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Notice sur les races d'animaux domestiques en Algérie, extraite d'un Traité sur l'hygiène, l'élève et l'amélioration des animaux domestiques en Algérie, accompagnée de lithographies dessinées par l'auteur et lithographiées par M. Gingembre
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- NOTICE
- LES RACES D’ANIMAUX DOMESTIQUES EN ALGÉRIE.
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- Paru, t- lm; rinii'rir Schneider, rue d’Iirlurlli,
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- NOTICE
- f' Ht
- SUR
- LES RACES D’ANIMAUX DOMESTIQUES
- En Algérie,
- EXTRAITE
- D’UN TRAITÉ SUR L’HYGIÈNE, L’ÉLÈVE
- ET L’AMÉLIORATION
- Accompagnée de lithographies dessinées par l’auteur et lithographiées par M. Gingembre ;
- PAR M. MERCIER (de l’Eure),
- Médecin vétérinaire militaire, lauréat de l'école d’Alfort,
- Ancien collaborateur du Recueil de médecine vétérinaire, et membre de la Société d’agriculture de l’Eure.
- A PARIS,
- AU BUREAU DU JOURNAL DES HARAS,
- RÜE DUPHOT, 10.
- 1847
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- A S. A. R. MGR LE DUC D’AUMALE.
- üjommtrge
- De respect et de reconnaissance.
- L’auteur.
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- NOTICE
- Extraite d'un Traité sur l'hygiène, l'élève, la reproduction
- et l’amélioration
- DES RACES D’ANIMAOX DOMESTIQUES
- En Algérie.
- DES RACES D’ANIMAUX DOMESTIQUES EN ALGÉRIE.
- Pour bien se rendre compte des races d’animaux domestiques comme des races humaines d’un pays, il faut non-seulement connaître les influences particulières de son climat, les habitudes de sa population, mais aussi et surtout son histoire ; car si les deux premières causes fusèrent leur influence latente dans les races, les invasions des peuples étrangers y apportèrent chacune une cause de modification. Or le nord de l’Afrique, et particulièrement le royaume d’Alger, a été envahi de tous temps par des peuples divers qui y ont laissé des traces de leur passage, traces qu’on retrouve aujourd’hui dans les mœurs, dans les monuments, dans les races d’hommes, et que nous allons retrouver aussi dans celles des animaux domestiques.
- . Je ne ferai point ici l’histoire du royaume d’Alger, j’énumérerai seulement les peuples qui l’ont envahi.
- (Date incertaine.) La première invasion du nord de l’Afrique fut celle des Arabes tic la tribu de Ghanaan, qui, quittant
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- la basse Egypte et la Syrie, se répandirent, sous le nom de Gétules, sur toute la côte, occupèrent jusqu’aux limites du désert, et qui par la suite, en se divisant, prirent les noms de Mèdes, Syriens, Numides, etc.
- (8e siècle avant J. G.) La deuxième fut celle des Carthaginois, qui s’établirent dans le royaume de Tunis, et qui dominèrent le pays en occupant seulement les côtes.
- ( 2e siècle avant J. C.) La troisième fut celle des Romains, qui occupèrent toute la côte, se répandirent dans le Tell (pays cultivable), y fondèrent des villes, y exécutèrent des monuments et des routes dont aujourd’hui on trouve des vestiges à chaque pas.
- (2e siècle après J. C. ) La quatrième fut celle des Vandales conduits parGenséric, üjuisemblent n’ètre venus en Afrique que pour y faire disparaître toute trace de civilisation, en y laissant le germe de leur férocité qüi a si bien fructifié dans les générations postérieures dé ce pays.
- (t4e siècle.) La cinquième invasion fut celle des Turcs, qui fut signalée par l’audace du fameux Barberousse, et qui s’étendit surtout dans le royaume d’Alger : les Turcs durent fuir de la province d’Oran devant les Espagnols, qui s’y maintinrent quelque temps.
- (19e siècle.) Enfin, le royaume d’Alger, occupé de nouveau par les Turcs pendant plusieurs siècles, fut acquis, comme on le sait* à la France et à la civilisation par notre glorieuse conquête de 1830.
- Maintenant, passant en revue les caractères des races de chevaux, nous trouvons en eux des signes Communs avec ceux des races appartenant aux peuples dominateurs de ce^pays. Ainsi :
- 1° Le sang arabe se trouve en plus ou moins grande quantité dans presque tous les chevaux de l’Algérie. Le front haut et carré, les yeux saillants, les naseaux bien ouverts, les saillies musculaires et osseuses prononcées, le port de la queue, la sécheresse des membres et leurs conditions de force sont autant de caractères qui appartiennent à la race arabe ; de ces caractères, on en retrouve quelques-uns dans tous les chevaux du pays : cela devait être, puisque les Arabes ont occupé pendant de longs siècles ces contrées, et y sont venus avec leurs chevaux et leurs bestiaux. Il est donc avéré que le sang pri-
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- mitif, en Algérie, était le sang arabe, et qu’il a dégénéré par suite des influences particulières des chevaux, des révolutions et des invasions.
- 2° Les chevaux qui ont suivi les armées romaines et celles des Vandales ont apporté en Afrique les caractères des races européennes, lesquels s’y sont perpétués. Ainsi, on retrouve la tête busquée des chevaux normands dans ceux de la plaine du Chélif, dans ceux de la Metidja et d’autres encore. La poitrine haute, l’épaule longue, les membres gros, les fanons chargés de longs et gros poils, les sabots forts, les hanches saillantes, la croupe avalée, la queue mal attachée, sont autant de caractères des chevaux du Nord, qu’on retrouve aujourd’hui en nombre plus ou moins grand chez beaucoup de chevaux des plaines et des montagnes, et dont la souche remonte à l’occupation du pays par ces peuples.
- 3° Nous n’avons pas assez de renseignements sur les chevaux des Carthaginois et des Assyriens pour retrouver leur cachet dans les races actuelles ; du reste, leur occupation ayant été bornée aux villes du littoral de la mer, ils ont dû importer peu de chevaux ; et s’ils en ont importé, ce n’a sans doute été que de ceux de sang oriental.
- 4° Le sang turc, qui a pour caractères particuliers la tête camuse ou carrée, un fort toupet, la queue et la crinière abondantes en crins, l’encolure rouée, le dos un peu bas, le corps volumineux et les membres fins, se rencontre encore pur aujourd’hui en Algérie; mais il se rapproche tellement du barbe, qu’il serait presque impossible de lui trouver un cachet particulier dans les races du pays ; tout ce qu’on peut faire, c’est de le distinguer de ce dernier, même quand il est sans mélange.
- 5° On trouve enfin des caractères du sang espagnol ; en Afrique, le sang barbe en offre quelques-uns, et semble même avoir été créé de l’alliance de l’arabe avec l’andalous, si ce dernier n'en est pas le descendant. Car, ainsi qu’on le sait, les Maures ont habité longtemps l’Espagne, notamment l’Andalousie : or le cheval de ce pays est-il le descendant du barbe ? ou ce dernier est-il le résultat de son alliance avec l’arabe ? Cette question ne saurait être résolue affirmativement, et importe peu, du reste, quant à ses conséquences.
- 6° Enfin, l’envahissement de l’Espagne et du midi de la
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- Fiance par les Maures, en même temps qu’il est une des causes de la fusion du sang barbe dans ces pays, est aussi une de celles des traces de sang européen dans les chevaux des races barbaresques.
- DES PURES RACES CHEVALINES.
- Beaucoup de personnes qu’un long séjour en Afrique et leur instruction hippique sur les races de chevaux de notre colonie auraient dû éclairer, déclarent encore aujourd’hui, avec la plus profonde conviction, qu’on n’y rencontre qu’une seule race, et précisément celle que je considère comme une des plus rares, c’est la race barbe ; ainsi pour ccs personnes, tout beau cheval est pur barbe, tout mauvais cheval est barbe dégénéré. Nous sommes d’un avis opposé; nous pensons qu’il y a en Algérie d’autres races que la barbe, et qui ne s’en rapprochent sous aucun rapport ; en un mot, avec laquelle elles n’olfrcntpas la moindre analogie. On n’a qu’à étudier au hasard vingt chevaux, qu’on sent qu’il existe plusieurs races : le difficile seulement, c’est de les classer. Pour y arriver, il faut examiner un grand nombre d’individus, les analyser en détail, les comparer entre eux, afin de voir ceux qui offrent le plus de caractères semblables et susceptibles de se transmettre par la génération. C’est en procédant ainsi, et surtouten prenant beaucoup de croquis de chevaux même des plus communs, que je suis parvenu à les classer en six races pures, et quatre sous-races résultant des croisements entre les premières. Il y aurait aussi des variétés à établir dans chacune de ces races. Mais cette étude ne pouvant être faite qu’en voyageant par tout le territoire soumis à notre domination, et en séjournant pendant un certain temps dans chaque localité et dans chaque tribu, je n’ai pu entreprendre ce travail.
- Les six races pures de chevaux qu’on trouve en Algérie sont, savoir : 1° la race arabe, 2° la barbe, 3° la turque, 4° la race des plaines que j’appelle numide, 5° celle des montagnes ou kabyle, 6° enfin celle du désert.
- RACE ARARE.
- Ses caractères. Taille moyenne ou élevée, depuis 1 mètre 15 centim. jusqu’à 1 mètre 55 cent.; robe blanche ou grise, le plus souvent avec crins noirs.
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- Tète carrée ; les saillies osseuses et musculeuses fortement prononcées; oreilles courtes Lien attachées; front large et plat; yeux grands, vifs et saillants ; chanfrein droit; naseaux grands, se dilatant beaucoup pendant l’exercice ; bouche peu fendue; ganache large, ce qui suppose un fort larynx.
- •Encolure droite, légère, se redressant comme celle du cerf, ou se rouant comme celle du cygne pendant l’exercice ; dépression ou coup de hache à la naissance du garrot ; garrot saillant ; le dos, le rein et la coupe formant une ligne presque horizontale ; queue portée en trompe.
