- Accueil
- > Catalogue général
- > Carra, Jean-Louis (1742-1793) - Essai sur la nautique aérienne, contenant l'art de diriger...
Essai sur la nautique aérienne, contenant l'art de diriger les ballons aérostatiques à volonté, & d'accélérer leur course dans les plaines de l'air
-
-
- ESSAI .
- SUR & ^
- LA NAUTIQUE AÉRIENNE,
- Contenant Fart de diriger les Ballons aérojîatiques à volonté > & d* accélérer leur courfe dans les plaines de Vair ; avec lô Précis de deux Expériences particulières de Météorologie à faire.
- Lu à l’Académie Royale des Sciences de Paris >
- ; Je 14 Janvier 1784.
- V
- Par M. CARRA 3 Auteur des nouveaux Principes de PhyjiqUe^
- A PARIS,
- Chez Eugène ON FROY, Libraire,' Quai des Auguftins, au Lys d’or.
- Avec ArrnoSATioit et Permission*
- M. DCC. LXXXIV,
- Page de titre n.n. - vue 1/25
-
-
-
- A Vï S DE L'AUTEUR.
- Depuis la îeéhire de cet EfiTai à l'Académie des Sciences, l’Auteur a cru devoir y faire quelques Additions, pour tendre fa théorie plus claire & plus intelligible.
- La Planche que Ton a jointe à la fin de cet Effai avec ï’E*plication, rendra d’ailleurs l’intelligence de cette théorie plus facile encore.
- p.2 - vue 2/25
-
-
-
- ESSAI
- SUR
- LA NAUTIQUE AÉRIENNE,
- Contenant fart de diriger les Ballons aérofta-tiques a volonté, & d'accélérer leur courfe dans les plaines de Vair ; avec le Précis de deuxExpériences particulières deMétéorologie a faire.
- Honneur & gloire à MM. de Montgolfîer &: a MM. Charles & Robert, pour les belles .Expériences, dont ils viennent d’enrichir la Phyfiqtie , en nous montrant la route d’un nouvel océan, & en foumettant Patmofphère de la terre aux fpéculations hardies d’une navigation aérienne. Déjà MM. de l’Académie de Lyon ont propofé un prix pour celui qui trouvera la maniéré de diriger les Ballons aéroftatiques ; & fans doute en ce moment tous les Savans s’occupent à én juftifier la pofïi-bilité. C'eft dans' une circonftance fi glorieufe
- A 2.
- p.3 - vue 3/25
-
-
-
- 4
- pour les Sciences ôc pour ceux qui les cultivent J que j’apporte un contingent d’idées &: de combinaifons, propres à conduire au but que l’on s’eft propofé,
- Avant d’expliquer les moyens pat lefqüels je prétends établir une Nautique aérienne, il me paroît important de donner une théorie fue~ cinte de l’élafticité fpécifique des Ballqns aéroftatiques, de leur afcenfion dans l’atmo-iphère & de leur tranflation dans les différens courans d’air ou de vent qui tranchent, pour ainfi dire, cette atmofphère en tout fens de mouvement.
- L’élafticité fpécifique des Ballons aérofta-tiques n’eft autre chofe que l’effet d’un gaz ou air faétice plus volatil que l’air réel ou permanent , qui compofe la maffe totale de l’atmo-fphère; maffe qui eft, pour ainfi dire, contiguë 6c attachée au noyau de la terre, comme les rayons d’une roue à fon efiieu. Ainfi , une fubftance plus volatile Ôc plus indépendante que celle de l’air réel ou permanent, filtre néceffairement au - dedans de lui, 6c s’élève plus ou moins haut vers fa circonférence, en raifort compofée d’une plus ou moins grande rareté dans cet air réel , 6c d’une volatilité plus ou «moins indépendante de la part du gaz factice ou paffager. C’eft donc dans ce gaz
- p.4 - vue 4/25
-
-
-
- 1
- î’effet de fa volatilité qui opère le phénomène de fon afcenfion, & non l’effet d’une légéreté' naturelle à la qualité de fes parties conftituantes. Cette vérité eft affez prouvée par les groffes vapeurs, qui, quoique vifibles, opaques même & plus chargées de parties que l’air réel pur, ne s’élèvent pas moins au-deffus de lui, jufqu’a une certaine hauteur oii elles fe combinent en différens météores. D’après ces principes, plus une fubftance eft volatile, plus elle cherche a s’échapper & à s’élever dans l’atmofphère, Sc plus par conféquent elle paffe & pénétre de couches différentes de cette même atmo-fphère : d’où réfultent ce qu’on appelle légéreté fpécifique dans les gaz ou airs faétices , &C élajlicité comparée dans les Ballons aérofta-tiques, Ainfi le premier principe de nautique aérienne eft de choifir, pour les Ballons aérof. tatiques , le gaz le plus volatil, parce qu’il opère une plus grande élafticité , & fournit de plus grands refforts à développer &: à maîtrifer.
