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Mémoire sur la découverte d'un ciment impénétrable a l'eau ; et sur l'application de ce même ciment a une terrasse de la maison de l'auteur
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- lit fai
- MÉMOIRE
- SUR LA DÉCOUVERTE
- D’UN CIMENT
- IMPÉNÉTRABLE A L’EAU;
- ET SUR L’APPLICATION DE CE MÊME CIMENT
- A UNE TERRASSE DE LA MAISON DE L’AUTEUR.
- Par M. d’Et i en n e , Chevalier de tOrdre Royal & Militaire de S. Louis, SCc. SCc.
- Frix, TROaS LIVRES.
- De l’Imprimerie de Ph.-D. PIERRES, Imprimeur Ordinaire du Roir
- Et fe vend chez l’ Auteur, rue de Mefnil-montant, près le Boulevard du Temple.
- M. D C C. L X X X I If t ^
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- Oi
- &
- A MO N S I EU R
- CASSINI DE THURY,
- Direéteur de l’Obfervatoire Royal, de l’Académie Royale des Sciences de Paris, & de toutes celles de l’Europe, &c. &c.
- ONS IE UR, *
- Après avoir fait hommage de ma Découverte à Sa Maj est é, je m’tmprejfè de la communiquer au Public, appuyée de l’autorité ôC de texpérience dun Savant, dont le nom ÔC la réputadon font ? éloge de tout ce qui paroît fous fes aujpices. Le goût
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- des Sciences SC de (Aflronomie ejl Ji général, qu’on ne Jauroit trop multiplier les Observatoires; SC je regarderai toujours comme un des plus grands avantages de ma Découverte, d’avoir contribué à remplir vos- vues, pour le progrès dune Science que vous cultive^ avec tant de célébrité, SC dont vos Ancêtres ont été les Rejlaurateurs en France.
- Je fuis avec le plus jincere attachement, Mon s ie.t/ r,
- Votre très-humble 6c très-obéifîant ferviteur, d’Etienne.
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- M EM O I RE
- SUR LA DÉCOUVERTE D’UN CIMENT IMPÉNÉTRABLE A L’EAU.
- ... I '
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- Les qualités que Ce Ciment réunit en lui, font la dureté, la folidité, & une très-grande économie for tout autre procédé qu’on voudroit employer à la place. Ces avantages réels & conftatés feront facilement démontrés par le détail ci-après. Il ëft plus dur que le fer, & l’on peut facilement s’en convaincre par Fexpérience foivânte. En frottant
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- n ‘ ‘ Découverte d'un Ciment
- defliis une lame de fer ou d’acier, il noircit aufli-tôt en fe chargeant des parties détachées du métal, ainfi qu’un grès fur lequel on afûte un outil. On n’en fera point étonné, dès qu’on fcaura qu’il eft compofé en plus grande partie des matières les plus dures, & fur lefquelles les métaux ne peuvent mordre qu’avec beaucoup d’art. Cette grande dureté eft déjà une forte préfomption en faveur de fa folidité ; fes parties très-dures, très-déliées, & fortement unies, ne donnant point de prife aux corps qui poudroient tendre à fa deftruûion. Si l’on démontre auffi qu’il eft impénétrable à l’eau, on ne craindra plus pour lui l’intempérie des faifons; L’humidité feule qui pénétre les corps, occafionrie leur dillblution pendant la gelée y en dilatant les particules d’eau renfermées dans leurs pores. Si ce Ciment ne prend point l’eau, quel que foit le temse qu’elle féjourrie fur fa furface, il n’aura donc rien à craindre des plus fortes gelées; les brouillards, les tems humides, les groffes pluies, la, grçle & la neige ne luiferont, par la même raifon , pas plus défavorables. Si les variations auxquelles la température de notre climat eft fujette, n’ont
