L'union scientifique et littéraire
-
-
- p.n.n. - vue 1/29
-
-
-
- L’UNION
- SCIENTIFIQUE ET LITTÉRAIRE.
- PARAISSANT TOUS LES MOIS.
- I)irceteiir*C!érant :
- 0. CHEVALDONNÉ.
- L’DMOH fait la force
- RédaettMUi* en chef:
- 0. FRION.
- 1" Aanée. — S* 4. — Avril 1864.
- “—î'*3’îïrz5è«*-r“—
- AB»* SETS ESTS t
- m ami
- Paris..................................6 frs.
- Départements.. .......................8 »
- Étranger, le port en sus.
- Les abonnements partent tous du 1er Janvier de chaque année.
- Ce U° :
- PARIS. DÉPARTEMENTS.
- SO centimes. GO centimes.
- ïw s'abonne a \
- PARIS
- (bureaux provisoires)
- 16, RIE DES CARRIÈRES-3ATIGK0LLES.
- ÀRLON (Belgique) CHEZ P.-A. BRÜCK,
- IUPKIMKIB-LIERAIRE.
- I
- Page de titre n.n. - vue 2/29
-
-
-
- des articles contas dans la 4me livraison (lre série).
- I. AVRIL, poésie.........................
- II. UN AMOUR DANS LA NUE, poésie.........
- III. GÉOLOGIE : Abîmes. — Lacs...........
- IV. LA LANGUE UNIVERSELLE...............
- V. BOUQUET DE PENSÉES..................
- VI. CHRONIQUE...........................
- VIL NÉCROLOGIE : Mort de M. Dupuis-Delcourt. .
- VIII. UNE FÊTE DE L’INDUSTRIE............
- IX. PRIX PROPOSÉS, etc.................
- X. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE............
- Çagfs.
- . Ch. Benoit. 49
- . A. Camus. 52
- . Ch. Texier. 58
- . A. Buisson. 63
- . Ch. Texier. 63
- . O. Chevaldonné. 65 •1 . . 67
- . >0. Friqn. 69
- • . . 70
- Les articles de F Union scientifique et littéraire étant inédits, la reproduction en est interdite, à moins de la mention expresse qu’ils sont extraits de cette feuille.
- Adresser tout ce qui concerne Vadministration à M, Oncsimb CHEVALDONNE, directeur-gérant, i6,rtie des Carrières, Batignolles-Paris, et ce qui est i eiatit’à la rédaction à M. ü. FRiON, rédacteur eu clicf', à ce même domicile. (Affranchir).
- Les articles traitant de matières politiques, d’économie sociale et de religion ne seront ni insérés ni rendus. Toute annonce ou réclame sera refusée.
- Les auteurs des articles publiés en sont seuls responsables.
- AVIS ESSËXTlEfj.
- Notre journal étant en partie une Revue, nous avons jusqu’ici fait paraître nos Nos un mois en retard, c’est- à-dire que les iV0S de Janvier, Février et Mars sont parus respectivement au commencement des mois de Février, Mars et Avril. En effet, nous ne pouvons dire ce qui s’est passé en Janvier que dans le mois de Février et ainsi de suite ; de plus, nos Nos ne portent pas la mention : / r Janvier, etc., mais simplement Janvier, etc. — Cependant, pour satisfaire à des demandes assez nombreuses, nous ferons désormais paraître nos Nos dans le mois indiqué sur le titre et autant que possible du 1er au 15.
- La Rédaction.
- p.48 - vue 3/29
-
-
-
- AVRIL
- Avril aux doux mystère Bénis,
- Donne à nos toits austères Les nids,
- La fauvette touchante Aux toits,,
- Le rossignol qui chante Aux bois.
- Un nid sous la feuillée,
- C’est beau,
- Quand la feuille est mouillée Par l’eau.
- Ils font un nid de mousse Tout vert,
- Ou de plume, bien douce, L’hiver.
- p.49 - vue 4/29
-
-
-
- 50
- Oiseaux sous les portiques Bien vieux,
- Dites vos saints cantiques Joyeux.
- Dans votre bel ouvrage Toujours,
- Rêvez pendant î’oragè, D’amours.
- Dans le nid qui s’agite Si fort,
- Petits, restez au gîte Encor.
- Laissez tomber des miettes De pain ;
- Les mères inquiètes Ont faim.
- Oiseaux, restez sans cage Au mur,
- Car le ciel du bocage Est pur.
- Si l’on vous emprisonne, Mourez ;
- Car vous, plus que personne, Soutirez.
- Avril au doux murmure Joyeux,
- Rends l’étoile plus pure Aux cieux ;
- p.50 - vue 5/29
-
-
-
- 51
- Fais nous voir pâquerettes, Bluets,
- Ces belles indiscrètes Des blés.
- Et la brise embaumée, C’est doux ;
- Sa fraîcheur est aimée Par nous.
- Le papillon s’envole Aux fleurs,
- Et laisse la corolle En pleurs.
- N’arrête la verdure,
- O froid !
- Laisse à notre nature Son droit ;
- Ne sois aux fleurs écloses Péril :
- Les fleurs, les nids sont choses D’Avril.
- Charles Benoit.
- p.51 - vue 6/29
-
-
-
- 52
- UN AMOUR DANS LA NUE.
- RÉCIT INTIME.
- ü Jamais histoire ne fut plus exacte et plus vraie, b Théophile GumKB.
- I.
- Mon héros ne portait ni bleu pourpoint, ni feutre ; Pour lui le verbe avoir était un verbe neutre Qu’il conjuguait sans cesse à ce temps : le futur ! Pour blason il avait celui de la jeunesse, L’espérance et l’amour ; et puis, je le confesse,
- Il aimait follement les beaux yeux et l’azur.
- On le disait léger—je crois même infidèle— Mais il était constant comme une tourterelle ; On le croyait hardi, roué, présomptueux, Sceptique, c’est le tort d’un jugement rapide : J’affirme que son cœur n’avait pas une ride, Sans jurer par le ciel qu’il fût très-vertueux.
- Il me souvient encor qu’il était plein de doute En face du mot Dieu—que nul bigot n’écoute—
- Du rationalisme il était très-imbu.
- Il devenait rêveur si l’on parlait de l’âme,
- Pourquoi ? c’est qu’il pensait que la raison est femme. Il était très-croyant alors qu’il avait bu.
- Sans préjugés pourtant contre les philosophes, S’éprenant d’un système, aimant les belles strophes, Il ne disait jamais : Ce penseur est un fou.
- De la métaphysique abhorrant les peut-être,
- A croire, il dépensait le meilleur de son être,
- Riche d’illusions, il les jetait partout.
- p.52 - vue 7/29
-
-
-
- 53
- Son cœur était un parc plein de blanches statues, Qui, sur leurs piédestaux, déesses toutes nues, S’étonnaient d’être ensemble et s’aimaient en secret. Ici l’amour chantait : plus loin, la poésie Riait à l’Idéal, chacune était choisie ;
- Près de l’insouciance on sentait le regret.
- Pour moi qui l’ai connu comme on connaît un frère,— A propos je dois être indiscret ou sincère,—
- Mentir serait indigne ; il n’aimait pas ce mot.
- J’achève mon croquis : c’était un vrai poète,
- I Très-ardent, un peu fier ; le reste se complète Par le récit suivant on le verra bientôt.
- On était au printemps—un amour qui commence Doit fleurir aux rayons du soleil—et je pense Qu’en cette occasion, un merveilleux hasard Voulut qu’Antonio fit son céleste rêve A l’heure où des buissons le madrigal s’élève,
- Où tout s’épanouit ; il naquit d’un regard.
- N’en est-ce pas assez? Que faut-il donc à l’âme De froment pour éclore une moisson ? La femme N’est-eüe pas pour nous le magique semeur?
- Un ruban qu’on a pris dans une folle course,
- Un baiser, moins peut-être, et pareil à la source, L’amour, jet. spontané, remplit l'urne du cœur.
