Machines typographiques et procédés d'impression
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- MACHINES
- TYPOGRAPHIQUES
- PROCÉDÉS D’IMPRESSION
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- DU MÊME AUTEUR
- 1872. — Le Conducteur de machines typographiques, guide pratique. Un volume in-16 de 400 pages, comprenant 42 figures explicatives. (Edition épuisée.)
- 1878. — Les Machines typographiques en France et à l’Etranger, suivi des procédés d'impression. Un fort volume in-8 jésus de 435 pages avec 176 figures, dont 30 hors texte. (Edition épuisée.)
- 1880. — El Conductor de Mâquinas tipogràâcas. Deux volumes in-18 de 250 pages chacun, accompagnés de 2 planches. (Edité à J(adrid% par D. Gregorio Estrada.)
- 1831. — Manual de Galvanoplastia y otros procedimientos en relieve. Un volume in-18 de 250 pages avec planches explicatives dessinées par l’auteur. (Edité à Madrid, par D. Gregorio Estrada.)
- 1882. — Guerra à la timba ! 16 pages, in-8. (Epuisé.)
- 1883. — Extraits des rapports et des articles ,de journaux. ayant rendu compte des divers
- ouvrages de A.-E. ;Moneti 70,pages;in-8. ; .% ^ s » t § .? j| ' ' '
- 1889/ — Procédés de reprôductions graphiques appliqués, à ^Imprimerie.
- Ouvrage comprenant 350 pages in-8 raisin avec 103 figures intercalées dans le texte et 13 planches hors texte, dont plusieurs en couleurs. (En vente à la librairie Gauthier-Villars et Fils, 55, quai des Grands-Augustins, Paris.) -
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- RÉCOMPENSES
- OBTENUES PAH L'AUTEUR POUR SES OUVRAGES
- 1877. Croix d’Isabelle la Catholique (Espagne).
- 1889. — Officier d’Académie.
- 1890. — Croix de Saint-Jacques do l’Epée (Portugal).
- 1890. — Membre de l’Académie nationale.
- 1873. — Médaille grand module. Société des Travailleurs de Paris.
- Expositions Universelles de Paris : 1878. — Deux médailles de bronze.
- 1889. — Médaille de bronze.
- 1890. — Médaille d’argent. Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale. Paris.
- Paris.
- L. Mareiheux, imprimeur, 1, rue Cassette.'
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- LE MAGNIFICAT
- Reproduction, par le procédé de photogravure à trois couleurs, d'une planche de La Vie de N. S. Jésus Christ, par J.-J. Tissot (Alfred Marne et fils. Kditeurs)
- Clichés Délayé et Hemmerlé
- lmp. Draeger
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- A.-L. MONET
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- MACHINES
- TYPOGRAPHIQUES
- ET
- PROCÉDÉS D’IMPRESSION
- GUIDE PRATIQUE DU CONDUCTEUR. - TRAITÉ COMPLET
- AVEC UNE PREFACE
- DE
- G. CHAMEROT
- Président de la Chambre des Imprimeurs-Typographes
- TROISIÈME ÉDITION ENTIÈREMENT REFONDUE
- PARIS
- GAUTHIER-VILLARS ET FILS, IMPRIMEURS-LIRRAIRES
- DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'ECOLE POLYTECHNIQUE 55, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 55
- 1898
- Tous droits réservés.
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- PRÉFACE
- Mon excellent confrère et ami M. Gauthier-Villars me demande de présenter au public la troisième édition du livre de M. A.-L. Monet sur les machines typographiques et des procédés d’impression qu’il est sur le point d’éditer. J’essaye d’autant moins de me soustraire à cette marque de confiance que je suis plus pénétré que personne de la nécessité d’élever le niveau de la capacité professionnelle de tous les ouvriers de notre industrie et peut-être plus particulièrement de celle des conducteurs de machines. Ils se trouvent en effet chaque jour en présence d’outils nouveaux et perfectionnés qu’ils doivent être préparés à comprendre pour arriver à cette production plus rapide et plus soignée que nous sommes tous préoccupés d’atteindre : à côté des perfectionnements des machines, il y a ceux des procédés de reproduction en noir et en couleurs, qui sont l’occasion d’études sans cesse nouvelles pour le conducteur.
- Tout cela est un jeu et un attrait pour l’ouvrier qui possède la grammaire de son métier. C’est, au contraire, une source de difficultés insurmontables pour celui qui n’a pas reçu un enseignement complet.
- En quoi consiste cet enseignement complet? Il se divise, suivant moi, en deux parties distinctes que je pourrais appeler renseignement primaire et l’enseignement supérieur.
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- VI
- PREFACE
- L’enseignement primaire, c’est celui qu’acquiert l’enfant en entrant jeune à l’atelier et en y remplissant successivement les fonctions de receveur et de margeur. II existe, il est indispensable, et personne n’a jamais songé à en contester l’utilité. Rien ne peut, en effet, remplacer l’enseignement qui s’acquiert par les yeux et les mains, dans le jeune âge. Il entre de force dans la tête de l’apprenti, et d’une façon d’autant plus durable qu’elle est inconsciente.
- Le premier enseignement empirique est donc nécessaire, mais, une fois acquis, il doit être complété, affiné par l’étude d’une théorie supérieure que seuls sont capables de comprendre ceux qui, jeunes, ont mis la main à la pâte, ceux qu’on appelle les enfants de la balle. C’est à ceux-là, e’est aux margeurs, candidats conducteurs, que je ne saurais trop recommander la lecture attentive du livre de M. A.-L. Monet. S’ils parviennent à s’assimiler toutes les connaissances contenues dans ce livre, il n’y aura plus de difficultés insurmontables pour eux : ils seront des ouvriers accomplis. Et le jour où la majorité des conducteurs seront des ouvriers accomplis, quelle répercussion salutaire s’ensuivra ! quels bons éducateurs seront ces ouvriers, pour les équipes qui travailleront sous leurs ordres !
- Le livre de M. A.-L. Monet doit aider puissamment à ce complément d’instruction professionnelle qui manque aujourd’hui à un si grand nombre de conducteurs. En fécrivant, l’auteur a rendu à notre industrie un service dont on ne saurait trop apprécier la portée.
- J II a abordé toutes les questions, et les a traitées en praticien consommé qu’il est. Tous les systèmes de machines, depuis la presse à bras, y sont décrits avec une grande netteté. L’auteur y a ajouté l’étude des pâtes à rouleaux, de la fabrication des encres et des différentes pâtes de
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- PREFACE
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- papiers, toutes choses qui doivent être connues du conducteur, car elles sont de nature à lui créer des obstacles terribles s’il est incapable de les surmonter par une modification intelligente dans son travail préparatoire de mise en train.
- Enfin, la mise en train elle-même est traitée de main de maître, comme elle ne pouvait l’être que par un homme qui en a fait de tous genres pendant sa longue carrière.
- Après avoir lu ce livre, je me demande ce qu’il faut le plus louer en lui, de l’esprit de méthode qui a présidé à sa conception ou de la clarté avec laquelle il est écrit. Tout le monde y trouvera quelque chose à prendre, aussi bien les conducteurs en exercice qui ont le sentiment d’une infériorité facile à faire disparaître, que les margeurs sérieux dont l’ambition est de devenir des conducteurs capables.
- Les patrons eux aussi liront ce livre avec fruit. Certains y apprendront assurément à mieux connaître le matériel qu’ils emploient et à comprendre combien il est d’une sage administration de l’entretenir toujours en parfait état, pour supprimer dans la mesure possible les défauts de machine qui arrêtent si souvent le conducteur dans la rapidité de son travail.
- Tout est dans le livre de M. A.-L. Monet, et il n’est pas de professionnel préoccupé de bien faire qui n’y trouve des renseignements précieux.
- G. Chamerot,
- Président'de la Chambre des Imprimeurs-Typographes.
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- AVERTISSEMENT
- Nous donnons en frontispice un spécimen de reproduction par la photogravure à trois couleurs. Grâce à l’obligeance de MM. A. Marne et fils, nous avons pu reproduire cette splendide planche de J. Tissot. Notre épreuve ne peut avoir la prétention d’égaler la finesse et l’éclat de l’original, tiré en taille-douce, encré à la poupée, ainsi qu’il est reproduit dans le livre d’art La Vie de Jésus; nous avons cru bon cependant de montrer ce qu’on peut obtenir aujourd’hui industriellement par ce procédé de photogravure.
- Nous remercions bien vivement MM. Marne et fils de nous avoir donné l’autorisation de reproduire cette superbe planche.
- G.-V. ET FILS.
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- LES MACHINES
- TYPOGRAPHIQUES
- ET LES
- PROCÉDÉS D’IMPRESSION
- INTRODUCTION
- Si nous considérons aujourd’hui les machines, les appareils, les outils, ainsi que les procédés d’impression actuellement en usage, et, par la pensée, si nous nous reportons en arrière d’un demi-siècle, nous nous trouvons, étant donné le progrès rapide qu’a suivi la typographie, fort éloignés de l’époque où la presse en bois était seule connue et seule employée.
- Il est présumable que Gutenberg conçut l’idée de la presse à imprimer devant le pressoir à vendanges, dont le principe mécanique, la vis, est le même. Cette presse primitive, dite à nerfs, — ainsi nommée à cause des cordes à boyaux ou des nerfs qui établissaient la solidarité entre la vis et la platine, — servit aux imprimeurs pendant quatre siècles, sans qu’il y fût apporté la moindre amélioration.
- Inclinons-nous devant la vénérable presse de nos pères ; dans son imperfection, elle n’en a pas moins produit de véritables chefs-d’œuvre que les superbes éditions du jour ne peuvent faire oublier.
- En France, ce fut un fabricant de presses en bois, nommé
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- INTRODUCTION
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- Brichet, qui, lo premier, remplaça la platine en bois et le marbre en pierre par une platine et un marbre en fonte. En outre, donnant plus d’obliquité au pas de la vis, il obtint, par cette disposition, un foulage plus assuré et d’une régularité certaine.
- Déjà, vers 1797, un mécanicien américain, Georges Clymer, avait construit une presse en fer qu’il nommait Colombienne et que les imprimeurs des Etats-Unis avaient généralement adoptée. Elle fut importée en Angleterre en 1817, où elle rivalisa avec la presse que faisait alors connaître lord Stanhope. Le comte Charles Slanhope, homme d’Etat distingué et savant mécanicien, ayant à faire imprimer un ouvrage de physique, et n’étant pas satisfait des résultats obtenus sur la presse en bois, préféra suspendre l'impression de son édition jusqu’à ce qu’il eût fait construire, selon ses indications, la presse qui porte encore son nom. Le mécanisme de cette presse perfectionnée reposait sur l’application ingénieuse de leviers fort heureusement disposés et combinés.
- Les imprimeurs anglais s’étaient empressés d’introduire dans leurs ateliers les modèles de Clymer et de Stanhope, ainsi qu’une presse d'un autre système, dite XAlbion, dont les constructeurs français eurent connaissance en 1820. C’est alors que Missel-bach et Thonnelier, Caveaux, Bresson, Frapié, Durand, Colliot et Giraudot imitèrent la presse Stanhope, en y apportant différentes modifications. Il en résulta une variété de modèles dont les divers changements n’apportaient, en réalité, aucune amélioration.
- Il n’en était pas moins vrai que les avantages des presses, dites perfectionnées, devenaient indiscutables. Leur construction, exclusivement en fonte et fer, permettait d’y obtenir une pression puissante et déterminée au moyen d’un organe spécial, — le régulateur à vis, — ce que n’offraient point les presses en bois, sur lesquelles on devait garnir le sommier supérieur de corps élastiques dont l’effet était de produire une déperdition de force au moment même de la pression, et d’où résultait une hésitation de frappe assez facile à comprendre. Un autre inconvénient venait aussi s’ajouter à cet ensemble de conditions défavorables. Sur les presses en bois, l’ouvrier imprimeur était obligé de donner successivement deux coups de barreau pour obtenir le tirage d’un
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- INTRODUCTION
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- exemplaire. L’emploi de la presse du système Stanhope faisait disparaître cette grave imperfection, car, la platine ayant les mêmes dimensions que le tympan, il ne fallait qu’un seul coup de barreau pour l’impression complète de la feuille de papier. I)e plus, avec le régulateur, le coup de barreau se trouvait être exactement assuré pour toute la durée d’un même tirage. Enfin, point important, sur ces nouvelles presses, l’ouvrier prenait une attitude moins pénible, le travail devenant par le fait beaucoup moins fatigant et d’autant plus expéditif.
- Cependant, malgré les perfectionnements, la presse à imprimer laissait à désirer sous le rapport de la production, les besoins grandissant chaque jour davantage. Aussi prévoyait-on la nécessité d’inventer une presse mécanique capable de remplacer, à tous les points de vue, la presse manuelle, qui ne répondait plus au desideratum du moment.
- Evidemment, ce n’était point le mécanisme applicable qui entravait les inventeurs, mais les essais échouaient avec une certaine persistance devant le moyen mécanique à employer pour communiquer l’encre à la forme. Le problème ne fut véritablement résolu que par l'invention du roideûu typographique.
- A l’instigation de Chegray, prote de l’imprimerie Smith, à Caris, le Dr Gannal, après quelques recherches, obtenait, en 1819, une pâte composée de colle forte et de mélasse. Cette composition, fondue et coulée sur un mandrin, placé préalablement au centre d’un moule cylindrique, procurait un rouleau d’une matière ferme et consistante possédant une certaine élasticité qui, jointe au mordant particulier qu’offrait sa surface, présentait les qualités requises. On a retenu le nom du premier pressier qui appliqua le rouleau à la touche des formes sur les presses manuelles. Il se nommait Maillot, et était connu dans l’imprimerie par plusieurs inventions ingénieuses.
- Les ouvriers imprimeurs furent quelque temps avant de savoir employer avantageusement ce nouvel outil. Par la nature même de sa composition, la matière à rouleau devenait une substance essentiellement hygrométrique, subissant les moindres variations du temps et de la température. A chaque instant, l’épiderme des rouleaux ménageait des, surprises aux ouvriers, dont
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- INTRODUCTION
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- l’cxpérience et la pratique se trouvaient être parfois mises en complète déroute. Toutefois, à force de tâtonnements, d’observations, de tentatives, les plus persévérants d’entre eux apprirent à se servir avec résultat du rouleau. Peu à peu, les pressiers récalcitrants reconnurent l’avantage de ce nouveau mode de touche et abandonnèrent les balles dont s’étaient servis Gutenberg et, jusqu’à cette époque, tous les imprimeurs.
- Il faut cependant croire que, antérieurement à l’invention de Gannal, les rouleaux étaient connus et employés en Angleterre, sinon comme matière, du moins comme système de touche mécanique. En effet, on se servait à Londres de rouleaux en peau de veau, que la nouvelle substance combinée par Gannal vint remplacer fort opportunément. Le fait serait accrédité par l’impression de YAnnual Begister, en 1811, sur une presse mécanique fonctionnant dans une imprimerie londonienne. Cette machine avait été conçue vers 1801, par Frédéric Ivœnig, natif d’Eisleben (Saxe). L’inventeur, muni de ses plans, avait fait, à ce moment, une tentative, restée infructueuse, auprès du gouvernement russe, afin d’obtenir les moyens pécuniaires de construire sa machine. C’est seulement en 1807^ lorsque Ivœnig habitait Londres, qu’il communiqua l’idée de sa machine à son compatriote Baüer, de Stuttgard, mécanicien de grande valeur, qui devint aussitôt un précieux collaborateur.
- Avec le concours d’un imprimeur de Londres, Thomas Bens-ley et de Richard Taylord, éditeur du journal The Times, qui fournirent les fonds nécessaires à l’entreprise, Baüer et Kœnig mirent à exécution, après trois années de tâtonnements, la première machine typographique. La pression s’y obtenait au moyen d’une platine, seul rapport qu’avait cette presse avec la presse manuelle; les autres organes étaient nouveaux et suppléaient entièrement les bras de l’homme. Enfin, cette machine acquérait une vitesse moyenne de sept à huit cents feuilles à l’heure.
- Les deux inventeurs saxons ne s’arrêtèrent point à ce premier pas ; l’année suivante, ils innovaient la pression cylindrique, et, deux ans après, le 28 novembre 1814, le journal The Times s’imprimait sur une machine à deux cylindres sortie de leurs ateliers. Enfin, en 1816, ils montaient la première machine
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- INTRODUCTION
- dite à retiration, imprimant simultanément les deux côtés de la feuille.
- Sur ces entrefaites, deux mécaniciens anglais, Cowper et Applegath, exploitèrent furtivement l’invention de Kœnig, mais en la perfectionnant; Kœnig, peu satisfait de cette concurrence, qu’il considérait comme étant déloyale, alla fonder en Bavière, à Oberzell, un établissement devenu, par la suite, des plus considérables et qui occupe aujourd’hui, en Allemagne, la première place pour la construction des machines à imprimer.
- De son côté, un mécanicien du nom de Miller, également à Londres, après des recherches longues et dispendieuses, avait inventé une machine pouvant imprimer deux mille feuilles à l’heure.
- Cependant, antérieurement à ces différentes tentatives, dont le succès était notable, Martyn, mécanicien anglais, avec l’appui du fondateur de The Times, avait essayé de construire une presse mécanique, cela sans grand résultat, puisque les personnes inté-re ssées dans l’affaire s’abouchèrent avec Kœnig, qui cherchait alors le moyen de mettre ses idées à exécution. D’autre part, en 1808, un nommé Sutorius avait pris, en France, un brevet pour l’invention d’une mécanique avec laquelle il pensait imprimer huit feuilles de papier d’un seul coup. Mais, la ruine venant avant la réussite, cette presse ne put même être essayée; Sutorius laissa tomber son brevet dans le domaine public.
- Nous ne savons à quel point sont fondées certaines prétentions relatives à la presse mécanique. D’aucuns pencheraient à croire que l’honneur de cette invention, qui occupe dans les fastes industriels une place aussi marquée, reviendrait de droit a deux Anglais, dont l’un serait Bensley, probablement le même qui a fourni les fonds à Kœnig, et l’autre Nicholson, mécanicien de Londres. Nous comprenons que les Anglais revendiquent, pour leurs compatriotes, un tel avantage; mais, n’ayant aucune preuve certaine pouvant établir la véracité d’une assertion, en somme peu prouvée, nous ne pouvons satisfaire aux prétentions émises en faveur des soi-disant inventeurs anglais. Nous nous contenterons d’indiquer cette autre version, nous en référant, pour notre foi, à la tradition habituelle jusqu’à présent admise et reconnue exacte par les auteurs qui se sont occupés
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- INTRODUCTION
- spécialement (le l’imprimerie et des origines de ses procédés. Le point de départ de toutes les machines à imprimer a donc été l’invention de Kœnig et Iîaüer : c’est là un fait acquis définitivement à l’histoire de l’imprimerie. Il y a bien quelque incertitude au sujet de la première machine à cylindre, mais cette question semble assez difficile à éclaircir d’une manière bien catégorique. Il paraîtrait que Nicholson, en décembre 1812, termina une machine cylindrique, sur laquelle furent imprimées les deux premières feuilles d’un ouvrage de Clarkson. Les uns prétendent que Kœnig avait eu connaissance des projets de Nicholson; les autres pensent, sans l’affirmer cependant, que Nicholson savait à quoi s’en tenir sur l’invention de Kœnig. D’une façon ou de l’autre, il n’en est pas moins exact que ce furent Kœnig et Baüer, les premiers, qui imprimèrent avec succès sur une presse fonctionnant mécaniquement.
- Si les deux Allemands attachèrent leur nom à cette remarquable invention, venant compléter, en l’augmentant considérablement, celle du Mayençais Gutenberg, il est juste, néanmoins, d’accorder aux Anglais une large part de cet honneur. Kœnig, méconnu dans sa patrie, n’avait pas été plus heureux ni à Saint-Pétersbourg, ni à Paris où il vint pour trouver les fonds nécessaires à l’exploitation de son idée. C’est à Londres qu’il devait rencontrer, non seulement des encouragements, ce qui n’est pas rare, mais aussi les moyens pécuniaires, chose beaucoup moins fréquente lorsqu’il s’agit d’inventions utiles et sérieuses. Voulant rendre à chacun ce qui lui est dû, il nous faut assurément reconnaître que Kœnig, en inventant la machine typographique, s’est placé au rang des hommes célèbres de notre siècle. Mais, ajou-tons-le, les Anglais ne sont pas ici tout à fait hors de cause; le moment étant venu de modifier le système d’impression, dont l’insuffisance était notoire, il n’y a rien d’étonnant, en somme, que Nicholson et Kœnig se soient rencontrés sur le même terrain. Enfin, l’impulsion n’en était pas moins donnée; une ère nouvelle s’ouvrait aux recherches des constructeurs et aux innovations des imprimeurs. De vastes horizons s’étendant devant leurs idées et leurs conceptions, l’imprimerie franchissait ainsi une limite qui, fort longtemps, avait paralysé son essor.
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- INTRODUCTION
- Les deux premières machines qui fonctionnèrent à Paris étaient de provenance étrangère. L’une, de construction anglaise, sortait des ateliers de Nappier; c’était une single machine, machine simple. La seconde était importée d’Allemagne; les pointures dont elle était pourvue permettaient d’y obtenir un registre presque parfait. Les premières machines doubles qui furent employées dans nos ateliers, et que l’on appelait anglaises, étaient construites par Cowper et Applegath, de Londres.
- Les mécaniciens français ne restèrent point en arrière; plusieurs spécimens furent produits à Paris, et, en 1829, Gaveaux présentait une machine sur laquelle on pouvait imprimer d’une manière satisfaisante les journaux et les labeurs. En 1831, Sel-ligue inventait une nouvelle machine tenant le milieu entre la presse manuelle et la presse mécanique. La pression s’y obtenait au moyen de la platine, la touche était mécanique et le mouvement général continu. Selligue prit le brevet de cette machine au mois de juin 1832. Aussitôt qu’elle fut sortie des mains de son constructeur, les mécaniciens anglais et allemands la copièrent. Puis, à l’Exposition de 1834, Thonnelier présentait à l’examen du jury une machine double à laquelle il avait apporté d’importantes modifications. De son côté, Giraudot s’appliquait à simplifier ses modèles, pendant que Colliot se faisait remarquer, également à l’Exposition de 1834, par une machine n’imprimant que d’un seul côté.
- Rousselet, pour sa part, inventait un nouveau système de machines donnant d’excellents résultats; les quelques améliorations qu’il y apporta successivement en firent un des meilleurs et des plus sérieux modèles de l’époque. Plus tard, Normand et L’Hôpital perfectionnèrent de fond en comble cette machine en lui taisant subir des changements notables et de profondes modifications. Enfin, un habile mécanicien, Dulartre, parvint à construire des machines surprenantes par la précision des organes mécaniques et par les impressions remarquables qu’on en obtenait.
- C’est alors que les machines à imprimer se répandirent avec rapidité; des tirages de gravures, exécutés sur plusieurs d’entre elles par Aristide Derniame, sortaient pour la première fois, en 1839, des imprimeries Fournier et Martinet.
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- INTRODUCTION
- 11 est juste de dire qu’à l’apparition des machines les ouvriers imprimeurs n’accueillirent point ce nouvel instrument de travail avec la plus vive satisfaction. Une hostilité d'un certain caractère s’accusa pendant quelque temps; mais, autant elle était excusable, autant elle fut de courte durée. Le même symptôme se reproduisit, du reste, dans les différentes industries au moment de l’introduction des machines qui, peu nombreuses, peu connues, étaient considérées par l’immense majorité des ouvriers à l’égal d’un casse-bras. L’expérience n’avait pas encore démontré aux travailleurs que loin de nuire à l’amélioration de leur salaire, de leur situation morale et matérielle, les machines 11e pouvaient que leur être avantageuses.
- Il 11e faut pas aller bien loin pour démontrer l’évidence de ce résultat, admis aujourd’hui d’une manière absolue par ceux-là mêmes que la question intéresse directement. O11 le sait, les lois industrielles fondamentales sont ainsi faites, que plus la production est considérable, plus les prix de vente diminuent. 11 en résulte que, devant le bon marché d’un produit manufacturé quelconque, il y a surcroît de demandes; d’où il s’ensuit une augmentation de fabrication proportionnelle aux commandes, celles-ci grandissant et affluant en raison de la réelle facilité pécuniaire rencontrée par les consommateurs pour satisfaire des besoins ou des superfluités dont ils se sont fait graduellement une habitude. Tl y a donc là un enchaînement d’actes homogènes entraînant forcément l’accroissement du nombre des ouvriers.
- Parlant seulement au point de vue qui fait l’objet de cet ouvrage, et pour citer un exemple dont on peut cependant faire une généralité en changeant seulement la nature du produit, considérons un livre.
- Avant l’invention de l’imprimerie, une des plus belles choses dont s’honore l’esprit humain, il fallait plusieurs mois, plusieurs années pour obtenir de la main du copiste, du scribe, un seul exemplaire d’un ouvrage. En premier lieu, 011 devait donc tenir compte du salaire de plusieurs mois ou de plusieurs années de travail pour établir le prix de l’exemplaire manuscrit. O11 arrivait nécessairement à un chiffre exorbitant, peu favorable à la diffusion. Plus tard, avec l’emploi de la presse et des types inventés
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- INTRODUCTION
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- par Gutenberg et Faust, la production devint plus rapide, on la taxait même à cette époque de sorcellerie, et plus d’un imprimeur fut, dans ces premiers temps, tracassé, poursuivi, malmené et même brûlé vif. Le prix des livres restait cependant encore assez élevé. Mais à mesure que les procédés d'impression devinrent plus expéditifs, les livres furent de plus en plus accessibles, moins rares et moins coûteux. Enfin, lorsque les machines furent inventées, une révolution complète s’opéra dans l'imprimerie; la production, n'ayant plus de limite, les petites bourses purent se permettre l’acquisition de livres et créer, à peu de frais, une bibliothèque à domicile. Aujourd’hui, le besoin de lire compte parmi les nécessités de la vie, à ce point, que les hommes qui entreprennent d’y répondre ont entre les mains un métier aussi sûr que ceux qui font commerce de coton ou de fer.
- La librairie prit donc une extension inconnue jusqu’alors et entraîna naturellement l’imprimerie dans son mouvement. Les machines se multiplièrent sur tous les points et il se fit des prodiges de bon marché, qui étonnèrent au premier abord; le nombre des travailleurs employés dans la typographie ainsi que dans les branches industrielles et commerçantes qui s’y rattachent augmenta dans une proportion considérable. Pour compléter notre pensée, nous constaterons que, depuis l’introduction des machines dans l’imprimerie, les salaires ont atteint une limite raisonnable et fort satisfaisante pour l’ouvrier; enfin nous ajouterons que tout-travail pénible et fatigant a disparu des ateliers. Reconnaissons-le cependant, à notre époque, le « machinisme », transformant de plus en plus les conditions industrielles, il en résulte une situation particulière devenue le point de départ d’une question sociale peu facile à résoudre afin de concilier, à la satisfaction commune, les intérêts du capital et ceux de la production.
- Toujours est-il que la première panique calmée, tant bien que mal, les machines se perfectionnèrent chaque jour davantage sous la main de différents constructeurs de mérite, qui participèrent ainsi d’une manière efficace au progrès général.
- Hippolyte Marinoni est l’un de ces constructeurs des premiers moments. Collaborateur de Caveaux, il s’associa en une large mesure aux heureuses créations de ce dernier. Ses ateliers de
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- INTRODUCTION
- constructions tiennent aujourd’hui une place importante dans l’industrie française.
- Pierre Alauzet, dont l’établissement remonte à 1847, fut aussi l’un de ceux qui ont pris une part très active au développement de l’imprimerie. Les bonnes traditions de la maison furent continuées par la Vvo Alauzet et Tiquet.
- Pour mémoire, nous citerons Tissier, puis Capiomont et Pureau. Et, dans un autre ordre d’idées, nous rappellerons Perreau et Yoirin, successeurs de Normand, lequel, avec L’IIôpital, perfectionna d’une manière des plus heureuses les machines à retiration inventées par Rousselet.
- Louis Rebourg participa également aux perfectionnements des machines doubles. Par la suite, ses ateliers passèrent entre les mains de MM. Parrain et Gaigneur.
- Accordons aussi une large place à Jules Derriey, dont les machines rotatives ont avantageusement fait connaître le nom. Les efforts constants de cet infatigable chercheur, ainsi que ceux de son fils, leur ont assigné un rang distingué parmi nos constructeurs. Terminons en citant Wibart, Coisne, etc.
- A ces constructeurs, s’occupant des grands modèles, sont venus s’ajouter les fabricants des machines de petits formats, ainsi que ceux des presses mécaniques fonctionnant à l’aide de pédale ou simplement à la main, tels que Perreau fils, Pierron et Dehaître, Rerthier, Poirier, Janiol, Ravasse, Niel et Value!, Charre fils, etc.
- Depuis une trentaine d’années, les machines dites pédales ont réussi à jouer un certain rôle en typographie. L’invention en est due à Degener et Weiler, de New-York. Ils créèrent leur premier modèle en 1861; mais ces machines ne furent réellement connues qu’à l’Exposition de Londres, en 1862, où, pour la première fois, elles fonctionnèrent en public. Ces presses, dont la Liberty est le véritable type, sont mises en mouvement par le pied, pendant que les mains fournissent le papier; elles ne furent introduites en France que dans le courant de l’année 1869 par S. Rerthier. Ces machines ne peuvent être employées que poulies travaux de ville et de petit format ; la pression s’y opère au moyen d’une platine s’abattant sur la forme.
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- INTRODUCTION
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- En 1866, un imprimeur de Riom, Leboyer, inventait une machine minuscule destinée à l’impression instantanée des cartes de visite. Cette petite presse a été aussitôt contrefaite et imitée par divers mécaniciens. Les services qu’elle peut rendre sont assez restreints et ne sauraient être sensiblement profitables autre pari que dans les ateliers entreprenant des impressions peu importantes.
- L’invention des différents spécimens, des machines à pédales, a produit dans l’imprimerie un certain déplacement des affaires, que la suppression des brevets d’imprimeur est venue augmenter encore. Le résultat en a été la génération spontanée d’un nombre incalculable de maîtres-imprimeurs. Il est si commode maintenant de pratiquer l’art des Aide Manuce, des Estienne, des Elzévir ! Par la disparition du monopole, cette grande facilité a forcément amené la répartition du travail en plus nombreuses mains et la concurrence plus âpre, plus tenace, contre laquelle en vain, jusqu’à présent, on cherche à réagir.
- Toujours est-il que, parmi les constructeurs, l’émulation devient générale, car il s’agit pour eux de répondre aux nouveaux besoins en modifiant, améliorant, perfectionnant encore les machines afin de leur donner plus de vitesse. La transformation du mode d’impression est même chose acquise avec les machines du système rotatif. Et, actuellement, certaines machines en retiration peuvent fournir, sans inconvénient, 1500 exemplaires à l’heure.
- Par suite de la nouvelle allure prise par les affaires se rattachant à l’imprimerie, les constructeurs de machines sont forcément entraînés à de successives modifications suggérées par les besoins impérieux du journalisme et par les diverses opérations typographiques exigeant des tirages à grand nombre.
- On en est même arrivé à éclairer la voie pénible des déshérités de la nature, dont les aspirations et les besoins intellectuels trouvent ainsi leur profonde satisfaction. Des esprits bien pensants ont voulu que les aveugles lisent leur journal ! Une presse spéciale, inventée il y a déjà plusieurs années par un Suisse de Genève, permet d’imprimer en relief, facilitant de cette façon, par le toucher, la lecture de pages entières relatant non seulement les nouvelles du jour, mais permettant de mettre en relief des caractères quelconques. Le rédacteur en chef du Journal des Aveugles l’est
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- INTRODUCTION
- lui-même de naissance; ses collaborateurs, atteints également de cécité, composent, impriment le journal dont la quatrième page est consacrée aux annonces et à la finance. De ce côté, les aveugles n’ont donc rien à envier aux clairvoyants.
- Mais — ô puissance du génie humain ! — ce n’est pas tout. Une invention américaine permet l'impression électrique. Déjà, en France, au mois de décembre 1876, Palau-Gardènes avait pris un brevet pour « l’impression électrique », ainsi que pour un télégraphe imprimeur à caractères typographiques.
- Ne voyons-nous pas, du reste, les bureaux de certains grands établissements financiers recevoir directement de la Bourse, et à mesure du mouvement des fonds, les cotes des diverses valeurs, dont l’inscription se fait mécaniquement sur une feuille de papier-mise en mouvement d’une manière automatique et à la surface de laquelle s’impriment des caractères typographiques? L’appareil enregistreur, placé Sous les yeux du public, et fonctionnant avec une régularité et une exactitude surprenantes, devient une merveilleuse machine à imprimer. Quels étonnements nous réserve l’électricité, cette fée si subtile qui ne nous abandonne encore, pour le moment, que le pau de sa traîne?L’imprimerie recueillera sans doute, dans un avenir peut-être prochain, les résultats inattendus des recherches dirigées par certains inventeurs, vers de nouveaux procédés basés sur les phénomènes électriques.
- De tout temps, l’imprimerie avait été considérée et traitée comme un art véritable; mais, aujourd’hui, il y a lieu d’en rabattre beaucoup de cette prétention, pourtant bien légitime. Ce n’est certainement plus à notre époque que les maîtres-imprimeurs — pour la plupart, toutefois — seraient on droit, par leurs connaissances techniques, de porter l’épée au côlé, comme leurs illustres devanciers. Entraînée qu’elle est par les nécessités impérieuses du moment, l’imprimerie est devenue une industrie semblable aux autres. Néanmoins, nous estimons — en connaissance de cause — que la typographie, dans son ensemble et ses très nombreux détails est, et restera, une industrie fort complexe, difficile à manier et dont il est indispensable de connaître les tenants et aboutissants d’une façon bien exacte afin d’en savoir diriger les rouages multiples avec lucre et avantages réels.
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- Naturellement, nous entendons ici parler d’une imprimerie sérieuse et munie d’un matériel important; car, depuis l’invasion de cette grande variété de petites machines, d’un prix peu élevé, et surtout depuis la suppression du privilège, les temps ont bien changé. La concurrence acharnée, nous ajouterons môme hors de raison, qui s’est emparée de l’imprimerie est venue renverser tout le système industriel et commercial lui servant d’échafaudage. Cette concurrence, que les plus sages et les plus prudents ont cherché à contenir en une certaine mesure, a détruit tous les calculs, et ceux des imprimeurs qui ont voulu et voudraient enrayer cette désorganisation momentanée, contraire à leurs intérêts ainsi qu’à ceux de leurs ouvriers, ont été entraînés à chercher des combinaisons typographiques leur permettant de suivre le mouvement donné. C’est ce qui a expliqué la construction des machines de grands formats, tels que octuple carré, quadruple raisin, quadruple jésus et meme quadruple colombier. Plus que jamais, maintenant, il faut de la vitesse, une production rapide permettant de faire face à une baisse de prix véritablement inquiétante. C’est ce que certains constructeurs ont compris en créant leurs nouveaux modèles de retirations pouvant fournir facilement 1500 exemplaires à l’heure. Nous voulons parler des machines doubles de la maison Vve Alauzet ainsi que de la Monocycle, du système Edouard Lambert, cette dernière ne comportant qu’un seul cylindre de pression d’un diamètre permettant la mise en train spéciale pour chacun des cotés de la feuille.
- 11 est évident que l’avilissement du prix des tirages se généralise au détriment de beaucoup d’intérêts, et l’un des résultats de cette situation critique est loin de relever le prestige dont a joui l’imprimerie durant plusieurs siècles. Allez donc, de nos jours, tâter de l’art!... Ce qu’il faut à l’imprimeur, c’est du solide, du bon courant, les labeurs à grand nombre, les longs tirages de clichés, les «canards» et les catalogues de «Nouveautés», les prospectus par centaines de mille. Avec ce genre de travaux, les machines roulent! Aussi peut-on facilement compter aujourd’hui ceux d’entre les imprimeurs pouvant et osant sacrifier à la gloire, sans compromettre leurs affaires.
- Il est vrai qu’une considération plus forte que la volonté vient
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- INTRODUCTION
- s’imposer par suite des nécessités industrielles du moment qui poussent à la production précipitée. On produit vite, peut-être trop vite ; mais l’excuse est toute trouvée. L’impatience de la clientèle oblige souvent à mettre en branle, jour et nuit, tout un matériel complet et un personnel parfois épuisé par l’excès de travail.
- A ces diverses causes d’exécution plus ou moins satisfaisante, vient s’ajouter l’emploi d’éléments souvent fort défavorables, papiers et encres, sur lesquels l’imprimeur est forcément obligé de réaliser des économies pour répondre, quelquefois par à peu près, aux devis établis en vue de la concurrence.
- Enfin, pour rentrer dans l’ordre d’idées dirigeant notre ouvrage, et afin d’exposer l’un des principaux motifs d’impressions trop souvent défectueuses, nous placerons en première ligne la pénurie d’ouvriers sérieusement capables.
- 11 y a lieu, en vérité, de se demander la raison pour laquelle les bons ouvriers imprimeurs, disparaissant peu à peu, ne sont pas remplacés en proportion relative. Il fut une époque où les conducteurs de machines n’étaient autres que d’anciens pressiers sachant imprimer. Plus tard, ce furent leurs fils ou bien leurs élèves, imbus d’excellents principes. Mais, avec le temps, les margeurs s’emparèrent aussi des places de conducteur, sans avoir, au préalable, fait une espèce de stage, soit à la presse à bras, soit à la machine, sous la surveillance et avec les enseignements du conducteur. Parmi ces margeurs, beaucoup réussirent à devenir ouvriers très capables; mais combien en resta-t-il de fort médiocres !
- C’est dans cet esprit que nous avons entrepris la publication de ces pages, sachant que les conducteurs habiles se font rares, la plupart agissant sans méthode arrêtée, n’ayant reçu et ne possédant aucun des principes indispensables pour réussir d’une manière avantageuse et complète. Espérons que, par la suite, il sortira des écoles professionnelles, où l’on enseigne maintenant le métier de conducteur de machines, nombre d’ouvriers venant, par leurs travaux, faire honneur à l’industrie française.
- Dans notre ouvrage, nous nous adressons tout aussi bien à ceux des lecteurs désireux de pénétrer, si peu que ce soit, une industrie qui occupe dans le monde une place des plus prépondérantes. Sans l’imprimerie, en effet, que deviendraient le
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- mouvement social et les relations humaines? L'esprit se refuse à sonder les conséquences de sa disparition. Aussi estimons-nous que, en se désintéressant complètement d’un art industriel si précieux et si utile, on commet en quelque sorte un acte de véritable ingratitude.
- En publiant cette troisième édition, nous avons voulu répondre aux instances réitérées et sympathiques qui nous sont parvenues aussi bien de France que de l’étranger où nos écrits ont été traduits en diverses langues.
- Obéissant donc à ces désirs des plus flatteurs, il nous a fallu nécessairement ramener notre ouvrage au niveau que lui avaient fait perdre les idées nouvelles, les innovations dues à ces derniers temps, les inventions récentes dont le plus clair des résultats se traduit par une certaine évolution typographique qui n’est pas sans fixer, avec juste raison, l’attention du monde de l’imprimerie.
- La connaissance approfondie du métier, qu’il nous a été donné d'acquérir, non seulement au point de vue théorique, mais surtout et très spécialement comme praticien, nous permet de placer sur leur véritable terrain les questions se rattachant directement à l’impression et aux différents procédés de tirage.
- Nous ne négligerons pas, également, d’entrer dans la description des types de machines créés depuis peu, ainsi que des appareils accessoires appliqués par les constructeurs à leurs modèles, nouveaux ou perfectionnés.
- Afin de procéder aussi méthodiquement que possible et d’une manière régulière, claire et concise, nous diviserons les différents systèmes de machines françaises, usitées dans l’imprimerie, en quatre genres typiques, par eux-mêmes bien spécifiés et distincts, prenant en cela pour base la construction de chacun d’eux, ainsi que le mode d’impression leur appartenant. Nous établirons de cette façon la classification suivante, déterminant les diverses parties du livre premier, tout en réservant à son début un chapitre pour la pt'esse manuelle.
- 1° La machine simple, dite en blanc, ainsi nommée parce qu’elle n’imprime qu’un seul côté de la feuille durant sa rotation
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- INTRODUCTION
- complète. Dans ce genre, nous*comprendrons les pédales et les presses à platine.
- 2° La machine double ou en retiration, imprimant simultanément les deux côtés de la feuille.
- 3° La machine dite à réaction, dont le nom est dû au mouvement alternatif des cylindres de pression qui, réagissant sur eux-mêmes en sens inverse de leur première rotation, amènent en pression le second côté de la feuille soumise à l’action de la machine.
- 4° Les machines cylindriques ou rotatives, ainsi nommées à cause de la disposition générale du système exclusivement rotatif.
- Les parties suivantes de l’ouvrage seront consacrées aux procédés de mise en train et à ce qui s’y rattache. L’impression des ouvrages illustrés, tout autant que le tirage des couleurs, y occuperont une large place. Le travail du découpage des gravures sera aussi l’objet d’un examen tout particulier.
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- LIVRE PREMIER
- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- PREMIÈRE PARTIE
- PRESSES MANUELLES, MACHINES EN BLANC
- CHAPITRE PREMIER
- PRESSES MANUELLES
- Etant donné le courant des idées actuelles portant sur renseignement professionnel, nous avons pensé qu’un aperçu rapide et succinct sur les presses à bras trouverait avantageusement sa place dans le présent ouvrage.
- Ceux des conducteurs ayant préalablement pratiqué le travail dupressier, auront assurément plus de chance de réussir dans leur métier, car, par le fait même, ils acquièrent une connaissance plus approfondie des effets de pression, de mise en train, de touche. Ils posséderont aussi, par une étude forcément constante, l’expérience exacte et précise de l’emploi si difficile des rouleaux. En outre, par leur début à la presse, les conducteurs contractent incontestablement dps habitudes de propreté, de soin, d’attention, dont toute leur existence de travailleur se ressent.
- Disons, en passant, au point de vue de l’enseignement technique, qu’il est permis de regretter que les conducteurs, entre les mains desquels les maîtres-imprimeurs remettent des instruments de travail d’un prix toujours élevé, soient fort souvent incapables de les entretenir en de parfaites conditions, ainsi que de remédier par eux-mêmes aux incidents ou accidents fortuits pouvant s’y produire. Il nous semble que les connaissances techniques du conducteur devraient le mettre à même d’obvier à certains désordres surgissant de la façon la plus inopinée, et dont le peu
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- d’importance ne nécessiterait pas la présence du mécanicien, auquel on épargnerait ainsi un dérangement intempestif.
- Bien qu’ayant l’intention de généraliser ce qui a rapport aux presses manuelles, nous n’entrerons pas dans les détails historiques de leur invention. Précédemment, nous avons déjà exposé sommairement ce qu’était la presse de Gutenberg; construite sur les indications de l’inventeur, par un tourneur en bois, Conrad Saspach, cet outil n’était autre qu’un pressoir à raisin modifié, et approprié, dans sa simplicité, à l’accomplissement de l’œuvre immortelle et glorieuse de Gutenberg.
- L’intérêt que présente la presse en bois étant, en réalité, exclusivement rétrospectif, nous ne ferons qu’effleurer ce sujet en tenant compte, néanmoins, du respect que doit imposer à tous une invention devenue le point de départ de la diffusion des connaissances humaines, et d’une évolution sociale constante et fondamentale.
- La presse de Gutenberg comportait deux montants parallèles reliés entre eux par deux sommiers, l’un situé dans la partie haute, l’autre dans la partie basse. A peu de distance du premier, une pièce de bois transversale soutenait la vis dont l’extrémité à embase était perforée de part en part. L’imprimeur introduisait une espèce de manche long et solide dans l’orilice pour agir sur la vis. En tournant, celle-ci faisait descendre un plateau qui s'y trouvait fixé, ce dernier venant ainsi faire pression contre un second plateau immobile placé immédiatement au-dessous, en parallélisme. Inutile de faire ressortir les inconvénients et les incommodités que présentait une semblable disposition. Le placement de la forme sur le plateau inférieur, et l’introduction de la feuille de vélin entre les deux plateaux, n’étaient pas dans les choses absolument pratiques. On ne tarda pas à y remédier en rendant mobile le plateau de la forme, que l’on lit alors mouvoi r horizontalement sur deux coulisses, à l’aide d’une corde venant s’enrouler autour d’un rouleau actionné par une manivelle.
- Peu à peu, quelques améliorations de détail se produisirent, mais le mécanisme primitif resta le même pendant quatre siècles. Aussi demeure-t-on confondu devant les impressions obtenues sur ces presses en bois relativement informes, comparées aux instruments modernes si parfaits et tellement précis dans leur ensemble.
- Aussi bien en France qu’à l’étranger, les mécaniciens ont construit une grande variété de presses, reposant toutes sur le
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- même système, et ne différant seulement que par la disposition des organes accessoires. Cette différence devenait sensible, quant au mécanisme produisant la descente de la platine. Certains constructeurs avaient conservé la vis — de beaucoup préférable ; — d’autres employaient la genouillère ou une combinaison de leviers à rotules. Le système qui, généralement, a prévalu dans les ateliers français, fut la Stanhope à vis, dont nous allons décrire l’ensemble ainsi que les organes.
- Le corps de presse, tout en fonte de fer, repose en son entier sur
- Fig. 1. — Presse Albion. Fig. 2. — Presse Colombienne.
- un patin en bois de chêne, dont la hauteur ne dépasse pas une vingtaine de centimètres. Il comprend la lyre, la tête et les quatre bras.
- La lyre, ainsi nommée à cause de sa forme, rappelant vaguement rinstrument de musique, qui remonte à la plus haute antiquité, se compose des jumelles, parties cintrées du corps de presse. Les extrémités du prolongement des jumelles servent à fixer le corps de presse sur le patin, à l’aide de forts boulons traversant ce dernier de part en part.
- La tête, ou chapiteau du corps de presse, est la partie de fonte unissant les jumelles. Le milieu est occupé par une pièce de bronze taraudé formant Y écrou de la vis.
- Les quatre bras sont produits par quatre saillies en pleine fonte, deux se prolongeant en avant de la presse, deux en arrière. Les
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- bandes, sur lesquelles roule le marbre, y sont assujetties par des boulons.
- La vis et sou écrou traversent la tête du corps de presse; la vis est en fer forgé; elle est à trois, et souvent quatre filets, afin de donner plus de puissance à la pression.
- Il faut avoir soin, lors du montage d’une presse, de faire coïncider chacun des filets de la vis avec les pas de vis de l’écrou leur correspondant. Au reste, le monteur s’apercevrait facilement de son erreur parla position anormale de la vis, qui se trouverait en ce cas ou trop haute, ou trop basse, la coïncidence entre les filets de la vis et le pas de l’écrou ne se trouvant pas exacte.
- Lavis comprend trois parties : le pas de vis, Marbre et le pivot.
- L’arbre se trouve maintenu par un collet, et le pivot
- s’emboîte exactement dans une pièce d’acier en forme de dé, à laquelle on a donné le nom de grenouille. Celle-ci, à son tour, se trouve enchâssée dans une seconde pièce également en acier, —-la crapaudine, — reposant directement dans la cavité ménagée à la partie supérieure et médiane de la boîte coulante. Par celte disposition, le pivot tourne librement, sans effort ni usure.
- La tête de la vis supporte la virgule, pièce en fonte appelée ainsi par analogie de forme et dont le rôle est de communiquer à la vis l’impulsion nécessaire à son mouvement de descente pour opérer la pression. Cet organe est boulonné sur l’une des extrémités
- Fig. 3. — Presse système Stashope.
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- du régulateur destiné à augmenter ou à diminuer la pression. L?autre extrémité, de cette pièce aboutit à une seconde virgule symétrique à la précédente, d’aspect et de disposition semblables; elle maintient par sa partie supérieure une colonne dont le bout inférieur, terminé en pivot, évolue dans un godet formé par une saillie de la jumelle de gauche. Cette colonne se trouve assu jettie, en outre, par l'épaulette, espèce de collier venant se rattacher au corps de presse; c’est à la base de la colonne que se trouve solidement fixé le barreau, levier actionnant la vis de pression par l’intermédiaire du régulateur et des virgules. Le régulateur se compose d’une branche formant boutonnière et horizontalement placée entre les deux virgules. C’est une tige taraudée, traversant I extrémité du régulateur et se trouvant en communication avec la virgule de la vis de pression qui, selon l’écartement des virgules, détermine le degré de foulage.
- Plus liant, nous avons indiqué la disposition même de la vis descendant sur la boîte coulante, pièce de fonte l’accompagnant forcément dans son mouvement, et maintenue dans une cage ménagée au milieu du corps de presse par une plaque de fonte dite pièce d’estomac.
- Cette dernière monte et descend au long de deux chemins tracés sur le corps de presse ; elle se trouve fixée sur la boite coulante par un boulon transversal produisant un serrage léger qui permet le libre agissement de la vis de pression.
- L action du barreau est contrebalancée par l'effort d’un poids, d une trentaine de kilogrammes environ, suspendu à l’extrémité d une fourchette, dont chaque branche saisit un tourillon vissé sur la boîte coulante.
- Par le bas, la boîte coulante s’adapte à la platine qu’elle retient a l’aide de quatre boulons. La platine, en fonte de fer, est consolidée en dessus par des nervures rejoignant la partie qui s’élève vers la boîte coulante. Le dessous en est parfaitement dressé, de façon à produire une pression bien assurée, un foulage régulier, une frappe franchement déterminée. Au moment où se produit l’impression, cette surface de la platine se trouve en parallélisme avec le marbre qui s avance pour rétrograder ensuite, entraînant ainsi alternativement la forme sous la platine, et la ramenant en avant pour 1 encrage et la marge de la feuille sur le tgmpan. Le marbre va et vient sur deux bandes à rainure que supportent les quatre bras, et que consolide un pied fixé directement sur le patin. Aux quatre
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- angles du marbre, et sur les côtés, sont vissées des cornières d’environ 1 centimètre de hauteur servant à maintenir la forme par F interposi tion de cales et de coins en bois entre le châssis de la forme et le fer des cornières. En dessous du marbre, deux coulisseaux pénètrent dans les rainures des bandes facilitant, par le fait, le glissement du marbre dans son mouvement de va-et-vient. A chaque bord de ce dernier, dans le sens longitudinal, est adapté un rocket ou cric destiné à obtenir la tension suffisante de la corde ayant pour objet d’actionner le marbre.
- Les cordes s’enroulent sur un rouleau de bois placé sous les bandes, et à quelque distance en avant du corps de presse. Ce rouleau, d’environ 20 centimètres de diamètre, est traversé en sa longueur par une branche sur laquelle est goupillée une manivelle faisant tourner ou détourner le rouleau, selon la direction que doit prendre le marbre. Le rouleau porte de chaque côté un rebord, ou joue, empêchant les cordes de s’en échapper durant le fonctionnement de la presse. Les'cordes y sont fixées en les passant par un orifice et en nouant l'un des bouts. L’autre extrémité va s’enrouler sur la tige du cric, après avoir fait deux ou trois tours sur le rouleau.
- Les anciennes presses fonctionnaient à l’aide d’une ou deux cordes, et, à cette époque, les pressiers considéraient la pose en place des cordes comme un véritable secret à garder; aussi, afin de n’être pas surpris durant leur mystérieuse opération, prenaient-ils toutes sortes de précautions. Aujourd’hui, nous en sourions.
- La partie de la presse sur laquelle l’imprimeur dispose successivement les feuilles devant subir la pression se nomme le grand tympan, par rapport au petit tympan qui lui est solidaire. Le premier est un cadre en fer dont la barre inférieure porte deux taquets distancés, contre chacun desquels vient appuyer la pointe d’une vis passant dans un appendice lixé au marbre. De cette façon, le grand tympan agit comme s’il se trouvait monté sur charnières. Sur la barre supérieure de ce dernier, sont rivées deux pièces de tôle s’accouplant et formant gonds, au moyen d’une brochette, avec deux autres pièces semblables attenantes à la frisquette, cadre fait de feuillard de fer, dont nous examinerons plus loin l’emploi.
- Le grand tympan reçoit l’étolfe qui fait directement pression sur l’œil du caractère. Généralement, cette étoffe est de la soie plus ou moins épaisse. On emploie aussi, avantageusement, du parchemin pour garnir le tympan.
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- Le petit tympan est également un cadre en fer mince, venant s’adapter à l’intérieur du grand tympan, barre à barre; il y est maintenu par des arrêts mobiles et des parties en queue d’aronde s’encastrant dans le fer du grand tympan. Il est ainsi facile de les séparer pour les besoins de la mise en train, car c’est entre le grand et le petit tympan, celui-ci garni pareillement d’étoffe mince, que l’imprimeur interpose la mise en train, ainsi que le blanchet, tissu de laine, mérinos ou satin, destiné à rendre la pression de la platine moins dure.
- La frisquette, dont nous avons parlé plus haut, se rabat contre la feuille, une fois mise en place et margée sur la face externe du grand tympan. Son objet est de servir de cache afin que la feuille ne soit ni salie ni maculée par les garnitures de la forme ou les blancs des pages, au moment de l’impression. A cette fin, on colle entre elles quelques feuilles de papier, plus ou moins fort, de façon à obtenir une espèce de carton mince que l’on tend alors dans l’espace vide de la frisquette; après avoir encollé profusément les bords, on les tire successivement et peu à peu en les repliant sur le fer du cadre. Lorsque la garniture de la frisquette est bien sèche, on la découpe selon les indications que nous donnons plus loin, afin de tenir libres les parties de la forme qui doivent être imprimées. Pour rendre le maniement de la frisquette rapide et commode, elle est munie, du côté de la main du pressier, d’un appendice ressortant du cadre. En saisissant cette espèce d'oreille, on peut abaisser et relever la frisquette sans le moindre effort, et instantanément.
- Enfin, pour compléter l’appareil d’impression, on place à côté du corps de presse une table à encrer. Il faut nécessairement que cette table soit solidement établie pour supporter les chocs du rouleau pendant la distribution de l’encre. L’encrier se compose d’une espèce d’auge en fonte, fermée d’un côté par un cylindre de même métal dont l’axe se termine à un bout par une manivelle facilitant sa rotation. Le cylindre se trouve en contact plus ou moins prononcé avec un prolongement de la fonte formant lame, et venant s’y appuyer pour retenir l’encre déposée à l’intérieur de ce logement, qu’un couvercle en tôle de fer ou en bois abrite de la poussière. Afin d’approcher ou de reculer du cylindre la lame, dite couteau, on se sert de vis placées derrière l’encrier.
- Il nous reste à parler du rouleau, accessoire indispensable et des plus importants, de la qualité duquel dépend en majeure
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- partie l’impression. Le rouleau est soutenu par une monture en fer, garnie de deux poignées. Son rôle est considérable et il nécessite une somme de soins spéciaux afin de pouvoir être employé avantageusement.
- De l’ensemble des organes que nous venons d’examiner, il résulte, pour obtenir le tirage d’une feuille de papier, une série de mouvements combinés et variés de la part des ouvriers imprimeurs. Un tirage régulier exige deux hommes : un pressier et son compagnon. Les fonctions du premier, qui, en terme de métier, tient-le marteau, consistent à mettre en œuvre le mécanisme de la presse. C’est lui qui lire le barreau, tandis que son compagnon, après avoir déposé sur le rouleau une certaine quantité d’encre, la distribue sur la table de façon à y répartir uniformément la couche pour toucher bien également Y œil du caractère composant la forme.
- Le papier du tirage est posé sur un banc, espèce de bahut placé tout près de la presse, à proximité du tympan lorsqu’il est relevé et disposé à recevoir la feuille. Durant le temps que le compagnon met à distribuer l’encre et à toucher la forme, le pressier, du bout de l’ongle du pouce, étage le papier afin de saisir rapidement la feuille pour la placer, en s’aidant des deux mains, sur le grand tympan. Aussitôt la feuille margée, il la soutient légèrement de la main gauche pendant que la droite s’empare de l’oreille de la frisquette pour la rabattre sur le grand tympan, et d’un mouvement cadencé les abaisser ensemble sur la forme, ce qui s’appelle faire le moulinet. Au meme instant, la main gauche saute sur la manivelle. Deux tours suffisent pour faire glisser le marbre sous la platine; pendant ce temps, la main droite, empoignant le barreau, le tire en avant pour produire la pression, après quoi elle l’accompagne, tout en le maintenant, durant son retour à son point de repos. Le pressier détourne alors la manivelle pour faire rétrograder le marbre et relever ensuite le tympan ainsi que la frisquette. Dans cette position, la presse se trouve en état de recommencer l’impression d’une nouvelle feuille.
- Au chapitre sé rapportant à la mise en train et au tirage, nous compléterons les indications relatives à la presse et à son fonctionnement.
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- CHAPITRE II
- MACHINES EN BLANC
- Voulant payer notre tribut à la mémoire de Kœnig, et désirant aussi satisfaire la curiosité de nos lecteurs, nous avons cru devoir reproduire, au commencement de ce chapitre, la première machine à cylindre qu’il construisit et sur laquelle fut imprimé le en 1811.
- Cette presse peut être divisée en deux parties bien distinctes dont chacune d’elles, séparément, constitue une machine. Le marbre est mis en mouvement au moyen d’une crémaillère à croissants. Les deux cylindres de pression sont de grand diamètre et entraînés par une série de roues intermédiaires indiquées derrière les bâtis. La touche est obtenue par deux gros rouleaux placés entre les cylindres. L’encrage a lieu dans la partie supérieure. Les deux marges et les sorties de feuille sont visiblement déterminées.
- Comme on le verra par la suite, la machine Kœnig n’a aucun rapport avec le système des machines en blanc de construction française; aussi Dutartre peut-il hardiment revendiquer l'honneur d’avoir, en collaboration avec Aristide Derniame, créé le spécimen qui a déterminé le type français des machines en blanc. Les autres constructeurs ne sont parvenus à faire subir aux modèles de ce genre que des modifications sommaires ou de simples déplacements de quelques-uns des organes mécaniques. Ils ont pu trouver des simplifications, mais, en réalité, ils n’ont apporté aucune amélioration ni aucun changement notable, portant sur les principes fondamentaux appliqués d’une manière à la fois aussi simple qu’ingénieuse et si profondément mécanique par l’inventeur de la machine en blanc.
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
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- A l’apparition dos machines qui sortirent pour la première fois des ateliers de Dutartre, les hommes compétents furent étonnés de la précision que présentaient toutes les pièces et de la combinaison
- - Fig. I. — Machine inventée par Koenig.
- heureuse des différents organes de mouvement auxquelles venaient s’ajouter l’élégance des proportions et le fini de l’exécution.
- Ce système étant le type du genre, c’est par son examen que nous commencerons la série des machines en blanc.
- DESCRIPTION DU SYSTÈME DUTARTRE
- Deux bâtis en fonte, établis parallèlement, reliés et maintenus par des entretoises également en fonte, supportent à peu près vers leur milieu une annexe formant cage, dans laquelle s’emboîtent les coussinets du cylindre de pression.
- Ce sont des boulons, passant par des orifices ménagés dans le corps même des bâtis, et retenus par des écrous, qui assemblent et consolident les entretoises à l’intérieur de chacun des bâtis.
- Les coussine ts en bronze subissent l’action d’une vis supérieure et d’une vis inférieure qui les dirigent; cette disposition permet
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- DESCRIPTION DU SYSTÈME DETARTRE
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- ainsi de régler le foulage en les descendant ou les remontant pins ou moins dans la cage.
- Le cylindre dépréssion prend, par l'intermédiaire de nervures, ses points d’appui sur un arbre dont les tourillons se meuvent dans les coussinets ci-dessus mentionnés. Supposant le cylindre à son temps d’arrêt, qui a lieu pendant la moitié de l’évolution de la machine, il se présente, à sa partie supérieure et dans toute sa longueur, une gorge d’environ 0m,10 recélant le mouvement des pinces; diamétralement opposée, par conséquent à la partie inférieure, est ménagée une seconde échancrure un peu plus large que la précédente. On y place les deux tringles autour desquelles sont enroulées les étoffes destinées à garnir le cylindre.
- Le mouvement des pinces se compose d’une barre dont les extrémités, en tourillons, tournent chacune dans une noix fixée au cylindre par des vis. Sur le prolongement de l’un des tourillons de la barre est goupillée une virgule supportant, sur un petit axe, un galet mobile. C’est ce galet, contournant un excentrique fixa1 pendant la rotation opérée par le cylindre de pression, qui communique à la barre, et conséquemment aux pinces, le mouvement alternatif, les faisant se fermer pour prendre la feuille, puis s’ouvrir pour la laisser sortir une fois imprimée, s’abaisser [pour
- Fig. 5. — Armature de la machine en rlanc.
- A, B, C, entretoises. — D, chaise de l’arbre de commande.
- passer sous la table de marge et enfin s’ouvrir à nouveau pour attendre une nouvelle feuille que leur présente le margeur.
- La tension contre-balançant l’effet produit par l’excentrique, et complétant la cause de ces différents mouvements, est obtenue soit par des ressorts à boudin agrafés à la barre des pinces et terminés par un bout taraudé, sur lequel est vissé un écrou à oreillettes
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- remplissant l’office de tendeur, soit par un ressort plein et plat, opérant sur un appendice adjoint à la virgule, ou sur la barre des pinces, et fixé sur la paroi interne du cylindre de pression. Les pinces sont en bronze et glissent à volonté sur la barre, où elles sont maintenues en place par une vis à tête carrée.
- Les tringles destinées à tendre les étoffes sont généralement au nombre de deux : Tune, ronde et garnie d’ardillons, reçoit le blanchet dit de fond, ainsi nommé parce qu’il touche directement au cylindre; la seconde tringle, ordinairement carrée, sert à tendre l’étoffe recouvrant le blanchet de fond et sur laquelle est collée la feuille d’assise de la mise en train. A l’une des extrémités de chaque tringle, sur le prolongement, limé carrément pour donner prise à une clé, est établi un rochet mis en arrêt par un cliquet. Cet appareil, dans son ensemble, permet la tension maximum des étoffes.
- La partie superlicielle du cylindre, où ne s’opère pas la pression, est excentrée de quelques millimètres afin de laisser libre passage à la forme, lorsque la pression a eu lieu et que le cylindre, stationnaire, attend le moment de reprendre sa course.
- Enfin, la surface extérieure du cylindre est percée, en sa partie médiane et sur les côtés, d’une série de trous taraudés, peu éloignés les uns des autres et placés sur une même ligne droite. C’est dans ces trous que sont vissées, selon les formats, les pointures lixes, destinées à percer le papier de petits orifices utilisés à la retiration.
