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Sous-marins et submersibles. Leur développement, leur rôle dans la guerre, leur rôle dans l'avenir, les sous-marins allemands
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- Copyright by Librairie Delagrave, May i915.
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- Sous=Marins et Submersibles
- Leur développement Leur rôle dans les Guerres modernes1
- CHAPITRE I
- HISTORIQUE*
- De tout temps, les hommes se sont passionnés pour l’acquisition de facultés qui leur semblaient défendues par la nature : voler comme els oiseaux, nager comme les poissons; c’est de ce vit attrait pour l’inconnu que sont nées les recherches sur la navigation aérienne et la navigation sous-marine.
- Il y a une remarque assez curieuse à faire à cet égard, c’est que les navigations aérienne et sous-marine sont tout à fait contemporaines. Le premier sous-marin vraiment digne de ce nom est le sous-marin de l’Américain Bushnell, construit en 1775, la première ascension faite dans un ballon monté est l’ascension de Pilâtre de Rozier et du marquis d’Arlandes, en 1784. Ces deux événements se sont suivis de près.
- Depuis une quinzaine d’années, les sous-marins sont entrés
- 1. Les blancs existant à quelques pages de ce livre répondent à des suppressions demandées par la Censure.
- 2. Voir pour plus de détails sur l’historique des sous-marins : Delpeuch, La Navigation sous-marine à travers les siècles. — Pesce, La Navigation sous-marine. — Les renseignements du chapitre 1 sont extraits en grande partie de ces deux ouvrages.
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- dans le domaine de la pratique ; c’est à peu près à la même époque que les ballons dirigeables ont donné des résultats sérieux. Les deux sortes de recherches ont donc marché parallèlement.
- Nous allons essayer de donner une idée sommaire des progrès successifs réalisés dans la navigation sous-marine.
- La première tentative de navigation sous-marine dont il soit fait mention a eu lieu au xvii0 siècle, c’est le bateau sous-marin fait en 1624 par le Hollandais Cornélius Van Drebbel. Ce bâtiment aurait navigué sur la Tamise et le roi Jacques II aurait descendu le fleuve à son bord ; cela est fort douteux ! Il y a eu ensuite une série de projets présentés par divers auteurs : le Père Mersenne (1644), de San (1653), Borelli (1679), Ciminius (1685), Doligny (1688), Sy-mons (1729), Dionis (1772). L’Anglais Day resta au fond, à Ply-mouth, en 1774. C’est le premier nom du martyrologe des inventeurs de sous-marins. Il y en a eu malheureusement beaucoup d’autres.
- Le véritable pionnier de la navigation sous-marine est l’Américain Bushnell. Au moment de la guerre de l’Indépendance américaine, Bushnell proposa et fit construire, en 1775, un sous-marin appelé la Tortue.
- Ce sous-marin avait une hélice à l’avant du bateau ; il y avait un petit gouvernail à l’arrière, deux réservoirs placés au fond étaient remplis pour équilibrer sensiblement le poids du bateau et son déplacement. Une pompe permettait de vider ces deux réservoirs pour remonter à la surface. Il y avait une seconde hélice, à axe vertical, qui donnait une poussée pour faire enfoncer le bateau. Les deux hélices étaient mues à bras. Ce sous-marin n’était pas simplement un appareil d’essai ; il avait été fait en vue d’opérations militaires. L’opérateur devait arriver sous la coque des bateaux, y enfoncer une tarière ; un fil restait fixé à la tarière ; il supportait une charge de poudre munie d’un mouvement d’horlogerie qu’on déclanchait et qui, au bout de cinq minutes, mettait le feu à la charge. Tel était le premier sous-marin de Bushnell. Ce bateau, très petit, à forme ovoïde, qui n’avait de place que pour un seul homme, contenait à peu près tous les organes nécessaires : organe
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- de propulsion, organe d’équilibrage, organe de plongée, et, en somme, une torpille, primitive sans doute, mais qui n’est pas moins une torpille et assez dangereuse. La Tortue de Bushnell fut exécutée pendant la guerre de l’Indépendance d’Amérique. On essaya de s’en servir. Voici comment Bushnell raconte la tentative faite en août 1776 contre la frégate anglaise, Y Aigle :
- « Après plusieurs tentatives faites pour trouver un opérateur à
- Fig. 1. — Torpilleur sous-marin de Bushnell (1776).
- I, Entrée du sous-marin. — O, O, Réservoirs à lest d’eau. — N, Soupape d’admission de l’eau — P, Q, Pompes pour chasser l’eau des réservoirs. — E, Hélice-vis de traction pour la marche en avant. — F, Hélice à axe vertical pour la plongée. — G, Gouvernail. — C, D, Baromètre à niveau d’eau pour indiquer le degré d’enfoncement. — L, L, Tuyaux pour l’aération. — M, Ventilateur. — S, Torpille. — T, Mouvement d’horlogerie pour faire éclater la torpille. — R, Vis pour fixer la torpille contre la carène des vaisseaux. — B, Lest de sécurité.
- mon gré, j’en ai rencontré un, qui paraissait plus habile que les autres1, et l’ai envoyé à New-York, vers un vaisseau de 50 canons qui stationnait près de Governor-Island. Il alla au-dessous du vaisseau et essaya de fixer la vis à bois dans la carène, mais, comme il l’avait supposé, il rencontra une barre de fer passant près du gond du gouvernail. S’il avait changé de place, de quelques pouces seulement, ce qu’il aurait pu faire, sans ramer, je suis sûr qu’il aurait trouvé du bois pour y fixer sa vis ; ou bien si le vaisseau était couvert de cuivre rouge, il aurait pu facilement le percer; mais, comme il ne savait pas bien manœuvrer son bateau, en
- x. Cet opérateur était le sergent Ezra Lee.
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- essayant de changer de position, il s’éloigna du vaisseau. Après l’avoir cherché inutilement pendant quelque temps, il remonta à la surface de l’eau; mais le jour paraissant, il n’osa pas renouveler l’essai. Il dit qu’il aurait pu facilement attacher la caisse à poudre sous la proue du vaisseau, au-dessus de l’eau. S’il l’avait attachée là, l’explosion de 150 livres de poudre (quantité contenue dans la caisse) aurait fait sauter le navire. A son retour de New-York, il passait près de Governor-Island, et pensant que, de l’île, l’ennemi l’avait découvert, par conséquent désireux d’éviter le danger qu’il craignait, il abandonna la caisse qui le retardait, car il y avait de la houle. Après une heure (le temps de marche du mouvement d’horlogerie placé à l’intérieur de la caisse), la charge fit explosion avec un grand bruit.
- « Après, on fit deux essais dans le Hudson’s River, au-dessus de la ville, mais sans résultat. L’un des deux était fait par la personne ci-dessus mentionnée.
- « En rapprochant du vaisseau il le perdit de vue, et alla bien au delà; une fois qu’il l’avait trouvé, la marée était si forte qu’elle l’emporta à une grande distance, tandis qu’il descendait sous l’eau pour chercher à atteindre la carène du vaisseau. Bientôt après, l’ennemi remonta la rivière, poursuivit le vaisseau qui avait à bord le bateau sous-marin et le fit couler à fond, à coups de canon.
- « Bien que j’eusse réussi à retrouver mon bateau, je considérai comme impossible, à ce moment-là, de poursuivre plus avant mon projet. Depuis le commencement, j’avais été en mauvaise santé, et en ce moment-là j’étais indisposé; la situation politique était telle que je désespérais d’attirer l’attention publique et d’obtenir l’assistance nécessaire. Si j’avais continué, je n’aurais pas eu les moyens de subvenir à mes frais ni d’employer les personnes nécessaires. En outre je trouvais absolument indispensable que les opérateurs fussent plus habiles à manœuvrer le bateau, avant d’espérer un succès certain, ce qui m’aurait occasionné beaucoup d’argent et de temps. Par conséquent j’abandonnai mon projet pour le moment, et j’attendis une occasion plus favorable qui ne se présenta jamais. »
- Cette tentative avait échoué, mais elle avait failli aboutir. C’est
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- là le premier exemple de l’emploi d’un sous-marin ayant navigué et même ayant été employé à une opération de guerre. Bushnell mérite bien le nom qui lui a été donné par les Américains de Père de la Navigation sous-marine. Un point digne de remarque, c’est qu’après cette tentative si intéressante, Bushnell abandonna complètement la navigation sous-marine.
- Après Bushnell il y a eu une série d’inventeurs qui ne sont arrivés, ni les uns ni les autres, à exécuter leurs projets : Beaugenet (1780), Valmer (1780), Castera (1796), et nous arrivons immédiatement au sous-marin de l’Américain Fulton.
- Le célèbre inventeur, alors inconnu, était venu en France au moment de la Révolution française. Il fit des propositions au Directoire en 1796 au moment de la guerre contre l’Europe coalisée. Fulton disait : « La liberté des mers fera le bonheur de la terre ». Il rencontra partout de la défiance, de l’incrédulité, de la froideur. Il faut remarquer que cette défiance pour les armes nouvelles n’est pas extraordinaire ; elle s’est rencontrée dans tous les temps. Il y a dans le cas de Fulton quelque chose de plus : on craignait aussi la réprobation que l’emploi d’une pareille arme aurait pu exciter. C’est pourquoi Fulton demandait pour lui et son équipage une commission, c’est-à-dire qu’ils soient considérés comme soldats réguliers; alors si leur tentative échouait, ils ne seraient pas considérés comme pirates et pendus. C’était une question délicate. Elle se pose de nouveau en 1915 pour les équipages des sous-marins allemands qui torpillent sans avertissement les bateaux marchands.
- En ce qui concerne la réprobation pour cette arme nouvelle, Fulton s’était chargé d’y répondre lui-même. Il disait ceci dans une lettre où il faisait tout un plaidoyer en faveur de la torpédo qu’on a appelée depuis en France la torpille et de son emploi dans la guerre.
- « Mais les gens, faute de réfléchir, se récrient qu’il est barbare de faire sauter un vaisseau avec tout son équipage. J’en conviens, et je suis fâché que cela soit nécessaire; mais toutes les guerres sont barbares, et particulièrement les guerres offensives. N’est-ce
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- pas une chose atroce de voir un vaisseau de guerre faire feu sur un navire marchand, lui tuer une partie de son équipage, s’emparer du navire et de sa cargaison, et vouer par cet abus étrange de ses forces le propriétaire et sa famille à toutes les horreurs de la pauvreté ? N’est-ce pas une chose horrible que de bombarder le port de Copenhague, d’incendier la ville et de détruire des femmes et des enfants innocents?
- « Serait-ce un spectacle moins affreux de voir des vaisseaux ennemis entrer dans le port de New-York, mettre le feu à la ville., détruire les propriétés et en égorger les paisibles habitants? Cependant nous avons grand sujet de craindre une pareille entreprise, à moins qu’on ne prenne des moyens pour l’empêcher : concluons donc que, si les torpilles mettent fin à ces actes de férocité, cette découverte n’est pas une invention barbare....
- « Pénétré de ce sentiment, j’ai considéré les marines militaires comme un reste d’anciennes habitudes guerrières, comme une maladie politique à laquelle on n’a pas trouvé jusqu’ici de remède efficace, et je suis convaincu que les torpilles sont le vrai spécifique pour la guérison radicale de ce mal. »
- Il est certain qu’actuellement les idées sur la manière de faire la guerre ont beaucoup changé et qu’on n’hésite pas à se servir des moyens les plus puissants qu’on a à sa disposition. Un autre homme de génie, Nobel, l’inventeur de la dynamite, a parlé dans le même sens ; peu de temps avant sa mort, au moment où il fondait une Ligue pour la Paix, Nobel disait : « Plus on perfectionnera l’art de faire la guerre, plus on la rendra impossible par l’horreur qu’elle soulèvera partout. » C’est, je le crains, une utopie, car un point malheureusement hors de doute, c’est que lorsqu’on fait la guerre, il faut employer tous les moyens dont on dispose; la règle de la guerre, c’est de faire le plus de mal possible à l’adversaire. Dura leoc, sed lex. Il s’agit bien entendu de l’adversaire armé et non des femmes, des vieillards, et des enfants.
- Le projet de Fulton fut refusé par le ministre de la Marine, Pleville-Lepelley. Fulton revint en 1798 à la charge auprès de l’amiral Bruix, nouveau ministre. Celui-ci nomma une commission
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- composée de differents savants et ingénieurs. Cette commission examina avec soin la proposition de Fulton. Elle était composée d’hommes, non seulement très consciencieux, mais ayant de plus des idées très larges pour leur époque. On peut en juger par les conclusions du rapport :
- « L’arme imaginée par le citoyen Fulton est un moyen de destruction terrible, parce qu’elle agit dans le silence et d’une manière presque inévitable; elle convient particulièrement au Français parce qu’ayant (on pourrait dire nécessairement) une marine plus faible que son adversaire, l’entier anéantissement de l’une et de l’autre lui est avantageux.
- « Cette arme est, sans doute, imparfaite, c’est la première conception d’un homme de génie ; il serait bien imprudent de la hasarder au sortir de son atelier à traverser les mers pour attaquer les vaisseaux anglais dans leurs rades. Il faut que l’inventeur, qui se charge de la manœuvre lui-même et de trouver les compagnons nécessaires, s’exerce avec eux, qu’il acquière de la confiance par l’expérience, qu’il perfectionne ses moyens de direction, qu’il fasse des essais qui le conduisent au meilleur procédé pour percer ou briser les flancs des bâtiments; ce ne peut être l’affaire d’un jour....
- « La commission invite donc le ministre de la Marine et des Colonies à donner au citoyen Fulton l’autorisation et les moyens nécessaires pour exécuter la machine dont il a produit le modèle. On ne peut douter qu’avec la même sagacité que l’on a mise dans sa conception, et l’élégance et la solidité des mécanismes divers dont son ensemble résulte (sic), celui qui a présidé à l’exécution de cet intéressant modèle ne fasse construire la machine en grand d’une manière également ingénieuse; et que les documents nouveaux qu’il aura tirés et de l’expérience et de la réflexion ne le conduisent à son perfectionnement....
- « Mais la commission insistera sur la nécessité de soumettre cette machine à des expériences réitérées, de ne rien précipiter avant que de s’être assuré des résultats et d’envelopper le tout d’un mystère impénétrable.
- « Enfin, pour préparer l’opinion publique, et lui donner la
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- direction nécessaire à l’exécution des projets dont nous nous occupons, il paraît nécessaire de feindre aujourd’hui qu’on n’y a nulle confiance, et qu’ils sont entièrement oubliés. »
- Eh bien ! à cent ans de distance nous aurions dû suivre en France les sages conseils de la commission de 1798 et travailler à nos sous-marins sans rien dire. Si nous étions arrivés, en construisant en silence, à produire au jour brusquement une flotte de cinquante sous-marins, le cours de certains événements eût été modifié.
- Quoi qu’il en soit, malgré ces conclusions favorables, le Directoire refusa le projet de Fulton. Celui-ci, découragé, passa alors en Hollande; il fut assez mal accueilli. Il revint en France lorsque Bonaparte fut nommé Premier Consul. Dans une lettre adressée au ministre de la Marine en 1800, Fulton disait :
- « Voyons d’abord quels seraient pour la France les effets immédiats du Nautile. La perte du premier bâtiment anglais qui serait détruit par un moyen extraordinaire jetterait le gouvernement britannique dans le dernier embarras; il sentirait que par le même moyen on pourrait détruire toute sa marine, que par le même, moyen il serait possible de bloquer la Tamise et de couper tout le commerce de Londres. Quelle serait, dans de pareilles circonstances, la consternation de l’Angleterre! Je dis que l’on pourrait bloquer la Tamise, car lorsque même les Anglais auraient de leur côté une flotte de Nautiles, ils ne viendraient point à bout de faire lever ce blocus, parce que deux flottes de Nautiles ne peuvent se combattre, point très important. »
- C’est là un point qu’il faut retenir : deux flottes de sous-marins ne peuvent pas se combattre. C’est un combat d’aveugles. Fulton continuait :
- « La première objection est que, si la France se servait du Nautile contre l’Angleterre, l’Angleterre pourrait également en faire usage contre la France, mais il ne me paraît nullement vraisemblable que les Anglais s’en servent contre la France, car avant qu’ils en connussent la mécanique, la France pourrait, comme je l’ai dit, bloquer la Tamise, couper le commerce de Londres et
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- Submersible type Schneider-Laubeuf. — Poste arriére.
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- réduire par là le cabinet de Saint-James, aux termes de plus entière soumission; mais supposons pour un instant que l’Angleterre fasse usage du Nautile contre la France, et voyons quelles en pourraient être les conséquences.
- « Il faut observer que les Anglais sont la nation la plus puissante sur mer, qu’ils tirent toutes leurs richesses du commerce et que, vu leur position géographique, tout leur commerce doit se faire par mer.
- « La France, au contraire, peu forte sur mer, tire ses principales ressources de l’agriculture; mais elle a l’avantage de commercer avec le continent sans confier ses propriétés à la mer, donc l’interruption du commerce serait incomparablement plus fatale à l’Angleterre qu’à la France.
- « Dans cet état de choses, laquelle des deux nations serait forcée de subir les lois de l’autre? Nul doute que ce ne soit l’Angleterre. »
- A cent ans de distance, c’est à peu près le même rêve que j’avais fait il y a dix-sept ans, après Fachoda.
- Enfin Fulton, avec l’appui de différents savants, particulièrement de Monge et de Laplace fut autorisé à construire son Nautüus. Il fut construit à Paris, chez les frères Perrier. Il commença ses essais sur la Seine en face des Invalides, puis il descendit au Havre; les essais furent satisfaisants. Il partit alors pour Cherbourg, mais le mauvais temps le jeta à la côte près d’Isigny et le bateau y resta. Fulton revint à Paris. Les essais qui avaient été faits lui avaient indiqué certains perfectionnements et il fit de nouvelles ouvertures pour construire un autre bateau. La gravure ci-dessous montre, tel qu’on l’a retrouvé, le dessin fait par Fulton lui-même de son bateau. La section était circulaire; il avait une hélice, un gouvernail vertical pour la direction, et la plongée était obtenue au moyen d’un gouvernail horizontal, placé sur les deux côtés du gouvernail vertical. Bushnell plongeait au moyen d'une hélice à axe vertical. Ces deux procédés ont été suivis depuis. Il y avait une ancre rentrant dans la coque, une voile repliable qui venait se rabattre sur le bateau; c’est pour cela que Fulton avait appelé son bateau : Nautilusy car le petit coquillage qui porte ce nom res-
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- semble à un bateau à voile microscopique. Cette voile repliée, comme le coquillage replie sa membrane, le bateau pouvait ensuite plonger en remplissant les caisses qui lui donnaient l’équilibre.
- Fig. a.
- AB, Corps du bâtiment. — CD, Carène métallique. — E, E, Corps de pompe. — F, Calotte hémisphérique en métal. — G, Cloison transversale. — H, Volant pour imprimer le mouvement progressif. — I, Gouvernail vertical. — L, Gouvernail horizontal. — M, Boulon servant d’axe de rotation au gouvernail L. — N, Roue dentée qui le fait jouer. — O, Corne du Nautilus. — P, Baril de poudre. — Q, Portion de la carène d’un vaisseau. (Légende accompagnant le plan original.)
- Comme arme, le bateau remorquait une sorte de bouée remplie de poudre et fixée à l’extrémité d’une tarière qu’on enfonçait dans le bateau. Fui ton avait décidé ultérieurement d’ajouter à son gouvernail horizontal une hélice verticale.
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- Comme le bateau de Bushnell, on trouve dans celui de Fulton tous les organes nécessaires à un sous-marin. On y retrouve même le casque de vision.
- Fulton, avec l’appui de Monge et de Laplace, construisit un nouveau bateau à Brest. Il ne put rien faire contre l’escadre anglaise qui bloquait ce port, probablement à cause de la distance considérable à laquelle se tenaient les bâtiments bloqueurs et à cause aussi des forts courants qui existent dans les parages de Brest. Du reste, le ministre de la Marine, Decrès, esprit étroit et mesquin, fit à l’inventeur toutes les difficultés possibles et parvint à le décourager. Fulton quitta la France et passa en Angleterre en 1804; une commission anglaise déclara son bateau impraticable; l’Angleterre ne voulait pas utiliser les sous-marins. Fulton eut du moins une compensation, ce fut une compensation pécuniaire. L’Angleterre lui donna 375000 francs; Fulton ne s’occupa plus jamais de sous-marins depuis cette époque et ceci tendrait à faire croire que peut-être l’Angleterre avait mis cette condition au paiement des 15 000 livres sterling.
- Après Fulton, il y eut de nombreux inventeurs qui se sont bornés à faire des projets : Hodgman, les frères Coessin, Johnston, de Montgery (1811), la Feuillade, Castera, le Dr Payerne, Villeroi. Quelques tentatives furent marquées par des catastrophes : le Dr Petit resta au fond en 1834, l’Espagnol Cervo en 1835, l’Américain Phillips en 1851.
- L’inventeur allemand Bauer, qui appartenait à l’artillerie bavaroise, fit plonger en 1851 un sous-marin qu’il appelait le Brand-taucher (le Plongeur incendiaire) et qu’il fit construire à Kiel. Ce sous-marin était monté par Bauer et deux matelots. Le 1er février 1851, dans un essai, le bâtiment assez mal équilibré, s’enfonça beaucoup plus profondément que l’inventeur le voulait et alla au fond du port de Kiel par 18 mètres de fond. Le bateau s’était couché sur le côté, l’appareil s’était à moitié écrasé et la position des trois hommes paraissait désespérée.
- Bauer, ne perdant pas courage, ordonna à ses hommes de laisser de nouveau entrer l’eau dans les réservoirs de façon que cette eau
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- put comprimer l’air et obtenir l’équilibre entre la pression de l’air intérieur du bâtiment et la pression extérieure de l’eau. Les matelots refusaient de lui obéir. Bauer fut obligé de les menacer à son tour pour obtenir ce qu’il voulait; enfin ils se rendirent à son raisonnement et le laissèrent faire; après bien des efforts et des inquiétudes causées par les ancres des sauveteurs accourus qui menaçaient de crever les hublots du malheureux navire, Bauer et ses compagnons purent ouvrir le panneau et remontèrent à la nage après être restés cinq heures au fond dans le navire qui avait failli devenir leur tombeau.
- Bauer, avec la ténacité habituelle des inventeurs, ne voulut pas en rester là. Il continua à vouloir faire des sous-marins. Il passa en Autriche et en Angleterre. En Angleterre on lui prit ses idées tout en refusant de les exécuter et quand il fut parti on construisit un sous-marin sur les indications et les plans qu’on lui avait pris. Cela ne porta pas bonheur aux démarqueurs, car le sous-marin de Palmerston et Scott-Russel, copié sur celui du malheureux Bauer, resta au fond avec ses cinq hommes d’équipage.
- Bauer passa en Russie au moment de la guerre de Crimée. Il fit construire un navire qui s’appelait le Diable-Marin ; il put faire 134 plongées avec ce navire. Le sous-marin de Bauer plongeait avec un système différent des précédents; au lieu d’employer l’hélice à axe vertical ou le gouvernail horizontal, il avait un poids qui se déplaçait dans le sens longitudinal suivant la direction du bateau. On donnait ainsi au bâtiment une inclinaison dans le sens de la longueur, l’avant s’abaissant, la vitesse déterminait la plongée. Une fois la profondeur obtenue, on ramenait le poids en arrière et le bâtiment continuait à naviguer horizontalement. Les inventeurs ont employé l’un ou l’autre de ces trois systèmes : hélice à axe vertical, gouvernail horizontal ou bien poids curseur. Voilà les trois seuls systèmes de plongée.
- Bauer eut à lutter en Russie contre une mauvaise volonté générale. L’amirauté russe n’était pas contente de voir un inventeur étranger prendre pied chez elle et l’Académie des sciences russe déclarait que son bateau ne pouvait pas marcher. Bref, on lui
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- imposa de passer sous la quille d’un navire; on n’avait oublié qu’une chose, c’est qu’entre la quille de ce navire et le fond il n’y avait que deux mètres d’eau alors que le navire de Bauer avait trois mètres de hauteur. Bauer avait négligé de s’assurer par des sondages de la possibilité de passer ; il s’enfonça dans le sable, son hélice fut prise dans les algues et Bauer pour sortir de cette position critique abandonna son poids de sûreté. Le bateau remonta à la surface dans une position inclinée et l’équipage se sauva aussitôt. L’expérience en resta là, Bauer, découragé par toutes ces difficultés, revint en Allemagne en 1858. Il essaya alors de refaire un nouveau bateau mais n’arriva pas à réunir les fonds nécessaires. Il mourut dans la misère en 1875.
- Bauer a laissé quelques écrits sur les sous-marins dans lesquels il y a une prophétie curieuse. Il dit ceci :
- « Les colosses de la Marine se rapprochent de leur tombe de jour en jour, de même que les puissants cuirassés, malgré tous les perfectionnements qu’on leur apporte journellement. Le prochain siècle terminera cette lutte mortelle entre ces monstres et les modestes sous-marins.... Monitors, cuirassés ou autres ne représentent plus aujourd’hui que les corbillards d’une marine surannée. »
- Bauer allait un peu vite, les sous-marins n’ont pas détruit les cuirassés; le sous-marin est l’adversaire du cuirassé, mais l’un et l’autre peuvent coexister.
- Ensuite on peut citer toute une série de projets non exécutés.
- Le premier bateau intéressant que nous trouvons en France est le Plongeur de Bourgois, capitaine de frégate (depuis amiral), et de Brun, ingénieur de la Marine, construit en 1860-1863. Tous les bateaux précédents de Bushnell, de Fulton ou de Bauer, étaient de petits bateaux. Le Plongeur de Bourgeois et Brun était un véritable navire ayant 42 m. 50 de longueur et 6 mètres de largeur; il déplaçait 453 tonneaux; on remplissait toujours des caisses pour équilibrer le navire ; on plongeait par deux gouvernails horizontaux comme le bateau de Fulton. Plus tard on ajouta une hélice à axe
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- vertical; le bateau avait un moteur à air comprimé. Les essais du Plongeur furent mauvais au point de vue de la stabilité.
- Le bateau restait tantôt à la surface, tantôt sur le fond, jamais il ne naviguait en profondeur d’une façon convenable. Les essais furent abandonnés en 1865. On avait voulu faire trop grand. Il n’était pas possible de régler, avec les moyens trop faibles dont on disposait, la marche régulière en immersion de cette masse de 450 tonnes animée d’une très faible vitesse.