- L’afcenfion des Ballons aéroftatiques n’é-i tant autre chofe qu’une tendance du gag contenu à s^échapper vers la circonférence^ de l’atmofphère, il s’enfuit i° que ces Ballons s’élèveront toujours par le côté plus rare dq la colonne d’air dans laquelle . fe fera leur
- A3
- i
- p.5 - vue 5/25
-
-
-
- afcenflon (x)'-> z° que fi le gaz renfermé n’eft qu’une fois plus volatil que la couche d’air atmofphérique , d’oii il part, n’eft rare , le Ballon ne s’élèvera que jufqu’au terme où commence la couche d’air une fois plus rare que celle qu’il a parcourue. Si le gaz eft fept fois plus volatil, le Ballon s’élèvera fept fois plus que l’air atmofphérique n’eft rare y ainfl de fuite. Arrivé au terme ou la volatilité du gaz eft égaie à la rareté de l’air atmofphérique, & ou ce gaz cherche à fe mettre en équilibre avec l’air environnant, le Ballon fe trouve tranflaté dans un courant dont il fuit Bim-pulfion, jufqu’à ce que la volatilité du gaz ait opéré une dilatation telle qu’il ait pu s’en échapper ou par les pores relâchés ou par
- fi) Ils s’élèveront, par exemple , toujours en plan incliné du côté oppofé à une riviere , à un marais, à un nuage , parce qu’il eft dans la nature des fübftances volatiles de chercher, pour s’élever dans ratmofphere la colonne d’air la moins denfe. Ces Ballons reprendront une autre direction, fi d’autres colonnes de vapeurs les forcent à fe dévier d’un autre côté. Arrivés dans un courant fupérieur, dégagé de vapeurs ou de nuages, |ls fuivront ce courant fans déviation, jufqu’à ce qu’ils rencontrent d’autres obftacles. Us feront donc fujets ^ toutes les déviations poffibles, jufqu’à ce qu’on ait fil les maîtrifer & les diriger à volonté.
- p.6 - vue 6/25
-
-
-
- 7
- une éruption. Ces effets ne doivent jamais manquer d’avoir lieu, l’un ou l’autre, quelle que foit la nature de l’enveloppe , parce que les parties conftituantes de cette enveloppe ne peuvent jamais être homogènes, fous* aucun rapport, ni a l’air environnant ni au> gaz contenu. Ainfi le fécond principe de-nautique aérienne eft de ne laiffer élever le Ballon aérofta tique que jufqu’à la hauteur où il eft cenfé que fon gaz eft au moins deux fois plus volatil que l’air atmofphérique n’eft rare (z). Les apperçus néceftaires pour cette diftinétion pourroient fe déduire de la hauteur du mercure dans le Baromètre, &: des degrés de chaleur ou de froid que le Thermomètre
- (2) En confidérant les gaz ou airs faélices fous le rapport comparé de leur volatilité ou élafticité avec la rareté progreffive de l’air réel ou permanent de l’atmo-fphère, il n’eft plus queftion dé pefânteur ni de légéreté» L’on n’a donc pu établir encore aucune certitude fur les calculs de rapports faits jufqu’à préfent entre le gag de MM. de Montgolfier & l’air atmofphérique , ni entre ce même air & le gaz inflammable. Il ne s’agit au refte , pour le moment, que de faire des expériences de nautique aérienne. Ces expériences nous mèneront peu-à-peu à la connoiffanee parfaite de tout ce qui. peut avoir rapport à J’atmofphère en général, & au£, différais gaz .ou airs faétices en particulier.