- Un jour, il rencontra la plus fraîche ingénue Qu’un poète ait rêvée ; œil vif, taille menue,
- Une tête charmante ; et quant à son maintien,
- Il eut pu défier la main de Véronèse,
- Celle de Raphaël ; jamais vierge à la chaise N’eut, comme cette enfant, l’air d’un ange gardien.
- p.53 - vue 8/29
-
-
-
- 54
- Oh ! l’amorce est trompeuse et fausse est l’apparence,
- C’est le fruit velouté dont le ver en silence
- Creuse le flanc ; c’est tout ce qui trompe les yeux ;
- Faux écu, fleur sans âme et liqueur frelatée
- Dont la couleur séduit, enveloppe argentée
- Sur des bonbons de plâtre, or sur un joyau creux.
- Antonio pensait autre chose sans doute,
- Car cette femme sut l’arrêter dans sa route,
- Et remuer son cœur juste au plus mauvais coin: Celui de l’amour vrai. Le hasard est bizarre Le grain le plus fécond se jette au sol avare, L’onde pure au bois mort. Est-ce donc un besoin.
- De jeter sa tendresse à la fille de joie ?
- De dépecer son cœur pour en faire une proie ? D’être infâme à ses pieds? De s’y laisser flétrir? De traîner dans l’égout notre blonde jeunesse ? De mendier pour elle une ignoble caresse?
- Et d’oser lui crier : L’amour va te pétrir !
- Pendant huit jours au moins, j’approuve fort ce zèle,
- Il creusa son cerveau : son nom ? Que faisait-elle ? Avait-elle un amant?—C’est un texte commun—
- Comme un voleur novice, il Pépiait dans l’ombre,
- Usant à chaque instant d’expédients sans nombre,
- Pour la voir, puis partir,—craignant d’être importun.—
- On dit vulgairement que l’amoureux est bête ;
- Le terme est peu courtois et si je le répète,
- C’est qu’il me semble absurde. Antonio prouvait Qu’il faut plus de génie et d’habile souplesse Pour recueillir un mot que pour jeter sous presse Un manuscrit inepte, aussi pesant qu’abstrait.
- p.54 - vue 9/29
-
-
-
- Le soir on le voyait, comme un gueux de Castille, Rôder sous le balcon de la folâtre fille,
- Roucoulant en dedans l'éternelle chanson.
- Il savait que chez nous on raille la guitare Comme une vieillerie ; il passait, chose rare,
- Sans parler, sans tousser : c’était adroit, dit-on.
- Mais quand on doit s'aimer tout obstacle s’abaisse ! Le silence a des voix, le vent une caresse Qui vient baiser soudain et l’oreille et le front, Nous disant : elle est là ! L’haîeine se respire,
- Le pas est reconnu, l’astre même conspire En clignotant de l’œil au bord de l’horizon.
- Enfin un rendez-vous mit mon héros à l’aise ;
- Il put impunément se nommer Claude ou Biaise,
- Sourire et saluer—le premier pas est tout —
- A deux genoux il put broder l’épithalame
- Et, comme un troubadour, mettre aux pieds de sa dame
- De son cœur affolé le seul passe-partout.
- Il put à plein gosier jeter la métaphore,
- Jurer par le couchant et jurer par l’aurore, Faire son madrigal, lui dire : Enfant, pour toi Je me ferais rouer ! C’est la leçon apprise, L’amant a ce droit là, d’ëtre grave en bêtise.
- Qui donc peut l’en blâmer ? Ce ne sera pas moi.
- II ne faut pas en rire ! Et quiconque eut une âme De vingt ans, un vrai cœur, sait combien une femme En un jour fait pousser de rêves au cerveau ! Combien ces petits doigts aux ongles blancs et roses, En touchant un front jeune, y font jaillir de choses Qu’on trouve ou ne sait où ! C’est un in-octavo.
- p.55 - vue 10/29
-
-
-
- 56
- în-octavo d’amour, serments, promesses folles Aveux émus, langage aux fortes hyperboles,
- Tourment plein de bonheur, bonheur plein de tourment In-octavo béni dont Dieu compte les pages,
- Que feuiîlètent les fous, que relisent les sages,
- Qui s’ouvre avec ivresse et se ferme en pleurant.
- Ne vous étonnez pas, curieuse lectrice,
- Si la digression semble être ma complice ;
- Vos beaux yeux m’ont troublé—prenez garde au sermon— Je faisais un sonnet à votre œil qui pétille.
- Chut ! Vous allez gronder tant ma plume babille !
- — Il conta longuement un conte à sa façon.—
- Un amour radieux, ardent, profond et tendre,
- Un cœur pour s’y sentir vivre, un col pour s’y pendre, Ceci vous semble vieux,—hélas ! je le sais bien ;—
- Mais l’homme est vieux aussi. C’est un poudreux volume Qu’on a beau relier, toujours le texte exhume Les mêmes passions ; l’époque n’y fait rien.
- Que l’amant soit naïf, ou qu’il soit philosophe,
- L’habit est découpé dans une même étoffe,
- Étoffe où l’or reluit sur le rose ou le bleu.
- Toujours les mêmes faits naissent des mêmes causes ; Le temps passe impuissant sur ces sublimes choses, L’amour ! La liberté !—Ces deux moitiés de Dieu-
- Colomb rêvant un monde, il se montra poète ;
- À l’ut vibrant du cœur il mêla l’ut de tête,
- Et pourtant l’andante n’eut qu’un succès boiteux. Il avait pris trop haut. L’ignorante grisette,
- Goûta peu ce bel air, puis son âme distraite, Regrettait un amant—de tous le plus honteux—
- p.56 - vue 11/29
-
-
-
- 57
- La femme est immuable ! Esclave ou folle reine, Qu’elle porte le joug ou bien rive une chaîne,
- A l’un elle obéit, à l’autre dit ; je veux !
- Au milieu d’un transport plaçant une virgule, Elle vous parlera de sa cousine Ursule,
- Ou mettra de moitié la lune en vos aveux.
- C’est une loi bizarre et pourtant ignorée,
- Un contre-sens affreux dont l’âme est torturée,
- Un problème posé par la femme à l’amant.
- Nul ne l’a résolu ; son aridité même Résiste à la douleur et résiste au blasphème,
- Cette énigme est le sphinx : malheur à l’impuissant !
- Je ne veux rien prouver qu’une chose vulgaire Et ma comparaison, qui n’est pas centenaire, Peut rajeunir ici mon vieux raisonnement. L’amour humain me semble une absurde balance Aux plateaux inégaux, où toujours l’un balance L’autre ; celui-ci monte et celui là descend.
- Mais je m’arrête un peu : la page est terminée Et celle qui suivra doit être devinée ;
- Le lecteur le verra, ce thème est rebattu. Antonio.... Mais non, je suspends mon histoire ; Demain je reprendrai la plume et l’écritoire : Plus on va doucement, mieux on arrive au but.
- Antoine Camus.
- p.57 - vue 12/29
-
-
-
- 38
- Afoîsnes.—HLsies,
- On appelle abîmes des enfoncements très-considérables qui se sont formés dans la terre, et dont on ne connaît pas la profondeur. Ces abîmes ont été produits par la même cause qui a donné naissance aux lacs, grands amas d’eau entourés de terre de tous côtés, et n’ayant aucune communication immédiate avec la mer.
- C’est presque toujours au pied des montagnes que se trouvent les lacs et les abîmes.
- Les eaux, en descendant du sommet des montagnes, s'infiltrent entre les couches de roche feuilletée et s’y livrent des passages. Elles continuent leur cours souterrain jusqu’à de grandes distances, et quelquefois même jusqu’à la mer. Souvent elles se font jour sur le flanc ou au pied des montagnes où elles forment des sources.
- En continuant de couler entre les couches pierreuses, les eaux en détachent continuellement quelques parties, de manière qu’à la longue les vides qu’elles agrandissent sans cesse deviennent trop considérables pour que les bancs de rochers puissent se soutenir : dès lors ils s’affaissent, se brisent, tombent au fond de l’excavation.