- Après le Plongeur, nous trouvons toute une série de bateaux sous-marins faits pendant la guerre de Sécession en Amérique. L’un d’entre eux, qui s’appelait le David, avait été construit à Charlestown sur les plans de Hunley, Mac-Clintock et Watson. Il avait 12 m. 50 de longueur, 1 m. 52 de largeur, 1 m. 83 de hauteur. Il possédait un lest de sûreté et une hélice mue à bras par les huit hommes d’équipage. Le commandant dirigeait le bâtiment. Il plongeait au moyen de gouvernails horizontaux qui, cette fois, étaient placés à l’avant.
- Le David n’a jamais très bien plongé.
- Il a commencé par noyer trois équipages; chaque fois on trouvait des braves pour recommencer les essais. Le quatrième équipage, commandé par le lieutenant Dickson, de la Marine sudiste, put s’approcher, non en plongée mais à fleur d’eau, de la corvette fédérale Housatonic et la faire sauter, mais le sous-marin disparut en même temps avec tout son équipage, enseveli dans son triomphe. Voici comment un survivant de la corvette a rendu compte de l’affaire :
- « A bord du Canandaigua, devant Charleston S. C., le 18 février 1864.
- « Monsieur,
- « J’ai l’honneur de vous adresser le rapport suivant sur la destruction de l'Housatonic de la marine des États-Unis, par un torpilleur rebelle de Charleston S. C., dans la soirée du 17 courant.
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- CJt
- Fig- ?•
- Le David d’Hunley, reconstitué d'après les dessins de N* William, A, Alexander (1863).
- HISTORIQUE
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- « Vers 8 h. 45 du soir, l’officier de quart, M. J. K. Crosby, aperçut à environ cent mètres de l’avant quelque chose qui se mouvait dans l’eau. On aurait dit une planche glissant à la surface et se dirigeant vers le navire. En deux minutes, cet objet venait presque au contact du bâtiment. Pendant ce temps on fila la chaîne, on fit machine en arrière et on appela tous les hommes aux postes de combat. Aussitôt le torpilleur frappa le navire sur le côté tribord, à hauteur du grand mât, par le travers de la soute aux poudres. Il fut impossible de lui envoyer un coup de canon. L’explosion eut lieu une minute après, et le bâtiment coula par l’arrière.en s’inclinant sur bâbord. La plus grande partie de l’équipage se sauva dans la mâture et fut recueillie par les canots du Canandaigua. Ce vaisseau vint à notre secours et sauva tout l’équipage, sauf l’enseigne E. C. Hazeltine, le capitaine clerc G. O. Muzzey, le quartier-maître John Williams, les canonniers Thomas Parker et John Walsh, qui ont dû périr avec le navire coulé.
- « Le capitaine Pickering a été grièvement blessé par l’explosion : il lui est impossible de vous adresser lui-même un rapport sur la perte de son bâtiment.
- « Votre très respectueux et très obéissant serviteur,
- « F. G. Higginson, lieutenant. » •
- C’est le premier fait de guerre à l’actif d’un sous-marin. Il a été suivi de succès puisque la corvette a sauté, mais d’autre part le malheureux équipage du bateau est resté au fond.
- A la suite de la guerre de Sécession américaine, il y eut toute une série d’essais sur les sous-marins : Villeroi, Wood et Lay (1865), Merriam (1866), Roeber (1866). Cette guerre avait excité l’imagination des inventeurs. Il n’y a guère qu’un de ces sous-marins à signaler. C’est la Baleine Intelligente, de Halstead, qui causa la mort de trente-neuf personnes au cours de ses essais qui durèrent quatre ans.
- On trouve ensuite comme inventeur l’ingénieur russe Drzewiecki.
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- II. Submersible type Schneider-Laubeut'. — Compartiment des accumulateurs électriques.
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- Son premier bâtiment, qui avait juste 4 mètres de longueur et était mû à bras, plongeait comme les sous-marins de Bauer en introduisant de l’eau dans un réservoir puis en déplaçant deux poids curseurs pour faire incliner le bateau. Il date de 1877. Un second modèle de sous-marin, plus grand, avait un moteur électrique et des accumulateurs. Nous commençons à voir apparaître l’électricité
- sur les sous-marins. C’est grâce à elle que la navigation sous-marine a pu enfin se développer.
- M. Drzewiecki a été le premier, croyons-nous, à employer l’électricité comme force motrice sur les sous-marins.
- Après des essais satisfaisants de ce second type de 6 mètres de longueur, le gouvernement russe commanda 52 sous-marins à M. Drzewiecki — on ne sut jamais pourquoi.
- Ces petits bateaux, très intéressants comme navires d’études, n’avaient, en effet, aucune valeur militaire; ils étaient beaucoup trop petits et avaient trop peu de vitesse pour pouvoir faire quoi ce soit. L’histoire des bateaux sous-marins de Drzewiecki est liée intimement à celle d’un autre bateau, le Goubet, qui n’était à peu près qu’une simple copie de celui de Drzewiecki. Goubet avait travaillé au premier bateau de Drzewiecki ; il avait eu connaissance des plans et en avait pris certaines idées. M. Drzewiecki était lié par le secret d’État, très rigoureux en Russie; il n’avait pas pu prendre de brevets et avait dû garder le silence. Lorsqu’en 1892 Drzewiecki put rétablir la vérité des faits, il y eut un échange de correspondances publiées dans Y Electricien de 1892; la priorité des idées de ces petits bateaux fut rétablie : elle revint à Drzewiecki.
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- L’idée de Goubet était l’application de son joint universel à l’arbre d’hélice. Cette hélice dont l’axe pouvait s’incliner dans toutes les directions servait à tenir la route et la plongée.
- Après de laborieux essais, le Goubet fut refusé définitivement par le ministère de la Marine française en 1891. C’était un bateau trop petit. C’était un engin d’expérience, sans vitesse, sans rayon d’action, sans armement, ne pouvant nullement être utilisé à la guerre, et d’ailleurs se dirigeant très mal, tant en direction qu’en profondeur.
- Des essais qui firent beaucoup de bruit furent ceux des bâtiments sous-marins du Suédois Nordenfelt. Un premier type de 250 tonneaux fut construit en Suède de 1881 à 1884; on l’essaya en 1885 à Landskrona en présence de délégués de toutes les marines du globe. Ces essais eurent un retentissement considérable. En 1886, Nordenfelt fit deux bâtiments d’un second modèle plus perfectionné et, en 1887, un troisième modèle plus grand dont un seul exemplaire fut construit.
- Les bateaux de Nordenfelt plongeaient avec plusieurs gouvernails horizontaux à l’arrière et à l’avant et deux hélices à axe vertical : une de chaque côté du bâtiment, au milieu de la longueur. Le dernier modèle avait deux hélices à axe vertical à l’avant et deux à l’arrière. Pour obtenir la propulsion, il y avait une machine à vapeur avec une chaudière récupératrice à grand volume d’eau, qui permettait la marche en plongée.
- Des quatre bateaux de Nordenfelt, le premier fut vendu à la Grèce, les deux suivants, construits en Angleterre, à Barrow, furent acquis par la Turquie. Ils existent encore sous un hangar dans l’arsenal de la Corne-d’Or. Ils ont été achetés en 1885 et, depuis n’ont jamais été remis à l’eau. Quant au quatrième bateau, il a été vendu à la Russie et a fait naufrage en se rendant de Barrow, où il avait été construit, à Cronstadt.
- Les bateaux Nordenfelt, dont le dernier déplaçait 350 tonnes, avaient de graves défauts pour la stabilité en immersion. Cette stabilité longitudinale n’était pas bonne, le bateau plongeait plus ou moins profondément qu’on ne le voulait; on n’en était pas maître. De plus, le rayon d’action en immersion était très faible,
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- et la chaleur qui régnait à l’intérieur était très élevée. Aussi ce système fut abandonné, sans avoir résolu le problème.
- Avant les sous-marins modernes, il faut encore citer le sous-marin anglais de Waddington (1885) et celui de l’inventeur espagnol, Peral, dont quelques essais réussirent.
- Ces essais soulevèrent un enthousiasme considérable en Espagne, Peral reçut une dépêche de félicitations du roi, il fut nommé grand d’Espagne. Le bateau Peral, qui semble pourtant avoir eu de sérieuses qualités, resta ensuite dans un coin de l’arsenal de la Carraca et ne fit plus jamais rien. On ne chercha pas à le réarmer pendant la guerre hispano-américaine.
- Nous arrivons alors au Gymnote. Le Gymnote n’est pas encore un véritable sous-marin militaire, en ce sens qu’il n’a été surtout qu’un instrument d’essai. Il n’avait été construit que pour étudier les systèmes de plongée, sur les plans de Gustave Zédé, ancien ingénieur de la marine, d’après les idées de Dupuy de Lôme. Voici une communication faite à l’Académie des sciences par Gustave Zédé (séance du 5 avril 1886).
- « La question des sous-marins est partout à l’étude et l’Académie apprendra certainement avec intérêt que mon regretté maître et ami, M. Dupuy de Lôme, en avait trouvé uné solution simple et pratique. Il me répétait souvent que la question des aérostats et celle des bateaux sous-marins étaient liées, le jour où la première serait résolue, la seconde serait bien près de l’être. En effet, le point capital lui paraissait, dans les deux cas, d’imaginer un moteur puissant et léger, ne changeant pas de poids pendant son fonctionnement.
- « Aussi, dès qu’il apprit la réussite du ballon de Meudon, grâce à son moteur électrique, il me dit : « Nous allons reprendre main-« tenant l’étude du bateau sous-marin, et nous mettrons d’accord les « torpilleurs et les cuirassés en les annulant tous les deux. » Dans la situation géographique et internationale de notre pays, il voyait en effet un grand intérêt pour la France à la solution du problème de la navigation sous-marine. »
- Dupuy de Lôme mourut sur ces entrefaites. Le Gymnote fut mis
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- SOUS-MARINS BT SUBMERSIBLES
- en chantier en 1886 à Toulon sous le ministère de l’amiral Aube. On fit ses essais en 1889 et on résolut cette fois tout à fait le problème de la plongée. Il fit un grand nombre de plongées complètes avec des trajectoires bien horizontales. C’était vraiment la première fois que le problème de la marche en immersion était complètement résolu. Le Gymnote était un bateau de faibles dimensions; il avait 20 mètres de longueur, 1 m. 83 de diamètre et déplaçait 30 tonnes.
- Après cette réussite éclatante on mit en chantier, en 1889, un grand sous-marin, la Sirène, appelé ensuite Gustave-Zédé du nom
- Coupe trans- suite d’une explosion, alors qu’il étudiait la défla-
- versale du , , .
- Gymnote. gration des poudres. Le Gustave-Zede avait 48 m. 50 de longueur; il déplaçait 266 tonneaux. On était allé trop vite. Dans la joie de voir ce grand problème résolu par le Gymnote, on avait décidé de faire un bâtiment de dimensions considérables : mais alors on éprouva de graves mécomptes dès les premiers essais. Les moyens qui avaient suffi pour faire plonger le Gymnote ne suffirent plus pour le Gustave-Zédé. Les essais durèrent plusieurs années.
- En même temps, à l’étranger, des essais intéressants se poursuivaient, surtout aux États-Unis et en Italie. Aux États-Unis, deux inventeurs, MM. John Holland et Simon Lake, travaillaient la question, le premier depuis 1875, le second depuis 1894.
- En 1888 l’Amirauté des États-Unis ouvrit un concours, à la suite d’offres présentées au gouvernement par MM. Nordenfelt, Holland et Baker. Ce concours ne donna aucun résultat.
- En 1893, l’amirauté commanda à M. Holland un bateau nommé Plungerk qui devait marcher à la vapeur en surface, électriquement
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- en plongée. Les essais ne réussirent pas, le contrat fut annulé et le bateau fut remplacé par le Holland de 70 tonneaux, marchant à la gazoline à la surface, électriquement en plongée. Commandé en 1897, lancé en 1898, il fit en 1899 des essais qui réussirent. Ce petit bateau qui fut le premier des sous-marins de la marine de guerre des États-Unis, fut le prototype de nombreux sous-marins construits pour les États-Unis, l’Angleterre, la Russie, etc.
- En Italie, l’ingénieur Pullino construisit d’abord le Pullino, petit bateau d’essai d’une douzaine de tonneaux de déplacement, lancé en 1892, puis 1 eDelfino, de 95 tonnes, lancé en 1894 et qui fit partie de la flotte italienne jusqu’à ces dernières années.
- En 1896, au moment où les essais du Gustave-Zédé commençaient à s’approcher de leur fin, M. Lockroy, alors ministre de la Marine, ouvrit un concours pour les sous-marins afin de faire avancer la question par la réunion de toutes les bonnes volontés. Le programme de ce concours était excessivement élastique. Il s’agissait surtout de réaliser un bateau nouveau dont on laissait les conditions à peu près à la disposition des inventeurs, sauf le tonnage, fixé par le programme à un maximum de 200 tonnes. On voulait faire éclore des idées nouvelles. Un assez grand nombre de projets furent présentés. C’est à ce concours que je proposai le Narval, premier bâtiment du type dit : submersible. Long de 34 mètres, large de 3 m. 75, il déplaçait 120 tonneaux en navigation à la surface, 200 tonneaux en immersion totale.
- Il fut mis en chantier en 1898, lancé le 21 octobre 1899 et termina ses essais en 1900. Il a fait partie de la flotte française jusqu’en 1908. Il a servi de prototype à de nombreux submersibles tant en France qu’à l’étranger.
- A peu près à la même époque et à la suite de ce même concours de 1896 on avait mis en chantier une série de sous-marins dérivant du Gymnote et du Gustave-Zédé : Morse, (1897) Français, Algérien (1899), de l’ingénieur Romazzotti, les 4 du type Farfadet (1899), de l’ingénieur Maugas.
- La Marine Française, la première, commençait à construire une
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- flottille sous-marine. La période historique était terminée. On entrait dans l’ère des réalisations.
- On construisit simultanément deux types : le sous-marin pur et le submersible. Comme on a fait de nombreuses confusions entre eux, il est utile de préciser leurs différences essentielles.
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- CHAPITRE II
- LE TYPE « SOUS-MARIN PUR » ET LE TYPE « SUBMERSIBLE »
- On a dit souvent, à tort, que le submersible se distinguait du sous-marin proprement dit parce qu’il avait deux moteurs : un pour la navigation à la surface et un autre pour la navigation en immersion. Il est vrai qu’en France, le Narval a été le premier bateau destiné à la navigation sous-marine pourvu de deux moteurs ; les sous-marins qui l’avaient précédé et même suivi n’avaient qu’un seul moteur, moteur électrique avec une batterie d’accumulateurs, ce qui réduisait singulièrement leur rayon d’action. Mais on peut placer, et on l’a fait, deux moteurs sur les sous-marins purs. C’est ce qui a été fait en particulier aux États-Unis par M. John Holland en 1893 sur le Plunger (un moteur à vapeur et un moteur électrique) et en 1897 sur le Holland (un moteur à gazoline et un moteur électrique).
- Les différences entre le sous-marin pur et le submersible sont surtout des différences de mode de construction, de flottabilité, de formes de carène.
- 1° Mode de construction. — Les sous-marins purs ont leurs water-ballasts (ou caisses à eau destinées à équilibrer le bateau en immersion) placés à l’intérieur de la coque, et cette coque est à sections circulaires. Sur les submersibles, ces réservoirs, d’un volume beaucoup plus grand sont placés à l’extérieur de la coque. Il en résulte une construction entièrement dissemblable : les sub-
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- Accumulateurs
- Fig. 6. — Sous-marin américain, système Holland,
- type Adder, lancé en 1900.
- Sections circulaires, pas de double coque. — Water-Ballasts intérieurs. — Déplacement : 106/122 tonneaux. — Coefficient de flottabilité : 13 p. 100.
- .Flottaison
- Fig. 8. — Sous-marin américain Electric Boat C°, type K,
- lancé en 1913.
- Sections circulaires; pas de double coque. — Water-Ballasts intérieurs. — Déplacement : 390/520 tonneaux. — Coefficient de flottabilité : 25 p. 100.
- Acci nu-
- -lat urs
- [Quiite
- Iferfies Avant et Arrière
- Partie Centrale
- Fig. 7. — Sous-marin américain, système Lake, type Protector, lancé en 1902.
- Sections circulaires, pas de double coque. — Water-Ballasts intérieurs. — Déplacement : 138/174 tonneaux. — Coefficient de flottabilité : 21 p. 100.
- Water-
- Water-1
- Ballast
- Fig. 9. — Sous-marin français,
- système Maugas.
- Type Farfadet, lancé en 1901. Déplacement : 184/200 tonneaux. — Type Emeraude, lancé en 1905. Déplacement : 390/420 tonneaux. — Sections circulaires, pas de double coque. — Water-Ballasts intérieurs. — Coefficient de flottabilité : 7 à 8 p. 100.
- 1
- ilote épaisse^
- Fig. 13. — Submersible système Laubeuf. Narval,
- lancé en 1899.
- Sections elliptiques. — Water-Ballasts extérieurs. — Double coque complète. — Déplacement : 117/202 tonneaux. — Flottabilité : 42 p. 100.
- Water-
- TSIe épaisse
- 'tôle mince
- Fig. 14. — Submersible système Laubeuf.
- Types Sirène et Aigrette, lancés de 1901 à 1904. Sections circulaires. — Water-Ballasts extérieurs. — Double coque partielle. — Déplacement : Sirène : 157/213 tonneaux; Aigrette : 177/253 tonneaux. — Flottabilité :Sirène : 26 p. 100; Aigrette : 29,7 p. 100.
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- R
- LE TYPE « SOUS-MARIN PUR » ET LE TYPE « SUBMERSIBLE »
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- Pont fiJ
- Water-
- Ballsst
- Ballast
- >ig. io. — 5ous-marin anglais de la Société Vickers and C°, type E, lancé en 1912.
- Sections circulaires. — Water-Ballasts intérieur et extérieur. — Déplacement : 715/820 tonneaux. — Coefficient de flottabilité : 13 p. 100.
- Water-Ballast central
- Fig. 11. — Submersible système Germania-Krupp.
- U-r, lance en 1905 (Allemagne). Déplacement : 185/420 tonneaux. — U-2, U-3, U-4, lancés en 1908 (Allemagne). Déplacement : 240/300 tonneaux. — U-j, U-6, lancés en 1910 (Autriche). Déplacement : 240/300 tonneaux. — Kobbeti, lancé en 1909 (Norvège). Déplacement : 202/255 tonneaux. — Sections circulaires. Double coque partielle. — Water-Ballasts entre les deux coques. — Coefficient de flottabilité ; 20/22 p. 100.
- Section au centre Section à l’avant et à l'arrière
- t
- iater-Ballak inférieur
- Tôles épaisses-
- 1
- Fig. 12. — Submersible de la Société Fiat-San-Giorgio, système Laurenti.
- types Foca etHvalen,lancé en 1908. Déplacement : 185/235 tonneaux. Coefficient : 21 p. 100. — Type Médusa, lancé en 1911.
- Déplacement : 235/300 tonneaux. Coefficient: 22 p. 100. — Type Brésilien, lancé en 1912. Déplacement : 254*35° tonneaux. * Coefficient : 27,5. — Double coque dans la partie centrale, sur un tiers de la longueur, partielle à Pavant et à l’arrière. — Water-Ballasts entre les deux coques.
- Water- j
- .Ballast \nofoison
- Tôle épaisse
- TMe mince
- Pig. 15. — Submersible système Laubeuf. Types Pluviôse, lancés de 1907 à 1909. Autres types lancés en 1909 et 1910.
- jetions elliptiques. Water-Ballasts extérieurs. — Double > coque partielle. — Flottabilité : 27,5 à 30 p. 100.
- Water-
- Ballast
- Tôle épaisse
- Joie mince
- Fig. 16. — Submersible système Laubeuf. —Derniers types lancés en 1911 et 1914.
- Sections elliptiques. — Double coque partielle mais plus étendue, — Flottabilité : 33 p. 100.
- 4
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- Section au milieu
- fi Section aux extrémités Afet /R
- Joies épaisses
- Fig. 17. — Projet de submersible de la Société Fiat-San Giorgio. Système Laurenti (d’après Berling).
- Déplacement : 645/920 tonneaux. — Coefficient et flottabilité : 30 p. 100. — Sections circulaires. — Double coque complète sur 1/S de la longueur au centre. — Double coque partielle à l’avant et à l’arrière.
- mersibles ont une double coque : la coque intérieure, qui doit résister à la pression de l’eau, est à parois épaisses. Elle est soit à sections circulaires, soit à sections elliptiques. La coque extérieure, qui ne résiste à la pression que lorsque les water-ballasts sont vides, c’est-à-dire dans la navigation à la surface, est construite en tôles très minces, comme les torpilleurs (la double coque peut être complète comme sur le Narval ou partielle comme sur les types suivants).
- 2° Flottabilité. — Si on appelle flottabilité le volume émergé d’un bateau naviguant à la surface, ce volume, dans les navires de mer ordinaires, est à peu près égal au volume immergé. Il est souvent même plus grand.
- En appelant coefficient de flottabilité le rapport de la flottabilité au volume total du navire entièrement plongé dans l’eau, ce rapport, qui est de 50 p. 100 au moins sur les bateaux de mer ordinaires, n’était que de 3 à 7 p. 100 sur les premiers sous-marins et ne dépasse guère 12 à 13 p. 100 sur les sous-marins purs. Il est
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- LE TYPE <c SOUS-MARIN PUR » ET LE TYPE « SUBMERSIBLE » 27
- beaucoup plus grand sur le type submersible. Les bateaux construits sur mes plans ont 27 à 33 p. 100. Le Narval avait même 41 p. 100.
- Il résulte de cette différence importante que le sous-marin pur, bas sur l’eau et ayant peu de flottabilité entre facilement dans la lame et qu’il est très vite obligé à la mer de faire rentrer son équipage à l’intérieur et de fermer toutes ses ouvertures. Il navigue alors à la surface exactement comme s’il était immergé. Le submersible au contraire navigue comme un navire de mer ordinaire. La différence comme habitabilité et comme fatigue de l’équipage est considérable.
- Les manœuvres de 1902 exécutées en France avec les sous-marins du type Morse et les submersibles du type Sirène de 150 tonnes, les essais comparatifs de 1905 entre le sous-marin Z et le submersible Aigrette de 180 tonnes, enfin les manœuvres de T 909 entre les sous-marins type Emeraude et les submersibles type Pluviôse de 400 tonnes ont démontré d’une manière certaine que le type submersible a des qualités nautiques bien supérieures.
- 3° Formes. — Une différence non moins considérable existe au point de vue des formes extérieures : les sous-marins purs se distinguent par des sections circulaires et pendant de longues années, ils ont été terminés en pointe aux deux bouts : c’est la forme du cigare, forme classique des premiers sous-marins. On était d’ailleurs persuadé que cette forme était la seule qui permettait la bonne tenue de la plongée. Lorsque fut présenté, en 1897, le projet du Narval, dont les formes extérieures étaient exactement celles d’un torpilleur, beaucoup de personnes (et notamment des officiers qui connaissaient la navigation sous-marine pour l’avoir pratiquée) affirmaient qu’un engin ainsi construit ne pourrait jamais plonger convenablement. L’expérience seule pouvait prononcer. Elle a prouvé en effet que les submersibles étaient en état de plonger aussi bien que les sous-marins.
- Le grave reproche fait aux submersibles au début, c’est que, pour passer de la position de navigation à la surface à la position de navigation en immersion, ils devaient passer du moteur thermique
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- Longueur : 45 m. 75. — Largeur : 4 m. 73. — Déplacement : 390/520 tonnes. — Flottabilité : 130 tonnt
- Armement : 4 tubes lance-torpilles il
- lit 25 p. 100 du déplacement total. — Vitesse maximum : it; 8 torpilles. — Lancement : 1913.
- à la surface,
- 14 n. 5; en plongée, 10 n. 5.
- 1, 1, 1, 1. Tube lance-torpilles.
- 2, 2. Capots de fermeture avant des tubes.
- 3, 3. Superstructure se remplissant et se vidant automatiquement.
- 4. Grappin.
- 5. Compartiment des torpilles et logement des officiers.
- 6, 6, 6, é. Torpilles de réserve.
- 7. Signal phonique par cloche sous-marine.
- 8. Réservoirs d’air comprimé.
- 9. Soute à pétrole.
- 10, 10, 10. Panneaux d’accès.
- ir. Panneau d’embarquement des torpilles.
- 12, 12. Caisses de réglage de l’assiette.
- 13. Water-ballast avant.
- 14, 14. Postes de l’équipage.
- 15. Armoires.
- 16, 16. Batterie d’accumulateui(fctriques
- 17, 17. Grand water-ballast.
- 18. Compartiment central
- 19. Kiosque.
- 20, 20. Périscopes.
- 21, 21. Manche d’aération.
- 22. Passerelle de navigation
- 23. Commande électrique ô
- 24. Moteurs à pétrole.
- Manœuvre.
- éuvernail de direction.
- 25. Moteur électrique.
- 26. Pompes d’épuisement.
- 27. Compresseurs d’air.
- 28. Soute à pétrole et à huile de graissage.
- 29. Soute à pétrole, de réserve.
- 30. Gouvernail de direction.
- 31. Gouvernail de plongée.
- 32. Hélices.
- 33. Pont.
- 34. Quille.
- 34'. Partie détachable de la quille, formant poids de sûreté.
- 35, 35. Manœuvre à la main des gouvernails de direction et de plongée
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- au moteur électrique, puis faire entrer dans leur double coque un volume d’eau considérable, pour annuler leur grande flottabilité. Or, pendant le temps ainsi employé pour s’immerger, le bateau est dans une situation critique, car il peut être détruit par un navire ennemi sans pouvoir lui échapper.
- En effet, sur le Narval, au commencement des essais, le temps mis pour passer de la surface à l’immersion atteignait 28 minutes et le reproche ci-dessus était pleinement justifié. Mais, sur ce même bateau, avec l’entraînement progressif de l’équipage et moyennant quelques modifications, ce temps se réduisit successivement à 20, puis 15 et enfin à 12 minutes. Sur le type Sirène, de 1900, qui suivit, la durée du passage de la navigation à la surface à la navigation en immersion s’abaissa à 8 minutes tous les démontages compris. Sur le type Aigrette, de 1902, à 6 minutes. Enfin sur les submersibles du type Pluviôse de 1915 à moins de 5 minutes.
- De plus, on peut, dans les parages dangereux, réduire à l’avance la flottabilité, en prenant ce qu’on appelle la position de demi-plongée ; on plonge alors en une minute environ, ce qui satisfait à toutes les exigences militaires, L’objection faite autrefois n’a donc plus aucune valeur.
- Les figures des pages 24, 25 et 26 montrent bien la différence de construction des sous-marins et des submersibles.