- p.7 - vue 7/25
-
-
-
- £
- peut éprouver dans les différens gaz employés pour les Ballons : c’eft-à-dire * qu’en combinant telle hauteur du mercure avec tel degré de chaleur ou de froid, on auroit un réfultat qui donnerait des apperçus pour là diftin&ion que je viens de propofer. On conçoit d’ailleurs qu’il faudroit comprendre, dans ces apperçus, la pefanteur des corps emportés par le Ballon* comme il faut la fouftraire dans le calcul de l’élafticité du gaz contenu 5 afin de n’avoir à confidérçr, en première inftance * que la nature de ce gaz , fon rapport avec celle de Pair atmofphérique, dans fes différentes couches de denfité, &; le mouvement de translation des Ballons dans un courant d’air ou de vent quelconque.
- La tranflation des Ballons aéroftatiques eft totale dans l’atmofphère , & les banderolîes attachées à ces Ballons ne pointent pas; c’efL à-dire , que ces Ballons tous les corps qu’ils emportent avec eux , n’éprouvent aucune réfiftance de la part des vents,.quelques orageux &: quelques violens qu’ils puiffent être ; &; cela, parce que ces Ballons font, pôtfr ainfî dire, partie conftituante, non -feulement de la colonne du vent, ou du courant d’air dans lequel ils ont été projettés pan leur première afcenflon * mais de celle dans laquelle ils
- p.8 - vue 8/25
-
-
-
- 9
- peuvent fe trouver enfuite, foit par la déperdition du gaz en defcendant, foit par la diminution du left en remontant , foit enfin par une déviation quelconque. Àinfi un Ballon aéroftatique lancé dans la colonne de vent la plus rapide, 8c chargé, fi l’on veut, de tous les agrès &: de toutes les voiles d’un Vaiifeau, n’eft rien de plus, malgré tout cela qu’un Bateau fans rames, fans voiles, fans gouvernail, emporté par le courant tranquille d’une rivieré. Le vent par conféquent doit être banni de toutes les théories de navigation aérienne, 8c comme moyen de réfiftance 8c comme moyen d’accélération. Il ne doit être confidéré abfolument dans ces théories que comme un courant plus ou moins rapide, fur lequel le Ballon, 8c tous les corps qui lui font attachés, quelle que foit leur forme , font tranflatés inftantanément de la maniéré la plus pafilve. Si le vent fait une lieue par cinq minutes, le Ballon fait le même chemin dans le même tems 5 toutefois s’il n’y a pas déviation. On ne peut donc conclure de la théorie des vents de terre ou de mer, aucune théorie de nautique aérienne, pour diriger les Ballons 8c accélérer leur courfe. Ainfi le troifieme principe de cette nautique , eft de fe faire un point - d’appui, par lequel le mouvement
- A;
- p.9 - vue 9/25
-
-
-
- îô
- mufculaire du côndudeur puiffe, à volonté, fouftraire le Ballon & tous les corps emportés avec lui, non-feulement à l’impulfion horizontale du courant translateur, mais encore à fon impulfion direde. Il faut enfin que le quarré parfait de la pofition paffive oit fe trouvent le Ballon & l’Homme qui raccompagne , 'puiffe devenir, au gré de cet Homme, une courbe horizontale &c un parallélograme Vertical en même tems.
- Il eft bien démontré fans doute que c’eft-là le feul & vrai moyen j & c’eft fur la découverte &: l’application de ce moyen que j’ai fondé ma théorie.
- Mais pour procéder en réglé, je vais commencer par compofer ma Machine aéronautique , avec. tous les avantages que l’on peut imaginer, foit pouf la fureté du Conducteur , foit même pour accélérer fa courfe.
