Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industriels
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- LEÇONS
- DE
- CHIIHIË ËLÉMENTAIBE.
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- ROUEN.-
- •IMPRIMERIE DE I.-S. LEFEVRE, RUE DES CARMES
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- I
- LEÇONS
- PTiig®
- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE
- APPLIQUÉES
- AUX ARTS INDUSTRIELS,
- et faites le dimanche,
- A L’ÉCOLE MUNICIPALE DE ROUEN,
- PAR
- M. J. GIRARDIN «,
- Professeur «le Chimie h l’École Municipale et b l’École d* Agriculture de Rouen ,
- M'Ombre Correspondant de l’Institut Royal de France, de la Société Ildyalc et Centrale d’Agriculture , de la Société d’Encoiiragemenl, des Académies de Florence , Turin , Moscou, Bruxelles,
- Anvers , Lifrge , Kaisersluutern , Rouen , Bordeaux , Marseille, Nancy, etc.
- La science ne devient tout à fait utile qu’en devenant vulgaire.
- troisième édition.
- hEVUE, COnniGÉE ET augmentée,
- Avec 200 Figures et Echantillons d’Indienne intercalés dans le texte.
- BlELIQTHEQüeV
- PARIS,
- CHEZ FORTIN, MASSON, ET Clfi, LIBRAIRES,
- PLACE DE l’ÉCOLE-DE-MÉDECINE, 1.
- 1846.
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- AVERTISSEMENT
- POUR
- LA TROISIÈME ÉDITION.
- La nouvelle édition des Leçons de Chimie Elémentaire que j’offre aujourd’hui au public industriel, ne diffère pas, quant à la forme, des deux premières qui ont été épuisées si rapidement ; mais elle a été augmentée de tous les faits intéressans, des théories ingénieuses dont la science et la technologie se sont enrichies dans ces dernières années. C’est surtout pour l’exposé des procédés des fabriques, des modes d’essais des drogues commerciales, et pour l’étude des matières tinctoriales, que les additions ont été les plus considérables.
- Je n’ai rien négligé pour que cette troisième édition fût digne de la faveur qui a accueilli mon livre dès son début, et pour qu’elle justifiât sa destination spéciale , son application aux arts industriels. J’ai mis d’autant plus de soins à réviser ces Leçons, que la bienveillance du public a été plus grande à mon égard ; il y avait pour moi un devoir de reconnaissance à remplir, devoir tout aussi impérieux que le sentiment naturel qui pousse un auteur à polir son œuvre, et à la rendre la moins imparfaite possible. Puissé-je avoir satisfait convenablement à cette double condition.
- Rouen, le 15 Octobre 1815.
- J. G1RARDIN.
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- AUX
- OUVRIERS DE ROUEN.
- Je vous dédie ces Leçons 5 elles ont été faites pour vous.
- M. Henry Barbet, maire de Rouen , a compris combien il était utile de répandre parmi vous les notions d’une science dont vous avez à faire de si fréquentes applications. L’industrie en profitera, et vous , qui consacrez vos rares loisirs à l’étude, vous rendrez le travail encore plus honorable en le rendant plus intelligent.
- 'Vous devez de la reconnaissance à l’administrateur éclairé qui, par la création des Cours élémentaires du Dimanche, a confondu , dans une même pensée d’amélioration , et les intérêts de l’industrie, et vos besoins d’instruction et de moralité.
- Pour moi, je m’estimerais heureux si j’avais bien réussi à seconder d’aussi libérales intentions, et si j’avais facilité, au milieu de vous, l’appréciation des avantages que la science procure à tous les hommes.
- J. GIBARDIN.
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- TABLE DES MATIERES
- DES DEUX PARTIES.
- 101
- Ablette,
- Absorption dans les Végétaux,
- de l’oxygène par les corps gras , des gaz par le charbon , des taches grasses par l’argile , Abus des liqueurs alcooliques , du sucre, du vinaigre,
- Accidens par les poudres fulminantes,
- Acétate d’alumine , de cuivre ( neutre),
- ( sous-),
- de fer, de morphine, de plomb ( neutre )
- ( sous-),
- de soude,
- Acétates,
- Acétification Acide acétique, aconitique, aérien, anchusique , antimonieux, antimonique , arsénieux ,
- pour l’essai du chlore , arsénique, aspartique , azoteux, azotique , azotosique , azotoso-azotique , benzoïque , borique, butyrique , caféique, campholiquc, camphorique, carboneux , carbonique ,
- liquide , solide, cartharnique, catéchuciquc, chlorcux, chlorhydrique,
- Pages.
- 250
- 942
- 627
- 122
- 631
- 994
- 569
- 1009
- 1001 1017 -1014 1014 1019 549 1016 1016 1010 1010-1014 1002
- 964-1002-1010 531 28 770 424 424 7-42<J 432 429 770
- 238 234
- 239 239
- 656 666 327 621-637 843 664 664 523 26-91 33 35 838 790 216 216 227
- Pages.
- Acide chlorhydrique liquide, 229
- chlorique, 216-345
- chlorosiquc , chromique cinnamique , citrique , crayeux, crotoniquc , cuminique, cyanhydrique, de la craie,
- 216-348 413 656 530 27 634 656 895 27
- des baumes, des pommes aigres. du nitrc , du sucre, du tartre , eUagique, tluorhydrique, lluoriquc , fluosiheique, lulminiquc ,
- 666
- 532
- 235
- 521
- 526
- 860
- 391
- 391
- 392
- 1000
- fumant ou glacial de Nord-
- hausen, 205
- gallique , 534-860
- tlucique, 571
- ippurique 921
- hircique, 621-637
- humique, 945
- hydrochlorique, 228
- hydrochloro- nitrique, 278
- liydrocyanique, 895
- hydrofluorique, 391
- hydrosulfuriquc, 206
- hypoazotique, 238
- hypochloreux , 216-222
- hypochloriquç, 348
- hypo-phosphoreux, 178
- iaponique , 790
- kinique, 804
- lactique , 907-912-914
- lutéo-galliquc, 860
- maléique , 533
- malique, 532
- margarique , 625-648
- marin, 228
- marin déphlogislique , 212
- inclasiquc, 571
- méphytique, 28
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-
-
- X TABLE DES
- Pages.
- Acide métapcctique, 582
- mucique , 579
- muriatique, 228
- déphlogistiqué 212
- oxygéné, 212
- myronique, 660
- nitreux , 235
- nitrique, 234
- nitro-muriatique , 278
- nitroso-nitrique , 239
- œnanthique , 964
- oléique, 625-648-653
- oxalique , 521-558
- oxysacchariquc, 521
- paramaléiquc, 533
- paratartrique, 529
- pectique, 582
- perchlorique , 2I6
- phocénique, 621-637
- phosphoreux, 176
- phosphorique, 176-177
- prussique, *95
- pyroligneux 44-146-1011
- distillé, 1011
- pur, 1012
- (moyen de conservation), 1044
- quercitrique, 806
- racémique , 529
- rubinique , 790
- saccharin, 521
- saccharique, 558
- sc'bacique , 623
- silicique , Stannique , stéarique, succinique , sulfhydrique , sulfureux,
- 580 389-417 648 1029 186-205 186-190
- ( dans l’acide chlorhydrique du commerce ) , 420
- sulfurique, 186-954
- anhydre et solide 105
- de Saxe, 200
- tannique, 534-268
- tartareux, 526
- tartarique, 526
- tartrique , 525-526
- ulmique, 202 558 599-945 1022-1031 urique, 920
- vitriolique , 196
- Acides, 22
- ( leur action sur le tournesol ) 686
- des fruits , . 840
- des plantes et des animaux , 516
- gras, 652
- métalliques , 280
- ( moyen de conservation ), 1043
- organiques, 516-518
- pyrogénc's, , 519
- Acier, 266-393-400
- Pages.
- 402
- 401
- 401
- 402 401 401 401 401 401 431 431 624
- MATIERES.
- Acier damassé ,
- de cémentation , de fonte , de l’Inde , fin, fondu , naturel, poule, trempé,
- Acqua ou aqua toffana,
- Acquetta di Napoli ,
- Acroléine,
- Action de l’acide chrômiquc sur les
- couleurs, 689
- de l’acide cyanhydrique sur
- l’homme, 897
- de l’acide hypoazotique sur
- les huiles , 629
- de l’ammoniaque sur les huiles, 653 des acides et des alcalis sur les couleurs’, 686
- des dissolvans sur la garancine, 778 des membranes muqueuses sur
- le sucre de lait, 9|2
- des réactifs sur la décoction de bois de Brésil, 796
- des réactifs sur la décoction de bois de campêehe , 792
- des réactifs sur la décoction de bois jaune , 803
- des réactifs sur la décoction de cachou , 789
- des réactifs sur la décoction de cochenille, 925
- des réactifs sur la décoction de fustet, 801
- des réactifs sur la décoction de garance, 777
- des réactifs sur la décoction de
- gaude, 816
- des réactifs sur la décoction de
- graines jaunes ,
- des réactifs sur la décoction de
- 846
- des réactifs sur la décoction de quercitron , 806
- 812
- 579
- sumac ,
- des réactifs sur la dissolution de gomme , des réactifs sur la dissolution de
- rocou, 848
- des réactifs sur la teinture alcoolique de santal, 799
- du charbon sur les matières colorantes, 127
- des végétaux sur l’air, 42-943
- funeste du plomb , 456
- Addition de l’eau au lait, 916
- Adipocire, 1030
- Œgagropiles , 922
- Aérage des mines, 169
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-
-
- TABLE DES MATIERES.
- Pages. I
- 77
- 396
- 487
- 10
- 189
- 380
- 8
- 220
- 680-682
- 667
- 272
- 272-395
- 12
- Aérostats,
- Affinage de la fonte , de l’or ,
- Affinité,
- Agaric amadouvicr ,
- Agate,
- A gens chimiques , décolorans ,
- Agens de coloration ,
- Aiguilles blanches de benjoin ,
- Ai maris artificiels, naturels
- alcalin , 244
- confiné, 44
- des contrées marécageuses , 44
- détonant ou tonnant, 79
- dissout dans l’eau ? 67
- éminemment respirable , 20
- fixe , 27
- inflammable 77
- méphytique, 28
- puant, 206
- vital, 20
- Airain, 437—444
- Alambic, 64
- à distillation continue , 981
- en platine, 499
- Albâtre blanc ou gypseux , 361
- calcaire, 356
- gris, 362
- Albumen , 601
- Albuminates, 603
- Albumine liquide, 601-603
- coagulée, 605
- de l’œuf , 602
- végétale, 602
- (contrepoison des sels métal-
- liques),
- Alcali ,
- du tartre, fixe minéral, végétal, volatil, concret,
- Alcalis caustiques , végétaux , (préviennent métaux ), Aleaümètre, Alcalimétrie, Alcaloïdes, Alchimie,
- Alcofol ,
- Alcool,
- de bois
- Alcoolisation du sucre , Alcoomètre centésimal ,
- Aldéhyde ,
- Alimens des animaux ,
- (contenant du vert-de-gris) Alizari Alizarine,
- Alkermès,
- Alliages ,
- d'antimoine , d’argent et de cuivre , d’étain et d’antimoine, d’or,
- de Biberel, de d’Arcet, de nickel, de Rose , de cuivre , de mercure , de zinc , fusibles,
- pour plomber les dents, Allumettes,
- allemandes ou chimiques à friction, non détonantes ,
- Alluvions,
- Alquifoux ,
- Altération de l’argenterie
- 467-604 281 526
- 281-307-330
- 281-307
- 243-245-281
- 251
- 320
- 546
- XI
- Pages. 958 990 1006 949 , 1015 771 781 929 275 423 473 423 488 439 457
- 446 457 442 463 442
- 457
- 458 189
- 182-349
- 349
- H48
- 300
- 447 476
- l’oxydation des
- 324 308 308
- 517-546-809 254 425 425-992
- 1012
- anhydre ou absolu 993
- ( moyens de conservation ) , 1042
- Alcools uu commerce, 990
- Alcoolatcs, 995
- des métaux par l’hydrogène sulfuré, des vitres,
- Aiudcls ,
- Alumine ,
- Aluminium ,
- Alun ,
- calciné , catin,
- de chrome, de roche , de Rome , ferrugineux,
- Aluns du commerce ,
- Alunage de l’eau ,
- Alunite,
- Amadou,
- inflammable ,
- Amalgamation ,
- Amalgames, d’argent, de bismuth , d’étain, d’or ,
- de palladium , des dentistes ,
- Amas,
- Ambic ,
- Ambre jaune,
- Amer de bœuf,
- Amiante ,
- 62-203
- 386
- 460
- 370
- 260
- 287-372
- 375 307 415
- 372
- 373 34 373
- 376 373 189 349 470
- 75-463
- 464
- 464
- 463 464-491
- 464 458-464
- 301
- 65
- 1029
- 905
- 171
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-
-
- XII TABLE DES
- Pages.
- Amidin, 588
- Amidon, 583
- (réactif de l’iode 317
- en aiguilles , 586
- fin, 582
- grillé, 593
- Ammoniaque , 244
- de l’atmosphère , 948
- liquide , 248
- Ammoniure d’argent, 470
- de cuivre , 445
- d’or, 495
- Amorces des fusils à piston, 1002
- Amygdaline, 660
- Analyse, 8
- de l’air, 17—18
- de l’eau , 8I
- des matières organiques, 507
- azotées, 512
- non azotées, 510
- élémentaire ou ultime , 509
- Anchusine , 770
- Animaux, 2
- Anis et anisette de Bordeaux, 662
- Anthracite, 92-99 1027
- Antidotes de l’acide prussique, 899
- du sublimé corrosif , 604
- Antimoine, 260-422
- cru, 422
- Antimoniate de potasse, 424
- de soude , 424
- Appareil à déplacement, 58b
- au chlore des fabriques , 214
- d’Edouard - Adam pour la distillation des vins , 980
- de Derosne pour la distillation des vins , 981
- distillatoire continu 982
- de Laugier pour la distillation des vins, 984
- de Descroizilles pour l’essai des vins, 986
- de d’Arcet pour la gélatine des os, 865-866
- pour la synthèse de l’eau 88
- pour la distillation du soufre , 188
- pour l’extraction du soufre , 187
- pour la décomposition de l’eau par la pile voltaïque, 87
- pour la liquéfaction du gaz carbonique , 34
- pour la distillation du bois , 113
- pour l’extraction des matières colorantes, 720
- pour la décomposition de l’eau, 85
- pour condenser les miasmes , 45
- pour recueillir l’air d’une localité , 46
- pour recueillir l’air dissous dans l’eau, 68
- MATIERES.
- Pages.
- Appareil pour les fumigations sulfureuses,
- pour la recomposition de l’eau, pour l’cxlractton de l’hydro-gène,
- du potassium ;
- pour la dissolution du chlore ,
- 213
- de Maratuch pour les cheminées , de Marsh ,
- de Paulin pour descendre dans les cavités, de Woulf,
- de Wright et Freeman pour le blanchiment , des fabriques pour l’acide azotique ,
- pour l’acide chlorhydrique, 230 permanent de désinfection à cuire les sucres , d’Aldini’p dislillatoires , pour l’analyse organique , pour l’éclairage au gaz , pour le coke , pour le noir animal, de fumée,
- Application des couleurs Apprêt des toiles ,
- Aquila allia ,
- Arabine ,
- Araka , arki et arza ,
- Arbre de Diane ,
- 562-
- 507 à 147-119-
- 115-
- de Saturne , philosophique, Arcanson Arco,
- Argent, ardent, corné, de coupelle, doré, fulminant, natif,
- Argentan ,
- Argenture au pouce, des étoffes, des métaux ,
- Argiles, plastique, smectique,
- ( pour dégraisser), Argue ,
- Aromates,
- Arôme des plantes, du vin ,
- Arrow-root,
- Arséniate acide de potasse Arsenic,
- 294
- 259-
- 379
- 662-
- 261-
- 192 84
- 76
- 323
- —21A
- 171
- 434
- 40
- 193
- 761
- 236
- -231
- 220
- 563
- 169
- 66
- 512
- 149
- 120
- 118
- 116
- 727
- 594
- 466
- 578
- 914
- 478 294 294 646 462 6',9
- 477
- 479 475 492
- 478 469 448 481 478 481
- 377
- 378
- 379 631 472 104 658 965 585 432 427
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-
-
-
- Arsenic blanc,
- Arsdnite (le cuivre,
- Arséniures, d’hydrogène,
- Art du mégissier, de l’émailleur, de la teinture, sacré ou divin,
- Asbcsle,
- Asparagine,
- Asphalte,
- Asphyxie par l’acide carbonique, 1028 , chlorhydrique, 228
- par l’hydrogène, 79
- sulfuré, 208
- par l’oxyde azoteux , 240
- par la braise et le charbon , 29
- par le^cldore , 215
- par le gaz de la houille et du
- coke, 101
- par le gaz des fosses d’aisances , 208 Assainissement des cavités souter-
- TABLE DES MATIERES.
- Pages.
- 429
- 430 275-427
- 433 876 389 691-713 254 171 770 28
- Badigeon avec le sérum du sang, Bagasse,
- Bain de bouze, de sable
- raines . 38
- des citernes, 369
- des égoûts et fosses d’ai-
- sances, 209-210-1025
- des habitations, 47
- des mines , 169
- par le chlore , v 220
- par les chlorures, 223
- Assamare , 871
- Assimilation, 951
- Atmosphère , 13
- Atomes des corps, 3
- Augmentation de poids du charbon, 123
- Auricalque, 435
- Avelanèdcs, 84 2
- Avivage du rouge des Indes, 701
- Axonge, 617-636
- Azolitminc, 893
- Azotate acide de mercure pour
- l’essai des huiles, 630
- d’argent, 477
- de bismuth, 458
- de cuivre, 441
- de plomb, 238-453
- de potasse, 339
- de strontiane, 996
- Azotates naturels, 235
- de mercure, 464
- Azote, 17 à 22-232
- Azoture de carbone, 895
- d’hydrogène, 243
- Azur, 388
- de cuivre, 441
- Azurage du papier, 765
- Babeurre 910
- Bablah, 842
- — marie
- Bains de teinture,
- Balles de plomb ,
- Ballons en caoutchouc,
- Bandanas,
- Bandoline ,
- Baptême des cloches ,
- Baratte ,
- Barbes de plumes,
- Barille d’Espagne ,
- Baromètre ,
- Barwood,
- Baryum,
- Base salifiable
- Bases salifiables organiques,
- Bassorine
- Baume (note historique),
- Baumes,
- Bateaux de sauvetage ,
- Bâtimens de graduation ,
- Battitures de cuivre , de fer,
- Becs à gaz,
- Bernakd-Palissy ( note histo-
- 389 705 219 225 808 360
- 613-637-909
- XIII
- Pages.
- 893
- 560
- 731
- 66
- 66
- 714-719 449 674 741-800 581 445 909 878 524 15 800 260 288 517-546 578 232 665-670 77-676 332 440 261-403 152
- riquc ),
- Berthollet (note historique),
- (nom du chlore liquide), Berthollimètre,
- Bétel ,
- Bétons,
- Beurre,
- d’antimoine 426
- de cacao, 635
- de coco, 636
- de galam, 636
- de muscades , 636
- fondu , 910
- salé, 910
- Bézoards, 921
- Bicarbonates, 324
- de potasse , 324
- de soude, 324
- (ajouté au lait pour l’empêcher de tourner), 913
- Bichromate de potasse, 413
- Bière, 974
- (variétés commerciales), 974
- Bijoux d’argent, 472
- d’or, 489
- faux, 442
- Bile, 904
- Biliverdine, 905
- Billets de banque, 765
- de commerce, /65
- Billon (monnaie de), 472
- Biscuits, , 358
- p.r13 - vue 18/558
-
-
-
- XIV
- TABLE DES MATIERES.
- Bismuth, Pages. 260-457
- Bitartrate de potasse, 527
- Bitumes , 1027-1028
- de Judée , 1028
- Black-vcrnis, 152
- Blanc d’argent, de baleine, 453
- 638
- de Dieppedallc, 355
- d’Espagne, 355
- de fard, 209-458
- de Hambourg, 454
- de Hollande , 454
- de Kaolin , 456
- de Meudon , 355
- d’œuf, 601-603
- de perle , 458
- de plomb, 453
- de Venise , 454
- de zinc , 412-456
- Blanchiment américain , 761
- de la cire 640
- de la laine, 884
- de la soie , 232-937-938
- «le l’huile de palme , 627
- de l’ivoire , 867
- des calicots et des croisés, 758
- des chiffons , 224
- des épingles , 443
- des estampes, 224
- des 61s , 756
- des livres , 224
- des objets d’argent , 473
- des tissus, 706
- des toiles, 691-757
- des toiles pour d’impression, 760
- du chanvre, 75b
- du colon , 756
- du lin , 756
- par le chlore et les res, chloru-
- 708-756
- par l’acide sulfureux, 192
- Blanchissage du linge , 651
- Blanchisseries bertholien nés, 708
- Blende , 407
- Blés ( moyens de conservation), 1041
- Blessissement des fruits , 971
- Bleu d’azur, 757
- de Berlin , de composition, 902
- 825
- de cuve , 828
- de France, 903-904
- de montagne , 441
- artificiel. 441
- d’Outremer, 381
- de Prusse , 893
- de Paris 902
- de Saxe, 821
- en liqueuri, 825
- Toncé , 902
- ordinaire , 902
- Pages.
- Bleu Ouimet, 381
- Marie-Louise, 710
- mine'ral, 902
- Raymond, 710-903
- remonté, 793
- solide, 825
- Bleus de Campèchc (moyen de
- les distinguer ), 793
- de Prusse du commerce, 901
- de Saxe , 700-825
- en réserve, 735
- 699
- . 710-903
- perses, russiates
- I1
- Saint-Denis ou de France, 710 vapeur, 904
- Bloc ou .planche des imprimeurs, 727 Bocard, 303
- Bocardage des minerais, 303
- Bœuf fumé de Hambourg-, 1046
- Bois, 787
- aromatiques, 787
- astringens, 788
- bitumineux, 108
- bleu, 791
- carbonisés fossiles , 92
- conservés sous l’eau , 598
- colorans , 791
- de Bahama, 795
- de Barwood , 800
- de Brésil, 794
- (variétés commerciales), 794 jaune, 802
- de Brésillet, 795
- de Caliatour ou Cariatour , 800
- de Californie , 795
- de Campêche 696-791
- de Camwood , 800
- de Cuba , 802
- de Fernambouc, 794
- de Fustet, 800
- d’Inde , 791
- de Madagascar, 800
- de Nicaragua , 794
- de Sainte-Marthe , 794
- de Santal , 798
- de Sapan , 795
- de Tampico, 802
- de teinture , 791
- de Terre-Ferme, 795
- fossiles, 108
- jaune, 802
- de Hongrie, 800
- incombustibles, 386
- noir , 696
- pourri, 1022
- résineux, 787
- rouges, 794
- rouges de la Jamaïque , 795
- Boissons fermentées, 976
- Boîtes fumigatoires, 220
- p.r14 - vue 19/558
-
-
-
- TAULE DES Pages.
- Bombicc ou phalène du mûrier , 932
- Bonbons chinois, 1001
- Bonne aventure ( diseurs de ) , 209
- Borate de soude, 325
- Borax brut et raffiné , 325
- Borgc’rase ou borgerasle , 575
- Boucaner les viandes ( art de ), 1046
- Boudin, 892
- Boue d’encre, Bougies de cire , 539
- 643
- de l’étoile, 652
- de gras des cadavres, 1034
- diaphanes , 639
- oxygénées , 653
- stéariques , 652
- Bouilli, 870
- Bouillitoircs, 481
- Bouillon , 870
- d’or, 485
- d’os , 865
- de gélatine , 866
- Boulangers, 853
- Boulée, 616
- Boules de Mars de Nancy, 528
- Bouquet du vin, 964-965
- Bousage , 731
- Bouse de vache , 731
- Bousin, Brai minéral 1031
- 151
- sec , 666
- Braise de boulanger, 29
- Brance, 974
- Brasage de la tôle , 326
- Brassage des fruits , Brèches'., 968-970
- 353
- Brésiléine , 776
- Brésiline , 795
- Bretelles en caoutchouc, • 676
- Brevet, 725
- Brillant (diamant ), 95
- Briques , 378
- fchydrofuges', 151
- Briquet à gaz, hydrogène , 273
- ordinaire, 189
- oxygéné, 348
- pliosphorique , 182
- Brisou , Brocatelle , 142
- 353
- Broie , 751
- Brome., 338
- Bronzage des métaux , 426
- Bronze, 266-^37-444
- Brou de noix, 842
- Brucine , 548
- Bûches économiques , 99
- Bulithes, 922
- Butyline, 637
- Cachou, 788
- MATIÈRES. xxv Pages.
- Cachou (variétés commerciales), 789
- Cadavres ( moyen de conservation), 1035-1052
- Cadmie , 437
- Cadmium , 260
- Café, 842
- au lait, 843
- chicorée , 769
- de betteraves, 844
- indigène, 844
- Caféine, 843
- Cafés du commerce, 843
- Cafetin, 554
- Caillé du lait, 907-908
- Caillot du sang, 889
- Cailloux, 380
- Calamine, 406-437
- Calcaire compacte, 354
- grossier, 354
- lithographique , 353
- marbre , 352
- Calcin , 366
- Calcination, 280
- de la pierre à chaux, 358
- Calcium ( ses composés ), 260
- Calculs biliaires, 905
- de la vessie , 921
- intestinaux des chevaux, 921
- urinaires, 921
- pour l’analyse élémentaire , 512
- Calomel et calomélas, 465-466
- Caméléon minéral, 476
- Campêche , 791
- ( variétés commerciales ), 791
- Camphogène , 664
- Camphre, 662
- brut du Japon , 663
- raffiné, 663
- Camwood, 800
- Candel-coal, 102
- Canne à sucre , 553
- Caoutchine , 673
- Caoutchouc, 672
- Capacité de saturation, 289
- Capucines (crayons), 98
- Caput-mortuum, 329
- Caractères distinctifs des principes
- immédiats, 516
- d’imprimerie, 423
- Carajuru ou crajuru , 815
- Caramel , 556
- Carat, Carbonates , 96
- 32
- calcaire , 32-42
- d’ammoniaque, 245-251
- de chaux , 352
- de cuivre bleu et vert, 441
- de fer , 395
- de plomb , 453
- de potasse , 305
- p.r15 - vue 20/558
-
-
-
- XXVI
- TABLE DES MATIERES.
- Cacliou de soude , de zinc ,
- Carbone,
- Carbonisation , de la houille , des os,
- du bois dans les forêts , en Chine ,
- Carbure de fer ,
- Carbures d’hydrogène ,
- Carmin ,
- Carminé,
- Carry,
- Cartes à jouer , de visite, fulminantes ,
- Carthame ,
- Carthaminc ,
- Cartons ,
- combustibles, imperméables pour les toitures 151
- Caséine du gluten, 908
- du lait f 907-908
- du sanxr. 908
- Pages.
- 305-313
- 412
- 90
- 114
- 119
- 117
- 111
- 112
- 97
- 138
- 925
- 924
- 841
- 766
- 450-450
- 1001
- 837
- 837
- 766
- 600
- , s?n,g » du the,
- végétale,
- Caséum ,
- Cassave,
- Cassonade ,
- Cassure saccharoïde ,
- Catéchinc ,
- 815
- 907-908
- 592
- 561
- 555
- 790
- Cause de la couleur des corps, 6/8
- Caustification, 320
- des potasses , 64b
- CavenüISU (note historique ), 76
- Caviar, 1046
- Cédrium , ^®44
- Cellules des plantes , 746
- Cellulose, 596-746-748
- Cendres bleues, 441
- des végétaux , 306-946
- gravelées, 308-963
- Cc'rasinc, 578
- Cérat, 643
- Céréales, 850
- Cérine, 842
- Cérium, ^80
- Céroléine , 842
- Céruse, 453
- Céruscs du commerce , .455
- Cervoise , 967-974
- Cétine, 839
- Chair, 870
- crue, 8/2
- de bœuf, 1035
- musculaire, 606
- rôtie , 8/2
- Chaleur animale, 51
- blanche , obscure , rouge , etc., 158
- Chalumeau de Clarke , 162
- Pages.
- Carbonates des chimistes, 161
- des orfèvres , 1 80
- Chambres de plomb , 199
- Chamoiseur, 876
- Champignons des mèches, 618
- Chandelles de suif , 843
- romaines, 408
- Changement de la voix par l’hydrogène, 80
- Chanvre, 750
- Chapparal, • 809
- Chaptal (note historique), 705
- Charbon, 90—111
- ( employé pour purifier les eaux calcaires), 368
- animal 111-117
- chandelle, 102
- de bois, 111
- de forge ou de maréchal, 101
- de grille, 102
- de pierre , 100
- de terre 92-100
- collant, 101
- épuré, 118
- de tourbe, 1032
- des matières organiques, 120
- d’os, 117-863
- épuré, 101
- fossile , 100
- léger pour la poudre, 114
- minéral, 100
- noir, 115
- roux, 115
- sulfurique de garance 777
- végétal, 111
- Charqué, 1035
- Charrée, 307
- Chasse des renards , 667
- Chauffage à la vapeur, 72
- des bains de teinture, 722
- par le gaz , 145
- Chaux, 351
- d’argent, 294
- caustique, » 351
- délitée, 351
- éteinte, 351
- grasse, 358
- hydratée, 351
- hydraulique, 358
- maigre, 358
- métalliques', 257-280
- vive, 351
- Chayaver, 786
- Chêne liège, 805
- quercitron, 805
- rouvre, 805
- Chèncvis, ' 750
- Chèncvottc, 751
- Cheveux, 878
- Cheviller, 724
- p.r16 - vue 21/558
-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- XVII
- Chica (pâte rouge),
- Chiffons,
- Chimie ( son objet), organique
- Chlorate de potasse ,
- Chlore ,
- (re'actif des huiles de poisson), Chloride de platine , d’or,
- mercurique , stannique ,
- Chlorine,
- Chloromèlre,
- Chloromc'tric,
- Chlorophylle ,
- Chlorure d’antimoine , d’argent,
- Pages. 815 763
- 1
- 501 347 211 628 499 494 407-1047 420 212 226 226-432 643-680-747 426
- 295-477-479
- 428
- 419
- incen-
- 376
- 221-709
- 213
- d’arsenic, d’e'lain ,
- de calcium ( pour le dies), de chaux , de manganèse, de phosphore, 218
- de plomb, 453
- dépotasse, 221
- de sodium , 329
- de soude, 221
- mercureux, 465
- sodique , 329
- stannique, 419
- Chlorures, 217
- décolorans et désinfectans, 222
- de mercure, 465
- Chocolat analeptique au salep , 580
- Choix des indigos , 824
- Cholépyrrine, 905
- Cholestérine, 905
- Chondrine, 608
- Chromate acide de potasse, 413
- jaune de plomb , 415
- Chromâtes, 413-415
- Chrome , 260-412
- Chromule, 680-747
- Chrysocale , 442
- Chrysocolle, 325
- Chulariosc , 553-576
- Chyle, 951
- Chyme, 951
- Cidre, 967
- doux, 969
- parc, * 969
- qui se tue, 973
- Cierges, 643
- Ciment, 360
- des mosaïques , 67
- romain , 360
- Cinabre artificiel, 462
- naturel, 460
- Cinchoninc, 548-803
- Pages.
- Cinglage de la loupe , 397
- Cire, 613-639
- à cacheter , 670
- à sceller, 670
- blanche , 640
- brute, 640
- des abeilles, 644
- de Carnauba, 644
- d’Espagne, 670
- du Japon , 644
- jaune, 640
- des Myrica, 6'44
- de palmier, 644
- punique, 642
- végétale, 643
- vierge, 640
- Citernes, 369
- Clairçage, 564
- Claircée, 564
- Clarification des eaux troubles, 127-376 du vinaigre, 1003
- par l’albumine , 505
- par la colle de poisson , 608
- par la ge'latine , 611
- par le sang, 892
- des eaux minérales, 62
- des eaux terrestres , 57
- des métaux , 263
- des principes immédiats, 516-518
- Clichage, 458
- Cliché s métalliques , 457-727
- Clinquant , 446
- Cloches anciennes , 444
- d’argent de Rouen , 444
- Clous fumans , 670
- Coagulation du blanc d’œuf, 604
- du lait., 907-912
- du sang , 889
- Cobalt, 259
- Coca, 808
- Cocaignes, 698
- Cochenilles , 694-922
- (variétés commerciales), 923
- de Pologne , 922-929
- des Cactiers, 922
- du chêne , 922
- épuisées , 926
- laque, 922-929
- Cocon de ver à soie , 934
- Coconières, 93 i
- Codéine, 547
- Cohésion , 4
- Coke, 101-118
- Colcothar, 404
- Colique des peintres , 45g
- Collage du papier , 7g3
- du vin, 963
- Colle à bouche , gQq
- au baquet, gjQ
- de Flandre, g()9
- b
- p.r17 - vue 22/558
-
-
-
- XXVIII
- TABLE DES MATIERES.
- Colle liquide ,
- <lc morue , d’os, de pâte, de poisson, forte ,
- navale de Jeffery ,
- Colophane,
- Coloration des cheveux ,
- des étoffes par le chlorure d’argent ,
- des huiles par l’acide sulfurique ,
- Coloriage des tissus,
- Colorimètre ,
- Color ine ,
- Columbium,
- Combinaison chimique , Combustibles , nouveaux,
- Combustion ,
- de l’antimoine, du charbon, du diamant , du fer ,
- du gaz de l’éclairage , de l’hydrogène, des métaux par la batterie voltaïque ,
- de la plombagine , du potassium sur l’eau, lente, rapide ,
- spontanée du charbon, de la houille , des fourrages , des huiles, du noir de fumée, Combustions humaines spontanées ,
- Comparaison du bleu de Prusse et de l’indigo ,
- Composés de l’azote , du calcium , du cuivre , du cyanogène, inorganiques dans les plantes, métalliques de la 1r« section , organiques, du silicium ,
- Composition chimique de la cochenille , de l’eau , des houilles , des laques , des végétaux ,
- élémentaire de l’amidon et de la dextrine , des huiles volatiles, des matières grasses ,
- Pages.
- G09
- 608
- 865-866
- 594
- 608
- 609-865
- 675
- 666
- 477-878
- 480
- 630 726 833 781 260 10
- 21-155
- 1033
- 21-155
- 261
- 28-91-135
- 91-135
- 21-157
- 152
- 77-82
- 271
- 135 262 157 157
- 136
- 137 1022
- 627
- 137
- 994
- 903
- 232
- 350
- 437
- 895
- 503
- 306
- 503
- 380
- 924
- 75
- 103
- 930
- 942
- 589 658 615
- Pages.
- Composition de l’albumine et de
- la fibrine , 606
- de la betterave , 565
- de la canne à sucre , 560
- de la cuve à la couperose , 831
- de la noix de galle , 860
- de la garance, 776-780
- des bleus de Prusse du commerce , 901
- du bois , 597
- séché à l’air, 111
- des excrémens de l’homme, 1024 des gommes , 579
- des matières organiques , 503
- du moût de raisin , 964
- des organes , 745
- des os , 863
- de la poudre à canon , 342
- des savons, 649
- des sels, 289
- des sucres, 571
- des tourbes, 1032
- des verres, 384
- des vins, 964
- du vinaigre , 1008
- immédiate du beurre , 911
- de la cire , 642
- des huiles grasses, 919
- des huiles volatiles , 657
- de l’indigo , 826
- de la laine , 881
- des matières grasses , 614
- du sang, 890
- de la soie , 935
- des sucs résineux , 666
- Compositions pour colorer les cheveux , 878
- Concrétions intestinales des animaux , "921
- ligneuses, 596
- Confitures, 583
- Confection du café , 844
- Congélation de l’eau, 70
- des huiles, 623
- Conservation de l’eau à bord des
- vaisseaux, 130
- des collections d’histoire naturelle , 662-665-1043
- des bois, 1048
- des fruits, 1036
- des légumes, 1040
- des matières organiques par le
- charbon , 124
- dans le vide, 1039
- des œufs, 1040
- des pelleteries , 665
- des pièces d’anatomie, 468—1047 -1051
- des racines , 1041
- des raisins, 1036
- p.r18 - vue 23/558
-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- XIX
- Pages.
- Conservation des substances organiques, par le sublimé , 1047
- des viandes et des poissons , 125
- r 1055-1044
- des tissus animaux mous , 469-104/ du beurre, 910
- du blé, 1041
- du bouillon , 125
- du cidre, 969
- du lait, 915
- du poli des métaux , 324
- Conserves de lait"d’Appert, 915
- alimentaires, 1038—1039
- animales et végétales, 1038
- Consommation du sucre Reliez les
- différcns peuples , 554
- Constitution organique de l’amidon , ; 587
- CONTÉ (note historiquej, 98
- Contrepoison de l’acide pruSsique , 899
- de l’arsenic, 431
- du sublimé corrosif, 467
- Contrôle de l’argent, 474
- Conversion de l’amidon en sucre , 589
- des peaux en cuir , 874
- du sucre en esprit-de-vin, 959
- Convulsions des pythies , 30
- Copeaux et efblures des bois tinctoriaux , 721
- Coques de pastel, 698-835
- Coquille d’œuf, 602
- Corindon, 370
- Cornes de buffle, 878
- Cornue ou relorte , 7
- Corps brûlés , 21
- comburant, 21
- combustibles, 2I
- composés, 7
- déliquescens, 56
- dimorphes ou polymorphes , 185
- gras, 612
- hygrométriques, 56
- isomères , 139
- oxygénables , 21
- oxygénés, 21
- réfractaires, 161
- simples, 7
- Corroyage des cuirs, 875
- Coton, 751
- vu au microscope , /53
- Cotonnniers, 751
- Cotylédons , 940
- Couches, 399
- Couleurs adjectives , 717
- avec la garancine , 779
- d’application, 742
- avec la garance , 781
- de bon et grand teint, 636-690
- de conversion , 689-743
- de mauvais ou petit tei t, 686-690
- Couleurs du prisme, du tournesol , l'on géantes, solides , substantives, vapeur,
- Pages-
- 678
- 687
- 740
- 690
- 707
- 743
- Coupellation, 438-451-474
- Coupelles, 474
- Couperose blanche , 411
- bleue, 441
- verte , 403
- Couperoses du commerce, 404-406 ( leur choix pour le montage des cuves d’indigo ) , 831
- Courtois (note historique ), 316-320 Couvain , 574
- Couverture des édifices en zinc , 408
- en papier , 767
- Craie, 354
- Cramoisi fin , 926
- Crasse de l’étain, 419
- Crayon de Conté , 98
- de charpentier, 98
- de fusain , 117
- de mine de plomb , 98
- noir , . 97
- pour le dessin , 117
- de plombagine, 98
- Crème, 907-909
- (moyen d’en determinsr la proportion), 918
- de Sotteville , 912
- de tartre , 520-526
- soluble, 529
- Cre'momètre , 918
- Créosote, 1044
- Creton , 616
- Creuset réfractaire, 98
- Cri de l’étain , 418
- de la soie , 938
- Criblures de cochenille , 926
- Cristal, 451
- de roche, 380
- Cristallisation , 290
- Cristaux, 290
- anhydres, 291
- de lune , 477
- de soude , 314
- de tartre , 526
- de Vénus,
- hydratés, 291
- des chambres de plomb , 200
- Crown-glass, 384
- Cruor, 889
- Cudbear, 857
- Cuir, 534-6 II-873
- de Russie, 876
- verni, 633-875
- Cuisson de la chaux, 357
- du plâtre, 363
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-
-
-
- XX
- TABLE DES MATlÈltES.
- Pages.
- Cuisson des fruits , 582
- de la viande , 87 I
- par le gaz, 145
- (moyen de conservation), 1037 Cuite de la soie, 937
- Cuivre, 259-436
- dans les plantes, 946
- dans les animaux, 953
- azuré , 441
- blanc, 446
- doré, 491
- gris, 437-470
- jaune, 407-442
- - 437
- 437
- 438
- xydulé , pyrileux , rosette ,
- Culture du coton , 752
- de la garance , 701
- de la gaudc, 816
- du lin , 749
- Curaçao de Hollande , 794
- Curage des fosses d’aisance, 125
- Curarinc, 549
- Curcuma, 770
- Curcumine , 770
- Cuticule, 873
- Cuve à la couperose , 830
- à l’orpiment, 831
- à l’oxyde d’étain, N31
- à l’urine, 830
- au pastel, 828
- décolorante, 740
- d’Inde ou à la potasse, 829
- d’indigo, 826-828
- Cyanogène, 895
- Cyanure de fer et de potassium, 900 de fer double , 901
- de mercure , 895-896
- de potassium, 895
- ferroso-ferrique, 901
- ferroso-potassique, 900
- Cyanures doubles, 900
- métalliques, 896
- Cylindres pour l’impression , 728
- Cymbales, 445
- Daguerréotypage , 319
- Dalles de bitume , 1028
- Damas, 402
- Dambouivney (note historique), 711 Daphnine, 804
- Dash-whecI, 758
- Davyne, 169
- Dangers des appartemens nouvellement peints, 456
- des ustensiles en cuivre, 439
- des vases métalliques pour le lait, 913 Débourrage des peaux, 874
- Décapage des métaux, 326
- Pagos.
- Décapage du zinc, 410
- Décoction de galle, 537
- des matières tinctoriales, 720
- Décoloration, 688
- par le charbon, 136
- par le chlore, 2I9
- par le gaz acide sulfureux, 119
- par le sel d’étain , 419
- par l’acide chrômique , 414
- par les chlorures , 223
- Décomposition chimique , 74
- des alcalis par la pile , 252
- de l’eau par le charbon , 137
- par le chlore , 217-218
- par l’étincelle électrique, 86-87 par le fer, 85
- par le potassium , 262
- des matières organiques , 507
- des os, 864
- ( double) des sels, 297
- des sels parl’acide chlorhydrique, 295 l’acide sulfhydrique, 295
- par les acides, 294
- par les bases, 296
- spontanée des matières organiques, 954
- du savon par les acides, 650
- par les eaux calcaires , 649
- Découverte de la poudre à canon, 342 des armes à feu , 343
- du savon , 707
- du verre , 382
- Décrépitation, 292
- Décreusage de la soie , 937
- Défauts des indigos , 824
- Dégommage de la soie , 937
- Dégorgeagc , 725-732-758
- Dégradation des corps par la gelée, 70 Dégraissage des laines , 884
- des tissus, 631
- De Lafollie (note historique), 408 Déliquescence, 291
- Delphine, 549
- Densité de l’eau , 69
- des huiles, 622
- Dents, 863
- d’éléphant, 866
- Départ de l’or , 487
- Dépuration des eaux , 127
- des eaux bourbeuses par l’alun, 375 par le charbon , 368
- Derme, 873
- Descroizilles (note historique), 372 Désinfection des égoûts , 1025
- des fosses d’aisance, 125-1025 par l’acide sulfureux , 194
- par le charbon , 124
- par le chlore , 220
- Désoxygénation de l’indigo , 826
- Dessiccation des betteraves, 506
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- XXI
- Pages.
- Dessiccation (les fruits, 1036
- tics plantes, 1036
- (moyens de conservation), 1035
- Destruction de l’encre ,
- des animaux qui terrent , 2I0
- des couleurs par la lumière , 685
- par l’acide clirô-mique, 745
- par le chlore , 218
- des émanations putrides , 221
- des insectes, 1043
- des punaises, 468
- des souris et des rats , 432
- Désuintage des laines , 883
- Détonation de la poudre , 345
- des poudres fulminantes , 1000
- du grisou, 166
- Deutoxyde d’azote, 241
- d’étain, 389-417
- de plomb, 450
- de mercure , 462
- Dcxlrine, 588
- de chiffons , 600
- Heuzé, 593
- Diabètes, 573
- Diane, 469
- Diamant, 90-92-96
- de nature à couper le verre, 93
- Diastase, 590-940
- Didyme, 260
- Différences fondamentales entre
- les animaux et les végétaux, 953
- Digestion, 950
- Dimorphisme, 185-557
- Diseurs de bonne aventure , 209
- Dissolution, 73
- du caoutchouc , 674
- de l’indigo, 700
- pour l’essai des chlorures , 226
- de l’or , 279
- gélatineuse, 866
- Dissolutions métalliques, 276
- Distillation, 64
- de l’eau de mer , 333
- des corps gras , 625
- du bois, 113-145-1011
- du soufre, 186
- sèche des substances organiques, 507 des vins , 979
- Distinction des acides citrique et
- lartrique, 531
- des acidesgallique et tannique, 537 (lu bleu de Prusse et de l’indigo, 894 (les cassonades de betterave
- et de canne , 567
- du coton et du lin , 754
- et de la laine , 885
- du inaillechort et de l’argent, 446 des matières azotées et non azotées, 516
- Distinction des potasses et des soudes,
- de la soie et (le la laine , des tissus de laine et de colon , entre les matières minérales et
- Pages.
- 305
- 936
- 885
- 502
- 713
- organiques ,
- entre la peinture et la teinture, Distribution des principes immédiats dans les organes des plantes ,
- Dividivi ,
- Divisibilité des corps ,
- Division de la chimie organique, Docimasia,
- Docteur ,
- Dolomie ,
- Domite,
- Dorure à la colle , à l’huile , de l’acier, des métaux , de la porcelaine , fausse,
- parle procédé électro-chimique,493 par le procédé Elkington ,
- Double réfraction,
- Doublé d’argent, de platine ,
- Dragon ,
- Drap teint en pièces ,
- Drèche ,
- Ductilité ,
- Durcissement du plâtre ,
- Duvet de cochenille ,
- 147 8413 5
- 514
- 326
- 727
- 359
- 228
- 494
- 494
- 495 491 494 443
- 492
- 352
- 482
- 482
- 467
- 723
- 975
- 267
- 364
- 926
- Eau, 52
- africaine, 4/7
- ardente , 978
- calcaire, 366
- céleste, 440
- de chaux , 284-352
- de Chine , 477
- de Cologne , 995
- de cristallisation , 291
- d’Egypte , 477
- d’interposition , 291
- de javelle , 222-224
- de noyaux, 897
- de Perse , 479
- de potasse , 284
- de soude, 284
- des anglais, 74
- de-vie , 959-978-988
- camphrée , 664
- de cidre et de poiré, 959
- de fécule , 592
- des graines , 979-991
- de lait de jument, 914
- de pommes de terre, 592-99!
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-
-
-
- a w
- XXII
- TABLE DES MATIERES
- Pages.
- Eau-de-vie factice, 989
- distillée, 64
- épurée par le charbon , 129
- fétidg, 69
- forte , 234-237-487
- des chapeliers , 464
- seconde , 237
- seconde des peintres , 323
- philosophique au premier degré de perfection, 234
- prime , 234
- régale , 278
- saturée , 290
- Eaux ammoniacales des usines à
- gaz, 249
- acides, 62
- acidulées , 62
- aérées , 68
- alcalines, 62
- ardentes, 661-978
- aromatiques , 656
- bourbeuses, 375
- cémentatoires, 294
- calcaires , 355
- leur action sur le campcche, 793
- continentales, 53
- crues, 366
- de cuivre , 525
- dormantes, 61
- dures, 366
- d’étangs, 61
- ferrugineuses, 62
- des fontaines salées , 61
- froides, 61
- gazeuses, 30-42
- hépatiques, 206
- incrustantes, 355
- jaillissantes, 381
- de mares, 6I
- de la mer, 61-332
- médicinales ou minérales, 57-61 non potables, 57-60
- Sotables, 57
- e pluie, 58
- de puits , 68
- des puits jaillissans ou artésiens, 59
- de rivières , 60
- salines, 62
- de savon, 651
- séléniteuses, 366
- siliceuses, 381
- de sources, 60
- spiritueuses, 657-995
- sulfureuses, 62 206-319
- thermales , 61
- gazeuses, 42
- Ebrouage, 887
- hullilion de l’eau , 71
- caille factice , 610
- Pages.
- Ecarlate de Caen , 702
- de cochenille, 926
- des Gobelins ou de Hollande, 694 de graine et demi-graine, 968
- de Venise , 694
- Echantillons d’indiennes, 733-780-782 786-904
- Eclairage au^gaz , 145
- à l’alcool , 996
- Eclat adamantin 92
- métallique , 265
- Ecorces, 803
- de chêne, 805-874
- de quinquina , 803
- des racines de pommier,1 804
- des saules , 804
- Ecurage des ustensiles de cuisine ,“524 Edouard Adam (note historique), 979 Education des vers à soie, 923
- Effervescence , 31
- Effets de contact, 956
- Effilochage des chiffons, 763
- Effdochures des bois tinctoriaux 722 Efflorescence , 291
- saline des murs , 339-360
- Egrisée, 95
- Elaïdine, 629
- Elae'rine, 881
- Elémens, 7
- Ele'optène, 687
- Emanations putrides , 44
- Emaux , 389
- Embaumcmens, 1 052
- Emeri ou émeril , 371
- Emctine, 548
- Emétique, 422 528
- Emplâtre, 645-651
- Emploi du chlore pour le blanchiment, 708
- de l’iode en médecine, 318
- du plâtre en agriculture, 365
- Empois , 587-957
- Empoisonnement par l’acide cyanhydrique , 897
- 1 acide oxalique , 523
- l’acide sulf urique , 202
- par l’arsenic , 432
- par le chloride mcrcurique, 604
- par l’eau forte , 237
- par les fromages vieux, 909
- par le plomb , 456
- par les pommes de terre ger-
- mées 768
- par le sang altéré , 892
- par le sel d’oseille , 523
- par les sels de cuivre , 1015
- par les viandes de charcuterie, 892 par les vapeurs mercurielles, 461 Empyreumc 980
- Emulsions, 602 6I5
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- Pages.
- Encaustique, 642
- Encens ou Oliban, 670
- Encre , 538
- bleue , 543
- de Chine , 541
- de Rouen , 539
- de sympathie , 544
- de transport , 544 Aie ezn
- des imprimeurs, des lithographes, double ,
- indélébile de Traille , jaune,
- pour écrire sur les métaux, pour marquer le linge ,
- rouge > , „
- de b erran,
- simple , verte,
- 633
- 633
- 539
- 541
- 542
- 543 476 926
- 542 539
- 543
- Encres de l’Académie des sciences, 541 de couleur, 542
- indélébiles , 540
- Enfer de Boyle , 462
- Enfumage des terriers, 210
- Engallage, 861
- Engrais , 1022
- Salmon, 126
- d’os, 864
- Enlevages , 740-741
- des taches de rouille sur le linge , 420
- Epaississans , 730
- Epiderme des animaux, 873
- de la plante des pieds, 878
- Epingles, 443
- Eponge calcinée 318
- de platine, 497
- Epreuve de l’eau-de-vie par la
- poudre, 990
- Epuration des huiles , 618
- des huiles de poisson , 620
- des jus de Brésil, 797
- du gaz de l’éclairage 149-150 Equivalons des engrais , 1023
- Erbium , 260
- Erythrine , 857
- Erythroléine, 853
- Erythrolitmirie , 858
- Enseignes de boutiques, 423
- Escarboucle artificielle ( plios —
- phore), 175
- Espadon , 751
- Espart, 724
- Esprit acide du bois , 1011
- du soufre , 190
- adiaphorélique, 1012
- anonyme, 1012
- ardent , 978
- blanc de mercure , 467
- XXIII
- Pages.
- 1012
- 1012
- 27
- 662
- 245
- 235
- 662
- 227
- Esprit de bois,
- de bois inflammable des bois , de cochléaria, de corne de cerf, de nitre , de raifort , de sel,
- ou huile de soufre par la cloche, 1 97
- d’urine, 245
- devin, 992
- de vitriol, 196
- romain, * ^
- sauvage , ^
- pyroxylique , 1012
- Esprits > . 655-978
- aromatiques, 657
- acides des minéraux , 295
- d’odeurs, 995
- 3/5, 3/6,3/7, 3/8, , 979-990
- Essais de l’argent par la voie humide , . 475-479
- par la voie sèche, 474
- de la cire , 641 - 642
- de l’étain, 419
- de l’huile tournante , 6ol
- des aluns , 3/4
- des bleus de Prusse , 902
- des cachous, 790
- des chlorures décolorans , 225
- des cochenilles, 927
- des eaux potables , 57
- des eaux-dc-vic , 990
- des garances, é82
- des garancincs , 785
- des houilles , 104
- des huiles , 622
- à brûler , 619
- de graines par le chlore, 628
- par l’acide hypo-azotique , 629
- par l’acide sulfurique , 630
- par l'ammoniaque, 654
- par l’azotate de
- mercure, 630
- des indigos, 832
- des monnaies , 473
- d’argent, 4/4
- d’or, 489
- des pierres calcaires , 356
- gélives, 354
- des potasses, 308
- des savons, 650
- dessoudes, 314
- des sumacs , 812
- des vinaigres, 1 008
- des vins , 986
- d’or, 490,
- p.r23 - vue 28/558
-
-
-
- XXIV
- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Essais du chlore et des chlorures , 433 «lu café' , 844
- du coton et du Un , 754
- du rocou, 848
- du santal moulu , 799
- Essences , 655
- de girofle, 668
- de perle ou d’Orient, 251
- de rose, 662
- de savon 650
- de térébenthine, 66I-666
- vestimentale, 657
- Etain, 259-417
- de glace , 458
- des Indes, 418
- «le vaisselle , 421
- en chapeau, 418
- en feuilles, 421
- Etainage de Biberel, 439
- du cuivre, 439
- des glaces, 463
- «les globes de verre, 464
- par le zinc , 410
- polychrône, 440
- Etat hygrométrique de l’air , 55
- naturel des métaux , 298
- Etats diffc'rens des corps , 4
- Ether, 998
- acétique, 1010
- alcoolisé, S99
- œnanthique, 964-965
- pyroligneux, 1012
- Ethérification, 998-1000
- Ethiops martial , 403
- minéral, 462
- per se, 462
- Etoffes imperméables, 1028
- Etres organisés, 502
- Etude des principes et produits
- immédiats, 514
- Eudiomètre, 87
- Eupione, 148
- Evaporation, 54
- Excrémens, 951
- de l’homme , 1024
- des oiseaux, 1023
- Excrétions des végétaux, 948
- Excroissances ligneuses , 859
- Exhalaisons du mercure , 460
- Explication de la couleur des corps, 67s Exploitation des mines, 30!
- Explosions dans les mines de
- houille, 165
- Exposition des toiles sur le pré, 759
- Extinction de la chaux vive , 351
- Extraction de l’aride arsénieux , 429
- de l’argent , 470
- de l’amidon de blé , 585
- «lu camphre, 663
- de la cire , 640
- Pages.
- Extraction du cuivre , du diamant,
- de la fécule de pommes de terre, du fer,
- de la graisse de porc , des huiles,
- volatiles,
- de l’indigo,
- des chiffons de
- 438
- 94
- 586
- 396
- 617
- 617
- 659
- 818
- laine, 886
- des métaux , 301
- du mercure, 460
- du miel, 5/4
- de l’or, 487
- de, l’oxygène , 283-285-274-415
- du phosphore , 868
- du platine , 497
- du plomb , 448
- des potasses, 305
- du potassium , 323
- du salpêtre , 340
- du sel marin , 334
- du soufre des pyrites, 405
- de sucre de cannes , 580
- de betteraves, 565
- de raisin, 572
- des suifs, 616
- du sulfate de soude des marais salans, 336
- de la térébenthine , 787
- du zinc, 407
- Extrait alcoolique de bouillon , 871
- du charbon sulfurique de garance , 781
- de Goulard , 1016
- des matières tinctoriales, 720
- sec de lait, 915
- Extraits d’odeurs , 995
- végétaux, 1037
- Fabrication de l’alun , 373
- de la bière , 974
- de la poudrette , 1024
- du bleu de Prusse , 893
- des bougies stéariques, 652
- du chlorate de potasse, 350
- du cidre , 968
- du cuir, 874
- de la dextrine soluble , 588
- de l’encre, 539
- des épingles, 443
- des extraits tinctoriaux , 720
- de la fausse monnaie , 491
- de la gélatine d’os, 865
- des indiennes, 703-726
- du laiton, 443
- des lessives, 320
- de l’orseillc, 857
- du papier, 763
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- Pages.
- Fabrication (le la poudre à canon , 344 Fer oligiste , des savons, 645-650 J oolitnique,
- de la soude, 311 . oxydulé,
- du tabac, 609 spathique,
- du verre, 383 spéculaire,
- du vin, 968 Fermens,
- du vinaigre d’Orléans, 1003 Fermentation,
- en 84 heures, 1004-1005 acide,
- Fabriques d’indienuc*, 703 alcoolique,
- Faïence commune ou italienne , 378 du lait,
- fine ou anglaise, 378 panaire,
- Falonia, 861 putride,
- Falsification des actes, 542 saccharine,
- du bleu de prusse, 902 spiritueuse,
- du cachou, 790 des sucs sucrés,
- du café en poudre, 844 vineuse,
- des cassonades, 570-571-908 Feu,
- des céruses, 454
- delà cire, 641-642
- des cochenilles, 926
- des galles, 860
- des garances , 782
- des indigos, 825-832
- du lait, 916
- du miel, 575
- du pain, 855
- du rocou, 848
- du sel marin , 336
- des suifs, 628
- des sumacs, 812
- des vins, 966
- du vinaigre , 1008
- Fard, 6 838
- des anciens, 425
- des dames romaines , 453
- Farine de bois, 601
- Farines, 850-853
- Fausse angusturc, 804
- couleur, 727
- Fausses perles, 250
- Faux bijoux, 442
- Fécule amylacée, 583
- gommeuse et soluble, 593
- de pommes de terre, 585 '
- de tolomane, 585
- torréfiée, 593
- Fécules purgatives, 585
- Fer, 259-393
- (dans le sang ) , 889
- blanc, 399
- cassant à froid , 399
- «ru, 393
- doux, 395
- ductile, 395
- étamé, 410
- forgé, 393
- galvanisé ou zingué, 410
- deshouillières, 395
- limoneux, 395
- noir, 399
- grec ou grégeois, grisou, brisou ou terrou , Indien blanc,
- Feux ardens, d’artifice , dans les théâtres , follets, naturels,
- Feuilles , âcres,
- aruères et purgatives , aromatiques , astringentes , d’argent, des boîtes à thé , d’étain , de gaude , de plomb , de tabac, de thé , séminales, tinctoriales , vénéneuses,
- Fibre ligneuse des végétaux , musculaire ,
- Fibrine , végétale ,
- Fibrome ,
- Fiel de bœuf, concentré , purifié, de cheval , de taureau, de verre,
- Fiente du diable,
- Fil d’archal, de chanvre , de coton , de lin , de laiton, de plomb ,
- Fils de la soie ,
- et tissus de caoutchouc ,
- XXV
- Pages.
- 394
- 395 395 395 394
- 955- 960 955
- 957-1002
- 956- 958 914 854
- 957-1019 941-956-957 956-958 961 956-958 155 342-665 142 429 181 346 996 181-1027 1140
- 808 808 808 808 810 472 421 421 815 448 809 813 940 815 809 747 605 605-889 851 935 905 905 906, 905 905 385 667 260 751 753 751 443 449 934 676.
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-
-
-
- XXVI
- TABLE DES MATIERES.
- Pages.
- Filamcns du coton , 753
- du lin, 753
- Filasse, 751
- Filature et tissage du coton , 755
- Filière , §69
- Filons , 301
- Fin-métal ou fine-métal, 398
- Filtrage de l’eau, 130
- Filtre de charbon, 128-129
- de Diérickx , 131
- de Dumont, 562
- de Fonviellc 130
- de Lentaigne , 132
- de Souchon , 131
- deStuckcy, 132
- de Tard 132
- de Taylor, 562
- Fixage des couleurs par le gluten, 852 par la vapeur , 742
- des dessins au crayon , 594
- des mordans , 731
- Flacons bouchés à l’émeri, 371
- Flambage des tissus, 144-759
- Flambards, 181
- Flamme, 158
- ou lumière phosphorique , 176
- Flèche empoisonnée , 549
- Flegme , 75
- Fleurs , 836
- amères et vomitives , 836
- argentines, _ 424
- ou neige d’antimoine, 424
- d’arsenic, 430
- astringentes, 836
- de benjoin, 667
- de carthame, 836
- de soufre , 186-188
- de violettes , 836
- mucilagineuses, 836
- qui coagulent le lait, 9I2
- qui servent à noircir les sourcils, 836 Flint-glass, 384
- Fluor, 39I
- Fluorure de calcium, 391
- Fluides animaux , 888-952
- Flux blanc et noir , 526
- Fonctions des organes pendant la vie, 939
- dans les animaux , 949
- dans les végétaux , 939
- Fondans, 303 395
- Fondant de Baume, 346
- Fondeurs de cuillers d’étain , 419
- Fondoirs, 616
- Fontaines ardentes, 141-1027
- dépuratoires, 127-128
- empoisonnée , 38
- filtrantes de grés, 132
- incrustantes, 355
- Fon te , 393 «à 396
- Fonte blanche, grise , moulée , Force vitale , assimilatrice,
- Pages.
- 396
- 396
- 397 502 504
- Forces qui régissent les êtres vi-
- vans, 502
- Forger le fer, 397
- Formation des huiles volatiles, 660
- de l’humus , 1002
- de la tourbe , 1031
- Formes à sucre , 564
- cristallines du diamant, 93
- Foulard, 730
- Foularder démordant, 730
- Fourneau de coupelle, 451-474
- Four à pudler, 398
- Fours à chaux, 357
- à plâtre, 364
- à soude , 313
- des Chinois pour le charbon, 1|2 Fousel, 992
- Frangipane, 916
- de liraconnot, 91
- Froid (moyen de conservation J, 1037 Fromages, 908
- à la crème , 909
- de Hollande ( leur Coloration,) 858 Fruits, 840
- âcres, 841
- aromatiques, 841
- astringens, 841
- à l’eau-de-vie, 1042
- à brasser, 968
- farineux, 840
- mucilagineux , 840
- murs et verts ( leur analyse), 958 oléagineux, 840
- secs , 1036
- sucrés et acidulés , 840
- tinctoriaux, 845
- vénéneux, 841
- 311 1000 1000 1000 I 046 810 206 H4
- Fucus ,
- Fulminates, d’argent , de mercure ,
- Fumaison des viandes,
- Fumée de tabac,
- Fumerolles,
- Fumerons ,
- Fumigations d’acide azotique, 238 d’acide chlorhydrique , 232
- d’acide sulfureux , 194
- de chlore , 220
- de Smith , §38
- guylonnicnncs, 220
- sulfureuses, I92
- de vinaigre, 1009
- Fusées à la Congrèvc , 341
- Fusion aqueuse, 291
- . W
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES. XXVII
- Fusion ignée, du beurre, des matières grasses , des minerais ,
- Fustel ou fustet,
- Fustic,
- Gâchage du plâtre,
- Gadoue,
- Gale ( son traitement ),
- Galène,
- Galeries des mines,
- Galipot,
- Gallate de peroxyde de fer , Galle ( noix de ),
- (espèces commerciales), Gallons de Hongrie , du Levant, du Piémont Galvanisation du fer, Galvanoplastique ,
- Gangue ,
- Gantéine,
- Gants,
- Garançage avec la garancine , Garance, d’Alsace , d’Avignon , de Hollande,
- Garanceux ,
- Garancine ,
- Garou,
- Gaude ,
- Gaz ,
- acide carbonique , chlorhydrique , hydrochlorique , hydrosulfurique , nitreux , sulfhydrique, ammoniac , aqueux , de l’éclairage , de la houille , de l’huile , de résine , de la respiration , de la putréfaction, des fosses d’aisance , des marais , des mines de houille , de lignite, des terrains ardens, hilarant, hydrogène ,
- arseniqué , carboné, bicarboné , perphosphoi
- Pages.
- 291
- 910
- 624
- 303
- 80<ï
- 800
- 363 1024 192 447 302 787 537 535-859 859 861 842 861 410 493 301 647 877 779 693-771 773 773 771 780 777 804 8I5 4-5 27 228 228 205
- 239 205
- 244-247
- 53
- 145
- 148
- 625
- 671
- 42
- 207
- 207
- 142 142-1026
- 1027
- 141
- 240 75
- 433
- 140
- 143
- c, 180
- Gaz hydrogène phosphoré sulfuré , inflammable , intestinaux , liglit, liquide , méphytique , nitreux , oxyde azoteux ,
- de carbone , phosphorique , portatif comprimé ,
- non comprimé , rutilant,
- spontanément inflammable sylvestre , terrou , tonnant,
- Gazogène ,
- Gazomètre ,
- Gélatine,
- alimentaire , brute du commerce , des os ,
- Gelée de bois, de fruits , de viandes , végétale ,
- Gehlen, chimiste (mort de) Gemmes ,
- Générateur de vinaigre, Genièvre ou gin,
- Géognosie ,
- Ge imination ,
- Geyzcr,
- Glace ou eau solide ,
- Glaces et sorbets ,
- Glaces ,
- GlAZER (note historique) , Globes métalliques ,
- Globules de l’amidon , de la fécule , du san
- Pages.
- 178-1027
- 205
- 75
- 951
- 148 996
- 28 241 • 240 133
- 178 154 154 241
- 179 27
- 142
- 79
- 996
- 149 607 610
- 609 864 599 583
- 610 581 433
- 91
- 1007
- 660
- 299
- 939
- 381
- 53-70
- 463-464 341 464 584-587 584 889 675
- 558-570-589-590-600
- 573
- 260
- 585-851-854-840
- 851
- ri • ° ’
- Glu marine ,
- Glucose ,
- Glucosurie ,
- Glucynium ,
- Gluten ,
- Giutiuc ,
- Glycérine ,
- Glycirrhizine ,
- Gobes,
- Goè'mons .
- Goitres (leur guérison par l’iode), Gomme ,
- adragantc , arabique , de Bassora , de bois , de France ,
- 648 769 922 311 318 577 577
- 577
- 578 600 578
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-
-
-
- XXVIII
- TABLE DES MATIÈRES.
- Pages.
- Gomme de la soie , 935
- du Se'ne'gal , 577
- élastique , 673
- guttc, 670
- kino , 788
- laque , 670-922-929
- résines , 665
- Goudron de bois, 113-145-758
- de houille , 151
- minéral, 151 1028
- végétal , 788
- Gousses de bablah , 842
- de d ividivi ou libidibi, 841
- Goût d’empyrcume ou de feu , 980
- Gouttes d’or du général Lamotte , 485 Graine rôtie, 844
- Graines aromatiques, 1043
- d’Avignon, 845
- d’écarlate, 922-927
- des céréales, 850
- du Peganum Harmala , 849
- de Perse, 845
- du rocouyer, 847
- jaunes , 845
- (leurs variétés commerciales) , 845
- Graisses, 6I3
- animales, 636
- de pendu , 632 ]
- d’ours, 632
- jaune pour les essieux , 97-636
- Graissage du cuir , 631
- Graphite, 97
- Gras des cadavres , 1030 1034
- Gravclle, 921
- Gravure à l’eau forte , 276
- sur verre, 390
- Grêle, 53
- Grénetine , 609
- Grès, 380
- poreux, 132
- Grillage des minerais , 303
- des tissus de coton , 759
- du café, 843
- Grisou, 142 166-1027
- Grotte d’ammoniaque , 245
- du chien, 36-37
- Gueuse , 396
- Guano, 1023
- Guyton de Morve au ( note
- historique), 288
- Gypse , 361
- Harengs salés,
- saurs (préparation), Harmaline ,
- Harmonica chimique , Hauts fourneaux, Hématéinc ,
- Hc'matine ,
- 1046
- 1046
- 850
- 78
- 396
- 792
- 792
- Hématite brune , rouge ,
- Hématosine ,
- Hématoxylinc ,
- Herbe à la reine ,
- Herbier,
- Historique de l’alchimie , de la distillation , de l’art de la teinture , du blanchiment, de l’éclairage au gaz , de l’impression des toiles des métaux, de la poudre à canon , des verres colorés ,
- Pages. 395 395 889 792 809 1036 254 65 691 691 145 691 253 342 387
- Histoire chimiiiue des fonctions
- i 1 939
- des organes,
- Holker fds (note historique), 201
- HûLKER père (note historique), 198
- IIomberg (note historique), 325
- Houblon , 975
- Houille , 92-99-1 027
- collante , 161
- compacte, 101-102
- grasse , 101
- maigre ou sèche , 101-102
- non collante , 102
- (variétés commerciales), 107
- Houillères, 105
- Huano, 1023
- Huile admirable , 661
- animale de Dippcl, 863
- d’amandes , 634
- d’arachide , 635
- de baleine , 620-637
- de belladone , 634
- de ben , 635
- blanche , ^ 633
- de cachalot, 63/-63S
- de cajéput, 662
- de camcline , 635
- de camphre, 664
- de caoutchouc, 673
- de chènevis, 633
- de colza , 635
- decroton, 634
- de dauphin, 637
- d’enfer, 619
- 618 964-965
- de faînes, 635
- de fleur , 618
- de foie de morue, 621-637
- de foie de raie , 621-637
- de froissage, 618
- de gabian , 1028
- de harengs, 621
- de laurier, 636
- de lin, 633
- cuite, 633
- epuree,
- essentielle des vins,
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- XXIX
- Huile <lc morue y
- de moutarde jaune , noire, de naphte,
- de navette ou rabette , de noix, d’œillette, d’œufs,
- d’olives, 619-
- pour horlogerie , de palme, dtt pavot,
- de pieds de bœufs , 621-
- de pin, de prunes, de raisin,
- de rebat ou de refait, de recense , de résine, de ricin , de sapin , de sardines, de sésame ,
- de soufre parla cloche, tournante, 619-
- vierge, 619
- de vitriol, dulcifiée ,
- volatile d’amandes amères, de moutarde ,
- Huiles,
- animales , concrètes, de poisson,
- des eaux-de-vie de grains et de pommes de terre, empyreumatiques, essentielles, e'tbérées , fixes ou grasses, non siccatives, pour l’éclairage, siccatives , solides , volatiles ,
- Humidité des appartenons , du charbon de bois,
- Humus, 282-599-945-
- Hydracides ,
- Hydrates, 284
- métalliques, de chaux, de chlore , de cuivre, de peroxyde de fer , de potasse, de soude ,
- Hydrochloratc d’ammoniaque de soude,
- Hydrogène,
- Pages.
- 620
- 635
- 635
- 150
- 635 633
- 633 603
- 634 634
- 636
- 633
- 637
- 634
- 635 634 618 620 671 634
- 634 621
- 635 197 631 631 196 998 660 660 613 637 615 620
- 626
- 626
- 992 148 655 655 613 -634 618 -633 635 655 449 123 1022 206 -322 296 351 217 440 432 322 322 243 330 75
- Pages. 433 143 140-166 996 178 186-205 207 575 , 56
- 222
- 608
- 155
- 730
- 766
- 726
- -702
- 43
- Hydrogène arseniqué, bicarboné, carboné, liquide , phosphore, sulfuré,
- ( dans l’atmosphère ),
- Hydromel,
- Hygroscopes ou Hygromètres, Hypochloritcs,
- Ich thyocolle,
- Ignition ,
- Impression des mordans, des papiers, des tissus,
- des toiles ( art de 1’) 691
- Impureté de l’air,
- Incendies (moyen de les éteindre), 376 des cheminées, 171-194
- Incinération des végétaux, 306
- Incrustations des chaudières à vapeur , 366
- Indiennes, 703-726
- Indigo, 696-817
- carmin, 825
- du pastel, 710
- du polygonum , 835
- précipité 825
- soluble, 825
- Indigofères ou indigotiers, 818
- Indigos du commerce , 819
- Indigotine blanche , 826
- bleue , 825-826
- Industrie des mines (historique
- de l’ ), 303
- Inflammation des gaz par les métaux, 272 spontanée du charbon, 137
- des huiles, 627
- des végétaux, 1022
- Influence de l’eau sur la coloration
- des sels , 291
- de l’oxygène sur la coloration des corps, 681-688
- des vases de zinc sur le lait, 913
- Inquartation, 489
- Insectes utiles à l’industrie, 922
- Instrumens d’acier , 400
- de chirurgie en caoutchouc, 676
- en platine , 499
- pour l’essai des huiles , 622
- pour la pesée du lait, 916
- Intensité de la la lumière des
- flammes, 159
- Introduction de la pomme de
- terre en Europe , 768
- Inulinc, 769
- Iode, 316
- lodures, 317
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-
-
-
- XXX
- TABLE DES MATIERES
- lodures d’amidon , Pages. 317- 587
- d’azote, 317
- de mercure , 317
- de plomb , 317
- de potassium , 318
- Iridium , 260
- Isomérie , 139
- Isomères ( corps ), *90
- Ivoire animal, 866
- végétal, 867
- Ivresse ( moyen de la faire dis—
- paraître ), 252
- J ai, 109
- Jaspe , 381
- Jaune de Cassel, 452
- de chrome , <le Cologne , 415
- 4I5
- d’œuf, 603
- de Paris , 452
- de Vérone, 452
- minéral , 452
- Jaunes aladins , 414
- Jayct , 109
- Job ( feuilles d’étain), 421
- Jus de Brésil, 796
- de réglisse, 769
- Jusc’e , 874
- Kaolin , 378
- Karabé , 1029
- Karstenite, 362
- Kelp, \ 312
- Kermès animal , 694-922-927
- ( ses variétés commerciales ) 92Ï
- minéral, 222-528
- de Pologne , 922-829
- Kino, 788
- Knoppcrn, 861
- Kirscnen-wasser, 988
- Koumys et Kumiz , 914
- KuNCKEL ( note historique ), 173
- Lac des teinturiers , 931
- Lac-dye, 931
- (ses variétés commerciales ), 93 I
- Lac-lake , 930
- Lacke-lake, 930
- Lacs salés, 331
- Lactine , 907
- Lacto-densimètre , 916
- Lactoline , 915
- Lactose f 907
- Lagonis de Toscane , 327
- Laine , 879
- vue au microscope, 882
- -des philosophes , 261
- Pages,
- Laine tontisse pour le filtrage de
- l’eau, 131
- Laines du commerce , 879-880
- de toison , 880
- en suint ou surges, 880
- mortes, 880
- Lait, 906
- caillé (moyen de le remettre en bon e'tat ), 913
- caillé pour la peinture; en détrempe , 909
- concentré de Braconnot, 915
- d’ânesse , 91 9
- de beurre , 910
- de brebis , 919
- de chaux , 351
- de chèvre, 919
- de femme , 919
- de jument, 919
- fermenté, 9I4
- de vache, 907-919
- de vierge, 1017
- double de Lesson , 915
- écrémé , 907
- virginal, 668
- Laitiers, 303-396
- Laiton, 406-437-442
- Lames métalliques ( leur action
- sur les sels ) , 293
- Laminage du plomb , 448
- Lamincries de zinc , 408
- Laminoir, 267
- Lampes à gaz hydrogène , 273
- à hydrogène liquide , 997
- à silex des mineurs, 167
- d’Argant, 164
- de Carcel , 164
- desûreté, 167-168
- hydrostatiques, 165-411
- Hiétuelles, 172
- osophique de Priestley, 78
- Lanternes de sûreté , 171
- des vaisseaux , 608
- Lanthane, 260
- Lapis (genre d’indiennes), 735
- Laques, 371-688
- carminée, 925
- cramoisies, 798
- de Brésil, 798
- de Florence, 798-925
- degaude, , 817
- devienne, 798
- en boules de Venise , 798
- jaunes, 817
- Lavages, 758
- des laines , 833
- du papier timbré , 542
- des minerais , 303
- Lavoisier (note historique), 47
- Lazulite outremer, 381
- p.r30 - vue 35/558
-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- (note historien
- Leblanc
- Le Fèvre (note historique) Légumine ,
- Léïocome ,
- LEMERT (note historique Lessive de sang,
- Lessives ,
- caustiques , des savonniers,
- Levain,
- Levure de bière ,
- Libidibi ,
- Lichens , d’Islande , tinctoriaux ,
- Liche'nine.
- Lie de vin,
- Liège ,
- Ligneux ,
- Lignine ,
- Lignites ,
- Limon ,
- Limonade sèche , tartrique ,
- Lin ,
- Pages. 312 197
- 840 593
- , 197
- 893 900 306-708 320-321 320 852
- 853-960-976
- 841 856 856 856 856 962 805 595
- 596-747
- 92-108-1027
- 1030
- 74-531
- 529
- 748
- 753
- 309
- Lune cornée, Lupulin ou lupulinc, Lustre Burgos, de platine, métallique, Lutéoline ,
- Luts,
- Lycopode,
- Lymphe des plantes,
- XXXI
- Pages.
- 479
- 975
- 495
- 499-500
- 265
- 8I6
- 66
- 839
- 948
- vu au microscope ,
- Liqueur alcalimètnque ,
- anodine minérale d’Hoffmann, 999 blanchissante, 709
- de ferraille , 1019
- de Labarraque , 225
- d’or, 485
- de Van-Swietcn , 468
- d’épreuve poir’- l’essai des chlo-
- dcs huiles, 629-630
- pour marquer le linge , Liqueurs contenant du vert-de-gris ,
- pour vernir] les dessins et les tableaux ,
- qui renferment de l’acide prus-sique , de table ,
- pour les incendies, Liquéfaction des gaz,
- du gaz acide carbonique , Lisage des cotons,
- Lisoirs ,
- Lilharge , 45
- Lithium ,
- Lithographie ,
- Lithotritie ,
- Lois de composition des sels, de combinaison , des oxydes métalliques , Loupe ou renard,
- Lumachellcs,
- 478
- Mâchefer ,
- Machine à acide carbonique de Brunei,
- à cylindres ou à rouleaux, à éplucher le cotou , à papier,
- Machines à broyer les bois de teinture ,
- à dégorger ou à laver,
- 101
- 33
- 728
- 752
- 764
- 722
- 758
- pour l’impression des indiennes, /27
- Magister de bismuth, Magnaneries ou magnanderics, Magnésie noire,
- Magnésium ,
- Magnétique ,
- Maillechort,
- Mal aria ou mauvais air , Malachite,
- Maladie de la pierre, des cidres ,
- Malléabilité,
- MalüUIN (note historique), Malt,
- Maltage ,
- Malte ,
- Manganate de potasse,
- 458
- 933
- 28£
- 260
- 395
- 446
- 207
- 440
- 921
- 972
- 267
- 410
- 975
- 975
- 1028
- 476
- Lum
- Lun
- ps,
- 1015 manganèse , Manne , 2bU-Z0£|. 948
- 594 i du sérum de lait, Mannite, 908 948
- i Manuscrits d’Herculanutn , 136
- 897 Marais salans, 334
- 558 Marasquin de Zara, 988
- 376 Marbres blancs, 352
- 191 i de Bergame, 362
- 33-34 i statuaires, 352
- 724 ! Marcassite, 406
- 724 Margarates, 648
- 1-452 Margarine, Marmite de Papin , 6l 3
- 260 864
- 353 Marne , 379
- 921 Marnières, 37
- 289 Maroquin, 876
- 233 Marques des garances, 772-773-775
- 280 Martinet, 397
- 397 Massicot, 450
- 353 Mastic, 670
- 565 bitumineux, 151
- 469 hydrofuge , 669
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-
-
-
- XXXII TABLE DES MATIERES.
- Pages. Pages.
- Mastic pour les vaisseaux , 1033 Métamorphoses des matières or-
- Masticatoires , 808 ganiques , 506
- Matamores, 1041 Métaux , 7 -252
- Matériaux salpêtres, 340-1021 (auteurs et époques de cur
- Matière caséeuse , 907-908 découverte ), 259
- colorante delà peau, 873 attirables à l’aimant, 271
- du sang, 889 cassans et fragiles , 267
- excrémentielle, 951 de la première section , 306
- fibreuse de la soie , 935 de la deuxième section , 350 -370
- grasse de la laine , 881 de la troisième section , 393
- incrustante , 596-747 de la quatrième section , 417
- verte des feuilles, 747 de la cinquième section, 417 -427
- Matières colorantes, 517-678 de la sixième section, 459
- extractives, 686 des alcalis et des terres , 258
- résineuses, 686 fusibles , 270
- de la bile , 905 natifs , 298
- du tournesol en pains, 858 réfractaires , 271
- des vins, 965 vierges , 298
- bon teint , 690 volatils , 270
- mauvais teint, 690 Météores aqueux , 54
- grasses des animaux, 614 Météorisation, 251
- des végétaux , 614 Météorites, 394
- organiques, 503 Métier à surface, 729
- dans l’air, 43 Mets gélaline's, 865
- propres à certaines classes ira- Meunier (note historique), 85
- mmaux, y 22 Miasmes , 44
- salines dans les animaux , 953 Miel , 574
- dans les plantes, ’ 946 de roseau , 553
- solides et molles des animaux, 862 vierge , 574
- Maturation des fruits , 582-957 (moyen de conservation) , 1043
- Mèches incombustibles , 172 Mine de chrome, 413
- soufrées 1039 de cobalt, 425
- Médailles en soufre , 189 de plomb , 97
- Mégisserie , 876 rouge de Sibérie, 412
- Mélanges frigorifiques, 292 orange , 455
- Mélasse , 561-576 Minerais de fer , 394
- Melchior , 446 métalliques, 301
- Membrane ou pellicule de Minéralisateurs des métaux, 298
- l’œuf, 602 Minéraux , 3
- Mercure, 259-459 Mines , 301
- blanc, 467 d’argent, 469
- de vie , 426 de cuivre , 437
- des sages , 254 de diainans , 93
- doux , 465 d’étain , 415
- à la vapeur, 466 de houille , 105 -106
- éteint, 462 de mercure, 459
- fulminant de Howard, 1000 d’or, 485
- Mère du vinaigre , 1007 de platine , 496
- Mères de vinaigre , 1003 de plomb , 447
- Mers , 53 de sel gemme, 330
- Mesurage de la houille , 104 Minium , 45f -455- -463
- du charbon de bois , 121 Minofor, 423
- du coke, 120 Miracle chimique , 362
- Métal argentin de Paris , 423 Miroir d’âne, 361
- d’Alger , 423 des Incas , 406
- de la reine , 423 Mispickel, 429
- des canons , 266 Moelle de benjoin , 667
- du prince H obert, 442 de bœuf, 637
- Métalloïdes, 7 de sureau, 596
- Métallurgie , 302 Moellons , 354
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES. XXXIII
- Pages^
- Mofette, mophctle ou mouphctte, 18 asphyxiante ,
- Moiré métallique ,
- Molécules (les corps ,
- Molybdène,
- Momies ,
- Monnaies d’argent, d’or, fausses ,
- Monnayage,
- Montage des cuves d indigo Mordançage des tissus Mordans ,
- 36 400 3
- 260
- 1030-1052
- 472 488 491
- 473 828
- 18-730 688-705-71?
- d’alumine, d’étain ,
- de rouge des indienneurs . Morfil,
- Morin blanc ,
- 1018
- 421
- 1017
- 866
- 802
- 802
- 802
- 802
- 546
- 429
- 182
- 433
- 191
- 1001
- 361
- 353
- 561
- 966
- 869
- 560
- 968 764 585 975
- 969
- ]aunc,
- Moréine ,
- Morine,
- Morphine,
- Mort aux rats avec l’arsenic ,
- avec le phosphore, de Gehlen, de Pline le naturaliste d’Hennell,
- Mortiers ,
- Mosaïques sur marbre,
- Moscouadc,
- Mouillage des vins,
- Moulage du phosphore,
- Moulin à écraser les cannes, les pommes,
- Moulins à papier,
- Moussache,
- Moût de bière, de pommes , de raisin , 962-964-1037
- Moyens d’empêcher les incrustations dans les chaudières , 367
- (l’empêcher l’humidité de pénétrer dans les apparte -mens, 449
- d’empêcher le lait de tourner, 913 d’enlever l’encre , 540
- d’arrêter les incendies , 194
- de détruire les animaux nuisibles, 210
- de faire disparaître 1» ranci-dité du beurre , 911
- pour combattre les effets du chlore, 2I5
- de reconnaître la nature des composés organiques , 516
- de retarder la putréfaction , 1034 Mucilage, 578
- Muet, 1040
- Muria (saumure), 228
- Muriate de soude, 330
- Pages.
- Muriate suroxygéné de potasse , 342
- Mûrier des teinturiers, 807
- Murs noircis par le temps (procédé pour les nettoyer), 232
- Muscles, 870
- Mutage , 1039
- Myricine, 642
- Myrobolans d’Asie, 841
- My rosi ne , 661
- Naphte, 1028
- Naphtaline, 142-1043
- Narcéine, 547
- Narcotine , 547
- Natrori, 324-708-1052
- Nature chimique de l’air , 16
- Nectar, 574
- Neige, 53
- d’antimoine, 424
- Neiges rouges, 59
- Nenum des teinturiers , 835
- Nerprun des teinturiers , 845
- purgatif, 846
- Nettoyage de l’argenterie, 476
- des bouteilles avec le plomb , 456
- des murs noircis par le tems, 232
- des théières anglaises , 423
- des tuyaux de conduite , 356
- Nickel, 259
- Nicotiane, 809
- Nicotine, 550-809
- Niellage ou niellure , 483
- Nielles , 483
- Nihil album , 261
- Niobium , 260
- Nitrate de potasse , 339
- Nitre, 339
- du sérum de lait, 908
- dulcifié, 235
- fixé par les charbons , 341
- raffiné , 34 ^
- (moyen de conservation), 1046
- Nitrification, 340-1021
- Nitron, 339
- Nitrum, 324-339
- Noir animal, 117-863
- animalisé, 1025
- d’Allemagne , ] ] 7
- d’Espagne , \ | 7
- de fumée , 90-115-668
- de fusain , 117.
- de houille , 116
- d’ivoire , 11 7
- de lampe, "117
- de pêche , 1 \ 7
- de vigne , 117
- pour la peinture , 11 7
- Noix de Galle 859
- ( variétés commerciales ), 359
- fausses, 859
- c
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-
-
-
- XXXVI
- TABLE DES MATIÈRES.
- Noix de Tagua , Nomenclature ancienne, des acides ,
- des composés binaires, des oxydes alcalins et terr des oxydes métalliques , S des sels, moderne ,
- Noms anciens des métaux, Nopal ou raquette ,
- Notions générales, Nouvelles laques,
- Nourriture des animaux, Nutrition ,
- Pages.
- 876
- 287
- 22
- 274
- eux, 281 >2-280-282 286 287 254 922 1
- 798
- 949
- 942-950
- Oberkampf (note historique ), 727
- Objets en cire , 643
- en ivoire, 866
- en platine , 498
- incombustibles, 385
- Ocres, 379
- Odeur de peinture ( moyen de la
- faire disparaitrc ), 223
- empyreumatique, 143
- Œnanthine, 964-965
- Œtite, 395
- Œufs de ver à soie , 934
- des oiseaux, 602
- gâtés, 209
- (moyen de les conserver) , 1040
- Oléates, 648
- Oléine, 613
- Oléomètre à froid de M. Lefebvre , 622
- Ongles, 878
- Opale, 380
- Opium, 547
- Or, 59 -484
- blânc, 490
- de Corse, 442
- de Manheim , 442
- en coquilles, 494
- en drapeaux, 492
- en poudre, 494
- fulminant, 495
- natif, 485
- potable des anciens, 495
- vert, 491
- Orcanette, 770
- Orcanettine, 770
- Orcéine, 857
- Orchis, 578-768
- Orcine, 857
- Organes' 502-745
- des végétaux , 746
- des animaux , 862
- Orge germée , 590
- Origine de la bouille, 107
- Oripeau, 446
- Ormes ou ourmes, 749
- Orpailleurs , Pages. 486
- Orpiment, 428
- Orpin, 428
- Orseille , 695
- de mer , 856
- de terré , 856
- épurée, 867
- violette, 857
- Orties , 808
- Os des animaux , 863
- broyés comme engrais, 864
- calcinés, 863
- Osmazôme , 871
- Osmium , 260
- Outremer factice , 382
- Oxacides , 206
- Oxalates 524
- acide de potasse, 521
- de chaux 524
- Oxychlorure d’antimoine , 420
- Oxycrat, 1003
- Oxydation des matières colo-
- rantes, 681-688
- Oxyde azoteux 240
- azotique , 241
- blanc d’arsenic, 429
- d’aluminium , 370
- d’antimoine, 456
- d’argent , 478
- de carbone, 133
- de chrome, 413
- de fer magnétique , 395
- d’or , 495
- de phosphore , 178
- de zinc, 261
- calcique, 351
- carbonique , 133
- cuivreux , 440
- cuivrique , 440
- ferreux, 395-402
- hydrique , 89
- ferrique , 394-395-402
- ferroso-ferrique 403
- mercureux, 464
- mercuriquc, 462-464
- plombique, 450
- rouge de fer , 395
- rouge de manganèse, 284
- rouge de mercure , 462
- rouge de plomb , 450
- stannique, 418
- Oxydes 22
- alcalins, 281
- métalliques, 280
- terreux, 281
- d’antimoine, 424
- d’azote , 239
- de cuivre , 441
- de fer, 402
- de mercure , 464
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- XXXV
- Pages.
- Oxydes de plomb , 450
- Oxygénation, 156
- Oxygène, 17-18-19-283-285-274-415 Oxymel,
- Oxymuriate de chaux , d’étain,
- Oxy—sulfure d’antimoine j
- 575
- 709
- 421
- 422
- Packfond, 446
- Pailler les bains de teinture ; 725
- Paillon, 42I
- Pailloteurs, 486
- Pain , 852
- (historique), 850
- azyme, 853
- de bois, 601
- de cassave , 853
- à cacheter à la gélatine , 609
- de pommes de terre , 854
- Palladium, 260
- Palmine, 629
- Panacée antimoniale , 528
- mercurielle, 466
- universelle, 254
- Panification, 854
- Pansement des fractures avec la
- dextrine, 593
- Papier, 762
- à calquer, 765
- à la main , 763
- à la mécanique , 764
- d’amiante , 1 72
- d’emballage, 765
- de chanvre et de lin , 763
- de coton , 763
- de Chine, 765
- de curcuma , 770
- de paille, 765
- de verre, 371
- égyptien, 762
- fulminant, 1001
- glace ou glacé , 609
- fris, 765
- ydrographique, 544
- pour les billets de banque et de commerce, 765
- pour les couvertures, 767
- végétal, 765
- Papiers colorés, 765
- combustibles, 600-10)7
- de sùretc, 542
- argentés et dorés , 766
- inflammables, 349
- maroquinés, 766
- peints, 765
- tontisse ou veloutés, 766
- Papyrus, 762
- Paracelse ( pote historique ), 406
- Paraffine ,
- Paranaphtaline ,
- Parchemin,
- imperméable et combustible, Parelle d’Auvergne ,
- Parement ou parou,
- au lichen ,
- Parenchyme,
- Parfums,
- Parmentier, (note historique ), Particules des corps,
- Passage de la laine dans un bain alcalin ,
- Passe ,
- Pastel,
- Pastilles contre la soif, digestives de d’Arcet j de Vichy, odorantes ,
- Pâte de guimauve, de juj ub es , du pain , orange,
- pour affiler les rasoirs ,
- Patine antique,
- Peau,
- Pectine,
- Pegànum harmala,
- Peinture à l’huile, au gluten , noire des anciens , sur verre, zoophage,
- Pellicule de l’œuf, du lait,
- Pelopium,
- Pelure d’oignon dans les vins , Pépites d’or,
- de platine,
- Perchlorure d’étain ,
- de mercure, d’or ,
- de platine,
- Percollanc,
- Perlasse ,
- Perles fausses ,
- Permanence de la composition de l’air,
- Peroxyde de fer ,
- de plomb , de manganèse, de mercure,
- Perrotine,
- Perses,
- Persio,
- Persulfure de fer,
- Pétards fulminans,
- Petit lait ,
- Pétrifications calcaires,
- Pages 148 148 877 600 857 594 856 746 662 , 768
- 3
- 887 725 698-835 525 324 324 665-670 580
- 580 852 416 404 439 873
- 581 849 454 856 137 385 672 602 912 260 966 486 497 420 467 494 499
- 1033 308 250
- 24
- 394
- 451
- 283
- 464
- 728
- 703
- 857
- 405
- 1001
- 907
- 355
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-
-
-
- XXXVI
- TABLE DES MATIERES.
- Pages
- Pétrole, 1028
- Pewter des Anglais, 423
- Phénomènes chimiques après la vie, 954 du camphre, u
- Philosophie hermétique,
- Phlegmc ,
- Phlogistique ,
- Phloridzine ,
- Phlorizéine ,
- Phocénine,
- Phosphore,
- d’Angleterre, de Kunckel, glacial,
- Phosphate de chaux des os, Phosphorescence des poissons morts ,
- Phosphure de calcium ,
- Phosphurcs d’hydrogène,
- Physiologie ,
- Pièces fausses d’argent et d’or ,
- Pied de couleur ,
- Pierre à bâtir des Parisiens , à brunir, à cautère, à chaux , à feu ou à fusil, à Jésus ,
- h plâtre des Parisiens , d’aigle , d’argent, de carabine , de foudre , de soude , de taille , de touche , infernale , philosophale, spéculaire,
- Pierres d’Arménie , gélisscs ou gélives ,
- ^CTDÏÏICS 9 lithographiques , meulières,
- 91-371-380-381 394
- urinaires, _ 921
- Pieux et pilotis charbonnés , 136
- Pilagc des pommes , 968-970
- PiLATRE de Rosier (note historique ),
- Pile voltaïque,
- Pilul es perpétuelles,
- Piment,
- Pinchbeck ,
- Pipérin ,
- Piquette,
- Piqûre des orties ,
- Pissasphalte ,
- Pisséléon ou piscinon ,
- 663 255 75 257 805 805 637 173-868 174 174 174 863-866
- 181
- 179 178 939 490 725 354 395 322 354 189 361 361 395 452 405 405 307 354 490 475 254 361 441 354 91 353 380
- précieuses , tombées du ciel,
- 80
- 259
- 422
- 841
- 442
- 841
- 1036
- 808
- 1028
- 65
- Planches à musique, d’impression , de rentrure , i plates , stéréotypes ,
- Plantes qui contiennent de prussique, sèches , savonneuses, vénéneuses, des tourbières , Plaqué d’argent, d’or ,
- de platine , Plaquer de mordant, Plateau à battoir,
- Platine,
- Plâtrage des vins ,
- Plâtre, cru , cuit,
- Plomb , blanc , de mer , des vidangeurs, d’œuvre,
- aurifère ,
- Plombagine ,
- Plombine ,
- Pluies de cendres, de graines , de manne, de sang , de soufre ,
- Plumes ,
- Plumule ,
- Poils ,
- de barbe,
- Poiré ,
- Poires à cidre , de caoutchouc , Poisons des Américains, des Indiens , végétaux ,
- Poivre , béLel,
- Poix minérale, noire ,
- Polissage des marbres , Pollen ,
- Pollénine ,
- Polychroïte ,
- Polygonum tinctorium , Polymorphisme,
- Polypes,
- Poly typage,
- Pommes à cidre , pourries, de terre ,
- Populine,
- Pages’
- 423
- 727-732
- 732
- 727
- 423
- l’acide
- 897 1036 707
- 548 1031
- 482
- 482
- 482
- 730
- 758
- 260-496
- 965
- 361
- 363
- 363
- 259-447
- 496
- 98
- 208
- 448-471
- 487
- 92-97
- 729
- 59
- 59
- 59
- 59
- 59-839
- 878
- 940
- 878
- 878
- 967-970
- 970
- 672
- 549 549 549 788 808
- 1028
- 788
- 353
- 839
- 839
- 839
- 835
- 185-186
- 606
- 458
- 968
- 972
- 768
- 805
- p.r36 - vue 41/558
-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- Porcelaine ,
- Pores ,
- Porosité ,
- Pot au feu ,
- Potasse,
- caustique ,
- de mélasse de betteraves , du commerce ,
- Pages.
- 378
- 4
- 4
- 870
- .*307
- 320-322
- 308
- 310
- Potassium ,
- Potée d’étain , Poterie ,
- Poterie d’étain , Potin ,
- Pouce fontainier, Poudre à blanchir , à canon ,
- 259-260-328
- 415
- 373
- 423
- 442
- 130
- 482
- 342
- au chlorate de potasse , 347 aux mouches , 427
- clarifiante ptiur les vins , 605
- d’Algaroth, 427
- de blanchiment , 222
- de diamant, 95
- de fusion, 346
- de Knox , 222
- de projection , 25i
- de savon , 647
- de succession, 467
- de Tennant, 222
- des jésuites , 804
- des substances tinctoriales, 7g1
- dentifrice avec le charbon , 125
- désinfectante de Salmon , 125
- désinfectante de Sirct, 1025
- d’or, 494
- fulminante d’iode, 318
- par la chaleur , 342 par le choc , 347
- Srophoritpie, 528
- res fulminantes , 1000
- Poudrette, 125-1024
- Pourpre des anciens, 692
- de Cassius , 494
- Pourri, 599
- Pourriture sèche du bois , 1048
- Pourrissage des chiffons , 763
- Poussier de charbon de terre, 252
- Poussière séminale , 839
- Pouvoir refroidissant des toiles
- métalliques, 165
- Précipitation des métaux par
- les lames métalliques , 293
- Précipité blanc , 466
- jaune , 464
- per se , 462
- rouge , 462
- Précipités formés par l’acide suif-
- hydrique , 295
- par le cyanure fcrroso-po-
- tassique , 900
- formés par la noix de galle , 537
- XXXVI \
- Pages
- Préparations antimoniales, 422
- mécaniques des minerais , 302
- économiques avec de l’acide prussique , 897
- solaires, 485
- Presse à décharger, 741
- Pression atmosphérique, 14
- Présure , 907
- Preuve de Hollande , 979
- Priestley (note historique), 244 Principe aromatique des vins, 964
- astringent ou tannant, 534
- doux des huiles , 648
- éthéré, 27
- gélatineux des fruits , 581
- mercuriel des anciens , 459
- mucoso-sucré, 576
- sucré de la réglisse , 769
- sapide des vins, 964
- Principes colorans, 677-678-683-684 de la garance, 781
- généraux de la fabrication des
- indiennes, 726
- de la teinture, 713
- gommeux, 578
- immédiats, 514
- azotés, 515
- non azotés, 515
- acides, 516—518
- alcalins ou basiques, 546
- indilférens ou neutres , 517-552 inflammables, 517
- neutres azotés, 601
- surhydrogénés, 612
- dans les organes des plantes , 747 Prix de la lumière artificielle, 1 53
- du diamant. 96
- du kilogramme d’argent, 476
- d’or, 488
- Procédé d’Appert, 1038
- de Chevet, 1041
- de Cannai , 1050
- de Descroizilles pour l’essai des chlorures, 225
- de Gay-Lussac pour l’essai des chlorures, 226-432
- de Salmon pour le curage des fosses d’aisance, 125
- de Sirct, 1025
- de Schattenmann, 1025
- Procédés de conservation des substances organiques, 1034
- de conservation des bois , 1048
- par Kyan , 1048
- Burnett , 1048
- Muenzing, 1048 Bréant , 1048
- Moll, 1048 Boucherie, 1048 d’imbibition, 4,7 Js
- p.r37 - vue 42/558
-
-
-
- XXXVIII
- TABLE DES MATIERES.
- Pages,
- Procddés d'impression des toiles, 727 métallurgiques, 303
- Productions de l’argent, 471
- de l’or, 488
- des métaux bruts, 304
- minérale de la France , 305
- Produits de la décomposition des
- houilles, 141
- de la détonation de la poudre , 343
- de la distillation du bois , 113
- immédiats, 515
- dans les organes des plantes , 747 Prolongemens de la peau, 87/
- Prop riétés chimiques des organes, 745 décolorantes des charbons, 126 désinfectantes des charbons , 124
- générales des métaux, 265
- des sels, 290
- vénéneuses des viandes altérées, 892 Proportions définies, 233
- multiples, 233
- Protéine, 607-878
- Protochlorure d’étain , 419
- de mercure , 465
- Protoxyde d’azote, 240
- de calcium, 351
- d’hydrogène, 89
- Prussiate de fer , 895
- de mercure, 895
- de potasse ferrugineux, 900
- Pudlage, 398
- Pudlings, 398
- Puits artésiens ou jaillissans , 60-377
- de mine , 302
- Punaises (leur destruction), 468 Purification de l’air par les plantes, 43 de la hile 905
- de l’huile pour les horloges , 634
- des eaux calcaires , 649
- Purification des eaux séléniteuses, 366 des mines de houille, 167
- des mines et des puits par le charbon, 123
- des potasses, 646
- du mercure, 460
- Putréfaction, 74-955-1020
- dans l’air , 1020
- sous l’eau , 1030
- sous terre , 1026
- Pyrites de fer ou martiales, 102-405 Pyrolignites, 1011
- de fer, 1019
- de plomb, 1017
- Pyrophore de Homherg, 375
- Qualité des tabacs, 810
- Quartz, 380
- Quercitrin, 806
- Qucpcitron , 702-805 i
- Pages,
- Quercitron (variétés commerciales) 805 Quinine , 548-80$
- Quinquct , 164
- Quinquinas, 80$
- Quintescences, 655-9/8
- Rable,
- Racines,
- (moyen de conservation)/ alimentaires , de garance , de nénuphar blanc, de noyer, médicamenteuses, tinctoriales,
- Radicule ,
- Raffinage du camphre , du sucre ,
- Raisins ,
- Raisiné ,
- contenant du cuivre , Ramollissement des cuirs , Rancidité des corps gras , du beurre ,
- Râpage du sucre,
- Ratafia de cerises,
- Râteliers en platine,
- Rats , moyens de les détruire ,
- Réactifs, 8-9
- de l’amidon , 317
- de la chaux , 524
- de l’iode , 317-587
- de la potasse , 527
- des dissolutions métalliques, 295-900
- des principes immédiats , 1016
- du phlore, 479
- du chloride de mercure, 604
- du fer, 537
- du soufre et des sulfures, 319
- pour l’acide sulfureux , 420
- pour l’oxyde ferrique, 1029
- pour distinguer la potasse de la soude, 500
- pour la soude , 424
- pour les sels de mercure, 465
- Réactions des sels les uns sur les
- autres, 297
- Réalgar, 428
- Recherche du coton dans les tissus de laine, 885
- Récipient florentin , 659
- Recollage de la porcelaine , 852
- Rectification de l’alcool, 993
- Recuit de l’acier , 401
- des métaux , 268
- Récurage de l’argenterie, 4/6-529 du cuivre, 524
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES. XXXIX
- Pages.
- 811
- 303
- 481
- 294
- 165
- 829
- 97
- Redon ou rcdoul,
- Réduction des minerais métalliques ,
- du chlorure d’argent ,
- Refonte des vieilles monnaies , Refroidissement des flammes , Régénération de la potasse des cuves d’indigo ,
- Régent (diamant de la couronne de France),
- Regreffe., 725-829
- Régule d’antimoine , 422
- Reins, 920
- Rendement des semences
- huile, 616
- Rentrage ou rentrure des couleurs , 732-733
- Reproduction artificielle des
- matières organiques, 505
- Réserves, 411-726-734
- mordancées, 735
- Résidus de la décomposition des
- animaux, 1021-1022-1030
- des végétaux , 1027
- Résinâtes, 668
- Résines , 665
- Résine élastique, 679
- laque , 922-929
- (variétés commerciales ), 929
- Résistes, 726
- Respiration, 46-949
- Restauration des estampes et des livres,
- Rhodium ,
- Rhum,
- Richesse tinctoriale des indigos ,
- Rien blanc,
- Rio-vinagre ,
- Rivières inflammables, qui charrient de l’or ,
- Roches ,
- Rocou ,
- Roger Bacon (note historique), 343 Rôle de la matière verte des
- plantes, 42
- du savon dans le blanchissage, 651 Rondelles fusibles, 457
- Rongeans, 419-727-738
- Rose ( diamant taillé en) , 95
- Rosée chargée de matières putrides , de vitriol,
- Roue à laver ,
- Rouelle (note historique),
- Rouge à polir,
- d’Andrinople ou des Indes , 692-700 d’Angleterre , 379
- de Berlin , 79g
- de harmala , 850
- indien, 379
- 924
- 260
- 561
- 832
- 261
- 197
- 141
- 486
- 299
- 847
- 44
- 196
- 758
- 1051
- 379
- Rouge de lichen, Pages. 857
- de Prusse, 379
- végétal , 838
- Rouille, 261
- Rouissage du chanvre et du lin , 750
- Rouleaux des indienneurs, 728
- Roussables, 1046
- Roussi, 759
- Routoirs, 751
- Rubis, 370,
- Rusma , 428
- Sables , 380
- aurifères, 485
- plalinifères , 496
- Saccharates, 559
- Saccharification dans les fruits 957
- de l’amidon , 589- 590-957
- des graines , 941
- du bois , 600
- Safran , d’Allemagne , 838
- 837
- faux , 837
- Safranum , 837
- ( variétés commerciales ) , 837
- Safre , 389
- Sagou, 585
- Saindoux , 636
- Salaison du beurre , 910
- des poissons , 1046
- des viandes , 1045
- Salep , 578-580
- Salicine , 804
- Salicote , 305
- Salin , 307
- Salpêtre , 339
- brut ou de 1re cuite , 341
- de l’Inde , 340
- raffiné ou de 3e cuite , 341
- Salses , 142
- Sandaraque, 428-670
- Sang , 888
- (son rôle dans l’économie) , 952
- artériel, 891
- desséché comme engrais , 891
- Sang veineux, 891
- Sanguine , 379
- Santal rouge , 798
- Santaline , 799
- Saponaire , ^Egypte, 706
- 707
- Saponification,., 644
- Sapnnine , 647
- Saturne, 447
- Saumure, 1045
- Saurage, 1046
- Sautoir , 758
- Savons, 631 -644-707
- blanc , 645
- p.r39 - vue 44/558
-
-
-
- XL
- TABLE DES MATIERES,
- Savons d’amandes amères, Pages. 647
- de Be'cœur , 432
- de chaux, 652
- de fer 652
- de laine, 882
- de Marseille, 649
- de résine, 646-668
- de. silex , 650
- de suif, 650
- anglais , 649
- de toilette, 647
- de Windsor , 647
- dépilatoire, 428
- durs , en table, 645
- 646
- insolubles, 645-651
- marbré , 646
- médicinal, 647
- métalliques insolubles , 649
- mous , 645-646
- noir, 646
- ponce, 650
- pour le foulage des draps 646
- solubles 645
- transparent, 650
- vert, 646
- SCHÈELE ( note historique ), 84
- Scories , 303-396
- Séchage à la fumée, des étoffes , 725
- Secrétage des poils , 464
- Secrétions animales, 952
- Sel b bouser , 732
- admirable, 329
- alembroth, 468-1047
- ammoniac , 243-246
- blanc , 336
- commun , 330
- de cuisine , 330
- d’étain, 278-419
- de Glauber , 328
- de nitre , 339
- d’oseille ,1 521
- de pierre, 339
- de roche, 330
- de la sagesse, 469
- de Saturne,' 101 fa
- de science , 468
- de Seignelte , 528
- de soude, 314
- de tartre, 526
- de vh, 469
- de vinaigre, 1012
- fixe de tartre, 526
- gemme, 330
- gris, 336
- ignifère , 335
- indien , 553
- marin, 330
- ( moyen de conservation ), 1045
- Sel polychrcstc de Glazer, Pages. 341
- végétal , 527
- volatil d’Angleterre, 251
- Sélénite, 361
- Sels, 286
- acides , 287
- anhydres, basiques, d’argent, 291
- 287
- 476
- de cuivre, 441
- de fer, 404
- de mercure, 464
- de plomb, 453
- de soude, 314
- de zinc, 411
- doubles , 287
- hydratés, 291
- neutres, 287
- métalliques ( moyen de conser—
- vation ) , 1050
- organiques, qui colorent la flamme 520 de
- l’alcool, 996
- Semences, 840
- Sensibilité , 502
- Séran, 751
- Sérançage, 751
- Sérène, 909
- Sérum du lait, 907
- du sang , 889
- Sesquicarbonatcs , 324
- de soude, Sève des plantes, 324
- 948
- Signes symboliques des métaux , 254
- Silex, 380
- Silicates, 380
- Silice, 380
- Silicium, 380
- Silos, 1041
- Similor, 442
- Sinapismes, 661
- Sirop, 557
- de lait, 9I6
- de miel, 575
- de raisin, 572
- de violettes, 836
- des fruits, 576
- SodaWater, 74
- Sodium, 259-260
- Soffioni, 327
- Soie, 932
- ( vue au microscope ), 934
- écrue, 935
- grège , 934
- sina, 934
- Sol, 945
- Solaninc , 768
- Solfatares ou soufrières, 183
- Solitaires, 420
- enluminés, 739
- p.r40 - vue 45/558
-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- Sols qui conservent les cadavres Solution,
- Son,
- Sondes élastiques,
- Sorbets,
- Sorbetière,
- Soude,
- artificielle, brute, caustique, de varechs ,
- Soudes naturelles,
- Soudure du fer et de la tôle , des plombiers,
- Souffleurs,
- Soufrage de la laine, de la soie, des légumes, des vins,
- Soufre, brut, en bâton, en canon, en fleurs, des philosophes, sublimé, végétal,
- vih
- Sources d’acide carbonique, de naphte et de pétrole, incrustantes, salées,
- Sous-chrômate de plomb, Soustraction du contact de l’air (moyen de conservation), Soutien de la combustion , Spaniolitmine ,
- Spath d’Islande, fluor,
- Speauter ou speltrum,
- Spectre solaire,
- Spectres de feu ,
- Sperma-céti,
- Spiritus lethalis ,
- Stalactites,
- Stalagmites ,
- Stahl (note historique) , Stannates ,
- Stéarates,
- Stéarérine ,
- Stéarine,
- Stéaroptène ,
- Stibium,
- Stil de grain,
- Strass ,
- Strontium,
- Structure de la flamme , de la laine, du coton, du lin ,
- Pages.!
- 1053 Strychnine ,
- 73 Stuc ,
- 731 Sublimé corrosif,
- 674 676 (moyen de conservation),
- 292 Substances astringentes,
- 293 employées pour le papier,
- 307 minérales dans les plantes.
- 312 organiques,
- 313 savonneuses,
- 320-322 tinctoriales,
- 312-316 Suc d’acacia,
- 311 de chou rouge,
- 326 de citron,
- 421 de réglisse ,
- 255-463 gastrique,
- 884 Sucs astringens,
- 937 de fruits ,
- 1040 fermentescibles,
- 1039 propres des végétaux,
- 182 résineux,
- 187 végétaux (conservation) ,
- 188 Succin ,
- 188 Sucrâtes,
- 188 Sucre,
- 196 brut,
- 188 candi,
- 839 d’amidon,
- 187 de betteraves,
- 38 de bois,
- 1028 de canne,
- 355 de chiffons,
- 331 de citrouille ,
- 416 de diabètes, d’érable , de fécule, de gélatine , de lait, de maïs, de miel, d’orge, de palme, de plomb, de pommes, de raisin, de Saturne, d’urine, dans les fruits,
- 1038 21 859 352 391 407 678 177 638 27 356 356 257 418 648 881 614 657 425 817 388 §60 162 882 753 753
- en pains,
- incristallisablc ou liquide, liquide de pommes, mamelonné ,
- ordinaire ou prismatique,
- XLI
- Pages.
- 548
- 364
- 467
- 1047
- 534
- 764
- 715-946
- 716
- 706-707
- 715
- 842
- 687-1137
- 530
- 769
- 951
- 842
- 581
- 961
- 948
- 666
- 1037
- 1029
- 559
- 552 561 555
- 589-590
- 565
- 600
- 553 600 568 573 568
- 589-590
- 611
- 907
- 568
- 575
- 557 554
- 1016
- 558
- 570-572-600 1016 573 957 555 553-576 576 558-570 553
- royal, 564
- luberculiforme ou de raisin, 553-570 Sucres tapés, 565
- (moyen de conservation),
- Suifs, brun, de bœuf, de bouc,
- 1042
- 613
- 616
- 636
- 637
- p.r41 - vue 46/558
-
-
-
- XLII
- TABLE DES MATIERES.
- Pages.
- Suifs de mouton , 637
- d’os, 866
- de piney, 636
- végétal, 636
- Suint, 881
- Sulfate de chaux , 361
- de cuivre, , 294-441
- de fer, 403
- d’indigo, 825
- de peroxyde de fer (moyen de conservation), 1050
- dcquinine, 548-550
- de soude , 328
- de zinc , 411
- ferreux, 403
- Sulfates, 196
- de mercure, 464
- neutres, 289
- Sulfhydromètre, 319
- Sulfhydromètrie , 319
- Sulfo-indigotate de potasse, 825
- Sulfures, 209
- d’antimoine, 425
- d’argent,
- d’arsenic , 428
- de calcium, de magnésium et de sodium , 206
- de carbone, 148
- d’étain, 417
- de mercure, 459-460-^62
- d’or, 495
- de plomb, 447
- argentifère,
- double de cuivre et de fer , 437
- ferreux (contrepoison du sublimé ), 468
- ferrique , 405
- mercurique, 462
- Sumac des corroyeurs , 810
- des teinturiers , 811
- Sumacs (variétés commerciales), 811
- Suroxyde de plomb , 450
- manganique, 283
- Synaptase, 661
- Synovie, 952
- Synthèse, 8
- de l’air, 19
- de l’eau, 81
- Système d’appel , 49
- Tabac, 809
- Tabatières de platine , 483
- Table des densités et des degrés
- de l’acide azotique , 237
- de l’acide chlorhydrique, 229
- de l’acide sulfurique , 204
- Tableau des boissons fermentées , 977
- de la classification des métaux , 264 de la composition des poires, 971
- Pages.
- Tableau de la densité des métaux, 266 de la ténacité des métaux, 269 de la fusion des métaux, 270
- des corps gras , 613
- des eaux-de-vie, 988
- de la pureté comparative des
- eaux potables , 58
- de la valeur des engrais , 1023
- des précipités par l’hydrogène sulfuré, 295
- par le prussiate de potasse , 900
- par la noix de galle, 537
- des produits de la détonation de la poudre, 345
- des produits de la putréfaction, 1021 des différentes espèces de verre, 384 des quantités d’alcool dans les liqueurs fermentées, 986
- des différens esprits alcooliques, 988 Tablettes de bouillon, 610
- digestives de d’Arcet, 324
- de lait, 916
- de savon transparent, 650
- Taches de cire, 643
- d’encre , 224-524
- de graisse et d’huile, 631-662-1010 de peinture, 662
- de rouille, 524
- de vin , 689
- sur les marbres parles acides, 32 Taffetas d’Angleterre, 608
- Sommés , 633
- e de la pierre , 921
- du diamant, 94
- Tam-tams, 445
- Tan, 805-874
- Tannage, 611-873
- Tannates, 536
- de fer, 714
- Tannin, 534
- artificiel, 668
- ( réactif de la gélatine, 611
- Tantale, 260
- Tapioka, 585
- Tartrate de potasse , 527
- acide, 520-526
- et d’antimoine, 422-528
- et de fer , 528
- et de soude, 528
- Tartrates, 528
- Tartre, 525
- du vip, 963
- pur, 526
- Tasajo, 1035
- Tchighan, 9I4
- Teille, 751
- Teillage du chanvre et du lin, 751 Teinture (art de la), 691-722
- avec la garancinc, 779
- avec le bleu de Prusse, 903
- I
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- XLI1I
- P
- m
- Pages.
- Teinture avec les sulfures d’arsenic,429 de curcuma, des châles par réserve, des indiennes, d’iode,
- de tournesol, par les chromâtes, par réserve de Durand par l’azotate d’argent,
- Teintures alcooliques,
- Tellure,
- Température de la flamme Ténacité des métaux,
- Terbium,
- Térébenthine,
- Terrage du sucre,
- Terrains, ardens,
- Terre à foulon, animale des os, arable, damnée, de Cologne, d’ombre, de pipe, de Sienne , du Japon,
- élémentaire des anciens glaise, limoneuse, mercurielle, pourrie, primitive, siliceuse, végétale, vierge, vitrifiable,
- Terreau,
- Terres,
- alcalines, arides , métalliques, de soufre,
- Texture schisteuse,
- Thé ,
- Thcbaïne,
- Théières anglaises,
- Théine,
- Théorie chimique, de l’acidité, de la caustification, de la coagulation du lait, de 1’acétihcation,
- Théorie de la combustion, de l’éthérificalion,
- 770 737 732 319 687 416 737 478 668-995 «60 158 268 260 666-787 564 300 140-1027 379-631-706 863 282 329 109 379 378-631 379 788 281
- 379 1030
- 257-459
- 525
- 281
- 380 282 281 380
- 282-599-945-1021
- 259-281
- Pages-
- Théorie de la désinfection par les
- chlorures, 223
- de la désoxygénation de l’indigo, 827 de la digestion, 951
- de la fabrication du bleu de Prusse,
- du beurre , de la fermentation ,
- alcoolique, acide ,
- de la formation des houilles et
- 280 183 100 813 547 423 815-843 179 205 321 912 1005 156-164 1000
- 901
- 911
- 956
- 959
- 1021
- de la décoloration par le chlore, 219 par les chlorures, 224
- par le charbon , 127
- par l’acide sulfureux. 192 de la désinfection par le chlore,220
- des lignites, de la germination , de Lavoisier, de la nitrification , de la panification, de la respiration , de la saponification, de Stahl,
- des proportions définies, multiples,
- des rongeans au sel d’étain , du blanchiment par le chlore du briquet ordinaire, du phlogislique, du pot au feu , du tannage,
- Thermolampes,
- Thorium,
- Tinkal,
- Tireur ,
- Tissu cellulaire des animaux, des plantes, des os,
- réticulaire, vasculaire,
- Tissus d’amiante, en caoutchouc , de laine, des animaux, de verre, imperméables, incombustibles, métalliques ( pouvoir refroidissant ), végétaux,
- Titane,
- Titrage des chlorures, des alcalis,
- des alcools du commerce ,
- Titres des monnaies d’argent, d’or,
- alcalimètriqucs,
- Titre pondéral des alcalis , Toffana ( empoisonneuse napolitaine ),
- Toiles cirées, de chanvre, de colon de lin,
- 1027
- 940
- 258
- 340
- 854
- 50
- 647
- 257
- 233
- 233
- 419
- 219
- 190
- 257
- 870
- 873
- 145
- 260
- 325
- 729
- 607
- 746
- 865
- 873
- 746-747
- 171
- 879
- 607
- 385
- 674
- 385
- 165
- 748
- 260
- 226
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- 431 633 751 756 751
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-
-
- XL1V
- TABLE DES MATIERES
- Pages.
- Toiles peintes, 702-726
- pour deuil, 738
- Toison , 879
- Toits en papier, 767
- Toitures en zinc, 408
- Tôle, 399
- Tombac, 442
- Tondeuses, 760
- Tonne au noir, 1019
- Tonneaux-filtres, 128
- Touchaux des orfèvres, 490
- Tour des teinturiers, 724
- Tourbe, 1030
- comprimée , 1033
- linconneuse , 1031
- Tourbière, 1030
- Touraille, 102-975
- Tournesol, 687
- de Provence, 858
- en drapeaux , 858
- en pains , 858
- Toutenague, 446
- Traitement de la gale, 192
- Tranchoirs, 851
- Transmutation des métaux, 254
- Travail du coton, 755
- du platine , 497
- Travaux métallurgiques, 304
- Travertin, 355
- Trémie, 337
- Trempe de l’acier, 401
- du bronze, 445
- Triage des minerais , 303
- Tripolis, 38/
- Troubles des rivières, 60
- Tubercules, 768
- Tubes en caoutchouc , 674
- Tuf, 355
- Tuiles, 378
- Tuméfaction du lait, 912
- Tungstène ? 260
- Turbith minéral, 464
- Tuyaux de plumes, 878
- Ulmine, 599-945
- Uranium, 260
- Urée, 920
- Ui'inc, 920
- Urines pourries, 920
- sucrées, 573
- Ustensiles de cuisine en cuivre , 439
- d’étain, 421
- de laiton, 442
- de maillechort, 446
- d’or, 488
- de platine, 499
- en caoutchouc, 674
- Vaisseaux des plantes , Vaisselle d’argent , d’étain .
- Pages. 746 472 421
- d’or, 488
- Valeur alcalimétrique des potasses, 310 des soudes, ° r
- Vanadium ,
- Vapeur acide,
- aqueuse,
- Vapeurs mercurielles, nitreuses,
- Vaporisage,
- Vaporisation du mercure,
- Varechs,
- Variétés des couleurs,
- Vases de zinc pour le lait,
- Vaude,
- Vauquelin (note historique), Végétaux ,
- Végétation (acte de la) ,
- Végétations métalliques ,
- Veîin,
- Ventilateur de Desaguiller,
- Ventilation ,
- Vénus,
- Ver à soie,
- Vératrine,
- Verdet,
- Vergeoises,
- Vermeil,
- au maillechort,
- Vermillon ,
- Vernis à l’alcool, à l’essence , au blanc d’œuf, au caoutchouc, de la soie, des feuilles,
- Vernis gras, hydrofuge, pour les cuirs, pour les vaisseaux, vieux laque
- Vernissage des aquarelles,
- des lithographies coloriées, des poteries , des tableaux , du plomb de chasse,
- Verre, filé,
- opalin, soluble,
- Verres antiques, colorés,
- colorés par le borax, du commerce, irisés,
- Verrières ,
- Verrues*( moyen de les faire paraître ),
- 315 260 27 53
- 460 238-239
- 742
- 461 311 679 913 815 412
- 2 939 294 877 39 48 437 932 549 1014 565 492 446
- 462 668-669 668-669
- 604
- 673
- 935
- 644
- 633-6b8-669 669 875 675 665 594 594 337 594 98
- 382 385 390
- 385
- 383 387 326
- 384
- 386
- 387
- dis -
- 237
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-
-
-
- TABLE DES Pages.
- Vert d’Allemagne, 431
- d’eau, 1014
- de gris , 439-1014
- de Schèele, 430
- de Schweinfurlh , 431
- de vessie, 846
- des feuilles , 680
- cristallisé, 1014
- distillé, 1014
- en grappes, 1015
- plombate, 736
- préparé, 1014
- Vesou, 560
- Vessie, 920
- Vêtemens d’amiante, 169-172
- Viandes, 870-1037
- conservées dans l’huile, 1040
- corrompues ou gâtées, 892
- fumées 1046
- fumées vénéneuses , 892
- salées , 1045
- séchées, 1035
- Vieux-oing, Vieux fustic des Anglais , 637
- 802
- Vif- argent, 459
- Vin, 961
- aigre, 1002
- Vinages des vins, 966
- Vinagrillo, 810
- Vinaigre, artificiel, 1002
- 1004
- (moyen de conservation) , 1043
- de bois, 1011
- de bière, 1008
- de cidre, 1008
- de Mollerat, 1012
- Vins blancs, cuits,
- (le Champagne, de couleur de cuvée, de liqueur, mousseux, rouges sucrés, teinturiers, Vitelline,
- Vitres,
- ( leur altération), Vitraux peints, Vitriol, blanc, bleu,
- de Chypre, de Goslar,
- de plomb de Goulard, 1016
- de poiré, 1008
- de sucre de fécule, 1008
- de Vénus, 1011
- distillé, 1009
- d’Orléans, 1003
- fait en 24 heuers, 1004
- radical, 1011
- Vins adoucis par le plomb 456-966
- XLV
- Pages-
- 963
- 963
- 963
- 9656
- 963
- 963
- 963
- 963
- 963
- 965
- 603
- 382-383
- 386
- 387 403 411 441 441 411 441
- 7 martial, 403
- romain, 403
- vert, 403
- Vitriolisation des pyrites, * 405
- Volcans d’air 142
- de boue, 142
- vaseux, 142
- Vouède, 835
- Wash-stocks , 758
- Wootz, 402
- Xyloïdine, 599
- Yttrium , 260
- Zeste , 530-659
- Zinc , 405
- Zincage du fer , 410
- Zincographic , 354
- Zomidine, 871
- FIN DE LA TABLE.
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-
-
-
- ERRATA.
- PREMIÈRE PARTIE.
- Page 14, ligne 15, au lieu de : ne pèse que la 770e, lisez: ne pèse que la 700e. 82, ligne 41, au lieu de : il est en même, lisez : il en est de même.
- 108, ligne 30, au lieu de : de matière végétales, lisez : de matières végétales.
- 224, ligne 23 , au lieu de : prompt, lisez : prompte.
- 293, ligne 18, au lieu de : s°rbetière, lisez : sorbetière.
- 296, ligne 4, au lieu de : qui sont solubles par eux-mêmes, lisez : qui sont peu solubles par eux-mêmes.
- 317, ligne 1, au lieu de : hydrogène, lisez : l’hydrogène.
- 319, ligne 27, au lieu de : or, on trouvé, lisez : or, on a trouvé.
- 388, ligne 9, au lieu de mosaïques spendides, lisez : mosaïques splendides.
- DEUXIÈME PARTIE.
- 640, ligne 7 de la note 2, au lieu de : tiré de la poupre, lisez : tiré de la pourpre.
- 602, ligne 19, au lieu de : l’écrce, lisez : l’écorce.
- 609, ligne 15, au lieu de : col-le, lisez : colle.
- 652, ligne 30, au lieu de : met de repos, lisez •• tems de repos.
- 7ll, ligne 20, au lieu de : corettion, lisez correction.
- 781, ligne 37, au lieu de : 40 fr. le kilogramme, lisez : 30 fr. le kilogr. 781, ligne 38, au lieu de : 10 fr. pour les rouges les plus forts , et 5 fr. pour les rouges les plus faibles ; lisez : 8 à 10 fr. pour les rouges les plus forts, et 4 à 5 fr. pour les rouges les plus faibles.
- 657, ligne 27, au lieu de •• M. Cocq, lisez M. Lecoq.
- 890, ligne 15, au lieu de : hematonies lisez •• hématosine.
- V - - IflLMKPWiCw
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-
-
- première partie.
- CHIMIE INORGANIQUE.
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-
-
- LEÇONS
- DK
- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- PREMIÈRE LEÇON.
- Notions générales.
- Sommaire. — Définitions. — Distinction des corps en animaux , végétaux et minéraux. — Molécules, atomes, particules, pores. — Cohésion. — État des corps, solides, liquides, gaz. — Distinction des corps en simples et composés. — Élémens métalliques et non métalliques. — De l’analyse et de la synthèse. — Des réactifs. — De la combinaison chimique. — Force qui la détermine ; affinité.
- Sans rechercher avec vous, Messieurs, quelle est l’ancienneté de la science qui porte le nom de Chimie, et quelle signification lut d’ahord attachée à ce mot, nous dirons que, dans l’état actuel des connaissances humaines, l’objet de cette science est l’étude des différens modes d’action que les corps exercent les uns sur les autres, et la découverte de leur constitution intime. La chimie pénètre donc dans fintérieur des corps, pour en isoler les divers principes; elle les détruit. Mais là ne se borne pas sa puissance : elle peut, par des moyens aussi simples que nombreux, reproduire ces corps avec tous leurs caractères primitifs, et présider ainsi à de nouvelles créations.
- Une science dont le pouvoir est si grand et les résultats si magiques a dû, dans tous lestems, excitera un haut degré l’intérêt, et (aire naître l’admiration chez ceux qui ne sont point familiers avec ses mystères. Mais ce qui augmente encore l’attrait que son étude inspire, c’est la conscience qu’on acquiert bientôt de son utilité, en voyant les autres sciences, la médecine, l’hy-giene publique, l’industrie et les beaux-arts, venir tour-à-tou.r lui emprunter des enseignemens et réclamer son secours.
- Combien est vaste, en effet, le domaine de la chimie! 11 com-
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-
-
-
- 2
- C1IOIIE ÉLÉMENTAIRE.
- prend tous les phénomènes que nous présenté la nature dans l’immense variété de ses productions, et tous les procédés des arts que nous devons à l’industrie de l’homme.
- L’utilité et l’étendue de cette science expliquent le désir, aujourd’hui si général, de pénétrer ses secrets, et le peu de connaissances réelles qu’on en trouve répandues dans le monde.
- C’est pour satisfaire à ce besoin d’études positives que ressent notre époque; c’est pour initier un plus grand nombre de personnes à la connaissance de l’une des sciences qui sert le plus l’humanité, que nous venons créer un enseignement élémentaire accessible à tous les esprits.
- Dans ces leçons, nous nous appliquerons à présenter les faits dégagés de tout l’attirail des hypothèses prétentieuses qui en troublent souvent l’intelligence, et, sans nous astreindre au joug si despotique des classifications, nous chercherons à être clair et concis plutôt que savant. Elles auront ainsi, nous le croyons du moins, l’avantage de répandre partout des notions exactes , de détruire des préjugés nombreux si funestes à la prospérité de l’industrie, et de disposer les esprits à un enseignement plus élevé, qui, jusqu’ici, a été circonscrit dans des limites trop restreintes.
- Notre mission est belle, Messieurs, et nous espérons que votre attention bienveillante viendra seconder les efforts que nous sommes disposé à faire pour la bien remplir.
- Nous venons de dire le but de la chimie; voyons comment elle procède, et d’abord examinons les corps sur lesquels le chimiste opère.
- Lorsqu’on étudie, avec un peu d’attention, les êtres variés qui se trouvent à la surface ou dans le sein de la terre, on reconnaît bientôt qu’on peut les partager en trois grandes classes. Les uns, doués du mouvement, pourvus de la volonté qui le dirige, naissent d’êtres dont ils reproduisent les caractères, et meurent après une période plus ou moins longue, c’est-à-dire cessent d’accomplir les actes par lesquels ils manifestaient leur existence. Ce sont les ANIMAUX.
- D’autres, qui paraissent aussi doués de vitalité, qui naissent d’individus analogues et meurent au bout d’un certain temps, comme les animaux, s’en distinguent essentiellement, en ce qu’ils sont forcés de vivre au lieu même où leur existence a commencé, et qu’ils sont privés de cette volonté qui préside aux différens actes de la vie. On les nomme VÉGÉTAUX.
- Enfin, une troisième classe d’êtres naturels comprend ceux chez lesquels on ne peut distinguer aucun principe de vie, qui sont inhabiles à se reproduire à la manière des premiers, qui
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-
- NOTIONS GÉNÉRALES.
- ' 3
- existent de toute éternité, et conservent le môme aspect toutes les fois que les circonstances extérieures dans lesquelles ils sont placés ne changent pas. Ces derniers sont les Corps bruts ou les MINÉRAUX.
- Tout corps est formé par la réunion d’une multitude de particules de même nature que lui, et chacune de ces particules, prise isolément, possède toutes les propriétés du corps dont elle provient. C’est ainsi qu’en divisant en 8 ou 10 parties, en 50 ou en 100 parties, un morceau de bois ou un fragment de sucre, vous retrouvez toujours dans chacune de ces parties isolées , quelle que soit d’ailleurs sa petitesse, les caractères du bois ou du sucre.
- Si vous poursuivez cette division d’un corps aussi loin qu’elle peut s’étendre par des moyens mécaniques, vous arrivez à une ténuité extrême, mais qui n’est pas toutefois le dernier terme de la divisibilité, comme nous allons vous le démontrer.
- Voici de l’eau dans laquelle j’ai fait préalablement fondre ou dissoudre du sel de cuisine. J’en prends une goutte qui ne doit, n’est-ce pas? renfermer qu’une bien petite quantité de ce sel. Je la mêle à une grande masse d’eau pure, et j’agite. N’est-il pas évident que chaque goutte de cette masse renferme maintenant un peu du sel qui était contenu dans la première goutte salée ? Le sel a donc dû éprouver une bien grande division pour se répartir ainsi en égale quantité dans toute la masse de l’eau. Et pour vous prouver que cet effet a eu lieu, je n’aurai besoin que de verser dans une partie de ce liquide une goutte d’une liqueur qui aura la propriété de faire précipiter sous forme solide le sel divisé qui s’y trouve. C’est ce que je fais, et vous voyez apparaître au sein de l’eau des flocons blancs, opaques et solides, qui attestent bien qu’il y a là un corps particulier en dissolution ; car dans l’eau tout-à-fait pure aucune apparence semblable ne se manifeste par l’addition de la liqueur précipitante.
- Eh bien! à ces parties si ténues d’un corps, qui échappent à la vue, on a donné le nom de Molécules ou d’Atomes.
- Nous dirons donc qu’un corps est formé de Molécules ou d’A-tomes , queces molécules sont similaires ou semblables entre elles, et nous conserverons le nom de Particules aux agglomérations de molécules encore assez grandes pour être perceptibles à l’œil, et qu’on obtient par la division mécanique.
- Ne croyez pas, toutefois, Messieurs, que les molécules, dans un corps, soient placées immédiatement les unes sur les autres ; même dans les corps les plus compactes, elles laissent entre elles des vides plus ou moins grands. Un morceau de craie ou de pierre calcaire qu’on arrose d’eau, absorbe le liquide avec promptitude, sans acquérir pour cela déplus grandes dimensions. Or,
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-
-
- 4
- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- comme la matière est impénétrable, c’est-à-dire qu’un corps ne peut se placer dans la portion de l’espace qui est actuellement occupée par un autre, il faut bien, pour expliquer cette pénétration d’eau dans l’intérieur de la pierre, concevoir que l’eau se loge dans des vides qui se trouvent entre les molécules solides de la pierre. L’éponge qu’on immerge dans l’eau produit un phénomène analogue; il est seulement plus apparent en raison de la grandeur des intervalles qui séparent ses libres. Si les corps se laissent comprimer , c’est-à-dire réduire à un moindre volume apparent, s’ils diminuent également de volume quand on les refroidit, c’est; qu’évidemment les molécules se refoulent les unes sur les autres, et peuvent alors former une masse plus serrée. Ces vides, ces intervalles qui isolent ainsi les molécules des corps, sont ce qu’on appelle des Pores , et cette disposition est si générale, qu’on en a fait une propriété essentielle de la matière, sous le nom de Porosité.
- Une réflexion bien simple et très-naturelle doit se présenter tout d’abord à votre esprit. Vous-devez vous demander comment il se fait que les molécules d’un corps soient réunies les unes aux autres, de telle sorte qu’il faille employer un certain effort pour opérer leur séparation. Eh bien ! on attribue ce rapprochement à l’action d’une force particulière dont la nature est inconnue , mais dont les effets indiquent positivement l’existence; et comme il faut des mots pour peindre les idées, on a donné à cette force occulte le nom de Cohésion... C’est donc la Cohésion qui réunit, qui rapproche les molécules des corps ; mais son action n’a pas la môme intensité dans tous. Ainsi, comme vous le savez déjà, le verre, le bois , le fer ne se brisent pas avec la même facilité; le fer résiste plus que le bois, le bois plus que le verre; cela démontre bien que la cohésion qui unit les molécules ou atomes du fer est beaucoup plus énergique que celle qui tient rapprochées les molécules ou atomes dubois, et, à plus forte raison, que les molécules ou atomes du verre.
- C’estaux variations de cette force moléculaire, que nous appelons Cohésion , qu’il faut évidemment rapporter les différens états qu’affecte la matière. Elle se présente à nous sous trois états distincts, dont vous avez tous déjà une idée très-nette. Tantôt elle est solide, comme le bois, la pierre; tantôt, elle est liquide, comme l’eau , le lait, le sang ; d’autrefois, elle est gazeuse, c’est-à-dire invisible, comme l’air qui nous entoure.
- Le môme corps peut quelquefois affecter simultanément ces trois formes. L’eau en est un exemple frappant. Nous la connaissons, en effet, à l’état déglacé ou de neige, c’est-à-dire solide; à l’état liquide, et à l’état de vapeur invisible ou de gaz. L’air que nous respirons contient toujours de la vapeur d’eau, et ce qui le
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- prouve, c’est qu’en mettant dans un vase dont l’extérieur est bien sec une certaine quantité de glace et de sel, on voit bientôt une légère couche de givre se former à la surface externe du vase.
- Du reste, nous pouvons facilement faire passer l’eau de l’une de ces formes à l’autre. La glace échauffée ne tarde pas à fondre et à donner un liquide qu’une nouvelle dose de chaleur réduit complètement en vapeur ; cette vapeur refroidie se transforme bientôt en gouttelettes liquides qu’un plus grand abaissement de température congèle ou solidifie, ainsi que vous venez de le voir.
- À chaque instant, de pareils phénomènes se passent sous nos yeux. De la surface des mers, des rivières, des ruisseaux, s’élève incessamment dans les airs une immense quantité de vapeurs aqueuses ; suspendues dans ces hautes régions, elles produisent les nuages, les brouillards, et, dans certaines circonstances, elles retombent sous forme de pluie, de neige, ou de grêle ; les mêmes causes ramènent les mêmes effets, en sorte que rien n’interrompt la succession de ces phénomènes si curieux, dont l’étude se rattache à la physique générale.
- Bien d’autres corps possèdent, comme l’eau, la faculté de prendre ces trois états différons. Mais il en est beaucoup qui n’en affectent que deux; d’autres même ne s’offrent que sous un seul. Les os des animaux sont toujours solides, et nous ne pouvons, sans les altérer profondément, les faire changer de forme ; le plomb, habituellement solide, peut devenir liquide par l’action du feu, mais nos moyens sont impuissans pour le réduire en vapeur; l’esprit-de-vin, que nous voyons ordinairement à l’état liquide , ne peut être solidifié, mais la plus légère chaleur suffit pour le convertir en gaz. L’air au milieu duquel nous agissons conserve éternellement sa forme gazeuse, et beaucoup d’autres espèces d’airs sont dans le même cas.
- Dans les circonstances ordinaires, les solides sont les plus nombreux à la surface de la terre ; viennent ensuite les liquides. Quant aux gaz proprement dits, leur nombre est assez restreint, puisqu’il ne va pas au-delà de trente.
- Le mot Gaz, dont l’origine est allemande, et qui signifie Ame, Esprit, a été introduit dans la science par Van-Helmont, célèbre chimiste flamand, né à Bruxelles en 1577 , et mort en 1644. Il s’en servit pour désigner la vapeur qui se dégage pendant la combustion du charbon et pendant la fermentation du raisin. Plus tard., il l’appliqua à toute substance invisible qui sort des corps, soit par l’action du feu, soit par les réactions chimiques. Macquer, célèbre chimiste français du xvme siècle , a consacré ce terme, dans le langage de la chimie moderne, à toutes les espèces d'airs différentes de l’air atmosphérique que nous respirons ; ce dernier seul a gardé le nom univoque ddair. Ainsi, l’air qui se dégage avec
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- bruit de la bière et du vin de Champagne est un gaz nomme gaz Carbonique ; celui qui pique si désagréablement le nez lorsqu’une allumette soufrée prend feu, en est une autre espèce qu’on appelle gaz Sulfureux; celui qui jaillit en gerbes de feu dans les réverbères de nos rues, dans les lampes de nos boutiques ou de nos théâtres, et qu’on retire du charbon de terre , est le gaz Hydrogène carboné. Il y en a encore beaucoup d’autres que nous connaîtrons par la suite.
- Il y a nécessairement une cause qui apporte des modifications dans l’énergie avec laquelle agit laforce de cohésion dans les difle-rens corps. Cette cause, c’est le Calorique ou le fluide de la chaleur. Pour s’en convaincre, il suffit de remarquer qu’en exposant des corps solides ou liquides à l’action du feu, on les fond ou on les réduibenvapeur, et que, lorsqu’on soustrait ensuite ces corps ainsi liquéfiés ou gazéifiés à cette action, ils reprennent leur état primitif. Il suit donc de là que l’état des corps dépend d’une lutte continuelle entre la force de cohésion qui tend à rapprocher les molécules, et la chaleur qui tend au contraire à les éloigner, en sorte que les corps sont solides, liquides ou gazeux, suivant les circonstances de cette lutte. Quand le calorique prédomine sur la force de cohésion dans un corps, celui-ci est gazeux ; il est solide dans le cas contraire ; enfin, il est liquide quand les deux forces se contrebalancent. Il s’ensuit que dans les gaz où la force de cohésion est très-faible et môme nulle, les molécules doivent être très-écartées les unes des autres, et qu’elles tendent continuellement à s’éloigner de plus en plus; aussi est-on obligé de les renfermer dans des vases pour s’opposer à leur dispersion dans l’espace.
- Il est facile de constater, par la seule observation des faits , que tous les corps de la nature ne sont pas formés d’une seule et même matière. Vous distinguez tous, par exemple , le plomb du cuivre, le cuivre du fer; vous ne confondez pas non plus l’un avec l’autre le bois, l’eau, la craie, le sable; et les propriétés différentes que vous reconnaissez à ces divers corps, vous conduisent à penser que la nature intime de la matière qui les compose doit varier pour chacun d’eux. Lorsqu’on examine plus attentivement ces corps, on acquiert bientôt également la preuve que les uns ont une composition très-compliquée, tandis que celle des autres est aussi simple que possible. Soumettez, par exemple, le plomb ou le fer soit à l’action du feu le plus violent, soit à celle d’autres agens aussi énergiques, jamais vous ne parviendrez à en séparer autre chose que du plomb ou du fer. Placez le bois, au contraire, dansles mêmes circonstances, et vous en isolerezdes gaz différens de l’air ordinaire, dé l’huile, du charbon, etc. ; chauffez la craie
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- dans un de ces vases que les chimistes appellent retorte ou cornue, à cause de leur forme, et vous obtiendrez, dans ce cas, de la chaux etun corps gazeux particulier. Lebois, la craie, sont donc des substances formées de plusieurs sortes de matières,
- tandis que le plomb et le fer n’en contiennent qu’une seule, mais différente pour chacun d’eux.
- Ces faits, comme vous le voyez, Messieurs, nous conduisent à partager tous les corps que nous connaissons, de même que ceux qui nous sont encore inconnus, en deux grandes classes : les CORPS SIMPLES et les CORPS COMPOSÉS. Les premiers s’appellent encore Élémens , parce que ce sont eux qui, par leur réunion un à un, un à deux, etc., enfin toujours en petit nombre , concourent à la formation des seconds.
- Pendant bien des siècles, on ne reconnut, sur l’autorité d’Em-pédocle, philosophe d’Agrigente, qui vivait 460 ans avant Jésus-Christ, que quatre matières élémentaires, à savoir : le Feu, I’Air, la Terre et I’Eau. Robert Royle, chimiste irlandais, l’un des hommes les plus judicieux du xvne siècle, combattit le premier cette doctrine, et considéra les quatre élémens des anciens comme des corps complexes. La science moderne, avec ses méthodes rigoureuses d'expérimentation, a mis cette opinion de Royle au rang des vérités les plus solidement établies, et a découvert, en revanche, d’autres Corps simples ou Élémens , dont le nombre est aujourd’hui porté à 55. En voici les noms :
- Aluminium. Calcium. Fer. Mercure. Plomb. Titane.
- Antimoine. Cérium. Argent. Clirôme.
- Arsenic. Cobalt.
- Glucynium. Molybdène. Potassium.
- Tungstène.
- Uranium.
- Sodium. Vanadium.
- baryum. Colombium. Lithium. Osmium. Strontium. Yttrium.
- Bismuth.
- Cadmium.
- Azote.
- Bore.
- Brome.
- Carbone. Hydrogène. Phosphore. Soufre.
- Chlore. Iode. Sélénium. Zirconium.
- Fluor. Oxygène. Silicium.
- Ces élémens sont ordinairement classés en Métaux et en Corps non Métalliques ou Métalloïdes. Les 41 premiers son , des Métaux, les 14 autres sont des Métalloïdes. Cette division, commode pour l’étude, repose sur plusieurs caractères distinctifs qui appartiennent aux premiers, et qui manquent généralement aux seconds. Ainsi, par Métal, on entend un corps ordinairement très-lourd, opaque, doué d’un éclat très-vif, ou pouvant l’acquérir par le frottement ou le poli, et qui conserve cet éclat et ce brillant, même dans ses particules les plus tenues. Par
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- Métalloïde, on entend un corps simple, qui ne possède ni le poids, ni l’éclat, ni le brillant propres au métal, et qui est translucide ou transparent.... Cette distinction, il faut l’avouer, est loin d’être aussi rigoureuse qu’elle le paraît au premier abord ; toutefois, elle a peu d’importance, aussi ne nous y arrêterons-nous pas.
- Ce sont, comme nous l’avons dit, ces 55 élémens qui,par leur réunion un à un, ou deux à un, ou deux à deux, servent à former tous ces composés si variés que la nature nous offre ou que notre habileté parvient à produire. La classe des corps composés est donc immense. Pour faciliter leur étude, on les subdivise en plusieurs groupes, d’après le nombre d’élémens qui les constituent, et on les appelle : Binaires, Ternaires ou Quaternaires, selon qu’ils sont formés de deux, ou trois ou quatre élémens.
- Pour découvrir la nature propre des corps, pour distinguer les corps composés de ceux qui ne le sont pas, il faut nécessairement que la science nous fournisse des méthodes susceptibles d’une grande précision. L’une d’elles, qui a pour but d’isoler lescomposans d’un corps de manière qu’ils reparaissent avec les propriétés qui les caractérisent dans leur état primitif, porte le nom d'Analyse. L’autre, qui procède d’une manière inverse, en réunissant les élémens séparés d’un composé de manière à le reproduire tel qu’il existait d’abord, s’appelle Synthèse.
- Nous avons dit précédemment que la craie, chauffée dans une cornue, donne tout-à-la-fois un gaz et de la chaux vive. Eh bien ! en procédant ainsi sur la craie, en mettant en liberté ses deux principes constituans, on fait Y analyse de cette substance. Si, d’un autre côté, après avoir recueilli avec soin le gaz dégagé pendant la calcination de la craie, on le remet en présence de la chaux vive dans des conditions favorables, il ne tarde pas à s’y unir et à reproduire ainsi la craie primitivement détruite. Cette reproduction est la synthèse, et cette seconde opération sert, comme on voit, de preuve à la première, en démontrant que ta craie est bien un composé binaire qui a pour principes constituans la chaux et le gaz particulier qu’on nomme Acide Carbonique.
- Nous pouvons donc dire, en définitive, que Yanalyse est l’art de décomposer les corps, et la synthèse celui de les recomposer.
- Toute la science chimique consiste dans ces deux opérations : détruire et créer.
- Pour pratiquer l’analyse, le chimiste fait usage d'Ayens et de Réactifs. Tout corps qui, d’une manière quelconque, donne le moyen d’opérer la séparation des parties constituantes d’un composé , est un agent. Ainsi, pour l’examen de la craie, nous venons d’employer l’intervention de la chaleur : la chaleur est donc un agent d’analyse.
- Mais lorsqu’au lieu de chercher à isoler complètement les diffé-
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- rens principes constitutifs d’un composé, on se borne à constater leur présence, on met alors en oeuvre des corps qui, par leurs effets respectifs sur chacun de ces principes, font apparaître une de leurs propriétés distinctives, et permettent ainsi de discerner leur nature diverse. Les corps qui agissent de cette manière sont désignés par le nom commun de Réactifs.
- Un Réactif est donc un corps qui \ dans son contact avec un autre, donne lieu à la production de certains signes ou phénomènes caractéristiques qui se montrent toujours les mômes dans les mêmes circonstances.
- Voici trois verres remplis d’eau ordinaire : dans le premier, j’ajoute quelques gouttes de vinaigre; dans le second, un peu de sel de cuisine ; dans le troisième, de la potasse. Je verse ensuite dans tous du sirop de violettes. Remarquez les phénomènes particuliers qui se manifestent dans ces trois cas. La couleur du sirop ne change pas dans le verre qui contient le sel de cuisine; elle rougit sensiblement dans celui où se trouve le vinaigre ; elle prend une teinte verte dans celui où j’ai mis la potasse. Ce mode d’action du sirop de violettes, si différent pour chacun des corps dont j’ai fait choix, me révèle l’existence d’une substance distincte dans chacun des verres, si je l’eusse ignorée ; et comme, toutes les fois qu’un liquide contient de la potasse libre, le sirop de violettes présente cette altération remarquable dans sa couleur, ce passage' du bleu au vert, j’en conclus qu’il peut servir à distinguer la potasse de toutes les autres substances qui ne présentent pas ce phénomène décoloration; que c’est, en un mot, un réactif pour la potasse.
- Voici, maintenant, une eau naturelle dans laquelle je soupçonne l’existence du fer, parce qu’elle a une saveur âpre, tout-à-fait analogue à celle de l’encre. Pour m’en assurer, je vais y verser quelques goutter d’une décoction d’écorce de chêne; aussitôt, comme vous le voyez, l’eau devient noire, et ce signe me suffit pour reconnaître qu’elle est ferrugineuse, car le fer seul a cette propriété de colorer en noir l’écorce de chêne et les autres substances astringentes. Ces substances sont donc un excellent réactif pour les dissolutions du fer.
- Tout corps a ainsi son réactif propre ; aussi, rien n'est plus facile que de reconnaître la composition des différentes substances qui se trouvent à la surface et dans les profondeurs du globe terrestre, ou qui forment son enveloppe aérienne. A l’aide d’un petit nombre Yagens et de réactifs, celui qui possède la science chimique peut donc pénétrer dans l’intérieur de tous les corps de la nature, les décomposer ou les reproduire à son gré.
- Lorsque deux corps de nature différente sont en présence , dans
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- des circonstances convenables, on remarque qu’ils s’unissent de manière à produire une substance nouvelle dans laquelle, chose surprenante ! on ne retrouve plus aucune des propriétés distinctives des composans. Si nous prenons, par exemple, une certaine quantité de potasse, matière si caustique que son application sur la chair des animaux y fait naître subitement des plaies etune désorganisation complète, que son ingestion dans l’estomac détermine bientôt de violentes douleurs auxquelles succède une mort affreuse ; si nous l’unissons avec une proportion convenable de ce liquide acide qui porte dans le commerce le nom d'Huile de vitriol ou à'Acide Sulfurique, et qui, non moins énergique que la potasse, brûle, corrode, détruit toutes les matières organisées, à tel point que le bois, la paille, le coton, la chair qu’on y plonge, sont noircis et convertis aussitôt en charbon, nous obtiendrons de cette union un composé binaire qui n’aura presque pas de saveur, aucune action destructive sur les matières organisées, et qu’on pourra introduire en grande quantité dans l’estomac sans qu’il en résulte d’autre effet qu’une légère purgation. Ce nouveau corps est ce qu’on appelle le Sel de Glazer ou le Sulfate dépotasse.
- N’est-ce pas là quelque chose de bien étrange, de miraculeux môme, que devoir ainsi des corps qui, libres, sont de puissans poisons, perdre leurs propriétés malfaisantes par leur union, et former alors une nouvelle substance que la médecine emploie avec succès pour rétablir la santé? Ce n’est là qu’un de ces mille exemples des prodiges que la chimie enfante avec une facilité qui n’est pas moins digne d’admiration que ses résultats .
- L’acte dans lequel se forme un composé s’appelle Combinaison. On dit donc que deux corps se combinent lorsque, par leur rapprochement intime, ils perdent leurs caractères propres en donnant naissance à une substance pourvue de propriétés nouvelles. Quant à la cause qui détermine le phénomène de la Combinaison , les chimistes la rapportent à une force naturelle aussi inconnue dans sa nature que la Cohésion , et à laquelle ils donnent depuis long-tems le nom d’Affinité.
- Cette force qui, de même que la cohésion, tend à rapprocher les molécules des corps, diffère essentiellement de cette dernière, en ce qu’elle agit toujours sur des parties hétérogènes ou différentes, et qu’elle donne naissance à des corps nouveaux dont les caractères ne rappellent plus ceux des matières qui les constituent; tandis que la cohésion, comme nous l’avons dit, exerce ses effets sur des molécules similaires, simples ou composées, et ne produit jamais que des masses cohérentes plus volumineuses ou plus compactes, mais de la même nature que celles qu’elle réunit ou rapproche. Ainsi,dans le plomb, c’est la cohésion
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- qui unit les molécules les unes aux autres, tandis que, dans la craie, c’est Yafjinité qui détermine l’union des molécules de la chaux avec celle du gaz particulier dont nous avons parlé.
- L’intensité avec laquelle la Cohésion et 1’Affinité opèrent le rapprochement des molécules des corps est très-différente. 11 ne faut que des moyens mécaniques pour faire cesser la cohésion d’un corps, et, en le divisant ainsi, on ne fait que changer son état sans altérer ses propriétés intimes. Du soufre en canon perd sa cohérence par la pulvérisation dans un mortier; mais, réduit ainsi en poudre fine ou à l’état de fleur de soufre, comme on dit communément, il n’a perdu aucune de ses qualités distinctives; il a toujours la même couleur, le même goût, la même insolubilité dans l’eau, la même combustibilité.
- Pour détruire, au contraire, l’affinité qui réunit les parties constituantes d’un composé, il est nécessaire d’employer des agens très-énergiques qui, par leur action, changent complètement la nature et les propriétés primitives de ce composé. Tout-à-l’heure, nous avons fait agir la chaleur sur la craie pour en séparer les deux principes qui la composent, et en faisant intervenir l’action de cet agent si puissant, le calorique, nous avons totalement détruit cette substance et fait disparaître, par conséquent, toutes ses qualités essentielles. Nous n’aurions pu obtenir ce résultat par la division ou tout autre moyen mécanique.
- Rompre la cohésion d’un corps, c’est donc simplement le diviser; rompre l’affinité de ses molécules constituantes, c’est le décomposer.
- Cette affinité n’agit pas, au reste, avec la même intensité dans tous les corps; aussi, tous ne manifestent pas la même tendance à se combiner entre eux. U y a bien des causes qui s’opposent à l’action de cette force; nous les connaîtrons plus tard, ainsi que les nombreux moyens dont le chimiste dispose pour produire la combinaison des corps aussi bien que pour en faire l’analyse.
- La puissance du chimiste, sous ce rapport, égale en quelque sorte celle du génie créateur dont le monde est l’ouvrage. Pierres, sels, eau, feu, lumière, tout est soumis à sa volonté, et dans ses mains tout se crée comme tout disparaît ! Avec un petit nombre de matières élémentaires, il peut former des myriades de substances nouvelles, toutes différentes les unes des autres, et après avoir détruit ces substances par des moyens aussi simples qu’ingénieux, il peut de nouveau les reproduire, en réunissant, dans des conditions favorables, leurs matériaux constitutifs qu’il avait isolés les uns des autres. On peut dire sans exagération que, nouveau Pro-méthée, le chimiste a dérobé les secrets de la nature, et qu’il rivalise avec elle dans une foule de circonstances.
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- 11 y a plus : son génie lui a fait découvrir les moyens de créer là où la nature impuissante ne saurait l’imiter. En effet, la transformation des substances les unes dans les autres n’est qu’un jeu pour lui; il change à son gré l’amidon en gomme, la gomme en sucre, le sucre en esprit-de-vin, l’esprit-de-vin en éther, ce dernier en eau et en un gaz combustible. D’une substance inerte, il va faire naître une série de corps doués de propriétés précieuses ; ainsi, d’un morceau de bois il saura tirer le gaz qni illumine vos places publiques, le sucre qui adoucit vos mets, le vinaigre qui relève leur saveur, le charbon qui sert à les cuire !....
- Eh bien! toutes ces merveilleuses créations, qui rappellent à l’esprit ces féeries orientales dont on a bercé notre enfance, ces magiques fantasmagories des sorciers dont on effrayait notre jeune imagination, ne sont que des effets très-simples opérés par l’intervention de ces forces qui, sous les noms à'affinité, de chaleur, d’électricité, d’attraction ou de cohésion, sont les agens de toutes les combinaisons et de toutes les décompositions possibles.
- Certes, s’il est une étude qui soit digne de fixer l’intérêt, d’absorber l’attention des intelligences les plus élevées, et de captiver les esprits même les plus légers, c’est assurément celle qui conduit, par des procédés aussi attrayans que faciles, à ces grands et utiles résultats.
- DEUXIÈME LEÇON.
- P© ï’AIr.
- Sommaibe. — De l’atmosphère. — Principales propriétés physiques de l’air. — Pression atmosphérique. — Nature chimique de l’air. •— Ses composans : oxygène et azote. — Caractères distinctifs de ces deux gaz. — Dénominations particulières des principaux composés dont l’oxygène fait partie. —Rôles de j’oxygène et de l’azote dans la nature et dans les opérations des arts.
- Il n’est aucun de nous, Messieurs, qui, sans avoir la moindre notion de physique ou de chimie, n’ait la conscience de l’existence d’une substance invisible et ténue, qui se meut et s’agite autour de nous, et qui remplit l’espace jusqu’aux dernières limites où notre vue peut s’étendre. Cette substance est l’AIR, dont la présence nous a été révélée dès notre enfance par les effets qu’il exerce ; aussi, à chaque instant, témoignons-nous de ce fait par ces expressions qui nous échappent : l’air est chaud, l’air est froid, l’air est sec, l'air est humide, etc. Nous savons iristinc-
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- tivementque cest l’air qui entretient la vie; que c’est lui.qui, par son agitation, cause le vent, gonlle les voiles des navires, pousse les nuages dans l’immensité du ciel, et produit ces ouragans terribles qui portent la désolation dans nos campagnes. Nous avons donc déjà une idée assez nette de ce tluide, que nous sommes habitués à considérer comme un des élémens de la nature. Il ne reste plus qu’à rectifier ce que cette idée peut avoir d’inexact quant à la manière d’être, à la composition et aux propriétés de cet agent universel. C’est ce que nous allons faire dans cette leçon.
- Les physiciens désignent communément sous le nom d’ATMO-sphère , qui veut dire sphère de vapeur, la masse entière de l’air qui entoure la terre et forme partout une couche d’une grande épaisseur, dans le sein de laquelle viennent se réunir toutes les substances qui se volatilisent ou se détachent de la surface du sol. Sa forme est sphérique comme celle du globe qu’elle enveloppe, et, comme lui, elle est renflée à l’équateur et déprimée aux pôles.
- Il n’est guère possible de déterminer l’étendue de l’atmosphère, car elle ne finit pas brusquement à une certaine hauteur, puisque l’air devient d’autant plus rare que l’élévation est plus considérable; mais on n’a aucun moyen de savoir positivement quel est le degré de ténuité de ses dernières molécules. Tout ce qu’on peut faire à cet égard, c’est de calculer, par des phénomènes dont la cause est connue, la limite de sa densité à des hauteurs très-considérables. Il ne m’appartient pas de vous dire comment les astronomes établissent les calculs qui les ont conduits à admettre que la hauteur moyenne de l’atmosphère est de 7 à 9 myriamètres, c’est-à-dire de 16 à 20 lieues géographiques. Contentons-nous de l’énonciation de ce fait.
- Les notions exactes que nous possédons aujourd’hui sur les propriétés de l’air atmosphérique sont entièrement dues aux recherches des physiciens et des chimistes modernes ; car s’il est vrai que les anciens philosophes grecs et romains aient reconnu la matérialité de l’air, et entrevu une partie du rôle important qu’il remplit dans l’harmonie de la nature, il est certain qu’ils n’avaient, sur les principales propriétés de ce tluide, que des idées vagues et confuses. Ce n’est que vers le commencement du xvne siècle qu’on constata réellement quelques uns de ses caractères physiques les plus saillans. En 1640, Galilée découvrit que l’air a du poids, en introduisant, au moyen d’un soufflet, dans un ballon de verre muni d’un robinet, une quantité d’air plus grande que celle qui y était contenue ; dans ce cas, le ballon avait augmenté de poids. De cette expérience capitale Galilée déduisit plusieurs
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- autres propriétés physiques de l’air, propriétés qu’il partage avec les autres gaz, savoir : qu’il est compressible, puisqu’il cède à la pression et qu’il peut être accumulé dans un vase en quantité d’autant plus grande que la compression est plus forte, et qu’il est élastique, puisque, lorsqu’il est comprimé, il exerce un effort plus considérable pour s’échapper de l’intérieur du vase qui le renferme , et qu’aussitôt que la pression cesse, il reprend son volume primitif. C’est un ressort parfait qui se tend et se détend suivant le poids dont on le charge.
- Nos méthodes d’expérimentation, plus précises que celles dont Calilée pouvait faire usage de sontems, où les sciences physiques venaient à peine de naître, nous ont appris le véritable poids de l’air. Nous savons que 10 litres d’air, dans l’état ordinaire, pèsent 13 grammes, ou, en d’autres termes, que 760 litres d’air pèsent à-peu-près 1 kilogramme. L’air, dans cet état, ne pèse que la 770e partie d’un pareil volume d’eau. Nous devons, dès à présent, vous apprendre que la densité de l’air, c’est-à-dire son poids sous un volume déterminé, est toujours prise pour unité de mesure du poids spécifique des autres gaz et des vapeurs. Ceux-ci sont tantôt plus lourds, tantôt plus légers que l’air atmosphérique ; dans tous les cas de comparaison, le poids de ce dernier est représenté par 1, ou par 100, ou par 1,000.
- Puisque l’air est pesant, vous concevrez facilement que les couches inférieures de ce fluide, celles, par exemple, qui sont le plus rapprochées de la terre, doivent supporter le poids de toutes les couches superposées, et que, par conséquent, en raison de sa compressibilité, elles doivent être plus denses, c’est-à-dire peser davantage sous un moindre volume. Mais puisque l’air est élastique et que ses molécules ont une grande mobilité, vous devez encore comprendre que, nécessairement, les corps sur lesquels s’appuientles couches atmosphériques supportent le même poids dont celles-ci sont chargées à différentes élévations. Eh bien ! on donne le nom dq pression atmosphérique à cette force ou à ce poids qu’exerce l’atmosphère, d’une manière uniforme, sur tous les corps qui sont à la surface de la terre. Cette pression varie, comme vous le pensez bien, suivant la hauteur à laquelle on s’élève au-dessus du niveau de la mer; elle diminue avec l’élévation, car il est évident qu’un homme placé au sommet d’une montagne élevée ne supporte pas autant de couches d’air qu’un autre assis à la base de ce mont ; la théorie nous indique que cette pression ne doit plus se faire sentir aux dernières limites de l’atmosphère. L’allégement que nous éprouvons en gravissant une hauteur, la facilité plus grande que nous avons à respirer à mesure que nous nous élevons, ne dépendent évidemment que de cette diminution successive de pression.
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- L’expérience suivante montre la présence de l’air et atteste la pression qu’il fait éprouver aux corps qui y sont plongés. Mettez un flotteur, un bouchon de liège, par exemple, sur un seau plein d’eau; puis, renversant un verre, appliquez-en l’ouverture à la surface du liquide, de manière à y enfermer le flotteur. A mesure que yous enfoncerez davantage le vase dans l’eau, vous verrez le bouchon s’enfoncer aussi. La surface de l’eau dans le verre n’est donc plus au même niveau qu’à l’extérieur : jamais l’eau ne pourra s’élever dans ce vase jusqu’à venir mouiller le fond du côté intérieur, et le flotteur sera toujours écarté de ce fond. 11 est visible que c’est l’air qui occupe cette place, et en inclinant un peu le verre, on le voit en effet sous forme de grosses bulles qui viennent sortir et crever à la surface de l’eau après l’avoir traversée.
- C’est à cette pression atmosphérique, dont nous venons de parler, qu’est due la permanence des liquides à la surface du globe; c’est elle qui met obstacle à leur réduction en vapeurs; sans elle, nos conditions d’existence seraient tout-à-fait changées ; c’est elle encore qui produit l’ascension de l’eau dans les corps de pompe, ainsi que celle du mercure dans le baromètre, instrument inventé en 1668 par Toricelli, élève’de Galilée, et qui sert, comme son nom l’indique ( mesure de la pesanteur), à mesurer cette pression. Cette force fait équilibre, dans les circonstances ordinaires, à une colonne d’eau de 10 mètres 4 décimètres de hauteur, ou à une colonne de mercure de 76 centimètres (1).
- Je passe rapidement, Messieurs, sur ces propriétés physiques si curieuses de l’air, parce qu’elles vous seront exposées avec détail dans le cours de physique, et j’arrive immédiatement à celles qui ressortent plus particulièrement de mon enseignement.
- L’air est transparent, mais non absolument incolore ; il a une teinte bleue, mais cette teinte est si faible, qu’on ne l’aperçoit que lorsqu’il est vu en grande masse. S’il n’y avait pas d’air, ou du
- _ (1) Chaque point de notre peau est pressé perpendiculairement à sa surface par une force égale à celle d’une colonne de mercure de 76 centimètres de hauteur. Or, comme le centimètre cube de mercure pèse 13 grammes et demi, chaque centimètre carré de la surface de notre corps porte sans cesse, etànotre insu, plus d’un kilogramme de charge. Nous sommes donc perpétuellement pressés de toutes parts, en dehors, par des forces dont l’ensemble produit, sur un homme de taille ordinaire, environ 16,000 kilogrammes. Toutes ces forces dépréssion, agissant dans divers sens, ne s’a joutent pas, mais chacune s’exerce sur une partie séparée, qui est destinée par la nature à résister à cette charge. Ce poids énorme semble incroyable, mais l’habitude nous y a rendus insensibles. Si on le supprimait, nous ne pourrions vivre, parce que cette pression permanente est nécessaire à notre existence ; notre corps a été organisé pour cet état de choses. Notre corps plongé dans l’air est, il est vrai, pressé de toutes paris par l’air qui l’entoure ; mais chaque pression en trouve une autre contraire qui réagit et la détruit, parce que tous les solides et les liquides dont le corps de l’homme est formé servent à transmettre cette pression.
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- moins s’il était complètement invisible, le ciel serait sans éclat et sans couleur : il paraîtrait comme une voûte noire où l’on verrait les astres briller pendant le jour avec le môme éclat que pendant la nuit; nos regards plongeraient dans une obscurité indescriptible, et la lumière du jour frapperait notre terre d’une manière fort inégale; au lieu que les rayons lumineux, étant réfléchis par l’atmosphère, contribuent à rendre la lumière plus vive et à la distribuer avec plus d’uniformité. Lorsque du sommet d’une haute montagne on contemple le ciel, il paraît d’autant plus foncé qu’on s’élève davantage, parce qu’alors l’atmosphère devient plus basse, et que l’espace obscur qui l’entoure rend sa couleur plus sombre. Le passage de la couleur du ciel du bleu foncé au bleu clair, et enfin presqu’au blanc, tient aux vapeurs aqueuses qui nagent dans l’air, sont éclairées par le soleil et réfléchissent sa lumière. Plus ces vapeurs sont abondantes dans l’atmosphère, plus aussi elle paraît bleue, et réciproquement. C’est, ce qui explique pourquoi elle a une teinte plus claire le matin et le soir, et une teinte plus foncée à midi et pendant la nuit, surtout en hiver.
- L’air n’a aucune odeur tant qu’il est pur. Son insipidité a été contestée par beaucoup de physiciens. Nos organes, habitués à son impression, n’y trouvent point de saveur, et ce n’est que par les sensations douloureuses qu’il produit sur l’enfant nouvellement né, sur les plaies découvertes et sur les nerfs des animaux , que nous acquérons la preuve que son contact n’est pas sans effet.
- On dit que l’air est froid quand le thermomètre ne marque que 4° au-dessus de 0°; il est tempéré quand l’instrument s’élève davantage. Ce n’est que lorsque celui-ci indique 25« et au-dessus que l’air doit être regardé comihe chaud. Il s’approche alors de la température de notre corps, qui est de 37° à-peu-près dans tous les pays.
- Cet air, que nous connaissons bien actuellement dans ses principales propriétés, est-il un élément, c’est-à-dire un corps simple, ainsi que les anciens l’avaient admis en principe ? C’est ce qu’il s’agit maintenant d’examiner.
- Ce n’est qiie fort tardivement qu’on s’occupa de la nature intime de l’air, et déjà la plupart de ses propriétés mécaniques étaient reconnues, qu’on ignorait encore sa véritable composition. Dès le ixe siècle, l’arabe Geber avait constaté que le plomb et l’étain augmentent de poids pendant leur calcination dans l’air, et il avait attribué cette augmentation à la fixation de certaines particules aériennes; Eck de Sulzbach, en 1489; Paracelse et Agricola, au xvie siècle; Jean Rey, en 1630; puis, plus tard,
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- Boyle, Priestley, le père Beccaria avaient bien reconnu que l’air est absorbé par les métaux chauffés dans son sein, mais aucun expérimentateur n’avait recherché si cette absorption est complète ou partielle, lorsque l’illustre Lavoisier, né à Paris, en 1743, résolut de décider cette question. À l’aide d’expériences aussi ingénieuses que délicates, ce grand homme, qu’aucune renommée n’éclipsera jamais, car c’est lui qui a créé, pour ainsi dire, la chimie moderne, s’assura que les métaux chauffés au contact de l’air n’absorbent qu’une partie de ce fluide; que la partie de l’air absorbée offre des caractères très-différens de ceux que possède la partie non absorbée; enfin, il démontra, d’une manière irrécusable, que ce prétendu élément résulte du mélange de deux gaz, qu’il désigna par les noms d’OxYGÈNE et d’AzoTE.
- Voici l’expérience capitale à l’aide de laquelle Lavoisier convainquit les chimistes de son tems de la nature complexe de l’air. Cette grande découverte date de 1774.
- Il enferma dans un ballon de verre (M), dont le col recourbé s’élevait jusqu’au haut d’une cloche (C) placée sur un bain de mercure ou vif-argent (N), un poids déterminé de ce métal bien pur, et il tint note de la quantité d’air qui remplissait tout l’inté-
- rieur de l’appareil. Il chauffa le ballon pendant douze jours à une température voisine du point d’ébullition du mercure, c’est-à-dire 360° du thermomètre centigrade. Une portion de l’air fut absorbée peu-à-peu par le métal, qui se recouvrit d’une foule de petites parcelles rouges. L’air qui restait dan& l’appareil, après que l’absorption fut terminée, n’était plus propre à la respiration ni à la combustion, car les animaux qu’on y introduisait périssaient en peu d’instans, et les lumières s’y éteignaient sur-le-champ, comme si on les eût plongées dans de l’eau. Ayant recueilli avec soin la matière rouge qui s’était formée pendant l’opération, et l’ayant chauffée à 400° dans une petite cornue en
- verre à laquelle était adapté un appareil propre à recevoir les produits liquides ou aériformes qui pourraient se dégager, il vit cette matière reprendre peu-à-peu les caractères du mercure, en laissant exhaler un gaz beaucoup plus propre que l’air de l’atmosphère à entretenir la combustion et la respiration des animaux; en effet, une bougie plongée dans ce gaz y répandait un éclat éblouissant ; le charbon,
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- au lieu de s’y consumer paisiblement comme dans l’air ordinaire, y brûlait avec une vivacité de lumière que les yeux avaient peine à supporter.
- « En réfléchissant sur les circonstances de cette expérience, dit l’illustre chimiste, on voit que le mercure, en se calcinant, absorbe la partie salubre et respirable de l’air; que la portion d’air qui reste est une espèce de mofette {1) incapable d’entretenir la combustion et la respiration; l’air de l’atmosphère est donc composé de deux fluides élastiques de natures différentes et pour ainsi dire opposées. Une preuve de cette importante vérité, c’est qu’en recombinant les deux fluides élastiques qu’on a ainsi obtenus séparément, on reforme de l’air en tout semblable à celui de l’atmosphère, et qui est propre, à-peu-près au môme degré, à la combustion, à la calcination des métaux et à la respiration des animaux. «
- La partie salubre et respirable de l’air est ce que nous appelons Oxygène, gaz que le chimiste anglais Priestley avait déjà obtenu libre, vers le milieu de l’année 1774; la partie irrespirable est ce que nous nommons Azote , que le botaniste Rutherford, d’Edimbourg, avait reconnu dès 1772.
- Depuis cette découverte, qui opéra une si grande révolution dans les principes de la science, les expériences multipliées des chimistes de tous les pays ont démontré que l’air atmosphérique, toutes les fois qu’il est en parfaite liberté, qu’il soit pris dans les profondeurs les plus considérables ou au sommet des plus hautes montagnes, dans la région des nuages, à la surface des mers ou dans l’intérieur des. continens, est, partout et dans toutes les
- saisons, composé de la môme manière; qu’il renferme
- en poids en volume
- Oxygène. . . . . 2,301 20,81
- Azote 7,(>99 79,19
- 10,000 100,00
- ou en nombres plus simples 1/5 de son volume d’oxygène et4/5 d’azote.
- Pour qu’il ne reste plus aucun doute dans vos esprits sur cette grande vérité, nous allons faire une expérience décisive et frappante; et pour cela* nous recourrons à l’emploi d’un corps bien connu, le phosphore, que les enfans font servir à leur amuse-
- (1) On donnait autrefois le nom générique de mofettes ou mophettes, ou mou-phettes, aux exhalaisons ou vapeurs malfaisantes et même meurtrières qui se dégagent de la terre et infestent les lieux souterrains, particulièrement les mines dans lesquelles l’air n’est pas suffisamment renouvelé. Ce sont des gaz de différentes espèces qui, tous, sont contraires à la respiration.
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- ment en traçant avec lui des caractères qui ne sont visibles que dans l’obscurité. Ce corps en contact, môme à froid, avec l’air atmosphérique, lui enlève tout son oxygène et laisse l’azote en liberté. Il agit donc comme le mercure, mais avec cette différence que son action est terminée en quelques heures.
- Introduisons donc sous une cloche graduée, placée sur un hain de mercure, 100 volumes d’air, puis un peu d’eau et un cylindre de phosphore attaché à un fil de fer souple ; abandonnons le tout pendant quelques heures. Nous reconnaîtrons que l’absorption de l’oxygène est complète lorsque le phosphore ne paraîtra plus lumineux dans l’obscurité. Si, alors, nous retirons le cylindre hors de la cloche, nous constaterons aisément que les 100 volumes d’air ont été réduits à 79,19, et que le résidu dans lequel on plonge une allumette enflammée l’éteint aussitôt, ce qui nous indique que ce n’est plus de l’air, mais de l’azote qui constitue ce résidu. Il y a donc eu 20,81 volumes d’air absorbés; c’est l’oxygène dont le phosphore s’est emparé pour former avec lui un composé que nous étudierons plus tard.
- Ce que l’analyse vient de vous démontrer, la synthèse le confirme. Il est évident que si l’air est bien composé ainsi que nous venons de le dire, nous devrons, en mêlant dans un vase de l’oxygène et de l’azote dans les rapports de 1 à 4, obtenir un fluide en tout semblable à l’air ordinaire, c’est-à-dire propre à . la combustion des bougies et à la respiration des animaux. C’est, en effet, ce qui a lieu, comme vous le voyez. Rien n’est donc plus convaincant.
- Si, maintenant, nous examinons en particulier les deux principes constituans de l’air, de nouveaux faits non moins intéres-sans que les premiers vont nous apparaître.
- Nous l’avons déjà dit, Toxygène et I’azote possèdent des propriétés tout-à-fait opposées.
- Voici deux cloches, dont l’une renferme de l’oxygène, et l’autre de l’azote; l’œil ne saurait établir entre ces gaz aucune différence; mais si nous introduisons une bougie enflammée dans la cloche remplie d’azote, elle s’y éteindra à l’instant, tandis que, plongée dans la cloche d’oxygène, elle y brûlera avec un éclat tout nouveau; il y a plus : cette bougie presque éteinte s’y rallumera tout-à-coup en produisant une flamme bien autrement intense que celle qu’elle répandait dans l’air ordinaire.
- Si, prenant actuellement deux otseaux pleins de vie, nous faisons passer l’un dans une grande cloche pleine d’oxygène, et l’autre dans une cloche remplie d’azote, nous verrons le premier poursuivre son existence en manifestant par des mouvemens
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- énergiques que la vie chez lui se trouve accélérée, tandis que l’autre tombera bientôt asphyxié.
- Puisque, dans l’air ordinaire, la bougie brûle, que l’oiseau y vit sans manifester aucune sensation extraordinaire, nous en concluerons que c’est «à l’oxygène contenu dans cet air qu’il faut rapporter la propriété que ce fluide possède d’entretenir la combustion et la respiration. Et, en effet, toutes les expériences démontrent que l’oxygène est l’agent indispensable de la combustion des bougies, dubois et autres corps combustibles, comme aussi il est l’agent nécessaire de la vie de tous les êtres à la surface du globe. C’est pour cette raison que le célèbre Condorcet lui donna, dès l’origine de sa découverte, le nom d’air vital, et Lavoisier celui d’air éminemment respirable.
- Les animaux vivent beaucoup plus long-tems au sein du gaz oxygène que dans un volume égal d’air atmosphérique, mais leur respiration devient plus active et plus laborieuse, leur circulation s’accélère, et ils meurent avant que tout l’oxygène soit consommé, bien que d’autres animaux de la même espèce, placés dans ce résidu, après la mort des premiers, puissent encore s’y maintenir en vie pendant un certain tems. Cette mort est occasionnée par la grande excitation que produit l’oxygène dans les poumons, excitation qui en use rapidement les ressorts, qui les désorganise , comme le démontre l’état de violente inflammation que présentent ces organes. On explique très-bien, à l’aide de ces connaissances, pourquoi la position des personnes atteintes du mal de poitrine s’aggrave beaucoup lorsqu’elles respirent de l’oxygène pur ou même de l’air atmosphérique accidentellement plus riche en ce principe. Ce n’est donc pas sans une haute prévoyance que l’auteur de la nature a tempéré la trop grande action de cet oxygène qui nous entoure, en le mêlant avec quatre fois son volume de gaz azote, qui n’agit ici que mécaniquement. Il en est de l’air comme de l’eau rougie : c’est un agent trop énergique, qu’on affaiblit par l’addition d’un corps qui n’a, pour ainsi dire, pas d’effet sur notre organisation.
- L’oxygène est, sans contredit, l’élément le plus important, car il intervient à chaque instant dans la plupart des phénomènes chimiques, et fait partie du plus grand nombre des composés examinés jusqu’à ce jour; les matières végétales et animales, à très-peu d’exceptions près, en contiennent des proportions plus ou moins grandes. Son étude se rattache donc à celle de tous les corps simples et composés; aussi l’a-t-on nommé depuis long-tems l'élément par excellence. C’est de l’époque où il a été connu que date le perfectionnement delà théorie chimique, et l’on peut dire qu’il n’y a pas eu jusqu’à ce moment de découverte aussi brillante et aussi féconde en grands résultats.
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- Ce gaz manifeste une très-grande affinité pour tous les autres élémens, et, lorsqu’il se combine avec eux , on remarque toujours que, pendant la combinaison, il s’opère un dégagement de chaleur, souvent même un dégagement de lumière; or, comme ce sont là des propriétés communes aux bois, aux charbons, aux graisses et aux huiles, qui de tout tems ont été connus sous le nom de combustibles, par analogie, on a appliqué cette dénomination à tous les élémens autres que l’oxygène : on les nomme donc Corps combustibles ou oxygénables ; et, par le môme motif, on a appelé l’oxygène Soutien de la combustion ou Corps comburant. L’acte de la fixation de cet élément sur les autres a reçu le nom général de Combustion.
- Pour vous montrer, Messieurs, l’action énergique de l’oxygène sur les corps combustibles, nous allons répéter 1 une des expériences les plus belles de la chimie moderne, pratiquée pour la première fois par le chimiste anglais Ingenhouz. Elle consiste à plonger dans un flacon plein de ce gaz un ressort de montre à l’extrémité duquel se trouve fixé un morceau d’amadou à peine allumé. Aussitôt vous voyez l’amadou brûler avec flamme, et bientôt l’inflammation se communique au ressort d’acier, qui projette en sifflant une multi-Jtude de globules étincelans. La combustion de l’acier se continue avec la môme intensité tant qu’il y a de l’oxygène dans le flacon, mais peu-à-peu elle s’affaiblit et s’arrête enfin, parce que le gaz a été complètement absorbé par le métal. Les globules lumineux qu’il lance pendant son incandescence consistent en une combinaison de fer et d’oxygène , que la haute température produite par la fixation du gaz sur le métal fait entrer en fusion; et en tombant sur les parois du verre, ces globules s’y enfoncent profondément, quelquefois même les traversent ; il est rare que le flacon dont on se sert résiste à cette élévation brusque de température.
- Lorsqu’il se combine avec les corps combustibles, l’oxygène change de propriétés et produit des composés qu’on appelle » d’une manière collective, Corps brûlés ou oxygénés. On les
- > partage en deux grandes classes, en raison de leurs propriétés
- i tout-à-fait opposées.
- 3 Les uns ont une saveur aigre plus ou moins prononcée, et font
- 3 passer au rouge la couleur bleue du Tournesol, matière colorante
- particulière, sur laquelle nous reviendrons plus tard, î Les autres, dépourvus de saveur ou en possédant une âcre et
- t caustique, sont sans action sur cette couleur, ou la ramènent
- >i au bleu quand elle a été primitivement rongie par les premiers,.
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- et quelquefois encore ils verdissent la teinte bleue des lleurs de violettes.
- Les premiers composés ont reçu le nom générique d’ACIDES y les seconds celui d’OXYDES.
- Un même corps simple peut former, en s’unissant avec l’oxygène, plusieurs aeides et plusieurs oxydes.
- Dans le premier cas, on désigne un acide par le nom du corps simple uni à l’oxygène, en le faisant suivre de la terminaison iqae ou eux, et précéder du mot générique acide. La terminaison iquc désigne alors l’acide qui renferme le plus d’oxygène; celle en eux s’applique à celui qui en contient le moins. Ainsi, le soufre, l’arsenic, formant deux acides différemment oxygénés, on dit: Acide Sulfurique, Acide Arsenique et Acide Sulfureux, Acide Arsénieux.
- Pour les oxydes, c’est le même artifice de langage qu’on emploie. Quand le corps combustible n’en produit qu’un seul, le nom de ce dernier se forme en ajoutant, après le mot générique oxyde, le nom du corps combustible terminé en ique. Ainsi, l’unique combinaison de l’argent avec l’oxygène s’appelle oxyde Argen-tique, ou simplement oxyde d’Argent. S’il y a deux oxydes du même corps, le plus oxygéné prend la terminaison ique, le moins oxygéné la terminaison eux. Exemple : Oxyde Ferrique, oxyde Ferreux. S’il y en a trois, on donne à l’oxyde ïe plus riche en oxygène le nom de Suroxyde', on dit alors : Oxyde Manganeux pour le premier degré d’oxydation du manganèse, oxyde Manganique pour le second, et suroxyde Manganique pour le dernier. Le nom de Peroxyde s’applique aussi fort souvent au dernier degré d’oxydation d’un corps, que ce soit le second ou le troisième; ainsi, on dit indifféremment : Oxyde Ferrique ou Peroxyde de fer; Suroxyde manganique ou Peroxyde de manganèse.
- Vous voyez, Messieurs, avec quelle facilité, à l’aide d’expressions ou de terminaisons bien claires, on parvient à désigner une * foule de composés que, sans cet artifice de langage, il eût été assez difficile de bien distinguer les uns des autres. Ceci n’est qu’une partie delà nomenclature moderne, dont nous développerons les règles à mesure que le besoin s’en fera sentir.
- Revenons maintenant à l’air atmosphérique et à ses deux com-posans.
- L’Azote, dont le nom signifie qu’il ne peut entretenir la vie, est remarquable en ce qu’il n’a que des caractères négatifs ; bien différent de l’oxygène sous ce nouveau rapport, il ne peut s’unir directement avec les autres élémens, et ce n’est que par des voies détournées qu’on parvient à l’enchaîner dans une combinaison. 11 suit de là que les propriétés chimiques de l’air, c’est-à-dire la manière dont il se comporte avec les autres corps, sont unique-
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- ment dues à l’oxygène qu’il contient. Ainsi, dans toutes les applications qu’on fait de ces propriétés aux arts, c’est l’oxygène qui agit ; l’azote n’intervient jamais : c’est un être tout passif.
- Par conséquent, lorsque l’air attaque certaines substances, corrode et ronge les métaux, détruit les couleurs qui ornent nos tissus, c’est l’oxygène qui est le principe actif de ces effets. Les toiles qu’on veut blanchir complètement sont, ainsi que vous le savez, exposées, à plusieurs reprises et pendant plus ou moins de tems, sur le gazon des prairies, à l’action des agens atmosphériques. Eh bien ! c’est encore l’oxvgène qui, dans ce cas, fait disparaître les matières étrangères qui masquaient la blancheur des fibres du tissu.
- A chaque instant, dans la teinture, les propriétés de l’oxygène de l’air sont utilisées. C’est lui, par exemple, qui est la cause de la coloration en bleu que prend une étoffe qui a été plongée dans une cuve d’indigo. Cette matière colorante, qui est d’un bleu violet à l’état de pureté, perd dans la cuve la majeure partie ou la totalité de son oxygène, et se trouve alors décolorée; mais dès qu’elle a le contact de l’air, elle reprend à ce fluide l’oxygène qu’elle avait perdu, et repasse au bleu primitif. Telle est l’explication du phénomène que présentent le coton, la laine et la soie qu’on a plongés dans une cuve d’indigo et qu’on expose ensuite à l’air libre : de jaune qu’était l’étoffe au sortir du bain, elle devient successivement verte, puis bleue.
- Une pente de coton introduite dans une dissolution de couperose, tordue, puis immergée dans un bain froid de lessive de potasse, prend une teinte d’un vert sale; mais bientôt, au contact de l’air, cette nuance passe à la couleur de rouille et se fixe. C’est ainsi qu’on obtient toutes les nuances de jaune de'rouille, connues sous les noms de beurre frais, ventre de biche, nankin, etc. C’est encore l’oxygène de l’air qui, dans cette circonstance, a opéré la coloration du tissu en rouille, en se fixant sur l’oxyde ferreux que la potasse avait précipité sur le fil imprégné de couperose.
- Ces quelques exemples vous montrent, Messieurs, toute l’im-portance qu’il faut accorder à l’étude de l’oxygène, et par suite à celle de l’air, et vous éclairent sur l’étendue du rôle que joue cet agent dans la plupart des réactions qui se passent autour de nous.
- Si, comme nous l’avons dit plus haut, l’azote ne prend aucune part aux effets qu’exerce l’air atmosphérique sur les différens corps soumis à son action, il ne faut pas croire toutefois que cet élément n’offre aucun intérêt. Son rôle dans l’harmonie de la nature ne laisse pas, au contraire, que d’être assez important, puisqu’il forme les 4/5 du poids de l’atmosphèr terrestre, et qu’i 1 est un des matériaux essentiels du plus grand nombre des sub-
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- stances animales et de quelques-unes de celles du règne végétal; mais nous ne pouvons que soupçonner la manière dont il intervient dans la production des phénomènes naturels qui, par leur grandeur et leur multiplicité, confondent notre raison. Sa présence dans les matières alimentaires paraît indispensable à la nutrition des carnivores, puisque, d’après les expériences de M. Magendie, ces animaux s’affaiblissent progressivement et meurent au bout d’un certain tems, lorsqu’on ne les nourrit qu’avec des matières dépourvues d’azote.
- Une chose à noter, c’est que ce gaz existe dans l’intérieur de l’estomac et des intestins de l’homme, à l’état de santé ou de maladie, dans la vessie natatoire des poissons, et en quantité d’autant plus grande par rapporté l’oxygène, que ces poissons vivent le plus près de la surface de l’eau; qu’il est un des produits con-stans de l’exhalation des animaux; enfin, qu’il se dégage pur, ou presque pur, d’une infinité de sources thermales, notamment des eaux minérales sulfureuses.
- Sous ces différens rapports, l’étude de l’azote mérite quelque attention.
- Une question capitale, relativement «à la constitution chimique de l’air de l’atmosphère terrestre, a été agitée dans ces derniers tems. On s’est demandé si cet air, indispensable à l’existence de tous les êtres vivans actuellement à la surface du globe, demeurerait toujours ce qu’il est ; si enfin la permanence de sa composition était assurée dans l’avenir des siècles.
- Les faits acquis à la science depuis près d’un demi-siècle permettent , jusqu’à un certain point, de résoudre affirmativement cette question. Ce qu’il y a de certain, c’est que depuis 42 ans, les rapports de l’oxygène et de l’azote n’ont pas changé. L’analyse de l’air, faite avec le plus grand soin par MM. Dumas et Boussingault, au commencement de 1841, confirme la composition de l’air admise parles chimistes français, depuis 1805, à la suite des belles expériences de MM. de Humboldt et Gay-Lussac, puisqu’à ces deux époques si distantes on a trouvé qu’un volume déterminé d’air renferme 1 /5 d’oxygène et 4/5 d’azote.
- Ce qui prouve surabondamment que la constitution chimique de l’air n’a pas changé depuis 42 ans, et ce qui conduit à admettre que cette constitution sera toujours la même, c’est que le poids du litre d’air sec, à la température de 0°, est encore aujourd’hui le même qu’il y a 42 ans. En effet, à cette époque, MM. Biot etArago ont reconnu qu’un litre d’air pesait 1 gramme 2,991, et MM. Dumas et Stas ont trouvé, en 1840, 1 gramme 2,995 pour le poids du même volume; la légère différence est dans les limites des erreurs de pesée.
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- Les analyses faites sur de l’air recueilli par M. Gay-Lussac dans un voyage en ballon à 7,000 mètres de hauteur, sur de l’air recueilli par M. Boussingault dans les montagnes les plus élevées de l’Amérique Méridionale, sur de l’air puisé au sommet du Faulhorn, dans les Alpes, par M. Brunner; les analyses faites anciennement par Dalton en Angleterre, tout récemment à Genève par M. de Marignac, à Copenhague par M.Levy, à Bruxelles par M. Stas, à Groningue par M. Yerver, confirment les analyses de MM. Dumas et Boussingault, et montrent que partout, dans les latitudes éloignées, à des époques assez distantes et à des hauteurs fort différentes , le rapport de l’oxygène et de l’azote dans l’air est invariable à 1 millième près.
