- Accueil
- > Catalogue général
- > Gagey, René (18..-19..) - Les constructions rurales dans leurs rapports avec les exigences...
Les constructions rurales dans leurs rapports avec les exigences spéciales de l'agriculture tunisienne
-
-
- O (r nft s
- RÉGENCE DE TUNIS - PROTECTORAT FRANÇAIS
- DIRECTION DE L’AGRICULTURE, DU COMMERCE & DE LA COLONISATION
- LES
- CONSTRUCTIONS RURALES
- DANS LEURS RAPPORTS
- avec
- LES EXIGENCES SPÉCIALES DE L’AGRICULTURE TUNISIENNE
- PAR
- :r,_ gag ey
- Professeur à l’Ecole Coloniale d'Agriculture de Tunis
- Extrait du Bulletin de la Direction de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation 1er trimestre 1909
- TUNIS
- IMPRIMERIE L. NIERAT & A. FORTIN. 2, rue amilcar & 7, rue axxibal
- IQOC)
- Page de titre n.n. - vue 1/43
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/43
-
-
-
- Y ’ D c- OA S U
- Les constructions rurales
- dans leurs Rapports
- avec les Exigences Spéciales de l’Agriculture Tunisienne
- Une règle s’impose au sujet des constructions rurales : on doit immobiliser le moins possible de capitaux en bâtiments de ferme ; d’où il en découle une seconde : employer les matériaux de la région,, ceux-ci étant souvent les plus économiques.
- Il en résulte une grande diversité dans l'aspect des bâtiments ruraux, qui reflètent la plupart du temps les ressources locales. C’est ainsi qu’on emploiera les bois en grume ou équarris à Aïn-Draham; les briques de terre à Souk-el-Khemis ; la pierre à proximité des ruines romaines ; le bois sous forme de planches près des ports de débarquement, etc...
- La présente note a surtout pour objet de faire connaître comment l’on a construit jusqu’ici en Tunisie, et de mettre sous les yeux quelques types de fermes tunisiennes, que nous avons eu l’occasion de visiter.
- I. — Emplacement
- En principe, la ferme doit être au centre du domaine, ou plus exac tement au centre de gravité des transports, en considérant la valeur des transports d’une pièce de terre à la'ferme, comme représentant le produit : distance x charge x nombre des voyages dans l’année x pente du chemin.
- On peut ainsi détermiuer graphiquement ce centre de gravité pour toute l’étendue du domaine ; mais en général on le détermine approximativement, au jugé. On est souvent obligé, du reste, de déplacer ce point pour profiter de certaines commodités locales, telles que la proximité d’une route, d’une source, d’une hauteur.
- On cherche en effet à placer la ferme, et surtout l’habitation sur une éminence, non seulement pour faciliter la surveillance, mais aussi au point de vue hygiénique ; sur une hauteur en effet, on évite en partie l’action pernicieuse des brouillards et des moustiques.
- Lorsque l’éminence n’est qu’un mamelon, on se place au sommet, ce mamelon comportant souvent des ruines romaines qui fournissent ainsi de la pierre sur place. Lorsque c’est un fort coteau ou un djebel, on se place souvent à mi-côte pour se s’abriter du vent, du siroco,
- p.1 - vue 3/43
-
-
-
- - 2 -
- etc.., tout en conservant les avantages de l’élévation. Enfin il peut être bon de mettre la ferme plus bas que l’habitation pour diminuer les difficultés des transports, tout en ne l’éloignant pas trop pour maintenir l’efficacité de la surveillance.
- Voici du reste quelques exemples d’emplacement choisis par des colons tunisiens.
- Comme exemples de ferme placées à flanc de montagne nous pouvons citer les fermes de MM. Wartelle, Rebillet, Krayembuhl, Toutée (fig. 1,2, 3, 5). Au contraire comme emplacement au sommet d’un monticule, on peut citer les bâtiments d’exploitation de MM. Bismuth, Pinhède, Gounot (fig. 6, 7, 4.)
- Dans ces sept exemples, le propriétaire peut, de sa ferme, surveiller tout son domaine et voir ce qui s’y passe^ quitte pour les parties les plus éloignées, à employer la longue vue.
