après quoi ils tirent les lignes de défenfe rafantes, qui étant coupées par les lignes de défenfe des autres côtés déterminent les faces. Le côté intérieur étant de 80 jufqu’à 100 toifes, ils augmentent les flancs d’une toife à mefure que le côté augmente de dix ; depuis 100 toifes jufqu’à 140, ils augmentent les flancs d’une toife à mefure que le côté intérieur augmente de $ ; c’eft-à-dire, quo le côté intérieur étant de ioj toifes, les flancs en ont ip, & s’il eft de 110, les flancs en ont 20, & ainfi de fuite. Enfin depuis .14p jufqu’à 160, les flancs augmentent d’une demi toife à mefure que les côtés intérieurs angmentent de $, ce que l’on comprendra plus aifément par cette Table, où 140 ôc 145 onç la même grandeur pour le flanc.
- Côté 1 Art intérieur.) 00 80 90 100 10J IIO 115 120 I2f 130 135 140 *4* 150 I5Î 160
- Flanc. | 15 16 17 18 1? 20 21 22 *3 24 2 6 z6~ Z7
- Nous avons fortifié, félon cette Méthode, la Fig. y. PL 25'. dont les côtés intérieurs ôc les angles font les mêmes que ceux de la quatrième, afin qu’on pût mieux voir les avantages de la manière dont je me fers, & les défauts de celle-ci. i°. Les côtés intérieurs reftent chacun dans leur grandeur, & l’irrégularité de la Place n’y eft diminuée en aucune maniéré. 20. Les faces n’ont prefque jamais les proportions qu’elles devroient avoir avec les flancs , à caufe de l’irrégularité des angles, qui font que les uns diminuent, tandis que les autres augmentent, & que fouvent les plus petits flancs ont les plus grandes faces à défendre, comme on peut voir dans les Baftions G, A. 30.
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- i*$. L e Par f a i t
- Les faces d*un même front font toujours inégales., à caufe que les angles étant inégaux il arrive que les lignes de défenfe des. autres fronts aggrandifîent une face j tandis quils diminuent l’autre ; ce qui fe voit furtout dans les Baftions AB, FG : enfin les Baftions F,. B , qui font fur des angles fort obtus, ont leurs capitales plus petites que lés autres, quoique leurs gorges n’augmentent pas à proportion, ce qui les rend beaucoup moins* capables d’une bonne défenfe..
- Il arrive encore, félon cette Méthode , que lî un petit côté* par exemple , de iqo toifes fe trouve entre deux grands de 160 toifes ou environ, les faces du petit côté deviennent d’une grandeur prodigieufe, & les flancs extrêmement petits , comme on peut voir dans la Fig. 6. PL 25% où les traits noirs marquent la Fortification de la Place à la maniéré de ces Auteurs, & les traits, pondues la marquent félon la mienne, par le moyen de laquelle Je petit côté a été corrigé, & chaque partie s’eft trouvée dans, fa jufte proportion par rapport à chaque front ; ce qui, ce me femble, ne doit jamais être négligé, afin, que l’Ennemi qui mène ordinairement fon. attaque fur un front ; c’eft«à-dire, depuis la pointe d’un Baftion à la pointe de l’autre, ne. trouve pas un côté, de ce front plus fôible que l’autre ne l’eft..
- Les défauts que nous venons de voir dans cette Méthode, ôé lés avantages que je trouve dans la mienne, me paroiffent des> raifons allez fortes pour préférer celle-ci ; cependant m’attendrai fur cela,, comme fur tout le refte, la décifîon des habiles gens* & je me ferai, toujours gloire de m’en tenir à ce qu’ils auront penfé..
- Fortifier une Ovale*.
- L’Ovale peut être employé lorfqu’on bâtit de nouvelles Villes d’ans des terreins qui demandent qu’on s’étende en longueur* ou. lorfqu’il s’agit de fortifier des. Places anciennes, dont la Ion** gueur exeede la largeur..
- On décrit l’ovale en cette manière, Fig. 1. PL 26. Tirez une ligne, droite AD d’une longueur déterminée,. divifez-la en trois, parties égales AB,. BCCD ; du point C intervalle CD, décrivez te cercle DMEBFN, ôt portez fur ce cercle la longueur-de fon rayon de D fîc M, & de D en N. Du point B intervalle décrives, lé cercle ALECFI, & portez de même fur ce
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- £ercle la longueur de fon rayon de A en L , ôt de À en I, ces deux cercles fe couperont aux deux points F, E. Mettez une pointe du compas au point F , ôc portant l’autre fur le point M, décrivez l’arc MGL, qui fe terminera au point L ; portez de même la pointe du compas au point E,' ôc mettant l’autre fur le point Ij décrivez l’arc IHN, qui fe terminera au point N, ôc qui achèvera l’ovale HNDMGLAI.
- Si vous faites paffer une ligne parles points EF, jufqu’à ce qu’elle coupe la circonférence de l’ovale, cette ligne coupera perpendiculairement la première AD en deux parties égales au point O, qu’on nomme le centre de l’ovale. La ligne AD s’ap-pelle le grand diamètre, & la ligne GH le petit diamètre , qui eft les trois quarts du grand ôt un tant foit peu plus.
- A préfent fi vous divifez la circonférence de l’ovale, par exemple, en fix parties égales, ôc qu’après avoir tiré des lignes droites par tous les points de divifion, vous fortifiez ces lignes en - dedans à l’ordinaire, vous aurez un hexagone qui approchera aflez du régulier, comme le montre la F/g-. 2. PL 26.
- Si vous donnez, par exemple, 180 toifes au côté extérieur que vous ferez fervir d’échelle, vous trouverez que le grand diamètre DC eft de 410 toifes, que fa partie AB renfermée dans la Place, ôc que j’appellerai longueur intérieure, eft de 230 toifes, que les parties BC, DA qui relient en-dehors, ont chacune So toifes, & qu’étant ajoutées enfemble, elles en ont 160, ce que j’appellerai addition à la longueur intérieure. Vous trouverez aufli que la partie FE du petit diamètre qui eft renfermée depuis le centre des demi-gorges d’un Baftion, jufqu’au centre des demi-gorges de celui qui lui eft oppofé, a 210 toifes, ce que j’appellerai largeur intérieure, que les deux parties GE, FH, qui font pour ainfi dire en - dehors, puifqu elles fervent de capitale, ont enfemble 100 toifes, ce que j’appellerai addition à la largeur intérieure , & enfin que le petit diamètre en a 31 o.
- C’eft de cette maniéré que j’ài calculé une Table, par le moyen de laquelle ayant la longueur intérieure d’une Place ; on trouvera tout d’un coup non-feulement ce qu’il faut ajoûter à cette longueur pour avoir le grand diamètre fur lequel on décrira l’ovale, mais encore quelle forte de polygone on pourra inlcrire dans cette ovale, Ôt de quelle longueur fera fon côté extérieur ; ce qui, ce me femble, fera d’une grande utilité dans la pratique foit pour les nouvelles Places , dont la longueur inté-
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- $40 Le ÎARFAîf^
- rieure feroit déterminée} foit pour les anciennes > dont les Plans qu’on leve, lorfqu’il s’agit de les fortifier de nouveau, ne repre* Tentent que cette longueur à laquelle on ne fçauroit toucher lanç diminuer le corps de la Place.
- TABLE
- Pour trouver le grand Diamètre dyune Ovale, le Polygone, qui peut y être infer it, & la longueur de fon Coté extérieur , la longueur intérieure étant donnée.
- Pour le Pentagone.
- Longueur intérieure. Addition à la longueur Grand Diamètre. Côté extérieur. Largeur intérieure. Addition à la largeur. Petit Diamètre.
- 208 toifes i;8 3 66 190 174 IO3 277
- 202 4 1*4 3^7 i8y IOO
- iP7 1*0 347 180 l5* 97 2(*2
- iÿii 146 33 7t 177 94t 2*5
- 185 142 32S 170 i*<5 92 248
- 180I 1384 318 Itf* ï** 8 Pi 240 i
- *7 S i33t 308 4 160 85| 233
- Pour lExAGO N E
- Longueur Addition à Grand Côté Largeur Addition Petit
- intérieure. la Longueur. Diamètre. extérieur. intérieure. à la Largeur. Diamètre.
- 2 6^ I69 433 190 22l| 10*4 327
- 2S1 i64i 42 il I8y 2l5 1024 318I
- 2*0 l60 410 180 210 100 3 ro
- 39H 17 S 204 91 301
- Î23<S 387 170 i*>8 9 4t 2P2 4
- 22p 147 37$ 16* 192\ Pif 284
- 222 I42t 3^4* 15o 187 884 27 îii
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- Ingénieur François; 141
- SUITE DE LA TABLE
- Pour lEptagone.
- Longueur intérieure. Addition à la Longueur. Grand Diamètre, Côté extérieur. Largeur intérieure. Addition à la Largeur. Petit Diamètre.
- 340 331 322 3*3 3O4 2 Pp 28 * i $6 152 148 *44 140 13 6 132 49 6 48? 470 4Î7 444 431 418 ipo 18P 180 11$ 170 16S 160 274 2*7 2*0 2P3 24Pt 238 231 101 p8 9$ 92 i PO 88 8p 31$ 3*$ 3PP 34Pt 33*t 32* 31*
- Pour i!Octogone.
- Longueur intérieure. Addition à la Longueur. Giand Diamètre. coté extéreur. .Largeur intérieure. Addition à la Largeur. Petit Diamètre.
- 4P4 442 430 418 405 39 4 382 IO; 103 IOO 91 P 4 a* 92 8$ PPP T 4P 530 pip P0Qi 48* 471 ipo 18; l80 ll$ 170 I*p 1*0 31P 310I 302 2P3i 2$S 27* 2*8 103^ ioo~ P8 p* P3r Pi 88 4227 41 I 400 38Pt 378t 367 3ï*
- Pour lE n n ea g 0 n e.
- longueur intérieure. Addition à la Longueur. Grand Diamètre. Côté extérieur. Largeur intérieure. Addition à la Largeur. i' rit Diamètre.
- J02-Ï-48 9 47<J 463 449i 436 f 42? 12*?- I23t 120 11* 111 108 *2p *12* PP<P $19 563 P 47 Pi1 ipo 18; l80 I7P. 170 I*f 1*0 380 370 3*0 3P° 340 330 320 PPt Pi PO «7i 8pi »3t 8*7 47Pf 4*3 4P0 437i 42;i 4137 4017
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- ;x^2 L t Parfait
- SUITE DE LA TABLEi
- Pour le Décagone,
- Longueur intérieure. Addition à la Longueur. Grand Diamètre. Côté extérieur. Largeur intérieure- Addition à la Largeur. Petit Diamètre.
- 55 4 55Pi 52$ 5 l°T 4P 6 481 *66\ I48 144 14° 13<S 132 128 12? 702 66$ 6%6~ 6 28 dopl- 5P!t 1510 i8y 180 17$ 170 i5? 160 432 42©| 40P 3P7t 385 37$ 3*5* 99 9*7. P4 P 1T 8p 85 84 531 517 5*03 48P 475 451 • 447?
- Pour lO n décagone.
- Longueur intérieure. Addition à la Longueur. Grand Diamètre. Côté extérieur. Largeur intérieure. Addition à la Laigeur. Petit Diamètre.
- H* 62$ 608 5P* 574 5 57 : 540 118 Iïf I 12 IOp io5 IO3 IOO 7<fo 740 720 7OO 58o 660 6^0 ipo i8y ISO 17$ 170 i5o 484-i- 472 45P 445 455? 421 408 5'C;- 871 8y 83 8o|- 78 76 575 55P? 544 529 514 4PP 484
- Pour le Dodécagone.
- Longueur ' intérieure Addition à la Longueur. Grand Diamètre. Côté extérieur. Largeur intérieure. Addition à la Largeur Petit Diamètre.
- 744 i 724i 70$ ; 1 5-55 i 646. \ 62*1 95 92~ 90 *7* 85 8* 804 8?P 817 795 773 751 729 . 707 1^0 18? ISO 17$ 170 16? i5o 53P? 525 s** 4P7 4824 4684 454 P4? ; p2 90 87 8 51 824 8o4 634. 6\-i\ 5oi 584t ?58 55i 5 34?
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- Ingénieur: Franç o i s: t-b
- Nota i°. Que j’ai calculé cette Table, en fuppofant que l’on mettra toujours la pointe d’un Baftion fur l’une des extrémités du petit diamètre, ce qui fera facile à faire, en commençant par cette extrémité de porter le côté extérieur fur la circonférence de l’ovale. Je crois qu’il faut en ufer ainfi pour éviter le plus qu’on pourra, d’avoir des Battions fur les extrémités du grand diamètre, où l’angle eft plus aigu que par-tout ailleurs. De tous les polygones il n’y aura, félon cette pratique, que l’o&ogone & le dodécagone qui auront des Battions en cet endroit, & dont la longueur intérieure fera par conféquent depuis le centre des demi - gorges d’un Baftion au centre des demi - gorges du Baôion oppofé.. J’aurois même pu faire autrement ; mais je n’ai pas crû devoir m’éloigner de la réglé generale , parce que de quelque maniéré que l’on faiïe, on aura toujours quelques Battions autti aigus que ceux que l’on voudroit éviter. Dans tous les autres polygones la longueur intérieure eft renfermée entre les Cour-tines oppofées fur lelquelles elle tombe à plomb dans les Polygones qui ont un nombre pair de Battions , & obliquement dans ceux qui ont un nombre impair. La largeur intérieure dans tous les polygones pairs eft depuis le centre des demi - gorges d’un Baftion , jufqûau centre des demi-gorges du Baftion oppofé;. mais dans les impairs elle eû depuis le centre des demi-gorges d’un Baftion, jufqu’à la Courtine oppofée à ce Baftion.
- Nota a°. Que je n’ai mis dans cette Table que les longueurs* intérieures qui répondent aux côtés .extérieurs réguliers, qui: font depuis 190 toifes jufqu’à 160. Mais fi on vouloitune longueur intérieure qui répondît à un côté plus grand ou plus petit,, on la trouveroit facilement par une réglé de trois en cette forte.. Suppofé, par exemple,. que l’on voulût la longueur intérieure: qui répond au côté extérieur 210 du décagone, on prendroit le côté extérieur 190 ôc la longueur intérieure 04 qui lui répondy & l’on diroit fi 190 demande 5J4, combien 210, & la réglé donneroit 612. pour la longueur intérieure qui répond au côté 210. On pourroit même fe paffer de faire cette réglé, en ob--fervant dans la Table de combien les longueurs intérieures du; décagone augmentent à mefure que les côtés extérieurs augmentent de 5 ; & ayant trouvé que l’augmentation des longueurs; eft de 14 toifes ôc demi, on ajoûteroit quatre fois 14-; e’eft-à-dire, y8 à la. longueur $$4, parce que le côté na eft plus; grand de quatre fois c’eft-à-dire,, de 20,; que. 1e. côté ioa*
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- Ce l’on trouveroit de même 612 pour la longueur cherchée, puifque 55*4 & 58 font <512. On voit aifément comment il fau-droit faire pour trouver une longueur intérieure qui r.'pondit à un côté extérieur plus petit que 160 , Ôc pour trouver aufli lad-dition à cette longueur, le grand diamètre, le petit, la largeur intérieure, ôcc.
- Nota 30. Que les côtés extérieurs de cette Table fe fupaflant les uns les autres de cinq toifes, on n’y trouve par conléquent que les longueurs intérieures qui leur répondent. Mais fi on vou^ loit avoir une longueur intérieure qui répondît à un côté intermédiaire , on le trouveroit de même par une réglé de trois, ou bien en cette forte : Suppofé, par exemple, qu’on demandât la longueur intérieure qui répond au côté extérieur 18 8 de l’onde-cagone, ce côté étant entre ipo ôc 18; , on prendroit les longueurs intérieures 642 ôc 625 qui répondent a ces deux côtés. Et ayant trouvé que l’unefurpafle l’autre de 17, à melùre qu’un, côté eft plus grand que l’autre de y. On ajoûteroit à la plus petite les trois cinquièmes de 17, ce qui eft 1 o toifes ôc un peu plus, parce que le côté 188 a trois de plus que 180, ôc que trois font les trois cinquièmes de y ; ainfi la longueur intérieure de-viendroit de 13 y, ce qu’on auroit trouvé de même par la réglé de trois, Ôc ainfi des autres.
- Cette Table eft d’une grande commodité dans la pratique > ôc épargne bien des calculs qu’il faudroit néceflairement faire, foit pour les nouvelles Places dont la longueur intérieure feroit déterminée, foit pour les anciennes, à la longueur defquelles on ne fçauroit toucher fans en diminuer la capacité. Suppofons, par exemple , que la longueur intérieure de la Place à fortifier, fût de y 74 toifes , on trouveroit d’abord dans la Table que cette longueur appartient à un ondecagone, dont le côté extérieur eft: de 170 toifes, qu’il faut ajoûter à cette longueur 106 toifes pour avoir le grand diamètre, qui eft par conféquent de 68o toifes , que la largeur intérieure eft de 433 toifes j-, ôc qu’enfin ajoutant 80 toifes \ à cette largeur, on auroit le petit diamètre qui en a y 14. C’eft pourquoi après avoir pris pour grand diamètre une ligne divifée en 680 parties, on déciiroit l’ovale de la maniéré que nous avons dit ci-deflus, ôc l’on prendroit enfuite 170 parties de cette ligne que Ton porteroit onze fois fur la circonférence de l’ovale ; le polygone étant ainfi décrit, on le fortifierait en - dedans en la maniéré ordinaire.
- Si
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- Si la longueur donnée ne Te trouvoit pas dans la Table , mais quelle fût intermédiaire, comme par exemple 549 , qui eft entre les longueurs Ôc S 39 T du décagone., on trouveroit le côté extérieur qui répond à cette longueur, l’addition, & le grand diamètre, ou par une réglé de trois, ou de la maniéré que nous avons enfeigné ci - deffus.
- Si la longueur intérieure appartenoit à deux polygones, comme par exemple, 436 qui appartient à un Enneagone, dont le côté extérieur eft de 16$ toifes, ôc qui eft aufli intermédiaire entre les longueurs 430 & 442 de l’o&ogone, dont les côtés extérieurs lont 185* & 180, alors on préféreroit le polygone qui donneroit un côté plus approchant de 180 ; ôc comme l’oêto-gone donne 182 toifes -J pour le côté extérieur de la longueur intérieure 43 é, au lieu que l’Enneagone n’en donne que 16$9 on choifiroit l’oâogone, ôc pourlç décrire, on chercheroit par les voyes enfeignées ci-deffus , le grand diamètre qui dans l’octogone répond à la longueur intérieure 43 6.
- Ce que nous avons dit jufqu’ici, fuppofe qu’on n’eft pas gêné ’ par rapport à la largeur, ôc qu’on peut toujours décrire l’ovale de la maniéré que nous l’avons enfeigné., en forte que le petit diamètre foit au grand, comme 31 eft à 41, Ôc que le rayon du cercle qui paffe par l’extrémité du grand diamètre, foit à la moitié du petit diamètre, comme 13- eft à ou pour .éviter les fraêtions, comme 82 eft à 93 ; mais fi on étoit gêné pour la largeur, de même que pour la longueur, alors ou là longueur ôc la largeur appartiendroient à un même côté d’un polygone, ou la longueur appartiendroit à un côté, Ôc la largeur à un autre d’un même polygone, ou enfin l’une appartenant à un côté d’un polygone, l’autre appartiendroit à un côté d’un autre. Le premier cas, comme on voit, ne fouffre aucune difficulté. Examinons les deux autres pour lefquels les trois dernieres colonnes de notre Table font très-néceffaires.
- Pour le fécond cas. Suppofons que la longueur intérieure foit 442, qui appartient au côté extérieur 185 de l’o&ogone, ôc que la largeur intérieure foit 276, qui appartient au côté extérieur iéy du même oêtogone ; je donne à l’un ôc à l’autre l’addition que la Table me marque ; c’eft-à-dire 103 toifes à la longueur, Ôc 91 toifes à la largeur, ce qui me donne y4J toifes pour le grand diamètre ôc 367 pour le petit.
- Je tire donc fur le papier une ligne AB, que je divife en
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- 146 Le Parfait
- j4; parties pour le grand diamètre, j’éleve fur le milieu de cette ligne une perpendiculaire CD, qui ait de chaque côté 183 toifes ôc demi, ce qui fait 3 67 toifes pour le petit diamètre entier, Fig. 3. PL 26. Cela fait, fçachant que dans l’ovale ordinaire la moitié du petit diamètre eft au rayon du cercle qui pafle par l’extrémité du grand diamètre, comme p3 eft à 82, je fais une réglé de trois en difant, P3 eft à 82 , comme 183 & demi,- qui eft la moitié de mon petit diamètre, eft au nombre que je dois trouver, ôc ce nombre, la réglé étant faite, fe trouve 160, que je porte fur les extrémités du grand diamètre depuis A en E, ôc depuis B en F ; ou bien fans faire une réglé de trois, je prens avec le compas ordinaire la moitié du petit diamètre, Ôc j’ouvre le compas de proportion, de forte que les deux pointes du compas ordinaire tombent furies deux pointsp3 de part Ôc d’autre de la ligne des parties égales; enfuite laifîant le compas de proportion ainfi ouvert, je prens avec le compas ordinaire la distance de 82 à 82 fur la même ligne des parties égales, ôc je porte cette diftance fur les extrémités du grand diamètre de A en E, ôc de B en F : enfuite des points E ôc F pris pour centre, je décris les cercles HA G, IBL, fur lefquelles je porte de part ôc d’autre la grandeur du rayon E A de B en I, ôc de B en L , de A en G, Ôc de A en H ; après quoi je tire des points G, H, I, L, des lignes qui paflant par les centres E, F, donneront au point O, O de leur rencontre, les centres 0,0, d’où je décrirai les arcs GDI, HCL , qui achèveront mon ovale. Nous dirons dans le troifiéme cas comment il faut faire 5 lorf-que le cercle décrit du centre O, ne pafle par l’extrémité du petit diamètre.
- L’ovale étant ainfi décrite, j’examine dans la Table que le grand diamètre appartient au côté 18? de l’o&ogone, ôc que le petit appartient au côté 16$ du même oâogone ; c’efi: pourquoi je prens le milieu entre i8f ôc 16$, c’eft-à-dire 17s toifes, ôc je porte ces 17J toifes fur la circonférence de l’ovale quelles diviferont en huit parties égales, je joins tous les points de di-vifion par des lignes droites, qui feront les côtés extérieurs d’un oâogone, que je fortifierai en-dedans à la maniéré ordinaire.
- Si la longueur ou la largeur ne fe trouvoit pas dans la Table ] alors on chercheroit les deux longueurs ou les deux largeurs de la Table, entre lefquelles la longueur ou la largeur donnée
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- fe trouveraient, ôc Ton chercherait les additions pour avoir le grand ou le petit diamètre par une réglé de trais, ou delà maniéré que nous avons enfeignée, ce qu’il faut obferver dans toutes ces occafions ; c’eft pourquoi je n’en parlerai plus.
- Pour le troifiéme cas, c’eft-à-dire, lorfque la longueur intérieure appartenant à un polygone, la largeur intérieure appartient à un autre. Suppofons que la longueur foit 340, qui appartient au côté extérieur 190 de l’eptagone, ôc que la largeur foit 268, qui appartient au côté extérieur i5o de i’o£ï:ogone, j’examine d’abord fi la longueur ne ferait point intermédiaire entre quelques-unes de celles de l’o&ogone, afin de pouvoir faire appartenir la longueur ôc la largeur à un même polygone, ôc comme je trouve qu’elle ne l’eftpas, j’examine aulli fi la largeur ne ferait point intermédiaire entre quelqu’une de celles del’eptagone, ôc trouvant quelle eft entre 267 ôc 274.de cherche parles réglés ci-deftus, faddition, ôc le côté extérieur de l’eptagone qui lui convient ; après quoi je donne les additions convenables à la longueur Ôc à la largeur, je décris mon ovale, ôc j’acheve le refte, comme dans le cas précédent.
- Mais fi la longueur Ôc la largeur ne peuvent pas fe réduire à un même polygone, comme par exemple la longueur 434 qui appartient au côté 190 de l’o&ogone, Ôc la largeur 198 qui appartient au côté extérieur 170 de l’exagone. Alors je donne à la longueur l’addition iof marquée dans la Table, ce qui fait 95*9 toifes pour le grand diamètre, ôc je donne auffi à la largeur l’addition 94-5-, comme la Table le marque, ce qui fait 292 •£• pour le petit diamètre, Fig. 4. PL 26. Enfuite je cherche le rayon AE du cercle qui doit palfer par l’extrémité du grand diamètre de la même maniéré que dans le cas précédent, ôc après avoir décrit les arcs LAI, GBH, je porte fur ces arcs de part ôc d’autre la grandeur du rayon de A en I, de A en L, de B en G, ôc de B en H ; après quoi je tire les lignes IEO, GFO, Ôc voyant que le cercle que je décrirais du point O de leur rencontre , palferoit à la vérité par les points I, G, mais ne paf-feroit pas par l'extrémité du petit diamètre, je cherche le véritable centre qui paffe par ces trois points en cette maniéré. Je tire des extrémités du petit diamètre des lignes droites aux points I, G. Je divife les lignes DI, DG en deux également aux points MN, ôc fur ces points M, N, j’éleve deux perpendiculaires en dedans, que je prolonge jufqu’à cc quelles fe rencontrent ; le
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- point de leur rencontre n’eft point marqué dans la planche, parce que je n ai pas eu affez d’efpace. Je prens ce point de rencontre pour centre, ôc de ce centre je décris l’arc IDG qui paffe par les points IG, ôc par l’extrémité du petit diamètre. Je fais la même chofe de l’autre côté pour avoir l’arc LCH, ôc mon ovale fe trouve par - là achevée. On pourroit à la vérité la décrire plus geometriquement ; mais il faudroit pour cela diminuer le rayon AE, ce qui feroit que l’arc AL feroitplus petit, ôc que les Baftions faits fur cet arc deviendroient trop aigus.
- L’ovale étant ainfi décrite , le plus court moyen de trouver le polygone qui y convient, fans entrer dans des calculs qui pour-roient être trop embaralfans, eft de prendre avec le compas 180 toifes, ôc de les porter autant de fois fur la circonférence de l’ovale qu’elles pourront y aller, fi elles y vont précifément up. certain nombre de fois, comme fept ou huit fois, le polygone fera un eptagone ou un o&ogone; s’il reftoit quelque chofe , on diminueroit ou l’on aggrandiroit l’ouverture du compas, jufqu’à ce que le tour fe trouvât jufte ; obfervant cependant que lî par exemple en diminuant de quinze toifes ontrouvôit un ottogone, ôc en augmentant feulement de dix, on trouvoit un eptagone, il faudrcit préférer celui - ci à l’autre, tant parce que les côtés de l’eptagone ayant ipo toifes, s’éloigneroit moins de 180, que ceux de l’oélogone qui n’en auroient que 16$ , que parce qu’on épargneroit par-là la dépenfe d’un Baftion.
- Si les angles des Baftions qui font vers l’extrémité du grand diamètre, devenoient trop aigus, on ne donneroit à la perpendiculaire par l’extrémité de laquelle on fait paffer les lignes de défenfe que la feptiéme partie du côté extérieur, ou même la huitième, s’il étoit néceffaire.
- Fortifier un long Coté.
- Comme les longs côtés, malgré les Baftions plats qu’on peut y faire au milieu ne permettent pas toujours que la ligne de défenfe foit à la portée du moufquet, Fig. 2. & 3. PL 27. les anciens Auteurs pour fuppléer à ce défaut, mettoient entre les Baftions des Redans compofés d’un flanc DC, ôc d’une face CE, tel que la Figure 2. les repréfente. On les multiplioit quelquefois comme dans la troifiéme Figure , ôc alors cét Ouvrage s’ap-pelloit Ouvrage à Scie, parce qu’il reffemble en .effet aux dents
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- d’une Scie. Mais ces fortes de pièces étoient extrêmement incommodes par leur peu de capacité , & avoient d’ailleurs le dé-favantage de préfenter à l’Ennemi un angle mort, c’eft-à-dire, que l’aiiiegé ne pouvoit voir de nul endroit de la Place, Ôt où par conféquent le Mineur pouvoit approcher en sûreté, tel qu’eft l’angle E, Fig. 2. C’eft pourquoi cette forte de Fortification eft aujourd’hui univerfellement rejettée, Ôc voici de quelle maniéré on s’y prend dans ces occafions, fuivant les réglés que M. de [Vauban a lui - même pratiquées.
- Un long côté peut avoir ou depuis 200 toifes jufqu’à 240, ou même 250; ou depuis 250 jufqu’à 300, ou enfin depuis 300 ju£ qu’à 400, y 00, &c.
- Dans le premier cas, c’eft-à-dire, fi le long côté a depuis 200 toifes jufqu’à 240 ou 250 , on le fortifie tel qu’il eft, furtouts’ii eft fur une riviere ou un marais, dont l’accès ne foit pas facile ; mais on obferve de ne donner à la perpendiculaire par l’extrémité de laquelle on fait pafler lap ligne de défenfe, que la huitième partie ou même la neuvième, la dixiéme, &c. du côté extérieur, afin que les angles flanqués ne deviennent pas trop aigus. Et comme alors les flancs deviennent petits, & qu’outre cela la ligne de défenfe n’eft point à la portée du moufquet, on y fup-plée i°. par une bonne batterie qu’on met fur le milieu delà courtine, 20. par des dehors plus ou moins grands félon la fituation. La Figure 1. de la PL 27. montre le Plan d’Huningue que j’ai mis ici tout entier, parce qu’il me paroît un modèle achevé dans ce genre.
- Huningue eft une Forterefle fituée fur le Rhin, un peu au-deflus de Bâle. Son long côté eft fur la Riviere. M. de Vauban qui l’a fortifiée, n’a rien oublié pour la metrre à couvert de toute infulte. On y voit d’abord fur l’autre bord du Rhin un grand Ouvrage à corne avec une demi-Lune devant la Courtine, ôc une contre-garde à côté de chaque aile. Ces Ouvrages font environnés d’un bon foffé d’environ vingt toifes de longueur, qui communique avec le Rhin. Sur le milieu de la Riviere à peu près, eft un autre Ouvrage à corne plus grand, qui enfile tous les fofles du premier. Sur le bord du Rhin du côté de la Forterefle, on trouve d’abord une efpece de Chemin couvert plus long que le front de la Place. Il a un Baftion fur le milieu pour défendre le paflage du Rhin. De tous les côtés, & à chaque extrémité il y a deux digues ou éclufes pour retenir l’eau dans
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- les îoiTés, afin qu’ils ne foient pas à fec, lorfque la Riviere vient à bailler. Ce Chemin couvert eft féparé du corps de la Place par un bon folfé, où l’on voit un double ravelin vis-à-vis le milieu de la Courtine , ôc une tenaille double pour la Moufqueterie ; le refte de la Place du côté de la terre n’eft pas fortifié avec moins de foin, comme le Plan le fait voir. On y peut remarquer l’attention que l’Auteur a eu d’occuper les poftes qui pouvoient l’incommoder par des Ouvrages à corne, d’y' attirer l’eau du Rhin par un canal qui fert en même - tems d’avant - folle à la Place , ôc à la tête duquel il a mis un Pâté pour empêcher que l’Ennemi ne tentât d’arrêter l’eau par une Digue, ôc enfin de mettre une contre- garde devant le Baftion où il n’y a point d’Ouvrage à corne, afin de rendre par-là la force à peu près égale de tous les côtés.
- Il eft étonnant que M. de Coëhorn à qui certainement on ne fçauroit refufer la gloire d’avoir été un très - habile homme, ait cependant méprifé cette Fortification de la maniéré dont il l’a fait dans fon Livre. Cet Auteur dans le Chapitre où il parle de la maniéré de fortifier les Places fituées fur une Riviere, nous donne un mauvais Plan qu’il appelle à laFrançoife , ôc où le long côté n’eft fortifié que par deux mauvais Redans qu’il a raifon de critiquer ; mais il ajoûte fout de fuite, que ce Plan ne différé gueres de celui d’Huningue, qu’il a vû, dit-il, chez un Curieux, excepté que celui-ci avoit une faufle braye, (c’eftceque nous appelions une tenaille ) ôc un ouvrage à corne. Comment n’a-f il donc pas vu que fon exception ne renferinoit pas la moitié de ce quelle devoit renfermer, ôc qu’outre la tenaille ôc l’Ouvrage à corne , il y avoit encore un Baftion à chaque extrémité du long côté, un double Ravelin, ou Chemin couvert avec fes digues ; un autre Ouvrage à corne fur le milieu de la Riviere , ôc des contre - gardes aux ailes de celui qui eft fur le bord du Rhin. Il faut certainement ou qu’on ne lui ait montré qu’un faux Plan d’Huningue chez quelqu’un de ces mauvais Curieux qui ramaflent fans choix ôc fans difcernement toutes les pièces qui fe préfentent à eux, ou que s’il en a vû le véritable Plan, fa préoccupation ordinaire contre tout ce qui venoit de M. de Vauban, lui ait, pour ainfi dire, fafciné les yeux; ce qui me paroît d’autant plus vrai, qu’il a copié lui-même l’Ouvrage de la digue en fe faifant honneur de l’invention , fans s’appercevoir que tous ceux qui verroient Huningue ou fon Plan, penferoient
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- d’abord quil l’a pris là, puifqu’il a vu cette Fortification. Au refte Ton long côté de la maniéré dont il le fortifie , n’eft pas à beaucoup près fi fort que celui qu’il a critiqué. Il n’y a qu’un Baftion détaché fur le milieu entre la Digue ôc le Rempart, ôc à chaque côté de ce Baftion, un demi-Baftion à orillons, attaché au Rempart, ôc dont les flancs font tournés les uns vers le milieu du long côté, ôc les autres vers les extrémités qui font en ligne droite. La Place du côté de la terre eft fortifiée félon fa fécondé Méthode, dont nous avons parlé ci - deflus ; je n’ai point mis ici le Plan de fon deflein quon peut voir dans fon Livre *, ne voulant point fans néeeflité multiplier les Planches de mon Ouvrage.
- Si le long côté a depuis 240 toifes jufqu’à 300, tel qu’eft le côté AB, Fig. y. PL 27. alors on prend 180 toifes avec le compas, ôc portant l’une dés pointes premièrement fur l’extrémité A, ôc enfuite fur l’extrémité B, on décrit deux arcs qui fe coupent en C, ôc l’on tire les lignes AC, CB, que l’on fortifie à l’ordinaire i c’eft ce qu’on appelle fortifier par les fou-tendantes.
- On peut même fe fervir de cette Méthode, quand le long côté n’ayant que 200, 210 toifes, Ôcc. a devant foi une plaine ou l’on peut s’étendre.
- Enfin quand le long côté a 300 toifes ôc au-delà, tel qu’eft le côté AB-, Fig. 4. PL 27. on le divife en deux parties égales au point C, ôc l’on fortifie chacune de ces parties AC, CB, à la maniéré ordinaire, ce qui donne fur le milieu un Baftion plat, qu’on nomme Moineau. Ce Baftion eft appellé plat, parce qu’il eft fait fur une ligne droite, ôc non pas fur un angle.
- Si le long côté étoit fi long qu’il pût être divifé en trois, quatre parties, dont chacun auroit tout au moins iyo toifes, on le diviferoit en ces parties que l’on fortifieroit, comme nous venons de dire, ce qui donneroit deux, trois Baftions plats, félon le plus ou le moins de longueur que le côté auroit.
- Maniéré de tracer une Place régulière avec un long côté.
- Il y a plufieurs nouvelles Places bâties dans ce goût, telles que font Huningue, Saar-Louis, Ath, ôcc. Fig. 1. Pl. 28. On trace d’abord un cercle dans lequel on inferit le polygone que l’on veut, en faifant valoir chaque côté 180 toifes, telle qu’eft
- £ II Ce vend à Paris chez le même Libraire qui a imprimé .celui-ci.
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- le cercle ABCDEFGH où eïlinfcritun o&ogone. On retranche trois côtés de ce polygone par une ligne Gi) qu’on nomme la foutendante ; il faut faire la même chofe dans tous les autres polygones, quelque nombre de côtés qu’ils ayent; c’eft-à-dire, qu’il faut toujours retrancher trois côtés. On divife la foutendante en deux parties.égales au .point-S , ôc fi on veut donner, par exemple 200 toifes au grand côté, ôn en porte la moitié, c’eft-à-dire 100 de chaque côté du point S, de-S en M., ôc de S en N. On éleve fur lés points M, N, deux perpendiculaires indéfinies MR, NQ; après quoi on prend iBo toifes avec le compas, ôc mettant une pointe fur l’extrémité D de la foutendante, on décrit avec l’autre un arc qui coupe la perpendiculaire NQ , au point Q, ôc on tire la ligne QD ; on porte de même le compas fur l’autre extrémité G de la foutendante, ôc avec la même ouverture de 180 toifes, on décrit un arc qui coupe la perpendiculaire MR au point R, ôc J’on tire la ligne GR, qui fera un côté du polygone ; de même que la ligne QD; enfin l’on tire la ligne RQ qui fera le long côté de 200 toifes. On fortifie les autres côtés à la maniéré ordinaire, ôc l’on ne donne pour le long côté que la huitième, ou même la neuvième, dixiéme, ôcc. à la perpendiculaire, par l’extrémité de laquelle doivent paffer les lignes de défenfe.
- Ceci^ fuppofe que l’on foit libre d’infcrire dans le cercle un polygone quel qu’il foit, ôc qu’on puilfe aufli donner au grand côté la longueur qu’on voudra , ce qui peut arriver quand on bâtit de nouvelles Places ; mais s’il s’agifloit de fortifier une ancienne Place ,. dont le grand côté intérieur fut déterminé, ôc à la capacité de laquelle on ne pût toucher que peu ou point du tout, étant feulement maître de l’aggrandir de tous les côtés, on pourroit alors fe comporter de la maniéré fuivante.
- Suppofé, par exemple, qu’on nous donne à fortifier la Place irrégulière ABCDEFGHILM, qu’on eft maître d’aggrandir , fans toucher cependant au grand côté IH , qui eft fur le bord d’une Riviere, Fig. 2. PL 28. Je prens d’abord la largeur intérieure AF de cette Place, je décris un cercle fur cette largeur prife pour diamètre ; enfuite ayant divifé le diamètre en autant de parties qu’il a de toifes, je prens dans la Table des côtés intérieurs ôc extérieurs quelqu’un de§ côtés intérieurs qui répondent aux extérieurs de 180 toifes, ôc qui puifient aller un certain nombre de fois dans mon cercle ; ôc s’il n’y en a point, je choifis celui à qui il faut ajouter, ou de qui il faut retrancher le moins, afin
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- que tout aille jufte. Le polygone intérieur étant ainfi trouvé, j’eri cherche les côtés extérieurs par le moyen de la même Table, ôc je décris mon polygone extérieur. On trouvera plus facilement le polygone extérieur par la Table fuivante, qui montre quel eft le polygone extérieur qui appartient à un tel diamètre intérieur, quelle eft la grandeur de fes côtés ôc celle du diamètre extérieur, comme je le ferai voir dans l’explication que j’en donnerai.
- Après avoir donc trouvé le polygone extérieur de l’une ou de l’autre maniéré, j’en retranche trois côtés par une foutendante que je divife en deux également. Je porte fur le milieu de la foutendante la moitié du grand côté de part ôc d’autre ; j’éleve deux perpendiculaires indéfinies, ôc j’acheve mon plan comme ci-aeflus, en obfervant cependant de donner au grand côté qui eft ici extérieur, une grandeur convenable au grand côté intérieur de la Place que je dois fortifier ; ce que je trouve facilement par le moyen de la Table des côtés extérieurs ôc intérieurs.
- Ce Plan n’eft pas celui de la Place que j’ai à fortifier ; mais il me fert de modèle en cette forte. Suppofé, par exemple, que la Fig. 1. de la PL 28. foit ce plan ou modèle que je viens d’achever. Du milieu de la Courtine du grand côté je tire une ligne VT qui palfe par le centre du cercle, ôc qui va couper la circonférence au point oppofé T ; cette ligne eft toujours perpendiculaire à la grande Courtine ; quand le polygone eft pair, elle coupe la Courtine oppofée en deux également, ôc quand il eft impair, elle paffe par le fommet d’un Baftion. Cette préparation étant faite, je mets fur le papier où je veux décrire mon plan, le grand côté de la Place irrégulière, ou bien je travaille même fur le plan de cette Place en coupant fon grand côté intérieur IH en deux également au point P, Fig. 2. PL 28. J’éleve fur le point P une perpendiculaire indéfinie PX ; je prens fur le plan qui me fert de modèle, la partie VS de la perpendiculaire renfermée entre, la grande Courtine ôc la foutendante , ôc je porte cette partie fur mon plan depuis P en Q, où je tire ma foutendante RQT paralelle au grand côté. Je fais cette foutendante égale à celle du plan modèle ; je prens aufti dans ce plan modèle la partie SO de la perpendiculaire renfermée entre la foutendante ôc le centre du cercle, Ôc ayant porté cette partie fur mon plan de Q en O, ÔC fait la partie OX égale à la partie O T du modèle, je décris du centre O le grand arc du cercle RXT, qui fe termine
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- de part ôc d’autre à la foutendante, Ôc dans lefquels j’infcris les cinq côtés extérieurs qui y doivent être renfermés. Pour avoir les trois autres, je porte fur ma foutendante les divifions de celle du plan modèle, j’éleve fur ces divifions des perpendiculaires, ôc j achevé le refte comme ci - deffus.
- Il pourra fe faire quelquefois que le grand côté du plan fera trop près du centre de la Place ; de forte quil faudroit s’étendre trop du côté de la campagne oppofé au grand côté, ôc couper en même - tems du terrein de la Ville vers les côtés collatéraux qui aboutiffent à la foutendante ; mais en ce cas au lieu d’un cercle, on feroit un ovale, dont le grand diamètre fer oit paralelie au grand côté en cette forte.
- Suppofé que j’aye à fortifier la Place irrégulière ABCDEFGH-ILM, Fig. y. PL 28. dont le côté AB ëftfurie bord d’une riviere,, ôc dont la fituation eft de telle forte, que fi je voulois la renfermer dans un cercle, il faudroit trop avancer vers la campagne d’un côté, ôc couper de l’autre l’enceinte de la Ville vers les points L, E ; je prens la longueur LE qui eft paralelie au. grand côté, ôc après l’avoir tranfportée fur un autre papier pour y tracer mon plan modèle, Fig, 4. Pi, 28. je cherche dans la Table que j’ai donné ci-deffus en parlant de l’ovale, l’addition, que je dois donner à cette longueur pour avoir le grand diamètre.. Cette addition étant faite , je décris mon ovale fur ce diamètre, comme on la voit dans la Figure 4. Je trouve par la même Table le polygone qui y convient, ôc la grandeur des côtés extérieurs.. Mais comme il me faut retrancher trois de ces côtés par une foutendante qui doit être paralelie au grand côté, ce que je ne fçau-rois faire, s’il y avoit une pointe de Baftion à l’extrémité du petit diamètre ou je dois placer le grand côté, je change la fituation des côtés fur l’ovale, fi le polygone, eft pair, parce qu’il n’y a que ceux-là qui ayent toujours la pointe d’un Baftion fur chaque, extrémité du petit diamètre. La Fig. 3. de la PL 28. montre comment on peut faire ce changement. La ligne BO repréfente le petit diamètre d’une ovale, les lignes AB, BD, marquent deux côtés extérieurs d’un polygone pair infcrit à l’ovale, ôc l’on voit qu’en coupant les arcs AB, BD, en deux parties égales aux points EC, la ligne EC feroit égale à un des côtés extérieurs, ôc qu’ainfi je n’aurois qu’à continuer de porter le côté extérieur fur la circonférence depuis le point E ou le point C, pour changer la fituation de ma Figure ; en forte que les angles flanqués
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- répondraient aux mêmes points aufquels répondoient auparavant le milieu des côtés, ôc que par conféquent le milieu des côtés répondraient aux points où répondoient les angles flanqués.
- Mes côtés étant donc ainfi placés fur l’ovale, j’en retranche trois par une foutendante, que je divife en deux également, Fig* 4. PL 28. Enfuite après avoir cherché par la Table des côtés intérieurs ôc extérieurs , la grandeur qu’il faut donner à un côté extérieur, lorfque le côté intérieur eft égal au grand côté AB de la Place que j’ai à fortifier, je porte la moitié de cette grandeur fur le milieu de la foutendante de part ôc d’autre, j’éleve les deux perpendiculaires comme la Figure le montre, ôc prenant avec le compas la grandeur d’un des côtés décrit fur l’ovale, je porte la pointe fur l’extrémité de la foutendante , ôc avec l’autre je décris un arc qui coupe la perpendiculaire, ôc j’acheve le refte comme ci-deflus.
- Mon plan modèle étant achevé, je reviens à celui que je dois fortifier ; ôc je divife fon grand côté AB en deux parties égales, ôc j’éleve fur le milieu une perpendiculaire indéfinie, Fig. j. PL 28. Je prens dans le plan modèle la diftance depuis le milieu de la grande Courtine jufqu’à l’extrémité oppofée du petit diamètre , ôc je porte cette diftance fur la perpendiculaire , j’y marque la diftance de la Courtine au grand diamètre, ôc à la foutendante que je tire l’un Ôc l’autre égaux à ceux du modèle ; je marque aufli fur le grand Ôc le petit diamètre les centres XY, des petits cercles, ôc le centre du grand cercle ; après quoi je décris la partie RTS de l’ovale, dans laquelle j’infcris les côtés qui doivent y être renfermés ; enfin j’acheve les trais autres en fuivant toujours les dimenfions du plan modèle, ôc je fortifie ces côtés de la maniéré que nous avons dit, comme on peut voir dans la Fig. £. Tout ceci pourrait fe pratiquer de même, fi l’ovale avoit plus de longueur ôc moins dé largeur.
- Ce que je viens de dire du cercle ôc de l’ovale, fe comprendra encore plus aifément par les exemples que je donnerai bientôt, où je déterminerai la grandeur du grand côté, ôc la longueur de la Place que je n’ai point déterminée ici ; ôc pour ne laifîer rien à défirer, j’enfeignerai en même-tems comment il faut faire quand le grand côté eft fi long, qu’il faut nécefîairement mettre un Baftion plat fur le milieu ; mais il faut auparavant que je mette ici la Table que j’ai promife ci - defîus, ôc qui facilitera beaucoup cette pratique par rapport au cercle.
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- Pour trouver la Grandeur & le Nombre des cotés extérieurs, la Longueur du Grand Rayon, & la Capitale, le petit Rayon étant donné.
- Pour le Ouarre9. Pour le Pentagone. Pour l.Exagone.
- I’etit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur. Petit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur. Petit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur.
- po 88 857 83 Si 19 7*7 74 72 S1 4 Pt 4§t . 477 46 44t 437 42t 41 141 1377 134 130? 127 1237 120 1 I67 113 200 195 ipo i8f 180 175 170 i*5 160 IIP I l6 113 110 107 104 101 p8 P5 5*i 5° 487 47 4 5 4? 43i 42 41 170 i 66 i6i~ 157 153 14P 1447 140 13* 200 iP5 ipo 185 180 175 170 i*5 i<5o 1447 141 137 1337 130 12 6\ I23 IIP 1157 557 54 53 51t 5o 487 47 4* 447 200 195 ipo 185 180 175 170 1*5 i<5o 200 iP5 ipo 185 . 180 175 170 i*5 i<5o
- Pour l’Eptagone. Pour l Octogone. Pour lEnneagone.
- Petit Rayon. | Grand Capitale.-1 Rayon. Côté extérieur. Petit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur. Petit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur.
- 178 i73t 1*P 160 i55t lyi 14*7 142 J2 5° 7 4Pt 48^ 47 45t 44t 43t 42 230 22 4 218} 213 207 201 IP5? ipo 184. 200 iP 5 ipo :8y 180 175* 170 i*5 160 210 20$ I PPt IP4 i8p 184 1787 173 i<58 51 4Pt 48t 47t 4<5 447 43t 427 41 261 2*47 248 24l! 237 2287 222 2177 20p 200 iP5 Ipo 18; 180 175 170 1*5 160 242 23(5 230 2:24 2l8 212 206 200 ip4 50 4P 48 4*7 45 44 427 4i 40 292 285 278 2707 2^53 2$6 2487 241 234 200 1P5 ipo 185 180 175 170 i*5 160
- Pour le Décagone* Pour l* On décagone. Pour le Dodécagone.
- Petit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur. Petit Rayon. ' Capitale.- Grand Rayon. Côté extérieur. Petit Rayon. Capitale. Grand Rayon. Côté extérieur.
- 274t 26 8 261 2;4 247 240 233 226} 2ipi 48^ 47 4<5 45 44 43 42 407 3PÎ- 323 3i; 307 299 291 283 27; 26j 2$ÿ 200 ip; Ipo 18; 180 i7S 170 i*5 160 3057 2p8 *P07 282| 27$ 2<$7t 25P7 25*2 2447 4P 477 4*7 45i 44 427 4if 4°t 35> 3547 3457 337 328 31P 310 301 2P^7 283^ 200 iP5 190 18s 180 175 170 i*5 itfo 337 32P 32O7 312 303 I 29$ 2867 278 r 270 4P 47t 4*7 45 44 43 4i 7 407 587 37<Si 3 «7 3F7 347ï Îj8 328 ?i8| 3°H 200 iP5 ipo 185 180 175 170 i*5 160
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- La première colonne de cette Table marque les petits rayons des polygones proportionnés aux différentes grandeurs que leurs côtés extérieurs peuvent avoir. La fécondé marque les Capitales ; la troifiéme les grands Rayons, & la quatrième enfin les côtés extérieurs ; mais comme ces côtés ne font que depuis 160 juf-qu’à 200 , ôc qu’ils furpaffent les uns les autres de $ en 5. Si on vouloir avoir ou les petits diamètres, ou les capitales, ou enfin les grands diamètres pour des côtés plus grands ou plus petits , ou intermediaires à ceux de la Table, on fe ferviroit des moyens que j’ai enfeigné pour les Tables précédentes, ôc que je ne répéterai point ici.
- Cette Table peut être d’une grande utilité dans la pratique;, car fuppofé qu’on voulût bâtir une nouvelle Place dont on déter-mineroit le diamètre intérieur, ou qu’il fallût rendre régulière une ancienne Place fans toucher à fon diamètre , on diviferoit ce diamètre en deux parties égales, ôc fa moitié étant le rayon intérieur, on verroit tout d’un coup dans la Table quelle forte de polygone conviendroit à la Place, quelle feroit la grandeur de fon diamètre ôc celle de fes côtés ; mais il faut obferver que lorfque le petit rayon pourra appartenir à deux différens polygones , ce qui arrivera fouvent, il faudra toujours choifîr celui qui donne les côtés extérieurs plus approchans de 180 ; ôc fi l’un donnoit des côtés auffi inférieurs à 180, que l’autre les donneroit fupérieurs : par exemple,.que l’on donnât des côtés de 170, Ôc Pautrede ipo , il faudroit prendre le plus grand préférablement au plus petit, parce qu’outre la dépenfe qu’on épargnera, on aura aufïi des Battions plus grands ôc plus capables, à condition cependant qu’on ne donnera jamais 200 ou même ipy à tous les côtés, parce que la ligne de défênfe feroit un.peu trop longue pour la portée du moufquet; tout ceci s’éclaircira davantage , par les exemples fuivans, où je montrerai en même-tems ce qu’il faut faire quand le grand côté eft-fi long * qu’il faut nécef~ fairement y faire un Baftion plat au milieu..
- Suppofons donc qu’on me donne à fortifier la Place irrégulière ÂBCDEFGHI, que je puis rendre régulière de tous les côtés * Fig. 2. PL 29. à condition cependant que je ne touche point au long côté AB, qui eft fur le bord d’une riviere ; je prensîà plus grande largeur de la Ville qui eft à peu près de H en D,,Ôc trouvant que cette largeur eft par exemple de 448 toïfes, j’en prens la moitié 224,, que je regarde comme un rayon intérieur,.
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- J5examine dans la Table à quel polygone ce rayon intérieur appartient ; ôc cette Table me failant connoître qu’on peut l’appliquer à un décagone, dont le côté extérieur eft à peu près de 1£4 toifes , & à un enneagone dont le côté extérieur en a 18y 5 je choifis ce dernier, parce qu’il approche plus de 180 ; c’eft pourquoi je donne au rayon 224 l’augmentation de 46 toifes pour la capitale, comme la Table le montre, & j’ai 270 toifes -J- pour mon grand rayon, que je tranfporte fur un autre papier pour faire mon plan modèle, tel qu’eft ici la Fig. 1. de la Fl. 2p. Je décris donc un cercle fur ce grand rayon, ôc prenant 18; toifes avec le compas, je le porte neuf fois fur la circonférence, ce qui me donne un ennéagone.
- Enfuite je reviens au plan que je dois fortifier, ôc trouvant que fon long côté AB que je regarde comme intérieur, a environ 305 toifes, j’en prens la moitié 1 f 3 , ôc la Table des côtés intérieurs ôc extérieurs que j’ai donnée ci-deflus, méfait voir qu’un côté intérieur de if3, appliqué à un enneagone, a pour côté extérieur 18;, d’où je connois que mon long côté extérieur peut fe divifer en deux , qui auront chacun 180 toifes. C’eft pourquoi revenant au plan modèle, j’en retranche par une fou-tendante AB quatre de fes côtés, parce que mon long côté en doit valoir deux, qui joint avec les deux collateraux AF, BH, me donneront les quatre que je retranche. Je divife cette fou-tendante en deux parties égales au point C ; j’y porte de part ôc d’autre depuis C en E, & depuis C en D, la moitié de mon long côté extérieur, c’eft-à-dire i8f toifes, j’éleve les perpendiculaires DH, EF, ôc des extrémités A, B, de la foutendante, je décris des arcs qui coupent ces perpendiculaires à l’ouverture de 185* toifes, parce que les autres côtés du polygone font de cette grandeur. Enfuite je joins les points de fe&ion F, H, par une ligne droite FH, que je divife en deux également, ôc que je fortifie comme deux côtés* La Figure fait voir le refte.
- Ce Plan modèle étant fait, Fig. 1. PI. 2p. je tire fon long côté intérieur PQ, qui fe trouve égal à celui de la Place que j’ai à fortifier, je le divife en deux également au point S, & j’éleve fur ce point S la perpendiculaire SR, qui panant par le centre, va couper la circonférence au point oppofé R ; après quoi je reviens au Plan de ma Place, Fig. 2. PL 2p. ôc ayant divifé fon long côté intérieur AB au point M, ôc élevé la perpendiculaire MP indéfinie, je porte fur cette perpendiculaire les diftances
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- du centre, de la foutendante, & de la circonférence, telles quelles font dans le plan modèle. Enfuite ayant tiré ma foutendante TV paralelle au long coté, & égale à celle du plan modèle , je décris le grand arc du cercle TPV, dans lequel j’inferis les cinq côtés extérieurs qui y doivent être renfermés. Enfin je trouve les quatre autres en marquant les diftances NX, NY, égales à celles du modèle, en élevant les perpendiculaires, &c.
- Si les angles flanqués qui font à chaque extrémités devenoient trop aigus, on diminueroit la grandeur de la perpendiculaire par l’extrémité de laquelle paiïent les lignes de défenfe, comme nous avons dit ailleurs, &l’on fuppléeroit à la petite.ffe des flancs par quelques dehors. On voit afîez, fans que j’en faffe une re^ marque particulière, que les Places qui ont un long côté de cette nature , doivent être capables de huit, ou tout au moins de fept Baïlions.
- A prefent fuppofons que la Place à fortifier foit plus longue que large, en lorte qu’on.ne puifle la rendre régulière que par le moyen d’une ovale, telle qu’efl: la Fig. 4. PI 29. ABCDEFGH dont le long côté AB eft d’environ 310 toifes. Je prens la plus grande longueur de cette Place, qui ell à peu près de H en C, cette longueur érantrde ^25: toifes,. je trouve dans la Table desgrands & petits diamètres de l’ovale que j’ai donné ci - deflus, qu’elle appartient à un décagone,- dont le côté extérieur eft de 1.80 toifes, & que fon grand diamètre doit en avoir 66$. C’eft pourquoi j’ajoute à la longueur $ 2$ , 140 toifes,comme là même Table me le montre, ôc jetranfporte cette ligne qui fera de 66y toifes fur un autre papier, telle qu’eft ici la Fig. 3. PL 29. qui doit me fervir de modèle. Je divife cette ligne en trois parties égales, je décris mon ovale à l’ordinaire, ôc j’y inferis un décagone en prenant avec le compas 180 toifes que je porte dix fois fur la circonférence de l’ovale. Il faut obferver ici qu’il y ait toujours un angle flanqué à l’extrémité du petit rayon, afin que la foutendante qui coupera les quatre côtés, foit paralelle au grand côté que le plan doit avoir ; ce qui fera facile à faire fi on commence toujours àinferire le polygone par l’extrémité du petit Rayon, comme nous avons dit en expliquant la Table des ovales.
- Le polygone étant inferit, je reviens au plan que je dois fortifier; & comme fon long côté AB que je regarde comme in*» térieur, a 310 toifes, j’en prens la moitié 1$$ & p trouve
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- dans la Table des côtés intérieurs ôc extérieurs quelle appartient à un décagone, dont le côté extérieur eft de 182 toifes, d’où je connois que mon long côté extérieur en aura le double, ôc que je dois y faire un Baftion plat fur le milieu ; c’eft pourquoi revenant à mon modèle, j’en retranche quatre côtés par une foutendante paralelle au grand diamètre. Je la divife en deux également au point C, j’y porte de part ôc d’autre de C en D , & de C en E 182 toifes, qui eft la moitié de mon long côté extérieur ; j’éleve des perpendiculaires, ôc j’acheve le refte comme la Figure le montre, ayant foin de tirer le long côté intérieur HI > qui fe trouvera égal à celui de la Place que je dois fortifier.
- Après avoir ainfi fait mon modèle s je divife le long côté AB en deux parties égales au point R ; j’éleve fur ce point une perpendiculaire indéfinie, fur laquelle ayant porté les diftancesde 1 extrémité oppofée du petit diamètre , de la foutendante, ôc du grand diamètre, je tire le grand diamètre ôc la foutendante égaux à ceux du modèle. Je marque aufli fur le grand ôc le petit diamètre les centres P, Q, des petits cercles, ôc lé centreM du grand arc ; après quoi je décris la grande portion d’ovale XVY, ôc je fais le refte comme ci - defifus.
- Cette pratique peut s’appliquer facilement fur les ovales allongées, dont nous avons parlé ailleurs , fans qu’il foit befoin d’en donner des exemples. Mais comme il pourroit arriver qu’une Place qui auroit un long côté intérieur correfpondant à un extérieur de 200 ou 240 toifes, s’étendît vers le côté oppofé; de forte qu’il fallût l’enfermer dans une ovale, dont le long diamètre feroit perpendiculaire au long côté. Voici de quelle maniéré il faudroit alors fe comporter.
- On prendrait la plus grande largeur de la Place, paralelle au long côté, Fig, f. PL 29, Ôc l’on trouveroit dans la Table des ovales à quel polygone cette largeur intérieure appartient, quelle doit être la grandeur des côtés extérieurs , celle du petit ôc du grand diamètre ; c’eft pourquoi après avoir donné à cette largeur l’addition que la même Table marque, on la diviferoit en deux également, ôc l’on feroit pafler par le milieu une perpendiculaire égale au grand diamètre, en forte qu’elle fût divifée en deux également par le petit diamètre. Cela fait, on diviferoit ce grand diamètre, ôc fon décrirait l'ovale à la maniéré ordinaire. Enfuite fi le polygone qui y conviendroit étoit impair, on commenceroit
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- à portée les côtés fur la circonférence par l’extrémité du grand diamètre oppofé au grand côté, s’il étoit hexagone ou décagone , on commenceroit par l’extrémité du petit diamètre ; mais s’il étoit o&ogone ou dodécagone, on fe ferviroit de la maniéré que nous avons dit, Fig. 3. PL 28. pour faire en forte que le grand diamètre tomb.it toujours fur le milieu d’une courtine vers le grand côté, afin que la foutendante qui dans ce cas ne doit retrancher que trois côtés, fe trouvât toujours paralelle au long côté que la Place doit avoir.
- Après avoir ainfi inferit fon polygone, tel qu’eft l’o&ogone de la Fig. j. PL 29. dont je fuppofe que les côtés ont 180 toifes, on en retrancheroit trois par une foutendante CD paralelle au petit diamètre. On diviferoit cette foutendante en deux également au point G, Ôc l’on porteroit de part ôc d’autre la moitié du côté extérieur convenable au côté intérieur donné, on éle-veroit les deux perpendiculaires HE, LF, ôc l’on acheveroit à l’ordinaire le plan modèle dont Ton fe ferviroit, comme nous avons dit ci-deffus.
- Je me fuis étendu fur cet article & fur le précédent, parce qu’il me paroît qu’il n’y a gueres de Place irrégulière qu’on ne pût avec peu de frais , ôc fouvent même en épargnant, réduire à quelqu’une des figures dont nous avons parlé, au lieu de s’attacher trop fcrupuleufement comme on fait quelquefois, à une vieille enceinte, dont les angles aigus ou rentrans, ou les côtés trop grands ou trop petits, engagent fouvent à une plus grande dépenfe que celle qu’on veut éviter, & ne permettent jamais de les fortifier auffi-bien que par quelqu’une des maniérés précédentes ; cependant comme il peut arriver des cas où il faut néceffairement s’afîujettir aux figures bizarres des Places, nous allons voir dans les articles fuivans comment on peut les mettre -en état d’une bonne défenfe.
- Fortifier un Cité trop court.
- Ceux qui fortifient du dedans en-dehors, diminuent les demi-gorges des côtés trop courts, en forte que la Courtine ait tout au moins foixante toifes, ôc les retranchent même totalement, s’il eft néceffaire, comme lorfque le petit côté n’a que foixante toifes ; enfuite ils élevent à l’extrémité de la Courtine leurs flancs, ôc tirent les lignes de défenfe rafante , comme nous avons dit
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- en expliquant la Fig, $, de la Pi. 2;. Après quoi ils prennent les gorges fur les côtés collateraux fur lefquels ils élevent auffi leurs flancs, & déterminent les faces de part ôc d’autre par les lignes de défenfe qui coupent les premières aux angles flanqués. Cela fuppofe que les côtés collatéraux foient affez grands pour recevoir la gorge entière ; mais s’ils ne l’étoient pas , ou que le petit fût au-deffous de 60 toifes , alors ils retranchent le petit côté, foit en prolongeant les côtés collateraux jufqü’à leur rencontre, au cas qu’ils ne faffent pas un angle trop aigu, foit en retranchant même quelque chofe de la capacité de la Place, s’ils ne peuvent pas faire autrement.
- Cette maniéré de fortifier eftfujette à de grands inconveniens, comme nous avons vû ailleurs ; c’eft pourquoi nous tâcherons de fortifier toujours du dehors en-dedans dans tous les cas que nous allons expliquer ici en deux exemples , dont le premier fera pour les petits côtés ôc les angles rentrans, ôc le fécond pour les angles aigus.
- Suppofons donc qu’on me donne à fortifier la Place irrégulière ABCDEFGHILM, Ôcc. dont les côtés AB, TS, GH, font trop courts , ôc les angles P, M, I, D, font rentrans , Fig* 1. PL 50. je dois néceffairement corriger les côtés trop courts, parce qu’autrement les courtines n’ayant pas affez de longueur,. le Canon ôc les Moufquetaires de chaque flanc ne pourroient pas en découvrir la moitié, à caufe de la hauteur du Rempart ôc de l’épaiffeur du parapet, à moins qu’on ne donnât une pente extraordinaire aux embrazures Ôc au fommet du parapet, ce qui l’affoibliroit infiniment, outre que le Canon ne plongeroitque très-difficilement à une fi petite diftance. Je dois auffi remedier aux angles rentrans, qui ne pouvant fe défendre par eux-mêmes, ce qui les fait appeller angles morts, donneroient occafîon au Mineur de s’en approcher fans être découvert. C’efl pourquoi je cherche d’abord les côtés extérieurs de tous les côtés qui font entre deux angles faillans par le moyen de la Table des côtés intérieurs ôc extérieurs que j’ai donnée ci - deffus ; ou même fans m’affujettir à chercher la valeur des angles, je mets les côtés extérieurs en - dehors, à une diftance plus ou moins grande, félon que les côtés intérieurs font plus ou moins grands ; ainfi la Table me faifant voir que pour un côté intérieur de 15o toifes, ôc au-deffus je puis mettre 49, $0 } ou $1 toifes de diftance pour le côté intérieur, je diminue cette diftance à proportion que les
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- côtés intérieurs diminuent ; quelques toifes de plus ou de moins ne font rien, ôc je puis même les donner ou les retrancher y fi je trouve par-là le moyen de rendre ma Fortification meilleure. Mes côtés extérieurs étant trouvés , il en arrive, ou que ceux des petits côtés ayant anticipé furies autres, fe font aggrandis, fans gâter leurs voifins , ou qu’en s’aggrandiffant ils ont trop af-foibli ceux qui étoient auprès.