- Mais puisque les êtres vivans, animaux et plantes, ne peuvent continuer leur existence sans absorber l’oxygène de l’air, puisque la combustion des matières qui servent à nous chauffer et â nous éclairer ne peut avoir lieu sans l’oxygène atmosphérique qui est également absorbé par elles, puisque la destruction spontanée des matières organiques privées de vie ne peut s’effectuer sans le concours de ce même oxygène, il en résulte qu’à chaque instant, autour de nous, il se fait une énorme consommation de ce gaz ; et cependant ses proportions ne semblent pas diminuer dans l’atmosphère. C’est qu’à chaque instant aussi les pertes que l’atmosphère éprouve en oxygène sont compensées par de nouvelles quantités de ce gaz qui y arrivent, et c’est aux végétaux, ainsi que nous le verrons bientôt, qu’il a été donné de le régénérer. 11 est possible, sans doute, que, dans beaucoup de localités, la reproduction de l’oxygène ne soit pas en rapport avec sa déperdition ; c’est ce qui arrive partout ou il s’en fait une grande absorption par la respiration ou la combustion. Mais cet effet ne peut être que partiel et momentané ; car la grande mobilité du fluide aérien rétablit bientôt l’équilibre sur tous les points : les vents, qui brassent l’atmosphère en tous sens, en mêlent les élémens, et l’on y trouve partout, et dans des proportions à-peu-près constantes , les principaux fluides qui la composent.
- Il n’y a, sachez-le bien, Messieurs, ni création ni destruction d’aucun élément dans les opérations de la nature. Les nombreux phénomènes de combinaison et de décomposition qui ont lieu à la surface du globe ne présentent qu’un déplacement continuel de principes et de nouvelles combinaisons qui se forment d’après des lois fixes, éternelles, immuables ; ainsi, la nature se régénère sans s’appauvrir, et la matière n’éprouve que des changemens qui se reproduisent périodiquement et uniformément, surtout dans les corps organisés.
- Jusqu’ici nous avons considéré l’air de l’atmosphère comme
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- uniquement formé d’oxygène et d’azote. Sans doute ces gaz sont les principes essentiels de ce fluide , mais ils ne s’y rencontrent jamais seuls. On y trouve toujours de la vapeur d’eau en proportions variables , et un autre gaz nommé acide carbonique, dont la quantité, d’ailleurs, est assez faible, puisqu’elle dépasse rarement un demi-millième du volume de l’air. Momentanément encore l’atmosphère renferme des substances étrangères à sa nature, comme, par exemple, des gaz ou des vapeurs provenant de la décomposition des matières organisées privées de vie, ou de certaines opérations chimiques pratiquées dans les fabriques ou les laboratoires ; des miasmes ou émanations putrides dont l’origine et la nature nous sont très-peu connues, mais dont la présence est accusée par les effets destructeurs qu’ils exercent sur notre organisation ; enfin des fines particules des corps qui sont à la surface de la terre, et qui restent en suspension au sein de l’air, en raison de leur extrême division.
- Il est aussi curieux qu’utile de jeter un coup d’œil sur ces différentes substances hétérogènes, et d’apprécier les inconvéniens de leur présence dans l’air que nous respirons. Avant tout, il faut étudier Y acide carbonique, qu’on peut regarder Jusqu’à un certain point, comme un des principes de l’air, puisque celui-ci en contient toujours.
- TROISIÈME LEÇON.
- Suite «le l’Air.
- Sommaire. —Élude de 1’Acide carbonique. — Sa manière d’êlre dans la nature.
- — Ses propriétés délétères. — Moyens d’assainir les lieux qui en contiennent. — Des miasmes. — Des causes qui vicient l’air. — De la Respiration.
- — Principes de ventilation. — Théorie de la respiration et source de la chaleur animale.
- De l’Acide carbonique.
- Le nom de ce composé indique assez sa nature et la classe à laquelle il appartient; il est formé d’oxygène et de Carbone, c’est-à-dire de charbon pur, et il rougit la couleur du tournesol.
- Sa découverte a eu la plus heureuse influence sur les progrès de la chimie, car c’est de cette époque que datent les travaux sur les fluides élastiques et la distinction de plusieurs d’entre eux,
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- confondus auparavant avec l’air atmosphérique. 11 n’est donc pas sans intérêt de vous exposer tout ce qui a rapport à l’historique de l’acide carbonique, qui est l’origine de la chimie pneumatique ou des gaz.
- Suivant Fourcroy, un des plus célèbres contemporains de Lavoisier, les anciens auraient connu l’acide carbonique, car il pense que la vapeur pestilentielle qu’ils avaient désignée sous le nom de spiritns lethalis (souffle mortel), n’était autre chose que ce gaz; mais cette supposition paraît peu fondée. Quoi qu’il en soit, c’est Paracelse et Van-Helmont qui, les premiers, s’aperçurent qu’il s’échappe, dans certaines circonstances, un gaz de la pierre calcaire. Paracelse lui donna les noms d'esprit des bois, esprit sauvage, et Van-llelmont ceux de gaz Sylvestre, et plus simplement de gaz. Ce dernier alchimiste avait aussi remarqué que,pendant la fermentation vineuse, il se dégage un air particulier, qu’il reconnut pour être le même que celui qui sort de terre, dans la Grotte-du-Chien, près de Naples, et que la vapeur mortelle exhalée par les charbons en combustion. Haies détermina la quantité d’air provenant des pierres calcaires, et démontra que cet air est une de leurs parties constituantes. Boërhaave l’obtint par l’effervescence saline dans le vide et le confondit avec l’air atmosphérique. Frédéric Hoffmann en constata la présence dans les eaux minérales acidulés, et l’appela vapeur acide,principe éthéré. Venelle fixa le premier, en 1755, dans l’eau pure, et imita une eau minérale gazeuse en y dissolvant le produit élastique d’une effervescence, quoiqu’il s’efforçât de •prouver que c’était de l’air.
- Le docteur Black, chimiste écossais, examina avec sagacité, en 1757, les substances qu’on appelait alors chaux, magnésie et alcalis, et découvrit qu’elles consistent en terres particulières combinées avec un air spécial qui leur fait perdre leur causticité. Il désigna cet air, qu’il regardait comme fixé dans ces corps, par le nom d'air fixe, et s’assura qu’il est identique au gaz provenant de la combustion du charbon et de la fermentation. Dans l’hiver de 1763, il fit une expérience qui aurait dû lui apprendre que ce gaz est un des produits de la respiration des animaux, puisqu’il dulcifia de la soude caustique, c’est-à-dire lui fit perdre sa saveur brûlante, en l’exposant sur une toile à l’ouverture supérieure d’une église dans laquelle 1,500 personnes avaient séjourné pendant environ dix heures.
- Les chimistes anglais Cavendish et Priestley firent ensuite beaucoup de recherches sur ce gaz, et signalèrent un grand nombre de ses propriétés. Keir, qui le premier l’envisagea comme un acide, l’appela acide crayeux ou acide de la craie. Priestley soupçonna qu’il fait partie de l’atmosphère, et le Suédois Berg-
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- mann, qui s’en assura, lui donna le nom d'acide aérien. Bewdly le nomma ensuite air Méphytique, gaz ou acide Méphytique, par la raison qu’il ne peut servir à la respiration.
- Jusqu’alors la composition de cet acide était demeurée inconnue : Priestley et Bergmann le regardaient comme un élément; d’autres crurent qu’il était le principe acidifiant. Cavendish avait bien entrevu qu’il est formé de la partie pure du charbon et d’air vital (oxygène); mais ce fut Lavoisier qui, en 1776, mit cette vérité hors de doute, et détermina la proportion de ses principes constituans. Il reconnut qu’il faut 72 parties d’oxygène en poids pour en saturer 28 de charbon, et que l’acide aériforme produit a une pesanteur justementégale à la somme du poids du charbon et de l’oxygène qui ont servi à le former. Les expériences multipliées d’un grand nombre de chimistes n’ont fait que confirmer cette brillante découverte. Ce fut Lavoisier qui donna au gaz qui nous occupe le nom d'acide Carbonique, qu’il a toujours conservé.
- Voici comment on peut démontrer que le charbon, en brûlant au sein du gaz oxygène, donne naissance à de l’acide carbonique. On plonge dans un flacon plein de ce gaz un petit cône de charbon allumé par le bout; aussitôt une combustion des plus vives s’opère; le cône de charbon devient resplendissant de lumière et se trouve consumé en peu d’instans. La chaleur qui se développe est tellement considérable, qu’une partie de charbon peut, d’après M. Despretz, porter à la température de l’ébullition 79 parties d’eau à 0(>, ou fondre 104 parties de glace. Après la combustion, le gaz du flacon a changé totalement de caractères :• il éteint les corps enflammés, rougit la teinture de tournesol, blanchit l’eau de chaux ; en un mot, ce n’est plus que du gaz acide carbonique.
- Un fait curieux, c’est que le volume de l’acide carbonique produit est exactement le même que celui du gaz oxygène absorbé parle charbon, en sorte qu’un litre d’acide carbonique contient un litre d’oxygène. C’est, sans doute, quelque chose de surprenant que devoir un corps solide et noir comme le charbon disparaître entièrement et se dissoudre dans un fluide invisible; au reste, il y a en chimie mille exemples d’un phénomène semblable.
- Le gaz acide carbonique a des propriétés intéressantes à connaître. Nous venons de dire qu’il éteint les corps en combustion, caractère commun avec l’azote; comme ce dernier encore, il est impropre à la respiration des animaux; son action est môme plus prompte. Que l’on enferme un oiseau, une souris dans un vase de verre, et qu’on verse dans celui-ci du gaz acide carbonique contenu dans lin autre, en peu d’instans l’animal est asphyxié. L’abbé Nollet, qui en a respiré une certaine quantité, lui a
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- trouvé quelque chose d’étouffant et une légère âcreté qui excite la toux et l’éternuement. — Pilatre de Rosier entra dans une cuve de brasseur pleine de gaz carbonique dégagé par la fermentation. Une douce chaleur se fit sentir dans toutes les parties de son corps, et donna lieu à une transpiration sensible; il éprouvait un picotement qui l’obligeait à fermer souvent les yeux. Toutes les fois qu’il essayait de respirer, une suffocation violente l’en empêchait. 11 chercha l’escalier afin de sortir, mais il ne put le trouver assez promptement; la nécessité de respirer devint plus urgente ; il lui prit un étourdissement et un bourdonnement d’oreilles. Lorsqu’il se retrouva dans l’air atmosphérique, il respira à la vérité plus librement, mais pendant quelque temps il ne put rien distinguer ; son visage était d’un bleu pourpre, ses membres étaient affaiblis, et à peine pouvait-il comprendre ce qu’on lui disait ; il parlait avec difficulté. Tous ces symptômes disparurent peu-à-peu. Il répéta plusieurs fois l’expérience, et toujours il éprouva que, tant qu’il restait sans respirer, il pouvait parler et changer de place sans inconvénient, mais que, lorsqu’il se trouvait obligé de respirer, la suffocation se manifestait de nouveau.
- Cette dangereuse expérience vous fait sentir, Messieurs, les risques que courent les vignerons lorsqu’ils descendent dans les cuves pour presser le marc de raisin avec leurs pieds, afin de ranimer la fermentation. Très-souvent on les en retire asphyxiés.
- C’est l’acide carbonique qui détermine, concurremment avec la raréfaction même de l’air, l’asphyxie produite par la combustion du charbon ou de la braise (1) dans les appartements fermés. Il convient donc d’aérer les cuisines, les chambres où l’on allume du charbon , afin de ne point en être incommodé. Séguin a reconnu , par des expériences faites sur lui-même, que, lorsque l’air renferme un 1 / 5 ou un 1 /4 d’acide carbonique, il devient irrespirable et détermine l’asphyxie. Des recherches physiologiques, exécutées dans ces derniers tems par MM. Attumonelli, Collard de Martigny et Bird, il résulte que l’acide carbonique n’agit pas seulement d’une manière négative, en suspendant la respiration par défaut d’oxygène, mais qu’il a une action directe ou délétère sur les nerfs et le cerveau, et qu’il produit tous les symptômes de l’apoplexie. Lorsque l’asphyxie a lieu dans un local peu resserré, où l’air est moins fortement vicié , il y a toujours du délire et des convulsions. M.Esquirol a constaté depuis long-tems cette action
- (1) La braise de boulanger n’est qu’un'charbon éteint et en partie consumé. On se persuade généralement que la braise enflammée n’offre pas le même danger d’asphyxie que le charbon; c’est une erreur qu’il importe de dissiper. Naguère encore plusieurs personnes ont été victimes de cette fausse sécurité et sont mortes asphyxiées par suite des émanations du feu de braise.
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- des vapeurs du charbon sur le cerveau, chez certains ouvriers qu’elle prédispose à la folie (1).
- De ce qui précède il faut conclure qu’on ne saurait prendre trop de précautions pour éviter de respirer les vapeurs du charbon en combustion, et qu’il faut se hâter, lorsqu’une personne est asphyxiée, delà retirer de l’endroit où l’accident a eu lieu, pour lui faire respirer le grand air.
- Nous en savons assez déjàpour comprendre comment l’air d’une chambre où du charbon brûle peut être vicié au point de causer la mort. Le charbon ne peut entrer et se maintenir en combustion sans oxygène; or, il absorbe peu-à-peu celui qui existe dans l’air delà chambre, et le remplace par de l’acide carbonique; il arrive donc un moment, lorsque l’air ne se renouvelle pas, où l’atmosphère de la chambre ne consiste plus qu’en azote et acide carbonique, dans lesquels les animaux ouïes hommes ne peuvent plus vivre. Les maux de tète, les malaises qu’on éprouve parfois inopinément pendant les soirées d’hiver, n’ont souvent d’autre cause que l’altération de l’air de nos appartemens, trop hermétiquement fermés et trop fortement chauffés.
- Le gaz acide carbonique pèse une demi-fois plus que l’air atmosphérique, aussi peut-on le transvaser d’une cloche dans une autre à la manière de l’eau. Qu’on place une bougie allumée au fond d’un vase profond et qu’on incline sur le bord supérieur de celui-ci une éprouvette pleine de cet acide, le gaz descendra jusqu’au fond du vase et éteindra la lumière; il restera pendant long-tems dans la partie inférieure du vase.
- Il rougit faiblement la teinture du tournesol ; il lui donne une teinte de rouge vineux. Si l’on chauffe cette teinture, le gaz se dégage et la couleur bleue reparaît.
- Le gaz carbonique a une saveur aigrelette qu’il communique à l’eau dans laquelle on le dissout. Ce liquide ne se charge, dans les circonstances ordinaires, que d’un volume de ce gaz égal au sien ; mais on peut lui en faire absorber une bien plus grande quantité, jusqu’à six et sept fois son propre volume, au moyen de la compression. Pour cela, à l’aide d’une pompe aspirante et foulante, on fait arriver le gaz dans un vase ou tonneau métallique à parois très-résistantes et rempli d’eau. C’est ainsi qu’on parvient à imiter les eaux naturellement gazeuses acidulés, comme celles
- (1)11 paraît à-peu-près certain aujourd’hui que c’est au moyen du gaz carbonique que les prêtres de l’antiquité déterminaient les convulsions des Pythies, chargées de faire connaître la volonté des Dieux. Cet acide produit, au reste, les effets les plus variés et même les plus contraires sur le système nerveux, car tantôt il cause des spasmes violens, et tantôt il paraît plonger les facultés cérébrales dans une atonie complète. Ce qu’il y a de singulier, c’est, qu’en plaçant une blessure récente dans une atmosphère de ce gaz, on parvient à faire cesser la douleur qu’elle occasionne.
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- de Seltz, de Vichy, de Spa. L’eau saturée, par ce moyen, d'acide carbonique, a une odeur piquante, une saveur aigrelette fort agréable ; elle mousse fortement par l’agitation ou au contact de l’air, parce que l’excès de gaz, introduit artificiellement dans ce liquide, s’échappe avec promptitude dès que la pression qui le maintenait au sein de l’eau n’existe plus; voilà pourquoi les bouchons qui ferment les bouteilles d’eau gazeuse sautent avec bruit lorsqu’on coupe les ficelles qui les retenaient. C’est une cause tout-à-fait semblable qui fait pétiller et mousser le vin de Champagne, le cidre et la bière, liquides qui sont saturés d’acide carbonique par suite de la manière dont on a procédé à leur préparation.
- Pour en revenir à l’eau gazeuse, elle rougit fortement le tournesol , détermine dans l’eau de chaux un trouble blanc qu’un excès du liquide fait disparaître sur-le-champ ; enfin, elle perd tout le gaz qu’elle contient par son exposition à l’air ou dans le vide, par l’ébullition, parla congélation, et elle reprend alors toutes les propriétés de l’eau ordinaire.
- Lorsqu’on débouche une bouteille d’eau saturée d’acide carbonique, aussi bien qu’une bouteille de cidre mousseux, de vin de Champagne,le gaz se dégage avec une vive effervescence, mais le liquide en conserve toujours environ deux volumes de plus qu’il n’en devrait retenir réellement sous la pression atmosphérique ordinaire. Aussi, lorsqu’on laisse tomber dans le liquide une croûte de pain, un morceau de papier chiffonné, ou un corps poreux quelconque, à l’instant l’effervescence recommence, et le liquide abandonne une nouvelle quantité d’acide carbonique. On peut répéter à plusieurs reprises cette expérience, et obtenir à chaque fois un nouveau dégagement. Il y a donc là une espèce d’équilibre instable dont on ne sait pas encore se rendre exactement compte.
- L’acide carbonique est un des acides les plus faibles, c’est-à-dire qu’il peut être facilement chassé, par les autres acides, des corps avec lesquels il est uni ou combiné, comme nous allons vous le démontrer. Les pierres calcaires, la craie, les marbres, l’albâtre, les tufs, les coraux, les coquillages, etc., ne sont autre chose que des composés de chaux et d’acide carbonique. Eh bien ! que l’on verse sur l’une de ces substances quelques gouttes de vinaigre, de jus de citron ou de tout autre liquide acide, il se produira aussitôt ce qu’on appelle en chimie une effervescence, c’est-à-dire un dégagement si instantané d’acide carbonique, qu’une mousse débordera bientôt en dehors du vase où la réaction a lieu. Cet effet est dû à ce que le gaz entraîne avec lui une partie du liquide qu’on a versé sur la pierre. C’est parce que l’acide carbonique a peu d’affinité pour la chaux, que l’acideren-
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- fermé dans le vinaigre ou le jus de citron produit sa séparation, en s’emparant de la terre, avec laquelle il forme un nouveau composé. Toutes les fois donc qu’une pierre ou un minéral fait effervescence avec les acides, et que le gaz de l’effervescence est invisible et presque inodore, vous pouvez en conclure que la substance essayée renferme de l’acide carbonique en combinaison’, que c’est enfin un carbonate, comme on dit en termes techniques.
- Vous avez parfois laissé' tomber par mégarde du vinaigre ou de la limonade sur le marbre d’une cheminée, et vous étiez surpris, sans doute, de voir une tache se former là où le liquide acide avait séjourné. Vous avez maintenant l’explication de ce phénomène qui désole toujours les maîtresses de maison, car la tache ne peut disparaître ni par le frottement, ni par le lavage, puisque c’est une véritable destruction ; il n’y a qu’un poli nouveau qui puisse enlever la trace de l’accident.
- L’effervescence des pierres calcaires au contact d’un suc acide, et notamment au contact du vinaigre, est un fait connu de toute antiquité. C’est à l’aide du vinaigre que l’on attaquait les roches calcaires, pour achever de les briser ensuite avec des maillets de fer.
- C’est en tirant parti de cette action des acides sur les pierres calcaires , qu’on peut se procurer, en peu d’instans, une grande quantité d’acide carbonique. Voici le procédé fort simple qu’on met en usage dans les laboratoires.
- On introduit dans un flacon à deux ouvertures ou tubulures un certain nombre de petits frag-mens de marbre blanc, puis assez d’eau pour les recouvrir d’une épaisseur de quelques centimètres. On ferme l’une des ouvertures du vase avec un bouchon traversé dans son milieu par un tube droit, qui plonge presque jusqu’au fond, et qui est terminé en haut par un petit entonnoir. Un autre tube passe dans la seconde tubulure, mais sans pénétrer aussi profondément; ce second tube est deux fois recourbé à angle droit, et il est destiné à conduire le gaz sous une cloche remplie d’eau, placée dans une terrine pleine du même liquide.
- Si, maintenant, à l’aide du tube droit à entonnoir, on verse dans le flacon un acide quelconque, de l’acide chlorhydrique ou esprit de sel, par exemple, l’acide produit aussitôt, au contact du marbre, une effervescence très-vive, et met en li-
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- bertéle gaz acide carbonique contenu dans la pierre. Ce gaz, en s’accumulant dans le flacon, en chasse bientôt tout l’air, puis se répand lui-même au dehors et vientremplir les cloches pleines d’eau, qu’on place successivement au-dessus du tube à dégagement, et, tant qu’il y a du marbre et de l’acide dans le flacon, l’écoulement du gaz carbonique ne s’arrête pas. Avec 32 grammes de marbre, il est facile de recueillir ainsi, en quelques minutes, plusieurs litres de gaz. Vous concevez qu’à la place du marbre on peut mettre dans le flacon toute autre pierre calcaire, notamment de la craie, qui est si commune. Mais c’est le marbre blanc qui donne, le gaz le plus pur et le moins odorant. — On reconnaît (pie ce gaz est pur, c’est-à-dire non mélangé d’air, lorsqu’il est absorbé complètement par une dissolution de potasse, et qu’il trouble fortement l’eau de chaux, qui devient blanche comme du lait. Ce dernier caractère sert à distinguer le gaz acide carbonique du gaz azote, qui tous deux se ressemblent par la propriété d’éteindre les bougies enflammées.
- 11 ne faut pas croire, Messieurs, que l’acide carbonique conserve toujours sa forme de gaz. Le chimiste anglais Faraday l’a liquéfié en 1823, etM. Thilorier, de Paris, est parvenu à l’obtenir à l’état solide en 1835. C’est en lui faisant supporter, à la température de 0°, une pression de 30 atmosphères, que Faraday l’a converti en un liquide incolore et très-fluide. Dans cet état, l’acide est tellement expansif, qu’il distille entre — 17° et 0° dans les tubes qui le contiennent (1). A zéro, sa vapeur exerce une pression égale à 36 atmosphères, et à —11° elle est encore égale à 23 atmosphères, en sorte qu’un changement de température de 11° occasionne une différence de pression équivalent à 13 atmosphères. Sir H. Davy a conclu le premier de ce fait important que les gaz comprimés pourront un jour être employés comme agens mécaniques , et substitués à la vapeur d’eau, puisqu’il suffira de légères différences de température, comme celle entre le soleil et l’ombre, pour produire des changemens de pression de plusieurs atmosphères, qu’on ne peut obtenir dans les machines à vapeur ordinaires qu’en brûlant une grande quantité de combustible. Notre célèbre compatriote Brunei, dont le nom est attaché à l’une des entreprises les plus gigantesques de notre siècle (la construction du pont sous la Tamise), a voulu réaliser les idées de Davy, en construisant une machine dans laquelle l’acide carbonique liquide, alternativement raréfié par la chaleur et condensé par le
- (1) Le signe —, qui veut dire moins, placé au-devant d’un nombre exprimant les degrés du thermomètre centigrade, signifie que ces degrés sont au-dessous de 0°, ou du degré de là glace fondante. Le signe +, qui veut dire plus, signifie que les degrés devant lesquels il est placé sont au-dessus du 0“ de ce thermomètre ( Voir, pour les échelles ihermométriqiiès, les Èlémens de Physique de M. Pcrson),
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- froid, pût développer une force motrice considérable. L’acide carbonique liquéfié est renfermé dans deux cylindres qui communiquent, l’un avec la partie supérieure, l’autre avec la partie inférieure d’un corps de pompe garni d’un piston. Si l’on échauffe cet acide, à l’aide d’un courant d’eau bouillante, dans des tubes intérieurs de l’un des deux cylindres , la pression qui résulte de son expansion est égale à celle de 90 atmosphères ; et comme elle agit sur un piston qui ne résiste qu’avec la force de 30 atmosphères, si l’on suppose la température de 0°, la puissance motrice, égale à la différence, est de 60 atmosphères. On conçoit qu’en échauffant et refroidissant alternativement l’acide carbonique enfermé dans les deux cylindres, on obtient un mouvement alternatif dont la force constante, dans l’hypothèse citée, est égale à 60 atmosphères. Si donc l’on peut vaincre les difficultés qui résultent de la facilité avec laquelle l’acide carbonique liquide fait explosion par la moindre élévation de température, et trouver des appareils assez forts pour résister à la haute tension de sa vapeur , on pourra produire des effets bien autrement prodigieux que ceux de la machine à vapeur dont la force, cependant, a déjà multiplié au centuple la puissance humaine. L’azote, et surtout l’hydrogène, dans l’état liquide, exerceraient, sans aucun doute, une bien plus puissante action que l’acide carbonique. La raison recule effrayée à l’idée des efforts que l’homme pourra surmonter avec de telles armes.
- Toutefois, de pareilles armes présentent tant de dangers dans leur emploi et leur fabrication, qu’on se demande s’il ne vaudrait pas mieux ignorer leur existence. L’affreux malheur arrivé à l’École de Pharmacie de Paris, le 30 décembre 1840, montre à quels accidens on est exposé en préparant l’acide carbonique liquide. On opérait la liquéfaction du gaz dans un appareil en fonte, de l’invention de M. Thilorier. Cet appareil est composé
- de deux pièces principales : Le producteur a et le récipient b. Ce sont deux réservoirs cylindriques, de 2 centimètres environ d’épaisseur sur un diamètre intérieur de 8 à 10 centimètres. Chacun d’eux offre une capacité intérieure de 4 litres environ. L’acide carbonique est produit aü moyen de la réaction de l’acide sulfurique et du bicarbonate de soude,composé; très-riche en acide carbonique qu’on introduit simultanément dans le producteur, dans
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- les proportions de 1,900 gr. de sel et de 1,000 gr. d’acide. On établit ensuite une communication entre le producteur et le récipient, qui est plongé dans un mélange d’eau et de glace. La force élastique du gaz produit va sans cesse en augmentant, et, lorsqu’elle est devenue égale à 30 atmosphères, l’acide carbonique se liquéfie à mesure qu’il se dégage, et il distille dans le récipient. Au bout d’une demi-heure, la distillation estopérée ; il y a dans le récipient 1 litre 1/3 d’acide liquide et sans eau.
- On opérait donc avec cet appareil, le 30 décembre 1840, à l’École de Pharmacie, et tout semblait marcher convenablement, lorsque, tout-à-coup, une explosion violente se fait entendre; c’est l’appareil qui vole en éclats, et dont un des fragments va briser les jambes et le corps du préparateur Hervy. L’infortuné jeune homme ne put résister à l’amputation, et mourut trois jours après.
- Cet acide liquide, dont le maniement est si redoutable, perd subitement son énorme tension, lorsqu’il prend la forme solide. Lorsqu’on dirige un jet d’acide liquide à travers l’air, une partie, en reprenant l’état gazeux, en lève tellement de chaleur à la portion qui n’a pas encore changé d’état, que celle-ci se trouve immédiatement convertie en petits corpuscules blancs, opaques et tou t-à-lait semblables à la neige. Le froid produit pendant la vaporisation de l’acide liquide va jusqu’à 100° au-dessous de 0°. 11 n’est donc pas étonnant que le contact de l’acide solidifié, qui participe de cette basse température, opère avec la plus grande facilité la congélation d’une foule de liquides qui résistent et conservent leur forme aux divers degrés de froid produits par nos moyens ordinaires. L’attouchement de l’acide carbonique solide est intolérable ; il garde sa forme pendant quelques instans à l’air libre, bien différent en cela de l’acide liquide, qui ne peut conserver la sienne que sous la même pression qui a servi à le produire.
- Cet exemple d’un gaz devenu solide et concret est d’autant plus remarquable, qu’il s’agit d’un gaz qui exige l’action mécanique la plus puissante pour arriver à la liquéfaction, et qui reprend avec le plus de promptitude sa première forme, lorsque la compression vient à cesser.
- L’acide carbonique est, à coup sûr, un des corps les plus répandus dans la nature. Non-seulement, à l’état de gaz, il se trouve mêlé à l’air atmosphérique dans les proportions de quelques dix-millièmes, mais il se rencontre pur ou presque pur dans les diverses cavités ou grottes que présentent les pays volcaniques et quelques-uns des terrains calcaires. Il existe aussi au fond des puits, dans l'intérieur des mines et des carrières. Comme il est plus pesant que l’air, il n’occupe jamais que la partie inférieure de ces cavernes, à moins que la quantité qui se dégage continuellement du
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- sol no soit assez considérable pour les remplir entièrement, ce qui arrive dans quelques localités. Dans le premier cas, la couche du gaz ne s’élève guère à plus de 3 à 6 décimètres, mais elle suffît toujours pour asphyxier- les animaux qui cherchent un refuge dans ces lieux déserts; les hommes peuvent y pénétrer impunément. Il n’en serait pas de même dans les cavernes abandonnées depuis quelque tems, ou dans les puits des mines; l’atmosphère en serait mortelle pour les hommes qui auraient l’imprudence d’y descendre. — Dans les mines mal aérées et dans les houillères, le gaz carbonique manifeste souvent sa présence en éteignant les lumières des mineurs et en rendant leur respiration excessivement pénible; ils le nomment mofette asphyxiante. On a remarqué que sa quantité augmente sensiblement quand le tems est chaud et orageux, et quand leventsuit une certaine direction.
- II y a bien long-tems qu’on a observé les effets pernicieux du gaz carbonique dans les mines; l’extinction des lampes, les accidens d’asphyxie qu’il occasionne étaient attribués, chez les Grecs et les Romains, et avec raison, à des airs irrespirables; mais la superstition des siècles suivans transforma ces airs ou gaz en démons et en esprits malins. Au moyen-âge, surtout, on croyait fermement à l’existence, dans les mines, d’esprits ou de génies qui gardaient les trésors de la terre et jouaient des tours aux mineurs. C’étaient des nains malicieux qui soufflaient la lampe du mineur pour l’égarer.— L’empoisonnement des puits était une croyance très-répandue chez le peuple, à l’époque des guerres du protestantisme , et nous l’avons vu se reproduire de nos jours. Ce qui avait principalement donné lieu à cette croyance qui a fait tant de victimes innocentes, ce sont les accidents d’asphyxie occasionnés par la présence du gaz acide carbonique accumulé au fond de certains puits. Ce genre de mort si prompt, et ne présentant sur le cadavre aucune lésion apparente, nemanquaitjamais de frapper de stupeur l’esprit crédule et superstitieux des hommes du moyen-âge. L’asphyxie ne pouvait être que l’œuvre du diable, ou l’effet d’unpoison subtil et violent, inventé par les juifs ou les alchimistes.
- Les grottes qui renferment habituellement du gaz carbonique sont très-communes sur le territoire de Naples et dans quelques parties de l’Italie. On cite entre autres la célèbre Grotte-du-Chien, près de Pozzuolo, sur le bord du lac d’Agnano. Son nom lui vient de ce que, depuis des siècles, les habitants, pour faire voir l’influence mortelle du gaz qui y forme une couche de plusieurs centimètres d’épaisseur, y font entrer un chien, qui perd bientôt l’usage de ses sens etmeurt infailliblement si on ne le remet promptement à l’air libre. Ce phénomène naturel était connu des Romains, car l’histoire rapporte que deux esclaves, que Tibère fit descendre dans la Grotte-du-Chien, périrent sur-le-champ. Deux
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- criminels, que Pierre de Tolède, vice-roi de Naplt's, lit renfermer dans cette grotte, eurent le môme sort (1).
- Il se trouve beaucoup de grottes de ce genre dans plusieurs autres pays, et notamment en France. Toutes les cavités des terrains calcaires sont remplies de ce gaz; celles des environs de Paris, et surtout de Montrouge, peuvent être citées comme exemple. Les caves des quartiers delà capitale qui avoisinent ce village se remplissent d’acide carbonique dans certaines circonstances qui ne sont pas bien connues, à tel point que leur atmosphère devient mortelle en très-peu de tems. Dans toutes les mar-nières ( excavations que les cultivateurs creusent au milieu des champs pour en retirer de la marne, si utile à l’agriculture) un pareil dégagement a lieu; aussi, apprend-on souvent que des ouvriers ont été asphyxiés pour être descendus sans précaution dans des marnières mal aérées ou abandonnées depuis quelque tems-
- (1) J’emprunte au docteur James, qui a visité la Grotte-du-Çhien en 1843, les renseignemens suivans, qui font parfaitement connaître le singulier phénomène dont il est question :
- «< La Grotte-dü-Chieil est située à Pozzuolo, sur le penchant d’une petite montagne extrêmement fertile, en lace et à peu de distance du lac d’Agnano. L’entrée en est fermée par une porte dont un gardien a la clé. La grotte a l’apparence et la forme d’un petit cabanon dont les parois et la voûte seraient grossièrement taillées dans te rocher. Sa largeur est d’environ 1 mètre, sa profondeur de 3 mètres, sa hauteur de 1 mètre 1 /2. 11 serait diflicile de juger, par son aspect, si elle est l’œuvre de l'homme ou de la nature. L’aire de la grotte est terreuse, noire, humide, brûlante. De petites huiles sourdent dans quelques points de sa surface, crèvent et laissent échapper un fluide aériforme qui se réunit en un nuage blanchâtre au-dessus du sol. Ce nuage est formé de gaz acide carbonique que colore un peu de vapeur d’eau.
- » La couche de gaz a une hauteur de 20 à 60. centimètres. Elle représente donc un plan incliné dont la plus grande hauteur correspond à la partie la plus profonde de la grotte. C’est là une conséquence toute physique de là disposition du sol. L’aire de la grotte étant à-peu-près au même niveau que l’ouverture extérieure, le gaz trouve une. issue au dehors par le seuil de la porte, et coule comme un ruisseau le long du sentier de la montagne. On peut suivre le courant à une assez grande distance. Une bougie qu’on y plonge s’éteint à plus de 2 mètres de la grotte.
- » Voici l’expérience que le gardien montre aux visiteurs. 11 a un chien dont il lie les pattes pour l’empêcher de fuir, et qu’il dépose ensuite au milieu de la grotte. L’animal manifeste une vive anxiété, se débat, et paraît bientôt expirant. Son maître, alors, l’emporte hors la grotte et l’expose au grand air, en le débarrassant de ses I iens. Peu-à-peu l’animal revient à la vie ; puis, tout-à-coup, il se lève et se sauve rapidement, comme s’il redoutait une seconde séance. Voilà plus de trois ans que le chien que j’ai vu tait le service et qu’il est ainsi , chaque jour, asphyxié et désasphyxié plusieurs lois. Sa santé générale est excellente, et il paraît se trouver à merveille de ce régime. Ce chien a un instinct bien remarquable. Du plus loin qu’il aperçoit un étranger, il devient triste, hargneux, aboie sourdement, et est tout disposé à mordre. 11 faut que son maître le tienne en laisse pour le conduire à la grotte, et encore se fait-il tramer en baissant la queue et les oreilles. Quand, au contraire, l’expérience linie, 1 etranger s’en retourne, il l’accompagne avec tous les témoignages de la joie la plus vive et la plus expansive.
- » Un chien meurt au bout de trois minutes, un chat quatre minutes, les lapins soixante-quinze secondes. Un homme y périt en moins de dix minutes, quand il est Plonge dans la couche du gaz. »
- M. James conclut, de ses observations qu’une source d’eau thermale gazeuze passe au-dessous de la Grotle-du-Chion , et qu’elle laisse échapper, à travers les porosités du sol, te gaz carbonique qui se renouvelle sans cesse, comme le courant qui l'alimente.
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- L)ans certaines localités, l’acide carbonique sort de terre en quantité souvent fort considérable. C’est ce qui a lieu près de la ville d’Aigueperse, en Auvergne, dans un lieu nommé, à cause de cela, la Fontaine-Empoisonnée. C’est un trou arrondi, placé au milieu d’un petit enfoncement du terrain, et d’où il sort continuellement une énorme quantité de gaz. Ordinairement cette cavité contient de l’eau bourbeuse à travers laquelle le gaz se dégage sous forme de grosses bulles qui, en crevant à la surface, font entendre un bruit qu’on perçoit à la distance de 5 à 6 mètres. La végétation la plus riche entoure cette source dangereuse; tous les oiseaux, les petits quadrupèdes, les insectes, qui sont attirés par la fraîcheur du feuillage, tombent asphyxiés ; aussi le sol est-il sans cesse jonché de cadavres, dans un rayon assez étendu. Les bergers ont grand soin d’empècher les bestiaux d’en approcher. — Une source d’acide carbonique non moins curieuse existe dans les bois qui entourent le lac Laacher, sur les bords du Rhin. Le gaz se fait jour silencieusement à travers le sol, et vient aboutir dans une espèce de fosse de 6 à 9 décimètres de profondeur, pratiquée dans la terre végétale, au milieu de broussailles. Lorsque l’air est calme, la cavité se remplit presque uniquement d’acide carbonique. Le fond du trou est couvert de débris; les insectes et les fourmis y arrivent en grand nombre pour chercher leur nourriture; mais, privés d’air, ils y meurent pour la plupart, et les oiseaux, à leur tour, apercevant l’appât trompeur, volent vers le piège ety sont pris. Les bûcherons, connaissant fort bien cette manœuvre, visitent souvent l’endroit et tirent profit de cette chasse dont la nature fait tous les frais. — Ces phénomènes naturels, dont les auteurs n’ont presque pas parlé, ont quelque chose de plus magique et de plus pittoresque que la Crotte-du-Chien, dont on a trop exalté la merveille.
- Il est facile d’expliquer la présence de l’acide carbonique dans le sol, puisque c’est l’un des principaux produits de la décomposition des matières végétales et animales qui s’y trouvent toujours mêlées en plus ou moins grande quantité.
- Les dangers auxquels on est exposé en pénétrant imprudemment dans les mines, grottes, carrières, ou dans les puits profonds dont on a lieu de suspecter l’air, nous font un devoir d’indiquer les précautions à prendre lorsqu’on est appelé à descendre dans ces cavités souterraines. 11 faut se faire précéder par des chandelles allumées et en observer attentivement, l’état. Si ces chandelles brûlent tranquillement comme à l’ordinaire, il n’y a aucun danger à respirer l’air qui les environne. Mais si leur flamme pâlit, si elle se rétrécit, et à plus forte raison si elle s’éteint , il faut se garder d’y entrer avant d’en avoir renouvelé l’air. On y parvient facilement en allumant, à l’entrée, unbon fourneau
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- dont le cendrier communique avec un tuyau qui va puiser l’air nécessaire à la combustion dans la cavité même. On peut encore l’aire usage avec succès du ventilateur deOesaguiller. Cet appareil,
- facilement transportable, et que l’on pose à l’ouverture de la cavité à assainir, se compose d’un tambour dans l’intérieur duquel il y a quatre ailes qui, par leur mouvement, attirent l’air de la cavité, et le chassent ensuite au dehors, avec une force proportionnée à la rapidité imprimée à ces ailes. A l’aide d’une roue dentée, on peut en accélérer le mouvement, et un seul homme de moyenne force suffit pour le mouvoir; mais il ne peut tourner d’une manière uniforme que pendant dix minutes; il lui faut donc des remplaçans pour qu’il puisse se reposer sans que le mouvement de la machine éprouve la moindre interruption.
- Mais lorsqu’on a besoin de pénétrer très-promptemedt dans la cavité, pour en retirer, par exemple, des personnes asphyxiées, ce qu’il y a de mieux à faire c’est d’y verser de l’alcali volatil ou ammoniaque, dissous dans l’eau, ou de l’urine putréfiée ou de la potasse ou de la soude caustique, ou bien encore de la chaux vive qu’on fait d’abord fuser et qu’on délaie ensuite dans l’eau. On lance ces matières dans la cavité à l’aide d’une pompe et même d’une seringue au besoin. Au bout de quelques instans, on s’assure, au moyen d’une chandelle allumée, si l’acide carbonique a été absorbé, et, dès qu’elle ne s’éteint pas, on peut entrer dans le souterrain. Dans tous les cas, il est prudent de n’y laisser descendre aucun individu sans l’avoir attaché à une forte corde, de manière à ce qu’on puisse le remonter promptement, dans le cas où l’air ne serait pas complètement purifié. Une bonne précaution à suivre encore, c’est déplacer au devant de la bouche de l’homme qui descend un petit sachet en toile, contenant un mélange de chaux fusée sèche et de sel de Glauber en poudre, à parties égales. Ce mélange, qui aune extrême avidité pour l’acide carbonique, purifie l’air de tout gaz malfaisant, à mesure qu’il passe ou se tamise, pour ainsi dire, au travers du sachet, et ne laisse ainsi parvenir, pour le besoin de la respiration, qu’un air pur et salubre. A l’aide de ces précautions, on sauverait ainsi
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- un homme dont la vie tient souvent à quelques minutes, et celui qui viendrait à son secours ne serait plus victime d’un généreux dévoûment.
- On s’est beaucoup occupé, depuis une trentaine d’années , des. moyens propres à permettre aux hommes de pénétrer et de vivre, sans inconvénient, dans des lieux infectés, soit pour porter secours aux ouvriers qui ont déjà subi l’influence délétère de l’air que ees lieux renferment, soit pour exécuter quelque opération impérieusement nécessaire. L’appareil inventé en 1834 par M. Paulin, colonel des sapeurs-pompiers de Paris, est, sans contredit , le plus efficace de tous les moyens proposés jusqu’à ce jour. Je vais vous le faire connaître en peu de mots.
- a Blouse vue séparément. Elle est en cuir de vache souple et léger; elle est surmontée d’un capuchon qui recouvre la tête du pompier, b Masque en verre solidement ajusté sur le devant du capuchon; il est traversé par un sifflet qui sert à donner les signaux, d Ajustage en cuivre, fixé à la blouse, auquel se visse le boyau d’alimentation d’air, c c bretelles à passer sous les cuisses et destinées à empêcher la blouse de se retrousser, i i Bracelets pour serrer les poignets.
- Pompier revêtu de la blouse , qui est ballonnée par l'effet de l’air introduit à. l’aide d’une pompe foulante. A la ceinture qui serre le corps il y a une lanterne pour diriger la marche du pompier. On voit le tuyau j, qui amène sous la blouse Pair refoulé par une pompe.
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- M. Paulin a imaginé (le revêtir l’homme d’une blouse en peau, d’une espèce de camail qui lui couvre la tête et descend jusqu’à la ceinture, où elle est serrée par une bande de cuir; les manches sont fixées aux poignets par des bracelets. Cette blouse est armée d’un masque en verre, qui permet à l’homme de se diriger ; elle porte, sur la partie qui couvre la poitrine, une lanterne qui l’éclaire au besoin. Un tuyau semblable à ceux des pompes à incendie, et communiquant par un bout à l’une de ces pompes, vient par l’autre bout se fixer au camail et s’attacher fortement à la ceinture. En faisant fonctionner la pompe à vide, elle lance l’air sous le vêtement, le ballonne et maintient l’homme dans une atmosphère condensée et sans cesse renouvelée. L’air extérieur délétère ne peut s’introduire sous le vêtement, car il est continuellement repoussé par celui qui fuit parles joints. Une fois gonflée, la blouse contient assez d’air pour qu’un homme puisse y respirer sans gêne, pendant 6 ou 8 minutes. En avant du masque est un sifflet pour faire des signaux.
- Cet appareil, dont l’efficacité a été constatée par de nombreuses expériences, et qui est réellement indispensable pour éteindre les feux de cave, arrêter les incendies qui se déclarent dans la cale des vaisseaux, pénétrer dans les puits, les carrières, les mines., les fosses d’aisances, etc., partout enfin où l’air est devenu impropre à la respiration , est adopté à Paris, à Londres, à Anvers et dans d’autres villes. L’Académie des Sciences a décerné à son inventeur un prix de 8,000 fr. en 1837.
- Il y a des moyens de remédier aux infiltrations de l’acide carbonique dans les caves qui sont sujettes à en être remplies. 11 faut réparer les fentes des murs avec soin, couvrir même toute leur surface d’une couche de mortier hydraulique, et placer à quelques centimètres au-dessous du sol un lit d’argile, liante, bien battue, que l’on recouvre ensuite de terre également bien battue. Il est bon aussi d’ouvrir deux soupiraux aux deux extrémités de la cave, l’un au midi, l’autre au nord, afin d’établir dans toute sa longueur un courant d’air continuel. Enfin, en place de ce dernier moyen, on peut poser un tuyau qui aboutisse à la partie inférieure de la cave, et qui aille s’ouvrir de l’autre côté dans une cheminée, après avoir parcouru une partie de sa hauteur pour s’y réchauffer. De cette manière, l’air vicié s’élève incessamment dans le tuyau, et est remplacé par de l’air pur du dehors qui afflue par la porte d’entrée ; mais cette circulation, qui s’exécute bien en hiver, devient presque nulle en été, à cause delà haute température de l’air extérieur. Aussi le premier mode indiqué est-il indispensable pour un parfait assainissement des souterrains.
- Revenons aux différens états sous lesquels l’acide carbonique se présente dans la nature.
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- Toutes les eaux qui coulent à la surface du globe tiennent en dissolution une quantité plus ou moins grande de ce gaz; il en est beaucoup qui en sont tellement chargées qu’elles ont une saveur aigrelette et la propriété de mousser fortement. Elles sont connues sous le nom à’eaux minérales acidulés ou gazeuses. Ces sources se trouvent avec profusion dans presque tous les terrains ; celles de Seltz, de Pyrmont, de Spa, de Pougues, de Châteldon, etc., sont assez connues. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que plusieurs eaux chaudes ou thermales en contiennent; telles sont celles de Vichy, du Mont-d’Or, etc. Dans ce cas, on ne peut expliquer son existence qu’en admettant qu’il a été dissous à une pression considérable. Ce qui tend à confirmer cette opinion, c’est que ces eaux le laissent dégager aussitôt qu’elles reçoivent le contact de l’air. Il est quelques unes de ces sources qui en exhalent une si grande quantité, que l’atmosphère environnante est mortelle pour les animaux.
- Uni à différens oxydes, l’acide carbonique est tout aussi commun dans les diverses parties delà couche solide de la terre qu’à l’état de liberté, à sa surface. Décomposé qu’il forme avec la chaux est un des sels le plus universellement et le plus abondamment répandus. Nous avons déjà dit que c’est lui qui constitue toutes les nombreuses variétés de pierres calcaires, aussi bien que les marbres, les craies, les marnes, etc.
- Enfin, cet acide se produit à chaque instant sous nos yeux et se répand continuellement dans l’atmosphère. 11 est un des résultats constans de la combustion des substances qui sont employées à la production de la chaleur et de la lumière, de la décomposition spontanée des matières organiques; il se développe encore pendant l’acte de la digestion chez les animaux et est exhalé dans l’acte de la respiration. Rien de plus simple que de constater la présence de ce gaz dans l’air expiré des poumons : il suffit de faire sortir cet air par un tube de verre qui plonge dans l’eau de chaux. En quelques minutes, le liquide est fortement troublé, et dépose une poudre blanche qu’on reconnaît facilement pour un carbonate, au moyen d’un acide qui, versé dessus, produit une vive effervescence.
- Les causes dont nous venons de parler, et qui sont toujours en action, fournissent à l’atmosphère une énorme quantité d’acide carbonique, et cependant l’expérience démontre que la proportion de ce gaz contenue dans l’air est infiniment petite. Cette circonstance remarquable, et qui est bien faite pour surprendre les esprits superficiels, vient de ce que les parties des végétaux qui sont colorées en vert ont la propriété, sous l’influencé de la lumière solaire, d’absorber l’acide carbonique, de le décomposer, de s’emparer du charbon qu’il contient et de
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- rejeter dans l’air la plus grande partie de l’oxygène qui en provient. Les nombreuses expériences de Priestley, d’Ingenhouz , deSennebier, de Théodore de Saussure, ne laissent aucun doute à cet égard.
- Par conséquent, les végétaux purifient l’air, en décomposant l’acide carbonique formé aux dépens de leur propre substance et celui qui leur arrive dissous dans l’air ou dans l’eau, et en exhalant ensuite dans l’atmosphère une quantité d’oxygène qui contrebalance celle qui est absorbée par les êtres vivans ou morts et les corps en combustion. Cela est si vrai, que Priestley et Ingenhouz ont reconnu qu’un air dans lequel les bougies cessent de brûler à cause de l’acide carbonique qu’il renferme, permet la combustion de ces bougies après avoir été en contact pendant quelques jours, sous l’influence solaire, avec des plantes en pleine végétation.
- Il n’est donc pas étonnant, d’après cette influence de la matière verte des plantes, que la proportion d’acide carbonique atmosphérique soit très-faible dans l’air qui nous environne; cette proportion varie entre 4 et 6/tO,OOOes en volume. Rien de plus facile, au reste, que de constater sa présence. 11 suffît, en effet, d’exposer au contact de l’air libre de l’eau de chaux, mise dans une large capsule de verre, pendant plusieurs jours. On brise fréquemment la pellicule blanche et terreuse qui se forme à la surface du liquide. On recueille par ce moyen une quantité très-notable d’une terre qui fait une vive effervescence avec les acides, et qui, calcinée dans un petit appareil propre à recueillir les gaz, fournit un fluide élastique qui jouit de toutes les propriétés de l’acide carbonique. Or, cet acide ne peut provenir que de l’air, puisque l’eau de chaux employée pour le condenser n’en contenait pas. Cette expérience si concluante, que nous devons à Black, répétée à toutes les hauteurs de l’atmosphère , au sommet du Mont-Blanc ( il a 4,797 mètres d’élévation ), par Saussure père, sur de l’air pris par l’aéronaute Garnerin, à la hauteur de 1,390 mètres environ, démontre que l’acide carbonique n’existe pas seulement dans les couches inférieures de l’air, mais qu’il se trouve dans les régions les plus élevées.
- Ln voilà assez sur l’acide carbonique. Disons maintenant quelques mots des matières organiques qui existent presque toujours dans l’air.
- Lorsqu’on laisse pénétrer, par une petite ouverture, dans un appartement obscur, un rayon direct du soleil, on remarque, au milieu de ce rayon, une foule de petits corpuscules, semblables à de la poussière /qui s’agitent en tous sens. Ces corpuscules sont de nature organique; ils proviennent de débris atténués de végé-
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- taux et d’animaux. Mais, outre ces matières qui sont en simple suspension dans l’air, il y a encore dans celui-ci d’autres substances de même origine qui sont en complète solution dans la vapeur aqueuse atmosphérique, et qui contribuent, plus que les premières, à communiquer à l’air des propriétés insalubres. Ce sont ces subtances dissoutes qu’on a désignées, depuis bien longtems, sous les noms de miasmes et d’ÉM anations putrides. Elles paraissent provenir de la putréfaction des matières organiques sous l’intluence d’une forte chaleur et d’une humidité constante. Aussi est-ce principalement dans les contrées chaudes et humides, dans le voisinage des marais et de toutes les eaux stagnantes , que l’air est plus chargé de ces émanations délétères que l’on considère, non sans raison, comme la cause première des fièvres, des maladies contagieuses, des épizooties qui régnent dans ces localités plus fréquemment qu’ailleurs.
- Moscati a eu le premier l’idée de condenser l’eau dissoute dans l’atmosphère, dans le but d’y rechercher le principe qui occasionne le mauvais air. Il fit ses expériences dans les rizières de la Toscane. 11 suspendait à quelque distance du sol des matras remplis de glace. L’eau qui se déposait à leur surface pouvait être recueillie aisément. Cette eau, d’abord limpide, présenta bientôt des petits flocons qui possédaient des propriétés propres aux matières annualisées. Cette eau finit, au bout de quelques jours, par se putréfier complètement. — Rigaud de l’islc , Vauquelin, Julia-Fontenelle, Boussingault, ont reconnu, par le même moyen, une matière organique floconneuse, avec des traces de substances salines, dans l’air des contrées marécageuses. Elle se dépose en partie avec la rosée qui, dans les pays chauds et humides, se forme en abondance immédiatement après le coucher du soleil. Aussi l’idée de miasmes a-t-elle toujours été liée à celle de la formation de la rosée. — Cette matière organique existe, d’ailleurs, dans l’air, à toutes les époques de l’année et dans tous les pays; car l’eau des pluies recueillie avec soin en présente constamment des traces, et on la retrouve jusque dans la neige et la grêle, ainsi que je m’en suis assuré en 1839.
- Il y a encore dans l’air libre des traces de quelques autres substances particulières. Mais ce n’est pas ici le moment devons en parler. Je termine ce qui a rapport à l’air atmosphérique par quelques mots sur Y air confiné.
- J’ai dit précédemment que les rapports de l’oxygène et de l’azote dans l’air atmosphérique ne varient pas, d’après les nombréuses analyses faites par les chimistes modernes sur l’air pris dans toutes les stations et tous les pays. Cette assertion ne s’applique cependant qu’à l’air libre; car, lorsque l’air est renfermé dans un espace limité où sc trouvent réunis soit des hommes ou des
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- animaux, soit des corps organisés privés de vie, ou lorsqu’il sert à l’entretien de la combustion, les proportions de ses principes constituans ne sont plus les mêmes; l’oxygène éprouve une diminution variable, et sa perte est compensée par de nouveaux gaz, notamment par de l’acide carbonique et des miasmes putrides. Ainsi, dans les lieux de réunion, les églises, les amphithéâtres, les spectacles, où le renouvellement de l’air ne s’opère pas ou ne s’effectue que très-imparfaitement, ce fluide ne tarde pas à devenir moins propre à la respiration. Cela tient tout à-la-fois à la présence d’une plus grande quantité d’acide carbonique, à l’existence d’émanations putrides dues à la transpiration cutanée et à la transpiration pulmonaire, à la plus haute température de l’air, et à son état hygrométrique, qui est tel qu’il ne peut plus retenir en suspension la vapeur aqueuse qui se précipite à l’état liquide. L’odeur repoussante de l’air renfermé dans les lieux de grande réunion provient, surtout, de l’abondance des miasmes. L’air expulsé par des cheminées d’appel, destinées à opérer la ventilation des salles d’assemblées nombreuses, des ateliers de travail dans les fabriques, exhale souvent une odeur tellement infecte, qu’on ne saurait la supporter impunément, même pendant un temps assez court.
- Il est très-facile de constater la présence des miasmes dans les endroits publics, où la respiration est gênée, et où souvent des accidens plus ou moins graves ont lieu; il suffit d’y suspendre, pendant quelques instans, un ballon rempli de glace. La vapeur répandue dans l’air se condense bientôt à l’extérieur du vase, et le liquide qu’on recueille , soit à l’aide d’une petite éponge bien propre, soit au moyen d’un petit flacon placé sous le ballon, étant renfermé dans une bouteille et exposé à une température de -f- 25°, éprouve promptement une fermentation putride qui lui fait exhaler une odeur infecte.
- Dans les appartemens fermés où brûlent des substances combustibles, la proportion de l’oxygène diminue rapidement, tandis que celle de l’acide carbonique augmente, souvent dans un rapport assez grand pour déterminer l’asphyxie des personnes qui s’y trouvent. — Dans les endroits fermés où sont accumulées des matières organiques en putréfaction , l’air subit également des changemens dans sa constitution intime. Ainsi, dans les égouts fermés, on y reconnaît moins d’oxygène, plus d’acide carbonique, des sels ammonia-
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- eaux et un gaz très-délétère que nous connaîtrons plus tard sous le nom d'Hydrogène sulfuré.
- C’est dans ces diverses circonstances que les connaissances chimiques sont précieuses, non-seulement pour découvrir les changemens que l’air a éprouvés, mais pour indiquer les moyens de le rendre à sa pureté première. Le meilleur moyen d’assainir l’air consiste dans un bon système de ventilation, comme nous le dirons bientôt.
- Voici comment on s’y prend pour recueillir l’air d’une localité, lorsqu’on veut le soumettre à l’analyse. On y débouche un flacon plein d’eau ou de mercure qui, en s’écoulant, laisse entrer l’air qui le remplit bientôt ; on bouche alors le flacon. On remplit le flacon de mercure quand on veut apprécier la proportion d’acide carbonique et de vapeur aqueuse.
- De la Respiration.
- Maintenant que nous connaissons bien la composition de l’air atmosphérique, nous pouvons aborder sans difficulté une des plus hautes questions de la physiologie : la Respiration, dont l’explication appartient aussi bien au chimiste qu’au médecin.
- Tout le monde connaît la nécessité absolue de cet acte, et, sans avoir fait aucune étude médicale, chacun sait que les poumons constituent l’organe au moyen duquel cette importante fonction s’exécute chez l’homme et chez les animaux à sang chaud. Or, la respiration consiste à aspirer une certaine quantité d’air qui entre dans les poumons et à l’en expulser ensuite; ces deux opérations s’effectuent à l’aide de mouvemens alternatifs, dont l’action est continuelle ; aussitôt qu’elles cessent de s’accomplir, même pendant le temps le plus court, l’animal périt.
- La respiration ne pourrait avoir lieu dans un milieu dépourvu d’air; elle s’arrêterait même bientôt si la quantité de cet air était trop limitée, ou si ce fluide était trop raréfié. On en acquiert la preuve en plaçant un animal plein de vie sous le récipient de la machine pneumatique, instrument qui sert à faire le vide dans un espace, ainsi qu’on vous l’expliquera dans le cours de physique; dès qu’on a enlevé une partie de l’air renfermé sous le récipient, l’animal s’affaiblit, tombe épuisé, fait de fréquentes inspirations et ne tarde pas à mourir.
- Aucun gaz, autre que l’air, ne peut servir à la respiration. L’oxygène pur serait trop actif; les autres fluides agissent ou comme poisons, ou comme asphyxians; l’acide carbonique est dans le premier cas, l’azote est dans le second. Mais dans l’air il n’y a que l’oxygène essentiel à l’entretien de la vie, car les animaux sont bientôt suffoqués, lorsqu’ils respirent trop long-tems
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- le môme air, parla raison que la proportion d’oxygène diminue sans cesse sans être renouvelée.
- II faut donc, de toute nécessité, que l’atmosphère soit pure, que les principes de l’air ne subissent aucun changement dans leurs proportions, pour que les fonctions vitales s’accomplissent régulièrement. Or, il en est rarement ainsi, ainsi que nous l’avons dit précédemment. L’impureté de l’air se fait surtout remarquer dans les ateliers où l’on s’occupe du travail de certains métaux, tels que le plomb, le mercure, etc., dans ceux où l’on travaille des matières organiques, tels que les boyauderies, les amidonneries, etc., dans les environs des égouts, des amas d’eaux stagnantes, des fosses où l’on accumule les immondices des villes, parce que, dans ces diverses localités, l’air se charge de gaz particuliers ou de vapeurs pestilentielles qui exercent des effets désastreux sur les hommes obligés d’y séjourner pendant un certain tems. L’air des grandes villes, en raison d’une foule de causes latentes d’insalubrité, est donc toujours moins pur et moins favorable à la santé que l’air rapidement renouvelé de la campagne.
- On néglige trop les moyens de diminuer les fâcheux effets d’un air souillé de principes délétères, et de lui rendre sa pureté première. Dans la construction de nos demeures, des ateliers, où tant d’individus sont entassés pendant une si grande partie de la journée, on ne tient presque jamais compte des conditions indispensables à un bon assainissement de l’air. Il n’est point inutile de vous faire connaître les principes qui doivent guider dans ces circonstances.
- Lavoisier et Séguin portent la quantité d’oxygène qu’un homme consomme en 24 heures à 755 décimètres cubes ou litres; ce résultat coïncide à peu près avec celui que Lavoisier obtint des dernières expériences dont il s’occupait lorsqu’on l’en arracha pour le traîner à l’échafaud (1), et avec les expériences plus récentes de sir H. Davy. D’autres expérimenteurs portent à 850 IL très le chiffre del’oxygène absorbé. Or, puisque l’oxygène forme les 0,21 de l’atmosphère, il s’ensuit qu’un homme détruit dans un jour, ou rend incapables d’entretenir la combustion et la respiration , près de 5 mètres cubes d’air atmosphérique. Mais on a
- (1) Lavoisier, fermier-général et possesseur d’une fortune brillante, ne put échapper, malgré ses talens et ses vertus, à la rage sanguinaire des niveleurs de 1793. Traduit devant le tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort, il demanda en vain un sursis de quelques jours pour terminer des recherches du plus grand intérêt. La République, répondit le farouche Dumas, n’a besoin ni de savons, ni de chimistes !... Lavoisier périt le 8 mai 1794, à l’âge de 50 ans, et dans la force de ses facultés. En apprenant cette perte fatale, Lagrange, autre illustration de l’intelligence humaine, dit à Delambre, qui était près de lui -.Une leur a. fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête, et cent ans, peut-être, ne suffiront pas pour en produire une semblable !
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- reconnu que ce fluide devient suffocant quand il contient environ 10 pour 100 d’acide carbonique, et môme qu’il est dangereux de le respirer avant qu’il soit arrivé à ce degré d’impureté. On peut donc, sans exagération, porter à 25 mètres cubes la quantité d’air qu’un homme altère et rend insalubre dans l’espace de 24 heures.
- Mais à cette cause d’altération de l’air, cause toujours subsistante, il faut ajouter aussi celle qui provient des lumières que les appartemens peuvent renfermer. L’expérience a appris que pour une chandelle des 12 au kilogr.,par exemple, il faut 68 grammes d’oxygène par heure, ce qui représente340 décimètres cubes d’air, dont un tiers seulement pourrait être enlevé par la combustion, en la supposant poussée à sa dernière limite ; on sait, en outre , qu’une bougie demande 86 grammes d’oxygène ou 435 décimètres cubes d’air, et une lampe de Carcel 336 grammes ou 1,680 décimètres cubes d’air.
- Si l’on tient compte encore delà quantité d’air nécessaire à la combustion des matières qui servent à échauffer un appartement, vous voyez, Messieurs, combien doit déjà être grand le renouvellement de l’air pour le cas où une seule personne, une seule lumière et une cheminée allumée se trouvent dans la même pièce. Mais si plusieurs personnes et un assez grand nombre de lumières sont réunies à la fois, la multiplicité des causes d’altération de l’air vient augmenter l’indispensable nécessité de la ventilation.
- L’observation a fait connaître que, pour ne pas être gêné dans la respiration, il faut au moins de 6 à 10 mètres cubes d’air par heure et par personne. D’après cette règle, pour qu’un homme n’éprouve aucun malaise dans une chambre bien close où il séjournerait 24 heures de suite, il faut qu’elle puisse contenir au moins de 144 à 240 mètres cubes d’air. Si, dans un appartement, quel qu’il soit, on veut que le renouvellement de l’air se fasse d’une manière continue, il faut régler l’introduction et la sortie de l’air dans la proportion de 100 litres par minute, ou de 6,000 litres par heure, par chaque personne devant habiter cet appartement.
- Ainsi, il est indispensable de disposer dans tous les lieux d’habitation, et surtout de grande réunion, un bon système de ventilation, c’est-à-dire un renouvellement continuel mais gradué de l’air, en établissant, à l’aide d’appareils convenables, une circulation telle, que l’air vicié soit sans cesse remplacé par un air pur et salubre (1). Or, rien n’est plus simple : il suffît d’échauffer l’air
- (2) Le fait suivant montre la grande importance d’une bonne ventilation. A l’hospice de la Maternité, à Dublin, il mourut, pendantquatre ans, 2,944 enfans sur 7,650, dans la première quinzaine après leur naissance. On pensa que cette effroyable mortalité pouvait venir de ce que les salles ne contenaient pas assez d’air ; en conséquence, on y multiplia les ventilateurs dans une proportion convenable, et la mortalité fut réduite à 279. Il résulte de ce fait que, sur 2,944 entons qui étaient morts dans les quatre années précédentes, 2,655 avaient péri par l’insuffisance de l’air;
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- vicié en le forçant à passer dans un conduit chaude ou directement par une lampe, ou par le voisinage de quelque cheminée servant à d’autres usages. L’air, acquérant plus de légèreté à mesure que sa température s’élève, s’échappe, parle conduit qui débouche à l’extérieur de l’appartement, et détermine ainsi un afflux d’air froid du dehors par toutes les autres ouvertures qui existent dans la chambre, comme les portes, les joints des fenêtres, etc. Cette disposition est ce qu’on nomme un système d'appel. Les ouvertures d’aspiration doivent être égales en surface à la section du conduit d'appel, si la vitesse de l’air est partout la même. Les cheminées, les poêles sont, d’après cela, des fourneaux d’appel très puis-sans, et déterminent dans nos appartenons un renouvellement continuel de l’air, lorsque leur construction est bien entendue.
- Le chimiste qui s’est occupé avec le plus de succès de cette haute qnestion de salubrité publique, est M. D’Arcet, dont le nom se trouve joint à toutes les belles applications de la science au bien général. Les architectes, et toutes les personnes qui font construire, devraient prendre une connaissance complète des procédés ingénieux employés par ce savant à l’assainissement des salles de spectacle, des ateliers de doreurs sur bronze , des ateliers de la Monnaie de Paris, des salles de l’hôpital Saint-Louis, des latrines publiques, des magnaneries, etc. (1).
- L’énorme quantité d’oxygène qui est sans cesse enlevé à l’atmosphère terrestre par la respiration des êtres vivans, pourrait faire craindre, au premier abord, que la provision d’air respi-rable soit un jour épuisée. Les réflexions suivantes, que nous empruntons à M. Dumas, sont de nature à calmer toutes les appréhensions à cet égard.
- Le calcul montre , dit M. Dumas, qu’en exagérant toutes les données, il ne faudrait pas moins de 800,000 années aux animaux vivans à la surface de la terre pour faire disparaître l’oxygène en entier. Par conséquent, si l’on supposait que l’analyse de l’air eût été faite en 1800, et que pendant tout le siècle les plantes eussent cessé de fonctionner à la surface du globe entier, tous les animaux continuant d’ailleurs à vivre , les analystes , en 1900, trouveraient l’oxygène de l’air diminué de 1 /8000e de son poids, quantité qui est inaccessible à nos méthodes d’observation les plus délicates , et qui, à coup sûr, n’influerait en rien sur la vie des animaux ou des plantes. Ainsi, ne nous y trompons pas , l’oxygène de l’air est consommé par les animaux , qui le convertissent en eau et en acide carbonique; il est restitué par les plantes qui décomposent ces deux corps. Mais la nature a tout disposé pour que le magasin d’air fût tel, relativement à la dépense des animaux, que la nécessité de l’intervention des plantes pour la purification de l’air ne se fil sentir qu’au bout de quelques siècles.
- i (1) Voir les Annales de l’industrie, la Chimie appliquée aux arts et manufactures rte Gray ; le Dictionnaire technologique, les Bulletins de la Société d'encouragement de Pans, etc.
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- L’air qui nous entoure pèse autant que 581,000 cubes de cuivre, d’un kilomètre de côté ; son oxygène pèse autant que 154,000 de ces mêmes cubes. En supposant la terre peuplée de mille millions d’hommes, et reportant la population animale à une quantité équivalente à trois millions d’hommes, on trouverait que ces quantités réunies ne consomment en un siècle qu’un poids d’oxygène égal à 15 ou 10 kilomètres cubes de cuivre, tandis que l’air en renferme 15'*,000.11 faudrait 10,000 années pour que tous ces hommes pussent produire sur l’air un effet sensible à l’analyse chimique, même en supposant la vie végétale anéantie pendant tout ce teins.
- En ce qui concerne la permanence de la composition de l’air, nous pouvons dire en toute assurance que la proportion d’oxygène qu’il renferme est garantie pour bien des siècles, même en supposant nulle l’influence des végétaux, et que néanmoins ceux-ci lui restituent sans cesse de l’oxygène en quantité au moins égale à celle qu'il perd , et peut-être supérieure , car les végétaux vivent tout aussi bien aux dépens de l’acide carbonique fourni par les volcans, qu’aux dépens de l’acide carbonique fourni par les animaux eux-mêmes (l).
- Les conditions indispensables à l’entretien de la respiration étant connues, examinons la manière dont l’air intervient dans cet acte si important, et auparavant établissons bien le but essentiel que la nature s’est proposé , en faisant de cette fonction la cause première de la vitalité.
- Lorsque le sang, que l’illustre médecin Bordeu a ingénieusement appelé chair coulante, à cause de son rôle dans l’économie, a parcouru les artères, et a ainsi porté la vie dans toutes les parties du corps, il revient au cœur par les veines. Alors il a changé de propriétés et de nature; de rouge il est devenu brun, et il n’est plus propre à l’assimilation. Ce n’est qu’en éprouvant des modifications nouvelles dans les poumons, par l'influence de l’air, qu’il peut revenir à l’état de sang artériel et servir de nouveau à la nutrition des organes.
- En constatant les altérations que l’air subit par la respiration d’un animal, il est évident qu’on doit arriver à pouvoir apprécier la manière dont ce fluide agit sur le sang veineux. C’est ce qu’ont cherché Priestley, Schèele, Lavoisier et Laplace. Avant eux, rien n’avait été fait sous ce rapport. Ils ont reconnu, et leurs successeurs l’ont confirmé, que l’air expiré contient plus de vapeur aqueuse, un peu moins d’oxygène et plus d’acide carbonique que l’air inspiré ; enfin que le volume de l’air expiré est presque égal à celui de l’air inspiré. Lavoisier et Laplace tirèrent de ces faits la conclusion que, dès que le sang veineux est mis en rapport avec l’air dans les mille petits vaisseaux des poumons, l’oxygène lui
- (1) Essai de Statique chimique des êtres organisés, par MM. Dumas et Boussingault. 3' édition , 1844, p. 18.
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- enlève une portion de son carbone et de son hydrogène, qu'il se fait ainsi de l’acide carbonique et de l’eau, rejetés bientôt par la contraction des poumons, et que le sang veineux, ainsi privé d’une partie de carbone et d’bydrogène, recouvre toutes les propriétés du sang artériel.
- Cette théorie de la respiration est extrêmement simple ; le phénomène essentiel consiste en une véritable combustion; aussi, Lavoisier dit-il dans son style élégant : « La respiration n’est qu’une combustion lente de carbone et d’hydrogène, qui est semblable en tout à celle qui s’opère dans une lampe ou dans une bougie qui brûle, et, sous ce point de vue, les animaux qui respirent sont de véritables corps combustibles qui brûlent et se consument... Dans la respiration, comme dans la combustion, c’est l’air de l’atmosphère qui fournit l’oxygène et le calorique ; mais comme, dans la respiration, c’est la substance même de l’animal, c’est le sang qui fournit le combustible ; si les animaux ne réparaient pas habituellement par les alimens ce qu’ils perdent par la respiration, l’huile manquerait bientôt à la lampe, et l’animal périrait comme une lampe qui s’éteint lorsqu’elle manque de nourriture. » (1).
- Depuis les immortels travaux de Lavoisier, les physiologistes, et entre autres M. Edwards, ont constaté que ce n’est pas seulement dans les poumons, mais dans tout l’appareil circulatoire, que s’opère cette curieuse transformation du sang veineux en sang artériel. 11 a été reconnu, de plus, qu’outre l’eau et l’acide carbonique, les animaux exhalent constamment de l’azote, qui provient en totalité des alimens ; que l’azote de l’air ne concourt, en aucune manière, à l’acte de la respiration et à celui de la nutrition ; que, conséquemment, l’air n’est jamais un aliment pour l’homme etles animaux ; qu’il fournitseulementson oxygène pour brûler l’excès de charbon et d’hydrogène que les alimens ont accumulé dans le sang veineux.
- Un des effets remarquables de la respiration chez les animaux, c’est l’entretien de cette chaleur qui leur est propre et qui est généralement supérieure à celle du milieu où ils sont plongés. Un chimiste anglais, John Davy, qui a fait de nombreuses expériences sur la température du corps des divers animaux, nous a appris que les oiseaux sont, de tous, ceux dont la température est la plus élevée, puisqu’elle va jusqu’à -}- 43° ; les mammifères occupent le second rang ; viennent ensuite les amphibies et les poissons, puis enfin les mollusques, les crustacées et les insectes. Dans ces dernières classes, les animaux ont sensiblement la température du milieu où ils vivent ; chez les poissons et les amphibies, elle n’est supérieure que de quelques degrés. Celle de l’homme est
- (1) Mémoires de Lavoisier, t. 3.
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- d’environ -f- 37° centigrades dans tous les climats, ou du moins les différences sont très-faibles, puisqu’elle ne s’accroît que d’un degré dans les pays chauds ; elle est à-peu-près la même sur des individus de la même espèce, mais de races différentes.
- Ce dégagement de chaleur dans le corps des animaux est, partout et dans toutes les circonstances, la conséquence de la combinaison du charbon et de l’hydrogène des alimens ou du sang avec l’oxygène de l’air inspiré. Le caractère le plus constant de l’animalité réside donc dans cette combustion interne, dans le développement d’acide carbonique qui en est la conséquence, partant aussi dans la production de chaleur que toute combustion détermine.
- Quelques expérimentateurs modernes ont avancé qu’une partie de la chaleur animale avait une autre source que la respiration; mais la théorie de Lavoisier et Laplace, qui attribue à cet acte toute la chaleur produite par les animaux, est encore l’opinion la plus probable ; c’est elle, au moins, qu’adoptent les chimistes les plus distingués de notre époque.
- QUATRIÈME LEÇON.
- ne l'Eau,
- Sommaire. — Manière d’être de l’eau dans la nature: glace, eau liquide, vapeur aqueuse. — Des diverses espèces d’eau liquide à la surface du globe : Eaux potables , non potables et minérales. — Moyen de purifier l’eau: de la distillation ; appareils dans lesquels on l’exécute. — Caractères de l’eau distillée.
- L’eau, en raison du rôle important qu’elle joue dans la production des phénomènes naturels, de ses propriétés remarquables, de son abondance à la surface de la terre et de ses nombreuses applications à tous nos besoins, a fixé l’attention des philosophes de tous les âges et de tous les pays. Non moins indispensable que l’air à l’existence des êtres vivans, elle sert de boisson à l’homme et aux animaux ; elle est un des agens les plus importans de la végétation ; la plupart des minéraux ont été formés dans son sein ; enfin, la réflexion nous fait comprendre que si, par un hasard malheureux, ce liquide disparaissait tout-à-coup, la vie s’éteindrait bientôt à la surface du globe, et que tout rentrerait dans ce chaos inexplicable qui a marqué l’enfance des mondes.
- L’étude de ce corps offre donc un immense intérêt. Nous en
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- ferons l’histoire avec beaucoup de soin; et d’abord nous examinerons sa manière d’être dans la nature.
- L’eau s’offre à nos yeux sous les trois formes propres à la matière ; elle est tantôt solide, tantôt liquide, et souvent à l’état de lluide élastique ou de vapeur.
- A. L’eau solide comprend:
- 1° La glace, qui se montre d’une manière permanente sur les plateaux des hautes montagnes, telles que les Andes, les Alpes, les Pyrénées, et en général de toutes les sommités dont l’élévation atteint et surpasse la région des neiges perpétuelles. —La hauteur de cette région varie en raison de la latitude sous laquelle on l’observe; elle augmente rapidement en allant des pôles à l’équateur ;
- 2° La glace qui se trouve dans quelques cavernes ou grottes naturelles, où elle s’y conserve, quelle que soit la température, et semble même y être plus abondante en été qu’en hiver;
- 3° La neige et la grêle qui tombent de l’atmosphère dans certaines circonstances.
- B. L’eau liquide constitue ces amas d’eau plus ou moins considérables qui occupent le fond de nos vallées. Suivant qu’ils sont parties accessoires d’une vaste étendue de terre, ou parties principales et enveloppant les terres, ces amas se nomment Eaux Continentales ou Mers.
- On entend par ce dernier nom l’universalité des eaux salées qui, sans discontinuité, couvrent près des trois quarts de la surface du globe, entourent de toutes parts l’autre portion de cette surface, et la partagent en continens et en îles.
- Les eaux continentales sont, comme l’indique leur nom, des masses d’eau plus ou moins étendues qui se trouvent enclavées au milieu des continens ou des îles, mais qui, dans quelques cas, communiquent avec la mer. Généralement ces eaux sont douces ; celles de quelques lacs font seules exception. Elles sont ou courantes ou stagnantes. Dans le premier cas, on les connaît sous les noms de Fleuves, Rivières, Torrens, Ruisseaux; dans le second, sous ceux de Lacs, Étangs, Marais.
- C’est à l’état liquide que l’eau est le plus abondamment répandue dans la nature.
- C. A l’état de gaz ou de vapeur , l’eau existe toujours dans l’atmosphère. Elle s’y trouve même au-dessous de 0°. Le fluide atmosphérique a la propriété d’en contenir d’autant, plus qu’il occupe plus d’espace et que sa température est plus élevée. Par conséquent, il en laisse précipiter quand il en est saturé, si on le comprime ou si on le refroidit, et il en prend une nouvelle quantité si on augmente son volume ou si on réchauffe. De là
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- l’explication de la plupart des Météores aqueux, qui ne doivent leur origine qu’à .l’eau suspendue dans l’atmosphère. Elle s’y trouve d’abord en vapeur invisible, passe ensuite par différens états, et forme les brouillards ou brumes, les nuages, la rosée, la pluie, la neige, le givre ou grésil et la grêle.
- Puisque l’air contient toujours une certaine quantité de vapeurs aqueuses, il faut nécessairement qu’il prenne l’eau à la surface delà terre ; c’est, en effet, ce qui a lieu, et, soit sur le sol, soit sur les mers, il s’élève continuellement dans l’atmosphère une couche d’eau réduite en vapeurs, couche d’autant plus épaisse que l’air est plus chaud, plus sec et plus agité. Vous avez tous, Messieurs, conscience de ce fait, bien que peut-être votre esprit ne s’y soit pas arrêté. Lorsque vous abandonnez à lui-même un vase ouvert plein d’eau, vous vous apercevez, au bout de quelque tems, que cette eau a diminué de volume, et qu’elle finit même par disparaître complètement au bout d’un tems plus ou moins long, disparition qui est, d’ailleurs, bien plus rapide en été qu’en hiver. C’est que l’eau, dans ce cas, prend la forme d’un fluide invisible et gazeux, qui se mélange à l’air atmosphérique. Or, ce phénomène de l’ascension de l’eau dans l’air a reçu le nom d’évaporation.
- Cette évaporation de l’eau ne cesse que pendant les pluies abondantes , et la glace même s’évapore au sein de l’hiver. 1 mètre carré d’une surface liquide laisse évaporer 1 décimètre cube ou 1 litre par 24 heures ; d’où il suit qu’un seul kilomètre carré de la surface de la mer produit chaque jour 1,000,000 de litres ou 1,000 mètres cubes de vapeur d’eau; ou, en d’autres termes, qu’une masse d’eau quelconque diminue d'un millimètre de hauteur en 24 heures, à la température ordinaire.
- Ajoutez à cela toute l’eau que laisse exhaler la terre humide , toute celle qui sort des végétaux par la transpiration insensible, et dont la proportion pour chaque arbre est d’environ 12 kilogrammes par 24 heures ; celle enfin qui provient de cette multitude d’êtres animés qui transpirent aussi, même dans les climats les plus rigoureux et pendant les froids les plus intenses {la transpiration de l’homme donne environ 1 kilogramme d’eau par 24 heures), et vous ne serez plus surpris qu’il y ait toujours beaucoup d’eau dissoute dans l’air. Votre imagination pourrait peut-être s’alarmer de cet immense réservoir d’eau toujours suspendu sur vos tètes et prêt à chaque instant à renouveler les terribles scènes du déluge qui a bouleversé notre planète, et dont le souvenir s’est transmis d’âge en âge.
- Mais rassurez-vous, l’harmonie de la nature est telle, que cette immense masse d’eau se réduit incessamment par la condensation graduelle des vapeurs qui retombent sur nos continens sous les
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- formes diverses que nous venons d’indiquer. D'ailleurs, les mou-vemens continuels qui s’opèrent dans les couches atmosphériques en mélangent toutes les parties, et établissent partout un équilibre d’humidité qu’on désigne sous le nom d'état hygrométrique. Les régions de l’air qui ont perdu accidentellement l’eau dont elles étaient chargées ne sont pas long-tems sans se mêler aux autres, puisqu’enne donnant à l’air qu’une vitesse de 3 myriamè-tres à l’heure, celui de l’équateur et celui du pôle ne mettent pas plus de 8 jours à se rencontrer. On sait que dans les ouragans le vent parcourt 36 mètres par seconde, et même davantage, ce qui fait 10 myriamètres par heure.
- La quantité de vapeur atmosphérique étant en proportion de la température de l’air, varie nécessairement en raison du climat, de l’élévation des lieux et du cours des saisons; ainsi, elle décroît de bas en haut, et de l’équateur vers les pôles; elle est bien plus abondante en été qu’en hiver. M. Gay-Lussac et les autres physiciens qui ont osé s’élever dans le vaste champ des airs, ont remarqué que dans les hautes régions, où le froid devient de plus en plus vif, la sécheresse est telle, que le bois, le parchemin se tordent et se déforment comme lorsqu’ils sont exposés à l’action d’une forte chaleur. Suivant Dalton, la quantité moyenne de vapeur d’eau tenue en dissolution dans l’atmosphère peut s’élever aux 0,0142 environ de son volume.
- Il est une foule de moyens propres à démontrer l’existence de la vapeur d’eau dans l’air qui paraît le moins humide et le plus transparent. Les uns consistent à abaisser sufilsamment sa température pour que la vapeur se condense sous forme solide ou liquide ; les autres, à le mettre en contact avec des substances qui ont pour l’eau une affinité très-prononcée, et qui, pour cette raison, lui enlèvent celle qu’il contient en se l’appropriant.
- A chaque instant, nous sommes témoins de phénomènes produits par le refroidissement de l’air. Ainsi, lorsqu’on vient à placer un corps froid dans une atmosphère un peu chaude, et conséquemment humide, il se couvre d’eau, parce qu’en refroidissant les couches d’air qui l’entourent, il abaisse également la température de la vapeur aqueuse qui s’y trouve. Dans l’été, les bouteilles de vin qu’on sort des caves se tapissent bientôt de gouttelettes d’eau; dans l’hiver, les vitres de nos croisées se revêtent intérieurement d’humidité ou de belles cristallisations glacées, parce que l’air froid du dehors, en les frappant, liquéfie ou même congèle la vapeur que notre respiration et notre transpiration ont accumulée dans l’air des appartements. La formation des nuages, des brouillards, delà pluie, de la neige, est encore due au refroidissement qu’éprouve accidentellement la vapeur aqueuse dans, les hautes plaines de l’air.
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- H y a des substances qui ont tellement d’affinité pour l’eau, qu’elles s’emparent de sa vapeur partout où elles la trouvent; tel est, entre autres, Y acide sulfurique concentré, qui peut attirer graduellement plus de trois fois son poids d’eau atmosphérique, et qui alors augmente de poids en perdant de sa force acide; telle est la chaux vive, qui tombe en poussière en perdant de sa causticité ; telle est la potasse, qui, au bout d’un tems très-court, s’humecte et finit par se dissoudre complètement dans l’eau absorbée, etc. Les corps qui ont ainsi cette propriété d’enlever l’eau à l’air sont connus sous le nom général de corps Déliquescents; les chimistes en font un fréquent emploi pour dessécher les gaz. Tou s les corps déliquescens restituent à l’air, lorsqu’il devient sec, l’eau qu’ils lui avaient enlevée lorsqu’il était humide. On les appelle encore Hygrométriques, parce qu’ils peuvent servir à déterminer avec assez de précision la quantité de vapeur d’eau contenue dans un volume donné d’air. C’est d’après cette propriété des substances hygrométriques que les physiciens ont construit des instrumens pour juger du degré de sécheresse ou d’humidité de l’atmosphère; on les nomme Hygromètres ou Hygroscopes.
- Certains liquides volatils et quelques gaz sont d’un emploi très commode pour reconnaître immédiatement les plus petites traces d’humidité dans l’air, parce qu’en s’unissant à la vapeur qu’ils rencontrent, ils forment une combinaison moins volatile que chacun des composans, et qui apparaît sous forme de fumée blanche plus ou moins épaisse. Ce phénomène est surtout très marqué avec Yacide chlorhydrique ou esprit de sel, avec le gaz fluoborique. Il est à noter que les vapeurs de ces difïerens corps liquides ou gazeux ne sont plus visibles dans un espace sec.
- Ce qui précède sur les divers états de l’eau dans la nature suffit pour bien faire comprendre ce que j’ai à vous dire de ses propriétés. Occupons-nous particulièrement de l’eau liquide.
- Aucune espèce d'eau, parmi toutes celles qui coulent à la surface du globe, n’est pure, dans le sens rigoureux qu’on doit attacher à ce mot. Il est impossible qu’il en soit autrement. En effet, les eaux pluviales tombées de l’atmosphère s’infiltrent à travers les terres pour se réunir dans les fonds. Dans leur passage parles différentes couches du sol, non-seulement elles dissolvent, sous certaines influences, et principalement sous celle de la chaleur centrale , tous les matériaux qui y sont solubles, mais encore elles entraînent, sans les dissoudre, une foule de corps étrangers, organiques et inorganiques, qui ne tardent pas à entrer en décomposition ou à se déposer, suivant leur nature. De là résultent des produits nouveaux qui apportent encore des modifications au
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- liquide qui les recèle. 11 n’y aurait guère que l’eau de pluie ou de neige qui pût être pure, mais il y existe toujours de l’air en dissolution.
- La nature chimique des eaux naturelles doit donc varier suivant la constitution des terrains qu’elles ont traversés, leur température , le temps pendant lequel elles ont demeuré en contact avec les terres, et diverses autres circonstances qu’il serait trop long d’énumérer. Ici, elles se trouvent surchargées de sels ; là, ce sont des gaz ou des matières organiques qu’elles contiennent.
- Les eaux qui coulent sur les terrains de granité, sur le cristal de roche, sur les sables, sont toujours moins chargées de matières étrangères que celles qui coulent sur les sols calcaires et argileux.
- Vous concevez que, d’après ces différences de constitution chimique, elles doivent présenter des propriétés physiques très diverses. Plusieurs sont tellement riches en matières salines, qu’elles ne peuvent convenir à la boisson ni aux autres usages delà vie, et qu’elles ont môme une action très-prononcée sur l’économie animale. De là, la distinction des eaux terrestres en eaux potables, eaux NON-POTABLES et EAUX MEDICINALES OU MINERALES.
- 1° Les eaux potables sont celles qui peuvent servir de boisson journalière, sans qu’il résulte de leur emploi aucun trouble dans l’économie animale. On reconnaît, en général, qu’une eau est potable, lorsqu’elle est vive, limpide, sans odeur, lorsqu’elle cuit bien les légumes, dissout le savon sans former de grumeaux, conserve sa transparence pendant qu’on la fait bouillir, ne laisse qu’un très-léger résidu par l’évaporation, et n’est troublée que très-faiblement par les réactifs.
- Les eaux qui présentent ces caractères sont celles de pluie ou de neige, de rivière, de source, et les eaux des fontaines artésiennes.
- On peut juger de la pureté comparative de ces diverses espèces d’eaux, lorsqu’il s’agit de les appliquer à nos usages journaliers ou d’établir entre elles un choix, uniquement par la quantité de résidu qu’elles laissent après leur évaporation sur le feu. 11 n’est donc pas nécessaire de posséder de bien grandes connaissances en chimie pour arriver à cette détermination. Lorsqu’on veut faire l’essai d’une eau, on en prend un litre ; on le verse dans une capsule de porcelaine dont la tare a été prise à l’avance , et on l’expose à une température modérée, comme celle d’un poêle, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de liquide dans le vase. Le résidu terreux est ensuite chauffé un peu plus fort pendant plusieurs minutes avant d’être pesé. Oe résidu est incolore, s’il est formé de matières salines : il est
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- coloré en brun ou en jaune rougeâtre s’il renferme des substances organiques ou du fer. Quand son poids ne s’élève qu’à quelques centigrammes, l’eau peut être considérée comme sensiblement pure.
- Voici quelques exemples de la pureté comparative de plusieurs espèces d’eaux potables :
- Noms des eaux. Quantité de iiésidu PAR LITRE D'EAU.
- / avant sa jonction avec la Marne. Ogr. , 1785
- dans Paris. 0 1705
- Eau de la Seine < au sortir de Paris. 0 1810
- I à Rouen. 0 1700
- \ au sortir de Rouen. ü 17 GO
- Eau de la Marne , avant sa jonction avec la Seine. 0 1801
- Eau de la Vienne, a Troyes. 0 1980
- Eau du Rhône , à Lyon, en été. 0 1073
- id. id. en hiver. 0 1838
- Eau de la Saône, à Lyon. 0 1410
- Eau de la Loire, près de Firminy. 0 0352
- Eau du canal de l’Ourcq, près Paris. 0 4521
- Eau de la rivière de Rapeaume (Seine-Inférieure). 0 1491 à 0 1G02
- Eau de la rivière de Robec, avant son entrée à Rouen. 0 1780
- Eau de la rivière d’Aubette, avant son entrée à Rouen. ü 2GOO
- Eau de la rivière de Lillebonne (Seine-Inférieure). 0 2480
- Eau de la rivière de Valmont. 0 2756
- Source d’Arcueil (fontaine de l’Institut, à Paris). 0 46G0
- Eau des fontaines ou sources de Rouen. 0 2140 à 1 7530
- Eau des fontaines ou sources du Havre. 0 3939 à 0 G135
- Eau des sources de Belleville et de Ménilmontant, près Paris. 1 G 490
- Eau d’un puits artésien à Perpignan. ü 2300
- h Rouen. 0 1327
- à Elbeuf. 0 7100
- à Grenelle, dans Paris. 0 1430
- De toutes les eaux potables, les meilleures, sans contredit, sont les cerna? de pluie; car elles sont, en général, d’une telle pureté, qu’on ne parvient guère à y découvrir quelques matières étrangères qu’en faisant usage des réactifs les plus délicats. Elles ne renferment que de l’air, de l’acide carbonique et des traces de matière organique et d’ammoniaque en dissolution. Nous entendons parler ici de l’eau de pluie recueillie après les premières ondées, en rase campagne, dans de larges vases ; car celles-ci, en balayant l’atmosphère, si l’on peut s’exprimer ainsi, entraînent avec elles tous les corpuscules hétérogènes flottant dans l’espace. Aussi cette eau dépose-t-elle une poudre grisâtre dans les vases où on l’enferme, et ne peut-elle être gardée long-tems sans acquérir une odeur et une saveur plus ou moins désagréables. C’est pour la même raison que la neige recueillie dans les premiers instans de sa chute laisse toujours un dépôt pulvérulent après sa fonte.
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- Ce que le vulgaire appelle : pluies de cendres, pluies de sang, pluies de soufre, pluies de manne, etc., et qu’il regarde comme le présage de grands malheurs, est dû à ce que les pluies, en traversant les couches atmosphériques, entraînent dans leur chute de fuies poussières minérales noires ou rougeâtres suspendues dans l’air, ou du pollen (poussière séminale des plantes en fleur) rouge, jaune ou différemment coloré,ou de petits champignons et lichens. Lorsque, par exemple, une pluie se manifeste pendant la floraison des pins et autres arbres résineux, on remarque sur l’eau, dans le voisinage des forêts, une poudre jaune ressemblant parfaitement à du soufre en poudre, mais qui n’est autre chose que le pollen de ces végétaux, accumulé d’abord dans l’atmosphère, d’où il a été entraîné par la pluie.
- La puissance du vent, en balayant la surface de la terre, emporte quelquefois à de grandes hauteurs des masses de substances diverses, de petits végétaux, qui retombent ensuite avec les eaux du ciel. Il n’y a pas encore bien long-tems, en avril 1827, qu’il est tombé en Perse, dans la province de Romoé, non loin du mont Ararath, une pluie de manne ou de graines, qui a, dans quelques endroits, couvert la terre d’une couche de 16 centimètres d’épaisseur. Les moutons en ont mangé , et les hommes en ont fait un pain très-passable. Cette prétendue manne n’était qu’un petit lichen, ainsi que l’ont reconnu MM. Thénard et Desfontaines, membres de l’Institut, à qui notre ambassadeur en Russie en avait envoyé.
- Les neiges rouges qui tombent si souvent sur les Alpes, dans les régions polaires, et si abondamment dans la Nouvelle-Schetland du Sud, sont colorées par des globules sphériques qui, d’après M. Baüer, sont de petits champignons du genre uredo.
- Quand l’eau de pluie est recueillie par le moyen de gouttières, elle contient toujours, outre l’air, une certaine quantité de sels terreux, et principalement de sélénite ou sulfate de chaux provenant du plâtre qui se trouve sur cette partie de nos édifices. Néanmoins , la proportion de ces substances n’est jamais assez grande pour lui faire perdre la propriété de cuire les légumes et de dissoudre le savon.
- Après les eaux' de pluie, les eaux des puits artésiens ou jaillissons sont les plus pures; elles sont généralement abondantes, moins riches en sels que les eaux des rivières et des sources, et elles ont une température constante supérieure à celle de la surface, à raison de 1 degré centigrade par 25 ou 30 mètres de profondeur. — Il n’a fallu percer que 547 mètres au milieu de la plaine de Paris, à l’abattoir de Grenelle, pour avoir un puits artésien dont l’eau est à la température de + 28° centigrades. Cette élévation et cette uniformité de température empêchent l’eau de se cou-
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- geler pendant les hivers les plus rigoureux. —Les puits artésiens, ainsi nommés parce qu’ils sont, depuis long-tems, en usage dans l’Artois, ne sont autre chose que des trous de sonde verticaux, au moyen desquels, en certains lieux, les eaux situées aune plus ou moins grande profondeur remontent jusqu’à la surface, et quelquefois même y jaillissent à de grandes hauteurs. Les puits percés à Elbeuf élèvent l’eau jusqu’à 32 mètres 1 /2 au-dessus du sol.
- Les eaux des rivières sont généralement moins riches en matières salines que les eaux de sources ; mais celles-ci, en revanche, sonttoujours plus fraîches, plus claires et plus limpides. Les eaux des rivières, en effet, sont presque constamment troubles. A chaque averse, les eaux torrentielles, pendant leur course précipitée, se chargent de terre végétale, de glaise, de graviers, de toutes sortes de détritus qu’elles arrachentau sol, et l’ensemble de ces matières est entraîné, pêle-mêle, jusque dans le lit des rivières. Les proportions des matières étrangères tenues en suspension dans les rivières sont en raison du volume des eaux, de leur rapidité et de la longueur de leur cours, et aussi en rapport avec la nature du sol que les rivières traversent, avec les pluies plus ou moins fréquentes. Rennel a calculé que le Gange entraîne à la mer 860,149 mètres cubes de terre par heure, ce qui forme la 200e partie du volume de ses eaux. L’alluvion déposée par les eaux du Nil forme la 120e partie de son volume etégale 5,068 mètres cubes par heure. Le Mississipi dépose 2,742 mètres cubes de terre par heure, et le Hoan-Ho, en Chine, porte chaque heure à la mer 686 mètres cubes de sédiment terreux. Dans la Seine, la proportion des matières en suspension s’élève quelquefois jusqu’à l/2000e. Ainsi, celui qui boirait dans sa journée 3 litres d’eau de Seine non fdtrée, à l’époque des plus fortes crues , chargerait son estomac d’un gramme 1/2 de substances terreuses. On ne sait quel pourrait être, à la longue, l’effet de ces matières sur la santé. Au surplus, toute considération de salubrité mise de côté, il est certainement fort désagréable de boire de l’eau chargée de limon.
- Au moment des basses eaux, pendant les grandes chaleurs de l’été, les eaux des rivières tiennent ordinairement en dissolution une plus forte proportion de matières organiques, et celles-ci, par leur décomposition incessante, donnent naissance à des gaz infects; aussi leurs eaux ont-elles presque toujours de l’odeur. C’est donc entre les deux époques des basses eaux de l’été et des crues de l’hiver que les eaux des rivières sont les meilleures à boire, c’est-à-dire les plus pures.
- 11. Les EAUX HABITUELLEMENT NON POTABLES Sont Celles qui
- renferment ou une grande quantité de matières salines, comme
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- les eaux des puits, de la mer et des fontaines salées , ou des substances végétales ou animales en décomposition, comme les eaux de mares, d’étangs et les eaux dormantes. Les premières donnent un résidu considérable par l’évaporation, sont impropres à dissoudre le savon sans le décomposer et à cuire les légumes, en raison de la forte proportion de sels terreux qu’elles contiennent. Les autres, qui n’offrent pas ces inconvéniens, possèdent, d’un autre côté, une odeur plus ou moins fétide et repoussante, qui provient de la putréfaction des matières végétales et animales qu’elles tiennent en dissolution, ou qui sont accumulées à la surface du terrain qu’elles recouvrent.
- Souvent les eaux naturelles acquièrent des propriétés dangereuses ou délétères, soit par leur voisinage avec les fosses d’aisances , soit par le contact prolongé de substances animales privées de vie ou de liquides putréfiés. C’est ainsi que, trop souvent, dans nos campagnes, l’eau des meilleurs puits est altérée par les filtrations du jus de fumier ou l’urine des bergeries et écuries, qui, presque toujours, se trouvent à peu de distance de ces réservoirs naturels. Parfois les eaux de tout un village deviennent malsaines par l’infiltration des eaux des fossés dans lesquels on rouit le chanvre, ou par celle des eaux fétides qui sortent des usines et vont se perdre soit dans les ruisseaux qui circulent dans les environs, soit dans la nappe souterraine qui alimente les puits de toutes les habitations voisines. Ces eaux insalubres n’ont d’autres caractères communs qu’une odeur repoussante et un aspect plus ou moins trouble, ou une couleur foncée. Quant à leur composition chimique, tant de causes peuvent la faire varier, qu’il est impossible de l’établir d’une manière générale.
- III. Enfin, sous le nom d’EAux minérales ou médicinales, on comprend toutes celles qui contiennent assez de substances salines ou autres pour être sapides, exercer une action marquée sur l’économie animale, et devenir pour les hommes et les animaux de puissans moyens de guérison.
- Leur température est très-variable. Tantôt elles sont chaudes et quelquefois même bouillantes; tantôt, au contraire, elles sont au même degré de chaleur que l’air ambiant, ou même au-dessous. De là la distinction qu’on en fait en eaux Thermales et en eaux Froides. Ce phénomène singulier de température dépend, sans aucun doute, de l’étendue et de la nature des terrains que les eaux parcourent avant d’arriver dans les lieux où elles se reunissent; puisque l’observation a fait reconnaître que la chaleur souterraine augmente progressivement et d’une manière assez rapide avec la profondeur.
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- Les substances qui existent en dissolution dans les eaux minérales sont très-nombreuses ; mais il est à remarquer que la môme eau n’en contient jamais plus de 7 à 8, et encore dans des proportions toujours très-limitées. Parmi les principes cons-tituans d’une eau minérale, il en est qui, parleur quantité et leur énergie, ont une plus grande influence sur les propriétés médicamenteuses que cette eau présente. C’est d’après cette considération qu’on partage ces sortes d’eau en classes plus ou moins nombreuses :
- Eaux Salines, qui ont une saveur marquée et sont sans action sur la couleur bleue du tournesol et de la violette. Exemple : eaux thermales de Néris, de Plombières, de Bourbonne-les-Bains, etc.
- Eaux Alcalines , qui ont une saveur urineuse ou de savon et verdissent le sirop de violette. Exemple : eaux de Chaudes-Aigues, de Rikum en Islande, etc.
- Eaux Acides, qui ont une saveur aigre plus ou moins prononcée, et rougissent fortement le tournesol, propriétés qui deviennent plus intenses par l’évaporation. Exemple: eaux des Lagonis de Toscane, des environs des volcans, etc.
- Eaux Acidulés, dont la saveur est aigrelette et qui moussent promptement par l’agitation, ce qu’elles doivent à l’acide carbonique; aussi perdent-elles ces propriétés par la chaleur ou l’exposition à l’air. Exemple : eaux de Seltz , de Fougues, de Châteldon, etc.
- Eaux Ferrugineuses, qui ont une saveur d’encre, noircissent avec une décoction de noix de galle, donnent un précipité bleu avec le prussiate de potasse du commerce, et déposent souvent, par la concentration, des flocons rougeâtres, caractères dépendant de la présence du fer. Exemple : eaux de Bussang, de Forges ( Seine-Inférieure ), de Spa, de Passy près Paris, etc.
- Eaux Sulfureuses, aisément reconnaissables à leur odeur fétide qui rappelle celle des œufs pourris, et parce qu’elles noircissent promptement une pièce d’argent qu’on y plonge, propriétés dues à la présence du soufre. Exemple:eaux de Barèges, de bonnes, de Bagnères, de Cauterels, d’En-ghein, d’Aix-la-Chapelle, etc.
- Les anciens avaient sur la nature, les propriétés et la diversité des eaux, des connaissances aussi exactes et aussi étendues que l’état, encore si peu avancé des sciences pouvait le permettre. Pline, par exemple, après avoir divisé les eaux minérales en chaudes et en froides, les distingue, quant à leur action, en sulfureuses, alumineuses, salines, bitumineuses et acides, division, encore adoptée en partie de nos jours. Vitruve explique très-bien que c’est en traversant les diverses couches minérales du sol que les eaux se chargent de substances salines, et] acquièrent ainsi des propriétés médicinales et des saveurs variables, suivant la diversité des terrains parcourus. II attribue à certaines eaux acidulés la propriété de dissoudre les calculs urinaires, et il donne
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- et il donne de leur action sur ces calculs une explication qui est encore professée par les médecins chimistes de notre époque. Le même physicien romain savait reconnaître la pureté des eaux; elles sont bonnes, d’après lui, lorsque, ayant été réduites en vapeur, elles ne laissent au fond du vase aucun sable ou limon, et lorsque les légumes qu’on y fait bouillir cuisent promptement. Ru fus ditque les eaux qui bouillentplus vite sont meilleureset plus pures que celles qui bouillent plus lentement. On sait aujourd’hui, en effet, que la présence des substances étrangères, et surtout du sel marin , peut retarder l’ébullition de l’eau de 2 à 3 degrés.
- Mais, à côté de ces saines notions, on trouve dans les écrits des anciens, à propos des eaux, des assertions exagérées, des idées folles et ridicules, qui attestent combien le merveilleux avait de pouvoir sur leurs esprits. C’est ainsi que Pline raconte avec beaucoup de sérieux qu’il y a dans la Béotie, près du fleuve Orcho-mène, deux sources, dont l’une a la propriété de fortifier la mémoire , et l’autre celle de la faire perdre; qu’il y a , en Cilicie, une source dont l’eau donne de l’esprit, et qu’une autre, dans l’île de Cos, rend stupide; qu’enfin, à Cvzique, il y a la fontaine de Cupidon, qui guérit de l’amour ceux qui en boivent. Pendant toute la durée du moyen-âge, on a cru fermement à l’existence de Veau de Jouvence, qui rajeunissait les vieillards. Malheureusement pour l’humanité, de pareilles merveilles n’ont existé que dans l’imagination de Pline et des alchimistes du moyen-âge.
- Au reste, la distinction des eaux minérales basée sur leur véritable composition chimique, l’art de reconnaître et d’apprécier exactement les proportions de leurs principes constituans, sont une des conquêtes de la chimie moderne; puisqu’avant le xvne siècle on ne voit rien dans l’histoire de cette science qui ait aucun rapport avec cette question si intéressante. « C’est un trait bien frappant dans l’histoire de l’esprit humain, dit le célèbre Fourcroy, que l’antiquité ait complètement ignoré l’art de décomposer les corps, et que les connaissances ainsi que les ins-trumens chimiques lui aient entièrement manqué. »
- L’eau étant le véhicule ou le dissolvant le plus souvent employé par le chimiste dans ses recherches délicates, vous concevez facilement, Messieurs, qu’il ne peut, sans s’exposer à des erreurs plus ou moins graves, se servir de ce liquide tel que la nature le lui présente, puisque, comme nous venons de le démontrer, il renferme toujours quelques corps étrangers en dissolution (1).
- (1) C’est Tachenius, célèbre chimiste qui vivait à-peu-près vei’3 le milieu du xvii" siècle, qui appela le premier l’attention des savans sur la différence qu’il y a entre l’eau commune et l’eau distillée, et fit sentir la nécessité de n’employer que cette nernière pour les expériences de laboratoire.
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- Il faut, de toute nécessité, qu’il l’amène à son état de pureté absolue pour pouvoir s’en servir avec avantage. Il en trouve le moyen dans la distillation. Cette opération consiste à chauffer l’eau dans un appareil fermé de manière' à la convertir en vapeurs, et à recueillir celles-ci dans un vase où, en se refroidissant, elles reprennent l’état liquide. L’eau est ainsi séparée de tous les principes salins qu’elle tenait eii dissolution; car ceux-ci, n’étant pas volatils, c’est-à-dire réductibles en gaz, restent au fond de la chaudière où l’eau bout, tandis qne la vapeur aqueuse s’élève pure et reproduit ensuite un liquide complètement dépouillé de toute matière étrangère. C’est dans cet état qu’elle prend le nom d’eau distillée.
- Voici l’appareil qui sert, dans les laboratoires, à purifier l’eau ; il est connu sous le nom d’alambic.
- A, chaudière en cuivre étamé, qu’on appelle Cucurbite. C’est dans ce vase qu’on met l’eau de rivière à distiller. B, Tête ou Chapiteau en étain ou en cuivre qui se pose sur la cucurbite, et dont le long col latéral sert à diriger les vapeurs dans le vase D, qui porte le nom de Réfrigérant ou Serpentin. Ce dernier consiste en un long tuyau d’étain C courbé en hélice et renfermé dans un seau de cuivre rempli d’eau froide. C’est dans ce tuyau que les vapeurs se condensent en gouttelettes liquides qui coulent dans un vase en verre placé au-dessous de l’ouverture inférieure du réfrigérant. Ce vase E s’appelle Récipient, parce qu’il reçoit le produit de la distillation.
- D’après cela, la distillation est l’opération de chimie par laquelle on sépare, au moyen du feu, un liquide volatil des substances fixes ou non réductibles en vapeurs ; ou , en d’autres termes, c’est une évaporation qui se fait en vases clos et appropriés de manière à recueillir, pour les utiliser ensuite, les substances que la chaleur réduit en vapeurs, Elle est fondée sur la propriété qu’ont les liquides de se convertir en vapeurs quand ou élève leur température, et sur la propriété qu’ont, les vapeurs de se condenser par le froid.
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- Ces faits, qui se produisent continuellement dans la nature par l'action successive du soleil et du froid , ont mis sur les traces de la découverte de la distillation. Bien que les annales de la science ne signalent cette découverte qu’à une époque assez peu éloignée, il est cependant à présumer qu’elle remonte à des tcms fort reculés. C’est dans l’ouvrage de Pline, qui écrivait au commencement de l’ère chrétienne, qu’il est, pour la première fois, fait mention d’un véritable procédé distillatoire, toutefois fort grossier, au moyen duquel on préparait, depuis longtems déjà, le Pisséléon, ou l’huile essentielle de térébenthine, avec la résine dii cèdre ou du pin.
- « On allume du feu , dit-il, sous le pot qui contient la résine ; la vapeur s’élève et se condense dans de la laine qu’on étend sur l’ouverture du pot. L’opération terminée, on exprime la laine ainsi imprégnée d’huile. C’est cette huile qu’on appelle Pissinon ou Pisséléon. »—150 ans après , Alexandre d’Aphrodise, commentateur d’Aristote, signala également ce procédé ; voici, en effet, ce qu’il écrit : « On rend l’eau de mer potable en la vaporisant dans des vases placés sur le feu, et en recevant la vapeur condensée sur des couvercles. » Il ajoute qu’on peut traiter de la même manière le vin et les autres liquides. Comment, d’après cela, n’a-t-il pas été conduit à la découverte de l’esprit-de-vin? Toujours est-il que voilà évidemment la distillation pratiquée il y a plus de 2,000 ans !
- Dioscoride, médecin célèbre, d’Anazarbe en Cilicie, et contemporain de l’empereur Tibère, indiqua le premier les appareils propres à la distillation , sous le nom d'Ambic. Zosime, de Panopolis, initié dans les mystères de l’Egypte, et qui vivait à Alexandrie vers l’an 410; Synésius le philosophe, postérieur à Zosime de 50 à 100 ans, ont décrit et figuré plusieurs vaisseaux servant à cette opération.
- Plus tard, au moyen-âge, durant la période florissante des alchimistes et des médecins arabes, on ajouta au mot Ambic l’article al, et l’on forma ainsi celui d’Alambic, qui nous est resté. Les Arabes qui, de tout tems , se sont occupés d’extraire l’arôme des plantes , et qui ont successivement porté leurs procédés en Italie, en Espagne et dans le midi de la France , avaient une connaissance exacte de l’art de distiller, puisque Geber, à la fin du vme ou au commencement du ixe siècle; Aboub.ekr Alrhasès, médecin du grand hôpital de Bagdad au xe siècle, et Albucasis, de Zahera , près de Cordoue, au xne siècle, en parlent longuement. Alrhasès compare , dans ses écrits, le rhume de cerveau à une distillation. « L’estomac, dit-il, est la cucurbite , la tête est le chapiteau, et le nez est le réfrigérant par lequel s’écoule goutte à goutte le produit de la distillation. »
- Au xve siècle, on faisait grand usage de la distillation circulatoire, qui consistait à appliquer la chaleur non-seulement à la cornue nommée alors Pélican, mais encore au récipient, qui lui-même servait de véritable cornue. Pendant bien longtems les alambics eurent des formes très-défectueuses et peu commodes , comme on le voit par les figures des appareils décrits par Porta en 1609 , par Glazer en 1668, par Marazio en 1695. Ce n’est que depuis 1777 qu’ils ont été perfectionnés par Paumé, l’abbé Moline etChaptal, et que la distillation a subi d’heureuses améliorations. Aujourd’hui on l’exécute de la manière la plus rationnelle.
- Les distillations en petit qu’exigent les expériences chimiques se font habituellement dans des vases de verre spécialement destinés à cet usage,
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- et qu'on appelle Retortes ou Cornues, à cause de leur forme. Quelquefois ces vases sont en terre cuite ou en porcelaine.
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- L’appareil pour distiller à la cornue se compose au moins de trois pièces : delà cornue A, d’une alonge B, qui est un tube de verre renflé au milieu et ouvert par les deux bouts, et d’un ballon G, servant de récipient pour la liqueur distillée. Pour mieux opérer la condensation des vapeurs, on plonge le ballon dans une terrine pleine d’eau froide ou d’un mélange d’eau et de glace, ou on le couvre de linges sur lesquels on laisse tomber continuellement un filet d’eau froide.
- Tantôt on distille à feu nu, c’est-à-dire que la cornue est exposée à l’action immédiate du feu; tantôt enfin on distille au bain de sable, la cornue étant placée dans une chaudière de tôle remplie de grès pulvérisé ; tantôt enfin on distille au bain-marie, c’est-à-dire que la cornue est plongée dans une bassine contenant de l’eau qu’on porte à l’ébullition. Dans ce dernier cas, la température à laquelle est exposé le liquide à distiller ne s’élève jamais au-delà de 400°, tandis que, dans les autres cas, il peut éprouver une chaleur très-élevée et variable suivant la manière dont on dirige le feu.
- Dans l’impossibilité où l’on est de faire des vases distillatoires d’une seule pièce, on est obligé de réunir bout à bout plusieurs parties ; et pour éviter la déperdition des vapeurs aux endroits de jonction de ces diverses parties, on a imaginé depuis long-tems de boucher les joints ou les ouvertures avec une matière pâteuse qui s’applique à la main et qui, en séchant, devient aussi imperméable que le verre lui-même. Par ce moyen, les pièces de verre réunies se comportent alors comme si elles n’étaient qu’un tout continu. Les substances que l’on emploie pour remplir cet objet sont nommées Luis (1) dans les laboratoires et les arts. La nature des luts varie suivant la température à laquelle les vases qui en sont recouverts doivent être exposés. Tantôt ils consistent en une bande de vessie mouillée, de papier ou de toile enduite de colle ; tantôt c’est une pâte homogène et bien liée, préparée avec de l’argile calcinée et pulvérisée et de l’huile de lin cuite (c’est alors ce qu’on appelle le lut gras) ; tantôt la pâte est faite avec de la farine d’amandes ou de lin privée d’huile, qu’on bat avec de la colle d’amidon (c’est alors le lut maigre). Un 1 ut très-agglutinatif est celui qu’on prépare avec des bandes de toile imbibées d’une bouillie claire de blanc
- (1) Lut signifie terre, limon.
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- d’œuf et do chaux vive en poudre ; il était déjà en usage du teins de Pline pour luter le verre, et les anciens chimistes le nommèrent lut de Sapience ou des Philosophes (1).
- Rien de plus important que de savoir bien luter, car la réussite des opérations dépend presque entièrement de la sûreté des jointures des vases. « On ne doit pas oublier, dit Lavoisier, que c’est de la manièrede luter, de la patience et del’exactitude qu’on y apporte, que dépendent tous les succès de la chimie moderne ; il n’est donc point d’opération qui demande plus de soins et d’attention (2). »
- Après cette digression, que nous commandait le sujet même, revenons à l’eau et constatons les caractères de celle que nous avons purifiée par la distillation.
- Elle n’a ni odeur ni saveur ; elle est parfaitement claire et limpide ; elle peut se conserver indéfiniment à l’abri du contact de l’air, sans contracter aucune odeur désagréable ni se troubler; elle ne laisse aucun résidu après son évaporation ; elle n’a aucune action sur les couleurs du tournesol et de la violette ; elle dissout parfaitement le savon sans le grumeler, et cuit très bien les légumes; enfin, elle n’est troublée par aucun réactif.
- L’eau distillée renferme toujours de l’acide carbonique, parce que ce gaz existant, comme nous l’avons dit ailleurs, dans toutes les eaux qui coulent à la surface de la terre , ne s’en sépare que très incomplètement par l’ébullition, et passe avec le produit distillé. Pour éviter cet inconvénient, on doit mettre dans l’alambic une certaine quantité de chaux éteinte qui l’absorbe entièrement.
- L’eau distillée a une saveur fade ; elle fait éprouver un sentiment de pesanteur à l’estomac; aussi n’est-elle pas convenable comme boisson. Cela tient à ce qu’elle ne renferme plus d’air en dissolution. Toutes les eaux naturelles en contiennent une certaine proportion, et c’est à sa présence qu’elles doivent leur légèreté, leur saveur agréable et la propriété qu’elles ont d’entretenir la vie des animaux aquatiques ; en effet, dépouillées de cet air par l’ébullition, elles deviennent insipides, de difficile digestion, et les poissons qu’on y plonge ne tardent pas à périr. Mais il suffit d’agiter fortement ces eaux au contact de l’air pour leur faire reprendre leurs qualités premières.
- Ce fait de l’existence de l’air dissous dans l’eau est bien anciennement connu, puisque, dès 470 ans avant J-.C., Diogène d’Apollonie en faisait mention, et indiquait que c’est cet air qui sert à la respiration des poissons.
- (1) Le ciment des mosaïques paraît avoir été fait avec un mélange de chaux vive et d’une matière organique (blanc d’œuf?). C’est du moins ce qui résulte d’une analyse faite par M. d’Arcet sur le ciment d’une mosaïque antique trouvée à Rome.
- (2) Traité élémentaire de Chimie, t. 2, p. 475, édition de 1789.
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- Une observation curieuse, faite par Priestley, c’est que l’air dissous dans l’eau contient plus d’oxygène que celui de l’atmosphère; il en renferme 34 p. 0/0 au lieu de 21, qui est la proportion ordinaire, ainsi que nous l’avons déjà dit. Cette différence de composition entre l’air ordinaire et l’air dissous dans l’eau provient de ce que ce liquide, en contact avec deux gaz, dissout plus ou moins de ceux-ci en raison de son affinité pour chacun d’eux. Or, l’expérience ayant démontré que l’oxygène est plus soluble dans l’eau que l’azote, et que d’ailleurs ces deux gaz ne sont qu’à l’état de simple mélange dans l’air, il n’est pas surprenant que l’eau en contact avec ce fluide absorbe plus d’oxygène que d’azote, et qu’elle retienne le premier avec plus
- de force que le second. En effet, quand on chauffe l’eau dans un appareil disposé, comme celui-ci, pour recueillir l’air qu’elle tient en dissolution, celui-ci est d’autant plus riche en oxygène, qu’il a été recueilli plus tard. Les premières portions en contiennent de 22 à 23 p. 0/o; les secondes, de 25 à 26 ; et les dernières, de 33 à 34.
- Ce qui prouve évidemment que la véritable cause du phénomène est bien celle que nous venons d’indiquer, c’est que du gaz oxygène que l’on met en contact avec de l’eau aérée s’y dissout en expulsant du liquide une portion de l’azote qu’il renferme.
- Toutes les eaux naturelles ne sont pas également aérées. Leur élévation au-dessus du niveau de la mer, ou, ce qui revient au même, la pression de l’air exerce une grande inlluence sur la quantité absolue d’air qui se trouve en dissolution dans l’eau qui en est saturée. M. Boussingault a reconnu que la proportion de l’air et de l’acide carbonique est d’autant plus faible dans les eaux que celles-ci partent de points plus élevés au-dessus du niveau de la mer. L’eau des montagnes est par conséquent moins riche en gaz que celle des plaines. M. Boussingault attribue à l’usage habituel des eaux peu aérées les affections goitreuses si fréquentes dans les pays élevés. S’il était vrai que cette maladie ne se montrât endémique que sous cette condition, il serait presque toujours facile de faire disparaître la cause et par conséquent l’efl'et. Un séjour prolongé de l’eau au contact de l’air, dans des vases de terre, suffirait, dans tous les cas, pour donner à l’eau un caractère salubre.
- 11 y a une autre circonstance qui tend à faire diminuer dans les eaux naturelles la proportion de l’air dissous]: c’est la présence des matières organiques. Ainsi, les eaux qui sont pendant longtems en contact avec des feuilles mortes, du bois pourri ; celles qui coulent lentement ou qui filtrent à travers une terre végétale riche en humus, sont loujours très-peu aérées. Cfest un fait bien constaté que les substances végétales s’emparent
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- de l’oxygène de l’air dissous dans l’eau ; il suffit même, suivant Dalton, de laisser séjourner l’eau dans un vase de bois, pour que très-promptement elle perde la totalité de son air. Alors elle devient fade et mauvaise à boire , quelquefois même fétide. Voilà pourquoi les eaux pluviales qu’on recueille sur les toits et qu’on conserve dans des citernes où l’air ne peut circuler, ont constamment un goût de croupi. Mais si, avant de les y faire rendre, on les filtre à travers une couche épaisse de sable et de charbon, si les citernes sont bien curées et si l’on y entretient sans cesse des courans d’air, ces eaux seront toujours d’excellente qualité.
- Lorsque l’eau se congèle , elle abandonne l’air qui s’y trouve dissous ; celui-ci se dégage en une infinité de petites bulles, dont la présence rend la glace opaque, et qu’on peut apercevoir aisément à l’œil nu.
- La distillation n’altère point l’eau, comme les anciens chimistes font cru; elle ne lui fait perdre que l’air et les matières, qui sont étrangères à sa nature. Boerhaave a distillé de l’eau 600 fois de suite, sans remarquer aucun changement dans les propriétés de ce fluide.
- Avant d’examiner la nature intime de l’eau, il est nécessaire de vous faire connaître ses principales propriétés. Ce sera le sujet de la prochaine leçon.
- CINQUIÈME LEÇON.
- Suite «1e l’Eau.
- Sommaire. — Principales propriétés de l’eau. — Son rôle connue agent chimique. — Composition de l’eau. — Etude de I’Hydrogène. — Analyse et synthèse de l’eau. — Détails historiques sur la découverte de la nature complexe de ce liquide.
- A la température de 4°, 10 au-dessus de 0 du thermomètre centigrade, et sous la pression atmosphérique ordinaire, ou de 76 centimètres, l’eau pèse 1 kilogramme par décimètre cube ou litre, ou 1 gramme par centimètre cube(l). C’est à la densité de l’eau, prise comme unité et représentée par 1, par 100 ou par 1,000, qu’on rapporte celle de tous les autres corps solides ou liquides.
- Exposée au froid, l’eau diminue de volume d’une manière progressive jusqu’à -f 4°, 10; à partir de ce point, elle présente une singulière exception à la loi générale suivant laquelle
- (I) C’est ainsi que, dans le système métrique, on a déterminé l'unité de poids, c’est-i-dire le gramme.
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- les corps acquièrent leur plus grande densité à mesure qu’ils passent à l’état solide. En effet, son volume, loin de se resserrer, augmente peu-à-peu jusqu’à 0°, terme de sa congélation, où l’expansion est tout-à-coup considérable. Cette dilatation de l’eau, au moment où elle devient solide (glace), est de près d’un dixième de son volume à 4° 10. La glace, en raison de cette circonstance, est plus légère que l’eau liquide, puisqu’un décimètre cube ou 1 litre ne pèse que 914 grammes au lieu de 1,000, aussi, la glace, comme une espèce de crème, nage sur l’eau (1). Cet accroissement de volume dans la glace dépend de ce que les molécules de l’eau prennent, en se congelant, un arrangement symétrique tel, qu’elles sont beaucoup plus écartées les unes des autres qu’à l’état liquide, et non pas de ce que l’air contenu dans l’eau, en s’échappant sous forme d’une infinité de petites bulles, en écarte les molécules, et augmente ainsi son volume. L’expérience a démontré que l’eau entièrement purgée d’air éprouve la même dilatation.
- En raison de l’accroissement de volume qu’éprouve l’eau en se congelant rapidement par le froid, elle doit produire des effets marqués sur les corps qui la contiennent; ils sont tels, qu’aucun ne peut résister à sa force expansive ; l’effet de cette force a été évalué à plus de 1,000 atmosphères. Des canons de fer très épais, remplis d’eau et exposés à la gelée, éclatent en plusieurs endroits. Des membres de l’académie del Cimento de Florence, qui acquit tant de célébrité dans le xvne siècle, virent crever de la môme manière une boule de cuivre si épaisse, que Muschenbroeek évalua à 13,860 kilogrammes l’effort nécessaire pour la rompre. Lorsque l’eau, qui s’infiltre dans les fissures des rochers, vient à se congeler, elle fend quelquefois des masses énormes de pierres en plusieurs éclats, et le proverbe il gèle à pierre fendre exprime un fait physique réel.
- Ces effets prodigieux expliquent les dégradations qu’éprouvent les pierres de taille, les tuyaux de conduite des eaux et les corps de pompe, la fracture des vases à col étroit, l’altération des matières organiques par les fortes gelées. On sait que les fruits, les viandes qui ont été gelés, deviennent mous, flasques, et faciles à se putréfier lorsqu’ils sont dégelés. On conçoit très-bien encore les ravages que produit la gelée sur les végétaux au moment où ils sont gorgés de sève. '
- II importe de se prémunir contre ces graves inconvéniens de
- (1) On trouve quelquefois de la glace au fond des rivières rapides, ce qui paraît, au premier abord, en contradiction avec ce que nous venons de dire. Mais ce fait s’explique quand on songe que la glace, étant spongieuse, s’imbibe d’eau comme une éponge, et finit par faire plongeon, entraînée qu’elle est par le courant rapide de l’eau.
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- la gelée ; ainsi, il ne faut pas oublier de vider les vases en verre, les fontaines de grès, à l’approche des froids rigoureux ; il faut soustraire les tuyaux de conduite au contact de l’air, en les entourant de corps peu conducteurs de la chaleur, tels que sable ou charbon. Lorsqu’on établit des conduites d’eau avec des tuyaux en plomb, il faut choisir de préférence ceux qui sont tirés à la filière, parce qu’ils ont le grand avantage, sur les tuyaux soudés, de se dilater également et de pouvoir céder, sans rompre, à l’effort qui s’exerce sur eux.
- Quoique le terme de la congélation de l’eau soit à 0 du thermomètre centigrade, on peut néanmoins, en l’exposant à un froid graduel et en l’entretenant dans un repos complet, la conserver liquide jusqu’à— 12°; mais alors, dès qu’on l’agite, sa solidification se produit. Plus elle est pure, et plus elle résiste à la congélation; l’eau aérée, l’eau limoneuse, se gèlent toujours plus facilement, et en général à 0.11 est cependant des corps qui, dissous dans l’eau, retardent indéfiniment sa conversion en glace : ce sont ceux qui ont beaucoup d’affinité pour elle, comme les sels très-solubles; l’eau saturée, c’est-à-dire chargée autant que possible de Chlorure de calcium, est encore liquide à—40°.
- L’eau à 0, soumise à l’action de la chaleur, se contracte jusqu’à + 4°, io, et, à partir de ce terme, elle se dilate de plus en plus jusqu’au point de l’ébullition, qui est à 100° centigr. sous la pression atmosphérique ordinaire. Alors elle se réduit en gaz, et occupe sous cet état un volume 1,700 fois plus grand que celui qu’elle possède tant qu’elle est liquide. Le gaz aqueux ou la vapeur aqueuse, invisible comme l’air, dans une température de 100°, se condense et devient visible au-dessous de cette température. Sa densité est plus faible que celle de l’air, puisqu’elle n’est que de 0,62, l’air pesant 1. Comme il est susceptible d’acquérir un volume d’autant plus grand que sa température est plus élevée, et une force élastique indéfiniment croissante par la pression, on s’en sert comme d’un moteur puissant dans les machines connues sous les noms de machines à vapeur et de pompes à feu.
- Le point d’ébullition de l’eau n’est pas toujours à 100°. Il peut s’élever d’un certain nombre de degrés, lorsque les vases qui la contiennent sont bien polis ou formésjl’une substance conduisant mal la chaleur, comme le verre ; lorsque la pression qui s’exerce sur le liquide est supérieure à celle de l’atmosphère ; lorsque l’eau renferme en dissolution des corps qui ont beaucoup d’affinité pour elle. Il est toujours, au contraire, inférieur à 100°, lorsque la pression de l’air diminue par une cause quelconque; lorsque les vases sont en métal non poli, ou lorsqu’ils sont garnis
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- de pointes, ou lorsqu’on met dans l’eau des corps chargés d’aspérités. C’est ainsi qu’en jetant delà limaille de fer dans un vase de verre où l’eau ne bout que lentement, l’ébullition se fait aussitôt plus facilement et à une plus basse température.
- Pour prendre l’état de fluide aériforme, l’eau exige, sous la pression atmosphérique ordinaire, 5 fois 1/2 autant de chaleur qu’il lui en faut pour s’élever de 0° à 100°; et ce qui le prouve , c’est que 1 kilogramme de vapeur aqueuse à 100°, qu’on reçoit dans 5 kilogrammes 500 grammes d’eau à 0, produit 6 kilogrammes 500 grammes d’eau à 100°.
- C’est sur ce principe qu’est fondé le procédé généralement suivi maintenant dans les fabriques pour porter à l’ébullition de grandes masses d’eau. Une petite chaudière qui fournit de la vapeur suffit pour échauffer à 100° un nombre immense de cuviers pleins d’eau froide, en faisant arriver dans chacun d’eux un tube amenant la vapeur de la chaudière. Ce mode d’é-chauffement présente de très-grands avantages :
- 1° ^Économie de combustible, puisqu’il permet décentraliser vers un seul foyer toute la production de la chaleur nécessaire à diverses applications , et qu’on sait que les pertes de chaleur s’augmentent avec le nombre des foyers -,
- 2° Économie de main-d’œuvre, et par conséquent plus grande facilité dans la surveillance ;
- 3° Enfin, régularité parfaite dans la température que l’on veut obtenir.
- Cette dernière condition est deda plus haute importance dans beaucoup d’applications; par exemple, pour les bains de teinture, les apprêts des toiles, l’encollage du papier, certaines opérations du blanchiment des tissus, l’extraction de la gélatine, etc.
- Supposez, Messieurs, par la pensée, que celte cornue A soit une chaudière à vapeur, et que le récipient en verre B soit un immense cuvier en bois ou en pierre plein d’eau ; vous aurez une idée du mode de chauffage 5 la vapeur dont je viens de parler, car le principe est le même dans les deux cas. Si le liquide à échauffer est autre que l’eau, et qu’il soit indispensable que la vapeur aqueuse qui doit élever sa température ne se mélange pas avec lui, alors on fait passer celle-ci dans des conduits perméables seulement à la chaleur, qu’on dispose dans l’intérieur de la masse liquide; ou bien on fait arriver la vapeur dans une double enveloppe adaptée au vase qui contient le liquide. Dans le premier cas, la nature des conduits cylindriques ou tuyaux d’échauf-fement varie suivant la nature des liquides dans lesquels ils doivent
- plonger ; ils sont en plomb , en argent ou en platine, quand les liquides sont acides; en fer, quand ils sont alcalins ; et en cuivre, quand ils sont neutres , c’est-à-dire ni acides, ni alcalins.
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- Ce mode (réchauffement des liquides par la condensation des vapeurs est dû au célèbre Watt, qui l’établit dans ses ateliers en 1783. Cette ingénieuse méthode avait été, il est vrai, déjà indiquée par le colonel Cooke en 1715; mais l’idée était passée inaperçue, et, en tout cas, c’est Watt qui l’utilisa le premier. Des applications utiles et nombreuses en furent bientôt faites par le comte de Rumfort, Edouard Adam, de Rouen; Montgolfier, Clémcnt-Désormes et plusieurs autres.
- L’action de l’eau sur les corps simples ou composés est extrêmement variée. Dans son contact avec eux, elle donne presque toujours lieu à des phénomènes remarquables, dont la connaissance est indispensable, mais dont nous ne pouvons signaler ici que les principaux, à cause môme de leur multiplicité.
- Souvent, agent mécanique, l’eau, comme la chaleur, pénètre dans la plupart des corps, en écarte les molécules, les gonfle, par conséquent, c’est-à-dire leur fait acquérir un plus grand volume , et les dispose à la disgrégation. C’est ainsi qu’elle est absorbée par les terres, les pierres, les substances organiques, auxquelles elle donne plus de mollesse ou de flexibilité, et qu’elle les prédispose peu-à-peu à toutes ces altérations qui en changent plus ou moins la nature.
- Plus souvent, agent chimique, ce liquide tend sans cesse à s’unir avec les corps qu’il mouille ou qu’il baigne ; et lorsque son affinité pour eux est supérieure à la cohésion de leurs parties , il les divise tellement en s’y combinant, qu’ils disparaissent complètement dans sa masse sans en troubler la transparence. C’est à ce phénomène qu’on donne le nom de Solution ou de dissolution.
- Quelques corps ont trop de cohésion pour se dissoudre ainsi dans l’eau; on dit alors qu’ils sont insolubles, par opposition aux autres qu’on appelle solubles.
- L’action dissolvante de l’eau est singulièrement favorisée par la chaleur. Tel corps résiste à l’eau froide, qui se dissout bientôt dans ce liquide chaud, et surtout bouillant. Je citerai, entre autres, le Tartre, matière qui, comme vous le savez, se dépose dans les tonneaux où l’on conserve le vin. Plus l’eau est élevée en température, plus est grande la proportion de chaque corps qu’elle dissout. Quand elle ne peut plus s’en charger d’une nouvelle quantité, à une température donnée, on dit qu’elle en est saturée.
- Le nombre des corps absolument insolubles est peu considérable ; voilà pourquoi les anciens avaient appelé ce liquide le grand, dissolvant de la nature. C’est surtout sous ce rapport que 1 eau est un des agens les plus utiles, car il n’est presque pas d’opérations, prcsqu’aucun phénomène naturel, où elle n’in-
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- tervienne comme dissolvant. L’extraction du sucre et des matières colorantes des plantes, de la colle ou gélatine des tissus animaux, celle de la plupart des sels et leur purification, la fabrication des acides, et en général de tous les produits chimiques, ne pourraient avoir lieu sans son secours. N’est-ce pas en enlevant aux viandes les principes nutritifs qu’elles contiennent, n’est-ce pas en détachant de la surface des tissus les matières qui en altèrènt la blancheur, qu’elle joue un rôle si important et de tous les instants dans nos ménages ?
- L’eau est l’intermédiaire de toutes les combinaisons, de toutes les réactions chimiques; car, ainsi que nous allons vous le démontrer, il ne peut y avoir d’action réciproque entre deux corps, si l’un d’eux au moins n’est à l’état liquide, c’est-à-dire en dissolution.
- La poudre que les Anglais emploient sous le nom de limonada sèche, pour préparer instantanément leur sodawater ou eau de soude, est un mélange sucré et aromatisé de l’acide retiré du citron (acide citrique), et d’un sel de soude appelé, en chimie, bicarbonate de soude. Tant que ces substances sont sèches, il n’y a aucune réaction entre elles ; mais aussitôt qu’on verse la poudre dans l’eau, ce liquide, en la dissolvant, facilite le contact intime des molécules de l’acide et du sel, et dès-lors une action très-vive se produit, ainsi que le démontre l’espèce d’ébullition qui donne au liquide l’apparence du cidre mousseux ou du vin de Champagne.
- Mais, de même que l’eau est le véhicule obligé du plus grand nombre des combinaisons, de même aussi elle concourt à presque toutes les décompositions chimiques. N’en avons-nous pas à chaque instant la preuve dans ces destructions continuelles de matières organiques qui s’opèrent sous nos yeux ? Sèches , ces matières se conservent indéfiniment, car il est certain que, là où il n’y a pas d’eau, il ne peut y avoir fermentation, putréfaction, ni vitalité d’insectes destructeurs. Les matières les plus putrescibles, le sang, la chair, etc., se gardent très bien, si, après les avoir desséchées complètement, on les prive exactement du contact de l’air qui pourrait leur restituer l’humidité dont on les a dépouillées. Des cadavres, enfouis depuis des siècles dans les sables brûlans de l’Arabie, ont été retrouvés dans un état parfait de conservation. Dans la putréfaction, qui n’est qu’une décomposition chimique, l’eau agit, très-probablement, en ramollissant les fibres, en détruisant leur cohésion et en tendant à s’unir avec quelques uns des produits de la fermentation.
- Comme vous le voyez, Messieurs, on ne saurait trop étudier les propriétés de ce fluide universel, puisqu’à chaque instant son intervention nous est nécessaire, soit pour créer de nouveaux
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- corps, soit pour en détruire d’autres, soit, enfin, pour mieux approprier à nos usages ceux que nous avons sous la main. Et c’est, sans doute, à cause du rôle si varié qu’il joue, des nombreux phénomènes auxquels il donne naissance, et de cette multitude de formes qu’il revêt, que les anciens philosophes l’avaient considéré comme un des élémens nécessaires de la matière, comme un élément servant à la formation de beaucoup d’êtres naturels.
- « Les chimistes eux-mêmes ont dû adopter cette opinion 5 mesure qu’ils ont vu l’eau sortir de la plupart de leurs analyses, se présenter à eux dans un nombre immense d’opérations, se dégager au moment où le lien qui unissait les principes des corps se relâchait ou se rompait par leurs efforts. Forcés, en quelque sorte, de la regarder elle-même comme un principe commun dans un grand nombre de composés, ils l’ont rangée longlems parmi leurs éléments chimiques, sous le nom de Phlegme ou Flegme. » ( Fourcroy. )
- Cette opinion sur la nature de l’eau, qui a régné jusque vers le siècle dernier, est une de ces grandes erreurs colportées d’âge en âge, sur la foi d’Aristote, dont les écrits ont exercé une influence si despotique sur les esprits, et retardé, pendant si longtems, sur bien des points, l’émancipation de l’intelligence humaine, quelques services d’ailleurs qu’il ait rendus à l’humanité. Grâce à Cavendish et à Lavoisier, nous savons aujourd’hui qu’il en est de l’eau comme de l’air, et qu’elle est formée de deux principes plus simples, qu’on peut obtenir séparés. L’un vous est déjà bien connu, c’est Yoxygène ; l’autre est le métalloïde appelé hydrogène , c’est-à-dire le générateur de Veau. Cette importante découverte de la nature complexe de l’eau est une des plus brillantes époques de la chimie. Avant de vous dire par quel enchaînement d’expériences on est arrivé à ce résultat, il est indispensable que nous fassions connaissance avec l’élément de l’eau, qui vous est encore inconnu.
- De l’Hydrogène.
- L’hydrogène est un des corps les plus répandus dans la nature, mais il y est toujours en combinaison ou en mélange avec d’autres élémens. 11 entre dans la composition de la plupart des végétaux et des animaux, ainsi que des substances qui proviennent des uns et des autres. 11 se rencontre dans l’estomac et les intestins de l’homme à l’état de santé ou de maladie. Uni en certaines proportions avec l’oxygène, il constitue l’eau.
- Longlems avant d’avoir été reconnu comme un des élémens de l’eau
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- et caractérisé comme corps simple distinct, l’hydrogène avait été entrevu par les chimistes des xvieetxvue siècles. Paracelse, célèbre alchimiste, qui vivait dans la première moitié du xvie siècle, avait très bien observé l’effervescence qui se manifeste lorsqu’on met de l’eau et de l’huile de vitriol en contact avec le fer ; il savait qu’il se dégage un air, et que cet air se sépare de l’eau dont il. est un des élémens. Paracelse avait donc entrevu la vérité , sans s’y arrêter. Un siècle plus tard, le chimiste anglais Robert Boyle parvint à recueillir le gaz produit par la réaction du fer, de l’eau et de l’huile de vitriol, mais il était loin de s’imaginer que ce fût là un corps élémentaire , tout différent de l’air. En 1703 , Turquet de Mayerne reconnut l’indammabilité de ce gaz, et, dans la dernière moitié du xvii0 , Mayow le considéra comme différent de l’air commun ; c’était déjà un grand pas. Dans les premières années du xviii® siècle, le célèbre Lémery, que Houen place avec orgueil au nombre de ses plus illustres enfans, en fit le sujet d’une expérience entièrement neuve, qui lui servait à expliquer le phénomène de l’éclair et du tonnerre ; il l’enflammait au moyen d’une bougie, au moment où il sort du flacon dans lequel il se produit. Ainsi, l’hydrogène avait été préparé, recueilli et brûlé, plus de 130 ans avant d’avoir été décrit comme un élément particulier. Néanmoins, jusqu’à 1766 , on n’avait que des données très vagues sur sa nature , lorsque le chimiste anglais Cavendish (1) s’adonna à son élude. Il l’obtint pur en dissolvant du zinc ou du fer dans de l’acide sulfurique étendu d’eau, procédé que l’on suit encore aujourd’hui dans les laboratoires pour se procurer ce gaz, au moyen de l’appareil suivant :
- A, vase où l’on met du zinc en grenaille, de l’eau et de L’acide sulfurique..U,, cloche remplie d’eau pour recueillir le gaz; elle est placée dans une cuve C, pleine d’eau. D, tube pour introduire de l’acide lorsque le dégagement du gaz se ralentit. E, tube recourbé qui conduit le gaz du vase dans la cloche.
- L’hydrogène est toujours gazeux, invisible comme l’air, sans odeur et sans saveur. C’est un des corps les plus légers ; il pèse
- (1) Sir Henry Cavendish est un des plus illustres chimistes anglais du dernier siècle. 11 naquit à Nice, en Piémont , le 10 octobre 1731, de lord Charles Cavendish, frère cadet du duc de Devonshire. A quarante ans, un de ses oncles lui légua sa fortune de près de 34 millions, de sorte qu’il se trouva le plus riche de tous les savans et probablement le plus savant de tous les hommes riches. 11 mourut le 24 février 1810, sans avoir cessé un seul instant de travailler <\ l’avancement d’une science qu’il chérissait. « Tout ce que les sciences, dit Cuvier, ont révélé à sir H. Cavendish, avait toujours quelque chose de sublime et de miraculeux ; il pesait la terre, il rendait l’air navigable, il rayait l’eau du nombre des élémens, et refusait au feu son existence comme substance. »
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- 14 fois et 1/2 moins que l’air ; voilà pourquoi, lorsqu’on retourne une cloche remplie d’hydrogène, de manière que son ouverture regarde le ciel, en quelques instans le gaz disparaît, parce qu’il s’élève dans l’air qui se précipite dans le vase pour le remplacer. Que l’on tourne, au contraire , l’ouverture de la cloche vers la terre , le gaz y restera longtems emprisonné, parce qu’il se trouvera soutenu par la couche d’air inférieure, comme une couche d’huile à la surface de l’eau.
- Les aérostats ne sont autre chose que des enveloppes imperméables, gonflées par le gaz hydrogène. Pour qu’un ballon s’élève, il faut que son poids soit moins considérable que celui d’un volume d’air égal au sien; la pesanteur des enveloppes se trouve plus que contrebalancée par la différence de densité entre l’hydrogène et l’air. C’est Charles, physicien français, qui conçut l’heureuse idée de remplacer, par ce gaz, l’air dilaté que Montgolfier avait employé d’abord pour gonfler les ballons. La première expérience de ce genre eut lieu, le 27 août 1783, dans le Champ-de-Mars de Paris.
- Un américain, Joseph Francis, de New-York, a imaginé, il y a quelques années, de faire servir la grande légèreté du gaz hydrogène à la construction d’un bateau de sauvetage. Le bor-dage du bateau est double et garni de 14 tuyaux très-longs, remplis de gaz hydrogène, et dont le volume peut faire équilibre à un poids de 2,000 kilogrammes, la barque étant remplie d’eau. Aux côtés du bateau sont attachés vingt cordages, qui peuvent soutenir 100 personnes en cas de nécessité. Ce bateau est tout-à-fait insubmersible.
- L’hydrogène jouit de la propriété de s’enflammer au contact de l’air, par l’approche d’une bougie allumée, et de se consumer en totalité. Voilà pourquoi Cavendish l’appela d’abord Air ou Gaz inflammable. Sa flamme est blanche. Toutefois, il ne peut entretenir par lui-mème la combustion, car les substances embrasées qu’on plonge au milieu de son atmosphère s’y éteignent aussitôt, après avoir mis le feu aux premières couches de gaz qui sont en contact avec l’air.
- En présence de l’oxygène ou de l’air, l’hydrogène nous offre des phénomènes fort curieux. Toutes les fois que ce dernier est mêlé avec la moitié de son volume d’oxygène, et que le mélange est exposé à une température voisine de la chaleur rouge, les deux gaz disparaissent instantanément avec un bruit considérable et avec un tel dégagement de chaleur, que l’eau, produit de cette combinaison, se réduit subitement en vapeur, et exerce, dans cet état, sur les parois des vases dont on se sert, une pression assez grande pour en déterminer la rupture; aussi n’est-ce qu’avec les plus grandes précautions qu’il faut exécuter
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- les expériences de ce genre. Je vais en faire quelques unes sous vos yeux.
- J’introduis dans un flacon de verre, de la capacité de 1/3 de litre environ et à parois très épaisses, 2 volumes d’hydrogène et 1 volume d’oxygène. J’entoure ensuite d’un linge épais le vase jusqu’à la naissance du goulot, afin que, s’il éclate par l’effet de l’explosion, je sois garanti de tout accident ; je débouche et j’approche aussitôt de l’ouverture une bougie enflammée ; à l’instant une violente détonation se fait entendre. En faisant arriver le mélange détonnant dans de l’eau de savon un peu épaisse, contenue dans un large mortier de fer, il se produit une explosion beaucoup plus considérable dès qu’on approche la bougie de la mousse volumineuse qui s’est formée. Si l’on souffle des bulles de savon avec le même mélange, celles-ci s’élèvent dans l’air comme autant de petits ballons que l’on peut faire détonner successivement en les poursuivant avec une bougie portée à l’extrémité d’une longue perche.
- La chaleur qui se produit pendant cette combustion de l’hydrogène est telle, qu’une partie de ce gaz, d’après Despretz, peut fondre 315 parties de glace. C’est, de tous les corps combustibles, celui qui dégage la plus forte chaleur, à poids égal. Du reste, les mêmes phénomènes se présentent avec l’air, seulement la détonation du mélange est moins forte.
- Nous venons de dire que le résultat de la combustion de l’hydrogène est de l’eau. Il faut vous convaincre de ce fait.
- Qu’on adapte à un petit flacon A, contenant les matières propres à produire l’hydrogène, un tube de verre droit et effilé, à ouverture capillaire I, et qu’on enflamme le gaz dès qu’il s’échappe du tube, en recouvrant en même tems la flamme d’une cloche de verre B bien sèche ; les parois de celle-ci se tapisseront bientôt d’humidité , par suite de la combinaison de l’hydrogène avec B l’oxygène de l’air.
- Ce petit appareil, qui donne un courant continu d’hydrogène enflammé, constitue la Lampe philosophique de Priestley.
- En remplaçant la cloche par un tube de verre bien sec, long de 32 à 40 centimètres, et large de 5 centi-mètres environ, des sons harmoniques ne tardent pas à se faire entendre. Ils sont produits par une succession de petites détonations occasionnées par le mélange de l’air avec l’hydrogène. Cette curieuse expérience a été décrite, pour la première fois, en 1777, par le docteur —JlMLHiggins ; elle est connue dans les laboratoires sous le nom d’harmonica chimique.
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- Il est facile de se rendre compte de ce bruit qui accompagne toujours la combustion vive de l’hydrogène. L’inflammation communiquée par la bougie aux premières couches du mélange gazeux se propage à l’instant même dans toute la masse. L’eau produite se réduit subitement en vapeur, à cause de la haute température qui se développe, et comme dans cet état elle occupe un espace beaucoup plus grand que les gaz mélangés (rappelez-vous que l’eau en vapeur a un volume 1,700 fois plus considérable que l’eau liquide), l’air est violemment ébranlé; de là un bruit qui se fait entendre. Mais cette vapeur se condense presque aussitôt qu’elle est formée, parce qu’elle se trouve en contact avec des corps froids ; il en résulte un vide dans les parties environnantes de l’air qui se précipitent incontinent pour le remplir, d’où un nouveau bruit, qui est confondu avec le premier par la rapidité des deux effets.
- Ces secousses répétées de l’air font éclater en mille morceaux les vases en verre dans lesquels on enflamme le mélange gazeux qui a porté et porte encore, dans les laboratoires, le nom de gaz tonnant, air tonnant ou détonnant. Ce n’est que lorsque leurs parois sont fort épaisses et assez résistantes, et que d’ailleurs le volume du mélange est peu considérable, que la rupture n’a pas lieu.
- Le gaz hydrogène, dont les propriétés, comme vous le voyez, Messieurs, sont si curieuses, est impropre, comme l’azote pur, à entretenir la vie. Les animaux qu’on plonge dans ce gaz meurent au bout d’un certain tems, dans un état complet d’asphyxie, parce qu’ils ne trouvent pas l’oxygène nécessaire au jeu de leurs poumons. Le sang de la plupart des organes des asphyxiés par l’hydrogène présente une teinte bleuâtre. Lorsqu’on fait respirer à des animaux un mélange de ce gaz et d’oxygène, ils n’éprouvent pas de malaise sensible ; seulement, au bout d’un certain tems, ils sont comme engourdis et finissent par tomber dans un sommeil profond.
- L’homme éprouve les mêmes effets. On peut respirer, à ce qu’il paraît, sans danger, l’hydrogène quand il contient une certaine proportion d’air atmosphérique, ou que les poumons en sont gorgés, autrement il incommode et peut môme produire de graves accidens, ainsi que sir H. Davy et Fontana l’ont constaté sur eux-mêmes. Le chimiste anglais Brittan a été victime, en 1841, d’un essai fait sur lui-même dans l’intérêt de la science. Il voulait constater jusqu’à quel point un homme pourrait, sans inconvénient, respirer une quantité donnée de gaz hydrogène. Un malaise général, suivi d’une stupéfaction complète, se déclara bientôt, et, en dépit de tous les secours de l’art qui lui furent prodigués, il mourut au bout de quelques heures. Cependant
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- Schèele a respiré plusieurs fois ce gaz sans éprouver aucune incommodité, et plusieurs chimistes ont répété depuis ces essais avec le même succès; mais il est probable que leur gaz n’était pas complètement pur, ou qu’ils n’avaient pas expulsé l’air de leur poitrine.-
- L’infortuné Pilàtre de Rosier (1), qui ne calculait jamais le danger toutes les fois qu’une expérience pouvait ajouter quelques lumières de plus à la masse des connaissances humaines, fut un des premiers à répéter les essais de Schèele. Il respira, à l’aide d’une vessie, du gaz hydrogène à six ou sept reprises différentes, sans en être incommodé. Pour convaincre les spectateurs que c’était véritablement du gaz hydrogène, il en fit sortir des poumons, à travers un long tube qu’il enflamma à l’autre extrémité. 11 avait ainsi l’air d’une furie à l’haleine embrasée. Afin de démontrer, d’une manière évidente, que le gaz respiré n’était point un mélange d’hydrogène et d’air, il respira un mélange, fait à dessein, de ces deux fluides élastiques, qu’il fit également passer à travers un long tube et qu’il enflamma à l’autre bout. Mais l’explosion qui eut lieu se prolongea du tube jusqu’à sa bouche, il en ressentit une violente commotion, et crut avoir toutes les dents cassées : « Heureusement, dit-il, qu’il ne résulta de cet essai, peut-être téméraire, qu’un étonnement pour moi, et une espèce d’admiration pour l’assemblée qui m’entourait. Madame et Monseigneur le duc de Chartres ont exigé que je répétasse jusqu’à trois fois cette expérience (2) ».
- Les personnes qui ont fait plusieurs inspirations d’hydrogène, ont le timbre de la voix tout-à-fait changé. Maunoir s’amusait un jour, avec Paul, de Genève, à respirer du gaz hydrogène pur. Il l’aspirait avec facilité, et ne s’apercevait pas qu’il produisît sur lui aucun effet sensible, soit en entrant dans ses poumons, soit en les traversant. Mais après qu’il en eut pris une très-grande dose, il voulut parler, et il fut étrangement surpris du son de sa voix, qui était devenu faible, glapissant et même criard, de manière à l’alarmer. Paul ayant fait la même expérience sur lui, les mêmes effets furent produits. — Rien de semblable n’arrive dans la respiration d’aucun des autres gaz.
- (1) Né à Metz en 1756, Pilàtre de Rosier fut un des expérimentateurs les plus zélés de la fin du siècle dernier. Un des premiers, il osa se confier aux aérostats, pour s’élever dans les airs, mais il eut la malheureuse idée de combiner les deux procédés de Charles et de Montgolfier. Il se servit de deux ballons; l’un supérieur, gonllé d’hydrogène; l’autre qu’il alimentait d’air dilaté par la chaleur. Cette funeste invention lui coûta la vie. Ayant voulu, à Boulogne-sur-Mer, traverser le Pas-de-Calais, le 5 juin 1785, avec un nommé Romain, le feu prit au ballon, et les deux infortunés furent précipités d’une bailleur de 500 mètres enxiion.
- (2) Ces expériences curieuses de Pilàtre de Rosier sont décrites par lui dans un mémoire qu’il adressa, en 1783, «\ l’Académie royale des Sciences de Rouen. On trouve un extrait de ce mémoire dans le Précis analytiqtie des travaux de cette académie, t. 5, p. 109.
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- De l’Analyse et de la Synthèse de l’eau.
- Maintenant que les propriétés essentielles de l'hydrogène vous sont connues, nous pouvons, sans difficulté, nous occuper de l’analyse et de la synthèse de l’eau. Pour le faire avec plus d’intérêt, nous vous présenterons un aperçu rapide des recherches entreprises pour arriver à la connaissance de la nature chimique de ce fluide.
- Si les anciens philosophes ont eu conscience du rôle immense que joue l’eau dans l’harmonie de la nature , ils n’ont eu que des idées fausses sur sa véritable constitution chimique. Suivant Thalès, le chef de l’École Ionienne, qui vivait 640 ans avant J.-C., l'eau est le principe de tout, c’est l’eau qui a produit toutes les choses; les plantes et les animaux ne sont que de l’eau condensée sous diverses formes; c’est en eau qu’ils se réduiront. —Admise au nombre des 4 ou 5 élémens universels par toutes les écoles philosophiques de l’antiquité, l’eau n’a cessé d’être considérée comme un corps simple qu’à une époque bien rapprochée de nous. Voyons quels sont les chimistes qui ont contribué au renversement de cette croyance générale.
- Boyle, Margraff etles autres chimistes desxvne et xvme siècles, en soumettant l’eau de pluie à la distillation, en retiraient trois parties distinctes, à savoir : de l’air, de l’eau et de la terre, et ils en concluaient qu’elle était composée de ces trois corps; mais, comme leurs devanciers, ils admettaient que l’eau élémentaire était indécomposable. J’en excepterai, toutefois, le célèbre médecin chimiste Hoffmann qui ,vers 1700, soutint formellement que l’eau est composée d’un fluide gazeux très-subtil et d’un principe salin. C’était là une idée hardie, mais qui n’était fondée sur aucune expérience positive; elle n’eut aucun retentissement. Et en effet, les contemporains et les successeurs d’Hoffmann n’en continuè-rent pas moins à admettre la simplicité de nature de l’eau. Eller, en 1746, en broyant de l’eau dans un mortier de verre, recueillit une matière terreuse, ce qui le conduisit à conclure, comme Boyle , que l’eau se Convertissait peu-à-peu enterre. Rouelle, le premier, reconnut la véritable origine du résidu terreux laissé par l’eau de pluie à la distillation, et il avança que ce résidu, qui n’est qu’un infiniment petit, provient de la poussière qui entre dans les vaisseaux, car l’eau ne laisse, suivant lui, aucun sédiment terreux quand on apporte beaucoup d’attention en la distillant. Lavoisier démontra ensuite en 1770, que la terre obtenue par les anciens chimistes provient ou de lamatière propre desvais-seaux de verre que l’eau dissout par une ébullition prolongée, ou de l’usure du mortier. Ayant entretenu, en effet, pendant trois mois et demi, à une température de +85°, de l’eau dans un
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- vase de verre clos, il reconnut que ce vase avait perdu un poids, égal à celui que formaient ensemble la terre mêlée avec l’eau et les substances que celle-ci laissa lorsqu’il la fit évaporer jusqu’à siccité.
- Schèele, chimiste suédois, né à Stralsund, le 9 décembre 1742, qui, dans un laboratoire de pharmacie, avec des fioles à médecine et quelques tubes, fit plus de découvertes que tous les. chimistes de son tems, paraît avoir cherché le premier à déterminer la nature des produits de la combustion du gaz hydrogène. Il reconnut que ce gaz brûle au sein de l’oxygène, qu’il s’unit avec lui, et avança que le résultat de cette réaction était du calorique.
- En 1776, Macquer, démonstrateur de chimie au Jardin-des-Plantes de Paris, ayant placé une soucoupe de porcelaine blanche sur la flamme du gaz hydrogène qui brûlait tranquillement au goulot d’une bouteille, observa que cette flamme n’était accompagnée d’aucune fumée proprement dite , qu’elle ne déposait point de suie. L’endroit de la soucoupe que la flamme léchait se couvrit de gouttelettes assez sensibles d’un liquide semblable à de l’eau, et qui, après vérification, se trouva être de l’eau pure. Voilà assurément un singulier résultat. Remarquez-le bien, c’est au milieu de la flamme, dans l’endroit de la soucoupe qu’elle léchait, comme dit Macquer, que se déposèrent les gouttelettes d’eau ! Ce chimiste, cependant, ne s’arrête point sur ce fait, il ne s’étonne pas de ce qu’il a d’ét.onnant, il le cite tout simplement, sans aucun commentaire; il ne s’aperçoit pas qu’il vient de toucher du doigt à une grande découverte; et, comme l’observe si bien M.Arago, le génie, dans les sciences d’observation, se réduirait-il donc à la faculté de dire à propos: Pourquoi?
- Au mois d’août 1777, Lavoisier et Bucquet, ignorant l’expérience de Macquer, firent détoner un mélange d’hydrogène et d’oxygène, pour en connaître le produit. Bucquet pensait qu’il devait se former de l’air fixe (acide carbonique); Lavoisier, au contraire, de l’acidevitriolique (sulfurique) ou sulfureux;ils reconnurent leur erreur, mais ils ne surent point déterminer la substance qui avait été formée.
- Le monde physique compte des volcans qui n’ont jamais fait qu’une seule explosion. Dans le monde intellectuel, il est en de même des hommes qui, après un éclair de génie, disparaissent entièrement de l’histoire delà science. Tel a été Warltire, qui, au commencement de 1781 , fit une expérience vraiment remarquable, qui a amené la grande et importante découverte de la
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- nature complexe de l’eau. Ce physicien anglais imagina qu’une étincelle électrique ne pourrait traverser certains mélanges gazeux sans y déterminer quelques changemens. II fit l’essai sur de l’hydrogène mêlé d’air ; heureusement il prévit qu’il pourrait y avoir explosion, aussi renferma-t-il son mélange dans un vase métallique. Il observa qu’après la combustion il y avait une perte de poids très sensible, et qu’il s’était formé de l’eau.
- Cavendish répéta bientôt l’expérience de Warltire, et, comme ce dernier, il reconnut qu’il se forme de l’eau par la détonation d’un mélange d’oxygène et d’hydrogène.
- Au mois d’avril 1783, Priestley ajouta une circonstance capitale à celles qui résultaient des expériences de ses prédécesseurs. Il prouva que le poids de l’eau qui se dépose sur les parois du vase, au moment de la détonation de l’oxygène et de l’hydrogène, est la somme du poids de ces deux gaz.
- James Watt, à qui Priestley communiqua cet important résultat, y vit aussitôt, avec la pénétration d’un homme supérieur, la preuve que l’eau n’est pas un corps simple, et le premier il dit positivement, le 26 avril 1783 ( cette date est précieuse à conserver) que l’eau est composée des deux gaz oxygène et hydrogène , privés d'une partie de leur chaleur latente ou élémentaire.
- Le 15 janvier 1784, Cavendish, dans un mémoire qu’il lut à la Société royale de Londres, tira aussi comme conclusion de ses expériences sur la détonation de l’oxygène et de l’hydrogène en vases clos, que ces deux gaz se transforment en eau.
- Pendant que ces choses se passaient en Angleterre, Lavoisier, en France, poursuivait ses recherches, et, dans l’hiver de 1781 à 1782, il fit, conjointement avec Gingembre, plusieurs détonations d’hydrogène et d’oxygène dans des vases contenant un peu d’eau de chaux, sans pouvoir reconnaître la nature de leur produit. Extrêmement surpris d’un pareil résultat, Lavoisier se servit alors d’appareils plus considérables, afin de pouvoir entretenir la combustion des gaz pendant autant de tems qu’il le désirerait, remplaçant ceux-ci à mesure qu’ils disparaîtraient. L’expérience fut faite, le 24 juin 1783, par Lavoisier et Laplace, en présence de Leroy, Vandermonde et plusieurs autres académiciens, parmi lesquels se trouvait accidentellement Blagden, secrétaire de la Société royale de Londres, qui leur apprit que Cavendish avait obtenu de l’eau en pratiquant une semblable opé ration. Le résultat de l’essai de Lavoisier et Laplace fut 19 grammes 17 centigrammes d’eau pure, en sorte qu’ils en conclurent que l’eau est composée d’oxygène et d’hydrogène.
- Monge, qui fut plus tard l’un des fondateurs de l’Ecole Polytechnique et l’un des plus illustres savans de l’expédition d’Egypte, répéta, quelque tems après, cette belle expérience, et
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- avec autant de succès, dans le laboratoire de la ville de Mézières, Lavoisier et Meunier la firent de nouveau, sur une très grande échelle, en se servant de l’appareil qui est sous vos yeux, afin de mettre en toute évidence le résultat synthétique que le premier avait annoncé. Us reconnurent qu’il fallait 85 parties en poids d’oxygène, et 15 parties d’hydrogène pour composer 100* parties d’eau.
- A, grande cloche ou gazomètre plein d’hydrogène, plongeant dans un seau de cuivre contenant de l’eau B. Un gazomètre semblable, plein d’oxygène, est placé en face, mais il n’est pas représenté sur la ligure. Ces gazomètres sont munis de contrepoids alin qu’ils s’élèvent d’eux-mêmes quand on y introduit du gaz. CC, tubes munis de robinets destinés h conduire les gaz des gazomètres dans le grand ballon en verre D. Pour l’expérience, on commence par opérer le vide dans ce ballon, au moyen du tube F qui se visse sur le plateau d’une machine pneumatique ; on y introduit ensuite du gaz oxygène. A l’aide d’une machine électrique que l’on met en communication avec la tige de cuivre E, dont les extrémités sont terminées en boule, et qui est enfermée dans une enveloppe de verre, on établit un courant d’étincelles électriques qui viennent éclater entre la boule G et l’extrémité H du tube amenant le gaz hydrogène. Ces étincelles enflamment l’hydrogcne qui sort du tube H par une ouverture très-petite. L’eau qui résulte de la combustion de l’hydrogène au sein du gaz oxygène se condense bientôt en gouttelettes sur les parois du ballon ; au bout d’une heure ou deux , sa quantité s’y élève déjà h une quinzaine de grammes.
- Cet appareil aussi ingénieux qu’élégant ne permet pas d’atteindre à une très-grande précision, parce qu’il est assez difficile de mesurer exactement les gaz sous de grands volumes. L’opération demande, en outre, un tems considérable. Comme il est presque impossible d’expulser entièrement l’air des nombreuses pièces de cet appareil, et comme d’ailleurs les gaz employés sont rarement exempts d’air ou d’azote, l’eau obtenue dans l’expérience contient ordinairement une proportion notable d'acide
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- azotique, dù à la combinaison d’une certaine quantité d’oxygène et d’azote, opérée sous l’influence du fluide électrique.
- Meunier, que sa coopération aux travaux de Lavoisier a rendu à jamais célèbre, mais qui l’aurait été d’ailleurs par sa glorieuse mort en défendant Mayence contre l’armée prussienne, en 1792, imagina un appareil différent du précédent, pour montrer la formation de l’eau par la combustion de l’esprit-de-vin. 489 grammes 51 centigrammes de ce liquide, brûlés sous un serpentin qui condensait exactement toutes les vapeurs, lui fournirent près de 521 grammes d’eau. Cette opération, répétée plusieurs fois par Lavoisier, parut faire, à ce qu’il rapporte, plus d’impression qu’aucune autre sur un grand nombre de personnes.
- Jusque-là on avait bien fait de l’eau de toutes pièces, mais on n’avait point encore essayé de prouver, par l’analyse, que telle était la composition de ce liquide. C’est ce qu’entreprirent Lavoisier et Meunier, dans les premiers mois de 1784. Ils firent passer de la vapeur d’eau sur de la tournure de fer très-doux placée dans un tube de porcelaine porté à l’incandescence, et en communication avec une cloche destinée à recevoir les gaz. Par ce procédé, l’eau réduite en vapeur se décomposa à mesure qu’elle touchait le fer rouge ; l’hydrogène se rendit sous la cloche ; l’oxygène se fixa sur le métal, comme le démontrèrent l’augmentation de poids et l’altération singulière qu’il éprouva. 11 était, quand on le sortit du tube, terne, recouvert d’une croûte noire facile à réduire en poudre, en un mot, à l’état d’oxyde noir, précisément comme celui qui a été brûlé dans le gaz oxygène.
- Pans l’expérience des deux chimistes, 5 grammes 32 centigrammes d’eau furent décomposés ; 4 grammes 505 milligrammes d’oxygène s’unirent au fer pour le constituer à l’état d’oxycle noir, et il se dégagea 795 milligrammes de gaz hydrogène pur. Ils arrivèrent ainsi à confirmer ce que la synthèse leur avait démontré , relativement aux proportions des deux principes constituans de l’eau.
- Voici une figure de l’appareil, un peu modifié, de Lavoisier et Meunier; on en fait encore usage dans les cours pour l’analyse' de l’eau.
- en verre, contenant de l’eau distillée. /», tube en porcelaine, placé
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- transversalement dans un fourneau, et contenant la tournure do fer qui doit décomposer l’eau. C, serpentin en communication avec le tube B; il est destiné à condenser l’eau qui échappe h la décomposition; cette eau condensée se réunit dans le flacon D, qui porte un tube recourbé conduisant le gaz hydrogène sous la cloche placée sur un bain de mercure ou d’eau. Lorsqu’on veut faire l’opération, on commence par porter à la chaleur rouge le tube où se trouve le fer, puis l’on chauffe l’eau de la cornue, pour la faire passer en vapeurs sur le métal qui la décompose, absorbe son oxygène et laisse libre l’hydrogèno qui va so réunir sous la cloche.
- Ce ne fut pas sans une vive opposition de la part des chimistes contemporains que les idées de Watt, deCavendish et de Lavoisier, sur la composition de l’eau, prévalurent. On conçoit qu’une opinion si opposée à celle qu’on était accoutumé, depuis des siècles, à regarder comme une vérité incontestable, dut soulever bien des esprits. Cependant, aucun fait ne l’ayant contredite, et les expériences indiquées plus haut ayant fourni toujours les mômes résultats, les objections cessèrent peu à peu, surtout après la magnifique opération entreprise en 1790 par Fourcroy, Séguin et Vauquelin. Ces chimistes effectuèrent la recomposition de l’eau dans le grand appareil de Lavoisier, avec tous les soins imaginables. L’expérience, commencée le 13 mai, ne fut achevée que le vendredi 22 du même mois. La combustion fut maintenue, avec peu d’interruption, pendant 185 heures! Les expérimentateurs ne quittèrent pas un seul moment l’appareil ; ils se relevaient alternativement, lorsqu’ils étaient fatigués, pour se reposer pendant quelques heures sur des matelas, dans le laboratoire! Ils consommèrent 515 litres 36 centilitres de gaz hydrogène, 267 litres 30 centilitres de gaz oxygène, et obtinrent jusqu’à 384 grammes 82 centigrammes d’eau parfaitement pure, que l’on conserve encore, dit-on, au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- Ils trouvèrent, par co moyen, que 100 parties d’eau se composaient de 85,662 d’oxygène et de 14,338 d’hydrogène. Mais nous allons voir que ces nombres ne sont pas plus exacts que ceux trouvés d’abord par Lavoisier et Meunier.
- Le 30 avril 1800, Carlisle et Nicholson, en répétant les expériences de Yolta sur l’électricité développée par le contact des métaux de nature différente, constatèrent un fait surprenant et bien inattendu. Ils virent que le courant électrique, en traversant l’eau , la décompose en ses deux élémens, et ils parvinrent ainsi à les isoler l’un de l’autre. Répétons cette belle expérience, qui est un moyen aussi facile qu’élégant de faire l’analyse de l’eau.
- Voici un petit entonnoir de verre, dont le bec tronqué est
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- fermé par un bouchon mastiqué , au travers duquel passent 2 petits tubes de verre bien scellés, qui servent à isoler 2 fils de platine. L’entonnoir est rempli d’eau légèrement acide. Recouvrons chaque fd de platine avec une petite cloche de verre pleine du liquide, et faisons communiquer chacun de ces fils avec un des pôles de la pile électrique en activité. Bientôt, l’eau va être décomposée ; des bulles nombreuses de gaz vont se réunir dans les cloches, et ces gaz seront d’une nature différente dans chacune d’elles. Il ne faut que quelques minutes pour voir 1 centimètre cube de gaz oxygène dans la cloche qui recouvre le fil positif, et 2 centimètres cubes de gaz hydrogène dans la cloche qui recouvre le fil négatif.
- Ainsi donc l’eau est formée, en volumes, de 100 d’oxygène et de 200 d’hvdrogène, ou de 1 volume du premier et de 2 volumes du second. C’est ce que MM. de Humboldt et Gay-Lussac mirent hors de doute en 1804, par leurs belles expériences sur l’analyse de l’air. Ils opérèrent la combinaison des deux gaz au moyen de l’étincelle électrique dans l’appareil que Volta a imaginé, et qui est connu dans les laboratoires sous le nom d’Eudio-metre, mot qui veut dire instrument pour déterminer la pureté de l air, car c’est là, en effet, son principal emploi.
- L’eudiomètre n’est autre chose qu’un tube de cristal a fort épais, garni à ses deux bouts de douilles de cuivre bb fermées par des robinets cc. Dans la douille supérieure passe un conducteur d pour la transmission du fluide électrique. Si, après avoir rempli ce tube d’eau et l’avoir placé sur la cuve pneumatique n, j’y fais passer successivement 2 mesures d’hydrogène et 1 mesure d’oxygène, et si je dépose, à l’aide d’une bouteille de Leyde e , une étincelle électrique sur la boule du conducteur métallique , cette étincelle enflamme
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- le mélange du gaz; de l’eau se produit, et, comme elle se résout promptement en gouttelettes, il en résulte un vide dans l’intérieur de l’eudiomètre ; aussi l’eau remonte-t-elle à l’instant pour le remplir, et s’élève jusqu’au sommet de l’instrument. Il ne reste plus une bulle de gaz, tout a été transformé en eau. Si je recommence l'expérience en employant 2 volumes d’hydrogène et 2 volumes d’oxygène , nous retrouverons , après la combustion, 1 volume d’un gaz que nous reconnaîtrons facilement pour être de l’oxygène, car il rallumera une bougie ne présentant que quelques points en ignition. Si, dans un troisième essai, j’emploie 3 mesures d’hydrogène pour 1 d’oxygène, nous aurons encore un résidu gazeux après l’inflammation ; mais alors ce résidu consistera en gaz hydrogène, car il brûle avec flamme, par l’approche d’une allumette ardente. Vous voyez donc, Messieurs, que toutes les fois que l’un des deux gaz se trouve en proportions plus grandes que celles que j’ai indiquées pour la composition de l’eau, toute la quantité excédante reste, sans avoir agi, après l’inflammation par l’étincelle ; d’ou il faut conclure, avec MM. de Humboldt et Gay-Lussac , que ce n’est que dans les rapports de 2 à 1 en volumes que l’hydrogène et l’oxygène s’unissent pour former l’eau.
- MM. Berzelius et Dulong ont indiqué, en 1820, un procédé non moins précis, qui permet de recueillir l’eau formée par la combinaison des 2 gaz et d’en prendre le poids. Il est fondé sur la propriété que possède l’hydrogène, à l’aide de la chaleur, de ramener l’oxyde cuivrique à l’état métallique, en formant de l’eau avec l’oxygène qu’il lui enlève. On agit de la manière suivante.
- On met dans un flacon A à 2 tubulures les matières propres à produire le gaz hydrogène ; on purifie le gaz en le faisant passer dans un tube horizontal B contenant des fragmens de potasse caustique légèrement mouillée et de chlorure de calcium. Au sortir de ce tube, il entre dans un tube recourbé en arc de cercle C, contenant un poids déterminé d’oxyde noir de cuivre desséché et porté au rouge obscur au moyen d’une lampe à esprit-de-vin H. L’eau produite par la réaction de ces deux corps vient se condenser dans les petites ampoules de verre Ey qu’on entoure de glace pilée; et pour être certain que l’hy-
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- drogène qui se dégage sans avoir agi sur l’oxyde n’entraîne hors de l’appareil aucune trace de vapeur aqueuse, on place à la suite des ampoules un tube horizontal F rempli de chlorure de calcium destiné à l’absorber.
- Lorsque le dégagement de l’hydrogène a été continué pendant un certain tems, on arrête l’opération ; on laisse refroidir l’appareil ; on pèse l’eau condensée dans les ampoules ; on détermine l’augmentation de poids qu’a éprouvé le tube F à chlorure, et l’on ajoute cette quantité d’eau absorbée à la première. La perte de poids éprouvée par l’oxyde cuivrique, qui a été ramenée, pour la plus grande partie, à l’état de cuivre rouge, indique la proportion exacte de l’oxygène qui a brûlé l’hydrogène, et cette proportion soustraite du poids de l’eau recueillie fait connaître celle de l’hydrogène consommé.
- C’est le même mode analytique que M. Dumas a employé, au commencement de 1842 , pour déterminer la véritable composition pondérale de l’eau. Seulement, il a apporté au procédé de Berzelius et Dulong d’importantes modifications qui ont introduit une bien plus grande exactitude dans les résultats. Il a produit ainsi, par 19 opérations successives, plus d’un kilogramme d’eau parfaitement pure, et il en a conclu que l’eau est formée , en poids, de 1,000 parties d’hydrogène pour 8,000 parties d’oxygène, c’est-à-dire que ces corps se combinent dans le rapport simple de 1 à 8. En d’autres termes, sur 100 parties en poids, l’eau renferme :
- Hydrogène.................................... 11,12
- Oxygène...................................... 88,88
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- L’eau est donc un oxyde d’hydrogène. Son nom scientifique est Oxyde hydrique ; on disait naguère : Protoxyde d’hydrogène.
- Tel est le résumé des travaux exécutés, depuis 68 ans, sur cette grande question de la nature chimique de l’eau. Je me suis peut-être trop appesanti sur ce sujet historique, mais la découverte de Watt, de Cavendish et de Lavoisier a exercé une telle influence sur la marche de la science, qu’il m’a paru aussi curieux qu’utile de vous apprendre tout ce qui se rattache à l’un des faits les plus remarquables de la chimie moderne.
- Parlerai-je maintenant des usages de l’eau, soit à l’état liquide , soit à l’état de glace, soit à l’état de vapeur ? Vous les connaissez tous, ou du moins presque tous, puisqu’à chaque instant ce corps, sous l’une ou l’autre de ces formes, est appliqué aux besoins de l’économie domestique ou aux opéra-
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- lions des arts. Il serait fastidieux de les énumérer ici ; à tout moment, d’ailleurs, en avançant dans l’étude de la science, nous aurons l’occasion de citer les plus intéressans et de vous convaincre de plus en plus que l’eau est un agent universel qui nous permet de produire la majeure partie des réactions chimiques.
- Nous verrons, dans la suite de ces leçons, les différens moyens à l’aide desquels on peut dépurer les eaux, c’est-à-dire leur enlever les matières qui altèrent leur pureté, et les rendre ainsi potables ou propres aux divers usages de la vie. Il serait prématuré d’en parler maintenant.
- SIXIÈME LEÇON.
- Stn Carbon®.
- Sommaire. — Identité du diamant et du charbon. — Des diverses variétés de carbone. — Du Diamant: ses caractères remarquables, son extraction, sa taille, son prix. — De la Plombagine et de ses applications. — De l’Anthracite. — De la Houille: ses caractères distinctifs, ses variétés, sa composition chimique, ses principales mines. — Du Lignite et du Jayet.
- Les chimistes, Messieurs, donnent le nom de carbone à un corps simple qui existe pur dans le diamant, et qui constitue presqu’en totalité le charbon dont on se sert dans l’économie domestique. Au premier abord, il semble qu’une pareille assertion soit paradoxale ; mais les expériences les plus variées ont convaincu les chimistes de l’identité parfaite de ces deux corps d’aspect si différent, doués de propriétés physiques si opposées. En effet, le noir de fumée ou le charbon qu’on obtient en faisant passer une huile essentielle quelconque dans un tube de porcelaine rouge de feu se comporte , après une calcination suffisante, absolument de la môme manière que le diamant, avec tous les agens que l’on peut faire réagir sur lui.
- Il est, sans doute, fort difficile de donner une explication satisfaisante d’une anomalie aussi singulière ; 'mais on est porté à en chercher la cause dans la diversité de l’arrangement symétrique des molécules, qui doit contribuer à produire les différences extérieures qu’on remarque entre ces deux variétés d’un seul et môme corps. Cette supposition acquiert un certain degré de vraisemblance, lorsqu’on la rapproche de plusieurs faits analogues, que nous indiquerons .plus tard.
- Quoi qu’il en soit, nous admettrons comme un fait de toute évidence que le diamant et le charbon pur ne sont que deux
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- DU CARBONE.
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- états distincts d’un même corps simple, auquel nous conserverons le nom univoque de CARBONE. Ainsi, pour nous, plus de différence entre le plus limpide, le plus dur et le plus brillant des minéraux, et ce corps noir, opaque et friable, que nous brûlons chaque jour dans nos foyers. Nous dirons, comme le naturaliste Haüy, que le proverbe : les extrêmes se touchent, n’a jamais été plus vrai.
- Ce n’est, au reste, qu’après une longue suite de recherches qu’on a pu se former une idée exacte de la nature de ces deux substances. Les anciens, qui connaissaient le diamant, le regardaient comme une matière incombustible. Pline, qui n’était que l’écho des opinions de ses contemporains, avance que ce corps triomphe des efforts du feu, et ne peut pas même être échauffé par lui. Quel n’eût pas été l’étonnement de Pline, si quelqu’un eût fait brûler devant lui une de ces pierres qu’il croyait inaccessibles à l’action de la chaleur? C’était pour rappeler cette propriété imaginaire, ainsi qu’une autre plus réelle, l’extrême dureté du diamant, qu’on luiavait. donné le nom d'adamas, qui signifie indomptable dans la langue grecque.
- La grande analogie du diamant avec les pierres précieuses ou gemmes, le fit regarder ensuite comme chimiquement semblable à ces dernières, boyle fut le premier qui soumit les pierres gemmes à l’action du feu ; il prétendait que plusieurs d’entre elles, et en particulier le diamant, exhalaient dans cette opération des vapeurs âcres très abondantes. Cette assertion chimérique fut bonne à quelque chose, car elle fit naître à d’autres l’idée de recommencer ces expériences. C’est ce qui arriva à la fin du xvn® siècle. *
- Cosme III, grand-duc de Toscane, fit faire des essais h Florence, en 1G94 et 1695, par les célèbres Averaniet Targioni, membres de l’académie del Cimento. Le diamant, placé au foyer d’un miroir ardent, disparut au bout d’un certain tems, sans laisser aucun vestige. Long-tems après, François-Étienne de Lorraine, devenu depuis grand-duc de Toscane, et enfin empereur, sous le nom de François Ier, fit, à Vienne, une nouvelle série de recherches sur ce corps, dont il opéra également la combustion complète à l’aide de fourneaux ordinaires. — De 4766 à 4772, ces expériences furent répétées de toutes les manières, par d’Arcetpère, Rouelle, Macquer, Houx, Cadet, Lavoisier, Mitouart, qui tous reconnurent que le diamant est indestructible par l’action du feu le plus violent, lorsqu’il est parfaitement garanti du contact de l’air, tandis qu’il se dissipe totalement , lorsqu’on le chauffe au contact de ce fluide.
- Quelques années après , Lavoisier s’assura que, par sa combustion dans des vaisseaux fermés, le diamant donne naissance à de l’acide carbonique ; qu’il en est ainsi du charbon de bois ; et il en tira la conséquence que le premier de ces corps devait contenir le même principe combustible que le second, c’est-à-dire du carbone. Depuis, il a été parfaitement constaté que le diamant est du carbone pur, qu’il consume dans sa combustion la même quantité de gaz oxygène que le charbon pur pris sous le même poids, et qu’il fournit une égale quantité d’acide carbonique, dont le poids représente exactement celui de l’oxygène et celui du diamant ou du charbon. Ce résultat doit lever foutes les incertitudes sur l’identité absolue de ces deux substances.
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- Une chose fort remarquable, c’est que, bienlong-tems avant qu’on pensât à soumettre le diamant à l’épreuve du feu, le génie de Newlon lui avait fait entrevoir que ce corps devait être éminemment combustible. Des considérations tirées des propriétés optiques qu’il présente avaient seules conduit l’illustre Anglais à émettre une idée si vraie, qui resta ignorée du monde savant jusqu’en 1792, c’est-à-dire long-tems après que les propriétés combustibles du diamant furent connues (1).
- Le carbone est un des élémensleplus abondamment répandus dans la nature. A l’état de diamant, c’est-à-dire pur et cristallisé, il existe dans le sein ou plutôt à la surface de la terre, dans un certain nombre de localités. Uni à quelques centièmes seulement de matières étrangères, il forme les minéraux désignés sous les noms d’Anthracite, de Plombagine, et souillé d’une plus grande proportion d’impuretés et de bitume, il constitue la Houille ou charbon de terre, ainsi que les Lignites ou bois carbonisés fossiles , dont on trouve des dépôts si considérables dans beaucoup de contrées.
- A l’état de combinaison avec d’autres élémens, le carbone est peut-être encore plus commun. En effet, c’est un des principes constituans des substances organiques, tant végétales qu’animales. Il entre également dans la composition de l’acide carbonique et dans celle de l’hydrogène carboné, gaz qui, comme nous le verrons bientôt, se rencontre dans un grand nombre de circonstances naturelles.
- Examinons rapidement chacun des états différens sous lesquels se montre cet élément si curieux.
- I. Du Diamant.
- Le diamant est un corps vitreux, transparent, sans odeur ni saveur, le plus ordinairement incolore, mais présentant quelquefois des teintes jaunes, bleues, vertes, brunes ou roses, plus ou moins belles. Taillé et même brut, il possède un éclat très-vif, se rapprochant, sous certains aspects, de celui des métaux, et ayant également quelque chose de gras ou d’onctueux. Cet éclat est caractéristique ; aussi les minéralogistes allemands le désignent-ils sous le nom d'éclat adamantin. La réfraction qu’il fait éprouver à la lumière qui le traverse est très-forte, et même plus prononcée que dans aucun autre corps transparent.
- C’est à ces deux propriétés optiques qu’il doit le rang qu’il
- (1) Nous devons dire que, bien avant Newton, Boece.de Boot, auteur d’un ouvrage intitulé : Histoire des Pierres précieuses, écrit probablement en 1012, et dont on a une 2» édition de 1636, avait émis le soupçon que le diamant pourrait bien êlre un corps combustible. (Gcibourt.)
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- occupe, au-dessus de toutes les pierres précieuses, dans l’estime des dames et des lapidaires. Ces propriétés sont singulièrement rehaussées par la taille qu’on lui fait subir, et par le nombre de facettes polies dont on l’environne.
- Son caractère le plus saillant consiste dans sa dureté, qui est telle qu’il raie tous les corps, sans être rayé par aucun. Il résiste à la lime, et ne peut être usé que par sa propre poussière. Il sert, en raison de cette grande dureté, à former des pivots pour les pièces délicates d’horlogerie, à polir les pierres fines et à couper le verre. Les vitriers font usage, pour cet objet, du diamant cristallisé à arêtes curvilignes ou courbes, qu’ils appellent diamant de nature. Au bout d’un petit manche de bois , on monte, avec de l’étain, un diamant brut, de manière qu’il présente en avant une des arêtes courbes qui lui sont naturelles; le manche a une face parallèle à cette arête, et, en conduisant cette face le long d’une règle, l’arête glisse parallèlement sur le verre et le coupe.
- C’est moins à cause de sa dureté que de sa forme que le diamant est si utile dans ce cas. En effet, les diamans taillés ou à arêtes trop vives ne font que rayer le verre sans le couper, tandis que toutes les substances susceptibles de rayer ce dernier corps acquièrent la propriété de le fendre, lorsqu’elles sont taillées de manière à présenter des faces bombées et des arêtes curvilignes. Il paraît qu’au moyen de cette forme, l’angle entre dans le trait produit par le frottement, et sépare les parties l’une de l’autre absolument de la même manière que le ferait un coin.
- On ne rencontre les diamans que dans trois parties du monde fort éloignées l’une de l’autre, le Brésil, les Indes-Orientales et la Sibérie; ™a>s les terrains qui les renferment offrent une analogie très-remarquable. Ce sont des terrains de transport ou des sables, dans lesquels il existe, avec les diamans, des pierres précieuses, des paillettes d’or etdu platine. Les diamans sont fort souvent enveloppés d’une croûte terreuse plus ou moins adhérenle, qui empêche de les reconnaître avant qu’ils aient été lavés. Ils sont ou en cristaux réguliers qui ont la forme de l’octaèdre (A), du cube (B), du dodécaèdre rhomboïdal (C), ou en cristaux à faces curvilignes (b)5 ou en grains irrégulièrement arrondis.
- Les mines de l’Inde sont connues depuis un temsfort reculé, mais elles n’ont été exploitées régulièrement que depuis trois siècles environ, es dans le Dekhan, particulièrement dans la contrée de Raolkumla, a cinq
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- journées de Golconde, puis au Bengale, et dans Pile de Bornéo, qu’existent les terrains diamantifères. Les mines de Golconde sont très-célèbres ; elles occupaient déjà, en 4622, 30,000 ouvriers.
- Les mines du Brésil, découvertes au commencement du xvir siècle, existent principalement dans la province de Minas-Geraes; elles alimentent actuellement tout le commerce des diamans. lien parvient en Europe de 25 à 30,000 carats bruts par an, c’est-à-dire de 5 à 6 kilogrammes, qui sont réduits par la taille à 8 ou 900 carats (ICO ou 480 grammes). Cette faible quantité coûte plus de 4,000,000 de frais d’exploitation. On a découvert, en 4859, dans la Serra de Grammagoa, à 43 lieues portugaises de la ville de Tijaco ou Diamantina, des couches puissantes de grès dans lesquelles les diamans sont empâtés en grand nombre.
- C’est en 4824 qu’on a découvert des diamans dans les sables aurifères des monts Ourals, en Sibérie.
- L’extraction du diamant se fait d’une manière fort simple. Dans l’Inde, on lave le sable qui renferme cette substance précieuse, pour entraîner la plus grande partie des matières terreuses. Le résidu est ensuite étendu sur une aire bien battue, où des hommes nus font la recherche des diamans , en plein soleil, sous la surveillance d’inspecteurs. —Au Brésil, le lavage des terres se fait sous des hangars, sur un plancher incliné, partagé, dans sa longueur, en plusieurs compartimens ou cases, dans chacune desquelles est un nègre. Un courant d’eau est amené vers la partie supérieure , où se trouve un tas de cascalho (nom qu’on donne à la terre), dont chaque laveur fait tomber successivement quelques parties pour les bien laver, et chercher ensuite, dans le gravier qui reste, les diamans qui peuvent s’y trouver. Des inspecteurs sont placés sur des sièges élevés au haut de l’atelier. Aussitôt qu’un nègre a trouvé un diamant, il en avertit en frappant des mains, et le remet à l’un des inspecteurs, qui le pèse et l’enregistre. Le laveur qui trouve un diamant du poids de 47 carats 4/2 (3 grammes 4/2 environ) est mis en liberté avec solennité.
- 11 parait qu’aux Indes la recherche du diamant est à-peu-près libre, et qu’il existe seulement un droit pour les chefs des contrées où elle a lieu. Au Brésil, le gouvernement se l’est réservée ; aussi, la contrebande y est-elle considérable.
- Les anciens, ignorant l’art de taillerie diamant, l’employaient à l’état brut. Les diamans pourvus de leur poli naturel s’appelaient diamans bruts ingénus ; ceux qui offraient naturellement une figure pyramidale se nommaient pointes naïves ; on les montait de manière à ce qu’ils présentassent cette pointe en avant : ils étaient fort recherchés.
- C’est le hasard qui a fait découvrir les moyens de tailler le diamant. Un jeune homme de Bruges, d’extraction noble, Louis de Berquem , ayant remarqué, en 1576, que deux diamans frottés fortement l’un contre l’autre s’usaient mutuellement et se réduisaient en poussière, mit à profit cette observation importante , et créa l’art de la taille, qui s’exécute encore aujourd’hui à peu près de la même manière. Cette taille se pratique au moyen
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- d’une plate-forme horizontale, en acier très-doux, qu’on recouvre de poudre de diamant ou égrisée délayée dans de l’huile, et contre laquelle on appuie, pendant qu’elle tourne rapidement, le diamant qu’il s’agit de tailler. Lorsqu’une des faces est usée, on le change de position, et ainsi de suite. La découverte de Louis de Berquem fut très-bien accueillie par Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, qui le récompensa magnifiquement. Le premier diamant taillé fut porté par ce prince, qui le perdit, avec tousses autres joyaux, à la bataille de Morat, que les Suisses gagnèrent sur lui. Depuis, il a été retrouvé et vendu à Henri VIII, roi d’Angleterre, qui le donna en présent de noces à sa fille, lorsqu’elle épousa Philippe II, roi d’Espagne.
- Le diamant taillé possède à un plus haut degré que le diamant brut la puissance réfractive et la propriété de diviser à l’infini le faisceau lumineux, en raison des nombreuses facettes qui le recouvrent , celles-ci faisant suivre à la lumière un plus grand nombre de routes. Mais la manière dont ces facettes sont disposées influe beaucoup aussi sur l’intensité de l’éclat que cette belle pierre répand. Il n’existe plus aujourd’hui que deux sortes de taille : la taille',en rose, inventée il y a 200 ans environ, qui ne s’emploie que pour les pièces de peu d’épaisseur ; et la taille en brillant, plus recherchée, que le cardinal Mazarin fit exécuter le premier sur 12 diamans conservés parmi les pierreries de la couronne sous le nom des Douze-Mazarins.
- La taille en rose présente à son sommet une pyramide à facettes triangulaires, et une large base plate destinée à être cachée dans la monture qui n’est jamais à jour. Les roses sont ordinairement montées sur une lame métallique blanche et polie ; elles ont moins d’éclat que les brillans.
- La taille en brillant présente à sa partie supérieure une face assez large ou table, entourée de facettes triangulaires, qu’on nomme dentelles, et de facettes en lozange ; elle se termine inférieurement par une sorte de pyramide garnie aussi de facettes ou pavillons, destinée à réfléchir la lumière qui a traversé la pierre , et cette pyramide est tronquée par une autre petite table ou culasse. Les brillans sont toujours montés à jour.
- Il est des diamans qui résistent à la taille ; on les nomme diamans de nature. Ils servent à préparer Végrisée, ou sont vendus aux vitriers. Végrisée qu’on trouve dans le commerce vient principalement de Hollande.
- En raison des difficultés de la taille, de la perte qu’ elle produit, et aussi des frais considérables qu’entraîne l’exploitation
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- des mines, le prix des diamans est en général très-élevé, et il varie suivant la limpidité, la grossenr et l’espèce de taille qu’ils présentent.
