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Projet d'un moyen pour diriger le globe aérostatique, avec des observations sur les moyens d'ascension, & sur la déperdition du gaz inflammable
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- DU N MOYEN
- 1P OHM. BIMIGEM l'ï GZOBE
- AÉROSTATIQUE,
- AVEC des obfervations fur les moyens d'afcenjion, & fur la déperdition du Ga\ inflammable.
- ^--------------------=^
- Par A. MATHIEU, Négociant de Mimes,
- De l’Imprimerie de Pierre BEAUME, Imprimeur-Libraire*
- à la Grand’rue.
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- AVANT-PROPOS.
- Ï Ors que MM. de MONTGOLFIER eurent fait leurs bétonnantes expériences fur le Ballon Aéroftatique , & que MM. Charles & Robert s’abandonnant dans leur Char au gré des vents, eurent fait le célèbre voyage, qui affocie leurs noms à ceux des Inventeurs , tout le monde fentit la néceffité de trouver le moyen de pouvoir donner au Globe une dirè&ion horifontale à volonté ; il falloit rendre utile la découverte , jufqu’alors ingénieufe feulement. Beaucoup de gens s’en occupèrent ; je cherchai comme les autres , réfié- -chiffant fur les difficultés de diriger un corps entièrement plongé dans un fluide auffi rare que l’air ; & n’ayant pour le faire mouvoir d’autre point d’appui que cet élément, je fentis que les moyens ufités dans la Marine , étoient infuffilans : j’en cherchai un autre ; je crus l’avoir trouvé ; le défir abufe l’ef-prit, dans mon impatience , pardonnable fans doute de m’af-îurer l’honneur de la découverte , fl tant efl: que je puifle la dire heureufe, je réfolus d’en prendre date : je la confignai chez Me. Darlhac neveu , Notaire , le 19 Décembre
- 1783-
- Et fur ce que j’avois ouï dire que M. le Comte d’A*** étoit chargé par S. M. de préflder aux recherches qui fe feroient à ce fujet , je pris la liberté d’écrire à ce Seigneur le 31 Décembre 1783 ; il m’honora d’une réponfe le 21 Janvier dernier.
- Dans toutes les découvertes, on a d’abord & l’on ne donne par confequent que des aperçus ; c’eft par le temps & la réflexion qu’on les perfe&ionne. j’ai médité davantage fur mon Projet, foit pour le rendre plus utile en le mettant à la portée de tout le monde, foit parce qu’ayant le deiTem de le mettre au jour, je ne devois le préfenter au Public qu’avec des détails & des preuves.
- Sentant la néceffité dans laquelle fe trouvera le Voyageur
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- aérien d’augmenter les forces motrices dans certains cas, fans pourtant furcharger la Machine, j’indique un moyen auffi fim~
- pie qu’efficace.
- Je fuis entré dans- certains détails fur la forme du Globe, fur la manière de l’incliner, fur les moyens dafcenfion & de def-cenfion, fur la nature des Gaz les plus convenables , & des moyens de s’en procurer à bon compte. Je donne donc aujourd’hui mon Projet beaucoup plus étendu, que mon impatience ne m’avoit permis de le préfenter à M. le Comte d’A*** mais toujours fur le même principe.
- Pour me mettre à la portée de tous mes Lefleurs, j’ai cru devoir rapporter les principes généraux de.la navigation, afin d’être entendu de ceux qui les ignorent ; ceux qui les connoif-fent déjà, pourront fe difpenfer de s’y arrêter, s’ils le jugent à propos..
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- UN MOYEN
- Propre à diriger le Ballon Aéroftatique.
- Des Moyens employés dans la Marine pour diriger les Navires,
- L
- De la Voile,
- JL* A plupart de ceux qui ont hafàrdé leurs idées lur les moyens de diriger le Globe Aéroftatique, les ont tirées de la Marine (i) , le Globe, ont dit les uns, eff un corps pouffé par le vent $ le Vaiiïcau l’eft auffi,* ils ont donc cru qu’on pourrait lui adapter des voiles. Le Globe, ont dit les autres, eft un corps nageant dans un Fluide j ils lui ont appliqué les rames } ils n’ont pas fait attention que le Pilote Marin a deux élémens à là difpofition \ que le Pilote Aérien n’en aurait qu’un j que c’eft par le concours de deux agens que le premier opère fes plus belles manœuvres, & qu’ellesfont toujours le réfultat d’un mouvement com-pofé , réfultant de deux forces oppofées.
