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Description et représentation exacte de la maison de glace, construite à St. Petersbourg au mois de janvier 1740
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- Jf.e, Ce. rï-
- DESCRIPTION ET REPRESENTATION EXACTE
- DE
- LA MAISON DE GLACE,
- CONSTRUITE
- A ST. PETERSBOURG AU MOIS DE JANVIER 1740,
- ET
- DE TOUS LES MEUBLES
- QUI S’Y TROU VOIENT;
- avec
- QUELQUES REMARQUES SUR LE FROID EN GENERAL, ET PARTICULIEREMENT SUR CELUI QU’ON A SENTI CETTE MEME ANNEE
- DANS TOUTE
- U EUROPE:
- COMPOSEE ET PUBLIEE
- EN FAVEUR '.DES AMATEURS DE L’HISTOIRE NATVRELLE,
- pat
- GEORGE WOLFFGANG KRAFFT, MEMBRE DE L’ACADEMIE IMPERIALE DE ST PETERSBOURG ET PROFESSEUR DE PHISIQJJE.
- TRADUIT DE L’ALLEMAND,
- par
- PIERRE LOUIS LE ROY,
- MEMBRE DE L’ACADEMIE IMPERIALE DE ST. PETERSBOURG ET PROFESSEUR D’HISTOIRE
- A ST. I ETERSFOl’RG,
- DE L'IMPRIMERIE DE L’ACADEMIE DES SCIENCES
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- 11 y a peu de matières que l’art réemploie avec fùccés & qu’il ne faffc fervir, Toit à l’ufage, foit au diver-tiffement des hommes. Les productions de la nature , de quelque espèce qu’elles foient, tirent de l’art un nouveau luftre, & l’induftrie en les employant, leur donne, pour ainft dire, une nouvelle vie. La glace avoit été jusqu’ici conûderée comme une forte d’étofe fur laquelle l’art ne pouvoir, que très peu ou point du tout f*exercet ; & autant la fluidité de l’eau nous eft utile, & néceffaire, autant fà folidite, lors quelle eft gelée, a-t-elle rebuté jusqu’à préfènt la plû-part des artiftes. Quelque grande en effet que foit l’utilité que nous tirons de la glace, lors quelle donne à l’eau la folidité de la terre ; lorsque pour parler de la forte, elle jette un pont vafte &fpacieux for les fleuves & fur les lacs * lorsqu enfin elle rafraichit nos boiffons dans des caves profondes & bien ciofes, & qu’elle garantit nos vafès des chaleurs de 1’ Eté * il faut pourtant tomber d’accord que l’art ne participe que très peu, ou même en rien, à toutes ces chofes, & qu’il ne peut fe vanter avec justice d’en avoir fourni l’invention. La feule chofe, autant que je fâche, où l’art f’eft exercé fur la glace, eft, qu’eu égard à fa transpaùsnce, on a crû la A a pou-
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- pouvoir confidérer en certains cas, comme une forte de verre, & ï’en fervir, foit en guifè de carreaux de vitres,, iôit à Elire des gobelets, ce qui lè pratique en Italie, foit enfin à former des verres ardens. Chacun, fent par ra-port au premier cas, que fart nry a que fort peu de part; mais il faut avouer qu’il a déploie toute fafubtilité à 1 egard des deux autres, & commencé à donner des preuves que la glace même eft de fou reffort*
- L’invention de cette forte de verres ardens, ou de glace ardente, comme on la peut nommer, n’eft pas ancienne; du moins eft-il certain qu’ Ariftote & Pline, tous deux grands naturaliftes pour leur tems, n en ont eu aucune connoiffance* L’un & 1 autre favoient qu en remplif-fant d’eau une boule de verre, & fexpofant aux raïons du foleil, on pouvoir produire du feu ; mais ils ignoroient que l’eau durcie par la gelée fît le même effet. Rien n’eft: plus facile à faire à prêtent que cette expérience : On n’a qu’à fùivre la methôde prescrite (*) par Mr. Mariotte fameux phificien francois. Le tout comfifte à avoir de la glace extrêmement nette & transparente, pour que les raïons du foleil la piiiffent pénétrer fans aucun obftacle. Comme l’expérience nous aprend qu’il n’y a point d’eau qui ne renferme de l’air, lequel rend la glace opaque &
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- Ç*) Oeuvres de Mr. Mariotte, à Lcide, 1717. TomeIï, p, 607.
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- pleine de bulles ; pour prévenir cet inconvénient, on n’a qu’à chaffer 1 air de l’eau avant que de 1* expofer à la gelée, ce qui le peut executer en deux manières, ou par le mo'ien de la machine pneumatique, ou en faifant extrêmement bouillir l’eau. Monfieur Mariotte f’eft fervi du dernier de ces moïens • Aiant fait bouillir de l’eau nette à grand feu, pendant une grande demi-heure, pour en bien chafler l’air, après cette opération, il expofa l’eau à une forte gelée, Ôc en tira une glace presque entièrement transparente. Pour faire prendre à cette glace la figure eflèntiellement necef-fàire aux verres ardens, il C’y prit de cette façon. Aïant fait choix d’un vafe dont la capacité étoit arrondie, il y mit fon morceau de glace & tint le vafe au defliis d’un fèu de charbon, faifant ainfi fondre la glace petit à petit, jusqu’à ce quelle eut pris exactement la forme de la capacité du Vafèr Quand il la vit dans letat ou il la demandoit, il procéda de la même manière par raport au côté opofé , & eut par ce mo'ièn un corps transparent , dont les deux faces arrondies, le rendoient exactement femblabk à un verre ardent. S’étant enfuite ganté, pour empêcher que la chaleur de (à main ne nuisît fi-tôt à ce morceau de glace, il le prit par les deux extrémités, l’expofa aux raïons du foleil, & aluma de la poudre à canon..