- A quelques millimètres de l’un des bords du cylindre, sur le même arbre, est clavelée une roue d’engrenage du même diamètre que le cylindre lui-même. En face de la gorge inférieure, occupée par les tringles à étoiles, les dents de cette roue sont réduites presque jusqu’à la jante; nous verrons plus loin l’utilité de cette disposition. Enfin, à cette place même et sur le côté de la jante est fixé un axe supportant un galet emboîté dans une espèce d’alvéole dont nous indiquons quelques lignes plus bas l’action et l’emploi.
- Au-dessus des entretoises sont boulonnées des bandes en fonte parfaitement dressées dans lesquelles se meuvent des glissières, soit à galets, soit plates. C’est sur ces glissières que repose le marbre supportant les formes à imprimer. Les glissières à galets se composent de deux montants longitudinaux et parallèles reliés entre eux de distance en distance par des traverses vissées sur le côté extérieur des montants. D’une traverse à l’autre, deux ou trois
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- galets sont moulés de manière à pouvoir rouler librement entre la partie dressée des bandes et un chemin fixé sous le marbre. A cet effet, chaque tourillon des galets est soutenu par le montant placé de son côté. Les montants glissent entre les bords des bandes; une rainure, pratiquée dans la partie basse de ces dernières, maintient les montants; la glissière entière n’abandonne donc pas la direction que lui transmet le marbre par son mouvement de va-et-vient. La glissière plate est d’une seule pièce; on lui donne la largeur correspondant à l’intérieur de la bande dans laquelle
- Fui. 7. — Bande a glissière plate.
- elle se meut; son épaisseur est d’environ 0®,040 et sa longueur en rapport avec la course que lui communique le mouvement du marbre. Il est utile que les bandes soient suffisamment creuses, de façon à retenir l’huile versée pour le graissage.
- Le marbre est une pièce en fonte rabotée et rodée, dont la surface est dressée avec soin. De chaque côté, dans le sens longitudinal de la machine, est vissée une bande en fonte, ayant de 0m,022 à 0m,023 de hauteur et 0m,035 à 0m,040 de largeur. Sur ces bandes, ou sur la partie correspondante du cylindre de pression, sont fortement tendues des sangles venant s’interposer entre le cylindre et les bandes, rendant ainsi la pression sur ce point plus élastique. Ces sangles servent aussi à assujettir les supports que parfois le
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- conducteur est obligé de placer pour alléger certaines parties de la forme.
- Contigus aux deux bandes de supports, sont fixés des chemins
- A, inarbre pour la forme. — B, table à encre. — C, cadre reliant le marbre à la bielle. — 1), cadre supportant la table à encre. — E, crémaillère. — F, chemins des rouleaux. — G. bandes, de support.
- Fig. 0. — Bielles de commande.
- 1, bielle fixée à la roue; A, contrepoids. — 2, attache de la bielle au marbre. — 3, tète de bielle. — 4, bielle directe.
- ayant la largeur des galets fixés aux mandrins des rouleaux lou-cheurs. Ce sont ces chemins, sur lesquels roulent les galets, qui supportent et font tourner les rouleaux lorsque ceux-ci touchent la forme.
- Enfin, à chaque bout du marbre est vissée une cornière destinée à appuyer et à retenir les formes.
- Sur un cadre formé par le prolongement du marbre est fixée la
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- table à encrer touchant à la cornière opposée à celle placée du côté du cylindre.
- Sur le côté du marbre avoisinant la roue du cylindre, est boulonnée une crémaillère dont la denture correspond à celle de la roue avec laquelle elle engrène alternativement, entraînant ainsi le cylindre dans sa course. C’est une application du mouvement rectiligne transmettant le mouvement circulaire.
- Fig. 10. — Arbre de commande.
- A, bielle directe. — B, excentriques de la dent d’arrêt. — C, excentrique commandant les pointures mobiles et le mouvement des pinces. — D, E, engrenages de l'encrier. — F, grande roue motrice.
- Le mouvement de va-et-vient est communiqué au marbre par une tige que commande une bielle agissant soit d’une façon directe, soit montée sur une roue engrenant avec un pignon clavelé sur l’arbre moteur. A cette roue, que l’on trouve extérieurement aux bâtis, lorsque l’action de la bielle a lieu directement, est fixé un contrepoids destiné à rétablir l’équilibre que l’entraînement de la bielle elle-même détruit par sa propre pesanteur; cette roue est clavetée sur l’arbre de commande. 1
- Dans la partie basse de la machine, cl en avant, est placé
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- {'arbre de commande, supportant un jeu à'excentriques que nous appellerons excentriques jumeaux. Ils transmettent, par l’intermédiaire d’une longue tige, le mouvement alternatif et varié à la dent d’arrêt du cylindre. L’arbre de commande porte, en outre, un autre excentrique voisin des précédents et dirigeant un jeu de leviers, de tringles, de branches que nous décrirons plus loin. Le mécanisme de l’encrier est aussi mis en action par des engrenages prenant le mouvement sur cet arbre principal, aux extrémités duquel sont fixées, d’un côté la bielle, et de l’autre la grande roue motrice, engrenant sur le pignon transmetteur du mouvement général, dont le même arbre supporte le volant.
- La fig. 11 indique, d’une part, les deux excentriques A et E ayant les mêmes dimensions, mais disposés pour être montés chacun dans un sens relativement inverse. Au-dessus, à droite, la lige G, qui conduit à la dent d’arrêt, se termine par une partie
- Fig. 11. — Disposition des excentriques jumeaux.
- plate et large II, sur laquelle deux boulons L et M. retiennent une pièce I formant ainsi une glissière que traverse l’arbre de commande J. Deux galets, K, K, sont placés chacun d’un côté de cette glissière. Sur la gauche de la fi,g. Il on aperçoit les excentriques A et E montés en sens contraire, comme nous l’avons dit plus haut, sur l’arbre de commande et chacun d’un côté de la
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- glissière. Le bord de l’excentrique A, opérant sur le galet F’, transmet le mouvement de la glissière, en môme temps que l’excentrique E, placé de l’autre côté, agit sur le galet lui correspondant. Par cette disposition des excentriques, la glissière se trouve maintenue entre les galets; elle est ainsi mise en mouvement d’avant en arrière et réciproquement.
- Fig. 12. — Dent d’arrêt, Fig. 13. — Dispositif de la dent d’arrêt.
- Les fig. 12 et 13 complètent la précédente; F est la tige de la glissière venant se relier à la dent d’arrêt A par un boulon C ; H est le galet fixé à la roue du cylindre. Un orifice D permet à un boulon Ë, à tête plate, de placer à mouvement libre la dent sur le côté intérieur du bâti et sous l’annexe qui supporte le cylindre. De cette manière, la tige F transmet à la dent le mouvement indiqué : G correspond au point J, et H au point I.
- Lorsque le marbre est arrivé en avant, à l’extrémité dev sa course, et au moment où il repart pour opérer la pression, c’est-à-dire quand il est à son point mort, la dent d’arrêt du cylindre, conduite par la tige que guident les excentriques, se dirige en arrière par un mouvement doux et suivi. Comme le galet fixé sur la jante de la roue du cylindre est emboîté dans l’alvéole de la dent d’arrêt, celle-ci l’entraîne nécessairement dans la direction que lui transmettent les excentriques. Elle donne ainsi la première impulsion à la roue qui vient s’engrener avec la crémaillère du marbre, dont le mouvement est combiné et calculé à cet effet. Une fois les premières dents prises, le galet, suivant naturellement la rotation du cylindre, abandonne la dent, et c’est alors la crémaillère seule qui fait opérer au cylindre sa rotation complète. Fendant que le cylindre tourne sur lui-même, la dent d’arrêt se
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- reporte d’arrière en avant pour recevoir et saisir le galet qu’elle ramène, ainsi que le cylindre, à leur point de départ; là, elle les tient stationnaires durant le temps que le marbre met à revenir en avant, d’où nous l’avons pris pour commencer l’explication de l-a rotation du cylindre et des agissements de la dent d’arrêt.
- L’autre excentrique dont nous avons parlé, par l’assemblage de tringles, de branches et de tiges coudées, agit sur l’excentrique des pinces, qui subit sous cette impulsion un mouvement peu sensible d’avant en arrière. Sur la tringle transversale est goupillée la branche soutenant les pointures mobiles servant à la retiration. C’est un contrepoids, en réagissant sur la tige principale, qui
- Fig. 14. — Commande des pinces et de la pointure mobile. Excentrique et contrepoids.
- ramène l’excentrique des pinces ainsi que les pointures mobiles à leur première position, celle occupée pendant le temps d’arrêt du cylindre.
- Quand le cylindre est arrêté, afin de livrer passage à la crémaillère lors du retour du marbre en avant, on supprime les quelques dents de la roue du cylindre qui pourraient s’y opposer ; c’est ce que, du reste, nous avons vu plus haut.
- Sur certaines machines, du côté opposé à la commande, une seconde crémaillère engrenant sur une autre roue est parfois adaptée au cylindre. Cette roue comporte également la suppression de quelques dents dans la partie inférieure pour laisser passer la crémaillère lors du retour du marbre en avant.
- Au moment où le cylindre va commencer son mouvement de rotation, lorsque la feuille a été saisie par les pinces et qu’elle est entraînée en pression, s’il n’y avait rien qui la maintînt sur le cylindre elle tomberait sur la forme, s’attacherait aux rouleaux,
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- en un mot, la machine serait dans l'impossibilité de fonctionner. On a donc recours à des cordons pour faciliter le parcours et la sortie de la feuille. Ce que nous indiquons ici se rapporte aux machines de ce système, car, sur quelques-unes des machines en blanc, la direction des cordons, sans beaucoup varier, est pourtant modifiée. Sur la presse en blanc Dutartre, il en existe de cinq sortes, ayant chacune un rôle bien distinct :
- 1° Les cordons supérieurs; 2° les cordons inférieurs; 3° les eordons tendeurs; 4° les cordons de conduite; 5° les faux cordons.
- Avant d’en déterminer futilité et les fonctions, il est indispensable d’indiquer la place et la position qu’occupent les tringles et les rouleaux sur lesquels, en les contournant, passent ces cordons, dont le parcours est différent.
- A quelques millimètres du cylindre, longitudinalement et un peu au-dessous de l’ouverture des pinces, est placée une première tringle garnie de bagues. Plus bas, à la jonction du cylindre et du marbre, et à peu de distance de l'œil de la lettre, se trouve la deuxième tringle, également pourvue de bagues. A l’opposite de cette dernière, derrière le cylindre, est symétriquement posée une troisième tringle au-dessus de laquelle, à quelques centimètres, est établi un rouleau en bois ou un tube en métal. Enfin, à l’extrémité des deux bâtis, et en surélévation de la table sur laquelle est déposée la feuille sortant de la machine après avoir été imprimée, se trouve un second rouleau terminant le système des cordons.
- 1° Cordons supérieurs. — Leur seul but est d’empêcher la feuille de monter lors de la sortie de pression et aussi de la forcer à prendre sa direction vers la table à recevoir. Ils enveloppent le cylindre de pression, touchent au rouleau voisin, et viennent se fendre sur la poulie qui les dirige et les retient à leur place.
- 2° Cordons inférieurs. — A son passage en pression, la feuille est maintenue par ces cordons ; ils agissent en outre sur les pointures du cylindre en les obligeant à percer le papier par leur propre tension.
- 3° Cordons tendeurs. — Ce sont eux, suffisamment tendus, qui transmettent le mouvement aux tringles et aux rouleaux. Les trois tringles, ayant parfois assez d’entraînement avec les cordons inférieurs, on se dispense de l’emploi des tendeurs, les disposant alors de la manière suivante : ils enveloppent directement le cylindre de pression entre les sangles et la partie imprimant, près
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- du bord, puis chaque bout du cordon est croisé en passant sur le premier rouleau et l’on continue pour venir envelopper le second rouleau.
- Lorsque l’on passe les cordons tendeurs sur les trois tringles et les deux rouleaux, il ne faut pas les croiser sur le rouleau voisin du cylindre.
- 4° Cordons de conduite. — La feuille s’arrête sur ces cordons après avoir été imprimée et en attendant la rotation suivante de la machine, qui pousse la feuille sur la table à recevoir. Ces cordons relient simplement l’un à l’autre les deux rouleaux en passant sur les poulies servant de tendeurs.
- 5° Faux cordons. — Par suite de différentes causes, dont nous parlerons plus loin, la feuille parvient quelquefois en pression sans être tout à fait adhérente au cylindre, produisant ainsi des plis qui obligent à la mettre au rebut. Afin de remédier à cet inconvénient, les deux tringles de devant sont reliées entre elles par plusieurs cordons cousus bout à bout et faiblement tendus. Leur objet est d’étaler la feuille avant son entrée en pression. La série de faux cordons passant sur les tringles peut ne pas donner un résultat complet; certains tirages nécessitent ce que l’on appelle des éléphants. L’éléphant, ainsi nommé probablement à cause de sa largeur relative, est une bande d’étoffe bien tendue et cousue sur les deux tringles ; son effet sur la feuille est plus sensible que celui des faux cordons. L’étoffe peut être remplacée par une simple bande de papier fort, mouillée au préalable et dont on colle ensuite les extrémités; en séchant, le papier se tend sur les tringles, soutenant ainsi la feuille à son passage. On obtient le même résultat en plaçant à l’entrée de pression une tringle garnie, dans sa longueur, de poils rigides qui agissent sur la feuille à la façon d’une brosse.
- Les cordons sont maintenus à leur place au moyen de bagues enfilées sur les tringles et aussi par les poulies des tendeurs. On donne à la gorge des bagues la largeur des cordons destinés à y passer. En général, ou dispose sur les tringles quelques bagues disposées de façon à pouvoir retenir un fil. A cet effet, on ménage sur chacune des joues de la bague une rainure étroite, dans laquelle peut glisser le fil. Ces bagues à deux fins sont très utiles et nécessaires quand la machine effectue des tirages de tableaux ou autres travaux dont les formes offrent des blancs étroits et restreints. Pour donner plus d’adhérence au tissu des cordons et afin
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- de faciliter l'entraînement des tringles, la gorge des bagues est molletée ou quadrillée.
- Ces bagues peuvent être fixées indifféremment par une vis ou par leur propre serrage, le métal faisant ressort. Il nous paraît cependant prudent d’employer le dernier moyen; même avec la plus grande attention, les vis peuvent se desserrer par la trépidation de la machine et devenir cause de l'écrasement des formes.
- A l’opposé de la table à recevoir, sur l’extrémité des bâtis, est boulonné l’encrier. Ce dépôt d’encre alimente sans cesse les rouleaux pendant la marche de la machine et se compose de deux pièces principales : le cylindre encreur et le couteau.
- Le couteau est une pièce en fonte reposant sur un support du même métal; il y est maintenu, mais de manière à pouvoir y glisser aisément, par deux ou trois vis à embase placées en dessous. Le couteau se termine en lame venant former tangente au long du cylindre ; il est dirigé et commandé par un jeu de vis extérieures. Deux plaques vissées chacune à l’un des bouts retiennent l’encre ; un couvercle empêche la poussière de s’introduire dans l’encrier.
- Les vis, généralement à tête ronde, servant à régler la lame de l’encrier, sont de deux sortes, les unes de rappel, les autres de pression; elles sont accouplées par paires ou disposées alternativement. La pièce supportant le couteau présente, du côté opposé à la lame, un épaulcment de quelques centimètres qui lui est parallèle dans toute sa longueur. De distance en distance, cet épaulcment est percé de trous taraudés de deux en deux ; les trous intermédiaires ne sont qu’alésés. En face de ces derniers, le couteau est perforé de trous taraudés. Voici ce qu’il résulte de cette disposition : les vis de pression pénétrant dans les trous taraudés de l’épaulement viennent appuyer leur extrémité sur le dos du couteau, dont la lame est ainsi poussée contre le cylindre encreur tandis que, de leur côté, les vis de rappel passant par les orifices Don taraudés se prennent dans le corps du couteau. La tête de celles-ci étant pourvue d’une embase, en tournant, elles tirent en arrière la lame dont l’éloignement du cylindre livre un passage plus large à l’encre, de sorte que le cylindre s’en recouvre d’une couche plus épaisse.
- Le cylindre encreur tourne en dedans, mû lentement par un engrenage que commande un pignon recevant son impulsion de l’arbre principal de la machine. Sur le tourillon opposé à cet
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- engrenage est fixé nn excentrique transmettant le mouvement à une branche terminée en forme de cage. Celle-ci contient un coulisseau, sur lequel est installé un galet, et que fait mouvoir une vis à béquille. Selon que le galet est plus ou moins monté dans la cage, il fait décrire à la branche un arc de cercle se déplaçant. Le mouvement est communiqué par l’entremise d’une tringle au rouleau 'preneur; celui-ci s’élève pour se charger d’encre et vient ensuite la déposer sur la table lorsqu’elle est ramenée en avant par le marbre.
- L’encre est étalée, égalisée, échauffée, distribuée sur la table par des rouleaux dits distributeurs, dont la disposition oblique, affectant la forme du Y, leur fait acquérir en tournant un mouvement longitudinal croisé et alternatif produisant la distribution de l’encre.
- C’est en passant sous les rouleaux toucheurs, dont les fusées sont maintenues par des fourchettes empeignes boulonnés sur les bâtis (il en est de meme pour les distributeurs) que la table les charge d’encre. La forme, venant à son tour subir le contact des toucheurs, se couvre ainsi d’encre avant d'entrer en pression.
- Derrière le cylindre, chacun des bâtis supporte un appendice surélevant une table où l’on installe le papier en rame destiné à être imprimé. Au-dessus, est placé quelquefois une tablette servant au margeur pour se débarrasser des décharges et des mauvaises feuilles. Un peu au-dessous de la table au papier, et tenue par des charnières, est située la table de marge, sur laquelle est placée la feuille saisie par les pinces. Cette tahle, légèrement inclinée, est perforée d’orifices servant à retenir les taquets qui déterminent la marge. Sur certaines machines, les taquets sont en avant et placés entre les pinces ; dans ce cas, au moment du départ de la feuille, lorsque les pinces s’en sont emparées, les taquets sont légèrement soulevés. Les orifices de la table donnent aussi accès aux pointures de retiration, qui ont un mouvement alternatif de haut en bas, nécessaire pour laisser partir la feuille qu’entraîne le cylindre, et ensuite de bas en liant, pour ramener leur pointe au-dessus du niveau de la table de marge.
- Le mouvement général de la machine en blanc, système Dutartre, n’est pas continu dans tous ses organes. En effet, le cylindre et le jeu des cordons agissent d’une manière intermittente. Pour expliquer le fonctionnement de cette machine, nous supposerons le marbre arrivé en avant, à son point mort, c’est-à-dire au
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- moment où il est prêt à repartir vers l’arrière des bâtis. Dans cette position, la table à encrer est placée au-dessous de l’encrier ut le preneur y dépose l’encre dont il s’est préalablement chargé par son contact avec le cylindre encreur. La roue de commande, pendant sa rotation, fait agir la bielle dont le bras pousse et conduit le marbre, combinant son mouvement avec les deux excentriques jumeaux, fixés sur l’arbre principal, faisant mouvoir la dent d’arrêt. En même temps, l’excentrique isolé, voisin des précédents, par l’intermédiaire de plusieurs branches reliées les unes aux autres, transmet un léger recul à l’excentrique du cylindre et fait ainsi
- tomber les pinces qui s’emparent de la feuille juste à l’instant où le cylindre va commencer sa rotation. Comme la même branche communique le mouvement à la pointure mobile servant à mettre le papier en retiration, celle-ci descend un peu, se retirant ainsi de l’orifice dans lequel le margeur l’avait fait pénétrer, de façon à laisser la feuille libre lors de son départ. Une fois ce léger mouvement effectué et la feuille partie, le contrepoids remet en place les pièces déplacées en réagissant sur l’ensemble des leviers. Revenant à la dent d’arrêt, dont nous avons expliqué précédemment le mécanisme, nous la voyons entraîner le cylindre, sa roue engrenant alors avec la crémaillère du marbre, et de l’action combinée de ces deux organes résulte l’impression de la feuille. Durant le temps que le marbre a mis à accomplir sa course, lorsqu’il parvient au point où il change de direction pour revenir en avant, la dent d’arrêt s’est avancée à la rencontre du galet dont
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- elle s’empare, le tirant ainsi que le cylindre. Celui-ci se trouve être ramené à sa première position, qu’il garde jusqu’à ce que le marbre soit revenu à l’endroit où nous l’avons pris. Pendant cette immobilité, le margeur a le temps de placer une autre feuille sur la table à marger. C’est pendant le va-et-vient du marbre et de la table à encre que l’encrage de la forme a lieu. Nous avons indiqué plus haut l’action des pinces, nous n’y reviendrons pas; il nous reste à faire remarquer que la feuille, une fois imprimée, reste sur les cordons de conduite en attendant la rotation suivante de la machine qui la pousse vers la table où l’on reçoit le papier imprimé.
- Dans son ensemble et ses détails, cette machine, réellement inventée par Dutartre, présente à l’œil le modèle de la simplicité, ce qui n’a pas empêché cependant d’autres constructeurs de chercher encore à simplifier quelques-uns des organes accessoires pour ramener leurs machines à une construction spéciale réalisant leurs idées personnelles. Certains d’entre eux, Dutartre comme les autres, comprenant l’inconvénient des fosses, ont modifié la disposition de la bielle ou exhaussé leurs machines sur un socle en fonte employant un chariot comme support du marbre, modification leur permettant ainsi de diminuer la longueur de la bielle de commande. D’autres appliquent le mouvement hypocycloïdal.
- La suppression de la fosse est souvent d’une grande utilité; il suffit que le sol du local, où doit être installée la machine, ne puisse être creusé, pour comprendre l’avantage d’une machine dont la construction évite tout affouillement ; à plus forte raison, si la machine doit être montée à un étage supérieur.
- Le chariot dont il vient d’être question quelques lignes plus haut, offre une grande solidité et une assise sûre pour le marbre. Il est composé de quatre roues réunies entre elles par des montants boulonnés. Entre les deux roues du devant, clavetée sur le même arbre, une roue d’engrenage, prise entre deux crémaillères, communique le mouvement au marbre. L’une de ces crémaillères est fixée sous le marbre et au milieu, dans l’axe de la machine; l’autre fait face parallèlement à la première et se trouve boulonnée dans le bas, au niveau des chemins sur lesquels roule le chariot. La bielle de commande, qu’entraîne l’arbre principal, se termine en forme de fourche, dont chaque branche saisit par côté le moyeu de la roue d’engrenage.
- Il a fallu, également, que les constructeurs répondissent aux
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- exigences des différents genres d’impression, certains travaux nécessitant line grande vitesse en raison de la longueur des tirages, lorsque d’autres, au contraire, demandent une marche calme afin de donner plus de valeur à la touche des rouleaux. Les impressions en plusieurs couleurs sont devenues aussi l’objet d’une construction spéciale de machines.
- Il est résulté d’une pareille divergence de besoins une certaine diversité de machines en blanc, dont le système varie plus ou moins, mais dont le principe reste à peu près le môme.
- En réalité, les modifications ne portent que sur le déplacement de quelques-uns des organes, sur le développement pins ou moins allongé de la course du marbre, permettant ainsi une distribution plus ou moins compliquée et une touche proportionnelle; ces modifications reposent également sur le diamètre du cylindre d’impression. L’ensemble de ces différentes considérations a donc attiré l’attention des constructeurs et les a engagés à créer des types spéciaux, simples, d’un prix relativement peu élevé, et pouvant satisfaire à tous les travaux d’une imprimerie, de quelque importance qu’elle soit. C’est ainsi qu’ont été construites les machines en blanc dites : A grande vitesse, Indispensable, Express, Universelle, Simplifiée, Active, Régimentaire, Productive, Nécessaire, Rapide, Parisienne, etc., dont quelques-unes marchent au pied. Ces modèles, dégagés de toutes complications, peu sujets aux dérangements de mécanisme, n’ayant pas à craindre les réparations fréquentes, deviennent surtout précieux pour le service des imprimeries comportant un matériel restreint.
- A côté de ces diverses machines en blanc, les mécaniciens, stimulés par les imprimeurs, se sont mis à construire des machines destinées au tirage des gravures et des travaux de luxe : telles sont les machines dites perfectionnées, à mouvement varié, à grand développement, 11 double touche, à encrage cylindrique, etc. D’autre part, le tirage des couleurs prenant chaque jour un plus grand développement, des machines tout à fait spéciales ont été construites, entre autres les presses chromotypographiques, et celles à deux, trois et quatre couleurs.
- Il en fut de même pour l’impression des affiches, des types tout particulièrement disposés venant faciliter ce genre de tirage. Les machines à affiches comportent généralement un grand format, le quadruple colombier par exemple; c’est sur une presse de ce genre que s’impriment les affiches théâtrales de Paris. Quelques-uns
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- des constructeurs ont bien pris des brevets pour des presses destinées spécialement aux affiches, mais en somme ces machines reposent sur les mômes principes que celles du système Diitartrc. Seulement, presque toutes sont organisées de manière à pouvoir imprimer différentes couleurs à la fois. Les encriers sont, à cet effet, disposés en plusieurs compartiments pouvant varier de longueur suivant les besoins, et dans lesquels, à volonté, on dépose
- les couleurs. En ce cas, le preneur est composé d’autant de parties qu’il y a de couleurs et la distribution peut être modifiée selon les nécessités, c’est-à-dire être droite ou croisée, par le déplacement des peignes.
- Les machines dites Jumelles ont aussi leur place dans ce chapitre, en raison de leur similitude avec les machines Dutartre. Ce genre de presses, dont quelques modèles seulement ont été construits, consiste dans l’accouplement de deux machines en blanc ordinaires.
- C’est Pierre Alauzct qui, le premier, en prit le brevet. Ainsi que leur nom l’indique, ces deux machines sont semblables et n’en font en réalité qu’une seule.
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- Les Jumelles ont eu peu de succès ; cependant elles peuvent rendre, en divers cas, de bons services. Elles ont été remplacées, il est vrai, en une certaine mesure pourtant, par une disposition particulière appliquée aux machines à retiration et à soulèvement, disposition pour laquelle lieuse, le premier, a pris un brevet. Il suffit d’ un simple changement aux machines à retiration, disposées à cet effet, pour avoir la facilité, selon les besoins, d’imprimer à volonté, en double, ou bien en blanc sur chacun des cylindres de pression. Dans le chapitre relatif aux machines doubles, nous reparlerons plus amplement de cette particularité.
- Quant aux Jumelles, leurs organes sont identiquement semblables à ceux de la machine Dutartre ; ils sont seulement doublés, sauf la commande : deux marbres, deux cylindres, deux jeux d’excentriques, double jeu de rouleaux, etc. Les fonctions s’y accomplissent de la môme façon que sur les autres machines du même système.
- La préoccupation du moment est d’obtenir le plus de vitesse possible pour répondre à la concurrence générale, désastreuse, désespérante. Le seul moyen est la production rapide permettant de supporter une baisse de prix devenant malheureusement illimitée. Aussi les constructeurs s’appliquent-ils à créer de nouveaux types de machines venant réaliser ces nouveaux besoins. L’encrage cylindrique a été l’un de ces moyens par la diminution du développement des marbres. Ensuite, certains ont pensé à utiliser la réaction sur lui-même du cylindre de pression pour imprimer une seconde feuille en blanc on pour faire le tirage de la feuille en retiration. D’autres, cherchant encore à gagner du temps, ont créé (les machines à double effet. Deux machines en blanc accouplées h une manière spéciale font simultanément des mouvements les éloignant et les rapprochant alternativement l’une de l’autre pendant que les cylindres, sans temps d’arrêt, continuent leur cotation. Sur cette machine à marbre plat, le papier est employé à 1 état continu, en bobines; il est dirigé par les cylindres de telle •Manière que l’un imprime le recto et l’autre le verso. En outre, par ••ne disposition particulière, l’une des parties de la machine peut être mise au repos tandis que l’autre fonctionne seule, imprimant 1m papier en blanc.
- Les machines en blanc de petit format, à marche rapide et dont la dimension du marbre ne dépasse généralement pas le format jésus, ont entre elles assez d’analogie, puisque toutes ont un rapport intime, quant au mécanisme, avec le système primitif
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- conçu par Dutartre. C’est en effet le meme jeu d’excentriques ramenant le cylindre que le mouvement intermittent laisse au repos pendant le retour du marbre. Quant à l’encrier et au preneur, ils sont actionnés d’une manière différente, selon le genre de machine; la commande est placée soit en avant des bâtis, soit en arrière, ou au milieu. Evidemment, dans la construction de ces machines, les mécaniciens cherchent à simplifier le plus possible les organes et les pièces de façon à réduire le prix de fabrication et à leur donner une vitesse rapide, de 1200 à 1600 exemplaires à l’heure. Telle est la machine Dutartre (Lhermite, successeur) dite à très grande vitesse, disposée pour fonctionner par pédale, à bras ou au moteur.
- L’Indispensable, construite par Marinoni, est d’une simplicité de forme et d’organes qu’il est difficile de surpasser. Quoique le principe du système soit celui de la machine Dutartre, les modifications sont assez fondamentales pour en changer complètement l’aspect et l’allure. La commande est située au milieu de la machine, à côté du cylindre de pression. Un pignon met en mouvement la grande roue, sur l’arbre de laquelle est fixée une bielle courté dont la disposition évite ainsi de creuser une fosse sous la
- Fig. 17. — Indispensable (Marinoni).
- machine. Le second bras de cette bielle fait décrire un arc de cercle à un balancier qui prend son point d’appui dans la partie basse de la machine, sur une traverse. L’extrémité coudée de ce balancier vient se mettre en communication avec le marbre, dont il dirige ainsi la course. Cette machine comporte trois toucheurs et au besoin trois distributeurs. L’encrier est mis en mouvement
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- au moyen des branches dirigées par le va-et-vient de la traverse soutenant le balancier. Un receveur de feuilles mécanique vient compléter les commodités de cette presse.
- U Express Alauzet rentre de mémo dans les modèles simplifiés.
- Fig. 18. — Express (Alauzet).
- Avec cette machine, tout aussi solide que légère, la suppression de la fosse sous les bâtis devient également un des côtés avantageux du système. La raquette permet de recevoir la feuille mécaniquement.
- Sur toutes les machines, l’encrage cylindrique peut être appliqué au gré de F imprimeur.
- Jules Derriey, dans la construction de ses machines en blanc, dispose de préférence l’encrage cylindrique, et la traction du marbre se fait par chariot.
- Du reste, ainsi que nous l’avons vu précédemment, les constructeurs, en général, ont dû se conformer aux idées du moment et appliquer à leurs machines aussi bien l’encrage cylindrique que l’encrage plat. Il y a nécessité, en certaine occurrence, afin de réduire l’emplacement des machines, surtout celles à couleurs.
- Nous compléterons la nomenclature de ces machines de petit format par la presse typographique système Perreau fils et Brault (Tourey successeur). Le mécanisme en est simple et léger. C’est une bielle, partant d’une grande roue, et terminée en fourche, qui transmet le mouvement au marbre par l’intermédiaire d’une
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- roue. Cette roue est prise entre deux crémaillères parallèles, dont l’une est fixée an marbre et l’autre boulonnée sur les entretoises.
- Fig. 19. — Universelle (Marinoni).
- Si, par sa disposition et la force relative de ses organes, la presse de ce système ne permet pas d’y exécuter certaines impressions comportant une puissante pression, elle donne, en compensation, toute facilité pour le tirage rapide et des plus pratiques des travaux de ville ou autres du même genre.
- Fig. 20. — Machine Perreau et Brault (Tourey).
- Un jeu de leviers dirige la dent d’arrêt et fait mouvoir la table de marge sur laquelle sont ménagées des espèces de grilles donnant jour aux pointures de retiration. Les constructeurs de cette machine, à l’instar de la machine à deux couleurs de Dutartre,
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- que nous examinerons plus loin, ont supprimé les cordons et les ont remplacés par des rubans en métal que l’on place dans les blancs de la forme. La feuille est prise par des pinces, dans la partie basse du cylindre et en arrière. Les pinces sont montées à l’intérieur du cylindre de pression qui, en réalité, n’est qu’une
- Fig. 21. — Système Marinoni.
- Fig. 22. — Machine en blanc Yoirin.
- nioitié de cylindre. Les pinces, recourbées, saisissent la feuille après que la table de marge s’est soulevée pour que la feuille quitte les pointures qui sont fixes et immobiles sur leurs branches. Le pointage de la feuille se fait dans le sens transversal de la machine.
- Avec les rubans en métal, supprimant les cordons, la feuille s’arrête sur le cylindre même, d’où il faut la prendre à la main pour
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- la poser sur la table à recevoir qui se trouve placée au-dessus du marbre, entre les distributeurs et les toucheurs. L’encrier tourne par encliquetage; le preneur est commandé par une branche qui descend vers une roue pleine fixée sur l’arbre principal. Dans le
- Fig. 23. — Système Alaczet, a encrage cylindrique.
- sens du diamètre de cette roue, une rainure contient un coussinet auquel vient se rattacher l’extrémité de la branche du preneur. Selon que le coussinet, maintenu par un écrou dans la rainure, se trouve plus ou moins rapproché du centre de la roue, le preneur reste plus ou moins longtemps en contact avec le cylindre encreur.
- Nous avons parlé plus haut d’encliquetage ; cette disposition de commande d’encrier existe sur plusieurs des machines de petit format. Cet encliquetage consiste en un rochet qui fait tourner, dent par dent, un cliquet dirigé par une branche mise en communication avec un excentrique. Le cliquet retombe sous chacune des dents soit par son propre poids, soit poussé par un ressort plat.
- Précédemment, nous avons vu qu’un receveur mécanique était adapté aux machines en blanc. Ce sont des lames de bois, retenues sur un montant en fer par des vis, et formant raquette, qui composent cet appareil mécanique des plus simples et des plus commodes. Une fois la pression opérée, aussitôt que les pinces ont
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- lâché la feuille, elle est entraînée par les cordons de conduite, dont chacun est en surélévation entre deux lames de bois et elle vient prendre place sur la raquette. A la rotation suivante, du cylindre de pression, la raquette, décrivant un demi-cercle, actionnée qu’elle est par le montant en fer qui la supporte et la dirige, amène ainsi la feuille qu’elle retourne sur la table à recevoir. Ce mouvement de la raquette a lieu de la manière suivante : à l’une des extrémités du montant, soutenant les lames en bois, est goupillé un petit pignon engrenant avec une crémaillère droite ou en forme de secteur. Cette crémaillère communique par une branche à un
- Fig. *2i. — Receveur mécanique.
- excentrique ; c’est un ressort à boudin, ou un contrepoids, qui entraîne la raquette pour sortir la feuille des cordons, et c’est l’excentrique qui ramène la raquette en position pour recevoir la feuille suivante. Généralement, à toutes les machines de petit format, les constructeurs disposent des receveurs mécaniques.
- Sur la plupart des machines, tant en blanc qu’à retiration, il
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- est assez facile d’y adapter un appareil spécial pour la réglure. Un jeu de molettes, fixées sur une tringle, est placé devant le cylindre de pression. Les molettes sont mises en communication avec un système particulier d’encrage et elles effleurent en même temps le cylindre sur lequel la feuille passe en pression.
- Nous avons examiné, en somme, tout ce qui se rapporte aux machines en blanc de ce système. On reconnaîtra qu’il nous est difficile d’analyser pièce par pièce, organe par organe, chacun des types différents de nos constructeurs. L’indication des spécimens principaux nous paraît satisfaire au but de notre ouvrage, considérant, en réalité, qu’avec la pratique les conducteurs prennent rapidement connaissance d’une machine en blanc dans tous ses détails. Nous donnerons toutefois un aperçu de l’encrage cylindrique dont nous avons déjà parlé, ainsi que de l’application sur les machines de la double touche.
- Encrage cylindrique. — Il est d’usage que, sur commande, les constructeurs organisent indistinctement leurs machines à encrage plat ou cylindrique. Nous avons vu précédemment en quoi consistait le premier. L’avantage de l’encrage cylindrique est de donner moins de développement à la course du marbre. Le système d’encrage, en ce cas, est voisin du cylindre de pression. L’encrier se trouve dans la partie haute ; au-dessous est disposée la table à encrer, cylindre de fonte d’un diamètre répondant aux nécessités de la touche par rapport au format de la machine. Entre la table et l’encrier on installe parfois un tube intermédiaire pour faciliter la distribution de l’encre. Que ce soit l’une ou l’autre disposition, le preneur dépose l’encre sur le tube ou sur la table. Des distributeurs, auxquels un mécanisme transmet un mouvement alternatif dans le sens de l’axe, sont placés au-dessus de la table cylindrique, contre laquelle les toucheurs viennent appuyer légèrement, en même temps qu’ils se trouvent en contact avec la forme pendant son passage. Aussi bien pour les distributeurs que pour les toucheurs, le bout des fusées repose dans des coussinets en bronze que des vis de réglage dirigent à volonté dans une cage. De cette façon, le conducteur a la facilité de régler les rouleaux de la manière la plus précise. Les peignes des toucheurs sont mobiles et se trouvent fixés contre les bâtis au moyen de vis à béquilles.
- Avec ce système d’encrage, il est d’une certaine importance de tenir les rouleaux à l’abri de l’air afin de leur éviter une diminu
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- tion de diamètre. Les vis de réglage sont, évidemment, une ressource pour y obvier; mais il arrive souvent que des rouleaux, perdant leur diamètre primitif, ne peuvent entrer en contact qu’avec l’un des deux organes contre lesquels ils doivent cependant appuyer à la fois.
- Ce mode d’encrage, presque exclusivement pratiqué en Allemagne depuis fort longtemps, a surtout comme mérite incontestable la faculté de communiquer à la forme une touche excellente,
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- Fig. 25. — Encrage cylindrique.
- MN, table de marge de la machine. — L, cylindre de la machine. — A, son encrier. — B, rouleau de l’eDcrier. — C, preneur avec prise différentielle. — DDDD, petits cylindres en fer animés d’un petit mouvement de va-et-vient. — EE, rouleaux en matière. — K, cylindre en fer. — PF, grands cylindres en fer ayant un mouvement assez vif de va-et-vient. —GGGG, sont les quatre gros toucheurs qui peuvent très aisément se régler, même pendant la marche de la machine.
- les rouleaux se trouvant continuellement en contact avec la table à encre.
- Machines à double touche. — Par l’adjonction d’un second encrier placé derrière le cylindre, à l’extrémité des bâtis, il est facile d’obtenir sur les machines en blanc une double touche. Cette modification ne peut avoir de résultat que si le développement du marbre à l’arrière est suffisant. Ce double encrier alimente alors un jeu de rouleaux agissant sur une seconde table fixée au marbre, à l’opposé de la première. Par cette disposition, la forme peut être touchée à sa sortie de pression, ce qui à notre point de vue n’est pas d’une absolue nécessité. Nous préférons une seule touche parfaitement organisée, et nous allons en expliquer la raison.
- Les rouleaux de la seconde touche n’opèrent qu’après l’impression de la feuille; leur action n’a donc lieu qu’au moment où le
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- marbre termine sa course et lorsqu’il se dirige en avant. La forme passe alors sous les rouleaux de la première touche, qui évidemment détruisent l’effet produit par ceux de la seconde. Or, l’expérience et la pratique démontrent que c’est l’action des derniers rouleaux qui détermine définitivement la touche; cela est si vrai que souvent un excellent toucheur, placé en deuxième ou en troisième, peut avoir son effet détruit par un mauvais rouleau voisin du cylindre de pression; tel est le motif pour lequel il importe de mettre les meilleurs toucheurs en avant, c’est-à-dire près du cylindre. Il arrive, dans le cas dont nous nous occupons, que la forme entre en pression après avoir subi directement l’action des derniers rouleaux, ceux situés en avant du cylindre; au retour du marbre, ils ont annulé l’effet de la seconde touche. En réalité, les rouleaux placés derrière le cylindre ne peuvent avoir pour objet que d’augmenter la quantité d’encre aux tirages exigeant une couche trop épaisse sur le cylindre encreur du premier encrier, ou bien leur action serait de relever le surplus de l’encre laissé sur la forme après l’impression de la feuille. Une expérience bien simple permet de constater ce dernier effet d’une manière évidente. Vidant le second encrier, celui de la double touche, le serrant à blanc et mettant en contact .le preneur et le cylindre encreur, on verra qu’à mesurç du tirage l’encre relnvée de la forme par les rouleaux s’accumulera dans l’encrier devenant ainsi un véritable trop-plein.
- Cependant la double touche pourrait rendre de meilleurs services. Ainsi, sur une forme de texte contenant des vignettes, des gravures, il serait possible de disposer la touche de la manière suivante : les toucheurs placés derrière le cylindre agiraient sur toute la surface de la forme, texte et vignettes, et ceux situes en avant ne toucheraient exclusivement que les vignettes. Il n’y aurait qu’à organiser les mandrins des toucheurs de manière à permettre d’y placer des parties de rouleaux, selon les besoins.
- D’autre part, il serait bien simple de tirer deux couleurs sur la même machine; on mettrait, par exemple, du rouge dans un encrier et dans l’autre du noir. La matière des rouleaux, preneurs, distributeurs et toucheurs, serait enlevée là où il ne faudrait pas d’encre sur la forme. Il résulterait alors ceci, que la première touche encrerait par exemple la moitié de la forme en noir, et la seconde touche encrerait l’autre moitié en rouge. On pourrait ainsi, par des combinaisons de rouleaux et des encriers à compar-
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- timents, imprimer sur une seule machine à double touche plusieurs couleurs à la fois.
- Il est sorti des ateliers de Pierre Alauzet quelques machines à double touche qui, au point de vue de la pression, de la frappe, donnaient de très bons résultats, mais elles péchaient d’une manière évidente par les variations de registre dues à l’absence de pinces et à la longueur des cordons qui atteignaient de 7 à 9 mètres de parcours. Rien ne serait plus facile de remédier à ces inconvénients en se servant de rubans en métal et en adjoignant au cylindre des pinces. ,
- Ce spécimen n’avait rien de commun avec le système Dutartre. En effet, il,se compose d’un cylindre de grand diamètre établi au milieu des bâtis et entraîné par une roue de même dimension engrenant avec un pignon claveté sur l’arbre de commande. Le marbre est mis en mouvement par une crémaillère établie en dessous, sur laquelle s’engrène un pignon. Ce pignon, fixé à l’extrémité d’un arbre qui monte et descend par l’intermédiaire d’un joint de Cardan \ lui transmet le mouvement sur les bandes attenantes aux entretoises qui relient les bâtis. A chaque extrémité de ces derniers est boulonné un encrier alimentant les rouleaux de chacune des touches. La feuille est conduite et maintenue par deux sortes de cordons : les supérieurs et les inférieurs. Leur passage est assez mouvementé ; les cordons inférieurs passent en dessous des bâtis; pour éviter que l’huile tombant des différents organes de la machine ne les salisse, on est obligé de les recouvrir dans la partie inférieure des bâtis d’un plancher mobile. A cause de leur longueur on se sert de cordons en laine, dont le tissu offre plus d’adhérence sur la feuille. Les cordons inférieurs sont tendus le plus possible pour maintenir fortement la feuille sur le cylindre et obvier aux variations de registre. Les pointures perçant le papier au tirage en blanc sont établies sur des supports fixés à l’intérieur du cylindre. Celles destinées à la retiration agissent nécessairement sur la marge dont la table, entraînée par une branche qui la relie à l’excentrique boulonné sur la roue du cylindre, avance au départ de la feuille. Au tirage en blanc, les taquets la poussent dans les cordons qui la saisissent et l’entraînent sur un cylindre
- 1. Dans un des chapitres suivants, nous décrirons ce mécanisme agissant sur le marbre et produisant le changement de direction, c’est-à-dire le mouvement de
- va-et-vient.
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- intermédiaire, voisin du cylindre de pression; à la retiration, les pointures amènent la feuille dans les cordons : elles se baissent brusquement lorsque la marge est arrivée à bout de course.
- Par un simple et ingénieux mécanisme adapté à leurs machines en blanc, plusieurs constructeurs ont réalisé la double touche telle que nous la comprenons. Un arrêt permet de suspendre la rotation du cylindre pendant que le marbre va, puis revient deux fois sous les rouleaux.
- Cette disposition donne, par conséquent, la facilité de pouvoir interrompre momentanément la rotation du cylindre de pression jusqu’à ce que l’encrage de la table soit complet et la distribution de l’encre suffisante. Le conducteur a, de cette façon, la faculté de régler convenablement l’encrier, laissant à la table et aux rouleaux le temps nécessaire pour s’échauffer avant de procéder au tirage, qui peut alors s’effectuer dans de bonnes conditions de régularité.
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- CHAPITRE III
- MACHINES A PLATINE
- Sous certains rapports, la pression circulaire pourrait faire regretter la pression horizontale de la platine ; la première permet, évidemment, d’obtenir sur les machines une vitesse à laquelle ne saurait atteindre la pression plate. Cependant, différentes tentatives ont été faites pour arriver à un modèle sérieusement pratique. A l’Exposition universelle de 1855 fonctionnait une machine à platine, inventée par Victor Derniame. Par la suite, cette presse mécanique fut délaissée dans les ateliers de l’imprimerie Paul llupont, où elle avait été transportée. D’autre part, Rochette, imprimeur à Paris, après de longs essais et de fortes dépenses, obtint une pesante machine à platines sur laquelle on aurait pu imprimer successivement cinq couleurs avant la sortie de la leuille. Les marbres, au nombre de cinq, se déplaçaient circu-lairement entre les bâtis, s’arrêtant alternativement sous cinq platines pour subir la pression qui s’accomplissait sous l’effort d’un puissant balancier mû par excentrique. Cette machine demandait une force motrice considérable et n’a pas eu le succès attendu.
- Bien avant eux, en Angleterre, des machines à platine avaient été construites par Spotiswoode et Napier. Il paraît que, en 1830, une presse de ce genre fonctionnait déjà sous le nom de double' platine ; plus tard, Napier, perfectionnant le système, en ht une machine solide et pratique. En Finlande, un inventeur du nom de Tilgmann appliqua, dit-on, le papier continu à une machine à platine fort curieuse.
- On était resté longtemps en France sans entendre parler
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- d'autres tentatives dè ce genre, lorsque Marinoni fit connaître sa machine à platine. Cette machine est évidemment précieuse pour tous les travaux de grand luxe et spécialement pour les tirages de couleurs. Du reste, elle est particulièrement construite pour l’impression des billets de banque, des actions, des mandats, des ouvrages minutieux, aussi d’autres constructeurs français ont-ils été amenés à créer des modèles analogues:
- Le véritable et sérieux avantage de la pression plate est d’éviter le plissage du papier, meme le plus fin, lorsque l’on im-
- Fiu. 26. — Machine a platine de Marinoni.
- prime des cadres, des filets, des tableaux, ou travaux similaires.
- Il est facile, en examinant la figure ci-dessus, de se rendre compte du mouvement général de cette machine. Quelques explications aideront à saisir plus rapidement le fonctionnement de cette véritable presse mécanique.
- Elle imprime en blanc, avec deux margeurs. A chaque1 margeur correspond un marbre, une frisquette et son tympan, Hn encrier, une table à encrer, et tout le mouvement de la touche et de la distribution.
- • - Elle peut être considérée comme l’accouplement de deux machines en‘blanc n’ayant de commun que 1 q sommier sur lequel viennent - se placer successivement- chacun des- marbres, puis ‘la 'platine opérant la pression.
- - La feuille est margée comme sur*la presse à-braé; quand le
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- margeur'a-'posé-sa feuille et abaissé la frisquette, celle-ci et le marbre lui correspondant viennent se placer sur le-sommier qui rst au milieu de la machine; la platine" s’abaisse alors pour donner la pression. Quand la platine se relève, le premier marbre revient prendre sa position primitive et le second vient à son tour se placer sur le sommier pour recevoir la pression.
- Pendant que le margeur marge sa feuille, le marbré.est au repos et les rouleaux toucheurs, portés par des peignes mobiles, viennent deux fois toucher la forme en repassant aussi deux fois sur la table à encrer.
- La distribution est aussi des plus complètes; le preneur prend l’encre sur le cylindre d’encrier et la dépose sur une table à encrer cylindrique qui, en même temps, a un mouvement de rotation et en mouvement de va-et-vient. Un rouleau, dit transmetteur, prend l’encre sur la table à encrer cylindrique et la transmet à une table à encrer plate sur laquelle elle est distribuée par des rouleaux distributeurs qui, comme les toucheurs, passent deux fois sur la table à encrer pour chaque impression.
- Chaque margeur a sous la main un débrayage spécial lui permettant d’immobiliser le marbre correspondant à sa frisquette, ainsi que tout le mouvement de la distribution et de la touche, cela sans arrêter la machine et, par conséquent, sans interrompre le travail de l’autre margeur.
- Le mouvement du marbre est composé ainsi : un temps de repos correspondant à la marge pour l’un des côtés, et à la pression pour l’autre; le marbre qui était au repos pendant le temps de la marge se dirige ensuite vers la platine pour recevoir la pression, pendant que l’autre va se mettre en position pour la marge et 1 encrage.
- C’est au moyen de l’hélice, visiblement indiquée, que l’on obtient ce mouvement de va-et-vient du marbre, chaque mouvement étant suivi d’un temps de repos double de celui qui est employé au changement de position du marbre, temps de repos (Iui permet de marger commodément la feuille et de la marger en pointures quand cela est nécessaire. La course des marbres est égale à la distance d’axe en axe des gorges circulaires de l’hélice.
- Avec deux margeurs, cette machine produit facilement 900 à 1000 feuilles à l’heure.
- La commande de la distribution d’encre se fait par un arbre spécial portant les différents organes de ces mouvements, ce qui
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- permet de rendre les marbres absolument indépendants des autres mouvements.
- La pression se règle facilement à l’aide de coins placés dans les montants qui supportent la platine ; la tête de ces coins se trouve complètement en dehors des montants, disposition permettant de régler le foulage avec une grande facilité, même en marche.
- La fig. 26 montre la frisquette de droite en pression sous la platine et la frisquette de gauche en position pour recevoir la feuille à imprimer; pendant ce temps le marbre de gauche est encré deux fois.
- Comme on le voit par l’analyse succincte que nous venons de faire des mouvements de cette machine à platine, on y obtient la double touche dans sa véritable acception. Aussi, considérons-nous cette presse comme donnant des résultats exceptionnels lorsqu’il s’agit d’impressions des plus difficiles et des plus minutieuses. Le registre s’y obtient de la manière la plus précise, et la pression plate facilite considérablement le tirage de certains travaux présentant quelques inconvénients sur les machines à pression mixte, c’est-à-dire marbre plat et cylindre de pression.
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- CHAPITRE IV
- MACHINES [A DEUX ET PLUSIEURS COULEURS
- A l’Exposition internationale de 1867, Dutartre faisait connaître une machine en blanc perfectionnée qui attirait d’une manière spéciale l’attention du jury. Elle imprimait deux couleurs à la fois du même côté de la feuille avec un registre et un repérage de la plus rigoureuse exactitude. Cette machine est remarquable par sa simplicité et par les avantages réels qu’elle présente pour effectuer certains tirages, entre autres ceux des travaux liturgiques. Elle peut rendre de grands services et être de réelle utilité pour les impressions de luxe dont le texte contient des vignettes. On a la facilité, en plaçant le texte, après avoir bloqué les vignettes, sur un marbre et celles-ci sur le second marbre, d’obtenir pour les deux une touche indépendante; le conducteur est ainsi maître de tenir le texte léger, et de donner aux vignettes une teinte ferme et soutenue sans porter préjudice au texte, puisqu’ils sont chacun l’objet d’une touche particulière.
- La construction de cette machine diffère en quelques points de celle des machines en blanc ordinaires du même inventeur. Ainsi les deux marbres sont mis en mouvement par un pignon roulant entre deux crémaillères, dont Fune. est attenante*.-aux marbres. Une bielle boulonnée sur une grande roue commande ce pignon. C est un seul cylindre opérant deux tours complets pendant1 la course des marbres, qui imprime deux fois la feuille. Comme sur les machines à double touche, il y a deux encriers; chacun alimente un jeu de rouleaux indépendant. Ce sont des rubans en cuivre qui agissent sur la feuille et la maintiennent pendant la rotation du .cylindre. Les pinces s’arrêtent à la partie inférieure du
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- cylindre; au moment où elles saisissent la feuille, la marge subit l’action d’excentriques la faisant agir de bas en haut, et ensuite en
- arrière' pour reprendre sa place. La marge en dessous permet d’obtenir une production rapide,, et le mouvement automatique. de :
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- DESCRIPTION DE LA MACHINE A DEUX COULEURS
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- la table amène très exactement la feuille sur le cylindre avant la fermeture des pinces. La maison Dutartre (Lhermite successeur) adapte à ses machines à deux couleurs la marge en dessus tout aussi bien que la marge en dessous. Les chemins des rouleaux sont pourvus d’une pièce soulevant les toucheurs lorsque la forme ne leur correspondant pas passe en dessous.
- Les fonctions et la mise en train s’y font de la même manière que sur les autres machines et le registre s’y obtient par les procédés ordinaires.
- Pierre Alauzet construisit quelque temps après une machine offrant certaine similitude avec celle de Dutartre, et sur laquelle on peut aussi imprimer deux couleurs. Par la suite, Marinoni, ainsi que Jules Derriey, Voirin et autres firent des presses de ce système. Comme elles sont toutes basées sur le même principe mécanique, nous ne nous arrêterons qu’à la description de l’une d’elles, laissant de côté les divergences d’organes accessoires.
- DESCRIPTION DE LA MACHINE A DEUX COULEURS
- Deux bâtis en fonte, formés chacun de deux parties solidement boulonnées, ayant une longueur totale d’environ cinq mètres et se trouvant reliés parallèlement entre eux à l’aide d’entretoises, supportent les organes de la machine, dont le principe général est des plus simples. Un cylindre d’impression, ayant à peu près quarante centimètres de diamètre, opère deux rotations complètes pendant que les deux formes établies sur le marbre viennent tour à tour produire le contact. La feuille y est maintenue, pendant les deux rotations, à l’aide d’un système de pinces pleines, ou plaques recourbées, dont le mouvement d’abatage se fait lentement pour ne •pas déranger la feuille de sa première position, et par cela même éviter les variations de repérage aux divers tirages successifs. Le Cylindre de pression, par l’intermédiaire de nervures, prend ses points d’appui sur un arbre dont les tourillons se meuvent dans des coussinets de bronze que supporte un prolongement des bâtis formant cage. Au moyen de vis supérieures et inférieures, les coussinets montent ou descendent dans la cage, ce qui permet de donner plus ou moins de pression, le cylindre subissant nécessairement la direction donnée aux coussinets.
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- Le mouvement des pinces se compose d’une barre dont les extrémités, en tourillon, se meuvent dans une noix vissée au cylindre. Sur le prolongement de l’une des extrémités de la barre est goupillée une espèce de virgule supportant, sur un petit axe, un galet mobile. C’est ce galet, agissant autour d’un excentrique fixe pendant la rotation du cylindre, qui communique à la barre des pinces le mouvement alternatif les faisant se fermer pour saisir la feuille au moment où le cylindre commence son évolution, puis s’ouvrir après les deux rotations du cylindre, au moment de son arrêt. La feuille doit être enlevée du cylindre à la main et placée sur la table de réception. La tension contre-balançant l’effet produit par l’excentrique est obtenue au moyen de ressorts à boudin, placés à l’intérieur du cylindre, agrafés à la barre des pinces, et terminés par un bout taraudé, sur lequel se visse un écrou à oreillettes remplissant l’office*de tendeur.
- Pour épargner aux formes le contact du métal, on recouvre le cylindre d’une étoffe, soit drap, flanelle ou satin; la pression est ainsi moelleuse et élastique. Par l’un de ses bords, l’étoffe est cousue au long d’une tringle plate percée de distance en distance de petits orifices. Cette tringle s’accroche dans la gorge des pinces, et la tension de l’étoffe s’obtient par l’enroulement du bord opposé sur une autre tringle ronde ou carrée, qui se trouve dans une échancrure longitudinale ménagée à la partie non imprimante du cylindre. Un encliquetage, monté sur l’une des extrémités de cette tringle, sert à tendre l’étoffe. Comme il est parfois nécessaire de recouvrir le cylindre d’une seconde étoffe pour garantir le travail de mise en train, une autre tringle est établie parallèlement à la précédente et à quelques centimètres.
- A l’intérieur du cylindre se trouve le mécanisme des pointures, dont la fonction est de perforer, pendant la première rotation du cylindre de pression, la feuille qui s’imprime.
- A la prise de feuille, la pointure est actionnée par un jeu d’engrenages dont le pignon est fixé directement sur l’arbre même du cylindre de pression ; la seconde roue entraîne dans son évolution un petit excentrique, situé à l’intérieur du cylindre, et contre lequel vient buter le galet d’une pièce goupillée sur la barre chargée de communiquer un mouvement rapide de haut en bas, puis aussitôt de bas en haut, à la pointure perforant la feuille au moment où les pinces s’abaissent pour la saisir. A cet endroit du cylindre la fonte est percée de quelques trous, dans chacun
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- desquels est enfoncée une poupée en bronze, perforée à son tour d’un orifice permettant d’y faire glisser la pointure, dont la grosseur est celle d’une aiguille de moyenne force. La feuille est percée à l’arrière par aine ou plusieurs pointures que l’on visse, à l’intérieur du cylindre, dans des goujons disposés sur une même ligne médiane et traversant le fer même du cylindre. Ces pointures ont une pointe longue et fine comme une véritable aiguille. En les vissant, on les fait ressortir du cylindre juste ce qu’il faut pour que la feuille soit percée pendant la rotation du cylindre.
- Ces orifices, pratiqués dans le papier à des endroits précis, ont pour but de déterminer des points de repère pour le placement de la feuille sur la table de marge, de façon que la coïncidence d’un tirage sur le tirage suivant soit rigoureusement exacte.
- Avec ce système de pointures, il est une précaution qu’il ne faut pas oublier. Le pignon de l’engrenage, dont nous avons parlé plus haut et qui actionne la barre de pointure, est marqué à un certain endroit de sa denture d’un coup de pointeau; de son côté, la roue porte sur une dent la lettre B, et sur une autre dent la lettre R. Cette roue est disposée sur son axe, de manière à pouvoir y glisser facilement afin de désengrener du pignon — qui est fixe — pour être engrenée à nouveau. Une goupille, traversant de part en part le moyeu de la roue et son axe, fixe solidement la roue une fois qu’elle se trouve en place. Au premier tirage, en blanc, la roue doit être engrenée en plaçant le B en relation avec le point de repère du pignon. Aux tirages en retiration, c’est-à-dire lorsque la feuille est margée au moyen des pointures, c’est la lettre R qui doit être mise eu contact avec le point de repère du pignon. Ce changement de l’engrenage fait tourner le petit excentrique monté sur l’axe de la roue contre lequel vient buter le galet de la barre actionnant la pointure. Ce mécanisme fort ingénieux change ainsi le mouvement de la pointure mobile.
- Le cylindre prend un temps d’arrêt pendant lequel le marbre, après avoir opéré son parcours pour produire l’impression, revient en avant. Ce temps d’arrêt permet au margeur de placer la feuille sur la table de marge. La partie superficielle du cylindre, où ne se fait pas la pression, est excentrée de quelques millimètres afin de laisser libre passage à la forme pendant son mouvement de retour.
- A quelques millimètres de l’un des bords du cylindre, sur le même arbre, est clavetée une roue d’engrenage de même diamètre que le cylindre. En face de la gorge occupée par les tringles de
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- tension des étoffes, les dents de cette roue sont réduites jusqu’à la jante et, à cette place même, sur le côté de la jante, est fixé un axe qui supporte un galet maintenu dans une espèce d’alvéole. De cette disposition, il résulte la combinaison mécanique aussi simple que curieuse indiquée au chapitre des machines en blanc du système Dutartre.
- Sur les entretoises qui relient entre eux les bâtis sont boulonnées les bandes supportant le marbre, où sont placées les forums à imprimer.
- De chaque côté du marbre, dans le sens longitudinal de la niachine, est fixée par des vis la bande de support en fonte, ayant environ 22 millimètres de hauteur et 35 millimètres de largeur. Sur ces bandes, ou sur la partie correspondante du cylindre de pression, sont fortement tendues les sangles qui s’interposent entre le fer du cylindre et celui des bandes; de cette manière, la* pression sur ce point est élastique. Les bandes ont pour objet de supporter le cylindre pendant la pression, les sangles servant à maintenir les supports que le conducteur est obligé de placer pour alléger certaines parties de la forme. Ces supports sont des épaisseurs de papier plus ou moins fort que l’on introduit entre la sangle et le métal; leur but est de produire une diminution de pression dans le sens longitudinal du cylindre.
- Contigus aux deux bandes de support, au marbré même, sont vissés les chemins sur lesquels roulent les galets qui se trouvent hxés aux mandrins des rouleaux toucheurs.
- Le marbre est divisé en deux parties ; sur chacune d’elles sont placées les formes.
- A chaque extrémité du marbre est établie une cornière contre laquelle appuie la table à encre ; il y à donc deux tables à encre, puisqu’il s’agit d’imprimer deux couleurs.
- Sur le côté du marbre en rapport avec la roue du cylindre, se trouve boulonnée une crémaillère dont la denture est celle de là voue avec laquelle elle engrène alternativement, entraînant ainsi le cylindre dans sa course.
- Nous avons dit que les dents de la roue du cylindre étaient réduites jusqu’à la jante à l’endroit même faisant face à la gorge des tringles. Il en résulterait un arrêt du cylindre, après sa première rotation, si une nouvelle impulsion ne lui était communiquée pour continuer son entraînement par la crémaillère qui longe le marbre d’un bout à l’autre, et pour opérer sa seconde
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- rotation. Afin do continuer sans interruption le mouvement du cylindre, le constructeur a adopté la disposition que nous allons indiquer.
- Sur le bord du cylindre, bord opposé à celui qui avoisine la roue d’engrenage, juste en face de la gorge des tringles, et précisément à l’endoit correspondant aux dents réduites de la roue, une pièce dentée s’y trouve boulonnée de façon à dépasser la surface du cylindre de la longueur des cinq ou six dents qui la composent. Au moment où la crémaillère se trouve libre, par suite du manque de dents de la roue du cylindre, cette denture, par son engrenage avec une réduction de crémaillère adaptée sur le côté du marbre, communique au cylindre la continuation de son évolution pour opérer la seconde rotation. Cette espèce de petite crémaillère est mobile et se trouve brusquement soulevée à son 'passage sous le cylindre par le bras qu’un excentrique situé contre le bâti de la machine fait agir
- Le mouvement de va-et-vient est communiqué au marbre par deux pignons qui engrènent et roulent entre des crémaillères, les unes fixées sous le marbre, les autres à la partie inférieure des entretoises. Ces deux pignons, reliés entre eux, sont dirigés par une bielle qu’actionne une grande roue de commande.