- Quand les rochers ont obstrué le passage par où les eaux continuaient leur cours, celles-ci ont formé un lac, en remplissant peu à peu l’excavation.
- Mais il arrive souvent que les rochers brisés laissent, à travers leurs débris, des passages ; alors les eaux s’y glissent et creusent de plus en plus le terrain ; elles forment ainsi un abîme qui, en demeurant vide, offre aux yeux un aspect effrayant par sa profondeur.
- On connaît, dans le comté de Stafford, en Angleterre, un abîme dont on n’a pu trouver le fond avec une corde de 870 mètres. Cette profonde excavation est une suite naturelle de la situation de ce comté, au sud d’une chaîne de montagnes qui s’étend du midi au nord jusqu’en Ecosse.
- « Lorsque les montagnes ne supportent point de glaciers, leurs pics isolés > ne s’entourent pas moins de vapeurs qui s’y accumulent en forme de cou-i ronnes, de brouillard et de nuages. Une partie des molécules qui forment
- p.58 - vue 13/29
-
-
-
- — m —
- j ceux cl est en contact avec les montagnes ; elle s’y condense, se résout en t eau qui pénètre dans les fentes si nombreuses sur les sommets élevés, et » s’insinue entre les couches de roches appelées primitives, et qui sont dis— » posées presque verticalement (t).» Les érosions que forment les eaux, en s’écoulant entre ces couches presque verticales des montagnes, peuvent avoir beaucoup de profondeur, mais elles n’ont que peu de largeur, en sorte que les bancs de rochers appuyés les uns contre les autres peuvent se soutenir mutuellement; mais lorsque les eaux sont parvenues au-dessous delà plaine, où ces couches prennent une situation plus horizontale, l’érosion gagne en largeur, et enfin elle détermine la rupture et l’effondrement des couches qui couvraient l’abîme.
- Les abîmes, comme on le voit, ne se sont pas formés subitement.
- Lorsques les cratères de volcans éteints sont d’une grande profondeur, tel que celui du mont Arrarah, en Arménie, décrit par Tournefort, on peut leur appliquer le nom d’abîme ou de gouffre ; mais ees abîmes ont été formés d’une manière qui est l’inverse de la précédente. Ici, c’est une montagne qui a été entièrement soulevée et formée par les matières échappées des soupiraux d’un volcan. Au milieu des amas de laves et de cendres, il est resté un vide en forme d’entonnoir, que l’imagination a décoré du nom d’abîme, en se peignant, au-dessous de ce cratère, des cavernes profondes et épouvantables qui n’existent point. Le fond de ces abîmes descend rarement aussi bas que le niveau des plaines environnantes.
- Ce même nom d’abîme ou de gouffre a été donné quelquefois à des enfoncements qui existent dans des terrains de sable, et au fond desquels il y a de l’eau ; mais ce sont plutôt des fondrières que des abîmes.
- Nous ajouterons à ces théories quelques considérations sur les lacs. Leur mode de formation est très-varié, et dépend de beaucoup de cas exceptionnels.
- Généralement, les lacs les plus étendus sont ceux qui se trouvent placés sur des plaines élevées, n’ayant aucune pente sensible vers les mers. Ils appartiennent à l’intérieur des grands continents. Le plus célèbre est la mer Caspienne. Ces lacs, peu éloignés des montagnes, sont alimentés par de grands fleuves, mais ne débordent jamais,parce que la quantité d’eau qui s’en évapore est égale à celle qui s’y verse.
- Les lacs qui reçoivent et émettent des eaux courantes sont les plus nombreux. ils peuvent être regardés comme des bassins alimentés par des eaux voisines, et ils n’ont ordinairement qu’un seul débouché, comme les lacs de Neufchâtel, de Constance, de Genève, etc., etc.
- (i; Huot, Encyclopédie méthodique, art. Sources.
- p.59 - vue 14/29
-
-
-
- 60
- c Si des chaînes de montagnes de 3e ordre, dit M. Théophile Lavallée (1), « viennent de droite et de gauche, barrer le thalweg d’un fleuve, celui-ci se
- * trouve arrêté. Que la digue soit basse, le fleuve parviendra à la franchir, et t continuera son cours dans la deuxième partie de son bassin.Exemples : t l’Elbe, le Danube, etc. Que la digue soit médiocrement élevée, le fleuve < refluera, remplira la première partie de son bassin avec ses eaux et celles
- * de ses affluents, et il se formera une étendue d’eau stationnaire et continue, « appelée lac ; mais alors les eaux se trouveront bientôt élevées jusqu’au « niveau de la digue : elles la franchiront ; le fleuve continuera son cours « dans la deuxième partie de son bassin ; et le lac n’apparaîtra plus que t comme une dilatation momentanée du fleuve. Exemples : le Rhône au lac « Léman, le Rhin au lac de Constance, le fleuve St.-Laurent, etc. Que la digue
- * soit si élevée que les eaux du fleuve ou plutôt du lac ne puissent jamais « atteindre son niveau (parce que la quantité d’eau qui s’évapore du bassin est « égale à celle qui s’y verse), alors le fleuve et ses affluents seront considérés « comme ayant leur embouchure dans le lac qui remplit pour eux les fonctions t de l’Océan. Exemples : la mer Caspienne, le lac d’Aral, etc. »
- Les étangs sont de petits réservoirs d’eau stagnante qui ont été formés, en général, par l’affaissement des terres voisines. D’autres, comme le lac Albano, près de Rome, paraissent être d’anciens cratères de volcans remplis d’eau.
- Il existe aussi d’autres lacs qui ont de tout temps excité l’étonnement de la multitude : ce sont les lacs périodiques qui paraissent et disparaissent à des époques plus ou moins régulières. Ils sont produits par les mêmes causes qui donnent naissance aux fontaines intermittentes. Il existe un de ces lacs, le lac de Cirkniz, auprès du village d’Adelsberg dans la Carniole. Vers le printemps, une partie des eaux de plusieurs ruisseaux qui descendent des montages, se déchargent dans les fosses de pierre qui se trouvent au milieu de ce lac. Lorsque ces fosses sont pleines, elles se répandent alentour, et peu après celles des pierres en sortent avec impétuosité, sans doute à cause d’autres eaux souterraines qui s’ouvrent un passage comme des jets d’eau. Puis toutes ces eaux se perdant sous terre, on fait la pêche, et quand elles sont toutes écoulées, on laboure la terre, on fait la semaille et la moisson en peu de temps. L’automne et l’hiver, il s’y jette une grande quantité de gibier qui descend de toutes les forêts voisines et que l’on chasse jusqu’au printemps siuvant. Ce lac singulier a six lieues de long sur trois de large.
- Charles Texier.
- (i) Géographie physique et militaire.
- p.60 - vue 15/29
-
-
-
- - 6i
- uvcin fimpR^i i ï?
- On a traité et on traitera peut-être longtemps encore d’utopie la langue universelle ; utopie tant qu’on voudra, mais utopie réalisable et qui, je le crois, se réalisera.
- Certes les difficultés à vaincre sont nombreuses et, au premier abord, elles semblent insurmontables, mais ce n’est pas une raison pour qu’elles le soient. D’ailleurs les essais qu’on a faits jusqu’ici et les arguments qu’on leur a objectés ne portent pas sur la vraie langue universelle ; ceux qui s’en sont occupés ont, je crois, tous fait fausse route. On parviendrait peut-être, et je crois qu’on y est déjà parvenu, à force de patience et d’érudition à fabriquer une langue nouvelle, niais une fois fabriquée, comment la mettrait-on en circulation? comment ferait-on que le peuple, et c’est lui qui, dans une semblable question, a seul le droit de prononcer, comment ferait-on, dis-je, que le peuple s’en servît ?
- Non, je le répète, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher la langue universelle ; pour que le peuple l’adopte, cette langue, laissez-le la faire lui-même, cela ne lui sera peut-être pas aussi difficile qu’on pourrait le croire; ce sera long, c’est vrai, mais ce sera sûr : la solution du problème n’est qu’une affaire de temps.