- Pour fe convaincre de ce que je viens de dire, il fuffît de voir manœuvrer le Pilote \ reprélèntons-nous le Vaiffeau en équilibre à la furface de l’eau , par la ré-fftance que cet élément oppofe à fon immerlîon.
- Si le Pilote veut diriger fa marche par la direélion du vent , 5c que celle du courant foit la même , il faifit le vent en poupe, & le Navire, par un mouvement fimple , parcourt, dans un temps donné, une ligne droite, avec une vîteflè égale à la fomme des deux Puiffances qui le font mouvoir.
- Si les deux forces le trouvent oppofées l’une à l’autre, le Pilote à la faveur des voiles , fait vaincre la réliftance que le courant lui oppofe, 5c parvient à ion but, avec une vîteffe proportionnée à la ffipériorité du vent.
- (O On a propofé des ailes, des nageoires, le recul par l’éolypile & par la poudre à canon ; «es moyens paroiffent tous icCuffifans.
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- (O
- Si la Mar eft calme, que le vent fouffle du nord au fud , St que le Pilote veuille fe diriger à foueft, il tourne l’avant de fon Navire vers fon point de direction 5 il difpofe les voiles à recevoir convenablement le vent ; 8t alors le Navire, qui eft pouffé du nord au fud, préfentant fon flanc à l’eau qui lui fait réfiftance, en rai-fon de la furface que le Navire lui oppofe, l’oblige à décrire une ligne vers l’oueft.
- Enfin 5 fi le Pilote veut fe diriger direétement contre le vent, il eft obligé de courir des bordées, en oppofant à propos la réfiftance d’un Fluide aux efforts de l’autre\ il parvient à fon but par la voie des obliques.
- Il eft démontré que c’eft par la force du vent, St la réfiftance de l’eau qu’on lui oppofe à propos , que le Pilote parvient, non-feulement à diriger fa marche, mais encore que c’eft par la combinaifon de ces deux agens que s’opèrent toutes les évolutions navales, St quelles font toujours le réfultat de ces deux forces op-pofées l’une à l’autre.
- Le Pilote Aérien ne peut donc pas faire ufàge de la voile, fi ce n’eft lorfqu’il veut fuivre le courant d’air $ dans ce cas-là , elle lui devient même inutile , puif-que le Globe, qui préfente une grande furface à l’air, en fait lui-même la fonction.
- I I.
- De la Rame.
- Lorsque le vent manque, le Pilote ne peut faire aucun ufage de la voile 3 il le voit forcé d’avoir recours à d’autres moyens pour fo diriger. Le moyen, connu de tout le monde, c’eft la rame } c’eft un lévier de la fécondé efpèce, dont le petit bras eft dans la main du Rameur , St dont le grand paffe alternativement d’un Fluide dans l’autre 3 l’eau par ià réfiftance communique au Bateau l’impul-fion du Rameur, tandis que l’air laiffe un paffage libre au retour de la rame.
- Au premier coup-d’œil, cette Méchanique a paru à plufîeurs applicable au Globe Aéroftatique j mais pour fbntir l’inutilité de la rame ordinaire , pour diriger le Globe, il fuffit de faire une obfervation ÿ elle eft fondée fur la différence de la pofition du Ballon, St de celle du Bateau.
- Le Bateau fe trouve en équilibre entre deux Fluides 5 cette pofition donne la facilité au Rameur de plonger alternativement le grand bras de la rame dans les deux élémens. Le Ballon , entièrement plongé dans l’air, n’offre point au Navigateur la même reffource.