- Les diamans bruts, qui sont colorés ou tachés, et qu’on réserve pour faire de Végrisée, valent de 30 à 36 fr. le carat. On désigne sous ce nom , dans le commerce de la joaillerie, l’unité de poids pour les diamans et l’or (1). Le carat, qui est un poids imaginaire, pèse 4 grains un peu moins forts que ceux du poids de marc ; il équivaut à 0 gramme 20275. Les diamans qui sont susceptibles d’être taillés se vendent à raison de 48 fr. le carat (230 fr. le gramme), lorsqu’ils ne dépassent pas ce poids; mais au-dessus, on les estime par le carré de leur poids multiplé par 48 ; ainsi , le prix d’un diamant brut de 2 carats est égal à 2 X 2 X 48 = 192 fr. Quant au diamant taillé, son prix, bien plus élevé, varie singulièrement. Les diamans taillés en brillant valent bien plus que ceux taillés en rose. Le carat de ceux-ci se paie depuis 60 ou 80 fr. jusqu’à 125 fr. et au-delà. Pour les bril-îans, les prix s’élèvent considérablement avec leur grosseur. Le carat coûte généralement de 216 à 240 fr.; mais il va quelquefois jusqu’à 288 fr., lorsque le brillant est très-beau.
- La grosseur des diamans est ordinairement peu considérable; presque toujours ils ne dépassent pas le poids de 1 carat. Ceux qui pèsent davantage sont rares, tels sont ceux de 3 à 6 carats, ceux de 12 à 20, etc. On n’en connaît que quelques-uns qui dépassent 100 carats. Presque tous les gros diamans, nommés diamans parangons, ont été trouvés dans les mines de l’Inde. On cite comme objets de curiosité, les diamans suivans :
- Le plus gros des diamans connus appartient au Radjah de Mattan, à Rornéo. 11 pèse 500 carats au moins, ou plus de 64 grammes.
- Celui de l’empereur du Mogol, trouvé à Golconde vers 1330, pèse 279 carats 1 /2 environ ; sa grosseur est à-peu-près celle delà moitié d’un œuf de poule. On dit qu’il pesait 900 carats avant d’être taillé en rose. Tavernier l’a estimé à 11,725,278 francs. Il vaudrait beaucoup plus sans un léger défaut qui le dépare.
- Lediamantde l’empereur de Russie pèse 195 carats. Il est de la grosseur d’un petit œuf de pigeon. Il formait jadis un des yeux de la fameuse idole de Sclieringan, dans le temple de Rrama. Ce fut un grenadier français, au bataillon de l’Inde, qui, ayant déserté ets’étant mis au service du Malabar, trouva moyen d’arracher cet œil précieux à la pagode, et de se sauver à Madras. Il vendit son diamant 50,000 fr. à un capitaine de vaisseau ; celui-ci le céda, pour 500,000 francs, à un Juif, qui le donna, pour une plus
- (1) Le mot carat vient du nom de la fève d’une espèce d’érytlirina du pays des Sham gallas, en Afrique, pays où se fait un grand commerce d’or. Cet arbre est appelé kuara, mot qui signifie soleil dans le pays, parce qu’il porte des fleurs et des fruits de couleur rouge de feu. Comme les semences sèches de cet arbre sont toujours à-peu-près également pesantes, les sauvages de ce pays s’en sont servis, de tems immémorial, pour peser l’or. Ces fèves ont été ensuite transportées dans l’Inde, où on les a employées, dans les premiers tems, à peser les diamans. (Brcce. )
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- grande somme, à un marchand grec ; enfin, ce dernier le vendit, en 1772, à l’impératrice Catherine, pour la somme de 2,500,000 francs comptant, et 100,000 fr. de pension viagère. 11 est d’une belle eau, très-net, mais la forme en est mauvaise.
- Celui de l’empereur d’Autriche pèse 159 carats 1/2. Son prix est évalué à 2,608,555 fr.
- Le plus beau diamant qu’on i 'rouvé jusqu’ici, en raison de sa forme heureuse et de sa parfaite limpidité, est celui qui est connu, parmi les bijoux de la couronne de France, sous le nom de Pitt ou du Régent. Il fut acheté pendant la minorité de Louis XV, par b duc d’Orléans , régen , d’un anglais nommé Pitt, qui l’avait rapporté de l’Inde. Il fut payé 2,500,000 francs; il vaut le double. Il pèse 156 carats 5/4, et est taillé en brillant. Avant la taille, il pesait 410 carats; il a exigé deux années de tra-v. i . On en voit ici la face en grandeur naturelle.
- Le plus gros diamant qui provienne des mines du Brésil est celui du roi de Portugal : il ne pèse que 95 carats. Il n’a pas été taillé : il a la forme d’un octaèdre naturel.
- II. Ce la Plombagine.
- La plombagine , désignée aussi sous les noms de graphite, de mine de plomb, de crayon noir, est une variété de carbone plus ou moins impure, qui se présente en masses informes, d’un gris noirâtre, avec le brillant métallique, tachant le papier ou les doigts en gris métallique plombé, et ayant une surface lisse, grasse et onctueuse. Cette substance, complètement opaque, est très facile à entamer par le couteau. Elle paraît appartenir exclusivement aux terrains d’ancienne formation. On la trouve principalement à Passaw, en Bavière, dans le Piémont, les Pyrénées, à Borowdale, dans le Cumberland, en Angleterre.
- Pendant long-tems, on a considéré la plombagine comme un composé de charbon et de fer, et on la désignait sous le nom de carbure de fer; mais il est bien reconnu aujourd’hui que ce n’est qu’une variété de carbone altérée par un mélange accidentel de terres qui contiennent du fer. La plombagine de Barreros, au Brésil, n’en renferme pas. Celle de Borowdale, l’une des moins impures, contient environ 15 pour O/O de substances terreuses.
- La plombagine rend une foule de services dans les arts. Réduite en poudre fine et délayée avec de l’huile, on l’applique sur le fer, la fonte, la tôle des tuyaux de poêles, des fourneaux, qu’elle colore en gris de plomb et garantit ainsi de la rouille. Pétrie avec 4 parties de graisse, elle forme une pâte qui sert pour adoucir les frottemens des essieux de voitures, des engrenages et autres parties des machines, les pistons des pompes ,les tourillons, etc. On l’emploie seule pour les machines en bois, qui se renfleraient
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- si on les enduisait avec, des corps gras. On en fait d’excellens creusets réfractaires pour les fondeurs en cuivre, en l’unissant à 1 ’argile. C’est dans des creusets de cette nature que, dans les hôtels des monnaies, on fond l’alliage d’or etde cuivre qui sertà fabriquer les pièces de 2 Oet de 40 francs. Sous le nom de plomb de mer, on l’utilise au vernissage du plomb de chasse, que l’on fait tourner dans des tonneaux avec cette matière.
- La propriété que possède la plombagine de laisser sur le papier une trace grise et luisante, l’a fait appliquer, bien avant le xvie siècle, à la fabrication de crayons, connus sous les noms de mine de plomb, de capucine. Les meilleurs sont ceux faits avec la plombagine du Cumberland, qui est très douce, fine et pure. On les prépare très simplement en divisant cette matière, au moyen d’une scie, en petites baguettes, que l’on enchâsse ensuite dans dubois. Pour les crayons de charpentier, on mélange à la plombagine un tiers de son poids de sulfure d’antimoine. Conté (1) prit, le 3 janvier 1795, un brevet d’invention pour un procédé qui permet d’obtenir d’excellens crayonsavec des mélanges convenables de plombagine réduite en poudre très fine et d’argile bien divisée, qu’on convertit en pâte, et qu’on moule dans une espèce d’étui; ce fourreau est fait en bois de cèdre, avec une machine construite pour cet objet. Cette machine fend en long un petit cylindre de bois, et coupe au milieu un sillon carré, de meme calibre que le crayon, qu’on y colle avec de la gomme. On recolle ensuite pardessus le demi-cylindre qu’on en avait enlevé, ce qui produit un cylindre complet dont l’axe est en plombagine. Ces crayons sont très répandus dans le commerce sous le nom de Crayons-Conté. On en fait aussi avec la poussière de cette substance réduite en pâte avec de la gomme ou de la gélatine. Les crayons de plombagine ne sont guère employés pour dessiner la figure, parce qu’ils produisent des reflets brillants qui sont nuisibles aux effets. Une amélioration importante a été apportée, il y a quelques années , par un nommé Fichtemberg, de Paris, dans la préparation de ces crayons. Il les compose avec un mélange de plombagine, de sanguine et de matière grasse,et obtient ainsi des crayons qui laissent sur le papier des traits graisseux qu’il est impossible d’enlever, en sorte que les notes tracées avec eux peuvent être conservées indéfiniment dans un portefeuille sans s’effacer.
- (1) Conté, qui a rendu d’immenses services à l’industrie, est né à SainVCénery, près Séez, dans le département de l’Orne, le 4 août 1755. Il est mort à Paris, le 15 frimaire an xiv de la république. Le jury de l’an ix lui accorda une médaille d’or pour la découverte intéressante de ses crayons, qui firent cesser le tribut considérable que la France payait à l’Angleterre pour ce genre de produit. — On lira avec beaucoup d’intérêt une notice biographique sur cet ingénieux et savant artiste, rédigée par M. de-Gérando et publiée dans le 22e Bulletin de la Société d’Encdurayement, en avril 1806.
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- Un Anglais, M. Hébert, a eu l'heureuse idée de substituer à l’huile employée pour adoucir les frottemens des pièces d'horlogerie , qui s’épaissit à la longue, et devient ainsi une cause de dérangement pour les machines même les mieux réglées, la plombagine en poudre impalpable et très pure , dont le tems n’altère point les qualités. Elle prend bientôt un poli et un éclat qui ne le cèdent qu’à ceux du diamant, de sorte que les effets du frottement et ceux de l’usure se réduisent presque à rien.
- III. De l’Anthracite.
- L’anthracite est une substance noire , d’un éclat métalloïde assez vif, opaque, friable, sèche au toucher, tachant les doigts en noir foncé, et laissant sur le papier un trait noir mat. Elle se présente toujours en masses compactes, irrégulières, qu’on trouve dans les terrains d’ancienne formation. Cette variété de carbone est assez rare ; les pays où se rencontrent des gîtes d’anthracite sont surtout les Alpes du Dauphiné, la Savoie, la Saxe, la Bohême, l’Angleterre, les Etats-Unis, etc.; quatre de nos départemens produisent annuellement une quarantaine de millions de kilogrammes d’anthracite, représentant une valeur de 500,000 fr.
- Ce n’est pas plus du carbone pur que la plombagine ; elle est ordinairement mélangée de quelques matières terreuses, depuis 2 jusqu’à 12 p. 0/0.
- On ne l’emploie que comme combustible, mais seulement dans les usines où l’on a besoin d’un feu violent, car elle ne peut brûler qu’en grande masse. L’absence de bitume et sa forte densité la rendent très difficile à allumer ; mais quand une fois elle est prise, elle donne une chaleur très forte, et sert avec avantage dans les fonderies. La plupart des usines de la Pensylvanie n’ont pas d’autre combustible. On l’y applique aussi au traitement du minerai de fer, en place de charbon et de coke.—Un des grands inc.onvéniens de l’anthracite est d’éclater au feu et de s’y briser en petits fragmens qui, en se tassant les uns sur les autres, interceptent trop le passage de l’air. Il n’est plus possible alors de la faire brûler, et il faut en débarrasser le fourneau. Pulvérisée et unie a de la houille et à un peu d’argile, on en fait des briquettes et des bûches économiques pour placer dans le fond des cheminées.
- IV. De la Houille.
- On applique le nom de mouille , dérivé du mot saxon huila t à une substance charbonneuse qu'on trouve en masses assez considérables dans le sein de la terre, et qui est formée essen-
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- tiellement de carbone et de bitume, associés à une proportion variable de matières terreuses.
- C’est le combustible le plus abondant et, sans contredit, le' plus précieux, puisqu’il permet à l’homme d’économiser les bois qui naissent à la surface du sol, et de suppléer à la lenteur de leur accroissement. C’est la base de toutes les industries qui ont besoin de production de chaleur; c’est une source intarissable de richesse et de puissance pour les peuples qui possèdent des mines de cette substance, qu’on appelle souvent charbon de terre, charbon de pierre, charbon minéral, charbon fossile.
- Pouvant remplacer le bois dans presque tous les usages, la houille a sur lui le grand avantage de donner, à poids égal, une chaleur bien plus forte : aussi lui est-elle préférée dans une foule de circonstances. Non seulement elle joue un grand rôle comme matière calorifique, mais elle n’est pas moins précieuse comme agent de réduction des minerais métalliques ; c’est elle, en effet, qui permet d'obtenir à si bon marché la fonte et le fer, dont on forme la presque totalité des ustensiles des fabriques. C’est encore avec elle qu’on obtient le gaz, dont la brillante clarté a opéré une révolution si complète dans l’art de l’éclairage.
- L’emploi du charbon de terre comme combustible, et dans les travaux métallurgiques, remonte à une assez haute antiquité, puisque Théophraste d’Eressos, qui vivait 515 ans avant J.-C., nous apprend que de son lems les fondeurs elles forgerons de la Grèce faisaientune grande consommation des charbons fossiles qui venaient de la Ligurie et de l’Élide. Suivant Wallis, auteur d’une histoire du Norlhumberland, les mines de houille du nord de l’Angleterre furent exploitées par les Romains, alors qu’ils étaient en possession de cette île. C’est sous Henri III, en 1272, que les mines de Newcastle commencèrent à être exploitées d’une manière régulière. En 1306, Edouard IV défendait l’usage de la houille dans la ville de Londres , à cause de l’inconvénient de la fumée. Les mines du pays de Liège furent ouvertes dès le xi* siècle. A Saint-Etienne, l’on possède des documens inédits qui établissent que la houille y était employée dès le xme siècle ; mais, pendant long-lems, l’extraction fut faite d’une manière irrégulière et pour les seuls besoins de la population ; le défaut de voies de communication ne permettait pas d’exporter ce précieux combustible.
- La houille est en fragmens plus ou moins volumineux , sans forme déterminée, qui paraissent le plus souvent composés de feuillets superposés, ce qu’on désigne en disant qu’ils ont une texture schisteuse. Ces fragmens sont, en général, d’un beau noir, presque toujours éclatant; quelquefois leur surface est ornée des couleurs les plus vives et les plus variées. Ils sont fragiles et peu durs, mais jamais assez tendres pour se laisser rayer par l’ongle ; leur poussière est noire ou d’un brun très-foncé.
- La houille s’allume assez facilement et brûle avec une llamme
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- d'un blanc jaunâtre accompagnée d’une l'umée noire, et en répandant une odeur bitumineuse particulière, qui a quelque chose de fade, mais rien de désagréable. La flamme dure plus ou moins long-tems, selon la nature delà houille; et, quand elle a disparu, il reste un charbon incandescent ou coke qui continue à brûler, si la température du foyer est suffisamment élevée, et qui, enfin , se convertit en une cendre grisâtre mêlée de scories. Cette cendre est quelquefois très-abondante, et au moins de 3 p. 0/0. On désigne habituellement sous le nom de mâchefer les scories vitreuses qui restent, avec les cendres, pour résidu de la combustion du coke ou du charbon de terre (1).
- Les variétés de houille, qui sont très - nombreuses, ne se comportent pas tout-à-fait de la même manière pendant leur combustion ; les unes se ramollissent et s’arrondissent sur leurs angles, ou bien se fondent complètement, et se boursoufïlent alors beaucoup; les autres ne se déforment pas, ou se fendillent, ou s’exfolient, mais sans éprouver de ramollissement. Soumises à la distillation en vases clos, les unes donnent pour résidu un coke boursoufllé, d’autres, un coke fritté ou coagulé, d’autres, enfin, un coke pulvérulent.
- Toutes les variétés de houille peuvent se réduire à trois principales pour la pratique : la houille grasse, la houille sèche ou maigre, et la houille compacte.
- La houille grasse, nommée vulgairement charbon de terre collant, charbon de forge ou de maréchal, comprend les variétés les plus couit bustibles, celles qui s’allument aisément, donnent une flamme longue et blanche avec beaucoup de fuliginosités, et qui se gonflent plus ou moins et s’agglutinent en une masse pâteuse ; leur coke est boursoulflé. Ces caractères dépendent, en grande partie , de la proportion assez forte de bitume qu’el'es renferment
- La propriété de s’agglutiner, d’éprouver une sorte de fusion pâteuse, rend l’usage de ces houilles incommode sur les grilles des fourneaux et des foyers domestiques, puisqu’il faut, à chaque instant, briser les morceaux à demi fondus et collés ensemble, pour donner accès à l’air et éviter que la combustion cesse. D’un autre côté, elles sont très-convenables pour le travail de la forge, parce qu’elles donnent une chaleur immédiate et forte, qui se conserve sous les espèces d’arches qu’elles produisent en se boursouf-flant., voûtes qui ne s’écroulent pas quand on retire le fer pour le forger et lorsqu’on le remet au feu. Tous les ouvriers qui travaillent le fer, les ser-
- (1) Beaucoup de personnes prétendent, mais à tort, que l’asphyxie ne peut être pro dujle par les gaz qui se dégagent pendant la combustion de la houille. Cette opinion , (iui a été combattue par les sa vans, l’a été malheureusement aussi par les faits. Ainsi, m 1836, deux personnes de Lyon ont été trouvées mortes, chacune dans leur chambre, après avoir succombé à une asphyxie déterminée par l’action des gaz dégagés du charbon de terre dont elles avaient fait usage pour se chauffer. Déjà un accident, causé par les gaz provenant de la combustion du cy/rr, vendu sous le noni de charbon épure, e.luit, arrivé à notre connaissance.
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- ruricrs, les clouliers, les forgerons, préfèrent donc, avec raison, celte sorte de houille. Elle est aussi très-propre à la fabrication du gaz, parce qu’elle en donne beaucoup plus que les houilles sèches, et qu’elle laisse un coke volumineux, qui se vend à la mesure; elle sert avantageusement aussi au traitement du minerai de fer.
- Les mines de Saint-Etienne, de Rive-de-Gicr (Loire); de Givors (Rhône); du Forez (Haute-Loire); celles de Littry (Calvados); d’Anzin prèsde Valenciennes (Nord) ; de Fins (Allier) ; du Creuzot (Saône-et-Loire) ; celles de Newcastle, et quelques autres, en Belgique, en Angleterre et en Ecosse, donnent des houilles grasses.
- Lu houille sèche ou maigre, appelée aussi houille non collante et charbon de grille, beaucoup moins combustible que la précédente, en raison delà proportion plus faible de bitume qu’elle contient, est moins noire, plus compacte, plus lourde, moins friable ; elle s’enflamme plus difficilement, s’échauffe sans se gonfler, s’agglutiner, ni fondre; elle produit une flamme bleuâtre et une fumée fétide et sulfureuse, ce qu’elle doit à la grande quantité de pyrites (d) qu’elle renferme. Elle donne plus de cendres. —• Cette sorte de houille, qui se montre presque toujours dans les pays calcaires , tandis que la houille grasse se trouve exclusivement dans les terrains schisteux, est celle qui convient le mieux au service des fourneaux, parce que, ne réverbérant pas fortement la chaleur sur la grille, comme la précédente, elle la répand au-delà du foyer sur les objets que l’on a pour but d’échauffer. C’est elle qu’on choisit de préférence pour le chauffage des appartemens, la cuisson de la brique, de la chaux, du plâtre, etc. Il y a des houilles sèches qui donnent un coke fritté, c’est-à-dire dont les frag-mens sont agglomérés entre eux, de sorte que les petits morceaux ne passent pas au travers des grilles, ce qui fait rechercher ces houilles pour Tusage des fabriques. D’autres variétés de houilles sèches fournissent un coke pulvérulent; telle est la houille de Fresnes, que les brasseurs emploient de préférence sous leurs lourailles (2), parce qu’elle renferme si peu de bitume, qu’elle brûle sans répandre de fumée.
- Les mines des environs de Marseille, d’Aix, de Toulon; celles de la Mothe de Peschanard, près de Grenoble ; de Fresnes sur l’Escaut, près de Coudé (Nord); de Vieux-Condé (Nord); de blanzy, près le Creuzot (Saône-et-Loire)(; de Salins, de Noroi, et de plusieurs points du nord-ouest de la France; de Durham, en Angleterre; de quelques endroits de la Belgique, donnent des houilles sèches.
- Enfin, sous le nom de houille compa.cle, on distingue encore une espèce de houille , beaucoup plus rare que les précédentes, et qui n’existe engrande quantité que dans le Lancashire, à Wigan , en Angleterre, et dans le duché de Kilkenny, en Irlande. Elle est spécialement désignée, en Angleterre, sous le nom de candel-coal ou charbon-chandelle , parce que , très-combustible , elle brûle avec une longue flamme blanche brillante. Elle fournit beaucoup de gaz à la distillation ; aussi est-elle consom-
- (1) Sous le nom de Pyrites, on désigne vulgairement un composé de soufre et de fer qui accompagne presque toutes les substances minérales et qui s’offre habituellement en petits cristaux d’un jaune d’or et d’aspect métallique.
- »2) Les brasseurs donnent le nom de Touraille à un fourneau d’une conslruclion particulière, à l’aide duquel ils font dessécher, et dans quelques circonstances torréfier l’orge qui doit servir à la fabrication de la bière.
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- nu CAltRONE.
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- raëe presque totalement pour cet usage. — Comme elle donne fort peu de cendres, elle est aussi très-recherchée pour le chauffage des maisons, bien qu’elle produise moins de chaleur que les autres espèces. Elle est susceptible de prendre un beau poli et une couleur noire intense ; et, comme elle est assez dure pour être travaillée au tour, on en fait des vases, des encriers, des tabatières et autres objets d’ornement. Elle est plus légère que les précédentes.
- La composition des houilles varie beaucoup. Pour la pratique, il suffit de connaître les proportions du charbon, des cendres et des matières volatiles qu’elles fournissent par leur calcination. Nous présentons, dans les tableaux suivans, le résultat de l’analyse immédiate de quelques houilles de France et de l’étranger.
- I I MATIERES
- CHARBON. CENDRES- Vfft.'iTir.ps J
- LIEUX D’EXTEL ACTION. J [
- Sur 1,000 parties.
- HOUILLES GRASSES.
- Anzin ( Nord > 715 35 250
- Le Creuzot ( Saône-et-Loire ) 6 54 34 312
- fJeeize ( Nièvre ) 611 80 300
- 665 20 315
- | Bourg-i.aslic ( Puy-de-Dôme) 771 58 171
- 1 Newcastle ( Angleterre) 760 54 186
- - r ( mines de Dour 715 52 233
- | °nsf t mines de Gadc 510 50 440
- Wigan, Angleterre ( Candel-Coal ) 526 34 440
- HOUILLES SÈCHES.
- Bourg-Laslic ( Puy-de-Dôme) 780 55 165
- 1 Fresnes, près de Valenciennes 863 43 94
- Lardin , près de Souillac ( Dordogne ) .. . 608 62 330
- Blarizy , près le Creuzot (Saône-et-Loire,). 543 61 396
- Salins C J ura ) 500 130 370
- ! Durham ( Angleterre ) 820 50 130
- Mons , variété dite Anthracite 850 23 127
- Oviédo ( Asturies ) 503 80 417
- 1 Ombrowa (Haute-Silésie) 510 40 450
- En raison de cette différence de composition, le pouvoir échauffant ou calorifique des houilles doit être également très-variable. Cependant, pour les bouilles communes et réputées de bonne qualité dans les arts, il est, terme moyen , d’après M. Berthier, à peu près le même que celui du charbon de bois, et, par conséquent, double de celui du bois sec. Voici quelques données d’expérience que nous empruntons à l’excellent ouvrage de M. Berthier.
- Suivant M. Dolfus , dans les ateliers de Mulhausen , la houille de Rong-champ, près de Belfast (Haute-Saône), vaporise S fois son poids d’eau.
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- Jd4 CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- Dans les salines, pour évaporer i partie d’eau, on consomme 0,15à 0,20 de houille.
- Walt comptait, dans les calculs de machines h feu, sur une consommation de 1 partie de bonne houille, pour la production de 7 1/2 parties de vapeur d’eau.
- Selon Illack , dans un appareil bien disposé, la houille de Newcastle , qui est une des meilleures que l’on connaisse, vaporise 8 parties d’eau.
- Des expériences faites à Paris , avec diverses espèces de houille sur de l’eau déjà échauffée à 100°, ont donné 8 1/2 à 10 1/2 parties de vapeur pourl partie de combustible.
- Dans les verreries à bouteilles, il faut deux parties de bois pour remplacer 1 partie de houille.
- Dans les ateliers métallurgiques, on admet que le pouvoir calorifique de la houille est à celui du bois comme 15 est à 1, à volumes égaux , et comme 15 est à 8 à poids égaux.
- Le calcul indique qu’une houille de qualité moyenne doit donner assez de chaleur pour porter de 0 à 100° environ 60 fois son poids d’eau ; par expérience, le résultat est à peu près le même. Hassenfratz a fait, sur ce sujet, des expériences directes, qui lui ont donné de 57 à 71 pour la quantité d’eau portée de 0 à 100° pour 1 partie de houille. Ces différences tiennent à la proportion des principes combustibles et à celle des cendres (1).
- La meilleure manière de juger, en fabrique, la qualité d’une houille, consiste à déterminer expérimentalement la quantité d’ouvrage qu’elle réalise dans le fourneau où l’on veut en faire usage. Ainsi, dans les cas de chauffage des machines à, vapeur, il est évident que le meilleur charbon sera celui dont on aura employé la moindre quantité en 24 heures. Dans ces essais, il faut tenir compte de la proportion de mâchefer et de cendres obtenues; car, à qualité égale, du reste, la houille qui en donnerait le moins serait préférable. Il faut avoir égard aussi à la facilité avec laquelle l’ouvrier peut entretenir son feu, à la moindre quantité de fumée produite, etc.
- La houille pèse toujours plus que l’eau, mais sa densité varie de 1,16 à 1,60. Il en résulte que le poids d’une mesure donnée de houille n’est pas toujours le môme. Les vides laissés pendant le mesurage, qui s’élèvent souvent du tiers à la moitié de la capacité de la mesure, apportent encore des variations considérables dans ce poids. On vend la houille à des mesures différentes, selon les usages, mais qui toutes se rapportent, en France, à l’hectolitre, qui, mesuré comble, pèse environ 100 kilogrammes, ou à la voie, qui se compose de 15 hectolitres mesurés ras, ou de 12 hectolitres mesurés comble. La houille
- (1) Traité des Essais par la voie sèche, ou des Propriétés, de la Composition et de l’Essai des substances métalliques et des combustibles, par M. Bevthier, I. 1, p, 326, 1831.
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- I)U CARBONE.
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- en gros blocs se vend plus cher ; on l’achète au poids et on la livre aux 1,000 kilogrammes ou au quintal métrique, qui est de 100 kilogrammes. — L’hectolitre de houille mesuré ras, à la manière des marchands, a un poids très-différent, suivant les espèces de houille, puisqu’il peut varier de 70 à 90 kilogrammes. A Rouen, on porte le poids de l’hectolitre ainsi mesuré de 74 à 84 kilogr. 1/2, et la voie ou la voiture se compose de 7 hectolitres 1/2 mesurés avec un faible comble.
- Il faut donc, lorsqu’on achète de la houille, s’entendre exactement avec le marchand sur le mode de mesurage, puisqu’il y a tant de différence dans le poids de l’hectolitre, selon qu’on le mesure ras ou comble.
- Une autre observation non moins utile et pour les vendeurs et pour les consommateurs, c’est que le bitume ou l’huile essentielle, qui fait une partie importante de la matière combustible de la houille, éprouve des déperditions notables dans les endroits aérés et exposés au soleil. L’humidité et la chaleur sont nuisibles à la houille, par le mouvement de fermentation qu’elles y déterminent , et d’où résultent encore réchauffement de la masse, la disgrégation des parties, la perte de l’huile bitumineuse. Il est donc fort important de mettre la houille dans des magasins clos, secs et frais, attention que ne prennent pas la plupart des personnes qui ont des amas de ce combustible.
- Les mines de houille n’existent pas dans tous les terrains ; on n’en rencontre jamais dans les plus anciens et dans les plus nouveaux ; elles se trouvent dans ceux que les naturalistes appellent terrains de sédiment, et principalement dans cette partie que la présence du charbon a fait nommer groupe carbonifère qui se compose de lits alternatifs de grès , d’argile schisteuse et de calcaire. Le combustible forme dans le grès des couches plus ou moins puissantes, dont il existe ordinairement plusieurs lesunes au-dessus des autres; il y a des localités où l’on en compte plus delOO ainsi superposées; tel est entre autres le bassin deMons. L’épaisseur des couches de la houille varie considérablement, depuis quelques cenlim. jusqu’à 1 mètre ou 2 , quelquefois jusqu’à 6 ou 7 mètres ; mais ces couches puissantes ne sont le plus souvent que des assemblages de couches minces , séparées par des lits à peine sensibles de matières étrangères toujours
- très-chargées de charbon. En tout cas, les couches de houille sont rarement pleines dans toute leur étendue ; elles sont concaves dans le plus grand nombre de lieux , et forment ce que les mineurs nomment
- ___re qu’à partir du point le
- plus bas elle se relèvent plus ou moins rapidement de tous côtés, sur
- le bateau ou le cul
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- CIII331E ÉLÉMENTAIRE.
- les pentes des montagnes environnantes, dont elles suivent d’ailleurs toutes les sinuosités.Souvent aussi elles sont repliées sur elles-mêmes , en formant un nombre plus ou moins considérable de zigzags plus ou moins ouverts , à branches plus ou moins longues, et qui se répètent de la même manière dans toute l’étendue du dépôt.
- Les gîtes de houille se présentent en général par zones , qui s’étendent souvent à de grandes distances, et dans chacune desquelles il y a un nombre plus ou moins considérable de petits bassins séparés les uns des autres. Il y en a de toutes les hauteurs-, on en cite à 4,600 mètres (Amérique-Méridionale), tandis que d’autres se trouvent au niveau des mers, comme en Flandre, ou même au-dessous, comme à Whithawen, en Angleterre, où l’exploitation s’avance à plus de 1000 mètres sous la mer, et à plus de 100 mètres au-dessous de son fond dans cette localité.
- On exploite les mines de houille en y creusant des puits ou des galeries. Il existe des houillères au Hartz , en Saxe, en Bohême, en Autriche , en Prusse, en Hongrie. 11 y en a peu en Espagne, en Portugal, en Italie, en Suède. On n’en connaît pas en Norwége et en Russie; mais on en retrouve en Sibérie , à la Chine, au Japon, 5 la Nouvelle-Hollande , aux Etats-Unis d’Amérique. L’Angleterre, la Belgique et la France sont les pays les plus favorisés sous ce rapport. L’Angleterre et l’Ecosse possèdent 1,570,000 hectares de terrain houiller. La Belgique compte 150,000 hectares, et la France 280,000 hectares du même terrain. Voici les chiffres d’extraction annuelle dans les bassins principaux de l’Europe occidentale et de l’Amérique. Ces chiffres sont ceux de l’année 1840 :
- Iles Britanniques, Belgique,
- France,
- Prusse,
- Silésie, Pensylvanie,
- Quintaux métriques. 260 millions. 34 32
- 12
- 3
- 4
- Pour la France, les élémens principaux du chiffre total de 52 millions de quintaux métriques produits annuellement, sont :
- Nombre Surface
- des concessions. Bassin de la Loire (St.-Etienne, Rive- concédée. Hectares. Extraction. Quintaux métriques.
- de Gier, etc. ), — du Nord ( Anzin , Denain , 59 22,714 11,150,000
- Doucby, Vicogne), — de Saône-et-Loire ( Creuzot, 15 51,518 7,900,000
- Blanzy, etc.), 15 32,240 2,150,000
- — d’A lais (Gard), 22 22,394 1,960,000
- — d’Aubin, 11 3,000 950,000
- — de Liltry (Calvados ), 2 16,317 640,000
- — d’Epinac, 5 8,292 580,000
- — de Sarthe-et-Mayenne, 11 25,556 560,000
- — de Brassac, s 3,841 580,000
- — de Basse-Loire, 8 21,513 450,000
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- MJ CARBONE.
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- Les départemens de l’Ailier, delà Nièvre, du Puy-de-Dôme, de l’Aveyron, et autres, renferment encore des exploitations qui, par défaut de débouchés et de moyens de transport, ne fournissent que très-peu de charbon. — Une importation considérable de houilles étrangères se joint à la production du pays pour subvenir à la consommation. Celte importation a suivi, depuis plusieurs années, une marche toujours croissante; elle est aujourd’hui de 14 millions de quintaux métriques. Ce sont surtout les houilles de Newcastle , de Sunderland , de Mons, qu’on introduit en France. Les charbons anglais produisant une flammé vive et volumineuse sont excellens pour les usines à chaudières. Les houilles belges sont, comme les anglaises, celles qui conviennent le mieux à toutes les industries qui ont besoin de grandes flammes, comme les teintureries, les indienneries , les blanchisseries , les fabriques de produits chimiques et de soude artificielle , les filatures menées par des machines h vapeur à haute pression , les fonderies de cuivre , les raffineries, etc.
- Dans le commerce des charbons, on distingue les variétés suivantes parmi les houilles de Mons : fine forge, dont l’usage principal est la ma-réchalerie ; charbons durs, très-propres aux verreries, aux fonderies, aux hauts fourneaux à fer ; 1 eflénu, spécialement recherché pour toutes les opérations des arts où l’évaporation joue un rôle important ; c’est pardessus tout un excellent charbon à chaudières ; il est aussi très-employé pour l’extraction du gaz. Le flénu se subdivise ensuite en gaillette ou gros à la main, formée des plus gros morceaux ; en forge gailleteuse, composée de morceaux moy ens ; en forge brqiselte, dont le volume est analogue à la braise des boulangers ; en fine forge , composée de la plus fine houille.
- Les houilles du bassin de la Loire conviennent surtout pour les forges et hauts-fourneaux à fer, la fabrication du coke. On distingue, dans le commerce, celles de Saint-Etienne en trois variétés : la houille pour l'épuration, fa houille pour la forge , et la houille pour le fourneau; celle-ci vient surtout des mines de Firmini.
- Les houilles d’Anzin servent pour les forges et les fourneaux , les cliau-fourneries, les briqueteries. On les subdivise, dans le commerce, en gros oh gaillette, et en gailletcux ou forge gailleteuse.
- L’origine de la houille est encore enveloppée de quelque obscurité. 11 est généralement admis aujourd’hui que ces immenses amas de combustible, qui se trouvent enveloppés dans les couches pierreuses de l’écorce du globe, sont le produit de l’altération pins ou moins profonde d’arbres et de plantes d’espèces diverses, existant dans les premiers âges du monde, avant l’apparition de 1 homme, et qui ont été détruits et enfouis sous le sol par les déluges et autres grands cataclysmes qui ont bouleversé à diverses reprises la surface de notre planète.'
- L’analyse chimique démontre qu’en retranchant des élémens du bois certaines proportions d’eau, d’acide carbonique et d’hydrogène carboné, cette matière peut offrir la composition chimique de la houille. Or, ces trois produits gazeux prennent tou-
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- CHIMIE ELEMENTAIRE.
- jours naissance pendant la pourriture humide ou la putréfaction du bois hors du contact de l’air. On peut donc concevoir facilement, d’après cela, comment les végétaux anté-diluviens, enfouis en grandes masses au sein des matières terreuses, ont pu peu à peu se trouver convertis en charbons bitumineux ou en houille.
- Ce qui caractérise le terrain houiller, c’est l’abondance des débris végétaux dont on trouve les empreintes dans les grès et les schistes qui accompagnent la houille. Ce sont tantôt des feuilles de fougères arborescentes, tantôt des tiges de palmiers, de prêles, tout-à-fait analogues à la végétation actuelle de l’équateur. Ces faits ont porté la plupart des naturalistes à regarderies couches de houille comme des sortes de tourbières plus ou moins étendues, formées par des débris de végétaux, et sur lesquels d’autres végétaux plus grands, palmiers, prêles, fougères, poussaient encore, alors que les eaux chargés de matières sédimentaires sont venues les enfouir sous leurs dépôts.
- Quelle que soit, au reste, la manière dont la houille ait été formée, toujours est-il que les causes premières de sa formation n’existent plus aujourd’hui, et qu’à cette époque reculée l’atmosphère devait avoir une composition très différente de celle qu’elle présente actuellement. Elle devait être très humide, avoir une température élevée, et renfermer une énorme proportion d’acide carbonique; car comment expliquer, autrement que par ces trois circonstances, la végétation vigoureuse qui couvrait la terre dans ces premiers âges du monde, et qui a donné naissance à ces couches puissantes de combustible végétal?
- V. Du Lignite.
- On trouve, dans des terrains plus nouveaux que ceux où existe la houille, un combustible qui diffère souvent très peu de cette dernière. Comme elle, il résulte de l’altération spontanée de matière végétales qui, par des causes encore mal connues, ont été converties, pour la majeure partie, en charbon. Ce combustible, moins pur que la houille, conserve presque toujours la forme extérieure et l’aspect du bois dont il provient; aussi lui a-t-on donné > un nom qui rappelle son origine, celui de lignite, qui n’est qu’une traduction du nom latin du bois. On l’appelle encore bois fossile, bois bitumineux.
- Dans beaucoup de localités, comme aux environs de Laon et de Soissons, dans les Ardennes, à la Tour-du-Pin, à Voreppe dans l’Isère, à St-Paulet dans l’Ardèche, en divers points des Bouches-du-Rhône, à Sisteron, à Forcalquier dans les Basses-Alpes, en Suisse, en Thuringe, en Bohème, etc., on exploite les amas plus ou moins considérables de lignite pour l’employer à la production de la chaleur. Cette matière charbonneuse brûle, en effet,
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- ni; CARBONE.
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- très bien, en donnant une flamme longue, mais peu chaude, accompagnée d’une fumée noire et d’une odeur particulière, désagréable. Elle laisse un charbon semblable à la braise et une cendre analogue à celle du bois; jamais elle ne se boursoufile en brûlant, et ses fragmens ne contractent point d’adhérence entre eux comme ceux de la houille.
- Les dépôts de lignites des liouches-du-Rhône produisent, année commune, 550,000 quintaux de combustible, et celui de la Tour-du-Pin (Isère) en fournit 410,000.
- Les lignites du Soissonnais sont très chargés de pyrites, aussi sont-ils employés avec succès pour la préparation de l’alun et de la couperose.
- Une variété de lignite, noire, luisante , et assez dure pour être travaillée au tour et polie, est très connue dans le commerce des bijoux sous le nom de jayet ou jais. On en fait, depuis long-tems, divers objets d’ornement, comme des pendans d’oreilles, des colliers, des ajustemens de deuil, des croix, des chapelets, etc. On façonne les morceaux en poires et en grains de diverses grosseurs, que l’on taille à facettes, sur une meule en grès grossier, semblable à celle des lapidaires. C’est principalement à Sainte-Colombe, Peyraz et Labastide-sur-l’Hers, dans le département de l’Aude, que ce genre d’industrie est concentré ; le jayet qu’on y travaille est maintenant tiré d’Espagne, tandis qu’autre-fois il provenait des mines du pays , qui ont cessé d’être exploitées; mais, depuis une vingtaine d’années, délaissée par le caprice de la mode, cette fabrication a singulièrement diminué d’importance.
- Une autre variété de lignite, d’un rouge noirâtre, a aspect terreux et d’un grain fin, est exploitée dans les bourgs de Brühl et de Liblar, à peu de distance de Cologne, où elle forme des couches tort étendues de 8 à 10 mètres d’épaisseur, qui sont situées sous des plateaux assez élevés. On extrait ce lignite à ciel ouvert avec une simple bêche; mais, pour le transporter plus commodément, on l’humecte et on le moule dans des vases qui lui donnent la forme d’un cône tronqué. On l’emploie comme combustible, mais surtout comme couleur pour la peinture en détrempe, et même pour la peinture à l’huile. Il est alors connu sous le nom de terre de Cologne. Les Hollandais s’en servent pour falsifier le tabac, auquel il donne de la finesse et un certain moelleux que l’on y cherche, lorsque, toutefois, il n’est pas ajouté en trop grande quantité.
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- CHIMIE É L KM ENTAI 11 E.
- SEPTIÈME LEÇON.
- Suite «lu Carbone.
- Sommaire. — Des charbons extraits des matières organiques. — Carbonisation.
- — Charbon végétal. — Noir de fumée. — Charbon animal. —Noir d’ivoire. —
- Coke.— Propriétés physiques des charbons, et en particulier du charbon de
- bois. — Des propriétés absorbantes, désinfectantes et décolorantes. — Applications qui en résultent. •— Dépuration des eaux.
- Jusqu’à présent nous ne nous sommes occupés que des diverses espèces de carbone qu’on trouve pures ou presque pures dans le sein ou à la surface de la terre ; mais il en est d’autres que l’art nous apprend à obtenir par la calcination des matières organiques , tant végétales qu’animales. Nous allons nous livrer à leur examen. .
- Les plantes, ainsi que toutes les substances qui en proviennent, sont généralement formées de trois principes élémentaires dont les proportions seules varient dans chaque espèce : ces principes vous sont déjà bien connus, puisque ce sont : l’oxygène, l’hydrogène et le carbone.
- Les animaux, comme presque toutes les substances qu’ils renferment dans leurs divers organes, contiennent généralement quatre principes élémentaires, savoir : l’oxygène, l’hydrogène, le carbone et l’azote.
- L’affinité qui réunit ces différens élémens dans les substances organiques n’est pas tellement énergique qu’on ne puisse parvenir à les dissocier, lly a bien des moyens d’arriver à ce résultat, mais l’un des plus puissans réside dans l’emploi de la chaleur. Toutes les fois donc qu’on soumet à l’action d’une haute température, et dans des vases clos, une matière végétale ou animale, l’équilibre entre ses principes constituans se trouve détruit. L’oxygène, l’hydrogène et l’azote se dégagent sous forme de combinaisons nouvelles ; une partie du carbone est aussi entraînée ; mais comme sa proportion est en général très-considérable dans l’une ou l’autre de ces matières, la plus grande partie reste dans les vases, en conservant la forme de la substance dont il provient.
- On donne depuis long-tems, en chimie, le nom de carbonisation à cette destruction en vases clos des matières organiques.
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- ÏHJ CARBONE.
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- Le résidu de l’opération est ce qu’on appelle le charbon , qu’on distingue ensuite en ciiArbon végétal et en charbon animal , d’après la nature de la matière qui l’a fourni.
- Ces charbons ne sont pas chimiquement purs ; ils renferment toutes les matières salines, fixes au feu, qui entraient primitivement dans la constitution du tissu végétal ou animal qui a subi la carbonisation. Le charbon végétal retient en outre une petite quantité d’hydrogène ; le charbon animal une certaine proportion d’azote. On ne peut expulser ces gaz de l’un et de l’autre que par une calcination soutenue à une haute température pendant plusieurs heures.
- Le charbon végétal employé dans l’économie domestique et les arts comme combustible, est préparé très en grand avec le bois; aussi l’appelle-t-on habituellement charbon de bois. Le procédé le plus simple pour l’obtenir se pratique au sein des forêts; il consiste à former, à portée des tas de bois abattus, et sur un terrain uni, ferme et le moins humide possible, des pyramides de bois en cônes tronqués par leur sommet, au centre desquelles
- on ménage un espace vide pour y mettre le feu. On recouvre ces bûchers d’une couche de feuilles sèches ou de gazon retourné, sur laquelle on applique delà terre bien battue, en ménageant au bas quelques ouvertures pour laisser un accès à l’air. On met le feu, et, lorsque toute la masse est bien embrasée, on bouche avec du gazon l’ouverture centrale et celles du bas, afin qu’une combustion lente se continue, et que le bois, à l’abri des courans d’air, se convertisse peu à peu en charbon.
- Cette méthode de carboniser le bois est fort ancienne, puisque Théophraste en donne une description détaillée. Pline rapporte fiue, de son tems, pour faire le charbon, on mettait le bois en pyramides dont on couvrait le sommet avec de l'argile ou du plâtre, qu’on avait soin de percer en plusieurs endroits pour laisser échapper la fumée. Les anciens connaissaient donc le charbon et l’employaient à divers usages.
- Le bois séché à l’air se compose à peu près de :
- Carbone, 38,48
- Eau combinée, 35,52
- Cendres, 1,00
- Eau libre, 25,00
- mm
- i 00,00
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- Il résulte de là que si l’on pouvait opérer la carbonisation sans aucune perte, on obtiendrait 5 S à 40 p. 100 de charbon retenant les cendres. Mais, dans la pratique, on ne peut réunir toutes les conditions favorables, en sorte qu’une grande partie du carbone est bridée par l’air; aussi, par le procédé des forêts, n’obtient-on généralement que 18 p. 100de charbon vendable. — Pour empêcher les courans d’air, M. Foucault a eu le premier l’idée d’entourer de toutes parts les pyramides de bois, pensant avec raison que, parce moyen, la quantité de charbon obtenue devrait être plus grande; et, en effet, au lieu de 17 à 18 p 100 , il obtient de 25 à 24 p. 100 d’excellent charbon. Son procédé, adopté déjà dans beaucoup de localités, est le même que celui des forêts, à cela près qu’autour et à quelques décimètres du tas de bois se trouve établie une cloison en planches, que l’on monte et démonte à volonté. Les produits liquides provenant de la décomposition du bois, et qui se condensent continuellement sur les parois internes de cette cloison , la garantissent du feu : elle a la même forme que le tas de bois ; seulement elle présente deux ouvertures, l’une supérieure qu’on ne ferme pas , et l’autre latérale que l’on ferme avec un rideau de toile. Celle-ci sert d’entrée aux charbonniers.
- Les Chinois, qui ont singulièrement perfectionné plusieurs branches d’industrie, carbonisent le bois dans des fours souterrains qui sont munis de deux ouvertures, l’une (b) qui sert de cheminée et fait fonction de machine aspirante, l’autre (a) qui sert à amener l’air nécessaire à la combustion, et qui produit une véritable ventilation pendant une grande partie de la carbonisation. Lorsque le four souterrain est rempli de bois, placé
- verticalement, couche par couche, on recouvre ce bois de menues branches, puis d’une couche de terre assez épaisse pour ne pas laisser échapper la fumée; cela fait, on allume le bois par le conduit d’insufflation, et, quand la fumée sort en abondance, on rétrécit l’ouverture de ce conduit, de manière à ne
- laisser au courant d’air qu’un très-petit passage. Cinq jours après que le bois a été allumé, la fumée commence à s’éclaircir, et, quand elle est devenue tout-à-fait transparente, on a la preuve que la combustion des parties volatiles est achevée; on ferme alors hermétiquement la fosse et la cheminée; 5 ou 6 jours suffisent pour que le charbon s’éteigne entièrement , et l’on procède alors à l’ouverture de la charbonnière.
- La méthode chinoise est d’une extrême simplicité, et elle fournit 50 à 5Ü pour 100 de charbon dur, sonnant, sans fumerons, c’est-à-dire beaucoup plus que tous nos procédés européens. Ces charbonnières permettent de pousser le travail à un tel degré de perfection, que les Chinois parviennent à carboniser chaque petite branche , chaque rameau, et à lui conserver sa forme extérieure.
- L’expérience a démontré, en Chine, que plus le bois est fraîchement coupé, moins il y a de déchet. 11 est à désirer que nos charbonniers adoptent la méthode chinoise, qui ne présente point ces chances d’avaries et même de perte totale qui sont inséparables de nos procédés Européens.
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- L’ingénieur Lebon imagina le premier, vers 4 785, de distiller le bois en vases clos, pour obtenir tout-à-la-fois du charbon, des gaz combustibles et du goudron. Son procédé, perfectionné par les frères Mollerat et Kurtz etLhomond, est très-répandu aujourd’hui en France et en Allemagne. Yoici comment on opère le plus généralement :
- Le bois est introduit dans des chaudières cylindriques a en tôle très-forte, assez grandes pour contenir chacune à-peu-près quatre stères de bois (une corde). Ces chaudières sont fermées par des couvercles de tôle 6 qu’on lutte à
- la terre. A l’aide d’une grue c, on introduit chaque chaudière dans le fourneau en briques de même forme qu’elle d, et on l’enlève après la distillation pour la remplacer par une autre, et ainsi de suite. La chaudière porte, à la partie supérieure de l’un de ses côtés, un tuyau e qu’on laisse débouché pendant quelque tems pour qu’une partie au moins de l’humidité du bois soit chassée ; et quand on commence à apercevoir un dégagement de fumée, on insère le tuyau dans celui qui communique avec le condenseur, qui est formé d’un tube deux fois recourbé fff, enveloppé par un autre cylindre dans lequel l’eau se renouvelle en sens inverse du courant des produits, de manière h opérer le maximum de condensation. Les produits volatils se condensent en traversant cet appareil, et viennent se réunir dans un conduit en briques couvert et enfoui dans le sol. A l’extrémité de cette espèce de gouttière est un tuyau courbe, qui verse les produits liquides dans une première citerne g. Lorsqu’elle est pleine, elle se décharge, au moyen d’un trop-plein, dans un plus grand réservoir h. Les gaz qui se dégagent dans la distillation sont ramenés au-dessous du cendrier du fourneau, à l’aide d’un tuyau terminé à son extrémité en pomme d’arrosoir. Ces gaz, ainsi utilisés, procurent une économie assez considérable de combustible.
- La température nécessaire pour opérer la carbonisation n’est pas considérable ; cependant, vers la fin, on la monte jusqu’à faire rougir la chau dière, et la durée de l’opération elle-même est nécessairement proportionnelle à la quantité de bois qu’on carbonise à-!a-fois. Pour une chaudière qui contient 4 stères, huit heures suffisent.
- Les produits de cette distillation en grand sont à peu près dans les rapports suivans:
- Charbon, 2^ a
- Eau acide et colorée, 2^ a
- Goudron, ’ J !®
- Gaz combustibles, acide carbonique, eau en vapeurs, 3i a a
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- L’eau acide renferme du vinaigre qu’on appelle acide pyroligneux, et qu’on peut obtenir tout-à-fait pur, inodore et blanc. Cet acide , ainsi que le goudron, paient une partie des frais de l’opération.
- La nature du bois influe beaucoup sur celle du charbon qui en provient; ce dernier a une texture d’autant plus compacte que le bois était plus dense. Les bois blancs et légers fournissent les charbons les plus légers, et qui, par conséquent, contiennent, à volume égal, le moins de combustible. Le bois abattu depuis un an est celui qu’on préfère pour la carbonisation, et surtout le bois de chêne, de charme, de hêtre, de châtaignier, etc.
- La manière dont la carbonisation a eu lieu modifie singulière-mentles caractères du charbon. Lorsqu’elle estconduite lentement, le charbon est en moins grande quantité, mais il est compacte, dense, parce qu’il a pu prendre un retrait assez considérable au fur et à mesure que les produits volatils du bois se dégageaient. 11 est donc très-convenable pour les applications économiquesT puisqu’il présente, sous le même volume, une plus grande quantité de combustible, et, parla même raison, il produit, à volume égal et même à masse égale, une plus haute température dans la combustion. Aussi est-il recherché pour le travail des mines, les réductions métalliques.
- Lorsque la carbonisation est rapide, ce qui arrive en vases clos, le charbon obtenu est toujours en plus forte proportion, mais, comme le bois n’a pas eu le temps de prendre beaucoup de retrait, ce charbon est plus léger et conserve un plus grand volume. Comme le charbon est vendu, chez nous, à la mesure, on conçoit que ce dernier est moins économique, à prix égal, pour le consommateur, que le charbon dur et compacte. Mais, d’un autre côté, il a certains avantages qui le font rechercher dans quelques cas. Il s’allume plus facilement, et n’exhale pas d’odeur désagréable, parce qu’il ne renferme pas de fumerons (1), comme le charbon des forêts ; il convient donc parfaitement dans les usages domestiques, où l’on n’a pas besoin, en général, d’un feu soutenu.
- Les charbons légers sont les seuls qu’on emploie à la fabrication de la poudre, parce que, pour cette application, la qualité essentielle dans le charbon est sa grande combustibilité. Les bois qui fournissent les charbons les plus estimés sous ce rapport sont ceux de bourdaine, de peuplier, de saule, d’aulne, de tilleul, etc. En France i on fait généralement usage du bois de bourdaine. On le carbonise dans des chaudières ou dans des cylindres en fonte.
- (1) On appelle fumerons les morceaux de bois imparfaitement carbonisés, et qu* dégagent au feu de la flamme et de la fumée puante, line s'en trouve que dans les parties où le feu a été mal conduit.
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- Dans le premier cas, la combustion est lente, et on obtient ce qu’on appelle du charbon noir, qui brûle avec une flamme courte, très-claire et sans trace de fumée. Le produit en charbon est de 23 p. 0/0. Dans le second cas, la combustion est plus rapide, et elle fournit de 36 à 40 p. 0/0 d’une sorte de charbon qu’on appelle charbon roux, à cause de sa couleur. 11 brûle avec une longue flamme accompagnée d’un peu de fumée.
- Le noir de fumée est une variété de charbon végétal différent par sa forme du charbon de bois. On l’obtient en condensant dans des chambres la fumée qui provient de la combustion imparfaite des matières résineuses, bitumineuses ou grasses. Cette fumée, en se refroidissant, dépose un charbon très-fin , léger et d’un noir foncé.
- Lorsqu’on se sert de résine ou de goudron, voici l’appareil dont on fait usage. C’est une chambre cylindrique en briques a a, dans laquelle peut se mouvoir un cône en tôle q q, percé d’un trou à son sommet, et servant à la fois de cheminée pendant la combustion et de ràcloire lors-s que l’opération est terminée. En effet, la base du cône ayant presque le diamètre de la chambre, quand on le fait descendre, ses bords rasent les murs et détachent tout le noir de fumée qui s’y trouve déposé et qu’on ramasse ensuite sur le sol. Les murs de la chambre sont tapissés de peaux de moutons ou de toiles grossières, pour faciliter le dépôt des flocons. La résine ou le goudron destiné à fournir le noir de fumée est brûlé dans une marmite en fonte m, qu’on place dans le foyer d’un fourneau extérieur. On chauffe la marmite, on enflamme les vapeurs ; les produits de la combustion entrent dans la chambre par le conduit d, et l’opération marche d’elle-même. La corde ss qui roule sur une poulie, sert à descendre et à élever le cône de tôle qui fait office de ràcloire.
- L’appareil suivant est généralement préféré aujourd’hui. Il consiste en une série de chambres en briques, aa voûtées et communiquant entre elles par des ouvertures latérales bb ; à l’une de leurs extrémités est une cheminée c, adossée à un four qui détermine un tirage et par suite un appel dans toutes les chambres et jusque dans le fourneau d qui les alimente. Ce fourneau se compose d’une capsule en fonte m, plus ou moins grande,
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- placée sous une voûte f. La capsule communique avec la première chambre par un tuyau en tôle n, et du côté opposé avec l’air extérieur par une embrasure de porte i. Ce tuyau fait office de réfrigérant et de condenseur, afin de retenir quelques produits liquides qui s’écoulent par un ajûtage o dans une cuvette v. Le.noir le plus grossier est recueilli dans le tuyau, qu'on nettoie fréquemment. On obtient le noir graduellement plus beau et plus fin, dans les chambres qui s’éloignent de plus en plus du fourneau à combustion.
- En Angleterre, on recueille le noir de fumée échappé de la première chambre, au point ou la fumée est déjà très refroidie, dans un grand nombre de sacs en toile serrée a a a a de -2m 5 à 3m de haut et de lm de diamètre, communiquant d’abord avec la chambre à l’aide d’un tuyau en cuivre 6, puis entre eux alternativement par la partie supérieure, à l’aide d’une calotte en feuille de cuivre cccc, et parle bas au moyen d’un tuyau d; une cheminée d’appel e, à l’extrémité de l’appareil, détermine la fumée à suivre tous les détours que lui présentent ces dispositions. Le dépôt de noir dans ces sacs se fait d’autant plus complètement qu’ils sont plus nombreux. Un cercle en cuivre nnnn, adapté à leur partie inférieure, et qui s’ouvre et se ferme à l’aide d’un couvercle à poignée, rend très-facile la récolte du noir.
- Dans les environs de Sarrebruck, on fabrique le noir de fumée au moyen de la houille qu’on brûle dans l’appareil suivant:
- Le noir se dépose d’abord dans la grande chambre A1, puis dans le cabinet F, et la fumée, avant de se rendre dans la cheminée K, se tamise au travers d’un sac de toile grossière l qui arrête les particules charbonneuses. L’ouverture e, placée dans la voûte de la grande chambre, est fermée pendant l’opération, et sert à laisser rentrer de l’air pour raffraîchir l’intérieur de l’appareil lorsque la combustion est terminée. Celle-ci est entretenue pendant 20 jours consécutivement. Ce n’est qu’après cette époque qu’on relève le noir dans la chambre, une fois qu’il est suffisamment refroidi. On le tamise avant de le renfermer dans des sacs où on l’empile.
- Le noir de fumée est moins pur que le charbon végétal ordinaire; il ne renferme guère plus de 80p. 0/0 de carbone; le reste consiste en matières salines et en parties huileuses ou
- lit»
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- résineuses, entraînées avec lui pendant la combustion. Tel qu’on le sort des chambres ou des sacs, on l’utilise dans la peinture en bâtiment et la préparation de l’encre d’imprimerie ; mais, pour certaines applications, comme, par exemple, la composition de l’encre lithographique, on est obligé de le priver de ses parties huileuses ou résineuses, et, pour cela, on le soumet à une forte calcination dans de petits cylindres en tôle. Le noir, broyé ensuite à l’eau ou à l’huile, donne une couleur très intense et de bonne qualité. Le noir de houille est employé surtout pour la marine, et en général pour tous les goudronnages qui n’exigent pas une couleur fine.
- Les plus beaux noirs pour la peinture sont ceux qu’on obtient en carbonisant dans des creusets ou dans des cylindres de fonte de jeunes branches de fusain, des sarmens de vigne, des noyaux de pêche ou des rognures de liège. C’est alors ce qu’on appelle les noirs de fusain, de vigne, dépêché, d’Espagne. Le noir d’Allemagne, qu’on emploie dans l’imprimerie en taille-douce, est obtenu par la carbonisation d’un mélange de grappes de raisin, de lie de vin desséchée, de royaux de pêche et de débris d’os, ou de ràpures d’ivoire en p.jportions variées, suivant qu’on désire donner au noir un reflet bleuâtre ou jaunâtre. On le lave' avant de s’en servir. Le noir de lampe est préparé en brûlant des huiles dans des quinquets à becs simples, que l’on place au-dessous d’une plaque de métal ; celle-ci se recouvre bientôt d’une couche assez épaisse d’un charbon très-divisé, d’un beau noir;, il suffit, pour le détacher, de frapper sur la plaque.
- C’est avec le noir de fumée le plus fin, mélangé des 2/3 de son poids d’argile, qu’on prépare les crayons noirs usités pour le dessin. Le mélange est mis en consistance de pâte, qu’on passe ensuite à la filière, ou que l’on comprime dans des moules ayant la forme d’une pyramide quadrangulaire tronquée. Les crayons de fusain ne sont autre chose que les baguettes de ce bois carbonisées et simplement taillées ; comme ils sont très tendres, on leur donne quelquefois du corps en les plongeant dans du suif ou de la cire fondue.
- Le charbon animal offre, dans le commerce, deux variétés distinctes : le noir animal, ou charbon d os, et le noir ir • Le premier est préparé avec les os que l’on se procure a grandes villes, où la consommation de la viande es c râble; le second s’obtient avec les rognures divouc nus * rebut parles tabletiers, ou avec des os de pieds de mou on îen nettoyés. . . n
- Danstous les cas, le procédé de carbonisation est le m me. Un remplit de ces matières premières des marmites en Ion e < une
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- CHIMIE ELEMENTAIRE.
- capacité de 25 kilogrammes environ, qu’on empile les unes sur les autres, dans la chambre d’un four à potier, dont je donne ici une coupe horizontale : a représente le foyer, b une maçonnerie dont toutes les parties internes sont en briques réfractaires ; c cc sont des ouvreaux dont est percée la muraille qui ^sépare le foyer de l’intérieur du four d proprement dit; ces ouvreaux servent pour le passage de la flamme du combustible; e ouvreau par lequel s’échappent les gaz brûlés ; o cheminée ; v porte à coulisse pour le service du foyer, et déterminer à vo-I lonté ou supprimer l’accès de l’air.
- S On chauffe au rouge jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de produits | volatils. Ou bien, comme nous le ver-| rons plus tard, on opère dans de I gros cylindres en fonte, placés hori-
- Bzontalement dans un fourneau en bri-ques, et disposés de manière à per-^ mettre de recueillir les produits liquides et gazeux. Dans l’un et l’autre cas, après 36 heures de feu, on extrait le charbon des marmites ou des cylindres, pour le renfermer dans des étouffoirs.
- Il suffit alors de le réduire en poudre très-tenue après son refroidissement. La pulvérisation s’effectue sous des meules. On broie à sec pour le charbon d’os qui sert au raffinage des sucres, et on le tamise plus ou moins fin avant de le livrer au commerce. On broie à l’eau pour le noir d’os ou d’ivoire qui doit être employé comme matière colorante, afin d’obtenir une plus grande ténuité. Un seul broyage suffit pour les emplois grossiers de ce noir, tels, par exemple, que la fabrication du cirage, qui en consomme d’énormes quantités. Mais quand il doit être utilisé dans la peinture , on le soumet à plusieurs broyages successifs, dont le nombre augmente en raison de la finesse qu’on veut lui donner.
- Le charbon animal renferme toujours une très-forte proportion de matières inorganiques, salines ou autres. Le charbon d’os du commerce n’en contient pas moins de 90 p. 0/0. Il est donc bien différent, sous ce rapport, du charbon de bois.
- Une dernière sorte de charbon, préparée en grand pour les besoins de l’industrie et le chauffage domestique, est le coke ou charbon de terre épüré. Nous l’avons déjà dit, on donne ce nom au résidu de la calcination de la houille, qui, par faction du feu, se trouve dépouillée de toutes ses parties bitumineuses et sulfureuses, ce qui le rend propre à être employé dans beaucoup d’arts où ces substances seraient incommodes et nuisibles.
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- Ce charbon , qui est en masses poreuses comme la pierre ponce, et plus ou moins boursouflées, a une couleur grisâtre ou noire, avec des reflets métalliques. 11 est dur, mais cassant et môme friable quand il est très-caverneux. Il est d’une très-difficile combustion. 11 brûle presque sans flamme. Les morceaux incandes-censs’éteignent dès qu’on les retire du foyer, et, quand il est en petites masses, il paraît à peine rouge. Pour qu’il se consume, il faut l’employer en grandes masses, ou bien activer sa combustion par un très-fort courant d’air; aussi, en raison de ces circonstances , n’est-il pas d’un usage commode dans nos petits appareils de chauffage.
- Aucun combustible ne produit une température aussi élevée que le coke, et comme sa densité, à volume égal, est très supérieure à celle des autres charbons, cette température est bien plus soutenue. Voilà pourquoi il est employé avec tant de succès dans le traitement du fer et la fusion des métaux. La préférence qu’on lui accorde quelquefois sur la houille , pour le chauffage domestique, vient de ce qu’il ne répand, en brûlant, ni flamme, ni fumée odorante, et de ce que son pouvoir rayonnant étant bien supérieur, il renvoie dans les appartemens une plus grande masse de chaleur.
- C’est sous le règne de la reine Elisabeth qu’on imagina de carboniser la houille, afin de suppléer au charbon de bois, qui était alors d’un usage général pour la fabrication du fer. L’emploi du coke ne s’introduisit en France que vers 1772; il y fut importé d’Angleterre par un nommé Jars.
- Dans l’origine , on carbonisait la houille sans four, en faisant tout simplement, en plein air, de grands tas de charbon , à peu près comme cela se pratique pour la carbonisation du bois. On y mettait le feu en difTé-rens endroits, et, quand toute la masse paraissait bien allumée, on recouvrait l’extérieur avec du poussier pour l’étouffer. La combustion se continuait lentement jusqu’à ce que toutes les parties bitumineuses de la houille fussent complètement brûlées.
- Ce procédé , perfectionné en plusieurs points , est encore suivi dans la majeure partie des grandes usines à fer. Les modifications les plus importantes qu’on y ait apportées consistent dans la construction, au centre des meules, d’une cheminée en briques à demeure, en forme de cône,
- ayant des ouvertures latérales pour laisser échapper les produits gazeux. Voici une coupe de l’ensemble de la meule, construite d’après la méthode du célèbre métallurgiste anglais Wilkinson.
- Dans beaucoup d’établissemcns, en Angleterre, au Creuzot, à Saint-Etienne, on carbonise la houille menue et collante dans des fours clos, construits en briques, et accolés tous ensemble dans un seul corps de maçonnerie qui occupe un espace de 43 à 14 mètres de longueur, sur 4 mètres de largeur. La carbonisation s’y opère en 24 heures. Dans les mouleries
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- en fonte, le coke, pour l’usage de la fonderie, est préparé dans une espèce de four à boulanger.
- Voici une vue de face A et une coupe verticale B de ces sortes de fourneaux.
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- On obtient, terme moyen , de 100 parties de houille, 50 à 60 parties de coke.
- Enfin, un dernier procédé pour la fabrication de ce charbon, consiste à distiller la houille dans des cornues de fonte ; c’est lorsqu’on veut en même tems recueillir et utiliser les gaz pour l’éclairage. Mais ce mode, qui n’est employé que dans les grandes villes, fournit un coke qui serait trop coûteux et trop boursoufilé pour les usines. On le vend généralement pour le chauffage, auquel il convient beaucoup, en raison de sa moins grande densité, ce qui fait qu’il s’allume plus facilement et brûle sans peine jusqu'à complète destruction du charbon.
- Le coke, comme vous le pensez bien, Messieurs, n’est jamais chimiquement pur. Il renferme toujours des substances terreuses dont la proportion varie suivant l’espèce de houille qui l’a fourni. Les houilles en gros morceaux donnent des cokes plus purs que celles qui sont en poussier. La quantité de substances terreuses mêlées au charbon varie dans les cokes depuis 3,3 p. 0/0 jusqu’à
- *28 p. 0/0.
- Le coke pèse moins que la houille, mais plus que le charbon de bois. L’hectolitre de coke en morceaux pèse 40 à 45 kilogrammes. A Paris,, le mètre cube ou kilolitre pèse 430 kilogrammes, ce qui donne 43 kilogrammes par hectolitre, ou 1 fois 1/2 au* tant qu’une semblable mesure de charbon de bois de Picardie.
- La forme extérieure des charbons provenant de substances organiques dépend de la nature de celles-ci. Quand la matière est infusible au feu, tel est le bois des différens végétaux, tels sont les os des animaux, le charbon conserve la forme primitive de la matière employée. Voici des branches d’arbres, des noyaux de fruits, des os de mouton, qui ont gardé leurs formes extérieures, bien qu’ils aient été soumis à une forte calcination dans un creuset rempli de sable, pour éviter qu’ils aient le contact de l’air.
- Qu’on brûle envases clos du papier ou du linge, on distinguera encore très-bien, après leur conversion en charbon, les rainures du fil de laiton dans le papier et les fils de la toile. Il y a des per-
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- sonnes assez adroites pour carboniser une flèche sans même altérer la forme de la plume.
- Quand, au contraire, la matière organique est susceptible de se ramollir ou de se liquéfier à une certaine température, comme le sucre, la gomme, l’amidon, la gélatine, la chair musculaire, la corne, le sang, les cuirs, etc., le charbon obtenu est volumineux , boursoufllé, caverneux ; il a ordinairement la forme du vase dans lequel on a opéré. Voici un charbon de sucre qui vous rappelle l’image de la cornue dans laquelle il a été préparé. Cette apparence, purement accidentelle, tient à ce que la matière végétale ou animale, fondue ou ramollie par les premières atteintes de la chaleur, est soulevée en tous sens par les gaz qui résultent de sa décomposition, et qui s’échappent ensuite sous la forme de bulles, au moment où toute la masse se solidifie en se carbonisant. Ces charbons boursoufllés sont toujours brillans, alors môme qu’ils sont réduits en poudre, tandis que les autres sont ternes; ils sont aussi plus compactes, plus durs. Dans les cylindres où se produit le gaz de l’éclairage, on remarque quelquefois des charbons si denses, qu’ils offrent, à peu de chose près, la môme dureté et la môme densité que le diamant. Le coke est généralement brillant, et pourvu de reflets métalliques gris d’acier.
- Je ne passerai pas en revue toutes les propriétés des charbons, car la plupart vous sont assez connues. J’appellerai seulement votre attention sur quelques-unesd’entr’elles, qui, parleur importance, méritent d’être vulgarisées. Ce que je vais dire s’appliquera plus particulièrement au eharbon de bois.
- Quoique cassant et môme friable, le charbon est très-dur, et ce qui le prouve, c’est qu’on l’emploie au polissage de certains métaux , du cuivre, du bronze.
- Sa densité est double de celle de l’eau ; néanmoins, dans son état ordinaire, il surnage à ce liquide ; mais cet effet est de courte durée : il ne tarde pas à se précipiter au fond ; c’est que, dans le premier cas, il contient dans ses pores beaucoup d’air, qu’il perd à mesure que l’eau s’insinue dans chacun d’eux.
- Le poids du charbon mesuré varie singulièrement, suivant une foule de circonstances, et entre autres la nature du bois carbonisé, la durée de la carbonisation , l’état hygrométrique du charbon , et surtout le mode de mesurage employé. On admet généralement que le mètre cube ou kilolitre de charbon de bois dur, tel qu’il se trouve dans le commerce, pèse 200 à 210 kilogrammes, ce qui donne 20 à 24 kilogrammes par hectolitre.
- Le charbon de bois dur de Picardie, amené par voitures à Paris, et mesuré sur le marché, pèse 180 kilogrammes le kilolitre (18 kilogrammes 1 hectolitre), quand il est gros, mélangé de moyen et de menu.—Lecharbon de l’Yonne, pris sur les bateaux, est humide, et pèse 250 kilogrammes
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- le kilolitre (25 kilogrammes l’hectolitre ). Le charbon obtenu par la distillation pèse seulement 160 à 17d kilogrammes le kilolitre (16 à 17 kilogrammes 1/2 l’hectolitre), c’est-à-dire un neuvième de moins que le charbon de Picardie.
- Dans le mesurage du charbon, d’après la manière la plus ordinaire d’emplir la mesure, il y a 56 de plein pour 44 de vide. Le consommateur perd donc beaucoup à ce mode de vente. Il serait plus avantageux pour lui de n’acheter le charbon qu’au poids. C’est ce qu’on commence à faire dans plusieurs grandes villes.
- Le charbon est tantôt mauvais conducteur et tantôt bon conducteur du calorique. Il est mauvais conducteur dans son état ordinaire, c’est-à-dire lorsqu’il n’a pas été fortement chauffé; il est bon conducteur, au contraire, lorsqu’il a été préparé à une haute température. C’est en raison de la première de ces propriétés qu’on entoure de poussier de charbon les vases dans lesquels on veut conserver un liquide plus long-tems chaud, les conduits dans lesquels circule la vapeur d’eau.
- Il présente la même différence à l’égard du fluide électrique. Dans son état ordinaire, il conduit mal l’électricité, tandis qu’il devient bon conducteur lorsqu’il a été fortement calciné. Aussi, dès qu’il s’agit de l’employer comme corps conducteur dans la construction des paratonnerres, il faut toujours avoir la précaution de le soumettre à une calcination suffisante pour lui donner cette faculté.
- Mais une des propriétés les plus curieuses du charbon est sans contredit celle qui a été découverte par l’italien Fontana. Récemment préparé, il absorbe les gaz sans leur faire éprouver d’altération. Il partage ce caractère avec tous les corps poreux, mais aucun ne le possède à un aussi haut degré.
- Nous allons, Messieurs, vous rendre témoins de ce phénomène, en prenant au milieu d’un brasier un fragment de charbon rouge, le plongeant rapidement dans le mercure pour le refroidir, puis l’introduisant sous une cloche pleine de ce gaz que nous étudierons plus tard sous le nom de gaz ammoniac. D’ici à quelques minutes, le gaz aura entièrement disparu, car la cloche sera remplie par le mercure du bain sur lequel nous opérons. Tout le gaz se trouvera alors logé dans les pores du charbon, qui le retiendra mécaniquement à la manière d’une éponge imbibée d’eau. Mais il suffira d’exposer ce charbon à une chaleur de -f- 100 à 150°, ou de le placer sous le vide de la machine pneumatique, pour lui faire exhaler le gaz qu’il aura absorbé.
- L’absorption des gaz par le charbon est d’autant plus prononcée , que la température est plus basse, et que ce corps est lui-même plus dense. Dans tous les cas, la nature des gaz influe beaucoup sur cette propriété: car tandis que les uns sont rapi-
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- dement et abondamment absorbés par le charbon, d’autres le sont à peine dans les mêmes circonstances. Ainsi, le charbon de bois absorbe 90 fois son propre volume de gaz ammoniac, tandis qu’il n’absorbe que 35 fois son volume de gaz acide carbonique, 9 volumes 1/4 d’oxygène, 7 volumes 1/2 d’azote, et 1 volume 3/4 seulement d’hydrogène.
- Cette propriété du charbon nous explique la rapide augmentation de poids qu’éprouve ce corps abandonné dans l’air atmosphérique , et surtout dans l’air humide. Pepys a trouvé qu’en 7 jours:
- Le charbon de gayac augmente en poids de 9,6 p. »/.
- de sapin de 13,0
- de buis de 14,0
- de hêtre de 16,3
- de chêne de 16,5
- d’acajou de 18,0
- L’absorption est surtout très-rapide dans les vingt-quatre premières heures; la plus grande partie consiste en eau.
- Il suit de là que les charbons de bois ordinaires, que les marchands ont grand soin de placer dans des endroits humides, contiennent toujours, au détriment du consommateur, de l’humidité qui augmente inutilement leur poids, et qui est en pure perte pour le développement de la chaleur, puisqu’il faut en employer au contraire une portion considérable pour vaporiser cette humidité. Ils renferment habituellement de 8 à 12 p. 0/0 d’eau, en sorte que lorsqu’on achète une mesure de charbon qui doit peser 50 kilogrammes, on n’a réellement que 40 à 44 kilogrammes de charbon sec. Mais ils pourraient en contenir bien davantage, si, par hasard, on les avait mouillés, car ils absorbent une quantité très-considérable d’eau. On doit donc toujours s’assurer de l’état hygrométrique du charbon qu’on achète, autrement on éprouve une perte assez forte (1).
- Cette propriété absorbante du charbon a été et peut être mise à profit dans bien des circonstances. Les expériences de M. Hub-bart, de New-York, ont prouvé, que le charbon calciné peut être utilisé avec avantage pour purifier les mines, les puits et autres excavations souterraines, de certains gaz içrespira-
- (1) Nous sommes bien loin de tirer tout le parti possible des connaissances utiles que nous possédons déjà et de celles que nous acquérons tous les jours. La propriété absorbante du charbon et l’utilité qu’on peut obtenir de cette substance, en l’employant aux fondations des édifices, dans des lieux humides, sont connues depuis long-tems, puisque, selon Diogène-Laérce, l'architecte Théodore proposa d’employer le charbon dans les fondations du temple de Dianeà Éphèse, afin quel’eaun’y pût jamais pénétrer. Voilà donc 2,500 ans que cette propriété du charbon est connue, et cependant c’est à peine si, dans nos teins modernes, on en fait l’application.
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- blés, notamment de l’acide carbonique. U a suffi de descendre un chaudron rempli de charbon allumé, à deux reprises, et de le laisser à chaque fois pendant une heure ou deux au fond d’un puits qui contenait de hauteur de 5 à 8 mètres de gaz, pour le rendre praticable aux ouvriers.
- C’est encore à cause de sa propriété absorbante des gaz, que le charbon est très-propre à enlever aux liquides et aux matières organiques molles les odeurs plus ou moins infectes qu’ils répandent. Qu’on entoure de charbon en fragmens, ou de braise, le poisson, le gibier ou les morceaux de viande qui commencent à se putréfier ; qu’on fasse bouillir dans l’eau pendant quelques minutes, et avec un peu de charbon en poudre, de la chair infecte ; qu’on filtre sur cette même poudre de l’eau croupie des mares, des fossés, de l’eau chargée d’essences, de l’eau bouillie avec des choux ou autres végétaux aromatiques, on s’apercevra bientôt que le poisson, le gibier, la viande, l’eau, auront perdu toute odeur, et pourront, dès-lors, être employés comme alimens.
- N’est-ce pas là, Messieurs, une propriété admirable, qui donne au charbon un nouveau degré d’utilité pour tous les usages de la vie domestique? C’est à Lowitz , marin et chimiste russe, que nous devons la connaissance de cette faculté désinfectante du charbon. Il la signala en 1790 à la Société Economique de Saint-Pétersbourg.
- Mais le charbon n’est pas seulement un excellent désinfectant, il agit encore comme un très-bon antiseptique, c’est-à-dire comme empêchant la putréfaction. On peut, en effet, en renfermant des viandes dans de la poudre de charbon bien calciné, les conserver fort long-tems exemptes de toute altération. Lorsqu’on veut transporter au loin des substances animales, des viandes, du gibier, du poisson , le moyen le moins coûteux et le plus efficace pour empêcher qu’elles ne s’altèrent, consiste à lesenvelopper dans du charbon pulvérisé. Cette poudre est, dans ces cas, doublement efficace ; elle empêche le contact de l’air , et, d’un autre côté, elle absorbe l’humidité et les produits de la putréfaction commençante.
- On sait que le garde-manger le mieux disposé n’empêche pas la décomposition rapide et presqu’instantanée des substances alimentaires, lorsque la chaleur est forte , l’air stagnant et le tems disposé à l’orage. Il suffît alors quelquefois d’une heure pour altérer la viande la plus fraîche. Le seul moyen de prévenir cet accident, c’est d’enfouir les substances dans le poussier de charbon, à nu, ou, ce qui est moins bien, après les avoir entourées de linge ou de papier; à la vérité, dans le premier cas, on les retire souillées de charbon, mais on les en débarrasse aisément
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- en les arrosant d’eau fraîche. Si l’infection a fait des progrès, il faut, pour leur restituer leur fraîcheur première, enlever d’abord la superficie de ce qui est gâté, les envelopper ensuite dans un linge, après les avoir totalement recouvertes de charbon lavé, et faire bouillir dans l’eau , pendant une demi-heure, plus ou moins, suivant le degré d’infection ; on lave ensuite à l’eau fraîche. Il n’y a plus dès-lors aucune trace d’altération.
- O11 est souvent fort embarrassé, pendant l’été, pour conserver du bouillon d’un jour à l’autre. Il s’aigrit dans les meilleurs garde-mangers ; il contracte presque toujours à la cave un mauvais goût. Qu’on laisse séjourner dedans un morceau de charbon bien calciné et lavé, ou qu’on le fasse bouillir soir et matin, ce qui est moins commode, on pourra le maintenir en bon état au milieu des plus fortes chaleurs.
- Et ce n’est pas seulement le charbon de bois qui jouit de ces remarquables et précieuses qualités ; tous les charbons végétaux poreux et le charbon d’os les possèdent au même degré.
- C’est parce que le charbon est tout à-la-fois désinfectant et antiputride, que les médecins le conseillent dans le traitement des ulcères, des plaies gangréneuses, pour faire disparaître la fétidité de l’haleine, pour retarder la carie des dents, etc. C’est un des meilleurs dentifrices. L’usage du charbon pour nettoyer les dents est fort ancien, car l’histoire grecque nous apprend que les femmes, chez les Bretons, se servaient du charbon de coudrier pour entretenir leurs dents propres et belles.
- Une autre application du charbon comme désinfectant a produit, depuis dix ans, une véritable révolution dans une industrie qui, jusqu’alors, avait excité de justes plaintes, le curage des fosses d’aisances et la fabrication de la poudrette. M. Salmon a eu l’heureuse idée de rechercher si, à l’aide du charbon , il ne serait pas possible d’enlever aux matières fécales leur odeur si désagréable et de les convertir en une madère pulvérulente inodore, facile à extraire des fosses particulières. L© succès le plus complet a couronné ses tentatives.
- Depuis 1826, cet industriel fabrique une poudre désinfectante en calcinant , dans des cylindres de fonte , la vase ou boue provenant du dépôt des rivières, étangs ou fossés. Elle renferme naturellement assez de matière organique pour fournir une poudre noire absorbante et désinfectante au degré convenable, Le vieux terreau, les cendres de tourbe, la tourbe carbonisée et les simples débris de cette substance si commune , la sciure de bois,le tan qui a servi à préparer les cuirs et dont on fait les mottes , sont très-propres au môme objet, après une calcination convenable. Une expérience curieuse a même démontré qu’en mélangeant à de la terre argileuse quelques portions de matières fécales, il suffisait de carboniser ce mélange pour avoir une poudre désinfectante parfaite. Ua théorie indiquait d’avance ce résultat, puisque la matière fécale n’est elle-même autre chose qu’un composé de matières végétales et
- animales.
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- Le charbon, ainsi préparé, est soumis à la pulvérisation, et la poudre, étant blutée, est propre à la désinfection. Celle-ci s’effectue en mêlant un hectolitre de poudre avec un hectolitre de matière fécale. Dès que le mélange est opéré , toute odeur fétide disparaît. Voici un fait curieux qui prouve à quel point cette désinfection est complète et durable. M. d’Arcet, qui assistait, il y a quelques années, au curage d’une fosse par le nouveau procédé, emporta avec lui de la matière désinfectée ; il la fit mettre dans une assiette de porcelaine , qu’on présenta dans son salon, où il y avait compagnie; personne ne put indiquer de quelle nature était la matière qu’on faisait ainsi circuler en grande pompe.
- Le procédé de M. Salmon pour la vidange des fosses, sanctionné par l’expérience, est très-employé à Paris et dans d’autres grandes villes. Le Conseil de Salubrité et l’Académie des Sciences lui ont donné leur approbation. En 1855, l’Institut a décerné à M. Salmon un des grands prix Monthyon, qu’il accorde tous les ans à ceux qui trouvent de nouveaux moyens d’assainir un art insalubre ou incommode. Au point de vue de l’hygiène publique , le procédé Salmon est d’une haute importance. Outre les désagrémens qu’entraîne pour les particuliers l’ancien mode de curer les fosses, il a le grave inconvénient d’occasionner souvent l’asphyxie des ouvriers. L’emploi de la poudre désinfectante, qui permet de convertir en poudrette , dans les fosses même, les matières solides qui y sont désinfectées instantanément, fait disparaître peu à peu des environs des villes ces cloaques infects tout-à-fait nuisibles à la santé et aux intérêts des ha-bitans des banlieues, et fournit à l’agriculture un des engrais les plus actifs et les moins désagréables à employer (1).
- A cette propriété d’enlever complètement les odeurs aux substances avec lesquelles il est en contactée charbon en joint une autre non moins curieuse, dont la découverte appartient encore à Lowitz. Il s’empare, avec une rapidité pour ainsi dire miraculeuse, des couleurs de presque tous les liquides végétaux et animaux. Les sucs des plantes, les décoctions de substances tinctoriales, les vins rouges, les vinaigres, les sirops bruns, agités pendant quelques instans avec de la poudre de charbon, ou filtrés sur une couche de cette poudre, perdent complètement, en effet, leur principe colorant, et deviennent aussi clairs et aussi incolores que l’eau.
- C’est surtout le charbon d’os qui offre cette propriété décolo* rante au plus haut degré, comme Figuier, de Montpellier, l’a démontré en 1810; aussi, depuis 25 ans, a-t-il remplacé le charbon végétal dans toutes les applications qu’on avait faites de ce dernier comme agent décolorant, notamment dans le rafli' nage des cassonades et la décoloration des sirops de bettera-
- (1) Voir, pour plus de détails sur cette importante question : un Rapport au Conseil de Salubrité de Paris, sur les améliorations à introduire dans les voiries et la vidange des fosses d’aisances ( Annales d’Hygiène et de Médecine légale, 28e nu, octobre 1835 )'< Note sur de nouveaux moyens employés pour la désinfection des matières fécales dan* les fosses (Journal de Chimie médicale, cahier de décembre 1835 ).
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- ves. C’est à MM. Ch. Derosne, Payen et Pluvinet qu’on doit la grande révolution qui s’est opérée dans cette branche importante de notre industrie. La quantité de charbon animal en poudre ou en grains qu’on emploie dans les raffineries est immense.
- L’expérience a appris aux chimistes que le charbon est d’autant plus propre à la décoloration, qu’il est dans un plus grand état de porosité et de division. C’est la raison pour laquelle le noir animal, qui renferme tant de substances minérales qui développent davantage sa surface et atténuent ses molécules , a une force décolorante beaucoup plus considérable que le charbon de bois, dans lequel il existe à peine quelques centièmes de cendres.
- Pendant long-tems on a pensé que ces charbons agissaient sur les couleurs en les décomposant ; cette opinion était erronée. La décoloration est le résultat d’une véritable combinaison des matières colorantes avec le charbon; et ce qui le prouve, c’est que l’on peut, dans certaines circonstances, faire paraître et disparaître les couleurs absorbées. Qu’on mette du charbon en contact avec une décoction de cochenille , il sera facile de constater, après la décoloration du liquide, que le charbon a augmenté en poids d’une quantité égale à celle de la matière colorante enlevée. Je traite devant vous une décoction de bois de Fernambourg par le charbon; vous voyez la couleur disparaître; ce charbon, ainsi chargé du principe colorant, ne cédera rien à l’eau bouillante ; mais si je fais agir sur lui une solution légère de potasse, il va abandonner au liquide la couleur à laquelle il s’était uni ; vous voyez, en effet, la liqueur reprendre une belle teinte rouge. Je pourrais absorber celle-ci de nouveau par le charbon, puis la lui enlever, sans que la matière colorante subît aucune altération. Donc le noir ne fait que s’unir aux principes colorans, sans changer
- aucunement leur nature.
- Les propriétés désinfectante et décolorante du charbon peuvent être mises, avantageusement à profit pour rendre potables les eaux les plus corrompues et les plus sales, pour leur enlever les matières sapides ou odorantes qui en altèrent le goût et en troublent la transparence. Dès 1800, des fontaines dépuratoires par le charbon ont été imaginées par MM. James Smith, Cuchet et Denis Montfort, dont l’établissement, situé quai des Célestins, à Paris, fournit depuis cette époque de l’eau très-pure à l’immense population de la capitale.
- Ces sortes de fontaines ne sont pas assez répandues dans les ménagés; leur prix est si peu élevé, leur construction est si facile, qu’on ne saurait concevoir l’indifférence du public à les adopter. Leur forme varie à l’infini. Nous donnons ici le modèle d une petite fontaine domestique, afin de mieux faire comprendre la disposition des filtres dépurateurs.
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- C’est un vase en bois, en grès ou en métal. L’intérieur est divisé en trois capacités il/, N, P, par deux cloisons fixes. La première est garnie à son centre d’une tête d’arrosoir E, percée d’un grand nombre de trous ; elle est environnée d’une éponge qui esl destinée à retenir les parties les plus grossières des matières suspendues dans l’eau. La deuxième est également percée de petits trous cylindriques. La première capacité reçoit l’eau impure; la deuxième, deux couches de sable S, S, séparées par une couche de charbon; la troisième, l’eau épurée qu’on fait couler par le robi-vp net. Contre les parois du vase régnent deux petits tubes T, V, destinés à faire dégager l’air enfermé dans les espaces N, P, h mesure que l’eau y pénètre.
- Dans les fabriques, dans la maison de l’ouvrier, dans les chaumières, où l’on n’a souvent pour boisson que l’eau de mare, toujours odorante et sapide, de pareilles fontaines peuvent être aisément construites avec un simple tonneau, qu’on pose sur un tréteau, afin de pouvoir tirer l’eau avec plus de facilité. Les couches de sable sont placées à la moitié de la hauteur du tonneau, sur un plateau criblé de trous et recouvert d’un drap de laine. Un plateau supérieur les maintient, et porte des champignons percés de trous et entourés d’éponges.
- Un pareil tonneau-filtre peut être placé à demeure au milieu d’une mare ; seulement, dans ce cas , les couches filtrantes sont établies à la partie inférieure du tonneau. On le fait plonger dans l’eau delà mare presque jusqu’à son ouverture supérieure, et il repose d’ailleurs sur quelques grosses pierres ou sur un trépied en bois. On comprend facilement que l’eau de la mare, passant par les trous du fond, percé comme une écumoire, traversera bientôt les couches de sable et de charbon, pour s’élever dans l’intérieur du vase jusqu’à son niveau extérieur, et qu’elle laissera dans le filtre toutes les impuretés et le mauvais goût qui la rendaient impropre à la boisson. On pourra donc puiser en tout tems de l’eau parfaitement pure dans l’intérieur du tonneau, alors même que celle de la mare sera infecte et bourbeuse. Que si le niveau de la mare vient à baisser par suite de l’évaporation, on descendra le tonneau de manière à ce qu’il soit toujours plongé aussi profondément que possible dans l’eau. Pour pouvoir le manœu-
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- vrer avec facilité, on établira un système de suspension très-simple, en usage dans une foule de localités pour tirer l’eau des puits. On attachera donc le tonneau , à l’aide de cordes, à l’extrémité d’une longue et forte perche , basculant sur un poteau à la manière d’un fléau de balance ; à l’autre extrémité de ce levier, on placera un contrepoids pour faire équilibre au tonneau. Il sera donc très-aisé de relever celui-ci hors de l’eau ou de l’y faire plonger, suivant le besoin.
- Comme le charbon enlève l’air en même terris que les gaz putrides à l’eau qui filtre sur lui, il faut lui restituer cet air après la filtration ; il sulfit de l’agiter pendant quelques instans, elle a bien vite repris celui qu’elle avait perdu.
- Les filtres précédens ne jouissent pas indéfiniment de la propriété d’assainir l’eau ; après un certain tems, il est nécessaire de renouveler le charbon et toutes les couches filtrantes; mais,à moins d’avoir affaire aides eaux bien corrompues, les filtres peuvent fonctionner pendant près de six mois, sans qu’il soit nécessaire d’y faire aucun changement. Au bout de ce tems, le sable et le charbon sont remplacés par de nouveaux ; le charbon, du reste, n’est pas perdu : il peut servir aux usages de la cuisine. Son prix peu élevé permet, d’ailleurs, de ne pas en ménager la consommation.
- Je dois vous faire observer que le charbon, en contact avec une eau chargée de matières végétales ou animales, n’exerce d’action que sur celles qui sont déjà décomposées, en sorte qu’une eau rendue inodore parle charbon peut reprendre son infection, après quelque tems, si elle renferme encore des substances organiques putréfiables, à moins toutefois qu’on ne la laisse en contact avec du charbon, qui absorbe alors les premiers produits de toute dissociation et détruit cette espèce de levain qui ne manquerait pas de devenir la source d’un plus grand mal.
- L’eau épurée par le charbon se conserve indéfiniment dans des vases métalliques fermés, ou dans des tonneaux charbonnés intérieurement. C’est dans des tonneaux semblables que Berthol-
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- let avait conseillé de renfermer l’eau destinée aux équipages des bâtimens. Ses conseils ont été suivis jusque dans ces dernières années ; mais comme l’obligation de charbonner les tonneaux diminuait leur solidité, et que la forme de ces vases ne permettait pas de profiter aussi avantageusement que possible de l’espace qui leur était destiné dans les vaisseaux, on leur a substitué, en Angleterre, des caisses de tôle d’une forme convenable. Bientôt, cependant, on s’aperçut que ces caisses s’altéraient très-promptement, par suite de l’oxydation du fer, déterminée par l’eau. M. Da-Olmy a paré à cet inconvénient, en les garnissant intérieurement d’un mastic minéral qui empêche toute oxydation y et en plaçant dans l'eau des rognures de fer, qui déterminent la môme action sur le liquide que les caisses elles-mêmes; carr pour se conserver pure et potable, l’eau a besoin d’être en contact direct avec le fer.
- Dans les grands établissemens de Paris et de Rouen où l’on s’occupe de la filtration de l’eau , on se sert d’un grand nombre de petites caisses prismatiques, doublées en plomb, ouvertes par le haut et contenant à leur partie inférieure une couche de charbon comprise entre deux couches de sable. Quand les eaux de la Seine sont Irès-chargées de limon, les matières épuratives renfermées dans ces diverses caisses, ou au moins leurs couches supérieures, ont besoin d’ètre renouvelées ou remaniées tous les jours, et meme deux fois par jour.
- Chaque mètre superficiel de filtre donne environ 5,000 litres d’eau clarifiée par 24 heures ; il faudrait donc 7 mètres superficiels ou 7 caisses cubiques d’un mètre de côté par pouce fontainier, et 7.000 caisses pareilles pour le service d’une ville où la consommation serait de 1,000 pouces. Je dois vous dire ici que le pouce fontainier représente un débit de 20 mètres cubes d’eau par 24 heures ; et comme le mètre cube d’eau contient 1,000 litres, le pouce fontainier est donc de 20,000 par 24 heures.
- Il y a un moyen très-simple d’augmenter le produit de ces petites caisses: c’est de les fermer hermétiquement et de faire passer l’eau à travers la matière filtrante, non pas à l’aide de son seul poids ou d’une faible charge, mais par l’action d’une forte pression. Cette amélioration a été indiquée, en 1791, par l’Anglais J âmes Peacock ; en 1811, par Paul ; en 1815 , par le comte Réal ; en 1817, par Guarnier; en 1828 , par Robert Thom ; en 1852, par Chomel ; en 1855, par JV1. Cordier , et c’est elle qui constitue le procédé pour lequel M. H. Fon vielle s’est fait breveter en 1856, et qui est exploité par la Compagnie Française de Filtrage.
- Le filtre que M. Fonvielle a construit à l’Hôtel-Dieu de Paris, quoiqu’il n’ait pas 1 mètre d’étendue superficielle, donne par jour, avec 88 centimètres de pression de mercure ( 1 atmosphère et l/6«), 50,000 litres au moins d’eau clarifiée. Il pourrait même donner 157,000 litres en 24 heures, ou près de 7 pouces fonlainiers. Si l’on s’en tient aux premiers nombres , on aurait donc déjà 17 fois plus de produit que par les procédés actuellement en usage.
- Pour nettoyer les filtres, qui n’exigent pas des nettoyages plus fréquens
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- que les filtres ordinaires, voici le moyen imaginé par M. Fonvielle, ou plutôt perfectionné par lui. L’ouvrier chargé de cette opération ouvre lout-à-coup, simultanément ou presque simultanément, les robinets de tuyaux qui mettent le dessus et le dessous de l’appareil en communication avec le réservoir élevé ou avec le corps de pompe qui renferme l’eau alimentaire, l.e filtre se trouve ainsi traversé brusquement et en sens opposés par deux forts courans dont l’effet peut être assimilé à celui du froissement que la blanchisseuse fait éprouver au linge qu’elle manipule ; ces courans, en tout cas, ont certainement la propriété de détacher du gravier filtrant des matières terreuses, qui, sans cela , y seraient restées adhérentes, puisque l’eau sort du filtre dans un état de saleté extrême.
- Ce filtre a fonctionné à l’Hôtel-Dieu pendant 8 mois, sans qu’on ait eu besoin de renouveler la couche de sable qui n’a pas un mètre d’épaisseur , et qui a été traversée par 42 millions de litres d’eau (42,000 mètres cubes).
- Les appareils fillrans à haute pression ont donc l’immense avantage do clarifier de grandes quantités d’eau, sans occuper plus de place et nécessiter plus de dépenses que les filtres ordinaires.
- Un autre mode de filtrage , peut-être même supérieur au précédent, est celui qui a été imaginé, en 4857, par M. Souchon. Ce chimiste praticien a reconnu que la laine en bourre , et surtout la lame tontisse, c’est-à-dire hachée très-menu , est très-propre à la dépuration des eaux bourbeuses. La laine tontisse , qui coûte 40 c. le kilogramme quand elle est blanche, et 7 c. seulement quand elle est colorée, n’avait jusqu’alors d’autre emploi que la garniture des dessous de tapis cirés, et la décoration des papiers de tenture qu’on appelle drapés ou veloutés. L’eau trouble qui filtre à travers cette substance , disposée en couche suffisamment épaisse, sort avec une parfaite limpidité. Dans les appareils de M. Souchon, trois couches de tontisse très-serrées et distinctes sont superposées dans une caisse en bois de 40 de long sur 0m 80 de large et 0m 90 de profondeur. Le filtrage de l’eau à travers ces couches a lieu sous une pression de 0m 53. L’eau reçue par le haut sort tout-à-fait claire au bout de quelques minutes. Un filtre d’une surface de 8 mètres donne 4,500 litres d’eau par minute, quand il y a peu de limon. C’est donc là un débit plus considérable que celui de l’appareil Fonvielle. En été, chaque filtre peut fonctionner utilement pendant dix heures ; alors il est très sale, il faut renouveler là couche de laine. Quand les eaux sont très-troubles, en hiver, par exemple , le filtre ne peut servir ffue quatre heures de suite. Les expériences faites en grand avec l’appareil Souchon, qui fonctionne depuis plusieurs années dans la pompe publique du pont de Notre-Dame, aux bains du Louvre et dans le grand établissement de teinture de M. Boutarel, situé île Saint.-Louis, à Paris, ontdémon-tré la grande supériorité de ce procédé. C’est celui qu’on doit adopter de préférence dans les fabriques où l’on a besoin de grandes masses d’eau claire (4).
- Le propriétaire du brevet pour le filtre Souchon, ayant demandé 10,000 fr. à un industriel pour une licence individuelle, M. Dierickx a imaginé immédiatement, en 4841 , un filtre qui en diffère, en ce qu’il se nettoie avec une grande facilité et ne touche en rien au brevet Souchon. II s’agit tout
- 'i ^ °*r’ *)0lir Plus<fle détails sur le filtre Souchon. le rapport, fait par M. Souhelran
- 1 Acadfimie royale rte Médecine. — Technologiste, 1. 3, p. 1,59. 1842.
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- simplement de faire passer l’eau à travers deux masses de feutre épaisses de plusieurs centimètres, entre lesquelles est placé un lit de charbon. Il y a longtems que les pharmaciens se servent de filtres en feutre ; mais jamais on n’avait songé à faire des blocs de feutre de plusieurs centimètres d’épaisseur. Cette idée trouvera une foule d’autres applications en industrie.
- M. Tard a construit, en 1842, un appareil clarificateur qui consiste en une espèce de marmite coupée au milieu de sa hauteur par deux diaphragmes percés de trous, contenant entre eux une couche d’étoupesde4 à 5 centimètres, et pardessus une autre couche de 5 centimètres de carton grossier et poreux. Le fond del’appaieil étant mis en communication avec un réservoir supérieur, l’eau de celui-ci filtre avec rapidité par ascension, à travers la matière filtrante pour venir au-dessus de l’appareil. Uue marmite de 68 centimètres de diamètre fournit 1,500 hectolitres d’eau claire et épurée pendant 48 heures de marche. Après ce tems, il faut nettoyer les couches filtrantes. L’appareil de M. Tard fonctionne à l’hôpital lieaujon de Paris.
- M. Lenlaigne a présenté à la Société d’Encouragement, dans la séance du 19 octobre 1842, un appareil à clarifier l’eau, dont la matière filtrante consiste dans des chiiîons de calicot blanc, effilochés et battus à moitié dans un cylindre.
- Enfin , M. Stuckey, de Londres, a établi dans sa fabrique un filtre qui se compose d’une couche d’éponges fortement comprimées entre deux diaphragmes percés de trous, contenus dans une caisse en bois. L’eau à filtrer s’élève de bas en haut à travers la couche d’éponge. Un lit de charbon étant, placé entre les éponges, on peut épurer les eaux chargées de matières putrides. Un appareil de ce genre, d’une capacité de 2 mètres cubes , a pu filtrer en 24 heures de 13 à 18 mille mètres cubes d’eau.
- Je ne quitterai pas la question si importante de la cl épuration de l'eau, sans vous rappeler qu’une simple couche de sable de rivière peut, à la rigueur, servir à dépouiller l’eau de toutes les matières en suspension qui en troublent la transparence. Il y a des grès poreux qui laissent filtrer l’eau à travers leur masse, et qui lui donnent une grande limpidité. Réduits en plaques minces , ces grès sont employés pour construire des fontaines filtrantes très en usage dans les ménages aisés. Mais il faut bien se rappeler que ces fontaines en sable et en grès, ainsi que les divers autres modes de filtrage dont j’ai parlé précédemment, tout en clarifiant les eaux troubles et sales , sont insuffîsans pour leur enlever l’odeur et la saveur que leur ont communiquées des matières organiques en putréfaction, et ne peuvent enfin rendre potables les eaux dormantes des fossés, des mares, des étangs, les eaux de rivières pendant les fortes chaleurs et au moment des basses eaux. Le charbon seul jouit de cette propriété ; en sorte que dans tous les appareils de clarification, il faut tou.ours introduire du charbon en suffisante quantité, si l’on veut obtenir l’eau dans son plus grand état de pureté possible.
- L’eau est d’une nécessité si absolue pour les besoins de la vie, et il est si rare de l’avoir pure et agréable à boire, qu’on me pardonnera de m’être arrêté si long-tems sur les moyens de l’approprier aux usages domestiques. Tant de gens n’ont pas d’autre boisson, qu’il faut bien leur apprendre à la purifier et à la conserver.
- Maintenant que les propriétés physiques du carbone sous ses
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- différens états nous sont connues, examinons ses propriétés chimiques. Sous ce nouveau point de vue, il ne nous offrira pas moins d’intérôt. Nous nous occuperons de ce sujet dans la prochaine leçon.
- Suite du Carbone.
- HUITIÈME LEÇON
- Sommaire. — Propriétés chimiques du carbone. — Du Gaz oxyde de carbone. Des composés de l’hydrogène et du carbone, ou des Carbures d’hydrogène. — Des corps isomères. — Des gaz hydrogène carboné etbicarbonc. Applications curieuses du gaz hydrogène bicarboné.— De l’art de 1 éclairage au gaz.
- Quelle que soit son origine, quelles que soient les modifications physiques qu’il présente, le carbone possède les mômes caractères chimiques.
- Le carbone pur, qui est insipide et inodore, est complètement fixe et infusible au feu le plus violent, quand on opère en vases clos, c’est-à-dire hors du contact de l’air. C’est en raison de cette infusibilité et de son peu de conductibilité du calorique , qu’on emploie très-souvent le charbon ordinaire pour entourer les fourneaux, afin d’y concentrer la chaleur ; qu’on s’en sert avec succès pour brasquer les creusets qui doivent être exposés à une haute température.
- Toutes les fois que le carbone est mis en contact avec le gaz oxygène ou l’air atmosphérique, à une température élevée, vous savez qu’il absorbe l’oxygène avec un dégagement de chaleur et de lumière fort considérable, qu’il disparaît complètement sans laisser de résidu, et qu’il se trouve alors converti en acide carbonique. Mais ce que vous ignorez encore, c’est que, pendant cette combustion, il se forme souvent un autre composé gazeux non acide, que les chimistes ont nommé, à cause de cela, gaz oxyde DE carbone ou OXYDE CARBONIQUE. Ce nouveau gaz se Produit surtout lorsque la température est aussi élevée que possible , et que le carbone est en excès par rapport à l’oxygène. Lorsque, par exemple, le charbon brûle en grande masse dans un fourneau où la chaleur s’élève beaucoup, et où le courant d’air est trop faible relativement au volume du combustible, le résultat de la combustion consiste alors principalement en gaz °xyde de carbone, qui produit une flamme bleue, visible au baut. de la cheminée du fourneau.
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- Ce gaz oxyde de carbone mérite, par ses propriétés, de fixer un instant notre attention.
- Il est invisible comme l’air, sans odeur ni saveur, et il n’altère aucunement les couleurs bleues végétales. 11 est un peu plus léger que l’air atmosphérique. Il ne peut entretenir la combustion. Respiré en certaine quantité, il produit des effets funestes sur l’économie animale, en agissant principalement sur le système nerveux. Il provoque la perte du sentiment, le vertige, une débilité extrême, des douleurs aiguës dans les différentes parties du corps, et détermine une asphyxie complète, suivie assez promptement de la mort.
- Il prend subitement feu dans l’air atmosphérique par l’approche d’un corps enflammé. Il brûle avec une belle flamme bleue, peu intense, et se transforme entièrement, en absorbant autant d’oxygène qu’il en contient déjà, en gaz acide carbonique ; aussi, après la combustion, le gaz qui reste dans la cloche rougit la teinture de tournesol, trouble et blanchit l’eau de chaux, ce qu’il ne faisait pas auparavant.
- Cette conversion de l’oxyde de carbone en acide carbonique peut être opérée d’une manière plus prompte et avec des phénomènes plus remarquables, en enflammant un mélange du premier et de gaz oxygène pur. Dans ce cas, les deux gaz s’unissent avec un grand dégagement de chaleur et de lumière et une détonation. L’expérience ne doit être tentée que sur de petites masses du mélange, qu’on doit renfermer dans un flacon en cristal à parois très-épaisses. Il ne faut que 1/2 volume d’oxygène pour changer 1 volume d’oxyde de carbone en acide carbonique. Or, celui-ci étant formé de 1 volume d’oxygène et de 1 volume de carbone supposé en vapeur, il en résulte que l’oxyde de carbone renferme moitié moins d’oxvgène que l’acide carbonique.
- Le gaz oxyde de carbone a été découvert par Priestley, mais ce n’est qu’en 1802 que sa véritable nature et sa composition ont été bien reconnues par un autre chimiste anglais, Cruikshanks, de Wolwick.
- On peut reconnaître, à l’aide d’une expérience très-simple? que l’oxyde de carbone et l’acide carbonique se produisent presque toujours simultanément dans la combustion du carbone. 11 suffit, en effet, de faire passer un courant d’air à travers une masse de charbon renfermée dans.un canon de fusil porté à la chaleur rouge. Le gaz recueilli dans des cloches pleines d’eau, an sortir du canon, jouit de la propriété de blanchir l’eau de chaux ? ce qui indique la présence de l’acide carbonique, et, après ce traitement, ce qui reste s’enflamme par le contact d’une bougie, et brûle avec, une flamme bleue, en se transformant en acide carbonique , caractères du gaz oxyde de carbone.
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- L’état physique du carbone influe beaucoup sur sa combustibilité. Elle est d’autant plus grande que ce corps a une densité plus faible et une texture moins serrée. Voilà pourquoi les charbons des substances organiques brûlent plus facilement que la houille, l’anthracite, la plombagine et le diamant, et pourquoi, parmi les premiers, on trouve encore tant de différences dans la facilité avec laquelle s’opère leur combustion. C’est ainsi que les charbons qui proviennent de bois légers, et qui sont très-légers eux-mêmes, sont beaucoup plus combustibles que ceux qui sont fournis par des bois denses et compactes. Les charbons de saule, de peuplier, de charme , de chènevotte, sont bien plus faciles à brûler que ceux de chêne, d’orme, de buis, d’acajou, etc. ; le bois jnort et à moitié pourri donne un charbon roux aussi inflammable que l’amadou. Tout le monde connaît la prodigieuse combustibilité du charbon de vieux linge, employé en place d’amadou dans beaucoup de pays. Toutes choses égales, d’ailleurs, le charbon qui a été le moins chauffé est le plus combustible , et plus il est dense et serré dans sa texture , plus il dégage de chaleur.
- Lorsqu’on veut brûler le diamant ou la plombagine, dont la grande densité empêche la combustion dans les circonstances ordinaires, on fait usage de l’appareil suivant :
- C’est un tube de porcelaine luté , placé dans un bon fourneau, et auquel sont adaptées , au moyen de petits tubes en verre, deux vessies, l’une pleine de gaz oxygène, et l’autre vide. Le diamant ou la plombagine est renfermé au milieu du tube , qu’on maintient au rouge pendant toute la durée de l’opération. On fait passer et repasser le gaz à travers ce tube, en comprimant alternativement les deux vessies. Ce n'est qu’au bout d’un tems assez long que le diamant ou la plombagine disparaît en transformant l’oxygène en acide carbonique sans changer son volume.
- Lavoisier et sir H. Davy ont opéré la combustion du diamant en le plaçant au centre d’une grande cloche pleine d’oxygène, et en faisant tomber sur lui les rayous solaires accumulés au moyen d’une forte lentille. Le diamant brûle avec une lumière tranquille et d’un rouge si brillant, qu’elle est visible dans la plus grande clarté du soleil La chaleur développée est si considérable, que des fds fins de platine se fondent, même lorsque le foyer de la lentille n’est plus dirigé sur le corps combustible.
- Si le charbon ordinaire brûle avec flamme, c’est uniquement
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- parce qu’il renferme un peu d’hydrogène dans ses pores, car, lorsqu’il en est privé par une forte calcination, il ne produit que de la chaleur ; il rougit comme le diamant, mais sans s’embraser.
- Le carbone, à la température ordinaire, est inaltérable par l’air. Voilà pourquoi les encres et les peintures noires, dont la base est le charbon, se conservent éternellement, comme l’attestent les manuscrits trouvés à Herculanum, ancienne ville d’Italie, qu’une éruption du Vésuve, arrivée le 24 août de l’année 79 de l’ère chrétienne, ensevelit sous un déluge de cendres, en même tems que deux autres villes voisines, Pompeïa et Stabia. Les caractères des manuscrits qu’on a retirés des décombres, dans ces dernières années, sont parfaitement visibles, bien qu’ils aient près de vingt siècles d’existence ; ils ont été tracés avec une encre composée de noir de fumée délayé dans de l’eau gommée.
- Le charbon est également inaltérable dans la terre humide, et c’est sur cette propriété que repose l’usage de charbonner la surface des pièces de bois, des pieux, des pilotis, qui doivent séjourner dans la terre ou dans l’eau. Les anciens connaissaient bien cette incorruptibilité du charbon ; nous avons beaucoup de preuves des avantages qu’ils savaient en tirer. Je n’en citerai que deux. En retirant, dans ces derniers tems, les pilotis de l’antique temple de Diane, à Ephèse, on a reconnu qu’ils avaient été carbonisés. Il y a une cinquantaine d’années environ qu’on a trouvé une grande quantité de pieux de chêne dans le lit de la Tamise, à l’endroit même où Tacite rapporte que les Bretons enfoncèrent des pilotis pour arrêter le passage de César et de son armée. Ces pieux, très-fortement carbonisés, avaient tout-à-fait conservé leur forme et étaient très-durs.
- Les vieux arbres attaqués de pourriture et sillonnés de crevasses peuvent être préservés de toute altération ultérieure, par la carbonisation de l’intérieur de leur tronc à une profondeur de quelques millimètres ( 1 ).
- Le charbon ordinaire ne commence à brûler, généralement, qu’à la température de + 240°. Cependant, quand il est dans un grand état de division, et tel est celui qu’on prépare dans les poudreries par la trituration du charbon de bois de bourdaine, dans des tonnes, avec des gobilles de bronze, il est susceptible de s’en-
- (1) Il résulte des nombreuses expériences de M. Hartig, maître particulier des eaux-et-forêts en Prusse, qu’en donnant plusieurs couches de goudron bouillant de pin ou de houille aux pieux charbonnés qu’on veut enterrer, on est bien plus assuré de les voir résister à la pourriture. Ce moyen économique, qui convient particulièrement pour les tuyaux de conduite en bois placés sous terre, pour les corps de pompe plongés dans les puits, pour les tuteurs, les échalas, les perches à houblon, les palissades, les clôtures, les barrières, et en général pour tous les bois exposés îi la pourriture. commence à être employé chez nous. 11 mérite toute confiance.
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- flammer spontanément au contact de l’air. Des inflammations spontanées de charbon ont eu lieu, en 1802, à la poudrerie d’Essonne ; en 1824, à celle du Bouchet ; en 1825, à celle d’Esquerdes ; en 1828, à celle de Metz. M. le colonel Aubert s’est livré à beaucoup de recherches pour découvrir les causes de ce singulier phénomène, qui peut avoir des conséquences si funestes. Il a constaté que cette propriété dépend de la faculté qu’a le charbon d’absorber et de condenser l’air atmosphérique dans ses pores. Dans les masses de plus de 30 kilogrammes , elle détermine une élévation de température de -j- 170 à 180°. Le charbon le plus pyrophoriqne, c’est-à-dire inflammable spontanément, est celui qui a été rapidement distillé. Le charbon, au sortir des meules, est très pyrophorique, et, quand on l’introduit dans les halles avant de l’avoir laissé complètement refroidir, il arrive souvent qu’il s’embrase spontanément. Le noir de fumée, la houille, présentent quelquefois le même phénomène. Le navire anglais Ca-therine-Longa failli être brûlé en pleine mer, en 1826, par suite de l’inflammation spontanée de tonneaux de noir de fumée qu’il portait dans sa cale. Le navire le Sylvain, allant de Boulogne à Cette avec un chargement de charbon de terre, a été consumé en mer, le 2? septembre 1842, par suite de l’inflammation spontanée du charbon, humecté par une voie d’eau.
- Le carbone est tout-à-fait insoluble dans l’eau et les autres liquides. À une température élevée, il possède la faculté de décomposer l’eau, en s’unissant isolément avec chacun de ses élé-mens. Ce résultat se constate aisément, en faisant passer de la vapeur d’eau à travers un tube de porcelaine rouge de feu, contenant du charbon calciné en petits fragmens, et muni à l’une de ses extrémités d’un tube propre' à conduire les gaz sous des cloches pleines d’eau. On recueille sous celles-ci un gaz qui est un mélange, en proportions variables, d’acide carbonique, d’oxyde de carbone, d’hydrogène, et d’un autre composé d’hydrogène et de charbon qu’on appelle, pour cette raison, gaz hydrogène carboné. •
- On peut faire cette opération d’une manière plus simple, en introduisant , au moyen d’une pince, du charbon incandescent sous une grande cloche pleine d’eau. A l’instant, il se produit un volume assez considérable de gaz analogues aux précédens. On reconnaît qu’ils renferment beaucoup de gaz combustibles, en les lavant d’abord avec de l’eau de chaux, pour absorber l’acide carbonique, et en les mettant ensuite en contact avec une bougie enflammée. Ils brûlent aussitôt avec une belle flamme bleuâtre.
- C’est à cause de la décomposition de l’eau par le charbon rouge, et de la production de gaz aussi combustibles que l’oxyde de carbone et l’hydro-
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- gène carboné, qu’une petite quantité de ce liquide projetée sur un brasier augmente l’intensité de la combustion au lieu de la ralentir. C’est ce que l’expérience a appris depuis longues années aux forgerons et aux serruriers, qui mettent ce principe en usage à chaque instant. Vous savez, en effet, qu’ils aspergent de teins en teins, avec un goupillon, le charbon qu’ils veulent mieux enflammer dans leurs forges. Vous comprenez maintenant, d’après cette explication, le mal qu’on occasionne dans les incendies, en ne faisant arriver sur les matières embrasées que de petites quantités d’eau. Lorsqu’on fait agir les pompes pour arrêter les progrès du feu , il faut projeter le plus grand volume d’eau possible, ou s’arrêter, si l’on ne peut disposer que d’une faible quantité de liquide ; car, dans ce dernier cas, on fait plus de mal que de bien , puisqu’on augmente la vivacité du feu ; puisqu’on fournit aux corps combustibles un nouvel aliment dans l’oxygène de l’eau, qui se trouve décomposée par le charbon rouge.
- Ceci est une nouvelle preuve, Messieurs, que la science est bonne 5 connaître, même dans les opérations qui semblent les plus simples. C’est parce qu’on ignore ses principes qu’on commet journellement tant de fautes si faciles à éviter, et qu’on compromet souvent,d’une manière déplorable, les intérêts les plus chers.
- Nous venons de parler, il n’y a qu’un instant, d’un gaz formé d’hydrogène et de carbone. C’est ici le lieu d’examiner les composés qui résultent de l’union de ces deux élémens.
- Ces composés, auxquels on donne le nom général de carbures d’hydrogène , sont assez nombreux. Tous présentent un haut degré d’intérêt, en raison des circonstances naturelles ou fortuites au milieu desquelles ils prennent naissance, et aussi par les applications qu’on a su faire de leurs propriétés particulières à l’industrie et à l’économie domestique. La plupart, en effet, servent ou peuvent servira l’éclairage; quelques-uns entrentdans lacom-position des vernis et des peintures; plusieurs autres deviennent, entre les mains des médecins, des remèdes efficaces.
- Tous ont une origine organique, c’est-à-dire qu’ils ont été formés pendant l’acte même de la végétation, ou qu’ils proviennent de la décomposition des substances organiques par différens agens.
- Parmi ces composés, les uns sont solides, d’autres liquides, quelques-uns à l’état de gaz.
- Les personnes étrangères à la science ne penseraient jamais que les mêmes élémens, le carbone et l’hydrogène, concourent à la formation de substances aussi différentes par leurs propriétés physiques que la gomme élastique ou caoutchouc, les huiles concrètes de rose, de menthe poivrée, d’anis ; les essences de citron, de cédrat, de limette, de térébenthine, de poivre noir, degéné' vrier, etc.; le naphte et le pétrole, bitumes si communs dans la nature; enfin le gaz de l’éclairage, et celui qui se dégage de la vase des marais et dans les mines de bouille.
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- EL cependant, pour le chimiste, il est bien constant que ces composés si divers ne sont que des variétés de carbure d’hydrogène, différant seulement entre elles par les proportions de leurs deux principes constituans. 11 y a plus même, et ce n’est pas un des faits les moins curieux découverts par la chimie moderne : quelques-uns de ces carbures d’hydrogène contiennent les mêmes proportions de carbone et d’hydrogène, quoique leurs caractères physiques soient fort différens, et parfois même tout-à-fait opposés. C’est ainsi, par exemple, que l’huile concrète de rose et le gaz retiré de la houille par la distillation ; que l’essence de citron, si suave, et l’essence de térébenthine, si infecte, ont absolument le même mode de composition, et se ressemblent autant, sous le rapport du nombre et des quantités de leurs composans, que se ressemblent deux gouttes d’eau.
- N’èst-ee pas là, Messiéurs, de ces singularités, de ces phénomènes merveilleux qu’il n’était donné qu’à la chimie de nous faire connaître ? Quelle autre science eût pu nous apprendre qu’un simple changement dans le mode de rapprochement ou de condensation des molécules des corps peut influer d’une manière si prononcée sur les caractères extérieurs, sur l’aspect des substances dont la nature intime est identique? Assurément, la découverte de lois naturelles aussi remarquables est bien faite pour expliquer cette admiration profonde et cet enthousiasme sans cesse renaissant que professent les chimistes pour leur science favorite.
- Vous devez facilement comprendre que, pour arriver à constater des faits aussi étranges, les chimistes modernes doivent posséder des méthodes d’expérimentation bien puissantes et bien délicates. Il y a trente ans, de pareilles découvertes étaient impossibles; aujourd’hui, grâce aux progrès de la science, ce n’est plus qu’un jeu; et chaque jour, d’ailleurs, dans nos laboratoires , nous découvrons des phénomènes non moins dignes d’intérêt.
- Le nombre des corps qui présentent cette particularité d’avoir, avec la même composition chimique, des propriétés différentes, s’accroît de plus en plus. On les appelle, d’une manière générale , corps isomères , c’est-à-dire formés de parties semblables. 11 est évident que c’est au mode d’arrangement de leurs molécules élémentaires, à la manière dont elles sont groupées, qu’il faut rapporter les différences que les corps isomères présentent dans leurs propriétés physiques et chimiques.
- Nous nous garderons bien de faire, en ce moment, l’histoire de tous les carbures d’hydrogène, attendu que vous ignorez encore la nature des matières qui fournissent la plupart d’entre
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- eux, ou qui servent à les préparer. Nous n’étudierons maintenant que deux de ces composés, qui affectent la forme de gaz, et qui, par leurs applications ou les circonstances de leur formation, présentent un immense intérêt. L’un porte le nom d'hydrogène carboné ; l’autre celui d'hydrogène bicarbonè, parce qu’il renferme deux fois autant de carbone que Te premier, pour la même quantité d’hydrogène. Yoici, en effet, quelle est leur composition :
- I volume d’hydrogène carboné se compose de
- 1 volume de carbone,
- 2 volumes d’hydrogène.
- 1 volume d’hydrogène bicarbonè se compose de 2 volumes de carbone,
- 2 volumes d’hydrogène.
- De l’Hydrogène carboné.
- Le gaz hydrogène carboné , qui est incolore, insipide et inodore, est moitié moins lourd que l’air atmosphérique. Il ne peut entretenir ni la combustion, ni la respiration, mais il s’enflamme par l’approche d’une bougie en ignition, et brûle avec une lumière jaunâtre assez faible. Il détone violemment par le contact d’un corps enflammé, lorsqu’il est mêlé avec le double de son volume de gaz oxygène. Dans ces deux circonstances, l’oxygène pur ou celui de l’air, en s’unissant aux deux élémens du gaz hydrogène carboné, donne naissance à de l’eau avec l’un . et à de l’acide carbonique avec l’autre. Toutefois, c’est un des gaz les moins combustibles, comme nous le verrons bientôt. Il n’a aucune action sur la couleur du tournesol.
- Il se produit constamment pendant la décomposition spontanée des matières organiques et dans leur distillation à feu nu. Il existe aussi abondamment dans la nature. En effet, c’est lui qui constitue les feux naturels, c’est lui qui se dégage des salses, qui se répand dans l’intérieur des houillères, et qui s’échappe de la vase des marais. Examinons rapidement ces diverses circonstances de production.
- 1. Dans une infinité de localités, telles que Pietra-Mala, sur la route de Bologne à Florence; Barigazzo,prèsdeModène; la péninsule d’Absche-ron en Perse ; les environs delà mer Caspienne, la Chine, l’Indoustan, Java, les Etats-Unis d’Amérique, etc., il sort de terre, lentement, mais d’une manière continue, un gaz qui s’embrase parfois spontanément, le plus souvent par l’approche d’un corps allumé, et donne lieu à des flammes hautes de 1 à 2 mètres, que le vent ne peut éteindre. Parmi ces flammes, les unes sont bleues, et visibles seulement pendant la nuit ; les autres, blanches, jaunes ou rougeâtres, visibles le jour, comme le sont
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- celles du bois et de la paille ; elles répandent une odeur légèrement suffocante , et une chaleur assez forte pour être sensible à plusieurs mètres. Le terrain environnant est comme calciné, et n’offre aucun vestige de végétation. Dans les contrées où ils existent, on met à profit ces feux naturels, en les employant à la cuisson des alimens, à la calcination de la pierre à chaux, à la fabrication des poteries, des briques, etc.
- 11 y a de ces feux qui brûlent depuis les tems les plus anciens ; tels sont ceux du Mont-Chimère, sur les côtes de l’Asie-Mineure, cités par Pline , et reconnus de nouveau en 1811 par le capitaine Beaufort. Auprès de Cu-mana, les jets de gaz sortent par l’orifice de cavernes, et M. de Hum-boldt a vu parfois les flammes s’élever à plus de 30 mètres. Mais c’est surtout autour de la mer Caspienne, particulièrement près de Bakou, que ces phénomènes se présentent en grand ; la source de feu de Bakou , à laquelle on a donné le nom d'dteschjah ( demeure du feu), est l’objetd’une vénération si profonde, que l’on a construit un temple exprès pour l’entretenir- Les Indous de la secte des Guébres (adorateurs du feu), qui desservent le temple, font du gaz un objet de commerceassez lucratif..Ils le recueillent dans des bouteilles ou des vessies , et l’expédient dans les provinces éloignées de la Perse et de l’indouslan. Comme il conserve pendant long-tems sa propriété inflammable, celte espèce de prestige entretient la superstition des adorateurs du feu dans le même degré d’exaltation. Le gaz de Bakou est de l’hydrogène carboné mêlé à de la vapeur de naphte et à de l’acide carbonique- Presque partout, d’ailleurs, il est accompagné de bitume.
- Lorsque le gaz sort de terrains situés au-dessous d’eaux stagnantes ou d’eaux vives, il brûle à la surface du liquide, sans que celui-ci participe en rien à ce phénomène. C’est là l’origine des fontaines ardentes, des rivières inflammables, dont les anciens ont parlé comme de prodiges inexplicables (1).
- (1) On connaît aux États-Unis un grand nombre de sources brûlantes, surtout près de Canandaigua, capitale du comté d’Ontario; dans la partie sud-ouest de l’état de New-York, à Bristol et à Middlesex, à 10 ou 12 milles de Canandaigua. Le gaz se dégage en petites bulles, à la surface de l’eau, et il ne s’enflamme que lorsqu’on en approche du feu; mais, lorsqu’il sort directement du roc, il donne une flamme brillante et continue que des pluies d’orage peuvent seules éteindre. 11 est impossible de voir sans surprise ce feu qui court sur les ondes, comme jadis le feu grégeois. La vive imagination des Grecs n’eût pas manqué de prendre pour le Phlégeton, ou fleuve des Enfers, ces ruisseaux américains avec leurs vagues enflammées. Ce phénomène est surtout remarquable en hiver, lorsque la terre est couverte de neige, et que la flamme qui en sort contraste avec la blancheur des frimas. Dans les tems très-froids, la glace forme des espèces de tubes de'6 à,9 décimètres de haut, d’où le gaz s’échappe; on dirait alors des flambeaux fixés sur des" candélabres d’argent. Au milieu des ténèbres d’une nuit épaisse, c’est un spectacle à-la-fois bizarre et magnifique que celui de ces plaines hérissées de ces tubes de glace d’où sortent des gerbes de flammes qui colorent au loin la campagne. Les habitans qui vivent dans le voisinage de ces sources de gaz ont placé à leur orifice des bois perforés ; l’autre extrémité de ces bois vient aboutir au foyer de leur cuisine, et le feu fourni par le gaz suffit pour faire cuire leurs alimens. D’autres tuyaux conduisent le gaz dans le parloir ou salon de compagnie ; la flamme qui en sort donne une lumière égale à celle de quatre à cinq bougies. La singularité de ce spectacle attire une foule de curieux.
- Dans les districts de Young-Hian et de Wei-Yuan-Hian, en Chine, il existe de semblables feux naturels qui sortent de puits d’eau salée, répandus en grand nombre sur un rayon de 5 myriamètres environ , et qui sont exploités par les populations industrieuses du voisinage. Les Chinois, comme les Américains, font circuler le gaz inflammable dans de longs tuyaux de bambous, et s’en servent à échauffer et à éclairer
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- ii. On a donné depuis long-tems les noms desalses, de volcans d'air, de volcans vaseux ou de boue, à des mares formées par de l’eau salée, reposant sur une couche argileuse plus ou moins imprégnée de matières bitumineuses, d’où il se dégage accidentellement du gaz hydrogène carboné. Ce gaz occasionne des éruptions d’autant plus fortes, qu’il a éprouvé plus de difficulté à se faire jour à travers la vase, qui est toujours visqueuse et assez tenace. Il est mélangé d’air et d’acide carbonique, aussi ne peut-il s’enflammer comme dans le cas précédent.
- Les salses sont assez répandues. 11 en existe de considérables en Italie, dans le Modénais, le Parmesan, notamment entre Arragona et Girgmti, au lieu nommé Maccaluba ; en Crimée, en Perse, dans l’Jndoustan, h Java, etc.
- iii. Le gaz qui remplit les galeries des mines de houille est encore de l’hydrogène carboné, presque toujours mêlé à un peu d’azote et d’acide carbonique ; aussi ne s’enflamme-t-il pas aussi facilement que celui des sources ou terrains inflammables. Ce gaz, connu des mineurs sous les noms de grisou, feu terrou ou brisou , Sort de la houille avec un léger bruissement, et quelquefois en telle abondancè, qu’on peut le recueillir à l'aide de tuyaux et le faire contribuer à l’éclairage des mines, pendant plusieurs années consécutives. C’est principalement des fentes, ou de ce que les mineurs appellent des soufflures ou cellules, qu’il s’échappe, surtout dans les houilles très-bitumineuses, grasses et friables. L’expérience démontre que ce sont précisément celles qui donnent ensuite le moins de gaz à la distillation.
- Souvent le grisou devient visible et forme des espèces de bulles enveloppées de légères pellicules, que les mineurs comparent à des toiles d’araignées. Us ont soin de les écraser entre leurs mains avant qu’elles ne parviennent sur les lumières où elles s’enflammeraient. Lorsque le gaz s’accumule dans une galerie où l’air est stagnant, de manière à former le 7e ou le 8e de la masse, la présence d’une chandelle ou d’une lampe allumée lui fait prendre feu et détermine ces terribles explosions, qui sont si fréquentes dans les houillères d’Angleterre, de Belgique et de France. Nous indiquerons bientôt comment on peut éviter les dangers qui sont la suite inévitable de ces explosions.
- iv. Le gaz hydrogène carboné se rencontre encore dans la vase des marais.Priestley et Cruikshanks ont reconnu qu’il se dégage, pendant les tems chauds, de toutes les eaux stagnantes au fond desquelles se trouvent des matières organiques en décomposition ; il sort également du sein des matières terreuses que le dessèchement des marais laisse à nu pendant l’été. En remuant la vase d’une mare avec un bâton, et posant dessus un flacon renversé et plein d’eau, dans le goulot duquel on a placé un large entonnoir, on peut en recueillir une très-grande quantité en peu d’instans. Mais ce gaz n’est pas pur ; il renferme toujours 44 à 15 p. 0/0 d’un mélange d’azote,d’acide carbonique, d’acide sulfhydrique et parfois d’oxygène. On le
- les usines employées à l’exploitation des puits salins, ainsi que les rues où ces usines se trouvent. Cet éclairage existe, dit-on, dans ces districts, de tems immémorial. C’était un grand pas pour arriver à s’éclairer par des gaz obtenus au moyen de procédés artificiels; mais les Chinois s’en sont tenus là, et l’industrie récente de l’éclairage parle gaz, telle qu’elleest pratiquée en Europe, leur est tout-à-fait inconnue.
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- purifie en absorbant les deux gaz acides, au moyen d’une dissolution de potasse, et l’oxygène, à l’aide du phosphore qu’on y fait séjourner pendant quelques heures ; mais on ne peut en séparer l’azote.
- Jusque dans ces derniers tems, on ne connaissait aucun moyen d’avoir ce gaz pur. Celui, en effet, qu’on obtient en décomposant les matières organiques par le feu, ou l’eau par le charbon incandescent, est toujours mélangé d’hydrogène libre et d’oxyde de carbone, après la purification du produit. Mais en 1840, M. Persoz nous a appris qu’en calcinant au rouge dans une cornue un mélange d'acétate de potasse et de potasse caustique, on obtient du gaz hydrogène carboné très pur. Vacide acétique du sel est alors transformé en acide carbonique que la potasse retient, et en hydrogène carboné qui,se dégage.
- De l’Hydrogène bicarboné.
- L’hydrogène bicarboné, qui, comme le précédent, est toujours gazeux, n’existe pas dans la nature. C’est un produit de l’art. Il se forme dans une foule de circonstances; dans la distillation des matières grasses, huileuses et bitumineuses, et, en général, dans la décomposition , par la chaleur, de la plupart des substances organiques.
- Sa découverte a été postérieure à celle de l’hydrogène carboné; elle ne date que de 1796. On la doit à plusieurs chimistes hollandais qui travaillaient en société.
- Ce gaz est invisible comme l’air, un peu plus léger, insipide, mais doué d’une odeur empvreumatique (1). Il n’a aucune action sur le tournesol. Il est impropre à la respiration et à la combustion. Mais, comme l’hydrogène carboné, il est inflammable parles corps en ignition ; il brûle avec une flamme blanche, très-écla-tante, qui dépose une suie noirâtre sur les parois de la cloche qui le renferme. Vous devez prévoir, d’après cela, que, mêlé à l’oxy-gcne, il détonera à une température rouge. C’est, en effet, ce qui arrive, et la détonation est si forte, que les vases dans lesquels elle se produit se brisent le plus souvent. Le mélange doit être fait dans les proportions de 1 volume d’hydrogène bicarboné et de 3 volumes d’oxygène ; il en résulte de l’eau et de l’acide carbonique.
- L’hydrogène bicarboné est un des gaz les plus combustibles.
- (1) Empyreumatiquc, c’est-à-dire ayant l’odeur d’empyreume. Les anciens chimistes ont donne ce nom à l’odeur qu’exhalent les matières huileuses fortement chauffées et à demi décomposées.
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- Une chaleur rouge le décompose en charbon qui se dépose, et en hydrogène carboné, ou même en hydrogène.
- Les chimistes se le procurent à l’état de pureté, en faisant
- bouillir, dans une cornue en verre munie d’un tube propre à recueillir les gaz, un mélange, fait à l’avance, de 1 partie d’esprit-de-vin rectifié et de 3 parties 1/2 d’acide sulfurique concentré. Il se dégage, dès que le liquide bout, beaucoup de gaz hydrogène bicarboné , qu’on reçoit dans des flacons pleins d’eau. Peu à peu le liquide se fonce en couleur, devient tout-à-fait noir et épais ; c’est alors qu’on cesse l’opération.
- Rien de plus simple, Messieurs, que de concevoir la production du gaz dans cette réaction chimique. L’esprit-de-vin n’est autre chose qu’un composé, à parties égales, d’eau et d’hydro-gènebicarboné. L’acide sulfurique, ayant une grande affinité pour l’eau, s’empare de celle de l’esprit-de-vin , dès les premières atteintes de la chaleur, et met, par conséquent, l’hydrogène bicarboné en liberté. Toutefois, comme, vers la fin de l’opération, une réaction plus compliquée s’établit entre l’acide et le gaz qui se dégage de son sein, l’hydrogène bicarboné se trouve mélangé d’autres gaz. On le purifie aisément en le lavant successivement avec de l’eau de potasse, de l’esprit-de-vin, et de l’eau, qui lui enlèvent tous les corps étrangers qui altéraient sa pureté.
- Il est peu de gaz aussi intéressans que celui dont nous nous occupons, en raison des nombreuses applications qu’il reçoit, chaque jour, dans les arts. C’est lui qui constitue essentiellement le gaz de l’éclairage, ainsi que nous allons le voir dans un instant.
- Samuel Hall, mécanicien anglais, a imaginé, en 1817, de faire servir la flamme de l’hydrogène bicarboné au grillage ou flambage des tissus de coton, qui ne peuvent être employés, au moins dans le plus grand nombre des cas, sans avoir été débarrassés du duvet qui recouvre les fils du coton et masque, en partie, leur finesse et leur éclat. Je vous parlerai plus tard en détail de cette curieuse opération.
- Green, chimiste allemand, a employé avec avantage, pour faire partir des ballons, l’hydrogène bicarboné qu’on obtient par la distillation de la houille. Il est un peu moins léger que l’hydrogène pur, mais son extraction est beaucoup moins coûteuse.
- Un Anglais, Samuel Brown, a construit des machines dont le moteur est l’hydrogène bicarboné, et qui, d’après lui, ont tous les avantages des machines à vapeur, sans présenter les mêmes dangers. Mais ces machines n’ont point été adoptées.
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- D’autres Anglais ont essayé d’appliquer le même gaz aux divers usages de l’économie domestique. L’église de Saint-Michel, à Londres, possède un calorifère de 59 centimètres de diamètre, qui y maintient constamment une-température douce et ne consomme, pendants à 9 heures, que 51 à 68 mètres cubes de gaz de houille, M. Ricketts, qui l’a construit, a inventé aussi plusieurs modèles de fourneaux, où l’on peut à la fois faire chauffer de l’eau, cuire des ragoûts, et rôtir des viandes. Celles-ci sont enfermées dans des espèces de capuchons ou cloches disposées au-dessus des conduits de gaz, régulièrement distribués. Le sieur Gibbons-Merle, de Londres, a pris en France, à la fin de 1834, un brevet d’importation pour un semblable fourneau.
- Maintenant que nous connaissons les deux gaz hydrogène carboné , nous pouvons nous occuper d’une des plus belles applications de la chimie aux usages domestiques, de celle qui fait assurément le plus d’honneur aux chimistes français de la fin du siècle dernier; je veux parler de l’éclairage au gaz.
- Eclairage au Gaz.
- L’art d’éclairer par le gaz a pris naissance en France. C’est Philippe Lebon, ingénieur des ponts-et-chaussées , qui, dès 1785 à 1786, conçut la première idée de faire servir à l’éclairage de nos maisons les gaz combustibles qui se produisent pendant la combustion du bois. En l’an VII de la république, il annonça sa découverte à l’Institut, et en l’an VIII, à la date du 6 vendémiaire ( septembre 1800), il prit un brevet d’invention. Au mois de thermidor an IX (août 1801 ), il publia un mémoire sous le titre suivant: Thermolampes ou poêles qui chauffent, éclairent avec économie, et offrent, avec plusieurs produits précieux, une force motrice applicable à toute espèce de machines.
- Dans ses premiers appareils, Lebon distillait du bois pour en recueillir les gaz, l’huile, le goudron, l’acide pyroiigneux ; mais son mémoire annonçait la possibilité de distiller toutes les substances grasses et la houille. Il ne se borna pas à annoncer ces résultats; il les mit en pratique, car les appartemens et le jardin de l’hôtel Seignelay, rue Saint-Dominique , à Paris , furent entièrement éclairés avec du gaz extrait de la houille. On peut donc dire que cet ingénieur célèbre avait pressenti et indiqué toute l’étendue qu’on pouvait donner à cette nouvelle industrie.
- Lebon fit un grand nombre d’expériences avec ses appareils, depuis 1799 jusqu’à 1802. Ses premiers thermolampes furent
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- établis au Havre. 11 voulait utiliser le gaz à l’éclairage du phare, et le goudron à la marine. Mais le gaz qu’il obtenait, formé d’hydrogène carboné et d’oxyde de carbone, fort peu éclairans, n’étant point épuré, répandait une odeur très désagréable. Les spéculateurs et le public ne portèrent que peu d’intérêt à cette découverte qui devait par la suite recevoir d’aussi grands déve-loppemens. Lebon fut forcé de renoncer à cette entreprise, et il alla établir à Versailles, près de l’aqueduc de Marly , une fabrique d’acide pyroligneux. Le gaz qui se dégageait servait à chauffer les vases, comme dans les fabriques actuelles.
- A la mort de Lebon, que l’indifférence de ses concitoyens avait vivement affecté, et qui s’était complètement ruiné dans ses essais , personne ne continua ses intéressans travaux. Mais les Anglais surent habilement s’emparer de ses idées, qu’ils s’appliquèrent à mettre en pratique. Dès 1792, Murdoch se servit du gaz de la houille pour éclairer sa maison à Redrutlï, en Cornwal ; en 1797, il éclaira de la même manière Old-Kunnock, enAyshire, et en 1798, il construisit à la fonderie deSoho, près de Birmingham , un appareil surunetrès grande échelle. Windsor s’occupa ensuite de l’illumination des édifices, rues et places publiques, au moyen du gaz retiré de la houille, et publia des mémoires dans lesquels il s’attribuait le mérite de cette belle conception. Mais il est reconnu que le premier brevet ou patente, délivré en Angleterre, pour cet objet, à Windsor, est du 18 mai 1804, c’est-à-dire postérieur de quatre ans à celui que Lebon avait pris en France. Minclders, professeur de Louvain, n’a pas plus de droits à l’honneur de cette découverte, bien qu’il ait publié en 1784, d’après M. Ch. Morren, des procédés pour extraire le gaz de la houille, car le professeur belge n’avait l’intention de l’appliquer qu’à l’ascension des ballons et non à l’éclairage. Il ne peut donc y avoir le plus léger doute sur la priorité de l’invention ; elle appartient incontestablement à la France. Toutefois, il est juste de reconnaître que les Anglais peuvent, à bon droit, revendiquer l’honneur des nombreux perfectionnemens et des procédés ingénieux qui ont fait de cet art une industrie importante, et qui ont servi à la propager rapidement dans toute l’Angleterre, sur le continent, et jusque dans le Nouveau-Monde.
- En 1805, plusieurs fabriques de Birmingham, et entre autres les ateliers du célèbre Watt, furent éclairés au gaz, par les soins de Windsor et de Murdoch. Mais ce n’est réellement qu’en 1810 que la première usine pour l’éclairage public fut établie à Londres. Depuis cette époque, le nombre des compagnies qui se sont formées dans la Grande-Bretagne pour exploiter cette nouvelle branche, est considérable. La seule ville de Londres possède
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- 18 usines à gaz, qui appartiennent à onze compagnies, dont les fonds forment la somme totale de 70 millions de francs, et dont les bénéfices annuels s’élèvent à la somme de 11,250,000 francs. Ces usines consomment par an 180,000 tonneaux de houille, et produisent plus de 50 millions de mètres cubes de gaz. Pendant chacune des nuits les plus longues, l’éclairage de Londres en exige 246,000 mètres cubes. Le nombre total' des employés des onze compagnies est de 14,000 environ.
- Ce n’est qu’en 1818 que ce mode d’éclairage fut adopté en France. M. Chabrol de Yolvic, alors préfet de la Seine, fit construire à l’hôpital Saint-Louis de Paris un appareil qui fonctionne depuis cette époque et alimente 1,500 becs. Six autres usines sont actuellement en activité dans la capitale. La plupart des grandes villes possèdent maintenant de semblables appareils. Mais, on peut le dire avec regret, les progrès de l’éclairage au gaz ne vont que très-lentement dans notre pays, où la routine exerce encore un empire si puissant.
- Les matières premières employées à la production du gaz sont des substances de nature grasse, résineuse ou bitumineuse, qui renferment une très forte proportion d’hydrogène et de carbone, les deuxélémens constitutifs de l’hydrogène bicarboné. Les huiles de graines non épurées, les graisses, la résine du pin, les huiles de poisson brutes , de poix et de résine , le goudron fluide , la tourbe , la lie de vin, les débourrages de cardes, la matière grasse extraite des eaux de savon des fabriques de drap, les huiles de schistes ; enfin et surtout, la houille, servent ou ont servi en divers pays à cette extraction. Mais de toutes ces matières , c’est la houille flui, en définitive, fournit le gaz à meilleur marché, et c’est elle qui est généralement adoptée.
- Yoici comment on opère avec cette substance. Avant tout, donnons la représentation générale de l’appareil le plus ordinairement employé pour cette fabrication.
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- On introduit la houille dans des cylindres de fonte a a, qui peuvent en contenir une centaine de kilogrammes, et qui sont placés en plus ou moins grand nombre dans un large fourneau en briques. On chauffe ces cylindres, qu’on appelle cornues, dans les usines, soit avec de la houille , soit avec du coke , de manière à les élever à la température du rouge cerise ?
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- et on les entretient à cette température pendant plusieurs heures, ou jusqu’à ce que la décomposition de la houille soit opérée.
- Les produits de la décomposition de la houille sont nombreux. Ils se composent, en effet, de :
- Sulfure de carbone,
- Sels ammoniacaux,
- Huiles empyreumaliques, Goudron,
- Gaz hydrogène bicarboné,
- — hydrogène carboné,
- — hydrogène,
- — azote (destraces),
- — oxyde de carbone,
- — acide carbonique,
- — hydrogène sulfuré, ou acide sul-
- l Naphtaline,
- Divers carbures d’hy-j Paranaphtaline drogène, tels que I Paraffine ,
- ( Eupione.
- fhydrique,
- Il reste dans la cornue du coke en quantité d’autant plus grande que la houille distillée était moins bitumineuse. — Le carbure d’hydrogène, nommé Naphtaline, qui a une grande tendance à cristalliser, et qui occupe beaucoup de volume, se forme et se réunit quelquefois en si grande quantité dans les tuyaux qui conduisent le gaz dans les diverses parties de l’appareil, qu’ils deviendraient impropres à lui livrer passage; on les dégorge facilement en y faisant passer un courant de vapeur d’eau ; la naphtaline liquéfiée s’écoule par le moyen de siphons disposés convenablement.
- Le degré de température auquel la houille est soumise indue beaucoup, et sur la quantité et sur la nature du gaz-light ( gaz-light veut dire gaz-lumière ; c’est le nom adopté en Angleterre et en France pour le gaz purifié de l'éclairage; on l’appelle encore vulgairement gaz hydrogène, et tout simplement gaz ). Quand la température est trop basse ou qu’on l'élève trop lentement, on obtient beaucoup d’huile, de goudron, d’eau, de sels ammoniacaux et peu de gaz; quand elle est trop forte, on produit bien plus de gaz ,mais alors il est bien plus léger et moins éclairant, parce qu’il a déposé une partie de son charbon en touchant les parois des cornues ; il renferme beaucoup d’ffydrogène carboné et même de gaz hydrogène. Toutes choses égales, d’ailleurs, le gaz-light est d’autant plus dense et plus lumineux qu’il est plus chargé de carbone. La pratique a appris que la température la plus convenable pour l’avoir dans cet état, est le rouge cerise vif.
- Parmi tous les produits de la distillation delà houille, un seul est vraiment utile comme substance éclairante; c’est l’hydrogène bicarboné ; mais tel qu’il sort des cornues, il ne pourrait immédiatement servir à l’éclairage. Son pouvoir éclairant serait trop faible, en raison des gaz étrangers dont il est souillé. 11 a , d’ailleurs , une odeur infecte, une action fâcheuse sur l’économie ; il attaque et noircit avec promplitude les dorures et les peintures , dont la céruse est la base ; il répand beaucoup de fumée en brûlant, et il fait éprouver une altération sensible aux couleurs fraîches et délicates de nos tissus pendant sa combustion. Ces différens effets sont dûs à l’ammoniaque, aux huiles empyreumatiques, au sulfure de carbone; mais surtout à ce gaz infect, 1 hydrogène sulfuré, qui s’y trouve toujours en proportions plus ou moins considérables, et d’autant plus fortes que la houille distillée renfermait plusdc pyrites ou sulfure de fer-, aussi a-t-on l’attention de brûler les houilles les moins sulfureuses.
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- On est donc obligé de purifier ou d’épurer le gaz au sortir des cornues. On y parvient en faisant rendre tous les produits de la distillation dans un premier vase en fonte ou en tôle, dit Barillet, 6, rempli aux deux tiers d’eau, qui opère un premier lavage du gaz ; puis dans une série de tubes offrant un grand développement dont l’ensemble porte le nom de condenseur , cccc. Ces tubes , ordinairement verticaux, servent à condenser l’huile, le goudron, les sels ammoniacaux qui ont échappé à l’action du Barillet. Ces produits s’en écoulent à mesure au moyen d’un tube d, placé à la partie la plus basse du condenseur, et qui va plonger dans une fosse destinée à les recevoir. Le gaz, après cette première épuration , est dirigé du condenseur dans un troisième appareil de purification qu’on appelle dépurateur, où il doit être dépouillé des acides carbonique et sulfhydrique. Ce dépur ateur consiste en cuves ou caisses fermées mm, remplies de mousse saupoudrée de chaux pulvérulente et humectée. Cette substance alcaline, qui présente ainsi au gaz une immense surface, lui enlève en grande partie lesdeux gaz acides dont on a tant d’intérêt à le dépouiller. Néanmoins l’épuration n’est jamais complète, bien qu’on emploie environ 1 hectolitre de chaux pour 345 mètres cubes de gaz ; aussi le gaz a-t-il toujours une odeur fétide, et répand-il en brûlant une odeur sulfureuse. Du dépurateur, le gaz se rend dans un vaste réservoir ou gazomètre f, qui est une grande cloche en tôle vernie, plongée dans un bassin rempli d’eau. Un tuyau en fonte t, qui s’élève audessus de l’eau dans l’intérieur du gazomètre, conduit le gaz dans des tuyaux de distribution qui le transportent aux lieux de consommation (1).
- M. Mallet, ancien professeur de chimie à Saint-Quentin , a introduit, en 4841, une amélioration très importante dans l’épuration du gaz. Son procédé consiste à employer des dissolutions métalliques de peu de valeur, telles que sulfate de fer, chlorure de manganèse, qui dépouillent complètement le gaz de l’hydrogène sulfuré , de l’acide carbonique et de l’ammoniaque , qui existent toujours eh certaine quantité dans le gaz épuré par la chaux. Son système d’appareil dépurateur diffère notablement de celui qui est encore adopté partout. En voici une coupe.
- destinée^ p/!'1 des.caisses Placées en étages contenant la dissolution métallique Liai épuration. Au fond de ces caisses sont des chaînes sans fin e e, reliées
- 1 lusicui» dispositions accessoires de l'appareil méritent d'ètre indiquées ici; ainsi !
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- par des palettes , mises en mouvement par des roues munies de manivelles ; ces chaînes sont destinées à agiter le liquide et à empêcher que les dépôts métalliques ne prennent de la consistance. Le gaz arrive du condenseur dans l’appareil de dépuration par le tuyau D; il passe au travers de la dissolution ; l’ammoniaque, l’hydrogène sulfuré et l’acide carbonique sont absorbés par la liqueur métallique, ce qui produit des sels ammoniacaux solubles et des dépôts pulvérulens de sulfure et de carbonate de fer ou de manganèse. Le tuyau E conduit le gaz du premier dans le second épurateur ; le tuyau F le conduit du second dans le troisième épurateur; enfin, le tuyau G dirige le gaz épuré dans le gazomètre. Le tube-entonnoir H sert à introduire le liquide épurateur dans les trois caisses ; les tubes II, munis de robinets, font passer le liquide du vase A dans le vase B, et du vase B dans le vase C. Le tube L sert à la vidange du vase C ; on ne l’ouvre que lorsque la liqueur métallique est saturée et ne précipite plus par le gaz; le tube M terminé en syphon permet de vider le vase C sans arrêter le passage du gaz, l’air extérieur ne pouvant pas rentrer dans l’intérieur de l’anpareil.
- Le système d’épuration de M. Mallet a ceci d’avantageux, que tout en purifiant complètement le gaz, il permet d’obtenir des sels ammoniacaux qui non-seulement couvrent les frais d’achat du sel métallique, mais donnent un gain net.—Le gaz produit dans les anciennes usines ne peut être employé partout, à cause de son impureté , et du gaz acide sulfureux qu’il produit en brûlant, acide qui attaque et ronge les couleurs ; tandis qu’à Saint-Quentin, Roubaix et Turcoing , où le procédé de M. Mallet est en pleine activité, le gaz pénètre dans tous les ateliers de fabrication, même dans ceux où l’on a le plus à craindre les effets du gaz mal épuré. Il faut espérer que le perfectionnement de M. Mallet sera peu à peu adopté dans toutes les usines à gaz.
- Nous devons dire que, dès 1835, M. Houzeau-Muiron s’est servi du sulfate de fer, obtenu par le lavage deslignitespyriteux, pour épurer le gaz-light et qu’en 1841 M. Penot, de Mulhausen, a essayé avec succès l’emploi du sulfate de plomb des indienneurs pour le même objet ; mais ce sel métallique , résidu presque sans valeur, est trop peu abondant.
- Toutes les espèces de houille ne donnent pas la même quantité de gaz, ainsi que le démontre le tableau suivant :
- 1 kilogramme de houille
- ide Saint-Étienne, fournit. .....
- de Griseuil ( Belgique )..........
- dure de Mons. . .............
- de Fins et de Flênu...............
- Idu meilleur Flénu.................
- ordinaire anglaise................
- de Newcastle (le cherry-coal).. . . \compacte anglaise (le candel-coal).
- 200 à 270 litres-200 à 210 200 â 260 270 330
- 210
- 308 à 342 320
- Dans le condenseur, on voit e, g, h, h, des compartimens fermés par des parois verticales destinées à faire parcourir successivement au gaz tous les tubes p.
- Le dernier tube du condenseur est enveloppé d’un cylindre n, dans lequel on lait arriver, par le tuyau-entonnoir o, de l’eau qui refroidit le gaz ; cette eau échauffée sort par le trop-plein g.
- Dans le dépurateur, on voit la mousse reposer sur un faux-fond r r’, perce de trous, sous lequel le gaz arrive du condenseur dans le gazomètre, r, contre-poids du gazomètre; Z Z poulies sur lesquelles se meut la chaîne du contre-poids; U , tubes destinés h évacuer le liquide qui pourrait s’amasser dans la partie déclive des tubes m w.
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- Le chcrry-coal est surtout employé en Angleterre à la fabrication du gaz. En France, ohse sert (le la houille dure de Mous et surtout dullénu, qui donne le gaz le moins odorant. Les houilles de Saint-Etienne produisent un gaz très-chargé d’hydrogène sulfuré.
- On est loin d’obtenir dans les usines toute la quantité de gaz-light que la houille peut fournir par un bon système de distillation. Ainsi M. Blondeau de Carolles prétend qu’un kilogramme de houille peut donner naissance à 510 litres de gaz-light en petit, et en grand à 380 litres ; c’est, comme on voit, en prenant 250 litres pour moyenne de la production des fabriques, 130 litres de plus. La perte doit tenir aux imperfections du mode de chauffage. Dès 1727,Haies retirait de 158 gr. de charbon de Newcastle, 180pouces cubés de gaz, c’est-à-dire 340 litres par kilogramme.
- M. Penot a montré, en 1841, l’avantage considérable qu’il y a à employer de la houille sèche dans la préparation du gaz. La houille contient, en général, 10 °/0 d’eau qui se décompose par la distillation en produisant de l’acide carbonique et de l’hydrogène ou de l’hydrogène carboné, aux dépens d’une partie du gaz d’éclairage proprement dit. Cet inconvénient ne se présente pas quand on sèche la houille préalablement. La quantité de gaz-light que produit la houille humide est à celle que produit la houille sèche dans le rapport de 160 à 240. M. Schwartz a constaté l’exactitude de cette proportion par des expériences exécutées sur une grande échelle à Mulhausen.
- Les produits secondaires de la distillation de la houille ne sont Pas négligés. Sans parler du coke qu’on vend comme combustible, les eaux de dépuration, qui sont très-chargées de sels ammoniacaux, sont utilisées par les fabricans de produits chimiques, qui les convertissent en sulfateeten chlorhydrate d’ammoniaquedont le prix est toujours assez élevé. — Le goudron, distillé avec de l’eau, fournit une huile empyreumatique, volatile et très-combustible , qui ? sous le nom très impropre d'huile de naphte, sert avec avantage à la dissolution du caoutchouc, ainsi que Makintosh l’a imaginé le premier. Privé de la plus grande partie de cette huile, le goudron est employé à la préparation de mastics bitumineux dont on se sert pour couvrir les bois, les terrasses et autres objets, en y mélangeant les deux tiers environ de leur poids d’un corps dur en poudre. M. Proeschel l’a tout récemment appliqué à la fabrication de briques qui préservent les constructions du fâcheux effet de l’humidité. Il est excellent pour enduire le bois, le fer, la fonte, la tôle des gazomètres que l’on veut garantir de l’ac-b°n de l’air humide. On ne peut employer le goudron de bois pour le même usage, à cause de son acidité. Il sert encore avec avantage à la fabrication de cartons imperméables destinés aux toitures. Sous le nom de Brai minéral, de Goudron minéral, de
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- Black-Ferais, on en consomme beaucoup en Angleterre, après l’avoir uni à la résine commune, pour calfater et enduire les navires. Enfin,il peut encore servir à la coloration des poteries, à la fabrication du noir de fumée, ainsi qu’à celle du gaz. Les Anglais ont monté des appareils pour sa distillation et sa conversion en gaz-light. Son prix est inférieur à celui des goudrons du Nord et de Bayonne.
- On fait habituellement brûler le gaz-light dans des becs circulaires à double courant d’air. Les tubes conducteurs du gaz sont terminés par des disques en acier percés de petits trous, afin que l’issue du gaz soit égale et régulière autour des becs. Ces dispositions sont nécessaires pour que la combustion du gaz soit complète , c’est-à-dire pour que tout son hydrogène et tout son carbone soient entièrement convertis, par l’oxygène de Tair, en eau et en acide carbonique. Mais cette conversion des deux élémens du gaz-light ne se fait pas en môme tems. L’hydrogène brûle le premier et abandonne le carbone qui,'déposémomentanément dans l’intérieur de la flamme, parvient à la température du rouge blanc, et concourt alors à donner à la flamme sa blancheur éclatante et la vive lumière qu’elle répand. A mesure que le charbon brûle lui-même et se trouve converti en gaz, la flamme perd de son éclat.
- L’intensité de la lumière est singulièrement influencée par la forme et la dimension delà flamme, la disposition des brûloirs ou becs et la forme de la cheminée. Le tableau suivant indique les diverses dimensions qui procurent le maximum de lumière pour chaque bec.
- NOMBRE DE TROUS. DIAMÈTRE DU VERRE OU DE LA CHEMINÉE. HAUTEUR DE LA FLAMME. COULEUR DE LA FLAMME.
- 8 à 10 millimètres. 41 millimètres. 108 Vacillante , rayée de bleu.
- 15 35 95 Tranquille , unie, d’un édat sem-’ blable à celui des étoiles.
- 20 32 88
- 26 27 54 La plus brillante possible.
- La cheminée est supposée haute de 16 centimètres pour tous ces cas.
- Dans la pratique, on est obligé de ne donner que 15 trous aux becs de 16 millimètres de diamètre, parce que les moindres modifications dans le courant d’air ou dans le jet du gaz, font fumer les flammes à 20 ou 25 trous.
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- 1>U CARBONE.
- 153
- L’expérience a démontré qu’un bec à gaz, semblable aux becs adoptés par les compagnies d’éclairage, et qui est égal à un fort quinquet ou bec d’Argand, dont la mèche est fraîchement coupée , consomme par heure :
- 137 à 154 litres de gaz, provenant des houilles de Saint-Étienne;
- 154 litres de gaz des houilles dures de Mons;
- 128 litres seulement de la houille de Fins et de Flénu;
- Et, terme moyen,
- 140 litres de gaz de houille;
- 68 h GO litres de gaz de résine ;
- 34 litres seulement de gaz de l’huile.
- D’où il résulte que , pour une soirée d’hiver (commençant à 4 heures et finissant à 11), un bec consomme :
- 1,120 litres de gaz de houille,
- 464 à 480 litres de gaz de résine,
- Et 272 litres de gaz de l’huile.
- L’éclairage au moyen du gaz-liglit est celui qui procure la lumière à meilleur marché. Il n’y a à cet égard aucune incertitude, comme vous allez , Messieurs, en acquérir la preuve.
- Le prix de la lumière, comparée à celle obtenue d’une lampe à mouvement d’horlogerie,brûlant 42 grammes d'huile à l’heure, revient à Paris, d’après M. Peclet, savoir :
- !de la chandelle de la bougie
- de l’huile, dans l’appareil le plus avantageux. 5 80/00
- du gaz de l’huile ou de la houille...... 3 00/00
- 11 résulte de là que la lumière des bougies de cire est 16 fois plus chère que celle du gaz, et que l’éclairage par le gaz (au prix de 72 centimes les 1,000 litres, sur lequel est basé le calcul ), présente, malgré ce haut prix, une économie de près de moitié sur l’éclairage à l’huile, et des deux tiers sur celui du suif ou ùe la chandelle.
- Outre le revient à meilleur marché, ce mode d’éclairage n’est pas sujet aux mêmes inconvéniens que celui à l’huile et à la chandelle. Les réverbères à gaz ne sont pas, comme ceux alimentés par l’huile, exposés à des chances multipliées d’extinctions fortuites, soit par la gelée, par la mauvaise qualité de l’huile el. l’agitation de l’atmosphère, soit par le défaut de mèches ou
- j des 12 au kilogramme.. . . 9 cent. 80/00
- des IG idem..........12
- des 10 idem..........48
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- le mauvais entretien. Chez les particuliers, outre la grande propreté qu’introduit l’éclairage au gaz, il présente l’avantage d’éviter l’entretien et le soin des lampes, le mouchage des chandelles et les pertes qu’occasionne toujours leur mauvaise qualité. Il ya aussi évidemment moins de chances d’incendie, Surtout dans les ateliers, les filatures, où très-souvent le nettoyage des lampes, le coupage des mèches pendant leur igni-tion , a produit, par la négligence des ouvriers, des incendies fréquens.
- Toutes ces considérations vous démontrent suffisamment, Messieurs , l’utilité réelle de l’éclairage au gaz, et doivent vous faire désirer, comme à nous, que cette industrie, immense dans ses résultats économiques, se naturalise de plus en plus dans notre belle France, qui est le berceau de sa découverte.
- Les frais assez considérables qu’entraîne la distribution du gaz chez les consommateurs, et l’incommodité pour ceux-ci d’avoir des becs fixes, firent naître l’idée, il y a une vingtaine d’années, de réduire le gaz à un petit volume, afin d’en renfermer une suffisante quantité pour l’éclairage durant une soirée, dans des réservoirs que l’on pût facilement transporter et mettre en communication avec des becs de lampes ordinaires. On comprima donc à 30 ou 40 atmosphères, au moyen d’une pompe foulante et aspirante, du gaz de l’huile dans des récipiens cylindriques, en cuivre ou en tôle, à parois très-épaisses, et munis d’un robinet servant à l’introduction du gaz et à sa sortie. Mais cet éclairage au gaz portatif a été bientôt abandonné, parce qu’il n’offrait aucun bénéfice aux vendeurs , et qu’il présentait une foule de dangers.
- Depuis, M. Houzeau-Muiron, de Reims, a imaginé de transporter à domicile le gaz non-çomprimé dans des espèces d’outres élastiques et imperméables, munies d’un robinet et d’un tuyau. Ces outres sont disposées sur des voitures très-légères, composées d’un grand compartiment en tôle mince, qui enveloppe l’outre de môme forme. Quand le conducteur de la voiture veut distribuer le gaz dans les gazomètres des consommateurs, il fait agir une petite manivelle placée à l’extérieur ; la manivelle serre des courroies disposées de manière à comprimer l’outre, qui opère alors à la manière d’un soufflet, et chasse le gaz dans le tube d’alimentation. Ce système, qui n’a aucun des inconvéniens du gaz portatif comprimé, est adopté dans plusieurs grandes villes, telles que Paris, Reims, Sédan, Marseille; il a été en usage à Rouen pendant plusieurs années.
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- DE LA COMBUSTION.
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- NEUVIÈME LEÇON.
- De» Phénomène» de la Combustion et de la Flamme.
- Sommaire. — De la Combustion. — Théorie de Lavoisier. — Théorie des chimistes modernes. — De la Flamme. — Cause de Sa production, de son éclat. — Moyens d’en augmenter l’intensité et la chaleur. — Du chalumeau simple. — Du chalumeau de Clarke. — Structure de la flamme. — Pouvoir refroidissant des tissus métalliques.—Découverte de sir Humphry Davy. — De la lampe de sûreté-— Des appareils d’Aklini. — Histoire de l’amiante.
- De la Combustion.
- Il n’est certainement pas, Messieurs , de phénomène plus curieux et qui se manifeste plus fréquemment que celui de la production du feu au contact de certains corps. Ce phénomène, connu depuis longues années sous le nom de combustion , a attiré de tout tems l’attention des chimistes et des physiciens, et son explication a toujours été regardée comme une des bases de la théorie chimique. Maintenant, que nous connaissons quelques uns des élémens combustibles et plusieurs de leurs composés inflammables , nous pouvons essayer d’analyser ce phénomène et rechercher les causes qui lui donnent naissance.
- Et d’abord, ainsi que nous l’avons dit dans une de nos premières leçons, ce nom de combustibles ne s’applique plus uniquement au bois, au charbon, aux huiles et autres corps employés à ja production de la chaleur et de la lumière pour nos besoins journaliers; on doit l’étendre à toute substance susceptible d’éprouver un changement quelconque dans ses propriétés, en produisant le phénomène de la chaleur et de la lumière ou de l'ignition.
- Les anciens s’étaient fait de la combustion une idée qui nous paraît aujourd’hui bien peu rationnelle ; et cependant elle était la seule qui pût se présenter à l’esprit des théoriciens de ces tems ou le germe des sciences exactes était à peine développé. Ils regardaient le feu comme un élément engagé mécaniquement entre les particules des corps. Si, par un moyen quelconque, l’approche d’un corps enflammé, par exemple, on venait à opérer le déchirement des enveloppes qui emprisonnaient cet élément, aussitôt, en raison de sa force expansive, il se dégageait de l’in-
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- térieur de ces corps et produisait alors le phénomène de la combustion (1).
- Il faut traverser les siècles et arriver à la fin du xvne, avant de trouver quelque explication tant soit peu raisonnable du fait dont nous nous occupons, lîoyle , savant physicien-chimiste, né à Londres en 1626, fut le premier qui s’aperçut, vers 1672, qu’une lumière s’éteint plus rapidement dans le vide que dans l’air, et que sans air on ne peut produire ni entretenir la flamme (2). L’expérience capitale qu’il fit, consistait à placer une bougie enflammée sous le récipient de la machine pneumatique et à soutirer l’air de dessous ce récipient, ainsi que nous le faisons. Il vit, et vous pouvez le remarquer vous-mêmes, qu’à mesure qu’on raréfie l’air, le volume et l’intensité de la flamme diminuent progressivement , et enfin que la combustion cesse dès que le vide est obtenu. Il en tira cette conséquence que l’air contient les élémens nécessaires à la combustion et à la production de la flamme, mais il n’alla pas plus loin. Ce fut Lavoisier qui, comme nous vous l’avons appris, découvrit le rôle de l’air dans cette circonstance, en isolant les deux principes de ce fluide et en reconnaissant dans l’un d’eux, l’oxygène, l’unique soutien de la combustion.
- Lavoisier généralisa ce principe, que la combustion n’est autre chose que la combinaison de l’oxygène avec les corps, accompagnée d’un dégagement de chaleur et parfois d’un dégagement de lumière. Ainsi, le feu de nos foyers, la lumière de nos lampes, sont dus à la même cause qui fait rouiller les métaux exposés au contact de l’air, bien que, dans ce cas, la manifestation de la lumière n’ait pas lieu. C’est toujours la fixation de l’oxygène qui, d’après Lavoisier, produit les changemens remarquables que présentent les corps soumis à l’action de l’air. Mais, suivant la rapidité avec laquelle s’effectue cette fixation, des phénomènes plus ou moins sensibles apparaissent.Toutes les fois que l’oxygénation est prompte, par suite de la grande affinité des corps combustibles pour l’Oxygène, il y a ignition ; parce que la chaleur, dégagée par le fait de la solidification du gaz, s’élève rapidement et atteint bientôt 600 degrés centigrades, terme où le calorique devient lumière. Lorsque l’affinité de l’oxygène pour les corps combus-
- (1) Cependant, Héraclile(500 ans avant, J.-C.) avait une idée plus exacte du l'eu que tous ses successeurs, puisqu’il dit : « Le feu lire son aliment des parties subtiles de la matière (de l’air) — Diog. Lacrl., ix, § 9.
- (2) Il est juste de dire cependant que, dès le xinc siècle, Roger Bacon professait déjà les saines idées de Boyle. En effet, le célèbre alchimiste cordelier rappelle, dans son 1 ivre de la Grande Alchimie, que l’air est l’aliment du feu, et il s’appu ie sur l’expérience suivante : « Lorsqu’on allume une lampe d’huile et qu’on l’emprisonne sous un vase» on voit qu’elle ne tarde pas à s’éteindre ;, c’est qu’elle manque d’air. »
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- DE LA COMBUSTION.
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- tibles est peu prononcée, l’absorption et la solidification du premier ne s’opèrent que peu à peu ; par conséquent il n’y a que peu de chaleur dégagée à la fois, et dès-lors il ne peut y avoir production de lumière.
- La plus ou moins grande quantité de calorique qui devient libre au moment de l’oxygénation d’un corps est donc la cause de la diversité des phénomènes qui se présentent. Il y a, par conséquent , deux espèces de combustion, la combustion rapide et la combustion lente.
- Vous vous rappelez sans doute cette belle expérience où le fer s’est rapidement consumé au sein du gaz oxygène ; c’était là un cas de combustion rapide. Eh bien ! laissez dans l’air humide une tige du môme fer, vous la verrez bientôt se recouvrir, de place en place, d’une rouille qui plus tard envahira toute sa surface. Il y aura là , oxygénation, combustion, mais combustion lente, sans aucun | de ces effets qui vous ont frappé dans l’autre expérience.
- Mais, depuis Lavoisier, la science, qui n’a cessé de marcher, s’estenrichie de nouveaux faits qui ont obligé les chimistes à modifier la théorie de la combustion, émise par l’illustre chef de l’école française. On a reconnu que la production du feu ne caractérise point exclusivement la fixation de l’oxygène sur les corps combustibles, puisqu’elle s’observe également pendant la combinaison de ces corps combustibles eux-mêmes ou de composés déjà saturés d’oxygène. Ainsi, par exemple, un métal pulvérisé, l’antimoine , le bismuth, l’arsenic, que l’on projette dans un flacon plein du gaz verdâtre qu’on retire du sel de cuisine, et qu’on range parmi les métalloïdes sous le nom de chlore, s’embrase aussitôt et tombe au fond du vase en imitant une pluie de feu. Du soufre et du plomb, qu’on chauffe légèrement dans un ballon de verre, s’unissent en dégageant tant de chaleur que le fond du ballon devient incandescent. La chaleur développée pendant l’extinction de la chaux vive peut élever la température au point d’enflammer le bois, le soufre, la poudre à canon.
- Enfin, il est bien constaté que toutes les fois que deux corps en présence manifestent l’un pour l’autre une certaine tendance, la combinaison est constamment accompagnée d’une élévation de température qui s’accroît d’autant plus que l’affinité mutuelle des corps est plus grande, et qui peut même aller, dans certains cas, jusqu’à l’incandescence.
- Nous poserons donc comme un principe général, que, dans toute combinaison ou réaction chimique , il y a une production de chaleur qui est en rapport avec l’affinité des corps, et nous
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- dirons désormais qu’il y a combustion toutes les fois que, dans une réaction quelconque, le phénomène du feu se produit.
- Il nous resterait à savoir d’où provient ce dégagement de chaleur et de lumière qui accompagne la combinaison des corps. Je me bornerai à vous apprendre que les chimistes modernes Font trouvé dans des effets électriques produits dans l’intérieur des corps qui réagissent ensemble. Dans le cours de physique, on vous parlera de ces effets et on vous démontrera que la réunion des deux électricités qui composent le fluide électrique naturel est une source abondante de feu. Vos connaissances chimiques ne sont pas encore assez avancées pour qu’une pareille question puisse être actuellement traitée avec profit pour vous.
- On a souvent besoin, dans les descriptions, d’indiquer les divers degrés de température auxquels les corps réagissent, ou qui se produisent dans les actions chimiques. Pour les températures élevées, c’est-à-dire qui dépassent le point d’ébullition de l’eau, on fait usage de termes qui rappellent à peu près la couleur de la lumière produite. Lorsque la chaleur n’est pas encore arrivée jusqu’à l’incandescence, on l’appelle chaleur obscure. Les diverses apparences lumineuses sont nommées, à partir de cç terme : rouge-brun, rouge-cerise, rouge-vif, rouge-rose, rouge-blanc, chaleur blanche. Il paraît, d’après les expériences deMus-chenbroech et autres, que c’est à la température d’environ -f- 427° centigrades que commence ce qu’on appelle, dans le langage ordinaire, une chaleur rouge. La chaleur la plus grande que l’on ait observée est de 13,941° centigrades.
- De la Flamme.
- Tout corps solide qui est fixe par lui-même, c’est-à-dire non susceptible de se réduire en gaz, devient rouge de feu par l’action d’une haute température, mais ne produit jamais de flamme. Un charbon fortement calciné et porté au rouge présente ce fait d’une manière bien évidente.
- Tout corps, au contraire, qui est gazeux ou qui peut le devenir en tout ou en partie par l’action du feu , brûle toujours avec flamme. Le gaz hydrogène, le soufre, le phosphore, sont dans ce cas.
- D’après cela, la Flamme est une matière gazeuse chauffée an point d’être lumineuse, c’est-à-dire dont la température atteint au moins 600° du thermomètre centigrade, puisque c’est à ce degré de chaleur que la lumière se manifeste toujours (1).
- (1) Les anciens ont eu certainement quelques notions, quoique très-vagues, de 1* nature de la flamme. Ainsi, il y a plus de 1600 ans que Théophraste disait : « Il n’est
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- DE LA FLAMME.
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- Cette haute température de la flamme est occasionnée par le calorique qui se dégage lorsque les gaz ouïes vapeurs combustibles s’unissent avec l’oxygène de l’air. Ce qui démontre la vérité de cette assertion, c’est que la flamme n’est lumineuse que sur la couche très-mince où la combustion du gaz de la flamme s’exécute. Qu’on abaisse, en effet, une gaze métallique sur la flamme d’une bougie ou d’un jet de gaz hydrogène bicarboné, on observera très facilement qu’elle est creuse et obscure dans son centre, et que ses bords seuls sont éclairés , parce que c’est seulement dans cette partie que les gaz rencontrent l’oxygène de l’air et s’y unissent. Qu’on approche une allumette embrasée de l’orifice d’une cloche pleine d’hydrogène, maintenue dans une position renversée, c’est-à-dire l’ouverture tournée vers la terre, il n’y aura combustion et inflammation que dans ce point ; la flamme ne se propagera pas dans l’intérieur de la cloche, parce que le gaz qui s’y trouve n’est pas soumis au contact de l’air.
- Il résulte de là que l’intérieur de la flamme est à une température bien plus basse que son extérieur. On en acquiert la preuve en plongeant un fil métallique dans la flamme d’une bougie : il devient promptement rouge dans les points où il rencontre la surface extérieure, tandis qu’il reste noir dans la partie centrale.
- Suivant sirHumphry Davy, la température de la flamme surpasse la chaleur blanche des corps solides. Tous ces corps, en effet, tenus au milieu des flammes ordinaires, deviennent blancs de chaleur, et, dans cette circonstance, ils augmentent singulièrement l’intensité et l’éclat de la lumière. L’hydrogène, l’oxyde de carbone ne projettent qu’une lueur très-faible lors de leur combustion dans l’air ou l’oxygène. On donne aussitôt un grand éclat à leur flamme, en y introduisant un corps solide même incombustible, tel que l’amiante très-fine, une gaze métallique, etc.
- Ce principe nous explique l’intensité de la lumière de ces flammes dans lesquelles une matière solide et fixe est produite dans la combustion, et la faiblesse de celles dans lesquelles il ne se produit qu’une matière gazeuse ou volatile. La lumière qui se manifeste pendant la combustion du phosphore, du zinc , dans l’oxygène ou l’air, n’est si vive que parce que, dans ce cas, il se forme de Vacide phosphorique, de Voxyde de zinc, corps fixes fiui restent interposés en partie au milieu de la flamme développée. La lumière du soufre, de l’hydrogène, de l’oxyde de carbone , n’est si faible que parce que les produits de la combustion, l'acide sulfureux, Veau, Vacide carbonique, sont gazeux par
- pas irrationnel de croire que la flamme est entretenue par un souflle ou un corps aéri-orme. » Galien disait plus tard que la flamme est un air enflammé.
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- eux-mêmes ou se réduisent en vapeurs qui se dégagent. La flamme du gaz hydrogène bicarboné ou du gaz-light est très-brillante, parce qu’il se dépose dans son centre du charbon très divisé qui devient incandescent. Il en est de même de la lumière de nos chandelles, de nos bougies, de nos lampes ; elle doit son éclat au dépôt de charbon qui se fait dans l’intérieur de la flamme. Il est facile de constater ce dépôt de charbon, en plaçant transversalement une toile métallique au milieu de la longueur d’une de ces flammes : on voit apparaître une fumée épaisse et noire au-dessus de la toile.
- La chaleur des flammes n’est pas toujours en rapport avec l’intensité de leur lumière. La flamme qui produit la plus haute température est celle qui résulte de l’inflammation d’un mélange de 1 volume d’oxygène et de 2 volumes d’hydrogène fortement comprimé ; elle est à peine visible, cependant, à la lumière du jour. La flamme de l’hydrogène bicarboné est bien plus dense et plus brillante que celle de l’hydrogène pur , et cependant, cette dernière répand plus de chaleur que la première.
- Il est possible d’augmenter singulièrement la chaleur des flammes , en dirigeant sur elles un courant d’air qui, insuffisant toutefois pour les refroidir et les éteindre, active vivement la combustion des gaz qui les produisent. L’instrument qui sert à
- cet objet porte le nom de chalumeau. Ce n’est autre chose , comme l’indique son nom, qu’un tube de verre ou de métal dont un bout est arqué, et dont le canal intérieur va en se rétrécissant jusqu’à ne former, à cette extrémité, qu’une ouverture aussi fine que le serait un trou fait avec une aiguille. C’est cette ouverture qu’on tient contre la flamme, tandis qu’on souffle par l’autre bout avec la bouche. Comme la vapeur humide qui sort des poumons se dépose dans le tube et l’obstrue, il y a , vers la courbure du chalumeau, une ampoule ou petite sphère creuse où le liquide se réunit. Le jet d’air que l’insufflation produit par le bout capillaire n’est plus interrompu par les globules aqueux qui s’y mêleraient sans cette précaution.
- Les orfèvres, les émailleurs, les bijoutiers, les es-
- sayeurs de monnaies , font un fréquent usage du chalumeau, depuis une époque très-reculée, pour opérer des soudures de peu d’étendue, monter des diamans, faire des essais, enfin, toutes les fois qu’ils veulent fondre une petite quantité de métal ou d’alliage.
- Cet instrument futlong-tems employé dans les arts avant qu’on songeât à l’utiliser pour les essais chimiques. Anton-Swab, me-
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- DE LA FLAMME.
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- tallurgiste suédois, fut le premier qui en fit l’application à l’essai des minéraux, vers l’an 1738. Depuis, l’usage en est devenu indispensable aux chimistes et aux minéralogistes, qui reconnaissent , par son secours, avec une promptitude et une précision remarquables, la nature et les principaux caractères des plus petites quantités de substances minérales.
- Le chalumeau des orfèvres a été modifié et perfectionné par Bergmann et surtout par Gahn, chimistes suédois , qui ont porté l’art de l’analyse par le chalumeau à un point de perfection inimaginable. Le dernier avait acquis, dans ce genre d’essais, une telle habileté, qu’il déterminait la nature ' d’une matière que l’on avait peine à apercevoir à l’œil nu , tant sa quantité était minime.
- Le chalumeau porte au milieu de la flamme une masse d’air condensé qui chasse devant lui un torrent de matières combustibles qu’elle contient et qui brûlent alors très-rapidement. C’est ainsi que la chaleur de cette flamme acquiert une très-grande intensité. Si l’on souffle trop doucement, l’effet est médiocre ; si l’on souffle trop fort, l’impétuosité du courant d’air enlève la chaleur aussitôt qu’elle est développée , et la flamme disparaît. C’est ce qui arrive quand on souffle vivement avec la bouche sur une chandelle allumée, pour l’éteindre.
- Ce chalumeau, malgré la très-haute chaleur qu’il communique à la flamme, ne suffît pas, cependant, pour opérer la fusion des substances désignées sous le nom de réfractaires, parce qu’elles résistent aux plus violens feux de forge. Pour celles-ci, on alimente alors le chalumeau, non plus avec l’air de la poitrine , mais avec un mélange fortement comprimé d’oxygène et d’hydrogène, fait dans les proportions nécessaires à la formation de l’eau. La chaleur qui se développe dans ce cas est si forte, qu’il n’y a aucun corps de la nature qui ne se fonde et ne se volatilise instantanément. C’est ainsi qu’on est parvenu à opérer, en peu d’instans, la fusion de substances regardées, pendant long-tems, comme absolument infnsibles, telles que le platine, le palladium, la chaux, le sable, le grès, la porcelaine dure, etc.
- Le professeur Robert Hare, de Philadelphie, est le premier qui ait pensé à construire un chalumeau à gaz oxygène et hydrogène condensés.
- L’appareil emplové pour obtenir une aussi haute élévation de
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- CHIMIE ELEMENTAIRE.
- température consiste enunecaisse métallique C à parois très-résistantes, de la contenance de 1 ou 2 ^ litres, à laquelle se trouve adaptée une pompe foulante et aspirante B. Au moyen de cette pompe on introduit et on comprime dans la caisse un mélange de 2 volumes d’hydrogène et de 1 volume d’oxygène , contenu dans une vessie A en communication avec le corps de pompe. A l’autre extrémité de la face supérieure de la caisse est un tuyau coudé à angle droit D, qui se termine en pointe capillaire, laquelle n’est point perméable à la flamme. C’est par ce tuyau que s’échappe le jet de gaz que l’on doit enflammer, lorsqu’on tourne le robinet qui s’oppose à sa sortie. Mais, afin que l’inflammation ne puisse se propager dans l’intérieur du mélange gazeux, la capacité de la caisse est divisée par des cloisons à travers lesquelles le gaz ne peut s’échapper qu’en traversant une couche d’huile et plusieurs toiles métalliques très-fines.
- Cet appareil est connu sous le nom de Chalumeau de Clarke. C’est le même que celui de Brook ou de Newman , à la seule différence des toiles métalliques et de l’huile, nécessaires pour diminuer les dangers que l’on court en faisant des expériences de ce genre.
- M. Skidmore, de New-York, a remarqué que le jet lumineux qu’on obtient avec ce chalumeau peut être introduit sous l’eau, à l’aide de quelques précautions, sans qu’il s’éteigne. La flamme, dans l’eau, est globuleuse ; elle brûle le bois, rougit les fils métalliques. Aussi le physicien américain pense-t-il que les marins trouveront, à la guerre, les moyens d’appliquer son observation.
- On ne saurait prendre trop de précautions en expérimentant avec cet appareil ; car la moindre étincelle qui pénétrerait dans le chalumeau, causerait l’inflammation subite du mélange gazeux ,et,par suite, une explosion terrible qui pourrait frapper de mort l’opérateur. C’est un effet de ce genre qui a failli tuer l’ingénieur Conté, et qui l’a privé de la vue pour le reste de ses jours.
- Examinons maintenant avec attention la structure d’une flamme ordinaire, de la flamme d’une chandelle, par exemple. On y distingue aisément quatre parties, comme l’indique la figure.
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- DE LA FLAMME.
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- On remarque à sa base une petite partie d’un bleu sombre qui
- s’amincit à mesure qu’elle s’éloigne de la mèche, et disparaît complètement là où la surface extérieure de la flamme s’élève verticalement CC. Au centre est un espace obscur D qu’on aperçoit aisément à travers l’enveloppe brillante. Cet espace renferme les gaz émanés de la mèche, qui n’éprouvent point la combustion, parce qu’ils sont hors du contact de l’air ; aussi se dépose-t-il dans cet endroit une certaine quantité de charbon ( 1 ). Au tour
- q de cet espace est la partie brillante de la flamme où
- c
- la flamme proprement dite. Enfin, au-dehors de celle-ci, on observe , en regardant avec attention , une dernière enveloppe CCE peu lumineuse et dont la plus grande épaisseur correspond au sommet de la flamme brillante.
- C’est dans cette partie extérieure que la combustion des gaz s’achève, et que la chaleur est le
- plus intense, comme on s’en assure facilement en approchant un fil fin de platine, qui devient subitement incandescent et fond. La partie centrale de la flamme est, au contraire, si peu chaude, que M. J. Murray prétend y avoir introduit de la poudre à canon et l’en avoir retirée tout humide; il assure même y avoir conservé pendant plusieurs secondes de l'argent fulminant sans qu’il détonât; il ajoute enfin que le phosphore s’y éteint. Si la flamme proprement dite qui entoure cet espace obscur est si brillante, c’est parce que le charbon qui s’y trouve agit comme les corps solides dont il a été parlé plus haut.
- Quant à la partie inférieure de la flamme , qui est d’un bleu sombre, sa température ne peut jamais s’élever beaucoup, à cause de l’évaporation abondante de suif qui se fait dans cette portion, la plus humectée de la mèche. Dans un jet allumé de gaz hydrogène bicarboné, le même effet refroidissant est produit près de son origine, par le courant continuel de gaz froid. Dans ces parties, la chaleur n’est pas suffisante pour décomposer le gaz
- (1) Au xv° siècle, le célèbre Léonard de Vinci, plus connu comme artiste, mais qui n’était étranger à aucune branche des connaissances humaines, avait très-bien entrevu la structure intérieure de la flamme et la cause essentielle de la combustion. Voici un passage tiré de ses manuscrits qui le prouve suffisamment .-
- « Le feu détruit sans cesse l’air qui le nourrit; il se ferait du vide, si d’autre air n’accourait pas le remplir.
- » Lorsque l’air n’est pas dans un état propre à recevoir la flamme, il n’y peut vivre ni flamme, ni aucun animal terrestre ou aérien.
- » Il se fait de la fumée au centre de la flamme d’une bougie, parce que l’air qui entre dans la composition de la flamme ne peut pas y pénétrer jusqu’au milieu. Il s’arrête à la surface de la flamme, il se transforme en elle, il laisse un espace vide, qui est rempli successivement par d’autre air. ». ( Annales de Chimie, t. 24 , p. 150. )
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- (CHIMIE ELEMENTAIRE.
- contenu dans l’intérieur de la flamme : le charbon n’est ni déposé, ni brûlé, et conséquemment, d’après ce qui a été dit précédemment, l’émission de lumière est très-faible.
- Les considérations qui précèdent vous mettent en état, Messieurs , de comprendre comment il se fait que le suif, la cire, le bois et l’huile fournissent de la lumière lorsqu’on les expose à une certaine température. C’est que, par l’effet de la chaleur, une partie de ces substances, dans lesquelles l’hydrogène et le carbone dominent, se décompose et se transforme en gaz combustibles qui s’unissent avec l’oxygène de l’air; dans tous les cas, ces gaz ne peuvent devenir lumineux qu’autant qu’ils rencontrent la quantité d’air nécessaire pour opérer leur combustion complète, et que la température arrive au moins à + 600°.
- Les mèches dont les chandelles, les bougies, les lampes sont pourvues, favorisent cette élévation de température par leur combustion. Elles agissent, en outre, comme des tubes capillaires, en déterminant l’ascension continuelle des matières grasses jusque dans la partie où la combustion s’effectue.
- Le manque d’air produit une combustion incomplète, et, par suite, une température peu élevée, ce qui nuit à l’éclat de la flamme et donne delà fumée. Un excès d’air nuit également, soit parce que la flamme en est refroidie, soit parce que la combustion totale est trop prompte.
- Avec de mauvaises mèches, une partie du combustible se vaporise en pure perte sans prendre feu, et en donnant de la fumée et une odeur de matière grasse à demi décomposée. C’est ce qui arrive dans les lampes mal construites, et dans les chandelles qu’on néglige de moucher. Il y a consommation plus grande de combustible, et un plus faible pouvoir éclairant.
- Tels étaient les inconvéniens des lampes anciennes. Avant 1789, Argant eut l’idée très-heureuse de former des mèches cylindriques, vers le haut desquelles l’huile monte par l’effet d’un siphon ou seulement par la capillarité de la mèche; de plus, l’air atmosphérique peut s’élever sans cesse le long de la mèche , par deux courans, l’un intérieur et l’autre extérieur; enfin les deux courans sont rendus beaucoup plus rapides par une cheminée de verre dont le cylindre entoure concentriquement la mèche.
- Un ouvrier d’Argant, le nommé Quinquet, déroba la découverte de son maître, et le frivole public honora du nom de Quinquet le vol scandaleux de l’invention d’Argant.
- Un dernier perfectionnement restait à produire ; c’était d’épargner à la main de l’homme le soin fastidieux d’amener fréquemment à la hauteur convenable, en pompant, l’huile qui doit alimenter la lampe. Carcel y parvint au moyen d’un mouvement
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- d'horlogerie cache dans l’intérieur de la lampe. En 1803, Carcel obtint, à l’exposition des produits de l’Industrie, une médaille de bronze pour sa précieuse invention.—Les frères Girard, depuis, sont arrivés au même résultat que Carcel, par une application ingénieuse de la fontaine hydrostatique.
- Toutes les fois que les gaz qui brûlent avec flamme éprouvent un certain refroidissement par une cause quelconque, ils cessent d’être lumineux. Les corps métalliques agissent ainsi sur les flammes ; ils absorbent assez de calorique pour faire cesser à l’instant la combustion. En effet, sir Humphry Davy a constaté que la flamme ne peut passer, à la température ordinaire, à travers une toile métallique très-serrée. Ce tissu refroidit le gaz qui le traverse, de manière à réduire sa température au-dessous du degré où la lumière est produite. C’est ce qu’on observe très-bien en abaissant une toile métallique sur une flamme quelconque ; celle-ci ne traverse point la toile, et on aperçoit à travers cette dernière un cône tronqué de lumière dont l’axe et les parties environnantes sont obscurs et dont les bords évasés sont seuls éclairés. Si l’on approche une chandelle allumée un peu au-dessus de la toile, le gaz qui passe à travers ses mailles s’enflamme aussitôt, preuve que le métal lui enlève beaucoup de sa chaleur et le ramène àune température où il n’est plus lumineux.
- Dans la même place, au-dessus de la toile où la main n’éprouve qu’une température douce, on est promptement brûlé si l’on retire la toile. Si deux feuilles de papier sont attachées aux deux faces opposées d’une toile métallique, on pourra allumer et brûler complètement l’une d’elles, sans que l’autre éprouve aucun dommage, quelle que soit d’ailleurs la situation horizontale, verticale ou inclinée de la toile.
- La diminution de température qu’éprouve une flamme par la superposition d’une gaze métallique est proportionnelle à la petitesse des ouvertures du tissu et à la masse du métal. De sorte flu’une toile métallique peu serrée laisse passer la flamme qu’une toile plus serrée intercepte complètement. Plus les flammes sont chaudes, plus le tissu doit avoir des mailles petites pour les arrêter. C’est ainsi qu’une toile de 100 ouvertures par centimètre carré intercepte, à la température ordinaire, la flamme d’une lampe à esprit de vin, mais non celle de l’hydrogène, et dès qu’elle aura été fortement chauffée, elle laissera passer la flamme de la lampe. Une toile qui, chauffée au rouge, n’arrête pas la flamme de l’hydrogène, arrête encore celle de l’hydrogène bicar-boné. Enfin, une toile échauffée qui communiquerait l’explosion à un mélange d’air et d’hydrogène bicarboné, ne permettrait pas celle d’un mélange d’air cl de gaz inflammable des mines de
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- charbon de terre ( hydrogène carboné ), qui, par bonheur, est le moins combustible des gaz inflammables connus.