- Pour établir la priorité de l’invention et de la construction des submersibles en France, il suffira de citer les dates suivantes :
- Le Narval a été lancé le 21 octobre 1899.
- Quatre submersibles français du type Sirène, type Narval modifié, ont été lancés les 3 mai 1901, 13 juillet 1901, 7 septembre 1901 et 29 octobre 1901.
- Le Protector de M. S. Lake a été lancé le Ier novembre 1902.
- Le Glauco, premier submersible italien de l’ingénieur Laurenti, a été lancé le 9 juillet 1905.
- Le U-l, premier submersible allemand de la Société Germania-Krupp, a été lancé le 30 août 1905.
- En 1900, la France était la seule marine militaire possédant des
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- LE TYPE « SOUS-MARIN PUR » ET LE TYPE « SUBMERSIBLE » 31
- submersibles. Toutes les autres marines ne construisaient que des sous-marins purs.
- Depuis cette époque, le type submersible a fait de grands progrès. En France, les essais comparatifs dont nous avons parlé plus haut ont démontré la supértorité du submersible. Depuis 190J on n’a plus construit que des submersibles, et les sous-marins construits jusque-là, au nombre de 39, ont été peu à peu déclassés. Il n’en reste plus que 6 en service.
- Le type submersible a été adopté exclusivement par l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, la Suède, la Norvège, le Portugal, le Brésil.
- D’autres puissances navales expérimentent côte à côte le submersible et le sous-marin : Angleterre, États-Unis, Russie, Japon.
- Enfin, le type sous-marin pur se modifie et se rapproche peu à peu du submersible.
- Par exemple, la Société américaine qui a construit ou fait construire par ses licenciés le plus grand nombre de sous-marins, l’Electric Boat C°, a construit longtemps des sous-marins à faible flottabilité. Elle se rallie maintenant au type submersible, ainsi que le montre le tableau suivant des bateaux qu’elle a déjà construits ou qu’elle a en construction1 :
- Coefficient de flottabilité
- Déplacement Déplacement en p. 100
- à la en du déplacement
- surface. immersion. en immersion.
- Type Holland (1897). . . 62 70 II p. IOO.
- — Adder (1900). . . . 106 122 *3
- — Viper (1904) . . . . 148 170 *3
- — C (Octopus), 1904 . 238 273 13
- — D (Narwhal), 1907 . 285 337 15
- — E (Shipjack), 1908 310 370 16
- — F (Carp), 1909. . 350 430 18,5
- — H (Seawolf ), 1910 • 375 475 21
- — K (1911) • 390 520 25 ) derniers types
- — L (I9i2) . 450 600 25 î entres en service.
- — M (1913) . 550 740 25>5 )
- — N (1914) • 355 450 21 > en construction.
- — Schley .... . 1 100 1 500 25,5 )
- On voit donc que la flottabilité des sous-marins de l’Electric
- 1. Voir Engineering du 17 novembre 1911.
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- Boat C°, d’abord faible, a été en augmentant constamment, surtout à partir de 1908, date à laquelle la supériorité du type submersible avait été déjà bien établie en France.
- Enfin cette société qui, jusqu’en 1913, construisait des bateaux à simple coque, et avec water-ballasts intérieurs, construit maintenant un dernier type à forte flottabilité et avec une double coque partielle. C’est un acheminement bien marqué vers le type submersible et je pense avoir quelque droit de me réjouir de ce succès des idées pour lesquelles j’ai combattu depuis dix-huit ans
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- CL Bougault.
- Guslave-Zcdê (ancien), de 275 tonneaux, lancé en 1892.
- 1
- !
- Pl. III. Émeraude, de 390 tonneaux, lancé en 1905.
- TYPES DE SOUS-MARINS FRANÇAIS.
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- CHAPITRE III
- DÉVELOPPEMENT ACTUEL DE LA NAVIGATION SOUS-MARINE
- Aujourd’hui presque toutes les Marines de guerre sont entrées dans la voie de la construction des bateaux sous-marins. Pour mesurer le terrain franchi depuis quelques années, il suffit de rappeler qu’au Ier janvier 1901, la situation était la suivante :
- France ... 5 sous-marins et 1 submersible construits.
- — ... 4 — et 4 — en construction.
- Total.........14
- États-Unis. . 1 sous-marin construit (le Holland).
- — . . 7 sous-marins en construction (type Adder).
- Total.........8
- Angleterre . 6 sous-marins en construction (5 Hi à H5, et le Ai).
- Italie.... 2 sous-marins construits (Delfino, Pullino).
- Toutes les autres puissances ne possédaient aucun sous-marin.
- Au milieu de 1902, notre situation était encore meilleure. Aux 14 bateaux terminés étaient venus s’ajouter 2$ bateaux en construction.
- L’Angleterre en avait en tout 9, les États-Unis 8.
- Nous avions une belle avance qui semblait devoir nous assurer une grande supériorité pour de nombreuses années.
- Malheureusement cette avance a rapidement diminué. Il y a à cela diverses raisons :
- D’abord les efforts considérables faits par les autres puissances pour combler la différence.
- fc
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- Ensuite la mauvaise direction imprimée au Ministère de la Marine en France : de juin 1902 à janvier 1905, sous le ministère Pelletan, on a arrêté la construction de 11 submersibles type Aigrette, et on a mis en chantier : Y Argonaute (ex-Oméga), 6 sous-marins type Emeraude, 2 submersibles type Circé. Pendant les 2 années et demie de ce ministère, notre flottille sous-marine a donc diminué de 2 unités au lieu d’augmenter.
- En 1905 et 1906 on fit un effort vigoureux pour reprendre notre avance; il se traduisit par la mise en chantier de 18 submersibles type Pluviôse, en 1905, 16 submersibles type Brumaire (.Pluviôse modifié) en 1906, 4 bâtiments d’essai (Archimède, Mariotte, Amiral-Bourgois, Charles - Brun) à la fin de 1906, soit 38 bateaux. Malheureusement ce grand nombre de mises en chantier simultanées succédant à une période d’arrêt produisit un engorgement des chantiers de l’État qui construisaient des sous-marins : Cherbourg, Rochefort et Toulon.
- Malgré les efforts que je fis à cette époque pour faire construire des sous-marins par l’industrie privée, l’État tint avec une aveugle obstination à se réserver le monopole de cette construction. Le résultat fut le suivant : il fut impossible de mettre aucun sous-marin en chantier pendant les 3 années 1907, 1908, 1909 et les bateaux commencés en 1906 par les arsenaux ne furent terminés qu’à la fin de 1913, soit au bout de sept ans.
- Il est à noter que dans toutes les autres grandes puissances, les sous-marins sont construits simultanément par les chantiers de l’État et par l’industrie privée. En Angleterre sur 98 bateaux, 14 seulement ont été construits par l’État. En Italie, sur 20, 11 par l’État. En Allemagne la proportion est d’environ 2/3 par l’industrie (Krupp), 1/3 par l’État (Dantzig). Aux États-Unis, tous les sous-marins sont construits par les chantiers privés, etc. La France est la seule à ne pas accepter la collaboration des chantiers privés, qui donne partout ailleurs une précieuse émulation.
- Le schéma ci-contre montre la marche de la construction des sous-marins pour les trois marines qui en possèdent le plus.
- Ce schéma tient compte des sous-marins perdus ou déclassés.
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- DÉVELOPPEMENT ACTUEL DE LA NAVIGATION SOUS-MARINE 3o
- Le nombre de sous-marins déclassés est très élevé dans la marine française, parce qu’elle a été la première à construire une flottille nombreuse de sous-marins et qu’elle a ainsi été conduite à faire un grand nombre de tentatives, à construire divers types de bateaux. Ces essais ont été mis à profit par bien d’autres marines venues plus tard à la navigation sous-mariné. Les sous-marins
- 1889 1900
- Fig. 19.
- déclassés dans la marine française atteignent le chiffre considérable de 34 depuis 1907, alors qu’il n’y en a eu que 7 en Angleterre et un seul aux États-Unis. Il est probable du reste que toute la classe A anglaise et les 7 sous-marins américains type Adder seront prochainement déclassés aussi.
- Si au lieu de faire le graphique du nombre de bateaux, on avait tracé celui du nombre de tonnes, on verrait un accroissement très notable pour la France : en effet, dans les trois années 1912, 1913 et 1914, on a déclassé le chiffre considérable de 28 sous-marins dont le tonnage total est seulement de 3 600 tonnes, tandis qu’on a mis en construction 21 bateaux d’un tonnage total de 18000 tonnes en immersion (8 d’entre eux ayant 1 250 tonnes).
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- ÿàConprtratu* d'équilibre.
- .Compartiment d'équilibre
- Fig. 20. — Submersible italien de la Société Fiat-Ss Giorgio (système Laurenti. — Types Hvalen et Foca).
- Longueur : 42 m. 25. — Largeur : 4 m. 25. — Tirant d’«au : 2 m. 95 sous quille. — Décernent : 185/235 tonnes. — Vitesse : 14 n. j/7 n. 2. — 2 tubes lance-torpille. — 4 torpilles.
- 1, ï. Accumulateurs électriques.
- 2. Pompe centrifuge d’épuisement.
- 3. Manœuvre de l’hélice réversible. 4, 4, 4. Moteurs à essence.
- 5, 5. Compresseur d’air.
- 6, 6. Réservoirs d’essence.
- 7, 7, 7. Panneau d’accès.
- 8, 8. Moteurs électriques.
- 9. Caisse d’échi’ernent.
- 10. Réservoirs et comprimé.
- 11. Boucles de rïvage.
- 12. Water-Ballafsupérieur.
- 13. Passerelle dtiavigation.
- 14. Appareils d*isi°n (périscopes).
- 15. Manœuvre i gouvernails horizontaux.
- 16. — — verticaux.
- 17. Water-Closet.
- 18, 18. Torpille de réserve.
- 19. Réservoir d’air pour le lancement. 20, 20. Tubes lance-torpilles.
- 21. Guindeau.
- 22. Puits aux chaînes.
- 23. Ancre.
- 24. Grue démontable.
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- Au Ier janvier 1914, d’après le tableau publié par l’Amirauté anglaise, que nous complétons en ce qui concerne les petites Marines, voici quel était le nombre de sous-marins construits ou en construction :
- Nom du pays.
- Angleterre ....
- France ...........
- États-Unis........
- Russie............
- Allemagne ....
- Italie............
- Japon.............
- Autriche ..... Danemark ....
- Suède.............
- Pays-Bas..........
- Norvège...........
- Grèce.............
- Brésil............
- Pérou.............
- Chili 1...........
- Portugal..........
- NOMBRE DE SOUS-MARINS
- construits. en construction. Total.
- . 69 29 98
- . 50 26 76
- . 29 25 54
- • 25 18 43
- . 24 14 38
- . 18 2 20
- • 13 2 i5
- . 6 5 11
- . 6 4 10
- • 5 3 8
- • 5 3 8
- • 3 2 5
- 2 4
- • 3 0 3
- . 2 0 2
- . 0 3 3
- Ce tableau permet de mesurer le chemin parcouru en treize ans.
- On voit que le total des sous-marins des divers types, construits ou en construction au Ier janvier 1914 atteint le chiffre considérable de 400 bateaux. On peut facilement compter les Marines de guerre qui n’en ont pas. L’Espagne et la République Argentine sont presque les seules puissances maritimes qui ne possèdent pas de sous-marins dans leur flotte2.
- Parmi ces 400 bateaux, les types les plus répandus sont3 :
- TYPE SOUS-MARIN PUR
- I. Electric Boat C° (États-Unis). — A la fin de 1911, cette firme comptait 56 bateaux de son système, faisant ensemble un tonnage
- 1. Ces deux bateaux ont été achetés par le Canada à la fin de 1914.
- 2. L’Espagne a commandé un sous-marin de 250/350 tonneaux en Italie, en juin 1915.
- 3. Les chiffres qui suivent sont donnés sous toutes réserves, diverses Marines tenant secrets les renseignements relatifs à leurs sous-marins. Ils se rapportent à la date du Ier juillet 1914.
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- Longueur : 49 m. 50.
- Largeur : 4 m. 50.
- Tirant d’eau : 2 m. 75. Déplacement : 311/465 tonneaux. Vitesse : 13 11. 25/8 n. 5.
- 1 tube lance-torpille avant.
- Fig. 21. — Submersible grec système Schneider-Laubeuf.
- 4 appareils lance-torpille extérieurs. 6 torpilles.
- Chambre de 2 officiers au milieu. Poste de sous-officiers à l’arrière. Poste d’équipage à Pavant.
- DÉVELOPPEMENT ACTUEL DE LA NAVIGATION SOUS-MARINE 39
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- de 18361 tonnes de déplacement en immersion, construits par elle-même ou par ses licenciés, pour les États-Unis, l’Angleterre, la Russie, le Japon, l’Autriche, la Hollande, le Danemark, le Chili. Dans les années 1912 et 1913, cette firme a dû ajouter plusieurs milliers de tonnes à ce chiffre.
- IL Vickers and C° (Angleterre). — Cette firme n’a construit que pour l’Angleterre, l’Australie et le Japon, en tout 90 bateaux d’un tonnage total d’environ 30000 tonnes. Elle a d’abord construit sur les plans de l’Electric Boat C° (type HI à H5), puis sur ses propres plans (types A, B et C), enfin en collaboration avec les ingénieurs de l’Amirauté britannique (types D, E et F).
- On peut ajouter à ces bateaux, les 14 sous-marins des types Vickers construits par l’arsenal de Chatam (6 du type C, 2 du type D et 6 du type E), soit environ 7 250 tonnes.
- TYPE SUBMERSIBLE
- I. Système Laubeuf (France). — Sur mes propres plans ont été construits : 43 submersibles pour la Marine française, dans les arsenaux de l’État, 11 pour diverses Marines chez MM. Schneider et Cie (Le Creusot, France) et 4 pour l’Amirauté anglaise chez MM. Sir William Armstrong, Withworth and C°, à Newcastle; soit ensemble, 58 bateaux, d’unionnage total d’environ 29000 tonneaux.
- Il convient d’y ajouter les submersibles construits par la Marine française d’après mon système, mais sur les plans d’autres ingénieurs (Hutter, Simonot) depuis que j’ai quitté le service de l’État. Ils sont au nombre de 26 dont le déplacement total atteint environ 22000 tonnes, parce que 9 d’entre eux ont un déplacement submergé de 1250 tonnes.
- IL Système Germania-Krupp (Allemagne). — La Firme Ger-mania-Krupp a construit ou avait en construction au Ier janvier 1914 : 37 submersibles pour l’Allemagne, 7 pour l’Autriche, 5 pour la Norvège, 3 pour la Russie, 1 pour l’Italie, soit au total 53 bateaux et environ 30000 tonnes. Ces chiffres comprennent les
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- j£
- Aigrette, Je 175 tonneaux, lancé en 1904.
- Cï^g" «r**. -
- ^3
- Thermidor, de. 400 tonneaux, lancé en 1907.
- Li. J. h),u j .
- Pl. IV.
- Gustave-Zédc (nouveau), de 800 tonneaux, lancé en 1913 TYPES DE SUBMERSIBLES FRANÇAIS.
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- DÉVELOPPEMENT ACTUEL DE LA NAVIGATION SOUS-MABINE 41
- submersibles construits par l’Arsenal Impérial de Dantzig d’après le système Germania-Krupp en collaboration avec l’amirauté allemande.
- III. Société Fiat-San Giorgio (Système Laurenti) Italie. — Cette société a construit : 14 submersibles pour l’Italie, 4 pour l’Angleterre, 1 pour les États-Unis, 1 pour l’Allemagne, 4 pour la Suède, 3 pour le Brésil, 1 pour le Danemark, 1 pour le Portugal, soit 30 bateaux dont le tonnage total n’est que d’environ 10000 tonnes, car la plupart de ces bateaux sont de faible déplacement.
- Les autres systèmes : Lake (États-Unis), Boubnoff (Russie), Richson (Suède), Bernardis (Italie), Cavallini (Italie), Romazzotti (France), Maugas (France), etc. ne sont représentés que par un nombre bien plus faible de bateaux et de tonnes.
- *
- * *
- Nota delà 3e Edition. — Il est bien difficile de dire, même approximativement, ce que les différentes puissances belligérantes ont mis en chantier depuis le commencement de la guerre.
- En France on s’est borné à continuer la construction des sous-marins commencés avant la guerre. Celle des 6 derniers, grands sous-marins de 835 tonnes à la surface, 1250 tonnes en plongée, était du reste à peine entamée. Comme on le sait, tout l’effort de notre pays s’est porté sur les canons, les munitions, les approvisionnements de l’armée de terre, et la marine n’a eu à sa disposition que des ressources très limitées.
- En Angleterre et en Allemagne, au contraire, un gros effort a été fait. L’Angleterre n’a pas mis en chantier moins de 92 sous-marins, en majorité de fort tonnage (700 à 1 700 tonnes à la surface), depuis le début de la guerre jusqu’au 31 décembre 1915.
- Dans le même temps, l’Allemagne a construit 85 sous-marins, en majorité de faibles dimensions. (Voir Annexe II, p. 99.)
- L’Italie et la Russie ont également mis de nouveaux sous-marins en chantier.
- Le grand rôle joué par ces bateaux pendant la guerre influe déjà sur les neutres : les États-Unis ont décidé la construction de 20 sous-marins en 1916.
- C’est le commencement de l’exécution d’un programme naval qui comporte la construction de 67 sous-marins en 3 ans.
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- CHAPITRE IV
- IMPORTANCE DES SOUS-MARINS POUR LES PETITES MARINES
- D’après ce qui précède, on voit que ce sont les grandes Marines qui ont construit, et de beaucoup, le plus de sous-marins.
- Une question se pose : le sous-marin est-il également utile à toutes les nations?
- Il est permis d’en douter.
- En ce qui concerne l’Angleterre, en 1905, l’amiral Lord Charles Beresford a dit à la Chambre des Lords :
- « Personnellement je suis très heureux que l’Angleterre ait « essayé le sous-marin. On verra bien s’il est utile ou non, mais « mon opinion personnelle est qu’il servira plutôt pour la défense « que pour l’attaque. Et comme nous devons être la puissance qui « attaque, tandis que les autres pays se tiendront sur la défensive, « il doit leur être plus utile qu’à nous. »
- L’Allemagne se charge actuellement de démontrer que le sous-marin sert aussi pour l’attaque et qu’il permet d’attaquer l’Angleterre chez elle.
- Voici ce que j’écrivais à ce sujet dans une communication faite en juin 1907, au Congrès International d’Architecture Navale, réuni à l’Exposition de Bordeaux.
- « Il est bien certain que pour les nations maîtresses des mers qui « les bordent, les sous-marins ont bien moins d’utilité que pour les « autres. C’est ce qui arrive pour l’Angleterre, le Japon, les États-
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- « Unis, et cependant nous voyons que ces puissances, ont fait des « sacrifices sérieux pour la construction de flottilles de sous-marins.
- « S’il en est ainsi, on voit combien toutes les autres Marines « ont un puissant intérêt à acquérir des sous-marins pour la « défense de leurs côtes, conjointement avec les torpilleurs. Les « sous-marins remplacent avantageusement aussi les mines sous-« marines, arme aveugle, dangereuse pour les amis autant que « pour les ennemis.
- « Il faut donc avoir beaucoup de sous-marins, c’est-à-dire qu’il « faut leur donner des dimensions modérées pour que les dépenses « des flottilles restent dans des limites convenables.
- « Au point de vue de la défense des côtes, le sous-marin appa-« raît aussi utile pour les grandes puissances continentales que « pour les petites.
- « M. le vice-amiral Fournier, après les manœuvres françaises « de 1906 dans la Méditerranée, a pu dire dans son ordre du jour « du 3 août :
- « On ne saurait trop proclamer que Végide des fronts de mer « de la France dans l’avenir est une nombreuse flottille de sous-« marins et de torpilleurs couvrant les ports et les points de son « littoral accessibles aux attaques de l’ennemi.
- « Ce n’est certainement pas l’arme de la conquête par mer qui « reste incontestablement le navire de haut bord, mais c’est celle « qui détruira le plus sûrement toute flotte victorieuse voulant tirer « parti de ses succès en attaquant finalement les ports ennemis. »
- « Le type submersible permet en outre, dans certaines conditions « géographiques, de prendre l’offensive contre un ennemi plus « puissant et même maître de la mer, qu’on pourra malgré cela « attaquer chez lui.
- « C’est le cas possible de la France et même de l’Allemagne vis-« à-vis de l’Angleterre, de l’Autriche contre l’Italie, de la Suède « contre la Russie, etc.
- « Lorsqu’on voit les nations qui, comme l’Angleterre, le Japon, « les États-Unis, ont le moins besoin de sous-marins, dépenser des
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- IMPORTANCE DES SOUS-MARINS POUR LES PETITES MARINES 45
- « sommes considérables pour en acquérir, on est bien conduit à « penser que les nations continentales, auxquelles le sous-marin « est beaucoup plus utile, entreront aussi résolument dans cette « voie, où la France, l’Italie, la Russie sont déjà engagées.
- « L’Allemagne commence à y entrer ; elle possède depuis peu « de mois son premier submersible le U-i. L’Autriche vient aussi « de commander deux submersibles et va commander quatre autres « submersibles ou sous-marins.
- « Mais si les flottilles de sous-marins sont d’une utilité incon-« testable pour les grandes puissances continentales, on peut dire « qu’elles sont d’une nécessité absolue pour tous les petits États.
- « Le sous-marin est l’arme des puissances pauvres, des puis-» sances faibles », a dit lord Goschen en 1899 à la Chambre des « Communes.
- « Jusqu’ici, ces paroles, absolument vraies, n’ont pas été beau-« coup entendues par ceux qu’elles visent, c’est-à-dire par les « États secondaires.
- « Ce sont en effet, comme nous l’avons dit, plusieurs des prin-« cipales puissances maritimes qui ont le plus poussé la construc-« tion des sous-marins.
- « Les nations secondaires ont jusqu’ici attendu les résultats des « essais des grandes marines avant de construire ou d’acheter des « sous-marins. Cela est assez naturel, étant données les dépenses « considérables qu’entraînent les tâtonnements, les essais nom-« breux, les modifications d’un type de navire aussi différent de « tout ce qui a été fait jusqu’ici.
- « Aujourd’hui que cette période de tâtonnements semble ter-« minée, que des types de bâtiments sous-marins donnant satisfac-« tion ont été construits, cette attitude expectante ne se compren-« drait plus.
- « Ce sont en effet les puissances secondaires qui ont le plus à « gagner au développement du sous-marin, car celui-ci est avant « tout une arme défensive ainsi que nous l’avons dit plus haut. « Son offensive est limitée aux mers étroites et à des conditions « géographiques particulières.
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- 4.5
- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- « Les marines secondaires : Hollande, Suède, Norvège, Dane-« mark, Espagne, Portugal, Grèce, Turquie, Roumanie, Bulgarie, « Républiques Sud-Américaines ne peuvent songer à construire « des cuirassés de 18000 à 20000 tonnes coûtant 50 millions de « francs. Ces constructions excéderaient singulièrement leurs « ressources.
- « Peuvent-elles continuer à faire ce que la plupart d’entre elles « font actuellement, c’est-à-dire construire de petits cuirassés de « 2 500 tonnes à 7 000 tonnes ?
- « Mon opinion est qu’elles font là des dépenses bien inutiles. « Ces bâtiments sont tellement inférieurs aux grands cuirassés « modernes qu’ils ne seraient d’aucune utilité aux petites puis-« sances en cas de conflit avec une grande marine.
- « Voit-on par exemple les Pays-Bas défendant leurs Indes avec « des cuirassés Tromp de 4 500 tonnes contre le Katori ou le « Kashima japonais? Un seul Katori coulerait une demi-douzaine « de Tromp.
- « Un autre exemple bien typique est le suivant :
- « En 1807, une flotte anglaise bombarda Copenhague, détruisit « la flotte danoise, pilla et brûla l’arsenal pour punir le Danemark « de s’être allié à Napoléon Ier.
- « Supposons (ce n’est qu’une hypothèse gratuite) que l’Angle-« terre veuille, à cent ans de distance, recommencer la même « opération ; que pourrait faire le Danemark ?
- « S’il n’a, comme aujourd’hui, que sept petits cuirassés de 2 500 « à 5 500 tonnes pouvant aligner quinze pièces de gros calibre en « tout et pour tout, une division de six ou huit cuirassés sur les « cinquante que possède l’Angleterre suffira pour les écraser.
- « Si le Danemark, au contraire, a une douzaine de submersibles « et autant de sous-marins, avec les premiers, il peut barrer les « détroits et frapper au passage les cuirassés ennemis. Avec les « seconds, il peut attendre aux abords de ses ports ceux qui ont « pu forcer le passage et les couler à leur tour.
- « Or, les sept petits cuirassés danois ont coûté à peu près « 50 millions. Les douze submersibles et les douze sous-marins
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- IMPORTANCE DES SOUS-MARINS POUR LES PETITES MARINES 47
- « reviendraient ensemble à une vingtaine de millions environ. Un « seul cuirassé moderne de 23 000 tonnes coûte plus de 70 millions.
- « Comparez et concluez.
- « Les marines secondaires qui ne peuvent posséder les énormes « cuirassés modernes doivent donc cesser de s’imposer de lourds « sacrifices pour construire de petits cuirassés inutiles et ineffi-« caces.
- « Le sous-marin leur offre un moyen moins coûteux et plus sûr « de se défendre contre l’agression d’une nation plus puissante.
- « Il en résultera sous peu un changement profond dans la poli-« tique navale des petites puissances qui, se bornant à la construc-« tion de flottilles défensives constituées par de nombreux tor-« pilleurs et sous-marins, pourront en couvrir leurs côtes.
- « Nous sommes à l’aurore de ce mouvement auquel j’ai travaillé « de toutes mes forces. La Suède et la Hollande possèdent déjà « chacune deux sous-marins, le Danemark et la Norvège en ont « chacun un. D’autres puissances, l’Espagne, le Brésil, songent à « s’en procurer. Il n’est pas téméraire, je crois, d’affirmer que d’ici « quelques années tous les États secondaires seront entrés résolu-« ment dans cette voie.
- « Dans la lente évolution de l’humanité, on doit s’efforcer de « développer les moyens de défense de préférence aux moyens « d’attaque. C’est là un acheminement, une première étape vers la « suppression des guerres.
- « Dans l’état actuel du monde civilisé, espérer la paix univer-« selle par un désarmemenl général est une utopie dangereuse.
- « Le vrai moyen de garantir la paix, c’est de donner à chacun « la possibilité de se faire respecter.