- Dans la partie basse de la machine, sur l’arbre de la roue de commande, sont solidement goupillés les excentriques jumeaux qui transmettent, par l’intermédiaire d’une longue tige, le mouvement alternatif et varié à la dent d’arrêt du cylindre.
- Généralement, à ces machines sont adaptés les encriers à deux preneurs dits encriers cylindriques.^ grand avantage de cet appareil spécial est de produire une distribution complète de l’encre.
- Les encriers cylindriques se composent de deux cylindres superposés l’un à l’autre, et tournant en sens opposé. Celui placé à la partie supérieure tourne dans l’encrier pour se recouvrir d’une légère couche d’encre; un rouleau preneur entrant alternativement en contact avec lui s’empare d’une certaine quantité d’encre qu’il dépose sur le second cylindre après avoir abandonné le cylindre encreur.
- Au-dessous de ce second cylindre faisant, en réalité, l’office d’une table cylindrique, un autre preneur monte et descend alternativement pour se charger à son tour d’encre afin de la déposer ensuite sur la table plate qu’entraîne le marbre dans son mouvement de va-et-vient.
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- Afin que la distribution de l’encre ait lieu d’une manière suffisante à la surface de la table cylindrique, un rouleau en matière est disposé dans toute la longueur, de manière à acquérir dans le sens longitudinal un mouvement de va-et-vient. Ce mouvement est obtenu par la butée de chacune des fusées du rouleau contre un excentrique placé à chaque bout de l’encrier.
- Entre l’encrier et le cylindre de pression, vers le milieu de leur distance, sont établis, et maintenus également par des peignes, les rouleaux toachcurs qui, au passage de la table plate, se chargent d’encre pour la déposer ensuite sur la forme lorsqu’elle passe à son tour au-dessous.
- Enfin, à la partie supérieure du cylindre de pression se trouve le système de marge. C’est, d’abord, une table horizontale sur laquelle est installé le papier en rame, table surmontée d’une tablette pour faciliter le dépôt des mauvaises feuilles et des décharges, ou feuilles d’essais. Un peu au-dessous de la table au papier est située la table de marge, sur laquelle le margeur place la feuille que doivent saisir les pinces. Cette table, légèrement inclinée, est perfoi'ée de plusieurs orifices destinés à retenir et fixer les taquets en métal qui déterminent la place exacte de la feuille dans un sens. En avant, ce sont des taquets mobiles placés entre les pinces, et se soulevant au moment du départ du cylindre de pression, qui précisent la marge dans l’autre sens.
- La table à recevoir est placée au-dessus des rouleaux tou-cheurs, derrière le cylindre. Pendant les deux rotations successives du cylindre de pression, la feuille est maintenue par quelques cordons plats passant sur deux tringles parallèlement établies devant le cylindre.
- A cette machine, l’emploi des cordons de conduite pendant l’impression de la feuille est supprimé, ce qui évite la salissure du papier par l’encre du tirage.
- Fonctionnement de la machine à deux couleurs. — De prime abord, l’aspect général de cette presse est celui-ci : un cylindre de pression occupant le milieu de la machine ; un encrier à chaque extrémité des bâtis; un système d’encrage devant et derrière le cylindre de pression. Le mouvement mécanique de cette machine, ainsi que nous l’avons vu, du reste, n’est pas continu dans tous ses organes. En effet, le cylindre de pression agit d’une manière intermittente. Pour expliquer plus compréhensiblement le fonctionnement détaillé, nous supposerons le marbre ayant terminé sa
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- course en avant, et arrivé au point mort, c’est-à-dire lorsqu’il est prêt à repartir dans la direction contraire. A ce moment, l’une des tables à encrer — que nous nommerons A afin de faciliter nos explications — se trouve sous l’encrier correspondant A, qui domine la roue de commande. L’autre table — nommons-la B, ainsi que l’encrier chargé de l’alimenter — est parvenue sous les rouleaux toucheurs placés derrière le cylindre de pression. Dans cette position, la prise d’encre de l’encrier A agit contrairement à celle de l’encrier B, et voici ce qu’il résulte de cette disposition.
- Encrier A. — Le preneur du bas, celui de la table cylindrique, dépose sur la table plate à encrer l’encre dont il s’est chargé pendant que le preneur du haut se trouve en contact avec la table cylindrique.
- Encrier B. — C’est le contraire qui a lieu : le preneur du bas se trouve en contact avec la table cylindrique, alors que le preneur du haut se charge d’encre contre le cylindre encreur.
- Pendant sa rotation, la roue de commande fait agir la bielle, dbnt le bras pousse et conduit le pignon qui, engrenant avec la crémaillère du marbre, le dirige alternativement dans scs deux directions, combinant ainsi son mouvement avec celui des excentriques jumeaux fixés sur le même arbre. Nous connaissons les fonctions de ces excentriques; nous voyons donc la dent d’arrêt entraîner le cylindre pour lui donner une première impulsion, et l’amener lentement à engrener avec la crémaillère du marbre qui produit par son action la rotation complète du cylindre de pression. Mais, comme la réduction des dents de la roue du cylindre causerait une solution de continuité quant au rapport du cylindre avec la crémaillère, cela au moment où le manque d’engrenage a lieu, la pièce dentée, adaptée de l’autre côté du marbre, est soulevée brusquement par son excentrique, et vient suppléer aux dents absentes en engrenant avec la partie d’engrenage fixée au cylindre même. La seconde rotation se continue donc à l’aide de la crémaillère du marbre. Il faut nécessairement une extrême précision dans le montage et l’ajustage de ces organes. De l’action combinée de ce mouvement du marbre et du cylindre résulte l’impression des deux couleurs. Pendant la première rotation du cylindre s’imprime la première couleur, et pendant la seconde rotation la seconde couleur.
- Durant le temps que le marbre met à accomplir sa course, et lorsqu’il parvient au point extrême où il va changer à nouveau de
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- direction pour revenir en avant, la dent d’arrêt s’est avancée à la rencontre du galet (fixé au cylindre), dont elle s’empare, le tirant immédiatement ainsi que le cylindre, et les ramenant à leur point de départ. Le cylindre se trouve ainsi dans sa première position, qu’il garde jusqu’à ce que le marbre soit revenu à l’endroit où nous l’avons pris.
- Pendant cette immobilité, le margeur a le temps de placer une autre feuille sur la table à marger. C’est durant le va-et-vient du marbre et, par conséquent, de la table à encrer, que l’encrage des formes a lieu.
- Il est facile, avec la machine dont nous parlons, d’imprimer plus de deux couleurs à la fois. En séparant les encriers au moyen d£ plombs on évite le mélange des couleurs. D’autre part, en coupant la matière des rouleaux de façon à laisser un intervalle entre chaque couleur, et en ne biaisant pas les rouleaux distributeurs, <>n empêche les couleurs de se mélanger. Il est toutefois indispensable que la distance existant entre chacune d’elles soit suffisante pour procéder de la sorte. Afin d’obvier autant que possible à ce mélange des couleurs pendant le tirage, les tables à encrer, qui sont en fonte, ont été partagées en deux par une barre faisant corps avec la table elle-même. Cette barre glisse dans des rainures et peut être facilement enlevée afin d’établir un vide au milieu de la table, dans le sens longitudinal de la machine.
- ' Il est toutefois bon de faire remarquer qu’avec quelques modifications des plus simples, enseignées par la pratique, il devient facile de pouvoir, d’une machine en blanc ordinaire, faire une presse à deux couleurs, de laquelle on peut tirer excellent parti, quand il s’agit, par exemple, du tirage de livres liturgiques ou de fous autres ouvrages comportant des cadres ou vignettes différant <lu texte en tant que couleurs.
- MACHINES A PLUSIEURS COULEURS
- Il suffit de quelque expérience du métier pour connaître les défectuosités dues à la superposition immédiate de deux teintes plates. L’impression de la première couleur n’ayant pas le temps de sécher, la seconde teinte superposée sur la première ne ‘prend pas et couvre insuffisamment. C’est ce qui explique, outre la ques-
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- tion de mise en train, la difficulté, sinon l’impossibilité, de tirer sur une machine à deux couleurs, une gravure, surtout légère, sur un fond teinté. A plus forte raison, le procédé des trois couleurs devient impraticable dans ces conditions.
- Pour les impressions en couleurs, il serait évidemment préférable de [procéder en juxtaposant des couleurs franches. Mais comme on obtient, par la superposition, la multiplicité des tons, leur gradation et leur intensité, ce qui permet par le fait la sup-
- Fig. 29. — Système Lambert (deux couleurs).
- pression de tirages, on emploie, pour la décomposition des couleurs, la simili-gravure, ainsi que le grain de résine ou le trait croisé, les parties en à plat ne pouvant qu’engendrer des difficultés.
- En créant ses nouveaux types de machines à deux, trois et quatre couleurs, comportant autant de cylindres que de couleurs, Édouard Lambert a donc compris tout l’avantage et l’importance pratique d’une mise en train spéciale pour chacune des couleurs. Ces machines sont construites d’après des principes pour la plupart inappliqués jusqu’à présent; d’une manière générale, il emploie le mouvement hypocycloïdal pour la commande du marbre et l’encrage tout à la fois plat et cylindrique. Les mouvements à rotation rapide fonctionnent sur billes, disposition évitant l’usure des organes agissant à grande vitesse. En ce qui concerne son encrage cylindrique perfectionné, on pourrait le nommer encrage
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- mixte ou continu, on raison do sa combinaison. Lo proneur dépose, comme d’habitude, l’encre sur une table cylindrique où deux rouleaux la distribuent; mais ce qui diffère du système ordinaire, c’est la présence de deux transmetteurs (en matière) se trouvant en contact avec la table cylindrique, l’un du côté gauche, l’autre du côté droit, chaque transmetteur communiquant l’encre à un toucheur à galet semblable à ceux de l’encrage plat. Les fusées de ces deux toucheurs sont soutenues par des peignes mobiles munis de vis à tète guillochée permettant le réglage immédiat de la louche et de l’approche régulière des transmetteurs. Deux autres toucheurs, se trouvant en contact direct avec la table cylindrique, portent à quatre le nombre des rouleaux destinés à toucher la forme.
- Sur les machines à deux couleurs système Lambert, la feuille imprimée en une couleur sur le premier cylindre est transportée automatiquement sur le second cylindre, afin de recevoir la seconde impression. Ce sont des pointures entraînées dans un coulisseau fini font agir la feuille pour la faire passer du premier cylindre sur le second et, de celui-ci, sur la table deréception, où elle est amenée par un transporteur automatique à pinces. Le repérage est assuré de la manière la plus précise par des pointures spéciales et systématiques. Ce sont des pinces qui saisissent la feuille ; chaque cylindre fait un seul tour pour l’impression de la feuille, des cordons la maintenant pendant son évolution. Afin de réduire l’emplacement de la machine qui, pour un format double raisin, occupe seulement une longueur totale de 4m,20, l’encrage est cylindrique d’un côté ; il est plat de l’autre afin de faciliter la mise sous pcesse des formes. Néanmoins, l’encrage plat est à double distribution, l’une cylindrique et l’autre plate.
- Par une simple modification, on obtient le moyen de marger Rne feuille sur chacun des cylindres. Il suffit de relever le transporteur automatique et de placer une table de marge entre les fieux cylindres. De cette manière, on a la faculté de marger au premier cylindre sur la table ordinaire, recevant à la main, et on marge au second cylindre sur la table supplémentaire, la feuille sortant mécaniquement.
- La machine à trois couleurs comporte donc trois cylindres et colle à quatre couleurs, quatre cylindres. Le mécanisme est le même que pour celle à deux couleurs, les fonctions y sont seulement répétées autant de fois qu’il y a de cylindres et, naturelle-
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- mont, il y a autant de divisions du marbre, et autant d’encriers et d’encrages.
- En ce qui concerne la machine spéciale pour les billets de banque, ou tous autres travaux similaires, elle peut imprimer quatre1 couleurs avec un seul cylindre, mais, comme la feuille se déplace automatiquement sur le cylindre, le système revient à la mise en train faite spécialement pour chacune des quatre couleurs.
- Cette machine, très curieuse, donne un repérage à un vingtième de millimètre près. Au premier tirage, la feuille est margée vers le bord du cylindre correspondant au débrayage. Des taquets automatiques la dirigent et la conduisent durant son déplacement sur le cylindre. Au premier tour, trois trous d’aiguille sont pratiqués dans le papier; pour plus de sécurité dans le repérage, on peut y adjoindre des pointures Yieillemard. A chacun des tours suivants, la feuille change de place, venant automatiquement se poser à l’endroit du cylindre correspondant à la forme devant produire l’impression. Il en résulte que la feuille se déplace trois fois après la première impression, par suite de l’introduction des pointures dans le papier qui se trouve ainsi tiré délicatement vers le bord opposé du cylindre par un mécanisme à bielle. Une fois la quatrième impression faite, la feuille sort de la machine et est placée sur une tablette de réception posée derrière le cylindre.
- Dans la largeur de la machine il y a donc quatre encrages différents. L’encrier est disposé en quatre compartiments; quatre cames font agir les quatre preneurs. La distribution est cylindrique et plate; la touche permet de placer des chargeurs et, d’un seul coup de levier, tous les rouleaux peuvent être levés par un mécanisme agissant sur les peignes des distributeurs et des tou-cheurs. Le marbre est commandé par le mouvement hypocy-cloïdal.
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- CHAPITRE IV
- MACHINES A PÉDALE ET A MAIN
- A l’Exposition internationalo de Londres, en 1862, l'attention des visiteurs, et surtout des typographes, était particulièrement attirée par plusieurs petites machines fonctionnant à l’aide du pied posé sur une pédale, laquelle transmettait le mouvement aux différents organes. Les impressions obtenues sur ces nouvelles presses mécaniques étaient irréprochables et présentaient une certaine finesse d’exécution qui les rendait utiles pour le tirage des travaux de ville, des titres, des couvertures, des ouvrages à filets, etc. La rapidité des fonctions, la simplicité de la lDi se en train facilitèrent immédiatement le succès de ces nouveaux instruments typographiques dont les connaisseurs faisaient grand éloge. Ces machines, dont le type primitif fut la Liberty, avaient été envoyées de New-York par Degener et Weiler, mécaniciens, qui les avaient inventées l’année précédente.
- L’idée première des machines à pédale se retrouve dans la presse mécanique de Gordon, constructeur américain. Cette machine à platine, construite en 1845, a été réellement le prototype du genre. Nous avons pu examiner de très près une presse Gor-(l°n, dont l’un des spécimens fonctionna longtemps dans les ateliers de feu Rivadeneyra, éminent imprimeur de Madrid. Cette presse, solidement construite, avait pour principe le mouvement rotatif et continu des peignes à rouleaux.
- Ceux-ci, de cette façon, passaient sans interruption ni changement de direction, sur la table circulaire à encrer, située à 1 arrière de la machine, un peu au-dessus du marbre, et venaient redescendre au long de la forme pour la toucher, remontant
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- ensuite se charger à nouveau d’encre contre la table, qui restait immobile faisant corps même avec le marbre. Aussitôt que les rouleaux abandonnaient la forme, la platine opérait sa pression. L’écartement entre ces deux organes étant insuffisant, il y avait quelque danger pour les mains de l’ouvrier chargé de placer les feuilles sur la platine pendant le fonctionnement de la machine,
- Fig. 30. — La « Ljbehty », de Degeaer et Weiler.
- car, par leur disposition, la platine et la forme faisaient littéralement mâchoire.
- Le principe des machines à pédale s’appuie, comme on le voit, sur la pression plate; dans toutes, c’est une platine s’abattant sur la forme, ou la forme venant appuyer contre la platine. L’encrage s’y obtient au moyen de rouleaux toucheurs se couvrant d’encre dans la partie supérieure de la machine, sur une table que domine l’encrier, et redescendant ensuite en roulant sur la forme qui reste immobile. Dans quelques-unes de ces presses, un mouve-
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- ment de bascule fait passer la forme sous les toucheurs que maintiennent des peignes lixes ; à la suite de la forme, pendant le chemin qu’elle met à parcourir pour atteindre à la platine où elle opère la pression, la table à encrer, se trouvant entraînée par le même mouvement, passe à son tour sous les toucheurs qu’elle charge ainsi d’encre.
- Depuis leur invention, les machines à pédale ont subi différentes modifications, nécessitées par la pratique, et des perfectionnements dus à l’expérience. Une grande variété de spécimens est
- Fig. 31. — La o Minerve », de Cropper.
- aujourd’hui à la disposition des typographes imprimant : prospectus, factures, circulaires, têtes de lettres, mandats, avis, lettres de faire part et d’invitation, cartes de visite et d’adresse, menus, etc., en un mot tous les travaux de ville, même ceux en couleurs, car avec quelques soins on obtient un repérage parfait.
- L’importation, en France, des machines à pédale date de 1869, cl ce fut S. Berthier, le premier, qui les fit connaître et adopter en produisant à Paris la Minerve, construite par Cropper, mécanicien de Londres, lequel y appliqua la table tournante, innovation venant faciliter la distribution de l’encre.
- Devant le succès toujours croissant de ces machines et la faveur avec laquelle les imprimeurs accueillirent ce genre de presses, plusieurs mécaniciens anglais et américains construisirent de nouveaux modèles qui ne présentaient que fort peu
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- d’améliorations notables. C’est ainsi que parurent la Bremmer,
- Y Universal, le Sun, YExcelsior, etc.
- Plus tard, les constructeurs français, s'inspirant des types étrangers, rivalisèrent d’efforts afin d’obtenir des pédales réunissant toutes les conditions désirables : solidité générale, force des organes, encrage bien compris, vitesse suffisante, facilités pour le travail.
- En 1872, Wibart construisit une presse dont le système différait sensiblement des précédentes; il lui donna le nom de Sans-Pareille. Egalement en 1872, Poirier présentait à l’Exposition Lyonnaise sa presse dite la Merveille, ayant une grande similitude de forme avec le système américain. Son successeur, Hachée, construisit un nouveau modèle, la Nationale.
- La maison Pierron et Dehaître exposa à Vienne, en 1873, sa machine le Progrès, qui se rapproche de la Liberty; depuis, elle a produit Y Expéditive. C’est en 1878, à l’Exposition universelle, que Marinoni fit connaître sa pédale Y Utile, dont nous examinerons plus loin les avantages, ainsi que ceux de sa nouvelle machine
- Y Active. Nous nous occuperons également de la Pédale Alauzet, que construit depuis quelques années cette importante maison. De son côté, Jules Derriey s’est occupé aussi de ce genre de presse, et s’est mis sur les rangs avec Y Economique et la Parfaite. 11 nous faut aussi mentionner, parmi les pédales, la Préférée (type Mai-gnant), le Soleil (système Iloupied) et les presses de la maison Dubois et Ilarissard, successeurs de Coisne, ainsi que la Petite Rotative, de Charles Barre, la Patriote (Ségard, de Lyon), les Pédales simplifiées, perfectionnées extra-fortes de la maison Yoi-rin, la Pédale Dutartre (Lhermite), Y Hirondelle, construite par Jules Tourey, etc.
- LA MINERVE
- Sauf quelques importantes modifications dans le système général, le principe de la Minerve est, à peu de chose près, le meme que celui des presses américaines. Mais le constructeur anglais Cropper, en simplifiant, améliorant, innovant différents organes, a fait de cette machine à pédale un des meilleurs types d’impression. Un ouvrier suffit pour fournir un tirage de 1500 à
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- LA MINERVE
- 2000 exemplaires à l’heure; le dernier modèle peut même atteindre à 3000 exemplaires sans difficulté.
- Cette machine, d’une construction simple et parfaitement comprise, est très douce, tous les mouvements agissant sur tourillons ; elle ne réclame qu’un bon graissage et quelques soins de propreté pour fonctionner longtemps et utilement.
- Elle se compose de deux parties distinctes : l’avant et l’arrière.
- A l’avant, se trouve la platine sur laquelle on place la feuille '•<‘vant subir la pression. C’est au moyen d’un arbre qui lui est
- propre, et d’une branche coudée, que la platine, dirigée par un plateau denté, engrenant avec le pignon de commande, opère un mouvement oscillatoire et alternatif. Ce mouvement est obtenu Par l’intermédiaire d’une gorge, tracée en excentrique et ménagée a la surface interne du plateau. Elle sert de chemin au galet qui Icrmine la branche coudée communiquant à l’arbre de la platine. Celle-ci reste immobile durant le temps nécessaire pour marger la feuille; dans cette position, elle est horizontale et au moment °ù la pression doit avoir lieu, après s’être inclinée verticalement, °lle. attend le contact de la forme qui s’est avancée vers elle en se plaçant parallèlement. Une fois en situation de recevoir la pres-Sl°n, la platine est complètement calée par une pièce à ressorts plats. Deux réglettes de métal, dirigées par un excentrique, et attenantes au bord inférieur de la platine qui supporte une coulisse articulée, s’appliquent automatiquement sur la feuille pour
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- la maintenir contre la platine, l’empêchant ainsi d’être entraînée par les rouleaux, au moment de leur descente au long de la forme. Ces tiges métalliques sont, bien entendu, placées de façon à correspondre aux blancs de la forme, ou sur les marges extérieures de la feuille. De même que les réglettes s’abaissent sur la feuille pendant l’inclinaison de la platine, elles se relèvent lorsque celle-ci reprend sa position horizontale.
- L’arrière de la machine constitue le marbre et l’encrier. Ces organes sont établis sur une partie des bâtis ayant un mouvement de bascule produit par deux bielles venant se rattacher, l’une au plateau denté, et l’autre à un second plateau uni, situé à l’extrémité opposée du même arbre.
- Une barre, dite de foulage, placée à droite, sert à régler instantanément la pression et permet ainsi, étant en marche, d’imprimer ou de passer en blanc. Aux deux tiers de sa longueur, cet organe supporte une pièce à angle droit; en renversant la boule qui commande la barre de foulage, l’angle agit sur une partie excentrée commandant l’arbre, < faisant ainsi avancer la forme d’environ un centimètre. L’axe des bras entaillés, agissant sur un écran à tête carrée, ramène l’arbre à sa position première, une fois l’impression faite. Cette espèce de clenche est fort utile et nécessaire.
- La table à encrer est composée de deux disques concentriques tournant chacun en sens contraire, commandés qu’ils sont par un engrenage d’angle, placé en dessous et agissant à chaque retour des bâtis mobiles.
- L’encrier est commandé par des ressorts forts et souples; comme sur les grandes machines, il est réglé au moyen de vis de pression et de vis de rappel. Deux patins placés l’un à droite, l’autre à gauche, sur lesquels montent en roulant les galets du preneur (faisant à la fois office de distributeur), servent à le faire appuyer plus ou moins contre le cylindre encreur ; il se charge ainsi d’une plus ou moins grande quantité d’encre sans qu’il soit besoin de modifier le serrage des vis de réglage.
- Les rouleaux de touche se trouvent entraînés par deux supports qui acquièrent un mouvement de balancier, actionnés qu’ils sont par un bras venant rejoindre l’arbre de la platine. Les fusées des toucheurs sont emprisonnées dans des espèces de taquets recourbés en agrafe et terminant des tiges retenues chacune dans un tube de fonte par un ressort à boudin qui les rappelle
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- LE PROGRES
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- constamment à l’intérieur. Contre les côtés de la platine est placé un cadre en fer composé de deux parties mobiles maintenues en un même point par des rivets et destiné à assujettir l’étoffe servant d’habillage à la platine.
- La Minerve est d’une grande précision, les travaux en retiration ou en diverses couleurs s’y pratiquant couramment, sans pointures et avec un repérage parfait.
- LE PROGRES
- Cette presse, construite par la maison Pierron et Dehaître, a, comme nous l’avons déjà dit, beaucoup d’analogie et de ressemblance avec celle que Degener et AVeiler nomment la Liberty. La pédale met en mouvement une bielle entraînant, par l’intermédiaire d’un pignon, la grande roue à plateau qui agit sur le marbre et q u’un bras fait basculer au moment où doit s’opérer la pression. Ln basculant, la forme passe sous les toucheurs, que retiennent des peignes fixes. Des chemins mobiles permettent de régler à volonté la touche des rouleaux soulevés par un appareil de relevage. L’encrier domine la machine ; c’est par l’abatage en arc de cercle du preneur sur la table à encrer et du mouvement inverse vers l’encrier, qu’a lieu la prise d’encre. La distribution est obtenue par la rotation d’un plateau encreur dit angulaire.
- La platine sur laquelle on marge les feuilles, ainsi que le marbre où l’on fixe la forme, sont tous deux dans une position horizontale, ce qui facilite beaucoup les fonctions de la mise sous presse et celles de la mise en train. Les rouleaux toucheurs, par leur disposition dans les peignes, peuvent s’obliquer et s’isoler à volonté. Leur réglage devient des plus simples et des plus commodes avec les chemins mobiles et l’appareil de relevage.
- Les constructeurs de cette pédale y ont appliqué la table multicolore Bacon, ainsi qu’à leur dernier modèle Y Expéditive. Cette dernière, pouvant imprimer le format raisin, est pourvue d’un receveur mécanique. Ces deux presses, par leur construction et hi rapidité de ieur marche, peuvent incontestablement rendre de longs et utiles services.
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- SANS-PAREILLE
- Wibart, en inventant cette machine à platine, avait établi un type de transition entre la presse manuelle et la presse mécanique, ce que, du reste, avait fait bien avant lui Selligue, dont il a été question dans I’Introduction de notre ouvrage.
- Cette presse mécanique se compose de deux bâtis parallèles réunis et consolidés entre eux par de légères entretoises. Au milieu de la machine, en traversant d’un bâti à l’autre, un arbre supporte à chaque bout, et extérieurement, deux grandes roues de même diamètre dont l’une engrène avec le pignon de commande. Sur l’un des rayons de chacune de ces roues et près de la jante, prend assise une bielle montant vers la platine, qui se trouve en parallélisme avec l’arbre des deux grandes roues. De cette manière, la platine monte et descend le long de deux colonnes surmontant les bâtis. La platine s’élève suffisamment pour laisser agir une frisquette s’abattant au moment où va s’opérer la pression et se relevant pour pouvoir marger une autre feuille. L’encrage a lieu comme sur les grandes machines.
- iL’UTILE — L’ACTIVE — PRESSE RÉGIMENTAIRE
- Nous avons déjà dit que Marinoni fit connaître Y Utile à l’Exposition universelle de 1878. Cette pédale comporte tous les perfectionnements apportés à ce genre de presses, aussi bien en France qu’à l’étranger. Elle se rapproche par certains côtés de la Minerve, et sa construction, aussi solide que bien comprise, est simple et élégante.
- Par sa position horizontale, la platine donne toute facilité pour le travail de mise en train et pour la marge des feuilles. Prenant un temps d’arrêt relativement prolongé, durant le fonctionnement de la machine, la pose de la feuille devient plus assurée. En outre, au moment de la pression, la platine suspend encore son mouvement pour que la frappe soit complète et le foulage bien déterminé. Pendant l’impression, le parallélisme de la platine et de la forme est absolument parfait. Après avoir reçu la feuille, la
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- L’UTILE — L’ACTIVE — PRESSE RÉGIMENTAIRE
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- platine s’incline, se plaçant verticalement pour recevoir la pression de la forme, qui se trouve ramenée en avant par le mouvement de bascule de l’arrière-train de la machine.
- Une barre de foulage spéciale, terminée par une poignée placée à proximité de la main de l’ouvrier, lui permet de suspendre instantanément la pression. Il est donc ainsi facile d’encrer plusieurs fois la forme sans que la pression s’opère. Cet organe indispensable sert également à régler le foulage.
- A cette machine sont adjointes nécessairement les réglettes
- Fig. 33. — L’Utile (pédale Marinoni).
- de métal ayant pour objet d’appliquer la feuille sur la platine au moment où la pression va avoir lieu. Dans son mouvement de retour, la platine fait relever les réglettes pour permettre de oiarger la feuille suivante.
- Sur l’Utile, l’encrage général présente certaines dispositions de détails tout à fait particulières et nouvelles pour lesquelles le constructeur a pris des brevets. L’encrier est organisé soit avec un couteau en fonte, soit avec une lame d’acier ondulant sous l’action des vis de réglage. Dans le cas où le couteaü est en fonte, des ressorts d’acier le maintiennent contre le cylindre encreur, de kfoon, au besoin, à relever l’encre à sa surface d’une manière complète sans pour cela brider l’encrier au point de former frein, cause fréquente de la rupture de l’une ou l’autre pièce de la
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- machine. Par un mécanisme fort simple, le mouvement des tables à encrer, ainsi que les fonctions de l’encrier, peuvent s’arrêter instantanément, suspendant ainsi leur eifet. 11 en est de même du rouleau preneur dont on a la facilité d’interrompre l’action entant que prise d’encre, le ramenant de cette façon au rôle de distributeur et de toucbeur. Les tables à encre sont formées de deux disques concentriques tournant en sens opposé afin d’augmenter la distribution de l’encre.
- En ce qui concerne la touche, sur ce point, Marinoni a apporté aussi à sa pédale une modification très importante que les gens du métier savent apprécier. On connaît l’inconvénient que présentent, au tirage, tous rouleaux toucheurs subissant l’action des ressorts qui leur sont solidaires. Le même endroit des rouleaux maintenus de cette manière coïncide presque constamment avec la même surface de la forme, ce qui produit, en réalité, un encrage irrégulier, défectueux. U Utile comporte une disposition tout autre et analogue à celle des machines ordinaires ; les toucheurs roulent librement dans leurs peignes et les fusées de leurs mandrins tournent follement dans les galets. Le déplacement naturel des rouleaux durant leur rotation régularise la touche.
- Les machines à pédale Y Utile, dont le nom est bien caractéristique, comportent le format in-4° jésus, demi-coquille et demi-raisin; en ce qui concerne leur vitesse, elle atteint facilement de 1500 à 2000 exemplaires à l’heure.
- Marinoni construit également un modèle à grande vitesse fort intéressant, auquel il a donné le nom de Y .Active. Cette machine à cylindre et à pédale peut imprimer un format coquille ou carré. Elle se rapproche beaucoup de Y Indispensable, du même constructeur, et présente de sérieux avantages. La pédale, placée à l’une des extrémités des bâtis, au-dessous de la table de marge, permet d’actionner sans aucune fatigue cette machine, très douce au pied. La feuille est margée comme sur les presses anglaises, c’est-à-dire que les pinces la saisissent au moment où elles arrivent à la partie inférieure du cylindre. Après l’avoir entraînée et fait passer en pression, les pinces la lâchent lorsqu’elles parviennent à la partie haute du cylindre. La feuille, contournant alors un rouleau, prend sur des cordons la direction de la table de réception où elle est déposée par une raquette. L’encrage cylindrique peut, à volonté, être appliqué à cette machine, très facile à diriger et à conduire.
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- PÉDALE ALAUZET.
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- Parmi les nombreux modèles de Marinoni, il en est un^créé spécialement pour l’armée, et auquel le constructeur a donné le nom de machine Régimentaire. Cette presse, de format intermédiaire, fonctionne à bras ou à la pédale. Elle est à cylindre, et le
- Fig. 34. — L’Active (Marinoni),.
- mécanisme général en est des plus simples. Le cylindre prend nn temps d’arrêt pour marger la feuille. La machine est disposée de façon à tenir peu de place et elle permet d’installer à l’entour, sous le marbre, des casses à caractères et un coffre à rouleaux. La rnise en train y est facile et les fonctions rapides.
- PÉDALE ALAUZET
- Cette presse rentre dans le genre dont la Minerve est le type, c cst-à-dîre que pendant le mouvement opéré par la platine, horizontalement placée à l’avant, et se renversant pour prendre lp position verticale,.le marbre supportant la forme s’avance pour opérer la pression. Ce sont deux bâtis fixes, reliés par des entre-toises, qui supportent lèsorganes de lamachine. La platine mobile se renverse et se relève alternativement. Une disposition particulière permet de régler la pression d’une manière assurée et certaine. En faisant agir un coin oblong, à l’aide r d’une vis, on rapproche ou,on éloigne la platine de la forme. La platine, est composée de trois parties. la platine elle-même,, .le coin oblong
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- surmonté d’une longue vis, une pièce oscillante autour d’un axe.
- Ces trois pièces sont serrées par un écrou que l’on desserre pour régler la pression de la platine.
- Une barre dite de prévoyance permet de supprimer la pression pendant le fonctionnement de la machine. Cette barre est encochée en deux endroits différents, et elle agit en la soulevant par la
- Fiu. 35. — Pédale Alauzet.
- poignée. Soit en la poussant, soit en la tirant, elle détermine par sa position une suspension instantanée de la pression ou bien, rapprochant le marbre, elle produit, dans ce cas, le foulage nécessaire à l’impression.
- Les marges de la feuille sont déterminées sur la platine à l’aide d’épingles spéciales à tête dentée que l’on fait pénétrer dans le blanchet formant Y habillage.
- Le marbre est vertical; les~formes y sont maintenues par des arrêts et des griffes. Lors de la mise sous presse, les rouleaux peuvent être reportés sur la table à encrer en faisant évoluer leurs
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- LA' PARFAITE
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- supports au moyen d’un levier garni d’une poignée. Il suffit de retirer la goupille qui les fixe sur leur axe.
- Comme dans les autres pédales, ce sont trois rouleaux qui composent l’encrage. Des galets de différent diamètre permettent de faire porter le preneur sur la forme ou de le surélever afin d’empêcher son action.
- Les galets des toucheurs roulent sur des chemins fixés de chaque côté du marbre. Au moyen de vis placées en contre-bas, dans une mortaise, on les règle à volonté.
- Les galets dn preneur portent sur des patins mobiles qui déterminent la prise d’encre par leur écartement plus ou moins prononcé du cylindre de l’encrier. Celui-ci est actionné par un roche! fixé sur son arbre. Le couteau obéit à l’action de vis de réglage; la table à encre est mobile et pivotante.
- Cette machine à pédale porte l’in-4° jésus ou l’in-folio coquille. Sa vitesse ne le cède en rien aux autres presses similaires, et les résultats qu’elle donne sont excellents.
- LA PARFAITE
- l*ar son aspect massif et sa construction solide, la pédale Jules Derriey rappelle la machine anglaise The Sun, Contrairement à la plupart des presses de ce genre, c’est la platine qui s’avance parallèlement vers la forme pour produire la pression. Le mouvement de commande est situé à l’arrière des bâtis. Un arbre de fort diamètre supporte à chaque bout un plateau sur lequel est fixée la fête d’une bielle. Ces deux bielles actionnent la platine. Celle-ci, légèrement inclinée pendant son arrêt momentané pour recevoir la feuille, se renverse sous l’impulsion des bielles. Elle est maintenue sur un porte-platine, pièce en fonte à nervures, par quatre fortes tiges de fer.
- Une vis centrale empêche la perte du foulage, ou toutefois sa diminution, En réalité, c’est le porte-platine qui se trouve entraîné par les bielles, dont chaque extrémité rejoint, un large galet que supporte chaque bout de l’arbre du porte-platine. Ces deux galets roulent sur deux bandes ou glissières boulonnées sur les bâtis. Le support de ces bandes soutient dé chaque côté un coulisseau dans lequel s’engage le Lord de la platine lui corres-
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- pondant. Cette disposition donne à la pression une frappe certaine et assurée.
- •La barre de foulage est remplacée sur cette presse par un levier aboutissant à l’arbre du porte-platine. Selon sa position, ce levier agit sur les deux bielles de la platine par l’excentrage môme des bouts de l’arbre pris dans la tête de chacune des bielles. La pression est ainsi suspendue instantanément et à volonté. Afin d’assurer la pression, et éviter le papillotage, la platine se trouve main-
- Fig. 36. — Pédale Dekkiey.
- tenue du côté opposé aux coulisseaux par un taquet s’y appuyant.
- L’encrage est distinct de celui des pédales que nous avons examinées précédemment. L’encrier domine la machine ; ce sont des vis de rappel et de pression qui règlent le couteau. Une came, solidaire de l’arbre de commande, produit le mouvement-alternatif du mécanisme entier de l’encrier, dont le cylindre évolue à chaque course des toucheurs et de l’encrier. C’est un rochet fixé à l’une des extrémités de l’arbre du ’cylindre encreur qui le fait tourner, et ce sont les supports des toucheurs qui, en remontant vers la table, agissent sous des taquets-où repose le rouleau à la fois preneur et distributeur, pour le mettre en contact avec le
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- I/ÉCONOMIQUE
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- cylindre de l’encrier. Ce distributeur reste ensuite sur la table cylindrique où il acquiert par lui-même un mouvement de va-et-vient indispensable à la distribution de l’encre. Les rouleaux toucheurs sont maintenus au moyen de ressorts contre la forme.
- Par suite d’une ingénieuse combinaison mécanique de la Parfaite, il est possible d’arrêter en marche le mouvement des toucheurs, dont on suspend l’action sur la forme, les laissant en contact avec la table à encre autant qu’on le juge nécessaire. On a de même la facilité de les faire passer successivement deux fois sur la fo rme entre chacune des courses de la platine. Ces effets s’obtiennent en manœuvrant des leviers placés à proximité de la main du pédaliste.
- L’ÉCONOMIQUE
- Le système de Y Économique (Jules Derriey) repose sur le mécanisme d’un cachet à encrage automatique. La platine, dans la position horizontale, au moment de marger la feuille, se renverse et, se retourne complètement pour opérer la pression contre la forme, qui reste immobile. Les rouleaux ont un mouvement al te rnatif de va-et-vient dans le sens horizontal, ils passent ainsi sur la table, et ensuite sur la forme. C’est un disque qui sert de table à encre; à chaque tour de la machine il opère sur lui-même dix tours complets, facilitant ainsi de beaucoup la distribution de 1 encre. Des trois toucheurs formant l’encrage, l’un remplit lçs fonctions de preneur en appuyant contre le cylindre de l’encrier, mis en mouvement par une bielle. Le papillotage, souvent à Cl‘amdre sur les machines usagées, peut être évité au moyen du réglage de guides fixés au marbre et destinés à recevoir, en les maintenant, des taquets attenant à la platine, au moment où cette dernière entre en contact avec la forme.
- En raison de sa construction même, cette presse ne peut être aPpliquée qu’à de petits formats, ou travaux légers tels que cartes, enveloppes, etc. Le retournement complet de la platine devient mie source d'inconvénients lorsque ses dimensions dépassent une certaine limite. L'Économique est organisée pour la réception automatique. Quand la platine arrive à la position verticale, après 1 impression, c’est-à-dire dans sa période de retour à la position horizontale, la carte ou l’enveloppe, subissant une impulsion,
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- descend dans une boîte que le mouvement alternatif des peignes à rouleaux amène directement sous la platine.
- PÉDALES J. VOIRIN
- Les machines de ce constructeur méritent une attention toute particulière. Les différents types comportent les derniers perfectionnements. Pédales simplifiées, perfectionnées, Nouvelle presse à, pédale extra-forte, autant de modèles de construction simple et bien comprise, reposant évidemment sur les principes indiqués précédemment, mais avec quelques améliorations heureuses et favorables au travail d’impression.
- La Pédale Voirin présente comme avantage celui du fonction-
- Fig. 37. — Pédale Voirin.
- uement de la platine qui s’avance vers le marbre dans la position rigoureusement parallèle, celui-ci restant immobile. D’autre part, un dispositif spécial et breveté permet, durant la mise en train,, de donner au marbre une position horizontale facilitant ainsi le laquage, les corrections, etc., sans avoir à enlever la forme. Cette position du marbre est indiquée par la fig. 38. Sur cette
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- PÉDALES J. VOIRIN.
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- machine, dite Pédale perfectionnée, le foulage s’y règle de la manière la plus précise et certaine au moyen d’une vis micromé-trique à tête divisée et d’un repère fixe. La platine produit la pression contre le marbre d’une façon régulière, appuyant aussi
- Fie. 38. — Renversement du marbre.
- bien dans la partie supérieure que dans la partie inférieure. La marge des feuilles et leur réception sont facilitées par un arrêt suffisant et par la position presque horizontale de la platine. Comme sur toutes les machines du genre, un interrupteur de pression instantané, mis à portée de la main, permet de suspendre la pression à volonté. Les rouleaux ont un développement entier sur la forme et se règlent à l’aide des chemins de galets. La table à encre est formée de deux disques concentriques tournant en sens inverse, mus qu’ils sont par un engrenage placé en dessous.
- La Nouvelle pf'esse à pédale extra-forte comporte aussi le renversement facultatif du marbre permettant les corrections sans qu’il soit nécessaire de décaler et d’enlever la forme. Le foulage s y règle par vis micrométrique et les chemins des galets de rom* leau permettent de déterminer la touche selon les besoins.
- Un ensemble de dispositions spéciales donne toutes facilités, sur les Pédales perfectionnées Voirin, d’y effectuer des travaux en couleurs avec une seule composition. Cette manière de procéder assure un repérage aussi parfait que possible, Par l’emploi de cadratins de six points, on surélève à chaque couleur les diverses parties devant être encrées par les rouleaux de la susdite couleur: ce qui se rapproche beaucoup de l’ancien procédé inventé par Congrève et qui a pris son nom, mais qui ne pouvait*être employé que sur la presse à bras,.
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- L’HIRONDELLE
- La machine à pédale de ce nom, construite dans les ateliers de Jules Tourey, successeur de la maison Perreau fils et Brault, comporte certains perfectionnements avantageux. La marge et la réception automatiques rendent les fonctions du pédaliste commodes et rapides. La feuille, posée sur la platine, repose d’elle-
- Fig. 39. — L'Hirondelle, grand et petit .modèle,
- même sur le taquet du bas; un taquet de côté règle la marge de telle façon que le repérage automatique est absolument exact. Par le soulèvement du taquet inférieur, la feuille est détachée de la forme et de la platine, venant tomber d’elle-même sur la tablette de réception.
- Le système d’encrage est excellent ; le rouleau servant de preneur est indépendant des toucheurs : il sert à la fois de distributeur sur la table tournante, sans participer à la louche. Les deux toucheurs complètent la distribution de l’encre et, étant donné leur diamètre, ils procurent une touche régulière et parfaite. Leur réglage est facilité par l’emploi de chemins mobiles. En ce qui concerne la pression, le papillotage et les déplacements sont évités par le calage spécial de la platine. Un levier, disposé à
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- PÉDALE DETARTRE
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- portée de la main, permet d’interrompre momentanément la pression. Par une disposition toute particulière, le modèle de cette pédale, comportant le petit format, facilite l’impression automatique des cartes de visite et d’adresse, qui, mises par paquet de 100, 200 ou 300, sont margées automatiquement.
- PÉDALE DETARTRE
- Cette pédale [fig. 40) est assez similaire de la Minerve comme aspect et disposition. Afin d’augmenter la solidité générale, le bâti peut être construit en une seule pièce. La table à encre est disposée en surfaces concentriques agissant en sens inverse pour faciliter la distribution de l’encre. Une barre de foulage adaptée sur le côté permet au margeur de suspendre à volonté la pression, lieux rouleaux à galets et à ressorts composant l’encrage viennent se charger d’encre dans la partie supérieure où se trouve l’encrier. L’engrenage angulaire de la commande donne toute sécurité de force à la roue et à son pignon. La construction de la Pédale Dntartre est des plus soignées. Elle comporte les formats m-4° raisin, in-4° jésus et demi-raisin.
- Les pédales la Préférée, le Soleil, etc., ainsi que les diverses machines de ce système, reposent, en somme, sur les mêmes principes que ceux énoncés précédemment.
- Nous ferons remarquer que les pédales ne repoussent pas l’emploi de la force motrice; il suffit d’en donner avis aux constructeurs afin qu’il y soit adjoint un jeu de poulies.
- MACHINES A MAIN
- 11 nous reste à examiner rapidement les presses du système G. Leboyer. Nous avons vu plus haut que cet imprimeur de Riom, en 1866, avait inventé une petite presse mécanique destinée exclusivement à l’impression des cartes de visite. L’empreinte du Caractère s’y obtenait par décalque; mais, depuis, on a> substitué avantageusement un appareil d’encrage à ce mode d’impression auquel n’avait point songé Gutenberg. Le système Leboyer est
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- «l’une simplicité, ingénieuse qui ne manque pas de mérite. L’adjonction de rouleaux encreurs en a fait un petit instrument fort apprécié par les imprimeurs de cartes de visite.
- Telle que l’inventa Leboyer, cette presse est mise en mouve-
- Fio. 40. — Pédale Putakthe (Lhekmite).
- ment à la main, et, sur l’arbre môme du volant qui occupe extérieurement le milieu de la presse, un excentrique, maintenu dans une cage, agit sur une platine de petite dimension. La forme, ou plutôt le composteur,> est immobile sous la platine et reçoit la pression lorsqu’une carte, entraînée par des rubans ou cordons, est venue se placer entre.les deux,,Les cartes sont disposées, et
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- MACHINES A MAIN
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- rangées en pile ou paquet; des glissières, retenues par des vis à tête guillochée, maintiennent la pile, sur laquelle appuie un léger poids. La glissière, située en avant, monte et descend de manière à retenir toutes les cartes, sauf celle du bas, qu’entraînent les rubans et que dirigent des taquets jusque sous la platine. Un papier, couvert d’une préparation colorante, par son interposition entre les lettres de la forme et la carte, reproduit l’empreinte obtenue’par ce contact d’un instant. Une fois imprimées, les cartes
- Fig. il. — Machine a cartes de visite.
- tombent dans une boîte établie sous la machine. La vitesse de cette petite presse est assez importante, puisqu’il est possible d’atteindre à un tirage de 6000 cartes à l’heure.
- Ainsi que nous l’avons dit plus haut, on a complété cette presse en y adjoignant un appareil d’encrage et, depuis longtemps, le papier à calquer est relégué parmi les procédés archaïques. Telles sont construites les presses des types Poirier (Hachée successeur),, Magand, Valette, Maudet, Pierron-Dehaître, Ravasse, Godefroy, etc.
- Le mécanisme de ces petites machines est des plus simples. Un excentrique dirige le mouvement descendant et ascendant de la platine. La touche, la distribution, la prise d’encre sont disposées
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
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- de la manière la plus favorable, avec table pivotante. L’impulsion est donnée à l’aide d’une manivelle attenante au volant.
- L’ingénieur-mécanicien J., Yoirin construit une petite presse typographique à main, d’un usage assez courant dans le com<-merce. Cette presse est, en réalité, un diminutif de la Pédale simplifiée; elle fonctionne à la main et l’on peut y tirer avantageusement tous travaux de papeterie : cartes de visite, factures, menus, enveloppes, circulaires, etc. On peut aussi y imprimer les sacs et autres travaux analogues. Par une disposition particulière, on y obtient également le perforage sans inconvénient pour le blanchet ou les rouleaux. L’appareil à perforer peut se monter en quelques minutes sur la platine et s’y placer en n’importe quel endroit, sur la longueur. Des bandes de caoutchouc font fonction de ressort, et les aiguilles étant mobiles, on peut distancer le perforage et le supprimer en partie. Ces aiguilles n’ont qu’un centimètre de hauteur et sont soutenues par un guide assurant leur solidité et leur résistance. Le perforage s’opère sous la pression de la platine contre le marbre dans des conditions de régularité incontestable.
- Parmi les constructeurs s’occupant de ce genre de presses^ Jules Tourey dispose l’un de ses modèles, XHirondelle, pour l’impression des cartes de visite et d’adresse, pour les enveloppes de commerce et travaux analogues. Un système ingénieux distribue automatiquement chaque exemplaire à imprimer, et l’encrage, sur cette machine, est absolument complet.
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- DEUXIÈME PARTIE
- MACHINES DOUBLES, DITES EN RETIRATION
- CHAPITRE PREMIER
- S’il nous fallait entreprendre la description et l'analyse détaillée des machines de chaque constructeur, notre livre prendrait des proportions beaucoup plus considérables que ne le comportent nos intentions et notre but. Du reste, jusqu’à présent, malgré les modifications apportées par les mécaniciens aux machines doubles, le système en est resté le même. C’est plutôt dans certains détails que dans l’ensemble qu’il faut chercher les dissemblances. Kn résumé, qui voit une machine double voit toutes les autres : ce sont les mêmes organes affectant des proportions plus ou moins grandes, ou prenant des formes différentes, mais produisant le même résultat., Les machines à gros cylindres sont toutes semblables ; il n’y a que la position et la situation de la marge qui en changent l’aspect. Quant aux machines à soulèvement, celles de tous les constructeurs sont à peu près identiques-, à l’étranger même, les machines doubles de ce genre ressemblent complètement aux machines françaises qui ont servi de modèle pour être copiées. Cependant, en 1884-, Henri Yoirin transforma son type de machine en retiration par la suppression des organes de soulèvement, employant pour obtenir ce mouvement alternatif des cylindres une espèce de balancement produisant le même résultat. Bien après lui, Jules Derriey appliquait à ses modèles le mouvement hypocycloïdal, venant remplacer la crémaillère et ses accessoires.
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- 06 PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- Il substitue également au mécanisme de soulèvement Normand une disposition particulière. Enfin, l’ingénieur Edouard Lambert est venu modifier complètement le système par la construction d’une machine tout à fait différente, la Monocycle, dont nous parlerons plus loin.
- Sans nous attacher à détailler les dispositions particulières et spéciales de chacune des machines, nous ne négligerons cependant point de donner en temps opportun tous les renseignements dont l’indication nous paraîtra utile et nécessaire. Le lecteur comprendra qu’il y aurait pour nous une difficulté matérielle à rendre un compte entièrement exact et complet des changements successifs et répétés portant sur les pièces internes et accessoires que chaque jour les constructeurs modifient ou transforment.
- Examinant donc le système des machines doubles au point de vue de leur direction par les conducteurs, et ne tenant compte que du principe mécanique fondamental, nous n’établirons qu’une distinction entre les machines à gros cylindres et celles dites à soulèvement, réservant une certaine place aux modèles récemment inventés.
- Primitivement, les machines à gros cylindres ne se composaient que des deux cylindres de pression rapprochés l’un de l’autre; c’est seulement plus tard que l’idée vint de les écarter et d’y interposer deux autres cylindres plus petits de diamètre, établissant la transition entre le cylindre du coté de seconde et celui du côté de première. Ce genre de machine tend à disparaître d’une manière définitive; on les abandonne complètement pour l’emploi des machines à soulèvement, qui offrent certains avantages réels et évidents. Cependant il ne faut pas trop dédaigner les machines à gros cylindres, elles avaient un mérite qu’on ne peut certes leur contester : celui de donner une bonne frappe. En leur adjoignant une marge en décharges, combinaison due à Aristide Derniame, et pour laquelle il avait pris un brevet de concert avec Victor Ma-gny, on aurait pu obtenir, sur ces machines, d’excellents résultats; ce système de marge eh décharges n’a été appliqué, toutefois, qu’à une seule presse de ce genre. t „
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- DESCRIPTION DE LA MACHINE A GROS CYLINDRES
- C’est en quelque sorte au point de vue rétrospectif que nous décrirons ce genre de machines dont il existe assurément encore des spécimens, surtout dans les imprimeries de province.
- Les deux bâtis posés parallèlement supportent, à peu près vers le quart de leur longueur, deux cylindres d’impression ; chacun d’eux est soutenu et consolidé contre l’effort de la pression par des nervures se terminant en moyeu, et dans lequel passe l’arbre qui, claveté, transmet le mouvement rotatif au cylindre. Les tourillons de ces arbres évoluent dans des coussinets en bronze, maintenus sur les bâtis formant, à cet endroit, une cage où peuvent se mouvoir les coussinets, sous l’influence de vis supérieures et inférieures, selon le foulage à obtenir.
- La partie des cylindres non imprimante est excentrée pour laisser libre le passage de la forme au retour du marbre.
- Du côté du volant, chaque arbre est terminé par une roue, dont le diamètre est celui du cylindre, plus la moitié de la distance existant entre les deux cylindres, ce qui permet l’approche des deux roues venant engrener ensemble. L’une d’elles, recevant l’impulsion directe d’un pignon fixé sur l’arbre de commande,; entraîne la seconde dans sa rotation ; de cette manière, les deux cylindres de pression tournent en sens contraire et en dehors, c’est-à-dire de haut en bas dans la direction des encriers, se trouvant placés à chaque extrémité des bâtis.
- La distance entre les cylindres de pression est occupée par <leux autres cylindres en bois beaucoup plus petits de diamètre et posés parallèlement; ce sont les cordons de la machine qui les mettent en mouvement. L’un de .ces cylindres, dits de registre, repose par chaque extrémité de son axe dans une cage où il peut Rionter et descendre au moyen d’un régulateur. Les cordons, par leur entraînement, font tourner ces deux cylindres en dedans, l’un vers l’autre; la feuille les contourne quand elle se dirige du premier cylindre de pression vers le second où elle arrive retournée. En montant ou en descendant celui des cylindres de registre soumis à l’action du régulateur, on peut avancer ou retarder la course de la feuille ; c’est ainsi qu’il est aisé de régler le registre en augmentant ou diminuant le parcours de la feuille,, ?
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- Le régulateur est d’un emploi commode et utile ; il se compose d’une vis placée à chaque extrémité do l’axe du cylindre, et dont le pas pénètre dans la partie supérieure de la cage ; le bout de la vis est fixé aux coussinets qui maintiennent les tourillons du susdit axe. En tournant les vis à droite, elles poussent les coussinets et font descendre le cylindre; la course de la feuille est ainsi retardée ; en les détournant, le cylindre remonte et le parcours de la feuille est avancé. Pour être mise en rapport avec la main du conducteur, la vis située du côté des engrenages est reliée au çôté accessible de la machine par une tringle terminée en poignée. Cette tringle, à l’autre extrémité de laquelle est goupillé ou claveté un pignon, engrène avec le haut de la vis, surmontée également d'un pignon. 11 résulte de cette disposition que pour faire mouvoir le cylindre de registre il faut tourner la poignée de cette tringle dans le sens contraire à l’effet qu’on veut produire sur la vis ; ainsi, ayant à descendre le cylindre, il faut tourner la poignée à gauche; par engrenage la vis tourne à droite, et réciproquement, on tournera la poignée à gauche pour faire remonter le cylindre.
- Sur les machines de ce genre', la feuille est margée soit à l'anglaise, soit à la coulante, selon le mode de construction. La marge coulante se compose d’un excentrique placé sur le côté du premier cylindre et fixé sur l’arbre au moyen d’une vis permettant d’avancer ou de reculer la partie qui est excentrée. Cet excentrique, par l’intermédiaire d’une branche, commande une tringle posée parallèlement au cylindre imprimant le premier côté de la feuille ; elle est située dans la partie haute à quelques centimètres du cylindre. Cette tringle, supportant deux ou trois boules fixées chacune par une vis, tourne librement sur ses supports.
- La table où est disposé le papier en rame se trouve en surélévation vers le milieu de la machine ; la partie aboutissant au cylindre, point de départ de la feuille, est en pente et peut se relever à volonté au moyen de charnières; c’est à l’extrémité de cette tablette que le margeur colle deux bandes de papier ayant quatre ou cinq centimètres de largeur, les laissant déborder d’autant; ces bandes, sur lesquelles il trace plusieurs lignes parallèles larges et apparentes, servent de guides pour marger la feuille en avant; un taquet fixé sur la tablette détermine la marge de côté. Le départ de la feuille s’opère ainsi : le margeur, la prenant au milieu du bord placé à l’arrière, l’amène en avant par une légère secousse pour la séparer de la rame, et tout en la soutenant de
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- 1*'ig. 42. — Machine double, a duos cylindkes, avec mahge a l'anglaise.
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- l’autre main il la dirige contre le taquet de côté, avançant en même temps le bord opposé sur les guides. Au moment où la feuille doit partir, l’excentrique agit sur la branche, la tringle s’abaisse rapidement et les boules, en appuyant sur la feuille, la poussent sur le cylindre qui évolue et l’entraîne dans sa rotation; au moment précis où les boules prennent la feuille, le margeur doit la lâcher afin de ne point retarder son départ, cause de variation pour la marge.
- Le système de la marge à Vanglaise diffère complètement du précédent; la table au papier et la table de marge sont établies à l’extrémité de la machine, en dehors et au-dessus du cylindre imprimant le premier côté de la feuille. Sous la table de marge se trouve un tambour dont le bout de l’axe correspondant aux engrenages supporte un secteur denté ayant sa branche inférieure prolongée de vingt à vingt-cinq centimètres. La table de marge est fendue longitudinalement en avant et en arrière de quelques centimètres ; chaque écartement est rempli par la circonférence d’un petit rouleau dont la surface ne dépasse point le niveau de la labié. Enfin, des sangles passant de l’un à l’autre de ces petits rouleaux en rasant la table de marge et venant se fixer sur le tambour placé en dessous entraînent la feuille ; deux ou trois taquets adhérant aux sangles à l’arrière de la feuille la poussent dans les cordons, qui la saisissent et ramènent sur le cylindre de pression.
- Cet appareil est mis en mouvement d’une manière alternative par un bout d’engrenage fixé sur la jante de la roue du cylindre de pression, à l’endroit calculé pour le départ de la feuille; ces quelques dents sont précédées d’une espèce de galet glissant sur lé prolongement du secteur et commandant ainsi le tambour, en rabaissant subitement et mettant en rapport les engrenages, dont celui qui se trouve monté sur la roue du cylindre de pression fait décrire un arc de cercle au secteur et produit l’évolution du tambour ; les sangles y étant clouées, elles suivent son mouvement et entraînent les taquets, qui, comme nous l’avons vu, poussent la feuille dans les cordons. Aussitôt la feuille prise, le secteur remonte, abandonné qu’il est par l’engrenage de la roue du cylindre et tiré par un contrepoids; le rouleau reprend sa place au temps d’arrêt et les taquets attendent, immobiles, la feuille suivante. Pour que la marge fonctionne régulièrement, il faut ne pas trop tendre les sangles; l’excès de tension empêcherait le contre-
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- poids d’agir et le secteur de remonter complètement; la marge, dans ce cas, serait inexacte.
- Pour faciliter l’indication du parcours des cordons, nous nommerons le cylindre imprimant le premier côté de la feuille cylindre côté de seconde, et celui agissant sur le second côté cylindre côté de première. Cette dénomination peut paraître singulière, mais elle s’appuie sur la raison suivante : afin d’éviter le contre-foulage à la première page, celle portant la signature et qui se présente avant les autres lorsque la feuille est pliée, on place la forme du uerso (côté de seconde) de manière qu’elle soit imprimée avant celle du recto (côté de première), évitant ainsi à celle-ci le maculage produit par la retiration. Les constructeurs, plus logiques, nomment côté de première le cylindre produisant la première impression.
- Les cordons opérant sur la feuille pendant sa course autour des cylindres sont de deux sortes : ceux du côté de seconde et ceux du côté de première. En partant de la prise de feuille nous trouvons, à quelque distance de la marge (coulante ou anglaise), un premier rouleau ; puis à la jonction du cylindre et du marbre est posée une tringle garnie de bagues; ensuite, à l’opposé du cylindre et à la même hauteur s’en trouve une seconde et, enfin, sous les cylindres de registre est installée une troisième tringle. Ils enveloppent Je premier rouleau, d’où ils se dirigent d’un côté sur un tendeur placé en avant du cylindre côté de seconde, et de là sous les deux tringles situées dans la partie basse. Ils remontent après sur la tringle voisine des cylindres de registre et viennent aboutir au cylindre côté de première, qu’ils contournent et abandonnent dans la partie haute pour passer immédiatement sous le cylindre de registre contigu et ensuite sur le second cylindre attenant au cylindre de pression du côté de seconde, où ils continuent leur parcours, descendant pour passer en dessous puis remonter vers Je premier rouleau d’où nous sommes partis.
- Les cordons communiquant la rotation aux deux cylindres de registre, il est essentiel qu’ils soient toujours fortement tendus alin de produire un entraînement suffisant, régulier et en rapport avec l’évolution générale de la machine.
- Les cordons du côté de première suivent une autre direction ; ds viennent se placer sur le cylindre côté de seconde à la prise de feuille^ en font le tour presque complet, passent ensuite sur Je cylindre de registre qui en est proche, puis sous le second cylindre
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- do registre pour envelopper ensuite le cylindre de pression côté de première. Arrivés en bas, après avoir passé en dessous, ils contournent un petit rouleau posé à quelques centimètres de Faut de la lettre et près de ce cylindre, touchent à une tringle située à la jonction du marbre et parallèle au petit rouleau, continuent leur course sous ce cylindre de pression, et après s'être dirigés sur une autre tringle installée à l’opposé, remontent sur le tendeur faisant face au cylindre. Ils arrivent ensuite sur une tringle placée au-dessus de ce même cylindre côté de première, d’où ils passent enfin sur une dernière tringle, garnie de bagues, qui les rapproche du cylindre côté de seconde, notre point de départ.
- La feuille part en liant du cylindre côté de seconde et sort en bas du cylindre côté de première, pour venir se poser sur une laide installée à cet effet.
- Deux marbres séparés, mais reliés solidement ensemble et s'entraînant mutuellement, correspondent aux cylindres de pression, avec lesquels ils entrent alternativement en contact. La distance de l’un à l’autre et leurs dimensions sont combinées d’après le diamètre des cylindres d'impression et d’après le développement de la machine, de manière qu’ils se trouvent en rapport avec les cylindres. Les bandes de support et les chemins sur lesquels roulent les toucheurs sont vissés de chaque côté des marbres. Ce sont des cornières fixées transversalement, et à chaque bout, qui retiennent les formes. Les nervures de chacun des marbres se prolongent du côté opposé aux cylindres et supportent les deux tables à encrer venant s’appuyer par un bord contre celle des cornières placées de leur côté.
- Dans l’axe longitudinal de la machine, sur les nervures des marbres, est boulonnée une pièce en fonte. Cette pièce — \c porte-crémaillère — supporte, en contre-bas des marbres, une crémaillère dont chaque extrémité aboutit à une pièce en fer formant rainure avec le porte-crémaillère et décrivant un demi-cercle; c’est à cause de sa conformation qu’on la nomme croissant.