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- pu l’altérer en aucune maniéré. Comme les moyens de deftruétion feront conftamment les mêmes , quelque nombre de fois qu’ils foient multipliés , on peut en conclure qu’il y réfiftera toujours aufli, puifque fa compofition & fes principes le rendent également indiflbluble à l’air, à l’eau & aux plus fortes chaleurs de l’été ; c’efi ce que l’expérience démontre parfaitement. La Ter rafle de M. d’Etienne-, dont on joint ici le plan & la Coupe (i), prife fur la ligne ABy traverfant, comme on voit le baflin Cy a été pendant deux hivers (2) alternativement couverte de neige & de givre, continuellement lavée par les pluies : elle a éprouvé les plus fortes gelées ; rien ne la garantit des vents les plus impétueux, & des plus fortes chaleurs du foleil. Le
- ( j^L’empreflement de M. d’Etienne a Satisfaire la curiofité du Public, nedui ay^nt pas permis d’attendre que cette gravure foit terminée, avant de publier fon Mémoire, il prévient les Amateurs quelle paraîtra dans cinq, ou jfix femaines : elle fera gravée très-foigneufement en coloris & au lavis/' & fe vendra féparément, comme objet d’agrément qui peut fe détacher-du Mémoire. •
- (i), On obfetjyera encore que M. d’Etienne n a entrepris l’effai de fa Terrâffe, qu après jâ réuflite complette d un réfervoir , fervant pour des bains & lieux d tan^laifei éprouvé pendant deux années, avant d’edàyer fon Ciçaent fur fa nouvelle' Terrafife. . •
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- 4 * ‘ Découverte d’un Ciment
- Ciment qui la couvre n’a été endommagé en ,aucune maniéré par toutes ces épreuves. C’eft ce dont on a pu fe convaincre par l’examen que le Public a fait de fa fiirface & du deflous des plan* xhers qui la compofent: aucune trace d’humidité, aucune décompofition fur l’enduit extérieur. Une plus forte cornichon va fuivre ; elle doit difliper tous les doutes.
- Les pentes de cette Terrafle font toutes dirigées vers le centre où eft un baflîn C, qui reçoit toutes les eaux de la pluie, & qu’une pompe y adaptée remplit, lorfque ces eaux font infuffifantes. Ce baflîn n’eft compofé que d’un bâti de charpente latte, & recouvert au fond, de carreaux aplat, maçonnés avec du plâtre. Les côtés qui font de dix-huit à vingt pouces de profondeur, font recouverts avec des briques fur champ , maçonnées de même : le tout eft enduit d’une légère couche de Ciment. Ce baflîn eft continuellement rempli ; & quoiqu’il ait été gelé prefque jufqu’au fond, l’eau n’a pu le faire le moindre jour à travers la couche d’une demi-ligne de Ciment qui enduit ces parois, 'fout le monde a pu vifîter les deflous de la char*
- pente,
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- t M P Ê N ê T R À B L E A l’e AÏÏ, £
- pente, & de Faire de plâtre qui tient aux carreaux du fond, & reconnoître, non fans étonnement , qu’il n’y a pas la plus légère trace d’humidité. Le Ciment intérieur que l’eau baigne continuellement , eft fi peu fufceptible d’en être attaqué, que fi l’on vuide le baflin pour le laver, au bout d’une heure il eft parfaitement fec, comme le fer oit un vafe de grès ou de faïance que l’on laifleroit égouter. D’après cette expérience, il n’eft guères poflible dé douter de fon impénétrabilité à l’eau , & par conféquent de fon triomphe fur la gelée 6c für toutes les températures. La chaleur ne peut rien fur lui 5 & les matières qui le compofènt une fois mêlées, ne redoutent point fes effets. Sa compo-fitioii eft on ne peut pas plus fimple ; elle diffère même affez peu des autres Ciments connus. Son application n’eft point embarraffante, & la réparation , en cas de fraéture, eft très-prompte & très-facile.