- « C’est le plus beau titre de gloire du sous-marin que d’avoir « pu être proclamé Varme du faible, l’arme du pauvre. Il faut « souhaiter que toutes les marines secondaires possèdent le plus tôt « possible des flottilles sous-marines.
- « Je veux espérer que l’humanité gardera quelque reconnais-« sance à ceux qui auront aidé les faibles, les petits à se faire « respecter par les forts, souvent portés à abuser de leur force.
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- « On peut donc dire :
- « Le développement des sous-marins comme engins de guerre a « déjà amené et amènera surtout dans l’avenir des modifications « importantes dans la politique navale, les constructions mari-« times, la constitution des flottes des divers États, surtout des « puissances secondaires.
- « Il amènera aussi des changements importants dans la stratégie « et la tactique navales.
- « Fulton disait en 1800 : « La liberté des mers fera le bonheur « de la terre », et il comptait sur le sous-marin pour amener ce « résultat. Nous n’en sommes pas là, car le sous-marin n’est pas « actuellement et ne sera peut-être jamais maître de la haute mer, « mais on peut dire dès aujourd’hui et ce sera ma conclusion :
- « Le sous-marin assurera dans un avenir prochain, la liberté « des côtes et même celle des mers étroites.
- « De plus il constitue une arme de haute moralité puisqu’elle « permet au faible de se défendre contre un ennemi puissant. »
- Telles étaient les idées que j’exposais en 1907. Ce qui s’est passé depuis lors n’a fait que les appuyer.
- Le tableau des sous-marins possédé actuellement par les diverses puissances montre que, ainsi que je l’espérais, les petites Marines ont compris l’importance que présente le sous-marin pour elles et qu’elles sont entrées résolument dans la voie que je préconisais en commençant à se construire des flottilles de sous-marins.
- Les événements actuels ne feront bien certainement qu’accentuer ce mouvement.
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- CHAPITRE V
- AUGMENTATION DU DÉPLACEMENT DES SOUS-MARINS
- Les sous-marins n’ont pas échappé à la tendance, si forte depuis quelques années, qui pousse sans cesse à l’augmentation des dimensions.
- On peut cependant se demander si, dans ce cas, cette tendance est bien justifiée.
- En passant de 15000 à 25000 tonnes, les cuirassés voient augmenter dans de grandes proportions leur vitesse, leur protection, et surtout leur puissance offensive. La même remarque peut être faite pour tous les bateaux dont l’arme principale est le canon.
- Mais il n’en est pas de même pour les navires dont le seul armement, ou l’armement principal, est la torpille. Ils ne trouvent pas d’avantages aussi marqués dans une augmentation de déplacement.
- Prenons, par exemple, les contre-torpilleurs français :
- DÉPLACEMENT
- VITESSE
- ARMEMENT
- Type de 530 tonnes Type de 475 tonnes
- Type de 750 tonnes
- 28 à 30 nœuds
- 28 à 30 nœuds
- 1 canon de 65 millimètres.
- 6 — — 47 —
- 2 tubes lance-torpilles.
- 6 canons de 65 millimètres.
- 3 tubes lance-torpilles.
- 30 à 33 nœuds
- 2 canons de 100 millimètres. 4 — de 65 —
- 4 tubes lance-torpilles, montés par paires.
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- On voit d’après ce tableau que la vitesse a augmenté en même temps que le déplacement. L’artillerie a aussi augmenté, non comme nombre de canons, mais comme puissance individuelle des pièces. L’armement des torpilles ne s’est que peu accru, car 4 tubes montés par paires ne valent pas plus que 3 tubes indépendants.
- La même remarque s’applique aux sous-marins.
- Ici l’armement à peu près unique est la torpille. Les deux petits canons placés sur certains sous-marins sont inutiles contre les bâtiments de guerre que les sous-marins doivent attaquer. Ils ne peuvent guère servir que contre les aéroplanes ou contre des bateaux de commerce.
- En France, le Narval de 120/200 tonneaux, construit en 1898-1900 et les petits submersibles de 157/210 tonnes, type Sirène, construits sur mes plans en 1900-1901, avaient déjà 4 appareils lance-torpilles extérieurs pour torpilles de 450 millimètres.
- Ce nombre est porté à 6 en 1904 sur les submersibles type Circé de 350/490 tonnes et 7 (dont un tube intérieur) en 1905 sur la classe Pluviôse de 400/550 tonnes.
- Il reste le même sur la classe Brumaire de 400/550 tonnes en 1906, sur la classe Clorinde de 410/560 tonnes, sur VArchimède de 575/810 tonnes et il n’est porté à 8 appareils, dont 2 tubes intérieurs que sur le Gustave-Zédé de 800/1100 tonnes lancé en 1913.
- En Angleterre, la classe C de 280/314 tonnes n’a que 2 tubes, la classe D de 550/615 tonneaux n’en a que 3. Il faut arriver à la classe E de 715/820 tonnes pour en trouver 5.
- On voit donc que la puissance offensive des sous-marins s’est bien peu accrue, malgré une augmentation énorme de déplacement.
- C’est surtout la vitesse et le rayon d’action à la surface et en immersion qu’on s’est efforcé d’améliorer, car les premiers sous-marins étaient, on peut bien le dire, tout à fait insuffisants à cet égard.
- On a obtenu les vitesses suivantes :
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- AUGMENTATION DU DÉPLACEMENT DES SOUS-MARINS
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- FRANCE A la surface. En immersion.
- En 1901, type Sirène de 157/ 210 tonnes. 10 nœuds. 6 nœuds.
- 1907, type Circè de 250/ 490 — . 12 — 8 —
- 1908, type Pluviôse de 400/ 550 — i=>33 — 8 —
- 1912, type Brumaire de 400/ 550 — . D — 9 ~
- 1911, type Archimède de 575/ 810 — . 15 — 10 —
- Pour les bateaux en cours d’achèvement, on espère réaliser les
- vitesses suivantes :
- Type Clorinde, de 410/ 560 tonnes. 15 nœuds. 9,5 nœuds.
- Type Gustave-Zèdé de 800/1060 — . 18 — iij5 —
- Type Dupuy-de-Lôme de 830/1250 — . 19 — “,5 —
- Classe A ANGLETERRE de 180/ 205 tonnes. 11 nœuds. 8 nœuds.
- Classe B de 280/ 314 — . 12 — 8,5 —
- Classe C de 280/ 320 — . 13 — 9 —
- Classe D de 550/ 615 — . 14 — 10 —
- Classe E de 715/ 820 — . 16 — 10 —
- On espère obtenir pour les classes G, J et K en cours de con-
- struction :
- Classe G 850/1000 — . 17 nœuds. 10 nœuds.
- Classe J x 200/1 420 — . 19 — 12 —
- Classe K x 700/2 OOO — . 23 — 10 —
- (si mes renseignements sont exacts).
- En résumé, on voit que pour les sous-marins, l’augmentation de déplacement ne donne qu’un assez faible accroissement de la puissance offensive et que, pour obtenir des vitesses sensiblement augmentées, il est nécessaire d’arriver à des déplacements considérables.
- D’autre part, on peut dire que les grands déplacements présentent des inconvénients sérieux pour les sous-marins :
- a) Danger plus grand des inclinaisons longitudinales des bateaux lorsqu’ils sont en immersion, à cause de leur grande longueur.
- Par exemple le Gustave-Zédé ayant 74 mètres de longueur, une inclinaison accidentelle de 8°, qui n’est pas rare en navigation sous-marine, mettra son avant 10 mètres plus bas que son arrière.
- b) Tirant d’eau trop grand, aussi bien dans la position de naviga-
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- tion à la surface que dans la position de plongée. Le grand tirant d’eau de surface ne permet plus de passer dans des petites profondeurs, et expose le bateau à être attaqué lui-même par les torpilles, le grand tirant d’eau de plongée empêche de passer sous la quille des navires ennemis, manœuvre nécessaire si le sous-marin dans son attaque se trouve trop près du navire qu’il vise.
- c) Rayon de giration trop grand, ce qui peut être gênant et même dangereux pour les manœuvres d’attaque.
- d) Prix trop élevé, qui empêchera d’avoir un nombre élevé de bateaux. Or, pour que leur action soit efficace, il faut qu’elle soit conduite simultanément par un nombre assez considérable de bateaux, couvrant une surface de mer étendue.
- Ces considérations conduisent à la concéption suivante que j’ai défendue depuis plusieurs années déjà1 :
- Il est bon d’avoir deux types distincts de sous-marins : i° Le sous-marin garde-côtes, 2° le sous-marin d’escadre.
- i. Voir en particulier une conférence sur « Les bâtiments torpilleurs » faite à la Ligue Maritime le xo décembre 1910 (Revue mensuelle de la Ligue Maritimet mars 1911).
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- CHAPITRE VI
- SOUS-MARINS DÉFENSIFS OU SOUS-MARINS GARDE-COTES
- Ces bateaux seront d’un tonnage modéré, 350 à 450 tonnes à la surface, bien manœuvrants, ayant un petit rayon de giration, un tirant d’eau peu élevé, ne coûtant pas trop cher et pouvant par suite être construits en nombre considérable. Ces bâtiments doivent être bien armés, mais ils n’ont pas besoin de réaliser de très grandes vitesses ni d’avoir un très grand rayon d’action en navigation à la surface.
- Cette classe de sous-marins existe un peu partout. Elle est représentée :
- En France par les types Pluviôse, Brumaire, Clorinde de 400 à 415 tonnes à la surface, 550 à 560 tonnes en immersion.
- En Angleterre par les classes B et C de 280/314 tonnes.
- Aux États-Unis par les types K de 390/520 tonnes, G de 400/540 tonnes, L de 450/600 tonnes, N de 355/450 tonnes.
- En Allemagne et en Autriche par le type U-2 de Germania-Krupp de 240/300 tonnes, U-13 de 450-550 tonnes.
- En Italie par les types Foca et Médusa de la Société Fiat-San Giorgia, système Laurenti de 245/300 tonnes et le type Nautilus, système Bernardis de même déplacement.
- Ces derniers types sont d’un déplacement un peu trop faible. Cette classe de sous-marins doit en effet, non seulement défendre les côtes, les abords des ports et des rades, mais aussi prendre l’offensive dans un assez grand rayon de son port d’attache. Ils doivent donc avoir des qualités nautiques excellentes, et une bonne
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- habitabilité pour l’équipage, ce qui est difficile à réaliser avec un faible tonnage.
- Dans ce but, ils doivent avoir une flottabilité élevée et des formes marines, c’est-à-dire, être du type submersible.
- La bonne tenue à la mer des submersibles à grande flottabilité a été prouvée par un grand nombre de traversées de longue durée effectuées par les bâtiments construits sur mes plans et dont je me bornerai à citer quelques-unes :
- Le Papin (type Pluviôse) est allé en octobre 1909 de Cherbourg à Bizerte. Sur ce trajet, la traversée de Rochefort à Oran, soit 1230 milles, a été faite sans escale, en 6 jours, à la vitesse moyenne de 9 nœuds, malgré 2 jours de très mauvais temps dans le Golfe de Gascogne et 1 jour de brume au sud de l’Espagne.
- Le Brumaire est allé au mois de juillet 1912 de Dunkerque à Bordeaux, soit 800 milles en 72 heures, sans escale, à la vitesse moyenne de 11 nœuds.
- Le Faraday a fait, du 28 septembre au 5 octobre 1912, la traversée de Rochefort à Toulon, soit 1 730 milles, sans escale, à la vitesse moyenne de 11 nœuds, malgré 2 jours de mauvais temps. Ce dernier raid constitue le record de la distance couverte sans relâcher par un bateau sous-marin.
- Cette brillante traversée a du reste motivé un témoignagne officiel de satisfaction que le ministre de la Marine a décerné aux officiers et à l’équipage de ce submersible.
- Au mois de décembre 1912, le Volta, submersible du même type a fait aussi le parcours Rochefort-Toulon, par très mauvais temps.
- Le submersible grec Delphin, construit par MM. Schneider et Cie, a effectué également une traversée très remarquable. Parti le 30 septembre 1912 de Toulon, quelques jours avant la déclaration de guerre dans les Balkans, il est arrivé au Pirée le 5 octobre, ayant parcouru 1100 milles en 130 heures.
- Trois points d’une importance capitale sont à noter ici :
- i° Le bateau qui a fait ce voyage est d’un déplacement peu élevé : 311 tonnes seulement en ordre de marche à la surface.
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- 2° Il a accompli ce parcours sans escale et sans être convoyé.
- 3° Son équipage était composé uniquement de marins grecs, à bord depuis fort peu de temps, à part les officiers et les sous-officiers.
- Cette traversée a démontré l’excellente tenue à la mer du bâtiment, ainsi que la robustesse et l’endurance de ses moteurs.
- Peu de jours après l’arrivée du Delphin dans les eaux grecques, la guerre était déclarée; le Delphin a rallié, toujours isolément, la base navale que venait d’occuper et d’installer l’amiral Condou-riotis. Pendant les deux mois qui suivirent, le Delphin, n’ayant pas d’autre abri que les rades foraines de Lemnos et de Ténédos, sortit, tant en surface qu’en plongée, presque chaque jour, produisant lui-même son énergie électrique pour recharger ses accumu-!*ljûï^r^, faisant lui-même l’air comprimé nécessaire aux services du bord,,Emplissant ainsi, dans les conditions les plus dures qu’on puissqÿfinaginer, son rôle de submersible autonome, malgré son jKnnage.
- __Delphin est donc le premier des submersibles modernes qui
- ait fait une campagne de guerre. Sa présence devant les Dardanelles a eu un effet moral considérable sur l’escadre turque qui le craignait beaucoup. Il n’a pu arriver qu’une seule fois à bonne portée de lancement des navires turcs, qui, comme on sait, sortaient rarement du détroit. Il a lancé une torpille dans de bonnes conditions, mais cette torpille, de fabrication allemande, avait une rentrée d’eau dans son flotteur arrière et a mal marché. Un autre jour, poursuivi par deux croiseurs turcs, le Delphin plongea à 20 mètres et laissa passer au-dessus de lui un de ses adversaires.
- Après un repos de quelques jours, il continua ce même rôle de surveillance devant Salamine et le Pirée jusqu’à la fin de la guerre. Il a en somme tenu la mer pendant six mois, soumettant à de dures fatigues le personnel et le matériel qui ont, l’un et l’autre montré une endurance très remarquable.
- Un autre submersible grec du même type, le Xiphias, a fait aussi la traversée de Toulon au Pirée au mois d’octobre 1913. Il a
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- rencontré un violent coup de vent qui l’a forcé à relâcher à Livourne et à Messine. Il s’est très bien comporté dans une mer très dure et a fait preuve d’excellentes qualités nautiques.
- Ces deux petits bateaux ont un déplacement moins grand que nos submersibles des types Pluviôse, Brumaire et Clorinde. Ils ont seulement 311 tonnes à la surface, 460 en immersion, ce qui leur donne une flottabilité de 33 p. 100 du déplacement total. Leur vitesseestde 13 nœuds 1/4 à la surface, 8 nœuds 1/2 en immersion.
- Au contraire, d’autres submersibles, construits également par MM. Schneider et Cic pour la marine japonaise, sont plus grands. Leur déplacement est de 460 tonnes à la surface, 675 tonnes en plongée, ce qui fait une flottabilité de 32 p. 100 du déplacement total. Ils ont été lancés en 1913-1914.
- Ces bateaux ont 2 tubes lance-torpilles intérieurs, 4 appareils lance-torpilles extérieurs, 8 torpilles. Ils ont donné 17,4 nœuds à la surface, 10 nœuds 1/2 en immersion. Ils constituent un type de submersible garde-côtes plus rapide et plus puissant qu’aucun autre actuellement à flot.
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- Sous-marin américain Grampus, de 104 tonneaux, lancé en 1901.
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- CHAPITRE VII
- SOUS-MARINS D’ESCADRE
- Le second type de sous-marin qu’on cherche à réaliser aujourd’hui, c’est le sous-marin de haute mer ou sous-marin d'escadre.
- Celui-ci, destiné à accompagner les navires de combat, à naviguer en escadre par tous les temps, à prendre part aux batailles navales, doit, dans l’avenir, remplacer les destroyers ou contre-torpilleurs.
- L’énumération des opérations auxquelles il doit participer montre qu’il est absolument nécessaire que ce bateau possède une grande vitesse à la surface, une grande vitesse en immersion, un grand rayon d’action, surtout à la surface, une grande puissance offensive, de très bonnes qualités nautiques et une excellente habitabilité.
- Voilà bien des conditions à remplir ! Tout cela ne peut être obtenu qu’avec un déplacement très considérable.
- On peut dire de suite que les bateaux de tonnage intermédiaire, se plaçant entre le sous-marin garde-côtes et le sous-marin d’escadre, construits ou en construction, sont inutiles : trop grands pour des garde-côtes, ils sont trop petits pour des bateaux de haute mer.
- Tous ces bateaux ne représentent que des demi-mesures. Ils ne peuvent pas faire grand’chose de plus que les garde-côtes de 400/550 tonnes, ils ont des vitesses trop faibles et des qualités nautiques insuffisantes pour accompagner les escadres. Ils sont appelés à disparaître devant le sous-marin à grande vitesse et de tonnage bien plus fort.
- Trois sortes de sous-marins seulement se rapprochent actuelle-
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- ment de la vraie conception du sous-marin d’escadre, ce sont :
- En Angleterre les types J et K commencés en 1914 et 1915.
- En France le Gustave-Zédé de 800/1100 tonnes, mis en chantier en 1911, lancé le 20 mai 1913 et entré en service en 1914. Un second bateau, la Néréide, est achevé. On en a commencé 8 autres en I9i3-I9i4,un peu plus grands : 833/1250 tonnes. Les 2 premiers, Dupuy-de-Lôme et Sané, sont terminés.
- Aux États-Unis on a mis en chantier, en 1915, un premier type de sous-marin d’escadre qui aurait un déplacement d’environ 1100 tonnes à la surface. Il nous est agréable de constater qu’ici encore la France est en avance.
- Si mes renseignements sont exacts, le programme des sous-marins d’escadre en France, en Angleterre et aux États-Unis est assez analogue : Tous trois doivent donner 19 à 21 nœuds à la surface, 11 à 12 nœuds en immersion de combat.
- Ces divers types de sous-marins représenteront-ils bien des submersibles d’escadre?
- Je réponds sans hésitation : « non, leurs vitesses sur l’eau et sous l’eau sont encore insuffisantes. »
- Pour qu’ils puissent accompagner les escadres en toutes circonstances de mer et prendre une part efficace au combat naval en haute mer, il faut qu’ils aient une vitesse maximum à la surface au moins égale à celle des cuirassés modernes, soit 22 à 23 nœuds; je dis au moins, parce que, comme on le sait, les petits navires perdent beaucoup plus de vitesse que les grands par mer agitée, et un sous-marin, eût-il même 1 000 ou 1 200 tonnes de déplacement à la surface, n’est encore qu’un petit navire sur l’Océan.
- Il faut aussi que le sous-marin d’escadre ait une vitesse en immersion au moins égale à la vitesse courante de manœuvre des cuirassés de ligne au moment du combat. Et ici, 15 nœuds me paraissent un minimum absolu.
- Il est donc nécessaire de poursuivre la réalisation de vitesses encore plus grandes pour les sous-marins d’escadre. Les progrès faits depuis plusieurs années sont un sûr garant que de nouveaux progrès suivront.
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- SOVS-MARINS D’ESCADRE
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- J’ai la satisfaction de constater que les trois puissances qui marchent actuellement en tête pour la navigation sous-marine, la France, l’Angleterre et les États-Unis, ont adopté le programme que je préconise :
- La France qui a déjà 34 submersibles garde-côtes de 400 tonneaux de déplacement en surface, armés (types Circé, Pluviôse, Brumaire) en a encore 13 presque tous terminés : 10 du type Clorinde, 412 tonneaux; 3 du type Bellone, 520 tonneaux. Elle a commencé depuis 1910 la construction des sous-marins d’escadre de 800 à 830 tonnes à surface (types Gustave-Zédé, Dupuy-de-Lôme). Les bâtiments de tonnage intermédiaire sont appelés à disparaître.
- En Angleterre on a adopté 350 tonneaux de déplacement pour les sous-marins garde-côtes et on a commencé les sous-marins d’escadre des types G, J, K de dimensions croissantes et allant jusqu’à 2000 tonnes en immersion.
- Enfin aux États-Unis, le rapport du Conseil dont l’amiral Dewey est le président a conclu, en novembre 1914, en demandant la construction de 16 sous-marins garde-côtes et de 4 sous-marins d’escadre. Le rapport dit en propres termes que « des bateaux de tonnage intermédiaire sont regardés comme inutiles ».
- Le déplacement à la surface adopté pour les sous-marins garde-côtes est de 350 tonnes. Celui des sous-marins d’escadre serait de 900 à 1 000 tonnes.
- Nota de la 3e Edition. — Les événements de la guerre ont modifié les idées sur les divers types de sous-marins et ont amené à penser qu’il faut spécialiser davantage ces bateaux.
- De même qu’on a, en navigation aérienne, des avions de chasse, des avions de bombardement, des avions de reconnaissance, on est conduit à envisager les types suivant de sous-marins :
- i° Sous-marin autonome, ou sous-marin du large. — Ce bateau est destiné à rechercher et à détruire, en pleine mer, les bâtiments de guerre ennemis, les transports de troupes et de munitions. Il aura d’excellentes qualités de navigation et d’endurance à la mer, un puissant armement en torpilles. Il n’aura pas besoin d’une très grande vitesse à la surface, mais il aura un très grand rayon d’action en surface; il pourra annuler rapidement sa flottabilité.
- Si on considère que les sous-marins allemands type U-21 de 640 tonnes à la surface sont venus de Wilhelmshafen aux Dardanelles, en torpillant au passage les cuirassés anglais Triumph et Majestic (mai 1915), que les sous-marins anglais type E de 720 tonnes, ont tenu la mer très longtemps, on est porté à penser qu’un
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- déplacement d’environ 700 tonnes en surface, 1 000 tonnes en plongée permettrait d’avoir les qualités nécessaires.
- Un tel bateau pourrait donner 16 nœuds à la surface, 12 nœuds en immersion. Il aurait un rayon d’action de 4600 milles à 11 nœuds en embarquant du pétrole en surcharge, et de 120 milles à 6 nœuds en immersion.
- Il pourrait porter 7 ou 9 tubes lance-torpilles avec 14 ou 16 torpilles, et 1 ou 2 canons de 75 millimètres.
- 20 Sous-marin d’attaque des ports et des rades. — Ce bateau, pouvant aussi servir à la défense des ports, rades et côtes armés, n’a pas besoin d’une grande vitesse de surface ; il n’a pas non plus à tenir longtemps la mer.
- Son déplacement et sa flottabilité peuvent par suite être très réduits. Il sera généralement convoyé, voire même remorqué sur les lieux où il doit agir. Il pourrait donc avoir un rayon d’action à la surface assez réduit. Cependant, comme il peut avoir à croiser devant un port ennemi, puis ensuite à rallier seul un port ami assez éloigné après avoir agi, il est bon de lui conserver un grand rayon d’action à petite vitesse à la surface.
- Par contre, il devra avoir une bonne vitesse et un bon rayon d’action en plongée.
- Il sera disposé de façon à pouvoir passer au travers d’un filet sans s’y accrocher, et à pouvoir plonger à grande profondeur (60 mètres) pour passer sous un barrage. Il sera moins armé que le type précédent.
- On pourrait, par exemple, fixer les conditions suivantes :
- Déplacement à la surface 480 tonnes, en immersion 600 tonnes;
- Vitesse 13 nœuds à la surface, 12 nœuds en immersion;
- Rayon d’action en surface 4 500 milles à 9 nœuds avec pétrole en surcharge;
- Rayon d’action en immersion 120 milles à 6 nœuds;
- 4 tubes lance-torpilles, 6 torpilles.
- 30 Sous-marin pose mines. — Ce bateau serait destiné uniquement à poser des mines. Il n’a besoin que d’une petite vitesse, tant à la surface qu’en immersion, mais il lui faut de très grands rayons d’action pour aller poser ses mines très loin de sa base.
- Comme, chemin faisant, il peut trouver une bonne occasion de placer une torpille, il faut conserver un armement en torpilles. Un tel bateau peut, avec un déplacement de 400 tonnes à la surface, 500 tonnes en plongée, réaliser les conditions suivantes :
- Vitesse 12 nœuds à la surface, 9 nœuds en immersion.
- Rayon d’action 4 500 milles à 9 nœuds à la surface avec pétrole en surcharge, 120 milles à 5 nœuds, 24 mines, pas d’artillerie, 4 tubes lance-torpilles et 6 torpilles.
- 40 Sous-marin d’escadre. — Bien qu’il n’y ait pas eu beaucoup de batailles entre grands navires, on peut estimer qu’il est nécessaire de poursuivre l’étude des sous-marins d’escadre.
- La bataille du Jutland est la seule qui ait mis en action les grands cuirassés modernes. Toutefois elle n’est qu’une action entre l’armée navale allemande et une forte avant-garde anglaise. Dès que le corps de bataille anglais a paru sur le lieu du combat, l’escadre allemande a battu en retraite sans lui disputer la victoire.
- Aucun sous-marin anglais ne semble avoir pris part à la bataille, mais les
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- sous-marins allemands ont combattu et paraissent avoir torpillé certains vaisseaux anglais.
- Il est hors de doute que tous les sous-marins existant actuellement sont beaucoup trop lents pour participer à une action entre cuirassés modernes. Mon opinion sur ce point se trouve renforcée par les constatations des événements de la guerre.
- Je ne parle que pour mémoire du sous-marin commercial, genre Deutschland et Bremen. La double traversée du Deutschland de Bremerhaven aux Etats-Unis a excité en Allemagne un enthousiasme tout à fait hors de proportion avec les résultats obtenus. La durée du voyage a été de 16 jours à l’aller, 23 jours au retour, ce qui est loin d’un record. La quantité de marchandise emportée n’a pas dû dépasser 100 tonnes à l’aller et peut-être 300 tonnes au retour, par l’embarquement de caoutchouc dans les water-ballats, si, comme on l’a dit, le déplacement du Deutschland est de 1 200 tonnes à la surface, 1 500 tonnes à plongée. Quant au Bremen, il semble avoir été coulé.
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- CHAPITRE VIII
- LES ACCIDENTS DE SOUS-MARINS
- Le développement de la navigation sous-marine a été malheureusement accompagné d’un nombre d’accidents assez considérable. Bien que ce nombre soit incomparablement plus faible que celui des accidents de la navigation aérienne, il a causé la perte d’autant de vies humaines. En effet, malgré tous les systèmes de sauvetage adoptés ou proposés, un sous-marin qui coule pendant une plongée entraîne dans la mort tout son équipage.
