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Traité d'économie-pratique ou moyens de diriger par économie différentes constructions, réparations ou entretiens
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- TR A I T É
- D’ÉCONOMIE-PRATIQ UE,
- OU
- MOYENS DE DIRIGER PAR ÉCONOMIE DIFFÉRENTES CONSTRUCTIONS, RÉPARATIONS OU ENTRETIENS;
- SUIVI
- DE QUELQUES PRINCIPES CONCERNANT LA MEILLEURE CONSTRUCTION DES MACHINES HYDRAULIQUES.
- Par J ITM EL RI QU I ER , Infpecleur des Communes de Picardie , Auteur de la Machine Hydraulique 6 des premières Fontaines publiques de la Ville dAmiens,
- A AMIENS,
- Chez M AsTiN t Libraire , rue BafferSaint-Martin, & autres JLibrairei,
- £t fs trouve A PARI*,
- Chez Quitz.AU l'ajiié, Libraire , rue Chriftine 9 au Cabinet Littéraire*
- w. D C C. la X X X,
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- DISCOURS
- PRÉLIMINAIRE.
- ‘ A ' o u t homme doit à la fociété compte des talens dont le Ciel Ta doué. Il eft vrai qu avare de les bienfaits, la nature ne les verfe pas également fur tous fes enfans : auffi chacun neft tenu envers fes Concitoyens qu’en proportion du plus ou du moins de talens dont il a été pourvu.
- Loin de moi cet efprit HUgoifme qu’on reproche à fi jufte titre à notre fiecle. En entrant dans la carrière que je vais parcourir, je dois au Public compte des motifs qui my ont déterminé. Gémiflânt enfecret de cette fureur d’inftruire qui produit tant d’Ouvrages médiocres dont nous fommes inondés en tout genre, j’ai toujours réfifté à l’épidémie univerfelle ; & livré par état à l’étude & à la conftruétion des Machines hydrauliques , foixante ans d’expérience ne m’ont appris autre chofe, finon, combien dans une matière auffi vafte, j’aurois encore à apprendre. Mais telle eft la marche des connoiflances humaines, qu’on n’arrive à la perfection qu’à pas fort lents ; 8c j’ai efperé bien mériter de ma Patrie, en épargnant à ceux qui fe liyrerorit aux mêmes travaux, les tatonnemens & les
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- 4 DISCOURS
- lenteurs que j ai éprouvés & qui en pourroient rebuter beaucoup d'autres.
- Je n’ignore point que de vrais Savans ont donné fur cette matière d’excellens Traités ; mais pour que leurs travaux fuflènt univerfellement utiles , il faudrait qu’ils fuflent à la portée des Ouvriers proprement dits, & cela n’étoit pas poffible. L’appareil des hautes fciences a je ne lais quoi d’effrayant, qui rebute quiconque n’y a pas été initié , & les Ouvriers pour lefquels j’écris plus particulièrement, font de ce nombre. Accoutumés à une groffiere routine dont rien ne peut les détourner, fi quelqu’obftacle imprévu vient les arrêter, ils épuifent en folles dépenfès ceux dont ils ont furpris la confiance : heureux encore fi le fuccès couronnoit leurs aveugles tatonnemensî mais le plus fouvent après avoir bien travaillé & dé-penfé beaucoup, on eft obligé de fe contenter de très-légers à-peu-près.
- Tels font les fentimens qui m’ont fait prendre la plume : être utile à mes Concitoyens , voilà mon but ; mais l’atteindrai-je 3 C’efl: ce que l’accueil plus ou moins favorable à mon Ouvrage m’apprendra. Puiffe au moins le Public indulgent recevoir avec bonté ces eflàis qui peuvent conduire à des découvertes plus importantes , mais que je n avois defiinés qu’à l’inftruélion d’un fils qui alloit entrer dans la même carrière lorfque la mort me l’enleva.
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- P R É L IMINAIR E. y
- J’entrerai dans un aflez grand détail fur ce qui regarde la partie des terraffemens , j’efpere même jetter quelque intérêt fur cet objet un peu négligé de nos jours , & qui exige beaucoup de connoiflances & de pratique. Souvent un ouvrage de ce genre, entrepris inconfidérément r jette dans de très-grandes dépenfès , (oit par les accidens auxquels on n a pas penfé & qui arrivent dans le cours de l’ouvrage , foit par l’économie qu’on auroit pu y apporter Sc qui dépend dès différentes manœuvres à employer fui-vant les différentes natures des terres qu’on a à exploiter.
- H eft encore à propos, avant de commencer un ouvrage, de fe mettre au fait du prix des matériaüx, du plus ou moins de diftance des lieux d’où on les tire à celui où on les emploie, & même de ceux qu’une fage induftrie pourroit fans inconvénient leur lùbftituer, lorfqu’il s’en trouve dans l’endroit, que l’art puiffe mettre à profit.
- Nous ne manquons pas de Traités, eftimables d’ailleurs , dans lefqùels on a publié des tarifs d’ouvrages faits de matériaux bruts ou œuvres à raifon de tant la toile : mais j’ai toujours penfé que ces eftimations, très-utiles pour l’endroit auquel elles conviennent, ne peuvent que porter un grand préjudice aux Entrepreneurs & aux Particuliers. Aux Entrepreneurs,
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- 6 DISCOURS
- parce que le Public n a pas affez de cônnoiflànces pour apprécier fi cette valeur eft trop forte ou trop foible félon que les matériaux font rares ou communs dans l’endroit, que leur tranfport eft plus ou moins coûteux, & alors celui qui , d’après fon tarif, a penfé ne faire que telle ou telle dépenfe, eft tenté de fufpeâer la bonne foi de l’Entrepreneur, qui n’a pu s’en procurer qu’à grands frais : &, par une raifon inverfe , ces eftimations font nuifibles aux Particuliers, parce qu’il peut fe faire que l’Entrepre* neur ait pour en avoir des reflources qui les rendent infiniment moins chers. De plus, la main d’œuvre varie à l’infini de province en province & d’une faifon à l’autre , ou félon que les travaux des grandes villes voifines ou de la capitale font plus ou moins en vigueur.
- Il faut donc, avant de rien entreprendre, avoir une connoiflanee exaâe de toutes çes valeurs. Après cela, drefîer des plans détaillés de toutes les parties de conftruétions & leurs fobdivifions, avec les valeurs que la folidité qui! convient de donner à chacun exige, & enfin connoître bien la perfonne en qui on met fa confiance, & la capacité des Ouvriers quon y emploie.
- La liberté & la franchife qu on verra regner dans cet Ouvrage ne me font rien appréhender de la déli*
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- P R E L I M I N A I R E. 7
- catefîe des Entrepreneurs : ceux-là feuls auront droit de s’en plaindre qui ne connoiflènt de route à la fortune que des malverfations & des malfaçons artifte-ment cachées. Ceux qu’une étude approfondie de leur Art, un fond inépuifable d’honnêteté & l’amour de la gloire animent, applaudiront, j’efpere, à la droiture de mes vues & à la fincérité de mes intentions. Que m’importe ce que penferont les premiers, le mépris public auquel ils font livrés me dédommage amplement de leur cenfure.
- DIVISION DE LO UFR AGE.
- Je divifèrai ce Traité en quatre parties : la première traitera des terraflemens, & aura pour but de Amplifier les dépenfes quils entraînent pour n’avoir pas été fiiflifamment prévues.
- La féconde traitera des conftrudlions, reconftruc-tions & entretiens des différens bâtimens. Par-là les perfonnes qui veulent faire travailler feront à portée de connoître l’étendue des travaux dans lefquels ils s’engagent, & de mefurer la dépenfe fur leurs facultés , ou les fommes qu’ils y deftinent. De pouvoir furveiller par eux-mêmes les Ouvriers qu’ils employèrent, & juger du plus ou moins bon emploi des matériaux qui conviennent à chaque genre d’ouvrage.
- La troifîeme partie contiendra la defeription de la
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- 8 DISCOURS PRELIMINAIRE.
- Machine hydraulique & des premières Fontaines publiques de la ville d’Amiens, la maniéré dont les eaux y ont été conduites, les moyens que fai mis en, œuvre, tant pour les diftribuer dans la ville à l’ufage des particuliers, que pour remédier promptement & efficacement aux incendies.
- Enfin la quatrième partie traitera des caufes de la retenue des eaux dans les Vallées, ce qui occafionne des pertes confidérables aux particuliers poflèflèurs des fonds inondés ; inconvénient auquel il eft cependant poflïble de remédier en cpnfèrvant à chacun le droit de propriété qui lui appartient & la pofTeffion qu on ne fauroit lui enlever fans injuftice,
- INTRODUCTION
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- INTRODUCTION
- A L’ÉCONOMIE-PRATIQUE.
- L E point le plus important quand on fe propofè quelque conftruétion, réconftruétion ou entretien, eft de bien méditer fon projet, d’en connoître tous les détails, d’en prévoir toutes les fuites, de ne prendre d’avis que de gens éclairés for la matière , de ne tenir aucun compte de ces donneurs d’avis dont on ne manque nulle part dans le monde, Sc for-tout de ceux des ouvriers qu’onfe propofe d’employer, à moins qu’on n’en connoifle d’ailleurs la bonne foi & l’intelligence. Combien de foperbes entreprifes auraient été heureufement terminées , fi avant de s’y livrer on avoit pris toutes ces précautions. Mais enyvré de la beauté du projet, celui qui l’a conçu ne fe permet plus aucun doute for la facilité de fon exécution. On prodigue les dépenfes les plus folles & les moins nécelfaires. Si quelque tête froide & fenfée vient propofer quelque objection, on remet à y penfer au tems où il s’agira de l’applanir. On commence avec fafte , on continue avec enthoufiafine, Sc bientôt on eft obligé de tout abandonner ; ou fi on mene l’entreprife à fa fin, on a alors acquis la
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- 10 INTRODUCTION certitude qu’avec plus de prudence on auroit atteint le même but, & ménagé des Ibmmes confidérables.
- Il faut avouer cependant qu’il eft fouvent bien difficile , pour ne pas dire impoffible, de tout prévoir, & que des événemens , auxquels on n auroit pas du s’attendre, viennent croifèr les projets les mieux concertés, en rallentir l’exécution & augmenter les dépenfes. Mais dans ces cas, comme la prudence la plus conlommée n’a rien à le reprocher, & que dans les calculs qu il faut toujours faire , on doit tenir compte de ces événemens imprévus , s’il en arrive quelqu’un , c’eft toujours un mal remédia-ble & qui n’influe en rien fur la totalité de l’entre-prife.
- Ces événemens font plus fréquens dans les conf-truélions dont je vais parler que dans toutes les autres. Ici c’eft un terrein qu’on a pu juger folide 8c qui le trouve très-mobile ; là, des fondations qu’on croyoit devoir aller fort vite & que des fources imprévues rendent difficiles & fort couteufes. Tantôt c’eft un rocher à percer, tantôt un fable mouvant à épuifer. Que fais-je , la nature multiplie les obftacles en tant de maniérés, que le plus fage eft louvent pris en défaut.
- Que feroit-ce donc fi l’ouvrage avoit été donné à l’entreprife ! Croira-t-on que des Entrepreneurs *
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- A L’ÉCONOMIE-PRATIQUE, tî
- accoutumés à tous ces contre-tems, aient pu courir les rifques d’être dupes de leur événement? Non, fans doute : dans tous ces cas ils ne faüroient perdre, ils ne le doivent même pas : mais comme ces confia dérations font entrées dans leurs devis & marchés 9 quels bénéfices immenfès ne font-ils pas fi la nature n’offre aucun obftacle? Mon but, dans cet Ouvrage, eft de donner aux Propriétaires les moyens de juger par eux-mêmes des fonds que leur entreprife peut exiger & les refïources pour la terminer heureufe-ment. Il faut donc d’abord faire choix d’un homme intelligent, & dont la probité & les connoiflances foient fuffifamment établies. N’ajouter aucune foi à ces gens avides qui ne doutent de rien, & qui n’ont pour but que de s’enrichir aux dépens de ceux qui les mettent en oeuvre. Eviter les gens à projets , qui, fans rien approfondir, promettent la plus heureufe réuffite, & commençant avec le plus grand fafte, vous jettent dans des frais énormes pour ôter l’envie de reculer , par la crainte de perdre les premières avances. Il eft également dangereux de fe confier à ces elprits étroits qui ne peuvent failîr l’enlèmble d’une grande machine ou d’un grand ouvrage, quoiqu’ils foient excellens pour l’exécution des détails, & à ces gens hardis & entreprenans qui faififfent bien l’enfemble d’une machine, & qui ne peuvent s’appé-
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- INTRODUCTION fantir fur les détails. Evitez fur-tout le piège que tend fans ceffè à Y œil de l'Entrepreneur le plus méfiant 8c le plus en garde, l'attrait toujours féduifant des machines en petit. Les frottemens 8c les réfiftances n y peuvent jamais être appréciés au jufte. D'ailleurs la nature ne garde pas dans là marche des proportions toujours exactes. Combien de gens fe font ruinés pour s'être abandonnés à des efiais qu'un rien fait réufiîr & qu’un rien rend fou vent impoflibles en grand. Cette vérité a une plus particulière application dans la matière que je vais traiter que dans toute autre.
- Mon defîein n'eft pas de multiplier les obftacles, ou de faire croire que la réuflite de cette elpece de travaux foit impoflible , je ne veux que mettre en garde la bonne foi des propriétaires contre l'avidité toujours active d'Entrepreneurs peu intelligens. Ce mal n'eft fort à craindre que dans les campagnes , d'où le luxe des grandes villes bannit fouvent juf-qu’aux médiocres talens. Le nombre des habiles gens eft grand fans doute, 8c dans l'Architecture fur-tout, tant civile qu'hydraulique. Notre fiecle a produit aflèz de chef-d'œuvres pour que je n'aie pas befoin d'en faire l’éloge : mais combien de pays rendus fertiles, combien de petites rivières devenues navigables, fi des propriétaires inftruits prenoient foin de diriger des travaux fouvent peu coûteux. On eft effrayé de la
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- A L’ÊCONOMIE-PRATIQUE. dépenfe. On craint de s'engager dans des entreprîtes longues 8c ruineufes & auxquelles on n entend rien. Que de forêts à planter ou à exploiter fi une heu-reufe induftrie en indiqupit les débouchés. Que de chemins de traverfès interrompus par des innondations paflàgeres ou par des marais qu'on deffécheroit à peu de frais, foit en rehauiïànt le terrein , foit en procurant des écoulemens , foit enfin par d'utiles épuife-mens. Que ne puis-je faire pafler dans l'ame de mes Concitoyens cet amour du bien public dont je fiiis embrafé ! Du moins j'efpere démontrer à l'intérêt, qui calcule fi bien, tous les avantages qui peuvent réfulter des connoillànces de cette efpece. Et fi mon âge ne me permet pas d'efpérer d'en voir les effets , j'emporterai du moins au tombeau la douce fatisfac-tion d'y avoir coopéré en m'élevant contre cette foule d'abus qui s'oppofè aux progrès de l'Art, & en indiquant les moyens d'y remédier.
- Une des plus favantes Compagnies de l'Europe vient de publier les defcriptions de beaucoup d'Arts & de Métiers utiles. Grâces à fes vues bienfaifantes, les talens les plus diftingués ne font plus un fanéluaire impénétrable pour le commun des hommes. Plus de lècrets dans les Sciences. La vérité éleve enfin fon flambeau , chacun peut s'éclairer , & malheur à celui dont ce flambeau n'a point frappé les yeux, c'eft un
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- 14 INTRODUCTION, &c. aveugle volontaire. Mon Ouvrage ne peut, je le (èns bien, fouffrir la comparaifon avec tant de productions qui honorent notre fiecle. Aufli fuis-je loin de prétendre aux mêmes honneurs ; mais celui auquel je ne renonce pas, c’eft de faire voir qu’à défaut.de véritable talent, l’amour du bien public, lorfqu il eft le but de longs & pénibles travaux, peut enfanter un Ouvrage qui afligne à fon Auteur une place dit tinguée parmi ceux qui on bien mérité de leurs Concitoyens. Et quand cet Otiyrage n auroit fervi qu’à échauffer dans l’ame de mes enfans les fenti-mens d’honneur & l’amour du bien public dont j’ai toujours été pénétré , & à diriger leurs études de oe côté, je me cronois encore fetisfait, de leur avoir ouvert l’entrée d’une carrière dans laquelle je n’ai jamais eu d’autre guide que moi-même.
- TRAITÉ
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- TRAITÉ
- DÉ CONO MIE-PRATIQUE.
- PREMIERE PARTIE.
- DES TERRASSEMENS EN GÉNÉRAL.
- X_/objet le plus important, & le premier auquel on doit faire une très-grande attention lorfqu on fe propofe quelqu établiffement un peu confidérable, comme de grands châteaux, édifices publics ou autres de cette efpece, ce font les terraflemens. Il eft rare, fur-tout dans les campagnes où le fol eft à-peu-près tel quil eft forti des mains de la nature , qu’il ne s’y trouve quelque pente ou autre défeéluo-fïté qu il faut racheter infenfiblement pour en rendre rapproche plus facile, & même dont on doit tirer
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- 16 TRAITÉ
- parti avec art pour l’embellillèment 8c la décoration extérieure , ou pour des commodités intérieures, comme des terralfes, boulingrins, balîins, canaux & plantations.
- Ces terrafîemens font louvent bien plus coûteux qu'on ne l'avoit penfé au premier coup-d'œil ; & quelque légers qu' ils paroiflènt, ils forment toujours le premier objet du foin d'un Architeéte habile. Il neft pas rare de rencontrer des Entrepreneurs qui , pour ne pas dégoûter le Conftruéleur dun plan qu'il a conçu, les traitent de bagatelle , qu on fera toujours allez tôt quand l'ouvrage principal fera terminé. De deux chofes lune , ou la dépenfe eft infiniment plus forte quon ne l'avoit foupçonnée, ou l'édifice, faute de précautions, fe trouve pofté comme parhafard, & l'afpeél que des environs agréables devroient rendre charmant , en eft déplaifant & femble nuire à tout ce qui l'environne; au lieu que fagement combiné, il neft, on peut l'alïùrer en général, point de terrem bifarre, point de fituation hideufe dont l'art ne puilfe au moins fauver , en grande partie, les défauts. Si j'avois befoin de prouver cette aflertion, il me luffi-roit de nommer une infinité de maifons de plaifance où l'art luttant contre la nature, l'a forcée de recevoir fes loix. Verfailles eft peut-être l'exemple le plus frappant quon puilfe en citer. Un autre motif qui doit déterminer tous les terrallemens avant la bâtilïe, c'eft qu'en connoiflant bien la pente & les irrégularités du terrein, on peut alfeoir le bâtiment un peu plus haut ou un peu plus bas pour rendre la pente de
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- l’avenue plus ou moins fenfible : au lieu qu’une fois planté, la difficulté d’élever ou de bailler les chemins peut être augmentée par une infinité d’obftacles dont je parlerai dans ce Traité à leur article particulier.
- Il ne fuffit pas pour un Architêéle habile d’avoir exaflement la mefiire de l’étendue du terrein où l’on veut bâtir, la coupe des terres a quelque diftance & les irrégularités du terrein. Il peut bien dans fon cabinet, à l’aide du compas & de la réglé , tracer un plan féduifant, & qui exécuté dans tout autre endroit, feroit les meilleurs effets. Il doit fè tranfporter fur les lieux mêmes , examiner tout avec foin, afin de tirer parti de telle ou telle expofition , faifir les contraries que la nature fe plaît à multiplier. Ici c’eft une chaîne de montagnes dont le lointain peut nuire ou être favorable à telle ou télie pofition : là un coteau riant à mettre en oppofition avec une demeure rufti-que. Tantôt un percé dans une forêt, ménage le plus agréable point de perfpeétive. Enfin l’Architeéle trouve dans un même fite, des reffources plus ou moins ingénieufes , félon qu’il a plus ou moins de goût.
- Ces détails , qui paroîtront peut-être ne porter que fur l’agrément, font auffi effentiels pour l’économie. Tantôt il s’agit de prévoir les inondations de torrens que des pluies d’automne ou des orages forment dans un inftant. Votre château, affis un peu plus bas, fera plus agréable, mais il faut craindre des éboulis ou de fortes pouffées. Et comme les murs de terraffe exigent une conftruétion toute différente des autres , on a compté fur tant de toifes de murs de
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- i8 TRAITÉ
- clôture, mais leurs fondemens & leur épaifleur doublera ou triplera la dépenfè.
- Il faut, je le répété, bien combiner tous les avantages & défavantages , pefer les inconvéniens, prévoir les obftacles & s'ailurer des moyens de les appla-nir ; ne rien entreprendre que fur des plans & profils de toutes les conftruétions , jufqu'aux plus petits détails ; fe tenir en garde contre la féduétion des ouvriers, contre le preftige de la beauté des deffeins. Il n'en eft pas qui, pour peu quil foit bien fait, ne flatte la vue ; eft-il exécuté, c'eft toute autre chofè. Vous pouvez vous procurer l'eau*dune fource fort élevée dans le voifinage, rien de plus aile, dira-t-on. De légers canaux conftruits à peu de frais l'ameneront chez vous. Cela eft fort aifé fi la nature n'y apporte aucun obftacle. Mais comme elle n'aime pas à être contrariée, êtes-vous afïuré que vos travaux n'épui-fèront pas la fource, ou quelle n'aimera pas mieux fe détourner ailleurs? Elle fe tarira même en cette endroit, & cherchant des routes inconnues, ne vous laiflera qu'un amas de matériaux & la honte d'avoir voulu la maîtrifer.
- Il eft encore un autre écueil à éviter & contre lequel , fur-tout dans ce fiecle , la plupart des conf-truéleurs vont faire naufrage : c’eft la précipitation. Un projet eft conçu très-légérement, auffi-tôt des ouvriers fans nombre font mis en campagne. La rapidité de l'exécution laifle à peine à l'Architecte le tems de tracer fes plans ; & à voir le peu d'accord du tout aux parties, on diroit qu il trace fur h tas.
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- Ne vous permettez aucun changement au plan arrêté ; ou fi quelqu'un devient indifpenfable, qu'il foit d'aflez peu de conféquence pour ne pouvoir influer en rien fur l'enfemble. C'eft un des principes de l’art, que fi on bâtifïoit une ville, il ferait à délirer que l'ouvrage marchât uniformément d'un bout à l'autre. Les taffèmens fe font enfemble, & les effets les rédub fent à zéro.
- La nature des terres dépend de mille circonftances qu'il n'efl: pas de mon lu jet d'approfondir. Tout vous afluroit de trouver bientôt le tuf ; une fource a charrié des graviers : elle eft environnée de craie, de marne, de glaife : autant de nouvelles confidérations dont il faut tenir compte dans la bâtifïe. L'extraétion n'en peut être la même. Le terrein eft-il mouvant, il faut, pour mettre hors de danger la vie des ouvriers & avancer le travail, étraijillonner : nouvelles dépen-fes. Un manœuvre peut charrier aifément tant de toi-fes de terre commune en un jour; mais eft-elle plus lourde ou plus tenace , la tâche diminue. La Table fuivante pourra fervir de guide fur la matière.
- Table des differentes Terres & leur pefanteur fpécifique.
- LE PIED CUBE- LA TOISE CUBE.
- L’Argille grade ou terre de Bief, . . 135 . . 29160.
- Le gros Sable de riviere, . . . • I32 • . 28512.
- Terre franche ou terre forte, • . . Il8 . . 25488.
- Terre noire ordinaire, .... . 9 6 . . 20736.
- Le Cran ou terre crayeufe , . . . 85 • . 18360.
- Le petit Caillou, . 7 6 . . I6416.
- Le gros Caillou, ; . 72 . • M55*-
- Cij
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- ao TRAITÉ
- Ce Tableau, qui eft le réfiiltat d’expériences réitérées , fera fentir combien il eft important de con-noître la nature du terrein quon fe propofe de fouiller ; d’apprécier le plus ou le moins d’éloignement où il faut conduire les terres. On fent d’ailleurs quel’ex-traélion de chacune n’eft pas la même que celle des autres, quelle ne peut fe faire au même prix & qu’un certain nombre de journées , ne donne pas le même produit.
- Loin que les détails auxquels je • me livre doivent détourner les Propriétaires d’entreprendre des travaux, je penfe qu’ils ne peuvent fervir qu’à les multiplier, puifque je ne propofe que de ramener à une fage économie les dépenfes les plus confidérables ; 8c que tel qui a pu conftruire une maifon de plaifance , au-roit, fans fe gêner, conftruit un château. Pour ne rien laiifer à délirer fer cet objet, je vais traiter avec quelques détails plufieurs genres de conftruélion.
- Lorfqu’on fe propofe de conftruire fur un terrein donné un édifice quelconque, il faut, avant tout, fe procurer un plan très-exaét de l’emplacement, des profils en tout fens, des pentes, contrepentes, inégalités & irrégularités. Figurer fur le plan les objets qui s’y trouvent, fans en excepter aucun, afin de déterminer d’une maniéré pofitive les rachats de pentes, les abailfemens à faire & de planter le bâtiment d’une manere qui ne laifïe aucun regret.
- C’eft alors qu’avec une connoifïânce exaéte de la pofition on pourra profiter de tous les avantages du lieu, fymmetrifer les objets de décoration, tirer parti
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. *r
- de tous les agrémens que la nature pourroit n avoir qu indiqués. En cet endroit une pente très-rapide ne demande qu un peu de travail pour avoir une terraflë ou un boulingrin. Un ruifïèau paffe loin de cet autre, on le détournera aifément. Un potager trouve ici fa place naturelle. Là des elpaliers convenablement ex-pofés fiirpafferont l'attente du cultivateur. Cette po-fition femble fe refufer à tout travail, vous y trouverez les douceurs de la folitude par un labyrinte conf truit à peu de frais. Des falles & cabinets de verdure, en donnant du frais à des appartemens d'été, inviteront à venir s'y livrer à la ledure. Enfin par-tout l'économie le dilputera au luxe & à la dépenfè.
- Pour connoître la qualité du terrein, on fe fert de fondes , quon pouffe à la profondeur des déblais à faire. Il faut s'affurer fi les terres qui en proviendront feront fuffifantes pour les remblais. Juger fi les tranf-ports feront moins coûteux à la brouette qu'avec des voitures, & pourvoir aux moyens d’en faciliter l’exécution.
- L’objet de ces terrailèmens a été fi fort négligé jufqu ici , qu’à peine a-t-on daigné en parler dans aucun ouvrage de pratique. Il me femble au contraire qu’il méritoit d'occuper ceux qui ont donné des préceptes de conftrudion. Par exemple, il neft pas indifférent de tranlporter les terres déblayées au premier endroit où on a des rablais à faire. Il faut faire un choix parmi ces terres, & juger, à mefure qu'on fait les extradions, à quoi chacune fera propre. L'une conviendra à votre potager, l'autre aux arbres des
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- 22 TRAITÉ
- jardins, celle-ci peut être utilement employée au milieu des allées, & ne produira pas autant d’herbe ; enfin c’eft au conduéleur intelligent à affigner une place pour chacune. Ici le terrein femble très-mauvais & fe refufer à toute culture. Faites-en enlever la fuperficie à quelques pieds de profondeur, & rapportez-y d’autres terres qui fertiliferont l’endroit. Faute de ces précautions, vous courez rifque d’avoir de doubles emplois en ne voyant qne partie par partie.
- Il faut eftimer différemment les terraflemens à faire dans la. campagne, de ceux à faire dans les villes. A la campagne on eft prefque toujours maître de dépo-lèr les terres où l’on veut fur Ion terrein, au lieu que dans les villes, où rarement on a des remblais à faire, on eft obligé de faire tranfporter dans un endroit commun, quon nomme décharge, tous les matériaux pro-venans des décombres & rouilles, ce qui coûte fort cher. A la campagne, les terraffes & pentes doivent ou peuvent employer utilement les terres qu’on tire d’ailleurs, & dont on feroit fort embarraffé fans cette reffource. La main-d’œuvre y eft fouvent à bon marché , c’eft même un moyen employé utilement par des Propriétaires charitables, pour procurer du travail aux habitans de l’endroit, écarter ainfî la fainéan-tife & leur donner quelque adouciflèment pendant l’hiver.
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 23 DES GRANDS TERRASSEMENS.
- Je comprendrai fous ce titre tout ce qui concerne les conftruélions de maifons, châteaux & parcs, ainfi que tous autres travaux qui peuvent y être relatifs , quand à la main-d’œuvre , pour la fouille & pour le tranfport des terres.
- Suppofons que pour conftruire une maifon ou château on ait le choix de l’emplacement. On s’eft de tout tems accordé à préférer les mi-côtes aux plaines , parce que ces fortes de pofitions font ordinairement expofées en belle vue, qu’on peut communément y joindre des prairies,dont l’émail & la verdure charment la vue, & enfin qu’on y trouve communément des eaux qui parleur difpofition font l’ornement des parcs & terrafles, l’utilité- des jardins, & vont enfin fertilifer la baffe campagne, pour peu qu’on veuille y confa-crer quelque dépenfe. L’inégalité du terrein n’efib qu’une difpofition que préfente la nature à fe prêter aux efforts de l’art, mais il faut que l’induftrie en dirige les opérations. Ce n’eft pas en remuant lamaflè totale des terres qu’on peut concilier l’utilité & l’économie , c’eft au contraire en combinant fes plans de façon qu’on en remue le moins poffible, & en tirant partie de la difpofition du terrein, foit pour la décoration extérieure, foit pour les diflributions intérieures, foit enfin pour tirer le meilleur parti d’un édifice ancien auquel on veut faire quelque embellit-fement.
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- Pour que le Lefteur puiiîe juger de la nature des travaux du petit au grand, voici comment, dans les grands terraffemens , s’exécutent les opérations de fouille & de tranlport. Si le remblai n’eft pas éloigné de la fouille, un feul homme peut luffire à charger chaque brouette, parce que revenant fort fouvent à la maffe, le brouetteur & celui qui charge la brouette ne perdent point de tems ; mais lorfqu’il faut porter les terres un peu loin, il y a un tout autre calcul à faire ; ou le terrein eft uni, ou bien il va en montant , dans les deux cas il faut néceflairement doubler les brouettes & le nombre des chargeurs. Mais comme il eft fatiguant pour un feul homme de poufler une brouette chargée fort loin & fur un chemin difficile , on a coutume de faire le brouettage par relais de quinze en quinze toiles enraie campagne, & de dix en dix toiles li la pente eft forte, ce qui s’arbitre en cavant au plus fort, de lîx pouces à la toile courante. Par ce moyen celui qui eft fort chargé n’a que dix ou quinze toifes à fatiguer, & eft lur le champ relayé par un brouetteur qui vient fe rendre à vuide à l’endroit du relais. Il y a encore un autre motif <l’économie en s’y prenant ainfi ; c’eft que fi chaque brouetteur alloit de la fouille au lieu du remblais, il pourroit s’amufer le long de la route & perdre beaucoup de tems, au lieu qu’en établiffant un piqueur de deux en deux relais, il peut aifément lurveiller ceux qui s’y rendent tant à charge qu’à vuide : ces fortes de terraffemens fe font ordinairement par des troupes ou des pionniers, dont il eft, par ce moyen, fort aifé
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- deftimer le travail journalier & le paiement quon doit leur faire.
- Voici les calculs d’après les lefquels on doit partir pour eftimer ce que peut coûter la fouille dune maffe dont on connoît exactement la folidité. L’expérience a appris qu un terraffier de moyenne force & dans un terrein ordinaire, peut fouiller & charger dans les brouettes environ deux toifes cubes de terre : en les lui payant à raifon de dix fols par toife, il gagnera ving fols, prix raifonnable dune journée de ces fortes d’ouvriers , fur-tout dans les campagnes, où la vie n eft pas auffi chere que dans les villes. Le tranf-port des terres à la brouette peut être fixé à fèpt fols fix deniers la toife, par relais : le brouetteur aura iy fols des deux toifes cubes qui ont coûté 20 fols à extraire & à charger. Ainfi chaque toife cube de terre extraite , & portée à iy toifes, reviendra à l’Entrepreneur à 17 fols 6 deniers. Il faut, pôur que le fervice fe faife bien & fans interruption, que le nombre de brouettes foit double de celui des terraffiers; car fi chacun d’eux arrivant à la fouille étoit obligé d attendre que fa brouette fût remplie , on fent qu’il perdroit beaucoup de tems, & que le calcul qu’on vient de faire ne fe trouveroit plus exact ; au lieu qu’arrivant à la fouille il doit toujours trouver une brouette pleine.
- Gomme il s’agit le plus ordinairement de porter çes terres à une certaine diftance, fuppofons qu’au lieu d’un relais, on foit obligé d’en établir jufqu’àdix, la toife çube extraite & portée à fa deftination, re-
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- viendra alors à 4 livres y fols, & toujours la journée de chaque homme reviendra à 15 fols 6 deniers. On trouvera, en fuivant ce calcul, que plus il y a de relais à établir, moins les ouvriers gagneront ; mais il eft très-rare qu’on foit obligé de transporter les terres à une auffi grande diftance ; & fi on ne pouvoit s'en dilpenlèr, il vaudroit mieux fe fervir de voitures à chevaux. J’en ai fait l’expérience avec avantage, lor£ que la diftance excede foixante toifes. ( Ce qui feroit quatre relais ). Pour d’autant mieux juger de l’avantage de cette opération, je vais me livrer à un détail qui y a rapport.
- On lait qu’un cheval peut, fans s’excéder, faire fix lieues par jour, attelé à un fardeau moyen. Chaque lieue évaluée à 2400 toiles, donnera au total 14400 toiles courantes. En divilant cette fomme par 300 pour l’aller & le revenir, on trouvera que le cheval fera 96 voyages par jour à 1 j’o toifes de diftance de la maflè, moitié à charge & moitié à vuide. Ce calcul n eft pas exaél, puifqu’il faut trouver fur la journée le tems de charger le tombereau, ce qu’on peut évaluer au quart de la journée; relient donc 35 voyages à chaque.
- Dans les grands atteliers on met à profit le tems du chargement, en failànt conftruire plus de tombereaux qu’on n’a de chevaux. Cette précaution eft fort bonne lorfque le travail eft confidérable & de longue durée, comme dans les routes à couper ou à redreffer; mais hors ces cas , la dépenfe excéderoit de beaucoup les avantages, à moins qu’on ne pût éviter la conf-
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- truéiion des tombereaux en en prenant de tout faits à loyer ; encore faudroit-il calculer fcrupuleufement toutes les confidérations de dépériffement & de ra-commodage ; car dans des terres fraîchement remuées, les pluies du printems & de l’automne, ainfi que les orages de l’été, forment des ornières confidérables, qui hâtent la ruine des voitures le plus lolidement conftruites. Les pluies d’été ne font cependant pas autant à craindre à caufe de la chaleur qui defleche promptement les terres.
- Un cheval de moyenne force attelé à un tombereau bien équipé, peut mener à l’aife dix pieds cubes de terre, ce qui revient à plus d’une toile & demie, cube pour la journée. Mais on ne peut elpérer d’avancement avec une feule voiture & un feul cheval, il faut, comme je l’ai dit, multiplier les voitures, & même établir lur la route un ou plufieurs relais. Le tems de dételer & d’ateler eft fort peu de choie, parce que les charretiers acquièrent lur cela une très-grande habitude. D’ailleurs ces conduites n’exigeant point de travail, on peut prendre pour cela des enfans de dix à douze ans, ou des gens incapables d’autres travaux , & alors leur journée eft d’une fort petite confidéra-tion. - . '
- Ces voitures étant bien fervies, pourront tranlpor-ter journellement, à l’éloignement propofé, cinq toifes cubes de terre : & en payant chaque voiture & fon conduâeur à railbn de 3 livres par jour, & y joignant trois hommes pour préparer, charger & re-gaîler les terres, à raifon de 15 lois 6 deniers par jour,
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- on trouvera que chaque toife cube de terre tranfpor-tées par voiture ne reviendra qu’à % livres J fols 3 deniers, au lieu de 4 livres y fols, prix de la même toife cube tranfportée à la brouette. C’eft par de fem-blables calculs qu’on peut exécuter de très-grands travaux avec beaucoup d’économie.
- AUTRES terrassemens.
- Ï1 eft d’autres terraflemens moins importans en apparence , mais ' qui ne méritent cependant pas moins d’être réfléchis. Les uns confiftent- dans de Amples rapplaniflèmens de terrein pour régularifer des furfa-ces ou pour racheter de petites pentes à l’effet de les rendre plus commodes & faciliter la communication d’un lieu à un autre. Il en eft d’autres où il ne s’agit que de former de petites pièces de décoration par le moyen de taluds réguliers qu’on peut y pratiquer. Ces légers ouvrages n’étant gueres lufceptibles de toife, doivent plutôt être donnés à l’entreprife à quelques ouvriers dont on connoifle l’intelligence 8c la probité.
- Un autre genre d’ouvrage qui ne peut s’exécuter qu’à force de bras, ce font les défrichemens : comme .ces remuemens exigent peu de connoiflances, ne con-fiftant que dans des défoncemens du terrein, l’ouverture de différentes tranchées propres à recevoir des plantations , il eft plus avantageux de les faire faire à la toife courante ou fuperficielle fiiivant les longueurs, largeurs & profondeurs auxquelles on a déter-
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- îniné de fouiller. Les feules ^onfidérations que* ces fortes de travaux exigent, font, la qualité dü; ter-rein qui le rend plus ou moins facile à' exploiter, ce qu'on reconnoîtra à faide des fondes.dont j’âi déjà dit un motj. Quant au toifp général , rien n eft; li aifé , puif-qu’gn aura le produit en multipliant la longueur par la largeur & par la profondeur'. On peut auffi elfayer , pendant quelque tems, de faire travailler à la journée des ouvriers intelligens & honnêtes y juger, par ce qu’ils auront fait, du prix quon peut établir pour tout ce quon a à faire. • • f ;
- Ce que j’appelle petits, ;terrafîemens ,. ce font les excavations néceffaires pour le? fondations r des, bâti-mens , celles des caves & autres fouterreins &:les déblais des décomhres-& tous autres gravois ; qui tirent fouvent à conféquençe; 0 ’ ,- • 1
- r,Sur le premier objet, lorfqu il s’agit d’ouvrir des fondemens pour y établir un coçps: de «copûru^ion quelconque j| il . faut fuppoffr .quq lé tracé en (a été fait for le terrein. avec toute L’éXaélitudp ,ppftib(e <fah près les 'delTeins de l’Architeéie, par luf-même pti par des perfonnes très-au. fait , , afin.jd’ëviter fous les; porte .à faüx. JÇlfetrou-yp .fq^vent d^ie^^itSjpù art ne faurpit ; déterminer . $yep aflTez.d^ prégifion lacprpr, fondeur- des, fouilles,? celâ dépçpd de la,naçqté ;des terres qu’on croit allez : folides pour foutepàr le bâtk mept, & de l’éléyapionq qu’on, ;y^ ouvrierssà là journée, peuvent en j^ipqfer? for, la de. l’ouyragey par des. pertes,’de jtems^qu’pn ^n’éft .paf toujpurs maître dempeghef, ^^;,,^ .>
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- ; Pouf établir for cet objet une réglé un peu générale,' il faut d'abord examiner fi le remblai des terres provenant des fouilles doit fe faire dans un endroit éloigné ou proche de fattelier. On pourra fe conduire d'après les principes que j'ai établis ci-deffus pour les grands terraffemens , à cette différence près , (^üe dans les cas dont j'ai parlé, on a fuppofé que les terres étoient prifes au-deflbus du fol, au lieu que dans les fouilles il s'agit de les porter de bas en haut, fouvent même dune très-grande profondeur, & c'eft une nouvelle confidération qui mérite d'êtrë approfondie,
- Comme ces profondeurs varient dans chaque cas, & fouvent même dans un feul attelier; que d’ailleurs la nature des terres & différens éboulemens multiplient lésJ difficultés, j'ai mis, avec avantage, en pratique une méthode que je vais détailler, & qui peut également être utile aux Entrepreneurs & à, ceux qui les mettent èn àeuvre, 1
- Süppofbns qu'un ouvrier de moyenne force, puifle, dans fa journée, fouiller une fondation dune dimen-tion quelconque jufqu'à trois pieds de profondeur, & en jettér les terres à une certaine diftance pour que les voitures puiflent j fans danger, en approcher &les charger f ces trois premiers pieds pourront lui être payés à raifon de feize fols la toife cube ; après quoi s'agif* fant d'approfondir & de jetter les terres de bas en haut , ce premier prix he peut être ftffifant : en y ajoutant la moitié en fus de troW'pieds en trois pieds en contrebas, la première tranchée dé trois pieds de profondeur fera donc réglée à 16 fols, la féconde à 24 fols;,
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- latroifieme à 36 fols, la quatrième y 4fols, &ainfi de fuite par chaque toile cube ; la huitième arrivant à vingt-quatre pieds de profondeur , reviendra à 13 livres 13 fols 6 deniers la toife cube, fur lequel prix on chargera l'ouvrier du foin d’étraifillonner & de la fourniture des étraifillons. C'eft ainfi quen calculant exadlement, on pourra régler la dépenfe qu'on veut faire, fur fes moyens ou fur les fonds quon y deftine.
- Quant au fécond fujet qui concerne les caves & autres fouterreins, on peut très-bien fuivre la méthode que je viens de détailler, & même avec plus d’avantage & d'abréviation , puifque les. murs étant conftruits, on peut, par un calcul fort fimple, connoî-tre très-exaélement la capacité des terres qu'elles renferment, & en faire le toifé en multipliant la furface parla profondeur; & comptant d'après le terme moyen de la profondeur dont on connoît le prix, on aura dans un inftant le prix total de l'excavation : par exemple, la première excavation étant de 16fols & la quatrième de 54 fols la toife cube, joignez y 4 à 1 <5, ce qui fait 3 livres 10 fols, dont la moitié eft 35* fols, prix de la toife moyenne, & par conféquent de tout l'ouvrage : à quoi on joindra les frais de tranfport, fi les remblais fe font un peu loin des excavations, & de plus ceux de remblais.
- On préféré quelquefois de voûter les caves avant d'avoir fouillé les terres ; on ménage parla la dépenfe des cintres, mais auffi la fortie des terres eft plus difficile, n'y ayant plus autant de facilité pour les ilfues.
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- C’eft à quoi il faut faire attention pour fuivre lune ou l’autre méthode.
- Il me relie à parler du troifieme objet qui concerne Tenlevement des décombres provenant des démolitions, recoupes de pierres & autres gravois qui font toujours en grande quantité dans toute efpece de bâtiment. Il eft difficile d’établir fiir cela des réglés certaines : le meilleur eft de les faire enlever par des voitures qu’on payera à la journée, après s’être affiné du plus ou du moins que chaque voiture peut en contenir & en tranfporter par jour.
- Réflexion fur les Terrajfemens.
- Quoique les-détails dans lefquels je fuis entré fur l’exploitation des terraflemens, & les détails quelles exigent, puiflent paroître fuffifàns pour éclairer les Propriétaires qui font travailler, il y a cependant encore d’autres dépenfes qui y font relatives , & des reflexions que je ne dois pas négliger , c’eft la fourniture d’outils & d’uftenfiles dont les ouvriers ne font pas dans l’ufàge de fe pourvoir, & à qui la modicité de leur falaire ne le permet même pas ; l’entretien de ces mêmes uftenfdes, qui, s’il eft négligé, retarde l’ouvrage, au préjudice de celui qui bâtit.
- On doit aufli tenir compte de l’efpece de terrein à fouiller. S’il eft aquatique ou fangeux, le calcul n’eft plus le même. Les épuifemens neceffitent plufieurs ouvrages aceefloires , dés pompes à mouvoir & con-s féquemment des ouvriers à payer , qui travaillant
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- fouvent jour & nuit pour ne pas fe laifler gagner par les eaux , augmentent confidérablement la dépenfè. Si le terrein eft en pente, on peut creufer des canaux ou rigoles pour la conduite des eaux. On eft même quelquefois obligé de réparer des chemins pour lufage des voitures de tranlport; toutes ces opérations doivent être prifes en confidération, fans quoi la dépenfe monteroit bien au-deflus de l’apperçu qu'on en auroit fait. Souvent même fi l'ouvrage quon fe propofe de faire n'eft pas de grande confequence, & qu'une fois entrepris on fe trouve obligé à toutes ces dépenfes acceiloires, il feroit plus prudent de ne le pas continuer que de s'embarquer dans des frais qui ne compenferoient pas l'utilité qu'on en retireroit. Je ne faurois aflez recommander tovtes les précautions dont je viens de parler ; combien de gens ont, à force d'argent, acquis la trifte certitude qu'avec plus de connoiflances , iis auroient pu faire tout auflî bien, & à beaucoup meilleur marché.
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- D’É CONO MIE-PRA TIQ UE.
- SECONDE PARTIE.
- CONCERNANT LES CONSTRUCTIONS,
- Article premier,
- Entretien des Bâtimens*
- O n entend par réparation de bâtimens, tout ce qui, dirigé par la plus fage économie , ne tend qu à prolonger la durée de ceux auxquels les injures du tems caufënt fans çefle un dépérilTement plus ou moins confidérable. •';,r
- Ceft fans doute gagner beaucoup que d’entretenir
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- un bâtiment ,en boïl état ; par-là ôn ie rend moitié fiijet aux influences des vents & dé la pluie, déftrue-teüfs dû tout ce qui J eft èxpôfé* Mais ëet ëntrë'tién £ fes limites. Un Propriétaire à Ordinairement fés Éritre-prèneurs habitués* Coniultéz-les chacun éri particulier , tous vous Gônfeilléront d'abattrë St de refaire; Ils éxàgerent les réparations à faire , Si âbufant de Tignorance du Propriétaire., ils le conftituent dans des dépenfès énormes : ce qui fait que de tous les revenus, ceux conflftant en maifons , font communément le moins eftimés.