- U faut avoüer que la glace préparée de la forte, ne produit point un aufli grand effet que feroit un verre ardent «aillé d’un morceau de criftal entièrement transparent. Car
- A 3 quel-
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- quelque peine qu’on fe donne, il y relie toujours des bulles d’air, qui empêchent l’exa&e transparence de l’eau, fur tout, quand ce n’eft qu’au moïen du feu, & en la fài-fànt fimplement bouillir, que l’air en eft chaffé. 11 en
- eft comme d’un verre ardent fait d’un criftal extrême-ment teint, dont l’effet n’égale pas à beaucoup près celui d’un de ces verres, taillé d’un criftal clair & transparent. En effet, tant que la couleur laiffé quelque transparence au premier, il alume ; ce qui fe voit clairement lors qu’on fè fèrt d’un verre teint d’un bleu foncé, & par confequent très chargé de couleur, qui met feu à la poudre, lorsqu’elle eft préfèntée à fbn foïer, malgré ce qu’en difènt quelques favans, qui n’en aïatit jamais fût l’expérience, (êmblent vouloir nier la chofe; (*) quoi que cependant il ne produife pas fi promtement cet effet, que f ’il étoit plus transparent.
- Voila tout ce que l’art a opéré jusqu’ici fur la glace, foit que la grande froideur de cette matière ait été contraire aux deffèins qu’auroient pu former les artiftes, de l’em-ploïer à quelque autre ufige ; foit aufli que le peu de tcms de fa durée, dans la plù-part des endroits de la terre, leur ait fait regarder comme inutile le travail qu’ils emploïe-roient à en faire quelque ouvrage. Ces deux raifons, font valables à la vérité, cependant elles ne font pas fufifàntes
- pour
- (V) Junckevi Chemia Tab. XIX. p. 454.
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- pour devoir nous empêcher d’emploïer le cifeau & le burin fur la glace , & de parvenir peut être par là à quelque découverte imprévüe ; ni pour nous faire perdre 1 envie d’aquérir par la vue, la connoîflànce des choies qui font durables & permanentes dans d’autres corps de l’univers. Car la glace n’eft pas d’une auffi courte durée dans tout le monde, qu elle 1 eft fur le globe que nous habitons. Nous ne craignons point en effet d’alfiirer, qne de même que le fèr, qui de tous les métaux eft le plus dificile à. mettre en fulion lur notre globe, feroit toujours fluide de foi même dans le foleil, & pourroit fèrvir de boifïbn & à laver, aux habitans qu’on fupofèroit dans cet aftre ; & que notre plomb & notre étaim pourraient lèrvir à ces mêmes ufa-ges aux habitans qu’on placerait dans les planètes de Mercure & de Venus; Auffi notre eau que nous voïous liquide la plû-part du tems, a été depuis un tems immémorial dans la planete de Saturne, & y eft encore une forte de oierre dure comme le Marbre, dont la qualité elfentielle confifte à pouvoir être fondiie, moïen-nant un fèu très ardent. Car on ne peut nier qne le froid, continuel qui régne dans Saturne, àeaufe de fon prodigieux éloignement du foleil, n’y doive caufer néceftairement fur l’eau, quoique dans un bien plus haut degré, le même efïèt qu’y produit fur notre globe un froid beaucoup moins conlidérable. Supofé donc qu’il y ait de l’eau dans Saturne , il faudra neceffairement qu’elle n?ÿ foit connüe que comme un marbre : Que-Cil y a des habitans dans cette
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- planete, & que la nécefîité les oblige à lé conftruîre des habitations, il eft à croire qu’ ils les bâtiront de leurs pierres fufibles, je veux dire de notre eau qui leur fert de marbre. S'il arrive que quelque artifte animé par les récompenfes de quelque grand Seigneur, réplique à faire quelque chofe dont il ne puifiè tirer aucun argent parmi nous, au moins augmente-t-il nos connoiffances, en offrant par exemple à nos yeux, l’image d’une maifon de plaifance, telle qu’elle peut êtrecon-ftruite dans Saturne ; ou celle d’une piramide par laquelle un habile ouvrier de Saturne aura immortalifé fbn nom, ou quelque autre chofe lemblable que nous ne pourrons confidérer fans une vraie fatbfa&ion.
- Le froid exceflif dont toute 1* Europe fut afligée en *740 ; de la rigueur duquel on fent encore les triftes fuites, & qui ne fournit que trop de glace dans les lieux ou d’ordinaire on en voit à peine, donna occafion à divers esprits curieux d’exercer leur art fiir cette matière quifouvent nous eft fi nuifible, ôc d’en tirer, fi non un avantage réel, du moins la caufe d’un divertiffèment innocent. Le fèul exemple qui foit venu à ma connoiffance de ce qui f’eft fait dans les pais étrangers, eft, ce. qui arriva à Lubeck, où le Lieutenant de Meynerts f’occupa pendant que dura la rigueur du froid, à tailler hors de la porte de Holften, un Lion de glace, long de Sept pieds, & le travailla fi artiftement, qu’à peine un habile Sculpteur l’eût il pû mieux exécuter fur le bois. On voioit autour de ce Lion
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- un baftion de glace, fur lequel étoient 5 canons, un Soldat & une Guérite, le tout de la même matière. (*)
- Mais l’art feft exercé à St, Petersbourg, & f eft déploïé fur la glace avec beaucoup plus de magnificence. Nous y avons vu un Palais entièrement confirait de cette matière fi peu durable, bâti fuivant toutes les régies de la plus nouvelle Architréhire, & qui pour là beauté & fa rareté, étoit bien digne de la durée ordinaire de nos Palais, ou même d’être transporté dans Saturne, & d’y être placé comme entre les étoiles. L’honneur du defîèin de la conftruétion de ce Palais apar-tient à Mr. Alexey Danielowitlch Tatisclitfchew, à prêtent Chambellan de Sa Majefté Impériale notre très gracieux Monarque; mais la permilïion de le contraire, & less fraix conlidérables qu’il fàlut faire à ce fujet , furent généreulèment accordée & fournis par 1’ Impératrice ANNE de glorieufe mémoire; cette Grande Princeffe ne f’étant jamais refufée aux projets ingénieux de lès Sujets, lors même qiul ne f’agifibit que de choies tendantes à quelque divertiflfement.