- L’arbre de commande, séparé vers son milieu par un joint de Cardan ou genouillère, soutient un pignon engrenant avec la crémaillère. L’application faite par Cardan de ce mécanisme est des plus simples et des plus ingénieuses; ce sont deux bouts d’arbre terminés en crampons et boulonnés ensemble à angle droit pouvant ainsi se mouvoir dans différentes directions. i\ous décrirons ces organes importants dans le chapitre suivant.
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- Le côté du pignon supporte un galet qui, par la rotation de 1 arbre de commande, est amené à l’entrée du croissant, au mo-iRent précis où la crémaillère a terminé sa course, entraînée quelle est par le pignon. Le galet s’engage rapidement dans la rainure formée par le croissant et le porte-crémaillère, il roule sur la paroi interne du croissant, se servant comme point, d’appui d’une grosse dent terminant à chaque bout la crémaillère ; il fait alors agir la genouillère et, si le pignon est au-dessus de la crémaillère,, de cette manière, il descend et vient s’engrener au-dessous, changeant ainsi la direction des marbres; le mouvement de va-et-vient s’obtient par la répétition alternative de cette action du pignon qui passe en dessous ou en dessus de la crémaillère, chaque fois que celle-ci arrive à fin de course.
- L’arbre soutenant le pignon est maintenu par une coulisse, dans laquelle il monte et descend librement. Cette coulisse empêche qu’il ne s’écarte de la direction assignée.
- Chaque extrémité des bâtis supporte un encrier; l’un alimente les rouleaux du côté de seconde et l’autre ceux du côté de première. On rencontre encore quelques machines, construites dans les premiers temps, dont les encriers fonctionnent au moyen de cordes. L’arbre de chacun des cylindres supporte à cet effet une série de poulies de différents diamètres correspondant avec d’au-Ires poulies clavetées sur le tourillon du cylindre de l’encrier, et placées en sens contraire. La corde contourne ces poulies en passant sur un tendeur fixé dans la partie basse des bâtis. C’est en augmentant ou en diminuant la vitesse des encriers que l’on donne plus ou moins d’encre aux rouleaux; les changements de vitesse s’obtiennent par le déplacement de la corde. Lorsque le tirage réclame une prise d’encre peu importante on la monte sur lu plus grande des poulies de l’encrier, et on la descend sur la plus •petite de celles adaptées au cylindre de pression ; tout au contraire, s il faut beaucoup d’encre et augmenter la prise, on-montera sur le plus grande des poulies du cylindre et on la descendra sur la plus petite de celles attenantes à l’encrier.
- Quant aux encriers commandés par engrenage, ils acquièrent leur mouvement par la transmission d’une tige recevant l’impul-Sl°n d’un pignon fixé sur l’arbre de commande. '
- ' Nous éviterons des redites superflues-à propos de la question relative aux encriers et à l’encrage ; nous en avons parlé longuement lorsque nous nous sommes occupé de la machine en blanc.
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- La machine étant mise en mouvement, le margeur place la feuille à la prise, margée aux guides et au taquet de côté. Il attend ainsi que, par la rotation générale, la partie imprimante du cylindre côté de seconde parvienne à la marge. A ce moment, l’excentrique fait baisser la tringle de marge, les boules entraînent la feuille sous les cordons côté de seconde chargés de la maintenir. Pendant ce temps, le marbre s’avance vers le cylindre et la feuille passe en pression pour remonter de l’autre côté sur le premier cylindre de registre, où elle se retourne ; en cet endroit, les cordons côté de première se trouvent par-dessus la feuille, ceux du côté de seconde en dessous. Entraînée par la rotation, la feuille passe sous le second cylindre de registre, puis sur celui de pression côté de première venant imprimer le second côté de la feuille, après quoi la feuille est amenée sur la table à recevoir le papier. Les machines peuvent tirer de 800 à 1000 exemplaires à l’heure.
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- ' C’est à Rousselet, l’un des premiers constructeurs français de presses pour l’imprimerie, que l’on doit l’invention des machines dites à soulèvement, ainsi nommées à cause du mouvement des cylindres de pression. Nous plaçons sous les yeux des lecteurs le modèle d’une Rousseletle, machines de ce système, primitivement construites. La transmission de la feuille d’un cylindre à l’autre s’obtenait par l’emploi d’une brosse lixée au long d’une tringle et placée à la jonction des deux cylindres. Le soulèvement alternatif de ces derniers était produit par l’action d’une fourchette agissant sur des entretoises mouvantes correspondant aux montants des cylindres. Normand, succédant à Rousselet en 1840, modifia cette machine, qui prit alors son nom* Il remplaça fort avantageusement les brosses par des pinces, ainsi que les cordes par des engrenages pour la commande des encriers, changea complètement le mécanisme du soulèvement, employant l’excentrique Trezel et, plus tard, il innovait la crémaillère ondulante et lè pignon elliptique venant supprimer le papillotage. Normand fut le premier qui appliqua à ses machines la marge en décharges, dopt la combinaison consiste en un jeu de poulies et de cordons de renvoi permettant l’interposition de feuilles de décharge entre
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- les feuilles imprimées du premier côté et le cylindre opérant la retiration, c’est-à-dire l’impression du second côté de la feuille. Henri Yoirin, cousin et élève de Normand, lui succéda en 1851, continuant la construction des machines de ce système perfectionné, qu’il transforma en 1884, supprimant les montants, les rotules et les ressorts pour le soulèvement des cylindres, qu’il obtint alors par balancement.
- Comme aux autres machines, ce sont deux bâtis parallèles qui supportent les différents organes; quatre entretoises transversales
- Fig. 43. — Machine; a soulèvement, dite Rousselette.
- les maintiennent, consolidant ainsi la' machine et soutenant quelques-unes des pièces importantes. C’est, en effet, sur les entretoises que sont boulonnées les deux bandes munies de leurs glissières, généralement à galets, sur lesquelles roule le marbre. Un grand nombre de machines nouvellement construites, surtout celles de grand format, comportent quatre bandes,
- Outre les bandes, le marbre fonctionne sur des galets dits de pression, reposant sur les entretoises et placés sous les cylindres; ils ont pour objet de contre-balancer l’effort occasionné par la pression et de maintenir ainsi la régularité du foulage. L’emploi de quatre bandes permet de supprimer les galets de pression.
- Par une cornière, le marbre est latéralement divisé en deux parties égales, l’une devenant marbre du côté de seconde et l’autre
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- Côté du porte-cames
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- marbre du côté de première, se terminant chacun par une cornière parallèle à celle du milieu. De chaque côté, longeant les bâtis, sont vissées les bandes de support contiguës aux chemins des rouleaux. Les sangles sont installées indifféremment sur ces bandes ou sur le cylindre. Enfin, sur le prolongement des nervures du marbre
- sont fixées les tables à encrer, dont l’un des bords affleure les cornières extérieures.
- Le mouvement de va-et-vient est transmis au1 marbre par des organes identiques à ceux que nous avons décrits à propos des machines à gros cylindres. C’est un porte-crémaillère, boulonné au marbre, qui soutient la crémaillère venant aboutir aux croissants. La crémaillère subit la traction d’un pignon que soutient l’arbre de commande dont les deux tronçons se trouvent réunis par une genouillère ou joint de Cardan. ; '
- Outre la différence de système, les constructeurs classent leurs modèles d’après le nombre de tours du volant pour que chaque
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- machine accomplisse sa rotation complète. II y a donc des machines de trois tours, de quatre, cinq et six tours, et même plus. C’est le développement plus ou moins considérable du marbre et le diamètre du cylindre de pression qui déterminent le nombre de
- Fig. 47. — Galets de pression.
- tours que doit faire l’arbre de commande. Il s’ensuit que le pignon de | la crémaillère s’y développe plus ou moins de fois selon la course du marbre et aussi selon le diamètre du pignon. On obtient donc des crémaillères sur lesquelles le pignon évolue trois fois, tandis que sur d’autres il peut faire quatre, cinq rotations et plus.
- La crémaillère peut être considérée comme divisée en autant de parties que le pignon s’y développe de fois entièrement. Cha-? curie d’elles est séparée de sa voisine par une dent plus forte et ronde au lieu d’être plate comme toutes les autres. Ce sont les grosses dents de la crémaillère. Cette dernière est fixée sous le marbre par deux montants dits porte-crémaillère, sur lesquels est solidement établie la crémaillère proprement dite ; quelquefois ces deux pièces n’en font qu’une. Deux forts boulons, dont la tête, plate et rodée, pénètre dans le marbre, relient celui-ci au porte-crémaillère.
- Le pignon transmettant le mouvement à la crémaillère du marbre est emmanché à froid ou solidement claveté sur le bout de l’arbre formant, par son autre extrémité, un détail du joint de Cardan. Le diamètre de ce pignon correspond à la distance existant de l’une à l’autre grosse dent de la crémaillère. Il porte donc un nombre de dents égal à celui qu’en présente la crémaillère, d’une grosse dent à celle qui vient ensuite. Dans le sens de sa surface, le
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- pignon supporte un galet en acier cémenté, retenu par un axe traversant de part en part l’épaisseur du pignon ; ce galet se trouve un peu en contre-bas des dents. Diamétralement opposé au galets l’un des creux de l’engrenage est plus large que tous les autres qui forment avec les saillies les dents du pignon. Ce creux plus évasé est destiné à engrener avec les grosses dents de la crémaillère. Il résulte, de la concordance des deux organes que nous venons de décrire, un engrenage facile à saisir lorsque nous aurons expliqué le rôle des croissants. Le croissant est une pièce en fer trempé offrant, ainsi que l’indique son nom, la forme du croissant lunaire. Deux ou trois boulons à écrous l’assujettissent solidement au bout de la crémaillère. Entre la grosse dent extrême et l’intérieur du croissant, il y a la même distance qu’entre le bord du galet attenant au pignon et l’intérieur de la cavité. Plaçant celle-ci en rapport avec la grosse dent, Supposant le pignon sous la crémaillère, et examinant le fonctionnement du pignon, on voit que la cavité, après chaque rotation de ce dernier, vient successivement engrener avec chacune des grosses dents de la crémaillère, puis qu’arrivé à l’extrémité le pignon, continuant son mouvement, évolue autour de la grosse dent, s’en servant comme centre et point d’ap-
- A B A
- Fio. 48. — Coupe du marbre.
- A, A, marbre. — B, boulon soutenant la crémaillère E. — C, C, bandes. — D, D, galets de pression.
- pui, le galet montant alors au long du croissant, à l’intérieur. Par ce mouvement giratoire, le pignon passe au-dessus de la crémaillère et lui fait prendre la direction contraire. En roulant sur la crémaillère, le pignon parvient à son autre extrémité, la cavité engrène avec la dernière grosse dent, le galet redescend au long du second croissant, et,le pignon, dans son évolution, repasse soùs
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- la crémaillère à laquelle il fait reprendre à nouveau une direction opposée. C’est ainsi que se produit le va-et-vient du marbre. Mais, comme le pignon^monte et descend alternativement, il faut nécessairement que l’arbre sur lequel il est fixé ait une position
- angulaire. C’est, en réalité, une espèce de charnière qui permet à l’arbre de se déplacer ainsi par l’une de ses extrémités. Ce mécanisme a été inventé par Cardan.
- Le bout de l’arbre soutenant le pignon de la crémaillère se termine en forme de T ; il vient s’unir au bout de l’arbre de commande qui affecte la meme forme. Entre les deux, dont les branches sont à angle droit, est boulonnée une pièce circulaire formant ainsi la charnière. On peut se figurer deux T placés transversalement, entre lesquels on interposerait un O. Afin d’éviter autant que possible le choc produit (au moment du changement de direction de la crémaillère) par le passage du galet au long des croissants, on emploie des butoirs placés à chaque bout des bâtis. Ces butoirs sont généralement des tiges garnies de ressorts à boudin suffisamment puissants pour repousser le marbre à fin de course. Le butoir système Alauzet, fort ingénieux, repose sur l’emploi de pompes atmosphériques venant amortir complètement le choc en retenant et accompagnant le marbre.
- Chacun des deux cylindres d’impression prend son point d’appui, par l’intermédiaire de nervures, sur un axe dont les tourillons évoluent dans des coussinets en bronze que supporte un montant mobile en fonte. Les quatre montants sont appliqués contre les bâtis et maintenus par des plaques formant glissières ; ils peuvent ainsi agir librement et glisser au long des bâtis. La circonférence des cylindres est égale au développement du marbre
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- entier; elle est excentrée là où n’a pas lieu la pression, afin1 dé livrer passage à la forme lors du retour du marbre. Une peu le échancrure est pratiquée longitudinalement; cette gorge reçoit le mécanisme des pinces destinées à s’emparer de la feuille et à la maintenir pendant l’évolution du cylindre. La tringle du blanche! de fond est placée aussi dans cette gorge. . ' :
- ' On se sert de deux sortes de pinces; celles en acier ou celles'en enivre. Ces dernières sont d’une seule pièce; elles maintiennent la. feuille qui est prise et serrée contre de petits, morceaux pu caoutchouc retenus par des poupées en cuivre échancrées à cet etfet. Ces poupées sont passées sur une barre placée dans la gorge, contre la paroi du cylindre. Les pinces sont supportées par une barre transversale et carrée, sur laquelle on les fait glisser à volonté; elles sont maintenues en place par une vis. Les tourillons de cette tringle se meuvent dans des noix vissées isur le cylindre.
- Les pinces en acier pénètrent dans des portants en cuivre; une entrée est pratiquée à cet effet. Elles y sont fixées chacune par une
- Fig, 50. — Pince en bronze.
- Fig. 51. — Pince en acier.
- vis^qui les traverse, et leur extrémité libre tombe sur un goujon, °u poupée, dont la partie en contact avec la feuille est cannelée pour donner plus d’adhérence au papier.
- A l’opposé du volant, la barre des pinces supporte, près du tourillon de ce côté, un petit pignon commandé par un secteur goupillé sur une tringle placée dans la gorge. Cette tringle est
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- formée de deux pièces s’emmanchant l’une dans l’autre; celle qui sert pour ainsi dire de gaine est immobile, l’autre peut s’y mouvoir facilement; c’est sur cette tige que se trouve le secteur. Un ressort à boudin s’enroulant autour de la tringle, et dont un bout est fixé sur la partie immobile tandis que l’autre l’est sur la tige, donne la tension nécessaire pour faire agir le.secteur. C’est au moyen d’un encliquetage adapté à l’extrémité de la tige que l’on
- Fig. 53. — Agissement des pinces.
- , pinces fermées. — 2, pinces ouvertes. — 3, transmission de la feuille.
- peut tendre le ressort. Le secteur se termine dans sa partie inférieure par une manivelle dont le galet, pendant la rotation du cylindre, rencontre des cames s’avançant au moment opportun pour faire ouvrir les pinces.
- „ Les cylindres évoluent par engrenage : une roue'montée sur chaque extrémité de leur arbre, du côté du volant;, le^ entraîne. Les deux roues C, D engrènent ensemble; celle du côté de première D est commandée par la roue du^côté de seconde C, recevant l’impulsion d’une roue intermédiaire B, mise en mouvement par un pignon A, .clavqté. en dehors.des bâtis sur l’arbre de.com-;
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- mande E. La direction du mouvement rotatif de cet arbre fait, par engrenage, évoluer les deux cylindres l’un vers l’autre et de haut
- Fig. 54. — Engrenage général.
- A, pignon de commande. — B, roue intermédiaire. — C, roue du cylindre du côté de seconde. B. roue du cylindre côté de première. — E, pignon commandant le soulèvement. — F, roue SUr l’arbre de laquelle se trouve l’excentrique Trezel de soulèvement. — 1, 2, 3, 0, points de Repère pour l’engrenage général.
- en bas. Ils font deux tours complets pendant que le marbre va et revient.
- L'arbre de commande supportant les organes d’impulsion est indique par la fig. 54 qui peut donner une idée assez exacte des °rganes auxquels les deux cylindres, le marbre et le soulèvement
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- doivent leurs mouvements. Ainsi, partant du volant A, nous voyons l’arbre principal se prolonger et se terminer au joint de Cardan L. Les lignes pointillées indiquent le déplacement du pignon M de la crémaillère. Sur l’arbre principal sont établis, d’abord la poulie folle et la poulie fixe, puis vient un pignon D, engrenant sur une roue E. L’arbre de cette roue aboutit en J, et supporte un excentrique Trezel chargé de mettre en mouvement les entretoises mouvantes. Cet arbre se repose de chaque extrémité sur les paliers K, K. Revenant à l’arbre principal, nous rencontrons un second pignon F, mis en rapport avec la roue intermédiaire G qui, elle, transmet la rotation à la roue du cylindre imprimant le premier côté de la feuille. Par cette disposition, on peut se rendre compte de la commande générale et comprendre que le marbre et les cylindres sont solidaires les uns des autres. C’est, en effet, le môme pignon F qui agit à la fois sur la crémaillère du marbre et sur l’engrenage des cylindres. Nous verrons plus loin que, en raison de cette unité dans la commande, la coïncidence de la forme et de la mise en train laisse parfois à désirer. Cependant une machine bien construite et surtout bien entretenue par le personnel, en tant que propreté et graissage, offre rarement l’inconvénient que nous signalons. Les mécaniciens, aujourd’hui, sont parvenus à une telle précision dans la construction de toutes les pièces et de tous les organes, que la denture des engrenages, d’une justesse mathématique, ne donne lieu à aucune différence (mtre le rapport du marbre et celui des cylindres.
- Malgré Xexcentrage de la partie des cylindres où ne s’opère pas la pression, les formes, lors du retour du marbre, pourraient être rabotées si les cylindres ne se soulevaient pas à leur passage. Le mécanisme du soulèvement que nous allons décrire est dû à Normand ; il avait prévalu sur les autres systèmes, par le sérieux avantage d’une frappe solide et d’un foulage régulier.
- Le petit pignon D, placé à côté de celui dont nous avons parlé plus haut, engrène sur la roue E, dont l’axe est parallèle à l’arbre de commande ; pour soutenir l’excentrique transmettant le soulèvement, cet axe s’appuie, dans la partie basse de la machine, d’un bout sur chaque palier K, attenant au patin et aux entretoises.
- L’excentrique de soulèvement fait mouvoir alternativement deux entretoises mouvantes, aboutissant par chacune de leurs extrémités à une échancrure ménagée dans le corps môme des bâtis, et suivant la verticale passant par le centre de l’arbre du
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- A, volant. — B, chaise soutenant l’arbre de commande.
- C, poulie folle et poulie fixe. — D, pignon du soulèvement des cylindres. — E, roue entraînant l’arbre de l’excentrique de soulèvement. — F, pignon de commande. — G, roue intermédiaire. — H, roue des cylindres. — I, cylindre. — J, excentrique do soulèvement. — I\, Ii, paliers soutenant l'arbre de l’excentrique. — L, joint de Cardan. — M, pignon de la crémaillère. — N, marbre.
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- cylindre. Le boni des entretoises mouvantes porte une rotule, en bronze ou en acier dont la tête vient s’arc-bouter contre un arrêt saillant des bâtis. Ce sont deux forts ressorts à boudin, comprimés dans une boîte placée entre les cylindres qui réagissent sur les montants. Ceux-ci présentent une espèce de nez sous lequel s’appuie le bout d’une pièce en fonte, dite chapeau de gendarme, parce que sa forme rappelle vaguement celle d’un tricorne allongé. C’est le milieu de cette pièce qui repose sur le ressort au-dessus du contre-écrou formant tendeur. Yoici le résultat de la disposition générale de ce mécanisme : lorsque le pignon de la crémaillère a accompli sa course dans le croissant, au moment où le marbre change de direction, l’entretoise mouvante commandant le cylindre qui va opérer la pression, d’oblique qu’elle était pendant le soulèvement, se redresse sous l’action de l’excentrique. Son extrémité, sur laquelle s’emboîte la rotule, par ce mouvement, ramène celle-ci à la position verticale. Les montants se trouvent ainsi poussés vers le bas et font descendre le cylindre. Pendant ce temps l’autre cylindre, par la force du ressort, remonte pour laisser libre passage à la forme. Il se produit ainsi un soulèvement alternatif des cylindres, et lorsque l’un monte, l'autre descend; cette action a lieu de manière à coïncider d’une manière précise avec le mouvement de va-et-vient du marbre.
- Delarue avait inventé un autre mode de soulèvement, que Pierre Alauzct appliqua pendant quelques années à ses machines doubles. Les bouts de l’arbre des cylindres soutenaient un pignon engrenant sur une roue placée au-dessus, et dont l’axe supportait un excentrique se mouvant dans une boîte, agissant ainsi sur l’arbre des cylindres pour produire la pression. Cette boîte était soumise à l’action de la vis de foulage passant par le chapeau boulonné sur les bâtis formant cage. Avec les machines du système Normand, le foulage s’obtient par une vis placée à la partie inférieure des montants, sous l’entretoise mouvante. Les vis de foulage sont parfois maintenues par un contre-écrou ou par une contre-vis empêchant la trépidation de les desserrer pendant la marche de la machine.
- Les cames sont des pièces en fonte dont la surface externn décrit un arc de cercle calculé, quant au développement, d’après les dimensions de la course des cylindres et de l’ouverture des pinces. Ces cames A, H, C, D sont vissées sur un portant en fonte que dirige un excentrique ramené par un ressort à boudin-
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- Cet excentrique peut être placé différemment, selon le genre de construction, mais le principe reste toujours le même. Tous les deux tours, les cames avancent, rencontrant le galet de la manivelle des pinces, et font agir le secteur.
- La feuille est conduite pendant révolution complète de la machine par deux sortes de cordons inférieurs et supérieurs. Les machines à soulèvement étant presque toutes organisées pour tirer avec feuilles de décharge, on emploie une troisième sorte de cordons, dits cordons de la marge en décharge.
- Fig. 56. — Porte-cames.
- Les cordons inférieurs contournent un rouleau placé à quel-Mlles centimètres du cylindre côté de première, en dehors; ils descendent ensuite sur une tringle, garnie de bagues, placée à la Jonction du marbre et du cylindre; de là ils passent sous le cylindre, vont rejoindre, à l’opposé, une autre tringle analogue à la précédente, reviennent ensuite sur la circonférence même du cylindre, qu’ils enveloppent en continuant leur parcours pour aboutir où nous les avons pris.
- Les cordons supérieurs appuient sous le cylindre du côté de première, remontent vers le rouleau que nous avons choisi comme Point de départ lors de l’explication des cordons inférieurs, passent onsuite sur un tendeur, d’où ils se dirigent vers un petit tambour dominant d’une trentaine de centimètres le cylindre de seconde; ds le contournent et,. touchant à une tringle posée près de ce
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- même cylindre, en contre-bas du tambour, ils continuent leur course sous le cylindre côté de première.
- La tension de ces cordons s’obtient au moyen d’un contrepoids lixé sur la tringle soutenant les tendeurs. Celle des cordons inférieurs a lieu par des ressorts à boudin agissant sur le rouleau et les tringles ; cette disposition est essentielle à cause du soulèvement des cylindres.
- Il est de la plus grande utilité de passer des cordons inférieurs sous le cylindre côté de seconde, car il arrive fort souvent que, les feuilles n’étant pas maintenues, elles tombent sur la forme, par leur propre poids, avant l’entrée en pression, ce qui est une cause de frisage et du doublage de l’impression.
- Avant d’indiquer la place des cordons de la marge en décharge, il est indispensable de déterminer le système lui-même. La table où sont posées les feuilles de décharge domine un petit tambour qui se trouve placé au-dessus et à peu de distance du cylindre côté de seconde. Auprès de ce tambour, est établie une tringle sur laquelle passent les cordons qui subissent l’action de tendeurs placés au même niveau, à quelques centimètres. Les cordons descendent vers la tringle du cylindre côté de seconde et que touchent les cordons supérieurs ; ils remontent de là sur la tringle précédente, entrent en contact avec le tambour traçant ainsi un semblant de triangle. La feuille de décharge, après avoir été entraînée par une tringle à boule, de marge coulante, que dirige un excentrique placé en dehors des bâtis, passe entre les cordons supérieurs et ceux des décharges.
- A chaque extrémité des bâtis sont boulonnés les encriers. L’engrenage du cylindre encreur est mis en mouvement soit par une série de roues d’engrenage, soit par un pignon goupillé sur un axe que termine un pignon hélicoïde prenant son impulsion sur une vis sans fin. Cette vis tourne autour d’un axe boulonné sur les bâtis et entraîné par une roue venant engrener sur une seconde attenante à l’arbre de commande.
- La feuille est margée aux taquets en arrière ou en avant. Nous avons déj à dit que ces derniers sont préférables ; au moyen d’une vis il est facile de régler la marge à volonté. Il n’existe plus de machines avec marge dirigée par des sangles; ce système se rapproche de la marge anglaise, dont nous avons donné un aperçu lorsque nous nous sommes occupé des machines à gros cylindres ; il est loin d’être avantageux, aussi a-t-il disparu. Enfin,
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- certaines tables de marge sont brisées à leur extrémité, c’est-à-dire que, au moment où les pinces s’emparent de la feuille, le bord de la table, formant charnière, s’abaisse sous l’action d’un excentrique. Les tables de marge sont organisées de la même manière qu’aux machines en blanc : une pour placer les décharges et les mauvaises feuilles, une autre pour installer le papier destiné au tirage, et une troisième sur laquelle on pose la feuille devant passer en pression.
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- La prise de la feuille a lieu dans la partie supérieure du cylindre côté de seconde. Les pinces sont amenées à cette place par la rotation même du cylindre. Au moment où elles y arrivent, le porte-cames s’avance, et le galet tdu secteur, rencontrant une came, fait ouvrir les pinces, qui passent ainsi ouvertes sous la table de marge. Parvenu à l’extrémité de cette came, le galet se trouvant libre n’a plus d’action sur le. secteur, lequel reprend alors sa place, poussé par le ressort dans le sens faisant tomber les pinces. La feuille est ainsi saisie et entraînée en pression. Le marbre, mis en mouvement par la crémaillère, s’avance à la rencontre du cylindre et, lorsque les pinces arrivent en bas, celui-ci s’abaisse, entre en contact avec la forme dont la surface coïncide à ce moment avec la partie étoffée recouvrant la mise en train. Pendant que ce cylindre opère sa pression, celui du côté de première est soulevé pour livrer passage à la forme et ne point la raboter. A mesure que la feuille subit la pression, entraînée par la rotation du cylindre, elle remonte vers la prise, la dépasse et revient au point de rencontre des deux cylindres. A ce moment, la manivelle des pinces du cylindre côté de première rencontre une came, les pinces s’ouvrent rapidement et leur extrémité passe sous les bords de la feuille imprimée, qu’elles saisissent pendant (lue celles du cylindre côté de seconde s’ouvrent de la même manière et l’abandonnent. De cette transmission dépend en majeure partie le registre; les pinces des cylindres s’intercalent entre elles, °t la moindre hésitation, le plus léger frôlement, suffisent pour occasionner des écarts de registre sensibles. Quand la feuille entre en pression au côté de première, le marbre s’avance, le
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- Fig. o7. — Ensemble des organes de la machine a soulèvement.
- A, A, B, B, montants supportant les cylindres. — G, C, D, D, plaques vissées sur les bâtis et maintenant les montants. — E, chapeau de gendarme. — F, ressort de soulèvement, — G, H, coussinets de l’arbre des cylindres. — I, I, vis de rappel agissant sur les coussinets. — J, J, entretoises mouvantes surmontées de la rotule. — K, K, appendices des montants venant appuyer
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- cylindre de ce côté s’abaisse, et celui du côté de seconde est soulevé à son tour pour ne point érafler les formes au retour. Enfin, le second côté de la feuille étant imprimé, elle remonte vers la sortie et se présente aux mains du receveur, qui la pose sur la table destinée à ranger le papier, et placée au-dessus du marbre côté de première.
- Lorsque la feuille arrive à la transmission, la décharge, entraînée par les cordons, vient s’interposer entre le cylindre côté <lc première et cette feuille qui va être imprimée au verso.
- C’est durant la course et le développement du marbre que les rouleaux agissent sur les tables et sur les formes. Nous revenons ici à ce que nous avons dit relativement à l’encrage sur les machines en blanc, sauf cette particularité, qu’en face de la cornière médiane séparant les marbres, les chemins présentent un petit épaulement destiné à soulever les toucheurs afin qu’ils ne produisent pas l’essuyage de la forme ne leur correspondant point lorsque celle-ci passe sous le jeu des toucheurs.
- Plusieurs constructeurs disposent leurs machines à retiration 'le manière à pouvoir, au besoin, imprimer en blanc sur chacun 'les cylindres. Ils organisent à cet effet des consoles pouvant supporter les tables comme aux machines en blanc. Ainsi, sous la marge il est facile d’établir une table à recevoir, et à la sortie de fouille on peut adjoindre une table de marge venant dominer le cylindre du côté de première. La modification de la course des cordons est nécessaire selon qu’il s’agit d’imprimer soit en blanc, s°it en retiration; de même la situation des cames change sur le porte-cames. Par cette disposition, les constructeurs d’une machine double obtiennent deux machines en blanc accouplées. Seulement, un certain inconvénient n’a pas encore rendu cette modification tout à fait pratique; à chaque tour des cylindres de Pression, quand on vent tirer en blanc, les pinces prennent néces-
- SUr le chapeau de gendarme. — L, L, pièce supportant les entretoises mouvantes et commandées Par une vis de foulage. — O, P, cylindres de pression. — Q, rouleau de sortie de feuille. — marges en décharge. — S, rouleau. — T, boules de marge coulante. — U, tringle des cordons, poulies. — Y, contrepoids des cordons supérieurs. — 1, table de la prise de feuille. — 2, table de réception. — 3, table de la marge en décharges. — 4, tringles des cordons. — 9, tringle des Cordons. — 11, pignon fixé sur l'arbre du cylindre côté de première et commandant la roue 13, Sur laquelle se trouve l’excentrique qui dirige le porte-cames au moyen d'une tige 15. — î'2, pignon fixé sur l’arbre du cylindre côté de seconde commandant les excentriques de la marge de la feuille et de celle en décharges. — 13, roue de l’excentrique du porte-cames. — 14, roue des excentriques des marges. — 15, tige à galets entraînant le porte-cames. — 16, porte-cames.
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- sairement la feuille, les cylindres n’ayant pas de moment d’arrêt ; c’est à peine si le temps permet au margeur de poser la feuille aux taquets. A ce mouvement continu des cylindres vient s’ajouter le brusque abatage des pinces, qui doivent saisir la feuille au passage. Pour qu’un imprimeur ait une machine à retiration
- organisée à deux fins, il faut que ses travaux le nécessitent absolument.
- En général, la vitesse moyenne des machines à soulèvement, selon le développement et la course du marbre, varie de 900 exemplaires à 1200 à l’heure. Passé cette quantité, il y aurait à craindre la rupture de certaines pièces, ou toutefois l’usure rapide des organes principaux. Cependant, depuis quelque temps déjà, la
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- maison Alauzct construit des machines à retiration fournissanl, sans crainte d’accidents ni d'usure, un plus grand nombre d’exemplaires. Non seulement sur ces machines l’ensemble des organes
- est renforcé, mais la crémaillère est en acier au lieu d’être en lonte et le tirage peut être poussé à 1500 exemplaires.
- La description du système Normand s’applique également aux machines des autres constructeurs. Les différences ne portent que
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- sur le changement de forme et d’aspect des pièces accessoires, les organes essentiels ne variant d’aucune manière.
- Cependant, Jules Derriey a fait connaître récemment une nouvelle machine à retiration venant supprimer quelques-uns des
- Fig. 61. — Machine a retiration Jules Derriey.
- agents mécaniques du système Normand. Le marbre est commandé parle mouvement hypocycloïdal ; donc plus de crémaillère, ni croissants, ni joint de Cardan et disparition aussi des rotules de soulèvement. En outre, les cylindres de pression, comme sur les machines en blanc, sont commandés et mis en action par le marbre, sur le côté duquel se trouve boulonnée une crémaillère engrenant constamment avec chaque roue des cylindres. Par cette disposition, le changement de direction du marbre produirait un mouvement de réaction des cylindres ; il a donc fallu monter les roues de ces derniers de manière qu’à un certain moment elles tournent follement sur l’arbre des cylindres. C’est une sorte de déclenche qui provoque le soulèvement alternatif de chacun des cylindres et leur rotation par engrenage avec la crémaillère du marbre.
- Kœnig et Bauer ont été, non seulement les innovateurs de l’encrage cylindrique, mais aussi les inventeurs du mouvement hypocycloïdal dont nous avons parlé plus haut. Voici en quoi consiste ce mouvement. Sur l’arbre de commande se trouve clavetée une roue d’angle A placée verticalement; elle engrène avec une autre roue pareille B horizontale dont l’axe, perpendiculaire,
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- MOUVEMENT HYPOCYCLOIDAL
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- repose par son extrémité inférieure dans une crapaudine boulonnée sur l’une des entre toises. Cet axe est retenu dans la partie haute par une espèce de collet. Sur l’un des rayons de cette deuxième roue est établi un bouton de manivelle venant s’emboîter dans le moyeu d’une troisième roue C, d’un plus petit diamètre, et se trouvant par cette disposition être superposée à la précédente. Cette roue C, à engrenage droit, engrène avec un cercle denté D, dont les dents sont ainsi tournées vers le centre et non en dehors du cercle. Ce dernier comporte comme rayon la longueur du diamètre de la roue C. Ce sont des boulons passant au travers des bâtis qui le maintiennent dans la position horizontale. Enfin, la troisième roue C supporte, fixée sur la jante, la tête de la bielle actionnant le marbre.
- Fig. 62. — Mouvement hypocycloidal.
- Il résulte de cette combinaison mécanique de plusieurs engrenages le mouvement suivant, assez curieux et fort ingénieux.
- La roue A, dans sa rotation, entraîne la roue B, qui de son côté fait décrire à la roue C, lui étant relativement excentrique, une évolution telle autour du cercle denté D, que la tête de bielle reste continuellement dans l’axe de la machine, en suivant ainsi une
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- direction rectiligne communiquant au marbre son mouvement alternatif de va-et-vient.
- En ce qui concerne la Monocycle, retiration système Lambert, (die repose, ainsi que nous l’avons vu, sur le principe des machines à réaction. L’arbre de commande transmet l’impulsion au mouvement hypocycloïdal actionnant le marbre. Celui-ci se meut sur des bandes, deux ou quatre, selon le format delà machine. Au centre des bâtis se trouve le cylindre de pression étant entraîné par deux crémaillères, chacune placée sur le côté du marbre.
- Fig. 63. — Monocycle Lambert.
- Durant sa première rotation le cylindre imprime le premier côté de la feuille et, réagissant ensuite sur lui-même, il imprime le second côté de la feuille, qui s’est retournée par suite d’un mouvement à renversement très curieux des pinces. Une tringle ronde supporte une espèce de manchon sur lequel sont fixées les pinces, peu distancées l’une de l’autre ; un mécanisme agissant au moment où le cylindre doit évoluer dans le sens contraire à sa première rotation produit le changement de position des pinces et, par le fait, celui de la feuille dont le côté imprimé passe alors en dessous, c’est-à-dire en contact avec le cylindre. Afin d’éviter le maculage on peut adapter à cette machine l’emploi de la décharge.
- Elle peut aussi être organisée pour fonctionner avec papier continu et coupe avant l’impression; enfin, par un changement
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- MONOCYCLE — RETIRATION A COULEURS
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- for t simple, il est facile de la ramener à une double blanc avec pointures.
- Avant de terminer ce chapitre, nous tenons à parler de la machine à retiration pour impressions en plusieurs couleurs, construite par Marinoni.
- L’invention d’une machine de ce genre était depuis longtemps indiquée par la nature des travaux pouvant y être exécutés. Elle se compose essentiellement d’un seul marbre de grandes dimensions, puis de deux cylindres d’impression. Par une série de cornières, le marbre est disposé de façon à recevoir quatre formes
- Fig. 64. — Machine Marinoni, retiration a quatre couleurs.
- différentes, à chacune d’elles correspondant un encrage spécial permettant ainsi le tirage en diverses teintes.
- Deux des formes subissent la pression d’un cylindre, les deux autres celle du second cylindre. C’est, en somme, le principe de ^ machine en blanc à deux couleurs.
- La feuille est margée, puis saisie par les pinces du premier cylindre, qui l’entraîne et l’imprime au contact de la première forme ; poursuivant sa rotation, sans que les pinces aient abandonné la feuille, le cylindre l’imprime à nouveau sur la deuxième forme, soit la deuxième couleur, après quoi la feuille est transmise au second cylindre, les pinces s’en emparent de la même façon qu’aux machines à pinces ordinaires. Ce cylindre évolue deux fois, produisant l’impression successive des deux autres couleurs. C’est alors que la feuille, livrée à elle-même, est dirigée Vers la table à recevoir.
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- L’encrage des formes comporte quatre encriers : deux en avant de chaque cylindre. Cet encrage est cylindrique et disposé de manière à ne gêner en rien la mise sous presse, ni les fonctions de la mise en train. Par un mécanisme fort simple, les rouleaux ainsi que les encriers sont soulevés au passage de la forme qu’ils ne doivent pas encrer. Il est possible à cette machine d’adopter une marge en décharges si l’on n’y applique pas Xappareil Nelson. Cet appareil, qui porte le nom de son inventeur, consiste en deux ou trois rouleaux superposés, recouverts d’un molleton pelucheux dont la surface est enduite de temps à autre, pendant les arrêts de la machine, d’une certaine quantité de paraffine. On évite ainsi le maculage, le but de ces rouleaux d’étoffe humectés de paraffine étant de relever l’encre déposée sur le blanchet du cylindre côté de première par la contre-pression du côté de seconde. En réalité, le résultat ne saurait être tout à fait complet; malgré son tissu pelucheux, le molleton enduit de cette substance ne pénètre pas au fond de l’empreinte que laisse sur les blanchets, habillage des cylindres, la pression de l’œil du caractère. Nous reviendrons plus loin sur l’appareil Nelson, lorsque nous parlerons du maculage en général.
- Sur la machine dont nous nous occupons, en modifiant les excentriques des pinces et la réception des feuilles, on obtient une double marge en blanc opérant alors avec deux margeurs. Dans ce cas, on peut imprimer deux feuilles en blanc à deux couleurs, ou bien, avec un seul margeur, obtenir le tirage de deux feuilles par course du marbre.
- Lorsqu’il s’agit de tirer en retiration avec une seule couleur de chaque côté de la feuille, on fait usage soit de deux encriers, soit d’un seul encrier pour l’encrage de deux formes, selon la position qu’elles occupent sur le marbre.
- Les organes produisant le mouvement de va-et-vient du marbre sont construits de façon à éviter aux points morts la secousse générale que produit, à fin de course, le changement brusque de direction du marbre.
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- TROISIÈME PARTIE
- MACHINES A GRANDE VITESSE, RÉACTIONS, ROTATIVES
- CHAPITRE PREMIER
- MACHINES A RÉACTION
- La nécessité de publier, avec rapidité, les nouvelles quotidiennes parvenant aux journaux à la dernière heure, et aussi l’accroissement continuel du nombre des lecteurs, ont suggéré 1 invention des machines à grande vitesse multipliant indéfiniment la production.
- Un ouvrier imprimeur nommé Joly, comprenant, il y a déjà une soixantaine d’années, ce besoin chaque jour plus impérieux, inventa un nouveau système de machine, dont il communiqua l’idée à Normand. Celui-ci se mit à l’étude et exécuta la première presse dite à réaction. Mais la production de cette machine était encore insuffisante et ne satisfaisait pas aux exigences du tirage de plusieurs journaux parisiens.
- Ce n’est pas assez qu’un inventeur soit en possession d une idée heureuse et féconde, en résultats probables ou certains; le point important consiste à produire cette idée, à la mettre à exécution; et l’extrême limite de la difficulté est de pouvoir communiquer, transmettre à cette créature de l’intelligence humaine les premières pulsations.
- C’est en cela que l’une des sommités inoubliables de la presse
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- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES
- française, Émile de Girardin, mérite grandement du journalisme, auquel il a fait subir une transformation pour ainsi dire fondamentale. Si chaque citoyen ou paysan, riche ou pauvre, peut aujourd’hui lire son journal, c’est à cet éminent écrivain qu’on le doit, en majeure partie. Il est certain qu’avec le temps d’autres auraient compris la nécessité de donner plus d’impulsion à l’imprimerie dans ce sens, mais toujours est-il qu’on ne peut contester à Émile de Girardin sa persévérance à provoquer les recherches relatives à l’augmentation de vitesse des machines à journaux. C’est ainsi qu’à son instigation, en 1847, Gaveaux, de concert avec Marinoni, construisait la réaction à quatre margeurs dont la combinaison était fort curieuse. Ce résultat, considérable cependant, ne suffisait pas au promoteur du moment. Encourageant sans cesse, il facilitait de tout son pouvoir les essais des constructeurs dont l’esprit inventif avait saisi et compris ses vues.
- Déjà, en 1849, une machine à papier continu était construite pour le tirage du journal la Presse. Cette machine présentait certains inconvénients dus à son imperfection. Les pages du journal, composées en caractères mobiles, étaient directement fixées sur un cylindre. Cette disposition de la composition sur le cylindre n’était pas assez pratique pour ne point donner lieu à de nouvelles recherches immédiates. Au même moment, le journal la Patrie s’imprimait également sur une machine du même système, construite par l’éminent mécanicien Iloe, de New-York, mais elle fonctionnait à l’aide de margeurs.
- Les essais et les études continuèrent, mais ce ne fut qu’en 1867, à l’Exposition universelle, que Marinoni et Jules Derriey firent savoir que l’idée d’une machine à grande vitesse était loin d’avoir été abandonnée. A cette époque, une opération de publicité hardie, qui paraissait surprenante au moment, vint donner naissance à une machine dont la construction renversait le système suivi jusqu’alors. Le tirage du Petit Journal atteignait un chiffre tel, que son propriétaire cherchait à accélérer encore davantage la vitesse des machines qui imprimaient cette feuille à un sou. Aussi, Marinoni venant proposer de construire une machine donnant 36 000 exemplaires à l’heure, fut-il reçu avec le plus grand empressement. Quelques mois plus tard, six machines cylindriques à margeurs fonctionnaient dans les ateliers de l’imprimerie du Petit Journal.
- De son côté, Jules Derriey, grand chercheur de nouvelles
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- DESCRIPTION DE LA REACTION
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- combinaisons, montait plusieurs machines du même genre sur lesquelles il avait supprimé l’application des pinces pour la transmission des feuilles, facilitant ainsi une augmentation de vitesse. En outre, y adjoignant l’encrage allemand, il obtenait par le fait nne excellente touche, malgré la rapidité avec laquelle passait l’œil du caractère sous les rouleaux toucheurs.
- Pour les tirages à grand nombre, le système exclusivement rotatif remplace, sans conteste, avec avantage les machines à réaction; cependant ces dernières n’en restent pas moins utiles et pratiques, lorsqu’il s’agit d’un journal dont le tirage ne dépasse pas 30 000 exemplaires. L’emploi d’une réaction présente évidemment à l’imprimeur le moyen de mettre sous presse les formes de mobile, supprimant ainsi l’outillage de clicherie et gagnant le temps nécessaire aux fonctions de prise d’empreintes, fonte, façonnage des clichés, c’est-à-dire autant de frais qu’il s’épargne et de temps qu’il gagne.
- En principe, les réactions ont été appropriées à l’impression des journaux et parfois à celle de certains travaux administratifs comportant un long tirage et livrables à terme rapproché.
- Il se construit fort peu de réactions à un seul cylindre de pression et elles sont généralement à deux cylindres, celles à trois et quatre cylindres n’ayant plus raison d’être, par suite de l’emploi des rotatives. L’analyse succincte du système réactif portera seule-uient sur un cylindre, c’est-à-dire sur la moitié de la machine, supposant pour l’instant une réaction à deux margeurs, le second cylindre présentant absolument les mêmes dispositions que le premier.
- DESCRIPTION DE LA MACHINE DITE « RÉACTION »
- Les bâtis supportent un marbre, roulant sur des bandes, et mis eu mouvement par les mêmes organes que sur les machines doubles : crémaillère, croissants, joints de Cardan, pignon mobile. La forme peut être placée de deux manières différentes, Hinsi que l’indique la figure ci-après.
- Le cylindre de pression est commandé par une crémaillère attenante au marbre, comme aux machines en blanc; elle lui fait °pérer deux tours pour imprimer le premier côté de la feuille, et
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- lorsqu’elle s’est retournée en passant sur un tambour ou cylindre de registre, placé à une distance calculée du cylindre de pressionT la crémaillère revenant sur elle-même fait tourner deux fois dans le sens contraire le cylindre de pression pour imprimer le second côté de la feuille. Il résulte de cette disposition que c’est la même partie du cylindre qui imprime le recto et le verso de la feuille ; ce qui explique la raison pour laquelle la mise en train devient impossible pour certains travaux, celle que l’on ferait pour un côté ne pourrait évidemment servir à l’autre. On ne peut donc que couvrir les inégalités générales de pression, et pourtant, tout bien considéré, nous sommes dans les mêmes conditions que sur
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- Fig. 63. — Impositions différentes des formes sur la réaction.
- les machines à deux couleurs. L’habillage du cylindre se.compose d’un fort Manchet de fond, cousu après une tringle plate, assujettie par des tenons dans la gorge du cylindre. Le Manchet, après avoir enveloppé tout le cylindre, est enroulé sur une autre tringle garnie d’ardillons destinée à le tendre, et fixée dans la même gorge. On obtient la tension au moyen d’une vis sans fin, engrenant sur un pignon goupillé après la tringle.
- La feuille est prise par une tringle à boules, de marge coulante ; il importe que cette tringle se trouve dans l’axe vertical de l’arbre du cylindre pour la course régulière de la feuille.
- Le parcours de la feuille entre les cordons est assez compliqué; la figure suivante indique la place des tringles et des rouleaux autour desquels ils passent. Nous y joindrons cependant une explication pour la rendre compréhensible.
- Le cordon en fil A enveloppe le cylindre de pression X et sert à détacher la feuille lorsqu’elle est imprimée. Pour que la feuille
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- prenne une bonne direction en allant et en revenant, le rouleau sur lequel passent les cordons A, et qui se trouve en face de l’entrée des cordons du cylindre de registre, monte et descend alternativement. Le pointillé sur la figure indique sa course, qui opère la distribution de la feuille. Dans la largeur du cylindre on place trois de ces cordons, un au milieu dans le blanc et un sur chaque marge extérieure. En dehors de la feuille, de chaque côté, le conducteur en tient un disponible pour le cas où ceux agissant sur les feuilles viendraient à se rompre; c’est une prévoyance qui
- Fig. 66. — Passage des cordons.
- a son utilité sérieuse, car elle permet de remplacer immédiatement le cordon cassé sans perte de temps.
- Le cordon B contourne aussi le cylindre; il y en a trois également dans la largeur. Ils sont placés en face des cordons A et servent à appliquer la feuille contre le cylindre de pression et à 1 accompagner sur le cylindre de registre. La feuille se trouve donc prise entre les cordons A et les cordons B, ceux-ci sont tondus en T par des tendeurs1.
- Les cordons C maintiennent la feuille contre le cylindre ; il y eR a six dans la largeur, c’est le tendeur T qui les tend.
- Les sangles en laine D, de trente millimètres, enveloppent le cylindre de registre Z et maintiennent lafeuille. On en place ordinairement neuf dans la largeur.
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- Les cordons F passent également sur le cylindre de registre pour y appliquer la feuille. On en met neuf qui recouvrent les neuf sangles, de telle sorte que la feuille passe entre les sangles D et les cordons F. Ceux-ci accompagnent la feuille à la sortie. Les cordons G contournent le rouleau supérieur situé à la sortie de la feuille et la maintiennent contre les cordons F, l’empêchant ainsi de buter contre la table à marger.
- Les faux cordons J, en laine, soutiennent la feuille à son entrée et à la sortie de pression. Tous les cordons sont en laine, à l’exception des cordons A et B. Il importe que les cordons, en général, soient plus tendus au milieu qu’aux extrémités de la feuille, et il faut observer la tension progressive afin que la feuille passe franchement et sans plisser; il est essentiel que les tringles et les poulies, les tubes et les rouleaux soient parfaitement graissés afin que rien n’entrave la course des cordons.
- Sur les machines à deux, trois ou quatre cylindres, il n’y a qu’un seul marbre sur lequel on place une ou plusieurs formes. Ce sont deux encriers qui alimentent chacun un jeu de rouleaux. Entre les cylindres on met seulement deux toucheurs et deux aussi de chaque côté en dehors. Souvent, les conducteurs ne se servent que d’un seul toucheur extérieur touchant la forme deux fois, tandis que les rouleaux intérieurs ne la touchent qu’une seule fois. Aussi, pour équilibrer l’encrage de la forme, les tables supportent, aux deux tiers environ de leur largeur, une pièce qui soulève les toucheurs extérieurs, afin qu’ils ne s’emparent point de toute la quantité d’encre -déposée sur les tables. Sans ce soulèvement, il se produirait à l’impression une irrégularité de couleur fort apparente.
- Les machines à réaction, comme nous l’avons dit, étant surtout destinées à l’impression des journaux, ce que l’on a toujours cherché à obtenir, avant tout, sur les presses de ce système, est la grande production.
- Le meilleur moyen de l’obtenir est de réduire au minimum la course du marbre; or, cette course dépendant du diamètre des cylindres, on a été amené à faire, pour ces machines, des cylindres de petit diamètre ayant comme développement, au minimum, la moitié de la feuille à imprimer, le cylindre imprimant alors en deux tours, la grande feuille double.
- Les dimensions ordinaires des journaux français sont de 05X94, ce qui donne alors pour la feuille double 94X130; les
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- cylindres n’ont ordinairement que 0m,65 de développement et doivent faire deux tours complets sur deux formes différentes pour obtenir l’impression complète de la feuille. Il n’est donc pas possible avec des machines à petits cylindres, comme ceux de presque toutes les machines à réaction, de faire une mise en train sérieuse sur le cylindre. Les réactions sur lesquelles cette opération devient pratique sont des machines spécialement construites à cet effet; dans ce cas, les cylindres sont beaucoup plus forts de diamètre, ils ont en développement au moins la longueur totale de la feuille double, soit lm,30, ce qui, en augmentant le diamètre,
- Fig. 61. — Réaction a deux margeurs (Alauzet).
- fait aussi augmenter beaucoup la course et diminuer en proportion la production.
- Il se fait peu de réactions permettant la mise en train; la disposition de ces machines rend ce travail difficile et d’autant plus long qu’il doit être nécessairement fait autant de fois qu’il y a de cylindres.
- La vitesse des réactions à deux margeurs peut atteindre à ^500 exemplaires par heure. Les machines de grand format ne dépassent cependant pas 2500 exemplaires. Quant aux réactions à quatre margeurs, la vitesse suivant le format, variait de 4000 à 6000 exemplaires par heure.
- Nous ferons remarquer que M. Edouard Lambert, en créant son type de retiration à un seul cylindre, a dû s’inspirer de la réaction, ou toutefois du mouvement alternatif du cylindre de
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- pression. Ii a trouvé d’heureuses applications, qui ont fait de sa machine un spécimen fort intéressant.
- 11 en est de même de la machine construite antérieurement par la maison Alauzet pour le tirage de l’Illustration ;le système,
- Fig. 68. — Réaction a quatre margeurs, système Marinoni.
- en effet, est celui de la machine à réaction, puisque le cylindre de pression évolue dans les deux sens, entraîné qu’il est par la crémaillère du marbre; seulement, cette machine ne tire qu’en blanc. Aussi pouvons-nous supposer que, comme un clou, une idée en chasse une autre, car la Monocycle Lambert repose sur le même principe; application ingénieuse et savante devenue pour le constructeur une source de nouvelles inventions. Nous croyons devoir faire rentrer dans le système des réactions la machine en blanc Alauzet sur laquelle s’imprime Y Illustration. Cette machine, d’invention anglaise, a été construite pour la première fois à Londres et destinée au tirage du Graphie.
- Au point de vue de la production et de l’exécution, elle remplit les conditions désirables. Sa vitesse atteint 1200 exemplaires par margeur et à l’heure, la retiration se fait aux taquets.
- Le cylindre de pression est situé au milieu des bâtis. Commandé directement par la crémaillère du marbre, il imprime une feuille différente à chaque rotation, qui a lieu alternativement dans un sens puis dans un autre. Il y a donc deux margeurs et deux réceptions. La touche est disposée en vue d’un tirage soigné et de gravures importantes.
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- On peut disposer au besoin cinq toucheurs dont les peignes sont organisés de façon qu’à l’aide d’un levier les rouleaux puissent être soulevés spontanément pendant l’arrêt de la machine. Les encriers évoluent à l’aide de vis hélicoïdales. Le mouvement du marbre est obtenu par le moyen d’une bielle qui actionne un pignon roulant entre deux crémaillères, l’une fixée dans la partie basse des entretoises, l’autre boulonnée sous le marbre. Les feuilles sont margées à la hauteur du cylindre, et de chaque côté; la réception se fait au-dessus des tables de marge. L’entraînement direct des bandes à galets évite tout glissement et par conséquent les chocs des bandes contre l’extrémité des coulisses. La vitesse du marbre est régularisée par l’emploi de tampons à air comprimé venant amortir et supprimer la secousse
- Fig. 69. — Machine Alauzet a deux margeurs, imprimant en blanc.
- produite généralement sur les machines par le changement de direction du marbre. L’avantage considérable de ce système consiste à pouvoir atteindre un tirage de 2400 exemplaires à l’heure avec une seule composition, ou forme, et une seule mise en train. En outre, la machine fonctionnant en blanc, l’emploi des feuilles de décharge disparaît.
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- CHAPITRE II
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- C’est dans un brevet français, pris en 1808 par Sutorius, de Cologne, que l’on rencontre le germe et l’idée première des presses dites cylindriques; depuis, cette idée s’est considérablement élargie, prenant un essor inattendu.
- En France, Worms père, imprimeur à Argenteuil, prit au mois de novembre 1845, de concert avec Philippe, mécanicien, un brevet pour une machine cylindrique imprimant typographiquement avec des clichés circulaires. Cette presse était alimentée par du papier continu dont chaque rouleau mesurait au plus 80 mètres. Une société s’était constituée pour l’exploitation de ce brevet dont les résultats furent incomplets, mais non négatifs. Il en fut de même des essais faits sur une machine que construisit d’Ar-denne, au mois de mai 1849; Giraudeau fils prit, également à la même époque, un brevet pour une presse imprimant avec du papier sans fin.
- Avant ceux-ci, Duméry s’était fait breveter pour une machine du même système; il compléta son invention, qui date de 1848, par différentes additions pour lesquelles, en 1850 et 1851, il prit encore des brevets.
- Les machines de ces inventeurs étaient déjà à margeurs ou à papier continu et faisaient la retiration, mais la question n’était pas encore résolue. -
- Bien qu’il y eût dans l’invention de Worms et Duméry tous les éléments des machines rotatives à l’état primitif, il est vrai, les essais n’en furent pas continués pour des causes bien diverses. Et, quoique les Américains aient été pendant longtemps seuls à
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- construire les machines rotatives à margeurs tirant en blanc, ce n’est cependant pas à eux que revient l’honneur de l’invention du système.
- A l’époque dont nous parlons, il était difficile d’obtenir de bons clichés cylindriques, le clichage au papier n’étant encore qu’à ses débuts. Les papeteries, en outre, n’arrivaient pas à donner du papier sans fin bien fabriqué, et l’impôt du timbre ne permettait que l’emploi de papier en feuilles timbrées. Enfin, pour le tirage relativement restreint des journaux français, la machine à réaction comportant quatre cylindres, inventée par Gaveaux et Mari-noni, suffisait largement.
- Pendant que tous nos journaux à grand tirage employaient exclusivement les machines à réaction, les Américains et les Anglais se servaient des machines rotatives en blanc du grand constructeur Hoe : machines à quatre, six, huit et même dix cylindres d’impression, avec un margeur par chaque cylindre.
- Ces machines, dont la production variait avec le nombre de cylindres d’impression ou de margeurs, ne tirant qu’en blanc, il fallait recharger à nouveau le papier sur les tables pour faire la retiration en margeant une seconde fois les feuilles; ce qui, outre la perte de temps résultant de ce double travail, augmentait aussi considérablement le nombre des feuilles salies, gâtées et perdues.
- Iloe prit, en 1862, un brevet pour une machine rotative à deux margeurs, faisant la retiration; cette machine, dont la production était naturellement limitée au nombre de feuilles que pouvait fournir chaque margeur, n’eut pas le succès qu’il en attendait.
- De ces tentatives réitérées, de ces essais plus ou moins heureux, résultait pourtant un enseignement dont les inventeurs et les mécaniciens allaient profiter. La machine sur laquelle s’imprima le journal la Presse vint d’abord démontrer que ce système pouvait devenir applicable; il ne suffisait que de le perfectionner.
- Nous ne nous arrêterons point aux essais qui suivirent, tant en France qu’à l’étranger, nous franchirons une certaine période d’années pour arriver directement à l’Exposition française de 1867, °ù nous avons déjà vu Marinoni et Jules Derriey exposer chacun une presse cylindrique. Celle de Derriey fonctionnait avec deux margeurs et deux receveurs mécaniques; dans son ensemble, elle reproduisait exactement la machine Iloe. Marinoni employait six margeurs, augmentant encore ainsi la vitesse et la production. Quoique offrant à peu près les mêmes avantages, ces machines
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- différaient d’une manière sensible; Marinoni restait dans les traditions françaises par l’élégance, la légèreté de forme, l’aspect et l’ensemble qu’offrait sa presse cylindrique. Jules Derriey se présentait avec certaines innovations heureuses facilitant les moyens d’obtenir une vitesse jusqu’alors douteuse, entre autres la disparition des pinces et l’encrage allemand, c’est-à-dire cylindrique.
- La machine Marinoni était surtout remarquable par deux parties caractéristiques et absolument nouvelles, dont ce constructeur est l’inventeur.
- Ces deux parties sont : la marge coulante, et la séparation des feuilles imprimées, pour les envoyer successivement à chacun des receveurs.
- Nous entendons par marge coulante, la disposition des cylindres de marge et des cordons conduisant toutes les feuilles fournies par les différents margeurs aux mômes cylindres d’impression, cette disposition permettant d’appliquer un nombre quelconque de margeurs alimentant les mêmes cylindres d’impression.
- La production n’était plus alors limitée qu’à la vitesse môme qu’il convient de ne pas dépasser pour obtenir une bonne impression, et non, comme dans les autres machines, par le plus ou moins d’habileté de deux margeurs ; aussi cette machine donnait-elle, avec des margeurs, la même production que celle obtenue par les machines à papier continu employées pour le tirage des journaux.
- Augmentant le nombre des margeurs, on devait aussi augmenter le nombre des receveurs mécaniques; la vitesse de ces appareils ne pouvant être plus grande sans nuire à la bonne réception des feuilles, Marinoni fit adapter à sa machine quatre receveurs mécaniques.
- Sa distribution des feuilles, après l’impression, aux receveurs mécaniques est très ingénieuse. Toutes les feuilles imprimées arrivent par le même chemin au milieu de la machine ; de là, elles sont envoyées alternativement à gauche et à droite; puis, celles envoyées d’un même côté de la machine sont encore séparées en deux, pour être dirigées alternativement au receveur du haut et au receveur du bas.
- Ce fut pour le Petit Journal que Marinoni construisit,* en 1867, ses premières presses rotatives à six margeurs; à cette époque, le tirage déjà considérable de ce journal ne pouvait être augmenté par suite de l’insuffisance des moyens de production ; mais, après
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- l’installation des nouvelles machines Marinoni, l’administration de ce journal pouvait satisfaire à toutes les demandes, et l’emploi de ces puissants engins 11e fut certainement pas l’un des moindres éléments du succès de cette feuille populaire.
- La grande production de ces machines, les bons résultats qu’elles ont tout de suite donnés comme impression, les ont fait rechercher par les principaux journaux de l’Europe qui devinrent ainsi tributaires de la France pour ce genre de machines à margeurs où les deux cylindres de clichés fonctionnaient chacun d’une manière continue. Ce système 11e tarda pas à appeler l’attention de plusieurs constructeurs pour y appliquer le papier sans fin.
- Ce n’est cependant qu’en 1871, après l’abolition sur l’impôt du timbre, que Marinoni ht la première machine à papier continu, ayant fonctionné en France; dès 1872 elle servit au tirage du journal la Liberté. Quelque temps après, Jules Derriey [mettait la sienne en œuvre au Moniteur universel. Les Anglais, cependant, nous avaient devancés dans cette voie par la machine du Times et la Walter-Press.
- Depuis, un grand nombre d’inventeurs ont pris, en France et en Angleterre, des brevets pour ces machines, entre autres Mari-noni, Derriey, Alauzet, Dellagana, Hoe, etc.
- Les mécaniciens pensaient bien à se servir du papier continu pour l’impression des journaux, mais un des motifs qui en empêchèrent pendant plusieurs années l’application, était spécialement, ainsi que nous l’avons dit, la question du timbre. 11 devenait matériellement impossible, avec des bobines de papier continu, d’obtenir, en tête de chaque exemplaire d’un journal, l’impression du timbre exigé par la loi. Différentes fois, les propriétaires des périodiques les plus importants avaient essayé d’obtenir de l’administration du Timbre l’autorisation de placer dans les formes l’effigie en question ; mais l’Etat n’avait point consenti à s’engager dans nn pareil compromis pouvant devenir, par la suite, un précédent làcheux et gênant. Ce ne fut que l’abrogation de la loi sur le timbre qui, supprimant à la première page des périodiques la marque fiscale, facilita et permit l’impression des journaux avec le papier continu.
- Si nous en croyons les Américains, en 1837, un mécanicien, nommé Thomas Frenck, construisit une machine à papier continu, sur laquelle on se proposait d’imprimer une édition in-12, de 160 pages, d’un Robinson Crusoé. Les journaux de l’époque t
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- relatent le fait, mais ils ne disent pas si le résultat répondit aux espérances de l’inventeur.
- L’emploi du papier continu permettait d’obtenir une très grande production, n’étant plus limitée, comme sur la première machine rotative à margeurs, par l’habileté plus ou moins grande de ces ouvriers, mais qui le fut seulement par la difficulté de la réception d’un aussi grand nombre de feuilles qu’il devenait possible d’imprimer avec ces machines.
- La Walter-Press, munie de deux receveurs mécaniques, ou plutôt d’un receveur double, offrait une réception défectueuse; il fallait deux hommes pour ranger les feuilles déposées sur les tables, et leur habileté devait être grande, non seulement pour ranger ces feuilles, mais aussi pour les enlever.