- Poitrail moyen en largeur ; muscles pectoraux faisant relief ; épaules longues, obliques, très-libres; poitrine plus haute que ronde ; flancs courts , légèrement arrondis ou retroussés ; hanches peu sorties ; fesses tombant perpendiculairement ; membres fins; muscles des avant bras et des jambes très-prononcés vus en relief sous la peau (ce caractère est commun à presque toutes les autres races) ; aplombs réguliers ; articulations larges, leurs saillies osseuses fortement prononcées, particulièrement celles des genoux et des jarrets ; canons courts; tendons très-détaclxés en relief sous la peau : ceux du devant offrent à peine, au-dessous du genou, les traces de dépression, à laquelle, lorsquelle est très-prononcée, on donne le nom de tendon failli ; paturons plutôt courts que longs ; sabots bien faits, plutôt petits que forts ; corne très-dure ; peau mince ; les veines vues en relief; poil fin et luisant; crins de la queue et de la crinière abondants, fins, soyeux et tombants, les uns jusqu’aux paturons, les autres jusqu’au poitrail ; presque pas de fanon ; châtaignes très-petites et minces ; pas allongé ; trot développé et uni; galop excessivement rapide et pouvant être soutenu longtemps.
- Cette race, la plus noble de toutes celles du globe, est connue par sa sobriété, sa docilité, sa vigueur, sa finesse, son courage et son habileté : on sait que le cheval arabe franchit avec une vigueur extraordinaire monts et ravins, supporte avec une résignation étonnante les privations de toute espèce, et soutient les marches les plus longues. Le cheval arabe est très-rare dans la colonie. J’en ai vu un seul qui pouvait être qualifié ainsi. C’était un étalon gris clair ( le barde) du haras de Bouffarick ; je l’ai dessiné comme type, bien qu’il laissât quelque peu à désirer dans la croupe. Hlais
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- si le cheval arabe a disparu de cette contrée, il y a laissé beaucoup de son sang dans les races indigènes et dont voici les traces principales.
- Caractères qu’on observe sur tous les chevaux de ïAlgérie.
- Saillies osseuses et musculaires de la tète prononcées ; yeuy saillants ; naseau très-dilaté pendant l’exercice ; coup de hache à la naissance de l’encolure ; queue portée en trompe ; muscles des jambes et tendons se voyant en relief sous la peau ; corne des sabots très-dure, ce qui permet aux chevaux de faire de longues routes sans être ferrés ; châtaignes petites ; testicules volumineux ; robe blanche, grise, noire, baie ou alezane, rarement isabelle, plus rarement encoreaubert ou rouan: mouvements souples, docilité, sobriété, agilité, vigueur. Ces chevaux obéissent à la voix de l’homme, sautent avec adresse les ravins, gravissent les collines, et descendent en plein galop les pentes les plus rapides et les plus irrégulières ; s’ils buttent quelquefois, ils ne tombent jamais ; ils ont pour la plupart une allure amblée à laquelle ils font beaucoup de chemin, et qui leur est donnée par les Arabes ; ils ne connaissent guère que cette allure et le galop, et sont tellement dociles, que leurs maîtres les montent sans selle et sans bride, les lançant au plein galop, n’ayant pour les conduire qu’une corde d’aloès passée autour du cou ; ils les dirigent avec une baguette, et les arrêtent sur place à l’aide des jambes et de la voix.
- Au reste, en général ces qualités tiennent à la manière dont ces animaux sont élevés ; ils sont dociles et peu ombrageux, parce qu’ils sont en contact perpétuel avec l’homme. Leur naissance est fêtée dans la tribu ; poulains, ils jouent avec les enfants, les femmes leur apportent du lait, et les comblent de caresses ; aux fêtes, ils viennent entendre la fusillade pendant les fantasias. Ils sont sobres, parce que dans leur jeunesse ils éprouvent des privations ; enfin, ils sont agiles et adroits, parce qu’ils s’habituent de bonne heure h franchir les ravins et à gravir les montagnes. L’habitude est une seconde nature; aussi est-il à craindre que ces qualités ne se perdent dans nos mains, nous qui nous éloignons tant des Arabes dans la manière d’élever.
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- Caractères qu'on observe seulement chez les chevaux barbes et
- turcs.
- Oreilles petites et bien placées ; front large et carré ; yeux grands ; naseaux très-ouverts ; bouche peu fendue ; ganache large ; crins de la crinière et de la queue abondants, lins, très-longs et soyeux ; articulations larges ; membres souples ; ten> dons bien détachés ; presque pas de poils aux fanons ; peau mince, laissant apercevoir les veines en relief ; poil fin et luisant.
- RACE BARBE.
- Ses caractères. Taille moyenne ou élevée (1 mètre 48 à 60 c.); robe grise ou blanche le plus souvent; peau mince, veines vues en relief; poil fin et luisant; tète bien attachée; oreilles très-petites, bien dirigées ; front large, carré ; yeux vifs, grands et saillants ; chanfrein offrant une saillie sur son milieu, très-légèrement convexe ; naseaux bien ouverts; ganache large; encolure de cygne ou rouée, assez forte ordinairement; coup de hache; garrot sorti ; dos droit, quelquefois un peu bas ; reins courts et droits; croupe arrondie; queue bien attachée; poitrail ouvert ; épaules rondes quoique longues ; poitrine arrondie ainsi que le ventre; flancs courts; hanches un peu effacées; fesses arrondies.
- Membres bien placés, ceux de derrière ouverts; avant-bras ayant leurs muscles prononcés, ainsi que ceux des jambes de derrière ; articulations des genoux et des jarrets larges, leurs os prononcés; tendons bien détachés, ceux des membres antérieurs offrant supérieurement la dépression qui constitue le tendon failli; canon haut; paturon long; sabot petit, disposé au resserrement et à l’encastelure par la ferrure, surtout par la ferrure française; peu de poils aux fanons; châtaignes petites ; testicules volumineux ; peau fine ; poils gris ou blancs, souvent avec queue et crins noirs. Il y a des variétés dans cette race, l’ime aux formes fines et distinguées, l’autre aux formes un peu grosses et plus fortes, qui malgré cela est prisée par les Arabes.
- Le cheval barbe réalise le beau idéal ; c’est le plus élégant, le plus gracieux de l’univers ; il faut le voir monté par un
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- Arabe, dans une fantasia, comme il est brillant avec sa tête au vent, ses narines ouvertes et ronflantes, ses yeux voilés par les crins de son toupet, scs oreilles dirigées en avant, sa crinière flottante, sa queue en trompe, scs membres tendus et prêts à fendre l’espace; comme il est fier, comme il bondit, comme il saute quand il sent les cbabirs (éperons) approcher de ses flancs; avec quelle rapidité il s’élance quand la bride ne met plus d’entraves à son ardeur; comme il vole et disparaît dans un nuage de poussière, et quand il revient triomphant, comme il écume, souffle et piaffe d’impatience et d’humeur contre le frein qui le retient ; et cependant comme il est tranquille auprès de son maître, qu’il attend paisiblement des heures entières, qu’il suit comme un chien, et avec lequel il aime tant à jouer.
- Les chevaux barbes, pur sang, sont rares en Algérie (l'Etat est obligé de faire acheter des étalons à Tunis) ; on n’en trouve guère que chez les riches Arabes de l’intérieur, principalement chez ceux des limites du désert ; il y a loin entre les précautions qu’ils prennent pour conserver cette race pure, et l’espèce d’abandon qu’ils affectent pour la reproduction des autres races ; ainsi ils tiennent tellement à leurs juments de sang, qu’ils ne consentent jamais à les vendre pour aucun prix ; en outre, ils se gardent bien de les faire travailler, et les consacrent uniquement à la reproduction. Ces juments sont en tout temps bien nourries ; pendant les quatre mois de vert, elles paissent dans les mei'leurcs prairies, et, le reste de l’année, on leur donne chaque jour deux bons repas d’orge (chncr) et de la paille [le-bni) à discrétion. Aussi ces bêtes sont-elles toujours en bon état, O11 ne les étrille pas, mais on les bouchonne plusieurs fois le jour, et on les couvre d’une bonne et ample couverture (tlghéla) ; en outre, pendant l’été, elles sont conduites auprès des sources où on leur lave à fond les membres et le corps une ou deux fois par jour ; on les expose ensuite au soleil pour les faire sécher, ce qui leur rend le poil propre, fin et luisant.
- La saillie de ces juments se fait au printemps ; l’Arabe choisit pour cette opération un étalon jeune, vigoureux, beau et bien fait ; il tient un registre de généalogie pour les produits, et un petit billet renfermé dans un sachet pendu au cou du poulain contient son nom, celui de son père et de sa mère, ainsi que celui de sa tribu, et quelques versets du Coran pour le préserver des balles et des autres dangers, ainsique des maladies.
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- Les poulains et les étalons sont nourris et soignés comme les juments ; ils sont ménagés jusqu’à l’âge de six à sept ans,et sont vendus à cet âge depuis 1,500 fr. jusqu’à 2,500 fr. Ils ne sortent pas des mains des chefs arabes avant l’âge de quinze à seize ans, mais à cet âge ils sont bien conservés ; aussi peuvent-ils encore rendre de bons services pendant quatre à cinq ans; car s’ils sont lents à se développer, ils vivent longtemps, et ne sont guère usés avant vingt ans, quand ils ont été ménagés dans leur jeunesse.
- A cinq ans, le barbe a atteint à peu près la taille qu’il doit avoir ; mais il est mince et fluet : ce n’est que de cinq à sept ans qu’il prend du volume, de la force, et qu’il acquiert cette vigueur qu’on lui connaît. Si le vrai barbe e.-t rare dans la colonie, il n’en est pas de même de ses croisements ; on y rencontre ce sang à divers degrés mélangé avec les autres races.
- RACE TURQUE.
- Ses caractères. Le cheval turc diffère pendu barbe ; sa taille est plus petite ; son corps est plus près de terre et plus volumineux ; sa tête est nouée avec l’encolure ; son front est souvent bombé ; son chanfrein est busqué ; son encolure est rouée, épaisse ; sa crinière est très-abondante et longue , il n’offre pas le coup de hache ; son garrot est peu sorti ; le dos est bas, quelquefois cnsellé ; ses reins sont courts ; sa croupe est large et arrondie; sa queue est attachée un peu bas; son poitrail est très-ouvert ; ses épaules et ses fesses sont chargées ; son ventre et sa poitrine sont volumineux ; ses membres sont courts, ouverts et légèrement cagneux ; leurs articulations sont larges ; leurs canons sont fins ; leurs tendons sont bien détachés ; les paturons sont bas et longs ; les pieds petits.
- Tous les autres détails de ces chevaux sont les mêmes que ceux du barbe, leurs allures sont plus raccourcies, elles sont au moins aussi vives; mais ils troussent beaucoup, et fauchent en trottant. A la masse que présente leur corps, on serait tenté de leur soupçonner peu de vivacité, si l’on ne voyait dans leurs membres toutes les conditions de force et de souplesse possibles, et dans la fierté de leur regard toute la vigueur dont ils sont susceptibles ; en effet ils patinent, qu’on me passe le mot, leurs membres avec une vivacité surprenante, plus grande
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- même que le barbe. Ils ont peut-être plus de feu, mais ils sont plus courts d'haleine et sont aussi moins dociles.