- Il ne fatit pas non plus tomber dans l'excès ôppofé. Vôtre maifori aurôit duré fô ans de plus fi par de légères réparations, fréquentes à la-vérité, mais bien entendues, vous en euffiez prévenu la chute. Un plancher ou un mur font quelque effet , un tirant de fer préviendra les fuites ; néglige^ de l’y faire placer, le mur prend du fùrplomb & la maifbn menace ruine.
- .tJiié- dés plus êfléntielles iéparà€k£ns’ eft la ëôtivér-ture. Faute des foins les plus fcrupuleux, l'eau s'infiltre , les comblés poWrifTéht & ta maçonnerie eft altérée.
- Votre maifotî a1 été bâtie il y à long-tems ; l’afpeél, vous dira-t-on, en eft gothique, les diftributions mal Conçues. Efaillèurs le luxe & k mode- l'ont reftduè peu logeable. De légers chàngfemëns’ ta- rajeuniront S& ta» rendront plus commode* Mais1 vos planchers pourront-ils» fupporter de nouvelles cloifons»,» quelque légères que vous les fafliez. Un étagé de plus* augmentera' confidérablement votre* revenu j la dépènfe
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- ïfen fera pas grande. Défiez-vous de tous ces confèils infidieux donnés par là cupidité ôu par des ignorans qui ne confultent que la mode & l’ufàge. Cette proportion ëfi rédüiiàrite dans fes fuites , iliàis vos fon-âeriïëris foffirôht-ils àu nouveau Fardeau , les murs porteront-ils bien vos planchers, St lè comble refait à nêiif ne doublera-t-il pas de pëfantêur ? Telles font les cônfidéràticms qtfil në Faut pas perdre de vtië, & d’après lëfqüèlles bri ne s’engagera jamais dans dé folles dépënfes dorit on ait à fe repentir.
- Môn but ri’efl pas de confeiller de dérriolir té>ut IfieüX bâtiniens : à moins que des gens tabulés & dé-finféreffés n’y rëconnoiffent une ruine prochaine, én-trétértëz-ie alVéc fbiii, vous* lè côridifirézi encore loin. Mais Ue' confultà'nt q’ùë là commodité & la mode , vous vous permettez indifFérémmérit tôttië èfpëcé d’embelliflement, vous rifquez de voir crouler fdi& peu vbtré bâtiment, & d’entraîner la chéïe de ceux qui lui font Ÿ’ôifîrïsi
- Î1 né faut pas non plus portëf tf 6p loin tés éues d’écônofh‘ie: que je recommandéfiï fê perfuàdéi! que de‘s’ réparations un pëù fortes’püïffentCôftfërvér ùttfe rhàifori qui menacé /ûiné dé tous côtésrïl vaüt Mieux la jëttèr à bas que dé s'épuifer ëh1 dépërifëV qui1 né peuvent fâ faire fubfiftér. Jé-vais* éracëf ici qiféiqüës réglés de conftruéÙoh' doiit ori poü¥rà:fëiré‘ uïSgë- éh faisant toujours le" niéhie plan d^dodbhïiëV
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- Projet de ConJlruBion,
- Il n eft pas de genre de conftruétion qui n exige pour préliminaire toutes les réflexions que j'ai appliquées aux terraflemens.
- Le plus grand foin des ouvriers quon fe propofe d'employer, efl: de diminuer confidérablement la dé-penfe , de promettre de l'exécuter dans un tems fort court, afin, de ne pas rebuter celui qui veut conftruire* On ne fauroit donc trop fe mettre en garde contre de pareilles fédu étions : ne négligez rien, exigez au contraire jufquaux détails des moindres parties, & après avoir ainfi calculé fcrupuleufement avec vous? même , il efl encore prudent de deftiner une fomme, même a fiez forte, pour tout ce qui n'aura pas été prévu.
- Le choix des ouvriers à employer efl ici de la plus grande conféquence. Il n'eft pas rare dans une entrer prife un peu confidérable, & dont on connoît tous les détails, qu'après avoir apprécié au plus jufte le prix des matériaux & fournitures, celui des façons & journées d’ouvriers, il n'eft pas rare, dis-je, qu'un Entrepreneur vienne propofer de fe charger de l'exé? cution à un rabais confidérable. Mais ce qui étonnera encore davantage, c'eft qu’à ce prix il fafle for l'ou? vrage entier un bénéfice confidérable ; quelle en peut être la çaufe? La voici. Une fois que le marché efl ligné, que les épaiflèurs des murs font arrêtées, la nature des matériaux déterminée! on met en couvre
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- un très-grand nombre d’ouvriers, ce qui flatte l’amour propre & l’impatience du Propriétaire ; mais c’ell dans ce grand nombre d’ouvriers qu’on trouve un moyen de gagner beaucoup. A moins d’avoir des piqueurs affidés qui infpeélent les travaux à mefure qu’ils avancent, qui foient préfens par-tout,, on épargnera fur toutes les fournitures. On fè hâte d’élever un angle de mur, pour, dit-on, remblayer les terres qui nui-fent, ou pour( telle autre raifon : prenez-y garde ; ou votre mur n’aura pas l’épaifleur convenue, ou féduit par les apparences, on vous fera juger de fà folidité par la partie qui refte à découvert (& c’eft parlàque fe Fera le toifé ). Cette partie fera parfaitement bien conftruite, les moellons font très-grands & bien aflîs, mais le mal efl: caché. L’autre furface n’en contient que de fort petits, & le milieu n’efl: rien que des recoupes avec beaycoup de mortier, ce qu’on appelle du garni. Les chaînes de pierre doivent avoir telles dimenfions , & être de toute l’épaifleur du mur. Un carreau artiftement pofé vous en impofera , tandis qu’à la furface cachée, un autre carreau laifle un vuide entre deux qu’on remplit de mortier avec des pierrailles. Lorfque les planchers font leur effet, ou que le bâtiment taflè, ces carreaux cedent chacun dans un fens, la pierre qui efl: aflife dejffiis ne trouvant plus une afliette convenable, fe fend & fait fendre ou féparer toutes celles qui fontpofées deflùs. Méfiez-vous de cette ardeur de travail qui, quand la journée efl: finie, ou aux heures de repas , fous prétexte d’avancer une partie qui prefle, ou qu’il efl-important
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- d’acçélerer, détermine TEntrépreneur à faire travaille? ^yeç précipitation. Ç’efl; quelque vice de conftruâion qu’on veut cacher , pu quelques mauvais matériaux \ employer. Dans cet inftant Je s furyeillans font en-r dormis , la cupidité feule veille, Mais loin de rierj foupçonner, comme toute perfoqne qui bâtit efl: fta.* turellernent impatiente d’en voir la. fin , qes travaux extraordinaires flattent, ÿç l’Entrepreneur ne manque pas d’eq tirer avantage pour témoigner fon zele & parpître entrer dans les vues de çelui qui le met en ceuyre,
- Il ne faut pas tellement généralifer ces inçonve*!» mens, qu’on n’ait abfolument confiance en perfonne. Lprfqup par un heureux choix vous vous ferez; mis entre les mains d’un honnête homme, U faut sy abam-donner fans réferve. Comme toute entrpptife excite la jaloufie des autres ouvriers, il faut fe, mettre en garde contre les rapports & les ayis qui n’ont pour Sut que l’intérêt* Un léger changement fait par com-plaifance peut déranger l’économie, du plan le, plus fagement conçu.
- Je n ai pas entrepris de ne prévenir que les Pror priétaires contre, les fraudes d’Entrepreneurs avides & intérefles, je dois encore, à la vérité de mettre ceux-ci en garde contre, la m.aumife.foi de quelques partiçu^ liers * qui, fous prétexte de procurer un affaire dp conféqù'enco à un Arçhiteéle pu a un Entrepreneur, favent adroitement tirer dons tous les plans & détail* d’une çQoftruiàion pour les faire exécuter par des gens i gages h oomme étant le fruit de leur imagina*
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- tion & de leurs talens. Un Architeâe prudent nejfoit jamais fe défemparer de fes coupes, profils & détails, quil n étoit afliiré de l’exécution. Tl eft fi aifé de faire faire des copies de tous ces deiïèins, qu en profitant de toutes les meilleures vues d’un habile homme, & faifant au total de légers changemens, on femble avoir inventé tout, & on na fait que pilier ce qu il y avoit de meilleur. C’eft cette crainte qui rend fouvent les Artiftes refferrés fur les projets quon leur communique.
- Il eft aflèz ordinaire de voir commencer, à grands frais, des conftruétions dont les détails ne font pas encore déterminés. Jaloux d’avoir une grande affaire, les Entrepreneurs fe livrent aux premiers travaux, afin que le Propriétaire une fois engagé, ne puiffe plus reculer. Qu arrive-t-il? Souvent la femme qu’on y avoit deftinée eft épuifée avant que le bâtiment feit au tiers ou à moitié ; l’amour propre du Propriétaire lui fait faire des efforts confidérables fur fa fortune, & on fe trouve ruiné à la fin en poffédant un bien qui auroit dû augmenter notre aifance ; & pourfuivi par les différens Fourniffeurs, on eft obligé de laiffer vendre la maifon qu on avoit projettée avec tant de plaifir, & qui, dans faconftru&ion, na çaufé que des peines & des inquiétudes.
- Mais, dira-t-on, fi votre fortune ne vous permet pas d’aller plus loin, attendez que le revenu accumulé de vos biens vous mette en état d7aehever : oui, fans doute , & ceft dans ce trifte cas le parti le plus fige que vous ayez à prendre, encore eft-iî fejet à
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- beaucoup d’inconvéniens. Un bâtiment ainfi abandonné dépérit-en peu de tems , & lorfque vous le reprendrez, il faudra arracher un grand nombre des pierres qui auront fouffert. Les matériaux dont vous vous êtes pourvu vont fe réduire à rien, & même avec les plus grands foins, on peut les regarder comme perdus fi on reprend la befogne* Pour moi je penfe que ce qu’il y a de mieux à faire dans cette occurrence , eft de chercher à vendre, à moins que des épargnes bien entendues ne puiflent mettre à portée de continuer dans un tems affez court & déterminé : encore vendre ! La place, fans doute, na pas changé de valeur, mais les diftributions ne conviendront pas au nouvel acquéreur, ou fi elles lui conviennent, il fe gardera d’en rien laifler paroître pour tirer de vous un meilleur parti. Les matériaux feront eftimés presque rien. Je ne vois pour le Propriétaire dans ce cas quun feul avantage, c’eft d’éviter de confirmer fa ruine, qui, en continuant, devient inévitable, 8c une fois engagé dans un aulïi mauvais pas, c’eft le feul parti qui refte à prendre & que je confeille.
- On trouvera peut-être que cenfeur trop rigoureux, je mé plais à multiplier les difficultés , à groffir les in-convéniens : que mon ouvrage, loin d’être utile à l’induftrie & au commerce, ne peut que leur porter les plus funeftes coups en jettant le découragement dans l’efprit de ceux qui auroient deffein de faire bâtir. Un tel reproche ne me touche pas & ne fauroit m’être appliqué. Je l’ai dit au commencement de cét Ouvrage, l’amour de la vérité m’a foui mis la plume
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- à la main. Jaloux des progrès de l’Art, je ne defire rien tant que de le voir porter à fon plus haut degré. Rien ne caraélérife mieux la grandeur dune Nation que la fompttfofité des édifices, l’élégance des jardins , l’embelliflèment de la nature. Il ne convient à perfonne autant d’encourager les talens, qu’à ceux que leur fortune met à portée de les exercer. Mais dans ce fiecle de luxe, où perfonne ne calcule d’après fa fortune, où un particulier ne rougit pas d’entreprendre des travaux auxquels l’opulence la plus affo-rée auroit peine à fe déterminer, ne dois-je pas combattre de tout mon pouvoir un pareil abus, non pas en déterminant à conftruire ; je ne luis pas conftitué çenfçur des fortunes particulières, mais en éclairant fur les fuites, ceux qu’une démarche inconfidérée con-duiroit à une ruine certaine. Bâtiflèz, logez-vous convenablement à votre état #: à vos goûts ; mais craignez l’appas trompeur dun luxe ruineux ; & fi telle eft votre envie, daignez au moins par de Pages mefures, des réflexions profondes, vous aflitrer de porter à leur fin vos entreprifès. Combien de riches Particuliers ne doivent leur chute qu’à cette foreur de bâtir incon-fiderément. Je le répété, dans une carrière aufli épi— neufe, on ne fauroit s’y engager qu après les plus mûres réflexions,
- Pour ne rien laifler à defirer dans une matière aufli importante , je vais préfenter quelques réflexions for la néceflité des reconftruélions, & for les moyens d’économie à y apporter. Par-tout le même efprit me guidera, Je ne préfente pas au public les rêveries d’un
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- penfeur défœuvré. Tous les inconvénient contre lesquels je veux qu'on fe mette en garde , je les ai éprouvés. Ce n eft que par une étude approfondie, je l'avoue même , par des tâtonnemens louvent in-fruétueux, que je luis venu à bout de connoître la vérité. Ce ne font pas dés eflais, mais les rélultats dfun travail de fo ans. *
- Les reconfiruélions n entraînant pas avec elles autant d'éclat que l'entreprife d'un bâtiment fbmptueux, peut-être croira-t-on ne devoir pas y donner autant d'attention. J'ofe cependant l'aflurer, il n'eft de fi petit édifice auquel l'économie ne doive préfider. Peut-être même cette partie en exige-t-elle davantage, afin, que l'aceefîbire ne l'emporte pas fur la partie principale^
- Article II.
- JDes recQnjiructiom en. tout ou en partie.
- Il eft allez ordinaire d'entendre condamner du pre* mier mot, ou vanter confidérablement une mailon à laquelle on le propofe de faire quelque reconftruc-tion, félon les intérêts; de ceux qui en portent leur jugement. U eft vrai que tel édifice dont Talpecft n'a rien qui ne fait hideux, peut en lui-même être fort bon, tandis qu'un autre qui féduit la vue dans toutes les. parties, dont Fœil eft frappé, menace une ruine prochaine. C'eft ai F habile Entrepreneur qu'il appar-jient de prononcer. Souvent un défaut paroîr devoir
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- entraîner la chète de la maifbn, & ne provient que de quelque ffet de murs ou de planchers qui ne fau-roit aller plus loin. Souvent atr contraire une légère lézarde à pour caufe quelque vice de conftruâion qui ne fe préfente pas d’abord , mais qui étant de nature à croître fans éefîê, doit guider le jugement de celui qu’on confiilte ; mais aum prenez garde que quelqu intérêt particulier ne dirige le jugement qu’on va porter : en pareille circonftance, la prudence veut qu’on exagere plutôt les défauts,que de les pallier; la vie des particuliers & la fureté publique y font également intéreffées. Cependant avec des connoif-fariees de pratique, on peut aflùrer qu’une réparation bien faite remédiera au mal & prolongera encore beaucoup la durée de l’édifice. J
- Il eft peu de bâtimens, quelqu ancîërrs qu’ils puif* fent être, dont on ne puiflfe tirer quelque parti; & comme nous fommes forcés de convenir que nos ancêtres bâtillbient beaucoup plus jfblidenient que nous, cette côrifidération doit; encore entrer> pour beaucoup dans le jugement quon a à porter. Ôn peut, en général, aflurer qu’un pareil édifice , â l’aide dé bonnes* réparations, durera encore affeZ Ïôrïg-rems, tandis qu’un de conftruéfionftiocfer'ne devrâ! etrecoii-damné dans le même état. S'il s’agit aBfôliûinerit dé jé démolir, il ne faut jamais croire qu’il ne Vaille pa£ lés frais de la démolition ; croyez que s’il ri’y ayoit pas à y bénéficier, il ne fé troüVerOit 'pas tarit d’Én-trepreneùrs qui fe dilputeiit h Fad|é^tatîc^ï‘<fe"'
- pareilles démolitions. Cette aiîertion* déviendra ettcoré*
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- plus vraie fi Ton fe propofç de rebâtir fur la même place. Il neft prefque pas de matériaux qu on ne puifle employer utilement dans le nouveau bâtiment. Des poutres paroiflfent ne rien valoir : comme poutres, j’en conviens, mais faites les débiter, vous y trouverez d’exellentes folives. Les folives mêmes, fi on ne les fracafle pas dans la chute des murs, peuvent encore fervir pour des diftributions & de fortes cloifons. Les pierres étant ménagées ferviront aufli très-utilement. Les vieux fers & le vieux plomb, ont toujours une valeur réelle. Les tuiles & l’ardoife relevées avec foin, peuvent être employées tant quelles ne font pas caf-fées. Pourvu qu’une fage économie préfide à la démolition, il neft prefque rien dont on ne puifle tirer un parti avantageux. C’eft même là quune légère augmentation dans les journées d’ouvriers, peut les engager à ménager beaucoup de choies qu’ils brife-roient fans cela.
- Si le projet de nouvelle conftruétion neft pas tel-lemet déterminé, qu’on no puifle fans inconvénient s’en écarter, & que les fondemens de l’ancienne le trouvent aflèz folides pour porter fans le moindre rif-que le nouveau bâtiment, quelle dépenfe n’aura-t-on pas épargnée : ç’eft pourtant ce qu’on ne voit prefque jamais pratiquer, à moins que des Entrepreneurs devenus propriétaires du terrein, ne faiïent conftruire pour l$ur compte. L’exemple de ce qu’on leur voit pratiquer tous les jours à cet égard, ne doit cependant pas être fiiivi aveuglément : aflèz fou vent on les voit éfôyçf d’immenfes édifices f çonftruits à h hâte,
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- fort peu folides, mais agréablement décorés & très-commodémpnt diftribués, qu’ils vendent auffi-tôt, ne fe mettant aucunement en peine du temps quils pourront durer.
- Lorfquil ne s’agit que de reconftruire un partie, on doit y apporter encore une trèsrgrande attention. Comme il eft néceffaire d’étayer & foutenir en l’air toutes les parties voifines , fi on ne le fait avec beaucoup de précautions, on rifque de les voir s’affaiffer confidérablement lorfque les étais & chevalemefis feront ôtés. Premièrement, parce que ces étais n’ayant pas été fuffifamment roidis , & étant prefque impoffi-ble que la reprife qu’on vient de faire force autant que les étais ; lorfqu’on les ôte, lesîmurs & plancher^ furbaifîent & éclatent en plufieurs endroits. Seconde-: ment, la maffe totale de l’édifice a, dans fon origine , fait fon taflement : la partie nouvellement confiruite-en doit néceflairement i faire un que* ne peut foivrei la partie qui y repofe, fans fatiguer encore bëaucoup-tout ce qui l’avoifine. Iln eft pas rare de voir des portes hors d’équerre dans leur tableau, des çroifées qu on ne fauroit ouvrir, & on en rejette M faute fmJe, bois, qui fait fon effet, & on eft quittepouriy faire idonnet du jeu, & l’on fe tranquillife après; cela.- ...• î / Rien n eft plus elfentiel que de réfléchir/profondément aux réparations , lorfqu elles ^comprennentde? nouvelles diftribùtions ou des augmentations confidéi râbles de fermes depuis long-tems exiftantes. Uri plancher eft affez fort pour fupporter un léger changement ; tnais le plancher Supérieur, fbutenu julquici
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- par la cloifon que vous fiipprimez, va fe trouver à vuide, & la diftribution qu’il porte lui-même peut le fatiguer confidérablement.
- Lorfqu’il s’agit de faire de nouvelles conftru étions à raccorder avec d’anciennes, il eft fouvent plus avantageux de conftruire fur l’ancien plan , que de changer ce qui eft déjà fait pour le rajeunir* Souvent après avoir dépenfë beaucoup, on n’a fait que rendre ridicule une ancienne conftruélion ? qui , fi elle eût été Amplement reparée, n’auroit eu rien de choquant, fi pourtant Tafpeél en étoit gothique, on peut, avec du talent, prendre un jufte ‘milieu entre les deux excès* Il eft facile, par exemple , de fiipprimer ces énormes combles très-élevés comme on lés conftrui-{oit anciennement, qui alors faifoient probablement partie de la décoration, & qu’on croyoit procurer plus exaélement la- chûte des eaux, & empêcher la pourriture de la charpente ; maintenant qu’un expérience éclairée a appris qefune légère pente produit le même effet, en déchargeant confidérablement le bâtiment d’un poids énorme, on peut en réduire la dépenfe'à moins du tiers, de gagner du côté des logement qu a trouvé par là moyen de multiplier & de rendre moins hideux & plus commodes* Le fèul but qu’on doive fe propofèr dans les reconftruc-tions, doit plutôt tendre à l’utile qu-à une décoration mal entendu# > -tpsl > mafàre^ -’dïàÿéfcpit de faire un palais dont ftntéfleur êft mai diftribuéf
- Rien n*eft 'àuffi ordinaire , dans les Villes fiir-tout, mç fevoir* h it lofons, multiplier les
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- fenêtres pour leur donner un air moderne. Deux con-fidérations doivent s’oppofor à cet abus : i°. Les porte-à-faux qui fatiguent les jambes étrieres, s’agif-fant, dans ce cas , d’établir des trumeaux où étoient les croifées, & de boucher celles qui exiftoient depuis long-tems : ajoutez à cela la difformité qu’entraînent de pareilles conftruéf ions. 20. Les murs ayant fait leur taflement, vouloir percer des croifées où il n’y en a pas , ceft en procurer de nouveaux, au ri A que de voir les murs mitoyens fe lézarder de toutes parts, ce qui n’eft que trop fréquent dans toutes les reconftruéfions modernes de ce genre. Le plus fage eft de pourvoir d’abord aux réparations de folidité ; puis ne confolter la mode qu’autant qu’011 pourra s’y livrer fans courir le moindre rifque, non pas de voir tomber la maifon, ce qui n’arrive certainement pas , mais d’en rendre la ruine prochaine y tandis qu’on eut pu la faire durer encore très-long-tems.
- Enfin, lorfquil s’agit de démolir une maifon* c’eft un objet d’économie qui mérite la plus grande confidération , que de veiller à ce que deviendront les matériaux : on peut procéder à leur eftimation de deux maniérés, ip. & c’eft le moins fur ; on peut, l’édifiee étant encore fur pied , eftimer tout ce qui le compofe autant qu’on en peut juger. Quant aux cho? fes cachées, comme il eft très-aifé de fo tromper for leur valeur réelle, puifque fouvent un mur quon croyoit confirait de forts moellons , n’eft fouvent çompofé que d’un rang de bons moellons for chaque foçe * & le milieu neft que rempliflage & mortier,
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- ce qu’en termes de maçonnerie on nomme du garni. Il efl: vrai que cet inconvénient n eft pas fort commun dans les anciennes conftruélions où donnant tout à la folidité, rien au luxe , on n avoit pas encore l’art de parer une mauvaife bâtifle par des dehors élégans. J’ai vu dans une chaîne de mur d’une très-forte épaifleur, & qui de voit, à une très-grande hauteur, porter d’im* menfes planchers, tant pour leur lourdeur que par la portée immenfe des poutres ; j’ai vu, dis-je, pofer alternativement l’une fur l’autre , non pas des pierres de toute l’épaifleur du mur, comme cela fe pratique en bonne conftruélion ; mais des carreaux en parement de chaque côté , du garni entre deux, puis une longue pierre par-deflus, qui chargeant fur les faces , & ne trouvant pour réfiftance au milieu que du mortier & des recoupes de pierre, s’affaifle lorfqu’un des deux carreaux, ou peut-être tous deux, infuffifans pour porter une forte charge, fe caflent & font lézarder, fort 3u loin, un mur dont l’épaifleur en impofe aux plus éclairés, mais qui n’ayant pas fuivi la conftru&ion , n imputent cet événement qu’à la nature des matériaux, qu’on ne peut pas connoître dans toutes leurs variétés.
- La fécondé maniéré de faire l’eftimation des matériaux à provenir d’une démolition, confifte à fyire foigneufement abattre, à ménager tout, puis ranger chaque efpece en tas, dont on puiflfe connoître les dimenfions, c’eft ordinairement par toife. Alors on peut ou les vendre, ou les faire employer dans une nouvelle conftruéHon.
- Mais ce n’efi pas ainfi quon procédé ordinairement
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- à des démolitions : les Entrepreneurs , dont l’intérêt eftde fournir tous les matériaux neufs, fe gardent bien de ménager allez les démolitions pour pouvoir les employer, du moins comme ils pourroient l’être : on fracafle.les bois en les précipitant de très-haut, on laiffe tomber par-deflus des pierres énormes qui brifent tout, & fe brifent elles-mêmes. Le bois n’eft plus bon quà brûler , les pierres, devenues fort petites, ne font plus que du moellon propre à des fondations ou à des diftributions, & le Propriétaire , à qui Ion avoit fait entrevoir les plus grands avantagés des matériaux de démolition, n’y trouve prefque plus rien qui diminue fa dépenfe. En vain fe plaindra-t-il, Les bois qu’on avoit jugés bons, fe font trouvés mauvais; les pierres fe font fendues, & lui féul én eft dupe. Yoyez un Entrepreneur démolir : que de précautions. On jette le bois for du plâtras, & G c’éffi de haut, on les defoend, ou on diminué leur chûté : on jette les pierres d’un autre côté avec toute l’attention poffible. Lorfque c’eft pour le compte du Propriétaire, il eft d’ufàge de conduire les gravois hors de la Ville à tant par voiture : mais fouvent un Particulier peu inftruit, & fatigué de ees dépenfes multipliées , fe laiflè féduire par l'attrait d’une convention que voici. L’Entrepreneur fe charge des frais de démolitions & de tranlport, pour le bénéfice des matériaux , dont fon état le met dans le cas de tirer le plus grand avantage Ces matériaux rentrant, pour la plupart ,. dans la conftruétion, vous font comptés à là tpife fur le marché que vous ayez paffé.
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- Article III.
- Des nouvelles & entières Conflruülons.
- Le premier foin de celui qui veut conftruire, e£t de réfléchir fur le genre de fèrvitudes dont peut être chargé remplacement fur lequel on fe propofe de bâtir. U y en a de coutumières que tout le monde peut connoître, Sc qui varient fuivant les différentes provinces. Il y en a aufli qui ne dépendent que de la volonté de ceux qui ont anciennement vendu, donné ou partagé les terreins. Ün pere de famille partage Ion bien entre plufieurs enfans ; la nature de ce bien ne permet pas d’en faire des parts abfolument égales, foit par la fituation de chacune des parties, foit pour ne pas les démembrer; il eft d’ufage encore pour la commodité d une des portions qui fe trouvera enclavée par plufieurs autres, d’impofer une fèrvitude fur une ou plufieurs d’elles : par exemple, on ne peut procurer l’écoulement des eaux que par le terrein du voifin. On ne peut tirer de jours avantageux que fur l’un d’eux. La maifon ne pourra être éclairée qu’au-tant que le voifin n élevera la fienne qu’à une hauteur déterminée. Un fburce commune à tout l’héritage ne peut , dans la divifion, être commune à toutes les parties fans quon accorde un paffage pour y aller par le terrein du voifin. La portion du centre eft tellement enclavée, que celui à qui elle eft échue n en peut tirer avantage qu autant quon lui en facilitera
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- f accès par tel ou tel endroit, échu à un àutte. Il y a autant d’efpeces de fèrvitudes que la nature des lieux peut motiver,de différentes conventions. :Un puits eft conftruit, il doit êtrexommun. Toutes ces confidérations doivent déterminer celui-qui > établit le plan du bêtiment. Il déterminera l’écoulement des eaux, fôit des toits, foit du terrein ; il fixera la poiition & la hauteur de l’édifice , d’après les connoiflànces générales ou particulières quil aura acquifes* Quant aux coutumes locales, aucun Entrepreneur nen doit ignorer les difpofitions, pour ne pas expofer à des frais de démolitions ceux qui les employënt. -
- Une attention préliminaire à toute . conftruélion, eft de conlulter les Chambres ; duDomaine, connues; fous le nom de Voyerie, foit Royales;-, fôit Seigneuriales, pour y prendre les alignemens. C’eft èncore une précaution de la plus grande importance 9 & qui doit déterminer à conftruire en entier pu à réparer feulement. Lorlque le t redreflement de chemins publics , ou la conftruélion de nouveaux > ont été arrêtés au Conlèil du Roi , cette opération, à moins qu elle n’ait été jugée de la plus grande, urgence ou néceffité , ne s’exécute quà mefure qu il fe trouvé des rédonf-truélions fiir 1 alignement : le bien publiera néceflitié; cette légiflation. t : 1 , ;
- Le plus fàge, quand les maiïons font chargées de feryitudes, eft d’aflembler les yoifins^ & t^us cettx qui y ont intérêt ; & même, pour plus d’autentiçité, de les aligner à la Jurifdiétion du, lieu ; de naettrê'même le Procureur du Roi, en çâufe > fi ia: ypie publique’ s y1
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- trouve intérelTéè , pour, d'après l’examen des titres refpeéiifs, & la reconnoiffance des bornes & témoins, paflèr un aéte à l'amiable, ou faire conftater en Juf-tice les tenans & aboutiffans, & la nature des fervi-tudes, pour s’y conformer en bâtiflant. Cette voie, qui femble difpendieufe & longue, eft la plus sûre pour éviter de fort longs procès, pendant la difcuf-fion defquels fouvrage demeure fofpendu, au grand préjudice des matériaux qui dépériffent, & des frais qui fe multiplient de toutes parts.
- En foppofiirit que le terrein ne foit chargé dau-cune fervitude, il faut apporter* autant d’attention à conftater celles qu’on eft en droit de revendiquer. Bien établir le droit de miroyerie ou le privilège qui en affranchit. Si le terrein eft courbe, reconnoître avec foin les repaires des courbures ; la pofition des angles de retour ; enfin fe conduire, même entre parons ou amis, comrne fi on n’aVoit aucuns égards à fe rendre, pour éviter des conteftations fouvent ruineux fies. Conftater la pofition exaéte des jours de foùffrance ou de coutume, avant de rien démolir. Reconnoître la mîtoyerie & les fervitudes relpecftives. U eft d’ufage confiant, qu’a moins de titre contraire, les murs de clôture font réputés mitoyens ;-que le chaperon du mur doit porter les eaux pluviales autant dun côté que de l’autré. Faute devoir prévu tous ces cas, on sexpofe à rëcobïteiré / S fes frais , ce qui eft fouvent ruineux*
- Lorfque for uâ tèiMn qui na pas encore été bâti, dt qixt eft limité par «n mur de^ clôture d’un des vob»
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- fins, on veut élever un bâtiment, on peut fe fervir du mur de clôture déjà conftruit, s’il eft en état de fup-porter la charge, & l’élever à la hauteur convenable pour le nouveau bâtiment, en fe conformant aux loix des bâtiment & aux us & coutumes des lieux ; & s’il neft pas aflez fort pour fupporter la nouvelle conf truélion, c’eft au nouveau Propriétaire à le faire re-conftruire , à fes frais, à la hauteur qui lui eft nécef faire, fauf l’indemnité qu’il peut répéter contre le Propriétaire ancien du mur, qui doit y entrer jufqu’à la hauteur de fcn heberge. Il en feroit de même fi celui qui fe propofe d’élever un bâtiment ne jugeoit pas la. difpofition dudit mur convenable à fon plan de conf truélion : mais on peut établir comme réglé générale, qu’il eft d’ufage que les voifins entrent , pour égales portions, dans les frais de conftruéèion du mur, qui, par ce moyen, devient mitoyen entre les deux Propriétaires. Une exception à la réglé générale eft que le Roi, pour raifon des propriétés du Domaine, neft jamais mitoyen avec qui que ce foit, & que les murs lui appartiennent toujours. On peut fiir cela, pour n’éprouver aucune difficulté, confiilter ou d’habiles Praticiens, ou des Entrepreneurs expérimentés, ou le texte des Coutumes , qui fouvent exprimées en termes aflez obfcurs , attendu le laconitae de leur langage & le tems auquel elles ont été rédigées, font communément commentées par des Auteurs qui fe font acquis un certain degré de confiance & de réputation. Par ce moyen, on évitera les longueurs & les incertitudes de procès fervent fort longs & toujours
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- à charge , lors; même qu’on obtient gain de caufe. Cette obfervation eft très-eflentielle ; & fi par hafard on s'étoit engagé inconfidérément dans une conftruc-tion qui donnât matière à quelque difcullion juridique , le plus lage eft de terminer, par une tranlaélion. à l'amiable, une conteftation dont la réuffite eft fou-vent incertaine : chacun des contendans fera mieux de fe relâcher tant foit peu de fes prétentions, & doit être afluré que, quel que foit le facrifice quil fafle, il aura toujours gagné beaucoup en évitant de plaider. Une attention qu'il paroît qu’on a fenfiblement négligée de nos jours, eft de conftruire relativement à fos facultés & à la deftination de l’édifice. Je crois pouvoir affigner à cette faute deux caufes principales: le luxe, du fiecle & l’orgueil de celui qu'on a chargé de former le plan. Le luxe eft monté, de nos jours * à un point fi criant, qu'il n'eft prefque pas de bâtiment de particulier qu'on ne pût prendre pour la demeure d'une perfonne d'un très-haut rang , ou d'un riche à qui aucune des commodités de la vie ne doit être refùfée. D'un autre côté , fi notre fiecle eft celui de la philofophie & du bel efprit, fi les Arts y ont été portés à un degré d’élévation au-delà duquel il fem-ble impoffible qu'il puifle monter , chaque Auteur dans tous les genres veut planer dans les nues ; le fimple paroît miférable, & on croit n'avoir rien fait de bon , fi ce n'eft du grand & du magnifique. On eroiroit que ce n'eft pas pourle Propriétaire que con£ truifent nos Arçhiteéles modernes, mais pour le public & pour leur propre gloire. Revenez de votre
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- terreur, Artiftes à qui la nature n'a donné qu une médiocre portion de génie. Confiiltez nos grands Maîtres , les Anciens. Voulez-vous que le public éclairé vous adjuge la couronne après laquelle vous foupirez ardemment, Brûlez tous ces faftueux projets qu une imagination exaltée enfanta , & que le génie ne met jamais au rang de lès productions. Acquérez, par beaucoup d’études & de peines, le talent de nous donner de ce beau fimple qui fatisfait fi agréablement la vue, de ce beau qu’on a tant de peine à rencon-trer, du fimple qui coûte tant à, produire , & auquel la médiocrité a fiibftitué des entortillemens qui fati* guérit, & des colifichets qui déplailènt au petit nom-Ere des Connoifïèurs. Rappeliez-vous fans cefTe qu’unç mailon dé particulier ne fàuroit fupporter le fafte & l’élégance dont vous la furchargez, qu’une maifôn de campagne doit réunir la fimplicité & la commodité. Gardez pour des édifices publics, monument éternels du goût de votre fiecle, ce que l’Architecture a de plus grand & de plus impofant. Entrez tout bonnement dans les vues de celui qui vous met en oeuvre. Mais, direz-vous, & ma réputation? Ah ! foyez tranquille, Le public fait où font les boqs morceau*, il va les admirer.
- Si c’eft une reflource pour la médiocrité de ne tracer que des projets faftueux & peu réfléchis, c’eft auffi pour le riche ignorant un attrait que de les élever ; mais combien de fortunes cette dépravation n’a-t-elle pas renverfées ? On eft flatté de voirs eleveruq palais Iprfqu’pri auroit dû bâtir une maifbn. Et fl l’Àr-
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- chiteéle eft condamnable de prêter fes talens à un auflî mauvais goût, il faut convenir que l’ignorance des Conftruéteurs en eft la première caufe.
- Le génie ne veut pas être contraint. Cette vérité, qui reçoit fon application dans un grand nombre d’Arts & de talens, a pourtant quelques exceptions dans TArchite&ure. Tarit quil eft permis de prendre l’efïor, le véritable talent peut créer des chef-d’œu-vres. Si le terrein où vous voulez bâtir eft d’une grande étendue, il eft plus aifé de fe livrer au feu de l’imagi-riation ; mais lorfque les irrégularités d’un emplacement , les alignemens qu’il faut- conferver , les jours qu’il faut fe ménager, & mille autres difficutés à vaincre , s’oppofent au développement d’une, idée heu-reufe, c’èft alors que l'Architecte habile employera les reffources que I art offre au génie. Ces difficultés fe rencontrent le plus fouvent dans les villes, où là cherté de remplacement^ la bizarrerie des politions font autant d’entraves dont il faut s’affranchir. Quel talent il faut pour la dïftribution, C le terrein eft irrégulier ! Eclairer toutes les pièces, conferver leur fym-riiétrie, procurer des commodités, font autant d’écueils cù viennent échouer la plupart de nos Architectes. Les dehors d’une maifon font féduifans ; entrez-y, l’admiration ceffè. ' ' " '
- Je n’ai jamais eu en vue, dans cet Ouvrage, de donner des léçons d’un Art dans lequel je fens toute mon incapacité. Ç’eft à Virgilè à donner des leçohs de Poéfie : mais une longue expérience, une grande habitude de conduire des travaux , m’ont enhardi à
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- communiquer mes réflexions ; & fi je ne puis donner des préceptes de mon Art, j’eflayerai du moins de mettre fur leurs gardes, ceux,qui, féduits par lepref tige, ou trompés par. le babil impofant de la médité crité, font entraînés dans des dépenfes quils ne recon-noiflent pour ruineufes que quand leur fortune eft épuifée, ou pour folles que lorfque le but quils s’étoient propôle eft manqué;, Réfléchir for les plans, calculer les dépenfes, les melurer for fa fortune, s afliirer du fonds à faire, font autant de préliminaires indifpenlables à toutes conftru étions. Mais auffi une fois le tout déterminé $ iinefauts’ÿ permettre aucuns changemens, ou que ceux que la néceffité exige, quon na pu prévoir & qui u entraînent aucunes fuites dont on ait ;à fo repentir.
- A r t i c l e I V.
- De la connoiffance des < Matériaux.
- Il entre néceflâirement dans le calcul de dépehïe» que je ne ceflerai de recommander , de connoître la nature, la qualité & le prix des matériaux quon doit employer. On a communément;, fur tousses objets;* des tarifs, qui, tout exâéts qu ils font y ne doivent fervir à un Propriétaire prudent que d?à-peu-près, d après lelquels il doit fe régler en gros.' >' Mais oh sapperçoit bientôt quils : font jnfoffifams dès?qtfi| /agit de mettre-la main à l’œuvre.* • Les matériaux i©nc m prix courant j mais différente? cirqonftances le fom;
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- varier fenfiblement. La multiplicité des bâtimens dans une même Ville ou une même Province, la cherté des charrois pour fe les procurer, le petit nombre de bras à y employer , le débouché des rivières pour les faire arriver, que les féchereffes d un long été, ou les inondations d un long hiver pluvieux rendent plus ou moins? facile, font autant de donlidérations dont il faut tenir compte. On fait que la toife courante de menuiferie , par exemple, vaut tant pour chaque genre d’ouvrages. On croit avoir gagné beaucoup de conclure marché avec un Entrepreneur, qui rabat affez confidérablement fur ce prix : mais dans l'état ou en eft la concurrence dans tous les Arts, croira-t-on que celui qui fait à beaucoup meilleur marché que les autres, puifle ou doive prendre .fur lui-même pour remplir un engagement qu'il ne fauroit tenir fans fe ruiner , & pourtant ^obligation eft contractée, les devis & marchés font lignés; quelle reflource lui refte-t-iidonc! Celle qu'on emploie très-communément , & dont peu de gens font en état de faire la diftinélion. ) Dans tous ces marchés / les plans & profils font ordinairement fixés , ainfi que i'épailfeur des bois. C'eft une porte qui, felon là hauteur, doit avoir quinze ou dix-huit lignes d'épaiffeuri. -On lui donnera un pouce quatorze ou quinze lignes. Quel autre qirun Entrepreneur s'en apperçoit, fur-tout fï la différence n eft pas conlidérable, & cependant ces différentes épaiffeurs font fa perte ou fon bénéfice. Des croifées doivent être de bon bois, & fans aubier ni gerçures; fous prétexte de prévenir le haie ou. les
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- D’ÉCONOMÏE-PRATIQUË. 61
- pluies, on fe hâte de les peindre dans l’atelier même où elles ont été faites. C’eft pour cacher de l’aubier , ou des gerçures remplies de maftic ; & n’attendez pas qu’un ouvrier découvre les fautes d’un autre, tous font tenus à garder un fecret qui leur eft commun. Gardez-vous donc de ces prétendus rabais qu’on vous propofera : croyez qu’il eft dans tous les genres d’ouvrage des prix courans dont on ne s’écarte gueres , à moins qu’on ne fâche où regagner ce que l’on abandonne. Je le répété, le plus fur eft de bien conftater les dimenfions des matériaux à employer, leurs qualités & façons, puis d’en donner un prix aflez équitable pour que l’Entrepreneur ne doive pas être tenté de vous tromper : & fi dans le fiecle où nous fomrnes c’eft une néceflité d’être dupé, on peut afîiirer qu’en fait de conftrudlions, c’eft du côté du prix qu’il eft infiniment préférable de l’être. Et pour ne paroître pas avoir voulu jetter un jour défavorable fur tous les Artiftes, je crois devoir faire ici, en leur faveur, une réflexion qui me paroît judicieufe. On fe récrie aflez fouvent fur quelques fortunes aflez rapides & aflez confidérables de quelques Entrepreneurs & Ouvriers ; mais aufli réfléchit-on aux peines qu’ils fe font données , aux rifques qu’ils ont courus , aux avances énormes qu’ils font obligés de faire , & aux payemens qu’ils font toujours tenus de faire, quel que foit l’événement de l’entreprifè. Tant de conlidérations légitiment afiiirément leurs bénéfices, s’ils ne font que modernes. On eft tout furpris de voir qu’une entre-prife un peu confidérable, ait procuré à celui qui s’en
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- eft chargéune fomme allez forte, & ait augmenté fenfibiement fa fortune ; mais bâtiflant fouvent à crédit , ou à de très-longs termes, où croit-on qu'il a pu prendre des fonds néceifaires pour payer exaélement fes ouvriers ? Ce n'eft, le plus fouvent, que par des emprunts très-couteux qu il a couru le rifque ou de gagner beaucoup, ou d'éprouver une banqueroute qui le précipite beaucoup plus bas que le gain ne l'auroit élevé. Dès quon fe détermine à bâtir, il faut prendre tous ces détails en confidération, chercher les moyens de n’être pas trompé fur la choie même , & confentir volontiers qu'on bénéficie fur foi. Voulez-vous avoir droit de diminuer qes bénéfices \ Engagez-vous à payer fréquemment & tenez vo
- train, vous
- verez le droit de rebuter les matériaux qui ne vous conviendront pas, & l'édifice durera cinquante où quatre-vingt ans plus qu'il n'auroit duré. Cette confia dération, dans le fieçle d'égoîfine où nous vivons, paroît ne toucher perfonne. On bâtit à-peu-près pour foi, & on s'embarrafle peu de ce que doit devenir l'édifice dans un tems où on ne fera plus : cependant çe iurplus de durée eft quelque choie ; la bonne conf truétion qui le procure a dû en augmenter le prix, Cette réflexion ne fora fentie que par les bons elprits , ou par ceux qui, fiiccédant aux héritages de parens qui avoient cônftruit à la légère , regretteront de n avoir quun bien qui leur eft fouvent plus onéreux; que profitable, * r |
- Il oft une çlaffe çîe perjfonnçs qui doivent plus par*
- gemens, votre bâtiment ira grand
- ; enga-confer-
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- ticulierement acquérir la connoiflànce des matériaux : ce font ceux qui, chargés de la confiance des Grands ou des gens riches qui font bâtir , doivent y veiller avec beaucoup de foin. Mais comment répondre à cette confiance, fi Ton n’eft en état de le faire ? Il eft une infinité de petites rufes dont les plus inftruits ont peine à n’être pas la dupe. Ecoutez l’ouvrier de maüvaife foi, peu s’en faudra qu’il ne vous détermine pour le parti le plus mauvais.
- Beaucoup de gens penfent qu’il fuffit d’arrêter les plans, & de déterminer les prix par d’exaéls devis 8c marchés, & que lors de la vérification des ouvrages, on fera à portée de reconnoître s’ils ont été faits & fournis tels qu’on en étoit convènu. Qui ne fait que le plus fouvent ces devis ne fervent prefqüe à rien s’ils ont été pafles à un prix trop modique. Il eft pour les faire rompre, ou du moins pour en éluder f effet , une infinité de finefles dont les gens mftruits ne font pas dupes. Tantôt on engage le Propriétaire , fous prétexte d’embelliflernent ou de décoration, dans des change-mens légers en apparence, & qui anéantiflent les précédentes conventions ; tantôt ce font des fournitures cachées qu’on fait de très-mauvaife qualité. Enfin, à moins de connoiflances particulières , il eft difficile de n’y être pas pris, Plaiderez-Vous ! Les vérifications, les rapports d’Experts , lés deïçëntes for les lieux , abforberont le bénéfice que vous aurez Fait par le gain de votre procès;5• r ^
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- 64 traité
- Article -V,
- De Remploi des Matériaux*
- Ce n’eft pas affez de connoître la qualité des matériaux & de pouvoir fe mettre en garde contre les fraudes que je viens de détailler , il faut encore fa-voir les employer à propos, fans quoi on dépenfera beaucoup trop , fans avoir gagné du côté de la foli-dité* On peut même dire qu’avec de grandes connoif* fances fur çet objet, on peut .nuire à la bonté de l’édifice. Quiconquevpudroit, par exemple, conf-truire tous les murs à la même épaiflèur & de la même maniéré, riobtiendroit qu une lourde mafle que les fondemens, tels qu ils doivent être communément, ne fauroient fiipporter, 8c d un autre côté la dépenfe doubleroit fans néceffité, L’art çonfifte à lavoir donner à chaque partie la. foUdité dont elle eft fufeep-tible.
