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Sur de nouvelles et importantes applications faites au Canada de la méthode du lever des plans à l'aide de la photographie
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- INSTITUT DE FRANCE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Extrait des Comptes rendus des séances de VAcadémie des Sciences, t. CXXVIII,
- séance du 27 février 1899.
- Sur de nouvelles et importantes applications jaites au Canada de la méthode du lever des plans à V aide de la Photographie ;
- Par M. A. LAUSSEDAT.
- « Il y a longtemps que l’Académie s’intéresse aux tentatives faites pour utiliser la Photographie à la construction des Cartes et Plans topographiques. L’idée même de cette application remonte à la publication de la découverte de Daguerre, car elle se trouvait indiquée dans les rapports d’Arago et de Gay-Lussac; mais sa réalisation présentait alors de nombreuses et sérieuses difficultés que les progrès de l’Optique et de la Photochimie ont permis de surmonter complètement les unes après les autres.
- » Aujourd’hui la méthode proposée en France depuis un demi-siècle et accueillie favorablement dans cette enceinte dès i85q s’est répandue, comme la Photographie elle-même, dans le monde entier, si bien que la bibliographie de cette branche de l’art de lever les plans comprend déjà, à l’heure actuelle, des centaines de brochures et mêmes d’ouvrages d’un intérêt souvent considérable, écrits dans presque toutes les langues. On fait, en effet, de la Métrophotographie depuis le Spitzberg jusque dans la Nouvelle-Zélande, dans une grande partie de l’Europe, dans les explorations de l’Afrique et de l’Extrême-Orient, dans les deux Amériques, en Australie.
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- » En Europe, on doit signaler en particulier, parmi les plus anciens et les meilleurs, les travaux cartographiques effectués en Italie et en Autriche-Hongrie ; en Allemagne, indépendamment des essais plus ou moins heureux de plusieurs explorateurs et des reconnaissances tentées pendant la guerre devant Strasbourg et devant Paris, il y a lieu de citer à part la création d’un Institut photo grammétrique dont le siège est à Berlin et qui est consacré spécialement à la restitution des plans et des élévations géométrales des monuments de la Prusse et des pays annexés, d’après leurs photographies prises dans des conditions convenables.
- » J’ai exposé, dans la salle des Pas-Perdus, une restitution de ce genre exécutée en douze heures, c’est-à-dire presque en aussi peu de temps qu’il en faudrait pour copier les trois dessins dont elle se compose (' ).
- » Mais le pays où la Métrophotographie a été cultivée jusqu’à présent avec le plus de suite et le plus de succès est le Canada. J’ai déjà eu l’occasion de montrer ici môme plusieurs spécimens de belles Cartes à l’échelle de 30p00 de la région des montagnes Rocheuses traversée par le chemin de fer du Pacifique et un peu plus tard la Carte d’ensemble de la partie de l’Alaska dont la délimitation avec la Colombie britannique présente tant de difficultés.
- » Je ne reviendrai pas sur les conditions exceptionnellement pénibles dans lesquelles ont été faites des opérations qui n’ont pu réussir que grâce à l’emploi de la Photographie, toute autre méthode étant absolument impraticable dans des régions où l’atmosphère est presque sans cesse obscurcie et où la température est souvent intolérable.
- » J’ai l’honneur de mettre aujourd’hui sous les yeux de l’Académie deux nouveaux spécimens de Cartes à l’échelle de -- *0u^ que je dois à l’obligeance inépuisable de M. l’arpenteür général E. Deville. L’une d’elles représente un district du pied des montagnes Rocheuses à la latitude moyenne de 5o°, où la Puissance du Canada fait étudier les moyens de fertiliser les parties incultes et de régulariser partout l’écoulement des eaux que des pluies torrentielles rendent souvent dévastatrices, en créant des réservoirs d’où elles seront dirigées par des canaux d’irrigation sur une surface de 35ooooha environ.
- (*) Il a suffi pour cela d’une seule photographie de l’église de Santa Maria delle Grazzie de Milan, prise dans le commerce, pour ainsi dire au hasard. On conçoit, par ce simple exemple, les services que la Photographie peut rendre aux architectes et combien il serait utile de populariser ce procédé d’ailleurs bien connu de tous ceux qui se sont occupés de perspective.
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- » Pour faire cette étude dans une contrée où il faut encore tenir compte de troubles atmosphériques fréquents parmi lesquels les fumées des feux de forêts et de prairies (occasionnés par l’incurie des habitants) jouent le plus grand rôle, on a procédé comme dans les montagnes Rocheuses elles-mêmes en faisant des triangulations dont les sommets sont à la fois des repères pour la planimétrie et pour le nivellement, puis en prenant de nombreuses photographies de ces sommets comme stations et d'autres points rattachés à ces sommets, choisis de manière à bien découvrir les fonds de vallées.