- Les chevaux turcs sont au moins aussi rares que les barbes, s’ils ne le sont pas plus, et leur sang est difficile à retrouver dans les croisements avec les autres races.
- RACE DES P RAINES OU NUMIDE.
- Ses caractères. Taille moyenne ou élevée, rarement petite ; corps grêle, généralement haut sur ses membres ; crins assez abondants à la crinière, à la queue, aux fanons, mais souvent gros; robe variée, blanche, grise, alezane, baie ou noire; la peau assez épaisse et le poil un peu gros sur quelques chevaux ; tête longue, aplatie latéralement; oreilles longues ; front et chanfrein étroits, busqués l’un et l’autre, ou bien l’un ou l’autre ; bout du nez souvent effilé; naseaux étroits ; ganache serrée; encolure grêle ou peu chargée, quelquefois peu fournie de crins, droite ; coup de hache fortement prononcé; garrot élevé; dos droit ou voussé en contre bas ; croupe de mulet et avalée ; queue mal attachée ; poitrail étroit ; épaules serrées, droites et comme chevillées ; côtes longues, poitrine étroite ; flancs retroussés ; fesses minces, et tombant verticalement sur les jambes; le devant et le derrière serrés; membres hauts et grêles; les avant-bras longs ; les canons courts, les paturons longs ; pieds panards ; tendons peu détachés; la dépression qui constitue le tendon failli très-prononcée ; jarrets clos.
- VARIÉTÉS DE LA RACE NUMIDE.
- Cette race présente, pour ainsi dire, autant de variétés qu’il y a de grandes plaines en Algérie ; les principales sont celles de la Metidja, du Chélif et de la Medjana.
- Variété de la Metidja. Les caractères des chevaux de celtè variété sont : une taille moyenne (1 mèt. 45 à 50) ; le corps grêle; la tète petite, étroite; le front busqué; le chanfrein droit; le bout du nez très-effilé ; la ganache très-serrée; l’encolure grêle, de cerf; la crinière peu abondante; le coup de hache très-prononcé ; le dos voussé ; la croupe de mulet avalée ; le poitrail, la poitrine et les fesses sont étroits; le ventre levrette; les épaules droites et serrées; les membres grêles, fins, serrés et panards ; les jarrets clos; les pieds moyens.
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- •Ces formes anguleuses disparaissent un peu sur les sujets qui sont gras, mais on les reconnaît toujours.
- Variété du Cliélif. Les chevaux de la plaine du Chélif ont pour caractères : une taille élevée (I met. 50 à 60), égalant celle du cheval allemand ; le corps proportionné à leur hauteur ; les crins de la crinière, de la queue et des fanons abondants et souvent épais ; la peau épaisse ; le poil un peu grossier ; la tête forte, aplatie latéralement, busquée depuis le toupet jusqu’au bout du chanfrein ; le bout du nez gros ; l’encolure assez épaisse, droite ou rouée ; le dos droit; les hanches saillantes, comme les chevaux allemands; la croupe très-avalée;la queue mal attachée; le poitrail assez ouvert ; l’épaule longue et oblique; la poitrine profonde; les flancs un peu cordés ; les fesses arrondies ; les membres hauts et forts; les articulations larges ; les canons gros, quelquefois un peu empâtés; les sabots forts ; les aplombs réguliers devant, panards du derrière, et les jarrets clos ; la robe alezane est la plus commune. Ces chevaux sont généralement les plus forts de l’Algérie, mais ils sont mous.
- Variété de la Medjana. Les chevaux de cette variété ont presque la taille de ceux du Chélif, mais ils sont plus fins et même distingués ; ils ont la peau mince, le poil fin ainsi que les crins, qui sont peu nombreux, surtout au fanon ; la robe grise ou blanche le plus souvent; la tête légère et longue ; les oreilles assez longues ; le front droit ; le chanfrein convexe ou saillant et étroit ; le bout du nez effilé, surtout les juments ; la ganache un peu serrée ; l’encolure grêle, peu fournie, droite ou rouée , le garrot élevé ; le dos droit ou voussé ; la croupe longue, horizontale ou de mulet; la queue mal attachée; le poitrail un peu étroit, surtout les juments : la poitrine haute; le ventre un peu grêle ; les épaules peu obliques ; les fesses larges, leur bord postérieur tombant verticalement sur les jambes ; les membres hauts, fins ; les canons et les paturons longs ; les tendons bien détachés inférieurement; les pieds petits; les aplombs presque réguliers devant ; les jarrets droits et serrés.
- Cette variété est la plus distinguée des trois ; à la taille de celle du Chélif elle joint la souplesse et la vivacité de celle de la Metidja; aussi les escadrons de cavalerie de la province de Constantine sont-ils les mieux montés. Du reste, le caractère paisible et peu hostile des Arabes de cette province,enles préser-
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- Vant de la guerre, leur a permis de soigner la reproduction de l’espèce chevaline; aussi tiennent-ils beaucoup à leurs juments; ils ne veulent les vendre pour aucun prix, même aux Arabes des autres contrées.
- Le goum de Mohammed-ISokranï, kalifat de la plaine de Constantine, mérite nos éloges pour la beauté de ses chevaux ; aussi leurs maîtres leur donnent-ils des soins particuliers, surtout aux juments. Il n’en est pas de même chez les Arabes du Chélifetde la Metidja, qui, en général, nourrissent mal leurs \hevaux, les soignent peu, et en abusent pour le travail, alors même qu’ils sont encore poulains.
- En résumé, le cheval numide ou des plaines est d’autant plus vif qu’il est plus fin ; il allonge beaucoup au trot et au galop, , mais il s’use promptement parce qu’il offre de graves défauts souvent dans ses membres, soit qu’il les ait trop grêles, trop long-jointes , qu’il ait les épaules droites ou chevillées, ou les jarrets trop droits. Ce qu’il y a de surprenant chez ces chevaux, c’est leur solidité, malgré leur défaut de conformation. On est étonné de les voir soutenir de très-longues courses au galop, quoiqu’ils aient la poitrine étroite, ce qui confirme ce que l’on voit souvent chez le cheval anglais, « que les vices de conformation ne sont pas aussi préjudiciables aux chevaux que leur défaut de sang noble, » non pas, peut-être, autant pour la durée du service que pour son actualité duser-vice ; ainsi le cheval anglais, quoique brassicourt quelquefois, ne butte pas ordinairement ; mais c’est par ce défaut.d’aplomb que commence son usure. Il en est de même pour les chevaux dont je parle.
- Enfin les chevaux de cette race sont plus précoces que les barbes; ils ont atteint leur taille de trois ans et demi à quatre ans, et leur développement en volume de cinq à six ans.
- RACE KABYLE OU DES MONTAGNES.
- Ses caractères. Taille petite ou moyenne (1 mèt. 35 à. 48 c.); corps bien proportionné ; muscles prononcés ; formes communes; peau épaisse ; poils et crins grossiers, abondants aux fanons ; tête forte ; oreilles moyennes ou longues, rarement courtes ; front busqué., quelquefois le chanfrein aussi ; quelquefois l’un et l’autre droits ; naseaux bien ouverts ; bout du
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- nez gros ; bouche fendue; ganache étroite; mâchoires larges ; quelquefois un renflement osseux de chaque côté du chan* frein ; encolure courte, forte, aplatie latéralement et droite ; garrot saillant; dos droit ou voussé ; hanches saillantes;croupe large, avalée ; queue attachée bas ; poitrail ouvert ; épaules longues et obliques; poitrine profonde; flancs courts, cordés; fesses fortes, leur bord postérieur tombant obliquement sur la jambe ; membres courts, forts et rassemblés sur le ventre ; ar-ticulations du genou et du jarret très-larges ; avant-bras longs ; canons et paturons courts; tendons trcs-détacliés ; sabots forts, panards, surtout du derrière; jarrets clos.
- Ces chevaux, malgré leur petite taille, sont très forts ; et malgré leurs formes grossières ils sont très-vifs et bien adroits ; leur pas et leur trot sont allongés ; leur galop est très-rapide, et ils sont, de tous les chevaux, ceux qui peuvent le soutenir le plus longtemps, Les chevaux kabyles ont atteint leur taille de deux ans et demi à trois ans, et leur volume de quatre à cinq ans.
- Par ses qualités, cette race, telle quelle, est la meilleure pour remonter notre cavalerie en Afrique ; c’est elle qui, à juste titre, jouit de la meilleure réputation pour ce service ; et elle la mérite sous tous les rapports, pour la sobriété, la docilité, la force et l’énergie. Elle ofl're trois variétés qui se valent presque les unes et les autres.
- La première variété oiïre la plupart des caractères que je viens d’indiquer.
- La seconde s’en distingue par les caractères suivants Taille moyenne; corps plus volumineux ; poils plus abondants aux fanons ; tête grosse, carrée; front plat; chanfrein droit ou légèrement busqué ; ganache assez longue ; encolure courte, épaisse; garrot bas ; dos droit; reins courts; croupe courte, presque droite ; poitrail très-ouvert; épaules rondes, ainsi que la poitrine et le ventre ; membres courts, gros, droits ; avant-bras courts; canons ronds; paturons courts et droits; pieds cagneux devant ; les talons liants.
- Ces chevaux sont très-forts, résistent beaucoup aux fatigues, mais ils n’ont pas de trot, et leur galop, très-raccourci, est moins vite que celui des chevaux de la première variété.
- Les chevaux de la troisième variété sont plus petits ; ont la tête fine ; les oreilles courtes ; le front et le chanfrein droits ; le
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- bout du nez effilé ; l’encolure assez mince et légère, de cerf, ordinairement ; le dos un peu ensellé; la croupe arrondie; le poitrail ouvert; les épaules rondes ainsi que la poitrine et le ventre, qui est quelquefois volumineux ; les membres bien d’aplomb; l’avant-bras long; le canon court, fin et rond; une touffe de longs poils aux fanons ; les paturons longs et bas ; le pied petit ; les talons bas.
- Ces chevaux sont faibles, mais ils sont doués cl’une grande vivacité, de beaucoup d’agilité et de souplesse dans leurs allures.