- Je fais donc un Ballon que je remplis d’un gaz très - volatil, & dont l’enveloppe eft de taffetas enduit de gomme copaîe ou élaftique. J’ajoute fur cette enveloppe , lorfqu’elle eft fuffifamment bombée, un fourreau de même étoffe, & enduit de même. Ce fourreau eft flafque, & doit fervir à recevoir le gaz qui s’échappera de l’enveloppe tendue , foit par dilatation foit par éruption. J’emploie d’ailleurs
- p.10 - vue 10/25
-
-
-
- II
- tous les moyens dont MM. Charles-& Robert ont fait ufage pour leur Expérience du premier Décembre dernier : favoir le filet, les cordons,, la foupape, la ficelle , le tuyau de cuir, &c~ Ce Ballon eft le fufpenfoir d’une nacelle d’ozier garnie en delfous de plaques de liège ; le tout calfeutré , gaudronné 3c arrangé avec art, élégance 3c propreté. Ma nacelle eft traverfée, dans fa plus grande largeur , par un cylindre de bois porté fur les deux bords, 3c palfé des deux cotés dans un cerceau de cuivre fixe ; de maniéré qu’il puiffe tourner fur lui-même fans fe déplacer. Ce cylindre, prolongé hors de la nacelle de vingt-cinq ou trente pieds de chaque côté , ( fuivant les dimenfions exigées par. la légéreté fpçcifique du Ballon 3c par fon diamètre , ) porte, de chaque côté , trois ailes de taffetas enduit de gomme copale, chacune de vingt ou vingt-cinq pieds de hauteur, 3c de quinze ou vingt de largeur. Ces trois ailes, à égale diftance fune de l’autre, 3c arrangées en forme de roue, font tendues d’un côté pat des baguettes de bois tranfverfales au cylindre, de rautre par des cordes, 3c fuivent le mouvement de rotation qui leur eft imprimé par le cylindre, au moyen d’une méchanique très-fimple, comme celle d’un rouet à filer que l’on fait aller avec le pied x ou d’un poids que
- A 6
- p.11 - vue 11/25
-
-
-
- Il
- l’on laiffe defcendre, 8c que l’on remonte a fon gré (3). Une greffe bague de plomb coulant le long de chaque baguette tranfverfale, 8c entraînant avec elle des petites boucles de fil de fer attachées au taffetas des aîles, tend chacune de ces aîles, à mefure qu’elle tourne du haut en bas, 8c la replie fur elle-même a mefure qu’elle tourne du bas en haut. On conçoit que, par ce moyen, Fimpulfîon du fluide fe fait toujours en avant, 8c jamais en
- (3) Ce poids , auquel feroit attachée une corde de quarante toifes, ferviroit de lock , pour eftimer le chemin que l’on feroit au-delà de la viteffe du vent tranflateur. Si ce lock met, par exemple, dix fécondés à defcendre & à dérouler fa corde , il eft clair que dans Cet intervale la Machine aéronautique aura avancé au-delà de la vîteffe du courant d’air , de quarante toifes de plus. On pourra donc calculer l’accélération que l’on aura donnée à cette Machine par le tems que le lock mettra à defcendre. Ajoutant enfuite par aproximation le chemin qu’on a dû faire avec le courant d’air ou de'vent dans lequel on eft tranflaté, ( fauf les déviations imprévues) on faura à très-peu de chofe près la diftance à laquelle on fe trouvera du point d’où l’on eft parti, & de celui auquel on veut aboutir. Une boulïble qui fera fous les yeux de l’Aéro-naute , fixera fa direction j & tandis qu’une montre à fécondés lui marquera les rems , le baromètre lui indiquera la hauteur où il fera , & le thermomètre 3 les degrés de froid ou de chaud par où il paffera,
- p.12 - vue 12/25
-
-
-
- *3
- arriéré, puifque les ailes font nulîes en fe relevant, & qu’elles ne font tendues qu’en s’a-baiffant. Cette méchanique , préfentée aux yeux, deviendra frappante par fa fimplicité, ôc par le fuccès de l’effet qu’elle promet. Le gros cylindre de bois brifé en deux portions égales, que l’on peut rejoindre &: féparer à fon gré, laifïe le choix de faire tourner un feul côté des aîles, ou les deux côtés enfemble. Voilà donc déjà un moyen d’accélérer la courfe de la nacelle , & même de la tourner} car on conçoit que, quoiqu’il y ait tranflation abfolue de tous les corps emportés par le Ballon, il n’en eft pas moins vrai que le mouvement mulculaire dont le Condudeur peut faire ufage, en différens fens, ajoute par la rotation des aîles de taffetas, un mouvement d’impulfion qui force la na^ celle ôc le Ballon à devancer le vent tranflateurj comme la rame accéléré la courfe d’un bateau qui fuit le courant d’une riviere, au-delà de la vîteffe de ce courant. Je dis plus : comme le courant d’une riviere peut être remonté, par la force des rames, de même le courant d’air ou de vent peut être remonté par l’impulfion de mes aîles de taffetas. Il ne s’agit que de les mettre en rotation du côté oppofé. On doit même concevoir, par cette théorie, que la Nautique aérienne a déjà un avantage fur la
- p.13 - vue 13/25
-
-
-
- .. H . .