- Si le côté extérieur s’eft aggrandi fans rendre irréguliers fes deux voifins, alors je fortifie ces trois côtés à la maniéré ordinaire , donnant à la perpendiculaire par où paffent les lignes de défenfe, la fix, la fept, ou la huitième partie du côté extérieur, félon que l’angle eft plus ou moins ouvert. C’eft ainfi que j’ai fortifié les trois côtés VA, AB,BC, dont celui du milieu AB, eft devenu régulier, quoiqu’il fut auparavant trop court.
- Si le côté extérieur ne peut s’aggrandir qu’en gâtant fes deux voifins, alors il faut abfolument le retrancher, ôc prolonger fes voifins jufqu’à ce qu’ils fe rencontrent, en forte que de trois côtés on n’en fera que deux, ôc c’eft ainfi que j’ai fortifié les trois côtés VT, TS, SR, que j’ai réduit aux deux côtés ab , bc. J’ai fait la même chofe pour le petit côté GH.
- Mais fi les deux côtés voifins ne pouvoient être prolongés fans devenir trop grands, alors il faudrait s’étendre du côté de la campagne, jufqu’à ce qu’on eût trois côtés qui fuffent au moins de 160 toifes chacun, ou fe retirer un peu vers la Place, jufqu’à ce que les deux grands côtés fuffent réduits àpo toifes chacun tout au plus.
- Par rapport aux angles rentrans , tel qu’eft l’angle P, je ne cherche point le côté extérieur ; mais je prens avec le compas 120 ou 12$ toifes qui eft la portée ordinaire du moufquet, ôc mettant une pointe fur l’extrémité X du côté extérieur voifin , je décris avec l’autre un arc qui coupe le côté QP au point P, ôc je tire la ligne XP fur laquelle je prens $o ou $2 toifes pour la face Xm ; je tire enfuite le flanc mr fur le côté QP, lui donnant plus ou moins d’inclinaifon félon le befoin ; ôc comme la ligne XP aboutit aufommet de Tangle rentrant, tout fe trouve en bonne défenfe de ce côté-là. J’aurois fait de même fur l’autre côté PO, s’il avoit été de la même longueur ; mais cette longueur s’étant trouvée double, j’y ai mis un Baftion plat au milieu parle moyen du côté extérieur sn, que j’ai tiré de l’extrémité du côté extérieur voifin. Ainfi toutes les parties font à la portée
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- du moufquet, ôc l’angle rentrant fe trouve très-bien fortifié.
- Si le côté P étant trop long pour la portée du moufquet, ne l’étoit pas affez pour recevoir un Baftion , je décrirois de l’extrémité n un arc à l’ouverture de 120 ou 127 toifes ; & fuppofé qu’il coupât le côté PO au point /, j’éleverois fur le point un flanc Ih à difcrétion, après quoi je tirerois la ligne ÆP, comme on voit dans la Figure.
- Si les deux côtés de l’angle rentrant étoient trop longs pour la portée du moufquet, je ferois au fommet de l’angle un Baftion plat comme en M, ou bien une plate-forme comme en D, fi le Baftion plat prenoit trop fur la longueur.
- Enfin fi l’angle rentrant donnoit des angles faillans trop aigus, tel qu’eft l’angle I, je renfermerois alors cet angle dans la Place, en fermant fon ouverture par un côté intérieur HL, que je for-tifierois de même que les autres.
- Pour les angles aigus, c’eft-à-dire, qui font au-deffous de90 dégrés, je les fortifierois de la maniéré fuivante. Suppofé, par exemple, qu’on me donne à fortifier laPlace irréguliereABCDÉF, Fig, 2. PL 30. dont l’angle A eft au-deflous de 90 dégrés, je chercherois d’abord les côtés extérieurs de tous les côtés de cette Place, excepté de ceux qui forment l’angle aigu ; enfuite j’ag-grandirois l’angle A tout au moins jufqu’à 90 dégrés, ce qui fe fait en donnant de chaque côté la moitié des dégrés qui lui manquent. Ainfi fuppofé qu’il foit de 60 dégrés comme il eft ici, je ferois l’angle BAH d’un côté, & FAL de l’autre, chacun de 1 7 dégrés, ce qui feroit 30 pour les deux, qui ajoutés à 60, font 90. Je donnerois enfuite aux lignes AH, AL, une longueur raifonnable pour un côté extérieur, c’eft-à-dire, 170 ou 180 toifes ; après quoi, ou ces lignes aboutiroient à l’extrémité des autres côtés extérieurs , ou elles pafferoient au-delà, bi elles y aboutiffoient, comme la ligne AH, je les fortifierois en ne donnant que la huitième partie à la perpendiculaire, à caufe que l’angle n’eft que de 90 dégrés, & fi ces lignes paffoient au-delà des autres côtés extérieurs, comme la ligne AL, qui pafle au-delà du côté extérieur OP, alors je mettrois ce côté extérieur de O en L, fans me mettre en peine qu’il ne fût pas paraielle à l’intérieur, & je fortifierois enfuite ces côtés OL, LA, à l’ordinaire, en ne donnant à la perpendiculaire du côté AL, que la huitième partie, afin que l’angle flanqué fût au moins de 60 dégrés.
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- Si les côtés voifins devenoientpar-làtrop courts, on aggran-diroit l’angle, & au lieu de le faire de po dégrés, on le feroit 4e ioo, de i io, Ôcc. ce qui rendroit l’angle flanqué beaucoup meilleur.
- Fortifier les F laces fituées fiir une Riviere, fur le bord de la Mer > fur me hauteur, &c. & Celles dont on veut conferver l'ancienne Enceinte.
- Ce que nous avons dit au fujet des longs côtés, ne regarde que les Places où les Rivières pafîent au pied des murailles fans y entrer. Nous allons parler à préfent de celles qui en font tra-ver fées, Fig. i. PL 30.
- Il faut obferver d’abord de faire toujours l’entrée ôc la fortie d’une Riviere fur le milieu d’une Courtine, afin que les deux flancs en défendent le paflage.
- Si la Riviere eft étroite, on fait dans la .Courtine une Arche qu’on ferme par une double grille de fer.
- Si elle eft de la grandeur de la Courtine, on plante des pieux d’un bord à l’autre ,* laiflant feulement un paflage au milieu pour' les Bateaux, Barques, ou Vaifleaux. Ce paflage fe ferme pendant la nuit par une chaîne de fer; on met aufli de chaque côté du rivage des dehors qui rafentla Riviere en croix, pour empêcher l’Ennemi d’approcher.
- On pourroit même bâtir la Courtine toute entière fur un pont, dont les petites Arches qui ferviroient pour le paflage des Bateaux , fe fermeroient par des doubles grilles en tems de guerre, & la grande qui feroit pour les Barques , fe fermeroit avec des chaînes; & fi la Riviere portoit des vaifleaux, on fe contenteroit alors de bâtir les petites Arches avec la Courtine par-deffus , & l’on ne bâtiroit point la grande Arche, afin que les Vaifleaux puflent entrer librement avec leur mât.
- Quand la Riviere eft plus large que ne doit être la Courtine, en forte que les deux Baftions qui font à chaque côté ne peuvent fe défendre mutuellement avec le moufquet, on fait un Fort fur le milieu, & l’on pourroit même joindre les Courtines, comme j’ai dit ci-defîùs, ce qui feroit fur la Riviere un long côté de trois Baftions. Il feroit bon de fortifier en même-tems les côtés de la Ville qui font fur la Riviere, de maniéré que les deux
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- parties fuflent comme deux différentes Villes ; afin que fi l’Ennemi venoit à rompre les défenfes qui font à l’entrée ou à la fortie, il ne pût avancer fans fe trouver entre deux feux.
- Les Places Maritimes fe fortifient du côté de la terre à l’ordinaire ; du côté de l’eau on fait des Remparts , fur lefquels on met d’êfpace en efpace des cavaliers , afin de tenir l’Ennemi au large le plus qu’on peut; on met auffi des petits Forts fur tous les endroits de la côte, d’où Ton peut battre avantageufement la Mer. L’entrée des Ports peut fe fortifier comme celle des Rivières ; mais il vaut beaucoup mieux la flanquer par une bonne Citadelle de chaque côté, parce que l’Ennemi peut fe préfenter fur la Mer avec un plus grand nombre de Vaifleaux, ôc fur un plus large front que fur une Riviere.
- Pour les Places qui font fur des Rochers hauts & efcarpés, on les fortifie en fuivant la figure de leur alïiete, fans fe mettre en peine s’il y a des côtés trop longs ou trop courts, des angles aigus ou rentrans, parce que le Mineur ne fçauroit s’y attacher. On taiile le Rempart dans le Roc, au-deflus duquel on met un parapet de terre, obfervant de ne laifler rien qui puifle empêcher d’avoir la vue libre de tous les côtés. Le foffé n’eli gueres profond, à caufe de ladépenfe exceflive qu’ilfaudroit faire pour le creufer ; mais on le fait fort large pour y pratiquer de bonnes défenfes, ôc l’on ajoute tous les dehors qu’on juge néceflfaires pour battre le pied de la montagne, en quoi il faut prendre garde qu’on puifle s’en retirer à couvert, quand on fera obligé de les abandonner, parce qu’il ne feroit pas poflible à ceux qui remon-teroient vers la Place, d’échaper aux coups de l’Ennemi, qui les découvriroit depuis la tête jufqu’aux pieds.
- Quand les Places font fur le penchant d’une montagne, il faut abfolument occuper tout ce qui elt au-delfus, ou en le renfermant dans l’enceinte , ou en y avançant des dehors, ou enfin en y conftruifant une bonne Citadelle, pour éviter d’être commandé ; ôc comme l’Ennemi peut fè rendre maître de ces polies , il faut y prévoir de bonne - heure en élevant les parapets, ôc mettre des traverfes dans toutes les parties qui peuvent être incommodées, comme nous avons dit ailleurs. Le relie fe fortifie à l’ordinaire, en avançant des dehors, comme nous venons de le dire, pour battre le pied de la montagne.
- Les Places environnées de marais de tous côtés, ont à peu près les mêmes avantages que celles qui font fur des Rochers
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- efcarpés. C’eft-à-dire que les cotés trop longs ou trop petits , les angles aigus ou rentrans n y font pas des grands défauts , parce qu’on ne fçauroit en approcher î mais fi on pouvoit leigner ou defleicher les marais, il faudroit alors y faire un peu plus d’attention, ôc furtout conftruire de bons Forts dans les endroits où. l’Ennemi pourroit entreprendre la feignée.
- Pour les Places dont l’on veut conferver l’ancienne enceinte , on terraflc les murailles fi elles font aflez fortes pour foutenir un Rempart, on corrige les endroits défe&ueux, on y ajoûte des bons Baftions, ôc s’il fe rencontre des Tours rondes ou quarrées aux Courtines, on les remplit de terre pour s’en fervir comme de cavaliers. Enfuite on approfondit le foflfé qui ordinairement eft trop petit dans ces fortes de Places, Ôc on y ajoute les dehors qu’on juge néceflaires. Mais fi les murailles ne font pas aflez fortes pour foutenir un Rempart, on fait de nouvelles Fortifications dans lefquelles on enferme ces murailles qui peuvent fervir de retranchemens dans lebefoin, Ôc fi on n’avoit pas le tems de faire une nouvelle enceinte de Fortifications, on fe contenteroit d’aggrandir les folfés de l’ancienne, ôc de la fortifier par de bons dehors.
- REMARQUE.
- La plupart des chofes que nous venons d’enfeigner touchant la Fortification irrégulière ont été fi bien mifes en ufage dans la Fortification delà Ville de Luxembourg, que j’ai cru devoir en rapporter ici un plan exa£t, Planche 3 1. afin quon puifle mieux juger de la maniéré dont on doit faire l’application des maximes.
- La Ville de Luxembourg eft divifée en deux parties qu’on nomme haute ôc bafle Ville. Celle-ci eft fituée dans un grand Vallon entre les côtés AI, IH, de la Ville haute, ôc les Fortifications qu’on a faites fur les hauteurs du Paffendal, du Parc, du Château, ôc duGrondt, laRiviere d’Alfets la traverfe, ôc environne en même-tems la hauteur du Château.
- Les trois côtés DG, HI, AI, de la haute Ville étant fur des Rochers hauts ôc efcarpés, on en a laifle fubfifter l’irrégularité d’autant plus que ces côtés font faits de telle façon, que toutes leurs parties fe défendent mutuellement : on a donc fortifié ces trois côtés tout uniment, en faifant de grands efcarpemens aux
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- i5S Le Parfait
- rochers ; maïs comme ces rochers ne font pas cigale hauteur
- par-tout, & qu’il fe trouvoit des endroits où il falloit monter
- beaucoup pour atteindre le niveau de la haute Ville, on a conf-
- truit furies pentes de ces endroits d’autres Fortifications qui font
- tout autant de Places hautes qui multiplient extrêmement lé
- feu.
- Le côté DG eft entouré d’un Vallon qui lui fert de foffé, Ôc dans lequel coule le RuifTeau Petrus qui fe jette dans l’Alfets. Sur le bord extérieur de ce Vallon, on a conftruit trois Battions détachés avec un large foffé fec, ôc des demi-Lunes avec leurs contre-gardes. Ces Ouvrages dominent fur tout ce qui eft en face deux, ôc empêchent l’accès du Vallon.
- Toutes les hauteurs où l’Ennemi pourroit le pofter pour inquiéter la baffe Ville, font occupés par le Cornichon Q, & par le Fort de Grondt, par le Château, le Paffendal, & par les Ouvrages extérieurs ôc avancés de ces Fortifications ; tous ces Ouvrages fe communiquent par une enceinte qui commence à la pointe P du Fort du S.Efprit, ôc qui finit fur le Chemin couvert du Baftion A.
- Le terrein qui eft au-delà de toutes les Fortifications dont nous venons de parler eft fi inégal, ôc fi expofé de tous côtés aux feux de ces Ouvrages, qu’il eft difficile, pour ne pas dire impoffible, qu’on puiffe attaquer la Ville de ces côtés.
- Les deux autres côtés AB, BD, de la haute Ville, regardent la plaine, & ont été fortifiés félon les bonnes maximes de la Fortification moderne ; ôc comme il y a une pente douce qui conduit à la plaine, on a profité de cet avantage en faifant deux Chemins couverts ôc deux glacis, avec des redoutes à tous les angles faillans ôc rentrans, ce qui joint aux demi-Lunes ôc aux contre - gardes qui font dans le grand foffé, forme une défenfe très - abondante en feux, ôc d’autant plus facile à furmonter, que tous les Ouvrages font contreminés, Ôc que le Corps de la Place fe trouve bâti fur un Roc dur ôc ferme, auquel le Mineur ne fçauroit s’attacher aifément.
- Je n’entre point ici dans le détail de toutes les pièces qui com-pofentles Fortifications de cette Place ; la feule infpe&ion du Plan peut aifément en faire concevoir l’ufage à ceux qui auront bien compris ce que nous avons enfeigné dans ce premier Livre touchant la eonftru&ion.
- NOMS
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- Ingénieur François.
- NOMS DES PRINCIPALES PARTIES
- des Fortifications de Luxembourg. .
- Planche 31.
- A. Baftion de Barlemont.
- B. Baftion de Sainte - Marie.
- C. Baftion camus ; ce Baftion a été fait à caufe de la trop grande
- longueur du côté DB.
- D. Baftion de Saint - Joffe.
- E. Baftion de Begue.
- F. Baftion de Louvois;
- G. Baftion du Saint-Efprit. Il eft aifé de voir par le Plan que
- le Fort du Saint-Efprit eft une Citadelle.
- H. Baftion du Grondt.
- 131. Battions du Château.
- K. Petit Arfenal, fur le fommet duquel on a élevé un Cavalier.
- L. Grand Arfenal, qui eft aufli furmonté par un Cavalier conftruit
- fur fon faîte.
- M. Cavalier du Baftion camus, fous lequel eft l’Hôpital des
- Bleffés en tems de Siège.
- N. Cavalier avec des foûterrains qui fervent de Magafins à
- vivres. •
- O. Front du Saint-Efprit, ou de la Citadelle du côté de la
- Place.
- P. P. Cavaliers du Saint - Efprit, fous l’un defquels il y a un
- Arfenal.
- <2. Cornichon de bonne Voye.
- R. R. Cazernes du Fort de Grondt.
- S. Demi - Lune à la tête du Fort de Grondt.
- T. Le Château Billi fur un Roc détaché, ayant à Fextrêmité' de
- ce Roc une grande Tour 13 qui domine fur le fonds du Mànsfeld.
- Y. Cornichon du Parc avec des Ouvrages avancés qui occupent toute la hauteur.
- [W. Ouvrage à Couronne du Paffendal au - devant duquel eft un Ouvrage à Corne 3^ qui fert à écarter les approches de l’Ennemi.
- Y
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- 170 Le Parfait
- 1. Magafins à poudre dans la Ville.
- 2. Cazernes dans la Ville.
- 3. Cazernes du Saint- Efprit.
- 4. Cazernes du Paffendal, pour la Cavalerie.
- 5. Grande communication des Redoutes cafematéesX, aux
- Fortifications du Paffendal.
- 6. Porte de Treves.
- 7. Porte du Château.
- S. Porte du Mansfeld.
- 9. Fauffe Porte des Bons - Malades dans le fonds d’un grand
- Ravin à l’ufage des Sorties 6c des petits feeours.
- 10. Porte du Paffendal.
- 11. Porte des Bons-Malades.
- 12. Porte d’Elek.
- 13.. Porte Neuve.
- 1,9. Fort Saint-Charles à l’épreuve de la Bombe, avec l’Ouvrage détaché 20. au-devant, qui domine fur les hauteurs. 2.2 6c 25. Ouvrages nouveaux.
- 24. Batardeau fait en 1728.. pour foutenir les eaux du Ruiffeau Petrus.
- 25:. Groffe Redoute quarrée au - devant du Cornichon de Bonne-voye.
- 26, Batardeau pour retenir les eaux delà Riviete d’AIfets, 6c les faire remonter jufqu’au Batardeau 24.
- 2p. Boulangeries dans la Ville baffe du Grondt avec douze Fours.
- 30. Dix autres Fours voûtés à l’épreuve de la Bombe.
- 32. Logement du Commandant de la Ville baffe du PaffendaL Je ne parle point des autres endroits marqués dans ce Plan ; leur feule figure en fait voir l’ufage ôc le nom. Il feroit inutile aufli de m’étendre fur les éloges de cette Fortification, pour peu qu’on connoiffe ce que c’eft qu’une Ville fortifiée, on conviendra aifément qu’il n’en eft point où toutes les bonnes maximes ayent été mieux fuivies.
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- Echelle de 160 Tolreà'. S V â* & dih d wwmmim
- a rare rtdetfo’îne- pur FSdll/ieutlaine
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- Ingénieur François. 171
- De la Conjlruiïion des Citadelles & des 'Réduits.
- Les Citadelles font des petites Fortifications que le Prince fait bâtir poür contenir les Habitans d’une Ville dont il a lieu de fe défier, ôc pour les défendre contre l’Ennemi s’ils demeurent fideles.
- On les fait régulières le plus qu’on peut ; leur figure eft ou quarrée, ou pentagonale, ou hexagonale ; mais la pentagonale leur convient beaucoup mieux, parce que l’hexagonale occupe trop deterrein, ôc que lequarréne préfente pas à la campagne une allez bonne défenfe, n’y ayant de ce côté que deux Baftions dont les angles font même trop aigus.
- Leur fituation doit toujours être dans le lieu le plus élevé, afin quelles commandent au relie de la Ville, dans laquelle on les fait entrer en partie. On les met aulli quelquefois entre la Ville & le lieu de la campagne où l’Ennemi pourroit alfeoir fon Camp ; Ôc comme elles n’entrent point alors dans la Place, on fait en forte quelles la commandent fans pouvoir en être incommodées , comme nous dirons bientôt.
- La longueur qu’on peut donner au côté extérieur, ell depuis 120 jufqu’à iyo toifes \ mais il feroit à fouhaiter qu’on pût toujours s’en tenir à 15*0 , afin de ne pas donner tant de pente aux embrazures ôc aux parapets des flancs du devant au derrière , pour pouvoir découvrir jufqu’au milieu de la Courtine.
- Quand on veut faire entrer en partie la Citadelle dans la Ville, on retranche de la Place un Baftion avec les deux Courtines voi-fines, ôc les deux flancs des Baftions oppofés-, Fig. 1. PL 52. on prolonge enfuite la capitale du Baftion qu’on a retranché, ôc Ton y prend un point à difcrétion, autour duquel on décrit un cercle dont le rayon foit proportionné à la grandeur qu’on veut donner au côté extérieur, ce que l’on trouvera facilement parla Table des côtés ôc des rayons que nous avons donnée ci - deflùs. Ainfi fuppofé qu’on veuille donner 170 toifes au côté extérieur, on cherchera dans cette Table le côté extérieur iyo pour le pentagone ; mais comme il n’y a dans cette Table que le côté t 60, ôc ceux qui font au -deflus, on y trouvera qu’à mefure que les côtés extérieurs augmentent ou diminuent de cinq toifes , les grands rayons augmentent ou diminuent de quatre ; c’eft pourquoi comme 150 eft plus petit que 160 de deux fois cinq, on
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- 172 Le’ Parfait
- diminuera le'grand rayon du côté 160 de deux fois quatre, Ôc
- l’on aura 126 pour le grand rayon du côté iyo.
- Le cercle étant ainfi tracé, on y infcrira le pentagone, de forte qu’il y ait deux Battions tournés vers la Place, & on le fortifiera à la maniéré ordinaire, comme la Figure le fait voir. On peut mettre une demi-Lune devant la Courtine qui tourne vers la Place, ôc ajouter à fa contre - Efcarpe un Chemin couvert & un glacis que je n’y ai point mis. Onlaifle toujours un grand efpace vuide entre la Ville & la partie de la Citadelle qui y entre, afin de pouvoir découvrir de tous les côtés ; c’eft ce qu’on appelle l’efplanade
- Les faces des deux Battions dont on a rompu les flancs, doi* vent être alignées, ou fur le milieu des faces de la Citadelle, ou même fur le milieu des Courtines, afin qu’elles en foient enfilées, ôc leur Rempart doit aller en pente jufques fur la contre-Efcarpe de la Citadelle.
- Quand la Citadelle n’entre point dans la Ville, on pofe fon centre fur la perpendiculaire tirée du milieu d’une Courtine, Fig. 2. PL 32. mais on ôte les Remparts de la Place, qui font tournés de ce côté, ôc l’on n’y laifle qu’une petite muraille; on fait l’efplanade entre la Ville ôc la Citadelle, ôc l’on fait communiquer les foffés par deux autres petits fottfés qu’on creufe vers la pointe des Battions, ôc dont la terre fert à faire un épaulement à l’efplanade de chaque côté. Si la Citadelle n’eft pas aflez élevée par la fituation duterrein, on en éleve les Remparts du côté de Place, jufqu’à ce qu’ils la dominent.
- Il n’y a ordinairement que deux portes dans une Citadelle, l’une du côté delà Place, Ôc l’autre du côté de la campagne9 qu’on n’ouvre que pour y faire entrer du fecours ôc des vivres ce qui l’a fait appeller porte de fecours.
- Les Citadelles des Villes Maritimes doivent commander la Mer ôc la Terre également, pour empêcher qu’aucun Vaiffeau ne puifîe entrer dans la Place fans palier fous fon feu, ce qu’il faut faire aulli pour les Villes fituées fur des Rivières.
- Quand on veut ménager la dépenlè , on retranche deux Bâfrions avec la moitié des deux Courtines collaterales, Fig. 3* PL 32. enfuite l’on prend fur la perpendiculaire qui coupe en deux également la Courtine du milieu, un point plus ou moins éloigné de cette Courtine, félon qu’on veut plus ou moins s’étendre dans la Place , ôc de ce point on décrit une portion du
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- Ingénieur François. 173
- cercle qui pafîe par l’extrémité des deux moitiés de Courtine qu’on a retranché ; après quoi on divife cet arc en trois également, ce qui donne trois côtés extérieurs qu’on fortifié à l’ordinaire, ôc c’eft ce qu’on appelle un Réduit. Mais cette forte de Citadelle eft toujours incommode, ôc à la Ville où on la bâtit, parce qù elle occupe plus de terrein en-dedans que les autres, ôc à la Garnifon qu’on y met, qui s’y trouve extrêmement refferrée. C’eft pourquoi je ne voudrois pas regarder de fi près à la dépenfe, ôc je préfererois toujours une bonne Citadelle, quoiqu’elle coûtât un peu plus, à cette efpece de Fortification. Si cependant une Place étoit rnédio* crement peuplée, ôc qu’on pût en contenir les Habitans avec une petite Garnifon, ou fi après avoir fait une bonne Citadelle on ju-geoit à propos de fe rendre maître de quelques autres poftes, on pourroit alors faire des Réduits à la maniéré de M*de Vauban en cette forte, Fig. 4. PL 3 2. On prolongeait les flancs d’un Baftion vers la Ville plus ou moins, félon le plus ou moins d’efpace qui fe-roit nécefîaire, on feroit à chaque extrémité un petit Baftion que l’on joindroit l’un à l’autre par une Courtine, comme l’on peut voir par la Fig. 4. On feroit aufii des orillons au grand Baftion plus grands qu’à l’ordinaire, afin qu’ils puflent flanquer les faces des petits Baftions qui font tournés de ce côté-là; après quoi on fépareroit la Place d’avec le Réduit par un fofle, ôc l’on feroit une efplanade, comme nous avons dit ci - deflus. Il faut toujours obferver dans ces Réduits de faire une porte dans la retraite de l’orillon, pour pouvoir y. faire entrer du fecours en cas de befoin. V
- Si la Place étoit fortifiée félon le fécond ou troifiéme Syftême de M. de Vauban9 c’eft-à- dire avec des Tours baftionnées, on abbateroit une Tour baftiônnée, ôc après avoir comblé le petit foflfé entre la contre-garde-Ôc la Place, on prolongerait vers la Ville les flancs de là cpntre-garde, ôcl’ori acheveroit le refte comme je viens de dire > dé qui donnerqit un Réduit plus grand que le précédent*
- Ces Réduits occupent moins de place dans une Ville y que ceux dont nous avons parlé, ôc ont cependant plus de capacité en-dedans à proportion de leur grandeur ; ce qu’on peut voir par le feul afpeôt des deux Figures.
- Les plus mauvaifes de toutes les Citadelles font celles qui font entièrement enfermées dans les Villes, parce que les Habitans peuvent leur couper toutes fortes de fecours ; c’eft pourquoi
- Y iü
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- 174-, L-É Parfait Ingénieur François. s’il y avoit un lieu éminent dans une Place, il fa.udroit toujours faire la Citadelle à la maniéré ordinaire, ôc occuper cette éminence par un petit Fort. Il feroit bon qu’on pût faire communiquer la Citadelle avec le Fort par une communication foûter-reine, afin d’y pouvoir jetter du fecours en cas de befoin ; Ôc fi la diftance étoit un peu trop grande, on pourroit faire d’efpace en efpace des petits Poftes ou Redoutes dans l’entre - deux, qui fe communiqueroient par des fouterreins. Mais cette précaution n’eft pas abfolument néceflaire, parce que les Habitans ne font pas ordinairement gens aflez réfolus pour s’obftiner contre un Fort qui peut renverfer leurs maifons par le Canon ôc la Bombe, ôc enfeyelir fous leurs ruines leurs femmes ôc leurs enfans,
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- m&ruM.- f
- LE PARFAIT
- INGENIEUR
- FRANÇOIS,
- #hîhM-<h{hMhîh5*4hHhÎhî^^
- SECONDE PARTI E,
- De f Attaque & delà Défenfè des Places^
- CHAPITRE PREMIER*
- De F Attaque des Places,
- L ii y a rien dans le Métier de la Guerre qui de~ mande plus de capacité, de jugement & de prudence, que l’Art d’attaquer ou de défendre les Places. Le fuccès d’une Bataille eft fouvent l’effet de la fortune1 ôc du hazard ; une première décharge dontles^coups auront mieux porté d’un côté que de l’autre, un pofte un peu* moins, avantageux, une, eu deux avions extraordinaires de:
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- 17 6 L E P A R FAI T
- valeur faite par quelque Officier ou Soldat, un vent qui s’élevant tout-à-coup, jette la pouffiere aux yeux de toute une Armée, une pluye, un orage, une terreur panique, ou enfin quelqu’autre accident peuvent faire pancher entièrement la viêtoire du côté même qui, félon toutes les apparences , de voit être battu.
- Les Hiftoires anciennes ôc modernes nous en fourniffent tant d’exemples, qu’il ne feroit ni raifonnable, ni poffible de vouloir en douter ; mais lorfqu’il s’agit d’attaquer un Ennemi qui s’eft renfermé dans une Ville qu’il a fortifiée de tous côtés avec beaucoup d’art, de dépenfe, & de loifir; ou qu’étant dans cette Place on eft obligé çle la défendre contre, une Armée beaucoup plus nombreufe que la Garnifon, Ôc qui trouve le fecret de venir a couvert jufqu’aüx pieds des murailles ou des Remparts qiii’il renverfe entièrement par le moyen des Mines, après en avoir auparayant détruit lés défenfes par le Canon ou la Bombe ; c’eft alors que la fortu-fie & la valeur même font forcées de ceder au génie ; & tel avec beaucoup dé courage ôc grand nombre de Soldats , n’a pu le rendre maître d’une Place qu’il attaquoitj, ou la conferver à fou Prince lorfqu’il la défendoit, qui avec moins de bravoure ôc de troupes, auroit glorieufement réüffi dans l’une ôc l’autre de ces entreprifes, s’il avoit eu un peu plus de jugement ôc de fçavoir. Je ne; dis pourtant pas que le courage foit inutile pour la Guerre ; je fçai au contraire-que c’eft un meuble abfolument néceflaire à cette profeffion, ôc qu’il y auroit de la folie de vouloir s’en mêler, fi on ne s’étoit pas auparavant bien tâté fur cet article, fans lequel on trembleroit au moindre danger, ôc l’on n’auroit. jamais la tranquillité d’efprit qu’il faut avoir pour bien faire- tout ce qu’on fait ; mais je dis que ce courage qui feul peut fuffire à un Soldat, ne fera jamais qu’un mauvais General, s’il n’eft accompagné de toutes les autres, qualités que demande un pofte fi relevé. Suppofons en effet qu’un General plein de valeur, mais ignorant dans Y Art d’attaquer, ou de défendre une Ville, entre dans le Pays Ennemi ; qu’après y avoir fait quelque dégât, il rencontre l’Armée de fon Adverfaire, ôc que l’ayant engagée à accepter la bataille , il en remporte la vi&oire, voilà d’abord un grand avantage qu’il n’eft pas même, fi facile d’ac-querir, puifque Annibal qu’on a toujours regardé comme un des1 plus habiles Généraux, ne put cependant jamais en venir aux mains avec Fabius Maximus. Mais, quel fruit en retirera-t’il ? s’il, avance dans le Pays en laifïant derrière foi les Places fortifiées
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- Ingénieur François. 177
- fiées où l’Ennemi fe fera renfermé après la Bataille, il court rifque de le faire envelopper de tous côtés, ôc fa démarche fût - elle favorifée de la fortune , ne fçauroit jamais lui faire honneur. S’il met le Siège devant ces Places, ignorant comme il eft, il y fera périr la moitié ou les trois quarts de fes Soldats, ôc fera enfin obligé de ramener honteufement les trilles débris d’une Armée qui cependant aura été vi&orieufe. Les Ingénieurs, me dira-t’on, luppléeront alors à fon défaut de capacité, ils lui fourniront les projets d’attaques, lui feront connoître le fort ôc le foible des Places, Ôc la maniéré dont il faut s’y prendre félon le tems, la lituation, & les lieux ; ce font - là dans le fond leurs fondions, c’eft à eux à s’en bien acquitter. Mais il faudroit pour cela que ce General voulût fe connoître tel qu’il ell, qu’il mît un frein à là fougue naturelle , qu’il fe fournît entièrement aux lumières des habiles gens qu’il auroit auprès de lui, ôc. qu’il réglât toutes fes démarches fur leurs jugemens ; ce qui ell encore plus difficile de trouver dans un ignorant qui a de la valeur, que dans celui qui n’en a point. Comment veut-on en effet qu’un homme qui fait tout confiller dans une bravoure peu réglée, ne choififfe point parmi les projets d’attaque que les Ingénieurs lui prefen-teront, ceux qui font les plus conformes à fon tempérament quoiqu’ils foient les moins convenables ôc les plus meurtriers , qu’il puiffe s’accommoder des longueurs ôc des précautions que l’on employé pour ménager la vie de fes Soldats ; qu’il goûte certains petits délais qu’on ne lui propofera que pour mieux réüflir ; qu’il s’affujettiffe à toutes les formalités qu’on obferve dans les Sièges avec tant de prudence, mais dont il ne connoît ni les tenans ni les aboutiffans, ôc qu’au contraire voulant tout donner à cette impetuofité de courage qui le domine, il ne traite de lâcheté ôc de manque de cœur les mefures néceffaires qu’on voudroit lui faire prendre, ôc ne faffe maffacrer inutilement les trois quarts de fon Armée. Ce font - là des prodiges qu’on ne fçauroit attendre pour peu qu’on connoilfe le cœur humain, Ôc il n’y a dans ces occafions que la fcience ou une humble pieté qui puiffe les opérer. Je dirai même qu’avec la pieté feule on feroit encore bien des fautes, parce que Dieu ne s’eft pas engagé de nous donner ordinairement les lumières néceffaires pour des emplois dont nous nous chargeons mal- à-propos, à moins que nous ne tâchions de nous en rendre capables par les moyens na? turels ôc humains.
- Z
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- ijB Le Parfait
- Suppofons à prefent que ce même General au lieu daller attaquer l’Ennemi, fe trouve lui-même attaqué, ôc qu’après une vigoureufe réfiftance, il foit contraint de ceder ôc de fe retirer dans les Places fortifiées. Comment pourra «fil réparer ce premier échec, s’il ne fçait les défendre, Ôc quelles refîources trouvera -fil pour garantir tout un Royaume du malheur qui le menace, s’il eft obligé de palfer de Ville en Ville comme un oifeau de branche en branche, & de ceder toujours à l’Ennemi la derniere dans laquelle il fe fera retiré, après avoir fait périr par une défenfe mal réglée la plus grande partie de fa Garnifon. Ce ne fera point alors la perte de la Bataille qu’on lui reprochera , c’eft un malheur qui arrive quelquefois aux plus habiles gens ; mais ce qui le couvrira d’une honte éternelle , fera de n’avoir pas fçû profiter des Fortifications où il s’étoit retiré, ôc d’avoir ou perdu, ou mis l’Etat à deux doigts de fa perte par fon incapacité. C’eft à quoi, ce me femble, on devroit faire un peu plus d’attention dans les foins que l’on prend pour élever les jeunes Seigneurs. Il eft bon qu’ils fçachent monter à Cheval, Ôc faire des Armes ; l’un pour fe défendre dans les attaques particulières , Ôc l’autre pour acquérir de la grâce ôc de la force en même - tenis, ôc pour fçavoir fe tirer de quantité d’occafions dangereüfés à là Guerre, où l’on périroit fouvent fans néceflîté faute de cette adreffe, mais ce n eft pas ce qui doit faire leur principale occupation. L’Etat fonde fur eux toutes fes efpérances, c’eft d’eux qu’il attend fa défenfe , fa confervation , ôc fon aggran-dilfement ; il faut donc qu’ils fe mettent en état de remplir ces hautes idées par une étude plus férieufe. C’eft pour leur faciliter cette étude que j’ai entrepris cet Ouvrage, où je tâcherai de ne rien omettre de tout ce qui peut être néceffaire pour leur inftruc-tion. J’ai détaillé dans la première Partie ce qui regarde la con£ truâion des Places foit régulières, foit irrégulières, parce qu’on ne fçauroit bien attaquer une Ville fi on ne connoît auparavant fà fituation, lé fort ôc le fbible de fes défenfes, les parties dont elle eft compofée, ôc les dehors qu’on peut y avoir ajoutés. Je parlerai dans cette fécondé Partie des différentes maniérés dont on peut faire fes attaques félon les différentes occafions, ôc nous verrons enfuite quelles défenfes il faut oppofer à toutes ces attaques.
- Il y a trois maniérés d’attaquer les Places : par furprife, par force, par famine.
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- Ingénieur. François.’ 179
- L’attaque par furprife fe fait ou par efcalade, ou par pétard, ou par ftratagême, ou par intelligence , & trahifon.
- L’attaque par force fe fait ou par canonade & bombardement, ou d’emblée, ou brufquement, ou dans les formes fans Siégé, ou dans les formes avec Siège.
- Enfin l’ataque par famine fe fait en environnant une Place de tous côtés, afin que n’y pouvant entrer de vivres, elle foit contrainte de fe rendre, quand elle aura confommé fes provifions. Entrons dans le détail de ces articles.
- Surprise par Escalade.
- Avant qu’on eut inventé les Armes à feu, on fe fervoit de l’Efcalade prefque dans tous les Sièges ; Ôc c’eft ce que les Anciens appelloient monter à l’affaut; mais depuis qu’on a mis en ufage les armes foudroyantes, l’Efcalade eft devenue inutile pour attaquer ouvertement, ôc l’on ne la pratique plus que lorf-qu’on veut furprendre quelque Place dans le tems qu’elle s’y attend le moins.
- Les Places qu’on peut furprendre par Efcalade, font celles où il n’y a qu’une foible garnifon compofée de mauvaifes troupes ; celles qui n’ont point de foliés, ou dont le foffé eft ou entièrement fec, ou très - facile à palier ,.y ayant très - peu d’eau ; celles dont les murailles font extrêmement baffes, ou ont quelques parties qui ne font ni vues, ni flanquées des autres: enfin celles qui n’ont point de garde dans les dehors, ôc où la garde des dedans fe fait avec beaucoup de négligence.
- Les Villes qui ont de bons foliés pleins d’eau autour de leurs murailles, font à l’abri de ces furprifes, à moins que l’eau ne vint à fe gêler jufqu’à pouvoir porter ; mais fi l’eau de ce fofle venoit d’une grande Riviere avec qui il eut communication , on pourroit alors faire defcendre des Bateaux fur la Riviere, ôc y mettre des échelles qu’on drefferoit quand on feroit arrivé au pied de la muraille. On efcaladeroit de la même maniéré les Villes Maritimes, dont les murailles font baffes, Ôc où la Mer bat au pied, comme aufli les Places fituées fur des lacs ou marais, pourvu qu’ils fuffent navigables. Enfin s’il y avoit dans les fofles pleins d’eau quelque batardeau ou $}igue, on pourroit tenter la furprife de ce côté - là ; car fi le batardeau étoit de terre ôc tra-Verfé par des paliffades, on les romperoit , ôc s’il étoit de brique
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- iBo Le Parfait
- ou de pierre (ansTourelle au milieu, on mettroitun petit pont en cet endroit, & l’on iroit enfuite appliquer aux bouts deux ou trois échelles. Mais cette forte d’efcalade ne pourroit guéres réuffir, à moins que la Garnifon ne fût très-foible, ou qu’on ïi’eût affez de loifir pour faire monter beaucoup de monde avant qu'on eût donné l’alarme.
- Quand on veut entreprendre une Efcalade, il faut s’informer auparavant Ôc faire reconnoître avec beaucoup d’exa&itude le nombre de la Garnifon ; fi elle eft compofée de vieilles ou de nouvelles troupes ; fi les Habitans font attachés à leur Prince ôc gens réfolus à fe défendre, ou s’ils font timides, & fe mettent peu en peine d’obéir à un Maître plutôt qu’à un autre ; ou font les Corps - de - garde ; les lieux où font les Sentinelles, Ôc combien il y en a ; l’ordre des Rondes ôc des Patrouilles; l’endroit où on s’affemble en cas d’alarmes ; les Cazernes, la Maifon de Ville ; celle du Commandant, ôc des autres Officiers ; où eft FArfenal, ôc tous les autres Bâtimens où on pourroit tenir ferme;, quelles font les principales Rues ôc Places ; où font les endroits de la muraille ou du Rempart qu’on peut efcalader ; fi les murailles font baffes y ou fi elles font extrêmement hautes, auquel cas il y auroit rifque que les échelles étant chargées, ne caffaffenr à caufe de leur longueur ; s’il y a des fraifes à la muraille , ou: des palifTades au pied ; fi l’endroit où l’on doit pofer les échelles eft éloigné des Gardes ôc Sentinelles ; fi on peut en dreffer plu-(ieurs ou peu à la fois; s’il y a un Rempart avec une montée, ou s’il n'y a qu unefîmple muraille où il faille des échelles pour defcendre dans la Place ; files avenues font faciles ou difficiles ; fi on peut facilement entrer Ôc fortir du folié ; s’il y a une lunette , auquel cas il faudrait y mettre des petits ponts , s’il y a peu ou beaucoup d’eau dans le foffé ; fi le fond en eft folide ou s’il eft boueux ; car alors il faudrait y jetter dés dayes pour paffer sans s’enfoncer ; de quelle maniéré on peut pofer les échelles , ôc furtout on doit bien remarquer l’endroit où on veut les dreffer, parce que s’il falloit aller long-tems autour de la Place, Fën-treprife courreroit grand rifque d’echouer. Il faut auffi fçavoir s’il y a des munitions dans la Place pour pouvoir la défëndre après qu’on l’aura prife , ôc quelle eft la diftance du lieu d’où Ton doit partir; car fi l’on net peut y aller en un jour ôc une partie de la nuit, l’entreprife ne pourroit ni relier fecrette , ni par con* féquent réuffir, à moins qu’on n’eût quelque ami près de la.
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- Place, qui fît chez lui tous les préparatifs, & qui retirât les gens qu’on y envoyeroit peu à peu ôc par divers chemins.
- On peut être inftruit de tous ces articles en partie par un Plan fidele & exaêt de la Place, ôc en partie par quelques prifonniers ou déferteurs, par quelques mécontens de la Ville, par quelqu’un des Places voifines ou de la campagne , qui entre dans la Place & en fort ordinairement fans foupçon, ou enfin par quelque Ef-pion déguifé. Pour ce qui regarde les dehors, on peut envoyer un Officier d’expérience pendant la nuit, dans un tems de pluye ôc obfcur, afin qu’il puifle à la faveur des ténèbres, s’avancer ôc reconnoître jufqu’au pied même des murailles. Mais il doit prendre garde de ne laiffer aucune marque de fon pied fur le bord du foffé, Ôc d’entrer dans l’eau , s’il yen a, au commencement de la nuit, afin que l’eau aye le rems de s’éclaircir, ôc qu-’on ne s’apperçoive point quand le jour paroîtra, qu’il y foit entré quelqu'un.
- Il faut lurtout obferver de n’envoyer pour reconnoître les lieux que des gens lurs ôt fideles, ôt s’aflurer même de leurs perfonnes pendant l’exécution pour éviter la trahifon, ôc les obliger par-là de dire la vérité, dans la crainte d’être punis, fi on découvroit qu’ils eufient eu d elfe in de tromper; Ôc fi l’on recevoit ces inf-tru&ions de quelques mécontens qui demeuraient actuellement-dans la Place , il ne faudroit s’y fier qu’après s’être bien éclairci de leur caractère d’efprit, ôc du fujet de leurs mécontentemens y ôc les avoir intérefifés à garder le fecret; car autrement on= riP queroit beaucoup, ôc le Gouverneur pourrait bien fe fervir de pareilles gens pour vous engager dans une entreprife où il auroit enfuite bon marché de vos troupes.
- Quand on eft bien inftruit de tout ce qu’on doit fçavoir, (i on juge que l’Efcalade puiffe réulfir, ôc qu’on foit en état de garder la Place après l’avoir prife, on fait provifion d’armes r d’échelles grandes Ôc petites, de machines Ôc d’inftrumens né-ceflfaires pour ouvrir les portes ôc lever les obftacles qu’on peut rencontrer ; on choifit le nombre de Soldats ôc autres gens né-eeflfaires dont il ne faut ni trop, ni trop peu, l’un faifant manquer l’entreprife, Ôc l’autre n’apporranrque de laconfufion; c’eft pourquoi il fuffit que l’Infanterie foit le double ou un peu plus de celle qui eft dans la Place , on fait le difpofitif de la marche & de lexécucion, donnant à chacun le commandement de ce qu’il doit faire, afin de ne pas perdre du tems quand on fera
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- arrivé près delà Place, ôc d’éviter les difputes ou jaloufiesfur l’honneur qui pourroit alors furvenir, ôc l’on détermine enfin le jour Ôc l’heure du départ, après avoir mefuré la longueur du chemin, & le tems qu’il faut employer pour y arriver à point nommé; en quoi il faut prendre garde de fe tromper, comme il n’arrive que trop fouvent dans ces marches nocturnes, où les fréquentes altes qu’il faut faire, foit pour attendre la queue, foit à caufe des chemins fâcheux, ou des ruiffeaux qu’on rencontre, ou des pluyes, ôc autres accidens qui peuvent furvenir, occupent beaucoup plus de tems qu’on ne croyoit, à moins qu’on ne faffe une diligence extraordinaire.
- Les petites échelles fervent pour defcendre dans le .folfé s’il eft profond, ôc les grandes pour l’Efcalade. Leur largeur doit être pour y monter un feul homme de front, parce que fi on les faifoit plus larges, il faudroit faire les échellons plus gros, de crainte qu’ils ne caflaflent, Ôcles autres pièces à proportion, ce qui les rendroit trop pefantes. Elles ne doivent être ni trop longues ni trop courtes, celle-ci devenant inutiles, ôc les autres pouvant être vues par les Sentinelles qui pourroient facilement les renverfer. Pour avoir leur véritable hauteur, on ajoute le quarré de la hauteur de la muraille au quarré du pied qu’on donne aux échelles qui eft ordinairement le quart de la hauteur, ôc l’on tire la racine quarrée de cette fomme. Ainfi fuppofé que la hauteur de la muraille fût de 52 pieds, dont le quarré eft 1024, le pied qu’on donneroit aux échelles devroit être de 8 pieds, dont le quarré eft 64, ôc par conféquent ajoutant 1024 à 64, on auroit 1088, dont la racine quarrée eft environ 33 pieds qui! faudroit donner à la longueur des échelles ; mais il faut prendre garde en cela que la muraille a toujours un talus, ôc que les foliés vont un peu en pente vers le milieu ; c’eft pourquoi il faut néceffairement donner quelque chofe de plus que ne marque l’ex-tra&ion de cette Racine.
- Il y a plufieurs maniérés de conftruire les échelles ; mais les plus commodes font celles dont parle le Chevalier de Ville, Ôc dont je vais donner la Figure. Il en rapporte de deux-fortes ; les premières font compofées de plufieurs petites échelles, dont la plus haute, Fig. 1. PL 33. doit avoir à chaque extrémité fupé-rieure une poulie bien graiflee à l’efiieu, ôc couverte de feutre tout autour, afin qu’elle ne faffe point de bruit: Ses deux bouts inférieurs ont une entailiure couverte de fer blanc pour pouvoir
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- y enchaffer le premier échellon de l’échelle fuivante. Ce premier échellon & ceux des fuivantes, doivent être plus longs que les autres, comme les Fig. 2. & 3. le font voir. Toutes les échelles qu’on veut mettre entre la plus haute & la plus baffe, doivent avoir de femblables entaillures aux deux bouts, ôc la plus baffe, Fig. 3. doit avoir fes extrémités inférieures armées de deux groffes pointes de fer qu’on enfonce en terre pour les empêcher de reculer. Ces fortes d’échelles font très - faciles à porter, ôc peuvent s’allonger ou fe raccourcir félon le befoin. Quand on veut les appliquer, on leve contre la muraille la première échelle où font les poulies , on y joint l’autre qui la pouffe en haut, Ôc à celle-ci une autre, ôc ainfi de fuite, comme on voit dans la Fig. 4. où l’on peut remarquer que les échelles fupérieures s’enchaffant dans les plus hauts échellons des inférieures, Ôc celles - ci dans les plus bas échellons des fupérieures , le tout enfemble eft aulïi ferme que II ce n’étoit qu’une échelle d’une feule piece. Je voudrois cependant qu’on arrêtât par des chevilles les échellons avec les pieds dans lefquels ils s’enchaffent, tant pour les rendre plus fermes, que pour pouvoir s’en fervir à la defcente des foffés, où on ne fçaur'oit les employer fans cette précaution.
- La fécondé efpece d’échellè que rapporte le Chevalier de Ville fe fait ainfi. On prend plufieurs gros bâtons, on les éguife par un bout, Ôc on les perce par l’autre, Fig. y. PL 32. en forte qu’on puiffe les enchaffer les uns dans les autres, à peu près comme une bougie dans un flambeau, on les lie enfemble avec des cordes par les deux bouts, on y met au haut un crochet qui puiffe s’en-chaffer dans le premier échellon ; ôc comme il faut néceffairement laiffer une diftance un peu trop grande entre ces bâtons pour pouvoir les enchaffer quand on veut, on fait dans l’entre - deux des échellons de corde, comme la Fig. $. le montre. Lorfqu’on veut appliquer ces échelles, on enchaffe le crochet dans le plus haut échellon que l’on enchaffe dans le fuivant, ôc ainfi des autres ; de forte que toutes les pièces unies enfemble, forment une efpece de pique, comme on peut voir dans la Fig. 6. PL 32. On applique enfuite le crochet au haut de la muraille, Ôc tirant le bout que l’on tient par la main, toutes les pièces fe démanchent ôc forment une échelle à laquelle on peut donner le pied qu’on veut, en attachant fes deux bouts à deux* piquets enfoncés bien avant dans la terre. Il faut obferver de couvrir de feutre les extrémités fupérieures des piquets, pour pouvoir les enfoncer fans faire de bruit,
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- ôc que les échellons foient arrangés de telle forte , que fi l’un tourne le bout percé d’un côté, l’autre y tourne le bout éguifé; car autrement on ne pourrait pas les enchaffer enfemble. Ces fortes d’échelles paroiffent plus commodes que les précédentes, mais elles ne font pas fi fermes. De quelque maniéré qu’on les fafle, il eft bon de les peindre en gris, ôc d’habiller même de cette couleur, s’il fe peut, tous ceux qui doivent éxécuter l’entreprife, afin qu’ils foient moins apperçûs pendant la nuit.
- Tous les préparatifs étant faits, on envoyé la veille du départ quelques perfonnes aux environs de la Place, pour fçavoir s’il n’y entre point de nouvelles troupes furvenuës par hazard, ou à la demande du Gouverneur qui foupçonneroit l’entreprife. On leur donne un rendez-vous fur le chemin qu’on doit tenir, ôc le lendemain on tient les portes fermées devant ôc après le départ, afin que perfonne ne puifife prendre les devants pour en aller avertir l’Ennemi. L’ordre de la Marche fe fait ainfi : On fait fortir d’abord la Cavalerie, dont les Coureurs s’avancent affez loin pour arrêter tous ceux qu’ils rencontrent, ôc fe faifir des ponts, s’il s’en trouve fur la route par où il faut pafifer. Après fuivent cinquante Fufiliers, enfuite les Charrettes, Chevaux, ôc Mulets qui portent les échelles dont il faut toujours avoir double Equipage, afin que fi quelqu’une vient àfe rompre, on puifife y fuppléer. Ces Equipages font fuivis des Soldats qui doivent dreflfer les échelles : on en met ordinairement dix pour une échelle entière, parce qu’il n’eft gueres pof-iible d’efcalader une muraille qui demanderoit plus de $ petites échelles ajoutées enfemble, ôc que chacune de ces petites a befoin de deux hommes pour les porter au pied de la muraille. Après ceux-ci on fait marcher ceux qui doivent monter après eux ; leur nombre eft environ de cinquante par échelles, & on les divife en petites troupes de dix, qui ont un Chef à la tête ôc à la queue, pour prendre garde qu’on monte fans perdre de tems, ôc fans furcharger aufli les échelles. Chacun doit fçavoir par quelle échelle il doit monter , ôc en quel rang, pour éviter la confufion. Enfin la Marche fe termine parle Corps de troupes qui doit demeurer en Bataille dehors pendant l’exécution, tant pour foutenir les premiers s’ils étoient repoufifés, que pour s’op-pofer aux fecours qui pourroient s’avancer vers la Place.
- Si on vouloit former plufieurs attaques , on fe diviferoit en plufieurs bandes, qui chacune marcheroit dans le même ordre* ôc s’avanceroit vers l’endroit quelle devroit attaquer.
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- Il faut foigneufement obferver que perfonne ne s’écarte ni à la tête, ni à la queue ; car on ne fçauroit trop prendre garde à la trahifon dans ces fortes d’occafions, ôc fi l’on a befoin de guides que Ton ne connoifle pas, il faut les mener liés, de peur qu’ils néchapent ou par crainte, ou par efpoir des récompenfes.
- Quand on eft arrivé à une certaine diftance de la Place, d’où l’on ne peut entendre les hanniflemens des Mulets ôc des Chevaux , on envoyé dix hommes pour reconnoître fi l’Ennemi n’au-roit pas été averti ; ôc cependant ceux qui doivent porter les Equipages , déchargent les Mulets ôc les Chevaux qu’on laiffe en cet endroit. Après avoir pris chacun ce qu’ils doivent porter, on les fait défiler dans leur rang avec beaucoup de diligence, ôc dès qu’on eft arrivé au lieu de l’Efcalade, on drefle promptement les échelles fur lelquelles on fait monter les troupes. Il ne faut commencer l’Efcalade qu après qu’une Ronde fera paffée, ôc l’heure qu’il faut choifir, doit être entre minuit ôc le point du jour, qui eft le teins où la Garnifon dort le plus profondément. Ceux qui feront montés les.premiers, fe rangeront en bataille, ôc relieront fans faire aucun bruit jufqu’à ce que la moitié de ceux qui doivent entrer par-là, foient montés. On leur fera enfuite mettre un lignai blanc au chapeau, ôc l’on en détachera une partie pour aller a la plus prochaine porte, où ils tueront tous ceux qui y feront de garde, ôc ouvriront la porte avec des haches, malfues, coins, ôc autres outils, pour introduire le Corps de troupes qui doit entrer par - là. Il faut alors prendre garde que perfonne ne s’écarte, foit pour pourfuivre l’Ennemi, foit pour piller, ce qui expoferoit à être repouffés 5 mais on doit marcher en bon ordre, les uns pour forcer ce à quoi ils font ordonnés, les autres pour s’emparer des places ôc des endroits où l’on pour-roit tenir ferme, tandis qu’on envoyera quelques Détachemens aux Logis du Gouverneur, du Lieutenant-de-Roy, ôc des autres Officiers pour les prendre, afin que la Garnifon reliant fans Chef, ne foit plus en état de rien faire de confidérable. S’il y avoit une Citadelle, ou Château dans la Ville, il faudroit la furprendre en même-tems que la Place; autrement la Garnifon pouvant faire entrer du fecours par la porte du dehors, pourroit bien auffi vous contraindre à fortir de la Place , après vous en être rendu entièrement le maître ; ôc fi la Citadelle ou Château étoit renfermé dans l’enceinte, en forte qu’il n’y pût point entrer du fecours, il faudroit en ce cas avoir allez de monde, pour empêcher les
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- forties que la Garnifon pourroit faire, & les obliger peu à peu à fe rendre, en quoi cependant on courroit grand rifque ; car fi cette Garnifon tenoit ferme, ôc qu’il arrivât un prompt fecours , il feroit bien difficile de pouvoir s’en tirer fans avoir du def-fous. ,
- Quand on eft maître de la Place, le Corps de troupes qui étoit refté en-dehors, fe diftribue aux Portes pour les garder, on défarme la Garnifon, on fait prêter ferment de fidélité aux Ha-birans, on nomme de nouveaux Magiftrats, Ôc l’on fait enfin venir des munitions que l’on doit avoir fait préparer auparavant, fi la Place n’en avoit point.
- Si f entreprifene réuffifToit pas, ôc qu’on fut repouffé, le Corps de troupes du dehors fe «endroit en bataille, jufqu’à ce quon eut raffemblé tous ceux qui étoient entrés , ôc s’oppoferoit aux forties que la Garnifon pourroit faire, tandis qu’on feroit défiler les autres.
- L’Efcalade, le Pétard, Ôc la plupart des autres furprifes dont nous allons parler, ne font plus d’ufage aujourd’hui ; la maniéré dont les Places font fortifiées, rendent ces entreprifes trop difficiles. Cependant il eft bon de ne pas les ignorer, ôc de s’ob-ferver toujours comme fi on le pratiquoit, parce qu’un Ennemi fin ôc rufé, pourroit bien s’en fervir avec d’autant plus d’avaa-tage, qu’on s’y feroit moins préparé.
- Des Surprises par le Pétardi
- Le Pétard eft un infiniment à feu inventé en France, Ôc dont les autres Nations fe font enfuite fervi pour rompre les Portes , Ponts-levis, herfes, grilles, Ôc tout ce qui tient lieu de portes, pour abbatre des murailles Impies ôc non-terraffées, Ôc pour éventer des Mines, pourvu qu’il n’y ait pas beaucoup de terre entre-deux.
- On peut lui donner plufieurs figures ,dont la meilleure eft celle qui reffemble à une Cloche, comme on voit ici dans la Fig. 8. PL 33. qui reprefénte le P'etard tel qu’il paroît au-dehors. Les Fig. g. & 10. le repréfentent tel qu’on le verroit en- dedans fi on le coupoit par le milieu du haut en bas. On y merdes anfes par îefqueîs on l’attache fortement au madrier fur lequel on le met, comme nous dirons bientôt. On peut auffi fe fervir des anfes feulement pour le porter, ôc y faire un bord £ien fort avec quatre
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- trous par où on le clouera fur le madrier, Fig. 8. La lumière fe met auprès de la culafle, ôc Ton y fait entrer la fufée jufques dans le milieu, Fig. p. ou fi Ton veut, on fera un canal dans l’épaifleur de la culafle, jufqu’au milieu où ce canal fe détournera pour entrer dans le pétard, Fig. 10.
- La matière dont on le fait ordinairement, eft d’alliage ou de bronze, en cas de befoin on les fait de fer, de plomb, d’étaim, Ôc même de bois ; mais ils crèvent tous, ôc leur effet n’en eft par conféquent pas fi fort. Le tuyau de la fufée doit être de même métail, ôc tenir bien au pétard.
- La partie oppofée à la culafle s’appelle la bouche du pétard ; quand on veut le charger , on l’afleoit fur fa culafle, tel qu’il eft dans les Fig. g. 10. & on le remplit de poudre bien fine que l’on bat fans la dégraîner, en forte qu’il y entre une fois ôc demi autant de poudre que le Pétard en contiendroit fans être battue. Il eft bon d’y mettre un bâton perpendiculaire fur le milieu de la culafle, de l’épaifleur d’un pouce ou un peu plus, félon la groffeur du Pétard. On met tout autour de ce bâton la poudre fine Ôc bien battue; ôc après que le pétard eft chargé on retire le bâton, ôc l’on remplit l’efpace qu’il occupoit, de poudre fine qu’on ne bat point ; enfuite pour l’amorcer, on fait un trou à la charge par la lumière jufques fur le milieu delà culafle, ôc l’on remplit encore ce vuide de poudre bien battue, ce qui augmente l’effet du pétard, à caufe que cette poudre du milieu prend beaucoup mieux.
- Quand le pétard eft chargé jufqu’environ deux doigts près de la bouche, on met fur la poudre un tranchoir de bois, ou plu-fieurs cartons bien forts, ôc l’on achevé de le remplir avec de la cire jaune, de la poix grecque ôc de la terebentine. Le bord du pétard doit avoir«un petit rebord en - dedans,. afin que le ciment tienne mieux. Enfin on couvre le tout d’une, toile cirée qu’on lie tout autour, afin que la pluye n’y entre point, ôc l’cn obferve de le porter toujours la culafle en bas, pour éviter que la charge ne tombe. La fufée doit être- d’une compofition qui fafîe fon effet un peu lentement, afin que le Pecardier ait le tems de fe retirer quand il y aura mis le feu..
- Lorfqu’on veut fe fervir du pétard,, on Fattache à une grofle piecede bois qu’on met devant la bouche, Ôt auquel on le lie par les anfes, s’il n’a point de rebord:,. Fig.. 7. PL 32. ou avec, quatre gros clous plantés, dans le rebord, s?ii en a un qui foir
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- percé, gu avec des clous à crochet, s’il ne l’eft pas. cette piece de bois qu’on appelle madrier, doit être ferrée avec de bonnes lames de fer mifes en croix par-deffus, Fig. 11 .PL 33. afin qu’elle ne fe brife pas. On y fait au milieu un creux rond, un peu enfoncé , fur lequel on met le pétard ; & on y ajoute à un bout une anfe ou crochet pour l’attacher contre l’endroit qu’on veut petarder.
- Si on peut approcher de la porte qu’on veut faire fauter, on y attache le madrier, avec un ou deux tire-fonds, Fig, 12. le joignant autant qu’on peut à la porte, afin qu’il fafle plus d’effet.
- Si la Porte étoit ferrée, ôc qu’on n’y pût pas planter des tire-fonds , on y mettroit une fourchette qui foutiendroit le madrier, comme on peut voir parla Fig. 13. Quelquefois même on en met une à chaque côté du pétard pour le foutenir mieux, & c’eftainfi qu’on l’applique contre les herfes ôt les barrières.
- Quand on ne peut pas approcher, Fig 14. on attache le pétard au bout d’un pont volant qui eft armé au bout de deux pointes de fer,, ôt l’on pouffe le pont avec rapidité, afin que les pointes entrant bien avant dans la porte, le pétard s’y trouve joint le plus près qu’il fe peut.
- Les flèches dont on fe fert dans ces fortes d’occafions, valent beaucoup mieux que les ponts, Fig. 15. Ce font des pièces de bois attachées les unes aux autres par des anneaux de fer, la derniere fur laquelle on met le pétard, efl: armée d’une ou de plufieurs pointes. On met le tout fur deux roues que l’on pouffe de même que les ponts. Cette machine eft plus legere Ôc plus facile à conftruire, Ôt l’on épargne par-là les ponts dont l’on fe fert pour entrer dans la Place lorfque l’ouverture eft faite, au lieu que le pétard les brife ôc les rend inutiles quand on les employé pour l’attacher à la porte.
- Si le Foffé étoit trop large, on pourroit fe fervir d’une machine que le Chevalier de Ville nomme Efcale, Fig. 16. ôc qui fe con£ truit ainfi : On fait un brancard compofé de deux pièces de bois écartés l’une de l’autre un peu moins que le madrieE du pétard n’a de largeur ; leur longueur eft égale à la largeur du foffé, ôt leur force doit être proportionnée au poids du pétard. Elles ont des traverfes à quelque diftance de leur extrémité ; on les perce au milieu pour y joindre avec des chevilles de fer deux autres pièces; en forte cependant que le brancard puiffe tourner furies chevilles. On donne à ces deux nouvelles pièces depuis l’endroit
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- où elles fe joignent au brancard jufqu’à leur extrémité inférieure, une longueur égale à la profondeur du foflé ; enfuite on les plante dans le milieu du foffé, en obfervant de tenir toujours relevée Fextrêmifé du brancard où le pétard eft attaché ; ôc quand on veut s’en fervir, on laiffe tomber le brancard qu’on tenoit élevé. Je voudrois pour plus de précautions, quon mit aux deux pièces qui font plantées dans le foffé, deux autres chevilles tournées du côté du pétard pour retenir le brancard, en cas que le feuil de la porte ne le retint point ; car quoique le pétard ne fît pas alors tout l’effet qu’il auroit dû faire, il en feroit beaucoup plus que fi le brancard tomboit dans le foffé.
- Dans les trois cas dont nous venons de parler, on met le feu au pétard avant de pouffer la machine contre la porte ; mais l’on obferve de faire unefufée extrêmément lente, afin qu’il ne faffe pas fon effet plutôt qu’il ne faut; ou pour plus de fureté, on attache le long de la machine une mèche de bonne compofition qui répond à la fufée , ôc l’on y met le feu après qu’on a avancé la machine.