- Soit que l’ouvrage foit au compte du Propriétaire, foit qu on l’ait donné à l’entreprife , c’efl; à celui qui eft prépofé pour le lurveiller à réunir toutes les con-noiffancesdont je viens de parler. Il doit, fans traçafïer les ouvriers, avoir foin que rien ne s’y emploie qu’à propos. Voir tout par lui-même, & fe tenir en garde çontre la féduélion 8c les préfens, Sous prétexte de le çonfulter, on fenunene dans une partie de l’édifice • on le rend témoin de telle ou telle précaution : il fe prouve flatté, 8ç ne voit dans cette démarche que la
- feconnoUTanc^
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- reconnoiflance de fes lumières : ce n’eft pas là quil; doit s’arrêter : dans quelque autre endroit, on eft occupé à mafquer des bévues ou à employer des matériaux inférieurs. Qu’on juge par-là combien la tâche qu’il s’eft impofée eft difficile à remplir. Que de pièges tendus à fa probité ! S’agit-il d’employer d’anciens matériaux, on les cafte, on les réduit à rien, fous prétexte qu’ils n’étoient pas bons ; & s’il n’a beaucoup de connoiflances, il eft lui-même trompé par des apparences qu’on fait adroitement grolïir. Ce font de très-grofles pierres qu’on réduit à un très-petit morceau , qu’il eût été facile de trouver de meliire f dans la quantité qu’on en a. Les pierres, à moins qu’elles ne foient fendues ou délitées, peuvent tou-» jours fervir : mais il eft plus lucratif d'avoir à fa jour? née des ouvriers qui n’ont aucun intérêt à ménager. Si abfolument on s’obftine à faire fervir de vieux morceaux, l’Entrepreneur affrétera une * économie ridicule, & fous prétexte d’entrer dans les vues de l’Econome qui furveille, il employera mal-à-propos des pierres, qui, placées ailleurs, n’auroient rien défiguré, pour dégoûter de cette économie qui lui pefoit fi fort, & dont il vouloit, à Quelque prix que ce fût, s’affranchir, - ,
- Il n’eft point de matériaux qu’une fage économie ne puifle placer avantageufement ; mais il faut, pour concilier la folidité avec la propreté , beaucoup d$ çonnoiffances. Rien ne feroit auffi défagréable. que de voir un édifice neuf çompofé de vieux matériaux : pu peut; 3veç un peu d’art, les rajeunir ou les placer
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- ailleurs ;..mais qui en prendra lé foin ? penfe-t-on que ce fera un Entrepreneur, à qui il importe de faire beaucoup de fournitures ? Non, fans doute. D un autre côté, fi l’ouvrage eft donné à l’entreprife , on fera tout fervir fans doute ; mais où le reconnoître , quand il eft employé avec adreflè ? C’eft ici que les foins dun Econome intelligent, ou dun Propriétaire éclairé , font les plus néceflkires.
- Si les vieux matériaux font en telle abondance quils furpaflent le befoin qu’on en a pour les parties où ils conviendroient, oc qu’on ne veuille pas s’en défaire , ©u qu’on ne le puifle qu’à vil prix, quel parti prendre? Il en eft un que l’économie fuggérera (ans peine ; c’eft, lorfqu’une partie ne peut être conftruite allez folidement avec ces matériaux, aux dimenfions qu’on lui a déterminées, c’eft, dis-je, dé racheter ce qui manquerait à Cétte folidité par de plus fortes dimen-fions, en foutenant & fortifiant les endroits expofés aux plus fortes charges. Çês précautions ne font pas toujours faciles à prendre, ou du moins diminuent fcuvent le terrein à l’intérieur ; on peut rejetter cet excédent à l’extérieur quand Cela eft polïible, ou balancer l’inconvénient de cette perte avec l’économie qui en réfolte , & cette détermination exige les plus grandes connoififances.
- En fiippofant qu’on ait d’abondans matériaux qu’on fié puifle employer dans l’élévation extérieure du bâtiment , on les placera toujours très-utilement dans de fortes fondations, excès par où ne peut jamais pécher un bâtiment s’il doit porter une forte charge. On
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- peut encore fonder un peu plus bas , & par ce moyen fe déterminer à donner un peu plus d'élévation au bâtiment, qui coûtera quelque chofe de plus, mais cet excès de dépenfe fera toujours racheté par le furplus de revenu quon fe fera procuré, ou par les commodités qu'on y aura ajoutées.
- L'excès de force dans les fondemens d’un édifice qui doit être léger , eft auffi blâmable que leur trop peu de folidité pour celui qui doit être très-lourd & très-élevé. Quelques Auteurs ont prétendu que pourvu qu'on fe foit aflïiré de la folidité des terres for lefquel-les on met les premières afïifes, on peut les placer même for des terres rapportées , pourvu qu'un aifoz long laps de tems leur ait permis de prendre de la con-fiftance. Cette affertion eft fauffe & entraîne les plus grands rifques, à moins qu'une longue fuite de fiecles n ait en effet donné cette folidité ; mais jufqu'à ce que des expériences réitérées, & toujours périlleufes à tenter, ait établi fur cela une théorie fûre, leplusfage eft de fouiller jufqu'à ce quon ait rencontré la terre vierge. On peut même aflurer que l’ufage des pilotis n'eft bon que quand des fources trouvées à de grandes profondeurs, ou la mobilité naturelle du terrein,ne permettent pas de s'y fier. Une longue fuite d'expériences , des démolitions d'édifices de la plus haute antiquité, ont appris que les pilotis ne font bons , & ne fe conlervent parfaitement bien que dans l'eau , comme dans le cas des ponts, ou dans des endroits entièrement fobmergés. On conferve à Paris, dans plufeurs cabinets de Curieux * des fragmens de pilons
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- provenant des démolitions de ponts conftruits par les Romains , qui avoient confervé toute leur force, on pourroit même dire qu'ils en avoient acquis. Ces bois étoient devenus noirs comme de l'ébène, fans en avoir la fragilité. La feule marque à laquelle on pouvoit les reconnoître étoit le grain du bois de chêne qui ne fauroit changer. Quelques Particuliers ont même fait débiter de ces pièces de bois en petits bâtons, dont on a fait des cannes , quon prenoit abfolument pour de l'ébène à la couleur , & pour du noyer à leur qualité liante , puifqu'on les faifoit plier comme un jet.
- Différentes démolitions d’édifices très-anciens ont donné lieu de connoître quelle étoit la maniéré de fonder des peuples dont les monumens font parvenus jufqu’à nous. On a remarqué à tous qu’ils le piquoient de donner à leurs fondemens, non-feulement la foli-dité par rapport aux matériaux, mais même par rap-poït à la liaifon intime & la régularité qu'ils leur don-npîent : que le terrein fur lequel étoit la première affife étoit très-bon, très-dur, & ne pouvoit avoir été autre que la terre vierge à une très-grande profondeur. A quelques autres on s’eft contenté de placer une forte affife de pierres très-folidement unies entr'elles, ce qui fer voit de platte-forme fur laquelle on plaçoit de gros libages & moellons à cours d'affifes égales. Quelquefois ils ne bâtiiïoient leurs fondemens qu'avec des moellons brutes & d'inégale groffeur; mais qui , liés avec un mortier que tous les Auteurs anciens fe font plu à nous vanter & que pas un n’a décrit, & qui une fois lié avec les irrégularités des moëllons, ne
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- failoit plus de toutes ces pierres qu’une malle auffi folide qu'un roc, capable de porter les plus grands fardeaux. Divers ponts, aqueducs ou aurres monu-mens publics, dont les relies ont été découverts de nos jours, ne nous ont laifle for cette admirable conf-truélion que de l'admiration & le regret de ne pouvoir découvrir quelle pouvoir être la compofition d'un mortier fi adhérent & fi dur.
- La conftruétion des voûtes de caves & autres lou-terrains mérite toute l'attention d'un Conftruéleur intelligent. Dans la courbe quelles décrivent, c'efl: la régularité qui en fait la force. Je ne parle pas ici des voûtes plates ou autres , tant à plein ceintre, qu'en anfe de panier, en ogyve & arc de cloître, qu'on emploie dans les édifices publics ; cet objet n'entre pas dans mon plan , & j’avoue que fur cela je ne fuis en état de donner rien qui approche des excellens Traités que nous poffédons, & qui font tous remplis de recherches curieufes & approfondies, foivant les réglés des Mathématiques. Je n'ai jamais eu en vue que de donner de foibles réflexions d'économie for les conf-truélions que peut conduire ou infpeéier un Propriétaire intelligent; mais la nature de ces voûtes exigeant que toutes les pierres qui entrent dans leur compofition foient calculées pour leur coupe, artiftement taillées & pofées en joint avec la plus grande attention, & que ce travail foit dirigé par un Appareilleur éclairé , je me tais ; & rentrant dans le cercle étroit que je me fois tracé , je me contenterai dé dire que les voûtes de caves, fouterrains, égoûts, conduites
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- d'eau & autres qui n'exige que de la folidité , le choix des matériaux , leur enfemble, la fimplicité des arcs de pierre font leur principale force. Tous les moëL Ions quon y emploie doivent être joints de fort près , & être taillés en devant fuivant la courbe dont ils font partie. Jamais aucun mur de diftribution ne doit s'éle* ver fur ces voûtes, lur-tout s’il doit être porté à une certaine hauteur. On fait que les voûtes font fiifcep-tibles du plus grand effort ; mais cet effort doit être fait en tous fens & dans tous les points ; fan? quoi les parties qui n'en fouffrent point, repouffées par celles qu'on a chargées, cedent bientôt & donnent lieu aux autres de s'affaifïèr. La poufïee des voûtes eft capable de fi grands effets, qu’il n’eft pas de mur contre lequel elles font leur effort, à moins que par une fage prévoyance on ne lui ait donné beaucoup de folidité, qui ne s'en refiente en peu de tems. Auffi , dans les bâti-mens ordinaires, a-t-on coutume de voûter toute la partie inférieure de l'édifice, fans quoi les tafïemens & autres effets fé faifànt inégalement, l’enfemble de tout le corps en foufïriroit.
- Nous n'avons jufqu ici confidéré la bâtifïe que rela-> tivement aux fondations auxquelles il fuffit de donner de la folidité, fans cependant négliger la régularité. Arrivé à la hauteur du terrein, c'eft alors qu'il s’agit de planter le bâtiment d’une maniéré exaéle & précifë. Cette opération efl: très-eflentielle, & doit fè faire par l’Architefte même , ou par ceux à qui il a communiqué fes plans dans tous leurs détails. La moindre bévue
- eft irréparable, Les diftributions doivent et*e tracées}
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- avec la plus grande précifion. Les matériaux à employer doivent être de la plus grande folidité , fur-tout pour les focles & foubaflèmens, principalement à l'extérieur.
- Les réglés de la bonne conftruétion exigent que les épaifleurs des murs de fondation, fur-tout ceux de dehors, foient beaucoup plus épais que ceux d'élévation ne doivent l'être. Ce furplus fe nomme retraite. Il varie en proportion de l'importance & de la malle de l'édifice. C'eft comme une efpece d’empattement qui contribue à la folidité, & qui réfîfte mieux à la pouf-fée des terres du dehors, qui préferve les murs du ravage des eaux pluviales & des dégradations quelles occafionnent. C'eft au moyen de cette retraite qu'on regagne les irrégularités qui fe rencontrent toujours dans les fondations qu'on ne foigne jamais autant que les parties expofées à la vue.
- Si la beauté & la régularité de la conftruétion exigent de n'employer dans l'élévation d'un édifice que des matériaux artiftement travaillés, la folidité, qu'on ne doit jamais perdre de vue , n'exige pas moins que ces mêmes matériaux foient employés convenablement pour l’obtenir. Lorfque les devis portent que tel ou tel corps du bâtiment fera conftruit en pierre de taille de bon appareil, c'eft à l'exécution dé cette convention qu'on doit fur-tout prendre garde. Voici en quoi confifte la fraude qu'on y pratique ordinairement. Les blocs ou quartiers de pierre font ordinairement rendus à l'atelier entiers & à pied-d'œuvre. On les taille avec les plus grandes précautions pour
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- leur faire produire la plus grande furface extérieur® & le plus de parement poffibles, en négligeant l’ap* pareil qui feul peut produire une bonne liaifon. On voit des pierres fciées d’un angle à l’autre, ce qui au lieu de produire trois ou quatre pieds de parement, en produit près du double. On les place aux angles des bâtimens , aux embraliires , pied-droits des portes & croifées pour faire juger que ces parties, qui fupportent un plus grand fardeau, font conftruites en pleine malle. On en ufè de même pour les plains des murs où cette pierre ne s'emploie qu’en pannerefi Sc jamais en embouti fe , au moyen de quoi, ce qui relie de l’épailfeur des murs, fe remplit de blocailles & mauvais moëllons, trop heureux encore quand le mortier n eft pas épargné & quil fe trouve de bonne qualité. C’eft encore bien pis par rapport aux pierres qui doivent faire faillie, comme les plinthes & cor-niches : à peine leur donne-t-on allez de longueur pour que la partie qui repofe, contrebalance celle qui eft en avant. J’ai vu à de très-gros entablemens tomber dans ce défaut, & pour donner quelque folidité, arrêter la pierre par-der^iere avec un ou deux crampons de fer*
- Quelle attention ne doit-on pas apporter à la fabrication du mortier ! La nature du fable, la quantité de chaux, la maniéré de broyer, font autant de points très-elfentiels pour qu’il foit bon, Lorfque le fable qu’on emploie ne contient que de la terre , il faut abfolument le rejetter. Il y a des gens qui prétendent que çelui 4e riviçre eft excellent. Pour nioi je penfe
- que
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- que n étant compofé que de petits cailloux à-peu-près ronds & lifles, la chaux ne fauroit s’y amalgamer comme il faut. C’eft une expérience à faire, & que le tems feul peut confirmer. Si, pour économifer, on ne met pas affez de chaux, comment veut-on que le mortier prenne du corps ? La bonne méthode elî d’en mettre un tiers for deux tiers de fable ou à-peu-près , mais à peine en met-on ordinairement le quart. Et la chaux elle-même ne mérite-t-elle pas le plus grand foin ! Il y en a de tant de qualités. Trop ou trop peu cuite, elle neft plus la même.
- Je n ai jufqu ici donné que des réflexions générales fur tous les genres d’ouvrages qui fe préfentent ordi-nairent, j’ai tâché de préfenter les moyens de les conf-truire avec le foin & l’économie qu’exigent la folidité & les différentes dépenfes qu’on eft déterminé à y faire. J’ai indiqué les principaux abus par lefquels on élude fouvent les engagemens les mieux faits , les devis les plus exaéls. J’ai rendu fenfibles les fraudes qui fe commettent journellement dans l’Art de bâtir. Je n’ai, je le fens bien, jufqu’ici que donné de la défiance à ceux qui me liront, je leur dois autre çhofè. Je me fois engagé à leur faire çonnoître en détail chaque genre de matériaux qui entrent dans une conftruétton ; je vais commencer par la maçon-? nerfe.
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- TRAITÉ
- Article VL De la Maçonnerie.
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- J’ai déjà dit que le premier point que doit fe pro-pofer tout homme qui entreprend de faire bâtir, eft de connoître la nature des matériaux quil faut employer , non-feulement en général, mais encore dans le pays où l’on eft. Car la nature ne fuit pas par-tout la même marche. On trouve à-peu-près par-tout des pierres ; mais elles fe reffemblent fi peu, quon ne fauroit établir fur cela de réglés générales. Ce qu’il y a de mieux à faire eft de connoître très-exaftement les differentes qualités que produit chaque pays, de a’affùrer à quel genre d’ouvrage chacune convient le mieux, & de fe pourvoir ailleurs de celles dont on peut avoir befbin. Il y a des pays où on ne fauroit ïè procurer déplâtré que de très-loin, & par confé-quent très-cher. Il eft vrai que l’induftrie y a très-adroitement iuppléé ; & en Bourgogne, où on eft obligé d’en faire venir de Paris, on a trouvé le moyen de faire des enduits très-propres & très-unis fur les murailles avec de la chaux mêlée de bourre fort fine: il n’y a que les plafonds qu’on fait en plâtre, U y a des pays où l’on ne trouve que de la pierre meuliere. Cette pierre eft très-bonne pour bâtir, fur-tout des fondations ; mais comme elle eft un peü grife, & que le grain en eft fort gros, on s’en fert rarement pour l’extérieur. Quant aux pierres tendres, dont on fait un
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- fi grand ufàge à Paris, elles font excellentes pour les parties dun bâtiment élevées au-deflus de la portée de la main, du moins c’eft: ainfi quon les emploie dans les grands édifices. Et comme elles font fort légères, on y trouve deux grands avantages ; l’un, de charger beaucoup moins ; l’autre, de fe travailler à beaucoup moins de frais, car on les foie à la foie à dent, & la taille en eft fort aifée. Elles fe durciffent àl’air, & acquièrent une confiftance capable de réfifter aux efforts auxquels on les foumet. Les plus communes font celles de Saint-Leu : ainfi nommées du village de Saint-Leu-le-Serans à dix ou onze lieues de Paris. On les tire de carrières à bouche, c’efoà-dire , dont l’entrée eft de niveau au terrein. Ces carrières, qui femblent inépui-fables, font maintenant d’une profondeur immenfe. On y rencontre des rues qui ont trois quarts de lieue de long. C’eft une tradition confiante dans le pays, qu’on en extrait des pierres depuis le tems de Jules-Céfar. La pierre de Conflans tire fon nom du village de Con-flans-Sainte-Honorine près de Paris , où elle eft fort abondante ; mais comme le grain en eft beaucoup plus fin & plus ferré, & quelle eft plus blanche, on la réferve communément pour les parties d’un bâtiment qui doivent être fculptées. Il eft encore parmi les pierres tendres, une troifieme efpece moins commune & plus dure que les deux précédentes , c’eft la pierre de Tonnerre : elle eft fi fine quon en peut faire de très-petits objets de fculpture ; on l’emploie aufli pour les ftatues & autres ornemens accefïbires de l’intérieur d'un bâtiment.
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- Parmi les pierres dures que fourniffent les environs de Paris, la plus ordinaire efl la pierre de Vaugirard, dont on fait prefque tous les bâtimens. Celle de Ba-gneiix eft un peu plus belle, & même dans ce canton on en trouve une autre efpece très-dure & dont on fait les parties foignées, comme marches d'un efcalier, les chambranles & tablettes de cheminées : ne voulant pas donner un Traité complet de la connoiffance des pierres qui entrent dans la conftruélion des bâtimens ordinaires, & ne pouvant me procurer de con-noiflànces particulières fur toutes celles que peuvent fournir les différentes Provinces de France, je me fuis borné aux fimples notions relatives à celles des environs de Paris , étant toujours facile de rapporter à ces genres ceux qu'on connoît ailleurs , & d'en déterminer l'emploi d'après ce que j'en ai dit.
- U y a des pays où l'efpece d'argile propre à faire des briques efl: fort commune ; on y conftruit prefque tous les bâtimens avec cette efpece de matériaux. C’étoit autrefois l'ufage à Paris ; foit que les immenfes carrières dans lefquefles nous puifons ne fuffent pas encore découvertes , foit que la pierre fût très-chere, foit enfin que la mode, qui feule dirige toutes les aétions des hommes , ne l'eût pas encore voulu ainfî. D’anciens châteaux, où l'on en voit encore, nous ont confervé des traces de l'ufage que l'induftrie en peut faire. On y figuroit des piliers , leurs chapiteaux & leurs bafes; des frontons & leur tympan : lorfque dans quelques occafions on conftruifoit les piliers en pierre ; les trumeaux conftruits en brique figuroient
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- aflez bien de très-grands panneaux en faillie qui, fe détachant du fonds de l’édifice , en faifoient diftinguer l’architeéture de fort loin. L’ufage de ces briques n’eft plus relié que pour les tuyaux de cheminée qui font à l’épreuve du feu. On a eflayé, de nos jours , de conftruire avec des briques, des voûtesprefque plates, dont les eflàis n’ont pas été fort heureux, fur-tout à des portées un peu grandes. Quoi qu’il en foit, leur mérite particulier eft celui de la cuiflon ; & foit que celles qui nous viennent de Bourgogne aient ce degré de perfeélion , foit que la terre en foit meilleure, on leur a accordé une fiipériorité fur les autres , qui les renchérit de beaucoup.
- C’ell un point fort eifentiel dans une conftruélion d’être approvifionné convenablement, pour que jamais les ouvriers n’attendent après les matériaux, ce qui caufo une perte réelle de tems. Si l’ouvrage eft à la journée, on ne s’appercevra du défaut de matériaux-que lorfqu’ils manqueront véritablement; car comme il fofEt aux ouvriers d’attendre la fin du jour, ils paroîtront occupés, & ne feront rien de bien eflèn-tiel. D’ailleurs fi on les preflè un peu fort, forcés qu’ils font alors, ils employeront tout ce qui fe pré-fentera fous la main, bon ou médiocre. Il y a auffi un autre avantage à s’approvifionner de bonne heure : les charrois font fort chers dans le fort de l’été, la prefle y étant pour les enlever, on fait tout paflèr ; les four-» nituresfont de moindre qualité, les pierres pleines d’eau, le plâtre-mal cuit; & comme on fent que l’hiver va venir, on fe hâte d’élever pour couvrir ; & fi l’hiver
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- eft un peu rude, au printems les pierres ont fouffert le plus grand dommage , & les ouvrages en plâtre n ont aucune folidité.
- On croit communément que c’eft un moyen d’économie de mettre les ouvriers à leurs pièces. Cet ufage eft bon, lorfque des piqueurs intelligens font à portée de les furveiller. Sans cela, tout moyen d’aller très-vite leur eft bon : les mefores font {uivies à-peu-près ; l’un emporte le trait, l’autre le {kit jufte, & celui-là le laifle. Lorfqu’on vient à pofer les pierres, l’une rentre, l’autre excede, celle-ci eft gauche, celle-là un peu trop baffe ; &, ce qui n’eft que trop commun, on en eft quitte pour mettre de fortes cales & beaucoup de mortier. Quand l’édifice eft élevé, & quon fait le ravalement, on eft obligé d’en ôter beaucoup en certains endroits, de plâtrer les écornemens que les po-feurs ont faits à toutes arrêtes; & au lieu que les joints foient uniformes, on les voit tantôt larges, tantôt minces, ce qui défigure un bâtiment. Peu de gefis font en état de diftinguer ce qui leur plait à l’afpeél d’un bâtiment qui a été conduit avec foin, c’eft la jufteffe & la régularité de l’appareil.
- Un autre inconvénient provenant du défaut d’ap-» provifionnement, c’eft quon force de travail les parties pour lefquelles on a abondamment ceux qui conviennent , tandis qu on laifle les autres en fouffrance. Ce font par exemple des murs qu’on éleve en moellon à une hauteur prodigieufe, & qu on fe réferve de continuer jufqu’au mur de face qui doit être en pierre de taille, 3ç qui languit faute de prqvifions, On feng
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- que ce genre deconftruétionne peut être que vicieux, puifque les taffemens font faits dans un endroit lorf-quon confirait l’autre , & alors rien neftfi ordinaire que de voir fe former de très-grands lézardemens à un édifice tout neuf. Si c’eft une cage d’efcalier, en peu de tems les marches & palliés baiffent fenfîblement, 8c l’Entrepreneur en attribue la caufe à des effets dont il n’étoit pas maître. Je ne connois quun feul bâtiment où la régularité de cette conftruélion ait été obfervée à la rigueur. U efl vrai qu’immenfe de la nature 8c bâti du plus bas des fondemens, jufqu’au haut, en pierres d’un lit égal, on a pouffé le fcrupule , jufqu’à niveler chaque affife mife au pourtour de l’édifice. On a piqué & mis de niveau les endroits qui fe font trouvés un peu inégaux, & ce foin, digne d’éloges, n’eft pas praticable dans tous les bâtimens. On pourroit même le regarder comme minutieux pour le commun des conftruétions : mais au moins jugera-t-on par-là de la néceffité d’élever un bâtiment tout enfem-ble, pour que les taffemens fe faffent uniformément, & que les liaifons ne foufïrent aucune altération.
- U n efl pas de mon objet de m’occuper d’aucune efpece de décoration. Ce n’eft pas dans un Traité d’Economie-Pratique , mais dans les favans ouvrages de nôs grands maîtres, qu’on en peut puifer les leçons, C’eft à l’Architeéle à déployer les refforts de fon génie. Ses plans une fois adoptés, heureux fi des raifons particulières ne l’empêchent pas de les faire exécuter dans tous leurs détails. Combien d’édifices de nos jours^ heureufement conçus , font regretter que la cupidité & l’avarice aient préfidé à leur élévation.
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- Article.VII,
- De la Charpente.
- Après la maçonnerie, la partie la plus eflentielle dans un bâtiment eft fans contredit la charpente. Ceft elle qui met tout Tédifice à couvert des injures des faifons. Audi cet Art important a été pouffé, de nos jours, à un degré de perfeélion dont les principes femblent avoir été ignorés de nos peres. Ils penfoienc que le comble dun bâtiment doit faire partie de fa décoration. De-là ces anciens édifices , ces anciens châteaux , où les combles femblent le difputer en élévation à la hauteur du bâtiment. La mode, qui décide de tout, pouvoit faire trouver cela fort beau. Peut-être même ne font-ils pas auffi difformes que nous le penfbns préfentement ; mais du moins, décoration à part, ne fauroit-ôn nier que ces combles immenfès ne produifoient que des nids à rats ou des logemens défagréables; que par la quantité énorme de bois qu on y emplqyoit, on rendoit les fecours plus difficiles en cas de feu, puifquil étoit impoffible d’arriver jufqu au fommet fans échelles , que la flamme en rendoit {.approche impraticable, & qu ils chargeoient inutilement l’édifice. Nos Anciens penfoient quon ne pouvoit procurer trop de pente pour l'écoulement des eaux. De-là cette quantité de goutieres à tous les angles dun bâtiment : & comme leur afpeél eft hideux, ils les ont déguifées fous la forme dun nombre infini
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- d’animaux difFérens encore plus ridicules, ou furchar-gées d'ornemens barroques en plomb, qui augmentait encore la charge. Manfard imagina le premier de pratiquer dans les combles, des fenêtres qui ont été adoptées avec emprefTement, & qui ont porté fon nom ; au lieu qu avant lui on ne procuroit de jours dans quelques-uns de ces logemens fùpérieurs, quà fai de de. lucarnes de plomb, dont la couleur fe confondant avec celle de l’ardoife, ne nuifoit en rien à lalpeél dun beau toit uniforme.
- Il y a des endroits où on a adopté la méthode de bâtir en charpente. Cette méthode eft particulièrement adoptée pour les endroits où Ton veut établir de grands atteliers, des manufactures & autres édifices où on a befoin dune grande hauteur ou de beaucoup de jours. On s’en fert encore dans les Villes très-peuplées pour multiplier les habitations. Anciennement tout Paris étoit ainfi conftruit ; on rencontre encore des anciens édifices qui en font foi ; mais depuis qu'une fage Police a porté fes regards fur les caufes des incendies qui avoient fouvent lieu, on a fagement défendu de conftruire ainfi , du moins le devant des maifbns, à moins que la petitefle de l’emplacement ne force d’économifer le terrein ; & alors fiir l’expofé des plans^ on obtient aifément lapermiflion de s’en écarter. Cette maniéré de bâtir eft allez avantageufe quand elle eft fblide & bien entendue : la charge en eft beaucoup moins confidérable.
- Mais foit qu’on conftruife en maçonnerie ou en charpente > il eft des parties qu’on ne fauroit faire
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- qu’en bois , comme les planchers, les efcaliers de commodité, les diftributions dans les moyens édifices & autres parties. Ce genre de conftruélion exige les plus grandes attentions, comme la qualité & les grof leurs qu’il convient d’employer. Par rapport à la qualité , il faut-avoir une connoiflànce particulière des bois pour ne s’y pas laifler tromper. U faut même s’afïurer de l’endroit d’où ils viennent ; car il y a des pays qui n’en produilènt que de très-mauvais, foit par la nature du terrein , loit par la qualité de l’air qui y régné. Ces bois , 'quelquefois très-bons en apparence , font gâtés au cœur, & tombent en peu d’années en pourriture. D’autres, abattus hors de faifon, s’échauffent & fe gâtent très-promptement. Malgré toutes ces attentions on eft fouvent trompé. Auffi a-t-ori, depuis quelques années, fait pour procurer aux grofles pièces de bois la folidité qu’on en attend, plufieurs expériences dont le tems lèul peut afliirer le luccès. Quelques Phyficiens imaginant qu’une des caüfès du dépériffement des poutres, eft d’avoir leurs deux bouts cachés dans de la maçonnerie, ont effayé de laifler l’accès de l’air à ces deux-bouts, fur les chaînes de pierre où elles repofent. Us penfent, avec railbn, qu’une piece de bois, quelque longue qu’elle foit, n’eft autre chofe qu’un faifceau de fibres longitudinales , entre chacune delquellesl’air circule comme circuloit la lève quand elle étoit fur pied. Que cette circulation interceptée par les deux bouts, donne lieu à une fermentation qui, en peu de tems, corrompt la totalité de la piece. Il eft vrai que c’eft une çholè
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- a fiez hideufè à voir dans un édifice un peu propre, que ces bouts de poutres bruns, 8c que par la même raifon que ci-deffus, on ne fauroit ni blanchir ni peindre , puifqu on boucheroit fes pores. Mais on a remédié à cet inconvénient, en fcellant fur la furface du mur dès plaques de tôle percées dun infinité de petits trous par où s’infinue l’air , & quon peut peindre conformément à la couleur du bâtiment. D’autres ont cru que cette précaution étoit infuffifante pour prévenir l’échauffement du bois au cœur, & fa pourriture prochaine ; en conféquence , ils font fendre la poutre fuivant fa longueur, 8c mettent le fciage en-dehors , adoffant les deux faces oppofées, & liant ces pièces enfemble avec de gros boulons à vis de diftance en diftance. Il paraîtra d’abord que cette pratique affoi-blit fenfiblement la force de la piece : cela doit être, ne fut-ce que très-infenfiblement, maison pare à cet inconvénient en choififïànt une poutre un peu plus forte. On a encore porté f attention plus loirï : il eft aifé de fentir que toute mortaife, pratiquée fur la longueur d’une piece de bois, interrompt la continuité de fes fibres & l’altere. On a même long-tems pratiqué de fortes entailles propres à recevoir un renforcement fait au tenon, & qui multipliées fur la longueur de la piece, en diminuent confidérablement la force : on a imaginé de placer des deux côtés de la poutre, une piece de bois de toute fà longueur, ou de plufieurs morceaux, retenue contre par des étriers dfe fer attachés fur le plat 8c au-deflus dé la poutre, fer laquelle repofçnt les folive$. Par ce moyen on con-
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- ferve à celles-ci toute leur grofleur par le bout,& à la poutre toute là force naturelle.
- On n'a pas abandonné au caprice des Conftruc-teurs la liberté de donner à leurs planchers la forme qui leur plaît. Le Gouvernement a fend que l'avidité porteroit trop loin l'économie. Il eft des ufages à cet égard dont il n'eft pas permis de s'écarter, à peine de démolition & reconftruétion à la charge des Entrepreneurs. Cette partie n'étant pas de ma compétence , je n'en dirai pas davantage. On peut conlùlter les livres qui en traitent. A cela près, il eft important de placer les bois fuivant leur plus grande force -, & de ne pas les employer indiftinélement. On fait qu'une piece de bois méplatte ( c’eft ainfi qu'un nomme celle qui eft plus large qu'épaifle ), a plus de force li elle eft placée de thamp, c'eft-à-dire, qu elle repofe fur fon épaifleur, & non fur la largeur. C'eft ainfi qu'on a coutume de placer les {olives d'un plancher. La rai-fon qui a déterminé cet ufage eft l'économie du bois. Une lolive quarrée étant fuppofée lufceptible d'un fardeau quelconque, on peut lui fubftituer une piece méplatte, dont la largeur loit un peu plus grande, & Tépaiflèur un peu moins que celle de la piece quarrée. On peut même, par ce moyen, faire refendre for la longueur un brin qui fournira deux lolives aflez larges & beaucoup moins épaiflès. U eft bon de fpé-cifier toutes ces proportions dans le devis eftimatif de la conftruâion. Si les ouvriers font à la journée, peu leur importe d'écônomifèr le bois : plus il eft gros , plus ils ont d’ouvrage, & on ne gagr\e rien du côté
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- de la folidité, puifque le furplus de ce qui eft nécef-faire ne fait que charger le bâtiment en pure perte.
- De légères connoiflànces fuffifent pour déterminer les qualités du bois de planchers ,'cloifons, pans de bois & autres ouvrages courans. Il eft des longueurs déterminées auxquelles on débite communément les bois dans les forêts, & dont on trouve de toutes fortes d échantillons. Les différentes pièces de conftruâion une fois bien connues , on peut s’approvifionnet en conféquence. Iln y a que le cas de hauteurs de planchers extraordinaires où les cloifons exigent du bois un peu plus long, encore trouvera-t-on dans un peud’induf-trie des moyens d’employer des mefures ordinaires. Quant aux irrégularités du terrein,àlapofition forcée des poutres félonies trumeaux des croifées, la longueur des folives peut varier à un certain point, & on a fouvent de la perte. Les combles dans les édifices ordinaires ne préfentent gueres plus de difficultés , on peut toujours cônnoître les qualités de bois à y employer.
- Lorfque dans des édifices de quelque importance, il s’agît de conftruire des combles recherchés, des ef-caliers difficiles , des lucarnes fingulieres & autres objets dont les pièces ne peuvent fe prendre que dans de très-forts morceaux de bois pour y trouver les courbes néceflàires , le calcul eft tout différent. Il eft tel noyau d’efoalier, qui, quand il eft fait, contient fort peu de bois, & qu’il a fallu prendre dans une poutre énorme : on font bien que ce morceau doit être payé en raifon de la pièce où on la pris. De plus, la façon en eft très-chere : peu d’ouvriers font en
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- U ' T R A I T É
- état d’en diriger la coupe , & on y emploie beaucoup
- de journées.
- Lorfque la néceffité exige qu on emploie des bois de longueurs extraordinaires , les prix ne font plus fixes ; mais on peut convenir avec l’Entrepreueur que les bois jufqu’à 24 pieds feront payés tant, de 24 à une longueur quelconque tel autre prix. Que ceux courbes & cintrés vaudront tant la toife mis en place; le tout d’après les plans & deffins for lefquels ils auront été arrêtés. C’eft le feul moyen de calculer, à fort peu de chofo près, la dépenfe à laquelle montera l’édifice qu’on veut élever.
- C’eft encore, comme je l’ai déjà dit, un objet digne de l’attention du Propriétaire & de l’Entrepreneur, de connoître à quoi peuvent être bons les bois de démolition, Il ne faut pas croire que le bois, par cela feul qu’il eft vieux, foit àrejetter. Pourvu qu’il n’ait ni fentes ni vermoulures, & qu’il {bit de longueur & de grofleur requifes , on peut l’employer utilement à tout. Mais il eft rare qu’on ne s’y laiffe tromper. Ayant deflein de ne présenter au public que de légères notions for chaque genre de fournitures qui entrent dans la composition d’un bâtiment, je crois en avoir afTez dit pour ceux qui n’ont befoin que de diriger leurs conftruélions , ou au moins d’en fuivre les opérations, mais trop peu fans doute pour ceux qui auroient befoin de connoiflances approfondies : nous ne manquons pas d’excellens Traités où chaque partie eft traitée avec beaucoup d’étendue, par des Auteurs di£ tingués, Jç paije à la çpiiyerture,
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 87 Article VIII.
- De la Couverture.
- On a dans différentes provinces, par rapport à la couverture des bâtimens, différens ufages félon que la province eft fertile en tel ou tel genre de matériaux. Le plus ordinairement on fe fert de tuiles & d’ardoifes. Quant aux premières , comme c’eft un produit de linduftrie humaine, 8c que les différentes terres avec lefquelles on les fait, varient fuivant la nature du pays & le degré de cuiffon qu’on leur donne , je vais me livrer à quelque détail fur ce fujet.
- La tuile & la brique ont, par la nature de la terre qui entre dans leur compofition , une très-grande affinité : cependant on peut aflurer que telle terre qui donnera d’excellentes briques, ne donnera que de médiocres tuiles. Cette partie n eft point du tout à négliger. La terre, fa préparation & fa cuiflbn en font tout le mérite & la folidité.
- J’ai pofé comme réglé générale > que c’eft avec raifon qu’on a proferit ces énormes toits que les fie-cles précédens avoiens fait adopter. C’eft ici le lieu d’établir les exceptions qu’on doit y apporter. Une longue fuite d’expériences a fait remarquer que dans les pays où régnent d’épais brouillards 8c des pluies prefque continuelles, l’eau qui s’écoule lentement fur des combles prefque plats, eft, par la violence des vents qui y font fort communs, arrêtée dans fa chûte,
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- refoulée entre les tuiles, & pénétrant infenfiblement fous la couverture , pourrit en peu de tems la charpente & les planchers. Plus communément, & cela eft ordinaire dans tous les climats, le vent portant la pouffiere fur les toits , l’humidité en fait en peu de tems une terre qui produit bientôt de la moufle ou croûtes de crafle qui ne permettent plus .à Peau de s’écouler : l’air ne circule plus dans les combles , qui riflènt encore par la même caufe. La méthode des Anciens, pour trouver la pente de leurs combles, étoiç de foivre la diagonale du quarré élevé au fommet du bâtiment : fouvent même on leur.donnoit encore plus de roideur. Aufli voit-on encore aujourd’hui des char-* pentes très-bien confèrvées depuis un nombre infini d’années. Il n eft perfonne qui puifle aifément acquérir la certitude de ce fait, en examinant l’état de la charpente de ces anciens clochers qui femblent braver les tempêtes, & avoir toujours leur fommet dans les nues, fur-tout en tems de pluie. Mais la mode en a décidé autrement, &, comme je l’ai déjà dit, la né-ceflité d’élever le bâtiment & de multiplier les loge-mens, a fait rejetter ces formes antiques. On peut prendre un parti fage entre le trop & le trop peu ; confolter la température ordinaire de l’endroit, & fur* tout entretenir fcrupuleufoment la couverture.
- U eft 4’un ufage affez ordinairement reçu, de eou«* vrirles édifices un peu propres avec de l’ardoife, & les maifons ordinaires en tuile.'La différence dans l’achat & dans la folidité eft grande ; mais auflî il ne f^ut pas fe déterminer pour l’un ou pour l’autre par la
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- feule raifbn d’économie fur cet objet. Un Conftruc-teur intelligent porte fes vues plus loin : voici une idée du calcul quon peut faire à cet égard.
- Il eft certain que la tuile charge infiniment plus un comble que l’ardoife. Or plus le toît a de pente, moins le fardeau porte fur la charpente : cela efl: aifé à fentir. Suppofons que le toit efl perpendiculaire à l’horifon, le poids fera füpporté en entier par la partie qui lui fervira de bafe : fi au contraire il lui efl parallèle, il fera porté par tout le comble ; & il portera d’autant plus fur le comble, qu’il approchera davantage du parrallelifme. Il fuit de-là que des toits très-roides font les meilleurs ; maïs un inconvénient vient croifer ce calcul. Plus le toît efl roide, plus chaque tuile tend à s’échapper de fa place ; ainfi le parti mitoyen entre le trop ouïe trop peu deroideur, efl celui quon doit préférer.
- On fait que.l’ardoife n’eft point une compofition de la main des hommes. C’eft une efpece de terre rangée dans les ardoifieres ( on nomme ainfi les carrières à ardoifes ) par lits, & que l’induftrie va chercher à de très-grandes profondeurs. Cette terre fe délite aifé-ment au fond de la carrière même, où on la taille de différentes grandeurs félon les ufages auxquels on la deftine & les coutumes des différens pays. Elle a communément dix pouces de haut fur huit de large, & une ligne & demie d’épaiffeur ou environ. On en voit quelquefois de plufieurs pieds quarrés dont on fait des tables, des panneaux pour deffiner ou autres ufages. Pour que l’ardoife fait bonne, il faut que le grain
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- en foit fin & ferré & point ou peu mêlé de graviers. Quelle ne foit pas fujette à fe feuilleter, ce qu'on connoîtra aifément en la caflant. On peut encore en faire l'épreuve en verfent un peu d'eau delfos ; plus elle s'imbibe difficilement, meilleure elle eft.
- Quant au choix à faire entre les grandes & les petites , voici une obfervation qui pourra déterminer. Les ardoifes nous viennent d'aflez loin : le port, qui eft aflez confidérable, s'en fait à raifon de tant par mille. Lorfque les voituriers vont fe charger à l'ardoi-liere, on fent que pourvu qu'ils en tranfportent un mille, ils ont intérêt de choifir, par préférence, les plus minces, pour que le poids en foit moins fort. Lorfqu'elles font empilées par centaines , elles n'ont ordinairement que dix à douze pouces de haut, ce qui fait pour chacune une ligne un quart ou environ. Cette épaiflèur n'eft pas foffifante pour réfifter à de fortes grêles ; aufli eft-ce-là leur plus grande caufe de deftruélion. Pour parer à cet inconvénient, j'ai pris des arrangemens avec mes voituriers, qui, en les dédommageant de leur excès de charge, m'a procuré des ardoifes de bonne épaiflèur : je me luis engagé de leur donner vingt fols d'augmentation par chaque pouce excédent un pied de hauteur pour le cent. J'y ai gagné confidérablement ; & j'invite tous ceux qui font dans le cas de faire conftruire, d'ufer de cette reflource. On regagne bientôt une légère dépenfe de plus, par l'économie for l'entretien.
- IJ. y a des endroits où les ardoifes fe clouent for des lateaux de bois de chêne qu'on nomme voliches
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- pu voliges. Cette pratique, bonne à beaucoup d'é-gards, ne doit pas être adoptée indiftinélement dans tous les pays. Il y a des endroits où le chêne acquiert une fi grande force & une fi grande roideur, qu'il' eft fujet à fe gercer & à fe déjetter lorfqu'il eft échauffé fous l’ardoife. Celle-ci ne pouvant réfifter à un pareil effort, fe cafte, & on eft tout furpris de voir un toit dégarni, fans quaucune caufe accidentelle paroiflè y avoir donné lieu. En vain multiplieroit-on les doux pour retenir les latteaux ; rien ne réfifte au bois qui travaille. On a donc préféré l’ufage des voliges ou feuillets de fapin ou de tilleul de neuf à dix lignes d'épaiflèur folidement clouées lur le chevronnage. Outre que cette efpece de bois efl: plus douce & moins fiijette à le déjetter, les doux avec lefquels on fixe l'ardoife y entrent plus aifément que dans du chêne, & on eft moins lujet à caffer l'ardoife.
- Quant aux tuiles , la maniéré de les pofèr eft toute différente de celle des ardoifes. On a coutume de leur réferver en deflous, en les faifant, un petit crochet pris à même la tuile, par où on les retient lur les lattes de peur quelles ne gliflent. D'après cela il eft aifé de fèntir que la maniéré de latter efl: differente de celle propre à recevoir les ardoifes. Il fiiffit de clouer lur les chevrons, à environ fix pouces de diftance les unes des autres , des lattes de bois de chêne auxquelles on accroche les tuiles. L'attention qu'il faut y avoir eonfifte en ce que les lattes foient de cœur de chêne & fans aubier, que les doux foient aflez longs pour pénétrer convenablement dans le chevronage, & aflèæ
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- déliés pour ne pas faire fendre les lattes. Que les tuiles foient dune bonne cuiflbn, fans quoi un feul hiver les détruit.
- Il eft des endroits où on arrête les tuiles avec du mortier, pour fermer toutpaflageau froid dans les greniers , lorlqu’on veut les rendre logeables pour des pauvres gens, ou propres à conferver du grain ou des fruits. Il faut que ce mortier foit parfaitement bon, fans quoi la couverture s'en iroit en peu de tems. Il faut auffi avoir foin, autant quon le peut, de ne pas faire ces fortes d’ouvrages à l’entrée de l’hiver, ïàns quoi le mortier venant à geler , fe décompofo , & au dégel tout fe détruit. On examinera fi la tuile eft bien pofée, fi le pureau eft bien réglé, fi à l’endroit des noues & arrêtiers il n’y a pas de jours par où l’eau puifle fe filtrer dans la charpente, ou donner accès au vent.
- La plomberie mérite encore de la part des Conf-truéleurs une grande attention. Cette matière toujours très - difpendieufe , qùoiqu’inévitable en beaucoup d’occafions, doit être épargnée autant qu’il eft poffi-ble, fens cependant nuire à la folidité ni même à la décoration des parties où on l’emploie. Comme c’eft toujours une forte dépenfe, on peut, en arrêtant les plans, déterminer la pofition des combles de maniéré à faire en tuile beaucoup de parties qu’il auroit fallu, fans cette attention , faire en plomb.