- Les grandes différences qui existent entre les races des plaines et celles des montagnes ne se font pas remarquer seulement dans l’espèce chevaline, mais aussi dans toutes les autres espèces domestiques, et même dans l’espèce humaine. Ainsi l’Arabe des plaines est d’une haute taille ; ses formes sont arrondies ; sa physionomie est régulière, douce, insignifiante et peu mobile; il est fort, mais sans vigueur et sans énergie, tandis que l’Arabe des montagnes ou Kabyle est court, trapu, fortement musclé et nerveux ; son physique est dur, ses traits prononcés ; ses yeux petits et vifs ; ses sourcils contractés ; son front plat et plissé. Tout chez lui, enfin, dénote la volonté, le courage, l’énergie, la vigueur, la souplesse et l’adresse.
- Quel rapprochement ne trouve-t-on pas entre la constitution physique et morale de l’homme, et celle des animaux dans ces localités? Quelle concordance entre les êtres et les éléments avec lesquels ils sont en contact?
- Revenant à ces deux races de chevaux, je dirai qu’il s’en faut de beaucoup qu elles soient soignées comme les races précédentes. Etant le domaine du pauvre, des Arabes agriculteurs, de cette classe, enfin, qui correspond aux vassaux d’autrefois ; qui travaille beaucoup, mais qui paye de très-fortes redevances ; il en résulte que ces chevaux sont généralement mal soignés. Ainsi étalons et juments sont soumis à de rudes services, toujours au-dessus de leurs forces; qu’ils soient malades ou bien portants, il faut qu’ils tirent le soc de la charrue ou qu’ils portent l’énorme fardeau qui les accable : tels on les rencontre sur les chemins, marchant souvent à trois jambes, couverts de plaies et de bosses, ou, tombés sous leur charge, recevant une grêle de coups. Tant qu’il y a du vert, ils sont bien nourris ; mais quand il vient à manquer, ils vivent de ce qu’ils trou-
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- vent et d’une poignée d’orge qu’on leur donne de temps en temps. Jamais ils ne sont pansés; les juments pleines et celles qui allaitent sont obligées de travailler comme les autres; aussi observe-t-on beaucoup d’avortements. Le plus souvent elles ont suivies par leurs poulains ; ceux-ci sont montés, et soumis également aux divers exercices dès l’âge de dix-huit mois. Dans ces races, les chevaux sont généralement complètement usés à cinq ans, et ruinés sur leurs membres. Ces pauvres chevaux, pour comble de défauts, offrent d’énormes formes, qui sont occasionnées par les entraves que les Arabes leur mettent aux paturons antérieurs quand ils les lâchent dans les champs. La détérioration de ces chevaux est telle, que sur trois ou quatre cents qu’en possède une tribu, il ne s’en trouve pas dix qui, à cinq ans, ne soient gravement tarés.
- Cet état de choses est d’autant plus fâcheux que ces races fourniraient de très-bons chevaux pour notre cavalerie, si elles étaient mieux soignées ; car s’il est difficile de trouver des chevaux pour la remonte, ce n’est pas parce qu'il en manque, nul pays n’en possède peut-être autant, mais c’est parce que tous sont fortement tarés avant cinq ans. Il serait donc à désirer que M. le maréchal-gouverneur, dont la sollicitude s’étend sur tous les besoins de la colonie, et qui connaît la vérité de ce que j’avance, prît des mesures pour y apporter un remède quelconque : rien ne serait plus facile, surtout aujourd’hui.
- Dans ce but, voici ce qu’il faudrait faire : 1° interdire le travail aux juments que l’on connaîtrait pleines, ainsi qu’à celles qui auraient pouliné, pendant les six premiers mois qui suivent la mise bas ; 2° défendre expressément de laisser circuler les poulains à la suite de leurs mères pendant leur travail ou sur les routes ; 3° défendre également de faire travailler les poulains avant l’âge de deux ans et demi aux travaux de culture, et avant quatre ans pour tous les autres services ; 4° prohiber le mode d’attache avec les entraves, le faire remplacer par le licou, oune permettre que l’usage des entraves en cuir et boucles, si cela est possible ; 5° charger les chefs des douairs et des tribus, cheiks et kaïds, de l’exécution de cet arrêté, et imposer une amende aux contrevenants, laquelle serait perçue par ces chefs et leur serait abandonnée ; moyen infaillible pour qu’ils s’acquittent de leur mission.
- L’application d’une pareille ordonnance, quoique paraissant
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- offrir des difficultés, sciait cependant possible, d’autant plus quelle éclairerait les Arabes sur leurs propres intérêts, et qu’on pourrait les encourager à la suivre en primant les chevaux de cinq ans qui seraient exempts de tares et propres à la remonte de la cavalerie.
- Admettant que cette ordonnance soit promulguée et qu’elle soit rigoureusement exécutée dans toutes les tribus soumises, dans trois ans on aurait plus de chevaux bons pour le service qu’il n’y en aurait besoin. Si l’on considère cette mesure comme impossible, il faut alors changer la base des conditions de remonte. Il faut acheter les chevaux à trois ans, les tenir en réserve jusqu’à cinq dans des établissements particuliers ; répandre des instructions spéciales sur l’élève du cheval parmi les Arabes ; leur démontrer les abus de leurs usages ainsi que les pertes qu’ils leur font éprouver.
- RACE DU DÉSERT.
- Ses caractères. Les chevaux des confins du désert sont fins et très-distingués; mais ils n’ont pas la grâce des barbes. Leurs caractères sont : une taille élevée ; des formes élancées ; la tête longue, bien détachée de l’encolure ; les oreilles longues ; le front et le chanfrein droits , le bout du nez effilé ; la bouche très-fendue ; la ganache un peu serrée ; l’encolure grêle de cerf, de cygne ou droite, peu fournie de crins ; le garrot très-saillant; le dos, le rein et la croupe formant une ligne presque horizontale ; la croupe un peu étroite ; le poitrail peu ouvert ; l’épaule longue, assez oblique; la poitrine haute et le ventre levretté ; les fesses peu fournies et leur bord postérieur tombant verticalement sur la jambe; les membres hauts, grêles, bien d’aplomb; les genoux hauts; les canons arrondis; les poils des fanons longs; les paturons plutôt droits qu’obliques; les pieds d’un volume moyen.
- Ces chevaux sont bien soignés, très-vigoureux et capables des plus grandes fatigues; ils sont très-ardents auprès des juments, et même dangereux quand ils les sentent. Ils sont souvent peu dociles, entêtés, quelquefois rétifs et méchants. Malgré cela, ils sont très-recherchés par les Arabes riches ; c’est à juste titre; car ce sont eux qui possèdent le plus de sang arabe, et s’ils sont moins élégants que les barbes, ils ont plus de fond; aussi cette race serait-elle peut-être aussi avanta-
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- geuse que la barbe, comme type pour l’amélioration des autres races indigènes; d’autant plus qu’elle s’en rapproche davantage sous le rapport des formes. On pourrait trouver des étalons distingués dans les tribus de l’Agouath, des Ouledna-Il, de Taquin, etc.
- DES RACES CROISÉES.
- Indépendamment de ces races types, il existe en Algérie une infinité de croisements des unes avec les autres, et à des degrés tellement variés, qu’il est quelquefois très-difficile de les reconnaître. Ce qui peut servir à les distinguer, en général, c’est que, le plus souvent, toute une partie du corps tient d’un type, ordinairement l’avant-main à la race la plus distinguée, et l’autre, la partie postérieure, à la race la plus commune.
- CROISEMENTS DU SANG ARABE.
- Bien que le sang arabe coule dans les veines de toutes les races de l Algérie, il est peu probable qu’il ait été souvent renouvelé à la souche même, puisque le cheval arabe y est excessivement rare ; il faut donc admettre que le plus ou moins de sang qu’elles en possèdent s’est maintenu depuis l’envahissement du pays par les Gétules, à travers les siècles et les révolutions. Favorisé dans sa conservation par les influences climatériques de ce pays et les mœurs des habitants, si voisines les unes et les autres de celles qui lui sont propres. Toutefois, il n’est pas douteux que les races barbe et du désert se sont retrempées à cette souche à diverses reprises; ce qui l’indique, c’est la grande quantité de caractères qu’elles en possèdent; en outre, il est plus que probable que des étalons de souche sont venus les vivifier de temps en temps, caries Arabes riches ont dû en ramener dans leurs pèlerinages à la Mecque.
- CROISEMENTS DU SANG BARBE.
- Les croisements les plus nombreux que l’on rencontre sont ceux du sang barbe avec les autres races ; on peut même, avec une attention soutenue, leur reconnaître trois degrés.
- Premier degré. Quart sang. Dans les croisennnts à ce degré, les chevaux n’ont guère du barbe que la tète, et sont faciles à reconnaître à ses caractères. Ce sont les plus nombreux ;
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- ce sont eux aussi qui ont fait croire que tous les chevaux étaient barbes, car on voit beaucoup de ces croisements. Cependant cette erreur est impossible quand on en détaille toutes les formes.
- Deuxième degré. Demi-sang. Ces chevaux ont la tête, l’encolure, la crinière, le poitrail, le garrot et même l’épaule du barbe, mais le reste du corps révèle l’autre partie de leur origine, à tel point même, quelquefois, qu’ils sont décousus et paraissent défectueux quand la troisième souche est numide ou kabyle.
- Troisième degré. Trois quarts de sang. Dans ce croisement, la plupart des formes sont barbes ; on ne saisit leur mélange que dans quelques détails, le plus souvent dans la croupe et dans les membres. Le rapprochement peut être encore plus complet, mais alors il devient insaisissable, comme aussi, entre ces trois degrés, il y a bien des nuances intermédiaires qui deviennent insignifiantes du moment qu’on peut les rapprocher de l’un ou de l’autre.
- Les croisements demi-sang étant les plus faciles à saisir,c’est d’eux seulement que je vais m’occuper.
- CROISEMENT DU BARBE AVEC LE CHEVAL DU DÉSERT.
- Les chevaux de ce croisement ont une taille élevée ; la tête du barbe, moins la saillie du chanfrein ; les formes moins arrondies que les siennes, moins sèches que celles du second type ; de plus, leur dos, leur rein, leur croupe, forment une ligne horizontale ; leurs aplombs sont parfaits.
- La fusion de ces deux races, également distinguées, donne des produits qui offrent leurs perfections réunies, et reconstitue une sous-race qui, par des croisements répétés, se rapprocherait singulièrement du pur sang arabe ; j’ai vu un cheval de ce croisement, qui nous fut livré à la remonte de Médéah par le kalifat de l’Agouath, et qui devint aussi beau et aussi bon que peut être un cheval.