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- (*) tëurfo flefûfte £ifïortf#c Sîûc&m&teit auf 1740. XIII.
- fsft'cf, p. 256
- ce qnt fï-n’fie en Franço:s,
- Relation hiftorique abrégée, concernant l’année 1740, XIII. Partie jpag. 25 6.
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- Ce fut vers les derniers mois de lannée 1739, que cet ouvrage fût commencé avec ardeur. On le propola d’àbord de conftruire ce . furprenant édifice, prés du nouveau Palais d’hiver de Sa Majejîê, & cela fur la glace même dont étoit couverte la Neva qui traverfè cette ville. La raifon qui fit choifir cette place, fut la commodité qu’il y avoit, eu égard aux matériaux néceflàires, qui lè trouvoient naturellement fous la main des ouvriers, en forte que c’étoit, pour ainfi dire, élever le bâtiment dans la carrière même. Mais comme T Architecture en générai n’dl parvenue au degré de perfection où nous la voïons mon* tée de nos jours, qu’à force d’avoir commis des fautes, la même choie arriva dans cette occafion. La glace de ce fleuve, qui porte le poids deplufieurs miliers d’hommes armés; qui foutient de gros Canons & des Mortiers, dont on fait des décharges reitérées; qui ne romp-point fous le faix immenlë d’une Fortereffe de neige 6c de glace, ataquée & défendue dans toutes les régies de la guerre & prilè enfin l’épée à la main , ce qui arriva il y a environ fept ans, dans un fpedacle donné à fèu Sa Majefté i\ Impératrice ANNE : La glace dis-je, de ce fleuve, commença à s’afaiflèr fous les murs de ce Palais, élevés à une hauteur aflés con-fidérable, d’où l’on conclud facilement qu’elle n’en pour-roit foufrir tout le poids quand il leroit achevé. Cet accident, à le bien prendre , ne relultoit point de la
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- trop grande péfanteur de l’édifice, mais il devoir être atribue à ce que l’ouvrage avoit été commencé trop-tôt, & dans un teins où la glace, fur laquelle ilétoit fondé, n’avoit point encore aquis l’épaifleur & la fo-lidité néceflaire pour le foutenir; ajoutés qu’il furvint alors juftement un dégel, ce qui n’arriva plus de tout le refie de l’hiver.
- Mais ce contre-tems ne fit que fiirfeoir l’exécution du detiein qu’on avoit tormé de bâtir une maifôn de glace: & bien loin qu’on en perdit l’envie, elle fem-bla i’enflâmer davantage, par la dificulté qu’on venoit de rencontrer. Il fe trouvoit infiniment plus de matière qu’il n’en faloit pour la conftrudion de cet édifice ^ il ne f’agiffoit donc que de trouver une place plus propre à le porter. On ne fut pas long-te ms à chercher: Celle qu’on choifit eft l’une des plus confi-dérables de cette réfidence, étant fituée entre la Forte-reffe de 1’ Amirauté, dont 1* Empereur Pierre I, qui l’avoit fait conftruire, faifoit fes plus chères délices, & entre le nouveau Palais d’hiver, bâti avec beaucoup de magnificence, par ordre de feu /* Impératrice AR1\'E. Ce fut dans cette place que l’on commença pour la féconde fois à mettre ce rare projet en exécution. On fit choix de la glace la plus nette, qui fut taillée en bloc, mefurée au compas & à la régie, & eirbélie d’or-nemens d’architeéïure : Ces blocs furent élevés avec des giües, poiés régulièrement les uns fur les autres , 6c B a leurs
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- leurs jointures cimentées par l’eau qu’ on y verfoit 6c qui (e geloit à l’instant. De cette lorte on Tint à bout en peu de tems, d’elever un édifice, long de 8 Sagénes de Rufiie ou de $6 pieds de Londres, large de 24 Sagénes, & haut de plus de 3 Sagénes, en y comprenant le toit. Ge bâtiment qui. paroiflbit d’une feule pièce, fai-foit (ans contredit, un effet infiniment plus beau que f’il eût été confinait du marbre le plus rare, (a transparence & fa couleur bleuâtre le foi (an t paroitre d’une pierre bien plus précieufè que le marbre.
- Pour aider le leéleur à (e foire une idée diftindte & véritable de cette maiion jusqu’ici (ans pareille, c.e. fes ornemens extérieurs & intérieurs, & de toutes les apartenances, qui, fons en excepter la moindic chofo, ètoient de pure glace*, & lé foire particip r autant qu’il eft en nous, à la fat sfoârion que nous avons tirée de la. vüe d’un objet fi rare, j’en vai examiner les parties les unes après les autres, (uivant quelles font, repréfentées dans les Planches ci-jointes.
- Le Nombre i: de la Planche I. repréfonte là façade du bâtiment priucipal & tous les ornemens dont il étoit. accompagné, & le No. 2, le, plan avec l’echel-le fur laquelle il a été confinât: Chacune des plus petites dividons de cette échelle vaut 4-Vcrschoks, dont 16 font 1. Arschitie , ou une aune de Rufiie; les fuivan-tçs dividons de moïenne grandeur, valent.chacune 1. Ar-
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- fchine, dont trois font une Sagéne, & les pins grandes enfin r valent autant de Sagenes, dont chacune, contient, ailes exactement 7 pieds de Londres.