- Le Bateau fe trouvant en équilibre à la furface de l’eau, les Rameurs ont la facilité d’y plonger le grand bras de la rame } l’eau en s’oppofant à fon a£Hon lui fert de point d’appui j St les rames étant attachées fur les bords du Bateau lui communiquent l’impulfion , St le font avancer en raifon de faction qu’on exerce for la rame 3 enfuite les Rameurs, élevant la rame hors de l’eau, la font paffer dans l’air *, dan^ces inftans l’aétion de la rame eft fufpendue , l’air lui oppofant beaucoup moins de réfiftance que l’eau, puifqu’il eft environ huit cents fois plus rare qu’elle,: le retour de la rame fe fait fans oppofition de la part du Fluide, St, fans perte fenlible des forces motrices : cette manœuvre étant répétée, le Bateau
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- également prefie des deux côtés par les rames, doit décrire une ligne droite , dont la dire&ion fera oppofée au dos du Rameur , avec une vîteffe proportionnée à Faction qu’on exerce fur la rame.
- Voyons maintenant ce qu’il en réfulteroit, fi le grand bras de la rame étoit toujours plongé dans l’eau , & que le Rameur voulût lui faire reprendre la première pofîtion par un mouvement rétrograde , fans le faire forîir de l’eau. Mous avons dit que par l’impulfion que le Rameur imprime à la rame , le Bateau eft follicité à décrire une ligne droite , oppofée au dos du Rameur $ 11 la rame vient reprendre là première pofition, en paffant à travers l’eau, elle éprouvera dans fou retour, de la part de ce Fluide, une réfiftance égale à celle qu’elle a éprouvée dans Ion premier mouvement, mais dans un fèns contraire } &. le Bateau qui fe ferait avancé par l’effet de la première impulfion, fèroit forcé par la fécondé de reprendre là place -, les forces deviendraient nulles par l’effet de leur oppofition. Voilà précifément ce qui arriveroit au Rameur Aérien , avec la rame ordinaire , parce que Ion Bateau volant fe trouve entièrement plongé dans l’air, 8t que toutes les manœuvres ne peuvent s’opérer que dans cet élément 3 car, en accordant que la rame trouverait de la réfiftance de la part de l’air, par l’a&ion qu’elle exerceroit fur lui dans fon premier mouvement, il eft clair que la rame agiifant avec la même a&ivité fur l’air dans fon retour, la première aéfiôn lèroit détruite par la fécondé, ôt que le Bateau volant ferait toujours dans la même pofition.
- Pour pouvoir appliquer avec liiccès la rame à la navigation Aérienne, il faut qu’elle agilfe pleinement dans fa première aéfion, 8c que l’efifet de la lèconde foit entièrement nul, c’efFà-dire , que la rame éprouve de la réfiftance de la part de l’air dans Ion premier mouvement pour avoir un point d’appui, èc qu’elle n’en éprouve aucun dans Ion retour, afin de ne pas faire rétrograder le Bateau volant. Avant de parler du moyen que j’ai imaginé pour produire cet effet, il convient de dire un mot du troifième moyen que le Pilote emploie pour la direction de fon Navire.
- III.
- Du Gouvernail.
- L E gouvernail eft, de même que la rame , un levier de la lèconde efpèce 5 mais comme il eft d’une forme différente &C différemment placé, qu’il a fà partie inférieure entièrement plongée dans l’eau, il agit d’une autre manière. Sa fonction fe borne à faire tourner le Navire lur lui-même, afin de diriger la proue à» volonté.
- Cependant Ion aètion s’exécutant toujours dans le même fluide, dans feau où il fe trouve plongé , il fuit de-là que le gouvernail eft applicable à la navigation aérienne, parce que la Machine Aéroftatique étant entièrement plongée dans l’air, le gouvernail n’aura d’autre fonction que celle de faire tourner le Bateau fur lui-même i comme dans la navigation fur l’eau.
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- Defcription de la Machine Aérojîatique.
- L a Figure première, repréfente la Machine Aéroftatique, dirigée horifon-talement par les deux perfonnes qui font dans le Bateau.
- A. Eft le Globe , qui après_s’être élevé la pointe en bas, par l’introduéfion du Gaz inflammable, a été incliné par les Voyageurs , de manière à lui faire tourner la pointe du côté du point de direéfion, afin qu’il puiffe rompre plus aifément la colonne d’air.
- B. Le Bateau qui eft appendu à environ vingt-cinq pieds au-deflous du Globe par de petites cordes, for chacune defquelles fe meut une poulie, lorlqu’on veut incliner ou redreflèr le Globe.