- BARBE-TUBC.
- Les chevaux de ce croisement sont plus répandus que le cheval turc. Ils sont plus hauts que ce dernier, plus petits que le barbe, dont ils se rapprochent par la finesse, la tête, les
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- épaules, les membres, mais dont ils diffèrent par leur derrière qui est plus chargé, leur croupe plus basse et plus large, ainsi que par leur dos un peu ensellé et leur queue moins bien attachée.
- La fusion de ces deux races produit d’excellents chevaux pour la vigueur et la souplesse.
- BARBE-NUMIDE.
- Les chevaux qui résultent de ce croisement ont une taille moyenne ou élevée ; la tête du barbe, ainsi que l’encolure; la crinière, le garrot, le poitrail, les épaules, les membres; mais ils ont les oreilles plus longues ; le ventre plus levretté ; le dos un peu voussé ou droit ; la croupe étroite comme celle du mulet ; les hanches un peu saillantes ; la fesse droite ; les jarrets droits et clos.
- Les produits de ce croisement sont en général peu gracieux, cependant il en existe de très-beaux ; ce sont ceux qui sont créés par la fusion du sang barbe avec la variété numide de la province de Constantine, qui sont beaux et bons ; ce qui s’explique facilement, car on sait que la variété indigène de cette province est celle qui a le plus de distinction. Notre estimable collègue et ami, M. Bernis, vétérinaire principal, possédait, il y a un an, un superbe cheval blanc qui provenait de ce croisement.
- BARBE-KABYLE.
- Le produit barbe-kabyle a la tête distinguée du barbe, son encolure ; sa belle crinière, qui est même plus abondante ; son garrot; son épaule, qui est cependant plus longue; sa finesse de la peau; une taille moyenne ou petite ; mais il a les oreilles longues ; le dos voussé ; la croupe très-avalée ; la queue mal attachée ; le poitrail ouvert ; la poitrine haute ; le flanc retroussé et cordé ; les hanches saillantes ; les membres courts, forts, larges de tendons et aux articulations, rapprochés sous le ventre ; les jarrets clos ; les sabots forts.
- On conçoit combien s’harmonise peu une partie de ces formes avec l’autre ; axjssi les produits les plus distingués de ce croisement sont-ils toujours décousus et quelquefois disgracieux ; c’est pourquoi je le considère comme peu rationnel, à cause des énormes différences qui existent entre ces deux races;
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- puis parce que la race kabyle a une destination spéciale, à laquelle el'e est on ne peut plus apte : c’est d’être propre à la cavalerie - ce n’est que par une suite de croisements répétés qu’elle pourra devenir gracieuse ; en un mot, quand elle possédera trois quarts de sang barbe.
- BARBE-FRANÇAIS.
- Ce croisement, qui s’est produit pour ainsi dire accidentellement avec les juments du génie, de l’artillerie, du train des équipages et des parcs, ne laisse pas que d’être très-intéressant à connaître, tant sous le rapport des formes qui en résultent que pour le parti qu’on pourra en tirer plus tard. Ceux que nous allons examiner sont les fruits du premier croisement.
- Les races françaises qui ont jusqu’à présent donné des produits sont la race normande du train des équipages, la franc-comtoise et poitevine, de l’artillerie et du génie.
- CROISEMENT BARBE-NORMAND.
- Les premiers produits fournis par ce croisement ont une taille élevée ; beaucoup de sang barbe dans la tête, qui est fine et même distinguée ; les mères ayant le clianfrein à peine busqué, on ne saurait, tant qu’à présent, indiquer si cette particularité persisterait dans les croisements; l’encolure est plus légère que celle du cheval normand ; les autres formes du corps sont celles de cette race; les membres se rapprochent du barbe : ils sont hauts, fins, long-jointés, ont les sabots petits, les tendons bien détachés et nullement faillis.
- Ces chevaux ont de belles dispositions pour le trot, et joignent à la vigueur du barbe la force de leur mère ; il s’en est trouvé d’excellents. J’en ai vu un qu’un capitaine de spahis tenait d’un officier du train, qui, quoique d’une taille moyenne, était fort, excessivement vigoureux et capable de soutenir les plus grandes fatigues. Cet officier en a refusé maintes fois -1,800 fr. et 2,000 lr.; il ne l’aurait pas changé contre le meilleur cheval barbe. Une particularité que j’ai remarquée sur plusieurs de ces produits, c’est qu’ils auraient moins de taille que leur mère, contre leprincipc admis qu’ils la reçoivent d’elle ordinairement. Ce croisement aurait-il pour effet constant un pareil résultat? C’est ce que nous apprendrons par de nouveaux
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- essais. Toujours est-il que le croisement barbe-normand est une opération à poursuivre plus avant, surtout avec la race du Merleraut, d’abord, afin d’obtenir sur les lieux une race qui joigne à la force du cheval normand l’énergie et la vigueur du barbe, et les avantages de l’acclimatation , ensuite pour créer dans le pays même des chevaux de diligence et de trait léger. Si une race pareille pouvait être créée, elle offrirait de grands avantages pour remonter le train et pour les divers services publics que les chevaux indigènes ne peuvent remplir pour la plupart, trop faibles qu’ils sont, et que remplissent mal les chevaux français qui ont à combattre les influences du climat et le changement de nourriture. Ces croisements poursuivis, même seulement comme étude, nous indiqueraient par leurs résultats si l’on ne tirerait pas de grands avantages de l’importation du sang barbe dans celui des races normandes, bretonnes et percheronnes ; car puisque le cheval anglais doit sa perfection au sang barbe, ainsi que cela est prouvé par l’histoire, il est possible que nous ayons de plus grands avantages pour l’amélioration des races que j’indique en puisant directement leur type améliorateur à cette souche qu’en le recevant de seconde main, comme cela a lieu par l’emploi du sang anglais.
- Du reste, trop peu fixé encore dans les résultats de ce croisement, je livre ces réflexions pour ce qu’elles valent aux personnes qui, plus éclairées que moi sur cette question, peuvent mieux apprécier leur valeur.
- CROISEMENTS BARBE-POITEVIN ET FR ANC-COMTOIS.
- Je n’ai vu que deux produits de ces croisements. Leurs mères étaient de taille moyenne ; avaient la tête forte , l’encolure courte et grosse, le corps volumineux; le dos, les reins et la croupe doublés ; leur dos était cnsellé ; les membres courts et très-forts.
- Les produits avaient la tête sèche du barbe, mais elle était forte; l’encolurc courte; le corps volumineux, moins cependant que celui de leurs mères ; le dos presque droit, mais doublé, ainsi que les reins et la croupe ; cette partie était moins avalée que celle des mères ; leurs membres étaient plus hauts, beaucoup plus fins, seulement leurs articulations étaient fortes.
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- D’après cet ensemble de caractères, on voit que, dans les produits de ce croisement, un corps volumineux est supporté par des membres grêles. Ce vice, ainsi que le peu de rapports qui existent entre le barbe et ces races, sont des raisons plus que suffisantes pour faire considérer comme anormal et irrationnel le croisement de ces races.
- CROISEMENT DES RACES INDIGENES ENTRE ELLES. — NUMIDE ET
- KABYLE.
- Il existe de nombreux croisements, et à des degrés excessivement variés, de ces deux races entre elles ; c’est là ce qui embarrasse souvent le classement des chevaux dans l’une ou l’autre de ces races ou dans les produits croisés ; mais s’il est difficile parfois de savoir si un cheval est croisé ou pur numide, il est facile toujours de reconnaître qu’il est ou n’est pas kabyle, attendu que tout cheval qui n’est pas de cette dernière race dépasse la taille moyenne de cavalerie légère dans l’immense majorité des cas. Maintenant, pour savoir s’il est pur numide ou mélangé, il faut examiner ses détails. Ainsi, si la tête est forte, l’encolure courte, les poils nombreux aux fanons, et surtout si les tendons des membres antérieurs sont bien détachés et non faillis, nul doute que ce cheval est un produit croisé, et non un pur numide, car celui-ci a toujours l’encolure longue et le tendon failli, quelle que soit la variété à laquelle il appartient. Du reste, les produits de ces deux races joignant en partie les qualités de l’une et de l’autre, il n’y a aucun inconvénient pratique à les confondre avec elles-mêmes. Leur distinction n’olfre d’intérêt que pour leur classement.
- Les chevaux numides, quoique grands, manquant de force, et les kabyles étant très-vigoureux et très-énergiques, mais petits, il ne peut être qu’avantageux de les croiser, pour corriger les défauts des uns par les qualités des autres; ce croisement mérite d’être encouragé et dirigé.
- Telles sont les distinctions, dans les races de chevaux en Algérie, que je suis parvenu, par une étude soutenue, aride et souvent décourageante, à tirer de leur mélange inouï,sorte de chaos dont j’ai douté longtemps de faire sortir quelque lumière. Qu’il puisse en jaillir quelques étincelles, et mon but sera rempli, car, je le sens, je n’ai pas mis la dernière main à cette œuvre ; elle demande une étude plus longue et plus éten-
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- due que celle qu’il m’a été pexmis d'en faire. Mais je me croirai heureux si ce travail peut éclairer les gens de l’art dans cette voie mystérieuse.
- DES RACES ASINES.
- Il existe en Algérie deux races asines, l’une de taille moyenne ou élevée, l’autre petite.
- GRANDE RACE.
- Ses caractères. Taille moyenne ou élevée; formes de corps communes ; tête forte ; oi-eilles grosses et longues, garnies de poils intérieurement ; front large et plat, droit ainsi que le chanfrein ; bout du nez gros ; ganache large ; encolure droite et épaisse ; poitrail large ; épaules fortes ; ventre rond ; croupe large ; membres hauts et épais ; paturons un peu droits ; pieds forts ; peau épaisse ; poils longs et gros, de couleur ordinairement brune. Cette race, qui est la ineilleuie, est malheuieuse-ment la plus rare ; elle se trouve dans les tribus de l’intérieur.
- PETITE RACE.
- Ses caractères. Taille petite, à peu près la même que celle du fort chien ; formes du corps grêles ; tête petite ; oreilles fines, peu velues intérieui’ement ; front droit ou légèrement bombé ; chanfrein un peu busqué; bout du nez effilé; ganache un peu serrée ; encolure grêle, droite ou de cerf ; poitrail étroit ; poiti’ine et ventre gi'êles; croupe éti'oite; membi’es courts et fins ; paturons longs et bas ; pieds très-petits ; peau mince ; poils fins, bruns, lisses et ras.