- Ce qui rend ce Ciment fi peu coûteux, en corn-paraifon des autres propofés jufqu’à préfent, c’eft fon peu d’épaiflèur, qui, réduite s’il eft poflible à une demi-ligne, n’affure que mieux fa réuflite, &
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- 6 Découverte d’un Cim;ent empêche fon altération. La raifbn qu’on en peut donner, efl: celle-ci. Plus une couche de Ciment ordinaire efl épaiffe, plus le volume d’eau employé pour la former efl: confidérable. Toute cette eau doit s’évaporer pour que le Ciment acquière la dureté néceffaire. Les autres matières en fe reffer-rant pour remplir les vuides occafionnés par l'évaporation de l’eau, forment les gerçures & les crevaffes auxquels ils font fujets. Celui-ci, au contraire, contenant une très-petite quantité d’eau, relativement à fa compofition & à fon peu d’épaiffeur, ne doit point éprouver de changement fenfible par la déification; ce qui arrive en effet, puifqu’étant bien fait & appliqué avec foin, il n’eft point fujet aux gerçures & au délit. La perfedion de ce Ciment confille donc; i° dans la bonté des matières employées pour fa compofition ; 2° dans leur excellente préparation; 30 dans la jufte proportion où elles font les unes avec les autres ; & 4,0 enfin dans l’adrefle & l’exaditude des ouvriers qui en font l’application, laquelle doit être encore fécondée par l’intelligence & les foins de l’Artifte chargé de leur diredion.
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- IMPÉNÉTRABLE A l’eAU.
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- Détail de la composition du Ciment-& procédés pour fin exécution.
- Il n’entre dans la compofition de ce Ciment, rien autre chofe que de la chaux, du caillou & de l’eau.
- La chaux y eft employée de deux maniérés très-différentes, & en parties égales• l’une ancien* nement éteinte, l’autre vive & en poudre.
- Il faut avoir loin de choifir la meilleure poflible. Gn fait qu’elle doit être faite avec des pierres dures, pleines, & d’un grain fin. Elle doit être récemment cuite : elle eft infiniment meilleure fi on l’éteint en fortant du four.
- Quoique la méthode dont on fe fert communément ici pour éteindre la chaux ne foit pas la meilleure, ceux qui trouveront plus commode de s’en fervir, pourront le faire fans aucun inconvénient, puifque le Ciment de la Terraffe de l’Auteur eft compofé avec de la chaux éteinte, fuivant
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- l’ufage ordinaire dans nos bâtimens. Ceux qui défireroient porter leurs opérations fur cet objet à la plus grande perfeéîion, pourront l’éteindre par le procédé fuivant (i).
- Il faut faire un entoifé de la chaux fortant du four, la couvrir d’une couche de fable affez épaifie pour empêcher la fumée de s’exhaler, & jetter fur le fable de l’eau en allez grande quantité, pour que la chaux fe fufe deffous fans fe brûler, ayant foin de reboucher à riiefure les crevaflès qui pour-roient fe faire au fable & laiflèr échapper la fumée. Comme il eft effèntiel ici que le fable dont on cou-vriroit la chaux pour l’éteindre, ne fe mêle point avec elle, il faudroit interpofer entre la chaux & le fable , fur toutes les furfaces de l’entoifé, des claies d’ofier très-ferrées, ou des nattes de paille ou de jonc. On ne déçouvriroit alors cette chau£ qu’à méfiire, & la quantité feulement qu’on voudroit en employer ; mais il faudroit au moins qu’elle eût quinze jours de fufion ; le refte fe
- (i) Il eft indiqué au premier livre de l’Archite&ure de Philibert de Lorme. On le rapporte ici pour la çpmmpdité de ceux qui nont point ç§ livre (bus fc main.
- conferveroit
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- conferveroit fous le fable auffi long-tems qu’on voudrait, & fans aucun deflechement. La plus anciennement éteinte fera la meilleure.
- La chaux vive doit être pulvérifée & employée, s’il eft poffible, aufïi-tôt après fa cuiffon. Si l’on vouloit en conferver pendant un certain efpace de tems, en pierre ou en poudre, il fâudroit avoir foin de l’enfermer dans des tonneaux bouchés bien hermétiquement , afin que fes efprits & les particules ignées qu’elle contient, ne puilfent point s’évaporer.
- Le caillou ou gravier doit être très-dur, & fans aucun mélange de parties terreufes , d’argile , ou de craie. Il fera bon de le faire prendre au bord des rivières , parce qu’il eft ordinairement purgé de toutes ces matières , & l’on peut encore le laver une fois pour plus de sûrêté. Celui qu’on trouve dans les terrés, comme piêrrë-à-fufil, pierre de roche ou meuliere, feroit également bon, étant bien choifi, en s’aflurant de fa dureté, & lé dépouillant dé fes parties terreufes. La pierre tendre ou le grès ne vaudrait-rien; l’eau pénétré trop facilement la première, & le fécond
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- io Découverte d’un Ciment ne fe lie pas allez bien avec la chaux. On pourroit encore fe fervir, avec beaucoup de luccès , de la brique ou du tuileau de Bourgogne. Mais il faudroit être bien allure de fa qualité, & veiller très - exactement à ce qu’on n’y en mêlât point d’autre.