- La grandeur 'des pétards doit être proportionnée à la force' des portes qu’on veut rompre ; car un petit pétard ne feroit prefque rien contre une porte double ôc bien barrée} ôc un gros pétard ne feroit qu’un trou, de même qu’un boulet de canon dans une porte foible. C’eft pourquoi il faut en avoir de différentes grandeurs, ôc fi l’on n’avoit qu’un grand pétard pour appliquer contre une porte foible, il faudroit alors faire le madrier beaucoup plus grand qu’à l’ordinaire, afin qu’il aide à briferla porte. On obfer-vera la même ehofe à l’égard des pétards qu’on met aux barrières pour emporter plus de pieux à la fois.
- Quand on veut furprendre une Ville par le pétard, il faut auparavant s’informer non-feulement de ce qui regarde l’intérieur de la Place, la force de la Garnifon, les avenues , ôc les lieu» circonvoifins, comme nous avons ditaufujet del’Efcalade; mais il faut outre cela faire reconnaître, ôc fçavoir au jufte de quelle maniéré font faites les portes, s’il y a quelque demi-Lune au-devant, avec, ou fans foffé, fi le foffé eft fec ou plein d’eau, Ôc quelle en eft la largeur ; s’il y a des barrières baffes ou hautes fortes ou foibles ; quelles fentinelles on y met; combien de portes il faut paffer, ôc quelle eft leur diftance ; fi elles font de bois ou? de fer; vis-à-vis, ou en détournant ; en quel endroit font les jCorps-de - gardes), ôc combien il en faut paffer avant d’arriver à
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- la Placé, Ôc comment ils font fitués, s’il y a des canons, pierriers ou autres machines, combien on doit paffer de ponts-Levis s’ils font à flèches, à bafcules> ou Amplement de planches, qu’on ôte Ôcqu’on met quand on veut ; quelle eft leur largeur, s’il y a des herfes ou des orgues ; comment elles font foutenues, par où elles tombent, ôc qui eft celui qui eft chargé de les abbattre j où font les ferrures, gonds, chaînes ôc autres chofes qui ferment la porte, parce que c’eft là où il faut attacher le pétard, afln qu’il ouvre tout d’un coup ; s’il y a des meurtrières, ou mâchicoulis en-dehors, ou en-dedans, entre deux Corps-de-gardes; quelles chofes on y tient pour jetter fur ceux qui voudroient entreprendre fur la Place ; enfin l’on doit s’inftruire à fond de tout ce qui peut empêcher ou aider le fuccès de l’entreprife.
- Après avoir pris toutes les informations néceffaires, on fait fes préparatifs , ôc l’on fe met enfuite en marche, obfervant ce que nous avons dit en parlant de l’Efcalade. On doit avoir double Equipage de pétards, de ponts - volans, de flèches, des crics , haches, tenailles, pieds - de - chevre, marteaux, Ôc autres iftftru* mens pour rompre ôc brifer tout ce qui pourroit faire obftacle. Il faut dix hommes pour bien fervir chaque pétard, outre le Pe-tardier ôc un Chef, fçavoir : un qui porte le madrier, trois pour le pétard 5 c’eft - à - dire, deux pour le porter, ôc un pour les aider en cas de befoin, ôc tous les quatre pour le porter alternativement de deux en deux, s’il eft attaché au madrier ; les deux qui fe re-pofent portent ehacun un marteau de Maréchal. Après ceux-ci viennent deux autres, qui ont chacun une grande hache, enfuite un autre avec un pied-de-Chevre,. un autre avec une lanterne fourde, un autre avec des bouts de mèche allumés, ôc un dixiéme qui porte un tire-fonds avec de bons clous ôc une maffe. Il faut auffi obferver d’avoir plus d’un Petardier pour chaque pétard , à caufe du grand danger où ils font expofés,.
- Si la barrière que l’on trouve en approchant de la Place, n’eft faite que pour arrêter les. Chevaux ôc les Charettes., on la pafle fans rien rompre ; mais s’il y a une paliffade, on en feiera quelques pieux, ou on les rompra avec des haches ou autres inftru-mens., tel qu’eft par exemple celui de la Fig. 17. PL 33. cotn-pofé d’une piece de fer faite à peu près comme un S, à laquelle on met un Levier plus ou moins long, félon l’effort que l’on veut faire. On accroche avec cette machine deux pieux, l’un en-dedans ôc l’autre en-dehors, ôc pouffant enfuite. le levier, on
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- Si après avoir paffé la barrière on rencontre des Ponts-levis, on fera paffer quelques Soldats à fec ou à la nage, félon que le foffé eft îec ou plein d’eau, pour défaire les anneaux de la chaîne qui ne font point brafés, tels que font ordinairement les derniers d’en-bas, & pendant ce tems-là on foutiendra le pont avec des halebardes pour le laifler aller doucement» Mais s’il n’y avoit point d’anneaux qui fuffent ouverts, on les caffera avec quelque inffirument qui faffe fon effet promptement & fans bruit. Le Chevalier de Ville en rapporte piufieurs de fa façon, entre lefquels fai choifi celui -ci qui m’a paru le meilleur. Il eft compofé d’une vis de fer qui étant tournée par une manivelle, pouffe en-bas une platine fous laquelle eft un tranchant de bon acier trempé ; on met Panneau de la chaîne entre ce tranchant & une autre platine qui eft par-deffous, & l’on tourne la vis jufqu’à ce que Panneau foit caffé, Fig. 18. P/. 33.
- Quand on eft arrivé auprès de la porte de la Place, on y attache le pétard de quelqu’une des maniérés que nous avons rapportées ci- deffus, félon qu’il en eftbefoin, & dès que la porte eft à bas , on fait entrer promptement le plus de monde que l’on peut avant que la Garnifon ait le tems de fe reconnoître; on détache quelqu’un qui arrête ou tue celui qui eft chargé d’abbatre la herfe, & pendant ce tems-là on met des potences aux couliffes de la porte, ou des chevalets par-deffous pour l’empêcher de tomber^ S’il y avoit des Orgues, on mettrait à chaque côté de la porte deux tréteaux un peu hauts, & on les couvriroit de fortes planches qui traverfant la largeur de la porte, empêcherait les Orgues de s’abbatre , ôc donnerait un libre paffage par-deffous. II faudrait avoir préparé cette machine auparavant, afin de la mettre dans l’inftant que la porte ferait à bas. Mais fi les Orgues ou la herfe fe baiffoient avant qu’on eut le tems de les empêcher, il faudrait alors y appliquer un autre pétard.
- Dès qu’on eft maître de l’entrée, on achevé l’exécution, de même que nous avons dit au fujet de I’Efcalade, obfervant toujours qu’on marche en bon ordre, & que perfonné ne s’écarte ,, ou fe mette à piller, de peur que la Garnifon venant à fe rallier dans cette confufion, ne repouffe vos troupes.
- Quand il faut néceffairement petarder piufieurs barrières cm
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- portes \ avant ePamver à celle de la Place, l’entreprifè eft très-difficile , à caufe que l’Ennemi a le .tems de fe reconnoître, ôc l’on ne peutgueres fe flater .de réuflir, à moins qu’on ne faffe plufieurs attaques en difFérens endroits pour faire diverfion. Il îeroit même bon dans ces occafions d’appliquer en même- tems des échelles à quelque endroit du Rempart éloigné des attaques, ou de fe fervir de quelqu’un des Stratagèmes dont nous allons parler, pour furprendre la Garnifon qui ne penfe qu’à fe défendre du côté où elle voit les attaques.
- Des Surprises par Stratagème.
- On comprend fous le nom de Stratagèmes, les différentes maniérés dont on peut furprendre une Place, foit en y faifant entrer des Soldats déguifés, foit en embarraffant les portes , foit en fe gliflant par quelque lieu mal gardé, par des aqueducs ôc des fouterreins abandonnés, par des embrasures trop baffes ; par des lieux qui paroiflent inacceflibles ; par quelque porte mafquée d’une Ample muraille qu’on peut abbatre facilement ; par quelque fortie ou entrée de Riviere, ou enfin en fe fervant de quelque autre détour ou rufe, félon que l’occafion s’en préfente.
- De quelque maniéré qu’on projette ces fortes d’enrreprifes il faut auparavant avoir bien reconnu le dehors & le dedans de la Place, les endroits par où on veut s’y gliffer, la force ou la foibleffe delà Garnifon; en un mot tout ce qui peut nuire à la furprife, ou la favorifer, de peur d’envoyer à la boucherie fes meilleurs Soldats ; car ce font ordinairement ceux-là qu’on choifit pour de pareils deffeins. Il faut furtout être bien affuré que la Garnifon ne faffe pas fon devoir , les Corps-de-gardes foientmal garnis, que les Soldats s’en abfentent pour aller jouer ou boire; que les Chefs foient négligens à faire obferver l’ordre des gardes ôc des rondes ; que les portes foient mal gardées, ou qu’il y ait des lieux entièrement négligés, n’étant pas pofïible de furprendre une Place où les réglés font exa&ement obfervées.
- Si l’on ne peut furprendre une Place que par une porte, on fera entrer auparavant Ôc en divers tems, des Soldats déguifés en femmes ou en Moines, enfuite on fera marcher quelques çharettes chargées de foin, de paille, ou de quelqu’autre mar-chandife, ôc l’on embarraffera la porte en démontant une roue ou en tirant une cheville , par le moyen de laquelle l’eflieu vienne
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- Ingénieur François. i<?$ à fe brifer, ou enfin de quelqu’autre maniéré que ce foit. Alors les Soldats déguifés fe joignant aux conducteurs des charettes, & à ceux quon peut avoir cachés dans le foin ou la paille, fe jetteront fur le Corps - de - garde, tandis que les troupes qu’on aura mifes en embufcade autour de la Ville , s’avanceront promptement , & tâcheront de fe rendre maîtres de la Place avant qu’on ait le loifir de leur faire tête. Les Villes où il y a grand abord, foit à caufe de quelque Eglife célébré & fréquentée par les peuples des environs, foit à caufe de quelque réjouiffance > de quelque grande Foire ou Marché, & celles qui ont dans leur Territoire quelque Pèlerinage oùles femmes vont ordinairement, font très-fujettes à ces fortes defurprifes, étant alors facile de faire entrer dans la foule des Soldats déguifés.
- Si c’eft par l’entrée ou la fortie d’une Riviere qu’on veut fur-prendre la Place. On envoyera pendant une nuit obfcure quelques yerfonnes qui fcieront quelques - uns des pieux qui la traverfent a deux pieds fous l’eau, fans les achever tout-à - fait ; & la nuit du lendemain on chargera de Soldats plufieurs batteaux., qui venant à choquer ces pieux, les abbatront, & donneront par-là entrée dans la Place. S’il y avoit une chaîne, ôc qu’elle fut bien longue, on couperoit alors les pieux qui la foutiennent fur le milieu, ou l’on couleroit à fond les batteaux fur lefquels elle feroit appuyée, & la chaîne venant à baiffer, on feroit aifément paffer par - deffus les batteaux chargés de Soldats. Que fi la chaîne n’étoit pas longue, on la limeroit avec une lime lourde, ou on la romproit avec des eaux fortes ; mais comme l’eau forte ordinaire agit trop lentement, le Chevalier de Ville nous en donne une autre compofition qu’il prétend être merveilleufe, ôc que je vas rapporter ici : on prend des Lézards à greffe tête, gris, & comme tranfparens, qu’on nomme Tarentes. Au défaut de ceux - là qu’on ne trouve gueres que dans les Villes Maritimes de Provence, on fe fert de Lézards noirs & jaunes, qui viennent dans les pluyes d’Automne, & qu’on nomme Salamandres ou Mourons. On les met dans un alambic avec les autres ingrediens néceffaires pour faire l’eau forte, on fait diftiller le tout à feu lent, & quand on veut fe fervir de cette eau, on y trempe un linge , duquel on environne le fer qu’on veut rompre, on l’y laiffe quelque tems, & après l’avoir changé deux ou trois fois, le fer caffe comme du verre. •
- On pourroit fe fervir de cette eau pour caffer les grilles qu’on
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- trouveroit dans les aqueducs, lieux fouterreins ou autres endroits
- par lefquels on pourroit entrer dans la Place.
- On peut auffi faire entrer pendant le jour des Soldats cachés dans des bateaux chargés de paille, de foin , ou autres marchandées ; mais il faut pour cela que les condu&eurs de ces bateaux foient connus de la Place , ôc s’être bien affuré quils ne vous trahiront pas.
- Quand il y a dans la Place quelque lieu négligé , parce quon le croit inaccefïible , il faut être bien fûr qu’il n’y a point de Sentinelle, que les Corps - de - gardes en font éloignés, ôc que la Garnifon eft foible ; car il faut beaucoup de tems pour faire monter un nombre confidérable par ces endroits, ôc fi on venoit à s’en appercevoir, ceux qui feroient montés, feroient.perdus fans reffource, à caufe de la difficulté du retour , à moins qu’ils ne puffent rélifter à ceux qui les attaqueroient.
- On peut encore furprendre une Place, en envoyant quelque Batteleur qui amufe les Habitans Ôc les Soldats ; ôc pendant ce tems - là on fera entrer du monde par quelque porte mal - gardée* On peut mettre le feu à quelque bois ou à quelque maifon des environs pour attirer dehors une partie de la Garnifon ôc des Habitans , ôc fe rendre maître de la Place à moitié dégarnie. Des Déferteurs fuppofés peuvent mettre le feu en plufieurs endroits différens de la Ville, afin que tandis qu’on fera occupé à l’éteindre, ceux qui entreprennent la furprife, puiflent monter fur les murailles fans être apperçus, ou fe rendent plus facilement maîtres des Portes. Enfin il y a une infinité d’autres moyens que l’on pourroit employer félonie tems, la fituation, le lieu, ôc les autres circonftances, comme on peut voir par une infinité d’exemples qui font rapportés dans les Hîftoires.
- Des Surprises par Intelligence , et far Trahison.
- Il y a deux fortes'de Surprifes par Intelligence, l’une où celui à qui on livre la Ville, n’eft point obligé de joindre fes forces à ceux qui la lui livrent ; l’autre où il faut quil l’attaque par quelqu’une des maniérés dont nous avons parlé ci - deffus.
- On peut avoir la première forte d’intelligence avec un Gouverneur qui peut difpofer de fa Garnifon ; avec une Garnifon mécontente du Gouverneur ôc des Officiers, avec les Habitans qui gardent eux-mêmes la Place, s’il ny a point de Garnifon %
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- partis.
- L’autre efpece d’intelligence peut fe former avec un Gouverneur qui ne peut j ou n’ofe pas tenter la fidélité de la Garnifon ; avec quelques Officiers, Sergens , ou Soldats ; avec les Habitans, ou quelques-uns d’entr’eux, ôte.
- Il faut être extrêmement fur fes gardes dans les intelligencesde quelque efpece quelles foient, de peur d’en être la dupe ; fouvent c’eft une rufe du Gouverneur, qui veut vous engager dans une mauvaife entreprife ; fouvent ceux qui lespropofent, ne cherchent qu’à lier une négociation d’où ils puiflent tirer de l’argent, ôc manquer enfuite de parole fous mille prétextes. Après tout, qui eft capable d’une trahifon, peut bien en faire deux ; ôc quelle que foit l’intention de celui qui en a fait l’ouverture, on fait toujours très-fagement de prendre toutes fortes dé précautions avec lui.
- Comme la trahifon eft infiniment odieufe, je ne voudrois pas qu’on y engageât perfonne, ni qu’on fit par conféquent les premières démarches dans ces fortes de négociations , ne fût - ce même que pour éviter les reproches que le traître pourroit vous en faire dans la fuite ; mais fi, fans y avoir trempé en aucune maniéré, la trahifon fe trouve toute formée dans le cœur de ceux qui viennent la propofer, un General peut alors fe fervir de leur mauvaife difpofition pour épargner le fang de lès Soldats, ôc pour l’intérêt de fon Roy ; d’autant mieux que c’eft au Prince ennemi à fe tenir fur fes gardes, ôc qu’il doit fçavoir qu’on s’em-barraffe fort peu fi c’eft par valeur ou par rufe qu’on a le deflus à la guerre ; il faut cependant éviter qu’on ne faite rien dans ces occafions qui foit contre l’humanité ôc le droit de la guerre, tel que feroit l’afTafiTmat, le poifon, le manque de parole dans les faufs - conduits, ôcc.
- Lors donc qu’on vient faire ces fortes de propofitions, il faut examiner foigneufement quel eft le cara&ere des perfonnes envoyées, ôc de celles qui les envoient; fi ce font des efprits fermes dans leurs réfolutions , ou qui changent facilement : quel eft le fujet qui les engage à faire une femblable entreprife ; fi leur mécontentement vient de loin, ou s’il ne fait que de commencer, auquel cas il faut prendre garde que leur deflein ne vienne d’un premier mouvement de colere dont ils pourroient fe repentir dès qu’ils feroient en état d’y faire un peu plus de.réflexion quels
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- font leurs biens, leurs parens, leurs amis, leurs complices, & quel pouvoir ils ont. Il faut auiïi les interroger fur le détail de la Place, fur le nombre de la Gamifon ôc des Habitans , ôc envoyer en même-tems des efpions fecrets qui s’informent exactement des mêmes chofes pour être afîuré qu’on ne vous trompe pas. Il faut enfin examiner le tems, le lieu, ôc les moyens qu’ils propofent pour exécuter leurs entreprifes, ôc quelles alfurances ils peuvent en donner. Par ces fortes d’interrogations faites plu-fieurs fois ôc en divers tems , un General qui a de la prudence pourra comprendre fi on parle de bonne foi ou non, Ôc s’il y a moyen de réuflir.
- Dans les intelligences de la première efpece, un Gouverneur pourra gagner fa garnifon en éxagerant les fujets de mécontentement qu’on a, le peu de récompenfe qu’ils doivent efpérer en reliant fideles à leur Prince, ôc leur faire de grandes pro-mefles de la part de celui dont il veut embralfer le parti. S’il y a quelques Officiers ou Soldats dont il ne croye pas être bien reçu, il pourra les envoyer dehors fous divers prétextes. S’il ne croit pas pouvoir gagner fa Garnifon, ôc qu’elle foit foible, en forte qu’elle ne puilfe réfiller aux Habitans ; il fera courir plufieurs faux bruits les uns aux défavantages de fon Prince, les autres à l’avantage de l’Ennemi. Il répandra dans la Ville, qu’on doit bientôt les afiiéger avec une puiffante Armée , contre laquelle fa Garnifon ne fçauroit tenir, ôc que cependant le Prince ne veut point lui envoyer du fecours, fous pretexte que les Habitans font affez forts pour fe défendre ; mais dans le fond à caufe du peu d’affection qu’il a pour eux ; que les défordres d’un pareil Siège les ruineront fans reflburce, au lieu qu’ils peuvent tout efperer de la libéralité du Prince qui vient les attaquer, s’ils fe donnent volontairement à lui. Ces difcours ôc une infinité d’autres fem-blables, qui ne coûtent rien à unfcélérat qui trahit fa confcience ôc fon Roy, ne manqueront pas de faire de grandes imprefiions fur l’efprit des Habitans qui craignent ordinairement beaucoup la perte de leurs biens; ôc la Garnifon qui en fera elle-même ébranlée, fera bientôt contrainte de fe rendre à leur volonté.
- Une Garnifon mécontente peut facilement obliger fon Gouverneur à ceder, ôc fi on craignoit quelque chofe de la part des Habitans, les Soldats peuvent auparavant les gagner tous ou en partie par des faux bruits, comme nous venons de dire. De même les Habitans peuvent peu à peu gagner une Garnifon en careflant
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- les Soldats, & les intéreflant dans leur deffein par les promeffes qu’ils leur feront de la part du Prince à qui on veut fe livrer ; enfin dans une Ville libre , le parti le plus fort peut vous ouvrir les portes, fans que l’autre foit en état d’y réfifter.
- Après avoir bien pris fes mefures dans ces fortes de cas, il faut faire avancer fes troupes le jour afligné, & fe rendre maître de la Place , où il faut être plus fort que ceux qui l’ont livrée, de peur qu’il ne leur prît envie de vous en chaffer. Il eft bon même d’en faire fortir le plutôt que l’on peut la Garnifon, fous prétexte de l’envoyer au Prince qui doit la récompenfer ; & fi ce font les Habitans qui l’ont livrée, ou le parti le plus fort dans une Ville libre, il faut y entretenir des troupes qui foient en état de réfifter à leurs mouvemens, fous prétexte de vouloir les défendre contre les entreprifes du Prince dont ils ont abandonné le parti, ou de ceux qui en voudroient à leur liberté ; & pour les en mieux convaincre, on fera réparer leurs Fortifications en ajoutant même des nouvelles aux endroits trop foibles ; mais en même - tems on y conftruira une forte Citadelle pour y renfermer un nombre de troupes capables de les contenir dans leur devoir.
- Dans les intelligences de la fécondé efpece, un Gouverneur tâchera de gagner le plus de monde qu’il pourra de fa Garnifon, & après avoir pris jour avec l’Ennemi, il mettra aux portes des Gardes à fa dévotion, qui laiftferont entrer des Soldats déguifés , jufqu’à ce qu’ils foient en aflfez grand nombre pour pouvoir forcer un Corps-de-garde. Il pourra de même mettre des Sentinelles fur le Rempart pour favorifer l’Efcalade, ou l’entrée par la Rivière , &c.
- Un Officier, ou un Sergent d’accord avec fon Caporal, peuvent favorifer de même ces entreprifes par les moyens des Sentinelles de leur faôtion qu’ils mettront aux endroits qu’on veut furprendre.
- Un Major peut convenir avec l’Ennemi qu’on lui envoyera un certain jour une troupe de cent ou de deux cens hommes, dont le Chef fe dira envoyé pour renforcer la Garnifon, & lui prefen-tera fon ordre fuppofé ; le Major l’ayant pris, fera retirer cette troupe, & ordonnera qu’on ferme les barrières & les portes, jufqu’à ce qu’il ait parlé au Gouverneur chez qui il ira effectivement, fans cependant lui en parler ; à fon retour il ordonnera d’ouvrir de la part du Gouverneur, Ôt fera entrer la troupe qui fe rendra maîtrefle du Corps-de-garde, tandis que ceux qu’on aura mis en
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- embufcade, s’avanceront pour entrer & s’emparer de la Place, Il peut aufli faire entrer un certain nombre de gens déguifés dans la Place, ôcle foir lorfqu’il portera les clefs chez le Gouverneur, il aura fous fon manteau un fae femblable à celui où on les renferme , & remettra adroitement celui - ci dans la cailfe à la place du véritable que le Soldat lui donnera. Enfuite pendant la nuit il fera armer les Soldats qui font entrés déguifés pendant le jour, & s’avançant avec cette troupe vers la porte, il dira quil a ordre du Gouverneur de la faire fortir, & ouvrira les portes & les barrières par où ceux qui font en embufcade entreront en même-tems. Il peut aufli de même que les autres Officiers, favorifer une furprife par Efcalade, par pétard, par quelques charrettes chargées de Soldats cachés qu’on laiffera embaraffer l’entrée de la porte, &c.
- Un fimple Soldat peut faire un fignal pendant la nuit pour faire connoître le lieu où il eft en fa&ion ; mais il faut que le fignal ne foit point apperçû de ceux de la Ville, tel que feroit par exemple une mèche allumée qu’il tourneroit du côté de l’Ennemi, & que le lieu d’où l’on doit partir, foit affez près pour pouvoir achever l’exécution avant le jour. Il peut aufli vous faire entrer par le dé-mafquement d’une fauffe porte, par une embrazure baffe qu’il ouvrira, ou par quelque»grrlle de fer qui feroit en des lieux négligés.
- Les Habitans, s’ils font armés, peuvent fe foulever pendant la nuit vers quelque côté de la Place, afin qu’on puiffe plus facilement attacher le pétard, ou drefferles échelles, & s’introduire dans la Place ; s’ils ne font pas armés, ils peuvent retirer chez eux en divers tems des gens qui entreront déguifés, & qui forceront enfuite quelques Corps-de-gardes, tandis qu’on attachera le Pétard, ou qu’on montera par Efcalade. Un feul Habitant peut favorifer l’entreprife par le même moyen, ou en découvrant quelque aqueduc, quelque lieu fouterrein négligé; & enfin la trahifon peut s’éxécuter félon les différentes circonftances d’une infinité d’autres maniérés, dont il eft inutile de parler davantage.
- L’exécution de ces fortes d’entreprifes doit fe faire avec beaucoup de fecret & de promptitude, tant pour n’être pas découvert , que pour ne pas donner le tems aux traîtres de changer de deffein. Il feroit à propos de retenir avec foi celui qui a fait la négociation, afin que la crainte d’être puni, l’empêchât de vous trahir, s’il en avoit envie; ôc fi on ne peut pas le retenir,
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- Ingénieur François. il faut du moins en avoir retiré toutes les aflurances qu’on peut avoir dans ces fortes d’occafions; le refte s’achèvera de la même maniéré que nous avons dit en parlant de l’Efcalade ôc du Pétard.
- Des Attaques par Canonade et Bombardement,
- On attaque par Canonade ôc Bombardement les Places Maritimes, où l’on ne peut faire une defcente pour les attaquer en même - tems par terre ; ôc celles qu’on croit pouvoir foumettre par ce moyen fans être obligé d’y employer un Siégé. Il faut pour ces fortes d’entreprifes avoir bonne provifion de canons, de mortiers, de munitions, ôc tirer nuit ôc jour fans relâche pour abbatre ou ruiner les défenfes ôc les maifons, Ôc obliger par-là la Garnifon ôc les Habitans à demander merci. Mais on doit en même - tems fe tenir extrêmement fur fes gardes contre les Bru-lots que l’Ennemi peut envoyer pour mettre le feu à la Flotte, ou contre les forties qu’il peut faire pour enclouer les canons ôc les mortiers lorfqu’on l’attaque par terre. On peut éviter le premier par le moyen des Bâtimens légers qu’on tient un peu avancés fur les côtés, ôc qui allant au - devant des Brûlots, les accrocheront pour les tirer au large; ôc le fécond par une Cavalerie allez forte pour repoulfer l’Ennemi, ôc l’empêcher d’avancer jufqu aux Batteries.
- Des Attaqjjes d* Emblée,
- Les Attaques d’Emblée fe font en fe jettant tout'à-coup fur le Chemin couvert ôc fur les dehors, où l’on prefle vivement l’Ennemi qui ne s’y attendoit pas, l’obligeant de fe retirer en confufion dans la Place, où l’on tâche d’entrer en même-tems que lui ôc de s’en rendre le maître ; il faut pour cela partir de loin, marcher à grandes journées, ôc le plus fécretement qu’on peut, étonner l’Ennemi, l’attaquer chaudement ôc de tous côtés* Ôc ne lui donner aucune relâche,jufqu’à ce quon foit venu à bout de fon deffein. Ces fortes d’entreprifes ne fçauroient gueres réulfir, à moins que la Garnifon ne foit extrêmement foible, que le bon ordre n’y foit point obfervé , Ôc qu’on n’ait; quelque intelligence dans la Place.
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- Des Attaques par Forme.
- Les Attaques par forme font celles où l*on commence la tranchée par la queue, avançant peu à peu les travaux jufqu’à ce qu’on foit arrivé au pied des Fortifications. Elles fe font ou avec Siège, ou fans Siège.
- On attaque par forme & avec Siège, lorfqu’on environne la Place, en forte qu’il n’y puiffe entrer aucun fecours.
- On attaque par forme fans Siège , lorfqu’on n’entoure point la Place , fe contentant de camper du côté où on fait fes travaux.
- Il y a deux fortes de Siège, le fimple ôc le Royal ; le fimple eft celui où l’on campe autour fans faire des lignes pour couvrir l’Armée, foit du côté du dehors, foit du côté du dedans ; ôc le Royal eft celui où l’on fait des lignes pour fe garantir des Attaques d’une Armée qui pourroit venir au fecours de la Place, ou de celles de la Garnifon lorfqu’elle eft extrêmement forte. Il fuffira de détailler ici un Siège Royal, pour faire comprendre ce qui regarde les autres attaques par forme, après quoi nous parlerons des attaques brufques ôc des attaques par famine.
- On ne doit jamais entreprendre un Siège qu’on ne foit auparavant bien inftruit du nombre, ôc de la qualité de la Garnifon qui eft dans la Place ; de la capacité du Gouverneur ôc des autres Officiers ; de l’intelligence, ou méfintelligence qui peut être entre la Garnifon ôc les Habitans ; de la qualité ôc de la force des Fortifications ; des munitions de guerre ou de bouche dont la Place eft pourvue ; de la facilité ou difficulté des avenues , ôc des fecours que la Garnifon peut recevoir. On doit auffi con-fidérer fi on peut avoir les hommes, les. munitions, les inftru-mens, les outils, ôc l’argent néceflaire pour un Siège ; quelle en peut être la durée, afin que la rigueur de l’hyver ne vous fur-prenne point dans les lignes ; fi on peut faire des Magazins pour les munitions ôc les vivres, commodes, Ôc à la portée du camp; de quelle utilité peut être la prife de la Place ; fi on pourra la conferver après l’avoir prife ; fi l’Ennemi ne peut pas s’oppofer a votre deffein, ou s’il peut, tandis qu’on fera occupé à ce Siège, aller attaquer ôc fe rendre maître de quelque Place confidérable, ou faire de grands dégâts dans le pays.
- Il feroit bon auffi d’avoir à fa difpofition deux Armées, dont
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- Ingénieur François. ao'f Tune fe renfermerait dans les lignes ôc formeroit les attaques, tandis que l’ajatre que Monfieurae Vauban appelle Armée d’ob-fervation, fe tiendrait hors des lignes pour la sûreté des convois, ôc empêcherait l’Ennemi d’approcher, fe tenant toujours entre les lignes ôc lui.
- Après toutes ces confidérations, fi le General juge qu’il doive •entreprendre le Siège, il en fait les préparatifs avec beaucoup de fecret, afin que l’Ennemi ne puiife fçavoir dans quelle Place il doit jetter plus de monde. Il peut femgr le bruit dans fon Armée qu’il en veut à quelqu’autre Ville, pour amufer par-là les efprits. Il peut faire marcher fes troupes vers quelque pofte, d’ou. il donne jaloufie à plufieurs Places tout-à-la fois, ôc s’avancer même aflez près de quelqu’une d’entre elles, pour tâcher d’attirer à fon fecours une partie de la Garnifon qui eft dans celle qu’il veut attaquer, ôc enfuite rebrouffer chemin tout-à-coup, ôc fe tendre au plutôt devant la Place qu’il doit auparavant avoir .fait inveftir de la maniéré dont nous dirons bientôt.
- Un autre moyen de diminuer la Garnifon, ferait de mettre un gros de troupe en embufcade, ôc d’en envoyer le lendemain ma-tin à l’ouverture des portes, un petit nombre pour enlever les bef-itiaux des environs ; ce qui pourrait engager le Gouverneur à faire fortir une partie de fes Soldats qui en pourfuivantles fuyards, donneraient dans l’embufcade.
- Si la Place venoit d’être prife par l’Ennemi, il faudrait l’attaquer le plutôt qu’on pourrait, afin qu’on n’eut pas le tems d’en réparer les Fortifications , ôc de la munir de tout ce qui eft né-* affaire pour fa défenfe. Venons à l’Inveftiture,
- JDe l Investiture dune Place,
- Quelques jours avant que l’Armée arrive devant la Place qu’ort •Veut afliéger, on envoyé un détachement de Cavalerie compofé de quatre ou cinq mille Chevaux, plus ou moins, félon la force de la Garnifon, ôc commandé par un Lieutenant - General ôc deux ou trois Maréchaux de Camp pour s’emparer des avenues , Ôc empêcher qu’il n’entre aucun fecours dans la Place. C’eftce qu’on appelle inveftir.
- Ce Détachement marche nuit ôc jour, jufqu’à ce qu’on foit arrivé à une lieue ou deux de la Place, on le Lieutenant - General réglé les détachemens particuliers, a {lignant à chacun h
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- pofte qu’il doit occuper, & difpofe les chofes de maniéré qu’on puiflfe arriver tous à la même heure. Tandis quon s’empare des avenues., on détache de petits corps qui s’avancent fort près des Fortifications , enlevent tout ce qu’ils rencontrent, & tâchent de faire des prifonniers de qui on puiflfe s’informer de tout ce qui fe pafle dans la Place. Le gros des troupes fe tient pendant le jour hors de la portée du canon, toujours en état de s’entre-fecoutir les uns les autres/& l’on envoyé des partis à la guerre pour s’informer des démarches de l’Ennemi. Mais pendant la nuit on s’approche de la ?lace à la portée du moufquet, & l’on difpofe des petites gardes devant & derrière pour éviter d’être furpris. Le matin on fe retire au camp où l’on ne lailfe jamais repofer que la moitié des troupes, tandis que l’autre fait la garde,, les uns du côté de la Place, les autres vers la campagne.
- Lorfqu’on fçait que l’Ennemi envoyé du fecours, on y va-au-devant, & l’on tâche de le combattre le plus loin que l’on peut> afin que les fuyards ne fe retirent pas vers la Place, ou qu’ils puiflfent être arrêtés par ceux qu’on laiflfe à la garde du camp.
- Tout le tems que dure l’inveftiture, les principaux Ingénieurs qui doivent avoir fuivi le Lieutenant-General, tâchent de re~ connoître la Place le plus exactement qu’ils peuvent en approchant fouvent pendant la nuit & de bien près. Ils font ordinairement bien accompagnés pour être en état de défenfe en cas de furprife ; & quelquefois ils vont avec peu de monde à la faveur de petites gardes avancées derrière eux, & foutenues par d’autres un peu plus reculées ; s’il y a des chemins creux, ou des hayes auprès des Fortifications, ils s’en fervent pendant le jour pour mieux s’afïurer de ce qu’ils ont vu pendant la nuit. On ne doit rien oublier s’il fe peut dans ces obfervations. Il faut examiner avec foin quelle eft la nature de la Place ; fi elle eft régulière ou irrégulière ; fi les Remparts font revêtus ou gazonnés ; s’il y a des dehors, & de quelle qualité ils font, quels font les côtés où il y en a le moins Ôc de moins forts; fi le foffé eft fec ou plein d’eau, revêtu ou non ; s’il eft creufé dans le roc ou dans le ter-rein ; fi l’eau eft dormante ou fi elle court ; fi le foflfé étant fec, on peut l’inonder ; s’il y a quelque riviere ou ruiffeau qui pafle au pied de la Ville, ou qui traverfe ; fi les Chemins couverts font bien où mal paliflfadés ; s’il y a des endroits marécageux autour des Fortifications, & d’autres fecs ; quelle eft la nature du terrein ©ù l’on doit conduire les attaques ; s’il eft aifé à remuer, ou dur.
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- Ingénieur François; 20$ & mêlé de cailloux ; ou enfin fi c’eft un fofTé fec qu’on ne fçauroit creufer, ôc où il faudroit porter les terres ôc ies autres matériaux néceflaires pour fe couvrir ; s’il n’y a point quelque commandement dont on peut aifément s’emparer, ou quelque rideau, ou chemin creux qui pût favorifer les approches. Il faut en même-tems fçavoir par quelque déferteur ou prifonnier, ou par des ef-pions fecrets, quels font les endroits de la Place qui font contre-minés, ôc combien il y en a.
- Toutes ces obfervations étant faites, les Ingénieurs en font un petit recueil pour préfenter au General avec un plan où ils marquent fur les capitales prolongées, ôc à côté tout ce qui fe trouve entre la Place ôc l’endroit où doivent être les lignes. A ce plan ils en ajoutent un autre qu’ils font de concert avec le Lieutenant-General ôc les Maréchaux de Camp, où ils marquent de quelle maniéré on pourroit ordonner le campement ôc les lignes , ôc, même de quel côté on pourroit faire plus facilement les attaques.
- Cependant l’Intendant de l’Armée fait partir en diligence les Punitions de guerre ôc de bouche, les chariots, ôc les payfans qui doivent fervir aux travaux, ôc l’Armée s’avance à grandes journées vers la Place, où elle arrive ordinairement quatre ou cinq jours après l’inveftiture. Le Lieutenant-General accompagné dès Maréchaux de Camp ôc des Ingénieurs, va au-devant du General à une demi - lieue ou environ, ôc lui préfente les plans fur lef-quels il fait fa première difpofition du campement de l’Armée iorfqu’il eft arrivé, remettant au lendemain a le re&ifier, s’il eft îîéceflaire.
- Du Campement de îArmée, Ù3 des lignes de Circonvallation <Ù° de Contrevallation*
- Le lendemain de fon arrivée, le General accompagné des Of* ficiers Generaux, fait le tour de la Place, qu’il tâche de bien re-connoître ; ôc après avoir demandé à chacun fon fentiment, il prend fa réfolution, ou aflemble fon Confeil de Guerre pour y ïéfoudre des Quartiers qu’on doit prendre, de la quantité de troupes qu’on y mettra, ôc des Officiers Généraux qui doivent y commander. On appelle Quartier une partie de l’Armée com-pofée d’une ou plufieurs Brigades campées fous le commandement d’un Lieutenant-Général, ou d’un Maréchal de Camp. Il faut qu’il y ait dans chacun tout au moins autant de troupes qu’il
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- y en a dans la Place pour les empêcher d’être enlevés. On obfervfc de placer les principaux aux endroits par où l’Ennemi peut venir plus facilement au fecours de la Place, & à ceux qui font les plus proches des attaques. Ces lieux doivent toujours être hors de la portée du canon de la Ville, à moins qu’il n’y eut quelques rideaux ou enfoncemens qui miffent les troupes à couvert.
- Le General ayant déterminé l’ordre des Quartiers félon le circuit que les lignes doivent avoir, les diftribue aux Officiers Généraux, ôc les troupes s’arrangent félon.leur Quartier en campant le dos tourné contre la Place. Le Quartier du Roy, celui des vivres & le Parc d’Artillerie doivent être le plus près qu’il fe peut des attaques. On appelle Parc d’Artillerie, un Quartier retranché où l’Artillerie loge avec fes Equipages ; c’efl-là où eft le Magafin à poudre, où. font les Munitions de Guerre, où l’on monte les Pièces fur leurs affûts, ôc enfin où l’on tient ôc prépare tous les ^inftrumens néceffaires..
- Quand les Quartiers font féparés par des Rivières, on y fait, plufieurs Ponts de communication à chaque paffage. Ils ont quatre ou cinq toifes de largeur, & font éloignés tout au plus de foixante toifes les uns des autres, & jamais moins de vingt toifes, afin que les Corps qui pourroient être obligés d’y paffer fi l’Ennemi donnoit dans les lignes ne s’embarraffent pas mutuellement. Leur avenue doit être fortifiée, ôt f on doit y tenir des Gardes pour s’en mieux affurer, & pour empêcher en.cas que les lignes foient attaquées que l’Ennemi ne s’en faifîffe.. On. doit faire ces Ponts fur de bons chevalets, parce que ceux qu’on fait fur des bateaux fe rompent ou fe difloquent aifément par le renflement ou la diminution des. eaux,. ôc le bois que l’on employé pour leur confi truêtion doit être allez forts pour fupporter les canons & les autres grands fardeaux qui doivent y palier journellement. Il faut ob-fer.ver auffi de choifir les lieux les plus étroits des rivières, & les endroits où le terrein fera le plus ferme. Que s’il y a des prairies baffes qui puiffent s’inonder, on tâchera de prévenir le renflement des eaux par dés chauffées.
- Cependant on met des petites gardés d’infanterie avancées jufqu’à la portée du moufquet, 6t couvertes de quelques rideaux, chemins creux, cavins, ou dé quelque couvert qu’on fait exprès.. Elles font foutenues par les gardes ordinaires de Cavalerie qui. fe tiennent un peu plus loin dans des endroits cachés. Par. - là on. «çmpêche l’Ennemi de profiter du fourage, Ôc de donner la maint
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- aux fecours, les Efpions ne fe gliflent pas fi facilement dans le Camp, ôc les communications des Quartiers deviennent plus fures.
- S’il n’y a point d’Armée d’obfervation, on avance auffi du côté de la campagne des gardes qui s’emparent des lieux avantageux, des pa{Tages de riviere, des gués ou défilés par où les fecours peuventpafler, des hauteurs, tours, ou maifons qui font à quelque aiftance du Camp, ôc l’on y fait même des Fortifications, fi on le trouve à propos, pour arrêter d’avantage l’Ennemi..
- Pendant la nuit la plus grande partie de l’Armée s’approche jufqu’à la portée du moufquet, faifant autour de la Place un cercle de Bataillons Ôc d’Efcadrons, fi près les uns des autres, qu’on> ne fçauroit pafler entre - deux fans être découvert ÿ c’eft ce qu’on appelle le Bivoüac. On obferve toujours d’avoir des gardes du côté de la Place ôc de la. campagne, pour éviter les furprifes : mais quand les lignes font une fois.conftruites, ce Bivoüac cefle,, parce que les fecours fe trouvent arrêtés par ces lignes.*
- Tandis que les troupes travaillent à leur Campement, les Ingénieurs tracent les lignes qu’on tient éloignées du Camp de cent toifes ou environ du côté de la Campagne.. On les appelle lignes de circonvallation, Planche 34. parce quelles environnent l’Armée quelles renferment entre elles ôc la Place. Leurs ouvrages confident en un foffé , dont la terre forme un parapet du côté des troupes ; on y fait de 120 en 120 toifes des redans * dont la capitale a vingt toifes 5 la gorge trente, ôc les faces vingt-cinq chacune; ôc l’on met des Battions aux angles.,,dont les demi-gorges ont chacune quinze toifes. Autrefois on attachoit aux lignes des redoutes ôc des Forts, les uns quarrés., les autres triangulaires , les autres à étoiles, ôcc. Mais ces fortes d’ouvrages qui d’ailleurs n’étoient pour la plupart que des colifichets plus mauvais fur le terrein, qu’ils ne paroiffoient beaux fur le'papier,,, étoient extrêmement dangereux, parce que l’Ennemi s’en étant emparé, battoir les lignes de revers, ôc qu’il n’étoit pas facile d& l’en chaffer, à caufe de l’avantage ôc de la hauteur du terrein où, on les ccnftruifoit ; c’eft pourquoi Kon ne fait, aujourd’hui desredoutes qu’aux endroits éloignés de la ligne que l’on veut occuper ; ôc s’ils font aflez grands pour y ccnftruire des Forts,, on. les fait toujours félon les réglés d’une bonne Fortification, leur; donnant une figure ou quarrée, ou pentagonale, ou hexagonale^ à proportion de la grandeur du terrein ; mais avec des dimenfions;
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- plus petites que celles des grandes Fortifications, comme on peut voir par la Table que j en ai donné en parlant de la première Méthode de M. de Vauban.
- Le fofle des lignes peut avoir i $ , 16, ou 18 pieds de largeur par le haut fur 6 ou ~i\ de profondeur, taluant de côté ôc d’autre du tiers de la largeur, ou d’un talus égal à la hauteur, PL 3y. Les portes ou forties fe font fur le milieu des Courtines. Leur, largeur eft d’environ vingt - deux pieds ; elles font fermées par une barrière tournante, & couverte par un redan détaché en forme de demi-Lune, dont la gorge a vingt-deux toifes, ôc les faces dix-huit. On fait ces forties de deux en deux Courtines.
- Les lignes doivent être ordinairement paralelles au Camp ; mais fi la difpofition du terrein demande qu’on s’en approche, ou qu’on s’en écarte en quelques endroits, il ne faut pas s’en mettre en peine, ôc l’on ne doit alors penfer qu’à tourner de fon côté tous les avantages, en s’emparant des hauteurs ou commandement s’ils font à portée, ou y faifant des redoutes , s’ils ne le font pas, ôc en ne laiflfant aux environs aucun endroit bas Ôc enfoncé où le moufquet ne puifle plonger.
- Les lignes étant tracées, on en diftribue le travail aux Payfans, fi l’on peut en avoir, ou fi l’on n’en a point, aux Soldats ôc Cavaliers de l’Armée à qui l’on fait fuivre exa&ement les profils, leur faifant fafciner les parapets avec de la fougere, des feuilles , des grandes herbes ôc menus branchages, afin que les talus intérieurs ne foient pas fi grands ; on leur fait faire aufii une ou deux banquettes, ôc les épauiemens, s’il en eft befoin. Ces épaulemens font des parapets élevés de huit à neuf pieds, épais de douze, ôc longs de vingt-cinq à trente toifes, que la. Cavalerie ôc Infanterie fait à la tête de fes Camps pour fe garantir du canon ennemi lorfqu’on attaque les lignes.
- Si l’on ne craint que des petits fecours qui ne font pas allez forts pour forcer les lignes ni un quartier, on fait les redans plus petits, ôc l’on fe contente de faire un (impie folié moins large, dont on jette la terre en-dedans.
- On met autour des lignes des petits Corps - de - gardes de di£ rance endiftance, ôc allez près, pour que les Sentinelles puiflent p’entre-parler. On les augmente ou on les diminue félon que l’Ennemi s’approche ou s’éloigne de quelque côté. On met aufii des femblables gardes à la tête du Camp, chez les Officiers Généraux, aux vivres ôc au canon. S’il n’y a point d’Armée d’obfer-
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- vation, on détache des Corps de Cavalerie de deux ou trois cens chevaux plus ou moins, qui fortent hors des lignes, prennent des poftes fur des hauteurs avantageufes pour découvrir de loin, ôc y relient tant que dure le Siège ; c’eft ce quon appelle les grandes Gardes. Ceux - ci détachent d’autres petites Gardes qui s’avancent de tous les côtés dans la campagne pour prévenir les furprifes ; les Cavaliers de ces Gardes s’appellent Vedettes. Par-là les Fou-rageurs de l’Armée font plus en fureté, les Partis Ennemis n’approchent pas fi facilement des lignes pour les reconnoître, ôc PArmée a le tems de fe mettre fous les Armes lorfqu on vient les attaquer.
- Pendant la nuit la plus grande partie de PArmée s’approche des lignes, ôc y fait le Bivoüac, comme elle faifoit auparavant du côté de la Place, détachant les Batteurs d’eftrades, dont les uns demeures fixes en certains endroits, tandis que les autres rodent dans la campagne, jufqu’-au grand jour, ou chacun fe retire dans fon Camp, ne biffant aux lignes que la Garde ordinaire.
- Quand la Garnifon de la Place eft forte, on fait des redoutes entre la Place ôc le Camp, pour empêcher l’effet des forties, ôc pour fervir de retraites aux Fourageurs, ôc à ceux qui vont d’un Quartier à l’autre, PL 34. mais fi la Garnifon étoit en état d’enlever un Quartier, ou de fe faifir de quelque endroit de la ligne pour faire entrer un fecours, on feroit alors du côté de la Place ôc à la portée du canon des lignes qu’on nomme de contrevallation , Ôc qui renferment le Camp entre elles ôc celles de circonvallation.
- Elles doivent être éloignées du Camp d’environ deux cens toiles ; leur foffé peut avoir dix pieds de largeur par le haut, ôc trois par le bas fur cinq.pieds de profondeur; les terres'qu’on en tire forment le parapet qui eft tourné du côté du Camp. On y fait des redans un peu plus petits avec des portes ôc des barrières de même qu’aux autres lignes, obfervant de profiter de tous les avantages du terrein, ôc de mettre des redoutes fur les hauteurs ©ù l’on ne peut faire paffer la contrevallation.
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- Le Parfait
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- Des Préparatifs pour FAttaque ; de l'ouverture de la Tranchée ÿ & de fin avancement À la Fafcine,
- Tandis qu’on achevé les lignes on fait en même-tems les préparatifs pour l’Attaque, & le Général ayant examiné tous les projets que les Ingénieurs lui ont donné, choifit celui qui lui paroît le meilleur , y ajoutant ou retranchant ce qu’il juge à propos.
- Les Attaques fe font par le moyen des Tranchées, qui font -des chemins creufés dans la terre à la faveur defquels on s’avance à couvert jufqu’au glacis. On lés commence ordinairement hors dé la portée du petit canon de la Place, ôc l’on obferve de ne rien négliger dans leur conduite, parce que c’eft delà que dépend prefqu’entierement le bon, ou le mauvais fuceès d’un Siège.
- Une Tranchée pour être bonne, ne doit être ni vue ni enfilée d’aucun endroit de la Place; elle doit éviter les détours trop fré-quens, Ôc conduire aux Fortifications par le chemin le plus court qu’elle peut tenir, fa profondeur doit mettre à couvert les Officiers ôc les Soldats, ôc fa largeur doit être fuffifante non - feulement pour le maniement des troupes, mais encore pour les voitures des matériaux.
- Il faut pouffer fan travail vivement ôc fans relâche , pour ne pas perdre du tems, ôc l’on doit toujours fqavoir à quelle distance l’on eft du glacis ; fes parties qui font face à la Place, Ôc qu’on nomme aujourd’hui les paralelles ou les Placesd’Armes, doivent tout au moins embraffer le front de l’attaque, afin que les troupes qu’on y met pour la garde, puiffent mieux réfifter aux Sorties de l’Ennemi. Il faut qu’elles Soient plus larges que le refte de la tranchée, ôc à portée de s’entrefecourir les unes ôc les .autres, de même que les redoutes fi on en fait. Il doit y avoir des épaulemens à droite ôc à gauche pour la Cavalerie, les Batteries de Canons ôc de Mortiers doivent être placées dans les endroits qui leur conviennent le mieux ; enfin tout doit être conduit avec tant d’art ôc de prudence, qu’on puiffe dans peu de tems, ôc avec très-peu de prudence, fe trouver vis-à-vis de l’Ennemi fur le glacis. C’eft en quoi M. de Vauban a fi heureusement réuffi, que depuis qu’on fçait fa Méthode, on fe trouve quelquefois au bout de fept ou huit jours prêt à chaffer l’Ennemi
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- du Chiemin couvert, fans avoir prefque perdu perfonne ; au lieu qu’avant lui il arrivoit fouvent qu’on n’approchoit qu’au bout de deux ou trois mois, ôc l’Armée fe trouvoit fi affoiblie par les pertes qu’elle avoit faites, qu’elle n’étoit plus en état de continuer une entreprife.
- Comme il importe beaucoup de fçavoir à quelle diftance on commence l’ouverture de la tranchée, ôe que l’Ennemi n’eft jamais d’humeur de vous laifler approcher du glacis pour mefurer cette diftance au cordeau, je rapporterai ici un moyen géométrique, ôc cependant très-facile, dçntJVL de Yauban s’eft avifé pour la trouver.
- Il faut d’abord prolonger les capitales des Ouvrages, PL 35 ce qui fe fait par le moyen de deux ou trois piquets ou longs bâtons qu’on plante en terre les uns derrière les autres à quelque diftance, les alignant en même - tems à la pointe d’un Baftion ôc à celle du glacis qui lui répond. Suppofons donc que la ligne AB, foitune de-ces capitales prolongées, ôc qu’on veuille fçavoir quelle eft la diftance du point B où l’on voudroit commencer la tranchée au point A qui eft la pointe du glacis. Elevez fur le point B la perpendiculaire CB, à qui vous donnerez 80 ou 100 toifes, ôc divifez-là en autant de parties que vous voudrez, par exemple en quatre-; fur l’extrémité Célevez-un autre perpendiculaire indéfinie CD ; enfuite mettez un piquet fur l’un des points de divifion de la ligne CB, par exemple en E ; alignez ce piquet à la pointe A du glacis, ôc reculez fur ce même alignement jufqu’à ce que vous rencontriez la ligne CD au point H ; cela fait, vous aurez .deux triangles ECH , EBA, que les Géomètres appellent fem-blables, ôc dont la propriété eft d’avoir leurs côtés proportionnels j c’eft-à-dire, que fi le petit côté de l’un n’eft que la moitié, le tiers, ou le quart du petit côté de l’autre, fon grand côté ne fera auflî que la moitié, le tiers, ou le quart du grand côté de l’autre. Ainfi dans cet exemple le petit côté CE n’étant que le tiers du petit côté EB, fon grand côté CH ne fera que le tiers du grand côté AB ; ôc par conféquent il n’y aura qu’à mefurer le côté CH, ôc tripler enfuite fa valeur pour avoir la diftance AB que l’on cherche. Si on ne pouvoit pas faire la ligne CB perpendiculaire à la ligne B A, on lui feroit faire tel angle qu’on voudroit, pourvu que la ligne CD. fît auflî le même angle fur la ligne CB.
- La diftance B A étant ainfi trouvée, fi on trouve quelle eft trop grande pour y commencer la .trapchée, on en retranche ce
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- aïo . I e Parfait
- quon juge à propos, ôc l’on y ajoute fi on trouve qu’elle eft trop
- petite.
- On fait autant d’ouvertures de tranchée que l’on a projetté' d’attaques. Quand le front attaqué fe trouve fort éttoit,. on n’en-fait qu’une ; mais hors delà il faut toujours en. faire deux qu’on< ne doit point féparer-, parce qu’elles font plus difficiles à fervir,, au lieu qu’étant liées enfemble, elles s’entrefecourent l’une Ôç l’autre, & font cependant diverfion des forces de l’Ennemi.
- Les matériaux qu’on doit préparer font les fafcines, piquets ^ gabions, barriques, tonneaux, fagots de fappe., mafles, maillets r fourches, crochets, panniers, corbeilles, facs à terre & à laine blindes, clayes,. manteletsmadriers, &c. PI. 35.
- Les outils font les bêches, peles de fer, ôc de bois ferrées9< pioches, pics à hoyaux,, pics à roc, feuilles de fauge , lochets; de Flandre,. ferpes, hachesfcies, tariers & tous les autres inf-trumens nécefîaires aux Charrons, Charpentiers, Serruriers, ôcc+
- Ceux qui creufent la tranchée, fe nomment Travailleurs ; il y en a pour la nuit , & d’autres pour le jour ; on les prend de divers Régimens. M. de Vauban s’étant apperqu qu’en général les Travailleurs avoient toujours grande envie de s’en retourner, & s’embarrafloient peu fi l’ouvrage étoit parfait, avoit imaginé d’envoyer après les Travailleurs de jour d’autres Soldats qu’on: nommoit terrafiiers, ôc qui donnoient la derniere main à laper-feélion delà tranchée.Ilsrelevoientles Travailleurs de jour vers, le midi, & travailloient jufqu’à ce que tout fut en état, mais aujourd’hui ce font les Travailleurs, de jour qu’on oblige à achever leur ouvrage..
- Les Sappeurs font des Soldats qu’on tire des Bataillons d’Artillerie ; les Canoniers, les Bombardiers, & ceux qui conftruifent les Batteries font auffi des Soldats d’Artillerie ; mais comme il eft rare qu’ils puiffent fuffire, & à la conftru&ion de ces Batteries* & au fervice du Canon & du Mortier , on leur joint des déta-chemens tirés de divers Régimens.'
- Les Mineurs font des Compagnies qui font à la fuite de l’Artillerie , & qui autrefois étoient incorporés aux Bataillons de Royal - Artillerie.
- Les Charpentiers, les Charrons, & les Forgeurs font compris fous le nom general d’Ouvriers ; ils forment plufieurs Compagnies, dont les unes fe nomment Compagnies d’Ouvriers armés*, parce, qu’ils portent des armes} ôt les. autres Compagnies d’Oug*
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- Ingénieur François; an
- vrlers défarmés, ou d’Ouvriers d’état, & ceux - ci n’ont point d’armes ; ils travaillent dans le grand & le petit parc, d’où on les envoyé aux batteries 8c à la conftru&ion des ponts, quand le cas le requiert. Les Compagnies d’Ouvriers armés 8c défarmés font à la fuite de T Artillerie 8c leur département en tems de paix font dans les Arfenaux du Royaume.
- L’Infanterie de même que la Cavalerie eft obligée de faire les fafeines fans en être payée, 8c c’eft à la Cavalerie à les porter dès que la tranchée eft ouverte, les gabions, fagots de fape , panniers, corbeilles, & clayes font faits par des Soldats entendus que l’on paye, les outils font diftribués par l’artillerie. Les fagots de fape ne font prefque plus d’ufage aujourd’hui; les facs à terre qu’on a fubftitué à leur place valent infiniment mieux, à caufe qu’un boulet de canon y fait beaucoup moins d’effet qu’il n’en faifoit fur les fagots dont les éclats étoient toujours dangereux.
- Dans le difpofttif des attaques, on marque les lieux où l’on doit placer les petits parcs, les petits Hôpitaux, 8c le champ de bataille où s’afTemblent les troupes pour la garde de la tranchée <ôc les poftes de la Cavalerie.
- Le petit parc doit être en quelque lieu couvert à l’ouverture ou queue de la tranchée de chaque attaque. On y met une certaine quantité de poudres, de munitions, de matériaux 8c d’outils pour être plus à portée dans le befoin, Ôc l’on y fait camper les ouvriers. On place à fon voifinage 8c dans un endroit couvert le petit Hôpital où fe tiennent les Aumôniers 8c les Chirurgiens avec des remedes pour le premier appareil des bleffures ; mais le champ de bataille où l’on affemble les troupes étant trop grand pour pouvoir être couvert, fe fait hors de la portée du canon. Les gardes de Cavalerie fe poftent fur la droite 8c la gauche des attaques, toujours hors de la portée du canon ou dans des lieux couverts , 8c l’on fait des épaulemens à quatre ou cinq cens toifes de la Place pour les gardes avancées.
- Après ces difpofitions on .réglé le nombre des travailleurs 8c des ouvriers félon le befoin qu’on a, 8c l’état des gardes de la tranchée, obfervant que l’Infanterie foit au moins égale aux trois quarts de la Garnifon, 8c que la Cavalerie furpafle celle de la Place d’un tiers. Chaque garde doit avoir quatre ou cinq jours de relâche pour repofer.
- Les Ingénieurs fe divifent en brigades de fix ou fept chacune, qui fe relevent, en forte qu’il y en ait toujours à la tranchée ;
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- a i2' Le Par-fait
- chaque Brigade a un Brigadier ôc un fous - Brigadier, qur dif-tribuent aux autres le travail, ôc tous obéïflent au Directeur General des attaques, à qui le. Major General , le Maréchal General des Logis delà Cavalerie, ôc l’Officier qui. commande au petit parc, fourniffent tout ce qu’il demande pour les befoins de la tranchée.
- Le plan ou projet d’attaque étant- déterminé, le Directeur General donne des copies du plan ôc des profils aux Brigadiers ôc; fous - Brigadiers , qui doivent les faire exécuter foigneufement,. & obferver que perfonne ny change rien làns la permiffion exprelfe: du General
- Quand le jour de l’ouverture eft venu, les troupes s’afTemblèm:^ les Aumôniers font les prières accoutumées avec une petite ex--hortation , à la fin de laquelle ils donnent l’abfolution generale ôc les Soldats jettent leurs chapeaux en l’air, criant : Vive le Roy.. Quand la nuit approche, les Grenadiers ôc les.Fufiliers détachés, marchent à la tête fuivis des Bataillons qui doivent foûtenir les^ travailleurs; ôc après eux viennent les travailleurs néceflaires pour.' la nuit, divifés par troupes de cinquante hommes, qui ont chacune un Capitaine , un Lieutenant Ôc. deux Sergens, pour veiller fur leur travail, Ôc empêcher que perfonne ne s’écarte.. Chaque Soldat porte une fafcine ;. mais les travailleurs doivent* outre cela porter des piquets avec une hache ôc une pioche chacun. Quand on fait deux attaques , le premier Régiment a la* droite,, ôc le fécond la gauche, ôc l’on obferve que le travail-commence à la même heure, ôc qu’on ne l’avance pas plus d’un* côté que de l’autre..
- En même-tems on fait porter en diligence les munitions, les’ matériaux ôc outils nécelfaires au petit parc, accompagnés des* ouvriers qui doivent s’y établir dès l’ouverture de la tranchée ; ôc la Cavalerie va occuper les poftes qui lui ont été affignés. Toute, cette marche fe doit faire le plus fecrettement que l’on peut fans-tambour ni trompette , afin que l’Ennemi ne s’en apperçoive pas.
- Dès que les troupes font arrivées, le Brigadier Ingénieur du: jour y fait avancer les Grenadiers ôc Fufiliers par où l’on doit conduire, la tranchée, Ôc les Bataillons fe rangent à droite ôc à gauche de l’ouverture où ils déchargent leurs fafcines, ôc fe. tiennent fur leurs armes toujours en état d’exécuter ce qu’on leur commandera. Si l’on yeut tracer l’ouvrage au cordeau, le Briga-
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- Ingénieur François. 2i$
- Üïer donne le premier coup, ôc faifant enfuite continuer par le Sous-Brigadier, il range les premiers travailleurs qui pofent leurs fafcines bout à bout le long du cordeau ; après quoi il donne ordre au premier Ingénieur de ranger les autres, ôc va obferver le tracé. On ne fe fert plus gueres aujourd’hui de cette Méthode, mais on trace tout d’un coup à la fafcine que les Ingénieurs arrangent eux-mêmes en fuivant les points qu’ils ont obfervé* De quelque maniéré qu’on le faffe, il faut bien prendre garde, de ne pas s’enfiler, ni de s’écarter trop, de'faire à tous les retours, un petit prolongement de deux ou trois toifes en arriéré, tant pour les mieux couvrir, que pour dégager la tranchée, de fuivre-les capitales prolongées qu’il faut toujours croifer, d’en renou-veller fouvent les piquets pour ne les point perdre de vue, ÔC-être toujours en état de fçavoir à quelle diftance on eft de la Place ; enfin de faire en forte que l’on foit parvenu à la première, paralelle avant la fin de la nuit, quand même il faudroit augmente* le nombre des travailleurs.
- Chaque travailleur arrête fa fafcine avec deux piquets dès que l’Ingenieur l’a pofé, ôc fe couche auprès ventre à terre, attendant en. filence le fignal qu’on leur donne, après qu’on a marqué fout l’Ouvrage qu’on s’efl propofé pour cette nuit. Alors ils fe relevent à genoux, ôc commencent à piocher-, jettant toujours les terres' du côté de la Place-, Ôc faifant le plus de diligence qu’ils peuvent jufqu’au grand jour. Les Officiers ôc Ingénieurs obfervent pendant ce tems-là que perfonne ne s’écarte, que chacun faffe éxa&ement ce qui lui eft marqué, que le travail fe faffe également-partout, ôc que les travailleurs ne s’entaffent point les uns fur les: autres.-
- Quand le jour eft venu, on fait entrer les détachemens dans-ce qu’il y a de fait de la première Place d’Armes, ôc dans le premier retour, de la tête de la tranchée , leur ordonnant de fe coucher ventre à terre, parce que le travail n’eft pas encoreen état de les couvrir entièrement. Enfuite on fait défiler les travailleurs de nuit par la queue, tandis que les travailleurs de jour entrant aufïi par la queue viennent fe rendre à la tête par où on. commence à les ranger, à la différence de ceux de la nuit. On-continue pendant le jour l’ouvrage commencé, jufqu’à ce qu’il ait la profondeur ôc la largeur telle que les profils le marquent,, ôc dont nous parlerons dans la fuite 5 après quoi on donne la-dernier e main aux alignements de la tranchée ; ôc on la pare de.
- DdiijL
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- 2ï4 Le Parfait.
- tous côtés C’eft aux travailleurs à tenir la tranchée nette pendant
- tout le Siège, ôc à couvrir de tems en tems les latrines pour éviter
- l’infettion.
- Si les Ennemis pendant les ouvrages de la nuit jettent des baies d’artifices qui éclairent, ôc par le moyen defquelles ils découvrent les travailleurs Ôc ceux qui les foutiennent, il faudra remedier à cela, comme dit M. Goulon dans fes JVÏ emoires, foit en couvrant ces baies avec des fceaux, foit en apoftant des gens qui les éteignent à force d’y jettér de la terre.
- A l’entrée de la nuit fuivante, on fait avancer la fécondé garde tambour battant, ce qu’on continue tout le refte du Siège, parce qu’il n’eft plus poflible de cacher fon deffein à l’Ennemi. Cette nuit ôc le jour fuivant font employés à perfectionner la première paralelle, ôc à s’avancer jufques à une certaine diftance de la fécondé, traçant toujours à la fafeine; mais dès qu’on eft venu à cette diftance, c’eft-à-dire la troifiéme nuit, le feu de la Place commence à être plus dangereux, ôc l’on n’avance plus que par la fappe dont nous parlerons, après avoir expliqué les profils de la tranchée, ceux de la Place d’Armes, leur grandeur ôc leur éloignement les uns des autres.