- La première machine à papier continu ayant fonctionné après celle du Times n’avait pas ce môme inconvénient; cette machine est celle de Marinoni, sur laquelle s’imprima le journal la Liberté.
- C’était sa machine à margeurs, ceux-ci se trouvant remplacés par des rouleaux ou bobines de papier; le papier passait avant P impression entre deux cylindres coupeurs le séparant selon la dimension voulue. Après avoir été coupé, le papier était envoyé aux cylindres imprimeurs et aux receveurs, exactement comme pour les machines à margeurs.
- Cette machine, coupant avant l’impression, permettait de varier les formats en faisant varier la vitesse du dévidage des bobines de papier.
- Si les bobines déroulent à chaque tour une longueur de papier égale au développement des cylindres, on obtient le format maximum que peut fournir la machine.
- Si le papier se déroule avec une vitesse moindre, la feuille sera plus petite que le format maximum.
- Par ce mode de coupage avant l’impression, Marinoni pouvait ainsi varier les formats et, en outre, faciliter plusieurs moyens pour arriver à obtenir la variation de vitesse de la bobine.
- La première machine Marinoni à papier continu, bien que donnant de bons résultats, ne procura pas entière satisfaction à son inventeur; il trouvait qu’elle occupait trop de place..
- Peu de temps après, en 1872, Jules Derriey construisait une rotative à papier continu, de dimensions relativement restreintes et sur laquelle étaient appliqués les receveurs mécaniques. Enfin, au commencement d‘e 1873, sur les indications pressantes de Paul
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- Dalloz, Jules Derriey montait dans les ateliers du Moniteur universel une rotative perfectionnée, fournissant plus de 30 000 exemplaires à l’heure. Cette machine fonctionnait avec deux bobines, et la répartition des feuilles sur les raquettes était des plus ingénieuses.
- Puis, l’année suivante, Jules Derriey construisait sa rotative à formats variables; d’abord, celle qui comportait trois formats, et ensuite une autre rotative présentant la facilité d’imprimer huit formats distincts. Il appliqua également l’accumulation par deux et quatre feuilles, ainsi que le comptage automatique par paquets de cent exemplaires, et plus tard, enfin, la molette coupant la feuille avant son arrivée sur la raquette.
- Pour simplifier la réception des feuilles, presque tous les inventeurs et les constructeurs ont appliqué l’accumulation, ou réunion des feuilles dans la machine, afin d’en déposer, par paquet, plusieurs à la fois sur la table à recevoir.
- Les deux inventions ayant servi de type à tous les moyens de réunion des feuilles avant la réception sont dues à des Anglais, et ce sont :
- 1° Celle de Thomas Jefferson Mayall, qui prit un brevet en Angleterre le 25 novembre 1867, pour un accumulateur et un délivreur de papier imprimé.
- Cet accumulateur est un cylindre sur lequel les feuilles sont réunies en nombre voulu, et d’où elles sont ensuite retirées par Rii jeu de cordons les menant sur la raquette, pour être déposées sur la table à recevoir ;
- 2° Celle de Percy David Iledderwick, qui prit le 31 mai 1870 Rue patente anglaise pour une machine rotative à papier continu, patente dans laquelle se trouve le dessin d’une machine qui, bien (pie n’ayant pas été exécutée, offre cependant beaucoup de parties 1res remarquables ayant, du reste, été reproduites depuis dans plusieurs machines de ce système, dit rotatif.
- Dans cette machine, il y a deux bobines de papier se déroulant en même temps et s’imprimant sur les mêmes cylindres de clichés ; le papier de l’une des bobines passant sur l’un des côtés des cylindres de clichés et le papier de l’autre bobine passant sur l’autre côté, ont obligé l’inventeur à encrer deux fois les formes par chaque tour des cylindres.
- Cetté machine comporte deux cylindres de clichés seulement, ahn d’éviter le double travail de la clicherie; chaque cylindre
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- imprime deux fois par tour la composition placée sur sa circonférence, mais il y a quatre cylindres de blanchet et quatre encriers.
- Tout le mouvement de la distribution et de la touche d’un des encriers donnant l’encre au même cylindre est mobile, afin de découvrir en partie le cylindre de clichés de manière à pouvoir y fixer les formes.
- Après l’impression, le papier passe sur des tambours coupeurs dans lesquels on fait insuffler l’air pour faire détacher les feuilles. J1 n’est pas sans intérêt de rappeler que Duméry, dans un certificat
- Fig. 70. — Rotative Marinoni, a journaux.
- d’addition à son brevet primitif, certificat du 23 jqin 1851, donne déjà ce moyen.
- Les feuilles coupées passent ensuite alternativement dans deux bans de cordons et arrivent sur la raquette par des parcours différents, mais dont les longueurs sont telles, que deux feuilles arrivent en même temps sur la raquette, en se superposant bien exactement, pour être déposées d’un même coup sur la table à recevoir.
- Hedderwick indique le même moyen pour réunir plus de deux feuilles, soit trois ou quatre feuilles, afin de les déposer en même temps sur la table à recevoir; il emploie pour cela le séparateur de feuilles inventé par Marinoni.
- Il indique également le mode de plier les feuilles sur des
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- cylindres, moyen appliqué depuis par plusieurs constructeurs.
- Comme Marinoni, Hedderwick avait compris, en inventant sa niachine, la difficulté qu’il y aurait pour la réception du grand nombre de feuilles imprimées, et avait voulu éviter l’emploi des quatre receveurs mécaniques adaptés aux machines du constructeur français.
- La machine Hedderwick, bien que compliquée par l’emploi inutile de deux bobines de papier au lieu d’une seule, présente un grand nombre de parties fort pratiques. Hedderwick, ingénieur
- Fig. Tl. — Rotative Jules Debriey.
- distingué, avait lait un grand nombre d’inventions; il montra par sa machine qu’il connaissait l’imprimerie et surtout les machines rotatives sur lesquelles s’imprime, depuis 1867, le journal le Citizen, Ag Glasgow, dont son père fut propriétaire.
- Le Citizen comporte un tirage considérable, et s’imprimait dès 1867 sur la machine rotative à six margeurs de Marinoni, machine fiue notre constructeur français a remplacée, depuis, par des machines à papier continu de son dernier modèle.
- C’est encore à Hedderwick qu’est due l’invention de la réunion des feuilles, sur les tables à recevoir, par paquet de feuilles comptées; il a eu l’idée de rendre la table à recevoir mobile, et de la taire se déplacer après qu’il y a été déposé le nombre voulu de feuilles. Il en a fait une première application sur les machines Marinoni qui fonctionnaient à l’imprimerie du Citizen.- ~.
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- Dans toutes les machines rotatives à papier continu et à un seul receveur mécanique on applique les deux inventions dont nous venons de parler, ainsi que l'accumulateur et la réunion sur la raquette de deux ou plusieurs feuilles, à l’aide du séparateur de feuilles.
- Les machines rotatives diffèrent beaucoup dans leurs dispositions ; certains constructeurs ont cherché à condenser toute la machine dans un espace très restreint, sans se préoccuper d’en rendre le service commode ; d’autres modèles occupent un grand emplacement, sans que pour cela les fonctions y soient aisées.
- Il est pourtant très utile que l’accès des cylindres soit des plus faciles, nous voulons dire bien à découvert, de façon à simplifier les fonctions : mise sous presse des clichés, changements de blan-
- Fig. 72. — Rotative Alauzet.
- ehets, mise en place des rouleaux, etc. Lorsqu’il s’agit de journaux ordinaires, quotidiens ou autres, comme on attend toujours à la dernière minute pour mettre sous presse, on ne saurait agir trop rapidement. D’autre part, ayant à s’occuper de travaux à gravures, il est indispensable que les organes principaux soient bien à la portée des ouvriers chargés de la mise en train.
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- Nous arrivons ainsi à l’Exposition universelle de 1878, où nos constructeurs français montrèrent le résultat de leurs études et de leurs recherches accomplies depuis plusieurs années. Les rotatives Derriey, complètement transformées d’aspect, se présentaient
- Fig. 73. — Rotative Marixom.
- avec des modifications sérieuses et fort avantageuses; aujourd’hui, ces machines comportent deux systèmes divers bien déterminés : les rotatives à format variable et celles à format fixe. Du reste, les autres constructeurs ont été amenés à construire leurs rotatives de façon à satisfaire aux besoins des imprimeurs.
- On entend par rotatives à format variable celles dont le papier, en quittant la bobine, est coupé avant l’impression par feuilles du format voulu. Il a fallu de longs tâtonnements avant d’obtenir un résultat pratique. Nécessairement, les feuilles ainsi séparées doivent être dirigées et conduites durant leur parcours par des cordons placés dans les blancs. Cette opération qui, au premier abord, pourrait sembler assez simple et facile, présentait, à cause de la rapidité du passage des feuilles, certains inconvénients auxquels Derriey obvia par l’emploi de pinces d’une action rapide. A chaque tour des cylindres, les feuilles sont ainsi saisies puis lâchées par les pinces pour être dirigées aussitôt à l’aide des cordons vers leur sortie de la machine.
- Selon le diamètre d’engrenages montés sur l’axe de cylindres entraîneurs, le papier de la bobine se déroule d’après le format et
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- se trouve séparé en feuilles par un appareil de coupe. Il suffit du changement des roues d’engrenage pour obtenir celui des formats.
- Quant au format fixe, il consiste à opérer la coupe du papier continu une fois l’impression faite. Nous nous occuperons en son temps du système et des organes de coupe, ainsi que de la séparation des feuilles.
- De son côté, Marinoni exposait des rotatives dont la simplicité
- Fig. 74. — Rotative Marinoni pour labeurs et illustrations.
- et l’accès aisé des organes devenaient un étonnement pour les praticiens.
- L’emplacement occupé par ces nouvelles machines était si restreint, que l’on se rendait peu compte de leur puissante production. Ces rotatives de dimensions réduites fournissaient un tirage de 40 000 journaux à l’heure. En outre, la disposition générale du mécanisme rendait toutes les fonctions des plus faciles, point très important aussi bien pour l’ouvrier que pour l’imprimeur, c’est-à-dire que l’un et l’autre y trouvaient leur compte par la rapidité et la commodité avec lesquelles s’accomplissait le travail! Là rotative Marinoni devenait, par le fait de sa construction perfectionnée, une véritable 'machine à laheur sur laquelle 'huhnise eh train .pouvait avoir lieu comme sur les machines rodinairestl ;u. ‘ ( ____
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- A cette même Exposition de 1878, Pierre Alauzet faisait con? naître son premier spécimen du genre rotatif, et plus tard, il construisait une rotative dont la vitesse, alors exceptionnelle, atteignait à 70 000 journaux à l’heure. 11 exposait légalement sa machine YExpress sur laquelle s’imprimaient des gravures.
- Cette rotative, qu’il perfectionna par la suite, comporte des cylindres de grand diamètre ainsi qu’un encrage des mieux compris et des plus complets. Les clichés, textes ou gravures, peuvent
- Fig. 75. — Rotative Jules Deriuey.
- être encrés par sept toucheurs. L’accès des cylindres pour la mise sous presse et le travail de mise en train est aussi facile que sur les machines en blanc. Une disposition particulière permet d’alimenter constamment les encriers, de façon que l’encre, s’y trouvant toujours en quantité suffisante, entretienne la régularité du tirage. De plus, la suppression de tout cordon durant le parcours du papier supprime, par le fait, tout froissement venant salir les marges ou l’impression elle-même. Enfin, pour éviter le maculage et par une combinaison particulière, une feuille de dé-» charge vient s’interposer entre le papier et le cylindre du côté de première.
- Un appareil mouilleur, placé au départ du papier, permet de» l’humacter vant son entrée en pression. A sa sortie des cylindres,a: le papier coupé par exemplaires est ensuite plié mécaniquement.;
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- Cette rotative, destinée à l’impression de travaux à gravures, ne dépasse pas un tirage de 4000 feuilles (164 X 57) à l’heure.
- Nous avouons ne pas être grand partisan de la trempe immédiate du papier, qui n’a point ainsi le temps matériel de s’imprégner d’humidité. En effet, l’eau ne peut pénétrer les pores de la pâte si ce n’est après un certain moment de contact. Nous préférons l’emploi préalable de la trempeuse mécanique que nous décrirons plus loin. Mais nous estimons que très souvent l’humidité même provenant de la fabrication du papier suffit à l’impression, bien entendu au cas où les bobines sont employées dans un délai relativement rapproché. En certaines circonstances, le papier étant calandré en fabrique, il est complètement inutile de le tremper; au contraire, l’humidité ferait disparaître le satinage si on le soumettait à l’action de l’eau. Nous nous occuperons, du reste, de cette question lorsque nous parlerons de la trempe du papier.
- En 1883, Jules Derriey venait réaliser, sur les rotatives, des perfectionnements très complets, mais qui ne devaient pas être cependant les derniers. Il appliquait à ses machines la trempe automatique permettant de graduer à volonté la quantité d’humidité à communiquer au papier. Ensuite, par une ingénieuse combinaison, il obtenait, après l’impression, la coupe par feuilles séparées, leur superposition, leur encartage et enfin le collage de l’ensemble par le dos, formant ainsi un seul exemplaire de huit pages encartées et collées mécaniquement.
- Venait s’adjoindre à la rotative dont nous parlons, qui tirait 18 000 exemplaires à l’heure, une plieuse automatique à deux, quatre et à six plis, permettant de livrer au public un journal de huit pages en forme de cahier.
- • Enfin, à la même époque, Marinoni apportait aussi à ses rotatives de nouveaux perfectionnements lui permettant d’y imprimer avec la plus grande netteté les gravures les plus fines et lés plus délicates.
- - Durant l’année 1890, on commençait à parler des rotatives en couleurs. Nous avions, depuis longtemps, indiqué le système rotatif comme devant devenir le moyen pratique, en tant que prix réduit, pour produire des tirages en plusieurs couleurs et, certainement, différents constructeurs y pensaient. Ce fut Marinoni qui, le premier, entra dans cette voie avec ses rotatives à quatre couleurs. Il avait déjà construit pour l’imprimerie Cha-
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- Faire, de Sceaux, une machine à deux couleurs qui avait fonctionné avantageusement à l’Exposition de 1889, et dont l’apparition était le prélude des rotatives à quatre et à six couleurs, dont plusieurs fonctionnent actuellement dans les ateliers du Petit Journal. <
- La machine à deux couleurs de Marinoni est disposée de telle sorte que, par la modification d’un engrenage, on peut y imprimer indistinctement trois couleurs, mais avec le verso de la feuille en blanc.
- Quant à celles à quatre et à six couleurs, ce sont bien quatre et six couleurs imprimées au recto pendant que le verso est imprimé en une et même deux couleurs, ce qui ramène, en réalité, ces machines à pouvoir tirer sept et huit couleurs presque instantanément. Elles fonctionnent avec papier continu et la coupe après l’impression.
- A la même époque, le grand éditeur des cahiers d’écriture, Codchaux, s’occupait également d’une machine à couleurs fonctionnant avec des bobines.
- Enfin, en dernier lieu, Jules Derriey construisait une rotative en six couleurs, mais d’un système tout différent. Le papier en rames est placé sur deux tables superposées l’une à l’autre. Deux margeurs placent les feuilles aux taquets en avant et sur le côté; ce sont des barres creuses où sont ménagés de petits orifices dans la longueur, qui s’emparent du papier. Par une disposition particulière, et à l’aide d’une pompe à air, le vide se fait à l’intérieur des barres sur lesquelles les feuilles sont maintenues par aspiration. Cette machine, pouvant imprimer plusieurs formats, fonctionne aussi avec bobine; nous en reparlerons plus loin. t Mais, bien avant nos constructeurs français, en 1879, A.-IL. Schumann, de Leipzig, avait inventé une rotative permettant le tirage simultané de cinq couleurs. Elle pouvait imprimer 800 feuilles à l’heure en conservant le repérage d’une manière précise. Les résultats, à ce qu’il paraît, furent concluants, puisque les gens du métier ayant assisté aux essais, furent surpris de voir la superposition des diverses couleurs s’obtenir sans inconvénients et produire par leurs combinaisons des mieux comprises neuf tons déterminés et variés. <
- Par expérience, nous supposons que le genre de gravure appliqué à ces impressions avait dû être sérieusement étudié par des artistes s’étant assimilé, d’ores et déjà, les nécessités du tirage*
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- polychrome sur les rotatives; imbus qu’ils étaient des difficultés du procédé par teintes plates, dites en à plats, ils ont certainement dû recourir aux croisements en divers sens de traits, ou à l’emploi de gravures chimiques au grain de résine. A ce propos, il en est de même du procédé dit des trois couleurs : jaune, rouge, bleu, soit couleurs primaires. Il y a quelque vingt ans, Ducos du Ilauron obtenait, au moyen de trois clichés et des trois couleurs primitives ou primaires, certaines images ayant quelque chose d’attrayant pour un chercheur d’idées. Le procédé, incomplet, fut délaissé, mais, repris depuis quelque temps à l’étranger, puis en France, il vient d’être considérablement perfectionné, laissant derrière lui les reproductions analogues. Comme pour le moment nous sommes sur le chapitre des rotatives, nous n’avons pas à nous occuper de ce procédé par à plats, matériellement impraticable avec un système de machines où la superposition est immédiate. Il ne faut pas avoir une grande expérience de l’impression pour comprendre l’impossibilité de tirer trois teintes plates l’une sur l’autre sans les laisser sécher au préalable, et les connaisseurs du métier, eux, saisiront facilement l’aspect que peut donner un tirage instantané de rouge sur du jaune, par-dessus lesquels vient se plaquer du bleu, tout cela à teintes plates et dans des conditions telles que se présente le tirage sur rotative, où les encres couvrant un cliché se mêlent forcément avec les encres des clichés s’imprimant à la suite. Cette question fera précisément l’objet de notre attention lors de nos explications à propos des tirages en couleurs, sur lesquels nous nous étendrons assez longuement, étant donnée leur importance actuelle.
- La machine Schumann peut être représentée par un pentagone dont chaque côté supporte le cliché d’une couleur, chacun des côtés se trouvant séparé de ses voisins par une partie plate ayant environ comme surface le quart du côté pentagonal. La pression s’obtenait au moyen d’un cylindre monté sur un arbre se trouvant en dehors du centre et produisant ainsi le mouvement excentré du cylindre. L’encrage, exclusivement cylindrique, à l’allemande, était situé au-dessus du pentagono et disposé de façon que chaque cliché se trouvât seulement encré par les rouleaux lui correspondant, c’est-à-dire les rouleaux des autres couleurs se soulevant à son passage, durant la rotation de la machine. La feuille, margée sur une table placée au-dessus du cylindre d’étoffe, passait cinq fois successives en pression. Le repérage était
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- ainsi certain, mais la mise en train devait forcément être faite sous les clichés, car il devenait difficile de procéder en cela sur le cylindre de pression. Conduite par des cordons, la feuille se trouvait entraînée sur une table à recevoir, après avoir subi cinq fois la pression du cylindre et des clichés.
- Il faut croire que cette rotative n’a pas répondu d’une manière complète aux espérances de son inventeur ou des imprimeurs qui l’ont employée, puisqu’elle n’a fonctionné que durant queL que temps.
- Il est évident que, si nos constructeurs se sont parfois inspirés des idées américaines, anglaises et allemandes, les mécaniciens étrangers ne se sont pas fait faute non plus de profiter des inventions françaises. Il y a assurément réciprocité pour le bien du progrès; mais reconnaissons-le, tout bien considéré, les rotatives de construction française ont le grand mérite de la simplicité et l’immense avantage de procurer aux conducteurs, ainsi qu’aux hommes d’équipe, un travail plus facile et moins pénible.
- Entreprendre la description de chacune des rotatives en tous leurs détails, étant donnée leur grande variété, serait dépasser notre but. Nous préférons reporter nos indications sur la conduite proprement dite de ces machines, en fournissant le plus possible des explications techniques venant compléter, augmenter les connaissances de certains ou prévoir le manque d’expérience des autres. >
- Parcours du 'papier. — Sur toutes les rotatives à coupe après impression, le papier, se déroulant de la bobine, enveloppe un ou plusieurs rouleaux chargés de lui communiquer une tension suffisante. Parfois, l’un de ces rouleaux compensateurs subit l’action de légers ressorts à boudin lui permettant de suivre dans son mouvement de haut en bas, et réciproquement, les secousses produites par l’enroulement inégal du papier sur le mandrin en bois servant de pivot à la bobine. Après avoir contourné en manière de casse-cou ces rouleaux en bois, ou tubes en métal, le papier passe entre le cylindre de clichés (côté de seconde) et celui de blanchet, recevant ainsi la première impression, celle du verso de la feuille. Nous considérons en ce moment une rotative soit à journaux, soit à labeurs, réservant pour le moment opportun celles à couleurs. Le papier, en sortant de ces cylindres, passe ensuite entre le cylindre de clichés (côté de première) et le cylindre de blanchet
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- lui correspondant, où le papier s’imprime au reclo de la feuille.
- Certaines rotatives, comme disposition des cylindres, présentent la position verticale, d’autres la position horizontale ; ce n’est donc là qu’une question conventionnelle en ce qui concerne toutefois le parcours du papier.
- Etant imprimé de chaque côté, le papier passe alors entre deux cylindres dits coupeurs, dont l’office est de séparer le papier par feuilles ou par exemplaires. Puis, les feuilles entraînées entre un ban de cordons et des tubes sont conduites sur deux rouleaux où elles s’enroulent les unes sur les autres. La partie de la machine comprenant ces derniers rouleaux et les différents cordons enveloppant ces rouleaux est Vaccumulateur. Cet appareil se nomme ainsi, parce que les feuilles s’y accumulent les unes sur les autres en nombre voulu et déterminé.
- Le diamètre des deux rouleaux de l’accumulateur et leur distance relative sont combinés de telle sorte que la feuille, arrivant à l’accumulation, se superpose exactement sur les précédentes. Quand il y a dans l’accumulateur le nombre de feuilles convenu, soit quatre ou cinq, — nombre le plus employé pour faciliter ensuite la séparation en paquets de cent feuilles sur la table à recevoir, — deux petits tubes, placés entre les deux rouleaux de l’accumulateur, se déplacent horizontalement et s’avancent au-dessus de la raquette, forçant ainsi les feuilles à prendre la direction de la sortie, au lieu de continuer à s’enrouler dans l’accumulateur. Poussées par l’impulsion que leur communiquent les cordons passant sur les petits tubes, les feuilles, réunies au nombre de quatre ou cinq, descendent sur la raquette qui les dépose, dans son mouvement d’abatage, sur la table à recevoir.
- La raquette s’étant abaissée vingt fois, si elle a déposé chaque fois cinq feuilles sur la table à recevoir, aura donc formé un paquet de cent feuilles. A ce moment, au moyen d’un mécanisme à excentrique, la table à recevoir se déplace de façon que les feuilles déposées ensuite par la raquette sur celles placées précédemment ne puissent se confondre. La table avance ainsi d’environ six à sept centimètres pour bien séparer les paquets de cent feuilles, puis revient à sa place primitive lorsque cent autres feuilles y ont été déposées. De cette manière, le papier s’étage par paquets de cent feuilles et rend le comptage facile, tout en étant automatique.
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- Encrage. — Cette partie très importante des rotatives a toujours attiré l’attention des constructeurs d’une manière spéciale, aussi bien à l’étranger qu’en France et, disons-le, les uns et les autres, en profitant de l’expérience générale acquise, sont arrivés à appliquer à leurs machines un encrage pratique, une touche rationnelle.
- Les encriers sont situés selon la disposition d’ensemble de la machine, la place des cylindres, l’importance de l’encrage.
- Généralement, le preneur (en matière) dépose l’encre sur la table cylindrique (en métal) lui correspondant, cela par chaque tour des cylindres de clichés. Ils sont montés sur des bascules mobiles avec vis de réglage permettant d’augmenter ou de diminuer le contact du rouleau preneur sur le cylindre de l’encrier.
- Afin de varier la prise plus facilement, et au cas où les preneurs diminueraient de diamètre, les supports d’encrier sont mobiles, pouvant ainsi se rapprocher ou se reculer à l’aide d’une vis placée de chaque côté et en dehors. Cette disposition devrait être appliquée à tous les encriers.
- Sur certaines machines à journaux le preneur dépose l’encre directement sur un rouleau de gros diamètre en matière, celui-ci, outre son mouvement de rotation ayant, un mouvement alternatif de va-et-vient, dirigé qu’il est par un peigne à escargot, ou par un système de vis sans fin. Nous servant de ce dernier rouleau en matière pour expliquer l’encrage, nous le voyons transmettre l’encre à un second rouleau semblable après avoir commencé la distribution par son mouvement longitudinal. Celui-ci, en contact avec une table cylindrique en fonte de même diamètre que les cylindres de clichés, le recouvre d’encre que viennent alors relever trois rouleaux distributeurs animés d’un mouvement de Va-et-vient produisant encore davantage la distribution de l’encre.
- Des rouleaux toucheurs de grand diamètre sont placés entre la table cylindrique de fonte et le cylindre de clichés, de façon à se trouver continuellement en contact avec les clichés ainsi qu’avec la table à encrer.
- On voit par cette disposition que toutes les pages sont encrées egalement, le preneur prenant une fois par chaque tour des cylindres imprimeurs; la distribution est des plus complètes et la touche excellente; il n’y a pas à craindre les sauts de rouleaux, et les toucheurs prennent constamment l’encre sur une partie de la table a encrer qui n’a pas encore passé sous d’autres rouleaux ; chaque.
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- toucheur prend toujours l’encre sur la table qu’il transmet régulièrement au cliché. La touche et la distribution sont certainement plus complètes que sur les machines à encrage plat.
- Les rotatives construites pour imprimer le format des grands journaux français comportent des cylindres dont le développement correspond à la dimension du papier pour deux largeurs de page, soit environ 0m,940 ; les cylindres ont une longueur telle, que l’on peut mettre dans la longueur deux clichés ; chaque cylindre porte donc quatre clichés, soit huit en tout, c’est-à-dire qu’il faut deux clichés de chaque page pour un journal de quatre pages ; il y a donc deux exemplaires complets imprimés pour chaque tour des deux cylindres de clichés.
- La grande feuille séparée par les cylindres coupeurs contient alors deux exemplaires; cette feuille, en passant sur un tube disposé à propos, est de nouveau coupée en deux par un disque ou molette la séparant dans un sens perpendiculaire aux cylindres. La feuille sort donc coupée par simple exemplaire ; non seulement on supprime ainsi le travail du coupeur, mais aussi les exemplaires coupés mécaniquement le sont bien plus exactement au milieu du blanc.
- On voit donc que si les feuilles sont reçues par simple exemplaire quant aux grands formats, on reçoit les feuilles par deux exemplaires lorsqu’on imprime un journal du demi-format des grands journaux; il faudrait alors dans ce cas avoir recours au coupage à la main, coupage, comme on le sait, toujours des plus irréguliers.
- Pour recevoir par simple exemplaire les journaux de petit format, Marinoni a eu l’idée de séparer deux fois les feuilles par chaque tour des cylindres au moyen des coupeurs portant alors deux couteaux au lieu d’un.
- Les feuilles sont bien ainsi coupées en simple exemplaire à l’aide des deux couteaux des cylindres coupeurs et du disque, mais il n’était plus possible de laisser ces deux demi-feuilles venir se ranger à la suite l’une de l’autre dans l’accumulateur et de les recevoir comme les grandes feuilles. Marinoni, appliquant une fois encore son séparateur de feuilles à sa nouvelle invention, l’emploie pour séparer les demi-feuilles qui se trouvent placées l’une derrière l’autre, et aussi pour les réunir en les superposant deux par deux pour les envoyer ainsi à l’accumulateur, d’où elles sont ensuite déposées sur la table à recevoir.
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- Cette disposition a le grand avantage de supprimer complètement le coupage à la main, soit pour un grand format, soit pour un petit; elle permet aussi, en supprimant l’un des couteaux, ou en les faisant fonctionner tous les deux, de couper à volonté des grandes feuilles ou des petites, le mouvement du séparateur étant seulement supprimé pour les grandes feuilles. Il emploie le même moyen pour couper les feuilles trois ou quatre fois par chaque tour des cylindres imprimeurs.
- Marinoni construit également une rotative à margeurs présentant la même disposition que celle de sa machine à papier continu, c’est-à-dire que les cylindres se trouvent dans une même ligne verticale. Ils sont ainsi complètement à découvert et tout à fait accessibles pour le placement des galvanos ou des clichés de toutes grandeurs;
- Cette machine fut destinée au tirage des journaux illustrés, et disposée pour l’emploi du papier continu avec coupe avant l’impression. Une machine à glacer le papier en bobines complète la rotative que nous indiquons.
- Toujours à la recherche de nouvelles combinaisons avantageant et accélérant le travail d’impression, Marinoni dispose ses rotatives de façon à pouvoir, à volonté, recevoir les feuilles pliées ou non pliées. D’autre part, se basant sur l’emploi simultané de plusieurs groupes de cylindres à clichés, ce constructeur organise ses machines de façon à imprimer, plier, recevoir des journaux de quatre, six, huit, douze et seize pages d’un grand format, ou de quatre, huit, seize, trente-deux pages d’un petit format, les feuilles constituant l’exemplaire de seize, ou trente-deux pages superposées les unes sur les autres, collées au besoin dans les blancs, pliées et reçues mécaniquement. Ce curieux résultat est obtenu au moyen du retournement automatique du papier durant sa course au travers d’un appareil dont la simplicité fait le grand mérite. C’est ainsi que le papier, obéissant à un entraînement général, est conduit, dirigé, superposé, encarté, plié, reçu, de la manière la plus précise par les organes seuls de la machine, j
- On le voit, le tirage des labeurs est devenu chose courante, surtout avec le mode d’encrage perfectionné portant sur l’application de peignes spéciaux à excentriques, procurant la facilité d’un réglage bien déterminé et rationnel. Il est impossible de nier maintenant la véritable transformation qu’ont subie les milieux typographiques par suite dé l’adoption des rotatives dont le
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- système supprime toutes ces complications d’organes : crémaillères, pignons, croissants, etc.
- Nous n’étions point dans l’erreur lorsque nous entrevoyions l’avenir des rotatives, et nous avons eu la profonde satisfaction de voir nos prévisions se réaliser du tout au tout, ayant toujours indiqué la possibilité de la rotative à couleurs, seule solution du problème si longtemps cherchée, consistant à inventer une machine capable d’imprimer plusieurs teintes simultanément avec une rapidité suffisante et un repérage précis.
- De nombreuses tentatives avaient été faites dans cette voie. En France, au mois d’octobre 1873, un brevet pris au nom de Gaisse faisait connaître un système d’impression en plusieurs couleurs à l’aide du papier continu. Vint ensuite Janiot, le 22 août 187a, avec une machine tirant aussi simultanément un certain nombre de couleurs. Ni l’une ni l’autre de ces machines n’ont atteint à un degré suffisant de perfection. Quelques années plus tard, Worms employait pour le môme objet le papier en bobines.
- En Angleterre, le premier essai accompli sur les machines cylindriques remonte au 7 novembre 1865. Ce ne fut cependant que huit ans après — le constructeur y ayant apporté de sérieux perfectionnements — qu’il fut possible d’obtenir sur ces machines des résultats effectifs.
- En Amérique, deux constructeurs de New-York, Frenck et Wheat, prirent un brevet, au mois de septembre 1869, pour une rotative imprimant simultanément sept couleurs. La rotative française Janiot, en deux couleurs, se rapprochait par certains côtés de la précédente.
- D’autres tentatives ont bien été faites, mais sans résultats apparents ni positifs. L’une des innovations heureuses que nous devons cependant indiquer est la disposition spéciale des encriers sur certaines rotatives Alauzet, en vue de l’impression de plusieurs couleurs à la fois. En séparant par des cloisons les différentes couleurs dans un même encrier, et en organisant la prise et la distribution des encres de manière à éviter le mélange des couleurs entre elles durant le tirage, on obtient sur une même page une diversité de couleurs distancées plus ou moins l’une de l’autre. L’application de cet appareil, quoique restreinte, peut en certaines circonstances être de quelque utilité.
- Par son brevet, pris en 1876, Marinoni est venu tracer la route aux imprimeurs en leur donnant le moyen d’employer des gai-
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- vanos circulaires, et l’on peut, étant donné l’excellent encrage des rotatives, obtenir sur les machines de ce système des impressions aussi belles, aussi nettes que sur les machines à marbres plats. .Aussi engageons-nous les conducteurs à ne pas négliger ce genre de tirage destiné à prendre de plus en plus une importance qui n’échappe à personne.
- Marinoni, comprenant mieux que quiconque la situation nouvelle, en poursuivant ses recherches, créant, innovant, améliorant sans cesse, est parvenu à construire une centaine de types absolument dissemblables pour répondre aux besoins variés de la grande diversité des impressions du moment. C’est ainsi qu’il fut amené à faire connaître, à l’Exposition de 1889, une rotative dont la particularité était la disposition spéciale des cylindres permettant d’imprimer soit en retiration avec deux couleurs d’un côté de la feuille, soit en blanc avec trois couleurs du même côté. Quelque temps plus tard, vers la fin de 1890, il construisit sa machine à cinq couleurs, bientôt suivie de celles à six, sept et même huit couleurs.
- Ces rotatives sont venues nous donner raison, car elles ont transformé les procédés d’impression, ce que nous avions prévu et indiqué depuis longtemps. Elles n’ont pas été sans causer un profond étonnement parmi les hommes du métier qui, jusqu’au dernier moment, se refusaient à croire au tirage simultané de plusieurs couleurs superposées, ou juxtaposées, d’une manière précise avec le système rotatif. A cet égard, Marinoni leur a donc enlevé tout doute possible. Dans l’esprit de l’inventeur, il ne s’agissait pas de placarder vulgairement des teintes diverses sur *lu papier se déroulant entre des cylindres ; son ambition s’étendait plus loin, car il voulait imprimer sur ses nouvelles machines aussi bien que sur les presses ordinaires, à marbres plats. Outre la machine proprement dite, il lui a fallu, pour cela, créer un outillage spécial de clicherie permettant une certitude absolue dans le placement des clichés sur les cylindres et une rapidité suffisante lors de la mise sous presse. Tout a été prévu, combiné, étudié, pour atteindre à une véritable perfection.
- Rien de plus curieux et surprenant que cette machine occupant peu de place et produisant à l’heure 10 000 exemplaires imprimés en différentes couleurs, sortant des cylindres tout pliés, sans la moindre apparence de maculage ni de salissure.
- • Entre autres particularités, cette rotative chromo-typogra-
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- phique présente deux avantages considérables appréciés des praticiens et des hommes compétents. Les cylindres, tant de clichés que de blanchets, étant d’un abord absolument accessible, la mise sous presse et la mise en train offrent aux conducteurs la plus grande facilité en ce qui concerne les fonctions de la machine.
- L’autre côté avantageux est dû à l'élimination complète des cordons pendant tout le parcours du papier dans la machine, ce qui explique l’absence absolue de traces que laissent habituellement ces auxiliaires dont il est impossible de se passer avec la plupart des machines de ce système.
- Non seulement Marinoni a doté la typographie d’un nouvel instrument de production rapide et d’une précision inattendue, mais il a provoqué un genre tout particulier de gravure approprié à ce mode très curieux de tirage.
- Il a fallu nécessairement trouver certaines formules d’encres de couleur permettant leur emploi pratique sur des machines acquérant une pareille vitesse. Il y avait à compter avec la rapidité de l’encrage, de façon que les encres fussent suffisamment siccatives sans cependant emplir, boucher les tailles de la gravure ou plaquer à la surface des clichés. Les premiers temps ont naturellement donné lieu à quelques tâtonnements, mais aujourd’hui il est devenu chose courante d’imprimer des travaux en couleurs sur rotatives.
- La rotative Marinoni étant devenue le point de départ d’une véritable transformation typographique, nous devons à nos lecteurs de leur en parler longuement.
- ROTATIVE C H R O M O - T Y P O DE MARINONI
- Le principe de cette rotative est celui de la machine à deux couleurs, c’est-à-dire qu’un même cylindre imprime deux teintes différentes. Cependant, sur les machines à six, sept ou huit couleurs, le constructeur laisse un ou deux cylindres indépendants, permettant l’impression d’une seule teinte. Nous décrirons la rotative à cinq couleurs en prenant le papier dès la bobine pour le suivre dans son parcours entre les cylindres de pression, jusqu’à sa sortie des cylindres plicurs.
- Le papier continu, enroulé sur un mandrin de bois, constitue,
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- ROTATIVE EN COULEURS DE MARINONI, QUATRE COULEURS AU RECTO, UNE AU VERSO.
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- Rotative Jules Dehriey en cinq couleurs au recto, une au verso, à format variable, fonctionnant avec bobine, coupe avant impression, ou avec papier en feuilles margées à la main. — Décharges automatiques à l’intérieur de chaque cylindre.
- — Marge automatique fournissant une décharge intercalaire enlre chaque feuille imprimée. —Tirage facile du papier pelure ou des feuilles de carton.
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- ainsi que nous l’avons vu, la bobine. Le mandrin est cylindrique et perforé dans sa longueur d’un orifice carré, où pénètre une fusée en fer forgé dont les tourillons reposent chacun sur le coussinet d’une chaise. Les deux chaises sont très solidement boulonnées sur une partie externe du sommier servant d’assise à la machine. L’un des bouts de la fusée se termine par une tête ronde, venant s’encastrer dans un guide en bronze fixé contre la chaise se trouvant placée du côté du débrayage. Ce guide agit au moyen d’une vis facile à mouvoir à l’aide de la petite manivelle qui y est adaptée. Afin d’éviter l’entraînement trop rapide de la bobine, lors de sa rotation, les tourillons de sa fusée sont maintenus par des freins isolés, contre lesquels appuie l’extrémité d’une vis passant au travers de la partie supérieure des chaises. Cette vis devient maniable au moyen de la poignée qui la surmonte et permet ainsi de régler la pression de la vis à volonté. Ces freins sont quelquefois remplacés, et cela avantageusement, par une courroie de cuir formant friction directement sur le papier de la bobine, et dont la tension est déterminée par un poids suspendu à l’un des bouts, l’autre se trouvant accroché en arrière de la bobine sur la traverse extérieure des bâtis.
- Nous avons préconisé, pour le serrage et le réglage automatiques de la bobine, un appareil spécial dont nous donnons ici la description sommaire.
- Deux montants, s’élevant dans l’axe de la fusée, au-dessus de chacune des chaises, supportent une traverse parallèle à la bobine, et au milieu de laquelle passe librement une tige descendant vers le papier. Cette tige aboutit par le bas à un bloc en bois contre tequel est fixée une espèce de genouillère, solidaire d’un sabot plus ou moins long faisant frein sur la bobine. Enfilées sur la lige, plusieurs rondelles de métal forment poids sur le bloc. Ces rondelles sont de différents diamètres, la plus grande se trouvant à la partie supérieure ; elles descendent peu à peu, selon l’épuisement progressif du papier de la bobine, entre deux crémaillères dont les saillies, d’inégale longueur, arrêtent au passage les rondelles, les unes après les autres, allégeant ainsi automatiquement le poids général qui agit sur le frein. A cet effet, quelques constructeurs emploient un contrepoids agissant sur un levier à encoches formant frein sur les tourillons de la fusée et pouvant être déplacé.
- En abandonnant la bobine, le papier passe successivement sur
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- une série de tubes ou rouleaux, qu’il enveloppe en formant des casse-cou, et s’engage ensuite dans les cylindres.
- L’aspect général de cette rotative chromo-typo présente quelque analogie avec la lettre n, l’espace vide du milieu permettant au conducteur de se placer commodément devant les cylindres de clichés et de blanchets pour procéder aux fonctions de la mise en train. Les cylindres sont disposés de telle sorte que le papier, s’y engageant, se trouve entraîné rapidement pour être imprimé d’abord au verso en une seule couleur, puis au recto en deux teintes, et aussitôt en deux autres couleurs. Après quoi, le papier est coupé par une lame de scie dans sa largeur, plié deux fois, trois au besoin, et divisé en plusieurs exemplaires par des séparateurs, disques ou molettes pénétrant dans une rainure étroite et peu profonde. C’est dans cet état que le papier sort de la machine, et qu’il est accumulé, rangé de la manière la plus régulière dans une équerre, sorte de boîte où il est amené par des plaques verticales animées d’un mouvement de va-et-vient qui, malgré sa rapidité, a quelque chose de gracieux. La réception du papier est assurément l’une des parties les plus curieuses et intéressantes de cette machine. Chaque pli de la feuille, aussitôt sa séparation (par la scie) du papier continu encore en pression, est obtenu au moyen de deux lames en acier, ou pinces, logées à l’intérieur d’une gorge ménagée au long des cylindres ditsplieurs. Ces pinces, dirigées par un jeu de doubles galets roulant autour d’excentriques fixes placés en dehors des susdits cylindres, se lèvent et s’abaissent alternativement pour produire leur effet. Dans leur rotation l’un vers l’autre, les cylindres plieurs, chacun pour sa part, amènent à la tangente leurs pinces respectives, ce qui détermine en ce point leur rencontre mutuelle. Au moment de leur passage et de leur contact, la pince du premier cylindre engage directement le papier sous celle du cylindre suivant. Subissant l’action du jeu de galets lui correspondant, cette dernière s’abaisse aussitôt, s’emparant ainsi du papier pour former le premier pli.
- La feuille se trouve ainsi entraînée par la course du deuxième cylindre, qui abrite dans une gorge une autre pince engageante venant déterminer, de concert avec la pince pliante d’un troisième cylindre, le second pli, après quoi l’exemplaire est projeté dans l’équerre de réception.
- En raison de la nature de certains tirages, Marinoni adapte à
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- : ; ROTATIVE CHROMO-TYPO DE MARINONI tfi3
- •sos machines, comme organes de réception, les raquettes et, en certains cas, il y adjoint.l’accumulateur des feuilles.
- L’une des particularités de sa rotative en couleurs est l'emploi d’un système de barrettes disposées sur les cylindres de clichés, permettant le registre et le repérage précis des couleurs entre elles. Ces barrettes sont de deux sortes : celles qui assujettissent par côté les clichés, à l’aide d'une rainure, se meuvent au moyen de vis placées en contre-bas de la surface des cylindres, dans une gorge; les autres, retenant les clichés du coté de la chasse, sont plates et peuvent être montées ou descendues par des vis dont la •tête est excentrée et le pas pris dans la fonte des cylindres.
- L’encrage, sur cette rotative, est des mieux compris; il se compose, pour chacune des couleurs, d’un preneur venant déposer la couleur de l’encrier sur une table cylindrique eu fonte. Deux transmetteurs en matière, rouleaux de gros diamètre, communiquent l’encre à deux autres tables cylindriques animées d’un mouvement de va-et-vient qu elles prennent d’un escargot situé en dehors des bâtis. Ces dernières sont placées, par rapport au cylindre de clichés leur correspondant, de façon à pouvoir mettre quatre toucheurs, deux par chaque table à encrer. Les clichés sont donc touchés par quatre rouleaux dont le réglage est facile.
- Les peignes des rouleaux sont à excentrique, disposition permettant de régler avec précision aussi bien les distributeurs que les toucheurs. Il est important que les uns et les autres effleurent seulement les tables et les clichés afin de ne pas s’échauffer en peu de temps par la rapidité de la rotation, qui aurait bientôt raison de la matière à rouleaux malgré sa résistance relative. En mitre, si les rouleaux appuyaient trop fortement sur les clichés, 1 <eil de la lettre ainsi que les tailles de la gravure ne larderaient Pas à se boucher.
- Sur ces machines, la vitesse atteint à 10 000 exemplaires par heure, mais cela avec deux jeux de clichés, c’est-à-dire qu'en réalité la vitesse est de 5000 tours des cylindres de pression, soit le même nombre de grandes feuilles.
- Se représentant, néanmoins, le résultat obtenu avec cette rotative imprimant plusieurs couleurs à la fois, on peut le considérer ‘Comme absolument surprenant.
- Afin de s’en rendre un compte plus ou moins approximatif, prenons pour exemple le Supplément illustré du Petit Journal, pour lequel les premières rotatives à quatre couleurs ont été
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- construites. Aujourd’hui, le tirage atteint un million d’exemplaires environ; il s’obtient avec deux rotatives à cinq couleurs, plus le verso en noir (texte). Il faut en moyenne 120 heures, compris la mise en train, pour arriver en temps utile et satisfaire aux expéditions. Le personnel, de jour et de nuit, comprend en tout cinq conducteurs et douze hommes d’équipe, soit dix-sept personnes.
- Par curiosité technique, nous avons voulu déterminer le matériel et le personnel qu’exigerait un pareil tirage exécuté sur des machines ordinaires, c’est-à-dire des machines à retiration et des machines en blanc. C'est tout bonnement fantastique!
- Dans nos calculs, nous avons pris pour base, bien entendu, le rendement effectif des machines doubles (650 à l’heure) et celui des machines en blanc (850 à l’heure). En cela nous admettons — et l’expérience nous Je prouve chaque joui* — que, si comptant à la montre la vitesse d’une machine, on prend comme point de départ le chiffre obtenu sur le cadran pour déterminer le temps à passer sur un tirage de quelque importance, on commet l’erreur la plus grossière, faussant sérieusement le devis comme prix de revient, portant sur les frais généraux et de personnel.
- Il y a lieu, en elle!, de faire le décompte du temps nécessaire aux fonctions inévitables sur les machines : chargement du papier en rames sur la table de marge, changements de rouleaux, lavages plus ou moins fréquents des formes, décharges à passer après les moments d’arrêt, remplacement des blanchets salis durant le tirage sur les machines doubles et des feuilles huilées sur les machines en blanc, ou toutefois arrêt pour imbiber les blanchets d’antimaculine ou de tout autre produit analogue évitant h; maculage. A ces pertes de temps viennent s’ajouter les accidents ou incidents imprévus, tels que rouleaux fouailles, cordons cassés ou décousus, feuilles dans les rouleaux, courroies de la transmission à remonter ou à réparer, etc., etc.
- En tenant compte des conditions réelles où se trouverait un imprimeur chargé d’une pareille opération, nous sommes arrivé au curieux résultat suivant, étant en même temps persuadé que, ayant à fournir un tirage aussi précipité, le repérage des couleurs entre elles, tirées sur machines en blanc, laisserait de beaucoup à désirer malgré toutes les précautions prises. La qualité et la force du papier employé, ainsi que les écarts de main des margeurs, seraient sûrement cause de variations sensibles du plus mauvais aspect.
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- Voici donc ce que nous avons obtenu :
- Matériel :
- 2 moteurs do 100 chevaux vapeur;
- 2 chaudières;
- Éclairage électrique ;
- • 16 machines doubles (format 100 X 140' ;
- 48 — en blanc (format 66 X 91);
- 3 massicots (ouverture 1 mètre).
- Personnel :
- 1 prote aux machines;
- 1 sous-prote ;
- 1 magasinier (2220 rames par semaine);
- 2 aides-magasiniers;
- 64 conducteurs (32 de jour, 32 de nuit);
- 128 margeurs (64 de jour, 64 de nuit);
- 128 receveurs (64 de jour, 64 de nuit);
- 10 enleveurs de papier (5 de jour, 3 de nui!);
- 4 égaliseurs aux massicots (2 de jour, 2 de nuit);
- 6 massicotiers (3 de jour, 3 de nuit);
- 60 plieuses (30 de jour, 30 de nuit);
- 1 chef chauffeur;
- 3 aides-chauffeurs.
- Soit 400 ouvriers ou ouvrières employés jour et nuit sans interruption.
- ÏJ faudrait, pour garnir les machines :
- 32 jeux de clichés texte (128 clichés plomb);
- 32 — de zincs ou galvanos de la première couleur (64 clichés);
- 12 — de la deuxième couleur (24 clichés) ;
- troisième — (24
- quatrième — (24
- cinquième — (24
- Total : 288 clichés, plomb, zincs ou galvanos, au lieu de 48, nombre suffisant avec les rotatives.
- 11 est, en outre, à remarquer que, sur les rotatives en couleurs, la perte du papier durant le tirage ne dépasse généralemeni pas 6000 exemplaires, c’est-à-dire 3000 grandes feuilles, puisque l’on procède par deux jeux de clichés. Or, avec les machines à pression mixte — cylindres et marbres plats — il est dans les
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- habitudes, pour un long tirage, d’accorder 3 pour 100 Ad passé aux retirations et 4 pour 100 aux machines en blanc fonctionnant en pointures. Il en résulte que ce serait une passe de 30 000 grandes feuilles pour les retirations et 40 000 'petites feuilles pour les machines en blanc, par chacune des quatre couleurs à tirer, c’est-à-dire 160 000 petites feuilles ou 80 000 grandes feuilles. Soit un total de 110 000 grandes feuilles : 220 rames de passe!... au lieu de 6 rames!
- Puis, quel immense local pour abriter un semblable matériel; quel maniement de papier; et ce personnel d’imprimeurs, do clicheurs, de galvanoplastes ou de photograveurs! Une pareille opération ne devient évidemment possible que par l’emploi des rotatives.
- (Quelle conclusion tirer de cette comparaison ?... Immortel (iutenberg, si ton esprit plane parmi nous, qu’en penses-tu? Ton admirable invention, ce nous semble, a fait quelque chemin !
- Cependant, il ne faut pas trop se bercer d’illusions avec les machines de ce système. Posséder une ou plusieurs rotatives en couleurs est assurément un grand avantage par le temps qui court. Mais qu’on y prenne garde! Autour de ces machines à la production surprenante, il y a ce que nous pourrions nommer en langage vulgaire : la sauce... parfois un peu salée et beaucoup plus coûteuse que ne le font souvent entrevoir les prévisions.
- On se fait généralement peu d’idée des erreurs auxquelles ce travail d’impressions en couleurs donne lieu. Il se produit des surprises désagréables, tournant facilement en désastres si les intéressés s’engagent dans une mauvaise voie. Pour une opération de cette nature, il faut faire en sorte d’obtenir le plus rapidement possible une entente générale, un concert bien déterminé entre les divers éléments venant concourir au résultat et au succès de l’entreprise. L’imprimeur doit s’entourer de renseignements utiles, afin de ne pas faire fausse route. Qu’il ne tombe pas surtout dans l’espèce d’aberration à laquelle il nous a été doïiné d’assister chez un directeur de journal, tout à la fois imprimeur. Empressons-nous d’ajouter que ce n’est pas en France.
- Voici le fait, qui est à ne pas croire, et cependant dont nous garantissons l’authenticité, par la raison bien simple que nous avons été personnellement témoin de la déconvenue du susdit imprimeur, littéralement atterré lorsque son erreur lui fut facilement démontrée. ' .
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- Nous ne savons quelle idée il se faisait de ce genre de tirage en couleurs ; toujours est-il qu’il était, à ce sujet, d’une ignorance inconcevable et qu’il pensait, au moyen d'un seul cliché zinc, produire ses 20 000 journaux à l’heure, imprimés en cinq couleurs au recto! Il eut quelque peine à admettre que ce n’était pas un zinc seulement dont il avait besoin, ni même cinq, un par couleur, mais bien vingt pour chacune des gravures, puisque sa rotative tirait par quatre exemplaires à la fois. Comme toutes les gravures en couleurs comportaient un format 0m,46 sur 0m,36 et qu’il payait au photograveur 0 fr. 15 le centimètre carré, on peut juger où cela pouvait le conduire, du moment que chaque numéro paraissait avec deux gravures en couleurs. Ce fut là, cependant, l'une de ses moindres surprises; il était embarqué, l’amour-propre s’en mêla, il lutta; au bout de quelque temps, toutefois, il fut forcé de renoncer à une opération qui devenait absolument ruineuse. Heureusement qu’il n’en est pas de même pour toutes les entreprises de ce genre, et que les imprimeurs ne font pas tous preuve d’une telle imprévoyance.
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- Au moment où paraissait le Supplément en couleurs du Petit, Journal, Jules Derriey construisait pour le compte, et sur les plans de l’éditeur Godchaux, une rotative qui différait, par beaucoup de côtés, de la machine Marinoni.
- Le principe du système Godchaux repose sur l’emploi de cylindres en bois, à la surface desquels on fixe, par des vis ou des pointes, les clichés dont l’épaisseur est de quatre millimètres et demi. En outre, chaque cylindre de clichés correspond à un cylindre de blanchet, point très important pour la mise en train. Cette nouvelle machine comportait sur les cylindres des supports et des sangles. Depuis, la maison liérendorf a construit une rotative Godchaux où certaines modifications ont été introduites, mais qui n’ont rien enlevé au système lui-même.
- Une roue intermédiaire de grand diamètre met en mouvement cinq grandes roues actionnant chacune un cylindre de blanchet.' Au moyen d’engrenages, chacun d’eux communique la rotation au cylindre de clichés lui correspondant et dont la fonte est recou-
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- verte d’une épaisseur de bois, espèces de douves fixées par des chevilles facilitant leur changement partiel en cas de besoin. L’axe des cylindres de clichés repose dans des coussinets qui se meuvent à l’intérieur d’une cage placée obliquement. Les vis de foulage sont supprimées et remplacées par un appareil bien à la main du conducteur et situé en dehors des bâtis. Un petit volant, d’un accès immédiat, en tournant ou détournant, fait agir une forte vis dont l’extrémité s’emboîte dans la partie supérieure des coussinets. L’inventeur a fort bien compris le point faible de ces rotatives en plusieurs couleurs, sur lesquelles les mises en train sont naturellement et relativement de longue durée, en raison des fonctions de diverses natures qu’elles comportent. 11 a disposé la roue intermédiaire de telle façon qu’avec la plus grande commodité et l’indication de points de repère très apparents on désen-grène kms les cylindres en reculant la susdite roue sur son axe. Les conducteurs et les hommes d’équipe ont ainsi la faculté de travailler plusieurs ensemble sur les différents cylindres, soit de blanchets, soit de clichés, après avoir écarté simplement ces derniers au moyen des petits volants qui agissent sur les coussinets. Cette disposition, des plus heureuses, devient pour les praticiens un moyen ingénieux d’accélérer considérablement le travail de mise en train en tournant à volonté chaque cylindre.
- Les facilités du repérage des couleurs a également appelé l’attention de l’inventeur; non seulement les cylindres peuvent tourner sur leur axe au moyen des plateaux mobiles, mais un mécanisme fort simple permet de les mouvoir sur côté, dans le sens môme de l’axe.
- L’engrenage direct du cylindre de blanche! et de celui de clichés a été préféré à l’emploi de sangles et de bandes de support à cause de l’usure rapide des sangles, de leur rupture et des accidents sérieux qu’elles peuvent occasionner en marche.
- Le diamètre des cylindres tant de blanchets que de clichés est suffisamment grand pour donner le plus d’enveloppement possible au papier et le minimum de cintrage aux clichés.
- D’autres commodités, précieuses dans la pratique, n’ont pas été négligées. Comme il a fallu rendre l’accès des cylindres aussi facile que possible, certaines des tables à encre peuvent s’enlever sans le moindre inconvénient. L’encrage général ne laisse rien à désirer; la distribution est complète et, lorsque la machine est au repos, les toucheurs peuvent être soulevés au moyen d’une
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- poignée agissant sur un excentrique. De cette façon, ils ne s’aplatissent pas sur les clichés ou sur les tables.
- Par sa disposition, cette rotative peut tirer avec bobines de décharge, sa vitesse est de 2300 exemplaires à l’heure.
- Le papier sort de la machine sans être ni coupé, ni plié. A l’état continu, il s’engage dans une plieuse mécanique placée à quelque distance, de telle sorte que le papier ne reçoit aucune secousse capable de produire des variations de repérage. Du reste, pendant son parcours dans les cylindres, le papier se trouve maintenu par des caoutchoucs afin de neutraliser son abandon dans les blancs.
- Avoisinant chaque jeu de cylindres, un rouleau tendeur permet de rétablir le repérage des couleurs en cas d’écarts. Les tendeurs facilitent beaucoup le registre et deviennent une véritable nécessité au point de vue pratique.
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- Au commencement de 1890, Jules Derriey montait, dans les ateliers de la Bibliothèque universelle en couleurs, une rotative imprimant six couleurs, compris celle du verso. Le principe nouveau de cette machine consistait à passer le papier en feuilles et non à l’état de papier continu bien que, cependant, à l’aide d’une légère modification, il devenait possible de tirer avec bobines. Lassant le papier en rames, la présence de deux margeurs devenait indispensable et la machine pouvait fournir de 2300 à 3000 feuilles à l’heure. La partie curieuse du système était la suppression des pinces pour la prise des feuilles. Par sa disposition générale, cette rotative est à format variable, son ensemble présente une longueur d’environ huit mètres et sa hauteur près (le quatre mètres. Au milieu des bâtis, composés de plusieurs pièces boulonnées entre elles, une roue de grand diamètre sert d’intermédiaire à quatre roues de même dimension commandant directement quatre gros cylindres de blanchets, deux dans la partie haute et deux dans la partie basse. La roue intermédiaire prend son mouvement de rotation d’un pignon claveté sur l’arbre principal où se trouvent les poulies de commande et le volant, ^e plaçant précisément du côté de la commande, à gauche, se
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- trouve un cinquième cylindre de blanchet, également dé gros diamètre : c’est celui du côté de seconde, ou verso de la feuille. Il est mis en mouvement par un pignon intermédiaire engrenant avec la roue du cylindre voisin. ^
- Les cylindres de clichés sont d’un diamètre égal à la moitié de celui des cylindres de Manchets, de façon à faire deux tours sous les toucheurs pendant que les cylindres-blanchets opèrent leur rotation complète. Il en résulte que la circonférence entière de ces derniers comporte une partie imprimante, recouverte d’étolfes et une seconde démunie de Manchet, permettant ainsi le passage des clichés sans produire de contact ni de pression.
- Quatre des cylindres-blanchets correspondent .chacun, à un seul cylindre-clichés. Le cinquième, placé dans la partie haute, à droite du volant, se trouve au contraire en rapport avec deux des cylindres-clichés.
- Comme il devenait impossible à un seul margeur de fournir à l’heure trois mille feuilles parfaitement margées, le constructeur a disposé devant le cylindre-blanchet, du côté de seconde (verso), un cylindre intermédiaire de petit diamètre à la surface duquel passe une feuille sur deux de celles qui sont margées.
- Au-dessus et au-dessous de ce petit cylindre de marge est posée horizontalement une table pour le papier en rames. La feuille est margée en haut directement sur le cylindre-blanchet qui la prend à l’aide de pinces. Celle du bas est prise également au moyen de pinces qui la transmettent en temps utile à celles du cylindre-blanchet. Les tables de marge sont à tablettes mobiles : l’une descend, l’autre monte au moment de la prise.
- Du cylindre-blanchet, côté de seconde, chaque feuille aussitôt abandonnée par les pinces est saisie rapidement par aspiration pour être appliquée solidement sur une barre creuse, en bronze, perforée dans sa longueur de petits orifices. Eu raison du vide à obtenir à l’intérieur de cette barre et afin d’y ramener l’air à volonté, un clapet automatique à oreillettes se trouve disposé à l'une de ses extrémités qui, en outre, produit une saillie semi-cylindrique terminée de chaque côté par un têton formant conduit et sur chacun desquels, on fixe un tuyau de caoutchouc» L’autre extrémité de la barre comporte aussi une saillie semi-cylindrique faisant dent d’arrêt.
- Pour le parcours des feuilles, de l’entrée à la sortie de la machine, ce sont, quatre barres qui agissent. Elles sont solidement
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- vissées à chaque bout par leurs saillies semi-cylindriques sur un ruban d’acier venant envelopper chaque cylindre-blanchet et se prolongeant, sans solution de continuité, durant le parcours entier des feuilles.
- A l’entrée en pression, chaque bord des cylindres-hlanchets affecte la forme d’une alvéole dans laquelle s’encastrent les saillies des barres qui se trouvent ainsi assujetties sans pouvoir produire aucun mouvement à la, feuille leur correspondant.
- Il en résulte que toute feuille prise par une barre, au moment où les pinces du cylindre, côté de seconde, la lâchent, est entraînée par le ruban d’acier sur tous les cylindres-hlanchets, les uns à Iq suite des autres, jusqu’à sa sortie, où un taquet de déclenche ouvre et ferme le clapet de retenue d’air.
- Les barres sont solidaires, mises en communication qu’elles sont par des bouts de tuyaux en caoutchouc reliant les clapets entre eux.
- l ue pompe à air, suffisamment puissante, produit le vide à l'intérieur des barres à l’aide d’un conduit aboutissant à une couronne contre laquelle glisse un cercle de même diamètre attenant au premier cylindre imprimant le recto.
- Pour chaque cylindre de clichés l’encrage comprend un preneur, un transmetteur, deux distributeurs et quatre toucheurs. Les tables à encrer, bien entendu cylindriques, acquièrent un mouvement distributif de va-et-vient au moyen d’un taquet fixe agissant à l’intérieur d’un escargot, espèce de pas de vis sans tin. Les cylindres-clichés opérant deux tours sous les rouleaux, la touche 11e peut qu’être excellente.
- Le mouvement général de la machine est celui-ci :
- Deux margeurs fournissant alternativement une feuille, celle (Li haut prise directement par les pinces du cylindre-blanchet côté de seconde; (verso); la feuille du bas saisie par les pinces du cylindre intermédiaire, lequel fait trois tours pinces fermées, ne prenant la feuille qp’au quatrième tour, de manière à laisser le temps aux pinces du cylindre-blanchet d’arriver par la rotation à 1 endroit de la transmission de la feuille d’un cylindre à l’autre.
- Chaque feuille, après avoir subi la pression du cylindre des clichés, placé au-dessus de celui du blanchet, est lâchée par les pinces et attirée instantanément sur la barre, à son passage rapide près du bord des pinces. Poursuivant son chemin, toujours sur la même barre qui l’entraîne, la feuille descend sous le pre-
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- mier cylindre-blanchet imprimant le recto, ou côté de première. Elle traverse ensuite, reposant sur un ban de cordon, l'espace laissé libre entre les bâtis et les cylindres pour les facilités de la mise en train, puis, passe en pression entre le deuxième cylindre-blanchet et le cylindre-clichés lui correspondant, qui se trouve au-dessus et en dehors, formant pour ainsi dire l’extrémité de la machine, relativement opposée aux tables de marge. De là, abandonnée à elle-même, la feuille remonte enveloppant le cylindre-blanchet placé dans la partie1 supérieure où elle s’imprime à la fois en deux couleurs, ce cylindre donnant pression à deux cylindres-clichés différents. Continuant toujours son parcours, la feuille traverse à nouveau, dans la partie haute, l’espèce de cage formée par les bâtis et vient enfin passer en pression entre les derniers cylindres. A ce moment, le taquet de déclenche agit sur les oreillettes du clapet laissant alors pénétrer l’air à l’intérieur de la barre; la feuille s’en détaché, passe sur un cylindre de sortie, où il y a accumulation de deux feuilles, et de là entre un ban de cordons chargés de les amener ensemble sur la raquette qui les dépose à même la table de réception, placée au-dessus et derrière les margeurs.