- Il y a une chose à remarquer dans les langues vivantes, surtout dans celles des peuples qui ont le plus de rapports entr’eux.. c’est que plus elles vont, plus elles se rapprochent, se marient, et tendent à se fondre ensemble en s’empruntant réciproquement des termes et des constructions qui, de cette manière, finissent par devenir semblables dans beaucoup d’entr’elles. Ce mouvement n’est peut-être pas encore bien prononcé dans toutes, mais plus on ira, plus il se manifestera; et qui sait si, par suite des relations commerciales, qui vont chaque jour s’augmentant, par suite surtout de l’instruction plus développée de cette partie de la population qu’on appelle spécialement le peuple, il n’aboutira pas à fondre ces idiomes divers en une seule langue qui sera, celle-là la vraie langue universelle, consacrée par des siècles d’enfantement pénible.
- Pour en arriver là, il faut du temps, il faut des siècles, c’est vrai, mais comment faire mieux? Il en faudrait peut-être plus encore pour mettre en
- p.61 - vue 16/29
-
-
-
- — 62 *—
- usage une langue nouvelle dont beaucoup de peuples, par amour pour leur langue nationale, ne voudraient pas. La seule chose à faire pour aider cette œuvre, c’est de répandre partout et le plus possible la connaissance des langues vivantes; qu’on les enseigne non-seulement dans les collèges et les lycées, mais encore dans les écoles primaires où le peuple a jusqu’à présent trouvé une instruction si défectueuse. Il faudrait d’abord que, pour la France par exemple, on y enseignât le français un peu mieux qu’on ne fait généralement et qu’on s’avançât même, pour l’étude des étymologies, jusqu’aux éléments du grec et du latin, ces principales bases de presque toutes les langues modernes de l’Europe ; le peu qu’on en montrerait serait peut-être inutile au plus grand nombre, mais il suffirait pour ouvrira l’esprit des élèves intelligents une voie qu’ils ne soupçonnaient pas et que, plus tard, s’il en est besoin, ils pourront suivre avec beaucoup plus de facilité à l’aide de ce commencement ; en un mot cela ne servirait qu’à ceux-là seuls qu’il serait nécessaire. Tandis que jusqu’à présent, lorsqu’un enfant sort de l’école primaire, c’est à peine s’il sait bien ce que c’est qu’on appelle le grec et le latin ; ces deux mots lui semblent appartenir à un monde séparé de lui par un abîme ; et pourtant parmi ces enfants du peuple il peut se trouver des hommes d’autant et même de plus de génie que les privilégiés qu’on envoie sécher pendant dix ans sur les bancs d’un collège. Cette connaissance, si superficielle qu’elle fût, des langues mères qui s’approchent le plus de nous et la connaissance plus approfondie des principales langues vivantes montreraient non sans intérêt, ni sans utilité, à ces linguistes-ouvriers des générations futures ces mêmes langues vivantes, après être sorties d’une source commune et s’être séparées pendant des siècles, se rapprochant et s’allant perdre et confondre dans une seule, comme divers fleuves vont se perdre dans un même océan.
- Répandez donc l’instruction, répandez la lumière à flots parmi le peuple de toutes les nations de la terre ; cette instruction, cette lumière, c’est la civilisation et c’est par la civilisation, par les relations de plus en plus amicales des hommes entr’eux que s’établira la langue universelle. Tendez donc, tendez par tous les moyens possibles à ce but, car lorsque ce jour sera venu où tous les hommes répandus sur la surface du globe se comprendront dans un seul et même idiome, alors la plus grande œuvre du progrès humain sera accomplie, alors les peuples seront véritablement unis; il n’y aura plus qu’une seule langue : œuvre de la civilisation, cette langue se sera acquittée envers elle en la perfectionnant.
- Mais, je l’ai dit et je répète en résumant, il ne faut rien brusquer et ceux-là se tromperaient étrangement qui voudraient inventer une langue nouvelle r
- p.62 - vue 17/29
-
-
-
- 63
- pour qu’il puisse se répandre et devenir véritablement universel, il faut abso-ment que cet idiome soit d’abord celui du peuple : il faut peut-être qu’il soit patois avant de devenir langue.
- Ce n’est donc pas aux savants qu’on doit s’en remettre pour l’accomplissement de eette œuvre magnifique; laissez faire ce puissant ouvrier qu’on appelle le peuple, non le peuple tel que, malgré ses immenses progrès, il est encore jusqu’à présent malheureusement resté, mais le peuple éclairé, instruit, comme nous promet de le faire notre génération; dirigez-le seulement, et mieux que tout autre il s’acquittera de sa tâche : mieux et plus slablement que toutes les académies du monde il formera cette langue tant rêvée, et peut-être que déjà, et depuis longtemps même, cette formation est commencée.
- A. Buisson.
- BOUQUET
- de
- 1. Un homme qui se trouve sur le bord de l’eau pour la passer est environné d’une foule de bateliers: chacun s’empresse autour de lui, chacun offre ses services; enfin, il semble que toute affaire cesse en sa faveur et qu’on n’est occupé que de lui. Ce même homme, dès qu’il est arrivé à l’autre bord, ne cause plus de mouvements: personne ne prend garde à lui, et on le laisse aller tout seul. C’est l’image d’un ministre lorsqu’il entre en place, et lorsqu’il en sort.
- 2. Il arrive quelquefois que les plus honnêtes gens sont plus exposés à la persécution, comme les fruits les plus murs sont ceux qui sont becquetés de préférence par les oiseaux ou rongés par les vers.
- 3. Vous n’avez rien à donner à ce misérable qui vous importune et, de la même main dont vous le renvoyez, vous montrez un diamant dont le prix suffirait à faire la fortune de six familles.
- p.63 - vue 18/29
-
-
-
- 64
- 4. Les femmes sont comme les énigmes : elles cessent de plaire après qu’on les a devinées.
- 5. Celui qui ment ne sent pas le travail qu’il s’impose, car il faut qu’il invente cent autres mensonges pour soutenir le premier.
- 6. Le souvenir des objets qui nous ont frappés, les idées que nous avons acquises, nous suivent dans la retraite, la meublent, malgré nous, d’images plus séduisantes que les objets même, et rendent la solitude plus dangereuse que le tumulte des sociétés.
- 7. Généralement, les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup, parlent peu. Il est simple qu’un ignorant trouve important ce qu’il sait, et le dise à tout le monde ; mais un homme instruit n’ouvre pas aisément son répertoire : il aurait trop à dire, et il voit encore plus à dire après lui ; il se tait.
- 8. C’est la bassesse qui mêle les cartes à tout prince qui ne joue que dans l’intention de gagner.
- 9. La céruse et le carmin replâtrent le visage des femmes, et la fortune est le fard des hommes.
- 10. Tout homme qui n’a que son industrie pour capital, doit s’attendre à un revenu fort incertain.
- 11. Excuser en nous-mêmes les sottises que nous ne pouvons souffrir dans autrui, c’est aimer mieux être sot que voir les autres tels.
- 12. Un homme ne devrait jamais rougir d’avouer qu’il a tort; en faisant cet aveu, c’est comme s’il disait qu’il est plus sage aujourd’hui qu’il ne l’était hier.
- 13. Les vieillards qui vantent continuellement le passé, voudraient presque nous persuader qu’il n’y avait point de sots dans leur temps; mais malheureusement ils sont restés pour nous prouver le contraire.
- Charles Texier.
- (La suite au prochain N°).
- p.64 - vue 19/29
-
-
-
- 65
- CHRONIQUE.
- Chers lecteurs, c’est moi qui suis chargé de vous entretenir désormais de tout ce qui se passera de remarquable dans notre beau Paris, ou plutôt dans notre belle France, voire même au besoin dans le monde entier.
- C’est moi qui aurai l’honneur de vous apprendre tous les petits caquets du monde turbulent qui fréquente les boulevards, les cancans et les bavardages des coulisses et steepie-chase, et nous tâcherons de pénétrer ensemble dans les réduits les plus obscurs.