- Il eft d’un ufàge à-peu-près général de faire toutes les fournitures de plomb à mefore quon en a befoin, puis quand l’ouvrage eft achevé, de toifer for place,
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- parce qu’on fait combien doit pefer la toife quarrée de chaque fourniture. Néanmoins pour ne pas perdre de vue Tobjet que je me fuis propofé de donner des connoiflances fur chaque genre de conftruétion, & fur les parties qui les compofent, on pourra fe rendre compte de la dépenfe à faire dans cette partie, en calculant d’après l’expérience qui nous a appris qu’un pied quarré de couverture en plomb, fur une ligne a épaifïèur, doit pefer cinq livres dix onces : on aura bientôt la valeur du total par ce moyen, mais il faut compter à part la foudure, qui augmente beaucoup de la valeur en raifon de fon épaiffeur , & de l’étain qui entre dans la compofition. Il faut auffi tenir compte de la mife en œuvre. Il eft néanmoins plus sûr de ne recevoir aucune fournitures de plomberie qu’à raifon de prix convenus du poids. Ce détail paroîtra peut-être minutieux, puifque ces fortes de fournitures ne fe font qu’à mefore que l’ouvrage tire vers fa fin. Les gouttières, conduites deau, raccor* demens de couvertures, lucarnes & autres objets font les plus preffés ; après cela viennent les tuyaux de defcente, les plombs pour l’ufàge des cuifines, &c. Chacun de objets varie de prix en raifon de leur épaif-feur & de leur diamètre. Les cuvettes pour l’égoût des eaux de cuifine & autres, font plus cheres, puif-qu elles contiennent beaucoup de foudure. Les tables de plomb même, dont on croit connoître exactement le poids en raifon de leur épaifïèur, ne font
- Î)as toujours foumifès à un calcul exaét. C eft d’après es tranches qu’on juge de l’épaifïèur, & fouvent au
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- milieu elles font beaucoup moins épaifles, foit que les réglés dont on s’eft fervi pour unir le iàble où elles ont été coulées fuffent courbes, foit que cela provienne de fraude, ou que pour s'indemnifer for un marché paffé au rabais, on croie devoir en ufer ainfi.
- Article XI,
- Du Carrelage,
- Le carrelage n eft ufité que dans les maifons bour-geoifes & dans les appartemens ordinaires. On a coutume de plancheyer les appartemens plus diftingués , de différentes maniérés. Outre la folidité du carreau , on y trouve encore plus de sûreté contre les incendies, foit dans le cas de rembrafement de l'édifice, foit pour les prévenir contre la négligence des habi-tans : de plus les appartemens carrelés font bien moins bruyans & coûtent beaucoup moins cher. On ne voit communément d appartemens parquetés que dans les grandes villes, ou dans quelques châteaux du maifons de plaifance appartenant à des gens riches.
- Là détermination concernant les parquets ou carrelages doit être faite avant de conftruire, Ceux-ci font beaucoup plus lourds & exigent que les planchers foit plus forts, for-tout fi en outre ils doivent fop-porter des cloifons de diftributipn un peu fortes. Ce font autant d'objets d'excédent,de dépenfe quil eft bon de prévoir pour remplir les vues d’économie qui
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- font mon principal foin, & que j’ai toujours eues en vue.
- Lorfqu’on fe fera déterminé à carreler, il faut bien prendre garde à la nature des carreaux, à leur bonté intrinfoque & à leur perfeélion. Un carreau de mau-vaife fabrique ou mal cuit, fe réduit en pouffiere & exige de fréquentes réparations. Il en eft qui paroif-fent bons au premier coup-d’œil, mais qui prennent mal la couleur dont il eft d’ulàge de les couvrir dans beaucoup d’endroits ; ils fe délitent & s’écaillent lorf* qu’on les frotte, & doivent ablolument être rejettés. Les plus grands font préférables, tant pour la beauté & le coup-d’œil, que parce qu’y ayant moins de joints , ils font plus folidement fixés. On eft revenu de la méthode ancienne de carreler en très-petits carreaux, qu’on voit encore dans quelques maifons d’ancienne conftruélion. Ceux des âtres de cheminées, expofés à un très-grand feu , doivent être choifis avec le plus grand foin.
- Quoique la raifon déterminante du carrelage (bit fouvent le meilleur marché , il vaut pourtant mieux fe conformer aux ufages reçus dans les différentes provinces, que de s’obftiner à introduire lès méthodes adoptées dans d’autres. Ici le pays eft abondant en terre propre à faire des carreaux : là c’eft le bois qui y eft commun, & qui ne coûte prefque que la façon. Tantôt c’eft un rez-de-chauffée qui n’eft jamais fec fi on fe fort de carreaux, parce que la nature de la terre , fous quelque forme qu’on l’emploie , eft de fe pénétrer aifément d’humidité , à moins qu’un
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- vernis (blide n'en bouche abfolument les pores; mais on fent qu’il na pas été poffible de vernir les carreaux ; ils auroient formé une forface femblable à de la glace fur laquelle on ne fàuroit fe tenir.
- Lorfqu’on veut abfolument parqueter un rez-de-chauflee, il faut s’aflurer s’il y a des caves deflbus : s’il n’y en a pas , on peut être certain qu’en peu de tems les lambourdes fcellées en terre, & fur lefquelles on fixe les planches ou parquets, venant à pourrir, con> muniquent bientôt leur pourriture au parquet même, qui en peu de téms efl détruit. De plus, avant que la pourriture ne le manifefte en-dehors, l’odeur quelle produit s’infinue dans l’appartement par les joints, & peut caufer le plus grand dommage à la fànté des perfonnes qui les habitent. On a imaginé plufieurs moyens pour prévenir l’humidité fous planchers : les uns rempliflent de charbon les intervalles compris entre les lambourdes, d’autres y mettent du mâche-* fer ( ou nomme ainfi le charbon qui fort des forges). Quant au carrelage, j’ai pratiqué, avec foccès, à des rez-de^chauffée , de faire un lit de briques à plat for lequel on pofè enfoite les carreaux ; fhumidité y eft beaucoup moins fenfible.
- Article X»
- Des enduits $ plat fonds de blanc en bourre,
- ta nature de l’ouvrage dont je vais parler, connu en plufieurs endroitsfous le nom depaifli oupaillotage%
- fembfo
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- femble tirer fort origine de ce qu'anéiennement les maifdns de campagne, & même les plus communes dans les petites villes, n’étoient clofes qu'à la faveur d’un enduit ou plutôt dun torchis fait d’un mortier de pure argille avec de la paille:on du foin hachés* appliqué fur un lattis cloué {mïxpotte litre. Get ufage n’eft plus pratiqué que pour les chaumières dans les campagnes.
- Le luxe qui régné de nos jours, femble ne pas permettre de s’occuper dans un traité de; cohftrudiiion d’un moyen auffi greffier de fe garantir de l’intempériè des faifons , qui auroit été trbuvé merveilleux chez nos fimples ancêtres. Cependant les ouvriers^ de, nos jours ont trouvé le moyen d’en tire? avantage. Pour mettre nos leéteurs à portée de ne rien defirer fiir. tbüs les genres de conftruétion;* je vais en- dire quelque chofe. ’ , n,'!
- Pour les ouvrages communs lorfque les bâtimensi font en charpente , où dans ce cas on né veutriéh faire de coûteux ni de recherché , on fe contente d’enduire ^extérieur d’une couche de cette compofî-** tion fur Un lattis de lattes ordinaires de chêne ; & pour l’intérieur, on fe fert de lattes;blanches ou. d’au^ bier. Pour le mortier, on prendra deux tiersd'àrgille fabloneufe lur un tiers de chaux* coulée , & on y broyera demie livre de bourre en poil, dé bœuf par pied cube de mortier , qui s'applique à dix àu dQÜze lignes, d’é-paifleur fur le lattis. ,:i v'-.zd'j 1 r>h
- Quand il s'agit de bâtimens de plus d’importance^ quoique çonftruits en charpente, quJônL^t.qaïe
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- les logemens ïoient plus clos & plus folides , l'ufagc eft xie remplir & arrafer les entrevoux de cette potte-lure avec des blocailles & mortier le plus commun : après quoi on cloue le lattis for les deux faces, comme je viens de'le dire ci-deflus, & on y applique du mortier un peu plus fin, qui doit être moitié labié & moitié chaux coulée, en y mêlant une livre de bourre au lieu d une demie livre par pied.
- Cette efpeoe d'ouvrage , qui paroîtra fans doute fort greffier à beaucoup de perfonnes accoutumées à la maniéré de crépir & d'enduire les murs dans la plupart des grandes villes, eft cependant d'une grande reflburce dans les provinces où le plâtre eft rare. On y eut pourtant aflirrer que fait avec foin, il n'a rien de défigréafeie à la vne^ qu'il remplit bien les intervalles de la charpente, qu'il s'y applique très-bien, & qu'une fois pris, il devient fort dur : d'ailleurs il eft fofeep-tible d'être très-uni ; 8c fi l'on a foin de l'enduire d'uneou dephafieurs couches de blanc, il peut entrer «en parallèle avec les enduits de plâtre les mieux faits : mais ceft-ià for-tout qu'on a befoin d'ouvriers intelli-geris & qûi ne ménagent point les fournitures, fans quoi ôn le voit au bout de fort peu de tems plein de Orevafles & de gerçures; & s'il n'eft employé par des ouvriers accoutumés à le mettre en œuvre, le mur eft plein d'inégalités 8c fa forface eft toute raboteufe,
- • La foule préparation qu'on doive donner à la bourre, eft de l'écharpir parfaitement en la battant avec des baguettes, ou mieux encore à laide d'une planche d'un pied de long ou environ, & de quatre à cinq
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- pouces de large, emmanchée à-peu-près comme un rateau : on y pafle à trois ou quatre pouces de distance lune de l’autre des cordes de huit à neuf pieds de long , arrêtées à l’autre bout à un mur tout près du plancher : la bourre étant mifè en tas fous ces cordes, on donne de fortes fecoufles àcetteefpece de rateau qu'on tient parie manche, &les cordes frappant la bourre & fe heurtant entr elles par la ten-fîon quon leur donne, i'éçharpifïent très-bien & en peu de tems.
- Si la chaux n'étoît pas allez forte , on pourrait y ajouter peu plus de bourre ; mais il faut toujours avoir -foin qu elle ne foit pas en petits paquets , fans quoi l'enduit ne ferait jamais égal. Les lattes doivent être clouées folidement fur la pottelure , ne pas fe toucher tout^à-fait, afin que le mortier entrant dans ces intervalles , s'accroche & ne puifle plus tomber.
- On peut encore avantageufement fe fervir de ce mortier dans toute autre efpece de bêtifie, foit en fe contentant de raccorder les joints des pierres ou moëllons, ce qui cependant ne (aurait gueres avoir lieu que pour les dehors, ou même pour les dedans fi on y met une tapiffèrie ; mais comme dans beaucoup de provinces ou petites villes éloignées de Paris on fe contente d'approprier les murs ; dans ce cas on pourra les enduire d'une couche de mortier qui y prendra très-bien, fiir-rtout s'ils font de brique comme pn en fait fouvent, après quoi on les blanchit.
- On peu* encore, avec ce mortier, faire des mou-? lurçs * corniches & autres prneniens dans l'intérieur
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- des appartetnens. Elles font très-propres & très-folides, lorfqu elles font faites avec foin. Les plafonds faits de cette matière font moins fujets à fe fendre que ceux en plâtre, qui y font fort fojets. La raifon en eft que par le'moyen de la bourre qui y entre, le mortier cbnferve l'élafticitë néceflaire pour réfifter aux ébran-lêmens des planchers des étages fopérieurs. La nécef-frté à d'abord fourni à l'induftrie cette reflource dans les pays où l'on manque de plâtre ; & l'art venant à fe perfectionner, on en eft venu au point d'en faire des objets d'embelliilèment, comme des encadremens, des moulures & autres ornemens qui, quand ils font peints & rechampis , imitent allez bien la boiferie.
- Article XI.
- Delà Me nui ferle,
- mehuiferie a toujours fait un des plus beaux ornemens de toute efpecé d’édifice. Le tems en a épargné quelques-uns ou l'on admire encore les plus beaux ouvrages de ce genre. Cette partie eft fort couteufe j attendu le prix intrinfeque de la matière & la cherté de la main d'œuvre. C'eft par fon moyen quon vient à bout de clorre exactement tous les bâtimens, qu'on y procure une infinité de commodités qui les rendent agréables : la fculpture même, qui s'eft aflociée à la nienuiferie, a concouru avec elle à l’embelliflèment des endroits qui, en fembleroient le moins fùfceptibles. Elle eft devenue, de nos jours,
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- un ©bjet eflèntiel des conftruéfions ; & fi Ton admire encore d’anciens morceaux, cen’eftque dans de grands édifices où fart a déployé toutes les beautés de l'exécution; mais ce qui eft fur-tout admirable de nos jours, c’eft la précifion des lambris, la recherche des commodités multipliées, & qui ne paroiflent point à la vue; la beauté des meubles, leur goût, leur élégance, j’ai manqué dire leur bifarrerie. L’élégance des morceaux cintrés en plan & en élévation qui ne laiflènt rien à délirer.
- Il eft impoflible de fe palier de menuiferie dans aucune elpece de bâtiment ; n’y eut-il que les portes & croifées, c’eft encore un objet très-confidérable ; mais il eft rare qu’on fe borne à c es deux objets.. J’ai donc cru qu’il entroit dans mon plan de donner des notions détaillées fur cette partie, afin que l’économie & la folidité puflent y concourir.
- - La folidité confifte dans le choix des bois & dans la maniéré de les affembler. Les bois, pour être bons, doivent avoir au moins cinq à fix ans de fciage ; encore n’en eft-il aucun , quelque vieux débité qu’il puilïe être, qui, quand on le travaille, ne fafle encore des effets prodigieux. Il eft de fa nature un aflemblage de fibres pénétrables à l’humidité, & par conféquent fufceptibles de fe gonfler & de fe rétrécir : c’eft pourquoi une piece étant bien dégauchie aujourd’hui, paroîtra demain toute gauchè, du plus au moins félon la température qui aura régné. Il n’eft aucun bois qui nç fe rétréciflè fenfiblement. On peut s’en convaincre par les panneaux, qui, libres dans leurs rainures, ren-
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- trent fur eux-mêmes au bout de quelque tems. Il n eft perforine qui demeurant dans une piece lambriflee depuis peu, n’entende très-fouvent un bruit confidé-rable provenant du travail des bois , euffent-ils été employés parfaitement feçs : c’eft cependant du plus au moins. Ces effets néceffaires ne produiront aucun dommage fi le bois étoit fuffifamment foc, au lieu que tout fe fend s’il ne l’étoit pas affez. Les bois durs & roides, qui auroient plus utilement été employés en charpente, doivent être rejettés. Outre qu iis font communément remplis de noeuds, ils fe travaillent difficilement, & ne font point d’ouvrages propres, Cette qualité leur vient de la nature du terrein où ils font venus. Les meilleurs nous viennent des montagnes des Volges. Là le terrein fablonneux ne produit que des arbres francs & droits : mûris chaque année par le plus beau foleil, chaque couche iigneufe s y perfeo* tionne, & quoique les hivers y foient exceffifs ; comme ils contiennent beaucoup moins deau que ceux qui viennent dans les terreins humides, ils ne font pas auflï fojets à s’éclater. Comme Ils y croiflent en très-grande quantité, on les y voit s’élever très-droits.
- Il eft une autre efpece de bois très-renommés en France, 3c qui y font connus fous le nom de bois de Hollande. Ce ne font que des bois de Vofges, qui * tranfportés en Hollande en brumes, ç’eft-à*dire, en arbres dépouillés de leurs branchages, y font enfuite débités. Les Marchands de Hollande vont dans les Volges acheter for pied des parties de bois ; puis mariant féparément les plns beaux pieds , Us les
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- flottent jufques chez eux, où on les laiiïe dans l'eau jufqu'à ce qu'on les débite, c'eft le bois de Hollande. Les moins beaux, quoique toujours d'une excellente qualité, font débités for le lieu même, & nous viennent de-là, c'eft le bois de Vofges. Ils paroiflènt cependant à l'œil bien différens i'ün de l'autre. Cette différence ne vient que de la maniéré de les débiter. Voici en quoi elle confifte : on leve les planches lur quatre faces l'une après l'autre, & c'eft ainfi que fe débite le bois de Hollande; celui de Vofges eft débité autrement : on refend en quatre quartiers un arbre, & for chaque face , on leve parallèlement autant de planches qu'on en peut tirer*. Il eft aifé de fentir qu'à l'un la maille du bois ( on appelle ainfi les rayons qui tendent du cœur de l'arbre à fa circonférence ) fe trouve lur le plat du bois, au lieu qu'à l'autre elle ne s'y trouve que for deux fens.
- Il eft donc avantageux pour un Propriétaire qui fait conftruire par économie , c’eft-à-cLLre, qui ne s'étant adreffé à aucun Entrepreneur, prend des ouvriers de chaque efpece à fes journées, &les conduit lui-même, ou met à leur tête un homme intelligent capable de tout commander & de le faire exécuter : c'eft , dis-je, une économie de s'approvifionner de bonne heure de tous les bois de différons échantillons dont il pourra avoir befoin ; mais aulS dans ce cas 5 à moins qu'une perfbnne très-entendue ne prenne le foin de marquer tout l'ouvrage dans les plus grands détails, quel dégât ne commettront pas des ouvriers qui , travaillant à la journée ou à la tâche, n'ont
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- aucun intérêt d’économifer, 8c ns veulent qu abattre beaucoup d'ouvrage. Ils n auront pas honte de rebuter une piece de bois, parce qu'il s'y rencontre quelques nœuds ou quelle eft un peu revêche, quoiqu'elle eût pu convenir parfaitement à l'endroit auquel elle avoit été deftinée : un autre s'embarraffera peu de la largeur d'une planche, pourvu qu'il y trouve ce qu'il cherche, & réduira le lurplus en éclats. L'économie que je recommande n'exige pas qu'on rebute les bois d'une moindre beauté : elle confifte au contraire à lavoir fixer la deftination de chaque chofè. Sans doute on réfervera les bois les plus doux pour les objets de décoration, & qu’on veut orner de fculpture : mais on placera avantageufement les pièces de rebut dans les endroits cachés : les bois durs feront utilement employés à des portes pleines & à des çroifées. L'art de celui qui marque & débite le bois confifte à trouver dans une planche fendue, gercée ou remplie de nœuds, quoique dune belle qualité de bois, la partie faine pour tel ouvrage, une partie large pour un autre, & à combiner fes largeurs, de maniéré que la fente n'y fafle rien, On ne fauroit donner de leçons la-deflus ; e'eft l'expérience ou l'intérêt personnel qui l'apprend aux Entrepreneurs habiles*
- C'étoit autrefois un grand objet de luxe que de parqueter les appartenions : on fe çontentoit, fur-tout dans les rezrde-chaulfée, de les plançheyer : aujourd’hui il eft peu de maifons de quelque conféquence, dont les appartemens, ou du moins les premiers, ne fcuênt parquetés. Il eft différentes efpecesde parquets :
- tantôt
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- tantôt on fait des languettes & des rainures à des planches de chêne ou de fapin ; & ainfi allèmblées fortement , on les fixe fur les lambourdes avec de forts doux qui n ont prefque point de tête : cette méthode a fes inconvéniens ; chaque planche fe déjette, & au bout de fort peu de tems forme une efpece de gou-tiere, ce qui eft défagréable à la vue & au marcher. On a imaginé de faire refendre ces planches à cinq ou fix pouces de large , & par ce moyen les joints étant multipliés, l'effet de chaque piece eft prefque infenfible ; mais ' aufîi il y a plus de façon, Sc cela revient plus cher. Une troifieme efpece, connue fous le' nom de point de hongrie & de capucine , confifte à pofer des planches de deux pieds & demi ou environ , Sc de quatre à cinq pouces de large , ment au mur contre lequel on commence contre.les autres, ce qui forme une rangée du même fens ; & comme les bouts font coupés d'onglet, c'eft-à-dire, félon un angle de quarante-cinq degrés, la rangée d'à-côté vient former une efpece de V, 8c toujours de même à-peu-près de la forme que voici : VV. Il faut avoir foin qu'elles portent fur un foliveau dans leur milieu, & que leurs deux bouts fe rencontrent à moitié de la largeur d'un autre, pour éviter les cra-quemens & donner plus de folidité. Ces planchers, moins fujets à fe disjoindre que les parquets propre-* ment dits, font très-propres & ne déplaifent pas à la vue. J'ai même fait pratiquer au centre de la piece quon plancheie ainfi , une croix çta Chevalier, dont
- diagonale-, les unes
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- les raccordemens avec le point de hongrie étant bien faits , font un effet très-agréable.
- Une quatrième efjpece eft le parquet en feuilles ; c eft de tous le moins folide, quoique plus adopté : ce n eft autre chofe qu'un bâtis dont les panneaux ne font affemblés qu à rainure 8c languette embreuvées dans le bâtis , & qui ne fauroient réfifter à de grands efforts comme de grandes affemblées , ou à des bals , puifque fouvent le panneau porte à faux.
- On peut diminuer en grande partie l'inconvénient de tout parquetage, d'être beaucoup plus fufcepti-ble de rendre le bruit que tout autre carrelage : il fliffit pour cela de mettre dans les entre deux des lambourdes du mortier fait avec de l'argille & du foin bien haché à l'épaifleur d'un demi pouce : de remplir le fiirplus, lorfque le mortier fera fec, de fciure de bois ou de mottes de tanneur, jufqu'à un demi pouce près de la furface des lambourdes, & d'arrafer les lambourdes avec du même mortier; on n'aura, par ce moyen , plus d'efpace vuide , & le parquet repb-fera fur un corps qui n eft pas propre à propager le bruit.
- Article XII.
- De la Serrurerie.
- L'article de la ferrurerie dans un bâtiment eft de la plus grande importance. Tant que dure la maçonnerie
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- D’ÊCONOMIE-PILATIQÜE. roy
- on a à tout inftant befoin d'y placer de fortes pièces de fer, tant pour lier les murs entr' eux par de longs tirans retenus par dehors par des S, que pour aifeoir les tremuies des cheminées : des étriers pour affermir les enchevêtrures des planchers & autres de différente efpece. Il eft prudent de déterminer exaélement les groffeurs de ces fers à mefure quon en a befoin, de tenir regiftre de leur poids, fans quoi on s'expofe à plufieur inconvéniens qu'il n eft plus poffible de vérifier, puifqu'ils font cachés dans l'intérieur delabâtifle. Un ouvrier ne demandant pas mieux que de fournir, placera de très-gros fers où de plus minces auroient fiiffi, l'autre les fournira minces quand ils devroient être fort gros. C'eft un abus que de tomber dans l'excès, & les juftes proportions doivent être données & fuivies.
- Il entre dans la conftruéfion d'un bâtiment beau-» coup de fer qu on ne fauroit eftimer qu à-peu-près s tels font les fantons pour les tuyaux de cheminées , les équerres pour les çroifées, les agraffes, molle-bandes., &c. qui pefant tantôt plus, tantôt moins , doivent être reçues à raifbn de tant le cent pefant. Quant aux gros fers , voici un apperçu d'après lequel on pourra établir un calcul. On a pbfervé qu'un bat* reau de fer cfun pouce quarré, & d’un pied de long, pefe trois livres douze onces : il eft facile de fe régler d'après cela, foit pour les plus petits, foit pour 1^ méplats: on y ajoutera le prix de la main-d'œuvre, §1 il eft difficile de fe tromper de beaucoup,
- }1 n'cu eft pas ainfi des gros fers auxquels il eft
- 0 ij
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- néceflaire de donner beaucoup de façon, qui fouvent excede considérablement le prix de matière. Ces pièces doivent être forgées avec beaucoup de préciiîon, & par conféquent font fùfceptibles d’être appréciées féparément. Les grilles des châteaux, les balcons de eroifées & autres ouvrages riches, Comme rampes d’efcaliers, n’ont point non plus de prix courant : il faut, d’après les delïins & la détermination de la grof feur des fers & de leur qualité , convenir du prix.
- Quant aux ferrures des portes, croiféçs & autres qu’on défigne communément fous le nom de fers à la lime, il eft encore plus difficile d’en faire une efti-mation bien précife ; leur valeur dépendant ordinai-ment du tems qu’on y emploie & de la cherté de la main d’œüvre. Il y a en France plufieurs provinces , & fiir-tout le Forez, d’où nous viennent toutes faites les différentes pièces de ferrurêrie propres au bâtiment; l’ouvrier fur les lieux n’a plus qu’à les ajufter à la place & à les pofer : il n’a communément à faire que celles qui, par des difpofitions particulières , ne fauroient être trouvées toutes faites & convenables; mais , je ne cefferai de le répéter, il faut faire fes conventions à tous égards, fans quoi, en sûreté de plufieurs côtés , on peut être furpris en beaucoup d’autres.
- Enfin il y a une autre efpece de fourniture en fer qui entre en très-grande quantité dans un bâtiment, ce font les pointes , fiches, pattes, rappointiflàge , crochets, chevilles, &c. qui dans la fpéculation pa-roiflent être de fort peu de conféquence, & ne pas
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- mériter l'attention du Propriétaire ; mais comme on emploie infiniment de toutes ces choies ; que la plupart une fois mifes en place ne font plus vifibles, il eft aflez commun qu'on en faffe un dégât confidérable ; que les ouvriers s'en approprient une partie pour leurs befoins particuliers, on fera très-bien d'avoir quelqu'un d'entendu qui veille à leur emploi. C'eft le feulmoyen de n'être pas trompé.
- Il arrive quelquefois qu'un Propriétaire achète lui-même , dans des magafins .qu’on trouve dans toutes les grandes Villes, les fournitures de fèrrürerie dé la fabrique du Forez ou autre. Cette reflburce d'économie eft fort bonne, lorfqu avec de la connoiflànce on ny prend que du bon, qui y eft en grande quantité avec du mauvais! C'eft: allez communément là que fe fourniffent les ferruriers , pour les vendre enfiiitë comme de leur façon. Il n'y auroit pas de mal à ceia fi la marchandife étoit toujours de bôitriê qualité ; four Vent même l'ouvrier emploie fonJ talent' faire aller les plus mauvaifes pièces qui lui ont côtité bon marché, & qu'il vend fort cher : fouvent encore quand le ferrurier fe voit privé, par l'économie du maître, d'un bénéfice qüë. cès; marchandé M’ aëCjttfdem: toujours , il ii'eft plus ocCupé qtfà\dép?iitièf lfeÿ!fôürhi-res pour les faire lui-mêmé. Cë béhéfiëè ne ïanroit êtrerepréhenfible, püifque le marchand n eôt pas cédé au particulier ia marchandife au prix quë l'ouvrier là paie, mais encore orina pâV'éewiji ÿ à: de meït-
- Uir --là* tfjsf.'j* zj.- i
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- Article XIII. }
- De la Peinture.
- Sans vouloir entrer dans tous les détails cje la peinture qui peut concourir à la décoration de l'intérieur dun bâtiment, je me bornerai ici à la partie qui eft de néceffité autant pour la confervation que pour la propreté.
- Il eft à propos de faire peindre bien folidement tous les bois extérieurs & expofés aux injures dut tems : fans quoi l’alternative de la pluie & du foleil les deffeçhe & les gerce en peu de tems. J’entends par ouvrages extérieurs les portes, croifées, contrevents, jalou/ies& autres parties apparentes. Cette peinture doit confifter en deux bonnes couches à l’huile de lin autant quon peut s’en procurer; le prix s’en eftime a la toife quarrée, en développant la furfaçe de toutes les parties; couvertes de peinture , ou par appréciation de celles dont çe développement feroit trop minu-* tieux.
- Une attention à laquelle il ne faut pas manquer ^ eft demaftiquer les carreaux de vitres, peu de, tems aprè^.qnpn eîn a peipt les bois ; on fait que ce maftiç faitRYec du blanc de Troie, autrement blanc d’Ejpa-gne en txoudre 8c tamifé ftQr rendu maniable.,
- 'en pâte/çpnfîftante^ayqç de^l’iiuile, de lin» Ces’ deux huiles venant t s’incorporer l’une avec l’autre, acquièrent un très-grand degré de folidité. Lorfquonné met
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- le maftic que long-tems après, il fe détache, n ayant rien qui le retienne, tombe , & les appartemens font expofés à la pluie & au vent.
- Quant à l’intérieur, rien de fi agréable qu’un appartement bien peint ; on varie cette décoration de tant de maniérés, qu’il eft impoffible d’établir aucunes réglés à ce fiijet : c’eft le caprice de la mode qu’on confulte ordinairement : il a été un tems où le goût des bambochades avoit gagné par-tout. Cette frénéfie étoit une fiiite dégénérée du goût qu’avoit introduit Wateau, fameux Peintre en fujets légers & en orne-mens arabefques. Aujourd’hui on fe contente de peindre d’une couleur analogue au meuble , ou plutôt de réchampir d’une teinte qui y approche : il eft encore plus noble de réchampir d’uqe couleur plus claire ou plus foncée. Quand le vernis eft appliqué par-defliis, le coup-d’œil en eft merveilleux.. On rehaufle encore d’or les moulures, liftels, &c. ainfi que les fculptures des plafonds ; mais cette dépenfe eft ordinairement réfervée pour des appartemens de la plus grande fomp-tuofité, ainfi je m’abftiendirai d’en parler.
- Article XIV.
- De la Vitrerie.
- C’eft une chofe finguliere que nos ancêtres qui, .dit-on , avoient le fecret de rendre le verre malléable, n’aient pas penfé à l’employer pour leurs croifées. On fe fervoit ou de papiers huilés ôii dè talc, êlpece'
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- de pierre affez tranfparente pour laifler pafler le jour, & aflèz peu pour diftinguer les objets au travers. Un heureux hafard ayant procuré la vitrification de cer-? tains fables, on ne tarda pas à appliquer cette invention aux ’ croifées ; & depuis , le luxe a porté cette branche d’induftrie à un degré éminent. Il ryy a pas encore quarante qu cinquante ans que les maifons, même des grandes Villes , n avoient de vitres que montés en plomb à^peu-près comme on en voit encore dans les Eglifes. On formoit des panneaux dun af-femblage de figures régulières qu on-enchaffoit dans des lames de plomb affez folides, lur l’épaiffeur deÇ quelles on pratiquoit des rainures. Mais cette muk tiplicité de lames obfcurcifloit beaucoup les apparte-mens ; bientôt on leur fubftitua de plus grands carreaux montés en bois ; les grands verres de Boheme ne furent d’abord deftinés qu’aux édifices très-fomp-tueux, jufquà ce qu enfin cette maniéré de faire les çroifées eft devenue très-commune, du moins dans, les grandes Villes. Les autres verreries procurèrent des verres à l’imitation de ceux de Boheme, qui, quoiqu’ils n’aient pas leur blancheur, ne laillent pas d’être employés à caufe de la grande différence de prix.
- Anciennement, forfque les carreaux étoient mon? tés en plomb, on ne pouvoit empêcher le vent de s’infinuer par de très-petites fentes. La pluie même pénétrpit dans l’intérieur, & lorfqu’on leur en eut ÎUbftitué de plus grands montés en bois, on les fixpit avec des bandes de papier collées, qui, pour peu
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- quelles foflent expofées à la pluie , étoient bientôt détruites. On imagina de maftiquer les carreaux : cette heureufè invention a rendu les appartemens parfaitement clos ; mais je défirerois, pour remédier à l’inconvénient du gauche quont néceflairement les grands carreaux , & qui les empêche de porter exactement dans leur feuillure, je défirerois, dis-je, quoa remplît la feuillure de maftic, après quoi Ie verre mis en place jfe trouveroit folidement retenu & les inégalités remplies, ce qui nempêcheroit pas qu’on ne mît encore du maftic par-deflus comme on le pratique. Cet ufàge me paroît d’autant meilleur , qu’une des raifons qui contribue à cafter les carreaux pour peu qu’un chaffis foit heurté ou ouvert avec peine, c’eft que ne pofànt pas exactement, les contre-coups font fur eux une bien plus forte impreffion, ce qui n’auroit pas lieu par la méthode que j’indique.
- La maniéré de traiter la vitrerie eft de convenir du prix à la toife quarrée , les grands carreaux compris avec les plus petits. Cet objet eft peu confidérable, & n’exige pas de grandes connoiflances de la part de celui qui fait bâtir , il luffit de toifer l’ouvrage fait.
- Article XV. t
- Applications intéreffantes pour les Constructeurs,
- Je n’ai pu, dans les différens détails où je luis entré , donner que des idées générales : j’ai fuppofé , qu que le Propriétaire étoit muni de quelques notions
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- préiimhiafrès allez étendues pour pouvoir fe livrer avec fruit à tous les détails qu entraîne une bâtifle un peu eonfidérabie. pans le nombre de perfonnes à qui Une fortune aifée permet de faire eonftruire , il en eft beaucoup qu une heureufe éducation a mis à portée d’étudier l#s parties favantes de Farçhiteéhire, & de confulper ce que d’exçellens Auteurs ont écrit dans tous les ïdifférent genres. Il eft vrai qu'à la veille de commencer , il n'eft pas tems de commencer ces études , mais au moins on peut en apprendre allez pour liiivre les opérations, les plus difficiles de ceux qu'on emploie. L'art des diftributions , par exemple, con-fifte plutôt dans un goût délicat que dans des réglés affujetties au calcul, pourvu qu’on ne s'écarte pas du premier but qu'on doit toujours avoir devant les yeux ; la folidité. Je n'ai certainement donné , ni prétendu donner, des. leçons d’arehiteélure ni ne conflruélion ; mon unique deflfein a été de prévenir la bonne foi cooMe les: bévues de l'ignorance &lesfraudes qui fe commettent journellement dans tous les travaux. Je fèn& bien que e’effi une tâche bien pénible pour une perfonne aifée de luxveiller par elle-même une quantité eonfidérabie d'ouvriers : la fatigue que cela entraîne ne fembte laite que pour ceux qui ont embrafle cet état : mais on peut, en fe repofant fur une per-fonne intégré- & intelligente, fe mettre à portée de liiivre de moins près toutes les opérations, & de juger finement fi tout marche» bien ;fi les matériaux font bien employés, les plans éxaétemens fiiivis;* enfin s'il ne fe commet aucun défordre. Je pâlie à la. maniéré cfe drefler les devis eftimatifs d'une bâtifle.
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- Article X V I.
- Des Devis é Détails ejlimatifs.
- Il eft de la plus grande importance dé lie éotUmeU-cer aucun ouvrage uii peu cdnfidérâblë fans avoir drefle dés devis de chaque partie^ & d’en faire lès-détails eftimatifs. Par-là dn fait, à quelque éhofo près, à quoi montera k dépenfê, & dn fiké la qualité 8c la nature de chaque ehôfe.
- Dans urt même bâtimeôt' il èft des ouvrages qui peuvent fe faire par économie , êc d’autres par entre-prife. De la premier manière, il s’agit dé cônténi# quelles feront les» dimèfifions dé l’dùvfagèf8k lé# qualités des matériaux quiy' éntrérdftt;' après qiiol dïf en fixe le prix à tant k tdife CbUrârite ,* ëuoè où qoiarv rée fuivant le cas* Sur-tout gârdeiz-vdus dé forcer PEfiP trepreneur à le réduire à un prix aUndéfibU# du râiv fbnnable ; c’eût toujours lofftftâgO qui ôiî patltv QüânÊ aux parties qu’on fait foiré par-' entrfeprife, l-effiinatio^ quien a été faite doit toujours être igâoreé de Ceux” quir font lenchere au rabais , lan£qüoi 1-énvië çfe gagne** leur feroit adopter route’ dMrftîtfctfï âUrifquë de fë-dédommager de tdute autre •
- Ces enchères ddftfeüt- toujours être faites $1 bâ#de$ plans, coupes & profils- dés OüVÿâges , feri^quoi1 6tf ne manque pas dêvfi^ re}ett'£r furfë iâèiique dé dën^ noiffance; cp’aw
- Jafraude* ' " f " - ; Y
- Pi)
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- Si on donne l'ouvrage à l'entreprife, il faut encore le livrer à de bien plus grands détails, pour éviter que celui qui eft chargé de l'exécution ne puifle éluder la convention en aucune de fes parties. Cette précaution exige fouvent beaucoup de répétitions; mais il n’en eft aucune quon doive omettre pour prévenir les conteftations qui pourroient naître de l'ambiguité des expreffions. Lorfque les devis auront été ainfi drefles, on ne verra pas les Entrepreneurs enchérir au rabais les uns fur les autres avec autant d'emprefle-ment; mais auffi on peut être afluré que pour peu qu'on y veille, il ne le commettra .aucun abus.
- Il n'eft que trop ordinaire pour ceux qui ont quelque grand projet en vue de fe laiflèr prendre par le babil impofant du faux talent & de la médiocrité. Souvent un Deffinateur aflèz bon fe donne pour Archi-teéle; on eft féduit par la netteté de les plans, & on ne fuppofe pas quil foit privé des connoiflànces relatives à la conftruftion, lui qui fouvent en raifonne avec volubilité & fuffifance : dans ce fiecle léger, où le talent modefte eft éclipfé par l'ignorant hardi, où, pour dire la vérité, la plus* grande partie des hommes n'ayant qu'une légère teinture des connoiflànces utiles , on ne met fbn étude qu'à paraître ce qu on n’eft pas ; c'eft un commerce habituel de tromperies : tel s'annonce comme très-habile en fbn genre & eft cru fur fa parole par des gens qui ont lu lui enimpofer de la même maniéré dans un autre. De-là viennent ces éloges outrés qu'on fe renvoie les uns aux autres : le moyen d'être vanté eft de vanter les autres ; de-là enfin ces
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- réputations faétices, ces brevets pour l'immortalité qu'on fe diftribue mutuellement dans les fociétés. Le talent autrefois prenoit naiflance dans le filence du cabinet : les Auteurs en tout genre, nourris de l'étude des Anciens , fe répandoient peu au-dehors , parce que les journées font courtes pour quiconque emploie fon tems : aujourd'hui on devient fameux en fe répandant dans le monde. Les gens feges font tout forpris qu un homme qu on rencontre par-tout, & prefque jamais chez lui, pafle pour le plus habile en fon genre : c'eft que devenu l'idole dun cercle dont il eft à fon tour le vil adulateur, il y trouve autant de proneurs qui vont par-tout exagérant fon talent & fes connoife fonces. On fe confie aveuglément à lui : il vous engage dans d'énormes dépenfes, dans lefquelles fon manque d'expérience ne fouroit vous guider : on fait & on défait , toujours aux dépens de celui qui paie; tandis qu'un homme expérimenté feifit tout d'un coup d'œil, fait marcher toute la machine enfemble , économie les matériaux, fiirveille les ouvriers & conduit l'édifice à fe fin à beaucoup moins de frais.
- Je fens bien quel fera l'effet de ces réflexions for la plupart de mes Leéleurs : ce font, dira l'un, des radotages de bon homme : l'autre n'y trouvera qu'une vaine déclamation qu'il eft impoflible de mettre en pratique. Ils ont raifonl'ün & l'autre dans l'état où en font les chofes parmi nous : mais j'ai dû à mes Concitoyens de leur dire la vérité , & je l'ai fait. Confolez-vous, hommes feges, que la dépravation du fiecle n'a pas encore corrompus ! continuez de travailler dans
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- votre cabinet ; méditez nos grands Maîtres : un jour viendra où Ton vous rendra juftice ; & fi cet heureux temsne vient pas, vous aurez trouvé dans vos propres lumières , dans la fatisfaéiion intime que procure l'étude & les connoiflances qui en font le fruit, un dédommagement bien doux de l'injuftice de vos Contemporains , renfermez-vous dans cette heureufe médiocrité de fortune qui convient fi bien au Sage,
- Article XVI I,
- Des diffère ns Ouvriers.
- Quoique dans la fuite des détails où je fois entré for les différens genres de conftruélion, j'aie été obligé de dévoiler quelques, fraudes qui fe commettent ordinairement par eux, & qui pour être fréquentes leur, femblent légitimes ; je crois devoir , dans un article à part, les raflèmbler fous un feul point de vue; Le pas eft délicat, j'en conviens; mais j'aurai le courage de le franchir. Aucun homme honnête n'a droit de s’en offenfer ; je n'attaque que le vice : puifiènt tous les Ecrivains s'armer contre lui, & lui arracher le mafi que dont il fe couvre poux nous féduire*
- Je voudrais d'abord que chacun ne fe mêlât que de la partie qui le? regarde ou dans laquelle il a dù s'infe truire. Rien de.fi ordinaire que devoir dés g.ens qui, fous, prétexte de débarrafler de foins un Propriétaire opulent, entreprennent la totalité des conftruélions pu des Il çn?réfoite IWpQiiif
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- la fociété, & l’autre pour le Propriétaire lui-même. La fociété eft compofée d’un grand nombre d’Artiftes en tout genre qui, contribuant aux charges de l’Etat, ont droit d’en attendre la proteélion. Lorfque la totalité d’un ouvrage eft donnée au - rabais à un feul, il ne s’en eft chargé que dans la vue d’ÿ bénéficier. Il fait faire, fous fes ordres, à chaque ouvrier ce dont il a befoin, & à un prix fort au-deffous de celui qui lui eft alloué. Ce bénéfice auroit pu tourner au profit du Propriétaire, fi réellement la fourniture peut être faite à ce prix. Mais oh voit tous les jours des marchés paffés à des conditions quiparoiffent impoffibles à remplir : qu arrive-t-il! Ou les ouvrages font d^e la dernière qualité, ou celui qui s’en eft chargé ne defire que faire face à un moment d’embarras dans fes affaires ; & comme il fait une perte réelle, tôt ou tard fes affairés fe dérangent, & faifanc bientôt faillite, il entraîne celle de les fournifleurs. Sï au contraire le prix du marché de l’Adjudicataire eft bon , quel bé*r néfice ne fait-il pas , tandis que le. Propriétaire, en chargeant dkeârement chaque ouvrier, eêt dp en profiter.
- Si le Propriétaire charge direélement fes ouvriers chacun dans fa patrie ; ou bien, on paffe avec eux de# marchés au: plus bas prix ,, ou bien on fe flatte qu’un toifé exaéi & vérifié par des gens de l’art ne donnera aucune prife à la fraude. Dans tous les cas , l’ouvrier fait toujours n’en être pas dupe^ Si réellement il s’eft engagé à faire une chofe à un prix trop modique, il ménagera fur toutes fes parties ou s’il remplit fes
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- engagemens à certains égards qu on a prévus, c eft fur des objets de peu de valeur en apparence qui! faura fe dédommager.
- Le parti le plus sûr eft de placer fa confiance en une perfonne dune probité reconnue, qui joigne à ce précieux mérite les connoiflances que l'exercice de fon art a dû lui acquérir. Lui feul doit préfider à tout: accorder à chacun des bénéfices proportionnés à l'im-portance de l'ouvrage dont il l'a chargé ; prendre garde li les fournitures font de bonne qualité ; fi elles font au poids convenu ; enfin fe munir par une intégrité fcrupuleufe contre la féduélion & l'intérêt.
- Indépendamment des gros bénéfices que font for une entreprife ceux qui en font chargés, c'eft un ufage alfez communément reçu qu'ils fatiguent les ouvriers par des demandes particulières. Les moins malhonnêtes d'entr'eux exigent pour leur ufage particulier des meubles, des embelliffemens & autres ouvrages que l'ouvrier fournit avec d-autant plus d'em-preflement, qu'il croit acquérir par-là le droit de voler ^impunément & la certitude de n être pas repris, puifque le feul juge qu'il ait à craindre n'a plus droit de lui rien difputer : croira-t-on que tous ces préfens qu'on prodigue pour avoir une grande affaire doivent tourner au détriment de celui qui les fait 5 c'eft toujours lentreprifequi paye tout, quelles quefoientfes conventions qu'on en a faites.
- U faut avoir la plus grande attention à déterminer chaque genre d’ouvrage, à le défigner bien exaéle-ment dm fe marché par tçnans & aboiitifôns fur fes
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- plans & deffins ; & fi on eft obligé de partager une efpece d’ouvrage entre plufieurs ouvriers, de bien limiter la partie que chacun aura à faire : leur en donner les plans, coupes, élévations & profils, afin que travaillant de concert, l’enfemble n’en fouffre pas, que chacun par l’avidité du gain n’empiete pas fur l’autre, ce qui feroit de doubles emplois, qui, pour n’avoir pas été bien fpécifiés, tombent toujours à la charge du Propriétaire.