- Il faut cependant distinguer deux sortes d’accidents : la première catégorie comprend les accidents dus à la construction même du sous-marin : accident de machine, explosion des gaz de l’essence, explosion des gaz des accumulateurs électriques, crevaison des water-ballasts, mauvais fonctionnement des capots de fermeture, des panneaux d’accès ou de ventilation. A cette catégorie appartiennent les catastrophes suivantes :
- En France : le Farfadet (capot mal fermé) et le Lutin (éclatement de water-ballast) coulés à Bizerte en 1905 et 1906 (30 morts). En Angleterre : toute une série d’explosions dues à l’emploi de la gazoline (essence de pétrole1) sur les sous-marins H-i, A -y, C-Æ, C-22, A~4> A-8, avec une trentaine de tués ou de blessés.
- 1. En France on a toujours refusé d'employer un autre combustible que les pétroles lourds, fort peu volatils, d’une densité de 0,80 au minimum, dont l’emploi n’est pas dangereux.
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- La perte du zl-Æpar la rentrée de l’eau par le kiosque (15 morts), (1906).
- La perte du A-y (le 16 janvier 1914), probablement due à un défaut de construction ou de fonctionnement, ou le bâtiment n’a plus reparu après une plongée (11 morts). Il en est de même de celle du sous-marin australien AE-I (14 septembre 1914, 37 morts).
- En Russie, le Storljad (1904), le Delphin (1906), le Drakkon (1909), ont eu de graves explosions de gazoline, avec 40 morts; de même le Foca en Italie, le Fulton et le Grampus aux États-Unis.
- Le sous-marin japonais n° 6 a coulé, étant en plongée, par suite du mauvais fonctionnement d’une fermeture de water-ballast (15 avril 1910, 11 morts). Le sous-marin allemand U-3 a coulé en rade de Kiel, le 17 janvier 191 , par mauvaise fermeture d’un conduit de ventilation (3 morts).
- La seconde catégorie d’accidents comprend ceux qui sont dus à des collisions. Ici on peut dire qu’on se trouve en présence à!accidents de mer et non à!accidents de sous-marins. Ce qui fait la gravité de ces collisions, c’est que si elles se produisent quand le sous-marin est en plongée, la catastrophe est tellement rapide que personne ou presque personne à bord ne peut se sauver. Si le sous-marin est à la surface, il se trouve dans le cas d’un navire de mer ordinaire et on a de grandes chances de sauver la totalité ou au moins la plus grande partie de l’équipage.
- Voici les principales catastrophes de ce genre :
- Sous-marin anglais A-i, abordé étant en plongée par le paquebot Berwick-Castle, le 18 mars 1904 près de Portsmouth. Perte totale de l’équipage (11 hommes).
- Sous-marin russe Kambala, coupé en deux, étant en surface, par le cuirassé Panteleïmon, le 12 juin 1909, 20 morts (sur 35 hommes d’équipage).
- Sous-marin anglais C-//, coulé, étant en surface, par abordage par le vapeur Eddyston, le 14 juillet 1909, 13 morts sur 16 hommes d’équipage.
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- Cl. Symonds.
- Sous-marin anglais C-17, de 290 tonneaux, lancé en 1907. Sous-marin anglais D-r, de 540 tonneaux, lancé en 1910.
- Cl. Symonds.
- Pl. VI. Sous-marin anglais E-7, de 715 tonneaux, lancé en 1913.
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- Sous-marin français Pluviôse, coulé étant en plongée, par abordage par le paquebot Pas-de-Calais, à Calais, le 24 mai 1910, perte totale des 27 hommes d’équipage.
- Sous-marin anglais A-f, coulé étant en plongée, par abordage par son convoyeur, la canonnière Hazard, le 2 février 1912, perte totale des 14 hommes d’équipage.
- Sous-marin français Vendémiaire coulé, étant en manœuvres, au moment où il remontait à la surface, par le cuirassé Saint-Louis qu’il attaquait, le 7 juin 1912, près du Cap de la Hague, perte totale des 27 hommes d’équipage.
- Sous-marin anglais B-2, coulé, au moment où il remontait à la surface par le transatlantique allemand Amerika, le 4 octobre 1912, 13 morts sur 14 hommes d’équipage.
- Comme je l’ai dit plus haut, la soudaineté de ces catastrophes rend illusoires tous les moyens de sauvetage proposés jusqu’ici. Ce qu’il faut, c’est donner au bateau lui-même une construction très robuste et des moyens aussi complets que possible de se maintenir à la surface ou d’y remonter par ses propres moyens. Il faut dire hautement que cela s’est produit bien souvent : à côté de ces 7 collisions mortelles, je pourrais en citer une vingtaine d’autres, où le bâtiment abordé, moins gravement touché, a pu se tirer d’affaire lui-même sans aucun accident de personne.
- En France le Narval, XAlgérien et le Silure en 1903, le Bonite en 1906, le Français, le Triton, VEspadon en 1907, le Ventôse en 1909, le Cigogne en 1909, le Germinal et la Loutre en 1911, etc.
- En Angleterre le H2 (1903), le H7 (1903), le A-9 (1906). le B-4 (1906), le B-3 (1906), etc., jusqu’au C-14 (1912).
- Les plus curieux abordages sont ceux où deux sous-marins étant en plongée se sont rencontrés, tels deux aveugles. Le cas s’est produit 2 fois à Toulon : entre le Bonite et le Souffleur, le 22 novembre 1907 et entre le même Bonite et VAlose, le 4 novembre 1910. Chaque fois, heureusement, les avaries étaient peu graves et les deux bateaux sont remontés à la surface et ont pu regagner le port.
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- Malgré les dangers de la navigation sous-marine, on trouve toujours des officiers et des équipages. Ce n’est pas le confortable qui les attire : malgré les progrès faits sous ce rapport depuis nos premiers sous-marins, la vie à bord diffère sensiblement de celle qu’on peut mener sur les grands paquebots, véritables palaces flottants, ou même sur les cuirassés. Nos photographies permettent de se rendre compte des aménagements intérieurs de types récents de submersibles.
- Aux officiers, le sous-marin donne une occasion d’avoir un bateau à commander, étant encore jeune d’âge et de grade, et c’est bien tentant : il y a une telle joie à exercer le premier commandement dont on est investi ! à être pour la première fois « le maître après Dieu »! Bien des officiers, à la fin de leur carrière, lorsqu’ils sont arrivés aux plus hauts grades de la hiérarchie, se rappellent avec une nuance d’attendrissement le premier bateau qu’ils ont commandé. Il faut bien remarquer qu’avec la disparition progressive des petits torpilleurs de 80 à ioo tonneaux, les occasions de commander se font rares pour les jeunes officiers : c’est là, à mon avis, une des causes qui doivent faire déplorer la disparition des petits torpilleurs. Ces bateaux étaient une excellente école de décision, et de coup d’œil. Il faut maintenant être déjà ancien dans le grade de lieutenant de vaisseau pour commander un contre-torpilleur, et là encore, comme pour les sous-marins, à mesure que le tonnage croît, le nombre des bateaux diminue, et en même temps le nombre des commandements offerts aux lieutenants de vaisseaux.
- Je trouve cela très regrettable.
- Quant aux matelots, ils préfèrent toujours être embarqués sur un petit bateau plutôt que sur un grand : la discipline y est moins stricte, moins militaire : pas de capitaine d’armes, pas d’école de nage, pas d’exercice de fusil, pas de compagnie de débarquement. Le commandant connaît bien chacun de ses hommes ; il s’intéresse à leur sort, à leur famille. Il sait trouver souvent pour chacun d’eux le mot qui encourage et qui réconforte. Bref, « il lésa dans la main ».
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- Quant aux dangers, bien réels pourtant, je suis certain qu’ils sont plutôt une attraction pour les caractères aventureux qui abondent dans notre marine. Et cependant, chaque fois qu’aux manœuvres on attaque les cuirassés en route, les sous-marins courent à peu près les mêmes dangers qu’en temps de guerre. Pour eux et pour eux seuls les exercices du temps de paix sont la véritable image du combat.
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- CHAPITRE IX
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- En 1800, Fulton disait que la réussite du sous-marin assurerait la liberté des mers. Nous avons vu plus haut la prophétie de Bauer.
- Mais Fulton et Bauer étaient des inventeurs et des précurseurs. C’est le sort commun des hommes de cette espèce de n’être jamais écoutés.
- Le rôle militaire si important des sous-marins a été longtemps méconnu. Il l’est même encore dans certains milieux. Il aura fallu la guerre de 1914-1915 pour mettre en pleine lumière l’importance capitale de leur action.
- En 1899, M. Goschen, premier lord de l’Amirauté britannique, questionné à la Chambre des Communes par M. Mac-Laren, répondit :
- « L’idée des sous-marins n’est pas une idée saine. Il n’y a pas à tenir compte des sous-marins dans une guerre navale. »
- Bien des amirautés partageaient cette manière de voir. On traitait couramment les sous-marins de « poussière navale », sans aucune utilité, hors d’état d’agir dès qu’il y avait un peu de mer. On les regardait comme des instruments de laboratoire, incapables de rendre des services pratiques.
- Le grand chef de la marine allemande, l’amiral von Tirpitz, les raillait en 1902, avec une lourdeur toute germanique, alors qu’aujourd’hui il regrette fort probablement de n’en avoir pas davantage.
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- La guerre actuelle s’est chargée de donner un démenti retentissant à ces assertions. Les sous-marins ont montré d’une manière irréfutable ce qu’ils étaient en réalité : de très redoutables instruments de combat.
- Il est encore trop tôt pour faire l’histoire de leurs exploits. Ce n’est que plus tard, après la guerre, lorsqu’on possédera les rapports officiels des belligérants, qu’on pourra l’écrire. Pour le moment, nous nous contenterons de reproduire diverses opinions sur leur rôle militaire.
- En 1899, j’avais écrit :
- « Les submersibles pourront prendre une offensive hardie et aller porter la guerre dans les eaux de l’adversaire, même si cet adversaire a par ses escadres une supériorité écrasante, même si l’empire de la mer lui appartient sans conteste; ils entreront dans une rade ennemie malgré les lignes de mines et pourront y attaquer les navires qui, s’y croyant en sûreté, se ravitailleraient tranquillement en charbon, projectiles, etc.1 »
- En 1907, dans une note présentée au Congrès international d’Architecture navale tenu à l’exposition de Bordeaux, sur Le présent et Vavenir de la navigation sous-marine, je disais :
- « Il me paraît pleinement démontré que l’emploi des sous-marins permet :
- « i° De défendre les côtes, d’empêcher le bombardement des ports;
- « 2° De rendre impossible tout blocus efficace;
- « 30 D’empêcher une escadre ennemie de mouiller sur la côte et d’y tenter un débarquement;
- « 40 Dans les mers resserrées, d’aller porter l’attaque sur la côte ennemie et de faire craindre aux escadres ennemies, à chaque sortie et à chaque entrée dans leurs propres ports, un torpillage difficile à éviter;
- « 5° Enfin, dans les mers européennes, et dans certaines condi-
- 1. Les Sous-Marins et la guerre contre l’Angleterre. (Challamel, édit.)
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- tions géographiques, de couper la plupart des grandes routes maritimes.
- « Les trois premiers buts peuvent être remplis indistinctement par des sous-marins purs ou par des submersibles. Les deux derniers, au contraire, ne peuvent l’être que par des submersibles, car il faut de toute nécessité pour cela des bateaux tenant bien la mer, ce que ne sont pas les sous-marins purs. »
- Et je concluais :
- « Le développement des sous-marins a déjà amené et amènera surtout dans l’avenir des modifications importantes dans la politique navale, les constructions maritimes, la constitution des flottes des divers États, surtout des puissances secondaires. Il amènera aussi des changements importants dans la stratégie et la tactique navales.
- « En résumé, le sous-marin assurera, dans un avenir prochain, la liberté des côtes et même celle des mers étroites. »
- Je crois que la guerre actuelle a bien montré que ces prévisions étaient exactes.
- Mais mon opinion peut être mise en doute, comme celle de Fulton et de Bauer, parce que je suis inventeur et constructeur de submersibles. J’arrête donc ici l’exposé de mes idées personnelles, et je vais citer les réflexions faites par diverses autorités maritimes sur l’emploi des sous-marins.
- En 1800, l’amiral lord Saint-Vincent, examinant les projets de sous-marin que Fulton avait remis au gouvernement britannique et que celui-ci avait transmis à l’Amirauté, s’écriait :
- « Pitt est le plus grand des sots qui aient jamais existé, d’encourager un genre de guerre inutile à ceux qui sont les maîtres de la mer et qui, s’il réussit, les privera de cette supériorité. »
- C’était là une vue bien claire d’un avenir encore bien lointain.
- Plus près de nous, le lieutenant Kimball, de la marine américaine,1 a écrit en 1896, au début même de la navigation sous-marine :
- « Les sous-marins doivent leur inappréciable utilité à ce fait qu’ils peuvent se cacher sous l’eau comme les troupes de terre se cachent au moyen de retranchements ou d’abris naturels.
- 1. Aujourd’hui contre-amiral.
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- « Bénéficiant de cette protection et de cette invisibilité, ils possèdent dans certaines conditions une puissance offensive qui ne peut être négligée. En outre, en attendant que leur puissance soit connue, ils agiront énormément sur le moral de l’ennemi. Toutefois, bien qu’ils aient un vaste champ d’action, ils ne peuvent remplacer les bâtiments de combat. Ils sont particulièrement nécessaires à une nation n’ayant qu’un nombre inférieur de cuirassés à opposer à une puissance navale supérieure. Ceci s’applique aux sous-marins tels qu’ils peuvent être construits aujourd’hui. Mais si leurs progrès marchent parallèlement à ceux des autres navires de guerre, leur champ d’utilisation est appelé à grandir dans de vastes proportions. »
- Voilà une idée très nette et très claire du rôle des sous-marins. Nous voyons aujourd’hui les perfectionnements apportés dans la construction donner raison à la prophétie du lieutenant Kimball.
- Prenons maintenant une autorité française. Il est difficile d’en trouver une meilleure que celle de M. le vice-amiral Fournier. Il a été non seulement le chef de notre armée navale pendant plusieurs années, mais il a été aussi l’inspecteur général des flottilles de torpilleurs et sous-marins. C’est dire que son opinion est basée sur une connaissance profonde du matériel naval tout entier, aussi bien des grands navires que des petits.
- Il a écrit, dans un livre intitulé Notre Marine de guerre par un marin (1904) :
- « L’usage des sous-marins, en se généralisant par la force des choses, rendra, sinon impossible, du moins très périlleuse à cause des risques énormes que ces petits bâtiments invisibles feraient courir à l’assaillant, toute opération de blocus, de bombardement, d’attaque de vive force ou d’action combinée d’une flotte de haut bord avec des armées d’invasion, contre une côte ennemie quand celle-ci sera couverte, en avant de ses lignes de défense, par une flottille suffisamment nombreuse de sous-marins. »
- Plus tard, M. le vice-amiral Fournier disait devant la Commission parlementaire d’enquête (juillet 1904) :
- « Si des submersibles avaient été construits en nombre suffisant,
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- s’ils étaient répartis logiquement sur les côtes de la métropole et des possessions françaises, ils pourraient couper toutes les grandes routes commerciales ou militaires habituellement suivies aujourd’hui dans toutes les mers où la France aurait chance de rencontrer l’ennemi....
- « Si la France avait à son service le nombre de submersibles qu’elle devrait posséder, elle n’aurait rien à craindre d’une puissance maritime comme l’Angleterre. La valeur combattante d’un nombre assez considérable de submersibles aurait rétabli l’équilibre entre les deux nations. »
- Enfin, dans son livre intitulé La Politique navale et la Flotte française, publié en 1910, l’amiral Fournier écrivait :
- « On peut se rendre compte de l’avantage qu’aurait donné à la flotte russe, la présence d’une demi-douzaine seulement de submersibles du type Pluviôse, à Port-Arthur. Cette petite flottille bien commandée eût suffi à torpiller les meilleurs vaisseaux de l’amiral Togo, au besoin à grande distance, rendant ainsi à la flotte russe la maîtrise de la mer, ce que ne purent faire le reste de ses navires de haut bord, et changeant ainsi la face des choses.
- « Le torpilleur submersible, à grand rayon d’action, est aujourd’hui le sous-marin offensif par excellence. C’est l’adversaire le plus redoutable du cuirassé, dans les mers resserrées, parce qu’il peut s’en rendre invisible et rester invulnérable en plongée, s’il est bien conduit dans ses manœvres d’approche et d’attaque. Alors il arrive à le frapper avec ses torpilles automobiles, de manière à le couler d’un seul coup, ou à le mettre hors de combat au moins pour la durée de la guerre.
- « Des torpilleurs submersibles de cette espèce, distribués judicieusement dans les mers d’Europe, avec le concours de nombreux contre-torpilleurs et de quelques éclaireurs extra-rapides, rendraient ces mers intenables à la flotte de haut bord ennemie et la mettraient dans l’impuissance de tenter un bombardement, un blocus, un débarquement de troupes, en somme de faire toute opération de guerre exigeant pour être menée à bonne fin la maitrise de la mer. »
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- Le capitaine de vaisseau Daveluy, un de nos écrivains maritimes les plus appréciés, a dit1 :
- « Pour ce qui est du blocus direct, il ne faut pas y songer; même si les cuirassés se trouvent suffisamment protégés des torpilleurs par les contre-torpilleurs, ils doivent compter aujourd’hui avec les sous-marins qui vont les chercher beaucoup plus loin qu’on ne pense. Ceux-ci auront d’autant plus de facilité à prouver leur puissance que, le blocus étant une opération de longue haleine, il leur sera loisible d’attendre les circonstances de temps les plus favorables pour attaquer.
- « Non, les blocus ne nous feront plus peur le jour où notre flot-tile de sous-marins aura atteint son développement normal. »
- Voici maintenant deux opinions anglaises :
- L’amiral lord Fisher disait à Londres, en 1905, à l’amiral français Fournier, qui l’a rapporté dans son livre La Politique navale, les paroles suivantes :
- « L’intervention des sous-marins entraîne une véritable révolution dans les conditions de la guerre navale. »
- Enfin, tous ceux qui s’occupent de près ou de loin du matériel naval n’ont pas pu ignorer l’article retentissant que l’amiral Sir Percy Scott a publié dans le Times du 5 juin 1914. Cet article, a paru révolutionnaire à beaucoup d’autorités navales. Son importance vient de la personnalité de l’auteur, très populaire en Angleterre. L’amiral Sir Percy Scott est le spécialiste de l’artillerie navale. C’est lui qui a renouvelé les méthodes anglaises de tir, principalement pour les gros calibres et qui a donné toute son efficacité au matériel d’artillerie des grands cuirassés. Il était donc considéré comme le partisan absolu du navire cuirassé de grand déplacement, formidablement armé.
- L’amiral Percy Scott, une fois à la retraite, a publié dans le Times une lettre contenant les passages suivants2 :
- 1. Étude sur la stratégie navale (1905).
- a. La traduction in extenso de cette lettre a paru dans le journal Le Yacht, n° du icr août 1914.
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- « L’introduction des sous-marins a, à mon avis, entièrement détruit l’utilité des navires naviguant à la surface....
- « Les sous-marins et les aéroplanes ont totalemenl révolutionné la guerre navale; aucune flotte ne peut se soustraire à l’œil de l’aréoplane et le sous-marin peut faire une attaque mortelle, même en plein jour....
- « Les sous-marins sont difficiles à détruire en raison de la difficulté d’attaquer un ennemi qu’on ne voit pas. Une puissance qui ferait sortir ses cuirassés pour chercher et détruire les sous-marins ennemis courrait à un désastre. Si des sous-marins sont signalés dans le voisinage, il faut s’éloigner d’eux et non les chercher....
- « Ce qu’il nous faut, c’est une énorme flotte de sous-marins, de dirigeables, d’aéroplanes et quelques croiseurs rapides....
- « Si nous avons la guerre avec un pays situé dans le rayon d’action des sous-marins, je pense que ce pays n’aura qu’à tenir ses Dreadnoughts dans un port sûr. Nous ferons de même....
- « Une île avec beaucoup de ports et beaucoup de bateaux est un désavantage si l’ennemi possède des sous-marins.... »
- Et Sir Percy Scott termine ainsi :
- « Je pense que l’importance des sous-marins n’a pas encore été pleinement reconnue. Je pense également qu’on n’a pas encore compris combien leur apparition a révolutionné la guerre navale.
- « A mon avis, le sous-marin chassera le cuirassé de la mer comme la voiture automobile a chassé le cheval de la route. »
- Ceci était écrit quelques semaines seulement avant la guerre. Je n’aurais pas osé émettre des conclusions aussi radicales. C’est alors que l’on m’aurait accusé de partialité. Mais je dois dire que j’ai été heureux de les lire sous la signature d’un marin aussi éminent que l’amiral Sir Percy Scott.
- Il y a encore quelqu’un dont j’aurais voulu pouvoir donner l’opinion sincère. C’est celui qui a dit autrefois : « Notre avenir est sur mer! » C’est Guillaume II, Empereur d’Allemagne. Je suppose qu’on lui adresse la question suivante :
- « Vous avez dans le canal de Kiel de fort beaux cuirassés
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- modernes. Voulez-vous échanger les quatre plus récents, valant ensemble 300 millions, contre 150 sous-marins ayant la même valeur totale? »
- Que répondrait-il? Je suis persuadé qu’il accepterait avec empressement.
- Me couvrant des autorités navales que j’ai citées plus haut, je crois pouvoir conclure ainsi :
- Le sous-marin a déjà pris une place importante dans la
- COMPOSITION DES FLOTTES DE GUERRE ; CETTE IMPORTANCE NE FERA Q.UE S’ACCROITRE DANS L’AVENIR. Il SERA IMPOSSIBLE DE NE PAS TENIR COMPTE DES ENSEIGNEMENTS ACTUELS DANS LA CONSTITUTION DES FLOTTES FUTURES. Je SUIS PERSUADÉ QUE LA GUERRE DE I914-I915 MARQUE UNE DATE CAPITALE DANS L’ÉVOLUTION DU MATÉRIEL NAVAL.
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- ANNEXE
- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS LEUR RÔLE DANS LA GUERRE ACTUELLE1
- § 1
- NOMBRE DES SOUS-MARINS ALLEMANDS, DIMENSIONS, VITESSE, ARMEMENT
- La marine allemande a gardé très secrètes toutes les informations concernant ses sous-marins. Aussi dois-je faire quelques réserves sur les renseignements qui suivent. Ils sont probables, ils ne sont pas certains.
- Au commencement de 1914, d’après les statistiques publiées par l’amirauté anglaise, l’Allemagne possédait 24 sous-marins armés et 14 en construction. Parmi ces derniers, 8 ont pu être terminés dans le premier semestre de 1914. Les 6 derniers (nos 33 à 38) commencés vers la fin de 1913, n’étaient certainement pas achevés au commencement de la guerre. Il est douteux qu’ils le soient même tous les six maintenant, malgré l’activité fiévreuse déployée par les chantiers allemands, qui travaillent jour et nuit depuis le Ier août.
- D’autre part, l’Allemagne a ajouté à ses propres bateaux, 5 submersibles construits pour l’Autriche et 1 pour la Norvège, qui
- 1. Conférence faite le 36 mars 1915 à la Société des Ingénieurs Civils de France.
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- SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
- étaient presque achevés dans les chantiers de la Société Germania-Krupp, à Kiel.
- La marine allemande a donc pu avoir 38 sous-marins en tout vers le début de la guerre.
- Les sous-marins allemands sont désignés par la lettre U suivi d’un numéro d’ordre (U voulant dire Unterseeboot, bateau sous-marin).
- Le U-i, premier submersible allemand, a été lancé le 30 août 1905, à Kiel, dans les chantiers Germania-Krupp. C’était un bateau d’essai, qui fut accepté par l’Amirauté allemande. Il était imité des submersibles français type Aigrette, mis en chantier en mai 1902, trois ans auparavant. Il est entré en service en février 1907.
- Il a servi de prototype à tous les submersibles allemands. Ses caractéristiques sont les suivantes : longueur, 39 m. 10; largeur, 3 m. 60; tirant d’eau, 2 m. 80; déplacement à la surface, 185 tonnes; en immersion, 240 tonnes. Il est pourvu de deux moteurs Kœrting, de 200 chevaux chacun, de deux moteurs électriques de 120 chevaux chacun, et la vitesse est de 11 nœuds à la surface et 8 nœuds en immersion. Il est pourvu d’un tube de lancement et de trois torpilles de 450 mm. de diamètre.
- Ce n’est qu’après les premiers essais du U-l, que la Marine allemande mit en chantiers, en 1906, la deuxième série de bateaux composées de 3 bateaux U-2 à U-4; puis en 1907, les 4 bateaux U-$ à U-8. A cette même date, milieu de 1907, nous avions 85 sous-marins et submersibles armés ou en construction, chiffre qui n’a fait depuis que diminuer, par suite de l’arrêt complet de la construction de nouveaux sous-marins en 1907, 1908 et 1909, et du déclassement des unités vieillies et démodées. Ces unités sont plus nombreuses dans notre marine que dans toute autre, parce que nous avons été les premiers à posséder une flottille de sous-marins, ce qui a entraîné de nombreux essais et tâtonnements. Notre belle avance a diminué d'année en année, non seulement pour ces deux raisons, mais aussi à cause de l’importance des crédits alloués à la Marine allemande pour les sous-marins. Ces crédits ont été en augmentant rapidement dans les premières années et ils ont atteint les chiffres suivants :
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- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS
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- 1907 .......... 6350000
- 1908 .......... 9750000
- 1909 ..........12500000
- 1910 ..........18750000
- 1911.............18750000
- 19x2.............18750000
- 1915..........25 000 000
- 1914..........23 750 000
- Cette augmentation constante des crédits alloués montre bien que depuis 1906 la Marine allemande avait compris toute l’importance militaire des sous-marins, et qu’elle faisait tous ses efforts pour rattraper son retard initial.
- La deuxième série de submersibles allemands {U-2 à U-8) a les dimensions suivantes : longueur, 43 m. 20; largeur 3 m. 75; tirant d’eau, 2 m. 95; déplacement à la surface, 237 tonnes; en plongée, 300 tonnes. Ils sont munis de deux moteurs à pétrole de 300 chevaux chacun et de deux moteurs électriques de 160 chevaux chacun; la vitesse est de 12 noeuds en surface et de 8 nœuds 5, en plongée; ils comportent deux tubes lance-torpilles, et quatre torpilles de 450 mm.