- Fig. 1. — Ferme cie IM. Wartelle, -Aan-Rlielal
- p.2 - vue 4/43
-
-
-
- 3 -
- Fig. 2.
- Fermé cle MC. le Colonel ReToillet, Ontetta (j'Iateur)
- Fig S — Ferme cia ]VI. Iv ray e nibulil, Aïn-el-A aller
- p.3 - vue 5/43
-
-
-
- L&-IU
- Fig. 4. — Ferma de M> Oîounot, Soialc-el-IOiemia
- Fig. 5. — Ferme de jVI. Totvtée, Klianguet
- p.4 - vue 6/43
-
-
-
- 5 —
- Fig. 6. — Ferme de j\I. Xîismu.tli, Suaindja.
- \ (
- / / /
- Ferme de >1. Piixhède, TXir-XIpiroua, (Cap-Bon)
- II. — Orientation
- Elle a son importance au point de vue de la température intérieure des étables fermées, ainsi qu’au point de vue des vents pluvieux.
- Pour les étables ouvertes à tous les vents ou disposées en appentis, et par conséquent fortement aérées, l’orientation importe peu. Il suffit de protéger du soleil par des paillassons suspendus à la toiture, ou de faire celle-ci très débordante ; cette dernière disposition a de plus l’avantage de protéger l’intérieur de l’étable de la pluie qui est souvent chassée sous une forte incidence (fig. 8),
- p.5 - vue 7/43
-
-
-
- - G
- Pour l’orientation, on se guide surtout sur la nature des animaux à loger.
- Le mouton et le porc craignent particulièrement la chaleur. Les vaches et bœufs à l’engrais doivent avoir des étables sombres et à la température de 25°, en été comme en hiver. Pour les bêtes de travail sortant toute la journée, l’étable peut être chaude dans le jour, pourvu qu’elle se rafraîchisse la nuit; on l’orientera donc en conséquence, d’après les emplacements disponibles.
- III. — Disposition générale
- Quoiqu’il ne soit pas nécessaire dans ce pays de construire une ferme fortifiée, faut-il cependant se mettre à l’abri particulièrement des vols de bestiaux. Or pour que la justice française puisse intervenir efficacement dans ce dernier cas, il faut qu’il y ait eu bris de clôture. D'autre part, dans la plupart des régions actuellement colonisées, la chaleur exige des étables plus ou moins ouvertes, fortement aérées. Il sera donc prudent, pour se mettre à l’abri des vols et en tous cas obliger à un bris de clôture, d’entourer tous les bâtiments de ferme.
- C’est pourquoi la disposition généralement admise et qui parait rationnelle, est d’établir une vaste enceinte carrée ou rectangulaire, formée d’un mur assez haut, et d’y loger à l’intérieur les bâtiments de ferme (étables, magasins, instruments agricoles) sauf les pailles et fourrages qui sont trop encombrants, et surtout dangereux en cas d’incendie.
- Le type de cette disposition est la ferme de Badrouna à Souk-el-Khernis (7?^. 9). Le quadrilatère, très vaste, a environ 70 mètres de côté. Il est formé d’un mur en briques de terre, recouvert d’un enduit. Une grande porte P donne accès à l’intérieur de la cour. A gauche en entrant, la maison du régisseur, puis les magasins, une citerne et un hangar pour abriter la batteuse. Au fond la forge. A droite un vaste bâtiment de 22 mètres de portée, très haut, sert d’étable. Enfin contre la porte un hangar pour machines. La cour est très vaste et le long du mur d’enceinte, il reste encore de la place pour de futures constructions.
- Il est à remarquer que dans le cas examiné le mur devait nécessiter une forte dépense à cause même de son développement. Aussi l’a-t-on construit simplement en terre ; c’est bien suffisant pour constituer une clôture morale contre le vol, et ce mur est au moins économique.
- On emploie souvent le mur d’enceinte pour appuyer les constructions, témoin la ferme de Preuilly au Mornag (Jig. 14), de plus petite envergure, dont le mur de clôture est en maçonnerie, Une entrée P
- p.6 - vue 8/43
-
-
-
- donne sur les terres, une autre P’ sur le jardin ; à droite est un appentis qui sert de bouverie, à gauche un autre appentis pour écurie, puis une maison d’habitation pour ouvriers ou gérant ; au fond les magasins, forge, etc... Puis vient le jardin potager, le bordj du propriétaire, et devant, le jardin d’agrément donnant sur le chemin. Cette disposition paraît très rationnelle et très élégante. Le propriétaire se trouve chez lui, au milieu dé son jardin ; il n’est pas importuné par les bruits et odeurs de la ferme. Par contre le contre-maître s’il y en a un, loge dans la ferme même.