- C. Le petit bras de la Rame, qui doit être mu par la perfonne qui eft placée for le devant du Bateau.
- O. Le grand bras de la Rame, armé de foupapes à charnière.
- r . Le Gouvernail.
- F. La Manivelle pour incliner le Globe.
- G. Un Cylindre for lequel la corde H ffait trois tours.
- H. La Corde qui fait incliner le Globe.
- I.
- K.
- L.
- Les Cordes qui foutiennent le Bateau folpendu à vingt-cinq pieds au-deflous du Globe. \
- La Figure 2, repréfonte les Rames, vues par devant.
- M. (Figure 2.) La Pédale que le Rameur, placé for le devant, doit faire mouvoir avec fos pieds.
- N. (Figure 2.) Les Soupapes en cuir 8t à charnière.
- O. O. Les Cordons pour ouvrir les Soupapes.
- R La Soupape pour laiffer fortir du Globe le Gaz, lorfqu’il fo dilate.
- Le Robinet pour introduire le Gaz dans le Globe.
- S. Les Pavillons qui indiquent la direéHon du Globe.
- T. Un Boyau pour recueillir le Gaz qui fort du Globe.
- V. Un fécond Boyau pour conduire le Gaz du récipient dans le Globe.
- La Figure 3 , repréfonte l’une des Rames avec les Soupapes, vue par côté.
- v.
- Des moyens etAfcenjlon.
- Entre les moyens qui fo préfontèrent à l’efprit de MAL de Montgoîfier pour faire élever le Globe , après avoir tenté le Gaz inflammable, ils préférèrent de fe fervir du feu, comme d’un moyen plus fimple, plus prompt, & le plus propre à exécuter des expériences frappantes} en effet, ce procédé eft un trait de
- génie :
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- génie : la preuve en eft que lorfque ces deux illuftres Frères eurent annoncé leurs expériences, plufieurs Phylieiens pensèrent au gaz inflammable, mais perfonne n’imagina que la dilatation de l’air pût produire cet effet furprenant. Cependant il me lèmble que lorlqu’il s’agit de rendre l’expérience utile, le gaz inflammable eft à préférer , foit parce que fes inconvéniens font moindres que ceux du foyer portatif j St que ce foyer demande un aflujettiftement continuel, pour entretenir ou augmenter le degré de dilatation : foit parce que le moyen d’afcenfion qui donne au Globe un plus grand degré de légéreté fpécifique, mérite la préférence, puilqu’il facilite les moyens de faire enlever à la Machine , un poids plus confidérable \ ou encore, parce que préfentant moins de furface à l’air, il doit éprouver moins de réfiftance de fa part, dans là direction horifontale.
- Ce n’eft pas que le gaz inflammable n’ait auflî de grands inconvéniens j la déperdition, malgré la réfine élaftique, ainfi qu’il l’a paru dans l’intéreffante expérience de MM. Charles 8t Robert, outre l’embarras d’avoir avec foi une provi-fîon pour réparer cette perte, 8t les difficultés de l’introduire dans le Globe pendant la route , cette déperdition fait courir des dangers aux Voyageurs.
- Nous lavons que la moindre étincelle éle&rique foffit pour enflammer le gaz inflammable, lorlqu’il eft en contaét avec l’air atmolphérique. Or, luppofons que le Globe foit éle&rifé pofitivement, 8t qu’il rencontre un nuage qui le foit négativement, il en réfultera une étincelle qui enflammera le gaz qui fort du Globe y St dans le cas où l’air atmolphérique s’y fût introduit dedans, le feu peut s’y communiquer 5c en occafioner la deftruâion.
- Il eft poffible de remédier à tous ces inconvéniens par une enveloppe qui foit imperméable au gaz inflammable. L’on pourra le lèrvir de peaux d’agneaux ou de chevreaux, fur lelquelles on paftera , à chaud , une ou deux couches de gomme élaftique, ou bien de cire , diftoute avec l’elprit de térébenthine \ on les mettra enfoite fous une forte prelfe, afin de boucher les pores par lelquels le gaz inflammable s’échapperoit fans cette précaution. En attendant qu’on ait trouvé une matière plus favorable, cette enveloppe femble devoir mériter lapréfé-rence fur celle du taffetas, parce qu’elle eft moins coûteufè, plus légère, ôt fur-tout moins perméable au gaz inflammable.