- Par l’adjonction de chaises et la disposition de tubes, cette machine peut fonctionner à l’aide de bobines, le papier continu suivant le même parcours que les feuilles.
- Cette rotative, ainsi du reste que celles d’autres systèmes, comporte la nécessité d’appareils à paraffine à chacun des cylindres de pression.
- On comprendra que du moment où il se produit une contre-pression sur le tirage du côté de seconde, ou verso du papier, il y a lieu d’éviter le maculage. Or, comme sur les rotatives en couleurs il y a autant de contre-pressions que de couleurs, il devient indispensable, à chacun des cylindres de Manchets, d’adjoindre un ou deux jeux de paraffineurs chargés de relever l’encre laissée durant le passage du papier. Il faut avoir soin, lorsque l’on enduit les rouleaux de paraffine, de ne pas en mettre une trop grande quantité; l’excès de paraffine peut facilement produire des variations de registre, surtout avec le papier continu.
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- LIVRE DEUXIÈME
- IMPRESSION
- PREMIÈRE PARTIE
- APPAREILS ET ACCESSOIRES TYPOGRAPHIQUES
- CHAPITRE PREMIER
- MONTAGE DES MACHINES
- Sans vouloir nous étendre trop longuement sur les particularités relatives au montage des machines, il nous semble indispensable d’en indiquer les plus importantes.
- La plupart des machines nécessitent la construction d’une fosse en maçonnerie dont les côtés lui servent de base et d’assise. Cette fosse, de diverses dimensions, livre passage à certaines pièces dont la course dépasse le niveau des bâtis et du sol. Elle permet, en outre, d’opérer commodément le nettoyage et le graissage journaliers des pièces placées dans la partie basse de la machine et eeux des organes internes situés en dessous, et hors de portée habituelle. Par suite de leur genre de système, quelques machines présentent l’avantage de pouvoir se passer de fosse, disposition parfois précieuse lorsque, par exemple, le terrain ne peut §tre creusé, ou que l’installation des machines se fait dans des locaux situés aux étages supérieurs.
- La fosse, bien entendu, prend les proportions exigées par la construction même de la machine devant la surmonter. Il y a lieu <le tenir compte du sol sur lequel on doit la monter, c’est-à-dire s’assurer, avant tout, si le terrain permet de fouiller aussi profondément que le nécessite la machine.
- Par suite de leur poids plus ou moins considérable, les machines doivent reposer sur une aire solide, n’ayant à craindre ni
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- IMPRESSION
- enfoncement, ni effoinlrenient. Les bâtis seront dressés sur l’assise en pierre de taille surmontant la" fosse, construite en moellons. Dans les localités dépourvues de ces matériaux, on pourra, sans aucun inconvénient, les remplacer par un massif en briques, et même par un cadre en bois dur maçonné convenablement dans la brique. En tout cas, le travail du maçon doit être rigoureusement de niveau, et en tout sens. Après avoir suffisamment laissé sécher la maçonnerie, on procède au montage de la machine.
- On place parallèlement les deux bâtis reliés l’un à l’autre par les entretoises qui y sont boulonnées. Afin de bien établir l’équilibre général, il est bon de serrer les écrous graduellement, en passant alternativement de l’un à l’autre, et non brusquement et à fond, un par un. Les entretoiscs étant fixées, l’armature de la machine est placée à l’endroit exact que celle-ci doit occuper sur l’assise en pierre, sur le massif en briques ou sur le cadre en bois.
- Dans le cas où la machine doit être mise en œuvre par un moteur et au moyen d’une transmission, il faut établir les bâtis perpendiculairement à l’arbre de couche supportant la poulie de commande. Si la machine ne se trouvait pas d’équerre avec l’arbre, la courroie risquerait de tomber à chaque instant. Il faut alors niveler l’armature en se servant d’une grande règle parfaitement dressée que l’on appuie en travers des deux bâtis. Au milieu de la règle est posé le niveau d’eau dont on examine la position de la bulle d’air par rapport aux divisions du tube en verre.
- Avec de minces cales en bois dur, taillées en biseau et à angle aigu, on remédie à la déclivité du sol en les enfonçant sous les bâtis, là où l’armature de la machine a besoin d’être rehaussée. Pour donner une assise solide aux bâtis on fera bien de mettre une cale de chaque côté, en face l’une de l’autre. Les machines montées sur un socle ou sommier en fonte sont presque toutes à chariot ou à mouvement hypocycloïdal. Pour examiner le nivellement du socle il faut appuyer, en outre, la règle sur les bandes ou chemins destinés à supporter les roues du chariot. On continue alors le montage en boulonnant les bandes sur les entretoises, ou bien, lorsque la machine est à chariot, en le plaçant sur les chemins. Le monteur vérifie alors à nouveau le nivellement général.
- Pour rendre cette opération aussi complète que possible, on procède de la manière suivante : sur la partie rabotée de chacune des bandes, on pose perpendiculairement un petit montant dépassant quelque peu le bord supérieur des bandes. Ces deux mon-
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- MONTAGE DES MACHINES
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- tants,' d'égale hauteur, servent d'appuis à la grande règle,'dont chaque extrémité repose sur l’un d’eux; enfin, au milieu de cette règle, on place le niveau d'eau. Successivement, l’appareil de nivellement est poussé d’avant en arrière et disposé diagonalement, en divers sens.
- La machine ôtant nivelée, on monte le marbre sur les coulisses des bandes ou sur son chariot, puis on le fait rouler plusieurs fois dans la longueur de sa course, alin de s’assurer que son mouvement de va-et-vient est tout à fait libre. Le monteur place ensuite le cylindre (ou les cylindres s’il y en a plusieurs) dans les coussinets qui supportent son arbre; enfin, les autres pièces sont montées selon leur disposition par rapport à l’ensemble des organes. Fendant le montage de la machine, il faut toujours tenir compte des marques de repérage indiquées communément par des chiffres, des lettres ou même par des coups de pointeau onde burin. Il est de bonne précaution d’essuyer les pièces au chiffon avant leur montage et de les graisser ensuite convenablement dans toutes leurs parties.
- Quelques mécaniciens, jaloux de savoir leurs produits arriver <ln bon état à destination, lorsqu’ils expédient en pays éloignés, enduisent les pièces et les parties polies d’un corps gras, les protégeant ainsi de l’oxydation. Il suffit, à l’arrivée des machines, de nettoyer et d’enlever cette graisse avec l’essence de térébenthine.
- A ce propos nous donnerons la formule d’une composition dont mie couche, étendue sur les parties métalliques, suffit pour les préserver de la rouille :
- Huile de ricin............................ 04 parties.
- Phénol.................................... 27 —
- Soude caustique......................... 3/12 —
- Eau........................................ 0 —
- Chauffer légèrement pour faciliter la dissolution et verser l’eau si on veut l’étendre. Ne pas faire l’inverse.
- Lorsqu’il s’agit de mettre des chaises ou des paliers de hauteur et de monter un arbre de commande, on prend soin de ne pas taire engrener les roues auxquelles l’arbre sert cl’axe; au besoin °n les tient déclavetées. Les coussinets sont serrés légèrement, (le façon à maintenir l’arbre, que l’on fait tourner ensuite à la main. Pour qu’un arbre tourne sans effort et sans difficulté, il est essentiel que son axe passe par le centre même de la circonférence
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- que décrivent les coussinets des chaises ou des paliers. Il est souvent nécessaire de rehausser soit les chaises, soit les paliers, par des épaisseurs de papier fort, de carton mince ou de zinc, de manière à centrer l’arbre de commande sur ses points de maintien et de support; on y parvient par tâtonnements.
- On peut alors fixer définitivement les chaises au moyen de boulons, vissés dans un madrier en bois, ou scellés dans la pierre.
- Les chaises et les paliers de certaines machines sont établis sur des patins en fonte se reliant par des boulons aux bâtis principaux ou aux entretoises. De cette manière, si l’ajustage a été consciencieusement fait, les arbres se trouvent être centrés tout naturellement. Il faut avoir soin, néanmoins, de tenir l’assise des paliers et des patins au niveau de l’assise générale.
- Enfin, la machine étant montée et l’aplomb vérifié une dernière fois, posant le niveau d’eau à môme le marbre, que l’on fait glisser d’avant en arrière, on peut cimenter les bâtis sur l’assise en pierre.
- Le meilleur scellemen t s’obtient par des boulons clavetés, mais on se sert ordinairement de différents matériaux donnant une solidité suffisante et durable. Nous indiquerons entre autres :
- Le plâtre dans lequel on mélange de la grenaille de fer;
- Le ciment ordinaire auquel on ajoute quelques poignées de lournure ou grenaille de fonte;
- Le ciment ordinaire dans lequel on verse du sable de rivière, et qui offre plus de solidité que les précédents.
- l’our sceller dans la pierre, on peut employer du plomb ou du soufre fondu. Le soufre est préférable, il se contracte moins en refroidissant que le plomb; mais celui-ci doit avoir la préférence quand le scellement est placé dans un endroit où l’huile tombe et se fixe en grande quantité.
- Les monteurs de machines à vapeur emploient, pour les scellements et pour les joints des tubulures de chaudières, un mastic dit mastic de fonte, dont on peut également se servir. Ce mastic
- est composé de :
- Limailles de fonte non oxydée...........20 parties.
- Sel ammoniac........................... 1 partie.
- Fleur de soufre......................... 1/2 —
- Le tout est mélangé par portions que l’on imbibe d’urine ou d’eau. On effectue le scellement avec ce mastic, auquel on peut
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- MONTAGE DES MACHINES EN BLANC
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- donner plus ou moins de consistance, et qu’il faut battre afin d’obtenir une masse homogène ; une fois en place, on saupoudre la surface du scellement de fleur de soufre; il se forme bientôt une croûte, le mastic faisant ainsi corps avec la pierre. Les trous à sceller doivent être creusés en s’évasant par le fond.
- Lorsqu’il s’agit de sceller dans la brique, on la creuse pour placer un boulon claveté à l’intérieur. De cette manière, le scellement est sûr, durable et solide, là même oû les pièces subissent une forte traction ou une trépidation continuelle. On peut aussi maçonner dans le massif en briques un madrier de bois, sur lequel est fixée par des boulons taraudés la pièce qui doit y être mise en place.
- I. — MONTAGE DES MACHINES EN BLANC
- Le montage des machines de ce système est des plus simples; après avoir fixé les entretoises aux bâtis et lorsque les bandes ont été boulonnées ou que le chariot a été placé sur ses chemins, on y établit le marbre que l’on fait rouler de manière à s’assurer de son mouvement qui doit être entièrement libre. Après avoir monté l’arbre de commande sur lequel est clavelée la grande loue, le marbre est mis en rapport avec la bielle. Puis, on met en place le cylindre de pression, en prenant soin de le descendre lentement et avec beaucoup d’attention, afin que les bouts de son arbre viennent reposer ensemble sur les coussinets inférieurs encaissés dans l’annexe des bâtis ; préalablement, dans l’arbre du cylindre, on passe l’excentrique des pinces. De manière à rendre le maniement du cylindre moins pénible et moins dangereux, on en traverse l’intérieur avec une longue perche en bois, capable de supporter un poids aussi considérable; des hommes, placés alors à chaque bout de cette perche, soulèvent ainsi le cylindre et l’amènent au-dessus des bâtis. Parfois, en raison de son diamètre ni de sa longueur, le cylindre étant fort lourd, il faut avoir la prudence de le reposer sur des madriers, que l’on dispose sur le marbre de façon à surélever l’arbre du cylindre au-dessus de l’annexe. Il n’y a plus alors qu’à pousser le marbre, chargé ainsi du cylindre, jusqu’à ce que les bouts de l’arbre parviennent au-dessus des coussinets ; là on peut descendre le cylindre sans effort
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- et surtout sans craindre d’accident. Durant le transport et le maniement du cylindre, il faut faire grande attention à la roue d’engrenage dont les dents pourraient être détériorées et rompues par suite d’un choc quelconque. Quant au marbre, pièce plus pesante encore, il est amené jusqu’à la machine en le poussant sur champ après l’avoir placé sur des rouleaux ; puis, employant un nombre suffisant de bras, le marbre est soulevé horizontalement et posé provisoirement sur une pièce de bois, ou une caisse solide, afin qu’il ne repose point sur le bout des bandes qui, par son poids, pourraient être brisées. Doucement, alors, on le dirige sui* les glissières, ou sur les roues du chariot.
- Le monteur s’occupe ensuite de la dent d’arrêt, ne la reliant aux excentriques jumeaux qu’une fois la roue du cylindre mise en rapport avec la crémaillère du marbre et lorsque la dent est libre, c’est-à-dire quand le galet l’a abandonnée. Pour faire engrener la roue du cylindre et la crémaillère, le marbre est amené sous le cylindre de façon que les premières dents de la crémaillère soient mises en rapport avec celles de la roue leur correspondant. Tournant lentement le cylindre, en même temps que le marbre est poussé vers lui, l’engrenage de ces deux organes se fait librement. On peut alors procéder au montage de l’encrier et de sa commande; puis viennent les accessoires de la machine : pinces, tringles, peignes, rouleaux des cordons, tables de marge, etc. Chaque pièce étant repérée, avec la moindre attention, tout est facilement mis en place.
- II. — MONTAGE DES MACHINES A RETIRATION
- Pour les machines doubles, à gros cylindres, après avoir monté les bâtis et les entretoises, on dispose les galets supportant les marbres, ainsi que les galets de pression placés sous les cylindres. Puis, le monteur pose les marbres sous lesquels il boulonne la crémaillère. Ensuite, les deux cylindres de pression sont placés sur leurs coussinets ainsi que ceux de registre ; les grandes roues, commandant les cylindres de pression, sont alors solidement clavelées sur leur arbre respectif. L’arbre de commande est à son tour monté, le pignon engrenant avec l’une des grandes roues. On boulonne le joint de Cardan après avoir mis le pignon sur la cré-
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- maillère ; puis, on monte les encriers, les tringles, les poulies à cordons, la marge, etc. Les points de repère marqués sur les grandes roues, ainsi que toutes les autres indications faites pour le montage, ne peuvent donner lieu à aucune équivoque.
- Nous parlerons plus longuement du montage des retirations à soulèvement, parce qu’il offre quelques difficultés aux ouvriers qui n’ont pas l’habitude de monter les machines de ce système.
- A l’arrivée d’une machine il est utile, en nettoyant les pièces, de démonter les montants des cylindres pour être certain de les mettre en état de propreté ; avant de les remonter, il faut les graisser convenablement et les faire jouer après avoir serré fortement les vis des plaques.
- Pendant que plusieurs mains soutiennent les deux bâtis à la place qu’ils doivent, approximativement, occuper sur l’assise de la machine, le monteur les assemble au moyen des entretoises en commençant par l’extrême gauche, c’est-à-dire par Fentretoise poinçonnée 1 ; puis il continue par les deux du milieu portant les marques 2 et 3; enfin, il boulonne la dernière à l’extrême droite,, indiquée par le chiffre 4.
- Les bâtis sont alors mis de niveau, après quoi on serre légèrement les boulons fixant les entretoises aux bâtis.
- Afin de rendre le montage facile et ne laisser lieu à aucun doute dans la pose des pièces, les repères partent de la gauche en regardant la machine, du côté de la commande.
- On place ensuite les bandes sur les entretoises et on serre sans excès les boulons qui les y retiennent. A chaque extrémité des bandes sont des points de repère correspondant à ceux indiqués sur les entretoises.
- On vérifie alors à nouveau le niveau général de la machine en plaçant des cales d’épaisseur sur la partie dressée et intérieure des bandes ; sur ces cales on pose la règle supportant le niveau d’eau. Une fois le nivellement constaté, exact et parfait, on serre à fond tous les boulons.
- On peut alors continuer le montage des organes et des pièces de la machine en procédant dans l’ordre suivant.
- Galets de foulage. — Il faut avoir soin de les mettre exactement à la place indiquée par leurs points de repère.
- Coulisses des bandes. — Après avoir pris la précaution de bien en nettoyer les galets et leurs tourillons, on les introduit dans les bandes et l’on s’assure qu’elles y glissent facilement; si, durant le
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- t ransport, les coulisses avaient été faussées, on les redresse en les posant sur le plat du fer, c’est-à-dire les galets dans la position horizontale, et à l’intérieur de leurs bandes respectives; puis appliquant sur la partie qui relève un morceau de bois dressé, on frappe avec le marteau.
- Marbre. — Avant de le soulever, bien examiner les points de repère, de manière à ne pas placer le côté 1 au repère 2.
- Montants des cylindres. — Chacun possède son repère, 1, 2, 3, i, toujours en commençant par la gauche de la machine. Serrer ;i fond les vis des plaques et faire fonctionnel* les montants de liant en has, et réciproquement.
- Genouillères, ressorts de soulèvement, chapeaux de gendarme. — Chaque pièce de genouillères a ses repères marqués. Si les chapeaux de gendarme n’étaient pas assis sur les ressorts d’une manière assurée et s’ils avaient tendance à biaiser soit dans un sens ou dans l’autre, c’est que les ressorts auraient besoin d’être tournés un peu dans leur boîte, de façon que les chapeaux ne penchent ni en avant ni en arrière.
- Entremises de soulèvement. — La place de chacune d’elles es! visiblement indiquée par les repères.
- Cylindres de pression (repères 1 et 2). — Faire attention, lorsqu’on les engrène, de les mettre aux repères correspondants, poinçonnés sur une des dents et sous un des creux.
- Crémaillère. — Les points de repère I et 2 correspondent aux (*ôtés de la machine, tel que nous l’avons expliqué. Ce sont deux forts boulons, pénétrant par la surface extérieure du marbre, el traversant la crémaillère, qui relient ces deux organes principaux de la machine. Il faut faire en sorte que les repères indiqués sur la tôle des boulons, laquelle s’enfonce entièrement dans le marbre, correspondent de la manière la plus exacte avec les repères signalés sur le marbre. Avant d’enfoncer les boulons, les enduire d’huile pour qu’ils entrent sans trop employer de force. On frappe sur le milieu de la tète, un morceau de bois étant interposé entre le marteau et le boulon. Serrer à fond les écrous, et très fortement.
- Roue de soulèvement et arbre de soulèvement supportant Vexcentrique. Arbre de commande, comprenant le pignon de commande, le pignon de soulèvement, la poulie de commande, la poulie folle et le volant. — Tenir libres les clavettes ou les vis fixant ces différentes pièces.
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- Roue intermédiaire. — Faire attention aux repères indiqués, et pour l’engrenage du pignon, et pour celui du cylindre de pression.
- Joint de Cardan et pignon de la crémaillère. — C’est à ce moment que la machine est mise au repère. Cette opération est très simple avec l’indication que nous allons donner.
- On amène le marbre exactement au milieu de sa course, c’est-à-dire la cornière, séparant le marbre en deux, juste au milieu des bâtis, entre les deux cylindres de pression. Dans cette position, tous les repères de la machine correspondent entre eux. On engrène alors le pignon avec la crémaillère, de telle sorte que le creux de la grosse dent du pignon marqué 1 corresponde avec lu grosse dent 1, et que le creux 2 soit en rapport avec la grosse dent 2.
- Naturellement, avant d’engrener le pignon de la crémaillère, <>n boulonne la coulisse dans laquelle monte et descend l’arbre du pignon.
- Quant aux roues d’engrenage, le 1 du cylindre 1 correspond au repère 1 du cylindre 2. Le 2 du cylindre 1 correspond au 2 de la i*oue intermédiaire. Le 3 de la roue intermédiaire est en rapport avec le 3 du pignon de commande. Le 0 du pignon de soulèvement correspond au 0 de la roue du soulèvement.
- Enfin, sans rien bouger, on peut profiter de cette position de la mise au repère pour monter toutes les roues, soit celles des encriers, soit celles de marge, du porte-cames, etc., tous les repères de la machine correspondant. On cale alors toutes les roues, en serrant fortement les vis, ou en enfonçant à fond les clavettes.
- Encriers, porte-cames, mouvement des pinces, excentriques de la, marge, du porte-cames, marge en décharge, peignes, tringles, rouleaux, poulies, tables à encrer, tables de la marge, etc.
- Quant aux machines à réaction, on suit la même marche que pour les machines doubles, en tenant toujours compte des repères. L’engrenage des cylindres avec la crémaillère du marbre est indiqué de manière à ne pouvoir se tromper.
- Lorsqu’il s’agit de machines cylindriques ou rotatives ainsi, du reste, que de machines d’autres systèmes, les constructeurs lont toujours précéder leurs envois d’un plan indicateur et d’une légende explicative déterminant les dimensions des fosses, et
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- donnant tous les renseignements nécessaires au montage, lorsqu’un monteur, appartenant à l’atelier de construction, n’est pas appelé sur les lieux de l’installation.
- Pour le montage de certaines machines, il est bon d’employer un palan ; cet appareil facilite beaucoup le maniement des cylindres, quelquefois peu commodes à manœuvrer à cause de leur poids et de la place qu’ils occupent sur les bâtis.
- En ce qui concerne les petites machines, à pédales ou autres, le montage en est des plus faciles, surtout avec les indications fournies par les constructeurs. Elles arrivent même à destination toutes montées.
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- CHAPITRE II
- GRAISSAGE DES MACHINES
- Le graissage est un point fort important et sur lequel nous appelons d’une manière particulière l’attention des personnes employant des machines.
- L’industriel qui espérerait, avec des huiles d’un prix relativement inférieur, réaliser sur ses frais généraux une économie, s’égarerait d’une façon complète. Il se vend dans le commerce des huiles végétales qui, à première vue, paraissent pouvoir sa-iisfaire aux exigences d’un bon graissage. Il est pourtant prudent de les rejeter de la consommation, ces huiles ne lubrifiant qu’ini-parfaitement. Telles sont les huiles de coton, de caoutchouc, les arachides, les camelines, les huiles de sésame, de ravigon, de colza, etc. Ces dernières, dégagées de la partie mucilagineuse, sont les moins à craindre. L’industrie met en circulation des huiles qui ont une apparence fort attrayante par la limpidité et la belle couleur, mais dont il faut se défier ; ce sont très souvent des huiles animales importées d’Amérique, lourdes et épaisses, que les usiniers français clarifient par des agents chimiques qui les rendent corrosives. L’emploi de ces huiles, peu coûteux il est vrai, entraîne rapidement à des réparations fréquentes et profondes des machines soumises à leur influence. 11 se produit en effet du grippage et une usure générale dont il ne faut rechercher la cause que dans le manque de principes lubrifiants de l’huile employée.
- Pour s’assurer de la nature et de la qualité de l’huile, on en échauffe quelques gouttes entre les paumes des mains que l’on frotte vigoureusement l’une contre l’autre. Echauffée de la sorte,
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- l’huile, si elle est de bonne qualité et acceptable, ne doit sentir ni l’essence de térébenthine ni le copeau de bois fraîchement enlevé ; elle devra au contraire dégager une odeur caractéristique, prenant légèrement à la gorge et tenant un peu de celle du bouc. L’huile soumise à ce frottement, si elle est vraiment et sérieusement lubrifiante, ne doit ni s’évaporer ni disparaître, mais au contraire conserver au toucher l’onctuosité qu’elle présentait de prime abord.
- Depuis un certain nombre d’années on se sert pour le graissage d’huiles minérales connues sous le nom de valvoline ou toute autre appellation approchante. Il y en a de plusieurs consistances et de plus ou moins épaisses et légères.
- L’ouvrier chargé du graissage ne saurait apporter dans ses fonctions trop de soin et d’attention ; qu’il sache bien que ce u’est point l’abondance d’huile qui produit un graissage convenable et effectif. L’excès devient uniquement une cause de malpropreté, un gaspillage et une perle qu’il est facile d’éviter. Le point important est de graisser à propos, c'est-à-dire quand la machine est prête à fonctionner, et ne pas verser dix gouttes d’huile là où il n’en faudrait qu’une ou deux. Il est compréhensible que, si les organes d’une machine, après avoir été graissés, restent immobiles et inactifs pendant quelques instants, l’huile coulera autour des pièces, sans profit et sans lubrifier utilement les endroits qui en ont besoin.
- Afin de tenir les machines en bon état de propreté, l’ouvrier graisseur passera rapidement un chiffon sur les orifices à huile après qu’il y en aura versé la quantité suffisante.
- Souvent, il faut faire pénétrer dans tous les trous, et le plus profondément possible, une épinglette en cuivre, dont l’une des extrémités est aplatie en spatule, afin de les curer et d’enlever la crasse qui, s’y formant journellement, les boucherait tout à fait à la longue et ne permettrait plus à l’huile d’entrer et de passer pour atteindre les parties à lubrifier.
- Il entre dans les attributions du conducteur de machines de veiller avec soin au graissage de l’instrument qui lui est confié. Si, malgré les précautions prises, il se produit du grippage, il est urgent de démonter la pièce atteinte, afin de s’assurer de son état. Cette pièce n’étant pas détériorée et pouvant être remise en place sans crainte d’une augmentation de grippage, on l’essuiera entièrement et on la graissera sur toutes ses faces avant de la
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- remonter. Dans le cas on le mal tendrait à s’accroître, il ne faut pas hésiter à remettre la pièce entre les mains du mécanicien,' pour être passée à la lime douce ou au tour.
- Nous rappelons que le pétrole peut être fort avantageusement employé pour nettoyer l’intérieur de tout organe sali ou bouché. Ce liquide très subtil pénètre partout et, durant la marche des machines, approprie profondément les pièces engorgées. Quelques industriels mélangent une certaine quantité de pétrole à l’huile de graissage.
- A intervalles plus on moins rapprochés, il est indispensable de faire une inspection intérieure des coussinets. La poussière pénétrant par les trous de graissage s’amasse dans les pattes <t’ araignées et obstrue ainsi le passage ménagé pour l’huile qui doit lubrifier les tourillons.
- Nous ne saurions trop recommander le graissage des poulies toiles. Il faut éviter le grippage à ces organes qui doivent tourner librement sur leur axe. Lorsque les machines sont nouvellement montées, il est de la plus grande importance de graisser souvent les poulies folles. De sérieux accidents peuvent résulter de la moindre négligence ; une poulie folle grippée peut entraîner la machine dans son mouvement et occasionner ainsi, non seulement des désordres matériels, mais surprendre les ouvriers dans leur travail de mise .en train et devenir cause de blessures graves.
- Lorsqu’une pièce s’échauffe, le conducteur a le devoir d’en '(‘chercher la cause; l’huile se trouvant en quantité suffisante, c’est que cette pièce serait trop serrée. Trop maintenue, la pièce en se mouvant noircit l’huile et la rejette au dehors, formant une espèce de mousse mélangée de parcelles métalliques. Il faut, dans ce cas, desserrer l’organe qui s’échauffe et graisser, même avec profusion, jusqu’à ce que la pièce soit refroidie.
- On emploie, pour lubrifier les pièces dont la forme ou la disposition ne permet point à l’huile d’y séjourner, à cause de sa fluidité, un mélange onctueux, fait d’habitude avec du saindoux délayé d’huile ou de valvoline.
- Certaines machines, les machines à journaux entre autres, acquièrent une telle vitesse que quelques-uns de leurs mouvements et de leurs organes nécessitent un graissage continuel ; il en est de même des pièces subissant un frottement violent ou '{ni sont sujettes à une traction fatigante et gênée. Dans ces divers cas on se sert, comme mode de graissage, de mèches ou de
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- godets graisseurs, que l’on place dans les trous amenant l’huile sur la pièce à lubrifier.
- Comme récipients pour contenir l’huile destinée au graissage des machines, on a adopté les burettes dites inversables; il y en a de différents systèmes et de différentes formes.
- Nous engageons les imprimeurs qui se trouvent en présence d’huiles minérales, genre valvoline, ayant déjà servi au graissage de moteurs ou de toute autre machine ou organes mécaniques, d’employer un appareil à filtrer. Le filtre rationnel Hamelle remplit toutes les conditions désirables d’économie. Il se compose d’un cylindre en forte tôle contenant intérieurement un récipient surmonté d’un tube d’aération, auquel tient l’appareil filtrant composé de disques de toile métallique interposés de disques d’un tissu fin d’amiante pur.
- Après avoir enlevé le couvercle, on verse les huiles à filtrer dans le cylindre ; la toile métallique arrête les plus grosses impuretés et le liquide remplit le récipient intérieur. Les matières solides encore en suspension dans l’huile se déposent au fond de l’appareil en même temps que l’eau qui peut y avoir été mélangée. Un robinet permet de soutirer l'huile pure et claire. Un tampon placé dans la partie basse du cylindre, laisse accès pour le nettoyage intérieur du fond du cylindre où s’accumulent les impuretés et l’eau.
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- CHAPITRE III
- ROULEAUX
- Par son importance, ce sujet mérite que nous nous y arrêtions «l'une manière toute spéciale; les rouleaux jouent incontestablement'un tel rôle dans l’exécution des tirages, qu’ils peuvent être considérés comme étant l’àme du travail. C’est une vérité à ce point indiscutable, que le conducteur d’une machine peut, sur une forme, exécuter une mise en train absolument irréprochable et n’obtenir qu’un médiocre résultat, s’il met sous presse des rouleaux ne réunissant pas les conditions essentielles et inhérentes à un bon tirage. Au contraire, d’excellents rouleaux, bien choisis, mis sur la machine dans de bonnes conditions, suppléeront à une mise en train incomplète, sans qu’il y ait au tirage apparence de défectuosités. C’est surtout lorsqu’il s’agit d’impression de gravures ou de vignettes, que le conducteur s’appliquera à mettre sous presse des rouleaux ayant les qualités requises. Voici de quelle manière il est possible de constater la nature et la qualité d’un rouleau.
- En premier lieu, on s’assure du degré de consistance de la matière, qui ne doit être ni trop molle ni trop dure. Le rouleau ''éclame, pour être employé avec avantage, une certaine élasticité moelleuse, indispensable pour qu’il puisse toucher la forme «tans tous ses détails. Placé trop mou sur la machine, le rouleau s’échauffe rapidement sous l’impulsion précipitée que lui communiquent la forme et la table à encrer, avec lesquelles il se trouve sans cesse en contact; dans ces conditions, la matière se dilate, s allonge, et, si le conducteur n’y prend garde, fondant complètement, elle s’étalera de tous côtés d’une façon très désagréable.
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- Non seulement il s’ensuit une perte de temps préjudiciable, mais le rouleau peut être, en certains cas, entraîné hors des peignes et causer des accidents matériels graves et coûteux.
- Mis sous presse trop dur, le rouleau ne peut donner qu’une touche défectueuse et irrégulière ; c’est d’un rouleau dur que proviennent en général les feintes, les moines, c’est-à-dire les manques de touche.
- 11 ne s’agit pas seulement de vérifier le degré de consistance de la matière, il est nécessaire aussi que le rouleau présente à sa surface un certain mordant facilitant beaucoup l’impression. Sans amour, le rouleau ne peut remplir les fonctions auxquelles il est appelé. Il ne faudrait pas cependant tomber dans l’excès contraire et mettre en activité des rouleaux trop frais. II y a donc lieu d’examiner avec soin la disposition extérieure du rouleau; on passe dans la longueur, et en traînant fort légèrement, le bout des doigts sur la surface, qui ne s'effleurera point et chantera au toucher si le rouleau est à son point. II se produit en effet, quand le rouleau n’est ni trop sec ni trop frais, un léger bruissement semblable à celui que l’on obtient en passant les doigts un peu humides sur une surface dure et polie.
- La matière du rouleau, par la nature de sa composition, est fort sensible à l’influence de la température. Le froid, l’air, le hâte en sèchent plus ou moins vite la surface, sur laquelle il se forme alors une pellicule, un épiderme qui lui enlève son mordant et, par conséquent, annule ses propriétés. Au contraire, la chaleur et l’humidité amollissent les rouleaux et leur conservent leur amour. Pour faire disparaître l’épiderme qui s’est formé à la surface d’un rouleau, on passe, à différentes reprises et d’une manière égale, une éponge imbibée de plus ou moins d’eau, selon l’épaisseur de la pellicule. 11 faut avoir soin de ne laisser ni des traces, ni des gouttes d’eau; l’humidité, pénétrant partiellement dans le rouleau, ferait gonfler la matière et formerait des espèces de cloques qui, en crevant, produisent des trous. Avant de se servir d’un rouleau mouillé, on doit le laisser se ressuyer, et s’assurer, avant de le mettre sous presse, du degré de mordant que lui a communiqué l’humidité. Pour lui rendre sa moiteur et sa souplesse, il suffit parfois de transporter un rouleau sec dans une atmosphère chaude et humide.
- Lorsque la matière d’un rouleau happe aux doigts et que ceux-ci traînés légèrement en effleurent la surface, c’est que le rouleau
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- est trop frais ; il faut alors le placer dans un endroit sec et aéré, attendant qu’il s’y forme une mince pellicule le rendant apte à l’impression. Aussi est-il bon, dans les imprimeries, de réserver une pièce, un corridor, en un mot un local où passe un courant d’air afin d’y déposer les rouleaux.
- Un rouleau mis trop frais sur la machine ne se charge point d’encre; la matière s’arrache, s’attache à la table à encrer, bouche, salit et empâte l’œil du caractère. On peut faire revenir la matière «l’un rouleau effleuré en passant, à l’éponge, sur sa surface, de l’eau bien chaude. Il est possible de rendre aux rouleaux gluants et visqueux leur bon aspect en les mouillant avec une éponge trempée dans une dissolution de borax d’une force moyenne.
- Il suffit parfois d’un peu de fraîcheur contenue dans l’un des rouleaux mis sous presse pour, au tirage, dénaturer l’encre, qui perd alors son noir et son brillant, donnant une impression terne, lourde et pâteuse. L’œil de la lettre, dans ce cas, ne se couvre pas régulièrement d’encre et la taille des gravures bavoche, s’empâte à l’impression, au lieu de sortir nette et dépouillée. A voir le résultat d’un tirage fait dans ces conditions défavorables, on pourrait croire parfois que l’encre employée est de qualité inférieure et broyée d’une manière incomplète, quoiqu’il n’en soit rien. Aussi les fabricants d’encre typographique doivent-ils compter sérieusement avec les rouleaux lorsqu’il s’agit de se prononcer sur un spécimen de leur fabrication. Il n’est pas rare qu’entre les mains d’un conducteur inexpérimenté, une encre se présente sous un tout autre aspect que lorsqu’elle est employée par un praticien sachant se servir habilement des rouleaux.
- Par ce qui précède, on voit que les rouleaux nécessitent un entretien et des soins tout particuliers que le conducteur ne doit pas perdre de vue. S’il se pénètre bien de l’importance qu’ils ont pour le travail, il en fera une étude approfondie, et l’expérience se chargera de le convaincre de plus en plus, chaque jour, que l’emploi de bons rouleaux épargne des ennuis et des désagréments de toutes sortes.
- Pour communiquer l’encre à la forme, la machine fait agir trois sortes de rouleaux :
- 1° Le preneur, qui s’empare de l’encre et la transmet à la table à encrer. Son diamètre est en rapport avec la course qu’il parcourt du cylindre encreur à la table;
- 2° Le distributeur, dont la fonction est detaler l’encre sur la
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- table en divers sens, de l’y égaliser, en un mot, de la distribuer. Plus le diamètre d’un rouleau distributeur est petit, mieux la distribution se fait ;
- Et 3° le toucheur; c’est lui qui, au contact de la table à encrer, s’enveloppe d’encre et la dépose sur la forme. Contrairement au distributeur, la touche est d’autant meilleure que le diamètre du rouleau toucheur est plus grand. En effet, plus sa surface décrit une circonférence étendue, moins de fois elle se développe sur la forme.
- 11 est parfois utile d’adjoindre aux distributeurs et aux tou-cheurs un rouleau supplémentaire qu’on leur superpose, et qui prend pour cela le nom de chargeur ou cavalier; ce rouleau est fait en fer ou en fonte, en cuivre ou en bois. Nous préférons les chargeurs en bois, qui sont moins lourds et surtout moins froids; ils fatiguent peu les rouleaux qui les supportent, et le bois, par sa chaleur spécifique, a plus d’influence dilatable et distributive sur l’encre que le métal.
- Un simple distributeur ou bien un toucheur peuvent parfaitement tenir lieu de rouleaux chargeurs.
- Afin de faire courir longitudinalement le chargeur, dont la fonction est d’activer, d’augmenter la distribution de l’encre, on fixe sur chacune des fusées un pas de vis se mouvant dans un coussinet taraudé placé à l’intérieur des fourchettes ou peignes que l’on construit à cet effet. On ajoute au besoin, à chaque bout du rouleau, un ressort à boudin qui en facilite le mouvement alternatif. Ce moyen de communiquer le mouvement de va-et-vient n’est pas complet; c’est précisément son imperfection qui a engagé Marinoni, en 1872, à prendre un brevet pour un perfectionnement apporté à l’encrage des formes. Il consiste en un système de chargeurs ou rouleaux cavaliers, donnant d’excellents résultats. Ces chargeurs, outre le mouvement de rotation qui leur est imprimé par les toucheurs, acquièrent au moyen d’un 'peigne mobile, dit à levier, un mouvement forcé de va-et-vient. L’action de ce peigne mobile, en rapport direct avec le mouvement du marbre, quoique forcée, ne fatigue aucunement les rouleaux toucheurs puisque la course des chargeurs correspond à celle du chariot.
- Le chargeur a l’immense avantage d’éviter une prise trop considérable d’encre, et aussi de communiquer à celle-ci du brillant et de la vigueur. Avec un chargeur, le tirage paraît plus léger, plus dépouillé, plus dégagé; les gravures et les vignettes acquiê-
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- rent du modelé, chaque taille s’accuse franchement; les tons mats s’accentuent, se dépouillent davantage et gagnent en couleur, tandis que les parties claires et lumineuses s’adoucissent.
- Certains constructeurs, entre autres la maison Alauzet, appliquent à leurs machines comme système de chargeurs l’organe dit télégraphe. Un excentrique met en mouvement une pièce disposée de façon à diriger les chargeurs, qui portent à l’une des extrémités de leurs fusées une bague venant se prendre sur le télégraphe.
- Lorsque, par suite d’une variation subite de température, ce qui est fréquent dans notre climat, les rouleaux durcissent soudain, on place un ou plusieurs chargeurs sur les toucheurs afin d’éviter les manques de touche, les feintes, les moines. Les rouleaux toucheurs se trouvent ainsi maintenus et ne peuvent sauter au passage de la forme.
- C’est à cause, précisément, de certaines imperfections de la touche, dite française, que différents imprimeurs ont fait appliquer par les constructeurs l’encrage cylindrique, le seul pratiqué on Allemagne et, reconnaissons-le, avec grand succès. Aussi l’emploi de l’encrage cylindrique, dont la particularité est le contact continuel des rouleaux toucheurs avec leurs tables respectives que n’abandonnent point les distributeurs, est-il l’un des avantages du système rotatif. Il jésuite de la disposition générale de cet encrage une régularité de distribution et de touche dont se ressent le tirage, surtout celui dos gravures nécessitant beaucoup d’encre.
- La base, le principe de toutes les pâles à rouleaux est encore la colle forte, la gélatine ou la colle de poisson, fondues, auxquelles on mélange tantôt de la mélasse ou du miel, tantôt de la glycérine, quelquefois de la gomme indienne. On a cherché à y adjoindre une cei’tainc quantité de gutta-percha ou de caoutchouc, mais les résultats obtenus ont été négatifs. Les molécules de ces divers produits industriels ne s’incorporant que d’une manière irrégulière et imparfaite, la matière à rouleau ne présente pas alors assez d’homogénéité dans sa masse refroidie. Cependant quelques Imprimeurs ont appliqué avec succès la gutla-pei'cha aux rouleaux typographiques en opérant de la manière suivante :
- Sur les mandrins dressés dans des' moules d’un diamètre moindre que celui des l'ouleaux à obtenir, on coule de la vieille matière ordinaire. Lorsqu’elle a pris la consistance nécessaire, on établit par-dessus une légère couche de gutta-percha n’ayant pas
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- plus de deux ou trois millimètres, celle-ci recouverte à son tour |
- d’une épaisseur de bonne matière. Les rouleaux ainsi fondus se J
- soutiennent bien et s’échauffent peu, même sur le^ machines à j
- grande vitesse. Quand ils sont usés par le travail, on les dépouille j
- de la couche extérieure seulement, laissant intacte celle de gutta- \
- percha, sur laquelle on coule à nouveau de la matière neuve pour ramener les rouleaux à leur diamètre ; mais, avec les nouvelles -J
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- pâtes dont on se sert aujourd’hui, on obtient la résistance suffi- santé, même pour le tirage sur les rotatives à vitesse rapide, aussi j laisse-t-on de côté les procédés archaïques.
- Nous avons dit que les rouleaux sont formés de colle forte et \
- de mélasse. On doit pour cet usage choisir une excellente colle, 1
- transparente et claire, non flexible, résonante, et dont la brisure j
- présente l’aspect de la cassure du verre, c’est-à-dire franche ef j
- luisante. La mélasse annonce une bonne qualité lorsqu’elle est J|
- épaisse et compacte; il ne faut pas qu’elle entre en fermentation. j
- Selon la saison et la température, on augmente ou diminue |
- les proportions de l’une ou de l’autre de ces deux matières. En temps moyen, on les mélange presque par moitié; mais, lorsque 1
- arrivent les chaleurs, on ajoute aux fontes une certaine quantité 1
- de colle, selon la température ; enfin, en hiver, c’est la mélasse ]
- qui doit excéder, de manière à amollir les rouleaux. i
- Ainsi, opérant sur de la matière nouvelle par une température |
- de 25 à 30 degrés, on mettra 5 kilogrammes de mélasse pour j
- 10 kilogrammes de colle. Si on emploie de la matière ayant déjà |
- servi, on mélangera alors par moitié, soit 5 kilogrammes colle el 5 kilogrammes mélasse. Pendant l’hiver, les proportions seront interverties : on augmentera la quantité de l’une au détriment de l’autre, c’est-à-dire qu’à 10 kilogrammes de mélasse on ajoutera 5 kilogrammes seulement de colle. Dans le cas où la température serait très basse, on augmenterait la quantité de mélasse selon le froid afin que les rouleaux ne deviennent pas trop durs.
- Lorsque, sous l’impulsion que leur communiquent les machines à journaux, les rouleaux subiront une vitesse excessive, on remplacera fort avantageusement la colle forte par la gélatine qui donnera plus de corps, plus de nerf à la matière; celle-ci alors aura moins de tendance à s’échauffer, au point de fondre et de fouailler.
- La fonte des rouleaux s'opère au bain-marie, dont la température doit être régulièrement entretenue à un degré suffisammenf
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- élevé ; il faut que l’eau bouillonne sans interruption, mais sans excès. Dans les imprimeries dont les machines fonctionnent à la vapeur, il y a économie sensible à utiliser sa chaleur, la dirigeant par une tuyau terie autour de la marmite à fondre.
- Afin d’humecter la colle et d’en faciliter la fonte, on l’immerge pendant quelques heures dans de l’eau propre et claire ; on l’y laisse, tout en la retournant de temps à autre, jusqu’à ce qu’elle soit assouplie sans que l’humidité l’ait pourtant trop pénétrée, ce dont on se rend compte en en rompant un morceau. Les pores de la colle étant plus ou moins serrés, selon la température et la qualité, son séjour dans l’eau varie. Avant d’introduire la colle dans la marmite, on prend la précaution de la faire égoutter sur une claie.
- Lorsque la colle commence à fondre, on la remue avec une palette ou soatule jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait liquéfiée; c’est alors qu’or. peut mélanger la mélasse en la versant avec lenteur et accélérant le mouvement de la spatule.
- Une fois la fusion établie aussi bien que possible, on laisse cuire pendant une heure ou deux en ayant soin de remuer souvent et en divers sens et au préalable d’enlever l’écume qui monte à la surface de la matière. Il ne faut pas couvrir hermétiquement la marmite, afin de permettre à l’eau que contient le mélange de s’évaporer.
- La matière étant suffisamment cuite, on la verse dans les moules qui, au préalable, ont été graissés.
- Refonte des rouleaux. — Selon le service qu’ils remplissent et le lavage plus ou moins réitéré qu’ils ont à subir, les rouleaux, au bout de quelques semaines, de quelques mois, diminuent de diamètre et durcissent ; la surface en devient terne, coriace et perd son amour ; on est donc obligé de les refondre. On dégage alors entièrement les rouleaux de l’encre qui peut encore y adhérer, et, après avoir dépouillé le mandrin en fendant dans sa longueur la matière, on la coupe en petits morceaux.
- Si la matière que l’on manipule n’est pas trop usagée, on en passera seulement à l’eau les morceaux avant de les mettre dans la bassine. Si, au contraire, elle est ancienne et couverte d’une peau épaisse, on la laissera pendant quelques heures dans l’eau, afin de la détremper, après quoi on l’égouttera avant de la faire fondre.
- On se trouve toujours obligé d’ajouter à ces fontes soit de la
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- colle, soit de la mélasse ; leurs proportions varient selon la saison et la température. Si la vieille matière éprouvait quelque difficulté à fondre, en y versant un peu d’alcool, la liquéfaction serait facilitée. Quelques fondeurs de rouleaux, pour leur communiquer plus de mordant, ajoutent pendant la fonte plusieurs pincées de potasse. Enfin, si la matière fondue ne se liait pas bien, qu’elle soit claire, lâche, sans consistance, on y ajouterait un peu de résine en poudre, afin de la rendre plus compacte.
- La matière se trouve en état d’être coulée dans les moules quand elle tient son fil, c’est-à-dire lorsque pressée en petite quantité entre le pouce et l’index, que l’on écarte ensuite modérément, elle colle aux doigts et les unit par des espèces de petits filaments ; ou bien lorsque, en élevant la spatule chargée de matière, celle-ci retombe dans la bassine en filant et sans solution de continuité. Avant de la couler, il est indispensable de passer la matière au travers d’un tamis ou d’une passoire, afin d’y retenir les morceaux incomplètement fondus et les corps étrangers, les impuretés.
- Mandrins et moules. — Les rouleaux sont établis et fondus sur des mandrins, généralement en fer pour les preneurs et les distributeurs, et en fer garni de bois pour les toucheurs; le bois doit être entaillé dans toute sa longueur en spirale, afin de mieux retenir la matière. Sur les mandrins en fer, en contournant de la ficelle bien tendue que l’on noue d’une manière solide à chaque bout, on obtient plus d’adhérence.
- Les mandrins des toucheurs sont munis de galets ; il vaut mieux les goupiller que de les y visser. Par suite de la rotation continuelle et de la trépidation des mandrins, les vis peuvent se dévisser, tomber sur la machine, y causer de graves accidents matériels, toujours fort coûteux. Les galets doivent mesurer le même diamètre que les rouleaux eux-mêmes. Cela dit pour les machines ordinaires, car les rouleaux des rotatives ne comportent pas l’emploi de galets, soutenus qu’ils sont par les peignes eux-mêmes.
- Les moides sont des cylindres creux, en fonte, tournés très rond à l’intérieur ; ils sont diamétralement séparés en deux et dans toute la longueur. Les deux valves sont réunies et serrées par des écrous, des agrafes ou des tenons. La partie inférieure du moule est bouchée hermétiquement par une rondelle, au centre de laquelle on ménage un orifice qui se trouve obstrué par l’un
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- «les bonis «lu mandrin y pénétrant lorsque l'on est pour couler la matière. La partie supérieure est libre, évasée, et forme entonnoir. Les mandrins qui 11e sont pas munis de galets y sont maintenus et centrés au moyen d'une étoile en bois ou en métal, dont les branches ont la môme longueur «pie les rayons de la circonférence du moule. Le mandrin se trouve ainsi occuper le centre du moule, dont le diamètre et la longueur varient selon les dimensions des rouleaux qui doivent y être fondus.
- Pendant la cuisson de la matière, l’ouvrier chargé de la fonte des rouleaux démonte les moules qu'il graisse modérément avec un chiffon imbibé d’huile ; il met les mandrins en place et remonte les valves mobiles, qu’il serre à fond.
- Coulage de la matière. — Pour obtenir un bon résultat, la matière ne doit etre coulée ni trop chaude ni trop froide. Trop chaude, la vapeur qui s*’en échappe s’interpose entre les parois du moule et la surface du rouleau ; «die s’y condense en gouttelettes et la crible par endroits de petits trous ronds. Coulée à une température insuffisante, la matière entrant dans le moule se refroidit vite au contact du métal et forme des couches successives enlevant au rouleau son homogénéité.
- 11 peut se produire encore un inconvénient d’une autre solde si la rondelle du bas laisse échapper la matière avec surabondance lorsqu’on la coule ; il se forme alors à la surface des rouleaux une espèce de moirage plus ou moins profond, occasionnant à l’impression certains inconvénients qui obligent à refondre ces rouleaux défectueux sans qu’ils aient servi.
- On comprendra donc, par les quelques indications qui précèdent, que l’ouvrier fondeur de rouleaux doit tenir compte, dans ses manipulations, de la saison, de l’état de la température extérieure et de l’atmosphère intérieure des ateliers; en outre, il est indispensable qu’il s’assure avec soin de la qualité des produits qu’il emploie. Il faut donc un homme spécial et expérimenté pour mener à bien cette opération réclamant tant de soins et de précautions.
- Une fois fondus, les rouleaux restent au moins pendant douze heures dans les moules, afin que la matière se refroidisse et prenne en toutes ses parties suffisamment de consistance. Lorsqu’ils en sont sortis, on les façonne, c’est-à-dire que l’on coupe, îlvec une ficelle, la matière dépassant la dimension que doivent •‘voir les rouleaux. On arrondit aux ciseaux les bords ainsi
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- coupés ; on ébarbe dans la longueur la matière qui a pu passer par les jointures du moule, et enfin, les rouleaux sont placés à leurs râteliers respectifs, où ils sont laissés plusieurs jours avant de les dégraisser.
- Les extrémités des rouleaux, par suite du lavage journalier et de l’encre qui s’y incruste profondément, deviennent à la longue coriaces au point d’être insolubles ; il est habituel de les rejeter de la fonte, ainsi que les rouleaux entiers dont la matière est usée jusqu’à extinction de ses principes fondamentaux. Il y a cependant, pour les imprimeries occupant un certain nombre de machines, et fondant les rouleaux à la vapeur, une économie notable à réaliser, en employant ces déchets et ces rognures, bien à tort jetés souvent aux ordures. On peut en tirer un parti profitable en les manipulant de la manière suivante. Lorsque la quantité de ces déchets (qui ont été amassés dans un endroit sec, afin d’éviter la moisissure) est suffisante pour valoir la peine d’opérer, on les fait macérer dans de l’eau pendant plusieurs jours, de façon à obtenir une espèce de bouillie qui est versée dans la bassine à fondre. On laisse cuire et évaporer sans interruption, si c’est possible, pendant deux jours, trois même si l’évaporation n’est pas complète. Au bout de ce temps, il reste dans la bassine un résidu que l’on écume, que l’on passe, et qu’enfin l’on coule soit dans les moules, soit simplement dans des seaux ou des jattes. Une fois obtenu, ce résidu sert aux fontes des rouleaux ; il faut alors procéder ainsi : lorsqu’il s’agit de faire une fonte, on forme, avec quelques morceaux de cette matière, un bain dans lequel la colle forte est immergée, ayant soin de ne pas humecter la colle au préalable ; la fusion étant complète, on opère comme à l’ordinaire.
- II. — NOUVELLES PATES A ROULEAUX
- Us sont bien rares, aujourd’hui, les imprimeurs employant encore l’ancienne pâte à rouleaux composée exclusivement de colle forte et de mélasse. Le base des nouvelles pâtes est la glycérine, substance éminemment hygroscopique et devenant en quelque sorte une véritable éponge absorbant l’humidité partout où elle en trouve.
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- Les rouleaux fondus avec la pâte dont nous parlons restent toujours frais si on les laisse dans un local humide et, par conséquent, ne peuvent être mis sous presse dans ces conditions sous peine de les voir s’effleurer au passage des formes et au contact des tables à encre. Dans un atelier sec, ou par les temps chauds de l’été, cette pâte peut être utilisée ; mais en hiver, dans un local peu aéré ou quelque peu humide, il faut s’abstenir de l’employer pour fondre les rouleaux.
- Il a donc fallu chercher une matière pouvant répondre à tous les besoins et trouver une composition facilitant l’emploi des rouleaux en tous temps et en toutes saisons. On y est arrivé ; non seulement les nouvelles pâtes à rouleaux donnent entière sécurité pour le travail, mais on peut sans crainte s’en servir sur les rotatives, même à la plus grande vitesse qu’elles puissent atteindre.
- Nous donnons une des formules de pâte, afin que le lecteur se rende compte des proportions approximatives des différentes substances généralement employées.
- Bonne colle forte ou gélatine........... 5 kilogrammes.
- Mélasse pure de sucre..................... 11 litres.
- Gomme élastique dissoute dans l’alcool. . 500 grammes.
- Térébenthine de Venise.................... 60 —
- Glycérine.................................350 —
- Bon vinaigre de vin.......................110 —
- Parfois une très minime quantité de colle de poisson.
- Faire cuire la mélasse et la laisser bouillir pendant vingt minutes environ, en écumant fréquemment. Ajouter ensuite la gomme, qui a été préalablement dissoute dans l’alcool et agiter fortement afin d’obtenir l’assimilation de ces deux produits; puis, ajouter la colle que l’on a déjà humectée pour la ramollir. Remuer 1 ensemble continuellement jusqu’à ce que la fonte soit complète et verser les autres substances : glycérine, térébenthine, vinaigre. La très petite quantité de colle de poisson a pour but de conserver a la pâte sa fraîcheur et son mordant.
- Evidemment, en raison des différences de température dues aux diverses saisons, il y a lieu de modifier ces pâtes selon qu’il s agit d’employer les rouleaux en hiver ou en été. C’est pour Ce motif qu’il existe trois qualités de pâtes, composées des mêmes éléments, les proportions de gélatine étant la seule différence
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- qu’on y trouve*. C’est ainsi qu’il y a la pâte faible, moyenne et forte.
- Quand il s’agit de refondre les rouleaux avec ces nouvelles pâtes, il faut, s’ils se trouvent garnis de matière ancienne, enlever, autant que possible tout ce qui reste attaché au mandrin, puis le laver soigneusement à l’eau bouillante et le laisser sécher. Cette opération est indispensable avant le coulage de la nouvelle matière.
- Il est de beaucoup préférable, au point de vue du résultat à obtenir, de se servir du bain-marie pour la fonte des rouleaux. Avec cet appareil, il n’y a pas à craindre les déchets causés par l’excès de cuisson.
- Les pains de matière sont coupés en menus morceaux et mis dans la bassine; au bout d’un certain temps, on tamise la fonte puis on la verse au moyen d’un vase à long bec, dans le moule, préalablement enduit d’une mince couche d’huile au moyen d’un chiffon gras. 11 faut avoir bien soin de faire couler la pâte sur la fusée du mandrin : les bulles et les stries sont évitées par cette précaution.
- Lorsque les rouleaux seront mis hors d’usage, la matière sera détachée du mandrin puis divisée en fragments de la grosseur d’une noix et mise à refondre sans adjonction d’eau, de colle, ni de mélasse ; lorsque la matière est devenue liquide, on la tamise avec le plus grand soin. Les peaux restent sur le tamis et constituent le déchet; quant à la partie liquide, elle est versée dans des vases métalliques, où elle se fige, et constitue la dépouille.
- Quand on refondra les rouleaux, il faudra reprendre une certaine partie de cette dépouille, y ajouter de la pâte neuve, forte en été, faible en hiver, et procéder comme pour une matière neuve.
- Avec le bain-marie, la température ne pouvant dépasser 100 degrés, il ne se produit jamais de perte de matière; mais eu opérant à feu nu il faut avoir bien soin de ne jamais dépasser 90 à 100 degrés ; nous engageons meme les imprimeurs à se servir d’un thermomètre, afin d’être bien certains de ne pas laisser réduire en caramel une partie de la pâte mise à fondre.
- Les rouleaux une fois coulés, il n’y a plus à s’en occuper jusqu’au lendemain; ils sont alors enlevés des moules puis placés dans un endroit aéré; ils peuvent être, sans crainte, mis en œuvre le surlendemain.
- Tout ne consiste pas à posséder de bons rouleaux, il faut aussi
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- savoir en prendre soin. Certaines pâtes permettent d’employer les rouleaux pendant plusieurs jours sans aucun lavage. Cependant, avec les papiers actuels et des encres siccatives il est nécessaire de laver les rouleaux, sans abus toutefois. Quelques-unes des encres de couleurs surtout ne pourraient être laissées à la surface des rouleaux du jour au lendemain. Il y aurait assurément difficulté à les nettoyer complètement.
- Dans beaucoup d’imprimeries, les conducteurs ont encore la mauvaise habitude de laver les rouleaux à l’aide de la potasse d’Amérique ou autres produits analogues. Cet usage ne peut être que préjudiciable, aucun rouleau ne pouvant résister à ce genre de lavage; l’alcali solidifiant la gélatine, tout mordant ou amour est détruit en peu de jours et les rouleaux ne peuvent plus être employés avantageusement.
- En ce qui concerne les encres de couleurs, il devient nécessaire de laver les rouleaux à l’essence de térébenthine. On pourrait à la rigueur se servir d’huile de pétrole, mais malgré le rinçage à l’eau, au moyen d’une éponge, le pétrole laisse toujours à la surface des rouleaux une apparence graisseuse.
- Le carbonate de soude dilué dans l’eau fournit une excellente lessive pour le lavage des rouleaux, et toute encre préparée dans des conditions normales de fabrication ne résiste pas à cette dissolution tout à fait inoffensive.
- Ce n’est qu’au prix des précautions énumérées ci-dessus, qu'il devient possible à un imprimeur d’avoir continuellement des rouleaux en parfait état et qu’à la refonte la quantité de déchet devient insignifiante. Nous ne saurions trop le répéter, la question des rouleaux mérite l’attention toute particulière des personnes s’intéressant aux choses de l’imprimerie.
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- CHAPITRE IV
- ENCRES TYPOGRAPHIQUES
- Jusque vers le commencement de notre siècle, les imprimeurs préparaient eux-mêmes leurs encres. C’est en 1818 seulement, que Lorilleux commença d’une manière véritablement industrielle la fabrication des encres typographiques. Plus tard, la maison Lefranc adjoignit à ses produits les encres noires et de couleurs pour l’imprimerie. Puis, vinrent à la suite, Bréham, Prudon, Mabru et Schneider, Cauderon, etc. Aujourd’hui, le nombre des fabricants s’est de beaucoup accru et, comme dans toutes les autres industries, la concurrence est venue modifier quelque peu les allures de cette branche si intéressante de l’imprimerie. L’avilissement successif des prix a produit tout naturellement celui de la qualité : c’est ce qui explique cet aspect généralement terne de la plupart des impressions actuelles.
- Par suite de la mode, peut-êlre passagère, du tout aux couleurs, la fabrication des encres d’imprimerie a pris une importance qu’elle n’avait pas auparavant. La science, en outre, venant chaque jour mettre à la disposition des fabricants des produits et des colorants nouveaux, il a fallu perfectionner et modifier les procédés de fabrication. La visite d’une fabrique d’encre n’est pas sans présenter un vif intérêt. On y aperçoit dans les ateliers des rangées de broyeuses disposées par groupes ; les unes destinées aux encres à journaux, les autres à celles des labeurs et vignettes, puis, dans un local séparé, les broyeuses à couleurs. Les magasins de réserve contiennent un stock d’encres pouvant être employées selon la température, si changeante dans notre climat. Comme les recherches et les essais sont constants, des laboratoires installés
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- avec tous les appareils de chimie sont à la disposition des ingénieurs attachés aux usines.
- La production des colorants occupe une très large place dans l’exploitation d’une fabrique d’encres d’imprimerie où toutes les couleurs sont traitées par des procédés nouveaux. Il faut avoir vu les appareils à vapeur, les alambics immenses, les tamis gigantesques, les turbines imposantes, tout cela humide, fumant, ruisselant pour comprendre l’importance qu’acquiert de nos jours la fabrication des couleurs.
- Quant aux huiles destinées à la cuisson pour devenir vernis, elles sont, tout d’abord, choisies avec le plus grand soin. 11 ne faut pas croire, en effet, que les huiles de toutes provenances aient les qualités nécessaires à la fabrication des encres typographiques. La France a la spécialité de donner des graines dont l’huile claire et limpide ne se colore pas à la cuisson.
- Les huiles ne peuvent être employées aussitôt leur extraction, elles renferment, même les meilleures, une certaine quantité de matières albuminoïdes qui se coagulent au bout d’un certain temps et se précipitent au fond des citernes dans lesquelles on les dépose.
- Le fabricant d’encres doit avoir d’avance sa provision de deux minées s’il veut obtenir les vernis extra qui, seuls, donnent aux produits typographiques le siccatif désiré.
- Cela dit pour les encres ayant quelque valeur, car, pour celles à journaux ou à labeurs communs, beaucoup de fabricants emploient l’huile de poisson, qui communique aux encres cette odeur fade, pénétrante et tenace qui empeste la plupart des publications du jour.
- En ce qui concerne la production des noirs de fumée, ce sont de petits fourneaux, brûlant jour et nuit, d’où saillissent plusieurs grosses mèches imprégnées d’un liquide spécial, qui les procurent. La qualité du noir provient précisément du liquide alimentant les susdites mèches. La fumée produite par leur incandescence monte, lourde et pesante, à l’intérieur de couloirs pratiqués de bas en haut dans des galeries venant aboutir à de vastes chambres, sur les parois desquelles se fixe le noir de fumée. On l’y laisse durant une quinzaine de jours, puis on le recueille dans des sacs pour le transporter au four à calciner. Des installations Irès étudiées permettent de produire ainsi de grandes quantités dans un seul appareil. On est donc loin maintenant des tours
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- garnies de peaux de moutons qui servaient naguère à la fabrication des noirs de fumée.
- Le noir brut contient encore des matières goudronneuses le rendant impropre à faire de bonnes encres. On l’en débarrasse en lui faisant subir une calcination en vases clos. Dans des fours à réverbères, on entasse des pots en fonte remplis de noir; la flamme du foyer vient lécher ces récipients et, lorsqu’ils ont subi durant vingt-quatre heures l’action du feu, on défourne. Certains noirs doivent subir jusqu’à trois calcinations successives.
