Avis à l'ouvrier intelligent
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- OUVRIER INTELLIGENT
- Après irois ans d'un travail opiniâtre, j’ai fini par créer un lit qui lient moins de place qu’un pain à cacheter. Ceci n’est pas un paradoxe, puisque ce lit n’existe le jour que sous la forme d’une simple table, de laquelle on fait la nuit un très-bon lit.
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- PARIS
- lERT, LIBRAIRE-ÉDITEUR 17, rue Cassette, 17
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- AVIS
- Avec celle labié el.deux chaises, quille ton garni rarement propre, souvent humide, trop surveillé, cher et mal vu.
- Frère,
- Gomme toi, j’ai manié de lourds marteaux et souvent aiguisé mes aciers sur la meule.
- Je connais tes plaisirs et tes peines; nous pouvons donc causer et nous comprendre sans trop perdre de temps.
- D’ailleurs, lis-moi le soir assis à table, en fumant ta pipe, entre ta canette et ton verre. (Je dis ta canette, parce que, quelque mauvaise que soit ta bière, elle vaudra toujours mieux que le vin qu’on te vend, vin qui lentement t’empoisonne. Je ne parle pas de Pab-sinthe, qui conduit à la folie. Encore, si c’était une
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- aimable folie ! mais non, c’est un mal qui rend fiévreux, irascible, idiot ou méchant.)
- Mais je reviens à mes moutons, car je ne suis ni médecin ni brasseur ; je suis simplement inventeur, triste métier qui ne nourrit pas son maître ! long et pénible apprentissage qui conduit à l’hôpital! Il est vrai
- qu’après le trépas on vous érige parfois une statue.
- Pourvu encore que ce ne soit pas une statue comme
- celle du maréchal Ney....Pauvre maréchal ! deux fois
- assassiné sur la même place !
- Ceci dit, j’arrive au fait, et, sans autre préambule, je veux te vendre, pour 50 francs, une table qui, la nuit, remplacera ton lit.
- Si tu es un honnête garçon (le patron répondant), tu paieras ce meuble en cinquante semaines, soit un franc par paie; franc que tu m’apporteras, bien entendu ; car s’il me fallait courir après, je ressemblerais tant soit peu à la jardinière de Vinc-ennes, qui, montrant ses appas pour deux sous, brûle pour trois sous de chandelle.
- Or, écoute, rebourre ta pipe, bois un coup, et suis-moi lentement.
- Convenons d’abord d’une chose, c’est que la table est le premier, comme le plus utile de tous les meubles.
- Vois :
- Cherche un ménage, quelque pauvre qu’il soit, qui n’ait pas une ou deux tables.
- Quant au lit, je le supprime.
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- Dans ta chambre si petite, pourquoi le jour un lit? pourquoi la nuit une table? Quand on dîne, on ne dort pas, et quand on dort, on ne dîne pas.
- Tu vois bien que la table-lit que je te vends est un seul meuble d’une double utilité.
- Tu me diras que ce lit n’est que pour un... Oui! eh bien, prends deux tables, si deux vous êtes, ce qui vaudra mieux que ta couche : car le lit à deux est le tombeau de l’amour. Comment ! lorsque la femme est indisposée, il ne faut pas que le mari dorme ! Ou si, par hasard, il revient chancelant, un lundi soir, faut-il que ses nausées le perdent dans l’esprit de sa compagne, qui, jeune fille, lisait des romans où les héros causaient sans boire ?
- Comme loi d’hygiène, dans dix ans, tout le monde couchera seul.
- A preuve:
- Dans les hôpitaux, sous Henri IV, les malades couchaient à deux. Sous Napoléon Ier, les soldats couchaient à deux. Maintenant, soldats et malades couchent seuls.
- Laisse-moi te parler un peu de mon invention ; tu verras que si j’enfante, j’enfante, hélas ! bien lentement.
- Un souvenir de jeunesse m’a donné l’idée première de ce lit : tout petit bonhomme, je fus un jour porter les boucles d’oreilles de ma sœur chez un bijoutier en chambre.
- La chambre de cet ouvrier (fragment d’un grand
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- appartement, sans doute) était petite et haute. Le lit était suspendu au plafond; il le hissait le matin, comme il le descendait le soir, par le simple jeu de petites poulies. De cette façon, la chambre à coucher devenait un atelier, où les amis s’asseyaient autour de l’établi pour causer en travaillant.