- Comme chacun avoit la liberté d’entrer quand ilvou* k)it dans cet édifice, pour en confidérer la merveilieuie Üru-âure, on y voïoit continuellement une foule de curieux qui caillaient une preffe qu’on ne fendoit que dificiltmentj en-forte qu’on le vit contraint de poler des fentinelles pour prévenir les delordres qui ne pouvoient manquer a’arriver. Ce fut par cette même raifon qu’ on environna ce Palais transparent d’une baluitrade de bois,, marquée A. B. C. D. au No. 2 de la PI: I. Six Canons de glace r tournés au tour, avec leurs afuts & leurs roües, lemblablement de glace, marqués E. F. G. H. I. K. PI: 1. No. 2 etoient rangés au devant du bâtiment. Nous jugeons à propos d’avertir, que tout ce dont nous parlerons à l’avenir étoit de pure glace, & qu’il le faut entendre ainfi, à moins^ que nous n’averti (lions pofitivement du contraire. Ces Canons qui étoient percés,, avoient la proportion & la grandeur de ceux de fonte de 3 livres de poudre de charge. On les tira (ouvent à diverfes reprifes ; * leur charge étoit de \ de livre de poudre , qu’on mettoit dans l’ame de ces pièces d’artillerie , après quoi on y faifoit couler un boulet d’étoupes, & même quelque fois de fer de fonte. L’épreuve d’un de ces Canons fut faite un jour en préfence de toute la Cour ; Le Canon aïant été, chargé comme nous venons B & de
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- de l’expliquer, le boulet perça une planche de 2 pouces d’épaiffeur à 60 pas d eloignement. La figure d’un de ces Canons eft représentée PI: VI. let: A. Deux Mortiers dont la figure fe voit femblablement PI: VI. let:B, étoient placés dans une même ligne avec les Canons • iL lont marqués L. M. PI: I. No. 2. Ces Mortiers a voient la proportion de ceux de fonte, qui jettent des bombes du poids de 80 livres: On l’en 1èrvit pareillement à en jetter plu-fieurs fois des bombes, leur charge étoit ne \ de livre ue poudre. Enfin on voïoit dans cette même ligne deux Dauphins placés aux deux côtés de la première entrée, tels qu’ils font marqués, let: N. O. PI: I. No. 2. &, n. o. No. 1. de la même Planche. O11 les peut voir reprélën-tés au naturel PI: VI. let: C. D. Ces deux Dauphins étoient conftruits de telle forte, qu’au mdïen de quelques» lè-rmgues, on leur faifoit jetter par la bouche du N aphte en*» flâmé, ce qui faifoit la nuit un fpe&aele admirable.
- Derrière cette ligne de Canons & de Mortiers, on avoit pofé une très belle baluffrade de glace, entre les ba-lultres de laquelle étoient pofés fimétriquement & dans une égale diftance, des piliers quarrés, marqués let: a. PI: I. N > 1. & No. 2. En f’aprochant de la maifôn, on.dé-couvroit avec admiration au haut du mur, une galerie bordée d’une baluftrade de piliers quarrés, foutenant des boules grottes à proportion & faites au tour. On y voïoit auf-fi un fuperbe frontifpice, orné en diferens endroits, dé
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- 5tatuës, tel que le tout eft repréfenté PI: I. No. i* let: b. c. d. e. &, c. d. Les chaflis des portes & des fenêtres étoient peints en forme de marbre verd. Cette mai-fon avoit (on perron & deux entrées, PI: I. No. 2. let: b. c. En entrant dans ce bâtiment on troirvoit d* abord unveftibule, PJ: I. No. 2. P. & de chaque côté une chambre, Q. R. fans plat-fond, toute la maifon n’étant couverte que du toit, comme il paroit par les PI: II. III. IV. V.. Le veftibule avoit quatre fenêtres, & chaque chambre en avoit cinq, dont les chaflis & les carreaux étoient de fines plaques de glace. On illuminoit fouvent de nuit ces fenêtres, d’un grand nombre de chandéles, & la plu part du tems on y apliquoit des chaflis de toile, (ur chacun desquels étoit peinte une figure grotesque, comme on l’a marqué PI: I. No. 1. ce qui faifoit un très bel effet, la clarté des chandéles n’illuminant point feulement les fenêtres , mais les murs & le toit de cette maifon transparente. Il ne me finit point oublier de dire que la baluftrade, outre fa principale entrée, PI: I. No. 2. let: f. avoit encore deux portes, let: g. h. au deffus desquelles étoient des pots à fleurs avec des orangers, le tout de glace branches & feuilles, & à côté, des arbres ordinaires, fur lesquels fe voïoient des oifèaux artiftement taillés, voiés PI: I. No. 1. let: h. i. Nous alons paffer maintenant à la décoration des chambres.
- L’une des moitiés de la chambre Q. PI: I. No. 2. eft repréfentée en profil, PI: II. du côté où font les deux
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- fenêtres k. 1. On y votait une toilette fur laquelle étoit pôle.un miroir, quelques flambeaux avec leur bougie, qu’on alumoit quelque fois la nuit, après les avoir frotees de naphte ; uue montre de poché & diverles fortes de vales & de boëtes, Il y avoit outre cela un miroir pendu au mur. L’autre moitié de la même chambre Q. PI: I. No. 2. eft reprélentée en profil, PI 111. du côté où fe voient les fenêtres m. n. On y trou voit un lit garni , je veux dire la couche, très bien travaillée, avec fes rideaux, une figure de lit de plume, des couffins ou oreillers, une couverture, deux paires de pantoufles, deux bonnets de nuit & un tabouret. Outre cela il y avoit une cheminée fort jolie, ou étoient rangées des figures de bûches, auxquelles on mettoit quelque fois le feu , au moïen du naphte dont elles étoient enduites.