- La fig. 10 représente le même dispositif, plus modeste, d’une ferme de Bir-M’cherga.
- lien est de même de la fig. 11 qui donne le plan d’une ferme à Smindja. L’exploitation étant de construction récente, le mur de clôture n’est pas encore établi; mais on a posé un grillage en lattes qui suffit pour le moment. L’habitation du propriétaire, à un étage, se trouve sur une face, accolée au potager qui donne sur le derrière. On a donc vue sur toute la ferme qui comprend : à droite une grande bouverie, le poulailler et la plate-forme à fumier reportée à l’extérieur de l’enceinte ; à gauche l’atelier, les magasins et l’habitation du gérant. — Èn face se trouve la porte d’entrée.
- On remarquera dans ce dispositif, une plate-forme à fumier (une des rares existant en Tunisie), qu’on a rejetée en dehors de la ferme, tout en la laissant à proximité de la bouverie.
- Les fig. 12, 13, 15, représentent d’autres dispositifs basés sur le même principe.
- Il est préférable, autant que possible, de loger également à l’intérieur de la ferme les machines agricoles, quoique ce ne soit pas une obligation absolue. On les dispose souvent en effet sous un appentis accolé à l’extérieur de l’enceinte (fig. 12, 15).
- 777//////77777
- Orientation d’un bâtiment
- p.7 - vue 9/43
-
-
-
- — 8
- $ ouverte
- Fig. 9.
- Ferme de jVT. Govmot, Sorik-el-Kliexms
- Fig. 10. — Ferme de M. Barès, Bir-M’Cherga
- 7o Fs S e r
- i
- At'U.r
- H/iitti
- ff cl ï i ts ii Ô!J
- 3
- -1 J
- Fig. 11 — Ferme de M. Bailleau, Smindja
- Fig. 12, — Ferme de 3YI. liismntii, Smindja
- p.8 - vue 10/43
-
-
-
- - 9 —
- / ~
- Fig. 13.
- Ferme de 3VX. Cailloux, Sonk-el-Khemis
- fe ..B o il v e r i e
- fb» m » i i
- à tT
- 1
- Fig. 14. — Ferme de 3VX_ Delaporte, X* re u.il 1 y-le sa - j\X or1îa”
- * IIe :t ho y y y P//
- r a u l u a ÿ B • • « •• •» *
- Fig. 15. — Ferine de ÜNX* Raissa, Cap Xîon
- p.9 - vue 11/43
-
-
-
- 10 -
- IV. — Dispositions de détail des différents bâtiments de la ferme
- 1°. — MAISON D’HABITATION
- Si l’on engage le minimum de dépense pour les étables, on soignera plus particulièrement la construction de la maison d’habitation qui doit être confortable et coquette, afin que le propriétaire s’y repose avec plaisir, lorsqu’il rentre fatigué par une journée de travail en plein air. La disposition à flanc de coteau, permet de domiiier la campagne environnante et procure en général une vue agréable. Le type de cette situation privilégiée peut être représenté par l’habitation de M. de Montmort au Khanguet dont la vue s’étend fort loin.
- On devra se défendre contre l’humidité et la chaleur. L’humidité provient surtout des murs exposés aux vents pluvieux. On se garantira de l’une et de l’autre, d’abord par une orientation judicieuse, puis par l’emploi de toitures très débordantes ou d’auvents formant galerie autour de la maison.
- Celle-ci peut présenter la disposition en équerre, et dans l’angle intérieur sera disposée une galerie avec auvent; témoin la maison d’habitation de la ferme d’Aïn-lthelal (fig. 16), où l’on peut se reposer bien à l’ombre. Cet auvent crée sur la face correspondante une couche d’air frais qui est le meilleur des isolants thermiques.
- Un dispositif très courant dans le pays et recommandable, est de construire l’habitation avec deux ailes latérales débordantes de façon à protéger du soleil et de la pluie (fig. 17).