- Cette deuxième série fut entièrement terminée et armée dans le courant de 1910.
- En 1908, 4 du type U-ç (U-9 à U-12) furent commencés; 2 entrèrent en service en 1910, les 2 autres en 1911. Ils sont un peu plus grands que les précédents. Le sous-marin norvégien sur lequel l’Allemagne a mis l’embargo est à peu près semblable.
- En 1909 et 1910, 8 bateaux du type U-13 sont commencés (’U-iS à U-20). Ceux-ci sont plus grands; ils déplacent probablement 450 tonnes à la surface, 550 en plongée. Ils sont imités de notre type Pluviôse et de notre type Brumaire, commencés l’un en 1905 — quatre ans auparavant — et l’autre en 1906, et qui déplacent 400 tonnes à la surface et 550 tonnes en plongée; mais, commencés quatre ans plus tard ils profitent des derniers perfectionnements des moteurs à pétrole, ils ont des moteurs plus puissants : deux moteurs de 600 chevaux chacun; ils filent environ 15 nœuds à la surface et 9 nœuds en immersion. (Notre type Brumaire a deux moteurs de 420 chevaux et donne 13 nœuds à la surface et 9 nœuds en immersion.)
- Le type U-21, commencé en 1911 et entré en service au milieu
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- de 1913, marque un nouveau pas dans la voie des augmentations de déplacement. 12 de ce type ont été construit (£7-2/ à U-32). Ils ont comme dimensions : longueur, 65 mètres; largeur, 6 m. 10; tirant d’eau, 3 m. 60; déplacement, 650 tonnes en surface, 800 tonnes en immersion; vitesse, 16 nœuds en surface et 10nœuds en plongée (et non 18 nœuds et 12 nœuds, comme on l’a souvent dit). Ils sont armés de deux tubes avant, deux tubes arrière et 8 torpilles ; ils ont deux canons de 88 ; ils comportent deux moteurs à pétrole de 900 ou 950 chevaux chacun et deux moteurs électriques de 400 chevaux. Le rayon d’action est de 1 500 milles, à 12 nœuds en surface — et non 3000 milles — et de 70 milles, à 6 nœuds en plongée. Ils peuvent atteindre 3000 milles de rayon d’action, mais en embarquant du pétrole en surcharge au départ.
- Les 5 submersibles construits par Krupp pour l’Autriche, et que l’Allemagne a gardés, ont des dimensions analogues : déplacement à la surface, 675 tonnes; déplacement en immersion,, 835 tonnes; deux moteurs de surface de 1150 chevaux chacun et une vitesse probable de 16 nœuds 1/2 en surface et de 10 nœuds en immersion.
- La dernière série des submersibles allemands porte les numéros 33 et 38. C’est celle qui a été commencée en 1913. Elle a, paraît-il, avec le même déplacement que les Autrichiens, deux moteurs de 1 250 chevaux chacun à la surface. Cette dernière série va probablement entrer bientôt en ligne. On travaille à leur achèvement avec la plus grande activité.
- Enfin, on aurait mis en chantier à la fin de 1914, c’est-à-dire pendant la guerre, 20 nouveaux sous-marins, ce qui prouve l’importance que la marine allemande attache à l’action militaire de ces bateaux. On peut se demander si ces bateaux seront terminés avant la fin de la guerre. J’exprime l’espoir que nous aurons remporté une victoire définitive avant leur entrée en service.
- On ne connaît pas les dimensions de ces bateaux. Je sais seulement que leurs moteurs à pétrole sont de 450 chevaux chacun et il est probable que ces bateaux ont des déplacements voisins de 350 à 400 tonneaux à la surface, si chacun d’eux a deux moteurs. Peut*
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- ,1
- Cl. Roi.
- Plongée (n° 2). Le kiosque seul est hors de l’eau.
- Cl. Roi.
- Pl. VII
- Plongée (n° 3). Les périscopes seuls sont visibles.
- submersible grec Delphi» ^ de 3j i tonneaux, lancé en 1912, système Schneidcr-Laubeuf.
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- Fig. 22. — Submersible allemand de la Société Germania-Krupp (type U-21).
- Longueur : 65 mètres.
- Largeur :5 m. 7°.
- Tirant d’eau : 3111. 60.
- Déplacement : 650/800 tonneaux.
- Vitesse : 16 n./io n.
- 2 moteurs à pétrole de 950 chevaux chacun.
- 2 moteurs électriques de 400 chevaux chacun.
- 4 tubes lance-torpille (2 à l’avant, 2 à l’arricre).
- 8 torpilles.
- ay caisse de réglage de l’assiette. by caisse de compensation des torpilles.
- c, caisse centrale de réglage de flottabilité.
- d, soute à pétrole.
- ey pompe centrifuge d’épuisement, compresseur d’air. g, armoire.
- hy water-closet.
- /, chambre du commandant. k% — des officiers.
- /, — des sous-officiers.
- Le poste d’équipage est, partie au-dessus des accumu lateurs, partie à l’arrière.
- >-*«•
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- être sont-ils encore plus petits, pour être construits plus vite, chacun n’ayant qu’un seul moteur et une seule hélice. Dans ce cas, ils auraient environ 200 tonneaux à la surface, seulementi.
- Torpilles. — On remarquera que sur les derniers types {JJ-21 et suivants) les torpilles sont de 500 au lieu de 450 millimètres de diamètre. Ces torpilles contiennent 125 kilogrammes de charge au lieu de 105. Leur vitesse est de 42 nœuds sur 1000 mètres.
- Artillerie. — Enfin, il faut noter l’apparition de l’artillerie sur les sous-marins. Elle a commencé avec le type U-if allemand, qui a reçu un canon de 37 millimètres. Le U-21 a deux canons de 88. Ils servent pour le tir sur les aéroplanes et pour le tir sur les bateaux marchands.
- Disons en passant que les sous-marins ne comportent aucune des inventions américaines à la Jules Verne qu’on leur a attribuées : roues pour rouler sur le fond de la mer, sas pour scaphandriers, etc.
- Moteurs. — Les Allemands ont toujours employé des moteurs à pétrole lourd pour la navigation à la surface, du système Koerting d’abord, puis du système Diesel à quatre temps, enfin du système Diesel à deux temps à partir du U-21. Ils ont très prudemment écarté les moteurs à gazoline (essences de pétrole) qui ont causé tant d’accidents sur les sous-marins anglais et américains. Ils n’ont pas voulu non plus employer les moteurs à vapeur, que j’ai placés autrefois sur des submersibles alors que le moteur à combustion interne n’existait qu’à peine. Les moteurs à vapeur sont aujourd’hui démodés pour les sous-marins.
- Mode de construction. — Les sous-marins allemands ont une double coque partielle, et le water-ballast se trouve entre les coques; ils ont une forte flottabilité. Ce sont les caractéristiques du type submersible qui a été créé en France en 1897. Là encore
- 1. Voir Annexe II, p. 101.
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- le génie de contrefacteur qui caractérise les Allemands s’est donné libre carrière.
- Il ne m’appartient pas de rechercher les moyens employés par la Marine germanique pour se procurer les renseignements nécessaires. Les faits presque incroyables d’espionnage relevés à la charge des Allemands peuvent permettre de se faire une opinion à ce sujet. Il me suffit de constater que le premier submersible français a été lancé le 21 octobre 1899 et le premier submersible allemand le 30 août 1905.
- Je suis très content de pouvoir affirmer que les modifications apportées par les Allemands au type de submersibles français pour en faire un type national, ont été peu heureuses : à tonnage égal et à â ^e égal, les submersibles français ont plus de vitesse à la surface, u 1 armement composé d’un nombre plus grand d’appareils, et de meilleures qualités nautiques.
- D’autre part, je puis donner deux preuves du démarquage allemand : i° A la fin de 1905, un attaché militaire français informait de l’offre à la Roumanie, par Krupp, de submersibles système français ; T Le récit d’une croisière de Dantzig à Héligoland, écrit par un officier de la marine germanique a paru dans la presse allemande en 1914. Une traduction a été publiée dans le journal anglais Motor ship and Motor Boat du 31 décembre 1914. Il s’y trouve la phrase textuelle suivante :
- « Le bateau est du type à double coque construit sur le principe Laubeuf, qui est un dessin moderne et le type généralement adopté pour tous les bateaux destinés à la haute mer. »
- Je me contente d’enregistrer cet aveu assez cynique. Passons!
- L’Allemagne est donc entrée très tardivement dans la voie des sous-marins, puisque nous venons de dire que son premier bateau, le U-i, a été lancé seulement le 30 août 1905 et est entré en service en février 1907.
- Il y a à cette mise en service tardive des avantages et des inconvénients. L’avantage a été que l’Allemagne a eu en mains, rapidement et sans aucun tâtonnement, de bons bateaux; comme je l’ai dit, les 12 premiers se rapprochent de notre type français Aigrette,
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- les 8 suivants, plus grands, sont voisins de notre classe Pluviôse (avec quatre ans de retard); les derniers enfin, sont encore plus grands.
- L’Allemagne a évité les essais que nous avons été obligés de faire an début, essais comparatifs entre les différents types de sous-marins. Profitant de nos écoles, elle s’est bien gardée de construire des sous-marins purs, à faible flottabilité; elle n’a jamais mis en chantiers que des submersibles, bateaux à grande flottabilité.
- Mais, en regard de ce précieux avantage, il y a un grave inconvénient, qui apparaît en pleine lumière aujourd’hui, c’est que, malgré l’activité déployée par l’Allemagne depuis 1907, malgré l’importance des crédits consacrés à la navigation sous-marine, elle ri a pas eu le temps de construire assez de sous-marins. Son programme comportait la constitution, en 1917, d’une flottille de 72 sous-marins. Comme nous venons de le voir, au moment où la guerre a éclaté, elle n’avait guère que la moitié de ce nombre, qui est du reste lui-même bien insuffisant pour les différents objectifs que l’Allemagne voulait viser.
- Ce que je viens de dire pour l’Allemagne s’applique également à l’Autriche-Hongrie. Elle n’a commencé à construire des sous-marins que plus tard encore, en 1907 seulement. Lorsque la guerre a éclaté, elle en avait 6 armés, de petit tonnage (300 tonnes environ), U-i à U-6 et 4 en construction dans son arsenal de Pola, sur les plans de Krupp, qui en construisait 5 pareils en Allemagne. Les 4 autrichiens portaient les numéros £7-/2, U-13, U-14 et £7-/y, et les 5 allemands les numéros U-y à U-11. C’est le premier des 4 bateaux construits par l’Autriche, le (7-/2, qui a torpillé notre cuirassé amiral le Jean-Bart, dans l’Adriatique, le 21 décembre 1914. Ces quatre bateaux autrichiens ont pu être successivement terminés depuis le commencement des hostilités. L’Autriche a donc eu en tout 10 sous-marins.
- Malgré leur nombre beaucoup trop faible, les sous-marins allemands et autrichiens ont bien travaillé et on ne peut que rendre hommage à la hardiesse manœuvrière et à l’audace de leurs commandants.
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- § 2
- ACTION DBS SOUS-MARINS ALLEMANDS
- Le rôle du sous-marin d’une puissance qui a à lutter contre un ennemi plus fort qu’elle — c’est le cas de l’Allemagne opposée à l’Angleterre, et de l’Autriche contre la France — est multiple.
- Il y a d’abord l’emploi défensif. Le sous-marin doit s’opposer au bombardement des ports et des rades de son pays. Il doit empêcher un débarquement. Ce rôle a été bien rempli par les sous-marins allemands et autrichiens. Aucun port allemand n’a été bombardé, aucune forteresse côtière non plus. L’attaque de Cuxhaven par une escadre légère anglaise ne fut qu’une simple reconnaissance. Dans l’Adriatique, l’escadre française a lancé, sans grand effet d’ailleurs, des obus sur Cattaro. Elle n’a bombardé aucun autre port de la côte autrichienne. Aucun débarquement n’a eu lieu sur les côtes allemandes ou autrichiennes.
- Le sous-marin doit aussi empêcher le blocus immédiat des ports. Il force les escadres bloquantes à s’éloigner considérablement des ports bloqués. Ici encore le succès des sous-marins a été complet. La flotte anglaise bloque la côte allemande, mais à une telle distance qu’une division allemande a pu sortir de l’Elbe, venir bombarder Scarborough, Hartlepool et Whitby le 16 décembre et rentrer dans les eaux allemandes sans avoir été attaquée. Il est vrai que sa seconde tentative a été moins heureuse, puisque le 24 janvier un nouveau raid tenté par les croiseurs cuirassés allemands se terminait mal pour eux : le Blücher était coulé, le Derflinger et le Seydlitz sérieusement avariés. Ils avaient cependant pu arriver à 30 milles seulement de la côte anglaise.
- Les bateaux allemands peuvent donc sortir aisément de leurs ports. C’est ainsi que ces jours derniers, ils ont capturé deux vapeurs hollandais entre la Hollande et l’Angleterre.
- Lorsque les Anglais ont voulu, au début de la guerre, établir un blocus plus rapproché de la côte, les sous-marins leur ont fait
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- payer cher leur erreur : le Cressy, le Hogue et Y Aboukir ont été coulés le 23 septembre dans' la mer du Nord, avec perte de 1500 hommes. Le fait que ces trois croiseurs cuirassés de 12000 tonnes ont été envoyés au fond par un seul sous-marin, le U-ç, petit bateau de 320 tonnes, en dit plus long que bien des di scours sur la valeur des sous-marins comme arme de combat.
- Le 16 octobre 1914, un autre croiseur anglais, le Hawke, de 7 500 tonnes, était coulé dans la mer du Nord, avec 500 hommes.
- Dans l’Adriatique, c’est la même chose : notre escadre est obligée de bloquer les ports autrichiens à grande distance. Le Jules-Ferry a failli être torpillé par un sous-marin à la fin d’août; 1 eWaldeck-Rousseau a été attaqué par deux sous-marins le 16 octobre, près de Gattaro et n’a évité le torpillage que grâce à sa grande vitesse ; enfin, le vaisseau-amiral, le Jean-Bart, a été attaqué par un sous-marin autrichien, le 21 décembre 1914, dans le sud de l’Adriatique, c’est-à-dire fort loin des ports bloqués; une torpille a passé à l’arrière, l’autre a frappé l’avant, remplissant les trois premiers compartiments étanches de Lavant et crevant les deux flancs, tribord et bâbord, du cuirassé. On peut s’estimer heureux de l’issue de la rencontre entre un de nos plus beaux cuirassés de 23000 tonnes, et un sous-marin de 800 tonneaux; si la torpille qui a frappé l’avant du Jean-Bart avait touché 25 ou 30 mètres plus en arrière, notre cuirassé-amiral aurait été probablement coulé.
- Si la marine autrichienne avait disposé de 30 bons submersibles, le blocus de l’Adriatique aurait été rendu impossible.
- Il faut remarquer que cette action des sous-marins pour empêcher le blocus, a été soulignée et reconnue officiellement, car lorsque l’Angleterre et la France ont répondu à la note allemande du
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- 4 février 1915, en déclarant qu’elles saisiraient toutes les marchandises d’origine allemande ou à destination de l’Allemagne, partout où elles les trouveraient, les objections présentées parles neutres, et en particulier par les États-Unis, ont uniquement porté sur ce que nous ne faisions pas un véritable blocus et que nous voulions faire ce qu’un blocus seul permet de faire.
- La réponse des États-Unis dit textuellement ceci1 :
- « D’un côté, apparaît l’intention d’intervenir et d’arrêter tous les navires en provenance ou à destination de l’Allemagne; ce qui, en réalité, constitue un blocus des ports allemands.
- « D’autre part, on n’affirme pas la règle du blocus, d’après laquelle un navire, essayant d’entrer dans un port allemand ou d’en sortir, quel que soit le caractère de son chargement, peut être condamné.
- « Le texte de la déclaration porte que « les gouvernements « français et anglais se considèrent comme libres d’arrêter et de « conduire dans leurs ports les navires portant des marchandises « présumées de destination, provenance ou propriété ennemie; ces « navires et ces cargaisons ne seront pas confisqués, à moins qu’ils « ne soient sujets à être condamnés pour d’autres motifs ».
- « La première phrase énonce un droit qui n’existe qu’en cas de blocus. La seconde propose de traiter navire et cargaison comme s’il n’en existait aucun. Les deux ensemble aboutissent à proposer un système jusqu’ici inconnu du droit international. »
- Et dans la fin de la note, le gouvernement des États-Unis reconnaît que les sous-marins ont véritablement changé quelque chose à ce qui existe, car il dit ceci :
- « Tandis que le gouvernement des États-Unis admet parfaitement la possibilité que les méthodes de la guerre navale moderne, particulièrement dans l’usage des sous-marins, à la fois pour les opérations d’attaque et de défense, puissent rendre matériellement impossibles les anciens moyens de maintenir un blocus, il n’en conçoit pas moins que l’on puisse prétendre, etc. »
- x. D’après le journal Le Temps (20 mars 1915).
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- Vous voyez que Faction des sous-marins peut empêcher un véritable blocus, un blocus effectif, c’est-à-dire la présence devant un port d’une force suffisante pour interdire aux bateaux l’entrée et la sortie. Ces résultats ont déjà surpris bien des gens.
- Quant à l’action offensive des sous-marins, niée par tant d’autorités navales, elle a été bien démontrée par l’attaque de bâtiments de guerre, soit en pleine mer, soit sur leurs propres côtes.
- Le Pathfinder, croiseur anglais de 3 000 tonneaux, a été coulé le 5 septembre, à l’entrée du Forth, en vue des côtes d’Écosse, avec 220 hommes.
- Le croiseur russe Pallada, de 6 000 tonnes, a été coulé en pleine mer, dans la Baltique, le 11 octobre 1914, avec tout son équipage de 550 hommes.
- Le croiseur anglais Hermès, dans le Pas de Calais, le Ier novembre 1914.
- La canonnière anglaise Niger, à 2 milles de la côte anglaise, près de Deal, le 11 novembre 1914.
- Le cuirassé Formidable, dans la Manche, près de Plymouth, le Ier janvier 1915, avec perte de 550 hommes.
- Le croiseur auxiliaire Bayano, sur la côte d’Écosse, le 11 mars , 1915, avec près de 200 victimes. , <
- Les sous-marins allemands ont aussi essayé de gêner les opérations de la flotte anglo-française sur la côte belge. Leur action ici a été fort peu efficace à cause de la faible profondeur de l’eau sur la côte de Flandre.
- Il faut encore noter que dans le combat naval du 24 janvier 1915 dans la mer du Nord, le rapport officiel de l’amiral Beatty dit textuellement que la poursuite des croiseurs allemands a dû être arrêtée, lorsqu’on a atteint la zone où il y avait danger de rencontrer des sous-marins. Les sous-marins allemands, s’ils n’ont pas pu participer au combat, qui fut une fuite éperdue des croiseurs cuirassés allemands devant l’escadre anglaise, ont cependant empêché les Anglais de compléter leur victoire et d’envoyer le Derflinger et le Seydlitz, déjà gravement avariés, rejoindre au fond de l’eau le Blücher.
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- Cl. Daily Mail.
- Pl. VIII. Submersible allemand 17-29 à coté du vapeur Hcadlands qu’il va couler.
- submersibles allemands, type Germania-Ivrupp.
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- Ce que je viens de dire constitue l’action des sous-marins contre les navires de guerre. Mais les sous-marins allemands, depuis la déclaration du 4 février 1915, ont entrepris un autre genre d’opérations : la guerre aux bateaux de commerce ennemis (et même aux neutres) et le blocus de toutes les côtes des Iles-Britanniques et de la partie Nord-Ouest des côtes de France. C’est une action que je n’avais jamais envisagée en construisant mes submersibles, d’abord parce que la destruction de bateaux de commerce est une opération d’un ordre tout à fait secondaire et qui ne peut avoir aucune influence sur l’issue des opérations, ensuite, parce que les sous-marins ne peuvent pas faire la guerre de course en se conformant aux règles du droit international.
- Que disent ces règles ? Qu’un bateau de guerre belligérant a le droit de visite et de capture des bâtiments de commerce de nationalité ennemie, ou de bâtiments neutres portant de la contrebande de guerre.
- Le capteur a le devoir d’amener sa prise dans un port ami, où un tribunal des prises apprécie la validité de la capture. Il est cependant admis que si le corsaire ne peut pas mettre un équipage de prise sur le navire capturé, ou s’il ne peut le prendre en remorque, il a le droit de le couler, mais après avoir mis en sécurité l’équipage, les passagers et les papiers du bord. C’est ainsi que VEmden a coulé presque toutes ses prises, en mettant de temps en temps à bord de l’une d’entre elles, qu’il laissait ensuite libre, les équipages des navires coulés.
- Ceci est conforme au droit des gens. Mais le sous-marin, s’il peut à la rigueur, arrêter un navire de commerce et le visiter, est
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- dans l’impossibilité d’y mettre un équipage de prise ou de prendre à son bord l’équipage et les passagers. Dans plusieurs cas, un sous-marin allemand a arrêté un bateau de commerce en le menaçant des canons de 88 millimètres, dont il est armé, et dont l’adoption m’avait paru inutile, parce que je n’ai jamais envisagé que l’action du sous-marin contre des bâtiments de guerre. Puis, un officier et quelques hommes du sous-mariu se sont rendus à bord du navire, l’ont visité, ont donné quelques minutes à l’équipage pour mettre les chaloupes à la mer et s’y embarquer, enfin ont coulé le bateau au moyen d’explosifs placés à bord.
- Ceci n’est déjà pas conforme au droit des gens, car ce n’est pas assurer la sécurité d’un équipage que de l’abandonner en pleine mer dans de frêles embarcations. Mais l’action des sous-marins torpillant directement un navire de commerce sans l’arrêter ou le visiter, est en dehors de toutes les conventions. C’est un simple acte de piraterie qui, dans les temps passés, aurait valu à ceux qui le commettaient d’être pendus au bout de la grande vergue. Il en est de même du torpillage, heureusement manqué, des navires-hôpitaux. On devrait remettre en vigueur, pour ces attentats, l’ancien châtiment des pirates.
- Quoi qu’il en soit, l’Allemagne voulait bloquer toutes les côtes des Iles-Britanniques et une partie des côtes de France. Elle ne pouvait pas le faire avec sa flotte de haut bord, qui est impuissante vis-à-vis de l’escadre anglaise et n’ose pas sortir de ses ports. Seuls les sous-marins pouvaient agir.
- Or, la déclaration de Paris du 16 avril 1856, dit que le blocus, « pour être obligatoire, doit être maintenu par une force suffisante pour empêcher l’accès du littoral ennemi » ; autrement dit, il doit être effectif. Les sous-marins allemands sont en beaucoup trop petit nombre pour qu’il en soit ainsi, et la menace de blocus ne constituait qu’un bluff dont l’Angleterre ne s’est pas émue un seul instant. Du reste, on peut constater que les sous-marins allemands manifestent de l’activité pendant une quinzaine de jours, puis, la quinzaine suivante, on n’entend plus parler d’eux; cela tient uniquement à ce qu’ils ne sont pas assez nombreux pour établir une
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- relève régulière des navires destinés à croiser devant les endroits qui doivent être surveillés. Les bateaux qui ont agi sont rentrés dans leurs ports pour se réapprovisionner en combustible, en eau, en vivres, pour reprendre de nouvelles torpilles, et enfin pour donner du repos à l’équipage, car leurs croisières doivent être terriblement fatigantes.
- Pour faire le blocus, non pas de toutes les côtes des Iles-Britanniques, mais seulement de leurs principaux ports, il aurait fallu avoir 300 sous-marins. Ils auraient pu alors se relever à des intervalles réguliers, et le blocus aurait pu avoir des conséquences graves. On tourne en dérision aujourd’hui la menace allemande. On ne réfléchit pas qu’elle n’est vaine qu’en raison du trop faible nombre de ses sous-marins.
- *
- * *
- Enfin, les sous-marins allemands avaient aussi un autre but, bien plus grandiose. Ils devaient couler une partie des cuirassés anglais, rétablissant ainsi l’équilibre des forces navales et permettant à la flotte cuirassée allemande de vaincre le reste de la flotte anglaise et de rendre ainsi la mer libre pour un débarquement allemand en Angleterre.
- Ici, je vais m’excuser de me citer moi-même.
- Dans une brochure intitulée Les Luttes maritimes prochaines, et qui a paru en mars 1908, c’est-à-dire il y a exactement sept ans, j’étudiais la possibilité d’un conflit sur mer entre l’Angleterre et l’Allemagne, en supposant que nous n’y prenions pas part, et je disais :
- «L’Allemagne est-elle prête pour ce conflit grandiose?
- « Pas encore. Il n’y a pas que des bâtiments de guerre à construire. En même temps que le programme actuel de construction qui doit s’achever en 1920, mais qui donnera une puissante escadre dès 1915, il y a d’autres mesures à prendre : élargissement et approfondissement du canal reliant la Baltique à la mer du Nord. »
- Ceci est fait.
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- « Construction de nouveaux bassins de radoub. »
- Ceci est fait.
- « Enfin transport de Kiel à Wilhelmshafen du centre d’action de la marine allemande.
- « Kiel est en effet à la fois sur une mer trop fermée, et trop loin du lieu probable de la lutte. »
- Ceci était en train d’être fait.
- « Tout cela prendra du temps et impose une politique de temporisation.
- « Admettons que l’Allemagne ait le loisir de terminer complètement ses préparatifs. Quelle sera la tactique qu’elle va suivre ? et comment va-t-elle parer à son infériorité numérique en cuirassés? car cette infériorité existera toujours; quel que soit l’effort allemand, un effort anglais supérieur opposera aux cuirassés allemands des cuirassés plus nombreux et probablement plus forts.
- « Pour moi, la clef de la future tactique allemande est donnée par les crédits affectés aux sous-marins : 5 millions de marks en 1907, 7 millions en 1908, 10 millions en 1909, 15 millions les années suivantes.
- « L’Allemagne construit d’ailleurs non des sous-marins purs, bateaux dont le rôle est réduit à la défense rapprochée des ports et des côtes, à cause de leurs médiocres qualités nautiques, mais des submersibles qui permettent l’offensive dans des mers peu étendues comme la mer du Nord ou la mer Baltique. L’exposé des motifs du projet de loi navale dit : « Nous construirons des submersibles « de grandes dimensions, les seuls qui puissent rendre les services « que l’on attend d’eux ».