- Le profil d’une des moitiés de la chambre R. PI: I. No. 2. efl repréfènté, PI: IV. du côté que donne 1a fenêtre, p. On y remarquoit une table, fur laquelle étoit une pendule d’nne glace fi transparente, que le roüage fè votait à travers. De vraies Cartes & des fiches, étoient gelées ça & là fur cette table. De chaque côté de la table fe votait une espèce de Sofa, orné d’ouvrage de fculpture, & deux flatuës étoient placées dans les coins de la chambre. Le profil de l’autre moitié de la chambre R PI; i. No.
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- a. eft femblablement repréiénté PI: V. du côté où fe trouve la porte, q. Là étoit pofée dans le coin à la droite, une armoire proprement laite, avec toute forte de figures ; ôc l’on trouvoit dans fon intérieur , tout un fervice à prendre le Thé, des verres, des gobelets Ôc des plats avec leurs mets, le tout de glace & peint de la couleur naturelle des chofes qu’on avok repréfentées.
- Les ouvrages extérieurs & qui fervoîent d’accom-pagnemens à cette maifon., confiftoient dans les chofès Vivantes. Il y avoit premièrement à chaque côté une Piramide quarrée, 1er. r. f. PI; I. No. i ôc 2. élevée fur un pied-d’eftal avec des frontifpices. Ces Piramides étuient creufes, aïant leur entrée tournée du côté de la maifon: Elles avoient de chaque côté une fenêtre ronde quon y avoit creufée , autour de laquelle étoit peint le Cadran d’une horloge. On avoit fuspendu dans le corps de ces Piramides une grande lanterne de papier à huit faces,; fur chacune desquelles étoient repréfentées des figures monftrueufes. La nuit, on mettoit des chandéles alumées dans ces lanternes , ôc une perfonne qui y étoit cachée les faifaot tourner, ces figures pa-roifloient tour à tour, Ôc fe préfentoient aux fenêtres.
- En fécond lieu, on voïoit à la droite de la mai-fbn, un Eléphant de grandeur naturelle- PI: ï. No. 1. ôc a. let: t. fur lequel étoit un Perfàn le marteau d’armes à la main. A côté de cet animal il y avoit C deux
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- deux autres Perfans : Tous trois étoient grands comme nature. Cet Éléphant étoit creux & fi artiftement travaillé , que de jour il jettoit de 1 eau par la trompe, de la hauteur de 24 pieds, ce qui fe fàifoit par le moïen de quelques fèringues mifes dans le foffé de la fortereflè de Ÿ Amirauté près duquel il étoit; & de nuit il jettoit du naphte enflâmé , au grand étonnement de tous les fpe&ateurs. Outre ce que je viens de raporter, ce prodigieux animal jettoit aufli de fois à autre des cris aprochans de ceux qui lui font naturels; ce qui' fè fàifoit au moïen d’un homme caché dans la vafie capacité de fon. corps, qui foufloit dans de certains îuïaux..
- On avoit confinât en troifiéme lieu, à la gauche de la maifon, PI: ï. No. 1. & 2, let: u. un bain à la façon de ceux des pais du Nord. Pour cet effet on f’étoit fervi de longs blocs de glace arrondis en poutre, dans lesquels on avoir fait des entaillures, & on les avoit entrelaffés & pofés les uns fur les autres, fuivant lia manière ordinaire de conftruire ces fortes de bâtî-mens. Ce bain aïànt: été chaufé , a quelque fois fervi réelement.
- C’eff ainfi qu*avoit étér confinât ce remarquable édifice de glace r dont la durée égala celle du froid ex-«effif qu’il, fit presque; continuellement depuis le comment
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- mencement de ïanvier jusqu allés avant dans le mois de Mars; mais qui commença à pancher vers la ruine, (tir la fin de ce mois, que le tems vint à ( adoucir, & fë détruifit enfin petit à petit, fur tout du côté dû Sud. Après fa déftruétion même, ce bâtiment ne fut point entièrement inutile, puisque les plus gros morceaux qui relièrent de fes murs, furent emploïés à remplir les caves à glace du Palais Impérial.
- Outre le plaifir & l’admiration que caufoit à tous ceux qui la regardoient, la vue d’une maifon fi fingu-liére, nous en pouvons regarder la bâtiflè comme une véritable expérience de phifique, dont l’avantage qui en réfulte eft d’autant plus alluré que c’eft en grand qu’a été faite cette expérience. Nous pouvons donc dire qu’ à cet égard nous avons aquis un nouveau degré de connoilïànce, comme j’en ai déjà touché quelque cho-fe, puisque nous voïons clairement, & que nous en (bmmes convaincus par l’expérience, qu’il eft poflible dans un tems très froid, de bâtir de fimple glace, ôc d’enjoindre an plû-tôt les morceaux fortement, en ne les arrofant que d’eau. Nous aprenons encore, qu’il eft poftible de tourner la glace au tour, de la percer, de la tailler, de la peindre ou enduire avec des couleurs , de la mettre en feu après l’avoir frotée de na-phte, & enfin de s’en fervir à tirer, fans qu’il foit befoîn comme quelques uns l’avoient préfumé, de garnir de €2 tôle
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- tôle le dedans du Canon. L’entreprife 6c l’execution d^ua deffein fi rare4, nous a convaincu de la mérité de toutes ces choies, dont la plu-part ont pourtant été trai-traitées de fixions par quelques perfonnes en Allemagne. Mais cette incrédulité n’â rien qui nous furprenne le dirai plus-, c’eft que je fuis, alluré que plus avant, la renommée de notre édifice de glace fe répandra dans les païs Méridionaux , & plus la, vérité en. paroitra in» croïabku
- Oh ne peut nier que la? poudre à Canon n’àit une' vertu fracaflante, fi j’ofe me lèrvir de ce terme; c’eft par cette raifon qiv il a femblé incroïable: à quelques perfonnes, qu’on ait pu tkér avec nos Canons de glacée, (ans qu’ils fe foient brilés- en mille pièces* Mais je prie les incrédules de confîdérer, que cette vertu qu’a la poudre de fracalfer, ne peut opérer que là où elle trouve le moins de réfiftence. 'Or fi la glace dont eft fait le Canon, eft afles folide pour faire plus de réfi» ftence à la poudre, que n’en font le boulet qu’on a fait couler dans l’ame de la pièce, 6c le bouchon dont on ne peut fe palier en la chargeant; qui ne voit que la vertu de. la poudre opère necelïairement fiir ces derniers, qui font les parties qui lui réfiftent le moins, qu’elle l’y fait jour, & laiflfe la glace en fon entier? Il en eft de la glace comme des autres corps folides, qui„ plus il fait froid, 6c plus.ils font.de réfillence. le
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- fois même af&iré, m’en étant convaincu par plufieurs expériences que j’ai faites avec des boules de glace, quelle a de l’élaflicité, au moïen de laquelle elle peut prêter jusqua un certain point, & revenir enfuite dans fon premier état..