- 'Nautique marine, en ce qu’il n’eft nullement queftion ici de l’infubiation des vents & de rondulation des vagues, comme d’un doublé accident de réfîftance, mais fîmplement comme d’un courant a remonter. Il arriveroit cependant que dans le cas ou l’on remonteroit un courant de vent, on éprouveroit une réfîftance fênfible* mais cette réfîftance feroit toujours moindre que la force d’impulfioii oppofée, donnée par la rotation des ailes de taffetas pour remonter. Les banderolles pointeroient alors, & elles feroient connoître, par leur direction, en quel feus 6c fur quel rumb de vent on navigueroit.
- En fixant horizontalement deux des trois ailes de taffetas, dont j’ai formé mes rames tournantes, elles ferviroient naturellement, en faifant le parafai, à empêcher la chûte trop prompte du convoi j 6c cela dans le cas où il fe feroit une éruption cbiifîdérâble & fubite dans les deux enveloppes du ffalfon ftifpenfoir. On conçoit que ce furcrôît tlé moyens, qui n’eft que le réfuitat d’un tour de main, ne peut-être que très-avantageux, fur-tout, puift-qu’il s’agît de garantir le çondudeur, coiitre tout événement,du danger d’une chute trop prompte.
- Si l’éruption fubite des deux enveloppes fe faifoit au moment oit l’on planerait ftit met ,
- p.14 - vue 14/25
-
-
-
- ïf
- on conçoit que ma Nacelle 5 doublée en îiége;. neferoit pas inutile, & qu’avant d’avoir aucun danger a craindre, du mouvement des vagues, on auroit le tems; i°, de couper les cordons & le tuyau de cuir du Ballon attachés a cette Nacelle ; & z°, d’adopter un coté des ailes de . taffetas à un montant préparé à cet effet dans le milieu de la Nacelle. Un gouvernail, fait d’une planche très-mince &: prolongé de deux pieds plus bas que la quille de la Nacelle, ferviroit alors de moyen pour fe diriger fer l’eau. Ce gouvernail fe trouveroit débarafie, de même dans un inftant, d’une queue de taffetas de trente ou quarante pieds de long, tendu par des baguettes de Baleine &: qui auroit fervi, ainli que je vais l’expliquer, à diriger. la Nacelle dans les plaines de l’air.