- La chronique est une histoire, complète ou sommaire, de tout ce qui se passe. Ce lut Jean deTroyes, greffier à l’Hôtel-de-Ville de Paris, qui l’employa l’un des premiers en écrivant jour par jour l’histoire de Louis XI, de i46oà i483-
- Sur ce, chers lecteurs . . . et lectrices, je prends les fonctions de chroniqueur.
- Depuis quelque temps, il s’est passé beaucoup de grandes choses : les chroniqueurs n’ont pas en tout temps une aussi bonne moisson. Paris a pris un aspect tout nouveau : les esprits s’éveillent ; chacun est avide d’instruction ; partout s’ouvrent des cours, des conférences, et partout aussi les salies sont combles ; enfin une grande rénovation se prépare dans la science, la littérature, l’art ; une sorte de renaissance point à l’horizon.
- Les conférences de la rue de la Paix obtiennent un légitime succès : les hommes les plus éminents y portent successivement la parole, recueillie en silence par les auditeurs les plus attentifs qui se soient jamais vus. Le public studieux a pu entendre tour-à-tour et apprécier MM. Louis Jourdan, du Siècle, Charles Sauvestre. Labbé, de Y Opinion nationale, Deschanel, Lissagaray, etc., etc. Ce dernier, en attaquant peut-être trop violemment Alfred de Musset, s’est fait siffler par quelques étudiants légèrement froissés dans ce qu’ils ont de plus cher.
- Il y a eu aussi des conférences à la salle Barthélemy, au profit des blessés polonais, qu’on
- a cru devoir interdire par suite de leurs tendances trop.....comment m’expritnerai-
- je? .. . .ma foi, trop démocratiques, trop libérales, comme s’il pouvait y avoir dans un pays trop de liberté et comme si la liberté n’était pas destinée à amener, dans fort peu de temps, un progrès marqué dans toutes les branches des connaissances humaines. On doit regretter la mesure qui frappe ces conférences, où rivalisèrent d’éloquence les hommes les plus connus et les mieux aimés de la jeunesse : MM. Jules Simon, Eugène Pelîelan, Saint-Marc-Girardin, Legouvé, Henri Martin, Foucher de Careil, Odilon Barrot,etc. Le banquet en l’honneur de Shakspeare, qui devait avoir lieu prochainement, vient aussi d’être interdit par l’autorité, je ne sais pour quelle raison.
- Au cercle Malaquais encore, d’intéressantes conférences ont lieu sous la direction de M. Félix Hément, un de nos plus honorables et estimés professeurs.
- M. Morin, qui a pris dernièrement la parole, avait choisi un sujet des plus intéressants ; il parlait sur le cardinal de Retz et St.-Vmcent-de-Paul et s’est fait vivement applaudir.
- La Sorbonne aussi a ses cours et, comme ds sont gratuits et que les professeurs sont
- p.65 - vue 20/29
-
-
-
- 66
- choisis parmi Tes savants du Collège de France et de l’École polytechnique, il n’est pas toujours facile d’y trouver place Les dames y sont admises. Quelle nouveauté ! Jamais Fou n’avait permis aux femmes d’entrer dans ce sanctuaire des hautes études, tandis qu’aux autres cours, par exemple à ceux du Conservatoire des Arts-et-Métiers,elles sont parfaitement admises. Mais les temps sont bien changés . . . heureusement ! et peut-être bientôt les verra-t-on à la tribune. Ce sera curieux.
- Passons sans transition à des sujets plus tristes.
- La mort vient de nous enlever quelques-unes de nos célébrités.
- L’illustre Vice-Amiral que la France vient de perdre en la personne deM. Charles Penaud, était né le ai décembre 1800. Depuis l’âge de i4 ans, il fait partie de notre vaillante marine. Enseigne à 22 ans, lieutenant de vaisseau à 28, capitaine de corvette à 38, et enfin capitainede vaisseau à 42, il commanda, en i85i, le vapeur Y Eldorado, à bord duquel il accomplit une périlleuse expédition dans la Cazamance : il commandait alors la station navale du Sénégal. Il fut rappelé en 1 853 et on lui confia pendant quelque temps la direction du cabinet du ministère de la marine ; il prit part aux opérations contre Sweaborg.
- Contre-amiral et membre du conseil d’amirauté, vice-amiral en 1 858, grand-officier de la légion d’honneur, c’est pour lui rendre les derniers honneurs que tous les officiers de marine résidants ou de passage à Paris ont été invités aux funérailles, qui ont eu lieu avec une très-grande pompe. Une foule immense suivait le cortège.
- Le 12 mars a eu lieu, au cimetière Montmartre, l'inauguration du monument élevé à la mémoired’Halévy, l’immortel auteur de la Juive et de tant d’autres chefs-d’œuvre.
- M. Pasdeloup, auquel est due l’initiative des concerts populaires de musique classique, dirigeait l’exécution d’un De profondis hébraïque, chanté par les élèves du Conservatoire : MM. Colomb et Bac se sont admirablement acquittés du solo. Le monument, exécuté sous la direction de M. Lebas, architecte, et dont on peut voir un croquis dans un des derniers Nos de U Autographe, avait été recouvert d’un voile qui tomba lentement. M. de Nieu-werkerke a prononcé un discours longuement applaudi.
- Enfin, pour terminer la cérémonie, la garde de Paris, renforcée de douze trompettes, exécuta la marche de la Reine de Chypre, un des succès d’Halévy.
- Un auteur malheureux, M. Charles Didier, s’est brûlé la cervelle, le 14 mars, dans sa chambre, où on l’a trouvé le lendemain baigné dans son sang On attribue ce suicide à des pertes d’argent qu’il aurait eu à supporter dans ces derniers temps.
- Une femme d’esprit, i\lme de Girardm, disait de lui qu’il était le plus clairvoyant des aveugles.
- Ch. Didier était âgé de 72 ans.
- L’art vient de faire une grande perte en la personne de M, Hippoly te Flandrin, décédé à Rome, où il était allé chercher la santé. Eu 1802, son Thésée reconnu par son père dans un festin remporta le grand prix de Rome. Pendant son séjour en Italie, il exécuta à des intervalles assez rapprochés: Saint-Clair guérissant les aveugles, Eschyle écrivant ses tragédies, Dante dans le cercle des envieux, Jésus et les petits enfants. De retour a Paris, il peignit un Saint-Louis dictant ses commandements, une MaterDolorosa, un hapoléon
- p.66 - vue 21/29
-
-
-
- 67
- législateur, etc. Mais son talent devait resplendir encore plus dans la peinture morale et religieuse: Hippolyte Flandrin avait en effet la foi, sans laquelle toute œuvre artistique de ce genre est condamnée à l’impuissance. Hippolyte Flandrin a décoré la chapelle de Saint-Jean à l’église de Saint-Séverin, mais malheureusement les peintures de cette église, exécutées sur un mauvais enduit., ne dureront qu’un temps très-court. Il a encore peint l’immense chaire de Saint-Vincent-de-Paul, le chœur et la net’de Saint-Germain-des-Prés, l’église Saint-Paul à Nîmes et l’abside de l’église d’Ainay à Lyon Excellent portraitiste, il suffit de citer dans ce genre difficile les portraits récents de M. le comte Walewski, du Prince Napoléon, de l’Empereur, pour faire apprécier sou mérite. Citons encore de lui la Jeune fille à l'œillet, qui obtint un si grand succès et que l’on peut comparer, pour la beauté delà forme, la pureté du style, aux Linges de Raphaël.
- Mentionnons encore, pour terminer, la mort de M. A. Hase, de M. J -J. Ampère, fils unique de notre savant maître, auteur de César, scènes historiques, de XHistoire romaine à Rome, des Promenades en Amérique, de la Grèce, Rome et Dante, de Littérature et voyages, des Heures de poésie, etc., membre de l’Académie française, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, décédé subitement à Paris, à l’âge de 64 ans et sur la tombe duquel M-Guizot a prononcé un discours touchant, de M. Alexandre Vattemare, fondateur-directeur du système d’échange international, mort le 7 avril 1864, à l’âge de soixante-sept ans, enfin de M. Jules Lecomte, le chroniqueur aimé du public.