- On ne peut encore nier que la poudre à Canon n’atire à foi 1’ humidité, & qu’ étant une fois mouillée elle ne cefïèd’être inflammable; Mais la glace quand il gèle fort n’a point d’humidité. J’ai vu moi même un petit tas de poudre qu’on, avoit mis au mois de Iuillet fur un morceau de glace tiré d’une glacière, prendre feu & i enflâmer étant expofé au foleil, au même inftant qu’on lui eut préfenté lé verre ardent..
- le ne m’arrêterai, pas davantage à répondre aux objections qui nous ont été faites. Il me fiifit que plu-fleurs milieu de perfbnnes ont été témoins oculaires durant un long tems de la vérité de tout ce que j’ai reporté jusqu’ici de cette maifbn de glace.. le paflè donc à une autre £onfidération.
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- Il efl. indubitable qu’il feroit infiniment avantagent drêtre en état de prévoir un hiver aufli rigoureux que Pont été ceux des années 1709 & *74.0; & de pouvoir prédire l’année qu’il doit arriver. Mais- quelque dificile, pour ne pas dire presque impoffible, que foir C $ une
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- urne fomblable prédidïion, il eft néanmoins confiant qu’on, peut * parvenir à des conjectures, qui pour le moins ont quelque vrai-femblance, en remarquant tous les hivers dont il eft fait mention dans l’hiftoire à caufe de leur exceflive rigueur, & en cherchant à découvrir fi peut-être ils ne (è font point fuivi les uns les autres après un certain nombre régulier d’années. Mais qui ne voit qu’on ne peut parvenir à la connoiffance de tous ces hivers extraordinaires, fans un grand loifir, une prodigieufe leCture & un jufte discernement dans le choix des auteurs? Cette confidération ne m’empêchera point de donner ici un petit efifai de ce que beaucoup d’au^ très que moi, & qui font bien plus en état que je ne le fuis , pourront faire à l’avenir liir cette matière.
- Il y a eu dans les années fuivantes, des hivers d’une rigueur extraordinaire.
- Avant la naiflànce de lefus Chrijî.
- Tan 177. Tous les arbres furent gelés, & il y eut de fi furieufes tempêtes, que des maifons entières en forent renverfées. Sethus Calvifius in Opéré chronologico, tiré de Tite Live.
- Après la naiflànce de lefus Chrijî. l’an 44.3. Il tomba une quantité prodigieufe de neige, qui refta près de fix mois for la terre, ce
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- qui fît mourir hommes & bêtes. Calvifius,, tiré de Sigonius,
- 6o$» Tous les arbres & tontes les vignes périrent par la gelée \ l’été fuivant les fouris détrui firent toutes les compagnes & il s’en fuivit une grande famine » Calvifius, tiré de Paulus Diaconusv 670. L’hiver fut long, & rigoureux, ce qui caufa la mort aux hommes & aux bêtes.. Calvifius,, tiré de Cedrenusv
- 717.. La terre fut couverte de neige en Afie durant 100 joursj ce qui donna la mort aux hommes & aux bêtes. Calvifius, tiré de Cedrenusv 764. Au mois de Février;, de grands morceaux de glace qui pouvolent porter 30 hommes, furent poufiés de la Mer Noire dans le Détroit de Confiantinople,. & endommagèrent les murailles de cette ville. L’hiver commença dès la fin de l’année précédente avec une telle force, que toute la Mer Noire fut couverte des glace de l’èpaifTeur de 30 pieds. Calvifius ex Miscell:
- Soi, Toute la Mer Noire fut encore gelée cet hiver là. Calvifius ex Annal:: FukL B 21. Toutes les rivières de T Europe furent couvertes de glace, l’espace de 30 jours, en forte qu’on les pouvoit paffer en chariot. Calvifius. ex Aimon;
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- 823. ïl y eut un hiver rigoureux pendant lequel hommes & bêtes gelèrent. Calvifius ex Aimon;
- 85p. La Mer Adriatique gela, enforte qu’on pou-voit aler à pied de la terre ferme à Veniie. Calvifius ex Annal: Fuld:
- pp2. L’hiver fut très-long & très-rigoureux, & l’on vit une Aurore Boréale le jour de Noël. Calvifius ex Spang;
- 1092. Il tomba au mois d’Avril une grande quantité de neige, qui fut fuivie d’un froid excef-fif. Calvifius ex Cofm;
- 1125. Beaucoup de neige étant tombée à la fin de Mai, il furvint un froid violent qui fit périr tous les arbres ôc toutes les plantes. Calvifius ex Cofm:
- 1334. Il y eut une neige prodigieufe à la fin d’ A-vril, dont tous les arbres furent gâtés, mais qui fut fuivie d’un tems fertile. Calvifius ex Hift: Polon:
- 1400. Le froid fut fi violent que toutes les Mers gelèrent. Calvifius ex Annal: Flandr:
- j6q8. L’hiver fut très-long 6ctrès-froid, presque tous les arbres furent gelés ; mais ce tems fut fuivi d’un Eté fertile. Hiftoire de France par Mezerai.