- Quantàl’agenèement intérieur, il varie avec les exigences de chacun. Si la construction est à un étage, c’est au 1er qu’on mettra les chambres.
- Fig, 16, — Fem« de M. Wartelle, -Adn-JEthelal
- p.10 - vue 12/43
-
-
-
- - 11 -
- Si elle est en rez-de-chaussée, celui-ci devra être surélevé, voir même bâti sur cave de façon à ce que les chambres soient protégées contre l’hmidité du sol. Il sera même prudent, dans les situations un peu humides, de créer un drainage permanent autour de l’habitation.
- .16 /<>!/£ fi
- 7
- PJéL rc
- 0
- Fig. 17. — Type de maison d’ixabitatiorx
- 2°. — ÉCURIES, BOUVERIES
- Lorsque la température en hiver est assez douce, on préfère les étables largement ouvertes, qui sont plus simples à construire et plus économiques.
- Les bêtes d’élevage, qui prennent leurs repas aux pâturages, sont logées la nuit dans les enclos garnis d’abris en appentis, comme le montre la fig. 18. Elles sont absolument libres.
- Les boeufs de travail peuvent être également sous hangar ou appentis, mais sont souvent attachés comme dans la fig. 20.
- On voit que dans cette ferme, l’enclos réservé aux bêtes d’élevage est en pente, de façon à faciliter l’assèchement du terrain en cas de pluie, et le drainage superficiel du purin.
- La fig. 19 présente un dispositif assez semblable.
- Quand le climat est plus rigoureux, comme à Smindja où les vents sont froids et où il gèle souvent, l’étable est fermée mais le mur présente des ouvertures pour l’aération, sous la toiture, (fig. 21).
- p.11 - vue 13/43
-
-
-
- - 12
- La plupart du temps le sol est en terre damée, mais le purin est ainsi perdu. Lorsqu’il pleut, l’enclos devient un bourbier. Il serait donc préférable de rendre le plancher imperméable, soit par un pavage, soit simplement par un bétonnage. C’est le cas de la bouverie de la fig. 21. Le purin est alors recueilli et permet de faire du bon fumier.
- Les mulets et les chevaux sont assez rustiques pour habiter les étables très ouvertes, fortement aérées; témoin la disposition de la fig. 22.
- Lorsque la température oblige à fermer l’écurie, on ménage dans le haut des murs des ouvertures pour l’aération (fig. 23), qn’on peut calfeutrer en hiver avec des planches ou des paillassons.
- Ces quelques exemples montrent que la disposition en appentis à l’intérieur d’une enceinte est largement appliquée en Tunisie.
- 3°. — BERGERIES.
- Le mouton craignant la chaleur, doit être dans une bergerie très ouverte. C’est de pins un animal de faible valeur par tête, restant sonvent peu de temps dans la propriété, et pâturant constamment. On lui affectera donc une étable fort simple.
- Souvent, pour recevoir les ovidés pendant leur passage à la ferme, on aménage provisoirement un hangar à machines ou à voitures à l’aide de râteliers mobiles (fig. 25). Mais lorsqu’on voudra construire nne bergerie, cette dernière pourra comprendre un enclos en plein air et un abri en appentis ou un hangar sur piliers. Des râteliers le long des murs constitueront le mobilier (fig. 24).
- 4°. — PORCHERIE
- Le porc lui aussi craint la chaleur. Dans les grandes exploitations on n’en élève pas en stabulation. Ceux qu’on possède ne restent sur la propriété que pour la nettoyer de certaines plantes bulbeuses. La porcherie est donc provisoire; elle est faite le plus simplement possible, ces animaux pâturant aux champs et ne rentrant à l’étable que pour passer la nuit. On aménage cependant sous le couvert des cases pour loger les truies portières et.les jeunes qui exigent quelques soins pendant les premières semaines qui suivent leur naissance. Cette porcherie-abri est souvent faite en briques de terre avec couverture en diss, et herbes de la brousse (fig. 27), les cloisons intérieures étant en planches.
- Lorsqu’on fait l’élevage en forêt de troupeaux très nombreux, les animaux rentrent tous les soirs du pâturage. On vend les bêtes lorsqu’elles atteignent 70 kilos. Comme dans ce cas on cherche à les élever un certain temps, il faut une porcherie permanente pour les abriter.