- Du profil de la Tranchée, des grandes & petites Places , de leur profil & de leur diflance entre elles.
- La tranchée doit avoir douze pieds de largeur fur trois de profondeur, les terres qu’on en tire forment un parapet de trois pieds de hauteur, ôc fon épaifleur doit être à l’épreuve du canon, PL 3 f. & 37. Mais fes parties qui font face à la Place, & qu’on appelle paralelles ou Places d’Armes, doivent être plus larges pour donner plus d’aifance aux Bataillons qu’elles doivent contenir. La première eft éloignée des angles faillans du glacis d’environ 300 toifes ; elle embraffe par Ion circuit le front des attaques , ôc s’étend au-delà de. côté ôc d’autre plus ou moins, félon les circonftances. La fécondé eft plus avancée vers la Place de 120, 140 ou 14) toifes, Ôc fon étendue eft un peu moins grande. La troifiéme eft éloignée de celle-ci de 140 ou 14^ toifes, de forte quelle n’eft qu'à 1 y ou 20 toifes des angles faillans du chemin couvert. Elle eft moins étendue ôc moins circulaire que les autres pour éviter l’enfilade , mais elle doit toujours embraffer le front pattaque. Si la Garnifon étoit forte ôc entreprenante, ôc qu’on
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- Ingénieur François. 21? ne pût pas fe fervir de Batteries à ricochets pour nettoyer le chemin couvert, ou fi le glacis étoit fi roide, qu’on n’y pût plonger par le moyen des Cavaliers dont nous parlerons dans la fuite, il faudroit alors approcher la derniere paralelle à la portée de la grenade , c’eft-à-dire à 13 ou 14 toifes, ou en faire une quatrième, afin de n’avoir pas un fi long trajet à parcourir pour joindre l’Ennemi.
- Les deux premières doivent avoir quinze pieds de largeur fur trois de profondeur, mais la troifiéme doit être large de dix-huit pieds pour contenir tout le monde dont on a befoin pour l’attaque au Chemin couvert ; on fait des banquettes à toutes les trois,, afin que les détachemens 6c les bataillons puiflent fortir en boa ordre.
- Quand la Garnifon eft nombreufe 6c forte, on fait entre les* paralelles des demi-Places d’Armes de quarante ou cinquante toifes de long, où l’on met des détachemens pour foutenir le travail, leur largeur 6c profondeur eft la même que celle des deux; premières paralelles.1'
- Si l’humidité ou la dureté du terrein ne permettent pas de' s’enfoncer de trois pieds, on fait la tranchée Ôc les Places d’Armel plus larges pour avoir les terres néceflaires aux parapets.
- Les deux premières lignes fervent à défendre la tranchée qui doit toujours avancer, à la dégager des gardes, à contenir les Bataillons, à garder les premières batteries, à communiquer les attaques, à relferrer l’Ennemi, ôc à oppofer un grand front de' troupes aux forties qu’il peut faire ; ôc la troifiéme fert outre cela à contenir fur fon revers tous les matériaux néceflfaires pour les loge mens du glacis ôc du chemin couvert,: comme nous dirons dans la fuite, 6c à couvrir ceux qui doivent attaquer..
- On ne fait entrer les Bataillons dans les lignes que lorfqu’elles font dans leur perfe&ion, ôc alors les détachemens s’avancent dans les demi - Places d’Armes, ou dans ce qu’il y a de fait des lignes plus proches de la Place, ou dans les premiers retours de; la tête de la tranchée..
- Quand les Bataillons paflent de là première à la fécondé ligne,, le corps de réferve qui eft environ le tiers de la garde, fe place dans la première, 6c quand ils paflent de la fécondé à la troifiéme, le corps de réferve s’avance dans la fécondé , ôc la première fert alors de couvert au petit parc 6c au petit Hôpital. C’eft-là aufli où. la Cavalerie va décharger les falcines, ôc où l’on fait tenir les renforts extraordinaires de la garde ôc des travailleurs dont on prévoie
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- Vitf Le P AU F AIT
- .qu’on aura befoin pour l’attaque du chemin couvert ou des dehors
- Pendant le travail de la tranchée ôc des lignes, l’Ennemi- fait Couvent des forties , foit du côté du Camp, foit du côté des attaques pour les détruire ou en retarder le progrès, & pour attirer les affiégeans fous le feu de la Place qui eft alors préparé de tous côtés. Ces forties font quelquefois petites & quelquefois grandes, & ne vont gueres au-delà de 3 00 toifes loin de la Place du côté des attaques > de peur d’être enveloppées par les gardes ôc par la Cavalerie ; c’eft pourquoi M. deVauban a fixé la première paralelle à cette diftance.
- Les précautions que l’on doit prendre du côté de la tranchée , fl on craint quelque grande fortie, font de mettre des Bataillons dans les lignes, quoiqu’elles ne foient pas achevées, d’en garnir les ailes par des Grenadiers, d’en mettre aufli à la queue des tra» ^ailleurs les plus avancés , avec quelques détachemens pour les foiitenir, ôc des fentinelles à la tête, du travail ; de faire retirer les travailleurs dans les Places d’Armes dès que la fortie paroît, d’ordonner aux gens armés de ne pas tenir ferme dans les ouvrages imparfaits , mais de fe retirer dans les paralelles, de faire tout le feu pofïible des Places d’Armes tant que l’Ennemi avam ,cera ; de ne pas fe prefTer d’aller à lui, quoiqu’il gâte quelque chofe des ouvrages ; de le laiffer bien approcher, ôc de faire en-fuite lignai à la Cavalerie qui tâchera de le couper, tandis que les Grenadiers fortans des Places d’Armes, l’attaqueront par la •tête. Si la fortie eft foutenue parla Cavalerie delà Place, il faudra en même-temsla faire charger par quelques efcadrons, ôc dès qu’on aura rompu Ôc repouffé l’Ennemi jufqu’au Chemin couvert, il faudra faire retirer au - plutôt l’Infanterie dans la tranchée, ôc la Cavalerie dans fes poftes pour ne pas effuyer long-tems le feu de la Place, qui eft alors très r vigoureux.
- Quand aux petites forties que l’AfTiégé employé pendant la nuit pour intimider les travailleurs, qui de leur côté 11e cherchent quà quitter le travail à la moindre alarme, ôc à ne point revenir, elles fe font par huit ou dix hommes, gens choifis, qui fe coulant for le ventre, font grand bruit, en criant : Tuë, tuë, ôc fe retirent enfuite après avoir jetté quelques grenades. Le meilleur moyen pour prévenir l’interruption des ouvrages qu’elles caufent ordinairement, ôc pour ôter aux travailleurs le prétexte qu’ils en •prennent pour fe retirer au plutôt, c’eft de faire avancer quelques Soldats quife couchent ventre à terre, éloignés les uns des autres
- d’enviroi?L
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- INGENIEUR F RÀN Ç O I S2 21J
- d’environ quarante pas, avec ordre de tirer dès quils s’apper-cevront de ces forties ; ce qui les obligera de fe retirer, ou donnera le teras aux détachemens Ôc aux bataillons de les bien recevoir fi la fortie étoit grande comme l’Afliegé fait quelquefois, quand il s’apperçoit qu’on eft raffûté contre les petites.
- Enfin on arrête les forties du côté du Camp par les redoutes, les gardes avancées, ôc les lignes de contrevallation.
- Le General, fans l’ordre duquel on ne doit rien faire, vifite de tems en tems les travaux fuivi de peu de perfonnes, ôc après s’être fait rendre compte de tout, Ôc avoir pris l’avis du Diredeur General, il ordonne ce qu’il juge à propos. Quand ils’eft retiré, le Lieutenant-General de jour ale commandement de la tranchée; fi les attaques font féparées, il choifit celle qu’il lui plaît, ôc fi elles font liées, il commande à toutes les deux, occupant le milieu un peu éloigné de la tète des attaques pour n’être pas trop éloigné du gros des troupes ; mais en même-tems il vifite quelquefois la tête des ouvrages ; s’il y a quelque entreprife à faire, c’eft lui qui en ordonne l’exécution par l’avis du Dire&eur General, à qui il doit aufli faire fournir les Direêleurs extraordinaires quand H lui en demande, fubordonnant toujours ce qu’il enrreprend aux ordres du General.
- Le plus ancien Maréchal de Camp fe met à la droite, & l’autre à la gauche, où ils reçoivent les ordres du Lieutenant-General qu’ils rendent aux Brigadiers , & ceux - ci aux Colonels , qui les font exécuter à leurs Régimens s les Brigadiers fe tiennent à la queue des Détachemens les plus avancés.
- Avancement de la Tranchée par Sappe,
- La principale attention d’un General doit être d’épargner le fang de fes Soldats. Il y auroit de la cruauté d’expofer leur vie fans néceflité ; d’ailleurs c’eft un fi grand avantage d’avoir des vieilles troupes bien aguerries, qu’il ne faut rien négliger pour fe le procurer. C’eft pourquoi quand la tranchée eft parvenue à une certaine diftance où le feu de la Place commence à devenir dangereux, il ne faut plus permettre qu’on continue le travail à découvert, comme on faifoit autrefois au grand préjudice de troupes , ôc l’on ne doit plus avancer que par lafappe qui va tout auffi vite , fans expofer cependant le Soldat.
- On diftingue cinq fortes de fappes. La fappe entière, la demh
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- fappe, la fappe volante, la double fappe, & la fappe couk
- verte.
- La fappe entière fe faifoit anciennement par un feul homme; qui après avoir fait un trou de trois pieds de profondeur fur trois de largeur où il fe trouvoit à couvert, continuoit enfuite fur l’alignement qu’on lui preferivoit en jettant toujours les terres du côté de la Place : ce travail étoit extrêmement long , ôc je ne ferois point furpris qu’on employât des années entières pour un Siège fi l’on vouloir s’en fervir. Aujourd’hui la fappe entière fe fait par des fappeurs qui pofent à couvert des gabions dont ils ferment les entre-deux avec des facs à terre ou des fagots de fappe, ôc qu’ils remplirent de terre à mefure qu’ils les ont pofésr faifant une tranchée de trois pieds de profondeur fur autant de largeur que les travailleurs viennent enfuite aggrandir,
- La demi-fappe eft lorfqu’on pofe à découvert une certaine quantité de gabions fur un alignement donné, ôc qu’après en avoir fermé les entre-deux avec des facs à terre ou des fagots de fappe „ on travaille à les remplir»
- Ces deux fortes de fappe font à préfent les plus ufitées, La première, lorfque le feu ae la Place eft violent; la fécondé, lorfqu’on peut éreindre ce feu par le moyen des batteries qui ruinent les défenfes de l’Ennemi, ôc l’empêchent d’incommoder les travailleurs. Lorfqu’on eft près de la Place, on fait remplir les gabions de bois ôc de branchages avant de les pofer, pour mettre le» fappeurs plus à l’abri*
- La fappe volante eft lorfqu’on trace tout l’ouvrage qu’on veut faire avec des gabions, ôc que fans y avoir mis auparavant les fappeurs pour les remplir ; on y fait aller les travailleurs qui ap~ profondiffent ôc forment la tranchée de la grandeur dont elle doit être.. Cette maniéré ne peut gueres fe pratiquer que la nuit,, ôc lorfqu’on eft encore loin de la Place.
- La double fappe eft lorfqu’on eft obligé de fe couvrir des deux côtés pour éviter d’être vu de l’Ennemi,
- La fappe couverte eft ùn chemin qu’on fait fous terre pour mettre les fappeurs à couvert des grenades à l’approche des ouvrages qu’on veut attaquer. On ne ]aiffe par - defîus que deux pied» de terre, qu’on foutient, s’il en eft befoin , ôc qu’on fait tomber quand on veut. Cette fappe qu’on ne met gueres en pratique, peut être très-utile dans certaines oçcafîons, pour cacher fom deflein à l’Ennemi,
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- Ingénieur François; a. i $
- Les Sappeurs font ordinairement divifés en Brigades de fîx bu huit perfonnes. Le premier qu’on appelle Chef-de-fappe, fait rouler devant fo| un mantelet dont il fe couvre, ôc pofe à fon côté un gabion qu’il remplit en même-tems de terre en creufant un pied ôc demi de profondeur fur autant de largeur, Flanche 33. Ce gabion rempli, il en avance un autre fur l’aligne-ment marqué, Ôc le remplit en continuant toujours de la même maniéré. Au lieu du mantelet on fe fert aujourd’hui d’un gros gabion farci, que le premier fappeur pouffe devant lui avec fa fourche, ce qui vaut beaucoup mieux, à caufe que le mantelet iétoit plus embarraffant, ôc mettoit le fappeur moins à couvert.
- Le fécond fappeur pofe trois fafcines fur les gabions, remplit Ôc approfondit l’ouvrage du premier d’un demi - pied, l’élar-gifTant de même. Les entre-deux des gabions , comme nous avons dit, doivent être fermés par des fagots de fappe, ou pat des facs à terre.
- Le troifiéme aggrandit l’ouvrage du fécond d’un demi-pied de largeur ôc d’autant de profondeur, ôc le quatrième fait la même chofe par rapport à l’ouvrage du troifiéme, ce qui met le travail à trois pieds de profondeur Ôc trois de largeur.
- Les deux ou quatre fappeurs reftans portent pendant ce tems-là les gabions, les fafcines, les facs à terre ouïes fagots de fappe à ceux qui travaillent, ôc fe tiennent toujours en état de prendre la Place de ceux qui peuvent être tués ou bielles.
- Lorfque les Brigades ne, font que de fix fappeurs, il faut en mettre deux à chaque fappe pour fe relever alternativement ; mais lorfqu’elles font de huit, une feule fuffit, parce que les quatre derniers qui ne travailent point, peuvent prendre la place des premiers, lorfqu’ils fe trouvent fatigués.
- Chaque fappeur doit devenir à fon tour Chef- de-fappe, pour partager également le danger, PL 3 Les outils de fappe que chacun doit avoir, font une fourche de fappe pour placer le gabion fans fe trop découvrir, un crochet pour l’arranger, une maffe pour battre les piquets du gabion, ôc les mieux faire tenir, une pioche pour creufer la terre, une pele pour la jetrer, ôc une jauge de fappe pour mefurer l’excavation qu’il fait. On fe fert maintenant d’un crochet différent de celui dont on voit là figure dans là Planche 35:. Ce nouveau crochet eft un grand cercle de fer avec un long manche par le moyen duquel le fap* peur accroche aifément le gabion, Ôc l’arrange à fon gré.
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- On donne aux fappeurs quarante fols par toife depuis la fécondé paralelle où la fappe commence ordinairement jufqu’à la troi-fiérne ; cinquante fols depuis la troifiéme jufqu au glacis ; trois livres pour les ouvrages faits fur le glacis ; trois livres dix fols furie chemin couvert; cinq livres pour les paffages des foffés fecs, & dix livres pour ceux, qui font pleins d’eau. On paye double fi la fappe eft double. Celle, qu'on fait aux brèches s’eflime félon le plus ou moins de danger qu’il y a.
- La fappe va nuit & jour & ne difcontinue jamais $ on peut même en faire plufieurs à la fois pour avancer l’ouvrage. Ainfi fuppofé qu’on veuille preffer la derniere paralelle ce qu’il efl: important de faire, on marque l’alignement qu’on veut lui donner,. & l’on met enfuite fur cet alignement trois ou quatre fappes détachées , qui pouffant leurs travaux viennent à fe rejoindre. On fait la même chofe pour chaque retour de la tranchée.
- A mefure que les fappeurs ont fini quelque partie de leurs ouvrages on y envoyé les travailleurs qui lui donnent douze toifes de largeur fi c’eft la tranchée , quinze fi c’efl: la fécondé paralelle , & 18 fic’eft la troifiéme. On met fur le parapet de celle-ci, & de tous les ouvrages qui font près de la Place, des facs à terre qui laiffent entr’eux une petite ouverture à pouvoir faire paffer le fufil, & on les couvre par-deffus d’autres facs,.afin de tiret fur l’Ennemi fans être vu, Flanche 35;..
- Des Batteries de Canon*.
- On employé les Batteries de canon dans un Siège à deux ufages« Les unes font deftinées à rompre les défenfes de. l’Ennemi, à! abatre les parapets dont il fe couvre, à démonter fon canon, ôc à éteindre le feu de la Place pour avancer plus facilement les travaux. Les autres fervent à ruiner les flancs que l’on ne fçauroir découvrir de loin, à battre une brèche,, ou à faire un trou pour le Mineur qui fait enfuite lui - même la breehe par le moyen de la mine.. Gelles-ci ne peuvent être placées que. fur le chemin couvert, parce que ce n’eft ordinairement que delà qu’on découvre le pied de la muraille ou du Rempart ; mais il faut fe fervir des premières,. dès qu’on efl: arrivé à une certaine diftance; où elles peuvent faire leur effet..
- Il y a des perfonnes qui voudraient qu’on tirât le canon dès; l’ouverture de la tranchée y mais elles ne prennent pas garde qu%
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- cet éloignement les coups ne portent que par hazard, à caufe de la difficulté de pointer le canon; que ceux qui portent n’endommagent les parapets que très - foiblement, ôc que les Batteries ne fervent prelque alors qu’à faire du bruit, ôc à confumer inutilement des munitions.
- La véritable diftance qu’elles doivent avoir pour faire l’effeï quon en attend, eft d’environ 150 ou 16o toifes loin du glacis , ôc c’eft là où fe trouve ordinairement la fécondé paralelle, à moins que quelque rideau ou quelque chemin creux n’ait permis d’ouvrir la tranchée plus près ôc d’avancer la première Place d’Armes, PL 3 7. On doit les pofer hors de la paralelle du côté de la Place, ôc pour leur donner une fituation convenable, ôc qui n’oblige pas à les changer, il faut auparavant prolonger les faces des ouvrages qu’on attaque jufqu’à ce quelles coupent la paralelle ; ôc les endroits où elles la couperont,. feront ceux où il faudra, pofer les Batteries. Ainfi fuppofé qu’on veuille battre la face droite d’un Baflion, on prolongera la face gauche de ce même Baftion jufqu’à ce qu’elle rencontre la Place d’Armes, ôc après avoir marqué ce point de rencontre, on difpofera à côté le terrein de la Batterie, en forte qu’elle voye dire&ement la face dont on veut: ruiner les défenfes.
- Quand on a déterminé la fituation des Batteries, on fait avancer des bouts de tranchée pour leur communication, ôc l’on partage enfuiteles travailleurs moitié fur le devant, moitié fur le derrière,, pour commencer le parapet, qu’on appelle épaulement PL 36». Ceux qui font fur le derrière, c’eft-à-dire en-dedans, vont chercher la terre de loin pour ne pas s’enfoncer, ôc ceux qui font fur le devant, c’eft-à-dire en-dehors, font un folle dont ils fe couvrent,, jettant en même-tems la terre en-dedans. Cet ouvrage fe fait pendant la nuit; mais quand le jour vient, on fait retirer ceux du derrière , qui feroient trop expofés au feu de la Place, ôc on les fait' palier dans le folle pour continuer avec les autres à jetter de la terre, ôc à falciner le devant ôc les côtés jufqu’à ce que l’ouvrage; foit entièrement fini.
- Le parapet doit avoir dix-huit pieds d’épâifleur fur y~ de-hauteur. L’ouverture des embrazures commence à trois pieds au-delfus du niveau ; leur largeur en-dedans eft de deux pieds, ôc de neuf en - dehors ; la diftance du milieu de l’une au milieu de l’autre eft de 18 pieds.
- On travaille en même^tems à faire un grand magafin à poudre
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- éloigné du parapet d’environ 100 pas, & deux autres petits beaucoup plus proches, qui communiquent avec le grand par des boyaux. On met aulfi au pied des embrazures des plates-formes de dix-huit pieds de long fur dix'huit de large par derrière, ôc neuf fur le devant ; elles font compofées chacune de cinq à fix gites de bois quarré de cinq à fix pouces fur dix-huit à vingt pieds de longueur ; on affemble ces gites à égale diftance avec une piece de bois de fix à fept pouces quarrés, 6c de neuf pieds de longueur nommée Heurtoir, parce qu elle empêche que les roues de l’affût ne heurtent contre lepaulement : on bat §c on applanit la terre fur laquelle on met les gites qu’on arrête par des piquets ; enfuite on remplit les entre-deux avec la même terre bien battue, ôc l’on Couvre le tout avec des madriers ou pièces de bois d’un pied de largeur ôc de deux ou trois pouces d’épaif-feur. Les plates-formes doivent avoir un peu de pente du côté de l’embrazure , afin que le recul dp canon ne foit pas fi grand. Le parapet ou épaulement fe fait avec la terre prife fur le devant de la Baterie, foulée de lit en lit de fafcines en boutiffe ôc parement bien reliées ôc piquetées, le tout doit faire liaifon avec les lits pofés en boutiffe, afin que le parement f? foutiepne Ôc ne furplombe pas.
- Quand le terrein eft ou trop dur ou marécageux, on fait le parapet avec des gabions farcis de terre ôc de fafcines, ou avec des facs à laine de dix-fept pieds de longueur fur fept d’épaiffeur; on en met trois l’un devant l’autre, ce qui forme un épaulement de vingt-un pieds d’épaiffeur; on laiffe une ouverture d’environ trois pieds en - dedans, Ôc neuf en - dehors pour l’embrazure ; ce qui fè fait en racourciffant les facs qui font fur le devant, ôç l’on couvre le deffus avec d’autres facs, dont l’épaiffeur jointe à celle des premiers, donne quatorze pieds de hauteur au parapet, On lie çes facs avec des cordages , les arrêtant en même-tems avec des piquets, afin que le canon de la Place ne puiffe pas les déranger ; Ôc comme le feu peut y prendre facilement, on a foin d’avoir des tonneaux pleins d’eau pour l’éteindre.
- Quand le terrein eft trop humide, on met au pied des embrazures un lit de fafcines avec des clayes par - deffus, fur lefquelles on jette de la terre, ôc l’on met enfuite les madriers, afin que le canon puiffe tirer plus folidement.
- L’ouvrage érant achevé, ce qui n’arrive ordinairement qu’après deux nuits ôc un jour de travail pour les grandes Batteries qu’on
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- appelle Royales ; on fait venir le canon qu’on appointe contre les parapets, jufqu’à ce qu’on ait démonté les Batteries à barbette ôc les canons des embrazures, après quoi l’on tire à ricochets pour inquiéter la moufqueterie de l’Ennemi, qui tire à la faveur de fes défenfes à demi ruinées.
- L’invention du ricochet eft due à M. de Vauban, qui s’en eft fervi très-avantageufement dans plufieurs Sieges, ôc furtout à celui d’Ath, où les Affiegés s’en trouvèrent fi mal, qu’ils n’ofoient prefque plus approcher de leurs défenfes. On met le Canon fur la femele , c’eft - à - dire à toute volée, ôc après Pavoir chargé moins qu’à l’ordinaire, on tire de maniéré que le boulet paffantr par-deffus le fommet du parapet , enfile le terre - plein fur lequel il fait plufieurs bonds, renverfant tout ce qui fe trouve fur for* paflage. On s’en fert auffi pour nettoyer le chemin couvert. Pendant qu’on tire, le Commandant, ou quelque autre Officier d’Artillerie, examine la portée du boulet pour remedier au défaut qu’il peut y reconnoître, ce qu’on pratique de même par rapport aux autres Batteries.
- Les avantages du ricochet font d’épargner confidérablement les munitions à caufe qu’on charge très-peu, de ne point incommoder les ouvrages de la tranchée, qui font plus avancés , parce que fes coups s’élèvent; d’éloigner l’Ennemi de fes défenfes où il ne fçauroit tenir fans en être extrêmement inquiété, ôc de favorifer par - là les aflauts en tirant pendant une heure ou deux ava,nt l’aêlion ; ce que les autres Batteries ne font pas : car quoiqu’elles renverfent les parapets, ôc quelles ruinent tout ce qui leur eft oppofé ; en quoi elles paroiffent avoir un grand avantage fur le ricochet : il eft cependant bien difficile de rafer fi parfaitement les défenfes que la moufqueterie de l’Affiegé ne puifîe plus s’en fervir.
- Les Batteries doivent être fournies de canon le plus qu’on peut* pour êtrefupérieures au feu de l’Affiegé, ôc l’éteindre plus promptement ; car c’eft l’unique moyen d’avancer les travaux, ôc d’a-breger de beaucoup la durée d’un Siégé. Il faut quelles tirent nuit ôc jour, en fe fervant pendant la nuit des balles d’artifices,, qui éclairent à une grande diftance, ôc par le moyen defquelles> ©n peut pointer le canon de même qu’en plein jour.
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- Des Batteries à Bombes, & des Pierriers*
- Les Bombes fervent aufli beaucoup à ruiner les défenfes Ôc à chaffer l’Ennemi de fes ouvrages, pourvu qu’on s’accoutume à y tirer toujours, fans s’amufer, comme on faifoit autrefois, à abattre les clochers ôc les maifons, ce qui n’avance pas la prife de la Ville, ôc tourne toujours au dommage de celui qui la prend par les libéralités qu’il eft obligé de faire aux Habitans qui en ont fbuffert. PL 36.
- On place les Batteries à bombes auprès des Batteries à ricochets; leur épaulement a les mêmes dimenfions que celui des canons, excepté qu’on n’y fait point d’embrazure ; ce qui fait qu’on peut enfoncer leurs plattes-formes de deux ou trois pieds, au lieu que celles du canon doivent être tout au moins au niveau , ôc fèroient encore meilleures fi on les élevoit de quelques pieds , parce que les pièces découvriroient mieux ce quelles doivent battre, ôc incommoderoient moins les travaux de la tranchée qui font plus avancés,
- Les plattes - formes des Mortiers fe mettent à cinq ou fix pieds de diftance de l’épaulement. Elles ont neuf pieds de long fur fix de large, ôc font éloignées les unes des autres de huit ou neuf pieds. Il faut auparavant bien battre ôc applanir la terre fur laquelle on met enfuite des poutrelles de neuf pieds de longueur, rèm-pliffantles entre-deux de terre bien battue, ôc mettant par-deffus des madriers de trois ou quatre pouces d’épaiffeur qu’on arrête tout-au- tour avec des piquets de même que les poutrelles. On a foin aufli de faire un grand magafin à poudre un peu éloigné, ôc deux autres petits plus près avec une grande place où l’on tient la provifion des bombes.
- Les Pierriers font de gros Mortiers qu’on charge d’une grande quantité de pierres au lieu de bombes ; ils font d’une grande utilité pour inquiéter l’Ennemi dans fes ouvrages, ôc l’en chaffer entièrement, parce qu’il ne fçauroit fe mettre à couvert de leur effet ; mais il faut obferver de les mettre beaucoup plus près de la Place que les Mortiers à bombe, à caufe que les pierres ne portent pas fi loin.
- De
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- „/ 7 ~ ! ~ ‘ Flanche. 36.
- / £7/2 ^ batterie de bombe/, Page 2 24
- Plan d'une batterie de canon,
- RENKOY
- de ta batterie a canoi'L ,
- K.fosse dou ton tire La terre pour l'Ep utilement,
- B. epaùlemetit.
- H. embrasure.
- C .plateformespourp lacer le If» canon.
- D .petit mcupcezln apoudre . YLpprand mcupaeUn .
- N. jS cryauccpour aller auec tncupa/cin.
- O. terme pu'on laisse aupie, de l'Epcudement,
- RE N KO Y
- de la batterie a bombe . hjvsse dont la terre sert a l'Epaidenient.
- B. efalitement,
- O. berme de l’Epai dément ^ C.p/attefonnes on l’on met \ le mortier.
- Y), petit mapaeUn a pondre F.jprandmapaecin.
- E .place ou l'on mettes bombes acou/verb.
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- Ingénieur François: 22^
- De laprije du Chemin couvert, & des LogemensJùr le glacis & la comre-EJcarpe.
- Tandis que les travailleurs achèvent la derniere paralelle, on met fur fon revers de grands amas de matériaux ôc d’outils vis-à-vis les endroits où l’on a projetté de faire les logemens, Ôc l’on commande en même - tems le nombre des travailleurs qu’on juge néceffaire , ôc les troupes qui doivent s’emparer du chemin couvert.
- Les logemens font des retranchemens que l’on fait pour fe placer dans les poftes que l’Ennemi a été contraint d’abandonner, ôc l’empêcher d’y revenir. On les commence fur les angles faillans du Chemin couvert, obfervant de les faire tous à la fois, afin de partager davantage le feu de l’Affiegé, ôc de lui rendre plus difficile le retour fur la Contrefcarpe s’il vouloit le tenter.
- Quand il y aune demi-Lune devant la Courtine, on doit avoir ouvert ôc pouffé une tranchée fur fa capitale dès la fécondé paralelle, ôc même dès la première, ce qui vaudroit beaucoup mieux non - feulement pour faire venir plutôt du fecours dans le befoin du Corps de réferve, qui fe tient dans la fécondé paralelle , lorfqu’on attaque le chemin couvert, mais encore pour être plus à portée du petit parc qui eft alors dans la première Place d’Armes, ôc en tirer plus vite les matériaux dont on pourroit manquer. Ajoutez à cela que ceux qui feront bleffés à l’attaque de la demi-Lune, n’auront pas un fi long trajet à faire pour fe rendre au petit Hôpital qui fe place auffi dans la première paralelle.
- Si la contre-Efcarpe Ôc le glacis font contreminés, ce qu’on doit tâcher de fçavoir dès le commencement du Siège par quelque efpion, prifonnier, ou déferteur, il ne faut rien entreprendre qu’on ne fe foit auparavant rendu maître du deffous, en faifant des puits de 20 pieds de profondeur, s’il fe peut, fans rencontrer l’eau ; ôc pouffant enfuite vers les paliffades des galleries pour rencontrer celles des Ennemis, fi on fe trouve deffous, il faut les faire fauter ; ôc fi on eft au-deffusi, ce qu’on peut connoître par le moyen d’une aiguille de fer qu’on enfonce en terre jufqu’à ce qu’on ne trouve plus de réfiftance, on les enfoncera ôc l’on y jettera des bombes, mais fi on ne rencontre point les galleries, on pouffera de côté ôc d’autre des rameaux, au bout defquels on fera jouer des fourneaux
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- qui , à force d’être multipliés, ruineront enfin lescontremines des; Aliiégés. Il faut prendre ces précautions avant même de commencer la dernière Place d’Armes, fi elle doit être fur le glacis ; ce qui arrive, comme nous avons déjà dit, lorfqu’on doit emporter le chemin couvert de vive-force. Nous parlerons ailleurs plus amplement des mines & des contremines.
- Lors donc qu’il n’y a plus rien à craindre de ce côté, on fe dilpofe à attaquer la contre -Efcarpe de vive - force, ou en prenant peu à peu la fuperiorité félon que la fituation le permet. C’eft à l’Ingenieur General à juger de ce qu’il faut faire, & à xegler le détail des attaques, parce qu’ayant lui-même projette Ôt conduit les travaux, il doit aufli en connoître les fuites mieux que qui ce foit, ôc c’eft au Lieutenant - General à en conduire l’exécution, fuppofé cependant toujours que le General l’aprouve;.’. On attaque le. chemin, couvert de vive - force lorfque les Batteries à ricochet ne fçauroient l’enfiler, foit à caufe de fa hauteur, foit à caufe. des environs qui étant ou marécageux, ou coupés de rivières, ne permettent point de donner à ces Batteries la fituation qui leur conviendroit, & lorfqu’en même-tems les glacis font fi roides qu’on ne peut plonger dans le chemin couvert par le moyen des cavaliers élevés à mi-glacis. On l’attaque en prenant peu à peu la fupériorité, lorfqu’on peut l’enfiler par les ricochets & par les cavaliers. Détaillons ici ces deux maniérés..
- Le jour marque pour l’attaque de vive-force étant venu , on fait avancer les travailleurs dans la derniere paralelle , partagés en autant de corps qu’il y a d’angles faillans fur lefquels on veut fe loger ; chacun de ces corps eft divifé en trois partiesdont l’une eft pour le logement, l’autre pour les épaulemens , Ôcla derniere pour les communications ; & dans chaque partie les uns font deftinés à remplir les gabions ; les. autres à tranfporter & fournir les matériaux. Il faut à chaque logement deux Ingénieurs pour en diriger le travail, avec deux Officiers & deux Sergens qui fe tiennent les uns à la tête & les autres à la queue pour prendre garde que chacun fafle fon devoir. On fait marcher en même - tems les Grenadiers & Fufiliers deftinés pour l’attaque, que l’on divife en deux ou trois détachemens, & un corps de réferve pour chaque angle faillant ; ceux des premiers déta-€?ievme.ns rangent fur la plus haute banquette de la paralelle , ids-à-vis des endroits qu’ils doivent attaquer ; ceux des féconds
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- fe placent après eux, & ainft de fuite, tenant tous leurs armes prêtes pour partir dès qu’on aura donné le lignai, qui cunfifte en quelque coups de canon tirés par intervalle. Les travailleurs fe mettent derrière les détachemens chargés de matériaux ôc outils dont ils doivent fe fervir. On range auili vis-à-vis les angles rentrans des petites troupes qui doivent donner de ce côté dans le même - tems qu’on attaque les autres pour tâcher de couper l'Ennemi, ôc empêcher fa retraite dans la demi-Lune; mais comme pendant cette attaque l’Afliegé pourroit faire des forties fur la droite ôc fur la gauche pour prendre les détachemens en flanc ; on a foin de prévenir le défordre que feroient ces forties , en faifant avancer fur les ailes des attaques, la garde de Cavalerie ôc quelques troupes d’infanterie.
- Pendant qu’on fait cette difpofition, toutes les Batteries tirent; les unes fur le glacis pour en labourer la terre, ôc les autres fur toutes les défenfes, pour tâcher d’en éloigner l’Ennemi. Il eft bon aufli d’avoir pofé des Batteries à ricochet contre les faces des demi-Lunes collaterales qui ont vue fur la droite & fur la gauche., parce qu’elles incommodent beaucoup par leur moufi queterie ôc leur canon.
- Demi - heure avant l’attaque, qui fe fait ordinairement à l’entrée de la nuit, afin de n’être pas fi expofé au feu de la Place que l’obfcurité rend moins fur. On celfe de tirer pour laiffer repofer les pièces ; mais dès que le lignai eft donné, on recommence le feu des Canons, Mortiers ôc Pierriers, non plus fur le glacis , mais contre toutes les défenfes ; ôc les détachemens fortent en même - tems de la paralelle, franchilfant au plus vite l’efpace qui fe trouve entre elles Ôc les palilfades ; car c’eft le moment le plus dangereux de l’aêtion, à caufe du feu auquel on eft en butte, ôc fe jettant brufquement fur le chemin couvert où ils fe mêlent avec l’Ennemi le plutôt qu’ils peuvent, ôc tâchent de le repoulfer jufques dans fa derniere retraite. Si les premier, fécond, ou troi-fiéme détachemens trouvent trop de réfiftance, le corps de ré-ferve s’avance pour les foûtenir; mais fi les détachemens fuffifent, il fe tient dans la derniere paralelle , d’où il tire continuellement contre les parapets de la Place.
- Tandis qu’on chaffe l’Ennemi du chemin couvert, il faut envoyer des gens adroits qui cherchent les fougafles, ôc en coupent les fauciflons avant que l’Ennemi ait le tems d’y mettre le feu ; ôc s’il en fait fauter quelqu’une, on doit fe loger auflitôt fur fon
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- effet, afin de prévenir la frayeur des troupes qui ont donné ; car
- l’Alfiegé profiteroit de cette occafion pour revenir fur la çôntre-
- Efcarpe.
- Dès qu’on eft maître de la contre - Efcarpe , les troupes fe retirent derrière les traverfes où elles fe tiennent à couvert', ôc s’il n’y en a point, les unes fe couchent ventre à terre fur le bord du foffé où le feu de la Place a moins de prife, & les autres fur le glacis où le corps de réferve a foin de leur envoyer des faf-cines doubles ou des petits gabions dont ils fe couvrent le mieux qu’ils peuvent en attendant nouvel ordre, PL 38.
- Cependant les Ingénieurs, Officiers 6c Sergens ayant faitfortir les travailleurs qu’ils commandent, leur font commencer les lo-gemens qu’ils pouffent à droite ôc à gauche des angles, toujours paralellement au parapet du chemin couvert, Ôc à dix ou quinze pieds de diftance. Ceux qui font chargés des épaulemens pour couvrir les troupes, roulent devant eux de gros gabions remplis de fafcines, ôc les pofent l’un après l’autre fur les lieux qu’on leur a marqués, les rempliffant de terre, ôc les couronnant de fafcines pour les rendre plus hauts. Enfin ceux qui doivent travailler aux communications delà paralelle aux logemens, ouvrent une tranchée qu’ils conduifent fur l’arete du glacis, en jettant les terres de côté Ôc d’autre pour éviter d’être vu de l’Ennemi. Ces travaux doivent être pouffes vivement, Ôc être en état de contenir des troupes avant que la nuit finiffe. Il ne faut point oublier d’y mettre des traverfes diredes, doubles, ou tournantes, félon que la fituation le demande, PL 38.
- Quand le jour approche , on fait retirer les troupes dans la derniere paralelle, laiffant quelques petits détachemens pour fou» tenir les travailleurs ôc fapeurs quiviennent relever ceux de la nuit, ôc qui après avoir perfedionné ce qu’il y a de fait, continuent les ouvrages, en avançant toujours paralellement au parapet. Si l’Ennemi fait pendant ce tems-là quelque fortie, il ne faut ni aller au-devant de lui, ni s’opiniâtrer à garder les logemens; mais fe retirer par les communications, ôc laiffer agir le feu de la Place d’Armes qui le contraindra bientôt de déloger, après quoi quelques Grenadiers achèveront de le mettre en fuite, ôc l’on reprendra le travail. Venons à prefent à la fécondé maniéré de prendre le chemin couvert.
- Suppofé donc que les ricochets puiffent enfiler la contre-Efcarpe, ôc que les cavaliers qu’on élevera à mi-glacis, foient
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- en état d’y plonger, alors laderniere paralelle étant achevée à quinze ou vingt toifes de l’extrémité du glacis, on pouffe la tranchée en y faifant quantité de petits retours pour éviter l’enfilade , jufqu’à ce qu’on foit arrivé fur l’arete de l’angle Caillant du glacis ; on peut même, fans faire tant de retours, embraffer cet angle Caillant par une tranchée qui faffe un arc recourbé, comme on peut voir dans les Planches 37. & 38. Delà on s’enfile le long de l’arete de l’angle par une fappe qui jette la terre des deux côtés , couvrant fa tête avec des mantelets ou des gros gabions pleins de fafcines ôc de facs à terre que le premier fappeur fait rouler devant lui , ôc quand on eft arrivé à treize ou quatorze toifes du chemin couvert, ce qu’on connoît en jettant à la main des grenades qui ne vont pas plus loin ; on s’étend alors à droite ôc à gauche paralellement à la contre - Efcarpe, & à huit ou neuf toifes de chaque côté, fe couvrant contre les enfilades par des groffes traverses.
- Cela fait, on met dans les parties de cette tranchée qui font paralelles à la contre - Efcarpe, un lit de gabions qu’on remplit ôc qu’on couronne de fafcines, fur lefquelles on jette de la terre pour y. affeoir un fécond lit à qui on donne un pied ôc demi de retraite , ôc qu’on remplit de la même maniéré ; fur ce fécond on en met un troifiéme, puis un quatrième, ôc ainfi de fuite en donnant la même retraite à chaque lit, jufqu’à ce qu’on foit affez élevé pour plonger dans le chemin couvert ; alors on couronne ces derniers gabions comme ceux des autres lits, avec des faf* cines ôc de la terre, ôc l’on y fait un parapet avec des facs à terre, par l’entre - deux defquels on peut tirer, ôc mettant d’autres facs par-deffus, comme nous avons dit ailleurs, il faut en même-tems élever les traverfes, ôc leur donner la largeur ôc la hauteur néceffaire pour couvrir entièrement ces cavaliers. Dès que l’ouvrage eft fini, on y fait monter des Grenadiers qui plongent continuellement , ôc qui aidés par les ricochets qui tirent toujours, obligent bientôt l’Ënnemi de fe retirer.
- Cependant on continue la fappe double fur l’arete du glacis, jufqu’à ce qu’étant à dix ou quinze pieds de l’extrémité du parapet, on s’étend à droite ôc à gauche paralellement à la contre-Efcarpe. A mefure que ce logement fe perfectionne, on y envoyé des détachemens pour foutenir les travailleurs qui doivent toujours avancer, avec ordre cependant de ne pas trop s’opiniâtrer en cas de fortie, parce que les ricochets ôc les Cavaliers éloi-
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- gneront l’Ennemi plus facilement & avec moins de perte, PL
- Quand on eft parvenu aux traverfes des angles faillans, on perce le parapet du glacis vis - à - vis le milieu de ces traverfes pour s’en couvrir, ôc Ton fe glifîe tout le long du côté de la Place d’Armes en bordant Parc de cercle que la contre - Efcarpe forme en cet endroit, Ôc laiffant un parapet à l’épreuve du canon. Ces logemens fervent à battre de plus près fur la brèche, ôc l’on y peut mettre des pierriers ; mais il faut les tenir enfoncés, afin qu'lis n’empêchent pas ceux qui doivent être par derrière.
- Tandis qu’on fait & perfectionne ces ouvrages / on continue le logement du glacis paralelle jufqu’aux Places d’Armes des angles rentrans, ou après avoir détaché des Grenadiers pour en chaffer l’Ennemi s’il y eft encore pofté, on perce vis-à-vis les traverfes, ôc Pon embrafle la gorge de ces Places d’Armes par des logemens femblables à ceux dont nous venons de parler.
- De la Defcente du Fojfé, & de la prife de la demi-Lune»
- Dès qu’on eft maître du chemin couvert, on y drefle des Barateries au plutôt, les unes pour ruiner les flancs de la Place, Ôc les autres pour battre en brèche ; on les fait de la même maniéré que celles de la tranchée, ôc tout ce qu’on y doit obferver, eft de les difpofer à propos, en forte qu’elles battent le pins directement qu’il fe pourra, de bien ouvrir leurs embrazures pour pouvoir aggrandir les brèches fans les changer de place, ôc de leur donner la pente néceflaire, afin quelles plongent jufqu’au bas du revêtement.
- La defcente du fofle fe fait par une fappe ou couverte ou découverte, félon que la fituation le demande, PL 38. Quand le fofTé eft fec ôc profond, on commence la defcente fur le glacis paflant en galerie de mineur fous les logemens du chemin couvert pour fortir au fond du folfé. La pente qu’il faut donner à cette galerie fe trouve en prenant la hauteur du foflé ôc la distance de l’endroit où on veut le commencer, Ainfi fuppofé que la hauteur fort de 18 pieds, ôc la diftance de 72, qui contient quatre fois 18, on verra qu’à mefure qu’on avancera de quatre pieds, il faudra s’abaifler d’un pied qui eft le quart de 4. Cette galerie doit avoir tout au moins fix pieds de largeur, ôc cinq ou fix de hauteur. Si 011 craint raffaiflement des terres, il faut les foutenir avec des blindes ou chaflis de bois bien forts que
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- Ingénieur François. 231 l’on met en travers comme des folives. Quand le foffé n’aque douze ou quinze pieds de profondeur, on fait la defcente par-une fappe découverte dont on jette la terre des deux côtés, ôc que l’on couvre de blindes, fur lefquelles on jette des fafcines, de la terre, ôc du fumier pour fe mettre à couvert des pierres ôc des grenades. Dès qu’on eft arrivé au revêtement de la contre-Efcarpe, on le perce, ôc l’on étend de côté ôc d’autre des lo-gemens couverts pour rélifter aux forties que l’Ennemi pourroit faire, ce qui s’entend des foliés fecs. Quand le folfé n’eft point revêtu ôc a un grand talus, on peut pouffer des tranchées fur ce talus en defcendant, obfervant' de les couvrir, comme nous venons de dire. S’il eft néceffaire de faire des dégrés à cette defcente qui fe fait ordinairement en rampe douceil faut couvrir les dégrés avec des planches bien arrêtées, pour empêcher l’é-boulement des terres. Il feroit à propos de faire deux ou trois defcentes à la fois , pour faciliter le transport des matériaux né-ceffaires au paffage du foffé,. Ôc pour ne pas perdre du tems , ce qui ne manqueroit pas d’arriver n’en faifant qu’une, li la bombe venoit à la ruiner. Il faut enfin éviter foigneufement de ne pas faire leur ouverture dans le foffé en vue des deux flancs pour n’être pas obligé de fe couvrir des deux côtés..
- Les Batteries tirent cependant continuellement foit contre les flancs, foit pour faire la brèche; on tâche de démonter les canons cachés derrière les orillons, s’il y en a, à force d’y jetter des bombes, & l’on, attaque les dehors dont il faut toujours s’être rendu maître avant de marcher contre ltf corps de la Place,, parce que leurs gorges ôc leurs côtés battent de revers le paffage du foffé Ôc les brèches faites aux faces des battions.
- Les dehors font ordinairement ou des ouvrages à cprae, ou des ouvrages à couronne, ou des demi-Lunes. L’attaque des ouvrages à corne ôc à couronne, fe fait de même que celle du corps de la Place, dont nous parlerons bientôt ; c’eft pourquoi nous ne mettrons ici que celle de la demi-Lune, qui peut fervir pour les autres dehors, tels que les lunettes ôc les ouvrages à tenaille.
- Les logemens du chemin couvert étant achevés, on y place une Batterie à chaque côté de l’angle de la demi-Lune, ôc l’on bat fa pointe en brèche en tirant vers l’épaule. Les coups doivent porter à trois ou quatre pieds au-deffus du fond du foffé ; il faut les ramaffer enfemble, ôc ne jamais quitter l’endroit auquel
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- 232 Le Parfait
- on s’eft attaché, qu’on ne voye tomber la terre que le revêtement foutenoit ; fi les contre-forts fubfiftent après la ruine de la muraille, il faut les battre en biaifant les batteries qui ferviront en-fuite à battre les parties des faces de la Place qui ont vue dans le foflé de la demi - Lune. La brèche doit avoir au moins dix ou douze toifes de largeur.
- Les ricochets, les mortiers, ôc les pierriers tirent pendant ce tems - là le plus qu’on peut, pour inquiéter l’Ennemi, ôc l’empêcher de fe retrancher, s’il ne l’a déjà fait. Les logemens des angles rentrans de la contre - Efcarpe, ôc les Batteries dreffées contre le flanc, tâchent de rompre le pont ôc les communications de la Place, ôc les travailleurs font la defcente du foflé de la maniéré que nous avons dit, ôc ferment le paflage vers la brèche, en faifant un épaulement de terre ôc de fafcines fi le foflé eft fec, ou un pont de fafcines , de gabions Ôc de terre, s’il eft plein d’eau, fe couvrant toujours du côté de la face du Baftion qui a vue dans ce foflé.
- Il faut cependant faire un grand amas d’outils ôc de matériaux pour les logemens, ôc ne point fe prefler d’aller à la brèche, qu’elle ne foit bien ouverte ôc éboulée, que la defcente ne foit dégagée ôc parfaite, ôc le paflage du foflé bien épaulé. Si la demi-Lune eft contreminée, il faut auparavant y envoyer le Mineur, qui à force de poufler des rameaux, Ôc de faire fauter des fourneaux, détruira enfin les galeries des Afliegés, ou les obligera à faire jouer leurs mines de peur de fauter eux-mêmes. Il faut ufer de cette précaution pour les logemens qu’on fait dans les fofifés feès, fur la brèche des Baftions, ôc partout ailleurs , pour ne pas expofer fes meilleures troupes à être enfeyelies fous les débris des mines.
- Tous ces préparatifs étant faits, on commande les Grenadiers pour monter la tranchée, fi on veut attaquer de vive - force, ôc les travailleurs qui doivent faire les logemens. Il eft à propos de commencer cette attaque pendant la nuit, pour être moins expofé au feu de la Place auquel la demi - Lune eft en butte, ou du moins pour le rendre moins fur, l’Afliegé ne pouvant rien découvrir en tirant dans l’obfcurité de haut en bas, ce qui fait que les coups ne portent qu’au hazard, au lieu que l’Afliégeant tirant du bas en haut, découvre toujours à la lueur du Ciel l’extrémité du parapet, ôc peut faire le même feu de fes logemens qu’il feroit pendant le jour.
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- lÆeuie de Fattaque étant venue, on fait feu de tous côtés contre les défenfes de la Place, ôc contre fes communications avec la demi-Lune, tandis que ceux qui doivent donner > montent des deux côtés le plus vite qu’ils peuvent, ôc viennent aux mains avec l’Ennemi qu’ils repouffent jufques dans le retranchement, dont ils tâchent même de fe rendre maître, s’ils n’y trouvent pas «ne vigoureufe réfiftance. Mais s’il n’y a pas apparence de pouvoir l’emporter du premier coup, on fait retirer les troupes fur Les revers de la brèche, jufqu’à ce que les travailleurs ayent achevé le premier logement qu’ils font en portion de cercle qui occupe le terre - plein de l’angle flanqué.
- Si l’on ne veut point attaquer de vive-force, on donne un lignai à toutes les Batteries ôc aux logemens qui ont vue fur la demi -Lune, pour tirer quand il en fera tems, & l’on fait avancer pendant le jour deux ou trois fappeurs de chaque côté , qui fe mettant à couvert à lextrêmité du revêtement qui eft refté fur pied, ouvrent une fappe avec ordre de revenir quand rEnnemi iè mettra en devoir de les en chafler. S’il avance effe&ivement fur la brèche, on fait le fignal, Ôc le feu qui recommence de tous côtés, l’ayant bientôt mis en fuite, on baille le lignai pour .faire ceffer, ôc les fappeurs vont reprendre leur travail. Toutes les fois que l’Afliegé fait mine de revenir, on recommence de même jufqu’à ce qüe le logement s’avançant peu à peu fe trouve en état de recevoir des détachemens qui l’empêchent de repa-roître.
- Tandis que ce premier logement s’acheve , on en fait d’autres Je long des faces jufqu’au retranchement dont on fe rend maître ou par les fappes, ou par la mine ,* ou même par le canon, s’il eft néceflaire ; après quoi on continue à fe loger fur la gorge. Si elle n’eft pas revêtue, ôc que le foffé foit fec, on y éleve un bon parapet pour empêcher l’Ennemi de venir l’attaquer.
- Quand la demi-Lune n’eft point revêtue, on brife à coups de canon la fraife ôc les paliffades dont elle eft bordée, ôc après avoir bien tiré fur fes talus extérieurs pour les rendre plus doux, on continue le refte comme ci-deflus.
- Si la demi - Lune Ôc fa contre - Efcarpe ne font point revêtues^ ôc que fon fond foit fec ôc facile à paffer, on peut, après en avoir brifé quelque fraife, tenter de s’en emparer brufquement, ôc en même - tems qu’on attaque le chemin couvert ; mais il faut pour cela que la Garnifon foit foible, ou qu oh ait auparavant rompu
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- îa communication avec la Place, 6c que FAfiiegén’y trouve-pas un accès facile;,car autrement il pourroit revenir avant que les logemens fuflent finis, 6c contraindre rAflîégeant à fe retirer..
- Quand la demi-Lune eft petite, on peut à force.de bombes 6c de pierres obliger l’Ennemi à l’abandonner.
- Du Pajfage du FoJJe, & de l’Attaque du Bajlion..
- La defcente du fofîe étant achevée, ôc la demi-Lune prife£ ©n travaille au paflage du grand fofie , tandis que les Batteries achèvent de faire brèche aux faces du Baftion, fuppofé qu’on? veuille les faire à; coups de canon. Nous parlerons ailleurs de celles qui fe font par la Mine.
- L’Ennemi peut s’oppofer au paflage du fofie non-feulement parle canon du flanc, contre lequel on doit avoir dreflè des> Batteries > comme nous avons déjà dit, mais encore par les forries ôc les logemens du fofie s’il eft fec, par le feu de la* tenaille ôc de la Courtine dont ilbiaife les embrazures, en forte qu’il puifle battre en écharpe le chemin couvert, par les mines',, ôc enfin par les feux qu’il jette du haut du Rempart pour, brûler les matériaux dont l’Afliégeant fe fert pour fon paflage..
- On fe précautionne contre les forties en faifant bien plonger lès logemens du chemin couvert dans, le fofie,. ôc en établiflant d’autres fur les côtés du débouchement des defcentes, qui puiflenr contenir chacun vingt - cinq ou trente Grenadiers ; on peut auflL dans ces occafions charger les canons drefîes contre le flanc avec des gargouches pleines de baies de moufquet, ôc tirer fur la; fortie, qui fera bientôt contrainte de rentrer.
- On s’empare des logemens du fofîé en marchant brufquement contre l’Ennemi qu’il faut joindre le plutôt que l’on peut, pour n’avoir pas long -tems à efîuyer. le feu des défenfes, ôc quand' on l’en a chaflë , on s’y met à couvert par le moyen des gros madriers qu’on met par- deflus, ôc que l’on charge de terre ou; de fumier pour les garantir du feu..
- On éteint le feu de la tenaille par des Batteries qu’on met fur les deux angles rentrans de la contre - Efcarpe, ôc iur l’angle flanqué de la demi - Lune pour rompre fes parapets, ôc enfiler; la poterne de la Courtine qui lui fert de communication 5 ôc Pon place aufli fur la gorge de la demi-Lune des Mortiers à. pierre, qui inquiètent ôc çhafîent ceux qui font à fa défenfe..
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- Ingénieur François; zjf On démonte les Batteries biaifées de la Courtine par d’autres Batteries quon met fur l’angle faillant de la contre - Efcarpe , <& par une grande quantité de pierres Ôc de bombes qu’on tire çn même - tems.
- On évite l’effet des Mines par d’autres Mines & Fourneaux qu’on pouffe de tous côtés, comme nous avons déjà dit, ôc dont nous parlerons dans la fuite plus au long.
- Enfin on fe défend contre les feux que l’Ennemi jette dans le foffé pour.brûler lés matériaux qui fervent au paffage, en faifant agir continuellement les ricochets, les pierres, ôc les bombes contre les pièces d’où vient le feu, pour tâcher d’éloigner l’Ennemi, ôc en tenant, s’il fe peut, des gens tout prêts, qui avec •de grands crocs éloignent les feux à mefure qu’ils tombent deffus «ou auprès des matériaux.
- Le paffage du foffé fe fait de différentes maniérés, félon qu’il eft fec ou plein d’eau, ôc félon que l’on craint plus ou moins du côté de la Place.
- Si le foffé eft fec, on peut mettfe deux rangées de tonneaux ^éloignées l’une de l’autre de fept ou huit pieds, rempliffant les tonneaux ôc les entre - deux de facs à terre > ôc mettant par - deffus des madriers couverts de fer-blane, fur lefqueîs on jette de la terre ôc du fumier, ce qui forme une galerie couverte ôc à l’épreuve des pierres ôc des grenades. On peut aufïi faire un épauleraient contre le flanc oppofé, foit avec des fafcines couvertes de terre, foit par le moyen d’une tranchée, dont les terres fervent à former un parapet, ôc file fracas des ricochets, bombes, ôc pierres qu’on tire contre l’Affiegé, ne l’empêchent point d’approcher de fes défenfes, ôc d’inquiéter les travailleurs, on les couvrira avec des blindes ou des clayes, fur lefquelles on mettra des fafcines couvertes de terre ôc dû fumier ; les blindes ou les clayes porteront d’un côté fur l’épaulement, ôc de l’autre fur des pièces de bois que l’on plantera en terre pour les fou-•tenir.
- Quand le foffé eft plein d’eau, on le feigne , s’il eft pofîible, pour le paffer, comme nous venons de dire ; mais fi cela ne fe peut, on le comble en y faifant un pont, ou digue de terre ôc de fafcines avec un épauleraient contre le flanc oppofé. Il faut auparavant avoir fait de grands amas de fafcines, de facs à terre, de pierres, Ôc de tous les autres matériaux néceffàires le plus près qu’il fe pourra, de l’endroit ou commence la defcente,
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- obfervant dans ceci comme dans tous les autres ovvragès quoi» fait pendant le Siège, de prendre fi bien: fes mefures que rien, ne vienne à manquer dès que le travail eft commencé, ôc qu’on ne foit point obligé de l’interrompre, ou de le traîner en longueur pour attendre les matériaux. Dès que tout eft prêt,, on. met les travailleurs en file, qui fe font paffer de l’un à l’autre les fafeines le long de la defeente ; celui qui eft à la tête, c’eft-àrdire au débouchement dans le fofTé, les jette Ôc arrange devant foi ôc fur le côté où doit être l’épaulement, jufqu’à ce qu’elles foient affez hautes pour le mettre à couvert du flanc oppofé ôc de la face du Baftion. Alors il s’avance ôc plante des piquets de haut en, bas fur les fafeines du paffage,les enfonçant dans l’eau quand elles font à= la hauteur de la fuperfide ; il pôle d’autres lits en travers avec de la terre qu’il fait jetter dans l’entre - deux ôc par-deffus, s’élevant de trois ou quatre pieds au-deffus de l’eau, fur quinze à feize de largeur. Cependant on fortifie l’é-paulement, ôc l’on continue à jetter les fafeines en avant ôc à côté jufqu’à ce qu’on arrive enfin au pied du Rempart.
- Si le feu de la face eft à craindre,. on pouffe toujours devant foi une montagne de fafeines, ôc l’on fe couvre par - deffus avec des blindes ou des clayes, comme nous avons déjà dit, ce qui retarde, beaucoup l’ouvrage par la difficulté qu’il y a de jetten les fafeines en avant dans le foffé par-deffus ce grand tas quoi* doit toujours avoir fur le front du travail.
- La difficulté devient encore plus grande, lorfque l’eau du. foffé eft courante ôc rapide, foit a caufe de quelque Riviere qui la fournit, ou de quelque éclufe qui la diftribue au gré des Af-fiegés ; car alors il faut néceffairement donner une grande largeur à la digue pour la mettre en état de réfifter au courant ; ce qui joint.au blindage qu’on eft obligé de faire pour fe couvrir, ôc à ce grand tas de fafeines qu’il faut mener devant foi, demande un tems ôc des peines infinies, On peut dans ces occa-fions jetter des tonneaux ôc des gros gabions pleins de pierres,, afin que le paffage que laiffentles entre-deux diminue un peu la force du courant..
- Dès que le pont eft achevé, fi les brèches ne font pas affez. éboulées, on continue à y tirer, ou l’on y attache le Mineur,, qui s’enfonçant plus avant, en, rend la pente plus douce par l’effet, de fes mines. Après quoi l’on travaille à faire les premiers lo-gemens furie haut.de vive;force ou peu à peu,, comme noua
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- Ingénieur François. avons dît dans la prife de la demi-Lune. Si l’Ennemi jette fur la brèche des. chevaux de frife, des chauffes-trappes & des her-fillons, pour en empêcher le paffage, il faut à coups de canons les faire tomber dans le foffé.
- On appelle chenal de frife une longue piece de bois taillée: ordinairement àfix pans, & percée de plufieurstrousdifpofésen* croix dans lefquels on paffe des piquets pointus & ferrés par les* bouts, qui préfentent leurs pointes de tous côtés.
- Les chauffes-trappes font des clous à quatre ou cinq pointes^ dont il y. en a toujours une en l’air, & les herftlions font des-planches remplies de pointes de clous.
- Les premiers logemens étant faits fur le haut de la brèche # on en pouffe d’autres dans l’épaiffeur des parapets,-jufqu’à ce-qu’on foit arrivé au pied du retranchement ou de fon foffé r dont on tâche de fe rendre maître par l’effet des mines, ou. même par le canon qu’on fait monter fur la brèche , s’il, eft né-^ ceffaire.
- Il arrive quelquefois qu’en donnant de vive-force, ce qu’on? appelle montera l’affaut, la valeur des Affiégeans va plus loin-qu’on ne croyoit, & que les Affiégés fe trouvent forcés dans tous* leurs poftes, ce qui-met la Ville dansladernieredéfolation, tout: fe réglant alors par la fureur des armes ; c’eft pourquoi il eft de la prudence d’un General d’employer toute la févérité de la: difcipline pour retenir fes Soldats dans ces oecaffons r & même: de faire fommer auparavant les Affiégés de fe rendre ; car outre-que la pitié & la Religion demandent qu’on-préviene les- dé-*-fordres affreux qui fe commettent dans le fac d’une Ville, on évite auffi par cette fage prévoyance , que le Soldat devenu riche y ne fe relâche dans fon devoir, comme il arrive ordinairement.*
- Il y a-deux fortes d’affauts, le particulier & le general* L’affaut: particulier fe fait en faifant monter fur la brèche quelques déta- -chemens, qui chaffantl’Ennemi, donnent-moyenaux travailleurs; de faire des logemens ; & l’affaut général en faifant donner par' ordre toutes les troupes qu’on juge néceffaires, non - feulement-, pour chaffer l’Ennemi de la brèche, jmais encore pour le forcer-dans fes retranchemens, & emporter la Place de force. Comme? le fucès de ce dernier eft très - douteux r ôc qu’on y perd toujours^ bien du monde, on ne l’entreprend guéres que lorfqu’on manque: de vivres, que la mauvaife faifon approche, ou que l’on craint: qu’il n’arrive un puiffant feçours à la Place, Si l’Ennemi a des>
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- retranchemens dans.fes Battions qu’on juge difficiles à forcer; alors pour faire diverfion, outre les brèches des faces , on en fait d’autres aux Courtines vers lefquelles on jette des ponts fi le foffé eft plein d’èau. Ce qu’on doit obferver dans les affauts foit généraux, foit particuliers, eft de faire donner en même-tems fur toutes les brèches, afin départager davantage les forces de YAffiégé,
- Des Mines & poutre-Mines,
- On appelle Mines les ouvrages fouterreins que fait l’Affié-géant, foit pour ouvrir la brèche par le moyen de la poudre , foit pour faire fauter l’Ennemi dans quelque pofte dont on veut s’emparer ; ôc les ouvrages que fait l’Affiégé tant pour fe garantir des mines, que pour faire fauter l’Affiégeant, s’appellent des contre - Mines. Commençons par celles - ci pour mieux entendre ce que nous devons dire des autres.
- Les contre - Mines font des galeries qu’on creufe fous terre paralellement aux faces des Battions, & des autres ouvrages joi-gnans le revêtement, ou à quelque diftance fous le Rempart avec des rameaux pouffés d’efpace en efpace jufqu’à la muraille, PI, 39. On en fait auffi fous le chemin couvert ou fous le glacis , ôc l’on pouffe de plufieurs cotés des rameaux, au bout defquels on fait des chambres nommées fourneaux où l’on met la quantité de poudre qu’on juge néceffaire pour faire fauter le terrein qui eft par-deffus. La galerie fert à découvrir le Mineur Ennemi , ôc à aller au - devant de lui lorfque le bruit fourd qu’il fait on travaillant, fait juger qu’il eft proche. On la tient enfoncée Je plus qu’on peut, afin que l'Ennemi ne gagne pas le deffous qui eft le plus avantageux en fait de mines, la poudre faifant toujours fon effet du côté le plus foible, qui eft ordinairement Je deffus dans ces occafions.
- La hauteur de la galerie eft de fix pieds, ôc fa largeur de 4 ôc a. On y fait d’efpace en efpace des puits ou foupiraux pour y donner de l’air, ôc pour pouvoir en même-tèms y jetter des grenades ôc des feux lorfque l’Ennemi s’en eft emparé, ôc l’on y conftruit des fermetures à quelques diftances les unes des autres, afin de pouvoir couper chemin à l’Affiégeant, s’il fe rend maître de quelqu’une de fes parties, foit par la mine, foit par la brèche Quand le foffé de la Place eft fec, on fait corn-
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- wunïquer les galeries des Battions êt des dehors avec celle du chemin, couvert par d’autres galeries qu’on creufè fous le foffé.
- Outre ces galeries les Affiégés fe fervent encore de fougaffes ôt de caillons. Les fougaffes font des petites galeries enfoncées feulement de fept ou huit pieds fous le glacis ou elles s’étendent de côté & d’autre par plufieurs rameaux, ôt les caillons font des. petits coffres de deux ou trois pieds de long, Ôc d’un & demi de large, qu’on enterre de deux en deux toifes fous le chemin; couvert ,. à fix ou fept pieds de profondeur , après les avoir Eemplis de poudre à laquelle on met le feu quand on veut, parle moyen aes faucilfons ou mèches à poudre qu’on conduit" avec des auges ; on y enferme aufil quelquefois des bombes.