- X709. Il y eut cet hiver extraordinaire, dont beaucoup deperfonnesfefouviennent encore 6c dont le froid
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- exceflif s’étant fait fentir dans toute Ÿ Europe, caulà la perte de tant de miliers d’hommes & de bêtes, fans parler des arbres & des plantes.
- * Sa rigueur fut telle qu’ on vit geler les bains chauds
- d’Aix-la Chapelle (*) & la Mer Adriatique aux environs de Venifè (**) '
- 1740. Enfin ce fut le dernier rude hiver dont toute T Europe éprouva femblablement la rigueur, & qui, s’il ne furpaffa point le précèdent, l’égala certainement.
- Me fèroit-il permis de hasarder ici une conjedure , que je prétends néanmoins ne donner que comme aïant quelque vrai-femblance ? Il femble quafi que ces hivers , dont la rigueur te fait fèntir univêrfèile-ment, aïent quelque chofe de périodique, & reviennent au bout d’une trentaine d’années & un peu davantage. En effet, il s’eft écoulé 31 ans depuis l’hiver de 1709 jusqu’ à celui de 1740, & la certitude ne nous manque point à ce fnjet. Depuis 177, avant la naiffance de ïejus Chrifi, jusqu’ à l’an 443 après ià naiffance, il y a 620 ans, c’eft à dire juftement 20 fois 31. On pourroit ainfi conjedurer qu’entre ces deux grands hivers remarqués dans l’hiftoire, il y en aurait eu 19 de la même espèce, mais dont nous n’avons aucune connoifiànce. Depuis l’an 443, jusqu’ à D l’année
- Thomæ Sydenham Opéra Medica p, 790* C*0 ®>idî p« 79«»
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- l’année 60$, il s’eft écoulé 162 ans, ce qui fait presque 5 fois 32. Depuis 60$ jusqu* à 670 , il s’eft paffé 6$ ans, qui font près de 2 fois 32 années, & ainfi du refte. Si l’on juge cette conjedure digne de quelque confidération, il n’y a qu’ à ne point faire aten-tion aux années 717, 801, & 823, ce qui fè peut feus beaucoup lézer les hiftoriens de ces tems là, ôc alors il en réfultera la Table fmvante des grands hivers connus; du tems qui seft écoulé entre ces hivers, ôc de la convenance de ce tems là , avec le nombre de 30 & un peu plus.
- Avant la naifiânce de L C. 177. Depuis la naiiïànce de I. C. 443.
- 605. C70. 76*4. 821. $$9-
- 99*-
- 620» 20 fois 3r*
- I62. S fois 32*
- *$• 2 fois 32*
- 94* 3 fois 3X*
- 57- 2 fois 29*
- 38. X fois 38.
- *33* 4 fois 33*
- xoo. 3 fois 33*
- X092»
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- 1092.
- 33-
- 1125.
- 209,
- *334-
- 14-00,
- i<5o8.
- 66. 20 S.
- 101.
- 1*709
- 31.
- 1740*
- 1 fois 33. 6 fois 35.
- 2 fois 33. 6 fois 35.
- 3 fois 34. 1 fois 31.
- Ï1 paroit par cette Table que notre conje&ure n’eft point abfolument dénuée de fondement D’ailleurs les conféquences qui fe tirent de l’expérience ne font point à rejeter, puis que nous voïons toys les jours à divers égards quels font les avantages qui en réfultent. Par exemple , bien que nous ne fâchions point au jufte en quoi confifte l'influence de chaque caufe, qui contribue au flux & au reflux de la mer; de même que toutes ces caulès ne nous foïent peut-peut être point connues, on a cependant apris depuis un grand nombre d’années, à déterminer le tems auquel arrivent ces mouvemens de la Mer, avec autant de préciflon qu’il en faut pour 1 ufage quenous en tirons.
- Di
- II
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- Il ne me refte plus maintenant qu a examiner plus particuliérement la rigueur du froid de l’année 1740, eu égard à lès circonftances naturelles, à l’ex-pofer à mon leéleur, & à tacher, autant qu’il dépend de mes forces, de perpétuer la mémoire d’un événement fi extraordinaire dans la nature, qu’on fçait ne dépendre que d’une caulè fupérieure à toute chofe*
- La Phifique, par l’invention des Thermomètres* a découvert aflés nouvellement le moïen de transmettre à la poftérité, la connoiffance alfés exacte du degré de la froideur ou de la Chaleur: Ce feroit mal agir, que de négliger cet article en traitant comme: nous faifons de l’hiver de 1740. Puisque l’art s’eft donné 1 eflbr & n’a point épargné de peine, pour perpétuer la mémoire de ce froid exceflif, il eft jufle que la Science faflè la même chofe, & donne plus de foins à 1’ hiftoire de la température de l’air de cette année là, qn’elle n’en a donné à celle de 170 & de toutes les années précédentes qui lui reflèmbloient. Pour venir donc au froid qui s’eft lait féntir à St. Petersbourg, il fut exceflif les jours füivans, fça-voir, au Mois de Novembre 1739, V. St. depuis Le ro , jusqu’au 14, & depuis le 20 jusqu’ an 24. En Décembre , depuis le 5 jusqu’ au 13 & depuis le 25 jusqu* au 31.. Il continua de la forte fans aucune interruption, tout le mois de Ianvièr 1740, aufli bien que les 18 premiers jours, de les trois derniers du mois de Février; En Mars,
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- ce fat depuis le i jusqu’ au 3 & depuis le 8 jusqu* au 16. Entre tous ces jours là, celui auquel du commun accord de toutes les obfcrvations faites en cette Tille, il fit le plus froid,, fut le 25 Janvier 174.0 , le Thermomètre de l9 Oblèrva-toire Impérial, aïant marqué ce jour là, à 7 heures du matin, 30 degrés au delfous de o. fuivant la divifion de Mr. Fahrenheit. Un Thermomètre expofé dans un vefti-bille, dont les fenêtres fermées le défendoient contre le libre pacage de l’àir, marqua cependant durant tout le jour 3 degrés au défions de o. Le Ciel étoit alors fort ferein,. mais il y avoit un petit brouillard répandu dans l’air; il fai-foit un vent du Nord médiocre. Le Baromètre monta fu-bitement fort haut, lavoir à 29! pouces, dont 12 font un pied de Londres.