- p.12 - vue 14/43
-
-
-
- iâ -
- La fi.g. 26 montre le dispositif d’une porcherie en maçonnerie d’Aïn Fellous, près Aïn-Draham.
- Fit/ Ï8. — Ferme cle HVI. Zaouohe, rVEateiri'
- Fig. 19. — Ferme cLe M.. ïoutéo, IvHaiLg,xiet
- p.13 - vue 15/43
-
-
-
- A la y <? t i u y
- mzznmzzzzTzzzzzzz,
- ymznzinzmznjiim^zzzm
- Fig. 20. — Ferme de JYI- ICrayeiribi-ilil, A-ïn-rel-Aalcei*
- p.14 - vue 16/43
-
-
-
- Fig. 22. — Ferme cle M. ITatore, Sovilï-el-lOiemis
- zn-
- tes////////////;//// y //;/////////,/ rrrrr/y,
- 13 aille axa.
- p.15 - vue 17/43
-
-
-
- V////////////////Û.
- Fig 23. — Ferme de iVT. Fioeclrer, Mateïir
- Fig. 24. — Type de bergerie
- p.16 - vue 18/43
-
-
-
- Fi(j.'2Z. — Hangar aménagé en bergerie
- p.17 - vue 19/43
-
-
-
- 00
- P
- 9 s f J >p P.JU0J.
- Fig. 26. — Une pOT-elierie, Aan-IT'ellor.is
- p.18 - vue 20/43
-
-
-
- - 19 -
- V. — Des Matériaux de constructioii
- 1°. — GROS ŒUVRE
- Terre. — La terre peut parfaitement être employée pour l’édification des gros murs, soit en construction monolithe ou pisé, soit en briques .de terre séchées au soleil que l’on dénomme dans le pays toube. On trouve à Souk-el-Khemis, à Béjà, etc., une terre fortement argileuse qui se prête bien à ce genre de travail.
- Il est prudent, au moment de l’extraction, de ne pas utiliser la partie superficielle, qui est toujours moins compacte, ayant été ameublie par la Charrue ou la végétation superficielle. Il est bon également, après séchage au soleil, de la tamiser pour enlever les grosses pierrailles qui diminuent sa résistance.
- C’est la brique de terre qui est la plus employée dans le pays. On s’en sert pour faire des écuries et surtout des porcheries temporaires, comme chez MM. Cailloux et Gounot à Souk-el-Khemis (fie/. 2 bis). Lorsque la construction est permanente, on a soin d’asseoir les briques de terre sur une fondation en pierre sortant du sol de 20 centimètres au moins, de façon à ce que ce mur ne soit pas détérioré à sa base par les pluies ou l’humidité du sol (fig. 28). Il est même bon de recouvrir la terre d’un enduit au plâtre, ciment, ou chaux hydraulique, de façon à la protéger contre la dégradation par l’eau de pluie.
- A Souk-el-Khemis, pour le grand mur d’enceinte de la ferme de Badrouna, on a procédé ainsi ; l’enduit à coûté 0 fr. 25 le mètre carré.
- On peut également, comme l’a fait M. Dumont dans sa propriété de Pont-du-Fahs, armer les murs de pisé avec du fil de fer. De tels murs ont de plus l’avantage de transmettre parfaitement les vibrations, de sorte que toute tentative de percement du mur est entendue à l’autre bout du bâtiment.
- Pierre sèche. — La pierre sèche est également d’un emploi économique pour les constructions de faible hauteur ; mais leur solidité dépend du soin apporté à leur édification. On utilise la plupart du temps des pierres brutes, c’est-à-dire fort irrégulières, tirées de la montagne la plus proche. Le principe à suivre est d’établir la maçonnerie par couches bien horizontales. Par conséquent, lorsqu’une assise de grosses pierres est posée, il faut combler tous les vides avec de la pierraille de façon à créer une surface bien horizontale pour l’assise suivante ; plus on appliquera rigoureusement cette règle, plus résistante sera la construction (fig. 30).