- Il faut que ce caillou de riviere, pierre très-dure, ou tuileau, luivant le choix qu’on en fera, foit pilé & réduit en poudre très-fine, fans être impalpable.
- On aura foin qu’il foit divifé bien également, en le faifant palfer par un tamis fin, & on l’enfermera dans des facs pareils à ceux du plâtre ; ils contiennent un pied & demi cube, & chacun deux pourra fournir, étant bien employé, fept à huit toiles de fuperficie.
- L’eau de riviere eft préférable à celle de puits ; elle divile mieux la chaux, & lie davantage les matières qu’on veut mêler avec elle. Lorfqu’on pourra s’en procurer avec autant de facilité, on devra plutôt s’en fervir. On obfervera cependant que le Ciment de la Terrafle, compofé avec de l’eau *de puits, a parfaitement réulfi; & fi l’on en
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- fait diftinûion, c’eft pour fatisfaire au goût de ceux qui font jaloux d’opérer avec méthode, & précifion.
- Voici là proportion dans laquelle les trois matières détaillées ci-defliis doivent être employées pour faire de bon Ciment. Ce font au moins celles qui ont toujours conftamment réufïï, & dont le rapport eft le plus fimple.
- On aura une mefure quelconque ; par exemple, un vafe qui contiendra environ trois ou quatre pouces cubes (une mefure beaucoup plus grande fer oit une trop grande quantité de Ciment, & il deviendroit trop dur dans l’auge pour qu’on pût l’employer en entier), on mêlera une mefure de chaux éteinte avec une mefure & un tiers d’eau, & on la broiera avec la truelle jufqu’à ce que la chaux foit parfaitement divifée, & forme un lait fans aucun peloton : cette çhaüx bien délacée , on y jettera cinq mefures & un tiers de caillou pillé, ou tuileau, ou même un mélange de ces deux matières, comme trois parties ,de caillou, & deux un tiers de tuileau ; on mêlera encore parfaitement ces matières avec la chaux délayée.
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- 12 Découverte d’un Ciment On y ajoutera enfin une mefiire de chaux vive & bien pùlvèrife'e, & l’on appliquera auiïi-tôt le Ciment, après l’avoir bien remue avec la truelle.
- Préparation
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- Préparation du Plancher pour recevoir le Ciment.
- Le Plancher deftiné à former la Terraiïè, doit être d’une force proportionnée à la charge qu’il aura à foutenir, bien affemblé & étrefillonné de iix pieds en fix pieds, avec des tafleaux dans les entrevoux, afin de lier toutes les folives énfemble. On lattera enfuite avec de fortes lattes clouées, jointives lur les folives, ou du bardeau. On établira & dirigera lès pentes fiiivant le local & l’égout des eaux avec un aire de plâtre, à raifon de neuf à dix lignes de pente par toife au plus, & l’on fera carreler fur ces pentes avec de très-bon plâtre pur & fans pouffiere & du carreau ordinaire (i).
- (i) Ou mieux encore du carreau en forme de brique, Ôc fabriqué exprès, pour être plus dur & former une meilleure liaifon. On trouvera de ces carreaux-briques & tous les matériaux néceflfaires à la fabrication du Ciment; préparés avec le plus grand foin, au feul Dépôt approuvé par l’Auteur, rue Copeau, au coin de celle neuve Saint Etienne, près le Jardin du Roi; chez M. Lavandier , audit Dépôt , qui indiquera aufli des Ouvriers au fait de remploi de.ce nouveau Ciment,
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- 14 Decouverte d’un Ciment Si l’on mêle un peu de fuie de cheminée dans le plâtre, il deviendra infiniment plus dur, & le carrelage en fera meilleur. On choifira aufli du carreau dépoli ; on fera même bien de le retourner, afin d’avoir en dehors la furface la plus poreufe. Il faut que le dèfliis du carreau foit parfaitement bien drelfe*. En cas debalevresoupetites éminences, il faudroit l’unir avec un grès bien dur, mais àfec. On fera très-bien après le carrelage, d’attendre .qu’il foit parfaitement fec, & qu’il ait éprouvé, ainfi que le plancher, tous les petits taffemens dont il fera fufceptible.