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- ' De îinclinaifon du Globe.
- Lorsque la Machine fera élevée à la hauteur convenable pour naviguer, les Voyageurs inclineront le Globe en changeant le centre de gravité , de manière à lui foire préfenter la pointe du côté du point de direéfion, afin qu’il éprouve moins de réfiftance de la part de l’air, qu’il divifera plus facilement lorlqu’il fera dirigé horifontalement.
- Cette manœuvre s’opérera au moyen de la manivelle G, fixée au cylindre, for lequel pafle la corde H, qui fait trois tours fur ledit cylindre.
- Si l’on tourne la manivelle de droite à gauche, le Bateau s’approchera de la partie P, l’obligera par fon poids à defcendre , tandis que la partie R, fe trou-
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- vant allégée par l’éloignement du Bateau, doit s’élever en même teiflps que patff tre s’abaiffe 3 pour redreffer le Globe, il faudra tourner la manivelle dans le fens contraire.
- VIL
- De la Rame à Soupape (Y).
- J’ai annoncé que pour pouvoir diriger le Bateau volant, & lui imprimer un mouvement progreffif, en fe fervant de la rame, il faudroit qu’elle pût preffer fortement l’air dans un fens, ôt n’éprouver qu’une foible rélîftance dans fon retour 3 de manière que lorfque les Rameurs tireraient les rames à eux, la réaction de l’air pût faire avancer le Bateau , comme fait celle de l’eau 3 St que lorfqu’ils remettraient les rames dans leur première pofition, elles n’éprouvaffent aucune rélîftance de la part de l’air-, dans ce cas là, le Navigateur aérien agirait par les mêmes moyens que le Rameur marin : car fi celui-ci en élevant la rame dans l’air, la rend inaéfive dans fon retour, le Navigateur aérien produirait les mêmes effets, mais par une caufe différente (2).
- Le problème à réfoudre eft donc, d'imaginer une rame qui preffe fortement l'air quand le Rameur la tire à lui & qui ne rencontre aucune oppofition de la part de l'air, lorfque le Rameur la fait retourner pour prendre fa première pofition. Les rames à fbupapes, que je propofè , doivent néceftairement remplir ce double objet. Le Rameur tirant à lui le petit bras de la rame , le grand bras preffera fortement l’air 3 les foupapes étant exactement fermées, le retour de la rame s’opérera par fon propre poids 3 St elle ne rencontrera aucun obftacle de la part de l’air, parce que les foupapes s’ouvrant d’elles-mêmes, lui laifferont un paffage libre.
- VIII.
- Manœuvre de La Rame à Soupape,
- S1 le Voyageur, qui eft placé fur le devant du Bateau volant, tournant le dos au point de direction, tire à lui vigoureufement le bras G , du levier C. D., la partie D. préfentant une grande furface à l’air, celui-ci s’oppofant à fon mouvement, doit, par fa réaétion, obliger le Bateau volant à décrire une ligne droite, dont la direction fera oppofée au dos du Rameur 3 les rames qui font fupportées par un axe, doivent, par leur propre poids, reprendre leur première pofition.
- Les foupapes N. N., placées à l’oppofite du Rameur, 8>C qui fe font fermées lorfque celui-ci a imprimé le mouvement à la rame, s’ouvrent d’elles mêmes pour donner paffage à l’air, lorfqu’elles retournent à leurs places. Toutes les forces du Rameur font donc uniquement employées à faire cheminer le Bateau volant ; il a même le temps de reprendre haleine dans cet intervalle.
- Si le Rameur répète cette manœuvre, le Bateau volant décrira une ligne dans
- (1) On trouvera les dimenfions de la Rame, dans le paragraphe XIV.
- (2) J’avois imaginé une rame pour appliquer aux Vaiffeaux, lorfqu’ils font dans le cas d etre remorqués > fondée fur les mêmes principes.