- Il fera bon de raporter dîverlès autres expériences, pour mieux faire comprendre quelle fut la force du froid de cet hiver. Le 4 & le 5 Février 173 9 ? un verre rempli d eau de vie commune de France, mais néanmoins très bonne, fut expofé toute la nuit à lair. Le landemain matin , le deflus fè trouva entièrement gelé & couvert d’une croûte de glace: Sous cette croûte 1 eau de vie n’etoit qu9é-paiflie, aïant la eonlïftance d’une cire mole. Le Thermomètre de Prins, fait à Amfîerdam faivant la manière de Fahrenheit, qu’on avoit expofé près de leau de vie, marquoit 13 degrés au deflous de o.
- Les liqueurs faivantes, après avoir été gardées quelques jours de fuite dans une même chambre, furent expo>-D 3 fées
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- fées au grand air, le S Février 1739, «5c commencèrent
- à fe geler fuivant le tems marqué, lavoir.
- ‘ Heure . Minutes
- L’eau falée en - 1 - 10.
- L’eau bouillie 0 - 19.
- L’eau crüe 0 - 19.
- la Bierre 1 - 25.
- le Vin rouge 1 - 45.
- Le Thermomètre expofé au même endroit, marquoit x. degré au defious de o. & au bout de 6 heures, l’eau fà-lée la Bierre & le Vin, furent entièrement gelés.
- Le 2 Décembre 1739, un verre d’eau, fur laquelle on avoit verfé de 1’ huile de noix à la hauteur de § de pouce, aïant été expofé au froid, leau commença à lè congeler 19 minutes après, & fut bien tôt réduite en pure glace, mais 1* huile ne foufrit aucun changement.
- Le 14. Mars 1740, on trouva ici que la neige, dont on nettoïa un jardin, pratiqué dans une cour fituée entre des maifons, avoit 2 pieds de Londres de hauteur : La furfice de la terre qui avoit la dureté d’un Marbre aïant été entamée & rompue avec beaucoup de peine, on trouva à | de pied de profondeur, la terre mole & dans l’état ou elle eft pendant l’été, la gelée n’ aïant pénétré qu’à la profondeur que nous avons marquée.
- Après avoir parlé jusqu’ici du froid, tel qu’il s’eft fait fentir en cette ville; je vai raporter les diverfès obfervations
- par-
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- “4^1 ( o ) 31
- parvenües à ma connoiffance, qui ont été faites far ce fujet en divers endroits d’ Allemagne
- Mr. le D >&eur Muller a trouvé que le plus grand froid qui s’elt fait fentir à Leipfic, le 24, 25 & 26 Février 1740. N. St. &-la divifion defon Thermomètre, étant réduite à celle de Fahrenheit, cet infiniment mar-quoit 20 degrés au deffous de o.
- On fentit à Francfort fur le Mein le plus grand froid, le iq Ianvier 1740 N. St. L’obfèrvation aïant été faite avec un Thermomètre de Florence, on trouve enTe ré-duifant à la divifion de celui de Fahrenheit, qu il marquoît alors 4 6 degrés au defibus de o. ce qui paroit incroïable eu égard au climat de cette ville, & doit être infailliblement atribué audefàutdejuflefFe remarqué depuis très-très longtems dans cette forte dTnflrument. Cependant ce qu’il y a de con-fidérable dans cette obfèrvation, c efl que le froid du grand hiver de 1709, aïant été obfervé avec ce même infiniment , placé directement dans le même endroit, il a par-ru par la confrontation des deux hivers, que celui de 1709 a été de 2 degrés plus froid dans cette ville là, que celui de 1740.
- Mr. Celfius FrofefTeur, a trouvé que le 5 Février 1740. V. St. il fit le plus grand froidàUpfal, le Thermomètre marquant 18 degrés au deffous de o.
- A Basle, fuivant les obfervations de Mr. Daniel Bernoulli., Profèflèur , le plus grand froid arriva le 2$ Février 1740. N, St: Le Thermomètre étoit defcen-du de 4 degrés au deffous de o»
- Mr.
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- Mr. le Do&eur Libérais a obfervé à Weimar qu’on y fèntit le plus grand froid femblablement le 25 Février 1740. N. St. le Thermomètre étant an. degrés au def-fous de o. & par les compitraifons qu’il a faites, il a trouvé que le froid de l’année 1740, a de beaucoup fur-pafle celui de l’année 1709.
- le finirai par faire une Table de toutes les obfera-tions que j’ai reportées; auxquelles je joindrai celles que j’ai tirées des nouvelles publiques, & y mettrai les noms de leurs auteurs. Il eft bon d’avertir que les dates font mi-fès fuivant le vieux fille, ôc que les degrés qui font réduits à la divifion de Fahrenheit , doivent tous être entendus au deflbus de o.
- Le plus grand froid. Degrés.
- Danzic ,1739. Décembre - 30-10. Hanow.
- Francfort fur leMein - 30 - 46".
- Hambourg - - - 30-8.
- la Haie Harlem
- Wittemberg - - 31-10. Weidler.
- Petersbourg 1740. Ianvier - 25-30. De L’Isle.
- 27 - 9. Grischow.
- Berlin
- Upfal, Février - - 5-18. Celfius.
- Basle
- Leipfic
- Weimar
- Londres.
- (ans date - 8.
- 14 - 4. Bernoulli. 14 - 20. Müller. 14 - 11. Libertus.
- Fin,
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