- Cette l’ace est la plus commune ; elle estaussi courageuse que faible, et d’une extrême sobriété. Les animaux qui la constituent sont très-nombreux dans les villes, où ils existent par centaines; ils appartiennent aux Arabes pauvi’es et sanspi’o-fession qui gagnent leur vie avec eux en les noumssant peu, leur faisant porter des fai’deaux très-lourds, tels que des matériaux de construction, piei'res, sable, moellons, etc., ou des immondices de toute espèce ; enfin en leur donnant plus de coups que de grains d’oi’ge pour les sustenter ; car le plus souvent il faut qu’ils se contentent de l’herbe qu’ils trouvent sur les boi'ds des chemins, d’où il l’ésulte que leur labeur est tout bénéfice pour leurs impitoyables maîtres.
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- De ces deux races, il n’y a guère que la première qui soit affectée à la production du mulet.
- RACES HYBRIDES.
- Les mulets peuvent être classés en deux races également, dont l’une est commune et l’autre distinguée.
- RACE COMMUNE.
- Caractères. Taille excessivement variée, depuis celle de l’âne jusqu’à celle des mulets d’Auvergne, mais en général moyenne ou élevée; formes grossières; tête forte, aplatie latéralement ; oreilles grandes, velues ; front droit ainsi que le chanfrein le plus souvent ; bout du nez gros ; ganache un peu serrée ; encolure plus courte que longue, aplatie; garrot saillant; reins droits ; croupe sèche et avalée ; épaules plates ; poitrine haute; ventre quelquefois gros ; flancs cordés ; membres hauts et assez gros ; tendons détachés ; paturons droits et courts ; pieds forts; peau épaisse ; poils longs, ternes, assez épais, le plus souvent blancs ou gris ; beaucoup de crins grossiers aux paturons, aux fanons et à la queue.
- Ces mulets sont généralement forts ; mais ils sont mous et assez paresseux; ils se trouvent le plus souvent entre les mains des Arabes colporteurs, des juifs et de ceux qui ont pour métier de transporter, avec ces animaux, des marchandises de toutes les sortes d’une ville à l’autre.
- RACE DISTINGUÉE.
- Caractères. Taille tout aussi variée que dans la précédente ; formes du corps très-fines, et le plus souvent arrondies ; tête légère, courte ou longue ; oreilles courtes, peu velues ; saillies osseuses et musculaires de la face très-prononcées ; front ordinairement large et plat, droit ou légèrement busqué, ainsi que le chanfrein; bout du nez fin; ganache assez large, quelquefois serrée ; encolure mince ou peu fournie, droite de cerf ou de cygne ; les autres formes du corps varient en général avec la taille. Chez les animaux de petite taille, le garrot est bas ; le poitrail est large ; les épaules, la poitrine, le ventre et la croupe sont arrondis. Chez ceux qui sont grands, le garrot est très-élevé; le dos tranchant; la croupe est pointue; lepoi-
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- trail étroit ; les épaules longues ; la poitrine serrée et le ventre levretté. Chez les uns et les autres, les membres sont fins et secs; les paturons longs; les pieds petits; la peau mince; les veines sont vues en relief sous la peau ; le poil est fin, lisse, ras et brun le plus souvent ; il y a peu de crins à l’encolure et à la queue; les membres en sont dépourvus.
- Les mulets de cette race sont moins forts que ceux de la précédente, mais ils ont beaucoup plus d’énergie et de vivacité ; en un mot ils ont du sang; en général ils restent dans les tribus des montagnes et sont bien soignés chez les Arabes riches, mais le plus souvent ils sont aussi mal traités que les autres. C’est pitoyable de voir comme ces animaux sont couverts de plaies et de bosses sur tout le corps, ainsi que les pénibles fardeaux qu’ils sont obligés de porter.
- Les mulets ont, ainsi que les chevaux, les paturons envahis par d’énonnes formes.
- La production du mulet est beaucoup plus pratiquée dans les tribus des montagnes que dans celles des plaines; elle mérite de fixer l'attention du gouvernement, car ces animaux sont plus forts que les mulets français, à taille et à proportions égales ; il y en a même de petits qui portent très-aisément le poids réglementaire de la charge d’animaux du train ; en outre ils sont très-vifs, très-adroits, tiès-sobres et très-courageux, ainsi que peu maladifs ; toutes qualités qui les rendent d’autant plus précieux pour le service de nos troupes.
- KACES BOVINES.
- Les races bovines sont au nombre de deux, l’une des montagnes et l’autre des plaines.
- RACE DES MONTAGNES.
- Caractères. Taille peu élevée, et même souvent excessivement basse (I mètre 10 à 30 c.); le corps mince; tête petite ; oreilles fines ; cornes très-courtes, ayant de 1 5 à 20 centimètres de longueur, formant le croissant en avant du front; celui-ci légèrement bombé ou plat ; yeux petits ; mufle fin ; cou court, mince, formant une ligne presque horizontale avec le dos, les reins et la croupe; toutes ces parties sont saillantes. Peu de fanon aux taureaux; poitrail étroit; épaules plates, minces ; poitrine un peu serrée; ventre peu proéminent; fesses
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- minces, leur bord tombant obliquement sur la jambe; mamelles très-petites ; leurs trayons fins ; veines mammaires peu apparentes ; les testicules très-peu développés; membres courts et très-fins ; peau mince ; poil court, fin, luisant, et toujours de couleur uniforme sur tout le corps, ordinairement alezan , bai ou noir; crins de la queue tortillés en lire-bouchon.
- Les femelles de cette race donnent peu de lait, à peine deux ou trois litres par jour. Les animaux engraissés pour la boucherie prennent difficilement la graisse et donnent peu de suif; les plus forts pèsent au plus f 40à 150 kilogrammes ; les veaux les plus beaux pèsent à peine 10 à 1-1 kilog. dans les premiers jours qui suivent leur naissance.
- On conçoit que des animaux qui rapportent si peu soient plutôt onéreux que productifs ; aussi cette race demande-t-elle de nombreuses améliorations ; elle a besoin d’acquérir de la taille ainsi que du volume ; et si on peut lui donner l’un et l’autre, en lui conservant la finesse de ses parties osseuses, elle pourra devenir bonne pour la boucherie.
- Si cette race est dégénérée à ce point, car elle a dû être plus forte, cela tient à la finesse de l’herbe des pâturages où elle existe, à sa rareté ; aux longues privations de nourriture qu’elle éprouve, car, pendant huit mois de l’année, elle est réduite à la chercher sur des montagnes stériles ; enfin au peu de soins apportés par les Arabes dans son entretien et sa reproduction.
- Cette race se trouve dans les tribus nomades et dans celles de ces grandes montagnes où il n’existe ni plantations, ni cours d’eau, ni sources.
- RACE DES PLAINES.
- Caractères. Taille moyenne (1 mètre 35 à A5 c.), égale à celle de nos races du Maine et nantaises ; corps haut et fort ; membres fins et très-courts ; tête forte, carrée ; oreilles un peu épaisses; cornes plus fortes et plus longues que dans l’autre race, de 3l) à 40 centimètres de longueur, formant aussi le croissant ou dirigées en avant ayant leur pointe relevée ; front large, plat ou bombé; yeux petits; le rebord orbitaire très-fort; mufle gros ; encolure courte et épaisse ; quelquefois ayant la peau plissée; garrot gros etbas; dos et reins doubles, formant une ligne presque horizontale avec la croupe, qui est forte et souvent doublée aussi; fanon tombant jusqu’aux genoux;
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- poitrail large ; épaule ronde, ainsi que la poitrine ; ventre proéminent ; fesses fortes, leur bord tombant droit sur les jambes; peau assez épaisse ; poil plus gros et plus long que dans l’autre race, mais également luisant et couché ; robe également baie, alezane ou noire et presque toujours uniforme.
- Le taureau a les testicules forts, et la vache a les mamelles développées; les trayons gros et longs; les veines mammaires apparentes et fortes.
- Les vaches de cette race, quand elles sont bien nourries, donnent un lait de bonne qualité, 5 à 8 ou 9 litres par jour, et font de beaux veaux.
- Les animaux destinés à la boucherie peuvent être facilement engraissés, fournissent une assez grande quantité de suif, et pèsent jusqu’à 400 kilogramme#.
- Ainsi qu’on le voit, cette race est beaucoup supérieure à l’autre sous tous les rapports, et elle est en outre très-propre pour le travail; les Arabes s’en servent exclusivement pour le labour.Toutes les qualités qu’elle possède sontdues à sa nature; à l’abondance, au volume, aux principes aqueux et nutritifs de l'herbe des pâturages dans lesquels elle vit, et surtout à ce qu’elle ne manque presque jamais d’herbe dans le courant de l’année, même pendant la sécheresse, car à cette époque elle en trouve encore au voisinage des sources, des rivières et même des marais. Je n’ai jamais vu les bestiaux appartenant aux tribus des basses plaines perdre leur embonpoint, même en été. S’ils n’étaient pas très-gros, ils étaient au moins toujours en chair.
- Cette race de bestiaux est assez belle pour pouvoir s’améliorer et se perfectionner par elle-même, ainsi que pour servir à l’amélioration de la précédente. On la trouve non-seulement dans les tribus des basses plaines, mais aussi dans celles des vallées ainsi que des montagnes arrosées, plantées d’arbres et fertiles. J’ai vu des bestiaux magnifiques chez les Mouzaïa, dans la vallée de Hamza et au pied du Jurjura, etc.
- Indépendamment de ces races on voit en Algérie, depuis notre occupation, plusieurs races européennes qui sont principalement celles d’Espagne et de Sardaigne, dont il peut être utile non-seulement de connaître les caractères, mais aussi la réussite, et s’il serait possible de s’en servir avantageusement pour l’amélioration des races indigènes.
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- RACE DE SARDAIGNE.
- Cette race est caractérisée par une taille et un volume aussi considérables que chez nos plus beaux bœufs français; elle offre la plus grande ressemblance avec la race de Gascogne pour les formes qui, comme chez cette dernière, sont très-prononcées et anguleuses ; la tête grosse et aplatie sur les côtés, ce qui est dû à la largeur des os maxillaires ; les oreilles sont longues ; le cornage est très-ouvert ; les cornes sont fortes et d’une très-grande longueur ; le front est busqué; les yeux sont grands ; le mufle gros ; l’encolure est courte, forte, aplatie latéralement ; le garrot sorti ; le dos, les reins, la croupe sur la même ligne ; toutes ces parties sont saillantes ; le poitrail peu ouvert ; le fanon peu développé et tombant très-bas ; l’épaule longue ; ses saillies osseuses très-fortes ; la poitrine haute ; le ventre gros ; les hanches fortes ; les fesses longues, leur bord tombant verticalement sur la jambe ; les membres hauts et gros ; les articulations très-fortes ; la peau est épaisse ; le poil ras, ordinairement gris.