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- (il)
- l’air, avec une vîteffe proportionnée à l’a&ion qu’on exercera fur la rame : le Bateau aérien étant fufpendu , Sc foiidement attaché au Globe, doit néceffaire-ment l’entraîner dans fa direction horifontaie.
- I X.
- Des moyens de diriger la Machine obliquement -par la Rame y fans le fecours du Gouvernail,
- L’expérience nous prouve tous les jours, que le Bateau à rame peut fe diriger à volonté, fans gouvernail , le mécanifme que j’adapte à la direction de la Machine Aéroftatiquc, nous fournira les mêmes avantages, quoique les deux rames foient fixées fur le même axe , 6c mues par le même lévier.
- Les rames aériennes étant fupportées par le même axe, 6c mues par le même levier, leur mouvement doit être toujours uniforme j mais par le moyen des cordons O. O, Figure i, le Rameur pourra ouvrir les (bupapes du côté fur lequel il voudra chaffer , 6c donner par ce moyen là un palfage libre à fair, dans tous les fens : alors l’effet de cette rame étant nul, l’autre, par fon plein effet, doit faire dériver le Bateau. Si I on ouvre les foupapes du côté oppofé , &.qu’on faille les autres fe fermer 6c s’ouvrir librement, l’effet contraire aura lieu cependant lorfqu’on aura befoin de tourner promptement, il conviendra de faire ulage du gouvernail.
- x.
- Les Rames peuvent faire les fonclions de la Voile,
- Lorsqu’on voudra fuivre le courant de l’air, les rames peuvent faire la fonéfion de la voile ,* il fuffira pour cela d’attacher une corde au bout du levier C , 6c de fixer l’autre bout au-devant du Bateau ^ alors les rames qui feront immobiles, préfentant toutes leurs furfaces au vent, elles ferviront de voiles.
- Si le courant n’étoit pas fort, 6c qu’on voulût accélérer la marche, il faudrait faire mouvoir les rames dans le fens ordinaire} 6c alors on pourrait gagner de vîteffe fur le vent.
- XI.
- Des moyens et accélérer tafcenfion par les Rames,
- Lorsqu’on voudra faciliter l’afcenfon , il faudra pointer les rames de haut en bas , en abailîanr le bras du lévier C , du côté du gouvernail $ de manière que-le bras D de la rame, forme, avec les bords du Bateau, un angle de 45 degrés, il fuffira alors d’agiter le bras C de bas en haut, afin que la partie D de la ramé preffe la colonne d’air inférieure de haut en bas, pour faciliter l’afcenlion de la Machine, Par le moyen de cette manœuvre, l’on pourra même éviter une def-
- Bi
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- (ïl)
- cenfion trop précipitée, s’il arrivoit quelque accident au Globe $ qui occafionât une déperdition trop confidérable de gaz inflammable.
- X I I.
- Des moyens J!augmenter les forces motrices 3 fans augmenter le poids de la Machine,
- IL fe trouve des cas, où nos Voyageurs auront befoin d’employer momentanément une plus grande quantité de forces $ comme par exemple, pour vaincre la réfiftance d’un courant d’air. Comme il eft très-effentiel de ne pas trop furchar-ger la Machine Aérienne, pour ne pas donner trop de volume au Globe , ôt pour éviter la réfiftance qu’il oppoferoit dans fa dire&ion à l’air, je vais donner des moyens pour doubler &. tripler même les forces du Rameur. Le lévier C , prolongé jufques en 00 avec la pédale M , nous le fournira : fi le Rameur, qui tire avec fes mains le bras du lévier C, place fes pieds fur la pédale M, 8t qu’il la repouffe en même-temps, l’effort qu’il fera fera double , parce que le bras M eft égal au bras C.
- Si à l’extrémité de la pédale on attache le bout d’une corde, Sc que l’autre bout foit dans les mains de la perfonne qui dirige la barre du gouvernail , celui-ci , tirant à foi le bout de la corde qu’il a dans fes mains, dans le même inftant que le Rameur fait fa manœuvre , il imprimera à la rame une force égale à celle que le Rameur lui imprime avec fes mains} ôt par ces moyens les premières forces , appliquées aux rames, fe trouveront triplées fans qu’il y ait la moindre augmentation de poids dans la Machine.