- Pour éviter que les caiffons 6C les fougalfes ne faffent fauter lès Grenadiers qui attaquent le chemin couvert Ôc les travailleurs qui font les logemens, on détache pendant l’attaque des gens adroits qui vont en couper les faucilfons, avant quel’Afliégé air le tems d’y mettre le feu.
- La Mine dont fefert l’Affiégeant,fefait de même par le moyen? d’une galerie foûterreine, à l’extrémité de laquelle on met une4 chambre pour la poudre, ou qu’on fépare de côté ôc d’autre en plufieurs rameaux , qui chacun ont la leur ,PL 40. On appelle Mine dire&e celle qui n’a qu’une gallerie ôc une chambre ; Mine* double ou en T,-celle qui fe fépare en deux rameaux; Mine tripla4 ou tréflée,, celle qui en a trois; enfin Mine quadruple, quintuple^ ôcc. celle qui en a quatreT cinq, ôcc.
- On a obfervé touchant les Mines, i°. Que la poudre fait fou--jours fon effet du côté où elle trouve moins de réfiftance ; c’eft-à-dire que fi le deffus dé la chambre a moins de folidité que le& côtés ÔC le deffous, la poudre enlevera le deffus, & fi quelqu’un des côtés eft plus foible que le deffus, le deffous, Ôc les autres* côtés, elle enlevera ce côté.
- 20. Qu’il faut pour faire fauter une toife cube de terrein, douze,? quinze, ou dix-huit livres de poudre, plus ou moins, félon que les terres font plus ou moins fortes ; qu’il en faut vingt pour une toife cube de maçonnerie, ôc quarante, fi la chambre fa fait fous la fondation;
- 3°. Que pour remplir l’efpace d’un pied cubique, il faut 8©-livres de poudre; d’où il fuit que s’il falloir, par exemple, 960; livres de poudre pour une mine, il n’y auroit qu’à divifer les &6.o>
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- livres par les 80 qui remplirent un pied cubique, & le quotient 12 marquerait que la poudre de cette Mine ocuperoit 12 pieds cubiques d’efpace.
- 4°. Enfin que les terres enlevées parla Mine, laiflfent un creux ou excavation, qu’on avoit regardé jufqu’ici ou comme un cône tronqué, dont la hauteur étoit égale à la moitié du diamètre de labafe,, ou comme un cône redangle ; mais qui ayant été mieux éxaminé par les foins de Moniteur de Valiere Lieutenant-General des Armées du Roy, ôc Infpeâeur General des Ecoles d’Artillerie, s’eft trouvé un paraboloïde, dont la diftance du foyer à la fuperficie du terrain qu’on veut enlever, eft égale au demi - diamètre de cette fuperficie.
- Ces remarquas font fondées fur .une longue pratique, ôc Ton en tire facilement des réglés juftes & exactes pour faire produire à la Mine l’effet qu’on s’eft propofé.. Mais avant d’aller plus loin, 11 eft bon d’expliquer ici les termes ôc les principes de Géométrie 4’où ces réglés dépendent, en faveur de ceux qui 11’entendent point cette îcience.
- .Une ,toife quarrée eft une furface de quatre côté, dont la haur teut & la largeur ont chacune une toife, PL 41. Fig. 1.
- Pour fçavoir combien une furface ou parfaitement quarrée , ou en quarré long, contient de toifes quarrees., on multiplie la largeur par la hauteur, & le produit donne ce qu’on demande , PL 41, Fig, 2. Ainfi fuppofé que le quarré long ABCD eut fix toifes de largeur ôc huit de hauteur, multipliant 8 par 5, on aurait 48 toifes quarrées qui feraient le contenu de cette fuperficie ; ce qu’on voit facilement en élevant fur tous les points de d.ivifion de la hauteur ôc de la largeur , des ligues perpendiculaires , comme la Figure le montre.
- Cette réglé ne fert que pour les furfaces dont les côtés font perpendiculaires les uns aux autres. Mais fi l’on avoit à mefurer une furface de quatre côtés, dont lçs oppofés fuffent paralelles entr’eux ; mais qui ne fiffent pas des angles droits les uns fur les autres , Fig. 3. on éléveroit une perpendiculaire BC fur la largeur AB, jufqu’à ce quelle rencontrât le côté oppofé, ôc l’on ^multiplierait la largeur par cette perpendiculaire.
- La toife cube eft un corps ou folide, fait comme un dez à jouer, dont la hauteur, la largeur, ôc la profondeur ont chacun une toife, Fig. 4. Si l’on mettoit plufieurs de ces toifes l’une fur d’autre , on formerait un corps dont la hauteur feroit plus grande
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- que la largeur ou la profondeur, & quon nomme paralellipipede, Fig. $. PL 41.
- Pour fçavoir combien de toifes cubiques contient un cube ou un paralellipipede, on multiplie la largeur par la profondeur, ce qui donne un produit qu’on multiplie par la hauteur, & ce fécond produit donne ce qu’on demande. Ainfi fuppofé que le paralellipipede ABCDEFG, eut 3 toifes de largeur, 4 de profondeur, & 6 de hauteur, on multiplieroit 3 par 4, ce qui don-neroit 12, qui multipliés par 6, donneroit 72 toifes cubiques , qui feroient le contenu du paralellipipede. Ce contenu s’appelle la folidité ; on verroit facilement la preuve de cette réglé , en élevant fur chaque divifion de la hauteur, de la largeur ôc de la profondeur des perpendiculaires, qui s’entrecoupant les uns les autres, formeroient en effet 72 petits cubes d’une toife cubique chacun.
- Mais fi les largeur, hauteur & profondeur, n’étoient pas perpendiculaires les unes fur les autres, Fig. 6. il faudroit alors i°. Elever une perpendiculaire BC fur la largeur AE , jufqu’à ce qu’elle coupât le côté oppofé, ôt multiplier la largeur par cette perpendiculaire, ce qui donneroit la bafe du paralellipipede. 20. Elever une perpendiculaire AD fur la même largeur jufqu’à la fiirface fupérieure', & multiplier le premier produit, ou la bafe par cette perpendiculaire, ce qui donneroit le contenu ou la folidité du paralellipipede.
- Le cône eft un corps pyramidal,.fait en pain de fucre, dont la bafe eft un cercle, Fig. 7. La mefure de fa folidité dépend de celle du cylindre dont nous parlerons bientôt.
- Si l’on coupe un cône en deux également depuis le fommet jufqu’à la bafe, le dedans de chacune de ces parties repréfentera .un triangle, dont la bafe fera le diamètre du cercle qui fert de bafe au cône, Fig. 8. La*ligne tirée perpendiculairement du fommet fur le milieu de cette bafe, s’appelle l’axe du cône. Lorf-que l’angle du fommet eft droit, le cône fe nomme cône rectangle , & l’axe n’eft alors que la moitié du diamètre.
- Le cône tronqué eft un cône qu’on coupe paralellement à fa bafe, Fig. p. La partie coupée eft un petit cône, & le deffus du cône tronqué devient alors un cercle.
- Le cylindre eft uncorps long & rond, qui a pour bafe un cercle égal & paralelle à celui de la fuperficie fupérieure, Fig. 10.
- Pour mefu-rer la folidité d’un cylindre , on multiplie là çir-
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- conférence du cerclé dé fa bafe par le quart dé fon diamètre ? ce qui donne un produit qui multiplié par la hauteurdonne là folidité du cylindrée Ainfi fuppofé quun cylindre ABCD eut pour bafe un cercle doht le diamètre fut 4 toifes, la circonférence 12 j & la hauteur 8, on multipliêroit 12 par 1 qui eft le quart de 4,8c le produit 12 par 8 , ce qui donnerait p 6 toifes pour ht folidité du cylindre.
- Mais fi la hauteur du cylindre n’étoit pas perpendiculaire fur la bafe , il faudrait auparavant élever une perpendiculaire fur le diamètre, jufqu’à ce quelle coupât le diamètre de lafuperficie fupérieure, Ftg. 11. êc après avoir multiplié la circonférence de la bafé par le quart dû diamètre,. il faudroit multiplier ce pror düit par la perpendiculaire ; & fi la perpendiculaire ne pouvoir pas rencontrer le diamètre de la fuperficie fupérieure, on prolongerait ce diamètre jufqu’à la rencontre de la perpendiculaire ? ce qu’il faut obférver de même dans ce que nous avons dit par rapport aux quarrés 8c aux cubes.
- La folidité du cône eft égale au tiers d’un cylindre de même bafe 8c de même hauteur que le cône. Ainfi fuppofant un cône de même bafe 8c de même hauteur que le cylindre ABCD , dont la folidité eft 9 6, celle du cône fera 5 2, qui eft le tiers de 9 6•
- On n’a pas encore découvert le véritable rapport ou la véritable grandeur de la circonférence d’un cercle par rapport à fon diamètre , ce qui réfoudroit le fameux Problème de la Quadrature du Cercle, qui occupe depuis fîlong-tems les efprits», Mais Archimède ayant trouvé par approximation que la circonférence eft au diamètre à peu près comme 22 eft à 7 , c’eft-à-dire, qu’elle eft un peu plus du triple , on fe fert de cette proportion dans la pratique, ou en triplant le diamètre 8c y ajoutant un feptiéme pour avoir la circonférence, ou en faifant une réglé de trois , dont les deux premiers termes font 7 8c 22 , le troifiéme eft le diamètre donné, 8c le réfultat de la régie eft la circonférence cherchée. Ainfi fuppofant un diamètre de 8 toifes, on dit, fi 7 donnent 22, combien donneront 8, 8c la réglé donnera
- Si Ton coupe un cône fur un de fes côtés , 8c paralellement a l’autre, chacune des parties coupées regardées en - dedans , reprefentera une furfaee plane, que les Géomètres nomment parabole , 8c la ligne courbe qui l’environne fe nomme ligne parabolique, Fig. 12*
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- Les propriétés de la parabole font, i°. Que fi après avoir tiré à quelque point que ce fonde la ligne parabolique une tangente, c’eû-à-dire une ligne qui la touche extérieurement fans la couper, on en tire en-dedans plufieurs autres paralelles à la tangente, également éloignées entre elles, ôc qui aillent aboutir de part ôc d’autre à la ligne parabolique ; les quarrés de ces paralelles feront entre eux comme les nombres naturels 192,3,4, ôcc. c’eft-à-dire que le premier quarré valant une toife quarrée, le fécond en vaudra deux, le troifiéme en vaudra trois, ôcc. La ligne droite menée du point d’attouchement de la tangente par le milieu de chaque paralelle, fe nomme diamètre de la parabole ; ôc lorfqu’elle eft perpendiculaire fur les paralelles, comme dans cette Figure, elle fe nomme axe. Il ne peut y avoir qu’un axe ; mais il peut y avoir une infinité de diamètres, parce que la ligne parabolique a une infinité de points par lefquels on peut tirer des tangentes. Les lignes paralelles tirées dans la parabole , fe nomment ordonnées à la parabole ; mais ordinairement on n entend par le mot d’ordonnée que la moitié de chaque paralelle , ôc c’eft dans ce fens que nous l’entendons ici.
- a0. Il y a un point dans l’axe quon nomme foyer de la parabole , ôc dont la propriété eft que l’ordonnée tirée de ce point, eft double de la partie de l’axe renfermée entre ce point, ôc la ligne parabolique. Le point où l’axe coupe la parabole, fe nomme fommet de la parabole. Chaque diamètre a auffi fon fommet. La partie de l’axe renfermée entre le fommet ôc une ordonnée quelle quelle foit, fe nomme abfcifle, ôc par conféquent chaque ordonnée a fon abfcifle correfpondante. On nomme paramétré une ligne quadruple de la partie de l’axe renfermée entre le fommet ôc le foyer.
- 30. Le quarrée d’une ordonnée quelconque eft égal à fon abfcifle correfpondante , multipliée par le paramétré.
- 4°. Si du foyer de la parabole on tire une ligne droite au point où une ordonnée quelconque coupe la parabole, ôc qu’on tranf-porte enfuite cette ligne fur Taxe depuis le fommet, elle fera plus grande que l’abfcifle de l’ordonnée du quart du paramétré ; c’éft-à-dire, que fon excès fur rabfcifie fera égal a la partie de l’axe renfermée entre le fommet Ôc le foyer. Les Géomètres rapportent plufieurs autres propriétés de la parabole, dont il eft inutile de parler ici.
- Pour mefurer une furface plane parabolique, il faut faire un
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- rectangle; c’eft-à-dire, une figure de quatre côtds à angle® droits , dont la largeur foit égale à la bafe de la parabole, Ôc la hauteur à la hauteur, ôc enfuite multiplier la hauteur par la bafe, Ôc en prendre les deux tiers qui feront le contenu de la furface parabolique.
- Si l’axe reliant immobile, la furface parabolique tourne comme une giroiiette fur cet axe , elle parcourra un efpace qui étant rempli, formeroit un folide qui auroit la figure d’une parabole > ôc qu’on nomme paraboloïde, ou conoïde paraboloïque. Ce folide a toujours un cercle pour bafe ; ôc fon contenu eft égal à la moitié d’un cylindre de même bafe Ôc de même hauteur ; c’eft-à-dire que pour avoir fa folidité, il faut multiplier fa bafe par fa hauteur, ôc prendre la moitié de ce produit.
- On ne peut donner des réglés certaines touchant l’effet des mines, qu’après de longues, expériences faites fur leurs excavations, puifque ce n’efl que par-là qu’on peut connoîtrela folidité des terres qu'il faut enlever, à proportion de l’ouverture qu’on veut faire , Ôc la quantité de poudre qu’il faut y employer ; c’efi: fur de femblables expériences, mais qui avoit été faites avec trop peu de cïrconfpe&ion, que l’on avoit crû Jufqu’aujourd’hui que l’excavation des mines étoit ou un cône re&angle, ou un cône tronqué, dont la hauteur étoit égale à la moitié du diamètre de la bafe, ôc dont le diamètre du cercle fupérieur étoit égal à la hauteur. D’où s’enfuivoît que pour avoir la folidité des terres enlevées, il falloit dans la première fuppofition prendre le tiers d’un cylindre de même hauteur ôc de même bafe que le cône reêtangle ; ôc dans la fécondé on multïplioit la bafe du cône tronqué par le cercle fupérieur ; on droit la racine quarrée du produit, on y ajoûtoit la valeur de la bafe ôc du cercle fupérieur, Ôc multipliant le tout par le tiers de la hauteur, le produit don-noit la folidité cherchée. Sur cela, on avoit calculé des Tables pour la pratique, avec beaucoup d’exaôtitude ôc de précifion ; mais comme elles étoient fondées fur un faux principe,. les mines chargées félon ces calculs, ne produifoient jamais tout l’effet qu’on en attendoît, quelque foin que l’on y prît, ôc l’on avoit enfin pris le parti d’ajoûter toujours à la charge un fixiéme des poudres marquées par les Tables, attribuant ce défaut ou à l’humidité des poudres, ou à celles des chambres, ou enfin à quelque corps pefant entremêlé dans les terres où les revêtemens qu’om youloit faire fauter*.
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- Cet efpece de combat continuel & uniforme qui ne manquoit jamais de fe trouver entre la théorie & la pratique, a fait con-je&urer à M. de Valiere, qu’il falloit néceffairement qu’on fe fût trompé dans le principe, & qu’on eut attribué à l’excavation des mines une figure quelle n’avoit pas. C’eft pourquoi après avoir fait jouer pîufieurs fourneaux dans de bonnes terres non* remuées, que les Mineurs nomment vierges ; il a fait tirer de leur excavation toutes les terres qui étoient retombées, ôt celles qui étoient dans le fond du fourneau, jufques à celles qui n étant point remuées, fe trouvent cependant noirâtes ôc brûlées par l’effet de la poudre. Cette préparation faite, il a examiné foi-gneufement lafigure de ces excavations, & a enfin trouvé quelles formoientun paraboloïde, dont labafe étoitla furface lupérieure duterrein enlevé ; que le centre de la chambre en étoit le foyers que Taxe étoit toujours perpendiculaire à la bafe, & que la diftance de la bafe au foyer étoit égale au demi-diamètre de la même bafe.
- Ce qui doit confirmer la vérité de ces expériences, eff i°. Que le contenu de ce paroboloïde eft plus grand que celui du cône re£fangle, ou du cône tronqué, qui fe font toujours trouvé trop petits. a°.Que le paraboloïde eft égal à la-moitié d’un cy lin dre de même bafe & de même hauteur ; ce qui convient affez avec le fixiéme de poudre qu’on étoit obligé d’ajouter au calcul du cône ; car le cône étant le tiers d’un cylindre de même hauteur & de même bafe, & le fixiéme de poudre répondant à un fixiéme de folidité, le tiers & le fixiéme ajoutés enfemble, faifoit effectivement une moitié ; en quoi cependant il fe trouvoit encore du moins, parce que la hauteur du paraboloïde eft plus grande que celle du cône reâangle, ou du cône tronqué de toute la partie de l’axe qui fe trouve entre le foyer & le fommet.
- Selon ce principe, la largeur de l’ouverture qu’on voudra faire par la naine , fera le diamètre de la bafe dont on trouvera facilement la circonférence, comme nous avons dit ci - deffus ; le demi - diamètre fera la diftance de la bafe au foyer, & toute la difficulté ne eonfiftera plus qu’à trouver la partie de l’axe renfermée entre le foyer & le fommet, afin qu’ayant par-là la hauteur entière du paraboloïde, on puiffe en trouver la folidité.
- Nous avons déjà dit en parlant des propriétés de la parabole , que la ligne AE, Fig. 12. tirée du foyer A à l’extrémité E d’une ^ordonnée quelconque EF, étoit égale à l’abfcilfe correfpondante;
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- BF, plus au quart du paramétré, ou ce qui eft la même choie plus BA;c’eft-à-dire, que fi on prolongeoit l’abfcifle au-delà de B, jufqu a ce que le prolongement fut égal à B A ; cette ab-cifle ainfi prolongée, feroit égale à la ligne AE ; or il eft démontré en Géométrie, que dans tout triangle re&angle AFE , le quarré du côté AE oppofé à l’angle droit, eft égal à la fomme des quarrés des deux autres côtés. Donc fi après avoir mefuré les deux côtés, on ajoute leurs quarrés enfemble, Ôc qu’on tire la racine de leur fomme, on aura la valeur de la ligne AE, de laquelle retranchant la valeur de la ligne AF qui eft connue, le refte fera le double de B A, ôc par conféquent la moitié de ce refte fera la valeur de BA qu’on cherchoit.
- Mais fi on veut fe difpenfer de faire ce calcul, on fera une échelle fur le papier qui aura quelques pieds de plus que la hauteur AF nen contient 5 on tirera une ligne droite A F égale à cette hauteur, Ôc à fon extrémité une perpendiculaire EF égale au demi -diamètre de l’excavation ; ôc après avoir tiré la bafe EA, on en retranchera la hauteur AF, ôc Ton prendra la moitié du refte pour la grandeur cherchée.
- Venons à la pratique. Suppofé donc que la largeur de l’ouverture qu’on veut faire par la mine foit de 12 toifes, AF en a donc S, ôc EF aufli, les quarrés de ces lignes font 36, qui étant ajoutées enfemble font 72, dont la racine quarrée eft 8 toifes , 2 pieds, 10 pouces, 10 lignes& c’eft-là la valeur deAE, J’en retranche 6 qui eft la valeur de AF, ôc prenant la moitié du refte, j’ai r toife, 1 pied, y pouces, $ lignes ~ pour la valeur de BA, ôc par conféquent l’axe entier BF vaut 7 toifes, 1 pied,
- 5 pouces, $ lignes
- L’axe entier étant ainfi trouvé, je cherche la circonférence de la bafe, en difant : Si 7 de diamètre donnent 22 , combien 12, Ôc la réglé me donne 37 toifes, 4 pieds, 1 pouce, 8 lignes f. Je mets 38 toifes pour éviter les fra&ions, ôc je les multiplie par 3 , qui eft le quart du diamètre, ce qui me donne 114 toifes pour la bafe ; je multiplie cette bafe par l’axe entier 7 toifes, l pied, 5 pouces, y lignes^, ce qui me donne 82? toifes,
- 6 pieds cubiques ôc quelques pouces que je néglige. Ce produit eft la foiidité du cylindre de même hauteur ôc même bafe que Je paraboloïde; c’eft pourquoi en prenant la moitié, j’ai pour le contenu de mon excavation 412 toifes., .111 pieds cubiques, çç que je mets à 413 pour éviter la fraâion,
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- A prefent s’il faut 18 livres de poudre pour enlever une toife cubique de mon excavation, je multiplie 413 par 18, ôc le produit 7434 marque la quantité de poudre que je dois y employer, Enfin divifant 7434 par 80, qui eft la quantité de livres de poudre qu’il faut pour occuper un pied cubique? le quotient 93 marque que cette poudre occupera 93 pieds cubiques; ce qui eft à peu près une demi-toife cubique.
- J’ai négligé les fra&ions dans cet exemple pour le rendre plus intelligible ôc moins embroüillé ; mais il eft bon d’y faire attention dans la pratique, afin d’approcher de la précifion le plus qu’on peut.
- On voit par tout ce que je viens de dire, qu’il feroit fort facile de calculer des Tables , en fe fervant du paraboloïde, de même qu’on en a calculé en fe fervant du cône.
- Les galeries des mines n’étant point maçonnées, comme le font ordinairement celles des contre-mines, n’ont que quatre pieds de hauteur fur trois de largeur. On les étaye avec des planches à mefure que le Mineur travaille, ôc l’on y fait trois ou quatre coudes ou retours à angles droits, qui vont aboutir à la chambre , ôc aufquels on donne moins de hauteur ôc de largeur, de même qu’aux rameaux fi l’on en fait, afin de pouvoir boucher plus facilement l’entrée du fourneau après qu’on Fa chargé.
- Ce fourneau ou chambre fe fait plus ou moins grand, félon le plus ou moins de poudre qu’on doit y mettre, PL 40. on le creufe deux pieds plus bas que la galerie, ôc fa figure eft ordinairement ronde ou quarrée.
- On chargeoit autrefois la mine avec des barriques pleines de poudre, qu’on arrangeoit dans les chambres, en rompant quelques douves , ôc répandant de la poudre entre'deux ; mais comme cette maniéré étoit fort incommode, ôc ne donnoit pas allez de facilité au prompt embrâfement des poudres fi néceffaire cependant pour faire produire à la mine un grand effet, on s’avifa de charger avec des facs pleins de poudre, que le Mineur fendoit avec un couteau pour les ouvrir, jettant en même - tems de la poudre entre-deux. Quoique cette méthode fût moins incommode, ôc valut beaucoup mieux que lajprécédente, on en a cependant imaginé aujourd’hui une troifiéme, qui doit fans doute lui être préférée par 1 union plus ferrée des poudres quelle produit ; ce qur les met en état de faire un plus grand effet. On met dans le bas de la chambre un plancher de madriers fur lefquels on jette urs
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- lit de paille d*un pouce d’épais qu’on couvre de facs à terre vuides, de peur que les poudres ne prennent l’humidité. On jette fur ces facs la poudre deftinée à la charge dont on ne fait qu’un feul tas, ôc pour empêcher qu’elle ne touche aux côtés de la chambre, on les garnit tout autour de paille ôc de facs à terre. La chambre a un plafond de madriers, appuyés fur des fo-lives qui portent fur quatre poteaux, derrière lefquels on met des planches pour couvrir les côtés, ôc empêcher la terre de s’ébouler. Quand on a mis les poudres fuffifantes, l’Officier, Sergent, ou Caporal qui a le foin de la charge, y enfonce la faucifle bien avant dans le milieu, ôc l’arrête par une cheville plantée à terre$ pour empêcher qu’on ne l’arrache en la tirant par l’autre bout, ou que la violence du feu de la poudre ne la dérange. La fauciffe eft un boudin d’un pouce de diamètre, fait d’une bonne toile coufuë en double fur toute la longueur qui doit s’étendre le long de la galerie jufqu’à l’endroit où le Mineur doit mettre le feu. On la charge avec un entonnoir, ôc l’on compte ordinairement fept onces de poudre pour un pied de longueur ; quand on l’a attachée dans la chambre, on conduit le refte dans un auget ou canal de bois d’environ trois pouces de diamètre , obfervantdp lui faire tenir le milieu tant qu’on peut dans fa route. Cela fait, on couvre les poudres avec des madriers, ôc l’on remplit l’ef* pace qui refte entre ceux-ci ôc ceux du plafond avec une maçonnerie de fumier, après quoi on ferme l’entrée avec des gros madriers joints enfemble ôc bien contrebuttés, maçonnant les vuides nvec des moëlons, du bois ôc du fumier qui tient lieu de mortier. On traverfe en plufîeurs endroits la galerie de femblables madriers bien foutenus, rempliffant toujours les vuides de la maniéré que nous venons de dire. Quand on eft arrivé au premier coude ou retour, on le ferme avec le même foin, ôc l’on continue ainfl jufqu’au troifiéme ou quatrième, prenant garde qu’on ne dérange jamais l’auget ; que la fauciffe foit toujours tenue bien feche, Ôc qu’il y ait plus loin du centre de la chambre à la derniere fermeture , que de ce même centre à la furface du terrein qu’on veut enlever; car autrement la poudre faifanttoujours foneffet du côté le plus foible, ne manqueroit pas de fe jetter du côté de la galerie.
- Autrefois on n’employoit pour faire la brèche qu’un feul fourneau, que l’on pouffoit dans les terres derrière le revêtement ou dans le revêtement même, fçlon que les différentes ocçafions le
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- demandoient. Mais outre que ce fourneau demandoit beaucoup plus de .poudre que quatre de ceux qu’on fait aujourd’hui, il en arrivoit encore qu’on ne faifoit qu’une brèche rapide de peu d’étendue, très - difficile à pratiquer, facile à défendre, ôc dont les éclats tuoient cependant beaucoup de monde. C’eft pourquoi Ton ne travaille guéres aujourd’hui à faire brèche fans multiplier les fourneaux, de maniéré que s’entr’aidans les uns les autres, ils falfent une grande ouverture, fans cependant faire de grands éclats.
- Lorfqu’il n’y a point de contre - mines, les uns font avancer la galerie du Mineur à travers le revêtement, jufqu’aux terres qui font derrière, où ils lui font faire un rameau de chaque côté d’environ neufpieds de longueur, au bout duquel ils èn ouvrent deux autres, l’un dans le revêtement, Ôc l’autre dans les terres pour y placer les fourneaux. Les autres après l’avoir fait avancer jufqu’aux terres, font pouffer des rameaux jufqu’à la racine des deux contre - forts, où ils placent les fourneaux pour les faire fauter en même - tems que le revêtement ; après quoi on en pouffe un troifiéme dans les terres, où on creufe un fourneau plus grand que les deux premiers. Ces fourneaux avancés dans les terres, fervent à pouffer dans le foffé tout ce qui pourroit refter de mur ou de terre après l’effet des autres, ôc à applanir la brèche par le grand éboulement qu’ils font.
- De quelque maniéré qu’011 place les fourneaux, il faut foi-gneufement obferver de faire répondre toutes les fauciffes à un même point qu’on nomme le foyer, de leur donner à toutes une égale longueur le plus précifément que l’on peut, faifant aller à ziezague dans la galerie celles dont les fourneaux font moins éloignés que les autres, afin que ces fourneaux jouent 'tous à la fois, ôc enfin de eompaffer fi bien les chambres, qu’elles puiffent s’entraider dans leurs effets, ce qui fe fait en donnant a la diftance d’un fourneau à l’autre un peu plus de grandeur que celle des fourneaux à la furface du revêtement qu’on veut faire fauter. Si on vouloit mettre en brèche toute la face.d’un Bafficn, on y attacheroit en même - tems plufîeurs Mineurs qui feroient chacun de leur côté trois ou quatre fourneaux que l’on feroit en-fuite jouer tout à la fois.
- Quoiqu’on foit affûté que l’ouvrage que l’on mine ne foit point contre-miné ., le Mineur ne doit pas pour cela négliger de fe tenir % fes gardes, étant indubitable que l’Affiégé ne manquera pas
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- de faire travailler de fon côté pour le furprendre Ôc le faire périr c’eft pourquoi il doit de tems en tems prêter l’oreille, ôc s’il entend quelque bruit fourd qui lui faffe juger que l’Ennemi n’eft pas loin, il doit fe détourner d’un autre côté s’il le peut? Ôc s’il ne le peut pas, il attendra qu’il ait enfoncé fa fonde pour mettre un piftolet dans le trou qu’il tirera dès que la fonde fera retirée. Ce coup doit être fuivi de trois ou quatre autres ; après quoi, il y enfoncera une lance à feu puant, ôc fermera bien le trou de fon côté , afin que la fumée n’y vienne point ; fi le Mineur Ennemi n’eft pas affez fur fes gardes, il fera infailliblement tué du premier coup ; ôc s’il l’évite, on l’obligera du moins de dé-ferter pour quelque tems ;.car la fumée qui s’enferme dans les terres en empoifonne tellement l’air, qu’il eft impoftible d’en approcher pendant deux ou trois jours, ôc l’on a été fouvent obligé de retirer par les pieds les Mineurs qui ont voulu s’y obftiner. Cela fait, il crevera fa galerie par quelque petit fourneau pourla rendre inutile, Ôc pouvoir continuer fon travail avec plus de fureté.
- Si l’ouvrage eft contre-miné derrière le revêtement, on tâchera de gagner le deffous, finon on crevera la galerie en deux ou trois endroits pour en chalfer l’Ennemi, ôc faire enfuite fes fourneaux. Mais fi la galerie étoit dans l’épaiffeur du revêtement, on pourroit alors agir de la maniéré dont M. Goulon parle dans fes Mémoires, qui eft de crever la galerie en plusieurs endroits, faifant enforte que l’effet fe faffe du côté du foffé, afin de ne pas la combler. Après quoi on envoyera dix ou douze Grenadiers commandés par deux Sergens, portant avec eux quelques bombes, les unes bien chargées, ôc les autres avec une fimple fufée. Ils donneront dans la galerie le piftolet ôc l’épée à la main, Ôc 11 l'Affiégé leur fait réfiftance, ils leur jeteront deux ou trois bombes bien chargées, fe retirant en même-tems du côté où ils font entrés. Quand ces bombes auront fait leur effet, ils rentreront ;; fi l’Ennemi revient, ils lui jetteront des fauffes bombes qui le mettra en fuite, de peur d’en être écrafé, ôc pendant ce tems-là ils profiteront de fa peur, ôc feront des bonnes Ôc fortes traverfes bien crénelées, qui ôteront à l’Affiégé toute efpérance de regagner leur galerie ; ôc comme on pourroit jetter des feux par les puits ou foupiraux des contre-mines, on les bouchera avec trois ou quatre madriers mis l’un fur l’autre, ôc garnis de fer-blanc. Les chofes étant en cet état> on travaillera aux four-
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- Ingénieur François; 2 j i ?heaux pour faire brèche, comme nous avons dit ci-deffus.
- Anciennement on mettoit au pied du mur où l’on vouloir faire brèche, des gros-madriers fous lefquels le Mineur fe mettoit à couvert pour faire fon trou. Quand le fofle ètoit fec, après avoir démonté le canon du flanc parles batteries de la contre - Efcarpe, on faifoit la defcente du fofle, ôc fans attendre que le paflage fût fini, on envoyoit attacher au pied du revêtement cinq ou fix gros madriers couverts de fer-blanc, ou dé peaux de bœufs fraî* chement tués, ôc mis en talus, afin que les feux que l’Afliégé jettoit d’enhaut, n’y euffent point de prife, ôc gliffaffent par-deffus ; on les armoit au bout d’une pointe de fer que l’on plantoit en terre pour les mieux arrêter, ôc l’on y faifoit un épaulement contre le flanc oppofé avec les débris que le canon avoit fait en tirant aux défenfes. Mais quand le fofle étoit plein d’eau, il falloit néceffair eurent ou avoir achevé entièrement le paflage qui fe faifoit alors par un pont de fafcines, de terre, de gabions, fur lefquels on mettoit une galerie de charpente couverte à côté ôc par le haut à l’épreuve du moufquet, ce qui étoit infiniment long, ou envoyer le Mineur fécretement, ôc pendant la nuit dans ;un bateau , ou à la nage, tenant en main une corde dont il droit les madriers ôc les outils qui lui étoient néceflaires.
- Cette maniéré étoitîrès - longue ôc infiniment dangereufe pour le Mineur , qui outre le danger des forties dérobées qu’on faifoit contre lui dans les foffés fècs, fe trouvoit la plupart du tems •écrafé fous fes madriers qui ne pouvoient pas toujours réfifter aux bombes ôc aux quartiers de pierres que l’on jettoit du haut du Rempart. C’eft pourquoi l’on ne l’employe aujourd’hui que lorfque les batteries de la contre - Efcarpe ne peuvent point découvrir le pied du revêtement, ôc hors de ces cas qui font très-arares, on fait toujours à coups de canon qne ouverture ou trou dans lequel le Mineur s’étant gliffé, peut facilement éloigner avec une fourche tous les feux qu’on jette d’enhaut. Quand le fofle eft fec, on y fait des logemens pour s’oppofer aux forties, Ôc quand il eft plein d’eau on continue le paflage jufqu’à une certaine diftance d’où l’on envoyé le Mineur fur un radeau ou à la nage, comme nous avons dit. Dès qu’il eft arrivé, il travaille à vuider les décombres du trou, ôc lorfque la Place eft •capable de contenir deux ou trois de fes compagnons , on les y fait paffer de la même maniéré pour l’aider dans le travail de la galerie.
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- Outre les outils qui fervent à l’excavation des terresôc donr nous avons parlé dans l’article des fappes, le Mineur doit encore avoir une fonde pour enfoncer dans les tertres, Ôc découvrir les galeries de l’Afliégé, PL 40. une fonde à tarière pour aggrandir le trou lorfqu’on veut créver ces galeries par quelque bombe ou gargouche chargée, ce qui fe fait en l’enfonçant dans ces trous, ôc maçonnant enfuite l’ouverture de même qu’aux fourneaux; des cifeaux pour faire fauter les terres des côtés fans faire de bruit, en y frappant par-deflus avec la main ; une équerre pour faire fes retours à angles droits, une bouflole pour fc diriger dans fon travail, Ôc une broüette pour y mettre les terres. Cette broüette eft montée fur quatre roues, ôc l’on y attache deux cordes, Tune devant, ôc l’autre derrière, qui fervent à la tirer jufqu’à' l’entrée de la galerie pour la vuider, ôc à la retirer enfuite pour la remplir. Outre les deux hommes qui fervent à vuider ou remplir' la broüette, il faut auffi deux ou trois Charpentiers, l’un pour étayer les terres, ôc les autres pour préparer les bois néceffaires , tant pour les étayemens, que pour former les fourneaux. Le Mineur ôc ceux qui font avec lui, font relevés de deux en deux heures, ôc l’on a foin de les faire travailler avec toute la diligence polfible, pour donner à l’Ennemi le moins de tems qu’on peut. *
- Tandis que le travail de la mine s’avance , on fait de grands amas de matériaux ôc d’outils dans les Places d’Armes prochaines ; on difpofe toutes les batteries de canon, de bombes ôc de pierres ; on réglé les détachemens qui doivent monter à l’affaut, le nombre des. travailleurs qu’on deftine à faire les logemens fur la brèche, ôc ceux qui doivent réparer les défordres qu’elle aura fait dans les tranchées les plus avancées ; ôc quand la mine eft prête, 011 fait' retirer toutes les troupes peu à peu fans bruit hors la portée des éclats, jufques à ce que le Mineur à qui on donne ordre d’y mettre le feu, l’ait fait jouer. On doit obferver avec foin de régler le lieu du foyer des fauciffes, ôc la compofition de la poudre qu’on y met, de forte que le Mineur ôc les quatre ou cinq Fu-fîliers qu’on lui donne pour l’efcorter, ayent le tems de fe retirer e-n lieu fur-, avant que la mine faffe fon effet.
- La brèche étant faite, les travailleurs fe rendent chacun dans les poftes qui leur ont été ordonnés auparavant pour raccommoder ce qu’il peut y avoir de gâté les Officiers d’Artillerie rentrent dans leurs Batteries, ôc les troupes dans les logemens où on ;%
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- Page gSi. Planche. 4-0,u'
- jMiae double*
- Sonde a tare ter de plusieurs pièces.
- Plan de la chambre d'une mine a vec un, bout dej?aierie
- fi
- Profile de la chambre d'une mine etdun* bout de^palerte
- Profile de ùpp alerté*.
- *~Aupe*t.
- JL oxuzheépreurfuire les rigoles des' auge*tr,^
- Il Penvoy du plan* de la* chambre des mines etrdes profils,
- X . chambre de ht mt*ne Jb. madriers servant de* plafonds.
- C. solivespour soutenir les madriers.
- d. poteaucc quisoulieneni les solives; .
- e. solives pour soutenir les terres des côteoc.
- f. étencôns.
- \t.aiupet.
- 1, saucisson*.
- K. chevillepour retenir les saucisson,.
- HL massownerie enfumior Vifieûilleurespour recevoir des poutrelles. O.poutrelles. p. coinpour serrer les poutrelles. .
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- Ingénieur François; '25*3 tient tout, prêt à faire feu, ôc Fon fait enfuite avancer les déta-chemens ôc les travailleurs pour fe rendre maîtres de la brèche, ou de vive-force, ou peu à peu, comme nous avons dit ci-deflus.
- Avant que je finiffe ce qui regarde les Mines ôc les contre-mines , on ne fera pas fâché que je rapporte ici un moyen facile de faire fauter plufieurs fois un même terrein, tel que je 1 ai trouvé dans un petit écrit imprimé à la fin du troifiéme Livre de Polybe du Chevalier Folard, ôc qui eft de l’invention de M. de Valiere. Suppofons donc qu’on veuille placer ces fourneaux fous le glacis à 13 ou 14 pieds du fommet au parapet pour enlever plufieurs fois les logemens que l’Affiégeant a coutume d’y faire, PL 41, Fig. 14. & 15*. Imaginons-nous d’abord un plan ou furfaceplane ABCD, qui coupe la furface du glacis par un angle de 45 degrés , ôc qui foit éloigné du fommet du parapet de 13 ou 14 pieds, afiri que le feu des fourneaux ne l’incommode point. Figurons-nous auïïi un profil abcd, dont la ligne ad marque la pente du glacis, la. ligne bc marque le plan- coupant, ôc l’angle cbd eft l’angle de4y dégrés. Cela fait, frie terrein me permet de faire les premiers fourneaux à 8, p, ou 10 pieds de profondeur, je porte le double de ces 8, ou 10 pieds fur la furface du glacis de-* puis b jufqu’en-e, ôc du milieu/ je tire une perpendiculaire/»-' fur la furface du glacis, jufqu’à ce qu’elle coupe la ligne bc du1 plan coupant au point/, ce qui me donnera le' trianglebfg. IF eft démontré en Géométrie r°. Que les trois angles d’un triangle* quelconque pris enfemble, ne valent jamais que deux* angles' droits ou- deux fois ^o: dégrés. 20. Que dans tout triangle qui a* deux angles égaux, les côtés oppofés à ces angles font aufli* égaux, ôc lorfque cela arrive, le triangle s’appelle ifofcele. 3°.-Enfin que dans tout triangle re£f angle le quarré de la bafe, c’eft-à-dire du- côté oppofé à l’angle droit', eft toujours égal aux: quarrés du grand côté ÔC du petit côté, d’où s’enfuit que le quarré du grand côté eft' égal", au quarré de la bafe moins le quarré du petit côté, ÔC de même que le quarré' du petit côté eft égal au quarré de la bafe moins le quarré du grand cotée-Or dans le triangle bfg, Pangle bfg eft droit, puifque^ eft perpendiculaire à bf, ôc l’angle fbg eft de 45* dégrés ; donc l’angle-fgb doit être aufli de 43 dégrés , qui étant ajoutés aux autres 4f, feront enfemble 90 , qui eft la valeur d’un angle droit’, ôc par-conféquent le triangle eft ifofcele-,- ôc le côté bfeû égal-au- côté?
- li iii
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- 3^4 Le Parfait
- fg. Ainfi fuppofant que le côté ^/Vaille i o pieds -, le côté fg eu vaudra auiïi io. A prefent pour çonnoître la valeur de bg qui eft la bafe du triangle bfg reétangle, je fais le quarré du côté bf, Ôc le quarré du côtéfg, ôc après les avoir ajouté enfemble, j’en tire la racine quarrée qui eft la valeur de bg. Par les principes fup-pofés ci-defîus,/£ étant égal à bf, le point g fera la place du fourneau, ôc be fera le diamètre de la bafe de fou excavation ; c’eft pourquoi je prens la ligne bg, ôc je la porte fur le plan coupant depuis B jufqu’en F ; du point F je tire FH paralelle à AB, ôc je range fur FH mes premiers fourneaux éloignés entre eux de la diftance bf, ou fg. Cela fait, je prens avec le compas la grandeur^ , ôc mettant une pointe fur le premier fourneau , je décris un arc avec l’autre, enfuite tranfportant la pointe fur le fécond fourneau, je décris un autre arc qui coupe le premier, .ce qui me donne un triangle ifofcele.. Je laifle l’efpace renfermé entre le fécond ôc troifiéme fourneau, ôc je fais un autre triangle ifofcele fur l’efpace renfermé entre le troifiéme ôc quatrième. Je lailfe de même l’efpace renfermé entre le quatrième ôc cinquième, je fais un triangle ifofcele furie cinquième ôc fixiéme, ôc ainfi de fuite, comme la Figure le montre. Par le fommet de ces triangles, je tire une ligne IL qui fera paralelle à AB., ôc du fommet N du premier triangle, je tire NM perpendiculaire fur fa bafe, ce qui me donne un triangle reftangle NMO, dont le quarré de NM eft égal au quarré de NO moins le quarré de MO ; .or comme je connois MO ôc NO, je connoîtrai facilement NM, qui étant ajoutés à BF, me donnera toute la diftance BL. Je porte donc la diftance BL fur le profil de b en /, ôc du point / je tire Ip perpendiculaire à la furface dû glacis, ce qui me donne un triangle ifofcele reétangle bip dans lequel le quarré de bl eft égal aux quarrés de bp ôc de/?/; c’eft pourquoi faifant le quarré de bf ôc prenant la moitié de ce quarré, j’en tire la racine quarrée qui fera la valeur de//? ; or bp étant égal à/?/, je n'ai qu’à fairepo égal à bp, ôc j’aurai / qui fera la place de mes féconds fourneaux, ôc bo qui fera le diamètre de la bafe de leur excavation. C’eft pourquoi les fommets des triangles ifofceles marqueront dans le plan .coupant la place des féconds fourneaux. Cela fait, je prens Ip .avec le compas, ôc portant une des pointes fur le premier des féconds fourneaux, je décris un arc de cercle avec l’autre, tranf-porrant .enfuite la pointe fur le fécond fourneau, je décris un
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- Ingénieur François.- z^f un autre arc qui coupant le'premier, me donne un triangle ifof-cele ; je laiffe refpace renfermé entre le fécond Ôt troifiéme, Ôc je fais un autre triangle ifofcele fur la diftance du troiliéme au quatrième, continuant ainfi de fuite, comme la Figure le fait voir. Par le fommet de ces triangles, je tire une ligne CD pa-ralelle à AB, ôc du fommet de Pun de ces triangles, je tire une ligne TV perpendiculaire à fa bafe, ce qui me donne un triangle reétangle, dont la bafe TN Ôc le petit côté NV me font facilement connoître le côté TV ; c’eft pourquoi ajoutant TV à BL, je connoîtrai toute la longueur BC, je porte donc cette' longueur BC fur le profil de b en c, ôc du point c je tire cr perpendiculaire au glacis, ce qui me donne un triangle ifofcele; dont je connoîtrai facilement le côté cr. Enfin faifant rd égal à br, je trouverai que c eft la place de mes troifiémes fourneaux y ôc bd le diamètre, de la bafe de leur excavation. La place de ces troifiémes fourneaux eft marquée dans le plan fur la ligne CD dans tous les points où le fommet des triangles ifofceles abou-riffent.. Les lignes gf3 lprcr}Font appellées par l’Auteur lignes de moindre réfiftance, parce qu’elles font1 les plus courtes qu’on; puiffe tirer du centre du fourneau à la furface du glacis. Si l’on vouloit placer des quatrièmes fourneaux, on prendroit la ligne de moindre réfiftance des troifiémes, ôc Pon feroit dans le plan des triangles ifofceles, achevant le refte comme ci-deffus; fr l’on en vouloit des cinquièmes, on prendroirlaligne de moindre réfiftance des quatrièmes pour faire ces triangles, ôc ainfi de fuite.
- Je n’ai point mis le calcul en chiffres pour rendre le difcoürs plus intelligible. Ceux qui voudront fe donner la peine de le faire, trouveront qu’en plaçant les premiers fourneaux à dix pieds de profondeur, il faut environ vingt-quatre pieds pour là profondeur des troifiémes, ce qui peut fè faire très-facilement dans des terreins un peu fecs, au grand dommage des Afïié-geans , qui achèteront bien chers leurs logemens fur' le glacis. -
- Ce qu on doit faire, pour empêcher les fe cours qu’on peut donner à la Place attaquée
- Quelque foin que Pon prenne à bien projetter ôt conduire fes attaques, il feroit cependant impoffible de contraindre une Place à fe rendre, fl Ton ipavoit le grand nombre ôc la force defoix
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- Le Parfait
- côté. Pour peu que la défenfe foit raifonnable, l’affiégeant perd toujours beaucoup plus de monde que l’Affiégé, tant à caufe de la multitude des travaux qu’il faut faire fous le feu de la Place, ôc de la difficulté des logemens dont la plupart fe font fur des débris très - incommodes, quà caufe de l’avantage du terrein que les Fortifications donnent à l'Ennemi ; ôc fi celui-ci pouvoit à la fin fe trouver en nombre égal, ou prefque égal, ce feroit vouloir faire maflacrer inutilement fes Soldats , que d’entreprendre de le forcer. C’eft pourquoi comme la Garnifon d’une Place efi: toujours bien inférieure à l’Armée aflaillante, un General ne doit rien oublier pour empêcher qu’on n’y faffe entrer du fecours, ôc qu’on ne le prive par-là de la gloire que la conduite de fes at~ caques devoit lui procurer.
- L’Ennemi peut fecourir une Place afïiégée en quatre maniérés.1 i°. Par des petits fecours qui entrent à la dérobée. 20. En attirant l’Affiégeant hors des lignes fous prétexte d’une bataille, ôc détachant en même-tems d’un autre côté des troupes qui fe font jour à travers les endroits des lignes les plus dégarnis. 30. En mettant le Siège devant une autre Place auflï confidérable que celle qu’on attaque, pour faire diverfion. ^°. Enfin en attaquant les lignes de circonvallation.
- O11 empêche les petits fecours par la circonvallation, ôc les gardes avancées dont nous avons parlé ailleurs. On prévient les féconds en ne foiîant jamais des lignes, à moins qu’011 ne foit en état de laifler dans la tranchée un nombre de troupes fuffi^ fant pour s’oppofer aux forties de l’Affiégé, qu’on ne foit aflliré que l’Ennemi ne peut fecourir la Place que par l’endroit où on va l’attaquer, ou qu’on ne puifle mettre des troupes dans les autres endroits par où il pourroit envoyer des détachemens, ôc que l’Armée qu’on fait marcher contre lui, ne foit auffi nom-breufe que la fienne. On remedie à la diverfion en preffant vivement le Siège qu’on a commencé, pour être en état après la Ville prife, d’aller fecourir celle que l’Ennemi attaque, avant qu’il l’ait contrainte à fe rendre. Enfin on fe met facilement à l’abri de l’attaque des lignes par une Armée d’obfervation, qui prenant toujours fes poftes entre la circonvallation ôc l’Ennemi, l’empêche d’approcher.
- Mais lorfquon neft pas en état d’avoir deux Armées pour le Siège d’une Place, ce qui arrive quelquefois, l’attaque des lignes
- alors extrêmement à craindre, à caufç de la trop grande
- . étendue
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- Planche .41.
- JjlOC
- Ohcuu-te tiers dent an se set^vait autre/ai spo-urjÇiîredesplante ftien h
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- Ingénieur François: aj7
- étendue de la circonvallation, qui demanderoit une Armée pro-digieufe pour la mettre en bonne défenfe dans toutes Tes parties, & fi l’on n’y met tous fes foins, on court rifque de les voir forcer, ce qui entraîne toujours après foi la levée du Siège.
- Il faut donc dans ces occallons, i°. Faire conltruire les lignes Je plus folidement que Ton peut, en faire les parapets à l’épreuve du canon , les faire bien fafciner à mefure quon les éleve, y mettre des fraifes, en élargir le foffé jufqu’à dix-huit pieds pour le moins, 6c mettre des palilfades fur le bord de fa contre - Ef-carpe ; en forte cependant que leur élévation n’empêche pas le feu des lignes. Il feroit encore mieux de mettre ces palilfades a 14 ou toifes loin du bord, où on les planteroit en les fai-fant pancher vers la Campagne d’un angle de 4j dégrés, ôc tenant leur tête élevée de 3 pieds. Dans cette fituation elles ar-rêteroient tout court l’Ennemi qui ne pourroit les arracher, ôc qui auroit cependant beaucoup à foufïrir du feu de la ligne ; on auroit encore l’avantage de l’incommoder par les grenades, dont les éclats palferoient à travers les entre - deux des palilfades ; au lieu que celles qu’il jetteroit, ne pouvant à cette diftance s’é-leyer jufqu’au delfus du parapet, retomberoient dans le folié. Comme il eft rare que la circonvallation foit également accelfible de tous côtés, ôc qu’il fe trouve fouvent des rivières , étangs , marais, Ôc des ravins ou des efcarpemens qui en fortifient une bonne partie. Cte moyen ne feroit pas fi difficile qu’il le paroît d’abord, puifqu’il n’y auroit qu’à planter ces palilfades dans les .endroits les plus foibles, ôc l’on en tireroit cependant une grande utilité.
- 20. On doit faire des épaulemens entre la ligne ôc les Bataillons pour couvrir la Cavalerie ôcles troupes qui ne donnent point contre les plongées du canon ôc du moufquet,
- 3P. Il faut tâcher de découvrir le delfein de l’Ennemi fur le tems Ôc le lieu de fon attaque, foit par les prifonniers qu’on fait, foit par les efpions dont il faut avoir grand nombre pour en fça-voir des nouvelles, s’il fe peut, deux ou trois fois par jour. Comme l’Armée ennemie campe ordinairement à quelque^ diftance des lignes, pour avoir le tems de les mieux reconnoitre, ôc de s’emparer de tous les polies qui lui paroîtront nécelfaires, on ne doit pas s’en tenir précifément à fon premier campement pour juger de fon delfein, parce qu’il pourroit fort bien faire mine de vouloir attaquer de ce côté pour vous obliger à dégarnir les
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- autres fur îefquels il tomberoit enfuite plus facilement; mais on doit encore obferver quels font les endroits de la circonvallation qu’il tâche cîe reconnoître le plus ; quels font les portes dont il s’empare, Ôc s’ils peuvent lui fervir effectivement à fon deflein ou non, auquel cas il le feroit pour vous faire prendre le change ; fi y ayant une riviere, il y fait conrtruire plufieurs ponts pour y faire pafler plufieurs colonnes à la fois ; s’il envoyé des corps de troupes de côté ôc d’autre, ôc de quel côté il les envoyé; ôc enfin s’il peut faire fon attaque de jour ou de nuit, ce que l’on ertime par la dirtance où il fe trouve des lignes.
- 4°. Il faut tenir des gardes avancées de Cavalerie , ôc en augmenter le nombre pour s’oppofer à celles que l’Ennemi envoyé à la découverte des lignes ; ces gardes doivent en envoyer d’autres petites pendant la nuit, qui battent l’eftrade de tous côtés à la portée du canon. On détachera aufii des Partis qui s’avanceront un peu plus avant du côté de l’Ennemi, ôc lorfi» qu’ils le verront avan-cer, ils fe retireront, de même que les petites gardes , vers la grande garde avancée, qui rentrera en même-tems dans les lignes pour avertir les troupes de fa venue.
- . 50. Dès qu’on eft affuré du deflein de l’Ennemi , il faut placer du canon dans l’endroit de la ligne qui doit être infulté, border fes parapets le plus qu’on peut de Grenadiers ôc de Moufque-taires, en mettre d’autres derrière ceux-ci à quelque dirtance pour les foutenir, ôc ranger enfuite la Cavalerie, ©bfervant toujours de laifîer du côté de la Place des gardes avancées qui foienu en état de repoufîer les forties del’Afliégé.
- 6°. Enfin fi l’Ennemi doit former fon attaque pendant la nuit > on fera préparer des grands bûchers de bois fec à.40 ou jo pas hors de la ligne, vis - à - vis les angles flanqués, ôc le milieu des Courtines. Ces bûchers feront gardés chacun par trois ou quatre Soldats, qui y mettront le feu quand l’Ennemi fera à la portée dü canon , ce qui fera une clarté d’autant plus dangereufe à l’Ennemi, qu’on tire bien plus droit à la lueur du feu pendant la nuit que pendant le jour. Cependant comme il pourroit à la faveur des tenebres, détacher des troupes pour tomber fur quel-qu’autre côté de la ligne , il faut avoir difpofé des piquets ôc des. corps de réferve dans les autres quartiers, ôc tenir des gardes avancées de côté Ôc d’autre pour obferver les démarches de l’Ennemi.
- En prenant ces précautions, il eft prefque impoflible que l’En-*
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- nemi force les lignes, au lieu que fi on s’avifoit de les border également de tous côtés, par l’incertitude où Ton eft de fes démarches, il ne manqueroit pas de repouffer ceux qui défendraient les endroits attaqués à caufe de leur petit nombre, ôc s’en rendrait entièrement maître ayant que le corps de réferve pût y apporter du fecours, comme il eft arrivé plufieurs fois.
- De l* Attaque des Places irrégulières.
- Sans parler de l’irrégularité que peut produire par rapport à l’attaque la diverfité des terreins qui environnent les Places, on en. trouve très - peu qui foient entièrement régulières en elles -mêmes ; la plupart des Villes ayant été bâties avant l'ufage de la Fortification moderne. On s’eft prefque toujours afiujettien tout ou en partie à la bizarrerie de leurs figures, foit pour épargner la dépenfe exceflîve qu’il aurait fallu faire pour les corriger entièrement, foit pour profiter de ce que leur vieille enceinte avoit de bon, mais comme on a dû dans leur correction s’éloigner le moins qu’il a été poftible, des maximes générales de la Fortification régulière, il faut aufli dans leurs attaques ob-ferver le plus qu’on peut, les principales réglés de l’attaque régulière dont nous avons parlé jufqu’ici, Ôc dont nous allons faire une efpece de récapitulation.
- i°. Les lignes de circonvallation doivent être faites avec beau-, coup de foin, furtout fi l’on craint quelques grands fecours. On doit profiter dans leur conftruétion de tous les avantages du ter-rein , les faifant fur tous les commandemens qui fe trouvent, ou y faifant des Forts s’ils font trop loin, & plaçant les rivières, ruiffeaux, marais, cavins ou chemins creux, entre elles & l’Ennemi, en forte qu’on foit en état d’y plonger. Les “pointes des redans ne doivent être éloignées que de 120 toifes, un peu plus ou un peu moins. Le circuit des lignes ne doit être ni trop grand, ni trop petit. Il doit toujours y avoir ico ou 120 toifes entre elles ôc le camp , qui doit être hors de la portée du canon de la Place. S’il y a des lignes de contrevallation, le Camp en doit être éloigné d’environ 200 toifes, ôc le canon ne doit point porter dans ces lignes,
- 20. On doit avoir, bien pris fes mefures avant de former fes attaques, ôc s’être bien informé de la force de la Garnifôn ; il faut choifir les lieux les moins ferrés ôc les plus fecs, lier les
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- afo Le Parfait
- attaques, parce qu’elles demandent moins de monde que lor£ quelles fontféparées, ôt les faire toujours du côté le plus foible de la Place, excepté certains cas. où l’on trouve plus de facilité pour le tranfport des munitions ôc des fafcines, ôc où l’on eft mieux en état de refferrer l’Affiegé, ôc de s’oppofer aux fecours en attaquant d’un autre côté. Enfin l’on doit choifir les lieux par où on peut parvenir plutôt au corps de la Place.
- 3°. L’ouverture de la tranchée doitfe faire hors delà portée* du canon, à moins que quelque rideau ou chemin creux n’en facilite. On doit attendre pour la commencer, que les lignes foient prefque achevées, ôc qu’on ait préparé toutes les munitions Ôc les matériaux néceffaires. Il ne doit y avoir aucun endroit qui foit enfilé de la Place.. La largeur doit être fuffifante pour le palTage libre des troupes ôc le tranfport des matériaux, Ôc fa hauteur doit mettre le Soldat à couvert. Il faut y faire tout au moins trois grandes Places d’Armes, dont la première excede de côté ôc d’autre le front des attaques, ôc la derniere l’embrafle totalement. Ces Places d’Armes ou paralelles doivent être plus larges que la tranchée pour contenir les bataillons Ôc les matériaux dont la tranchée, doit toujours être débaraffée. On y doit faire des banquettes pour pouvoir fortir en front de bataille en cas de befoin: il ne faut jamais avancer un ouvrage vers la Place que celui qui doit le foutenir, ne foit en état de le faire.
- 4°. Il faut employer la fappe dès que le feu de la Place devient dangereux, pour ne pas faire périr inutilement dans les travaux quantité de bons Soldats, dont le nombre fera certainement bien diminué dans les attaques.
- 5°. Il faut donner aux batteries lafituation la plus convenable; ce qui fe fait en prolongeant les faces de l’ouvrage attaqué, juf-qu’à ce qu’elles coupent la paralelle hors de laquelle on doit les mettre. Ainfifuppofé qu’on veuille battre la face droite d’un Baf* tion, on prolongera la face gauche jufqu’à ce qu’elle coupe la paralelle à un point qui marque la fituation de la Batterie. L’éloL-gnement n’en doit être qu’à 160 toifes tout au plus de la Place pour faire un bon effet. On ne doit tirer ni aux maifons ni aux autres bâtimens, mais aux défenfes pour démonter le canon de l’Ennemi, après quoi il faut tirer à ricochets pour l’éloigner le plus qu’on peut dé ces défenfes.
- 6°. Il faut être extrêmement fur fes gardes dans les approches contre les contremines, & ne pas manquer de fe rendre maître,
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- Ingénieur François. 261 du deffous, fi l’on peut, avant d’attaquer le deffus.
- 7°. Il ne faut pas dans les forties de l’A {Piégé s’obftiner à défendre les ouvrages imparfaits, mais fe retirer dans les autres,, ôc laiffer avancer l’Ennemi le plus qu’on peut avant de le charger, pour n’avoir pas à effuyerle feu delà Place en voulant le. prévenir.
- 8°. Pour les attaques du chemin couvert des dehors ôc du corps de la Place, il faut préférer celles qu’on fait peu à peu à celles qui fe font de vive force ; c’eft-à-dire qu’il faut dreffer des: cavaliers fur le glacis contre le chemin couvert, ôc faire fes logemensfur les brèches à la faveur des Batteries toujours prêtes, qui chaffent l’Ennemi lorfqu’il avance pour empêcher le travail.
- 9°. Il ne faut rien preffer pendant tout le Siège ; mais tout doit être fait dans fon tems, afin que rien ne languide ou ne fouffre. Ainfi l’on ne! doit commencer les travaux que lorfque tous les matériaux font prêts ; on ne doit les avancer qu’à mefure qu’ils peuvent être foutenus, les attaques des dehors ne doivent fe faire qu’après les logemens du chemin couvert, ôc l’on ne doit monter fur les brèches que lorfqu’elles font applanies, ôc les paflages. entièrement achevés. L’arrangement ôt la difpofition de toutes ces chofes fe doit faire quelque tems avant l’exécution ôc l’on doit même prévoir tout ce qui peut arriver.
- io°. Enfin 011 ne doit entreprendre un. Siège en- hyver que le moins.que l’on peut, à caufe de la rigueur de la faifon qui fak beaucoup fouffrir les troupes, ôc les Places environnées demarais , doivent être attaquées dans les tems les. plus fecs, pour être moins incommodé des eaux.
- La plupart de ces maximes ne peuvent être obfervées à la ri--gueur dans l’attaque des Places irrégulières; mais il faut toujours tâcher de ne s’en éloigner que très - peu, ôc lorfqu’on ne fçauroit faire autrement. On peut facilement par leur moyen connoîtrs le fort ou le foible d’une Place ; car s’il y a des endroits qu’on ne puiffe attaquer fans altérer beaucoup ces maximes en tout on en partie, ce feront les endroits forts de la Place, ôc ceux qu’on -pourra attaquer en fuivant les réglés, ou en ne s’en écartant pas beaucoup, feront les endroits foibles. Ainfi par exemple, on connoîtraque les cotés au- devant defquels il fe trouve des marais, où l’on ne fçauroit aborder que par des chauffées étroites ôc enfilées, où il n’y a point deterrein à droite ôc à gauche.pour s’étendre ; que ceux qui font inacceflibles, ou vers lefquels om
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- 262 Le Parfait
- ne fçauroit approcher que par des rampes roides fur lefquelles l’Afliégé peut faire rouler des bombes, des barils foudroyans , des pierres ^ des chevaux de frife, ôcc. que ceux qui n’ont devant eux que des rochers dans lefquels on ne fçauroit creufer; ceux qui ont plus de dehors devant eux que les autres, ôc ceux qui ont un ouvrage à corne fur la pointe d’un Baftion, font les côtés les plus forts ; les premiers, parce que les tranchées ne fçauroient embrafler le front de l’attaque, ôc qu’on ne pourroit y faire des Places d’Armes, ni éviter les enfilades; les féconds, parce que l’Ennemi détruiroit à.tous momens les travaux, ôc feroit périr une infinité de monde ; les troifiémes, parce que n’y ayant point de terrein furies lieux, il faudroit l’apporter de bien loin, ce qui demanderoit trop de tems ; les quatrièmes, parce que chaque ouvrage demande une attaque particulière ; ôc les cinquièmes enfin , parce qu’il faut néceffairement emporter l’ouvrage à corne Ôc les deux demi-Lunes collatérales, ce qui ne fe fait pas fans y employer bien du tems ôc de la peine, ôc l’on fe trouve après cela n’être en état que d’attaquer la pointe d’un Baftion à la vue des deux flancs oppofés. Il y a une infinité d’autres circonfiances qui peuvent faire varier le fort ou le foible d’une Place, ôc qu’il eft inutile de rapporter ici. Le point principal eft de bien reconnoître .les Places le plus fouvent que l’on peut, jufqu’à ce qu’on en ait fait un plan éxati, ôc de combiner fi bien les avantages Ôc les défavantages que chaque côté peut avoir avec ceux du terrein, qu’on choififle enfin celui qui eft véritablement le plus foible.
- Dans l’attaque des Places fituées fur des hauteurs, on s’empare de celles qui peuvent les dominer, s’il s’en trouve à quelque diftance d’où on puifle les incommoder, on choifit pour conduire la tranchée, les endroits où la terre eft plus facile à remuer , ôc ceux qui font plus acceflibles ôc moins roides, afin d’être moins incommodés des feux Ôc des artifices que l’Ennemi fait rouler d’en haut, on y fait des Places d’Armes de côté ôc d’autre, plus ou moins étendues, félon que le terrein s’étend plus ou moins. Ces paralelles, quoiqu’elles ne puiflent embrafler le front des attaques, fervent cependant beaucoup à foutenir les batteries ôc les travaux delà tranchée, qu’elles dégagent en même-tems des troupes. Quand on eft arrivé fur le glacis, s’il y en a, 011 y fait une derniere Place d’Armes, large ôc étendue le plus qu’on peut, pour fervir à l’attaque du chemin couvert, qui fe fait ici prefque toujours de vive force, parce qu’il arrive rarement qu’on
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- puiffe y plonger par le moyen des cavaliers. La defcente 6c le pa!Tage au foffé lè font à l’ordinaire, fi ce n’efl qu’il faut quelquefois employer la mine lorfqu’on ne trouve que des rochers. Par rapport à la brèche, fi le roc monte jufqu’à la demi-hauteur du Rempart, 6c qu’il foit trop difficile d*y attacher le Mineur à caufe de fa trop grande dureté, on bat le haut du Rempart jufqu’à ce que les débris furpaffent ou égalent la hauteur du roc, ôc l’on détache enfuite fécretement le Mineur, qui fe gliffant entre le roc ôc la terre, y établit fes fourneaux, travaillant fans faire de bruit pour furprendre l’Ennemi, qui ordinairement fe croit en sûreté de ce côté - là. Mais fi le roc a des veines ôc des défauts qui puiffent favorifer la mine, on peut y faire un trou avec le canon à la maniéré accoutumée, ôc y faire palier le Mineur.-On fait aufii dans ces fortes de Sièges grand ufage des Batteries à bombes ôc à pierres, parce que les lieux où font fituées ces Places, étant ordinairement ferrés, pierreux, ôc pleins de roc 9 font fujets à beaucoup d’éclat.