- Les bœufs de cette race sont doués d’une force prodigieuse, et très-propres pour le travail ; malheureusement ils s’acclimatent difficilement en Afrique, du moins il enest mort beaucoup de ceux qui avaient été achetés pour les besoins de l’armée. Peut-être ces pertes provenaient-elles plutôt du manque de nourriture et du défaut desoins que de l’action particulière du climat. Cette cause est d’autant plus probable que j’ai vu de ces bœufs très-bien se porter et travailler beaucoup sans doute parce qu’ils étaient bien nourris et soignés. Il résulte donc de cela que l’importation des animaux de cette race pourrait être avantageuse comme race de travail, et aussi pour améliorer celles du pays, quoiqu’elle s’en éloigne beaucoup et qu’elle convienne moins pour cet usage que les bœufs espagnols.
- RACE ESPAGNOLE.
- Les animaux de cette race ont une taille moyenne ; le corps plus haut que large ; la tête assez petite ; le cornage ouvert et assez fort, dirigé en avant, ses extrémités relevées; le front plat; les yeux grands ; le mufle un peu effilé; le cou mince; le garrot élevé ; le dos un peu bas ; la croupe oblique ; le poitrail peu ouvert ; les épaules plates ; la poitrine étroite ; le ventre volu-
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- milieux; les hanches fuies, quoique saillantes ; les membres hauts et fins ; le fanon développé ; les mamelles assez grosses; les trayons longs et les veines mammaires très-apparentes.
- Ces animaux se sont très-bien acclimatés en Afrique ; leur importation serait avantageuse pour la production en viande, et pour l’amélioration des races indigènes, car ce sont eux qui s’en rapprochent le plus sous le rapport des formes; par ce croisement, on aurait des produits qui joindraient la taille au volume. En un mot les races espagnoles sont, à mon avis, celles qu’on devra préférer pour l’amélioration par croisement des bestiaux indigènes.
- RACES DROMADAIRES.
- Ces animaux que nous connaissons si peu en France, et qui y sont si avantageusement remplacés par ceux des autres grandes espèces de bestiaux, constituent en Afrique une espèce domestique d’une grande importance sous ce climat; c’est pourquoi je crois utile de faire connaître les deux races qu’ow y voit.
- RACE DU TELL.
- Caractères. Taille très-élevée ; corps volumineux; tète forte; chanfrein busqué ; nez et lèvres gros ; gueule très-fendue ; les mâchoires, l’auge et l’extrémité supérieure de l’encolure sont garnis de poils très-longs qui encadrent la face comme une barbe ; cou très-gros.
- La bosse graisseuse du dos est très-forte, garnie de longs poils ; la croupe étroite et pointue ; les épaules hautes et fortes ; la poitrine ample; le ventre volumineux ; les membres gros, hauts et forts ; les jambes, les avant-bras et les épaules garnis de longs poils, semblables à ceux de l’encolure; coussinets calleux très-gros au grasset, et sous le poitrail; peau épaisse. La couleur des poils ordinairement brune ; la bosse graisseuse du dos très-développée et entourée de longs poils.
- Ces animaux ont un pas lent et très -allongé;ilen est de même de leur trot, que cependant un cheval aurait peine à suivre à la même allure ; ils sont doués d’une grande force et peuvent porter de très-lourds fardeaux ; aussi est-ce principalement à ce genre de travail que les Arabes les soumettent. Leur viande est bonne autant que celle du bœuf; le lait des femelles est
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- d’une qualité supérieure à celui des vaches ; l’un et l’autre sont utilisés par les Arabes, ainsi que le poil, avec lequel on fabrique des tissus imperméables, principalement des tentes et des burnous qui se vendent très-chers.
- Les dromadaires de cette race sont précieux pour le transport à dos des marchandises et matériaux de toute espèce, principalement dans les pays de plaines; cardans les montagnes ils conviennent moins que les mulets, surtout pendant les pluies. Ces dromadaires ne sont pas aussi sobres qu’on veut bien le dire ; ils ont au contraire un grand appétit, seulement ils résistent mieux que les autres bestiaux aux privations et sont moins délicats ; ils savourent avec autant de plaisir les branches d’arbre, les mauves, les chardons (le chardon-Marie surtout), que l’lierbe la meilleure.
- RACE DU DÉSERT (mÉHARi).
- Caractères. Taille moins élevée que la précédente; corps grêle; formes sèches ; tête petite; nez fin; lèvres tombantes ; cou grêle; la bosse sèche; croupe étroite et avalée; épaules serrées ; poitrine étroite ; ventre levretté ; membres hauts, fins et grêles ; absence de longs poils aux endroits où l’on en remarque dans l’autre race ; peau mince ; la couleur de la robe souvent d’un gris sale.
- Ces animaux possèdent deux qualités qui les rendent inappréciables pour les Arabes du désert, c’cst d’être très-sobres et d’avoir un trot très-allongé, qu’ils peuvent soutenir toute une journée et reprendre successivement pendant plusieurs jours de suite. Ainsi pour nourriture ils se contentent d’une ou deux poignées de dattes, peuvent rester cinq à six jours sans boire, et font à leurs allures 50 à 60 lieues entre le lever et le coucher du soleil. Leur équipementse compose d’une selle arabe, à peu près pareille à celle du cheval, et d’une bride dont les branches partent d’un anneau fixé au nez. C’est à l’aide de cette espèce île bride qu’on les dirige. C’est montés sur ces animaux que les Arabes parcourent ou traversent le désert, cette mer de sable brûlée par le soleil, dans laquelle, de temps à autre, apparaissent à l’œil du voyageur ces oasis qui ressemblent à des îles, où il va chercher un gîte pour la nuit et faire renouveler ses approvisionnements pour continuer sa course aventureuse, course que nul être humain n’oserait entreprendre sans le se-
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- cours de cette race de dromadaires, qui semble avoir été créée pour cet usage.
- Enfin, si l’on ajoute aux précieuses qualités de ces animaux cet instinct qu’ils ont pour découvrir l’eau à des distances éloignées, on voit combien ils deviennent utiles pour les voyageurs du désert. Ainsi, à une distance de 15 à 20 lieues, ils flairent une source, se dirigent vers elle en prenant une allure plus rapide, devenant plus gais et faisant entendre leur voix.
- Ainsi qu’on le voit, ces deux races diffèrent beaucoup entre elles, tant sous le rapport des formes que sous celui des qualités et de leur aptitude pour tel ou tel exercice : autant l’une est propre pour porter les fardeaux, autant l’autre convient comme monteur agile. Malgré les différences qui existent entre ces animaux, les Arabes sont loin d’y reconnaître deux races ; car ils ont sur leur production un préjugé curieux, et que voici. Suivant eux, si le nouveau-né d’une chamelle tette sa mère dans les vingt-quatre heures, c’est qu’il deviendra dromadaire de la forte race du Tell; s’il ne commence à teter qu’au bout de quatre ou cinq jours, il deviendra méhari. Il est possible que le jeune animal de la première race tette sa mère plus tôt que celui de la deuxième, parce qu’il est plus fort en naissant et peut se tenir debout plus tôt ; mais, ce qu’il y a de certain, c’est que ce n’est pas là la cause qui les détermine.
- RACES OVINES.
- On trouve en Algérie deux races de moutons, l’une à longue laine et l’autre à laine courte et mérinos, ainsi que des métis provenant de ces deux races.
- race a laine longue (polycorne et à grosse queue).
- Car acier es. Taille moyenne ou un peu élevée; tête forte; chanfrein très-busqué ; bout du nez gros ; deux, quatre, six, et même quelquefois huit cornes, la plupart sont rudimentaires ; il n’y en a que deux ou quatre qui sont fortes ; dans ce cas, les unes, celles des côtés de la tête, sont contournées comme dans les races européennes; les deux autres, situées sur le sommet de la tête, sont droites ou légèrement courbées, soit en avant, en arrière ou de côté ; quelquefois, enfin, ces cornes sont radiées et encadrent la tête. On peut voir au cabinet des collections de l’école d’Alfort une tête de bélier
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- que j’ai rapportée d’Afrique, et qui offre quatre cornes droites et fortes, rayonnant autour de la tête.
- Le corps est long et rond ; le dos, les reins et la croupe sont sur la même ligne; le poitrail est large; les épaules, la poitrine, le ventre et les cuisses sont arrondis ; les membres fins et peu élevés.
- La queue est très-grosse et tombe presque à terre ; elle offre à sa base ce renflement graisseux des races à queue grosse ou de Barbarie; mais je n’ai jamais vu que cette pelote graisseuse pesât 7 à 8 kilogrammes, c’est tout au plus si elle en pèse deux sur les animaux les plus gros.
- La laine est très-longue, droite, épaisse et très-blanche, en outre elle est privée de suint ; on n’en voit que sur les métis.
- Les jeunes animaux de cette race atteignent promptement leur entier développement ; ordinairement il est complet à dix-liuit mois ; à cet âge ils peuvent peser depuis 35 jusqu’à A5 kilogrammes.
- D’après ces caractères, on voit que cette race a beaucoup de ressemblance avec la race anglaise de Dishley pour le lainage, le volume, son développement rapide et la finesse de ses membres.
- Les plus beaux troupeaux se rencontrent sur les hauts plateaux ou dans les plaines qui bordent le désert, principalement dans le pays des Ouled-na-Il et le désert d’Agad, qui, comme on le pense bien, n’est nullement stérile, mais bien un pays riche en pâturages des meilleurs pour la nourriture des moutons.
- Cette race, telle qu’elle, est précieuse pour la production de la viande ; elle n’a pas besoin d’être améliorée, ne demande qu’à être bien entretenue, bien nourrie et bien soignée pour produire beaucoup.
- RACE A LAINE COURTE.
- Caractères. Taille petite ou moyenne ; tête assez forte, cornage simple, les cornes très-grosses, très-contournées et serrées contre l’encolure, au point de blesser ou gêner quelquefois les animaux ; front large et plat ; chanfrein à peine busqué à son extrémité.
- Encolure courte et ronde ; dos, reins et croupe sur la même ligne, la dernière de ces régions un peu oblique; queue
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- médiocre ou ordinaire ; épaule, ventre et cuisses arrondis ; jambes courtes et assez grosses.