- Lorfque le Rameur aura les bras fatigués, par la continuité de la manœuvre, il pourra le délaffer fans interrompre la marche de la Machine j il abandonnera le bras C , Ôç fera mouvoir avec les pieds le bras M.
- XIII.
- Des moyens de recueillir le Ga\ inflammable > lorfquil s*échappe du Globe par t Appendice,
- L o R Q u e la Machine eft parvenue à une hauteur confidérable, rencontrant un air plus rare que celui qui eft à la fiirface de la terre , cet air oppofe moins de réfiftance au gaz renfermé dans le Globe , qui, tendant à fe dilater , creveroit fon enveloppe, s’il ne trouvoit une iffue pour s’échapper par l’appendice R, qui lui donne paffage jufqu’au moment où il le trouve en équilibre avec l’air environnant j mais comme il eft effentiel de ne pas perdre le gaz, l’appendice T le conduira dans un réfervoir pratiqué dans les parois du Bateau, d’où il fera retiré à mefure qu’il s’échappera du Globe, par les Voyageurs, au moyen d’une pompe pneumatique , ÔC comprimé dans un réfervoir plus petit : le boyeau V fervira de conduite au gaz, lorfqu’on voudra de nouveau l’introduire dans le Globe : il fiiflîra pour cela d’ouvrir le robinet du petit réfervoir, dans lequel on aura comprimé le gaz,
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- tpi s’échappera pour fe rendre dans le Globe, par le boyeau V, correfpondant à la fbupape P : par ce moyen l’on pourra aifément introduire le gaz dans le Globe, & le retirer à volonté fans aucune perte, puifqu’il ne communique d’aucune manière avec l’air atmofphérique.
- Si l’on pratique les réfervoirs un peu grands, on pourra facilement s’élever ôC defcendre , en donnant ou retirant à propos le gaz du Globe,
- XIV.
- Des dimenjîons de la Rame a foupape.
- Nous lavons qu’une rame de fèpt à huit pieds de longueur, qui oppofe deux pieds de furface à l’eau , fiiffit pour que la réfiftance que l’eau oppofe à fon action , puifle, par fa réaction, imprimer le mouvement au Bateau. Nous voyons encore que cette furface eft fuffifante pour réiifter à de plus grands efforts \ car fi on applique la force de deux perlonnes à cette même rame, l’eau ne cédera pas davantage } mais le degré de vîtefiè du Bateau fera double.
- La légéreté , ÔC fur-tout la pofition de la rame Aérienne donnant la facilité de pouvoir prolonger le grand bras pour acquérir de la- vîtefife, deux raqies de 18 pieds de longueur , dont le grand bras en auroit 16 , Sc qui oppoferoient chacune environ iz pieds de furface à l’air , fi le petit bras, qui auroit deux pieds de Ion* gueur, étoit mu par une force confiante 8c uniforme de 100 liv., pourrait faire mouvoir un Globe de 30 pieds de diamètre , avec une vîtefie capable de lui faire parcourir un efpace de 4000 toifes par heure par un temps calme } mais fi au lieu du calme le vent foufïloit, 8c qu’il prît la Machine en poupe , la vîtefie augmenterait en raifon de la force du vent, 8c la marche de la Machine pourroit être de fept à huit fois plus rapide.
- On m’obfèrvera peut-être que les moyens que j’indique feront infuffifans pour faire mouvoir une Machine plus confidérable , 8c qu’un Globe de 30 pieds de diamètre ne peut être d’une grande utilité , vu la petite quantité de poids que la Bateau pourroit porter en fus de celui des perfbnnes deftinées à le conduire : je pourrais répondre à cela, que c’eft beaucoup, que d’avancer un pas dans une carrière auffi nouvelle que la navigation Aérienne, parce que les premiers pas font toujours les plus difficiles à faire.
- Je ne doute pas que par le concours des expériences qui fe font journellement depuis la découverte de MM. de Montgolfier, cette Machine ne foit portée à un degré de perfection, qu’on ne pouvoir prévoir dans fon origine.