- Nous avons pu observer les piles d’une passerelle établie sur un oued, construites en pierre sèche depuis plus de G ans, et résistant parfaitement au courant torrentiel. Gomme exemple de constructions en
- p.19 - vue 21/43
-
-
-
- - 20 -
- pierre sèche, nous pouvons citer la ferme de M. Perrochon à Aïn-Sel-lam près Béja (fig. 31). Le mètre cube de maçonnerie revient à 4francs au lieu de 12 francs.
- On peut également cimenter les pierres avec du mortier de terre, ce qui permet de bien boucher tous les interstices, et d’éviter tout ébranlement dans la maçonnerie. C’est le cas de l’écurie de la ferme Vache-rot à Béja (fig. 32) où le mur d’enceinte est en pierres soudées avec de la terre argileuse. L’extérieur a reçu un parement en ciment. Sous la toiture, des ouvertures ont été aménagées pour l’aération, que l’on bouche à volonté avec des tampons de paille. A l’intérieur, c’est, la disposition en appentis que l’on a adoptée.
- Enfin si l’on veut élablir une maçonnerie un peu haute et présentant toute solidité, on en façonnera la carcasse en charpente de bois et la pierre sèche ne servira qu’à remplir les vides. C’est alors le bois qui travaille seul et devient la partie principale et résistante de la construction.
- Maçonnerie au mortier. — La maçonnerie au mortier ne présente rien d’original à signaler. La pierre utilisée sera celle des environs : moellons bruts de la montagne la plus proche ou de ruines romaines, briques, pierres de Sicile, carreaux de mâchefer, etc., suivant les frais de transport. Le liant sera le plus souvent de la chaux hydraulique.
- La maçonnerie de moellons revient environ à 12 francs le mètre cube (Souk-el-Khemis, Béja) ; celle en pierre de Sicile ou en briques de mâchefer revient à 5 francs (Bir-Meroua, Cap Bon).
- M. Pinhède à Bir-Meroua, a fait établir une bouverie dont le bas du mur est en pierre de Sicile, et le haut en carreaux de mâchefer (fig. 33),
- Béton armé. — Comme nous l’avons déjà dit, les ressources locales doivent régir le genre de maçonnerie à utiliser.
- C’est ainsi que MM. Fabre, à Souk-el-Khemis, étant donné l’étendue de leur domaine, furent amenés à construire une ferme annexe pour loger 120 mulets. Ce bâtiment est à proximité de l’oued Tessa, dans le lit duquel on trouve en abondance sable et cailloux. Il était donc naturel de songer à construire les murs en béton. Afin de les établir le plus mince possible, on pensa à armer le béton avec des rondins de fer.
- On opéra de la façon suivante : on construisit l’appentis sur poteaux de bois; ceux-ci furent traversés horizontalement par quelques rondins de fer sur lesquels on appliqua tous les 50 cm, verticalement, d’autres rondins liés au fil de fer recuit, et le tout fut-noyé dans le béton (fig. 29). Les rondins employés étaient de 6 millimètres et le mortier du béton était formé de 300 kilos de chaux hydraulique par mètre cube de sable.
- p.20 - vue 22/43
-
-
-
- - 21 -
- Bois. — Le bois peut s’employer sous toutes sortes de formes : à l’état brut (rondins, troncs, branches), équarri, en planches.
- Il est prudent de passer tous les bois au carbonyle pour les mettre à l’abri de la pourriture.
- Chez M. Boutet à Béja, l’écurie est établie avec une charpente en rondins, et le remplissage des murs est fait en pierre cimentée à la terre (fig. 34). On obtient ainsi une construction économique utilisant les matériaux sur place, les eucalyptus ou autres arbres des environs faisant les frais de cette charpente, à la méthode des gourbis arabes.
- En ce qui concerne le mobilier intérieur des étables (mangeoires, etc.), on peut également se servir de perches d’eucalyptus ou de len-tisque pour établir la carcasse, en utilisant des planches pour faire le coffrage, comme on l’a pratiqué chez M. Venèque à Béja(7Ig. 35).
- En forêt, à Aïn-Draham, les porcheries sont en bois. La charpente est en rondins, la couverture en branchages et herbes, et les murs formés de traverses de chemin de fer plantées en palissades (fig. 7 bis).
- La planche est également très employée; Exemple : Sidi-bou-Hadid près Bizou le ( fig. 3 bis).