- C’efl: fur ce plancher ainfi carrelé, dreffé & féché, qu’on appliquera le Ciment par augées faites à mefure, & dans la proportion ci-deffiis indiquée, après avoir humeflé le carreau avec un peu d’eau mife au. pinceau ou avec une éponge. On fe fèr-vira pour ce, d’une petite truelle d’acier, pointue & fléxible, afin de fentir l’épailfeur qu’on donne à la couche de Ciment, qui n’aura, s’il eft poflible, qu’une demi - ligne,; & fera bien égale ; mais elle ne doit jamais excéder une ligne : c’efl: fur cette épaiffeur la plus forte, qu’on a compté, lorfqu’on
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- a dit plus haut qu’un fac de caillou pilé fourniroit environ fept ou huit toifes de Ciment. Si l’adrefle des ouvriers peut ne donner par-tout qu’une demi-ligne d’épaiffeur, avec la même quantité on couvrira une fùperficie double, & par confé-quent de quinze à feize toifes, ce qui deviendroit très-peu difpendieux. Il faut garantir ce Ciment, pendant fon application, & même jufqu’à ce qu’il foit entièrement fec, des rayons du foleil & du haie des vents, ainfi que de la pluie ; ce qu’on peut pratiquer facilement pendant les travaux , avec un paravent ou des nattes. Comme il eft très-mince, il lui faut très-peu de tems pour durcir & évaporer l’eau. Lorfque toute la Terraflè fera finie, on y appliquera une couche d’Shuile gratte bien purifiée, afin qu’elle féche promptement; ce qui ne duré guères plus de trois à quatre heures par un beau tems. On pourra renouveller cette opération tous les ans au printems, après avoir fait au Ciment les petites réparations que le tafle-ment du Plancher, ou quelqu’autre caufe indépendante de fa nature pourroient exiger. On voit par la maniéré de l’appliquer, que les crevaflès ou
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- 16 Découverte d’un Ciment fraCtures qu’ilpourroitéprouver, feroient réparées dans l’efpace de deux heures, avec la plus grande facilité. On obviera à ces inconvéniens, en ayant foin de bien conftruire d’abord fon plancher. On pourroit peut-être même employer avec liiccès, ces planchers en fers /annoncés dans les Journaux, & préfentés à l’Académie Royale d’Architecture. Le but de celui qui les a imaginé, eft très-louable. Il mérite affurément qu’on en faffe l’eflaij & toutes les conjedures doivent être en faveur de cette utile invention.
- Voilà l’énoncé de tous les procédés dont il faut le lervir pour compolèr & employer le Ciment que M. d’Etienne expofe au Public, après avoir fait au Roi l’hommage de cette découverte. Cet honneur eft fans doute la récompenfe la plus flatteufe de fon travail j & il s’applaudira chaque jour d’avoir pourliiivi, avec opiniâtreté^des recherches pénibles , mais couronnées par un liiccès auffi éclatant. Son but, en publiant cette invention > n eft point de déprifer aucunement les productions le talent des Artiftes qui l’ont précédé dans 1$ nvhne çarrière, Il s’emprefle au contraire de
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- leur rendre là juftice qui leur eft due. Leurs Mémoires & leurs Eflais lui ont beaucoup fervî pour compofer fon Ciment, dont la théorie autant que l’expérience confirment la folidité. Telle eft la marche des Arts & des Sciences: elle fe fait à pas lents, & chacun fiiivant le fentier qu’un prédéceflèur ardent lui a tracé, a quelquefois le bonheur de le devancer. S’il s’en applaudit, il doit encore, pour le progrès des Arts, fouhaiter qu’un autre l’atteigne & le devance aufli dans la même carrière. Tel eft le vœu de l’Auteur ; il efpere qu’il fera rempli. Déjà même il éprouve la fatisfaâion de voir que plufieurs Artiftes £è font appliqués à fuivre Ion procédé & à l’ana-lyfer. Leurs utiles obfervations ont étendu le Mémoire qu’il préfente , & leurs expériences vont achever de donner à ce procédé, le degré de perfection dont il eft fufcéptible. ' /
- Chaque Propriétaire pourra donc jouir bientôt fur fa Maifon, de l’agrément d’un Jardin pareil à celui de M. d’Etienne. Le goût des Artiftes en variera les formes & les diftributions à l’infini. Ces Terrafles favoriferont les obfervations "des
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- tS Découverte d’un Ciment
- Aftronomes. Chaque Maifon offrira un afpeû different, ou une vue de plus ou moins d’étendue : elle préfentera elle-même^ à volonté, des objets curieux &: intéreffans. On fera entrer dans leur décoration, des bafïins, des bofquets, des treil-lag es. La Sculpture & la Peinture pourront s’y difputer le prix , & s’uniront avec le Jardinage pour flatter agréablement la vue. Quelles ref fources pour les Fêtes & les Réjouifïànces publiques ! Les illuminations qu’elles occafionnent peuvent devenir magiques, étant bien dirigées : leurs bifarreries même , & leur irrégularité, peuvent aufli fe trouver très-piqüantes.