- J’ai donc une Nacelle de liège &c des ailes de taffetas tournantes qui peuvent me fervir à quatre ufagesj fa voir, à accélérer $a coiirfe de ma Machine aéronautique , à tourner fe proue , a retarder fa defeenfion en cas d'acd-. dent & à former des voiles marines dans 10c-cafion. J’ai, de plus, un gouvernail propre à la Nautique aérienne & à la Nautique marine; mais malgré cela je ne fuis point fur encore 4e pouvoir me diriger en tout fens ; il me faut abfolument un point d’appui qui devienne, à
- p.15 - vue 15/25
-
-
-
- ï6
- mon gré, indépendant de mon Ballon fufpen-fbir ôc de tous les corps emportés avec lui. Pour obtenir ce point d’appui, je fais un fécond Ballon fur le modèle de mon fufpenfoir avec double enveloppe également, mais fix fois moins gros que lui. J’adapte a la proue de ma Nacelle un bâton prolongé de fept à huit pieds en avant, & auquel j’attache une corde de cent-quarante pieds, qui part de l’appendice de mon fécond Ballon, élevé dans les airs au-delfus du Ballon fufpenfoir. Une autre corde de cent-quarante pieds, partant également de l’appendice de ce même fécond Ballon & paffant dans le filet du Ballon fufpenfoir, vient faire dans la main du Condudeur afïîs vers la poupe, un angle ( dont les dégrés peuvent varier fans conféquence pour l’effet,) avec celle attachée au bâton de la proue. Le mouvement mufculaire que le Condudeur fait, en tirant la corde qui eft dans fa main, force 'celle qui eft attachée au bâton de la proue, de plier, en même-tems qu’il pouffe en avant le gros Ballon fufpenfoir; parce que l’élafticité de ce fécond Ballon qui eft la feptiéme partie de la force fufpenfoire du Convoi aérien, fe trouve fbuftraite pour le Convoi & tranfinife entièrement dans le mouvement mufculaire du Condudeur ; d’oii il réfulte que l’effort de
- p.16 - vue 16/25
-
-
-
- *7
- ce mouVeiîlent porte une impulfion de l’arrière à l’avant, dont le Conducteur profite pour lâcher fa corde, faire décrire à la Nacelle une eourbe horizontale &: donner par-là aux deux fulpenfoires une nouvelle élafticité en fe relevant (4). Dans l’inftant même, le gouvernail
- (4) Il femble , au premier coup-d’œil, qtie la tfou-ftraéfion de la feptieme partie de la force fufpenfoire , far le trait du Ballon précurfeur, devient nulle pour tout le convoi aérien , parce que cette force , fe trouvant tranfmife dans le mouvement mufculaire du conducteur , diminue le poids du Conducteur , affis vers la poupe , d’une auffi grande quantité que celle qui fait defcendre la proue. Mais en examinant la chofe de plus près , on verra que le mouvement que fait le poignet du Conducteur , en tirant la corde du Ballon précurfeur, eft un mouvement prefque indépendant de la pefanteur du refte de fon corps; & que par conféquent s’il tire vingt-cinq livres, il ne peut perdre tout au plus que dix livres de fon poids ; refient donc quinze livres , par le moyen defquels il imprime, à tout le convoi aérien , une ofcil-lation, une ondulation même dont il a néceffairement befoin pour maîtrifer la direction de fa nacelle, & la maintenir dans la ligne qu’il veut fuivre. Au refte je ne eefterâi de dire1 que c’eft par l’expérience feule que Bon pourra décider en faveur'de mes moyens ou contre eux; 8e il- me femble que ces moyens'là, que j’ai'rendus publics fl’une maniéré allez défntéfeftee, valent bien la peine d’être eiîayés.
- p.17 - vue 17/25
-
-
-
- iS
- agiffant, en comprimant l’air oppofé, la proue tourne 6c s’efface dans un parallelograme vertical ; d’où réfulte le nouveau quarré de la direction dans laquelle on veut pointer 6c maintenir laNacelle. Ainfi, leCondu&eur, afïîs vers la poupe 6c tournant le gouvernail de la main gauche, en même-tems qu’il tire de la main droite la corde du Ballon précurfeur, donne à fa Nacelle le double mouvement dont il a befoin pour la déplacer 6c la diriger ; tandis qu’en faifant agir du pied le rouet attaché au cylindre de fes ailes de taffetas, il leur imprime, des deux côtés ou d’un feul, ïe mouvement de rotation propre à accélérer fà courfe ( j ).