- Chez moi, les idées fermentent lentement, comme, lentement aussi, les pierres grossissent dans le sein de la terre.
- J’avais été vivement frappé de cette ingénieuse façon de se débarrasser de son lit, et cependant tout dormait en moi ; mais, lorsque je vis Napoléon III s’occuper très-sérieusement et très-loyalement , non par des phrases, mais par des faits, d’améliorer le sort des ouvriers ; entraîné par un si noble exemple, je me mis au travail, et, depuis trois ans, j’ai consacré mes jours et mes veilles à courir de perfectionnement en perfectionnement ; tant et si bien que je dépassais déjà de 20,000 francs mes prévisions, lorsqu’hier enfin j’ai complété l’œuvre dans tout son entier. C’était justice; ce n’était pas trop tôt ! ! !
- Pour bien comprendre l’utilité de mon meuble, il faut jeter un coup d’œil dans la mansarde de l’ouvrier, dont la chambre se compose ordinairement ainsi :
- Le lit, placé entre la porte et la cheminée, tient plus d’un tiers de la chambre. Une grande table, montée sur des tréteaux, porte le tailleur et ses fils. Cette table, placée près de la fenêtre, prend au moins l’autre tiers.
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- Il ne reste donc plus que le devant de l’àtre où la femme puisse tourner, cuisiner, raccommoder, blanchir et soigner le plus jeune de ses enfants, qui, trop souvent encore, tombe le nez dans les cendres ou le derrière dans la marmite.
- Avec mes tables-lits tout devient vaste, propre, aéré.
- Tu vois bien, ami, que je concours à ton bien-être, puisque, sur le meuble que je te vends, on dîne, on travaille et on se couche; et si la chambre coûte 150 francs de loyer, la place seule du lit coûte 50 francs l’an. Or, une seule fraction du loyer paie l’ameublement dès la première année, puisque ce meuble, en grandissant l’espace, peut économiser une chambre sur deux.
- Redis donc avec moi à tous ceux qui t’entourent que ce meuble est le plus indispensable de tous les meubles, comme il est le plus sain, le plus solide et le plus aéré de tous les lits.
- Humble autant que petit, je termine en priant Dieu qu’il me rende utile.
- Léopold CHÉRADAME.
- (Voir les Notes page S.)
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- NOTES
- Ce lit est inaccessible aux punaises : on les y mettrait par malveillance qu’elles n’y resteraient pas.
- Dans l’ordre de la nature, le repos suit le travail ; aussi, chaque matin, les punaises cherchent-elles le silence et l’ombre pour digérer et dormir à loisir.
- Or, comme ce lit se transforme chaque jour en une table, qu’on roule souvent d’un bout à l’autre de la chambre pour pouvoir balayer, travailler ou dîner, ce meuble leur deviendrait un logement impossible.
- Au reste, la poudre insecticide est d’une telle infaillibilité que bientôt les jeunes naturalistes, ne connaissant pas ces insectes, les classeront au nombre des fossiles.
- En couchant dans un lit-canapé, dans une armoire ou dans un lit-commode, il faut tomber malade au bout de six mois et mourir ou languir l’année suivante, parce que, chaque matin, on renferme le matelas humide et chaud encore des sueurs de la nuit, et l’infection de là laine conduit à la mort.
- Chez nous, le matelas repose sur le fond à jour de la table, et vit ainsi dans la température de l’appartement.
- Pour ce lit, on peut se servir d’un matelas ordinaire, qui ne devra différer des autres que par une simple brisure au milieu, brisure que toutes les matelassières savent faire.
- Aux heures de dîner ou d’écrire, les genoux, sous cette table, sont largement à leur aise.
- La table fermée mesure: 71 centimètres de hauteur, 1 mètre 5 centimètres de longueur et 85 centimètres de largeur.
- Le lit ouvert a 2 mètres de longueur et 80 centimètres de largeur.
- Pour les déménagements, les voyages ou la guerre, ce meuble, dont les pieds se dévissent comme ceux d’un piano, s’emballe sous paille et toile, et ne représente alors que le volume d’un édredon.
- Paris, librairie, rue Cassette, 17. — Mirecourt, imp. Humbert.
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- Déployez les côtés, qui s’ouvrent à charnières ; à moitié course, déployez le pied.
- En tout, il faut moins de temps pour ouvrir et fermer ce lit*que pour charger un fusil de chasse.
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- Mireeourt, typ. et stér. Humbert.
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