- Celui qui eft chargé de veiller à la conftruélion d’un bâtiment, doit tenir un regiftre-journal de toutes les fournitures : de leur toifé, qualité, poids, &c. Une lifte exaéte de tous les ouvriers à la journée ; .en faire l’appel le matin en entrant à l’attelier, & le foir à la fin du jour ; remarquer ceux qui viennent tard pour les punir, foit en leur retranchant une portion de leur journée s’ils le méritent, foit en les congédiant s’ils récidivent. Parcourir le chantier en diffé-rens tems de la journée & à des heures toujours différentes, afin qu’on ne s’y attende pas. Etablir la police la plus févere parmi eux pour éviter les dilputes & batteries. Avoir grand foin de ceux qui peuvent fe bleflèr en travaillant; c’eft le moyen qu’on s’attache au maître ; récompenfer le? fervices extraordinaires; enfin faire, s’il eft poffible , de tous ces ouvriers une famille dont Je chef foit aimé comme leur pere. Se fouvenir que tout le monde ne travaille que pour y trouver cta quoi vivre ; en conféquence ne pas trouver mauvais qu’un Artifte gagne for ceux qu’il eim-jpfoie, pourvu que çe foit modérément, Il aura encore
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- attention, au départ des ouvriers chaque jour, pour éviter les vols qu'il vaut toujours mieux prévenir que punir ; prendre garde quon ne gâche rien ; que les équipages foient ménagés ; enfin faire pour le maître qui l'emploie tout ce qu'il feroit pour lui-même. Un tel homme doit avoir de bonnes journées, jouir de la confidération & de la confiance de fon maître, qui, s'il eft honnête, le flattera autant que de l'argent. Ilne faut jamais perdre de vue qu'un attelier un peu nombreux eft difficile à conduire, étant compofé d'hommes pris au hazard, & dans une clalîe où les vices ont plus d'empire que dans toute autre. Qu'une rigidité févere , fans dureté, eft le feul moyen d'en venir à bout ; qu'il vaut mieux pour délit commis, chafler un bon ouvrier, que de donner l'exemple du relâchement par une impunité mal-entendue.
- Lorfqu'on eft dans le cas de faire un choix, il vaut mieux , dut-il en coûter quelque choie de plus, Remployer que de bons ouvriers ; préférer .toujours les bons fiijets, ils contiendront les autres ; donner à ceux qui fe diftinguent,de tems en tems, des marques publiques, mais modérées, de contentement. Prévenir les fraudes, mais ne prêter jamais l’oreille aux délations ; & fi quelque infidélité étoit rapportée, il vau-droit mieux la négliger de la part du délateur, & s’en convaincre par foi-même, pour paroître n’en devoir la découverte qu'à fes foins.
- Un autre moyen d'être bien fervi par toute elpece d'ouvriers, eft de régler la paye de quinzaine en quinzaine, ou tout autre terme , pourvu qu'il foit exaéi.
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- Chacun comptant ainfi fur fon falaire , ou fur la rentrée de fes avances, eft plus aâif, ou craint de perdre la fourniture. De plus, lorfque par de mauvais arran-gemens on s’eft lailfé arriérer pour les paiemens, il n eft plus poffible de réprimander ou de renvoyer les mauvais ouvriers, ou de refufer les fournitures dé-feélueufes des Marchands : auffi peut-on dire que c eft avec les riches mal aifés qu’ils aiment mieux à faire des affaires, parce qu ils fourniflfent ce qu'ils ont de pire à très-haut prix , & que le tems qu’ils attendent leur paiement eft très-bien recompenfé.
- Article XVIII.
- Reconnoiflance & réception d’Ouvrage.
- Quand l’ouvrage eft fini, chaque ouvrier procédé à fes toifés, ou par lui-même, ou par gens qui ne faifant ordinairement que cela , y font très-expérimentés. Sur ce toifé on dréfïè les mémoires, après quoi on procédé à la reconnoiflance & réception des ouvrages. Cette reconnoiflance fe fait à l’amiable ou en Juftice ; dans le premier cas on fe contente de vérifier, en préfenee dune perfonne habile, fi les ouvrages ont été faits conformément au devis ; fi les matériaux {ont de bonne qualité ; enfin la quantité qu’il en eft entrée. Si au contraire il furvient quelque conteftation iùr laquelle on ne puiffe s’accorder, on procédé 'en Juftice & on fait nommer des Experts , ou bien ôri en nomme réciproquement pour procéder à la véri-
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- fication. Pour que ces Experts foient dans le cas de porter un jugement sûr, on leur communique les devis & marchés s’il y en a , finon ils entendent les conventions de la bouche des parties , s’il n’y en a eu que de verbales ; & quoique dans ces deux cas il femble que le tout doive être promptement terminé, on ne voit que trop fouvent ces fortes de procès traîner en longueur.
- Il efl: de la plus grande importance que ceux qu’on nomme pour Experts aient les plus grandes connoif-finees dans chaque genre d’ouvrage fournis à leur examen ; qu’ils foient a une probité la plus exaéte pour ne fe laifler corrompre par aucune des parties ; enfin , que fans y mettre trop de tems, ils en prennent foffi-fomment pour tout voir & porter un jugement foin.
- Les conftruéHons par économie étant faites fous les yeux du Propriétaire ou de celui qu’il a commis pour en foivre tous les détails, ne femblent pas entraîner beaucoup de difficultés dans la reconnoiffonce & vérification. Cependant comme il efl: prelque im-poflible que tout ait été fait for les lieux , & qu’il efl: beaucoup d’ouvrages fabriqués chez les ouvriers, qui ont été apportés & mis en place , il eft néceflàire de les examiner de très-près pour reconnoître s’ils font de bonne qualité, s’il n y a pas de défauts, & s’ils font conformes aux traités & conditions qui ont été faits; & s’il n’y avoit que des conventions verbales, il s’agiroit de les eftimer à leur jufte valeur. D\$n autre côté, c’eft toujours une néceffité de faire eftimer 8c vérifier les ouvrages pour la juftification de celui à qui ôn a donné fa confiance.
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- Article X I X.
- Des Approvijionnemens & Equipages*
- L’article des approvifionnemens , quoique j’en aie déjà dit quelque chdansle cours de cet Ouvrage, eft dune fi grande conféquence, liir-tout fi l’édifice quon le propolè d’éléver eft de quelque importance , que j’ai cru devoir le traiter en particulier.
- Cet approvifionnement ne regarde pas feulement les matériaux quil eft bon d’avoir en quantité fbffi-fante pour ne pas attendre après , & pour que quel-' ques-uns acquièrent les qualités qui leur font elfen-tielles : il eft encore relatif aux équipages liécefTaires dans toute conftruâion.
- Quant aux matériaux, on eft louvent obligé de les fiiire venir de fort loin, au moyen de quoi fi on ne ne s’y eft pas pris long-tems d’avance, on rilque d’en manquer, ou d’être obligé, faute de choix, d’employer tous ceux qu’on a, tandis qu’avec de la prévoyance & de l’induftrie iis auraient été placés plus avantageufement ailleurs : je m’explique; * il eft une infinité de cas où la lolidité exige qu’on emploie de très-gros 8c grands morceaux de pierre ; il n’eft pas indifférent dyh prendre plufieurs petits qui remplit fent la mêmémafle : on tombera donc dans cet inconvénient faute d’en avoir d aflèz grands. Si au contraire on nen a que de grands, l’inconvénient n’eft pas le même quant à la folidité, puifquon eft tou-
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- jours maître de débiter de grands morceaux’, mais du côté de la dépenfe c'eft bien autre choie : quelle perte ! Par rapport aux ouvriers , il eft toujours imprudent dé remettre à s'en pourvoir au tems où on en aura abfoiument befoin : il n'y a que les grandes Villes ou on puifle être tranquille fur cet objet; on en eft quitte, dans le fort de la campagne, pour leur donner quelques fols de plus par jour ; mais dans les provinces, que tous défertent pour fe rendre dans la capitale, on ne peut jamais efpérer d'en avoir autant qu'on en a befoin ; fans quoi on court rifque de n avoir que ceux qui n'ont pas affez de pratique pour gagner leur Vié ailleurs.
- On ehtend dans les bâtimens, par équipages, tous lès uftenfilès qui fervent au tranïport & à l'emploi des matériaux : comme font les charriots , les grues, gruaux, engins, chevres, boulins, madriers, pinces, côrdagés , brouettés , &c. Si tout cela neft pas en abondance & en bon état, l'ouvrage languit & les ouvriers crûrent rifque de leur vie. Ceft par exem-
- {)le lin fort mauvais ménage que de pouffer trop loin es cordages, grues & autres machines pour lever les fardeaux. Il eft cependant forprenant qu'il n arrive pas plus de malheurs qu'on n’en voit arriver, tant on fe familiarife ; avec le danger, car on voit fouvent des équipages très-mauvais expofés à de très-gros fardeaux.
- Il eft difficile quun Particulier qui bâtit par éconot mie puiffe fe pourvoir de tous cesuftenfiles qui cou-* (ent beaucoup,# aügmenteroient confidérablement la
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- dépenfe à pure perte. Car qu’en faire après avoir fini 2 lés revendre ï On n en tirera prefque rien. Il eft des perfonnes qui louent à des Entrepreneurs ou Charpentiers tout ce dont ils ont befoin : ce parti eft très-coûteux encore, puifquils fè dédommagent fur la location du manque de travail qu’ils éprouvent de ce côté, mais c’eft encore le fèul que je confeillerois de fiiivre.
- C’eft un très-grand avantage, lorfquefur fbn propre terrein on peut ouvrir une carrière qui Fournifle au bâtiment: mais de quelle qualité en fera la pierre ? On l’ignore ; & avant que les eflais en aient été faits, il fè pafle beaucoup de tems, à moins qu’on ne s’y foit pris fort à l’avance. Encore aura-t-elle le tems de fé-cher, ou s*expofera-t-on au rifque de tout perdre par les gelées de l’hiver qui doit fiiivre.
- Tout ce que je viens de dire de la néceflité des approvifionnemens & des foins qu’on doit y apporter aflèz long-tems d’avance, paroitra peut-être ridicule aux perfonnes qui ne connoiflènt que Paris ou les grandes villes capitales. En effet, comme tout y abonde de tous côtés, que c’eft-là le centre du luxe, de la dépenfe & de toute efpece de confommation, c’eft auffi là que tous les genres d’induftrie , tous les iha-tériaux fe portent en foule ; ainfi avec de l’argent, & même fous un bon crédit, on peut y trouver tout ce qu’on defire, & à l’inftant où on en a befoin à très-peu de chofe près; c’eft-à-dire que fi les bâtimens y vont bien, dans le fort de la campagne on n’aura peut-être pas auffi vite ce dont on aura befoin., mais
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- ce retard eft fort peu de chofe. Dans les petites villes au contraire, ou dans les campagnes, où on a rarement des matériaux convenables aux conftruétions, fi ce neft peut-être quelques-uns qui abondent dans la province, la précaution que je recommande eft de la plus grande néçeffité. Le bois eft commun, par exemple, dans beaucoup d’endroits ; mais la main d’œuvre y eft fi chere, les ouvriers fi rares, qu’on ne fait que te brûler pour le chauffage; qui mettra en œuvre les bois de charpente. Encore employera-t-on du bois fraîchement abattu ; & le tems de l’abattre même n eft il pas fort long.
- Article XX.
- Talens néccjjaires pour conduire une ConJïruSiùn,
- Si l’on confidere le genre d’éducation que reçoit tout homme paflkbiement né ; l’étude des Mathématiques à laquelle prefque tous les jeunes gens fe livrent, ainfi qu’à plufieurs de leurs brandies, la quantité d’ex-cellens Traités qui ont été publiés ftir prefque toutes les matières, & fur-tout la précieufe colleétion d’Arts & Métiers dont nous devons la defçription à l’Académie Royale des Sciences de Paris , ou à plufieurs Artiftes diftingués que cette favante Compagnie a admis à ce travail, il paroîtra peu difficile, pour ne pas dire fort aifé , à tout homme doué d’une intelligence au-deflus du médiocre, de conduire un bâti— ipent quelconque. Çes connoUTances, ces dépôts pu-
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- blics où elles font confignées, font fans doute une très-grande avance pour qui veut fe livrer à cette étude, mais cela ne foffit pas : il y a loin de la meilleure théorie à la pratique : c’eft par une longue ex périence que s’acquiert le talent de eonftruire. On pourra fans doute parvenir au point de tracer un plan avec goût, d’en faire toutes les diftributions dans le lilence du cabinet : mais met-on la main à l’œuvre , c’eft toute autre chofe : c’eft d’après ce principe que nos plus habiles Architectes, &tous ceux qui ont fuivi dès leur jeuneflè les grands atteliers, ont acquis des connoiflances qu on n acquiert que là.
- Quiconque fe deftine à l’état d’Architecte , doit for-tout cultiver le deffin dans tout genre, s appliquer à connoître la qualité des différens matériaux, leur meilleur emploi. Savoir d’où & comment on fe les procure ; les différens procédés que chaque art a adoptés pour fon ufage ; enfin il doit avoir beaucoup vu travailler dans toutes fortes d’atteliers, & finon être en état de travailler lui-même dans tous, du moins nêtre neuf for aucun ouvrage. Il doit fur-tout bien connoître la mécanique, non pas feulement celle qui fait partie des Mathématiques , & qui eft foumife à des réglés de calcul très-difficile, cette branche lui fera fort utile pour connoître les différens efforts d’un bâtiment ; la pouffée des voûtes 8f la réfiftance qu’il convient de leur oppofer : il doit encore être avide de toutes ces inventions, fruit du génie, qui Amplifient la main-d’œuvre, la facilitent & diminuent le 43rOîîibre de bras, ou les danger? auxquels les ouvriers
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- .font fcuvent expofés. C’eft fur-tout dans les grands ouvrages qu'il fera ufage de toutes ces connoiffances. Il (uivra de très-près les grandes conftruélions de nos bons Maîtres, il y apprendra à maîtrifer la nature, à enchaîner les élémens : que de connoiffances n exige, pas, par exemple, la conftruétion dun pont ou dun aqueduc ? Le courant impétueux, & fujet à plufieurs variations d une riviere, n eft-il pas un objet de la plus grande importance îorfqu il s'agit de le détourner pour afîeoir les.piles dun pont. Les épuifemens continuels qu'il Faut faire pour n'être pas gagné par l'eau, les dangers d'une crue fiibite à prévenir ou à reparer, C'eft-là fur-tout que tout le génie d'un Architeéle le déploie. Si ces épuifemens font confidérables, quelle force humaine peut en venir à bout? Croira-t-on que le plus grand nombre de bras puifle y fuffire ? Et quand il y fuffiroit, qui peut fournir à des dépenfes auflt exceffives, dans un travail où les hommes font excédés en peu de tems, & où il faut abfolument les relayer fréquemment ? C'eft alors que mettant à profit le courant de la riviere, il la forcera à fe maîtrifer elle-même. C'eft encore bien pis, fi cette riviere eft tellement utile à une ville qu'on ne puifle en intercepter l'ufàge, ou fi fervant de communication d'une province à une autre, ou néceffaire au tranfport des marchandas dans l'intérieur du Royaume, il eft forcé d’en biffer libre une partie toujours navigable. C'eft à lurmonter toutes ces difficultés, à prévenir de bonne heure la fin de la campagne, à avancer tellement les travaux, que les crues de l'hiver ne puiflent miner ce
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- qui aura été fait, ou entraîner dans une forte débâcle les équipages qu’on y aura conftruits : telle a été la pratique heureufe que nous avons vu employer de nos jours & récemment dans la conftruâion du pont de Neuilly près Paris. L’Architeâe a fous les yeux de la Capitale, & du grand nombre de 'Savans Sc d’Artiftes diftingués, lu tout prévoir employer, les plus favantes manœuvres,, & conduire en aifez peu de tems, à la plus grande perfeâion , un ouvrage fait pour lui aflurer, par fon élégance &fà folidité, une place diftinguée parmi les grands Hommes qui font honneur à notre lîecle.
- U en eft de même de ces longs aqueducs, qui tantôt élevés jufqu’aux nues, tantôt fe cachant fous terre , exigent les plus profondes connoillànces. Quelle jusf-telïè dans les nivellemens ! quelle .exactitude dans la conftruâion! Oferai-je parler de ces fuperbes canaux que nos ancêtres avoient projettes^ dont ils avoient exécuté quelques-uns, & quil étoit réfervé à nos jours de voir multiplier? il ren eft un fur-tout, où l’art luttant fans celle contre la nature, l’a enfin alfujettie , & offre aux regards furpris une merveille digne de ce que la fable nous raconte de plus incroyable. Ce font là des ouvrages dont on rre donnepoirîtde leçcrns : le génie feul peut les enfanter & les exécuter : mais auffi qui peut féconder les dejTeins d’un grand homme, fi ce n eft le Gouvernement éclairé fouslequelnous vivons; dont toutes les vuesieportentjver^lecommerce, qui par le moyen de ces immenfes drfuperbes communications, fait 4e tout une feule pro-
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- vince ; qui permet aux habitans les plus éloignés de Venir échanger leurs denrées contre celles que four-nifîent toutes les autres ; qui par des chemins magnifiques & sûrs facilite la circulation, & fait de tous les Citoyens comme autant d’habitans dune même ville.
- Il neft donné quà peu de gens d’avoir occafion de développer toutes les connoiflànces qu’exigent de fi magnifiques entreprifes. Il ne faut pas croire quon xfarrive à la célébrité que par cette voie. On diftin-gue dans la conftruélion d’un fimple pavillon le talent d’un habile homme. C’eft dans la fagefle de la décoration , dans le goût des diftributions,. dans la foli-dité de l’édifice, qu’on reconnoît l’homme qui honore Ion état. Loin de lui ces ornemens multipliés, ces colifichets qui le dégradent, ils font la reflburce de la médiocrité. L’œil content fe repofo agréablement for les monumensque le vrai goût enfante. Acquérez , comme l’a dit un de nos excellens Poëtes, par de profondes études, l’art difficile de faire du fimple.
- Article XXI.
- De l’application que Us jeunes Gens doivent donnet au travail.
- Qu’on me pardonne cet écart, où emporté par l’amour du bien je me permets d’entrer. Dans l’état de diffipation où eft plongée la jeüneflè , qu’il me foit permis de lui trader quelques leçons : mon âge Sc la
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- droiture de mes intentions doivent me rendre excufa-ble d’ofer, dans un Ouvrage de la nature de celui-ci, me livrer à des déclamations. Témoin de la corruption de mon fiecle, ce n’eft. pas aux gens faits qu’il convient de donner des cohfeils, ils ne feront à coup sur pas foivis; mais fi l’on peut encore efpërer un meilleur avenir, c’eft à la race future que jem’adrefie, elle feule peut effacer les traces odieufes que la race préfente a jettées fur l’humanité..
- Quiconque fe deftine à l’Architecture doit fe livrer au deffin : cette partie fait le fondement de tout fart : c’eft pour un homme de génie le moyen de rendre des idées heureufes, & d’en faciliter l’exécution. Outre cela, appellé chaque jour chez des grands ou gens riches , il doit être en état de faifir leurs idées , de ies rendre for le papier, & d’y ajouter ou corriger for le champ cè qui y manque ou . s y trouve de défectueux. .Ce talent féduéleur de rendre : parlantes des idées à peine conçues, de faire faifir l’ehfemble d’un bâtiment, d’en tracer les accelïbires & les ornemens, prévient favorablement pour celui qui le polfede. Il doit lavoir les Mathématiques pour calculer exactement les efforts les réfiftances : conrioître là coupe des pierres & la maniéré de les mettre en œuvre, ce qubn nomme Y art du trait, qui. s’étend même jufqu’à ; la charpente & à la menuiferie , dàns' lefclùelles on a fouvent à commander & àiexécuterdes ; morceaux favans & précieux. Connoître éxaélemënt les différentes natures des matériaux,.leur force! refpeéHve<&: l’effort dont ils ïont capablfesi: avàuujàküpneiiétude
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- “approfondie de la méchanique, non de celle qui ne s’occupant que de calculs , ne fe réduit gueres qu’à une exacte théorie ; la quantité de connoiflances quil a à acquérir,ne lui permet pas de fe livrer à celle là, toute eftimable quelle eft^ mais de cette méchanique dont il aura à tout inftantbefoin dans de grands Ou-* vrages où il s’agit de maîtrifer la nature, de celle qui tire un grand parti de peu de reflburces auxquelles on eft fouvent réduit. Bien connoître la Phyfique , & fur-tout la Phyfique expérimentale, celle qui s’occupe de la gravité des corps : polféder fuffifamment l’Hy-droftatique, & lur-tout la perfpéâive, pour donner à les plans la vérité qu’ils ne peuvent avoir fans elle, pc>ur mettre dans leur véritable point de vue les partiel qu’il a à repréfenter : n’ignorer la pratique d’au-•cun des arts de nécelïité, parce qu’appellé pour confe truité des atteliers ou manufactures, il doit accorder l’arfchiteâure avec le befoin & les difpofitions indif-penfablés. 11 doit fur-totit ‘faire prdfeffion d’une probité à toute épreuve ; & perfüader que l’honneur & l’efti-me ipublique font la récompenfe la plus fetkfeifànte que puifie obtenir le vrai mérite : qu’une fortune médiocre , acquife par des voies légitimes, îfiifEc iau vrai dage, & maintient dans me douce paix celui qui lait en faire un bon emploi.: Ne fe livrer jamais à 1*envie x ne mèprifèr iperféni^e^ pas même les ignorans, parce .protégés teplus fouvent ,&ls*£dnt plus >à craindre que leb gehsd unirai tâtent: 4domer modeflement les avis *qtfdn ltri -adrefle , .&croireque le plus inepte en
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- un amour propre déplace à continuer une befogne qu’il a reconnue vicieufe*
- Ce tableau des qualités que j’exige; dans un El§ye, n’eft point imaginaire : tels font, tels ont toujours été les gens d’un vrai mérite 8ç tôt ou. tard on: lui rendra juftice ; s'il ne l’obtient pas, il s’en eonfefea aifément* i ,
- L’état d’Architeéle eft très^laborieux : ôn né fau-roit fe flatter d acquérir llmmenfité de eonnoiflances qu’il exige fans une étude longue & pénible ; mais dès qu’on fe ferai accoutumé au travail , il devient une néceffité : la fatisfiuâion qu’on éprouve après avoir bien travaillé eft douce& ne peut être fentie que par ceux qui s’y font livrés.
- Ce que je viens do dire d un Arçhiteéle doit s’en^ tendre également dé chaque Artifto dans fa partie : l’étude qu’on y fait ne fiureit jamais être inutile : le public fait rendre jüftiçe à celui qu’un fivoir éminent diftingue de la foule de ceux qu'un routine: grofïiem conduit. Un habile Arehite&e même * celui dans lequel on fiippofera les qualités dont je viens de l’énumération, lui donnera toujours la préférence fur les autres, quoique, par les connoiffinces que j’exige de lui, il doive être en état de diriger l’ouvriér le moins intelligent : cette préférence eft dans tous lés hommes un tribut forcé qu’on doit au véritable talent, & que des raifons de jaloufie ou d’inimitié font qu’il n’obtient pas toujours ; mais l’habile homme, jaloux d’être éclairé & ne fe confiant jamais aveuglément dans fes lumières, préférera fins; peine celui avec; fe
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- quel il pourra raifonner, dilcuter, peut-être même recevoir fes avis , & cela neft pas difficile à croire. Avec l’univerlàlité dès connoiflànces que j’exige dans un Architecte , il neft pas poffible qu’il pouffe chacune d’elles au plus haut degré de perfection; au lieu qu’un Artifte, par. un exercice journalier de fon talent, y acquiert néceflàirement toutes les connoiffan-ces dont il eft fofceptible.
- Ceux qui prélident à l’inftruétion des jeunes gens, ne doivent jamais leur laifler perdre de vue l’amour de la gloire : ils réchaufferont eu faifant naître parmi eux une noble émulation & le defir de fe furpafler les uns les autres : s’ils viennent à bout de faire naître ce feu dans leur ame, ils peuvent être aflurés de les conduire au plus haut degré du talent ; mais e’eft au maî-* rre à les Soutenir dans cette carrière, à fentir que les défauts naiflans attachés à cet âge, les pallions qüi s’y développent, font autant d’obftacles qu’il doit adroitement écarter. Nous fommes le relie de nos jours f ce * qu’on a fait de nous dans notre jeuneflè : les éle-mens des fciences font rebutans;ils ne conviennent gueres à l’âge où on réfléchit plus profondément, C’eft pour cela que les études de notre jeuneflè déterminent ordinairement l’état auquel 'nous, ferons deftinés i il eft donc important de les dirige* vers le but quon fè propofe pour nous.
- On recommande ordinairement l’étude de l’antiquité ; mais tout le monde n’eft pas en état de s’y livrer : quiconque s’y adonne fans beaucoup & d-èx? ÇèUençes égides préliminaires, n'y pûifera que 1$
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- goût du merveilleux & du gigantefque : il feroitmême à fouhaiter que d'excellentes humanités & une étude fiiivie de l’Hiftoire Ancienne , accompagnaflènt celle des monumens que le tems a mutilés, & dont il ne nous relie que peu de chofe.
- Un écueil contre lequel on fait allez fouvent naufrage, eft l’ambition d’embraflèr ou de donner à fes enfans un état qui flatte l’amour-propre, fans con-fulter aucunement fon goût & fes dilpolitions. De-là tant de gens médiocres dans leur profeflion, parce qu’un penchant invincible les conduit vers une autre dans laquelle il eft rare qu’ils excellent : une faulïè honte ne leur permet pas de quitter abfolument la première pour fe livrer à l’autre. Si-tôt que parvenus à l’âge de raifon, on fe lent une averlion décidée pour 4’état dans lequel on nous a placés, ü vaut mieux fe livrer avec application à celui qui plàit davantage : maisaufli il faut prendre garde de ne fe pas laiffer fé-duire par de légères apparences, en fe déguifent les dégoûts qui accompagnent toujours les premières études ; mais qu’arrive-t-il? On continue Ion état par retenue ou par néceflité ; on fe livre err cachette à celui qu’on préféré ; on n’y fait que de légers progrès 5 &confumantainfientre l’un & l’autre plufieurs années, on a laifle pafler le tems où on auroit pu s’y diftin-guer : pour ne pas fortir de mon lujet, je rappellerai ici l’exemple du fameux Perrault, qui, de mauvais .Médecin, devint un excellent Architecte,
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- Article XXII.
- Réflexions fur cette première partie.
- Je ne fàurois-répéter a fiez qu'en compofant ce Traité cTEconomie-Pratique , je n'ai eu en vue que le bien public ; que je n ai eu deffein de blefîer qui que ce foit ; qu'en mettant au jour une infinité de pratiques lourdes pour abufer de l'ignorance ou de la bonne foi de ceux dont on a la confiance, je nai pas prétendu allarmer la délicateflè des Artiftes honnêtes & éclairés qui font en pofTefiion de l'eftime du public. S'ils étoient les feuls dans le cas d'obtenir fa confiance, je n'aurois jamais pris la plume ; mais gémiflànt à part-moi , de voir l'ignorance & la mauvaife foi fur le pi-* nacle, j'ai cru devoir éclairer mes Concitoyens fur leurs véritables intérêts, les mettre en garde contre la fraude & la féduélion. J'efpere que les honnêtes gens applaudiront à la droiture de mes vues; & fi l’infufîifànce de mes talens ne ma pas permis de remplir la tâche que je me fuis impofée, au gré de mes Leéleurs, je les prie die me pardonner en faveur de mon intention.
- Résumé.
- Tous les principes de conftruélion que j'ai établis jufqu'ici concernant l'emploi des matériaux qui entrent communément dans les édifices, pourront ne paroître applicable qu'aux përfonnes fortunées en qui
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- l’on peut admettre plus d’intelligence & même de reiïburces, comme pour les grandes Villes , & particulièrement pour la Capitale, puifqu’il eft une infinité de provinces où beaucoup de matériaux propres à la conftruétion ordinaire font inconnus, où même , quoiqu’on puifle y en trouver, le peu de facultés des habitans leur en interdit l’ufage. Joignez à cela le peu d’intelligence des ouvriers qui, accoutumés dès leur jeuneflfe à une routine dont rien ne peut les détourner , ne feroit-ce pas rendre fervice à cette partie de l’humanité, fi digne, de l’attention de toute ame honnête, que de lui indiquer des moygns peu difi-pendieux de pourvoir plus sûrement à la folidité de la demeure où elle cache là mifère.
- On ne s’occupe communément dans l’étude de l’Architecture, que des moyens de mettre en œuvre, avec élégance, les matériaux qui font prefque.généralement connus ; mais ce feroit une étude digne d’une ame fenfible, que de porter fes vues fur lesbefoins de ces gens trop peu confidérés de nos jours, qui manquant de tout, le condamnent à des travaux pénibles pour entretenir l’oifiveté des Villes 5 dont l’induf trie active affronte la rigueur des faifons pour fournir à nos befoins imaginaires, & qui ne reçoivent pour falaire de tant de foins que le mépris qu’un luxe in-lolent témoigne à la vue de haillons auxquels nous les réduifons. Encore fi, de retour de leurs travaux ruftiques, une demeure sûre & garantie contre le froid , la pluie & les vents leur permettoit de jouir die la paix que la fitnplieité de leur vie laifle à leur
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- amel.Mais réduits à fe chauffer de ce que lopulence dédaigne , c’eft dans une demeure dont toutes les parties font combuftibles , que toute leur exiftence leurs femmes 8c leurs enfans font rélégués : appellés continuellement hors de chez eux, la moindre négligence embrâle leur chetive cabane, & réduit en un inftant eux 8c leurs voifins à la derniere mendicité.
- La nature n eft pas auffi avare que notre ingratitude £q le perluade, la parefle feule lui impute des torts quelle n a jamais eus. U eft des contrées où elle s’eftr refiifée à la production des objets qu’elle a prodigués à d’autres ; mais c’eft à l’intelligence à y fiippléer : quoi! parce qu’on ne trouvera ni pierres ni plâtre dans un endroit, faudra-t-il habiter en plein champ , ou fè coriftruire une demeure en chaume ? Il eft peu de provinces où le bois ne foit en abondance ; il en eft même beaucoup, & ce font les plus pauvres , où c’eft une raifon de pauvreté que de n’abonder qu’en cette forte de production, puifque la difficulté de l’exportation en fait négliger l’exploitation. Dans ces endroits là même, la terre peut, avec de l’induftrie, donner de la brique & des tuiles, moins bonnes à la vérité, mais fuffifantes pour le befoin. Que veut-on qui faffe ces effais toujours coûteux ? Eh ! ne vaut-il pas mieux confacrer quelques fommes à cette importan e découverte, qu’à réparer par de froides & humiliantes aumônes, le défàftre d’un incendie? Le nombre infini qu’on en voit de nos jours m’a fiiggéré ces réflexions; & fi mon âge me le permettoit, je voudrois me livrer à cette recherche. Hommes riches, qui annoncez
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- fi haut quelques charités pour en tirer vanité, voilà u$ heureux emploi que je vous propofe; c’eft à vous qu’il appartient de frayer des voies inconnues. Ceflez de vous occuper des moyens faftueux d’éternifer, par de magnifiquestombeaux jla mémoire de votre paffage en ce monde : par quel aébe vraiment -utile votre apparition a^t-elle .étéf marquée ? Voyez-d’avance cette foulé de malheureux dont » le.« témoignage- n’eft pas fufpeél > fe répéter *d’âge en âge : c’eft lui dont lés foins bienfaifans ont garanti nos1 familles $c nos récoltes. Les Savans nattendent que vas ordres; mais ils ne peuvent rien fans vos fecours, car le chemin de l’étude n eft pas celui qui mene à la fortune. Vous partagerez la gloire de celui dont vous aurez encouragé les découvertes. Heureux du moins en finit font ma carrière d’avoir encore pu ouvrir les yeux au fiecle heureux que nous annonce le jeune Souverain que le Ciel nous à donné :. c’eft du milieu des foins les plus importans, c’eft lorfque des voifins puiflans ouvrent à fes jeunes ans la plus glorieufe carrière , quil s’occupe des befoins les plus preffons de cette partie defos fiijets qui lui eft fi chere , les Cultivateurs. Heureux enfans de peres qui ont vu tant de malheurs, vous aurez la fotisfaélion d’être témoins de tant de bienfaits. J’emporterai du moins la certitude que le bien va s’opérer. Et vous , Miniftres que fo fogelïe a appellés auprès de lui, fi votre bienfaifonce vous fait répandre des fommes capables de réparer les malheurs que des fléaux terribles ont occasionnés, daignez vous occuper du foin de les prévenir.- Les elTais
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- que je propofè font peu coûteux : faits en petit, on ne craint pas de fe tromper. Nos campagnes devenues riantes n offriront plus à la vue ces chaumières où la mifere contrafte fi fort à côté de l'opulence. Les hameaux deviendront dê petites provinces : l'homme ainfi encouragé ne fera plus tenté d'abandonner la terre qui le nourrira. Sa demeure, devenue moins affreufe, ceflera d’être l'afÿle de la mifere & de la faim ; & le Laboureur paifible bénira, au coin de fes foyers, l’inftant où fôn Souverain s'eft occupé utilement de lui, Sc portera fans murmure au tréfor public la corn tribution que chaque individu doit à fa patrie.
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- TRAITÉ
- D’È CONO MIE-P RATIQ UE.
- TROISIEME PARTIE.
- CONCERNANT LES FONTAINES PUBLIQUES DE LA VILLE DAMIENS.
- Section première.
- Raiforts qui ont déterminé à faire cet étalliffement.
- C^/est aux vues fages & à l'amour du bien public qui ont caraélérifé fucceffivement plufieurs de MM. les Intendans de la Province de Picardie, que la Ville d'Amiens doit le monument utile dont ils ont bien
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- voulu me confier l'exécution * & dont je vais détailler la çonftruélion.
- Il y avoit long-tems quoccupés de tout ce qui peut contribuer à i'embellifïèment & à l'avantage de la Ville’ d'Amiens, les différons Magiftrats chargés des ordres du Roi dans cettç province, défiroient remédier aux inçonvéniens attachés à la nature des manufaétu-res & au genre de commerce de la Ville.
- Cette Ville , par fa fituation, ocçupe toute la largeur de la vallée où coule la riviere de Somme, donc les eaux, en traverfànt la Ville, fe divifent en plu-fleurs canaux, dont les uns fervent aux Teinturiers pour lesmanufaétures de toiles, & les autres aux Tanneurs , qui font en grand nombre dans cette Ville , ou à d’autres états qui caufènt beaucoup de mal-propretés & rendent l'eau nuifible à la fanté pgur la bpifl-fon & l'ufage domeftique. D'ailleurs ces mêmes eaux , coulant fiir un fonds bourbeux, le chargent de parties bitumineufes qui les rendent très-mal (aines. Et quoique la Ville foit pourvue dune infinité de puits , il y en a fort peu dont les eaux puiflent être potables par la mêmç raifon du terreiti qu elles fe filtrent. Il eft vrai quon trouve à quelque diftance de la Ville une aflez grande quantité de (ourçes très-bonnes; mais il n'y a que les gens aifés qui puiflent s'en procurer pour leur ufage journalier, & que le commun des citoyens, ainfique les ouvriers qui confomment beaucoup d'eau, font forcés de s'en àbftenir ; tant il eft vrai que l'habitude eft aflujettie à la néceffité. Il eft même étonnant que les perfonnes chargées de l'adminiftra-
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- tion publique n'aient pas fongé plutôt à un établiflç-ment auffi avantageux.
- Je ne me propofe pour but dans la defeription que je vais donner, que de faire connoître dans tous leurs détails les moyens dont je me luis fèrvi pour pôrter à une heureufe fin l'entreprifè dont je m'étois chargé , afin d'applanir les difficultés à ceux qui voudroient eh conftruire de femblables, defifécher des terreins inondés, porter de l'eau dans des endroits fecs & très-élevés, ou enfin procurer des eaux jailliffàntes à des maifpns de plaifance, qui, par leur pofition , en paroîtroient le moins fufceptibles,
- Section IL Origine de cet Etablijjemenu
- Entre les fources qui font dans le voifinage de la Ville d'Amiens, celle nommée la Fontaine des Freres eft la plus anciennement connue. Elle fut découverte il y a plufieurs fiecles en fouillant de larges & profondes tranchées pour fervir de fofles & d'enceinte à la Ville. Un grand nombre d'expériences réitérées fur la nature & la qualité de ces eaux en ont conftaté la iégéreté &la falubrité, & l'ufàge très-ancien qu'on en a fait, n'y a fait découvrir aucun défaut.
- Ce fut vers 1740, que chagé de diriger quelques travaux affez importans pour la Ville, je remarquai qu'il pouvoit y avoir du danger de perdre ces fources, parçe que leur écoulement, par la cunette du foffé,
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- fo trôuvoit engorgé au point de faire refluer les eaux for elles-mêmes , & qu en forchargeant leur iflue de terre, ou couroit, rifque! de les détourner & de les perdre ; en conféquence je fus chargé de faire remettre le tout en état : dès-lors je calculai le produit continuel de cette fburçe , & démontrai même à M. Ghaüvelin, alors Intendant de la Province, la pofïïbilité d’introduire ces eaux dans l’intérieur de la .Ville , de les diftribuer commodément 8c d une maniéré avantageufe au public.
- Ce projet s’étant répandu , on fit pour & contre diverfes obfervations, dont plufieurs fembloient tendre à révoquer en doute la poflibilité de mon projet ; tant il eft difficile de faire goûter au public des projets nouveaux : le tems feul peut déterminer la réuflite d’une entreprife, qui, dans un autre inftant, aura été rejettée. Les chofes refterent dans cet état jufqu’en 1748, que M. Chauvélin, dont le nom & la mémoire font chers-à tous ceux qui font connu, & principalement aux, Citoyens des Provinces qu’il a gouvernéestrouva moyen de propofer de nouveau cette idée, & de l’appuyer de tout fon crédit. Ce qu’il y a de fingulier, c’eft qu’autant dans la nouveauté mon projet avoit trouvé de contradiéleurs, autant, huit années après, il fut accueilli avec empreflement. Chacun vouloit contribuer à cet établiflêment. On propofa plufieurs plans ; & comme je m’étois appliqué dès ma jeuneflè à la çonnoiflance des conftruélions hydrauliques , que d ailleurs j’avois conçu le premier ceptojet, que tous les nivellemens étoient faits, je
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- crus devoir me propôfër en cdnctiîrrënce., & je communiquai me plans, deffin's & machines relatives, -i Lorfque tous les projets propofes & admis au concours furent rapprochés, pour être balancés les uns avec les autres, ceft alors*que chacun mit pour faire adopter le fien toute la chaleur que le parti qu’il s’étoit fait lui fuggéroit; mais M. Chauveliii, toujours prudent dans toute là conduite, & ne voulant rien prendre fur lui-même, fur-tout pour üh étâMiflement' de cette importance , & qui Revoit coûter une fomme aflez confidérable, après avoir diftingué dans la multitude davis qui lui étaient donnés ce qui pouvoit tendre au mieux1, in ordonna de me rendre à Paris avec mes mémoires * deffeins & modèles, à l’effet de faire examiner le tout, & d’obtenir une approbation s’il le méritoit. Les Commifîaires nommés par l’Académie Royale des Sciences fe rendirent chez M. Tru-daine, Intendant des Financés, Membre de l'Académie des Sciences & protecteur des Arts. Entre les Commiflaires étoit M. Belidor, connu très-avanta-geufement par fes ouvrages fur l’hydraulique. L’examen de mes projets fut difcuté à fond* & on me fit l’honneur de m’admettre à ces conférences pour pouvoir répondre aux objeéfions qu’on pourroit me faire : enfin je fus agréé par le Comité. M. Chauvelin, muni des ordres du Confeil d’Etat du Roi, nfordonna de mettre promptement la main à l’œuvre; mais comme il n’y avoit aucuns devis eliimatifs des ouvrages à faire, c eft par-là que je commençai, afin de répondre plus sûrement à la confiance dont je venois d’être honoré!
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- *4? TRAITÉ
- &1 op verra par la fuite, le détail des précautions que je pris pour que toutes les parties de cette importante çonflruélion fe répondiflent parfaitement.
- Section III.
- Suite de cet Etabliffement,
- Ce qui me refte à dire de rétablifTement que je vais décrire , & des luîtes qui le menèrent à fa perfection , femblera peut-être tellement lié avec ce que j'en ai déjà dit, qu’il eût dû être traité fans interruption: j'ai cru cependant devoir diflinguerdeux époques.
- M. Chauvelin ayant quitté le département de ma province en 1751, M; d'Aligre, qui lui fuccéda, trouva letabliflèment commencé & même déjà fort avancé, puifque les eaux des fourcesétoient introduites dans,l'intérieur de la ville ; le château d’eau étoit à la fin de là cônftruélion, & le port de lagreve, qui en faifoit partie, entièrement fini. Le nouvel Intendant fe fît rendre compte des détails du projet, & donna des marques publiques du zele le plus vif pour un établiffement fi avantageux au public. Pour donner une preuve authentique de fa fatisfaélion, il s'attacha particulièrement à la cônftruétion des fontaines, & preflà, de tout fon pouvoir, lachevement d'un éta-bliflement auflî utile aux habitans, & me chargea de dreflèr les devis eftimâtifs de la dépenfè qu entraîne-roient douze fontaines diftribuées dans diffërèns quartiers de la Ville. .
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 14,
- Gomme je matois occupé depuis fort long-tems de Cet objet, je lui fis part des corrections que j’avois faites à la machine même que j’avois propofée, & qui avoit été acceptée, mais dont je rendoisles opérations beaucoup plus fimples, fans y rien déranger d'eflen-tiel. Je lui en fis voir le modèle que j’avois exécuté : mais quoiqu'il approuvât les changemens que je lui propofois, il exigea de moi que je foumifle mes nouvelles idées au jugement des mêmes Savans que j’avois déjà eus pour juges : en conféquence le modèle lut apporté à Paris, & après avoir relié pendant douze jours dans le cabinet de M. Trudaine, j’eus la fatis-faétion de le voir approuvé de tous Connoilfeurs que ce Savant diftingué avoit confultés.
- Il s’agifloit donc de pourfùivre ce qui étoit commencé , c’eft-à-dire, de conduire dans différens quartiers delà ville les eaux que ma machine de voit élever par gradation à différentes hauteurs. Suivant le projet général , le quartier où devoit être bâtie chacune des douze fontaines étoit déterminé ; mais quoique Sa Majefté, dans 1’ Arrêt du Confeil qui fortit à cet effet, eut autorifé la Ville à acquérir les emplacefnens né-ceffaires à cet établiffement, néanmoins le lieu précis où chacune des fontaines devoit être affile n étoit pas déterminé. Je propofai pour cet effet à M. d'Aligre un moyen qu’il approuva, & qu’il me chargea d’exécuter : le voici.
- Comme la dépenfe des douze fontaines devoit monter fort haut, que ces édifices , ainfi que tout ce qui y étoit relatif, entraînoiént néceffairement des
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- IJO TRAITÉ
- dépenfes annuelles qui altéreraient fènfiblement les revenus de la Ville, je propofai de faire l’acquifition de très-grands terreins pour chaque fontaine, & de choifir, autant qu’il feroit poffible, des emplacemens vagues ou remplis de vieilles maifons, afin que l’achat fût moins cher ; d’y bâtir en décoration des bâtimens logeables, dont le produit annuel feroit un revenu afluré pour la Ville. Ce projet fut accepté avec em-prefTement, & je fus chargé d’en commencer au plutôt la conftruéfion.
- La bâtiffe de douze emplacemens tels qu’il s’agiC-foit de les élever étoit un objet immenfe, & fort au-deflùs des revenus de la Ville ; auffi fiit-il décidé de n’en entreprendre pour lors que cinq , & même des raifons d'économie ne permirent d'en commencer que quatre, qui furent finies fous les ordres de M. d’Invau, qui venoit de fuccéder à M. d’Aligre, L utilité de l'établillèment, tel qu’il avoit été projetté, peut aifément fe démontrer par le produit des locations des bâtimens qui exiftent déjà. U faut efpérer que des tems plus heureux verront achever un monument utile aux habitans d'une Ville très-peuplée.
- Section IV.
- Des Nivellemens,
- U n eft que trop ordinaire de fe laifler féduire par tout ce qu’un projet peut avoir de brillant. Les difficultés, dans l’enthoufiafme où Ion eft, fe réduiferit à
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- D’ÉCONOMIË-PR AT ÏQUE. 151
- rien : on fera toujours à tems d y pourvoir. On commence , & fouvent on eft obligé de revenir fur fes pas, ou fi la honte nous tient, on gâte, on mutile les plans, faute d’avoir pris toutes les précautions néceffaires.
- Je puis, fans que la modeftie en fouffre, dire que j’avois porté toutes les obfervations préliminaires juf-qu au fcrupule : je m’étois afïùré de la qualité des terres depuis les fources jufqu a la Ville : il convenoit de niveler le terrein avec la plus fcrupuleufe exactitude pour connoître les pentes , les contrepentes, 8c m’af-fiirer de la vîteffe du courant, du poids de fa chûte & de l’effort que je devois en attendre pour mettre en mouvement la machine , à l’aide de laquelle je me propofois d’élever l’eau à la hauteur du quartier le plus élevé de la Ville. Je rencontrai dans cette opération beaucoup de difficultés de la part du terrein même: on pourra prendre une idée exaéle de mes opérations à l’infpeéUon de la planche I; qui , quoique tracée fur une échelle fort réduite, fera diftinguer tous les points de nivellement, 8c la route que tiennent les eaux.
- En confidérant la riviere de Somme relativement à l’utilité dont elle eft pour le commerce, il n’étoit pas poffible de longer à établir deflus aucune machine propre à élever les eaux des fources qui auroient pu y être conduites naturellement comme la foùrce 2, pour être amenée en 3. Ce n’eft donc qu’après bien des recherches que j’ai trouvé le moyen de l’introduire dans la Ville en 3 , comme on le verra plus bas.
- Planche I.