- Pour ajouter un nouvel avantage a ceux que je viens d’établir, je couvre la double enveloppe de mon Ballon précurfeur d’un filet tiffu 6c hériffé en grande partie de fils de laiton. Ces fils communiquent vers l’appendice du Ballon, à un autre fil de même métal 6c plus gros,
- (y) On fent bien que fi cette manœuvre eft trop fatigante pour une feule perfonne, ce n’eft pas l’embarras de trouver un compagnon de voyage qui en veuille partager la peine. Il s’agit feulement de faire voir ici qu’un feul homme peut, à la rigueur» conduire ma Machine aéronautique,
- p.18 - vue 18/25
-
-
-
- 19
- |ntortillé autour de la corde attachée au bâton de la proue, 8c qui aboutit à un gâteau de réfine renfermé dans un fac de cuir, rempli d’eau 8>c attaché au meme bâton (6). Le fluide éledrique, exploré des nuages orageux ou fou-droyans que la Machine aéronautique peut rencontrer fur fa route, vient aboutir au gâteau de réfine 8c paflant de-la dans l’eau, ou nage ce gâteau, reprend fon équilibre 8c rentre paifiblement dans le grand réfervoir commun. On conçoit que le Conducteur de la Nacelle n’ayant aucune communication avec le fil de laiton plongé dans le fac de cuir, il n’a rien à craindre du fluide éledrique, quelques fréquentes 8c abondantes que puiflent être les étincelles explorées.
- Enfin, en lâchant par le moyen de deux poulies, (fixées perpendiculairement chacune aux deux bouts du bâton de la proue,,) la
- (6) Pour éviter le contad des commotions éledriques que le fil de métal , entortillé avec la corde du Ballon précurfeur, pourroit produire immédiatement fur le Ballon fufpenfoir, je garnis cette corde, le long du Ballon fuf-penfoir auquel elle touche, d’un fourreau de cuir mouillé j & cela feulement de peur que s’il fe faifoït éruption de ce côté-là, le fluide éledrique n’enflammât le gaç échappé.
- p.19 - vue 19/25
-
-
-
- corde du Ballon précurfeur attachée 'a ce bâton,' on a un moyen très - {impie de defcendre a volonté, fans avoir befoin de laifïer écouler le gaz 5 parce que ce Ballon précurfeur qui efl: la feptiéme partie de la force fufpenfoire, ne foutenant plus le Convoi aérien, ce Convoi s’abaiffera d’autant, pendant tout le tems que file la corde. Si l’on veut remonter, on retire* par les mêmes poulies, la corde que l’on avoir filée ; &: le Ballon précurfeur, fe trouvant arrêté par-là, continue de faire partie de la force fufpenfoire qui éléve le Convoi, fans avoir befoin de renouveller le gaz.
- Tels font les moyens que je préfente pour établir &; perfectionner même la nautique aérienne. L’expérience que je m’offre de réa-lifer fur terre &: fur mer (7), dans tous les détails que j’ai expofés, fera connoître la certitude &: la folidité de ces moyens, au-de-la , peut-être , de mes efpérançes.
- • (7) J’obferverai ici que les Ballons aeronautiques' qui s’élèveront de terre pour aller planer au-deffus de la mer, éprouveront une defeenfion qui pourroit effrayer leur Conducteur, ainfi que les Spectateurs, lï je ne les pré-venois d’avance que les courans d’air, ou. colonnes de vent de terre qui paflent fur mer, s’abaiffent en fe réfrénant , & que celles qui paffent de la mer fur les terres
- p.20 - vue 20/25
-
-
-
- Précis de deux Expériences de Météorologie a faire avec les Ballons aérofladques.