- C’est en voyant un matériel de cette importance que l’on comprend qu’il n’est pas aussi facile que certains le pensent de fabriquer l’encre d’imprimerie. Il ne suffit pas de mélanger du noir de fumée avec du vernis, il faut encore que cette préparation soit faite en connaissance de cause, la manipulation de ces produits demandant une profonde expérience et la pratique la plus éprouvée. Une notice de la maison Lorilleux nous indique que les encres typographiques se composent de vernis et de. matières colorantes. Les vernis sont colorés de différentes manières, mais peu sont applicables à la fabrication des encres dont nous nous occupons ici. Contrairement à ce qui se passe dans la manipulation des couleurs employées pour l’impression des étoffes, où le colorant est dissous dans Y épaississant, la matière colorante, dans les encres typographiques, se trouve en suspension dans le vernis et non dissoute. Néanmoins, le colorant doit être réparti, divisé dans le vernis, au point d’y paraître dissous. Ce résultat, indispensable pour l’impression, ne s’obtient que par un broyage parfait et bien exécuté qui, seul, peut opérer l’affinité complète des particules de chacun de ces deux corps.
- Vernis et colorants. — La partie la plus délicate de la fabrication des encres est la cuisson des huiles qui, à la suite de cette opération, deviennent vernis gras.
- L’huile de lin a été reconnue, sous tous les rapports, comme étant préférable pour la fabrication des vernis.
- . L’huile est versée dans de vastes chaudières en cuivre, d’une contenance de douze cents à quinze cents litres, chauffées à feu nu, durant deux à trois jours; il faut entretenir une température constante, car le moindre coup de feu ou le plus petit abaissement de température pourrait compromettre une cuite de vernis. Des agitateurs mécaniques renouvellent les surfaces et égalisent la température dans la masse.
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- Il y a lieu de composer des vernis de différentes forces pouvant, par leur consistance et leur nature, atténuer autant que possible les effets produits sur l’encre par les variations brusques de température et les changements de saison. C’est là une des principales difficultés de la fabrication des encres typographiques, soit noires, soit de couleurs.
- Il faut aussi tenir compte de la propriété siccative que les huiles possèdent à différents degrés, et que les vernis communiquent d’une façon directe aux encres. Pour qu’une encre !>u isse être employée facilement, et sans inconvénient, elle doit èire pourvue de certain siccatif la faisant se sécher avec rapidité après l’impression, mais pas cependant en trop grande quantité pour sécher aussitôt sur les rouleaux, ce qui rendrait le tirage matériellement impossible.
- Les encres noires, celles dont on se sert le plus communément en imprimerie, sont donc fabriquées avec des noirs de fumée.
- La ténuité n’est pas la seule qualité essentielle des noirs; ils doivent être doués d’une belle nuance, et leur union intime avec le vernis doit être facile.
- Ainsi que nous l’avons vu, c’est en brûlant des matières organiques ou végétales dans des chambres hermétiquement fermées que l’on obtient le noir de fumée; il s’y dépose sur les parois, où ii est recueilli.
- Quant aux encres de couleurs, la question est des plus complexes et quelque peu en dehors des intentions qui font l’objet de notre ouvrage. Les lecteurs désireux d’approfondir un sujet aussi vaste et exclusivement scientifique, auront avantage à recourir aux traités spéciaux. Nous nous réservons cependant la faculté d’en parler dans le chapitre relatif aux impressions chro-•notypographiques.
- Broyage. — Il faut porter cette opération à son plus haut degré de perfection. Nous avons dit précédemment que les encres sont des vernis tenant des colorants en suspension ; il y a en effet simplement union physique entre le vernis et la poudre colorée; •nais cette union doit être tellement intime et pénétrante, que l’on pourrait croire à une combinaison chimique qui, cependant, ne doit pas exister. Nous irons même plus loin en disant que si le broyage provoquait une réaction entre le colorant et le vernis, on pourrait être certain que l’opération a été mal conduite ; généralement, une encre faite dans ces conditions est d’un emploi impos-
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- sible. Le broyage doit être porté à un degré tel que l’encre ait l’apparence d’une dissolution colorée.
- Parmi les encres noires, on en distingue trois espèces qui ont chacune un caractère particulier : les encres à journaux, celles à labeurs et les encres à vignettes.
- Encres à journaux. — Elles sont employées sur des machines qui acquièrent une très grande vitesse, aussi réclament-elles un parfait broyage, en rendant la distribution douce et facile. Il leur faut cependant assez de consistance pour ne point couler hors des encriers; en outre, ces encres ont besoin d’être assez tirantes pour ne pas empâter, sans toutefois l’être trop pour nuire au passage de la feuille, et effleurer la surface du papier. Enfin, elles seront assez siccatives pour sécher rapidement et permettre le pliage immédiat des feuilles.
- Encres à labeurs. — C’est avec ces encres que s’impriment les livres et les brochures. Elles contiennent en suspension plus de noir que les précédentes; la nuance en est donc plus accentuée, et elles offrent plus de consistance.
- Encres à vignettes. — Les noirs pour la fabrication des encres à vignettes sont toujours de premier choix à cause de l’intensité, du brillant, de la pureté qu’exige ce genre de tirage; elles doivent, en outre, se fixer d’une manière solide et durable.
- On s’assure de la qualité d’une encre en constatant, au toucher, son degré de consistance et de broyage. 11 faut qu’elle 11e fasse sentir sous les doigts aucun grumeau et 11e soit ni trop forte ni trop douce. Trop douce et peu chargée en noir, l’encre, sous la pression des doigts les uns contre les autres, disparaît, ne laissant que des traces peu apparentes. Au contraire, quand elle est trop forte, elle poisse aux doigts en criant. Enfin, broyée incomplètement, elle ne file pas d’une manière suivie.
- Il est facile de se rendre compte de la qualité d'une encre, au point de vue de sa fabrication : il suffit d’en étaler une certaine quantité sur du papier non collé, le lendemain il s’est formé une auréole produite par le vernis. Cette auréole doit être parfaite-? ment blanche sinon l’encre est de fabrication défectueuse.
- La coloration de l’auréole peut provenir de deux causes, ou plutôt de deux défauts distincts dans la fabrication :
- 1° Le vernis mal cuit affecte un ton jaunâtre, ou le siccatif employé est mal choisi ;
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- 2° Le noir a été mal calciné et les matières goudronneuses que nous avons signalées se sont dissoutes dans le vernis.
- Dans ces deux cas, une encre doit être immédiatement repoussée, car elle ne peut produire que de mauvaises impressions.
- En principe, toute encre bien fabriquée ne doit jamais jaunir, si elle est employée sur du papier de bonne qualité; mais aujourd’hui que l’on cherche par tous les moyens possibles la production à bon marché, le fabricant de papier doit forcément introduire dans sa pâte des matières étrangères, dites charges.
- Si la charge employée est un corps blanc, mat, pouvant absorber le vernis sans se colorer, l’impression ne jaunira pas; niais, si au contraire le papier n’est formé que par peu de fibres et par une trop grande quantité d’une substance transparente; si l’encre, en outre, n’est pas siccative, on est certain que la coloration jaunâtre se produira peu de temps après le tirage.
- Puisque la charge doit être admise, l’intérêt des fabricants de papier serait d’employer un corps mat atténuant la teinte du vernis.
- S’agissant d’essais ou de comparaison portant sur différentes encres, il est facile d’établir les diversités de nuance en plaquant sur une lame de verre, sur un morceau de vitre, une légère couche des encres à examiner. Regardant dans le sens du jour, au travers du verre, l’œil se rend facilement compte de la nuance du noir et de son intensité. Ce moyen peut être employé pour examiner les encres de couleur.
- Malgré toutes les précautions prises avant d’employer un baril d’encre, et bien qu’ayant la certitude d’une fabrication irréprochable, les impressions ménagent parfois (le cas est- heureusement rare) des surprises bizarres, tant aux imprimeurs qu’aux fabricants d’encres. Nous avons, personnellement, vu des tirages dont l’encre jaunissait et traversait le papier au bout de quelque temps. C’est à la fabrication de l’encre que l’on attribua tout d’abord cette cause, mais, après vérification sérieuse du tirage défectueux, on put constater qu’une même feuille1 de l’ouvrage ainsi compromis, ayant été tirée à un nombre relativement peu élevé, comportait certains passages où l’encre était restée noire,
- 1. L’acception du mot feuille signifie, dans ce cas, le tirage entier fait d’un certain nombre de pages sur une même feuille de papier, recto et verso.
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- intacte, et n’avait subi aucune altération, tandis qu’on retrouvait d’autres passages où l’encre avait jauni d’une façon déplorable. L’idée vint de rapprocher et de comparer le papier; il se présenta aussitôt une différence de teinte due à la pâte. L’investigation fut alors poussée plus à fond, et il fut acquis de la manière la plus évidente que, seul, le papier produisait la décomposition de l’encre.
- Une autre fois, le hasard nous a rendu témoin d’un effet 'particulier produit par une cause ayant lieu de se renouveler souvent. Nous trouvant à l’étranger, chez un éditeur, un exemplaire de notre Guide du conducteur de machines nous tomba sous la main; en l’ouvrant machinalement, une certaine quantité de pages attirèrent notre attention par le ton jaunâtre qu’offrait l’impression. Al vrès examen de cet exemplaire nous fûmes une fois de plus convaincu que les décharges huilées, si elles ne sont pas complètement sèches, peuvent communiquer à l’encre une nuance jaune qui s’accentue à la longue.
- Les décharges huilées agissent, en effet, d’une manière tonie spéciale et produisent surtout du maculage. Si, en effet, on mouille une feuille d’impression déjà ancienne, et qu’on passe ensuite à sa surface un rouleau couvert d’encre, celle-ci ne prendra que sur l’impression et laissera le papier intact. Le même résultat est produit avec les décharges huilées : le corps gras, absorbé par les parties imprimées, se mélange à l’encre et dé truit le siccatif.
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- CHAPITRE V
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- Il faut croire que la Chine, cet empire occupant sur la mappemonde un si vaste espace et dont la civilisation est restée stationnaire depuis des siècles, n’a pas toujours été aussi arriérée et ignorante. Outre la boussole, la poudre, la céramique et nombre l’inventions ou découvertes relativement modernes chez les peuples occidentaux, les Chinois, vers le commencement du 11e siècle de l’ère chrétienne, connaissaient déjà et employaient le papier. Ce peuple bizarre et dégénéré fut le premier qui imprima sur 'les feuilles de papier fait avec des plantes. L’Orient connut donc nette fabrication bien longtemps avant qu’elle fût introduite en Europe, et les Arabes l’importèrent en Espagne lors de leur invasion. Du temps des Croisades, l’art de transformer en papier les plantes, le coton et les chiffons de toile pénétra en Sicile, d’où le prirent Naples et Venise. La France et l’Allemagne n’eurent connaissance de la fabrication du papier qu’au xivc siècle, d’où elle pénétra plus tard en Angleterre.
- Le plus ancien spécimen de papier de lin connu date de l’année 1100; tel est, toutefois, le millésime que porte un manuscrit arabe parvenu jusqu’à nous. Un autre document conservé à Prin-teln, en Allemagne, peut être considéré comme l’un des premiers types de papier employé en Europe; il indique l’année 1239.
- Jusqu’en 1340, la France tirait le papier de l’Italie ; mais à cette époque un moulin pour papeterie fut installé près d’Es-sonnes, et quelques mois plus tard une autre s’élevait dans les environs de Troyes, en Champagne. C’est là le véritable point de départ de la fabrication du papier de chiffon en France.
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- Un grand nombre de substances et matières ont été appliquées à l’élaboration de la pâte destinée à fabriquer le papier. A Ratis-bonne, en 1772, un docteur en théologie, Christian Scliœffer, obtint quatre-vingts types différents de papier, employant la sciure du bois de hêtre, des copeaux du bois de saule, de mûrier, de tremble, de clématite, les mousses, des feuilles et des trognons de choux, des tiges de houblon, d’aloès, de muguet, d’algues marines, la paille, le chanvre, les ceps de vignes, les feuilles de mauve, etc. D’autres chercheurs ont réussi à produire du papier avec l’ortie, l’écorce d’osier, les roseaux, les racines de chiendent, le bois de fusain, l’écorce de peuplier, etc. Un médecin allemand fit même, en 1727, imprimer ses œuvres sur du papier d’amiante.
- Tous ces essais n’avaient laissé derrière eux que des souvenirs, les recherches se dirigeant spécialement vers une pâte industriellement pratique et composée de matières venant remplacer le chiffon, qui se faisait chaque jour de plus en plus rare.
- C’est seulement en 1840 qu’un Saxon, F.-C. Iveller, contremaître tisseur, bien que n’ayant aucune connaissance des essais et des résultats précédents, devint, par hasard, l’inventeur de la pâte de bois mécanique. Ayant soumis un jour un morceau de sapin au contact d’une meule en mouvement et baignant dans l’eau, il comprit le parti que l’on pourrait tirer du résidu obtenu par le frottement du bois contre un corps dur et grenu.
- A la même époque, différents chimistes s’occupèrent d’expériences tendant à dissoudre les incrustations résineuses et médullaires des diverses essences de bois. Payen employait l’acide nitrique, tandis que Frédet et Matussière se servaient d’eau régale (mélange d’acide azotique et d’acide chlorhydrique). D’autre part, Rachet et Machard essayaient l’esprit de sel (acide chlorhydrique), et Arnouli l’acide sulfurique. Mais ces procédés de laboratoire ne furent pas mis en pratique à cause du danger que présentait pour les ouvriers la manipulation des acides. C’est en 1852 seulement que la fabrication de la pâte chimique, ou cellulose, devint véritablement industrielle entre les mains de fabricants anglais, Cou-pier et Mellier, de Maidstone, cela grâce à l’emploi d’alcalis en solution dans l’eau. La solution soumise à une température suffisante dissolvait, détruisait les éléments résineux du bois, ne conservant que la partie fibreuse. On supprimait ainsi l’intervention dangereuse des acides dans l’élaboration de la pâte de bois, point important qui, jusqu’alors, avait entravé la fabrication pratique-
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- ment industrielle de la cellulose, ce principe intime de la fibre des végétaux dégagée de toute substance médullaire, et devenu la base de la pâte de bois servant à fabriquer le papier.
- Parmi les divers alcalis, le carbonate de soude hydraté (natron) était tout indiqué par la modicité de son prix; aussi fut-il seul employé à cette époque pour la fabrication de la cellulose, dite par ce fait cellulose au natron.
- Jusqu’en 1885, les différents fabricants, tels que llurgess, Watt, Keegan, Lee, Ungerer, Sainclair, Rosenhain se servirent comme dissolvant de la sonde caustique, tandis que maintenant, d’après les indications de l’ingénieur Dahl, de Dantzig, la plupart des fabricants de cellulose au natron ont remplacé la soude caustique par le sulfate de soude dont le prix est relativement inférieur. La cellulose obtenue à l’aide de cet agent prend le nom de cellulose au sulfate.
- Quant à la pâte dite au bisulfite, généralement employée aujourd’hui, elle a été fabriquée pour la première fois en 1866 et 1867 par l’américain Benjamin Chew Tilghman, qui prit, en Angleterre, sous les nos 2924 (1866) et 385 (1867), des brevets pour la fabrication de la cellulose à l’acide sulfurique en combinaison avec le protoxyde de calcium (chaux). Mais ce procédé n’aboutit à aucun résultat satisfaisant, Tilghman se consacrant plutôt à une de ses nouvelles inventions, qui consistait à dépolir le verre et le métal au moyen de sable fin projeté en jet sous le souffle du chalumeau.
- Durant une période d’années, de 1870 à 1880, surtout de 1871 a l’année suivante, C.-D. Eckmann essaya de dissoudre les principes résineux du bois par l’action de l’acide sulfurique combiné avec diverses bases, telles que la soude, le carbonate de soude, l’ammoniaque, la chaux, la magnésie. En 1873, il était déjà suffisamment avancé dans ses expériences pour pouvoir opérer sur une grande échelle à Bergwick, en Suède. Dans la pratique, Eck-uiann préféra à la chaux le sel de magnésie en combinaison avec l’acide sulfurique, et, déjà en 1878, l’importance de sa fabrication lui permettait de fortes expéditions à l’étranger, surtout en Allemagne.
- C’est à cette époque que le professeur Mitscherlich prit des brevets en Allemagne, sous les nos 4178 et 4179 (année 1878), bien qu’en 1875 il se soit fait breveter en Saxe pour le même °bjet, prenant pour titre de son invention : « Innovation d’un pro-
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- cédé pour obtenir une substance acquérant la propriété de contractilité par l’emploi de matières accessoires : cellulose, gutta-percha, caoutchouc, acide acétique et chaux mélangées à une partie double d’acide sulfurique... »
- C’était, en réalité, la production de la cellulose au bisulfite, avec cette différence, toutefois, que la partie devenue essentielle aujourd’hui dans la fabrication de la pâte de bois, restait à l’état de quantité pour ainsi dire négligeable avec le procédé Mitscherlich.
- Cet inventeur s’occupa d’exploiter ces brevets en cédant, contre certains avantages pécuniaires, le privilège de fabrication de pâtes de bois par son procédé au bisulfite.
- Ce brevet, néanmoins, n’eut qu’une courte durée, attendu qu’en octobre 1884, à l’instigation de Belirend, fabricant de papier à Yarzin, le tribunal de Leipsick annula le brevet pris par Mitscherlich, sous le n° 4179, en ce qui touchait, toutefois, à sa partie essentielle, s’appuyant en sa décision et ses motifs sur les indications du brevet antérieur de Tilghman.
- Depuis, le procédé au bisulfite est employé couramment par les fabricants de pâtes de bois, tout aussi bien en France qu’à l’étranger .
- Nous croyons inutile d’insister sur les raisons qui nous font laisser de côté la fabrication du papier, question tout à fait spéciale et qui ne rentre point dans le cadre de notre ouvrage. Cependant nous donnerons ici un léger aperçu de la fabrication mécanique et chimique de la pâte de bois. Nous disons mécanique et chimique, parce qu’elles sont différentes l’une de l’autre comme procédé de fabrication et aussi comme qualité. La pâte mécanique est plus grossière, moins homogène, obtenue qu’elle est par le bois à l’état pulvérulent.
- A l’Exposition universelle de 1855, l’une des annexes abritait une machine suisse fabriquant de la pâte de bois mécanique. Dans la partie haute de la machine, à l’intérieur d’une espèce de chambre, on entassait le bois coupé en bûches contre lesquelles de puissantes râpes venaient fortement appuyer. Ainsi pulvérisé, le bois se mélangeait à l’eau coulant en nappe et descendant en cascades du haut en bas de la machine. La pâte de bois était de cette manière recueillie dans des mannes placées à l'extrémité inférieure de la machine. Dans une vitrine voisine se trouvaient exposés des spécimens d’impression faite sur le papier fabriqué avec cette pâte mécanique. ..
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- La pâte chimique est autrement traitée. Les arbres entiers, venant de Hongrie ou de Norvège, sont transportés à la fabrique. Après une décortication complète, on les coupe, à l’aide de la scie circulaire, en morceaux d’environ un mètre de longueur. Ces morceaux sont ensuite placés sous un puissant épieu qui les divise en éclats; ceux-ci, poussés un à un vers la lame d’un rabot, sont rapidement répartis en copeaux plus ou moins menus. C’est en cet état que le bois est soumis dans de vastes cuves à l’action du bisulfite devant le désagréger et le réduire en pâte capable d’élaboration.
- Les pâtes de bois, bisulfitées ou mécaniques, doivent subir un blanchiment avant leur emploi. A cet effet, la pâte est triturée à 1 intérieur de cuves autoclaves en bois, contenant en dissolution du chlore, soit gazeux, soit liquide.
- Nous n’entrerons pas dans les détails de la fabrication du papier, nous arrêtant, cependant, à certaines indications pouvant intéresser les lecteurs.
- Bornons-nous à faire remarquer qu’une fois encore le nom des Didot est intimement lié au progrès de l’imprimerie depuis le commencement de notre siècle. C'est, en effet, l’un des membres de cette illustre famille, Roger Didot (Saint-Léger), fils de Pierre-François Didot, qui fut l’inventeur de la surprenante machine fonctionnant dans les papeteries et dont le point 'le départ fut, en réalité, les essais d’un ouvrier d’Essonnes, nommé Robert, que des insuccès successifs poussèrent à céder a Didot le brevet qu’il avait pris antérieurement.
- Outre le format, l’épaisseur et la nuance, les papiers sont classés en papiers collés, demi-collés et non collés. Afin de communiquer aux papiers plus de corps, de fermeté, on ajoute à la Pâte une espèce de colle, mélange de savon résineux et de fécule °n d’alun, de gélatine ou de soude, ainsi que diverses autres snbstances. Certains papiers sont collés une fois fabriqués, c’est-a-dire qu’ils ne le sont qu’à la surface, afin de rendre apparents tous grattage et surcharge : tels sont les papiers employés pour les actes notariés, fiscaux, ou autres du même genre. Il existe deux sortes de collages, celui à la résine et celui à„la gélatine alunée. Le papier sans colle est assurément plus favorable à 1 impression, mais il présente moins de corps que celui qui est collé. On emploie également du papier demi-colle, donnant ainsi satisfaction à tous les goûts et les besoins.
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- C’est surtout lorsqu’il s’agit de tremper le papier qu’il faut tenir compte de la quantité de colle contenue dans la pâte. Le trempage est une des opérations délicates de l’impression et l’on s’imagine difficilement, à moins d’être praticien, les ennuis qu’occasionne un trempage mal compris. Aussi, un bon trem-peur est-il un ouvrier qu’il faut savoir apprécier dans les ateliers. Il est sous-entendu que les papiers couchés ou frictionnés ne supportent d’aucune manière le trempage, l’humidité faisant disparaître cet aspect glacé ou vernissé qui leur est propre.
- D’une manière générale, il faut toujours ajouter aux pâtes de bois une certaine quantité de chiffons. L’emploi exclusif de chiffons porte sur les papiers de choix : vergés, vélins, de Hollande, papiers à la forme.
- En ce qui concerne les papiers ordinaires servant aux labeurs, journaux, etc., ce sont les papiers de bois, pâte mécanique ou chimique, les papiers paille, à'alfa ou sparte.
- Avec quelque expérience, on reconnaît assez facilement les diverses qualités de pâtes en examinant Yépair du papier, c’est-à-dire l’aspect par transparence. Les papiers de chiffons présentent, à la vue, une pâte homogène plus ou moins fine; ceux fabriqués avec les pâtes de bois ont un aspect nuageux, floconneux. Le papier paille est cassant, mince, sans force, produisant un son sec en le froissant. Le papier d’alfa est de bonne qualité et d’un épair généralement régulier.
- Les papiers couchés et frictionnés, dont l’emploi tend de plus en plus à se généraliser pour les impressions d’ouvrages illustrés, sont préparés différemment. Le papier couché est recouvert, soit d’un seul côté, soit sur les deux faces, d’une couche plus ou moins épaisse de couleur à l’eau. Cette opération est faite au moyen de brosses spéciales, à la main ou sur des machines construites pour ce travail. Lorsque les feuilles couchées sont sèches, on leur fait subir un fort glaçage (sans excès, cependant) qui fixe convenablement la couche et lui donne un aspect plus ou moins vernissé.
- Le papier frictionné communique aux tirages de gravures une apparence tout à la fois légère et vigoureuse. La préparation de ce papier consiste à passer les feuilles dans un bain approprié, à les laisser sécher et à les laminer sous la calandre ou dans les
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- Quelques tirages, tout à fait spéciaux, se font sur papier de
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- Chine et du Japon. On fabrique bien en France ce genre de papier; mais, il faut le reconnaître, ce ne sont que de lointaines imitations, car, sous notre climat, nous ne possédons pas les plantes qui font la base exclusive de ces papiers et nous ne procédons pas comme les Japonais et les Chinois, en ce qui concerne la fabrication.
- Pour terminer, nous indiquerons les différents formats des papiers, ce qu’un conducteur ne doit pas ignorer.
- FORMATS COURANTS DES PAPIERS
- Cloche..................... 26 X 36
- Pot........................ 31 X 40
- Tellière................ 34X 44
- Couronne................... 36 X 46
- Écu....................... 40 X 52
- Carré (ou coquille) ... 45 X 56
- Cavalier................... 49 X 60
- Raisin .................... 50 X 63
- Jésus ordinaire............ 55 X ~2
- Jésus pittoresque .... 56 X 76
- Soleil..................... 62 X 84
- Colombier................. 65 X 94
- Crand aigle................. 75X106
- Crand monde ...... 83X113
- Crand universel.............100X130
- Double cloche........... 36 X 32
- — pot.............. 40 X 62
- — tellière......... 44 X 68
- — couronne .... 46X 72
- — écu.............. 52 X 80
- — carré ..”.... 56 X 90
- — cavalier......... 60 X 98
- — raisin........... 65 X100
- — jésus ordinaire. . 72XH0
- — — pittoresque. 76XH2
- — soleil............. 84X124
- — colombier .... 94X130
- Quadruple couronne. . 72X 92
- — carré......... 90 XI12
- — raisin .... 100X130
- — jésus.........112X152
- — colombier. . . 130X188
- Les dimensions du marbre des machines sur lesquelles doivent s’imprimer l’un ou l’autre des formats de papier devront comporter la facilité de caler les formes, c’est-à-dire de les fixer à leur place, cela compris les châssis et leurs coins, ainsi que les pièces assujettissant l’ensemble sur le susdit marbre; les constructeurs, du reste, en tiennent toujours compte.
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- CHAPITRE VI
- TREMPAGE DU PAPIER
- Cette préparation a pour objet de communiquer aux papiers un certain degré de moiteur qui en facilite singulièrement remploi. Si les rouleaux et l’encre ont beaucoup d’influence sur l’exécution des tirages, le trempage du papier en détermine en majeure partie la qualité et l’aspect. En effet, un papier trop trempé, trop frais, donne une impression lourde, enfoncée, pâteuse, sans compter les autres inconvénients et désagréments qui s’ensuivent, tels que papier effleuré, feuilles entraînées dans les rouleaux, variations brusques de couleur, etc. Par contre, sur un papier trop sec, le caractère apparaît égratigné, l’impression manque de netteté, l’encre s’y déposant d’une manière irrégulière, et encore faut-il donner un foulage trop fort dégénérant pour ainsi dire en gaufrage.
- L’ouvrier chargé de tremper le papier fera bien, au préalable, de s’informer de la nature des tirages afin de satisfaire à leurs exigences, certains travaux réclamant un papier plus humide que certains autres.
- Avant de s’engager sur un ouvrage, le trompeur doit aussi se rendre compte de quelle nature est la pâte du papier. Une pâte est douce et demande peu d’eau lorsque quelques gouttes, projetées à la surface d’une feuille de ce papier, y forment des creux. Si, au contraire, l’eau en tombant produit un choc mat, et si la pâte s’allonge en gonflant, c’est un signe évident de papier ferme demandant, par le fait, une plus grande quantité d’humidité.
- Aujourd’hui, les papiers arrivent de la fabrique satinés ou glacés et n’ont besoin, pour la plupart, d’aucun trempage. En
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- TREMPAGE DU PAPIER
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- tout cas, nous engageons les trempeurs qui auraient à manipuler certains papiers, meme d’un prix élevé, présentant un envers prononcé, de les remanier en ailes de moulin, c’est-à-dire sans retourner les feuilles, de façon que ce soit la meme face qui se trouve du môme côté, soit en dessus, soit en dessous. Avec les facilités actuelles de glaçage, on évite facilement cet inconvénient de l’envers du papier en le passant plusieurs fois dans les plaques ou sous les cylindres de la calandre.
- Il est indispensable d’employer pour le trempage une eau claire et propre, peu chargée de sels calcaires ou autres ; il y a donc lieu de rejeter l’emploi de l’eau de puits, capable quelquefois de communiquer au papier une teinte anormale.
- Selon les matières entrant dans la composition du papier, il s’établit, quand il a été mouillé depuis un certain laps de temps, une fermentation plus ou moins active, s’annonçant par une odeur caractéristique, indice d’un commencement de détérioration de la pâte ; cette odeur provient du collage à la gélatine. En effet, le papier laissé en piles dans ces conditions ne tarde point à se piquer de taches noirâtres qui envahissent progressivement et quelquefois rapidement toute la surface des feuilles. Il faut donc, aussitôt qu’on aperçoit quelques piqûres, étendre le papier sur des cordes ou des claies et l’y laisser jusqu’à ce qu’il soit parfaitement sec. Cependant si les besoins du travail exigeaient qu’il fût retrempé, afin d’arrêter les progrès de la fer-.mentation, et aussi pour enlever les taches déjà apparentes, on mêlerait avec succès une certaine dose d’eau de javelle à l’eau du baquet à tremper.
- Lorsqu’un papier trempé depuis quelque temps ne présente aucune trace de décomposition et qu’il n’a pas perdu son humidité au point d’être trempé à nouveau, avec une éponge imbibée d’eau on humectera les quatre côtés de la pile de papier, tamponnant les bords avec l’éponge. C’est ainsi que l’on évitera souvent les plis du papier durant le tirage à la machine.
- Certains travaux d’impression ne nécessitent point le trempage du papier, tels que les ouvrages de ville (bilboquets), s’exécutant souvent sur coquille glacée en fabrique. D’autres impressions exigent même un tirage à sec, par exemple lorsqu’il s’agit de chromotypographie, où le repérage des couleurs devient le point de départ de la réussite de l’impression. Avec un papier humide il se produirait inévitablement un retrait de pâte plus ou
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- moins prononcé déterminant des variations de registre du plus mauvais effet.
- Quelques appareils à tremper le papier ont été inventés. Pendant longtemps les essais s’étaient arretés à la pomme d’arrosoir, venant passer et repasser au-dessus du papier à tremper. Mais avec les tirages de journaux sur rotatives, les constructeurs ont été amenés à chercher des appareils à eau ou à vapeur humectant le papier continu avant son entrée en pression. En quittant la hobine, le papier contourne plusieurs tubes ou rouleaux garnis d’étoffe, cela après avoir subi le contact de l’eau qu’un cylindre percé d’orifices laisse goutter plus ou moins abondamment. D’autres trempeuses mécaniques consistent à faire passer le papier contre un cylindre recouvert de flanelle épaisse et évoluant dans une auge remplie d’eau. Gomme aux encriers des machines, ce sont des vis de réglage commandant une lame flexible qui déterminent la quantité d’humidité à répartir.
- Certains constructeurs de l’étranger appliquent à leurs rotatives des appareils à vapeur pour le trempage du papier continu. Ce trempage automatique ne répond pas toujours aux espérances de leurs inventeurs. Il présente certains inconvénients peu compensés par les avantages que l’on peut en tirer. Cependant la trempeuse mécanique Derriey, par le mouillage direct des deux côtés du papier à l’eau chaude, donne des résultats assez complets. Le trempage du papier en bobines évite au tirage les incidents de diverses sortes, dus uniquement à l’électrisation du papier; l’électricité contenue dans le papier trop sec devient souvent fort embarrassante et ne peut disparaître que par l’humidité.
- Enfin, en raison des inconvénients que nous avons indiqués à propos du trempage et de l’impression immédiate, on construit des trempeuses mécaniques permettant de mouiller les bobines avant le tirage. Cet appareil, des plus simples, consiste à dérouler par entraînement le papier de la bobine qui s’humecte au contact d'une brosse rotative sur laquelle tombent en pluie fine les gouttelettes d’eau que laisse échapper un tube garni de trous et placé parallèlement au-dessus de la brosse. Le papier, entraîné par deux cylindres ca'nnelés, vient s’enrouler automatiquement sur un mandrin. Un contrepoids agissant comme frein produit le degré de serrage de la bobine humide.
- Quant aux trempeuses pour le papier en rames, il y en a de divers systèmes. Les unes fonctionnent à la main, d’autres à
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- TREMPAGE DU PAPIER
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- l aide de la force motrice. La trempeuse Tolmer comporte la pomme d’arrosoir longue et étroite allant et venant sans arrêt au-dessus du papier à tremper. Un échappement permet et facilite le réglage de l’eau à volonté.
- En 1873, Munier, ouvrier trempeur de l’imprimerie Jules Claye, de Paris, prit un brevet pour un appareil à tremper. L’eau parvient dans un tube métallique percé dans la longueur de petits orifices. Ce tube, soutenu et dirigé par une glissière à l’une de ses extrémités, peut passer au gré du trempeur au-dessus du papier, en le mettant en mouvement à l’aide d’une poignée qui commande directement un robinet, qu’un ressort fait fermer lorsqu’il a été ouvert et qu’il y a lieu d’interrompre le passage de l’eau. Cette disposition permet de mouiller le papier plusieurs fois.
- Un imprimeur d’Abbeville, Gustave Retaux, fut l’un des premiers inventeurs de la trempeuse mécanique. Son système était fort simple; une branche verticale, à genouillère dans la partie haute, soutenait à son extrémité inférieure un long tube perforé de petits trous. Un tuyau en caoutchouc amenait l’eau jusqu’au tube en longeant la branche que le trempeur mettait en mouvement de droite à gauche et qu’un contrepoids ramenait de gauche à droite. Un robinet permettait d’arrêter l’arrivée de l’eau dans le tube. A l’imprimerie Goupy, de Paris, fonctionnait aussi, à peu près à la même époque, une trempeuse de ce genre. Bien avant ces différents inventeurs, en 1860, une trempeuse fonctionnait déjà dans une imprimerie d’Orléans.
- La première condition d’un bon trempage est la régularité et l’égalité de l’humectation du papier. C’est en cela que les trem-peuses mécaniques sont utiles. Mais ce qui détermine la qualité du papier pour le tirage, c’est, outre l’humidité dont il s’empare, le remaniement convenable et bien compris. Il est assez difficile de déterminer le nombre de feuilles qui doivent être trempées à la fois; les pâtes sont tellement différentes que, seules, la pratique et l’expérience peuvent l’indiquer. Du reste, il est facile de ne tremper qu’une rame ou une demi-rame pour se rendre compte du résultat avant de mouiller une plus grande quantité de papier.
- Le remaniement du papier, une fois trempé, demande une certaine attention et du soin. Cette opération consiste à séparer chacune des poignées du papier, qui a été humecté, en deux ou plusieurs pincées que l’on retourne sens dessus dessous et, alternativement, en largeur, puis en longueur, de façon que l’humi-
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- dité se répartisse uniformément à la surface du papier et qu’elle pénètre toutes les feuilles aussi également que possible. Afin d’obtenir plus de pénétration dans les pores de la pâte, on recouvre la pile de papier d’un plateau que l’on charge d’un poids plus ou moins lourd selon la hauteur de la pile.
- TIRAGES CONCURRENTS
- Il est passé dans les usages, pour les ouvrages de luxe ou ayant une valeur quelconque, de faire ce que l’on nomme des tirages concurrents. Ce sont des exemplaires imprimés sur papiers de Chine ou du Japon, de Hollande et môme aussi sur parchemin. La valeur de ces exemplaires, généralement numérotés, augmente en raison du petit nombre ayant été tiré sur ces diverses sortes de papiers. On peut ainsi obtenir des exemplaires uniques que recherchent fort les bibliophiles.
- Papier de Chine. — Quelques instants avant de soumettre les feuilles à l’impression, on les intercale dans du papier ordinaire légèrement humecté, afin de leur communiquer un peu de moiteur. Le papier de Chine s’imprime dans les mômes conditions que le papier ordinaire, c’est-à-dire sans augmenter ni la pression ni la prise d’encre, si le papier est glacé. Il peut être tiré glacé ou non glacé, c’est une affaire de goût.
- Papier du Japon. — Est toujours tiré à sec.
- Papier de Hollande.'— Il demande à être trempé, l’humidité en facilitant beaucoup l’impression. Généralement, on le glace, cette opération étant nécessaire afin d’atténuer le mauvais effet produit au tirage par les vergeures et les pontuseaux existant dans la pâte et qui font le caractère même de ce genre de papier. Il est indispensable d’augmenter la pression pour l’imprimer. On ajoute à cet effet, par-dessus la mise en train, une feuille de papier plus ou moins fort, selon la nature du tirage. Si les formes mises sous presse contiennent des gravures lourdes et chargées, on est obligé de recouvrir la mise en train des gravures seulement d’une seconde épaisseur de papier, plus mince cependant que la feuille fixée entièrement sur le cylindre.
- Parchemin. — Dans du papier ordinaire, d’un plus grand format et trempé modérément, de manière égale, bien remanié,
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- TIRAGES CONCURRENTS
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- on intercale une à une les feuilles de peau. Le papier humide destiné à ramoitir les peaux ne doit être ni fripé ni gondolé; au contraire, il devra présenter une surface plate et unie, sans quoi les feuilles de peau prendraient inévitablement les plis du papier.
- A différentes reprises, rapprochées les unes des autres, il faut avoir la précaution de. constater le degré de moiteur qu’acquièrent les peaux en soulevant du dos de la main l’un des coins ; lorsqu’elles tombent d’elles-mêmes, s’abaissant mollement, leur état revêche et coriace ayant disparu, il est temps de les sortir du milieu humide où on les a placées pour les imprimer immédiatement. Huit ou dix minutes sont suffisantes pour obtenir le degré convenable de moiteur. Il est de la plus grande importance que les peaux ne s’imprègnent point d’une trop grande humidité; à la longue elles prendraient un ton jaunâtre irrégulièrement teinté, leur ôtant une partie de leur valeur.
- Les peaux sont recouvertes d’un apprêt; c’est une poudre fine et ténue, dont la blancheur franche et mate favorise beaucoup l’impression; soumises à un glaçage, même léger, les peaux perdent cette espèce de fleur, ce velouté argentin qui en fait le principal mérite. Il est donc préférable d’éviter le glaçage; l’impression n’en souffre aucunement, et les peaux conservent ainsi leur Aspect primitif.
- Pour imprimer les feuilles de peau, on augmente la pression d’une épaisseur de papier très fort, que l’on fixe sur le cylindre. Pne fois imprimées, les peaux doivent subir le moins longtemps possible le contact de l’air; il faut aussitôt les intercaler dans du papier sec, les placer bien à plat, sans godage, entre deux ais, deux plateaux droits et unis que l’on serre l’un contre l’autre, sans pousser cependant la pression à l’excès. C’est dans cette position qu’on laissera sécher les peaux, peu à peu, et dans une atmosphère tempérée. Pendant ces différentes manipulations, il faut procéder avec oiinutie et attention; le moindre frôlement sur l’impression laisse llne trace qu’il est difficile, sinon impossible, de faire disparaître. Il faut avoir soin d’éviter tout froissement aux feuilles de peau, les plis et les cassures, ainsi que les parties grippées, ne pouvant d’aucune manière revenir à leur état normal.
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- CHAPITRE VII
- GLAÇAGE DU PAPIER
- Le papier est glacé après avoir été trempé et avant le tirage. Le but du glaçage est d’écraser le grain du papier, c’est-à-dire d’amoindrir et d’abattre les rugosités que laisse toujours dans la pâte la fabrication, môme la plus soignée. On se sert, à cet effet, d’un laminoir comportant une paire de cylindres pleins, en fonte, superposés parallèlement, et entre lesquels on ménage un écartement que détermine à volonté un régulateur dont les vis commandent les coussinets du cylindre supérieur. Le cylindre inférieur reçoit l’impulsion d’une roue engrenant sur un pignon claveté solidement sur l’arbre de commande, à l’extrémité duquel est fixée une manivelle ou une poulie, selon que le laminoir est actionné à bras ou au moteur.
- Le papier est intercalé feuille à feuille, au nombre de vingt-cinq environ, entre des plaques de zinc formant ce qu’on appelle un jeu, lequel pris entre les deux cylindres, est entraîné du côté opposé; on fait passer ainsi en pression deux ou plusieurs fois, selon le degré de glaçage que l’on veut obtenir, et aussi la nature du papier. Les feuilles sont alors enlevées et remplacées par du papier non glacé.
- Le papier destiné au glaçage doit être trempé légèrement, sans quoi les feuilles adhéreraient aux plaques d’où il faudrait les arracher. La trop grande humidité produit en outre une oxydation rapide du zinc, qui se pique et salit ainsi le papier. Aussi est-il nécessaire de passer quelquefois le chiffon sur les plaques pour enlever le peu d’oxyde qui pourrait s’y être formé.
- Un glaçage poussé à l’excès brûle le papier, qui se recouvre
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- alors d’une teinte grisâtre et plombaginée d’un [vilain effet; la pâte, dont les molécules sont comprimées par une pression exces-
- sive, acquiert une consistance sèche, rigide, et les pores du papier, par trop serrés, ne permettent plus à l’encre d’yjpénétrer ; elle ne
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- se fixe en effet qu’à la surface, tardant plus ou moins à sécher.
- En 4857, Jules Claye et Victor Derniame prirent un brevet pour un laminoir à double effet, pouvant rendre de grands et véritables services dans une imprimerie occupant un certain nombre de machines et où il se glace une grande quantité de papier.
- Fig. 77. — Laminoir a double effet.
- Ce laminoir est composé de deux paires de cylindres entre lesquels passent les plaques. Le papier se trouvant ainsi glacé deux fois, puisqu’il subit deux pressions successives, il n’y a plus besoin de faire revenir les plaques du côté de leur entrée. Avec cette machine à glacer, sur laquelle on peut employer quatre, cinq et même six équipes, de trois personnes chacune, une imprimerie importante peut facilement alimenter toutes ses machines. Seulement, l’emploi d’un laminoir à double effet occasionne au moteur1 qui le met en action des intermittences de vitesse préjudiciables aü
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- travail d’impression. Aussi est-il préférable d’avoir un moteur spécial pour commander tout laminoir de ce système. O11 évitera ainsi les ralentissements et les secousses aux autres machines des ateliers.
- La généralité des papiers parviennent à l’imprimeur tout glacés. Les fabriques de papiers emploient, à cet effet, des calandres construites pour cet usage.
- La calandre primitive, telle qu’elle nous vint d’Allemagne, comportait les organes dont nous donnons ci-dessous la description. Depuis, plusieurs maisons françaises construisent des calandres perfectionnées.
- Deux bâtis parallèles, forts et solidement assis sur des patins, supportent dans leur hauteur deux paires de cylindres. Celui du bas est en fonte à coquille et porte, extérieurement à l’un des bâtis, sur le prolongement de son arbre, une grande roue engrenant avec le pignon de commande. Ce cylindre (1) en soutient un deuxième (2) recouvert d’une épaisseur de carton lisse dont la surface fait pression sur le cylindre qui lui est relativement inférieur. Ce sont des rondelles de carton posées les unes contre les autres, mouillées et soumises à une pression hydraulique de büO 000 kilogrammes, qui composent cette surface lisse et unie. Au-dessus de ce cylindre garni de carton s’en trouve un pareil (3) sur lequel appuie un quatrième cylindre en fonte (4). Chaque tourillon de ces quatre cylindres repose dans des coussinets établis au long et à l’intérieur d’une cage ménagée au milieu des bâtis. La pression s’obtient au moyen de deux leviers composés de branches dont l’extrémité, aboutissant à la partie supérieure des bâtis, vient appuyer par un montant sur les coussinets du cylindre 4. L’extrémité des leviers, représentant la puissance, supporte un poids formé de plusieurs rondelles en fonte servant à régler la pression. Sur chaque côté des cylindres-carton 2 et 3, des joues, ayant quelques millimètres de hauteur, laissent un petit espace outre les deux cylindres et les mettent cependant en rapport. De plus, pour faciliter l’ciitraînement des cylindres placés dans la partie supérieure, chacun des cylindres-carton 2 et 3 supporte à l’extérieur des bâtis une roue d’engrenage. 11 résulte de cette disposition générale que c’est le cylindre inférieur 1 qui transmet le uiouvement aux trois autres et que c’est le cylindre supérieur 4, subissant l’action des leviers, qui donne la pression. Sur chaque lace des cylindres où passe la feuille, elle y est maintenue et
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- appliquée par des guides en métal retenus sur des tringles au moyen de vis. D’autres tringles supportent une série de petites lames fixées chacune à l’extrémité du contrepoids. Ce sont ces
- Fig. 78. — Calandre primitive (système allemand).
- lames qui détachent la feuille à son passage d’un cylindre sur l’autre. Enfin, dans le bas, à la sortie de la feuille, des guides la soutiennent. La table de marge domine le cylindre supérieur 4; c’est un large cordon glissant sur une poulie et passant sur ce cylindre qui entraîne la feuille; une fois prise, elle passe entre
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- les cylindres 4 -et 3, puis entre 2 et 1, d’où elle sort pour être mise sur la table à recevoir située sous celle de marge. Enfin, sur toute la longueur des cylindres en fonte, une lame placée horizontalement, et acquérant un mouvement de va-et-vient par l’organe d’une vis sans fin placée sur l’arbre de chaque cylindre, est chargée d’enlever la poussière produite par le papier. En outre, des lanières clouées sur deux traverses en bois peuvent être appliquées fortement sur le fer des cylindres pour en enlever l’humidité. L’emploi de cylindres de carton présente un certain inconvénient auquel on remédie en la mesure du possible. Il est facile de comprendre que, sous une pression aussi puissante, le moindre corps étranger, le plus petit pli du papier, la plus insignifiante aspérité dans la pâte produisent à la surface des cylindres-carton autant de cavités, autant de traces plus ou moins profondes. Pour remédier à cet état défectueux du carton, il est utile d’humecter entièrement les cylindres-carton avec de l’eau de savon ou de l’alcool, laissant ensuite fonctionner la calandre pendant quelques instants sans y passer de papier. Le carton reprendra bientôt son aspect lisse et les enfoncements disparaîtront, à condition cependant de ne pas être trop profonds. Au cas où les cylindres-carton seraient par trop détériorés, il ne faudrait pas hésiter à les enlever de la machine pour leur faire subir, au tour, une ou plusieurs passes au diamant noir.
- Pour les impressions en plusieurs couleurs, nous recommandons le glaçage que nous nommerons, si l’on veut, croisé, c’est-à-dire un glaçage spécial étirant la pâte en plusieurs sens, afin d’éviter tout retrait du papier d’un tirage à l’autre. Plus le papier est poreux, plus il nécessite un fort glaçage. Il n’est plus rare, maintenant, de passer les mêmes feuilles six fois à la calandre ou dans les plaques, en changeant à chaque fois le bord qui doit entrer le premier en pression. On obtiendra ainsi un papier aux pores serrés, difficilement accessible à l’humidité pouvant l’allonger et déterminer aux tirages successifs des variations de repérage parfois des plus sensibles.
- Les calandres sont organisées de manière à pouvoir glacer indistinctement le papier en bobines et celui en feuilles. Un dispositif d’enroulage et de déroulage s’y trouve adapté à cette intention.
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- CHAPITRE VIII
- ÉTOFFAGE DES MACHINES
- S’il existe un point du métier sur lequel les avis des praticiens soient partagés et divisés, c’est assurément celui relatif à l’étoffage des machines. Cette question n’est pas résolue d’une manière définitive ou, pour mieux dire, un mode d’habillage rationnel, méthodique, n’est déterminé ni admis d’une façon rigoureuse par les conducteurs de machines.
- L’habillage préconisé par le plus grand nombre des anciens conducteurs, ceux de la première heure, c’est-à-dire les pressiers ayant abandonné la presse pour les machines, était d’une manière exclusive l’emploi du blanchet de fond, molleton, drap, satin-laine, cuir-laine, le nom ne faisant rien à la chose, mais toujours une étoffe corsée, moelleuse, sans trame, tissu bien homogène en toutes ses parties. Par-dessus le blanchet de fond, on tendait une toile de calicot de moyenne épaisseur servant d’assise à la mise en train, laquelle était alors recouverte d’une autre étoffe plus légère : Casimir, mérinos, soie ou satin.
- Par tradition, ce genre d’habillage se perpétua dans les ateliers. On s’arrêtait à varier l’épaisseur des étoffes selon la nature des tirages, suivant le système des machines. Mais, par la suite, avec les nouvelles machines perfectionnées et les gravures sur zinc ou cuivre, en demi-teinte et simili-gravure, les tirages en couleurs, les rotatives à journaux et labeurs, à gravures et à plusieurs couleurs, le système d’habillage se modifia d’après les besoins. Il n’en reste pas moins acquis que le tirage exclusivement à sec n’est applicable que dans certains cas fort rares. Lt ceux-là mêmes des conducteurs, qui ont voulu travailler à
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- ÉTOFFAHE DES MACHINES
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- Vallemande ou à Xaméricaine, c’est-à-dire avec carton lisse ou feuilles de papier sur les cylindres, en quantité suffisante pour atteindre à l’épaisseur voulue, n’ont pas tardé à reconnaître l’avantage d’un étoflàge approprié à chaque genre d’impression, envisageant l’inconvénient que présente une telle épaisseur de papier et les longueurs de mise en train qu’entraîne le travail si méticuleux du tirage tout à fait à sec. Cela dit tout aussi bien pour les simili, fort en vogue maintenant.
- Nous avons établi plusieurs types de machines : en blanc, à retiration, à réaction et rotatives. Nous examinerons le mode d’habillage de chacun d’eux, les faisant précéder de l’étoffage des tympans de la presse à bras.
- Pt 'esse. — Il y a, comme on le sait déjà, deux tympans, le grand et le petit. Le grand tympan est celte espèce de châssis composé de quatre barres de fer sur lequel est tendu un morceau d’étoffe et où l’on marge les feuilles à tirer. Le petit tympan est également un châssis en fer, mais de plus petites dimensions puisqu’il vient s’encastrer dans le grand tympan pour recouvrir la mise en train. L’étoffe du grand tympan entre en contact avec la forme, celle du petit tympan avec la platine. Généralement, le grand tympan est garni d’une étoffe fine, douce, lustrée, telle que satinette, satin de soie, de coton, de laine, Casimir, etc. Il faut repousser l’emploi d’étoffes à trame prononcée, en raison, précisément, du contact immédiat du grand tympan avec le caractère ou les gravures de la forme. Quelques-uns des anciens pressiers garnissaient le grand tympan avec une peau de mouton ou de veau de premier choix. Ils obtenaient ainsi une pression excellente, produisant au tirage des finesses extrêmes.
- L’étoffe du grand tympan doit être fortement tendue en tous sens, soit en la cousant, soit en la collant, autour des barres du tympan, sans pourtant les fausser par l’excès de tension.
- Le petit tympan est garni d’une étoffe plus commune, son emploi s’arrêtant à recouvrir et maintenir la mise en train. On peut se servir de percaline fine, de toile de calicot mince.
- Entre les deux tympans, et par-dessus la mise en train, il est bon d’intercaler un blanchet mince, satin, mérinos, Casimir fin, pour donner plus d’élasticité à la pression de la platine.
- A l’extérieur du grand tympan, on colle sur l’étoffe la feuille de marge, d’un papier un peu fort et collé, et à l’intérieur du
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- même, à l’envers de l’étoffe, on dispose également une feuille de papier fort destiné à recevoir la mise en train.
- En cet état, le pressier peut procéder alors au travail de mise en train dont nous parlerons plus loin.
- Machines en blanc. — On tire généralement à sec, c’est-à-dire sans recouvrir la mise en train d’une étoffe quelconque. Dans ce cas, il est indispensable d’employer le blanchet de fond recouvert de calicot, ne serait-ce que pour obtenir l’épaisseur d’habillage en concordance avec les proportions du cylindre relativement au marbre. Lorsque la forme mise sous presse ne se compose que de filets espacés, de cadres, ou travaux du même genre, il est indiscutablement plus avantageux de tirer le plus à sec possible, afin d’éviter le plissage d’une part et, de l’autre, pour arriver à une impression nette et sans foulage. On ne craindra donc pas de remplacer le blanchet de fond par une étoffe mince, d’un tissu serré, toile, par exemple, ou mieux satin, satinette.
- Au contraire, lorsque les tirages comportent des gravures lourdes, des fonds d’action, des vignettes présentant des à plat, des mats, il ne faut pas hésiter à recouvrir la mise en train d’une étoffe moelleuse, pleine, élastique : Casimir, mérinos et, préférablement, satin. Nous ne sommes guère partisan du mérinos et nous repoussons absolument la toile de calicot pour recouvrir les mises en train. Ces étoffes sont dures et la trame, plus ou moins apparente, ne tarde pas, sous une forte pression, à laisser son empreinte à la surface des parties mates. Aussi, doit-on en éviter l’emploi lorsqu’il s’agit de tirer sur bois.
- A ce propos, nous indiquerons un moyen assez pratique pour donner aux gravures intercalées dans du texte la vigueur et l’intensité nécessaires si, par leur importance, elles demandent plus de valeur que le texte ; on aura ainsi la facilité de tenir ce dernier léger. Il s’agit simplement d’imprimer le texte à sec et de recouvrir seulement la mise en train des gravures d’un morceau d’étoffe — soie unie ou satin — coupé à la dimension et laissant à l’entour une marge suffisante pour l’épinglage sur le cylindre. Il est toutefois préférable d’assujettir l’étoffe avec de la colle claire, soit en enduisant seulement les bords, soit en collant à pleine colle, ayant soin d’en mettre la plus petite quantité possible pour ne point produire, à la pression, du gaufrage sur la mise en train, ainsi quelque peu ramollie. Il est vrai qu’il est
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- ÉTOFFAGE DES MACHINES
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- facile d’attendre un instant que la colle soit sèche et, au besoin, en cas d’urgence, faire sécher au fer ou bien passer au-dessus de l’étoffe une petite torche de papier enflammé.
- Sur les machines à platine, pédales ou autres, l’habillage se composera d’un blanchet mince, Casimir fin, par exemple.
- Les pédalistes ne doivent pas craindre l’étoffage de la platine ; avec l’emploi d’un blanchet léger, la pression est tout aussi franche et nette que s’ils se bornent à se servir de papier. Il faut admettre qu’une pression élastique fatigue beaucoup moins l’œil du caractère et la gravure des vignettes. L’imprimeur trouvera certainement son compte à garnir d’étoffe les platines de ses pédales. S’il s’agissait, cependant, d’une carte de visite ou autre tirage analogue, quelques épaisseurs de papier plus ou moins fort, mais bien glacé, sont d’un bon usage.
- Machines à retiration. — Il faut reconnaître que, si le blanchet de fond a du bon, il offre aussi certains mauvais côtés. Les avantages compensent-ils les inconvénients? Son but est d’éviter l’usure du caractère, évidemment; mais, par l’emploi d’un blanchet recouvrant la mise en train, ne peut-on supprimer le susdit blanchet de fond? Celui-ci n’est pas sans occasionner des défauts <le pression, fort agaçants pour le conducteur qui passe son temps a boucher des trous, et onéreux pour le patron que les longueurs de mises énervent, avec juste raison.
- Si, sur une machine, on prenait le même format, le blanchet de fond serait foulé aux mêmes endroits. Mais, comme la plupart du temps,on tire indifféremment un in-octavo après avoir tiré un Di-dix-huit, que l’on passe du carré au jésus, ou réciproquement, d en résulte que le blanchet de fond subit la pression tantôt à une place, tantôt à une autre, c’est-à-dire autant de trous à couvrir de bandes sur la feuille de mise en train. On y remédie bien en une certaine mesure en humectant le blanchet après l’exécution d’un tirage, mais l’effet n’en est pas moins défavorable si le blanchet n’a pas le temps de sécher. C’est bien assez d’être obligé de recouvrir la mise en train avec des blanchets trop souvent llsés, reprisés, autres causes de défauts de pression et motif, également, de pertes de temps. Il faut bien admettre, chaque lois le blanchet relevé pour coller les feuilles de foulage ou les béquets, que les parties usées ou les reprises — faites plus ou Uïoins habilement — ne retomberont pas toutes à la même place.
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- Les défauts de la seconde feuille de mise en train seront rarement en rapport avec ceux de la première, dans ces conditions.
- Etant donné les inconvénients que nous indiquons, la plupart des conducteurs en sont arrivés peu à peu à supprimer le Manchot de fond, le remplaçant par une forte toile serrée, sans nœuds ou aspérités, par-dessus laquelle on colle la feuille d’assise recouverte alors d’un Manchet.
- Sur les anciennes machines doubles, à gros cylindres, les tonneaux, comme on les nommait, il fallait fixer sur les cylindres une ou plusieurs feuilles de carton lisse et môme des plaques de zinc pour obtenir la pression nécessaire. Ce travail devenait toute une affaire, aussi le pratiquait-on le moins souvent possible.
- L’habillage des machines actuelles, à soulèvement, se fait en un tour de main. La disposition des tringles à Manchet, la facilité de la tension permettent de renouveler en peu de temps l’opération selon les besoins. Lorsqu’un Manchet de fond est établi sur les cylindres, et que l’on se sert de décharges pour le tirage, il est facultatif de ne pas recouvrir d’un Manchet la mise en train du côté de première. Meme sans l’emploi de décharges, on peut éviter le maculage de la contre-pression en collant, à la gorge du cylindre, une feuille de papier huilée ou pétrolée, que l’un des hommes d’équipe change de temps à autre, pendant un arrêt de la machine. Nous verrons plus loin ce qui a rapport au maculage et aux décharges: ne nous occupons donc, pour le moment, que de l’étoffage. Les impressions d’ouvrages illustrés, qui s’exécutent sans le secours des feuilles de décharge, nécessitent un Manchet de décharge au côté de première.
- Machines à réaction. — On habille ces machines avec un seul Manchet, molleton fort, lorsqu’il s’agit de journaux. Toute étoffe plongeante facilite beaucoup Légalité de la pression et remédie aux défauts de foulage. Gomme sur les machines précédentes, l’habillage s’y pratique avec commodité. Cependant, sur les réactions à labeurs permettant une certaine mise en train, l’habillage deviendra celui des machines en retiration.
- Rotatives. — Il y a lieu de faire une distinction; les rotatives à journaux seront étoffées comme le sont les réactions, avec des Manchets épais et forts venant atténuer, par leur élasticité, les défauts de foulage. Mais les rotatives destinées au tirage d’ou-
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- ETOFFAGE DES MACHINES
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- vrages à gravures devront être habillées avec des blanchets de même épaisseur que ceux employés sur les machines en retiration.
- Quant aux rotatives en couleurs, à papier continu, il en sera de même pour les blanchets; mais, en ce qui concerne les feuilles à coller sur les toiles, il faudra en augmenter le nombre à mesure que les cylindres s’éloignent de l’entrée en pression. C’est-à-dire que le premier cylindre, celui imprimant le côté de seconde, verso, comportera une feuille ; le cylindre suivant, où s’opère la pression de la première couleur du recto sera garni de deux feuilles; le cylindre venant ensuite en aura trois, et ainsi de suite. Le sixième cylindre se trouvera, de cette façon, avec six feuilles collées l’une sur l’autre. Cette augmentation successive du nombre de feuilles a pour raison l’entraînement du papier durant son parcours d’un bout à l’autre de la machine et aussi la sécurité du registre ou repérage des couleurs entre elles.
- En général, l’habillage d’une machine devenant excessif ou insuffisant, il produit à l’impression ce que l’on nomme dupapillotage. A cet égard, il existe un principe duquel un conducteur ne doit jamais se départir, et nous appuyons tout particulièrement sur ce point qui doit être l’objet d’une attention constant .
- A part les rotatives, où les cylindres ne sont pas organisés de la même façon qu’aux autres systèmes, les diverses machines fonctionnent avec sangles, bandes de support, couronnes ou cercles des cylindres. Ce principe consiste à étoffer en tenant compte de l’épaisseur de la mise en train, de manière qu’une règle appliquée dans la longueur du cylindre repose en même temps sur l’habillage et sur les couronnes du cylindre.
- Lorsque l’habillage est trop fort, le cylindre est forcément plus haut qu’il ne doit l’être normalement; il n’y a plus, dans ce cas, entraînement solidaire du cylindre et du marbre : c’est alors une frappe hésitée, un manque de coïncidence entre la mise en train et la forme, causes certaines de papillotage et de déplacement.
- Au cas où l’habillage est insuffisant, le conducteur bride le niarbre en descendant le cylindre outre mesure. Il y a gêne générale dans les organes de la machine et, si le conducteur veut se servir des supports pour éviter le papillotage qui se produit dans ces conditions, c’est qu’il n’aura pas observé le fait suivant : plus on place de supports partiels en face des blancs de la forme, lorsque l’étoffage est trop mince, et plus le papillotage augmente.
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- Il se produit, en marche, une vibration, une hésitation qui enlèvent à la frappe son apparence franche et nette.
- En faisant la mise en train, le conducteur aura soin de compter avec l’épaisseur des découpages, et il devra se persuader qu’en excentrant les cylindres par un excès d’épaisseur de papier, il peut tout aussi bien produire du doublage, du frisage ou du papillotage qu’avec un étoffage mal compris.
- En opérant sur une machine à plusieurs couleurs, qu’elle soit à marbres plats et cylindres, ou qu’elle appartienne au système rotatif, le conducteur ne devra jamais perdre de vue qu’en ajoutant une feuille sur un cylindre, si peu épaisse qu’elle soit, il augmente la circonférence du susdit cylindre et, par conséquent, il produit une modification du registre ou repérage dans le sens de la rotation. Au reste, le fait devient des plus palpables si, sur les mêmes formes, on passe une feuille de carte forte et ensuite une feuille de papier mince. La différence de repérage sera plus ou moins apparente selon la différence d’épaisseur entre la carte et la feuille de papier. Sur les rotatives à plusieurs couleurs, il suffit même d’une mise en train mal comprise pour dénaturer le registre une fois qu’il a été bien déterminé.
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- CHAPITRE IX
- LAVAGE ET MANIEMENT DES FORMES
- Lavées avant la mise sous presse, les formes de texte (mobile) ne doivent point l’être à pleine potasse, ni ensuite être aspergées d’eau. Dans pareil cas, il est indispensable de les laisser sécher, car, durant le fonctionnement de la machine, l’humidité remontant à la surface de la forme, elle s’opposerait au dépôt de l’encre sur l’œil du caractère.