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- PlAUCHE T,
- 152 TRAITÉ
- U s’agifloit de favoir fi ces trois points pouvoient cadrer avec le projet. Pour m’en aflùrer, j’en ai fait le nivellement avec toute l’exaélitude poffible , le premier point ayant été établi au n° 1 lur la furface moyenne des aux de la riviere qui varie très-peu de hauteur, à moins de quelque caufe extraordinaire , ce qui n’efl: pas fréquent. De ce point, en remontant jufqu’à la furface des eaux du baffindesfourçes, n° 2, ce qui fait une diftance de 420 toifes, la différence eft de neuf pieds trois pouces fix lignes ; ainfi la pente des eaux paflànt par la partie pierrée , & de l’aqueduc, étant réglée à environ deux pouces pour cent toifes, on peut remarquer qu elles arrivent aflez facilement au n°. 3 , & que par ce moyen leur furface fe trouve de beaucoup fupérieure à celle des eaux de la riviere, ce qui évite le mélange des eaux, au moyen de quoi celles des fourçes fe trouvent confervées dans toute leur pureté.
- U étoit également intéreffant d’avoir le nivellement des différens quartiers où je me propofois d’établir des fontaines publiques, afin de connoître au jufte le degré de hauteur où il convenoit d’élever les eaux des fourçes, pour qu elles fuflent verfées d’une fontaine dans l’autre : ces opérations ayant été faites avec la plus grande attention, fai reconnu qu’il falloir que les eaux fuflent portées dans le château d’eau à 80 pieds de hauteur, afin de pouvoir être rendues à IJ pieds au-deffus du pavé des quartiers les plus élevés de la Ville Jufques-là mes opérations fe trouvent d'accord avec le projet,
- Section
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. ïjj
- Section V.
- Conjlruclion pour conduire les eaupc des fources»
- Ce que j’ai appelle baffin des fources, 8c quon voit figuré fur la planche première , n eft qu’un allez grand efpace fur lequel fe trouve un peu d’eau, au moyen de quoi il n’y a pas à craindre quelle s y échauffe ou s’y corrompe. Dans toute cette étendue, fè trouvent une infinité de rameaux de fources quon a vu produire communément 80 à ioo pouces d’eau; & comme tout cet efpace , ainfi que la cunette fer-vant d’écoulement, étoienten pleine liberté & expo-fées aux malpropretés, on y a confirait un mur d'enceinte, au moyen de quoi toutes ces eaux fe trouvent expofées au grand air ; ce qu’il eft toujours bon de prévoir dans toutes les occafions , car il faut ob-ferver qu’il eft peu d’eaux qui, fortant du fein de la terre, ne laiffent exhaler quelques vapeurs, que le grand air fait bientôt évaporer, & ne charient quelques parties terreufes qu elles dépofent en fort peu de tems; au lieu que fi ces réfèrvoirs font couverts ou offufqués, il n’y a pas lieu a l’évaporation, & ces mêmes vapeurs retombant fur la furface des eaux, s’y mêlent de nouveau & leur communiquent une qualité nuifible dont elles fe dépouillent difficilement.
- Dans l’origine, j?avois propofé de conftruire un aqueduc couvert, depuis le dépôt des fources en a jnfquau point 3 ,ou a été çonftruit le château d’eau,
- PlXHCHB f.
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- IJ4 TRAITÉ
- Planche i. afin d’éviter toute efpece de malpropretés dans ce qui pourroit refter à découvert ; mais des raifons dune prétendue économie ont déterminé à ne conftruire qu’un mur depuis 2 jufqu en 4, le long duquel, & du côté du rempart, les eaux s'écoutaient à découvert. Cette précaution, quoique bonne, n'empêcha pas, à la fuite du tems, que des gens mal intentionnés , & on ne manque nulle part de cette efpece de gens, ne jettaffent de deflus le rempart des malpropretés dans ces eaux, au point même de détruire les murs pour s’y procurer un libre accès. C'eft alors que , d'après tant d'inconvéniens, je propofài d’enfermer ta cours d'eau dans une pierrée, à l'effet de leur confèr-ver toute leur pureté, ce qui ayant été jugé indif-penfable fut adopté & exécuté. Qu’on fe rappelle ici combien, dans le Traité d'Economie-Pratique qui précédé cette defcription, j’ai recommandé de réfléchir à tous les inconveniens, & dès 1e commencement d’un édifice , d’y parer d’une maniéré sûre, qui, quoique couteufe en apparence, ne l'eft jamais autant que des ouvrages faits à différentes reprifes.
- La néceffité où on s’eft trouvé de conftruire cette pierrée, a commencé par une partie, dont le mur avoit été détruit. On crut que les dégradations de ce qui en reftoit pourroient ceilèr. Plufieurs années ta tant écoulées, fous l’adminiftration de M. Dupleix, fans qu’il s’y tait caufé de grands dommages ; mais 1e mal ayant recommencé, M. ta Comte d’Agay, aéhielle-ment Intendant, a ordonné, fur les repréfentations qui lui ont été faites , que les ouvrages commencés
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- D’ECONOMIE-PRATIQUE. îjy
- fèroient achevés pour ôter tout accès au cours des Plahchç i.. eaux, ce qui a été exécuté.
- Quoique cette conftruâion n’ait rien d’extraordinaire, j’ai cru devoir la rapporter, afin que fi par la fixité on jugeoit à propos d’y faire quelque changement ou augmentation, on fâche de quel point il faut partir. Elle ne confifte qu’en une affife de pierres plattes pofées à foc fur le fond du terrein qui naturellement efl: très-folide, & réglée fur une pente uniforme. Les côtés font en grès, ainfi que les dalles qui en font le recouvrement, qui y laiflent un vuide de feize pouces quarrés pour le paflage des eaux. Le deflus des pierres de recouvrement efl: garni for leurs joints d’une petite chappe de maçonnerie pour empêcher que les terres ne tombent dans le vuide du paflage des eaux, le tout depuis n°. i jufqu’à n°. 4 planche première. Toute cette pierrée efl: recouverte de dix-huit pouces de terre formant talus des deux côtés : l’entrée en efl: fermée dune grille qui ne laiffepaflage qu’aux eaux, en s’op-pofànt à l’entrée de tous corps étrangers qui pourroient y caufer des engorgemens : & fi malgré toutes ces précautions il s’y en formoit quelques-uns, il feroit très-aifé d’y remédier; il foffiroit de lever de diftance en diftance quelqu’une de ces pierres de recouvrement; au moyen de quoi, on jugeroit très-aifément de l’endroit ou fe fait l'engorgement, pour y porter remede.
- Comme lés eaux de la pierrée viennent pafler au n°. 4, fous une des portes dè la Ville, il a fallu faire en cet endroit des difpofitions particulières pour ne nuire en rien à la fblidité qu’exige çe paflage , &
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- 156 T R A I T Ê
- FiAtcHE i. prévenir les cas les plus imprévus. J’ai fait pratiquer une efpece de puifart dans lequel fe rendent les eaux des fburces, & où elles dépofent les parties terreufes dont elles peuvent être furchargées, pour reprendre enfuite leur courant. Au fond du puifart eft une bondé quon peut lever au befoin, foit pour nettoyer le pui-fart , foit pour y faire écouler toutes les eaux, en cas quil y ait à travailler fous l’acqueduc. De plus , j’ai fait pratiquer fur l’un des côtés, un aflez large & profond ruifleau de précaution par lequel, d’une part, on peut faire pafîer toutes les eaux de la pierrée en les détournant à l’endroit où on auroit à travailler : d’autre part, s’il arrivoit quelque gros orage ou fonte de neiges aflez abondante pour retenir les eaux dans le fofîe & nuire à la pierrée, ce même ruifleau pro-cureroit un écoulement certain. Qu’on juge par-là de quelle importance il eft, dans le projet le mieux concerté, de parer à tous les inconvéniens, & de prévoir les cas les plus inattendus.
- Il ne reftoit plus qu’à introduire dans la Ville les eaux depuis le n°. 3 jufqu’au n°. 4. Cette opération a exigé les plus grandes précautions. Après avoir fondé le terrein avec la plus grande exaélitude, j’ai reconnu qu’il eft impoflible d’établir l’aqueduc que j’y ai fait *conftruire, autrement que fur un grillage de charpente bien enraciné dans un maflif de maçonnerie. Le fond de cet aqueduc eft en forts quartiers de pierre, & le refte en briques : il a trois pieds de largeur fur fix de hauteur fous voûte. Sur l’un des côtés eft le canal qui conduit les eaux, & fur l’autre eft un trottoir fur lequel on marche aufli commodément que fur un
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 157
- corridor. Cet aqueduc commence dépuis le n°. 4 ju£ qu’au nG. 5 , où il eft hors de la Ville : puis pallant fous le rempart, il eft Continué fous les rues & places nos. 6,7 & 8 pour arriver au n°. 3. De toute cette étendue, la partie la plus difficile à exécuter eft n°. 8, en ce que cette rue n’a que huit pieds fix pouces de large ; mais au moyen de toutes les précautions que j’ai mifes en œuvre, il neft arrivé aucun accident aux maifons de cette rue, qui eft fort longue , ainii qu’on peut le voir for le plan.
- Sèction VI.
- Etablijfement du Château d’Eau*
- Suivant le projet, il ne s’agifloit pas feulement dé conduire les eaux des fources dans l’intérieur de la Ville ; il fallôit, foivant les nivelletnens qui en avoient été faits, avoir un emplacement affez confidérable pour y établir un château d’eau , & une puilTance motrice capable d’élever les eaux à quatre-vingt pieds de hauteur par le fecours d’une machine. Ce ne fut qu’à la foite de différentes recherches, & d’après plu-fleurs opérations, que je propofai de prendre l’emplacement où il eft, & malgré les obftacles qui fembloienc s’y oppofer. On pourra juger de toutes les difficultés qu’il a fallu Vaincre, par l’explication de la planche feconde à laquelle je vais me livrer.
- Laiflànt à part les petites acquilitions que la Ville a été obligée de faire, & qui n ont pas caufé de gran-
- PlANCHE ï.
- Piamche n.
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- 158 - TRAITÉ
- Pianche 11. des dépenfes; il fera facile de fentir les avantages qu’on a tirés de cet emplacement, qui jadis étoit un quartier perdu, par l’infpeétion de la planche 2 que j’ai tracée fur une échelle beaucoup plus grande que la précédente , afin d’en rendre les objets plus fenfi-bles, & qu’on pût juger mieux de l’enfemble des parties & de leur utilité refpeélive.
- A eft le lit de la rivière de Somme, qui ci-devant couloit hors de la Ville au pied du mur du rempart ; mais M. Chauvelin , toujours attentif à faciliter le fervice du commerce, avoit obtenu du Gouvernement , douze a quinze ans avant notre établilïement, de couper un bout du rempart, & y forma une efpece de port ou greve : le pied* du mur du rempart étant relié à la hauteur des bateaux, rien ne pouvoir être plus commode pqurleur chargement & leur déchargement.
- Au moyen de notre établiflement, ce même porc fe trouve agrandi de près du double de ce quil étoit. On le voit figuré par les lettres B^B. ta furface en eft pavée en pente douce déclinant vers la riviere, ce qui fayorifè beaucoup le ferviçe des voitures qui vont s’y charger ou qui y amènent des marchandées, C, C, Cy &c. font des rues qui y aboutilïent de différens quartiers de la Ville, ce qui rend la circula* tion intérieure très-commode. D, &e. font différentes malles de maifons & de terreins appartenant à différens particuliers. £ eft le boulevard qui aboutit au port, & a9 a, font deux quais ou rampes qui ter-» minent, l’un la rué, & l’autre le boulevard. F> £, eft la petite rue fous laquelle pafte 1 aqueduç dont fai déjà
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- parlé, & qu’on peut reconnoître par des deux lignés Planche il ponétuées qui y font.
- Sous les lettres £, G-, eft l’un des bras dérivé de la riviere de Somme à fon entrée dans la Ville , du coté oppofé à celui quelle parcourt en A, & qui après avoir fervi à un moulin, a encore aflez de force pour fervir de puiffance motrice à la machine dont je m’occuperai bientôt ; enfin fous la lettre H eft la maffe du château d’eau dont je vais parler , & qu’on peut voir fur les planches iùivantes, où" je les âi Fait defîiner fur une échelle encore plus? grande, pour rendre fenfibles jufqu à fes moindres parties.
- Pour mieux juger des difficultés que j’avois à vain- Planche nr. cre pour former cet établilïèment, il né faut pas perdre de vue ce qui a été dit'de Tancien état de$ lieux.
- On peut remarquer par le ‘plan figuré planché III3 que la partie la plus balle forme un demi fbuterrein,' où il eft facile de diftinguer l’arrivée éfclâ; fortie des4 eaux. Tout cet édifice eft fôlidémenCiconftruit & fondé fur pilotis & fur un grillage eri plein fur le’ quarré de l’édifice, avec un maffif en maçonnerie de neuf pieds d’épaifleur, également en plein' ,< & dans lequel font pratiqués fies puîfârtfl& le !è^üffidf.J /
- P, P, P, dcc. font dés ’fbndemeiis lur ~jpifbt$s du bâtiment ou château d’eau1 dans lequel eft renfermée la machine, & où fè rendent les eaux, tant de la Somme que des foutcés. Cettë planché n’eft dèftinée quà repréfonter la partie des foùcerreiiis &i farlrvée des eaux. Ces foiideïnens onrnfetf ’^ied^-d^aïfeijf^
- & font conftruits enplein. Les parties Q, rie
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- t6o TRAITÉ
- ftANCHE m. font que l'indication des endroits ou dans les étages fupérieurs on a pratiqué des croifées.
- Un des bras de la Somme arrive contre le bâtiment en A, vers un des pans coupés P. Elle eft retenue à la hauteur qu'on juge à propos, au moyen de vannes a, a j a y a3 dont je détaillerai plus bas le jeu & la conftruCtion. L'eau ainfi arrêtée fe détermine à paffer en B, & de4a dans le courlier N, pour tomber en-fuite en D* Mais fi quelque forte réparation à faire à la machine exige qu elle demeure en repos, il fuffit de lever les vannes, Sc alors l'eau prend fon écoulement par-deflous les ponts M, M9 pour fe rendre directement au même point Z?, & de-là par un aqueduc foutçrrein, fifivant la direction qu indique la fleçhe dans la Somme, à quelques toiles de di£ tance de la machine, à l'endroit où eft le port dont j'ai parlé eni?, 2?, planche 2. Et pour que l'affluence de l’eau n augmente en .rien le courant de la riviere, & né puifle gêner la navigation par trop de rapidité, j'ai fait çonftruire depuis 1 endroit D où l'eau quitte le château d'eau, jufqu'au port, un aqueduc grèfé Sç çouven;, dont l'extrémité eft en contre-pente, afin que l’eau venant frapper contre, il n'y ait que fa fins face qui reflue dans la Somme, ce qui conferve la tranquillité de l'éçoulement.
- L'eau retenue par les vannes, & forcée de paflèr par le çpurfier Nx rencontre les aubes dune grande roue qui met toutes les pompes en mouvement* Mais çe n eft pas ici le lieu de parler de la machine, je reviens à la defeription des fouterreins*
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. i6t
- Il ne faut pas perdre de vue que les fources, dont les eaux font diftribuées dans la Ville par notre machine , font plus élevées que le lit de la Somme , & que je ne me fois fervi de celles-ci que comme force motrice. E, F, efb un aqueduc ou canal couvert par où les eaux de ces fources arrivent à ht machine : elles s’y rendent dans un baffin quarré F> d’où je les distribue félon le befoin. D’abord, par une continuation du canal E, E9 elles vont fe rendre» dans les deux puifarts G, G, foivant les lignes ponctuées. C’eft dans ces puifarts que font plongés les deux corps de pompe qui élevent l’eau à 80 pieds , dont je parlerai bientôt. Mais lorfque les fources, font trop abondantes , ou lorfque la machine eft arrêtée, l’eau prend fon écoulement par raqueduc /f, ff9 & fe rend dans le jtetit baffin qu’on voit au bout, & de-là s’écoulent for le pallier I pour l’ufage du public, dont l’accès eft très-commode au moyen de l’efçalier O qui y conduit, & le trop va fe confondre avec les eaux delà Somme au port dont j’ai parlé. "
- Comme il eft poffible que le canal H9 H i qui n eft pas fort large, fe trouve engorgé par la vafe que les eaux charrient, ou par quelquautre événement, j’ai fait pratiquer au-deflous du canal H > H, üii autre canal ou aqueduc, dans lequel il eft facile de faire paflèr i’eau, au moyen d’une bonde de fonds pratiquée au fonds du baffin f j comme le niveau des fources eft beaucoup plus’éïevë que celui de la riviere ^ cette eau a encore une pente foffifante pôur fè rendre for le pallier /, & de4à dans la Somme, comme ort
- X
- Pl\nche
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- j 62 TRAITÉ
- Planche iii. la vu plus haut. R, S, T, font différefts efoaliers, au moyen defquefo on defoend au fond des fouterreins pour , remédier commodément aux dérangemens qui peuvent furvenir à la machine, & y faire les réparations convenables. F, Vy font deux maflifs de maçonnerie contre lesquels portent les leviers dont f aurai occaïion de parler bientôt.
- Tel eft Tétât des fouterreins qui conduifent Teau à la machine ; je paffe à la defcription de Tétage fii-périeur.
- Section VIL
- Planche iv. La planche IV, fomblable à peu de chofe près à la précédente, repréfente l'étage fopérieur du château d'eau. À en eft l'entrée ; B eft une cour, à côté de laquelle on a conftruit un magafin C où Ton dépofo les uftenfiles & matériaux propres au fervice & à ï'jenixetien de la machine. L'efcalier E conduit à Tétage que je vais décrire , & celui D defoend dans les fouterreins : l'un & l'autre font en grès pour plus de fo-lidité. Au haut de cet efoalier, &.en E, eft un pallier qùi conduit au veftibule F, dans lequel fe préfonte un autre escalier G cpntenu dans une cage oélo-gone comme ie château d'eau. Au centre de cet efca-lier, qui eft conftruit en vis, eft un noyau qui s'élève de fond en oombfo^,& qui contient un fort bâtis de charpente en lunette par où palîènt les deux tuyaux de pompe pour la montée des eaux, & deux pour la defcente. Au centre du noyau eft un fort poteau mon-
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 1
- tant, fixé invariablement au moyen des décharges & branchons qui le maintiennent. Ces quatre tuyaux font arrêtés de dix en dix pieds avec de forts colliers en décharge 8c formant un enfemble très-folide : & comme toute cette partie eft entièrement à découvert de bas en haut, il riy a pas d’endroit où on ne puifle for le champ mettre la main en cas qu’il y forvienne quelque réparation à faire. Les trois autres pièces H9 H 9 H 9 formées par dés murs de diftribution , font des logemens. Avant de palier à l’explication des machines qui mettent les pompes en mouvement, il me femble à propos de développer l’élévation du château d’eau : c’eft ce qu’on va voir par l’explication de la planche V.
- Cette planche repréfente celle des quatre faces du château d’eau qui regarde le port. F9 jFeft le niveau de la place : Â eft un foubaflement en contre-bas. B eft la voûte de l’aqueduc par où paiîent les eaux du bras de la Somme lorfque les vannes font levées & que la machine eft arrêtée, ou torique les eaux étant plus que foffifantes pour faire aller la machine on eft obligé d’en ouvrir quelqu’une. C eft un autre aqueduc par où viennent fe confondre les eaux à la fortie du eourfier. D eft le pallier/; dont nous avons parlé planche III, & for lequel viennent fe rendre d’abord les eaux de la machine pour fervir de fontaine à l’ufege du public ; & enfin E le trop plein du baffin F9 qui y arrive par le canal H 9 H 9 planche; III9 i& (î eft l’efcalier par où l’on y defcend. Gn peut juger par la feule infpeélion de ceçte planche , que les eaux des
- % ij
- PlANCHBIVv
- Planche V*
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- i64 TRAITÉ
- v. jfources font même, à leur perte, plus élevées que celles de la Somme. Au-defîus du niveau de la place eft un autre foubafïement en forme de buffet furmonté d’une niche & de deux croifées feintes, dun archi-teéture très-fimple & en glaçons comme je crois quil convient à ces fortes d’édifices : cette niche étoit dans l’origine deftinée à recevoir une figure de Moyfè frappant de là baguette le rocher dont il tira de l’eau, ou quelqu autre figure aquatique ; mais des raifons dont j’ignore la caufe ont jufqu’apréfènt fait différer l’exécution de ce projet.
- : La néceffité d’élever les eaux à quatre-vingt pieds pour la diftribution dans tous les-quartiers de la ville à quinze pieds au-defîus du pavé, fembloit impofer celle d’élever le château d’eau à une pareille hauteur, mais on fent qu’un édifice dont la bafè auroit été auffi étroite & l’élévation auffi haute, auroit fait un très-mauvais effet à la vue ; c’eft ce qui m’a déterminé à ne l*élever que d’un étage, furmonté d’une’galerie entourée d’une baluftrade ; & comme il m’a fuffi de continuer l’élévation de l’efcalier qui renferme les quatre tuyaux à la hauteur requife, & de décorer le fiirplus dix bâtiment d’une lanterne furmontée d’une galerie en bèlvedere comme on le voit fur la figure : le refte du bâtiment s’entendra à la feule infpeélion de la planche pour l’extérieur & la décoration. On fentira mieux les raifons qui m’ont déterminé à préférer cette forme, lorfque j’aurai développé les effets de la machine.
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- D>ÉCONOMIE-PRAÎIQUE. i 6j
- Section VIII.
- La planche VI eft le plan géométral de l’intérieur Piavche vl du château d’eau & la place qu’occupent les couches ou pièces de bois fur lefquelles font plantées toutes celles qui s’élèvent perpendiculairement, tant pour le jeu de la roue , que pour contenir les corps de pompe, &c.
- A eft une forte piece de bois qui porte le collet de Taxe d’un des bouts de l’arbre de la roue. B eft une vanne pofée en travers du cour fier, qui fe leve à vo- , .J lonté au moyen d’un cric pour donner paflàge à un plus ou moins grand volume d’eau félon la vîtelle qu’on veut donner à la roue & à la machine. Les deux pièces de bois CC9 CC9 font prifos jufte entre les deux murs, & paflent fur les deux puifarts DD9 DD\ celles E E font aflemblées avec les deux premières à mi-bois à angles droits. Les mortaifes qu’on y voit indiquent affez la place des montans, liens , entretoi-fes, &c. qu’on verra dans la planche foivante. On remarquera que toute la forface du fonds de ce fou-terrein eft en pleine maçonnerie, dans l’épaifleur de laquelle ( qui eft de neuf pieds ) font pris les deux puifarts & le courfter. Que pour paffer d’un des côtés ne la roue motrice,à l’autre, comme de H en /, ou même du fonds C en A 9 on met for le courfier de forts madriers, qui ne laiflant à la roue que ce qu’il lui faut pour fe mouvoir , permettent tout accès autour dés machines & de la charpente. K eft un efcalier
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- Planche vi. pratiqué dans l’épaiflèur du mur, & qui conduit fur le pallier ou pont quon voit for la planche III pour aller aux vannes, qui rentiennent la riviere quand la machine va.
- Planche vii. La planche VII. repréfente une coupe du fouter-rein & de la charpente qui foutient l’arbre de la roue & les leviers. La charpente qu’on voit ici en éleva-* tion n’eft que la moitié de celle qui porte les leviers ; il eft facile de juger par le plan géométral de cette même charpente, planche VI, qu’il y en a une fécondé pareille emmanchée fur les patins C9 £7, C, C9 8c qu’aflùjettie par les liens & entretoifes fur fa largeur , on a dû en maintenir l’écartement par des arcs-bou-tans qui s’emmanchent aux bouts des deux couches E9 E, toujours planche VI. Ces deux affemblages de charpente , planche VII, font pofés fur les bords des puifarts, & par leur écartement laiflent le jeu libre des quatre leviers moteurs des piftons. La piece de bois C, C, porte à fon milieu l’axe de la roue D. On verra bientôt quelle en eft la difpofition. A eft une coupe de la poutre fur laquelle pofènt les quatre le-* viers compris entre les deux aflemblages de charpente pareils à celui quon voit ici, 8c pofés fur les bords du puifàrt. Cette poutre eft contrebutée parles deux pièces de hois F, F9 lefquelles font fupportées par des Jiens & autres aflemblages, & vont s’appuyer contre les murs du fbuterrein, comme on le voit. Les deux portes qu’on voit fur cette planche ne font que des partages pour aller au courfier & pour la commodité lençretiçn, Les-lignes ponéluées a!%a% fonç fos
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- D’ÉCONOMIE-P R ATI QUE. i6j
- tirans qui portent les pillons, qui fe meuvent dans les Planchevu. corps de pompes plongés dans l’eau, & qu’on ap-perçoit en b, b.
- Section IX.
- Defcripdon de la Machine en mouvement*
- Après avoir détaillé toutes les pièces qui compo-fent la machine* il ne relie plus pour eii faire fentir le jeu que de la faire voir en mouvement. Cela nous donnera occafion de faire fentir l’enfemble & le rapport que toutes ces pièces ont les unes avec les autres. Nous n’avons pas jugé à propos de repréfenter la roue motrice, qui n’eft autre que celle de tout moulin à eau. Il fuffit d’avertir qu’elle a feize pieds fix pouces de diamètre de l’extrémité d’une aube à l’autre ; qu elle eft garnie de feize aubes folidement fixées fur la cir*-conférence de la roue par des clefs, en-dedans^ On pourra juger de la hauteur à laquelle cette roue eft fixée par fon axe D , planche VII. ’
- A Tune des extrémités de l’arbre de cètte roue , planche VI, eft fixé Un tourillon, de fer <4 de trois pouces fix lignes en quarré , bien arrondi à > là partie qui repofe fur un pallié de fonte, encaftré & folk dement retenu par des boulofts for la pièce de bois où on le voit. La largeur de la roue eft à«peu-près égale à la largeur du courfier en Cet endroit ; car pour donner plus de rapidité à l’eau, on a cohftruit cè çourfier en diminuant vers le point d'appui de là roue.»
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- i<58 TRAITÉ
- Planchevi. L’arbre eft continué jufques près delà piece de bois C, C y & à fon centre eft fixé un autre axe de fer des mêmes dimenfions que celui qui eft à lautre extrémité. Ces deux axes font folidement fixés dans larbre où ils entrent à quarré , 8c où ils font retenus par des croi-lillons & des frettes de fer* afin de prévenir tout ballottement. Par ce moyen le poids de la roue eft porté for les deux palliés A 9 K , où l’axe eft parfaitement arrondi. L’axe, dans la diftance de K à L , eft quarré, 8c arrondi à l'autre pallié K. Les palliés A & K font creufés en demi cercle, & celui du bout K eft de la forme d?un dez percé pour recevoir le bout de l’axe. La difficulté de l’exécution confiftoit à placer cet axe tellement au centre de l’arbre, que les trois points de repos A, K, L fuffent dans un parfait alignement. Comme c’eft entre les pièces de bois C, C, C, C, & du point K à celui L que fe meuvent les quatre le*» viers 2?, 2?, planche VII, il fout maintenant palier à leur defcription.
- L’axe entre les points K & L eft quarré, on va Manchevm. voir pour quel ufage. 2?, planche VIII, eft la poutre for laquelle repofent les leviers, comme on en voit un en F 9 F. A eft un effieu de feize pouces de long encaftré de prefque la moitié de fon épaifleur, & arrondi aux quatre endroits où repofent les leviers qui fe trouvent placés à des diftances égales entr’eux , afin que dans aucun cas ils ne puiflènt fe heurter.
- C, C font deux branches d*un chalïis de fer, fixé dans le levier, & retenu par-deflus au moyen de |>çn$ éçrons, & retenu par-delfous par des épaule-
- mens
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- ^ÉCONOMIE-PRATIQUE. 16?
- mens qu’on y voit, ainli qu’aux autres pièces dont on va parler. L’écartement de ces deux pièces eft retenu d’abord par les traverfes F9 F, clavetées par leurs bouts, puis par les autres pièces de fer H, H9 I, /, fondées en a ^ a, & fixées au balancier comme le çhaffîs lui-même. Cette conftruétion rend les chaflis faciles à démontrer en cas qu’il furvienne quelque réparation à y faire.
- A la feule infpeétion de la planche VIII * on con-j penche vin. çoit quil fuffit pour faire monter &:.bjaiflerdes piftons G, G, que le chaffis fe meuve à droite & à gauche ;? c’eft ce qu’on a obtenu par le moyen de l’excentrique Z?, dont nous allons nous occuper. ,,
- Cet excentrique D eft un plateau, de fer de fonte de la meilleure qualité, de deux pouces fix lighes d’épailfeur, fur vingt-trois pouces de diamètre, allégî, comme on le voit, par des ouvertures à-peu-près circulaires. Aflez près de là circonférence, eft un trou quarré de la groffeur de l’axe fixé au centre de là roue, for lequel il fe place., & où il eft retenu par une équerre de fer b 9 boulonnée for le plateau aux trois points quiy font marqués, & for l’axe* au retour, d’équerre. Par qe moyen le plateau eft fixé invariablement , & une fois bien ajufté, ne fauroit prendra de gauche, E ,. E font deux platines de fer dô> fonte de trois pieds fix pouces de longueur , d’xx$) pouce neuf lignes d’épàifleur & de quatre ppuçeslde largeur,.comme le çhajïis for lequel5diesfont fixées Sur la face intérieure eft creufée une çôulifle d^.-foô lignes de profondeur 8t de toute l’épaifléur duf pfe
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- i7o TRAITÉ
- têau qui doit s’y mouvoir, fans pouvoir jamais s’en échapper. C’elï à l’ouvrier qui forge le chaffisà y pratiquer quatre trous c, c, c, c, qui correlpondent parfaitement à ceux quon a dû pratiquer aux coulifles , atân de les y arrêter au moyen de bons boulons avis , retenus; en-dehors avec des écrous.
- •' -Ce plateau excentrique, ainfi fixé fur l’axe de la roue, eft entraîné dans fon mouvement circulaire , &Tgliflant dans la rainure du-chaffis, le force de fe mouvoir de droite à gauche, & par ce moyen fait bailler & hauffer alternativement les deux bras du levier F 9 F y auxquels font fofpendus à tourillons les chaffis qui portent les pillons. Ce que nous venons de dire de l’excentrique qui conduit le mouvement de libration du levier F9 F9 doit s’entendre des quatre excentriques qui font fixés for l’axe de la même maniéré, & produifent les mêmes effets. Comme en fifcaiit ces excentriques for la même face du quarré dé l’axe, quatre des huit piftons baifferoient en même toms, «tandis que lés quatre autres haufferoient ; il foit dë4à que le jet dé l’eau ne feroit pas continu, & qu’il dèroit alternatif , ce qu’on peut éviter en fixant lipides quatre excentriques for chacune des quatre fèoè$dë l’axe*Vaumnayen de quoi les réfiftancês font divifées , '•& l’eau arrive au fommet du château à jets continu^. -
- - blb étoit fiécêflàire de divifor ainfi les réfiftancês ; fans quoi l’effort* fe faifant tout d’un même côté , Sc lé tôté ôppofénfenoffrant aucune, on auroit éprouvé dans la machine des -fècouffes qui auroient nécefiàire-
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- ment hâté la ruine; au lieu que difpofée comme elle penchevnr. l’eft, à peine depuis vingt ans qu’elle n’a celle de marcher, les platines fe font-elles ufées d’une ligne fur leur épaifleur.
- De tous les moyens qu’on emploie communément dans les machines hydrauliques, il n’en eft aucun qui produifè des effets aufîi doux que l’excentrique dont je me fuis fervi. Le bras du levier de A en D étant à-peu-près égal au bras du balancier A, F, & l’ellipfe que produit le point de frottement du plateau dans fes rainures étant infènlible, il ne peut y avoir aucune fèçouffe, puifque dans aucun tems, le pifton baillant n’eft abandonné à lui-même, & que l’équilibre étant confervé , il ne refte à vaincre que le poids de la colonne d’eau montante. On voit que les pillons prennent l’eau par-delïbus, & qu’ils font toujours dans l’eau, ce qui diminue là force qu’il auroit fallu employer pour afpirer l’eau comme on le fait ordinairement.
- Section X.
- Moyen d'augmenter le produit de cette Machine.
- Dans l’origine de l’établiflèment dont je donne ici la defeription, il ne s’agilloit de fournir de l’eau qu’à quatre fontaines dans la ville ; alors deux leviers & deux plateaux pofés en fens contraires fuffifoient pour donner autant d’eau qu’il en falloir; mais depuis qu’on a jugé à-prçpos d’en conflruire un plus grand nombre,
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- *72 TRAITÉ
- FlakcheVW. Il a fallu beaucoup plus d’eau, & c’eft à quoi il m’a été facile de pourvoir en doublant les leviers & les portant jufqu’à quatre comme je lésai décrits. Il eft certain que la machine elle-même gagne à cette addition , attendu que n’y ayant aucun point dans la révolution de l’axe où quelque plateau ne foit engagé , l’efïbrt étant continuel & toujours le même , ne permet au moteur de prendre aucun degré de vîtefle dans un tems plus que dans l’autre, ainfi l’eau arrive au fommet de l’édifice comme celle qu’on voit fortir d’une fource, & cependant je fuis venu à bout d’en obtenir le double de ce que j’en avois auparavant. D’après calcul fait, & fuppofant que la roue motrice ne fait que trois jours par minute, il s’élève continuellement à quatre-vingt pieds de hauteur plus de cent muids d’eau par heure. Or rien n eft aufîi facile que de doubler la vîtefle de la roue ; ainfi on peut juger du produit qu’on a droit d’attendre de la machine. Je n’ai pu, depuis quelques années , me procurer de certitude fur ce produit, attendu que les eaux de la Somme & celles des fources ont confidé-rablement diminué depuis aflez long-tems. Je ne fais à quoi en attribuer la caufe; mais il faut efpérer que cet événement ne fera que momentané, & cependant dans l’état où elles font actuellement, la machine fourniroit fuffifamment d’eau, quand même 1 es douze fontaines qu’on avoit d’abord projettées fe-roient exécutées.
- On fent qu’il eft fort aifé d’exécuter cette machine en petit, & de fubftituer un manivelle à la roue
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- D’É CONO MIE-PR ATI QUE. 173
- motrice, foit pour élever l’eau d’un puits , foit pour faire d’autres épuifemens : un peu d’intelligence dans la conftruétion des machines hydrauliques fuffit pour en faire l’application.
- Il feroit auffi facile de doubler encore le produit aétuel de notre machine, en conftruifant un fécond puifart de l’autre côté de la roue motrice, & de maniéré qu elle fe trouvât au milieu, & en continuant l’axe de cette roue à l’autre extrémité de f arbre : mais alors il faudroit le procurer une plus grande rapidité d’eau ou un plus fort courant ; 8c s’il n’étoit pas in-difpenfable d’élever l’eau à une hauteur aufïï confidé-rable que quatre-vingt pieds, on pourroit en augmentant le diamètre de la roue, établiffant feize corps de pompe & grôffiflànt le diamètre des corps de pompe, on pourroit, dis-je, parvenir à élever jufqu’à cinq cens nauids d’eau par heure.
- On pourroit encore profiter du vent pour faire mouvoir une pareille machine dans des campagnes inondées d’eaux croupiflantes qui nuifent à la falubrité de l’air, & rendre à l’agriculture beaucoup de ter-reins que leur pofition a fait abandonner.
- S JB c T I o n X I.
- Defcription des Tuyaux & Pompes.
- Avant de paflèr au détail de l’élévation & diftri-bution des eaux, il eft à propos de faire conaokxe la
- Planche VIII*
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- Planche IX.
- 174 TRAITÉ
- forme & la difpofition des ouvrages de fonte qui y font employés.
- La fig. 1 , planche IX, repréfente une pièce de fonte d’un feul morceau qui fe place en travers d un des deux puifarts , & y eft retenue fous la charpente, comme on le voit en B, B, au moyen de forts boulons, tels qu’on en voit un en a, retenus par leurs écrous. Cette piece eft repréfentée ici fur fa longueur pour faire voir qu elle n eft autre chofe que la réunion des quatre corps de pompe d’un des puiferts, donc C, C eft l’extérieur , & A, A eft l’intérieur, vu au moyen de l’arrachement ou caflùre qu’on y fuppofe.
- La figure 2 repréfente la largeur de cette piece vue par-deflus. Les talus «, <2, font vus en perfpeélive en a9 a, figure 1. Les parties D9D, D, font trois cloi-fons qui joignent les quatre tuyaux enfemble jufqu’à leur' point de réunion au fommet, & dont on voit l’épaiffeur en by b9 b9 fig. 2. A, A, fig. I, eft le dia-* métré intérieur qu’on voit géométralement en AyA9 fig. 2. La largeur totale de cette piece, ou plutôt fon épailfeur, eft d’un pied ; & pour lui donner plus d’affiette fur les pièces de bois où elle repofe par fes deux bouts, on a augmenté cette largeur à la bafe feulement; au moyen de quoi on a pu donner plus d’écartement aux trous quarrés £),£), D> Z), fig. 2, par où paflènt les quatre boulons qui aftujettiflent cette piece fur les poutres où elles repofent. Comme il eft important que cette couronne n’éprouve aucun deverfement , on a placé en travers du puifart, & for
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. i7j
- fa largeur, une très-forte piece de fer fur laquelle elle repofe à fon milieu, & y eft aflujettie au moyen d'un PlancheIX-barreau qui porte fur le fonds du puifart, & qui tra-verfe la bafe, comme on le voit en E, G, fig. i,
- & en i?, fig. 2. Aux deux bouts de ce très-fort barreau font alfemblées deux décharges portant collier à moufle, qui viennent embraffer la gorge de ce chapiteau ou couronne en iq & la maintient contre tout écartement. Ce que nous venons de dire du chapiteau & du puifart, au-deflus duquel il eft placé, doit s entendre dun pareil placé fur l’autre puifart.
- C eft au fommet de chacun des deux chapiteaux queft adapté un tuyau de plomb montant à quatre-vingt pieds de haut. Voici comment il y eft retenu.
- Le bout de ce tuyau eft rabattu en dehors en forme de table pareille à celle du fommet H qui eft quarrée, qu'on voit fig. 3 , aux quatre coins de laquelle eft un trou propre à recevoir un boulon à vis quon peut ferrer à volonté ; & pour éviter toute faite d'eau à cet endroit, on a foin que cette partie du tuyau foit en plomb très-doux & un peu épais , afin de pouvoir lui faire prendre la forme des plaques, & le refouler aux endroits qui pourroient fuinter. Pàffons à la maniéré dont les corps de pompe plongés dans l'eau font mis en place fous le chapiteau même.
- Les feize trous qu'on remarque far les deux côtés de la fig. %, correfpondent quatre à quatre à ceux qui fe trouvent fur le collet des corps de pompe qu’on va voir dans un inftant : ils donnent paffage à jutant ~
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- Planche X.
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- de boulons à vis qui les fixent contre cette bafe, de la maniéré qui luit.
- La figure 1, planche X, reprélènte en A un des quatre corps de pompe fixé fous fon récipient B, qui eft Time des quatre branches du chapiteau dont nous venons de parler, a eft la place de deux rondelles de cuir préparé à l'huile, quon interpole entre ces deux pièces à leur jonélion pour éviter toute filtration, & la platine portant foupape que je détaillerai dans un moment. Ces deux pièces font retenues lune contre l’autre au moyen des quatre écrous dont j’ai parlé. La figure 2 reprélènte le même aflèmblage liippofé coupé par le milieu lur là hauteur pour laifler voir le jeu des piftons.
- Lorfque je conçus le projet de cette pompe, je penlbis que les loupapes à clapet dévoient avoir la préférence lur toutes les autres ; mais des expériences réitérées m’ont déterminé en faveur des loupapes à coquille, telles qu’on les voit ici.
- La loupape B, figure 2, eft compofée d’une plaque quarrée, percée au milieu conformément au diamètre du corps de pompe, & lur laquelle s’élève un chaffis ou couronne dont le centre eft affez long pour donner palïàge à la tige de la loupape proprement dite, dans un trou rond & bien alaifé. Cette couronne, comme on le voit, repofe lur le corps de pompe inférieur au moyen de deux petites feuillures qu’on a pratiquées à l’une & à l’autre, & a la forme qu’on voit en a, a, figure 5, Ainfi leau, quand la foupape eft levée, paffe
- librement
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- librement par tout l'efpaceÆ, b* La foupape D > fig. 2, eft déterminée à fe lever perpendiculairement par le refoulement de l'eau quand le pifton d'en-bas monte ; & abandonnée à (on propre poids, quand il defcend , elle retombe d'elle-même , & vient intercepter tout paflage à l'eau contenue dans le tuyau fupérieur en s'appliquant exactement fur le plan incliné fur lequel elle repofe, en ayant un pareil à fa circonférence.
- Le pifton d’en-bas eft conftruit à-peu-près de la même maniéré, fi ce n’eft qu’il a fallu le fondre en deux parties; l’une circulaire à-peu-près du diamètre intérieur du corps de pompe de a en b, & la partie inférieure échancrée & réduite à quelques pouces d'épaiffeur feulement pour donner entrée à feau en C. La partie triangulaire G eft arrêtée fiir celle a, b9 , b, dont la forme géométrale eft a9 a9 fig. 3 , au moyen de deux boulons à tête perdue qu'on voit fig. r, arrêtés fortement par le bas au moyenne devjx écrous en F. La diftance qu'on remarque entre' yççs <Jeux pièces contient des rondèlles de çuir qui rempliffent exactement la capacité intérieure du corps de pompe , au moyen de quoi le froçtemenq du piftpi^aft très^ doux, fans cependant permettre àleau, dp?s'échapper. Aü centre de la piece triangulaire^ eftuntrou parfaitement alaifé, dans lequel fe meut la quelle delà foupape^ qui eft levée par l'eau quand le pifton defcend , eft fur le champ refermée, ,ri tant proprp poids que pg$ celui <fe l'eau , quand le pifton en remontant force l'eau à s’introduire dans lecorps doippmpe fupérienr, - ^ r/flI •
- Planche.X.
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- 178 TRAITÉ
- PiancheX. La tige de fer qui porte le pifton eft foudée au milieu de la travérfe G du chaflis qu’on voit à chaque bras du levier, planche VIII. On lent combien il eft important qu elle fe trouve parfaitement au centre du corps de pompe, puifqu elle fait mouvoir le pifton qui y doit 5 être lui-même. Et comme le plus grand effort de la machine fe fait de bas en-haut, puifqu’il s'agit d’élever & de porter une colonne d’eau de qua-tre-Vingt pieds de haut, la chape du pifton E, fig. a , planche X , repofe fur deux épaulemens réfervés à même la tige qui entre à rainure & à enfourchement dans cette chape, où elle eft retenue par un boulon qu’on y voit.
- Tel eft le jeu de la machine que je crois avoir rendue fénfible par les détails dans lefquels je luis entré, & que l’infpeétion des figures rendra encore plus palpable à ceux qui ont quelques connoiffances dâfts là inéchàfriique hydraulique.
- • La rondelle dé cuir des pillons eft compofée dune démine quantité de cuirs préparés & parfaitement ronds à leur circonférence. On les unit enfèmble par deux rangs de points de couture affèz près du bord extérieur^ afin qu’il ne fe fafle aucun refoulement, & qüe le pifton gagnant du jeu , ne foit pas dans le cas dé telfler échapper l’eau qui, à cet endroit, éprouve unè forte eomprefiion. Sans cette précaution, on éproUVeroit Jun déchet1 confidérable dans lé produit £de la machiné ,^déchet doutant plus irréfnédiable , quele ^vieeen feroit moins apparent. 1 1 ,
- Il m’a femblé inutile d’infiftér fur la néceffité datai-
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- D’ÉCOÜOMIE-PRATIQUE. 179
- fer parfaitement les corps de pompe : on fent que Planche X., cette précaution procure un frottement plus doux.*
- & que fans elle on ne peut jamais êtfe certain de l'égalité de diamètre dans l’efpace que parcourt le pifton. Ce travail dépend du fondeur ; mais il mérite bien que celui qui eft à la tête de l’entreprife s’en, affine par lui-même. U faut apporter la même attention pour que les foupapes joignent parfaitement à leur point de repos : & pour leur procurer uneaffiette fixe, on en tourne les bords en plan incliné, qui entrant dans une rainure de même forme à-peu-près, ferme hermétiquement. Je dis à-peu-près ; car c’eft au tourneur à faire porter la fou pape un peu plus jufte au bord extérieur qu’au fond , en voici la raifbn. Le poids de l’eau faifant fans celle effort for la fbupape , qui ell dans un mouvement continuel* lui a bientôt fait regagner ce qui lui manque pour pofèr jufte dans toute fa circonférence, & jamais main d’homme ne fàuroit parvenir à ajufter auffi-bien ces deux parties, quelles le font elles-mêmes, puifque chaque;parti© forme là place fiir celle qui lui correfpond.
- Pour ne pas interrompre le cours de la defcriptlon de la machine, je me fuis contenté d’indiquer plu-fleurs pièces que je vais reprendre plus en détail. Tels font, par exemple, le pallier fur lequel roulent les axes qui portent les quatre leviers, ceux de la roue; motrice & de l’axe de fer qui porte les plateaux excentriques. La figure 4 repré fente lepallier des leviers vu géométralementi On y diftingue en a, a 9 a, a9. les quatre encoches qui maintiennent l’écartement ref-
- Zij
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- i8o " Traité
- Fiascwb X. peéiif des quatre leviers. G, G, eft le canal demi-circulaire, féparé par des cloifons prifes à même la piece, qui contient chacun des axes. La fig. f eft le même pallier vu de côté : les mêmes encoches fous les mêmes lettres. La ligne ponétuée quon y voit indique la quantité de l’épaiffeur qui eft encaftrée dans la'poutre, & les quatre pattes b, b, b , £, fig. 4, reçoivent des boulons quarrés qui paflent au travers de la poutre & y font retenus avec des écrous. La figure H , repréfente une coupe de la figure 4 fur fa largeur. On On y voit la hauteur totale du pallier, la profondeur de la rainure, & en a> a9 la quantité dont il eft noyé dans la poutre, 8c farrondiffèment des deux bords de la rainure qui fiiffifont pour que les leviers ne touchent ni au pallier ni. à la poutre, parce quà cet endroit labaiflement eft prefque infenfible. Un peu d’huile mife dans chaque canal y eft retenue, & rend le frottement très-doux.