- Il en est de même chez M. Wartelle, à Aïn-Rlielal, où les bâtiments sont réduits au strict minimum. L’écurie (fig. 36) a 10 mètres de portée. Elle est sur poteaux de bois et fermée par des planches qui laissent un léger espace sous la toiture pour permettre une large aération. Les bêtes sont sur deux rangs, tète à tète, avec séparation en planches.
- Chez MM, Fabre, à la ferme principale de Souk-el-Khemis, existe une étable toute en planches de 25 millimètres (charpente et muraille) (/îg. 37), qui date de 20 ans.
- Les bêtes sont sur deux rangs, dos à dos. Les murailles sont en planches. D’un côté elles montent jusqu’à la toiture et l’on y a ménagé quelques fenêtres. De l’autre, elles n’y arrivent pas, de façon à permettre une large aération.
- Enfin l’étable pour bœufs et mulets de la ferme de M. Guignard, dans le Haut-Mornag, est également en bois (fig. 38). Le bâtiment très large, comprend les bœufs d’un côté et les mulets de l’autre avec cloison et entrées séparées. La face externe est faite d’un mur de maçonnerie ; celle qui regarde la cour est en planches. Les séparations intérieures, mangeoires, sont également en bois. Enfin le sol en terre battue a été goudronné, ce qui constitue un parterre sain, imperméable et économique.
- p.21 - vue 23/43
-
-
-
- e%
- < ni* \
- (
- WW/mM/7/M.
- Fig. 29 — Ferme de M. Fabre, Souk-el-Khemis
- l 3r,-r,et
- dv (erre*
- Fig. 21. — Ferme de'M. Gonnot, Souk-ei-Khemis
- p.22 - vue 24/43
-
-
-
- 23
- Fig. 30. — Mur en pierres sèches
- Fig. 31. — Ferme de M. Perrochoa, Ain-S jllam
- / ' /
- Fig. 3. — Ferme de M. Vacherot, Bèja
- p.23 - vue 25/43
-
-
-
- - 24 -
- y'cnt
- mari ii_
- V
- Fig, 33. — Ferme de M. Pinhède, Bir-Meroua (Cap-Bon)
- p.24 - vue 26/43
-
-
-
- — 25 —
- Fig. 34. — Ferme de M. Boutet, Bêja
- Fig. 35. — Mangeoires en madriers et rondins
- p.25 - vue 27/43
-
-
-
- - 26 -
- Fig. 36. — Ferme d? M. Wartelle, Ain-TUtelal
- Fig. 37,— Ferme de M. Fabre, Souk-el-Khemis
- p.26 - vue 28/43
-
-
-
- - 27 -
- Fig. 38. — Ferme de M. Guignard, Haut-Mornag
- p.27 - vue 29/43
-
-
-
- - 28
- 2. — CHARPENTE
- Nous trouvons dans les fermes de Tunisie 3 types de charpente : en bois équarris, en planches, ou en bois et fer.
- Nous en donnerons quelques types à titre d’indication.
- Pour les grandes portées, la charpente repose sur 4 piliers; c’est le cas des étables de MM. Delay à Béja et Gounot à Souk-el- Khetnis (fig. 39, 40 et 9 bis). Le prix de revient est d’environ 20 francs le mètre carré couvert.
- Pour une portée de 10 mètres, on peut disposer un étançon liant l’arbalétrier au poinçon et un grand jambage en deux pièces unissant l’arbalétrier au tirant et au poteau (fig. 41 ).
- On peut établir une charpente toute en planches comme l’étable de Souk-el-Khemis nous en montre un type (fig. 37-42). L’arbalétrier A, et le blochet B sont à une planche ; l’entrait retroussé G et Paisselier D sont formés de deux planches unissant les pièces précédentes. Les planches sont de 25 millimètres. On conçoit qu’une telle ferme soit moins résistante qu’engrosse charpente; mais il suffit de les rapprocher en proportion de la charge de la couverture. Ces fermes on t l’avantage de ne pas nécessiter d’assemblages et de pouvoir être établies par un ouvrier quelconque, un peu intelligent.