- Ces observations de sir Humphry Davy démontrent donc, de la manière la plus satisfaisante, que si la flamme est interceptée par les tissus solides, perméables à la lumière et à l’air, cela dépend, non d’une cause inconnue et mystérieuse, mais simplement de leurs pouvoirs refroidissans.
- Ces principes, qui dans les mains de beaucoup d’hommes eussent été stériles, sont devenus, dans celles de l’homme de génie dont je viens de citer le nom, d’une merveilleuse fécondité. Il a compris à l’instant tout le parti qu’on en pouvait tirer pour l'éclairage des mines de houille où l’inflammation du grisou est la cause de si affreuses et de si fréquentes catastrophes. S’appuyant de ses expériences sur l’imperméabilité des gazes métalliques à la flamme, Davy prévoit qu’en entourant d’une toile métallique à petites ouvertures la lampe ordinaire des mineurs, celle-ci ne déterminera plus l’explosion du mélange détonant qui se forme dans les galeries souterraines. Le gaz qui s’introduira dans l’intérieur de la cage métallique y prendra bien feu, mais la flamme ne pourra jamais se communiquer au dehors : elle s’éteindra en traversant la toile, puisque celle-ci jouit de la propriété de refroidir les gaz échauffés et de les abaisser au-dessous de la température où ils sont lumineux. L’expérience confirme bientôt les prévisions du chimiste anglais, et d’un instrument dangereux, Davy fait un moyen de salut pour l’imprudent mineur, qui trouve dans sa nouvelle lampe un indicateur des dangers qui l’entourent et un guide inoffensif qui lui permet de traverser impunément les parties de la mine où naguère il eût trouvé la mort.
- Lorsque je vous ai fait connaître l’hydrogène carboné, je vous ai dit que ce gaz se dégage souvent en grande abondance dans les mines de houille. En se mêlant à l’air des^galeries de ces mines, il produit, lorsqu’il est en certaines proportions, des mélanges explosifs qui détonent lorsqu’on y pénètre avec une lumière. Ces explosions produisent presque toujours la mort des mineurs qui se trouvent dans les galeries. Ils s’aperçoivent du danger en observant la flamme dé leur lampe, qui offre à sa pointe un élargissement d’autant plus sensible et d’une couleur bleue d’autant plus foncée, que la quantité d’hydrogène carboné est plus grande. Dès-lors ils se couchent promptement sur le ventre et regagnent les parties saines de la mine sans quitter cette posture.
- Ce n’est pas la chaleur subite de la détonation qui est redoutable. Ce qui constitue le danger principal de ces explosions, c’est la vitesse énorme avec laquelle l’air arrive de toutes parts pour combler le vide fait par la combustion du grisou , qui a été converti en eau et en acide carbonique. Il en résulte un vent
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- dont la force est assez grande pour entraîner les pauvres mineurs qui sont sur son passage et les lancer contre les murs de la mine, où ils sont écrasés. À chaque instant les journaux nous apprennent les malheurs qui surviennent dans les mines sujettes au grisou. Les mines de Newcastle ont fait explosion en mai 1833, et 47 individus ont été tués. Dans la mine de l’Espérance, près de Liège, la détonation arrivée en juin 1838 coûta la vie à 69 mineurs.
- Pendant long-tems on a ignoré complètement la cause de ces accidens désastreux et les moyens de les prévenir ou du moins de paralyser leurs effets. Dans les parties des mines où l’on avait lieu de redouter la présence du grisou, les mineurs se procuraient une lumière suffisante au moyen de lampes à silex ; mais la dépense était considérable. Ces lampes se composent d’une roue en acier de 16 à 18 centimètres de diamètre, mue par un engrenage avec une grande vitesse. A la périphérie de la roue d’acier est placée une pierre à feu qui produit des étincelles. Mais cet appareil même, quoique moins dangereux que la flamme des lampes ordinaires, produisait encore des explosions.
- Pour purifier l'atmosphère des galeries en cul-de-sac, dans lesquelles on n’avait pas pénétré depuis long-tems, souvent les mineurs y mettaient le feu. Un ouvrier, qu’on appelait Pénitent, couvert de vêtemens mouillés, armé d’un masque ayant des yeux en verre, et muni d’une torche portée à l’extrémité d’une longue perche, pénétrait dans la galerie et s’avançait à plat ventre en poussant la perche devant lui jusqu’à ce que la détonation s’effectuât. Vous comprenez le danger d’un pareil moyen d’assainissement.
- Des malheurs fréquens et graves étant arrivés dans les mines de Newcastle , en 1813, 1814 et 1815 , où une seule détonation fit périr en moins d’un instant cent une personnes , un comité philantropique chargea sir H. Davy de faire des recherches pour trouver un moyen de porter de la lumière dans les mines, sans produire l’inflammation du grisou. C’est alors qu’après avoir constaté la nature du gaz inflammable des mines, et reconnu qu’il devient explosible dès qu’il est mêlé à 6 ou 7 fois son volume d’air, il inventa la lampe de sûreté à laquelle, par reconnaissance, les mineurs ont donné son nom.
- La forme des lampes de sûreté varie beaucoup ; mais celle qui est représentée dans la ligure ci-après est d’une construction aussi simple que solide. On y distingue trois parties principales :
- Le réservoir d’huile A , contenant 160 grammes d’huile, qui peuvent suffire à dix heures de travail ;
- L’enveloppe imperméable à la flamme B ;
- La cage CC, qui sert à fixer l’enveloppe sur le réservoir, et à la garantir de tout choc.
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- L’enveloppe en toile ou gaze métallique contient 144 ouvertures rectangulaires par centimètre carré de surface. C’est en laiton ou en fer qu’elle est faite. Le fil métallique peut avoir de 1/4 à 1/6 de millimètre de diamètre.
- Le porte-mèche de la lampe est muni d’une ouverture rectangulaire dans laquelle on peut engager un fil de fer recourbé à son extrémité D pour lever ou baisser la mèche. Ce fil de fer traverse le réservoir au moyen d’un tube soudé aux plaques du dessus et du dessous du réservoir.
- Cette lampe indique à chaque instant au mineur l’état de l’atmosphère des galeries, et l’avertit ainsi du moment où il doit se retirer. En effet, dès que le grisou se mêle à l’air dans les plus petites proportions , il s’en aperçoit aisément à l’augmentation du volume de la flamme de la lampe. Quand le gaz forme le douzièmedu volumedel’air,le cylindre se remplit d’une flamme bleue très faible , au milieu de laquelle on distingue la flamme de la mèche. Celle-ci cesse d’être visible aussitôt que le gaz forme le cinquième ou le sixième de l’air, le cylindre étant rempli par la flamme très éclatante du mélange combustible qui prend feu. Enfin, quand la proportion du grisou est considérable, qu’il forme, par exemple, le tiers du volume de l’air, la lampe s’éteint complètement.
- Si l’on a soin de placer autour ou au-dessus de la mèche, plusieurs fils de platine, roulés en spirale, et de 3/10 de millimètre environ d’épaisseur, la lampe peut encore, dans ce dernier cas, rendre des services au mineur. En effet aussitôt qu’elle est éteinte , le platine se montre incandescent, par suite de la propriété qu’il possède de déterminer la combustion des gaz inflammables au contact de l’air. 11 conserve cet état en répandant une clarté assez intense, tant qu’il y a de l’air dans les galeries. Le mineur a le tems de fuir ces lieux, guidé par cette lumière nouvelle. L’addition des fils de platine aux lampes de sûreté est un perfectionnement aussi curieux qu’utile.
- L’enveloppe métallique qui entoure la flamme, empêche cette dernière d’être aussi apparente, ce qui fait que les lampes de sûreté éclairent moins bien que les lampes ordinaires. On a remédié en partie à cet inconvénient au moyen de réflecteurs en étain placés derrière la flamme.
- L’invention de Davy, Tune des plus heureuses et des plus utiles applications de la science, a opéré une révolution dans les mines de l’Angleterre. Sans elle , beaucoup d’exploitations auraient été abandonnées ; plusieurs mines qui avaient été noyées ont été rouvertes depuis la découverte delà lampe de sûreté.
- Eh bien ! qui croirait cependant que, malgré la sécurité que cette lampe doit leur procurer, beaucoup de mineurs se servent
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- encore des lampes ordinaires ! Dans bien des mines de France, la Davyne est encore inconnue. Aussi survient-il trop souvent de ces catastrophes dont les suites malheureuses devraient pourtant ouvrir les yeux et aux maîtres et aux ouvriers. Mais, hélas ! l’empire de la routine est si puissant chez l’homme, qu’il aime parfois mieux compromettre sa vie que d’introduire le moindre changement dans ses habitudes. C’est là assurément une disposition funeste qu’on ne saurait trop déplorer.
- Je ne quitterai pas ce sujet intéressant sans vous dire que les lampes de sûreté ne dispensent pas d’un bon système d’aérage pour assainir les galeries des mines. Celui que l’on suit généralement est très-simple. On établit deux puits dont l’un sert à l’extraction du charbon, et l’autre de ventilateur. A l’entrée de celui-ci on place un fourneau surmonté d’une cheminée élevée de quinze à vingt mètres. On entretient du feu dans le fourneau, en ayant soin de fermer toutes les issues à l’air extérieur, afin que le foyer soit obligé de prendre dans le puits tout l’air nécessaire à la combustion. 11 s’établit ainsi un courant continuel de l’air de la mine qui est remplacé à mesure par un volume d’air pur correspondant qui entre par le puits d’extraction.
- On a imaginé un autre système d’assainissement, qui consiste en deux grands cylindres en bois, avec un fond et un piston mobile , munis de soupapes, au moyen desquelles on aspire l’air qui a parcouru les galeries souterraines, en augmentant en même temps la vitesse du courant: une machine à vapeur, delà force de huit chevaux, sert de moteur à ces pompes aspirantes. Par leur emploi, on a pu reprendre les travaux dans la houillière du Poirier, près Charleroi, où ils avaient été suspendus à cause de la grande quantité de grisou qui s’y produit sans cesse. La vitesse de l’air y est actuellement telle , que les ouvriers ont besoin de se vêtir doublement pour se garantir du froid, et que le grisou Qui s’y enflamme accidentellement ne produit plus de détonation sensible, tant est grande la rapidité avec laquelle il est emporté. L’usage de ces pompes deviendra général, il faut du moins l’espérer.
- Une autre application non moins brillante qu’utile du principe que je vous ai développé précédemment, est due au chevalier Aldini, physicien italien. Elle consiste dans un appareil propre a garantir les pompiers de l’action des flammes dans les incendies.
- Cet appareil préservateur se compose de deux vêtemens : l’un en tissu épais d’amiante ou de laine rendue incombustible au ruoyen d’une dissolution saline; l’autre en toile métallique de fil de fer, recouvrant le premier. Le pompier revêtu de ces ùeux tissus peut supporter pendant un certain teins l’action des
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- flammes sans en ressentir les funestes effets, puisque le tissu métallique extérieur refroidit ces flammes, ainsi que je vous l’ai démontré tout-à-l’heure, et que l’amiante ou la laine ne transmet que très-faiblement la chaleur, en raison de sa faible conductibilité.
- On acquiert facilement la preuve de l’influence des tissus de métal et d’amiante pour préserver de l’action des flammes, en revêtant la main d’un gant d’amiante et la renfermant dans une enveloppe de tissu métallique. On peut alors tenir pendant quelque tems des barres de métal rougies, des bois enflammés ou en braise, on peut plonger la main dans la flamme de l’esprit-de-vin jusqu’à ce que l’enveloppe métallique rougisse fortement, sans ressentir de brûlure. Cependant, l’amiante finit par s’échauffer tellement, que son contact devient insupportable, et l’on ne saurait trop tôt s’en débarrasser.
- Le tissu métallique, en refroidissant la flamme, s’échauffe progressivement et proportionnellement à la durée de son contact avec elle. Pour éviter cet inconvénient, Aldini a imaginé de placer immédiatement au-dessous de ce tissu métallique un autre tissu épais et faiblement conducteur, afin d’empêcher l’arrivée de la chaleur jusqu’à la surface du corps. 11 a songé à utiliser dans ce cas l’incombustibilité de l’amiante, qu’il est parvenu à réduire en fils très-fins, dont il a pu ensuite faire des tissus de toutes formes et de toutes grandeurs. Mais comme les vêtemens préparés avec cette matière sont lourds et reviennent à un prix assez élevé, il a cherché à les remplacer par des tissus de laine imprégnés de substances salines. Dans cet état, ces tissus ne prennent plus feu , se calcinent sans propager la combustion, et ne se laissent pénétrer que lentement par la chaleur, comme M. Gay-Lussac l’a fait connaître le premier. Ainsi, le vêtement en fil de fer, qui seul serait inefficace pour garantir le corps de l’action de la chaleur, complète, avec le vêtement d’amiante ou de laine préparée, un abri impénétrable pendant un tems qui doit suffire aux manœuvres du pompier.
- Armé de ces deux enveloppes, Aldini s’est exposé le premier au contact des flammes les plus ardentes ; et, encouragées par son exemple, beaucoup de personnes ont répété ses curieuses expériences, toujours avec un égal succès. Les essais faits par ce vénérable physicien, plus que septuagénaire, à Milan, à Florence, à Genève, avaient déjà prouvé l’efficacité de ses appareils, lorsqu’à la fin de 1829 il est venu lui-même à Paris les soumettre au jugement de l’Institut et du Conseil de salubrité. Ces deux corporations savantes ont publié des rapports extrêmement favorables , dont je vous engage à prendre connaissance.
- Dans sa séance publique du 26 juillet 1830, l’Institut a donné à Aldini une somme de 8,000 francs à titre de récompense. La
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- Société d’encouragement de Paris lui a offert aussi une médaille d’or de première classe. La Société royale de Londres lui a décerné la grande médaille de Neptune.
- Aldini ne s’est pas contenté de pourvoir à la sûreté des pompiers qui partout exposent leur vie avec tant de courage et de désintéressement ; il a songé aussi à diminuer les chances d’incendie. Une grande partie de ceux-ci sont dus à la négligence et à l’incurie des personnes qui portent une chandelle, ou une lanterne ouverte ou sans verre, dans les lieux contenant des matières combustibles.
- Le philantrope italien a imaginé d’envelopper d’un tissu métallique à petites ouvertures les lanternes ordinaires ; et par ce moyen, il a fait disparaître ce qu’elles pouvaient présenter de dangereux. En effet, une pareille lanterne peut être placée sur un tas de foin, en être entourée; des brins de paille peuvent même y pénétrer et prendre feu, sans que la combustion se propage , en vertu du pouvoir refroidissant du tissu métallique qui l’entoure.
- Les lanternes en fer-blanc, garnies de corne ou de verre, éclairent fort mal, comme on sait, et d’un seul côté. Les lanternes d’Aldini répandent, au contraire, une très-grande clarté et n’ont aucun des inconvéniens des premières.
- Chacun peut transformer aisément une lanterne ordinaire en une lanterne de sûreté, puisqu’il suffit d’entourer la lumière d’une cage métallique à petites ouvertures. Espérons qu’une modification si simple et si peu coûteuse sera généralement adoptée, une fois que la connaissance en sera répandue.
- M. Maratucha fait, en 1838, une autre application des toiles métalliques; il a eu l’idée de les employer contre les feux des cheminées. Pour cela, il établit à l’entrée du tuyau des cheminées un châssis portant une toile métallique qui arrête complètement les feux les plus intenses. Seulement il faut avoir chaque jour le soin de nettoyer, avec une brosse, la toile métallique, qui u’a pas besoin d’autre entretien et qui dispense du ramonage. Les expériences faites ont démontré l’efficacité et la commodité de ce moyen bien simple de parer à l’une des causes les plus fréquentes d’incendie dans les habitations particulières.
- Puisque l’occasion s’en présente naturellement, j’en profiterai pour vous dire quelques mots d’une des substances les plus remarquables du règne minéral : I’amiante ou I’asbeste , dont le chevalier Aldini a fait une des parties essentielles de son appareil préservateur.
- Cette substance, qu’on rencontre en petits amas dans certaines roches primitives, a des propriétés si singulières que les anciens, séduits par l’amour du merveilleux, ont enrichi son histoire d’une foule de fables qui ont acquis à cette pierre une célébrité qui s’est perpétuée jusqu’à nous. Sa
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- texture fibreuse, son éclat souvent soyeux, la facilité avec laquelle on en sépare des filamens extrêmement déliés, llexibles et élastiques, ressemblant en quelque sorte au lin et à la soie ; enfin, son inaltérabilité et son incombustibilité par le feu, la firent regarder comme une espèce de lin incombustible produit par une plante des Indes. Cette croyance , entretenue par Pline, qui avance que c’est au climat aride et brûlant sous lequel elle croît, que cette plantedoit sa propriété de résister au feu, n’a été détruite que lorsque les chimistes se sont occupés de l’examen de ses prétendues fibres végétales. Ils ont reconnu que l’amiante est un minéral composé de plusieurs oxydes métalliques : chaux, magnésie, alumine, unis à l’acide qu’on désigne aujourd’hui par le nom d'acide silicique, qui rappelle le silex dont il est le principal composant.
- Ce minéral très répandu se trouve surtout dans les Hautes-Alpes, dans les Pyrénées, près de Rarèges, en Ecosse , en Corse, et dans la partie de la Savoie que l’on nomme la Tarantaise. C’est de ce dernier pays que vient l’amiante dont les filamens sont les plus longs et les plus soyeux.
- Les anciens filaient l’amiante et en faisaient des nappes, des serviettes, des coiffes, que l’on jetait au feu quand elles étaient sales , et qui en sortaient plus blanches que si on les eût lavées, parce que toutes les matières étrangères étaient détruites par le feu qui n’altérait aucunement le tissu. Le mot Amiante signifie une chose qu’on ne peut souiller.
- Chez les Grecs et les Romains , qui brûlaient les morts, on en faisait des linceuls dans lesquels on enveloppait les corps des rois , afin de recueillir leurs cendres pures de tout mélange. On trouva en 1702, à Rome, près de la porte Nœvia, une urne funéraire dans laquelle il y avait un crâne, des os brûlés et des cendres renfermés dans une toile d’asbeste d’une merveilleuse longueur : près de 2 mètres sur 1 mètre G00 millimètres de largeur. On voyait naguère au Vatican ce monument précieux.
- Les mèches incombustibles des anciens étaient faites avec l’amiante, qui, suivant certains auteurs, brûlait dans l’huile, sans se consumer. l)e là, la fable des lampes perpétuelles. Le nom d'asbeste, qui signifie inextinguible , parait môme avoir été donné à cette pierre d’après cet usage. Aldo-vrande, naturaliste de Pologne, du xvie siècle, assurait qu’on pouvait la réduire en huile, qui brûlait sans jamais se consumer. Les autres alchimistes, non moins amis du merveilleux, l’appelaient lin vif ou laine de Salamandre, parce que, d’après leurs idées, la salamandre était à l’épreuve du feu.
- Lorsque les filamens de cette substance sont assez longs, assez doux et assez flexibles, on parvient à les filer, surtout si on les mêle avec du coton ou de la filasse. Quand la toile est faite, on la jette au feu qui brûle le fil végétal ; il ne reste plus qu’un tissu d’amiante, mais qui est lâche et grossier. On est parvenu en Italie, il y a une vingtaine d’années, à fabriquer des tissus d’amiante d’une très grande finesse, et même de la dentelle. On en a également préparé du carton et du papier. Madame Perpenti, qui a fait revivre cette industrie , a présenté , il y a quelques années , à l’Institut de France, un ouvrage imprimé en entier sur du papier d’amiante. Le père Kircher parle d’un papier d’amiante qu’il jetait au feu pour en effacer l’écriture, et sur lequel il écrivait de nouveau. Suivant Sage, on fait, à la Chine, des feuilles d’un semblable papier, de G mètres de long, et même des étoffes en pièce. Les habilans des Pyrénées en font des bourses et des
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- jarretières, qu’ils vendent aux curieux qui visitent leurs montagnes. En Sibérie, à Nerwinski, on en fabrique aussi des bourses, des gants, etc.
- Le papier d’amiante pourrait servir avec avantage à conserver des litres précieux, si l’on faisait usage d’une encre minérale qui pourrait alors subir sans danger l’action d’une chaleur violente. Le carton préparé avec cette substance, quoique cassant, pourrait aussi offrir des avantages marqués dans plusieurs circonstances, et particulièrement dans les décorations de théâtre.
- Telle est l’histoire de ce minéral curieux dont la nature et les propriétés ont été si étrangement défigurées pendant des siècles. Elle servira, Messieurs, à vous faire apprécier ce qu’il y a de beau dans l’étude des sciences, toutes les fois qu’elles sont éclairées par une saine critique, puisque les erreurs, les préjugés, les superstitions ne peuvent long-tems résister à leurs sérieuses investigations.
- DIXIÈME LEÇON.
- Eîu l!,HflospBaore et du Sgoufre.
- Sommaire. — Étude du Phosphore. — Circonstances curieuses de sa découverte. — Ses caractères.— Composés qu’il forme avec l'hydrogène. — Origine des feux follets. — Des briquets phosphoriques. — Du Soufre. — Son abondance dans la nature. — Ses caractères. — Son extraction et sa purification. — Des allumettes et du briquet ordinaire. —De l’acide sulfureux. — Des applications de ce gaz au traitement des maladies de la peau.
- Du Phosphore.
- Le Phosphore est, parmi les corps simples, un des plus singuliers par l’ensemble de ses propriétés et sa manière d’être. Son nom, qui signifie porte-lumière, rappelle un de ses caractères les Plus remarquables, celui de répandrede la lumière dans l’obscurité.
- Son existence avait échappé aux anciens chimistes. En 1669, un marchand de Hambourg, du nom de llrand, adonné à l’alchimie et poursuivant la recherche de la pierre philosophale, afin de réparer les désastres de sa fortune, fut l’heureux auteur de cette découverte capitale 9ui, si elle ne l’enrichit pas, rendit son nom célèbre et le sauva de l’oubli. Kunckel, chimiste très-distingué de Wittemberg (1), se trou-
- (!) Jean Kunckel de Lœwenstern, né vers 1G12, était fils d’un chimiste de Holstein. Lon des premiers, il abandonna la fausse direction des alchimistes et employa la méthode expérimentale, laissant à d’autres le soin de faire des théories. La science lui e?1 redevable d’une partie de ses progrès au xvne siècle. D’abord chimiste et pharmacien auprès des ducs Charles et Henri de Lauenbourg, il passa au service de Jean «eorges II, électeur de Saxe, qui lui confia la direction de son laboratoire, il Dresde, avec des appointemens considérables. Les intrigues de ses ennemis l’ayant obligé
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- vant par hasard à Hambourg, et ayant appris la découverte de Brand , se mit en rapport avec lui, et fit tous ses efforts pour connaître la manière de se procurer ce corps extraordinaire , luisant constamment dans l’obscurité. Mais il ne put rien obtenir. Dans cet intervalle, ayant écrit à un de ses amis, Krafft, de Dresde, pour lui faire part de toutes ces nouvelles, celui-ci, sans lui répondre, accourt immédiatement à Hambourg, et achète le secret de la préparation du phosphore pour 200 thalers (environ 800 francs), avec la condition expresse que Brand ne communiquera jamais son secret à Kunckel. Retourné à Wittemberg, Kunckel fait de nouvelles instances auprès de Brand, qui lui apprend à la fin qu’il a traité avec Krafft moyennant le plus profond silence. Kunckel, indigné de la conduite perfide de son ami, résolut alors de chercher le singulier corps dont les propriétés merveilleuses excitaient si vivement sa curiosité. Quoiqu’il ne sut rien autre chose du procédé de Brand , sinon qu’il y employait de l’urine, il parvint enfin à en retirer le phosphore , dont il communiqua gratuitement le mode d’extraction à plusieurs personnes, et entre autres à Homberg, en présence duquel il fit l’opération , en l’année 1679.
- On peut donc regarder ce chimiste laborieux comme le véritable auteur delà découverte de cet élément, car ce n’est point par hasard, comme Brand, qu’il le trouva, mais à la suite d’un travail direct de plusieurs semaines. Le nom de phosphore de Kunckel, qui a été conservé presque jusqu’à nos jours à cette substance, prouve, ainsi que l’observe Lavoisier, que la reconnaissance publique se porte sur celui qui publie , plutôt que sur celui qui découvre, quand celui-ci fait mystère de sa découverte.
- 11 parait qu’à la même époque, l’illustre Boyle retira, comme Kunckel, le phosphore de l’urine, après en avoir vu un petit morceau que Krafft avait apporté à Londres, pour le faire voir au roi ( Charles II ) et à la reine d’Angleterre. Krafft lui ayant dit que la principale matière de son phosphore était quelque chose qui appartenait au corps humain , Boyle se mit aussitôt à l’œuvre, et, après bien des tentatives inutiles, accompagnées d’une foule d’accidens malheureux, il parvint à obtenir de petits morceau* de la grosseur d’un pois, auxquels il donna le nom de phosphore-glacial Il publia son procédé en 1680 , et pendant bien long-temsson préparateur, Godfrey Hankwitz fit le commerce du phosphore qu’il préparait très en grand, aussi ce corps fut-il appelé phosphore d'Angleterre.
- Jusqu’en 1737, la fabrication du phosphore ne cessa d’être regardée comme un mystère. A cette époque vint à Paris un étranger qui s’offrit de donner un procédé qui avait un résultat constant. Le gouvernement lui accorda une récompense, et il l’exécuta avec un plein succès dans le labora* toire du Jardin des Plantes, devant des commissaires de l’Académie des Sciences. Hellot publia ensuite ce procédé dans les mémoires de l’Aca'
- d’abandonner cette place, il se retira à Annaberg, près Wittemberg, où il remploi pendant quelque tems, la chaire de chimie à l’université de cette ville. Plus tard, il® rendit, sur l’invitation de Frédéric-Guillaume, à Berlin, pour diriger les fabriques verre et le laboratoire de l’électeur de Brandebourg. Ses économies lui permirent a faire l’acquisition d’une propriété seigneuriale, où il passa une partie de sa vie à des expériences de chimie pour son propre compte. Enfin, le roi de Suède, Charles Ah l’appela à Stockholm, lui conféra des titres de noblesse, avec la place de conseiller a 5 mines du royaume. Il mourut en 1702.
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- demie pour 1757 , et Rouelle l’exécuta publiquement dans son cours de la même année.
- Ce procédé consistait à évaporer à siccité de l’urine putréfiée, à chauffer jusqu’au rouge le résidu qu’on lavait ensuite pour en isoler les substances salines, à le faire sécher et à le soumettre au feu, dans des cornues de grès, à une très forte calcination. Ces opérations longues et pénibles étaient eu outre fort dispendieuses, puisqu’on ne relirait guère plus de 128 grammes de phosphore de 1540 litres d’urine; aussi ce corps était-il d’un prix très-élevé, et ne le voyait-on que dans les mains des gens les plus riches (1).
- Gahn, chimiste suédois , l’ayant découvert en 1769, dans les os des animaux, Schèele, son compatriote et son ami, trouva bientôt un moyen facile de l’extraire en quantité assez considérable de la cendre de ces matières. C’est depuis celte époque que le phosphore est très-commun. Le procédé que l’on suit aujourd’hui dans les fabriques de produits chimiques est celui de Schèele, modifié et perfectionné par les chimistes français. Lorsque nous vous parlerons des os, nous décrirons ce procédé, qui exige, pour être bien compris, des connaissances plus étendues que celles que vous possédez actuellement.
- D’après ce qui précède, l’urine et les os renferment donc du phosphore. Il en existe également dans presque toutes les parties du corps des animaux, non pas libre, mais à l’état de combinaison. Tantôt il est principe accessoire des organes et sous forme de sels, comme dans les urines, les os, la chair, le sang. Tantôt il est principe essentiel et intimement uni aux quatre élémens constitutifs des matières animales; c’est ainsi qu’il se trouve dans la substance du cerveau et des nerfs, dans la laitance, le foie et les œufs des poissons, dans les œufs des oiseaux, dans certains mollusques, tels que les huitres, dans les éponges, dans la fibre musculaire des animaux parfaits. On rencontre aussi quelques uns de ses composés dans les plantes et dans le règne minéral ; mais ils sont moins communs que chez les animaux. Cet élément n’existe point, d’ailleurs, à l’état de liberté dans la nature. Sa grande affinité pour l’oxygène s’y oppose.
- Le phosphore pur a toutes les apparences de la cire blanche. Il en a, en effet, la demi-transparence, la couleur et la mollesse. Sa forme habituelle est celle d’un cylindre de la grosseur d’une plume à écrire. Onia lui donne, dans le commerce, pour le manier plus facilement, en le coulant et le laissant refroidir dans des tubes de verre. Ces cylindres, qui exhalent une légère odeur d’ail, peuvent être coupés facilement avec un couteau et pliés plusieurs fois en sens inverse sans se rompre.
- (1) Alchild Bechil, alchimiste arabe du xnc siècle, parle, dans un petit traité manuscrit conservé à la Bibliothèque royale de Paris, d’une escarboucle artificielle, ou dune espèce de lave, obtenue par la distillation des urines avec de l’argile, de la chaux et des matières organiques charbonneuses. 11 n’est pas impossible qu’en employant ce procédé, avec certaines précautions, Alchild Bechil ait extrait le phosphore, auquel il aurait donné te nom d’escarboucle.
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- C’est un des corps les plus fusibles, puisqu’il se liquéfie complètement à -f- 43°. Mais il ne se convertit en vapeurs, en vase clos, qu’à une température de + 200° environ. La distillation du phosphore est, du reste, une opération fort dangereuse et rarement elle est pratiquée dans les laboratoires.
- Si, lorsque le phosphore est en pleine fusion dans un flacon rempli d’eau, ou mieux d’esprit de vin concentré, on agite continuellement le vase jusqu’à ce que le phosphore ait repris l’état solide, les particules du liquide, s’interposant entre celles du phosphore, empêchent ces dernières de se réunir, et on obtient alors une poudre jaunâtre assez fine. C’est là le seul moyen d’avoir le phosphore divisé.
- La lumière directe et diffuse lui fait prendre une teinte rouge, et ce phénomène remarquable se produit non seulement dans les liquides et les fluides élastiques, mais encore dans le vide.
- M. Thénard a fait l’observation que le phosphore, exposé à environ + 70°, devient noir lorsqu’on le refroidit subitement, reste transparent et incolore quand il se refroidit avec lenteur, et acquiert quelquefois l’aspect de la corne par un refroidissement modéré. Ces modifications sont d’une nature purement physique, puisque le phosphore noir partage avec le rouge la propriété de redevenir incolore par la fusion et un refroidissement très-lent. Elles se rapprochent ainsi du phénomène que nous présente le carbone dans ses différens états.
- C’est surtout dans son contact avec l’oxygène ou l’air que le phosphore nous offre des particularités curieuses. A la température ordinaire, il répand dans l’air des vapeurs blanches d’une odeur alliacée, et une lueur blanchâtre, qui n’est visible que dans l’obscurité. Cette propriété est bien connue des enfans, qui s’amusent à tracer des caractères avec un bâton de phosphore sur des planches noires ou sur les portes des caves, qui brillent alors de cette lueur blafarde qu’on appelle lumière ou flamme phosphoriquc. Ce phénomène est dû à une combustion lente dont le produit consiste en deux acides qui s’exhalent sous forme de fumée blanche, en condensant la vapeur aqueuse de l’air. Ces acides sont nommés acide phosphorique et acide phosphoreux.
- Il faut conclure de là que le phosphore possède une grande affinité pour l’oxygène. Elle est telle, en effet, que pour le conserver intact, on est obligé de le tenir plongé dans l’eau distillée bouillie ou dans un gaz impropre à la combustion, tel que l’azote, l’hydrogène, etc. Même à -f-1° ou à quelques degrés au-dessous de 0, le phosphore brûle lentement dans l’air ; et, dès qu’il est en masse un peu considérable, il s’échauffe bientôt assez pour s’enflammer vivement. Le même effet se produit par le frotte-
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- ment ou même par le simple contact d’un corps un peu rugueux, tel, par exemple, que du papier gris grossier : aussi le maniement de ce corps dans l’air n’est-il pas sans danger. Si on le tenait trop long-tems entre les doigts, sans le refroidir par l’immersion dans l’eau, la chaleur de la main en déterminerait promptement l’inflammation, et on courrait alors le risque d’être brûlé très profondément. Un droguiste de Lyon est mort, en moins de vingt-quatre heures, des suites de nombreuses brûlures qu’il reçut en pesant, hors de l’eau, plusieurs kilogrammes de phosphore qui s’enflammèrent immédiatement.
- A une température voisine de son point de fusion, le phosphore donnelieu à l’un des plus beaux effets de combustion, lorsqu’on le plonge dans le sein du gaz oxygène. Vous en avez été témoins dans la dernière leçon. Le produit de cette combustion vive estde Y acide phosphorique pur, non mélangé d'acide phosphoreux, comme dans le cas de la combustion lente. Lorsqu’on veut se procurer l’acide phosphorique, en même tems qu’obtenir le gaz azote pur, on pose sur un grand plat une petite coupelle bien sèche, dans laquelle on met un ou deux petits cylindres de phosphore bien essuyés ; on l’allume et on recouvre le tout d’une grande cloche en verre, dont on a préalablement desséché l’air en y laissant séjourner pendant plusieurs heures un morceau de chaux vive, ïl se produit alors une grande quantité de flocons blancs très légers qui se déposent sur le plat et les parois de la cloche. Lorsque tout l’oxygène de l’air est absorbé par le phosphore , celui-ci s’éteint. Le gaz de la cloche est de l’azote, avec des traces d’acide carbonique et de vapeurs de phosphore; on le débarrasse de ces derniers en l’agitant dans un flacon avec une solution de potasse caustique. Quand à l’acide phosphorique formé , on s’empresse de rassembler les flocons etde les renfermer dans un flacon sec et un peu chaud qu’on ferme hermétiquement. Cet acide est tout-à-fait anhydre ou privé d’eau; mais Pour peu qu’il soit laissé au contact de l’air pendant quelques instans, il s’humecte, et chaque flocon se transforme en une gouttelette liquide. Projeté dans l’eau, il produit, en s’y dissolvant, beaucoup de chaleur et un sifflement analogue à celui qu’occasionne l’immersion d’un fer rouge dans l’eau froide.
- Alors même qu’il est dissous dans les corps gras, le phosphore o’a pas perdu sa propriété de brûler dans l’air. Homberg, le premier, à la fin du xvne siècle, a indiqué aux amateurs de fantasmagorie le moyen de simuler des spectres au visage de feu. Il suffit tout simplement de frotter la figure avec de la graisse ou
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- de l’huile d’olive, dans laquelle on a fait dissoudre à chaud 1/6C de phosphore. Cette expérience n’est pas dangereuse ; il faut seulement éviter de mettre de cette dissolution dans les yeux. Dans l’obscurité, la face brille de ce feu, sans flamme et sans éclat, qui appartient au phosphore; les yeux et la bouche forment au milieu de ce visage blafard des trous noirs et hideux , et l’ensemble est bien propre à glacer d’effroi les esprits timorés et superstitieux.
- Si, au lieu de faire brûler ce corps dans l’oxygène ou l’air, on le place sous une colonne d’eau bouillante, et qu’on dirige alors sur lui, à l’aide d’un tube effilé, un courant de gaz oxygène, il se forme non-seulement de l’acide phosphorique qui se dissout dans l’eau, mais encore de Yoxyde de phosphore qui apparaît en légers flocons rouges qui flottent dans le liquide. Une combustion très vive se manifeste dans l’eau, aussitôt que les bulles d’oxygène atteignent le phosphore fondu. Cette expérience fort belle vous démontre, Messieurs, que, quand les affinités entre deux ou plusieurs corps sont énergiques, l’ignition se détermine aussi bien sous l’eau que dans l’air, et que l’eau est impuissante, dans ce cas, pour éteindre le feu.
- Parmi les composés du phosphore, ceux qu’il forme avec l’hydrogène sont, sans contredit, les plus intéressans, à cause de leurs singulières propriétés et des circonstances dans lesquelles ils prennent naissance.
- Dès 1669, Boyle, en travaillant à la découverte du phosphore, avait remarqué la production d’un gaz spontanément inflammable dans l’air, mais il n’en connut pas la nature. En 1793, Gengembre, chimiste français, obtint ce gaz particulier en faisant bouillir une lessive de potasse caustique avec moitié de son poids de phosphore, et en recevant le fluide élastique qui se forme dans ce cas sous des cloches pleines de mercure. Il s’assura que ce nouveau gaz est une dissolution de phosphore dans le gaz hydrogène, et il lui donna le nom de gaz phosphorique, que plus tard on changea en celui de gaz hydrogène phosphore.
- Dans l’opération de Gengembre, que je repète sous vos yeux, les deux principes de l’eau, en s’unissant chacun isolément à des proportions convenables de phosphore, donnent lieu tout à la fois à de l’hydrogène phosphoré et à un acide peu oxygéné, qu’on appelé acide hypopiiospiioreux. Le premier composé prend la forme de fluide élastique et se dégage ; le second reste dans la fiole, en combinaison avec la potasse, et constitue de Vhypophosphite de potasse. La légende suivante va vous faire mieux comprendre cette curieuse réaction :
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- /oxygène
- hydrogène
- t gaz hydrogène \ pliosphoré-------1
- f acide l hypophosphoreux—
- Phosphore=
- ire portion phosphore
- 2e portion phosphore
- =?=hypophosphite de potasse.
- Potasse
- Voilà ce qu’on appelle une théorie chimique.
- Si, après avoir rempli un flacon de ce gaz incolore, on incline le vase sous le mercure ôu l’eau, de manière à en faire sortir quelques bulles, à peine sont-elles parvenues à la surface du liquide , qu’on les voit prendre subitement feu, avec une petite-explosion, et émettre des vapeurs blanches qui s’élèvent dans l’air sous forme de couronnes. Rien n’est plus joli que ce phénomène. Ces élégantes couronnes, qui s’agrandissent peu à peu dans leur ascension, si l’atmosphère est tranquille, sont dues à de l’eau et à de l’acide phosphorique, résultant de la combinaison instantanée de l’oxygène de l’air avec les deux principes constituans du gaz.
- Vous devez bien penser, Messieurs -, que l’oxygène pur doit produire le même phénomène, et d’une manière encore plus énergique. Chaque bulle de gaz phosphorique qui arrive dans une cloche pleine d’oxygène fait.jaillir une lumière si vive, que la vue en est péniblement affectée. Il serait imprudent de faire passer dans la cloche plusieurs bulles à la fois du gaz combustible : la réaction pourrait devenir assez violente pour chasser le vase des mains de l’opérateur.
- Si l’on jette dans un verre plein d’eau quelques morceaux du composé désigné sous le nom de phosphure de calcium, et qui n’est, comme l’indique ce nom, qu’un composé de phosphore et du métal de la chaux, il se produit la même réaction que dans l’opération de Gengembre. De l’hydrogène phosphoré monte bientôt à la surface de l’eau , sous forme de petites bulles qui crèvent en prenant feu. Il en résulte une succession d’éclairs ou de
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- lames de feu, qui ne cessent d’apparaître que lorsque tout îe phosphure de calcium est détruit. Cette expérience n’étonne pas moins les personnes étrangères à la science que la combustion vive du phosphore au sein de l’eau.
- Peu de tems après la découverte du phosphure de calcium , Schmeisser, professeur de chimie à Hambourg, se trouvant à Londres, fit voir, dans une leçon publique, la décomposition de ce corps par son immersion dans l’eau, et la combustion spontanée du gaz hydrogène phosphoré qui en résulte. « ïl faudra, s’écria un des spectateurs , renvoyer tous ces Allemands, sans quoi ils finiront par mettre le feu à la Tamise ! »
- Le singulier gaz qui nous occupe a une saveur amère et une odeur fétide qui a quelque ressemblance avec celle de l’ail ou du poisson pourri. 11 perd son inflammabilité lorsqu’on le mêle avec 5 fois son volume d’hydrogène, ou avec de l’acide carbonique ,;de l’azote ou d’autres gaz ; il ïa perd également , surtout à la lumière, lorsqu’on le conserve sur l’eau ou sur le mercurer et, dans ce cas, il laisse déposer une matière granuleuse jaunâtre, qui n’est autre chose qu’un phosphure d’hydrogènesolide, contenant beaucoup plus de phosphore que le phosphure d’hydrogène gazeux.
- On obtient immédiatement ce gaz, non spontanément inflammable, en projetant du phosphure de calcium, non dans l’eau , mais dans de l’acide chlorhydrique concentré. Il se forme alors, en même tems que le gaz, une quantité considérable de phosphure solide, qui reste en suspension dans l’acide sans y subir d’altération. C’est ce même gaz que sir H. Davy recueillit, en 1812, en chauffant une dissolution concentrée d’acide phosphoreux. Jusque dans ces derniers tems, on a considéré le gaz non spontanément inflammable comme distinct de celui qui brûle instantanément au contact de l’air , et on leur avait donné, en conséquence, des noms diflférens : au premier, celui de gaz hydrogène phosphoré ; au second, celui de gaz hydrogène per phosphoré. Mais H. Rose, en 1832, et M. Paul Thénard, en 1844, ont mis hors de toute évidence que ces deux gaz ont absolument la même composition. Ce dernier chimiste a trouvé la véritable cause de l’inflammabilité spontanée du gaz hydrogène perphosphoré dans l’existence d’un phosphure d'hydrogène liquide, inconnu jusqu’alors, qui existe en dissolution dans le gaz, et qu’on peut en isoler par un simple abaissement de température.
- Ce nouveau phosphure d’hydrogène est liquide au-dessous de — 10° ; sa tension est considérable ; il est sans couleur et d’une transparence parfaite. II s’enflamme avec une extrême énergie au contact de l’air, et il y brûle avec une flamme blanche douée de l’éclat le plus vif. Il n’en faut que des traces pour communi-
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- an; phosphore.
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- qiver indistinctement à tous les gaz combustibles laf propriété de prendre spontanément feu dans l’air. Ce qu’il offre de curieux, c’est que la lumière solaire, et, nécessairement, une température un peu élevée, le changent rapidement en phosphure d’hydrogène solide et en gaz hydrogène phosphore non spontanément inflammable.
- En définitive, il y a donc, comme vous voyez, trois phos-phures d’hydrogène distincts : un phosphure jaune solide peu combustible, un phosphure liquide excessivement combustible , et un phosphure gazeux, qui n’est spontanément inflammable dans l’air qu’autant qu’il renferme quelques traces imperceptibles du second.
- Ces trois composés ne peuvent point exister dans la nature, en raison de l’action énergique que l’air exerce sur eux. Mais ils se produisent spontanément dans les lieux où sont enfouies des matières animales,et surtout dans les marais et les cimetières humides. Nous avons dit précédemment que le phosphore est un des élémens de la matière cérébrale, des nerfs et de quelques autres parties organiques, bar la décomposition lente de ces substances au sein de la terre humide, une quantité plus ou moins grande de gaz hydrogène phosphoré, seul ou mêlé de phosphure liquide, prend naissance et vient se répandre dans l’atmosphère, dès qu’il trouve à se glisser entre les fissures que présente le sol. Alors il s’enllammele plus souvent, et produit ces feux subitset vacillans que les gens de la campagne voient avec tant d’inquiétude et de terreur pendant la nuit, et qu’ils ont nommés feux follets, feux ardens, flambards(i). Ces vapeurs lumineuses sans chaleur , comme les appelait Newton, apparaissent bien plus fréquemment eu été qu’en hiver, parce que la décomposition spontanéedes matières animales est plus active dans la première que dans la dernière de cessaisons. Elles se montrent particulièrement dans les endroits où le sol, sillonné de crevasses, recouvre des débris organiques enfouis depuis long-tems. Dans les vastes marais des Etats-Unis, notamment dans la vallée où coule le Connecticut, Ces lueurs passagères sont bien plus fréquentes que dans aucune partie de l’ancien continent, et, en Amérique, aussi bien qu’en Europe, ces feux follets sont une source de superstitions populaires, une cause de déception et de périls pour les voyageurs égarés pendant la nuit dans des contrées marécageuses.
- Ea phosphorescence des poissons morts, bien connue de tout le monde, est due à l’émission lente d’hydrogène phosphoré, qui provient de la putréfaction de leur laite, matière très-riche en phosphore, ainsi que Fourcroy et Vauquelin l’ont découvert en 1807.
- (1) Les Japonais et les Chinois ont eu, les premiers, une idée vraie de la nature des feux follets. Voici un passage curieux de l’encyclopédie japonaise, San-Thsaï-thou-houï, • lui le prouve : « Le feu follet naît du corps des hommes et des animaux morts. » (Voyez Abel Rémusat, isolions et Extraits des Manuscrits de la bibliothèque du Loi, t. Il, Paris, 1827. )
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- Le phosphore , dont nous venons d’examiner les principaux composés, a reçu plusieurs applications utiles qu’il faut vous indiquer. Les chimistes l’emploient souvent pour faire l’analyse de l’air. Les médecins le prescrivent quelquefois, comme un stimulant du système nerveux, en dissolution dans l’éther, les huiles ou les graisses, seuls corps qui le dissolvent sensiblement. Mais c’est un remède fort dangereux, car, à des doses peu élevées, il produit souvent les accidens les plus graves, et même la mort, en irritant violemment les membranes avec lesquelles il est en contact.
- Son principal usage est de servir à la fabrication des allumettes qui s’enflamment par le frottement, et que l’on désigne sous le nom d'allumettes chimiques ou allemandes. On en consomme de très grandes quantités pour cet objet, ainsi que nous le verrons plus tard. Ces allumettes ont remplacé avec avantage les anciens briquets phosphoriques, qu’on fabriquait très simplement en fondant un peu de phosphore dans des tubes de verre ou de plomb.
- En Prusse, on fait usage, depuis quelque tems, pour détruire les rats et autres animaux nuisibles, d’un mélange de farine, de phosphore et d’eau, divisé en boulettes. Mais cette mort-aux-rats , très efficace, offre de graves inconvéniens dans son emploi. Elle peut devenir une cause d’incendie, et faire mourir les volailles et autres animaux de basse-cour : car il a été constaté que la bouillie phosphorée peut conserver long-tems ses propriétés toxiques, même lorsqu’elle a été continuellement expo*-sée à l’action de l’air et de l’humidité.
- Du Soufre.
- Si le soufre n’offre pas un ensemble de propriétés aussi remarquables que le phosphore, il est cependant un des corps simples les plus intéressans, en raison des nombreux services qu’il rend sous toutes les formes qu’il revêt. C’est aussi l’un des plus répandus dans la nature, soit à l’état de liberté , soit en combinaison avec les autres élémens. Il est connu de toute antiquité, mais on a long-tems ignoré sa véritable nature.
- « Il n’y a point de nom, dit Macquer, l’an des plus célèbres chimistes français du xvme siècle, qu’on ait autant employé que celui-ci dans la chimie, et en même tems dont on aitsifort abusé. Les anciens chimistes n’en avaient pas d’autre pour désigner toutes les substances inflammables et pqmbustibles, de quelque nature différente qu’elles fussent d’ailleurs- L®
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- Dl! SOUFRE.
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- soufre, selon eux, était un des principes des corps ; ils en trouvaient partout » (1). Beccher, et surtout Stahl, son élève, rectifièrent ces idées erronées à la fin du xvne siècle, en démontrant la nature différente des corps confondus sous ce nom commun de soufre; mais ils se trompèrent aussi bien que leurs devanciers en regardant le soufre ordinaire comme un corps composé. Ce n’est qu’à l’époque de la révolution chimique de la fin du dernier siècle, que les savans français reconnurent la simplicité de nature de ce corps, qui n’a cessé depuis d’être rangé parmi les élémens.
- Pur ou mêlé à des matières terreuses, le soufre se présente, sous différentes formes, dans la plupart des terrains qui constituent l’écorce du globe. On l’observe en couches, en amas, en veines, dans des roches de diverse nature ; quelquefois il est cristallisé régulièrement, souvent aussi en petits grains et en poussière.
- C’est surtout auprès des volcans en activité qu’il est plus abondant. Il est rejeté en quantités considérables par les montagnes ignivomes. Le Yésuve, l’Etna, les volcans de l’Islande, de Java, de la Guadeloupe, de l’Amérique méridionale, en vomissent constamment. Il y a certains volcans éteints dont les environs sont tellement imprégnés de soufre, jusqu’à des profondeurs de 10 mètres et audelà, qu’on leur a donné les noms de terres de soufre, de solfatares, de soufrières ; telle est la solfatare de Pozzuolo, dans le golfe de Baies, non loin de Naples ; celle des Antilles , etc.
- Ce sont principalement les solfatares de l’Etna qui nous fournissent tout le soufre nécessaire aux besoins de l’industrie. Ce produit, qui nous est importé par toute espèce de navires, nous vient surtout des villes de Mazzara , Girgenti et Alicata , situées dans la vallée de Mazzara, en Sicile. Les ports français où s’expédie cette matière première sont Marseille, le Havre et Rouen. H en entre actuellement en France 23 millions de kilogrammes. En 1834, la valeur du soufre exporté de la Sicile s’éleva à la somme de 7,157,579 fr. Les mines de soufre de cette île occupent environ 20,000 personnes sur une population de 2 millions d’individus.
- L’existence du soufre dans le règne organique est connue depuis longues années des chimistes. On l'a signalé, dès les tems les plus anciens, dans certaines plantes, telles que le raifort, les radis, le cresson, le cochléaria, les navets, les semences de moutarde , les oignons ; et, depuis peu, on sait que les fleurs de sureau , de tilleul, d’oranger, et beaucoup d’autres plantes en renferment. Certaines matières animales en contiennent aussi des
- (1) Maèquer, Dictionnaire de Chimie, t. 2 , p. i2/i.
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- quantités sensibles, telles entr’autres que les œufs, la libre musculaire, le caillé du lait, la laine, les cheveux, les poils, les crins, la matière cérébrale, les limaçons de vigne, les poumons de veau , etc. Lors de la démolition de la Bastille, en 1789 , on a trouvé dans les fossés, où séjournaient depuis long-tems des substances animales et végétales, de petits grains et cristaux de soufre, qui, très probablement, étaient le produit de la décomposition de ces matières organiques.
- Nous verrons plus tard quels sont les composés du soufre qui se rencontrent à la surface du globe.
- Dans son état de pureté, cet élément présente une belle couleur jaune de citron; il n’a ni saveur, ni odeur; cependant le frottement lui communique une légère odeur et la faculté d’attirer à lui les corps légers dont on l’approche. Quelquefois opaque, il est, le plus habituellement translucide ou transparent.
- Serré dans la main, un bâton de soufre fait entendre un craquement particulier et se brise souvent en plusieurs endroits. Cela tient à ce qu’étant mauvais conducteur du calorique, ses parties intérieures se dilatent très inégalement et par conséquent se séparent dans les points du bâton les plus échauffés par la main. 11 est très cassant et facile à réduire en poudre.
- Le soufre revêt très souvent des formes cristallines régulières; mais, ce qu’il y a de très remarquable, c’est qu’il peut prendre deux formes incompatibles, c’est-à-dire appartenant à deux systèmes distincts de cristallisation. Ainsi, les cristaux de soufre naturel sont des octaèdres à bases rhombes, tandis que les cristaux qui se forment par le refroidissement graduel du soufre, d’abord liquéfié par la chaleur, sont de longues aiguilles transparentes ou des prismes obliques à bases rhombes. Mais ce qu’il y a de bien curieux, c’est que cette modification de la forme cristalline du soufre, produite à une température élevée, ne se conserve pas à la température ordinaire. Au bout de quelques jours, les aiguilles, qui d’abord étaient transparentes et un peu flexibles , deviennent opaques et extrêmement friables. Examinez-les alors au microscope, et vous verrez qu’elles sont composées d’une multitude de petits octaèdres enchâssés les uns à la suite des autres, comme les grains d’un chapelet.
- Cette différence de forme dans un corps, au même état de pureté, tient évidemment à ce que, dans le même solide, il y a des arrangemcns moléculaires particuliers, en vertu desquels les atomes se trouvent disposés dissemblablement dans des parties différentes de la masse. L’exemple du soufre n’est point un fait isolé. Nous retrouvons le même phénomène dans la plombagine et le diamant, dans le phosphore, dans le carbonate de chaux naturel, dans J’acide arsénieux, dans les pyrites ou sulfure de fer, etc. Les
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- DIT SOUFRE.
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- corps dans lesquels la nature chimique demeure la même, et qui, par suite de quelques variations dans la forme cristalline, montrent des différâmes essentielles dans leurs diverses propriétés physiques, sont aujourd’hui en assez grand nombre pour qu’on soit conduit à y voir une loi de la nature. On donne le nom de DIMORPHISME ou mieux de POLYMORPHISME à la loi qui régit ces modifications de forme et de propriétés physiques dans les corps de même constitution chimique. Toutes les fois donc que deux corps chimiques identiques se présentent avec des caractères différens sous le rapport de la forme cristalline , de la densité, de la dureté , de la couleur et autres propriétés physiques, on les nomme CORPS DIMORPHES ou POLYMORPHES, et l’on rapporte les modifications qu’ils offrent à des changemens, à des différences dans le groupement de leurs atomes.
- Le soufre entre en fusion à -j- 111° 5, et forme un liquide très fluide, de couleur citrine, qui dépose , par un refroidissement lent, sur les parois du creuset dans lequel on opère, de belles aiguilles prismatiques d’une transparence parfaite. C’est Rouelle, célèbre professeur de chimie du dernier siècle, qui a indiqué cette manière d’obtenir le soufre cristallisé.
- Si, au lieu de laisser refroidir le soufre fondu , on le chauffe progressivement jusqu’à -f- 220°, chose singulière ! il s’épaissit de plus en plus en se colorant en rouge, et il devient enfin tellement épais, qu’il ne coule plus et qu’on peut renverser le vase sans qu’il s’en échappe une seule goutte.
- Depuis -f- 250°jusqu’au point d’ébullition, qui paraît être vers +400°, il semble se liquéfier, mais il conserve toujours sa couleur rouge. Refroidi jusqu’à + 111° 5, il présente toutes les pio-priétés qu’il avait avant d’avoir servi à ces expériences. Chaude de nouveau, il s’épaissit, se colore, etc. Le même échantillon Peut ainsi offrir indéfiniment ces modifications, ce qui démontre qu’elles ne sont pas dues à une altération , comme onl avait d a-bord pensé (1).
- Mais ce qui n’est pas moins curieux, c’est que le soufre épais, refroidi subitement par son immersion dans l’eau, reste mou, transparent, et conserve sa belle couleur rouge. Il est alors assez mou et assez ductile pour qu’on puisse le tirer en fils aussi fins qu’un cheveu et de plusieurs décimètres de longueur. Le soufre fondu à -f- lll» 5, soumis au même traitement, devient au contraire cassant, opaque, et garde sa couleur jaune.
- vl) Lecat, célébré chirurgien de Rouen dans le couis duMe ^ tJcadémk dr
- Premier, en 17G0, ces singulières propriétés du soulie. (\ on le r «.•„ ...m i>mat
- Koueu, v. 2., ,p. 140.) Cependant, dès le xm« siècle, Albert-le-Grapd .«ail signale l elai Pâteux par lequel liasse le soufre avant de se réduire en ' apeiu.
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- La causequi produit ces changemens physiques si profonds dans uu corps qui ne change pas de nature, réside très-probablement encore dans la disposition symétrique des molécules, dans un groupement particulier et nouveau qui s’opère entre les atomes dont l’équilibre est modifié par la chaleur. C’est un nouveau cas de POLYMORPHISME qui prouve que les liquides y sont aussi bien soumis que les solides. Ce qui est surtout digne de fixer l’attention , c’est que la trempe ou l’immersion dans l’eau froide ramollisse le soufre au lieu de le durcir. Nous verrons plus tard que le bronze présente le même phénomène.
- Chauffé fortement en vase clos, le soufre entre en ébullition vers -f- 400° et se réduit en vapeurs de couleur orangée, qui se condensent par le contact d’un corps froid sous la forme d’une poussière très fine, qu’on appelle vulgairement fleur de soufre.
- Il prend feu dans l’air à la température de + 150° environ. Il produit alors une flamme bleuâtre et répand des vapeurs dont l’odeur vous est bien connue, puisque ce sont elles qui se forment quand on embrase des allumettes ordinaires (1). Ces vapeurs consistent en un gaz nommé acide sulfureux. Dans l’oxygène pur, l’ignition du soufre est bien plus vive que dans l’air, et 1 volume d’oxygène produit, à quelques millièmes près, 1 volume égal de gaz acide sulfureux. Lorsque l’air ou l’oxygène est humide, outre ce dernier gaz, le soufre donne encore naissance, par sa combustion, à un autre acide plus oxygéné, qui porte le nom d'acide sulfurique ; mais la quantité de ce dernier est toujours très faible.
- Le soufre peut s’unir à presque tous les autres élémens. Avec l’hydrogène, il forme un gaz acide , Yacide sulfhydrique ou Yliy-drogène sulfuré, dont nous parlerons bientôt.
- Il est insoluble dans l’eau et sans action sur elle à toute espèce de température.
- Le soufre étant volatil et presque toujours mêlé ou combiné avec des matières qui ne le sont pas, son extraction n’offre, pour ainsi dire, aucune difficulté. On se borne à purifier celui qu’on trouve dans les solfatares, à l’aide de deux distillations successives. La première est pratiquée sur le lieu même de l’exploitation ou à peu de distance de la soufrière ; on introduit la mine de soufre en petits fragmens dans des espèces de pots en terre, d’une capacité de 20 litres environ, qu’on range sur les deux côtés d’un
- (1) « Le soufre a tant de force, dit Pline, que pour peu qu'on en jette sur le feu, sa vapeur décèle sur-le-champ si quelqu’un est sujet à l’épilepsie. Anexilas s’amusait à en faire brûler quelques grains dans un vase à boire, où préalablement il mettait des charbons allumés, et qu’il promenait dans une salle de festin; des flammes sinistres se reflétaient sur tous les visages, où elles répandaient une pâleur cadavéreuse. Il n’est point de substance plus combustible, ce qui prouve qu’aucune ne contient plus de principes ignés. La foudre, les éclairs ont aussi l’odeur sulfureuse ; leur lumière même ressemble .à la lueur du soufre enflammé. » (Pline, Ub. 35, c«p. 50.)
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- fourneau en briques, plus long que large, qu’on appelle galère. Les vapeurs sont condensées dans d’autres pots en communication avec les premiers et placés en dehors du fourneau. Le soufre liquéfié s’écoule alors dans des baquets pleins d’eau, où il se fige en morceaux irréguliers.
- MllltSgyÆiÜlillU:
- Ce mode d’opérer est suivi à la solfatare de Pozzuolo. Mais , en Sicile, l’extraction du soufre est, pour ainsi dire, dans l’enfance. En effet, on calcine en plein air les gros morceaux tirés de la mine en les entassant en forme de voûte. Une portion du soufre, en brûlant, se réduit en gaz acide sulfureux, pendant que l’autre, mise à l’abri de l’air et entourée de ce gaz sulfureux, se liquéfie et coule sur le pavé du fourneau ; de là elle se rend dans des récipiens en bois ayant la forme de pyramides tronquées. Cette grossière distillation fait éprouver une perte de 17/18, et souvent même il arrive, en hiver, que le soufre se perd entièrement lorsque, par l’agitation de l’air, il passe totalement à l’état de gaz sulfureux. Ce mode vicieux de préparation cause les plus grands dommages à l’agriculture, et nuit considérablement à la santé des ouvriers. Le professeur Maravigna, de Catane, a proposé, en 1858, un mode d’extraction du soufre par fusion, qui a été couronné par l’Institut royal de Palerme; mais les propriétaires des mines de soufre n’ont pas voulu jusqu’à présent l’employer par entêtement routinier.
- Le produit de cette distillation est expédié dans le commerce en blocs ou pains du poids de 28 à 30 kilogrammes, ayant la forme d’une pyramide tronquée ; mais, pendant le transport, ces pains se brisent et se réduisent en poussière et en fragmens irréguliers de diverses grosseurs. C’est là ce qu’on appelle le soufre brut, dont la couleur est jaunâtre, jaune verdâtre , brunâtre ou grise. Les morceaux de couleur grise ou brune sont distingués par le nom de soufre vif.—Le soufre brut est souillé de bitume et de matières terreuses dont la quantité moyenne ne dépasse pas 3 à 4 p %, mais qui va jusqu’à 26 p. % dans les fragmens qui forment la base des pains en pyramides.
- Une seconde distillât ion, faite avec soin , est donc indispensable pour sé-
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- parer lc'soufre de ces matières étrangères et le rendre propre aux différais usages des arts et delà médecine. On l’exécute aujourd’hui, à Marseille, à Rouen, à Paris, dans un appareil qui a été imaginé, en 1815, par M. Michel, manufacturier de Marseille, et qui permet d’obtenir à volonté du soufre en canon et du soufre en fleurs.
- Cet appareil consiste en une grande chaudière de fonte fl, faisant l’office de cornue, et en une vaste chambre en maçonnerie &, qui sert de récipient. La chaudière peut contenir de 7 à 800 kilogr. de soufre. Au-dessus, existe une embrasure c , dans la maçonnerie , qui imite le col d’une cornue et par laquelle le soufre réduit en vapeur pénètre dans la chambre. Sur le devant de ce conduit est une porte en fonte épaisse d, qui sert à charger la chaudière et à enlever les résidus. Dans le tuyau situé à la partie supérieure de la chambre, est une soupape e, qui donne issueaux gazdila-tés sans permettre la rentrée de l’air extérieur.
- Si, dans un tems donné, on distille beaucoup de soufre, la chaleur produite par la condensation des vapeurs échauffe les murs de la chambre assez fortement pour que le soufre qui y arrive prenne l’état liquide. H coule alors sur le sol. On le retire à mesure au moyen d’une ouverture à robinet o, pratiquée à la partie la plus déclive de la chambre, et on le reçoit dans des moules de buis, légèrement coniques et humides , qu’on plonge ensuite dans un baquet d’eau froide. ïl prend alors la forme de cylindres, cristallisas confusément dans l’intérieur, de 22 à 24 centimètres de longueur, d’un beau jaune et d’une grande pureté , qu’on vend dans le commerce sous le nom de soufre en bâtons ou en canons.
- Lorsque la capacité de la chambre est très vaste ou qu’on y fait arriver les vapeurs de soufre avec moins de rapidité, en suspendant la distillation pendant la nuit, celles-ci se condensent sur les murs peu chauds sous la forme d’une poudre jaune, qui est la fleur de sou fre ouïe soufre sublimé-Riais, dans cet état, le soufre est moins pur que lorsqu’il a été fondu ; il est toujours imprégné d’acide sulfureux ou sulfurique dont on le débarrasse aisément par des lavages à l’eau bouillante.
- Matière première d’une foule d’opérations chimiques, le soufre est un objet d’immense consommation. C’est un des ingré-diens de la poudre à canon et de la plupart des poudres d’artifice. On jugera de la dépense qui doit en être faite en tems de
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- guerre, en sachant que chaque coup d’une pièce de 24 emploie 4 kilogrammes de poudre, qui renferment près de 500 grammes de soufre. On l’emploie souvent pour sceller le fer dans la pierre, en le mélangeant avec de la limaille de fer, du sel ammoniaque et de l’eau. La médecine tire un parti très avantageux de ses propriétés médicamenteuses, surtout pour combattre les maladies de la peau. Dès le xme siècle, Albert-le-Grand signalait l’effleacité du soufre dans le traitement de la gale. Les modeleurs et les graveurs se servent du soufre fondu pour prendre de belles empreintes de médailles.Pour cela, ils coulent sur la médaille légèrement huilée qu’ils veulent reproduire du plâtre bien fin, gâché en bouillie claire, et obtiennent ainsi un moule en creux dans lequel ils versent ensuite du soufre qui prend l’empreinte de la médaille et se durcit très-rapidement. C’est ainsi qu’on fait toutes ces médailles en soufre qu’on vend sur les places publiques. On colore le soufre en rouge avec du minium, ou en noir avec de la plombagine.
- Sa grande combustibilité et son bas prix le font employer, depuis les siècles les plus reculés, pour déterminer la combustion des autres corps moins inflammables. Les allumettes sont peut-être encore le meilleur moyen de se procurer de la lumière (l).
- Peur préparation est fort simple. On les fait généralement avec du bois de tremble, de peuplier, de saule, de bouleau très-sec, qu’on fend, au moyen d'un grand couteau analogue à celui des boulangers, en petites bûchettes carrées. Rien n’égale la dextérité des ouvriers qui exécutent cette opération; ils débitent de4à S,000 bûchettes à l’heure. On a imaginé des machines ou rabots qui fendent jusqu’à 00,000 allumettes à l’heure, mais on n’en fait point usage, parce que leur prix de construction et d’entretien est lrop élevé relativement à la valeur du produit qu’elles fournissent. Les bûchettes une fois obtenues , on les dispose en paquets ou bottes dont on Plonge alternativement les deux bouts dans du soufre fondu. Chaque bûchette retient une goutte de soufre, qui ne tarde pas à se solidifier et à adhérer au bois.
- Pour produire du feu et enflammer les allumettes, on se sert, dans les ménages, du briquet, qui se compose de trois parties essentielles: d’une lame d’acier, ordinairement façonnée en couronne ovale et plate ; d’un fragment de silex ou pierre à fusil dont les bords sont taillés en tranchant ; et d’une substance végétale très-combustible , connue sous le nom d'amadou. C’est la chair d’un champignon, Pavane amadouvier, qui ccoît sur les vieux chênes. On la divise en tranches peu épaisses qu’on des-scche, qu’on bat pour les amollir et les étendre en lames plus minces, et ^on trempe dans une dissolution de salpêtre, ou qu’on roule dans de la P°udrc à canon très fine, pour les rendre plus inflammables.
- h) Dès le xvie siècle, les allumettes étaient connues et employées, puisque Georges
- "ricola, célèbre métallurgiste saxon de cette époque, en parle comme d’un objet c "sage journalier pour allumer le teu.
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- Rien n’est si vulgaire que l’emploi du briquet, et rien, cependant, n’est si peu connu que la théorie de cet instrument. Dans le monde, chez les gens instruits, on se fait la plus fausse idée de l’origine du feu que le briquet procure. Ouvrez un dictionnaire, et vous y lirez que « le briquet est une petite pièce d’acier dont on se sert pour tirer du feu du silex » / C’est » là un grossier contresens, comme vous allez voir.
- Lorsqu’on passe rapidement la lame d’acier sur le'silex, les aspérités tranchantes de cette pierre si dure tracent un sillon dans le métal, en détachent \ de petits copeaux que le frottement échauffe jusqu’à l’incandescence, et qui brûlent alors dans l’air en s’oxydant. C’est donc la combustion rapide des parcelles de l’acier échauffé par le choc de la pierre qui détermine ces étin- f celles qui tombent sur l’amadou et l’enflamment. C’est la même cause qui fait jaillir le feu sous les pieds des chevaux. Leurs fers, en frottant vive- | ment contre les pavés, s’échauffent, se liment, et les particules métalliques qui s’en détachent brûlent vivement en absorbant l’oxygène de l’air.
- Qui ne sait que le frottement est une source abondante de chaleur? Les peuplades sauvages n’ont d’autre moyen de se procurer du feu qu’en attachant fortement deux morceaux de bois l’un contre l’autre, passant un autre bâton entre les deux, et le faisant tourner rapidement comme un vilebrequin. Dans certains pays, on met une corde autour d’un bâton bien sec, on la tire à droite et à gauche, et le frottement fait prendre feu au bois. Enfin , deux disques de glace que l’on frotte l’un contre l’autre dans une atmosphère au-dessous de 0° ne tardent pas à fondre, ainsi que l’a constaté sir H. Davy.
- Yous le voyez, Messieurs, il n’est d’art si simple, de pratique si commune qui ne puisse fournir au chimiste l’occasion d’employer utilement ses connaissances et de rectifier des erreurs que le tems a, pour ainsi dire) consacrées.
- Nous terminerons cette leçon par l’étude d’un des composés I
- les plus importans du soufre : Y Acide sulfureux. Dans la pr°‘ chaîne nous parlerons de l’acide sulfurique et du gaz hydrogène sulfuré.
- De l’Acide sulfureux.
- L’acide sulfureux a dû être un des premiers acides connus» puisqu’il se forme en abondance dès que le soufre brûle au con-tact de l’air. Néanmoins, ce n’est que vers le commencement du xvne siècle qu’il a été considéré comme un corps particulier pal AndréLibavius, médecin-chimiste de Halle, en Saxe, qui le de* I signa sous le nom d'esprit acide de soufre. Sa véritable compost' tion n’a été trouvée qu’en 1777 par Lavoisier , et son histoire n a été complétée que dans ces dernières années.
- Cet acide se produit et se dégage en très grande quantité dans le voisinage des montagnes soumises à l’action des feux soute!’' rains. Tous les volcans en activité, excepté toutefois ceux de 1(’' quateur, d’après M. Boussingault, en exhalent de leurs cratères»
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- mais surtout pendant et après leurs éruptions. Les solfatares en présentent un dégagement permanent. C’est lui qui rend l’approche de ces lieux si dangereuse, en raison de la suffocation qu’il détermine. On lui attribue la mort de Pline le naturaliste, qui périt pour avoir voulu examiner de trop près la fameuse éruption du Vésuve du 24 août de l’année 79 de l’ère chrétienne, qui, le môme jour, ensevelit Herculanum, Pompéia et Stabia, sous un déluge de cendres.
- Ce gaz, une fois plus lourd que l’air et invisible comme lui, décèle bientôt sa présence par son odeur piquante et désagréable. Quand on le respire en trop grande quantité, il irrite la gorge, provoque la toux etl’éternûment, fait couler les larmes, cause une oppression très douloureuse et bientôt asphyxie et tue.
- 11 éteint subitement les corps en combustion et rougit fortement la teinture de tournesol, dont il dégrade ensuite peu à peu la couleur.
- Il résiste aux plus hautes températures sans se décomposer.
- 11 est absorbé assez promptement par l’eau, qui manifeste pour ce gaz beaucoup d’affinité, puisqu’elle en dissout 43 fois son volume, à la température de -f- 18°. Cette dissolution a l’odeur, la saveur et toutes les autres propriétés de l’acide gazeux. Exposée au contact de l’air, elle en absorbe lentement l’oxygène et se convertit en acide sulfurique. Il faut donc la conserver à l’abri de ce fluide.
- L’acide sulfureux n’est point un gaz permanent, puisque, par une pression de 3 à 4 atmosphères et un refroidissement de—17°, on peut lui faire prendre la forme liquide. Un froid de—18° à 20° suffît même pour produire ce résultat.
- Dans cet état, il constitue un liquide incolore, transparent, très volatil, puisqu’il bout à la température de — 10°. Le froid 9ui se produit par son évaporation spontanée abaisse le thermomètre à — 57°, et sous le vide de la machine pneumatique, le froid parvient jusqu’à — 68°. Les chimistes ont habilement Profité de cet abaissement si considérable de température, pour congeler le vif-argent ou mercure , qui reste liquide jusqu’à—40°, et pour liquéfier plusieurs des gaz qu’ori regardait naguère comme permanens. De ce nombre sont le chlore, l’hydrogène sulfuré, le gaz ammoniac, dont nous avons déjà prononcé les noms.
- L’acide sulfureux liquéfié devient solide par un froid de — 80°, d’après M. Mitchel.
- Le gaz acide sulfureux a la propriété de blanchir les substances animales sans les altérer. L’industrie exploite, dans plusieurs circonstances, cette précieuse propriété, ainsi que nous te dirons bientôt. Il détruit la plupart des couleurs végétales.
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- Quelques matières colorantes tirées des animaux, celle de la cochenille, par exemple, résistent à son action.Ce n’est donc pas un agent de décoloration aussi général que le charbon, et surtout que le chlore, dont nous vous parlerons. Au reste, on ne connaît pas encore très-bien le rôle qu’il joue dans ce cas. Les uns croient qu’il opère la désoxygénation des matières colorantes; d’autres supposent, avec Grotthuss, qu’il se combine avec elles et donne ainsi lieu à un composé sans couleur. Cette question réclame de nouvelles recherches.
- Rien de plus simple que la préparation du gaz acide sulfureux. Lorsqu’on a besoin de grandes quantités de cet acide, comme dans les ateliers de teinture où l’on blanchit la laine et la soie, dans les fabriques d’acide sulfurique , ou enfin dans les établissemens où l’on traite les maladies de la peau, on l’obtient par la simple combustion du soufre dans l’air.
- Pour les fumigations sulfureuses, on place les malades dans une boîte en bois , sous laquelle on fait brûler du soufre qui remplit bientôt de gaz sulfureux tout son intérieur. Le couvercle horizontal est garni d’un trou par lequel passe la tête du malade, afin qu’il ne soit pas incommodé par la vapeur du soufre qui baigne le restant de son corps.
- La coupe ci-dessous fera comprendre, mieux qu’une description, la forme de ces boîtes fumigatoires.
- L’idée de faire servir le gaz sulfureux à la guérison de la gale appartient au chimiste Glauber (1659). C’est M. d’Arcet qui a établi, avec une perfection qui ne laisse rien à désirer, les appareils très simples et peu dispendieux qui sont adoptés dans tous les hôpitaux pour le traitement des maladies de la peau. Dix fumigations suffisent pour la guérison d’une gale simple. Chaque fumigation ne revient qu’à 5 centimes, savoir : 1 centime pour le soufre et 4 pour le combustible ; en sorte que le traitement complet d’un malade coûte 50 centimes. Il est impossible de guérir à meilleur marché.
- Dans les laboratoires, on obtient le gaz acide sulfureux , à l’état de pureté, en désoxygénant partiellement l’acide sulfurique au moyen du mer-
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- cure. L’opération s’exécute en chauffant légèrement 5 parties d’acide concentré sur une partie de métal, dans un matras ou une cornue en verre
- portant à son col un tube recourbé destiné à conduire le gaz sous des cloches pleines de mercure. On ne recueille, toute fois, le gaz, que lorsqu’il se dissout complètement dans l’eau, ce qui indique qu’il
- n’est plus mélangé d’air.
- Outre l’acide sulfureux , il se produit encore, dans cette réaction, un sel de mercure, du sulfate mercureux, qui reste dans la cornue sous la forme d’une poudre blanche cristalline ; d’où il suit que l’acide sulfurique se partage en deux parties. L’une cède au mercure assez d’oxygène pour le faire passer à l’état de protoxyde ou d'oxyde mercureux, en même tems qu’elle se réduit en acide sulfureux ; l’autre s’unit à l’oxyde ,à mesure de sa production. Voici la légende de cette réaction:
- /Impartie. Acide sulfurique.
- Acide sulfurique.
- 2® partie. t Acide sulfurique.:
- Acide
- sulfureux.
- .Oxygène.
- Oxyde mercureux..
- Sulfate
- mercureux.
- Mercure.------------------------------------*
- Lorsque le gaz acide sulfureux doit être dissous dans l’eau, on le produit plus économiquement en faisant réagir le charbon, en place du mercure, sur l’acide sulfurique. On introduit le charbon concassé dans un
- ballon en verre A, muni d’un tube à entonnoir et d’un tube recourbé D
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- qui va se rendre dans un flacon B, contenant une petite quantité d’eau distillée, destinée h laver le gaz, c’est-à-dire à le dépouiller de l’acide étranger qu’il peut entraîner avec lui. A la suite de ce flacon de lavage on en dispose deux autres CC, remplis d’eau pure aux 2/5 de leur capacité, et en communication les uns avec les autres au moyen des tubes DDD, Ces trois flacons sont munis de tubes droits, EEE, dits de sûreté. L’appareil est terminé par une éprouvette F, contenant une bouillie claire de chaux qui a pour effet d’absorber le gaz sulfureux en excès qui pourrait incommoder l’opérateur. Cet appareil, qu’on fait servir à la dissolution de tous les gaz, est connu dans les laboratoires sous le nom d'appareil de JVoulf, qui rappelle celui de son inventeur.— On verse dans le lîallon 4 à 5 parties d’acide sulfurique pour une de charbon, et on chauffe progressivement jusqu’à l’ébullition. Par suite de la désoxygénation partielle de l’acide sulfurique, le charbon est converti en acide carbonique, qui passe avec le gaz sulfureux dans l’eau des flacons, où le dernier seul se dissout.
- Outre les applications qu’on a su faire des propriétés du gaz sulfureux à la guérison des affections cutanées et au blanchiment des tissus, on tire encore un très grand parti de cet acide dans les arts. Ainsi, on l’emploie pour blanchir les plumes, la baudruche, la colle de poisson, la gomme adragante, la paille des céréales avec laquelle on confectionne les chapeaux des femmes et ces jolis ouvrages dont on fait remonter l’origine aux cénobites de la Théba'ide. On s’en sert pour enlever les taches de fruit sur les vêtemens ; pour assainir les lieux remplis de miasmes putrides, comme les lazarets, les vaisseaux, et pour désinfecter les hardes, couvertures, matelas, etc., provenant de malades infectés, de galeux, etc. (1); pour soufrer les tonneaux dans lesquels on doit conserver le vin, la bière et autres liquides fermentés. Ce soufrage empêche ces liquides de devenir acides.
- Enfin, ce gaz est très-utile pour arrêter les incendies de cheminée , lorsqu’on l’emploie au début et que le feu n’est pas très-violent. Mais il V a quelques précautions à observer pour obtenir tout l’effet utile de ce moyen. La première, c’est de projeter dans l’âtre de la cheminée et sur des charbons allumés une quantité assez grande de fleur de soufre. La seconde, c’est de boucher te plus hermétiquement possible toutes les ouvertures de la cheminée par lesquelles l’air aurait accès. On se sert pour cela de draps mouillés. Le soufre n’agit efficacement qu’en produisant, par son oxydation, destorrens d'acide sulfureux, gaz tout-à-fait impropre à entretenir la combustion. Il faut donc tâcher de concentrer le plus possible ce gaz dans l’endroit même où est le feu,
- (1) Les fumigations à l’aide de l’acide sulfureux sont bien anciennement connues, puisque, déjà du tems de Pline, les prêtres ordonnaient l’emploi du soufre pour purifier les maisons par la fumigation.
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- afin qu’il l’éteigne instantanément. Sans cela, le gaz se perdra par les ouvertures, n’agira en aucune manière sur les matières enflammées, et aura de plus l’inconvénient d’incommoder les pompiers.
- C’est à Cadet de Vaux qu’on doit l’indication des bons effets du soufre, ou plutôt du gaz sulfureux, pour arrêter les incendies. Ce moyen n’est malheureusement pas encore assez répandu.
- ONZIÈME LEÇON.
- Suite du Soufre*
- Sommaire. — Etude de I’Acide sulfurique. — Sa préparation dans Les fabriques. — De l’acide sulfurique solide, et de l’acide de Nordhausen. — De I’Acide sulfiiydrique ou Hydrogène sulfuré. — Distinction des acides en Oxacides et en Hydracides. — Action meurtrière de l’acide sulfhydrique. — Applications qu’on a faites de cette action à la destruction des animaux nuisibles.
- De l’Acide sulfurique.
- De tous les acides connus, il n’en est pas qui présente autant d’intérêt, soit pour le savant, soit pour l’industriel, que l’acide sulfurique. Son énergie, bien plus puissante que celle de tous les autres composés du même genre, et surtout son bas prix, l’ont rendu l’agent le plus utile et le plus fréquemment employé de la plupart des arts, qui, sans lui, manqueraient certainement des produits qui leur sont le plus indispensables. La fabrication des autres acides, delà soude artificielle, de l’alun, du chlore, l’affinage de l’argent, la saccharification delà fécule, le débourrage des peaux qu’on doit soumettre à l’opération du tannage, et, pour mieux dire, presque toutes les opérations des manufactures et des laboratoires réclament son secours.
- Son histoire se lie donc d’une manière intime à celle de la science et de l’industrie, et l’on peut considérer sa découverte comme le fait qui a le plus contribué à l’avancement des connaissances humaines et à l’accroissement des arts. « Si l’on possédait, dit M. Dumas, un tableau exact des quantités d’acide sulfurique consommées annuellement dans divers pays ou à diverses époques , il n’est pas douteux que ce tableau présenterait en même temsla mesure précise du développement de l’industrie générale pour ces époques ou pour ces pays (1). »
- (1) Dumas, Chimie appliquée aux arts, 1.1, p. 172.
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- Cet acide était inconnu des anciens, et c’est sans doute à cette circonstance qu’il faut attribuer le peu de progrès qu’ils firent dans la carrière des arts industriels. Il est assez difficile de fixer l’époque précise à laquelle cet agent si puissant a été découvert. Il en est fait mention pour la première fois, mais en termes obscurs et ambigus, dans les ouvrages d’Aboubekr Alrhasès, mort en 940. Au xme siècle, Albert-le-Grand le désigna sous les noms de soufre des 'philosophes et Cl esprit de vitriol romain. Au milieu du xve siècle, Basile Valentin, célèbre alchimiste d’Er-furth et moine de l’ordre des Bénédictins, exposa parfaitement sa préparation. Mais c’est Gérard Dornœus qui décrivit le premier ses caractères distinctifs en 1570.
- Le procédé suivi dans l’origine pour obtenir cet acide consistait à calciner dans une cornue du sulfate de fer, alors nommé couperose et vitriol vert. Comme l’acide très concentré qui se rassemblait dans le récipient avait la consistance d’une huile, et que d’ailleurs on ignorait complètement sa nature, on lui donna le nom impropre d'huile de vitriol, et les noms de rosée et d’esprit de vitriol, quand il était étendu d’eau. La plupart des chimistes, â partir du xvie siècle, ont étudié cet acide, dont les propriétés si remarquables ne tardèrent pas à recevoir d’utiles applications dans les arts. Jusqu’à l’époque des travaux de Lavoisier sur la combustion,on commit l’erreur, sur l’autorité de Stahl, de le croire tout formé dans le soufre , qu’on regardait alors comme un composé d’huile de vitriol et de la partie la plus pure du principe inflammable, désignée sous le nom de phlogistique. Le chimiste français démontra, d’une manière irrécusable, que l’acide vitriolique ou sulfurique est composé de soufre et d’oxygène, dans des proportions différentes de celles qui produisent l’acide sulfureux. Ses successeurs n’ont fait que compléter l’histoire de cet acide et rectifier les légères erreurs commises par Lavoisier dans son analyse, erreurs qu’on doit uniquement attribuer à l’imperfection des méthodes analytiques employées de sontems.
- Combiné aux oxydes métalliques et formant des sels qu’on désigne sous le nom de sulfates, l’acide sulfurique est très-commun dans la nature. Il n’en est pas de même lorsqu’il est à l'état de liberté; car, outre que les circonstances de sa formation sont très peu nombreuses, il a une trop grande affinité pour les bases pour qu’on en trouve jamais de grandes quantités à l’état pur. On l’indique seulement dans quelques grottes, distillant de leurs voûtes, ou dans les eaux de quelques sources ou rivières. M. de Humboldt a trouvé, dans l’Amérique méridionale, des eaux qui lui doivent leur acidité : telle est la rivière de Pusambio, qui prend naissance au sommet du volcan de Puracé, non loin de la ville de Popayan. Les Indiens, qui ne connaissent d’autre acide
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- que le vinaigre, appellent cette rivière acide Rio vinagre. Son eau contient jusqu’à 1 gramme d’acide par litre. Leschcnaud, naturaliste français, a rapporté de l’acide sulfurique qu’il avait puisé dans un lac qui occupe le sommet du Mont Idienne, à Java. Dans le comté de Genessée (États-Unis), il y a des sources très-chargées du même acide, au point qu’elles coagulent le lait.
- Comme nous l’avons dit, le premier procédé mis en usage pour obtenir l’acide sulfurique, consistait dans la distillation du vitriol ou sulfate de fer dans des cornues de grès. Au commencement du xvue siècle, Angélus Sala ayant reconnu qu’il se forme de l’acide sulfurique par la combustion du soufre en vase humide, on ne tarda pas à adopter ce moyen dans les pharmacies, et à cause de la forme des vases, on donna à l’acide ainsi produit le nom d’huile ou esprit de soufre par la cloche. Long-tems après, sur le conseil de Le Fèvre (1) et de Lémery (2), on ajouta au soufre, pour en favoriser la combustion, une certaine quantité de nitre ou salpêtre. C’est en Angleterre qu’on exécuta d’abord en grand le procédé de ces deux chimistes
- (1) Nicolas Le Fèvre est un des chimistes les plus célèbres de la fin du xvii* siècle. Il fut le premier démonstrateur de chimie au Jardin-des-Plantes de Paris et l’un des premiers membres de l’Académie royale des Sciences, instituée en 1606. Après avoir professé pendant quelque tems avec succès, Le Fèvre passa en Angleterre, où il fut appelé par Jacques II, qui lui confiale laboratoire Saint-James, établi à l’occasion de la création de la Société royale de Londres. Le Fèvre n’eût-il pas publié d’excellens ouvrages, son nom serait encore sauvé de l’oubli par cette puissante raison qu’il fonda l’enseignement Public de la chimie dans les deux royaumes les plus importuns de l’Europe civilisée.
- (2) Nicolas Lémery, fds d’un procureur au parlement de Normandie, naquitàRouen, ,e 17 novembrelG45. Il entra d’abord dansune pharmacie, puis, voulant se livrer tout entier à, la chimie, il vint à Paris, en 1666, étudier sous Glazer; mais, rebuté parle caractère dur et ombrageux de ce chimiste, il se rendit à Montpellier, où il lit bientôt après des cours publics qui furent très suivis. Ramené à Paris en 1672, il y professa avec une vogue inexprimable. Son laboratoire, situé rue* Galande, était une cave et Presque un antre magique, éclairé de la seule lueur des fourneaux. L’affluence était telle qu’il n’avait plus de place pour exécuter ses opérations ; les dames même augmentaient son auditoire, où l’on voyait les hommes les plus instruits de cette époque. Toute ?arue Galande était occupée par ses élèves. C’est qu’à l’art des manipulations, Lémery joignait celui d’exposer d’une manière simple et lucide les nombreux phénomènes d’une science qui, jusque là, avait été inaccessible à cause du langage énigmatique et barbare de ses adeptes. Les préparations qui sortaient de la pharmacie de Lémery avaient un tel débit, que le seul magister de bismuth ou blanc de fard, dont il possédait le secret, payait toute la dépense de sa maison.
- En 1675, il fit imprimer son Cours de chimie, qui fut bientôt traduit dans toutes les langues et dont il paraissait chaque année une nouvelle édition. L’auteur en fut appelé 1v Grand Lémery. Mais, en 1681, les persécutions contre les protestans l’obligèrent à fuir en Angleterre. Rentré en France deux ans après, il se fit recevoir médecin, et, Pour éviter la misère et de nouvelles persécutions, il embrassa la religion catholique avec sa famille, en 1686. Il publia en 1697 sa Pharmacopée universelle, et peu de tems après son Traité des drogues simples. En 1699, il entra à l’Académie des Sciences, et, en 1707, il donna son Traité été l’antimoine. 11 mourut d’une attaque d’apoplexie, le 15 juin 1715, en laissant un fils qui, comthe lui, s’est occupé de chimie, mais avec bien moins de succès et d’originalité. On peut dire que presque toute l’Europe apprit de lu fa chimie, et qu’il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à ses progrès.
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- français. Un nommé Ward établit, sur ce principe, line fabrique à Richmond, près de Londres. Les ballons dans lesquels on opérait avaient une grande capacité, quelquefois celle de 300 litres. On les plaçait sur deux rangs dans un long bain de sable, de manière que leurs cols fussent couchés horizontalement. Dans chaque col, où était placée une brique, un ouvrier déposait sur celle-ci une cuiller de fer rouge qu’il remplissait ensuite d’un mélange de soufre et de nitre ; puis il bouchait aussitôt le col avec un tampon de bois, et passait au ballon suivant, qu’il chargeait de même, faisant de la sorte le tour du bain de sable. Revenu au point de départ, il rechargeait successivement les ballons d’un nouveau mélange. Les vapeurs résultant de la combustion agissaient dans l’intérieur des ballons, et l’acide sulfurique produit se dissolvait dans l’eau, qu’on avait soin de mettre en certaine quantité avant l’opération dans chacun des ballons. Ce procédé, bien combiné dans son ensemble, exécuté par Ward sur une assez grande échelle, réduisit de beaucoup le prix de l’acide sulfurique, puisque de 32 fr. 70 cent, le kilogramme, qu’on le vendait d’abord, il tomba bientôt à 6 fr. 20 cent.
- C’est vers 1746 qu’on remplaça les ballons de verre par de vastes chambres de plomb. Cette importante amélioration, qui est un événement mémorable dans l’histoire des progrès de cette industrie, est due à deux Anglais, Roebuck etGarbett, qui firent construire la première chambre de plomb à Rirmingham , suivant les uns, à Prestonpans en Ecosse, suivant les autres. C’est de cette époque que, le prix de l’acide étant tombé àdO ou 50 centimes le kilogramme, on put l’appliquer aux travaux d’une foule d’arts jusqu’alors demeurés stationnaires. Depuis lors, on n’a fait que modifier et perfectionner le procédé indiqué plus haut. Holker monta en France la première chambre de plomb, vers 1766 (1).
- (1) Holker, né aux environs de Manchester, vers le commencement du xviii0 siècle, était à la tête d’une filature importante, lorsqu’en 1745 le prince Charles Edouard arriva en Écosse pour reconquérir la couronne de ses ancêtres. Dévoué aux Stuarts, Holker rejoignit immédiatement îe prince, se distingua à la fameuse bataille de Culloden, où il reçut une blessure et mérita une épée d’honneur, puis fut fait prisonnier à Carliste et condamné à mort. Etant parvenu à s’échapper la veille du jour fatal, il se réfugia en France, où il ne tarda pas à recevoir le brevet de capitaine dans le régiment irlandais O’glevy. Ses connaissances industrielles firent que bientôt, en lui donnant la croix de Saint-Louis, le ministère d’alors l’engagea à quitter le service militaire, pour faire jouir les établissemens français des perfectionnemens de l’industrie anglaise. 11 fut, 5 eet effet, naturalisé, eut la reconnaissance de ses titres de noblesse, et fut nommé inspecteur- général des manufactures. Peu de tcms après, il vint établir à Rouen des calen-dres à chaud pour l’apprêt de toutes les étoffes, des filatures de coton , monter la teinture en bleu à chaud, et desfabriques de plusieurs espèces de tissus de coton, particulièrement de velours de coton, alors inconnus dans le pays. A Sens, à Montereau, a Monlargiset à Lyon, il créa de semblables établissemens. Bien qu’il 'fût toujours sou»
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- Le nom qu’on donne aux appareils qui servent actuellement dans les fabriques à la préparation de l’acide sulfurique indique assez leur forme
- générale. Représentez-vous une grande caisse rectangulaire A, dont toutes lesparoissont formées par deslamesde plomb soigneusementsoudées entre elles, de manière qu’il n’y ait aucun jour. Le fond de cette caisse repose sur des dalles de pierre, 666, qui s’élèvent à 2 mètres environ au-dessus du sol. Les côtés cc et le toit cl sont isolés de toutes parts et soutenus par une charpente extérieure. Cet isolement permet de reconnaître très-promptement les fuites qui se manifestent quelquefois dans les lames, et, pour faciliter la visite de l’extérieur, il y a des galeries ee, tout autour de l’appareil. La grandeur de ces chambres varie à l’infini. Celle qui est plus généralement adoptée par les fabricans qui n’en possèdent qu’une seule est de 68 i mètres cubes. Le plus souvent, actuellement, on fait communiquer plusieurs chambres ensemble, et, dans ce cas , chacune d’elles n’a que bl ou 68 mètres cubes.
- La fabrication de l’acide sulfurique comprend trois opérations distinctes : 1° la préparation de l’acide sulfureux ; 2° l’oxydation de l’acide sulfureux, d’où résulte l’acide sulfurique ; 5° la concentration de l’acide sulfurique faible obtenu.
- L La préparation de l’acide sulfureux s’opère par la combustion du soufre au contact de l’air, dans un four f de forme rectangulaire dont la sole et la voûte sont en fonte, et dônt les parois latérales sont en briques et mortier. Au-dessous delà plaque sur laquelle brûle le soufre, il y a le plus souvent un foyer. Le gaz sulfureux produit est conduit dans la cham-
- le coup d’une condamnation capitale, il ne craignit point de retourner en Angleterre, sous un déguisement, pour attirer en France des ouvriers de toute espèce. C’est à son retour, en 17GG, qu’il fit construire ta première fabrique d’acide sulfurique par le système des chambres de plomb. Ce service à lui'seul était assez, grand pour lui assurer la reconnaissance de sa nouvelle patrie et justifier les laveurs dont il avait été comblé. Hplker mourut à Rouen en 1786.
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- bre au moyen d’un tuyau de tôle t, rivé sur la voûte du four. A la partie antérieure de celui-ci, il y a une ouverture pour l’introduction du soufre et l’entrée de l’air atmosphérique.
- 2. L’oxydation de l’acide sulfureux est effectuée au moyen d’un composé oxygéné de l’azote, que nous étudierons bientôt sous le nom de gaz acide hypoazotique. Dans l’origine, on obtenait ce gaz en ajoutant au soufre une certaine quantité de salpêtre. Plus tard , on le produisit par la réaction de l'acide azotique sur la mélasse ou la fécule de pommes de terre, réaction qu’on opérait soit dans un ballon placé au-dehors des chambres, soit dans une capsule de platine, disposée un peu au-dessus de la plaque du four à soufre. Depuis quelque tems , on se borne à faire arriver dans la chambre de l’acide azotique en vapeurs, et mieux, ce même acide liquide. Pour cela, on place dans la première chambre plusieurs terrines disposées en étagères , munies de becs recourbés qui servent à faire écouler l’acide de l’une dans l’autre; cet acide sort d’un réservoir extérieur, et tombe goutte â goutte dans la première terrine, c’est-à-dire dans la plus haute, pour de là passer dans la seconde, et ainsi de suite. Les vapeurs d’acide azotique, rencontrant l’acide sulfureux, en transforment une petite partie en acide sulfurique , et se trouvent converties elles-mêmes en acide hypoazotique, qui sert ensuite à suroxygéner tout le gaz sulfureux.
- Mais cette réaction des deux gaz ne peut avoir lieu que sous l’influence de la vapeur d’eau. Pour remplir cette condition, on couvre le sol de la chambre ou des chambres d’une légère couche d’acide sulfurique faible, et on injecte dans l’intérieur, pendant le cours de l’opération, de la vapeur provenant d’une chaudière agissant sous une légère pression. On voit en h le générateur de vapeur, et en l le conduit qui amène la vapeur dans le haut de la chambre.
- Aussitôt que les trois gaz, acide sulfureux, acide hypoazotique et vapeur d’eau , se rencontrent dans l’intérieur des chambres, ils donnent naissance à un composé solide, blanc, cristallin, connu sous le nom de cristaux des chambres de plomb. A mesure que ce composé se produit, il tombe dans le liquide qui couvre le fond des chambres, et s’y décompose aussitôt ; il en résulte de l’acide sulfurique qui se dissout, et des composés oxygénés d’azote qui se dégagent et vont reproduire dans le haut, avec l’acide sulfureux et l’eau en excès, le composé qui se détruit dans le bas. Les mêmes phénomènes ont lieu indéfinimenttant qu’il y a des gaz en présence, de sorte que peu à peu le liquide inférieur s’enrichit d’acide sulfurique. Lorsqu’il en est suffisamment saturé , c’est-à-dire lorsqu’il marque de 45 à 50° à l’aréomètre de Baumé , on en soutire une certaine quantité, sans interrompre le travail, pour le soumettre à la concentration , car on ne reçoit l’acide sulfurique dans le commerce, que lorsqu’il marque 66° au même aréomètre.
- Aujourd’hui, comme nous l’avons déjà dit, on ne travaille plus guère avec une seule chambre ; mais on en emploie plusieurs, trois, quatre ou cinq, qui communiquent entre elles, de manière que les gaz qui n’ont pas réagi dans la première vont se condenser dans les suivantes ; aussi, bien peu de gaz sont perdus, et la quantité d’acide obtenu est beaucoup plus grande.
- Dans les appareils de ce genre , l’opération, une fois commencée, ne s’arrête que lorsqu’il y a des réparations à faire dans les chambres; aussi cette méthode est-elle connue sous le nom de combustion continue ; c’est
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- à fiolker, de lïouen , qu’on en est redevable (1) ; la quantité d’acide obtenue est plus grande que par la combustion intermittente, pour laquelle on n’emploie qu’une seule chambre. On réalise de 290 à 500 kilogr. d’acide à 66° pour 100 kilog. de soufre brut. On arrive rarement au chiffre indiqué par la théorie, 506 kil., parce que le soufre brut contient environ de 5 à4 p. 0/0 de matières étrangères. La quantité d’acide azotique à 56°, employé pour l’oxydation de l’acide sulfureux, est de 6 à 7 p. 0/0 du soufre brûlé.
- 5. L’acide faible sortant des chambres doit être concentré avant d’clre livré au commerce. Cette concentration s’opère en deux époques distinctes. On l’amène d’abord à 57 ou 60° de densité, en le faisant chauffer dans des chaudières en plomb rectangulaires à larges surfaces et peu profondes ; puis on achève son évaporation dans une cucurbite en platine, munie d’un chapiteau de même nature. Lorsque l’acide est arrivé à 66°, on le soutire delà cucurbite à l’aide d’un syphon en platine qui y est adapté, et dans lequel il se refroidit avant d’arriver dans les cruches en grès où on le reçoit. Le refroidissement a lieu au moyen d’un courant d’eau froide qui circule en sens inverse de l’acide, c’est-à-dire de bas en haut, dans un tuyau en cuivre qui entoure le syphon.
- Ce n’est que depuis vingt-cinq ans qu’on fait usage de cucurbite en platine pour la concentration de l’acide sulfurique. Un appareil pouvant concentrer 500 kilog. d’acide à chaque fois coûte de 20 à 25,000 fr. On peut faire 4 à 5 opérations par jour. Avant l’introduction des vases de platine dans les fabriques, on se servait de cornues de verre d’une capacité de 50 litres et lutées à l’argile, qu’on disposait au nombre de 100 environ sur un fourneau de galère. ïl est inutile de faire ressortir les avantages du nouveau mode de concentration.
- L’acide sulfurique du commerce n’est pas pur. ïl tient toujours en dissolution plusieurs sels étrangers, dont la proportion , toutefois , est assez faible pour ne pas changer ses caractères. On reconnaît leur quantité en faisant évaporer 50 ou 60 grammes d’acide dans une capsule de platine. Dans la pratique, on regarde l’acide comme bon lorsqu’il ne laisse qu’un résidu de 5 milligrammes.
- Pour les recherches ou les analyses de laboratoire, il est indispensable de purifier cet acide. On y parvient au moyen d’une distillation qu’on
- (t) Cet Holker est le petit-fils de celui dont j’ai parlé précédemment. Il était, sous l’Empire, à la tête de l’établissement de produits chimiques fondé à Rouen par son aïeul. Ayant reconnu qu’on était loin de convertir en acide tout le soufre employé dans la combustion intermittente, il fit de nombreux essais, et parvint à découvrir les meilleures conditions pour la combustion du soufre. En 1810, il se rendit à Paris pour former avec jacquemart et d’Arcet une association dont le but était l’exploitation de son procédé. En '813, il constitua avec Chaptal et d’Arcet une nouvelle [société qui éleva, aux Thermes et a la Folie, près Nanterre, des fabriques de produits chimiques dont labase était l’acide sulfurique. Peu-à-peu son procédé fut connu des autres fabricans, et aujourd’hui tous les grands établissemens travaillent d’après sa méthode. Holker est mort à Paris dans e courant de 1844. — On peut donc dire que la France est entièrement redevable d’une fle ses industries chimiques les plus importantes à la famille Holker. C’est là un titre de gloire pour cette famille, et Rouen, qui plus que toute autre ville a profité de ses découvertes, ne doit pas laisser tomber dans l’oubli un nom aussi honorable.
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- exécute dans un appareil en verre, pour lequel on n’emploie ni luis , ni bouchons.
- Vous me pardonnerez, Messieurs, les détails un peu longs dans lesquels je viens d’entrer, en raison de l’import anceextrême, pour tous nos arts industriels, d’un acide dont la consommation s’élève annuellement à plus de 20 millions de kilogrammes. Voyons maintenant les caractères essentiels de cet acide lorsqu’il est pur.
- Il se présente sous la forme d’un liquide incolore, inodore, d’une consistance oléagineuse. Sa saveur est des plus acides; aussi est-ce un caustique violent qui brûle et ronge tous les tissus en les colorant en noir. A de très-petites doses, il détermine assez promptement la mort des animaux, qui succombent enproiç aux douleurs les plus aiguës (1).
- Une goutte sullit pour rougir une grande quantité de teinture de tournesol.
- Dans son état de plus grande concentration, il retient 18 p.0/0 d’eau qu’on ne peut en chasser par la chaleur. Il faut l’unir à certains oxides pour obtenir ce résultat.
- Il se congèle à — 34° ; mais lorsqu’il contient 29 p. 0/0 d’eau et qu’il marque 62° à l’aréomètre, il se solidifie et cristallise déjà à -f 4°.
- Il bout à la température de -f- 310° et distille sans éprouver aucune altération. Mais si on l’expose à une chaleur rouge, il est décomposé et transformé en 2 volumes de gaz acide sulfureux, 1 volume d’oxygène et en vapeur d’eau.
- Placé dans une atmosphère saturée d’humidité , il absorbe 15 fois son propre poids d’eau, si l’on a soin de mêler souvent les diverses couches du liquide et de prolonger suffisamment l’expérience. Conséquemment, pour le conserver dans son état de concentration, il faut le renfermer dans des vases très-bien fermés. Cette précaution est encore indispensable pour éviter qu’il ne se colore ; car il devient bientôt brun au contact de l’air. Cet effet dépend de ce que les poussières organiques qui flottent sans cesse dans l’atmosphère tombent dans cet acide et sont promptement décomposées et cliarbonnées.
- La cause de cette destruction dépend de la grande affinité de l’acide pour l’eau. Il détermine la réunion , sous forme d’eau, de l’hydrogène et de l’oxygène de ces substances, et donne naissance à un acide très riche en carbone, fortement coloré, l'acide
- (1) Dans les empoisonnemens par l’acide sulfurique, qui sont 1res communs parmi les ouvriers, il faut de suite administrer aux malades une grande quantité d’eau, ou du lait, ou de l’huile d’olives, ou de l’eau de savon, et mieux encore de la magnésie caustique délayée dans l’eau ou dans de l’huile, afin d’étendre et de neutraliser l'acide, en même tems qu’on provoque des vomissemens pour en opérer le rejet.
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- Ulmique, qui reste en suspension dans le liquide et le colore, ainsi que je l’ai découvert. Les auteurs ont donc tort de dire que c’est le carbone des matières organiques qui est mis à nu. Si l’on plonge quelques fragmens de paille ou des allumettes dans l’acide concentré, le phénomène de coloration a lieu sur-le-champ.
- Ainsi étendu d’eau et coloré, l’acide sulfurique est ramené à son point primitif de'concentration et décoloré, lorsqu’on le chauffe dans un vase jusqu’à ce qu’il commence à produire des vapeurs blanches. L’eau étrangère se volatilise, et en mêmetems des gaz acides sulfureux et carbonique, qui proviennent de la désoxygénation partielle d’une portion de l’acide par le charbon de l’acide ulmique. Nous vous avons montré, dans la dernière leçon, que de l’acide sulfurique chauffé sur du charbon se trouve ramené par ce dernier à l’état d’acide sulfureux.
- La plupart des autres corps simples agissent de même sur lui.
- L’acide sulfurique est miscible à l’eau en toutes proportions. Lorsqu’on en verse peu à peu dans ce liquide, il coule à travers comme un sirop et gagne promptement la partie inférieure, en raison de sa plus grande densité. Aussitôt qu’on agite pour mêler les deux couches superposées, la combinaison s’opère instantanément avec un grand dégagement de chaleur. Celui-ci est proportionnel à la quantité d’acide mis en contact avec l’eau. Ainsi, parties égales des deux liquides produisent une élévation de température de -f- 95° centigrades , tandis que 4 parties d’acide et 1 partie d’eau font monter le thermomètre jusqu’à-)- 120°, c’est-à-dire au-delà du point d’ébullition de l’eau. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre , d’après cela, que Lavoisier et Laplace aient trouvé qu’en mêlant 734 grammes d’eau et 979 grammes d’acide sulfurique concentré, il se produise assez de chaleur pour fondre 1,529 grammes de glace.
- La glace ou la neige mêlée à l’acide sulfurique, dans certaines proportions, se fond très-promptement, et produit tantôt beaucoup de chaleur, tantôt beaucoup de froid. Une partie de glace avec 4 parties d’acide concentré donnent un liquide dont la température parvient rapidement jusqu’à -j- 100°. Avec 4 parties de glace pour 1 partie d’acide, on obtient, au contraire, un abaissement de température de — 20°. Ces phénomènes, en apparence contradictoires, se comprennent aisément. Réfléchissez que l’acide, avec peu d’eau, forme une combinaison qui, comme toutes les combinaisons chimiques, est accompagnée d’un développement de chaleur, tandis que la glace a besoin, pour se liquéfier, d’absorber beaucoup de calorique au corps avec lequel elle est en contact. Dans le cas que nous examinons, c’est à l’acide sulfurique qu’elle en enlève. Suivant les proportions respectives
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- de l’acide et de la glace, l’un des deux effets indiqués doit l’emporter sur l’autre ; d’où résulte tantôt de la chaleur, tantôt du froid.
- A mesure que l’acide sulfurique s’affaiblit par son mélange avec l’eau, sa densité diminue et s’approche de plus en plus de celle de l’eau ; en môme tems son point d’ébullition s’abaisse graduellement, sans toutefois descendre jusqu’à -f- 100°.
- Vauquelin et d’Arcet ont publié des tables très-commodes pour les industriels, qui indiquent les quantités relatives d’eau et d’acide contenues clans l’acide du commerce, à divers degrés de l’aréomètre de Baumé ou a diverses densités, à la température de 4- 15°. Nous croyons devoir les reproduire.
- Degré Densités Quantités Quantités Quantités
- de l’acide correspond., d’acide à 00° d’acide anhydre d’eau réelle
- à l’aréomètre celle de l’eau pour ou pur pour pour
- de Baumé. étant 1000. 100 parties. 100 parties. 100 parties.
- 80° 1842 100 SI, 08 18, 32
- 00° 1725 84, 22 08, 02 31,38
- 55“ 1018 74, 32 00, 70 39, 30
- 54° 1003 72, 70 59, 02 40, 38
- 53° 1580 71, 17 58, 30 41, 04
- 52" 1500 09, 30 50, 83 43, 17
- 51° 1550 08, 30 50, 01 43, 99
- 50° 1532 00, 45 54, 09 45, 31
- 49° 1515 04, 37 52, 79 47, 21
- 48° 1500 02, 80 51, 50 48, 50
- 47° 1482 01, 32 50, 19 49, 81
- 40° 1400 59, 85 48, 58 51, 42
- 45° 1454 68, 02 47, 42 52, 58
- 40° 1375 60, 41 41, 19 58,81
- 35° 1315 43, 21 35, 31 04, 09
- 30° 1200 30, 52 29, 95 70, 05
- 25° 1210 30, 12 20,70 73, 30
- 20° 1102 24, 01 19, 09 80, 31
- 15° 1114 17, 39 14, 20 85, 74
- 10° 1070 11,73 9, 02 90, 38
- 05° 1023 0, 00 5, 42 94,58
- Les chimistes sont parvenus, dans ces dernières années, à obtenir l’acide sulfurique privé d’eau. Dans cet état, il est solide, en longs cristaux aiguillés, opaques et incolores, d’un éclat soyeux et semblables à l’amiante. Mais , pour le conserver ainsi, il faut le préserver de l’air et de la chaleur. Eu effet, dans l’air, il répand d’épaisses vapeurs et se transforme bientôt en acide sulfurique liquide, en attirant l’humidité. Chauffé seulement à -4- 25(> ou 30°, il se réduit complètement en vapeurs blanches.
- C’est en soumettant à une douce chaleur, dans une cornue en
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- verre, l’acide sulfurique retiré du sulfate de fer par la calcination, et qu’on connaît dans le commerce sous les noms d’acide sulfurique de Saxe, d’acide fumant ou glacial de Nordliausen, qu’on peut se procurer l’acide sulfurique solide et anhydre, c’est-à-dire privé d’eau. Cet acide de Nordliausen, nom d’une petite ville de Saxe ou l’on pratique encore le procédé des anciens chimistes, est un mélange, en proportions variables, d’acide sulfurique anhydre, d’acide sulfurique hydraté et d’acide sulfureux. Ce mélange, qui fume légèrement à l’air, est principalement employé pour dissoudre l’indigo avec lequel on teint la laine en bleu de Saxe. C’est à la présence de l’acide anhydre que l’acide de Nordliausen doit la propriété de dissoudre bien plus facilement l’indigo que l’acide sulfurique ordinaire.
- Les acides sulfureux et sulfurique, dont nous venons de vous entretenir, sont ainsi composés sur 100 parties :
- Soufre. Oxygène.
- Acide sulfureux.......... 50,14 ........ 49,86
- Acide sulfurique anhydre . . 40,14 ..... 59,86
- L’acide sulfurique anhydre peut être représenté par :
- 2 volumes d’acide sulfureux.
- 1 volume d’oxygène.
- Etudions maintenant le composé acide du soufre et de l’hy-drogène. i
- De l’Acide Sulfhydrique.
- Les chimistes, après avoir long-tems erré sur la nature des acides, admirent, Messieurs, sur l’autorité de Lavoisier, que l’oxygène était le principe acidifiant, et queTousles acides étaient le résultat de l’oxygénation des corps combustibles. Cette opinion régna jusqu’à l’époque des travaux remarquables de MM. Gay-Lussac et Thénard sur le chlore, c’est-à-dire jusqu’en 1812. Long-tems avant, cependant, dès 1794 , Berthollet avait essayé de démontrer que Lavoisier avait trop généralisé sa théorie, et fiue l’acidité n’est pas toujours due à l’oxygène, en faisant voir fiue l’hydrogène sulfuré, qui jouit bien réellement des propriétés d’un acide, est uniquement formé de soufre et d’hydrogène. La découverte de la nature chimique de l’acide muriatique, dans lequel on ne trouva que du chlore et de l’hydrogène, celle posté-rieure de composés analogues, formés seulement de principes
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- combustibles, ont convaincu les chimistes modernes que si l’oxygène jouit à un haut degré de la faculté de produire l’acidité dans un grand nombre de corps, cette faculté ne lui est pas exclusivement réservée, puisqu’elle se montre d’une manière très-énergique dans le chlore, le soufre et plusieurs autres élé-mens.
- Les acides binaires ont été partagés, d’après ces idées, en deux classes : les oxacides, ceux dont le principe acidifiant est l’oxygène, et les hydracibes , ceux qui renferment de l’hydrogène. Cette dernière désignation est vicieuse, car elle fait croire que l’hydrogène est le principe acidifiant et qu’il remplit, par conséquent, dans ces acides, le rôle que joue l’oxygène dans les premiers. Cela n’est pas, puisque c’est lui qui est, au contraire, acidifié par l’autre élément. Toutefois, cette division est commode, et nous nous en servirons.
- L’hydrogène sulfuré est donc un hydracide. C’est pour cela qu’on l’a appelé d’abord acide hydrosulfürique, nom qui est définitivement changé en celui plus correct d’acide sulfhy-
- DRIQUE.
- Il a été observé d’abord par Cartheuser et Baumé, et étudié avec soin, en 1773, par Rouelle jeune, et, en 1777,parSchèele. Long-tems il fut connu sous le nom à'air p uant, à cause de son odeur infecte.
- Cet acide est toujours libre dans la nature ; mais il ne s’y trouve jamais en grande quantité. Il existe dans quelques eaux sulfureuses (1). Il se dégage d’une manière permanente des entrailles de la terre, dans les localités volcaniques , notamment aux environs du lac d’Agnano, et sur toute la surface de la solfatare de Pozzuolo , où il constitue ce qu’on appelle les fumerolles; ce sont des fumées plus ou moins visibles, produites par de l’eau et du soufre divisé qui résultent de la décomposition , par l’oxygène atmosphérique, du gaz acide suif hydrique, s’échappant de petites fentes ou de trous souvent imperceptibles du terrain. — Toutes les fois qu’on perce des puits artésiens dans les bancs de marne ou d’argile, il se dégage en abondance du gaz hydrogène sulfuré. C’est ce qu’on a observé dans tous les environs de Paris. En 4833, à Gaja-rino , près Conégliano, gouvernement de Trieste, il sortit d’un puits que l’on forait, et qui avait alors une profondeur de 28 mètres, une si grande masse d’hydrogène sulfuré, qu’il en résulta de violentes éruptions de boue sableuse, et une colonne de flammes déplus de 2 mètres de large et de 10 mètres de hauteur.
- Le même gaz se produit incessamment sous nos yeux dans une foule de
- (1) La plupart des eaux sulfureuses ou hépatiques doivent leurs propriétés, non à l’hydrogène sulfuré, mais à d’autres composés du soufre qu’on appelle sulfures de su-dium, de calcium et de magnésium.-
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- circonstances. En effet, c’est un des produits constans de la putréfaction des matières organiques qui renferment du soufre au nombre de leurs élé-mens. De là son dégagement permanent dans les fosses d’aisances, dans les charniers infects où l’on rassemble les immondices des villes, dans la vase des marais et des fossés , dans les canaux où séjourne l’eau de mer. C’est lui qu’exhalent les œufs pourris. Il se forme encore dans les intestins de l’homme et des animaux, par suite de la digestion ; aussi fait-il constamment partie des gaz qui remplissent ces viscères à toutes les époques de la vie. — Il prend aussi naissance dans les eaux soustraites au contact de l’air, et qui contiennent tout à-la-fois des matières organiques et du sulfate de chaux ou plâtre, do.nt la réaction mutuelle détermine la formation de sulfure de calcium, et par suite d’hydrogène sulfuré. C’est pour cette raison que les eaux naturelles se putréfient dans les citernes mal construites, dans les tonneaux fermés, etc. Le même phénomène se produit dans les environs des eaux stagnantes et salées où se trouvent des matières organiques et des sulfates ; il s’en dégage incessamment de l’acide sulfhydrique. C’est ce qui arrive constamment dans les maremmes de l’Italie, aux embouchures de plusieurs rivières sur la côte occidentale de l’Afrique, et il est assez rationnel de supposer que l’hydrogène sulfuré joue un grand rôle dans le développement de la mal aria ou mauvais air, fléau qui rend ces localités si dangereuses pour l’homme.
- D’après tout ce qui précède, on ne peut révoquer en doute la présence constante de l’hydrogène sulfuré dans l’atmosphère. Sans contredit, la plus grande partie de ce gaz, qui afflue dans l’air, se trouve peu-à-peu décomposée par l’oxygène ; mais il en reste toujours assez pour produire certains effets qui démontrentincontestablement sa présence. Ainsi, la teinte grise, puis noire, que prennent à l’air toutes les peintures à l’huile ; l’altération qu’éprouvent, au contact de ce même agent, les métaux , tels que l’or, l’argent, le cuivre, le plomb, soit dans leur couleur, soit dans leur texture, etc., sont des phénomènes dus à l’hydrogène sulfuré contenu dans l’air. C’est surtout le cuivre dont l’altération est la plus prompte et la plus prononcée. On cite un exemple remarquable d’une altération de ce genre. Ca pointe entièrement faite de cuivre de la flèche d’un paratonnerre surmontant un des édifices de Paris s’est trouvée complètement transformée en sulfure de cuivre.
- C’est certainement à cet hydrogène sulfuré atmosphérique qu’il faut rapporter l’origine du soufre qu’on rencontre dans une foule de végétaux, alors même qu’ils croissent dans des milieux dépourvus de soufre et de sulfates. L’hydrogène sulfuré, de même que l’acide carbonique, est absorbé Par les plantes, puis, sous l’influence des forces vitales, décomposé en ses élémens, lesquels sont assimilés ou rejetés, suivant le besoin. D’après eela, l’hydrogène sulfuré devient un gaz aussi essentiel à la vie des plantes flue l’acide carbonique.
- Cet acide est gazeux, incolore comme l’air, pourvu d'une °<leur forte et désagréable. Sa saveur est acide et sucrée tout-à-1a-fois. Tl rougit légèrement le tournesol. 11 est un peu plus lourd que l’air. Il éteint les corps en combustion.
- Il est irrespirable et tellement délétère , qu’on a peine à eonee-
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- voir la rapidité de son action. L’animal qui le respire pur tombe comme frappé par un boulet. Sa mort est presqu’aussi prompte lorsque le gaz est mêlé à beaucoup d’air. Il résulte, en effet, des expériences de Thénard et de Dupuy tren, qu’un oiseau périt dans un air qui en contient seulement 1/1500 de son volume, qu’un chien de moyenne taille succombe dans un air qui renferme 1/1000 de ce gaz, et qu’un cheval s’abat en moins d’une minute dans une atmosphère qui est chargée de 1 /250. Il n’est même pas nécessaire que les animaux respirent ce gaz pour être asphyxiés par lui, puisqu’il suffit, d’après Chaussier etNysten, que leur corps ou seulement un de leurs membres soit plongé dans une atmosphère de ce gaz pur, pour qu’ils périssent en moins de 15 à 20 minutes.
- C’est la présence de ce gaz dans les fosses d’aisances qui est la cause des funestes accidens qui n’arrivent que trop souvent aux malheureux ouvriers chargés d’en opérer la vidange. C’est lui qu’ils appellent le plomb.
- Lorsqu’on approche une bougie allumée de l’orifice d’une cloche remplie de ce gaz, il prend feu, brûle avec un flamme bleue qui rappelle celle du soufre, et perd son odeur infecte. Mais celle-ci est remplacée par une odeur 'piquante d’acide sulfureux. Les produits de sa combustion consistent en eau et en acide sulfureux ; mais comme l’air n’est point en proportion suffisante, la plus grande partie du soufre échappe à la combustion; aussi se dépose-t-il sur les parois de la cloche sous la forme d’une poudre jaune.
- Il n’en serait pas ainsi, si l’on faisait brûler 1 volume d’hydrogène sulfuré avec 1 volume 1/2 d’oxygène. Il en résulterait 1 volume de vapeur d’eau et 1 volume d’acide sulfureux. En effet:
- suîfhydrique ^ volume de soufre + 1 volume d’hydrogène.
- En ajoutant 1 vol. l
- 1/2 d’oxygène qu’on \ = i volume d’oxygène + 1/2 vol. d’oxygène,
- peut ainsi répartir. . )
- On a........ 1 vol. d’acide sulfureux-j-l volume de vapeur d’eau.
- Lorsqu’on opère cette réaction dans un flacon en verre d’un demi litre, au moyen d’une bougie enflammée, il se produit^une violente explosion.
- L’eau dissout 3 fois son volume de gaz sulfhydrique, à la température de -f- 18°. Cette dissolution a l’odeur et la saveur du gaz, sans en avoir les propriétés délétères, puisqu’elle est employée dans quelques maladies. Elle l’abandonne par l’ébullition ou par son exposition dans le vide. Elle s’altère assez prompte-
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- ment au contact de l’air, parce que l’oxygène brûle l’hydrogène d’une partie du gaz et fait déposer le soufre. Voilà pourquoi cette dissolution est toujours un peu trouble, et pourquoi les vases dans lesquels on la conserve présentent sur leurs parois un dépôt blanchâtre et pulvérulent de soufre.
- Ce gaz attaque la plupart des métaux à la température ordinaire et les noircit. Cela dépend de ce que le soufre qu’il contient se combine avec eux et donne lieu à des composés noirs, qu’on appelle sulfures. Les ustensiles d’argent, de cuivre, de plomb, d’étain, sont à chaque instant noircis, dans nos demeures, par les exhalaisons d’hydrogène sulfuré qui viennent les frapper, hes peintures dans lesquelles il entre des composés métalliques éprouvent les mêmes effets. Presque toujours, lorsqu’on opère la vidange des fosses d’aisances, l’hydrogène sulfuréqui se répand dans les appartemens altère et noircit les lambris peints, les tableaux, les bronzes, l’argenterie, les ustensiles de cuisine, au grand désespoir des propriétaires de ces objets. Les œufs pourris etmêmeles œufs frais, qu’on fait cuire dans des vases d’argent, fl ont la propriété de noircir la surface de ceux-ci que parce qu’ils répandent toujours un peu d’hydrogène sulfuré. Tout le monde a remarqué ce fait.
- Lorsque les métaux sont en dissolution dans les acides, ce gaz agit également sur eux, et les précipite sous forme de poudres colorées qui consistent en sulfures métalliques.
- Les bateleurs de places publiques ont su tirer parti de cette propriété pour exciter l’étonnement et faire naître la crédulité chez le peuple quiles écoute avec tant de confiance. Ils plongent dans un vase contenant un peu de gaz sulfhydrique, des papiers blancs sur lesquels ils ont tracé à l’avance leurs oracles avec une légère dissolution d’un sel de plomb. A l’instant même, des caractères bruns apparaissent, comme par miracle, sur ces Papiers. Ce résultat est dû , comme vous le devinez bien maintenant, à la production d’un sulfure noir de plomb dans toutes les Parties du papier qui ont été imprégnées de la dissolution incolore du sel métallique.
- C’est un effet analogue qui' se produit sur le visage des personnes qui se servent du blanc de fard. Cette substance renferme de l’oxyde de bismuth. Or, celui-ci devient subitement noir, dès (iue les moindres émanations sulfureuses arrivent dans les appartenions.
- La chimie nous offre heureusement les moyens de nous préserver de l’action funeste et prompte de l’hydrogène sulfuré, ^orsqu’il existe dans l’atmosphère, il suffît d’y dégager un peu de chlore, qui, gazeux comme lui, se répand dans l’espace, et réagit
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- complètement sur le gaz sulfuré, en s’emparant de son hydrogène et mettant le soufre en liberté.
- Vous allez voir, Messieurs, ce phénomène se manifester à l'instant, lorsque j’aurai fait passer quelques bulles de chlore dans une cloche contenant de l’acide sulfhydrique. Les deux gaz vont disparaître, et les parois de la cloche se recouvriront de soufre divisé. L’eau de chlore , versée dans une dissolution d’hydrogène sulfuré, produit les mêmes effets.
- C’est ainsi que les fumigations guytoniennes désinfectent et purifient, comme par enchantement, les lieux empoisonnés par l’hydrogène sulfuré. Avant de laisser les ouvriers descendre dans les fosses d’aisances ou les égouts pour les curer, on devrait toujours décomposer ce gaz si délétère, soit par des fumigations de chlore, soit par des aspersions en tous sens, avec une dissolution de chlorure de chaux, ou même renouveler l’air des fosses et des égouts par un tuyau plongeant au fond de la cavité et en communication, par le haut, avec un fourneau rempli de charbons allumés.
- Le procédé le plus expéditif pour se procurer de grandes quantités du gaz dont nous parlons consiste à mélanger 2 parties de limaille de fer avecl partie de fleur de soufre, et la quantité d’eau nécessaire pour faire une pâte que l’on chauffe doucement. Quand elle est devenue noire, il suffit
- de l’introduire dans un flacon et de la traiter avec de l’acide sulfurique étendu. Le gaz sulfhydrique se dégage avec rapidité : on le reçoit sous des cloches pleines de mercure.
- La théorie de cette opération est fort simple. L’eau est décomposée : son hydrogène se combine avec le soufre et donne lieu au gaz infect qu’on cherche à obtenir ; son oxygène se porte sur le fer, l’oxyde, et le rend propre alors à s’unir à l’acide sulfurique. Le sel qui en résulte est la couperose ou vitriol vert, c’est-à-dire le sulfate de fer.
- Le gaz sulfhydrique est un réactif précieux entre les mains du chimiste, qui, par son aide, parvient à distinguer les uns des autres les métaux dissous dans les acides. Quoique son action sur l’économie animale soit si meurtrière, on a su obtenir de son emploi habilement dirigé des effets heureux pour la santé. Les eaux minérales sulfureuses naturelles et factices jouent un assez grand rôle en médecine.
- A l’état de gaz, il peut servir avec un grand succès à la destruction des animaux nuisibles qui terrent. M.jjThénard, l’un des plus célèbres chimistes de notre époque, n’a pas dédaigné ;de s’occuper de cette application ,
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- au grand avantage des fermiers et de tous ceux qui ont des magasins de substances comeslibles que les rats dévastent quelquefois avec une rapidité effrayante. Rien de plus facile à exécuter que le moyen dont M. Thénard s’est servi pour détruire des légions de rats qui infestaient plusieurs bâ-timens.
- Lorsqu’on a reconnu les trous qui servent d’issue aux galeries souterraines de ces hôtes incommodes, on les infecte tous en y dégageant de l’hydrogène sulfuré. On se sert pour cela de cornues tubulées de demi-litre, dans lesquelles on a mis à l’avance un mélange de limaille de fer, de soufre et d’eau. Un tube à trois branches surmonte leur tubulure : c’est parla qu’on verse peu à peu de l’acide sulfurique affaibli. Le col des cornues est engagé dans les trous où on l’assujettit avec du plâtre. Le gaz se dégage en abondance, se répand dans toutes les parties des terriers , et fait périr en peu d’instans les animaux qu’ils recèlent.
- Si les trous de ces terriers sont en trop grand nombre, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de les boucher avec une légère couche de plâtre ou de terre glaise; les rats , en les débouchant, indiquent promptement leur retraite et permettent d’opérer à coup sûr.
- On peut appliquer ce procédé à la destruction des taupes, des mulots , des renards, des blaireaux, des fouines, des guêpes, et en général de tous les animaux nuisibles qui échappent à la poursuite du chasseur en se réfugiant dans des trous ou des cavités souterraines plus ou moins profondes (1).
- DOUZIÈME LEÇON.
- Du Chlore*
- Sommaire. — Découverte du chlore. — Sa préparation dans les laboratoires et les fabriques. — Propriétés physiques et chimiques de cet élément. — Son emploi comme agent de décoloration et de désinfection. — Fumigations de Guyton de Morveau. — Théorie du Blanchiment. — Des chlorures de soude, de potasse et de chaux. — Essai des chlorures déçolorans ou chloromètrie. — De 1’acide chlorhydrique. — Ses caractères, sa préparation, ses emplois.
- Le chlore, qui n’existe qu’à l’état de combinaison dans la nature, a été entrevu au commencement du xvne siècle par Glauber ; mais sa découverte appartient réellement à Schèele, qui la lit en 1774. L’illustre Suédois, en examinant une substance minérale
- (t) Au xivc siècle, Gaston Phébus, comte de Foix, qui a publié un Traité sur la chasse,. indique que pour enfumer un terrier on fait brûler à l’ouverture de celui-ci un paquet de soufre, d’orpiment et de myrrhe.
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- C1IIMIB ÉLÉMENTAIRE.
- dont la nature était eneore inconnue, et qu’on appelait alors Magnésie noire, fut assez heureux pour trouver trois corps nouveaux , le chlore, le manganèse et la baryte. Ce travail remarquable dura trois années.
- Schèele, regardant le chlore comme de Vacide marin ou muriatique, privé de phlogistique, le nomma acide marin ou muriatique déphlogistiqué. Plus tard, Lavoisier et Berthollet, l’envisageant comme de l’acide muriatique surchargé d’oxygène, l’appelèrent acide muriatique oxygéné. C’est à partir de 1811 qu’il fut constaté par MM. Gay-Lussac et Thénard , en France, et par sir Humphry Davy, en Angleterre , que ce corps est un élément auquel le dernier chimiste appliqua, comme tel, le nom univoque de chlorine (qui, en grec, signifie vert clair), pour rappeler l’une de ses propriétés physiques les plus saillantes. Ce nom a été changé par Ampère en celui de chlore, qui a été définitivement adopté.
- La préparation du chlore ne présente aucune difficulté. On fait chauffer dans un ballon de verre une partie de suroxyde manga-nique ou peroxyde de manganèse réduit en poudre, et 4 à 5 parties d’acide chlorhydrique ; l’action se détermine, même à froid. Le chlore, mis en liberté, apparaît sous forme d’un gaz jaune verdâtre , qu’on reçoit dans un vase bien sec, au fond duquel plonge le tube recourbé qui sert au dégagement. En raison de la plus grande densité du chlore, il se réunit à la partie inférieure du vase, pousse devant lui l’air qui remplit ce dernier, et finit par sortir au dehors ; on bouche alors le flacon, qu’on remplace par un autre, et ainsi de suite.
- La figure suivante représente l’appareil des laboratoires.
- A ballon dans lequel on introduit le peroxyde de manganèse. B tube qui sert k verser l’acide chlorhydrique dans le ballon. C large tube horizontal soutenu par un support E. 11 renferme dans sa première moitié des morceaux de chaux vive, et dans la seconde des fragmens de chlorure de calcium fondu. Ces substances purifient et dessèchent le chlore qui passe dans le tube avant d’arriver dans le flacon I).
- Dans cette opération, voici comment se produit le chlore :
- L’acide chlorhydrique se décompose en présence du suroxyde manga-nique. L’hydrogène du premier, en se combinant avec l’oxygène du second, donne lieu à la formation d’une certaine quantité d’eau. Le chlore
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- est mis en liberté, line partie s’unit avec Je manganèse pour former un chlorure de manganèse qui reste dans le ballon, tandis que l’autre partie se dissipe sous la forme de gaz Voici celte théorie exposée en tableau, pour que vous puissiez mieux retenir les phénomènes qui s’accomplissent dans le ballon
- I1' portion. Chlore.
- Chlore
- Acide i chlorhydrique
- 2* portion. Chlore
- , Hydrogène
- Chlorure df
- manganèse
- Oxygène
- Suroxyde manganique >
- Manganèse
- 100 grammes de suroxyde manganique fournissent un peu plus de 30 libres de chlore.
- Si l’on ne reçoit pas le chlore gazeux sous une cloche pleine de mercure, domine on le fait pour les gaz solubles dans l’eau, c’estqu’il attaque ce mêlai et se combine avec lui.
- Lorsque l’on veut obtenir le chlore dissous dans l’eau, on se sert de l’appareil de Woulf. Le gaz se dissout dans l’eau des flacons et la colore en jaune
- ûansles fabriques,on fait usage de bonbonnes ou tourilles en grès; mais comme le chlore est peu soluble dans l’eau, on a imaginé des appareils disposés de telle sorte que le gaz est obligé de parcourir une grande étendue au sein du liquide avant de se répandre dans l’air. Vous comprenez facilement que plus le chlore restera long-tems dans l’eau, plus les points de contact entre eux seront multipliés, plus aussi la solution sera parfaite.
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- Voilà la disposition d’un de ces appareils imaginés par Welter :
- Une cuve en maçonnerie ou en bois mastiqué , est garnie dans son intérieur de larges cuvettes en pierre, renversées ainsi que le montre la figure. Chacune de ces cuvettes, ABCD, est échancrée légèrement sur un de ses côtés, et elles sont superposées de manière que les échancrures sont placées alternativement à droite et à gauche. Le tube qui amène le chlore an fond de la cuve remplie d’eau descend au-dessous de la cuvette inférieure. La portion de gaz qui échappe à l’action de l’eau sort par l’échancrure pour se rendre dans la cuvette supérieure : il passe dans la troisième, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il arrive dans l’air.
- Vous concevez, que dans ce trajet il doit, en raison des nombreux points de contact qu’il a avec l’eau, se dissoudre en plus grande quantité que s’il n’avait à traverser qu’une seule couche de liquide. Il est difficile, dans les appareils de laboratoire, de satisfaire aux conditions que nous venons d’indiquer d’une manière aussi parfaite que dans ceux des fabriques.
- Beaucoup d’autres dispositions, ayant un but analogue, ont été données aux cuves qui servent à préparer la dissolution du chlore; il est surperdu de les décrire ici, car il suffit que vous entendiez bien le principe sur lequel repose l’art d’opérer la solution des gaz peu solubles dans l’eau. Mais ce que je dois vous faire connaître*, c’est l’appareil de production du chlore dans les fabriques de produits chimiques.En voici une coupe longitudinale*-
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- 1)U UH LOUE.
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- A Cuve en maçonnerie doublée en plomb et construite sur un foyer. B Grands ballons en terre destinés à contenir l’acide chlorhydrique ; ils portent une tubulure à leur partie latérale. G cônes en terre percés de trous en tous sens, et destinés à contenir le suroxyde manganique qu’on emploie en morceaux , et non en poudre. F Tubes en verre dirigeant le gaz dans des vases laveurs. G vases laveurs. Il tubes en plomb amenant le gaz lavé dans le conduit en plomb I qui, à son tour, porte le gaz, soit dans des cuves de dissolution, soit dans une chambre contenant de la chaux , lorsqu’il doit servir à la fabrication du chlorure de chaux. J intérieur de la cuve, faisant office de bain-marie, et contenant en guise d’eau ou de sable, une dissolution neutre de chlorure de manganèse, résidu de la préparation du chlore , qu’on utilise ainsi au lieu de le jeter.
- Le chlore, à la température et sous la pression ordinaires, est un gaz jaune verdâtre, d’une odeur tellement forte et désagréable, qu’on ne peut l’oublier une fois qu’on l’a sentie. Sa saveur est astringente et chaude, tl pèse près de deux fois et demie plus que l’air.
- Une bougie, plongée au sein de ce gaz, s’y éteint rapidement, mais en présentant un phénomène particulier : sa flamme, avant de disparaître, pâlit d’abord, puis prend une couleur verte à sa base, et rougeâtre à son extrémité supérieure.
- Le chlore exerce une action très violente sur l’économie animale. Il excite la toux, et, s’il est respiré pendant un certain teins, il produit une sorte de strangulation et un serrement de poitrine quirendentla respiration de plus en plus diiïicile. Il détermine, en outre, la sécrétion d’une grande quantité de glaires très-èpaisses et un coryza violent (qu’on appelle improprement rhume de cerveau), accompagné de maux de tête et de fièvre. Quand on le respire en trop grande abondance, ces symptômes s’aggravent, une expectoration sanguine se manifeste, et bientôt la mort termine cet empoisonnement douloureux.
- Les annales historiques de la science fournissent malheureusement deux exemples de cette redoutable influence du chlore. Pelletier père, chimiste français très-distingué, né à Bayonne en 1761, etRoë, jeune chimiste de Ringsend, près de Dublin, perdirent la vie pour avoir respiré une trop forte dose de ce gaz, en faisant des expériences pour reconnaître sa nature et ses propriétés.
- On peut se mettre à l’abri de ses funestes effets en jetant par intervalle, autour des appareils qui le fournissent, une dissolution de gaz ammoniac qui le neutralise complètement. Dans les fabriques, on fait boire du lait aux ouvriers qui en ont respiré une certaine quantité. Le docteur Kastner a conseillé de leur faire Prendre quelques gouttes d’ammoniaque sur du sucre, et mieux encore de les exposer aux vapeurs de l’esprit-de-vin, ou de leur laire avaler des morceaux de sucre trempés dans ce liquide,. Les
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- journaux allemands affirment que ces derniers moyens réussissent constamment.
- Une forte compression, égale à environ quatre atmosphères, ou un abaissement de température considérable, fait prendre au chlore l’état liquide. M. Bussy est même parvenu à le solidifier.
- L’oxygène et le chlore ne peuvent s’unir directement. Cependant, à l’aide de procédés particuliers, les chimistes sont parvenus à produire cinq composés distincts de ces deux gaz : ces composés, qui sont tous acides, mais qui ont fort peu de stabilité, portent les noms d’acides hypochloreux, chlore iix, chlorosique, chlorique et perchlorique. Ils n'offrent pas un grand intérêt dans leur état de liberté.
- L’affinité que le chlore manifeste pour l’hydrogène est telle, qu’il se combine avec lui à la température ordinaire dans l’espace de quelques jours, lorsque le mélange est exposé à la lumière diffuse, et instantanément sous l’influence des rayons solaires. Dans ce dernier cas, une forte explosion accompagne la réaction mutuelle des deux gaz, aussi n’est-ce pas sans de grandes précautions qu’on doit tenter cette expérience. La manière la plus élégante de la faire, c’est de lancer en l’air, et dans un point éclairé par le soleil, le vase qui renferme le mélange détonant. L’explosion alieu bien avant que le vase ait pu toucher le sol; il se brise dans l’air en mille pièces.
- Une bougie enflammée, une tige de fer rouge de feu, un charbon incandescent, une feuille d’or battue, approchés ou plongés dans l’ouverture d’un flacon contenant un pareil mélange, en déterminent également l’inflammation subite.
- De quelque manière qu’on s’v prenne, le résultat de la combinaison est toujours le même. Les deux gaz s’unissent à volumes égaux et donnent lieu à la production d’un gaz incolore, fumant à l’air, d’une odeur piquante et rougissant le tournesol. C’est un des acides les plus puissans, Y acide chlorhydrique, dont le volume est égal à celui des deux gaz employés.
- La connaissance de ces faits va nous être bientôt d’un grand secours pour trouver l’explication de certains phénomènes non moins curieux que les précédées.
- Dans son contact avec les autres élémens, le chlore produit presque toujours un grand dégagement de chaleur, et souvent une vive îgnition. Déjà je vous ai fait voir le phénomène de combustion qui a lieu lorsqu’on projette dans un flacon de chlore gazeux certains métaux en poudre, tels que l’antimoine, l’arsenic, le bismu th, le cuivre très-divisés ; l’or et le cuivre en feuilles sont dans le même cas. Si l’on attache à l’extrémité d’un fil très-mince de laiton, d’acier, de fer ou de cuivre., une feuille d’or faux
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- dont on a fait une boule, et qu’on plonge le tout dans le chlore sec, les métaux s’allument et brûlent avec le môme éclat que dans l’oxygène. J’introduis du phosphore dans l’intérieur d’un semblable vase, et aussitôt, comme vous le voyez, il fond, s’enflamme , lance des étincelles en émettant une lumière pâle et en répandant une vapeur blanche très-épaisse.
- Le chlore s’unitavec presque tous les autres corps simples, etles composés qu’il forme portent le nom générique de CHLORURES.
- La solubilité du chlore dans l’eau varie avec la température et la pression. Mais, d’après les nouvelles expériences de MM. Gay-Lussac et Pelouze, le maximum de solubilité a lieu de + 8 à 10°. Entre ces limites de température, l’eau dissout de 2 3/4 à 3 fois son volume de chlore, ou, en d’autres termes, 100 volumes d’eau dissolvent de 275 à 300 volumes de ce gaz. La proportion de gaz que retient l’eau est d’autant plus faible que la température s’éloigne davantage en-deçàou au-delà du terme indiqué.
- La dissolution saturée a la couleur et la saveur du gaz ; elle en a môme l’odeur, parce que le chlore s’en sépare peu-à-peu dès qu’elle est exposée à l’air. Si on l’agite avec de l’air, elle perd, pour ainsi dire instantanément, la presque totalité du gaz qu’elle contient, et devient incolore. Il est donc convenable, lorsqu’on veut obtenir une dissolution de chlore aussi saturée que possible, de ne pas agiter l’eau dans laquelle on fait arriver le gaz, puisque, pour peu qu’il reste de l’air dans le vase, il y a déplacement d’une certaine quantité de chlore et affaiblissement du titre de la dissolution.
- Cette même dissolution abandonne tout son chlore par la chaleur. Soumise à un froid de + 2 à 3°, elle laisse déposer des eristaux lamelleux qui s’accumulent à tel point, que la liqueur se prend en une masse butyreuse, d’une couleur jaune foncée , contenant beaucoup plus de chlore que la liqueur même. Ces cristaux sont une combinaison de chlore et d’eau en proportions fixes, dans le rapport de 27,7 du premier, et de 72,3 de la seconde. C’est ce que les chimistes appellent Hydrate de chlore , composé peu stable qui se détruit entre + 9 à 10°, avec un grand dégagement de chlore.
- Les rayons solaires décolorent peu-à-peu l’eau de chlore, la rendent acide, et en font dégager de l’oxygène. Cela tient à ce qu’en raison de son affinité pour l’hydrogène, le chlore décompose une partie de l’eau, et produit de l’acide chlorhydrique, tandis que l’oxygène du liquide se porte en partie sur du chlore pour former de l’acide chlorique, et se dégage en partie sous forme de gaz. Les mêmes effets se produisent, mais plus lentement, à la lumière diffuse. 11 suit de là qu’il est très-difficile de conserver intacte la solution du chlore. Dans les laboratoires, on la renferme dans des
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- 21S CHIMIE ÉLÉMENT AI HE.
- flacons entourés de papier noir qu’on garde dans un lieu obscur et froid; mais, malgré ces précautions, on est obligé de la renouveler souvent.
- La décomposition de l’eau par le chlore a lieu encore par l’action d’une haute température, mais avec cette différence que, dans ce dernier cas, il ne se forme point d’acide chlorique. Le tableau suivant indique dans quels rapports la réaction s’effectue.
- / 1 volume d’oxygène.——
- 2 volumes )____I
- de vapeur d’eau i j
- ( 2 volumes d’hydrogène.
- 2 volumes de chlore
- ___j 4 volumes de gax
- ~ I chlorhydrique.
- C’est parceque Berthollet fit ses expériences sur du chlore mêlé de vapeur d’eau, qu’il crut que ce gaz était formé d’acide muriatique (chlorhydrique) et d’oxygène.
- C’est encore par suite de cette même affinité du chlore pour l’hydrogène, qu’il enlève ce gaz à la plupart des composés qui le renferment. Ainsi, il déshydrogène à froid le gaz hydrogène phosphoré, le gaz sulfhydrique, et à chaud le gaz hydrogène carboné, etc.
- A peine une bulle d’hydrogène phosphoré arrive-t-elle dans une cloche remplie de chlore, qu’il y a une vive ignition avec flamme d’un jaune verdâtre. Il se produit de l'acide chlorhydrique et du chlorure de phosphore.
- Qu’on mêle 2 volumes de chlore et 1 volume d’hydrogène bicarboné, et qu’on expose ce mélange aux rayons solaires ou à l’action d’une bougie allumée, il détone subitement en produisant du gaz chlorhydrique et un dépôt de charbon. Si, dans un semblable mélange, on introduit une feuille d’or battu enroulée autour d’un fil de cuivre, il n’y a pas d’explosion , mais on voit d’épais nuages de charbon s’amasser autour delà feuille d’or, qui est en faible ignition, tandis qu’il se produit du gaz chlorhydrique.
- Le chlore gazeux ou dissous dans l’eau présente , dans son contact avec les matières colorantes végétales ou animales, des phénomènes trop remarquables pour que je les passe sous silence. Dès que l’une de ces matières est mêlée avec lui, elle est immédiatement détruite et remplacée par une nuance jaune, et il n’est
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- du chlore;
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- plus possible de faire reparaître la teinte primitive. Les couleurs les plus foncées, comme les plus claires, éprouvent cette sorte d’altération au bout d’un tems convenable.
- C’est Schèele qui constata ce fait important, mais c’est 11er-thollet qui, dès 1785, en entrevit toute la portée, et qui songea le premier à utiliser cette action du chlore sur les matières colorantes, en l’appliquant au blanchiment des tissus. La reconnaissance publique a fait donner à la dissolution du chlore, dans nos ateliers, le nom du chimiste favori de Napoléon ; on l’appelle le Berthollet.
- Voici des éprouvettes dans lesquelles nous avons renfermé des décoctions de bois de Brésil, de tiges de gaude et de racines de garance , de l’encre, une dissolution d’indigo, une décoction de cochenille. Je vais ajouter dans chacune d’elles une certaine quantité d’eau de chlore, et bientôt les couleurs plus ou moins foncées deces liquides auront disparu. Certes, voilà un phénomène bien remarquable, et qui mérite que nous nous y arrêtions.
- Une question très-intéressante se présente tout d’abord. En vertu de quelle action le chlore détruit-il les couleurs ?
- Ce n’est que depuis la parfaite connaissance des propriétés chimiques du chlore qu’on a pu résoudre complètement cette question.
- Je vous ai montré, il n’y a qu’un instant, la grande affinité du chlore pour l’hydrogène. Or, les matières colorantes renfermant ce principe au nombre de leurs élémens constitutifs, il est tout naturel de penser que le chlore s’en empare pour former de l’acide chlorhydrique. Une fois privées de cet hydrogène, les matières colorantes se trouvent transformées en de nouveaux composés qui ne sont plus colorés, ou, au moins, qui n’ont plus qu’une très faible teinte jaunâtre. Ainsi, ce serait en déshydrogénant les couleurs que le chlore les détruirait instantanément.
- L’expérience justifie ces prévisions.
- Qu’on introduise sous une cloche contenant un volume déterminé de chlore gazeux humide, une liqueur colorée ou un échantillon de fil teint, en très peu de tems la décoloration sera opérée. On pourra reconnaître une diminution très sensible dans le volume du gaz, et, dans la liqueur, la présence de l’acide chlorhydrique dont il n’y avait d’abord aucune trace. Si c’est du fil qu’on a employé, il sera très acide au goût, et l’eau en extraira une quantité notable d’acide chlorhydrique. Il y aura encore dans l’air restant sous la cloche, après l’expérience, un peu d’acide carbonique, fourni par la matière décolorée et décomposée par le chlore.
- Cette expérience démontre évidemment le véritable rôle du chlore dans la décoloration et le blanchiment des tissus, et fait
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- voir qu’il agit, dans cette circonstance, en raison de sa tendance énergique pour l’hydrogène.
- C’est là une action chimique puissante qui distingue nettement le chlore des autres agens décolorans. Jusqu’ici nous vous avons fait connaître trois corps qui ont la propriété d’enlever les couleurs aux liquides mis en contact avec eux : le charbon, le gaz acide sulfureux et le chlore. Leur action est toute différente. En effet, le charbon s’empare des matières colorantes et s’y unit sans leur faire subir d’altération sensible. Le gaz acide sulfureux les fait disparaître, très-probablement en les désoxygénant. Le chlore les détruit en les déshydrogénant. Du reste, de ces trois agens décolorans, c’est le chlore qui est le plus énergique et le plus général dans son action.
- C’est sans doute en raison de la même cause que le chlore détruit subitement les matières odorantes, les germes putrides, les miasmes délétères répandus dans l’atmosphère, car on ne peut douter que ces substances ne soient de nature organique. Hallé, savant professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Paris, paraît être le premier qui, en 1785, ait signalé la propriété antiseptique du chlore, nommé alors acide muriatique oxygéné (1). En 1791-, Fourcroy, l’un des plus célèbres professeurs de chimie dont la France s’honore, le recommanda comme propre à désinfecter les cimetières, les caveaux funéraires, les salles de dissection, les étables, dans les cas d’épizootie ; à détruire les effluves infectes, les virus contagieux, etc. Mais c’est Guyton deMorveau, créateur du langage chimique actuel, qui a popularisé ce moyen puissant de rendre à l’air vicié sa pureté première. Plus tard, M. Thénard employa le chlore liquide, en place du chlore gazeux, contre une épidémie qui ravageait une partie de la Hollande, et les lotions qu’il fit faire contribuèrent beaucoup à borner les ravages de cette maladie.
- Guyion de Morveau a imaginé, pour faire les fumigations qui portent son nom , un appareil portatif qu’il a nommé appareil permanent de désinfection. 11 se compose d’un flacon de cristal dans lequel on renferme une partie de peroxyde de manganèse en poudre fine et 4 à 5 parties d’acide chlorhydrique. Ce flacon est renfermé dans un étui de bois dont le couvercle est traversé par une vis ; mais le bouchop, au lieu d’être cylindrique et tout-à-fait libre , comme dans les flacons ordinaires, est taillé en cône et reçu dans une ouverture analogue pratiquée dans le col du flacon qui est droitet très épais. Au moyen de l’ajustage à l’aide duquel ce bouchon est fixé àla vis d’une manière solide, il s’enfonce dans l’ouverture du flacon et en sort à volonté. La figure et la légende suivantes vont vous faire mieux
- (1) Tout récemment M. Dizé a réclamé la priorité cle l’emploi des fumigations de chlore. 11 prétend s’en être servi pour faire cesser une épizootie qui, en 1773 et 1775, envahit une grande partie du Béarn. ( Voir Journal de chimie méd. 18 iO, p. 540 ).
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- comprendre la forme et les dispositions de ce petit appareil très simple et très commode.
- AAAA étui de buis. B vis qui traverse le couvercle. C bouchon conique , dont la partie supérieure est contiguë à la vis, U laquelle il est fixé solidement. D flacon en cristal dans lequel on met l’acide et le peroxyde de manganèse. EE ouverture du flacon coupée horizontalement et dans laquelle s’enfonce le bouchon conique. FF ouvertures latérales du couvercle par lesquelles le chlore se répand au dehors.
- Lorsqu’on veut faire une fumigation , on soulève le bouchon en desserrant lavis, et, quand on juge cette fumigation terminée, on redescend le bouchon. Quand le mélange est épuisé, on le renouvelle à peu de frais.
- Ce petit appareil n’est bon que quand il s’agit d’assainir un lieu circonscrit, comme une chambre. Mais quand on a besoin de faire la même opération dans un vaste local, comme un atelier, une salle de prison, de caserne, d’hôpital, etc., on pratique la fumigation à vases ouverts , en mettant les matières dans une terrine de grès °uun poêlon de terre. On ferme exactement le local non habité pendant 21 heures, ou jusqu’à ce que le dégagement du chlore ait totalement cessé. On donne ensuite accès à l’air, en ouvrant les portes et les croisées.
- Pour désinfecter les vêtemens ou les objets de coucher, on les suspend dans un local très vaste, et on les expose à un dégagement de chlore, dont la quantité, d’ailleurs, doit être en rapport avec celle des objets à désinfecter et la grandeur du local.
- Autrefois, pour se préserver des émanations susceptibles d’exercer une Influence funeste sur la santé, pour empêcher les progrès du typhus et aubes maladies contagieuses, pour désinfecter les lieux d’habitation, on n’a-vait recours qu’à des moyens insignifians, ou à de simples palliatifs qui masquaient le danger et ne le détruisaient pas. Ainsi, on faisait brûler des plantes aromatiques, du sucre, on employait des huiles essentielles, du camphre, les vapeurs du vinaigre. Ces substances sont encore souvent mises en usage. .Mais leur emploi n’est guère propre qu’à rendre plus supportable le séjour d’un endroit malsain. Ces vapeurs aromatiques n’ont évidemment aucune action sur les miasmes; elles ne les détruisent pas, elles ne font que dissimuler pour un tems très court leur présence. Il n’y a vraiment que les fumigations de chlore qui puissent rendre à l’air sa pureté première.
- Comme ces fumigations ont l’inconvénient, lorsqu’on les pratique dans des lieux qui ne peuvent être évacués, d’irriter les organes et de fortement incommoder, on les remplace maintenant avec avantage par des aspersions de liquides qu’on appelle Vulgairement chlorures de potasse, de soude et de chaux.
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- Ces composés résultent de la combinaison delà potasse, de la soude et de la chaux, avec le moins oxygéné des oxacides du chlore, Vacide hypochloreux, dont la découverte ne date que de la fin de 1834. Ils doivent donc être appelés, scientifiquement, Hypochlorites; mais nous leur conserverons le nom de chlorures, sous lequel ils sont vulgairement connus.
- On les obtient aisément en faisant passer, jusqu’à saturation, un courant de chlore gazeux dans une dissolution étendue de potasse, de soude, ou dans un lait de chaux. Le plus souvent, on prépare le chlorure de chaux à l’état solide, en faisant arriver le chlore au milieu de chaux mouillée ou éteinte. Celle-ci se salure de chlore en conservant sa forme. Dans les fabriques, on opère dans des chambres en maçonnerie plus ou moins grandes, garnies tout autour de tablettes sur lesquelles on étend la chaux éteinte et divisée en une couche de iO à 15 centimètres d’épaisseur. Le chlore arrive par la partie supérieure. On renouvelle la surface de la chaux, en la remuant de temsentems avec des râteaux dont les manches traversent les murs de la chambre. Le dégagement du chlore est opéré très lentement, afin que la température de la chaux ne s’élève pas à mesure qu’elle absorbe le gaz. Lorsqu’elle en est complètement saturée, elle est alors sous forme d’une poudre d’un blanc grisâtre, d’une saveur âcre etdésagréable, et répandant l’odeur du chlore.
- La fabrication des chlorures décolorans est aujourd’hui très-étendue, car ils ne remplacent pas seulement le chlore dans les cas de désinfection et pour tous ses emplois en médecine, ils lui sont aussi substitués pour le blanchiment des tissus.
- L’époque précise de leur découverte est incertaine. En 1789, le chlorure de potasse était déjà usité dans le blanchiment, sous le nom d'eau de Javelle, du nom d’un petit village près Paris, où il paraît qu’on le fabriqua d’abord.
- Sa préparation, tenue secrète pendant de longues années par les manufacturiers, fut ensuite indiquée par Berthollet. C’est ce chlorure qu’on emploie de préférence dans les ménages pour blanchir et détacher le linge. Il est quelquefois coloré en rose. Cette teinte lui est étrangère ; elle lui est donnée avec quelques gouttes de la liqueur qui reste dans les ballons où l’on prépare le chlore.
- Le chlorure de chaux, indiqué en France par Descroizilles, de Rouen, fut ensuite introduit en Angleterre par G. Tennant, et préparé en grand, à l’état sec, en 1798, par Makintosh, sous le nom de poudre de Tennant et de Knox, ou poudre de blanchiment. Son usage ne fut adopté en France que long-tems après. Maintenant il est général, et son introduction dans les blanchisseries a singulièrement contribué aux perfectionnemens qu’a éprouvés ce genre d’industrie. M. Masuyer, professeur à l’Ecole de Strasbourg, est un des premiers qui ait eu l’idée d’employer
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- ce chlorure à la désinfection de l’air, de préférence au chlore. Ses expériences datent de 1807.
- Oubliées pendant long-tems, elles furent rappelées au souvenir des savans par celles plus récentes de M. Labarraque, pharmacien de Paris, qui, en 1822, fit connaître l’utilité des chlorures de soude et de potasse dans l’art du boyaudier, pour s’opposer à la putréfaction, l’arrêter et en faire disparaître les traces. 11 indiqua aussi de nouveau, et exclusivement, le chlorure de chaux, étendu de 150 à 200 parties d’eau , comme offrant à ceux qui travaillent les matières animales un précieux moyen de désinfection.
- Depuis, les travaux d’un grand nombre de chimistes , et surtout ceux de.M. Chevallier, ont démontré que les chlorures employés en arrose-mens ou lotions sont d’excellens agens hygiéniques pour l’assainissement des ateliers, des vaisseaux, des prisons, des lazarets, des hôpitaux , des salles de dissection , des salles de spectacle , des halles , des mines , des latrines et égouts, des puits et puisards, des écuries, des étables, et en général de tous les lieux rendus infects et malsains par la décomposition putride des matières végétales ou animales.
- Ces chlorures sont encore employés pour les embaumemens, les exhumations et les recherches médico-légales qui en sont la suite. On enveloppe alors les cadavres d’un drap mouillé avec une solution contenant 1/100 de son poids de chlorure de chaux. Cette précaution serait excellente à prendre pour inhumer, dans les tems de chaleur, les cadavres qui doivent traverser les cités et séjourner dans les églises.
- On peut aussi en tirer un très bon parti pour détruire l’odeur du la peinture dans les appartemens fraîchement vernis. Il suffit tout simplement, dans ce cas, de saupoudrer de chlorure de chaux en poudre, du foin qu’on étale en couche épaisse sur le sol, et de n’ouvrir les appartemens, pour renouveler l’air, qu’après 24 ou 48 heures.
- Ce qui rend les chlorures préférables au chlore pour tous ces emplois, c’est que l’odeur en est moins vive , moins suffocante ; l’action en est lente, successive , continue, sans en être moins certaine , et peut être graduée à volonté ; l’application en est simple ; ils se conservent mieux et sont d’un transport plus facile.
- Les chlorures ne se décomposent pas par eux-mêmes ; ils n’abandonnent du chlore que quand ils sont en contact avec des acides, et l’acide carbonique que renferme l’air suffit pour produire cette décomposition. MM. d’Arcet et Gaultier de Claubry ont établi par expérience :
- 1° Que la décomposition du chlorure de chaux à l’air est due à l’acide carbonique atmosphérique. Cet acide, en s’unissant à la chaux, chasse le chlore, qui réagit ensuite sur les miasmes et les décompose ;
- 2° Qu’en faisant passer de l’air putride, privé par les alcalis caustiques d’acide carbonique , à travers du chlorure de chaux, cet air n’est pas désinfecté ;
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- chimie élémentaire.
- 5° Qu’il l’est, au contraire , lorsqu’on le fait passer à travers le chlorure sans le priver de son acide carbonique.
- C’est parce que la décomposition de ces chlorures par l’acide carbonique de l’air est très-lente, que le chlore qui s’en dégage incessamment est moins susceplible d’agir sur l’économie animale , quoiqu’il décompose tout aussi bien les miasmes putrides. C’est donc une véritable fumigation guytonienne, seulement moins forte et plus long-temsprolongée*
- En raison de cette action de l’air, il faut priver les chlorures de son contact , pour pouvoir les conserver sans altération.
- Ils n’agissent également sur les matières colorantes qu’autant qu’ils sont en présence de l’air ou d’un acide. Alors ils les détruisent subitement. Toutefois leur action est bien plus faible que celle du chlore , à moins que les liqueurs colorées ne soient acides. Ainsi, avec les solutions d’indigo, qui sont toujours très acides , il n’y a aucune différence entre l’action des chlorures et celle du chlore; mais avec des décoctions végétales, les premiers n'agissent que très-lentement. C’est pour cette raison que, dans le blanchiment par les chlorures, on fait succéder aux bains de ceux-ci un bain d’acide sulfurique ou chlorhydrique qui met le chlore en liberté.
- Quand on n’emploie pas d’acide, il fautagiler forlementla liqueur colorée qu’on a mêlée au chlorure, afin que l’acide carbonique de l’air puisse produire le même effet; mais, dans ce cas, la décoloration est toujours moins prompt.
- Les chlorures, et surtout le chlorure de chaux, sont encore employés au blanchiment des chiffons destinés à la fabrication du papier, aux enlevages des toiles peintes en fond uni sur lesquelles on veut produire des dessins. Qn les a aussi fait servir à la conservation des œufs, en plaçant ceux-ci dans une solution ne contenant qu’un 52me de son poids de chlorure; à la conservation de la viande ( solution à \ /iO™ ) ; pour enlever à l’eau-de-vie de grains son odeur désagréable.
- On les emploie encore journellement , ainsi que le chlore dissous, pour blanchir les vieilles estampes, restaurer les vieux livres, enlever les taches d’encre qui, très souvent, diminuent la valeur de ces objets. Rien de plus simple que cette restauration. On trempe les estampes dans une légère dissolution de chlore ou de chlorure de chaux pendant quelques minutes, et on les passe ensuite dans de l’eau fraîche pour en ôter toute l’odeur. Lorsqu’il s’agit d’opérer sur un livre, il faut nécessairement le découdre et le mettre en feuilles. Le chlore n’attaque aucunement l’encre d’imprimerie, l’encre lithographique, qui ont pour base des corps gras et du noir de fumée, et qui diffèrent beaucoup, sous ce rapport, de l’encre ordinaire.
- Le chlore et les chlorures rendent encore de nombreux services à la médecine. La première application de ces corps au traitement de certaines maladies est due au chirurgienPercy, qui employa, dit-on, Veau de Javelle, en 1793 , à l’armée du Rhin, contre la pourriture d’hôpital. Hallé, dans des expériences faites sur lui et
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- des malades, a constaté que le chlore liquide, étendu de 60 fois son poids d’eau et donné à la dose de 60 à 90 grammes, excite l’appétit et facilite la digestion. C’est le seul agent dont on puisse faire usage avec succès contre les asphyxies par l’hydrogène sulfuré et par les émanations qu’exhalent les fosses d’aisances. Dans ce cas, on trempe dans une faible dissolution de chlore ou de chlorure de soude, dit vulgairement liqueur de Labarraque, une éponge ou un tampon de linge qu’on place sous le nez du malade, jusqu’à ce qu’il soit revenu à la vie. Employé de cette manière, le chlore peut détruire les effets formidables del' acide prussique, poison dont, jusqu’ici, la puissance n’avait pu être contrebalancée avec avantage. Mêlé à beaucoup d’air, on le fait quelquefois respirer aux phthisiques, d’après les indications de M. Gannal. Il est avantageux de se frotter les mairïs avec une solution légère de chlore ou de chlorure, matin et soir, lorsqu’on habite des lieux où se développent sans cesse des miasmes organiques ; il adhère à nos organes, et l’on se trouve exposé pendant tout le jour à une faible émanation de ce gaz. C’est de cette manière que M. Thénard fit cesser les ravages d’une épidémie qui désolait, en 1815, une partie de la Hollande. Le voisinage des établisse-mens où l’on fabrique le chlore et les chlorures, celui des grandes blanchisseries bertholiennes, est, quoi qu’on en dise, plus salubre que nuisible à la santé publique. On peut citer, à l’appui de cette assertion, lePetit-Gentilly, dit la Glacière, la Maison-de-Seine, près Saint-Denis, aux environs de Paris, localités autrefois très malsaines parles fièvres intermittentes qui y régnaient, et qui ont aujourd’hui totalement disparu, parce qu’il y a aux alentours des fabriques de chlore et des blanchisseries.
- Vous le voyez par tout ce qui précède, Messieurs, le chlore est un des agens les plus précieux que la chimie ait fournis à l’industrie et à l’économie domestique. Sa découverte est donc un des faits les plus heureux pour la société, et celle-ci gardera avec religion le souvenir des deux savans, Schèele et Berthollet, dont les noms sont désormais inséparables de cette grande découverte.
- L’industrie, en particulier, doit encore se montrer reconnaissante envers deux hommes qui lui ont fourni les moyens de constater, d’une manière aussi exacte que commode, la valeur des chlorures, c’est-à-dire leur richesse en chlore, et, par conséquent, de connaître à l’avance l’effet qu’ils peuvent produire comme agens décolorans ou désinfectans. Les chimistes qui ont cherché et résolu ce problème important, sont Descroizilles et M. Gay-Lussac.
- Dès 1794, Descroizilles a construit pour les blanchisseurs un instrument qu’il appela berthollimètre, et qui a pour but d’évaluer
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- la quantité de chlore en combinaison avec l’eau ou avec une base. Son procédé est fondé sur la propriété que possède le chlore gazeux, dissous ou uni à un alcali, de décolorer l’indigo. Une dissolution est d’autant plus riche en chlore qu’elle décolore une plus grande quantité de la liqueur d'épreuve, qu’on prépare avec 1 partie d’indigo dissoute dans 9 parties d’acide sulfurique concentré, puis étendue dans 990 parties d’eau.
- En 1824, M. Gay-Lussac a perfectionné singulièrement ce mode d’essai des chlorures, qu’il a appelé chlorométrie , et il a donné le nom de chloromètre au tube gradué destiné à mesurer la liqueur d’épreuve qui sert à titrer les dissolutions chlorées. Quelques mots vont vous faire comprendre comment on opère. Supposons, pour plus de clarté, qu’il s’agisse de déterminer la valeur décolorante du chlorure de chaux solide.
- On prélève dans la masse de ce chlorure divers échantillons qu’on mélange bien , et on en pèse 5 grammes avec soin. On les broie dans un mortier et on les délaie avec de l’eau, pour en faire une bouillie claire qu’on verse dans une éprouvette à pied jau-asjîir~~^ géant un demi-litre, jusqu’au trait circulaire su-^ périeura; on lave bien le mortier et le pilon,
- on ajoute cette eau de lavage à la bouillie, puis on remplit l’éprouvette d’eau pure, jusqu’à ce qu’on ait complété le demi-litre. On agite le tout, on laisse reposer pour que la chaux en excès dans le chlorure se dépose, et on a ainsi une solution claire, propre à être titrée.
- On met alors de la liqueur d’épreuve dans une burette en verre portan t, à la partie inférieure, un tube latéral et recourbé à sa partie supérieure. Cette burette est graduée ou divisée en degrés qui ont, chacun, une capacitéde 2 centimètres cubes 1/2. Chaque degré est subdivisé en 5 ou 10 parties. On remplit cette burette de liqueur d’épreuve jusqu’au 0, puis on en fait écouler par le tube latéral dans un verre à boire ordinaire une quantité inférieure à celle que l’on suppose nécessaire à l’essai, soit, par exemple, 5 ou 6 degrés.
- On prend ensuite deux centimètres cubes 1/2 de la solution claire de chlorure de chaux t
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- DE L’ACIDE CHLORHYDRIQUE.
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- qu’on mesure au moyen d’une petite pipette en verre contenant 2 centimètres cubes 1/2 depuis sa pointe jusqu’au trait a placé au-dessus du renflement On fait couler rapidement cette mesure de chlorure dans la liqueur d’épreuve, en soufflant dans la pipette et en imprimant au verre un mouvement circulaire. Si la liqueur est complètement décolorée, on en ajoute aussitôt une nouvelle quantité de la burette, et on continue les additions jusqu’à ce que le liquide ait acquis une teinte légèrement verdâtre. On recommence l’essai, en mettant dans le verre lavé une quantité de liqueur d’épreuve égale à celle qui a été décolorée dans l’essai précédent, et en y versant une mesure de chlorure. L’essai est exact lorsque la liqueur d’épreuve prend immédiatement la teinte verdâtre.
- La quantité de liqueur d’épreuve qui manque dans la burette donne le titre du chlorure essayé, attendu que chaque degré de la burette indique 10 litres de chlore par kilogramme de chlorure, fit chaque dixième de degré un litre de chlore. Si donc on a employé 8 et 3/10es degrés, cela indique que le chlorure essayé renferme 83 litres de chlore par kilogramme.
- Le chlorure de chaux pur contient, d’après M. Gay-Lussac, 101 litres 2l/i00es de chlore par kilogramme. Mais jamais celui du, commerce n’atteint ce degré de saturation. Il est d’autant meilleur qu’il s’en rapproche le plus, et c’est ce qu’on peut reconnaître par le procédé chlorométrique. Plus tard, je vous indiquerai une nouvelle liqueur d’épreuve que M. Gay-Lussac a proposé de substituer à la dissolution d’indigo, qui offre plusieurs mconvéniens dans son emploi.
- Pour terminer l’étude du chlore, examinons en particulier son hydracide.
- De l’Acide Chlorhydrique.
- 11 paraît que cet acide fut connu des alchimistes, puisque Basile Valentin en parle dans ses écrits sous le nom d'esprit de sel; H l’obtenait par la calcination du sel marin et du vitriol. Boyle le prépara plus tard en soumettant à une forte chaleur un mélange de limaille de fer, de sel commun et d’eau. Vers la fin du xviie siècle, Glauber, célèbre chimiste allemand, simplifia beaucoup le procédé d’extraction, en traitant, dans un appareil distillatoire, le sel marin par l’huile de vitriol. Il connaissait la nature gazeuse de cet acide, puisqu’il fait observer qu’on ne l’obtient point à l’état liquide, à moins de lui associer de l’eau. Mais c’est Priestley qui, en 1772, recueillit le premier l’acide
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- du sel marin à l’état de gaz sur le mercure, constata ses principales propriétés et établit son analogie avec l’acide liquide. Cet acide portait déjà les noms d’acide marin, d’acide muriatique, dérivés du mot muria , qui, en latin, veut dire eau salée, saumure.
- Lorsque Sclièele eut découvert le chlore,il avança que l’acide muriatique était le résultat de l’union de ce gaz avec le phlo-gistique; et comme par phlogistique il entendait l’hydrogène, il s’ensuit que ce grand homme entrevit la véritable composition de cet acide long-tems avant qu’elle fût démontrée par l’expérience.
- Cette opinion de Schèele resta dans l’oubli, et, à l’époque de l’établissement de la doctrine de Lavoisier sur l’acidité, l’acide muriatique fut envisagé comme un oxacide dont le radical était encore inconnu. Ce sont MM. Gay-Lussac et Thénard, et sir H. Davv, qui firent voir, par un grand nombre d’expériences, qu’il est formé de 1 /2 volume de chlore et de 1/2 volume d’hydrogène. Aussi lui donnèrent-ils le nom d’acide hydrochlorique, qu’il a toujours porté depuis, mais qu’on a récemment changé en celui d’acide chlorhydrique. Cette découverte remarquable a ouvert une ère nouvelle, pour la science, en créant une classe d’acides sans oxygène.
- L’acide chlorhydrique se dégage incessamment des volcans, notamment du Vésuve, et se condense avec les vapeurs aqueuses, en formant alors des ruisseaux, des sources acides, quelquefois assez abondantes. On le trouve encore dans quelques eaux thermales de l’Amérique-Méridionale, et dans les eaux du Rio-Vinagre, mêlé à l’acide sulfurique. Quelquefois il se dégage dans les dépôts salifères, et certaines roches poreuses, telles que la Domite du Puy de Sarcouy, en Auvergne, en contiennent jusqu’à 2 et 3 p. 0/0 entre leurs pores.
- 11 a toujours la forme de gaz dans les circonstances ordinaires. 11 est incolore, doué d’une odeur très forte, piquante, d’une saveur analogue, acide, et il est tellement délétère qu’il est impossible de le respirer. 11 suffoque subitement, en effet, les animaux qu’on y plonge. Mêlé à l’air, il excite vivement la toux, produit le larmoiement et le coryza. Le pharmacien Destouches l’a vu occasionner aussi d’autres accidens non moins graves, tels que de fortes coliques intermittentes, la diarrhée, etc. H détermine des irritations sur la peau, et, lorsqu’on plonge les doigts dans une éprouvette qui en est remplie, il produit une sensation de chaleur qui est due à sa combinaison avec l’eau de transpiration qui recouvre ces organes.
- Il répand des vapeurs blanches très épaisses dans l’air, en raison de son action sur la vapeur aqueuse qu’il condense. Il rougit fortement la teinture de tournesol et éteint subitement les corps en combustion. Il est un peu plus lourd que l’air. Il supporte un
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- froid de — 50° sans changer d’état. Mais soumis à une pression de 40 atmosphères, à la température de + 10°, il se liquéfie.
- Il est indécomposable par la chaleur.
- Il a une telle affinité pour l’eau, que lorsqu’on débouche sous ce liquide, ainsi que nous le faisons, un flacon rempli de ce gaz bien pur, l’eau s’élance dans le vase avec une si grande rapidité, que l’œil ne peut suivre l’ascension du liquide. L’expérience a démontré qu’à -f- 20° l’eau dissout les 3/4 de son poids de cet acide, ou, autrement, 464 fois son volume. C’est un des gaz les plus solubles. La glace l’absorbe aussi très rapidement et se fond avec production de chaleur.
- La dissolution saturée de ce gaz marque 26° î/2 à l’aréomètre deBaumé. On l’appelle acide chlorhydrique liquide. Elle a toutes les propriétés de l’acide gazeux. Elle cesse de répandre des vapeurs lorsqu’elle est très étendue d’eau. Elle bout à la température de -f 60° et abandonne alors une grande partie de son gaz. Mais, à une certaine époque, le dégagement s’arrête, et le liquide restant, qui est très acide , bout à + 110°, et distille sans éprouver aucun changement, ni sans perdre davantage de gaz.
- Ed. Davy a donné la table suivante, qui indique la quantité d’acide réel contenue dans l’acide liquide, à diflerens degrés de densité, pour la température de -f 7° 22, et sous la pression de 76 centimètres.
- 'és à l’aréomètre de Baumé. Densité. Quantité d’acide réel dans 100 parties d’acide liquide.
- 26,à 1,21 42,43
- 24,& 1,19 38,38
- 22,0 1,17 34,34
- 20,0 1,15 30,30
- 17,5 1,13 26,26
- 16,0 1,11 22,22-
- 13,0 1,09 18,18
- 10,0 1,07 14,14
- 7,5 1,05 10,10
- La préparation du gaz chlorhydrique est une des plus simples des laboratoires. Elle se fait au moyen du sel marin ou chlorure de sodium, et de l’acide sulfurique étendu d’eau. On l’exécute en chauffant légèrement, dans une fiole munie d’un tube recourbé, 5 parties de sel calciné et 5 parles d’acide sulfurique étendu d’une partie d’eau. Ou recueille le gaz
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- sous des cloches pleines de mercure, lorsqu’il est complètement absorbé par l’eau, ce qui indique qu’il n’est plus mêlé d’air.
- Quand on veut avoir une dissolution de cet acide, on fait usage d’un appareil de Woulf dont les flacons renferment autant d’eau qu’on emploie de
- sel marin. Un kilogramme de sel desséché suffit pour saturer 700 grammes d’eau à la température de 45°.
- Dans les arts, on se sert des mêmes matières premières pour obtenir l’acide chlorhydrique ; seulement on les emploie dans les proportions suivantes :
- Sel marin ordinaire. 80 parties.
- Acide sulfurique à 6G°. . . .. 64
- Ou acide à 64°.................. 67
- Ou acide à 60°. ... . . . . 100
- Les appareils ne sont plus les mêmes. Le sel et l’acide sont introduits dans de grands cylindres de fonte disposés par paires dans un fourneau en bri-
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- ques. Le gaz qui en sort est conduit par des tubes de plomb dans une série de grandes bouteilles en grès ou bonbonnes à moitié remplies d’eau.
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- DE i/ACIDE CHLORHYDRIQUE.
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- La fabrication de cet acide n’est, du reste , qu’une partie accessoire d’une opération plus importante, la préparation de la soude artificielle. Les fabriques de soude produisent tant d’acide chlorhydrique, que, dans beaucoup de localités, comme à Marseille, par exemple, on ne se donne même pas la peine de le recueillir.
- La réaction au moyen de laquelle on produit legaz chlorhydrique ne présente aucune difficulté dans son explication. Sous l’influence de l’acide sul-1 urique, l’eau du mélange se trouve décomposée, et ses deux principes, en se combinant aux deux composans du sel marin, c’est-à-dire au chlore et au sodium ( métal delà soude;, donnent naissance à du gaz chlorhydrique et à de l’oxyde de sodium ou soude. Celle-ci s’unit ensuite à l’acide sulfurique, et forme alors le sel qu’on appelle sulfate de soude. Le tableau suivant va vous faire voir, Messieurs, la maniéré dont les choses se passent dans la fiole :
- Sel marin ou
- chlorure j de sodium )
- Sodium
- Chlore-
- t Acide j chlorhydrique
- =Soude-
- Eau,
- Hydrogène Oxygène —
- J- j Sulfate I de soude.
- Acide sulfurique--------------------------------------------
- L’acide chlorhydrique du commerce marque de 22 à 23° à l’aréomètre de baumé. Il est loin d’être pur. Il est coloré en jaune par du fer qui résulte de l’action du gaz sur les cylindres de fonte dans lesquels il se produit. Il renferme aussi de l’acide sulfurique, du chlore, et fort souvent de l’acide sulfureux.
- Cet acide a des usages nombreux dans les arts. Il sert à la fabrication du chlore et des hypochlorites, de Veau régale, dont nous vous parlerons bientôt, du gaz acide carbonique, du sel d’étain et de la composition d’étain, deux sels très employés dans
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- les ateliers de teinture et d’indiennes. Baurné (1) en a conseillé l’usage pour le blanchiment de la soie destinée à la confection des blondes et des gazes. C’est un réactif précieux pour les chimistes. Les médecins en font quelquefois d’heureuses applications. M. Chevallier l’a employé avec succès pour nettoyer les murs des édifices noircis par le tems ; pour cela, on lave d’abord les murs avec de l’eau, puis avec de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique , et on termine par un lavage à l’eau pure.
- Avant la découverte du chlore, Guyton de Morveau fit usage, à Dijon, en 1773, du gaz chlorhydrique en fumigations, contre les émanations putrides, et il en obtint d’heureux effets.
- TREIZIÈME LEÇON.
- O
- lies Composés de 1*Azote.
- Sommaire. — Des composés oxygénés de l’azote. — Lois remarquables que suivent les corps dans leurs combinaisons. — Théorie des proportions multiples, théorie des proportions dé/inies. — De l’acide azotique. — De l’eau forte. — De l’acide azoteux. — De l’acide liypoazolique. — Des oxydes de l’azote. — De l’azoture d’hydrogène, ou ammoniaque. — Sa production dans une infinité de circonstances. —Caractères du gaz. — De l’ammoniaque liquide, ou alcali volatil. — Ses nombreux emplois dans les arts; fabrication des fausses perles. — Du carbonate d’ammoniaque.
- Parmi les élémens qui cmt été jusqu’ici l’objet de nos études, il en est un, Messieurs, dont nous n'avons pas encore examiné les divers composés binaires : c’est I’Azote. Nous devons nous en occuper actuellement, avant d’aborder l’histoire des métaux. Presque tous les composés de ce métalloïde ont-reçu des applications dans les arts, et d’ailleurs la connaissance de leurs propriétés est indispensable, parce qu’ils servent à chaque instant, dans les laboratoires ou dans les ateliers, à obtenir une foule de
- (1) Antoine Baumé, né en 1728, peut Être regardé comme le père de la pharmacie française, qui lui doit une grande partie de ses progrès. Ses Elémens de pharmacie sont encore bien certainement l’un des meilleurs ouvrages à consulter. Il cultiva aussi la chimie avec succès, fut démonstrateur de celte science au Jardin-des-Plantes, et appartint à l’Académie royale des Sciences. Il a publié un Cours de chimie expérimentale et raisonnée ; on lui doit la description de plusieurs arts chimiques et la construction d’un aréomètre qui est encore très employé dans le commerce. Malheureusement, Baumé ne voulut jamais abandonner la doctrine chimique de Slhal, et, alors que tous les savans européens professaient la théorie de Lavoisier, seul il croyait encore àl’exis-irnee du phlogislkpie el a la nature élémentaire de l’eau. Il mourut à Paris, en 1804.
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- DES COMPOSÉS DK L’AZOTE. 233
- produits, ou parce qu’ils prennent part à une infinité de réactions chimiques.
- Cet azote, qui n’offre généralement, dans son état de gaz, qu’une très faible tendance à s’unir aux autres élémens, peut cependant, à l’aide de procédés particuliers, se combiner avec l’oxygène, l’hydrogène, le carbone et quelques autres; et souvent, comme cela a lieu avec l’oxygène, il forme même plusieurs composés distincts qui ne diffèrent les uns des autres que par un changement de proportions de leurs principes constituais. On connaît, en effet, jusqu’à cinq composés oxygénés de l’azote ; trois d’entre eux possèdent les propriétés des acides ; les deux autres, moins oxygénés, sont considérés comme des oxydes.
- Ces composés présentent un rapport extrêmement remarquable entre les proportions de leurs élémens. Le volume de l’azote restant le même dans tous, celui de l’oxygène varie dans les rapports suivons:
- 300 volumes d’azote avec 50 volumes d’oxygène forment l’oxyde azoteux.
- !00 . . ........... 100 .... ................l’oxyde azotique.
- 100 ........ 150 ......... . l’acide azoteux.
- 100......... . 200 .......... l’acide hypoazotique.
- 100 ............. 250 .................... l’acide azotique.
- C’est-à-dire que les nombres qui expriment le volume de l’oxygène ajouté à 100 d’azote sont, entre eux , comme les chiffres 1,2,3, 4 , b.
- Eli bien ! de semblables rapports simples s’observent dans tous les composés chimiques, et l’on peut dire, d’une manière générale, que
- Lorsque, dans une série de composés auxquels les deux composons sont communs, l'un de ces composons varie en proportions , les nombres qui expriment ces proportions en poids ou en volume sont entre eux comme les nombres 1,2,5, 4, b, etc., c'est-à-dire dans des rapports multiples simples et constans.
- Cette loi, connue sous le nom de Théorie des proportions multiples, est remarquable par sa généralité, car elle embrasse non-seulement les combinaisons binaires des élémens, mais aussi les composés d’un ordre plus élevé. Elle découle, d’ailleurs, de cette autre , appelée Théorie des proportions définies, que l’on peut ainsi formuler :
- Les corps ne forment jamais entre eux qu'un très petit nombre de composés dont les élémens sont toujours réunis en proportions invariables ou définies.
- Ainsi, par exemple, l’oxygène, le soufre, le chlore ne s’unissent à un métal quelconque que dans4,2, 5 ou 4 proportions, rarement dans un plus grand nombre ; et dans chacun des oxydes, des sulfures, des chlorures qui en résultent, les quantités pondérables d’oxygène et du métal, du soufre et du métal, du chlore et du métal, sont toujours fixes, quelles que soient les circonstances dans lesquelles ces composés métalliques prennent naissance.
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- CHIMIE ELEMENT AIRE.
- La découverte de ces lois remarquables qui éclairent toutes les parties de la science est entièrement due aux chimistes modernes. Les anciens ne se doutaient même pas de leur existence, et, par anciens, nous désignons ici les chimistes qui ont précédé l’époque mémorable de 1789, où la chimie, entre les mains de Lavoisier, de Berthollet, de Monge , de Fourcroy, de Guyton de Morveau , de Schèele, de l’riestley, de Cavendish, deVolta, a été, pour ainsi dire, régénérée dans toutes ses parties.
- Abandonnons ces généralités , et revenons aux composés oxygénés de l’azote. Nous commencerons leur étude par celle de I’acide azotique , parce que c’est, sans contredit, le plus important, et qu’il sert d’ailleurs à obtenir les autres par les décompositions qu’on lui fait subir.
- De l’Acide azotique ou nitrique.
- L’arabe Geber, l’un des philosophes alchimistes les plus célèbres de la fin du vme siècle ou du commencement duixe, est le premier qui ait fait mention de l’acide azotique, et qui l’ait employé comme dissolvant. Il l’obtenait en distillant un mélange de vitriol de Chypre , de nitre et d’alun. Albert-le-Grand, né en 1193, - et qui occupe le premier rang parmi les théologiens et les physiciens du moyen-âge, décrit aussi avec beaucoup d’exactitude la préparation de cet acide, qu’il appelle Eau prime, ou Eau philosophique au premier degré de perfection. Il en indique les principales propriétés, et surtout celles de séparer l’argent de l’or et d’oxyder les métaux. C’est donc à tort que tous les auteurs attribuent la découverte de cet acide à l’alchimiste Raymond-Lulle, né en 1235 (1). Il n’a d’autre mérite que de l’avoir appelé le premier Eau forte, nom encore usité dans le commerce, et d’avoir
- (1) L’histoire de Raymond Lulle, un des plus célèbres alchimistes du moyen-âge, est assez curieuse. Né d’une famille noble et ricbe, il passa les années de sa jeunesse dans les fêtes et les plaisirs. L’amour le fit moine, chimiste et médecin. Eperdûment amoureux d’une jeune tille de Majorque, la signora Ambrosia de Castello, qui refusait obstinément de céder à ses vœux, il la pressa tellement, qu’elle lui découvrit son sein que ravageait un affreux cancer. Raymond Lulle, frappé d’horreur, renonça au monde et entra dans un cloître à l’âge de 30 ans. Là, il se livra à l’étude de la théologie et à celle des sciences physiques avec l’ardeur qu’il avait mise dans ses folies de jeune homme. Bientôt après, ayant conçu l’idée d’une croisade, il entreprit d’immenses voyages èn France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en Afrique, où il fut lapidé, prêchant le christianisme. Tout en voyageant sans cesse, il trouva le moyen d’écrire dans presque tous les pays, et souvent simultanément, sur la chimie, la physique, la médecine et la théologie. C’est sous Arnauld de Villeneuve, professeur de médecine à Montpellier et alchimiste non moins célèbre, qu’il apprit la médecine et la chimie. Ses contemporains l’avaient surnommé le Docteur illuminé. « Parmi les alchimistes, ditM. Dumas, Raymond-Lulle a fait école, et l’on peut dire qu’il a donné une direction utile. En effet, c’est lui qui, cherchant la pierre philosophale par la voie humide, et qui employant la distilla-1ion comme moyen, a fixé leur attention sur les produits volatils de la décomposition des corps. » Il a écrit surtout sur les eaux-fortes et les métaux.
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- de l’acide azotique, 235
- imaginé le nitre dulcifié, mélange d’acide azotique et d’esprit-devin employé en médecine.
- L’acide dont nous parlons, appelé plus tard Esprit de nitre, Acide du nitre, Acide nitreux, parce qu’on l’obtenait en distillant un mélange de nitre et d’argile, fut, pendant long-tems, confondu avec un autre acide de l’azote, Y acide hypoazotique ; c’est Schéele qui en fit la distinction en 1774. Mais ce n’est qu’eu 1784 qu’on fut fixé sur sa véritable nature chimique, grâce aux belles expériences de Cavendish, qui détermina, même assez exactement, les proportions de ses principes constituans. Lavoisier lui donna le nom d’acide nitrique, qu’il a porté jusque dans ces derniers tems.
- Cet acide n’existe pas dans la nature à l’état de liberté ; les composés salins dont il fait partie sont même très peu nombreux, puisqu’on ne connaît, jusqu’à présent, à la surface de la terre, que les azotates de chaux, de magnésie, de potasse, de soude et d’ammoniaque. Il prend naissance dans les tems d’orage, sous l’influence de la foudre; aussi les pluies entraînent-ellesdes hautes régions atmosphériques de l’azotate d’ammoniaque, et même de l’azotate de chaux. Ce fait n’a rien d’extraordinaire, puisque Cavendish nous a appris qu’une série d’étincelles électriques, qui arrivent dans un mélange d’oxygène et d’azote humides, déterminent toujours la production d’une certaine quantité d’acide azotique.
- Le procédé que l’on suit aujourd’hui pour se procurer ce précieux dissolvant dont les arts ehimiques ne pourraient se passer, est celui qui a été indiqué par Basile Valentin, vers la fin du xve siècle. Il consiste à soumettre le nitre ou azotate de potasse à l’action de l’acide sulfurique concentré, avec le concours d’une certaine température.
- Dans les laboratoires, on se sert d’un appareil distillatoire en verre ; dans
- les fabriques, on met l’acide et le sel dans des cylindres de fonte placés par paires au cenlred’un fourneau en briques. Ces cylindres communiquent avec
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- CH 1MÏE ELEMENTAIRE.
- des bonbonnes en grès, disposées sur 2 ou i rangs. Celles du premier rang sont plongées dans des bûches pleines d’eau, et renferment, en outre, une certaine quantité dece liquide. Cet appareil est donc le même que celui qui sert à l’extraction de l’acide chlorhydrique. On emploie habituellement,
- pour 100 parties de nitre raffiné , 00 parties d'acide sulfurique à 60°.On recueille un peu moins de 100 parties d’acide azotique.
- Depuis une dizaine d’années, on remplace le nitre , dans les fabriques, par l’azotate de soude, qui arrive en grande quantité du Chili, et dont le prix est moins élevé que celui du salpêtre. Mais alors , pour 100 parties de sel, on emploie 6oà 70 parties d’acide sulfurique , et on obtient 130 parties d’acide azotique
- Quel que soit l’azotate employé, l’acide sulfurique se comporte toujours de la même manière avec lui. Il s’empare de sa base pour former un sulfate dépotasse ou de soude, qui reste dans le vase distillatoire, et l’acide azotique , mis en liberté, se réduit en vapeurs blanches qu’on condense dans les récipicns rafraîchis. Toutefois, une partie de cet acide est entièrement perdue pour le fabricant, parcequ’elle se décompose etse transforme en un gaz rougeâtre qu’on appelle acide hypoazolique.C’est surtoutau commencement et à la lin de la distillation que cet effet se produit.
- L’acide condensé dans les récipiens est coloré en jaune parde l’acide hypo-azotique et du chlore. Il contient, en outre, de l’acide sulfurique. Il marque de 40 à 42° à l’aréomètre. ïl est donc nécessaire de le purifier. On y parvient aisément en ledistillant sur un peu de nitre ou d’azotate de soude, qui absorbe tout l’acide sulfurique, puis en faisant chauffer le produit distillé dans un matrasà long col, jusqu’à ce qu’il soit devenu incolore. Le chlore et l’acide hypoazotique se volatilisent; mais comme le dernier est fort difficile à chasser complètement, M. Millon conseille avec raison d’ajouter, avant la distillation, 1 gramme de bichromate de potasse par 100 grammes d’acide. L’acide hypoazotique prend de l’oxygène à l’acide chromique du sel pour se changer en acide azotique.
- L’acide rectifié marque ordinairement 41 à 42° à l’aréomètre. On doit le conserver à l’abri de la lumière.
- L’acide azotique ne peut point exister sans eau , à moins d’être combiné à certains oxydes. Dans son plus grand état de concentration, il est formé, sur 100parties , de:
- Acide anhydre.............................. 85,76
- Eau........................................ 14,25
- 100,00
- Toutes les fois qu’on essaie de lui enlever celle eau de composition , il se décompose et se transforme eu oxygène cl en acide hypoazolique.
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- de l'acide azotique. 237
- Dans son état de pureté , l’acide azotique se présente sous la forme d’un liquide blanc, d’une odeur désagréable, répandant de légères fumées blanches au contact de l’air.