- * * La figure 6 repréfente deux des trois palliers : /les feit‘Voir géoiriétralement, & Z en fait voir la coupe. Ils font retèinus par les deux oreilles encaftrées dans la pûùtrë & fixées par les écrous. La figure 7 eft le pallier du bout de Taxe ^ l’inlpeélion le fait aflez con-noître. ; r J ‘ v
- La néceffité où je me fois trouvé de préfider à tous les ouvrages relatifs à Tétabliflement de ma machine , m’a mis à portée d’eflayer de jetter en moule des tuyaux de plomb de 4, y y 6 & 7 pouces de diamètre intérieur, & de 10 piéds de long, avec un renflement à Mn des bouts, & un collet à lautre de trois pouces
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 181
- de long , à l'effet de s'emboîter jufte au bout les uns des autres : j y ai parfaitement réuffi, & quatre hommes m’en ont donné cinquante pieds dans leur journée. On trouve à l’emploi de ces tuyaux une épargne con-fidérable , puifqu il ne faut pas plus de trois livres de foudure à chaque emboîture pour ceux de fept pouces, ce qui fait environ deux livres la toife courante. On fait de plus que les tuyaux ainfi coulés font de bien meilleure qualité que ceux qui ont été pris dans des tables, puis foudés for toute leur longueur ; d’ailleurs on épargne toute cette foudure.
- Section XII.
- Elévation & dijlribution des Eaux.
- On a vu que dans le noyau de l’efcalier qui conduit au haut du château d’eau, font quatre tuyaux de plomb, dont deux pour y conduire les eaux & deux de defcente. L’eau ainfi arrivée au haut par des tuyaux de fept pouces , eft verfée dans une cuvette de jauge pour fe rendre for le champ aux deux tuyaux de défi cente, ce qui forme la première divifion, & on y difi-tribue la quantité d’eau néceflaire à chacun de ces deux départemens.
- Si l’on confidere le plan perfpeélive du château d’eau, on voit que la cuvette de jauge eft formontée d’une terrafle en belveder dont voici l’ufage.
- Lorfque par malheur quelque incendie vient à fe manifefter dans un des quartiers de la Ville, le gar-
- PlancheX.
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- iSi TRAITÉ
- Penche x* dien de la machine, averti par les premières clameurs , monte promptement au belveder, & jugeant bientôt de l’endroit où eft le feu, il lui fuffit de lâcher toute l’eau dans celui des tuyaux de delcente qui répond au quartier qui fe trouve en danger. En un inftant la fontaine la plus voifine de la maifon qui a befoin de fecours, eft en état de fournir de beau avec la plus grande abondance.
- L’eau conduite par des tuyaux qui font fous les rues parvient aux fontaines les plus prochaines, & fe rend dans d’autres cuvettes de jauge, à l’aide desquelles on peut juger fi dans le chemin il n’y en a pas de perdue, & en peu de tems de rechercher où fe fait la perte.
- Cette fécondé cuvette eft pour le moins auffi nécef faire que la première, puifque c’eft d’elle que doit commencer la febdivifion des eaux; c eft-à-dire, qu’il y a d’abord une jauge tombante dans le tuyau qu’on nomme nourricier de la fontaine, lequel rend l’eau qui lui eft deftiné par quelqu’un des canons de jauge, dans un réfervoir contenant neuf à dix muids, au fond duquel eft une foupape à laquelle répond un bouton à l’extérieur, que le public poulie pour avoir, en tout tems, une quantité d’eau fuffifante. Toutes les cuvettes doivent être dilpofées de façon à faire la diftributiqn de l’eau en autant de parties qü’on le juge nécelïaire, foit pour des fontaines exiftantes, pour pour d’autres à établir, foit enfin pour des cancellions à faire à des particuliers, & dont le produit cohcourroit à rentre-» ttendela ftiaçhîne, Mais il ne faut pas perdre de vue
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 183
- <jue c’eft toujours d’après des cuvettes & des jauges que doit fe faire toute diftribution des eaux , fans quoi on neft jamais à portée d’apprécier ce qui s en dépenfè.
- Beaucoup de gens penfent qu’il fuffit pour les diftri* butions particulières des eaux, d’embrancher un tuyau fur celui qui fert de conduite en paffant fous les rues ; c’eft une erreur. On s’imagine que l’obligation impo-fée à ceux qui achètent quelque quantité d’eau, d’aller, à leurs frais , en conduire le tuyau à la cuvette la plus prochaine, ne fait que les conftituer en dépen-fes inutiles. Mais en agir autrement feroit expofer tous les ceffionnaires à manquer d’eau ou à n’en avoir pas la quantité qu’ils en ont achetée.
- C’eft ici l’occafioii de rendre publique une expé-rence faite, il y a quelques années, par feu M. de Par-cieux, de l’Académie Royale des Sciences , & très-verfé dans la partie hydraulique. Ce Savant fut con-fulté par les Entrepreneurs de la pompe Notre-Dame à Paris, pour fkvoir par quelle raifbn, après un hiver un peu froid , où les fontaines auxquelles cette pompe donne de l’eau, avoient celfé d’aller; pourquoi, dis-je , après les froids, .on lâchoit en vain la bonde qui doit donner de ïeau à tel ou tel endroit, & pourquoi cette eau n y arrivoit pas , ou très-difficilement. Il trouva que les tuyaux de conduite qui paflent fous les rues & fuivent leur variation dans la pente & élévation , après Thiver, fe trouvoient en partie pleins & en partie vuides, c’eft-à dire, quel'eau étoit interrom-
- Planchë X.
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- 184 TRAITÉ
- # pue dans fa continuité, & portée , par fon propre poids, dans les courbures les plus baffes , & que les parties élevés n étoient remplies que d’air. Lorfqu’on lâchoit la bonde après l’hiver, l’eau n étant pas continue j ne pouvoir prendre fon cours, à moins que des réparations faites pour caufo de crevaffes, comme on le voit fouvent à Paris après des hivers rudes, neuf* font remédié par hafàrd à cet inconvénient : il fit ni-veller exactement la pofition des tuyaux fous terre , & à tous les endroits élevés pratiqua un regard, au moyen duquel on pût aifément donner de l’évent au tuyau dans tous les endroits, & for le champ l’eau arriva à la fontaine 2 avant d’ordonner ces travaux, il démontra la jufteffe de fes vues par une expérience en petit qu’il eft facile de répéter, & que voici. Il fit plufieurs courbures à un tube de verre de deux ou trois lignes de diamètre intérieur, & en fixa l’un des bouts à un réfervoir contenant huit à dix pintes d’eau & aflfez élevé. Ce tube, placé dans le fens des courbures que les différentes hauteurs des rues font éprou-? ver aux tuyaux de conduite, ne fut empli d’eau qua dans les courbures inférieures , & offroit du vuide dans chaque courbure fupérieure. Qn emplit inutile-? ment le réfervoir d’aflèz d’eau pour que la colonne pût être foppofée pouflee par cette élévation : enfin il pratiqua au fommet de chaque courbure fiipérieure un trou pour donner de l’évent, & dans l’inftant l’eau prit fon cours. Cette expérience m’a paru placée: ici pour éviter beaucoup de dépenfes & de recherches *
- tandis
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- tandis que de foibles précautions prifes , lors même qu'on place les tuyaux de conduite peuvent remédier à cet inconvénient.
- Ce remede eft facile lorfqu une fontaine allant perpétuellement il n'arrive que rarement que l'eau foit interrompue : mais dans des parcs où on ne fait jouer les eaux que de tems eh tems, il ne feroit pas praticable de donner ainfi de Y évent à Tinfiant où on veut les faire jouer; aufli peut-on, furie même principe, s'y prendre autrement. .On adaptëra à chaque courbure fiipérieuré un tuyau de plomb d un pouce dé diamètre intérieur, & on l'élever a à une hauteur plus grande que celle du réfervoir, & dans tous les cas le vent ‘trouvant iflue, & l’èau ne pouvant monter au-defliis de fon niveau, fe fendra à fa deftinâtion fans interruption. On peut voir dans lé parc de Verfailles de ces fortes de tuyaux d'évent fixés le long des arbres , & cachés à la vue de tout autre que d'ùn ob-forvateür inftruit. Si le tuyau de conduite pafloit au milieu d’une allée , & qu'il ne fût pas poffible d’éle-vër en cet endroit le tuyau que je propofe* on pourra le conduire fous terre jufques à la rangée d’arbres voifine, & là, en le courbant, l'élever auffî haut qui! fera néceffaire.
- Âa
- Plamche X..
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- TRAITÉ
- Planche XI.
- 164.
- Section XIII.
- Divijion & produit des Eaux par des orifices circulaires.
- On a univerfellement reconnu qu il eft impoffible de divifer exactement l’eau d’un réfervoir fans avoir recours aux cuvettes jaugées pour envoyer en chaque endroit exactement ce qu’on veut qui y arrive. Les Savans le font exercés for la meilleure forme à donner à ces jauges : les uns, & c’eft le plus grand nombre, préfèrent les circulaires, les autres les quarrées , d’autres enfin leur donnent une forme parallelogra-me. On a encore beaucoup dilputé for la meilleure maniéré de placer ces jauges aux côtés des cuvettes. Les uns veulent qu elles foient toutes for une même ligne horifontale quel quen foit le diamètre. Je vais hafàrder mon avis d’après , les expériences que j’ai faites. : ; •• :
- L’orifice ou jauge , n°. r, planche XI, a un pouce de diametre, & les trois autres chacun fix lignes. Le premier,, qui eft, le plus r ordinaire1, dont l’ouverture eft dé 144 lignes quarrées , fournira quatorze pintes d’eau par minute , & trois muids par heure, pourvu que l’eau foit entretenue dans la cuvette à une ligne au-deflùs de fa circonférence.
- Celui, n°. 2, placé à la hauteur du point le plus bas du diamètre du premier, n’ayant que fix lignes de diamètre, paroît devoir ne donner que trente-fix lignes
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- D’ECONOMIE-PRATIQUE. 187
- d’eau; mais par fa pofition, & en fuppofant la cuvette toujours pleine, il en donnera au moins cent lignes.
- Celui, n°. 3, de même diamètre que le précédent, en fournira au moins foixante-dix lignes.
- Enfin celui n°. 4 ne donnera que trente-fix lignes d’eau, pourvu que la cuvette foit toujours pleine.
- En comparant les différens produits les uns aux autres, on trouvera que les nos. 2,3 & 4 donneront le double ou à-peu-près du n°. 1, quoiqu’ils ne faflent que les trois quarts de la furface. Mais on en fentira bientôt la raifon , fi l’on fait réflexion que l’eau eft fufceptible de plus ou moins de vlteflè , félon qu elle eft plus ou moins chargée. On peut juger de l’incertitude de cette théorie jufqu apréfent, par les corrections & changemens qu’on remarque encore aux cuvettes des fontaines de Paris qui n’ont pas été reconf-truites à neuf depuis quelque tems. On a propofé de fùbftituer aux jauges circulaires des jauges elliptiques, triangulaires & quarrées, mais on s’en eft tenu aux anciennes.
- Section XIV*
- Nouvelle maniéré de jauger les Eaux parles orifices quarrés.
- Pour faire l’épreuve du produit confiant ,des cinq genres de jauges repréfentées planche XI, il fiiffit de les ouvrir dans leurs proportions à un des côtés de la cuvçtte entre deux lignes parallèles, & à une ligne
- A a ij
- PfcAWCHE XI-
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- I
- 88 TRAITÉ
- Piakche xi. au-delîous du niveau de l'eau. Chaque genre de jauge doit avoir fon baffinet particulier : par ce moyen , fi les eaux des réfervoirs viennent à baifler, chacun des orifices perdra dans la même proportion de tous les autres. Je n ai mis les nombres de lignes quarrées que donne chaque ouverture , qu'afin qu'on puifle dun coup d œil en faire la comparaifon plus aifément.
- Premier genre de Jauge* ;
- Le premier orifice étant de 12 lignes fur 12 , & donnant 144 lignes quarrées, produira trois muids d'eau par heure. ‘ *
- Le fécond étant de 12 for 11, Sc donnant 132 lignes quarrées, produira par heure deux muids & 210 pintes.
- Le troifieme orifice étant de ï 2 for 10, donnant 120 lignes , doit produire à l'heure deux muids & 140 pintes d'eau.
- Le quatrième orifice étant de 12 for 9 , donnant 108 lignes , doit produire à l'heure deux muids & 70 pintes d'eau.
- Le cinquième orifice étant de x 2 fur 8, donnant 5^6 lignes , doit prodmre deux muids d'eau à l'heure, .
- Et enfin le fixieme orifice étant de 12 fur 7, donnant 84 lignes, doit produire à l'heure un muid & iiopinees d1ea?6»r ••• >. ^
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. i8q Second genre de Jauge.
- Ce fécond genre de jauge ne diffère du premier que dans fes dimenfions, les orifices fe trouvant également placés entre deux lignes parallèles, fur huit lignes feulement de hauteur.
- Le premier de ces orifices étant de <? lignes fur 8, & donnant 72 lignes, doit produire un muid & 146 pintes d'eau à l'heure* f , . • -
- Le fécond de ces orifices étant de 8 fer 8^ donnant 64 lignes, doit produire un muid 8t 91 pintes deau à l'heure.
- Le troifieme de ces orifices-étant: de S fer 7 , donnant ^lignés, dôirprodfo^^ muid &
- 45 pintes d'eau. . I,
- Le quatrième de ces orifices étant de 8 fer 6, donnant 48 lignes , doit produire un muid d'eau à l'heure.
- Et enfin le cinquième de ces orifices étarit de; 8 for ^ , donnant 40 lignes r doir produirelà l'heure 231 pintes d'eau.
- t ' Troifieme genre de Jauge:*
- ! i-- ' ; ’ 'i.-: vie b , .nr . .
- Ce troifieme genre fe réglé fer fix lignes entre les parallèles, & le premier orifice étapk. de 6 fer 6 9 donnant 3 6 lignes , doit produire là l'heuxe à ropintes d’eau.1 ' -':i ' : b . - :l vb ç •. /.
- Le fécond de ces* orifices étantdd fi fer 5 ^ cfei#-
- Planche XI.
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- ipo TRAITÉ
- nant 30 lignes, doit produire 175 pintes d'eau â l'heure.
- Et le troifîeme orifice étant de 6 fur 4, donnant 24 lignes, doit produire à l’heure 140 pintes deau.
- Quatrième genre de Jaugé.
- Les trois jauges ou orifices de ce quatrième genre {ont établies fur quatre lignes de hauteur, dont le premier orifice de 4 fur 5 , donnant vingt lignes , doit produire à l’heure iif pintes d’eau.
- Le fécond orifice étant de 4 fur 4, donnant feizç lignes , doit produire 91 pintes d'eau à l’heure.
- Et le troifîeme de ces orifices étant de 4 for 3, donnant douze lignes, doit produire à l'heure 70 pintes d'eau,
- Cinquième genre de Jauge.
- Enfin l’on peut remarquer par çes cinq dernieres jauges , qui fe terminent par les plus petits orifices qui puiflènt être admis, du produit qu pn en peut tirer, ils font de deux lignes de hauteur.
- Le premier de ces orifices étant delà for $, donnant dix lignes, doit produire 58 pintes d'eau â l'heure.
- Le fécond, de 2 for 4, donnant huit lignes, doit produire à l’heure 4t>pintes d’eau.
- Le troifîeme, de 3 for 2, donnant fix lignes, doit -produite 3 j pintes d'^au àl'heure.j
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- D'ÉCONOMIE-PRATIQUE. 191
- Le quatrième, de 2 fur 2, donnant quatre lignes , doit produire à l'heure 21 pintes d'eau.
- Et enfin le cinquième, de 2 fiir 1, donnant deux lignes, doit produire 10 pintes d'eau à l'heure.
- Si l'on vouloit vérifier géométriquement tous ces calculs,on pourroit y trouver quelques petites erreurs provenant des fraétions qui ont été abandonnées, étant confidérées comme d'une foible reflource dans la valeur des produits ; de plus on les a fait tourner à l'avantage de la partie la plus foible. Le principal objet de ceci eft de parvenir à employer des moyens allez juftes & précis pour la diftribution des eaux, tant à l'avantage du public, que pour ne point préjudicier au droit que les celïionnaires peuvent avoir acquis.
- Et enfin pour rendre encore plus fenfibles les moyens que je viens d'indiquer de trouver le produit d'un écoulement d'eau par une ouverture ou jauge de figure circulaire ou quarrée, j’ai cru devoir mettre fous les yeux de mes leéleurs unç Table toute faite de ces dif— férens produits , calculés pour toutes les jauges dont j'ai donné la-figure, afin que fans fè fecours d'aucuns calculs, on pût d'un coup d'œil faire les comparaifon^ dont ofi aura beloin : . mais je dois prévenir que les produits que je préfente, font jfuppofés le réfultat de jauges, placées à une ligne au-deflbus du niveau de i eau entretenue à une hauteur toujours égale par le moyen de baflînets à : chaque ; genre, ^e jauge 3i ainû que je l'ai indiqué, m r , : ;;î;. , ? .... r,.
- On verra par cette Table que je ne mets pointée différence entre les jauges circulaires & celles quar-
- Planche XI.
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- ipa TRAITÉ
- Planche xi. rées, puifque dans urt cercle on fe contente de multiplier fon diamètre par lui-même pour avoir le nombre de lignes quarrées quil contient, & que j’ai averti que beaucoup d’Auteurs prétendent que l’erreur réful-tante des quatre angles qu’on néglige n’eft d’aucune conféquence dans le produit. Sans adopter exaélemeht cette prétention, on verra par la fuite que je préféré la forme quarrée : elle m’a paru plus propre à donner des réfiiltats exacts ; ainfi la Table ci-jointe eft faite fur cette hypothèfe. Elle contient cinq colonnes ; la première, fubdivifée en deux parties, contient la hauteur & la largeur des orifices ; la féconde, lé produit en lignes quarrées formant l’ouverture. La trôifieme contient le nombrè de muids & lesfraélions en pintes, mefure de Paris, que fournit la jauge dans une heure. La quatrième contient le nombre des muids & des pintes en douze heures. La cinquième le nombre dés muids & pintes dans vingt-quatre heures.
- Le calcul fur lequel eft fondé cette Tablé eft à la portée de tout le monde ; mais il éft fouvent plus fa-tisfaifànt d’âvoir fous les yeux un tableau tout fait, afin de juger à l’inftant des produits de l’opération quorffe prbpofe; \ */
- ' ; J’avôis' d’abord penfé à faire graver éetté Tablé, & à la rèjétter à/la fin de F Ouvrage ; niais j’ai péinfé quelle feroit mieux placée aü milieu du difcours; d’ailleurs elle ' &ôtë:rhoins comriie jé l’ai faite , & jé rfai rien àtitant en vue que de dimififtëfle prix de cet Ouvragé^ que le deffein d’être utile au public ma fait féul entreprendre.
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- DIMENSION DONNE PRODUIT PRODUIT PRODUIT
- des en lignes par en 14 en *4
- Jauges. qnarrées Heures. Heu R E S. Heures.
- 3c continuel-
- Hauteur. Largeur, lement : Muids» Pintes. Muids. Pintes, Muids. Pintes
- 12. . . 12. . .. 144 li*-' ..3.. • • n . . .. 3 <y.. • ••//.. .72..
- 12. . . II. . ..I32.. • .2* . .210. . .33.. . 66. • ../y..
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- 104 TRAITÉ
- On peut objecter que les orifices quarrés peuvent varier en plus ou moins leurs produits de ce qui eft connu des orifices circulaires ; rien n efl: fi facile que de s’en aflurer par des expériences qui ne peuvent conduire à une forte dépenfe. En ce cas, fâchant quune pinte d’eau, mefiire de Paris, pefe deux livres poids de marc, l’on peut mettre toutes les mefùres de province en rapport à celle de Paris, {bit par l’effet de la jauge & celui du poids; & pour s’en aflurer, il eft facile de placer à côté l’un de l’autre, à la même languette de jauge, deux orifices, dont l’un quarré & l’autre circulaire, pour en recevoir les eaux qui y couleront pendant un tems quelconque dans deux vaifleaux de même jauge ; alors s’il fe trouve de la variété dansleurs produits,il ne fera pas difficile de le connoître , & encore moins de l’apprécier , au moyen de quoi l’on peut déterminer une loi qui foit invariable pour l’établiflement qu’il s’agit de formel:, ce qui doit démontrer combien il eft intéreflànt dans ces fortes de cas de tout prévoir autant qu’il eft poflî-ble ; ce qui fuit en donnera la preuve.
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 19;
- Section XV*
- De la nécejjîté de distribuer les Eaux avec économie.
- Pour mettre nos leéieurs à portée de fentir l’utilité qu’il y a à dftribuer les eaux avec la plus grande économie, afin que le fervice public s’en fafle fans altération, & que le produit des concédions particulières tourne au foulagement de la dépenfe qu’entraîne annuellement l’entretien de la machine, je vais ex-pofer ce qui fe pratique à Paris , où différentes pompes, enfourniflantles fontaines publiques, produifent encore à plufieurs maifons pour leur ufage journalier. La Ville cede aux particuliers l’eau quon defire , prife à la cuvette la plus voifine du ceflionnaire , à raifon de vingt-huit mille livres le pouce quarré , & ne fe charge que d’établir le tuyau qui defcend de la cuvette jufque fous terre ; le forplus du tuyau depuis cet endroit, jufqu à la maifon du ceflionnaire, eft à fes frais. La ligne d’eau eft donc évaluée 194 liv.p fols 1 denier; mais il n’eft pas praticable de ne fe procurer que cette petite quantité, dont l’entretien feroit aufli coûteux qu’une plus grande.
- Si donc on a beaucoup de conceflions à entretenir , quelle économie ne faut-il pas apporter pour que chacun ait ce qui lui eft du, fans que le fervice public en fouffre! Quelles précautions pour apprécier au jufte la quantité d’eau qu’on pourra* fe procurer. La maniéré dont on la portera à la hauteur nécèflairë ;
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- j 96 TRAITÉ
- la poffibilité de fe procurer dès conceffionnaires ; enfin pour s'afïurer fi tout étant d'ailleurs poffible, la nature de l’eau fera jugée bonne & falubre. Quant à la maniéré de placer les jauges , voici la méthode que je confeille.
- Les jauges étant divifées en cinq clafles, comme on Ta vu, auront des baffinets particuliers à chaque cia (Te : car fi on les plaçoit indifféremment toutes fur une même ligne, il pourroit arriver que les unes manque-roient d'eau, tandis que les autres en donneroient encore beaucoup fi elles étoient pofées à la ligne lu-périeure des grands orifices. Il eft donc préférable de les placer à la ligne inférieure : mais, comme on la vu, celles qui fe trouveroient de beaucoup au-def-fous du niveau de l'eau , en fourniroient une plus grande quantité : voici comme on peut y remédier. On aura autant de baffinets quil y a de genres de jauges ; on y introduira autant d'eau qu’il en faut pour leur confommation , en y adaptant des languettes de calme, & leTurplus paflèra par une languette de trop plein dans le tuyau nourricier de la fontaine pour le îèrvice du public.
- S’il s’agiflbit de conduire beaucoup d’eau à une maifon confidérable, comme à un hôpital, le plus court feroit de faire contraire dans le quartier une fontaine qui fervit à la maifon & au public.
- Pour revenir à l’inconvénient rélultant de l’embran-chement des tuyaux particuliers fur le gros tuyau de conduite, voici un fait qui prouve combien on a rai-fbn de s oppofèr à cet embranchement.
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 197
- Je fus appelle, il y a quelques années, dans une ville de province pour connoître quelles pouvoient être les raifons qui avoient réduit prefque à rien le produit de fources affez abondantes fituées à quelque diftance de la ville, & qu’on croyoit avoir pris une autre route. Après bien des recherches, & m’étant apperçu que de plufieurs maifons fortoient des ruif-feaux d’eau fort claire , j’entrai dans ce$ maifons , & ne tardai pas à m’appercevoir qu’un très-grand nombre de particuliers avoient de l’eau chez eux, ce qui affamoit le tuyau , où chacun avoit fait un faignée; je fis mon rapport de cette découverte, & on trouva que des abus multipliés & très-anciens avoient donné naif lance à cet épuifement : perfbnne n’ayant de titre de conceffion, on rétablit en peu de tems les chofes à leur premier état, & les fontaines publiques reprirent leur cours.
- Enfin , comment peut-on fàtisfaire à toutes les demandes des particuliers, fi la plus grande intelligence ne préfide à la direélion de la machine pour porter fon produit au plus haut degré, & la plus fage économie à l’emploi de l’eau pour en tirer le meilleur parti.
- Comme l’établiflement de pareilles machines efl; toujours fort coûteux, ce doit être une des premières fpéculations à faire, que de fe procurer par la con-celfion des eaux à des particuliers, un fonds annuel, ou une rentrée de fonds capable d’indemni en partie des dépenfès qu’on ell obligé de faire, à moins que des raifons d’utilité publique ïïq doivent feules
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- ip8 TRAITÉ.
- déterminer à l’entreprendre, comme la néceffité de procurer des eaux à de fortes maifons publiques, Hôtels-de-Villes, Hôpitaux, &c. encore peut-on, avec de l’intelligence, allier lun & l’autre, pourvu que l’eaii qu’on fe propofe d’élever foit en afTez grande quantité pour fournir à tout. L’eau ainfi répandue dans une ville, contribue nécefïàirement à fa falubrité & à fa propreté, & offre dans différens quartiers des moyens d’arrêter les progrès d’un incendie qui ne fait que commencer, en attendant les fecours que l’Adminiftration a établis prefque par-tout. Il feroit même à défirer que chaque mailon fut pourvue d’une pompe capable de lancer l’e^u dans l’endroit où on n’ofe approcher. Quelques muids d’eau employés avec intelligence peuvent arrêter un grand incendie, & lorfqu'il a une fois gagné, les plus grands fecours peuvent à peine le maîtrifer.
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- TRAITÉ
- D’É CONO MIE-PRA TIQ VE.
- QUATRIEME PARTIE.
- DES MOYENS DE METTRE EN VALEUR DES FONDS DE TERRE SUBMERGÉS D’EAU DANS LES VALLÉES.
- Article premier.
- Introduction fervant de Tableau des Vallées de Picardie.
- (Quoique la Picardie puiflè être confidérée comme un pays de très-bonne culture, il eft cependant vrai qu elle contient une infinité de vallées que des inon-
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- aoo
- TRAITÉ
- dations rendent inutiles , & qu'on pourroit fertilifer.
- Cette province a pour principale riviere la Somme, qui n'eft guere navigable que fur environ vingt lieues de long. Il eft vrai quon a propofé le projet d'augmenter cette navigation par un canal qui doit joindre la Tomme à la riviere d’Oife. Mais ce canal ne remédiera pas aux inondations caufées par une infinité de petitës rivières qui fe jettent dans la Somme, & qui prennent leur fource dans des vallées, où elles caufent de fréquentes inondations. La plupart de ces vallées font abandonnées en communes où on mene paître les beftiaux, qui n'y trouvant que de mauvaifes herbes , & infeélés eux-mêmes de l’odeür des eaux fta-gnantes, dépériflènt fenfiblement, & menacent de réduire à rien, dans quelques années , une branche de commerce très-intéreffante.
- Article II.
- Caufes qui endommagent & perdent les dépouilles.
- Il n eft point, ou fort peu de vallées , à qui la narure n'ait donné une pente plus ou moins confidé-rabie. Ce femble être le vœu de fon Auteur, que les eaux raflèmblées aillent par des canaux particuliers, foit découverts, foit fouterreins, fe rendre dans ces amas immenfes dont il a couvert notre globe. Il n'eft point de riviere , quelque détourné qu'en foit le cours , qui n’ait, d'après les obfervations de$ Savans, deux pouces de pente par chaque çent toifes.
- Comme
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 201
- Comme l’objet que je vais traiter pourrait allarmer au premier coup d’œil l’intérêt de plufieurs propriétaires de fonds, je les prie de lùfpendre leur jugement, & d’attendre le réfultat des réflexions que je propofe au public.
- En réfléchifîànt fur la nature des rivières, & fur la maniéré dont elles coulent dans leur lit, on verra qu’il n’eft prefque pas de berge ( on nomme ainfi les deux plans inclinés qui les contiennent ) qui ne foit plus élevée que les campagnes adjacentes , & cela doit être ainfi : en effet, les eaux venant à croître par des eaufèsnaturelles,comme pluies, fontes de neiges, &c. entraînent avec elles de la terre qui le dépofe fur les deux rives, & ajoutant liicceffivement couche fur couche, haufle inlènfiblement ces bords. Ajoutez à cela l’eau qui tombant des montagnes, charrie dans les campagnes voifines des rivières beaucoup de terres qui les rehauffent encore, & s’oppofent à la réunion des eaux aux rivières, & lès forcent de fe répandre fur les terreins les plus bas.
- La fécondé caufe d’inondations eft cette multitude de moulins établis fur le moindre courant d’eau, & qui n’ont d’autre origine que d’anciens abus de pouvoir, & d’utilité réelle que celle d’une infinité de Seigneurs. Le peu de rapidité de ces eaux eft encore rallenti par ees obftacles, & l’eau qu’un libre cours auroit bientôt fait écouler, eft forcée de le répandre par-tout où elle en trouve la facilité.
- Une derniere caufe eft le mauvais état où fe trouvent les vallées. Perfonne ne veut prendre fur fa for-
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- tune pour en opérer le deflechement par des canaux ou feignées faits avec intelligence. Chacun n’y voit que perte d un peu de terrein ou une mife d’avance dont il n’eft pas fur d’être rempli : c’eft donc des foins du, Gouvernement, qui de nos jours porte fes vues fur l'amélioration des fonds de terre , que nous devons attendre les fecours qui doivent procurer un li grand avantage.
- Article III.
- Sort du Cultivateur, & préjudice au lien public.
- Si l’on fait réflexion à la maniéré dont les hommes fe font rafTemblés en fociétés for la terre , & à la nature des demeures qu’ils fo font bâties, on verra que c’eft toujours dans les vallées qu’ils fe font fixés par préférence. Là, à l’abri des vents orageux & des fri-mats de l’hiver, on voit régner une température plus douce. Pourquoi donc ne pas rendre à l’agriculture, des champs que leur pofition a deftinés à la plus grande fertilité? Les propriétaires de ces endroits, fcuvent marécageux, doubleraient leurs revenus. Les beftiaux multipliés augmenteraient l’abondance, & fojffiroient à la culture des terres devenues fertiles. Ces contrées infeélées des vapeurs qui s’exhalent d’eaux croupiflàntes, ne préfentent à leurs habitans que des fources de maladies fans nombre, de fievres lentes qu’on voit régner dans plufieurs des provinces de France, Les coteaux même y gagneraient par l’en-
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- grais que les beftiaux y produiroient, & bientôt la France entière , dont le fol eft fi bon & le climat fi heureux, n offriroit plus qu’un jardin couvert de toutes les productions qui lui conviennent. Les biens eux-mêmes , augmentés de valeur, produiroient aux Seigneurs des droits feigneuriaux beaucoup plus forts. Quel avantage pour la navigation, fi des canaux multipliés groffiflbient les rivières & les mettoient en état de faire mouvoir des moulins placés avec intelligencê fans intercepter la navigation.
- Ce font ces confidérations qui ont donné lieu à plufieurs Arrêts du Confeil pour encourager les dé-frichemens & defféchemens ; mais l’induftrie particulière eft arrêtée par les obftacles multipliés : efpérons donc qu’occupé du bien dé fes fiijets, notre Prince tournera fes vues bienfaifantes de ce côté , en prenant le mal dans fa racine, & y appliquant les remedes que fa fageflè ordinaire lui fuggérera.
- Article IV,
- Exemples du ravage du débordement des Eaux.
- L’hiver de 1716 fut fi froid, que la terre fut gelée à plus de deux pieds de profondeur : enfitite il tomba une fi prodigieufe quantité de neige, que la terre en fut couverte de plus de fix pieds. Un degel fiibit en Qpera la fonte en moins de deux fois vingt^quatre heures, & la Picardie fut prefque entièrement fub-fnergée. Les villes d’Amiens & d’Abbeville furent
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- tellement inondées, que leurs habitans, obligés de fe réfugier au premier étage, ne recevoient de fiibfif-tances que par des bateaux qui traverfoient les deux villes.
- En 1740, les inondations furent prefque auffi fortes ; mais lesmaifons de ville en fouffrirent davantage, & les campagnes beaucoup moins les cultivateurs pratiquèrent des canaux d’épuifement, & dans peu de tems l’eau conduite aux rivières s'écoula entièrement.
- En 1749 , une inondation ayant caufé des pertes confiderables, le Confeil du Roi voulut connoître les caufes qui avoient pu l'augmenter : on porta fes vues fur une petite riviere qui a fon embouchure dans la Somme au-defliis de la ville d'Amiens, qui, fur trois petites branches , a environ dix-huit lieues de cours. Il fut conftaté qu'une grande quantité de moulins retardoient l'écoulement des eaux : on en fit bailler les vannes, & on conftruiflt à côté de chacun d’eux un réfervoir pour fervir d'échappée aux eaux lorf-qu'elles fiirpafloient leur hauteur ordinaire. Les obfta-cles étoient encore multipliés par les pécheurs & par des plantations faites par des Seigneurs riverains. On ôta tous ces obftacles , & on rendit à la riviere toute la largeur qu elle exige. On avoir remarqué que l’eau que produifoient les orages dans les vallées, ne fe rendoit dans la Somme que le troifieme jour, & après les ouvrages qu’on y fit, elle y arriva en douze heures ; mais depuis qu’on a ceffé de s’occuper de cet objet, le mal recommence fenfiblement.
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- En 17J3 , les habitans du bourg de Noyelle, vers l’embouchure de la Somme où commence le territoire de Marquenterre, portèrent des plaintes for une inondation de quatre lieues en forface qui les réduifoit à la plus grande mifere. On reconnut que la caufe de cette inondation, venoit de ce que le Meunier d un moulin qui eft for cette riviere avoit exhaufle fes vannes de plus de deux pieds, & ne laifloit échapper Peau que pour fes befoins. Le moulin fut mis en chaumage, & après avoir dégagé la vafe que cette ftagnation avoit amaffée, tout reprit fon cours en huit jours.
- En 1757, un crue d’eau fobite , formée aux premières branches de la riviere d’Hautie au-delfos de la ville de Douleiis, fut fi abondante , que les eaux furent portées à quatorze pieds au-defliis du pavé de la ville : on n’eut pas de peine à. reconnoître que la caufe en procédoit d’un moulin, & du circuit multiplié dé la riviere : on fit creufer un lit plus droit, & depuis ce tems on n’a vu aucune inondation , & le produit des terres eft monté au double de ce quelles étoient affermées.
- Je n ai rapporté tous ces faits que pour faire voir combien il eft effentiel de remonter aux caufes dés événemens les plus dommageables , & combien il eft aifé le plus fouvent d’y apporter un prompt re-mede.
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- TRAITÉ
- A R T I C L E V.
- Des objlacles qui occafîonnent le remuement des Eaux.
- Les refluemens des eaux proviennent ordinairement du défaut de liberté dans l'écoulement, & pour y remédier, il faut porter fes vues fur la tête des vallées, connoître exactement la véritable origine des fources , & les endroits où fè portent les ravins qui tombent des montagnes. f .
- C'eft ordinairement au point de réunion de ces ravins, & au premier moulin, que fè forme le dépôt des terres au tems des orages.. Chacun cherchant à défendre les poflefîions contre ces petits torrens, forme à l’écoulement de l'eau autant d’obftacles, qui remplirôient le même objet, fans caufer de dommage j s ils étoient dirigés par une main expérimentée.
- L'avidité de l'homme ne connoît point de bornes ; un meunier, pour affiirer le travail de Ion moulin, met en œuvre tout ce qu’il imagine, fans s’embarraflèr des fuites. La mouture eft fans doute de première néceffité, mais le bien public exige qu'on ien dirige la marche. Un bien réfultant de plufieurs maux eft un mal lui-même. Ces meuniers font, pour l'ordinaire, peu furveillés dans l'emploi qu'ils font des eaux. Leurs moulins, affermés à très-haut prix, doivent leur produire un bénéfice, & ils font prefque affiliés d'être foutenus dans tous lès moyens qu'ils mettent en ufage
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- pour fe le procurer, par les Seigneurs dont ils les tiennent à bail. C’eft à l’autorité fuprême à s’occuper de cet objet : vient-il un crue d’eau , le meunier s’occupe à la mettre on réferve pour le befoinà venir, & prefque jamais fes vannes ne font à la hauteur pref-crite par les réglemens locaux.
- Article VI.
- Comparaifon des droits & revenus des Moulins avec les pertes.
- L’invention des moulins eft fans doute une de celles dont l’humanité tire le plus d’avantages. Un favant Méchanicien de ce fiecle, pénétré d’admiration pour cette foperbe machine , difoit qu’en paflànt devant un moulin il étoit tenté d’ôter fon chapeau par refpeél, mais qu’il craignoit qu’on n’imaginât qu’il faluoit les individus qui fe trouvent fouvent à la porte.
- Cette forte de machine ;conftitue de grands revenus en faveur des Seignèurs : des droits très-anciens leur en affiirent la jouiffance ; mais ces droits ont leurs bornes, & des uforpations infenfibles, qui ne font pas de leur fait, ont porté les chofes au point d’abus où elles font de nos jours. Les éclairer for cet objet, fuffit pour qu’on doive efpérer qu’ils fe réduiront au titre de leur propriété. Dans le grand nombre des moulins, il y en a affez peu qui foient à la dilpofition des Seigneurs des rivières ; les autres ont été établis par des particuliers for concédions faites par ces
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- mêmes Seigneurs à charge de cens, mais c’eft toujours fous la claufe, fans préjudicier à autrui : or la prescription ne peut jamais avoir lieu quand l’intérêt public eft lézé.
- Pour apprécier le bénéfice dunmoulin bien entrer tenu, fuppofons quil rapporte mille livres à fan propriétaire année commune : qu’eft-ce que ce bénéfice en comparaifon des dommages' qu’il occafionne & du produit auquel pourroient être portées les terres dont il caufe l’inondation : ainfi, tout doit concourir à abandonner cette partie, qu’on retrouvera amplement fur la culture. D’ailleurs il eft une infinité de ces moulins qui les trois quarts de Tannée manquent d’eau, & qui ne font par conféquent qu’arrêter inutilement le cours des eaux. "
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- Moyens d*augmenter le produit des terreins des vallées Jubmergéesjfans quil en coûte au Gouvernement.
- L’opération que je propofe pour deflecher des vallées fubmergées, 8c en rendre le terrein à l’agriculture, eft de la plus grande importance. Ce n’eft même qu’à des gens très-au fait de ce genre de travail quil convient de le confier. U faut premièrement parcourir tout le pays avec la plus grande attention pour juger desobftaeles qui s’oppofent à l’écoulement i fe bien perfuader que tel qu’une première vue fait juger de peu de conféquçnee % peut retenir lui feuj
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- toutes les eaux. Parce qu’un léger écoulement une fois déterminé, peut, en donnant la première impul-fion, faire prendre un cours affez rapide à ces mêmes eaux. Il faut fecondement nîveller, avec la plus fcru-puleufe attention, les hauteurs relatives des rivières voifines , pour juger fi quelque fàignée pratiquée à propos ne procureroit pas , à peu de frais, l’écoulement defiré. Voir fi des finuofités multipliées dans le cours des rivières n’en rallentiflènt pas le cours, & fe perluader quune très-légere pente fuffit pour donner beaucoup de rapidité. 3 0. Examiner où fe portent par préférence les eaux provenant des orages, & les effets quelles produifent. 40. Prendre bien garde à lapofi-tion des moulins for les rivières , & .juger de la hauteur qu’il convient de donner aux vannes de décharge, & à quelle hauteur le lit de la riviere eft retenu. S’af-forer fi un peu plus abaifles ils ne donneroient pas le même produit; & alors en donnant de la rapidité, on obtiendroit de la force pour le moulin, & de l’écoulement pour les eaux. J°. Voir fi les terreins voifins de la riviere font plus élevés ou plus bas qu’elle. 6°. S’il ne feroit pas poflible de procurer de l’écoulement aux eaux qui refluent for les terres. 70. Et enfin s’affurer de la véritable origine des fources, afin que fi elles viennent d’un endroit un peu élevé on puifle , à l’aide de quelques rehauflèmens , les conduire dans quelque riviere.
- Rien ne s’oppofe autant aux progrès des arts & à l’induilrie que ces vieux préjugés quon a trouvés établis , & que perfonne n ofe eifayer de détruire.
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- C'eft dans bien des campagnes une vieille tradition, que les eaux qui les inondent ne peuvent trouver d'écoulement : effayer de leur en procurer, feroit, pour le plus grand nombre, une entreprife folle & téméraire. Il eft vrai quelle exige des dépenfes : mais je ne propofe pas de commencer par y mettre des ouvriers : je voudrois que des opérations bien dirigées\ en aflùraflent la poffibilité ou l'impoffibilité : ces opérations ne font pas très-couteufes ; & la récompenfe qu on en attend vaut bien la peine de les entreprendre. Je vais difeuter chacun des articles que j’ai annoncés.
- i°. Pour ce qui concerne le lit des rivières, je crois qu’un abus prefque univerfel, & qu’on peut remarquer fur tout leur cours, c'eft-l'avidité des riverains, qui y pour garantir leurs terres des inondations & de rimpétuofité des eaux , garniflent le rivage, même fort, ayant dans la riviere, de plançons & de brouf-. failles qui en ralentifient nécessairement le cours. Cette précaution ,, bonne en foi, a de juftes bornes , &. dirigée avec intelligence, peut procurer le même effet fans nuire autant. L’eau ainfi retenue, ronge & mine les terres, & forme en plufieurs endroits des quantités d'ifles qui augmentent encore rembarras. La dépenfè du curage des lits des rivières n’eft pas considérable ; on pourrait, en répétant ce travail, élever peu-à-peu les rives, les mettre en état de défenfe contre l’impétuoûté dés eaux devenues plus grolfes : chacun eft , curieux Savoir de l'eau près de chez foi:; mais le bien public doit l'emporter, & quelques redreflè-
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- mens ; des ilottes ôtées, fuffifent pour donner du cours à l’eau.
- L’article du redreflement des rivières eft facile à fàifir. Suppofons que deux pouces de pente foffifent pour cinquante toifes. Si dans ces cinquante toifes de terrein en ligne droite, la riviere en finuant parcourt cent toifes, on n’aura pas plus de deux pouces de pente, qui alors ne fuffifent plus ; fi des moulins viennent encore s’oppofer au courant, où veut-ort que la riviere prenne fon cours. Cet article trouvera bien des contradicteurs : chacun regarde un moulin comme une partie confidérable de fon revenu, diminuer la ligne for laquelle il font établis eft pour eux un tort réel; mais le bien public ! D’ailleurs fi vous donnez de la rapidité à l’eau, ne pourra-t- on pas les placer aufli avantageufement plus proche les uns des autres?
- Les ravins, que forment dans les vallées les orages & les fontes de neige, offrent encore un objet effen-tiel à l’intelligence de l’Ingénieur hydraulique. On peut s’informer de gens âgés, s’ils opéroient toujours l’effet qu’on leur voit produire : ne peut-on pas d’ailleurs leur donner une autre direction ? Je fais bien que ces torrens momentanés trompent la prudence humaine, & qu’il n’eft pas aifé de les enchaîner : mais fans s’ÿ oppofer directement, on peut leur tracer un autre cours, & efpérer qu’ils le prendront infenfi-blement.
- Il eft encore très-effentiel de connoître les fources qui fe trouvent prefque par-tout. Un peu de travail
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- peut les diriger vers la riviere, & fertilifer les champs qu'elles arroferont; mais négligées, elles minent les terres, s'extravafent & refroidiffent le terrein.