- Nous trouvons également des exemples de charpentes mixtes en bois et fer à Saint-Joseph-de-Thibar (fig. 43-44). La fig. 43 représente une ferme sur poteaux à entrait retroussé; il n’y a du reste que le tir ant comme pièce de fer.
- La fig. 44 représente une autre ferme mixte reposant sur poteaux courts soutenus par un corbelet scellé dans le mur de maçonnerie.
- La fig. 45 représente la ferme mixte de la Cuverie à Bordj-Chakir, également à entrait retroussé avec tirant en fer. La ferme repose sur les murs par l’intermédiaire de consoles en fer. Ce type se rapproche donc de celui de la fig. 44, mais les poteaux sont supprimés, et l’entrait retroussé se bloque sur un sous-arbalétrier serré contre l’arbalétrier principal par des brides en fer plat.
- Enfin citons une comble à M’Rira (fig. 46), dont les fermes à deux entraits retroussés, sont distantes de 50 centimètres à cause de leur faible résistance. Leur portée est de 6 mètres.
- 3. — COUVERTURE
- On peut couvrir les étables avec du diss, des branchages, des herbes aquatiques (joncs, massette) (fig. 10 bis); c’est une couverture économique qui s’établit comme le chaume et présente les mêmes qualités, c’est-à-dire est chaude en hiver, fraîche en été.
- p.28 - vue 30/43
-
-
-
- —29
- _ . . 6"',Ço~ - -
- Fig. 39. — Ferme de M. Delay, Béja
- Ferme de M. Gonnot, Souk~el»Klieiïns
- Fig. 40
- p.29 - vue 31/43
-
-
-
- p.30 - vue 32/43
-
-
-
- - n -
- Fig. 45 — Cellier de Bordj-Chakir
- Fig. 46.
- Fig. 47.
- p.31 - vue 33/43
-
-
-
- La tuile céramique est la couverture la plus couramment employée.
- On préfère le modèle tuile mécanique de Marseille qui donne la plus faible charge sur les charpentes (50 kg. au mètre carré). Elle est bien isolante comme le chaume.-
- La tôle ondulée est un peu employée. Elle a l’avantage d’être plus légère et de nécessiter par suite des charpentes moins coi'iteuses. Mais elle est chaude. Aussi la blanchit-on à la chaux. Elle est d’une application courante à Saint-Josepbrde-Thibar où l’on a constaté que cette couverture n’était pas trop chaude si l’étable était très aérée. Elle y couvre certains bâtiments et en particulier la porcherie (fig. 47).
- Chez M. Delamarre à Fernana, une porcherie est également couverte en tôle ondulée ; elle reste fraîche malgré tout, grâce à l’aération.
- Enfin depuis plusieurs années, on préconise différentes substances (carton pierre, fibro-ciment, ruberoïde) qui sont également très légères et se livrent en grandes plaques ou en petits carrés. Pilles coûtent; en général un peu plus cher que la tuile, mais vu l’économie qui en résulte dans la charpente, l’ensemble de la construction entraîne malgré tout une dépense moindre.
- R. Gagey,
- Professeur à l’Ecole Coloniale d’Agriculture de Tunis. .
- Errata : lire Fig 5 bis. — Ferme de M. Perrochon.
- p.32 - vue 34/43
-
-
-
- Fig. ibis. — Ferme de M. Zaouche, Mateur
- Fig. 2bis. — Ferme de M. Gounot, Souk-el-Khemis
- p.n.n. - vue 35/43
-
-
-
- p.n.n. - vue 36/43
-
-
-
- Fig. 4bis, — Etable a carcasse en bois et remplissage en pisé
- p.n.n. - vue 37/43
-
-
-
- p.n.n. - vue 38/43
-
-
-
- Fig.. 5bis. — Ferme de M, Perruchon, Ain-Selram
- j
- p.n.n. - vue 39/43
-
-
-
- p.n.n. - vue 40/43
-
-
-
- Fig. 7bis. — Porcherie en bois
- Fig. 8bis. — Etable en planches
- p.n.n. - vue 41/43
-
-
-
- p.n.n. - vue 42/43
-
-
-
- Fig. 9bis. — Ferme de M. Gounot, Souk-el-Khemis
- Fig. iobis.
- Ferme de M. Boutet, Béja.
- p.n.n. - vue 43/43
-
-