- Il est très sapide, très corrosif. Il attaque très fortement les tissus organiques, môme à la température ordinaire. Il colore en jaune les matières animales. Concentré, c’est donc un des poisons les plus violens, et, à cause de ses nombreux usages dans les arts, un des plus souvent employés. Ce qu’il y a de mieux à faire, lorsqu’une personne a bu, parmégarde, de Veau-forte, c’est de lui administrer, le plus promptement et le plus abondamment possible, des liqueurs adoucissantes, du lait, de l’eau de gomme ; puis, si on le peut, comme neutralisans, de la magnésie calcinée délayée dans l’eau, de l’eau de chaux ou une dissolution de savon. C’est à cause de la facilité avec laquelle il désorganise les tissus animaux qu’on emploie très souvent cet acide concentré pour détruire les petites excroissances, les verrues; pour cautériser les plaies envenimées, les ulcères, etc.
- Il bout à + 86°, et se réduit en une vapeur blanche légèrement colorée par un peu d’acide hypoazotique provenant de sa décomposition partielle. A une température élevée, il est complètement transformé en ce dernier acide et en oxygène.
- La lumière solaire agit aussi de cette manière sur l’acide concentré (marquant 35° et au-dessus) et le colore promptement en jaune. Etendu d’eau, marquant26° (c’est Veau-forte du commerce), ou 20° ( c’est Veau-for te seconde du commerce qu’on appelle plus ordinairement eau seconde ), il n’est plus altéré par la lumière.
- Il se mêle à l’eau en toutes proportions. Sa densité diminue avec la quantité d’eau, quoique le volume du mélange soit moindre que celui des deux composans. La table suivante, due à M. Thénard , montre le rapport qu’il y a entre la densité et les degrés de l’aréomètre.
- Densité de l’acide. Degrés correspondait!» de l’aréomètre. Acide anhydre sur 100 parties.
- 1,51 48° 1/2 85,75 .
- 1,50 48 79,70
- 1,45 45 07,74
- 1,42 43 00,10
- 1,40 41 1/2 56,19
- 1,35 38 48,22
- 1,30 34 40,25
- 1,15 15 21,92
- L’acide cesse de fumer à l’air dès qu’il est mêlé à la moitié de son poids d’eau.
- Formé d’élémens qui tiennent faiblement l’un à l’autre, l’acide azotique est décomposé par les moindres influences, et il cède
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- très aisément toutou partie de son oxygène aux corps combustibles sur lesquels on le fait réagir. La plupart de ces corps le décomposent, même à la température ordinaire, en s’oxygénant à ses dépens. Il se dégage alors ou de l’azote pur, ou des oxydes d’azote.
- Qu’on fasse chauffer légèrement cet acide sur du charbon, du soufre ou du phosphore, une vive réaction se manifestera; il se produira de Facide carbonique., de l’acide sulfurique ou de l’acide phosphorique, et des vapeurs rougeâtres d’acide hypoazo-tique. À chaque instant, on utilise cette action oxygénante de l’acide azotique pour préparer beaucoup de composés différens.
- C’est sous ce rapport qu’il est un agent précieux dans les laboratoires et les ateliers, surtout pour dissoudre les métaux, faire Fessai des monnaies, opérer le départ de For, pour la gravure sur cuivre, la dorure sur laiton et autres métaux. La propriété de colorer les tissus animaux le fait employer avec avantage pour teindre ces tissus, et notamment la soie, en orange très solide. Les chapeliers en font usage pour dissoudre le mercure destiné au secrétage des poils.
- Souvent on se sert de ses vapeurs pour désinfecter l’air des vaisseaux, des hôpitaux et autres lieux analogues. Mais elles n’agissent pas aussi efficacement que le chlore. C’est l’Anglais Smith qui indiqua, en 1780, ces fumigations, auxquelles on donne à tort le nom de vapeurs nitreuses.
- L’acide Azoteux, ou Facide le moins oxygéné de l’azote, ne peut exister qu’en combinaison avec les oxydes métalliques. Dès qu’on l’isole de ces derniers , il se décompose et se transforme en acide hypoazotique et en oxyde azotique.
- Quant à Facide Hypoazotique , il se produit dans une foule de circonstances ; toutes les fois, par exemple, qu’on chauffe fortement les autres composés oxygénés de l’azote.
- Dans les laboratoires, on l’obtient en calcinant Y azotate de ptomb sec
- dans une cornue de grès, dont le col est adapté à un large tube de verre en forme d’U, et entouré d’un mélange de glace et de sel.
- La chaleur décompose l’azo-fdte, et sépare l’acide de l’oxyde de plomb. Mais le premier ne pouvant exister sans eau , ainsi que nous l’avons dit, se -convertit en acide hypoazotique et en oxygène. Celui-ci s’échappe de l’appareil par le tube effdé, mais l’acide se condense entièrement dans le tube dont la température est maintenue 20° environ. — Le liquide qui
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- «lislille d’abord dans le tube est verdâtre ; si on change de récipient, on reçoit en second lieu un liquide incolore; enfin, en recueillant à part les derniers produits de la distillation, on obtient en abondance de l’acide incolore et cristallisé en prismes transparens.
- L’acide hypoazotique ne reste solide et incolore qu’autant que la température se maintient à —10°. Dès qu’il y a la plus légère trace d’humidité, les cristaux disparaissent et se changent en un liquide vert et incristallisable, dont la couleur verte devient plus intense avec la proportion d’eau qui s’y trouve.
- Comme habituellement on ne fractionne pas les produits de l’opération précédente, l’acide condensé dans le tube s’offre sous l’aspect d’un liquide fortement coloré en jaune orangé ou en jaune verdâtre. Il a une odeur très forte, insupportable, et il répand d’abondantes vapeurs rougeâtres ou rutilantes, qu’on désigne sous le nom impropre de vapeur nitreuse ou de gaz acide nitreux. Ces vapeurs sont excessivement délétères et produisent très promptement une inflammation mortelle des poumons.
- Il agit comme l’acide azotique sur les tissus animaux et sur les corps combustibles simples et composés, auxquels il cède tout ou partie de son oxygène. L’eau le décompose et le convertit en acide azotique qui se dissout, et en gaz oxyde azotique qui se dégage en vapeurs rutilantes.
- En se dissolvant dans l’acide azotique, il le colore successivement en bleu clair, vert d’émeraude, jaune foncé ou brun. En versant de l’eau dans ces liqueurs différemment colorées, il se dégage beaucoup de gaz oxyde azotique, et elles se décolorent en passant par des nuances intermédiaires, depuis le brun jusqu’au bleu clair.
- L’acide hypoazotique précipite instantanément le soufre de l’acide sulfhydrique, et son action dans ce cas est si prononcée , que de très petites quantités de ce gaz dissoutes dans l’eau sont rendues manifestes, comme vous allez en être témoins, par le trouble laiteux qu’il y occasionne.
- Les chimistes considèrent cet acide comme une combinaison d’acide azotique et d’acide azoteux ; aussi plusieurs le nomment-ils acide nitroso-nitrique, azotoso-azotique, et plus simplement azotosique. Il joue un rôle important dans la fabrication de l’acide sulfurique, car c’est lui qui suroxygène l’acide sulfureux dans les chambres de plomb.
- Des Oxydes d’azote.
- Les deux oxydes de l’azote sont gazeux. Aucun n’existe dans la nature. Ils possèdent des propriétés extrêmement remarquables.
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- Leur découverte date de 1772 ; elle est due à Haies et à Priestley.
- L’Oxyde azoteux ou Protoxyde d’azote n’a ni couleur, ni odeur ; il possède une saveur légèrement sucrée, et, comme l’oxygène, il peut entretenir la combustion. En effet, une bougie qui ne présente que quelques points en ignition dans sa mèche s’y rallume subitement ; le charbon, le phosphore et le soufre y brûlent avec plus d’éclat que dans l’air. Avec 1 volume d’hydrogène, il détone par l’approche d’un corps enflammé.
- Il se dissout en grande quantité dans l’eau , à laquelle il communique une saveur douceâtre.
- Mais ce qui le caractérise surtout, c’est son action sur l’économie animale. Les petits animaux qu’on plonge dans son atmosphère ne donnent de signes de malaise qu’au bout d’un certain tems. Alors ils exécutent beaucoup de mouvemens et tombent asphyxiés.
- Ses effets sur l’homme sont très variés. Suivant sir H. Davy, qui le premier a respiré ce gaz en assez grande quantité, on éprouve, après la première inspiration, une sorte de vertige qui diminue à mesure qu’on le respire en plus grande quantité. On sent une légère pression aux muscles, un chatouillement aux extrémités , un frémissement très agréable, particulièrement dans la poitrine*, en un mot, une espèce d’ivresse qui dure une ou deux minutes. Vers la fin de la respiration , l’agitation augmente, les facultés du pouvoir musculaire s’exaltent ; on éprouve une propension irrésistible au mouvement. Ces effets cessent dès qu’on arrête l’inspiration du gaz, et en moins de dix minutes on est entièrement rétabli.
- Beaucoup de personnes, Tennant, Underwood, le docteur Ure, etc., disent avoir éprouvé les mômes sensations agréables. Chez quelques expérimentateurs, il survint un rire involontaire et une gaîté folle ; de là le nom de gaz hilarant imposé à ce fluide élastique.
- Il s’en faut, cependant, que tous ceux qui ont voulu constater cette propriété du protoxyde d’azote aient joui du bonheur extatique décrit par les chimistes anglais. Proust, Wurzer, Vauque-lin, Thénard, et plusieurs élèves de ces deux derniers chimistes, n’ont éprouvé que des sensations douloureuses et môm e une perte de connaissance qui a duré pendant plusieurs minutes. A peine Vauquelin eut-il respiré ce gaz, qu’il tomba presque sans force ; son pouls était extrêmement agité ; un bourdonnement considérable avait lieu dans ses oreilles ; ses yeux étaient hagards et roulaient dans leurs orbites ; sa figure était décomposée ; sa voix ne pouvait se fait entendre, et sa souffrance était extrême ; il resta dans cet état pendant environ deux minutes.
- Davy explique cette différence par l’impureté du gaz, qui peut
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- être môle quelquefois de chlore ou de deutoxyde d’azote. La constitution des individus doit sans doute avoir aussi une grande influence sur les résultats produits.
- On obtient l’oxyde azoteux en décomposant par la chaleur Vazotate d'ammoniaque. L’opération s’exécute dans une petite cornue de verre ou
- dans une fiole munie d’un tube qui conduit le gaz sous des cloches pleines de mercure. On agit sur 40 à 50 gramme s de sel en cristaux. Par une réaction entre les principes élémentaires de ce sel, tout se convertit en eau et en oxyde
- L’ammoniaque , qui est unie à l’acide azotique, est un composé d’azote et d’hydrogène. Celui-ci s’empare d’une certaine quantité de l’oxygène de l’acide pour former de l’eau , tandis que son azote, en se réunissant avec l’azote et le restant de l’oxygène de l’acide décomposé, donne naissance à l’oxyde azoteux que l’on recueille.
- Voici la formule de cette réaction :
- azoteux. Voici comment:
- Azotate ) d’ammo- [ niaque. '
- 350 d’acide ) azotique j
- 250 d’oxygène =
- 150 d’oxygène-
- îOOd’oxygène-
- 100 d’azote-
- — oxyde azoteux. = Eau.
- \ 400 d’ani-\ moniaqite
- 100 d’azote
- 300 d’hydrogène-
- L’Oxyde azotique ou Deutoxyde d’azote, nommé souvent gaz nitreux, gaz rutilant, est incolore, et se distingue de tous les gaz connus par la manière dont il se comporte avec l’oxygène ou l’air. Dès qu’il a le contact de ces fluides, il produit subitement des vapeurs rouges très foncées, d’une odeur suffocante, qui sont dues à la formation instantanée d’acide hypoazotique. Voilà pourquoi l’oxyde azotique est irrespirable et si délétère;
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- il absorbe l’oxygène de l’air contenu dans les voies aériennes, et se transforme en acide hypoazotique qui tue.
- Pour constater que c’est bien un composé acide qui se forme par le contact de l’oxygène et de l’oxyde azotique, il suffît de faire passer ces deux gaz dans une cloche contenant de l’eau colorée par la teinture de tournesol. Les vapeurs rutilantes ne tardent pas à disparaître en se dissolvant dans le liquide bleu qu’elles rougissent.
- La propriété d’absorber l’oxygène, dontjoüitàun si haut degré le gaz dont nous parlons, l’a fait employer pendant long-tems pour l’analyse de l’air. Mais ce moyen présente quelques chances d’erreur, et on y a renoncé. D.reissen a proposé de s’en servir pour reconnaître quand une eau naturelle est ou n’est pas aérée. On donne une légère teinte bleue à cette eau au moyen du tournesol , et on la met ensuite en contact avec le deutoxyde d’azote. La teinte bleue passe au rouge lorsque l’eau renferme de l’air, puisque celui-ci convertit le gaz en acide hypoazotique. Mais ce procédé ne réussit pas toujours.
- L’oxyde azotique n’a par lui-même aucune action sur les couleurs. II ne peut entretenir la combustion des bougies ; malgré cela, le phosphore enflammé y brûle avec presqu’autant de vivacité que dans l’oxygène. Il est très peu soluble dans l’eau.
- On l’obtient aisément par la réaction de l’acide azotique sur la plupart des métaux. On choisit de préférence le cuivre réduit en limaille ou en copeaux. On en introduit 40 ou 50 grammes dans un flacon avec environ
- 100 grammes d’acide azotique étendu de deux fois son volume d’eau. Aussitôt une réaction très-vive se produit. Le liquide s’échaude beaucoup, se colore en vert, bout tumultueusement, et une grande quantité d’oxyde azotique se dégage. On laisse perdre les premières portions, et on recueille les suivantes sur l’eau et mieux sur le mercure. Après la réaction , le liquide du ballon aune couleur bleue. U renferme del’<jzotnle de cuivre. Voici comment on peut expliquer la formation de ce sel et de l’oxyde azotique, seuls produits de l’opération.
- L’acide azotique, en contact avec le cuivre, est aussitôt décomposé par lui ; il lui cède une partie de son oxygène et se trouve ramené à l’état de deutoxyde d’azote. Mais tout l’acide employé n’éprouve pas cet effet : ce qui n’est pas décomposé se combine avec l’oxyde cuivrique formé, et donne alors naissance au sel bleu qui reste en solution dans l’eau. Représentons cette théorie par une légende, afin de vous la faire mieux concevoir.
- y::,'*
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- DE l’aZOTURE D’HYDROGÈNE.
- Cuivre métallique-
- Oxyde cuivrique
- Azotate
- lr« portion. Acide azotique
- Oxygène-
- cuivre.
- Acide
- azotique
- .Oxyde azotique
- 2e portion. Acide azotique
- Il existe un composé d’azote et d’hydrogène, dont les propriétés et les usages nous font une loi de vous parler. C’est le corps qu’on désigne vulgairement sous le nom d’alcali volatil ou d’ammoniaque. Les chimistes l’appellent azoture d’hydrogène.
- De l’Azoture d’Hydrogène ou Ammoniaque.
- Le nom vulgaire de ce composé binaire est dérive du nom du selammoniac, ou chlorhydrate d’ammoniaque,qu on emploie pour l’obtenir et qui a pour étymologie celui d’Ammonie, contrée de la Lybie, ainsi désignée du sable très-abondant qui la couvre, d’après le mot ammos des Grecs. C’est de la aussi qu était tiré le nom de Jupiter Ammon, auquel on avait élevé un temple dans ce pays sablonneux.
- Le sel ammoniac, que les Grecs et les Romains utilisaient dans plusieurs circonstances, existe dans l’urine de 1 homme et dans les excrémens des chameaux, des bœufs et en général de tous les animaux qui mangent des plantes salces. Depuis longues années, en Egypte, ces excrémens séchés sont employés comme combustible par la classe la plus pauvre des habitans, et la suie qu’ils fournissent est chauffée dans de grands matras en verre pour en extraire le sel ammoniac qu elle contient. Ce sel se sublime à la partie supérieure des matras, où il se moule en pains plus ou moins épais, convexes d’un côté et concaves de l’autre. C’est sous cette forme qu’il est expédié du Caire, be 13 kilogrammes de suie, on ne retire guère que 3 kilogrammes de sel ammoniac.
- Ce n’est que depuis 1719 qu’on connaît le procédé suivi pour son extraction; les détails en furent donnés à l’Académie des
- Ci _ • '
- Sciences par Le Maire, alors consul de France au Caire.
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- CHIMIE K CÉMENTA !Uî:.
- C’est de ce sel que Priestley (1) retira pour la première fois l’ammoniaque à l’état de pureté, en le faisant chauffer avec de la chaux vive. Il désigna le produit de celle réaction sous le nom d'air alcalin et il en essaya l’action sur un grand nombre de substances. Le procédé du chimiste anglais est encore celui que l’on suit dans les laboratoires.
- On fait un mélange à parties égales de sel ammoniac pulvérisé et de chaux caustique ; on l’introduit promptement dans une fiole à laquelle ou adapte un tube recourbé qu’on fait plonger dans la cuve à mercure. L’appareil employé est donc le même que celui qui sert à obtenir le gaz oxyde azoteux. ( Voir page 211. )
- Déjà , à la température ordinaire, l’ammoniaque se dégage. On chauffe légèrement pour favoriser la réaction. On ne recueille le gaz sous des cloches que lorsqu’il est entièrement absorbable par l’eau. De 50 grammes de sel ammoniac , on obtient plusieurs litres de gaz pur. Le résidu se compose de chlorure de calcium et d’eau. Voici comment les matières réagissent:
- Ammoniaque
- Sel ammoniac
- Chlore
- Acide chlorhydrique
- Hydrogène
- (Chlorure
- = Eau.
- calcium.
- Oxygène-
- ( Calcium
- (1) Nous avons tant de fois cité le nom de Priestley, qu’il est tems de dire quelques mots sur sa vie et ses travaux. C’est, de tous les chimistes du xvni<= siècle, celui qui a découvert le plus de gaz, et c’est à lui qu’on doit l’invention des appareils pour produire, manier et étudier ces fluides élastiques. C’est pour ainsi dire le créateur de la chimie pneumatique. Mais, ne s’occupant que d’expériences, marchant au hasard, et se bornant à enregistrer des faits, il a laissé à Lavoisier, son contemporain, le mérite de les grouper et d’en faire jaillir la lumière. Bien plus, s’isolant des autres chimistes de son époque, n’admettant, aucune de leurs découvertes, il demeura stationnaire, alors que tout progressait autour de lui, et il resta fidèle à la théorie du phlogistique, après que toute l’Europe savante eut été convertie aux idées de Lavoisier. Cet homme singulier, né à Field-head, près de Leeds, dans le Yorkshire ,1e 30 mars 1733, se voua à la carrière ecclésiastique^ où il se fit remarquer par une exaltation irréfléchie qui lui suscita de nombreux ennemis. Ce n’est qu’à l’àge de 32 ans qu’il débuta dans les sciences; ses découvertes chimiques eurent lieu de 1767 à 17 80.#Lancé plus tard dans les discussions théologiques et politiques, il professa des principes qui le firent regarder, en France, comme un ardent républicain ; aussi, lors de la révolution de 1789, on lui décerna le titre de citoyen français, et le département de l’Orne le choisit pour son député à l’Assemblée Constituante. Signalé en Angleterre comme un novateur, comme un brouillon dangereux, on brûla sa maison, on dévasta son cabinet et sa bibliothèque. 11 fut contraint de se retirer en Amérique, et il alla s’établir à Northumberland, où il passa tranquillement le
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- DE L’AZOtURE D’HYDROGENE'.
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- Long-tems avant Priestley, Hoyle et Kunckel,dans le xvii' siècle, avaient constaté le dégagement d’un fluide élastique d’une odeur pénétrante, par la réaction de la chaux vive sur le sel ammoniac ; mais, faute d’appareils convenables , ils ne surent pas le recueillir et l’étudier.
- Les anciens ne connurent point l’ammoniaque à l’état de liberté. Ce que les chimistes arabes appelaient alcali volatil est le carbonate d’ammoniaque des modernes. On lui donnait aussi les noms à'esprit d'urine, desprit de corne de cerf, parce qu’alorson l’obtenait de ces matières animales.
- Scbèele fut le premier qui reconnut la composition du gaz ammoniac; et Berthollet, en 1785, fit voir qu’il est formé d’hydrogène et d’azote dans les rapports de 3 volumes du premier et de 1 volume du second.
- Le gaz ammoniac se forme à chaque instant autour de nous et se dégage dans l’atmosphère, soit libre, soitcombiné aux acides carbonique etsulfhydrique. En effet, c’est un des produits constans de la décomposition spontanée, des matières organiques, et notamment des matières animales qud admettent de l’azote au nombre de leurs élémens. De là son dégagement pour ainsi dire permanent dans les fosses d’aisance, les charniers remplis d’immondices, les tas de fumier, les cimetières, etc. — Il se forme encore, par suite de la décomposition de l’eau, pendant l’oxydation du fer et de quelques autres métaux au contact de l’air humide. Dans les pays volcaniques, on remarque parfois des dégagemens de carbonate d’ammoniaque, ainsi que cela a lieu près du lacd’Agnano, non loin de la Grotte-du-Chien (1). Plusieurs plantes, surtout les fleurs, exhalent de l’ammoniaque, dans le cours de la végétation. Les expériences récentes de MM. Calvert et Ferrand tendent à prouver qu’il y a toujours de l’ammoniaque à l’état de gaz dans le tissu des plantes.
- reste de ses jours. Il mourut en 1804 empoisonné dans un repas avec tou te sa famille. Par une méprise dont on ne s’est jamais l’endu compte.
- (l)Près de la solfatare de Pozzuolo, à peu de distance de la Grotte-du-Chien, et au pied d’un petit tertre remarquable par sa belle végétation, il y a une grotte dont la découverte ne remonte qu’à une douzaine d’années,et qui offre un dégagement permanent de carbonate d’ammoniaque ; aussi est-elle connue dans le pays sous le nom de grotte d’ammoniaque. Sa découverte est due au hasard. Dans l’intérieur, elle a l’aspect d’une fosse à peu près carrée, de 1 mètre de profondeur, que recouvre une voûte en maçonnerie, haute de 3 mètres environ. En entrant, on ne distingue rien qui annonce la présence du gaz ; celui-ci se trouve à la partie inférieure, malgré sa légèreté. 11 n’y a aucun danger à se plonger la tête dans la couche du gaz, pourvu que l’on ne respire pas, sans quoi on risquerait d’être suffoqué. Les animaux qu’on introduit dans la cavité périssent en 1 ou2 minutes. On attribue dans le pays une grande vertu à cette grotte pour faire cesser les douleurs, l’engourdissement, la paralysie des membres et les amauroses ou paralysies de l’oeil.
- Celle source d’ammoniaque doit évidemment son origine aux feux souterrains qui agitentencore lesol detoutela contrée environnante ,où l’on rencontre à chaque pas des dégagemens d’acide carbonique, des fumerolles, des eaux thermales et des sublimations
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- Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait constamment de l’ammoniaque dans l’air atmosphérique, et que les eaux pluviales, ainsi que la neige, en renferment de petites quantités, ainsique M. Liebig l’a constaté. Il est remarquable que l’ammoniaque contenue dans les eaux de neige et de pluie présente une odeur prononcée de sueür et d’excrémens d’animaux, ce qui dénote clairement qu’elle provient des exhalaisons animales qui sortent de ces amas de matières organiques et d’immondices qui se putréfient partout au contact de l’air. C’est à l’état de carbonate que l’ammoniaque existe habituellement dans l’air ; mais dans les pluies d’orage, elle y est à l’état d’azotate, ainsi que nous l’avons déjà dit.
- Si les analyses de l’air qu’on a faites jusqu’à présent n’y ont pas signalé la présence de l’ammoniaque, c’est que la quantité en est presque nulle pour 1 mètre cube d’air; et cependant, cette quantité si minime est plus que suffisante, d’après M. Liebig, pour approvisionner d’azote les milliers de millions d’hommes et d’animaux qui vivent à la surface du globe.
- On troupe encore, dans la nature, plusieurs sels ammoniacaux, tels que le chlorhydrate, le sulfate, le phosphate. Ce dernier est en dissolution dans les liquides de l’économie animale; les deux premiers existent aux environs des volcans et dans les houillères embrasées. L’Etna a vomi quelquefois des quantités très considérables de chlorhydrate d’ammoniaque qu’on a versées dans le commerce. Les Kalmouks trafiqueht depuis un tems immémorial de celui qu’ils recueillent auprès de deux volcans encore brûlans de la Haute-Asie.
- Les circonstances dans lesquelles l’ammoniaque se produit artificiellement, entre les mains de l’homme, sont nombreuses, et l’on peut dire, d’une manière générale , que toutes les fois que les matières organiques éprouvent un changement d’équilibre dans leur constitution, soit par l’application de la chaleur, soit par la réaction non moins puissante des alcalis ; que toutes les fois que l’hydrogène se rencontre, à l’état naissant, en présence de l’azote, il se produit une plus ou moins grande quantité d’ammoniaque qui se dégage libre ou unie à des acides volatils.
- Les arts ont su tirer parti, depuis long-tems, de la facilité avec laquelle l’ammoniaque se crée dans ces différens cas. Depuis
- de soufre, de sel ammoniac. Tout h côté de la grotte, il y a les fameuses étuves de Saint-Germain,incrustées d’efflorescences ammoniacales. Le 29 septembre 153S, une montagne voisine poussa en une seule nuit et d’un seul jet, sur remplacement d’un volcan, soulevant un lac, le Styx, qui en couronna la cime. Cette montagne, que son apparition spontanée fit nommer le Monte-Nuovo, combla le port Jules et engloutit le village de Tripcrgole. C’est pour cette raison que les anciens avaient placé dans cette localité , tourmentée par les phénnmèmes volcaniques, l’entrée des Enfers.
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- une soixantaine d’années, on distille dans des cylindres de fonte desmatièrès animales de peu de valeur, comme des os, des chiffons de laine, des vieux cuirs, qui fournissent, avec beaucoup d’autres produits, une grande quantité d’ammoniaque impure, que l’on condense dans des tonneaux pleins d’eau. Cette eau ammoniacale sert ensuite à préparer le sulfate d’ammoniaque et le sel ammoniac français qui a remplacé celui d’Égypte dans tous ses usages. On obtient aussi, comme nous l’avons déjà dit, beaucoup de sels ammoniacaux du traitement des eaux d’épuration du gaz de l’éclairage.
- Examinons maintenant les caractères distinctifs de l’ammoniaque pure.
- A la température ordinaire, l’ammoniaque affecte la forme gazeuse. Ce gaz est incolore, pourvu d’une saveur âcre et caustique, d’une odeur particulière, vive et pénétrante, qui irrite le nez et provoque le larmoiement. On ne peut donc le respirer sans danger. Aux plus petites doses il est éminemment délétère. Le professeur Percy a rapporté l’histoire du fils d’un pharmacien, qui périt, quoique secouru presque aussitôt, victime delà fracture d’un flacon plein d’ammoniaque dissoute dans l’eau. Nysten a vu un épileptique, secouru dans un accès par des personnes ignorantes qui lui répandirent de l’ammoniaque sur le visage, dans les narines et la bouche, périr deux jours après, avec tous les symptômes du croup.
- C’est ce gaz qui produit les ophtalmies, souvent très-considérables , dont sont affectés les vidangeurs, sans cesse exposés aux émanations ammoniacales qui sortent des fosses d’aisances.
- Sa solution aqueuse, appliquée sur la peau, y détermine promptement une rubéfaction qui est suivie d’ampoules et d’une cautérisation profonde. Voilà pourquoi les médecins l’emploient à chaque instant pour remplacer les vésicatoires, pour cautériser les blessures faites par des animaux venimeux, tels que les vipères, les guêpes, les abeilles, les chiens enragés, etc. (1). Son action sur les membranes olfactives est également mise à profit pour rappeler à la vie les personnes asphyxiées ou tombées en syncope. Dans ce cas, il faut n’employer que le bouchon d’un flacon humecté d’ammoniaque, et ne l’approcher des narines que pendant un tèms fort court, car il pourrait en résulter de graves accidens.
- %
- (1) En Amérique, les morsures des serpens venimeux sont regardées aujourd’hui comme des accidens très-légers, depuis qu’on connaît les bons effets de l’ammoniaque. Quelques lavages avec ce liquide font disparaître toutes les traces de la blessure et ne laissent aucune crainte pour les suites.
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- Le gaz ammoniac agit sur les couleurs végétales à la manière des oxydes, et surtout de la potasse. Il verdit le sirop de violettes, ramène au bleu le tournesol rougi par les acides. Qu’on expose un bouquet de violettes au-dessus d’un vase d’où sort le gaz ammoniac , en quelques minutes les fleurs prendront une belle couleur verte.
- Il est bien plus léger que l’air. Il éteint les corps en combustion. Mêlé avec un volume d’oxygène égal au sien, il détone violemment par l’approche d’une bougie, en se convertissant en eau et en azote.
- Le chlore lui enlève également son hydrogène et laisse l’azote libre. Voici un grand tube fermé par un bout que je vais remplir d’une dissolution de chlore, en ne laissant vide que quelques centimètres de sa capacité pour y mettre de l’ammoniaque liquide. Dès que je retournerai le tube pour opérer le mélange, vous verrez une multitude de petites bulles s’élever à la partie supérieure , et dans l’espace de quelques minutes, nous aurons assez de gaz pour constater que c’est de l’azote pur. Le chlore sera converti en acide chlorhydrique.
- Si j’employais le chlore et l’ammoniaque à l’état de gaz, la même réaction se produirait, mais alors il y aurait production de lumière et formation d’épaisses vapeurs blanches dues à une production de sel ammoniac. D’après cela, vous concevez qu’on peut employer avec avantage le chlore pour désinfecter une atmosphère chargée de gaz ammoniac, comme celle, par exemple, des lieux d’aisance.
- Le gaz ammoniac est un des gaz les plus solubles dans l’eau, puisque ce liquide en absorbe, d’après M. Liebig, 670 fois son volume , et presque la moitié de son poids. Voilà pourquoi, lorsqu’on débouche dans l’eau un flacon plein de gaz ammoniac pur, le liquide s’y élance avec une telle rapidité qu’on a peine à suivre son ascension. Voilà pourquoi encore un fragment de glace qu’on introduit dans une cloche du même gaz, placée sur la cuve à mercure, en détermine si promptement l’absorption, que le mercure remplit aussitôt la cloche (1).
- L’eau saturée de gaz ammoniac ou Vammoniaque liquide, ainsi qu’on appelle habituellement cette solution, est incolore et a
- (1) La grande solubilité du gaz ammoniac et la facilité qu’on éprouve à le liquéfier par un simple abaissement de température de q- 10° et une pression de 6 atmosphères 1/2, ont engagé, dans ces derniers tsms, M. Théodore Schwart, de Stockholm, à appliquer la force expansive de ce gaz comprimé à la machine à vapeur ordinaire. Au lieu de vapeur aqueuse, il fait arriver sous le piston du gaz ammoniac qui s’échappe d’un réservoir plein de ce gaz liquéfié ; puis il le condense au moyen de l’eau, lorsqu’il a remplit son effet. Ce physicien a mis en jeu au moyen de son nouveau mécanisme une petite machine de Birmingham, ayant un cylindre de 10 centimètres de diamètre 11 a essayé aussi de l’appliquer au service des machines locomotives.
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- de l’azoture d’hydrogène. 249
- toutes les autres propriétés du gaz. Elle marque 30i) G à l’aréomètre, et renferme, sur 100 parties, 32,5 de gaz; mais, dans le commerce, elle ne porte que 22° à l’aréomètre, et ne contient alors que 20 p. 0/0 de gaz. Il faiitla conserver à l’abri de l’air.
- On la prépare au moyen d’un appareil de Woulf, semblable à celui dont nous nous sommes servis pour avoir la dissolution de chlore. Seulement, on remplace le matras par une grande cornue en grès ou mieux par une marmite en fonte qui permet d’agir sur une plus forte quantité de sel ammoniac et de chaux. Voici l’appareil.
- be premier flacon est vide et sert à retenir les petits fragmens de sel ammoniac que le courant de gaz entraîne quelquefois. Le second , très-petit, sert au lavage du gaz , et i! ne contient que très peu d’eau. Les deux autres reçoivent autant d’eau distillée qu’il y a de sel ammoniac dans la marmite ; ils ne sont remplis qu’à moitié, parce que le volume du liquide augmente beaucoup par la dissolution du gaz, et on les refroidit pendant toute la durée de l’opération. Le 5° flacon ne sert qu’à rendre la pression plus forte, afin que le gaz se dissolve plus complètement dans l’eau des premiers vases.
- On remplace maintenant avec économie, dans cette opération, le sel ammoniac par le sulfate de cette base qui coûte quatre fois moins.
- Depuis peu de lems , M. Mallet, et après lui M. Lamingue , fabricans Reproduits chimiques , retirent directement l’ammoniaque que renferment les eaux de condensation des usines à gaz. Us peuvent par là livrer cet alcali au commerce à des prix plus bas que les fabricans qui suivent l’ancienne méthode. Les eaux de condensation du gaz renferment, entre autres produits, du carbonate et du sulfhydrate d’ammoniaque, et marquent, terme moyen , 2° à l’aréomètre. En principe, le procédé que l’on suit est trèssimple-, il consiste à distiller ces eaux ammonicalcssur de la chaux éteinte; l’ammoniaque mise en liberté se dégage et vient se condenser dans des appareils appropriés. Tout le secret réside dans la disposition de ces appareils.
- L’ammoniaque livrée par M. Mallet contient encore un peu d’huile essentielle et est un peu colorée ; mais l’expérience a prouvé qu’elle donnait des résultats aussi bons dans l’application que l’alcali parfaitement pur.
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- CHIMIE EL EM ENTA IU E.
- Elle ne coùle d’ailleurs que 1)0 fr. les 100 kilog. — L’ammoniaque fournie par M. I.amingueest entièrement privée d’huileempyreumatique et beaucoup plus pure, mais il la vend 57 fr.
- C’est surtout en dissolution dans l’eau que l’ammoniaque est employée dans les arts, la médecine et les laboratoires.
- Le gaz ammoniac se combine avec tous les acides dont il fait disparaître les caractères distinctifs. Avec les acides gazeux, il donne lieu à la production de vapeurs blanches très-épaisses, comme vous allez en être témoins, dès que j’aurai fait passer une certaine quantité de ce gaz dans ces cloches, qui contiennent de l’acide carbonique, de l’acide sulfhydrique et de l’acide chlorhydrique. On a mis à profit cette propriété, dans les laboratoires, pour apprécier les plus faibles dégagemens de ce gaz, pour lesquels l’odorat serait insuffisant. On approche de l’endroit où l’on présume qu’ils s’effectuent un tube imprégné d’acide chlorhydrique , qui produit aussitôt des vapeurs blanches plus ou moins visibles. De même on reconnaît les fuites de gaz acides dans les appareils des fabriques au moyen d’un tube trempé dans l’ammoniaque liquide.
- Il est peu de corps qui rendent autant de services aux chimistes que l’ammoniaque. C’est un de leurs réactifs les plus utiles. Elle sert à dissoudre beaucoup de substances, à en précipiter une infinité d’autres et à les obtenir dans leur état de pureté.
- Son emploi dans les arts n’est pas moins important. On en fait usage pour dissoudre le carmin et donner plus de solubilité dans l’eau à certains principes colorans. Souvent aussi on l’utilise pour modifier la teinte de quelques couleurs, telles, par exemple, que les cramoisis, les bleus de Prusse appliqués sur la soie. Le plus ordinairement, dans ce cas, on se sert des urines putréfiées qui sont très-riches en ammoniaque libre et carbonatée. C’est encore à cause de la présence de ces deux matières dans les urines pourries qu’on emploie celles-ci pour dégraisser les laines.
- Les dégraisseurs consomment beaucoup d’ammoniaque plus ou moins étendue, ou de carbonate d’ammoniaque dissous dans l’eau, pour enlever les taches grasses déposées sur les vêtemens, et rétablir la couleur des étoffes rongées parles acides.
- En 1680, un français nommé Jaquin, faiseur de chapelets, observa que lorsqu’on lave un petit poisson, l'ablette, l’eau se charge de particules brillantes et argentées qui se détachent des écailles. Le sédiment de cette eau a le lustre des plus belles perles, ce qui lui donna l’idée de les imiter. Son procédé, qu’on suit encore aujourd’hui , consiste à jeter les lamelles brillantes de l’ablette dans de l’alcali volatil qui les ramollit. Cette liqueur constitue ce qu’on
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- DE LAZ.OTUHE D’HYDROGENE.
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- nomme Yessence de perles, ou Y essence d’Orient. On insuffle de cette liqueur dans des globules de verre sur les parois desquels les écailles s’appliquent en raison de leur mollesse, leur donnent la propriété de réfléchir la lumière et de la décomposer à la manière des perles orientales ou naturelles. Il faut environ 20,000 ablettes pour faire 500 grammes d'essence d’orient. C’est dans la Seine, aux Andelys et à Lamare, dans le département de l'Eure, qu’on pèche la plus grande partie des ablettes nécessaires aux fabricans de fausses perles (1).
- Ce carbonate d’ammoniaque, ou alcali volatil concret, qui est très volatil , est utilisé pour rendre plus légère la pâle des pains de luxe ( pains à café, régence) et de certaines pâtisseries (biscuits, macarons, talmouses, etc). En Angleterre, les boulangers en consomment beaucoup pour faire lever les farines avariées. On s’en sert encore pour donner du montant au tabac. 11 a été démontré, en effet, que l’ammoniaque est le véhicule d’un grand nombre d’odeurs ; c’est ce qui arrive particulièrement pour le musc, le tabac et une foule d’autres produits dont l’énergie de l’arome est singulièrement rehaussée parla présence de l’alcali volatil.
- On prépare le carbonate d’ammoniaque dans les fabriques de produits chimiques, au moyen d’un mélangea parties égales de craie et de sel ammoniac ou de sulfate d’ammoniaque, qu’on chauffe dans une marmite en fonte. Le carbonate d’ammoniaque qui se volatilise va se condenser dans un récipient cylindrique en plomb, placé au centre d’un baquet dans lequel on entretient un courant d’eau froide. On fait plusieurs opérations successives, en renouvelant le mélange des matières premières dans la marmite , sans démonter le récipient. On enlève ensuite, à coups de ciseau, les plaques épaisses et opaques de carbonate blanc, qui se sont attachées aux parois du récipient. On conserve le sel dans des vases bien fermés, car il disparait promptement à l’air, à la température ordinaire. — Lorsqu’on le vend sous la forme de petits cristaux grenus et transparens, pour les usages de la médecine, il est plus particulièrement désigné sous le nom de sel volatil d'Angleterre.
- Nous avons dit les services que l’ammoniaque rend à la médecine. Les vétérinaires s’en servent avec succès pour dissiper la météorisation ou le gonflement qui se manifeste chez les bestiaux qui ont mangé, en trop grande abondance, des fourrages verts et humides. Elle agit en absorbant les gaz acides qui occasionnent le gonflement de l’estomac et des intestins. 32 grammes au plus d’ammoniaque, étendus dans des boissons mucilagi-neuses, produisent la guérison presque subite d’un bœuf ou d’un cheval.
- (1) Jaquin a perfectionné l’art d’imiter les perles, mais il n’a pas la gloire de l’invention. Tzetzès nous apprend qu’on a su faire des perles artificielles avec d’autre» petites perles réduites en poudre, et Massarini dit que de son lems un citoyen de Venise imitait les perles fines au moyen d’un émail transparent auquel il donnait la formé nécessaire, et qu’il remplissait d’une matière colorante.
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- Enfin, l'expérience a constaté, dans ces dernières années, une propriété bien singulière de l’ammoniaque liquide : c’est son efficacité pour dissiper, presque instantanément, les effets de l’ivresse. 8 à 10 gouttes d’alcali volatil dans un verre d’eau sucrée suffisent pour opérer ce merveilleux résultat.
- Je n’ai pas fait connaître Ions les emplois des sels ammoniacaux, parce que, plus tard, j’aurai l’occasion d’y revenir. Mais, dès il présent, je dois vous apprendre une application fort heureuse que l’on vient de faire du chlorhydrate d’ammoniaque. Dans les mines de houille, le poussier de charbon n’a aucune valeur. Le docteur Clanny s’est ingénié à lui donner du corps, afin qu’on puisse l’utiliser comme de gros charbon. Voici le procédé qui lui a parfaitement réussi. 51 dissout ! partie de sel ammoniac dans 10 parties d’eau, et il plonge dans celte dissolution du papier gris commun, afin de le rendre difficilement combustible. Il découpe ce papier sec en sachets de la capacité d’un demi-kilogramme qu’il remplit de poussier et qu’il coud avec de la ficelle trempée dans la meme dissolution. Une demi-douzaine de ces paqm ts suffisent pour faire un bon feu. I.e poussier se colle avant que le papier cède, et il brûle comme la houille en gros morceaux Les propriétaires de charbonnage fine-forge et demi-gras sauront tirer parti de cette idée.
- IScs Métaux,
- Sommaire. — Coup-d’œil sur l’historique des métaux et sur les opinions qui ont été successivemenl professées à leur égard. — Des alchimistes et de la pierre philosophale. — Théorie du phlogistique. —Découvertes remarquables de sir H. Davy ; réduction des radicaux métalliques des terres et des alcalis.—Classification des métaux. — Propriétés générales des métaux.
- II est peu de corps, Messieurs, qui offrent autant d’intérêt que les Métaux, de quelque point de vue qu’en les envisage. Leur abondance dans la nature, les états variés sous lesquels ils s’y présentent, leurs propriétés physiques si curieuses qui, toutes, ont donné lieu à des applications importantes, leurs caractères chimiques si tranchés et les phénomènes remarquables qu’ils manifestent dans leurs diverses réactions avec les autres corps simples ou composés, enfin l’immense influence qu’a exercée leur étude sur la marche et le perfectionnement de la chimie et en général de toutes les sciences physiques : tout se réunit pour faire de cette classe d’éléinens l’une des parties les plus atta-
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- cliantes de la science dont j’essaie de vous donner une idée claire et précise.
- Employés tour-à-tour pour détruire et pour édifier, les métaux ont les usages les plus étendus et les plus opposés. Ils sont les instrumens de toutes les industries, les signes conventionnels de la valeur nominale des difterens objets. Ils servent à la défense comme à la ruine des intérêts les plus chers. La médecine les utilise avec succès pouf combattre les maux les plus redoutables. Le crime les fait servir à la réussite de ses coupables et homicides projets. Sans eux, enfin, la civilisation serait arrêtée dans sa marche, et nos cités, si belles et si florissantes, retomberaient bientôt, si elles venaient à les perdre, dans cet état de barbarie et de misère où sont plongées ces peuplades sauvages auxquelles l’usage des métaux est encore inconnu.
- Des l’antiquité la plus reculée, il a été question de fondeurs de métaux , de forgerons, de fabricateurs d’armes et d’instrumens aratoires. La Genèse nous parle de Tubalcaïn, le huitième homme après Adam, comme d’un ouvrier fort habile à travailler le fer et l’airain ; ce fut lui, dit-on, qui fournit aux auteurs profanes le mythe de Vulcain. Les Egyptiens, les Phéniciens, les Hébreux, exploitaient les mines, fondaient et coulaient des métaux ; ils connaissaient la dorure < t l’argenture, la fabrication des émaux, des verres colorés et des emplâtres au moyen des oxydes métalliques. L’art de fabriquer lainonnaie d’or et d’argent était connu du temps d’Abraham , et appartient aux Egyptiens, qui employaient déjà (1900 ans avant J.-C.) des procédés analogues à ceux de la coupellation pour purifier les métaux précieux. — Les Chinois savaient utiliser, dès les tems les plus anciens, le plomb, le cuivre, le fer, dans la préparation des couleurs et la fabrication des pierres précieuses artificielles. Ils connaissaient les alliages métalliques, et particulièrement ceux de cuivre, de zinc et d’étain, avec lesquels ils confectionnaient des miroirs, des ustensiles de cuisine, des gongs,espèce de cloches cylindriques qu’on fait sonner en les frappant avec de gros maillets de bois. Ils n’ignoraient pas la trempe des alliages de cuivre pour la fabrication des tam-tams. Leur Pacfond ou cuivre blanc, que nous appelons argentan, à cause de sa ressemblance avec l’argent, est un alliage de cuivre, de zinc et de nickel. Ils possédaient aussi l’or et l’argent, et préparaient des onguens mercuriels. — Les Indiens savaient l’art d’extraire les métaux de !* urs minerais, et avaient la connaissance des alliages et des monnaies, de la trempe du fer et de l’acier, du moiré métallique, delà soudure avec le borax. — Les alliages étaient mis en œuvre avec une rare perfection par les Corinthiens, et dans la Grèce on employait déjà plusieurs des composés métalliques, tels quela céruse, le minium , la litharge, le cinabre, le vert-de-gris , la couperose.
- Toutefois, les procédés de métallurgie sont restés grossiers jusqu’au vme siècle, et le nombre des métaux connus desRomains, qui tenaient tout des Egyptiens et des Grecs, était réduit à 8 ou 9 tout au plus. Ces métaux furent désignés pendant bien long-tems par les noms de planètes avec lesquelles les anciens leur supposaient quelque rapport mystérieux, et
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- ils étaient représentés dans les livres parle symbole de la planète à laquelle ils correspondaient.
- L’or était le Soleil, et on le représentait par Q
- L’argent, la Lune........................Q
- Le mercurv, Mercure......................
- Le cuivre, Vénus.........................ou Ç
- Le fer, Mars . ..........................^ ou -'p
- L’étain, Jupiter. . ...................y, ou
- Le plomb, Saturne........................
- Dans les tems antiques, on trouve répandue en Chine, dans les Indes, en Égypte, dans la Chaldée, pays qu’on est habitué à regarder comme le berceau des lumières. de la religion, de la science et de l’art, une opinion bien singulière sur la nature des métaux, à savoir la possibilité de leur transmutation les uns dans les autres, et, par conséquent, la conversion en or des autres métaux, qui étaient regardés comme des ébauches de celui-ci, et que, pour cette raison, on appelait métaux vils, métaux imparfaits , demi-métaux. Ces idées devinrent peu à peu la base d’une science nouvelle, de l'art sacré ou divin, dont on trouve les premiers principes développés par les philosophes païens des premiers siècles de l’ère chrétienne.
- Les opérations du grand œuvre ou de l'art sacré étaient enveloppées de mystères, et le langage symbolique des maîtres, qui avait probablement une grande analogie avec le langage hiéroglyphique, n’était compris que des initiés ; car il était défendu, sous peine de mort, de le révéler aux profanes. Le but principal était la découverte de la pierre philosophale, du mercure des sages, de la panacée universelle , qui devaient procurer la richesse et la santé. Cette pierre philosophale était tantôt le cinabre (sulfure de mercure), tantôt le soufre ; pour les uns, c’était l’arsenic qui blanchit le cuivre •, pour les autres, c’était la cadmie qui le jaunit; enfin, pour d’autres, c’était quelque chose de surnaturel, qui ne pouvait être saisi que dans certaines conditions physiques, enveloppées de mystères. Pour tous, la pierre philosophale était une substance ayant la vertu de transformer les métaux imparfaits en or ou en argent, et de procurer ainsi immédiatement la richesse; et il ne fallait qu’une partie de cette pierre philosophale ou de cette poudre de projection, comme on l’appelait encore, pour convertir dix mille parties de métal imparfait en métal parfait. Quant à la panacée universelle, qui donnait le secret de guérir toutes les maladies, et de prolonger la vie même au-delà du terme fixé par la nature, les uns croyaient l’avoir trouvée dans une teinture mercurielle, les autres dans une teinture d’or ou d’argent. Ces idées, ces recherches étaient d’ailleurs intimement liées •aux mystères de la religion, de l’astrologie, de la cosmogonie ; en un mot, à toutes les connaissances religieuses et spéculatives de l’homme.
- L’alchimie, qui est la chimie du moyen-âge, de même que l'art sacré était la chimie des philosophes de l’école d’Alexandrie, avait les mêmes doctrines. Mais au milieu d’une société où tout le monde croyait à l’influence d’êtres invisibles et fantastiques, au pouvoir occulte des démons, des anges
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- bons ou mauvais, le phénomène physique le plus simple était supposé produit par une cause invisible et magique, par un agent mystérieux et surnaturel. I.es sciences physiques étaient appelées occultes, et la chimie, art hermétique, science noire, alchimie.
- Du ixe au xme siccîe, hormis les Grecs et les Arabes, toute l’Europe était plongée dans une profonde barbarie. Les Arabes embrassèrent avec ardeur les doctrines mystiques de l’art sacré et de l’alchimie. Ils ont publié un grand nombre d’ouvrages sur l’art de transmuter les métaux, de faire de l’or et la panacée universelle. Mais ils portèrent aussi leur attention sur la préparation des remèdes, et, sous ce rapport, ils ont rendu de véritables services. La science garde encore des traces de leur influence, par les mots alcool, alkali, borax, élixir, laque, alambic, qu’elle leur a empruntés. Ce n’est pas aux Arabes, comme on l’a dit, que les Occidentaux doivent leurs connaissances métallurgiques, mais bien aux Grecs et aux Romains.
- Du xiii'au xvi' siècle, l’alchimie se répandit dans toute l’Europe et fut cultivée avec plus d’ardeur que jamais. C’est surtout pendant cette période, que l’histoire des métaux s’enrichit d’un grand nombre de faits. Soumettant ces corps à une foule d’épreuves dans leurs mystérieuses opérations, qui duraient souvent des années entières, les alchimistes découvrirent plusieurs de leurs propriétés, obtinrent beaucoup de leurs composés, et même plusieurs métaux nouveaux, tels que le bismuth, l’antimoine et l’arsenic. Mais c’est aussi dans cette même période qu’apparurent les idées les plus extravagantes, relativement à la découverte de la pierre philosophale, et que surgirent un grand nombre de fourbes , qui, sous le nom de souffleurs, exploitèrent la crédulité publique et s’évertuèrent à substituer des supercheries à une science réelle. Promettant des richesses incalculables par le moyen de la transmutation des métaux, affirmant pouvoir multiplier l’or et l’argent à l’aide de quelques grains de poudre de projection, hs se faisaient remettre de grosses sommes d’argent par leurs crédules cliens, et ne laissaient dans leurs mains, en se sauvant après les avoir ruinés, que des alliages grossiers de cuivre et de plomb. Ils se servaient, pour faire croire à la multiplication de l’or, de petites cannes métalliques creuses, avec lesquelles ils remuaient l’or qu’ils avaient fait mettre dans un creuset rouge de feu, avec une foule de matières hétérogènes et la fameuse pierre philosophale. A près l’opération, on trouvait effectivement un poids d’or beaucoup plus considérable que celui qu’on avait placé dans le creuset; mais le surplus de l’or provenait de celui qui remplissait, les can-ues métalliques, qui étaient bouchées avec de la cire noire et qu’on ne pouvait ainsi découvrir. D’autres fois, c’étaient des charbons creux, remplis de poudre d’or ou d’argent, bouchés avec de la cire, que les souffleurs jetaient subtilement dans les creusets où devait s’opérer le grand œuvre. Quelques uns, enfin , se servaient de creusets dont ils garnissaient le fond d’or ou d’argent, amassé en pâte légère; ils couvraient cette couche d’une autre pâle, faite de la poudre même d’un creuset et d’eau gommée, qui cachait l’or ou l’argent ; ensuite, ils y jetaient le mercure ou le plomb, et, l’agitant sur un feu ardent, faisaient apparaître à la fin l’or ou l’argent caché dans le fond du creuset.
- Un des meilleurs tours des souffleurs est celui que joua un Rose-Croix à Henri Irr, duc de bouillon, prince souverain de Sédan, vers l’an 1620.
- « Vous n’avez pas, lui dit-il, une souveraineté proportionnée à votre
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- grand courage ; je veux vous rendre plus riche que l’empereur. Je ne puis rester que deux jours dans vos étals: il faut que j’aille tenir à Venise la grande assemblée des frères ; gardez seulement le secret. Envoyez chercher delà lilhargc chez le premier apothicaire de votre ville, jetez-y un grain seul de la poudre rouge que je vous donne; mettez le tout dans un creuset, et en moins d'un quart d’heure vous aurez de l’or. *
- Le prince lit l’opération, et la réitéra trois fois en présence du souffleur. Cet homme avait fait acheter auparavant toute la lilhargc qui était chez les apothicaires de Sedan, et l’avait fait ensuite revendre chargée de quelques onces d’or. L’adepte, en partant, fit présent de toute sa poudre de projection au duc de Bouillon. — Le prince ne douta point qu’ayant fait 3 onces d’or avec 3 grains, il n’en fit 500 mille onces avec 300 mille grains, et que, par conséquent, il ne fût bientôt possesseur dans la semaine de 37,500 marcs d’or, sans compter ce qu’il ferait dans la suite. Il fallait trois mois au moins pour faire celte poudre. Le philosophe était pressé de partir; il ne lui restait plus rien; il avait tout donné au prince : il lui fallait delà monnaie courante pour tenir à Venise les états de la philosophie hermétique. C’était un homme très modéré dans ses désirs et dans sa dépende ; il ne demanda que vingt mille écus pour son voyage. Le duc de Bouillon, honteux du peu, lui en donna quarante mille. Quand il eut épuisé toute la li-thargede Sédan, il ne fil plus d’or, il ne revit plus son philosophe, et en fut pour ses quarante mille écus.
- Toutes les prétendues transmutations alchimiques ont été faites à peu près de cette manière.
- Beccher et Glauber sont, parmi les Allemands, les deux derniers chimistes qui aient osé avouer publiquement leurs travaux sur l’alchimie. A compter de ces deux hommes, les arrêts des parlemens et plus encore le ridicule ayant tué l’alchimie, ce n’est que de loin en loin qu’on voit surgir quelques adeptes dévoués qui tentent de faire revivre les folles croyances du moyen-âge. C’est ainsi que l’on voit paraître le marquis de Saint-Germain à la cour de Louis XV, faisant des prodigalités auxquelles la fortune des plus grands seigneurs n’aurait pas suffi. Personne n’a su d’où il venait; personne n’a su où il est allé, ni ce qu’il est devenu. C’est encore ainsi qu’on voit reparaître un véritable alchimiste dans la personne de Price, en
- 4783. Price, chimiste distingué, montrait, en Angleterre, une poudre rouge et une poudre blanche, propres à transformer le mercure en or ou en argent, à volonté. Il avait même fait cette expérience devant nombre de personnes, publiquement, et à sept reprises différentes. Mais forcé d’opérer devant la Société royale de Londres dont il était membre, Price, poussé dans ses derniers retranchemens, s’empoisonna en pleine assemblée, en
- 4784, avec de l’huile volatile de laurier-cerise. — Sept ans plus tard, l’on renfermait au fort de San-Leo, prison d’état du Saint-Siège, le fameux Sicilien Joseph Balsamo, qui, sous le titre de comie de Cagliostro, avait parcouru l’Europe entière, disant qu’il pouvait, grâce à sa science transcendante comme alchimiste, créer de l’or en abondance. Ce fourbe fit beaucoup de bruit en France, à cause de sa complicité dans l’affaire si connue du collier de la Heine. La peine capitale, prononcée contre lui, en 1791, parle tribunal de l’Inquisition de Rome, fut commuée en une détention perpétuelle.
- Mais laissons là l’alchimie , qui était expirante à la fin du xvie siècle, et
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- voyons quelles lurent les idées qui remplacèrent les rêveries des siècles passés sur la nature des métaux. Ernest Stahl, élève du chimiste Beccher, émit sur les métaux, au commencement du x vme siècle, une théorie qui a eu un bien grand retentissement et qui a régné jusqu’à la révolution chimique opérée par Lavoisier (1). Il regarda ces corps comme des composés de chaux ou terre métallique et d’une certaine substance élémentaire sui, generis à laquelle ils doivent leur combustibilité; c’est le phlogistique. Pour chaque métal, s’adjoignait en proportions différentes à ces deux com-posans un troisième principe qu’il nomma terre mercurielle.
- Généralisant ses idées, reconnaissant la nécessité du feu pour la production de tous les phénomènes, et remarquant les changemens qu’il opère dans les caractères du soufre et des métaux, Stahl considéra la combustion comme l’acte fondamental de la science chimique, et il fit dépendre de son explication celle de tous les faits connus de son tems, en sorte que, le premier, il eut l’heureuse et philosophique idée de réunir toutes les parties de la science et d’en former un corps de doctrine, ce qui contribua singulièrement au développement de la chimie. Dans les idées de Stahl, tous les corps combustibles renferment du phlogistique. La combustion a lieu parce que le phlogistique se dégage des corps; une fois privés de ce principe élémentaire ceux-ci deviennent incombustibles. Toutes les fois, au contraire, qu’il est absorbé par des corps incombustibles, ces derniers acquièrent de la combustibilité. Le phlogistique , en se dégageant, est affecté d’un mouvement violent de tournoiement , d’où naissent la chaleur et la lumière qui se produisent dans l’acte de la combustion; la chaleur et la lumière sont donc seulement deux propriétés du phlogistique en mouvement. Les métaux que l’on calcine changent d’aspect et perdent leurs propriétés caractéristiques, parce qu’ils laissent échapper le phlogistique qui était combiné à leur propre substance ; ils reviennent à l’état métallique , quand on leur restitue ce principe essentiel, en les chauffant avec du charbon, des graisses ou des huiles, etc. Pendant la combustion des végétaux, il s’échappe en huile volatile, ou bien il reste en partie avec le charbon, s’il n’y a pas eu contact avec l’air, etc. En un mot, les propriétés des corps et les phénomènes qu’ils manifestent dans toutes leurs réactions mutuelles ont pour cause unique l’absence ou la présence, le dégagement ou la fixation de cet être imaginaire, le phlogistique , dont Stahl fit ainsi un agent universel.
- Cette théorie, tout erronée qu’elle fût, charma par sa simplicité, et ne tarda pas à être universellement adoptée. Développéeetplus ou moins modifiée par les successeurs de Stahl, elle a régné sans partage et a suffi aux besoins de la science pendant plus d’un demi-siècle. Les fausses idées qu’on professait du tems de Stahl sur la nature chimique des métaux n’empêchèrent pas qu’on ne signalât leurs propriétés les plus remarquables et les altérations chimiques qu’ils sont susceptibles d’éprouver par les divers agens ; aussi leur étude fit-elle de grands progrès pendant la période de la théorie Stahlienne. Le cobalt, le platine, le manganèse, le tungstène, le
- (1) Georges-Ernest Stalil, né à Anspach ( Bavière ) en 1G60, est un des grands génies du xvne siècle. A l’âge de 15 ans, il répétait d’un bout à l’autre la chimie philosophique de Barner, qui était alors l’ouvrage le plus célèbre sur cette matière. 11 se fit médecin,
- cn 1716 il devint premier médecin du roi de Prusse. C’est en 1723 qu’il publia ses Principes de chimie. 11 mourut en 1734.
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- molybdène, le tellure furent découverts et assez bien caractérisés par les chimistes de cette époque.
- Il suffisait, pour renverser la théorie de Stahl, d’examiner attentivement ce qui se passe dans l’acte même de la combustion et de tenir compte de tous les phénomènes produits. C’est ce que firent Lavoisier et Bayen, à partir de 1772 à 1777. Lavoisier ayant remarqué, dès 1772, que le phosphore , le soufre et plusieurs métaux augmentent de poids pendant leur combustion, en conclut que, loin de perdre un de leurs principes constituons , comme Stahl le supposait, ils fixaient une partie de l’air et augmentaient de poids. Bayen démontra ensuite d’une manièrerigoureuse,enl774, que l’oxyde rouge de mercure perd de son poids quand on le calcine en vases clos, sans l’addition d’aucune substance combustible, et laisse échapper un gaz particulier qu’il recueillit, mais dont il n’examina point la nature. Déjà, en 1489 , bck de Sulzbach avait reconnu que les métaux augmentent de poids quand on les calcine, et que cette augmentation vient de ce qu’un esprit s’unit au corps des métaux; et ce qui le prouve, ajoute-t-il, c’est que le cinabre artificiel (il désignait ainsi l’oxyde rouge de mercure), soumis à la distillation, dégage un esprü. — Il ne manquait plus, comme vous le voyez, que de donner un nom à cet esprit, de l’appeler oxygène, de dire qu’il existe dans l’air, pour éviter à Lavoisier et à Priestley la peine de découvrir ce qui avait déjà été découvert près de trois siècles avant eux!
- Ces faits, inexplicables dans la théorie de Stahl, engagèrent le célèbre Lavoisier dans une suite d’expériences ingénieuses qui le conduisirent peu-à-peu à la découverte capitale de la nature complexe de l’air atmosphérique et de la simplicité de nature des métaux. Il étudia , avec un égal soin, la dissolution des métaux dans les acides , la décomposition des acides et de l’eau parles métaux , et démontra, de la manière la plus évidente, que ces corps sont des substances élémentaires, indécomposables, susceptibles seulement de changer d’état, par suite des altérations que leur font éprouver les autres corps avec lesquels on les met en contact.
- Les chimistes modernes qui ont le plus contribué à compléter l’œuvre de Lavoisier, relativement à l’étude des métaux, sont : Klaproth, Vau-quelin , Wollaston, Davyet berzelius.
- Le fait, sans contredit, le plus saillant dans l’histoire des métaux, c’est la découverte des radicaux métalliques de la potasse, de la soude, de la chaux, de la baryte , de la strontiane, qui, jusqu’en 1807, étaient considérées comme des substances simples et désignées sous les noms d'alcalis et de terres alcalines. Sir II. Davy, dont nous avons déjà tant parlé , ayant été conduit, par des expériences sur le galvanisme, à reconnaître que la pile voltaïque est un puissant moyen de décomposition et qu’il n’y a aucun composé qui puisse résister à son action, quand elle est suffisamment énergique, eut l’heureuse idée , au mois d’octobre 1807, d’essayer l’action de grands appareils galvaniques sur la potasse et la soude, et il parvint à les décomposer en oxygène et en métaux. Voici comment il opéra :
- Il mit un morceau de potasse caustique, humecté d’un peu d’eau , sur une plaque de platine communiquant avec le fil positif d’une piie de 250 couples, et il amena sur la potasse le fil négatif de cette pile.
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- A pile à auges, iî fil négatif de a pile. C fil positif de la pile. D plaque de platiné sous laquelle on attache le fil positif C. E morceau de potasse sur lequel on abaisse le fil négatif B de la pile.
- Davy vit bientôt (les bulles de gaz se dégager au pôle positif (c’ctait de l’oxygène), tandis que le fil négatif se recouvrait de petits globules métalliques semblables à ceux du mercure. Quelques-uns brûlaient avec explosion et flamme vive à l’instant où ils étaient formés ; d’autres subsistaient, mais ils ne tardaient pas à être ternis, et finalement couverts par un enduit blanc qui se formait à leur surface. Davy reconnut dans ces globules le radical métallique de la potasse , qu’il nomma potassium.
- Il isola de la même manière le métal de la soude, et conclut,, par analogie, que la baryte, la strontiane, la chaux, la magnésie et les autres ferres ne sontque des oxydes métalliques comme la potasse et la soude.
- Ces mémorables expériences du chimiste anglais, les plus belles, assurément, de la chimie moderne; ces brillantes conceptions sur la nature des terres, qui, plus tard, ont été justifiées par la pratique, ont causé une véritable révolution dans la science, et lui ont fourni deux des plus puissans agens qu’elle possède, le potassium et le sodium. Elles méritèrent à sir H. Davy le prix institué sur le galvanisme par Napoléon, et qui lui fut décerné par l’Institut de France, en 1807, au moment où la guerre la plus animée divisait la France et l’Angleterre.
- A partir de 1774 jusqu’au moment où je parle, 23 métaux ont été ajoutés à la liste de ceux que j’ai nommés précédemment, en sorte que le nombre de ces élémens est actuellement de 41. Voici, au reste, la récapitulation de tous les métaux actuellement connus, avec l’indication de l’époque précise de la découverte de chacun d’eux :
- Noms des Métaux.
- Or . . . Argent. . Fer. . . Cuivre. . Mercure. . Plomb. . Etain . . Cobalt. .
- Nickel. . .
- Zinc. . . .
- Auteurs et époques de leur découverte.
- Connus de toute antiquité.
- Connu des Romains. — Mentionné pour la première fois par Paracelse. — Isolé et décrit comme nouveau métal par Brandi, en 1742.
- Connu des Chinois depuis une haute antiquité. — Isolé et décrit pour la première fois en Europe, par Cronsledt, en 1731.
- Connu des Chinois,-— Paracelse en fait men-
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- F'r— \3\ ; T j - "! ! —_ :— —
- |. i -iijpl 260 CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- Ml - tion le premier sous son nom actuel. — Paracelse mourut en 1341.
- Arsenic. . . . . Connu très-probablement des Romains. —
- S I feîlfè! Æ L’arabe Gcber en parle au îxe siècle. — Albert-le-Grand en décrit pour la première fois la préparation dans la première moitié
- m [>rf$ Antimoine. du xme siècle. . . . Connu très probablement des Romains. —
- Indiqué et étudié par Basile Valentin, vers
- ,#i la fin du xve siècle.
- Platine. . . . . . Connu très-probablement des Romains. —
- m iMl] Introduit en Europe par Ch. Wood, essayeur à la Jamaïque, en 1740.
- Bismuth. . . . . . Indiqué pour la premèire fois, sous le nom
- de Wismuth, par Basile Valentin, vers la
- Manganèse. fin du xvc siecle. . . . Schèele et Gahn, en 1774.
- 1 à Tungstène. . . . . Soupçonné par Bergmann en 1778. —
- y wm Molybdène Constaté par les frères d’Elhuyart, en 1781. . . . . Soupçonné par Bergmann en 1778 —Cou-
- Tellure. . staté par Hielm en 1782. . . . . Muller de Reichenstein, en 1782.
- Titane. . . . . . Grégor et Klaproth, de 1791 à 1794.
- Chrome . . . . . Vauquelin, en 1797.
- \ Tantale ou Colombium. Hatchett et Ekeberg, de 1801 à 1802.
- Palladium Rhodium. | Wollaston , en 1803.
- [y^j Iridium . . . . . Descotils et Smilhson-Tennant, en 1803.
- Osmium. . . . . . Smithson-Tennant, en 1803.
- i- ji ®P Cérium. . Potassium. Sodium . Calcium. . Baryum. . Strontium. . . . . llisinger et Berzelius, en 1803. |Sir H. Davy, en 1807. ' ’ * ’ 'l Indiqués par sir H. Davy, et isolés par ‘ * * j Seebeck, de 1807à 1808.
- \ Cadmium. . . . . Hermann et Stromeyer, de 1817 à 1818.
- y Lithium. . . . . . Arfwedson, en 1817.
- Aluminium . . . . Wohler, en 1827.
- M 'i ; Yttrium . Glucynium. | Wohler, en 1828.
- Magnésium. . . . . Bussy, en 1829.
- Ni Thorium . . . . . Berzelius, en 1829.
- ! : j Vanadium. . . . . Entrevu par Del Rio , en 1801, obtenu par
- Sefstrom, en 1850.
- 1 J ’ Lanthane. . . . Mosander, en 1839.
- [:| j ; . . Uranium . . . . . Peligot, en 1841.
- •’ :! £&•] lit: >i • M. Mosander a annoncé, en 1842, l’existence d’un nouveau métal, le
- Il i - v , ppl; Didyme, et, en 1843, deux autres métaux nouveaux qu’il appelle 7 erbium et Erbium. De son côté, M. II. Rose a signalé, en 1844, deux nouveaux
- H [j ' métaux auxquels il a donné les noms de Pelopium et de Niobium. Il faut |
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- attendre des renseignemens plus précis sur ces corps avant de les admettre dans la liste desélémens.
- Quand le nombre des métaux était borné à 10 ou 12, il était facile de retenir leurs propriétés individuelles et de les distinguer les uns des autres. Mais il en est tout autrement aujourd’hui. La mémoire la plus étendue ne pourrait conserver le souvenir du nombre immense de faits qui composent l’histoire particulière des 41 métaux connus, et l’on sent la nécessité de les disposer méthodiquement, en ayant égard à quelques uns de leurs caractères les plussaillans, et qui soient comparables.
- Depuis Macquer, plusieurs classifications ont été successivement suivies; mais, à notre avis, il n’en est pas déplus heureuse et de plus commode que celle imaginée par M. Thénard. Cette classification repose sur l’affinité plus ou moins grande de ces corps pour l’oxygène, affinité mesurée à l’aide de quatre moyens différons, à savoir :
- 1° Par la manière dont ils se comportent à l’égard de l’oxvgène gazeux. Les uns peuvent s’unir à lui à différens degrés de température et se transformer en oxydes; d’autres, au contraire, sont inhabiles à s’y combiner dans les mêmes circonstances. Ainsi, tandis que l’or, l’argent, le platine ne peuvent jamais absorber l’oxygène gazeux, le cuivre, le plomb, l’antimoine, le mercure, s’y combinent à l’aide de la chaleur ; le fer, le zinc, le manganèse, le potassium, le sodium, s’oxygènent à la température ordinaire. Les trois derniers sont même si oxydables, qu’on ne peut les conserver avec tout leur brillant que dans de l’huile de naphte:
- Vous avez tous observé avec quelle promptitude le fer poli se rouille au contact de l’air. Eh bien ! cette rouille n’est que le résultat de son oxydation, c’est un oxyde. Vous avez vu, dans une de nos premières séances, le fer brûler avec une vive énergie au sein du gaz oxygène pur, et se réduire en globules noirs et cassans, qui sont un oxyde différent du précédent. Martelez une barre de fer rouge de feu sur une enclume, et bientôt il s’en détachera de larges écailles brunes, qu’on appelle vulgairement des battitures. C’est encore un oxyde de fer.
- Le zinc chauffé au contact de l’air brûle avec lumière, en se convertissant en une substance blanche floconneuse, que les alchimistes nommaient, dans leur langage métaphorique : niliil album ou rien blanc, lana pkilosophica ou laine des philosophes, à cause de sa grande légèreté. C’est de l’oxyde de zinc.
- Voici de l’antimoine fondu dans un ereuset; dans cet état, |’air ne lui fait pas éprouver d’oxydation bien sensible. Mais pro-jetons-le de haut à travers l’air, et multiplions ainsi ses points dé contact avec l’oxygène: dès lors, il va s’oxyder rapidement.
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- Chaque globule,en tombant sur le sol, va devenir rouge de feu, éclater en rayons, former une étoile lumineuse très-vive, et s’entourer de vapeurs blanches et épaisses, dues à la formation d’un oxyde.
- 2° Par la facilité plus ou moins grande avec laquelle la chaleur réduit ou décompose les oxydes métalliques ; les uns sont désoxy-génés à des températures plus ou moins élevées : tels sont ceux d’argent, de mercure; les autres ne peuvent éprouver cet effet à quelque température que ce soit : tels sont les oxydes de cuivre, de plomb , de zinc, de fer, d’étain.
- 3° Par le mode d’action des métaux sur l’eau ou sa vapeur. Il y en a beaucoup qui peuvent la décomposer et s’emparer de son oxygène, tandis que certains n’exercent aucun effet sur elle. Vous avez vu, dans notre cinquième leçon, le fer rouge de feu décomposer la vapeur d’eau, et mettre son hydrogène en liberté. Le zinc, l’étain, l’antimoine sont dans le même cas. Plusieurs autres produisent ce résultat, à la température ordinaire. De ce nombre est le métal de la potasse, le potassium, qui, dans son contact avec l’eau, présente des phénomènes assez curieux.
- Je jette, Messieurs, un globule de ce métal dans l’eau ; voyez-le s’agiter rapidement et tournoyer à la surface du liquide, puis, presqu’aussitôt, s’envelopper d’une flamme rougeâtre un peu violette. Après ces singuliers phénomènes, il va disparaître en faisant entendre une légère crépitation. Ces effets sont dus à la décomposition de l’eau, et à l’inflammation du gaz hydrogène par suite de la haute température développée par la réaction du métal. L’oxyde de potassium formé, ou la potasse, se dissout dans l’eau, qui possède alors la propriété de verdir le sirop de violettes, ainsi que vous allez en être témoins. Si l’on met un globule de potassium sur un morceau de glace, le métal brûle avec une flamme vive colorée en rose, et il se forme sur la glace un creux qui contient une solution de potasse.
- Eh bien ! le métal de la soude, celui de la chaux et quelques autres jouissent également de la même propriété ; mais leur action sur l’eau n’étant pas accompagnée d’un dégagement aussi fort de chaleur que celui occasionné par le potassium, le gaz hydrogène qui se dégage ne prend pas feu.
- Du reste, nous allons vous démontrer que c’est bien du gaz hydrogène qui est ainsi mis en liberté par ces métaux en contact avec l’eau, en répétant l’expérience précédente sous une cloche pleine de mercure, dans laquelle nous introduisons successivement un peu d’eau distillée, et un fragment de sodium enveloppe de papier Joseph pour le garantir du mercure qui le dissoudrait. Le gaz qui se réunit au haut de la cloche va s’enflammer par
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- rapproche d’une bougie allumée, et brûler avec une flamme très pâle sans laisser de résidu.
- 4° Par la manière dont les métaux réagissent sur l’eau en présence des acides énergiques. Les uns opèrent, dans ce cas, sa décomposition à la température ordinaire, et donnent lieu à un dégagement d’hydrogène. Vous nous avez vu produire ce résultat, lorsque nous avons versé de l’acide sulfurique étendu d’eau sur du zinc ou du fer. C’est sur cette réaction qu’est basé le procédé habituel pour obtenir le gaz hydrogène. Mais beaucoup d’autres métaux, tels entre autres que l’étain, l’antimoine, le cuivre ,1e plomb, l’argent, ne pourraient remplacer le zinc ou le fer dans la préparation de ce gaz au moyen de l’acide sulfurique , attendu qu’ils n’ont pas d’action sur l’eau dans cette circonstance.
- C’est en faisant usage des quatre caractères qui précèdent et qui, comme vous le voyez, Messieurs, indiquent une seule et même chose, la tendance relative des diflerens métaux pour l’oxygène , que M. Thénard les a groupés en 6 sections. Nous adoptons ce mode de classification, mais avec les modifications que M. Régnault y a apportées, en 1836, par suite de l’étude plus approfondie de l’action des métaux sur la vapeur d’eau.
- Dans cette classification, les métaux les plus oxygénables composent les premières sections, et ils sont placés, d’ailleurs, à la suite les uns des autres, dans chaque section particulière, d’après leur plus grande tendance pour l’oxygène. Ainsi, le potassium, qui de tous est celui qui montre le plus d’aflînité pour ce gaz, est le premier de la première section, tandis que l’or, qui paraît avoir la plus faible affinité pour l’oxygène, est le dernier de la dernière section. Ces rapports, ainsi bien établis, sont très-commodes pour prévoir à priori les phénomènes de combinaison et de décomposition que les métaux peuvent présenter à l’égard de leurs composés respectifs. Cette classification a encore cet avantage que, dans presque toutes les circonstances, les diflerens métaux d’une section se comportent de la même manière avec les divers agens que l’on peut faire réagir sur eux ; en d’autres termes, ils ont, à peu de chose près, les mômes propriétés chimiques, en sorte que l’histoire de l’un aide singulièrement à comprendre l’histoire de ceux qui le suivent dans la même section.
- C’est à l’aide de pareilles méthodes philosophiques que la science se perfectionne et devient d’une étude plus facile et plus, attrayante.
- Voici maintenant le tableau de la classification que nous suivrons désormais.
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- CLASSIFICATION DES MÉTAUX, D’APRÈS LES PRINCIPES DE MM. THÉNARD ET REGNAULT.
- 1« SECTION. MÉTAUX qui absorbent l’oxy-1 gène à la température la plus élevée , et qui décomposent l’eau, 1 même a 0° , avec 8 une très vive effer- 1 vescence. 11° SECTION. MÉTAUX qui absorbent encore l’oxygène, à la température la plus élevée, mais qui ne décomposent plus l’eau à0°* Us ne la décomposent avec une vive effervescence qu’à une température voisine de 100°, ou même au-dessus, mais toujours bien au-dessous de la chaleur rouge. IIP SECTION. MÉTAUX qui absorbent encore l’oxygène, à la température la plus élevée, mais qui ne décomposent plus l’eau qu’à la chaleur rouge, ou à la température ordinaire en présence des acides énergiques. JV= SECTION MÉTAUX qui peuvent encore absorber l’oxygène, à la température la plus élevée, qui, à la chaleur rouge, décomposent la vapeur d’eau avec beaucoup d’énergie , mais qui ne décomposent pas l’eau en présence des acides forts. Ces métaux ont une grande tendance à former des composés qui jouent le rôle d'acides. V SECTION. MÉTAUX qui peuvent encore absorber l’oxygène à la température la plus élevée, mais qui ne décomposent plus la vapeur d’eau, ou que très faiblement, par l’intermédiaire de la plus forte chaleur. VP SECTION. MÉTAUX dont les oxydes sont réductibles ou dé-soxygénables par la chaleur seule, à une température plus ou moins élevée , et qui ne décomposent l’eau dans aucune circonstance.
- Ire SOUS-SECTION. MÉTAUX oxydables et aeidi-üables tout à-la-fois. , lie SOU S-SECTION. MÉTAIÎX seulement oxydables
- Potassium. Glucynium. Fer. Tungstène^ Arsenic. Cuivre. Mercure. 1
- Sodium. Aluminium. Nickel. Molybdène* Tellure. Plomb. Argent. P
- Lithium. Thorium. Cobalt. Osmium. Bismuth. Rhodium* ?
- Baryum. Yttrium. Zinc. Tantale ou Co- Iridium. [;
- Strontium. Uranium. Cadmium. lombium. Palladium. f-
- I Calcium. Cérium. Chrome. Titane. Platine. 1
- 1 Magnésium. Lanthane. Vanadium. Etain. Or.
- Manganèse. Antimoine. aj
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- Jetons maintenant un coup-d’œil rapide sur l’ensemble des propriétés générales et communes à tous les métaux.
- Tous sont solides à la température ordinaire, à l’exception du mercure, qui est liquide et qui ne se solidifie qu’entre — 39° et — 40°.
- Ils sont tous remarquables par la propriété de réfléchir une très grande quantité de lumière. Ils renvoient de leur surface, naturellement ou artificiellement polie, une si grande masse de lumière dans une môme direction, qu’elle frappe les yeux avec une intensité et une vivacité qu’on désigne sous le nom de lustre ou éclat métallique. Cet éclat ne se perd ni par le frottement, ni par la trituration ; on le fait môme apparaître sur les métaux qui sont en poussière fine, tels que Y Aluminium, Y Uranium, le Magnésium, le Tantale, Y Iridium, le Cérium, l’Yttrium, le Glucynium, le Thorium, en comprimant fortement leurs poudres sur un papier au moyen d’un corps très dur, comme un brunissoir d’agate. Cet éclat des métaux, qui paraît dépendre de l’homogénéité de leur tissu, de leur opacité et de leur grande pesanteur, les rend très propres à la confection des miroirs, dont ils forment toujours la partie essentielle. Cependant, tous ne possèdent pas cet éclat au môme degré. Les plus éclatans sont : le platine , l’argent, le mercure, l’or, le cuivre, l’antimoine, le bismuth, l’étain et le plomb, en suivant l’ordre de leur plus grand pouvoir réfléchissant.
- A l’exception de l’or qui est jaune, du cuivre et du titane qui sont rouges , les autres métaux sont plus ou moins blancs , et présentent des reflets qui affectent différentes couleurs, tels que le bleu, le gris, le grisâtre.
- Us sont, de tous les corps, les plus opaques, c’est-à-dire qu’ils ne transmettent point de lumière au travers de leur masse. Mais cette opacité est plutôt dépendante de l’épaisseur que de la nature des substances, car tous les corps réduits en lames assez minces laissent passer une portion de la lumière qu’ils reçoivent ; ainsi, comme Newton l’a remarqué le premier, une feuille d’or battu, réduite à environ un millième de millimètre d’épaisseur, et collée sur du verre, laisse apercevoir une lueur verdâtre très sensible, quand on la tient suspendue entre l’œil et la lumière du soleil ou d’une bougie.
- Leur densité est généralement bien plus considérable que celle des autres corps solides; tous, à l’exception du potassium et du sodium, ont une densité bien supérieure à celle de l’eau. Mais elle varie beaucoup pour chacun d’entre eux, comme on le voit par le tableau suivant:
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- Potassium. . . 0,8651
- Sodium . . . 0,9720
- Titane. . . . 5,3000
- Chrôme . . . 5,9000
- Arsenic . . . . . 5,7000 h 5,9590
- Tellure . • . 6,1379
- Antimoine. . . . . 6,7020 à 6,8600
- Zinc 6,8600
- Étain .... 7,2914
- Fer 7,8439
- Manganèse . . 8,0130
- Nickel. • . . 8,4020
- Cobalt. . . . 8,5131
- Cadmium. . . 8,6040
- Molybdène.................8,6360
- Cuivre................... 8,8300
- Bismuth ........ 9,8300
- Osmium.................. 10,0000
- Argent.................... 10,4743
- Rhodium................... 11,0000
- Palladium............... 11,3000
- Plomb..................... 11,4460
- Mercure................... 13,5669
- Tungstène. . . . 17,2200 h 17,6000
- Iridium................... 18,0800
- Or........................ 19,2681
- Plaline................... 19,5000
- Les métaux sont peut-être les seuls corps dont la densité se trouve modifiée par les moyens mécaniques, tels que le martelage, le laminage, etc., qui rapprochent ou condensent leurs molécules d’une manière permanente. Les différences que présente , sous ce rapport, le môme métal lorsqu’il a été comprimé, ou lorsqu’il s’est solidifié tranquillement après la fusion, sont quelquefois très considérables. Ainsi, par exemple,
- Le platine fondu pèse.......................19,5000
- laminé pèse...................... 22,0090
- Les métaux sont très inégalement durs, puisque, tandis que les uns, comme le manganèse, raient l’acier trempé, d’autres sont très mous et rayés par l’ongle ; exemple, le plomb, le potassium. La dureté de plusieurs d’entre eux peut être augmentée par l’art dans un rapport quelquefois fort considérable. C’est ainsi qu’on rend le fer un desplus dursdetous, eny combinantunepetitequan-tité de carbone qui le convertit en acier ; qu’on exalte singulièrement la dureté du cuivre en l’alliant à de l’étain, pour faire ce qu’on appelle le métal des canons ou le bronze. Enfin, l’or et l’argent , qui servent à faire les monnaies, ne peuvent être travaillés qu’autant qu’on les a alliés à une petite proportion de cuivre.
- Lorsqu’on augmente la dureté de certains métaux par leur alliage avec d’autres corps, on accroît dans le même rapport leur élasticité et leur sonorité. Ainsi, le cuivre et l’étain isolés sont très peu sonores et très peu élastiques; alliés en certaines proportions, ils forment un alliage qu’on utilise à la fabrication des cloches, des timbres et autres instrumens sonores.
- Une propriété, pour ainsi dire particulière aux métaux, c’est de pouvoir être battus, tirés, pressés, étendus en différens sens, sans se rompre. On appelle ductiles ceux qui peuvent être tirés en fils; malléables ceux qui se laissent amincir sous le marteau ou les
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- cylindres du laminoir. Quelques uns se brisent et se réduisent en poudre sous le choc du marteau ; on les nomme métaux fragiles ou métaux cassans. L’antimoine, l’arsenic, le bismuth, etc., sont de ce nombre.
- Les arts ont su tirer un parti fort avantageux de la ductilité et delà malléabilité de certains métaux, et augmenter beaucoup les applications qu’on peut faire de ces corps en les réduisant en plaques, en lames oufils de plusenplus minces et déliés. Tous ne présentent pas ces deux propriétés aux mêmes degrés. L’expérience démontre, en effet, que ceux qui passent le mieux à la filière ne sont pas ceux qui passent le mieux au laminoir, ou se travaillent le mieux au marteau. Ainsi, par exemple, le fer, qu’on ne peut réduire en lames très minces, se laisse tirer en fils excessivement fins; le plomb, l’étain, qui s’étendent en feuilles minces sous le marteau, supportent moins bien l’effort du laminoir, et ne donnent point de fils déliés. L’argent est le seul qui soit aussi malléable que. ductile. Il possède cette propriété à un si haut degré, que l’imagination peut à peine concevoir la légèreté des feuilles, la finesse des fils qu’on peut en obtenir.
- Voici l’ordre dans lequel on peut ranger les principaux métaux par rapport à leur plus grande facilité à passer à la filière, au laminoir, et à s’étendre sous le marteau :
- MÉTAUX CASSANS
- filière. LAMINOIR. MARTEAU. RANGÉS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Platine. Or. Plomb. Antimoine.
- Argent. Argent. Étain. Arsenic.
- Fer. Cuivre. Or. Bismuth.
- Cuivre. Étain. Zinc. Cérium.
- Or. Plomb. Argent. Chrome.
- Zinc. Zinc. Cuivre. Cobalt.
- Étain. Platine. Platine. Tantale.
- Plomb. Fer. Fer. Manganèse.
- Molybdène.
- Rhodium.
- Tellure.
- Titane.
- Tungstène.
- Vanadium.
- ^____ Le laminoir, ou l’instrument à l’aide
- r':^ duquel on réduit les métaux en lames, se compose de deux cylindres d’acier ou de fonte de fer, dont la surface unie et polie est extrêmement dure, placés horizontalement à une distance fixe l’un de l’autre, et marchant en sens opposé. Le métal qu’il s’agitdelaminer, d’abord coule en plaque, est aminci à l’une deses extrémités, puis
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- engagé entre les deux cylindres qui l’entraînent dans leur marche. En diminuant à chaque passage la distance qui sépare les cylindres, on diminué successivement l’épaisseur de la lame. C’est à l’aide de ce moyen qu’on obtient ces feuilles de zinc et de plomb qui rendent des services si multipliés; qu’on prépare la tôle laminée, les feuilles de cuivre qui servent au doublage des vaisseaux, etc.
- Le laminoir n’a été connu et employé en France qu’en 1638, quoiqu’il fût depuis long-tems en usage en Allemagne, d’où on l’importa.
- Quant à la filière, c’est une plaque rectangulaire ee d’acier fondu et très-dur, percée d’une série de trous ronds ou carrés, en progression décroissante, et disposée verticalement avec beaucoup de solidité. Les lingots amincis à une de leurs extrémités c, sont engagés dans les trous de la plaque ; une pince d, fortement serrée et tirée à l’aide d’une force mécanique b, étire chaque lingot. La filière offrant encore plus de résistance que le corps métallique, c’est lui qui s’étend dans le sens de sa longueur, s’amincit et se réduit en fils d’autant plus ténus que le trou de la filière est plus petit. C’est ainsi qu’on fait les cordes de laiton et d’acier pour les pianos, le fil de’fer pour les treillages , le fil de laiton pour les toiles métalliques et les garde-feu, les fils d’argent et d’or pour les épaulettes, galons, brocarts, etc.
- Suivant les Allemands, l’art de faire des fils d’or, d’argent, de fer, etc., a été inventé à Nuremberg, vers 1400, par un nommé Rudolph. Il en fit long-tems un secretque son fils divulgua ensuite. D’autres prétendent que c’est un nommé Richard Archal qui fut le premier inventeur de la manière de tirer le fil de fer, d’où est venu le nom de fil d’archal.
- Afin d’éviter que les métaux ne se gercent ou ne se déchirent pendant leur passage au laminoir ou à la filière, on a soin de les recuire, c’est-à-dire de les chauffer au rouge et de les laisser refroidir lentement. La chaleur diminue leur force de cohésion, écarte leurs molécules, et permet à celles-ci de glisser plus facilement les unes sur les autres.
- La ténacité des métaux, c’est-à-dire la résistance que leurs molécules opposent à la rupture ou à l’écartement, est en rapport avec leur ductilité. On la mesure à l’aide d’un poids suspendu a l’un des bouts d’un fil métallique, d’un diamètre déterminé, poids
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- DES METAUX.
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- que l’on augmente jusqu’à ce que le ül casse. Les métaux présentent de très grandes différences sous ce rapport. Le 1er est le plus tenace, et le plomb le moins tenace des métaux, comme on le voit par le tableau suivant:
- Nombre de kilogrammes nécessaires pour rompre un fil de 2 milli-
- mètres de diamètre s
- Fer.. . . . . . . . 249,639 Nickel . 47,670
- Cuivre . . . 137,599 Etain . 15,740
- Platine . . . 124,690 Plomb, mesuré avant
- Argent. . . . . . . 85,062 la rupture .... . 12,555
- Or . . . 68,216 Plomb, mesuré après
- Zinc .... . . . 49,790 la rupture .... . 5,623
- En général, les métaux forgés ont plus de ténacité que quand i ls sont fondus. Le fil de fer passé à la filière et légèrement recuit supporte un poids plus considérable que le fer en barres, à égalité de section; aussi les faisceaux de fil de fer employés dans les ponts suspendus ont-ils une force extrême. Une corde formée de 30 fils de fer parallèles, ayant chacun seulement 3 millimètres de diamètre, peut supporter plus de 30 milliers (Person).
- Vous connaissez tous, Messieurs, les sensations désignées sous le nom de goût et d’odeur de cuivre, de fer, de plomb, d’étain. Ces sensations sont bien réelles, mais il est difficile de les expliquer. En général, on admet que les corps sapides doivent être solubles, que les corps odorans doivent être volatils; ici, ni l’une ni l’autre de ces suppositions ne se réalise; mais le fait n’en reste pas moins certain. Quelle qu’en soit la cause, l’odeur ou la saveur propre aux quatre métaux cités se fait remarquer d’une manière manifeste lorsqu’ils ont été frottés rapidement ou soumis au choc du briquet, de manière à élever un peu leur température. Comme ces métaux sont très oxydables au contact de l’air humide, peut-être est-ce par suite d’un commencement d’oxydation qu’ils acquièrent de l’odeur et de la saveur. Peut-être aussi cette propriété est-elle vraiment étrangère au métal lui-même, et doit-elle être attribuée à quelque substance interposée. Nous verrons plus tard que les procédés métallurgiques fournissent toujours les métaux dont nous parlons souillés de quelques matières charbonneuses, qui pourraient bien contribuer à la production du phénomène qui nous occupe, phénomène d’autant plus singulier qu’il ne paraît pas être commun à tous les métaux. — Quelques uns d’entre eux exhalent une odeur particulière lorsqu’ils sont en vapeurs ; tels sont, par exemple, l’antimoine, dont l’odeur rappelle alors celle de la graisse brûlée; l’arsenic, dont l’odeur est tout-à-fait comparable à celle de l’ail.
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- Presque tous peuvent cristalliser. Ils offrent, dans ce cas, des formes très simples, le cube, Y octaèdre, et toutes leurs modifications. L’or, l’argent, le cuivre, se trouvent ainsi dans leurs mines. L’art offre le moyen d’avoir les autres dans cet état. Pour les uns, on arrive à ce résultat à l’aide de la volatilisation et de la condensation graduelle de leurs vapeurs. C’est ainsi qu’on agit pour l’arsenic et le zinc. Pour d’autres, le bismuth, l’antimoine, le plomb, on les fond, on les laisse refroidir lentement, et on perce la croûte supérieure afin de faire écouler les parties intérieures encore liquides. On trouve alors sur les parois des vases de belles cristallisations régulières.
- La chaleur appliquée aux métaux produit des phénomènes de différens genres. Elle les traverse en les dilatant, les volatilise ou les fond.
- Il n’y a qu’un petit nombre de métaux qui puissent se volatiliser et distiller à la manière du soufre. De ce nombre sont:
- L’arsenic..............qui se volatilise sans se fondre à •+ 180°.
- Le Mercure............. — à + 360o.
- Le Cadmium .... — ) , , ,
- I e Tellure __ un Peu au'°essus def 360°.
- Le Potassium . , . . — au rouge naissant.
- Le Zinc................ — au rouge blanc.
- On peut donc profiter de cette propriété pour isoler ces métaux de ceux avec lesquels ils pourraient se trouver mélangés.
- Plusieurs autres métaux qui sont fixes, on vases clos et aux températures les plus élévées, sont susceptibles cependant de fournir des vapeurs plus ou moins abondantes, quand on les calcine fortement au contact de l’air; tels sont le sodium, l’antimoine, le bismuth, le plomb, etc.
- Les métaux sont tous susceptibles de fusion par la chaleur, mais les températures auxquelles ils se liquéfient sont extrêmement variables, comme vous allez le voir par le tableau suivant.
- 1er §. Métaux fusibles au-dessous de la chaleur rouge.—Thermomètre centigrade.
- Mercure. . . . . Potassium . . . .
- Sodium............
- Étain. ......
- Bismuth...........
- Plomb.............
- — 3903 Zinc. .
- 4- 38o Antimoine
- -f 90° Tellure. .
- 4-228° Cadmium.
- 4-2i6o Strontium.
- + 322o Baryum.
- ............-*“374°
- ............-{-425°
- .* -f4230
- un peu au-dessous de la chaleur rouge.
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- IIe §. Métaux fusibles au-dessus de la chaleur rouge. — Pyromètre de Wedgewood.
- Argent. . 20»
- Cuivre . . 27»
- Or . . . 52»
- Cobalt . . 130»
- Ter. . . . . . J 130 à 158»
- Manganèse 160»
- III' §. Métaux qui ne font
- Molybdène.
- Uranium.
- Tungstène.
- Nickel......................160°
- Glucynium. très-difficile à fondre. .. . . ( infusible au degré
- Aluminium. jde fusion de la fonte.
- Palladium. . . le moins fusible.
- que s’agglomérer à la forge.
- Chrome.
- Vanadium.
- IV' §. Métaux qui ne s’agglomèrent même pas à la forge.
- Titane.
- Cérium.
- Osmium,
- Iridium.
- Rhodium.
- Platine.
- Tantale ou Colombium.
- Les métaux des troisième et quatrième classes, connus sous le nom de métaux réfractaires, fondent très-bien au chalumeau de Clarke.
- Les métaux sont d’aussi bons conducteurs du fluide électrique que du calorique ; mais dès que leur surface ne suffit plus à l’écoulement du fluide, il pénètre dans leur intérieur, les échauffe et quelquefois les fond ou les volatilise. Il agit donc, dans ce cas, comme la chaleur accumulée, et produit même des effets plus remarquables, puisqu’un grand nombre d’entre eux sont brûlés avec un vif éclat au contact de l’air et réduits en vapeur. Ainsi, les métaux suivans, réduits en fils minces et soumis à la décharge d’une forte batterie voltaïque, présentent les phénomènes ci-après indiqués :
- Per.......
- Étain.... Zinc .... Plomb . . . Argent . . . Cuivre . . . Or ....
- ignition avec lumière blanche très vive.
- — avec lumière d’un blanc bleuâtre.
- — avec lumière blanche mêléede bleu et derouge.
- — avec lumière bleuâtre ou purpurine.
- — avec lumière verte.
- ignition avec lumière d’un blanc bleuâtre.
- M. Children, à l’aide d’une batterie puissante, a opéré la fusion des métaux les plus réfractaires, tels que l’iridium, l’alliage d’osmium et d’iridium, etc.
- Trois métaux seulement sont attirables à l’aimant, à savoir : le
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- fer, le nickel et le cobalt. Le manganèse paraît l’être aussi au-dessous de 0°, d’après M. Berthier. Le premier possède cette propriété à un degré beaucoup plus élevé que les autres. C’est le fer combiné naturellement avec l’oxygène, ou artificiellement avec le charbon, qui constitue les aimansnaturels et,artificiels.
- Nous continuerons, dans la prochaine leçon, les généralités sur les métaux.
- QUINZIÈME LEÇON.
- Suite «les Siétaas.
- Sommaire. — Du briquet à gaz hydrogène. — Principes de nomenclature pour les composés des métaux et des métalloïdes. — Action des acides, et spécialement de l’acide azotique,sur les métaux. — Applications. — De la gravure sur cuivre. — De I’Eau-régale et de ses emplois. — Des Oxydes métalliques. — Des alcalis et des terres de l’ancienne chimie. — Propriétés générales des oxydes métalliques. — Préparation du gaz oxygène. — Des hydrates. — Des Sels. — Règles de nomenclature pour ces composés. — Coup-d’œil sur l’ancienne et la nouvelle nomenclature.
- La plupart des métaux possèdent une propriété fort curieuse, quia été signalée, pour la première fois, en 1823, par Doebe-reiner, professeur de chimie à l’Université d’Iéna. C’est de pouvoir déterminer l’inflammation du gaz hydrogène et de tous les autres gaz inflammables au contact de l’air, en opérant leur combinaison avec l’oxygène atmosphérique. Ce qu’il y a de plus singulier dans cet effet, c’est que les métaux n’interviennent là que mécaniquement, car ils ne contractent aucune union, soit avec les gaz qui sont en présence, soit avec les composés qui prennent naissance. Qu’on dirige sur quelques grains de platine en poudre ou en masse spongieuse un courant d’hydrogène à travers l’air, le métal rougit presqu’aussitôt, enflamme le gaz r de l’eau 3e produit, sans que le platine change d’aspect, augmente ou diminue de poids.
- Beaucoup d'autres métaux agissent comme le platine, mais toutefois à l’aide d’une température comprise entre 100° et 350°. Il en est de même du charbon , de la pierre-ponce, de la porcelaine, du verre, etc. Ces différentes substances opèrent d’autant mieux qu’elles ont des formes plus anguleuses. Dans tous les cas, elles ne rougissent jamais et n’enflamment point le gaz comme le font les métaux. Ceux-ci perdent promptement au contact de l’air cette propriété ; mais on la leur rend, et même à un plus
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- haut degré, en les chauffant jusqu’au rouge dans un creuset, ou en les faisant rougir au moyen d’un courant d’hydrogène enflammé.
- On a tiré parti de la découverte de Doebereiner pour construire une lampe ou briquet à gaz hydrogène, aussi simple que commode, dont Yoici la figure et la description :
- A et B , deux vases en cristal ; le supérieur entre dans l’ouverture K de l’inférieur, et ils ferment hermétiquement parce qu’ils sont usés à l’émeri. La pointe conique du vase A , qui arrive presque jusqu’au fond du vase B, est entourée d’un cylindre de /.inc T. Le vase B porte un ajustage en cuivre O muni d’un robinet R, et d’un petit tuyau conique N qui sert au dégagement du gaz hydrogène. S est une petite boite en cuivre fermée par une toile métallique qui contient l’éponge de platine ; elle est supportée , h quelque distance du tuyau conique N, par une tige glissant a frottement dans un collet placé à l’extrémité de l’ajutage. Le vase A présente à son sommet une ouverture qu’un bouchon de cristal Z ne ferme qu’imparfaitement. — Pour mettre cet appareil eu état de fonctionner on introduit dans le vase B, jusqu’au milieu de sa hauteur, de l’eau acidulée par l’acide sulfurique ( G parties d’eau contre 1 d’acide concentré ) ; on replace le vase A sur le vase inférieur. Aussitôt que le zinc plonge dans le liquide, il se produit de l’hydrogène qui, ne pouvants’échapper, presse sur l’eau et la force b monter dans le vase A par l’ouverture de la pointe conique. Dès que la surface du liquide inférieur est arrivée au-dessous du zinc, le métal ne plongeant plus, l’action cesse , c’est-à-dire qu’il ne se produit plus de gaz. A mesure que l’eau s’est élevée dans le vase supérieur, l’air qui se trouvait dans celui-ci s’est échappé par la tubulure Z. — Si, dans cet état, on ouvre le robinet B , le gaz hydrogène sort par le tuyau conique N, et vient, sous forme de courant, frapper l’éponge de platine, qui s’échauffe, rougit et enflamme tegaz. En même tems , l’eau redescend dans le vase inférieur, agit de nouveau sur le zinc, reproduit du gaz hydrogène qui refoule encore le liquide dans le vase supérieur, et ainsi de suite. On a donc , par ce moyen , une source d'hydrogène qui ne tarit que lorsque l’eau n’est plus acide et que le zinc a disparu. En les renouvelant l’un et l'autre , le briquet est remis en état pour un tems assez l°ng. Malheureusement il faut changer très souvent l’éponge de platine, ou au moins la chauffer au rouge, parce qu’elle perd assez promptement ia faculté d’enflammer le gaz hydrogène. Depuis quelque tems, on trouve, chez les marchands , des briquets à gaz d’une forme différente de celui que nous figurons. Ils ont été construits par Lippmann et Kowalski, de Paris, qui ont pris un brevet d’invention le 13 avril i832 ; mais ils ne présentent aucun avantage sur l’ancien modèle ; ils sont même moins élégans.
- La cause des effets remarquables que je viens de signaler à votre attention, Messieurs, n’est pas encore bien connue. Les uns *es rapportent à une action électro-chimique; d’autres, comme de la Rive et Marcet, pensent que l’incandescence ou la haute température qu’acquièrent les métaux dans ces expériences, est
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- due à la chaleur qu’abandonnent les élémens gazeux quand leur volume est réduit par la combinaison, comme cela arrive, par exemple, dans la combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène lorsqu’ils forment de l’eau. Suivant les mômes chimistes, l’état de ténuité ou de porosité plus ou moins considérable dans lequel se trouvent les métaux, influe d’une manière assez n table surla facilité avec laquelle ils peuvent opérer l’union des gaz à certaines températures. Plus ils sont poreux, mieux ils agissent. Voilà pourquoi on emploie, dans la construction du briquet de Doe-bereiner, le platine en masse spongieuse ou à l’état éponge, comme on dit vulgairement.
- Lés métaux peuvent s’unir aux métalloïdes. Les composés binaires qui en résultent sont excessivement nombreux. Les chimistes sont parvenus à les distinguer les uns des autres à l’aide d’un système de nomenclature fort simple. Ils donnent une terminaison en ure au nom du métalloïde combiné à un métal, et ils font suivre ce nom ainsi modifié du nom du métal. Ainsi, pour désigner le composé formé par l’union du phosphore et du cuivre, ils disent phosphurc de cuivre ; pour le composé du chlore et du mercure, chlorure de mercure, etc.
- D’après cela,
- les composés de l’azote avec un métal s’appellent des Azotures.
- du bore............................Borures.
- du brôme...........................Bromures.
- du carbone ........................ Carbures.
- du chlore. «.................. Chlorures.
- du fluor. «........................Fluorures.
- de l’hydrogène.....................IIydrures.
- de l’iode .........................Iodures.
- du phosphore ...................... Piiosphures.
- du sélénium,........................ Séléniures.
- du silicium........................Siliciures.
- du soufre..........................Sulfures.
- du zirconium.......................Zirconiures.
- Lorsque les composés possèdent des propriétés analogues à celles des acides, la terminaison ure est changée en ide. C’est ainsi qu’on dit chloride de mercure, iodide de mercure, pour le chlorure et l’iodure de mercure, qui sont acides.
- Mais les métalloïdes ne manifestent pas la môme tendance pour tous les métaux indistinctement. Ainsi, le phosphore, le soufre, le sélénium, le chlore, le brome et l’iode peuvent s’unir à presque tous directement, et en donnant naissance à des composés à proportions fixes et constantes ; tandis que l’hydrogène, le carbone, l’azote et les autres ne se combinent qu’avec un très petit nombre
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- de métaux, jamais ou presque jamais d’une manière directe, et souvent sans suivre de proportions déterminées.
- Souvent le même métalloïde peut s’unir avec un métal en plusieurs proportions fixes. Dans ce cas, on désigne les divers composés de la même manière que les divers oxydes d’un même corps simple. On dit donc sulfure ferreux, pour le composé de fer et de soufre qui renferme le moins de ce dernier corps; sulfure ferrique, pour celui qui en contient le plus ; chlorure mercureux, chloride mercurique, etc.
- Les métaux, en se combinant entre eux , donnent naissance à une nouvelle classe de composés qui portent le nom générique d’ALLiAGEs. Chaque alliage se distingue en particulier par le nom des métaux qu’il renferme. Exemples : alliage d’étain et de plomb, alliage d’or et d’argent, etc. On a fait une exception à cette règle en appliquant spécialement aux alliages dont le mercure fait partie l’ancienne expression amalgame, créée par les alchimistes du moyen-âge. On dit donc amalgame d’étain, amalgame de bismuth, et non alliage de mercure et d’étain, etc.
- La combinaison des métaux entre eux se fait rarement en proportions constantes ou définies. Il n’y a guère que les alliages d’arsenic qui offrent cette particularité ; aussi les appelle-t-on des arseniures, pour les distinguer des autres.
- Nous ne reviendrons pas ici sur l’action de l’oxygène ou de l’air, ui sur celle de l’eau sur les métaux, puisque nous en avons parlé à propos de la classification de ces élémens. Nous nous bornerons à poser ce principe, qui ne souffre aucune exception : c’est qu’un métal n’est soluble dans l’eau qu’autant qu’il est oxydé.
- Nous étudierons avec soin, au contraire, l’action des acides, car cette question est du plus haut intérêt, en raison des applications nombreuses qui en découlent. Nous devons distinguer ici l’action des oxacides de celle toute différente des hydracides.
- Les oxacides agissent sur les métaux en raison de l’oxvgène qu’ils contiennent. Ils le cèdent à ces corps en totalité ou en partie, et les oxydes formés s’unissent, le plus ordinairement, avec une partie de l’acide qui est en présence; de là une nouvelle classe de composés qu’on comprend sous le nom générique de Sels.
- Mais les métaux des six sections ne décomposent pas indifféremment tous les oxacides. Il est beaucoup de ces derniers qui ne sont attaqués que par les métaux les plus oxydables, c’est-à-dire par ceux des premières sections. Tels sont, par exemple, les acides carbonique, phosphorique, sulfureux. Les acides sulfurique, azotique, hypoazotique, chlorique , etc., réagissent, au contraire, sur presque tous les métaux.
- L’action de l’acide azotique sur certains d’entre eux , tels que ic potassium, le sodium, le zinc, le fer, l’étain, est tellement
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- violente et rapide, même à la température ordinaire, qu’il en résulte souvent des explosions. Cela a lieu surtout quand on opère sur une quantité notable d’acide dans des vases à petit orifice, les gaz ne trouvant pas d’issue assez large pour leur dégagement. La température du liquide s’élève considérablement ; le potassium devient même incandescent. L’acide cédant, dans tous les cas, au métal tout ou partie de son oxygène, vous concevez que les gaz qui sont le produit de cette réaction doivent consister ou en azote, ou en oxyde azoteux, ou en oxyde azotique. Comme ce dernier prend le plus souvent naissance, ordinairement la dissolution des métaux dans l’acide azotique est accompagnée de vapeurs nitreuses ou rutilantes. Vous devez vous rappeler que le deutoxyde d’azote, se transforme subitement, par le contact de l’air, en acide hvpoazotique.
- L’acide azotique agit sur tous les métaux, moins dix , qui sont:
- Le chrôme , Le colombium, Le cérium, Le rhodium , Le platine,
- Le tungstène, Le titane, L’osmium, L’or, L’iridium.
- Comme il les dissout tous en les convertissant en sels, excepté toutefois l’étain et l’antimoine, qui passent à l’état d’oxydes insolubles dans l’acide, c’est ordinairement lui qu’on emploie quand il s’agit d’avoir une dissolution métallique. Ainsi, à chaque instant, dans nos ateliers d’indienne, on dissout le cuivre , le fer, le plomb, le zinc, dans l’acide azotique, pour obtenir des dissolutions qu’on épaissit et qu’on mêle aux autres ingrédiens des couleurs ou des réserves. Ainsi, dans les fabriques de produits chimiques ou dans les laboratoires des pharmaciens, on dissout, dans le même acide, le bismuth, le mercure et l’argent, pour préparer ensuite les produits qui portent les noms vulgaires de blanc de fard , de précipité rouge et de pierre infernale.
- La gravure à Veau-forte est encore un art qui repose sur la propriété que possède l’acide azotique de dissoudre les métaux. On étale une mince couche de vernis à la cire à la surface d’une planche de cuivre parfaitement plane, bien polie et exactement nettoyée. On transporte sur cette planche le calque d’un dessin, obtenu au moyen du papier verni. A l’aide d’une pointe aiguë, on enlève le vernis sur toutes les lignes qui ont été formées par l’opération du décalque. On met ainsi à nu la surface du cuivre, en sorte que le dessin est reproduit fidèlement sur la planche en linéamens dorés. On laisse séjourner alors sur la planche de métal ainsi préparée, et garnie sur tous ses bords d’un bourrelet de cire qui en forme une espèce de capsule , de Veau-forte, c’est-à-dire de l’acide azotique à 26° étendu de son volume d’eau. Cette liqueur attaque le métal partout où sa surface a été mise à nu
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- par la pointe, mord peu à peu , c’est-à-dire dissout une partie du métal et détermine des creux sur tous les traits du dessin, et seulement dans ces parties, puisque le reste de la planche est préservé de l’action de l’acide par le vernis qui le recouvre. Lorsque l’eau-forte a assez mordu, on la fait écouler, on lave la planche, on enlève la bordure, on fait dissoudre le vernis à l’aide d’essence de térébenthine, et on nettoie bien le cuivre. On a ainsi sur le métal un dessin en creux dont on peut multiplier facilement les empreintes par les moyens de l’impression (1).
- Avec l’acide sulfurique, qui attaque tous les métaux, moins 11, savoir : les 10 sur lesquels l’acide azotique n’agit pas et le palladium, l’oxydation des métaux est tantôt déterminée par l’oxygène de l’eau qui se décompose, tantôt par l’oxygène d’une partie de l’acide qui passe à l’état d’acide sulfureux.
- Les métaux des trois premières sections, le potassium , le sodium, le magnésium, le zinc, le fer, etc., qui se dissolvent à froid dans l’acide sulfurique, donnent lieu à un dégagement de gaz hydrogène, ce qui indique bien la décomposition de l’eau que contient cet acide.
- Rappelez-vous, Messieurs, ce que nous avons dit en traitant de la préparation du gaz hydrogène, et vous connaîtrez les phénomènes qui se produisent avec les autres métaux des trois premières sections.
- Tous les autres, qui n’agissent sur cet acide qu’à une température comprise entre 100° et 200°, ne produisent qu un dégagement de gaz acide sulfureux, et, comme dans le premier cas, le métal oxydé, en se combinant au reste de l’acide sulfurique, constitue un sel qu’on appelle sulfate. Songez à la préparation de l’aeide sulfureux par le moyen du mercure, et vous vous formerez une idée exacte de l’action des autres métaux sur l’acide sulfurique; aussi peut-on les substituer indifféremment au mercure pour l'extraction du gaz sulfureux.
- Les hydracides n’ont pas , en général, une action aussi énergique que les oxacides sur les métaux ; ils n’opèrent même la dissolution que des métaux des trois premières sections, c’est-à-dire des plus oxydables. Us abandonnent leur hydrogène, qui se dégage sous forme de gaz, et leur autre élément, en s’unissant aux métaux, produit des composés binaires : des sulfures métalliques, si c’est l’acide sulfhydrique qu’on emploie; des chlorures métalliques, si c’est l’acide chlorhydrique.
- .(1) L’art d’imprimer sur métal est dù à l’Italie. Cette invention eut lieu dans la v>lle de Florence, en 1462, et son berceau fut l’atelier du célèbre Thomas Finiguerra.
- La gravure sur cuivre à l’eau-forte est due à Wenceslas d’Olmutz, dont il existe une gravure très-curieuse au Britisli Muséum, représentant une figure allégorique et sali— r'fI»e, avec la date de 1496.
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- Nous avons déjà fait voir l’action de l’hydrogène sulfuré gazeux ou dissous sur les métaux, qui noircissent habituellement par son contact.
- Voici maintenant du zinc, du fer, de l’étain que je traite par l’acide chlorhydrique. Une vive effervescence se produit par le dégagement du gaz hydrogène, dont le volume sera justement égal à la moitié de celui de l’acide chlorhydrique employé, et les métaux vont disparaître en se convertissant en chlorures de zinc, de fer, d’étain, solubles dans l’eau. C’est, ainsi que, dans les fabriques, on se procure le chlorure d’étain, qui est connu, dans nos ateliers de teinture et d’indienne, sous le nom de sel d’étain.
- Il est des métaux qui sont inattaquables par les oxacides et les hydracides. Pour les dissoudre, on a recours à un liquide puissant, dont la connaissance est due aux alchimistes, qui l’ont nommé eau régale, parce que c’est lui qu’ils employaient pour dissoudre l’or, ouïe roi des métaux (1).
- On prépare cette eau régale en mêlant une partie d’acide azotique à 35° et quatre parties d’acide chlorhydrique à 22°. Quand elle est destinée à la préparation des dissolutions d’étain pour la teinture, les proportions des deux acides varient à l’infini, suivant les cas où on l’applique, et, plus souvent encore, suivant le caprice de l’opérateur ; aussi, dans chaque atelier, trouve-t-on une recette différente. Souvent, en place d’acide chlorhydrique, on emploie du sel marin ou du sel ammoniac , qui agissent de la même manière.
- Long-tems on a considéré l’eau régale comme un simple mélange des deux acides qui servent à la préparer; aussi l’appelait-on acide nitro-muriatique, acide hydrochloro-nitrique. On sait aujourd’hui qu’elle se compose d’eau , de chlore et d’acide hypo-azotique, par suite de la réaction qui s’établit entre les deux acides aussitôt qu’on les mêle.
- L’acide chlorhydrique, au moyen de son hydrogène, enlève à l’acide azotique assez d’oxygène pour le ramener à l’état d’acide hypoazotique ; il se forme donc en même tems de l’eau, et le chlore devient libre. C’est à cause de cela que le mélange des deux acides se colore immédiatement en jaune, et que, par une douce chaleur, il dégage beaucoup de chlore et de vapeurs rutilantes. Voici dans quelles proportions les deux acides doivent être mêlés pour que leur réaction soit complète :
- (1) L’Arabe Geber est le premier qui ait fait mention de l’Eau Régale. 11 la préparai! en ajoutant à de Veau-forte un quart de sel ammoniac.
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- 2 volumes d’acide ehlorhyd.
- 1 volume d’acide azotique.
- 1 vol. de chlore.
- 1 vol. d'hydrogène
- — 1 volume d’eau.
- 1/2 vol. d’oxygène-
- 2 vol. 1/2
- d’oxygène.
- 2 vol. d’oxygène
- 1 volume d’acide hypoazolique.
- \ l volume d’azote-
- L’eau régale des laboratoires, au moment où elle vient d’être faite, doit être considérée comme un mélange de chlore, d’acide hypoazotique, d’acides azotique et chlorhydrique étendus d’eau. Mais quand elle est ancienne, les acides étant totalement décomposés , elle n’est plus formée que d’acide hypoazotique, de chlore et d’eau.
- Cette eau régale est remarquable par l’énergie avec laquelle elle attaque les corps simples ou composés sur lesquels le chlore, l'acide hypoazotique et les acides azotique et chlorhydrique n’ont aucune action. Elle agit le plus habituellement à la température ordinaire ; elle donne lieu à un dégagement considérable de vapeurs nitreuses. L’or, le platine, le palladium, qui résistent à l’action des autres acides, sont bientôt dissous par elle. Au reste, elle se comporte, dans tous les cas, comme le chlore, et, si son action est plus vive que celle de ce métalloïde isolé, cela tient uniquement à ce que le chlore qui s’y trouve est dans un grand état de condensation.
- L’eau régale est donc pour les chimistes un des dissolvans les plus précieux, et dans les ateliers de teinture et d’indienne, dans les manufactures de porcelaine, elle sert, à chaque instant, pour faire les compositions d’étain ou dissoudre l’or.
- Je prends quelques feuilles de ce dernier métal, j’en mets dans de l’acide chlorhydrique qui ne pourra en opérer la dissolution, puis dans de l’acide azotique, qui n’agira pas davantage, même à l’aide d’une chaleur prolongée pendant un tems très long. Que je mêle les deux liquides, et, presqu’aussitôt,les feuilles d’or vont disparaître, parce que j’aurai fait de l’eau régale, c’est-à-dire que j’aurai présenté au métal le chlore à l’état de gaz nais-
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- saut, et que, dans cet état, le métalloïde a une énergie bien plus grande que sous toute autre forme.
- Les métaux, en se dissolvant dans l’eau régale, se trouvent donc convertis en chlorures.
- Des Oxydes métalliques.
- Nous avons déjà parlé bien des fois des oxydes métalliques. Vous savez que ce sont les composés qui résultent de l’union de l’oxygène avec les métaux. Quelquefois, ces composés jouissant de la propriété de rougir la teinture du tournesol, on les appelle, dans ce cas, des acides métalliques ; mais le nombre de ces derniers est très limité, et, comme d’ailleurs ils ont toutes les propriétés de ceux qui ne rougissent pas le tournesol, il n’y a aucune raison de les distinguer de ceux-ci.
- Le nombre des oxydes métalliques est immense, puisque tous les métaux peuvent former au moins un oxyde, et qu’il en est beaucoup qui en produisent même deux et quelquefois davantage.
- Un fait remarquable, c’est que quand un métal peut former en même tems des composés oxygénés acides et non acides, ce sont toujours les premiers qui contiennent le plus d’oxygène. Nous avons déjà vu le même fait se présenter avec les métalloïdes.
- Quand un métal forme avec l’oxygène plusieurs combinaisons, il existe toujours un rapport simple et invariable entre les différentes quantités d’oxygène de chaque oxyde. Ainsi, l’oxygène de l'oxyde cuivreux étant représenté par 1, celui de Y oxyde cuivrique le sera par 2, et celui du suroxyde cuivrique par 4. Ceci est une nouvelle application de la loi générale que nous avons fait connaître précédemment.
- Plusieurs oxydes métalliques sont connus dès l’antiquité la plus reculée, mais le plus grand nombre n’ont été découverts que depuis une cinquantaine d’années. Les premiers observateurs avaient très bien remarqué que la plupart des métaux, exposés à l’action du feu, perdent leur éclat et se convertissent en une poudre d’un aspect terreux, dont les couleurs et les autres caractères varient suivant le métal employé ; mais ils ignoraient complètement la cause de ce changement. Ils comparèrent cette opération de brûler les métaux à celle par laquelle on convertit la pierre à chaux en chaux vive ; aussi la nommèrent-ils calcination, du mot latin calx, qui veut dire chaux, et ils donnèrent au produit.qui en résulte le nom de chaux métallique ou de terre métallique. C’est Lavoisier, comme nous l’avons déjà dit, qui a démontré , en 1774, la véritable cause du changement de propriétés dans les métaux calcinés, c’est-à-dire la fixation de l’oxygène de l’air sur eux, et leur conversion en oxydes métalliques.
- Nous vous avons indiqué la manière dont on forme les noms
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- des oxydes ; nous n’y reviendrons donc pas. Nous vous apprendrons seulement que, dans l’usage ordinaire, on appelle souvent d’une manière générale alcalis ou oxydes alcalins les oxydes des métaux de la première section, et terres ou oxydes terreux ceux des métaux de la seconde. Il est nécessaire de vous donner l’origine de ces noms d’ alcalis et de terres, jadis très employés par les chimistes.
- Le mot alcali ou alkali vient des Arabes, chez lesquels il n’avait point une signification générique, mais bien spécifique, car ils avaient donné ce nom au sel ( carbonate de soude ) qu’ils retiraient des cendres d’une plante qu’ils appelaient kali. La syllabe al, qui est notre article démonstratif le % ta, était une qualification de grandeur, de force, de puissance. En l’ajoutant au mot kali, les médecins arabes voulurent exprimer la supériorité du sel qu’on obtient de la plante sur la plante elle-même. Ce n’est que long-tems après que ce mot alkali reçut une valeur plus étendue. Les anciens chimistes l’appliquèrent à trois substances seulement : la potasse ou alcali végétal, la soude ou alcali minéral, et l'ammoniaque ou alcali volatil.
- Cette classe de corps était caractérisée par une saveur âcre et urineuse, une causticité plus ou moins grande, la solubilité dans l’eau, la faculté de verdir le sirop de violettes et dedissoudre ou d’altérer fortementles matières animales. Fourcroy rangea depuis dans cette classe la baryte et la slron-tianeenfin, après lui, on y réunit aussi la chaux et la lithine. De ces sept alcalis, un seul n’appartient pas à la classe des oxydes métalliques: c’est Vammoniaque, qui, comme nous vous l’avons appris, est un azoture ^hydrogène.
- Les philosophes de l’antiquité avaient admis l’existence d’un élément dans la plupart des composés solides, qu’on retrouvait toujours comme résidu après que l’art avait épuisé ses efforts pour pousser leur décomposition jusqu’où elle pouvait aller; c’était la terre élémentaire, la terre primitive.
- « Les alchimistes firent les plus grandes recherches, entreprirent les plus grands travaux pour trouver cette terre primitive, non qu’ils se souciassent beaucoup de la connaître pour elle-même et d’en déterminer les propriétés, un pareil motif était peu capable de les toucher; mais parce qu’ils s’imaginaient que, comme l’or est le plus pur des métaux, ce devait être aussi la terre la plus pure qui entrât dans sa composition, Ils onldonc cherché presque partout cette terre élémentaire,qu’ils nommaienttifer^e et pure,- ils ont entrepris de la tirer de la pluie , de la rosée, de l’air, des cendres des végétaux, des animaux et de plusieurs minéraux. Mais en la cherchant ainsi dans des corps composés dont elle faisait partie, c’était précisément le moyen de ne la pas trouver ; car nous verrons que quand une fois cet élément a fait partie d’un corps composé, il est comme impossible fie le débarrasser entièrement des substances auxquelles il s’était uni. »
- C’est Macquer qui parle ainsi en 1778. L’idée d’urie terre élémentaire a régné, en effet, jusqu’à la révolution chimique de 1789. Quelques années «près, Fourcroy disait déjà que ce que l’on nommait la terre « n’appartient plus qu’à une de ces idées vagues et indéterminées que l’imagination, peu satisfaite encore des succès de l’expérience, avait créées pour tenir lieu des
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- faits qui manquaient encore à la science. Aujourd’hui, on ne connaît point de terre élémentaire, et, au lieu d’une, on a trouvé au moins 7 substances terreuses qui auraient toutes autant de droit à être nommées desélémens, puisque chacune entre dans la composition de beaucoup de corps et fait partie du globe terrestre » (1).
- Les caractères génériques de ces terres étaient la sécheresse, l’inaltérabilité au feu, l’infusibilité, l’insolubilité dans l’eau, le peu d’adhérence aux acides. On les partagea en deux classes : les terres arides ou terres proprement dites, telles que la silice, la zircône, V alumine, la glucyneetVyt-tria ; et les terres alcalines , telles que la magnésie et la chaux. Toutes ces substances sont reconnues aujourd’hui pour des oxydes métalliques, à l’exception des deux premières. La silice est un acide du silicium , élément métalloïde, et la zircône. l’oxyde du métalloïde appelé zirconium.
- Il n’y a donc plus maintenant aucune substance simple à laquelle, dans le langage exact de la science, on donne exclusivement le nom de terre. Ce qu’on désigne sous ce nom, dans le langage usuel, est la croûte superficielle du sol, dans laquelle croissent et se développent les végétaux.
- L’analyse a démontré que la terre végétale ou la terre arable est un simple mélange de silice, d’alumine et de carbonate de chaux, dont les proportions varient à l’infini. On y trouve des cailloux et des sables de diverses natures, des substances accessoires très variables, et entre autres des oxydes de fer et de manganèse, des sels de chaux et de magnésie, et des débris, plus ou moins abondans, plus ou moins modifiés, de substances organiques, qui forment un résidu brun ou noirâtre qu’on appelle humus ou terreau.
- C’est ce terreau qui donne h la terre sa fertilité. Il est à chaque instant renouvelé par les engrais et par les décompositions des plantes, ce qui compense la perle qu’il éprouve par diverses causes, et notamment par le développement des végétaux qui l’absorbent continuellement. Ainsi, la terre se dépouille peu à peu de ses principes nutritifs, et il ne reste à la fin qu’un résidu terreux, dépourvu de sucs nourriciers et complètement infertile. C’est pour cela qu’après quelques récoltes successives dans le même sol, on est obligé de lui donner de nouveaux engrais pour rétablir sa fertilité.
- Après cette digression nécessaire, revenons aux oxydes métalliques.
- Dans l’usage habituel, et pour abréger les noms des composés, on a conservé aux oxydes alcalins et terreux les noms univoques qu’ils portaient avant l’établissement de la nomenclature moderne. Ainsi, au lieu de dire :
- Oxyde Potassique on dit Potasse.
- Sodique. . barylique . Stronlianique Calcique . Lithique .
- Soude.
- baryte.
- Slrontiane.
- Chaux,
- Lithine.
- Oxyde aluminique Glucynique Yttrique. . Magnésique ïhorique .
- on dit Alumine.
- . . Glucyne.
- . . Yttria.
- . . Magnésie.
- . . Thorine.
- (t) Philosophie chimique, par Fourcroy, t80G.
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- Les oxydes métalliques ont quelques propriétés générales qu’il nous importe de connaître avant de passer à l’étude d’une autre classe de composés.
- Ceux des métaux appartenant aux 5 premières sections sont irréductibles par la chaleur, c’est-à-dire qu’on ne peut en chasser complètement l’oxygène et les ramener à l’état métallique. Ceux delà dernière section sont, au contraire, réductibles. Ainsi, l’oxyde rouge de mercure, l’oxyde d’argent chauffés, comme nous le faisons, dans une cornue, abandonnent tout leur oxygène et laissent pour résidu du mercure et de l’argent purs.
- Mais parmi ceux des 5 premières sections, il en est qui, à un certain degré de chaleur, perdent une partie de leur oxygène et sont alors ramenés à un moindre degré d’oxygénation. Ce sontnécessairement les peroxydes. Nous en avons un exemple dans le suroxyde on peroxyde de manganèse, qui sert, à cause de cela, dans les laboratoires, à obtenir le gaz oxygène dont on a besoin.
- Cette opération est très simple, puisqu’il suffît d’introduire cet oxyde réduit en poudre fine dans une bonne cornue en grès qu’on place dans un fourneau à réverbère, et à la chauffer au rouge jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus rien de son intérieur. Pour recueillir le gaz , on adapte au col de la cornue un tube recourbé à boule qu’on fait plonger par son autre extrémité dans une cuve à eau sur laquelle on dispose à l’avance les cloches où l’on doit recevoir l’oxygène. On en laisse perdre les premières portions, parce qu’elles sontmélangées d’air, et onne recueille le gaz que lorsqu’il rallume très rapidement et avec éclat une bougie présentant seulement quelques points en ignition dans sa mèche, b’un kilogramme de peroxyde de manganèse, on extrait facilement 40 à 45 litres de gaz oxygène pur. Voici l’appareil dont on se sert habituellement.
- Par cette calcination , le suroxyde manganique n’éprouve qu’une désoxygénation partielle. Une partie, en abandonnant de son oxygène , se trouve ramenée à l’état d’oxyde man-ganeux. Celui-ci s’unit intimement au restant du suroxyde, et empêche sa décomposition par le feu le plus violent. C’est ce composé qui constitue la poudre d’un brun
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- rougeâtre qui reste dans la cornue, et qu’on appelle vulgairement oxyde rouge de manganèse (1).
- Il n’y a qu’un très petit nombre d’oxydes solubles dans l’eau. Ce sont ceux des métaux de la première section. Ce sont également les seuls qui aient de la saveur et la propriété de verdir le sirop de violettes ou de ramener au bleu le tournesol rougi par les acides. Les dissolutions de ces oxydes alcalins s’appellent ordinairement : eaux dépotasse, de soude, de chaux, etc.
- La plupart des oxydes métalliques peuvent s’unir à l’eau en proportions fixes. Les composés qui en résultent sont désignés par les chimistes sous le nom d’HYDRATES.
- Toutes les fois qu’on sépare un oxyde de ses dissolutions et qu’il se dépose au sein de l’eau, il retient toujours en combinaison une certaine quantité de ce liquide , et il est alors à l’état d’hydrate. Voici une dissolution d’oxyde de cuivre dans laquelle je verse de l’eau de potasse ; je détermine par ce moyen la précipitation de l’oxyde de cuivre; mais cet oxyde, au lieu d’être brun et pulvérulent, comme dans son état habituel, est coloré en bleu et sous forme de flocons gélatineux; il est alors à l’état d’hydrate d’oxyde de cuivre.
- La plupart des oxydes retiennent l’eau si faiblement, qu’ils la perdent par le seul effet de la dessiccation à l’air. Il est cependant plusieurs hydrates qu’on ne peut décomposer que par le secours d’une température assez élevée. U en est même deux qui sont complètement indécomposables : tels sont les hydrates de potasse et de soude, qu’on connaît sous les noms de potasse et de soude caustiques.
- Les acides, dans leur contact avec les oxydes métalliques, donnent lieu à des phénomènes intéressans dont nous devons vous faire part. Nous examinerons séparément l’action des oxacides et celle des hydracides.
- Dans le plus grand nombre de cas, les oxacides s’unissent aux oxydes métalliques d’une manière intime et en proportions constantes. Ils produisent avec eux les nombreux composés auxquels on donne le nom générique de Sels.
- Mais, parfois, ils leur enlèvent tout ou partie de leur oxygène, et les ramènent alors ou à l’état métallique, ou à un état d’oxydation moins avancé.
- Ainsi, les acides non saturés d’oxygène, tels que les acides
- (1) Il n’y a pas long-tems que le manganèse est connu à l’élat de métal pur. Mais les anciens connaissaient l’oxyde noir ou suroxyde de ce métal, qui existe assez abondamment dans la nature, et ils en faisaient usage dans la fabrication des verres colorés. Ils confondaient toutefois cet oxyde avec l’aimant ou oxyde noir de fer. C’est de Magnés ( aimant ) que vient sans doute le nom de manganèse ou magnésie noire.
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- phosphoreux , sulfureux, hypoazotique, etc., en contact avec le peroxyde de manganèse, se transforment en acides phosphorique, sulfurique, azotique, en changeant le premier en oxyde man-ganeux. Ainsi, l’acide phosphoreux, chauffé légèrement avec l’oxyde rouge de mercure, le réduit en mercure coulant et se convertit en acide phosphorique. Vous voyez bien, par ces exemples, que les acides s’oxygènent davantage aux dépens des oxydes sur lesquels ils réagissent.
- Les peroxydes ont peu d’affinité pour les acides, et ils tendent toujours à perdre une partie de leur oxygène pour repasser à l’état de protoxydes, qui se combinent très bien aux seconds. Voilà pourquoi les acides sulfurique, phosphorique, azotique, chauffés avec ces peroxydes, donnent lieu à un dégagement de gaz oxygène.
- Nous avons un exemple de ce genre de décomposition dans l’action de l’acide sulfurique sur le peroxyde de manganèse. En
- faisant chauffer dans un ballon ou une cornue parties égales environ de ces deux substances, on obtient , ainsi que Schèele l’a reconnu le premier , une grande quantité de gaz oxygène,et il reste dans le vase un composé d’acide sulfurique et d’oxvde manganeux. Ce procédé d’extraction de l’oxygène est plus commode que celui que nous avons indiqué précédemment, et il donne plus de gaz.
- Les hydracides ne peuvent, dans aucune circonstance, s’unir aux oxydes métalliques. Ils les décomposent toujours en se détruisant eux-mêmes, de manière qu’il en résulte de l’eau et des composés binaires métalliques solubles ou insolubles. Cela vient de ce que l’hydrogène de ces acides enlève l’oxygène aux oxydes, d’où une production d’eau, tandis que les métalloïdes et les métaux devenus libres se combinent. C’est ainsi qu’agissent les acides sulfbydrique et chlorhydrique sur les protoxydes, la composition des uns et des autres étant telle, que, par l’échange de leurs élémens,il peut se faire de l’eau et des sulfures ou des chlorures métalliques. Exemple :
- Potasse..............= potassium. . . . -f- oxygène.
- Acide chlorhydrique . . = chlore .....+ hydrogène.
- Chlorure de potassium -+- eau.
- Lorsque les hydracides sont en présence de peroxydes, la réaction est la même; seulement il y a une portion du métalloïde qui
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- reste libre et se dégage quand il est gazeux. Nous avons vu, dans une autre leçon, qu’en versant de l’acide chlorhydrique sur du peroxyde de manganèse, il se produit de l’eau , du chlorure de manganèse et un dégagement de chlore. Il en sera de môme avec les autres peroxydes.
- Munis de ces connaissances, nous pouvons maintenant nous occuper avec succès des sels.
- Des Sels.
- Le mot Sel , d’abord employé pour désigner la substance connue sous ce nom vulgaire , le sel marin ou le sel de cuisine, fut plus tard faussement appliqué, comme dénomination générique, à toute matière sapide , soluble dans l’eau et susceptible de cristalliser, en sorte que l’on confondit dans la même classe des corps très différens : des alcalis, des acides, des substances organiques, etc.
- Aujourd’hui, le nom de sel est exclusivement réservé, depuis Lavoisier, aux composés résultant de l’union d’un acide et d’une base salifiable quelconque, et par base on entend un oxyde métallique ou un corps alcalin, comme l’ammoniaque.
- Ces composés ont des noms qui indiquent tout-à-la-fois la nature de l’acide qu’ils contiennent, ce qui détermine le genre des sels, et la nature de l’oxyde, ce qui détermine l’espèce. Yoici comment on forme ces noms.
- Le nom des acides terminés en ique reçoit la désinence ate, et celui des acides terminés en eux la désinence ite. A ces noms ainsi modifiés on joint le nom de l’oxyde qui fait partie du sel.
- Pour désigner, d’après cela, le sel résultant de l’union de l’acide sulfurique ou sulfureux avec la potasse, nous dirons :
- Sulfate 1
- ou potassique.
- Sulfite j
- Vous comprendrez donc très bien maintenant les expressions de:
- Azotate sodique. Phosphate calcique.
- Carbonate cuivrique. Phosphite plombique.
- Le genre du sel est donc indiqué par le nom de l’acide terminé en ate ou en ite; l’espèce est distinguée par le nom de la base. Lors donc que je prononce le mot sulfate, vous comprenez aussitôt que je parle de la combinaison de l’acide sulfurique avec un oxyde quelconque, et lorsque j’ajoute d’oxyde ferreux, je com-
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- plète mon idée en faisant connaître l’espèce de sulfate que j’ai envie de désigner. Rien n’est donc plus clair et plus précis que ce mode d’appellation.
- Le même acide peut s’unir en diverses proportions avec la même base, et donner naissance par là à un certain nombre de variétés de sels qu’on distingue les unes des autres, par la différence de propriétés qu’elles présentent à l’observation. On les partage en sels acides , en sels basiques et en sels neutres.
- Les premiers sont ceux qui rougissent le tournesol et ont une saveur aigre, caractères dus à un excès d’acide. Les seconds sont ceux où la base domine, ce qui leur communique la faculté de verdir le sirop de violettes et de ramener au bleu le tournesol rougi par un acide. Enfin, les sels neutres n’agissent aucunement sur les couleurs et ne conservent aucune trace des caractères d’acidité et d’alcalinité; l’acide et l’oxyde qui les constituent se neutralisent exactement, comme on dit, c’est-à-dire qu’ils se font mutuellement équilibre , de telle sorte que leurs propriétés individuelles ont complètement disparu.
- On nomme sels doubles les composés de deux sels dans lesquels l’acide et la base sont au même point de saturation que dans les sels neutres simples; on les obtient en mêlant les solutions des deux sels dont ils sont formés. L'alun, qui vous est bien connu, au moins de nom, est un sel double, puisqu’il est composé de sulfate de potasse et de sulfate d’alumine.
- Vous voyez, Messieurs, qu’avec un bien petit nombre d’expressions , courtes et faciles à retenir, les chimistes sont parvenus à distinguer aisément les unes des autres plusieurs centaines d’espèces de sels. La mémoire la plus heureuse n’aurait pu en garder le souvenir, si elles eussent porté des noms insignifians.
- Le langage chimique adopté dans toutes les écoles, et dont nous vous avons présenté , à mesure du besoin, les principales règles, est une œuvre toute moderne, puisqu’il ne date que de 1787. Jusque vers le milieu du xvme siècle, la chimie, cultivée par un petit nombre d’adeptes enthousiastes, n’existait pas encore comme science; car on ne peut raisonnablement donner ce nom à quelques faits isolés, a un amas de recettes, de pratiques plus ou moins compliquées, dont la connaissance ne dépassait même pas l’enceinle des laboratoires. Les noms employés alors pour désigner les composés connusélaient enfantés par le caprice le plus aveugle; peud’en-treeux avaient une signification appropriée à la nature des corps qu’ils devaient faire reconnaître.
- Ainsi, il y avait des Huiles de tartre par défaillance, de vitriol; des Leurres d’antimoine, d’étain, d'arsenic ; des Fleurs de zinc, d'antimoine., de benjoin; du Foie de soufre; du Sucre de saturne; des Crèmes de tartre et de chaux ; bien que toutes ces substances ne fussent ni des huiles, ni des beurres , ni des fleurs, ni du foie, ni du sucre, ni des crèmes.
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- Toute matière qui devenait lumineuse dans l’obscurité, quelle que fût d’ailleurs sa composition, recevait aussitôt le nom de Phosphore : de là le titre de phosphore de Bologne, donné au sulfate de baryte; de phosphore de Beaudoin , à l’azotate de chaux ; de phosphore de Homberg, au chlorure de calcium.
- Le sel que nous désignons par l’expression bien claire de sulfate potassique, se nommait tantôt sel de duobus, tantôt sel polychreste de Gla-zer, tantôt arcanum duplicatum.
- Le composé binaire que nous appelons aujourd’hui chlorure mercu-reux, et dont nous faisons connaître de suite la véritable nature à l’aide de cette courte dénomination, portait autrefois les noms de sublimé doux, de mercure doux, draquila alba, d’aquilamitigata,demanne des métaux, de dragon adouci, de panacée mercurielle, de panchymagogue minéral, de calornelas, de précipité blanc, etc., etc.
- Jugez , Messieurs, par la singularité et l’impropriété de ces divers noms, de ce qu’était l’ancien langage chimique, et des difficultés qu’éprouvaient les élèves , et même les maîtres , pour retenir une synonymie aussi compliquée que ténébreuse. La nomenclature actuelle, chef-d’œuvre de clarté, ne repose que sur un très petit nombre de règles. Elle est basée sur ce principe que l’énonciation du nom d’un corps doit faire connaître sa nature chimique, en rappelant non-seulement les élémens qui le constituent, mais encoreles proportions respectives de chacun d’eux.
- L’adoption de cette nomenclature a été la cause des immenses progrès que la chimie a faits depuis un demi-siècle. On conçoit, en effet, qu’un langage analytique aussi concis, qui n’admet rien d’arbitraire, et qui s’adapte non-seulement aux faits connus, mais encore aux découvertes à faire, a dû, en servant de lien commun aux savans de tous les pays, contribuer singulièrement à multiplier les efforts des expérimentateurs et à répandre le goût de la science dans toutes les classes de la société.
- L’idée en appartient à Guyton de Morveau, né à Dijon en 1727 , qui, de professeur de droit, devint, par goût, professeur dechimie.il eut tant de peine un jour à se faire entendre de son préparateur pour l’envoyer chercher certains composés dont il avait besoin, qu’il conçut le projet de créer des expressions indiquant, d’une manière précise, la nature des corps, et de simplifier ainsi le langage de la chimie. Geci se passait en 1782. Attiré peu de tems après à Paris par Lavoisier, il présenta son projet de nouvelle nomenclature à l’Académie des Sciences, qui désigna Lavoisier, Berthollet et Fourcroy pour l’examiner. De la réunion de ces quatre illustres chimistes naquit celte nomenclature méthodique qui fut publiée en 1787, et, bientôt après, adoptée avec acclamation par les chimistes de tous les pays.
- Depuis, elle a été modifiée en plusieurs points importans ; des savans contemporains lui ont fait subir des changemens notables, mais le principe philosophique qui a présidé à sa formation est toujours le même et sera toujours respecté, quelles que soient d’ailleurs les révolutions qu’éprouve la science dans l’avenir.
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- SEIZIÈME LEÇON.
- Suite des Métaux.
- Sommaire. — Généralités sur les sels. — Lois de composition. — De la cristal» iisation. — De l’eau de cristallisation et d’interposition dans les sels. — Phéno-nomènes qui dépendent de la présence de l’eau dans ces composés. — Des mélanges frigorifiques. — Des précipitations et végétations métalliques. — De la décomposition des sels par les acides et par les bases. — De l’action des sels les uns sur les autres. — Manière d’étre des métaux dans la nature. — Idées générales sur la structure de l’écorce minérale du globe. — Exploitation des mines. — Extraction des métaux de leurs minerais. — Principales opérations de la Métallurgie.
- Les sels offrent, Messieurs, dans leur composition, des lois aussi simples que celles qui régissent les composés binaires dont nous avons fait l’étude.
- En effet, l’analyse a démontré que, dans tous les sels d’un même genre, il y a toujours un rapport simple et constant entre l’oxygène de la base et l’oxygène de l’acide. Par une conséquence naturelle, il y a également un rapport simple et constant entre la quantité d’oxygène de la base et la quantité d’acide du même sel.
- Ainsi, dans les sulfates neutres, la quantité d’oxygène de l’oxyde est à la quantité d’oxygène de l’acide : : 1 : 3. En effet, un sulfate se compose de :
- Acide sulfurique. . . 100. . . . contenant 59,87 ou 60d’oxygène. Base ...... une quantité, contenant. . . 20d’oxygène.
- Exemples.
- ( Acide sulfurique. . 100. . contenant G0 d’oxygène.
- Oxyde plombique . 279. . contenant 20 d’oxygène.
- ( Acide sulfurique. . 100. . contenant G0 d’oxygène.
- ! Soude ..... 78,467 contenant 20 d’oxygène.
- U résulte, de là, que le même acide exige pour sa neutralisation une quantité de chaque base renfermant la même proportion d’oxygène, ce qu’on exprime en disant que chaque acide a pour toutes les bases la même capacité de saturation.
- Cette loi est d’un grand secours en chimie, puisque sans tàton-nemens, sans essais préliminaires, on sait de suite, à l’aide du calcul, dans quelles proportions il faut employer un acide et un oxyde pour faire le sel dont on a besoin.
- Sulfate de plomb — Sulfate de soude.=
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- Passons en révue, maintenant, les propriétés générales les plus saillantes des sels. Leurs propriétés physiques sont trop variables pour que nous nous en occupions; nous n’envisagerons que la manière, dont ils se comportent avec les principaux corps, et notamment avec l’eau, la chaleur, l’air, les acides et les bases.
- Tous les sels ne sont pas solubles dans l’eau. Il en est beaucoup dont la cohésion est telle, que leur affinité pour l’eau ne peut la surmonter ; ceux-là sont nécessairement insolubles.
- Les sels solubles jouissent de cette propriété à des degrés très différens. Pour chaque espèce, la solubilité varie beaucoup avec la température de l’eau. Plus celle-ci est chaude, plus son pouvoir dissolvant augmente. On dit qu’elle est saturée d’un sel lorsqu’elle refuse d’en dissoudre.
- L’eau saturée d’un sel à l’aide de la chaleur en laisse toujours déposer une certaine proportion lorsqu’elle redescend à la température ordinaire, et cette proportion représente celle qui ne s’est dissoute dans l’eau qu’à la faveur du calorique. Mais les molécules du sel qui se séparent de l’eau ne se rassemblent pas au hasard. Elles se groupent toujours symétriquement, s’accolent par les faces qui se conviennent le mieux, et produisent alors des solides réguliers terminés par des faces planes et analogues aux solides de la géométrie. Ce sont ces polyèdres réguliers qu’on appelle Cristaux , et le phénomène particulier de solidification qui leur donne naissance reçoit le nom de Cristallisation. La liqueur qui baigne les cristaux et qui reste chargée de tout le sel qu’elle peut dissoudre à la température ambiante, est connue sous le nom à’eau-mère.
- Les sels qui ne présentent qu’une légère différence dans leur solubilité à froid et à chaud, ne se précipitent pas de leur dissolution à mesure qu’elle se refroidit. Aussi, pour les obtenir à l’état de cristaux, on est obligé d’avoir recours à uue évaporation lente ou rapide qui, en diminuant la masse du dissolvant, détermine nécessairement la cristallisation de toute la portion du sel qui se trouve alors en excès dans le reste de la liqueur. C’est môme le mode le plus ordinairement suivi pour opérer la cristallisation des sels.
- Cette évaporation se pratique le plus souvent au moyen de la chaleur. Mais, quand il s’agit d’obtenir des cristaux volumineux et très réguliers, on la laisse se produire à la température ordinaire , au contact de l’air, en ayant soin d’éviter que la liqueur éprouve quelque mouvement brusque, car alors la cristallisation serait confuse.
- Il est des dissolutions qui ne peuvent cristalliser hors du contact de l’air, môme lorsqu’on les agite. C’est ce qui a lieu pour le sulfate de soude. Qu’on introduise une dissolution saturée de ce
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- DES MÉTAUX.
- 2m
- sel dans un tube de verre, qu’on chauffe de manière que la vapeur chasse l’air de l’intérieur du tube, qu’on effile celui-ci et qu’on le ferme à la lampe par son extrémité supérieure, la liqueur ne donnera point de cristaux par son refroidissement. Mais aussitôt qu’on brisera cette extrémité, et que l’air, par conséquent, rentrera dans le tube, la cristallisation s’opérera en un instant, comme vous allez en acquérir la preuve.
- Les cristaux qui se déposent au sein de l’eau en retiennent souvent en combinaison. On dit alors qu’ils sont hydratés. On les appelle anhydres dans le cas contraire. Cette eau combinée ou de cristallisation, qui est souvent en proportion considérable dans certains sels( sulfate de soude, sulfate de magnésie, carbonate de soude), peut en être chassée par une chaleur de 100«; sa quantité ne varie jamais dans le même sel cristallisé.
- C’est à sa présence que les sels doivent la propriété de s’ef-fleurir au contact de l’air sec, c’est-à-dire de se réduire en poudre anhydre, comme on le remarque très bien avec le carbonate, le sulfate et le phosphate de soude, qui, abandonnés dans l’air, perdent peu-à-peu leur transparence et finissent par tomber en poussière.
- C’est encore à elle qu’ils doivent cette autre propriété de se liquéfier lorsqu’on les chauffe légèrement. Ce phénomène est connu sous le nom de fusioii aqueuse. Lorsque cette eau est vaporisée , ils restent sous la forme de poudre.
- C’est souvent aussi à cette eau qu’ils doivent la couleur qu’ils affectent quand ils sont cristallisés ; ainsi le sulfate ferreux ou couperose est vert d’émeraude, le sulfate cuivrique ou vitriol bleu est d’un beau bleu, le prussiate de potasse ferrugineux du commerce est d’un beau jaune citron, quand ils sont en cristaux, tandis que desséchés ils sont d’un blanc sale.
- Les sels anhydres peuvent aussi se fondre par l’action du feu , mais alors ils éprouvent ce qu’on appelle la fusion ignée. Ils produisent des liquides qui ne se boursoufflent pas et qui, par le refroidissement, se figent en un verre transparent ou opaque. C’est ce qu’on observe très bien avec le borate de soude ou borax, l’azotate de potasse , les divers phosphates, etc.
- Ces mêmes sels anhydres ne s’effleurissent jamais à l’air, mais quelquefois, en condensant la vapeur aqueuse, ils s’humectent et finissent par se liquéfier. C’est lorsqu’ils ont beaucoup d’affinité pour l’eau. On dit qu’ils sont déliquescens.
- Outre Veau de cristallisation, les sels contiennent souvent une certaine quantité d’eau simplement engagée entre les molécules des cristaux. C’est à cette eau, qu’on appelle eau d’interposition , qu’ils doivent la propriété d’humecter le papier entre lequel on les comprime, ainsi que celle de se fendiller brusquement et de
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- sauter en éclats quand on les expose subitement à une forte cha* leur. Ce dernier phénomène, qui est très sensible avec le sel marin, l’azotate de plomb, l’azotate de baryte, est vulgairement désigné sous le nom de décrépitation. 11 a lieu parce que l’eau, interposée entre les lamelles des cristaux, les écarte brusquement et les brise en prenant la forme de vapeur.
- Le plus souvent les sels qui décrépitent ne renferment pas d’eau de cristallisation.
- Les sels desséchés et susceptibles de se combiner avec l’eau développent toujours de la chaleur au contact de ce liquide, parce qu’ils reprennent alors l’eau de cristallisation qu’on leur avait fait perdre. C’est ainsi qu’en gâchant avec l’eau du plâtre cuit (sulfate de chaux), le mélange s’échauffe beaucoup.
- Les sels pourvus, au contraire, de leur eau de cristallisation produisent du froid au moment où on les dissout, parce que, pour devenir liquides, ils absorbent du calorique à l’eau et aux corps environnans. Le même effet se produit avec la glace ou la neige ; de là l’application qu’on a faite de ce phénomène à la préparation des mélanges frigorifiques.
- L’emploi de ces mélanges remonte déjà très haut dans l’histoire delà science. Le mire fut d’abord le sel qu’on mit en usage pour cet objet, et ce furent les Italiens qui s’en servirent les premiers, puisque vers 1550, on rafraîchissait déjà par son moyen l’eau et le vin, dans les riches maisons de home. Lord Bacon, qui mourut en 1626, a écrit qu’on pouvait faire geler l’eau avec un mélange de neige etde sel marin. Vers la (in du xvne siècle, Boyle fit connaître beaucoup d’autres substances susceptibles d’être employées à produire des abaissemens de température. C’est vers 1655 à 1660 qu’on fit l’application des mélanges frigorifiques à la confection des glaces et des sorbets. Cet art ingénieux fut apporté à Paris vers cette époque par un Florentin, Procope Couteaux, et ces préparations rafraîchissantes obtinrent tant de vogue , qu’en 1676 on comptait déjà dans cette ville 250 boutiques dans lesquelles on vendait des boissons glacées de toutes sortes.
- Walker fut le premier chimiste qui parvint à faire de la glace au milieu de l’été, en se servant uniquement de simples solutions de sels ; et le 20 avril 1787, il réussit à congeler le mercure.
- On prépare les mélanges frigorifiques en dissolvant des sels très solubles, dans l’eau ou les acides étendus, ou en mettant en contact avec la glace ou la neige, des sels, des acides, des alcalis, en certaines proportions.
- Voici quelques formules de mélanges frigorifiques:
- TEMPERATURE
- USAGES
- PRODUITE.
- Eau................
- Azotate de potasse .... Chlorhydrate d’ammoniaque. Sulfate de soude cristallisé .
- 10 parties j G
- G (
- 4 1/2 )
- Très-propre pour rafraîchir le vin, glacer les crèmes, et pour congeler une petite quantité d’eau-
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- m:s métaux.
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- Neige ou glace pilée. • • Sel marin..................
- Sulfate de soude cristallisé Acide chlorhydrique . .
- Neige.................• •
- Acide sulfurique faible. •
- Sulfate de soude cristallisé Acide sulfurique à 41°. •
- TEMPÉRATURE USAGES
- PRODUITE DE CES MÉLANGES.
- 2 parties. ) 1 Employé habituelle-
- - 15“ ment dans les labora-
- 1 > ! toires.
- 8 5 }-n" Idem.
- 3 2 | de 0° U—30° Idem.
- 4 , Très-propre à faire en
- 3 00 1 été de la glace avec économie.
- Les limonadiers, pour congeler leurs liqueurs aromatiques et sucrées , destinées à être transformées en glaces et en sorbets, les plongent dans un mélange de G parties de glace pilée et de 2 parties de sel marin, auquel ils ajoutent souvent du chlorure de calcium cristallisé, afin de hâter la congélation. Les liqueurs sont mises dans un vase cylindrique en étain très mince, appelé § rbélière. Le vase est en argent lorsqu’on veut conserver aux sorbets de fraises, de framboises, de groseilles, de cerises, leur belle couleur.
- La liqueur destinée à être convertie en glaces est introduite dans la sorbetière, qu’on plonge aussitôt dans le mélange réfrigérant, placé dans un seau de bois. On agite rapidement la sorbétière pendant quatre ou cinq minutes; on la découvre, et avec une cuillère nommée houlette, on détache toutes les parties de glace qui se sont formées à la circonférence intérieure, en les ramenant au centre du vase. On rajuste le couvercle, et l’on tourne la sorbétière aussi rapidement que la première fois. On répète cette manipulation jusqu’à <;e que toute la liqueur, après avoir perdu sa transparence, se soit convertie enneige. On renouvelle le mélange frigorifique du seau afin de compléter la solidification de la liqueur qu’on agile souvent avec la houlette; ce travail sert à augmenter l’onctuosité des glaces.
- Les dissolutions des sels des quatre dernières sections donnent Leu, avec certaines lames métalliques, à des phénomènes curieux qu’il est important de connaître.
- Lorsqu’on plonge dans une de ces dissolutions un métal qui manifeste plus d'affinité pour l’oxygène et les acides que le métal qui fait partie du sel dissous, le premier précipite ordinairement le second à l’état métallique et le remplace dans la dissolution.
- C’est ainsi qu’une lame de fer bien polie, plongée dans la dissolution d’un sel de cuivre, produit la précipitation du cuivre en petites lamelles rouges et pourvues du brillant métallique ;
- Qu’une lame de cuivre, placée dans la dissolution d’un sel d’argent, se recouvre bientôt d’argent en beaux cristaux brillans.
- On se procure , par ce moyen , ces belles végétations métal-
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- liques que les anciens chimistes désignaient sous les noms d'arbre de Saturne, d’arbre de Diane ou d’ar&re philosophique. On obtient la première en plongeant une lame de zinc dans une dissolution faible d’acétate de plomb, qui dépose bientôt sur la lame des paillettes brillantes de plomb revivifié, qui augmentent incessamment et produisent des ramifications très bizarres. On fait la seconde en versant sur du mercure une dissolution un peu concentrée d’azotate d’argent. Au bout de quelques jours, l’argent se montre en houppes très légères et brillantes, composées d’une multitude de tout petits cristaux.
- Les arts ont su tirer, dans plusieurs circonstances, un parti très avantageux de cette propriété qu’ont certains métaux d’en précipiter d’autres de leurs dissolutions salines.
- Dans les usines où l’on exploite les minerais de cuivre pour en extraire ce métal, on en retire une assez grande quantité des eaux cémentatoires. Ce sont des eaux chargées naturellement de sulfate de cuivre et qui circulent dans les galeries des mines qui contiennent des pyrites ou sulfure de cuivre. On plonge dans ces eaux des morceaux de fer ou de vieille ferraille , sur lesquels le cuivre vient se mouler en se précipitant.
- Dans toutes les villes où existent des hôtels des monnaies, on se livre, depuis quelques années, à la refonte des anciennes pièces d’argent qui sont très riches en or. On les traite par de l’acide sulfurique bouillant qui dissout l’argent et laisse l’or sous forme de poudre brune qu’on recueille ensuite avec soin. On obtient par ce moyen beaucoup de sulfate acide d’argent, dont on isole le métal en jetant dans la dissolution des feuilles de cuivre qui ont servi au doublage des vaisseaux. L’argent se dépose sous forme d’une mousse cristalline d’un gris blanchâtre, que les ouvriers appellent encore chaux d’argent. On lave bien cette poudre. On la fond dans un creuset et on coule le métal en lingots. Le sulfate acide de cuivre est neutralisé et mis à cristalliser. Voici de beaux cristaux de couperose bleue qui proviennent des ateliers d’affinage de notre hôtel des monnaies.
- Dans les cours de physique, on vous parlera de ces précipitations métalliques pour vous apprendre qu’une des causes de leur production réside dans un effet électrique.
- Tous les sels dont l’acide est gazeux ou volatil sont décomposés par les acides un peu énergiques. Ainsi, l’acide sulfurique, l’acide phosphorique, etc., détruisent sur-le-champ les carbonates, les sulfites, les azotates, etc., en produisant des sulfates, des phosphates, et en expulsant l’acide carbonique, l’acide sulfureux, l’acide azotique. C’est sur ce genre de réaction qu’est
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- fondé le procédé d’extraction du gaz acide carbonique et le mode de préparation de l’acide azotique (1).
- Les hydracides ne se bornent pas à isoler l’oxyde et l’acide d’un sel, ils réagissent en particulier sur l’oxyde comme s’il était libre, et le décomposent en formant de l’eau et un composé binaire i nsoluble. C’est ainsi que l’acide chlorhydrique se comporte à l’égard des sels solubles d’argent et d’oxyde mercu-reux; il donne naissance, ainsi que vous allez voir, à des précipités blancs, lourds, sous forme de caillots ; c’est du chlorure d’argent ou du chlorure mercureux.
- La légende suivante va vous faire comprendre cette réaction :
- l Acide azotique
- Azotate ) d’argent j
- Argent.
- Oxyde d’argent =<
- Oxygène-
- Chlorure
- d’argent.
- Acide | ^ j nydrogène--------------------
- chlorhydrique i j Chlore........„.....—...-.........
- L’acide sulfhydrique agit de même avec le plus grand nombre des sels ; et comme les sulfures qu’il produit possèdent des couleurs distinctes suivant le métal qui s’y trouve, on se sert de cet acide, dissous dans l’eau, comme d’un réactif assez commode pour distinguer les unes des autres les différentes solutions métalliques.
- Ainsi il détermine :
- un précipité blanc.
- de zinc...........
- de protoxyde d’étain de deutoxyde d’étain
- chocolat.
- jaune.
- de bismuth de cuivre, de plomb, d’antimoine d’argent • de platine-d’or. . .
- brun noir.
- bans les sels
- jaune orangé.
- d’oxyde mercureux
- blanc, puis orangé et ensuite noir.
- d’oxyde mercurique
- (t) C’est Glauber qui, dans le xvne siècle, constata le premier cette action des acides énergiques sur les sels, et arriva ainsi à obtenir ce qu’on appelait alors les esprits acides des minéraux. Après avoir extrait Y huile de vitriol en calcinant le vilriol ver tou sulfate
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- Lorsqu’un acide ne peut s’unir qu’à une portion de la base d’un sel, il en résulte alors deux nouveaux sels acides. Or, comme tous les sels acides sont solubles, il s’ensuit que presque tous les sels basiques ou neutres, qui sont solubles par eux-mêmes, doivent se dissoudre dans les acides azotique, chlorhydrique, etc. Voici du phosphate de chaux que l’eau ne peut dissoudre. Si je verse dessus de l’acide azotique, celui-ci va lui enlever la moitié de la chaux et le ramener, par conséquent, à l’état de phosphate acide de chaux, sel soluble qui disparaîtra aussitôt dans la liqueur où existera aussi de l’azotate acide de chaux. îl en est de même avec le sulfate de chaux, le phosphate de baryte, qui se dissolvent sur-le-champ dans le même acide, parce qu’il se produit deux nouveaux sels acides pour chacun de ces cas.
- Tl suit de là que les acides sont aussi des dissolvans pour les sels, et, sous ce rapport, ils rendent des services importans aux chimistes.
- Les hases saliliahles peuvent se précipiter mutuellement de leurs dissolutions. Celles qui neutralisent les acides mieux que d’autres, séparent toujours ces dernières de leurs combinaisons salines. Voilà pourquoi la potasse, la soude, l’ammoniaque décomposent tous les sels en faisant déposer leurs bases. Ainsi, si je verse un de ces alcalis dans des dissolutions de sels de chaux, de magnésie, de fer, de cuivre, de plomb, de mercure, il se fera un précipité de chaux, de magnésie,d’oxydes de fer, de cuivre, de plomb, de mercure, et dans la liqueur surnageante il y aura un nouveau sel de potasse, de soude ou d’ammoniaque.
- Voilà donc un moyen de se procurer des oxydes métalliques. Ainsi, précipités au sein de l’eau, ils sont toujours à l’état d’hydrates; mais en les recueillant sur un filtre de papier, les lavant, puis les séchant dans un creuset, on les obtient à l’état sec.
- Comme il faut toujours ajouter dans la dissolution saline que l’on décompose, un excès de potasse ou d’ammoniaque, pour que l’oxyde précipité ne retienne plus aucune trace de l’acide auquel il était uni, il n’est pas indifférent d’employer l’un ou l’autre de ces alcalis. En effet, il est des oxydes métalliques qu’un excès de potasse ou de soude redissout, ce que ne fait pas l’ammoniaque, tandis qu’il en est d’autres que celle-ci redissout , sans que la potasse et la soude produisent cet effet.
- Ainsi, si je veux décomposer un sel d’alumine, je choisirai l’ammoniaque, parce qu’avec la potasse et la soude je courrais
- de 1er, il versa par hasard de celle huile sur quelques sels et vit leurs esprits s’élever en vapeurs acides. Ces vapeurs condensées par le froid lui donnèrent les acides forts que la métallurgie, la teinture et les autres arts industriels surent bientôt utiliser. On voit, par cet exemple, qu’une découverte en chimie en enfante toujours de nouvelles et devient la source d’une toute d’applications intéressantes.
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- le risque de redissoudre l’alumine précipitée, comme vous allez le voir dès que j’aurai versé un excès de ces deux alcalis sur le précipité. Si j’avais à traiter un sel de cuivre, j’emploierais ces derniers et non l’ammoniaque , parce que celle-ci rend soluble l’hydrate de cuivre, comme je vous le démontre en employant un excès d’alcali volatil qui va produire une liqueur d’une belle couleur bleu-céleste.
- Les sels peuvent réagir les uns sur les autres et se décomposer mutuellement, soit sous l’influence de l’eau, soit sous celle de la chaleur.
- I. Toutes les fois que deux sels solubles peuvent donner lieu, par leur mélange, à un sel insoluble ou à deux nouveaux sels insolubles, il y a toujours décomposition mutuelle, de telle sorte que Vacide de l’un s’empare de la base de Vautre, et réciproquement.
- Cette loi, posée par Berthollet, ne souffre aucune exception.
- Si donc je verse du sulfate de potasse dans de l’azotate de ba-rytq, j’obtiens d’une part un dépôt blanc de sulfate de baryte, et dans la liqueur il y a de Y azotate de potasse.
- Sulfate de potasse = acide sulfurique -H potasse.
- Azotate de baryte — baryte ... + acide azotique.
- Sulfate de baryte -j- azotate de potasse.
- Autres exemples :
- Arsenite de potasse. Sulfate de cuivre .
- Azotate d’argent. . Arseniate de soude. Chrômate de potasse Azotate de plomb .
- )___l sulfate de potasse-
- ] | arsenite de cuivre,
- azotate de soude . arseniate d’argent-azotate de potasse, chrômate de plomb
- sel soluble, sel insoluble, sel soluble, sel insoluble, sel soluble, sel insoluble.
- Dans tous ces cas, la cause déterminante de la double décomposition des sels solubles qu’on mélange, réside dans l’insolubilité de l’un des nouveaux sels qui se produisent.
- 2. Toutes les fois qu’on fait chauffer ensemble deux sels qui, par l’échange de leurs acides et de leurs bases, peuvent donner lieu à un sel volatil ou plus volatil que ceux qu’on emploie, il y a toujours double décomposition.
- C’est ce qui arrive, par exemple, lorsque je chauffe dans une cornue du carbonate de chaux et du sulfate d’ammoniaque. Il se volatilise, dans l’alonge en verre qui est adaptée au col de la cornue, du carbonate d’ammoniaque, qui est excessivement expansible, et il reste dans la cornue du sulfate de chaux, sel tout-à-fait fixe.
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- Ce qui prouve bien que c’est la volatilité du sel à naître qui, dans ce cas, détermine la décomposition réciproque des sels employés, c’est que, par la voie humide, l’inverse de la réaction précédente a lieu. En effet, si l’on verse du carbonate d’ammoniaque dans une dissolution de sulfate de chaux, il se produit aussitôt du carbonate de chaux qui se dépose en poudre blanche, et du sulfate d’ammoniaque qui reste en dissolution dans la liqueur.
- Les faits très divers que nous venons de constater dans cet exposé rapide des propriétés générales des métaux et de leurs principaux composés , sont d’une haute importance, non-seulement sous le point de vue théorique, mais aussi pour la pratique des arts chimiques. Sans la connaissance de ces faits, sans le souvenir des lois remarquables qu’on a su déduire de leur observation, on serait exposé à chaque instant à se tromper dans l’appréciation des phénomènes produits ou à produire, et, par conséquent, à compromettre la réussite des plus simples opérations de fabrique ou de laboratoire.
- Pour terminer l’histoire générale des métaux, disons comment on les trouve à la surface ou dans le sein de la terre, et comment on parvient à les en arracher pour les faire servir à nos besoins journaliers.
- Les métaux existent dans la nature sous quatre états diffé-rens, savoir :
- 1° A l'état natif, c’est-à-dire libres de toute combinaison et présentant leurs propriétés caractéristiques de la manière la plus évidente, telles que la couleur, l’éclat, la forme cristalline , etc. C’est sous cet état qu’ils portaient jadis le nom ridicule de métaux vierges. Il n’y a que ceux qui ont peu d’affinité pour l’oxygène qui se trouvent ainsi, tels que l’or, l’argent, le platine, le mercure, le cuivre, le bismuth, l’arsenic, autrement dit ceux des dernières sections de notre classification.
- 2° A l’état de combinaison avec les métalloïdes ou alliés entre eux, et constituant alors des sulfures, des chlorures, des io-dures et des alliages, parmi lesquels les arseniures sont les plus fréquens.
- Le soufre et l’arsenic étant les corps qui sont le plus communément unis aux métaux, les mineurs les ont désignés, depuis longues années, sous le nom de minéralisateurs. Les sulfures natifs de fer, de cuivre, d’antimoine, de plomb, de zinc, de mercure, d’argent, sont très abondans ; et ce sont eux qu’on exploite presque partout pour se procurer les métaux qu’ils contiennent.
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- On ne connaît pas encore d’hydrures, de borures, de sili-ciures, de zirconiures, de phosphures et d’azotures naturels.
- 3° A l’état d’oxydes, soit libres, soit mélangés ou combinés les uns aux autres. Tous les métaux dont l’afïînité pour l’oxygène est prononcée , sont dans ce cas , notamment ceux de la 3e, de la 4e et de la 5e sections. Les oxydes métalliques de la lre section ne se rencontrent jamais purs dans la nature, parce qu’ils ont une grande affinité pour les acides.
- 4° Enfin, à l’état de sels, c’est-à-dire unis tout-à-la-fois à l’oxygène et aux oxacides binaires; tels sont les métaux des cinq premières sections. Les sels sont les composés chimiques les plus communs dans la nature. On les trouve solides dans l’intérieur ou à la surface de la terre, dissous dans les eaux naturelles, et encore comme parties constituantes ou accessoires dans un très grand nombre de substances organisées, végétales et animales. On connaît plus de 200 espèces de sels naturels, et les genres les plus communs sont les silicates, les sulfates, les carbonates, les phosphates, les arseniates, etc.
- Pour vous faire mieux comprendre comment les métaux et leurs composés sont répandus dans la nature, il est convenable de vous donner une idée, au moins superficielle, de la constitution intime de notre globe terrestre. Pour cela, force nous est de faire une courte excursion dans le domaine de la géognosie, ou de la science qui traite de la structure de la terre.
- Les excavations naturelles, les percemens ou les sondages que l’homme a eu l’idée d’exécuter dans l’intérieur du sol, soit pour rechercher des eaux pures et abondantes , soit pour y découvrir des mines de charbon de terre , de sel ou de métaux , si nécessaires à la satisfaction de ses besoins, lui ont bientôt appris que la masse solide du globe n’est pas homogène dans toute son épaisseur, c’est-à-dire formée d’une seule sorte de matière minérale. L’aspect seul de la surface de la terre aurait même suffi pour lui démontrer ce fait, car l’individu le moins intelligent n’a pas dû voir sans étonnement et sans intérêt ces natures si diverses de pierres ou de matières terreuses qui s’ofTrent pour ainsi dire à chaque pas. Là, c’est de la craie ou de la marne qui se montre à découvert; plus loin, ce sont des sables blancs, jaunes ou rouges ; ailleurs, ce sont des tourbes ou des substances ferrugineuses, ou des grès, ou des marbres, ou des ardoises, ou des granités.
- Ces diverses masses minérales, qui forment des colciies plus ou moins épaisses , plus ou moins étendues , tantôt disposées en lits horizontaux, tantôt offrant une situation verticale ou plus ou moins inclinée , présentent presque toujours une très grande régularité dans leur superposition. Les substances qui les composent ont été désignées sous le nom de Roches.
- Souvent une hoche est formée par une seule espèce minérale , comme , par exemple, la craie, la houille, 1 e sel commun. Plus souvent encore une Roche se compose de l’agrégation de deux ou d’un plus grand nombre d’espèces minérales ; tel est, par exemple, le granité, qui offre le mé-
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- lange de trois minéraux différons, auxquels on a donné les noms de Quarlzy de Feldspath et de Mica, que l’œil distingue facilement par suite des caractères bien tranchés et bien opposés qu’ils possèdent. Il y a donc des Roches simples et des Roches composées.
- Ce sont ces masses de roches, ou ces couches qui constituent ainsi, par leur superposition, toute l’écorce solide de la terre, jusque dans les profondeurs les plus grandes où l’on ait pu parvenir. Les unes paraissent avoir été formées par voie de cristallisation ; d’autres, par l’action des feux volcaniques , et le plus grand nombre présentent tous les caractères de dépôt opérés au sein des eaux. Les naturalistes ont réuni, sous le nom de Terrains , les couches qui offrent le plus d’analogie entre elles, sous le rapport du mode de formation, de l’ancienneté , delà structure, et ils ont partagé l’écorce minérale en plusieurs parties distinctes ou terrains.
- On comprend , sous le nom de Terrains cristallins , les couches qui ont été évidemment formées par voie de cristallisation, après avoir subi la fusion ignée , et qui ont habituellement une position verticale ou fortement inclinée à l’horizon. La plupart sont antérieures à l’apparition des êtres organisés à la surface du globe , car elles ne présentent aucun débris, aucun vestige de matières organiques dans leur intérieur. Les granités avec toutes leurs modifications, les porphyres, les masses de cristal de roche ou de quartz , etc., qu’on remarque dans ces terrains, constituent les plus hautes montagnes terminées en pointes aiguës ou en crêtes dentelées ( Alpes, Cordillières, etc. ), et ils existent aussi aux plus grandes profondeurs que l’industrie humaine aitencore pu atteindre.
- On nomme Terrains de Sédiment les couches non cristallines qui paraissent avoir été formées au sein des eaux et qui sont remplies de vestiges d’animaux et de végétaux. Ces restes appartiennent à des familles de poissons, de plantes , de mollusques ,qui s’éloignent en général de celles qui sont vivantes aujourd’hui, mais qui s’en rapprochent de plus en plus , à mesure qu’on s'élève dans la succession des terrains. Les terrains de sédiment, qui forment des couches horizontales très épaisses , très étendues, très nombreuses, comprennent des roches schisteuses ou disposées en feuillets plus ou moins semblables à l’ardoise, des calcaires, des craies , des marnes, des grès, des argiles de diverses couleurs, ainsi que des masses considérables de houille , de plâtre, de lignites. Les montagnes, dues à ces couches sédimentaires, sont ordinairement arrondies , à pentes douces , ou bien sont terminées par des plateaux avec des lianes taillés en gradins ou des escarpemens formés d’assises horizontales.
- On appelle Terrains d’alluvion ou Diluviens et Post-diluviens , les couches composées de débris des roches précédentes , qui ont été entraînés par les eaux, puis déposés à différons endroits ; couches tout-à-fait analogues à ces monceaux de sable et de limon que les rivières accumulent à leur embouchure et sur leurs bords. Ces alluvions, constituées surtout par des sables et des cailloux roulés, ont couvert quelquefois des contrées entières ; elles renferment fréquemment des débris de grands animaux, éléphans, rhinocéros, etc., qui semblent différer des espèces actuellement, existantes, avec des coquilles d’eau douce, et parfois des débris d’animaux marins.
- Enfin, ou désigne sous le nom de Terrains volcaniques ou icnés, toutes les couchés qui ont été ou qui sont formées par l’action du feu. Les unes ont
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- été produites par des éruptions ignées antérieures à l’apparition de l’homme sur la terre, ou à des époques dont on a perdu le souvenir. Ce sont les terrains volcaniques éteints, les basaltes, les trachyles, qui se montrent en cônes, et en colonnades prismatiques, ou en montagnes terminées par des ouvertures circulaires, nommées cratères. — Les autres se forment encore journellement sous nos yeux, par les éruptions des volcans actuellement brCdans.
- Dans tous ces terrains, il y a des métaux natifs ou des composés binaires métalliques, mais non en égale proportion. C’est surtout dans les terrains cristallins et volcaniques qu’ils se montrent. Dans les premiers, ils sont ordinairement disposés en amas irréguliers ou en filons.
- On donne ce dernier nom à de grandes plaques en forme de coins très aplatis, presque toujours perpendiculaires ou obliques au plan des couches, dont l’étendue est bien plus grande en longueur et en hauteur qu’en épaisseur, et qui traversent un terrain ou une masse de roches quelconque.
- A l’état de filons, les métaux sont toujours accompagnés de diverses substances cristallisées, surtout de carbonate de chaux, de sulfate de baryte , de cristal de roche, de fluorure de calcium. On donne à ces substances accessoires le nom de Gangue.
- Les amas ou les liions, compris dans une étendue de terrain plus ou moins considérable, constituent ce qu’on appelle une mine. Les mines sont le plus habituellement situées dans les montagnes, notamment dans celles de moyenne hauteur qui forment chaîne.
- C’est dans les terrains volcaniques anciens qu’on rencontre la plus grande partie des minerais d’or et d’argent, de la Hongrie et du Nouveau-Monde.
- Dans les alluvions anciennes, il y a aussi quelques métaux, de l’or, du platine, des oxydes de fer et d’étain, etc. C’est dans ces alluvions qu’on exploite une bonne partie des mines d’or du Mexique, de la Nouvelle-Crenade, les mines de platine et les diamans au Brésil, au Pérou et dans lesMonts-Ourals, en Sibérie.
- L’art d’extraire les métaux de leurs mines n’est pas du domaine de la chimie, aussi, je ne dirai que quelques mots à ce sujet.
- L’exploitation des mines se fait à ciel ouvert et par travaux souterrains, suivant que la couche ou le filon métallique est près de la surface du sol, ou qu’il s’enfonce à de grandes„profondeurs.
- L’exploitation à ciel ouvert a lieu principalement pour les sables (tant ceux exploités pour eux-mêmes que ceux qui le sont pour les diamans, le platine, l’or ou l’étain oxydé qu’ils renferment), les pierres à chaux, à plâtre et à bâtir, les ardoises, les tourbes, les marbres, les oxydes de fer d’alluvion , le minerai de fer de l’ile d’Elbe, les pyrites cuivreuses de Fah-lun, en Suède, la calamine ou carbonate de zinc du Limbourg, beaucoup de mines de fer, de cuivre et d’or des Monts-Ourals, les minerais de fer des environs de Conches (Eure), etc.
- Ce genre d’exploitation est facile. Il présente, outre des travaux de ter-cassement, quelques opérations particulières à chaque substance, comme des lavages pour les sables aurifères et stannifères, et les minerais de fer.
- Quelques mines, exploitées à ciel ouvert, ont une profondeur considérable, et leur ouverture, creusée d’année en année, les fait ressembler
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- à des gouffres effroyables dont le fond n’est plus visible du haut; telles sont les célèbres mines de fer de Persberg en Suède, et plusieurs mines du Hartz.
- L'exploitation soit ter raine est plus laborieuse et plus dispendieuse. Il vous suffira de savoir que pour arriver à la initie, on perce des trous qu’on appelle puits. Ces puits, plus ou moins profonds, suivant le plus ou moinsd’inclinai-son des couches, communiquent habituellement entre eux par des conduits percés dans la direction oblique des filons. Ces conduits sont ce qu’on nomme des galeries. Dans les mines en masse, formées de substances très solides et très abondantes, telles que les pierres de taille, le plâtre, le sel gemme, on pratique de vastes excavations ou chambres dont le toit est seulement soutenu par des piliers. Ces chambres ont parfois plus de 100 mètres en long et en large, et une hauteur considérable ; leur aspect fait naître la terreur et l’admiration dans l’âme du voyageur. On cite particulièrement, sous ce rapport, les mines de Vieliczkaet de Bochnia enGallicie, celles du Che-shire en Angleterre.
- Plusieurs mines sont exploitées à plus de 600 mètres, quelques unes même à 1,000 mètres au-dessous de la surface du sol. Un grand nombre descendent au-dessous du niveau de la mer. On en connaît qui s’étendent sous ses eaux, et qui n’en sont séparées que par un toit si mince qu’on entend le bruit des vagues et le roulis des galets. Telles sont quelques mines d’étain du Cornwall en Angleterre. D’un autre côté, il y a certaines mines, placées dans l’intérieur de montagnes, qui sont exploitées à une élévation considérable au-dessus de la surface du sol. Telles sont les mines d’argent auxquelles Potosi, dans l’Amérique du Sud, doit sa célébrité; elles se trouvent dans le Cerro de Polosi, qui est percé dans toutes les directions, et dont le sommet est élevé de 4,888 mètres. Le plus haut point où celte fameuse montagne métallifère est exploitée, est à 4,850 mètres ; par conséquent les mineurs travaillent â une hauteur supérieure à celle du Mont-Blanc.
- Il n’est aucun genre de travaux qui exige un aussi grand développement de force que ceux des mines, et il est douteux que l’homme ait jamais disposé de machines aussi puissantes que celles qui sont employées dans certaines exploitations. Les eaux de plusieurs mines du Cornwall, en Angleterre, sont épuisées au moyen de machines à vapeur dont la force, vraiment prodigieuse, équivaut à l’action simultanée de 500 chevaux.
- Le transport de la houille extraite des mines des environs de Newcastle, jusqu’au point de rembarquement, s’exécute presque uniquement, tant à l’intérieur qu’à la surface, sur des chemins de fer dont le développement total est de 75 myriamètres (150 lieues de France).
- On soumet les minerais métalliques arrachés du sein delà terre à un certain nombre d’opérations, afin d’en isoler les métaux dans l’état de pureté qu’exige leur emploi dans les arts On donne le nom de Métallurgie à l’art d’extraire les métaux de leurs minerais.
- Les travaux métallurgiques se divisent en préparations mécaniques et en procédés chimiques. Les premières ont pour but de débarrasser les minerais des matières étrangères qui communiqueraient au métal des propriétés nuisibles ou qui rendraient la fusion de ces minerais difficile cl coûteuse, quelquefois même impossible.
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- Un minerai étant donné, voici la série des opérations auxquelles on le soumet généralement.
- On commence par le trier , au sortir de la mine , c’est-à-dire qu’on sépare les morceaux qui contiennent assez de métal pour être exploités d’avec ceux qui sont trop pauvres.
- On bocarde le minerai trié, c’est-à-dire qu’on le pulvérise dans un bo-cardou mortier de bois, à l’aide de pilons de même matière dont l’extrémité inférieure est garnie d’une calotte de fer.
- On lave ensuite la poudre obtenue afin de séparer les particules métalliques des matières terreuses qui y sont mêlées. Le lavage a lieu, soit suides tables, soit dans de grandes auges, au moyen de courans d’eau qui entraînent les parties les plus légères et opèrent ainsi une concentration du métal dans une moins grande quantité de sable ou de terre.
- ba première opération chimique qui succède au lavage est le grillage qui a pour but tantôt de chasser les matières volatiles que renferme le minerai, telles que l’eau, l’acide carbonique , le soufre , l’arsenic, etc.; tantôt de diminuer la cohésion du minerai, et par là de le rendre plus attaquable par lesagens métallurgiques qui doivent en isoler le métal. Le grillage s’opère à l’air libre ou dans des fournaux dont la forme varie beaucoup.
- Une fois le minerai ainsi préparé, on le soumet à la fusion, c’est-à-dire qu’après l’avoir mêlé à des proportions convenables de charbon et de fondons, on l’expose à une chaleur plus ou moins violente et continue dans des fourneaux appropriés. Le charbon, en raison de sa grande affinité pour l’oxygène, réduit l’oxyde métallique, met en liberté le métal, qui s’isole des matières terreuses et des autres oxydes que les fondons convertissent en verre. Ceux-ci viennent à la surface du bain métallique et s’y concrè-tent sous la forme de scories ou de laitiers.
- Ce charbon dont on se sert pour ces réductions est tantôt du charbon de bois, tantôt du coke. Les fondons sont ordinairement des oxydes terreux ou alcalins de peu de valeur, comme l’argile, le carbonate de chaux, et souvent aussi le sable ou acide silicique, le fluorure de calcium.
- Habituellement les métaux obtenus retiennent en combinaison une certaine proportion de charbon, mais sa quantité n’est, toutefois, jamais assez grande pour modifier sensiblement leurs propriétés et les rendre impropres aux usages auxquels on les destine.
- Tels sont, en abrégé, les procédés généraux de la métallurgie. Lorsque nous étudierons les métaux en particulier , nous indiquerons les opérations spéciales à chacun d’eux.
- D’industrie des mines n’a commencé à se développer que sous la domination des Komains Toutes les contrées qui reçurent de leur part une organisation puissante,furent appelées à concourir au luxe de métaux qui caractérisait cette époque. Pline et Strabon signalent l’Espagne et les Gaules comme les sources principales des métaux. Ainsi, la Galice et les Asturies produisaient seules jusqu’à 40,000 marcs d’or par année; l’étain était fourni par les montagnes de Casis; les mines de mercure étaient en grande activité dans le pays de Cordoue. Les Gaules, ainsi que la Galice, envoyaient en abondance le plomb et l’argent. Déjà, d’après Tacite, des mines de cuivre et d’étain avaient été ouvertes sur les côtes d’Angleterre ; on connaissait aussi quelques mines d’or en Transylvanie, mais la plus grande quan-
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- lité venait d’Asie. Le fer était fourni par la Silésie et par File d’Elbe. Enfin, l’Italie elle-même produisait abondamment le cuivre, si précieux alors qu’on ne connaissait pas encore l’usage de la fonte.
- La plupart des exploitations créées par la domination romaine périrent successivement aux époques d’invasion des barbares. Ce n’est plus que vers le vne siècle qu’on retrouve dans l’histoire quelques données sur la reprise des travaux des mines, reprise imposée par les besoins d’une civilisation nouvelle. Au vme siècle, les grandes exploitations se trouvent transportées dans leTyrol,la Moravie,laBohêmeetlalIongrie; lesminesdu Hartz furent découvertes en 963, et, dans le courant du xie siècle, celles de la Saxe furent attaquées. Le domaine de l’exploitation continua à s’agrandir parla découverte des mines d’argent en Suède, des mines de cuivre du pays de Mansfeld, en 1200 ; etcc fut en 1240 que les premières mines de houille furent exploitées à Newcastle.
- Ce développement des mines dans l’ancien continent fut profondément troublé par la découverte de l’Amérique, en 1492, et l’avilissement des métaux précieux qui en fut la suite. Toutefois, ce fut à partir du xve siècle que l’Angleterre commença à établir la prépondérance de ses mines. Les exploitations du Cornwall pour le cuivre et l’étain, celles du Derbyshire et du Cumberland pour le plomb, celles du Strafi'ordshireetdu pays de Galles pour le fer; enfin l’exploitation de la houille, ont placé cette contrée privilégiée en tête de la production. — Ce fut dans les xvie et xvne siècles qne les minés de l’Allemagne et de la Hongrie arrivèrent à leur développement, par suite des progrès remarquables qu’éprouva l’art de l’exploitation, et qu’elles purent soutenir la concurrence américaine. La France eut, dans le courant du xvme siècle, une période de grande activité. A cette époque, les gites des environs deSainte-Marie-aux-Mines,ceuxde Giromagny et de Plancher-aux-Mines, ceux de la Bretagne, de l’Oisans, les filons si nombreux de l’Auvergne et desCévennes, donnèrent lieu à des extractions importantes. Mais bientôt ces mines furent successivement abandonnées, et il ne reste plus guère en activité que celles de Villefort, de Poullaouen et de Pontgibaud.
- Le xvme et le xixe siècles ont été marqués par l’extension prodigieuse de la fabrication du fer en Angleterre, en France et en Belgique, ainsi que par l’exploitation générale des mines de houille. L’activité remarquable des mines de plomb, en Espagne, des mines de zinc de Silésie et du Lim-bourg est également un des traits les plus caractéristiques de la production de cette époque Enfin, la Russie, par ses extractions d’or, de platine et de cuivre, s’est élevée rapidement au premier rang de l’exploitation.
- Les états de l’Europe ont été classés ainsi qu’il suit, d’après l’évaluation de leurs produits en métaux bruts.
- MILLIONS.
- Angleterre ......... 440
- Russie et Pologne..........135
- France...................... 132
- Autriche................... 07
- Confédération Germanique. . . 02
- Espagne.................... 54
- Suède et Norwége
- Prusse..........
- Belgique .... Toscane. . . . . Piémont et Savoie. Danemark. . . .
- millions-
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- La production des autres parties du monde est moins bien connue. Tes exploitations des Amériques fournissent les 11/14 de l’or et de l’argent extraits annuellement; le Pérou produit la plus grande partie du platine employé dans les arts; le Chili et le Mexique une quantité de mercure très notable. La Chine fabrique abondamment le fer et le cuivre. Banca et Ma-lacca, dans les Indes , exportent une quantité d’étain évaluée au double de la production européenne.
- Les combustibles minéraux, le sel gemme, les roches de toute espèce employées dans les arts, constituent une branche d’exploitation encore plus générale et plus productive que celle des métaux proprement dits.
- Ainsi, pour ne parler que de la France, on y exploite environ 300 mines de combustibles minéraux, et 22,000 ouvriers en extraient annuellement 52,000,000 de quintaux métriques. Dans les carrières de toute nature en production régulière de matériaux appliqués à la construction, une population de 70,000 ouvriers, directement employés à l’extraction , produit annuellement une valeur de 50 millions de francs.
- La production minérale de la France peut être appréciée par les chiffres suivans de l’année 1840:
- QUINTAUX MÉTRIQUES. VALEUR.
- Houille............. 32,000,000 30,000,000 fr,
- Tourbe.............. 4,472,000 3,052,000
- Bitume.............. 25,000 456,000
- Sel Gemme........... 500,000 4,600,000
- Terres alunifères . . 120,000 1,780,000
- Carrières de toute espèce. »............ 50,000,000
- Minerais de fer . - • 40,091,000 ............ 13,500,000
- Minerais divers . . . 280,000 626,000
- 104,614,000 fr.
- Cette valeur est augmentée parles arts métallurgiques
- Pour l’industrie du fer, de. . . . 116,830,000 fr.
- Pour les autres métaux, de • • • 756,000
- C’est-à-dire portée à plus de 220 millions. Vous voyez, Messieurs, pour quel chiffre important la production minérale entre dans la richesse publique.
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- DIX-SEPTIÈME LEÇON.
- BScs Composes métalliques «le Sa lre Section.
- Sommaire. — Des potasses et des soudes du commerce. — Des cendres des végé-* taux terrestres et marins. — Extraction des sels alcalins des cendres. — Des diverses espèces de potasse et de soude. — Alcalimétrie. — Préparation de la soude artificielle. — De la soude de varechs. — De Diode qu’elle fournit. — Étude de 1’iode. — Ses belles applications h la médecine. — Préparation des lessives caustiques et des alcalis purs. — Théorie de la caustification. — Des
- HYDRATES DE POTASSE ET DE SOUDE. — Extraction du POTASSIUM ET DU SODIUM.
- — Des bicarbonates. — Du natron. — Du borax et de ses applications. — De 1’acide dorique. — Du sulfate de soude.
- Maintenant, Messieurs, que vous connaissez les propriétés générales des métaux et de leurs principaux composés, nous pouvons vous faire passer en revue ceux de ces corps qui jouent un rôle plus ou moins direct dans l’industrie, la médecine ou l’économie domestique. Mais, forcé de ne pas sortir du plan que je me suis tracé , je n’offrirai à vos méditations que ce qu’il y a de plus important et de plus curieux dans l’histoire des métaux usuels.
- Si les métaux de la première section, et entre autres le potassium, le sodium et le calcium, n’ont que des usages restreints aux besoins des laboratoires, il n’en est pas de môme de la plupart de leurs composés, oxydes, sels ou combinaisons binaires. Presque tous, en effet, sont des agens précieux pour nos fabriques, ou des remèdes puissans dont la médecine tire un immense parti. Occupons-nous d’abord des oxydes du potassium et du sodium.
- Lorsqu’on fait brûler à l’air libre les végétaux ligneux et herbacés , vous savez tous, Messieurs, qu’on obtient pour résidu une poudre grisâtre qu’on appelle cendre. Ce résidu se compose de toutes les substances minérales, fixes et indécomposables, que les végétaux avaient empruntées à la terre. Mais la nature de ces cendres varie suivant la composition des terrains où les plantes se sont développées. C’est ainsi que les plan tes marines donnent des cendres plus ou moins riches en sels de soude, tandis que les niantes qui croissent dans l’intérieur des terres fournissent des cendres qui ne renferment guère que des sels de potasse.
- En tous cas, dans ces deux espèces de cendres , on trouve des substances solubles dans l’eau, et des substances insolubles. Lorsqu’on traite ces cendres par l’eau , on dissout les premières, et on obtient ce qu’on appelle vulgairement des lessives. Le résidu,
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- communément nommé charrèe, se compose de sulfate et phosphate de chaux, de carbonates de chaux et de magnésie,. d’oxydes de fer et de manganèse, de silice et d’alumine, et d’une proportion variable de charbon échappé à l’incinération.
- Les lessives ont une saveur âcre, une causticité plus ou moins forte; elles verdissent le sirop de violettes, font effervescence avec les acides qu’elles neutralisent complètement. Elles peuvent aussi dissoudre les principes colorans, les substances grasses, et voilà pourquoi, depuis si long-tems, dans les ménages, on les fait servir au nettoiement 'du linge.