- Les Places environnées de marais, font plus difficiles à attaquer que celles-ci, tant à caufe du peu de terrein que l’on trouve; pour faire fes approches, qu’à caufe de la circonvallation qu’il faut faire avec beaucoup d’exaétitude pour empêcher les fecours dérobés, n’y ayant prefque point de marais que l’on ne puiffe païïer fur quelque bateau, ou planche, ou même à guay,aulieu que les Places élevées fur des rochers n’ont ordinairement que peu d’avenues , dont il fuffit de fe rendre maître pour leur ôter toutes fortes de communications. Quand le marais peut être defi-féchr, ou qu’on peut détourner quelque ruiffeau ou riviere qui le caufe, on commence toujours par-là, après quoi 011 fait fes-attaques à l’ordinaire, donnant plus de largeur aux ouvrages de la tranchée pour ne pas rencontrer l’eau en s’enfonçant. Mais lorfque le marais ne peut être defféché, il faut examiner G les chauffées font affez hautes pour pouvoir s’enfoncer, fi elles ont affez de largeur pour pouvoir aller àziczague, Ôc éviter l’enfilade, ôc s’il fe trouve de rems entems quelque terrein à droite ôc à gauche, de même nature ou l’on puilfe faire des Places d’Armes ôc dreffer des Batteries. Dans ce cas - là on peut former fes attaques en pouffant les travaux fur les chauffées jufqu’au glacis, où l’on fait une grande Place d’Armes, achevant le refte à l’ordinaire ; mais fi la chauffée n’eft au-deffus de l’eau qu’autant qu’il en faut pour y marcher à pied fec , fi elle eft étroiteôc
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- 264 L E Parfait
- quon n y trouve pas moyen de s’étendre de côté & d’autre, iî eft prefque impoffible d’approcher fes attaques vers ces fortes de Places, à moins qu’on ne veuille fe faire un chemin à force de pierres, de fafcines, & de terre, ce qui ne peut fe faire qu’avec beaucoup de tems ôc de travail. Voyez la Flanche 42. dont voici l’explication.
- EXPLICATION
- Des Attaques d'une Place Jïtuée dans un Marais qui m ‘peut être approchée que par des Digues * ou des Chauffées, Planche 42.
- !A. Tours qui flanquent & forment le front de l’Attaque.
- B, C, D. Dehors qui couvrent les Tours.
- E. Avant-folfé.
- F. Chauffées ou chemins élevés qu’on fuppofe être les feuls
- abords de la Place.
- G. Tranchées conduites fur la largeur des chauffées.
- H. Batteries à ricochet des Faces & du chemin couvert de
- la piece B.
- I. Batteries à ricochet des Faces ôc du chemin couvert de la
- piece C.
- K. Batteries à ricochet des Faces ôc du chemin couvert de la
- pièce D.
- L. Batteries à Bombes.
- M. Tranchées qui occupent tout le bord de l’avant -foffé,
- N. Paffa ges de l’avant-foffé.
- O. Cavaliers de tranchée qui enfilent le chemin couvert.
- P. Batteries de Pierriers.
- Q. Tranchées qui occupent la crête du glacis.
- R. Batteries en brèche des pièces B, C, D.
- S. Batteries contre les défenfes de ces trois pièces.
- T. Paffages du foffé de ces pièces.
- U. Logemens fur les mêmes.
- W. Batteries en brèche des Tours A.
- X. Batteries contre les Courtines.
- Y. Paffage du foffé des Tours.
- Logement fur lefdites Toprs.
- Iî
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- LE PARFAIT I^GEJSTlETJR FRANÇOIS . Planche41.Hu,s xj4
- JD/ituilland Sculfj
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- Ingénieur François; 26;
- Il eft à remarquer que le terrein ne permettant point de fortie, Pon ne fait point de Places d’Armes.
- Pour les Places fituées dans les Ifles, ou elles occupent entièrement tout le terrein, ou elles n en occupent qu’une partie. Dans le premier cas on y fait brèche, ou par le Mineur à qui on fait fon logement à coups de canon, ou par le moyen de plu-fieurs radeaux à qui on fait un parapet à lepreuve du canon , & fur lefquels on met des batteries pour battre en brèche à une certaine diftance où on les arrête avec des ancres. On pourroit auffi fe fervir pour cela de gros bâtimens dont l’on renforceroit le parapet, ôt que l’on chargeroitde terres en leur faifant toucher le fond de Peau pour les mettre à l’épreuve de la bombe. Au Siège de Toulon, les Affiégés fe fervirent de cet expédient pour incommoder le camp du Duc de Savoye. Quand la brèche eft faite, on va à l’aiïaut avec des chaloupes & des bâtimens légers.. Dans le fécond cas, on fait une defcente, ôc l’on forme fes attaques à l’ordinaire.
- On attaque les Places Maritimes qui tiennent au continent, de même que celles qui font dans des Mes quelles n’occupenc pas entièrement. La difficulté dans ces Sièges confifte à empêcher les fecours qui peuvent venir par Mer, le tems ne permettant pas toujours à une Armée Navale de faire une efpece de circonvallation hors de la portée du canon ; c’eft pourquoi s’il y a des langues de terre qui avancent dans la Mer, il faut s’en emparer ôc y dreffer des Batteries pour tirer fur les Bâtimens qui fe préfenteront au pafîàge, ôc les couler à fond ; ôt fi le paffage n^eft pas extrêmement large, le moyen le plus afîùré feroit d’y faire une bonne digne pour la boucher entièrement, comme Louis XIII. fit faire au Siège de la Rochelle. Car autrement il eft bien difficile quand le tems ne permet pas aux Vaifleaux de faite leur blocus, qu’il ne fe glifle de tems en tems quelque bâtiment à la faveur de l’obfcurité de la nuit.
- Dans l’attaque des Places fituées auprès d’une riviere, il faut foigneufement obferver, par rapport à la circonvallation, de faire plufieurs ponts de communication pour les quartiers qui font de côté ôt d’autre de la riviere, afin qu’ils puifient s’entrefecourir facilement ôt fans confufion, en cas que l’Ennemi attaquât les lignes. Ces ponts fe font de bois fort ôc épais ; on les fortifie avec des reaans aux extrémités où l’on met une bonne garde pour empêcher que l’Ennemi ne s’en faififîe ou ne les brife*
- n
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- 266 Le Parfait
- Quand la riviere traverfe la Ville, on place Tes attaques de telle maniéré qu’on puifle prolonger.les paralclles jufquesfur le bord 9 ce qui barre rÉnnemi de ce côté. Après quoi, fuppofé que ce côté foit celui de l’attaque droite, on met toute la Cavalerie à côté de l’attaque gauche- pour réfifter avec plus dè force aux forties de l’Ennemi qui ne peut plus en faire que par^ là. Mais quand la riviere patte feulement au pied d’un des côtés de la Ville, on attaque par les côtés qui font attenants celui-là ou eit dettiis ou en deflous de l’eau, appuyant la gauche ou la droite fur le bord de la riviere , ôe l’on fait fur l’autre bord une petite-attaque contre l’ouvrage qui eft ordinairement de ce côté, pour fortifier Ôc défendre le pont. La grande ôc la petite attaque doivent alors commencer par brifer le pont y & ôter toute eom* munication de la Place à l’ouvrage dont il n’eft pas enfuite difficile de fe rendre maître; Que fi il falloir néceflairement faire fes grandes attaques de ce côté-là, on s’attacheroit d’abord à cet ouvrage en l'attaquant à la maniéré ordinaire, après quoi on-y drefleroit des Batteries pour faire brèche au. corps de la Place r & dès qu’elle feroit faite, foit par la mine, foit par le canon T on y avanceroit avec des bateaux.. Ployez les Planches 43. & dont voici l’explication..
- EXPLICATION
- Des premières Attaques d’une Place fituée Jùr une grandes? Riviere, Planche 43.
- A. Chemin couvert de l’Ouvrage à corne attaqué*
- B. Demi-Lune de l’Ouvrage à corne.
- C. L’Ouvrage à corne.
- D. Traverfes dans FOuvrage à corne*
- E. Demi-Lune du Corps de la Place..
- F*. Battions du front de l’Attaque.
- G* Demi-Battions de l’Ouvrage à corne;.
- H. Demi-Lune collatérale.
- I. Demi- Lune qui couvre la tête du Pont.1
- K. Prolongement de la capitale de la demi-Lune de POuvragg à corne*
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- LE EAELAIT INCtENIEUR .PRJSJSTÇOIS.
- jPlanr/is4.3 JPaae -fy
- y.....
- Dhejilland, J'cu/p
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- Ingénieur François; 1.67 Prolongement de la capitale d’un demi - Baftion de l’Ouvrage à corne.
- M. Piquets garnis de paille ou de mèche allumée pour fervir
- à la conduite des Attaques.
- N. Batteries à ricochet des deux Faces & du chemin couvert
- de la demi - Lune de l’Ouvrage à corne.
- O. Batteries à ricochet des deux Faces & du chemin couvert
- des deux demi-Battions de l’Ouvrage à corne.
- P. Batteries à ricochet de la demi-Lune collaterale H, & de
- fon chemin couvert.
- Q. Batteries à ricochet des deux côtés & des deux traverfès
- de l’Ouvrage à corne.
- R. Batteries à ricochet des Battions F, & contre la communi-
- cation de la demi-Lune du Corps de la Place.
- 5. Batteries de côté ôc d’autre de la Riviere, peur rompre le Pont, & battre de revers la demi-Lune I qui le couvre*
- T. Tranchée qui va chercher la tête du Pont.
- U. Batteries à Bombes.
- W. Places fur la fécondé ligne où l’on pourroit mettre les Bat-
- teries à ricochet & à bombes, s’il étoit néceffaire de les changer.
- X. Demi-Places d’Armes*
- Y. Cavaliers de tranchée qui enfilent le chemin couvert.
- Z. Paffages de fàfcines pour mener le Canon & les Mortiers à leurs batteries.
- EXPLICATION
- De la faite des Attaques d'une F lace fanée far une Riviere, Planche 44.
- A. Cavaliers de tranchée.
- B. Batteries de Pierriers.
- C. Batteries en brèche de la demi-Lune de l’Ouvrage à corne.
- D. Batteries contre les défenfes de cette den\i-Lune.
- E/ Paffages du foffé de la demi - Lune.
- F. Logemens fur la demi-Lune.
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- aé8 Le Parfait
- G. Batteries contre les flancs des demi-Battions de l’Ouvragç
- à corne.
- H. Batteries en brèche de ces demi-Battions.
- I. Batteries contre la Courtine de l’Ouvrage à corne.
- K. Pacages du fofle des deux demi-Battions.
- L. Logeinens fur les demi-Baftions, & dans l’Ouvrage à cornei
- M. Batteries en brèche de la demi - Lune du Corps de la Place*
- N. Batteries contre les défenfes de cette demi-Lune.
- O. PalTages du folTé de la même demi - Lune.
- P. Logemens dans cette demi-Lune.
- Q. Batteries contre la Courtine du Corps de la Place.
- R. Batteries contre les défenfes des Battions du Corps de lé
- Place.
- S. Batteries en brèche de ces Battions»
- T. Paflage du fofle des Battions.
- U. Logemens fur les mêmes Battions^
- tW. Chemins pour mener le Canon Ôc les Mortiers à leurs Batteries.
- X. Paflages de fafcines pour mener le Canon & les Mortier^
- aux Batteries.
- Y. Demi-Places d’Armes*
- Z. Batteries de côté qui traverfent la Riviere.
- Enfin qualid les Places ont une Citadelle, c’eft par-là qu’il faut commencer, à moins qu’on n’ait quelque grande raifon de fe comporter autrement, parce que la Citadelle étant prife , la Ville ne peut plus gueres tenir , au lieu que fi on commençoit par la Ville, il faudroit enfuite former un fécond Siège pour la Citadelle.
- Ve lsAttaque brkjque d'une Place,
- On attaque brufquement une Place lorfqu’au lieu d’ouvrir la tranchée de loin, on commence par infulter les dehors, ou fe loger fur la contre -Efcarpe, travaillant après en arriéré jufqu’à ce qu’on ait fini par la queue.. Ces fortes d’entreprifes ne peuvent • réüflirque lorfque laGarnifon eft très-faible, que les défenfes de la Place font en mauvais état, que le front attaqué eft fort étroit, que les dehors, s’il y en a, font à foliés fecs , qu’il s’en trouve qui font commencés & non encore achevés, que les glacis ne font pas rafés du Corps de la Place, qu’il n’y a point de paliflfades, ou quelle eft mal plantée', enfin qu’il y a au-delà du glacis quelques
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- baye, rideau, cavin, enfoncement, maifons, jardin, clos, foliés * 6c c. qui puiffent faciliter les travaux ôc les communications aux logemens du glacis.
- Après avoir donc reconnu ces défauts, ou tous ou en partie dans une Place, fi l’on juge à propos de l’attaquer brufquement, on fait de grands amas d’outils ôc de matériaux, parmi lefquels on met grand nombre de fagots d’un pied de diamètre ôc de quatre de hauteur, ayant chacun un bout de piquet aux deux extrémités-pour pouvoir les planter à terre facilement, ôc en couvrir les^ troupes qui auront donné jufquà ce que les logemens foient faits. On faitauffi provifion d’échelles pour paffer par-deffus les fraifes des ouvrages que l’on veut infulter. En même-tems on réglé le nombre des travailleurs tant pour les logemens des ouvrages ôc ceux du glacis, que pour la paralelle ôc les communications j celui des troupes, dont les unes font deftinées à attaquer le chemin couvert ôc les dehors, ôc les autres à foutenir les travailleurs dont elles doivent occuper les ouvrages dès qu’ils-feront faits, ôc celui de la Cavalerie, foit pour porter les faf-cines au lieu marqué pour la paralelle, foit pour le tenir fur la, gauche ôc fur la droite , ôc arrêter les forties de l’Ennemi.
- Tous ces préparatifs étant faits, dès que la nuit approche ôc que l’Ennemi ne peut découvrir les démarches de l’Afliégeant* on.fait avancer les troupes ôc les travailleurs, faifantalte de tems. en tems pour ne pas les fatiguer, jufquà ce qu’on foit arrivé environ à cent toifes du glacis où l’on fait alte pour la derniere fois. Peu après on donne le lignai par un battement de main, ou un coup de fifflet, ôc chaque corps s’avance vers l’endroit qu’il doit infulter, le plus vite Ôc avec le moins de bruit qu’il peut, obfer-vant de tomber tout-à-la fois lùr les angles faillans du chemin couvert, d’où on chaffe l’Ennemi qu’on pourfuit jufqu’aux angles rentrans pour tâcher de le couper, ôc l’empêcher de ren-' trer dans la Place. S’il y a quelque demi - Lime ,. ouvrage à corne ou autre dehors de Irniple terre, ou de gazon qu’on veuille attaquer, il faut dans le même tems y planter les échelles, ôc tâcher: d’y entrer aulïi par la gorge pour s’en rendre maître plutôt, ôc y faire fes logemens avec beaucoup de promptitude^
- Cependant les Ingénieurs font avancer les travailleurs chacun, dans leur polie , ôc leur diftribuent le travail qu’on doit faire avea beaucoup de diligence. - Les troupes qui doivent les foutenir ,, fe couchent ventre à terre auprès d’eux, ôc celles qui ont chaffè
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- 270 Le Parfait
- l’Ennemi fe mettent à couvert des traverfes s’il y en a, ou fe retirent derrière la paliflade fe faifant une efpece de parapet avec les fagots dont nous avons parlé, lis doivent faire feu le relie de la nuit contre les défenles de fAlïiégé pour l’empêcher d’y pa-roître ôc de tirer fur les travailleurs ; en quoi l’on a de l’avantage fur lui, parce que la lueur du Ciel fait découvrir facilement le fommet des parapets, au lieu que l’Ennemi tirant du haut en bas & dans l’obfcurité, ne peut le faire qu’à coups perdus. En même-tems qu’on travaille aux logemens, à la paralelle, ôc aux communications, il faut aulïi faire pouffer vers la campagne un ou deux bouts de tranchée pour communiquer au Camp avec moins de danger. Tous ces ouvrages doivent être en état de défenfe au commencement du jour, ce qui peut fe faire aiféinent, le front de l’attaque n’étant pas ordinairement fort large dans ces occafions, ôc fe trouvant toujours'quelque rouvert, chemin creux, hayes, ôc qui facilitent les travaux. r?è.s nue îe jour paroît, on fait retirer les troupes dans les logemens 6c la Place d’Armes que l’on perfectionne le jour ôc la nuit fuivante, tan iis qu’on amene en même-tems du canon pour placer les Batteries furie chemin couvert, ôc achever le relie du Siège à l’ordinaire.
- Ces fortes d’entreprifes doivent fe faire avec beaucoup d’ordre •Ôc de diligence., 6c les troupes qu’on y envoyé, doivent être plus nombreules que la Garnifon, pour être en état de la re-poulfer facilement toures les fois qu’elle s’avifera de faire des forties , fans qu’elle puilfe endommager les travaux.
- De t Attaque d’une Place par Famine.
- On attaque une Place par famine lorfqu’on l’environne de tous côtés, pour empêcher qu’il n’y entre nifecours ni provifion, attendant enfuite tranquillement que la confommation des vivres ôc la faim la contraigne à fe rendre. Ces attaques s’appellent des blocus qui fe terminent en Sièges, lorfqu’après avoir attendu que l’Ennemi foit affamé, on fait des attaques dans les formes, pour en venir plutôt à bout.
- Il faut pour réüflir dans ces entreprifes, que l’Alfiégé n’ait pas de grandes proyilions qui obligent de camper les années entières autour d’une Place, que l’Ennemi du dehors ne puilfe pas lui'même vous affamer, 6c qu’on foit toujours en état défaire venir fes convois 6c fes vivres fans manquer de rien ; que le tems
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- Ingénieur François. zji où on environne la Place, foit celui où il y a le plus de monde ôc le moins de provisions ; qu’il n y ait point aux environs des torrens ou des rivières qui débordent facilement & inondent les campagnes, ce qui vous obligeroit à décamper peut - être dans le moment que vous feriez fur le point de réüfiir, qu’il ne s’y. trouve pas non plus de grands marais qui contraignent à faire une grande circonvallation où il faudroit trop de monde ; qu’on puiffe bloquer entièrement la Place fans qu’il y ait le moindre petit jour par où les fecours dérobés puiffent entrer ; qu’on ne lbit pas trop avant dans le pays Ennemi, où il y auroità craindre de grands fecours ; enfin que l’Ennemi ne foit pas en état de venir forcer les lignes, ou d attaquer pendant ce tems - là d’autres Places»
- Quand toutes ces circonftances fe rencontrent, fi l’on juge pouvoir mieux réuiïir par-là que par un Siège dans les formes y on fait une bonne circonvallation autour de la Place, ôc l’on prévoit à la sûreté de fes convois par des forts ôc redoutes qu’on fait dans les endroits dont les Ennemis pourroient s’emparer 9 pour leur couper le paffage, ôc par des ponts fur les rivières y s’il s’en trouve, après quoi il ne s’agit plus que d’avoir patience jufqu’au bout, ou d’attaquer à la fin un Ennemi qui périt plutôt faute de nourriture, que par les coups qu’on peut lui porter.
- Ces fortes de blocus étoient autrefois fort en ufage, foit à? caufe de la fituation des Places qui étoient bâties, pour la plupart , fur des montagnes, foit à caufe du peu d’adreffe qu’on avoit à faire les Sièges , dont la durée étoit fort longue, ôc où l’on perdoit ordinairement beaucoup de monde, fans être cependant trop sûr- de réufiir ; mais aujourd’hui qu’on a trouvé l’art de vaincre, pourainfi dire, la nature, ÔC d’emporter en peu de tems-ôc à moins de perte parle canon, la mine ôc les bombes, ce que-l’on ne gagnoit autrefois que par des longueurs ôc des dommages infinis ; on ne s’affujettit plus à ces formalités, ôc l’om trouve mieux fon compte d’attaquer fon Ennemi par- un Siège réglé, quelque fituation que fa Place puiffe avoir.
- De la Reddition dîme Place.
- Quand l’Afliégé ne voit plus d’apparence dé pouvoir réfifter dans les retranchemens qui lui relient, il fait battre la chamade par des Tambours fur toutes les attaques, pour avertir l’Afliégeans
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- $rj2. Le Parfait
- qu’il veut fe rendre, Ôc dès - lors on cefle tous a£tes d’hoftilités de part ôc d’autre, & l’on difcontinue même les travaux. Les articles de la Capitulation doivent être plus ou moins favorables à l’Affiegé, félon qu’il eft plus ou moins en état de faire encore téfiftance. Ainfi on leur permet quelquefois de fortir Tambour battant, mèche allumée, Drapeaux déployés, & avec un certain nombre de chariots couverts, où ils emmenent les Déferteurs de l’Affiégeant, quelquefois fans battre le tambour, ni déployer les étendarts, ôc fans chariots. D’autrefois on les fait prifonniers de guerre, ôc quelquefois auffi on les contraint de fe rendre à difcretion ; ce que l’on ne pratique qu’à l’égard des Places rebelles , qui ne fe foumettent que par impoffibilité de faire autrement. C’eft au Gouverneur de la Place à envoyer les demandes ©u articles de Capitulation par deux ou trois Officiers les plus qualifiés, qui fervent d’otage jufqu’à la reddition de la Ville, ôc c’eft au General à y ajouter ou retrancher ce qu’il trouve à propos, ôc à leur tenir enfuite exa&ement fa parole. Ce qu’on ajoute ordinairement aux demandes du Gouverneur, eft que les Allié-gés ne feront en fe retirant, aucun dommage ou infulte aux Ha-bitans ; qu’ils feront obligés de livrer de bonne foi leurs maga-fins de munitions de guerre entre les mains des Commifiaires nommés pour cela ; qu’ils délivreront de même tous les vivres des magafins fans rien diftraire ou détériorer ; qu’ils montreront aux Officiers Mineurs toutes leurs mines ôc fougaffes, ôc qu’ils donneront des fûretés à ceux de la Ville pour les detres légitimement dues par des Officiers, malades, bleffés, ou autrement.
- Les articles étant lignés de part ôc d’autre , le General commande les deux premiers Regimens d’infanterie avec un Lieutenant General pour aller prendre poffeffion de la Place, ôc y établir des Corps - de - gardes partout où il eft nécelfaire d’en mettre. Si la Garnifon doit être prifonniere de guerre, on. la défarme, ôc l’enferme en lieu fûr; mais fi elle doit fortir, le General après avoir fait mettre fes troupes fur les armes, fe rend à la Place où elle eft affemblée , ôc après avoir reçu le falut des armes des Officiers, il la fait efeorter par quelques Efca-drons jufqu’à l’endroit qui leur a été accordé,
- Cela fait, le General pourvoit la Ville d’un Gouverneur, ôc d’une Garnifon fuffifante pour la garder, ôc après avoir donné ordre de combler Ôc d’abbatre tous les ouvrages des attaques, de réparer les Fortifications de la Place, ôc d’en faire même des
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- nouvelles s’il le faut, il fait retirer fon Armée dans quelques p°%&, a^Otageux, à quelque- diftanwdrfà^-'cll'&puiffe fe rafraîchir, & être en état de défendre la Yille, jufqu’à ce que les réparations foient achevées.
- De la Levée à3 un Siège.
- Quelque efperance que Ton conçoive dés attaques qu’on forme devant une Place, le fucçès n’y répond pas toujours , ôc quelquefois après bien des peines & des travaux, on fe voit obligé de lever le Siège,, foit à caufe des maladies qui fe mettent dans le camp, foit faute de vivres & de munitions, foit parce qu’on fouffre extrêmement des mauvais tems Ôc de la fîtuation du ter-rein, foit à caufe que l’Ennemi attaque une autre Ville plus confidëràble qui demande un prompt fecours , foit enfin par quelque autre circonftance fâcheufe que le General aura trop négligé, ou qu’il n’aura pas pu prévoir , ôc qui rompt entièrement toutes les mefures qu’on a prifes. Le plus fur dans ces occafions eft de ne point s’obftiner à refter inutilement devant la Place; ôc de remettre à gagner dans un autre tems ce que l’on perd dans celui-ci ou par un revers de fortune, ou par fa propre imprudence. Si l’Armée n’eft point affaiblie, on leve le Siège en plein jour, tambour battant, ôc. dans l’ordre que tient une Armée lorfqu’elle n’a rien à craindre dans fa marche. Mais fil3 on n’eft .pas en état de foutenir les pourfuites de l’Ennemi, on lui cache fon defifein le mieux qu’on peut, faifant partir quelques jours auparavant tous les bagages, les munitions , la plupart du canon, Ôc furtout les plus grofles pièces, avec les femmes, les Vivandiers Ôc les bleflfés. Pendant cela on change fouvent de place aux petits canons qui relient, les faifant tirer tantôt d’un côté , tantôt d’un autre, afin que l’Ennemi ne s’aperçoive point que les Batteries font dégarnies, ôc quand on croit que les Equipages font arrivés en lieu de fureté, on allume des feux dans le camp ôc aux Corps - de-gardes pendant la nuit, commeon a coutume de faire pendant la durée du Siège, ôc l’on décampe fans bruit, laiiïant la Cavalerie à l’arriere-garde, fi c’eft un pays de plaine, ou une partiede l’Infanterie, fi c’eftuu pays de montagne.
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- Des anciennes Attaques*
- Les Anciens n’avoient point, à proprement parler , de fyftêmê’ réglé pour les attaques;.ils les formoient tantôt d’une maniéré r tantôt dune autre, ôc prefqùe toujours félon l’idée ôt le genie de celui qui les cônduifoit. Mon deffein n’eft-pas d’entrer dans le cfé-rail de ces différentes maniérés, ce qui me meneroit trop loin, ôc ne ferviroit à rien; mais Amplement de faire voir par les trois attaques fuivantes , qu’Ozanam rapporte comme les meilleures de ce tems-là, combien elles font inférieures aux Modernes, dont nous fommes redevables à M. de Vaubanqui les a- mifes fur le pied: où elles font aujourd’hui^ Après tout ce que nous avons dit ci-deffus, il n’y a qu’à jetterles yeux fur les Figures de la PI. 4?. pour voir facilement que la première n’ayant point de paralelle pour faire front à la Place, donne un grand avantage aux forties de l’Ennemi, contre lefquelles elle doit toujours fe trouver extrêmement foible ; que la première Place d’Armes de la fécondé n’a pas affez d’étendue; que les demi-Places font trop petites, ôc que fes logemens fur le glacis laiffent toujours à l’Affiégé l’u-fage libre des Places d’Armes des angles rentrans. Enfin, que la troifiéme qu’on employait lorfqu’on attaquoit des longs côtés, multiplie trop les paralellesôc allonge inutilement le travail. Que fi à ces défauts on joint la mauvaife conftruôtion des lignes ©ù l’on mettoit en plufieurs endroits des Forts à triangles , à étoiles, ôc qui les affoibliffoit beaucoup ; la longueur du travail de la tranchée, où au lieu d’employer la fappe comme on fait aujourd’hui, lorfque le feu commence à devenir dangereux, on fe fervoit des mantelets très - difficiles à bien- alfeoir, facile à percer, Ôc encore plus à renverfer ; le peu d’ufage que l’on faifoit du^ canon, dont on perdoit même la plupart des- coups, en s’a-mûfant à tirer fur les clochers ôc les édifices élevés, au lieu de: s’attacher à ruiner les défenfes ; la difficulté d’établir fes logemens fur le glacis à la vue du chemin couvert qu’on négligeoir toujours d’attaquer, ôc qui cependant devoit incommoder beaucoup par les feux ôc les grenades, le travail long, pénible, ôc dangereux de la galerie qu’on faifoit en charpente pour le paffage-du foffé, enfin le peu d’expérience qu’on avoit touchant les mines j on ne fera plus furpris que les Sièges fuffent alors fi douteux ôc de fi longue durée, ôc fi meurtriers pour l’Afliégeant, quoique;
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- la défenfe fût cependant beaucoup moins vigoureufe quelle ne ï’eft aujourd’hui.
- CHAPITRE DERNIER.
- De la Défenfe des Plates*
- UN fage ôc prudent Gouverneur ne doit jamais attendre que l’Ennemi le menace d’un Siège pour mettre fa Ville en état de faire une bonne défenfe. Il doit avoir prévu de loin ce qui peut arriver ; connoître exactement le fort & le foible de fes Fortifications, pour profiter de l’un & remedier à l’autre ; ne fouffrir jamais que qui que ce foit bâtiffe des maifons, plante des arbres, fafle des jardins, hayes ou foliés aux environs de la Place fous la portée du canon ; rafer, s’il fe peut, tous les com-mandemens qui font à cette portée, ou s’en emparer par quelques dehors ; avoir toujours une bonne Garnifoii, non pas a la vérité toujours fi nombreufe que dans les tems d’un Siège , ce qui feroit inutile; mais qui ne fe relâche point de la difcipline > faifant exactement fes gardes pour éviter les furprifes ; avoir foin que fes magafins foient toujours bien fournis de toutes les munitions de guere & de bouche ; enfin entretenir, autant qu il •peut, la bonne intelligence entre la Garnifon & lesHabitans, fe faifant aimer également des uns & des autres , les traitant avec douceur, étudiant leur caraCtere & ménageant leurs intérêts , & les faifant accorder le plus qu’il eft poflible avec celui du Prince au nom duquel il gouverne, ce qui eft d’une grande importance, non-feulement pour éviter les furprifes, intelligences & trahifons, mais pour fe mettre en état de faire, en cas de Siège , une plus vigoureufe défenfe. Pour mieux entendre tout ceci, fuivons ce Gouverneur dans les différentes attaques dont nous avons parlé dans le Chapitre précédent, & fuppofant qu’il ait à les effuyer toutes fucceftivement les unes apres les .autres, voyons de quelle maniéré il doit s’y conduire.
- De la Défenfe contre FEfcalade.
- S’il fe trouve quelque endroit du Rempart qui foit de facile accès, foit pour être trop bas, foit a caufe oe quelque brèche
- M m i j
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- ïj6 Le Parfait
- qui s*y eft faite, il faut y remédier au plutôt, ou en réparant là* brèche, ou en relevant le Rempart, ou enfin en-approfondit-fant le fofTé ; quand le fofTé eft plein d’eau, on doit avoir foin de le faire nettoyer de tems en tems, de peur que la vafe venanc à s’amaffer, ne fournifle le moyen de le palier fur des clayes ; ôc lorfqu’il-eft-fec, il faut*y faire au*milieu une grande cunette. de io ou 12 pieds de largeur fur y ou 6. de profondeur, ôc la remplir d’eau. On peut aufli' mettre une paliffade éloignée du revêtement de ± ou y pieds., ou approfondir le folle, autour dure vêtement de 7. ou.: 8 pieds de plus, afin que-l’Ennemi foit obligé de. tenir les échelles fort longues, ce qui les rend très-faciles à rompre. Si le Rempart eft revêtu de fimple terre ou de gazon , il faut, prendre garde que les firaifes foient en bon état, en faire remettre partout où il en manque,, ôc tenir fur les hauts, du parapet des gros quartiers de pierre pour les faire rouler fur l’Ennemi,. Ôt.brifer fes échelles.; il faut aulïi avoir des crocs ôc des fourches pour les renverfer, Ôc fe.fervir.des feux d’artifices,, lances à feu, grenades, tilons enflammés, ôte. pour embrâfer. tout ce qui fe trouvera dans le fofTé ; enfin fi les foliés pleins* d’eau viennent à fe geler en hyver, il faut couper la glace au. milieu de.la largeur de 14 ou iy pieds, ôt en faire une.efpece. de parapet du côté de la Place-
- Mais le plus fur moyen d’éviter l’efcalade, ou dè la rendre, très - dangereufe à. l’Ennemi., eft de tenir des gardes dans les dehors , d’avoir des Partis qui battent J’eftrade pendant la nuit .,, ôt de faire obferver la difciplïne ôc l’ordre.des gardes, foit dans la Place, foit dans les dehors.. Avec ces précautions on éft pref-que fur que l’Ennemi ne formera jamais de femblables entre-prifes , ou du moins l’on fe trouve, en état de les lui faire payer: bien cher s’il en avoit la témérité, ce que l’on ne voit plus ar-r river depuis qu’on s’eft avifé d’y pourvoir, comme nous venons, de le dire, & comme nous l’allons même expliquer dans l’ar-, ricle fuivant.
- De la Garde d’une Place.
- La Garnifon d’une Place en tems de paix, félon reftimatiôn que. M. de Vauban en a fait dans un de fes Mémoires , peut fc régler à deux cens hommes par Baftion, avec une Compagniej ©u deux de Cavalerie ou de Dragons, pour les efcortes ôt expéditions où il s agit de. prendre desfùretés extraordinaires, mais
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- Ingénieur François. 277 en* tems de guerre, lorfqu’on fe défie d’une nombreufe Bour-geoifie, ou qu’on appréhende un Siège, il y faut du moins cinq ou fix cens hommes par Baftion, 8c le dixiéme de ce nombre pour la Cavalerie ou pour- les Dragons qui valent beaucoup mieux, parce qu’ils peuvent mettre pied à terre , 8c agir comme l’Infanterie. S’il fe trouve d’autres dehors que les demi - Lunes, il faut augmenter à proportion, mettant, par exemple, 60a hommes de plus pour un Ouvrage à corne, 8cc.* 8c obfervant en même - tems d’augmenter toujours d’un dixiéme de ce nombre la Cavalerie ou les Dragons.
- Lorfqu’une Ville n’eft pas affiégée, là Garde eft chaque jour du tiers de la Garnifon, afin que de trois jours le Soldat en <repofe deux, 8c le nombre des Sentinelles eft du tiers de la Garde, afin que de 24 heures les Soldats en ayent 8 pour fe repofet, La Garde fe divife en plufieurs autres qu’on met fur la grande Place d’Armes, aux portes, aux Battions 8c dans les dehors. Les Sentinelles doivent être pofées de maniéré qu’elles puiffent fe parler les unes les autres, 8c qu’elles puiffent découvrir le foffé jufqu’au pied de la muraille. On en met auffi partout où il y a de l'Artillerie, devant les magafins , où il y a" des- munitions , dans les dehors 8c fur les avenues de la Place;
- On monte ordinairement la garde à trois Jieures après midi. Une heure ou-deux- auparavant on fait battre les Tambours, 8c pendant ce tems-là les Caporaux fe rendent chez le Major, où ayant tiré au fort les poftes 8c les rondes qu’on tient écrites fur un Regiftre, ils retournent à leurs Efcouades qui s’affemblent devant les cazernes s’il y en a, ou devant le logement du Major, s’il n’y en appoint, pour être conduites en bon ordre 8c Tambour battant, fur la Place d’Armes par un Officier Major du Régiment. Quand toutes les Efcouades font arrivées, le Major donne à tirer au fort les rondes 8c poftes aux Officiers, commençant par les Capitaines , 8c finiffant par les Sergens ; après quoi fai-fant ranger les troupes en bataille, il-fait défiler la Garde de la Place, celles des portes 8c des Battions, 8c enfin celle des dehors. Tandis qu’on marche, les Officiers de la Garde qui def-cend, mettent leurs Soldats furies armes, 8c les rangent et* hayes du côté du Corps - de - garde, pour en abandonner la place à ceux qui viennent les relever. Ceux-ci étant arrivés, fe rangent à la place des autres qui vont fe mettre vis-à-vis-, 8c les Officiers qui defcendent la Garde, confignent les ordres à cqwl
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- qui la montent, s’il y en a des nouveaux. Les Caporaux Font la même chofe à l’égard de leurs camarades, les chargeant des meubles du Corps-de-garde, ôc les inftruifant du nombre des Sentinelles de jour ôc de nuit, ôc de tout ce qu’ils ont à faire d’extraordinaire ; après quoi ils vont enfemble relever les Sentinelles , ôc à leur retour les Officiers de la Garde defcendante , conduifènt leurs Soldats fur la Place d’Armes, où ils les font ranger en bataille ôc les remercient. Cependant les Officiers qui montent la Garde, fontpofer les armes à leurs Soldats, prenant garde fi elles font en bon état, Ôc fi chaque homme a de la poudre Ôc des balles pour tirer trois coups. Ils leur font en même tems défenfe de s’éloigner du Corps-de-garde de plus de 40 pas fans permiffion, ôc vont enf'uite vifiter les Sentinelles pour connoître l’endroit où elles font, Ôc fi la configne leur a été bien donnée.
- Il y a deux fortes de confignes ; les générales que les Sentinelles doivent toujours obfèrver dans quelque pofte qu’elles foient, comme de crier qui va-là à tous ceux qui paflent, à -moins qu’on ne le leur ait défendu, de les faire écarter du chemin en préfentant leurs armes, ôc de ne fe Lifter approcher abfo-lument de perfonne j Ôc les particulières que l’on doit obferver félon le pofte où on eft en faêtion , comme fi on eft aux portes ou aux barrières avancées, de ne laiffer jamais embarafler les ponts de charettes ou bêtes de charge, d’arrêter celles qui entrent ou fortent, julqu’à ce qu’on fçache qu’il n’en vient point de l’autre côté, d’arrêter les Etrangers à pied ou à cheval, qui veulent entrer dans la Ville, ôc d’appeller le Caporal qui s’informe d’où ils viennent ôc qui ils font, met leur nom par écrit ôc le donne au Major ; ou d’avertir l’Officier qui doit les faire conduire chez le Gouverneur, fi l’ordre eft tel, enfin d’avertir
- Corps-de-garde du plus loin qu’on apperçoit des troupes.
- Dans les Villes de guerre bien réglées on tient aux portes des gens à qui on donne le nom de configne, Ôc dont le foin eft d’écrire le nom des étrangers qui entrent ou fortent, afin que le Major confrontant leurs mémoires avec ceux que leur donnent les Aubergiftes, Cabaretiers, ôc autres perfonnes qui logent chez eux,puifle fçavoir combien il y a chaque jours d’Etran-gers dans la Place, qui ils font, ôc où ils font logés. On ne doit pas permettre qu’un Etranger refte dans la Ville lorfqu’il ;n y a plus rien à faire, ni qu’il vifite les Remparts ôc lesFortifi-
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- Ingénieur Franc or s.-cations fans permiffion; ôc lorfqu’on furprend un efpion, on doit en écrire auffitôt à la Cour., afin que fon châtiment n’étant pas différé, intimide les autres.
- Le foir avant de fermer les'portes, ce qui eft ordinairement une demi-heure avant la nuit, le Tambour de garde monte fur le parapet du Rempart, ôc bat la retraite ; on fonne en même-tems la cloche du Beffroi pour faire rentrer ceux qui font dans la campagne, Ôc les Capitaines des Portes accompagnés d’un Sergent, vont prendre les clefs chez le Gouverneur. Dès qu’ils arrivent, lès Officiers font ranger les Soldats fur deux files, leur faifant préfentet leurs armes, ôc le Major ayant choifi ceux qui doivent faire la garde furie grand pont pendant la nuit, les y' fait avancer ; après quoi l’on ferme les portes dont les Capitaines* portent les clefs au Logis du Gouverneur. Alors la moitié de la Garde fe détache pour paffer la nuit dans les Corps-de- gardes des Courtines ôc des Battions, les Caporaux envoienr des Soldats au bois ôc à la chandelle, ôc les Sergens vont à l’ordre, au retour duquel les Officiers ne laiffent fortir perfonne de leur pofte fous quelque prétexte que ce foit.
- L’ordre fe donne tous les foirs. Le Major va le prendre chez le Gouverneur, Ôc vient fur la grande Place d’Àrmes où tous les Sergens forment un cercle, commençant à fa droite ôc finiffant à fa gauche, tous chapeaux bas, ôc la halebarde à la main. Les Caporaux font un autre cercle derrière eux, préfentant leurs armes, ôc le Major fe couvrant, ordonne aux Sergens ce qu’il y a à faire de nouveau, ôc donne le mot tout bas à l’oreille du premier qui eft à fa droite, ôc qui le fair paffer de main en main jufqu’au dernier , lequel le rend au Major, afin qu’il vérifie s’il n’a point été changé. Cela fait,, le Major fait tirer auffitôt les Rondes ôc les Patrouilles du dedans de la Place, ôc va enfuite porter le mot au Lieutenant du Roy, tandis que les Majors des Regimensle portent à leurs Commandans, ôc les Sergens à leurs Officiers ôc aux Caporaux qui font défenfe de ne plus laiffèr paffer perfonne fur les Remparts fans l’arrêter, ôc avertir le Corps-de-garde.
- Dèsfque le mot eft donné, on commence les Rondes qui durent toute la nuit. Elles marchent de quart-d’heure en quart-d’heure, afin qu’il y en ait toujours furies Remparts, ôc l’on y porte une mèche allumée, ou un fallot avec une lumière, faifant exactement le tour de la Place dans le chemin des Rondes
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- s’il y en a un, ou autour des Remparts, dont on vifite toutes les guérites, mettnt la tête dehors pour écouter s’il ne fe paffe rien dans le folTé. Le Major fait la première ronde pour voir fi le mot eft bon dans tous les Corps-de-gardes, fi les armes font en bon état, .fi tous les Officiers ôc Soldats y font, 6c fi les Sentinelles fontfoien poftées ; les Officiers des Corps-de-gardes le vont recevoir avec deux Moufquetaires,, ôc lui donnent le mot cette fois-là feulement; mais s’il .faifoit pendant la même nuit une fécondé ou troifiénie ronde, il devroit donner-le mot aux Corps-de-garde, de même que toutes les autres rondes, excepté celles du Gouverneur ou du Lieutenant du Roy, à qui on le doit toujours donner allant les recevoir..à dix pas avec quatre Moufquetaires.
- Lorfqu’une Sentinelle voit approcher une Ronde , elle crie ; Qui va-,là, 6c dès qu’on lui a répondu Ronde, elle fort de la guérite , ôc préfente les armes fans fe lailfer approcher, jufqu’à ce que la Ronde étant palfée, elle fe remet dans fon pofte.
- Quand la Ronde approche d’un Corps-de-garde, le Soldat qui eft en Sentinelle, crie: Qui va-là, ôc quand on lui a répondu, Ronde, il dit : Demeure - là , Caporal hors la Garde, Ronde. Auffitotle Caporal fort du Corps-de-garde fuivi d’un .ou de deux Soldats, ôc mettant lepée à la main, il crie : Qui va-là, ôc la Ronde ayant répondu, Ronde, il dit: Avance qui a l’ordre. Alors la Ronde avance, ôc donne le mot tout bas à l’oreille du Capotai qui tient la pointe de l’épée à l’endroit dù (cœur de celui qui le lui donne. Que 11 par hazard en lui donnoit un autre mot .que celui qui a été donné à l’ordre, il arrêteroit la Ronde , ôc en avertiroit l'Officier qui la feroit garder au Corps - de - garde, durant la nuit, pour en informer enfuite le Major-,
- Lorfque deux Rondes fe rencontrent, la première qui crie : Qui va-là, reçoit le mot de l’autre ; mais pour éviter les fur-prifes, il eft bon de donner tous les foirs deux mots , afin que la Ronde qui doit répondre ayant donné le premier,, l’autre foit obligée de rendre le fécond.
- Les Patrouilles font des Rondes qu’on fait dans les rues d’une "Ville pendant la nuit, pour obliger les Bourgeois ôc les Soldats à refter .chacun chez foi, faire fermer les Cabarets, ôc empêcher les défordres. Elles fe font par un Sergent ôc fix Moufquetaires , p.u par la Cavalerie s’il y en a j ôc fi l’on trouve quelqu’un qui
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- îiille par les rues fans feu ou fans ordre, on le conduit au Corps-de-garde de la Place, afin que le Major en avertiffe le Gouverneur, qui ordonne le châtiment.
- A la pointe du jour ou demi-heure après, les Tambours battent la Diane, ôc l’on fonne la cloche du Beffroy pour l’ouverture des portes. Les Officiers font defcendre les Soldats qui ont pafle la nuit fur les Remparts , tandis que le Capitaine des portes fuivi d’un Sergent Ôc de quelques Moufquetaires, va chercher les clefs chez le Gouverneur, & dès qu’il revient, on met une Sentinelle au milieu de la rue pour empêcher que perfonne n’approche à 40 ou $0 pas, ôc la Garde fe range fur deux files, préfentant les armes. Le Major cependant monte fur le Rempart, où après s’être informé de ceux qui font dehors , de tout ce qui s’eft pafle pendant la nuit, ôc fila Cavalerie’qui a battu l’eftrade, n’a rien entendu 5 il détache encore quelques Cavaliers vers la campagne , Ôc revient enfuite faire l’ouverture des portes.
- Lorfqu’on n'a pas battu l’eftrade pendant la nuit, ou qu’on veut éviter le défordre que peut faire la foule des perfonnes qui fe préfentent ordinairement alors pour entrer ôc fortir. Le Major ayant examiné du haut du Rempart s’il ne découvre rien, vient ouvrir la première porte, ou après avoir fait pafîer la Garde, il laifle -quatre hommes qui la referment auflitôt. Il fait la même chofe aux Ponts-levis ôc aux autres portes des dehors, jufqu’à la derniere barrière, n’ouvrant jamais d’un côté que l’autre ne foit fermé. S’il manquoit quelque Soldat de la Garde qui a paflé la nuit fur le pont, il en demanderoit la raifon à l’Officier, ôc fi fa réponfe lui donnoit lieu de fe défier, il fufpendroit l’ouverture jufqu’à ce qu’on eut informé le Gouverneur, ôc appris fes ordres là-deflus.
- Quand on eft arrivé à la derniere barrière, on fait éloigner pour le moins f o pas ceux qui veulent entrer, ôc le Major fait reconnoître les avenues à la portée du moufquet par un Sergent accompagné de quelques Fufiliers, au retour defquels on vifite les chariots ôc les perfonnes à pied ou à cheval, pour voir s’ils n’ont point d’armes cachées, ôc leur faifant laifîcr celles qu’ils peuvent avoir entre les mains. On fait enfuite entrer premièrement les perfonnes à pied, après les gens à cheval, ôc enfin les chariots, fermant la première porte avant d’ouvrir la fécondé, que l’on referme aufli avant d’ouvrir la troifiéme, ôc ainfi de fuite jufqu’au corps de la Place. On obfervç le même ordre pour
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- ceux qui veulent fortir ; après quoi les Sentinelles étant pofléës* on rapporte les clefs chez le Gouverneur, ôc les Officiers font pofefr les armes à la Garde.
- Les clefs fe renferment dans un coffre de fer, dont le Gouverneur a une clef, ôc le Capitaine des portes une autre, ôc c’efë le Major qui doit les prendre ou les remettre en préfence dut; Capitaine des portes»
- Les Officiers de garde ne doivent jamais laiffer entrer ou for-tir de nuit ou de jour, aucune troupe de Soldats armés fans un-ordre exprès du Gouverneur, ôc l’on change le mot toutes les fois qu’il fe fait ouverture des portes pendant la nuit.
- Pour éviter le défordre en cas d’allarme, foit quelle vienne^ du dedans ou du dehors , on affigne des pofles à chaque Corps* ou Compagnie d’infanterie, de Cavalerie, ou de Bourgeois , avec ordre de s’y rendre dès qu’ils en feront avertis, ôc de ne les pas abandonner, à moins qu’ils ne foient commandés ailleurs. Car autrement l’allarme étant donnée, chacun fe porteroit en confufion vers l’endroit qui en aurait donné le lu jet, ôd’En-nemi pourroit profiter de ce défordre pour furprendre la Plaça d’un autre côté..
- Contre le Pétard> les Stratagèmes & la Trakijon,.
- Si toutes les Villes étoient bâties Ôc gardées comme le font aujourd’hui les Places de Guerre, le Pétard ôc les autres fur-prifes dont nous allons parler, non plus que l’efcalade, ne fe-roient pas des attaques qu’on ofât entreprendre contre elles mais comme il s’en trouve beaucoup qui font très - mal fortifiées , n’ayant fouvent qu’une fimple muraille fans dehors, fans chemin couvert, ôc même fans foffé ; ôc qu’ordinairement il y a bien peu de gens de Guerres dans ces fortes de Places. Nous dirons en paffant de quelle maniéré on peut fe défendre dans1 ces occafions contre les furprifes des Partis que l’Ennemi peut envoyer pour les piller, fans être obligé d’y faire avancer fon. Armée.
- i°. Donc contre le Pétard il faut mettre des paliffades ôc des barrières avancées devant les portes, foit qu’il y ait des ponts, foit qu il n’y en ait point, afin que l’Ennemi ne puiffe pas approcher fans qu’on en foit averti par le bruit qu’il fera en les bxifant, S’il y a quelque partie du Rempart qui flanque la porte ^
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- <fcm y mettra du canon, s’il fe peut, & l’on aflignera ce pofte à quelques Moufquetaires, avec ordre de s’y rendre , ôt de faire feu dès que l’allarme fera donnée. On tiendra fur le haut de la muraille des groffes pierres pour jetter contre tous ceux qui approcheront. On peut aufli faire des trous à la porte pour tirer contre le Petardier, y mettre une bafcule pour le faire tomber dans le foffé, s’il y en a, ou faire une elpece de fouri-ciere pour le prendre par le corps, tenir au Corps - de - garde des petits Canons chargés à mitraille, ôt braqués contre la porte; enfin l’embarraffer avec des chariots, tables, barriques pleines de fumier ; pour arrêter ceux qui feront entrés tandis qu’on tirera toujours de deffus la muraille contre les autres, & que ceux de dedans fe mettront en état de repouffer l’Ennemi.
- 20. Contre les Stratagèmes. Il faut réparer tous les endroits des Remparts par où l’Ennemi pourroit s’introduire dans la Place, faifant bâtir les vieilles portes faciles à démafquer, bouchant ôt comblant les fouterreins, mettant des doubles grilles aux égouts ou aqueducs avec des Sentinelles pour les garder ; ôt faifant fermer toutes les embrazures, ou autres ouvertures qui fe trouvent trop baffes. S’il n’y a point de ponts devant les portes, on y mettra des paliffades ôt barrières avancées, où l’on tiendra des confignes pour arrêter les Etrangers, & vifiter les chariots que l’on ne laiffera paffer que les uns après les autres, fans leur permettre de s’arrêter, ou d’embarrafferle paffage. On fermera de même les entrées des Rivières, ôt l’on y vifitera foigneufement toutes les barques.
- 3°. Enfin contre laTrahifon Ôt les intelligences. Il faut étudier de près le caraâere des Habitans ôt de la Garnifon, s’il ÿ en a, empêcher les affemblées de jour ou de nuit, faire obfer-ver exa&ement les Patrouilles, avoir grand nombre d’efpions qui puiffent vous informer des démarches qu’on peut faire, veiller foigneufement à celles des perfonnes fiifpeâes, Ôt tâcher enfin par fes bonnes maniérés de gagner l’amitié de tout le monde 3 comme nous avons déjà dit ailleurs ; car c eft le meilleur raoyerv d’éviter la trahifon.
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- Contre les Attaques d’Emblée , & celles de Bombardement*
- On n’attaque d’Emblée que les Places dont la Garnifon ëft extrêmement foible. C’eft pourquoi un Gouverneur doit toujours dans ces occafions avoir des Gardes avancées pour être averti de bonne heure des démarches de l’Ennemi, & avoir le tems de faire rentrer dans la Place ceux qui font dans les dehors,- fans s’obftiner à les défendre-
- Pour les Attaques par Bombardemens, il faut tâcher de ren* verfer par de bonnes Sorties les Batteries de l’Ennemi, ôc d’en-* clouer fon Mortier, ou de brûler la Flore, fi c’eft du côté de la Mer que l’Attaque fe fait. Mais fi on ne le peut, il n’y a qu’à fouffrir patiemment jufqu’au bout, tâchant de contenir les Ha-bitans, & leur promettant de les faire dédommager par le Prince; ce qu’il faut faire enfuite effectivement, afin qu’ils foient plus, fermes,. s’il fe prélèntoit une femblable occafion.
- Des Attaques par Siège >
- Au premier foupçon d’un Siège, un Gouverneur doit renforcer fa Garnifon de bonnes troupes, renvoyer , s’il fe peut, les femmes, les vieillards ôc les enfans en lieu de fureté, faire entrer au plutôt toutes les provifions néceffaires de Guerre ôc de bouche, remplir fes Magafins de grands amas d’armes , d’outils ôc matériaux, de fafcines, gabions, chevaux de firife, paniers, facs à terre, hottes, brouettes, affûts, ôte. preffer les réparations qui ne font pas encore achevées, ne laiffer rien autour de la Place qui puiffe lui faire le moindre ombrage à la portée du canon ; Ôc enfin avoir des Gardes avancées, afin qu’étant avertis de l’appproche de l’Ennemi, on ait le tems de faire rentrer ceux qui font dans la Campagne, ôc de retirer les beftiaux, ôc tout ce qui fe trouve dehors..
- Pendant l’inveftiture , ôc jufquà ce que les lignes foient faites £ ©n ne doit point tirer les gros canons de la Place, afin que l’Ennemi n’ayant point la connoiffance de fa portée, tombe, s’il fe peut, dans le défaut ou d’éloigner trop fa circonvallation, ce qui la rendra plus difficile à garder , ou de la rapprocher trop, ce qui l’obligera de la recommencer de nouveau pour éloigner foa camp lorfque le canon viendra à tirer, ôc lui faire perdre beau^ coup de tems ôc de peines. Si la Garnifon eft forte, on fait
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- îortir grand nombre de Soldats pour repoufler ceux’qui s’approchent } ôc les tenir éloignés ; ôc fi elle eft foible, on envoyé quelque peu de Cavalerie Ôc d’infanterie pour attirer l’Ennemi fous le feu de l'artillerie & du petit canon delà Place. Il faut éviter foigneufement dans ces oecalions que l’Ennemi ne faffe de pri-fonniers, n’y ayant point de Soldat dont il ne puifle tirer quelque avis important, ôc obferver pour cela qu’on ne le pourfuive pas trop loin lorfqu’ilfeint defe retirer, de peur qu’il ne vous coupe enfuite dans votre retraite. Ceux qui font dans les dehors ôc aux environs, doivent auffi s’attacher à tirer plutôt fur ceux qui font en petit nombre ,. que fur les autres, parce qu’ordinairement ce font des Officiers ou Ingénieurs qui vont reconnoître la Place * ôc qu’il vaut mieux abbattre ceux-là qu’un plus grand nombre de fimples Soldats. Pendant la nuit on met de petits détache-mens d’infanterie enembufcade au-delà du glacis> ôc ceux-ci avancent des Sentinelles le plus près de l’Ennemi qu’il fe peut,, ©bfervant qu’elles ayent correfpondance les unes avec les autres jufqu’à la contre - Efcarpe. Ces détachemens & ces Sentinelles*, fervent à furprendre ceux qui approchent de trop près pour re-connoître la Place, à donner la main aux petits fecours qui peuvent fe gliffer, à empêcher la communication ôc les intelligences que les Habitans. ou les Soldats peuvent avoir avec l’Ennemi,, ôc enfin à découvrir le véritable lieu, des Attaques. A ta pointe du jour, on les fait retirer , ôc l’on avance des gardes de Cavalerie qui mettent leur vedette dans les lieux les plus émi-nens, ôc en état de pouvoir fe voir Ôc fe répondre les uns .aux: autres, avec défenfes à toutes perfonnes de la Place ou des-dehors * de paffer au - delà de ces vedettes fous quelque prétexte que ce foit..
- Le Gouverneur érant bien informé du véritable lieu de l’Attaque, partage fa Garnifon en trois parties, dont l’une eft pour la* Garde, l’autre pour le bivoiiac, ôc la troifiéme fe tient en repos. La Garde fe divife encore en troisautres parties, dont les deux premières foutiennent les attaques, ôc la derniere occupe les poftes non attaqués. Le bivoiiac fuit les mêmes divifions, ôc prend fon polie fur les Remparts immédiatement après la. Garde. Ceux qui font en repos , fe tiennent toujours en état d’empêcher les défordres du dedans, ôc de fecourir le Rempart s’il- en eft be* foin, ôc l’on monte tous les jours la garde ôc le bivoiiac f afin que-chacun partage également le travail. Si les Bourgeois font fidèles
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- Le Parfait
- Ôc courageux, on fait l’élite des plus braves qu’on mêle avec les troupes dans les dehors ôc dans les Basions, fans pourtant les employer dans les endroits où il y a le plus de péril, tant à caufe de leur peu d’expérience , que parce qu’ils ne font pas fi accoutumés au feu que les Soldats. Il faut en même - tems faire travailler aux contremines ôc fougaffes des ouvrages attaqués fi elles ne font pas faites ; établir des gens qui veillent à la confomma-tion des munitions, Ôc furtout de la poudre qu’on ne doit dif-tribuer que par ordre du Gouverneur, prendre garde qu’on ne tire le canon mal-à- propos ; que le feu de la moufqueterie ne fe faffe point fans néceflité , ne pas fouffrir que les Soldats chargent la poudre à poignée, comme ils font quelquefois, ni qu’ils la dérobent ou répandent malicieufement, Ôc obferverla même chofe pour le plomb, la mèche ôc les autres munitions qu’il ne faut employer que félon le befoin , de peur d’en manquer avant la fin du Siège. Il faut aulïi faire conftruire des ouvrages avancés fur les pointes du glacis, paliffadés ôc contreminés, ôc mettre en barbette la plûpart du canon qui doit tirer toute la nuit de l’ouverture de la tranchée.
- Le lendemain le Gouverneur reconnoît par le premier travail de l’Ennemi, ce qu’il peut faire dans la fécondé nuit, ôt s’il juge que la tête de la tranchée puiffe parvenir à la portée du moufquet, ôc qu’il veuille faire des lignes de contre - approche, il les fait commencer aux angles des Places d’Armes des demi-Lunes qui font à droite ôc à gauche des attaques. Ces lignes doivent enfiler Ja plupart des tranchées, ôc être enfilées elles-mêmes par la contre - Efcarpe ôc les demi-Lunes, afin que l’Afliégeant ne puiffe pas s’en fervir. On y place à l’ouverture des petites pièces d’artillerie, Ôc l’on met du gros canon dans les demi-Lunes, vis-à-vis les mêmes ouvertures pour nettoyer ces lignes, fi l’Ennemi vouloit s’y loger après en avoir ehàffé rAfliégé. Que fi l’Afliégeant pouffoit une tranchée juf-qu’aux contre - lignes pour les rendre inutiles , on en feroit d’autres à quelques diftances paralellesà celles-là, qui feroient encore un meilleur effet, parce que l’Ennemi ayant ainfi pouffé fes travaux, ne pourroit plus fe fervir de fa Cavalerie pour s’op-pofer aux forties de l’Afliégé*
- Mais fi le Gouverneur n’a pas deffein de faire des lignes de contre-approche , alors outre les allarmes des faufles forties -qu’il doit toujours donner pendant là nuit pour empêcher le tra*
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- vaïl d’aller fi vite, il pourra faire conftruire dans la campagne de petites redoutes enterrées, qui fe flanquent les unes les autres, Ôc qui foient capables chacune de contenir fept ou huit Mousquetaires pour inquiéter les travailleurs pendant le jour. On tu rera aufli dans la nuit des balles d’artifice pour découvrir le travail de la tranchée, ôc pouvoir mieux pointer le canon qui doit; tirer continuellement, parce que c’eft dans ce tems - là que l’ouvrage avance davantage. Enfin fi la Gamifon eft forte, on feræ des grandes Sorties pour renverfer tout ce que l’Ennemi aura-fait, ôc l’obliger à recommencer fur nouveaux frais. Mais en ceci comme dans tout le refte,le Gouverneur doit fe régler fur un; bon projet de défenfe. qu’il aura formé dès le commencement du Siège,, ôc où il doit avoir prévu les bons ôc les mauvais Succès que peuvent avoir fes entreprifes, prenant, toujours garde dej ne pas expofer fa Garnifon, en forte qu’elle ne foit plus en état de défendre le corps de la Place lorfque les attaques feront parvenues jufques-là.
- Les Sorties fe divifent en petites ôc grandes. Les petites refont en envoyant quelques perfonnes qui fe coulent fur le ventre, donnant l’allarme pendant la nuit, en criant : Tue, tue, ôc jet-tant quelques grenades, après quoi ils fe fauvent de leur côté. Ces Sorties doivent être toujours fecrettes, ôc fe faire le plus fou-vent qu’il eft poflible, parce que les travailleurs fe dilïipent facilement fur le moindre prétexte,, ôc ne fe rallient qu’avec beaucoup de peine, ce qui peut fort bien faire perdre une nuit entière; à i’Afliégeant.;
- Les grandes Sorties font celles qu’on fait quelquefois de joui> ôc le plus fouvent de nuit pour attaquer l’Ennemi dans fes ouvrages , ôc renverfer tout ce qu’il a fait. Il faut pour entreprendre celles-ci, que la Garnifon foit extrêmement forte, ou qu’on attende bientôt un grand fecours ; que les ouvrages qu’on veut infulter, foient à la portée du moufquet de la Place, afin que l’Ennemi ne puifle pas facilement vous couper ; qu’ils ne foient pas encore en état de contenir toute la Garde ; que la Cavalerie foit aflez forte pour foutenir celle de la tranchée, ôc qu’on choi-fiffe l’heure ôc le tems où l’on préfume de trouver moins de ré-fiftance, comme par exemple une heure ou deux avant le jour, fi la Sortie fe fait de nuit, parce qualors les Soldats font plus fatigués, ôc fe tiennent moins fur leurs gardes, ou bien fur l’heure de midi, fi. e’eft pendant le jour, parce que les Soldats accablés;
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- de laffitude, s’endorment aifément après avoir dîné, ôc que ht Cavalerie eft alors pied à terre, & les chevaux débridés; ou enfin après qu’il a bien plu ,. parce que les armes de la tranchée ayant été mouillées, ne font prefque pas en état de tirer.
- Les troupes commandées pour ces Sorties, fe divifent en trois détachemens, do-nt le premier eft armée de toutes pièces, ayant en main des longues pertuifannes, ou des fourches à crochet, êc l’épée ôc le piftolet à la ceinture, & les deux autres ont le fufil, la bayonnette ôc l’épée. Entre le fécond 6c le troifiéme, on met les travailleurs avec des outils pour rafer les travaux, ôc des feux d’artifices pour brûler tout ce qui ne peut être détruit. La Cavalerie fe partage en deux corps, dont l’un foutient les détachemens , ôc 1 autre s’oppofe à la Cavalerie de l’Ennemi. Toutes ce s troupes s’affemblent ou dans la Place d’Armes de la Ville, ou dans le foffé s’il eftfeç, ou dans le chemin couvert, ou dans quelqu’autre ouvrage. En même - tems on fait border de Mouf-quetaires les Remparts de la Place ôc des dehors qui donnent fur la fortie, ôc l’on met des petits canons chargés à cartouche dans tous les endroits où on le juge néceffaire. Si l’on ne fait fa fortie que contre une attaque, il faudra en même-tems faire parottre du monde ôc de la Cavalerie vis-à-vis de l’autre, afin quelle ri’envoye pas du fecoürs.
- Dès que le lignai eft donné par quelque coup de canon ou de cloche , le premier détachement s’avance fans bruit jufqu’à ce qu’étant découvert, il marche Je plus vite qu’il peut vers l’endroit qu’il doit attaquer; le fécond le fuit immédiatement après , ôc ;iorfqu’ils font arrivés, ils tuent ôc renverfent tout ce qui fe préfente à eux, contraignant l’Ennemi de fe retirer, fans cependant le pourfuivre trop loin, de peur d’être coupé. Alors le premier détachement tient ferme dans les travaux, le fécond fe retire un peu en arriéré , ôc le troifiéme fait alte en quelque endroit de la campagne où il puiffe faciliter la retraite des autres, étant foutenu d’une partie de la Cavalerie, dont l’autre va au-devant de celle de l’Ennemi. En même- tems les Ouvriers font diligence pour gâter, rompre, êc combler les travaux, de maniéré que l’Affié-geant venant à les regagner, ÿ Toit expofé au feu de la Place ; Ôc fi l’on fe trouve dans une Batterie, ils enclouentle canon, y enfonçant dans la lumière des clous d’acier bien trempés, après y avpir mis des petits cailloux que l’on ne puiffe pas retirer, en ,£as qu’on parvint à les déclouer ; ils brûlent aufli les affûts, les
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- plates-formes & les gabions, ôc emportent les poudres, ou y mettent le feu, s’ils ne peuvent pas les emporter.