- Je me bornerai actuellement à indiquer le moyen d’augmenter ies forces motrices , qui naît du développement du principe que j’ai établi. Lorfqu’il fera quef-tion de diriger une Machine plus confidérable , il faudra multiplier les agens dans la proportion du volume de la Machine. ,
- Je ne crois pas que le moyen que j’indique , foit fuffifant pour diriger une Machine , comme celle que MM. de Montgolfier ont lancée à Lyon , à raifon delà grande quantité de furface quelle oppofe à l’air environnant 5 mais je pente
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- que îa rame â foupapes, adaptée à un Globe de moyenne grandeur, peut être-très-utile pour faire des courfes, foit pour aller d’une Ville à une autre , ou fe porter au fornmet d’une montagne inaccefiible, foit pour parcourir les airs, dans la vue d’étudier la théorie des vents, chofe très-effentielle à connoître : enfin, la rame à foupapes doit rendre à la navigation Aérienne , les mêmes fervices que la rame ordinaire rend à la navigation fur l’eau.
- XV.
- De la conftruclion du Bateau.
- L e Bateau doit avoir huit pieds de longueur, fur quatre de profondeur, & trois pieds de largeur au centre ,* les principales pièces, comme la quille Sc les bords, doivent être en bois folide, mais léger autant qu’il fe pourra, parce que la quille doit fupporter tout le poids du leffc 8c des Voyageurs ^ il faut qu’il puiffe encore ré-lifter aux efforts de la manœuvre $ les bords doivent fupporter l’axe des rames qui feront tous leurs efforts deffus \ les parois feront en cuir, folidement cloué contre les parties qui feront en bois \ le Bateau doit être garni en dehors 8c en dedans de bon cuir bien verni } 8c il convient de pratiquer dans les parois deux ré-fervoirs pour le gaz inflammable , l’un beaucoup plus grand que l’autre $ le gaz, en s’échappant par l’appendice T, fe rendra dans le plus grand réfervoir, 8c à niefùre, les Voyageurs, au moyen de la pompe pneumatique , le comprimeront dans le petit.
- X V L
- Du Ga\ inflammable.
- Tout le monde connoît le moyen de le tirer des métaux par l’acide vitrioli-que, 8c tout le monde a fend que fa prodigieufé cherté eftun inconvénient, non-feulement à ce que la Machine Aéroftatique devienne d’un ufage commun, mais même à ce que les expériences en fbient affez fréquemment répétées , pour avancer les progrès de cette nouvelle fluence.
- MM. Prieftley , La voilier, Macquer, 8cc. ont tiré du gaz inflammable de diverfes matières combufiibles, en les foumettant à la Machiné pnemnato-chimi-que il eft même apparent que toutes celles de ce genre , doivent en contenir plus ou moins.
- M. Lapoflolle , d’Amiens, a annoncé au public, par une lettre du 7 Janvier , inférée dans le Journal de Paris, n°. 24 de cette année, qu’il en a retiré une très-grande quantité du charbon de pierre , 8c prefque fans frais.
- L’Académie de Dijon, qui s’occupe dans ce moment-ci de la conftruéfion d’un Aéroftate, a annoncé , par la voie du Journal de Paris , quelle employeroit un gaz inflammable qu’on pourroit fe procurer à très-bas prix : que ne doit-on pas eipérer des travaux d’une Compagnie, qui compte Al. de Morveau au nombre de les Membres ?
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- Je préfumois moi-même que le marc d’olive devoir contenir beaucoup de gaz inflammable : je me fuis alluré, par l’expérience, qu’il en fournit une grande quantité } en le foumettant à l’appareil pneumato-chimique , je me fuis aperçu qu’il fè dégage beaucoup d’air fixe, qui pâlie dans le récipient avec le gaz inflammable ce dernier s’enflamme malgré le mélange du gaz méphitique.
- J’invite les perfonnes qui font à portée de faire des expériences fiir cette matière , de s’en occuper : peut-être réuflira-t-on à en tirer bon parti.
- FIN.
- N1empêchons V imprejjion de Vexcellent Mémoire dont nous venons de faire lecture. A Nîmes ce 31 Mars 1784.
- TROUSSEL , Avocat & Procureur du Roi à la Police.
- Permis dimprimer, ce 31 Mars 1784.
- MARTIN, Premier Conful-Maire.
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