- Lorsqu’on les fait évaporer jusqu’à siccité, elles fournissent une matière alcaline d’apparence saline. C’estce résidu qu’on connaît, dans les arts, sous le nom de potasse, quand il provient des cendres de végétaux terrestres, et sous celui de soude, quand il provient des cendres de plantes marines (1). Ces matières alcalines consistent essentiellement, la première en carbonate dépotasse, la seconde en carbonate de soude, rendus impurs par une proportion variable de sels étrangers, tels que sulfate de potasse ou de soude, chlorure de potassium ou de sodium, silice et alumine, et oxydes de fer et de manganèse.
- Il y a, dans le commerce, un grand nombre d’espèces de potasses et de soudes, qu’on distingue entre elles par les noms des pays où elles sont fabriquées.
- C’est dans les pays abondans en forêts et encore peu habités, tels que l’Amérique septentrionale, la Suède, la Russie et la Pologne, qu’on préparées potasses les plus estimées, par l’incinération des grands végétaux ligneux. C’est ordinairement dans des fosses creusées au centre des forêts, sur les lieux mêmes où le bois a été abattu, qu’on opère cette incinération. Les cendres sont soumises à trois lavages successifs, et les liqueurs, ayant L)° à l’aréomètre, sont évaporées dans des chaudières de tôle jusqu’à ce qu’elles soient arrivées à la consistance de miel ; à ce point, on les transvase dans une chaudière de fonte où on les chauffe jusqu’à dessiccation parfaite. C’est alors le salin qui est coloré on brun par des matières organiques et qui retient encore une forte proportion d’eau. On retire, terme moyen, 10 kilog. de salin de 'JOOkilogr. de bonnes cendres. Pour lui donner l’aspect qu’on est habitué à voir dans le commerce aux potasses, on le calcine au
- (1) Le résidu salin qu’on obtient par l’évaporation de3 lessives des cendres des plantes terrestres est connu dans les arts sous le nom de saein ; il ne reçoit celui de potasse Une lorsqu’il a été fortement calciné au rouge dans des fours à réverbère. Le mot potasse, vient de deux mots altetnands, ÿottaUàhè, qui veulent dire cendre de pot, parce qu’autrefois la calcination du salin était opérée dans des pots de 1er. Ce n’est que depuis 1787 que le mot potasse a remplacé dans les arts le nom d ’allcaU végétal on fixe.
- Quant au mot soude, il servait d’abord et sert encore à désigner l’espèce déplanté •narine, nommée en latin soda ou salsola soda, et en français vulgaire kali. Les cendres calcinées de celte plante reçurent les noms d’alkali minéral, de salicote, (l’alun câlin, de pierre de soude, et en i 787 Guyton de Morveau proposa celui de soude qui a cté définitivement adopté.
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- rouge sombre dans un four à réverbère, en facilitant l’accès de l’air par une agitation fréquente, et en évitant la fusion. La masse blanchie et desséchée est enfermée encore chaude dans des barriques pour la préserver de l’humidité atmosphérique.
- Les plus belles potasses sont parfaitement blanches; on leur donne le nom de perlasse, d’une expression anglaise pearl ashes, qui signifie cendres perlées. Ces qualités nous viennent habituellement d’Amérique; mais, la plupart du tems, les potasses sont colorées, au moins partiellement, en bleu verdâtre, en rouge, en jaune, par un peu d’oxydes de fer et de manganèse, et chaque espèce a, pour ainsi dire, sa nuance particulière et distinctive.
- . Sous le nom de cendres grcivettes, on désigne particulièrement la potasse obtenue par la calcination des lies de vin desséchées, des marcs, des pépins de raisin, des sarmens de vigne.
- Dans ces dernières années, M. Dubrunfauta eu l’idée de tirer parti des résidus de la distillation des mélasses fermentées de betteraves pour en extraire de la potasse. 100 kilogr. de ces résidus fournissent 10 à 12kilogr. d’un salin très riche en alcali. On exploite ce procédé dans le nord de la France.
- Les parties alcalines étant les seules utiles au blanchisseur, au teinturier, au savonnier, etc., et la valeur commerciale des diverses espèces de potasse étant, toutes choses égales d’ailleurs, en raison directe de la quantité réelle d’alcali pur qu’elles renferment , on a cherché, depuis long-tems, les moyens de déterminer facilement les proportions qu’elles en contiennent, afin d’établir leur valeur relative et de pouvoir proportionner la quantité qu’on doit employer de chacune d’elles à la nature des matières sur lesquelles on veut les faire agir.
- Ce problème a été résolu par notre célèbre compatriote Vau-quelin. Ce fut lui qui, en 1801, eut recours aux acides, comme le moyen le plus précis et le plus à la portée des commerçans et des industriels, de connaître la valeur intrinsèque des potasses. Plus tard, en 1804, Descroizilles, de Rouen , guidé par les travaux de Vauquelin, imagina un instrument particulier, qui a été adopté sous le nom d’ alcalimètre, et qui peut être considéré comme l’une des plus utiles applications de la chimie aux besoins du commerce et de l’industrie.
- L''alcalimètre est fondé snr ce principe, que les diverses quantités d’alcali pur ou de carbonate que renferment les potasses du commerce sont proportionnelles aux quantités d’acide qu’elles exigent pour leur saturation. _ Cet instrument consiste en un tube de verre de 25 centimètres de hauteur sur 2 de diamètre intérieur, porté sur un pied , de manière à pouvoir se tenir verticalement ; son bord supérieur est renversé et enduit d’une légère couche de cire, afin d’éviter l’adhérence des liquides. Ce tube est gradué, à partir du haut, en 100 parties ou degrés dont chacun contient
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- un demi-gramme d’eau distillée, et représente une capacité d’un deini-millilitre. On emplit ce tube jusqu’au 0 d’une liqueur acide qui porte le nom de liqueur alcalimétrique, et qui •est composée de 9 parties d’eau distillée et de 1 partie d’acide sulfurique à 66°.
- Pour faire l’essai d’une potasse du commerce, on commence par en peser avec soin 10 grammes; on les place dans un verre avec un demi-décilitre d’eau distillée et on agite le mélange avec un tube de verre pour favoriser la dissolution; lorsqu’elle est opérée, on ajoute de nouveau dans le verre un demi-décilitre d’eau pour compléter le volume d’un décilitre, etaprès avoir bien mélangé, on laisse déposer. La liqueur étant éclaircie, on en mesure exactement un demi-décilitre qu’on verse dans un verre. C’est sur cette portion du liquide, qui contient la moitié des 10 grammes dépotasse, c’est-à-dire 5 grammes, qu’on opère la saturation au moyen de la liqueur alcalimétrique. l'our cela, on fait tomber celle-ci goutte 5 goutte dans bt solution de potasse, en ayant soin de l’agiter pendant ce tems avec nne baguette de verre pour faciliter le dégagement de l’acide carbonique. Lorsqu’on voit l’eflervescence diminuer, il faut ajouter la liqueur d’épreuve avec encore plus de précaution, agiter continuellement, et essayer de tems en tems si l’on approcho^du point de saturation. On reconnaît aisément ce point en disposant sur une soucoupe de porcelaine plusieurs gouttes de sirop de violette, puis avec l’extrémité de l’agitateur en verre, on y porte une goutte de la solution à essayer, et on mêle les gouttes ensemble. Tant que la saturation n’est pas complète, la couleur bleue du sirop de violette passe au vert; mais cette disposition s’affaiblit à mesure que l’on ajoute de l’acide, et il arrive un moment où la couleur cesse de verdir sans tourner au rouge. Afin d’être plus certain de la neutralisation, on est dans l’usage d’ajouter de la liqueur alcalimétrique jusqu’à ce que le sirop de violette tourne et reste au rouge. On emploie aussi la teinture et le papier de tournesol pour déterminer le point de saturation. On verse alors la teinture de tournesol dans la solution de potasse, de manière à la colorer en bleu; cette couleur passe d’abord au pourpre, puis au rouge; ce n’est que lorsqu’elle a atteint la couleur pelure-d'oignon qu’on peut regarder l’essai comme terminé.
- On replace alors l’alcalimètre dans sa position verticale, et l’on observe sur l’échelle graduée le niveau de la liqueur d’épreuve qui reste dans le tube. La division à laquelle il correspond indique le degré alcalimétrique de la potasse qu’on examine. Il est évident, d’après ce qui précède, que chaque degré de l’alcalimètre, qui contient un demi-gramme de liqueur d’épreuve, contient, par conséquent, un demi-décigramme ou 1/10e de son poids d’acide sulfurique à 66° ; et comme la saturation est faite sur un demi-décilitre de solution renfermant 5 grammes ou 100 demi-décigrammes de potasse, il en résulte que chaque degré de l’alcalimètre contient en acide sulfurique l/lOO1- du poids de la potasse. Lors donc que l’on trouve qu’une potasse exige, pour sa neutralisation, 60 divisions ou degrés de liqueur alca-liméttique, cela indique qu’elle salure 60/100 d’acide sulfurique à 66°. On dit alors qu’elle marque 60 degrés alcatimélriqucs.
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- Connaissant la quantité d’acide sulfurique à 66° pour la saturation exacte de la potasse du commerce qu’on essaie, il devient facile de connaître soit la quantité de potasse pure, soit celle de carbonate de potasse qu’elle contient; car, d’après la composition de l’acide sulfurique à 66°, et celle du sulfate de potasse, on trouve que chaque degré de l’alcalimètre correspond à Ogr. 048 de potasse pure, et à Ogr. 0707 de carbonate de potasse. Il suffira donc de multiplier le nombre de degrés obtenus dans l’essai par 0,048 pour avoir la quantité réelle de potasse pure contenue dans 5 grammes, ou par 0, 0707 pour avoir la proportion de carbonate de potasse pur. Ainsi :
- 60 X 0 gr. 048 =2 2 gr. 880 de potasse pure dans les 5 gr. de potasse essayée, ou 2,880 X 20 = 67 kil. G0 pour 100 kilogrammes de potasse titrée,
- Comme
- 60° X Ogr. 0707=4 gr.242 de carbonate de potasse dans les 5 gr. dépotasse essayée ou 4,242 X 20— 84 kil. 84 pour 100 kilogrammes de potasse titrée.
- Ce procédé, comme vous le voyez, nécessite un petit calcul pour faire connaître la richesse absolue en alcali ou en carbonate d’une potasse du commerce, et, sous ce rapport, il était utile de le perfectionner. C’est ce qu’a fait M. Gay-Lussac en 1828. L’innovation la plus remarquable qu’ait introduite cet illustre savant dans le procédé de Descroizilles, consiste à substituer, au poids de 5 grammes pris arbitrairement par ce dernier pour la potasse, celui de 4 gr. 807, qui représente la proportion d’alcali pur que peuvent exactement saturer 5 grammes d’acide sulfurique à 66°, quantité qui forme comme l’unité de la liqueur alcali m étriqué ; si donc la potasse soumise à l’essai était parfaitement pure, elle absorberait complètement les 100 parties de liqueur que contient l’alcalimètre, et si elle renfermait 20 pour 100 de matières étrangères, la saturation n’en exigerait que 80 parties. Le titre de la potasse, dans ce cas, fait connaître immédiatement la proportion d’alcali pur qu’elle contient. D’après cela, une potasse quelconque, essayée sous le poids de 4 gr. 807, renfermera, au quintal métrique, autant de kilogr. de potasse pure qu’elle saturera de centièmes d’acide ,-et ce nombre de kilogram. exprimera son titre pondéral.
- Il est utile de connaître la valeur alcalimétrique des diverses espèces de potasse du commerce. En voici l’indication :
- TITRE A
- i’alcaumethe.
- C0 à G3°. • couleur faible au dehors, très rouge à l'intérieur des morceaux.
- 62 à 56°. • couleur plus foncée.
- 50 à 55°. • couleur foncée grise jau-
- nâtre, rouge violette et brune noirâtre.
- 55 5 00°. A couleur blanche, quel-35 à 45°. . ) quefois légèrement 25 à 40°- ) azurée.
- 54 a 58°- . d’un blanc bleuâtre.
- lr‘ sorte.
- Potasse d'Amérique. < 2e sorte.
- 3e sorte.
- " tre sorte.
- Potasse Perlasse. . ^2' sorte- .
- *3° sorte. •
- Potasse de Russie ou de St. Pétersbourj
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- TITRE A
- l’alcammetre.
- Potasse de Pologne ou Podschinski • • 55 à GO’. couleur blanche;, quelquefois légèrement azu-
- Potasse de Riga. .... . . 30 a 50®. idem.
- Potasse de Finlande ....... 05 a 00°. idem.
- / blanche.... 50 a 55°. . d’un blanc bleuâtre très
- i pâle.
- „ , r„ 1 grise..... Potasse de toscane. < 55 à 60°. 50 à 55°. . . blanc bleuâtre prononcé, d’un bleu clair, nuance
- de l’azur pâle.
- \ violette. . . . 60 à 03°. teinte violette.
- Potasse de Dantzick. [ J)lancilC- • • / bleue. .... 45 à 52°. 45 à 52°. * »
- Potasse de Trêves ou du Rhin . . . . 45 à 52°. d’un bleu prononcé.
- Potasse des Vosges 40 à 45°. . d'un gris-bleuâtre terne.
- Cendres gravelées .... autrefois. Id. Id. . . actuellement. 70 à 75°. . 30 à 50®. j blanc mêlé de vert.
- Potasse de mélasse 50 à 00°. . »
- Potasse factice d’Amérique 50 a 55°, . . grisâtre, bleuâtre ou rou-
- geâtre à l’intérieur.
- Potasse perlasse factice 50 à 55°. . couleur blanche pure.
- En général, les potasses d’Amérique sont caustiques, les autres earbonatées. M. Pesier, pharmacien à Valenciennes, a reconnu, en 1844, que toutes les potasses, sans exception, renferment une certaine quantité de soude, qui va de 6 millièmes à 4 ou 5 centièmes. Quelques unes contiennent jusqu’à 11, 12,13 et 14 p. °/0 de soude. La présence de cette base dans les potasses s’explique facilement par l’existence dans le sol arable de sels sodiques en proportions notables.
- La fabrication de la soude est notablement différente de celle de la potasse. En Espagne, en Provence, en Languedoc, on coupe les plantes marines, notamment les salsola, les salicors, les che-nopodium, les arroches, qui croissent sur les bords des étangs salés ou sur les plages de la mer ; lorsqu’elles ont atteint leur plus grand développement, on les fait sécher à l’air comme le foin, et on les brûle dans des fosses, en plein air. On entretient la combustion pendant plusieurs jours, en ajoutant successivement de nouvelles plantes. La chaleur s’élève au point de fondre la cendre ; on laisse refroidir la masse, qui est dure, compacte, à demi-fondue, colorée en brun ou en gris par du charbon; on la casse par morceaux pour en faciliter le transport, et on l’embarille.
- Sur les côtes de Normandie, et principalement aux environs de Cherbourg, on brûle dans des fosses les fucus, goémons ou ‘varechs, plantes cartilagineuses et bizarrement conformées, qui
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- croissent en abondance dans la mer, et que celle-ci rejette sur ses bords ou découvre à marée basse. La soude qu’on en obtient est connue en France sous le nom de soude de varechs, en Angleterre et en Ecosse, sous celui de kelp.
- Pendant longues années, les soudes d’Espagne étaient importées en France, et subvenaient à la consommation de nos ateliers. Lorsque les guerres de la révolution eurent interrompu le commerce entre les deux pays, la Convention nationale fit un appel aux chimistes français, pour connaître les divers moyens d’extraire avec avantage la soude du sel marin. De tous les procédés qui furent alors indiqués à la commission chargée d’examiner les moyens proposés, celui de Leblanc (1), élève de d’Arcet père, est seul resté. Ce procédé a créé, en France, une industrie remarquable par son développement, et a affranchi nos manufactures d’un tribut annuel de 20 millions de francs. Toutefois, si Leblanc en a été l’inventeur, il n’a pas su l’exploiter industriellement, par suite de la mauvaise disposition de ses appareils, et ce n’est qü’en 1804, que, grâce à M. d’Arcet fils, la fabrication de la soude artificielle est devenue un art régulier. C’est ce chimiste qui a élevé les premières fabriques de ce genre, aux environs de Paris (à la Folie, près Nanterre, et à Saint-Denis); et, dès 1805, elles fournissaient déjà par jour jusqu’à 22,000 kilogr. de soude brute. C’est en 1806 que ce genre d’industrie fut importé à Rouen, et presqu’en môme tems à Marseille, où il prit surtout un essor immense, en raison des nombreuses savonneries établies dans cette ville.
- Le procédé amélioré de Leblanc, qui est pratique dans les grandes fabriques de produits chimiques de Marseille, de Rouen, deDieuze, etc., consiste à transformer le sel marin en sulfate de soude, puis à convertir ce dernier en carbonate par le moyen de la craie et du charbon.
- La première opération est effectuée, soit dans des cylindres en fonte que nous avons représentés en parlant de l’acide chlorhydrique (voyez page 250), soit dans des fours à réverbère.
- (I) Leblanc prit un brevet d’invention, la 26 septembre 1791, pour extraire en grand la soude du sel marin. Voici la suscription du brevet qui lui a été accordé. — « Procédé de Nicolas Leblanc, ancien, chirurgien, chimiste, pour la conversion du sel marin en soude, découvert par un travail suivi depuis l’année 1784 jusqu’en l'année 1788, et constaté sous les yeux de M. d’Arcet de l’Académie des sciences , en l’année 1789, par plusieurs expériences répétées dans le laboratoire de chimie au Collège royal, et dont le secret a, été déposé sous cachet, le 2G mars 1790, chez M*Brichard, notaire à Paris, rue Saint-André-des-Arts , pour la sûreté dés intéressés à l’établissement d’une manufacture de soude à la maison de Seine, près Saint-Denis-lès-Paris. » — Leblanc s’associa pour l’exploitation avec M. Dizé qui avait été son collaborateur dans les essais faits au laboratoire du Collège de France, et avec M. Shée, fondé de pouvoir du duc d’Orléans, père du roi Louis-Philippe, qui avaitjfait les fonds de l’entreprise. Celle société ne réussit pas et cessa ses travaux. Après de longs malheurs supportés avec courage, Leblanc termina sa vie par un suicide affreux, au moment même où le gouvernement venait de luiassurer une existence modeste, mais des plus honorables !
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- La deuxième opération, c’est-à-dire la conversion du sulfate de soude en carbonate, consiste à calciner le premier, réduit en poudre grossière, sous des meules verticales, après l’avoir mêlé avec de la craie et du poussier de charbon de bois ou de houille pulvérisés dans le rapport de 100 de sulfate, 100 de craie et 55de charbon. Ce mélange est projeté dans un four à réverbère de forme elliptique, chauflé au rouge vif. Voici une coupe verticale et une coupe horizontale de ce four, construit d’après les principes de M. d’Arcet.
- a cendrier ; b foyer; o voûte en briques réfractaires ; d sole en mômes briques ; enrnr de séparation, dit autel, entre le foyer et le four; f porte du foyer; h porte latérale au niveau de la sole; i porte au même niveau au bout opposé du foyer; //naissance des deux embranchemens de la cheminée, qui vont se réunir dans un seul corps k ; l rouleau mobile tournant sur son axe, et qui sert à faciliter les mouvemens des râbles et ratissoires avec lesquels on remue et retire la soude; m cadre en tôle posé sur une plaque de fonte, et servant à recevoir la soude coulée hors du four ; r registre de la cheminée qui sert à la clore pendant le chargement du four, afin d’éviter qu’un fort tirage n’entraîne en poussière une partie du mélange en dehors.
- Ou chauffe fortement les matières étendues sur la sole du four, en les remuant de tems en tems avec un rable, de manière à renouveler les surfaces, et à faire pénétrer la chaleur, l’eu à peu la matière s’agglutine et devient pâteuse, bientôt des bulles de plus en plus multipliées de gaz oxyde de carbone, d’hydrogène carboné,etd’hydrogène sulfurésedégagentetbrûlent au-dessus de la surface du mélange. Lorsque ces jets de flamme cessent, que la matière est bien homogène, et partout également fluide, on la relire du four et on charge celui-ci de nouveau comme la première fois. Ce travail continue jour et nuit sans interruption , de même que les fours à sulfate, jusqu’à ce que des réparations indispensables forcent d’arrêter.
- Il est facile de comprendre la réaction qui s’établit dans le four entre le sulfate de soude, la craie et le charbon. Le charbon transforme d’abord le sulfate en sulfure de sodium , en lui enlevant tout son oxygène , et en produisant alors du gaz oxyde de carbone. Lesulfure de sodium et le carbonate de chaux se décomposent réciproquement, et forment du sulfure de calcium et du carbonate de soude ; mais comme cette réaction s’opère à une température à laquelle la craie se décompose facilement, il en résulte qu’une partie de la soude reste caustique ou non carbonatée. De plus, comme il y a toujours un excès de chaux, celle-ci s’unit au sulfure de calcium et le rend complètement insoluble dans l’eau.
- Quand on veut extraire de la soude brute le carbonate de soude qu’elle con tient, on la pulvérise et on l’épuise avec de l’eau par des lavages successifs. Les lessives à 20 ou 22° sont évaporées dans un appareil formé de4chau-
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- dières. La première, c’est-à-dire la plus éloignée du foyer, sert à chauffer les lessives ; les deux suivantes sont destinées à leur concentration ; enfin, celle qui est placée au-dessus du foyer, reçoit les liqueurs très concentrées déjà, et elles y sont évaporées à sec. On achève la dessiccation du sel dans un four à réverbère. Le produit obtenu est une poudre blanche qui est connue dans le commerce sous le nom de sel de soude. On connaît plus particulièrement sous celui de cristaux de soude, le meme sel cristallisé. Celui-ci est préparé en faisant cristalliser les lessives précédentes par un teins froid. Ce carbonate cristallisé renferme 62,79 p. % d’eau de cristallisation , de sorte que lOOkilog. ne représentent véritablement que 57 kilog. 21 de carbonate sec.
- Les diverses espèces de soudes brutes, de même que le sel et les cristaux de soude , ne s’achètent jamais qu’après essai, car leur richesse en matière alcaline est très variable. Ces essais sont fondés sur les mêmes principes, et s’exécutent de la meme manière et avec les mêmes instrumens que les essais des potasses. Il y a seulement quelques précautions particulières à prendre. Ainsi, les soudes brutes renfermant les 2/5 environ de leur poids de matières insolubles, et étant moins facilement attaquées par l’eau que les potasses, il est essentiel de broyer et de pulvériser, dans un mortier de fer, l’échantillon qu’on veut essayer. Après en avoir pesé 40grain., on les broie dans un mortier en y versant de l’eau par petites portions, et l’on décante le liquide trouble à chaque fois. On continue de la sorte jusqu’à ce que toute la soude ait été enlevée par décantation. On laisse déposer le liquide, on en prend la moitié et l’on opère comme pour la potasse. Il ne faut jamais faire usage d’eau chaude, dans l’intention de dissoudre plus promptement les portions solubles de la soude, surtout lorsqu’on opère sur la soude artificielle, attendu qu’elle renferme beaucoup de sulfure de calcium qui est soluble à chaud, et qui, réagissant sur le carbonate de soude, reformerait du sulfure de sodium et du carbonate de chaux, ce qui dénaturerait les résultats de l’essai.
- Une autre source d’erreur se rencontre dans la présence de sulfure de sodium et de sulfite de soude dans les soudes du commerce. Ces composés, étant détruits et saturés par une certaine quantité d’acide sulfurique, élèveront d’autant le degré de la soude au préjudice de l’acheteur. C’est pour obvier à ces inconvéniens qui rendent alors l’essai incertain, que JV1M. Gay-Lussac et Welter ont apporté, en 1820, un perfectionnement important à cet essai. Leur méthode consiste à calciner au rouge, dans un creuset de platine, 10 grammes de la soude suspecte avec 2 ou 3 grammes de chlorate de potasse. Par l’action de la chaleur, l’oxygène du chlorate transforme le sulfure et le sulfite en sulfate qui n’a plus dès-lors d’action sur la liqueur alcalimétrique. On redissout dans l’eau le résidu de la calcination et l’on opère la saturation à la manière ordinaire.
- Pour connaître la quantité de soude pure contenue dans une soude titrée, il faut multiplier le nombre des degrés obtenus par 0 gr. 0527, et par 0 gr. 0558 pour estimer la proportion correspondante de carbonate de soude. Soient 5 gr. de soude marquant G0° à l’alcalimèlrc de Descroizilles, on dit :
- 00° X Ogr. 0327 =1 gr. 902 de soude pure clans les à gr. de soude essayée ou 1 gr. 902 X 20 = 39 kil. 2i pour 100 kilogrammes de soude titrée,
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- Comme
- 00° Xogr. 0558 = 3 gr. 348 de carbonate de soude dans les 5 gr.de soude essayée,, ou 3 gr. 348 X 20 = 6G kil. 90 pour 100 kil. de soude titrée.
- Lorsqu’on veut avoir immédiatement le titre pondéral d’une soude, d’après la méthode de Gay-Lussac, c’est-à-dire le nombre de kilogrammes d’alcali pur qu’elie renferme au quintal métrique, on opère la saturation avec 3 gr. 185 de soude, parce que c’est la quantité qui saturerait exacte-tement les 5 grammes d’acide contenus dans les 100 parties de liqueur d’épreuve de l’alcali mètre.
- Voici, dans le tableau suivant, l’indication de la valeur alca-limétrique des diverses soudes (lu commerce.
- TITRE A
- l’ Soude (TAlicante ALCALIN ETRE. 55 il G0°. d’un gris cendré.
- de Carthagène 30 5 32°. id.
- de Ténériffe. ........ 28 à 32°. . d’un gris très foncé.
- de Narbonne ou Salïcor. . . . 13 à 14°. . d’un gris cendré.
- d’Àigues-Mortes ou Blanquette. 2 à 7°. id.
- de Varech brute 4 à 5°. . noirâtre.
- de Varech raffinée 2 h 3°. . poudre d’un blanc, mat.
- Factice brute 18 à 34°. . couleur violacée.
- Sel de soude brut 40 k 70°. . d’un blanc jaunâtre ou
- Sel de soude raffiné, j caustique • 50 h 80°. . grisâtre, d’un blanc mat.
- j non caustique . 40 5 80°. • id.
- Cristaux de soude 34 à 30°. . d’un blanc transparent.
- Natron d’Égypte • janciotl ‘ ' ’ ' 17 à 18°. . d’un gris brun sale.
- j nouveau . . . 4.5 à 58°. • d’un blanc mat.
- Patron de Barbarie ........ 20 à 50°. • id-
- Les potasses et les soudes du commerce se reconnaissent à leur saveur âcre et urineuse, à leur grande solubilité dans l’eau , à leur action sur le sirop de violettes qu’elles verdissent, et sur le tournesol rouge qu’elles ramènent au bleu , à la vive effervescence qu’elles font avec les acides môme les plus faibles. On les distingue les unes des autres par les caractères suivans :
- Les potasses s’humectent promptement au contact de l’air, et retardent pas à tomber en déliquescence. Leur solution dans beau étant filtrée et concentrée, ne donne pas de cristaux ; ce o’est que par l’évaporation à siccité qu’on peut obtenir le carbonate de potasse solide ; il est alors en poudre blanche, très déliquescente.
- Les soudes, au lieu d’attirer l’humidité de l’air, sont au contraire très efflorescentes : leur dissolution concentrée donne des
- cristaux qui sont des prismes rhomboïdaux, dont a orme rap pelle à-peu-près celle d'une navette de tisserand. Les cristaux transparens et incolores deviennent bientôt opaques au conta ,
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- de l’air, et se recouvrent d’une poussière farineuse, autrement dit, ils sont très efflorescens,.
- Parmi les soudes naturelles de France, la soude de varechs a acquis une certaine importance, depuis 30 ans, non en raison de sa richesse en alcali, c’est au contraire la plus pauvre, mais comme servant à l’extraction d’un des élémens les plus singuliers. Elle est principalement formée de sel marin, de chlorure de potassium et de sulfate de potasse. A peine renferme-t-elle du carbonate de soude ; aussi l’emploie-t-on plutôt comme matière riche en sels de potasse, dans la fabrication des bouteilles communes et du salpêtre.
- En 1811, un salpê trier de Paris, nommé Courtois, ayant chauffé par hasard avec un peu d’acide sulfurique la lessive de cette soude qui refusait de donner de nouveaux cristaux, remarqua qu’il s’en dégageait des vapeurs d’une superbe couleur violette, qui, par leur refroidissement, déposaient des lames grisâtres très brillantes et comme métalliques. Il ne signala ce phénomène au monde savant que dans les derniers jours de 1813.
- Aussitôt plusieurs chimistes célèbres, et entre autres M. Gay-Lussac et sir H. Davy qui se trouvait alors à Paris, s’empressèrent d’examiner la nouvelle substance. Un mois s’était à peine écoulé depuis la communication de Courtois à l’Institut, que la science possédait une histoire complète d’un nouvel élément, grâce à l’habileté peu commune de M. Gay-Lussac. Le chimiste français, après avoir signalé les grands points de ressemblance du nouveau corps avec le chlore, lui imposa le nom d’iode, tiré d’un mot grec qui veut dire violet, pour rappeler la couleur admirable de sa vapeur, qui suffit pour le faire distinguer de toutes les substances connues.
- Les autres caractères de l’iode ne sont pas moins remarquables. Il s’offre sous la forme d’écailles ou de paillettes micacées, d’un noir bleuâtre et métallique. Il ne fond qu’à 107° et ne se réduit en gaz que vers-f-175 ou 180°. 11 a une odeur forte qui rappelle celle du chlore, et une saveur âcre et persistante. C’est un poison violent. Il tache la peau et le papier en jaune foncé, mais cette coloration n’est qu’éphémère : elle disparaît bientôt par la vaporisation de l’iode.
- II est très peu soluble dans l’eau, mais il l’est beaucoup, au contraire, dans l’esprit de vin qu’il colore en brun rougeâtre.
- Il présente, d’ailleurs, les principales propriétés du chlore, car il se comporte comme lui avec la plupart des autres corps simples ou composés, avec les matières colorantes ; et les produits qu’il donne, offrent la plus grande analogie avec les produits correspondans du chlore. Ainsi, comme ce dernier, il a peu d'af-finité pour l’oxygène ; mais il a une tendance énergique pour
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- hydrogène, aVec lequel il forme un hydracide semblable à l’acide chlorhydrique.
- S’unissant aussi très facilement avec les métaux, il produit avec quelques uns des iodures qui sont remarquables par leurs belles couleurs. C’est ainsi qu’avec le mercure il donne naissance à l’une des couleurs rouges les plus brillantes; qu’avec le plomb, il constitue l’un des plus jolis produits de nos laboratoires. Cet iodure de plomb est, en effet, sous la forme de paillettes hexagonales souvent très larges, d’un jaune d’or magnifique et très brillantes. On les obtient en mêlant des dissolutions chaudes et très étendues d’azotate de plomb et d’iodure de potassium. Par une double décomposition, il se fait de l’iodure de plomb qui ne se dépose que par le refroidissement en lamelles qui se déroulent en tous sens dans le liquide, de manière à former des ondes brillantes de l’aspect le plus agréable.
- L’iodure de mercure, qui est d’un rouge écarlate superbe, se prépare également par la double décomposition du perchlorure de mercure et de l’iodure de potassium. M. Bor, pharmacien à Amiens, a fait connaître, en 1842, des moyens de teindre et d’imprimer les étoffes de coton avec cette belle couleur, ainsi qu’avec l’iodure jaune de plomb. Les nuances sont assez solides.
- Un autre caractère distinctif de l’iode, non moins prononcé que les précédens, c’est de colorer en bleu ou en violet l’amidon ou la fécule, et par suite toutes les substances végétales qui contiennent de ce principe immédiat. Voici de l’empois, de la colle de pâte, des tranches de pommes de terre, sur lesquels je vais verser quelques gouttes de solution alcoolique d’iode : aussitôt il va se produire une couleur bleue ou violette très intense.
- On peut donc, au moyen de l’iode, rechercher avec succès la présence de la fécule dans les organes des plantes, comme on peut aussi, avec une décoction d’amidon , constater l’existence de l’iode libre dans les liquides. S’il s’y trouvait à l’état de combinaison , quelques gouttes de chlore le mettraient à nu. Cette réaction de l’iode sur l’amidon est si tranchée, si certaine, qu’un chimiste allemand s’est assuré que 1/550,000 d’iode dissous dans l’eau est rendu sensible parla couleur bleue que l’eau d’amidon y développe. Certes, voilà un réactif précieux pour les recherches analytiques 1
- Une autre propriété non moins saillante de l’iode, c’est de donner naissance, par son agitation avec 15 ou 20, parties d’ammoniaque , à une poudre d’un noir rougeâtre qui détone par le plus léger choc ou la chaleur. Le frottement d’une barbe de plume suffît pour produire cet effet, et souvent même son explosion se fait spontanément quand elle est sèche; aussi est-il impossible, pour ainsi dire, de la conserver dans des vases.
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- Cette poudre fulminante est de Viodure d’azote. Sa formation n’est pas difficile à concevoir. L’ammoniaque, mise en contact avec l’iode, se décompose en grande partie. Ses deux principes, en se combinant, chacun séparément, avec des proportions convenables du métalloïde, donnent lieu à de l’iodure d’azote qui se dépose, et à de l’acide iodhydrique qui reste dans la liqueur avec une certaine quantité d’ammoniaque qui le sature.
- Comme les élémens qui composent l’iodure d’azote sont enchaînés par une très faible affinité, la plus légère chaleur en opère la séparation. Le frottement produit cet effet par le dégagement de calorique qu’il cause. L’iode, en s’isolant de l’azote, apparaît en belles vapeurs violettes ; et, dans un lieu obscur, on aperçoit une légère lueur au moment où la détonation s’accomplit.
- C’est presque toujours à l’état d’iodure de potassium que l’iode se rencontre dans la nature. 11 existe dans les eaux de la mer, et par 'suite dans tous les fucus et autres plantes marines , dans les éponges, les polypiers, les mollusques marins. On en trouve également dans une infinité de sources salées, dans presque toutes les sources sulfureuses des Pyrénées, du Piémont et de la Sardaigne. On l’a découvert récemment dans le foie des poissons.
- La découverte de cet élément doit faire époque dans la science, cardes applications d’une haute importance pour l’humanité ont été la suite des travaux de Courtois et de M. Gay-Lussac.
- Il n’est aucun de vous, Messieurs, qui n’ait entendu parler de ces tumeurs difformes et souvent très considérables, qu’on désigne sous le nom de goitres. C’est surtout dans les pays de montagnes que cette singulière maladie se développe sous des influences encore bien peu connues des médecins. Dès le xml! siècle, on essayait de la combattre avec l’éponge calcinée, recommandée par Arnaud de Villeneuve. En 1819, M. Coindet, médecin de Genève, soupçonnant que la vertu de ce médicament dépendait de la présence de l’iode, eut l’heureuse idée d’expéri-menter avec ce corps même, et les résultats les plus merveilleux * confirmèrent ses prévisions. Les goitres les plus volumineux disparurent en très peu de tems par l’usage de la teinture d’iode. L’efficacité de l’iode contre ces tumeurs est aujourd’hui reconnue par tous les médecins, mais l’emploi de ce remède puissant exige la plus grande prudence, en raison de l’action remarquable qu’il exerce sur toutes les glandes. Il les dissout très promptement, et occasionne d’ailleurs d’autres désordres dans l’économie.
- M. Lugol, médecin de l’hôpital Saint-Louis de Paris, a obtenu, dans ces derniers tems, les succès les plus inespérés dans le traitement des maladies scrofuleuses par l’iode et ses préparations. En sorte que s’est réalisée l’espérance du docteur Coindet, qui disait, en terminant son premier Mémoire de 1820 : « Cette sub-
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- stance mérite l’attention des médecins, et je ne doute pas qu’elle ne devienne, entre des mains habiles, un des plus puissans remèdes dont la chimie moderne ait enrichi la matière médicale. » (1)
- Dans ces derniers tems, deux nouvelles applications scientifiques de l’iode ont encore accru L’importance de cet élément. M. Daguerre en a tiré un merveilleux parti, concurremment avec le mercure, pour fixer sur une plaque d’argent la représentation des corps transmise parles rayons lumineux au moyen de la chambre noire. Le Daguerréotypage consomme actuellement une très grande quantité d’iode.
- D’un autre coté, M. Dupasquier, professeur de chimie à Lyon, a fait servir la grande affinité de l’iode pour l’hydrogène et les métaux à la découverte et au dosage du soufre dans les eaux minérales sulfureuses. Si je verse de la solution alcoolique ou de la teinture d'iode dans de l’eau contenant de l’hydrogène sulfuré ou du sulfure de sodium, la teinture est subitement décolorée, comme vous le voyez, et en quantité d’autant plus grande que l’eau est plus riche en composé sulfuré. Cela provient de ce que l’iode s’empare de l’hydrogène de l’acide sulfhydrique, ou du métal du sulfure métallique, pour former de l’acide iodhydrique ou de l’iodure de sodium , soluble et incolore, tandis que le soufre se sépare et se précipite en poudre blanche, à cause de son extrême division. Si donc il est possible de saisir bien nettement le terme où la décomposition du principe sulfureux est complète, il suffira, pour déterminer exactement la proportion du soufre de l’eau minérale , de connaître la quantité d’iode employée, attendu qu’on sait que 1579 gr. 30 de cet élément déplacent toujours de ses combinaisons 201 gr. 16 de soufre.
- Or, on trouvé le moyen de mesurer celte action, dans la propriété que possède l’amidon de prendre une couleur bleue avec l’iode libre, et de ne pas se colorer avec l’acide iodhydrique et les iodures métalliques. D’après cela, si l’on met en contact la teinture d’iode avec une eau sulfureuse, à laquelle on a préalablement ajouté une petite quantité d’amidon, tant que l’iode n’aura pas entièrement décomposé le principe sulfureux, il n’en restera aucune portion libre, et la couleur bleue n’apparaîtra pas, ou bien elle disparaîtra rapidement par,l’agitation du liquide ; mais elle se montrera subitement , au contraire, et persistera, aussitôt que la dernière trace du composé sulfureux aura disparu. Ainsi, la trace la plus minime d’iode, restant 'ibre, suffira pour développer sur-le-champ celle couleur bleue, qui est l’indice certain du point où la décomposition est complète.
- Vous concevez qu’en mesurant la quantité de teinture d’iode, décolorée par l’eau minérale , il sera facile d’arriver, par un léger calcul, à la détermination de la proportion du soufre contenue dans cette eau. A l’aide d’un tube gradué, dont chaque degré représente 1 centigramme d’iode, rien n’est plus aisé que cette détermination. C’est là en quoi consiste le sulfhy-dromèlrc que M. Dupasquier a proposé, en 1840, pour doser exactement le soufre des eaux sulfureuses Cet instrument commode est une précieuse acquisition pour l’analyse chimique.
- (1) Découverte d’un nouveau remède contre legoîlre. (' Sociél é helvétique des sciences naturelles, et Annales de chimie et de physique de 1S20, t. 15, p. 49.)
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- Vous le voyez, Messieurs, la découverte de Tiode a été, pour la science chimique, un fait de la plus haute portée ; elle en a éclairé les théories, et est chaque jour le point de départ des travaux les plus intéressans, des applications les plus heureuses. Eh bien ! cependant, le père de cette magnifique découverte , Bernard Courtois, est mort à Paris, le 27 septembre 1838, pauvre et ignoré , laissant une veuve sans aucune ressource, et réduite à vivre du travail de ses mains ! Il en eût été autrement, si, lors de sa découverte, Courtois eut pris unbrevet d’invention.
- Revenons maintenant aux potasses et aux soudes dont nous avons entrepris l’étude.
- Il est peu de substances qui aient reçu autant d’emplois utiles que ces produits. Leur usage le plus ancien et le plus fréquent est de servir au blanchissage du linge, au blanchiment de presque tous les tissus, en raison de la propriété que possèdent les alcalis et les sels alcalins de dissoudre les matières organiques, grasses ou colorantes, qui salissent les étoffes. Les soudes sont la base des savons durs, et les potasses celle des savons mous. Les unes et les autres sont indispensables à la fabrication du verre, des glaces, des cristaux. Les potasses concourent à la préparation de plusieurs sels très utiles, comme le nitre, l’alun, le bleu de Prusse, l’eau de Javelle. Le sel de soude et les cristaux de soude sont utilisés journellement dans les ateliers de teinture et d’indienne , notamment pour dissoudre la matière colorante du rocou, du carthame, pour la confection de la belle couleur dite rouge des Indes. Ils servent encore à disposer les laines à recevoir les matières colorantes.
- Lorsqu’on emploie les carbonates de potasse et de soude à déterger et blanchir les tissus, ou à la fabrication des savons, on leur fait subir préliminairement une opération qui porte le nom de caustification. Elle a pour objet de mettre à nu les alcalis qui les composent, bn leur enlevant l’acide carbonique qui masque en grande partie leur action sur les matières colorantes ou sur les substances grasses. L’expérience a appris depuis long-tems, en effet, que ce n’est jamais qu’à l’état de pureté que la potasse et la soude peuvent s’unir aux corps gras pour former des savons, et agir efficacement sur les diverses matières étrangères qui altèrent la blancheur des fils du lin, du chanvre et du coton.
- Pour rendre les alcalis caustiques, c’est-à-dire pour leur enlever l’acide carbonique qui neutralise leurs propriétés, on fait bouillir les dissolutions de potasse et de soude du commerce avec une suffisante quantité de chaux vive. Celle-ci s’empare de l’acide carbonique, passe à l’état de carbonate de chaux qui se dépose en raison de son insolubilité , et laisse dans la liqueur la potasse et la soude dépouillées de l’acide qui leur était combiné. C’est à ces liqueurs qu’on donne le nom de lessives caustiques, de lessives des savonniers ; et on appelle potasse caustique , soude caustique, les alcalis purs
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- etsolides obtenus par l’évaporation des lessives. Ils sont alors doués de la causticité au plus haut degré (1).
- C’est Hlack qui, en 1750 , reconnut le véritable rôle de la chaux dans la caustification, et qui constata la nature des alcalis caustiques. Avant lui, on croyait que la chaux ne donne plus de force et d’alcalinité à la potasse et à la soude du commerce qu’en les débarrassant d’une matière mucilagi-neuse dont elles étaient enveloppées , et qu’en atténuant ou divisant leurs molécules.
- Pour vous démontrer, Messieurs, la justesse de la théorie de Black, relativement à la préparation des lessives caustiques, je vais faire agir de la chaux vive sur des dissolutions de carbonates de potasse et de soude. Après une heure d’ébullition, nous filtrerons les liqueurs pour recueillir à part le dépôt blanc qui se sera formé. Nous pourrons constater alors que, tandis que ce dépôt laissera dégager de l’acide carbonique par l’action de l’acide chlorhydrique ou sulfurique, les liqueurs très caustiques ne feront plus d’effervescence avec ces acides, comme cela avait lieu avant leur ébullition avec la chaux. L’àcide carbonique aura donc abandonné la potasse et la soude pour se porter sur la chaux, avec laquelle il aura produit ce dépôt blanc , insoluble, qui n’est alors que du carbonate de chaux.
- C’est le même effet que je vais produire en versant de l’eau de chaux claire dans une dissolution de carbonate de soude. Un précipité blanc se forme, connue vous le voyez; c’est du carbonate de chaux qui s’isole à mesure qu’il prend naissance.
- Si vous comprenez bien le rôle de la chaux vive dans la fabrication des lessives, vous vous apercevrez de l’erreur où sont beaucoup de blanchisseurs qui ne veulent point oaustilicr leurs soudes et leurs potasses, par la persuasion qu’ils ont que la chaux reste en dissolution dans les lessives et que c’est elle qui brûle les tissus. Si ces lessives, obtenues à l’aide de la chaux, brûlent les tissus, c’est uniquement parce qu’elles sont trop concentrées; et le moyen de remédier à cette action trop énergique, c’est de les étendre d’eau.
- Lorsqu’on a rendu une lessive caustique à l’aide de la chaux , on dit dans les ateliers qu’elle est devenue plus mordan te. Elle est alorsonclucu.se et comme grasse au toucher, parce qu’elle attaque et dissout promptement l’épiderme. La plupart du tems, on se borne à ce caractère pour apprécier laforce d’une lessive. On y trempe l’index et on le frotte contre le pouce. Si les doigts glissent l’un sur l’autre aussi facilement que s’ils étaient imprégnés d’huile, on dit que la lessive est très-grasse. « On voit combien le défaut de connaissances positives, ditRobiquet, entraîne dans des idées fausses. Comparer une lessive à une matière huileuse est une erreur des plus grossières, car c’est trouver de l’analogie entre les choses les plus disparates. Les alcalis, comme on sait, se combinent aux huiles et aux graisses pour les convertir en savons, en détruisant leurs propriétés premières. Si une lessive paraît onctueuse au toucher, c’est qu elle corrode la peau et la convertit aussi en une espèce de savon. »
- le ne m’étendrai pas davantage sur la théorie de la caustification Je me
- (1) Pour fortifier l’alcali, comme disaient les anciens, on employait , principalement en Egypte, la chaux brûlée. Geber, Albert-le-Granû, ont décrit la préparation de la Potasse caustique comme elle se fait encore aujourd’hui dans les savonneries.
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- bornerai, en terminant ce sujet, à émettre cette proposition : Qu'il faut que les alcalis soient dans l'état caustique, c’est-à-dire décarbonalés , pour produire tout leur effet utile dans le blanchiment ou le dégraissage, et dans la fabrication des savons.
- La potasse et la soude des chimistes diffèrent donc, d’après ce qui précède, des produits qui portent ces mèmès noms dans le commerce, puisqu’elles ne sont pas combinées à l’acide carbonique. Elles ne consistent pas, toutefois, en oxydes de potassium et de sodium purs. M. d’Arcet a démontré, dès 1808 , qu’elles sont formées de ces oxydes et d’eau en proportions constantes; que la potasse caustique est formée de
- Oxyde potassique, Eau ......
- et la soude caustique de
- Oxyde sodique. Eau . . . .
- Ce sont donc des hydrates de potasse et de soude, dont on ne peut chasser l’eau par la chaleur la plus élevée.
- Ces hydrates, quand ils sont solides et purs , sont en fragmens blancs et opaques. Ils rongent et détruisent très promptement les tissus animaux ; aussi ne peut-on en placer un petit fragment sur la langue, sans que celle-ci ne soit cautérisée profondément. C’est en raison de cette action désorganisatrice qu’on les emploie pour ouvrir les cautères. C’est surtout la potasse qui sert à cet usage ; aussi la nomme-t-on fréquemment pierre à cautère. Boerhaave rapporte, dans ses Élémens de Chimie, qu’un malheureux ouvrier étant tombé dans une chaudière de lessive caustique de potasse , ses muscles et ses nerfs furent détruits en peu de tems, et qu’il ne resta que les os. Cette histoire n’aura plus rien d’incroyable pour vous, dès que vous aurez vu avec quelle promptitude ces morceaux de chair vont disparaître, aussitôt que je les mettrai en contact avec une solution bouillante de potasse. Voyez : à peine sont-ils tombés dans la liqueur que déjà ils sont dissous.
- Dès que les hydrates de potasse et de soude ont le contact de l’air, ils en absorbent rapidement l’acide carbonique et perdent bientôt leur causticité. En même tems, l’hydrate de potasse s’humecte et tombe en déliquescence , tandis que l’hydrate de soude se dessèche et s’elïleurit. Ces caractères opposés permettent de les distinguer. Il faut donc les conserver à l’abri de l’air. On doit employer la môme précaution pour les lessives caustiques des
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- ateliers. Celles-ci ont ordinairement 36° à l’aréomètre. Veau seconde des peintres est une lessive caustique faible, marquant de 10 à 15° à l’aréomètre ( 4 à 6° alcalimétriques), qui sert à enlever les peintures à l’huile sur les murs, les bois, etc. L’eau seconde, préparée avec la soude, attaque beaucoup plus fortement les pinceaux que celle préparée avec la potasse , et, d’un autre côté, décrasse moins bien que cette dernière. Il faut donc préférer l’eau seconde à la potasse.
- C’est en faisant réagir le fer sur ces hydrates, à une très haute température, que MM. Gay-Lussac et Thénard ont obtenu les premiers, en 1808, le potassium et le sodium en assez grande quantité pour en faire une élude complète. Leur procédé a été long-tems suivi dans les laboratoires pour extraire ces métaux. Depuis quelques années, on l’a remplacé par celui que Curaudau avait indiqué en 1808, et que M. Brunner, de berne, a perfectionné. Ce procédé consiste à calcinera la chaleur du rouge blanc un mélange de carbonate de potasse ou de soude et de charbon renfermé dans une
- cornue en fer A , placée au centre d’un fourneau à vent. Sur la panse de la cornue est vissé un canon de fusil courbe il qui sert de col cl qui sort par une des parois latérales du fourneau pour s’adapter è un petit récipient en cuivre C, qui contient assez d’huile denaphtcou de pétrole pour que l’extrémité du col s’y trouve plongée.Ce récipient, qui porte latéralement un tube 1) pour la sortie des gaz, est lui-même placé dans une terrine E, où on le tient entouré d’eau froide. — Lorsque la température est aussi élevée que possible, le potassium ou le sodium est mis à nu, et ses vapeurs sont condensées dans le récipient contenant l’huile de na-phte.
- Comme l’extraction du potassium et du sodium est très difficile et peu productive, puisque 100 grammes d’alcali ne fournissent pas plus de 23 à 50 grammes de métal, ces métaux ont toujours une grande valeur. Cela est fâcheux, car ils rendraient d’immenses services en raison de l’action énergique qu’ils exercent sur tous les composés. Leur affinité pour l’oxygène est si prononcée, qu’ils décomposent presque tous les composés oxygénés, les oxydes, les acides, les sels, les matières organiques. C’est par leur moyen qu’on a pu mettre en liberté plusieurs corps simples engagés dans des combinaisons très stables, et qui avaient résisté
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- jusque-là à tous les procédés ordinaires de décomposition. Ainsi, le bore, le silicnun, le zirconium, le glurynium, l'yttrium, Y aluminium, le magnésium , n’ont été obtenus à l’état de pureté que depuis la découverte du potassium cl du sodium.
- Les hydrates de potasse et de soude sont les réactifs le plus souvent employés par les chimistes, lis ne sont pas moins utiles aux industriels, d’après tout ce que nous avons dit précédemment. On peut, avec avantage, les faire servir à la conservation du poli des ustensiles en fer, fonte et acier. Il suffit de maintenir ces ustensiles plongés dans une faible dissolution alcaline ( 1 partie de potasse pour 500 parties d’eau), ou de les recouvrir d’une couche dégommé adragante additionnée de potasse ou de soude caustique. On les préserve ainsi parfaitement de la rouille. Nous devons cette indication à M. Payen.
- Il y a deux espèces de carbonates de potasse et de soude bien différentes de celles que nous avons précédemment étudiées. Ce sont les sels que les chimistes appellent bicarbonates et sesqui-carbonates. Les premiers renferment, ainsi que l’indique leur nom, deux fois autant d’acide carbonique que les carbonates neutres ; les seconds en contiennent une fois et demie autant.
- On obtient les bicarbonates en faisant passer un courant de gaz acide carbonique dans la solution des carbonates ordinaires, jusqu’à ce qu’ils en soient aussi saturés que possible. Une fois formés, ils se déposent en cristaux, en raison de leur moins grande solubilité.
- Le bicarbonate de soude, qui existe dans un grand nombre de sources naturelles, notamment dans celles de Vichy et du Mont-Dore eu Auvergne, est employé avec succès pour le traitement de la gravelle. M. d’Àrcet l’a proposé comme un excellent digestif, et, d’après ses conseils, on le fait entrer dans la composition de pastilles , connues dans les pharmacies, sous les noms de pastilles ou tablettes digestives de dy Arcet, pastilles de Vichy. Une ou deux de ces pastilles suffisent pour rétablir parfaitement une mauvaise digestion, et lorsqu’on les prend avant le repas, elles permettent à l’estomac de recevoir des alimens qui, sans ce secours, en troubleraient les fonctions.
- On trouve en dissolution, dans les eaux de plusieurs lacs d’Egypte , de Hongrie, de l’Asie , de la Perse, du Thibet, du Véné-zuéla (Amérique méridionale), un sel alcalin auquel les anciens ont dpnné le nom de natron ou de nitrum, et qui n’est que du sesquicarbonate de soude. Quand les lacs se dessèchent pendant la saison des chaleurs, le natron se montre en efflorescences blanches, au fond de leur iit. La récolte s’en fait encore en Egypte et
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- dans l’intérieur de l’Afrique, et le sel nous arrive à Marseille, en masses d’un blanc jaunâtre, d’apparence saline, d’une saveur à-la-fois salée et alcaline. 11 est mélangé d’une assez forte proportion de sel marin.
- Ce natron était autrefois beaucoup plus employé qu'il ne l’est aujourd’hui. Les anciens , qui ne connaissaient pas d’autre carbonate de soude, l’appliquaient à la fabrication du verre et des lessives. On s’en sert encore, à Marseille, dans la fabrication du savon dur. En Egypte, on le môle au tabac en poudre, pour lui donner du montant, et lorsque l’art des embaunaemens était pratiqué dans ce pays, le natron servait à saler les cadavres , et à aider ainsi à leur conservation. Les Indiens du Vénézuéla le mâchent avec du tabac, pour exciter la salivation.
- II existe aussi dans certains lacs de la Perse, de la Chine, de l’ile de Ceylan, de la Tartarie méridionale, de la Saxe, du Pérou, mais surtout de l’Inde, proche des montagnes du Thibet, un sel de soude qui rend de nombreux services. C’est celui que les Arabes désignèrent sous le nom de baurach, d’où l’on a fait le mot borax, qui s’est conservé jusqu’à nous. On pense que c’est cette matière saline que Pline appelle chrysocolla (soudure de l’or), à cause delà propriété qu’il lui connaissait de servir à souder l’or aux autres métaux.
- Ce sel est formé de soude et d’un acide particulier que Hom-berg (1) isola le premier, en 1702, et qui, depuis, a été reconnu pour un composé d’oxygène et de bore. On l’a donc appelé acide borique, et, par suite, le borax a pris le nom de borate de soude.
- Le borax arrive de l’Inde en petits cristaux agglomérés, d’un jaune verdâtre, recouverts d’un enduit terreux et imprégnés d’une matière grasse, comme savonneuse , qui leur donne un toucher gras et onctueux. C’est le borax brut, le tinkal. En Europe, on le raffine et on l’amène à un assez grand état de pureté (2).
- Cl) Homberg, né en 1652, à Batavia, ût ses éludes àLeipsiek. D’abord militaire, puis avocat, puis médecin, il se consacra entièrement enfin à la chimie et devint bientôt |’an des chimistes les plus instruits et les plus ardens de son époque. 11 voyagea en !’rance, en Hollande, en Italie, en Allemagne, en Suède, pour se mettre en relation Wec les chimistes les plus renommés et faire un échange des nombreux secrets qu’il possédait. On lui doit une foule de procédés nouveaux et des Essais ou Elémcns de chimie dans lesquels il fit connaître tous les faits qu’il avait découverts, bien différent, en cela, de ses contemporains qui cherchaient à soustraire leurs découvertes à la connaissance du public. 11 mourut en 1715.
- (2) Plusieurs voyageurs et nat uralistes du siècle dernier ont décrit des procédés très singuliers, qui, d’après eux, auraient été suivis dans les pays où l’on recueille le borax, pour retirer ce sel des eaux salées dans lesquelles il est en dissolution. On croyait nécessaire de soumettre ces eaux, pendant un tems fort long, à une fermentation putride •avorisée par l’addition de matières animales, et parmi ces dernières on recommandait surtout l’emploi d’urine de jeunes garçons auxquels on faisait observer rigoureusement un régime particulier. Le tems a fait justice de ces absurdités.
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- Le borax raffiné est alors en cristaux volumineux, prismatiques, ayant une cassure vitreuse et une demi-transparence. Ils sont légèrement efilorescens , ont une saveur très peu alcaline et douceâtre. L’eau les dissout assez facilement, et la solution verdit le sirop de violettes.
- Il se fond, au-dessus de la chaleur rouge, en un liquide limpide qui, par le refroidissement, se fige en un verre incolore et transparent. Il jouit de la propriété de faciliter la fusion des oxydes métalliques et de les dissoudre; il se colore diversement, suivant la nature de ces oxydes, ce qui le fait employer avec avantage dans l’analyse des minéraux. Ainsi
- le colore eu violet ou en bleu , suivant sa proportion-vert bouteille ou en jaune-bleu violet très intense, vert émeraude clair, vert émeraude foncé, jaune, vert clair.
- lui donne l’apparence de l’opale-
- Par Conséquent, lorsqu’on veut savoir quel est l’oxyde qui se trouve dans un minéral, on fond celui-ci avec du verre de borax sur un charbon à l’aide du chalumeau, et on constate la couleur qu’a prise ce verre.
- C’est justement à cause de cette propriété de dissoudre les oxydes métalliques que le borax est employé dans l’orfèvrerie et la bijouterie pour souder les métaux les uns aux autres. Quand il s’agit, par exemple, de souder deux pièces de cuivre, on les découpe, on les saupoudre avec de la soudure en limaille et du borax calciné en poudre, et l’on chauffe le tout jusqu’à ce que la soudure commence à fondre. En fondant, celle-ci s’allie avec les pièces métalliques et les réunit; mais il faut pour cela qu’elle soit, ainsi que les pièces, toujours bien décapées, c’est-à-dire brillantes et non recouvertes d’oxyde , et c’est là l’effet que produit le borax, soit parce qu’il dissout l’oxyde qui pourrait se former , soit parce que, enveloppant le métal, il s’oppose à son oxydation par l’air.
- Les serruriers et les chaudronniers s’en servent, par le môme motif, pour braser ou souder la tôle et le fer.
- Dans les épreuves de docimasie (1), on l’emploie pour faciliter
- (1) On donne le nom de Docimasie , qui est la traduction d’un mot grec qui veut dire j’éprouve, à l’art qui a pour objet de déterminer la nature et la proportion des élémens qui constituent une mine ou un minerai. On parvient à de pareils résultats en faisant usage d’opérations particulières que l’on nomme essais.
- Lorsqu’on a découvert une mine dans le sein de la terre, il faut nécessairement, avant d’en entreprendre l’exploitation, non seulement connaître le métal qui y eet le pb‘s
- l'de manganèse de fer. . . . de cobalt . . de nickel - -de chrome. . d’antimoine . de cuivre . d’étain . -
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- la réduction des oxydes métalliques, et dans lès verreries, pour hâter la fusion des matières contenues dans les pots. 11 est encore utile pour la préparation du strass, de quelques verres ou émaux, et en général des couleurs employées sur le verre ou la porcelaine.
- Dans les laboratoires, il sert à obtenir Y acide borique. Pour cela, on dissout le borax dans l’eau bouillante, on filtre la solution, puis on y ajoute un léger excès d’acide chlorhydrique. Celui-ci s’empare de la soude et met en liberté l’acide borique, qui se dépose par le refroidissement en jolies écailles d’un éclat nacré. On purifie ces écailles par le lavage à l’eau pure.
- Cet acide a peu de saveur, et rougit légèrement le tournesol. Il n’est pas très soluble dans l’eau et ne montre qu’une faible affinité pour les bases. Il est plus soluble dans l’esprit de vin, auquel il communique la propriété de brûler avec une flamme d’un beau vert, ainsi que Hoefer l’a reconnu le premier, en 1777. Il est indécomposable par le feu , mais il est très fusible.
- On le trouve, 5 l’état de liberté, dans les eaux de plusieurs petits lacs ou iogonis de Toscane. Ces lagonis sont des amas boueux, répandus sur une superficie d’environ 50 milles, que des vapeurs aqueuses, sortant des crevasses du sol, soulèvent à chaque instant avec un bruit plus ou moins fort. Ces vapeurs,nommées soffioni, dans la localité, sont chargées d’acide bo-•dque, d’acide sulfhydrique, de bitume et de quelques sels. Elles se condensent en grande partie au milieu de la vase et y déposent toutes les madères qu’elles entraînent avec elles du sein de la terre.
- Autrefois, la contrée était regardée par les paysans comme l’entrée de l’enfer, et, sans nul doute, celte superstition remontait à une très haute antiquité., car la montagne qui avoisine les principaux lagonfs porte encore le nom de Monte-Cerbero, mont de Cerbère. Les paysans ne passaient jamais dans cet endroit sans terreur, disant leur chapelet, et invoquant la protection de la Vierge. C’est en 177(1 que Hoefer annonça le premier l’existence de l’acide borique dans les Maremmes, et Mascagni, dans ses commentaires, appela l’attention sur la fabrication du borax, comme un objet très important. Ce n’est toutefois que depuis 1815 que les lagonis sont exploités régulièrement, et ils fournissent actuellement, année commune, 750,000 kilogr. d’acide cristallisé. Celte exploitation est très simple, fia localité elle-même fournit les instrumens de celte fabrication.
- Les soffioni ou vapeurs surgissent avec force dans différentes parties des crevasses de la montagne. L’acide borique n’est produit que lorsqu’on
- abondant, et qui la caractérise, mais savoir encore dans quel état de combinaison il s’y trouve, quels sont les corps étrangers qui l’accompagnent et l’altèrent, et s’assurer en-fi» Que les produits de cette mine compenseront les frais que son exploitation exigera. 0r> c’est là le but essentiel des essais docimastiques ou de la docknasie. On voit que cet art n’est qu’une partie de la chimie, et que, par conséquent, pour l’exercer avec succès, i! C‘iit des études profondes de chimie minérale. C’est surtout aux travaux de Bergman» i *'l deM. Berthier que les essais docimastiques doivent la précision qui les caractérise aujourd’hui.
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- s’échappant cès vapeurs font entendre une violente explosion. On forme dans ces lieux , au moyen de maçonneries grossières, des bassins glaises ou des lacs artificiels, en y faisant arriver les sources environnantes, et au centre desquels viennent aboutir deux ou plusieurs des forts soffioni. La vapeur chaude maintient constamment l’eau à la température de l’ébullition. Lorsque cette eau a été imprégnée de vapeurs, pendant vingt-quatre heures , dans le lac le plus élevé, onia fait descendre dans un deuxième lac, pour la soumettre à une nouvelle imprégnation; de là, elle se rend dans un troisième, dans un quatrième, et ainsi de suite successivement jusqu’à ce qu’elle arrive au récipient situé à la partie la plus inférieure. Dans ce passage à travers six à huit lacs, elle s’est chargée de 1 1/2 p. % d’acide borique. Après un repos de vingt-quatre heures, on la décante dans un second réservoir, puis elle va se rendre dans une série d’évaporatoirs en plomb, peu profonds et chauffés par des soffioni qui sortent au-dessous de ces vases, disposés en gradins Dans chacun d’eux, la concentration augmente de plus en plus à mesure que l’eau descend , jusqu’à ce qu’elle arrive à 10 ou ll°de l’aréomètre. Dans cet, étalon la fait couler dans les cristallisons , qui sont des cuviers en bois, doublés de plomb. L’acide, cristallisé et débarrassé des eaux-mères , est desséchée! livré à l’exportation.
- Les établissemens formés pour l’extraction de l’acide borique sont au nombre de neuf. Ils contiennent depuis une jusqu’à cinq batteries de!4à 16 chaudières, et depuis 3 jusqu’à 53 lagonis chacun. Les produits varient de 2,770 à 5,000 kilogr. par jour. Cette exploitation a été créée par un chimiste italien, du nom de Ciaschi. Le malheureux n’a pas joui long-lems de son ouvrage, car il périt misérablement en tombant dans un de ces lacs bouillans, creusés par lui-même. Cedéplorablc événement arriva en 1816. Un an après, un Français, M. fardevelle a obtenu le privilège de l’exploitation des lagonis de Toscane, qui sont devenus pour lui une source de richesse plus précieuse peut-être que toutes les mines d’argent du Mexiqueet du l’érou, et, sans contredit, moins capricieuse. Tout en faisant une fortune colossale, notre compatriote, auquel le grand duc deToscane a conféré le litre de Comte de Pomérance, a enrichi en môme teins ces Maremmes jadis désertes et sans valeur.
- L’acide brut, tel qu’on le livre au commerce, est en petites écailles d’un blanc grisâtre. Il renferme de 18 à 25 p. % de matières terreuses et salines. On le purifie aisément à l’aide de quelques dissolutions et cristallisations successives. Mais il est presque entièrement converti en borax, tant à Livourne qu’en France, au moyen de sa saturation par le sel de soude. Le borax artificiel a remplacé presque partout le borax de l’Inde.
- Enfin, un dernier sel de soude qu’il est utile de vous faire connaître, c’est le sulfate de soude, qu’on appelle vulgairement sel de Glauber, et qui est très employé comme purgatif. 11 est fourni par plusieurs sources de Lorraine, dont les eaux en sont saturées. On les évapore, et, pendant leur refroidissement, on les agite pour troubler la cristallisation et obtenir ainsi de jolies petites aiguilles blanches et transparentes.
- On le crée de toutes pièces par la décomposition du sel marin
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- au moyen de l’acide sulfurique, lorsqu’on fait de l’acide chlorhydrique. Le résidu de cette opération était jeté, autrefois, comme inutile, et on le nommait, pour cette raison, caput mortuum, terre damnée. Glauber, en examinant ce résidu, en obtint du sulfate de soude en gros prismes transparens. Il le nomma sel admirable, à cause de la beauté de ses cristaux.
- Le sulfate de soude est un des sels les plus solubles et les plus elïlorescens. Il a une saveur amère assez désagréable.
- Il joue un grand rôle dans les arts chimiques, puisque c’est avec lui qu’on prépare la soude artificielle, ainsi que nous l’avons dit précédemment. Gehlen, chimiste suisse, en a introduit l’usage dans les verreries d’Allemagne , en place du carbonate de soude, et, depuis 1826, il a été adopté en France pour la fabrication du verre à vitres. En Allemagne, et principalement dans le Wurtemberg , on donne du sel de Glauber au bétail, deux fois par semaine, mêlé aux alimens, depuis 16 jusqu’à 48 grammes7 matin et soir, et on s’en trouve fort bien.
- DIX-HUITIÈME LEÇON.
- Suite des Composés métalliques de la 9rc section*
- Sommaire. — Du Sel marin ou sel de cuisine.—Sa manière d’être dans la nature. — Exploitation des mines de sel gemme, des sources salées et des eaux de la mer.—Composition de l’eau de la mer.—Moyen d’en obtenir de l’eau douce pour les équipages des vaisseaux. — Du Brôme. —De I’Azotate de Potasse.—De la poudre à canon. — Époque de sa découverte- — Feu grégeois. — Examen des produits de la détonation de la poudre- — Poudre de fusion. — Du Chlorate de Potasse.— Des poudres fulminantes. — Des allumettes chimiques.
- Pour terminer l’étude des composés du sodium et du potassium , nous vous parlerons de trois produits d’une haute importance en chimie et dans les arts : le chlorure sodique ou sel marin, l’azotate et le chlorate de potasse.
- Du chlorure Sodique ou chlorure de Sodium.
- Le chlorure de sodium est un des composés qui ont reçu le plus d’applications. On en fait usage, en effet, dans l’économie domestique, la médecine, les arts industriels et l’agriculture.
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- CH IMIE ÉLÉ.MENTAIIiK.
- Quoique employé comme assaisonnement dès les premiers âges du monde, ce n’est réellement que depuis le milieu du xvme siècle qu’on a commencé à en bien connaître la nature. C’-est Marg-graf, célèbre chimiste de Berlin , né en 1709 et mort en 1780, qui démontra le premier, par des expériences précises, qu’on peut retirer de ce sel de l’acide chlorhydrique et un véritable alcali, très différent de la potasse, auquel il donna le nom & Alcali fixe minéral ; c’est la soude de notre époque.
- Nommé pendant long-tems sel commun, sel de cuisine, sel marin, sel de roche, sel gemme , puis muriate et hydrochlorate de soude, il n’a été désigné sous les noms de chlorure de sodium et de chlorure sodique que postérieurement à la découverte du chlore.
- C’est certainement le corps le plus abondamment répandu dans la nature. Il s’y montre sous deux états : en couches plus ou moins considérables dans le sein de la terre, et en dissolution dans,certaines eaux, telles que celles de la mer, des lacs et des fontaines salées.
- 1! y a des mines de sel gemme dans presque toutes les contrées; mais les plus considérables sont celles de l’Allemagne méridionale, de la Hongrie, de la Pologne, de l’Afrique, du Pérou et du Chili.
- En Europe, celles de Wieliczka et de Bochnia, près de Cra-covie, sont les plus célèbres. Elles s’étendent jusqu’en Moldavie, au pied septentrional des monts Karpathes. Elles ont été découvertes , vers le milieu du xme siècle, sous le règne de Boleslas V, roi de Pologne. Casimir-le-Grand régla leur exploitation , et, depuis cette époque, ces salines ont été une source inépuisable de richesses pour ce pays. Elles ont une longueur de plus de 100 myriamètres ( 200 lieues) ; leur largeur est quelquefois de 20 my-riamètres (40 lieues), et elles sont actuellement exploitées à une profondeur de plus de 400 mètres, et à 65 mètres environ au-dessous du niveau actuel des mers. C’est une succession de vastes souterrains, une ville immense avec ses rues, ses places publiques, ses cabanes pour les mineurs et leurs familles, dont plusieurs centaines y sont nés et y finissent leurs jours. 11 y a des chapelles pour le service du culte, et plusieurs des galeries sont plus élevées et plus larges que des églises. Un grand nombre de lumières y sont toujours entretenues, et leur flamme, réfléchie de toutes parts sur les murs de sel, les font paraître tantôt clairs et étincelans comme le cristal, et tantôt brillans des plus belles couleurs, ce qui présente un admirable coup-d’œil (1).
- (1) Ori lira avec intérêt la relation d’une Excursion faite dans ces mines célèbres, en 1833, insérée dans la Revue britannique, i. 12,3rsérie, 1831, p. ICO.
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- La quantité de sel que l’on a tiré de ces mines, depuis leur découverte, s’élève, d’après les archives, à plus de 600 millions de quintaux. La première couche de sel pur est à 300 mètres environ au-dessous de la surface du sol.
- L'exploitation des mines de sel gemme se fait comme celle des carrières de chaux; on détache des masses plus ou moins considérables , qu’on verse immédiatement dans le commerce. Quand le sel est impur, on le dissout et on le met à cristalliser. Souvent on fait séjourner de l’eau dans les galeries des mines, et quand elle est saturée de sel, on la soutire à l’aide de pompes, et on la fait évaporer pour en obtenir le produit solide. C’est ce qui se pratique dans les mines de sel du district de Salzbourg , dans la Haute-Autriche, et dans celles de la Bavière etdu Wurtemberg.
- Le plus habituellement, le sel gemme est coloré en jaune, en brun et en rouge, et quelquefois en violet, en bleu ou en vert, soit par des argiles, soit par des oxydes de fer ou de manganèse, soit enfin par des matières d’origine organique, restes d’infusoires ou d’animalcules microscopiques. 11 renferme presque toujours un peu de chlorure de potassium (1).
- Les lacs salés sont extrêmement nombreux, et on les rencontre principalement dans les grandes plaines de nos continens. Ils sont communs dans la Russie d’Asie, la Sibérie, la Hongrie, l’Afrique. Le sol même des contrées oh existent ces lacs est tout imprégné de sel, et l’on en cite des masses solides, qui se montrent çà et là à lieur de terre, dans les parties où la sécheresse habituelle du climat permet leur conservation. Les eaux des lacs salés ont une couleur rougeâtre, et dégagent une odeur bitumineuse. Elles renferment depuis 1 jusqu’à 24 p. % de leur poids en sel marin.
- Il y a des sources salées dans presque tous les pays. Le sel marin y est toujours associé à d’autres sels , et principalement aux sulfates de chaux et de magnésie. Elles viennent manifestement de terrains salés qu’elles ont lavés sur leur passage, et telle est la circulation des eaux dans l’intérieur du globe, que les plus salées peuvent souvent être les plus éloignées du lieu ou elles dissolventle sel gemme. Ces sources sont très répanduesdans toute l’Allemagne, et en France on connaît celles de Dieuze, de Moyerivic et de Château-Salins (Meurthe), de Saulnot (Haute-Saône), d’Arc (Doubs), de Salins, de Montmorot (Jura), et
- (1) La France possède beaucoup de sources salées; mais, jusqu’à présent, on ne connaît sur son territoire que les mines de Vie et de Dieuze, dans le département de la Meurthe, quelques dépôts dans la Haute-Saône, et un amas de 10 mètres de puissance dans les environs d’Orthez.
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- beaucoup d’autres que je néglige de citer, parce qu’elles ne sont pas exploitées.
- Quand ces sources sont assez riches en sel marin, on les l'ait immédiatement évaporer dans de grandes chaudières en fer, carrées, peu profondes et très larges. Lorsqu’elles ne renferment que quelques centièmes de sel, on les soumet d’abord à une évaporation spontanée, en les faisant tomber sur des masses de fagots d’épines, très hautes et placées sous des hangars ouverts.
- a a toit du hangar; b b b b fagots d’épines sur lesquels l’eau salée s’écoule; c rigole qui amène l’eau salée et la déverse continuellement sur les fagots.
- Les eaux se divisent à l’infini, traversent les fagots en présentant une grande surface à l’évaporation, et se réunissent plus concentrées dans des réservoirs inférieurs, d’où on les dirige une seconde, une troisième fois sur les fagots, jusqu’à ce qu’elles marquent environ 25° au pèse-sels de Baumé. On termine alors leur concentration dans des chaudières en fer, ou bien, comme cela se pratique à Moutiers, dans la Tarentaise, en les faisant couler le long de cordes tendues verticalement sous des hangars. Le sel cristallise sur ces cordes, qui offrent une immense surface évaporante. Lorsqu’elles sont recouvertes d’une croûte de sel un peu épaisse, on les en dépouille pour recommencer de nouveau.
- Les hangars dont nous venons de parler s’appellent des bâti-mens de graduation.
- Les eaux de la mer diffèrent essentiellement des autres espèces d’eaux naturelles par leurs caractères physiques, qui sont dus à leur constitution chimique toute particulière. Elles ont une saveur salée, un peu amère et nauséabonde, et sur les côtes une odeur désagréable ; elles possèdent, en outre, une certaine viscosité; elles tiennent en dissolution des sels dont la quantité varie depuis 3 jusqu’à 4 p. <> „du poids de l’eau, et dont le chlorure de sodium fait la plus grande partie, quoiqu’il ne s’élève jamais à plus de 3 p. °/0.
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- Voici la composition des eaux de la mer :
- MATIERES EN DISSOLUTION MÉDITER- MER MER MER
- DANS 1000 GRAMMES RANÉE. MANCHE. IVOIRE. d’azow. CASPIENNE.
- D EAU.
- Chlorure de sodium . . 27,22 27,05948 14,0195 9,6583 3,6731
- de potassium. » 0,76552 0,1892 0,1279 0,0761
- de magnésium G, 14 3,66658 1,3085 0,8870 0,6324
- Sulfate de magnésie . . 7,02 2,29578 1,4700 0,7642 1,2389
- de chaux . . 0,15 1,40662 0,1047 0,2879 0,4903
- Bicarbonate de chaux . 0,01 0,03301 0,3586 0,0221 0,1705
- de magnésie 0,19 U 0,2086 0,1286 0,0129
- Potasse 0,01 1» )> )) )»
- Matières organiques, io-
- dure de potassium. . traces traces traces traces traces
- Acide carbonique . . . 0,20 T, » u »
- Bromure de magnésium. traces 0,02929 0,0052 0,0035 traces
- Acide silicique .... traces traces traces traces traces
- Matières solides . . . 40,94 35,25628 17,6643 11,8795 6,2942
- Eau 959.0G 964,74372 982,3357 988,1205 993,7058
- La densité et la salure des eaux du grand Océan varient peu; et les expériences deMM.Gay-Lussac etDespretz ne justifient nullement l’opinion admise jusqu’ici, que la mer est plus salée sous l’equateur que sous les pôles. M. Darondeau vient de constater fiue la densité et le degré de salure sont plus considérables au fond fiu’à la surface.
- L’eau de mer est impropre à la boisson et aux autres usages de la vie; elle ne peut, en effet, ni cuire les légumes et les viandes, ni dissoudre le savon qu’elle décompose. Aussi, embarque-t-on toujours de l’eau fraîche à bord des bàtimens. On a cherché les moyens de rendre l’eau de mer potable. La distillation fut le premier procédé auquel on eut recours, et, après bien des essais, c’est à lui qu’on a définitivement donné la préférence (1).
- Le capitaine Freycinet, dans son voyage autour du monde, à fiord de Y Uranie, s’est procuré de bonne eau pour le service de son équipage, en distillant l’eau de mer dans un appareil construit par ses ordres, sous les yeux du chimiste Clément, et qui donnait par jour 1000 litres d’eau distillée, au prix de 1 centime te litre. Cet officier trouva qu’en abandonnant l’eau distillée pendant 15 à 20 jours au contact de l’air, elle perd peu-à-peu sa saveur désagréable, et devient semblable à l’eau de rivière.
- Rochon en 1813, de ILeraudren en 1816, le capitaine danois de Lonnig en 1825, Wells etDaviesen 1836, ont perfectionné succes-
- (1) C’est Jean-Baptiste Porta, né à Naples en 1537 et mort en 1015, qui employa le premier la distillation pour rendre l’eau de mer potable. Avec 3 litres d’eau de mer , 11 parvint à faire 2 litres d’eau douce.
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- sivement les appareils distillatoires pour la marine, en sorte qti’aujourd’hui les navigateurs sont à l’abri de tous les inconvé-niens qu’entraînait autrefois le manque d’eau douce à bord des bàtimens. L’appareil de Wells etDavies est supérieur à tous les autres par la simplicité de sa construction, le peu de place qu’il occupe, l’économie du combustible, la quantité et la pureté de l’eau qu’il fournit.il a environ 97 centimètres en tous sens, et peut suffire à la cuisson des vivres nécessaires à un équipage de 50 ou 60 hommes ; il consomme environ 3 ldlog. de charbon par heure, en produisant 20 à 25 litres d’eau distillée. Des expériences faites en 1836, dans le port de Boulogne, à hord du sloop anglais Y Alliance, ont démontré les avantages de cet appareil. Maintenant un très grand nombre de navires en sont pourvus, ce qui leur a permis d’utiliser au moins les 4/5e de la place occupée jadis par l’eau douce embarquée dans des caisses de tôle.
- Disons maintenant comment on retire le sel marin des eaux de la mer. Dans l’ouest et le midi de la France, on profite de la chaleur du climat pour isoler le sel par évaporation spontanée à l’air libre On se sert, pour cela, de vastes bassins ou réservoirs creusés sur les bords de la mer, et tapissés d’argile, dans lesquels on fait circuler les eaux. Ces bassins, nommés marais salans, offrent une immense surface; aussi, l’eau qui les parcourt éprouve une évaporation très rapide , et ne tarde pas à s’y soliner, c’est-à-dire à donner du sel cristallisé. Celui-ci cristallise à la surface de l’eau et forme une croûte que l’on brise-, lorsqu’il s’est formé une couche de sel assez épaisse, on la ramasse avec un rateau ou rable , et on la met sur le bord des bassins. Dans certains marais, au lieu de briser la croûte de sel, on l’écrème avec un rateau à long manche ; on obtient ainsi du sel beaucoup plus blanc.
- Le travail des marais salans commence en mars et finit en septembre. D’abord on ne relire le sel que tous les 8 jours; mais, dans la bonne saison, on saline deux ou trois fois par semaine, quelquefois même tous les jours. Le sel est réuni en tas coniques, nommés pilais, ou en tas pyramidaux appelés vaches. On les recouvre de paille ou d’herbage qui les garantissent de la pluie. Le sel, conservé ainsi pendant plusieurs mois, s’égoutte, se dépouille des corps déliquescens, tels que les chlorures de magnésium et de calcium, et se dessèche. On le livre ensuite au commerce. C’est le sel gris, dont la couleur est due à un peu d’argile provenant des parois des bassins.
- Le sel est produit à si bon marché dans les marais salans, que 100 kilog-ne coulent que 25 à 50 centimes. Malheureusement un impôt très lourd, 30 fr par 100 kilog., pèse sur cette matière eten paralyse les divers emplois, surtout en agriculture. Notre production totale, en France, est de 4 millions de quintaux métriques, sur lesquels 3,580,000 sont fournis par les marais salans-, le reste provient des sources salées et des dépôts de sel gemme. Nos marais salans sont situés sur les bords de l’Océan, dans les départemens de la Charente-Inférieure et de la Loire-Inférieure, et sur les
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- côtes de la Méditerranée, dans les départemens de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône. Les plus beaux sont à IMarennes et au Croisic.
- (tans PAvranchin, en Basse-Normandie , on suit un procédé tout différent. On récolte le sable salé des bords de la mer, au moyen d’un long rabot ferré conduit par un cheval ; on le lessive dans des caisses avec de l’eau de mer, ce qui donne une liqueur très concentrée, qu’on évapore ensuite à siccilé dans de petits bassins en plomb chauffés avec dubois. La masse saline est mise dans des paniers qu’on tient suspendus au-dessus des bassins, pendant toute la durée d’une concentration suivante. Humecté ainsi par la vapeur aqueuse, le sel abandonne la presque totalité de ses sels déliques-cens.On le renferme en magasin pendant plusieurs mois avant de le livrer à la consommation ; il perd encore de 20 à 28 p. %. 11 est alors très blanc, très divisé et comme neigeux. On le connaît sous le nom de sel igni-fère.—Cette exploitation avait lieu dès 1600 par les mêmes procédés, et dans le pays la tradition en faisait même remonter l’introduction au ixc siècle. Autrefois, la majeure partie de la Basse-Normandie était approvisionnée par les salines de PAvranchin, mais aujourd’hui elles sont peu productives et presqu’abandonnées (4).
- Les eaux-mères qui ont donné le sel dans les marais salans, et qui renferment en abondance du sulfate de magnésie, ont été jusqu’à présent sans emploi. M. Balard vient de reconnaître qu’il est possible d’en extraire avantageusement du sulfate de soude, bien que ce sel n’y préexiste pas. L’influence du froid donne lieu, en effet, à une réaction très curieuse entre le chlorure de sodium et le sulfate de magnésie, ainsi que Grenn l’a constaté il yadéjàlongtems. A quelques degrés au-dessous de 0° ces deux sels se décomposent mutuellement et se transforment en chlorure de magnésium déliquescent et en sulfate de soude qui cristallise. M. Balard a vu que si l’on ajoute à ces eaux-mères un excès de sel marin, et qu’on les abandonné en couches minces au froid des nuits de l’hiver, elles laissent déposer, à 0°, du sulfate de soude très pur en grande quantité. Bans une saline dont la surface d’évaporation est de 200 hectares, M. Balard a récolté annuellement 600,000 kilogr. de sulfate de soude ; la théorie indique qu’on peut en obtenir 2,300,000 kilogr. Comme ce sel vaut à peu près quinze fois plus que le sel marin, vous comprenez, Messieurs, tout l’intérêt qui
- (1) Chez les anciens, l’extraction du sel avait lieu par des moyens semblables aux nôtres. Dans l’ile de Crète et sur quelques points du littoral de l’italieet de l’Afrique, il y avait de véritables marais salans ; Pline en fait mention (Hist. Natur., xxxi, 7). Dans les Gaules, dans la Germanie, danslaCappadoce, ainsi que dans beaucoup d’aulrcs pays de l’empire romain, on exploitait, comme on le fait encore, des fontaines salées. Enfin on extrayait le sel gemme en Cappadoce, à Agrigenle, à Tragasée, à Oromènc.
- Les marais salans étaient autrefois bien plus nombreux qu’aujourd’hui. 11 y en avait dans notre département. A l’entrée de la Seine, il existait des salines, au xic et xnc siècles, sur tout le plateau renfermé entre le cap delà Hèveet la falaise d’Orcher, et notamment à l’Heure, à Gravide, à Harfleur, et même à Montivilliers. Il y a eu des salines jusqu’au xvnc siècle dans les marais du Havre-de-Grace, là où sont aujourd’hui les fossés et les fortifications. Mais l’exploitation la plus importante dans notre département, a été celle de Bouteilles, aux bords de Dieppe, il est mention des salines de cette localité dès le vu® siècle, dans une charte de Childér-ic, donnée à Saint-Lantberg, en G72. C’est aux xie et xne siècles qu’elles acquirent une grande importance. Il est constant que jusqu’au xive siècle, la mer allait jusqu’à Bouteilles, puisque des nefs y remontaient charger le sel. (L’abbé Cochet, Anciennes industries du département de la Seine-Inférieure. — 1843.)
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- s’attache à cette opération, qui peut remplacer lesel mal in par une proportion correspondante de sel deGlauber.
- Dans les eaux, rpii ont abandonné le sulfate de soude, se concentre toute la potasse que renferme l’eau de mer. L’évaporation de ces eaux aux rayons solaires, laisse cristalliser du sulfate de potasse, mêlé de sulfatede magnésie qu’il est facile de séparer. M. Balard a retiré de sa saline de 200 hectares ,90,000 kilogr. de sulfatede potasse pur. Ce sulfate est très précieux puisqu’il peut servir à fabriquer du carbonate de potasse par le même procédé qui donne la soude artificielle.
- Ainsi, comme vous le voyez, voilà dans les eaux de la mer une source inépuisable de sulfates de soude et de potasse, sels que l’industrie réclame. Les essais de M. Balard seront bientôt convertis en une exploitation régulière qui, d’ici à quelques années, communiquera une nouvelle vie aux marais salans de l’Ouest et de la Méditerranée.
- Le sel gris du commerce, outre les matières terreuses qui le colorent, renferme toujours des sels étrangers, des sulfates de chaux et de magnésie, et du chlorure de magnésium. Les sels de magnésie lui communiquent une saveur légèrement amère, et le chlorure de magnésium lui donne la propriété de s’humecter au contact de l’air.
- Le sel blanc du commerce est le sel gris qu’on a fait dissoudre à chaud, et dont la solution filtrée et concentrée dans des bassins étamés dépose un sel qu’on ramasse avec des écumoires, et qu’on fait ensuite égoutter et sécher. Cette purification n’enlève nécessairement au sel gris que les matières insolubles qui le coloraient. Les sels étrangers sont en trop petite quantité pour nuire dans les applications diverses qu’on a su faire du chlorure de sodium.
- ' Depuis quelques années, on falsifie fréquemment le sel brut, soit en le mouillant pour en augmenter le poids, soit en y mêlant du sablon, de l’albâtre, du plâtre cru , qui ont le triple effet d’accroître son poids, de lui donner un aspect plus blanc, et de le faire paraître moins humide. Le mouillage du sel s’apprécie par la dessiccation à une température de -+- 100°. On doit regarder comme ajoutée toute quantité d’eau qui dépasse 9 p.°/0. On reconnaît par la solution et la filtration la présence des matières insolubles. Les sels blancs doivent se dissoudre sans résidu ; les sels gris non falsifiés ne fournissent pas plus de 1 à 3 p. % de substances insolubles.
- Il règne dans le monde un préjugé asssez bizarre relativement au sel blanc. On est persuadé qu’il sale moins que le sel gris. Cette erreur, qu’il importe de détruire, vient sans doute de ce que le dernier, en raison des sels de magnésie qu’il contient, a une saveur amère qui se fait plus fortement sentir dans les dissolutions que la saveur salée. En faisant abstraction de cette saveur
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- étrangère, le sel blanc, pris sous le môme poids et dans le môme état de sécheresse, donne aux mets une saveur franche et salét plus prononcée que le sel gris, puisque celui-ci renferme des matières terreuses qui occupent la place d’une quantité semblable de sel pur.
- Il en est de môme de la cassonade comparée au sucre raffiné,. Vous entendez dire partout que la première sucre plus que le second, comme si les matières étrangères qu’elle contient ne devaient pas produire un effet tout contraire» Le simple bon sens fait concevoir qu’une substance, dans son état de pureté, doit présenter à un plus haut degré les propriétés qui la caractérisent, que lorsqu’elle est étendue et altérée par des matières inertes»
- Le chlorure de sodium, amené à son état de pureté, a une saveur salée, un peu piquante, mais franche et sans arrière-goût désagréable ; aussi est-il recherché par l’homme pour relever la saveur de ses môts, et par les animaux qui s’en montrent très friands. Il est inodore.
- Il cristallise en cubes incolores, translucides, qui ne renferment que de l’eau d’interposition ; aussi décrépitent-ils quand on les projette sur des charbons ardens. Dans les grandes chaudières de concentration des salines, le sel cristallise souvent à la surface du liquide, sous la forme d’un entonnoir carré ou d’une trémie. C’est une pyramide creuse formée par la juxta-position de cubes le long de sesbords.
- L’eau froide en dissout presque autant que l’eau chaude, de 35 à 40 p. %. Sa solution saturée ne bout qu’à -f- 109°, et ne se congèle que bien au-dessous de 0, ainsi que Boyle l’a reconnu le premier. Cette circonstance, due à la grande affinité du sel pour l’eau, explique pourquoi l’eau de la mer conserve sa liquidité, tendis que l’eau des rivières se congèle.
- Il éprouve la fusion ignée à la chaleur rouge, et se volatilise en fumées blanches dans un courant d’air. Ces propriétés ont été °nses à profit pour vernir certaines poteries et quelques faïences. Vers la fin de la cuisson de ces poteries, on jette dans le four du sel marin, qui se volatilise aussitôt et vient s’attacher, en poudre fine, aux parois des différens vases. Là, il se décompose sous l’influence de l’argile; l’eau en vapeur, répandue dans le four, en se portant sur le sel, le transforme en acide chlorhydrique fiui se dégage, et en soude qui produit, avec la silice et l’alumine fies poteries, un enduit vitreux, mince et très adhérent. C’est vers 1690 que ce procédé de vernissage fut imaginé par les frères Ellers.
- Je n’indiquerai pas les diverses circonstances dans lesquelles
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- le sel marin est employé. Ses applications sont si nombreuses, qu’il faudrait consacrer un volume à leur exposition. Je préfère vous faire connaître un des corps qui accompagnent cette substance dans l’eau de mer, et dont la découverte, encore assez récente, a eu un grand retentissement dans le monde savant. Je veux parler du Brome.
- Cet élément, qu’on n’a trouvé jusqu’ici que dans les eaux delà mer, dans les végétaux et animaux qui y vivent, et dans plusieurs eaux miné-ralesdes Pyrénées orientales et de l’Allemagne, uni au magnésium, et parfois au potassium, n’est connu que depuis 1820. M. Balard , chimiste de Montpellier, en fil la découverte en examinant les eaux-mères des marais salans.
- Le nom de ce métalloïde, dérivé d’un mot grec (bromos), qui veut dire mauvaise odeur, rappelle une de scs principales propriétés physiques : il a, en effet, une odeur infecte. Il est sous la forme d’un liquide rouge-hyacinthe foncé, qui répand à l’air des vapeurs rougeâtres très irritantes et irrespirables.
- Son action sur les êtres vivans est très-énergique. Aux doses les plus faibles, il détermine des accidens nombreux, tels que toux, éternuement, difficulté de respirer, puis la mort dans un court espace de tems. Une goutte déposée dans le bec d’un oiseau le fait tomber sans vie. Appliqué sur la peau, il l’enflamme et l’ulcère profondément en la colorant fortement en jaune. En résumé, c’est un des poisons irritans les plus violens.
- On ne peut le solidifier qu’à—20°; mais déjà 45°, il se réduit complètement en gaz.
- Il se dissout dans l’eau, et mieux encore dans l’esprit-de-vin et l’éther, qu’il colore en jaune rougeâtre.
- Il décolore la teinture de tournesol et tous les autres liquides colorés.
- 11 a, d’ailleurs, toutes les propriétés du chlore et de l’iode, et sa place, dans la classification méthodique, est marquée entre ces deux métalloïdes. Cette communauté de propriétés entre ces trois substances avait meme fait penser, dès les premiers instans de la découverte du brome, que ce corps pouvait bien n’èlre qu’un chlorure d’iode. Mais cette idée a été dissipée par toutes les expériences auxquelles on a soumis le brome, qui s’est toujours comporté comme un principe élémentaire.
- Le potassium dégage tant de chaleur et de lumière en s’unissant au brome, qu’il en résulte une détonation assez violente pour briser les vases de verre dans lesquels on opère, et projeter au loin le résultat de la combinaison.
- Jusqu’à présent, ce corps simple n’a reçu que de rares applications. Les bromures de potassium et de sodium sont employés quelquefois dans le traitement des maladies scrofuleuses. Uni à l’iode, il rend de grands services pour le daguerréotypage, et c’est par son intervention qu’on est parvenu à fixer les images sur les plaques photographiques en moins d’une seconde.
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- De l’Azotate de Potasse.
- Connu dans l’Orient dès l’antiquité la plus reculée, nommé ni-tron ou nitrum par les Grecs et les Romains, d’où est venu le mot français nitre, Pazotate de potasse prit, dans le vme siècle, la désignation de sel depierreou salpêtre, et acquit, quelques siècles plus tard, une haute importance par l’emploi devenu général de la poudre à canon. Sa nature a été long-tems ignorée. Boyle , au xviie siècle, démohtrasynthétiquementqu’il est composé de potasse et d’eau-forte ; mais il faut arriver à l’époque de Lavoisier pour trouver des renseignemens exacts sur sa véritable composition. Dans le langage vulgaire, il est presque toujours appelé nitre, sel de nitre et salpêtre. Son nom scientifique était naguère nitrate de potasse.
- On le rencontre dans beaucoup de localités différentes, comme à la surface des plaines ou des roches calcaires, sous la forme d’efflorescences blanches, d’une saveur piquante et un peu amère (1). Il se forme à chaque instant dans les lieux exposés aux émanations des animaux, et où existent en môme tems des bases salifiables, comme la chaux, la soude, la potasse, l’ammoniaque ou la magnésie. Ainsi, on le trouve dans tous les lieux habités, bas, sombres et humides, dans les écuries, les étables, les caves, sur les murs des habitations, mais seulement jusqu’à la hauteur où ces murs peuvent être encore humides, car l’humidité est une des conditions de sa formation. On n’en trouve pas, en effet, dans les maisons , au-dessus du premier étage (2). Le sol des celliers, des caves, des bergeries, en contient beaucoup. Il y a des azotates dans tous les endroits cultivés; ce sont les engrais qui les produisent, et toutes les plantes qui croissent près des murailles, comme la pariétaire, la mercuriale , la bourrache, la buglosse, la ciguë, le grand-soleil, en renferment abondamment.
- L’azotate de potasse est presque constamment accompagné , dans ces diverses circonstances naturelles, d’azotates d’ammoniaque , de chaux et de magnésie. Ces sels se reproduisent jour-
- (1) Au milieu des déserts de l’Afrique, le major Gardon Laing observa, en 1825, un Phénomène qui se remarque sur tous ces immenses espaces dépouillés de végétation. A l’époque du plus grand froid de la journée, c’est-à-dire au lever du soleil, la terre se couvre d’une couche de nitre.
- (2) Le nitre qui se forme à la surface des murs, et qui se montre en petites efflorcs -cences blanches et brillantes, d’une saveur piquante et fraîche, est une cause sans cesse agissante de destruction. 11 ronge, carie et détruit les plus fortes assises, les constructions les plus épaisses et les plus solides, et rien ne peut arrêter les progrès de cette altération; aussi faut-il en extraire le3 pierres attaquées et les remplacer. Le peuple attribue cette détérioration des murs à l'influence des rayons de la lune; c’est un préjugé de tous les pays, qui n’a pris naissance que par suite de cette disposition générale des personnes peu instruites à tout expliquer par des causes apparentes ou surnaturelles.
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- nellement par la formation d’acide azotique, sous l’influence des bases alcalines qui existent dans les matériaux de construction. Suivant les uns, ce sont les deux élémens de l’air, qui, sous cette influence puissante, secondée par l’humidité, se réunissent dans les proportions nécessaires à la création de l’acide. Suivant d’autres, les matières animales dont les matériaux calcaires sont toujours imprégnés fournissent, par leur décomposition spontanée , de l’ammoniaque qui ne tarde pas à être brûlée par l’oxygène de l’air, d’où résultent de l’eau etde l’acide azotique dont les bases alcalines s’emparent. Mais l’intervention des matières animales n’est pas indispensable pour que les phénomènes de la nitrification s’accomplissent, puisque dans les cavernes naturelles, à la surface desplainessableuses, au milieu des déserts, où l’on ne voit aucun vestige de ces matières, le salpêtre prend aussi bien naissance que dans l’intérieur de nos habitations. Dans les pays chauds, la fréquence des orages, le nombre et la violence des détonations électriques peuvent seules donner l’explication du phénomène de la nitrification des terres, puisque l’on sait que la foudre, en traversant l’air,'détermine la formation d’une grande quantité d’acide azotique. Celui-ci, rencontrant l’ammoniaque de l’air, produit de l’azotate que les pluies amènent sur le sol, où les bases alcalines le décomposent et donnent alors lieu aux matériaux salpêtrés.
- Dans les pays où les terres sont naturellement salpêlrées et renferment beaucoup d’azotate de potasse , comme dans les grandes plaines de la Chine, de l’Inde, de la mer Caspienne, de la Perse, de l’Arabie, de l’Egypte, de l’ile de Ccylan, de la Hongrie, de l’Ukraine, delà Podolie , de l’Espagne, etc., l’extraction de ce sel est fort simple, puisqu’elle se borne au lessivage de ces terres et à la concentration des lessives qui fournissent immédiatement du nitre cristallisé. Il sort annuellement de Chine, de l’Inde et de l’Egypte des quantités énormes de salpêtre obtenu sans aucune autre préparation. Le salpêtre de ('Inde nous arrive en petits cristaux aiguillés d’un blanc grisâtre; sa pureté varie singulièrement. Les bonnes qualités ne renferment que 3 à 4 pour % de matières étrangères; mais il en est qui en contiennent jusqu’à 15 et 20 pour °/0, notamment du sel marin et des substances terreuses.
- En France et dans les autres parties de l’Europe, où les plâtras de démolition et autres matériaux salpêtrés, sont plus riches en azotates de chaux et de magnésie qu’en azotate de potasse, la fabrication du salpêtre est une opération assez compliquée. On lessive d’abord ces plâtras jusqu’à épuisement complet; on concentre les eaux de lavage jusqu’à 25° en ayant soin de séparer l’écume et le dépôt boueux qui se forment pendant l’évaporation ; on convertit en nitre les azotates terreux qui sont en dissolution, au moyen de la potasse du commerce ; on décanté la liqueur éclaircie par le repos et on la fait évaporer jusqu’à 45°. Il se dépose alors une grande quantité de sel marin qu’on enlève avec des écumoires ; la liqueur est ensuite abandonnée
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- dans de grands bassins où elle cristallise.JLes cristaux égouttés et séchés son t livrés au gouvernement sous le nom de salpêtre brutoudc première cuite. —Ce salpêtre contient environ 25 pour % de sels étrangers, consistant principalement en chlorures de sodium et de potassium. On le raffine dans les ateliers du gouvernement, en le dissolvant dans le 5e de son poids d’eau bouillante; les chlorures se précipitent. Après les avoir séparés,.on étend de beaucoup d’eau, on clarifie avec un peu de colle forte, puis on fait couler la liqueur encore chaude dans des cristallisoirs en cuivre très larges, où on l’agite avec des rateaux de bois pour déterminer une cristallisation confuse et prompte de salpêtre. C’est alors le nitre de seconde cuite. Enfin, quand ce sel est bien égoutté, on le lave dans des caisses percées de trous, avec de l’eau saturée de nitre à la température ordinaire. Cette eau, qui ne peut dissoudre le salpêtre, enlève très bien , au contraire, tous les sels étrangers qu’il renferme encore. Ainsi purifié et séché, il est mis dans le commerce sous le nom de salpêtre raffiné ou de troisième cuite. Il relient toujours des traces do chlorures.
- Le nitre ou salpêtre raffiné est en masses blanches saccha-roïdes, c’est-à-dire formées, comme le sucre en pain, par l’agglomération de particules grenues, cristallines et sans beaucoup d’adhérence entre elles, ce qui provient d’une cristallisation confuse. Mais on peut avoir ce sel sous forme de cristaux réguliers. Ceux-ci sont des aiguilles ou des prismes demi-transparens, inaltérables à l’air, faciles à briser, inodores et pourvus d’une saveur fraîche et piquante qui provoque la salivation.
- La facilité avec laquelle l’azotate de potasse se décompose et cède l’oxygène de son acide, en fait un agent très utile pour oxygéner la plupart des corps combustibles.
- Projeté sur des charbons ardens, il scintille, fuse ou déllagre, en activant singulièrement la combustion. C’est qu’alors l’oxygène de l’acide azotique se porte sur les charbons et donne lieu à une formation d’acide carbonique.
- Un mélange de 3 parties de nitre et de 1 partie de charbon en poudre étant projeté dans une cuiller de fer rouge de feu, déllagre violemment, et même détone quand on agit sur une masse un peu considérable. Le résidu est du carbonate de potasse, auquel les alchimistes ont donné le nom bien impropre de nitre fixé par les charbons.
- 2 parties de nitre et 1 partie de soufrebrûlentavec une lumière si éclatante, que l’œil peut à peine la soutenir pendant quelques instans. Le résidu est du sulfate de potasse, qu’on appelait jadis sel polychreste de Glaser, du nom du chimiste qui l’a découvert^).
- (t) C’est ce Glaser qui fut le premier maître de Lémery et lesuccesseur de Nicolas Le fc evre dans la chaire de chimie du Jardin des plantes de Paris. 11 travaillait dans le mys-tere et luisait un grand secret doses découvertes auxquelles, à l’instar des alchimistes .
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- Mélangé avec les métaux en poudre, il les transforme en oxydes par la calcination dans des creusets rouges. Il convertit les sulfures métalliques en sulfates, les phosphures en phosphates, etc.
- En pulvérisant le nitre avec un tiers de soufre et deux tiers de potasse du commerce, on forme un mélange qui donne lieu à une violente explosion lorsqu’on le chauffe légèrement. Ce résultat est dû à la production instantanée d’une grande quantité de gaz, qui prennent tout-à-coup une très forte expansion. On donne à ce mélange le nom de poudre fulminante par la chaleur.
- La poudre à canon est un mélange de salpêtre bien raffiné, de soufre distillé et de charbon léger peu calciné. Les proportions de ces trois substances varient suivant les pays et suivant ses usages, comme l’indique ce tableau qui donne la composition sur 100 parties en poids :
- MITRE, CHARBON. SOUFRE.
- Foudre de chasse française . . . 78 12 10
- de guerre française . . . 73 12,50 12,50
- de mine française . . . 63 45 20
- dite anglaise . . . . . 76 15 9
- de Râle . . 76 14 10
- de Hollande . . . . . 70 16 14
- de Suède .... . . 75 9 16
- de Prusse .... . . 75 12,50 12,50
- de Chine .... . . 40,04 7,61 52,55
- La découverte et l’usage de la poudre sont beaucoup plus anciens qu’on ne le croit généralement. Nous savons maintenant, grâce aux recherches récentes de M. Ludovic Lalannc, de l’école des Chartes, que les Chinois connaissaient parfaitement, dès les premiers siècles de l’èrc chrétienne, et peut-être bien avant, les effets les plus simples de la poudre, comme les feux d’artifice, les fusées, etc. Ce sont eux qui apprirent aux Romains l’usage des feux d’artifice que ceux-ci employaient, au ive siècle, dans leurs représentations théâtrales. C’est également des Chinois que Callinicus, architected’fléliopolis, reçut le terrible feu grégeois qu’il apporta aux Grecs en G75. Cette composition, quia donné lieu à tant de fables et desuppositions, n’était autre chose que notre poudre à canon, qu’on lançait sous forme de fuséeset de boîtes d’artifice. La fusée a donc été le premier emploi de la poudre comme arme de guerre, car ni les Chinois, ni les Romains, ni les Grecs ne surent en tirer un parti plus avantageux. Ce fait n’a rien qui doive surprendre; chez les Grecs le secret du feu grégeois n’était confié qu’à un très petit nombre d’individus, et ce n’est pas ainsi que les inventions se perfectionnent. Si, depuis la première apparition de la poudre dans l’occident, il a
- il attribuait souvent des propriétés merveilleuses. C’était d’ailleurs un homme peu sociable. En 1676, il fut impliqué dans l’affaire de la fameuse marquise de Brinvilliers, a laquelle il avait vendu des poisons; on le mit à la Bastille; mais, comme il ne fut pas soupçonnéd’avoir coopéré à scs crimes, il fut relâché plus tard, et Unit par mourir de chagrin, en 1678.
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- fallu au moins deux siècles, avec le secours de toutes les nations jeunes et intelligentes de l’Europe, pour que l’artillerie commençât seulement à jouer un rôle digne de l’avenir qui lui était réservé, on comprendra facilement quels obstacles invincibles s’opposaient à son progrès et à son développement chez les Grecs du Bas-Empire, dont l’état de décrépitude et d’abâtardissement sc révèle à chaque page de leur histoire.
- La poudre à canon est mentionnée pour la première fois, avec un des nomsqu’ellea encore aujourd’hui, dans un ouvrage arabe sur les machines de guerre, ouvrage dont l’auteur vivait en Egypte vers 1249, précisément à l’époque de la croisade de Saint-Louis dans ces contrées. D’Egypte, la poudre dut suivre la route qui lui était naturellement tracée parles conquêtes arabes, c’est-à-dire la côte d’Afrique, d’où elle ne tarda pas à passer en Espagne. Là, nous la voyons ligurer, en 1237, au siège de Niébla. 11 en est encore fait mention dans un poème arabe sur les machines de guerre, dont l’auteur vivait en 1272.
- Plusieurs aimées avant cette dernière date, Roger Façon avait, dans deux de ses ouvrages, parlé à différentes reprises de la poudre, dont il décrit, en les exagérant toutefois, les résultats qu’on pouvait en obtenir (1). 31 tire ses preuves des effets produits par le pétard, « ce jouet d’enfant, dit-il, usité dans plusieurs parties du monde. «Néanmoins, la composition de la poudre devait être connue seulement de quelques adeptes, car il ne la donne que sous le voile de l’anagramme. Albert de Bollsladt, contemporain de Bacon, et plus connu sous le nom d’Albert-le-Grand, a également connu la poudre, puisque, dans son ouvrage des Merveilles du Monde, il indique ses parties constituantes et en donne même les proportions.
- C’est encore un auteur Arabe qui fait, le premier, mention du canon, employé au siège de Baza, par le roi de Grenade, en 1525. Les Allemands eurent des canons bien avant celte époque, car il en existe un à Amberg dont l’inscription porte la date de 1505. Abel Rémusat a prouvé qu’il y avait des bouches à feu dans l’armée tarlaro-chinoise qui envahit l’Est de l’Europe, vers le commencement du xiuR siècle. Le canon pénétra en France dans le premier tiers du xiv° siècle, puisque des comptes de dépenses de 1558 et de 1543, nous le montrent usité à celte époque. Les Anglais s’en servirent à la bataille de Créci, en 1546 (2).
- (t) Roger Bacon, surnommé le Docteur admirable, naquit en 1214, àllchester, dans le comté de Sommerset (Angleterre). C’était un vrai philosophe, dans l’acception primitive de ce mot; car il était en même tems physicien, chimiste, mathématicien, astronome , médecin. Ce fut à Paris, dans le couvent des Cordeliers, qu’il se livrât à l’étude des sciences, et qu’il fit de brillantes découvertes en physique et en chimie. Il parvint à un tel degré de réputation qu’il passa pour magicien. Ses contemporains croyaient qu’il avait fabriqué une tête d’airain parlante qu’il consultait à l’occasion. Persécuté et emprisonné pendant 10 ans, comme magicien et astrologue en communication avec le Diable, il mourut en 1292 à Oxford, en se repentant de s’être donné tant de peines dans l’intérêt de lascience. Le pauvre frère Roger avait eu le malheur d’être un homme bien supérieur à son siècle !
- (2) L’emploi des autres armes à feu est de beaucoup postérieur à celui des canons. L’invention du mousquet est attribuée aux Tartares et aux Mogols sous Tarmerlan, en 1380. L’arquebuse à poudre date du siège de Parme en 1521, le pistolet, de 1544; le père Daniel rapporte l’invention de cette dernière arme auxhabitans de Pistoie, en Toscane. Les Français imaginèrent le fusil à pierre en 1030. La carabine, en usage dans la cavalerie depuis la fin du xvi' siècle, paraît venir des Arabes. Les boulets rouges ont été
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- On voit donc combien se trompent les historiens qui veulent voir dans un certain moine allemand duxive siècle, llertold Schwartz, l’inventeur de la poudre à canon, ou qui prétendent que les Vénitiens auraient été les premiers à s’en servir au siège de Chioggia, en 4580.
- La préparation de la poudre se réduit à un petit nombre d’opérations fort simples, dont voici l’exposé succinct. On pulvérise séparément les matières, puis on les triture ensemble dans des mortiers, au moyen d’un système de pilons, et en y ajoutant une quantité d’eau déterminée. Aubout de quatorze heures, la poudre mélangée et comprimée est sous forme de gâteaux humides, appelés galettes, qu’on laisse sécher pendant deux jours, et que l’on fait ensuite passer à travers trois tamis, dont les trous sont de plus en plus petits , pour la réduire en grains. La poudre de chasse est soumise, déplus, au lissage, c’est-à-dire que, pour rompre l’aspérité du grain, on la remue pendant huit à douze heures dans des tonnes convenablement préparées. On fait ensuite sécher les poudres à l’air libre, ou mieux encore, en les plaçant sur des toiles, et en faisant arriver dans les chambres où elles sont disposées des courans d’air chauffé à 60 degrés environ.
- Pour éviter les explosions qui arrivaient quelquefois pendant le battage delà poudre, on opère actuellement le mélange intime des matières dans des tonneaux contenant des' balles de métal, et auxquels on imprime pendant deux heures un mouvement de rotation. On réduit ensuite le mélange en galettes à l’aide d’une presse hydraulique, et on le traite comme il a été dit ci-dessus.
- Pendant la révolution de 4795, où quatorze armées nécessitaient la fabrication d’une énorme quantité de poudre, le mode alors suivi était si rapide que six heures de tems suffisaient pour convertir en poudre à canon les matières premières. Mais cette poudre n’était pas d’une très bonne qualité.
- L’expérience a démontré qu’un mélange de nitre et de charbon donne une poudre à canon qui porte le mobile à une assez grande distance , tandis qu’un mélange de nitre et de soufre ne produit aucun effet sur lui. C’est donc à l’aide du charbon seulement que les deux autres principes de la poudre peuvent entrer en détonation. Le charbon et le nitre fournissent beaucoup de gaz, mais le soufre est aussi nécessaire, parce qu’il rend la combustion plus vive, et qu’en s’opposant à la fixation d’une portion de l’acide carbonique dégagé par la détonation, et qui sans lui s’emparerait de la potasse abandonnée par l’acide azotique, il contribue à l’effet dynamique. C’est aussi le soufre qui donne à la poudre sou inaltérabilité, la faculté de prendre corps par la trituration et de se mieux grener.
- Le grenage qu’on donne à la poudre a beaucoup d’influence sur son mode de détonation. La poudre grenée brûle instantanément ; réduite en poudre et réunie ensuite en morceaux compactes, elle ne s’enflamme que successivement et fait long feu. Ce n’est donc pas sans motifs graves qu’on lui donne la forme de grains. On conçoit, en effet, qu’un grain prenant feu, sa flamme, en s’introduisant entre les interstices des autres, fait partir toute la masse
- employés par les Français en 1418, et les bombes par les Italiens en 1495. Les grenades sont rapportées au règne de François 1er. L’art de miner avec la poudre est attribué à un ingénieur génois, Pierre de Navarre, qui en 1487 en fil le premier Fessai
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- dans un espace de tems très court, ce qui ne peut arriver dans une matière compacte ou tout-à-fait pulvérulente , où le feu ne se propage que couche par couche. Plus les grains de la poudre seront réguliers et lins, moins la poudre mettra de tems à détoner, et plus son effet dynamique sera prononcé.
- Les produits de la détonation de la poudre sont nombreux : les uns sont solides et les autres gazeux. En voici la liste :
- NOMS DES PRODUITS. ACTION QUI LEUR DONNE NAISSANCE.
- / beaucoup de gaz carbonique. .' 1 de gaz azote . . . j un peu degaz oxyde carbonique. Produits J de sulfure de carbone . gazeux : \ de carbonate d’atnmo- ! niaque de vapeur d’eau . . . \ d’hydrogène carboné. . 1 sulfate de potasse I sulfure de potassium .... Produits) solides : \ un peu de carbonate de potasse. \ une trace de charbon .... réaction du charbon sur l’acide azotique du nitre. réaction du soufre sur le charbon, réaction de l’hydrogène contenu dans le charbon sur l’azote et > l’oxygène de l’acide azotique, | et sur le charbon, réaction du soufre sur la potasse / du nitre. résultat de l’union d’une partie de l’acide carbonique formé, avec un peu de potasse du nitre décomposé.
- Quand la poudre fait long feu, il se produit en outre, au lieu d’azote, beaucoup d’oxyde azotique.
- C’est le sulfure de carbone qui donne aux gaz de la poudre, d’après MM. Taillefertet Colin, l’odeur qu’ils répandent. Il n’y a pas, d’ailleurs, d’hydrogène sulfuré dégagé, comme on l’a cru généralement.
- Les produits essentiels de la détonation vive de la poudre sont le gaz carbonique, le gaz azote et le sulfure de potassium. F.es autres gaz et matières solides qui prennent naissance en petite quantité, proviennent de quelques circonstances accidentelles, telles que la présence de l’hydrogène dans le charbon , l’humidité de la poudre, une variation dans le dosage produite par l’avarie delà poudre, une température variable au moulent de l’explosion, la présence de l’air, etc. Les analyses et les expériences de plusieurs chimistes distingués ont démontré que le dosage suivi depuis des siècles, pour la poudre de guerre française, est tel que l’indique la théorie.
- M. le capitaine Brianchon a établi : 40 qu’un litre de poudre, pesant !H)0 grammes, produit par sa combustion 100 litres de gaz ; 2° que la température produite parla combustion de la poudre s’élève à 2,400 degrés; 5° et que, d’après ces évaluations et à cette température , les 400 litres de gaz doivent occuper un espace de 4,000 litres; en sorte que le volume de la poudre est à celui des fluides élastiques qu’elle développe pendant su combustion, comme 1 est à 4,000.
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- Or, c'est ce passage subit des élémens de la poudre, de l’étal solide à l’état gazeux, c’est l’expansion considérable des gaz qu’elle fournit, qui produit, lors de la détonation de la poudre, une force si grande qui agit sur le mobile placé au devant de cette dernière, et qui le chasse avec d’autant plus de rapidité que le développement des gaz est plus instantané et qu’il s’opère complètement avant que le mobile soit sorti du canon. On conçoit, en effet, que les gaz qui se produisent après que le mobile est lancé, n’ont aucune part à sa projection et sont loul-à-fait perdus.
- Sous le nom de poudre de fusion, on désigne un mélange de nitre, de soufre et de sciure de bois, qui est employé pour détruire les grosses pièces métalliques. Il est formé dans les proportions suivantes :
- Azotate de potasse............. . 5 parties.
- Soufre.............................1
- Sciure de bois.....................1
- Lorsqu’on entoure une pièce métallique de cette poudre et qu’on enflamme celle-ci, le métal ne tarde pas à fondre ; cet effet est dû à la rapidité de la combustion et à la transformation du métal en sulfure plus fusible encore. Si l’on place dans une coquille de noix une petite pièce d’argent et de la poudre de fusion, la pièce sera fondue avant que la coquille de noix soit brûlée. La poudre de fusion était très employée par les chimistes du dernier siècle. On l’a nommée long-tems fondant de Baumé.
- Le nitre fait encore partie de tous les feux d’artifice et de toutes les compositions incendiaires. Le mélange qui entre dans les fusées à la Congrève se compose, d’après M. d’Arcet, de 53,5 de salpêtre, et de 46,5 de bitume, suif ou graisse, de soufre et sulfure d’antimoine (1).
- II sert, dans les fabriques de produits chimiques, à une foule d’opérations, comme la préparation de l’acide azotique, celle de l’acide sulfurique, de différens sels, pour raffinage de certains métaux. Dans les ateliers de teinture et d’indienne, on le mêle souvent à l’acide chlorhydrique pour préparer les compositions d’étain ; il est aussi employé comme rongeant, en le mêlant à un autre acide qui met en liberté celui qu’il contient. Enfin, la médecine en tire un parti très utile, comme diurétique et rafraîchissant. 11 n’est poison qu’à la dose de 60 à 100 grammes.
- (1) Les fusées de guerre qu’on nommait autrefois Rochettes, n’ont pris le nom de fusées à la Congrève, que depuis que lord Congrève les a remises en usage, en 1801, P°ur l’attaque de la flotte française à Boulogne. C’est bien à tort qu'il s’est attribué la gloire de l’invention, puisqu’il est aujourd’hui reconnu que cette composition désastreuse date de plusieurs siècles. Il suffit, pour former une espèce de fusée à la Congrève, d’ajouter une grenade, un obus, ou des matières incendiaires à l’extrémité antérieure d’une fusée volante <le grande dimension.
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- Du Chlorate de Potasse.
- Voici un sel dont les propriétés curieuses, entièrement dépendantes de l’acide qui le constitue, méritent de fixer un instant votre attention. Découvert en 1786 par le célèbre Berthollet, qui le nomma muriate suroxygéné de potasse, il n’a été bien connu qu’à partir de 1814, époque à laquelle M. Gay-Lussac parvint à en isoler l’acide, qui reçut le nom d’acide chlorique.
- Le chlorate de potasse s’offre en lames ou paillettes très brillantes, d’une saveur fraîche et un peu acerbe. Il est inaltérable au contact de l’air.
- En raison du peu de stabilité de son acide, c’est un des sels les plus faciles à décomposer. Une légère chaleur, le frottement entre deux corps durs, la percussion, le convertissent en chlorure de potassium et en oxygène. Aussi s’en sert-on souvent dans les laboratoires pour se procurer du gaz oxygène pur, en le calcinant dans une petite cornue de verre.
- C’est à cause delà grande quantité d’oxygène qu’abandonnent instantanément son acide et sa base, que le chlorate de potasse, projeté sur les charbons ardens, défiagre vivement et augmente singulièrement leur combustion ;
- Que, mêlé avec des corps combustibles, tels que le soufre, le charbon , le phosphore, des métaux pulvérisés , des sulfures métalliques, dubois, des résines, etc., il donne lieu à des poudres qui s’embrasent et détonent avec la plus grande facilité, soit par la chaleur, soit par la trituration ou une percussion plus ou moins forte.
- C’est à ces mélanges qu’on a donné le nom de poudres fulminantes par le choc. Pour faire ces poudres , on mêle avec précaution 3 parties de chlorate et 1 partie d’un des corps cités précédemment. En soumettant quelques pincées seulement de ces poudres à un choc fort et subit dans un mortier ou sur une enclume , il en résulte une détonation considérable par suite de la rapide expansion des composés gazeux qui prennent naissance.
- La poudre faite avec le chlorate, le soufre et le charbon, est un des mélanges les plus détonans. Quand on la triture rapidement dans un mortier, il se produit des détonations successives qui imitent des coups de fouet, et l’on voit jaillir hors du vase des flammes rouges ou purpurines d’un fort bel effet.
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- Berthollet proposa de substituer ce mélange à la poudre à canon. L’essai en fut fait à Essone, au mois d’octobre 1788. Mais à peine le pilon eut-il touché les matières, qu’une explosion terrible se fit entendre, brisa le vase et tua plusieurs ouvriers et deux des spectateurs, M. Letors et Mlle Chevrand.
- La force de cette poudre au chlorate est beaucoup plus considérable que celle de toute autre poudre, comme on s’en est assuré à Paris, en 1793. Le projectile est lancé beaucoup plus loin, à charge égale et même inférieure; mais elle détone si facilement que le mouvement d’une voiture suffît pour produire cet effet. Il a donc fallu renoncer à l’espoir d’en faire usage pour les armes.
- Les amorces des fusils à piston ont d’abord eu pour base le chlorate de potasse ; mais comme elles rouillaient promptement les armes, en raison du chlore qui devenait libre lors de l’explosion , on les prépare actuellement avec un autre composé, le mercure fulminant, dont nous parlerons plus tard.
- Lorsqu’on verse de l’acide sulfurique concentré sur le chlorate de potasse, ce sel jaunit, répand un gaz jaune, lourd, fétide; c’est de Vacide hypochlorique ou chlorosique. Quand on agit sur une masse un peu forte de matières, la réaction est si violente qu’il y a décrépitation et détonation. Cette expérience n’est pas sans danger.
- Si le sel est préalablement mêlé de résine, de soufre ou de sciure de bois, il s’enflamme subitement, avec ou sans décrépitation, par le contact de l’acide. Cette inflammation provient de ce que l’acide sulfurique, en s’emparant de la potasse, met à nu l’acide chlorique qui cède aussitôt son oxygène à la matière combustible.
- Dès que cette curieuse réaction fut connue, on ne tarda pas à en tirer parti pour la confection de briquets qui reçurent le nom de briquets oxygénés. C’est là, sans contredit, une des applications les plus ingénieuses et en même tems des plus lucratives des connaissances chimiques à nos besoins journaliers (1).
- Dans l’origine, on préparait ccs briquets en imprégnant l’extrémité soufrée de petites allumettes d’un mélange de 30 parties de chlorate de potasse, 10 parties de soufre , 8 parties de lycopode, réduit en pâte molle avec une dissolution légère de gomme arabique et coloré en rouge ou en bleu, avec un peu de vermillon ou d’indigo. En plongeant les allu-mettes dans de l’acide sulfurique concentré, celui-ci détermine l’indam-malion du mélange fulminant adhérent au bois, de sorte que ce dernier prend aussitôt feu.
- (1) J’ignore tout-à-fait le nom de celui qui eut l’heureuse idée de ces briquets et qui en fit un objet de spéculation. Tout ce que je sais, c’est qu’un sieur Renou, de Paris, prit, le 4 décembre 1820, un brevet d’invention de cinq ans, pour un briquet à muriate suroxygéné de potasse avec un bouchon à longue tige, briquet qu’il nomma source perpétuelle de lumière.
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- Mais, depuis 1853, on a remplacé les briquets oxygénés par des allumettes que le simple frottement sur un corps dur enllamme avec ou sans détonation. C’est ce qu’on appelle les allumettes à friction , les allumettes chimiques ou allemandes, dont l’emploi est devenu général. La pâte inflammable dont on imprègne les petites bûchettes, varie de composition, suivant l’espèce d’allumettes qu’il s’agit d’obtenir. Voici les meilleures recettes.
- POUR LES ALLUMETTES ORDINAIRES.
- Chlorate de potasse.................2
- Phosphore. .........................4
- Gomme arabique......................7
- Gélatine............................2
- Indigo ou minium . . quant, suffis.
- POUR LES ALLUMETTES NON DÉTONANTES.
- Salpêtre raffiné.................10
- Phosphore •.......................4
- Gélatine..........................6
- Minium ou ocre....................3
- Smalt.............................2
- On fait dissoudre la gomme ou la gélatine dans une suffisante quantité d'eau, de manière à obtenir un mucilage épais, on incorpore aussi également que possible dans ce mucilage chaud les matières colorantes, puis le phosphore coupé en petits morceaux. On chauffe le mélange à une température de + 60° au plus, en remuant continuellement et avec précaution, jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus aucune parcelle de phosphore à l’œil nu. On ajoute alors le salpêtre ou le chlorate de potasse qu’on a préalablement porphyrisé en le mouillant avec du mucilage. C’est dans cette masse ou bouillie qu’on trempe le bout des allumettes soufrées ; on les sèche ensuite à l’étuve.
- Les amadous et les papiers inflammables pour les fumeurs consistent en papier mâché imprégné de salpêtre et enduit par un bout de l’un ou l’autre des mélanges précédens.
- Pour éviter que les allumettes n’attirent l’humidité, et répandent pendant leur conservation une vapeur nauséabonde et délétère, MUe Klug , de Paris , a eu la bonne idée de les tremper, après leur dessiccation , dans un vernis à la sandaraque qui prive ainsi la pâle inflammable du contact de l’air.
- La fabrication, la conservation et le transport des allumettes chimiques offrent beaucoup de dangers, et à chaque instant nous sommes témoins des accidens qui résultent de leur emploi. Le nombre des incendies s’est singulièrement accru depuis que leur usage est devenu si général.
- La réaction de l’acide sulfurique sur le chlorate de potasse permet de faire, dans les cours, une expérience fort jolie dont nous allons vous rendre témoins.
- On met dans un verre à pied une petite quantité d’eau, du chlorate en plus grande proportion que le liquide n’en peut dissoudre , et quelques raclures de phosphore. On plonge ensuite au fond du vase l’extrémité effilée d’un petit entonnoir par lequel on fait écouler de l’acide sulfurique concentré. Dès qu’il est parvenu dans la dissolution, il s’échauffe, réagit sur le sel et le phosphore, et détermine aussitôt la production de nombreux jets
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- de lumière au sein du liquide. Ce phénomène frappe d’étonnement et d’admiration les personnes qui ignorent la cause de cette combustion. En mettant dans le verre, avec les autres substances, quelques petits fragmens de phosphore de calcium, des jets de feu d’une belle couleur de vert d’émeraude se produisent au fond du vase, tandis que des éclairs jaunâtres viennent éclater à la surface du liquide.
- Ces expériences, qui ne paraissent que des jeux d’enfans, ne sont pas aussi futiles qu’on pourrait le croire. Elles servent à mieux graver dans la mémoire les causes premières de toutes ces curieuses réactions chimiques.
- On obtient le chlorate de potasse en faisant passer un courant de chlore dans une solution concentrée de potasse d’Amérique. L’appareil des fabriques est un grand fourneau de galère qui reçoit un plus ou moins grand nombre de tourilles en grès, d’où le chlore se dégage, et celui-ci, après s’être lavé dans de petits flacons intermédiaires, arrive dans des tourilles en verre noir, placées à l’extérieur du fourneau, et contenant la lessive alcaline qui marque de 30 à 35°, suivant la saison. Il se produit, dans ce cas, du chlorure de potassium très soluble et du chlorate de potasse peu soluble, qui se dépose en écailles, lorsque sa proportion dans la liqueur devient un peu considérable. On le lave à l’eau froide et on le sèche. Cette préparation étant fort longue et peu productive, le chlorate de potasse a toujours un prix assez élevé. La fabrication des allumettes chimiques en consomme une Énorme quantité.
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- ®cs Composés «Su Calcium,
- Sommaire. — De la chaux vive ou caustique. — Du carbonate de chaux et de scs nombreuses variétés naturelles. — De la lithographie. — Des moyens de reconnaître les pierres gelives. — Des incrustations ou pétrifications par les eaux calcaires. — Préparation de la chaux vive.— Des chaux grasses, maigres et hydrauliques, et du ciment romain. — Du sulfate de chaux. — De l’albâtre blanc.— Fabrication du plâtre. — Nombreux emplois de ce sel dans les arts , l’agriculture. — Du stuc. — Des eaux séléniteuses. — Moyen de les purifier. — Inconvénient des eaux calcaires pour l’alimentation des chaudières à vapeur. — Procédés pour y remédier. — Emploi du noir animal pour enlever les sels calcaires à l’eau, et pour assainir les citernes.
- Parmi les composés minéraux que le génie de l’homme a su
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- faire servir à ses besoins, la chaux (protoxyde de calcium ou oxyde calcique)tient, sans contredit, le premier rang; car aucun ne peut rivaliser avec cette matière pour l’importance et la multiplicité de ses applications.
- Les propriétés utiles de la chaux furent connues dès l’origine des sociétés humaines, puisque déjà elle était la base de ces cimens et mastics avec lesquels les anciens surent donner à leurs édifices une solidité qui excite encore aujourd’hui notre admiration. On l’employa de bonne heure encore au blanchiment et à la fabrication des lessives caustiques, puisque Théophraste, fils d’un foulonnier de l’île deLesbos, nous parle d’un vaisseau qui périt, parce que la chaux dont il était chargé et qui était destinée au blanchiment, se trouva imprégnée d’eau par accident.
- On ne rencontre jamais cet oxyde à l’état de liberté dans la nature; il y est toujours combiné à différais acides, et entre autres aux acides carbonique, sulfurique, pliosphorique et sili-cique.
- Privée des acides auxquels elle est naturellement unie, la chaux a la causticité des alcalis et leur action destructive sur les tissus animaux, mais elle les perd bientôt au contact de l’air, en absorbant tout à la fois l’humidité et l’acide carbonique de ce fluide. Elle est, d’ailleurs, en fragmens irréguliers, d’un blanc grisâtre.
- Elle a une si grande affinité pour l’eau, qu’elle l’absorbe avec rapidité, en s’échauffant considérablement, se fendille en craquant, augmente beaucoup de volume ou foisonne, comme on dit en termes techniques, et finit par se réduire en une poudre blanche et légère qui n’est presque plus caustique. Elle est alors à l’état d’hvdrate. Les maçons disent qu’elle est éteinte.
- Pendant Y extinction de la chaux vive, la température s’élève aumoinsà 300°parsuitedela combinaison delà chaux avec l’eau, aussi remarque-t-on une grande quantité de vapeurs aqueuses qui s’échappent avec sifflement des fissures de la pierre; et, lorsqu’on verse une nouvelle quantité d’eau sur les fragmens qui ne sont pas encore complètement délités, il semble que le liquide tombe sur des charbons ardens ou sur du sable très-chaud (1). Souvent les chaufourniers mettent à profit cet échauf-fement considérable de la chaux vive, pour allumer de petits tas de matières combustibles sèches et légères.
- La chaux éteinte ou hydratée, délayée dans une grande quantité d’eau, forme ce qu’on appelle vulgairement le lait de chaux.
- La chaux caustique est sensiblement soluble dans l’eau, mais
- (1) Quel prodige, s’écriait Pline, devoir ce qui a été déjà brûlé, prendre feu dans l’eau. (Hist. nat. lib. 3G, § 53.)
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- son hydrate l’est un peu plus, et, chose singulière, c’est que tous deux sont plus solubles dans l’eau froide que dans l’eau chaude. La dissolution se nomme dans les laboratoires eau de chaux.
- C’est en calcinant au rouge le carbonate de chaux naturel qu’on obtient la chaux caustique. Avant de vous indiquer comment on pratique cette calcination, il est nécessaire de vous faire connaître ce sel si répandu.
- Non seulement le carbonate de chaux se trouve en abondance dans le sein ou à la surface de la terre, puisqu’il forme des montagnes entières et même des chaînes de montagnes comme les Pyrénées, le Jura, les Vosges, les Apennins, une’ grande partie des Alpes; mais il existe encore dans tous les végétaux etconstitue presque entièrement la coquille des œufs des oiseaux* les écailles de l’huître et la croûte terreuse des autres mollusques ] les madrépores, les coraux et autres polypiers, etc.
- Les formes très variées sous lesquelles se montre ce sel les usages nombreux auxquels on le consacre, tout en lui excite la curiosité et peut devenir le sujet d’une étude aussi étendue qu’agréable.
- Le célèbre minéralogiste Haüy a décrit 154 variétés de carbonate de chaux cristallisé, et il a calculé qu’il yen avait plusieurs milliers de possibles ! Toutes ces formes cristallines très diverses dérivent d’un rhomboïde obtus. Les cristaux rhomboédriques, incolores et transparens, connus sous le nom de spath d'Islande ’ présentent le phénomène remarquable de la double réfraction. Si on place une épingle ou une ligne noire derrière un de ces cristaux et qu’on regarde l’objet à travers deux faces parallèles du rhomboïde, on voit distinctement deux épingles ou deux lignes noires à côté l’une de l’autre.
- Souvent le carbonate de chaux est en masses dont le tissu formé de petites lames croisées dans tous les sens, présente une ébauche de cristallisation. Plus fréquemment encore, il est en masses compactes à tissu serré, sans aucun indice de cristallisation.
- Dans le premier cas, il constitue les marbres blancs, ou marbres statuaires, qui servent exclusivement aux sculpteurs. Le plus connu des marbres antiques était celui de l’île de Paros. Chez les modernes, les marbres destinés aux mômes usages sont tirés principalement des environs de Carrare, sur la côte de Gênes. Les plus estimés sont blancs et translucides.
- Parmi les espèces compactes de carbonate de chaux, on distingue principalement les suivantes:
- 1° Le calcaire marbre, qui comprend les nombreuses variétés de mai-
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- brcs de tontes couleurs employés à la décoration et à l’ameublement des édifices Tantôt ces marbres sont colorés uniformément en noir, comine ceux de Dinan, de N'amur, des Hautes-Alpes, etc-, ou en rouge, comme la griotte d'Italie, qu’on exploite près de Narbonne, ou en jaune, comme le jaune de Sienne. Tantôt leurs couleurs sont disposées par veines ou par taches nuancées. Souvent ils sont formés de fragmens de diverses teintes réunis par un ciment calcaire; c’est ce qu’on appelle alors des brèches et des brocatelles ( marbres de l’Arriége , de l’Aude, des Basses-Pyrénées, d’Aix, d’Andalousie, etc.). Enfin ils sont quelquefois uniquement composés de coquilles brisées converties en calcaire; on les nomme alors des Inmackelles, de turnaca, lurnacella, limaçon (environs de Troyes, de Narbonne, Jura, Brest, etc.) ; le petit granit ou marbre des Écaussines, près de Mous, qui couvre la plupart de nos meubles, en est un exemple commun.
- On trouve les marbres dans presque toutes les chaînes de montagnes, ïls font l’objet d’une branche de commerce de la plus haute importance. Tes plus connus et les plus employés sont ceux d’Italie, de Belgique et de France. Ils sont d’autant plus estimés qu’ils ont des couleurs plus vives, une pâle fine et homogène , qu’ils prennent un bel éclat par le poli, et se conservent à l’air sans altération. On leur donne le poli en frottant leur surface avec des poudres dures, telles que le grès, le sable argileux, la pierre-ponce, l’émeri, le coicolhar, la limaille de plomb mélangée de Hoir de fumée. Les frictions avec ces diverses substances sont répétées un très grand nombre de fois.
- En 1810, on a fait revivreen Italie l’art de produire des espèces de mosaïques sur marbre par absorption des couleurs. Dès le ive siècle, on savait déjà que le marbre peut s’imprégner de couleurs , et on utilisait cette propriété pour la décoration. Zosime, le Panopolitain, en parle très explicitement.
- C’est au moyen dégommé laque colorée, appliquée à chaud sur le marbre également chaud, que les ouvriers parviennent à en recoller les fragmens.
- 2° Le calcaire lithographique, dont un chanteur du théâtre de Munich , Senefelder, s’est servi avec tant de bonheur, en 179Ô, pour remplacer les planches de cuivre employées à la gravure ordinaire. L’art de la lithograp hie consiste à dessiner sur la pierre polie, avec un crayon gras, l’image que l’on veut reproduire. Le dessin est ensuite couvert d'une encré grasse, et à l’aide d’une pression convenable on décharge sur le papier la plus grande partie de l’encre qui donne ainsi, d’une manière facile et expéditive , la reproduction du dessin dont on peut tirer un grand nombre d’épreuves sans altérer la pierre.
- Importée en France vers 1814, la lithographie a bientôt reçu de nos artistes une perfection telle que ses dessins rivalisent aujourd’hui, par le moelleux et la finesse de leurs traits, avec les plus belles gravures.
- Les pierres les plus recherchées par les lithographes sont celles de Pap-penheim sur les bords du Danube, en Bavière; mais on en trouve aussi en France, particulièrement à Châleauroux (Indre), Bielle, Marchamp, Felley (Ain ), aux environs de Dijon , de Périgueux , à Montdardier près le Vigan (Gard),etc.
- On commence à substituer aux pierres de calcaire compacte des plaques de zinc préparées, qui offrent plus de consistance. Senefelder a aussi
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- employé ce métal. Cette modification constitue ce qu’on appelle la zinco-graphie.
- 3° Le calcaire grossier, vulgairement appelé pierre à chaux , pierre à bâtir des Parisiens. C’est une espèce de carbonate de chaux qui a une texture lâche, un grain ordinairement grossier, qui so laisse facilement entamer par les instrumens tranchans, et n’est susceptible de recevoir aucun poli. Ses couleurs sont sales et varient entre le blanc, le gris et le jaune isabelle. C’est sans contredit une des pierres qui rend le plus de services à la société, car partout elle est employée pour les constructions. Elle ne se rencontre pas également dans tous les pays ; elle est commune en France, surtout aux environs de Paris, qui sont, pour ainsi dire, criblés de carrières dont l’exploitation contribue à l’immense richesse de cette ville. On la nomme pierre de taille lorsqu’elle est en gros blocs , et moellon lorsque ses masses ne dépassent pas 17 décimètres cubes 11 yen a de tendre et de dure. Les variétés tendres éclatent par la gelée ; on les appelle pierres gélissesou gélives.
- La durée des bâtisses dépend entièrement de la propriété qu’ont les pierres de carrière d’être gélives ou non. Vous concevez, d’après cela, Messieurs, combien il était important d’avoir un moyen certain de reconnaître en peu de jours si telle pierre d’appareil présente cette fâcheuse propriété. Cette question, qui avait occupé l’esprit du grand Colbert, puisqu’il y a 156 ans qu’il en avait proposé la solution à l’Académie d’architecture, a été résolue, en 1820, par Brard, mi néralogiste distingué.
- Son procédé consiste à exposer des échantillons des pierres que l’on veut essayer, à l’action d’une dissolution saturée et faite à froid de sulfate de sonde, que l’on fait bouillir pendant une demi-heure. On retire ensuite les échantillons, on les isole, en les suspendant, à l’aide de fils, au-dessus de vases remplis de la dissolution dans laquelle ils ont bouilli. Vingt-quatre heures après, on trouve leurs surfaces couvertes de petites aiguilles blanches. On plonge ces pierres dans la dissolution pour faire tomber les premières efflorescences salines, et on recommence ainsi toutes les fois que les aiguilles sont bien formées , pendant l’espace de cinq jours environ. Quand les pierres ne sont point gélives, le sel n’entraine rien avec lui et l’on ne trouve au fond des vases ni grains, ni feuillets, ni fragmens de pierre. Dans le cas contraire, on s’aperçoit, dès le premier jour que le sel parait, qu’il entraîne avec lui des fragmens, que les pierres perdent leurs angles, et que leurs arêtes s’émoussent ; enfin on trouve au fond des vases tout ce qui s’est détaché dans le cours de l’épreuve.
- Vous voyez, Messieurs, combien le procédé de Brard est ingénieux et d’une facile exécution. Tels sont les avantages de la science ; elle fournit à la pratique des moyens prompts et sûrs que le hasard n’eût pu faire connaître , car ici c’est une idée théorique qui a guidé le savant dans ses recherches et l’a conduit à un résultat aussi intéressant.
- 4° La craie estune des variétés les plus communes du catbonate de chaux non cristallisé, puisqu’elle constitue des masses considérables, qu’elle forme le solde contrées entières, comme en Pologne , en Angleterre, en France (Champagne, côtes delà Manche, environs de Rouen, etc.).
- Cette pierre a un tissu lâche, une cassure terreuse; elle est friable et très tendre, presque toujours blanche.
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- C’est avec elle qu’on prépare ce qu’on appelle le blanc iVEspagne. le bl tnc de Mcudon, et chez nous le blanc de t>ieppedalle. Ce blanc est employé comme crayon et dans toutes les peintures en détrempe. Il sert aussi pour nettoyer les métaux et les verres. Pour amener la craie à cet état, c’est-à-dire pour la priver de la plus grande partie du sable qu’elle contient, on la délaie dans l’eau, on laisse déposer le sable, puis on décante le liquide qui la tient en suspension. Elle 11e tarde pas à se déposer. On fait ensuite sécher ce dépôt, et lorsqu’il est en consistance convenable, on le moule en forme de cylindres ou de pains dont on achève la dessiccation à l’air.
- Quoique le carbonate de chaux soit tout-à-fait insoluble dans l’eau, cependant il est peu de sources, de fontaines dont les eaux n’en renferment • une certaine quantité. Mais c’est qu’alors il est dissous à la faveur d’un excès d’acide carbonique ; aussi, dès qu’on vient à faire chauffer ces eaux, l’acide se dégage et le sel se précipite en poudre blanche; si on les additionne de quelques gouttes d’ammoniaque, elles ne se troublent pas immédiatement, mais elles laissent déposer, au bout de quelques heures, des petits grains cristallins qui se fixent aux parois du verre; ces grains consistent en carbonate de chaux , devenu insoluble par suite de la saturation par l’ammoniaque de l’excès d’acide carbonique qui tenait d’abord le sel calcaire en dissolution dans l’eau. 11 y a des sources qui en sont tellement saturées , qu’elles le laissent déposer dès qu’elles ont le contact de l’air. C’est ce qui donne lieu à ces amas plus ou moins considérables de calcaire qu’on désigne sous les noms de tufel de travertin.
- Lorsque ces sources coulent sur des bois , des coquilles, des végétaux, elles les recouvrent d’une incrustation terreuse qui se moule parfaitement sur eux, de manière à reproduire leurs formes extérieures, et en très peu de tems ces objets ont tout-à-fait l’apparence de la pierre. C’est ce qui arrive aux bains de Saint-Philippe , en Toscane, à la fontaine de Haint-AUyre à Clermont-Ferrant, aux sources de Saint-Nectaire dans le Puy-de-Dôme , à la fontaine d’Qrcher, près du Havre (1 ), etc.
- On a tiré parti de la propriété incrustante de ces eaux pour mouler des bas-reliefs et imiter des pétrifications. Voici un bas-relief en incrustation de Saint-Nectaire; voici des grappes de raisin , des nids d’oiseaux, une corbeille de plantes, qui ont été incrustés par les eaux de Saint-AUyre ; voici enfin des mousses pétrifiées, recueillies à la fontaine d’Orcher (2).
- La célèbre fontaine de Saint-Allyrc a laissé déposer depuis des siècles une si grande masse de travertin , qu’il en est résulté une muraille énorme de 78 mètres de longueur sur une hauteur de 6 mètres à 6 mètres 1/2, et un pont d’un admirable effet, qui semblent avoir été construits par la main des hommes.
- (1) La fontaine d’Orcher, qui descend du milieu de la falaise et tombe en cascade sur les rochers qui sont au pied, incruste d’un sédiment calcaire les pierres, les mousses «t les herbes qui croissent entre leurs fentes. « La singularité de ces pétrifications, la situation de cette source, qui descend d’assez haut entre les rochers, parmi les grands blocs arides de craie et de grès, la belle végétation des arbrisseaux, du gazon et des mousses sur une plage aride, rendent cette fontaine un des points les plus pittoresques des environs du Havre. >> (Description géologique du departement de la Seine-Inférieure, Par M. Passy, p. 71. )
- (2) Les anciens connaissaient le phénomène des eaux incrustantes, puisque Sénèque, Philosophe romain, né l’an 2 ou 3 de J.-G., parle de plusieurs fontaines, dans lesquelles on faisait pétrifier des branches d’arbre qu’on vendait comme objets de curiosité.
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- Souvent les tuyaux qui conduisent les eaux d’un endroit à un autre s’engorgent très promptement par des dépôts calcaires, lorsque les sources, comme celle d’Arcucil, près Taris, contiennent beaucoup de carbonate de chaux. Dans ce cas, ainsi que M. d’Arcet l’a démontré par des expériences en grand , on peut facilement , et à peu de frais, nettoyer les tuyaux, en y faisant couler de l’acide chlorhydrique faible, qui dissout les incrustations en transformant le carbonate de chaux en chlorure de calcium très soluble. On peut recourir au même moyen pour nettoyer, sans nuire «à leur solidité, les cuves, les soupapes et les serpentins des appareils à l’aide desquels on chauffe directement l’eau par la vapeur.
- Lorsque des eaux saturées de carbonate de chaux s’infiltrent dans les fissures des pierres situées ;i la voûte des cavités souterraines, et viennent à suinter à travers le tissu lâche et poreux de cette voûte, elles laissent par leur évaporation les molécules de calcaire à sec. Celles-ci se recouvrent incessamment de nouvelles molécules, et il résulte bientôt de cette agglomération continuelle , des tubes, des cylindres qui pendent à la voûte des cavernes, et qui souvent descendent jusqu’à terre. C’est ainsique se forment ces gracieuses colonnades qu’on admire dans certaines grottes naturelles. Mais une partie du liquide, en tombant de la voûté sur le sol, y forme d’autres dépôts composés de couches ordinairement ondées, ou des protubérances, des extensions, dont les figures varient à l’infini. On appelle stalactites les concrétions qui se forment ainsi à la voûte des cavernes , et stalagmites celles dont la formation est duc à la chûte du liquide sur le sol. Lorsque les stalagmites sont en grandes masses, susceptibles d’être taillées et polies, elles constituent ce qu’on appelle Valbâtre dans les arts.
- On ne trouve guère les stalactites et les albâtres que dans les terrains calcaires, parce que c’est seulement dans ces terrains qu’on rencontre des cavernes d’une grande dimension. Ces cavernes ont quelquefois plusieurs centaines de mètres d’étendue. Les stalactites qui les garnissent, et dont les formes sont très-variées et l’aspect fort brillant, présentent un spectacle curieux et même imposant qui a rendu plusieurs de ces grottes célèbres; telles sont celles d’Antiparos dans l’archipel grec, de l'ool’s-llose en Der-byshire, d’Adelsberg en Garniole, d’Auxellc en Franche-Comté, de Gaumont aux portes de Rouen, etc.
- L’albâtre calcaire est en couches parallèles, mais ondoyantes, d’un tissu grenu, fibreux ou lamellaire. Ses couleurs varient entre le jaunâtre et le rouge-brun; elles sont très souvent distribuées par bandes ondulées., par couches concentriques ou par taches. Cette belle pierre , remarquable par sa demi-transparence, le beau et doux poli qu’elle peut acquérir, est précieuse pour la décoration des édifices. On la taille en coupes, en vases élégans^ on en fait des châsses de pendules. Les anciens en faisaient des statues, des colonnes, des tables, et surtout des vases à conserver les parfums (1).
- (1) Le nom d’albâtre est dérivé du mot grec alabastron, qui veut dire insaisissable. Les anciens donnaient ce nom aux vases faits de cette matière, parce qu’étant ordinairement sans anses et très polis, on avait quelque peine à les prendre.
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- Telles sont les principales espèces de carbonate de chaux qu’il était important de vous faire connaître , en raison de leurs nombreuses applications. Vous distinguerez toujours une pierre calcaire à ce qu’elle se dissoudra presque sans résidu dansla plupart des acides les plus faibles, en produisant une vive effervescence, et à ce que sa solution donnera un précipité blanc très abondant avec le? lessives caustiques ou carbonatées, et l’acide sulfurique.
- Toutes les variétés de pierres calcaires, même les coquilles et les madrépores vivans, sont susceptibles de fournir de la chaux vive par une calcination au rouge. Toutefois, dans les arts, on applique habituellement à cet usage le calcaire grossier ou la pierre à chaux.
- Le plus ordinairement, les fours à chaux sont des trous de forme ovoïde, creusés dans les flancs d’une colline, ou des chambres construites en briques, dont les murs ont lm 30 à lm GO d’épaisseur. La partie supérieure est ouverte pour laisser passer la vapeur et la fumée. La pierre calcaire est disposée dans ces fours par lits, auxquels on donne une forme cintrée, ainsi que le représente la figure.
- On s’arrange pour que les morceaux laissent entre eux le pl us d’i n terstices possible. Le feu, fait au bois, est conduit très modérément pendant plusieurs heures, puis activé et porté au rouge. Alors on l’entretient d’une manière très égale. Lorsque la flamme sort au haut du four, sans être accompagnée de fumée, on diminue progressivement le feu jusqu’à la fin de l’opération, dont la durée variesuivant une foule de circonstances. Six ou huit heures aPrès qu’on a cessé le feu, la chaux peut être retirée du four. On l’introduit de suite dans des tonnes qu’on recouvre aussitôt.
- Ces fours intermittens ne sont plus employés dans beaucoup d’endroits, comme en Angleterre, en Belgique, aux environs de Paris, de Lille, etc. On les a remplacés.par des fours coulans °u continus, qui ont la forme de cônes tronqués renversés, dans lesquels on introduit alternativement la pierre à chaux et du charbon de terre , dans le rapport de 4 parties de pierre en vo* l'inie, et de 1 de houille ou de 1 1/2. de coke.
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- On remplit ces fours jusqu’au niveau de l’ouverture supérieure. On allume le feu par en bas au moyen de quelques fagots. Bientôt
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- la combustion gagne de proche en proche et la calcination s’effectue. Elle est complète lorsque la fumée cesse. On tire alors toute la chaux qui est faite, environ les 2/3 de la hauteur du four, puis on comble le vide en ajoutant par la partie supérieure du four, et par lits, une quantité correspondante de pierres et de charbon. On continue sans interruption de cette manière , en extrayant par le bas la chaux à mesure qu’elle est calcinée, jusqu’à ce que le four ait besoin de quelque réparation.
- Ce mode de calcination, qui est bien plus économique que l’ancien, ne donne pas de la chaux calcinée également. Elle renferme beaucoup de biscuits, c’est-à-dire de morceaux qui ne sont pas susceptibles d’extinction, soit par suite d’une calcination imparfaite , soit par suite d’une calcination poussée trop loin.
- La nature des pierres à chaux soumises à la calcination influe nécessairement sur celle de la chaux caustique qu’on en obtient. Les calcaires naturels renfermant fréquemment des carbonates de magnésie, de fer et de manganèse, avec plus ou moins d’argile, la chaux vive contient presque toujours de la magnésie, des oxydes de fer et de manganèse, et de l’argile.
- Sous le rapport de leurs propriétés, on distingue les chaux en chaux grasses, en chaux maigres et en chaux hydrauliques.
- On donne le nom de chaux grasse à celle qui provient de la calcination complète de la craie, du marbre, enfin des pierres à chaux les plus pures. Cette chaux renferme peu de matières étrangères; elle est ordinairement très blanche; elle foisonne beaucoup par l’extinction, jusqu’à 3 fois 1/2 son volume, se réduit en poudre, et, par l’addition d’un peu d’eau, forme une bouillie très liante et très forte. Elle donne d’excellens mortiers.
- Les chaux maigres proviennent de pierres calcaires qui renfer-
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- ment des proportions assez fortes de carbonates de magnésie et de fer. Elles sont grises, s’échauffent peu et augmentent moins de volume par l’extinction; elles donnent avec l’eau une pâte courte et peu liante. C’est à la magnésie, qui en constitue souvent plus du quart, qu’elles doivent ces caractères. On doit les exclure des constructions, les mortiers dans lesquels elles entrent n’ayant que peu de ténacité.
- Les chaux hydrauliques ont pour caractère essentiel de former avec l’eau une pâte courte qui, à l’air, ne prend qu’une médiocre consistance, tandis qu’elle durcit considérablement sous l’eau, au bout de quelques jours. Cette propriété remarquable, qui rend ces sortes de chaux si précieuses pour toutes les constructions hydrauliques , est due, d’après MM. Yicat et Berthier, à la présence d’une certaine quantité d'argile, c’est-à-dire de silice et d’alumine. Par la calcination, la chaux s’est unie à ces dernières substances, et a donné lieu à des composés salins qui, par le contact de l’eau, se transforment en hydrates excessivement durs et compactes (1).
- Ce sont les calcaires argileux, comme ceux de Nîmes, de Metz, deLezoux (Puy-de-Dôme), deSénonches (Eure-et-Loir), qui fournissent les chaux les plus hydrauliques.
- Les travaux de MM. Berthier et Yicat ont encore appris qu’on peut préparer des chaux hydrauliques artificielles, en ajoutant aux chaux ordinaires de l’argile en certaines proportions. C’est ce que MM. Brian et de Saint-Léger ont fait. Ils préparent une énorme quantité de cette chaux, aussi bonne que celle de Sénonches, en mêlant 4 parties de craie de Meudon et 1 partie d’argile de Passy, en volumes, et soumettant à une calcination convenable la pâte qui en résulte, après l’avoir façonnée en briques. C’est cette sorte de chaux qu’on emploie exclusivement dans les constructions de Paris, en la convertissant en ciment par le mélange, en volumes, de 2 parties de sable siliceux, et de 1 partie de chaux en pâte consistante. Son usage pour la construction du canal Saint-Martin a procuré, dit on, une économie de plus d’un million de francs sur les anciens modes de construction. Il y a quelques années, une fabrique de chaux artificielle fut établie au village de la Mi-Yoie, à une lieue de Rouen, pour la construction du pont de pierre de cette ville.
- Les anciens connaissaient les chaux hydrauliques, et c’est à
- (1) Il parait aussi, d’après les récentes expériences de M. Vicat, que la magnésie, lorsqu’elle intervient en proportions de 30 à 40 parties, peut rendre hydrauliques 40 parties de chaux très pure. C’est parce que les chaux naturelles du Lardin ( Dordogne ) renferment 42 pour 0/0 de magnésie, qu’elles jouissent si parfaitement de l’hydrauli-cité. Ces faits prouvent que les dolomies (double carbonate de chaux et de magnésie naturel ) peuvent servir à obtenir de très bonnes chaux hydrauliques, et on commence à en lircr parti sous ce rapport.
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- leur emploi que leurs cimens devaient leur extrême solidité. Tout ïe monde a entendu célébrer le ciment romain dont la dureté a bravé les outrages de tant de siècles! Deux Anglais, Parker et Wyath, sont parvenus, en 1796, à imiter le ciment romain, en préparant avec des pierres calcaires très-argileuses , compactes et tenaces, des comtés de Sommerset et de Glamorgan, une variété de chaux hydraulique qui a la propriété de se solidifier pres-qu’instantanément, comme le plâtre, soit aucontact de l’air, soit au milieu de l’eau, lorsqu’on l’a gâchée en pâte un peu consistante. On fait un usage considérable de cette chaux, sous le nom de ciment romain, pour le maçonnage des fondations, des caves, des citernes, des aqueducs, etc. Les bâtimens anglais la prennent comme lest pour la transporter jusque dans les Indes.
- On a trouvé aux environs de Boulogne-sur-Mer, à Pouilly (Côte-d’Or), à Yassy (Haute-Marne), en Russie, etc., des calcaires qui fournissent une espèce de chaux tout-à-fait semblable au ciment romain des Anglais. Les cimens de Pouilly et de Yassy sont supérieurs à ce dernier pour toutes les constructions.
- Un fait très intéressant, mis en évidence, en 1840, par MM. Kuhlmann et Vogel, c’est l’existence des sels alcalins à bases de potasse et de soude dans toutes les pierres calcaires d’ancienne ou de nouvelle formation. Ces chimistes ont reconnu dans les calcaires des quantités notables de chlorures de potassium et de sodium, des silicates de potasse et de soude, des sulfates et des carbonates alcalins des mêmes bases. Or, pendant la calcination de ces calcaires, les silicates alcalins décomposés par la chaux vive, ou même le carbonate de chaux, donnent lieu à la production de potasse et de soude caustiques ou carbonatées, qui restent dans la chaux obtenue et augmentent sa causticité. Voilà pourquoi la première eau, qu’on met en contact avec la chaux, donne toujours une eau de chaux plus alcaline que la seconde, ainsi que Descroizilles l’avait reconnu il y a déjà bien long-tems. L’existence des oxydes ou carbonates alcalins dans la chaux explique encore la présence de l’azotate de potasse tout formé dans la lessive des salpétriers, comme aussi la production des efflorescences à la surface des murailles. D’après M. Kuhlmann, ces efflorescences salines sont généralement formées de carbonate et de sulfate de soude. Les murailles, récemment bâties avec du mortier et des pierres ou des briques , donnent lieu, en outre , à des exsudations de potasse caustique ou carbonatée, chargées de chlorures de potassium et de sodium.
- Il n’est pas sans intérêt, comme vous voyez, de bien connaître la nature et l’origine de ces efflorescences des murailles, pour ne pas, dans des exçertises judiciaires relatives à des travaux de construction, attribuer à une nitrification ce qui n’est qu’un résultat ordinaire indépendant de l’architecte.
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- Employée de toutes les manières dans les fabriques de produits chimiques, dans les ateliers de teinture et d’indienne, les usines d’éclairage, chez les tanneurs pour conserveries peaux, par les agriculteurs pour chauler les grains , la chaux est surtout appliquée journellement k la préparation des cimens, mortiers et bétons. On donne ces noms à des mélanges en proportions variables de chaux hydrauliques ou de chaux grasses, de sable, d’argile et d’eau, qui servent à réunir et k souder, pour ainsi dire, ensemble les moellons et les pierres de construction.
- Il est un autre sel de chaux non moins utile que le carbonate, et qui, comme ce dernier, sert principalement dans la bâtisse. C’est le sulfate de chaux, plus connu sous les noms vulgaires de gypse, de sëlénite et de plâtre.
- Il est très commun dans la nature, soit en cristaux qui se présentent en prismes volumineux, en fines aiguilles , en lames , en rosaces, en lentilles, en fer de lance , soit en masses à tissu laminaire, fibreux, grenu, compacte ou terreux. 11 forme des bancs plus ou moins épais dans les parties supérieures des terrains de sédiment. Il constitue souvent aussi des collines peu étendues , arrondies, comme celles de Montmartre, de Pantin, de Belleville, de Ménilmontant, aux portes de Paris.
- Les cristaux de sulfate de chaux sont si tendres que l’ongle les raye facilement. Les lames transparentes et jaunâtres de ce sel, qui ont la propriété de décomposer la lumière et d’offrir ainsi des effets de couleur très jolis, sont désignées, par les carriers, sous les singuliers noms de pierre à Jésus, de miroir d'âne (1). Les variétés compactes sont appelées pierre à plâtre des Parisiens. Les variétés à tissu laminaire et saccharoïde constituent Yalbâtre gypseux ou blanc, qu’on travaille et. qu’on polit pour en faire des objets d’ornement d’un très bel aspect. On distingue aisément cet albâtre de l’albâtre calcaire dont nous avons parlé précédemment, à sa tendreté, à sa fragilité, et surtout parce qu’il ne fait pas effervescence, comme ce dernier, avec les acides.
- C’est à Florence et à Vol terra, en Toscane, que l’on confectionne la plus grande partie des ornemens en albâtre blanc. L’art de le
- (1) Chez les Romains,ces lames portaient le nom de pierres spéculaires, du lutin spe-çulam, miroir. C’esl au tems de Senèque qu’on doit rapporter l’origine et l’usage des pierres spéculaires. Les Romains s’en servaient pour garnir leurs fenêtres, comme nous y employons le verre, pour les litières des dames et pour les niches, afin de pouvoir considérer l’ingénieux travail des abeilles. Ils les employaient aussi en gu ise de tuiles, disposées de manière à imiter le plumage de la queue du paon; c’est ce qu’ils appelaient loits clepaon. L’usage de la pierre spéculaire était si général, qu’il y avait des ouvriers dont l’unique profession était de la débiter en feuilles cl de la poser. Le nom de pierre séculaire était aussi donné au mica et au talc, minéraux très différons du sulfate de chaux par la composition, mais pouvant, comme lui, se diviser en feuillets écailleux et Irunsparens.
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- travailler était inconnu en France en 1806. Nous devons l’importation de cette industrie au sieur Gozzoli, qui, le premier , en établit une fabrique dont les produits firent partie de l’exposition de 1819. L’albâtre de la carrière de Dammard, près de Lagny (Seine-et-Marne ), que sa teinte fauve à veines fondues fait nommer albâtre gris, est très employé maintenant pour former des carreaux, des chambranles, des socles de pendules , des vases, des fûts, etc., ornés de sculptures en albâtre blanc rapportées.
- Sous ces diverses formes, le sulfate de chaux est un hydrate, contenant 20 p. % d’eau de combinaison. Dans les terrains anciens, il existe un sulfate de chaux anhydre ; les minéralogistes l’appellent karsténite ; une variété de ce minéral, qui est légèrement siliceuse, et de couleur grise bleuâtre assez agréable, est employée en Italie pour faire des tables et des cheminées sous le nom de marbre de Bergame ou de Bardiglio', on la tire de Vulpino , à 66 kilomètres de Milan.
- Le sulfate de chaux est blanc, insipide, indécomposable par le feu le plus violent, presqu’infusible. Il faut 332 parties d’eau à -f» 10°, suivant M. Lassaigne; 393 parties d’eau à -f-35°, suivant M. Poggiale, pour en dissoudre une partie. C’est donc un des sels les moins solubles, et l’eau bouillante ne s’en charge pas d’une plus grande quantité que l’eau froide. Celle-ci, d’ailleurs, n’en peut plus dissoudre la moindre trace, quand elle contient un peu d’esprit de vin.
- Voici une expérience qui va vous donner une idée éxacte du peu de solubilité du sulfate de chaux dans l’eau. Je verse dans une solution claire et un peu concentrée d’azotate de chaux > de l’acide sulfurique du commerce. Aussitôt, il se produit un dépôt abondant qui, en absorbant l’eau du mélange, se solidifie presqu’instantanément. C’est du plâtre que je viens de former. Cette conversion subite de deux liquides en un corps solide étonnait beaucoup les anciens chimistes, qui avaient désigné ce phénomène sous le nom de miracle chimique.
- Un des principaux emplois du sel dont nous parlons, est de servir comme matière plastique dans les constructions. Mais, pour cet objet, on lui fait subir une calcination qui le dépouille de son eau de cristallisation. La fabrication du plâtre ( nom que l’on donne surtout au sulfate ainsi desséché, d’un mot grec qui veut dire façonner, mouler j, est une industrie très productive pour certaines localités, et notamment pour Paris, qul lui doit une grande partie de sa richesse. En effet, l’exploitation des carrières de Believillc, de Ménilmontant et de Montmartre, qui avait déjà lieu au xivc siècle, est considérable, et fournit du plâtre à presque tout le reste de la France. On en expédie même en Angleterre et en Amérique. Le département de la Seine en consomme environ 7 millions d’hectolitres par an.
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- l a cuisson du plâtre s’opère habituellement dans des fours d’une construction fort simple et qui se rapproche beaucoup de celle des fours à chaux. En voici la figure.
- On remplit d’abord ces fours jusqu’à près de la moitié de leur capacité avec des blocs de plâtre cru, que i’on dispose en tas soutenus par une espèce de pont de plusieurs arches. I.es piles et les voûtes de ces arches sont faites avec des morceaux de plâtre choisis. Les voûtes sont d’abord chargées avec les plus gros fragmens, entre lesquels on ménage des interstices. On achève de remplir avec des morceaux plus petits, et on recouvre la partie supérieure avec les mêmes fragmens et la poussière du plâtre écrasé durant l’exploitation. Les fours étant pleins, on allume dans chaque arche un feu de bois ou de fagots, que l’on conduit doucement pour obtenir une température aussi égale que possible dans toute la masse. La flamme, en traversant les intervalles des blocs , dessèche et calcine le plâtre. Mais cette calcination est toujours très imparfaite; aussi, le plâtre obtenu est un mélange de trois qualités, dont deux sont inertes pour le maçon; ce sont celles qui n’ont pas été assez calcinées, ou qui l’ont été trop; elles ne font pas prise avec l’eau.
- Long-tems on a pensé que la cuisson du plâtre nécessitait une chaleur de plus de -f 200°; mais les expériences de MM. Gay-I.ussac et l’ayen ont démontré qu’elic s’opère entre la limite de+ 80° et celle du rouge-brun, et qu’en deçà et au-delà on obtient un produit inerte, qui ne peut absorber l’eau. Il résulte de là que cette cuisson se trouve réduite à une simple dessication, qu’il sera désormais très facile d’opérer au moyen de la vapeur d’eau, et sans se servir des fours employés actuellement.
- Le plâtre convenablement cuit, réduit en poudre et gâché avec son volume d’eau, dégage de la chaleur, et se prend, au bout de quelques instans, en une masse ferme, qui devient très dure et résistante. Ces effets dépendent de ce que le sulfate calciné reprend son eau de cristallisation, et cristallise ensuite, de manière que ses cristaux s’entrelacent et forment une masse très serrée. On observe que le plâtre se gonfle au moment de sa solidification , surtout s’il est pur ; c’est, l’effet qui accompagne ordinairement les cristallisations confuses. Pour diminuer ce gonflement, dans, le cas où il deviendrait nuisible à leurs travaux, les ouvriers ajoutent au plâtre diverses poussières, comme de la cendre, etc.
- Le plâtre récemment cuit doit être privé du contact de l’air, surtout quand celui- ci est humide ; autrement, il absorbe peu à peu de l'humidité,
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- repasse à l’état d’hydrate, et ne peut plus faire prise avec l’eau quand on le gâche. On dit communément alors qu’il est éventé. (1)
- Le plâtre le plus pur est employé par les mouleurs pour la décoration, par les graveurs pour prendre des empreintes de médailles, et par les stucateurs pour faire cette composition nommée stuc, qui imite parfaitement toutes sortes de marbres, et qui en partage tous les avantages , comme le poli, la finesse et les belles couleurs.
- On fait le stuc en délayant le plâtre récemment cuit et très fin dans une solution de colle de Flandre blanche, encore chaude, de manière à obtenir une pâte de consistance molle, et en ajoutant à cette pâte diverses substances colorantes, avec lesquelles on veut reproduire les teintes des marbres. Ces substances colorantes sont les mômes que celles qui servent dans la peinture à fresque et la peinture en bâti mens. Lorsque le mélange est sec, on le polit, d’abord avec la pierre-ponce, puis avec la pierre à aiguiser et le tripoli. On lui donne le dernier lustre en le frottant fortement avec un morceau de feutre et de l’eau de savon , et enfin avec de l’huile seule.
- La fabrication du stuc, qu’on emploie pour faire des lambris, des colonnes, parqueter des appartemens, est poussée à un haut degré de perfection, notamment par les ouvriers italiens. On reconnaît ces faux marbres à ce qu’étant moins bons conducteurs du calorique, ils ne communiquent pas à la main ce froid que l’on ressent au contact du marbre naturel, et parce qu’ils sont bien moins durs.
- Le stuc a été inventé par Mathieu Damrny, fils d’un marbrier de Cônes, né dans le courant du xvne siècle. C’est à Paris qu’il a fait connaître, pour la première fois, la composition de cette substance (1).
- On a trouvé récemment ( 1839 — 1841) les moyens de durcir considérablement le plâtre. M. Keène, de Londres, et après lui MM. Savoie et Greenwood, de Paris, font tremper pour cela le
- (1) Les anciens connaissaient le plâtre. Chez les Romains, ons’en servait pour crépir ainsi cpie pour orner les écussons et les coitronnemens des édifices. Pline recommande d?employer le gypse lorsqu’il est détrempé, car il durcit très vite. Cet auteur fait connaître un empoisonnement par le plâtre cuit. « Proculeius, ami intime d’Auguste, dit-il, avala du gypse dans un accès de douleur d’entrailles, et se donna ainsi la mort. » (Hist. nat. lib. 3G, § .r>9.) C’est peut-être ce fait qui donna lieu à l’opinion si répandue que le gypse était un poison. — Les anciens se servaient de vieux plâtres, puisque Théophraste dit expressément: « on peut séparer le plâtre des bâti mens, et le brûler une seconde fois pour l’employer de nouveau. » M. Berthier a l'ail tout récemment la même recommandai ion.
- (2) Chez les anciens les couleurs employées dans la peinture à Fresque étaient appliquées humides à la surface d’une espèce de stuc formé de marbre pulvérisé et lié par la chaux. C’est ce que Vitruvc appelle opus albarium ou coronarium.
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- pliitre déjà cuit dans un bain saturé d’alun , pendant 6 heures, puis, après la dessiccation de ce plâtre aluné, ils le cliaulTent jusqu’au rouge brun. La quantité d’alun absorbée s’élève de 2 à 2 1/2 p. % —. M. Sorel gâche le plâtre avec une solution de sulfate de zinc neutre à 8 ou 10° de l’aréomètre. — M. Kuhlmann gâche le plâtre avec une dissolution de silicate de potasse.
- Le plâtre qui a subi ces additions devient, après le moulage, excessivement dur; il adhère avec une grande énergie au bois et à la pierre , et, par conséquent, il est plus propre que le plâtre ordinaire pour les scellemens, les jointemens, les moulures et décorations exposées à l’air, pour le badigeon des édifices qu’il protège très efficacement. Mêlé avec une quantité égale de sable, le plâtre,durci par l’alun , donne des produits d’une grande ténacité ; c’est à cet état qu’on l’emploie presqu’exclusivement en Angleterre, où, depuis 1839, on a commencé à en faire usage. La Société d’Encouragement s’est assurée, en 1841, de tous les avantages du plâtre aluné, et a reconnu qu’il convient parfaitement pour faire des enduits qui résistent à l’action de l’air et de l’eau dans les constructions exposées aux alternatives de sécheresse et d’humidité, pour mouler des objets d’arts, statues, bustes,bas-reliefs, etc., qui ont l’aspect du marbre,, pour faire des stucs d’une très grande beauté , et qui sont plus durs, plus homogènes, et plus faciles à polir que les stucs préparés avec le plâtre ordinaire. Un des grands avantages du plâtre aluné, c’est qu’il exige de 1 à 2 heures pour faire prise, en sorte qu’on peut, pendant ce tems, le remanier sans inconvénient, et qu’il n’y a aucun déchet. —• Le plâtre durci par le sulfate de zinc a cet autre avantage sur le plâtre commun, pour le scellement des pièces en fer dans les maçonneries , qu’il paraît préserver le métal de l’oxydation.
- On fait encore un grand usage du plâtre en agriculture, pour amender les terres destinées à être converties en prairies artificielles. Cette application, qui ne date que du siècle dernier, est une des plus précieuses conquêtes de l’agriculture moderne; elle s’est propagée rapidement en Europe, et elle a été introduite en Amérique par le célèbre Franklin. Voulant démontrer à ses compatriotes les bons effets du plâtre dans ce cas, l’illustre physicien écrivit en gros caractères, au moyen de poussière de plâtre : Ceci a été plâtré, sur un champ de luzerne placé près d’une grande route aux environs de Washington. Dans tous les endroits qui avaient été recouverts de la poudre, une magnifique végétation se développa, en sorte qu’à la surface de la prairie, on pouvait lire distinctement encore les caractères tracés par la main du philosophe américain. Une démonstration si évidente valait les meilleurs écrits; elle porta ses fruits, et depuis cette
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- époque les Américains s’approvisionnent à Paris d’une énorme quantité de cette'précieuse substance.
- Le sulfate de chaux, malgré son peu de solubilité, se trouve en dissolution dans la plupart des eaux qui coulent à la surface de la terre; les eaux de sources, et surtout les eaux de puits des terrains calcaires, en sont pour ainsi dire saturées. Ces sortes d’eaux sont vulgairement appelées dures ou crues, parce qu’elles sont de difficile digestion, qu’elles ne peuvent cuire les légumes ni dissoudre le savon, et qu’elles laissent une croûte épaisse sur les parois des vases dans lesquels on les évapore.
- Outre ces caractères, qui suffisent dans la plupart des cas pour les faire reconnaître, les eaux sélcniteuses agissent d’une manière particulière sur certains réactifs qui, par là, servent à les distinguer. Ainsi, elles donnent avec Y azotate de baryte un précipité blanc pulvérulent, insoluble dans les acides, et avec Yoxalate d’ammoniaque, un précipité tout-à-fait semblable. Le premier réactif précipite l’acide sulfurique, le second isole la chaux.
- Les eaux séléniteuses ne peuvent servir aux travaux des ateliers de blanchiment et de teinture, à cause de leur action sur le savon et la plupart des matières colorantes; elles ne peuvent non plus être utilisées dans les cuisines, puisqu’en cédant aux végétaux qu’on y cuit leur sulfate de chaux, celui-ci durcit considérablement le tissu végétal en s’y combinant.
- Il est possible cependant de les rendre propres à tous les besoins domestiques, et d’en isoler le sulfate de chaux, en y ajoutant, quelque tems avant d’en faire usage, une suffisante quantité de carbonate de soude. Par la réaction de ce sel sur le premier, il se fait du carbonate de chaux, qui se dépose, et du sulfate de soude, qui reste en dissolution dans l’eau, à laquelle il ne communique aucune fâcheuse propriété. 322 grammes de cristaux de soude suffisent pour purifier un hectolitre d’eau aussi séléniteuse que possible. Après l’addition du sel de soude, on laisse reposer l’eau, et quand elle est bien éclaircie, on la décante pour s’en servir. La purification d’un hectolitre d’eau, par ce moyen si simple, ne revient pas à 15 centimes 1
- Les eaux calcaires ont le grave inconvénient, lorsqu’elles servent à alimenter une chaudière à vapeur, de former un dépôt de carbonate et de sulfate de chaux, qui s’attachent aux parois du vase,etforinentdes incrustations plus ou moins épaisses, qu’on appelle calcin dans les ateliers. désincrustations ont presque toujours la même composition. D’après M. Penot,
- on y trouve le plus souvent :
- Sulfate de chaux. . •................4G,20
- Carbonate de chaux...................52,5G
- Substances diverses.....................1,24
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- Ces croûtes calcaires , qui s'attachent aux parois intérieures des chaudières, présentent des inconvéniens déplus d’une espèce. Empêchant le contact immédiat du liquide avec le métal, elles retardent la transmission de la chaleur ; elles portent obstacle à une bonne utilisation de la chaleur du foyer; il faut donc consommer plus de combustible pour porter l’eau à l’ébullition et l’y entretenir ; déplus, ces croûtes donnent lieu fréquemment à l’altération des chaudières dans les parties les plus rapprochées du foyer, et dont la température peut s’élever au point de permettre la combustion du métal, ou du moins la dislocation des joints de la tôle. Elles produisent encore parfois un autre effet non moins grave, et celui-là est de nature à éveiller toute l’attention des maîtres et des ouvriers, c’est le danger de l’explosion. — Lorsque, par quelque tems de travail, des croûtes assez épaisses se sont formées au fond des chaudières, et que, par suite de la rupture de ces croûtes, déterminée par la grande dilatation du métal où elles étaient adhérentes, le liquide est tout-à-coup mis en contact avec des parties de métal chauffées à une température excessive, il se forme subitement une masse de vapeur telle, qu’elle agit sur la chaudière comme le ferait un violent coup de marteau , et peut en déterminer l’explosion malgré l’existence des appareils de sûreté.
- Pour remédier à ces inconvéniens, on est obligé, dans les fabriques, d’enlever les dépôts calcaires tous les quinze à vingt jours ; mais, comme ils sont très adhérons à la chaudière, et d’autant plus qu’il y a plus de tems qu’ils sont en contact avec le métal, on est obligé de recourir au battage avec des instrumens aciérés, qui ne sont pas sans attaquer le métal. Ce battage, d’ailleurs, prend beaucoup de tems , de là un chômage dans le travail, et nécessairement une perte d’argent p lus ou moins considérable.
- Quelquefois aussi, mais plus rarement, on attaque les incrustations calcaires au moyen de l’acide chlorhydrique qui dissout, s’il est employé en quan tité suffisante, tout le carbonate, et désagrège, dans tous les cas, la croûte adhérente aux parois des chaudières. Je n’insiste pas sur ce moyen de nettoyer les chaudières, car il est bien plus simple et plus rationnel de s’opposer à la formation des dépôts qui s’incrustent et transforment, pour ainsi dire , les chaudières en carrières de pierres calcaires. On a trouvé fort souvent des incrustations de 10 à 15 centimètres d’épaisseur! Ces incrustations se présentent aussi parfois dans les tuyaux d’alimentation, dans les condenseurs et jusque dans les cylindres des machines à vapeur.
- Lorsqu’on examine le calcin, on voit qu’il est composé de cristaux bien apparens. M. lvuhlmann, professeur de chimie à Lille, considère la cristallisation des sels calcaires comme la cause essentielle de la solidification des croûtes des chaudières, et il affirme que si l’eau des générateurs pouvait être maintenue continuellement dans un état de grande agitation, l’on s’opposerait à la cristallisation du carbonate et du sulfate de chaux, et, par conséquent, à la formation de tout dépôt dur et adhérent. Ce qui vient confirmer cette opinion, c’est qu’il a observé que les générateurs qui travaillent jour et nuit ne s’incrustent pas si facilement, proportionnellement à la quantité d’eau vaporisée, que ceux qui chôment la nuit.
- Depuis longtems on a proposé bien des moyens d’empêcher celte incrustation des chaudières. On a employé successivement, avec plus ou moins de succès, à la dose d’un kilogramme par force de cheval, les pommes de terre, les radicules d’orge provenant de la préparation de la drèche chez les
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- brasseurs, el autres substances amylacées ; un mélange de plombagine et do graisse avec lequel on frotte les parois intérieures des chaudières ; l’argile délayée, conseillée, dèsl82i, par Pelouze père ; leverrepiléou en fragmens; des rognures de ferblanc, de tôle ou de zinc, qui, par leur mouvement continuel au sein de l’eau, opèrent le recurage des parois et s’opposent à toute incrustation. En 1859, MAI. Néron et Kurtz ont indiqué la décoction concentrée de tan ou de bois de Campêche, ou la poudre et les copeaux de ce bois tinctorial, ou même l’extrait résineux de Campêche, que le commerce fournit à très bas prix. Ils ont reconnu que la décoction à 10 ou 20° de concentration, employée k la dose d’un litre par 1,000 litres d’eau, ou la poudre, à la dose de 1 kilogramme par force de cheval, s’opposent complètement k toute incrustation. Avec ces proportions, les chaudières peuvent marcher pendant six semaines k deux mois ; lorsqu’on les ouvre, l’eau, en s’écoulant, entraîne avec elle un dépôt boueux, et les parois des chaudières sont parfaitement nettes. M. Roard a proposé, dans le même but, la poudre d’acajou. Un de mes anciens élèves, M. Saillard, a fait adopter depuis peu , pour les paquebots à vapeur , l’emploi d’un sel de potasse ou de soude k acide colorant et organique, qui prévient les dépôts de sel dans les générateurs alimentés avec l’eau de mer. L’efficacité des matières colorantes, dans tous ces cas, n’est pas douteuse. Les parcelles calcaires, les sels peu solubles, en passant de l’état de dissolution à l’état solide, se trouvent enveloppés de matière colorante, qui a pour ces sels une certaine affinité. Cette enveloppe les empêche de se joindre et d’adhérer entre elles ainsi qu’au fer de la chaudière. Cette espèce d’habit de la molécule saline est un préservatif contre l’affinité d’aggrégation.
- Enfin, Aï. lvuhhnann fait usage, pour arriver au même but, de carbonate de soude, qui détermine la précipitation du carbonate de chaux et la décomposition du sulfate de chaux, en particules très ténues. Le carbonate de chaux tel qu’on l’extrait des chaudières , après un mois ou six semaines de travail, est k l’état d’une division extrême ; aucune adhérence ne se remarque , celle des anciennes croûtes des chaudières est même détruite. Avec une eau très calcaire, il ne faut que 100à 150 grammes de sel de soude à 80° alcalimétriques, par force de cheval et par mois de travail. Celte quantité devient plus considérable, lorsque l’eau contient en outre du sulfate de chaux, et elle est proportionnelle k la quantité de sel séléniteux dissous dans l’eau et k la masse de liquide qu’il s’agit de vaporiser. Le procédé a été expérimenté avec plein succès k Lille et k Arras.
- Le charbon, dont je vous ai signalé les heureux effets pour la désinfection et la dépuration des eaux, n’agit pas seulement en leur enlevant les matières organiques odorantes, il possède encore la non moins précieuse qualitéde les dépouiller de la plus grande partie des matières salines qu’elles tiennent en dissolution , et notamment des sels calcaires. Mais, c’est uniquement le noir animal qui jouit de cette propriété, découverte en 1822, par Aï. Paven. Je vais la mettre en évidence, en agitant de l’eau saturée de chaux avec une petite quantité de noir animal en poudre. Au bout de 15 k 20 minutes, on filtrera le liquide, et vous verrez qu’il aura perdu la faculté de verdir le sirop de violettes, de précipiter en blanc par l’acide oxalique, caractères qu’il manifestait k un très haut degré avant d’être mis en contact avec le charbon.
- D’après cela , vous devez déjà l’entrevoir, il v aura un grand avantage à
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- remplacer le charbon de bois par le charbon animal pour la dépuration des eaux , et spécialement pour celles qui seraient altérées tout à la fois et par des matières organiques en fermentation et par des sels calcaires en dissolution. Je vais vous faire connaître une circonstance qui peut se représenter à chaque instant, et dans laquelle j’ai tiré un parti bien avantageux de cette propriété du noir animal d’absorber la chaux et les autres substances salines.
- Tout le monde sait que, pour s’opposer aux filtrations d’eau, on pave ou on dalle le sol des citernes à mortier de chaux et ciment, et qu’on élève les murs de ces réservoirs avec des pierres calcaires ou des silex réunis par la chaux et le ciment, ou revêtus d’un enduit de chaux hydraulique. Or, dans les premiers tems qui suivent l’achèvement des travaux, l’eau qui séjourne dans les citernes se sature de chaux qu’elle enlèye aux parois, et elle est alors peu propre aux besoins domestiques.
- En 1855, chez un de mes amis, feu Arsène Maille, à la Vaupalièrc , près Rouen, on avait reconstruit à neuf la citerne du château du Parquet, et ses murs avaient été cimentés avec beaucoup de soin. Lorsque, quelques mois après, on voulut faire usage de l’eau qu’elle contenait, on lui trouva une saveur âcre si prononcée, qu’il fut impossible de l’employer au service de la cuisine. Cette mauvaise qualité de l’eau provenait de la chaux qu’elle avait enlevée au ciment nouveau. On vida la citerne à plusieurs reprises, dans l’espoir que la quantité de chaux en excès à l’état caustique, dans le ciment, serait bientôt épuisée; mais il en fut autrement: l’eau conserva , pendant plus de six mois, sa saveur âcre et urineuse, ainsi que sa causticité. Ne sachant plus comment remédier économiquement à un si grave inconvénient qui privait toute sa maison d’eau potable, M. Arsène Maille vint me raconter son embarras et réclamer mes conseils. Je lui parlai aussitôt de la faculté d’absorption par la chaux que possède le charbon animal; je lui en lis la démonstration ainsi que je viens de vous la faire, et je l’engageai à jeter dans sa citerne une douzaine de kilogrammes de noir animal pulvérisé. C’est ce qu’il fit avec le plus grand succès, puisque quelques jours après l’emploi du noir, l’eau de la citerne ne renfermait plus de chaux en solution. Depuis 10 ans, la citerne a tou jours fourni de très bonne eau.
- Des expériences subséquentes m’ont appris que les meilleures proportions de noir animal à introduire dans une citerne récemment construite °u cimentée à neuf, sont de 10 à 12 kilogrammes par muid ou 4 kilogrammes environ par hectolitre.
- Ainsi que je m’en suis assuré par de nombreuses expériences , faites en 1859 et 1840, tous les genres de sels, toutes les solutions minérales, à Peu d’exceptions près, sont attaqués par le noir animal qui absorbe complètement les matières inorganiques, à froid, et sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir la température de l’ébullition, pourvu, toutefois, qu’on emploie des quantités convenables de noir et qu’on prolonge suffisamment la durée du contact. Si l’on agite les liquides avec le 1/12e seu-lement de leur poids de noir en grains , l’action absorbante n’est effectuée qu’au bout de 15 à 20 jours ; elle est terminée en moins de 8 jours, si on °mploie 1/5 ou 1/4 de noir pour les liquides non saturés. Si l’on opère à la température de l’ébullition, la réaction est complète au bout de quelques heures. Dans aucun cas, le charbon végétal ne jouit de cette propriété,
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- soit à chaud soit à froid; il n’enlève que des traces des matières salines dissoutes dans les liquides, et alors même que la durée du contact est prolongée pendant des mois entiers (1).
- J’ajouterai que tout récemment, en 1841, j’ai assaini complètement l’eau des citernes de M. Delaistre, propriétaire;! Pissy-Pôville, eny faisant jeter plusieurs kilogrammes de noir animal. L’eau était devenue louche, infecte et sapide', à tel point qu’on ne pouvait plus l’employer en boisson. Quarante-huit heures après l’addition du charbon, elle avait repris toutes les qualités d’une eau pure, et depuis dix mois elle en a gardé les caractères.
- Vous voyez, par ces faits, que les propriétaires et les agriculteurs, moyennant une très faible dépense, et sans nui embarras, sont désormais assurés de pouvoir entretenir, pour ainsi dire indéfiniment, dans un état de pureté parfaite, l’eau de leurs réservoirs souterrains.
- VINGTIÈME LEÇON.
- B’ASaamSEse.
- Sommaire. — De I’Alumese.— Corindon et Emeri. — De l’Alun. — Procédés divers à l’aide desquels on l’obtient pour les besoins de l’industrie — Ses propriétés et ses applications. — Des argiles et des poteries : porcelaine, faïence, vases de grès, briques, creusets, etc. — Terre glaise, terre à foulon , marne , ocres jaunes , rouges et brunes. — De la Silice ou cristal de roche. — Ses formes très-variées dans la nature. •— Pierres précieuses. — Des silicates on verres. — Découverte du verre. — Des diverses espèces de verre du commerce. — Verre filé, verre soluble, verre coloré. — De la peinture sur verre. — De l'azur. — Du strass et des pierres précieuses factices. — DeS émaux.—De la gravure sur verre et de I’Acide fluorique qui sert pour cet objet.
- Il n’est aucun de vous, Messieurs, qui ne connaisse, au moins de nom, le sel qui, sous la dénomination vulgaire A'Alun, rend des services si importans à nos teintureries et à nos fabriques d’indienne, et qui ne sache que les poteries de toutes sortes sont confectionnées avec ces terres argileuses dont nos terrains recèlent tant de dépôts. Eli bien ! la base essentielle de ces diverses substances, si curieuses à étudier, est un oxyde métallique de la deuxième section de notre méthode ; c’est I’oxyde d’ALUMiNU151 ou alumine , dont nous devons vous dire quelques mots.
- Cet oxyde est assez rare à l’état de pureté, dans la nature. On le trouve, affectant une forme régulière ou cristalline, dans les Indes-Orientales, le Thibet, Elle de Ceylan, etc. Il est connu des lapidaires sous le nom de Corindon, et il constitue alors la pierre précieuse la plus dure et la plus recherchée, après le diamant. Cette pierre s’appelle rubis, quand elle est colorée en rouge de
- (1) Sur une nouvelle application du charbon animal, par J. Girardin. ( Extrait é®* travaux de la Société centrale d’Agriculture de Rouen, t. 11, p. 132.)
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- DE L ALUMINE.
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- feu; topaze orientale, quand elle est d’un beau jaune citron ; saphir oriental, si elle a une couleur bleue; améthyste orientale, si sa teinte est pourpre ou violette.
- l'Emeri ou Etneril dont on fait tant usage dans lesarîs, en raison de sa dureté, pour user, aplanir, ou disposer au poli les glaces, les cristaux , les métaux, les marbres et les aciers, n’est autre chose que du corindon en grains irréguliers, mêlé à beaucoup d’oxyde de fer. 11 est surtout très abondant, sous cette forme, dans l’ilc de Naxos, au cap Emeri, dans les îles de Jersey et de Guernesey.
- Avant de l’employer à l’usure et au polissage dos corps durs , on réduit l’émeri en poudre line sous des meules d’acier, et on délaye ensuite cette poudre dans l’eau, que l’on décante à plusieurs reprises, afin d’avoir des dépôts de plus en plus fins.
- Dans les ilacons que l’on dit bouchés à l'émeri, on a usé le bouchon de verre dans le col même du vase , à l’aide de cette substance ; aussi l’adhérence est-elle parfaite, qualité très importante pour conserver à l’abri de l’air les liquides volatils ou facilement altérables.
- Le papier de verre, si employé et si commode pour faire disparaître la rouille de la surface des ustensiles en fer, est préparé de la manière suivante. On imprègne d’une forte dissolution de colle-forte une feuille de papier, puis on la saupoudre avec de l’émeri fin ou du grès pulvérisé. Le verre ou la ponce pilés produisent le meme elfet. On recouvre ensuite la feuille saupoudrée d’une autre feuille sur laquelle on passe un rouleau en appuyant fortement, afin que toutes les parties pulvérulentes adhèrent au papier. On secoue celui-ci lorsqu’il est sec, pour faire tomber tout ce qui n’est pas solidement fixé. On varie la finesse des matières du res qui recouvrent ce papier, suivant qu’on veut donner au fer un poli plus ou moins beau.
- L’alumine des laboratoires est une poudre légère, blanche, insipide, inodore, que la chaleur de nos plus violens feux de forge ne peut faire entrer en fusion. C’est sur cette dernière propriété qu’est fondé l’usage général que F on fait des terres alumineuses pour la construction des fourneaux, des creusets et autres ustensiles en poterie, qui doivent aller au feu. Mais l’alumine devient fusible, dès qu’elle est mêlée à quelque oxyde alcalin , à la chaux, par exemple ; aussi les argiles sont-elles d’autant plus estimées qu’elles contiennent moins de chaux et plus d’alumine.
- Cet oxyde terreux est tout-à-fait insoluble dans l’eau , malgré la grande alTinité qu’il manifeste pour elle. 11 l’absorbe avec promptitude , s’y délaye aisément et forme, avec une suffisante quantité de liquide, une pâte liante, propriété qu’il communique à toutes les matières avec lesquelles il se trouve mêlé naturellement ou à dessein. Cette pâte, exposée à l’action du feu, se dessèche, durcit et acquiert une telle cohésion , qu’elle ne peut plus se délayer dans l’eau et qu’elle résiste pendant long-temsà.