- Quand tout eft exécuté, on fait fa retraite dans le meilleur ordre qu’il eft poflible, le premier détachement fe défendant toujours dans le pofte qu’on a forcé > jufqu’à ce que les travailleurs ôc les autres détachemens ayent défilés. Alors il fe retire , Ôc quand tout eft rentré dans le chemin couvert, on jette des balles d’artifice pour découvrir ceux qui les ont pourfuivi, ôc l’on fait feu contre eux de tous côtés. Ces Sorties, quand elles réüfliflfent, retardent confidérablement les attaques, ôc procurent de grands avantages à l’Affiégé, furtout lorfque les ouvrages contre lefquels on fort, font près du chemin couvert, parce qu’a-lors on ne craint pas d’être coupé par la Cavalerie ; mais il faut prendre garde de le faire bien à propos : car fi l’Ennemi peut tenir tête, on y perd beaucoup de monde., ôc l’on affaiblit beaucoup la Garnifon.
- Lorfque PAfliégeant, malgré toutes les contradi&ions quon lui a fait effuyer , eft parvenu à placer fes Batteries, il ne faut plus alors tirer à barbette, ni s’avifer d’oppofer feu contre feu , parce que fon canon étant ordinairement le plus fort, auroit bientôt démonté celui de la Place, Ôc s’attacheroit à ruiner les dé-fenfes contre lefquelles on ceffe de tirer, lorfquon voit quelles ne tirent plus. On fe contentera feulement de mettre du petit canon en biaifant les embrazures pour être moins en prife, fur les faces des Baftions, dans les dehors, ôc partout où Ton pourra découvrir dans les Batteries foibles Ôc dans les endroits de la tranchée où l’on voit du mouvement. Il faudra même changer fouvent de place, afin d’embarrraffer l’Ennemi, tirant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, ôc toujours avec beaucoup d’œcono-inie, réfervant fa poudre pour des fourneaux, qui étant bien placés ôc allumés à propos, feront plus d’effet que cent volées de coups de canon. On ne doit pas non plus faire grand ufage de. bombes, parce qu’il faudroit qu’elles fufifent tirées bien juftes pour tomber fouvent dans la tranchée ; mais il faut fe fervir de Fierriers pour tirer des pierres, grenades, ôcc. quand les attaques font proches, ôc furtout pendant la nuit, qui eft toujours le tems où il faut le plus harceler l’Affiégeant, parce que c’eft alors qu’il avance le plus fes ouvrages. Cependant il faut faire réparer avec foin tout ce que le canon Ennemi aura gâté pour pourvoir enfuite s’en fervir, ôc tirer delà comme dès le premier
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- jour, quand l'Ennemi aura rapproché fes Batteries."
- Pour rendre les approches au chemin couvert plus difficiles*, à l’Affiégeant, on pourroit outre les ouvrages avancés fur les angles faillans du glacis,, faire un avant-fofle qui ne pût pas être faigné, pour obliger l’Ennemi à y jetter plufieurs ponts, dont les pacages font toujours très - dangereux à la vue d’une Garnifon bien retranchée j & fi on ne pouvoir éviter la feignée,, on eu feroit le fond de maniéré qu’il fuivit la pente du glacis, afin que l’Affiégeant ayant pris bien des peines pour le defifécher, ne put le faire fervir de tranchée, comme il arriveroit infailliblement s’il étoit fait à la maniéré ordinaire mais de quelque maniéré qu’on le fit, il faudroit bien fe donner de garde de faire des Sorties tant que les travaux.de la tranchée feroient au-delà dé î’avant-foffé, étant alors très - difficile de pouvoir faire une bonne retraite, fi on étoit repouffé un peu vigoureufement. Il feroit très* bon auffi de conftruire des redoutes dans les Places d’Armes des angles rentrans, revêtues, fraifées ôc paliffadées dans le fond de leur foffé , où l’on mettroit des petites pièces de canon pour défendre les ouvrages avancés fur la pointe du glacis, ôc rafer les logemens de l’Affiégeant ; on feroit en même - tems des ca-ponieres aux trois angles faillans, ôc l’on mettroit une fécondé palifiade dans le chemin couvert,, éloignée de y ou 6 pieds de la première..
- L’Affiégeant étant parvenu au pied du glacis, il faut lui donner du relâche le moins qu’on peut, faifant feu fur lui des ca-ponieres,des redoutes, Places d’Armes, ôc detous.lesendroits: d’où on peut le voir ôc l’incommoder, Ôc le chargeant fouvent par des Sorties vigoureufes qui l’obligent ou d’abandonner fes travaux, ou de fe découvrir ôc s’expofer au feu de la Place.. On doit en même-tems avoir grand foin d’éclairer fes démarches pendant la nuit par les moyens des balles d’artifice qui font encore ici plus néceffaires qu’ailleurs, parce qu’une feule nuit fuft firoit à l’Affiégeant pour faire tous fes logemens.
- Sa première entreprife fera d’attaquer les ouvrages avancés fur la pointe du glacis ; ce qu’il fera ou à force ouverte, ou par-une double fappe pouffée fur les côtés pour les prendre par derr riere. Ceux qui font à la défenfe de ces ouvrages, doivent alors eeder ; mais dès qu’il travaillera à fes logemens pour empêcher FAffiégé d’y revenir, on fera fur lui une Sortie, dont les uns renverferont les travaux* ôc les autres rentreront dans les ouvrage^
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- <ju on avoit abandonné. Ce petit manège pourra réuffir deux ou trois fois ; car les Sorties faites de fi près, font prefque toujours lâcher le pied aux plus avancés qui fe renveriènt en défordre fur ceux qui devroient les foutenir, ôclorfqu enfin on fera obligé de céder entièrement, on fe retirera en mettant le feu aux fourneaux , qui renverfant les ouvrages, renverferont en même-tems les logemens de l'Ennemi, fi on a eu foin de pouffer des rameaux de partôc d’autre, ce quon doit toujours obferver. Il feroit même bon,lorfquil n’y a point d’avant-foffé, de pouffer des rameaux dans la campagne, pour faire fauter une partie de la derniere paralelle.
- Ce premier pas étant fait, l’Afliégeant avant d’attaquer le chemin couvert, tâchera de rendre les caponieres inutiles, foit par le canon de fes Batteries, dont il fera bien difficile d’empêcher l’effet, à moins qu’on ne pût démonter fes Batteries, foit en roulant devant foi des grands facs à terre ôc des gabions farcis pour en boucher les créneaux ; à quoi il faudra s’oppofer par le canon des redoutes des Places d’Armes, par les grenades ôc les pierres, ce qui fera perdre beaucoup de monde à l’Afliégeant, fans l’empêcher pourtant de venir à bout de fon deffein.
- Alors l’Affiégé doit fe préparer a être bientôt infulté dans le chemin couvert, ôc fe mettre en état de défenfe en bordant bien fes parapets, ôc femant fur le haut du glacis des chauffes - trapes, ou y mettant des herfillons ; ce qu’il ne faut faire que lorfque fon canon aura ceffé de tirer fur la paliffade, car c’eft ordinairement un peu après que doit commencer l’attaque, lorfqu’elle fe fait de vive-force. Il faut auffi pendant ce tems-là faire de fréquentes ôc vigoureufes Sorties pour tâcher de renverfer les ouvrages ôc les préparatifs de l’Affiégeant, ôc fi malgré rout ce qu’on peut faire, il s’obftine ôc pourfuit fon deffein, il faut l’attendre de pied ferme, jufqu’à ce que le grand nombre contraigne enfin de céder en faifant une bonne décharge à bout touchant, ôc fe retirant enfuite dans les redoutes des Places d’Armes , après avoir mis le feu aux caiffons ou bombes qu’on doit avoir enterrés fur le glacis, à quelque difiancè du parapet. Si l’Ennemi fe trouve ébranlé par l’effet de ces petits fourneaux, on reviendra en même - tems fur lui pour le chaffer ; mais s’il tient ferme, ôc qu’il commence à faire fes logemens , on fera le fignal à la Place dès qu’on fera rentré dans fes redoutes, ôc k moufqueterie, le canon ôc les pierriers, feront feu fur lui de tous côtés ; après quoi on fera une
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- Sortie pour renverfer, s’ilfe peut, fes logemens, Ôt rentrer dàïiÿ
- le chemin couvert...
- Lorfqu’il reviendra-, on fe retirera de même pour laifler là li* berté au feu dé ià Place, Ôc pouvoir enfuite le chaffer comme la première fois, & lorfqu’on n’aura pu l’empêcher de perfectionner fès logemens, ôc d’établir fes Batteries fur le parapet du glacis, il faudra alors faire jouer fes fougaffes pour détruire.tout ce qu’il aura fait, ôc l’obliger à recommencer, de nouveau, ce qu’il fera avec plus de fureté. L’Afliégeant s’étant donc, rétabli fur fes- ruines, longera- à attaquer les redoutes qui étant bien revêtues ôc fraifées, lui donneront bien de la peine, ôc le con* traindront à les prendre1 par la fappe Ôc par la mine. Alors ceux, qui les défendent, fe retireront en mettant le feu à leurs fourneaux, ôc en enfeveliflant.L’Attaquant, fous, les débris de cesre^ doutesi
- Si le folle elî plein d’eau , il faut avoir- des petits radeaux qu’on puiffe conduire facilement partout où l’on voudra, avec un pa* rapet à l’épreuve du moufquet,. Ôc l’on s’en .fervira à inquiéter PÉnnemi dans fes logemens, . ôc pendant la defcente du folfé , à brûler les ponts, ou à tirer fur ceux qui y paffent, à moins qu’ils ne s’épaulent des deux côtés, ôc enfin.à rechercher, le; Mineur..
- Il faut obferver, par rapport aux fougaffes ôc aux mines, 1°. De ne les faire jouer qu’à propos ; car l’Ennemi donne fouvent des faulfes allarmes pour engager l’Afliégé à y mettre le feu, ôc. fe loger enfuite plus fûrement fur leur effet. 20. De faire jouer les plus avancés Ôc lès moins enfoncés avant les autres, afin que tous puiflent fervir; 30. Enfin de ne le faire que le plus tard que Bon peut, ôc de ne renverfer la, paliffade & le parapet par les mines de la galerie qu’a la derniere extrémité , parce qu’il n’eft plus polïible alors ni de rentrer dans le chemin couvert, ni de; faire de nouvelles mines , ce qui affine l’Ennemi pour le refis ; du. Siège. Si cependant l’Affiégeant travailloit par-deffous, il faudroit après l’avoir bien recherché ôc inquiété le plus qu’on auroit pu, mettre le feu à fes fourneaux, de peur de fauter foi-même. Il faut encore, obferver lorfqu’on veut faire jouer quelque; mine ou fougaffe, de. feindre de vouloir faire une Sortie contre cet endroit, afin quel’Ennemi mette, plus de monde à fa défenfe *e qui en fera périr davantage.
- Si la. Garaifon n’eft pas. allez forte pour défendre le chemin-
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- couvert de pied ferme, on ne laifle qu’un petit nombre de Soldats aux angles faillans, avec ordre de faire leurs décharges lorf-que l’Ennemi fera à quelques pas de la paliflade, Ôc de fe retirer enfuite par la droite ôc par. la gauche, mettant le feu aux caif-fons. Dès qu’ils font rentres, le feu delà Place tire furl’Aflié-geant de tous cotés, ôc. l’on fait après une Sortie pour fe rétablir dans les poftes qu’on avoit abandonnés. Lorfqu’il revient on iè retire de même, après avoir fait fa décharge, Ôc la Place recommence à tirer pour tâcher de l’éclaircir ôc le chaffer encore une fois par une fécondé Sortie ; ce que l’on continue jufqu’à ce qu’il fe foit parfaitement établi, malgré les caillons ôcles fourneaux quon aura fait jouer.
- Si l’attaque du chemin couvert fe fait par la lappe, ôc que PEnnemi n’ait pas fouillé par-deffous, on Pamufera par des Sorties feintes de tems en tems, Ôc par les pierres ôc les grenades qu’omtirera contre lui ; mais dès que fes logemens feront en état de recevoir des troupes, ôc que. le canon aura été amené aux Batteries, on fera jouer des fourneaux qui doivent, s’il fe peut, enlever.tout-à-la fois les logemens,. les Batteries, ôc les cavaliers de tranchée ; que fi l’Alïiégeant oblige par fes recherches de mettre le feu aux mines avant de commencer Ton travail, ou qu’après ce déchet il recommence de. nouveau, alors il faut tâcher de détruire fes cavaliers par le canon des redoutes, de la demi- Lune ôc par ceux des embrazures biaifées, faites fur le Rempart de la Place, ôc tirer grand nombre de pierres, grenades, ôcc. furie travail de fes logemens, contre lefquels on fera aufli de fréquentes Sorties,Toit pour les renverfer , Toit pour faire découvrir l’Ennemi, ôc l’expofer au feu de la Place.
- L’attaque de la demi - Lune fuit toujours de bien près, la prife du chemin, cou vert; Les. Alfiégés pour bien défendre cette partie de leur Fortification, doivent i°. Si le folié eft fec, Taire ,aux extrémités: des faces , vers la gorge, des caponieres couvertes de gros madriers, fur lefquels il faut jetter de la terre pour éviter le feu* 2°. .Bien, épauler de côté, ôc d’autre leur communication avec la Place par de bons parapets qui peuvent aulïïfbrvir pouf la défenfe du grand folié. 30. Si le folié eft plein, d’eau, avoir des bateaux avec des parapets à l’épreuve du moufquet ,. pour affurer la retraite de ceux qui défendent la demi- Lune, en cas que les Batteries brifent le pont de communication. 40. Avoir à la gorge de la demi-Lune un bon retranchement bien revêtu^
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- Le Parfait
- fraifé ôc paliffadé dans le fond de fon foffé. Contreminer îa. demi-Lune ôc le retranchement, & enterrer outre cela fur le Rempart des caiffons 6c des bombes. 6°, Enfin planter plufieura rangs de paliffades les uns devant les autres depuis le parapet delà demi-Lune jufqu’au foffé du retranchement, Ôt couvrir ces paliffades jufqu’à 4 ou $ pieds de hauteur, de fafcines, gabions ou facs à terre pour fe faire un efpece de parapet. Tous ces préparatifs doivent être faits de bonne heure ôt avant l’at-taque ; car il n’eft pas poiïible de rien entreprendre de folide lorfque l’Ennemi vous preffe, ôc l’on n’a jamais vu que des ouvrages ou des retranchemens faits à la hâte ayent pu arrêter l’Afliégeant, ni procurer quelque avantage àl\ffiégé, quelque peine qu’il y ait pris.
- L’Afliégeant pour fe rendre maître de îa demi - Lune commencera donc par le paffage du foffé qu’il faut faire, ou par un pont de fafcines s’il y a de l’eau, ou par une fappe couverte ôc épaulée du côté de la Place s’il n’y en a point. Dans le premier cas on jettera du haut du Rempart de la demi - Lune quantité de feux d’artifice pour brûler le pont , ou bien Ton fe fer-vira des bateaux dont nous avons déjà parlé pour le même effet. Dans le fécond, on fatiguera l'Ennemi par le feu des capo-nieres, Ôc par des fréquentes Sorties, ôc dans l’un ôc dans l’autre on fera ufage des canons des faces des Battions qui ont vue dans le foffé de la demi - Lune. S’il entreprend de faire la brèche par la mine, on tâchera d’aller au - devant du Mineur ôc de le fur-prendre, comme nous avons dit ailleurs. Mais lorfqu’après tous Jes foins qu’on aura pris, la brèche fera faite par la mine oui© canon, fi l’Ennemi y mont© de vive force, on fe retirera derrière les paliffades , après avoir fait fa décharge à bout touchant, ôc mis le feu aux caiffons Ôc bombes enterrées, ce qui pourra -déconcerter l’Afliégeant, ôc mettre l’Afliégé en état derevenir ; ôc s’il entreprend de s’y loger peu à peu par la fappe, on le fatiguera de tems en tems par des petites Sorties , jufqu’à ce que fes logent ens fe trouvant proches des paliffades, on mettra le feu aux fourneaux pour les faire fauter. Lorfqu’il s’y fera rétabli, on lui chicanera les paliffades rang par rang, le contraignant de les enlever les unes après les autres par de petites fougaffes, ôc lor£ qu’on fera réduit à la derniere, on fe retirera dans le retranchement, en faifant jouer le refte de fes mines. Tout ceci fuppofe que l’Ennemi ne travaille pas par - deffous ; car autrement !!
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- Faudroit le prévenir, de peur de fauter foi - même, comme nous avons dit ailleurs, ôc mettre le feu à fes fourneaux, à mefure quil vous pafferoit.
- L’attaque du retranchement fe fera de la même maniéré que celle de la demi-Lune; c’eft pourquoi il faudra avoir aufli des caponieres dans le foffé, ôc y jetter vers la pointe où fe fait le paffage, quantité de feux ôc de bois gaudronnés qui écartent l’Afliégeant pour deux ou trois jours ; que fi il vient par le def-fous en creulant fous terre, ou que la brèche fe trouve enfin ouverte ôc facile à monter, il faudra fe retirer dans la Place , ert faifant jouer fes fourneaux, qui renverferont le retranchement , ôc enfeveliront tous ceux qui fe trouveront à la portée de leurs effets.
- Tandis que l’Afliégeant attaquera la demi-Lune, il travaillera •en même - tems à la defcente du grand foffé pour y faire enfuite fon. paffage. Si le foffé eft fec, cette defcente fe fera par une fappe foûterreine, à laquelle on pourra s’oppofèr en allant au-devant de lui, ôc faifant jouer des fourneaux qui détruifent la defcente ôc les logemens qui font par-deffus. S’il recommence après, on pointera du canon qu’on tirera fans ceffe vers l’endroit du débou-chement, ôc l’on envoyera pendant la nuit des détachemens de 4 ou cinq hommes , qui fe tenant auprès de l’endroit où ils entendront qu’on travaille, feront leur décharge dans l’ouverture^ lorfqu’elle fera faite, ôc fe retireront à côté pour recharger ôc tirer de nouveau , ce qu’ils pourront faire jufqu’à ce quel’Aflié-geant ait établi un pofte dans le foffé. Si la defcente eft fimple-ment blindée, ce qui arrive lorfqu’il y a de l’eau dans le foffé > en ajoutera à l’effet des fourneaux celui des bombes, des pierres> ôcc. ôc l’on pourra fe fèrvir de bateaux pour tirer dans le débou-.ment.
- Si le foffé eft fec, on y plantera dans le milieu une bonne pa-liffade paralelle aux faces pour arrêter le Mineur, ôc l’on la fou-tiendra de côté ôc d’autre par des caponieres enterrées, couvertes de madriers, fur lefquels on jettera de la terre, en forte-qu’on ait peine à connoître d’où vient le feu; on fera auffi devant les flancs des coffres ou logemens couverts un peu plus relevés que les caponieres, où l’on placera des canons, qui joint -à ceux du flanc, incommoderont beaucoup le paffage, ôc For* bordera de Moufquetaires la communication de la Place à la? demi - Lune, en l’épaulant du côté de la demi -Lune contre le$
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- îogemens que l’Alîiégeant y aura fait. Tous ces Iogemens, ôclé fond du folié doivent être contreminés, s’il fe peut, ou du moins il faudra y enterrer des bombes & des caillons pour faire fauter l’Ennemi, qui ne manquera pas de les attaquer lorlqu’il ferafon palïage. Que fi malgré toutes ces chicanes ôc les fréquentes Sorties qu’on aura fait fur lui, il fe rend enfin maître du folié, ôc attache fon Mineur au revêtement, on jettera des gros quartiers de pierre fur les madriers dont il fe fera couvert, ou fi fon trou a été fait par le canon, on y jettera des bombes & des feux d’artifice vis-à-vis pour l’y faire périr. On tâchera en même-tems de le rechercher par- dedans, ôc fi l’on prévoit qu’on ne puiffe pas l’empêcher de continuer fon travail, on mettra le foflé en reu avec quantité de bois gaudronnés, ce qui éloignera l’Ennemi pour quelques jjours , ôc étouffera infailliblement tous ceux qui travaillent à la mine. Il eft inutile de redire ici que pendant toutes ces manœuvres, la moufqueterie des défenfes, le canon , £c les pierriers, doivent tirer fans ceffe fur tous les logemens de l’A-lfiégeant qu’ils peuvent découvrir, ce qu’on doit continuer depuis l’approche du glacis jufqu’à la prife de la Place.
- Si le folié eft plein d’eau, on tâchera de ruiner le paffage par le canon des flancs, ou par des feux d’artifice jettés du haut des Remparts , ou attachés au pont par le moyen des bateaux, qui ferviront aulïi à inquiéter beaucoup ceux qui y travaillent du côté où l’on ne fera point d’épaulemént, ôc à furprendre le Mineur s’il eft paffé à la nage, ou fur quelque radeau.
- Les meilleurs retranchement qu’on peut conftruire dans un Baftion, font d’autres petits Battions 'intérieurs , qui laiffent très-peu d’efpace à l’Ennemi, ôc dont les flancs défendent la brèche du Baftion oppofé ; on peut en faire plufieurs les uns après les autres jufqu’au dedans, où l’on peut encore en conftruire d’autres plus étendus ôc de différentes figures,"les contreminant, fraifant ôc paliffadant dans le fond de leur folié, Ôc mettant outre cela plufieurs rangs de paliffades depuis le parapet du Rfempart jufqu’au folié du premier retranchement, de même depuis le parapet du premier retranchement jufqu’au folié'dû fécond, ôc ainfi de fuite. - - -
- Pour n’être pas furptis par leffet de la mine lorfque rEnnemi voudra faire brèche, il faut faire aux revêtemens des faces plur fleurs petits trous imperceptibles par le dehors, Ôc allez grands £n - dedans pour pouvoir regarder ce qui fe paffe dans le fofféJ
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- On y placera deux ou trois perfonnes intelligentes, qui Voyant porter des madriers & des facs pleins de poudre, en donneront avis , ôc l’on jettera en même - tems des feux d’artifice , qui peuvent produire un défordre épouventable~ en mettant le feu aux poudres , ôc confirmant ceux qui les portent. Que fi l’Afliégeant vient cependant à bout de charger lès mines, ôc qu’on le voit faire écarter fes troupes pour les mettre à couvert des éclats, on fe mettra aufli à l’écart, jufqu’à ce que la mine ait fait fon effet ; après quoi on attendra que l’Afliégeant ait ceffé de tirer fon canon, ce qu’il fait ordinairement pour labourer la brèche ôc la rendre plus praticable, ôc lorfqu’il fe mettra en état dé la monter, on y jettera des chauffes - trapes , des chevaux de frife, des facs à poudre à qui on mettra le feu, des fafcines gaudronnées, des •grenades , bombes , ôcc. qui feront périr les plus hardis.
- ‘L’Afliégeant étant parvenu de vive force jufqu’au bout de la brèche, on lui oppofera les plus braves Soldats de la Garnifon, armés de cuiraffes, de faulx enmanchés à l’envers, de pertui-•fannes, ôc de bâtons ferrés aux deux bouts, pour repouffer ôc renverfer tous ceux qui fe préfenteront ; ôc lorfque le grand nombre les aura contraints de céder, ils fe retireront dans les pa-liflades, en mettant le feu aux fourneaux, dont l’effet pourra donner le moyen de revenir.
- Que fi l’Afliégeant prend le parti de fe loger fur la brèche par îa fappe, on l’inquiétera par des Sorties ôc par les grenades , pierres, ôc feux d’artifice qu’on tirera contre lui, ôc lorfque fon logement fera fait, on fera jouer fes fourneaux.
- Si le foffé eft fec on peut faire diverfion par le moyen de quelques mines pouffées fous la demi-Lune par la galerie qui lui fert de communication à la Place. Quand l’Afliégeant montera à la brèche du Baftion, on mettra le feu à ces mines , qui enlèveront les logemens ôc tous ceux qui s’y trouveront, ôc fon fe logera fur leurs effets pour voir la brèche de revers ; ce qui obligera l’Afliégeant de reprendre la demi-Lune, ôc pendant ce tems on tâchera de réparer les défordres de la brèche.
- L’Ennemi ayant repris la demi-Lune, ôc remis la brèche en fon premier état, y remontera de nouveau ; à quoi les Soldats cuirafl'és s’oppoferont encore de tout leur pouvoir, ôc lorfquiis auront été contraints de céder en fe retirant derrière les palifi* fades , on fera agir fur lui la moufqueterie , les grenades ôc les feux des retranchemens, Ôc les canons qu’on aura mis fur le.
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- flanc de ceux des Battions oppofés. Tous ces obttacles inquiéteront extrêmement l’Ennemi ; mais comme à la fin il viendra k bout de les furmonter en démontant le canon par fes Batteries fur la contre-Efcarpe, & érablittant fes logemens fur la brèche, de forte qu’il ne pourra plus être repouffé, il faudra alors lui chicaner les paliffades, faifant toujours fauter celles qu’on aban-, donnera, après quoi on fe retirera dans le premier retranchement,', embrafant Ton- fofle , tenant ferme & difputant pas à pas le ter-rein qu’on enlevera toujours par fes fourneaux lorfqu’on ne pourra, plus le tenir. On fera la même chofe dans les autres retranche-mens, pour obliger l’Ennemi à faire plufieurs Sièges au lietr d’un, ôt lorfqu’il ne reftera plus que le dernier, le Gouverneur n’ayant plus alors de terrein pour fe retrancher, pourra confentir à une capitulation qui ne fera peut-être pas des plus avantageufes,» mais qui fera des plus glorieufes pour lui ôt pour ceux qui auront' combattu fous fes ordres.
- Au refte le teins, le lieu & la néceffité peuvent faire trouver pendant la durée d’un Siège une infinité d’autres chicanes, qui a la vérité ne rendront point une Place imprenable, parce qu’il eil naturel qu’une grande Armée qui renverfe tout ce quon lui oppofe, vienne enfin à bout d’un petit nombre de Soldats , dont la plupart périt en fe défendant, mais qui retarderont beaucoup les progrès de l’Afliégeant, ce qui eft l’unique but qu’on doit fe propofer dans 1a, défenfe, parce qu’il peut arriver que l’Ennemi fera obligé de lever le Siège, foir à caufe du grand nombre des morts, des bleffés,. ou des malades, foit à caufe des mauvais tems, ou du manque de fourages, de vivres ôt des munitions, foit enfin par la crainte d’un grand fecours qui aura eu le loifi# d’avancer.
- De la Défènje des Places irrégulières.
- Les réglés que nous venons de donner pour la Défenie des? Places régulières, font prefque autant de maximes dont il faut s’éloigner le moins qu’on peut dans la défenfe des irrégulières. Ce qu’il faut obferver furtout dans celle - ci , c’eft de bien con-noître leur fort Ôt leur foible pour profiter des avantages de l’uiv ôc réparer, s’il fe peut, les défauts de l’autre, foit par des dehors avancés , foit par un plus grand nombre de Soldats qu’il: faut mettre à leurs défenfes. Il faut aufïi prendre garde de ne pas
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- Faire connoître à l’Ennemi quel eft l’endroit foible en tirant le canon de ce côté dès le premier jour de l’inveftiture, comme on a fait quelquefois ; mais de lui en dérober la connoiffance en tirant d’un autre côté, ôc empêchant par des embufcades, comme nous avons dit ailleurs, que l’on en approche de trop près pour le reconnoître.
- S’il fe trouve des commandemens aux environs qu’on puiffe lie pas rafer, il faut s’en emparer par des dehors lorfqu’ils font affez près pour cela, linon il faut y mettre des redoutes ou Forts, foutenus par d’autres , jufqu’au plus prochain ouvrage de la Place.
- Si la Ville eft fituée fur une élévation, il faut y faire des ouvrages avancés prefque jufqu’au pied de la montagne, pour dif-puter le terrein pas à pas ; multiplier autant qu’il fe peut, les fchicanes dans les foliés, ôc ne faire jamais des Sorties hors des ouvrages, parce qu’on ne fçauroit fe retirer fans donner l’avaa-tage à l’Ennemi de vous découvrir depuis les pieds jufqu’à la tête.
- Quand les Places ont des environs couverts d’eau ôc entrecoupés de canaux, on peut faire des grands bateaux avec des parapets à l’épreuve même du canon, fur lefquels on mettra des Batteries pour inquiéter ôc prendre l’Ennemi de revers partout où il travaillera pour l’arrêter au palfage des folfés, brûler fes ponts , foutenir ôc défendre les ouvrages attaqués ôc détruire les logemens que PAlïiégeant voudroit faire fur la brèche.
- Si l’Ennemi attaque par des chauffées ou fur un front très-étroit fans pouvoir faire de Places d’Armes affez étendues, il .faudra faire fou vent de vigoureufes Sorties, étant très - difficile dans ces occafions qu’il puiffe en empêcher le fuccès.
- S’il y a quelques Fauxbourgs aux environs de la Place, le plus fur feroit de les rafer ; mais fi cela ne fe peut, il faut les enfermer dans des ouvrages à corne ou à couronne contreminés, ôc avec de bons] foffés, obfervant toujours qu’ils foient bien défendus ; il faudroit aufli, fi cela fe pouvoit, contreminer la plupart des xnaifons, afin que l’Ennemi venant à s’en rendre le maître, ne pût pas les faire fervir de retranchement.
- Enfin s’il y a une Citadelle, Ôc que l’Ennemi l’attaque pour réduire plûtôt la Ville, iL faut rompre toutes fes défenfes du côté de la Place, ôc en faire d’autres fur l’efplanade pour faire tête à l’Afliégeant, lorfque la Citadelle fera prife*
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- De la Défenfe contre les attaques brujque&-
- S’il y a quelque chemin creux,, rideau, ou autre couvert*, ’qu’on n’aura pas eu-le temsd’applanir, .& à la faveur duquel l’Ennemi puiflfe former cette attaque, il faut l’en éloigner le plus qu’on peut, fans lui permettre de s’y établir; & s’il a profité de-cet avantage jufqu a s’emparer de quelque dehors, il faut alors tout hazarder pour l’en chaffer, & tâcher enfuite de fortifier cet endroit beaucoup mieux qu’il n’étoit auparavant, il eft bon dans ces occafions' d’avoir toujours un corps de réferve dans quelque lieu fur, afin de pouvoir donner au plutôt & fans défordre fuç l’Affiégeant. Le refte de la défenfe fe fera, comme nous avonsj. dit ci- deffus^
- De la Défenfe contre les Blocus
- L’unique remede dans ces fortes d’attaques, eft d’avoir, s5iï fe peut, de grandes provifions, d’établir des gens qui veillent: à leur confervation, les changeant fouvent de place, de peur qu’elles ne fe gâtent, & ne les diftribuant que félon le befoin, de contenir les Habitans & la Garnifon le plus qu’on peut, fous apparence dun prompt fecours, êc d’attendre en patience que ce fecours arrive en effet, ou que le mauvais tems oblige l’Ennemi à décamper, fans s’amufer à faire des Sorties, à moins quon* ne fût en état de forcer quelque quartier, ôc de faire entrer des-provifions ; car autrement l’Ennemi étant loin de la Place , os& fe mettroit en rifque d’être enveloppé dans fa retraite..
- De la Capitulation <& Reddition dune Placer
- Un Gouverneur doit obferver de ne jamais parler le premier de Capitulation dans fon Confeil, de peur que quelque mal-inH tentionné ne fit enfuite entendre que c’eft par fa faute que la Place a été rendue. Il-doit écouter les avis des uns & des autres fans paroître incliner ni pour ni contre, avoir égard aux bonnes ; raifons. qu’cn peut alléguer pour foutenir la défenfe, réfuter les mauvaifes avec douceur, tâchant de ranger ceux qui les avancent du coté des autres,- & faire ligner à chacun fon avis, afin que; fi. le Prince n’apprquyoit point la résolution ; perfonne ne pût
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- nier fa fignature. Cela fait, il fera ligner un Mémoire de fétat des vivres ôc munitions, des Fortifications ôc de la Garnifon, dont il gardera un double dans là poche, ôc envoyera l’autre en- Cour, demandant la permiffion à l’Ennemi, fi l’on ne peut faire paffer le Courier autrement. Tout ceci doit être fait en tems & lieu , de peur d’être obligé de fe rendre avant d’avoir reçu la réponfe. Lorfque l’ordre fera venu, le Gouverneur affemblera le Confeil à qui il en fera la leêture j ôc quand on verra que la défenfe ne peut pas aller plus loin , on fera une grande Sortie le jour d’auparavant, pour faire voir à l’Ennemi qu’on eft en meilleur état, Ôc le lendemain on fera battre la chamade ; pendant ce tems - là on réglera dans le Confeil les articles de la Capitulation, demandant de fortir par la brèche, Tambours bat-tans, Mèche allumée, Drapeaux déployés, avec des Pièces de canon,, des Mortiers, avec BagagesChevaux ôc Chariots couverts, pour fe rendre tous enfemble par le plus court chemin à là Ville quon aura choifi, Ôc cela fous efeorte des Afliégeans. Si on-attend du fecours, il faut demander un tems limité, au bout duquel on promettra de fe rendre, expliquant clairement ôc nettement- fes proportions , de peur d’en être la dupe, s-ilfe trouvait quelque ambiguité. Il faut auffî renfermer dans ces articles les Ecclefiaffiques,. la Nobleffe, Ôc l'a Bourgeoifié, ôc faire venir les Magiftrats à qui on demandera ce qu’ils veulent faire mettre , les exhortant de ne point changer d’affe&ion en changeant de Maître, ôc leur promettant qu’ils retourneront bientôt fous leur premier Gouvernement. Ces articles feront couchés par écrit avec, une grande marge,, oii lé General Ennemi marquera ce qu’il accorde, Ôt feront portés par deux ou trois Officiers qui ferviront d’otage,, ôc qui doivent finement faire entendre dans leur difeours qu’on n’étoit point du tout preffé de fe rendre., ôc qu’on n’en parle firôt que pour obtenir dès conditions plus honorables. L’Afïiégeant envoyera auffides otages dans là Place, à qui on perfuadera là même chofe, les régalant Ôc les traitant lè mieux que 1-on pourra, fans leur permettre cependant de vi-fiter les ouvrages. Cependant on fera toujours monter la Garde-régulièrement, ne fouffrant point que les Soldats Ennemis viennent vifiter la brèche, ni que perfonne ne forte de la Place, de’ peur qu’on n’avertiffe l’Ennemi du mauvais état où font les affaires. Lorfqu’on a encore beaucoup de vivres Ôc de munitions^ de guerre > il faut avant d’envoyer la Capitulation , mettre à part:
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- ce que l’on Juge pouvoir fuffire, ôc faire brûler Ôc détruire le refte, de peur que l’Ennemi n’en profite, vous obligeant de les lui remettre par les articles de la Capitulation.
- Lorfque tout eft ligné de part ôc d’autre, on livre la Ville à l’Afliégeant qui y met fa Garde, comme nous avons dit ailleurs ; ôc la Garnifon s’étant rendue fur la Place d’Armes avec tous les Equipages qu’on leur a permis, ôc ayant falué le General Ennemi qui y vient avec fes troupes, fe retire en bon ordre fuivie de l’efcorte qu’on lui a donné, fans confentir qu’elle fe retire, ju£ qu’à ce qu’on foit arrivé à la Ville oii elle doit l’accompagner, i
- Si l’Afliégeant ne vouloir accorder de Capitulation que fous des conditions honteufes, le Gouverneur ne doit point l’accepter; mais après avoir repris fes otages ôc renvoyé ceux qu’il avoit, il doit tout hazarder, Ôc faire une grande Sortie générale, s’ouvrant un paffage au travers de l’Ennemi > qui ordinairement ne g’y attend point.
- Ce qu’il faut faire lorfque l’Ennemi lève le Siège,
- Il y a des circonftances où l’Ennemi, après bien des peines ôc des travaux, fe voit cependant obligé de lever le Siège. On peut alors lorfqu’une grande partie de Ton Armée aura défilé, faire une Sortie fur l’arriere - garde, fi l’on y trouve quelque avantage ; mais il faut bien prendre garde de ne point tomber foi-même dans le piège, comme il eft arrivé quelquefois ; ôc le plus fur eft de faire un pont d’or à l’Ennemi qui fuit. Dès qu’il fera parti, on fera rafer, détruire, ôc combler tous fes ouvrages, réparer les brèches, ôc fortifier les endroits qu’on a connus être trop foibles , on pourvoyera la Place de nouvelles munitions deGuerre ôc de bouche. Enfin on difpofera toutes ces chofes de maniéré que l’Ennemi y revenant, la trouve en meilleur état, ôc capable d’être mieux défendue que la première fois.
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- JO U R N A L
- DU SIÈGE
- DE LA
- VILLE DE LILLE,
- Depuis le douze Août mil fept cens huit yjufqu au vingt-deutâ QBobreJiiivant quelle a capitulé.
- Ê E 12 Août à la pointe du jour, un Corps de 12 à if Bataillons, ôc autant d’Efcadrons des Ennemis pa£* P ferent la Marque, ôc vinrent fe camper, leur droite' [! au pont de l'Abbaye de Marquette, ôc leur gauche à la* chauffée de Menin. Une partie de la Garnifon fortit Ôc alla efcarmoucher avec les Ennemis : une Garde de 20 hommes; que nous avions en deçà du pont de Marquette, fe retira fans perte: avec le détachement de la Garnifon qui inquiéta les Ennemis?; pendant tout le jour. Vers le foir, M. de Bouliers fit brûler les: jnaifons du Faubourg de la Magdelaine à iaréferve de la'Chapelle
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- ôc de la maifon du Curé, où Ton établit un polie de 100 lioimnêa
- commandés par deux Capitaines ôc deux Lieutenaris.
- Le 13. les Ennemis s’étendirent jufqu’à l’Abbaye de Lôo à leur droite, & occupèrent les Villages de Helemmes, Lezenne, ôc Nôrre-Dame deGrace à leür gaucheà deux heures après midi la Place lé trouva invertie de.tôutes- parts : on employa ce jour à brûler ou à démolir les maifons du Faubourg de Fives, Ôc celles qui étoient fituées autour de la redoute de Chanteleux ; cependant le canon incommodoit les Ennemis dans leurs mouve-mens. On Ce muniffoit des chofes néceffaires pour le Siège, ôc à réparer les endroits défeélueux des Fortifîéations.
- Le 14. on commença à former rinondation entre la grande digue ôc la Citadelle j ce jour les Ennemis étendirent leurs lignes jd’Infanterie entre les deux rivières de la Deulle*
- Le 1 les Ennemis s’approchèrent delaredoute de Chanteleux à la faveur d’une forte haye derrière laquelle ils éleverent un parapet ; mais le canon de la Citadelle les incommoda fi fort qu’ils furent obligés de l’abandonner. r
- Le 16. L’Officier qui commandoit dans la redoute 3 envoya couper la hayeôc renverfer le parapet. 800 de nos travailleurs achevèrent pendant ce jour de démolir ce que le feu^voit épargné dans le Faubourg;
- Le 17 ôc 18. les Ennemis travaillèrent à/aire leurs lignes de circonvallation : ils avoîent un porte d’infanterie dans un bouquet de bois à la portée du canon du côté de la Citadelle, ils eurent avis par un Déferteur qu’on avoit deffein de l’enlever , ôc prirent le parti de le retrancher , ce qu’ils firent malgré le canon de la Ville ôc de la Citadelle. Ils reçurent leurs gros canons, ôc établirent leur Parc d’Artillerie entre l’Abba-ye de Marquette ôc la chauffée de Menin.
- Le ip. 1 inondation fe trouva formée. On ferma récîufe du pont de France, pour faire regorger les eaux par derrière la Citadelle jufqu’auprès de la porte de S. André, Ôc peu de jours après tout le terrein depuis le bois de Lanberfart jufqu’au deçà de la redoute conftruite au pied du glacis du Baftion S. André à la gauche de l’Ouvrage à corne fe trouva inondé. Le même jour, un Détachement de la Garnifon applanit les terres depuis l’Ouvrage à corne de la Magdelaine jufqu’aux tenaillons, les Ennemis faifant juger qu’ils formeroient leurs attaques de ce côté.
- Le 20. les Ennemis formèrent leur amas de fafcines ôc gabions s
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- Ingénieur François, 30; bions : leur principal dépôt fe fit .au trou & à Helerin.
- Le 21. fix pièces de canons poftées ôc retranchées fur la butte du moulin proche la porte S. André, tirèrent fur le Camp des Ennemis qu’elles incommodèrent beaucoup, parce quelles. les voyoient -de revers. Pendant ce tems, un Détachement de la Garnifon alla à la portée du piftolet des Ennemis brûler quelques maifons ôc abbattre des hayes vis-à-vis les tenaillons , ôc il s’y tira quelques coups de fufils de part Ôc d’autre. Vers le midi les Ennemis vinrent s’emparer d’un moulin vis-à-vis la demi-Lune, entre les tenaillons ôc la corne de la Magdelaine ; ils fe retranchèrent derrière, ôc s’y maintinrent malgré le feu de la Place.
- Le 22. Ils battirent de fept pièces de canon qu’ils avoient dans le bois, la cenfe de la Vaquerie dont on avoi't fait un pofte; 011 s’y maintint fans autre perte que de fix Grenadiers, bleffés des décombres abbattus par le canon qui tira jufqu’à huit heures du foir. La nuit, les Ennemis ouvrirent la tranchée par une para-lelle tirée du moulin vis-à-vis la demi-Lune entre les tenaillons Ôc la corne S. André, qu’ils pouffèrent jufqu’à 30 toifes par-delà le chemin d’Ypres : l’endroit le plus proche de leur paralelle au glacis, étoit de 160 toifes ; ils avoient ouverts les éclufes de Vanibrechies pour établir leur pont de communication fur la la-baffe Deulle.
- Le 23. ils continuèrent à tirer fur ce pofte , jufqu’à ce que vers les onze heures du foir M. le Maréchal eut donné ordre qu’on l’abandonnât : l’Officier qui y commandoit fe retira fi fecre tentent, que les Ennemis tirèrent long-tems après, ne s’étant point apperçus que le pofte étoit vuide. Les Ennemis avoient en même-tems canoné le pofte de la Magdelaine ; comme il étoit plus découvert , ils avoient de tous côtés fait faire deffus un grand feu de moufqueterie : nos gens y répondirent avec vigueur depuis fix jufqu’à neuf heures du foir, mais fur les onze heures ils y furent attaqués par 800 hommes qui les enveloppèrent, tuerènt tous les Officiers, Ôc emmenerent les Soldats qui étoient reftés. La nuit du 24 ils pouffèrent de leur paralelle un boyau quicom-muniquoit au pofte de là Vaquerie; ils en firent autant à celui de la Magdelaine, où ils fe remparerent contre le feu delà Place, Ôc pouffèrent une fappe jufqu’à 80 toifes de la corne gauche de la Magdelaine,
- Le 26. leurs Batteries de canon établies derrière leur paralelle
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- depuis le trou jufqu’au-delà du bois fe trouvèrent perfectionnées# A ilx heures du foir, 400 hommes, tant d’infanterie , que Dragons, commandés par M. de Ravignan, foutenus par 200 Cavaliers, fortirent par la porte de la Magdelaine, attaquèrent le pofte de la Chapelle, tuerent tout ce qui s’y trouva, renverfe-rent tous leurs ouvrages de ce côté jufqu’au moulin, ôc après une heure de travail ils fe retirèrent en bon ordre, l’arriere-garde faifant toujours feu fur les Ennemis qui s’étoient avancés en grand nombre. La Garnifon n’y perdit que ly Soldats & un Officier, on ramena 20 prifonniers ôc beaucoup d’outils, ôc on tua. aux Ennemis plus de 100 hommes. Le lendemain au matin on s’apperçut qu’ils avoient réparé tout le défordre de la veille.
- Le 27 à fept heures du matin, les Ennemis démafquerent trois Batteries, ôc commencèrent à fept heures ôc demie à tirer avec 82 pièces de canon de 24 livres de balle ; ils en faifoient: fept décharges par heure, ôc fouvent de 20 pièces enfemble qui ne faifoient qu’un coup ; ils continuèrent ce feu fans interruption jufqu’à huit heures du foir. Les deux faces gauches des deux Baftions de la porte d’eau, fe trouvèrent endommagées confi-dérablement, ôc jufqu’à fleur d’eau; aucuns des ouvrages avancés ne fut maltraité. Vers les fix heures du foir, ils avoient jettés quelques bombes, qui mirent le feu à 4 ou y maifons voifmes de l’attaque; les boulets échappés cauferent beaucoup de défordre dans la Ville, les Ennemis pendant la nuit, & fous la prote&ion de 40 mortiers qui jettoient inceflTamment des bombes ôc des perdreaux dans les chemins couverts ôc dans les ouvrages , tirèrent une paraleile depuis le pofte de la Magdelaine jufqu’à celui de la Vaquerie. Cependant on faifoit du Rempart, des ouvrages, ôc chemins couverts, un feu continuel fur les travailleurs, tant.de canons, bombes, que moufqueterie. Au moyen de cette paraleile, ils fe trouvèrent à 80 toifes du chemin couvert des tenaillons.
- Le 28. les Ennemis commencèrent à canoner avec la même fureur depuis quatre heures du matin jufqu’à huit heures du foir,. de forte que les brèches des deux Baftions attaqués fe trouvèrent de la largeur des faces même des Baftions, ôc en état d’être in-fultées. La nuit vers les onze heures, ils firent attaquer par 400 Grenadiers foutenus de 4 Bataillons Anglois, le moulin de la. porte S. André gardé par 40 hommes'foutenus par deux Batai-lons Suiffes, les Ennemis* s’en' rendirent maîtres après y avoir été
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- repouffés trois fois, ôc y avoir perdu beaucoup de monde ; on ne leur donna pas le tems de retirer leur canon qui y étoit ni leurs mortiers, ôc partie de leurs bleffés; car à la pointe du jour on les chaffa après un grand carnage, on les pourfuivit jufques dans leurs tranchées, 6c après avoir mis le feu à ce moulin, ren-verfé le parapet, ôc. repris leur canon, on fe retira. Nous ne perdîmes que 60 ou 80 hommes, tant tués que bleffés, ôc il en refta fur la place plus de f 00 des Ennemis.
- La nuit du 29 au 30. Les Ennemis drefferent une nouvelle Batterie de canon de 12 pièces, entre les deux paralelles ; elle battoit la corne gauche de la Magdelaine ôc la face gauche de la demi-Lune proche les tenaillons. Nos bombes avant le foir leur en démontèrent huit, ôc le lendemain les Ennemis furent obligés de l’abandonner.
- • Le 30 ôc le 3 1. ils continuèrent leur feu d’Artillerie, ôc per-fe&ionnerent une nouvelle Batterie à droite de la Magdelaine ; ils pouffèrent aufîi du côté de la porte S. André un boyau d’environ 30 toifes.
- Le i*r. Septembre leurs canons Ôc bombes continuèrent le feu, Ôc brûlèrent quelques maifons voilines de l’attaque ; cependant nuit Ôc jour on faifoit du côté de la Place un feu continuel de moufqueterie ôc de bombes. Ce jour même M. le Maréchal reçût une Lettre de M. le Duc de Bourgogne qui lui mandoit de l’E-pines, que dans peu ilferoit à lui pour le fecourir; vers les quatre heures de l’aprèsmidi, l’Armée du Milord Malboroug parut dans la plaine depuis le pont Atreffein, tirant du côté d’Avelin. Pendant la nuit, les Ennemis tirèrent une paralelle depuis le moulin brûlé, jufqu’à la riviere, ôc firent grand feu de bombes Ôc de perdreaux qui nous incommodoient beaucoup.
- Le 2. M. le Maréchal eut avis que l’Armée du Roy avoit paffé l’Efcaut, ôc quelle marchoit aux Ennemis. Le feu des Afiiégeans fût toujours égal à celui des jours précédens. Vers le foir , ils tirèrent des bombes ôc des perdreaux à l’ordinaire, ôc la nuit ils drefferent uneBatterie de 30 pièces de canon pour battre la brèche Ôc le demi-Baftion droit de la corne S. André, ôc la pointe de la demi-Lune voifine à fa droite.
- Le 3. ils tirèrent à l’ordinaire. La nuit du 3 au 4 les Grenadiers de Fora ôc 100 Dragons firent une Sortie fur la fappe que les Ennemis pouffoient de leur paralelle à la gauche des tenaillons ; ils renverferent, ôc tuerent ce qui s y trouva, ôc enlevèrent les
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- gabions, facs à laine, ôc outils des Ennemis. On reconnut à la pointe du jour que tout leur défordre avoit été réparé, ôc que leur fappe étoit avancée jufqu’à i o toiles de l’angle gauche du tenaillon, ôc à i $ du droit.
- Le 4. M. le Maréchal eut avis que M. le Diic de Bourgogne étoit à pont à Marque eii préfence des Ennemis, ce qui nous fit efpérer un prornt fecours. Les Afïiégeans le ralentirent beaucoup. La nuit, 10 de nos Grenadiers mirent le feu aux gabions de la fappe droite des tenaillons.
- Le les Ennemis ne tirèrent plus que 35 pièces, les munitions commençant à leur manquer : on apperçut du Rempart l’Armée du Roi campée à Mons en Penel. On inquiéta les Aflié-geans par deux Sorties, mais à la faveur de leurs bombes ôc perdreaux ils réparèrent le défordre, ôc avancèrent leur ouvrage jufqu’à 7 toifes d’un coté ôt p de l’autre des angles faillans des tenaillons. La nuit on leur dérangea quelques-uns de leurs gabions ; ils réparèrent le mal, Ôc s’avancèrent de 3 toifes de chaque côté : ils employèrent le jour ôc la nuit du 5. à perfectionner leurs ouvrages, ôc le 7. au matin, ils fe trouvèrent prefque logés fur les deux angles du chemin couvert des tenaillons, ôc fort près des angles de la corne S. André ôc de la Magdelaine.
- Le 7. dès le grand matin, ils fe fervirent des. munitions qui leur étoient arrivées la veille, ôc firent un feu encore plus grand de leur Artillerie qu’ils n’avoiènt fait; on apprit par un Déferteur qu’il leur étoit arrivé $ à 6 mille Grenadiers de leur grande Armée, ôc l’on ne douta point que ce ne fut pour attaquer les chemins couverts. Effectivement vers les fept heures du foir, après une décharge générale de toute leur Artillerie, les Ennemis au nombre de 6 à 7 mille hommes, débouchèrent de tous côtés, ôc vinrent attaquer tout le front de l’Attaque, depuis le demi-Raftion gauche de la corne de la Magdelaine ; ils furent repouffés de tous les côtés avec une perte très - confidérable. Us redoublèrent leur feu d’Artillerie, ôc fous cette protection ils revinrent à la charge, ils y furent reçus de même que la première fois, ôc repouffés de forte qu’ils n’oferent plus attaquer les Places d’Armes, ôc fe contentèrent d’attaquer pour la troifiéme fois les angles faillans des deux cernes ôc des deux tenaillons où ils fe logerenr après mie forte réfiftance. Us perdirent dans cette occafion plus de 2$00 hommes, les glacis étoient jonchés de corps morts, parmi lefquels étoient encore le lendemain quelques bleffés qu’ils
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- navoient ofé aller retirer, ôc que nos Grenadiers allèrent prendre. La perte qu’ils firent dans cette occafion les empêcha dans la fuite de fe préfenter en fi grand nombre ; les Afliégés n’eurent que i<?8 blefles, ôc 50 ou 60 morts ; ils employèrent le refte de la nuit à fe loger, ôc pouflerent deux fappes à droite Ôc à gauche le long du chemin couvert des tenaillons.
- Le 8. les Afliégeans tirèrent fort peu. Vers le foir & toute la nuit, ils jetterent a l’ordinaire leurs bombes & perdreaux, 6c drefîerent des Batteries fur leurs logemens.
- Le 9. au matin, une Batterie de 3 pièces de canon fur le logement droit, commença à tirer, mais elle fût démontée fur ie champ. Sur les cinq heures du foir, on fit une Sortie de 200 hommes fur les fappes des Ennemis, mais un de leurs Bataillons fortit de leur paralelle, Ôc obligea les Afîiégés à fe retirer avec précipitation, fans perte néanmoins.
- Le 11. au matin, M. de Maillebois Colonel de Touraine, à la tête des Grenadiers, chafla les Ennemis de leurs fappes, enleva 160 gabions Ôt beaucoup d’outils, leur tua if ou 16hommes , ôc combla leurs travaux. La nuit, les Afliégeans réparèrent leurs ouvrages , ôc perfectionnèrent leurs logemens à l’angle Taillant du chemin couvert de la corne S. André, fur lequel ils établirent 4 pièces de canon qui furent démontées dans la fuite. Ils avoient reçu la veille un convoi de 600 chariots, ôc de rapièces de canon. Le 12. on entendit dans la plaine du côté de Seclin beaucoup de canon, ôc on eut avis que la veille M. de Bourgogne avoit chafîe les Ennemis de plufieurs polies qu’ils occupoient. Les Afliégeans demeurèrent très tranquilles ce jour-là; ôc la nuit fuivante , les Afîiégés commencèrent à réparer les deux brèches des deux Baftions de la porte d’eau ; la droite, par de grands arbres couchés de long, ôc attachés par des chaînes ÿ on y avoit laiflé les principales branches, lefquelles entrelaffées les unes dans les autres rendirent la brèche tout - à - fait impraticable ôc impénétrable au canon. La brèche de la gauche fut réparée par beaucoup de fafeines bien piquées, lardées de gros pieux fur lefquels on mit depuis quantité de crochets de fer . ôc autres inventions pour foûrenir du bois à brûler ôc artifices qui ne dévoient s’allumer que lorfquil y auroit apparence d’un aflaut. L’effet de celle-ci ne répondit pas au projet; elle brûla, ôc la canon des Afliégeans eut bientôt dérangé toute l’économie, ôc
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- en 24 heures rendit cette brèche plus acceflible qu’elle n avoit
- jamais été.
- Le 15. les Afliégeans battirent les défenfes avec 45* pièces de canon feulement, Ôc vers lefoir ils jetterent beaucoup de bombes dans la Ville qui ne firent pas grand mal ; ils travaillèrent pendant la nuit à combler le folié des deux tenaillons : le canon du jour précédent avoit déjà fort ébréché le§ deux pointes de ces deux Ouvrages, ce qui leur facilitoit leur paffage du folié, mais le.feu du Rempart de la Ville les incommodoit li fort, qu’au jour on s’apperçut qu’ils n’avoient au plus avancé leur travail que d’une toife. Les Alïiégés firent un nouveau parapet derrière les brèches ; on commença dès ce jour à retrancher le Baftion droit, celui de la gauche l’ayant été dès le commencement. On eut avis que M. de Bourgogne avoit décampé, ôc qu’il marchoit du coté de Tournay.
- Le 16. les Afliégeans tirèrent fur le flanc oppofé à la brèche de la gauche ; cependant leur Artillerie continuoit à tirer. La nuit, des batteaux armés dans lefquels étoient 60 Dragons, s’avancèrent dans le folié du tenaillon droit, & firent fi grand feu fur les Afliégeans qui avançoient leurs ponts , qu’ils les obligèrent à l’abandonner, ôc du haut du tenaillon on jetta plufieurs tourteaux gaudronnés qui brûlèrent ôc confumerent tous leurs Ouvrages.
- Le 17. on vit dans la plaine l’Armée Ennemie qui fe retiroit vers le pont Atreffein ; celle du Roy s’étoit emparée du pont des Pierres. La nuit, on renverfa à coups de canon le pont que les Afliégeans avoient voulu rétablir au foflé du tenaillon droit ; pendant çe rems les Ennemis ehaflerent un Lieutenant ôc 1 o Grenadiers qui gardoient la traverfe la plus prochaine de leurs lo-gemens, ils en furent rechaflés le lendemain à la pointe du jour, ôc on leur prit une douzaine de gabions.
- Le 18. à neuf heures du foir, ils s’emparèrent des traverfes du chemin couvert le long du tenaillon droit, mais ils n’y furent pas plutôt logés, que le fleur Santy Capitaine de Touraine les enchafla, leur tua 40 hommes, ôc rétablit le défordre que les pnnemis avoient fait pour y établir leurs logemens : les Afliégeans employèrent le refte de la nuit à leurs ponts qu’on déran-geoit à chaque irçftajnt > ôc qu’on brûloit avec des fafcines gau-? dtQ,nnées,
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- Le ip. les Ennemis avancèrent fort la brèche de la corne droite de S. André, ôc ruinèrent le flanc oppofé au Baftion gauche de la porte d’eau. Pendant la nuit notre moufqueterie les incommoda beaucoup, ôc furtout aux endroits ou ils travailloient à établir le paflage du foflfé.
- Le 20. on découvrit une mine à l’angle de la Place d’Armes , proche la corne de S. André. Vers le midi, une de nos bombes mit le feu à un de leurs magafins à poudre, ôc fit prendre feu à 60 bombes qu’il y avoit. La nuit on mit le feu à leurs ponts du fofle, au tenaillon droit ; ils avoient fait toute la journée grand feu de moufqueterie ôc d’artillerie.
- Le 2i. dès le matin, ils firent grand feu de canon, & tirèrent d’une nouvelle Batterie de 8 pièces de canon fur le flanc droit du Baftion gauche de la porte d’eau. Environ fur les fix heures du foir, fur ce qu’ils foupçonnoient que la Bourgeoifie aidoit la Garnifon à défendre la Place , ils firent un bombardement en forme qui dura prefque toute la nuit ; ils jetterent environ 2000 bombés, mais elles ne firent pas grand dommage, parce qu’étant jettées à toute portée, elles crévoient toutes en l’air ; il n’y eut que quelques maifons voifines de l’attaque qui en fouffrirent dans la première fureur de leur bombardement. Enfùite fous la protection de leurs canons en general qui tiroient fur le Rempart, ils débouchèrent de tous côtés en grand nombre, ôc attaquèrent en même - tems les deux tenaillons , les quatre Places d’Armes, ôc les deux cornes de l’Attaque ; ils furent repoufles de toutes-parts, furtout à la droite, où ils n’oférent plus paroître, mais ils le joignirent tous, ôc vinrent en faifant de grands cris attaquer toute la droite ôc les deux tenaillons ; ils y furent repoufles trois fois de fuite, ôc à la quatrième, on ne put les empêcher de faire un logement qui pouvoir contenir 10 hommes fur la contre - Ef-carpe de la brèche du tenaillon gauche, où il n’y a point de chemin couvert; pendant cette attaque,, ils avoient fait jouer deux mines à la pointe de la Place d’Armes voifirie de ce logement ; ils s’y étoient établis, mais un moment après l’aClionfinie , on les en délogea; tout ce qui s’y trouva fut paffé au fil de l’épée, on leur prit 200 gabions, enfuite on travailla à rétablir la palif-fade: tout fut raccommodé deux heures avant le jour. Les Ennemis perdirent dans cette aêtion plus de 1 joo hommes, ôc lés Afliégés ijo, tant tués que bleflfés.'Le refte de la nuit fut employé par les-Ennemis* à fe fortifier dans leurs logemens^.à
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- s’établir tout du long de leurs communications par des traverfes tournantes, ôc à embraffer par un pareil ouvrage le chemin couvert le long de la brèche droite qui avoit été abandonnée dès le commencement de l’a&ion, de forte que les deux tenaillons fe trouvèrent embraffés.
- Le 22. fut employé à perfe&ionner leur établiflement du jour précédent. Un Déferteur donna avis que le Prince Eugene avoit été bleffé au front à l’attaque du 21.
- Le 2 3 . le mouvement des Ennemis dans leurs tranchées fit juger qu’ils avoient deffein de faire une nouvelle attaque. Effectivement vers les lix heures, 2000 Grenadiers fe préfenterent au tenaillon droit dont ils avoient perfectionné les paffages du foffé; ils tâterent en même-tems les deux Places d’Armes à droit ôc à gauche, ôc furent repouffés partout ; mais il furvint une fi groffe pluye accompagnée de tonnerre ôc d’une grande obfcurité, qu’il n’étoit pas poffible de fe fervir d’armes à feu, ce qui leur facilita un logement fur la pointe du tenaillon droit, ôc fur celle de la Place d’Armes de l’angle flanqué de la demi-Lune tenaillée qu’ils n’avoient pas encore ofé occuper quoiqu’abandonnée depuis qu’ils s’étoient logés fur les angles faillans des tenaillons. Ils firent •des efforts inutiles pour fe loger fur les Places d’Armes de la droite ôc de la gauche ; ils avoient aufli pendant ce tems pouffé un boyau vers la Place d’Armes du batardeau de la brèche droite, mais la pluye ceffée, les Grenadiers les en délogèrent ôc ren-verferent leurs ouvrages ; ils perdirent beaucoup de monde à la gauche où la défenfe s’étoit faite avec la bayonnette. Nous n’y eûmes que 80 hommes hors de combat.
- Le 24. les Ennemis fe fortifièrent dans leurs ouvrages. Vers le foir, ôc toute la nuit, ils bombardèrent la Place fans dommage. M. de Maillebois, Colonel de Touraine, fut fait Brigadier des Armées du Roy, ôc monta la paliffade ce jour en cette qualité. La nuit, les Ennemis avoient pouffé une fappe de 3 toiles à la Place d’Armes du batardeau de la droite ; dès qu’on s’en fût ap-perçu, on les en alla déloger, mais ils le maintinrent dans le logement qu’ils avoient fait à l’angle flanqué de la Place d’Armes, à droite de la demi-Lune gauche.
- Le 25'. les Ennemis travaillèrent à leur nouvel établiflement * ils fe prolongèrent pour s’approcher de la Place d’Armes du batardeau de la droite, leur bombardement continua fans grand dommage,
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- Le 26 ôc le 27. ils tirèrent fort peu ; on reconnut qu ils mi-noient la traverfe du tenaillon gauche, on fit une fécondé tra-yerfe ; pendant la nuit on leur brûla quelques gabions.
- Le 28. les Ennemis furent fort tranquilles ; iis jetterent quelques bombes vers le foir. A minuit, M. de '1' Luxembourg entra dans la Place fuivi de 1300 Cavaliers, Dragons, ôc Carabiniers. Ils étoient partis de Douay à fix heures du foir, chacun portant en croupe un fac de 60 livres de poudre ; la plus grande partie paffa les Lignes fans être reconnus, mais les Ennemis s’en étant ap-perçû, raffemblerent à la hâte quelques troupes qui firent feu, Ôc blefferent quelques Cavaliers ; on n’ofa pas leur tenir tête à caufe de la poudre , ôc quelque diligence qu’on fit dans le paffage, on ne pût empêcher les Affiégeans de couper l’arriere-garde du fecours qui fut obligée de fe retirer à Douay au nombre de 700 hommes. Les Ennemis pendant ce tems avoient pouffés quelques gabions fur le haut de la brèche du tenaillon gauche, mais on les alla brûler dès le matin du lendemain. On découvrit aufïï une mine qu’ils avoient fous la traverfe de ce tenaillon.
- Le 25). les Afliégeans furent fort tranquilles. A fix heures du foir, ils jetterent beaucoup de bombes ôc attaquèrent la traverfe du tenaillon droit, où ils furent repouffés- trois fois, après quoi ils la firent fauter, ôc s’y logèrent avec beaucoup de peine, à caufe du feu-continuel de la demi-Lune Ôc de la fécondé traverfe derrière laquelle on s’étoit retiré.
- Le 30. les Affiégeans firent plus de feu que les jours précé-dens , ôc battirent avec force la pointe de la demi-Lune tenaillée, le pont de communication de la demi-Lune à la corneS. André, ôc les flancs oppofés aux brèches. Il leur arriva un convoy de pain dont ils avoient grand befoin. La nuit ils pouffèrent leurs fàppes à droite ôc à gauche des tenaillons vers les Places d’Armes, ôc établirent des. communications depuis les tenaillons jufqu’aux angles flanqués des demi-Lunes.
- Le ief. O&obre fur les fix heures du foir, 400 Grenadiers vinrent tâter la Place d’Armes du tenaillon droit , ôc y furent repouffés. Comme on avoit deffein de faire une Sortie par cette Place pour renverfer leurs ouvrages, on ceffe de tirer pendant qu’on en faifoit la difpofition $ les Ennemis croyant qu’on avoit abandonné ce pofle, vinrent en grand nombre pour s’y loger, mais on les chargea fi vivement qu’ils n’eurent pas le tems de
- * C’eft aujourd’hui M. le Maréchal de Montmorenci.
- Rr
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- 314 Le Parfait
- faire leurs décharges ; on les pourfuivit jufques dans îèurs boyaux;
- cependant on brûla & prit leurs gabions & leurs facs à terre.