- La première, feroit celle du Ballon couvert d’un filet tiflu &: hérifïe de fils de laiton, tel que celui dont je viens de parler 8c qui feroit lancé dans les nuages orageux ou foudroyans. Ces fils de laiton correfpondroient à une corde entortillée d’un fil du meme métal, 8c qui aboutirait a la terre, de la même maniéré que la chôfe fe pratique dans ^expérience dû Cerf-volant électrique. On conçoit qu’elle feroit l’utilité de ces Ballons éledriques 8c combien leur ufage feroit au-deffus de celui des Cerfs-volans; puifque, fans vent, on pourroit les lancer dans les nuages; 8c, en faifant taire le tonnerre, explorer fubitement le fluide éledrique concentré 8c anéantir, par - la, la
- s’élèvent en fe dilatant. Tout Ballon aéronautique s’a-baiflera donc d’une maniéré fenfible, lorsqu’il paflfera de la colonne de vent de terre dans celle de mer, &, par la même raifon , il s’élèvera d’autant, lorfqu’il quittera la colonne de vent de mer pour reprendre celle de terre. Dans ce cas, l’Aéronaute àuroit tort de jetter de Ton leii pour remonter à la première élévation > ce feroit prodiguer fes moyens en pure perte.
- p.21 - vue 21/25
-
-
-
- caufe locale des orages, fans craindre que cettê même caufe pût fe porter ailleurs.
- La fécondé Expérience, feroit celle de fept Ballons du même diamètre, de la même circonférence & dont l’enveloppe feroit du même poids & de la même étoffe. Le premier, feroit rempli d’un gaz une fois feulement, plus volatil que l’air atmofphérique de première couche de denfîté n’efl rare; le fécond , d’un gaz deux fois plus volatil ; le troifieme, d’un gaz trois fois plus volatil, ainfi de fuite. Chacun de ces Ballons feroit peint d’une couleur différente. On les lanceroit tous en même-tems, & l’on verroit par l’inégalité de leur afcenfion , non - feulement la viteffe qui les diftinguerôit l’un de l’autre, mais les différentes routes qu’ils prendroient, chacun de leur côté. S’il étoit pofïible d’ailleurs d’appercevoir à quelle hauteur chacun d’eux prendroit fa di-redion horizontale, on pourroit en tirer des conféquences & établir des calculs, non-feulement fur les lignes de démarcation, qui dif-tinguent les différentes couches de denfîté de l’air atmofphérique; mais encore fur les progreffions de rareté de cet air, à mefure qu’il s’élève &£ s’étend vers la circonférence. On auroit, par ces obfervations, la bâfe d’une
- p.22 - vue 22/25
-
-
-
- vraie théorie aéroftatique, que l’on applique-roit certainement avec fuccès à la nautique aérienne.
- Lu & approuvé, ce 30 Janvier 1784. de Sauvigny.
- Vu réprobation » permis d’imprimer s le 31 Janvier 1784.
- LE N O I R.
- On trouve chez Onfroy les Nouveaux Principes de Phyfique de M. Carra.
- : 1
- De l'Imprimerie de Lottin l’aîné, Imprimeur du Roi, & Ordinaire de la Ville , rue S. Jacques, au Coq.
- /
- p.23 - vue 23/25
-
-
-
- Explication de la Planché*
- A. le gros Ballon fufpenfoir.
- B. la Nacelle doublée en liège.
- Cj C. les ailes tournantes.
- d, d. les groffes bagues de plomb qui replient le taffetas des ailes tournantes, lorfque ces ailes tournent du bas en haut , & qui le déplient lorfqu'elles tournent dii haut en bas.
- E. le gouvernail.
- F. le lock.
- G. le Ballon précurfeur, hériffé de pointes éleCtriques.
- h, h. la corde , entortillée du fil de laiton , laquelle eft attachée au bout du bâton de la proue de la nacelle, & tient le Ballon précurfeur à une hauteur de cent* quarante pieds au-deflus de la nacelle.
- J. J. autre corde de cent-quarante pieds, qui part égale* ment de l'appendice du Ballon précurfeur , & vient dans la main du Conducteur affis vers la poupe.
- K. le Conduéteur affis vers la pdupe de la nacelle.
- L. le fac de cuir rempli d’eau , au milieu duquel nage îc gateau de réfine, & où aboutit le fil de laiton de la corde h, h.
- m, m. deux poulies par ou l'on file la corde deftinée à defcendre & à remonter à volonté, fans laiffer écoule? & fans rénouveller le gaz. en aucune maniéré.
- p.24 - vue 24/25
-
-
-
- p.25 - vue 25/25
-
-