- Onésime Cüevaldovné.
- NÉCROLOGIE: :
- Mort de M.. MMispuês-MMeleourt.
- Ce doyen des aéronautes français, né le ib mars 180a à Berru, près Reims, a successivement fait parler de lui dans le monde littéraire et scientifique.
- Il s’occupa, dès 1830, c’est-à-dire à l’âge de 18 ans, de recherches sur le gaz hydrogène, dont il propagea l’application à l’éclairage. Il se préoccupait en même temps d’une nautique aérienne et fit en 1824, à Mont-Jean près Pans, un premier essai qu’il renouvela dans plusieurs fêtes nationales.
- Il fonda la Société aérostatique et météorologique de France et eu resta jusqu’à sa mort le zélé secrétaire perpétuel.
- lia publié des Essais sur la navigation, Observations sur le prélèvement de t impôt des indigents, les Ballons dans les fêtes publiques. En 1847.il publia un travail très-important sur l’art aérostatique appliqué aux transports. Il travailla avec Arago b X électro-sub-stracteur,appareil qui préserve de la grêle eu l’empêchant de se former. Un de ses meilleurs
- p.67 - vue 22/29
-
-
-
- 68
- ouvrages scientifiques est sans contredit le Manuel de VAérostier, publie' dans la collection encyclopédique Roret. Enfin il laisse, presque terminé, un ouvrage ayant pour titre : Traité complet, historique et pratique, des Aérostats. « Ce sera, probablement, écrivait-il, la grande afîaire de ma vie ...» ; il nés’est pas trompé, malheureusement pour la science.
- Il a mis au jour avec succès, sous le pseudonyme d’Octo, plusieurs pièces de théâtre, entre autres Odette, et en 1882, Han d'Islande, mélodrame en 3 actes et 8 tableaux tiré du roman de Victor Hugo. Il n’est pas inutile, dans les circonstances présentes, de dire qu’il revendiquait, dès 1831, la liberté des théâtres.
- M. Dupuis-Delcourt, qui connut J. Montgolfier et le physicien Charles, assista à l’expérience du malheureux Deghen, l’homme volant, aux ascensions du colonel de Lennox, de Jacques Garnerin, de Robertson, du docteur Le Berrier, d’Elisa Garnerin, de l’infortunée Mme Blanchard, auquel Louis XVIII avait remis, en témoignage de son intérêt (après l’ascension de la flottille aérostatique de cinq ballons, et une cinquantaine d’ascensions presque toutes scientifiques), une épingle montée avec diamant de 2000 francs,auquel enfin Louis-Philippe avait concédé le privilège des ascensions dans les fêtes publiques, est mort pauvre, laissant une veuve désolée, qui 11’a pas même à partager sa pauvre petite pension de 600 fraucs et, pour toute consolation, garde avec respect l’immense collection de modèles, dessins, écrits, laissée par M. Dupuis-Delcourt et qui forme un véritable musée aérostatique, très-intéressant à consulter.
- Le dimanche 3 avril, quelques fidèles conduisaient, d’une misérable maison delà rue de Lourcine au cimetière d’Issy, la dépouille du savant, dont nous déplorons si vivement la perte, à sa dernière demeure.
- Disons encore, pour terminer, que M. Dupuis-Delcourt avait professé pendant cinq ans la chimie à l’Athénée royal et conféré maintes fois au Cercle agricole et au Cercle des chemins de fer. Il avait aussi eu pour élève, à l’orangerie du Luxembourg, Geofïi oy Saint-Hilaire, dans ses démonstrations sur l’application de l’hélice à la navigation aérienne.
- Il avait, malgré l’anathème de Marey-.Vlonge, achevé de se ruiner par la construction d’un ballon en cuivre, qu’il dut, faute d’argent pour l’achever, détruire lui-même et vendre à un vil prix aux chaudronniers. L’hiver dernier, il pensait à renouveler les expériences de Quinquet, à l’effet de remplacer le gaz des aérostats par la vapeur d’eau maintenue à l’état vésiculaire. Le mal est venu le surprendre, le 2 avril, au milieu de ses études préparatoires.
- O. Frion.
- p.68 - vue 23/29
-
-
-
- 69
- UNE FÊTE DE L’INDUSTRIE.
- Le mercredi, 6 avril, à y h. '/2 du soir, a eu lieu, au siège de la Société d’encouragemen t pour P Industrie nationale, rue Bonaparte, 44, et sous la présidence de M. Dumas, qui a prononcé un discours remarquable et sincèrement applaudi, la distribution des récompenses décernées par la Société aux inventeurs, industriels, contre-maîtres et ouvriers. Une assistance nombreuse, composée en grande partie d’honorables fabricants, y était réunie.
- Nous étions placé, à la distance de deux fauteuils, près de M. l’abbé Moigno.
- Le prix d’Argentéuil (1200 frs.) a été accordé par le Conseil à M. Sorel, inventeur de la galvanisation du fer, sur le rapport de M. J.-A. Barrai.
- Voici la liste des médailles qui ont été ensuite décernées, d’après les rapports de MM. Dumas, Lissajous, Barre, Cambes, Chevallier, Tresca, Balard, Salvétat, Barreswil, Barrai, Alcan, Tresca, De Luynes, Du Moncel, Herpin, Silbcrmann, Henri Péligot, De Silvestre, Duchesne, Baude, Phillips, Benoil, Trélat, Priestley :
- Médailles d’or.—MM. Aiibe/t, découverteen Sibérie d’un gisement de graphite d’une grande pureté (des échantillons de ce graphite étaient exposés dans la salle de sortie sous forme d’applications diverses, particulièrement de crayons); Cavaillé-Coll, perfectionnements aux orgues et reconstruction du grand orgue du St. Sulpice; Dulos, procédés nouveaux de gravure en creux et en relief, sur lesquels nous reviendrons; François Durand, machines à égrener le coton (un petit modèle était aussi exposé); Latry et O, préparations de bois durci; Victor Laurent, machine à fabriquer les clous pour feirer les chevaux; Sainte-Claire Deville et Debray, aluminium et bronze d’aluminium.
- Médailles de platine.—MM. Kessler, procédés de gravure sur verre à l’acide fluorhydrique, employé à la cristallerie de baccarat; Emile Kopp, produits industriels extraits de la garance d’Alsace; Leonî et Coblenz, teillage mécanique de lin sans rouissage; Leyherr, métier à filer continu; Thierry fils, appareils fumivorea.
- Médailles d’argent.—MM. Alvergniat, soufflage du verre, tubes de Geissler; Bclin et Jeannez, presse pour les écumes de défécation des merceries; Boutigny d’Evreux, chaudière à diaphragmes contre les incrustation»; A. Dumas et Benoit, lampe électrique; Dumas-Fremv, papiers et toiles à polir; Gaiffe, machine à graver électro-magnétique; Gautron, appareils hydro-extracteurs ; Grison, ouvrage intitulé : Le Teinturier au XIXt siècle; Rempel, balances de précision; Imbs, tissus ouatés eu laine pour tapis et chaussures; Mousseron, appareils de chauffage; Robert fils, appareils poui la détermination graphique des heures; Schaaff et Lauth, fabrication de produits extraits de la garance d’Alsace (procédé E. Kopp) ; Siahl (rappel de médaille), perfectionnements à ses procédés de moulage; Tailfer, machines balayeuses ; Turck, perfectionnements à l’injecteur Giffard; Perruult-Steiner, coussins-frotteurs de machines électriques.
- Médailles de bronze. — MM. Béliard, appareil pour le gonflage des animaux de boucherie; Biard, cartes au blanc de zinc; Chainbou-Lacroisade, appareil à chauffer les fers à repasser;
- p.69 - vue 24/29
-
-
-
- 70
- Evrard, essieu creux à grainage continu; Anatole Fichet, instrument à tracer des parallèles • Filleu l, appels à joints pour l’ébénisterie, et régulateurs de tabliers de cheminées ’ Galibert, appareil respiratoire; Jager, table géographique; Renunerer, culture perfectionnée des huîtres * Marçais, modifications apportées aux compteurs à gaï' Pvoyer, boîte de compas perfectionnés.