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- l’action des liquides les plus énergiques. C’est ce changement de propriétés par la cuisson, qui rend l’alumine si précieuse pour la confection des poteries et des ustensiles analogues.
- Récemment précipitée d’une de ses combinaisons solubles, l’alumine est sous forme de gelée blanche ou d’hydrate, que la potasse et la soude caustiques rendent très soluble dans l’eau.
- Dans cet état, elle a une affinité prononcée pour les matières colorantes, qu’elle enlève à l’eau et aux autres substances qui leur sont unies. C’est ce que vous allez voir par l’expérience suivante. Je délaye une certaine quantité d’alumine en gelée dans cette décoction de cochenille et je chauffe légèrement... Voilà la liqueur décolorée, et l’alumine se trouve actuellement imprégnée de la belle couleur rouge de la cochenille.
- C’est à ces composés insolubles d’alumine et de matière colorante, qu’on donne, dans les arts, le nom de laques. On en fait un grand usage pour la peinture et l’impression des papiers de tenture.
- C’est en raison de cette propriété remarquable que l’alumine mérite surtout l’attention de ceux qui s’occupent de la coloration des tissus. Libre ou combinée, elle constitue un des mor-dans les plus précieux et le plus fréquemment employés, et c’est à elle que I’alun doit toutes les qualités qui le font rechercher pour la teinture.
- Ce sel, que les peuples de l’Asie nous ont fait connaître, et qui, jusqu’au xve siècle, fut exclusivement préparé à Constantinople, à Alep, et surtout à Rocca, ville de Syrie, d’où lui est venu le nom d’alun de roche, qu’il porte encore dans le commerce, résulte de la combinaison du sulfate d’alumine et du sulfate de potasse ou d’ammoniaque. C’est un de nos compatriotes, Descroizilles (1), qui, le premier, fit voir que l’alun est un sel double.
- Un marchand génois, nommé Perdix, qui avait beaucoup voyagé en Orient, et qui s’était arrêté quelque teins à Rocca, établit, sur 1 île d’ischia , la première fabrique d’alun d’Europe, vers le milieu du xve siècle. A la même époque , Jean de Castro
- (1) Descroizilles, né à Dieppe, est an des chimistes praticiens qui ont rendu le plus de services à l’industrie, et notamment à l’industrie de notre département. Doué d’une vive imagination et d’une activité incroyable, il ne tarda pas, au sortir du laboratoire de Rouelle, dont il était l’élève, à, signaler sa présence à Rouen par une foule d’inventions utiles qui ont rendu son nom à jamais célèbre. A peine le procédé de blanchiment par le chlore eut-il été publié par Berthollet, que Descroizilles s’empressa de le mettre en pratique dans son établissement de Lescure-lès-llouen; il réussit parfaitement, et bientôt même, par les améliorations qu’il sut y apporter, il décida son adoplion dans toutes les fabriques. Après avoir perfectionné le procédé de Berthollet pour l’extraction du chlore, il imagina de mettre de la craie en suspension dans l’eau où il recueillait ce gaz, et mit ainsi sur la voie de la découverte importante des chlorures de chaux, de potasse, etc. 11 eut l’heureuse idée de construire, d’après le procédé d’analyse des alcalis, par Vauquelin,un instrument, qui pût être manié facilement par les hommes étrangers à la science. Il imagina Yalcalimètre, qu’il lit servir aussi à l’évaluation du titre
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- éleva une fabrique semblable à la Tolfa, qui est devenue très célèbre, et qui n’a pas cessé d’être en activité jusqu’à nos jours. Enfin, Antonio de Piena établit, un peu plus tard, une fabrique d’alun à Volterra, dans le grand duché de Toscane. Plusieurs autres exploitations de mines d’alun s’élevèrent successivement en Allemagne, en Espagne et en France, au xvie siècle , et Thomas Chaloner importa ce genre d’industrie en Angleterre, sous le règne d’Elisabeth. Cet art était cependant encore dans l’enfance à cette époque, et ne fit de progrès sensibles que lorsque la chimie put le guider par des données plus précises. C’est surtout aux recherches de Marggraf, Monnet, Exrleben, Bergmann, Bé-rard, Chaptal, Descroizilles, Vauquelin et Curaudau, qu’on doit les développemens de cette industrie.
- L’alun existe tout formé aux environs de plusieurs volcans , mais la quantité en est si faible , qu’il faut recourir à différens procédés pour fournir au commerce les 4 ou 5 millions de kilogrammes qui lui sont annuellement nécessaires.
- Tantôt on le retire d’un minéral appelé Alunite, qui existe en abondance à la Tolfa, près de Civita-Vecchia, à Piombino, dans la campagne de Rome, ainsi qu’en Hongrie, à Bereghszasz et à Musrog. Cette pierre est une combinaison d’alun et d’hydrate d’alumine. En la calcinant, on détruit le composé, on isole l’hydrate , et en lessivant alors la masse calcinée, on enlève tout l’alun qu’on fait cristalliser. Il est coloré en rose par un peu d’oxyde de fer, retenu mécaniquement entre ses particules. Il porte le nom d'alun de Rome dans le commerce. C’est Cœsalpin d’Arezzo, médecin naturaliste du xvie siècle, qui a donné, en 1593, la première description de cette fabrication.
- Tantôt on abandonne au contact de l’air du sulfure de fer mélangé d’argile, ou quelquefois on le grille. Le soufre se change en acide sulfurique que l’alumine de l’argile convertit, pour la plus grande partie, en sulfate d’alumine. Par des lessivages, on dissout ce sel, auquel il ne faut plus ajouter que du sulfate de potasse ou d’ammoniaque, pour le transformer en alun. Il retient toujours du sulfate de fer. C’est là Yalun de Liège, Yalun d'Angleterre, Y alun d’Allemagne, Yalun de Picardie.
- des vinaigres et de la force des dissolutions de chlore ; c’est ce qu’il appela 1 ’acétimcire cl le berthollimètre. C’est encore à Descroizilles qu’on doit le premier instrument et le seul qui puisse donner des indications exactes sur la valeur vénale des vinsà distiller..... Membre de l’Académie royale et de la Société libre d’Emulation de Rouen, il a composé différens mémoires qui tous attestent sa haute capacité et scs solides connaissances pratiques en chimie. Dans les dernières années de sa vie, il alla habiter Paris, où il étai, tout-à-la-fois membre et secrétaire du Conseil général des Manufactures. II y mourutt presque octogénaire, le 14 .avril 1825. Malgré les immenses services qu’il a rendus à noire industrie départementale, aucun de ses compatriotes n’a songé encore à les rappeler au monde savante! industriel par une notice biographique. C’est à peine si les Sociétés savantes dont il. fut un des membres les plus instruits, ont consacré quelques lignes à sa mémoire : Nous essaierons plus tard de réparer cet injuste oubli,,
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- Enfin, en traitant les argiles les plus pures par l'acide sulfurique faible, et versant dans les liqueurs concentrées du sulfate de potasse ou d’ammoniaque, on produit de toutes pièces de l’alun très pur. C’est Yalun fin de Paria. La fabrication en grand de l’alun artificiel est dûe à Curaudau, qui l’établit, il y a environ 54 ans, à Javelle, près de Paris, et à Ghaptal, qui l’établit à Montpellier, à-peu-près à la même époque.
- La production totale de l’alun en France s’élève annuellement à 3 millions de kilogrammes, et le département de l'Aisne en fournit seul plus de la moitié.
- Les aluns sont d’autant plus estimés, qu’ils contiennent moins de sulfate de fer, attendu que ce sel leur communique des propriétés nuisibles, notamment celle de brunir les couleurs délicates de la gaude et de la cochenille. On reconnaît leur impureté 7 quand leur dissolution prend une teinte bleue, au bout de quelque tems, par l’addition de quelques gouttes du réactif nommé Prussiate de potasse ferrugineux. Les aluns les plus purs sont ceux de Rome et de Paris,
- Pour vous montrer, Messieurs, l’influence fâcheuse des aluns ferrugineux dans une foule d’opérations de teinture, je vais teindre en jaune de gaude ces deux écheveaux de soie, dont l’un a été imprégné à l’avance d’une solution d’alun pur, et l’autre d’alun impur. Après 10 ou 15 minutes de séjour dans une-décoction de gaude, le premier écheveau aura acquis une couleur jaune très vive et très franche; l’autre aura une teinte plus ou moins olivâtre.
- Il est heureusement facile de purifier l’alun. Il suffit, après l’avoir concassé grossièrement, d’en faire une couche de 40 à 50 centimètres d’épaisseur, et de l’arroser avec de petites quantités d’eau, jusqu’à ce que le liquide de lavage ne soit plus coloré en bleu par le prussiate de potasse. Le sulfate de fer étant bien plus soluble que l’alun est complètement entraîné par l’eau.
- 100 parties d’eau froide ne dissolvent que 9 parties d’alun, mais la même quantité d’eau bouillante se charge de 75 parties. La dissolution rougit le tournesol. Par la concentration et un refroidissement lent, elle donne de beaux cristaux incolores et transparens, qui sont des octaèdres réguliers contenant 45 p. ü/° d’eau de combinaison. L’alun de Rome cristallise en cubes opaques, quand on le dissout dans l’eau froide, mais lorsqu’on emploie de l’eau à + 40°, ou lorsque sa dissolution est chauffée au delà de ce point, il se précipite un peu d’alun basique, ou avec excès d’alumine, et,par l’évaporation, on obtient des octaèdres d’alun ordinaire. L’alunde Rome est unsulfate double d’alumine et de potasse combiné avec une petite quantité d’hydrate d’alumine.
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- Les cristaux d’alun ordinaire s’eflleurissent légèrement à l’air, et sont astringens. Calcinés, ils se changent en une poudre légère, poreuse et blanche, qui se boursouffle considérablement. C’est alors Y alun calciné que les médecins emploient pour ronger les ulcères et les chairs baveuses. Si l’on chauffe fortement l’alun desséché avec 1/3 de son poids de charbon ou d’une substance végétale quelconque, sucre, miel, farine, on obtient un résidu noirâtre pulvérulent, qui jouit de la propriété de s’enflammer au contact de l’air humide, et de brûler à la manière de l’amadou. Cela est dû à la grande combustibilité du sulfure de potassium, qui résulte de la décomposition de l’alun par le charbon , et à l’état de porosité du charbon et de l’alumine qui l’accompagnent. Ces corps, condensant brusquement l’air et la vapeur aqueuse, déterminent dans la masse une élévation de température qui provoque l’inflammation du sulfure de potassium, et par suite celle du charbon. Ce mélange pyrophorique est connu sous le nom de pyrophore de Homberg, parce que c’est ce chimiste qui l’a obtenu le premier,
- Si dans la dissolution de l’alun on verse de l’ammoniaque caustique, on en sépare l’alumine pure sous forme de flocons blancs gélatineux.
- Dans le commerce, l’alun est ordinairement en grosses masses blanches et translucides, qu’on obtient en fondant les cristaux dans leur eau de cristallisation, et coulant le liquide dans de grands vases où il se fige.
- L’alun à base d’ammoniaque est actuellement beaucoup plus commun qu’autrefois, parce qu’on utilise à la fabrication de ce sel le sulfate d’ammoniaque, fourni en grandes quantités par les usines à gaz de l’éclairage. 11 a, d’ailleurs, à peu d’exceptions près, les mêmes propriétés que l’alun à base de potasse. On l’en distingue aisément en le triturant avec de la chaux en poudre et un peu d’eau ; il exhale alors une odeur ammoniacale très prononcée.
- On trouve, depuis un an, dans le commerce, du sulfate simple d’alumine, en masses compactes, blanches, ne renfermant aucune trace de fer, et qu’on commence à substituer à l’alun pour la préparation des mordans. Son emploi est plus économique que celui de l’alun ordinaire.
- L’alun est d’un usage très commode pour rendre de la limpidité à une eau bourbeuse. Uepuis fort long-tems on connaît la propriété que possède l’alun d'éclaircir les eaux troubles. En Chine, on met un morceau de ce sel dans le creux de la jointure d’un bambou percé de plusieurs trous , et on agite fortement l’eau trouble avec ce bambou pendant plusieurs minutes. Cela sullil pour clarifier l’eau et la rendre potable.
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- Les blanchisseuses des environs de Paris se servent du même moyen pour éclaircir les eaux de la Seine que les orages ont rendues troubles (1).
- M. Félix d’Arcet, pendant son séjour en Égypte, dans les années 1828 et 1829, y a fait adopter l’usage de l’alun. Il a constaté qu’avec un 1/2 gramme d’alun par litre d’eau du Nil, qui renferme, pendant l’inondation , jusqu’à 8 grammes de matières en suspension par litre, on obtient en une heure une clarification complète. Avec moitié moins de sel, l’effet est analogue, mais exige plus de teins. Pour les eaux de la Seine, il faut tout au plus 2 décigrammes d’alun par litre, soit par conséquent 2 kilog. par hectolitre d’eau-
- Reste à savoir si l’eau clarifiée par l’alun est aussi salubre qu’auparavant. M. lioutigny, d’Évreux, prétend qu’il y reste des traces sensibles de ce sel, et il pense que cela peut, à la longue, exercer une fâcheuse inlluence sur la santé. Si cela est, remploi des filtres de charbon, quoique plus long, serait préférable lorsque l’eau doit servir de boisson (2).
- En 1830, le chevalier Origo, colonel des pompiers de la ville de Rome , a reconnu que l’eau saturée d’alun et tenant en suspension de l’argile, éteint beaucoup plus vite les incendies que l’eau ordinaire. C’est la reproduction du procédé qu’employaient les Vigili de l’ancienne Rome, puisqu’à ces époques reculées, on faisait usage d’un mélange d’eau, de vinaigre et d’argile pouF arrêter les progrès du feu. La faible dépense qu’occasionnerait le procédé de M. Origo , serait bien compensée par la rapidité avec laquelle on parviendrait à maîtriser l’action du feu (3).
- (1) En Egypte, on se sert d’un petit pain d’amandes pour clarifier l'eau. Le sacca ou porteur d’eau en frotte l’intérieur des vases qui renferment le liquide, en faisant entendre un sifflement aigu qu’il croit indispensable à la bonne réussite de l'opération ; puis U agite l’eau fortement en tous sens et la laisse en repos pendant plusieurs heures. Elle est alors très limpide et très claire. C’est l’huile, provenant de la division du pain d’amandes, qui s’unit aux matières terreuses en suspension dans l’eau, les graisse pour ainsi dire, et les précipite en facilitant leur séparation d’avee le liquide. Au Caire et dans tous les bazars de l’Egypte , on vend de ces petits pains d’amandes au prix de 5 paras, ou environ 4 centimes. AuSennaur et àDongolah en Nubie, on emploie pour le même objet des lèves, des haricots, et même des graines de ricin.
- (2) M. Arago parlait un jour de l’alunage de l’eau à un ingénieur anglais qui se lamentait sur l’imperfection actuelle des moyens de purification en grand. « Ali ! que me proposez-vous, répondit-il sur-le-champ ; Veau, comme la femme de César, doit être à l’abri du soupçon. » Voilà, dit M. Arago, dans une forme peut-être singulière, mais vraie, la condamnation définitive de tout moyen de clarification qui introduit dans l’eau de rivière quelque nouvelle substance dont elle était d’abord chimiquement dépourvue. 11 est ici question de l’eau qui doit servir de boisson, car pour celle qu’on applique aux autres usages de la vie, il est indifférent qu’elle renferme de l’alun, du sulfate de soude ou autres sels analogues, surtout en aussi petites proportions.
- (3) M. Gaudin, calculateur du bureau des longitudes, a proposé, en 1830, de faire servir au même usage l’eau chargée de chlorure de calcium, composé qui réunit à la fois l’abondance et le bas prix, la fusibilité et la solubilité la plus grande et la plus persistante, la décomposition la plus difficile, et par conséquent, vis-à-vis du bois en ignition, l’adhérence et la pénétration la plus intime, toutes qualités précieuses, si non indispensables, pour l’objet en vue. Injecté en solution médiocrement concentrée sur des charbons ardens, il les couvre à l’instant d’une couche vitreuse qui arrête la combustion sur tous les points de la surface. La potasse du commerce peut remplir le même effet que l’alun et le chlorure de calcium. Le docteur Clanny a publié, en 1843, que Ie sel ammoniac brut est très efficace dans les cas d’incendie; la dissolution, faite dans les proportions de 28 grammes de sel par litre d’eau, arrête instantanément le feu le plus violent.
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- DES ARGILES ET DES POTERIES.
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- Des Argiles et des Poteries.
- L’alumine existe, nous l’avons déjà dit, dans tous les sols propres à la culture, et surtout en très grande proportion dans les espèces de terre qu’on désigne sous le nom spécial d'argiles. Elle y est associée, par voie de simple mélange, à des quantités variables de silice ou sable et d’eau, et parfois aussi à des carbonates de chaux et de magnésie, à des oxydes de fer et de manganèse, et enfin à des substances organiques.
- Très répandues à la surface de la terre, les argiles appartiennent en quelque sorte à tous les terrains. Elles forment fréquemment des collines remarquables en ce qu’elles ne présentent jamais le moindre escarpement, et sont d’une stérilité complète. C’est surtout dans les terrains les plus modernes, qu’on les voit en couches ordinairement horizontales, souvent fort étendues et généralement situées à peu de profondeur. La densité de ces couches et leur disposition, qui ne permettent pas à l’eau de les traverser, influent beaucoup sur la direction des eaux souterraines , et déterminent la formation de ces grandes nappes d’eau que la sonde du mineur va chercher pour faire ce qu’on appelle les puits jaillissans ou artésiens.
- On reconnaît les argiles à leur toucher gras et onctueux, au poli que le frottement de l’ongle leur communique , à la propriété qu’elles ont de former avec l’eau une pâte ou bouillie glu-tineuse qui se laisse allonger en différens sens, et qui , par la cuisson, se durcit au point de ne pouvoir plus se délayer dans l’eau , et d’étinceler par le choc du briquet. Tous ces caractères sont dus à la présence de l’alumine ; c’est ce qui rend ces argiles si précieuses pour la confection des poteries de toutes sortes, depuis les plus communes , comme les briques, les carreaux, jusqu’aux plus estimées, comme la porcelaine.
- « L’art de la poterie, dit M. Brongniart, est, après l’art de fabriquer des armes pour leur défense , quelques tissus grossiers pour leurs vêtemens, celui que les hommes ont cultivé le premier, celui qui a été comme la première ébauche de la civilisation ; car les armes étaient indispensables pour soutenir et défendre la vie; les tissus végétaux ou de peaux, pour éloigner des douleurs physiques, les deux seules choses évidemment et essentiellement utiles , tandis que la fabrication de la poterie la plus grossière est déjà un art de luxe. On peut vivre, et vivre sans souffrance, et ne point faire cuire ses alimens ; mais il faut peut-être, pour faire avec le limon le moins rebelle au maniement du potier, un vase qui se durcira à l’air et au feu, et ne servira <]u’après le résultat éloigné de cette opération, il faut, dis-je,
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- plus de soins, de réflexions et d’observations, que pour façonner du bois, des os, des peaux et des filamens, des armes et des vète-mens, car ces matériaux offrent immédiatement à l’ouvrier le résultat de son travail. »
- La porcelaine, dont la découverte paraît remonter, en Chine et au Japon, à plus de 2000 ans avant l’èrc chrétienne, et qui n’a été importée eu Europe par les Portugais que vers 1500, est faite avec une argile blanche très pure, qu’on appelle kaolin. Les belles porcelaines de France sont actuellement recherchées sur tout le globe. Cette pâte céramique est recouverte d’un enduit ou vernis terreux , et presque toujours ornée de dorures ou de magnifiques couleurs minérales (1).
- La faïence commune ou italienne est préparée avec une argile figuline plus ou moins calcaire, que l’on recouvre, après la cuisson, d’un émail blanc et opaque, composé essentiellement d’oxydes de plomb et d’étain. On avance généralement que c’est à Faenza, en Romagne, vers 1500, qu’ont été établies les premières fabriques de faïence, et qu’elles y ont été importées des possessions arabes en Espagne, et notamment de Majorque ; de là le nom de maïolica qu’on leur a donné, et que portent encore les anciennes faïences toscanes. Toutefois, le mol faïence vient, non de Faenza, mais de Fayence, petit bourg de Provence, dans le diocèse de Fréjus, l’un des premiers endroits du royaume où l’on ait fabriqué ce genre de poterie, eldont lesateliers avaient déjà de la réputation avant les grandes manufactures créées par Henri IY, à Paris , à Neversetà Brissambourg, en Sain-tonge. Déjà, dans le xvie siècle, la faïence de Rouen était fort estimée.
- Les faïences fines ou anglaises, dites terre de pipe, imaginées en Angleterre vers la fin du xvir siècle, et singulièrement perfectionnées par le célèbre Wedgcwood en 1765, sont des poteries à pâte blanche, opaque, dure et sonore, recouvertes d’un vernis cristallin plombifèrc. Cette pâte est essentiellement composée d’argile plastique infusible ctde silex broyé fin. C’est avec cette même argile blanche qu’on fabrique les pipes.
- C’est aussi avec une argile plastique très réfractaire que l’on prépare les creusets, les briques pour fourneaux et autres objets qui doivent supporter une forte chaleur, ainsi que les poteries de grès avec ou sans émail, incolores ou revêtues de couleurs très variées.
- Les briques (2), les tuiles, les carreaux , les poteries rouges et grossières,
- (1) Pendant bien longtems, on s’est servi en Europe de la porcelaine de Chine sans en connaître la nature. Pancirole, au xvic siècle, avançait dans son livre des choses perduesouinventées, que c’était une composition faite avec du plâtre, des blancs d’œuis et des écailles de coquilles marines qu’on tenait enfouies sous terre pendant 80 ans; de sorte qu'un ouvrier qui entreprenait cette profession , ne travaillait que pour sa postérité. Mais enfin on sut que la porcelaine était une poterie, ou faïence, plus line que les autres. Sa composition fut reconnue en Saxe au commencement du xvme siècle, par le chimiste baron de Boëticher, et en France par le célèbre Réaumur en 1727. — Suivant les uns, le nom de porcelaine vient du portugais porcellana, petite tasse ; suivant Marsden, c’est le nom de la coquille univalve à surface blanche et polie -dont on avait comparé la forme convexe au dos arrondi d’un porcello ou petit cochon.
- (2) Les briques ont été les premiers matériaux employés par les hommes lorsqu’ils ont commencé à bâtir. Elles entrent dans la construction de la plupart des bàtimens les plus anciens, surtout de ceux qu’on trouve encore dans les plaines de l’Asie, où l’on
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- DES ARGILES ET DES POTERIES.
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- sonl préparés avec une argile très commune et fusible, dite terre glaise, qui sert également à garnir les bassins pour y conserver l’eau, à faire les modèles des sculpteurs et des graveurs. Cette terre, naturellement jaune, devient rouge par la cuisson, parce que l’hydrate de fer qu’elle contient passe à l’étal de peroxyde rouge en se desséchant.
- L'argile smcclique ou terre à foulon a un usage important dans les arts; elle sert principalement à enlever aux draps l’huile qu’on emploie-dans leur fabrication. Dans beaucoup de pays, on en fait usage, en guise de savon, pour nettoyer le linge.
- Ce qu’on appelle morne n’est autre chose qu’un mélange d’argile et de craie dont l’agriculture tire un grand parti pour l’amendement des terres. Cet usage est bien ancien, puisqu’on le trouve établi chez les Romains.
- Enfin, il y a un certain nombre d’argiles qui renferment assez d’oxyde de fer, pour servir dans la coloration des papiers peints, dans les peintures communes en détrempe, et les peintures extérieures à l’huile, pour garantir des effets de la pluie ou de l’humidité les volets, per-siennes, instrumens aratoires, clôtures en bois, charrettes, etc. Lorsque l’oxyde de fer qu’elles contiennent est anhydre, elles sont d’un rouge plus ou moins foncé ; telle est la sanguine avec laquelle on fait des crayons. Elles sont jaunes , au contraire, quand l’oxyde est hydraté, mais alors elles deviennent rouges par la calcination. C’est avec celles-là qu’on fabrique le rouge de Prusse, le rouge d’Angleterre , le rouge indien ou rouge à polir, qui est employé pour donner le poli aux métaux, à l’acier,, aux pierres dures, aux glaces, et pour rougir les carreaux d’appartement. Enfin, quand elles renferment un mélange d’hydrates d’oxydes de fer et de manganèse, elles «ont brunes et constituent la terre d'ombre et la terre de Sienne, utilisées à la confection des pastels, à la coloration des porcelaines , des poteries, des papiers, etc.
- C’est à ces argiles très ferrugineuses qu’on donne le nom d'ocres. L’ocre jaune se trouve principalement en France, près de Vierzon , et à Bitry , près Saint-Amand(Nièvre); elle est exploitée par puits et galeries. Les ocres de Bitry, de Morague et de Saint-Pourrain sont vendues quelquefois naturelles ou calcinées, sous les noms de jaune etde rouge d’Italie. Mais la plus grande partie des ocres vient de Saxe. L’industrie se borne à les épurer mécaniquement, à les broyer, soit à l’eau, soit à l’huile. Le commerce et l’industrie des ocres, dans le seul département de la Seine, s’exercent annuellement sur une valeur de 70,000 fr.
- L’emploi des ocres dans la peinture remonte à la plus haute antiquité. Théophraste mentionne que, de son teins, on brûlait l’ocre pour en faire du rouge artificiel.
- L’étude des argiles me conduit naturellement à vous parler d’une substance qui est presque toujours associée à l’alumine et
- suppose que se sont formées les premières sociétés. Plusieurs de ces anciennes briques sont très grosses en comparaison des nôtres, et ne paraissent pas avoir été cuites au teu; elles ont été simplement séchées au soleil. Pour leur donner plus de solidité, on ajoutait à l’argile sablonneuse dont elles étaient composées, de la paille hachée, et même des fragmens de joncs et d’autres plantes de marais. Telles sont les briques de ' Egypte et de l’ancienne Babylonie. On avait aussi employé, dans la construction do Babylone , des briqués cuites, et même vernissées, ou émaillées de couleurs assez vives.
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- qui a d’assez grands rapports de propriétés avec elle. C’est la silice ou acide silicique qu’on regarda aussi pendant longtems comme une terre, et qu’on nomma successivement silex, terre siliceuse, terre vitrifiable
- De la Silice et de ses composés.
- Cette substance, signalée par les plus anciens chimistes, n’a été reconnue comme un composé acide que depuis peu de tems; ce n’est également qu’en 1824 qu’on a pu isoler son radical, le silicium , qui a été rangé dans la classe des métalloïdes.
- C’est un des composés les plus stables et les plus infusibles. Il est insipide , inodore, sans couleur. Desséché et rougi au feu, il est tout-à-fait insoluble dans l’eau et les acides. Il n’y a qu’un seul acide qui puisse l’attaquer et le dissoudre , c’est Yacide fluorique. Mais, par sa calcination avec la potasse et la soude, il forme des composés salins très solubles et très fusibles. Il se combine également avec tous les autres oxydes et donne des matières que la chaleur peut convertir en verres, au moins dans un grand nombre de cas. On appelle silicates les sels qu’il produit.
- Il n’est aucune substance, peut-être, qui soit plus commune dans la nature que l’acide silicique, soit libre, soit combiné.
- Quand il est pur, il constitue le quarz ou cristal de roche, qui se présente souvent en beaux prismes incolores à six pans, terminés par des pyramides à six faces. Ce minéral sert à faire des vases d’ornement, des instrumens d’optique, des verres de lunettes, qui ont le grand avantage de ne point s’entamer par le frottement, en raison de leur dureté, aussi gardent-ils leur poli indéfiniment.
- Quand le cristal de roche est coloré par des oxydes métalliques, il forme un grand nombre de pierres précieuses naturelles assez estimées, comme la topaze du Brésil, le rubis de Bohême, Ya-rnéthyste, Yagate, la cornaline, la calcédoine, Yhéliotrope, l’a-venturine, etc., dont les couleurs pures sont dues à des oxydes de fer ou de manganèse. Les agates sont utilisées, à cause de leur dureté , à la confection de mortiers, de molettes et de brunissoirs.
- Vopale, si recherchée des dames, est de l’acide silicique hydraté.
- Les pierres meulières, entre lesquelles on écrase le blé et qui servent souvent dans les constructions; les cailloux ou silex avec lesquels on fait les pierres à fusil et à briquet; les grès si utiles pour le-pavage des routes, et pour aiguiser les instrumens en acier; les sables qui entrent dans la composition des mortiers, de toutes les poteries et de tous les verres, depuis
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- le verre à bouteilles jusqu’au cristal; les jaspes, employés dans la décoration; les tripolis, nécessaires pour le polissage de certains corps durs; tout cela n’est encore que de l’acide sili-ciquesimplement mélangé de quelques substances étrangères, notamment d’alumine et d’oxyde de fer.
- Toutes les eaux de nos sources, puits et rivières renferment plus ou moins de cet acide dont on ne peut concevoir la solution qu’en admettant que l’eau s’est trouvée en contact avec lui au moment où il se séparait d’une de ses combinaisons, et alors qu’il se trouvait à l’état de matière gélatiniforme, comme celle que je vous présente, seule circonstance où il puisse se dissoudre sensiblement dans l’eau. Les eaux jaillissantes de la vallée de Rikum, en Islande , sont remarquables parla grande proportion de silice qu’elles tiennent en dissolution. Ces eaux, connues sous le nom de Geyzer, forment des jets de 48 mètres de hauteur et quelquefois de 5 mètres 1/2 de diamètre, au nombre de plus de 100, dans une circonférence de 2,000 mètres. L’eau s’élance avec une sorte de bourdonnement des bassins, dont les parois intérieures sont couvertes d’incrustations siliceuses, en forme de choux-fleurs. La température de ces sources jaillissantes varie entre -j- 80 et 100°. L’eau en est légèrement sulfureuse et contient plus de 540 grammes de silice par kilogramme.
- L’acide silicique n’est pas moins répandu dans les organes des plantes et des animaux. Mais tout cela n’est rien auprès de l’abondance des silicates simples ou doubles , qui forment, à eux seuls, la moitié au moins des minéraux connus. Ce sont eux qui constituent une grande partie des gemmes ou pierres précieuses, et entre autres :
- Le jargon et T hyacinthe, colorés en rouge ou en jaune; ce sont des silicates de zircône ;
- La topaze ou fluosilicatc d’alumine ;
- Le grenat oriental ou syrien, recherché pour sa belle couleur rouge : silicate double de fer et d’alumine ;
- L’émeraude et Y aigue-marine, d’une belle couleur verte: silicates doubles d’alumine et de glucyne ;
- Le lazuliie outremer, dont la riche couleur bleue est si recherchée par les peintres, qui paient jusqu’à 6,400 francs le kilogramme le bleu d'outremer qu’on prépare avec cette pierre, qui est un silicate double d’alumine et de soude (1) ;
- Les minéraux, si connus sous les noms de mica, de serpentine, de talc, d’écume de mer, d'amiante , etc. sont encore des silicates naturels.
- (1) Le lazulite outremer vient de Perse, de Chine et de la grande Bucharie, mais en très petite quantité. Le prix exorbitant du bleu d’outremer est un obstacle à son emploi dans beaucoup de circonstances. Cela est d’autant plus fâcheux que cette couleur est très belle, qu’elle ne s’altère pas à la longue spontanément ni par son mélange à l’huile
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- Nous avons dit, il n’y a qu’un instant, que la silice est infusible à la plus haute température. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que la plupart de ses composés avec les oxydes, môme avec ceux qui sont in fusibles par eux-mêmes, jouissent d’une grande fusibilité et peuvent être obtenus, par le refroidissement, en plaques transparentes.
- Voici, d’un côté , du sable blanc et, de l’autre, de la chaux et de l’alumine , qui, comme vous le savez , résistent à toute espèce de température sans changer d’état. Si je réunis ces trois substances en proportions égales et que je soumette le mélange à la chaleur rouge, une combinaison intime va s’opérer entre elles, un silicate double de chaux et d'alumine va se produire, et dès-lors j’obtiendrai une masse liquide très fluide que je pourrai couler, mouler, souiller en boules, et qui, en se refroidissant, conservera une limpidité et une transparence qu’aucune des trois matières premières ne possédait avant l’opération.
- Ainsi faisant, j’aurai produit du verre.
- Ce sont, en effet, des silicates analogues, obtenus par une simple fusion de sable avec des oxydes alcalins, terreux ou métalliques en proportions convenables, qui constituent ces nombreuses variétés de verre et de cristal, dont notre habileté a su faire des vitres pour laisser arriver la lumière du jour dans nos demeures, des coupes, des gobelets, des bouteilles pour contenir nos boissons, des glaces pour réfléchir et multiplier les objets, des émaux ou vernis pour garantir et orner la surface de nos poteries.
- Et cet art, qui a tant contribué aux progrès de la civilisation , en raison de l’heureux appui qu’il a prête à la plupart des industries et des sciences, est presque aussi ancien que le inonde, car tout prouve que sa découverte a suivi de très près celle des métaux et des poteries.
- Le hasard fut, sans doute , pour beaucoup dans l’invention du verre; toutefois, nous n’accordons aucune croyance à l’origine que Pline nous en donne. Suivant cet historien, des marchands de soude Phéniciens, ayant pris terre sur les bords du fleuve lîélus, voulurent préparer leurs alimens sur le rivage. Faute de mieux, ils se servirent de quelques blocs
- comme beaucoup d’autres. C’est à elle que les tableaux des anciens maîtres doivent l’avantage inappréciable d’offrir encore de nos jours ces teintes bleues si riches et si fraî-ches, qu’on dirait qu’ils viennent de sortir de leurs mains. Jusque dans ces derniers tems, on avait essayé vainement de luire de l'outremer artificiel. Enfin, M. Guimet, commissaire des poudres, stimulé par le prix offert par la Société d’encouragement de Paris sur cette intéressante question, résolut cet important problème au commencement de 1828. Il est parvenu, par un procédé qu’il a tenu secret, à préparer cette substance assez en grand pour la donner au prix de 120 francs le kilogramme. Le bleu-gui-met est actuellement très employé par les peintres. Depuis cette époque, il s’est formé quelques autres fabriques d’outremer factice en France et dans les pays étrangers, qui livrent également des produits de qualités variables. Je citerai, entre autres, la fabrique deM. Ferrand, couronné en 1838 par la Société d’encouragement pour ses outremers d’une belle nuance qu’il fournit à GO francs le kilogramme.
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- denairon pour supporter le vase qui contenait les aimions, et pendant leur cuisson, ces blocs fondirent et transformèrent en verre le sable sur lequel ils reposaient. 1! est bien évident, par ia température nécessaire à la préparation du verre le plus fusible, que ce composé n’a pu prendre naissance dans la circonstance rapportée par Pline. Ce qui a donné lieu h cette fable, c’est que le sable du Bélus était probablement plus propre que tout autre à la fabrication du verre.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que les Egyptiens et les Phéniciens pratiquèrent l’art de la verrerie avant tous les autres peuples, et en conservèrent longtems le monopole. Les verreries de Sidon et d’Alexandrie furent célèbres et produisirent des ouvrages très perfectionnés. Les Grecs, par leurs relations avec les peuples de l’Asie, surent de bonne heure ap précier l’usage du verre et connurent les moyens de le fabriquer. Du teins de Pline, on commençait à établir des verreries dans les Gaules et en Espagne. Cependant le verre était encore fort cher à Borne à l’époquedes premiers empereurs, puisque Néron paya deux coupes de verre assez petites, au prix de 6,000 sesterces ( environ 600 fr. ). Les Romains n’employèrent pas le verre à vitrer leurs maisons , au moins généralement, car si l’on a trouvé dans les fouilles d’Herculanum et de Pompeïa des verres plats et des salles de bains garnies de fenêtres en verre, il est certain que jusqu’au iie siècle, les fenêtres des palais impériaux, à Home, étaient encore fermées avec des lames légères d’albâtre translucide, ou des feuilles demi transparentes de sulfate de chaux , ou de petites plaques de marbre arlistement réunies et laissant des jours entre elles. D’après les ouvrages de Saint-Jérôme, on peut faire dater l’emploi du verre à vitres du me siècle; il était en pleine vigueur au vie siècle. Les premiers édifices fermés de vitres enchâssées dans des rainures de bois, retenues par des morceaux de plâtre, furent les églises de Brioude et de Tours, vers la fin du vip siècle , et la basilique de Sainte-Sophie, à Constantinople , en 627.
- C’est des Français, et vers le vne siècle, que les Anglais apprirent l’art de la verrerie et de la vitrerie. A leur tour, ils en enrichirent la Germanie, dans le cours du miic siècle, d’où il pénétra dans le Nord. Pendant longues années, Venise s’empara presque exclusivement, à partir de l’époque des croisades, du monopole de la fabrication et du commerce du verre, et ce n’est vraiment que sous Louis XIV que de grandes verreries s’établirent en France par les soins du célèbre Colbert. C’est vers 4665 que fut créée la première fabrique de glaces , à Tourlaville, aux environs de Cherbourg. On les obtenait alors par un procédé de souillage analogue à celui qu’on applique encore aujourd’hui à la confection des vitres. Abraham Thévart inventa et mit en usage, à Paris, en 1685, le procédé de coulage qui permet d’avoir des glaces de 5 à 4 mètres de côté. C’est le même artiste qui fonda , en 4691 , la célèbre manufacture de Saint-Gobin, restée si longtems sans rivale.
- D’après ce que j’ai dit précédemment, le verre est donc un véritable sel, un silicate à base de potasse ou de soude uni à un silicate de chaux, ou d’alumine, ou d’oxyde de fer, ou d’oxyde de plomb. Suivant la nature du silicate terreux ou métallique combiné au silicate alcalin, le verre présente des propriétés dif-
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- férentes. De là plusieurs sortes de verre, dont les applications sont très diverses. En voici le tableau :
- ESPÈCES
- Verre a gobeleterie.
- de Bohême . . Crown-glass . . .
- Verre a bouteilles .
- Cristal ....
- MATIÈRES
- AVEC LESQUELLES ON LES PREPARE.
- NATURE CHIMIQUE
- DE CES ESPÈCES DE VERRE.
- USAGES
- DE CES VERRES.
- Verre a vitres et a glaces.
- Sable blanc, sel de soude ou Silicates de soude et de chaux , ] sulfate de soude, rognures de j presque toujours mélangés d’alu-verre blanc, un peu de craie ou j mine , d’oxydes de fer et de man- ! dechauxetd’oxydedemanganèse. ' ganèse.
- / Mêmes matières, si ce n’est| carbonate de potasse en place de] ' sel de soude. J
- Sable ferrugineux , cendres neuves, charrées, soudes brutes de varech, argile jaune et tessons de bouteilles.
- Silicates depotasseetdechaux.
- Silicates de potasse ou desoude, de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer.
- Sa couleur est due partie au fer, partie a du charbon.
- Vitrerie, fabrication des miroirs et des glaces.
- Vases il boire, flacons, eor-I nues, vases d’ornement.
- Le crown-glass sert à faire les | luneltesdespectacle, les lentilles grossissantes et les instrumens d’astronomie.
- Bouteilles communes.
- I Sable blanc, carbonate de po- J | tasse purifié, oxyde rouge de > Silicates Aplomb ou minium, un peu de (plomb, vnitre et de borax.
- de potasse et dej Vases à boire, flacons, etc.
- Flint-glass. Strass . .
- Idem.
- -j Silicates de potasse et de plomb, ( plus riches en plomb que lecristal.
- | I
- ( Cristal de roche ou sable blanc,à Silicatesde potasse et de plomb, À potasse pure , minium , borax et> plus riches en plomb que le flint-(^acide arsénieux. ) glass.
- [Lentilles achromatiques pour lunettes astronomiques, tous les objets d’optique.
- j Imitation des pierres pré-) cieuses.
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- I>E LA SILICE ET DE SES COMPOSES.
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- Je ne puis décrire en détail la fabrication de chacune des espèces de verre dont je viens de parler. Je dirai, en termes généraux , que les divers matériaux qui servent à les préparer, sont réduits en poudre fine, mêlés ensemble de la manière la plus intime, puis calcinés jusqu’à ce que tout soit agglutiné en une seule masse. On fait fondre ensuite celle-ci dans de grands creusets au milieu d’un fourneau particulier ; et, quand on voit que le verre est parfaitement fondu et sans bulles, on l’écume pour enlever des substances salines étrangères, désignées sous le nom de fiel de verre, qui viennent nager à la surface ; puis on le travaille.
- Si, tandis qu’il est mou, on allonge très rapidement le verre à l’aide d’une roue sur laquelle le fil s’enroule, on obtient des tubes creux d’une si grande finesse , qu’on les confondrait avec la soie. Ces fils peuvent être aisément roulés à la manière du fil commun, bouclés comme les cheveux au moyen d’un fer chaud, et servir ainsi à faire des aigrettes fort brillantes, à tisser des toiles, ou à fabriquer des perruques comme on le faisait dans le dernier siècle. Aux deux dernières expositions des produits de l’industrie, on a admiré de superbes tissus en soie dont la trame était en verre filé de diverses couleurs, des étoffes-tenture, des robes, des ornemens d’église, des garnitures de fauteuils, où le fil de verre imitait avec un avantage .apparent l’or et l’argent, et présentait des reflets qu’on ne trouve pas toujours dans les plus magnifiques brocarts.
- Si le verre se compose seulement de sable et de potasse ou de soude, il estsoluble dans l’eau bouillante, ainsi que vous le voyez par l’échantillon que je mets sous vos yeux. Le verre soluble a été préparé par M. Fuchs, qui s’en est servi pour préserver toutes les matières combustibles des atteintes du feu. Sa dissolution plus ou moins concentrée, appliquée sur les toiles, le papier, les bois, etc., les rend incombustibles, parce qu’il se forme à la surface de ces matières, par la dessiccation, un enduit vitreux , fusible par la chaleur et capable de les garantir du contact de Pair nécessaire à leur combustion. Malheureusement, les objets ainsi préparés deviennent tellement raides, qu’il est impossible de s’en servir; de plus, le prix de la toile et du papier en est considérablement augmenté. Bien que le verre fusible de Fusch soit un moyen imparfait et peu praticable en grand pour empêcher l’inflammation des matières combustibles, on l’a néanmoins fait servir à la préparation du bois et des matières employées lors de la reconstruction du théâtre de Munich.
- M. (iay-Lussac a proposé, en '1821, pour obtenir le même résultat, d’imprégner les objets combustibles de sels ammoniacaux, de borax, mais surtout d’un mélange à parties égales de sel ammoniac et de phosphate d’ammoniaque, ou de sel ammoniac et de borax. — En 1811, M. de Hreza a indiqué l’emploi d’un mélange de GO gr. d’alun, GO gr. de sulfate d’ammoniaque, et 50 gr. d’acide borique, qu’on dissout dans 1 litre d’eau, où l’on ajoute 19 gr. de gélatine et G gr. d’empois. Les objets imprégnés ou revêtus de cette composi tion sont non-seulement ininflammables, mais pré-
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- serves de l’attaque des insectes sous tous les climats. — M. Morin, de Genève, a conseillé l’oxyde de zinc de préférence ; mais les sels précédais sont d’un emploi plus commode. En tout cas, ils ne préservent pas d’une manière indéfinie les tissus exposés h la pluie et il est nécessaire de les recharger de tems en tems de matières minérales pour les mettre à l’abri de l’inflammation. Il en est de meme pour les tissus exposés à être froissés ou pliés fréquemment.
- Au surplus, ces moyens de rendre les bois incombustibles ne sont pas , comme on l’a prétendu, une découverte moderne. I.es architectes de la Grèce et de Rome connaissaient la propriété qu’ont les solutions de sels alcalins et alumineux de rendre le bois ininflammable. Aulu-Gclle raconte que Syila, assiégeant le Pirée, ne put, malgré tous ses efforts, parvenir à brûler une tour en bois construite par Archélaüs. II se trouva que le bois de cette tour était recouvert d’alun. En 1740, J. Faggot communiqua à l’Académie des sciences de Stockholm des observations sur le moyen de garantir le bois de l’action du feu et de la pourriture. Ce moyen consistait à imprégner le bois d’une eau dans laquelle on avait dissout de l’alun, du sulfate de fer ou un autre sel astringent. Salberg, en 1744 donna encore de plus grands développemens sur cette question.
- Les verres k bases de chaux et de soude ou de potasse sont altérés assez facilement par l’eau bouillante. Ils perdent leur transparence , l’eau devient alcaline , et il se dépose au fond du liquide un silicate de chaux insoluble. L’eau produit donc la séparation des deux silicates, qui composent essentiellement le verre, et cet effet est dû à la tendance qu’elle a pour le silicate alcalin qui est soluble. Les alchimistes avaient observé ce phénomène qu’ils ne pouvaient expliquer ; aussi, ils croyaient y voir la transformation de l’eau en pierre ; et, toujours préoccupés de l’idée de fabriquer l’or, de découvrir la pierre philosophale, ils trouvaient dans ce fait un encouragement pour leurs recherches.
- C’est une altération semblable que l’air humide exerce à la longue sur les vitres de nos croisées, sur les glaces de nos appar-teinens. Tout le monde sait que les glaces polies se ternissent quelquefois à l’air, qu’il en est de même des verres des instru-mens d’optique. Ce résultat tient à la condensation de la vapeur aqueuse de l’air ; et, si le verre est trop alcalin, l’eau déposée en attaque peu-à-peu la surface et produit une décomposition sem-blableàcelle dontnousvenonsde parler ; dès-lors le verre est terni sans remède, ou du moins il faut le polir de nouveau. Les tubes de verre, les ballons, les cornues et môme les verres à expériences de laboratoire, les verres de montre , offrent très souvent cette altération. Les vitres des vieilles maisons, celles des endroits humides et habituellement chauds, comme les écuries, présentent souvent une surface terne et dépolie, ce qu’il faut expliquer de la môme manière. Les moindres changemens de température en font éclater de très petits fragmens, de toutes petites
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- écailles brillantes. Au bout de quelques années, ces vitres sont tellement altérées, qu’elles offrent tous les phénomènes de décomposition de la lumière que produisent les lames minces ; aussi sont-elles irisées, et quelquefois d’une manière fort remarquable par l’intensité et la pureté des couleurs. Le peuple attribue encore ces changemens à l’influence de la lune, car lorsqu’il ne sait à qui s’en prendre , c’est ordinairement à la lumière douce et mystérieuse de la lune qu’il a recours.
- On observe encore les effets dont il vient d’être question sur les verres antiques retrouvés dans les ruines et les tombeaux; on dirait, à les voir, qu’ils sont recouverts d’un vernis métallique ou de mercure. Leur aspect vient de l’opacité de la couche intérieure du verre décomposé ; cette couche opaque renvoie toute la lumière qui traverse la partie encore transparente.
- Les verres colorés ne sont autre chose que des verres blancs teints par des oxydes métalliques qui sont fondus dans la pûte. Le bleu s’obtient avec l’oxyde de cobalt; les pourpres, violets et carmins, avec le pourpre de Cassius , le protoxyde de cuivre, le silicate de manganèse ; les rouges, bruns, etc., avec le péroxyde de fer ; les verts, avec le silicate de cuivre, l’oxyde de chrôme, avec un mélange d’oxyde de cobalt, d’oxyde d’antimoine et de chlorure d’argent, etc. ; les jaunes, avec l’oxyde d’urane, le chrômate de plomb, certaines combinaisons d’argent, des mélanges d’acide antimonieux et d’oxyde de plomb, etc. ; les noirs, les gris, avec les oxydes de manganèse, de cobalt et de fer.
- Quelques centièmes seulement de chacun de ces ingrédiens, dans la pâte du verre ordinaire, suffisent pour lui faire acquérir les diverses teintes que nous venons d’indiquer.
- C’est avec ces sortes de verres colorés qu’ont été et que sont encore fabriqués ces vitraux admirables qui ornent les croisées de nos églises. L’emploi des verres colorés, bien connus des anciens, a donné naissance à la peinture sur verre. On commença d’abord par former, avec des fragmens de verre coloré, des compartimens de toutes sortes de couleurs, avant de représenter sur le verre même des sujets historiques. Le pape Léon III fit mettre, en 795, des vitres de couleur aux fenêtres de l’église de Latran. Mais ce n’est qu’au moyen-âge qu’on imagina, en France, de dessiner et de peindre sur sa surface avec des couleurs minérales, susceptibles de se vitrifier et capables, par la chaleur du four, de se fondre plus ou moins complètement avec la surface du verre lui-même. Il est impossible de déterminer exac tement l’époque de l’invention de la peinture sur verre. Le Vieil et H. Langlois la placent au xie siècle, et ils citent comme les plus anciens vitraux peints ceux queSugcr, ministre de Louis-le-Gros, lit poser dans l’abbaye de Saint-Denis, près Paris. MaisEmeric David a découvert un document historique, constatant que, vers le milieu du xr siècle, on conservait à Dijon un très ancien vitrail peint, représentant le martyre de sainte-Pur-chasie, et provenant de la vieille église restaurée par Charlcs-le-Chauve.
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- CHIMIE ELEMENTAIRE.
- Ainsi, les premiers essais de la peinture sur verre auraient été faits dans le ix** siècle.
- Il est probable que les vitraux sont d’origine orientale, mais l’Occident, et le Nord surtout en ont faitleur chose propre. Le vitrail, par ses légendes et ses récits merveilleux, fait partie intégrante des édifices religieux de l’Occident; il suffit, au reste, de rappeler que Saint-Marc, de Venise, cette vieille église toute empreinte des œuvres de l’école Bysanline, a, comme Sainte-Sopbie de Constantinople, des verrières à ses fenêtres et de mosaïques, spendides dans scs dômes et ses coupoles.
- L’art de la peinture sur verre alla en se perfectionnant pendant les xiii?, xive etxve siècles; il commença à déclinera partir des troubles de religion sous François 1er, et il était presque abandonné à la fin duxvme siècle. On croit généralement, dans le monde, que les prétendus secrets de la peinture sur verre sont perdus; c’est une erreur partagée par les personnes les plus instruites, mais étrangères, toutefois, aux connaissances chimiques. Les dernières expositions des produits de l’industrie ont présenté d’admirables verrières, dues à nos artistes modernes qui, formés à la manufacture royale de Sèvres, ont su donner à leurs peintures une perfection que les vieux peintres verriers n’ont jamais atteinte. II. n’est que trop vrai, cependant, que la plus belle des couleurs fondamentales, le rouge purpurin, avait entièrement disparu. Mais celte magnifique couleur a été retrouvée par M. Bontems, directeur de 1a verrerie de Choisv.
- Le Strass incolore, qui sert à imiter le diamant, dont on lui donne la taille et la monture, est aussi très employé pour imiter les topazes, les rubis, les émeraudes, les améthystes et les autres pierres précieuses naturelles. Pour cela, on le colore avec des oxydes métalliques, comme le verre. L’art de contrefaire les pierres précieuses naturelles avec le verre coloré est fort ancien, puisque Pline en parle comme d’un art très lucratif, porté de son tems à un haut degré de perfection. Cette assertion est confirmée par Trebellius Pollion. Les alchimistes du moyen-âge pratiquèrent également cet art, qui s’est conservé en Allemagne. Mais depuis 1819, cette branche importante de commerce a été enlevée à ce dernier pays par les artistes français, notamment par Douault-Wieland, bijoutier de Paris, qui s’est distingué dans la fabrication des pierres artificielles. Celles-ci sont aussi belles que les gemmes naturelles, et il faut une grande habitude pour les distinguer les unes des autres, au moins dans le plus grand nombre des cas. La joaillerie des pierres précieuses factices de Paris est aujourd’hui la plus renommée dans toute l’Europe.
- Usizur dont on se sert pour donner une teinte azurée au linge, auxdifférens tissus et à la pâte du papier, est un verre colore par l’oxyde de cobalt. On le prépare en grand en Saxe , dans la Hesse et en Silésie, en grillant le minerai de cobalt, le mélangeant ensuite avec du quarz ou du sable , et fondant ce mélange,
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- appelé safre, avec de la potasse ou de la soude. Il en résulte un verre que l’on projette dans l’eau froide, tandis qu’il est incandescent, pour le diviser. On le pulvérise ensuite sous des meules horizontales, et la poudre obtenue est soumise à la lévigation, comme l’émeri, pour en obtenir divers degrés de finesse qu’on désigne dans le commerce par les noms d'azur de premier, de second, de troisième, de quatrième feu. Leur prix est d’autant plus élevé, que leur ténuité est plus grande et leur couleur plus pure.
- Enfin, les Emaux sont des verres opaques ou transparens, incolores ou colorés, qu’on applique parla fusion sur les diverses poteries, la faïence et les métaux, principalement sur l’or, l’argent et le cuivre. Ils consistent en silicates de soude , de plomb et d’étain. C’est avec I’acide stannique, nommé naguère encore deütoxyde d’étain , qu’on donne à tous les verres l’aspect blanc de lait et opaque qui distingue surtout l’émail de la faïence. La coloration des émaux se fai tau moyen des mômes substances qui servent pour les autres verres colorés ; la dose en est seule-ment plus forte en général.
- L’art de Fémaillcnr ne paraît pas avoir été de beaucoup postérieur à la découverte du verre ; les anciens le pratiquaient avec un très grand succès. Dans leshypogées delà ville de'fhèbes, on trouve de petits tubes d’émail co-loré, des poteries émaillées de diverses couleurs. Les briques dont les murs de Babylone furent construits étaient émaillées. On voit encore aujourd’hui , dans plusieurs villes de l’Egypte , des édifices construits en briques émaillées recueillies dans les ruines des villes anciennes. Cet art, après avoir été long-tems brut, fit tout-à-coup des progrès surprenans à Faenza et à Castel-Durante, dans le duché d’Ürbin. Michel-Ange et Raphaël tlo-rissaient alors. C’est Bernard Palissy qui, au milieu du xvie siècle, découvrit le secret de l’émail sur poterie et faïence, et qui éleva ces arts céramiques à un degréde per fection inconnu jusqu’alors (1). On prétend que l’art
- (1) Né en 1510 à la Chapelle-Biron, petit village du Périgord, Bernard Palissy, géomètre, peintre verrier, a été le père de-nos arts céramiques, le père de la chimie, le premier professeur d’histoire naturelle en France. Ses découvertes en histoire naturelle, en physique et en chimie sont encore considérées maintenant par les sa vans comme des titres de gloire pour la France. Le premier il a introduit dans les sciences la méthode expérimentale, et, bien avant Bacon, il a proclamé que pour arriver à la vérité, il faut, avant tout, consulter l’expérience. Cet homme de génie, qui pénétra dans les révolutions du globe peut-être aussi profondément que Cuvier, a donné la théorie des puits artésiens, l’origine des eaux minérales, a expliqué parfaitement l’action des entrais. Artiste, il demanda à la science la cause des phénomènes qu’il observait avec une sagacité rare dans un homme de pratique; puis, devenu savant, il rapporta aux arts les fruits de ses méditations éclairées — Le hasard avait fait tomber entre ses mains, vers l’année 1544, une coupe de terre parfaitement émaillée et d’une beauté rare. A cette vue., son imagination s’exalta; il voulut deviner le secret qu’il admirait, et parvenir à l’imiter, s’il lui était possible. Simple ouvrier sans fortune, chargé d’une femme et d’enfans, gagnant à peine sa vie à peindre des images sur vélin et des figures sur verre, tout s’opposait au succès de sa tentative, car indépendamment des dépenses considérables qu’elle exigeait, jamais il n’avait vu cuire ni travailler l’argile; ilne connaissait
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- do peindre en émail sur métaux n’a commencé en France que vers 1652. C’est une erreur, puisque plusieurs des pièces delà vaisselle de Charles Y étaient émaillées. Palissy lui-même fait connaître que, de son tems (1580), les émailleurs de Limoges donnaient pour trois sous une douzaine de ces figures d’enseignes, en cuivre émaillé, qu’on portait alors au bonnet. Il est vrai qu’au commencement du xvir siècle, les artistes employèrent des émaux clairs et transparcns, qui produisirent plus d'effet. Jean Toutin, orfèvre deChateaudun, en 1650 T se rendit célèbre par ses bijoux émaillés.
- On se sert souvent de phosphate de chaux, ou simplement d’os calcinés, pour donner au verre l’apparence de l’opale. Ces ornemens, ces dessins, ces figures d’aspect brillant et métallique ? qu’on voit incrustés dans l’intérieur de certains vases de cristal, consistent simplement en petites pièces de porcelaine blanche et non vernie, qu’on enferme entre deux couches de verre avec une légère couche d’air. Voici comment on s’y prend : Le cristal est coulé dans le moule , et alors qu’il est encore liquide, on applique la figure de porcelaine, préalablement chauffée ; on s’empresse de la recouvrir d’une couche de cristal qu’on aplatit pour ne laisser que la quantité d’air nécessaire à la production du reflet métallique. Souvent on incruste ainsi des pâtes colorées ou dorées, qui produisent un très bel effet.
- Je terminerai l’histoire du verre en vous indiquant le moyen à l’aide duquel on parvient à dépolir et à graver, en quelques instans , ces globes de cristal dont on entoure les lampes, les verres à quinquet, etc. C’est un art tout récent dû à M. de Puymaurin, ancien directeur de la Monnaie des Médailles. Ce n’est pas une des applications les moins curieuses des composés chimiques.
- On se sert pour la gravure sur verre d’un acide fort singulier, dont il est nécessaire de vous faire connaître la nature et les propriétés les plus saillantes.
- Il existe dans la plupart des filons métalliques une substance minérale, que ses propriétés physiques très remarquables, notamment les belles couleurs qu’elle affecte, sa transparence, sa
- alors ni la matière des fourneaux, ni celle des émaux et des terres dont il allait Cire obligé de se servir. Mais seize années de recherches et de privations de tout genre lui firent atteindre son but. C'est dans ses écrits qu’il faut lire ces détails pittoresques et attendrissans, où il racont e tout ce qu’il eut à souffrir de peines et de travaux. Ses poteries recouvertes d’émail coloré jouissent encore aujourd’hui de la plus grande réputation et font l’admiration des hommes de l’art.— Poursuivi et traîné en prison comme calviniste, il n’échappa à la mort que par l’intervention du connétable de Montmorency, qui lui fit obtenir la protection et la faveur de Catherine de Médicis et de Charles IX. Ce roi lui conféra le brevet d'inventeur des rustiques figulines du Roi. En 1588, affaibli par l’àge, presque octogénaire, il fut arrêté, enfermé à la Bastille et menacé du dernier supplice. 11 mourut dans la prison en 168$, tel qu’il avait vécu ; probe, incorruptible, d’une âme hère et élevée.
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- DE LA SILICE ET DE SES COMPOSES.
- cristallisation en gros cubes , ont su faire distinguer dès les lems les plus reculés. Au xvie siècle elle fut nommée fluor et spath fluor.
- Vers 1670, Schwenkhardt constata, à Nuremberg, que cette pierre, chauffée avec l’acide sulfurique, exhale une matière qui corrode le verre. Etudiée par Schèele, qui l’appella acide fluo-rique , à cause de ses caractères acides, cette matière n’a été obtenue à l’état de pureté qu’en 1808, par MM. Gay-Lussac et Thénard.
- On sait aujourd’hui, à n’en pas douter, que l’acide fluorique se compose d’hydrogène et d’un métalloïde tout-à-fait analogue au chlore, mais qu’il est très difficile d’isoler. On lui a donné le nom de fluor.
- Le minéral dont nous parlions tout-à-l’heure, le spath fluor, n’est que du fluorure de calcium. Si, après l’avoir pulvérisé très finement, on le chauffe doucement avec trois fois et demie son poids d’acide sulfurique concentré, dans un appareil distillatoire tout en platine ou en plomb, on recueille dans le récipient, re-
- froidi par de la glace, un liquide incolore, fumant à l’air; c’est l’acide fluorhydrique, qu’on ne peut conserver que dans des vases de plomb ou de platine.
- Cet acide est, de tous les poisons corrosifs, le plus énergique. Il détruit les tissus animaux avec une violence et une promptitude difficiles à concevoir. La plus petite quantité, déposée sur la main, fait naître, presqu’instantanément, des douleurs insupportables, et produit des ulcérations profondes et lentes à guérir. Sa vapeur même, répandue dans un grand espace, provoque, chez les personnes qui y sont exposées, des douleurs sous les ongles et à l’extrémité des doigts, ainsi qu’une inflammation des yeux plus ou moins grave. Ce n’est donc qu’avec une extrême prudence qu’on peut toucher à cet acide.
- Il attaque presque tous les métaux et les dissout avec une vive effervescence, occasionnée par un dégagement de gaz hydrogène. Il reste des fluorures métalliques. Il n’y a guère que le platine, le plomb et l’argent, sur lesquels il soit sans action. Ce qu’il offre de plus singulier, c’est qu’il détruit subitement l’acide sili-cique en donnant lieu à de l’eau et à un composé gazeux qu’on
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- appelle acide fluosilicique, et qui n’est que du fluorure de silicium. Voici la réaction :
- Acide fluorhydrique. = hydrogène -f- fluor.
- Acide silicique . . . = oxygène.. -j- silicium.
- Eau. . . . fluorure de silicium gazeux.
- C’esten raison de cette action quel’acide fluorhydrique attaque, ronge, dépolit et troue les vases de verre, de cristal, les porcelaines et autres poteries , tous les vases, enfin, dans lesquels la silice entre comme principe constituant. Voici comment on tire parti de cette rare propriété.
- On emploie l’acide gazeux ou liquide, selon le but qu’on se propose. Sous le premier état il donne des traits opaques; sous le second, il en fournit de transparens.
- S’il s’agit, non de dépolir toute une surface, mais seulement de tracer quelques figures ou dessins, on agit de la manière suivante en employant l’acide gazeux. On nettoie le verre, on le sèche bien , on le chauffe et on y verse un vernis fondu que l’on étale en couche homogène. Ce vernis, composé de 4 parties de cire jaune et 1 partie de térébenthine ordinaire, est assez mou pour qu’il ne s’écaille pas par le refroidissement, et assez translucide pour qu’on puisse calquer un dessin qu’on place au-dessous de la lame de verre. On passe alors une pointe ou un burin sur le vernis en suivant les traits du dessin, et on entame le vernis jusqu’au verre. 11 faut, de toute nécessité, que, dans tous les endroits où l’on veut que l’acide agisse, le verre soit bien mis à nu et parfaitement net. Quand le dessin est tracé, on expose le verre ainsi préparé à l’action du gaz acide fluorhydrique. Pour cela, on se sert d’une caisse en plomb, d’une forme relative à celle du corps que l’on veut soumettre à celle opération. On met dans ce vase du spath fluor pulvérisé, avec le double de son poids d’acide sulfurique concentré , on mêle bien , on place l’appareil sur un feu très doux, et on pose sur son ouverture le verre qu’il s’agit de graver. Au bout de quelques minutes, à partir du moment où l’acide a commencé à se dégager, l’opération est terminée. On enlève le verre on le chauffe légèrement pour fondre le vernis, on le nettoie, et on repasse, à l’aide d’un burin, les traits qui ne seraient pas bien venus.
- Quand on veut employer l’acide liquide, on suit absolument le même procédé que pour la gravure à l’eau forte sur cuivre , c’est-à-dire qu’après avoir fait le dessin sur le verre, comme je viens de le dire, on environne la surface qui doit être gravée d’un petit bourrelet de mastic, puis on verse l’acide liquide et on laisse sécher au soleil. On enlève ensuite le vernis et on retouche le dessin, s’il en est besoin.
- Voici des verres, gravés par les deux procédés, pendant le peu de lenis que j’ai mis à vous décrire cette opération.
- M. Ilann est parvenu, dans ces dernières années, à perfectionner singulièrement l’art de graver le verre par le moyen de l’acide fluorique. Il produit des demi-teintes et des ombres forces avec une merveilleuse facilité ; il
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- DU FER.
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- peut reporter sur verre les dessins les plus compliqués et les rendre tous au ton désiré, il se sert d’un vernis particulier et emploie plusieurs précautions que je ne puis vous faire connaître. Je me contente de vous avoirdonné une idée exacte de cette belle application de l’acide lluorique.
- VINGT-UNIÈME leçon.
- Métaux de la 3e Section.
- Sommaire. — Du Fer. — De son abondance dans la nature. — De l’exploitation des minerais de fer. — Fabrication de la fonte et du fer doux. — De la tôle et du fer-blanc. — Du moiré métallique. — De l’acier. — Des oxydes et des sels de fer. — Du sulfate de fer ou Couperose. — Des pyrites de fer ou persulfure de fer. — Du zinc. — De ses nombreuses applications à l’état métallique et à l’état de sulfate. —Galvanisation du fer ou du zincage — du ciirôme. — Oxyde et acides du chrôme. — Chromâtes de potasse et de plomb. — Usages de tous les composés de ce métal comme principes colorans.
- Parmi les métaux de la troisième section, le fer, le zinc et le chrôme sont ceux qui méritent surtout de fixer votre attention, en raison des nombreuses applications de la plupart de leurs composés, et des services qu’ils rendent eux-mêmes dans leur état de liberté.
- Du Fer.
- Si le fer n’est pas le métal le plus beau et le plus brillant, assurément il est le plus précieux pour l’homme, car il joue le principal rôle dans toutes les industries; et, ainsi que l’a dit le célèbre Fourcroy, il est l’àme de tous les arts, la source de presque tous les biens, et la perfection de son travail est partout le terme de l’intelligence. Sous ces trois états principaux, de fonte ou fer cru, de fer forgé et d’acier, il remplit tant de fonctions diverses, qu’il tient lieu de beaucoup de substances métalliques differentes. On étend et on multiplie chaque jour ses usages. Nos routes se bordent de rainures de fer; nos ponts s’élançent suspendus sur des cordages de fer, ou s’appuient, comme celui de Cubzac, sur des piles de fer; la pierre de nos monumens cède en partie la place à ce métal, qui s’élève en sveltes colonnettes, ou se découpe en pendantils légers, en fenêtres ogivales, pour remplacer les clochers de nos vieilles basiliques, détruits par le tems ; nos bateaux à vapeur, jusqu’ici en bois, n’auront bientôt plus que des coques de fer. Enfin, son utilité est si bien
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- comprise de tous les peuples, que lorsqu’un vaisseau, dans un voyage de découvertes, aborde une île nouvelle, c’est une coignée , une hachette, une aiguille, un vieux clou, qui fixent d’abord l’attention des naturels, et, pour les posséder, ils cèdent avec empressement leurs objets les plus précieux (1). •
- Il n’est aucun métal dont les composés soient aussi variés et aussi abondans dans le sein de la terre. Il existe, pour ainsi dire, dans toute la nature, mais jamais à l’état natif ; même dans ces masses tombées de l’atmosphère, ces météorites dans lesquels on le croyait à l’état pur, il est allié à d’autres métaux, principalement au nickel, au chrome et au cobalt.
- On ne compte pas moins de dix-huit espèces minérales dont il est la base ; les plus communes sont les oxydes, les sulfures, les carbonates, phosphates, silicates, sulfates de fer. Mais le nombre des roches, des minéraux, des pierres qui renferment ce métal, comme principe accessoire, est infini. C’est lui qui sert, à proprement parler, de principe colorant au règne minéral. On le trouve également dans presque tous les organes des animaux, et il n’est pas de plante dont les cendres n’en contiennent des proportions sensibles.
- Les minerais de fer que l’on exploite pour l’extraction du métal sont peu nombreux, toutefois. Ce sont principalement les oxydes et le carbonate. ,
- Le péroxyde de fer ou oxyde ferrique naturel se montre sous bien des formes. Tantôt il est cristallisé et pourvu de l’éclat métallique; c’est alors le fer oligiste, le fer spéculaire qui forme des amas, des montagnes entières dans les terrains cristallins ( Brésil,
- (1) La connaissance du fer et l’art de le travailler ont dû être bien postérieurs à l’emploi des autres métaux usuels, car, d’une part, il n’existe jamais à j’état natif, et de l’autre son extraction offre de grandes difficultés. Une seule fonte suffit pour rendre l’or et l’argent ductiles et malléables; mais il n’en est pas ainsi du fer; un morceau de fer fondu sort intraitable du moule dans lequel il a été jeté, et n’est pas plus ductile qu’un caillou. Il a donc fallu, avant qu’on ait pù le forger, trouver l’art d’adoucir et de rendre ductile la première fonte.
- Quelques auteurs attribuent la découverte et l’usage du fer aux Cyclopes, d’autres aux Chalybes, peuples très anciens et très renommés pour travailler ce métal.Clément d’Alexandrie prétend que le secret de rendre le fer malléables est dû aux Noropes. Le livre de Job prouve que, dès les siècles qui se sont écoulés depuis le déluge jusqu’à la mort de Jacob, on connaissait et l’on savait exploiter le fer dans quelques contrées. Les livres de Moïse constatent l’ancienneté de celle découverte dans l’Égypte et dans la Palestine. Ce législateur dit que le lit d’Og, roi de Basan, était de fer. Il compare la servitude que les Israélites éprouvèrent en Égypte, à l’ardeur d’un fourneau où l’on fond ce métal. L’art de convertir le fer en acier, et le secret de la trempe, remontent au moins à mille ans avant l’ère chrétienne, puisque Homère en parle en termes clairs.
- Les auteurs payens s’accordent, à placer la découverte du fer chez les Grecs, et l’art de le travailler sous le règne de Minos Ier, 1431 ansavant J.-C. Cette connaissance aurait passé de Phrygie en Europe avec les Dactyles, lorsqu’ils quittèrent les environs du mont Ida, pour venir s’établir dans la Crète. Toutefois l’usage de ce métal ne paraît pas avoir été très répandu dans la Grèce et chez les autres peuples de l’antiquité.
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- Suède, île d’Elbe, Framont dans les Vosges). Tantôt il est en masses amorphes et compactes, rouges et sans éclat ; c’est l'oxyde rouge de fer qui prend spécialement le nom d’hématite rouge, quand il a une apparence fibreuse; on l’appelle dans les arts pierre à brunir, parce qu’on s’en sert pour polir certains corps et en particulier les métaux. Tantôt, enfin, combiné à une certaine quantité d’eau, il est concrétionné ou en masses terreuses, presque toujours mélangées de sable, d’argile, de calcaire. Dans cet état, il a une couleur jaune brunâtre plus ou moins foncée, et il forme les minerais appelés fer limoneux, fer oolithique, hématite brune, qui alimentent une grande partie des forges de France. Quand il est en boules creuses au centre et contenant un noyau mobile, il prend le nom de pierre d’aigle ou d’œtite, que les anciens portaient comme amulettes, parce qu’ils leur attribuaient la vertu d’écarter les voleurs et de favoriser l’accouchement. Il est vrai qu’il fallait que ces boules eussent été trouvées dans le nid d'un aigle!
- Le fer oxydulé ou oxyde de fer magnétique des minéralogistes, qu’on exploite avec avantage en Suède, en Norwège, en Piémont, en Hongrie, dans les monts Qurals, et dans les monts Altaï, est un oxyde intermédiaire, c’est-à-dire qu’il résulte de la combinaison de V oxyde ferreux et de Y oxyde ferrique. Il est en cristaux ou en masses pourvus de l’éclat métallique ; c’est lui qui constitue Y aimant naturel (1).
- Le carbonate de fer, vulgairement fer spathique, forme des couches très importantes dans les terrains anciens (Saxe, Bohème, Tyrol, Styrie, Pyrénées, Dauphiné). Fort souvent en masses compactes dans les terrains de houille, comme à Saint-Etienne, à Anzin et dans la plupart des mines de l’Angleterre, il offre le précieux avantage d’être placé à côté du combustible nécessaire à son exploitation. C’est ce qu’on nomme le fer des houillères.
- L’extraction du fer est une des opérations les plus laborieuses de la métallurgie. On amène d’abord le minerai à l’état de fonte , c’est-à-dire de fer plus ou moins chargé de charbon, et on transforme ensuite cette fonte en fer doux.
- Après avoir mélangé le minerai, pulvérisé grossièrement, avec des proportions convenables de charbon et de fondant, c’est-à-dire d’argile, si le
- (t) Le nom de magnés, donné par les anciens à l’aimant et d’où l’on a tiré l’expression française magnétique qu’on ajoute comme qualification adjective après certains mots ( exemple : fluide magnétique), serait tiré, au dire de Nicandre, du nom d’un pâtre Cretois appelé Magnés, qui aurait fait la découverte d’une pierre d’aimant en menant paître ses bœufs sur le mont Ida ; les clous de sa chaussure et l’extrémité (ferrée de sa houlette s'attachèrent, à un aimant. (Pline, lib. 36, cap. 25. )
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- ClUBIIE ÉLÉMENTAIRE.
- minerai est trop calcaire, ou de craie, s’il renferme trop d’argile, on le projette dans des fourneaux particuliers, qu’on appelle hauts-fourneaux, à cause de leur grande hauteur comparée à leur largeur. Voici la figure
- d’un de ces fourneaux très employés dans le nord de l’Europe.
- Des machines, dont la puissance est telle qu’elles injectentquel-que fois jusqu’à 100 mètres cubes d’air par minute, souillent par le bas du fourneau et déterminent bientôt une température très-élevée. Le minerai se désoxygèneaux dépens du charbon , les matières terreuses qui l’accompagnent se vitrifient au moyen du fondant, et le métal, très chargé de charbon, coule, en raison de sa densité , dans le creuset inférieur, où il forme un bain liquide surmonté de matières vitreuses, scories ou laitiers, dont on se débarrasse de tems en tems. Quand le creuset est plein de métal, on le débouche par le bas, et un ruisseau de fonte, rouge de feu, se répand dans les sillons triangulaires qu’on a creusés dans le sable qui recouvre le sol de la fonderie. On obtient ainsi la fonte en barres, qui porte, dans les ateliers, le nom de Gueuse.
- Souvent on conduit le métal fondu dans de grands moules enterrés dans le fossé qui est toujours vis-à-vis du fourneau, ou bien encore on le verse, avec de grandes poches métalliques, dans des moules en bois remplis de sable, qui ne sont destinés qu’à la fabrication de petites pièces, telles que marmites, boulets, biscaïens, etc.
- Depuis 1828, on a introduit dans les usines à fer une modification remarquable, qui consiste à injecter sur le minerai introduit dans les hauts-fourneaux , non de l’air froid, mais de l’air échauffé à 2 ou 500 degrés au moyen delà flamme perdue au gueulard, ouverture supérieure de ces fourneaux. L’idée de cette substitution de l’air chaud à l’air froid appartient à M. Niclson de Glasgow qui, de concert avec MM. Makinlosh et Wilson, établit ce nouveau procédé dans les fonderies de la Clyde, en Ecosse. On obtient ainsi plus de produit avec beaucoup moins de combustible , et les hauts-fourneaux fonctionnent plus régulièrement. L’économie du combustible varie de IG à 50 p. 0/0 , et le rendement en métal est augmenté de 2 à 10 p. 0/0. Mais ce procédé a le grave inconvénient de dénaturer le fer, et de rendre la fonte plus aigre, plus cassante, moins tenace, plus difficile à travailler et à affiner que la fonte produite avec l’air froid. Aussi, beaucoup d’usines sont-elles revenues à l’ancien procédé.
- La fonte obtenue par le procédé décrit plus haut varie dans ses propriétés, autant d’après la nature du minerai que par la température à laquelle la réduction a eu lieu. Toutes les nombreuses variétés de fontes du commerce peuvent se réduire à deux principales: la fonte blanche et la fonte grise.
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- 1>U FER.
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- La première est très dure, lamelleuse, cassante, et se laisse difficilement travailler. Elle est spécialement réservée pour la préparation du fer et de l’acier. La deuxième est douce, grenue, moins cassante, et peut être tournée et forée. C’est elle qu’on emploie presqu’exclusivement à la confection des objets moulés, après lui avoir fait subir une nouvelle fusion. C’est avec elle qu’on construit ces nombreux instrumens, ces machines à vapeur, auxiliaires si puissans du génie de l’homme, qu’on élève ces bornes, ces parapets, ces piliers, ces grilles qui ornent nos villes et nos demeures; qu’on établit ces conduits qui, semblables aux mille petits vaisseaux qui font circuler le sang dans toutes les parties du corps, sillonnent en tous sens le dessous du pavé de nos cités, et vont distribuer partout l’eau si nécessaire à la vie, et le gaz lumineux qui embellit nos places publiques et nos-magasins.
- Les fontes sont essentiellement composées de fer, de carbone et de silicium. On y rencontre accidentellement du manganèse, du phosphore et du soufre. La proportion de toutes les matières étrangères au fer varie de 5 à 6 p. 100, sur lesquels le carbone entre généralement pour 2 à 2 1/2. Les fontes blanches contiennent toujours moins de silicium et de phosphore, mais plus de manganèse que les fontes grises.
- L’affinage do la fonte, c’est-à-dire sa conversion en fer ductile et malléable, consiste à la chauffer fortement au contact de l’air, afin d’oxyder le carbone et les autres matières étrangères. Cette opération se pratique dans un fourneau présentant une cavité carrée, où l’on place la fonte avec du charbon de bois ou du coke. La combustion est activée parle vent d’un soufflet. La fonte entre bientôt en fusion , le charbon et les métaux étrangers brûlent avec une petite quantité de fer; il se forme des scories à la surface du bain, et peu à peu le fer décarburé se sépare et prend la forme de grumeaux. L’ouvrier rassemble ceux-ci en une seule masse , appelée loupe ou renard, l’enlève avec une pince , et la traîne sur une plaque de fer dont est garni le sol de l’atelier. Au même instant, plusieurs ouvriers en font suinter de toutes parts les scories ou laitier, en la frappant avec do lourds marteaux, et lui donnent une forme à peu près sphérique. On la porte ensuite sous un énorme marteau, dit martinet, pour la comprimer plus fortement. C’est ce qu’on appelle cingler la loupe , opération fort importante pour en chasser toutes les matières vitreuses, en bien souder toutes les parties et obtenir une masse homogène et bien unie (1).
- La loupe ne peut prendre, au premier cinglage, la forme de barre qu’elle doit avoir par la suite. On est obligé de la reporter dans le fourneau , et lorsqu’elle est convenablement chaude, on la replace sous le martinet pour la forger de nouveau. Ce n’est qu’au quatrième feu ou chauffe
- (1 ) On soude le fer avec le fer en le faisant rougir à blanc et le frappant au marteau, fe fer est le seul métal qui puisse se réunir sans substance intermédiaire.
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- que la loupe est entièrement forgée en barre et qu’elle peut être livrée au commerce (1).
- Souvent, au lieu de battre la loupe sous le martinet, on la fait passer, au sortir du fourneau, entre deux cylindres cannelés , qui la compriment fortement et lui donnent la forme de barre.
- Quand au charbon de bois on substitue le coke, l’affinage de la fonte ne peut plus avoir lieu en une seule opération, ce combustible ne brûlant qu’au moyen d’un grand courant d’air forcé, et pouvant fournir à la fonte une partie du soufre qu’il renferme; aussi est-on obligé de faire subir au produit de ce procédé une épuration plus complète dans deux opérations successives. On le connaît alors sous le nom de fin-métal ou fine-métal.
- Aujourd’hui, dans presque toutes les usines, on affine la fonte, non plus en la mettant en contact avec le combustible, charbon de bois ou coke, mais en brûlant la houille sur la grille d’un foyer adossé à un four à réverbère, sur la sole duquel est la fonte réduite en fin-métal. Dans ces sortes de fours, qui portent le nom de pudlingsou fours à pudler, la flamme agit principalement en portant à l’incandescence la voûte du four; la chaleur rayonnant alors sur le fin-métal, le désagrège sans le fondre, et lui permet de s’affiner aux dépens de l’oxygène des battitures ou oxyde noir de fer, ajoutées à cet effet, et aussi de l’oxygène atmosphérique qui pénètre dans le fourneau par quelques ouvertures que l’on débouche de tems en tems. Ce genre d’affinage est appelé pudlage. Les premiers essais auxquels il donna lieu datent de 1784 ; mais le procédé ne fut rendu pratique par M. Corte que quelques années après.
- Dans ces derniers tems, on a fait usage de la tourbe pour pudler la fonte, réchauffer et corroyer le fer. On a essayé dans les hauts-fourneaux et les feux d’affinerie l’usage du bois vert, du bois sec, du bois torréfié ou à demi-carbonisé, et l’on est même revenu à l’emploi de la houille dans les hauts-fourneaux. L’usage du bois torréfié,,imaginé par MM. Houzeau-Muiron et Feauvau-Deliart, paraît offrir une économie notable sur tous les autres combustibles. Ce bois est torréfié dans des caisses de fonte chauffées à l’extérieur par la flamme perdue des hauts-fourneaux. On a aussi utilisé cette flamme à la cuisson delà chaux et de la brique, au chauffage des chaudières à vapeur.
- Dans les Pyrénées, en Catalogne, en Italie, en Corse, en Prusse, en Norwège, on traite les minerais de fer dans des fourneaux très bas, et en une seule opération, on obtient du fer ductile. Cette méthode très expéditive, qui se répand de plus en plus, s’appelle méthode catalane ou française. Elle n’est employée que pour le traitement des minerais très fusibles et Srès riches.
- En 1840, il y avait en France 155 mines de fer exploitées, 1844 minières, 998 fonderies et forges, 119 machines à vapeur, 2,750 machines hydrauliques, et 42,996 ouvriers employés à l’industrie du fer, sans comprendre toutefois les hommes occupés hors des usines à l’exploitation ou k la carbonisation des bois et aux transports de toute espèce. Les 10 millions
- (1) Forger le fer , c’est le frapper lorsqu’il est rougi au feu; écrouir le fer, c’est le frapper à froid, sur une enclume, avec un marteau. Ce sonl donc deux opérations bien distinctes : la dernière donne au fer plus de nerf et de densité, la première lui fai* prendre toutes les formes qu'on veut.
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- de quintaux métriques de minerai préparé fournissent 3,203,000 quintaux métriques de fonte brute, et environ 25,000 quintaux métriques defér malléable, obtenus par le traitement direct, et la valeur créée par la seule industrie du fer a été, en 1810, de 150,350,744 fr.! Vous comprenez maintenant, Messieurs, par ces chiffres, quelle haute importance le gouvernement doit attacher à la production et aux transformations du fer, la seule grande richesse métallurgique, à proprement parler, exploitée en France.
- Le fer obtenu par l’un ou l’autre procédé ne peut être absolument pur. Le fer en barres le mieux préparé contient encore à peu près 1/2 p. 100 de charbon, et environ 1/2 millième de silicium. Lorsqu’il renferme du soufre, de l’arsenic ou du cuivre , il a le défaut d’être cassant, quand on le forge à la chaleur rouge. S’il contient du phosphore, il se laisse bien traiter à chaud, mais il se brise quand on veut le ployer après le refroidissement. On le nomme fer cassant à froid. Cette sorte de fer ne peut être écrouie, ni tirée à la filière.
- La présence du carbone dans le fer, loin de lui nuire, comme celle des autres substances, lui donne, au contraire, des qualités qui le rendent plus avantageux dans ses usages pour les arts. lien acquiert, sans devenir cassant, une certaine force qui disparaît avec le carbone. En effet, le fer tout-à-fait pur est trop flexible, trop tendre, trop exposé à l’usure.
- Ce qu’on appelle la tôle n’est autre chose que du fer réduit à une très faible épaisseur au moyen du martinet ou du laminoir. La tôle un peu épaisse, qui sert actuellement à la confection des chaudières à vapeur, porte le nom de tôle forte, et quelquefois celui de fer noir dans le commerce. La tôle mince est destinée à la fabrication du fer-blanc. Celui-ci est tout simplement de la tôle recouverte, sur ses deux faces, d’une couche très mince d’étain pur. Garanti ainsi par ce métal peu altérable, le fer a une durée bien plus longue , et peut être utilisé dans un bien plus grand nombre de cas que lorsqu’il est dans son état ordinaire.
- Pour obtenir le fer-blanc, dont la fabrication a pris naissance en Allemagne, on décape parfaitement la tôle, et on la plonge dans un bain d’étain en fusion. Au bout d’une demi-heure, on la retire, retenant à sa surface une portion d’étain, qui bientôt se solidifie. Ce n’est pas une simple superposition de l’étain sur le fer ; la couche du premier, immédiatement en contact avec la lame de tôle, y est réellement combinée, en sorte qu’il faut considérer le fer-blanc comme formé d’une lame de tôle, d’un alliage de fer et d’étain , enfin, d’une couche plus ou plus moins épaisse d’étain.
- Le fer-blanc anglais a long-tems eu la suprématie sur celui
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- des autres pays ; mais aujourd’hui nos fabriques françaises fournissent des produits au moins aussi bons.
- Si l’on passe sur le fer-blanc, légèrement chaud, une petite éponge imbibée d’eau aiguisée d’acides azotique et chlorhydrique, on enlève la couche superficielle de l’étain, et Ton met à nu celle qui adhère au fer et qui a cristallisé pendant son refroidissement. On fait ainsi apparaître, comme vous le voyez, des cristallisations très variées et des dessins chatoyans d’un très bel effet. C’est ce qu’on appelle le moiré métallique.
- Proust, chimiste célèbre, contemporain de Lavoisier, et mort à Paris en 1826, avait remarqué, depuis long-tems, les cristallisations qu’un acide met à découvert sur une lame étamée avec de l’étain pur. Ce n’est pourtant que vers 1816 qu’un nommé Allard tira vraiment parti de cette propriété et sut en faire naître une industrie nouvelle et très étendue. Elle eut une vogue immense , mais éphémère, et Allard fut ruiné par les nombreux contrefacteurs qui s’emparèrent de sa découverte, malgré le brevet d’invention que le Gouvernement lui avait accordé gratuitement, le 3 décembre 1816.
- On modifie presqu’à volonté la cristallisation de l’étain sur la feuille de tôle, et par suite l’aspect du moiré, qui offre tantôt des dessins très petits, comme ceux du granité , tantôt des feuilles, des étoiles, des nodules plus ou moins larges, qu’on rend encore plus apparens en les recouvrant d’un vernis coloré. En voici de forts beaux échantillons.
- L’acier est du fer combiné à quelques millièmes seulement de carbone et de silicium. C’est un carbure de fer, contenant généralement moins de carbone que la fonte. La découverte de ce composé et des instrumens tranchans est enveloppée de la plus grande obscurité. Les Orientaux surent de bonne heure préparer l’acier, et ce sont eux qui enseignèrent cet art, comme tant d’autres, aux nations européennes. C’est surtout à partir du xe siècle que les armes blanches furent fabriquées avec cette substance ; toutefois, ce n’est, guère que vers le xme siècle qu’on commença à faire usage d’épées. Les petits instrumens d’acier, tels que couteaux, ciseaux, ne furent connus que plus tard. On ne vendit des aiguilles, en Angleterre, que sous le règne delà reine Marie, et des épingles, qu’à la fin du règne d’Henri VIII.
- L’acier acquiert un très bel éclat par le poli. Il est plus fusible, plus malléable, mais moins ductile que le fer. Ce qui le distingue surtout de ce dernier, c’est la faculté d’acquérir des propriétés toutes nouvelles, lorsqu’après l’avoir fait rougir, on le refroidit brusquement en le plongeant dans l’eau froide. Il devient alors très élastique, moins dense, moins ductile et moins
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- malléable, plus dur et très cassant à froid. Sa dureté est tellement exaltée, qu’il raie le verre et résiste aux meilleures limes. Dans cet état, on l’appelle acier trempé. On ignore tout-à-fait ce qui se passe dans la trempe de l’acier, quelles sont les modifications physiques qu’il éprouve, bien que ce phénomène ait fixé depuis long-tems l’attention des physiciens et des artistes.
- En ne chauffant l’acier trempé que jusqu’au moment où sa surface se colore, c’est-à-dire en deçà du point où il a subi la trempe, et le laissant ensuite refroidir lentement, ou ne le plongeant dans l’eau froide qu’au bout d’un tems plus ou moins long, on pratique l’opération du recuit, qui a pour objet de donner à l’acier des degrés de dureté et d’élasticité variables et appropriés au genre de fabrication auquel on le destine. C’est parce que l’acier prend rarement à la trempe le degré de dureté qui convient à l’usage qu’on veut en faire, qu’on le soumet au recuit.
- Indépendamment de la trempe, il y a encore un autre moyen de distinguer l’acier du fer. C’est de déposer à sa surface une goutte d’acide sulfurique affaibli. Il se produit une tache noire à cause du charbon mis à nu , tandis que sur le fer il n’apparaît qu’une tache verdâtre que l’eau enlève aisément. Le même moyen peut servir à constater l’homogénéité d’un acier. Dans ce cas, les taches noires formées par l’acide doivent avoir la même intensité de couleur.
- Enfin, l’acier est plus attirahle à l'aimant, et conserve plus long-tems que le fer la propriété magnétique qu’on lui a communiquée ; voilà pourquoi les aimans artificiels sont préparés de préférence avec lui.
- Il y a quatre espèces d’acier dans le commerce : 1° Y Acier naturel ou acier de fonte, que l’on obtient en affinant la fonte blanche ou en traitant les minerais de fer très riches par la méthode catalane. C’est l’espèce la plus commune, celle avec laquelle on fabrique les sabres, les épées, les fleurets, les scies, les ressorts de voiture, la grosse coutellerie, les instru-mens aratoires, etc.
- 2° L'Acier de cémentation on acier poule, que l’on prépare en chauffant fortement du fer en barre au milieu d’une poussière composée de charbon, de suie, de cendres et de sel marin. On l’emploie à la fabrication des limes, des objets de quincaillerie. On le soude au fer pour armer des marteaux, des cisailles, des enclumes, etc.
- 5° L'Acier fondu ou Yacier fin, qui s’obtient par la fusion des deux autres aciers, et qui par conséquent est bien plus homogène. C’est Benjamin Huntsmannqui le prépara le premier, à Mandsworth, près Scheffield , en 1740. Comme cet acier peut acquérir par la trempe une dureté et une ténacité très grandes, c’est avec lui qu’on confectionne les burins et les ciseaux capables de couper la fonte, le fer et les autres aciers. C’est celui qui prend le plus beau poli, aussi l’emploie-t-on de préférence pour la belle coutel-
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- lerie fine, la bijouterie d’acier, les ressorts de montre, les instrumens de chirurgie, les coins des monnaies, les laminoirs, etc.
- On est parvenu à souder ensemble l’acier fondu et le fer, aussi l’usage du premier est-ii devenu plus commun. Les instrumens dont le dos est en fer, sont préférables à ceux qui sont entièrement en acier, parce qu’ils sont moins fragiles.
- 4° La dernière espèce d’acier, connue dans les arts, est celle qui est désignée sous les noms de JVôotz, d’acier de l'Inde, d'acier damassé. C’est avec elle que les Orientaux fabriquent, depuis un tems immémorial, ces excellentes lames de sabre qui sont appelées damas, du nom de la ville de Syrie où leur préparation a particulièrement lieu. Ces lames présentent sur leur plat des dessins moirés très variés, des veines alternativement blanches et noires, fines ou rubannées, entrelacées, croisées ou parallèles. Leurs tranehans sont si bons, et les Orientaux sont si habiles à s’en servir, qu’ils coupent une masse de coton mouillé aussi facilement qu’un pain de beurre , mais ces lames ont le défaut d’être fragiles comme le verre.
- Les dessins qui se montrent sur cet acier paraissent être dus à la présence, dans la pâte, d’un carbure de fer régulièrement cristallisé, qui se trouve mis à découvert par l’action des acides affaiblis, et produit alors cette espèce de moiré grisâtre qui se détache sur un fond plus clair.
- On ne connaît pas le procédé des Orientaux, mais grâce aux recherches de plusieurs chimistes fort distingués, nos fabriques produisent maintenant des lames damassées qui offrent tout à fait l’aspect, la qualité et la légèreté de celles qui nous viennent de l’Orient. Les manufactures des Bouches-du-Rhône envoient même en Orient de très belles lames damassées, où le platine est uni à l’acier. On sait, en effet, qu’en ajoutant à l’acier ordinaire quelques centièmes seulement de platine, ou d’argent, ou de quelques autres métaux, on lui fait acquérir d’excellentes qualités et la faculté de prendre un beau damassé par l’acide sulfurique.
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- Le fer, dans ses combinaisons avec l’oxygène, le soufre et les acides, fournit plusieurs substances utiles aux arts. Nous devons vous dire quelques mots des principales.
- Il y a deux oxydes de fer. L’un vous est déjà bien connu ; c’est Yoxyde ferrique qui constitue les minerais dont nous avons parlé précédemment, et qui se forme à la surface du fer métallique, de la fonte et des aciers abandonnés dans l’air humide. Les chimistes l’obtiennent pur, en dissolvant le fer dans l’eau régale, et précipitant la dissolution par un léger excès d’alcali. Il se dépose en flocons rougeâtres.
- Voxyde ferreux prend naissance lorsqu’on traite le métal par l’acide sulfurique affaibli. Vous savez que, dans ce cas, il se dégage de l’hydrogène, et qu’il reste en dissolution du sulfate de fer. Si dans cette liqueur on verse de la potasse, il se dépose une matière blanchâtre, un hydrate de protoxyde, qu’il est impossible d’amener à l’état sec, en raison de la promptitude avec laquelle il absorbe l’oxygène de l’air, et se change en peroxyde.
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- Voilà déjà celte matière blanchâtre qui a changé de couleur depuis qu’elle est précipitée; elle devient successivement verdâtre, brune, jaune, puis rouge, à mesure que sa suroxydation fait des progrès. Je vais lui faire acquérir de suite la couleur rouge en l’arrosant de chlore liquide, qui, en décomposant l’eau et en s’emparant de son hydrogène, va mettre en liberté son oxygène que l’oxyde ferreux absorbera aussitôt.
- Il y a aussi un oxyde noir de fer qui se produit quand on chauffe le fer au contact de l’air, quand on décompose l’eau par ce métal également rouge, ou enfin quand on humecte d’eau delà limaille de fer, et qu’on abandonne la pâte pendant quelque tems à l’air ou dans des vases fermés. Mais cet oxyde noir, qu’on appelle tantôt battitures, tantôt éthiops martial, n’est qu’un composé à proportions fixes d’oxvde ferreux et d’oxyde ferrique. C’est un oxyde intermédiaire analogue à l’oxyde de fer magnétique naturel ; les chimistes le nomment scientifiquement oxyde ferroso-ferrique.
- L’oxyde ferreux ou protoxyde de fer, en se dissolvant dans les acides, produit des sels facilement cristallisables et colorés en vert émeraude pâle. Voxyde ferrique ou le peroxyde donne avec ces mêmes acides des sels difficilement cristallisables et colorés en rouge ou en brun. Du reste, on reconnaît aisément ces deux sortes de sels de fer , parce qu’ils noircissent une décoction de noix de galle, en formant de Vencre, et qu’ils donnent des précipités bleus plus ou moins foncés avec le réactif appelé vulgairement prussiate jaune dépotasse. Ces précipités ne sont autre chose que du bleu de Prusse, matière colorante fort utile , dont nous traiterons dans une autre partie de ce cours.
- De tous ces sels de fer, le plus important, sans contredit, est celui qui porte, depuis longtems, les noms de vitriol, de vitriol vert, de vitriol martial ou romain, de couperose verte, et ceux plus scientifiques de sulfate de protoxyde de fer, de sulfate ferreux. Les anciens le connaissaient, et dans Pline, on le voit désigné sous les noms de mysy, de sory et de calcanthum. Il sert à obtenir l’encre; c’est le principal ingrédient de la teinture en noir, en gris, en olive et en violet; c’est avec lui qu’on monte les cuves d’indigo à froid, qu’on prépare le bleu de Prusse, le colcotliar, l’acide sulfurique de Saxe; qu’on obtient l’or en poudre, nécessaire à la dorure de la porcelaine. Je n’indique ici,*. Messieurs, que les usages les plus saillans de ce sel.
- Pur, il se présente en gros prismes rhomboïdaux, transparens, d’un beau vert d’émeraude, contenant 4-2 à 45 p. 100 d’eau de cristallisation. II a une saveur fortement styptique. Il se dissout dans 2 parties d’eau froide et dans les 3/4 de son poids d’eau bouillante ; la solution est d’un vert clair. Ses cristaux se recouvrent
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- promptement, dans l’air, détachés ocreuses, ce qui est dû à la suroxydation de l’oxyde ferreux, et à sa conversion en sous-sulfate ferrique. Cet effet a lieu bien plus rapidement lorsque le sel est dissout. En très peu de tems, sa dissolution devient rouge et laisse déposer une poudre jaune rougeâtre.
- Lorsqu’on le chauffe, il éprouve la fusion aqueuse, se bour-souffle, perd son eau de cristallisation et devient blanc ; à une température plus élevée, il se décompose en donnant du gaz sulfureux et de l’acide sulfurique anhydre ; le résidu est de l’oxyde ferrique en poudre rouge que Basile Valentin a nommé le premier colcothar, nom sous lequel il est employé dans la peinture et le polissage des glaces. C’est ce colcothar qui, porphyrisé avec de l’émeri de première qualité, et incorporé dans du suif, constitue la pâte dont 'on se sert généralement pour affiler et faire couper les rasoirs.
- On prépare la couperose très en grand, dans plusieurs départemens, en lessivant les pyrites martiales efdeuries au contact de l’air, comme je le dirai bientôt, ou en traitant les vieilles ferrailles par l’acide sulfurique affaibli et ne marquant que 20 à 25° ; on évapore la dissolution dans de grands bassins de plomb, et on fait cristalliser dans des réservoirs en bois. Ce dernier procédé est pratiqué à Paris, à Ilonileur et dans d’autres grandes villes manufacturières. Depuis quelques années, dans les localités où l’on épure les huiles, on utilise les eaux acides provenant de cette opération pour obtenir de la couperose.
- Dans le commerce, on distingue les diverses espèces de couperoses par les noms des pays de fabrication. On connait donc : les couperoses de Paris, d'fJon fleur, de Picardie, de Forges, de Bouxvillers, d’Angleterre, d'Allemagne. Toutes sont impures; elles renferment presque toujours un excès d’acide, du sulfate ferrique, et parfois de l’alun, des sels de chaux, de magnésie, de zinc, de manganèse et de cuivre. Les couperoses fabriquées de toutes pièces et celles de f orges sont les moins impures. Pour dissimuler leur grande acidité, qui affaiblit leur couleur, les fabricans ont pris l’habitude de les colorer en vert foncé au moyen d’un peu de noix de galle ou de mélasse. La couleur foncée des couperoses n’est donc pas un indice de bonne qualité, comme le supposent les teinturiers et les autres industriels qui font usage de ce sel.
- Il faut éviter d’employer les couperoses acides pour le mordançage des tissus, attendu que l’excès d’acide sulfurique attaque le coton et les étoffes en général et rend ces substances dures et cassantes. Les couperoses cuivreuses et celles qui contiennent beaucoup de sulfate ferrique ne conviennent nullement pour monter les cuves d’indigo à froid. On reconnaît très aisément les couperoses cuivreuses, en plongeant dans leur dissolution une lame de fer bien décapée qui, au bout de quelques minutes, se recouvre d’un enduit rouge de cuivre métallique.
- Presque tous les autres sels de fer sont ou peuvent être em-
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- ployés dans la teinture. Les indienneurs font un fréquent usage de l’acétate, de l’azotate et du chlorure de fer.
- Déjà, à plusieurs reprises, je vous ai parlé, Messieurs, des pyrites de fer. C’est ici le lieu de vous faire connaître les substances auxquelles on donne vulgairement ce nom , ainsi que les dénominations de pyrites martiales, de pyrites ferrugineuses. Pour les chimistes, c’est du Persulfure de fer ou Sulfure ferrique.
- Les unes sont jaunes et cristallisées en cubes ; les autres blanches et en cristaux prismatiques. Néanmoins, malgré ces caractères physiques différens, elles contiennent exactement la môme proportion de soufre, c’est-à-dire 118,62 pour 100 parties de métal. C’est là un nouvel exemple de corps isomères.
- Le persulfure de fer est un des minéraux les plus répandus. Presque toutes les mines, presque tous les terrains en contiennent , aussi est-ce la substance minérale la plus connue des gens du monde et des habitans des campagnes, qui la prennent pour de l’or, à cause de sa couleur et de son vif éclat métallique. Bien des fois la découverte de pyrites jaunes dans nos terrains de craie a fait naître des espérances que nous avons eu beaucoup de peine à détruire. Le mica jaune a souvent occasionné de semblables méprises. On pourrait dire de ces deux substances, comme Haüy, que ce sont les mines d’or de l’ignorance.
- Ce qui distingue surtout le persulfure de fer et le fait aisément reconnaître, c’est qu’il perd son éclat à la simple flamme d’une bougie, en exhalant une odeur d’acide sulfureux, et devenant brun ; qu’il donne des étincelles par le choc du briquet, en répandant la même odeur. C’est à cause de cette dernière propriété que les anciens lui donnèrent le nom de pyrite, dérivé d’un mot grec qui signifie feu. Ils l’appelèrent aussi pierre de foudre, parce qu’ils croyaient qu’il était lancé sur la terre par le tonnerre. Longtems on s’en est servi, à cause de sa dureté, pour armer les carabines ; de là le nom de pierre de carabine qu’il a porté. Chez les Romains, les patrouilles militaires ne marchaient pas sans avoir des pyrites, afin de se procurer subitement du feu.
- En Saxe, en Bohême, en Hongrie, en Belgique et dans les départemens du nord de la France, on le calcine dans des cylindres de terre réfractaire pour en obtenir du soufre. On recueille ainsi le quart du soufre qu’il contient. Le résidu est utilisé à la fabrication de la couperose.
- Dans d’autres localités, et notamment dans les départemens de l’Oise, de l’Aisne, de l’Aveyron, ainsi qu’à Forges, dans notre département, on utilise les pyrites blanches à la préparation du sulfate de fer. Elles sont ordinairement disséminées dans des schistes argileux, dans des lignites ou dans des tourbes. On aban-
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- donne ces matières, disposées en tas sous des hangars, en ayant soin de les lessiver de tems en tems. Les pyrites se fendillent, éclatent, tombent en poussière ; le fer s’oxyde, le soufre s’acidifie ; ces deux nouveaux produits se combinent, et il en résulte alors du sulfate de fer qui s’eiïleurit à la surface des tas, sous forme de petites aiguilles d’un blanc grisâtre, d’une saveur atra-mentaireettrès solubles dans l’eau. Les lessives sont concentrées et mises à cristalliser.
- Quand les pyritess’ellleurissent mal, on les grille. On obtient tout à la fois, dans ce cas , du sulfate de fer et du sulfate d’alumine qu’on isole. Ce dernier sert ensuite à faire l’alun.
- Voici des échantillons de pyrites blanches converties naturellement en couperose, et de beaux cristaux de sulfate de fer, qu’on prépare à Forges, avec les tourbes pyriteuses qui sont si abondantes dans cette localité.
- Les couperoses de Picardie, distinguées en couperoses de Noyon, de Mairancourt, de Montatère, dvVerberie, de Saint-Urcel, sont les moins püres de toutes; elles contiennent surtout du cuivre et beaucoup d’alun.
- Vous voyez, Messieurs, que le persulfure de fer n’est pas sans intérêt pour les arts. En l’alliant à un peu de cuivre, on en fait ce qu’on appelle marcassite dans le commerce, et on en fabrique des chatons de bague, des boutons et autres ouvrages du môme genre.
- Les antiquaires nomment miroir des Incas des plaques polies du môme sulfure, qu’on a trouvées dans les tombeaux des anciens princes péruviens. Ils pensent qu’elles ont dû leur servir de miroir.
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- Les anciens ne connurent pas le zinc métallique, mais un de ses composés, la calamine , avec lequel ils fabriquaient le laiton. C’est dans les écrits de Paracelse, célèbre alchimiste du xvie siècle (1), qu’on trouve ce métal décrit pour la première fois sous
- (1) Paracelse, dont le nom entier est Auréole-Philippe-Théophraste-Paracelse-Bom-bast ab Hohenheim, est un des hommes les plus remarquables du xvie siècle. Né en 1403 à Einsiedel, dans le canton de Sclrwytz ( Suisse ), il apprit de son père la médecine , l’alchimie et l’astrologie. Après avoir voyagé dans une grande parlie de l’Europe, en menant une vie débauchée et en disant la bonne aventure, quand il manquait d’argent, ce qui lui arrivait souvent, il fut appelé, en 1526, par le sénat de Bâle pour remplir une chaire, nouvellement créée, de chirurgie et de physique, et non pas de chimie, comme on l’a dit. Mais il se brouilla bientôt avec les magistrats et s’exila du pays. Il recommença sa vie aventureuse et vint mourir, en 1541, dans l’hôpital de Saint-Etienne de Salzbourg. Paracelse doit être considéré comme le chef des médecins chimistes du xvie siècle; c’est lui qui a introduit dans la pratique médicale l’emploi des composés chimiques. 11 s’occupa bien moins de la picrrephilosophale que de k\ Panacée universelle, et composa, pour prolonger indéfiniment la vie, une foule d’essences et de quintessences, d’élixirs, de spécifiques et autres arcanes. 11 portait au pommeau de son épée cette panacée qui devait le rendre immortel, ce qui ne l’empêcha pas de
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- le nom de zinc, mot dérivé de zinn, nom germanique de l’étain, car la fusibilité et l’oxydabilité du zinc l’avaient fait confondre jusqu’alors avec l’étain, et on l’appelait, en effet, ctain des Indes, speltrum, speauter. 11 était alors apporté de Chine et des Indes où l’exploitation des mines de zinc remonte à une époque assez reculée. Ce n’est que vers le milieu du xvme siècle qu’on a découvert les moyens de l’extraire des minerais d’Europe.
- L’importance de ce métal s’accroît journellement. Longtems l’usage en a été borné à la fabrication du laiton ou cuivre jaune. Mais depuis 1789, et surtout depuis que les Anglais nous ont appris à le laminer, on l’emploie concurremment avec le plomb pour couvrir les édifices, faire des réservoirs, des baignoires, des gouttières, des tuyaux de conduite, des robinets, etc. C’est à partir de 1810 que le laminage du zinc a fait en France de remarquables progrès, et que sa consommation a augmenté dans une progression très rapide. Elle ne dépassait pas, avant 1824,9,000 quintaux métriques; en 1834, il en est entré en France 58,400 quintaux, et 11(3,100 quintaux en 1838.
- Le zinc n’existe dans la nature qu’à l’état de combinaison. Ses minerais les plus répandus sont le sulfure, appelé blende, le silicate et le carbonate que l’on confond sous le nom de calamine. On en extrait le zinc en les calcinant avec du charbon, après les avoir grillés et réduits en poudre fine, dans des tuyaux de terre disposés de différentes manières dans des fourneaux à vent. Le zinc, ramené à l’état métallique au moyen du charbon, se réduit en vapeurs que l’on condense dans des tuyaux ou des bassins extérieurs. On refond le métal pour le mouler en plaques peu épai-ses du poids de quelques kilogrammes. C’est ainsi qu’il arrive de Silésie, de Carinthie, d’Angleterre et de Belgique, pays où les minerais de zinc sont très abondans. 11 n’y a, en France, jusqu’à ce jour, qu’une seule mine en exploitation; c’est celle de Clairae et Robiac, dans le département du Gard.
- Le zinc du commerce n’est jamais parfaitement pur; il contient toujours un peu de carbone, d’arsenic, de fer, de manganèse, et plus rarement de l’étain, du cuivre, du plomb, du cadmium et du soufre. Yoilà pourquoi le zinc qu’on dissout dans l’acide sulfurique laisse un petit résidu noir floconneux, et pourquoi le gaz hydrogène qui en résulte a une odeur d’ail. Il n’existe aucun
- mourir à l’âge de 48 ans! Paracelse ne manquait pas de génie, car, au milieu de ses erreurs, il a donné d’excellentes notions sur un grand nombre de médicamens, particulièrement sur l’opium, le mercure, le soufre, l’antimoine, l’arsenic, et le premier il a cherché à isoler des matières médicamenteuses, au moyen de la chimie, les parties les plus actives. Il avait un profond mépris pour les docteurs à gants blancs qui craignent de se salir les doigts dans un laboratoire de chimie. A la première leçon qu’il lit à Bâle, il jeta au feu les œuvres d’Hippocrate, de Galien et d’Avicenne, en disant que' son chapeau, sa barbe et ses souliers en savaient plus que tousles médecins de l’antiquité
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- moyen simple de purifier le zinc ; même après avoir été distillé, il retient encore du charbon et de l’arsenic.
- On reconnaît le zinc à son tissu essentiellement lamelleux, à sa couleur blanche nuancée de bleu, et à son vif éclat. Il est mou et graisse la lime; il se gerce en même tems qu’il s’applatit sous le marteau. 11 tient le milieu entre les métaux cassans et les métaux malléables. Son laminage présente beaucoup de difficultés, parce qu’il n’est malléable qu’entre + 130 et 150° centigr. Au-dessus de cette température, il devient si cassant qu’on peut le réduire en poudre dans un mortier. Une laminerie de zinc établie depuis quelques années, par le général d’Arlincourt, à Sainte-Marie-Thierceville, près deGisors , et celle de MM. Le Couteulx, à Ro-milly-sur-Andelle, toutes deux dans le département de l’Eure, fournissent au commerce des feuilles de zinc de très bonne qualité. Elles tirent leur zinc de Silésie et de Belgique. Les autres usines dans lesquelles on travaille ce métal sont celles de Tirre-ville, du Houx, près Cherbourg ; de Vienne (Isère), de Givet, de Saint-Denis et de Paris.
- Le zinc se ternit dans l’air humide, en se couvrant d’une légère couche d’oxyde. Cette oxydation fait des progrès à mesure que la température du métal s’élève, et, lorsqu’il est chauffé au rouge blanc, il brûle vivement en répandant une belle flamme blanche éblouissante. Il se convertit alors en protoxyde, qui se répand dans l’air en flocons très légers, comme nous vous l’avons montré dans une autre occasion. Les artificiers mettent à profit cette grande combustibilité du zinc. Les étoiles si brillantes que les chandelles romaines projettent dans les airs en éclatant, celles qui sortent des bombes et des fusées volantes, sont dues à la flamme du zinc pulvérisé que l’azotate de potasse embrase.
- Le zinc noircit sous l’eau en la décomposant peu à peu; mais une fois que sa surface est recouverte d’oxyde, il est préservé de toute altération ultérieure, et, à partir de ce moment, le zinc résiste aux actions atmosphériques comme un métal beaucoup moins oxydable. Voilà pour quoi l’eau de pluie, qui a coulé sur les toitures en zinc, ne renferme que des traces insignifiantes d’hydrate et de carbonate de zinc, qui ne peuvent nuire à ses emplois journaliers.
- Sous le rapport de l’altérabilité spontanée, le zinc n’est donc pas moins propre que le cuivre à la couverture des édifices. Une toiture de ce genre dure de 15 à 20 ans sans subir de fortes altérations ; elle coûte moins qu’une toiture en cuivre , et pas beaucoup plus qu’une couverture en ardoises. Toutefois, en raison de sa combustibilité, on doit exclure le zinc de tous les monu-mens surmontés d’un comble en bois, car non seulement en brûlant il propagerait facilement l’incendie sur tous les points avec
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- lesquels il est en contact, mais comme il lance alors des parties enflammées, l’incendie pourrait être porté à distance.
- Une condition indispensable pour la conservation des couvertures en zinc, c’est la suppression des clous et des soudures extérieures. Les feuilles métalliques doivent être seulement agraflees de manière à laisser parfaitement libres tous les mouvemens de contraction et de dilatation commandés par les variations de température. Enfin on s’exposerait à voir les feuilles du zinc corrodées en très peu detems dans toute leur épaisseur, si l’on n’évitait avec soin le contact du métal avec le plâtre ou les mortiers calcaires.
- Le zinc est un des métaux les plus attaquables par les acides, même les plus faibles.il se dissout dans presque tous, en formant des sels incolores, doués de propriétés vomitives et purgatives. Aussi, lorsque De la Follie, de Rouen (1), proposa en 1778, époque où le zinc était encore rare, de le substituer à l’étain pour l’étamage des ustensiles de cuisine, proposition renouvelée depuis qu’il est devenu plus commun, les principaux chimistes établirent que son emploi pourrait donner lieu à des accidens fâcheux, puisqu’il est attaqué très facilement par les corps gras, le sel commun, les acides les plus faibles, tels que le vinaigre, le verjus, le jus de citron, etc.
- M. le général D’Arlincourt a reconnu qu’en associant au zinc une petite quantité d’étain fin et de plomb, il en résulte un alliage qui résiste à l’action des solutions acides et salines, et même à l’acide sulfurique à 20‘>. il est donc préférable au zinc pour les constructions, les baignoires, les gouttières, les tuyaux de conduite des eaux ménagères et des urines, etc.
- L’étain n’est pas le seul métal qui puisse servir à garantir le fer de l’oxy-
- (1) De la Follie, né à Rouen, le 11 mars 1739, fut un des plus illustres membres de l’ancienne Académie de celte ville. Quoique adonné au commerce, il se livra avec ardeur à l’étude des sciences et surtout à celle delà chimie, et il s’occupa des moyens de faire tourner celte dernière au profit des arts industriels. C’est ainsi qu’il décrivit un nouveau procédé pour blanchir le basin, qu’il parvint le premier à fixer sur le fil la couleur dite rouye des Indes, qu’il rendit populaire la teinture en jaune avec la gaude.-En 1779, il communiqua au gouvernement un vernis pour préserver de l’action corrosive de l’eau de mer le cuivre employé au doublage des vaisseaux. De 1774 à 1780, il lut à l’Académie de Rouen vingt mémoires, dont les principaux ont pour titres : Sur le vernis au feu et à Veau; sur l’air fixe; sur le bleu de Prusse ; sur l'étain soumis à une nouvelle épreuve ; sur l’huile de vitriol; sur la potasse; sur V acide du soufre; sur la conversion de l’air en eau; sur le magnétisme, etc. 11 fut d’un grand secours à Dambourney dans les essais que ce dernier avait entrepris pour fixer sur la iaine les couleurs de nos végétaux indigènes. Il imagina pour cela un mordant particulier qui est encore connu, des vieux teinturiers sous le nom d’apprêt de De la Follie. 11 venait d’être nommé par le roi inspecteur des manufactures, récompense flatteuse de tous ses travaux, lorsqu’un accident funeste vint le ravir à la science dont il eût reculé les limites. Etant tombé dans sa maison avec un matras rempli d’une composition chimique, il se fit à la main, droite une blessure qui causa sa mort, le 2 février 1780.
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- dation. Le zinc peut jouer le même rôle, ainsi que Malouin (1) l’a constaté et indiqué en 1742. Ce n’est que dans ces dernières années qu’on a tiré parti en grand de cette propriété. M. Sorel a pris, en 185(5, un brevet d’invention pour la galvanisation du fer, nom pompeux et scientifique, qui revient tout simplement à celui de zincagedu fer. Le procédé consiste à enduire le fer de zinc en le plongeant dans un bain de ce métal en fusion, tout comme on l’enduit d’étain pour fabriquer le fer-blanc. Mais tandis que, dans le fer élamé, le fer est rendu plus oxydable par le contact de l’étain que lorsqu’il est entièrement nu, de telle sorte que, quand l’étamage n’a pas été exécuté avec le plus grand soin, les parties qui sont à découvert s’éraillent et se détruisent avec rapidité; dans le fer zingué, au contraire, le fer est protégé par le zinc, non seulement partout où ce métal le recouvre, mais même dans les parties qui, par suite de l’imperfection de'l’opération, ont pu rester à nu; c’est cette précieuse propriété qui le caractérise.
- C’est au commencement de 1857 que M. Sorel a livré ses premiers produits au public. Depuis cette époque, ils ont été soumis à un grand nombre d’épreuves, tant dans les laboratoires que dans les ateliers, et toutes ces épreuves leur ont été favorables ; on ne sait pas encore jusqu’à quel terme pourra se prolonger leur durée, Cette question estdu genre de celles qui ne peuvent être résolues que parletems.
- On galvanise ou on zingue tous les objets en fer quels qu’ils soient, après qu’on leur a donné les formes voulues ; des clous, des chaînes, des toiles et treillis,des objets de sellerie et de carrosserie, des outils de jardinage, etc. On fait maintenant un grand usage de la tôle galvanisée pour couvrir les toits, pour confectionner des tuyaux de poêle et de cheminée qui doivent être placés à l’extérieur, les gouttières, les tuyaux de conduite des eaux, les tuyaux à vapeur, les formes à sucre, etc.
- La tôle galvanisée n’est pas plus chère, à poids égal, que la tôle nue; elle est à-peu-près du même prix que le zinc laminé ; mais outre qu’elle est beaucoup plus tenace et plus flexible, elle a encore l’avantage de ne pas se fondre et de ne pas s’enflammer comme celui-ci dans les incendies.
- La valeur annuelle des produits manufacturiers livrés par l’établissement de M. Sorel à Paris est de plus de 500,000 fr.
- Les objets zingués ne doivent, dans aucun cas, être employés aux usages culinaires, ni à tout ce qui concerne les alimens. Le 26 janvier 1845, huit ouvriers serruriers de Metz furent empoisonnés pour avoir bu du vin qui était resté pendant 15 heures dans un broc en fer galvanisé.
- Jusqu’ici on n’était point parvenu à galvaniser la fonte, faute de pouvoir la décaper. En employant l’acide impur qui a servi à l’épuration des huiles, M. Sorel la décape convenablement, et elle s’étame parfaitement de zinc, enveloppe très utile pour la préserver de l’action de l’air et de l’humidité. Ce résultat date de 1814.
- Une substance qui possède la propriété décapante au plus haut degré ,
- (1) Malouin, né à Caen en 1701 et mort à Paris en 1778, était parent de Fontenelle et ami de Voltaire. Médecin très en vogue, il ne s’occupa de chimie qu’accidenteJlement, et ne présenta à l’Académie des sciences, dont il était membre, que trois mémoires : deux sur les analogies qui existent enlre le zinc et l’étain, et un troisième sur le sel de chaux.
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- c’est le chlorure double de zinc et d’ammoniaque. Ce sel met si bien à nu les surfaces métalliques sur lesquelles on l’applique, qu’aussitôt le contact, il se fait des alliages plus fusibles qui déterminent l’étamage; aussi, par son intermédiaire, peut-on très bien étamer le cuivre ou le fer avec de l’étain, du plomb, du zinc; le zinc avec de l’étain ou du plomb, et même l’étain avec le plomb, et réciproquement.
- Le zinc est très soluble dans les acides, et il donne des sels blancs dont quelques uns sont utilisés. Lorsqu’on le traite par l’acide sulfurique affaibli, il se dégage beaucoup de gaz hydrogène, et il se produit du sulfate zincique, par suite de la décomposition de l’eau. Si l’on concentre le liquide, après la dissolution du métal, on obtient le sulfate en beaux prismes blancs. C’est là ce que les anciens chimistes nommaient vitriol blanc, couperose blanche, et qu’ils se sont longtems obstinés à considérer comme du sulfate de fer modifié.
- Dans le commerce, ce sel est en masses saccharoïdes ou en plaques épaisses, ou en jolies petites aiguilles. Il est toujours impur et ferrugineux. C’est à la présence du sulfate de fer qu’il doit sa légère teinte jaune, la propriété de se recouvrir par places de taches ocreuses, de donner une dissolution qui noircit par la teinture de galle et qui bleuit par le prussiate de potasse. On le purifie en faisant passer un courant de chlore dans sa dissolution, et en faisant bouillir celle-ci sur de l’oxyde de zinc qui se dissout en précipitant tout l’oxyde de fer.
- Le sulfate de zinc est obtenu très en grand, comme produit secondaire , à Rammelsberg, près de Goslar, dans le Hanovre, où l’on exploite une mine de plomb composée de sulfures de plomb , de cuivre, d’argent, de zinc et de fer. Des parties riches en zinc, on extrait, par le grillage et le lavage, un mélange de sulfates de zinc et de fer. Evaporé à sec et calciné dans des cornues de terre, ce mélange fournit de l’acide sulfurique fumant et un résidu formé de colcothar et de sulfate de zinc. On enlève celui-ci par des lavages, et on le fait cristalliser en masse au moyen d’une évaporation convenable. On le connaît dans le commerce sous le nom de vitriol de Goslar.
- Ce sel, pourvu d’une saveur âpre et styptique, est très soluble dans l’eau, puisque 100 parties d’eau froide en dissolvent 140 parties. La solution a une densité considérable, et c’est à cause de cela qu’on l’a employée dans un système de lampes appelées hydrostatiques , pour maintenir le niveau de l’huile. Les fabricans d’indienne en consomment beaucoup pour la composition de certaines réserves, etilssubstituentsouvent au sulfate, poureet objet, l’azotate et le chlorure de zinc. Avant la découverte de l’émétique, les médecins se servaient du sulfate de zinc, à la dose de quelques centigrammes, pour provoquer le vomissement. Les
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- vernisseurs l’utilisent pour rendre l’huile siccative et pour préparer la couleur connue sous le nom de blanc de zinc ; c’est du carbonate de zinc qu’on obtient facilement en versant du carbonate de soude en excès dans la solution du sulfate de zinc ; il y a double décomposition des deux sels :
- Carbonate de soude. = soude . . . . -f- acide carbonique.
- Sulfate de zinc . . = acide sulfurique. oxyde de zinc.
- Sulfate de soude -f- carbonate de zinc.
- Le carbonate de zinc se précipite, en raison de son insolubilité, en une poudre blanche très fine, qui, lorsqu’elle est sèche, se môle parfaitement à l’huile et peut couvrir alors les bois, les murs et remplacer lacéruse pour toutes les peintures à l’huile. Les peintures en blanc de zinc ont l’immense avantage de ne pas noircir par les émanations sulfureuses, et de ri’exercer aucun effet fâcheux sur la santé des ouvriers.
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- En 1797, notre compatriote Yauquelin, examinant un minéral alors peu connu, la mine de plomb rouge de Sibérie, reconnut que c’est une combinaison d’oxyde de plomb et d’un acide nouveau, dont le radical métallique n’avait point encore été obtenu. En chauffant très fortement cet acide dans un creuset de charbon, il le réduisit en un métal d’un blanc grisâtre, très dur et cassant, auquel il donna , d’après le conseil de Haüy,lenom de chrome, de chrôma, couleur, pour rappeler les propriétés éminemment colorantes de tous ses composés. La découverte de Yauquelin est une de celles dont l’industrie a tiré le plus grand parti (1).
- (1) L’histoire de Vauquelin, comme celle de Schèele, est un des exemples de ce que peuvent la patience et une volonté forte de s’instruire. Né en mai 17G3, de pauvres cultivateurs, à Saint-André-d’Hébertot, petite commune du département du Calvados, Vauquelin fut d’abord destiné aux fonctions les plus humbles. li entra comme garçon de laboratoire chez un pharmacien de Rouen, M. Mésaize, et là il puisa cette ardeur pour la chimie qui le conduisit plus tard aux honneurs et à la fortune. Avec G francs pour tout bien, le jeune Vauquelin fit le voyage de Paris, dans l’espérance d’y Irouver les moyens de s’instruire. D’abord élève en pharmacie, il dut à l’un de ses maîtres la connaissance de Fourcroy, qui, ayant remarqué son aptitude et l’espèce d’aviditc avec laquelle il écoutait ses discours, lui proposa de le prendre chez lui, en lui donnant le logement, la table et cent écus par an. Ces conditions parurent magnifiques au pauvre élève, qui s’empressa d’autant plus d’accepter, qu’il atteignait, en entrant dans un laboratoire de chimie, le but de tous ses désirs. Là, travaillant avec une persistance incroyable, et dirigé par les conseils éclairés de Fourcroy, il acquit bientôt une telle habileté et un tel savoir, qup ce dernier l’associa à ses recherches et lui confia les répétitions de ses cours. Quelques années s’étaient à peine écoulées, que l’Académie royale des sciences comptait déjà Vauquelin au nombre de ses membres. En 1794 , il était professeur à l’École Polytechnique, inspecteur et professeur dedocimasie à l’Ecole des
- Mines; puis professeur de chimie appliquée aux arts au Muséum d’histoire naturelle.
- 11 est peu de chimistes qui aient eu une carrière aussi longue et aussi laborieuse.
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- Le chrome, qui n’existe libre que dans les météorites, dans quelques minerais de fer en masses et en grains, forme deux composés oxygénés fort remarquables. L’un est un oxyde pourvu d’une magnifique couleur verte, qu’il communique à plusieurs minéraux, et entre autres à Y émeraude, à la (Hallage verte, à l’ac-tinote, au pyroxène olivine, aux serpentines, etc. L’autre est un acide d’un rouge purpurin, qui sert de principe colorant au rubis spinelle, et dont les sels, appelés chromâtes, offrent les teintes les plus variées et les plus belles.
- L’acide chrômique pur n’a aucun emploi, mais l’oxyde de chrome est une des couleurs minérales les plus utiles. Dans les manufactures de porcelaine, il sert à faire des fonds verts très foncés et très beaux sur ces sortes de poteries : c’est avec lui qu’on colore en vert toutes les matières vitreuses , les strass, les émaux. On peut l’utiliser pour la peinture à l’huile et les vernis. Le vert de chrome des marchands de couleurs n’est autre chose que l’oxyde dont je vous parle.
- Parmi les chromâtes, il en est deux surtout qu’il importe de connaître : ce sont ceux de potasse et de plomb, qui jouent un très grand rôle dans nos ateliers de teinture et d’indienne. Comme c’est avec le chrômate de potasse qu’on prépare tous les autres composés, disons comment on se le procure.
- On trouve dans des roches de serpentine, à Baltimore, à Ches-tercoutz (Etats-Unis), en Silésie , en Sibérie, dans les monts Ou-rals, et à Gassin, sur la plage de Cavalaire ( département du Yar), un minéral d’un gris noirâtre, qui est essentiellement composé de peroxyde de fer et d’oxyde de chrome. Lorsqu’on calcine sa poudre avec parties égales d’azotate de potasse, l’oxvde de chrome passe à l’état d’acide chrômique, aux dépens de l’oxygène de l’acide azotique; de sorte qu’en traitant la matière calcinée avec de l’eau bouillante, on a une dissolution jaune de chrômate de potasse qu’on purifie, et qu’on obtient ensuite en petits cristaux.
- Ce sel, d’un beau jaune citrin, légèrement amer et eiïlores-cent, passe facilement à l’état de chrômate acide ou de bi-chrô-mate, si l’on verse dans sa solution une certaine quantité d’acide azotique. Il devient alors rouge, et peut être obtenu en larges tables rectangulaires, à bords aigus, d’une magnifique couleur rouge orangée.
- Plus de 250 mémoires ont été publiés par lui sur presque toutes les branches delà science. 11 avait un talent remarquable pour l'analyse. Ses recherches, ses découvertes ont eu presque toutes de brillantes applications dans les arts ; elles ont rendu des services non moins signalés à la physiologie, à la médecine légale, à l’économie domestique. On peut dire que Vauquelin avait fait et vu à peu près tout ce qu’il était possible de faire et de voir en chimie. Ce célèbre chimiste, qui honore tant la France, et en particulier la Normandie , est mort au château d’Hébertot, le 14 novembre 1829.
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- Le commerce offre en grande quantité ces deux sortes de chromâtes de potasse, dont on fait une prodigieuse consommation depuis plusieurs années, pour obtenir, sur soie et sur coton, les jaunes dits jaunes aladins, pour donner de la stabilité et des nuances nouvelles aux matières colorantes végétales, et préparer les autres chromâtes , ainsi que l’oxyde vert de chrome.
- Toutes les matières susceptibles d’absorber de l’oxygène, comme le soufre, l’acide sulfureux, les substances végétales, les matières colorantes, jouissent de la propriété de ramener l’acide chrômique de ces chromâtes de potasse à l’état d’oxyde vert de chrome.
- Ainsi, si je fais fondre dans un creuset parties égales de soufre et de chrômate de potasse, j’obtiens une masse verte, qui, épuisée par l’eau bouillante, laisse un oxyde très beau et très léger. Si je verse dans la solution de bichromate de potasse de l’acide sulfureux , ou si je fais légèrement chauffer la môme solution avec de l’acide chlorhydrique et de l’esprit de vin, la liqueur ne tarde pas à devenir verte, preuve de la transformation de l’acide chrômique en oxyde vert, que je puis isoler au moyen d’une lessive alcaline. Eh bien! lesindienneurs ont su habilement mettre à profit cette action des corps désoxygénans sur le chrômate de potasse, pour opérer la décoloration des bleus d’indigo, obtenir des dessins blancs sur les fonds verts solides, cas dans lesquels le chrômate produit des effets analogues à ceux du chlore. En voici un exemple : je trempe cet écheveau de coton bleu dans une solution de bichromate de potasse; je verse ensuite dessus de l’acide chlorhydrique ; aussitôt l’écheveau est décoloré, et la liqueur devient verte.
- L’oxyde de chrome, qui prend ainsi naissance toutes les fois qu’on désoxygène partiellement le chrômate de potasse, peut être obtenu en belles lames vertes, larges, brillantes et friables, lorsqu’on fait passer du chlore sec sur du chrômate neulrede potasse, chauffé au rouge brun dans un tube de porcelaine. Le chlore est entièrement absorbé , et le chrômate se trouve converti en chlorure de potassium et en oxyde de chrome. Lorsque la température du tube est au rouge vif, l’oxyde qui se dépose est alors, d’après M. Frémy, en cristaux noirs, très brillans, d’un bel éclat métallique, très-durs et tout-à-fait semblables a ceux de l’oxyde ferrique natif ( feroligiste). Par la trituration, ils donnent une belle poudre verte.
- Une circonstance très curieuse dans laquelle l’oxyde de chrome se produit, c’est la décomposition par une douce chaleur du chrômate acide ou bichromate d'ammoniaque. Si l’on expose pendant quelques secondes, à la flamme d’une lampe à esprit-de-vin , 8 à 10 grammes de ce sel en beaux cristaux rouges placés dans une pelitecapsule plate, les cristaux se gonflent, éprouvent une forte ignition , cl de chacun d'eux sortent avec violence, dans toutes les directions, des masses vertes volumineuses d’oxyde de chrême , qui ont dans leur forme une ressemblance si frappante avec des feuilles de thé roulées , qu’un connaisseur même pourrait s’y méprendre.
- Une expérience non moins intéressante a encore été indiquée par M. Pocltger. On mélange très intimement 48 parties de poudre à tirer, 240 parties de bichromate de potasse parfaitement seoet 5 parties de chlorhydrate
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- d’ammoniaque tout aussi sec. Le mélange réduit en poudre est passé à travers un tamis extrêmement fin. Si l’on remplit de ce mélange sec un verre conique à vin de champagne, qu’on couvre celui-ci avec une plaque de fer plate , et qu’on lui imprime alors un mouvement de rotation, on voit, avec un peu de précaution dans la manipulation, le contenu du verre se dresser en forme de cône. Si, ensuite, l’on place sur ce dernier un petit morceau d’amadou allumé, on voit tout le cône s’allumer et s’éteindre lentement jusqu’à la base comme un volcan. Si l’on lave enfin avec de l’eau la masse restante, encore en ignition, et qui a un aspect noir gris, on obtient un oxyde de chrome, d’un vert clair magnifique, sous forme pulvérulente.
- La facilité avec laquelle l’acide chrômique, libre ou combiné aux bases , abandonne l’oxygène pour se convertir en oxyde vert de chrome, a suggéré dernièrement à un chimiste anglais , M. Balmain, l’idée d’employer le bichromate de potasse pour obtenir rapidement de grandes quantités de gaz oxygène très pur, dont on a si souvent besoin dans les laboratoires. Il suffit de chauffer, sur une lampe à esprit-de-vin, dans une cornue spacieuse, 5 parties du sel en question et 4 parties d’acide sulfurique ordinaire. Une portion de cet acide s’empare delà potasse, et l’autre détermine la transformation de l’acide chrômique en oxyde vert, avec lequel il s’unit. La moitié de l’oxygène de l’acide chrômique est donc mis en liberté, et il reste dans la cornue un sulfate double de potasse et d’oxyde de chrome, qui se dépose en cristaux octaédriques violets tout-à-fait semblables aux octaèdres de l’alun ordinaire , aussi l’appelle-t-on alun de chrome. Ce procédé est beaucoup moins coûteux que la calcination du chlorate de potasse, et plus commode que celle du suroxyde de manganèse.
- Rien de plus facile que d’avoir les divers chromâtes métalliques , qui sont insolubles ; il suffit de verser dans des dissolutions métalliques une solution de chrômate de potasse jaune ou rouge ; il y a double décomposition, et le nouveau chrômate insoluble se dépose avec sa couleur propre. Ainsi, dans les sels
- de plomb, on obtient, par ce moyen, un beau précipité jaune.
- de bismuth........................................jaune citron.
- de mercure........................................rouge orangé.
- d’argent..........................................rouge de carmin.
- de baryte.........................................jaune paille.
- de cuivre.........................................brun rouge.
- Le chrômate jaune de plomb est une des couleurs minérales les plus éclatantes; les carrossiers en consomment beaucoup pour peindre en jaune les caisses des voitures; on l’emploie aussi à la coloration des papiers de tenture, des différons tissus, des faïences et des autres poteries. On le vend dans le commerce en morceaux cubiques sous le nom de jaune de chrome, et en tro-chisques sous celui de jaune de Cologne. Dans ce dernier cas, il
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- est toujours mélangé de sulfate de plomb et de sulfate de chaux, aussi sa nuance est-elle moins riche.
- Ce qu’on appelle pâte orange est un sous-chrômate de plomb d’une belle couleur rouge, très employé dans la peinture à l’huile et à la fabrication des toiles et des papiers peints. On le prépare en mêlant deux dissolutions bouillantes de chrômate jaune de potasse et de sous-acétate de plomb, et faisant chauffer avec un peu d’alcali le précipité orangé obtenu.
- C’est un chimiste de Paris, M. Lassaigne, qui a songé à faire l’application du chrômate de plomb à la coloration des différens tissus. Cette importante découverte, qui a ouvert une nouvelle route à la fabrication des indiennes, ne date que de 1820; elle a promptement été popularisée.
- Rien de plus simple que de colorer la soie et le coton par ces sels. Voici quelques échevettes que nous avons trempées à l’avance dans de l’azotate de plomb. Les fils, bien rincés et séchés, n’offrent jusqu’ici aucune couleur ; mais si je les plonge dans un bain de chrômate de potasse, les voilà bientôt enrichis d’une belle teinte jaune de bouton d’or, parce qu’il se sera produit sur les fils ce qui a eu lieu tout-à-l’heure dans mon verre, c’est-à-dire une double décomposition des deux sels, et la formation d’un chrômate de plomb qui restera fixé sur les fibres du coton ou de la soie. Si maintenant je plonge pendant une minute ces fils colorés dans une eau légèrement alcaline et bouillante, la nuance jaune tournera à l’aurore, l’alcali enlevant au chrômate de plomb une partie de son acide, et le ramenant à l’état de sous-chrômate qui jouit de cette couleur.
- Ces expériences vous donnent une idée, Messieurs, de la facilité avec laquelle on peut, une fois qu’on possède des notions de chimie, déterminer sur les tissus les mêmes réactions que celles qu’on produit dans les verres des laboratoires; elles vous montrent de plus en plus que la teinture et la peinture des toiles sont des arts entièrement chimiques, qu’on ne peut pratiquer avec succès qu’autant qu’on est versé dans les principes de la science.
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- de l’étain.
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- VINGT-DEUXIÈME LEÇON.
- Métaux de la 4® et de la Se sections.
- Sommaire. — De Pétain. — De ses oxydes et chlorures. — Du sel d’étain et de Yoxymuriate des fabriques. — Théorie des rongeans par le sel d’étain sur les tissus teints en solitaire.— De l’étain de vaisselle et autres alliages de l’étain. — De I’àntimoïne et de ses oxydes, sulfure et chlorure.—De ses nombreux alliages. Origine singulière du mot antimoine. — Poudre d’AIgaroth. — De 1’arsenic et de ses principaux composés, acides et sulfures. — Propriétés vénéneuses de ce métal et de toutes ses préparations. — Applications du sulfure d’arsenic à la teinture et à la peinture. — Emploi de l’arsenic blanc pour détruire les . animaux. — Arséniate acide de potasse des indienneurs. — Procédé chloro-mètrique de M. Gay - Lussac. — Gaz hydrogène arséniqué et appareil de Marsh.
- Sur les 7 métaux compris dans la 4° section de notre classification , il n’y en a que 2 dont il soit vraiment nécessaire devous parler, car les autres, sans applications jusqu’ici, en raison de leur rareté, n’ont d’intérêt que pour les savans. Mais, en revanche, dans la5esection, sur 5 métaux, il y en 4 qui rendent d’importans services aux arts et à l’économie domestique.
- De l’Stain.
- L’étain, qui, du tems de Moïse, était déjà d’un usage très répandu , ne se trouve dans le sein de la terre que sous les deux états de sulfure et d’acide.
- Le premier de ces composés est très rare; l’autre est, au contraire, fort abondant, notamment dans les Indes, au Chili, au Mexique, au Brésil, en Angleterre, en Bohême, en Saxe, en Espagne. La France ne possède que de faibles dépôts de ce minéral.
- C’est presque toujours en filons ou en amas dans les terrains anciens, plus rarement dans des sables d’alluvion, qu’existe l'acide stannique, nommé jadis deutoxyde d’étain. Après l’avoir lavé soigneusement, on le calcine avec du charbon, dans un fourneau à réverbère; on en extrait ainsi facilement l’étain pour les besoins des arts.
- Les mines d’étain du comté de Cornouailles en Angleterre, qui sont très considérables, ont été exploitées depuis les lems les plus reculés ; car leurs produits attiraient dans les ports de la Grande-Bretagne, alors nom-
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- niée lies Cassi té rides, du mot grec cassiteros, étain, les vaisseaux des Phéniciens qui venaient s’y approvisionner. Mais après la destruction de Carthage, les marchands de Marseille se rendirent maitres de ce commerce et transportèrent l’étain de Cornouailles à Narbonne, qui devint alors le grand marché de ce métal ; mais lorsque l’Angleterre fut conquise par les Normands , ces peuples s’emparèrent des mines d’étain de Cornouailles et en tirèrent de grands profits. Au xmc siècle, on ne connaissait, en Europe, d’autre étain que celui de Devon et de Cornouailles, car les Maures avaient dévasté et comblé les mines d’Espagne; ce ne fut qu’en 1240 que l’Allemagne commença à exploiter les mines d’étain qu’elle possède. La production de ce métal dans le Cornouailles représente, à peu de chose près, toute la production européenne; elle a, en effet, atteint le chiffre de 45,000 quintaux métriques, tandis que eelle de la Saxe ne dépasse plus 5,500 quintaux, et que celle de quelques mines existant en Suède et en Autriche s’élève à peine à 750 et 580 quintaux. Le Mexique, Pile de Banca et la presqu’île deMalaca, dans la merdes Indes, fournissent beaucoup d’étain. L’ile de Banca en produit à elle seule plus de 55,000 quintaux métriques. La France consomme annuellement 15 à 19,000 quintaux qu’elle reçoit de l’étranger.
- L’étain des Indes est le plus pur, surtout celui deMalaca. On l’appelle étain en chapeau, parce qu’il est en pyramides quadrangulaires à sommet tronqué, et dont la base est entourée d’un rebord saillant horizontal. L’étain d’Angleterre, qui est en saumons plus ou moins pesans, en lingots, en baguettes, en larmes ou en grains, renferme du cuivre et une très petite proportion d’arsenic. L’étain d’Allemagne, celui du Mexique, sont les plus impurs.
- Ce métal, d’un blanc grisâtre peu éclatant, est mou et très malléable. Il communique aux doigts une odeur particulière. Quand il est en baguettes, on le ploie aisément ; il fait entendre alors un craquement particulier, qu’on a appelé le cri de l'étain; ce bruit est dû au brisement des cristaux rudimentaires que renferme la masse. L’intensité du cri est d’autant plus grande que l’étain est plus pur (1).
- Il se ternit très promptement dans l’air humide, mais son oxydation n’est que superficielle. Entretenu en fusion dans un creuset , il brûle comme de l’amadou, se couvre d’une pellicule grisâtre, c’est de Y oxyde stannique qui se renouvelle à mesure qu’on l’enlève, et il finit par se transformer complètement en acide stannique blanchâtre, qu’on appelle vulgairement potée. Cet acide est employé à la préparation des émaux, et on s’en servait jadis pour polir les glaces. Habituellement, on ajoutait un peu de piomb à l’étain qu’on voulait convertir en potée, de sorte que celle-ci était alors un stannate d’oxyde plombique. L’addition du plomb
- (1) Ce caractère n’appartient, pas uniquement à l’étain, le zinc pur et môme le zinc du commerce le possèdent également, d’après M. Boutigny ; il en’est de même du cadmium coulé en petits lingots, d’après M. Lassaigne, et du bismuth , d’aprèsM. Chaudet-
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- rend l’oxydation de l’étain beaucoup plus prompte, probable-mement à cause de l’affinité des deux oxydes.
- Il n’est aucun de vous qui n’ait regardé ces ouvriers qui, au coin des rues, refondent les vieilles cuillères d’étain, et qui ne les ait vus enlever avec soin , à la surface du métal fondu, cette pellicule grisâtre qu’ils appellent la crasse. Plus ils chauffent, plus ils en obtiennent, et plus, par conséquent, ils rajoutent d’étain à celui qu’on leur a donné. C’est là un double bénéfice pour eux, car cette crasse, qu’ils ont l’air de dédaigner, leur fournit de l’étain pur, lorsqu’ils la calcinent avec du charbon ; ce qu’ils ne manquent pas de faire, quand ils ne sont plus sous les yeux du public.
- L’étain est un des métaux les plus fusibles, car on peut le couler, dans son état de fusion, sur du papier ou du linge sans le brûler. L’aspect que présente sa surface au moment où il se solidifie sert d’indice dans le commerce pour apprécier sa pureté. L’étain pur, coulé dans une petite cavité de 1 à 2 centimètres de diamètre, présente, en se solidifiant, une surface parfaitement lisse, sur laquelle on n’aperçoit aucun signe de cristallisation ; mais de très petites quantités de métaux étrangers lui donnent la propriété de se couvrir de ramifications aiguillées ou étoilées, d’autant plus étendues que l’étain est plus allié.
- L’étain est à peine attaqué par l’acide sulfurique; mais l’acide azotique agit sur lui avec une si grande violence, même à froid, que les anciens chimistes disaient que l’eau-forte dévore l’étain. Le métal se change en une poudre blanche insoluble ; c’est de Yacide stannique analogue à celui qui existe dans la nature.
- L’acide chlorhydrique dissout l’étain, à la température ordinaire, en dégageant du gaz hydrogène d’une odeur infecte. La liqueur renferme du chlorure d’étain, qu’on peut obtenir, par la concentration et le refroidissement, en petites aiguilles blanches et brillantes, d’une odeur et d’une saveur insupportables. C’est là le sel d’étain du commerce. Avide d’oxygène, sa dissolution peut être considérée comme un désoxygénant puissant, et, source rapport, c’est un agent important entre les mains del’indien-neur pour enlever l’oxygène à nombre de substances, et notamment aux peroxydes de fer et de manganèse; aussi ce sel est-il employé comme rongeant sur les fonds produits par ces deux oxydes. Ceux-ci, ramenés par lui à un moindre degré d’oxygénation , peuvent se dissoudre dans le rongeant, et c’est pour parvenir à ce but qu’on ajoute toujours à celui-ci de l’acide chlorhydrique.
- Voici des liqueurs rouges qui contiennent, en dissolution , du peroxyde de manganèse; si j’y verse quelque peu de sel d’étain, elles vont être décolorées subitement. C’est que ce sel convertira
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- le peroxyde de manganèse en protoxyde incolore. Eh bien ! ce que je fais ici dans un verre, les indienneurs le font sur leurs toiles. C’est ainsi qu’ils produisent des dessins blancs sur les fonds solitaires, obtenus au moyen d’un sel de manganèse. Et lorsqu’ils veulent avoir ces dessins colorés, ils ajoutent au rongeant des décoctions de Fernambourg, de Campêche ou de graines de Perse, du bleu de Prusse ou du sous-chrômate de plomb , qui colorent les parties rongées par le sel d’étain en rouge, en rose, en violet, en jaune, en bleu ou en orange.
- Vous voyez de nouveau par ces faits, Messieurs, tout ce qu’il y a de beau dans l’art del’indienneur, art tout chimique, qui reproduit en grand nos expériences délicates de laboratoire.
- Les composés ferrugineux forment, comme vous le savez, des taches de rouille très persistantes sur le linge. Il y a un moyen bien simple de les faire disparaître, en quelques minutes, sans altérer aucunement le tissu; c’est d’imbiber l’endroit taché avec une faible dissolution acidulée de sel d’étain.
- Mais là ne se bornent pas les applications du chlorure d’étain. C’est encore un mordant très précieux, notamment pour les couleurs violacées, dont il rehausse beaucoup l’éclat. 11 sert aussi à modifier la nuance de quelques autres. On en fait un grand emploi pour le rosage du rouge des Indes.
- Je l’ai indiqué,dès 1835, comme un excellent réactif pour reconnaître dans l’acide chlorhydrique du commerce l’acide sulfureux qui y existe souvent en proportions notables. Voici comment on opère. On met dans un verre 16 grammes environ de l’acide à essayer ; on y ajoute 8 à 12 grammes de sel d’étain bien blanc et non altéré par l’air ; on remue avec un tube, et l’on verse sur le tout 2 ou 3 fois autant d’eau distillée, en agitant. Pour peu qu’il y ait d’acide sulfureux, on voit immédiatement après l’addition du sel d’étain, l’acide chlorhydrique se troubler, devenir jaune, et dès qu’on a ajouté l’eau , on sent l’odeur de l’hydrogène sulfuré, et la liqueur prend une teinte brune en déposant une poudre de même couleur, qui est du sulfure d’étain. On reconnaît par ce moyen moins d’un centième d’acide sulfureux. Il est essentiel de ne pas ajouter l’eau avant le sel d’étain.
- Je dirai ici, puisque l’occasion s’en présente , qu’on prive l’acide chlorhydrique de l’acide sulfureux, en y faisant passer un peu de chlore gazeux. Celui-ci, en s’emparant de l’hydrogène de l’eau, met en liberté son oxygène, qui convertit l’acide sulfureux en acide sulfurique, dont la présence a beaucoup moins d’inconvéniens.
- L’eau régale attaque l’étain avec violence et le convertit en perchlorure soluble, nommé chloride stannique. La dissolution concentrée jusqu’à ce qu’ellese prenne en masse blanche et corn-
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- de l’étain.
- pacte par le refroidissement, fournit ce qu’on appelle dans nos ateliers Voxymuriate d’étain, le mordant d’étain, qui est très employé pour la teinture des laines en écarlate, et la teinture du coton en rouge de Brésil, en jaune de quercitron.
- Moins altérable que la plupart des autres métaux par l’air et les différais liquides, l’étain sert à confectionner une foule d’ustensiles pour l’usage domestique : des cuillères, desassietles,des vases, pour contenir les liquides. C’est l’argenterie du pauvre. Il sert aussi à étamer les vases dans lesquels on fait cuire les alimens.
- On ajoute ordinairement du plomb à l’étain pour en diminuer le prix et le rendre plus facile à travailler. Lors de l’établissement des nouvelles mesures métriques pour les liquides, une commission de chimistes fut chargée, parle Gouvernement, de rechercher dans quelles proportions il était convenable d’allier ces deux métaux pour que leur mélange ne fût pas nuisible à la santé. La commission reconnut que l’on peut, sans danger, unir jusqu’à 18 parties de plomb à 82 parties d’étain. En conséquence, le titre de l’étain, pour la fabrication des mesures et de tous les vases destinés à renfermer des substances alimentaires, fut fixé, par un arrêté du Gouvernement, à 82 centièmes, avec une tolérance de 1 centième 1/2.
- Comme le plomb est bien moins cher que l’étain, les potiers forcent, autant qu’ils le peuvent, la proportion du premier; souvent même, pour donner à l’étain de vaisselle plus de dureté, ils y ajoutent un peu d’antimoine. —La soudure des -plombiers est composée de 1 partie d’étain et de 2 parties de plomb. La soudure pour le fer-blanc renferme pour 1 partie d’étain 7 parties de plomb. — Les feuilles métalliques des boites à thé provenant de la Chine , et dont on se sert pour la lithographie en remplacement des pierres, sont formées de 3G d’étain et de Ci de plomb. Les feuilles qui servent à doubler les bouteilles électriques, les boites à tabac, à envelopper le chocolat, le sucre de pomme, etc., ont à peu près la même composition. Ces feuilles, que l’on appelle job ou paillon, dans le commerce, sont obtenues par le martelage ; mais, pour qu’elles ne se déchirent pas sous le choc du marteau, on les met entre des feuilles d’étain plus épaisses, en sorte que le choc reçu par la feuille supérieure se transmet aux feuilles intermédiaires, qui s’étendent sans se casser, quelle que soit leur ténuité.
- Marggraf, chimiste de Berlin, ayant avancé, en 1746, que l’étamage et la poterie d’étain étaient d’un usage dangereux, en raison de l’arsenic que l’étain renferme, l’alarme se répandit de toute part. Mais Bayen et Charlard, chargés, par le Gouvernement, de répéter les expériences du chimiste prussien, démontrèrent , en 1771, que les craintes qu’on avait sur la nocuité de l’étain de vaisselle n’étaient pas fondées, parce que la quantité d’arsenic qu’il contient habituellement est toujours trop faible pour exercer une influence fâcheuse sur la santé. Boyer s’assura qu’une assiette d’étain, dont, depuis deux ans il faisait usage à tous ses repas, n’avait perdu que 21 centigrammes de son poids , et que l’arsenic qui pouvait être contenu dans ces 2! centigram-
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- mes, enlevés plutôt par le récurage quotidien de l’assiette, que par l’usage, ne montait pas probablement à plus d’un centième de milligramme par jour !
- Nous verrons plus tard les autres alliages dont l’étain fait partie.
- De l’Antimoine.
- L’antimoine est un des métaux sur lesquels les alchimistes ont le plus exercé leur patience. Sa couleur blanche, son éclat métallique très prononcé, leur avaient fait penser que sa transmutation en argent et en or serait facile. S’ils furent trompés dans leur attente, leurs longs travaux, toutefois, ne furent pas inutiles à la science; car, en tourmentant ce métal de toutes les manières, ils découvrirent la plupart de ses composés, qui tous ont fourni à la médecine des remèdes très puissans.
- Les préparations antimoniales sont remarquables, en effet, par leurs propriétés émétiques et purgatives. Il en est deux surtout dont l’usage a survécu aux diverses révolutions médicales: c’est Vémétique (tartrate de potasse et d’antimoine), dont le nom est bien vulgaire; c’est\q kermès, ou combinaison d’oxyde et de sulfure d’antimoine. L’art vétérinaire fait encore aujourd’hui un assez grand usage des autres composés de ce métal.
- Les anciens chimistes nommaient l’antimoine métallique régule d’antimoine, et son sulfure antimoine cru. L’origine du mot antimoine viendrait, dit-on, d’une circonstance assez singulière. Basile Valentin qui, le premier, sut extraire le métal pur de son sulfure, ayant vu des porcs acquérir un embonpoint extraordinaire pour avoir mangé le résidu d’une de ses opérations sur l’antimoine, crut que ce métal pourrait rétablir la santé des moines de son monastère, exténués parles jeunes et les mortifications. L’administration de ce nouveau remède fut fatale à ces bons religieux , qui périrent en grand nombre. De là vint le nom d’antimoine.
- Cela n’empêcha pas, cependant, que plus lard on ne tirât parti des vertus remarquables de ce métal. Pendant long-tems on forma avec lui des petites balles que les malades avalaient pour se purger ; et comme ces pilules servaient indéfiniment et se transmettaient pour ainsi dire en héritage, on les avait appelées pilules perpétuelles. On l’alliait aussi à l’étain pour faire des gobelets dans lesquels on laissait séjourner du vin qui ac-quiérait ainsi une vertu émétique et purgative.
- L’usage des préparations antimoniales a donné lieu à de longues et vives contestationsentre les médecins du xvie siècle. La Faculté de Paris s’opposa à leur emploi, elle Parlement les proscrivit par un arrêt en datedel566. La prévention contre ces remèdes fut si forte qu’un habile médecin, Paul-mier, fut chassé de la Faculté, en 1009, pour s’en être servi. Après une lutte qui ne dura pas moins d’un siècle, la Faculté permit l’usage du vin émétique, et le Parlement de Paris autorisa enfin l’emploi de l’antimoine par un arrêt du 10 avril 1666.
- Au jourd’hui, on ne se sert plus guère de l’antimoine métallique que pour
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- durcir Pétain qu’on doit convertir eu couverts, ou le plomb avec lequel on fabrique les caractères d’imprimerie. Le plomb serait trop mou et ne pourrait supporter l’efl'ort de la presse; l’antimoine seul serait trop cassant. Leur union fournit un métal parfait pour cette application. Voici la composition des principaux alliages de l’antimoine qui jouent un rôle utile dans les arts ou l’économie domestique.
- Poterie d’étain des ouvriers de Paris.
- Étain .... 00 Antimoine . . 9
- Cuivre ... 4
- TÔO
- Pcwterdes Anglais pour vases à boire.
- Étain . . . 88,42 Antimoine . 7,16 Cuivre. . . 5,54 Bismuth . . 0,88
- Totyio
- Alliage pour les planches stéréotypes.
- Plomb • . 85,74 Antimoine . 44,29
- 400,00
- Métal argentin de Paris.
- Étain. . . 85,44 Antimoine . 44,50 Plomb . . 0,06
- 400,00
- MinoFor pour ustensiles et couverts.
- Étain. . . 68,65 Antimoine. 17,00 Zinc . . . 10,00 Cuivre . . 4,57
- 100,00
- Alliage pour les caractères d’imprimerie et les enseignes de boutiques.
- Plomb ... 80 Antimoine. . 20
- 100
- Métal d’Alger pour couverts et planches à graver la musique.
- Etain . . . 60,0 Plomb. . . 54,0
- Antimoine . 5,4
- 400,0
- Métal de la reine pour théières anglaises.
- Étain . . . 73,56 Antimoine. . 8,88 Plomb . . . 8,88 Bismuth . . 8,88
- 400,00
- Alliage plus dur pour les caractères d’imprimerie.
- Plomb . . . 50,00 Antimoine . 27,77 Cuivre . . . 22,25
- 100,00
- Les alliages d’étain et d’antimoine qui servent, sous les differens noms indiqués ci-dessus, à fabriquer les couverts, vases, théières et autres ustensiles de cuisine, sont très brillans au moment où les vases sont livrés au commerce, mais ils perdent leur éclat, se ternissent et deviennent noirs. On leur rend leur premier lustre en les frottant avec de l’huile dans laquelle on a délayé un peu de rouge d’Angleterre ou de terre pourrie; on emploie pour cela un drap ou une flanelle. Lorsque le métal est devenu très brillant, on le lave avec de l’eau de savon chaude, on l’essuie avec un linge tin et on le passe ensuite au blanc d’Espagne que l’on enlève avec un morceau de peau qui sert aussi à polir le métal.
- On fait maintenant en France des cafetières et des théières en métal anglais ou métal de la Reine, qui sont aussi belles que celles qui nous viennent de Londres.
- Chauffé au contact de l’air, l’antimoine s’oxyde très facilement, et répand des fumées blanches qui se condensent sur les corps Froids en jolis petits cristaux blancs et brillans, qu’on appelait
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- jadis /leurs argentines, fleurs ou neige d’antimoine : c’est l’oxyde d’antimoine. Outre cet oxyde, il existe encore deux composés oxygénés du même métal, mais tous deux sont doués de propriétés acides ; aussi sont-ils connus sous les noms d'acides antimo-nieux et antimonique. Ces acides, qui sont en poudre blanche ou jaunâtre, insolubles dans l’eau , n’offrent qu’un intérêt scientifique. Mais un des sels de l’acide antimonique, Yantimoniate de potasse, qu’on obtient en fondant l’acide avec un excès de potasse , a pris, en 1843 , dans les mains de M. Frémy, une haute importance, comme vous allez, Messieurs, en acquérir la preuve.
- Les avantages pécuniaires que présente la substitution des sels de soude aux sels de potasse, ont fait développer une industrie frauduleuse, qui consiste à vendre, sous le nom de sels de potasse, des sels qui contiennent des proportions considérables de sels de soude. Cette fraude peut avoir des conséquences fâcheuses pour la pratique des arts industriels, car, dans certaines fabrications, comme celles du cristal, du chlorate de potasse, du prussiate de potasse, des savons, la présence des sels de soude dans les sels de potasse est toujours nuisible. Il était donc important de trouver un réactif qui eût la propriété de précipiter la soude sans entraîner la potasse, et qui pût, par conséquent, accuser, dans un sel de potasse, la présence d’un sel de soude.
- C’est ce problème que M. Frémy a résolu en découvrant que la dissolution d’antimoniate de potasse, qui est sans action sur les sels de potasse, forme, dans un sel de soude en dissolution dans l’eau, un précipité cristallin, blanc et insoluble d’antimoniate de soude; elle accuse facilement, dans une liqueur, la présence de 1 /350e deseide soude. Le précipité ne se forme qu’après quelques secondes d’agitation, et n’entraîne avec lui aucune trace de sel de potasse. Lors donc qu’une potasse ou un sel de potasse du commerce, étant dissous dans l’eau, fournit avec l’antimoniate de potasse un précipité blanc, on peut être assuré que la potasse ou son sel a été fraudé avec de la soude ou un sel de soude, et le poids du précipité peut, après la calcination, permettre de déduire la quantité de soude qui existait dans le mélange.
- Parmi les composés naturels de l’antimoine, le sulfure est le seul qui soitassez abondant pour servir à l’extraction du métal. H est reconnaissable à sa forme d’aiguilles plus ou moins volumineuses, appliquées parallèlement les unes contre les autres; il en résulte des masses très tendres et très fragiles, d’un gris de plomb et d’un aspect métallique assez vif (1). Ces aiguilles très cassantes
- (1)11 y a bien long-tems que le sulfure d’antimoine est connu, et c’est le plus ancien fard dont il soit fait mention dans l’hislôire. Job donne à l’une de ses filles le nom de vase d'antimoine ou de botte à mettre du fard. Isaïe, dans le dénombrement qu’il l'ail des pa-
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- DE L’ANTIMOINE.
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- fondent à la simple flamme d’une chandelle, et exhalent une odeur sulfureuse. On rencontre ce minéral dans les terrains anciens, en France, dans plusieurs départemens, et en Angleterre, en Suède, en Saxe, en Bohême, en Hongrie, au Hartz, en Prusse, etc. On le sépare de sa gangue terreuse, en le chauffant dans des pots percés de trous à leur fond et reposant sur d’autres pots plus petits faisant office de récipiens; le sulfure fond et coule dans les pots inférieurs où il cristallise.
- Ainsi purifié, on le pulvérise, on le grille dans des fours pour en chasser le soufre et le convertir en oxyde d’antimoine ; puis, on chauffe ce dernier dans des creusets placés dans un fourneau de fusion, après l’avoir mélangé avec 15 p. % de charbon arrosé d’une dissolution de carbonate de soude. Quand la réduction est bien opérée, on coule l’antimoine dans des lingotières en fonte, et on le refond avec un peu de minerai grillé pour le purifier. On obtient alors le métal en masses hémisphériques du poids de 5 à 8 kilogr. environ, et recouvertes, à leur surface convexe, de belles cristallisations, dites feuilles de fougère. Il y a en France quatre usines dans lesquelles on prépare le régule d’antimoine: à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), à Malbose (Ardèche), à Alais (Gard) et à Carcassonne ( Aude).
- On emploie très fréquemment le sulfure d’antimoine dans les laboratoires pour préparer l’acide sulfhydrique. Pour cela, on le
- rures des filles de Sion, n’oublie pas les aiguilles dont elles se servaient pour peindre leurs paupières; la mode en était si bien établie,que Jésabel, ayant appris l’arrivée de Jéhu à Samarie, se mit les yeux dans l’antimoine, ou les peignit avec du lard, pour se montrer à cet usurpateur. Cet emploi du sulfure d’antimoine ne finit pas avec les filles de Judée ; il s'étendit et se perpét ua partout. Les femmes grecques et romaines l’empruntèrent aux Asiatiques; et nous voyonsTertullien et saintCyprien déclamer contre cette coutume encore usitée de leur tems en Afrique. C’est de cet usage que le sulfure d’antimoine reçut le nom d’alcofol, qu’il porta dès les premiers tems historiques. Le terme alcool, appliqué aujourd’hui en chimie au liquide spiritueux qui constitue l’eau-de-vie, fut d’abord appliqué au sulfure d’antimoine naturel, si l’on en croit Homerus Poppius Thallinus. Les Romains l’appelèrent ensuite stibium. Les alchimistes le désignaient sous un grand nombre de dénominations absurdes , telles que othia, al/cosol, bélier, saturne des philosophes, fils et gendre de Saturne, etc.
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- 426 CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- traite par 4 à 5 parties d’acide chlorhydrique dans un appareil convenable.
- Le résidu de cette opération consiste en chlorure d’antimoine, qu’on peut avoir à l’état solide , en concentrant la liqueur et la distillant. Le chlorure se volatilise et vient se figer dans le récipient en une masse blanche, demi-transparente, d’un éclat gras et comme onctueux. C’est cette substance que les alchimistes appelaient beurre d’antimoine. C’est un caustique très violent dont les médecins se servent souvent pour cautériser certaines plaies, surtout celles produites par la morsure des animaux enragés ou venimeux. Dans les arts, il est employé pour bronzer les métaux, et notamment le fer; les armuriers en font fréquemment usage pour donner aux canons de fusil la teinte du bronze. Il est probable que cette teinte est due à une couche d’antimoine métallique, qui s’applique à la surface du fer, et qui provient de l’action décomposante que ce dernier métal exerce sur le chlorure d’antimoine.
- Ce chlorure ne se dissout dans l’eau qu’autant que celle-ci est très acide et en petite quantité. Cette dissolution donne un beau précipité jaune orangé avec l’acide sulfhydrique ; c’est du sulfure d’antimoine hydraté. Versée dans beaucoup d’eau, elle produit de suite un précipité blanc abondant, grumelé, ressemblant assez au lait caillé. C’est que le chlorure d’antimoine, en décomposant l’eau, donne lieu à la formation d’acide chlorhydrique, et d’un oxychlorure d'antimoine insoluble. La légende suivante vous fera très bien concevoir cette réaction curieuse de l’eau sur le composé binaire dont nous'parlons.
- Chlorure
- d’antimoine.
- lre poilion. Chorure d’antimoine-
- Eau.
- 2e portion. Chlorure \~i \ d’antimoine i
- ’ antimoine
- chlore.
- ~ acide chlorhydrique-
- oxychlorure — \ d’antimoine.
- =: oxyde d’antimoine.-
- hydrogène oxygène —-
- Cette poudre blanche, cet oxychlorure d’antimoine fut long-
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- DE L’ARSENIC.
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- tems nommé mercure de vie, poudre d’/îUjaroth, du nom d’Alga-rothi, médecin et chimiste italien, qui l’a, le premier, recommandé et employé comme médicament purgatif et émétique.
- De l’Arsenic.
- Voici un métal qui a acquis une triste célébrité par la redoutable action de tous ses composés qui, aux doses les plus faibles, anéantissent la vie chez tous les êtres organisés. Le crime n’a que trop souvent recours à leur emploi, en raison de la promptitude avec laquelle ils agissent, et de la facilité avec laquelle on peut se les procurer. Il est constant que sur cent empoisonne-mes, soixante au moins sont produits par les préparations arsé-nicales.
- La substance à laquelle on donne le nom d’arsenic, dans le langage vulgaire, n’est pas le métal pur des chimistes, mais bien une de ses combinaisons oxygénées, celle qu’ils appellent acide arsénieux.
- L’arsenic est un des métaux les plus répandus, car il accompagne la plupart des minerais métalliques, soit à l’état natif, soit à l’état d’acide, de sulfure, soit à celui d’alliages ou d’arséniures. Il est surtout très abondant, sous ces diverses formes, dans les dépôts métallifères de la Saxe, de la Bohême, de la Hongrie, du Hartz, de la Souabe. On trouve de l’arsenic natif à Sainte-Marie-aux-Mines, en France.
- Ce métal pur est en morceaux, en lames ou en aiguilles, qui ont l’aspect de l’acier; mais bientôt leur surface se ternit au contact de l’air, et devient d’un noir grisâtre, par suite d’un commencement d’oxydation ; aussi, pour leur conserver le brillant métallique, on est obligé de les renfermer dans des flacons remplis d’eau distillée bouillie.
- Ce qu’on appelle, dans le commerce , poudre aux mouches, et fort improprement mine de coh ait, est de l’arsenic natif noirâtre et pulvérisé, dont on fait un fréquent usage, surtout dans les campagnes, pour détruire les mouches. On en met un peu avec de l’eau dans une assiette. Une petite quantité du métal, en absorbant l’oxygène de l’air contenu dans l’eau, se transforme en acide arsénieux, qui se dissout et rend ainsi l’eau vénéneuse. Les mouches empoisonnées par ce breuvage ne font aucun mal aux oiseaux qui les mangent.
- L’arsenic est du petit nombre des métaux volatils. Lorsqu’on le projette sur des charbons ardens, il brûle avec une flamme blanche, répand des vapeurs blanches et épaisses d’acide arsénieux , et exhale en même tems une forte odeur d’ail. Ce dernier caractère est tellement prononcé, qu’il peut servir à faire recon-
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- naître la présence des plus petites quantités de ce métal pur ou mélangé de matières étrangères.
- Quand on le projette dans le chlore gazeux, à la température ordinaire, il s’y embrase vivement en produisant du chlorure d’arsenic, dont les vapeurs sont très dangereuses à respirer.
- Il y a deux sulfures d’arsenic dont on fait beaucoup usage dans les arts. L’un est jaune, et nommé habituellement orpin et orpiment. L’autre est rouge et communément appelé réalgar. Ces sulfures étaient connus des anciens, qui parlent souvent de Vorpi-ment, delà sandaraque, que les Grecs nommaient aussi arseni-con. Théophraste est l’auteur le plus ancien qui en fasse mention. On les trouve en petite quantité dans la nature. On en prépare beaucoup en Allemagne, en sublimant, dans des vases de fonte, un mélange de soufre et d’acide arsénieux. Ce sont de violens poisons. Ils ont à peu près les mêmes propriétés. Ils sont insipides, inodores, fusibles et volatils, insolubles dans l’eau,mais solubles dans les lessives alcalines. Ils brûlent sur les charbons avec une légère llamme d’un bleu pâle, en répandant une fumée blanche et une odeur mixte d’ail et d’acide sulfureux.
- Sous le rapport de la composition, voici en quoi ces sulfures diffèrent :
- Orpiment. Réalgar.
- Arsenic........................ 60,92 .... 70,04
- Soufre......................... 59,08 .... 29,96
- 100,00 100,00
- On emploie ces deux sulfures dans la peinture. Ils donnent de fort belles couleurs, mais malheureusement peu solides. On en tire beaucoup de la Perse et de la Chine. Les Turcs et les autres Orientaux les font entrer avec la chaux dans la composition d’un savon dépilatoire qu’ils nomment rusma, et dont ils se servent pour se rendre chauves sur le sommet de la tète, genre de beauté très recherché chez ces peuples. Les Romains employaient aussi les préparations arsénicales en frictions sur la peau , pour faire tomber les poils. Les Chinois façonnent les gros morceaux de réalgar en pagodes et autres vases élégans ; ils en font des coupes où ils laissent séjourner du jus de citron ou du vinaigre, qu’ils boivent ensuite pour se purger, ce qui a fait dire à Haüy que ces peuples ont le privilège de boire leur guérison dans des coupes empoisonnées.
- L’orpiment artificiel sert souvent pour dissoudre l’indigo dans les cuves à froid. On l’emploie quelquefois en teinture, ainsi que le réalgar; mais les tissus teints par ces agens ne peuvent résister
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- au savon et aux alcalis. Je vais vous montrer avec quelle facilité on peut revêtir la soie, la laine ou le coton, de brillantes couleurs jaunes avec Y orpiment. J’ai fait dissoudre un peu de cette substance dans de l’ammoniaque caustique, et je trempe maintenant dans la dissolution incolore un écheveau de coton. Celui-ci en sort non coloré, mais bientôt par sa simple exposition dans un courant d’air, il va acquérir, comme par enchantement, une couleur plus ou moins foncée. Cela est uniquement dû à ce que l’ammoniaque, en s’évaporant, abandonne sur le tissu l’orpiment qu’elle tenait d’abord en dissolution, et qui, dès-lors, reparaît avec sa couleur propre. Si je plonge l’écheveau teint, dans une eau légèrement caustique, il en ressortira dépouillé de couleur, parce que Y orpiment sera rentré en dissolution dans la liqueur alcaline.
- Les artificiers consomment beaucoup de réalgar pour composer le feu indien blanc, qui sert dans les théâtres à produire des feux d’un éclat extraordinaire. Ils mêlent, pour cela, 24 parties de salpêtre, 7 de soufre et 2 de réalgar. Une boite de 25 millimètres de diamètre, remplie de ce mélange, allumée sur le bord de la mer, produisit une flamme qui fut aperçue à 20 myriamètres (40 lieues) en mer.
- 11 y a deux composés bien définis d’oxvgène et d’arsenic. Tous deux ont des propriétés acides, aussi les appelle-t-on acides arsénieux et arsènique. Le dernier n’a aucun emploi ; il n’en est pas de même du premier, malgré sa puissante action vénéneuse.
- Voici leur composition :
- Acide arsénieux. Acide arsènique.
- Arsenic..................... 75,81 .... 65,28
- Oxygène.....................24,19 .... 34,72
- 100,00 100,00
- L’acide arsénieux, plus connu sous les noms d'arsenic, d'arsenic blanc, d'oxyde blanc d’arsenic, de mort-au-rats, s’obtient comme produit secondaire dans le traitement des mines de cobalt et d’étain, de la Saxe et de la Bohême, qui renferment l’arsenic à l’état d’arséniiire. Quelquefois cependant, comme à Reichens-tein et à Altemberg, en Silésie, on le prépare, comme produit principal, par le grillage du fer arsenical, mélange de sulfure et d’arséniure de fer, désigné vulgairement sous le nom de Mis-pickel. L’exploitation de la mine d’Altemberg remonte à plus de 400 ans.
- On grille les minerais arsénifères dans un fourneau à réverbère, qui communique avec des chambres disposées en étages. Les métaux étrangers
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- passent à l’état d’oxydes au moyen du courant d’air qui traverse le fourneau , l’arsenic se change en acide arsénieux qui forme des vapeurs nommées fleurs iVarsenic. Ces vapeurs vont se rendre dans les chambres, et s’y condensent en poudre fine.
- Au bout de 5 ou G semaines, on retire l’acide arsénieux des chambres; c’est là une opération dangereuse. Les ouvriers qui l’exécutent se couvrent la figure d’un masque en peau, muni d’œillères en verre; ils revêtent une robe de peau fermée avec soin. Au-dessous du masque, ils placent une éponge ou un linge mouillé sur les narines et la bouche, afin de purifier l’air nécessaire à la respiration.
- Comme l’acide n’est pas pur, on le raffiné en le sublimant une seconde fois dans des pots ou chaudières en fonte surmontés de chapitauxde même matière. L’acide en vapeur se condense contre les parois des chapitaux, et forme une couche de verre transparent de 5 centimètres d’épaisseur.
- On prépare moyennement chaque année, dans les usines de Reichenstein et d’Altemberg , i ,500 quintaux métriques d’acide vitreux, et 25 quintaux métriques d’acide en farine. Ce sont, le plus souvent, des criminels condamnés à mort qui exécutent les dangereuses opérations dont il vient d’être question. Sans cesse exposés à des vapeurs mortelles, ils ont besoin de prendre des précautions de régime; les boissons alcooliques leur sont funestes; on leur distribue chaque jour deux petits verres d’huile d’olive ; ils prennent peu de viande et mangent principalement des légumes acco-modés avec beaucoup de beurre.
- Tel qu’on le livre au commerce, l’acide arsénieux est en masses compactes et transparentes, incolores ou légèrement jaunes, et offrant fréquemment des couches concentriques. Peu à peu leur transparence se perd, d’abord à la surface, puis successivement jusqu’au centre, de sorte qu’elles acquièrent la blancheur et l’opacité du lait.
- Souvent aussi cet acide est en poudre, et, dans ce cas, on peut fort bien le confondre avec du sucre pilé. Cette méprise n’a été que trop souvent faite, surtout par les enfans, qui touchent et goûtent à tout. Voici comment on reconnaît la nature de cette poudre blanche.
- Elle n’a presque pas de saveur, est fort peu soluble dans l’eau, et lorsqu’on en jette une pincée sur du charbon rouge, elle se réduit aussitôt en vapeurs, en exhalant une forte odeur d’ail.
- Sa dissolution rougit légèrement la teinture de tournesol. Quand on y verse de l’acide sulfhydrique, puis quelques gouttes d’acide chlorhydrique, il s’y produit des flocons d’un beau jaune (c’est du sulfure d’arsenic), qu’une addition d’ammoniaque fait disparaître sur-le-champ.
- Si, après l’avoir neutralisée par un peu de potasse caustique, on y ajoute une dissolution de sulfate de cuivre, il se dépose une poudre d’un vert magnifique, qu’on désigne ordinairement pai’ le nom de vert de Schèele; c’est de Varsénite de cuivre. Cette belle
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- couleur minérale est très employée par les fabricans de papiers peints. Le vert de Schweinfurt et le vert d’Allemagne sont des composés analogues.
- Solide ou dissous, l’acide arsénieux développe, sur les tissus animaux, des taches rouges gangréneuses; il les ulcère et les détruit complètement lorsque son séjour est de quelque durée. Les symptômes de l’empoisonnement se manifestent ordinairement un quart-d’heure après son introduction dans l’estomac. Les victimes succombent en proie aux douleurs les plus vives. Cette action destructive de l’arsenic blanc est très-anciennement connue ; Dioscoride en fait mention. Au moyen-âge, lesempoison-nemens avaient lieu avec l’arsenic sublimé, qui n’est autre chose que l’acide arsénieux (1). C’est également avec cette substance corrosive que la trop fameuse Toffana composait, à la fin du xvne siècle, le poison qu’on nommait alors Acqua Toffana, Acquetta di Napoli, et avec lequel elle fit périr, dit-on, plus de 600 personnes, entre autre deux papes, Pie III et Clément XIV. Fort libérale de son eau de mort, la Toffana en donnait par forme d’aumône aux femmes qui prévoyaient pouvoir se consoler de la mort de leurs maris. Cette solution arsénieale était employée probablement à différens degrés de concentration, car on mesurait ce qu’on devait donner à proportion du tems pour lequel on voulait obtenir la mort (2).
- Aujourd’hui , grâce au secours de la chimie, l’empoisonneur ne peut dérober à la justice humaine les traces de son crime, quelque anciennement qu’il ait été commis, car on peut facilement retrouver des quantités infinitésimales d’arsenic dans les mélanges les plus complexes. Un autre bienfait de la science, c’est la découverte d’un contre-poison qu’on peut se procurer
- (1) Cliarles-lc-Mauvais , roi de Navarre, le même qui périt dans un bain d’eau-de-vie enflammée, était très versé dans la pratique delà science Hermétique, et surtout dans la connaissance des poisons. Il chargea, en 1384, le ménestrel Woudreton d’empoisonner Charles VI, roi de France, le duc de Valois son frère, et ses oncles les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon. Voici les instructions qu’il lui donna à cet égard : « Il est une chose qui se appelle arsenic sublimât. Se un homme en mangeait aussi gros que un poix, jamais ne vivrait. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordiaux, à Bayonne et par toutes les bonnes villes ou lu passeras, à hôtels d*s apothicaires. Prends de cela et fais en de la poudre, et quand tu seras dans la maison du roy, du comte de Valois son frère, des ducs de Berry , Bourgoigne et Bourbon, Iray-toi près de la cuisine, du dréçouer, de la bouteillerie, et de quelques autres lieux où tu verras mieulz ton point ; et de cette poudre mets ès potages, viandes ou vins, au cas que tu le pourras faire à ta seureté ; autrement ne le fay point. >> — Woudreton fut pris, jugé et écartelé en place de Grève, en 1384.
- (2) Le procès de la Toffana fut fait à Rome en 1718. Soumise à la question, elle déclara qu’elle ne communiquerait son secret qu’au Pape et à l’Empereur ( Charles VI ), qui se trouvait alors en Italie. L’Empereur le communiqua à son tour à Garelli, son médecin, qui lui-même s’empressa d’en faire part à son ami Frédéric Hoffmann, célèbre médecin chimiste de l’époque, dont l’ouvrage publié en 1729 contient ce curieux l'enseignement.
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- partout et administrer impunément à de fortes doses. 11 consiste en hydrate de peroxyde de fer, qui a la propriété de neutraliser l’effet du poison sur les parois de l’estomac, parce qu’il y a combinaison de l’acide arsénieux avec l’oxyde de fer, et que l’arsé-nite de fer qui en résulte est sans action sensible sur l’économie animale. C’est au docteur Bunsen, deGottingue, qu’on doit l’indication des bons effets du peroxyde de fer hydraté, comme antidote de l’acide arsénieux^
- Ce qui rend les empoisonnemens assez fréquens, c’est l’habitude généralement répandue, depuis le xvie siècle, d’employer l’acide arsénieux pour détruire les souris et les rats. On l’associe, dans ce cas, avec de la farine et de la graisse, et, pour mieux allécher les animaux, on ajoute à la pâte quelques semences de fenouil, dont l’odeur paraît leur plaire singulièrement. Mais, lorsque la farine est vieille, elle contracte un goût qui en éloigne les animaux. On préviendrait toute méprise funeste et une bonne partie des crimes, en suivant les conseils de MM. Brard et Chevallier, qui ont proposé d’obliger les marchands à colorer l’arsenic blanc avec le bleu de Prusse.
- Les naturalistes font un grand usage de cette substance pour préserver des insectes, la peau des animaux, les oiseaux empaillés et les autres objets de nature animale. Ils l’ajoutent à une bouillie savonneuse et calcaire, qui porte le nom de savon de Bécœur.
- Dans les verreries, on mêle de l’acide arsénieux à la pâte du verre, pour la blanchir et la rendre plus fusible. Les teinturiers et les indienneurs s’en servent aussi, mais le plus souvent après l’avoir uni aux bases , et notamment à la potasse. Plus souvent encore, ils le convertissent en arscniate acide de potasse, en le calcinant avec parties égales d’azotate de potasse. L’acide de ce sel, en se décomposant, fournit à l’acide arsénieux tout l’oxygène nécessaire à sa conversion en acide arsénique, qui sature la potasse du sel de nitre. La masse calcinée est épuisée par l’eau bouillante, et la solution filtrée donne , par évaporation, de très jolis prismes blancs et translucides, inaltérables à l’air. Cet arséniate entre surtout dans la composition des réserves pour le genre Lapis.
- En 1833, M. Gay-Lussac a proposé, pour l’essai commercial des solutions de chlore et des chlorures décolorans l’emploi de l’acide arsénieux, attendu que la liqueur d'&preuve faite avec l’indigo, dont je vous ai parlé dans la leçon du chlore (page 226), s’altère avec le tems, et parce qu’il est assez difficile de saisir avec précision le moment où l’action décolorante du chlore a fini de s’exercer sur elle. L’emploi de l’acide arsénieux , dans ce
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- cas, est fondé sur l’action oxygénante que le chlore exerce sur lui. En effet, l’eau est décomposée, son oxygène se combine à l’acide arsénieux, qui devient ainsi acide arsénique, tandis que l’hydrogène s’unit au chlore, et forme de l’acide chlorhydrique, dont le pouvoir décolorant est nul. Un chlorure, a donc d’autant plus de valeur, ou contient d’autant plus de chlore qu’il convertit en acide arsénique une plus grande quantité d’acide arsénieux.
- La nouvelle liqueur d'épreuve est préparée avec :
- grammes.
- Acide arsénieux pur..................4,42
- Acide chlorhydrique pur..............32,00
- Eau distillée........................sulïisante quantité pour que le tout
- fasse un litre de liquide.
- On pèse 10 grammes du chlorure de chaux qu’il s’agit de titrer; on le broie et on le délaie dans l’eau , de manière à obtenir 1 litre de solution. On la laisse déposer. On met alors dans un verre à boire une mesure ou 10 centimètres cubes de la liqueur d’épreuve, qu’on colore légèrement avec une goutte ou deux de sulfate d’indigo. On remplit ensuite de la solution de chlorure une burette graduée dont les 100 divisions équivalent aux 10 centimètres cubes de la liqueur d’épreuve, et dont chaque division est égale à l/100e du volume de celte liqueur. On fait tomber de cette burette la solution de chlorure dans le verre à boire, en communiquant à celui-ci un mouvement giratoire continu. On cesse d’en ajouter lorsque la couleur bleue delà liqueur arsénieuse disparaît complètement ; c’est un signe que tout l’acide arsénieux est converti en acide arsénique. En supposant qu’il ait fallu 108 divisions de chlorure pour détruire la mesure de liqueur d’épreuve, on divise 10,000 par 108, et l’on trouve pour le titre du chlorure 92° G ; d’où il suit que ce chlorure renferme 92 litres G décilitres de chlore par kilogramme.
- Ce nouveau mode d’essai chlorométrique est adopté dans tous les laboratoires , mais non dans les fabriques où l’on persiste encore à faire usage de la liqueur d’épreuve à l’indigo de Descroizilles.
- Je ne terminerai pas l’histoire des composés arsenicaux sans vous apprendre que toutes les fois qu’on traite des arséniures par les acides, ou qu’on fait chauffer de l’arsenic avec des solutions alcalines, il se produit, ainsi que Schèele l’a vu le premier, un composé gazeux, incolore, dont on ne saurait avec trop de soin éviter les atteintes. C’est le gaz hydrogène arséniqué ou Varséniure d’hydrogène, poison bien plus subtil que tous ceux dont il a été question jusqu’ici, et qui détermine la mort aux plus petites doses, en agissant sur le système nerveux. Gehlen, chimiste allemand fort distingué,périt, en 1815, après neuf jours d’horribles souffrances, pour en avoir respiré de très petites quantités pendant qu’il était occupé à sa préparation.
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- Tout récemment, dans une fabrique, à Paris, de deux ouvriers exposés à un dégagement de ce gaz, l’un périt immédiatement, l’autre éprouva les plus graves accidens.
- Ce gaz terrible se reconnaît à son odeur nauséabonde très désagréable, et parce qu’au contact de l’air et d’une bougie il prend feu et brûle avec une flamme blanche volumineuse, en répandant des vapeurs blanches d’acide arsénieux , et laissant déposer sur les parois des cloches une couche noirâtre et brillante d’arsenic métallique. Il est formé dans les rapports de 1 volume d’arsenic en vapeurs et de 3 volumes d’hydrogène.
- Si, lorsqu’il se dégage dans l’air par un tube effilé, on l’enflamme et on place au dessus de la flamme blanchâtre qu’il produit une soucoupe de porcelaine bien sèche, il se dépose à l’instant môme sur celle-ci, dans les endroits touchés par la flamme, de petites taches miroitantes d’un gris d’acier; c’est de l’arsenic métallique provenant de la décomposition du gaz hydrogène arséniqué.
- Si l’on ajoute dans un appareil à gaz hydrogène, qui fonctionne, quelques gouttes d’une dissolution d’acide arsénieux ou de tout autre composé arsenical, à l’instant le gaz hydrogène se charge d’arsenic métallique, et brûle alors avec une flamme blanchâtre, en émettant une fumée blanche et en déposant sur les soucoupes de porcelaine des taches d’arsenic ayant la couleur et l’aspect métallique de ce corps.
- Ces résultats curieux ont été indiqués en 1836 par le chimiste anglais Marsh, qui a proposé de recourir à ce moyen pour découvrir les plus petites quantités d’arsenic dans les substances avec lesquelles il est mélangé. Les toxicologistes se sont empressés d’adopter ce procédé, qui ramène à une simplicité inattendue la recherche de l’arsenic dans les cas d’empoisonnement, recherche qui, par les anciens procédés, est souvent fort longue et très délicate. Le procès de la femme Lafarge, en 1840, et les débats judiciaires et académiques qui en ont été la suite, ont donné un tel retentissement au procédé et à l’appareil de Marsh, que vous
- entendrez avec intérêt, question.
- Messieurs, quelques détails sur cette
- Dans l’origine, l’appareil de Marsh avait une forme incommode et un peu compliquée. M. Chevallier l’a beaucoup simplifié et l’a réduit à une seule éprouvette à pied, qui porte un bouchon percé de 2 trous, l’un qui donne passage à un tube à entonnoir pour l’introduction des liquides, l’autre qui porte un tube recourbé à angle droit et effilé pour l’issue du gaz hydrogène. Voici comment on opère. On introduit du zinc pur en grenailles dans l’éprouvette; on place le bouchon; puis, par le tube-entonnoir,
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- on verse sur le métal de l’acide sulfurique pur étendu de 7 parties d’eau.
- Lorsqu’il y a eu dégagement de gaz hydrogène pendanl quelques minutes et que l’appareil ne peut plus contenir le mélange formé d’hydrogène et d’air atmosphérique qui détonerait, on enllamme le gaz et on reçoit la flamme sur une soucoupe de porcelaine. Dans ce cas, cette soucoupe ne se tache pas, et se recouvre seulement d’eau condensée. On introduit alors par portions dans le tube-entonnoir, et de là dans l’appareil, le liquide \UV où l’on suppose l’existence d’un composé arsénical. S’il y a, en effet, du poison dans le liquide, bientôt la flamme change de couleur, et laisse déposer, sur la soucoupe qu’on approche, des taches métalliques miroitantes, eten quantité d’autant plus grande que le liquide renferme plus
- d’arsenic en dissolution.
- La sensibilité de ce moyen surpasse tout ce qu’on peut imaginer, puisqu’un millionième d’acide arsénieux est facilement accusé, dans la liqueur qu’on examine, au moyen des taches métalliques qu’on obtient sur des porcelaines; ces taches commencent même à paraître avec une liqueur renfermant 1/2,000,000 environ !
- 11 y a encore un moyen de rendre sensibles des quantités d’arsenic qui ne se manifestent pas ou qui apparaissent d’une manière douteuse par les taches ; c’est de chauffer au rouge sombre une partie du tube par lequel s’écoule le gaz arséniqué ; ce gaz, comme l’a vu le premier M. Soubeiran en 1830, est décomposé en hydrogène qui s’échappe, et en arsenic métallique qui va se condenser, sous la forme d’un anneau , à une certaine distance de la partie du tube soumise à l’action de la chaleur. Aussi, l’Académie des siences a-t-elle donné la préférence à l’appareil suivant pour les recherches de médecine légale.
- Dans cet appareil, le tube de dégagement porte une petite boule qu’on
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- remplit de coton , pour retenir l’eau et les portions de liqueur que le gaz entraîne avec lui ; il s’engage ensuite dans un autre plus large, rempli d’amiante, qui a pour effet d’arrêter toutes les matières étrangères en suspension. Au tube large et oblique est adapté un tube étroit de plusieurs décimètres de long, elFilé à son extrémité et enveloppé d’une feuille de clinquant sur une partie de sa longueur. C’est celte partie que l’on chauffe au rouge, au moyen d’une lampe ou de charbons placés sur une grille, après avoir posé une lame de cuivre gratté, repliée sur elle même en guise d’écran, pour empêcher le tube de s’échauffer à une distance trop grande delà partie entourée de charbons ou frappée par la flamme de la lampe. De cette manière, l’arsenic se dépose , sous forme d’anneau , en avant de la partie chauffée du tube. On peut, en même tems, mettre le feu au gaz qui sort de l’appareil, et essayer de recueillir des taches sur une soucoupe.
- L’emploi de l’appareil de Marsh exige, du reste, pour les opérations de médecine légale, une foule de précautions et de soins que je passe sous silence, car cette question est étrangère à notre sujet. J’ai voulu simplement vous donner une idée suffisante d’un procédé ingénieux, qui a si vivement préoccupé l’attention publique dans ces dernières années.
- VINGT-TROISIÈME LEÇON.
- ftultc des SSéîaaax. «le la 5e section.
- Sommaire. — Du Cuivre ; de ses nombreuses espèces minérales. — Extraction de ce métal.—Scs propriétés vénéneuses.—Formation du vert-de-gris à la surface des vases de cuivre.—Oxydes de cuivre-— De Veau céleste des pharmaciens.— Des sels de cuivre et principalement du sulfate ou couperose bleue.—Des alliages du cuivre : Laiton, bronze, cuivre blanc et maillechort.—De la fabrication des épingles.—Clinquant et oripeau.—Du Plomb ; de ses nombreux usages, de ses mines, de son extraction.—Ses oxydes: Massicot, litharge,minium.—De la coupellation. — Des sels de plomb, et spécialement du carbonate ou Céruse.— Dangers des émanations du plomb et de tous ses composés — Du Bismuth et de ses alliages fusibles. — Du blanc de fard.
- Du Cuivre.
- Après le fer, le cuivre est certainement le métal dont on fait le plus usage dans les arts. Vous savez, Messieurs, le nombre infini de vases et d’ustensiles de ménage qui sont fabriqués avec lui; vous connaissez les alambics et les chaudières qu’il fournit à l’industrie, la monnaie commune dont il est la base, ces feuilles si minces qui servent à préserver la coque des vaisseaux de la destruction par l’eau de mer et les animaux marins. Uni à plusieurs métaux, il forme des alliages très utiles que nous allons bientôt
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- BU CUIVRE.