- Qu’on fe repréfente maintenant le coup-d’œil féduifant qu’offrir oit une chaîne de maifons, dont chaque Terrafîè fer oit variée de forme, & enrichie de verdure. Quel féduifant effet! que d’avantages multipliés en réfiilteroient encore, indépendamment de la vue pittorefque ! Un air plus pur circule-roit dans les villes. Chaque Propriétaire acquerroit le terrein d’un jardin égal à la fùperficie de fes bâtimens. II épargneroit, en conftruifant, la depéhfe d’un toît, objet trille & difpendieux,
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- non-feulement pour l’établiffèment, mais encore pour l’entretien. Il feroit infiniment moins expofé aux incendies, ayant la facilité de fecourir lui-même fa maifon par fa Ter rafle, & pouvant aufli pratiquer un ou plufieurs réfervoirs. L’épargne du bois de charpente, dont le prix augmente tous les jours, efl: un avantage très-confidérable, en ce qu’on peut faire fervir tous ces bois à d’autres ufages. La confommation du plomb que nous tirons de l’Étranger, feroit beaucoup diminuée. Nous jouirions en France d’un agrément qu’on avoit cru jufqu’à préfent réfervé pour l’heureufe Italie. Enfin cet ufage des Anciens ^ renouvelle de nos jours, honoreroit fans doute ce liecle, ou les Vertus fur le Trône, cherchent la vérité, protègent les Arts, & laiflent au génie le libre pouvoir d’étonner l’Univers.
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- SUPPLÉMENT
- Au Mémoire fur la découverte d’un Ciment impénétrable à l’eau 9 par M. d’Étienn e , Chevalier de l’Ordre Royal SC Militaire de S. Louis, êCc, êCc,
- Ï-iES différentes obfervations du Public, & particuliérement celles des Artifles qui fe font tranfportés chez moi pour y faire l’examen du Ciment que j’ai donné au Public ; les objeûions même que la plupart m’ont fait fur fa durée, fur la néceflité des fréquentes réparations, & fur la promptitude arec laquelle on devroit les faire pour empêcher les filtrations, m’ont fait imaginer un moyen de remédier à ces prétendus inconyéniens, & difliper les craintes que les propriétaires pourroient avoir fur la def-tru&ion de leurs planchers.
- Les inquiétudes que plufieurs perfonnes ont témoignées fur le travail des bois font très-peu fondées. Un plancher bien fait, comme je l’ai indiqué dans mon Mémoire, ne travaille point, ou du moins fon mouvement ne fera jamais affez confidérable pour disjoindre l’aire de plâtre , le carreau & la couche de Ciment, fur-tout fi l’on fe fert du carreau en forme de brique indiqué dans le Mémoire, qui a une beaucoup plus grande liaifon que le carreau hexagone ordinaire.