- Le prix de l’industrie des cuirs, destiné à assurer la vie des manufacturiers anciens et méritants, a été décerne cette année à 51. Yauquelm, vieillard respectable que la rente, en laquelle le prix consiste, mettra à l'abri du besoin pour le reste de ses jours.
- La soirée s’est teimim e par la distribution de 26 médailles d’encouragement aux contre-maîtres et ouvriers qui se sont distingués dans le courant de l’année 1863 ou employés depuis longtemps dans les usines auxquelles ils appartiennent.
- Le rapport favorable de la commission des fonds a été déposé sur le bureau.
- On suit que la ville de Paris et’des dons particuliers ont assuré à la Société d’Encouragement une plus grande extension dans ses revenus et, par conséquent, les prix seront sans doute plus nombreux encore l’année prochaine que cette année. C’est ainsi que cette utile Société marche à son but.
- O. Frion.
- JPrlx proposés
- PAR LA SOCIÉTÉ POUR L’AMÉLIORATION ET L’ENCOURAGEMENT DES PUBLICATIONS POPULAIRES.
- On ne peut que féliciter cette Société, fondée sous la présidence de M. le vicomte de Melun, et avec le patronage d’hommes éminemment honorables, du but moral qu’elle s’est proposée d’atteindre par la fondation des prix suivants, que nous ne faisons qu’indiquer sommairement, renvoyant les intéressés à ce concours au N8 3 (3e Année) du Bulletin delà Société (25 Mars i864) et, pour plus de renseignements encore, au secrétaire, 82, rue de Grenelle-Saint-Gerinain, à Paris.
- i° Prix de 5oo francs, à décerner le i«r Octobre i864 :
- A l’auteur de l’almanach populaire jugé le meilleur et composé des matières suivantes : notions sommaires d’agriculture progressive et de législation rurale, renseignements sur les institutions de crédit, d’assurances, d’assistance, pour les habitants de la campagne; pour les habitants des villes, des notices sur les découvertes les plus récentes et les plus importantes dans le domaine de l’industrie, et des renseignements sur les institutions de crédit, d’épargne, d’assistance mutuelle, d’assistance publique, sur les oeuvres de charité
- p.70 - vue 25/29
-
-
-
- et sur les moyens d’instruction élémentaire et professsionnelle dont il, peuvent profiter. Enfin, une partie commune aux deux catégories de lecteurs, qui pourra contenir un tableau rapide de l’histoire générale, des beaux traits tirés de l’histoire de France, et la relation des évènements les plus marquants de l’année i8f>3, un article d’enseignement religieux, quelques données de cosmographie, de géographie et de statistique, des préceptes d’hygiène et des recettes utiles, un petit nombre d'adages et de bons mots.
- Les manuscrits seront envoyés franco au bibliothécaire de la Société, rue de Grenelle-Saint-Germain, 82, au plus tard le ier Septembre i864.
- 20 Pris de 1000 francs, à décerner le irJuin 1865 :
- A l’auteur du meilleur exposé raisonné de la doctrine chrétienne, suivi d’un tableau de l’histoirede la religion depuis l’origine du monde. L’ouvrage ne devra pas dépasser la valeur d’un volume in-12 de 3oo à 4oo pages.
- Les manuscrits seront envoyés franco au plus tard le ier Mars i865.
- 3° Prix de 1000 francs, à décerner le icr Juin i865 :
- A l’auteur du meilleur ouvrage composé conformément au programme suivant : Titre : Récits et biographies tirées de P histoire de France. L’auteur, sans esprit départi, devra relier ces récits entre eux par des rapides aperçus, de manière à ce que le lecteur se fasse une idée d’ensemble sur notre histoire nationale et pourra reproduire parfois des passages extraits textuellement de nos meilleurs historiens, spécialement des écrivains contemporains des évènements racontés. La biographie d’hommes utiles et recommandables par leurs vertus, mais n’ayant joué aucun rôle historique, pourra entrer dans le récit. L’ouvrage représentera la valeur d’un volume in-i 2 de 55o pages au moins, ou plusieurs volumes, mais dans ce cas chaque volume devra pouvoir être isolé sans inconvénient de la collection.
- Les manuscrits seront envoyés avant le 1er Mars 1 865.
- 4° Prix de 1000 francs, à décerner le ier Février 1866 :
- A la meilleure exposition familière des premiers éléments de l’économie politique : principes généraux, solution des problèmes les plus importants 5 l’auteur devra éviter avec soin de trancher d’une manière absolue les questions qui tiennent encore Les meilleurs esprits en suspens et, sur les points douteux, exposera les systèmes les plus accrédités avec impartialité.
- Cet ouvrage devra représenter la valeur d’un volume in-12 de 200 à 3oo pages ; le sujet pourra être traité sous forme d’exposition scientifique ou de dialogue.
- Les manuscrits seront envoyés le 3i Octobre i865.
- Observations. — Les concurrents ne devront pas oublier qu’il s’agit ici d’ouvrages populaires.Le style devra donc être clair, simple, familier, mais ne pas descendre jusqu’à la trivialité. Les notes explicatives ne seront pas épargnées, afin de seconder l’intelligence du lecteur.
- Les manuscrits porteront une épigraphe qui sera reproduite dans une lettre cachetée déposée en même temps que le manuscrit- Cette lettre devra contenir le nom et l’adresse de Fauteur.
- p.71 - vue 26/29
-
-
-
- Tous les manuscrits seront rendus à leurs auteurs, qui en conserveront la propriété exclusive.
- «i-^TTNO
- lléniikii de la Société
- pour l'amélioration & l'encouragement des publications populaires.
- La réunion publique annuelle de la Société pour l’amélioration et l’encouragement des publications populaires a eu lieu, le jeudi ar Avril, dans les salons de M. le comte de Moustier,
- L’assistance, très-nombreuse, était composée en grande partie de personnages du Faubourg Saint-Germain.
- Le secrétaire de l’œuvre, dans un rapport excellent sur les travaux de l’année, a dit qu’au lieu de solliciter des entraves pour les concurrents, le but de la Société était de lutter sur le terrain de la liberté par des publications dont le mérite littéraire égalerait la valeur normale.
- iU. l’abbé Lerreyve a improvisé, avec un tact exquis et un esprit rare, une exhortation où il engageait les écrivains catholiques à donner des œuvres qui puissent, par leur intérêt, lutter de succès avec celles signées, des plus grands noms.
- La Société a publié, cette année, cinq volumes, parmi lesquels nous avons remarqué des nouvelles d’Antonin Roudelel, lauréat de l’Académie, et la Cendrillon du village, de Raoul de Navery.
- O. F.
- Dans notre N° 3, page 31, ligne 49, au lieu de flatteuse, il faut lire fastueuse. Id. page 33, ligne 18, au lieu de deux milleil faut lire vingt-
- cinq mille.
- Les ouvrages dont on déposera deux exemplaires au bureau du journal seront annoncés, et analysés s’il y a lieu.
- Pour tous les articles non signés : Le Rédacteur eu chef,
- 0. FRION.