- » Là où les réservoirs doivent être créés, on a multiplié encore le nombre des photographies pour exécuter les détails à une plus grande échelle, et complété l’étude du terrain en faisant des nivellements au niveau à bulle d’air et en mesurant à l’aide de mires convenables et du micromètre Lugeol des coordonnées plus ou moins nombreuses.
- » Les rapports de l’inspecteur du cadastre M. Dennis et ceux de l’arpenteur chef de brigade M. Wheeler, que M. E. Deville a bien voulu m’envoyer, sont accompagnés d’un Atlas dont je n’ai cru devoir communiquer à l’Académie que la feuille de la triangulation et la Carte d’ensemble sur laquelle le relief du terrain a été figuré d’après plusieurs centaines de photographies par des sections horizontales approximatives espacées verticalement de 200 pieds en 200 pieds environ.
- » Le second spécimen, que j’ai choisi dans un autre Atlas, se rapporte à la région beaucoup plus boréale du pays de l’or; on y voit une première Carte sur laquelle se trouvent amorcées les trois routes qui, du nord du canal de Lvnn, sur la côte de l’Alaska dans le Pacifique, se dirigent vers le Klondike par Dalton, la passe de Chilkoot, en partant de Dyea et la White Pass, en partant de Skagway.
- » C’est M. Mc Arthur, l’un des plus habiles collaborateurs de M. E. De-ville, qui a construit la plus grande partie de cette Carte au moyen des photographies qu’il a prises lui-même et parmi lesquelles celle que j’expose ici, et qui montre le chemin suivi par la file des futurs chercheurs d’or pour atteindre le col de Chilkoot.
- » Tout en haut de la même feuille il y a une autre Carte, également à l’échelle de —K-’, qui est celle du pays de l’or proprement dit, par 64° de latitude nord sur le Yukon et son affluent le Klondike avec les deux vallons ou creeks de la Bonanza et de l’Eldorado.
- » Cette Carte, qui comprend une superficie de 25oooba, la ville nouvelle de Dawson et tous les placers, a été dessinée à Ottawa par l’arpenteur général, M. E. Deville, à l’aide des seize photographies formant les trois
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- panoramas que je mets également sous les yeux de l’Académie. Ces photographies ont été prises, dans de très mauvaises conditions, parM. Ogilvie, l’arpenteur chargé du tracé des concessions, de trois points culminants aux altitudes de 8y5m, ii28raet io52m, déterminées par des observations au baromètre anéroïde.
- » En me faisant l’amitié de m’adresser ces précieux documents, M. De-ville a soin de me prévenir que cette dernière restitution d’un pays qu’il n’a jamais vu, d’après des épreuves médiocres, ne doit être considérée que comme une ébauche; mais cette ébauche n’est pas moins faite de main de maître, et, dans tous les cas, il était très intéressant de constater avec quelle rapidité et quelle économie on parvient à acquérir des notions déjà suffisamment précises sur des contrées jusqu’alors inexplorées, en interprétant géométriquement de simples vues photographiques, alors que, pour en obtenir d’analogues par les procédés ordinaires, il faudrait y consacrer un temps considérable et beaucoup d’argent. M. Ogilvie dit lui-même que ses aides le quittent souvent, soit pour aller chercher de l’or, soit pour travailler pour d’autres, la journée d’un manœuvre étant îà-bas de io à i5 dollars pour le moins.
- » Comme ces questions, devenues familières au Canada et en train de le devenir dans plusieurs pays de l’Europe, sont encore assez peu répandues en France, en dépit d’une très ancienne publicité, j’ai pensé qu’il serait à propos d’en rétablir la genèse en mettant sous les yeux des membres de l’Académie une série d’opérations avec leurs dates.
- » La première est une reconnaissance du mont Yalérien, exécutée à la chambre claire, et remonte à j85o ; la seconde est un lever du village de Bue, près Versailles, à l’échelle de 7^, construit à l’aide de huit photographies sur collodion humide, et date de 1861 ; la troisième, enfin, est une Carte topographique de Sainte-Marie-aux-Mines, levée en 1867 par M. le capitaine Javary, au moyen d’un assez grand nombre de photographies pri ses des sommets d’une triangulation qui figure sur cette Carte.
- » On pourra juger ainsi, et nos amis canadiens sont les premiers à le reconnaître, que nos efforts ont précédé d’assez loin tous ceux qui ont été faits dans les autres pays. »
- GAUTIl I ER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES. sî683i Paris. — Quai des Grands-Augustins, 55.
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