- Le 2. ils continuèrent la brèche de la demi-Lune, & détrui-firent le pont de communication de la corne S. André à la demi-Lune prochaine. La. nuit, malgré le feu de la Place, ils établirent un pont de communication du tenailion droit au bas delà brèche de la demi-Lune.
- Le 3. la brèche fe trouva tout-à^fait pratiquable. Un Sergent & 20 hommes trouvèrent moyen de feglifierà 11 heures du matin à h pointe du parapet de cette demi-Lune, & s’apperçûrent que tout le monde étoit dans un profond fommeil. Ce pofte avoit été demandé dès le commencement du Siège par un Capitaine des Grenadiers, qui n’en étoit pas forti depuis ni là troupe non plus: comme le Soldat toute la nuit faifoit feu pour éloigner les Affié-geans, & que l’Ennemi n’a voit fait encore aucune attaque avant midi, il fe repofoit ordinairement depuis neuf jufqu’à deux heures. Le Sergent qui étoit monté ayant appellé du monde, fe rendit maître de cette demi-Lune, & alla fe pofter à la gorge qu’on avoit retranchée, crainte de furprife ; les Alïiégeans y vinrent alors en foule, mais on fit de nos Remparts un fi grand feu fur eux, que tout y fut tué, & la demi-Lune demeura déferre juf-qu’au foir. Nos gens qui avoient été furpris n’avoient eu que le tems de fe jetter dans la riviere qui y fert de fofifé, & comme on ne pouvoit y aller qu’en batteau, il n’y eut pas moyen de regagner ce pofte, à caufe du feu que les Ennemis avoient fait de leurs traverfes à droite & à gauche des tenaillons. Cette furprife entraîna la prife des deux tenailles que M. lé Maréchal envoya ordre d’abandonner. Les Alfiégeans employèrent la nuit à fe loger folidement fur ces ouvrages..
- Les Ennemis nous voyant de revers dans le chemin couvert> nous firent abandoner la Place d’Armes rentrante entre le tenail* lôn droit & la Courtine de la porte d’eau, & la nuit ils y poufie-; rent leurs fappes dans le defiein d’y établir des Batteries.
- Le 3*. on eut avis par un Officier de Luxembourg qui s’étoit jetté dans la Place, que les Ennemis avoient defiein de faire une attaque : les guetteurs avoient découvert du haut des clochers > qu’ils avoient doublé leurs tranchées : on fe prépara à les recevoir*. & on plaça dans les courtines, & aux endroits qui les voyoient, plufieurs pièces de canons dont quelques-unes étoient chargées à cartouche;on doubla auffi le chemin couvert. Vers les ^heures leur
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- Ingénieur François;' 51;
- lignai d’attaque fut de faire jouer une mine à la face gauche de la Place d’Armes du batardeau droit, après l’effet de laquelle ils s’avancèrent pour s’y loger, mais ils furent prefque tous tués ; ils ne réuffirent pas mieux une fécondé fois, & ils furent reçus avec la même vigueur aux autres Places d’Armes qu’ils attaquèrent en même-tems ; le canon en fit un carnage confidérable : on travailla enfuite à rétablir le défordre de la mine.
- Le 6, les Affiégeans battirent d’une nouvelle Batterie de fept pièces de canon le flanc gauche duBaffion de la droite de la porte d’eau. La nuit ils continuèrent leurs fappes. .
- Le 7. au matin on s’apperçut qu’ils étoient prêts à déboucher dans la Place d’Armes du batardeau gauche, $0 Grenadiers tombèrent deflus, ôc renverferent tous leurs ouvrages : la nuit ils pouffèrent leurs fappes du côté du batardeau droit.
- Le 8. on découvrit une des mines qu’ils avoient fous les faces de la Place d’Armes du batardeau droit. Sur les neuf heures on les culbuta encore dans le débouché qu’ils avoient rétabli au batardeau gauche. Nous avions fait à la droite deux mines, les Ennemis les découvrirent & s’en fervirent contre nous : outre cela ils en avoient trois autres ; à cinq heures du foir, ils mirent le feu à toutes les cinq, & l’effet en fut fi confidérable, que l’Officier & la plûpart de fa troupe y furent enterrés. Cependant le refte tint ferme &. repoufla les Ennemis qui s’étoient avancés pour s’y loger; ils revinrent à la charge, mais nos Grenadiers à qui on avoit renvoyé du renfort, les en chaflerent & les reconduifirent jufques dans leurs travaux ; enfin ils y revinrent en fi grand nombre, qu’on ne pût les empêcher de s’y loger fur le haut ; mais à neuf heures, 100 Dragons ou Grenadiers les en chaflerent, tuerent tout ce qui fe préfenta, ôt emportèrent leurs gabions. On travailla enfuite à réparer le parapet autant que le défordre qui avoit été grand le pouvoir permettre ; on replanta une nouvelle paliflade, & on redonna du mieux que l’on pût une forme de'chemin couvert à cet endroit qui avoit été entièrement renverfé.
- Le p. les Affiégeans continuèrent à ruiner le flanc gauche du Baftion droit de la porte d’eau. Les Afliégés de leur côté travaillèrent à miner les brèches & à faire une gallerie à la gauche, pour prévenir les mines des Ennemis. La nuit, les Affiégeans avancèrent quelques gabions à l’angle de la Place d’Armes attaquée le jour précédent, comme elle ne pouvoitplus être gardée, il n’y avoit plus que 20 hommes ôc un Lieutenant*
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- 3i<* Le Parfait
- Le 10. nôtre canon dérangea beaucoup de fappes des Ennemis-; on les obligea la nuit par nôtre moufqueterie d’abandonner celles qu’ils avoient voulu pouffer à la gauche.
- Le 11. à la pointe du jour, on leur alla culbutter 5 à 6 toifes de fappes qu’ils avoient dérobés à la droite pendant la nuit; on abandonna enfuite la Place d’Armes du batardeau , ôt on fe retira derrière la traverfe voifine, tirant du côté de la demi-Lune;1
- Le 12. les Ennemis tirèrent quelques coups de canon jufques à neuf heures, après quoi ils envoyèrent 50 hommes pour attaquer la traverfe dont on vient de parler, mais ils y furent repouffés. A onze heures du foir, ils vinrent de nouveau l’attaquer, & le feu du Rempart après leur avoir tué bien du monde, les obligea de fe retirer.
- Le 13. ils firent la même tentative, êc furent chaffés jufques-dans leurs débouchés où on leur tua quelques hommes ; enfin vers les cinq heures du foir, ils y entrèrent, tuerent 11 hommes & un Lieutenant qui la défendoient, & s’y logèrent; mais à huit heures du foir ils en furent encore délogés. Ils avoient vers les deux heures fait jouer une mine à la droite de la Place d’Armes de la gauche, qui avoit dérangé 4 ou $ toifes de paliffades, cependant ils n’ofèrent s’y préfenter, à caufe de 80 Dragons & de 40 Fufiliers qui étoient prêts à les recevoir : on répara à leur vue le défordre de la mine.
- Le 14. ôc la nuit fuivante, il nous obligèrent par leurs fappes d’abandonner la traverfe dans laquelle ils plongeoient, mais le 1.$ au matin on fortit fur leurs logemens où tout ce qui s’y trouva fût tué, & comme on n’eut pas le tems de renverfer l’ouvrage , on fit fur les fept heures du foir une fécondé fortie de 60 hommes, & 40 travailleurs qui renverferent 20 toifes de fappes, & tuerent tous ceux qui s’étoient préfenrés hors de leujs ouvrages,’ Nous y perdîmes 20 ou 30 hommes tués ou bleffés. Le jour fùivant, les Afliégeans firent jouer deux mines à la Place d’Armes de la gauche, & quoiqu’elles y euffent fait une ouverture conff* d'érable, ils n’eurent pas. la hardieffe de venir s’y loger ; ce défordre fut réparé la nuit,
- LesEnnemis cependant par leurs ouvrages prodigieux s’étoient avancés fi proche de laPlace, furtout depuis la furprife de la demi-Lune tenaillée, qu’ils fongerent à faire un dernier effort. Comme le feu continuel de la Place, les petites forties, les pierres & les bombes les incommôdoient extrêmement, ils abandonnèrent la
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- Ingénieur François. 317
- defleîn d’attaquer à force ouverte, ôc ne vinrent plus qu’à la fappe par deflous terre, où en fe blindant derrière des parapets de 10 pieds d’épaifleur fur 8 de.profondeur, ils établirent tout du long des gorges des tenaillons des Batteries de canon, dont partie devoit battre en but, ôc l’autre en écharpant : ils feignerent à droite ôc à gauche les fofles de l’attaque par des coupures qui communiquoientdans laDeulle, ôc épaiiïirent toutes leurs fappes qui faifoient front fur l’attaque : telle fut leur occupation jufqu’au 2.0 , ôc ce jour même on eut avis qu’ils a voient reçus 5*0 chariots-de poudre dont ils commeneoientà manquer; on avoir remarqué dès le matin que les fofles étoient à fcc, ôc que les Ennemis étoient de tous côtés prêts à déboucher pour en faire le paflage; on avoit appris aufli par un Déferteur que le lendemain les Batteries dévoient recommencer, c’eft pourquoi M. le Maréchal prit le parti de faire mettre le feu à la brèche droite qu’on croyoit rendre impraticable, en y jettant fans cefle du bois pour y entretenir un feu perpétuel.
- Le 2 x. à neuf heures du matin, les Ennemis firent tirer 5 y pièces de canon qu’ils avoient établis fur les contre-Efcarpes vis-à-vis la courtine de la porte d’eau; les unes battoientle flanc droit du baftion gauche où ils vouloient faire une nouvelle brèche^ Ôc les autres tiroientfur celle qui étoit en feu : ils ne difconti-mierent point pendant tout ce jour ôc la nuit fuivante, ôc le lendemain à la pointe du jour, ils firent leur débouchement pour aller aux deux brèches ; il y en avoit 5 à la brèche droite , ôc y: à la nouvelleà la gauche : ils travaillèrent tout.de fuite ôc en plein, jour à leurs ponts de paflage qui fe trouvèrent prefque joignant aux brèches à midi, du 22. M. le Maréchal fit battre la chamade le même jour à quatre heures après midi, ôc la Capitulation fut lignée le 2 3. La porte, de la Magdelaine fut livrée aux Ennemis,le; 24 au matin, ôc le 1^ à midi l’Infanterie Ôc les Dragons de la. Garnifon fe retirèrent à la Citadelle.
- La Cavalerie par un article, de la Capitulation avoit été conduite: à Douay avec les Equipages des autres Officiers qui aurcient: embarrafles dans la Citadelle.
- Les Ennemis perdirent au moins 12000 hommes. La défënfea de la Place leur avoit paru fi>vigoureufe, qu’ils, difoient communément que e’éroit les envoyer à la boucherie lorfqu’on les coin-mandoit pour attaquer quelque pofte. En effet,.ils ne purent jamais s’emparer des Places d’Armes aux angles -faillans desdeux? demi-Lunes de l’attaque, ôcon ne leur abandonna les .autres -que;
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- 3 tB Le Parfait
- pied à pied, & lorfquil n’étoit abfolument plus poffible de les garder ; mais ce ne fut jamais par le feu qu’ils faifoient. La Gar-nifon eut environ fooo hommes tués ou blefles.
- Le 29 O&obre le Prince Eugene attaqua la Citadelle avec la même chaleur, & y trouva une réfifiance encore plus forte qu’elle n’avoit été au Siège de la Ville, de façon qu’il ne s’en rendit maître qu’au bout d’environ 40 jours. C’efl dommage que l’Officier qui nous a donné le Journal qu’on vient de voir, ne nous ait point laiffé la Relation de ce qui fe paffa à l’égard de la Citadelle ; on peut y fuppléer par les deffeins que j’en donne , ôc remarquer en comparant ce qui fe paffa devant Lille en 1708. avec ce qui s’étoitpaffé devant Namur en 1692. que les François, foit qu’ils attaquent leurs Ennemis, ou qu’ils en foient attaqués, leur font toujours infiniment fupérieurs.
- EXPLICATION
- Des Renvois pour Iintelligence du Flan de rinvejliture de la Ville de Lille* Planche 46.
- A. La Ville de Liile.
- 3- La Citadelle.
- C. Attaques de la Ville à la porte de la Magdelaine, & de l’autre côté de la Riviere.
- ,D. Inveftiture de Lille par les troupes des Alliés.
- E. Lignes de circonvallation faites par 7000 Payfans.
- F. Lignes de contrevallation.
- G. Autre Ligne pour mieux renfermer la Citadelle après la prife
- de la Ville.
- H. Attaques de la Citadelle après la Reddition, de la Place.
- I. Parc d’Artillerie des Alliés.
- L. Inondation de la haute Deulle.
- M. Quartier du Prince Eugene, où étoit auffi logé le Roy de
- Pologne.
- N. N. Quartiers du Prince d’Orange.
- O. Quartier du Prince deHeffen, où étoit auffi campé leLand-
- graf de Heffen - Caffel, avec les Généraux.
- P. P. Quartier où logeôient la plupart des Généraux de l’Em-
- pereur.
- Q. Deux Régimens de Huffars.'
- R. Quartier des Etats de Hollande?
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- PLA^ TJ IN^^SrHairaUT.^E»aLT ^TI, ^TF (VF DE 3LZLI.1L.
- JPLtriche 4&- ïïjqe 3i8.
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- Ingénieur: Fr a;n ç ois. 3 "19
- S, Régimens poftés derrière les Lignes d’abord qu elles furent achevées.
- EXPLICATION
- Des Renvois du Blan des Attaques de la Ville de Lille,
- ♦ Planche 47.
- A. Batteries de canon faites du 24 au 27 Août.
- B. Chapelle ôc Maifon canonées par deux Batteries, & attaquées
- toutes deux enfemble la nuit du 24 au 25 par des Grenadiers.
- G. Deux boyaux faits la même nuit après l’Attaque, avec une Batterie de quatre canons au bout contre les Sorties des Afïïégés.
- D. Deux Batteries à bombes faites le 26 jufqu’au 27.
- E. Trois Batteries de canon dreffées le 30 jufqu’au 1 Septembre»
- F. Batterie à bombes faite le 2.
- G. Batterie faite le 3 jufqu’au y.
- H. Lignes faites le 4 jufqu’au 7 avec deux Batteries à bombes; Nota. Le 7 entre huit ôc neuf heures, on commença l’affaut
- aux contre^Efcarpes des deux ouvrages à corne ôc du ravelin, par deux mille Grenadiers commandés, ce qui dura jufqu’à minuit, & quoiqu’on en chalfa l’Alliégé, on ne fe rendit maître que d’une partie du glacis.
- I. Lignes & Batteries faites le 8 jufqu’au 12 contre les deux ou-
- vrages à corne, le ravelin détaché & les deux lunettes*
- K. Etat où en étoit le Siège depuis le 13 jufqu’au 14.
- L. Galeries contre les deux lunettes faites le 15* jufqu’au 20.
- Nota. Le 21. ces lunettes furent toutes deux attaquées ; celle
- de la droite fut emportée, ôc celle de la gauche abandonnée : mais le même jour elle fut attaquée pour la fécondé fois, Ôc on i fe logea dans toutes les deux, comme il fe voit.
- M. Logement dans le ravelin, après l’avoir pris d’affaut le 3,
- Octobre à midi.
- N. Lignes pouffées du 4 au 9 O&obre par derrière le ravelin pour ;
- arriver jufqu’au glacis du Corps de la Place.
- O. Ouvrages Ôc Batteries faites fur le glacis derrière le ravelin "
- depuis le ro jufqu’au 18. Le 20. on commença à tirer = de ces Batteries pour faire de nouvelles brèches & pour-aggrandir les vieilles.-
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- P. Les deux grandes brèches.
- Q. Les deux nouvelles brèches.
- R. Retranchemens & mines des Affiègès.
- S. Endroit par où Ton a feignè le grand folle.
- T. Galeries fur le grand foffé.
- U. Redoute deux fois attaquée.
- W. Nouvel Ouvrage fait par les AÆîégés avant le Siège, avec une communication à la redoute. *
- EXPLICATION
- Des Lettres de renvoy du Plan particulier des Attaques de la Citadelle de Lille, après la prife de la Ville, en Novembre 1708, Planche 48.
- A. Première paralelle faite pendant la fulpenlion d’armes, depuis
- le 2$ jufqu’au 2p Oètobre.
- B. Batteries de canons 6c de mortiers mifes en état depuis le 2p
- jufqu’au 31.
- C. Trois boyaux avec une Batterie de canons 6c une de mortiers,
- faits depuis le 3 1, jufqu’au 3 Novembre.
- P. Seconde paralelle ôc autres petites Lignes ôc Batteries achevées depuis le 3 jufqu’au 1 o.
- E. Troiliéme paralelle fur la première contre-Efcarpe avec les
- Batteries 6c logemens faits depuis le 1 o jufqu’au 16.
- F. Six ponts fur l’avant-folTé entre les deux contre - Efcarpes
- dreffés depuis le 16 julqu’au 20.
- G. . Quatrième paralelle fur le bord du glacis de la fécondé contre-
- Efcarpe mife en état depuis le 20 jufqu’au 27.
- H. Cinquième paralelle avec toutes les Batteries de canons ôc de
- mortiers, faites depuis le 27 jufqu’au 2S Décembre, jour de la Reddition.
- ï. Canal par où l’on a fait écouler les eaux entre les deux contre-Efcarpes, 6c l’endroit où l’on a percé la muraille de la droite.
- L. Nouvel Ouvrage.
- M. Inondation.
- N. Coupures.
- P- Coupures dans les Places d’Armes.*
- relation:
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- R E L A T I O N
- DU SIÈGE
- DELA
- VILLE DE NAMUR,
- Fait en mil Jix cens quatre-vingt-douze, Louis XIV* y commandant en ferjonne.
- Amur eft la Capitale de l’une des dix-fept Provinces des Pays-Bas, à laquelle elle a donné le nom. Son heureule fituation au confluent de la Sambre & de la Meufe, fes belles Fortifications, 8t l’afîiette mer-veiileufe de fon Château efcarpé ôt fortifié de toutes-parts, la fàifoient regarder comme une Place devant qui la plus nombreufe Armée devoit néceflairement échouer.
- Lorfque Louis XIV. en entreprit le Siège, il y avoir près de quatre ans que la France foûtenoit la Guerre contre routes les Puiflances, pour ainfi dire, de l’Europe, qui jaloufes de l’éclat
- S s
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- 322 Ie Parfait
- de cette Monarchie, fembloient e'n avoir, confpiré la deftmûioîîi Le fuccès avoit cependant été bien différent de celui que les Alliés en avoient attendu. Les pertes eonfidérables qu’ils avoient faites aux célébrés journées de Fleurus, de StafFarde, ôc de Leuze ; la prife de plufieurs de leurs Places, ôc furtout de Philisbourg ea Allemagne,, de. Nice, ôc Monmelian en Savoye, ôc enfin de Mons dans les Pays-Bas, les avoient obligés de fe tenir honteu~ fement fur la défenfive contre un Prince dont ils avoient d’abord été les préfomptueux aggreffeurs.
- Le principal Chef de leur Ligue étoit le Prince d?Orange qui venoit de monter fur le Trône d’Angleterre, dont il avoit chaffé le Roy fon Beau - Pere qui s’étoit réfugié en France. Les diffi~ cultés qu’il avoit effuyées pour s’affurer cette Couronne, lui avoient fervi d’excufe fur le peu de fecours qu’il avoit donné aux Alliés y mais enfin fe voyant paifible poffeffeur de fon Royaume, il ra~ ïiima leurs efpérances en repaffant la mer avec fes meilleures troupes, Ôc à fon exemple on fit de tous côtés de nouveaux efforts pour rendre cette année 1692. fatale à jamais à un Monarque qu’on avoit réfolu de faire paffer fous le joug. *
- Il eft vrai que pour faire une puiffante diverfion en Angleterre^ le Roy avoit fait équiper une Flotte fur les côtes de la Norman* die, laquelle s’étant mife en mer avec le Roy d’Angleterre, fai* foit déjà repentir le Prince d’Orange de sêtre tant avancé, ôc que peu s’en fallut qu’il ne retournât dans fon Royaume avec fes troupes ; mais la nouvelle étant arrivée pendant le Siège de Namur que la Flotte Françoife avoit été difperfée parles vents en préfence de l’Armée Ennemie, ôc qu’on avoit mis le feu à quinze de nos Vaiffeaux qui avoient été obligés de fe faire échouerÿ ©n ne doutoit plus que le Prince d’Orange ne mit tout en ufage pour ne pas recevoir devant Namur le même affront qu’il avoit xeçu devant Mons.
- Ce fut donc vers la fin de iépi. que le Roy réfolu de vaincre l’obUination de fes Ennemis, ôc de les contraindre , ou à faire la paix, ou à ne pouvoir plus faire la Guerre qu’avec de grandes difficultés , forma le deffein de leur enlever la plus importante Place qui leur reliât, Ôc celle qui pouvait contribuer le plus à les affoiblir. Dans cette vue, il donna fes ordres pour établir de grands Magafins de vivres Ôc de munitions le long de la Meufe, ôc dans fes Places frontières des Pays-Bas, ôc pour faire hyverner dans les Provinces voifines de grands Corps de troupes qui groflîlïbient:
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- t Ingénieur François; 32$ toujles jours* On fît en même-tems dans tout le Royaume une augmentation confidérable d’infanterie ôc de Cavalerie.
- Les Alliés de leur côté garniffoient toutes leurs Places de troupes, & faifoient des préparatifs confidérables pour faire une irruption en France au commencement du Printems. Leurs Conférences fe tenoient à la Haye, entre le Prince d’Orange, l’Electeur de Bavière ôc les autres Confédérés ; ôc le fuccès de leur cntreprife paroilïoit fi certain, qu’ils regardoient comme indigne d’eux de garder le fecret dans leurs Délibérations.
- Sur la fin d’Avril 1692. le Roy fuivi de toute fa Cour arriva auprès de Mons où étoit le Rendez - vous général ; les Armées s’étant afîemblées dans les plaines de Gévries entre les Rivières de Haifne Ôc de Trouille, il en fit la revue générale le 21, ôc comme on avoit chargé à Mons des Munitions de guerre ôc de Bouche plus de fix mille chariots, on fut en état de fe mettre en marche deux jours après la revue.
- L’Armée qui devoit faire le Siège, ôc que le Roy cômmandoit en perfonne, étoit de quarante Bataillons, ôc de quatre-vingt-dix Efcadrons. Le Maréchal Duc de Luxembourg en comman-doit une autre de foixante-fix Bataillons, ôc de deux cens-neuf Efcadrons. Celle-ci devoit tenir la Campagne pour obferver les Ennemis, ôcc’eft delà qu’elle futappellée Armée d’obfervation.
- Le Roy avoit pour Lieutenans Généraux le Duc de Bourbon , le Gomte d’Auvergne, le Duc deVilleroy, le Prince deSoubize, les Marquis de Tilladet ôc de Bouliers, Ôc le fieur de Rubentel, Le Marquis de Bouflers étoit nommé pour commander une autre Armée qu’on aflembloit dans le Condroz. Les Maréchaux de Camp étoient le Duc de Roquelaure, le Marquis de Montrevel, le fièur de Congis, les Comtes de Montchevreuil, de Gaffé, de Guifcar, ôc le Baron de Brefle. Ceux qui avoient le principal Commandement fous le Roy étoient, le Dauphin de France, le Duc d’Orléans, le Prince de Condé, ôc le Maréchal de Humieres. La Direôtion générale des Attaques étoit commife au fieur de Vauban Lieutenant Général.
- Les Lieutenans Généraux du Maréchal de Luxembourg étoient le Prince de Conti, le Duc du Maine, le Duc de Vandofme, le Duc de Choifeuii, le Comte du Montai, ôc le Comte de Rofes Meftre de Camp Général de la Cavalerie Legere. Les Maréchaux de Camp étoient le Chevalier de Vandofme Grand Prieur de France, les Marquis de la Valette ôc de Coigny, les fleurs
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- Îb Far F AIT ?
- de Vatteville & de Polaftron. La Maifon du Roy étoit (ÿmi mandé particulièrement par le Baron deBufca Maréchal de Camp-, Le Duc de Chartres commandoit le Corps de réferve.
- Le vingt-troifiéme de May les deux Armées fe mirent ea marche. Celle du Maréchal quitta le Camp quelle avoitle long du Ruifleau des Eftines, pafla la Haifne entre Marlanwelz fous Marimont, ôc Mouraige, ôc campa le foir à Feluy ôc à Arquem-nés, proche de Nivelle. Celle du Roy après avoir traverfé les plaines de Binche, pafla-la Haifne à Carnieres,. ôc alla camper a Capelle d’Herlaimont le long du Ruifleau de Piéton. Une partie de l’Artillerie Ôc des munitions fuivoitle Roy ; ôc l’autre accompagnée d’une grofle Efcorte, alla pafler la Sambre à la Bufliere , pour pafler par Phiiippeville,. ôc delà fe rendre devant Namur..
- Le vingt-quatrième, le Maréchal alla camper entre l’Abbaye de Villey ôc Maibais-, proche la grande chauffée ; ôc le Roy dans la plaine de S. Amand, entre Fleurus ôc Ligni.
- Le Prince de Condé fut détaché par Sa Majefté la nuit fui-vante, avec fix. mille chevaux, ôc. quinze cens hommes de pied* pour aller inveftir Namur entre le ruifleau de Rifn.es ôc la Meufe du côté de la Hesbaye. Le fleur Quadt avec fa Brigade de Cavalerie l’in.veftit depuis ce ruifleau jufqu à la Sambre :.de l’autre côté de la Meufe,. le Marquis de Bouflers avec quatorze Bataillons ôc quarante-huit Efcadrons, pris de l’A’rmée qu’il aflfembloit, .parut devant la Place ; ôc enfin le fleur de Ximenes avec les troupes qu’il avoit tirées de Dinant ôc de Phiiippeville, jointes à douze Efcadrons que le Marquis de Bouflers lui donna, inveftit la Place du côté du Château, occupant, tout le terrein qui étoit entre la Sambre ôc la Meufe,.
- Le 2y. l’Armée du Maréchal alla camper fur le ruifleau d’Au-renauît dans la plaine de Gemblours, ôc celle du Roy auprès de JVlilmont ôc de Golzenne au-delà des Mazis. Le Maréchal eut ordre de SaMajefté de détacher le Comte du Montai avec quatre mille chevaux pour aller fe pofter à Longchamp &,à Gennevoux proche des fources de la Mehaigne, & le Comte dé Coigni avec un^pareil;Détachement, pour aller fe pofter à Chaflelet près de Gharleroi. Le premier.devoit couvrir le Camp du Roy du côté du Brabant , Ôt le fécond devoit favorifer les convois de Mau? beuge , de Dinant, ôc de Phiiippeville, ôctenit en bride la Gar-mifon de Charleroy, ôc les troupes que les Alliés pouvaient y en* voyer,.
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- Le %6. Sur les fix heures du matin, le Roy étant arrivé devant ISTamur, reconnut d’abord les environs de la Place depuis la Sambre jufqu’au ruifleau de Wedrin, ôc après avoir examiné la -difpofition du Pays, il. donna fes ordres pour la conftru&ion des Batteaux fur la Sambre ôc fur la Meufe, & régla tout ce qui étoït néceflaire pour l’établiflement des Quartiers. Celui de Sa MajefLé .ôtoit entre le Village de Flawine, ôcune Métairie nommée la 'Rouge Cenfe un peu au-deflus de l’Abbaye de Salzenne. Le même jour le Roy s’avança fur la hauteur de cette Abbaye ôc s’étant apperçû. que les Ennemis avoient négligé de mettre des-troupes fur les hauteurs du Château , ôc fur celles du ruiffeaude ÂWearin, ce qui auroit rendu le Siège prefque impoflible , il donna .ordre au Comte d’Auvergne de fe faifir de l’Abbaye de Salzenne ôc des moulins des environs. Il ordonna aufll au Marquis deTil«r Jadetde vifiter les gués de la Sambre depuis le Quartier du Royy jufqu’à la Place ; ôc au Marquis d’Alegre, d’aller avec un Corps de Dragons fe faifir du paflage de Gerbizé fur le chemin de Huy .ôc de Liège du côté de la Hesbaye,
- Les deux Rivières partageoient PArmée en trois principaux Quartiers. Celui du Roy étoit entre la Sambre ôc la Meufe du .côté du Brabant; celui du Marquis de Bouflers s’étendoit dans le Condroz depuis la.Meufe au-deflous de Namur jufqu’à la même j-iviere au-defïùs, ôc celui du-fleur de Ximenes occupoit le ter-jrein entre la Sambre ôc la Meufe. Le Dauphin ôc le Duc d’Or-leans campoient auprès de Sa Majelté ; le Prince de Condé, le Maréchal de Humieres, ôc tousles Lieutenans Généraux, à l’exception du Marquis de Bouflers, avoient tous leurspoftes ôc leurs Quartiers dans le Quartier du Roy.
- Les Lignes de circonvallation furent projetées le même jouir de l’arrivée du Roy;, leur circuit étoit au moins de cinq lieues : on les commença à la Sambre du-coté de Brabant, un peu au~ deflus du Village de Flawine ; delà on les fit ttaverfer un fort grand nombre de Bois, de Villages ôc de Ruifleaux de .part ôc d’autre delà Meufe, puis on les continua dans la Foreft de: Marlagne, d’où on les fît revenir à ht Sambre entre l’Abbaye de Malogne Ôc un petit Château nommé la Blanche-Maifon*
- Le 27. le Roy vifita le.Quartierdu Prince de Condé où étoienr les Parcs d’Artillerie ôc de munitions, entre le ruifTeaudé'Wedrim ôc la Meufe ; puis s’étant avancé avec le fleur de Vauban fur la* hauteur du Quefhe. de Bouge qui commandoit la. Ville . entre,la*
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- porte de fer Ôc celle de S. Nicolas, il réfolut d’attaquer cette dernière porte. On acheva le même jour les ponts de batteaux pour la communication des Quartiers.
- Le 28. Sa Majefté paffa la Sambre à la Blanche-Maifon, ôc la Meufe au-deffous du Village de Huepion , pour aller vifiter les Quartiers de Boufiers ôc de Ximenes, ôc reconnoître le côté de la Place qui regarde le Condroz ôc le Faubourg de Jambe, où les Ennemis s’étoient retranchés au bout du pont de pierre bâti fur la Meufe. Le long de cette Riviere il y avoit une petite hauteur d’où on voyoit de revers les ouvrages de la porte S. Nicolas qui eft de l’autre côté , ôc le Roy y fit élever des Batteries pour inquiéter l’Alfiégé, Le même jour Ôc les fuivansles convois d’Artillerie ôc de munitions, arrivèrent de Philippeville ôc de Binant par la Meufe. Cependant vingt-mille Pionniers commandés dans les Provinces conquifes , travaillaient aux Lignes de circonvallation , aux abbatis de bois, ôc aux réparations des chemins.
- Les Affiégés avoienr mis quelque Infanterie dans les Bois au-delfus des moulins à papier de S. Servais, mais dès qu’on fit mine delà charger, elle quitta ce polie ôc le retira dans la Ville.
- Comme les Alliés s’étoient imaginés que le Roy n’ofëroit rien entreprendre fur une Place qu’ils regardaient comme imprenable, plufieurs Dames de Qualité s’étoient réfugiées dans Namur où elles croyoient être en fureté : à l’arrivé du Roy la peur des bombes les faifit ; elles firent demander par un Trompette la per-miflion d’en fortir, ôc cette grâce ne leur ayant pas été accordée, elles fortirent à pied par la porte du Château, luivies des Dames de la Ville, ôc de quelques femmes qui portoient leur hardes ÔC leurs enfans, aimant mieux pafier par-deflus les confidérations qui pouvoient les retenir, que de s’expolèrà être enfevelies fous les débris des maifons. Le Roy touché de compaffion, ordonna qu’on les traitât favorablement, Ôc les fit conduire le lendemain à l’Abbaye de Malogne, d’où elles furent tranlportées à Philippeville.
- Il y avoit dans Namur cinq Régimems de troupes de Brandebourg ôc de Lunebourg, cinq d’Hollandois, trois d’Efpagnols, quatre de Wallons, un Régiment de Cavalerie ôc quelques Compagnies Franches qui faifoient en tout neuf mille deux cens quatre - vingt hommes, commandés par le Prince de Barbançon Gouverneur de la Province, de la Ville, ôc du Château. Cette Garnifon étoit pourvue de toutes les chofesnéceffairespourfou-;
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- tenir un long Siège, Ôc Ton préfumoit aifénient qu ayant à défendre une Place li bien fortifiée, elle ne manqueroit pas de faire une vigoureufe réfiftance, furtout étant informée que le Prince d’Orange venoit à fon fecours avec une Armée de près de cent mille hommes > dont le Rendez-vous général étoit aux environs de Bruxelles.
- Pour ne point fatiguer les troupes par un travail forcé, le Roy voulut qu’on n’attaquât dabord que la Ville. La fauffe attaque étoit en-delà de la Meufe, ôc la véritable en-deçà, On y ouvrit trois tranchées qui dévoient fe communiquer par trois paralelles*' La première étoit le long du bord de la Meufe, la fécondé à mi-côte de la hauteur de Bougeôc la troifiéme dans un grand fonds-qui aboutiffoit à la Place du côté de la porte de fer.
- Ce fut la nuit du 29 au 30 May que la tranchée fut ouverte ; trois Bataillons avec un Lieutenant Général, ôc un Brigadier^ montèrent à la véritable attaque , ôc deux à, la fauffe avec un Ma? ïéchal de Camp, ce qui fut continué jufqu’à la prife de la VilleJ-Le Comte d’Auvergne qui étoit le plus ancien Général monta la première garde. Le travail de cçtte nuit fut avancé julqu’à 80 toifes près du glacis : en même-tems les Batteries fur la hauteur de Bouge, ôc de l’autre côté de la Meufe furent faites avec tant de diligence, qu’on fut bientôt en état de tirer, ôc de prendre la fupériorité fur le canon de la Place.
- La nuit fuivante fut employée à perfe&ionner ce qui avoir été fait^
- La nuit du 31 May on s’étendit du côté de la Meufe pour ref? ferrer les Afliégés, ôc empêcher les Sorties.
- • Le premier Juin, on pouffa les travaux à la fappe. L’Artillerie cependant ruinoit les défenfes, ôc les Afliégés vus de plufieurs ^endroits de front ôc de revers, n’ofoient prefque plus fe montrer^
- La nuit du ier au 2e. Juin, on fe logea fur un avant chemin couvert en-deçà de l’avant-foffé formé par les eaux de "Wedrin ôc de Rifnes ; ôc l’on tira une paraleile pour la communication des attaques. On conftruifit aufli deux Batteries qui commencèrent à tirer contre le demi-Baftion ôc la muraille, qui régnent le long de la Riviere. Le même jour à huit heures du matin, le Marquis de Bouliers attaqua ôc prit le Faubourg de Jambe. Sur. le midi, l’avant-foffé de la porte S. Nicolas fe trouvant comblé, les Gardes Suiffes ôc le Régiment de Stoppa de la même Nation, attaquèrent la contre-Efcarpe ôc l’emporterent fous les ordres du
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- Marquis de Tilladet Lieutenant Général de jour ; on prit aufîi une lunette revêtue qui défendoit la contre-Efcarpe, & l’on fit des logemens dont les Afiiégés ne tentèrent pas de nous chaffer-, quoiqu’ils fiffent toujours grand feu de leurs autres ouvrages.
- Le foir du 2 Juin, le Marquis de Bouflers étant de tranchée^ on s’empara d’une demi-Lune de terre qui couvroit la porte de S. Nicolas, & que les Ennemis avoient abandonnée dans l’ef-pérance qu’on n oferoit pas s’y loger , à caule du feu continuel qu’ijs faifoient.
- Les eaux de la Meüfe étant alors fort baffes , on avoit projetté de pouffer une tranchée le long d’une Langue de terre qui étoit à découvert au pied du Rempart, & comme ce Rempart étoit continuellement battu par les Batteries baffes de la Meufe, il àuroit été facile de prendre la Ville de ce côté, mais les grandes pluyes ayant enflé cette Riviere, on fut contraint d’abandonner ce projet.
- Pendant le troifiéme & quatrième Juin, l’Artillerie battit en brèche la face du demi-Baftion de la Meufe, & y fit une ouverture confidérable ; les Afliégés montrèrent beaucoup de réfolu-tion, & travaillèrent même à fe retrancher ; mais comme on s’apperçut qu*ils tranfportoient dans le Château, leurs munitions & leurs effets, on ne douta point qu’ils ne fe rendiffent bientôt; en effet le cinquième de Juin le Duc de Bourbon étant de jour, ils battirent la chamade, & demandèrent^ capituler. Les articles de la Capitulation furent que les Soldats de la Garnifon entre-roient dans le Château avec leurs familles & leurs effets ; qu’il y auroit une trêve de deux jours, Ôc que pendant tout le relie du Siège, on ne tireroit ni de la Ville fur le Château, ni du Château fur la Ville ; mais l’un & l’autre Parti avoit la liberté de rompre ce dernier article, pourvu qu’on avertit qu’on ne vouloir plus le tenir.
- La Capitulation lignée, le Régiment des Gardes prit poffef-fion de la porte S. Nicolas. Il n’y avoit que fix jours que la tranchée étoit ouverte, quand Namur fe rendit, & les attaques furent fi brufques & fi. précipitées, qu’à peine avoir on eu le tems de donner la derniere main aux lignes de circonvallation.
- Pendant que ceci fe paffoit devant Namur, les Alliés mar-choient pour venir au fecours de cette Ville, le Prince d’Orange & PEleâeur de Bavière à la tête de l’Armée ayant paffé le canal de Bruxelles 9 étoiern venus camper à Dighom ; puis à Lefdael,
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- Ingénieur François. 52P & à'WofTem, delà à l’Abbaye du Parc ôc au Château d’Heverle près de Louvain, où ils féjournerent quelque tems, pour attendre que toutes leurs forces fe fuffent jointes. Ce n étoit pas là cependant la véritable caufe de ce féjour, le Prince d’Orange crai-gnoit toujours que la Flotte Françoife qui conduifoit le Roy d’Angleterre, ne fit quelque defcente qui l’obligeât à rebrouffer chemin ; mais dès qu’il eut appris que fa Flotte jointe à celle des Hollandois s’étoit mife en Mer, ôc qu’ils étoient fort fupé-rieurs aux François dont tous les VaifTeaux n’avoient pu fe joindre, il fe remit en marche, ôc partit le cinquième Juin des environs de Louvain pour aller camper à Meldert ôc à Bauechem ; le fi-xiéme, il campa auprès de Hougaerde, ôc de Tirlemont ; le feptiéme, entre Orp ôc Montenackem, ôc enfin le huitième fur la grande chauffée entre Thinnes ôc Breff, à la vue du Maréchal de Luxembourg, à qui le Roy après la prife de la Ville avoit envoyé le Comte d’Auvergne ôc le Duc de Vilieroy Lieu-tenans Généraux avec la plus grande partie des troupes qui étoient campées du côté du Brabant.
- Le feptiéme Juin, c’eft-à-dire, le dernier jour de la Trêve, le Roy quitta fon premier Camp, Ôc en prit un autre entre la Sambre ôc la Meufe dans la Foreft de Marlagne, auprès d’un Convent de Carmes appelle le Défert. Une Ligne de troupes s’étendoit depuis l’Abbaye de Malogne fur la Sambre jufqu’au pont confirait fur la Meufe à Huépion. Une autre Ligne de dix Bataillons qui compofoient la Brigade du Régiment du Roy eut fon Camp marqué fur les hauteurs du Château, & ce fut delà que la Brigade du Roy eut ordre d’attaquer les Affiégés dans les retranchemens qu’ils avôient faits fur ces hauteurs à la faveur de quelques maifons, ôc entr’autres d’un Hermitage fortifié en forme de redoute.
- L’Attaque fut brufque ; on renverfa d’abord les polies avam cés ; on pouffa les Ennemis jufqu’à une fécondé hauteur aufii efcarpée que la première, ôc là ayant trouvé des Bataillons en bon ordre, on les battit l’épée à la main jufques dans leurs retranchemens qu’on auroit même forcés, fi le Prince de Soubize Lieutenant Général de jour & le fieur de Vauban, n’euffent rappelle les troupes pour les obliger de fe contenir dans le polie qu’on avoit occupé. La Brigade du Roy eut dans cette a&ion environ fix vingt Soldats tués ou bleffés.
- Après s’être établis fur cette hauteur, on ouvrit une tranchée
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- qui fut relevée tous les jours par fept Bataillons. Les jours fuivans lespluyes continuelles, & la dureté du terrein pierreux empêchèrent d’avancer beaucoup le travail, & ce ne fut qu’avec de grandes difficultés qu’on acheva les Batteries,
- Le 13 Juin les travaux ayant été pouffés jufqu’aux retranche-mens où les Ennemis fe préparoient à une vigoureufe réfiftance , le Roy fe tranfporta lui - même fur la hauteur, & envoya fes meilleures troupes pour les attaquer.
- Deux cens Moufqueraires du Roy à la droite, les Grenadiers à cheval à la gauche, & huit Compagnies de Grenadiers d’infanterie au milieu, marchèrent fur le midi l’épée à la main fou-tenus de fept Bataillons de tranchée, êc des dix de la Brigade du Roy qui étoit en bataille fur la hauteur à la tête du Camp. Les Affiégés n’ofant foûtenir cette attaque firent Amplement leur décharge , ôt fe retirèrent en défordre dans le Chemin couvert des ouvrages qui étoient derrière eux. Ils perdirent plus de quatre cens hommes & beaucoup d’Gfficiers ; les François eurent environ cent trente hommes & quarante Officiers ou Moufquetaires: tués oubleffés. Le Duc de Bourbon étoit Lieutenant Général de jour.
- Le Comte deTouîouze Amiral de France âgé de quatorze ans,. reçut une contufion au bras à côté du Roy, & plufieurs per-fonnes de la Cour furent bleffés autour de Sa Majefté. On accorda aux Affiégés une fufpenfion pour retirer leurs morts fans difcontinuer d’affurer les logemens dans les retranchemens qu’on, venoit d’emporter.
- De toutes les Fortifications de la Place, celle qui coûta le plus de tems fut le Fort-neuf nommé le Fort Guillaume, parce que le Prince d’Orange l’avoit fait conftruire l’année précédente. Il étoit fur le côté de la montagne qui defcend vers la Sambre, ôc quoiqu’il parut moins élevé que les hauteurs qu’on avoit gagnées il étoit cependant à l’abri du commandement.
- La nuit du 13 au 14 Juin, on avança le travail plus de fix cens pas vers la gorge de ce Fort; le quatorzième on s’étendit fur la droite, & l’on y conflruifit deux Batteries tant contre le Fort neuÇ. que contre le vieux Château. Ce même jour les Affiégés abandonnèrent une maifon retranchée qui leur reftoit fur la montagne.
- Le . on démonta prefque entièrement le canon des Affiégés,. mais nos Batteries firent fort peu d’effet contre le Fort neuf.
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- Ingénieur François, $31’* La nuit fuivante on ouvrit une nouvelle tranchée au-deffus de l’Abbaye de Salzenne, pour embrafferce Fort par la gauche, ôc Ton pouffa le travail jufqu a quatre cens pas.
- Cependant le Prince d’Orange raffuré du côté de l’Angleterre par la nouvelle qu’on venoit d’apprendre que la tempête avoit diflipé la flotte Françoife, fe comportoit comme un homme qui vouloit paffer la riviere, & attaquer l’Armée du Maréchal de Luxembourg. En arrivant fur la Mehaigne , il fit fonder les gués , pofta fon Infanterie dans les Villages Ôc les endroits favorables à fonpaffage, ôc fit jetter grand nombre de ponts de bois ôc debat-teaux, mais en même-tems il faifoit démolir tous les ponts de pierre qui fe trouvoient fur la Mehaigne, comme s’il eut voulu affurer fa retraite en cas qu’il fut battu.
- Le Maréchal de Luxembourg ne voulant point engager d’un bord de la riviere à l’autre un combat où la Cavalerie n auroit point eu de part, fe retira un peu en arriéré, ce qui fit d’abord croire aux Alliés, que leur Chef ne manqueroit pas de les faire paffer ; mais le Prince d’Orange qui n’avoit nulle envie d’en venir aux mains, s’excufa tantôt fur les pluyes, ôc tantôt fur le deffein qu’il difoit avoir formé de faire périr l’Armée Françoife en tem-porifant d’une part, tandis^ qu’il tenteroit de l’autre quelque ftra-tagême qui feroit échouer nos deffeins.
- En effet., il détacha fecretementle Comte de Serclaës deTiliy avec cinq ou fix mille chevaux du. côté de Huy, d’où ce Générai ayant tiré un Détachement confidérabîe alla paffer la Meufe, ôc fit remonter fon Infanterie dans le deffein de couper le pont de batteaux qui étoit fous Namur, Ôc qui faifoit la communication de nos Armée ; en même-tems le Comte de Tilly avec fa Cavalerie marcha vers le Quartier du Marquis de Bouflers pour l’attaquer ôc brûler le pont de la haute Meufe avec toutes les munirions qui fe trouveroient fur le Port. Mais leRoy en ayant été averti fit fortirfes troupes hors des lignes, Ôc le Comte de Tilly qui en eut le vent fut contraint ffaller rejoindre bien vite l’Armée des Confédérés.
- Le Prince d’Orange ayant demeuré quelques jours fur la Mehaigne remonta jufques vers la fource de cette riviere, ôc alla camper là droite à la Cenfe de Glinne près du Village d’Afche, ôc fa gauche au-deffus de celui de Branchon.
- Le Maréchal qui l’obfervoit de près remonta aufli, ôc vint camper à Hanrech, la gauche àTemploux, Ôc la droite à Hanrech.
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- Ce fut là où TEIe&eur de Bavière ayant paffé la riviere pour ob-ferver notre Armée, fut obligé de repaffer brufquement à l’aproche de quelques troupes deCarabiniers qui le chargèrent avec vigueur.
- Ce dernier Camp de nôtre Armée étoit trop incommode à caufe de plufïeurs ruiffeaux dont il étoit coupé : le Maréchal alla camper fa gauche au Château de Milmont, où elle étoit couverte du ruiffeau d’Aurenauît, ôc étendit fa droite par Templouxôc par le Château de la Falife, jufqu’auprès du ruifîèau de "Wedrin. Par delà ce ruiffeau, il fit camper fon Corps de réferve , de forte qu'il fe trouvoit proche de l’Armée du Roy, ôc de la Sambre ôc de la Meufe, d’où il tiroit la fubfiftance de fa Cavalerie.
- Le 22 Juin le Prince d’Orange paffa le Bois des cinq étoiles, ôc alla pofter fa droite à Sombreff, ôc fà gauche proche de Mar* bais fur la grande chauffée, de façon qu’il étoit en état de paffer en un jour la Sambre pour tomber fur l’Armée affiégeante ; c’efl ce qui obligea le Roy d’envoyer le Marquis de Rouflers avec un Corps de troupes, pour fe faifir du pofie d’Auveloy fur la Sambre, ôc difputer le paffage de cette riviere aux Ennemis en cas qu’ils vinffent à s’y préfenter. Le Corps de réferve du Maréchal eut ordre de fe joindre au Marquis de Bouflers, dont les troupes n’étoient pas affez nombreufes ; en même-tems le Roy fit jetter un pont fur la Sambre entre l’Abbaye de Floreff ôc Jemeppe vers l’embouchure du ruiffeau d’Aurenauît où la gauche du Maréchal étoit appuyée. Par ce moyen ce Général pouvoit aifément paffer la Sambre, fuppofé que les Ennemis vouluffent entreprendre la même chofe du côté de Farfiennes ôc de Charleroy.
- Tandis que les deux Armées étoient ainfi en mouvement, on continuoit les attaques du Château de Namur avec toute la diligence que les pluyes pouvoient permettre. Le 17. au matin les Alfiégés fe voyant extrêmement refferrés dans le Fort neuf, firent une Sortie de quatre cens hommes de troupes Efpagnôles ôc de Brandebourg fur l’attaque gauche, où ils cauferent quelque défordre, mais les Suiffes qui étoient de garde les repoufferent, ôc le travail fut bientôt rétabli ; il y eut de part ôc d’autre 40 hommes de tués. Le 1B ôc le ip on ôta prefque entièrement les communications du Fort neuf au Château, ôc le canon des Afïiégés fut démonté. Le 20 ôc le 21 on élargir ôc perfe&ionna tous les travaux, ôc le foir du 21 on attaqua les dehors du Fort neuf.
- Huit Compagnies de Grenadiers commandées avec les fept des Bataillons de la tranchée, occupèrent fur les fix heures tous
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- Ingénieur François. 333 les travaux qui enveloppoient les ouvrages des Ennemis. Le Duc de Bourbon étoit Lieutenant de jour. Le fignal donné un peu avant la nuit, on marcha au premier chemin couvert, d’où ayant chaffé les Affiégés, on paffa le foffé qui n’étoit pas fort profond, ôc on les pourfuivit jufqu’au fécond ; là ils firent quelque réfif-tance ; mais ayant été obligés de céder, on les pouffa jufqu’au Corps de l’ouvrage, ôc à 1’lnftant ils battirent la chamade , 6c leurs otages furent envoyés au Roy.
- Le lendemain iis fortirent du Fort au nombre de quatre-vingt Officiers ôc de quinze cens Soldats qui furent conduits à Gand. Du nombre des Officiers étoit un Ingénieur nommé Coëhorn, qui avoit donné le deffein de ce Fort. C’eft le même dont nous avons donné les Méthodes dans ce Traité, ôc qui dans la fuite jaloux de la réputation de M. de Vauban, ou pour mieux dire, piqué de l’affront qu’il avoit reçu dans fon propre Ouvrage, tâcha toujours de ternir dans fes Ecrits la gloire de cet illuftre Maréchal. La foible défenfe que l’on fît à la prife de ce Fort, fait bien voir qu’il n’étoit pas encore fait à ufer de ces chicanes fans fin dont il parle dans fon Traité de Fortifications.
- Le 23. On éleva dans la gorge du Fort neuf des Batteries de Bombes 6c de canon contre le Château. La tranchée ne fut plus relevée que par quatre Bataillons.
- Le 24 ôc le 2y. on embraffa tout le front d’un Ouvrage à. corne qui faifoit la première enveloppe du Château, ôc l’on mena une paralelle depuis la tranchée qui étoit du côté de la Meufe,. jufqu’à celle qui étoit du côté de la Sambre.
- Le 25. le Roy alla vifiter le Fort neuf 6c les travaux, 6c fit la même chofe les jours fuivans , pour ranimer fes troupes par fapréfence, malgré l’incommodité du terns 6c la difficulté des chemins. La Moufqueterie des Ennemis ôc les éclats des bombes tuerent ôc blefferent pîufieurs perfonnes à fes côtés.
- Le 26. on pouffa les fappes jufqu’au pied de la paliffade du chemin couvert.
- Le 27. on perfe&ionna les travaux, 6c l’on drefla deux nouvelles batteries pour achever de ruiner les défenfes, tandis que .les autres battoient en brèche les faces des deux demi-Baffions de l’Ouvrage.
- Le 28 à midi le fignal ayant été donné par trois falves de bombes , neuf Compagnies de Grenadiers avec les quatre Bataillons de la tranchée, marchèrent l’épée à la main aux chemins couve-rts.
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- des Affiégés ; le premier fe trouvant prefque abandonné, elles pafferent au fécond, tuerent tous ceux qui oferent leur réfifter, & pourfui virent les autres jufqu’à un fouterrein qui communiquoit dans l’Ouvrage.
- Quelques Grenadiers de la Compagnie montèrent fur la brèche du demi-Baftion gauche pour la reconnoître, malgré les efforts que faifoient les Afïiégés pour les enchaffer; l’un d’entre ces Grenadiers y demeura fort long-tems ôc y rechargea plufieurs fois fon. fufil avec une intrépidité que tout le monde admira.
- La brèche fe trouvant trop efcarpée, on fe logea dans les chemins couverts, dans la contre-garde du demi-Baftion gauche ôc dans une lunette qui étoit au milieu de la courtine. Les Afïiégés perdirent environ trois cens hommes, & les Affiégeans eurent près de deux cens tant Officiers que Soldats tués ou bleffés.
- Le même jour, les fappéurs firent la defcente du foffé, ôc dès le foir on attacha les mineurs en plufieurs endroits, mais comme on étoir fur d’emporter la Place, on réfolut de ne faire jouer les mines quà la derniere extrémité, c’eft pourquoi le 2g on tira le canon pour élargir les deux brèches.
- La nuit du 30. Quelques Grenadiers du Régiment Dauphin furent commandés par le fieur de Rubentel Lieutenant Général de jour pour monter fans bruit fur la brèche du- demi-Baftion gauche, ôc épier la contenance des Ennemis. Ces Soldats s’étant apperçus que les Afïiégés s’étoient retirés au-dedans de l’Ouvrage où ils ne fe tenoient pas extrêmement fur leurs gardes, firent ligne à leurs camarades, ôc ceux-ci étant montés, ils chargèrent tous enfemble l’Ennemi avec de grands cris, ôc s’emparèrent d’un retranchement qui étoit à la gorge du demi-Baftion. Ceux qui gardoientle demi-Baftion de la droite craignant d’être coupés, abandonnèrent au plus vite leurs poftes, ôc biffèrent les François entièrement maîtres de ce. premier Ouvrage.
- Il y en avoit encore deux autres conftruits à peu près de la même façon avec des grands foffés taillés dans le roc, ôc derrière tout cela étoit le Château qui lui feul auroit pû nous arrêter encore long-tems. Mais le Gouverneur voyant fa Garnifon affoi-blie ôc extrêmement intimidé, ôc d’ailleurs ne comptant plus fur les promeffes dont le Prince d’Orange l’entretenoit depuis le commencement du Siège, fongea à faire fa compofition à des conditions honorables, ôc demanda à capituler.
- Toutes les marques d’honneur qu’il avoit demandées lui furent
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- Ingénieur François. 33 y
- accordées par le Roy, & le jour même on livra une porte à nos troupes. Le lendemain ier jour de Juillet, la Garnifon fortit au nombre d’environ deux mille cinq cens hommes, partie par la brèche ôc partie par la porte vis-à-vis du Fort neuf. La défertion leur avoit enlevé neuf cens hommes, ainfi ajoutant enfemble ces neuf cens hommes avec les deux mille cinq cens fortis du Château, ôc les feize cens qui fortirent du Fort neuf, on voit qu’il périt dans ce Siège environ quatre mille deux cens hommes, puifque la Garnifon étoit compofée comme nous avons dit de neuf mille deux cens.
- Un peu avant la Reddition du Château, les Alliés étoient partis de SombrefF, ôc avoient tourné le dos àNamur pour aller camper dans la Plaine de Brunehaut, la droite à Fleurus ôc la gauche du côté de Frafne ôc de Liberchies. Là le Prince d’Orange ruinoit les environs de Charleroy dans la crainte fans doute qu’il ne prit envie au Roy d’en faire le Siège. Le foir du dernier jour de Juin les falves que firent l’Armée du Maréchal, ôc celles du Marquis de Bouflers, annoncèrent aux Alliés la prife de Namur, ôc leur confirmation en fut fi grande pendantplufieurs jours, qu’ils n’ofe-rent s’oppofer au paflfage de la Sambre que le Maréchal fit faire à fon Armée , pour la porter dans la Plaine de S. Gérard, où il étoit plus à portée de favorifer les réparations les plus preffantes de la Place, ôc les remifes d’Artillerie, de munitions ôc de vivres qu’il falloit y jetter.
- Pendant les deux jours qui fuivirent la prife du Château, le Roy donna les ordres néceffaires pour la fureté de cette Conquête ; il vifita les Ouvrages ôc en ordonna les réparations. Enfuite il alla trouver le Maréchal de Luxembourg à FlorefF, d’où il détacha différens Corps pour l’Allemagne ôc pour la fureté des Frontières de Flandres ôc de Luxembourg. Enfin, ayant pourvut à tout, Ôc donné tous les ordres, il partit de fon Camp le 3 Juillet retourna à Verfailles, biffant au Maréchal de Luxembourg une puiflante Armée capable d’arrêter tous les deffeins que les Confédérés auroient pû former.
- Pour donner aux Leêieurs uue plus grande intelligence de la Relation de ce Siège, on a joint ici le Plan de la circonvallation de l’Armée du Roy devant la Ville de Namur, Planche 49. ôc le Plan des attaques de la Ville ôc du Château dont voici l’Explication.
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- 53# Le Parfait Ingénieur François,
- EXPLICATION
- Des Lettres de renvoy du Plan des Attaques de la Ville & du Château de Namur, Planche o.
- A. Le Château.
- B. Porte de Boulier.
- C. Porte de Jambe.
- D. Porte de Grugnom
- E. Porte de Bruxelles.
- F. Porte de Fer.
- G. Porte de Saint-Nicolas.
- H. Attaques de delà Peau.
- I. Attaques de la Meufe.
- K. Attaque des hauteurs de Bouge.
- L. Batteries de delà l’eau,, de cinq pièces de Canon,'
- M. Batteries de dix pièces de Canon.
- N. Batteries de cinq pièces de Canon,
- O. Batterie de Mortiers.
- P. Village de Bouge.
- Q. Maladerie.
- R. Maifon des Jefuites.
- S* Le Pont fur la Meufe.
- FIN,
- Flmprim. de Jacques Chardon,
- TABLE
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- TABLE
- DES CHAPITRES
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- DES MATIERES Contenues en cet Ouvrage,
- PREMIERE PARTIE.
- De la Fortification Reguliere et Irreguliere.
- (^Hapitre I. Explication de quelques Principes de Géométrie, nécejfaires aux Fortifications, Page i
- Chap. II. De l'Invention & des progrès de la Fortification. Plan de cet Ouvrage, 7
- Chap. III. Explication des parties d'une Place} des differens dehors qu'on y ajoute ; des angles & des lignes qui compofent jes parties, & des lignes occultes qui fervent à la confiruélion, 9 Des lignes & des angles qui compofent les parties d'une Place, 11 Des lignes & des angles occultes qui ne paroijfent point après la confiruélion, 12
- Chap. IV. Des Maximes generales des Fortifications, 14
- Chap. V. De la Confiruélion des Ouvragesfélon la première Méthode de M. de Vauban, 17
- Confiruélion de la ligne magiftrale, du Rempart, duFoJJê, du Chemin couvert ,& du glacis, 18
- De la maniéré de décrire le profil du Rempart avec fon revêtement, du Fojfié, du chemin couvert, & de la contre-Efcarpe, 29
- Confiruélion du Bafiion à orilions, 31
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- ï ’ A B L E
- ConftruBion des ernbrazurés & des Batteries à barbettes', 32 ConflruBion des Cavaliers, 33
- Conftruélion des Guérites, 34.
- CônflruBion de la tenaille Jimple, de la tenaille double, & de la caponiere, ou chemin couvert au-devant de la tenaille, 34
- Conflrufîion des demi-Lunes fans flancs, des demi - Lunés avec flancs, des grandes & petites Lunettes 36
- Conflrutfion des Ouvrages à corne 3 38
- ConftruBion d’un Ouvrage à couronne ,. 40
- Conflruélion des Ouvrages à tenaille fimple & double, des Ouvrages à queue & à contre-queuë dHironde, & des Bonnets à Prêtres, 40
- Conflruélion des Traverfès, des Redoutes, Bonnettes, ou Fléchés quon met à F extrémité du glacis, de F avant fojfé, & des Pâtés, 42.
- Ch ap. VI. De la fécondé & troifieme Méthode de M, deVauban, 43
- Conflruélion de la troifieme Méthode , . 4$.
- De la grande Place $ Armes, de l'Arfenat, des Cafernes, des grandes Portes, des Poternes, des Ponts, &c~ 54
- Chap.VIL Des Méthodes de dijferensAuteurs, Méthode dt Evrard f 9,. Méthode à F Italienne de Sardis, 60
- Méthode EJpagnole, 63
- De F Ordre renforcé, 63
- Méthode du Chevalier de Ville., 64
- Methede du Chevalier de S. Julien pour les grandes Places, 63 Méthode du Chevalier de S. Julien pour les petites Places, 68 Méthode Hollandoife de Marolois, 69-
- Méthode de Bombe lie., 71
- Méthode de Blondel, 72
- Méthode Anonyme , ' 73
- Seconde Méthode Anonyme y 8i
- Troifieme Méthode Anonyme , 83
- Méthode du Comte de Pagan, 8f
- Méthode quunAuteur moderne préfereà celle de Neuf-Brifach, 85*' Méthode de la Fortification à rebours, 97
- Première Méthode du Baron de Coéhorn, 103.
- Seconde Méthode du Baron de Coéhorn, 1 n
- Troifieme Méthode du Baron de Coéhorn $ 116
- Méthode de Schéeiter 120
- Méthode de Sturmius* 124
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- DES CHAPITRES.
- ’Chap. VIII. De la Fortification Irréguliere & de la Confiruôh'on des Citadelles <& des Réduits s 128
- Rendre reguliere une Place irreguliere lorfqu on le peut, 129
- Trouver les cotés extérieurs dune Place 3 lorfqu on ri a que les intérieurs, 151
- Fortifier une Place irreguliere, dont les cotés & les angles font réguliers, 136
- Fortifier une Ovale, 138
- Fortifier un long coté, 148
- Maniéré de tracer une Place reguliere avec un long coté, 151
- Fortifier un ccté trop court, ' 161
- Tonifier les Places fituées fur une Riviere ,fur le bord de la Mer% fur une hauteur 3 &c. & celles dont on veut conferver Iancienne enceinte} 16$
- Remarque. Defcription de la Faille de Luxembourg, \ • ' ' 167
- Noms des principales parties de la Fortification de Luxembourg,
- i6>
- De la Confiruâlion des Citadelles & des Réduits 9 17 ï
- SECONDE PARTIE.
- Dë L’Attaque et de la De’fense des Places.
- HapitRE I. De ïAttaque des Places s Surprife par Efcalade,
- Des Surprife s par le Pétard)
- Des Surprifes par Stratagèmes,
- Des Surprifes par intelligence & par trahtfons Des Attaques far canonade & bombardement 9 Des Attaques dEmblée 9 Des Attaques par forme,
- De Hnvefiiture dune Place,
- Du Campement de ïArmée 3 & des lignes de circonvallation &[ contrevallation, 207
- Des préparatifs pour fAttaque > de ï Ouverture de la tranchée 7 & de fon avancement à la Fafcine, 20S
- Du profil de la Tranchée, des grandes & petites Places i Armes y de leur profil9 & de leurs difiances entr elles 9 21^
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- TABLE DES CHAPITRES.
- Avancement de la Tranchée par Sappe, 217
- Des Batteries de canon, 220
- Des Batteries à bombes & des Pierriers , 224
- De la prife du chemin couvert, & des logemens fur 1e glacis & la contre-Éf carpe, * 22 3
- De la.de [cent e du Fojfé & delà prife de la demi-Lune, 230 , Du pajfage du Fojfé, & de îattaque du Bajlion , 234
- Des Mines & contremines 3 238
- Ce qu’on doit faire pour empêcher les fecours qu'on peut donner à la Place attaquée, 2$$
- De îAttaque des Places irrégulier es 9 259
- Explication des Attaques dune Place jituêe dans un marais 3 264-Explication des premières Attaques d’une Place fituée fur une grande Riviere, 2 66
- Explication de la fuite des Attaques d'une Place fituée fur une Riviere , 267
- De TAttaque brufque d'une Place, 2 58
- De î Attaque d'une Place par famine » 270
- De la Reddition d'une Place y 271,
- De la levée d’un Siégé, . 273
- Des anciennes Attaques, 274.
- Çhap. dernier. De la.Dèfenfe des Places> 273.
- De la Défenfe contre l’Efcalade, 275*
- De la garde d'une Place 9 276
- Contre le Pétard, les Stratagèmes, & la Trahi fin , 282
- Contre les Attaques d'Emblée 3 & celles de bombardement y 284. De la Défenfe des Attaques par Siégé > ‘ 284-
- De là Défenfe des Places irregulieres , 298
- De la Défenfe contre les Attaques brufque s y 300
- De la Défenfe contre les Blocus, 300
- De la Capitulation & Reddition d’une Place, 300
- Ce quil faut faire lorfque ï Ennemi levé le Siégé y • 302
- Journal du Siégé de la Ville de Lille, 303
- Relation du Siège de la Ville de Namur, 321
- Fin de la Table*
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