- Les loix civiles, en cela contraires au droit naturel, accordent aux Seigneurs la propriété des rivières dans l'étendue de leur Seigneurie : mais ce droit doit avoir îhs bornes : cette propriété n'efl: pas la même que celle d'un meuble ou d'un immeuble : elle ne s'étend qu'à l'ulàge particulier, au droit de pêche, aux droits de péages & autres que la barbarie & le defpotifme du gouvernement féodal ont introduits, & que la bienfaifànce éclairée de notre jeune Monarque nous fait efpérer de voir bientôt fopprimés. Sans doute en admettant cette propriété, un Seigneur peut tourner la riviere à fes ufages particuliers, établir for fon cours les moulins qu'il juge à propos ; mais fi ces établiflè-mens nuifont à ceux qui font fitués un peu plus bas, que deviendra pour les derniers cette même propriété ayantageufe aux premiers ; & , ce que je ne cefferai de répéter, le bien public ! D'ailleurs fuffit-il pour conf-truire un moulin de le vouloir ? ne faut-il pas s'afliirer de la rapidité & de la hauteur de l'eau ? U eft vrai qu'à défaut de l’un & de l'autre , on fe permet d'employer tous les expédiens qui peuvent y fuppléer. On multiplie & on éleve les vannes ; on confirait des permis & des réfervoirs pour fuppléer aux eaux baffes, s'em-barraflànt fort peu fi l'eau ainfi remontée au-deflus de fon niveau naturel, perd fon écoulement, & eft obligée de réfluer dans les campagnes voifines. Au milieu de tant d'abus, en vain les propriétaires en reconnoif-
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- fent la caufe, en vain réclament-ils contre des vexations qui les ruinent : des Seigneurs puiflàns, ou pour mieux dire, leurs gens d’aflàires , leurs fermiers, à l’abri de leur autorité, ne connoiflent que leurs intérêts , & les [augmentent par toutes fortes de voies. L’autorité fouveraine peut feule mettre fin à tant de maux : elle feule peut, par une loi invariable & fé-vere, déterminer la hauteur que chaque moulin pourra retenir d’eau, foit par la hauteur des vannes , foit en approfondilfant le lit de la riviere, foit en approfon-diflant la folle graviere du moulin. Connoifiant ainfi le produit naturel des eaux, il eft aifé d’y proportionner la conftruétion du moulin qui n’en fouffrira aucun détriment. Mais il faut encore furveiller de près l’avidité des meuniers, qui par des voies fourdes, & qu’il n’eft pas aifé à tout le monde de découvrir, tiennent toujours de l’eau en réferve, lailfent croître dans l’eau des faules ou autres arbres qui femblent placés au hafàrd ; rempliflent le courant de pierres qu’on croit avoir été charriées par l’eau, ou n’être que d’anciennes digues rompues, & fè ménagent des reflour-ces contre les bafles eaux. Par rapport aux vannes, comme je me fuis de tout tems fort accupé de cette partie, voici ce qu’ùne expérience de plus de quarante années m’a fait imaginer.
- La planche Xli repréfente un aflemblage de vannes telles qu’il fèroit à propos qu’on en établît à chaque moulin. Par leur moyen on barrera aifément toute la largeur de la riviere, & on forcera l’eau à ne pafler que par où on voudra. A, A, A, A, eft un fort bâtis
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- de charpente foutenue de diftance en diftance par les montans quon y voit. B, B, C9 D, font des vannes qui fe meuvent à couliffe dans les montans, & qu’on peut lever à volonté pour donner plus ou moins d’eau au moulin félon qu’on en a beloin d’une plus ou moins grande quantité. Ce bâtis eft retenu contre la maçonnerie du moulin qu’on voit figurée au deflous de My M, & fur laquelle il eft toujours aifé de paflèr, puifque jamais cette partie ne fe trouve lubmergée.
- Sur la traverfe affemblée au montant E, eft fufpen-due folidement une poulie /, à l’aide de laquelle on leve la vanne qui donne l’eau à la roue du moulin , ainfi qu’on va le voir.
- Lorfque les eaux font baffes, & en allez petite quantité pour quelles ne fuffifent qu’à faire tourner le moulin, l’inconvénient des vannes ne peut influer fur lerefluement des eaux, puifque nous fuppofons quelles font baffes, & par conféquent cet efpace , tout étroit qu’il eft, fùffit pour leur procurer un écoulement. Lorfqu’on veut arrêter le moulin, ou qu’il vient une plus grande quantité d’eau, on peut, fans craindre de faire chaumer le moulin, lever la vanne fiiivante, qui diminuant à la vérité la rapidité de l’eau fous la roue , en laiffe encore affez, puifqu’on fait que l’eau acquiert de la rapidité en raifon de fon volume. Par la même raifon, fi l’eau croifloit encore davantage , on lui procurera un écoulement fuffifant en levant les autres vannnes en proportion de la crue. Mais pour déterminer la pofition de ces vannes & la hauteur qu ilconvient de leur donner, il faut connoître exac-
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- tement la rapidité du courant, & la quantité d’eau que la riviere contient en cet endroit.
- F eft un point d’appui fixé fur le bâtis qui porte les vannes au milieu exaét entre les points G 8c H. Le levier G eft fixé par des tourillons à la queue de la vanne G, au point d’appui F, 8c à la queue de la vanne moudereffe H; on appelle ainfi la vanne qui fe trouve vis-à-vis la roue du moulin, & laiffe palier l’eau fous la roue , ou s’oppofe à fon pafïage.
- Suppofons le moulin en repos & la vanne D levée, çelle C fe trouvera entièrement baiffée : s’agit-il de donner de l’eau à la roue pour faire tourner le moulin , le meûnier peut, fans fortir de fon moulin, tirer le bout M de la corde qui paffe fur la poulie 7, 8c lever là vanne C, tandis que celle D baillera dans la même proportion. Les autres vannes B, B, B, que nous avons dit être continuées dans toute la largeur de la riviere, ne fe lèvent que quand la crue d’eau eft telle quelle foffit au moulin lors même quelles font toutes levées : fans cela l’eau ne trouvant qu’une ifïue étroite , reflueroit for elle-même , 8c inonderoit les terreins voifins.
- Rien n’eft auffi facile pour le meunier, que de juger de la hauteur à laquelle il doit fixer la vanne moudereffe, par le plus ou moins de vîteffe qu’il donne à la roue ; & quand même la vanne D ne foroit pas entièrement fermée, pourvu que fon moulin aille affez vite, que lui importe ce que devient le forplus de l’eau de la riviere.
- J’ai dit que les vannes, qu’on voit ici fermées ,
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- ne fervent que pour donner l'écoulement aux eaux dans des cas de crues fùbites & inattendues. Mais les meuniers ne confidérant que leur avantage particulier, négligent de les lever, & ne s'y déterminent que quand l'inondation eft devenue générale, Sc que les cris univerfels fè font entendre. Il feroit à délirer qu'une police exaéte s'en mêlât, & que des vifites faites dans ces tems malheureux forçaient l'avidité à rentrer dans les bornes que prefcrit le bien public.
- Il eft des cas où les inondations & les crues d'eau font telles que les vannes ne fervent plus à rien : c'eft encore là fur quoi la police doit porter la plus grande attention. Lorfque l'eau eft montée au-deflùs du ni-* veau des vannes , il eft aifé de les lever entièrement, ÿc de n'oppofer aucun obftacle au cours de la riviere : mais avant que les chofes en fbient venues à ce point, une fàge adminiftration prévient tous les malheurs, & dans ces cas extraordinaires il n'eft plus de plaintes fondées, puifqu'aucun effort humain ne fauroit s op-pofer à des inondations dont fouvent des villes entières font la viélime.
- Il feroit encore effentiel de conftruire au-deflus du moulin un réfervoir qui eut la même largeur de la riviere , & dont le deflùs du feuil fut exaâement au niveau de la hauteur des vannes : d'établir à chaque moulin un point de repaire immuable, pour déterminer la hauteur à laquelle l'eau ordinaire peut être retenue fans inconvénient : d'établir une loi qui pref-crivît aux propriétaires & aux meûniers que les moulins une fois mis dans l'état où ils doivent être, ne
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- pourroient plus être changés, & nommément d’élever la hauteur des vannes, ou d y faire aucune èonftruc-tion, fans être pourvu des ordres de l’autorité qui eft chargée de cette partie d’adminiftration.
- A R t 1 c l e V I IL
- Moyens de faire les travaux nécejfaires, & à la charge de. qui.
- Après avoir parlé du mauvais' état ou iè trouvent les vallées de la province de Picardie, il ne refte plus qu’à indiquer les moyens de les remettre en valeur, d’après les principes que j’ai expofés précédemment, foit en y faifant les travaux néceflâires, foit en apportant les foins convenables pour y remédier ; & enfin à rechercher qui du Gouvernement ou des particuliers doit fupporter la dépenfe qu’entraînent nécef* fairement ces travaux.
- Il s’agit d’abord de s’aflûrer des titres en vèrtu desquels chaque propriétaire de moulin a formé ces éta-bliifemens. Animé du zele le plus pur pour le bien public, je n ai jamais prétendu quon dût l’opérer aux dépens des particuliers. Les propriétés font facrées ; y toucher eft renverfer les loix conftitutives de toute Société : mais réduire chacun au droit qu’il a, c eft là l'office des Loix, & ce que le Public eft en droit d’attendre du Gouvernement, fans que perfonne puifïè fe plaindre ; car il n eft de jouiffance qui puiffe prefçrire contre l’avantage général. -
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- De quelque nature que puiflent être les travaux à faire, & à la charge de qui que ce foit qu'ils doivent tomber , il faut toujours qu'ils foient faits au nom de l'Autorité fouveraine, pour ôter toutes reflources au crédit & à la protection.
- Il eft-certain que fi les chofes pouvoient rentrer dans l'état de perfection dont elles font lufceptibles, il n'eft aucun propriétaire qui, effrayé au premier coup-d'œil, ne gagnât à la fin à toutes les opérations que je propofe. Tel Seigneur poflede quatre moulins , dont deux ou trois’font en foible valeur, qui trouverait dans deux ou trois auquel il feroit réduit, une augmentation totale de leur ' produit. Telle riviere n'eft réellement qu'un foible ruifleau, qui, devenue navigable, offrirait des débouchés confidérables aux denrées d'un pays. Qui ne fait qu'il eft des contrées de France où , avec beaucoup de productions , on éprouve une mifére affreuve, faute de pouvoir fe procurer la vente des productions que la nature fe plaît à y multiplier.: Le bois fi cher dans les grandes villes, eft fi commun dans beaucoup 'd'endroits$ que le prix des charrois en fait feul la cherté, & ainfi du relie. Que de campagnes fécondées ; combien de terres n'attendent, pour nourrir lëurs habitàns , que le fe-cours d’une; main aCtive ! & induftrieufe. On cr:ie depùis long-rtems contre le luxe meurtrier des grandes villes ;^ eh<! qui voudrait? habiter nos campagnes çù rinduftrie eft fans* aCtjvit & où le fol peut, à peine tiourtir celui quir Ta_yu ii^trê. L'homme. eherçhe naturellement lès aiÜès : il fuit le; travail quand; il peut
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- l’éviter ; & à moins qu’une aifancefoffifante ne foit la perlpeélive de fes travaux, peut-on efpérer qu’il préféré de languir fous un ciel que des eaux croupilTantes rendent mal fain.
- Les depenfes que je propofe doivent être fuppor-tées par chaque propriétaire en proportion du terrein qu’il poflède r comme elles ne fauroient être immen-fes, elles ne doivent effrayer perfonne. Et pour peu qu’on réfléchifle fur l’utilité qui en réfùltera, on fentira qu’elles ne doivent pas détourner de les entreprendre.
- Quant aux moulins qui retardent néceflàirement l’écoulement des eaux, je voudrois que chaque propriétaire fût tenu d’entretenir le lit de la riviere, for. laquelle eft litué le moulin , à cent toifes au-deflus, & à cinquante au-deflous. L’amas des eaux y arrête infenliblement beaucoup de vafo qui diminue encore la rapidité de l’eau ; & faute d’en avoir aflez pour le fervice du moulin, on ne connoît d’autre expédient que d’arrêter l’eau , ce qui augmente encore le mal. Des curages faits dans les tems de l’année où les eaux font très-bafles, ne font pas fort dilpendieux : les berges s’accroiflànt annuellement des terres qu’on y jetteroit chaque fois, préferveroientles champs voifins du reverfement de l’eau dans des tems de crue.
- Quant aux redrelfemens du lit des rivières, il n eft pas jufte que les propriétaires des terres qu’on pren-droit pour cela en fouffrent feuls : il convient de les indemnifer, foit en leur donnant des terreins équivalent, foit en leur payant ceux qu’on leur prend, à un prix raifonnable. Pour engager tous les propriétaires
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- iso f R A I T É
- à fè prêter à cet arrangement, il feroit à défirer qu'une opération partielle démontrât le bien qui doit réfulter du tout. On fe livre difficilement aux {péculations quand il en doit coûter quelque choie, mais l'augmentation dans le produit çft une démonftration qui perfùade mieux que les plus beaux raifonnemens.
- Comme ces ouvrages tendroient également à deffé-cher les terreins, & à mettre les moulins en plus grande valeur, il feroit jufte que cette dépenfe s'étendît lur tous les propriétaires en proportion du produit de chaque objet. Et pour peu que l'économie préfi-dât aux travaux , la charge ne feroit pas grande pour chacun. Pour la diminuer d'autant plus, chaque propriétaire pourroit fournir des gens de journée pour îon propre contingent. Si c'eft une faignée à faire , les feuls propriétaires en doivent être tenus.
- Je ne me difïïmule pas tous les obftacles que ce projet trouvera. J'aurai prefque autant de contradicteurs que de leéleurs : mais je veux le bien , j'ai le courage de le propofèr, & ma tâche eft remplie. Mon deflein n'eft pas qu'on fafle de ceci une grande affaire, où de très riches Entrepreneurs trouvent les moyens de s'enrichir encore. Il faut procéder par la voie la plus fïmple & la moins difpendieufe. Conftater exactement l'état des lieux : s'affiirer, par des nivellemens fars, de leur pofition refpeétive, & dans tous les fèns. Connoître parfaitement le cours des rivières, leur pente naturelle, les rectifications qu'on pourroit leur procurer, les endroits où leur lit veut être abaiffé , enfin faire toutes les opérations préparatoires, pour
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- D’ÉCONOMIE-PRATIQUE. 221
- quavant de mettre la main à F œuvre on foit afluré dune parfaite réuffite. Commencer par mettre les rivières en état, afin que Peau qu’on y amènera puifle y trouver un écoulement facile. Je le répété, l’amour de mon pays m’a feul mis la plume à la main ; j’ai la douce fatisfaétion, en terminant ma carrière, quil a feul dirigé toutes les aétions de ma vie. C’eft à quelques têtes fenfées que j’en appelle ; pourvu qu’une ame honnête apprécie mes vues & leur rende juftice, je luis content :
- « Fais ce que dois , advienne que pourra. »
- Résu MÈ DES QU A T RE PARTIES DE CET
- Ouvrage.
- Pour rapprocher lous un leul point de vue les idées répandues dans cet Ouvrage , j’ai cru devoir en pré-fenter un réliimé général. La première partie contient les moyens de faire économiquement toute ef-pece de remuement de terre, foit pour des fouilles propres à y aflêoir des fondemens, foit pour des ter-raflemens. Je luis entré dans le détail de précautions néceflaires pour réuffir à ces fortes d’ouvrages. J’ai fait connoître toutes les reflources qu’on peut employer pour n’être point lurpris par les dangers qu’ils emportent néceflairement avec eux. J’ai enfin, par des appréciations juftes, mis le propriétaire en garde contre les fraudes malheureulement trop communes dans ces fortes d’opérations, & fur-tout j’ai fait pref
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- 222 TRAITE
- fentir toutes lès difficultés quon a coutume d'y rencontrer , afin qu'une fois bien prévues , rien ne pût en arrêter l'exécution.
- Seconde partie.
- -La fécondé partie , qui traite des édifices & de l'emploi des matériaux, étoit, à mon avis, la plus difficile à traiter. J'avois à contredire des ufàges reçus, à dévoiler des vices artiftement cachés ; &, ce qui a le plus coûté à mon cœur , à mettre l'homme en garde contre la fraude de fes femblables. Mais rendant par-tout hommage au mérite & à la vertu , jarmais aucune perfonalité n'a été l'objet de ma cenfiire. J'ai rendu juftice aux talens & aux qualités perfon-nelles de nos grands Artiftes : j'ai par-là eflayé d'élever l’ame de ceux qui courent la même carrière. J'ai intéreffé les propriétaires en faveur de cette clafle d'hommes fi utiles & fi malheureux, les mercenaires & gens de journée. J'ai recommandé de n'entreprendre aucun ouvrage fans avoir tout pefé mûrement fiir des plans & deffins exactement levés.
- Troijîeme partie.
- La troifieme partie contient le détail d'une Machine Hydraulique que j'ai conftruite à Amiens, & qui, par le moyen de la Somme dont j'ai employé le courant comme moteur , diftribue à différentes fontaines , élevées dans plufieurs quartiers de la ville,
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- D’É CONOMIE-PR ATIQUE. 223
- l’eau des fources que j’ai introduites dans la ville. La réuffite de cette Machine a déterminé plufieurs per-fonnes, aiix avis defquelles je ne puis me refufer, à m’engager à en donner la defcription. Mon but en cela a été de configner, d’une maniéré durable, les procédés dont je me luis fervi pour élever l’eau à quatre-vingt pieds de hauteur.
- Ma Machine eft très-fimple, & c’eft tout fon mérite. Depuis trente ans qu elle eft en mouvement, on n’y a encore remarqué aucune altération. Les effets en font toujours les mêmes : j’ai indiqué dans cette partie les moyens d’en augmenter le produit, fi par la foite des tems cela étoit jugé néceflaire, fans augmenter confidérablement la dépenfe. La defcription de cette Machine eft accompagnée de douze planches gravées avec foin, for les defîins que j’en ai faits moi-même. Il eût peut-être été à defirer qu’un plus grand nombre de ces planches eût repréfenté ma Machine fous plufieurs points de vue. Mais j’ai cru devoir écrire pour des perfonnes inftruites, & en état de fuivre les opérations for de fimples plans géométraux. C’eût été augmenter le prix de mon Ouvrage & tomber dans des répétitions qu’il fera facile de fuppléer.
- Quatrième partie.
- Cette derniere partie ne contient autre chofe que des vues économiques fur l’amélioration des vallées fobmergées en général, & plus particulièrement for celles qui avoifinent la ville d’Amiens & toute la
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- 224 TRAITÉ D’ÉCONOMIE-PRATIQUE.
- Picardie. J'ai tâché de démontrer la facilité de rendre à l'agriculture beaucoup de terreins que des eaux crou-pillantes rendent incultes ; au commerce plufieurs rivières, dont les eaux retardées par une infinité de moulins, refluent for les terres ; & à la population des contrées dont l'air mal fain y porte une atteinte fenfible. Les dommages qui en réfoltent font inappréciables tant pour le cultivateur que pour le Public, ïbit par rapport à l'abondance dans le produit de différentes denrées, foit pour la multiplicité des animaux qui procureroient des engrais for les terres des coteaux. Je me fois étendu for les uforpations des propriétaires riverains , & j’ai tâché de leur rendre fenfible l'utilité perfbnnelle qui réfolteroit de travaux faits avec intelligence for le cours des rivières. Une première vue éveillera fans doute contre moi l'avidité qui fait fes uforpations dans l'ombre & à pas infonfi-bles; mais j'elpere qu'éclairée for fes propres intérêts, & raffurée for le meilleur parti que je propofe de tirer de ces ouvrages clandeftins ou uforpés, ils fontironc que l'intérêt public m'a foui mis la plume à la main , & que mieux calculés, les leurs pourront y trouver de l'avantage.
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- LE ETRE
- DE CORRESPONDANCE
- Concernant les Fontaines d? Amiens, (*)
- n partant de chez vous , Moniteur, pour me rendre à ma deftination, & ma route étant de paflér à Amiens, vous m'adreflates à votre bon ami, & vous me dites, qu'il s y étoit fait des travaux affez confidéra-blés & relatifs à notre état : que particulièrement, y demeurant il y a plus de vingt ans , vous y aviez vu commencer l'établifTement des Fontaines publiques , & que vous feriez fort aife d'apprendre quel en a été le fuççès,
- Votre ami, joint aux liens, me témoignèrent beaucoup d'amitié & d empreffèment à me détailler ce qu'il y a de plus intérelfant ; ils me dirent d’abord au fujet des Fontaines , qu'ils étoient très-fcandali-fés, ainfi que beaucoup d'autres, d'avoir vu inféré dans la Feuille des Annonces de Picardie, du 18 Septembre 1773, Page r53 9 que ce fut le: P. Fery, Minime , qui préfida aux Fontaines publiques de cette Ville, ainfi qu’à Reims & autres endroits avec la plus grande diftinéHon ; mais ce grand éloge n'eft
- (*) Cette Lettre a déjà été publiée il y a environ fept ans. Comme elle eft relative à l’efpece de concours qu’il y eut entre des Méchani-ciens pour l’établiffement du château d’eau de la Ville d’Amiens 9 j’ai cru qu’elle pouvoir trouver fa place à la fin de ce Traité.
- Ff
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- a %6 LETTRE
- quun trait gratuitement attribué à fa mémoire, qui pourroit bien altérer la confiance de ces Feuilles périodiques, où il ne doit être infëré que des vérités. L’Auteur de cet éloge, en voulant fe rétraéler dans l’une des Feuilles fuivantes, n’a pas jugé à propos de fiiivre la forme qui lui étoit ordonnée.
- U eft notoirement connu que le Projet, les Plans & toute l’exécution font dus au fieur Jumel Riquier, Architeéle & Citoyen de cette Ville : le mérite de la nouveauté 8c l’union qui régné dans toutes les parties de cette compofition en font feuls l’éloge ; j’eufle fort defiré voir cet Auteur, mais il étoit à la campagne, ma reflource fut celle de nos amis fous les yeux de qui ces travaux ont été créés , qui m’ont mis à portée de vous détailler fuccinélement les remarques que j’ai faites, en attendant que je vous en fafle palier les Plans & profils, d’après les dimenfions que j’en ai prifes.
- D’abord les fources de la Fontaine, dont les eaux deftinées pour le public , font à environ 600 toifes du château d’eau. Dans une partie de cette diftance, les eaux coulent dans la cunette du fofle de la Ville, & font introduites dans fon intérieur à la faveur d’un aqueduc paflant fous le rampart 8c fous plufieurs rues, & ces eaux fout pures, faines & abondantes.
- Le château d’eau eft établi fur le haut du port que vous avez vu commencer , & qui au moyen de cet établiflement fe trouve aggrandi du double de ce qu’il étoit ; ce château d’eau eft un gros pavillon quarré, épanné fur fes angles, portant une gallerie & furmon-
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- DE CORRESPONDACE, &c. 227
- tée d’un donjon, qui fe termine en plate-forme, fous lequel eft la cuvette qui reçoit les eaux que la Machine y éleve à quatre-vingt pieds de hauteur.
- L un des bras de la riviere de Somme, en traver-fant la Ville, vient aufli répondre dans l’intérieur du château d’eau ; & après avoir fervi de puiflance motrice , s’écoule par un aqueduc en fiphon fous le pavé du port, fans gêner la navigation , ni interrompre la manœuvre de ce port : de forte que les eaux des four-ces venant d’un côté fe verfer dans deux puifarts, & celle de la riviere venant de l’autre pour fervir au courlier de la roue, qui eft également dans l’intérieur, ces eaux s’y trouvent rapprochées fans au mélange, & celles des fources y confervent toute leur pureté.
- La Machine Hydraulique, de la compofition du même Auteur, 8c dont vous avez vu les premiers modèles, eft la plus ingénieufe 8c la plus fimple de celles qui ont été imaginées jufqu’alors dans ce genre : ce n’eft d’abord qu’une fimple roue à aubes de feize pieds de diamètre, placée fur le courfier, dont l’axe porté fur trois paliers, fe prolonge d’un côté entre les deux puifards qui reçoivent les eaux des fources ; là fe trouve placé un beffroi en charpente qui fupporte deux leviers de balance, dont les extrémités répondent fur l’aplomb des puifards, & auxquels font adaptés des mouffles pour les chaffis des pillons : ces leviers ont chacun deux tiges pendantes à côté de leurs points d’appui, laiflànt entr’elles parallèlement un vuide de vingt pouces, & qui au moyen des entre-toifes viflees de droite à gauche, éloigne ou rapproche ces parai-
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- aa8 LETTRE
- leles au befoin , les aroboutans qui y font joints les fixent invariablement aux leviers.
- L'axe du moteur paffant entre ces parallèles, fe trouve armé de deux forts plateaux en fer de fonte parfaitement ronds, & placés excentriquement fur ce même axe qui les traverfè : des platines en même matière, adaptées aux parallèles joignent ces plateaux; de forte que le moteur, dans fa vibration, ne; fait que gliflèr fur ces platines, & par l'effet de l'excentrique , procure dé droite Si de gauche un recuiement, qui met en mouvement les leviers de balance, qui font lever 8c plonger les piftons.
- Il y a dans chacun des • puifarts deux corps de pompe accouplés, & les piftons y refoulent l'eau par un tuyau montant de chaque côté. L'enfemble de cette Machine eft compofe avec tant de précifion,. que le moteur n eft chargé que de fbn propre poids, tout le refte y eft en équilibre : les piftons n'y font pas abandonnés à eux-mêmes, & la douceur des reprifes pour les levées ne s'apperçoit qu’autant qu'on y voit lever ou baifîèrles leviers. Une chofè fort intéreiïànte, c'eft que toutes les pièces y font comme poftiches, & quon peut les démonter féparément au cas de réparation , quoiqu en tout elles n y foient pas fréquentes, au moyen de ce que cela eft fiirveillé.
- Je fis dans cette compofition, une remarque fur laquelle les Connoifleurs fixent d'abord la vue, 8c qui en effet le mérite , c'eft le paffage des tuyaux de chaffe qui élevent les eaux au fommet à quatre-vingt pieds de hauteur dans la cuvette de jauge, & les deux
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- DE CORRESPONDANCE, &c. 229
- defcendans pour la diftribution aux differentes Fontaines. En voici l'idée : la Machine , renfermée dans le bas, en demi-fouterrain, étant voûtée , il y a une lunette à la voûte qui répond au centre intérieur du pavillon, fur laquelle eft une cage d’efcalier de forme oéfogone ; l'efcalier, qui y eft renfermé, lai ffe unvuide de cinq pieds entre fes limons, & c'eft dans ce vuide du bas au haut que les quatre tuyaux paffent : ils y font invariablement fixés avec des fupports& colliers, à un fort poteau montant; de maniéré qu’il n'y a aucun endroit où la main ne puiflè être portée au cas de réparation : cet enfemble folide & nouveau en ce genre doit en effet mériter l'attention des Connoiffeurs.
- Autre précaution de l'Auteur: cet édifice fe trouve terminé par une platte-forme en belvedere , d'où l’on découvre tous les quartiers de la Ville ; de forte que dans des cas d'incendie, l’on peut renvoyer toute l'eau que la Machine éleve, par la branche de conduite qui répond au quartier àfecourir, par l'effet delà difpofi-tion donnée à la cuvette qui reçoit l'eau.
- Duflai-jé ne pas finir, Monfieur, je ne peux vous taire une autre découverte du même Auteur, que je crois très-intérelfante pour la conduite des eaux forcées. Il eft parvenu à compofer des moules pour jetter en fonte, & d’une feule fufion, des tuyaux en plomb de dix pieds fix pouces de longueur, & d’épaiffèur relatives à leurs diamètres : outre que cette fonte eft des plus facile, c’eft que leur confiftance peut réfifter aux efforts de l'eau, & que pour leurs jonélions de l'un à lautre, de fept pouces de diamètre, Ton n’y
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- 23o LETTRE
- emploie qu environ trois livres de foudure, ce qui fait une grande épargne.
- En examinant la Machine, Ton m’obferva que la roue motrice n avoit pas toute la vîteflè qu on pou-voit lui procurer par le courant d'eau, parce que n y ayant jufqu'alors que quatre Fontaines d'établies, ce que la Machine élevoit d'eau étoit plus que luffifant pour les nourrir. Comme je défirois être inftruit, je remarquai que cette roue ne faifoit en effet qu'envi-ron trois tours par minute, & quelle levoit feize pouces d'eau ; or pouvant en faire neuf dans le même tems fans forcer en aucune forte la Machine, elle en leveroit continuellement quarante-huit pouces , ce qui feroit un produit de plus de cent quarante muids à l’heure, & par conféquent une abondance plus que {ùffifànte pour fournir à douze Fontaines, telles que le projet d'établiffement le porte.
- En Amateur qui defire de s'inftruire, j'ai vu l'intérieur des quatre Fontaines qui font établies, je les ai trouvées dilpofées avec autant d'intelligence que le château d'eau : les eaux y arrivent par des tuyaux en fiphon paffant fous le pavé des rues , & fe verfènt dans une cuvette de jauge, répondante de l'une à l'autre par gradation à celle du château d'eau ; & c'eft de ces cuvettes que doivent fe faire les fubdivifions pour fournir à d'autres quartiers en tel volume qui y fera jugé nécelïaire.
- Comme le palfage des tuyaux occupe peu de place, l’Auteur propofa ( ce qui fut agréé ) de prendre de plus grands emplacemens, qui étant bâtis, non-feu-?
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- DE CORRESPONDANCE, Sec. 131
- lement décoreroient les Fontaines, mais en même tetns procureroient des locations plus que fuffifantes pour l'entretien du tout. A cette occafion, je remarquai fur la porte du. plus grand de ces bâtimens , en forme d'enfeigne ( l'École des Arts , des Manufactures et du Commerce ), ce qui n'eft point de notre Auteur ; mais croyant d'abord que ce vafte bâtiment renfermoit un grand magafin de fciences , & me difpofant à en faire provifion, nos amis me dirent, en plailantant, que je n’y trouverois rien qui pûts'af fortir à ma façon de penlèr.
- Nous pafsâmes de bout, & ces mêmes amis continuèrent de me faire voir d’autres travaux importans, auxquels notre Auteur a eu beaucoup de part, {bit par fes projets, foit pour les avoir dirigés ; mais il îeroit trop long de vous en faire ici le détail : cela viendra à l'occafion, je pourrai même vous en dire quelque chofe en vous envoyant les morceaux de deiîins que je fais de la Machine. Je ne cefferai de vous prier de ne pas douter desfentimens de reconnoiflànce avec lefqueîs j'ai l'honneur d'être, &c.
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- RÉPONSE
- J'ai reçu avec un vrai plaifir, Monfieur, le détail en précis que vous m'avez adreffé au fujet des Fontaines publiques d'Amiens, & par lequel je remarque que notre Ami & les liens, vous en ont fait connoître en ce qu'ils ont pu, la compofition ; je fuis même perfuadé que par rapport à votre état vous ne ferez pas fâché d'en avoir connu i'enfemble.
- Ce qui eft rapporté dans les Annonces au fujet du P. Fery, Minime, eft deftitué de toutevraifem-blance, je puis l'aflurer d'autant mieux, qu'il m'en eft refté d,e$ pièces convaincantes ; je demeurois à Amiens il y avoit long-tems, lorfque le P. Fery y parut en ijyo ; s'agiflànt alors d'y former cet établit fèment, il y fit imprimer un Mémoire que j'ai, qui eft plus flatteur pour les habitans de cette Ville , qu'analogue au fujet qu'il vouloit y traiter ; il s'y trouve même un contrafte aflbz ïingulier : en louant ceux qu'il ne çonnoifloit que de deux jours, il y méprife fès Proteéleurs de Reims ; aufli à Ion retour fut-il privé de la Chaire qu'il y occupoit : ainfi de ce qu'il propofa à faire à Amiens , rien ne fut exécuté, & il eft certain qu'il n'y a pas paru depuis.
- J'étois dans ce tems très à portée de le fàvoir, & même j'ai été confulté fur le projet qu'en a donné le fieur Jumel Riquier : j'ai vu fes deffins & les mo-r deles qu'il en a faits; le tout ayant été à Paris, y a
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- RÉPONSE. 233
- fubi l’examen de plufieus Membres de l’Académie , qui lui ont donné leurs Approbations : M. Belidor ayant été engagé de venir fur le local, a confirmé ce projet dans fon entier ; le P. Fery n’y a donc pas préfidé.
- Les talens feroient découragés, fi ceux qui les emploient utilement étoient privés de la fatisfaâion de voir le fuccès de leurs œuvres. J ai vu de ce même Auteur les belles plantations publiques qu’il a faites, & qui feront un jour d’une grande reflfource pour cette Ville» De mon tems il étoit répandu dans la Province : j’ai été témoin de nombres d’opérations en différens genres, dont il s’efl: toujours tiré avec honneur ; & dès ce tems il étoit jaloufé , quoiqu’il ne fît que ce que les autres ne faifoient pas ; malgré cela l’ayant connu, je luis perfuadé que fon zele ne s’efl: pas ralenti, & que depuis il a fait beaucoup de chofes que je n’ai pas été à portée de voir.
- Comme ceci a peu d’exemples, vous ne devez pas vous décourager : vous favez que M. votre pere me donna la plus grande marque de là confiance en vous adreflànt à moi, & qu’à dater de ce moment je vous regardai comme mon fils ; vos difpofitions naturelles n’eurent pas de peine à s’accorder à ma façon de penler, & l’accord de nos états y joignit un fiir-croît ; nous parlâmes fouvent travaux , moi pour en avoir vu & fait faire ; vous , en faifant ufàge de vos premiers principes, avez toujoursdefiré vous inftruire: par ce que vous fortez de voir, qui parôît vous avoir fait plaifir, je fuis perfuadé que vous l’attribuerez
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- *34 RÉPONSE.
- plutôt à des dilpofitions naturelles & à une fuite d'études réfléchies, qu'à aucun autre motif, telle que la préemption , défaut qui n'eft que trop ordi^ naire.
- Aufli quelque fcience qu’on croie avoir, il faut être en garde contre fes propres aétions, & ne pas être allez préfomptueux pour fe faire annoncer dans les Papiers publics comme devant pofleder toutes les fciences, dans la vue de fe donner du relief & s'atti-r rer des fiiffrages ; il ne fofEt pas de paroître avoir des talens pour en impofer ; des mots, quoique puifés dans les plus célébrés Auteurs, ne foffifont pas pour former des Eleves, il faut fovqir les appliquer à pror pos à la pratique, & pour cela il faut avoir pratiqué; de plus, il faut favqir {uppléer par fou génie aux incidens qui forviennent, malgré l'application qu’on àuroit eu d'abord de pénétrer jufqu au moindre repli de fon fujet.
- Par vos épreuves, que je eonnois, & dans la route que vous tenez , vous parviendrez à donner de vos produélions ; lî elles font heureufes, vouf n'en ferez que plus jaloufé : tous ceux qui opèrent avec foccès doivent s'y attendre : les plus raifonnables & les plus décidés de quelque condition qu'ils puiflènt être, font ceux qui, au mépris de l’envie, ont pour principe de ne tendre qu'au bien, ayant pour guide ce ver$ de M. de Voltaire :
- Qui fert bien fon Pays, n’a pas fcefoin d’ayeirç,
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- RÉPONSE.
- Quoiqu’âvancé dans mon automne, j’efpere que notre correfpondance continuera , en laiflànt la béaute du ftile & Téloquence à ceux qui en font leur état. Nous ferons en forte de nous entendre ; & notre point de vue ne s'écartera jamais de procurer le bien-être de la Patrie. Je fois bien fincerement, Monfieur, &c.
- NOTES A TITRE D'OBSERVATIONS,
- Lus différentes citations faites dans le cours de ce Traité d’Economie, for ce qui fe pratique à Paris au fojet des conftruétions & des matériaux qu’on y emploie , ne font point préfentées ici comme devant, fervir de réglés à dévoir être imitées par tous pays. U eft peu de perfonnes dans le cas d’ignorer que cette Capitale ne foit pourvue de gens à talens du premier mérite, & en même tems où les facultés des habi-tans leur permettent plus de fe fatisfaire for ce qu’ils peuvent défirer. Ce que l’on peut y admettre de plus avantageux, c’efl: que les matériaux de toutes efpeces y abondent & ont des valeurs plus ou moins connues , de même que les Ouvriers en tous genres, au moyen de quoi les perfonnes qui ont à y faire' conftruire, n’ont fouvent d’autres foins à prendre que celui de payer.
- Mais dans le cas où il s’àgiroit d’autres pofitions, telles qu^en province, ces citations à l’ufagë de Paris ne doivent être confidérées que comme des chôfes à pouvoir y puifer des idées qui puiffent fe concilier,
- Ggij
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- *56 NOTES.
- tant à la nature des matériaux des lieux qu'on habite, qu'au mérite que peuvent y avoir les ouvriers; en effet, s'il paroît facile de pouvoir imiter ce qui peut nous plaire, il neft pas toujours prudent de s'y livrer fans avoir compté avec foi-même , for-tout lorfqu'ii s?agit d’une fage économie ; que d'ailleurs comme il ne manque pas de ces demi-Savans répandus dans les provinces qui acquièrent l'art d'en impofer, l'on y court plus de rifque d'être trompé.
- Ceci eft donc une étude particulière à y faire, fondée for une longue pratique , qui puiffe faire parvenir un fujet intelligent au point de favoir concilier les conftruélions qu'il a à faire, relativement aux ma** tériaux qu'il eft à portée d'y employer, eu égard aux, fîtuations où il fe trouve , foit dans les villes de pr<>* vinces ou dans les campagnes.
- F IN,
- II'»' i »' — .wi» ..I m Iiuiy
- ERRATA.
- page Ligne
- 16 au lieu de , à fix pouees de diftance, à diftance convenable, pi 7,6 lifei, en tuiles ou ardoifes,
- 144 1 j life^ y pour les manufactures de differentes fabriques.
- 144 $8 fur un fond tourbeux.
- 16} 9 lifit > formé par une forte charpente de diftrihution,
- 171 14 life£, que trois tours par minute.
- 171 17 ajoute^, fur-tout fi le produit des eaux étoit bien ménagé.
- .j 74 11 life^y fous les pièces de bois oii elle eft fixée*
- 177 17 Ufil» an moyen de quatre boulons à tête perdue» & avec écrpux.
- 104 ie> lifei y reverfoir, au lieu de réfervoir.
- ^16 x* réfetvoir, lîfa, reverfoir,
- La lettre L, gravée fur la planche 1 i , a été omife dans l’impreflion en lettres, où H devoir être dit , qu’en tirant ja cordc qui eft à côté de cette lettre, la vanne rpoudrcffç en Ç fe fermoir, ; 1
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- TABLE
- DES MATIERES
- CONTENUES DANS CET OUVRAGE.
- D. S COU RS préliminaire , page
- Divijion de VOuvrage,
- Introduction préliminaire fur lyE conom ie-Pra tique,
- 3
- 7
- 9
- PREMIERE PARTIE,
- Des Terrajfemens en général, iÿ
- De la nature des terres & de leur pefauteur fpécifique,
- %9
- Des grands Terrajfemens, 23
- Autres Terrajfemens, 28
- Réflexion fur les Terrajfemens, 3 2
- SEC ON DE PARTIE,
- Concernant i,es Constructions.
- De Ventretien & réparation des Batimens , 3 y
- Des Projets de Conflruction , 38
- «De ReconflruSions en tout ou partie , 44
- nouvelles 6 entières ConflruSions, 52
- /æ çonnoiffançe de matériaux, 59
- /a /7z//e en œuvre & bon emploi des Matériaux, 64 Des Maçonneries, 74
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- TABLE DES MATIERES-
- De la Charpente, 80
- De la couverture, 87
- Du Carrelage, 94
- Des enduits 6 plafonds de blanc-en-bourre,
- Z?* Az Menuiferie * îoo
- De la Serrurerie, 106
- grojfes Peintures, 110
- De la Vitrerie, 111
- Applications intérejfantes pour les Perfonnes qui font confruire, 113
- Des Devis & Détails eftimatlfs , ny
- Des différent Ouvriers en général, 118
- Reconnoiffance & réception d! ouvrage t 123
- Des approvijionnemens & équipages ? 125*
- Talens nécejfaires pour conduire une Conjlruclion,
- 128
- Z)* rattachement que la Jeuneffe doit avoir au travail 9 132
- Réflexions fur cette fécondé Partie, 138
- TROISIEME PARTIE,
- Concernant les Fontaines publiques d'Amiens;
- Raifons qui ont déterminé affaire cet établiffement,
- *43
- Origine de cet établiffement, 14^
- Suite de cet établiffement, .148
- nivellemens qui y ont été nécejfaires 5 iyo
- Conflruction pour conduire les Eaux des faunes y 1^3
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- TABLE DÈS MATIERES. 239
- De l*établiffement du château d'eau, 157
- Defcription de la machine en mouvement, 16j
- Moyens d!augmenter les effets de cette Machine , 171 Defcription des tuyaux & pompes9 173
- Elévation & diftribution des JL aux , 181
- Diyifion & produit des eaux par des orifices circulaires , 186
- Nouvelle maniéré de jauger les eaux par des orifices quarrés 9 J 87
- De la nècejfitéde diflribuer les Eaux avec économie,19 J QUATRIEME ET DERNIERE PARTIE. Moyens de mettre en valeur des fonds de Terre fiub-mergés d'eau dans les Vallées, 199
- Introduction fervant de tableau des vallées de Picardie,
- ibicL
- Des caufes qni endommagent & perdent les dépouilles9
- 200
- Sort du Cultivateur & préjudice au bien public 9 20% Exemples du ravage du débordement des eaux 9 203
- Obfiacles qui occasionnent le réjluement des eaux9 %o6 Ççmparaijon des droits & revenus des moulins, avec les pertes, 207
- Moyens dlaugmenter le produit des terreins des Vallées fubmergèesfans cauferdedépenfeauÇouvernement,
- 20%
- Moyens de faire les travaux nécejfaires 6 à la çhargedequi9 21J
- flefiimé des quatre parties de cet Ouvrage, 331
- Fin 4e la Table?
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- A P P R O B A T I O N.
- J Ar lu par ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux, un Manulcrit ayant pour titre: Traité d’Economie-Pratique ,' au moyen de diriger par économie différentes conflrutbïons, réparations ou entretiens , & je ri’y ai rien trouvé qui puifle en empêcher l’impreflion. A Paris, ce z8 Aodc 1780. Signé PERRARD DE MONTREUIL.
- P E RMI SS I O N D U R OL
- I-iOUlS, f au ia grâce de DieÜ, Roi de France & de Navarre : A nos amés ' & féaux Conlèillers , les Gens tenant nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel., Grand-Confeil , Prévôt de Paris, Bail H fs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers qu^ii'•appartiendra J Salut. Notre amé le Sieur Quill au, Libraire à Paris, Nous a fait expofer qu’il défireroitjfaire imprimer & donner au Public un Ouvrage intitulé : Traité d’Économie-Pratique concernant la eonJlruSlion des Bdtimens , par M. Ricquier ; s’il nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Permiflïon pour ce néceffaires. A ces C a u s e s , voulant favorablement traiter l’Expofant, nous lui avons permis & permettons par ces Préfentes, de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon lui femblera, & de Faire vendre & débiter par tout-noire Royaume , pendant le tems de cinq années confé-cutives , à compter du jour de la date des Préfentes. Failons défenfes à tous Imprimeurs, Libraires & autres perfonnes, de quelque qualité & condition qu’elles foient, d’en introduire d’irapreffion étrangère dans aucun lieu de notre obérfTance A la charge que ces Préfentes feront enregitirées tout au long fur le Regiftre de la Communauté des imprimeurs & Libraires de Paris, dans trois mois de la date d’icelles : que l’impref-lîon dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume, & non ailleurs, en bon papier & beaux caraéteres; que l’Impétrant fe conformera aux Réglemens de ta Librairie, & notamment à celui du 10 Avril 17 iq , & l’Arrêt du Confeil du 3 o Aouc 1777, à peine de déchéance de la préfente Permiflïon; qu’avant de l’expofer en vente, le Manufcrit qui aura fervi de copié a l’impreflion dudit Ouvrage, fera remis dans le même état od l’Approbation y aura été’ donnée , ès mains de notre très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de France , le fieur Hue de MïromeSnil , qiï’il en fera enfuite remis deux Exemplaires) dans notre Bibliothèque publique , un dans celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier Chancelier de France, le fieur de Meaupeou *, & un dans celle, dudit fleur Hue de Miromesnil ; le tout à peine de nullité des Préfentes : du contenu defquelles vous mandons &enjoignons de faire jouir ledit Expofant & lès ayanscaules, pleinement & paifiblement, fans fouffrir qu’il leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons qu’à la copie des Prélentes, qui fera imprimée tout au long, au commencement ou à la fin dudit Ouvrage, foi foit ajoutée comme à^’original. Commandons au premier notre Huiffier ou Sergent fur ce requis , de faire pour l’exécution d’icelles, tous Aûes requis & nécefiaires, fans demabder autre permiflïon, & nonobftant clameur de Haro , Charte Normande , & Lettres à (ce contraires. Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris le vingt-feptieme jour du mois de Septembre , i’an de grâce mil fept cent quatre-vingt, & de notre Règne lelèptièmé. Par le Roi en' Ion Confeil. Signé LE B EGU E.
- i Régiftré fur le Régiftré XXI de la Chambre Royale & Syndicale 1 des Libraires & Imprimeurs de Paris, n°. 1956, folio 375?, conformément aux difpofiions énoncées dans la préfente PermiJJîon, & à la charge de remettre a ladite Chambre , les huit exemplaires preferitspar T Aiticle CVIU du Réglement de 1713. A Paris ce 19 Septembre 1780. ’ L E C LE RC » Syndic.
- Achevé d’imprimer, pour la première fois, ce 3 Novembre 1780, par Q,uUIau , rue du Fouarre,
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- Pl. 3
- •Jumel Riÿiaer del\
- J^enard dznzziir
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- JfmarJ 1tytrexrïi:.
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- Jumel- JLujUter Del',
- JienarcL direæ.
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- Pl.lO
- ere
- Fchede des Fig, ’4-r £, 6 ei> 7,
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- Jumëvînipiur^eù^
- Echelle' des Fig . j. , 2, e-ù 2r,
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- if Genj^e' de/ Je/aiçe^-G> ,
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- Jeauye'
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- "% Touces
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- iïunel-Riÿvier iïel.
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- Pi-12
- Jùntûl Hjiquzer Bel,
- Sû/itzrd dürexèt*
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