- « L’unique sous-marin en service, le XJ-i, a 240 tonnes. Les suivants en ont 300. Il est possible qu’avec les crédits prévus, l’Allemagne aie 60 submersibles prêts en 1915. »
- Au lieu de continuer à construire des bateaux de 300 tonnes, l’Allemagne a mis en chantiers des submersibles de 550, puis de 800 tonnes. Naturellement, le prix unitaire étant plus élevé, pour une dépense fixée d’avance, elle a eu moins de bateaux. Comme nous l’avons vu, elle n’en a eu que 38 au début de la guerre.
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- « Leur rôle sera certainement de partir des ports allemands, dès la déclaration de guerre, et d’aller attaquer sur les côtes anglaises les cuirassés britanniques. Quelques torpillages heureux rétabliraient l’équilibre : la flotte allemande pourrait alors venir disputer à l’escadre anglaisé la maîtrise de la mer et rendre le passage libre pour un débarquement en Angleterre.
- « C’est la tactique que j’avais préconisée pour la France, lorsque, au moment de l’affaire de Fachoda, une guerre paraissait sur le point d’éclater entre la France et l’Angleterre....
- « Aujourd’hui, je pense que je verrai mes idées appliquées de l’autre côté du Rhin. »
- Ceci était écrit il y a sept ans. En effet, mes idées ont été appliquées de l’autre côté du Rhin.
- Rabelais conte que Gargantua, au moment de la naissance de son fils Pantagruel, naissance qui avait coûté la vie à sa femme Badebec, ne savait trop s’il devait se réjouir de la naissance de Pantagruel ou pleurer la perte de sa femme. Je me trouve dans une situation analogue; si j’ose dire que je trouve une certaine satisfaction à voir triompher les idées que j’ai défendues depuis dix-sept ans, j’éprouve un profond regret à voir que ces idées sont adoptées et mises en pratique par nos ennemis.
- J’ai cependant une consolation, c’est que le but allemand ici encore a été manqué, toujours pour la même raison : l’insuffisance absolue du nombre des sous-marins allemands. C’est là le fait qui domine tout : la préparation de l’Allemagne sur terre avait été formidablement étudiée dans tous ses détails. Sa préparation sur mer était incomplète et aurait eu encore besoin de quelques années de travail. Il lui fallait beaucoup de sous-marins, elle n’en avait qu'un petit nombre.
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- LA DÉPENSE CONTRE LES SOUS-MARINS
- Le premier moyen de défense est constitué par les filets pare-torpilles. Ce sont des filets doubles et même triples, à mailles serrées, en fil d’acier de quelques millimètres de diamètre, qu’une torpille lancée vient rencontrer et ne peut pas franchir. Je parle ici des filets du dernier modèle, car ceux des modèles anciens pouvaient être traversés par les torpilles armées de cisailles pouvant couper les mailles du filet. Ces filets ne peuvent être utilisés que lorsque les bateaux sont à l’ancre. Dès qu’un navire se met en marche, il est obligé de relever ses filets, d’abord parce qu’ils retarderaient la marche du navire, ensuite, parce qu’au lieu de rester verticaux, ils viendraient se coucher obliquement, et enfin parce que, si on les laissait en place, ils pourraient être démolis par les projectiles et, tombant à l’eau, venir s’engager dans les hélices et immobiliser le navire.
- Le filet n’est donc qu’un moyen insuffisant.
- En pleine mer, lorsque le sous-marin est vu, soit que l’on aperçoive le périscope ou son sillage, soit que le bateau se trouve à fleur d’eau, son kiosque et une partie de sa superstructure dépassant la surface de la mer, le bateau qu’il veut attaquer n’a que deux partis à prendre : si le sous-marin est hors de la bonne portée de torpille pour ce genre de bateau, c’est-à-dire à plus de I ooo mètres il doit faire route pour s’éloigner de lui avec la plus grande vitesse possible, et en faisant des crochets de façon à rendre son tir incertain. Si au contraire le bateau attaqué est dans le voisinage du sous-marin, cette manœuvre serait dangereuse, car on n’aurait pas le
- i. Bien que les nouvelles torpilles portent à 5 000 et 6 000 mètres, on ne peut les tirer à cette distance à bord d’un sous-marin, en raison de l’incertitude de la visée. On considère que la bonne portée de lancement par un sous-marin ne dépasse pas 800 mètres’
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- temps de s’éloigner suffisamment avant que la torpille ne soit lancée et on exposerait à l’attaque le flanc du navire pendant l’évolution. Alors, il faut au contraire courir droit sur le sous-marin et chercher à l’éperonner en visant le périscope et le kiosque de commandement. C’est ce qui a été fait récemment par le cargo Thordis, qui a probablement coulé le sous-marin qui l’attaquait. Par l’une ou l’autre de ces manœuvres, on présente l’arrière ou l’avant à la torpille, c’est-à-dire une cible de surface réduite, et en même temps des surfaces fuyantes, et telles que les remous dus à la marche du navire peuvent dévier la trajectoire de la torpille.
- Il est entendu que si le navire attaqué est un bateau de guerre, il se sert en même temps de son artillerie pour tirer sur le sous-marin. Mais il faut bien remarquer qu’un but comme un périscope est bien difficile à atteindre; non seulement sa surface est très faible, puisqu’il a 120 à 140 millimètres de diamètre, à peu près le diamètre d’une bouteille, mais encore il disparaît de temps en temps et ne remonte que lorsqu’il veut vérifier et au besoin rectifier sa route. On ne cite jusqu’ici qu’un coup heureux du croiseur anglais Birmingham, dont un projectile a coupé le périscope du U-i$ au combat du 9 août 1914. Le bateau rendu aveugle est alors venu à la surface et a été coulé par une bordée qui a crevé son kiosque.
- Dans plusieurs occasions, un navire ayant tiré quelques coups de canon sur un submersible naviguant à la surface, on a dit que le bateau était coulé. C’est probablement exagéré. Le sous-marin a plongé pour éviter le canon, voilà tout. Par exemple, le U-21 a été canonné par navire anglais qui
- est rentré en disant qu’il l’avait coulé, et trois semaines après on a appris que le U-21 était rentré à Cuxhaven.
- Les navires de commerce n’ayant pas de canons n’ont comme ressource que la fuite ou l’éperonnage. Dans l’ancienne marine, tout bâtiment de commerce recevait au moins deux caronades, qui lui permettait de se défendre contre un corsaire faiblement armé. On devrait faire de même actuellement. Dans plusieurs occasions des bateaux de commerce auraient pu tirer effi-
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- cacement contre les sous-marins allemands naviguant à la surface.
- Dans le cas d’éperonnage, il faut remarquer que le fait pour le bateau qui cherche à éperonner d’avoir senti un choc, ne prouve pas qu’il a coulé le sous-marin ; la coque résistante du sous-marin est à plus de 4 mètres de la surface; ainsi, un contre-torpilleur peut passer au-dessus d’un sous-marin sans le toucher ; si le sous-marin est plus près ou que le bateau a un tirant d’eau plus fort, la superstructure peut être touchée sans que la coque soit détériorée. Je pourrais citer une quinzaine d’exemples d’abordages entre des grands bâtiments et des sous-marins dans lesquels il n’est résulté aucune avarie grave. Ainsi, à plusieurs reprises, on a pu annoncer la destruction de sous-marins par éperonnage et on a appris ensuite que ces sous-marins étaient rentrés avec des avaries légères.
- De même un bateau passant au-dessus de l’endroit où un sous-marin a plongé et voyant une tache d’huile à la surface de la mer, déclare que le sous-marin a été coulé. Cela veut dire tout simplement que le sous-marin a plongé avec une de ses soutes à pétrole pas tout à fait vide. L’entrée de l’eau de mer dans la soute a chassé le pétrole.
- Ce que je viens de dire de l’éperonnage ou du tir contre le sous-marin s’applique au cas où on le voit. Bien souvent on ne voit pas le sous-marin, et l’attaque se produit avant que sa présence ait été signalée. Si on se trouve dans une région où l’on peut penser être attaqué par un sous-marin, il faut faire route à toute vitesse avec des changements de route fréquents et brusques.
- On a proposé bien des moyens de détruire les sous-marins et l’imagination des inventeurs s’est donné libre carrière : l’un a proposé de les attirer avec des aimants puissants; un autre, de les pêcher avec des filets métalliques très solides remorqués par des chalutiers à grande vitesse. Je ne vois pas des chalutiers remorquant à grande vitesse un filet d’un ou deux kilomètres de longueur. Un autre a proposé de barrer tout le Pas de Calais avec un filet, etc.
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- Je n’insisterai pas sur ces élucubrations; elles sont malheureusement trop souvent prises au sérieux dans la presse et dans le public.
- Un autre mode d’attaque qui a été préconisé, c’est l’attaque par les aéroplanes. Un sous-marin en plongée n’est pas vu par un bateau ordinaire, mais est vu par un aéroplane, à la condition expresse que l’aéroplane soit dans le voisinage de la verticale du sous-marin, car autrement l’effet de la réfraction et surtout du clapotis qui dévie les rayons lumineux fait que très rapidement on ne voit plus rien. L’aéroplane est le seul engin qui puisse faire une chasse efficace au sous-marin et reconnaître sa position. Mais peut-il le détruire? Ce n’est pas du tout certain. Je ne crois pas que l’aéroplane, en raison de sa grande vitesse, soit assez sûr de son tir pour pouvoir toucher facilement un sous-marin. On m’a dit que les aéroplanes avaient déjà assez de difficultés pour faire tomber dans un rectangle mesurant ioo mètres sur 25, soit l’emplacement pris par un bataillon en formation serrée, un projectile quelconque. Si un aéroplane a déjà du mal à envoyer une bombe sur une surface de 2500 mètres carrés, il en aura davantage à l’envoyer sur un sous-marin dont les plus grands échantillons ont actuellement 65 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur, c’est-à-dire moins de 400 mètres carrés, soit 6 fois moins.
- On peut citer le raid du 12 février 1915, où 34 avions anglais et français ont bombardé les côtes de Flandre sans apercevoir un seul sous-marin et cependant il paraît certain qu’il en existait dans cette région.
- Bien qu’on ait placé sur des sous-marins des canons pour tirer contre les aéroplanes, je pense qu’un sous-marin attaqué par un aéroplane n’aurait qu’à plonger. Abrité par une couche d’eau d’une dizaine de mètres, je crois qu’il n’aurait rien à craindre; les bombes de l’aéroplane éclateraient en touchant l’eau.
- Au surplus, jusqu’à présent, il n’y a aucun exemple de sous-marin en marche détruit ou même avarié par un aéroplane.
- A mon avis, la meilleure manière de détruire un sous-marin est basée sur la remarque suivante : les submersibles ayant un faible
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- rayon d’action en plongée, sont obligés de faire route à la surface pour se rendre du port qui constitue leur base, au point où ils doivent agir. Ils marchent à la surface la nuit, et, profitant du peu de profondeur de la mer du Nord, ils vont probablement se reposer au fond pendant le jour, ce qui économise leur provision d’électricité. Mais il y a deux moments où ils sont vulnérables : i° celui où, naviguant à la surface, ils vont prendre leur plongée et 2° celui où ils remontent à la surface. Il faut donc que la mer soit sillonnée, de jour et de nuit, par des bâtiments rapides, afin de surprendre le sous-marin à la surface, de le canonner ou de l’épe-ronner. C’est ce qui a été fait dans la mer du Nord par les destroyers anglais et français et ils sont arrivés à un certain résultat, mais, en somme, le nombre des sous-marins détruits n’est pas encore considérable et cela montre la difficulté de cette chasse.
- §4
- COMPARAISON DES PERTES SUBIES PAR LES SOUS-MARINS ALLEMANDS ET DE CELLES QU'ILS ONT INFLIGÉES
- Les sous-marins allemands n’ont évidemment pas pu accomplir les opérations dont j’ai parlé sans subir des pertes. Ce serait évidemment trop facile de faire la guerre sans courir aucun risque. A en croire diverses informations, les Anglais auraient coulé 8 ou 10 sous-marins, les Russes 5, les Français 3 ou 4. Les avions en auraient gravement avarié 2 ou 3 à Zeebrugge; un autre aurait sauté, etc. Cela en ferait au moins une vingtaine.
- Je ne crois pas, pour les raisons que je viens de vous indiquer, que les pertes soient aussi élevées.
- Les pertes officiellement constatées sont les suivantes :
- £7-/y, coulé par le croiseur Birmingham, le 9 août 1914, dans la mer du Nord ;
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- U-18, éperonné par le destroyer anglais Garry, le 24 novembre 1914, sur les côtes d’Écosse;
- U-8t coulé par les destroyers anglais Gourka et Maori, dans la Manche, le 2 mars 1915.
- £7-12, coulé parle destroyer anglais Ariel, le 9 mars 1915, dans le Pas de Calais.
- Et, d’après les journaux d’aujourd’hui même, le Z7-2p, détruit également par les Anglais le 25 mars 1915. Cela fait 5.
- On peut y ajouter vraisemblablement : un sous-marin éperonné par le vapeur de commerce Thordis, le 28 février 1915, un autre, probablement le U-2, détruit par un contre-torpilleur français, et un troisième par les Anglais. Soit en tout 8 bateaux. Dans trois cas, l’équipage entier ou une partie de l’équipage a été fait prisonnier.
- Ces bateaux, sauf le U-2Ç, appartiennent à la classe des petits ou moyens submersibles allemands. Le U-2Ç est le premier détruit de la série des grands. Ces bateaux représentent environ 3 600 tonneaux et la perte d’une centaine d’hommes, au plus. D’autre part, si nous voyons ce que les sous-marins allemands ont fait, nous trouvons qu’ils ont coulé 9 navires de guerre anglais et un russe, d’un déplacement global de 75 000 tonneaux, et causé la perte de 3 500 hommes. De plus, à la date du 15 mars 1915, ils ont coulé 25 navires de commerce anglais. 5 français.... et plusieurs neutres par-dessus le marché, ce qui semble leur importer assez peu.
- La comparaison des pertes subies des deux côtés me paraît impressionnante. Ce sont là des faits précis contre lesquels aucun ergotage n’est possible. Il n’est donc pas exact d’écrire, comme je l’ai lu récemment : « L’action des sous-marins allemands est un énorme échec matériel et morall. »
- Il est plus conforme à la vérité de dire que la menace allemande de blocus n’a pas pu obtenir de résultats importants, parce que les opérations sont exécutées par un nombre beaucoup trop faible de sous-marins. C’est là une grave erreur de la marine allemande.
- 1. Le Temps, 11 mars 1915.
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- Mais à mon avis elle en a commis une bien plus grave encore, qui est une erreur de principe : c’est de détourner les sous-marins de leur véritable but, qui est l’attaque des navires de guerre, pour leur faire jouer un rôle de corsaire et de destructeur de bateaux de commerce. C’est les employer à une besogne secondaire dont l’effet sur l’issue de la guerre est négligeable.
- J’ai eu le plaisir d’entendre récemment défendre cette thèse par quelqu’un qui a une autorité incontestable. C’est M. le vice-amiral Fournier, qui a été le chef de notre armée navale pendant plusieurs années. Il a été atteint, il y a peu d’années, par l’inexorable limite d’âge, qui a enlevé à notre Marine un chef éminent alors qu’il était encore en pleine vigueur physique et intellectuelle. M. le vice-amiral Fournier donnait contre la guerre de course l’argument suivant qui est topique :
- « Combien les bateaux allemands (croiseurs ou sous-marins) ont-ils coulé de bateaux de commerce? L’Amirauté anglaise a fait le compte. Au milieu de mars le chiffre s’élevait à 135 bateaux. Or, à la date du 31 décembre 1912, les statistiques anglaises donnaient un nombre de navires marchands s’élevant à 20 893. Qu’est-ce que peut faire sur le commerce anglais la perte de ces 135 bateaux! Au contraire, si on considère les navires de guerre, on voit que la liste des navires de guerre anglais comporte environ 300 unités. Jusqu’ici 20 ont été coulés dont 9 par les sous-marins. Cette perte n’est pas négligeable. »
- C’est dans cet ordre d’idées qu’il fallait continuer. Je ne puis que répéter ceci :
- Les sous-marins allemands, bien qu’en nombre trop faible, avaient bien commencé. En s’attaquant aux navires de guerre, ils remplissaient leur véritable rôle. Ce qu’ils font actuellement, tout en attirant sur eux la réprobation universelle, n’a aucune importance sur l’issue de la guerre. Avoir détourné les sous-marins de leur objectif militaire pour leur faire détruire, sans gloire et sans utilité, d’inoffensifs bateaux de commerce, « c’est plus qu’un crime, c’est une faute », aurait dit Talleyrand.
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- ANNEXE II
- ÉTATS DES SOUS-MARINS ALLEMANDS
- Le tableau ci-dessous résume la situation probable de la construction des sous-marins allemands depuis leur origine jusqu’à la fin de l’année 1915. Le nombre total est de 130. Tous les sous-marins figurant sur ce tableau sont entrés en service dans le courant de 1916.
- Le U-i, commencé à la fin de 1902, a été lancé en août 1905.
- Je n’ai aucun renseignement positif sur les mises en chantier de 1916.
- On doit défalquer du nombre total les unités coulées, détruites ou capturées. Leur nombre ne peut être donné avec certitude. Il semble qu’on peut l’évaluer à une cinquantaine de bateaux.
- Désignation des sous-marins. . U-1 U-2 à US U-p à U-12 U-tj à U-20 U-21 a U-40
- Nombre d’unités 1 7 4 8 20
- Longueur 39,10 43,20 ? ? 65 m.
- Largeur 3,60 3,75 ? ? 6,10
- Tirant d’eau en surface .... 2,80 2,95 ? ? 3,60
- Déplacement en surface. . . . 185 237 280 ? 450 650 t.
- Déplacement en immersion . . Puissance totale des moteurs * 240 300 340 ? 550 800 t.
- de surface (pétrole lourd) . . Puissance totale des moteurs 2 X 200 = 400 2 X 300 = 600 ? 2 X 600 = 1 200 2 X 900 = 1 800
- électriques de plongée . . . 2 X 120 = 240 2 X 160 = 320 ? ? 2 X 4>o = 900
- Vitesse maximum à la surface . 11 nœuds 12 nœuds ? 14 nœuds 16 nœuds
- Vitesse maximum en immersion. Rayon d’action à la surface (sans 8 nœuds 1400 milles à 8,5 nœuds 1200 milles à î 9 nœuds 10 nœuds 1500 milles à
- surcharge) 8 nœuds 9 nœuds ? ? 12 nœuds
- Rayon d’action en immersion . Nombre total d’hommes d’èqui- 40 m. à 5 n. 50 m. à 5 n. î ? 70 m. à 6 n.
- page, officiers compris . . . Armement H 1 tube d’étrave, 3 torpilles de 450 mm. *7 2 tubes d’étrave, 3 ou 4 torpilles de 450 mm. î ? 2 tubes d’étrave, 4 torpilles de 430 mm., 1 canon de 50 mm., 1 mitrailleuse. 32 à 36 2 tubes AV 2 tubes AR 8 torpilles de 500 mm., 1 canon de 88 mm., 1 mitrailleuse.
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- Sous-marins de faible tonnage commencés depuis la guerre.
- U-41 à U-60
- Désignation des sous-marins. . U-61 à U-6s (U U-A (2) UB-i à UB-17 UB-18 à UB-47 UC-j à U-C17O)
- Nombre d’unités 25 I 17 30 17
- Longueur 70 m. 46,50 27,40 36,10 33,60
- Largeur 6,70 5,05 3,i5 4,5o 3>I * 3 45
- Tirant d’eau en surface. . . . 3,65 2,95 3,00 3,65 3,00
- Déplacement en surface. . . . 675 à 685 280 ? 127 250 182
- Déplacement en immersion . . Puissance totale des moteurs (*) 835 à 860 340 ? 141 290 205
- de surface (pétrole lourd) . . Puissance totale des moteurs 2X1 250 = 2 500 ? 1 moteur 60 ch. 2 X 140 = 280 1 moteur 90 ch.
- électriques de plongée . . . 2 X 5 50 = 1 xoo ? 1 moteur 120 ch. 2 X x20 = 240 1 moteur 120 ch.
- Vitesse maximum à la surface. 17 nœuds 14 n. 6,5 8,5 8,7
- Vitesse maximum en immersion. Rayon d’action à la surface (sans 10,5 nœuds 9 n. 5,2 5,8 4,5
- surcharge) 2000 m. à 12 n. (?) ? 1200 m. à 6,5 n. 2200 m. à8,5 n. 1000 m. à 5,7 n.
- Rayon d’action en immersion . Nombre total d’hommes d’équi- 100 m. à 6 n. (?) ? 90 ni. à 3 n. 90 m. à 3 n. 90 m. à 3 n.
- page 38 à 4o (?) 15 (?) 12 hommes 20 hommes 15 hommes
- Armement 2 tubes AV 2 tubes AV 2 tubes AV 2 tubes AV 12 mines 1 mi-
- 2 tubes AR 1 tube AR 2 torpilles de 4 torpilles de trailleuse.
- 8 torpilles de 5 torpilles 500 mm. 500 mm., 1 ca-
- 500 mm., 2 ca- de45omm. 1 mitrailleuse. non de 50mm.,
- nons de 88 mm., x mitrailleuse. 1 mitrailleuse.
- i. U-41 à U-60 ont été commencés à la fin de 1914. U-61 à U-65 sont les 5 bateaux commandés par l’Autriche à la Société Germania-Krupp en 1912. Ils ont été réquisitionnés par l’Allemagne au début de la guerre et terminés rapidement.
- s. UA est le cinquième sous-marin commandé par la Norvège à la Société Germania-Krupp. Non terminé au début de la guerre, il a été réquisitionné par le gouvernement allemand.
- 3. Ces bateaux sont uniquement des mouilleurs de mines. Ils n’ont pas de torpilles. Une partie des bateaux des types UB et UC ont été construits en trois parties, envoyés les uns à Pola, les autres à Constantinople ou à Varna et remontés sur place.
- 4. Tous les sous-marins allemands ont deux hélices (sauf UB-i à UB-iy et les UC). Tous les moteurs sont à pétrole lourd : Koerting pour les 8 premiers (probablement remplacés ensuite par des Diesel) et Diesel pour tous les autres.
- Il est fort probable que de nouvelles séries de bateaux, grands et petits, ont été mis en chantier en 1916. Des renseignements, qu’on ne peut reproduire que sous toutes réserves parlent d’une série U-66 à U-8j, semblables aux U-41 à U~6f, et d’une série de mouilleurs de mines UC-18 à UC-61, plus grands que UC-i à UC-iy et portant chacun 20 mines au lieu de 12.
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- NOTE DE LA TROISIÈME ÉDITION
- Ier novembre 1916.
- Depuis la rédaction de la première édition (avril 1915), les événements de la guerre navale se sont déroulés en accentuant encore leur caractère imprévu.
- En l’absence de documents officiels, il serait prématuré d’essayer d’écrire une histoire des hostilités sur mer. Toutefois, vingt-six mois de guerre permettent de dégager diverses conclusions. Elles s’appliquent à l’heure actuelle mais il me paraît probable que les événements futurs ne les modifieront guère.
- 1. Guerre d'escadres. — La guerre d’escadres, telle qu’on s’attendait à la voir, la guerre d’escadres envisagée, prédite, étudiée par presque tous les écrivains maritimes n’a pas eu lieu.
- On n’a pas vu de grandes batailles d’escadres, mettant en oeuvre toutes les forces des adversaires.
- La bataille de Coronel (ier novembre 1914) et des îles Falkland (8 décembre 1914) ont été des combats entre de petites divisions des mers lointaines.
- Les combats d’Héligoland (28 août 1914) et de Cuxhaven (25 décembre 1914) n’ont été que des reconnaissances en force près des positions ennemies. Le combat du Dogger Bank (24 janvier 1915) a été une fuite éperdue de l’escadre des croiseurs allemands (4 croiseurs cuirassés, 6 croiseurs légers, des torpilleurs) devant l’escadre de croiseurs rapides anglais composée de 4 grands croiseurs cuirassés.
- Ce combat a amené la perte du Blücher, des avaries graves du Seydlit du Dœrflinger allemands, du Lion anglais. Il s’est terminé lorsque les Allemands sont arrivés dans la zone des mines et des sous-marins, ce qui a obligé les Anglais à abandonner la poursuite.
- Les combats dans la Baltique (golfe de Riga en juin 1915, sous l’ile de Goth-land, le 2 juillet 1915, Baltique et golfe de Riga du 16 au 21 août 1915) ont été livrés entre de faibles divisions.
- Enfin la bataille de Jutland (31 mai 1916) n’a pas non plus été la grande bataille décisive que les Anglais attendaient avec tant d’espoir. La flotte allemande tout entière a été attaquée avec une magnifique audace par l’escadre d’avant-garde anglaise de l’amiral Beatty, qui voulait l’arrêter pour donner à la grande flotte anglaise de l’amiral Jellicoe le temps d’arriver. Mais les Allemands ont rompu le combat et ont quitté le champ de bataille dès que cette flotte fut signalée.
- Quel a été le rôle des sous-marins dans ces diverses actions ?
- Les sous-marins anglais ont préparé par des reconnaissances hardies le combat d’Héligoland et de Cuxhaven.
- Ils ont pris part avec les sous-marins russes à la défense de la Baltique et du
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- NOTE DE LA TROISIÈME ÉDITION
- golfe de Riga. Ils n’ont pu participer en aucune manière aux batailles du 24 janvier 1915 et du 31 mai 1916, car même si le haut commandement avait voulu les employer, ce qui est douteux, ils n’auraient jamais pu suivre les navires engagés, à cause de leur vitesse insuffisante.
- Les sous-marins allemands ont arrêté la poursuite anglaise le 24 janvier 1915, d’après le rapport officiel de l’amiral Beatty lui-même. Au 31 mai, ils ont pris part au combat. Ils ont peut-être torpillé deux ou trois navires anglais. Deux d’entre eux paraissent avoir été coulés l’un par le canon, l’autre par l’éperon, d’après le rapport officiel anglais.
- Tout ceci montre bien que, ainsi que je l’ai dit (voir p. 58) le sous-marin d’escadre n’existe pas encore, faute d’une vitesse suffisante à la fois en immersion et à la surface.
- 2. Guerre de course ou guerre commerciale. — La guerre de course faite par les croiseurs est terminée. Les croiseurs légers et croiseurs auxiliaires allemands ont succombé l’un après l’autre, détruits par les Anglais, ou internés dans les ports neutres. Le dernier, le Môwe, a pu rentrer en Allemagne et n’en est plus reparti.
- Mais cette guerre commerciale a été continuée par le sous-marin. Lorsque les Allemands parlent d’une reprise de la guerre sous-marine, il faut se rappeler que cette guerre n’a jamais cessé, que, lorsqu’elle se ralentissait, c’est que des sous-marins allemands ayant été détruits, ou se trouvant en réparation, le nombre de ceux qui restaient était insuffisant, enfin que l’Allemagne n’a jamais fait que de très minimes concessions aux nombreuses notes du président Wilson.