- Laine fine, souple, tortillée, très-élastique et fortement imprégnée de suint.
- En un mot, les animaux de cette race présentent les caractères de la race mérinos d’Espagne à un degré variable de perfection ; aussi est-il certain qu’ils lui appartiennent, soit que celle-ci ait été introduite en Afrique par les Maures qui ont occupé l’Espagne, soit qu’elle ait existé d’abord dans l’Afrique, et qu’elle ait été elle-même la souclie de cette race, qui, en passant en Espagne, s’y serait améliorée. Cette dernière manière de voir, en établissant que la race mérineest originaire d’Afrique, nous fait espérer qu’elle est susceptible d’être améliorée et de reconquérir toutes ses précieuses qualités; du reste, n’en serait-elle pas originaire, qu’on pourrait encore hardiment croire à la possibilité de ce résultat. Car ce climat lui convient au moins autant que celui d’Espagne ; et, pour l’obtenir, il suffirait d’employer comme type améliorateur les brebis mérinos de ce dernier pays.
- C’est aux personnes éclairées, entre les mains desquelles se trouve l’avenir de la colonie, à doter l’agriculture de ce bienfait, qui lui ouvrira une nouvelle branche agricole dont le succès est certain.
- Cette race se trouve dans les plaines et les montagnes du Tell, principalement dans celles du littoral de la mer.
- Indépendamment des deux races qui précèdent, on rencontre un grand nombre de métis qui offrent des caractères de chacune d’elles, et qui se rapprochent plus ou moins de l’une ou de l’autre.
- La quantité de bêtes ovines qu’élèvent les Arabes est prodigieuse, seulement elles varient en beauté et en qualité, suivant les ressources en pâturages des localités; ainsi, sur les montagnes nues privées d’eau, elles sont petites, chétives, maigres et le plus souvent affectées de maladies graves, telles que le piétin, la gale, la clavelée, le catarrhe nasal [morve) et la maladie vermineuse des bronches ; tandis que dans les plaines ou les montagnes fertiles et arrosées, elles sont vives, bien portantes, grasses, ont la laine souple, fine et propre ; mais les plus remarquables se trouvent dans les tribus qui bordent le désert, la nature des pâturages étant sans doute là plus en rapport avec leur constitution.
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- RACES CAPRINES.
- Les races des chèvres sont également au nombre de deux, l’une petite et l’autre à taille élevée.
- PETITE RACE.
- Caractères. Taille petite; corps grêle; tête fine; cornes courtes et grêles, quelquefois il n’y en a pas ; front droit; nez effilé; cou grêle et court; dos et reins saillants; croupe étroite avalée; poitrail serré ainsi que les épaules; poitrine étroite; ventre peu développé; fesses minces ; jambes courtes et fines ; poil court et de couleur variée.
- Les troupeaux de chèvres de cette race se trouvent dans les montagnes stériles et sur les plateaux nus ; ces animaux donnent de si maigres produits, qu’il n’y a aucun avantage réel à les posséder. Leur amélioration sera longue et difficile, parce qu’ils ne sont pas assez productifs.
- GRANDE RACE.
- Caractères. Taille élevée; corps développé; tête forte; oreilles longues ; cornes très-longues et très-grosses sur les boucs ; beaucoup de chèvres n’en ont pas; chanfrein busqué; nez gros; cou long et aplati latéralement ; corps long ; le dos, les reins et la croupe sur la même ligne; épaules longues et plates ; poitrine haute ; ventre volumineux ; fesses larges et longues, leur bord supérieur tombant verticalement sur la jambe ; membres hauts et forts, leurs onglons gros; poils très-longs, de couleur brune ou noire le plus souvent.
- Les boucs ont les testicules très-gros, la barbe longue et les cornes très-fortes ; les femelles ont le pis développé, et donnent 2 et 3 litres de lait par jour.
- Cette race est belle et bonne ; son entretien est avantageux, car elle est productive ; elle se trouve dans les tribus des plaines du Tell et sur les bords du désert. Il existe aussi des métis de ces deux races, mais qui sont généralement moins beaux que les animaux de cette dernière.
- Depuis notre occupation de l’Algérie, on voit dans les villes du bord de la mer une race importée, la plus précieuse peut-être qui existe sur le globe pour la production du lait C’est la race maltaise, qui a pour caractères une taille moyenne,
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- le corps volumineux, la tête aplatie sur les côtés, souvent privée de cornes; le nez fin; l’encolure est courte et grosse, le poitrail large, les épaules rondes, la poitrine ample, le ventre gros, les fesses fortes, les jambes courtes et grosses, les poils très-longs ses mamelles très-volumineuses tombant presque jusqu’à terre.
- Les chèvres de cette race donnent une quantité prodigieuse de lait, presque autant que les vaches. Cette quantité est de 5 à 6 litres par jour. Aussi est-elle très-exploitée par les individus de son pays, lesquels en possèdent des troupeaux qu’ils promènent tous les matins dans les villes, vendant le lait sur place. Chacune de ces chèvres rapporte à son propriétaire 2 francs à 2 francs 50 centimes par jour.
- Cette race conviendrait parfaitement pour l’amélioration de celles indigènes, principalement pour la plus grande.
- En concluant ce qu’il y avait à dire sur les chèvres, qu’il me soit permis de soulever deux questions neuves et toutes palpitantes d’intérêt pour la France et pour notre colonie, que voici : Serait-il possible d’acclimater les chèvres du Tliibet en Algérie ? Celte race conserverait-elle sous ce climat le riche duvet qui fait sa valeur ? On conçoit combien est importante la solution de ces deux questions ; car si elle était positive, la colonie y trouverait sa plus grande chance de prospérité; et la France y trouverait, elle, le monopole d’une riche industrie : aussi le gouvernement aurait dû, depuis quelques années déjà, faire tenter des essais sur l’importation de la race précieuse de laquelle dépend la solution de ces questions. Il faut espérer qu’éveillé sur leur importance, il ne tardera pas à faire pratiquer cette expérience.
- RACES DE PORCS.
- On trouve aujourd’hui en Afrique deux races de porcs qu’il ne faut pas considérer comme indigènes, mais comme races importées, qui sont la race anglaise et la race commune à oreilles droites, poitrine plate, et poil blanc jaunâtre. Ces deux races sont connues, il est donc inutile d’en parler ici.
- RÉSUMÉ.
- En analysant ce que j’ai dit sur les races, on voit : 1° poulies chevaux, que, si la race arabe a disparu de l’Algérie, elle
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- y a laissé dans les races indigènes une partie de son sang, et que le cheval barbe est celui qui en possède le plus ;
- 2° Qu’il existe dans notre colonie deux races très'distinguées, qui sont la barbe et celle du désert; la race turque est trop rare pour être comprise dans cette catégorie; que toutes les deux peuvent être adoptées pour l’amélioration des autres ;
- 3° Qu’il existe également deux races communes, dont la meilleure, pour remonter la cavalerie, est celle des montagnes ; que l’une, pour amélioration, a besoin de prendre plus de taille, et l’autre d’acquérir plus de développement musculaire et plus de force dans les membres ;
- 4° Que ces deux races offrent chacune des variétés plus parfaites les unes que les autres ;
- 5° Qu’il existe aussi une infinité de croisements dont les meilleurs sont ceux qui ont eu lieu avec la race barbe ;
- 6° Qu’il n’existe en Afrique ni chevaux de trait ni vrais chevaux de diligence ; par conséquent qu’il devient indispensable de créer des races pour ces deux services ; et dans ce but, les races françaises qui conviendraient le mieux sont la bretonne, la percheronne et la normande ; que ce sont les juments de ces races, et non les étalons dont il faut favoriser l’importation ; que pour la selle, la race numide croisée barbe convient parfaitement ; que comme cheval d’armes celui des montagnes est le plus parfait ; qu’il n’a besoin, pour satisfaire dan tous les cas, que d’être grandi par le croisement barbe ou numide ;
- 7° Qu’il est urgent de prendre des mesures pour s’opposer à l’usure précoce à laquelle sont exposés les chevaux entre les mains des Arabes ;
- 8° Que les races de mulets ont besoin, l’une de recevoir plus de volume, l’autre plus de volume et de taille ; ce qu’on obtiendra par l’importation des baudets français et espagnols ;
- 9° Que des deux races de bœufs, celle des montagnes peut être améliorée par celle des plaines; que celle-ci est susceptible de l’être par elle-même ou par des races étrangères, dont les préférables sont celles d’Espagne ;
- 10° Que des deux races de moutons, celle à longue laine peut être améliorée par elle-même; tandis que celle à laine courte ne pourra l’être qu’en lui fournissant des béliers mérinos pris en Espagne, si cela est possible ;
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- 11° Que des deux races de clièvres, l’une est chétive et mauvaise; l’autre, qui est bonne, est la seule qui doive être multipliée et améliorée, en adoptant dans ce but la race maltaise.
- 12° Qu’il est important de tenter l’importation des chèvres du Thibet.
- Enfin, la guerre dont l’Algérie est le théâtre ayant épuisé le pays en bestiaux de toute espèce, il est non-seulement utile de les améliorer, mais, et plus, d’en favoriser la multiplication. C’est pour remplir ces deux buts, qu’il est urgent, maintenant que l’ère de la colonisation est commencée, de créer, savoir :
- 1° Un haras dans chaque province, dans lequel serait placé un grand nombre de juments, les dépôts d’étalons qui existent ne pouvant à eux seuls suffire pour favoriser la multiplication des chevaux ;
- 2° Pour la multiplication des autres bestiaux, il faut changer les parcs de réserves en parcs d’élèves, ou créer des établissements spéciaux dans ce but ;
- 3° Fonder dans chaque province une ferme-modèle principale, et dans chaque subdivision une ferme-modèle secondaire, et placer dans chacune d’elles le plus de bestiaux qu'elles pourront recevoir ;
- 4° Encourager les colons à élever, multiplier et améliorer les races de bestiaux, en créant des primes d’encouragement.
- Tels sont les moyens d’arriver à repeupler en bestiaux l’Algérie, sinon autant comme elle l’était avant la guerre, du moins assez pour satisfaire aux besoins croissants de la colonie, qui attend pour son avenir agricole ces importantes améliorations, comme tant d’autres dont elle est encore privée. Car, ainsi que l’enfant au berceau serré dans ses langes, elle ne peut faire aucun mouvement, et attend du temps ainsi que du gouvernement les secours et les forces qui pourront la faire progresser !
- Mercier (de l’Eure).
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