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- vous faire connaître ; enfin, la plupart de ses sels ont do fréquentes applications. La privation de ce métal serait assurément une calamité pour nos sociétés modernes.
- Dès l’antiquité la plus reculée, il a été connu et mis en œuvre. L’ancienne tradition des Egyptiens portait que, du terns d’Osiris, l’art de le fabriquer avait été trouvé dans laThébaïde. On commença à en faire des armes pour exterminer les bêtes féroces, et des outils pour cultiver la terre. Cadmus porta aux Grecs la connaissance de ce métal, et fut le premier qui leur apprit la manière de le travailler. La calamine ou cadmie , qui est d’un si grand usage pour convertir le cuivre en laiton, avait reçu de Cadmus le nom qu’elle portail autrefois, et qu’elle conserve encore aujourd’hui.
- On voit dans les écrits d’Homère que, du tcms de la guerre de Troie , c’est-à-dire 900 à 1,000 ans avant Jésus-Christ, le fer était encore peu en usage; le cuivre en tenait lieu, et servait à la confection, non-seulement des armes, mais de tous les outils et inslrumens des arts mécaniques. Il en a été de même pendant bien des siècles chez les Romains. Ce n’était pas, au reste, un usage particulier aux Grecs etaux Romains; il a été commun à toutes les nations de l’antiquité, aux Egyptiens, aux Israélites, aux Philistins, aux Messagètes, aux Celtes; et l’airain a été pour toutes le métal usuel. C’est lui qui portables noms d’ues, de calchos, d'auri-chalque ou orichalque, que nous traduisons indifféremment par airain , cuivre, bronze, laiton. Le mot cuivre , dérivé de celui de Kupros, nom de l’ilede Chypre où il y avait de grandes exploitations de mines de cuivre, a remplacé, à partir du me siècle, les anciens noms. Les alchimistes, dans leur langage figuré et poétique, lui donnèrent celui de rénus, pour rappeler probablement sa facilité à s’unir à presque tous les autres métaux.
- C’est sans contredit un des métaux les plus communs à la surface du globe, et celui qui s’offre sous les formes les plus variées. Il ne constitue pas moins de 23 espèces minérales bien déterminées. Après l’or, c’est celui que l’on rencontre le plus souvent à l’état natif.
- Mais c’est surtout à l’état de sulfure double de fer et de cuivre, ou de cuivre pyrileuxqu’il est abondant. Presque tous les pays en possèdent des mines, où l’on trouve aussi du carbonate de cuivre, du protoxyde ou cuivre oxydulé, des arséniates, du phosphate, et des sulfures plus ou moins argentifères, appelés cuivre gris.
- Le cuivre pyrileux, qui ressemble beaucoup à la pyrite de fer, par son éclat métallique, s’en distingue à sa couleur plus jaune rougeâtre et par des teintes irisées très belles. C’est dans les terrains primitifs que se trouvent surtout les minerais de cuivre. Les pays les plus riches en mines de ce métal sont l’Angleterre, la Suède, l’Autriche, la Saxe, la Hongrie, la Transylvanie, en Europe; et, dans les autres parties du monde, le Mexique, le Chili, le Rrésil, la Perse, le Japon, la Chine, l’Arabie, la Sibérie, etc. En France, on ne connaît guère que les mines de Eaigorry dans les Pyrénées, de Chessy et Saint-Rel, près de Lyon, dePoullaouenet Muelgoat, en Ifretagne. Les plus anciennes mines de cuivre connues sont celles de Rammelsberg, près de Goslar dans le Hanovre; elles ont été ouvertes en 9G8.
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- L’extraction du cuivre fournit annuellement 430,000 quintaux, qui représentent une valeur de GO à 80 millions de francs, dont l’Angleterre reçoit à peu près la moitié ; car c’est dans ce pays que le traitement des minerais a atteint le plus haut degré de développement et de précision (1). Ce n’est qu’en 1689 qu’on fit revivre en Angleterre l’art d’extraire le cuivre et de le raffiner, principalement dans le comté de Cornouailles. Cet art précieux avait été oublié et négligé depuis bien longlems, et meme depuis l’époque de l’entrée des Saxons en Angleterre.
- Notre consommation de cuivre surpasse annuellement 6,000,000 de ki-logr., tandis que les usines de France n’en fournissent guère que 200 à 250,000 kilogr. ; tout le reste nous est vendu par l’étranger.
- Le traitement des minerais naturels est long et dispendieux, car ce sont presque toujours des sulfures, et notamment le cuivre pyriteux qu’on exploite ; et le soufre qu’ils contiennent est si intimement combiné au cuivre, qu’on ne peut l’en séparer que par des grillages multipliés, interrompus par des fontes également fréquentes.Enfin,arrivé au point où la masse est déjà ductile, sonore et brillante à l’extérieur, le résultat de tous ces grillages est encore soumis à un affinage, qui l’amène à l’état de cuivre marchand. Cet affinage s’opère dans un four à réverbère, et lorsque le métal est pur on le fait couler dans des bassins de réception, où, pour hâter son refroidissement, on projette de l’eau à sa surface. Avec un ringard , on enlève la croûte solide à mesure qu’elle se forme. Le cuivre, ainsi obtenu, est en plaques rondes et couvertes d’aspérités ; il porte, dans le commerce, le nom de cuivre rosette.
- Les difficultés que présente l’exploitation de nos minerais de cuivre, fait supposer que les anciens, qui possédaient et travaillaient une quantité prodigieuse de ce métal, avaient à leur disposition des mines, épuisées aujourd’hui , de cuivre natif et carbonaté, qui ne demandent guère d’autres préparations qu’une simple fusion. Pline nous apprend qu’on exploitait le cuivre pyriteux en Chypre et dans l’Acarnanie, et qu’on en retirait le métal en calcinant le produit du grillage (oxyde de cuivre) avec du miel. Le miel, substance riche en carbone, agissait de la même manière que le charbon employé aujourd'hui pour la réduction des oxydes. Ce fait nous explique le prix élevé des métaux chez les anciens.
- Le cuivre pur a une belle couleur rouge qui lui est particulière ; il possède l’éclat métallique à un haut degré ; il a une saveur sem sible, et lorsqu’il est frotté, il communique aux doigts une odeur fort désagréable et nauséabonde. C’est un des métaux les plus sonores, les plus ductiles et les plus malléables. Malheureuse-
- ci) G’esl dans le comté de Cornouailles, dans le Devonshirë, dansl’île d’Anglesea,dans le pays de Galles, etc., qu’existent les mines de cuivre les plus considérables. Mais ce sont sans contredit celles de Cornouailles qui sont les plus productives; on n’y compte pas moins de 84 mines en exploitation ; quelques unes sont exploitées à 435 mètres au-dessous du niveau de la mer, et à 630 mètres au-dessous de la surface terrestre. C’est l’excavation la plus profonde de la Grande-Bretagne. La puissance des machines employées à l’exploitation des seules mines, dites consolidées, est égale à celle de 1,000 chevaux-On y compte 2,400 mineurs qui y travaillent assidûment, non compris une foule d’ouvriers qui sont appelés dans certaines occasions. Elles ont produit , en 1833, un bénéfice nel de 1,185,000 fr.
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- ment ces précieuses qualités sont balancées par plusieurs propriétés fâcheuses qui circonscrivent ses applications. Ainsi, il est très vénéneux, surtout à l’état d’oxyde ou de carbonate, et il tend à se changer en ces composés dès qu’il a le contact de l’air ou des alimens acides ou gras. En effet, il se ternit bientôt à l’air et se couvre d’une légère couche verte d’hydrate et de carbonate de deutoxyde de cuivre, qui est plus connue sous le nom de vert-de-gris. C’est ce qu’on remarque très bien à la surface des statues de lDronze qui décorent nos places et nos jardins publics. Cet enduit, que les antiquaires nomment patine antique, préserve le métal intérieur d’une altération plus profonde, en sorte que, protégées par cette espèce de manteau, les statues doivent leur conservation à la cause môme qui avait paru d’abord menacer leur existence (Haüy).
- Les casseroles et autres vases dans lesquels on fait cuire les alimens ne leur communiquent aucune qualité nuisible, tant qu’on ne les y laisse pas refroidir; mais ceux qui y séjournent deviennent vénéneux, parce que, sous l’influence des acides ou des matières grasses contenus dans ces alimens, le cuivre s’oxyde aux dépens de l’air, et se dissout alors dans la masse. C’est parce qu’ils n’ont pas égard à cette observation , que les domestiques exposent si souvent la vie de leurs maîtres et la leur, en servant des mets cuits et refroidis dans des vases de cuivre.
- Ce motif fit proscrire le cuivre des usages domestiques en Suède, sous la reine Christine, et la reconnaissance publique vota une statue au célèbre professeur Sclioffer, qui sollicita cette réforme.
- Chez nous, pour diminuer les dangers de l’emploi des vases de cuivre dans les ménages, on a pris l’habitude de les recouvrir d’une couche d’étain, c’est-à-dire de les étamer (1). Mais il faut avoir l’attention de renouveler au moins tous les mois cette couche préservatrice, lorsque les vases sont d’un usage habituel, car le récurage, le frottement des cuillères, les sauces acides, en enlèvent jou rnellement de petites portions, et mettent bientôt le cuivre à nu.
- Dès 1778, Biberel père a fait connaître un mode d’étamage qui dure sept fois autant que l’étamage ordinaire à l’étain , et qui est tout à la fois plus économique et plus salubre. 11 consiste à faire usage d’un alliage de G
- (1) L’étamagè du cuivre est une opération fort ancienne, et c’est aux Gaulois que revient, d’après Pline, l’honneur de cette belledécouverte, si-utileàla santé de l’homme. Mais le naturaliste romain ne nous dit pas si les Gaulois employèrent l’étain comme une précaution contre le vert-de gris, ou seulement comme un objet de luxe pour divers ornemens de leurs meubles. Cependant, ce qui ferait croire qu’ils commencèrent d’abord par étamer leur batterie de cuisine, c’est que par la suite ils substituèrent l’argent à l’étain pour étamer les mors de leurs chevaux, les harnais de leurs attelages et même jusqu’à leurs voitures. Les habitans de Bourges excellaient surtout dans ce genre d’industrie, imaginé à Alise, aujourd’hui Provins.
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- parties d’élain et de 1 partie de fer. Cet alliage est beaucoup plus dur que l’étain commun, et bien moins fusible, aussi peut-il être appliqué sur le cuivre en couches aussi épaisses que l’on désire. C’est à ces deux circonstances qu’il faut attribuer la plus grande durée de l’étamage de Riberel; en effet, par la méthode ordinaire et ancienne, il est impossible d’augmenter à volonté l’épaisseur de la couche d’étain, parce qu’il n’y a alliage qu’au contact des deux métaux, et que tout l’étain excédant se dépose et coule aussitôt que la pièce est exposée à une chaleur suffisante. En 1811, Biberel fils fit revivre l’invention de son père, et dans ces dernières années une compagnie s’est formée, à Paris, pour l’étamage des vases de cuivre et de tous les ustensiles de cuisine, au moyen de l’alliage de Riberel-, seulement, elle a donné à son procédé le nom d'étamage polychrône. Il est à désirer qu’on adopte ce nouveau procédé, recommandé avec raison par la Société d’Encouragement et le Conseil de Salubrité. Napoléon avait donné l’ordre auxintendans de sa maison de confiera Eiberel tous les étamages qui y deviendraient nécessaires.
- Lorsque le cuivre est en contact avec la flamme, il s’oxyde et communique à cette dernière une teinte verte ; c’est ce qu’on voit très bien sur les fourneaux de cuisine, où la flamme des charbons qui touchent les casseroles se colore souvent d’une magnifique couleur verte. Lés artificiers tirent parti de cette propriété, pour produire ces belles étoiles vertes qui jaillissent des fusées et des bombes ; ils ajoutent simplement à leurs poudres du cuivre pulvérisé très fin.
- A la chaleur rouge, le cuivre se recouvre d’une couche de protoxyde ou d'oxyde cuivreux, qui s’en détache en écailles, qu’on appelle communément battiturcs. Par une calcination plus longue, il se produit du deutoxyde ou oxyde cuivrique qui est brun. Le premier oxyde sert aux verriers pour colorer en un beau rouge les verres employés à la décoration des monumens religieux. Le deutoxyde donne aux verres une teinte verte plus ou moins intense.
- Lorsqu’on traite le cuivre par l’acide azotique, le métal s’y dissout très-promptement, sans le secours de la chaleur, et il se convertit en azotate cuivrique, qui colore l’acide en bleu. Si l’on verse alors dans la liqueur de la potasse ou de la soude, il se précipite un hydrate floconneux, d’un très beau bleu, que l’ammoniaque fait, sur-le-champ, disparaître. C’est qu’il se forme un ammoniure cuivrique qui est soluble et d’une superbe couleur bleu-céleste. C’est cette liqueur que les pharmaciens appellent eau céleste, et dont ils décorent la devanture de leurs officines.
- L’oxyde cuivrique nous offre un exemple bien remarquable de l’influence qu’exerce la présence de l’eau sur la coloration des corps. Sec, cet oxyde est d’un brun presque noir; à l’état
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- (l’hydrate, il est bleu ; et, dès qu’on dessèche cet hydrate, il reprend la couleur propre à l’oxyde pur.
- Les sels de cuivre sont tous caractérisés par une couleur bleue ou verte, qu’ils soient solides ou dissous. 11 en est quelques uns qui jouent un rôle important dans les arts.
- Il y a deux carbonates de cuivre naturels et assez communs. L’un est vert, l’autre est bleu. Le premier s’appelle vulgairement malachite, et est très recherché dans la bijouterie et pour la décoration, en raison de ses couleurs vives et variées, et le beau poli qu’il peut acquérir. On en fait des socles, des vases, des chambranles de cheminée, des tabatières, etc. C’est en Sibérie qu’on rencontre les plus beaux morceaux de cette substance.
- Le carbonate bleu, plus connu sous les noms de cuivre azuré, d’azur de cuivre, de bleu de montagne, est employé, dans quelques endroits, pour la peinture. En Tyrol, c’est avec lui qu’on peint les jouets d’enfans. Les pierres d’Arménie, si célèbres chez les anciens, qui leur attribuaient une foule de propriétés médicales, et, entre autres, celle de guérir la mélancolie, ne sont que des pierres siliceuses ou calcaires pénétrées de cuivre azuré.
- L’azotate de cuivre, qui est toujours un produit de l’art, est d’un usage très fréquent dans les fabriques d’indienne, pour la confection de plusieurs réserves.
- Mais c’est surtout le sulfate de cuivre, appelé vitriol bleu, vitriol de Venus, vitriol de Chypre, couperose bleue, qui est intéressant par les nombreux services qu’il rend à l’industrie. Il entre dans la composition de l’encre et dans la teinture en noir sur laine et sur soie, conjointement avec le sulfate de fer. 11 sert aussi à obtenir une foule de couleurs, telles que le violet, le lilas, etc. Il forme la base des réserves chez les indienneurs. C’est avec lui qu’on colore en bleu les plumes portées par les dames. Le chaulage du blé en consomme une certaine quantité, ainsi que la préparation des verts de Schèele, de Schweinfurth, dont nous avons déjà parlé, et des cendres bleues ou bleu de montagne artificiel, mélange de chaux, de sulfate de chaux et d’hydrate de deutoxyde de cuivre, très employé en peinture. Enfin, la médecine utilise les propriétés styptiques de ce sel. C’est du reste un violent poison, comme tous les autres sels solubles de cuivre.
- En France, on le prépare de toutes pièces, en mouillant des plaques de cuivre, les saupoudrant de fleur de soufre, et les chauffant au rouge dans un four à réverbère; il se fait d’abord un sulfure que l’oxygène de l’air convertit après en sulfate. En plongeant les plaques calcinées dans l’eau, on dissout le sel formé
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- à leur surface, et on remet le cuivre à nu; on recommence l’opération, et ainsi de suite, jusqu’à ce que tout le métal soit sulfa-tisé ; on concentre les dissolutions cuivreuses pour avoir le sel en cristaux.
- Dans d’autres pays, on grille le cuivre pyriteux, qui se change en sulfate; on lessive le résidu de la calcination, et on fait cristalliser les lessives.
- Le sulfate de cuivre se présente en gros prismes d’une forme compliquée, d’une transparence parfaite et d’une magnifique couleur bleu d’azur; mais, au contact de l’air, ces cristaux , en perdant leur eau de combinaison, qui s’élève jusqu’à 36 p. 0/0, deviennent opaques et blanchâtres à leur surface.
- Desséché complètement, ce sel a une couleur blanche ; mais il reprend sa couleur bleue parsa dissolution dans l'eau. Il est très soluble ; il a une saveur styptique, fort désagréable , qui excite la salivation.
- Les alliages du cuivre sont nombreux, et presque tous offrent d’immenses ressources aux arts.
- En première ligne, il faut placer le laiton ou cuivre jaune, dont on se sert pour faire une foule d’ustensiles de ménage, la plupart des instrumens de physique, les cordes des instrumens de musique , les devantures de magasin, les roulettes délits, les truelles des maçons, les épingles, les boutons, les faux bijoux, etc. C’est un alliage de cuivre et de zinc, en proportions souvent très variées.
- Le laiton proprement dit se compose, terme moyen, de 65 parties de cuivre et de 35 de zinc. Le chrysocal, qui sert surtout à la fabrication des faux bijoux, renferme 90 de cuivre et 10 de zinc. Les autres espèces de cuivre jaune, qui portent les noms d’or de Manheim, d’or de Corse , de similor, de tombac, de métal du prince Robert, de pinchbeck , de potin, d'arco, etc., ont une composition plus ou moins analogue à celle du chrysocal (1).
- La couleur de tous ces alliages varie suivant les proportions relatives des deux métaux. Plus il y a de cuivre, plus leur couleur se rapproche de celle de l’or. Ils sont d’ailleurs très malléables et ductiles à froid, cassans à chaud, plus fusibles que le cuivre rouge, et moins altérables que lui par le contact de l’air.
- C’est avec les laitons qui imitent le mieux l’or qu’on fabrique, depuis long tems, en France et en Angleterre, une foule d’objets,
- (1 ) On doit la composition du tombac ou demi-or, plus malléable que le pinchbeck anglais, aux recherches de Jean-Henri Pott, chimisle allemand, né à Halberstad! en 1092 et mort à Berlin en 1777.
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- des flambeaux, des garnitures de lampes, et une infinité de meubles qui ont l’aspect de bronzes dorés. Après avoir bien décapé ces alliages, on les recouvre d’un vernis à la gomme laque, coloré en jaune d’or par la gomme gu tte, l’aloës ou lecurcuma. La fraîcheur de cette fausse dorure se maintient encore assez longtems.
- La fabrication du laiton s’exécute principalement à Liège , à Namur, dans le pays de Nuremberg, et en France, à Laigle , à Imphy (Nièvre), à Rouen et à Romilly. On opère maintenant presque partout, en fondant les deux métaux dans de grands creusets en terre, et coulant l’alliage entre des tables de granité. Depuis 1834, M. Guérin, directeur de l’usine d’Imphy, a remplacé les creusets par un four à réverbère, ce qui permet de faire cinq fois plus d’ouvrage avec une grande économie de combustible.
- La moitié au moins du laiton livré au commerce, est employée à la confection du fil et des épingles. La fabrication des épingles est une industrie très importante (1) ; on peut évaluer à 6,000 quintaux le fil de laiton qu’elle emploie. Jusqu’à présent,en France, elle est restée entre les mains des habilans de la campagne des environs de Laigle et de Ruglcs, aux confins des départemens de l’Eure et de l’Orne. Non seulement ces deux petites villes fournissent à toute la consommation d’épingles en France, mais elles font encore des exportations considérables, et luttent avantageusement avec les fabriques de Birmingham. L’usine de Romilly ( Eure) commence à entrer en concurrence pour ce genre de produit.
- Rien assurément n’est plus commun qu’une épingle, et cependant chacun de ces petits bouts de laiton, dont nous nous servons à tout instant sans trop savoir d’où ils viennent et comment ils sont obtenus, n’exige par moins de quatorze opérations distinctes. Mais tel est le prodigieux résultat de la division du travail, que douze milliers d’épingles sont confectionnés par quatorze ouvriers pour la modique somme de 4 francs, c’est-à-dire que chaque épingle ne revient pas à quatre dix-millièmes de centime ! Un atelier complet produit par jour environ cent milliers d’épingles de tous numéros.
- La fabrication des épingles par des moyens mécaniques n'a encore qu’une faible importance en France. M. David bel, à Gand , a fait monter des machines dont l’une confectionne les tètes et coupe le fil de laiton, dont une 2e fait les pointes, et dont la 5e fixe les épingles sur le papier. La première machine débite 200 épingles par minute, la 2<- 600 et la 5e remplace 6 ouvrières.
- La seule opération chimique qui soit pratiquée dans la préparation des épingles, c’est leur blanchiment ou étamage. On les recouvre d’une couche mince d’étain, afin de préserver le laiton du contact de l’air, qui pourrait produire à sa surface du vert-de-gris, et surtout pour éviter celte odeur
- (1) Les premières épingles furent faites en Angleterre en 1543. Les dames se servaient auparavant de bûchettes de bois, d’ivoire ou d’épine.
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- désagréable que l’alliage communique aux mains. Le blanchiment s’opère de la manière suivante :
- On décape d’abord les bouts du laiton en les faisant bouillir pendant une demi-heure environ dans delà lie de vin ou de bière, ou dans une dissolution de crème de tartre. On place alors une couche d’épingles dans une bassine à fond plat; on met par-dessus une couche d’étain pur en grenailles, et ensuite une couche de crème de tartre; on remplit la bassine, en continuant ces couches superposées ; on verse doucement de l’eau sur le tout, et on fait bouillir pendant une heure; au bout de ce tems les épingles sont parfaitement étamées.
- Vous allez facilement comprendre comment ce résultat est obtenu. La crème de tartre est un sel acide, formé de potasse et d’acide tarlrique. Sous son influence, l’étain décompose l’eau, s’oxyde à ses dépens, en mettant l’hydrogène en liberté ; puis l’oxyde produit sature l’excès d’acide de la crème de tartre, et il se fait ainsi un tarira te double de potasse et de protoxyde d’étain. Le laiton, ou plutôt le zinc qu’il renferme, décompose alors ce sel d’étain ; le zinc se dissout en réduisant l’oxyde d’étain, qui abandonne sur chaque morceau de laiton une couche très mince et uniforme de son métal. C’est donc un nouvel exemple de ces précipitations métalliques dont nous vous avons entretenus dans les généralités sur les métaux.
- Un autre alliage, non moins utile que le précédent, est celui qui porte le nom de bronze ou d’airain. Il se compose essentiellement de cuivre et d’étain; mais presque toujours il renferme accessoirement plusieurs autres métaux , teis que zinc, fer et plomb.
- Cet alliage, beaucoup plus dur et plus fusible que le cuivre, est employé avec avantage pour la fabrication des canons , des cloches, des statues, des médailles, des cymbales, des timbres d’horlogerie, des tam-tams, etc. La proportion de l’étain qu’on allie au cuivre, pour le convertir en bronze, varie suivant les usages auxquels on doit appliquer ce dernier. Voici les proportions généralement suivies pour les diverses espèces de bronze du commerce.
- Cuivre. Étain. Fer.
- Bronze des statues . 90,10 9,90 a
- des médailles .... . 88 à 92 12 à 8 a
- des canons . 90 à 91 10 à 9 <(
- des cloches 78 22 a
- des cymbales et tam-tams. 80 20 a
- des timbres de pendules . 71 27 2
- des miroirs de télescopes . . 06,7 53,5 ((
- On croit généralement, dans le monde , que les cloches anciennes renferment des métaux précieux et surtout de l’argent, qu’on ajoutait à l’alliage pour embellir le son. Pas un habitant de Rouen ne met en doute que la cloche d’argent du beffroi de la G rosse-H or loge ne renferme une grande quantité d’argent, comme semble l’indiquer son nom. Elle n’en contient
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- cependant pas une parcelle, ainsi que je m’en suis assuré en 1850(1), et il est très vraisemblable que les autres cloches anciennes n’en contiennent pas davantage. Il est pourtant bien constant que lors de la fonte de ces grands corps sonores, on introduisait dans le bain une assez forte proportion de ce métal précieux. Mais voici comment les fondeurs d’autrefois tiraient habilement parti de la crédulité de leurs contemporains.
- Lors du baptême d’une cloche, les parrains et les gens pieux, qui apportaient en offrande à la paroisse la quantité d’argent nécessaire à embellir le son de la cloche, étaient invités à plonger dans le four, et de leurs propres mains, l’argent qu’ils consacraient à cette opération. Mais, le trou
- a, ouvert sur le haut du fourneau, et par lequel se faisait cette introduction, était pratiqué directement au-dessus du foyer 6, et par conséquent très éloigné de la sole c du four sur laquelle les matières étaient mises en fusion. II résultait de là que la totalité de l’argent qu’on projetait parce trou, au lieu d’être introduite dans le bain de bronze liquéfié, tombait immédiatement dans le foyer, coulait et allait se rassembler dans le cendrier d, d’où les adroits fondeurs s’empressaient de le retirer, une fois la cérémonie terminée et l’atelier désert.
- Les tam-tams ct les cymbales, inventés par les Chinois, sont maintenant fabriqués en Europe, depuis que M. d’Arcet a découvert le secret de leur préparation. L’alliage qui sert aies faire est aussi fragile que du verre lorsqu’il vient d’être coulé. On le rend malléable et susceptible d’être travaillé au marteau, en le chauffant au rouge-cerise et en le plongeant ensuite dans de l’eau froide. Cette trempe, loin de le durcir, ainsi que cela arrive pour l’acier, lui donne la mollesse et la ductilité convenables.
- Les Indiens et les Chinois connaissent depuis longtems ce singulier phénomène; et il est très probable que les Grecs et les Romains soumettaient à la trempe l’airain ou le bronze avec lequel ils confectionnaient leurs outils el les inslrumens tranclians.
- (1) Note sur la composition de Valliage qui forme la cloche d’argent renfermée dans le beffroi de Rouen, par M. J. Girardin. (Précis de l’Académie de Rouen, pour 1831. )
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- On fabrique en Chine, en Allemagne, et actuellement en France, un alliage de cuivre, de nickel et de zinc, qui imite assez bien l’argent de vaisselle, dont il a la blancheur, l’éclat, la dureté et presque l’inaltérabilité. Il est très sonore et reçoit fortbien la dorure. On l’emploie à faire une foule d’ustensiles de ménage: théières, gobelets, couverts, garnitures de couteaux, mou-chettes, éperons, etc.
- L’alliage de Chine, très anciennement employé dans ce pays, porte les noms de toutenague et de cuivre blanc ; celui d’Allemagne s’appelle packfond et argentan ; enfin, celui qu’on prépare à Paris a reçu les noms de maillechort et de melchior. Ces diverses sortes d’alliages ne diffèrent les unes des autres que par les proportions des trois métaux qui les constituent essentiellement. D’après M. d’Arcet, dans l’alliage le plus simple, fabriqué en France, il y a :
- Cuivre.......................................50,00
- Zinc........................................... 31,25
- Nickel.......................................18,75
- 100,00
- En raison de la forte proportion de cuivre que ces alliages renferment, les vases qu’ils servent à fabriquer exigent de grands soins de propreté et d’attention, car ils peuvent communiquer des propriétés vénéneuses aux liquides acides et aux substances grasses qu’on y laisserait séjourner. Sous le rapport de la salubrité , le maillechort peut être comparé à l’argent au deuxième titre (c’est-à-dire contenant 200 de cuivre et 800 d’argent).
- On vend le maillechort français brut 32 fr. le kilogramme. Un couvert uni en cet alliage ne coûte que 6 fr. 50 c. Le maillechort prend très bien la dorure, et ce vermeil est beaucoup moins coûteux et plus solide que le vermeil sur argent.
- Comme le maillechort peut être facilement confondu avec l’argent au 2e titre, il est nécessaire de vous indiquer la manière d’en faire la distinction. Vous mettrez sur la pièce suspecte une goutte d’acide azotique; si c’est du maillechort, l’action se manifestera vivement par un bouillonnement coloré en vert ; si, au contraire, c’est de l’argent, la dissolution aura lieu plus lentement, et l’endroit présentera une tache noire. Pour lever tous les doutes, ajoutez une goutte d’eau salée quand l’action de l’acide aura cessé ; si la pièce est d’argent, il se fera un trouble blanc très manifeste; si c’est du maillechort, la couleur verte persistera avec une légère altération et il n’apparaîtra aucun trouble blanc.
- Le clinquant est une lame de cuivre doré ou argenté, amincie par le laminoir. L'oripeau est tout simplement du cuivre réduit en
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- feuilles minces par le môme moyen. L’un et l’autre sont souvent colorés et protégés par un vernis transparent. Le premier sert à augmenter le brillant et l’éclat des galons, des rubans et des broderies; le second sert pour les cartonnages et une foule de petits ouvrages d’agrément. C’est l’argent et l’or des théâtres.
- Du Plomb.
- Le plomb est, ainsi que l’étain, une des substances métalliques que les hommes ont le plus tôt employés. Cela s’explique par l'abondance de ses minerais et la facilité avec laquelle on peut en extraire le métal. Les alchimistes le décorèrent du nom deAa-turne, soit parce qu’ils le regardaient comme le plus ancien des métaux, soit parce qu’ils lui attribuaient la propriété d’absorber et de détruire en apparence tous les autres métaux, comme la fable disait que Saturne, le père des dieux, avait mangé ses en-fans.
- Les usages du plomb sont très multipliés et assez généralement connus. Vous savez tous, Messieurs, que réduit en lames d’environ 4 millimètres 1/2 d’épaisseur, on l’emploie à couvrir les édifices ; qu’on en fait des tuyaux de conduite, des gouttières, des réservoirs, des chaudières, des chambres dans lesquelles on fabrique l’acide sulfurique; qu’on le moule enballes de difïerens calibres, et qu’on le convertit en grains plus ou moins fins pour l’usage de la chasse. 11 remplace avec avantage le soufre pour le scellage du fer dans la pierre. L’exploitation des mines d’or et d’argent en réclame de grandes quantités. Enfin, presque tous ses composés jouent un rôle important dans les arts et la médecine.
- L’existence du plomb natif est encore fort douteuse. C’est surtout 5 l’état de sulfure, de carbonate, de phosphate, d’arséniate et de sulfate qu’il est abondant dans les terrains anciens, notamment en Angleterre, en Saxe, au Hartz, en Crusse, en Autriche, en Carinthie, en Savoie, en Espagne. La France est riche en minerais de plomb, mais, en 1858, il n’y avait que onze mines exploitées; 25 ne l’étaient pas; les mines en activité sont principalement celles de Poullaouen et Huelgoat près de Morlaix, deSainte-Marie-aux-Mines et de Gyromagny dans les Vosges, de Pontgibaud en Auvergne, et de Vialaset Villefort dans le Gard.
- Le sulfure de plomb ou galène fournit à lui seul plus des 999 millièmes du plomb livré au commerce. Il est reconnaissable à sa couleur grise, son éclat métallique, sa friabilité et sa cristallisation en cubes. 11 contient toujours de l’argent, surtout lorsqu’il est en toutes petites lames ; aussi, dans ce cas, est-il employé comme mine d’argent. Les potiers s’en servent, depuis le xivc siècle, sous le nom d’alquifoux, pour vernir leurs poteries grossières. Ils le répandent à la surface des vases déjà cuits, et les reportent ensuite au four. Le soufre se dégage à l’étal d’acide sulfureux; le plomb
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- s’oxyde, pénètre dans la terre, s’y combine et s’y vitrifie. Mais ce vernis est très tendre et a le grave inconvénient d’être facilement attaquable par les graisses et les acides, ce qui le rend fort malsain.
- L’extraction du plomb est assez simple. Après avoir débarrassé la galène, autant que possible, des matières étrangères qui l’accompagnent, on la grille au contact de l’air pour en chasser la majeure partie du soufre ; puis, on mêle le résidu , qui consiste en oxyde et sulfate de plomb, avec du charbon et de la ferraille ou de la fonte granulée, et on chauffe le tout dans un four à réverbère. L’oxyde de plomb est réduit par le charbon ; le sulfate est ramené à l’état de sulfure, et le fer, en raison d’une affinité supérieure, s’empare du soufre de ce dernier et met le plomb en liberté. Le métal fond, se rassemble au bas du fourneau, et de là s’écoule dans un bassin de réception avec le sulfure de fer produit pendant l’opération. On décante le bain métallique dans un second bassin pour avoir le plomb pur.
- Lorsque les minerais ne sont point argentifères, ce qui arrive assez rarement, le plomb obtenu est immédiatement livré au commerce sous forme de saumons. Mais, pour peu que ce métal renferme assez d’argent pour couvrir les frais de manutention, on l’exploite, sous le nom de Plomb d'œuvre, à l’aided’un procédé dit coupellation, dont nous parlerons dans un instant.
- La quantité de plomb extraite annuellement dans les diverses parties du globe s’élève à 766,200 quintaux métriques , ce qui représente au-delà de 180 millions de francs. La France produit de 7 à 8,000 quintaux métriques de ce métal; c’est à peine le 25e de ses besoins annuels. En 4858, il est entré 450 mille quintaux métriques de plomb étranger, venant principalement d’Espagne et d’Angleterre.
- Ce métal est si commun, qu’il n’est personne qui ne connaisse ses principales propriétés physiques. Récemment fondu, il est d’un blanc bleuâtre et possède un assez vif éclat; mais habituellement il est terne et grisâtre, par suite de l’action de l’air. Il tache les doigts en leur communiquant une odeur sensible. Il est si mou que l’ongle le raye sans peine, que les ciseaux l’entament, et qu’on peut le plier plusieurs fois en sens inverse sans le briser. Il n’a aucune sonorité, peu de ductilité. Mais, en revanche, il est doué d’une grande malléabilité. C’est là ce qui le rend si utile comme couverture.
- Le laminage du plomb, ou l’art de le convertir en tables ou en feuilles, remonte à la plus haute antiquité. La cuirasse et le bouclier d’Agamemnon étaient ornés de bandes de plomb. Pausanias fait mention des livres d’flé-siode, écrits sur des lames de ce métal. Dion Cassius nous apprend que le consul romain Ilirtius, assiégé dans Modène, fit tenir des avis écrits sur des lames de plomb à Décimus Brutus, qui lui répondit par le même moyen ; Job faisait des vœux pour que ses discours fussent gravés sur le plomb ; et, si l’on en croit Pline, les actes publics furent consignés dans des volumes composés de feuillets du même métal. On a trouvé , dans la province d’York, en Angleterre, des lames de plomb sur lesquelles était gravée une inscription du règne de Domitien.
- Tous ces faits prouvent bien que les anciens avaient su, de bonne heure,
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- réduire le plomb en feuilles, et en tirer parti, soit pour écrire dessus, soit pour recouvrir leurs monumens.
- On commença d’abord, probablement, h couler le plomb en feuilles sur des tables recouvertes de sable ; mais comme parce procédé on ne pouvait obtenir des lames minces et unies, on substitua au sable une étoffe de laine, et ensuite du coutil croisé enduit de suif; ce n’est même qu’en 1787 qu’on a cessé de faire usage de ce moyen, quoique le gouvernement eût autorisé l’emploi des laminoirs pour le plomb, par arrêt du 19 janvier 1750.
- Lorsqu’on fait usage du laminoir, on coule d'abord le plomb en tables de 7 à 8 centimètres d’épaisseur. Ce procédé n’a reçu d’autres perfection-nemensque ceux apportés dans le mécanisme de cette machine.
- Le plomb coulé, qui était d’abord assez défectueux, a reçu, dans ces derniers teins, un degré de perfection très remarquable; en effet, on est parvenu à couler sur le sable des lames aussi unies et aussi égales d’épaisseur que si on les eût passées au laminoir ; mais comme on ne peut, par ce moyen, obtenir des feuilles d’une épaisseur moindre de 2 millimètres, on a remplacé le coutil et le sable par des tables en pierre tendre, d’un grain uni et homogène. On coule ainsi des feuilles extrêmement minces pour presque tous les usages.
- C’est avec des feuilles de plomb aussi peu épaisses que celles dont on se sert pour doubler les boîtes à thé, qu’en Angleterre on préserve lesappar-temens de l’humidité qui pénètre parles murs. On fixe ces feuilles sur les murs, avec de petits clous de cuivre, et on colle ensuite le papier de tenture immédiatement sur le plomb. Ces feuilles métalliques, qui ne pèsent que 250 et même 125 grammes au décimètre carré, ne sont aucunement perméables à l’eau.
- On est parvenu tout récemment à étirer le plomb en fils assez fins. Un sieur Poulet, de Paris, fabrique, depuis 1845 , des fils de plomb pour les jardiniers et les horticulteurs. M. Dumas a vu récemment à l’arsenal de Woolwich, en Angleterre, des balles de fusil fabriquées par compression au moyen d’un appareil qui étire le plomb en cylindres. Une machine portant des cavitéssphériques saisit ces cylindres, et moule ainsi les balles. Les bavures sont enlevées à l’aide d’un emporte-pièce, et l’opération s’achève en jetant les balles dans un tonneau qu’on fait tourner, et où elles prennent, la forme sphérique par leur frottement les unes contre les autres. Parce procédé nouveau, on évite les soufflures produites en coulant les balles dans un moule.
- Dans le monde, on a l’habitude de prendre le plomb comme type de la lourdeur, et, quand on veut parler d’un objet très pesant, on dit ordinairement: lourd comme plomb. Cependant; parmi les métaux, il n’arrive qu’en septième ordre sous le rapport de la densité ; carie platine, l’or, l’iridium, le tungstène, le mercure et le palladium, sont plus lourds que lui. Bien des personnes n’entendront pas dire sans surprise que l’or, à volume égal, pèse environ 2/5 de plus que le plomb.
- L’oxydation de ce métal dans l’air humide est très prompte, mais superficielle; il perd son éclat métallique, et sa surface de-
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- vient d’un gris mat; c’est un sous-oxyde qui se forme. Toutefois, le plomb est inaltérable dans l’air privé d’acide carbonique.
- Sous l’eau non aérée, il garde son éclat ; il en est de même sous l’eau qui contient des matières organiques ou des sels en dissolution. Mais dans l’eau aérée et pure, il s’oxyde rapidement et se change en hydrate et en* carbonate de plomb dont une partie se dissout à la faveur d’un excès d’acide carbonique. Barruel et Mérat ont retiré 62 grammes d’hydrate et de carbonate de plomb très bien cristallisés de 6 voies d’eau laissées pendant deux mois dans une cuve doublée en plomb. Le professeur Christison, d’Edimbourg, a également constaté que de l’eau de source très pure qui circule dans des conduits en plomb , se charge d’une proportion de carbonate de plomb assez grande pour incommoder les personnes qui en boivent. C’est du carbonate de plomb hydraté qui apparaît en croûte blanche sur les parois des bassins et des réservoirs en plomb qui contiennent de l’eau, précisément au contact du liquide, et non au-dessus. La conséquence à tirer de ces faits , c’est qu’il faut éviter d’appliquer aux usages économiques l’eau qui a séjourné dans des vases en plomb.
- Chauffé au contact de l’air, le plomb , liquéfié à une température peu élevée (322° centigrades), se recouvre bientôt d’une pellicule irisée qui passe au jaune. C’est un protoxyde appelé vulgairement massicot, et scientifiquement oxyde plombique. Cet oxyde est très fusible, et, lorsqu’on le chauffe dans un creuset de terre, il le perce en s’unissant à la silice et à l’alumine de ses parois, et forme à la surface de celles-ci un enduit vitreux très éclatant.
- C'est le seul des oxydes de plomb qui puisse s’unir aux acides. Il se combine aussi avec les alcalis, qui le rendent soluble dans l’eau. C’est un des oxydes le plus facilement réductibles par l’hydrogène et le charbon ; aussi, chauffé légèrement avec des matières végétales, il se revivifie très promptement. Yoici une carte recouverte d’un peu d’oxyde de plomb ; je la brûle, et bientôt vous allez voir sur les bords du carton non incinéré des petits globules très brillans de plomb métallique.
- Le massicot n’a d’autre emploi que de servir à la préparation du minium ou oxyde rouge de plomb, improprement nommé deu-toxyde. Ce composé s’obtient en grand en chauffant avec précaution , dans des caisses de tôle peu profondes, le massicot très divisé , jusqu’à ce qu’il ait acquis une couleur rouge foncé. Yoici ce qui arrive dans ce cas: une partie de l’oxyde plombique enlève à l’air de l’oxygène et se change en peroxyde ou suroxyde de couleur puce. Celui-ci s’unit intimement au restant du massicot non suroxydé, et il en résulte alors un oxyde intermédiaire. C’est là le minium, qui a une couleur rouge magnifique.
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- Ce qui prouve bien que le minium est un composé d’oxyde et de suroxyde de plomb, c’est qu’en le mettant en contact avec les acides, il se produit constamment un sel de protoxyde de plomb, tandis qu’il reste du suroxyde de plomb sous la forme d’une poudre brunâtre.
- Le minium est employé, en raison de sa belle couleur, pour colorer les papiers de tenture, les cires molles et à cacheter, mais rarement comme couleur à l’eau et à l’huile. Son plus grand usage est de servir à la fabrication du strass, du flint-glass et du cristal, verres auxquels il donne une grande pesanteur, beaucoup de fusibilité, une puissance réfractive considérable, une limpidité parfaite et la faculté de pouvoir être taillés plus aisément. Pour cette dernière application, on recherche le minium le plus pur, celui qui est exempt d’oxyde de cuivre, attendu que ce dernier donne une teinte verdâtre au cristal.
- Il est un autre produit non moins commun que le minium dans le commerce, c’est celui qu’on appelle litharge. Ce n’est autre chose que du massicot cristallisé en petites lames. Ce protoxyde demi-vitreux provient de la coupellation du plomb d’œuvre ou plomb argentifère.
- On pratique cette opération dans un fourneau à réverbère d’une forme appropriée.
- Ce fourneau est composé de deux parties principales : la base ou laboratoire a et le dôme ou réverbère b ; celui-ci, dans les fourneaux de grandes dimensions, s’enlève et se meut à volonté, à l’aide d’une grue c ; l’autre est fixe. Lorsque ces deux pièces sont ajustées, la partie videqu’elles laissent entre elles est de forme lenticulaire, en telle sorte que la base présente une espèce de coupe, et le dôme
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- ou chapiteau une voûte très surbaissée. Sur un des poiuls de la circonférence de la coupe est située une ouverture d, destinée à donner issue h l’oxyde de plomb. A la partie diamétralement opposée se trouve une autre ouverture e , où viennent s’adapter les tuyères de deux énormes soufflets ; la flamme qui arrive du foyer également situé sur le côté du laboratoire, est ensuite réverbérée par le dôme sur la coupelle, et elle trouve son issue par la cheminée o, qui est située au-dessus du canal d’écoulement.
- La coupe du laboratoire est recouverte d’une couche assez épaisse et bien battue de cendres lessivées , et c’est ce qu’on nomme former la coupelle. On garnit cette coupelle d’un lit de foin sur lequel on dispose symétriquement et avec précaution les saumons de plomb d’œuvre. On abaisse le chapiteau et l’on chauffe. Le plomb entre aussitôt en fusion; et, quand la température est assez élevée, on met les soufflets en jeu, afin de faciliter l’oxydation du métal. Ce n’est guère qu’après 15 à 16 heures de feu que l’oxyde de plomb paraît, et qu’il est repoussé par le vent des soufflets vers l’oùverlure d; on le fait sortir ensuite à l’aide de ringards. Le massicot liquide, reçu dans un bassin particulier ou sur le sol de l’atelier, s’y solidifie peu-à-peu, et cristallise en petites lames ou paillettes hexaèdres d’une couleur rougeâtre. C’est là la litharge, dont le nom, qui signifie pierre d’argent, rappelle l’origine. Au bout de 40 heures environ , l’opération touche à sa fin , et l’on est averti de sa terminaison définitive par une espèce d’éclair de lumière ou de fulguration qui se manifeste instantanément sur le bain. Cet effet est dû à la disparition subite d’une dernière pellicule d’oxyde qui recouvrait l’argent. A cette époque, le culot métallique, d’aplati qu’il était, devient sphérique. C’est alors qu’on introduit de l’eau dans la coupelle, afin de refroidir la masse d’argent et de pouvoir l'enlever immédiatement (1).
- La litharge doit sa belle couleur rouge à un peu de minium qui s’est formé pendant la coupellation. Lorsqu’elle est ancienne, sa nuance est affaiblie par un peu d’hydrate et de carbonate de plomb blancs, dûs à l’action de l’air.
- C’est avec la litharge qu’on prépare généralement, dans les fabriques, les sels de plomb dont on a besoin. Elle entre dans la composition de quelques verres. Elle est la base des emplâtres des pharmaciens. On prépare avec elle une couleur jaune très belle, qui rend de grands services dans la peinture à l’huile, à cause de son éclat etde sa fraîcheur. C’est 1 e jaune minéral, dit aussi jaune de Cassel, jaune de Paris et jaune de Vérone, qu’on obtient en fondant de la litharge et du sel ammoniac.il en résulte une masse demi-vitreuse, composée de chlorure et d’oxyde de plomb.
- (1) La coupellation a été parfaitement décrite, pour la première fois, au ix' siècle, par l’Arabe G eber. Nous avons déjà dit que cette opération était connue des Egyptiens et des Hébreux ; elle a été vaguement indiquée par Diodore de Sicile, Pline, Strabon.
- « Un sujet de surprise, dit Pline, c’est que, pour purifier l’argent, il faille le calciner avec du plomb. » (Hist. natur., lib. 33., cap. 6). Au xvi° siècle, Cœsalpin appelle le plomb un savon qui nettoie l’argent et l’or dans la coupellation.
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- Parmi les sels de plomb qu’on peut préparer, soit en dissolvant la litharge dans les acides, soit en traitant directement le plomb par ces mômes acides, à l’aide de la chaleur, la plupart sont insolubles dans l’eau; tels sont le sulfate, le phosphate, le carbonate. L’azotate et les acétates sont solubles. Ces derniers possèdent une saveur sucrée qui devient bientôt astringente et âpre. Tous, solubles ou insolubles, sont subitement noircis par le contact de l’hydrogène sulfuré, et, chauffés sur des charbons ardens, ils laissent, en se décomposant, de petits globules métalliques. Si, dans la dissolution d’un sel de plomb, on plonge une lame de fer ou de zinc, il se dépose bientôt sur cette lame de jolis cristaux de plomb revivifié. Les sels de ce métal sont donc faciles à reconnaître. Ils jouissent de propriétés vénéneuses très prononcées.
- L’azotate de plomb est souvent employé dans les ateliers de teinture et d’indienne pour préparer les jaunes de chrome. Il est en petits cristaux octaédriques, blancs et opaques. Si, dans sa dissolution, on verse de la potasse ou de l’ammoniaque, il se précipite de l’oxyde plombique, qui apparaît en poudre blanche, parce qu’il est à l’état d’hydrate. Si, dans la même dissolution, placée dans une éprouvette de verre allongée, on laisse tomber un petit fragment de sel ammoniac dur et compacte, on voit aussitôt s’élever du sel solide, à travers la liqueur, de petites bulles d’air accompagnées d’un grand nombre de stries fines et blanches. Ces dernières, formées de molécules de chlorure de plomb dues à la double décomposition de l’azotate de plomb et du chlorhydrate d’ammoniaque, et qu’une action mécanique entraîne à la partie supérieure, subissent, de minute en minute, une telle augmentation dans leur consistance, ainsi que dans leur élévation et la diversité de leurs formes, qu’au bout d’un quart d’heure à peine, elles atteignent assez souvent la hauteur de 8 à 10 centimètres. Elles offrent alors la ressemblance la plus frappante avec de petits arbrisseaux à ramifications très multipliées. Ces dendrites ont une solidité telle, qu’ori peut, en enlevant avec précaution la dissolution saline, les obtenir, sous forme solide, à l’endroit où elles se sont formées. Cette jolie expérience a été indiquée, en 1844, par M. Bœttger.
- Mais le sel de plomb qui a reçu les plus nombreuses applications , c’est le Carbonate, plus connu sous les noms de céruse, de blanc de plomb, de blanc d'argent (1). On le vend sous forme de
- Cl) La céruse était connue des Grecs et des Romains. Théophraste Cresius et Diosco-ride ont décrit avec détail sa préparation, et Pline assure que celle qui était fabriquée à Rhodes était surtout estimée. Elle était employée comme fard par les dames romaines, dans la peinture à l’huile et dans la médecine. Après la chute de l’empire romain, il paraît que ce sel fut d’abord, fabriqué par les Arabes, puisa Venise, plus tard a Krems, ensuite en Hollande, en Angleterre ét dans plusieurs parties de l’Aile-
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- pains coniques du poids de 1 à 1 kilogramme 1/2. Il est blanc, pulvérulent, insipide, insoluble dans l’eau. $uand il est pur, il se dissout complètement, avec effervescence, dans l’acide azotique.
- C’est la seule substance qu’on emploie pour colorer en blanc les bois et les meubles, parce qu’elle a l’avantage de se mêler parfaitement à l’huile, d’y conserver sa couleur, de s’étendre aisément sous le pinceau, de bien recouvrir les surfaces qu’on veut enduire , et de moins jaunir, avec le tems, que les autres couleurs blanches ; mais elle a le grave inconvénient de brunir par le contact des émanations sulfureuses. On s’en sert beaucoup aussi pour étendre les autres couleurs et leur donner du corps. On l’utilise actuellement dans les fabriques de faïence pour la préparation des vernis ou couvertes, de préférence aux oxydes de plomb, à cause de sa grande ténuité et de sa facile suspension dans l’eau.
- Depuis quelque tems, on donne aux cartes de visite l’apparence de l'émail ou de la porcelaine, en les recouvrant d’une couche de céruse et les soumettant au frottement d’un cylindre d’acier poli, qui fait naître un lustre très vif. Vous n’avez qu’à présenter une de ces cartes à la flamme d’une bougie, vous apercevrez bientôt, à la surface du charbon, des petits globules métalliques; et en secouant la carte à demi brûlée, il en tombera des petites parcelles, qui brûleront rapidement en traversant l’air.
- On ajoute ordinairement, dans les céruses du commerce, plusieurs substances blanches de moindre valeur, comme le sulfate de plomb , le sulfate de baryte, la craie ou le sulfate de chaux. 11 paraît que le sulfate de baryte leur donne de l’opacité et les rend plus propres aux peintures délicates. Dans le blanc de Venise, il y a moitié de sulfate de baryte ; dans le blanc de Hambourg, il y en a le double ; dans le blanc de Hollande, la proportion s’élève de 3 parties jusqu’à 7 contre 1 de céruse.
- On prépare ce sel très en grand en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, à Lille, etc., en exposant des lames de plomb à l’action des vapeurs de vinaigre. Les pots qui contiennent les lames suspendues au-dessus du liquide sont enfouis, pendant environ six semaines, dans du fumier ou de la tannée. Le plomb s’oxyde aux dépens de l’air; l’oxyde, au milieu des vapeurs du vinaigre, se change peu-à-peu en sous-acétate que l’acide carbonique , dégagé en abondance du fumier , transforme en carbonate. Celui-ci, attaché en croûtes dures et grisâtres sur les lames, est enlevé , broyé sous des meules avec de l’eau , soumis à la lévigation, puis desséché dans des moules coniques.
- Les céruses sont distinguées, dans le commerce, par les noms des pays
- magne. Il y a à peine trente ans qu’on en prépare en France, et la Société d'Encouragement a beaucoup contribué à y propager celte industrie.
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- de fabrication. On dit donc céruse de Hollande, céruse d'Allemagne , céruse de Lille , céruse de Clichy, etc. La première est la plus estimée.
- On prépare la céruse de Clichy en faisant passer un courant d’acide carbonique dans du sous-acétate de plomb liquide. Ce sel cède à l’acide gazeux une partie de l’oxyde de plomb qu’il contient; il se fait du carbonate de plomb qui se précipite, et la liqueur, devenue neutre, peut dissoudre une nouvelle quantité d’oxyde de plomb, que l’on précipite une seconde fois par un courant de gaz, et ainsi de suite. Ce procédé, plus simple que le précédent, donne une céruse bien plus blanche, parce que les exhalaisons du fumier rendent toujours un peu gris le carbonate formé sur les lames.
- C’est à M. Thénard qu’on doit l’indication de ce procédé. Il le publia en 1801, alors que la France ne possédait encore aucune fabrique de céruse. Il fut d’abord mis en pratique, en 1809, par MM. Breschoz et Lescure, h Fonloise, puis exploité sur une très grande échelle par M. Hoard, dans sa belle manufacture de Clichy.
- Si la céruse de Clichy est plus belle que la céruse de Hollande, en revanche, celle-ci est plus divisée, plus opaque, et elle couvre mieux, comme on dit, c’est-à-dire qu’il fauten appliquer beaucoup moins sur le bois ou sur les murs pour produire le même effet. Cela pourrait bien provenir de ce que la céruse de Clichy renferme en mélange, avec le carbonate de plomb, plus d’hydrate de plomb que la céruse hollandaise. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en opérant la précipitation du sous-acétate de plomb à chaud et dans des liqueurs concentrées, M. Fallu est parvenu à produire des céruses en tout comparables aux plus belles céruses de Hollande.
- Une modification a été apportée en Angleterre au procédé français par MM. Benson et Gossage. On humecte de la litharge très divisée avec un centième d’acétate de plomb dissous, et on place cette pâle dans de grandes auges en schiste, fermées par en haut, et communiquant entre elles. Un courant d’acide carbonique, provenant de la combustion du coke, est poussé au moyen de deux forts ventilateurs à force centrifuge, à travers les couches d’oxyde qui sont continuellement agitées par des râteaux mus par une machine à vapeur. En quelques heures , toute la lithavge est carbo-natée et convertie en céruse d’une grande blancheur, qui réunit toutes les qualités de la meilleure céruse de Hollande. Ce procédé ingénieux est mis en pratique à Birmingham.
- Lorsqu’on calcine la céruse avec précaution dans les mêmes fours et dans les mêmes boîtes de tôle qui servent pour le minium ordinaire, on obtient une variété de minium d’un rouge moins vif, qui est désignée dans le commerce sous le nom de mine orange. Préparé ainsi, le minium retient toujours de 4 à 5 centièmes de carbonate de plomb, qui paraissent être la cause des différences remarquables qui existent entre ce produit et le minium fabriqué avec le massicot. La mine orange, en effet, se divise beaucoup mieux que ce dernier avec la colle, ne se grumelle pas et ne se durcit pas par ce mélange, ainsi que le fait le minium pur. Aussi est-ce la seule espèce de minium qui convienne bien à la fabrication des papiers de tenture. Cette mine
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- orange est fabriquée presque exclusivement à Clichy ; le prix en est bien plus élevé que celui du minium rouge.
- Toutes les personnes qui font un fréquent usage de la céruse, les peintres, les décorateurs, les ouvriers qui broient les couleurs, ceux qui préparent ce sel, sont exposés à des accidens graves par suite de l’action délétère de cette substance, qui porte principalement son action sur l’appareil digestif, et occasionne destrem-blemens convulsifs ainsi que la maladie cruelle appelée colique des peintres.
- Les appartenons récemment peints à l’huile conservent, pendant un certain tems, une odeur très forte qui n’est pas sans danger pour les personnes qui les habitent.
- C’est pour remédier aux graves inconvéniens qu’entraînent la fabrication et l'usage de la céruse, qu’un nommé Courtois proposa, dès 1782, à l’Académie de Dijon, de substituer pour la peinture, à ce sel vénéneux, le carbonate ou blanc de zinc, et que plus récemment, en 1843, M. deRuolz a indiqué l'oxyde d’antimoine comme tout aussi avantageux et plus économique que le blanc de plomb. Le blanc de kaolin ou l’argile blanche à porcelaine pourrait également servir au même objet. Il faut espérer qu’on adoptera l’une ou l’autre de ces couleurs blanches inoffensives, et qu’on préservera ainsi une classe nombreuse d’ouvriers des dangers qui font de leur profession un véritable fléau.
- Au reste, le plomb, sous quelque forme qu’il pénètre dans l’économie animale, produit de funestes effets. Ainsi, les vapeurs qu’exhale le plomb fondu ; la poussière, chargée des molécules de ce métal, au milieu de laquelle vivent ceux qui le travaillent; les particules d’oxyde qui se dissolvent dans les liqueurs acides; les vins, les vinaigres qu’on conserve dans des vases de plomb ; celles qui passent dans les alimens gras préparés dans la poterie commune, dont le vernis est dû à l’oxyde de plomb, produisent journellement des coliques sourdes, une sorte d’empoisonnement lent, dont la cause reste souvent tout-à-fait ignorée. Le plomb est donc un métal dangereux, et ne peut, sans inconvénient, être employé seul. Aussi, maintenant, la plupart des ustensiles de plomb sont-ils remplacés par ceux en étain pur ou allié à une petite portion de plomb seulement. Autrefois, les vins acides étaient adoucis par le moyen de la litharge ; mais cette fraude coupable a cessé depuis qu’on a connu les dangers de pareilles boissons. 11 serait convenable de renoncer à l’habitude, généralement répandue, de nettoyer les bouteilles avec du plomb de chasse, car cette habitude a parfois des conséquences funestes. Des grains de plomb, retenus dans le fond des bouteilles, ont communiqué des propriétés vénéneuses au vin qui y avait séjourné , et déterminé des coliques plus ou moins vio-
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- lentes, même la mort, aux personnes qui ont bu le vin empoisonné.
- Mais c’est assez vous parler du plomb et de ses composés. Disons quelques mots du dernier métal de la cinquième section, le bismuth, qui a reçu quelques applications intéressantes.
- Du Bismuth.
- Le bismuth a une certaine analogie de propriétés avec l’antimoine. Il est, comme ce dernier, en masses Iamelleuses, fragiles, d’une couleur blanche et pourvues d’un éclat très-vif; mais les reflets jaunâtres qu’elles émettent le font aisément distinguer de l’antimoine, qui a une teinte bleuâtre.
- C’est principalement à l’état natif qu’on rencontre le bismuth dans le sein de la terre, non dans des gîtes séparés, mais dans les mines de cobalt et d’argent, notamment dans celles de la Saxe, de la Bohème, du Hanau, et du Furstemberg. Il renferme presque toujours des métaux étrangers, principalement de l’arsenic. On ne le trouve, du reste, en quantité assez considérable pour donner lieu à une exploitation, qu’aux environs de Schnee-berg, dans l’Erzgebirge, chaîne de montagnes qui sépare la Saxe de la Bohême. Le traitement métallurgique est très simple. On chauffe le minerai dans des tuyaux cylindriques de fonte disposés en travers sur un fourneau et inclinés légèrement. A mesure que le métal fond , il vient se rendre dans un récipient en fer placé immédiatement au-dessous de l’extrémité inférieure des tuyaux. On le coule ensuite en pains de 12 à 25 kilogrammes. La production annuelle du bismuth s’élève à peine à 5,000 kilog. Son prix varie de 3 fr. 50 c. à 4 fr. le kilog.
- Ce métal est un des plus fusibles, et il communique cette propriété aux métaux avec lesquels on l’allie. Il fond à + 246°, et peut être alors coulé sur le papier sans le brûler. Les alliages de bismuth, de plomb et d’étain sont remarquables par leur grande fusibilité. Newton en a fait connaître un qui fond à environ 100°; il est composé de 5 parties de bismuth, 3 d’étain et 2 de plomb. Un autre à-peu-près semblable, puisqu’il est formé de 8 de bismuth, de 5 de plomb et de 3 d’étain, devient liquide à -j- 94°. Il est connu, en France, sous le nom d’alliage de d'Arcet, et en Allemagne, sous celui d'alliage de Rose. Ce sont de pareils alliages qu’on emploie pour faire les rondelles fusibles qui sont adaptées, d’après les règlemens, à la partie supérieure des chaudières des machines à vapeur. Depuis quelques années, on se sert d’un alliage composé de 5 parties de bismuth, de 3 de plomb et de 2 d’étain, qui fond à -j- 91° 2/3, pour obtenir des clichés des gravures sur bois, ce qui permet de reproduire celles-ci indé-
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- finiment. A cet effet, on prend d’abord l’empreinte du bois sur un alliage de plomb et d’antimoine fondu, au moment où il se solidifie et qu’il a encore une mollesse suffisante ; on a ainsi un moule en creux dans lequel on coule l’alliage de bismuth, qui prend alors l’empreinte en relief, et reproduit les traits les plus délicats de la gravure sur bois. Comme on peut tirer un nombre infini d’exemplaires de ces clichés, on donne le nom de Polytypage à cette seconde opération du clichage.
- En ajoutant à l’alliage de d’Arcet un neuvième de son poids de mercure, on augmente singulièrement encore sa fusibilité, puisqu’alors il devient complètement liquide à -j- 53°. Cet amalgame sert à faire des injections anatomiques, et quelques dentistes en font usage pour plomber les dents cariées.
- Le seul composé du bismuth qui ait reçu quelque application , est ce qu’on appelait jadis magister de bismuth. C’est un sous-azotate qu’on obtient aisément en dissolvant le métal dans l’acide azotique , et ajoutant à la dissolution une grande quantité dleau. Le sel se partage en sel acide qui reste dissous, et en sous-sel qui se précipite en poudre blanche. Comme vous le voyez, Messieurs, les sels de bismuth partagent avec les sels d’antimoine la propriété d’être décomposés par l’eau.
- Cette poudre, bien lavée et séchée , était naguère fréquemment employée par les dames, sous le nom de blanc de fard, pour blanchir la peau. Mais l’inconvénient qu’elle a de rendre la peau rugueuse et de noircir par le contact des émanations sulfureuses, en a fait pour ainsi dire abandonner l’usage. Dans l’origine, le blanc de fard, adopté par les femmes grecques, était une terre argileuse de Chio ou de Samos, mêlée à une terre calcaire et délayée dans du vinaigre.
- Aujourd’hui, le sous-azotate de bismuth n’est plus guère utilisé que pour faciliter la fusion de quelques émaux et servir de véhicule à diverses matières colorantes, parce qu’il n’altère pas la pureté de leur ton. Aussi le mêle-t-on aux couleurs qui servent à la fabrication des cires à cacheter, à quelques autres employées dans la peinture sur porcelaine. Enfin, on s’en sert encore, conjointement avec d’autres corps, pour remplir certaines qualités de fausses perles. De là lui est venu le nom de blanc de perle, qu’on lui donne souvent dans le commerce. Il a eu quelques usages en médecine.
- Le bismuth est souvent désigné sous le nom d'étain de glace, parce que, pendant quelque tems, on l’a appliqué à l’étamage des glaces.
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- VINGT-QUATRIÈME LEÇON.
- Métaux de la 6e section.
- Sommaire.— Du Mercure; de ses mines et de son extraction. — Cinabre ou sulfure de mercure. — Des principaux composés du mercure , oxydes et sulfure artificiel ou Vermillon. — Des amalgames. — Sels de mercure. — Des chlorures de ce métal et de leurs applications. — De I’Argent , de ses mines et de leur exploitation. — Alliages utiles qu’il forme. — De l’azotate d’argent et de la pierre infernale. — De Vargent fulminant. — Du chlorure d’argent et de son application a l’argenture des métaux. — Du doublé ou plaqué d’argent.
- Du Mercure.
- Voici un métal fort remarquable par ses propriétés physiques. C’est le seul qui soit liquide dans les circonstances ordinaires, et cette propriété le rend très précieux pour la construction des instrumens de physique et de chimie, tels que thermomètre, baromètre, cuve à mercure. Sa couleur blanche et sa grande mobilité lui firent donner, dès les tems les plus reculés, le nom de vif-argent.
- C’est principalement sur ce métal que s’est exercée la patience des alchimistes. Le regardant comme un état imparfait de l’or et de l’argent, ils pensaient qu’il fallait peu de chose pour le convertir en l’un ou l’autre de ces métaux ; aussi mirent-ils tout en œuvre pour opérer cette transformation. Ils professaient encore cette opinion, non moins erronée, que le mercure est le principe de tous les êtres. De là vint l’hvpothèse du principe mercuriel ou de la terre mercurielle, qui se trouvait dans tous les corps pesans et volatils en même tems.
- Les folles recherches des alchimistes, leurs nombreux travaux sur le mercure, n’ont pas été complètement inutiles. Ils firent connaître les principales propriétés de ce curieux métal, et la plupart de ses composés ont été découverts par eux.
- Ce métal n’existe que sous un très petit nombre de formes dans la nature. On le connaît à l’état de liberté, puis en combinaison avec le soufre, le sélénium, le chlore et l’argent. Mais le sulfure de mercure est la seule espèce minérale qui soit un peu abondante. C’est la seule aussi qui soit exploitée. Elle est en masses d’une couleur rouge ou brunâtre, rarement en cristaux.
- Les mines de mercure en exploitation sont peu nombreuses. Les plus célèbres et les plus productives sont celles d’Idria, près de Trieste, en Car-
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- niole,et d’Almaden, en Espagne. 11 y en a aussi en Hongrie, en Transylvanie, dans le duché de Deux-Pouls, sur la rive gauche du Rhin, à Juan-Cavelica, au Pérou ; mais elles ont peu d’importance. La Chine et le Japon en renferment beaucoup, mais on n’a sur elles aucun renseignement certain.
- Le sulfure de mercure natif, qui constitue toutes ces mines, est connu sous le nom de cinabre. On trouve, au milieu de ses masses, du mercure natif en petits globules, mais en faible quantité.
- Le mercure étant volatil, et le cinabre pouvant être facilement décomposé par la chaleur, l’extraction de ce métal est fort simple. On grille le cinabre dans un four dont la sole est criblée de trous pour le passage de l’air. Le soufre est converti en acide sulfureux, et le mercure, devenu libre, forme des vapeurs qui sont conduites dans une grande chambre close, au moyen de conduits en terre appelés aludels. Les vapeurs mercurielles se condensent dans la chambre. On renferme le mercure obtenu dans de grandes bouteilles en fer, fermées par un bouchon à vis de même métal.
- Dans les mines du Palatinat, on chauffe le cinabre avec de la chaux dans des cornues de fonte, au col desquelles on adapte des récipiens en terre contenant de l’eau. La chaux s’empare du soufre, et le mercure vient se condenser dans les récipiens.
- La quantité de mercure extraite annuellement des différentes mines d’Europe est de 50,000 quintaux, sur lesquels les mines de Carniole en fournissent 5,000, celles du Palatinat et de la Confédération Germanique 7,600, et celles d’Espagne 20,000. Ces dernières , situées dans la province de la Manche, sur une longueur de deux myriamètres, depuis Chillon jusqu’au-delà d’Almadenejos, sont exploitées depuis une haute antiquité, puisque, suivant Pline, les Grecs en liraient déjà du vermillon 700 ans avant notre ère , et qu’elles fournissaient aux Romains 100,000 livres de cinabre par an.
- Les exhalaisons des mines de mercure sont si délétères, que les ouvriers y résistent à peine 2 ou Sans; aussi les mines du Frioulet d’Autriche sont-elles exploitées par des criminels condamnés à ces travaux; elles sont à 200 mètres de profondeur, et la courte durée de l’existence de ces malheureux est rendue affreuse par le continuel dépérissement de leur santé.
- Le mercure du commerce renferme souvent du plomb, de l’étain, quelquefois du zinc. On reconnaît ordinairement sa pureté par un essai mécanique. En le jetant sur un plan, il se divise en une multitude de gouttelettes sphériques, quand il est pur. S’il ne l’est pas, les gouttelettes sont allongées, aplaties et terminées par une espèce de filet métallique, ce qui fait dire aux marchands qu'il fait la queue.
- Pour le purifier, on le distille dans une cornue en grès ou en fonte, en ayant soin de verser à sa surface une couche de sable de 1 à 2 centimètres d’épaisseur, pour arrêter les gouttelettes lancées mécaniquement et ne laisser passer que les vapeurs. Pour mieux condenser celles-ci, on attache à l’extrémité du col de la cornue ou de l’allonge un linge qui plonge dans l’eau du récipient. Tous les métaux étrangers restent dans la cornue.
- Quoique le pointd ébullition du mercure ne soit qu’à + 360° oen-
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- tigrades, ce métal émet des vapeurs sensibles à la température ordinaire. On en a un exemple continuel dans les gouttelettes de mercure qui se trouvent souvent au sommet des baromètres, et qui sont le résultat de la vapeur mercurielle qui est venue se condenser sur la surface interne du tube de verre. Faraday a, d’ailleurs, démontré directement cette évaporation spontanée du mercure, en suspendant une feuille d’or au-dessus d’une couche de ce métal dans un flacon fermé. Au bout de six semaines, la feuille d’or, qui avait été soigneusement garantie de tout contact direct avec le mercure, se trouvait pourtant amalgamée, c’est-à-dire blanchie par une certaine quantité de mercure qui n’avait pu y arriver qu’en passant à l’état de vapeur. C’est ce qui explique les effets funestes que les ouvriers éprouvent dans toutes les industries où l’on en fait usage. Ils sont pris, en peu de tems, d’un tremblement universel et nerveux (1).
- Lorsqu’on plonge la main dans un bain de mercure, on ressent une forte impression de froid, non que sa température soit plus basse que celle des corps environnans, mais uniquement parce qu’étant très bon conducteur du calorique, il absorbe rapidement la chaleur de la main qu’il entoure de tous côtés. Quand le mercure est ramené à l’état solide par un froid de — 40°, l’effet qu’il produit sur la main est tel, qu’il semblerait qu’on tient un corps brûlant ; la peau est désorganisée. Dans les hivers rigoureux de la Sibérie, il est ordinairement solidifié. On peut l’avoir sous cette forme , en le plaçant au centre d’une masse d’acide carbonique solide ; il se congèle aussitôt ; il est alors comme le plomb , tendre, facile à couper, malléable et sonore.
- Le mercure n’éprouve aucune altération de la part de l’air, sec ou humide, à la température ordinaire. Il se ternit seulement, mais sans s’oxyder. Lorsqu’on le triture pendant long-tems, lorsqu’on l’agite avec de l’air et de l’eau, ainsi que le faisait Boe-rhaave, en attachant, à l’aîle d’un moulin, un flacon contenant une petite quantité de ce métal, il se réduit en une poussière noire, qu’on regardait autrefois comme du protoxyde de mercure, et
- (1) A la manufacture royale des glaces de Berlin, pendant un hiver fort rude, les ouvriers qui travaillaient dans une pièce où l’on étamait autrefois les glaces, allumèrent du feu et élevèrent la température de l’air de celte pièce entre 26 et 32”; au bout de quelques jours, tous éprouvèrent une forte salivation, phénomène qui les surprit beaucoup , puisqu’on n’apercevait pas de traces de mercure dans l’appartement ni même aux environs. Après bien des recherches, ils soupçonnèrent enfin la véritable cause de l’incommodité qu’ils éprouvaient; ils firent lever leparquetde lapièce, et ils virent alors environ 20 kilogrammes de ce métal, répandu sur différens points, où il était tombé peu à peu , pendant qu’on étamait les glaces. C’est le docteur Hermbstaedqui rapporte ce fait. — Le 11 mai 1803, les mines d’Idria furent incendiées. Sur les 1,300 ouvriers qui y travaillaient, 900 furent saisis d’un tremblement continuel, qui les fatiguait surtout lanuit et les rendait incapables de toute occupation. Les 400 autres traînèrent, pendant le reste de leur vie, une santé misérable et chancelante.
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- qu’on appelait éthiops per se. On sait aujourd’hui que c’est du mercure simplement divisé , dont la couleur est due à la grande ténuité de ses particules. Il en est de même du mercure éteint par l’eau, les graisses, le miel, tous les corps visqueux, le soufre, le sable, le verre pilé, etc., corps qui n’ont d’autre action sur ce métal que de le diviser.
- Ce n’est qu’à un degré de chaleur voisin de celui auquel il entre en ébullition, qu’il absorbe l’oxygène gazeux. Il se convertit alors en petites paillettes rouges, que les alchimistes nommaient précipité per se, précipité rouge, et qu’ils obtenaient dans Y Enfer de Boyle, c’est-à-dire en tenant le mercure plusieurs jours sur le feu dans un matras dont le col très allongé ne donnait passage à l’air que par une ouverture capillaire. « Si la découverte de l’oxydation du mercure à l’air, dit M. Gay-Lussac, était encore à faire, elle ne serait probablement pas faite aujourd’hui. Les anciens avaient une qualité précieuse qui manque aux hommes de nos jours : cette qualité était la persévérance. » Cet oxyde rouge, bien connu de Géber, et nommé par les modernes deutoxyde ou peroxyde de mercure, oxyde mercurique, ne peut résister à la chaleur rouge ; il abandonne son oxygène, et le mercure reprend l’état métallique. Il est légèrement soluble dans l’eau ; les médecins l’emploient souvent pour tuer la vermine ; il est la base des pommades du Régent et de Desault, du baume de Saint-Yves, sire-nommés pour le traitement des opbthalmies chroniques. C’est un poison violent à petites doses. Yalli lui a reconnu la propriété d’arrêter la fermentation du vin.
- Lorsqu’on chauffe le mercure avec le soufre en vases clos, les deux corps se combinent et produisent une poudre noire violacée, connue autrefois sous le nom Y éthiops minéral, qui se sublime en petites aiguilles d’un rouge brun à la voûte des vases. C’est alors le cinabre artificiel ou sulfure mercurique, dont les Hollandais ont eu pendant longtems le monopole de la fabrication, mais que les Parisiens préparent aujourd’hui en très grande quantité. C’est Àlbert-le-Grand qui démontra le premier, par la synthèse, dans le cours du xme siècle, que le cinabre naturel est un composé de soufre et de mercure, car il remarque qu’en sublimant le mercure avec le soufre, on produit du cinabre sous forme d’une poudre rouge, brillante.
- C’est en broyant le cinabre artificiel sous des meules avec de l’eau, qu’on obtient la couleur rouge si vive, désignée dans les arts sous le nom de vermillon. L’importation du vermillon de Hollande a cessé depuis que l’on prépare ce produit avec succès à Paris. On agit par la voie humide , en faisant chauffer à 4- 60 ou 66°, dans un vase de fer, 500 de mercure, ii-i de soufre et 75 de potasse dissoute dans 400 d’eau. Après quelques
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- heures d’ébullition , la niasse, d’abord noire, prend une teinte d’un brun rougeâtre, qui passe peu à peu au rouge de carmin. C’est à Kirchofif, de Saint-Pétersbourg, et à Brunner, de Berne, qu’on doit l’indication de ce procédé. On ne fabrique pas moins de d 0,000 kilogrammes par an de cinabie et de vermillon dans le département de la Seine ; c’est une valeur de 900,000 francs. Le vermillon de Chine est encore, toutefois, le plus beau des vermillons du commerce.
- Les peintres font un grand usage de cette couleur minérale ; c’est aussi le principe colorant des belles cires à cacheter. Les Grecs le connaissaient sous le nom de millos, les Romains sous celui de minium, et l’employaient aux mêmes usages que le fard de nos dames. Les Censeurs de Rome étaient, parleurs fonctions, obligés, les jours de fêles, de faire peindre en vermillon la face de la statue de Jupiter, et les généraux romains auxquels on accordait les honneurs du triomphe ne manquaient pas de s’en frotter le corps. On l’employait aussi pour enluminer des caractères tracés sur de l’or ou sur du marbre, et jusqu’aux inscriptions des sépulcres, comme on le voit sur les cippes et sur beaucoup d’autres mo-numens parvenus jusqu’à nous.
- Le mercure s’allie facilement avec un grand nombre de métaux , et leur fait partager sa liquidité. Comme il dissout très rapidement l’or, l’argent et le cuivre, il faut avoir soin d’ôter de ses doigts les bagues, si l’on doit toucher au mercure ; autrement, elles sont bientôt blanchies et rongées, plus ou moins, par le contact du métal; elles deviennent, d’ailleurs, si cassantes, que le moindre choc suffît pour les briser (1).
- Lorsqu’on reçoit les vapeurs mercurielles sur une plaque de cuivre, ou lorsqu’on frotte un composé mercuriel quelconque sur un morceau de ce dernier métal, il est bientôt blanchi à sa surface par le mercure qui s’y combine ; mais en chauffant le cuivre, la tache blanche disparaît, parce que le mercure reprend la forme gazeuse, et que son affinité pour le cuivre n’est pas assez forte pour s’opposer à sa volatilisation. C’est-là une expérience que font très souvent les chimistes, pour s’assurer si une substance contient du mercure.
- C’est un amalgame d’étain qui sert à mettre les glaces au tain. On étend sur un plan horizontal une feuille d’étain très mince. On la recouvre de mercure qui y adhère, puis on glisse une glace de
- (1) La propriété que le mercure possède de dissoudre la plupart des autres métaux était utilisée autrefois par les souffleurs, qui se faisaient donner de grosses sommes d’argent pour la découverte de la fameuse pierre philosophale, dont ils prétendaient posséder le secret. « Ces imposteurs, dit Shaw, ont coutume de feindre une circonstance où ils ont besoin d’employer du mercure dans leur procédé; mais ils y ont auparavant dissous ou fait dissoudre directement une certaine quantité d’or ou d’argent, qui ne s’évapore point, comme le mercure, à quelque degré de feu qu’on l’expose, et font croire ainsi aux spéculateurs crédules qu’ils n’emploient que les métaux les plus vils pour cette sublime opération ; les exemples de cette supercherie ne sont que trop communs et font grand tort à l’alchimie. » ( Leçons de chimie de Shaw, p. 116.—1759.)
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- manière à couper en deux la couche du mercure , en ayant soin qu’il ne s’interpose, entre le verre et l’étain, aucune trace d’air ou d’humidité ; on charge la glace de poids. L’amalgame s’attache ainsi aux parois de la glace, et lui communique la propriété de réfléchir les objets (1).
- C’est avec un amalgame de bismuth qu’on donne aux globes de verre une apparence métallique. Les amalgames d’or et d’argent servent à dorer et argenter les autres métaux. Depuis quelques années, les dentistes emploient l’amalgame d’argent pour plomber les dents cariées ; en Angleterre, on fait servir au même usage l’amalgame de palladium. Ce n’est pas une très heureuse application, car, outre que ces amalgames perdent bientôt toute solidité, ils offrent encore l’inconvénient d’altérer les dents saines, par la vaporisation du mercure qu’ils contiennent.
- Le mercure s’unit en deux proportions avec l’oxygène, mais son protoxyde ou oxyde mercureux ne peut prendre naissance et exister que sous l’influence des acides. Le peroxyde ou oxyde mercurique est le seul qui se forme par la combinaison directe du métal avec l’oxygène.
- Quand on traite le mercure par l’acide sulfurique ou l’acide azotique, on peut, à volonté, produire l’un ou l’autre de ces oxydes. Ainsi, en employant de l’acide faible, un excès de métal , et agissant à une température peu élevée, il se forme toujours du sulfate ou de l’azotate mercureux. Le premier est en poudre blanche, peu soluble dans l’eau. Le second cristallise en petites aiguilles blanches, d’une saveur âcre et très désagréable. Le sulfate est remarquable , en ce qu’au contact de l’eau froide ou chaude il se convertit de suite en un sulfate acide qui se dissout , et en un sous-sulfate insoluble, pourvu d’une belle couleur jaune. Cette poudre était jadis nommée précipité jaune et turbith minéral.
- Si l’on fait réagir l’acide sulfurique ou azotique sur le mercure à une température plus élevée, en opérant avec de l’acide concentré et en excès, c’est alors du sulfate ou de l’azotate mercurique qui se produit. Le premier est encore en poudre blanche, mais non décomposable par l’eau. Le second cristallise fort difficilement.
- Les deux azotates de mercure servent pour le sécrétage des poils de lièvre et de lapin destinés à la confection des chapeaux;
- (1) Avant l’emploi de l’amalgame d’étain pour étamer les glaces, on recouvrait le verre d’une couche de plomb fondu, pour lui donner la propriété de réfléchir les objets. Les miroirs de verre ont été inventés à la fin du xni» siècle. Un franciscain anglais, Joh. Pekham, qui enseignait, vers 1280, la philosophie naturelle à Oxford, à Paris et à Rome, fait le premier mention de ces miroirs de verre. Raymond Lulle, Roger Bacon, et d’autres alchimistes de cette époque en parlent aussi en termes très explicites.
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- leur solution est connue des ouvriers sous le nom d'eau-forte des chapeliers. Ils sont aussi très employés pour la dorure des métaux, pour reconnaître la pureté des huiles d’olives et pour préparer plusieurs médicamens caustiques. Ce sont de violens poisons, aux plus petites doses. Leur dissolution fait naître sur la peau des taches brunes qui ne disparaissent que par la chute de l’épiderme.
- Voici comment vous pourrez.toujours, Messieurs, distinguer un sel mercureux d’un sel mercurique :
- SEL MERCUREUX. SEL MERCURIQUE.
- Précipité noir. ..... Précipité jaune orangé.
- — noir...........• . — blanc.
- j — blanc , soluble , ....
- ( dans un excès de chlore* j oin 1 e Précipité.
- Ces deux sortes de sels, du reste, blanchissent les lames de cuivre qu’on plonge dans leur dissolution ou qu’on frotte avec leur poudre humectée.
- Parmi les composés du mercure, les plus importans, sans contredit, et les plus anciennement connus, sont les deux chlorures dont la médecine tire un si grand parti.
- Le Protochlorure ou chlorure mercureux , que les alchimistes décorèrent d’une foule de noms plus ou moins ridicules, parmi lesquels on a encore conservé, pour l’usage vulgaire, ceux de mercure doux et de calomélas, est obtenu ordinairement par la calcination , dans un matras de verre placé au centre d’un bain de sable , d’un mélange de sel marin et de sulfate mereureux.
- Par suite de la double décomposition de ces deux substances, il se forme du sulfate de soude et du chlorure mercureux. Ce dernier se sublime, à la voûte du matras, en belles aiguilles prismatiques, d’un blanc jaunâtre et très brillantes, qui se couchent les unes contre les autres, et forment une masse compacte qui se moule sur les parois du matras.
- Ce composé, insipide et tout à fait insoluble dans l’eau, offre ce fait curieux, que sa poudre est d’un jaune-citron, c’est-à-dire d’une couleur plus foncée que ses cristaux. C’est là une anomalie; car, en général, la division des corps apporte une diminution dans leur coloration. Et, ce qui n’est pas moins singulier, c’est que lorsqu’on verse de l’acide chlorhydrique ou du chlore dans
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- Bas»;
- Potasse ou soude. . . Ammoniaque, • • • • Chlore et acide. . . . chlorhydrique. • •
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- de l’azotate mercureux dissous, le précipité de chlorure mercu-reux qui se forme au sein du liquide est d’une blancheur éclatante. On le désignait autrefois sous le nom da précipité blanc. Il en est de même lorsqu’on fait arriver simultanément, dans le même espace, de la vapeur d’eau et du chlorure mercureux vaporisé; les vapeurs de ce dernier se déposent alors sous la forme d’une poudre fine et très blanche, parce que la vapeur aqueuse qui s’est interposée entre elles met un obstacle mécanique à ce qu’elles puissent se réunir en une masse cohérente. Ainsi obtenu, le chlorure mercureux est très employé aujourd’hui sous le nom de mercure doux à la vapeur. C’est un Anglais Josias-Jewell qui a indiqué, en 1810, ce mode de division, singulièrement perfectionné en 1822 parM. O. Henry , et en 1842, par M. Soubeiran.
- Le chlorure mercureux est tellement insoluble, qu’un gramme d’acide chlorhydrique, étendu de 50 litres d’eau, détermine un précipité très sensible dans une dissolution faible d’azotate mercureux. Mais le chlore le dissout, surtout quand il a été récem-mentprécipité. Les chlorures de potassium etde sodium, lechlor-hydrate d’ammoniaque le convertissent très rapidement, en présence de l’eau et à une faible température, en mercure métallique très divisé et en chloride mercurique soluble. Un effetde ce genre se produit dans l’estomac des malades qui prennent du chlorure mercureux, à cause du sel marin qui existe dans les liquides du tube digestif. M. Mialhe rapporte à cette transformation chimique du mercure doux, la plupart des propriétés médicales qu’il possède.
- Les alchimistes, que leur imagination déréglée portait à accorder des vertus merveilleuses à la plupart des substances qu’ils préparaient, soumettaient le chlorure mercureux à des sublimations sans nombre, croyant qu’à chaque sublimation il acquérait des propriétés de plus en plus puissantes. Après trois sublimations, ils le nommaient aquila alba; après six, calomélas, et après neuf, panacée mercurielle. Louis XIV acheta le procédé de ce dernier médicament, d’un nommé Labrune, pour le rendre public. TurquetdeMayerne, savantmédecin chimiste duxvne siècle, illustré parles persécutions injustes de laFacultéde Paris qui sévissait alors contre les novateurs, a donné au chlorure mercureux, malgré sa blancheur, le nom de calomélas ou calomel, qui signifie bon noir ou joli noir, en l’honneur d’un jeune nègre qui l’aidait dans ses opérations chimiques (1).
- Lorsqu’on chauffe le sel marin avec du sulfate mercurique,
- (1) Plusieurs lexicographes, notamment Morin, Lunier, Boisle et N. Landais, trompés par l’étymologie et ignorant la circonstance que je viens de rapporter, ont avancé à tort que le calomel est une substance noirâtre.
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- dans un appareil semblable au précédent, ce n’est plus le chlorure mercureux qu’on obtient, mais du Perchlorure on Ciilo-rii>e mercurique , poison redoutable, dont la découverte se perd dans la nuit des tems, et auquel les alchimistes firent jouer un grand rôle dans leurs infructueuses recherches de la pierre philosophale. L’Arabe Geber, dès le ixe siècle, en indiqua la préparation. Un franciscain auvergnat du xiv,: siècle, Jean de Roquetaillade, en parle sous le nom d'esprit blanc de mercure, et le distingue déjà du mercure blanc ou chlorure mercureux. Wal-lerius, au milieu du xvme siècle, décrivait dix procédés différens pour l’obtenir. Jusqu’en 1793, les Hollandais conservèrent le monopole de sa fabrication. C’estBerthollet qui, le premier, parmi les modernes, a établi d’une manière précise les différences chimiques qui existent entre les deux chlorures du mercure.
- Voici leur composition :
- CHLORURE MERCUREUX. CHLORIDE MERCURIQUE.
- Mercure........... • 85,12 ..... 74,09
- Chlore. ........ 14,88 ......... 25,91
- 100,00 100,00
- Bien différent du chlorure mercureux, le chloride mercurique est très soluble dans l’eau, et il cristallise en aiguilles fines et déliées d’une grande blancheur. Obtenu par sublimation, il s’offre sous la môme forme ; il possède une saveur âpre et styptique très désagréable. Quelques centigrammes de sa poudre, introduits dans l’estomac, suffisent pour occasionner de vives douleurs, des nausées, des vomissemens; il corrode très promptement les membranes avec lesquelles il est en contact, et détermine la mort, si son action n’est pas combattue par des moyens prompts et énergiques. C’est à cause de ces propriétés que les alchimistes le nommèrent dragon et sublimé corrosif (1).
- Heureusement que la plupart des substances végétales et animales ont la propriété, en s’y combinant, de le rendre tout-à-fait insoluble dans l’eau. C’est surtout l’albumine ou blanc d’œuf qui produitle plus promptement cet effet; aussi est-elle le contre-
- (1) C’est après, ou plulôt avec l’acide arsénieux, le poison métallique le plus dangereux. Il a porté pendantun tems le nom de poudre de succession, à cause de l'infame usage auquel on l’appliquait. C’était un des poisons de la Brinvilliers, et le principal parmi ceux que l’on trouva dans la fameuse cassette de son complice, Sainte-Croix, dont la justice s’empara. En 1613, ce fut par ce poison que le comte et la comtesse de Sommerset firent périr sir Thomas Overbury, enfermé dans la tour de Londres. Les meurtriers essayèrent successivement, sur la victime, l’eau-forte, l’arsenic, la poudre de diamant, la potasse caustique, de grandes araignées et des cantharides ; le sublimé corrosif, administré en lavement, amena la mort en moins de 24 heures. 11 est probable que la trop célèbre empoisonneuse Locuste, (pii préparait pour Néron des breuvages si subtils, connaissait et utilisait les propriétés terribles du sublimé corrosif.
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- poison le plus sûr et le plus efficace. Cette action de l’albumine sur le perchlorure de mercure est si prononcée, que cette matière, délayée dans de l’eau, permet de reconnaître dans les liquides les plus petites traces de ce composé, en y déterminant un nuage blanc ou un précipité floconneux, suivant les proportions du sublimé corrosif.
- M. Mialhe a reconnu, en 1842, et M. Orfilaa confirmé, en 1843, que le sulfure ferreux, récemment préparé et délayé dans l’eau, décompose instantanément le chloride mercurique et le convertit en chlorure de fer et en sulfure mercurique, composés qui n’exercent aucune action nuisible sur l’économie animale. Cette propriété précieuse fait du sulfure ferreux hydraté un nouvel antidote très efficace du sublimé corrosif; mais il faut que, comme l’albumine, il soit administré en dose suffisante presqu’immédia-tement après l’ingestion du poison. Le môme sulfure peut servir également de contre-poison dans les empoisonnemens par le plomb, le cuivre et l’arsenic.
- Le chloride mercurique est un des antiseptiques les plus puis-sans; il rend, sous ce rapport, de grands services aux médecins pour la conservation de leurs pièces d’anatomie, et aux naturalistes pour celle des objets d’histoire naturelle ; on l’emploie dans ce cas en solution dans l’eau ou l’alcool. Les substances organiques, plongées dans cette solution, s’y durcissent à tel point, qu’elles résonnent sous le marteau comme du bois; elles sont, dès-lors, imputrescibles et inattaquables par les insectes et les agens atmosphériques.
- De tous les composés du mercure, le chloride est le plus employé pour combattre et détruire le virus syphilitique et les maladies de la peau. On s’en sert sous toutes les formes, mais surtout en solution dans l’eau alcoolisée ; c’est alors la liqueur de
- Van-Suièten.
- Dans les fabriques d’indienne, il entre dans la composition de plusieurs mordans.
- On peut le faire servir avec avantage à la destruction des punaises. Tour cela, on lave, à deux reprises différentes, les murs, les boiseries, le carreau des appartemens infectés, avec une dissolution aqueuse de ce composé, faite dans les proportions de 16 grain, de sel pour 16 litres d’eau ; on bouche les trous, jointures et fissures avec une pâte ou mastic fait avec de la colle de farine et de la craie, auxquels on associe 16 grain, de chloride de mercure parkilogram. de mélange; enfin, on fixe les papiers de tenture avec de la colle de pâte contenant la même quantité de sublimé. Ces moyens réussissent complètement. A Clermont-Ferrand, en Auvergne, on applique à cet usage le sel alembroth, qui n’est autre chose qu’un mélange à parties égales de chloride de mercure et de sel ammoniac, composé bien plus soluble que le chloride isolé. Les alchimistes attribuaient à ce
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- DE L’ARGENT.
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- chlorure double des propriétés merveilleuses ; voilà pourquoi ils l’avaient nommé sel de Pie, sel de Science, sel de la Sagesse. (7est la solution de ce composé que M. Baldacconi a substitué récemment au sublimé pour la conservation des tissus animaux mous et gélatineux. Les objets imprégnés de cette liqueur acquièrent la consistance de la pierre, tout en conservant leur couleur naturelle.
- De l’Argent.
- L’Argent , par sa belle couleur blanche, le vif éclat et le beau poli qu’il peut acquérir, sort inaltérabilité au contact d’air, sa malléabilité et sa ductilité, qui ne sont inférieures qu’à celles de l’or, est un des métaux les plus précieux et les plus utiles à l’homme. Sa découverte et son emploi remontent au berceau du monde.
- Son nom actuel est dérivé d’un mot grec qui veut dire blanc. Les alchimistes lui donnèrent, en raison de sa blancheur et de son éclat, les noms de Lune et de Diane, et ils en vinrent à supposer des relations mystérieuses entre cet astre et le métal. Aussi, comme la tète chez l’homme avait, suivant ces rêveurs enthousiastes, des correspondances avec la lune, ils attribuèrent à l’argent des vertus spécifiques contre les maladies du cerveau. Mais ce n’était pas assez : il pouvait encore, par son application, guérir la morsure du scorpion, et sa limaille avalée faisait disparaître immanquablement et les palpitations du cœur et la fétidité de l’haleine. Malheureusement pour l’humanité, ces admirables propriétés n’existèrent jamais , et le seul avantage de l’argent métallique, sous le rapport médical, c’est de pouvoir servir à récompenser les soins du médecin.
- L’argent existe dans la nature sous un assez grand nombre de formes : sous celles de sulfures simple et double, de chlorure, de bromure , d’iodure, d’alliages avec l’or, l’antimoine, l’arsenic, le mercure, mais surtout à l’état natif. Parmi ces minerais, le sulfure d’argent est le plus abondant ; viennent ensuite l’argent natif, le chlorure d’argent et l’alliage d’antimoine et d’argent.
- Les mines d’argent les plus célèbres et les plus riches sont situées au Mexique, au Pérou, à Buénos-Ayres, au Chili, aux Etats-Unis, en Colombie. En Europe, il y en a aussi de fort importantes : en Hongrie, en Transylvanie, en Norwège, en Suède, en Saxe, dans le pays de Mansfeld, en Westphalie, etc. Dans presque toutes ces mines, formées principalement, en Europe, de sulfure d’argent, et, dans l’Amérique Espagnole, desulfurc et de chlorure d’argent, ordinairement disséminés dans des argiles ferrugineuses, qu’on nomme pacos au Pérou et au Chili, et colorados au Mexique, l’argent se montre à l’état natif, tantôt en cristaux isolés ou réunis en forme de belles végétations, tantôt en (ilels, grains ou masses amorphes,
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- CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
- dont le volume varie singulièrement. On en cite du poids de 25 à 30 kilogrammes et même de plusieurs myriagrammes. On a rencontré une masse d’argent natif, du poids de 10 myriagrammes, dans les filons de la mine de Ivongsberg, en Norwège; et, en 1748, à Schneeberg, en Saxe, on en trouva une qui pesait plus de 1,000 myriagrammes. On dit qu’Albert deSaxe, étant descendu dans la mine, fit apporter son diner sur ce bloc, et dit aux convives : « L’empereur Frédéric est sans doute un puissant seigneur; mais » convenez que ma table vaut mieux que la sienne. »
- L’argent natif est rarement pur ; il renferme presque toujours de l’or, du cuivre, du fer, de l’arsenic et quelquefois du plomb. Toutefois, c’est encore, parmi les métaux natifs, celui qui est le plus pur.
- On extrait principalement l’argent, de son sulfure, mais on exploite aussi, comme mines d’argent, certains minerais qui renferment accidentellement ce composé ; tels sont les sulfures de plomb argentifères, assez abondamment répandus dans toute l’Europe (Souabe, Hartz, Silésie, Savoie, Monts-Altaï ; mines de Poullaouen et Huelgoat, en Bretagne; de Yialas et Villefort, dans le Gard ; de Pont-Gibaud, en Auvergne ; d’Allemont, dans l’Isère; de Sainte-Marie-aux-Mines et de Gyromagny, dans les Vosges; et les sulfures de cuivre argentifères, plus connus sous le nom de cuivre gris (Kolyvan,dans les Monts-Altaï; quelques mines de Silésie; Bockstein, dans le Salzbourg; Zell, en Tyrol (1); Guadalcanal, en Espagne ; Baygorry, dans les Basses-Pyrénées ; ï^ainte-Marie-aux-Mines , Gyromagny, Plancher-les-Mines, dans les Vosges, etc. ).
- Dans le traitement du sulfure et du chlorure d’argent, l'argent est le but principal de l’exploitation ; dans celui des autres minerais, il n’est qu’ac-cessoire ; et n’est même retiré qu’autant qu’il peut couvrir au moins les frais que l’opération exige.
- Les procédés que l’on suit pour extraire l’argent varient singulièrement, en raison de la nature des mines , de leur richesse et des lieux où elles se trouvent. Cependant, en dernier résultat, ces procédés consistent presque tous à ramener l’argent à l’état métallique, lorsqu’il n’y est pas, et à en former, avec un métal convenable, un alliage fusible qui puisse, en raison de sa densité, se séparer des gangues qui accompagnent l’argent.
- Tantôt, comme dans l’Amérique espagnole, à Freyberg, en Saxe, on emploie le mercure. A Freyberg, après avoir bocardé le minerai, on le mêle exactement avec l/10e de sel marin, et on le grille dans un fourneau à réverbère, en le remuant fréquemment, afin de convertir le sulfure d’argent en chlorure. On réduit en poudre fine le produit de la calcination, et on le met dans des tonneaux traversés par un axe horizontal qui tourne au moyen d’une roue. Sur 100 parties de farine métallique, onajoutc 30 parties d’eau et des disques de fer forgé dans la proportion de 5 à 6 p. 0/0. On fait tourner les tonneaux pendant une heure, puis on y introduit 50 p. 0/0 de mercure, et l’on remet les tonneaux en mouvement pendant 16 à 18 heures. Dans cette opération ,1e chlorure d’argent est décomposé par le fer, il en résulte du chlorure de fer soluble et de l’argent métallique très divisé, qui s’unit au mercure. L’amalgame d’argent, étant liquide à la température
- (1) Les plus anciennes mines du Tyrol sont celles de la grande bourgade de Gassens-sass, au pied méridional du Brenner. L’exploitation de ces mines remonte au tems des Romains, qui battaient monnaie à Vipileno ( Sterzing ), avec les métaux qu’on en extrayait.
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- ordinaire, se rassemble aisément et peut être obtenu pur au moyen delava-ges. On le soumet ensuite à la distillation, en le chauffant sur des plateaux circulaires de fer, disposés les uns au-dessus des autres, et recouverts d’une cloche de fer. Le mercure se volatilise et se condense dans le bas de l’appareil ; l’argent reste sur les plateaux. 11 relient toujours du cuivre. Ce procédé, dit d'amalgamation, est le seul qui convienne, malgré le haut prix du mercure, pour l’exploitation des minerais pauvres. 11 a été inventé au Mexique, en 1557, par un mineur de Pacucha, nommé llarlholomé de Médina, et introduit au Pérou, en 1571, par Fernandez de Vclasco. Mais dans l’Amérique espagnole, la méthode suivie est loin d’être aussi parfaite et aussi prompte que celle adoptée à Freyberg ; elle consomme aussi beaucoup plus de mercure (1).
- Tantôt comme à Kongsberg, enNorwège, et dans d’autres localités d’Europe, on fait usage du plomb pour isoler l’argent des autres métaux qui le rendent impur. On chauffe le mélange de plomb et de minerai. L’alliage s.c produit, s’écoule et se rassemble. Le plomb ainsi chargé d’argent est ce qu’on appelle le plomb d’œuvre. On le soumet alors à l’opération de la coupellation, qui sépare le plomb , sous forme d’oxyde, et laisse l’argent pur. Ce procédé, dit d'imbibition, ne convient que pour les minerais riches, et principalement pour ceux où l’argent natif est en grande proportion.
- Le tableau suivant donnera une idée de la répartition et de la production des mines d’argent exploitées actuellement :
- Europe et Asie.
- mares.
- Confédération-Germanique.. 105,000
- Autriche..................... 85,000
- Russie et Pologne............ 77,000
- Suède et Norwège. .... 20,700
- Prusse....................... 20,000
- lies Britanniques............ 12,000
- France........................ 0,027
- Piémont, Suisse, Savoie . . 2,500
- Belgique et Pays-Bas ... 700
- 329,527
- Amérique.
- marcs.
- Mexique • • • 2,19(1,000
- Pérou. ..... . • • (100,000
- Buènos-Ayres. . . • • • 525,000
- Chili • • • 250,000
- Etats-Unis .... • • • 130,000
- Colombie . . . . • • • 1,200
- 3,702,200
- (1) Au Pérou et dans la plupart des districts métallifères de PAmérique Espagnole, les ouvriers qui travaillent dans les mines ne reçoivent pas un salaire fixe; seulement il leur est permis d’emporter, à la fin de leurs douze heures de travail, un capacho rempli du minerai qui est amoncelé devant la porte de la mine (à-peu-près 15 kilogrammes de déblais). Ce mode de paiement donne lieu à un mode d’échange dont on ne trouve d’exemple nulle part. L’Indien ou le métis, à la fin de sa journée, apporte au cabaret son tablier tout rempli de pierres. Là, il boit de l’eau-de-vie, delà chica, mange un chupé, mâche de la coca, fume son cigare, et il paie en morceaux de pierres. Tl en est de même pour tout ce dont il a besoin, habillement, chauffage, etc. Chaque marchand ou marchande est donc tenu de faire entrer dans les nécessités de son état la connaissance des minerais d’argent, étude longue et qui demande un coup d’œil éprouvé; car bien souvent, au premier aspect, rien ne distingue la pierre, plus ou moins riche en argent, de celle même qui n’en contient pas. Rien n’est ordinaire comme de voir une marchande de poisson, assise sur la porte de sa boutique, et tout en surveil lant le débit de sa marchandise, concasser du minerai, le réduire en poudre, puis le pétrir avec du mercure, le laver, le brûler, enfin le mettre à l’état de lingot. (Comte de Sartiges, Relation d'un voyage dans VAmérique du Sud, eh 1834. )
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- En tout 4,051,727 marcs, ce qui correspond à 1,007,931 kilogr., qui, à 220 fr. le kilogr., représentent une valeur de 221,744,820 francs.
- Vous connaissez tous, Messieurs, les propriétés physiques de l’argent, puisqu’à chaque instant vous en avez entre les mains; aussi n’en ferai-je pas l’énumération. Je dirai seulement que, très malléable et très ductile, on le réduit en feuilles si minces, que 8,000 de ces feuilles superposées ne font pas l’épaisseur de 2 millimètres 1/2, et qu’un gramme peut être tiré en un fil de 2,540 à 2,550 mètres de longueur (1).
- Ce n’est pas avec le laminoir qu’on obtient ces feuilles si légères que le moindre souffle enlève dans les airs. C’est au moyen du battage sur une enclume. Mais comme l’action directe du marteau déchirerait l’argent, déjà suffisamment aminci, on place le métal, amené d’abord à l’état d’une lame de 5 à G millimètres d’épaisseur, entre des feuilles de vélin et de parchemin, que l’on frappe avec un lourd marteau à large panne. On coupe les feuilles qui se sont étendues, on les réunit dans un cahier formé de feuilles de baudruche, et on continue la percussion jusqu’à ce qu’elles soient arrivées au degré d’amincissement voulu.
- L’argent, dans son état de pureté absolu, est plus dur que l’or, mais moins que le cuivre; aussi, pour que les monnaies , les bijoux, les ustensiles, les vases que l’on confectionne avec ce métal, puissent conserver leurs formes et résister plus long-tems à l’usure, on est obligé de lui allier une certaine quantité de cuivre. Voici dans quelles proportions on unit les deux métaux :
- ARGENT. CUIVRE.
- Monnaie d’argent de France............................ 900 .... 100
- — de billon, ou des petites pièces de 10 centimes. 200 .... 800
- Vaisselle d’argent.................................. - 950 .... 50
- Bijoux................................................ 800 .... 200
- La quantité d’argent qui se trouve dans chacun de ces alliages constitue ce qu’on appelle le titre de l’argent. Ce titre est fixé par la loi du 19 brumaire an vi (9 novembre 1797). On dit de ces alliages qu’ils sont à un titre d’autant plus élevé, qu’ils renferment plus d’argent. Ainsi, un lingot qui, sur 1000 parties, contient 800 d’argent, est au titre de 800/1000cs. Vous voyez, d’après cela, que
- (1) Comme l’argent doit être au titre légal, ce métal ne peut être filé que dans quelques villes de France, dont les hôtels de monnaies sont pourvus d’une argue. On nomme ainsi un fort cabestan qui sert à passer le lingot d’argent dans diverses grosses filières décroissantes, jusqu’à ce qu’on l’ail réduit au calibre d’un tuyau de plume. On s’assure d’abord si le lingot est au titre, on le contrôle et on perçoit le droit; après quoi on le passe à Vargue. Quand le lil esl réduit à la grosseur suilisanlc, le fabricant l’cm-porlc à sa propre trélilerie.
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- notre monnaie d’argent est au titre de 900/1000«ïS, tandis que le billon est au titre de 200/1000es (1).
- Les alliages d’argent et de cuivre sont blancs, même lorsqu’ils renferment la moitié de leur poids de cuivre ; mais leur couleur n’est jamais aussi belle que celle de l’argent pur.Pour donner aux objets fabriqués avec ces alliages la même blancheur et le même éclat que s’ils étaient faits en argent pur, on enlève le cuivre qui se trouve dans la partie superficielle, et l’on polit ensuite. Pour opérer cette séparation, on chauffe au rouge pendant quelques instans la pièce qu’on veut blanchir, et on la plonge, encore chaude, dans de l’acide sulfurique étendu d’eau, ou dans de l’acide azotique tellement faible, qu’il n’ait pas plus d’acidité que le jüs de citron ; cet acide dissout l’oxvde de cuivre qui s’est formé par le grillage, et la pièce se trouve, après ce traitement, recouverte d’une pellicule d’argent à-peu-près pure et mate.
- Pour garantir au public les quantités de métal pur et d’alliage contenues dans tous les objets de commerce, bijoux , lingots, pièces d’orfèvrerie, etc., chaque pièce d’argenterie porte un
- (1) Quelles que soient les variations qu’ils lui aient fait subir, tous les peuples ont eu recours à la monnaie pour la commodité de leurs échanges. Les Lacédémoniens, les Clazoméniens, les Byzantins, les anciens habitans de la Grande-Bretagne, avaient des monnaies de fer ; les Romains des premiers tems de la République, de la monnaie de cuivre, et Denis, tyran de Syracuse, lit battre de la monnaie d’étain. On a vu employer, à cet usage, dans diverse» contrées, des coquilles, des clous, des grains de cacao, des morceaux de cuir; mais, dès la plus haute antiquité, l’or et l’argent ont joui du privilège presque exclusif de servir de matière première aux monnaies. Hérodote attribue la fabrication des pièces métalliques portant des empreintes ou signes convenus, et représentant une valeur déterminée, aux Lydiens, sans préciser aucune époque. Mais comme les plus anciennes pièces monnayées portaient des ligures d’animaux, particulièrement de vache et de taureau (divinités égyptiennes ), il est plus rationnel d’en attribuer la découverte et l’usage aux Egyptiens. Le caractère inaltérable et homogène de l’or et de l’argent, leur divisibilité extrême, leur pureté native égale en tous lieux, leur résistance au frottement, moyennant quelques particules d’alliage, peut-être aussi leur beauté naturelle, expliquent suffisamment le suffrage universel qu’ils ont obtenu dans tous les tems et dans tous les pays. Aussi, dès qu’on parle généralement de monnaie, il est convenu que c’est de la monnaie d’or et d’argent.
- Sous la première race de nos rois, on moula les monnaies ou on les frappa avec des coins gravés au touret. A dater du siècle de Charlemagne, les coins furent gravés au burin, comme ils l’étaient à Constantinople depuis le fondateur de cette ville, elles monnaies eurent aussi fort peu d’épaisseur. Les expéditions de Louis Xll en Italie liront connaître aux Français les procédés des arts de la gravure et du monnayage que les artistes grecs, fuyant le joug des Ottomans, avaient apportés en Italie ; ce roi les employa pour des monnaies d’argent sur lesquelles il lit graver son portrait ou sa tête, d’où leur vint le nom de testons, du mot Italien testone, grosse tête. François 1"' plaça lésion sur les monnaies d’or. Le règne de Henri II est celui qui apporta à la fabrication des monnaies les plus heureux cliangemens. C’est, de cette époque qu’on grave le millésime ( l’année courante) et le quantième des rois qui portent le même nom. C’est au commencement du règne de Louis XIV que Nicolas Briot inventa le balancier qui marque du même coup les deux faces des pièces de monnaie, et, en 1686, Custaing imagina la machine qui sert à marquer la tranche. Dans les premières années du xixe siècle, Gen-gembre a fait faire d’immenses progrès à l’art monétaire, en simplifiant ltps anciennes machines, et en en créant du nouvelles qui ne laissent presque rien à désirer pour lu perfection du travail.
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- contrôle posé par l’administration, après vérification faite du titre. Lorsqu’une pièce fabriquée par un orfèvre est au-dessous du titre légal, on la brise pour empêcher sa mise en circulation.
- La détermination du titre de l’argent est effectuée, dans les bureaux de garantie, au moyen de l’opération si ingénieuse de la coupellation. Celte opération repose sur la propriété que présentent les coupelles en phosphate de chaux de laisser écouler les oxydes fondus, comme un tamis très serré, et d’être imperméables aux métaux, de sorte que ceux-ci restent à leur surface, tandis que les premiers passent à travers leurs parois. On ajoute à l’alliage qu’on veut titrer une certaine quantité de plomb pur, pour que l’oxyde de plomb qui se forme pendant la chauffe puisse dissoudre l’oxyde de cuivre , et l’entraîner avec lui à travers les pores de la coupelle. La proportion de plomb à employer pour produire cet effet varie avec la nature de l’alliage, comme vous allez voir.
- Par chaque gramme d’alliage des objets suivans, on ajoute en plomb pur :
- 3 gram.........................pour l’argent de vaisselle au titre de 950/1000.
- 1 .....................pour la monnaie au titre de 900/1000.
- 10 .....................pour l’argent d’orfèvrerie au titre de 800/1000.
- 10 a 17 ......................pour le billon au titre de 200/1000.
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- f1 • tÊHP'
- Le fourneau de coupelle employé par les essayeurs, et dont voici une élévation (Fig. 1) et une coupe verticale (Fig. 2), est un fourneau quadran-gulaire en terre présentant 4 ouvertures. L’ouverture supérieure a, pratiquée sur le plan antérieur du dôme b, s’appelle gueulard, et sertà mettre le charbon ; la seconde c, placée au centre du laboratoire d, est une espèce de petit four mobile qu’on appelle mou/]le. Cette mouille eee ( Fig. 2, 5et4 ), en terre réfractaire, et qui est destinée à recevoir les coupelles, est percée, de chaque côté, d’une ou de deux fentes, pour permettre à l’air de se rc-
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- DE L’ARGENT.
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- nouveler. La troisième ouverture /'antérieure du fourneau, est la porte du foyer g, dont le fond est percé de trous carrés; la quatrième h est la porte du cendrier. Dans le laboratoire, il y a deux petits trous ronds, ou registres H, par lesquels on introduit une tige de fer pour faire tomber le charbon dans l’intérieur du fourneau. Le dôme b est terminé par un tuyau de terre t, qui sert de cheminée, et que l’on surmonte ordinairement d’un tuyau de tôle pour augmenter le tirage, m, tablette rectangulaire en terre, faisant corps avec le fourneau, et permettant d’approcher ou d’éloigner à volonté la porte n de la mouille.
- Pour procéder à l’essai, on pèse très exactement 1 gramme de l’alliage dont on veut connaître le titre ; on pèse ensuite la proportion de plomb convenable à l’espèce d’alliage. On allume le fourneau, et on place la coupelle au fond de la mouille; aussitôt qu’elle a atteint le rouge blanc, on y met le plomb. Ce métal entre immédiatement en fusion, se débarrasse bientôt de la légère pellicule qui le salissait, et, lorsqu’il est bien nettoyé , on place à la surface du bain et dans le milieu, à l’aide d’une pincette, le fragment d’alliage pesé et enveloppé de papier à l’avance. Le papier prend feu, et l’alliage se dissout dans le plomb. Bientôt l’oxydation commence; le plomb laisse exhaler des fumées d’oxyde, la coupelle absorbe celui qui n’est pas entraîné par le courant d’air; l’alliage diminue de volume; sa surface, plane d’abord, devient de plus en plus convexe, et l’on voit une foule de points , d’apparence huileuse, s’agiter àla surface du bain. Ce sont des gouttelettes d’oxyde fondu qui se forment et sont absorbées avec une grande rapidité. On ramène alors la coupelle vers le devant de la mouille ; les"gouttelettes présentent un mouvement qui s’accélère de plus en plus , puis elles disparaissent tout d’un coup. Elles sont remplacées par les couleurs irisées les plus vives. Ces bandes colorées qui recouvrent le bouton d’argent présentent aussi un mouvement continuel et rapide, mais leur apparition ne dure qu’un instant. Le bouton reprend l’aspect métallique, devient sombre, et repasse brusquement au rouge. Ce dernier phénomène, qui porte le nom d’éclair, et qui indique la fin de l’opération , est dû à la chaleur qui se dégage au moment où le bouton passe de l’état liquide à l’état solide. On ferme alors la mouille, on laisse refroidir la coupelle, puis on enlève le bouton d’argent, on le brosse pour le débarrasser de tout oxyde adhérent, et on le pèse, La perle qu’il a éprouvée pendant lacou-pellation indique combien l’argent contient de cuivre ou d’autres métaux oxydables à l’air.
- L’essai n’est regardé comme bon qu’autant que le bouton est bien arrondi , que sa surface supérieure est brillante, uniforme et cristalline , sa surface inférieure est grenue et d’un blanc mat, et qu’il se détache aisément de la coupelle.
- Ce mode d’analyse, remarquable par sa grande simplicité, ne donne pas des résultats d’une exactitude absolue; aussi, dans les hôtels des monnaies, emploie-t-on concurremment une autre méthode, qui a été indiquée par M. Gay-Lussac en 1852, et qui est connue sous le nom d'essai par la voie humide. Je vous en parlerai bientôt.
- Le kilogramme d’argent pur ou de coupelle, payé en argent monnayé, vaut 222 fr. 22 cent. ; mais avec la retenue du change,
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- il ne vaut que 220 fr. Le kilogramme d’argent à 900/1000 vaut 200 fr. ou 40 pièces de 5 fr., et, avec la retenue du change, seulement 198 fr.
- L’argent, en raison de son peu d’affinité pour l’oxygène, n’éprouve aucune altération dans son contact avec l’air. Lorsqu’il y perd son éclat, ce phénomène est entièrement dû à la présence accidentelle de l’hydrogène sulfuré, gaz qui produit alors à la surface du métal une pellicule très mince de sulfure noir. Ainsi, toutes les fois qu’on cure les fosses d’aisances dans nos demeures, toutes les fois qu’on cuit des œufs ou autres alimens qui renferment du soufre, on voit l’argenterie se colorer en jaune doré, ou en bleu foncé presque noir, par suite de cette combinaison du soufre avec l’argent.
- Pour rendre aux ustensiles leur beauté première, il suffit de les frotter avec un peu d’huile ou de craie ; mais , lorsque la teinte noire persiste, le mieux est de les plonger un instant dans l’acide chlorhydrique bouillant, ou dans une dissolution de caméléon minéral (manganate de potasse). Ces liquides font disparaître le sulfure noir et le détruisent complètement. On obtient le caméléon en chauffant au rouge parties égales de potasse et de suroxyde manganique, et dissolvant dans l’eau le résidu de la calcination.
- L’emploi de la craie, du tripoli, des os calcinés, pour le nettoyage des ustensiles d’argent, est généralement usité dans les ménages, mais il a l’inconvénient de faire disparaître le mat, et de produire des stries dans les parties polies. Les taches brunes que le contact du sel marin fait naître sur l’argent ne disparaissent que fort difficilement par les moyens ordinaires; aussi est-on très fréquemment obligé de recourir à l’orfèvre pour faire rebrunir l’argenterie et lui rendre son aspect primitif. Pour obvier à tous ces embarras et dépenses, on peut utiliser avec succès le moyen commode et expéditif que nous devons à M. Leroy, de Bruxelles, et qui consiste à frotter les pièces d’argent, matées ou polies, avec une toile fine, imbibée d’ammoniaque liquide pure et concentrée. On répète à deux ou trois reprises différentes, si cela est nécessaire, et on ne tarde pas à voir l’argenterie reprendre son beau brillant métallique, comme si elle sortait de l’atelier de l’orfèvre. On essuie à sec avec un morceau de linge bien propre. Les taches occasionnées par le sel de cuisine sont immédiatement enlevées parce procédé, le chlorure d’argent étant très soluble dans l’ammoniaque. Quand les pièces d’argenterie sont ciselées, il est bon , alors , de lier un peu de toile au bout d’une petite tige de bois, pour pouvoir passer entre les interstices. On peut ainsi nettoyer une grande niasse d’argenterie en peu de tems.
- 11 n’y a guère, parmi les acides , que les acides sulfurique , azotique, et l’eau régale, qui attaquent l’argent. Le premier n’a d’action, toutefois, qu’autant qu’il est concentré et bouillant. II se faitun sulfate qui est peu soluble. Le second le dissout, à la tem-
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- pérature ordinaire, en le convertissant en azotate. L’eau régale agit aussi à froid, mais le métal est transformé, dans ce cas, en une poudre blanche, insoluble, qui est du chlorure d’argent.
- L’azotate d’argent est le seul des sels d’argent qui ait reçu des applications. Si, après avoir dissous le métal dans l’acide azotique , on évapore la liqueur jusqu’à la moitié de son volume primitif, elle donne , par le refroidissement, des cristaux en lames carrées, incolores et transparentes, que les anciens chimistes appelaient cristaux de lune. Ces cristaux ont une saveur styptique et métallique des plus désagréables. Les rayons solaires les colorent assez promptement en brun, en réduisant une partie de l’oxyde à l’état métallique. Le métal revivifié est brun, à cause de son extrême division.
- Le sel dont nous nous occupons, et qu’on trouve déjà mentionné au ixc siècle par l’Arabe Geber, éprouve la fusion ignée au-dessous de la chaleur rouge, et forme alors un liquide incolore qui, coulé dans une lingotière, se fige en cylindres d’un gris de perle. Si le sel contenait du cuivre, les cylindres auraient une couleur noire. C’est dans cet état que les chirurgiens font usage, depuis longues années, de l’azotate d’argent, sous le nom de pierre infernale, pour ronger les chairs baveuses, en raison de l’action très caustique qu’il exerce sur les tissus animaux. C’est Glaser qui a parlé le premier, en 16G3, de la préparation de l’azotate d’argent fondu et coulé dans des lingotières.
- Lorsqu’on pose un cristal d’azotate d’argent sur un charbon ardent, il se décompose avec déflagration , et laisse une couche mince d’argent mat, très blanc, auquel on donne aisément, par le frottement, le brillant métallique. C’est là ce que Boerhaave nommait 11 argent ardent.
- Mêlé avec du charbon, ou du soufre, ou du phosphore, il détone violemment par le choc.
- Il est excessivement soluble dans l’eau. Cette dissolution est promptement décomposée par tous les corps avides d’oxygène, par les matières organiques, et voilà pourquoi elle tache fortement la peau en noir, d’une manière indélébile, ainsi qu’Albert-le-Grand l’a remarqué le premier. Les coiffeurs l’emploient, depuis quelques années, pour noircir les cheveux rouges oublancs, et ils la vendent sous les noms (Veau de Perse, d’eau d'Egypte, d'eau Africaine et d’eau de Chine. La coloration des cheveux est due à ce qu’ils renferment du soufre, qui donne lieu à la formation d’une légère couche de sulfure noir. Glauber connaissait déjà cette propriété du sel d’argent de brunir les matières organiques ; mais c’est Shaw qui, en 1758, a conseillé l’emploi de sa dissolution pour teindre les cheveux en noir.
- Depuis longtems, en Angleterre, et maintenant en France,
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- on se sert de la même dissolution pour marquer le linge de ménage. A cet effet, on dissout 2 parties d’azotate fondu dans 7 parties d’eau distillée, à laquelle on ajoute 1 partie de gomme arabique, pour la rendre un peu visqueuse. La portion du linge où l’on doit poser la marque est rendue un peu ferme avec du carbonate de soude ou du savon; on lui donne un certain poli avec un fer chaud , et l’on écrit ensuite dessus, comme sur le papier, avec la dissolution du sel d’argent, ou bien on imprime les caractères au moyen d’un cachet de bois, gravé en relief, et préalablement trempé dans la liqueur. Pour mieux voir les traits que l’on trace, on colore souvent celle-ci avec un peu d’encre de Chine. En exposant le linge au soleil pendant quelques minutes, les caractères deviennent noirs, par suite de la réduction du sel. Ils sont ineffaçables, et deviennent d’autant plus noirs que le linge est plus souvent lavé. Après deux cents lessives, ils n’ont subi aucune altération.
- Ce mode de marquer le linge et les étoffes est bien supérieur à tous les autres, et devrait être généralement adopté.
- Une Anglaise, miss Fulham, a reconnu , il y a une quarantaine d’années, qu’en plongeant du taffetas ou de la soie imbibée d’une dissolution d’azotate d’argent dans un flacon rempli de gaz hydrogène pur, le tissu prend d’abordune teinte brune, puis offre bientôt après une apparence presque métallique. Ce phénomène indique assez que le gaz opère, dans cette circonstance, la réduction du sel. Mais ce moyen d’argenter les tissus n’a pas été suivi, parce que le métal reste grisâtre, irisé et sans grand éclat.
- Les lames métalliques qu’on plonge dans la dissolution d’azotate d’argent se recouvrent très rapidement d’une belle végétation d’argent. En employant le mercure, on obtient Y arbre de Diane des alchimistes, ainsi que nous l’avons dit dans une autre circonstance. C’est Eck de Sulzbach qui, dans le xve siècle, a fait la première mention de Y arbre de Diane.
- Si, dans la môme dissolution, on verse de la potasse, de la soude ou de l’eau de chaux, on isole l’oxyde d’argent sous forme d’une poudre olivâtre. Cet oxyde est très peu stable. Il colore les matières vitreuses en jaune, aussi s’en sert-on quelquefois dans la peinture sur émail. Mais ce qu’il présente de plus remarquable, c’est de former avec l’ammoniaque une poudre fulminante qui est une des plus intactiles que l’on connaisse. On la désigne vulgairement sous le nom d'argent fulminant. Pour les chimistes, c’est un ammoniure d’oxyde d'argent. Berthollet en fit la découverte à la fin de l’année 1787.
- On obtient ce singulier composé en humectant de l’oxyde d’argent , récemment précipité, avec de l’ammoniaque, et laissant
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- sécher à l’air ccttc bouillie. Une fois sèche, la poudre grisâtre et d’aspect métallique , qui reste dans la capsule de verre où elle a été produite, détone avec un épouvantable fracas , par le plus léger choc, par le simple frottement d’une barbe de plume. Son maniement est donc très dangereux, et l’on courrait risque de se blesser grièvement si l’on s’avisait de vouloir l’introduire dans un llaçon. En 1843 , mon préparateur, M. Donnet, a failli perdre la vue par l’explosion subite d’ammoniure d’argent en préparation ; ce composé était encore recouvert d’ammoniaque lorsque ce déplorable événement a eu lieu. Vous concevez 7 Messieurs , qu’une pareille poudre n’a pu recevoir aucun emploi.
- L’azotate d’argent est, pour les chimistes, un des réactifs les plus précieux , en ce qu’il leur fait reconnaître dans les liquides 1 /200,000e de chlore libre ou combiné, en y occasionnant un trouble, et par suite un précipité blanc qui a l’apparence du lait caillé. Ce précipité consiste en chlorure d’argent tout-à-fait insoluble dans les acides , mais très soluble dans l’ammoniaque. Les anciens appelaient ce composé Lune cornée, argent corné, parce que, après avoir été fondu, il est mou , flexible et assez semblable à la corne. Crollius connaissait déjà, à la fin du xvie siècle, la précipitation de l’azotate d’argent par le sel marin. C’est Boyle qui, le premier, a proposé d’employer une dissolution d’argent dans l’eau-forte, comme réactif et comme moyen de doser la quantité de sel commun ou d’esprit de sel (acide chlorhydrique) contenu dans les eaux.
- Le chlorure d’argent est le plus insoluble de tous les composés métalliques; il faut peut-être plus de cent millions de parties d’eau pour en dissoudre une partie. Cette circonstance est éminemment précieuse dans les analyses, en ce qu’elle permet de doser l’argent, à l’état de chlorure, avec une très grande exactitude. M. Gay-Lussac en a tiré un admirable parti pour l’essai des monnaies et autres alliages d’argent. Son procédé, connu sous le nom (YEssai par la voie humide, est adopté dans tous les bureaux de garantie. Il repose sur ce fait que la même quantité d’argent pur ou allié exige pour sa précipitation une quantité constante de dissolution de chlorure de sodium. Or, l’expérience a indiqué que pour convertir 1 gramme d’argent en chlorure , il faut 0 gr. 54,274 de sel marin pur et fondu. Si donc l’on dissout 1 gramme de l’alliage d’argent dans l’acide azotique, et qu’on verse dans la liqueur une dissolution titrée de sel marin, jusqu’à ce que tout l’argent soit précipité à l’état de chlorure, on trouvera facilement le titre de l’alliage par le volume de la dissolution employée.
- La dissolution normale de sel marin est composée de telle manière, que
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- dans 1/10e de litre elle contient autant de sel qu’il en faut pour qu’elle précipite complètement 1 gramme d’argent pur. L’instrument qui sert à mesurer cette liqueur d’épreuve est une pipette graduée de manière que 1/10e de litre y est divisé en 100 parties , dont chacune est égale à 1 centimètre cube, et précipite 10 milligrammes d’argent. Mais, pour mieux évaluer les millièmes, on se sert en outre d’une dissolution décime faite en dissolvant 0 gr. 54,274 de sel marin dans 1 litre d’eau.
- Ceci compris, on opère de la manière suivante: On pèse 1,115 milligrammes de l’alliage à titrer. On les dissout dans l’acide azotique, puis on y verse d’abord un décilitre de dissolution normale mesurée dans la grande pipette ; on agite vivement pendant une minute ou deux Je liquide rendu laiteux pour rassembler le précipité et éclaircir complètement le liquide, puis on termine la précipitation au moyen de la dissolution décime, mesurée au moyen d’une pipette graduée en centimètres cubes. On s’arrête lorsque le liquide n’est plus troublé parla dissolution. On a alors, pour la quantité d’argent contenue dans la prise d’essai (1,115 milligrammes), 1,000 milligrammes de solution normale, plus autant de milligrammes qu’on a ajouté de centimètres cubes de dissolution décime. Il est facile de calculer, par ces données, le vrai titre de la matière d’argent par une simple proportion. Supposons que les 1,115 milligrammes d’argent aient exigé 1,002 milligrammes 50 de liqueur d’épreuve, on trouverait ainsi 102 milligrammes 50 d’argent ; pour ramener le titre à 1,000 ou à 1 gramme d’alliage, on dirait :
- 1115 : 1002,50 :: 1000 : x
- 1002,50 X 1000 = ÏÏÏ5
- millig. 899, 10
- qui serait le véritable titre. Pour éviter ces calculs , M. Gay-Lussac a dressé des tables par lesquelles on arrive immédiatement au titre, d’après les données de l’expérience (1).
- Il vous est facile maintenant de comprendre, Messieurs, que cet ingénieux procédé par la voie humide comporte une exactitude bien plus rigoureuse que l’essai par la voie sèche ou par la coupellation , dont je vous ai parlé précédemment.
- Exposé à la lumière directe ou diffuse du soleil, le chlorure d’argent bleuit, devient violet et même noir. Cette propriété Ta fait employer, il y a plusieurs années, avec beaucoup de succès, pour donner aux tissus une couleur d’un gris bleuâtre clair d’une très grande fixité. Pour cela, on trempait les étoffes dans une solution d’azotate d’argent fondu, et, après les avoir fait sécher, on les immergeait dans un bain de chlorure de chaux. Eli sortant les pièces des cuves, une belle couleur se développait à leur surface, mais elle n’était uniforme qu’autant que toute la pièce était immédiatement exposée au contact de la lumière.
- (1) Voir, pour plus de détails, le mémoire de M. Gay-Lussac : Instruction sur l'Essai des matières d'argent par la voie humide. 1832. Paris, in 4°. Imprimerie royale.
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- Si l’on fait chauffer du chlorure d’argent dans une bassine de fonte ou de zinc , avec de l’eau et quelque peu d’acide chlorhydrique ou sulfurique, il se passe un fait curieux. Le métal de la bassine enlève le chlore au chlorure d’argent, et l’argent reste en masse poreuse, qu’il suffit de laver pour l’avoir pure. Cette réduction est opérée par suite de cette loi : que les métaux ayant la même tendance relative pour le chlore que pour l’oxygène , ceux de la première section enlèvent le chlore aux chlorures des sections suivantes, et ainsi de suite.
- Nous trouvons dans un procédé des arts l’application de ce principe ; c’est dans l’argenture des métaux , et principalement du cuivre et du laiton.
- Le procédé le plus ancien pour l’argenture du cuivre consiste à appliquer à la surface de ce dernier métal, préalablement bien décapé et préparé, des feuilles d’argent très minces qu’on fait adhérer, à l’aide de la chaleur et d’une pression longtems exercée, au moyen d’un brunissoir d’acier; on applique ordinairement 4 à 8 feuilles à la fois sur le cuivre, et on en superpose ainsi 50, 40, 50,60, suivant la solidité et la durée qu’on veut donner à l’argenture. On termine le travail en brunissant à fond, c’est-à-dire qu’avec un instrument en acier on polit avec soin toutes les places, de manière à ce qu’on ne puisse apercevoir aucun joint, et que l’œil le plus exercé ne puisse distinguer une pièce argentée d’une semblable pièce en argent.
- Ce mode d’argenter est fort dispendieux et ne peut guère être pratiqué sur les petites pièces de métal destinées aux ornemens, surtout lorsqu’elles sont relevées en bosse ; et puis, l’argent n’étant que superposé sur le cuivre, l’usure en est assez prompte. Un autre inconvénient de cette argenture en feuilles, c’est qu’on ne peut réparer une pièce usée en quelques endroits sans la réargenter en entier.
- Un Allemand, nommé Mellawitz, a imaginé une autre manière d’argenter le cuivre, dont on fait usage pour les cadrans d’horlogerie et les limbes gradués des instrumens de physique. On lui a donné le nom d’ar-genture au pouce, parce qu’on l’applique sur le cuivre par frottement.
- La base des préparations employées pour cette argenture est presque toujours le chlorure d’argent. Si l’on frotte une lame de cuivre ou de laiton avec ce chlorure récemment précipité et humecté d’un peu d’eau salée, l’argent revient à l’état métallique, pénètre assez profondément dans le cuivre, et forme à sa surface une croûte très solide, qu’on rend encore plus adhérente en faisant rougir la pièce et en la brunissant.
- Les ouvriers ont une foule de recettes pour argenter de cette manière. Quelquefois ils rendent le chlorure d’argent soluble dans l’eau, au moyen de chlorures alcalins et de sel ammoniac, et ils plongent dans ces liqueurs appelées bouilliloires les pièces de cuivre bien décapées, qui se recouvrent promptement d’une couche d’argent très brillante et sans taches ni aspérités; ils lavent ensuite avec soin ces pièces argentées, et les sèchenL immédiatement.
- Si l’on brise une de ces pièces, on remarque que l’argent a pénétré le
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- Cuivre. Si quelque partie se détériore ou se trouve altérée par les vapeurs d’hydrogène sulfuré, on peut la réparer facilement sans retoucher à toute la pièce; il suffit de la frotter avec de la poudre à blanchir, c’est-à-dire avec le chlorure d’argent.
- Ce qu’on appelle le doublé ou le plaqué est du cuivre recouvert d’une plaque d’argent destinée à remplacer l’argenture ordinaire, toujours assez coûteuse en raison de son peu de solidité. Ce genre d’industrie, anciennement connu des Gaulois, a repris naissance en Angleterre; mais, depuis les premières années de ce siècle, on l’exploite en France, et aujourd’hui nos fabricans livrent au commerce des produits d’une grande perfection et d’un très bas prix. En 1855, on a exporté pour 5,175,470 francs de plaqué français. Cette industrie occupe à Paris 2,000 ouvriers, et emploie un capital d’environ 8,000,000 de francs. Voici en peu de mots comment on fait le plaqué.
- Après avoir choisi une plaque de cuivre du poids de 10 kilogrammes et de 2 centimètres environ d’épaisseur, on rend une de ses surfaces parfaitement unie, et, à l’aide du laminoir, on l’étend.à peu près au double de son étendue. On passe alors sur la face polie une forte dissolution d’azotate d’argent, puis on applique dessus une plaque d’argent fin laminée, de manière à recouvrir entièrement le cuivre, et même à le déborder tout autour de 1 à 2 millimètres. On rabat cet excédant sur la surface non grattée du cuivre, de manière que l’argent ne peut ni glisser ni se séparer. On chauffe alors au rouge brun les deux plaques superposées, on les passe au laminoir pour chasser l’air qui se trouve entre les deux métaux , et les amener au degré d’amincissement convenable. C’est par la privation entière de l'air et la compression que les métaux adhèrent, sans soudure, entre eux, de manière à ne pouvoir plus être séparés.
- On plaque au degré de force qu’on désire, en donnant à la lame d’argent le dixième, le vingtième, le quarantième du poids primitif du-cuivre. Four plaquer au dixième, on applique sur le cuivre, qui pèse 10 kilogrammes, une lame d’argent du poids de 1 kilogramme. Les deux métaux laminés ensemble, et réduits à l’épaisseur d’environ 1 millimètre , conservent toujours le même rapport d’épaisseur, de sorte que l’argent est toujours le dixième de l’épaisseur totale. On ne plaque pas plus bas qu’au quarantième.
- Le plaqué d’or et de platine est fait de la même manière. Seulement la liqueur d'amorce consiste en une dissolution d’or ou de platine dans l’eau régale.
- C’est par ces différens moyens, Yargenture et 1 c plaqué, qu’on est parvenu à multiplier les services que peut rendre l’argent. Il serait à désirer que l’usage de ce métal se répandît de plus en plus, surtout pour la préparation des alimens, en raison de son inaltérabilité et de son innocuité.
- Si l’argent de vaisselle n’est pas altéré visiblement par la plupart des liquides ou des mets avec lesquels on peut le mettre en contact, ce ne serait pas, cependant, sans danger, qu’on mangerait des alimens ayant séjourné et s’étant refroidis dans des vases d’argent, surtout dans ceux au litre de 800/1000. Une cuillère d’argent à ce titre, laissée pendant quelques heures dans une infusion sucrée de violettes ou de tilleul, sullil pour donner à ces liquides une saveur métallique désagréable et bien prononcée ( d’Arcet).
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- Je n’abandonnerai pas l’histoire de l’argent sans vous apprendre comment on obtient ces belles incrustations noires sur fond blanc , qui servent à faire des tabatières, des garnitures , des dorures et d’autres objets d’ornemens que la mode à remis en faveur depuis plusieurs années. C’est ce qu’on appelle des Nielles. Ce mode de décoration fut importé, selon toute apparence, vers le vne siècle, d’Orient en Italie; on l’employait particulièrement à orner les vases sacrés et les armes des chevaliers.
- Le Niellage ou la Niellube consiste à produire, sur des objets en argent, des dessins qui ne s’en détachent que par leur couleur foncée, puisqu’ils ne sont ni en relief ni en creux sur la pièce métallique. On parvient à ce résultat en gravant ou ciselant assez profondément les dessins sur la plaque d’argent, et en remplissant ensuite les traits de la gravure au moyen d’un émail noir. On obtient cet émail en fondant dans un creuset 58 parties d’argent, 72 de cuivre, 50 de plomb, 56 de borax , et 584 de soufre, coulant les sulfures dans l’eau, pulvérisant la grenaille noire et la lavant avec une dissolution faible de sel ammoniac, puis avec de l’eau légèrement gommée.
- On applique la nielle, en consistance de pâte, dans les creux de la plaque d’argent préparée, et on la chauffe jusqu’au rouge brun; aussitôt que le mélange est bien fondu sans soufflures et qu’il fait corps avec le métal, on retire la pièce du feu; après son refroidissement, on ôte à la lime douce la nielle qui dépasse les traits de la gravure, et on polit ensuite la surface par les moyens ordinaires. L’opposition de la teinte de la nielle avec celle de l’argent brillant produit ainsi de très beaux effets. Vous voyez donc, en définitive, que la nielle n’est qu’un triple sulfure d’argent, de cuivre et de plomb incrusté dans une lame d’argent.
- Le niellage était pratiqué par les artistes italiens du xve siècle avec une rare perfection. La découverte de la gravure en taille-douce fit abandonner cet art jusqu’à ce que benvenuto Cellini s’occupât de le ranimer, vers 1550. Mais bientôt il se découragea, et les nielles retombèrent dans l’oubli. Toutefois, les Orientaux continuèrent à cultiver chez eux, dans des limites très restreintes, cet art qu’ils avaient créé ; ils se bornaient à lui faire tracer des arabesques qu’ils incrustaient sur l’or de leurs armes somptueuses. Les Russes, excités sans doute par le voisinage, faisaient aussi quelques petites pièces d’orfèvrerie niellée, que l’on recherchait en Europe comme cliosescu-rieuses, malgré leur excessive grossièreté, lorsque MM. Wagner et Mention Ouvrirent à Paris, en 1850, un atelier d’où sortirent tout-à-coup des nielles aussi remarquables que celles du xve siècle. Ces artistes ont mis à profit les perfectionncmcns inouïs de la mécanique moderne pour imprimer sur l’argent la gravure qu’ils veulent nieller, pour reproduire, par ce moyen, autant qu’il leur plaît, le même décor, la même composition, et parconséquent réduire considérablement le prix. Ils ont commencé d’abord par faire les pièces que nous fournissait l’étranger, et leur supériorité a bientôt banni de France les tabatières russes, qu’on s’obstine à nommer très improprement tabatières de platine.
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- VINGT-CINQUIÈME LEÇON.
- De l’Or. — Du Platine.
- Sommaire. —De l’or.—Ses mines et son extraction. —-Sables aurifères ctrivièrcs qui charrient de l’or. — Du départ et de Y affinage des alliages d’or et d’argent. — Des alliages d’or employés. —Essai de l’or par la pierre de louche.— Moyen de reconnaître les pièces fausses. — De la dorure de^métauxj, et notamment du bronze. — Dorure sur porcelaine. — Du chloride d’or et de ses usages. — Du pourpre de Cassius. — De l’or fulminant.— Du platine. — Pays où l’on trouve ce métal. — Procédé a l’aide duquel on extrait le métal du minerai. — Eponge de platine. —• Précieuses propriétés et avantages des vases de platine. — Du chloride de platine. — Du lustre de platine donné aux porcelaines. — Services que rend le chloride de platine, comme réactif, dans tes laboratoires.
- De l’Or.
- Voici le métal qui, à toutes les époques de la civilisation, a toujours occupé le premier rang dans l’estime des hommes, et servi à représenter à leurs yeux la richesse et la puissance. La prééminence de l’or sur les autres métaux provient non seulement de sa rareté, mais aussi de ses précieuses qualités. Pourvu d’une magnifique couleur, acquérant par le poli un très vif éclat, inaltérable par la plupart des agens, l’air, le soufre, les gaz, les acides, recevant toutes les formes avec une merveilleuse facilité, en raison de sa mollesse, de sa malléabilité et de sa ductilité, qui sont portées au plus haut degré, ses applications sont et peuvent être innombrables, soit pour la confection des ustensiles de première nécessité, soit pour les exigences du luxe le plus raffiné.
- L’orfèvre et le joaillier le façonnent en vases, chaînes, bijoux, et s’en servent pour enchâsser les pierres précieuses, dont ils augmentent ainsi l’éclat et la beauté ; le passementier et le fabricant de tissus l’associent à leurs brillantes étoffes desoie. On l’applique sur le bois, le carton, les porcelaines et certains métaux, tels que l’argent, le cuivre, le laiton. Garantis ainsi des influences destructives, les deux derniers sont bien plus durables, et peuvent, en quelque sorte, remplacer le métal dont ils reçoivent toute leur valeur. '
- Il n’est pas étonnant qu’un métal aussi précieux que l’or ait été l’objet des recherches les plus persévérantes des alchimistes, qui se nattaient sans cesse de pouvoir le créer dans leurs opérations, et d’en obtenir un remède universel. Pour les médecins arabes et
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- 1)E L’OR.
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- les adeptes du moyen-àge, l’or ou le soleil possédait des propriétés surnaturelles. Ils le faisaient porter en amulettes pour égayer les mélancoliques, et comme préservatif de la lèpre. L’immersion du métal rouge de feu dans les tisanes suffisait pour leur communiquer une vertu cordiale. Pour restaurer les malades épuisés, ils leur administraient le fameux bouillon d’or, qui consistait en un ducat cuit pendant vingt-quatre heures avec une vieille poule ou un vieux coq, ou ils saupoudraient leurs mets de poudre d’or. On ne saurait croire le nombre des préparations dites solaires, dont, malgré leur nom et à cause de leur vicieuse confection, l’or ne faisaitpas toujours réellement partie. L’une des plus célèbres était la liqueur d’or ou les gouttes d’or du général Lamotte, si renommées sous Louis XV, qu’on les vendait un louis la goutte ! Mais de toutes les vertus dont on l’avait gratifié, l’or, aux yeux des médecins modernes, n’en conserve plus que quelques unes sur la réa-lité'desquelles on n’élève aucun doute. Sa poudre, ses oxydes et surtout son chlorure, sont utilisés avec succès dans le traitement de la syphilis et en général des affections lymphatiques.
- N’ayant que très peu d’affinité pour les autres élémens, l’or ne se trouve dans la nature que sous deux états : natif, ou allié «à quelques métaux, notamment à l’argent, au palladium, au rhodium et au tellure.
- L’or natif se rencontre quelquefois dans des fdons dequarz , comme au Mont-Rose, en Piémont, dans le pays de Salzbourg , dans quelques provinces du Brésil, du Mexique, du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, à la Gardetle, dans la vallée d’Oisans, en Dauphiné; cette dernière mine d’or, la seule connue en France, fut exploitée, avant la révolution, par le comte de Provence, depuis Louis XVI 11, qui y dépensa 27,000 fr., pour n’en retirer qu’un produit de 8,000 fr. Les travaux ont été repris en 1857.
- Plus fréquemment, l’or existe, mais d’une manière accidentelle , dans les mines d’argent de la Hongrie, de la Transylvanie, du Tyrol, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, du Mexique, dans les mines de cuivre du Hartz et de la Suède, dans les pyrites de fer du Piémont, de Freyberg, en Saxe ; de Bérézovsk, en Sibérie ; de Marmato, dans la Nouvelle-Grenade. Dans ces divers gîtes métallifères, nommés, pour celle raison, aurifères, et qu’on exploite surtout comme mines d’or, le métal précieux y est disséminé en particules invisibles, ou en parcelles et cristaux.
- Mais c’est surtout dans certains terrains d’aliuvion que se trouve la plus grande partie de l’or qui existe à la surface de la terre. C’est, après le fer, le métal le plus fréquent, mais aussi celui qui est en plus petite quantité. C’est ainsi qu’il se montre, en cubes, en lames ou paillettes , en grains ou en masses, d’abord, dans le nouveau Continent, où il est très abondant, au milieu des dépôts arénacés qui renferment également le platine et les diamans. Il est l’objet d’un très grand nombre d’exploitations dans la province de Minas-Geraes, au Brésil, au Choco, au Chili, dans la Colombie, au Mexique. En Chine, dans les îles de l’Archipel, de i’Indo-Chine
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- et de la Sonde, il y a également des sables aurifères très riches -, dans la seule île de Bornéo , le lavage de ces sortes de sables donne un produit annuel évalué à plus de huit millions de francs. Il parait que dans l’intérieur de l’Afrique, notamment dans le Kordofan , et au sud du grand désert de Sahara, il y a aussi des sables aurifères, ce dont on juge, du moins, par le commerce de poudre d’or qui s’y fait journellement. Mais les dépôts arénacés, sans contredit, les plus étendus et les plus productifs , sont ceux qui ont été découverts en 1771, dans les monts Curais, et, il y a une vingtaine d’années , dans les monts Altaï, en Sibérie ; ils fournissent un peu plus du quart de la quantité d’or extraite annuellement dans tous les pays du glohe.
- On connaît des rivières et des fleuves qui charrient de l’or : le Rhône, l’Ariége, le Gardon, la Cèze, le Rhin, près de Strasbourg ; la Garonne, près de Toulouse ; l’Hérault, près de Montpellier, etc.; mais leurs sables ne sont plus guère exploités aujourd’hui. Il y a des hommes dont l’unique occupation est de ramasser cet or ; on les nomme orpailleurs ou paillo-teurs. Il y a bien long-tems que ce genre de travail est pratiqué en France, puisque Pline, Strabon, Diodore de Sicile, mentionnent que le Rhône, et quelques autres rivières des Gaules, déposent sur leurs bords , après des crues subites, des sables aurifères dont les Gaulois savaient extraire de l’or sous forme de paillettes. Le Pactole avait, sous le même rapport, une grande réputation chez les anciens ; et, du tems de Pline, le Tage, en Portugal ; le Pô, en Italie ; l’Hèbre, en Thrace ; le Gange, dans l’Inde, fournissaient de l’or.
- On a rencontré quelquefois, dans les mines d’or, des masses de ce métal d’un volume assez considérable. On les désigne sous le nom de pépites. On en a trouvé une du poids de 12 kilogrammes au Pérou, et une autre de 60 kilogrammes dans la province de Quito ; en 1826, les mines des monts Ourals en ont offert du poids de 10 kilogrammes et demi.
- L’or natif est rarement pur ; le plus habituellement, il est allié avec une certaine quantité d’argent, qui varie, suivant les localités, depuis 0,14 jusqu’à 72 pourcent.
- Les anciens tiraient l’or de l’Inde, delà Thrace, de la Macédoine, du Caucase, de l’Arabie, de l’Espagne, etc. Ce métal, ainsi que l’argent, était connu et mis en œuvre dès le tems d’Abraham ; car l’Ecriture nous dit que ce patriarche était très riche en or et en argent (1); on employait l’un et l’aulre, mais surtout l’or, à faire des vases et des ornemens. Il paraît même que ces métaux entraient déjà dans le commerce, et qu’ils avaient une valeur réelle, puisqu’Abraham acheta un terrain, des enfans de Heth, quatre cents sicles d’argent, pour servir de sépulture à Sara, son épouse, et à toute sa famille (2). On faisait aussi des statues d’or. Rachel emporta les idoles d’or de son père Laban(5), lorsqu’elle le quitta pour suivre Jacob son époux. Les Israélites élevèrent un veau d’or dans le désert pour l’adorer (4). Tous ces faits sont plus que sufEsans pour prouver non seulement l’ancienneté de la découverte de l’or et de l’argent, mais aussi de l’art de les travailler.
- (1) Genèse, chap. 13, v. 3.
- (2) Ibid., cbup. 23, v. IG.
- (3) Genèse, chap. 31, v. 10.
- (4) Exode, chap. 32, v. 4.
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- Dans tous les pays, les sables aurifères sont traités de la même manière. Les orpailleurs, en Europe ; les nègres et les négresses, au Brésil, lavent ces sables dans des sébiles de bois d’une forme particulière, ou sur des tables inclinées recouvertes de drap. L’or, en raison de sa densité, tombe au fond des sébiles ou s’arrête sur le drap. Lorsqu’il n’est plus mêlé que d’une petite quantité de sable, on l’amalgame avec six fois son poids de mercure. On exprime l’amalgame isolé pour séparer l’excès de mercure, et on le soumet à la distillation dans des appareils fermés, disposés de manière à recueillir les vapeurs, mercurielles. L’or plus ou moins pur reste au fond des vases distillatoires.
- Dans plusieurs contrées, on exploite les sulfures de cuivre, de plomb, d’argent, qui renferment assez d’or pour couvrir les frais du travail. 11 y a des minerais aurifères dans lesquels la proportion de l’or ne s’élève pas à 1/200,000, et qui cependant sont traités avec avantage.
- Tantôt, après avoir grillé ces sulfures, on les fond pour rassembler l’or dans une masse métallique moins considérable, et on grille de nouveau les malles qui en proviennent. Puis on les fond avec une suffisante quantité de plomb, et on obtièntdu plomb d’œuvre aurifère, que l’on soumet à la coupellation.
- Tantôt aussi on a recours au procédé d’amalgamation, ainsi que cela se pratique pour l’extraction de l’argent. On agite le minerai pulvérisé avec de l’eau, du mercure et des disques de fer, dans des tonneaux qui tournent sur leur axe. Les sulfures se divisent dans l’eau et y restent suspendus, tandis que l’or se précipite à l’état d’une poudre très line, et s’unit au mercure. L’amalgame lavé et comprimé est soumis ensuite à la distillation.
- L’or provenant de l’affinage par le plomb contient presque toujours de l’argent, du cuivre, du fer et de l’étain. Celui obtenu par amalgamation ne contient que de l’argent. Pour séparer le cuivre, le fer et l’étain, on fond le métal impur avec du ni ire, qui oxyde ces trois métaux étrangers. Mais, pour le séparer de l’argent, on a recours à l’opération qu’on nomme le départ.
- Le départ [ ainsi nommé du vieux mot départir pour séparer ), est fondé sur l’insolubilité du premier de ces métaux dans les acides.
- Ce fut dans les siècles des croisades que l’on connut et que l’on employa les acides minéraux pour séparer l’or d’avec l’argent. On appela eau-forte la solution dans l’eau de l’acide azotique, qui fut d’abord employée à celle opération, à cause de l’action énergique qu’elle exerce sur l’argent, lorsqu’on veut le séparer de l’or. Il se faisait de l’azotate d’argent, et l’or restait dans les vases sous la forme d’une poudre brune, que l’on convertissait ensuite en lingots par la fusion. Dominique Ilonesti, Génois, obtint, le 18 septembre 1403, des lettres portant la permission de former à Paris un établissement pour départir l’or et l’argent.
- Aujourd’hui, on opère Y affinage d’une manière plus économique, en remplaçant l’acide azotique par l’acide sulfurique, ainsi qu’Agricola le faisait déjà au commencement du x.vie siècle. L’alliage réduit en grenailles est. traité dans des vases de platine par de l’acide sulfurique concentré et bouillant. 11 se produit du sulfate acide, d’argent, qui reste en dissolution tandis que l’or se dépose. On décante la liqueur à deux ou trois reprises, on lave le résidu d’or avec soin, puis on le fond et on le coule en lingots.
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- L’affinage de l’or et de l’argent, au moyen des vases de platine, dans le département delà Seine, livre annuellementàla banque, aux spéculations particulières, à la monnaie et au commerce, une valeur totale de 130,000,000 de francs. C’est à Relleville.près Paris, que l’affinage au moyen des vases de platine a été d’abord exploité en grand par un nommé Lebel. Ce procédé a été appliqué, dans ces dernières années, à l’affinage des anciennes monnaies d’argent qui renfermaient une notable quantité d’or. Les vieux écus de G livres en contenaient une proportion que l’on a évaluée à 17 fr pour une somme de 1,000 fr, en cette monnaie. Il y avait donc un grand bénéfice h réaliser dans la refonte de ces anciennes monnaies.
- Le produit annuel des mines d’or était évalué, en 1811, parM. de Hum-boldt, à 19,126 kilogrammes, représentant une somme de plus de 63 millions de francs. Ces chiffres sont singulièrement augmentés depuis cette époque, par suite de l’exploitation active des mines d’or de la Sibérie, dont le produit s’accroît chaque année.
- Voici quel est aujourd’hui le produit annuel des mines d’or exploitées à la surface du globe.
- Eturope.
- MARCS.
- Russie et Pologne........... 24,000
- Autriche..................... 4,500
- Confédération-Germanique. . 120
- Piémont, Suisse, Savoie. • - 25
- Suède et Norwége................. 7
- 28,652
- Asie (non compris la Russie).
- Thibet.......................15,000
- Archipel Indien.............. 5,000
- 20,000
- Afrique.
- MARCS.
- Côtes méridionnales .... 16,000
- Amérique.
- Brésil..................... 22,000
- Colombie....................18,000
- Mexique.....................16,000
- Chili.....................il ,500
- Etats-Unis..................10,000
- Pérou....................... 4,000
- Buénos-Ayres................ 2,000
- 83,500
- En tout 148,152 marcs, ce qui correspond à 57,058kilogrammes, repré-, sentant une valeur de 126,528,125 francs.
- Le kilogramme d’or pur vaut 3,444 fr. 44 cent. ; mais avec la retenue du change, on nele paie que3,457fr. 77cent. L’or à 900/1000 vaut 5,100 fr.; mais avec la retenue du change, 5,094 fr. seulement ( tarif du 1er juillet 1835 ).
- L’or, étant encore plus mou que l’argent, a besoin d’être allié au cuivre, pour pouvoir être converti en monnaie, ustensiles et bijoux. Voici dans quelles proportions les deux métaux sont combinés, d’après la loi :
- OR. CUIVRE.
- Monnaie d’or de France...............................600 .... ioo
- (1er titre........... 920 ... . 80
- 2e titre........... 840 .... 160
- 3e titre........... 750 .... 250
- La monnaie d’or est donc au titre de 900/1000, tandis que les
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- ouvrages d’orfèvrerie sont tantôt au titre de 920/1000, tantôt à celui de 840/1000, tantôt enfin à celui de 750/1000. Mais il y a une remarque à faire: c’est que, comme l’or natif contient toujours un peu d’argent qu’on ne pourrait en séparer avec avantageai s’ensuit que cet argent fait nécessairement partie des monnaies et de tous les ouvrages en or. Mais cette quantité d’argent est considérée par la loi comme du cuivre, et elle n’en tient aucun compte.
- L’alliage pour les bijoux ordinaires, qui renferme 25 pour 0/0 de cuivre, se ternit assez souvent par l’usage et prend un aspect sale, ce qui provient de l’oxydation du cuivre. On peut lui rendre son éclat primitif en le lavant avec un peu d’ammoniaque caustique.
- Tous les alliages d’o.r et de cuivre mis dans le commerce sont soumis au contrôle comme les alliages d’argent. Pour reconnaître la qualité et déterminer le titre des monnaies, des bijoux et des ustensiles d’or, les essayeurs font usage de la coupellation avec le plomb, comme pour les ustensiles et objets d’argent et de cuivre. Mais comme on doit toujours y supposer de l’argent, et qu’ils n’en contiennent jamais que très peu, il faut combiner les alliages d’or avec une certaine quantité d’argent, en même teins qu’on les coupelle , et traiter ensuite le bouton d’essai par l’acide azotique, opérations qui prennent, la première, le nom d'inquartation , et la dernière le nom de départ. Par ce moyen , on parvient à dissoudre et l’argent qu’on a ajouté , et celqi qui fait partie de l’alliage, tandis qu’autrement, l’argent de l’alliage étant enveloppé d’or, il n’y aurait tout au plus que celui de la surface qui se dissoudrait. Dans tous les cas, l’or reste intact. Prenons pour exemple la monnaie d’or de France.
- Lorsque la coupelle esta 50” ou 52° du pyromêtre de Wedgewood,l’on y metTgrammesde plomb pur, et lorsque le plomb est découvert, l’on y ajoute 1/2 gramme d’or et 1 gramme 5o d’argent fin, enveloppés tous deux dans le même cornet de papier. Tous les phénomènes que j’ai décrits précédemment s’observent encore ici, et l’on reconnaît aux mêmes signes que l’opération est terminée. Il faut donc la conduire comme celle de la coupellation de l’argent; seulement, comme l’essai n’est point sujet à rocher, l’on peut se dispenser, au moment où il est prêt de passer, de rapprocher la coupelle de l’ouverture de la mouflle.
- La coupellation étant faite, et le bouton brossé par-dessus avec la graltc-brosse, on l’aplatit sur une enclume avec un marteau, on le recuit, c’est-à-dire qu’on le chauffe au rouge, pour qu’il ne se gerce pas en passant au laminoir, on le lamine de manière à obtenir une lame de 37 centièmes de millimètres d’épaisseur, on le recuitde nouveau ,et on le roule en forme de cornet. Après quoi, onl’introduit, avec 70 à 72 grammes d’acide azotique pur à 22°, dans un petit matras pyriforme d’une capacité de 9 à 10 centilitres, et on le soumet peu à peu à la chaleur, jusqu’au point de faire bouillir l’acide. Au bout de 22 minutes d’ébullition , l’acide est décanté et remplacé par 50 à 36 grammes d’acide azotique à 52°, que l’on n’entretient bouillant que pendant 10minutes; alors, on le décante aussi, et on lave, à plusieurs reprises , par décantation, le cornet avec de l’eau distillée; ensuite, on remplit le
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- matras d’eap, et on le renverse, en recevant son col dans un petit creuset de terre, où, par ce moyen, le cornet descend toujours , sans se briser; enfin, relevant adroitement le col du matras, décantant l’eau du creuset, et plaçant celui-ci sur des cendres chaudes, pour en vaporiser la majeure paVtie de l’humidité , il ne s’agit plus que de le faire rougir dans la moufle, de le laisser refroidir, d’en retirer l’or, et de le peser.
- Les essais d’or sont toujours faits sur un demi-gramme ; mais la quantité de plomb et d’argent qu’on ajoute varie en raison du titre de l’or. La quantité d’argent doit être à peu près trois fois celle de l’or présumée dans l’alliage. Quant à la quantité de plomb, elle croit avec la quantité de cuivre. Voici les proportions employées habituellement :
- Par 1/2 gram. des alliages suivans, on emploie.- en argent et en plomb pur.
- 1° Monnaie au titre de 900/1000........ 1 gram. 35 . . 7 gram.
- 2° Or au titre de 990/1000.............. 1 35 . . 4
- 3° Or au titre de 750/1000...............1 35 . . 10
- On se contente souvent, dans le commerce, de déterminer approximativement le titre des alliages d’or et de cuivre par l’épreuve à la pierre de touche. C’est une pierre siliceuse, d’un beau noir, dure et inattaquable par les acides. Voici comment on opère. On fait, sur une pierre de touche, une trace de 4 millimètres de longueur et de trois millimètres de largeur avec l’alliage; puis on mouille celte trace avec une barbe de plume, trempée dans une liqueur composée de :
- Eau distillée........................................... 25 parties.
- Acide azotique à 37°...................................38
- Acide chlorhydrique à 22°. • • ........................ 2
- Cette liqueur dissout le cuivre de la trace ; on en examine l’effet ; puis on essuie légèrement, pour enlever la liqueur, et l’on examine de nouveau ce qui reste de la trace métallique. Quand on a de l’habitude, on aperçoit très approximativement le titre de l’alliage d’après la teinte verte, plus ou moins foncée, que prend la liqueur acide, et d’après l’épaisseur de la trace d’or pur qui reste sur la pierre. Quand on n’a pas acquis l’habitude suffisante , on fait des épreuves comparatives avec diflérens alliages connus, moulés en forme de fortes aiguilles, et qu’on appelle touchaux. L’or qu’on essaie est au même titre que l’aiguille dont la trace métallique ressemble le plus à la sienne. Les touchaux des orfèvres sont des étoiles composées d’aiguilles à cinq litres différens, savoir : 585, 625 , 667, 708 et 750.
- Pour les essais d’argent, les touchaux offrent huit aiguilles à différens titres , savoir : 700, 720, 740, 760, 780, 800, 950 et 4000.
- La pierre de touche sert en même lems à reconnaître les pièces fausses d’or et d’argent, qui circulent souvent dans le commerce. Une pièce d’or fausse laisse un trait rouge sur la pierre de touche , et ce trait disparaît de suite par quelques gouttes d’acide azotique pur. Une pièce d’argent
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- est fausse lorsque son trait sur la pierre est d’un blanc bleuâtre , et qu’il disparaît complètement par une goutte ou deux d’eau régale (1).
- Le cuivre ne change pas la couleur de l’or; il ne fait que l’exalter. Mais il n’en est pas de même des autres métaux. Ainsi, le fer lui donne une teinte bleuâtre, le platine affaiblit beaucoup sa couleur, l’argent lui communique une nuance verdâtre. L’or vert des bijoutiers est un alliage de 700 parties d’or et de 300 parties d’argent.
- L’amalgame d’or joue un rôle important dans l’art du doreur sur bronze et autres métaux. Il est fait ordinairement dans les proportions de 1 partie d’or pour 8 à 9 de mercure. L’alliage de cuivre qu’on destine à la dorure n’est pas composé comme le bronze des canons et des cloches ; c’est plutôt une sorte de laiton renfermant un peu d’étain et de plomb. Yoici, en peu de mots, comment on opère la dorure avec l’amalgame :
- On chauffe le laiton au rouge pour détruire les corps gras dont il pourrait être recouvert, puis on le décape, en le plongeant dans de l’acide sulfurique faible ; après quoi, on le lave, et on le sèche en le frottant avec du son ou de la sciure de bois. On le frotte alors avec une dissolution étendue d’azotate de mercure, puis on y applique, à l’aide d’une brosse, une certaine quantité d’amalgame d’or pulvérulent ; on étend uniformément la poudre, puis, en chauffant la pièce, le mercure se volatilise complètement, et l’or reste seul à la surface du métal, sous forme d’un enduit brun foncé. Au sortir du feu, les uns font bouillir la pièce dans l’eau, d’autres dans une décoction de réglisse, d’autres dans celle de farine de marron d’inde; tous, en même tems, la frottent pour la nettoyer. La pièce est alors d’un jaune sale. On ne parvient à lui donner la couleur de l’or qu’en la couvrant d’une bouillie composée de sel, de nitre et d’alun, l’exposant au feu, la
- (1) La fabrication de la fausse monnaie est une pratique coupable d’une bien haute antiquité, puisque dans l’ancienne Egypte il y avait des lois sévères contre les faux-monnayeurs. Diodore de Sicile nous apprend que l’on coupait les deux mains à ceux qui étaient convaincus du crime de fabrication et d’émission de fausse monnaie. On altérait les monnaies, chez les Romains, soit en altérant ou abaissant le titre, au moyen du cuivre, soit en diminuant le poids, soit enfin en substituant à l’argent de l’étain ou un alliage de plomb et d’élain. C’est par suite de ces fraudes qu’on institua, par une loi, l’art d’essayer les monnaies. Cette loi fut si bien reçue du peuple, que Marius Gratidianus, son auteur, vit tous les quartiers de Rome lui élever des statues. Pline nous dit que les Espagnols, voisins des bords de la Méditerranée, étaient si habiles dans l’art métallique, qu’ils savaient de son tems altérer l’argent avec des eaux préparées. — Les anciens connaissaient la pierre de touche et s’en servaient, comme nous, pour éprouver la pureté de l’or et de l’argent ; ils employaient aussi la coupellation pour purifier les métaux et pour essayer les monnaies.—Il y avait encore un moyen de séparer l’or de l’argent par la voie sèche. Strabon et Pline en parlent en termes peu précis toutefois. —Avant Philippe-le-Bel, sous le règne duquel l’essai des monnaies se fit régulièrement à la coupelle, quand on voulait savoir le titre d’une monnaie ou d’une autre matière d’argent, on en tirait un à deux grains avec un petit instrument appelé échoppe, on les mettait sur des charbons ardens, et on jugeait, par leur couleur plus ou moins blanche, du titre de l’argent; c’est ce qu’on appelait faire l’essai à la nature ou à l'échoppe. Pour essayer l’or, on se servait de la pierre de touche.
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- traitant par l’eau chaude et l’essuyant. On la passe ensuite à la dent de loup lorsqu’on veut la brunir, et on la livre au commerce.
- Ce genre d’industrie est un des plus dangereux pour les ouvriers qui l’exercent, en raison des vapeurs mercurielles qui se dégagent pendant presque toutes les opérations de la dorure. En \ 816, Havrio, un des plus célèbres fabricans de bronze doré, fonda un prix de 5,000 francs, qui de-vait être décerné par l’Académie des Sciences au meilleur travail sur les procédés propres à préserver les doreurs des accidens auxquels ils sont exposés. Ce prix fut remporté par M. d’Arcet, qui imagina un système complet de ventilation à l’aide duquel toutes les vapeurs sont entraînées, à mesure qu’elles se forment, dans un grand corps de cheminée qui les porte dans l’air. C’est un immense service que ce savant chimiste a rendu aux ouvriers.
- Les anciens connaissaient très bien l’art de la dorure des métaux au moyen de l’amalgame d’or. Pline décrit un procédé, usité de son tems, qui diffère fort peu de celui dont je viens de parler.
- L’argent est doré comme le laiton. On le connaît alors sous le nom de Vermeil.
- On dore aussi de plusieurs autres manières : tantôt avec de l’or en feuilles qu’on applique sur le métal décapé et chaud, et qu’on tixe ensuite à l’aide du brunissoir; tantôt avec de l’or en poudre dit or en drapeaux, qu’on obtient en brûlant de vieux chiffons de linge imbibés préalablement d’une dissolution d’or. Les cendres sont ensuite brûlées dans un plat de porce laine, puis étendues par frottement, au moyen d’un bouchon de liège, sur l’objet qu’il s’agit de dorer. Cette dorure est susceptible d’un très beau poli ; mais ces procédés mécaniques ne font pas, à beaucoup près, des dorures aussi solides, aussi uniformes que celles qu’on obtient par l’intermédiaire du mercure.
- Depuis 1841, deux nouveaux procédés pour la dorure du laiton, de l’argent et de presque tous les autres métaux, ont été imaginés, et tous deux sont fort curieux. L’un a lieu par une réaction chimique et par voie humide, l’autre par une réaction électro-chimique.
- Le premier, d’origine anglaise, et dû à M. Elkington, consiste à dissoudre l’or dans l’eau régale, à évaporer la dissolution au bain-marie, jusqu’à vaporisation de l’acide superflu, à dissoudre le chlorure d’or dans 150 fois son poids d’eau, et à y ajouter une quantité de bicarbonate de potasse égale à 7 fois le poids du chlorure d’or. C’est dans ce mélange bouillant qu’on plonge, pendant quelques minutes, les métaux qu’on veut dorer. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que la dorure cesse d’avoir lieu aussitôt que le bain ne renferme plus de bicarbonate de potasse. Mais, par ce procédé, on ne peut fixer qu’une quantité d’or tellement faible à la surface de la pièce, qu’il est impossible à la meilleure dorure par la voie humide d’atteindre l’épaisseur à laquelle la plus mauvaise dorure au mercure est forcée d’arriver.
- L’autre procédé est tout différent. L’idée première en appartient à M. de la Rive, savant professeur de physique à Genève, qui, le premier, a songé à utiliser la propriété du courant électrique pour opérer la précipitation de l’or sur le laiton et l’argent. Cette idée lui a été suggérée par les belles expériences galvano-plastiques du professeur Jacoby, de Saint-Pétersbourg ; je vais vous les faire comprendre en quelques mots. Lorsqu’on soumet à
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- l’action d’un faible courantélectrique, par le moyen de petites piles à cloison amorcées avec le sulfate de cuivre, des plaques sur lesquelles des figures oit des caractères sont tracés au burin , la décomposition du sulfate de cuivre est déterminée parle courant, et il se dépose du cuivre métallique qui s’attache aux planches gravées plongeant dans la liqueur. 11 en résulte alors des empreintes en relief des dessins gravés en creux sur l’original. M. Ja-coby obtient ainsi des empreintes en cuivre de médailles, de bas-reliefs, de planches gravées au burin, qui ont toutes le précieux et lepoli des modèles. Ce nouvel art, qu’utilisent déjà l’imprimerie, la stéréotypie , la fabrication des billets de banque, la gravure sur cuivre, a reçu de son inventeur le nom de Galvano-Plastique. Il a été singulièrement perfectionné, depuis Sans, par MM. de la Rive, Roquillon, Vogel, Soyet, etc. On a pu former un moule des images daguerricnnes, recouvrir d’une couche mince de cuivre des statuettes de plâtre et des têtes en ronde-bosse, etc. '
- Eh bien ! ce sont ces procédés galvaniques qui ont été étendus, par M. de la Rive, puis parM. l’errot, de Rouen, et en dernier lieu par MM. Elkington et de Ruolz, non seulement à la dorure et à l’argenture du cuivre, du bronze, du laiton , de l’étain , du plomb, du fer, du platine et de l’acier , mais au platinage, au zincage, au cobaltisage et au nickélisage du fer, c’est-à-dire à l’opération par laquelle on recouvre ce dernier métal d’une couche mince et homogène de platine, de zinc, de cobalt et de nickel. M. de Ruolz s’est assuré la propriété de ce nouvel art par un brevet d’invention, en date du 19 décembre 1840. Aujourd’hui la dorure des métaux , la fabrication du vermeil, sont effectuées dans tous les ateliers par son procédé, qui consiste en définitive à plonger les objets à dorer dans un bain composé de chlorure double d’or et de potassium dissous dans du cyanure de potassium , en même tems que les objets et le bain sont soumis à l’action d’un faible courant galvanique. Les métaux sont dorés très rapidement par ce moyen avec des couleurs très pures et très belles. On varie à volonté l’épaisseur de la couche d’or, sa couleur même. On peut faire sur la même pièce des mélanges de mat et de poli ; enfin, on dore avec une égale facilite les pièces degrande dimension, les pièces plates ou à relief, les pièces creuses ou gravées, et les filamens les plus déliés. I.e maillechort, l’acier, le fer, prennent également bien la dorure ; aussi fabrique-t-on maintenant beaucoup de couverts en maillechort vermeillé, et recouvre-t-on d’un vernis d’or suffisamment résistant les couteaux de dessert, les instrumens de laboratoire et de chirurgie, les armes, les montures de lunettes et autres objets en fer ou en acier.
- L’adoption de ces nouveaux procédés de dorure est un événement mémorable dans l’histoire de l’industrie , au point de vue de la science et de la pratique ; mais c’est de plus un bienfait pour la classe des ouvriers doreurs, qui sont ainsi affranchis de la meurtrière influence des vapeurs mercurielles qui les décimaient si rapidement. Aussi, envisageant la question sous tous ce* rapports, l’Académie des Sciences a-t-elle décerné , dans sa séance publique du 19 décembre 1842, un prix de 5,000 fr. à M. de la Rive, et des prix de 6,000 fr. à MM. Eikington et de Ruolz.
- Pour la dorure de la porcelaine, on fait usage d'or en poudre, obtenu de deux manières différentes. Lorsqu’on verse une dissolution de sulfate de fer dans une dissolution d’or par l’eau régale, il se dépose de l’or, réduit en poudre noirâtre, qu’on lave bien, qu’on fait sécher, et qu’on broie
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- ensuite avec du miel pour mieux le diviser. On lave la pâte à l’eau bouillante pour enlever le miel, et l’or qui reste, étant mêlé avec un douzième de sous-azotate de bismuth, est fixé sur la porcelaine au moyen d’un mordant gras. On passe la pièce au feu ; le mordant gras se brûle, le fondant entre en fusion, et l’or se colle à la pièce.
- L’autre moyen d’avoir la poudre d’or consiste à broyer des feuilles d’or sur une glace avec du miel ou une dissolulimi épaisse de gomme arabique, qu’on sépare ensuite à l’aide de l’eau chaude. L’or très divisé qui reste est ordinairement étendu en couches minces dans des coquilles; aussi le connaît-on, dans les arts, sous le nom d'or en coquille. Cet or, broyé de nouveau avec delà gomme, s’emploie pur pour dorer la porcelaine tendre; mais, pour la porcelaine dure, on ajoute un fondant qui est souvent le sous-azotate de bismuth.
- On fait la dorure à l’huile ou à la colle en recouvrant la surface qu’on veut dorer de l’une ou l’autre substance; et quand elle est presque sèche, onappliquelcs feuillesd’or, en lesappuyant légèremcntavec du coton. C’est ainsi qu’on dore la tranche des livres, le plâtre, lebois, le carton, le cuir, le fer, etc. On recouvre ensuite le plus souvent l’or avec un vernis. Les cadres de tableaux sont d’abord encollés avec de la céruse,puis poncés, polis et dorés ainsi qu’on vient de le dire. Dans tous les cas, il faut mettre plusieurs couches successives d’or. Enfin, on frotte au brunissoir.
- Cette pratique de dorer les bois, les lambris, le marbre et autres objets d’ornementation, nous vient des Romains , qui adoptèrent généralement ce luxe peu de tems après la ruine de Carthage, 14G ans avant J.-C.
- L’or ne se dissout bien que dans l’eau régale, et il est alors converti en perchlorure ou en ciiloiude, qu’on peut avoir en petites aiguilles jaunes, ou en poudre d’un rouge brun foncé, quand il est tout à fait sec. Ce composé a une saveur styptique et amère fort désagréable; il est très peu stable, puisque les rayons solaires ramènent l’or à l’état métallique. Tous les corps qui ont beaucoup d’affinité pour l’oxygène, ou qui peuvent lui enlever du chlore, en déterminent également la décomposition. Ainsi, l’hydrogène , le charbon, le phosphore, la plupart des métaux, l’acide sulfureux, les sels de protoxydes de fer, d’étain, de mercure, les matières organiques, les acides végétaux, en isolent l’or, tantôt en poudre noirâtre ou rougeâtre, tantôt en poudre d’une belle couleur pourpre.
- Ce qu’on désigne dans les arts sous le nom do. pourpre de Cas-sius n’est autre chose que le précipité formé par un mélange de chlorure et de chloride d’étain dans une dissolution d’or très étendue. Les flocons gélatineux violets, pourpres ou roses, qui se forment dans ce cas, sont, suivant les uns, un mélange d’acide stanniqueet d’or très divisé, et, suivant les autres, un mélange d’oxyde d’étain et d'oxyde d’or. Quoi qu’il en soit, c’est avec ce pourpre de Cassius que les peintres sur porcelaine et les peintres verriers produisent ces magnifiques couleurs pourpres, roses et
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- DE L’OR.
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- violettes, qu’on admire sur les poteries et les vitraux de nos églises. C’est en 1668 que Cassius, médecin de Zurich, fit connaître cette belle matière colorante qui a gardé son nom.
- Le chloride d’or colore très promptement la peau en brun ou en pourpre, et cette coloration ne disparaît qu’avec la chute de l’épiderme.
- Il est très soluble dans l’esprit-de-vin et dans l’éther. Si j’agite la dissolution aqueuse de ce composé avec de l’éther, celui-ci va l’enlever à l’eau, qui restera sans couleur. L’or potable des anciens était cette dissolution éthérée. Guy ton de Morveau l’employait pour dorer le fer et l’acier. Pour cela , il chauffait légèrement la pièce métallique à dorer, puis étendait, avec un pinceau, à sa surface, la dissolution éthérée. L’éther s’évaporait à l’instant, et laissait l’or sous forme d’une couche très mince, qu’il fixait en la polissant avec le brunissoir. Mais cette dorure n’est pas solide.
- Si l’on verse dans la dissolution d’or très étendue une dissolution de sulfure de potassium, il se dépose du sulfure d’or en poudre d’une couleur brun chocolat. C’est avec ce sulfure d’or qu’on obtient le lustre dit burgos, qu’on applique sur un grand nombre d’objets de poterie.
- Pour obtenir l’oxyde d’or, on traite le chloride d’or par les alcalis, mais la précipitation est toujours incomplète. Le précipité, qui est jaune, ne se forme môme qu’au bout de quelque tems, avec la potasse et la soude. Avec l’ammoniaque, il se dépose presque sur-le-champ des flocons, qui, séchés à une douce chaleur, constituent un ammoniure d’or que Basile Valentin décrivit le premier sous le nom d’or fulminant, en raison de sa propriété de détoner par la chaleur, le frottement ou la percussion. Ce composé, aussi dangereux à manier que l'argent fulminant, a causé un accident déplorable, qui apprend avec quelle précaution il faut toucher à ces poudres fulminantes. Un pharmacien, nommé Fasciau, causait en tenant à la main un flacon rempli d’or fulminant, dont il tournait le bouchon ; tout-à-coup, et probablement à cause de quelques parcelles restées entre le bouchon et le col du vase, il y eut détonation de toute la matière ; le flacon fut brisé en mille pièces, et ses fragmens allèrent crever les yeux de l’imprudent. Un décigramme d’or fulminant produit une explosion comparable à celle d’un pistolet.
- Je termine ici l’histoire de l’or et de ses composés, pour vous dire quelques mots d’un métal qui est appelé à jouer un rôle tout aussi important que l’or et l’argent, et qui déjà rend d’immenses services à l’industrie; je veux parler du Platine.
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- Du Platine.
- Ce métal était inconnu en Europe avant 1748, mais il avait été distingué depuis long-jtems déjà par les mineurs de l’Amérique du Sud, puisque le gouvernement espagnol avait prescrit à ceux-ci , dans la crainte qu’on ne fît usage de ce métal pour falsifier l’or, de jeter, dans une rivière voisine des mines où on les recueillait, les grains de platine. Les Espagnols du Pérou en faisaient des gardes d’épée, des chaînes de montre et d’autres petits objets d’agrément; mais ils le regardaient tout simplement comme une sorte d’argent.
- Don Antonio de Ulloa, mathématicien espagnol, qui avait accompagné, en 1735, au Pérou, les académiciens français envoyés pour prendre la mesure d’un degré du méridien, parla le premier, en 1748, dans la relation de son voyage, de ce métal, que Charles Wood, essayeur à la Jamaïque, avait découvert plusieurs années auparavant, en 1740, mais dont il ne parla, toutefois, qu’en 1749. Watson , Lewis etScheffer, de 1749 à 1754, furent les premiers chimistes qui entreprirent l’étude des propriétés de ce précieux métal, auquel le dernier donna le nom d’or blanc. Depuis cette époque, les nombreux travaux entrepris par les chimistes les plus distingués, qui tous à l’envi voulurent étudier le platine, ont complété son histoire, qui ne laisse plus rien à désirer.
- Le nom de platine, dérivé du mot espagnol platina, petit argent, diminutif de plata, argent, a été donné au métal dont nous parlons, à cause de sa couleur, et parce qu’on pensait qu’il n’était qu’une modification de l’argent (1).
- Le platine n’a été trouvé, jusqu’ici, qu’à l’état natif, ou plutôt à l’état d’alliage avec le fer, le rhodium, l’iridium, le palladium et l’osmium. 11 se montre presque toujours dans les mômes terrains que l’or granulaire, c’est-à-dire dans des sables ou des terrains d’alluvion qui renferment également le diamant. Les premières mines connues sont celles du Pérou , dans les provinces de Choco, de Novita et de Santa-Rita. Il y en a aussi à Ilar-bacoa ( Nouvelle-Grenade), Matto-Grosso(Brésil;, Carthagène, dans la
- (t) Un auteur Italien, Cortinovis, a essayé de prouver, en 1790, que ce métal était I’electrum des anciens; mais il est bien évident que I’electrum n’était autre chose qu’un alliage d’or et d’argent dont on faisait des coupes, des statues et des colonnes. En 1824, Rever, très savant antiquaire normand, a donné beaucoup plus de probabilités à l’opinion que les Grecs et les Romains connaissaient et employaient à des ouvrages précieux le platine, les premiers sous le nom d’oR blanc, les seconds sous celui de plomb blanc. ( Discussion sur l’antiquité de la découverte et de l’usage du platine; citations de divers auteurs anciens à ce sujet. F. Rever. 2e édition. Rouen. 1827.) M. Ferd. Hœfer, dans son intéressante Histoire de lachimie, croit aussi que le plomb blanc dont parle Pline ne pouvait être que du platine.
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- province (l’Antioquia ( Colombie), dans la rivière d’Yaki (Saint-Domingue). Plus tard, Vauquelin constata la présence de ce métal dans les minerais argentifères de l’Estramadure, en Espagne. En 1823, on a décou-vert du platine en Sibérie , dans les sables aurifères qui sont aux pieds des monts Ourals. Ces dernières mines sont très productives; elles fournissent annuellement 2,000 kilogrammes de platine.
- Le platine se présente ordinairement, dans ces sables, en paillettes minces ou en grains irréguliers, le plus souvent aplatis; les plus volumineux sont habituellement de la grosseur d’un petit pois. On a trouvéquel-quefois des masses ou pépites de platine d’un volume remarquable. L’une d’elles, pesant 800 grammes, a été ramassée, en 1814, par un esclave nègre, dans la mine d’or de Condoto, au Pérou. Une autre, du poids de 1 kilogramme 750 grammes, a été découverte à Nijni-Tagulsk, dans l’Oural; une troisième, pesant 4 kilogrammes 520 grammes, a été rencontrée plus récemment dans les mines de Demidoff, dans la môme contrée. En mars 4831, on a trouvé , dans les mêmes mines, une pépite de 9 kilogrammes 1/2, et, en 1832, deux autres du poids de 6 kilogrammes 1/2 et de 9 kilogrammes 1 /%
- Le minerai de platine, tel qu’on le livre au commerce, renferme un assez grand nombre de substances, savoir : du rhodium, de l’iridium , du palladium, de l’osmium, du cuivre, du fer, duquarz, de l’or, de l’argent, etc. Vous concevez, d’après cela , Messieurs, que, pour isoler le platine de toutes ces matières diverses, il faut recourir à de nombreuses opérations. Toutefois, depuis les travaux de Vauquelin, l’extraction de ce métal est bien simplifiée. Voici comment on la pratique :
- On traite le minerai, d’abord calciné au rouge, par de l’eau régale, jusqu’à ce que l’acide paraisse ne plus agir sur le résidu. On évapore la dissolution en consistance de sirop, pour en chasser l’excès d’acide; on l’étend de dix fois environ son poids d’eau, et l’on y verse un excès de dissolution de sel ammoniac, saturée à froid. On recueille le précipité jaune qui se forme ( c’est un sel double de chlorhydrate d’ammoniaque et de chlo-rurede platine); on le lave avec une liqueur saturée de sel ammoniac; on le sèche et on le calcine dans un creuset jusqu’au rouge. Le sel ammoniac et le chlore du chlorure métallique se volatilisent; le platine est réduit et reste en masse spongieuse, désignée vulgairement sous le nom d’éponge de platine. On broie cette éponge avec de l’eau pour former une pâte claire que l’on introduit dans un cylindre en fer creux, légèrement conique, fermé à l’une de ses extrémités par une petite plaque de fer-épaisse. Au moyen d’un piston en fer, on comprime d’abord la masse pendant deux à trois minutes légèrement, et ensuite, avec le plus de force possible ; par un coup de marteau sur le piston, on fait sortir le morceau de platine, qui a déjà une grande densité et un fortbrillant métallique ; on le sèche à une température peu élevée, puis on le soumet pendant un quart d’heure au rouge blanc; on le retire très rapidement, on lui donne d’abord un seul coup de marteau, on répète et l’on augmente successivement le nombre de coups ; en moins d’une demi-heure , le lingot de platine est terminé. On peut alors le laminer, l’étirer en fd , comme le fer.
- Ce procédé, donné par Liebig, n’est qu’une modification de celui qu’avait publié Wollaston.
- On épure, chaque année, dans le département de la Seine, une quantité
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- moyenne de minerai brut qu’on peut évaluer à 484 kilogrammes, qui, il 525 fr. le kilogramme, représentent une valeur de 59,800fr. Cette quantité donne environ 129 kilogrammes de platine épuré valant, à raison de 900 fr. chaque, 116,100 fr.
- Ce métal fut employé, pour la première fois, en mécanique, dans l’exécution d’une montre présentée, en 1788, à Louis XVI; les axes et les palettes de là roue de rencontre étaient en platine. Jeanncty, orfèvre de Taris, fut un des premiers qui, vers 4790, sut extraire du minerai de platine un métal susceptible d’être forgé, et qui l’appropria aux usages de la chimie, en le réduisant en fds, en lames, puis en creusets et autres ustensiles de laboratoire. Parla, il contribua à la révolution qui s’opéra dans la chimie analytique, il y a une cinquantaine d’années, les vases de platine permettant l’emploi de procédés surs et faciles dont les anciens chimistes n’avaient aucune idée. Jeannety fondait son minerai de platine lavé avec de la potasse et de l’acide arsénieux, coulait ensuite son arséniure de platine oui plaques peu épaisses, et l’exposait à une chaleur graduée jusqu’au rouge blanc, pour en volatiliser l’arsenic. Il soumettait à l’action réitérée de la chaleur et du marteau la masse poreuse qui restait, afin de la rendre compacte. On a abandonné ce procédé.
- Pur, le platine a une couleur d’un gris d’acier très clair, approchant du blanc de l’argent. Quoique susceptible d’un beau poli, il n’a pas l’éclat de ce dernier métal; aussi ne peut-il servir avantageusement comme lui à la fabrication des bijoux. Il est à la fois très malléable et très ductile; il est assez mou pour que les ciseaux le coupent facilement.
- C’est le moins dilatable des métaux, aussi sert-il, de préférence à tous les autres, à la fabrication des étalons de poids et de mesures, des pièces d’horlogerie délicates, des thermomètres métalliques. C’est le plus pesant de tous les corps connus.
- Il est infusible au plus violent feu de forge, et c’est pour cela qu’il est plus propre que tout autre métal à faire des creusets, des cornues, des vases évaporatoires, des alambics qui peuvent supporter le feu le plus ardent.
- Il est inaltérable à l’air, à quelque température que ce soit. Il y a bien deux oxydes de platine , mais on ne peut les produire que par des procédés particuliers; ces oxydes, comme ceux de l’or, ne manifestent que fort peu d’affinité pour les acides, et sont très aisément réductibles.
- Il a peu de tendance à se combiner avec les autres élémens, si ce n’est avec le chlore et le phosphore. On ne peut, sans inconvénient, chauffer dans un creuset de platine de l’acide phosphorique ou des phosphates avec du charbon, parce que le phosphore, mis en liberté, détermine aussitôt la fusion du métal. Le plomb et beaucoup d’autres métaux produisent le même effet. Il est aussi attaqué par les alcalis et les azotates alcalins, sous l’influence d’une forte chaleur et de l’air.
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- Il résiste à l’action de tous les acides, même les plus concentrés, à l’exception de l’eau régale, qui le dissout en le convertissant en perchlorure ou en chloride. La dissolution est d’un rouge intense quand elle est concentrée, et jaune quand elle est étendue : elle donne de petits prismes par la concentration et le refroidissement.
- C’est en raison de son inaltérabilité par les acides qu’on a fait du platine une application si avantageuse. On remplace les vases de verre qui servaient jadis à la concentration de l’acide sulfurique par des alambics de ce métal ; on en fabrique également des cucurbites pour l’afïînage de l’or et de l’argent, et, dans les laboratoires, on en fait des capsules dans lesquelles on peut faire réagir sur une foule de corps les acides qui attaqueraient tous les autres vases métalliques.
- Malheureusement, le prix élevé du platine limite beaucoup les services qu’il pourrait rendre à l’industrie et à l’économie domestique. Un alambic en platine de petites dimensions, pour la concentration de l’acide sulfurique, coûte environ 25,000 fr. Mais on doit espérer que les mines de Sibérie, qui sont très productives et qu’on exploite maintenant avec régularité, augmenteront promptement la masse du métal en circulation , et qu’alors le prix diminuera sensiblement. Déjà, en Russie, on fait une monnaie de platine, remarquable par la beauté et le fini du travail.
- On emploie aussi le platine pour fabriquer les lumières de fusils, des cuillères destinées à être plongées dans des mélanges acides, comme la moutarde, par exemple. Les dentistes le font servir à la confection des bases solides des râteliers. Son alliage avec le cuivre sert à construire des miroirs de télescope, qui conservent invariablement leur beau poli. Les ustensiles de cuisine en cuivre, revêtus d’une feuille très mince de platine, sont destinés à remplacer avec avantage les vases plaqués au moyen de l’argent. On a essayé de l’employer en bijouterie, mais son poids, son peu d’éclat, sa couleur peu avantageuse, l’ont fait à peu près abandonner. Sous forme d’éponge, c’est-à-dire en masses très poreuses, il est la partie essentielle de ces petits briquets à gaz hydrogène dont nous avons parlé précédemment.
- Le chloride de platine rend, de son côté, des services assez importans. Dans les fabriques de porcelaine, on en recouvre certains vases auxquels on veut donner un lustre métallique intermédiaire entre le blanc d’argent et le gris d’acier. On étend , pour cela, sa dissolution concentrée et mêlée avec de l’essence de lavande sur le vernis de la poterie qu’il s’agit de lustrer, puis on passe la pièce au feu. Le platine paraît avec son éclat métallique; il est étendu également sur toute la pièce, dont il cache
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- entièrement la couleur, et il a pris un poli aussi vif, aussi éclatant que s’il l’eût reçu du brunissoir.
- C’est le chimiste prussien Klaproth qui, dès 1793, fit connaître ce nouveau procédé d’orner la porcelaine. Mais le lustre de platine, qui a d’abord été très en vogue, comme tous les autres lustres métalliques, est maintenant presque oublié.
- Un autre emploi de la dissolution concentrée du chloridede platine, c’est de servir, entre les mains du chimiste, de moyen de distinction entre la soude et la potasse. A chaque instant, dans les fabriques, aussi bien que dans les laboratoires, on a besoin de savoir quel est l’alcali ou le sel alcalin que renferme une liqueur. Quelques gouttes de chloride de platine décident la question. En effet, dans l’eau de potasse ou dans un sel de potasse, ce réactif produit un précipité jaune pulvérulent qui est un double chlorure de platine et de potassium, fort peu soluble dans l’eau; tandis que dans l’eau de soude ou les sels de soude, aucun trouble, et à plus forte raison aucun précipité, ne se forme, tant le double chlorure de platine et de sodium est soluble. Il est vrai que, par cette réaction, on pourrait confondre les sels de potasse avec les sels ammoniacaux, qui précipitent aussi en jaune ; mais le précipité , dans ce dernier cas, se distingue aisément de celui produit dans les sels de potasse , au moyen d’un peu de chaux qui, par sa trituration avec lui, développe aussitôt l’odeur vive et pénétrante de l’ammoniaque caustique.
- Vous voyez, Messieurs, par tout ce qui précède, que le platine est un des métaux les plus précieux, et il est vraisemblable que si les alchimistes j’eussent connu, ils eussent été fort embarrassés pour faire un choix entre ce métal et l’or, et assigner la première place à l’un ou à l’autre parmi les métaux parfaits.
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