- La seule importante a été l’engagement pris après l’affaire du Lusitania (7 mai 1915), de ne plus torpiller sans avertissement les navires à passagers. Cette promesse n’a d’ailleurs pas été tenue (voir torpillages du paquebot japonais Yasaka Marti (21 déc. 1915), du paquebot français Ville-de-la-Ciotat (24 déc. 1915), paquebot anglais Persia (30 déc. 19x5), du navire français Sussex
- (24 mars 1916), et de l’italien Letimbro (août 1916).
- La guerre commerciale s’est étendue depuis septembre 1915 à l’Océan Atlantique et à toute la Méditerranée.
- Un document officiel anglais établit que les pertes de bâtiments de commerce alliés depuis le commencement de la guerre jusqu’au 23 mars 1916 sont les suivants :
- Angleterre............. 410 navires jaugeant 1339000 tonnes.
- France................. 53 — — 158000 —
- Italie.................... 27 — — 73 000 —
- Russie.................... 35 — — 49 000 —
- Belgique.................. 40 — — 30 000 —
- Japon...................... 3 — — 19 000 —
- Total........... 568 navires jaugeant 1 668 000 tonnes.
- Les neutres pendant ce temps ont perdu 218 navires jaugeant 393 000 tonnes. Ces pertes sont dues les unes aux croiseurs, les autres aux mines sous-marines, les dernières enfin (les plus nombreuses) aux sous-marins.
- Les Allemands ont déclaré qu’en août 1916 ils avaient coulé 126 navires de
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- commerce alliés (170000 tonnes) et 35 neutres (38 000 tonnes). Si on considère que la marine marchande anglaise, à elle seule, possède environ 21 000 navires, on voit que la guerre commerciale allemande ne peut avoir une efficacité suffisante : elle gênera le commerce sur mer, elle ne l’arrêter3 jamais.
- Le principal résultat de cette guerre aux navires de commerce a été de soulever le monde entier contre la barbarie allemande. Des crimes comme les torpillages sans avertissement du Lusitania, du Falaba, du Persia, de Y Hesperian, de Y Arabie, de Y Ancona, de la Ville-de-la-Ciotat ont excité une indignation universelle et voueront l’Allemagne à l’exécration des générations futures.
- 3. Opérations navales contre les côtes. — La guerre n’a fait que confirmer ici les enseignements du passé : les flottes n’ont qu’une très faible action contre les fortifications à terre.
- Les bombardements de la côte belge et de Cavalla par les Anglais, de Dede-Agatch par la flotte alliée, de Varna par les Russes n’ont pas donné des résultats bien importants, de même que le bombardement de divers ports de la mer Noire par le Gceben et le Breslau, de plusieurs villes de la côte Est d’Angleterre par des croiseurs allemands.
- L’affaire des Dardanelles a été un échec complet des flottes alliées.
- Cependant, toute la presse avait célébré par avance le forcement des détroits par les escadres cuirassées. On disait : « Il faut des cuirassés pour franchir les Dardanelles. Seuls les cuirassés peuvent le faire », ou encore : « Est-ce avec des flottilles de torpilleurs ou des sous-marins que vous forceriez les Dardanelles? » {Figaro, 4 mars 1915.)
- Les faits ont parlé aujourd’hui : les cuirassés ont été impuissants à forcer les Dardanelles, montrant une fois de plus le peu d’efficacité du tir des navires sur des ouvrages à terre, déjà démontrée si souvent dans les guerres du passé.
- 6 cuirassés (5 anglais et x français) ont été coulés dans cette tentative : trois par des mines, deux par des sous-marins, un par un torpilleur. Seuls les sous-marins ont pu forcer le passage et entrer dans la mer de Marmara.
- 4. Blocus. — Les sous-marins ont obligé, par les dangers qu’ils faisaient courir aux navires chargés de tenir lé blocus, à reculer la ligne des bloqueurs : c’est ainsi que les côtes allemandes sont bloquées par les escadres anglaises stationnées aux îles Orcades et dans le golfe du Forth, que le port de Pola est bloqué par les escadres française et italienne qui se tiennent, l’une à Argostoli, l’autre à Tarente.
- Aussi qu’arrive-t-il? C’est que les escadres bloquées peuvent sortir, que les Allemands saisissent à chaque instant des navires de commerce faisant le service entre l’Angleterre et la Hollande, que les Autrichiens peuvent naviguer entre Trieste, Pola et Cattaro, etc. Les blocus sont donc rendus très larges, trop larges, par l’action des sous-marins.
- 5. Attaque des navires de Guerre isolés et des transports de troupes et de matériel. — Ce genre d’attaque est, dans l’état actuel de la construction des sous-marins et tant qu’ils n’auront pas plus de vitesse, la véritable utilisation militaire de ces bateaux.
- Il a donné au début de la guerre des résultats impressionnants dus surtout à
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- la surprise causée par ces torpillages. Il faut bien dire qu’avant la guerre les diverses Amirautés alliées ne croyaient pas beaucoup à l’efficacité du sous-marin. Le réveil a été dur. On a ensuite pris des précautions et employé des moyens de défense qui ont réduit les pertes.
- Voici un relevé, probablement incomplet, des pertes causées par les sous-marins. Il y a parfois doute si c’est une torpille lancée par un sous-marin ou une mine qui a causé la perte du navire.
- (A). Pertes causées par les sous-marins allemands et autrichiens.
- 1914. Septembre. Croiseur anglais Pathfinder, 3000 tonnes, avec perte de
- Octobre. 220 hommes. Croiseurs cuirassés anglais Hogue, Cressy, Aboukir, de 12600 tonnes, avec 1 500 hommes noyés. Cuirassé anglais Audacious de 23 500 tonnes (pertes non publiées; il y a doute sur la cause). Croiseur russe Pallada, 8 000 tonnes, avec 550 hommes. Croiseur anglais Haiüke, 7 500 tonnes (pertes non publiées). Croiseur anglais Hermès, 500 tonnes (pertes non publiées).
- Décembre. Cuirassé françaisJean-Bart, torpillé dans le canal d’Otrante,
- 1913. Janvier. non coulé, rentré à Malte par ses propres moyens. Cuirassé anglais Formidable, de 15 200 tonnes, avec 600 hommes.
- Février. Croiseur auxiliaire Clan Mac Naughton, 5 000 tonnes, avec 280 hommes (causes douteuses).
- Mars. Avril. Croiseur auxiliaire Bajano, 6000 tonnes, avec 180 hommes. Croiseur cuirassé français Léon-Gambetta, 12 600 tonnes, avec 600 hommes.
- Mai. Destroyer anglais Recruit, de 350 tonnes, avec 39 hommes. Cuirassé anglais Triumph, 12 000 tonnes, avec 250 hommes. Cuirassé anglais Majestic, 15 000 tonnes (pertes non
- publiées).
- Juin. Torpilleurs anglais nos 10 et 12, de 250 tonnes, avec
- Juillet. 47 hommes. Croiseur anglais Roxburgh, torpillé, non coulé, rentre au port. Croiseur anglais Liverpool, torpillé, non coulé, reste au port. Croiseur cuirassé italien Amalfi, 10 400 tonnes, avec 600 hommes.
- Août, Croiseur cuirassé italien G. Garibaldi, 7 400 tonnes, avec 300 hommes. Sous-marin italien Médusa, de 300 tonnes (torpillé étant à la surface). Croiseur auxiliaire anglais India, 7900 tonnes, avec 150 hommes. Transport de troupe anglais Royal Edioard, avec perte de 1 000 hommes.
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- Septembre. Croiseur auxiliaire français Indien.
- Transport de troupes anglais Ramadan, avec 350 hommes. Octobre. Transport de troupes anglais Marquette, avec 99 hommes.
- Transport français Amiral-Hamelin avec 71 hommes (il n’a pas été torpillé, mais canonné et coulé par un sous-marin).
- 1915. Novembre. Transport de troupes français Calvados.
- Croiseur auxiliaire anglais Tara, avec 34 hommes. Transport de guerre anglais Woodfields.
- Transport de guerre anglais Mercian, canonné, mais non coulé, a pu rentrer au port, avec 53 morts et 50 blessés. Transport de guerre anglais Southland, torpillé, non coulé, arrive à Moudros avec 31 morts.
- Transport de troupes français Provence II, avec 900 morts. Croiseur cuirassé français Amiral-Charner, avec 374 hommes.
- Dragueur de mines anglais Primula.
- Torpilleur russe Lieutenant-Pouschine.
- Contre-torpilleur français Renaudin, avec 47 hommes. Transport de troupes italien Principe Umberto, avec plus de 1 000 hommes.
- Croiseur cuirassé Hampshire, avec lord Kitchener (cause douteuse : mine ou sous-marin).
- Croiseur auxiliaire italien Cîtta di Messina. Contre-torpilleur français Fourche.
- Contre-torpilleur anglais Lassoo (mine ou sous-marin) (6 morts).
- Croiseur anglais Falmouth, de 5 500 tonnes (1 mort). Croiseur anglais Noitingham, de 5 500 tonnes (37 morts). Croiseur auxiliaire anglais Duke of Albany (24 morts). Octobre. Paquebot anglais Franconia, employé comme transport de troupes, torpillé alors qu’il revenait à vide.
- Dragueur de mines anglais Genista.
- (B). Rôle des sous-marins alliés. — Bien des fois on m’a fait cette remarque : « On entend toujours parler des sous-marins allemands et jamais des autres! Pourquoi? »
- Ceci est facile à expliquer : les grands navires de guerre anglais et français, les transports de troupes, les flottes commerciales continuent à courir les mers depuis le commencement de la guerre. Au contraire, les bâtiments allemands et autrichiens restent à l’abri dans les ports. Il en résulte que les sous-marins ennemis ont eu beaucoup d’occasions d’attaquer et les sous-marins alliés fort peu.
- Au début de la guerre, les sous-marins alliés ont eu un rôle assez ingrat : dans le Nord, les français gardaient la Manche, les anglais croisaient dans la mer du Nord.
- 1916. Février.
- Mars.
- Juin.
- Août.
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- MANCHE ET MER DU NORD
- Aucun grand bâtiment allemand n’ayant osé se risquer dans la Man.he, nos sous-marins n’ont pas eu une seule occasion d’agir.
- Les sous-marins anglais ont pu se rendre plus utiles dans la mer du Nord. Ils ont d’abord fait un service d’exploration dans les eaux allemandes. Le communiqué officiel de l’Amirauté anglaise après le combat naval d’Héligoland (28 août 1914) dit :
- « Le succès de l’opération est dû, en premier lieu, aux informations apportées « à l’Amirauté par les sous-marins. Pendant les trois semaines qui ont précédé « le combat, ils ont montré une audace extraordinaire en pénétrant dans les « eaux ennemies.... »
- Pendant le combat même d’Héligoland, un croiseur allemand du type Main\ a été coulé par un sous-marin anglais.
- Le 13 septembre 1914, le croiseur allemand Hela a été torpillé et envoyé au fond par le sous-marin anglais E-p à 6 milles au sud d’Héligoland. Le 6 octobre 1914, le même E-9 coule un torpilleur allemand, le S-126, à l’entrée de l’Ems.
- Mais les bateaux allemands se montrent de moins en moins. Après le combat du 24 janvier 1915 dans la mer du Nord, où le Blücher est coulé, il y a eu un long intervalle où ils ne se montraient plus du tout. Le renouveau d’activité manifesté parla flotte allemande depuis le printemps de 1916 a permis au sous-marin anglais E-23 de torpiller et couler ou tout au moins d’avarier gravement le 19 août 1916 le cuirassé allemand Westfahn.
- Le 19 octobre 1916, un sous-marin anglais a torpillé le croiseur München,
- Du reste un nouveau champ d’action s’était ouvert, dans l’intervalle, aux sous-marins anglais.
- MER BALTIQUE
- Au début de 1915, les Allemands étaient maîtres de la Baltique, leur escadre étant bien supérieure à celle des Russes et ceux-ci ne possédant que fort peu de sous-marins.
- Cette situation fut mise à profit à plusieurs reprises par les Allemands : ils opérèrent des débarquements en divers points, notamment au moment de la seconde offensive russe en Prusse orientale.
- Leur navigation commerciale dans la Baltique était libre et leurs steamers chargés de minerai de fer de Suède venaient en toute sécurité débarquer leur cargaison dans les ports allemands.
- Mais à partir du printemps de 1915 tout change. Malgré les champs de mines semés par la marine allemande à la sortie des détroits danois, les sous-marins anglais pénètrent dans la Baltique.
- Le 2 juillet 1915, le cuirassé allemand Pommern est torpillé et coulé devant Dantzig par le E-p.
- Le 18 août 1915, au moment de la bataille de Riga, le grand croiseur-cuirassé Moltke est torpillé dans la Baltique. Il ne coule pas et peut rallier un port allemand, mais la menace des sous-marîns contraint l’escadre allemande à abandonner ses tentatives contre le golfe de Riga et à se mettre à l’abri dans ses
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- ports. Les sous-marins rendaient ainsi à nos alliés les Russes l’immense service de les débarrasser de toute crainte de débarquement sur leur flanc droit ou même derrière leurs lignes.
- Dès lors c’en est fini de la maîtrise allemande de la Baltique : ce sont les sous-marins anglais et russes qui deviennent les maîtres de cette mer.
- Le 15 octobre 1915, ils coulent deux torpilleurs allemands.
- Le 23 octobre 1915, le croiseur-cuirassé Prin^-Adalbert, quoique entouré de plusieurs bâtiments légers est torpillé en plein jour et coulé devant Libau avec 300 hommes.
- Le 7 novembre, le croiseur Undine, de 3 700 tonnes, est coulé avec 126 hommes.
- Le 17 décembre, le croiseur Bremen, de 3 250 tonnes, et un torpilleur sont coulés.
- Les sous-marins font aussi la chasse au commerce ennemi : au 31 octobre 1915, plus de 20 navires de commerce allemands ont été coulés ou capturés. La plupart étaient chargés de minerai de fer ce qui a dû apporter une gêne à certaines industries métallurgiques.
- Il importe ici de remarquer que, conformément au droit des gens et aux règlements internationaux, foulés aux pieds avec tant de désinvolture par les Allemands, les sous-marins alliés ont toujours laissé aux équipages des navires de commerce le temps de se mettre en sûreté et n’ont jamais torpillé sans avertissement.
- Les sous-marins alliés ont donc rendu à nos amis les Russes d’inappréciables services, ils ont prévenu les attaques des villes et des côtes russes, en particulier de Riga, les débarquements de troupes; ils ont rendu la Baltique intenable aux navires de guerre et bien dangereuse pour la navigation commerciale ennemie.
- MER MÉDITERRANÉE ET ADRIATIQUE
- Nous avons là une partie de nos submersibles. De ce côté, comme dans le nord, les événements de la guerre ne leur donnent que peu d’occasions d’agir. Les navires autrichiens se renferment à Pola et au fond du golfe de Cattaro, à l’abri derrière de multiples rangées de mines, d’estacades, de barrages, de filets métalliques. Seules quelques escadrilles de bâtiments légers et rapides, ainsi que les sous-marins, en sortent de temps en temps.
- A la fin de décembre 1914, notre sous-marin Curie fait une tentative hardie pour forcer l’entrée du port de Pola et malheureusement, il se prend dans un filet, à l’intérieur de la rade, alors qu’il avait déjà pu franchir la zone des mines.
- L’entrée en ligne de l’Italie n’a pas changé la situation.
- Les chefs de la marine austro-hongroise s’étaient vantés que si l’Italie déclarait la guerre à la double monarchie, Venise serait bombardée et détruite vingt-quatre heures après par l’escadre autrichienne.
- L’Italie a déclaré la guerre... et la flotte ennemie n’a pas bougé. C’est que la marine italienne avait concentré 12 sous-marins à Venise et que plusieurs des nôtres étaient venus les renforcer. La présence de ces escadrilles a suffi pour arrêter net toute tentative contre la « reine de l’Adriatique ».
- Dans l’Adriatique comme dans les mers du Nord, on ne voit comme bâtiments ennemis que des escadrilles de bâtiments légers et rapides, torpilleurs et petits croiseurs, ainsi que des sous-marins. Les raids effectués par les navires légers
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- autrichiens sur des points secondaires : Porto-Corsini, Ancône, Barletta, Jesi, San-Vito, n’ont eu et ne pouvaient avoir aucune importance militaire. Ils ont du reste occasionné à la marine ennemie des pertes : torpilleurs Lika, Triglaw, N° 5/, etc.
- Le 11 août 1915, un sous-marin italien a torpillé et coulé le sous-marin autrichien U-12 alors qu’il naviguait à la surface. C’est ce U-12 qui avait torpillé et avarié notre cuirassé Jean-Bart en décembre 1914.
- Le 12 août, le contre-torpilleur français Bisson a canonné et coulé le sous-marin autrichien U-q.
- Le 9 septembre, notre submersible Papin a torpillé sans le couler le torpilleur N° 5/.
- En janvier 1916, le submersible Foucault a torpillé sans le couler un croiseur autrichien du type Hèligoland, de 2 800 tonnes.
- Le 4 mai 1916, le Bernouilli a torpillé (sans le couler) le contre-torpilleur autrichien C\epel.
- Le 8 avril, Y Archimède coule un transport de matériel. Il recommence cet exploit le 10 mai.
- En revanche, nous avons perdu : le sous-marin Curie, coulé à Pola; le Fresnel, canonné devant Saint-Jean-de-Medua, le 4 décembre 1915; le Monge, abordé et coulé le 28 décembre 1915 devant Cattaro, par un torpilleur ennemi, enfin le Foucault (7 septembre 1916), bombardé par un hydravion.
- Les Italiens ont eu les sous-marins Médusa, Nereide, Balilla et Ferraris coulés.
- DARDANELLES
- Tandis que les escadres cuirassées anglaise et française échouaient dans leur tentative de forcement des Dardanelles, les sous-marins parvenaient à franchir en plongée les lignes de mines, les barrages, les filets et entraient dans la mer de Marmara.
- Cette opération était fort dangereuse; elle a du reste causé des pertes assez sensibles : les sous-marins français Saphir, Joule, Mariotte, Turquoise, les anglais A-zy, AE-2, E-14, E-j, E-20 ont été coulés ou se sont échoués dans leurs hardies tentatives, mais d’autres ont réussi à passer et ils ont fait de bonne besogne.
- D’après les déclarations de M. Asquith au Parlement britannique, ils ont coulé :
- 2 cuirassés (Messoudieh, Khair-ed-din-Barbarossa)\
- 5 canonnières ;
- 1 contre-torpilleur;
- 8 transports et 177 petits navires chargés les uns de troupes, les autres de munitions, de matériel de guerre ou d’approvisionnements.
- Les sous-marins ont ainsi fortement gêné les communications entre Constantinople et la presqu’île de Gallipoli, entravé le ravitaillement, jeté à plusieurs reprises la terreur dans la capitale turque en torpillant des navires jusqu’à l’entrée de la Corne d’Or.
- Ils ont donc joué un rôle fort important dans l’opération entreprise contre les détroits. Ce n’est pas à eux qu’il faut s’en prendre de l’échec subi par les Alliés.
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- lil
- Depuis l’abandon des opérations aux Dardanelles, des sous-marins anglais sont encore entrés plusieurs fois dans la mer de Marmara et ont détruit des navires turcs, notamment un transport chargé de troupes, coulé devant Rodosto le Ier mai 1916.
- On voit par ce qui précède que les services rendus par les sous-marins alliés ont été très considérables, malgré la prudente réserve des escadres ennemies.
- 6. Mines. — Les sous-marins ont été très employés par les Allemands comme mouilleurs de mines. Ils ont étudié et construit spécialement pour cet usage un type de sous-marins, les U-C, portant chacun 12 mines et qui ont été les semer devant les ports anglais de la mer du Nord,- les ports anglais et français de la Manche, Malte, Tarente, etc.
- Il faut donc encore attribuer probablement aux sous-marins la perte d’un assez bon nombre de navires coulés par des mines depuis novembre 1915 : le navire hôpital Anglia (Manche, novembre 1915), paquebot Malaya (Manche, février 1916), cuirassé King Edward VII (janvier 1916), croiseur Arethusa (février 1916), destroyer Coquette et torpilleur n° 11 (mer du Nord, mars 1916), cuirassé Russell (avril 1916), dragueur de mines Nasturtium (mai), yacht armé Ægusa (mai), tous trois près de Malte, et peut-être le Hampshire (juin) et le destroyer Lassoo (août).
- 7. Sous-marins perdus. —Au total, depuis le commencement de la guerre jusqu’au ier octobre 1916, on peut estimer comme suit le nombre dessous-marins perdus : Angleterre une quinzaine, France 8, Italie 4, Russie 2 ou 3, Allemagne une cinquantaine, Autriche 5 ou 6, ce qui est peu, si on compare à tout ce que les sous-marins ont fait.
- Comment ont-ils ôté détruits?
- Les uns se sont échoués ou bien ont heurté des rochers au fond de la mer, étant en plongée (anglais £-75, E-13, français Saphir).
- D’autres ont sauté sur des mines {Joule) ou se sont pris dans des filets (français Curie et Mariotte, et de nombreux allemands);
- Certains ont été coulés à coups de canon (autrichien £7-^, divers allemands canonnés à Zeebrugge par l’escadre anglaise, U-iy allemand, E-22 anglais, français Fresnel.
- Des sous-marins naviguant à la surface ont été torpillés par d’autres sous-marins qui étaient en plongée (U-12 autrichien, Médusa italien) ;
- Enfin plusieurs ont été détruits par des aéroplanes (un allemand devant Ostende, le français Foucault dans l’Adriatique).
- L’Allemagne, dont les pertes en bateaux sous-marins sont très importantes, a cherché à les réparer. Aux 27 bateaux qu’elle possédait au Ier août 1914, elle a ajouté d’abord les 17 qui étaient alors en construction et qui ont été terminés vers la fin de 1914. Enfin elle a mis en chantier, en 1914 et 1915, 86 sous-marins de divers types (voir notre tableau, annexe II, page 101). Ils ont commencé à entrer en service en octobre 1915 et doivent avoir été tous terminés au icr octobre 1916. Le total de ses bateaux sous-marins atteint donc 130. On peut estimer que
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- 50 au moins ont été détruits. De plus, le sous-marin étant un instrument assez délicat, on peut penser qu’il y en a toujours bien une vingtaine en réparations. Il n’en resterait par suite qu’une soixantaine disponibles total bien faible, étant donné tout ce qu’on veut leur faire exécuter. On peut admettre aussi que la qualité des officiers et des équipages de sous-marins a diminué en raison des pertes éprouvées.
- CONCLUSION
- Les vingt-six mois de guerre navale montrent donc que :
- i° Les grandes batailles navales sont de moins en moins probables.
- Si elles ont lieu, les sous-marins n’y pourront prendre qu’une part bien faible à cause de leur vitesse insuffisante.
- 20 Les flottes cuirassées de toutes les nations restent à l’abri dans leurs ports, à l’abri de lignes de mines, de filets et d’estacades. Les mers qui baignent les côtes des belligérants ne sont plus guère parcourues que par les sous-marins et par les bâtiments légers : petits croiseurs et torpilleurs.
- 30 Les blocus sont très élargis à cause des sous-marins. Ils permettent ainsi aux navires soi-disant bloqués de sortir de leurs ports et de naviguer près de leurs côtes.
- 40 II faut beaucoup de sous-marins. D’abord parce qu’on leur confie des missions de plus en plus nombreuses : non seulement ils recherchent pour les attaquer les navires de guerre, mais ils sont employés aussi comme bateaux d’observation, comme bâtiments de blocus, enfin comme pose-mines. Ensuite parce qu’(l y en aura un bon nombre de détruits et aussi un bon nombre en réparation.
- 50 Quand les nations maritimes auront construit de nombreuses flottilles de sous-marins, les opérations navales comportant des transports et des débarquements de troupes deviendront impossibles, particulièrement dans les mers telles que la Baltique, la mer du Nord, l’Adriatique, la mer Egée et même la Méditerranée. Si l’Autriche avait possédé 100 sous-marins au début de la guerre, le transport des troupes françaises d’Algérie en France et de France aux Dardanelles, des troupes anglaises d’Egypte en France et aux Dardanelles, des Serbes de Corfou à Salonique aurait offert des risques tels qu’on aurait hésité à les entreprendre.
- 6° La maîtrise des mers de peu d’étendue (Baltique, mer du Nord, Manche, Adriatique, etc.) n’appartient plus uniquement aux cuirassés. Sur mer comme sur terre, tout ce qui est vu au-dessus de la surface court grand risque de destruction.
- Mes conclusions de la page 74 sont donc encore renforcées par les faits de guerre navale connus jusqu’à ce jour.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Chapitre I. — Historique.................................................. i
- — IL — Le type sous-marin pur et le type submersible .... 23
- — III. — Développement actuel de la navigation sous-marine . . 33
- — IV. — Importance des sous-marins pour les petites marines . . 43
- — V. — Augmentation du déplacement des sous-marins...........49
- — VI. — Sous-marins défensifs ou sous-marins garde-côtes ... 53
- — VII. — Sous-marins d’escadre.................................57
- — VIII. — Les accidents de sous-marins........................ 63
- — IX. — L’efficacité du sous-marin. 69
- Annexe I. — Les sous-marins allemands ; leur rôle dans la guerre actuelle . 77
- f
- — II. — Etats des sous-marins allemands...........................ioi
- Note de la troisième édition.............................................ioj
- Bibliographie........................................................... 115
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-
- TABLE DES PLANCHES
- Pages.
- Planche I. — Submersible Schneider-Laubeuf. Poste avant. Poste
- arrière.......................................... 8-9
- — II. — Submersible Schneider-Laubeuf. Poste central de
- manœuvre. Compartiment des accumulateurs électriques......................................... 16-17
- — III. — Types de sous-marins français: Gustave-Zèdè (ancien);
- Grondin ; Emeraude...............................32-33
- — IV. — Types de submersibles français : Aigrette ; Thermidor ;
- Gustave-Zèdè (nouveau)...........................40-41
- — V. — Sous-marins américains Pampas et Salmon\ sous-
- marin anglais B-10...............................56-57
- — VI. — Sous-marins anglais C-/7; D-i \ E-y.'— Submersible
- suédois Hvalen. .................................64-65
- — VII. — Le submersible grec Delphin : à la surface et en plon-
- gées ............................................ 80-81
- — VIII. — Submersibles allemands...........................88-89
- 600-16. —Coulommiers. Imp. Paul BRODARD.— 12-16,
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