- Des murs bien faits ne taffent qu’une ou deux fois, & dans les premiers tems de leur conftru&ion. Ce tajTement fait, les planchers n’éprouvent plus aucune altération, fi ce n’eft dans un bâtiment très-vieux & qui demande de fortes réparations. Mais je ne me fuis pas engagé en publiant mon Ciment à rendre toutes les parties d’un bâtiment éternelles, & c’efl ce que plufieurs perfonnes femblent exiger. Si les bois travailloient autant qu’elles prétendent,les plafonds en plâtre, les planchers carrelés ordinaires ne dureroient pas deux ans, puifque le travail des bois leur eft tout aufli nuifible qu’au Ciment que j’ai appliqué fur le plancher de ma terraffe. L’expérience nous prouve cependant que des plafonds & un carrelage bien faits fubfiftent très-ordinairement plus dé vingt années fans avoir be-jbin d’aucune réparation. Il en fera donc de même des terraffes couvertes
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- par mon Ciment. Elles dureront auffi long-tems que les murs qui les fup-portent, & leurs réparations ne feront pas plus fréquentes que celles des plafonds & du carrelage de tous les appartenons. Un toit qui coûte dix fois plus d’établifiement au moins, n’eft-il donc pas fujet auffi à des réparations annuelles ? Si l’on négligeoit de remettre les ardoifes ou 1 es tuiles qui fe détachent dans le courant d’une année, de reboucher les fentes du plomb même, l’eau ne parviendroit-elle pas très-promptement dans les appartemens, & ne cauferoit-elle pas aux maifons une dégradation fenfi-ble ? Pourquoi donc veut-on fe difpenfer de l’entretien néceflaire aux ter-raffes, puifqu’il coûtera auffi en même raifon dix fois moins que celui d’un comble ordinaire, & quelles procurent d’ailleurs une infinité d’avantages & d’agrémens inconteflables.
- Il faut cependant lever cette difficulté, s’il efl poffible, & donner une sûreté à ceux qui peu foigneux de réparer abandonneroient pour long-tems leurs bâtimens couverts en terrafle, & voudroient n’avoir encore aucunes filtrations à craindre.
- Le moyen que je propofe ne double sûrement pas la dépenfe, il augmente très-peu la charge & préfente une sûreté inconteflable pour la confervation des planchers. Le voici.
- Sur l’aire de plâtre pur appliqué immédiatement fur la latte ou le bardeau , & dont les pentes feront réglées bien uniment fuivant l’égoût des eaux, on appliquera une couche de Ciment toujours d’une demi-ligne d’é-paifleur au plus. Lorfqu’elle féra feche, on pofera deffus le carreau toujours maçonné, avec du plâtre pur & mêlé de fuie, & fur ce carreau on appliquera une fécondé couche du même Ciment & de la même épaiffeur(i), que j’appelle alors Ciment confervateur.
- On voit par cette difpofition que la première couche du Ciment impénétrable ne fera point expofée à la pluie, à l’humidité, à la neige, à la gelée, au vent, à l’ardeur du foleil, au foulement des pieds, enfin à tous les accidens qui altèrent à la longue les métaux les plus durs & les plus compares, & qui détruiroient le diamant même.
- (i) Il s’eft glifTé une petite erreur dans le Mémoirè , relativement aux cub es de matières que contient un fac de plâtre ordinaire. Ils ne renferment que deux tiers de pied cube ou 115a pouces cubes, au lieu d’un pied & demi. Le pied cube couvre quatre toifès de fuperficie à une ligne d’épaiffeur, & huit à une demi-ligne t qui eft celle qu’on doit donner de préférence au ciment.
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- Admettons alors que la couche extérieure de Ciment ne dure que cinq années, on ne peut me refufer cette fuppofition, puifque j’en ai l’expérience fur ma terraffe, que je n’ai entrepris, il y a près de trois ans, qu’a-près la réuffite d’un réfervoir, pendant deux années. Admettons, dis-je, qu’au bout de ces cinq ans la couche de Ciment extérieur foit ufée ou rompue en plufieurs endroits , & laiffe enfin paffer l’eau ; elle aura enfuite à s’ouvrir un paffage au travers du carreau-brique ( lequel eft prefque lui-même impénétrable par fa qualité, & acquiert encore une très-grande den-fité étant maçonné avec le plâtre mêlé de fuie), avant de rencontrer la couche intérieure du Ciment impénétrable qui a acquis une dureté très-grande, pendant l’efpace de cinq ans au moins, & qui forme une digue inébranlable aux efforts de l’eau. N’efl-il pas fenfible que cette couche doit pré-ferver les bois de toutes filtrations, même pour ceux qui négligeroient pendant très-long-tems de réparer la couche de Ciment extérieur? Que fera-ce pour ceux qui auront foin de l’entretenir ! On peut affiner alors qu’une terraffe conftruite de cette maniéré feroit indeftru&ible. Cette précaution augmente trop peu la dépenfe pour négliger d’en faire ufage au moins dans les monumens publics, ou dans les bâtimens particuliers très-confidérables (i) ; mais elle efl, pour ainfi dire, indifpenfable pour les bafîins & les pièces d’eau auxquelles on voudra procurer une folidité à toute épreuve, parce que les réparations qu’on voudroit y faire font beaucoup plus difpendieufes & plus difficiles que fur les terraffes.