- p.72 - vue 27/29
-
-
-
- Bulletin bibliographique
- LES CHEMINS DE FER à bon marché et leur exploitation économique, par M. Lucien Rarchaert.— 1863-—Diinod, éditeur (i)- Cette brochure s’ouvre par un rapport sur le système de locomotive articulée et à douze roues couplées proposé par M. L. Rarchaert, adressé à S. Exc. le Mi nistrede l’agriculture, du commerce et des travaux publics, par une commission composée de : MM. Avril, inspecteur-général des ponts et chaussées, président; Mary et Busche, inspecteurs-généraux des ponts et chaussées ; et Couche, ingénieur en chef, professeur à l’Ecole des Mmes, rapporteur. Ce rapport est très-favorable au nouveau système de locomotive articulée proposé par M. L. Rarchaert, jeune ingénieur d’un remarquable bon sens pratique, déjà connu par plusieurs inventions uli es et qui a cherché à obtenir une lbrte adhérence par un accouplement particulier très-ingénieux des douze roues d’une locomotive, tout en permettant cependant à celle-ci de circuler dans une courbe de 60 mètres de rayon ou plus et de gravir des pentesdeom,o5om par mètre ou moins « Sur les voies ferrées, dit M. Couche dans son savant rapport, l’alignement droit est la règle, la courbe est l’exception » Mais «l’alignement droit avec raccordements a grands rayons » ne peut le plus souvent s’obtenir qu’en se jetant « dans des dépenses hors de proportion avec le produit delà voie projetée. » M. L. Rarchaert a voulu éviter ces dépenses par trop onéreuses; l’emploi d’une locomotive munie deson nouveau système d’accouplementde huit à douze roues couplées avec essieux convergents, pouvant suivre les sinuosités des terrains, contourner les montagnes et les gravir, les réduira de beaucoup et l’on obtiendra ainsi la construction et l’exploitation économiques des voies terrées dans les pays plus ou moins accidentés. La solution du problème de l’accouplement a été reconnue par la commission nommée par S. Ex. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, comme
- (1) Extrait des Annales desMines,tomelV, 1863.
- géométriquement acquise par le système de M L. Rarchaert; quant à sa valeur en pratique, la pratique seule pourra le dire.
- Malheureusement pour le jeune ingénieur qui s’est consacré depuis plusieurs années à l’étude de cette solution, que se sont disputé deux ingénieurs dans plusieurs séances delà Société des ingénieurs civils, des essais de divers systèmes du même genre n’avaient abouti, au moment où il la produisait dans le monde savant, qu’à des résultats tout à— fait infructueux et négatifs. La commission se tenait donc sur ses gardes; mais malgré sa peur de trop s’avancer, crainte d’un échec, elle ar-live cependant à dire; «Un essai du système de i\l Rarchaert nous paraîtrait donc désirable; il serait utile peut-être, intéressant à coup sûr. Mais il ne nous paraîtrait iondé cependant que s’il entraînait seulement une faible dépense » , ce que nous pouvons traduire par : « Le système est excellent, nous en sommes persuadés, mais on a déjà essayé tant de mauvais systèmes que nous n’osons en demander l’application en grand, bien qu’il nous paraisse d’une utilité évidente. » Le rapport se termine par une recommandation du nouveau système à l’attention des grandes compagnies de chemins de fer et exprime le désir que M. L. Rarchaert puisse trouver, dans leur concours, « les moyens de soumettre son système de machine au contrôle de l’expérience. »
- Vient ensuite une note sur la traversée des Montagnes Bleues (État de Virginie), un des plus remarquables exemples de la traction sur des rampes d’une grande inclinaison, puis une note de RL Bonnet, chel du bureau des études du matériel roulant au chemin de fer de l’Est, sur l’application du système de M. L. Rarchaert à une machine existante, reconnaissant, en cela d’accord avec l’inventeur, que cette application à une ancienne machine est impossible, puisqu’elle nécessiterait des changements extrêmement importants, dont la dépense atteindrait le prix d’une machine neuve.
- La brochure se termine par un mémoire développé, intéressant et très-substantiel, de M. L. Rarchaert sur l’application de sa
- p.73 - vue 28/29
-
-
-
- machine, accompagnée d’une planche avec figures explicatives détaillées. Nous le recommandons vivement à l’attention des hommes compéteuts.
- LA CONQUETE DE L’AIR PAR L’HELICE, exposé d’un nouveau système d’aviation, parle V,e de Ponton d’Amé-cotjrt. — M. de Ponton d’Amécourt est, comme chacun le sait, l’inventeur de l’aéronef, au moyen duquel il espère pouvoir réaliser l’aviation, c’est-à-dire la navigation aérienne sans ballons, par l’emploi de deux hélices superposées et tournant en sens contraire, d’hélices directrices et de plans inclinés. 11 croit, et nous sommes, avec MM. J.-A. Barrai, Babinet, etc., etc., de son avis et nous espérons que cette réalisation ne tardera pas à se manifester avec succès. Toutefois, l’auteur de la brochure dont nous parlons n’exagère ni la facilité, ni les difficultés de l’entreprise ; il sait que, ce principe étant admis : pour voler dans l’air il faut être plus lourd que l'air, il restera encore à trouver un moteur léger et capable de faire tourner avec une grande vitesse les hélices d’ascension et de direction • aussi examine-t-il un système qui lui paraît propre à satisfaire ce desideratum, mais qui nous semble à nous, défectueux sous certains rapports, quoique très-ingénieux. La pratique seule pourra prouver son utilité pour l’emploi qu’on exige de lui.
- Le ton général d’enthousiasme qui règne dans la brochure, remarquablement bien écrite, de M. de Ponton d'Amécourt ne nuit en rien à la démonstration, et on ne peut reprocher aux idées du savant président de la Société aérostatique et météorologique de France de faire un peu de bruit, quand on pense l’avenir qui leur est destiné et qu’elles atteindront dans plus ou moins de temps : là n’est pas la question.
- AVIATION OU NAVIGATION AÉRIEN NE SANS BALLONS, par G. de liA Landelle, ancien officier de marine, auteur du Tableau de la mer, etc.— i863. E. Dentu, éditeur — Cet excellent livre est un véritable traité d’aviation, développement de la brochure de M. de Ponton d’Amécourt, où la possibilité et l’utilité de la navigation aérienne, sans ballons, est démontrée avec talent et sans que l’auteur *e soit placé à un point de vue exclusif.
- Il est dédié : à l’intelligence humaine ; au simple bon sens; au génie, etc.; aux grands capitalistes de toutes les nations ; aux spéculateurs bien avisés; à tous les hommes de foi et d’action. Laissant, pour notre part, la spéculation entièrement de côté, nous recommandons à nos lecteurs le livre de M. G. de la Landelle (accompagné d’une figure d’aéronef ultra-fantaisiste) qui est arrivé à sa seconde édition.
- VOYAGE DU GÉANT; île Paris à Hanovre en ballon, par Eugène d’Ar-noult, avec figure du Géant.— 1 863.— E. Dentu, éditeur. — Cecy est ung livre de bonne f’oy (Montaigne), dit l’auteur et nous voulons bien le croire. Nous lui ferons seulement remarquer qu’il parle très-souvent de lui, et peu des autres, dans le récit du malheureux voyage du Géant.
- En effet, M. E. d’Arnoult, a fait ce récit sans consulter les autres voyageurs, et ainsi il ne peut être ni exact ni complet; une partie intéressante de son livre est la reproduction, à la fin, des diverses pièces qui ont paru dans les journaux français et allemands au sujet de la catastrophe arrivée en Hanovre.
- Mais nous attendons avec impatience la description détaillée du voyage, écrite par M. Nadar avec là collaboration des autres passagers du ballon gigantesque, qui paraîtra incessamment sous le titre de Mémoires du Géante avec carte du voyage. (Voir le ri* 3 de ï Aéronaute).
- JEANNE DARC, étude lue à la salle Barthélemy le Dimanche 21 Février i864, par M. Henri Martin, auteur de VHistoire de France — Vendue au profit des blessés polonais (35 centimes).—Tout recommande ce charment opuscule à l’esprit du public : le but qu’il veut atteindre et la science historique consommée de son auteur, qu’il n’est pas besoin de rappeler ici. M. H. Martin y a résumé heureusement en quelques pages l’histoire complète des hauts laits, du procès et du supplice de Jeanne, qui se trouvent avec détails dans la grande Histoire de France, la plus populaire et la seule Histoire vraie de notre jays.où M. H. Martin a su concilier tous es partis, bien que n’excluant pas ses opinions personnelles du récit exact des faits.
- Arles. — Tjp. k Litb. de P.-A Brick.
- p.74 - vue 29/29
-
-