- Quant aux fra&ures occafionnées par la vétufté ou la mauvaife conf*, truttion des bâtimens, on me permettra fans doute de n’en pas répondre, non plus que des inconvéniens qui pourroient réfulter de la mal-adreffe ou du peu de précaution de ceux qui employeroient mon Ciment fans fuc-cès. J’ai déjà prévenu le Public qu’il demandoit à être compofé avec pré-cifion, fabriqué avec de bonnes matières, & appliqué avec beaucoup d’attention par un tems convenable.
- J’ai encore penfé que les cheminées qu’on a beaucoup multipliées dans: les grandes maifons, paroîtroient à plufieurs un obftacle infurmontable à,
- (x) La faifon étant trop avancée pour commencer cette année de grands ouvrages dans ce genre, on prévient les perfonnes qui defireroient y faire travailler au printems prochain, d’envoyer leurs noms & la quantité de toifes qu’ils auront à faire au Dépôt indiqué dans le Mémoire, afin qu’elles n’attendent point après les matériaux qui leur feront délivrés par ordre, fuivant la date de leur commande.
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- la décoration ou à l’ufage des terraffes. Cet article occalionnera, il eft vrai, dans la compofition d’un plan à bâtir, un peu d’étude à l’Architeûe pour diftribuer fes cheminées, les dévoyer & les faire fortir fur la ter-raffe fans nuire à fa décoration. Je me garderai bien de vouloir inftruire fur cette partie les Maîtres de l’Art. C’eft à leur fagacité, à leur intelligence à lever ces petits obftacles, ou à tirer parti de la difpolition bifarre des cheminées d’une maifon déjà bâtie. Mais il me femble qu’on pourroit en élevant un peu les tuyaux pour éloigner la fumée de la terrafle, leur donner, quand ils font ifolés, des formes variées & moins défagréables. N’en pourroit-on pas former des colonnes, des obélifques, en groupper d’autres, & les couronner par des vafes, des autels, d’où la fumée en s’échappant formeroit un enfemble vivant & pittorefque.
- On garnirait les autres de treillage, on y adofferoit des cabinets, des berceaux; on pourroit même s’en fervir utilement pour pratiquer des ferres chaudes, &c. &c. Les gens de goût trouveront fans doute des reffources dans leur imagination. Ceux qui en manqueraient doivent les chercher dans celle des autres.
- Je m’occupe aufli des moyens de rendre ce Ciment adhérent au bois, comme il eft fur le plâtre, la terre cuite & la pierre. On peut y parvenir en réduifant fon épaifleur fur les bois à celle d’une carte à jouer. Il auroit alors l’avantage de les préferver de l’humidité, de la piquûre des vers extérieurs, & même du feu à certain point. On pourroit aufli en faire de légers enduits fur le plâtre dans l’intérieur des appartenons ; il les rendroit plus durables & détruiroit entièrement les vermines dont le plâtre facilite la génération ; il arrêteroit dans les rez-de-chauflees humides les fuintemens dont les murs font toujours pénétrés. Dans les falles à manger & les falles de bains qu’on lave fréquemment, il feroit poflible d’en enduire le carreau, & même toute la fuperficie des murs, en le coloriant agréablement & formant avec différentes nuances des compartimens & des mofaïques variées. Je m’engage à faire part au Public des découvertes fucceflives que je pourrai faire fur ces objets, & des obfervations «pie. les Savans & les Artiftes voudront bien me communiquer,
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