- Lors de la mise en train, ou quand les travaux sont momentanément suspendus, l’ouvrier chargé de laver les formes ne doit donc prendre dans sa brosse que la quantité de liquide absolument nécessaire. Si par maladresse, ou nonchalance, les formes étaient mouillées au point de ne pouvoir se charger d’encre, on les dresserait sur le marbre qui serait ensuite convenablement essuyé avec un chiffon, ainsi que l’envers des formes. On placerait alors quelques maculatures de papier non collé sur le marbre, et on y abaisserait les formes, dont les coins seraient légèrement desserrés ; après quoi, avec un taquoir garni de papier sans colle, on cntaquerait toutes les parties : c’est ainsi que l’humidité a chance de disparaître. Les maculatures étant enlevées, on essuiera soigneusement l’envers des formes, qui seront alors taquées sur le marbre, et on passera des décharges jusqu’à ce que l’encre prenne parfaitement sur le caractère. Au cas où il y aurait excès d’humidité et si le tirage ne pouvait s’effectuer, il faudrait alors relever Entièrement les formes de la machine et les soumettre à la chaleur d’un foyer quelconque pour les faire sécher.
- Les formes ne contenant pas de bois gravés sont lavées à la potasse, au potassium; celles qui en contiennent doivent l’être à
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- l’essence (le térébenthine. On se sert, pour cet usage, de brosses serrées et rigides. D’ordinaire, la brosse destinée à l’essence est de moitié plus petite que celle servant au lavage à la potasse.
- Si l’on veut conserver les brosses de manière à en obtenir un long service, il est indispensable, quand elles ont été imbibées de potasse, de les rincer à l’eau et de les suspendre, afin qu’elles puissent s’égoutter. Sans cette précaution élémentaire, l’action corrosive de la potasse a bientôt raison du poil des brosses, qui disparaît rapidement ; on n’a plus alors entre les mains qu’un morceau de bois inutile.
- Il n’est pas nécessaire de charger les brosses d’une surabondance de liquide, pour les secouer et en chasser ensuite l’excédent, comme on en a la malencontreuse habitude ; c’est une perte dont il faut se dispenser.
- Pour laver une forme de texte, on passe légèrement la brosse sur toutes les pages, que l’on humecte aussi également que possible; puis on frotte, sans trop appuyer, tout en donnant à la brosse un mouvement circulaire : après quoi, on brosse en long et en large les bords de page, les titres courants et les lignes de pied. Il faut faire attention, pendant le lavage, à ne point casser de lettres; si cet accident a lieu, le corrigeur doit en être avisé; il y remédiera avant le tirage. En brossant, il ne faut pas appuyer avec force sur la brosse, dont les soies se coucheraient et se casseraient; du reste, les formes sont bien mieux lavées lorsqu’on les frotte de l’extrémité des poils, qui pénètrent ainsi dans l’œil de la lettre et le nettoient à fond.'
- Une forme de filets est lavée en frottant avec la brosse dans le sens longitudinal des filets eux-mêmes. Un chiffon humecté suffit quand les filets forment cadres.
- Une fois lavées à l’essence ou à la potasse,* on passe sur les formes une éponge humectée d’eau propre, pour en enlever le gras que l’essence ou la potasse y ont laissé; on extrait ensuite de l’éponge, à plusieurs reprises, l’humidité qu’elle a relevée de la forme. Enfin, avec un chiffon que l’on roule entre la paume des mains et le caractère, on l’essuie le plus sèchement possible.
- Il ne faut pas employer d’étoffe pelucheuse pour essuyer les formes, et, en outre, afin d’éviter les détériorations du caractère, les lettres ou vignettes éraflées, le conducteur aura soin de visiter les chiffons avant de les employer et d’en enlever les corps durs, tels que boutons, agrafes, etc.
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- LAVAGE ET MANIEMENT DES FORMES
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- Outre l’essence de térébenthine, on peut se servir, pour nettoyer les bois gravés, d’alcool, d’ammoniaque, d’essence de pétrole rectifiée, de sulfate de carbone, etc. Ces différents liquides ayant la propriété de s’évaporer rapidement ne peuvent par conséquent avoir aucune influence sur les libres du bois, dont ils ne pénètrent point les pores, l’évaporation se faisant à la surface.
- Le lavage à la potasse après tirage est l’unique cause de l’oxydation des clichés, plomb, zinc ou galvanos ; étant lavés à l’essence seule, ils sont par le fait recouverts, légèrement il est vrai, d’une couche vernissée qui intercepte cependant le contact de l’air et empêche que la décomposition du métal ne détruise d’une manière complète la taille de la gravure, ou ne dénature l’œil de la lettre au point de rendre l’impression impossible.
- On constate, au toucher ou avec un aréomètre, le degré de force de la dissolution alcaline. Plus elle est chargée de sels, plus elle est grasse sous les doigts, et plus elle marque de degrés au pèse-potasse.
- Pour laver les rouleaux, il ne faut pas que la potasse soit trop forte, sans quoi la matière en serait bientôt détériorée et mise hors de service; quant aux formes, il est utile au contrare que la dissolution soit chargée, afin que le nettoyage soit plus complet et plus profond, mais cependant pas au point de brûler les poils de la brosse.
- L’essence ne doit être employée que sur des formes comprenant des bois : le texte est toujours mieux lavé avec la potasse, qui pénètre mieux, nettoie plus à fond l’œil du caractère; non seulement c’est avantageux pour le travail, mais on y trouve une économie notoire quant aux frais de machines; une forte dissolution de carbonate de soude peut au besoin remplacer la potasse.
- Avant de transporter une forme d’un endroit à un autre, il est prudent de s’assurer du serrage des coins, surtout lorsque la forme est serrée depuis un certain temps. En séchant, le bois des biseaux et des coins diminuant de volume, le serrage est insuffisant et la composition, entraînée par son propre poids, peut tomber en pute. Il y a différentes manières de transporter les formes : en les dressant de champ sur l’avant-bras, les soutenant légèrement avec l’épaule ou la tête, mais sans appuyer afin que la forme ne soit pas défoncée. Les gens craintifs placent la forme à transporter sur un plateau et se mettent deux, un à chaque bout. Enfin, dans quelques imprimeries, où les distances à parcourir sont longues,
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- les ouvriers se servent d’un petit chariot sur lequel est posée la forme à mouvoir. Il se produit, presque généralement, dans toutes les imprimeries où il y a un certain mouvement de formes, des accidents dus à la négligence du personnel. Souvent, au moment de mettre sous presse, le conducteur s’aperçoit—ou ne s’en aperçoit pas — que des parties des pages, des lignes ont été écrasées, éraflées, aplaties. 11 en résulte un temps considérable passé en corrections faites lorsque les formes sont sous presse. Ces accidents deviennent fort préjudiciables à l’imprimeur qui doit chercher à les prévenir autant que possible.
- L’une des causes, toute naturelle, c’est l’accumulation exagérée de formes placées l’une devant l’autre et toutes appuyées contre la muraille. Quelques imprimeurs, il est vrai, se servent de cartons interposés entre chaque forme, du côté de l’œil de la lettre; d’autres emploient bien des planchettes séparant les formes, mais cette mesure prudente n’évite pas, d’une manière complète, les éraflures du caractère. Souvent, le carton posé est trop petit, ou la planchette trop étroite et pas assez longue. Nous savons bien que dans une imprimerie le local ne permet pas toujours d’avoir la place suffisante pour s’étendre selon les besoins ; nous savons aussi que le service des machines exige parfois la mise en tas des pauvres formes, tas dans lequel cherchent les margeurs quand le conducteur ne s’en donne point la peine. Aussi croyons-nous qu’en organisant des porte-formes étagés l’un sur l’autre, on pourrait gagner en hauteur la place nécessaire et éviter quelque peu l’entassement désastreux des formes.
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- DEUXIÈME PARTIE
- RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX SUR LES MACHINES
- CHAPITRE PREMIER
- GÉNÉRALITÉS RELATIVES AUX MACHINES EN BLANC
- Le premier soin du conducteur auquel on remet une machine fonctionnant depuis longtemps est de s’assurer de son état général et d’en rechercher les défauts; s’ils sont sérieux, il les fera constater par son chef immédiat, dégageant ainsi sa responsabilité personnelle. Les quelques indications suivantes pourront servir de renseignements, et seront utiles surtout aux conducteurs nouveaux dans leur métier.
- Les divers incidents qui surviennent inopinément sur une machine sont des plus complexes et tellement multiples, variés et inattendus, qu’il serait fort difficile de les signaler tous; nous nous attacherons à en indiquer les plus importants.
- Étoffage. — Avant la mise sous presse, le conducteur devra vérifier le mode d’habillage des cylindres de pression ou de la platine; si l’étolïage ne répond pas à la nature du travail qu’il va mettre en train, il le modifiera sans hésiter.
- Engrenage du cylindre et de la crémaillère. — Le point capital à examiner sur une machine en blanc est l’engrenage de la crémaillère avec la roue du cylindre, qui doit s’opérer d’une manière normale, c’est-à-dire ni trop à fond, ni avec du jeu entre les dents.
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- Par suite d’usure dans les coussinets de la bielle, le marbre peut avoir un moment d’hésitation occasionnant du retard à son départ en arrière. D’un autre côté, les galets des excentriques, commandant la tige de la dent d’arrêt, peuvent avoir diminué de diamètre, ou bien leur axe être usé et réduit. Il peut en être de même du boulon formant jonction de la tige à la dent d’arrêt, ainsi que de celui qui maintient cette dernière au bâti. Il se produit dans ces différents cas un retard, quelquefois peu sensible, de la dent d’arrêt, mais pouvant cependant amener les unes sur les autres les dents, dont la rencontre occasionne inévitablement la rupture de certaines pièces ; parfois, ce sont les dents qui se brisent et, souvent, la compression violente du métal fait éclater la roue du cylindre, là où la résistance se fait sentir.
- Cylindre. — Lorsque le cylindre, en revenant à son temps d’arrêt, n’y arrive point franchement et présente au contraire une oscillation plus ou moins sensible, préjudiciable au registre, il faut en rechercher la cause soit dans l’usure que nous avons signalée plus haut, soit dans celle de l’alvéole de la dent ou du galet du cylindre.
- Quelquefois, sur les machines ayant fourni un long service, les pointures mobiles font sentir sous la main du margeur une trépidation produisant l’agrandissement des trous de pointure et entraînant des écarts de registre. Cette trépidation provient du choc du galet des pinces pendant l’évolution du cylindre, sur l’excentrique fixe qui fait ouvrir et fermer les pinces. Il suffit d’un peu d’usure aux boulons unissant les tiges brisées pour que l’ébranlement de l’excentrique, qui n’est plus alors maintenu solidement, se transmette à la branche des pointures.
- Foulage. — En augmentant et en diminuant la pression du cylindre pour donner plus ou moins de foulage, le conducteur doit tenir compte de l’engrenage de la roue sur la crémaillère. Trop descendu, le cylindre peut occasionner dans la machine de graves désordres qu’il est facile d’éviter avec un peu de prévoyance et d’attention. En effet, les dents engrenant trop à fond peuvent faire baisser d’un bout et lever de l’autre le marbre au moment de l’engrenage, et, si la résistance est trop violente, la crémaillère et la roue peuvent se rompre, l’une ou l’autre, sinon toutes deux ensemble. D’autre part, si le cylindre est trop haut, l’engrenage des deux organes dont nous parlons ne peut être complet; les dents laissent entre elles un intervalle relatif, qui pro-
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- duit l’entraînement irrégulier du marbre par rapport au cylindre. C’est alors que l’impression papillote et qu’il se produit des déplacements, par conséquent des variations de registre quelquefois assez sérieuses pour que les feuilles ne puissent être acceptées.
- Coussinets. — Les tourillons de l’arbre du cylindre doivent être maintenus librement dans leurs coussinets, sans y être cependant trop lâches et trop à l’aise. Les coussinets, néanmoins, ne doivent point serrer l’arbre au point d’échauffer le métal ; s’ils étaient dans ce cas, l’huile en serait rejetée toute noircie et chargée de molécules métalliques; il y aurait alors urgence de les desserrer, sous peine de laisser les tourillons et les coussinets se gripper. O11 obtient un juste degré de serrage en procédant ainsi : au moyen de la vis de foulage supérieure, on serre les coussinets avec certaine force contre l’arbre, après quoi on remonte un peu la vis pour dégager les coussinets, qui prennent de l’aisance; on approche ensuite à nouveau la vis, dont l’extrémité maintient ainsi légèrement les coussinets.
- S’il arrivait que l’arbre du cylindre eût du jeu dans ses coussinets, quoique les bords de ceux-ci fussent en plein contact, on réduirait ces derniers à la lime, donnant ainsi du serrage aux tourillons de l’arbre, pour les maintenir d’une manière convenable. C’est à cette intention qu’il est utile de laisser un écartement entre les coussinets.
- Pinces. — Si le ressort des pinces n’a plus la tension suffisante, il ne leur communique pas la pression nécessaire pour retenir les feuilles pendant l’évolution du cylindre. On y remédie en plaçant un ressort plus fort et plus bandé. Le même effet a lieu si les noix soutenant la barre des pinces sont usées; il est essentiel de les regarnir.
- Quand les pinces tombent avant le moment exact et normal déterminé par la marche de la machine, il faut en attribuer la cause soit à l’usure du bec de l’excentrique fixe, sur lequel s’arrête le galet commandant la branche des pinces, soit à l’usure de l’un ou l’autre des boulons des tiges brisées, ou enfin à l’usure de l’axe du galet, à la lourdeur insuffisante du contrepoids ainsi qu’au manque de tension du ressort qui ramène l’excentrique.
- Encrier. — L’encrier est un des organes de la machine qui demande le plus de soin; il faut le tenir toujours en parfait état, et le réglage doit en être facile et commode. Les vis maintenant le couteau sur son support seront serrées modérément, de manière
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- que le couteau puisse subir aisément l’influence des vis de pression et de rappel, mais sans cependant être trop libre. Si l’encrier est dur à régler, et que, malgré le serrage des vis de pression, la lame ne se rapproche point assez du cylindre encreur pour diminuer, selon les besoins, la couche d’encre, c’est que les plaques vissées à chaque bout du couteau portent à fond dans la gorge que forme le cylindre, et qu’elles empêchent ainsi la lame d’avancer. 11 est nécessaire, dans ce cas, de réduire les plaques de manière à ménager un petit espace entre leurs bords et la surface du cylindre.
- Par l’usage, la lame a parfois besoin d’être repassée, c’est-à-dire qu’il faut lui donner la même épaisseur dans toute la longueur. Il est aussi utile, de temps à autre, de démonter l’encrier ' et de le nettoyer. Sur les machines en blanc, on se sert généralement d’encres siccatives qui, en séchant, finissent à la longue par former crasse entre la lame et le cylindre, interceptant ainsi le passage régulier de l’encre et produisant des variations de couleur.
- Réglage des encriers. — Nous n’abandonnerons point ce sujet, sans indiquer la façon méthodique de régler les encriers. Après un nettoyage, pour les remonter, on approche la lame du cylindre et on visse le couteau sur son support seulement pour l’y maintenir; ensuite, on pose chacune des vis de pression et de rappel à leurs places respectives, en les serrant sans forcer, tenant cependant celles de pression un peu plus serrées. Examinant à l’œil le degré d’écartement existant entre la lame et le cylindre, on le régularise au moyen des vis de réglage. 11 faut avoir soin de pousser toutes les vis contre le couteau et contre l’épaulement, et considérer surtout qu’une vis de pression, étant desserrée, peut donner de l’encre sur le cylindre en produisant l’écartement de la lame, tout aussi bien que la vis de rappel. De même, une vis de rappel, placée entre deux vis de pression, peut, par le desserrage, et par suite de la résistance que présentent ces dernières, jointe à l’élasticité de la lame, en occasionner le rapprochement, et par conséquent diminuer la quantité d’encre à la place même de la vis de rappel. C’est pour avoir la facilité d’obtenir ces effets, qu’il est indispensable que toutes les vis soient suffisamment serrées. Afin de rester dans ces conditions, tout en opérant fréquemment sur les vis, on procédera de la manière suivante.
- Veut-on donner plus d’encre, on desserre très légèrement les vis de pression, et on serre sans forcer celles de rappel ; il faut, en ce cas, agir graduellement, en passant de l’une à l’autre, et s’y
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- reprendre à plusieurs fois, au lieu de procéder brusquement, ce qui pourrait dérégler l’encrier.
- Veut-on diminuer l’encre sur le cylindre, on desserre d’une uianière peu sensible les vis de rappel et on serre doucement les
- de pression. On suivra, pour cette opération, les recommandations qui précèdent : recommencer à plusieurs reprises et ne pas dépasser le but que l’on veut atteindre.
- Avant de constater l’effet produit à l’impression soit par l’aug-Uientation, soit par la diminution de la couche d’encre sur le cylindre, il faut sur les machines mixtes — cylindres et marbre — laisser passer quinze ou vingt feuilles au moins. Nous le répétons encore, il vaut mieux serrer ou desserrer les vis de réglage peu à Peu, en y revenant à différentes fois, que de donner des coups de clé trop violents produisant un effet contraire.
- Cela étant bien compris, nous devons avertir les conducteurs inexpérimentés du danger sérieux que peut courir la machine lorsque l’encrier est serré à blanc, c’est-à-dire quand la forme se trouvant sous presse demande peu d’encre et que le cylindre encreur en est si peu recouvert qu’on aperçoit le fer, le couteau taisant frein.
- Il est facile de comprendre que les engrenages du cylindre encreur, rencontrant une certaine résistance entre la lame et le cylindre lui-même, il y a effort plus ou moins considérable; les dents, n’offrant pas une force suffisante pour détruire cette résistance, peuvent se briser et se rompre.
- Si, d’un autre côté, l’encrier est trop lâché, l’encre peut couler entre la lame et le cylindre, dont l’écartement trop large laisse dans ces conditions tomber l’encre sur la table.
- Prise d’encre. — Nous avons dit plus haut que le rouleau preneur acquérait un mouvement alternatif du cylindre encreur à la table et réciproquement. Nous avons aussi vu que ce mouvement tni est transmis par l’organe d’un excentrique fixé sur le prolongement du cylindre, et agissant sur un galet que soutient un coulisseau glissant, sous l’impulsion d’une vis à béquille, dans une cage. Cette cage termine une branche clavetée sur une tringle dont chaque extrémité repose et se meut dans des coussinets dxés sur chacun des bâtis. Enfin, ce sont deux autres branches, goupillées sur cette tringle à une distance déterminée par le mandrin du preneur, qui s’avancent sous l’encrier, et reçoivent les fusées du rouleau. L’une de ces branches forme une cage dans
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- laquelle est placé un coussinet que fait monter ou descendre une vis, arrêtée parfois par un contre-écrou. Quelques mécaniciens construisent les excentriques en deux ou trois pièces se dédoublant et pouvant présenter ainsi plus de surface au galet, qui, se trouvant maintenu plus longtemps dans la partie haute, établit lê contact plus prolongé du preneur contre le cylindre encreur.
- Fig. 79. — Excentriques d’encrier.
- Rouleau preneur. — Le diamètre du preneur doit être rigoureusement le même dans toute la longueur, de manière à donner une prise égale et régulière permettant d’obtenir une couleur suivie. Quelquefois, par une cause quelconque, entre autres quand la matière contient trop d’humidité, le rouleau diminue de diamètre au point de ne pouvoir, malgré le maximum de la course transmise par l’excentrique, se trouver en contact avec le cylindre. Le moyen de remédier à cet inconvénient assez fréquent est de contourner en spirale un cordon ordinaire autour de la matière et dans la longueur du rouleau; jen tirant légèrement le cordon, on obtient de chaque côté un bourrelet continu produisant une espèce de torsade.
- Les formes mises sous presse demandent une plus ou moins grande quantité d’encre et cela d’une manière tantôt régulière et tantôt irrégulière quant au réglage de l’encrier. Ces différences, ces irrégularités, ces variations dépendent de la disposition des formes, de leur composition, du genre d’imposition, de la quantité des pages blanches et de leur situation dans les formes par rapport aux pages pleines et compactes, enfin de la position et du nombre des gravures ou des vignettes intercalées dans les pages ou dans le texte. Il est facile de comprendre que là où les rou-
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- leaux ont à toucher trois pages compactes et serrées, il faut incontestablement plus d’encre qu’à la place voisine qui ne leur offrirait, par exemple, qu’une seule page à encrer, les deux autres étant blanches. C’est un fait tellement palpable et élémentaire qu’il R est point besoin d’insister.
- Or, la disposition et la composition d’une forme sont parfois telles que le conducteur se trouve dans l’obligation de forcer l’encrier — dont la lame finit par se fausser — pour obtenir avec Rn preneur ordinaire la répartition régulière de l’encre.
- L’imprimeur Claude Motteroz a imaginé une combinaison per-niettant d’éviter cet inconvénient; elle repose sur l’emploi d’un preneur disposé de la manière suivante : sur une tringle taraudée d’un bout à l’autre, on fixe une série de mandrins, recouverts préalablement de matière à rouleaux. Il faut avoir, de ces mandrins ou manchons, une certaine variété en tant que longueur, afin de satisfaire aux nécessités des tirages. Lorsque, dans les formes mises sous presse, il se trouve des bouts de pages, des lignes seules, des titres, des culs-de-lampe, des gravures isolées ou des vignettes habillées de texte, au moyen de ce preneur systématique, on a toute commodité pour régler l’encrage.
- Il est possible de simplifier ce preneur perfectionné et d’obtenir un résultat tout à fait identique en se servant des mandrins ordinaires. Serrant fortement, on enroule autour du mandrin une ma-culature corsée et solide dont on colle le bord extérieur dans toute sa longueur; le mandrin est ainsi recouvert d’une espèce de gaine. On le place alors tel quel dans le moule et on le recouvre de matière. Lorsque le rouleau a pris de la consistance, on le détaille par bouts, à la longueur voulue. Il faut couper la matière et la maculature jusqu’au fer du mandrin ; en tournant chacun des morceaux, comme si on les dévissait, on les fait glisser sur le mandrin pour les placer selon les nécessités de la touche. On obtient ainsi des manchons de différentes longueurs, faciles à monter sur le mandrin à mesure des changements de format et de la disposition des formes.
- Tout conducteur pourra quelquefois se tirer d’embarras par Rn autre moyen, remédiant complètement aux inconvénients que présentent certaines formes contenant des vignettes. Souvent celles-ci sont disposées de telle sorte, dans la composition, que le lexte les entourant accapare une partie de l’encre destinée seulement aux vignettes. L’aspect du tirage est surtout défavorable
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- lorsqu'on tire des gravures compactes avec à plat ou taille serrée ; le texte est alors rendu d’une manière lourde et pâteuse, due à la trop grande quantité d’encre, quantité nécessaire cependant aux vignettes et qui s’épanche sur le texte par l’action des distributeurs. Ce moyen, qui a donné prise à la plaisanterie, consiste simplement à garantir le cylindre encreur là où le rouleau preneur ne doit pas être recouvert d’encre : on se sert à cet effet de bandes de zinc enveloppant le cylindre et dont on réunit les deux bouts derrière l’encrier à l’aide d’une ficelle. C’est naïf, c’est primitif, mais l’idée est bonne et les résultats obtenus sont excellents ; on sait que les moyens simples sont souvent les meilleurs. Cette idée a suggéré, en Angleterre, la construction d’un petit appareil pouvant s’adapter facilement aux encriers. 11 se compose de deux montants fixés de chaque côté des bâtis par les boulons mêmes du support de l’encrier. Une traverse soutient une série de lames minces en métal et se recourbant, elles viennent s’appliquer sous le cylindre encreur, de façon à s’interposer entre le preneur et la partie où il ne doit pas se charger d’encre. Ces lames sont dirigées à volonté sur la traverse et y sont maintenues par des vis.
- On obtient un résultat identique en plaçant à l’intérieur de l’encrier ce que l’on nomme des plombs. Ce sont de petits blocs en plomb, fondus de la manière suivante entre le couteau et le cylindre. A une distance, correspondant à la largeur que l’on veut donner aux plombs, on dresse une cloison parallèle à la plaque de l’encrier, soit une planchette, du mastic de vitrier, ou de la terre glaise, etc., faisant en sorte de ne laisser aucun interstice. On coule alors du plomb liquide dans l’espace compris entre la cloison et la plaque, et avant le refroidissement complet de la fusion on y enfonce un piton, un clou à crochet, un bouton à tige, venant s’y souder et facilitant le maniement des blocs. Les plombs sont disposés de manière à supprimer l’encre aux endroits où le preneur ne doit pas s’en recouvrir.
- Les constructeurs organisent maintenant, sur certaines machines, un encrage perfectionné qui consiste à employer deux preneurs et une table cylindrique de laquelle l’encre est transmise à la table plate.
- Distributeurs. — Certains conducteurs n’attachent qu’une importance secondaire aux distributeurs. C’est pourtant, nous leur en donnons l’assurance, la plus grande erreur qu’ils puissent commettre. Le praticien sérieux et expérimenté ne s’y trompe
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- point, car il sait fort bien que d’excellents toucheurs donneront une impression imparfaite, si la distribution n’est irréprochable et bien comprise.
- Les rouleaux distributeurs, d’après leur disposition oblique par rapport au plan de la machine, acquièrent sous l’impulsion de la table un mouvement longitudinal qui les y fait rouler alternativement dans un sens lorsque la table se dirige à l’arrière, et dans un autre quand la table revient en avant. On complique le mouvement distributif en obliquant les rouleaux en forme d’angle; de cette manière, ils prennent chacun une direction opposée. Aussi la meilleure distribution est celle qui affecte la forme du W, c’est-à-dire quand les rouleaux sont parallèles de deux en deux. Cette disposition ne peut dépendre que du développement de la machine et de la construction des peignes ou fourchettes.
- Certains tirages nécessitent parfois une distribution droite ; de la sorte, les rouleaux établis perpendiculairement au plan de la machine et parallèles entre eux n’ont aucun mouvement longitudinal. Il y a lieu, dans ce cas, d’organiser les fourchettes en prévision de cette éventualité. Les mécaniciens feront bien de les disposer de telle façon qu’elles puissent être avancées ou reculées à volonté sur les bâtis, selon les nécessités de la distribution, qui serait en outre de beaucoup facilitée si les fourchettes ou peignes étaient établis en plusieurs pièces pouvant glisser et se mouvoir dans la longueur des bâ'is. En tenant les peignes isolés et montés sur une tige agissant librement sur les bâtis, ils peuvent avoir ains un mouvement giratoire leur permettant d’être placés dans n’importe quelle direction.
- Pendant un temps, on a beaucoup parlé d’un système américain facilitant le tirage simultané de plusieurs couleurs sur une machine sans craindre leur mélange par le mouvement croisé des distributeurs. A notre connaissance, il n’y a guère eu d’application en France de cet organe, dit appareil Bacon, qui consiste à remplacer la table à encrer d’une seule pièce par une série de plaques montées sur pivot et formant un ensemble d’articulations, chaque plaque obliquant alternativement dans un sens opposé. L’encrier, bien entendu, est divisé par des cloisons en autant de séparations qu’il y a de couleurs à tirer à la fois. Les plaques sont mises en mouvement au moyen d’un mécanisme des plus simples placé sur le côté des bâtis et sous la table. Avec l’appareil Bacon, 11 est donc possible de tirer plusieurs couleurs les unes à côté des
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- autres avec une distribution droite des rouleaux. Ce sont les plaques mobiles qui produisent la distribution des couleurs.
- Pour que la matière des distributeurs fatigue le moins possible, les fusées des mandrins doivent porter au fond des fourchettes lorsque la table les fait tourner, aussi est-il bon d’y placer des vis.
- Si les extrémités des rouleaux s’arrachent par le contact continu de la table, c’est que les bords de cette dernière ne vont pas assez en biseau ou bien que les distributeurs, étant trop bas, buttent avec violence contre la table à son retour. En général, l’effleu-rement dont nous parlons provient de ce que la table, abandonnant les distributeurs, les fait tourner dans un sens et qu’à son retour, si la rotation qu’elle a communiquée aux rouleaux continue, il y a un froissement contrarié tendant à en déchirer la matière. La petite quantité d’encre couvrant les bords de la table peut être également cause de cet effleurement de la matière des distributeurs, particulièrement si les bouts des rouleaux ont été trop humectés.
- Toucheurs. — Pour obtenir une bonne touche, il est nécessaire que les rouleaux toucheurs soient bien réglés sur leurs chemins. Le conducteur s’en assurera en amenant la forme sous les toucheurs; les galets devront effleurer les chemins, et la matière toucher superficiellement l’œil de la lettre. S’il existe un écart entre les galets et les chemins, il est indispensable de rehausser ces derniers. Dans le cas contraire, lorsque les galets portent sur les chemins et que les rouleaux ne touchent pas à l’œil de la lettre, c’est que les chemins, se trouvant trop haut, ont besoin d’être baissés. Il est prudent de goupiller les galets au lieu de les fixer par des vis. La trépidation continuelle des rouleaux pendant la marche de la machine peut desserrer les vis; en tombant sur les bandes de support ou sur la crémaillère, elles seraient à même d’occasionner la rupture de quelque pièce.
- Pointures. — Les pointures fixes sont vissées sur le cylindre, dans les trous qui y sont percés et taraudés. Ce sont elles qui percent le papier lors du premier tirage. Afin de ne pas commettre d’erreur à la retiration, en retournant le papier dans le mauvais sens, on tient la pointure du bas, celle de l’entrée en pression, plus près du bord de la feuille que celle de la sortie. Celle-ci à la retiration sera enlevée, pour éviter un second trou dans le papier.
- Le cordon supérieur et le cordon inférieur doivent être placés chacun d’un côté des pointures.
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- Le papier n’étant pas nettement perforé et les trous arrachés plutôt que percés, c’est un indice de pointures trop hautes ou du manque de tension des cordons entraîneurs. Dans ces derniers cas, le mouvement des tringles et des cordons n’étant plus en rapport avec la rotation du cylindre, il en résulte un moment d’hésitation lorsque la feuille, abandonnée par les pinces, se dirige vers la sortie. Cet instant d’arrêt, peu appréciable, est pourtant suffisant pour que les pointures entraînées par le cylindre avancent plus vite que la feuille, produisant ainsi la déchirure du papier.
- Si les pointures 11e percent point les feuilles, c’est que le cordon inférieur 11’est pas assez tendu.
- Quand les trous sont trop grands, il y a lieu de diminuer la hauteur et le diamètre des pointures. Lorsqu’on ne veut pas les réduire, on obtient un résultat identique en collant à l’entour un bourrelet de papier qui ne laisse surgir que l’extrémité de la pointe.
- Pour mettre en retiration et faciliter le registre, on adapte au cylindre des pointures dites à coulisse; cette pointure se compose d’un petit ardillon rivé sur une plaque en tôle mince et étroite d’environ trente ou quarante millimètres de longueur, dans laquelle est pratiquée une ouverture longitudinale de quelques millimètres. C’est une vis à tête plate, passant par cette boutonnière et prise dans un des trous de pointure, qui maintient la coulisse. Par cette disposition, l’ardillon peut être dirigé en divers sens déplaçant la feuille sur le cylindre, soit en hauteur, soit par côté.
- Lorsque le format ne permet point de se servir des trous % taraudés dans le cylindre pour fixer les pointures, on peut employer un genre de pointures dites punaises. Du papier encollé maintient cette pointure à la place qu’elle doit occuper sur le cylindre.
- Les pointures mobiles sont celles qui, fixées sur une branche, montent et descendent en passant par les orifices percés dans la table de marge. Elle sont tenues par un support à vis, allant et venant dans le sens latéral et longitudinal, de manière que l’on puisse établir le registre le plus exactement possible. ’ f :
- La plupart des machines destinées aux travaux de luxe ou de couleurs sont organisées avec pointures automatiques ou munies de Y appareil Taesch. Les premières, disposées sur une tringle- située à l’intérieur du cylindre, pénètrent dans un orifice
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- ménagé à même la fonte du cylindre, laissant saillir leur extrémité durant l’impression de la feuille qu’elles percent alors d’un trou aussi petit que possible. Le mouvement de sortie et rentrée leur est communiqué par un excentrique extérieur contre lequel butte un galet attenant à la tringle.
- L'appareil Taesch consiste en deux taquets fixes placés à l’endroit de la marge et contre lesquels le margeur pose la feuille pour l’impression. Avant le départ de chaque feuille, une pointure correspondant à chacun des taquets perfore le papier d’un trou parfaitement rond et de quelques millimètres de diamètre, cela au moment du tirage en blanc. Lors de la retiration, la feuille étant margée aux taquets, les trous pénètrent d’eux-mêmes dans les pointures qui ramènent ainsi la feuille à sa véritable position. Le registre et le repérage des différentes couleurs sont parfaitement assurés dans de pareilles conditions.
- Taquets de marge. — Les taquets en avant sont préférables, en raison des différences trop fréquentes de la dimension des papiers. Ces taquets, que conduit un galet, se lèvent au départ du cylindre pour laisser partir librement la feuille, pendant que Yabat-feaille agit sur le bord du papier qu’il applique sur le cylindre.
- Quand la machine est disposée pour marger aux taquets en arrière, c’est-à-dire fixés sur la table de marge, et qu’il se présente quelques feuilles plus étroites pendant le tirage, il peut se faire qu’elles ne soient point prises par les pinces; dans ce cas, les taquets en avant sont nécessaires.
- Cordons. — On se sert de cordons dont la largeur varie selon l’emploi qu’on en fait. Il y a les demi-cordons, les cordons ordinaires et les doubles cordons. Voici leurs dimensions :
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- Demi-cordons................. 0,003 à 0,005 millimètres.
- Cordons...................... 0,009 à 0,010 —
- Doubles cordons...............0,017 à 0,020 —
- Les matières premières servant au tissage des cordons sont le fil, le coton et la laine.
- Les cordons en laine sont d’un prix plus élevé que les autres ; ils ont plus d’adhérence en raison de leur tissu, mais ils subissent sensiblement les variations de la température en s’allongeant ou se rétrécissant selon le degré d’humidité de l’atmosphère.
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- Ils sont, en outre, sujets à être attaqués parles mites; il faut <lonc y faire grande attention lorsqu’ils sont en pelotes et mis en réserve.
- Avant de coudre les cordons, il est utile de les étirer dans leur longueur; la couture doit être plate, présenter le moins de volume possible, et être solidement faite.
- Il faut prévoir les désagréments résultant d’un cordon mal cousu, ou dont la couture s’userait à la longue; le conducteur doit donc avoir la précaution de faire vérifier fréquemment les coutures de tous les cordons de la machine. Cette mesure acquiert «ne grande importance sur les machines à journaux, dont le service est fait rapidement et qui pourrait être entravé d’une manière fort préjudiciable par ce manque d’attention et de prévoyance.
- Quand il s’agit de coudre un cordon, on le tend, une fois passé sur les tringles, en tirant les deux bouts, que l’on place l’un sur l’autre et que l’on réunit par une épingle; puis, avec du fil d’Ecosse ciré, on forme trois chaînettes en surjetant, une le long de chaque bord et une au milieu, si ce sont des cordons ordinaires ; quatre chaînettes, si la couture est faite sur des cordons doubles.
- Nous conseillons, en cousant, de ne point tourner le fil autour des bords, car, par le frottement continuel contre les joues des poulies ou les branches des guides, le fil ne tarderait pas à s’user et les cordons à se découdre.
- Quant aux machines à platine, et entre autres les pédales, la première des conditions normales du travail est le parallélisme parfait entre la platine et le marbre. On l’obtient facilement au moyen des quatre vis, généralement disposées derrière la platine. Au reste, nous verrons plus loin les particularités se rattachant à ve système de presses.
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- CHAPITRE II
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- Nous avons à peu près donné toutes les indications utiles relatives aux machines à gros cylindres, lorsque nous nous en sommes occupés précédemment. Nous reporterons donc sur les machines à soulèvement les explications et les renseignements se rapportant par leur généralité aux différents systèmes de machines en retiration.
- Etoff'age des cylindres de pression. — C’est sur une tringle plate que l’on coud le hlanchet de fond enveloppant la partie destinée à opérer la pression ; dans la longueur et sur le bord libre, on ourle ou surjette une bande de toile suffisamment large pour qu’elle atteigne à la tringle servant à tendre l’étoffe et placée dans la gorge. La tringle plate s’adapte au cylindre de la même manière que sur la machine en blanc. On recouvre ce hlanchet d’un calicot cousu également après une autre tringle plate que l’on place par-dessus la première. Le calicot doit être fortement tendu et épinglé sur les trois bords. La feuille d’assise, destinée à recevoir la mise en train, est collée sur le calicot, soit à pleine colle, soit seulement à la gorge et à la sortie de pression, après l’avoir préalablement mouillée.
- Selon la nature des travaux, les tirages sont exécutés à sec, ou bien on recouvre la mise en train d’un second blanchet plus mince que celui de fond. En imprimant avec feuilles de décharge, l’habillage que nous indiquons permet d’éviter l’emploi du blanchet recouvrant la mise en train, car on n’a pas à craindre, dans ce cas, le maculage, et l’on peut réaliser ainsi une économie notable sur les étoffes, sans pour cela que le caractère ait à en
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- souffrir. Il ne faudrait pourtant pas tirer à sec lorsque les formes mises sous presse contiennent des vignettes, à moins toutefois qu’elles ne soient légères et ne comportent que des traits.
- Bandes. — On doit avoir soin de bien les graisser et, pour éviter le choc des glissières contre les plaques qui ferment les bandes, on peut fixer à chaque bout des morceaux de liège ou de gutta-percha. Lorsqu’une glissière est amenée trop en avant par le marbre, pour la repousser on place à l’extrémité de la bande une pièce quelconque qui l’éloigne.
- Marbre et galets de pression. — Il faut que les galets placés sous le marbre tournent au moment où s’opère la pression, mais il importe aussi qu’ils ne brident point la machine; on doit pouvoir les faire tourner à la main. Lorsqu’ils restent inactifs, on les exhausse en plaçant sous leurs coussinets des épaisseurs de zinc, carton ou papier. S’il se produit du papillotage, il est essentiel de s’assurer avant tout si le marbre est bien soutenu par les galets de foulage et de ne mettre des supports sous les sangles qu’à bon escient. Il arrive souvent que, par suite d’un usage exagéré des supports, surtout quand les galets ne fonctionnent point, le marbre subissant une pression excessive se cintre, et donne (dors un foulage défectueux. D’une manière générale, les constructeurs ont très avantageusement remplacé les galets de pression par des bandes posées d’un bout à l’autre des bâtis.
- Cylindres de pression. — Pendant que s’opère la pression, si l’arbre des cylindres fait sentir sous la main des secousses successives provenant de la chute de ceux-ci dans les blancs de la forme, c’est un indice certain du manque de serrage de l’arbre dans ses coussinets. Des cylindres maintenus trop librement ne peuvent produire qu’une impression papillotée et occasionner des déplacements de la mise en train par rapport aux formes. Aussi importe-t-il de laisser entre les bords intérieurs des coussinets un écartement de quelques millimètres, destiné à éviter le jeu que pourraient, à la longue, prendre les arbres si les coussinets se trouvaient en contact. Afin de parer à l’usure des coussinets, sur certaines machines, le constructeur installe sous les coussinets inférieurs des coins d’acier commandés par une vis. En serrant la vis, le coin fait monter le coussinet inférieur, le rapprochant du coussinet supérieur ; l’arbre du cylindre est ainsi maintenu d’une manière normale. L’insuffisance de tension des ressorts du soulèvement fait osciller les cylindres lorsqu’ils sont soulevés ; ce
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- tremblement est une des causes de variation du registre. Dans le premier cas, les montants restent immobiles ; mais, au contraire, lorsque les secousses proviennent du peu de tension des ressorts, ce sont les montants qui transmettent les oscillations aux cylindres : rien n’est plus simple que de constater ce fait. Il y a donc lieu, d’une part, de resserrer les écrous des chapeaux maintenant les coussinets ou de serrer la vis agissant sur le coin d’acier, et, d’autre part, de serrer, au moyen d’une broche, les goujons vissés sur les tiges taraudées qui traversent les ressorts de soulèvement.
- Le mouvement alternatif des cylindres doit être franc ; le soulèvement doit se faire sans hésitation et coïncider d’une manière exacte avec le changement de direction de la course du marbre. L’usure des excentriques ou de leurs galets commandant les entretoises mouvantes peut avancer ou retarder le soulèvement régulier des cylindres. Il peut arriver aussi qu’à la suite d’une réparation faite à la machine, l’engrenage communiquant l’impulsion à l’arbre des excentriques ne soit pas repéré juste; la différence d’une ou deux dents suffit pour modifier le soulèvement à un tel point que les cylindres rabotent les formes au retour du marbre. Enfin, l’usure des rotules ou de leurs centres d’appui est une cause de l’irrégularité du soulèvement, et aussi de secousses successives pendant la pression.
- Les cylindres, étoffés comme nous l’indiquons et réglés à la hauteur du mobile, seront en rapport avec l’état général de la machine. Si cependant la nature des tirages nécessitait de remonter les cylindres, par exemple, lorsqu’il faut recouvrir la mise en train d’un blanchet, on comblerait l’écartement produit entre le cercle des cylindres et les bandes de support, soit par la pose de sangles plus épaisses, soit en collant des supports de continu ou en exhaussant les bandes de support. On s’assure si les cylindres sont assez supportés en plaçant sur chaque bande de support une épaisseur de papier que l’on fait passer en pression, et qui doit porter l’empreinte du quadrillage de la sangle. D’un autre côté, il ne faudrait pas que le tissu de la sangle fût laminé par la pression ; la machine serait alors trop bridée. Nous rappelons, à ce propos, ce que nous avons dit plus haut relativement aux galets de pression, qui ne doivent pas soulever le marbre.
- Quand les cylindres, faute d’un habillage suffisant, sont tenus trop bas, il est rare que les sangles ne soient pas coupées à l’en-
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- droit où s’opère le retour. Il est, du reste, facile de se rendre compte s’il y a nécessité de remonter les cylindres et de grossir l’étoffage. On examine sur le cercle ou couronne s’il existe une partie brillante; de même, faisant une marque avec du blanc ou Une couleur, quelconque sur la bande de support, là où sont coupées les sangles, on fait opérer un ou plusieurs tours à la machine; la couleur se déposera sur les cylindres s’ils sont trop bas. Enfin, plaçant sur les supports une épaisseur de papier, si, au retour du marbre, elle est retenue par le cylindre, c’est un indice que le soulèvement est en retard ou que le cylindre n’est pas à la hauteur voulue.
- Pinces. — La transmission de la feuille est un point très important, car c’est d’elle que dépend la régularité du registre. Elle ne pourra se faire dans de bonnes conditions que si la prise est réglée avec connaissance de cause. Une feuille trop engagée dans les pinces du cylindre côté de seconde peut être butée à la transmission par celle du côté de première qui la repousse ou la déchire ; d’autre part, trop peu de prise offre l’inconvénient de faire tomber les feuilles dans les rouleaux, ce qui entrave le fonctionnement productif de la machine. Le conducteur s’assurera, par lui-même, de la place qu’occupent entre elles les pinces et les poupées ou goujons. Les pinces du côté de première doivent s’enchevêtrer régulièrement entre celles du côté de seconde; la rencontre de deux pinces peut fausser la barre qui les soutient ou les rompre sous le choc. Il faut aussi avoir soin de ne point laisser une pince d’un cylindre se rencontrer avec un goujon de l’autre cylindre. Cette pince en s’accrochant peut empêcher le ressort d’agir et les pinces de tomber sur les goujons; si elles restaient ouvertes pendant la rotation du cylindre, elles écraseraient inévitablement les formes. De même, avant de faire fonctionner la machine, le conducteur doit avoir la précaution de vérifier avec attention si aucun des cordons ne porte sur les pinces; ce serait encore une cause anormale.
- En déplaçant les pinces et les goujons, il ne faut pas serrer avec trop de force les vis qui les maintiennent; ces pièces en bronze, métal cassant de sa nature, peuvent se rompre sous un effort trop violent.
- Comme nous l’avons déjà dit, l’extrémité des pinces, quand elles sont en bronze, s’abat sur des morceaux de caoutchouc maintenus par les poupées. Pour les fixer d’une manière solide, on les
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- chauffe : ils adhèrent mieux ainsi sur le métal. Il est essentiel que ces caoutchoucs soient tous de même hauteur, sans quoi les pinces ne prendraient point la feuille également; ceux d’entre eux qui surélèvent les pinces doivent être réduits. Lorsque les pinces sont en acier, elles s’abattent sur le goujon même dont la tête est quadrillée ou cannelée afin de mieux retenir la feuille. En frappant du bout du doigt légèrement sur la pince, si elle rend un bruit sec par le choc contre le goujon, c’est qu’elle ne prend pas; ouvrant le porte-pinces il faut alors forcer un peu la pince en la recourbant légèrement.
- Pour que le mécanisme des pinces fonctionne librement, on doit graisser la tringle brisée sur laquelle est enroulé le ressort à boudin et la démonter de temps à autre pour le nettoyage, La poussière produite par le papier forme un cambouis qui, avec le temps, empêche les pinces de se fermer, occasionnant l’écrasement des formes. On doit de même avoir la précaution, surtout sur les machines à vitesse précipitée, de vérifier souvent l’état de l’engrenage du pignon sur le secteur. La transmission ne peut avoir lieu d’une manière exacte s’il y a trop de jeu entre les dents; leur usure peut même occasionner le manque d’engrenage, autre source de sérieux accidents. L’irrégularité de la transmission peut aussi provenir du jeu existant dans les noix fixées aux cylindres où se meuvent les tourillons de la barre des pinces. Enfin, les cames, dont le but est de faire ouvrir les pinces, ont une influence capitale sur la transmission. Lorsque les pinces du côté de première n’ont pas assez de développement en s’ouvrant, et que leur extrémité passe au-dessus de la feuille au lieu de passer en dessous, il faut regarnir la came ou grossir le galet de la manivelle. L’usure de ce galet ou de son axe est parfois cause d’une transmission défectueuse. Au contraire, si les pinces s’ouvrent d’une manière exagérée et que leur dos vienne porter sur'la barre des pinces du côté de seconde, il y a nécessité de diminuer la came ou de réduire le galet de la manivelle. Quand la transmission s’opère avec une avance ou un retard dans son mouvement, le conducteur vérifie avant tout si le repérage du pignon sur le secteur est à son point; la différence d’une dent suffit pour changer le moment de l’ouverture des pinces. L’irrégularité étant peu sensible et les engrenages repérés, on ramène la transmission à son état régulier en déplaçant un peu la came dans la direction indiquée par le défaut. A cet effet, on ovalise les trous du porte-
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- cames que traversent les vis pénétrant dans la came à déplacer, et l’on peut ainsi avancer ou retarder le moment de l’ouverture des pinces.
- Les variations de marge sont souvent dues à ce que les pinces n’ouvrent pas assez, et à ce que leur extrémité, touchant la feuille au passage, la fait dévier de sa position au départ.
- Cordons. — La tension des cordons supérieurs est obtenue au moyen d’un contrepoids qu’il faut placer de manière que son action ait lieu lorsque les cylindres montent et descendent. Les cordons doivent être tendus également, car, à la transmission, la feuille pourrait être plus tirée d’un côté que de l’autre: ce serait alors une cause de variation de registre. La tension de ces cordons doit être suffisante pour produire l’entraînement du rouleau de la marge en décharges. Il faut faire attention que la goupille, traversant la tringle des tendeurs, ne porte pas sur l’arrêt fixé aux montants soutenant cette tringle. Dans le cas où la goupille porterait sur l’arrêt, les cordons, au moment du soulèvement du Cylindre côté de première, n’ayant plus la tension nécessaire, n’entraîneraient pas le rouleau de la marge en décharges et Celles-ci partiraient de la façon la plus irrégulière.
- De la disposition des tringles et de la sortie de feuille dépend en grande partie la régularité du registre. Pendant la transmission, si au moment où les pinces de deux cylindres sont ouvertes, et lorsque la feuille se trouve libre, les cordons supérieurs ne la maintiennent pas suffisamment sur le cylindre du côté de seconde, il est certain que, par la trépidation de la machine ou par le frôlement de la décharge qui s’avance pour s’interposer, la feuille peut se déplacer en passant d’un cylindre sur l’autre. Aussi est-il important de rapprocher aussi près que possible de la Prise la tringle voisine du cylindre côté de seconde, placée à sa Partie supérieure sous la marge en décharges, afin d’établir un contact aussi prolongé que possible des cordons sur le cylindre côté de seconde. En amenant une feuille à la transmission, au Point où les pinces des deux cylindres sont ouvertes, et en la tirant par le bord libre, c’est-à-dire celui de la fin de pression, on peut se rendre compte de la force avec laquelle les cordons maintiennent la feuille sur le cylindre du côté de seconde.
- Nous avons indiqué une sortie de feuille que certains constructeurs ont, avec raison, adoptée pour leurs machines doubles. Yoici le motif de la disposition que nous conseillons d’appliquer. Lors-
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- qu’un grand format est sous presse et que les formes couvrent entièrement les marbres, avec une sortie de feuille incomplète, il se produit des variations de registre. En effet, il ne peut en être différemment, les pinces lâchant la feuille avant que celle-ci soit entièrement imprimée et, en outre, la feuille commençant à quitter les cordons avant que la pression soit terminée. Par ce fait, l’entraînement de la feuille est irrégulier ; jusqu’au moment où les blancs des formes, de leur partie extrême arrivent à la tangente de pression, la feuille se trouve abandonnée complètement; c’est ce qui explique les variations fréquentes de registre sur les grands formats, aux pages placées à la fin de pression. Par l’adjonction d’un rouleau de petit diamètre placé à la partie supérieure du cylindre, côté de première, les cordons enveloppent ce dernier sur une plus grande étendue et maintiennent la feuille pendant toute la durée de l’impression de la forme correspondant à ce cylindre.
- Marge en décharges. — La marge en décharges ne fonctionne bien qu’aux conditions suivantes : les poulies des tendeurs et les tringles demandent un bon graissage, car il est essentiel qu’elles tournent librement les unes sur leur axe, les autres sur leurs supports. Les cordons de la marge en décharges ne doivent être ni trop lâches ni trop tendus ; dans les deux cas les décharges partiraient de travers et toutes plissées ; il en serait de même si leur tension était trop inégale. Pour agir d’une manière satisfaisante, les cordons doivent être en nombre suffisant. Il importe que les boules fixées sur la tringle de la marge coulante prennent avec la même force ; l’irrégularité de la prise occasionne du biais dans le départ des décharges. Enfin, le rouleau sur lequel s’abaissent les boules doit être suffisamment entraîné par les cordons supérieurs, qu’il faut tendre à cet effet le plus possible. Les décharges sont margées sur le côté contre un taquet et en avant sur des guides qu’il est bon de Coller à la table de marge, afin d’obtenir une régularité à laquelle il est difficile d’atteindre sans points de repère. Ces guides sont de la plus grande utilité, car des décharges trop avancées tombent parfois dans les rouleaux, occasionnent des plis aux bonnes feuilles et sont coupées sur le bord par les pinces. Le retard des décharges apparaît visiblement à l’impression du côté de seconde, dont les parties où l’interposition n’a pas eu lieu sont maculées par la contre-pression du côté de première. Le margeur en décharges n’en doit passer qu’une seule à la fois, afin de ne pas
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- augmenter le foulage de la forme du côté de première, cause d’impression lourde.
- Poulies et bagues des cordons. — On ne saurait trop prendre de précautions en tout ce qui concerne les machines, aussi est-ce une excellente mesure que d’adopter les poulies soutenues par deux branches entre lesquelles passent les cordons. Le conducteur peut alors être tranquille de ce côté, car si par suite d’un motif quelconque les cordons tombent et s’échappent des poulies, ils n’écraseront point le caractère, étant ainsi maintenus par les deux branches dans la direction qui leur est assignée.
- Les bagues ou viroles qui retiennent les cordons sur les tringles y sont fixées par des vis ou maintenues par leur propre élasticité. Sur les machines ayant fourni un long service, il arrive souvent que ces viroles perdent ou leur vis ou leur élasticité et glissent alors facilement sur les tringles, amenant ainsi les cordons sur le texte qu’ils écrasent. Pour éviter ce déplacement et maintenir les bagues dans les blancs des formes, on enroule sur la tringle, pour former épaisseur de chaque côté, des bandes de papier enduites de colle de pâte, produisant ainsi un arrêt qui empêche les bagues de glisser.
- Mouvement du marbre..— Ainsi que nous l’avons vu, le marüre va et vient sur les bandes, entraîné qu’il est par la crémaillère fixée en dessous et que met en mouvement un pignon soutenu à l’extrémité de l’un des arbres de la genouillère. Ce système repose sur des principes mécaniques que les constructeurs cherchent à appliquer de la manière la plus avantageuse. Les organes consti tuant ce mouvement, un des plus actifs de la machine, fatiguent beaucoup ; leur usure devient la cause de certaines défectuosités au tirage, telles que déplacement, papillotage, etc. Pour éviter l’usure rapide des dents, Normand eut l’idée de construire un pignon de grand diamètre, dont le nombre de tours sur la crémaillère était moindre qu’avec l’emploi d’un pignon de petit diamètre s’y développant plus de fois. Mais, plus le diamètre d’un pignon est grand, plus l’angle formé par l’arbre de la genouillère s’écarte de l’horizontale, plus grande aussi est l’ellipse décrite par le pignon pendant sa course au changement de direction, et enfin, plus il perd de temps dans son parcours au long des croissants. C’est l’inconvénient auquel Normand a remédié par l’emploi du pignon elliptique se développant sur une crémaillère ondulante. b<e but de cette disposition est de régulariser la marche du marbre
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- et de regagner pendant sa course le temps perdu par rapport à la rotation des cylindres. Si ce n’était la question d’usure, avec un pignon de diamètre réduit et la crémaillère placée en dehors de l’axe central du marbre afin de diminuer l’angle formé par la course de l’arbre, on réduirait l’ellipse décrite par le pignon à une valeur, il est vrai, mathématiquement appréciable en théorie, mais véritablement nulle en pratique.
- C’est en opérant une demi-rotation, pour passer d’un côté de la crémaillère à l’autre, que le pignon pivote autour de la grosse dent terminant la crémaillère à chaque bout. La genouillère agit pendant l’évolution du galet dans le croissant; à ce moment, l’arbre coulissant change par son propre engrenage avec la crémaillère la direction du marbre.
- Déplacement. — On entend par déplacement l’absence de coïncidence parfaitement exacte entre les marbres et leurs cylindres de pression. Il provient le plus souvent de l’usure des dents du pignon de commande, de la roue intermédiaire, ou de celles des cylindres. Le déplacement peut également prendre naissance à la suite du jeu existant entre les dents de la crémaillère et de son pignon ; il peut aussi se produire par l’usure du carré de la genouillère. Il est facile de savoir à laquelle de ces pièces on doit attribuer le déplacement. C’est en remuant le volant par petites secousses alternatives, en tournant et détournant, que l’on peut s’en rendre un compte exact.
- Pendant ces secousses peu sensibles, si le pignon de commande remue sans transmettre le mouvement à la roue intermédiaire, c’est un indice d’usure de l’une ou de l’autre denture, ce qu’il faut rechercher en poussant l’investigation plus loin. A cet effet, on allongera les secousses modérément, de manière que le pignon agisse sur la roue intermédiaire ; si celle-ci ne fait pas bouger la roue du cylindre sur laquelle elle engrène, on peut être certain que ce sont les dents de la roue intermédiaire qui sont usées. Ce serait alors cet organe qu’il faudrait remplacer ou faire engrener plus profondément on ovalisant les trous de boulons qui fixent au bâti la pièce supportant la roue intermédiaire. Si, au contraire, cette dernière entraîne la roue du cylindre sans aucune hésitation et sans apparence de temps perdu dans l’engrenage, ce sera une preuve d’usure des dents du pignon ; c’est donc lui qui serait à changer. Enfin, on complétera cet examen en portant l’attention
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- sur les roues des cylindres dont l’engrenage ne doit laisser ni lacune ni intervalle entre les dents.
- D’autre part, si, après avoir mis en rapport la crémaillère et son pignon, on agite le volant et que, seul, l’arbre de commande remue en laissant le marbre immobile, on peut être certain qu’il y a du jeu entre les dents de l’un ou de l’autre. Enfin, plaçant le marbre à fin de course, c’est-à-dire au point mort, le galet du pignon engagé dans un des croissants, si le même effet se produit, c’est qu’il y a usure en cet endroit.
- Dans ces différents cas, après avoir constaté d’une manière évidente la cause du déplacement, on le fera disparaître en changeant les pièces usées. On pourra y obvier en bridant, sans excès cependant, la machine soit par des supports placés en gradins à l’entrée de pression, soit par des supports de continu, ou en exhaussant modérément les galets de pression ; mais ces moyens ne doivent être que provisoires.
- Parfois, pour éviter le déplacement, on adapte sur le côté des cylindres, en face des pinces, une dent dite de rappel; c’est un morceau d’acier fait en double biseau qui, à l’entrée en pression, se prend dans une encoche “entaillée dans la bande de support. Le marbre est ainsi rappelé et forcé de coïncider exactement avec les cylindres. Nous conseillons de n’employer ce moyen empirique qu’à bout de ressources, il n’est pas sans fatiguer la machine. Il est de la plus grande importance que la dent ne porte pas à faux et ne vienne point buter d’un côté ou de l’autre de l’encoche ; il se produirait dans ce cas de graves désordres dans la machine.
- Le moyen de vérifier si une machine déplace est celui-ci : on colle solidement sur les cylindres une feuille que la pression ne puisse faire glisser; on passe quelques décharges pour encrer la forme et lancer la machine, puis on laisse passer plusieurs tours sans feuilles. Si la machine ne déplace pas, les différentes impressions n’en feront qu’une seule; si, au contraire, le déplacement existe, il deviendra alors apparent, car autant de tours opérés par la machine, autant d’impressions seront visibles sur les cylindres.
- Encriers, rouleaux. — Ayant traité ces deux questions d’une manière générale à propos des machines en blanc, il serait superflu d’y revenir maintenant. Nous dirons seulement quelques mots relatifs aux toucheurs que soulèvent des pièces fixées sur les chemins, et qui agissent sur les galets lorsque la forme ne participant pas à la touche de ces rouleaux passe en dessous. Quand ces pièces
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- de soulèvement sont usées ou trop basses, les toucheurs portent sur la forme qu’ils ne doivent pas encrer, et la place avec laquelle ils entrent en contact est visiblement indiquée au tirage par un espace plus foncé en couleur. En interposant une bande de papier entre la forme et les rouleaux au moment de leur soulèvement, on s’assure de la hauteur des pièces qui les surélèvent. Si le papier se trouve retenu, c’est que les rouleaux touchent à la forme.
- Le meme effet se présente lorsque le dernier distributeur touche à la forme quand elle revient en avant. On évite cet inconvénient en passant la fusée du distributeur dans un galet correspondant au chemin qui le soulève à son retour vers l’encrier.
- Nous considérerions nos indications comme incomplètes si nous ne donnions ici le moyen de remédier à la désorganisation de la prise d’encre. Ainsi, par une cause accidentelle quelconque, l’engrenage des encriers peut être dérangé complètement ou avoir perdu son point de repère ; l’excentrique commandant la prise n’est plus alors en place. Dans ce cas, l’action du rouleau preneur ne peut coïncider exactement avec le mouvement du marbre et par conséquent de la table. On s’y prend de la façon suivante pour remettre la prise en état de fonctionner régulièrement et avec résultat. Si le défaut d’engrenage a eu lieu à l’encrier du côté de seconde, on tournera la machine de manière que le marbre du côté de première soit en avant et à bout de course, puis on dégoupillera ou déclavettera soit le pignon, soit la roue du cylindre encreur, afin de pouvoir éloigner les unes des autres les dents engrenant. On placera alors la partie centrée de l’excentrique, celle qui élève le preneur contre le cylindre, sous le galet de la béquille et au milieu, enfin on engrènera définitivement. Si le défaut, au contraire, existe à l’encrier du côté de première, on amènera le marbre côté de seconde en avant, au point mort, et on opérera sur l’engrenage de l’encrier côté de première comme précédemment. Pour avoir une prise régulière, il faut donc qu’au moment où la table revient en avant, le preneur commence à s’abaisser, et lorsque la forme est prête à entrer en pression, qu’il s’élève vers le cylindre encreur de manière à avoir le temps de retomber et de rencontrer la table à son retour. Cela s’applique également aux machines des autres systèmes.
- Enfin, la marge en décharges peut aussi être déréglée et 11e plus fonctionner avec régularité. Quand il y a du retard dans le départ des feuilles de décharge, il faut avancer l’excentrique com-
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- mandant la prise; an contraire, il faudra le retarder s’il y a de l’avance. D’un autre côté, au cas où les boules ne prendraient point d’une manière égale, on desserrerait la vis d’une des branches faisant support à la tringle et on appuierait bien également les boules sur le rouleau où elles s’abaissent, après quoi la vis serait serrée.
- Nous engagerons les constructeurs à adapter à leurs machines doubles un simple excentrique agissant sur une tringle placée sous la table de marge et supportant des pointures mobiles. On aura ainsi la facilité d’imprimer sur ces machines des travaux qui ne peuvent l’être à cause de l’absence du moyen de mettre en retiration. Il sera possible alors de tirer des demi-feuilles, des titres, des tableaux à réglure, etc. Nous ne quitterons point ce sujet sans indiquer le moyen qu’on peut employer pour imprimer sur une machine un format plus grand qu’elle ne comporte. Ainsi sur nne machine double-jésus on peut tirer du double-colombier, toutefois lorsque les marges sont larges ; on croise les feuilles au milieu, on coupe longitudinalement les sangles par leur moitié et on impose à plein marbre, sans châssis, si ces derniers ne peuvent y entrer. C’est dans ce cas qu’il est presque inévitable de désengrener d’une ou deux dents pour avancer la prise et gagner n l’arrière de la pression sur les cylindres. Lorsque le papier s’imprime au recto seulement et que son format est trop grand pour la machine, on peut séparer la forme par sa moitié, en mettre une partie sur le marbre du côté de seconde et une sur celui du côté de première, puis plier le papier en deux et marger les feuilles le dos à la prise ; les feuilles retournées 'après avoir été imprimées du côté de seconde le seront par la forme du côté de première sur la même surface ; il n’y aura que le pli à faire disparaître.
- Pour terminer ce qui a rapport aux machines doubles, nous ajouterons que la malveillance peut y occasionner des désordres assez graves ; ainsi, empêchant le porte-cames de fonctionner librement, les pinces peuvent écraser la forme, se briser et fausser la tringle ; en poussant les cordons avec la main, durant le fonctionnement de la machine, la forme peut être écrasée, etc.; c’est au conducteur, lorsqu’il se produit un fait anormal, de s’en rendre compte avec calme et de remonter à la source du mal par déduc-lion, si toutefois un indice palpable ne le met pas sur la voie de 1 accident ou du moins de l’irrégularité qui fait l’objet de ses mvestigations.
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- Au reste, pour avoir l’étoffe d’un bon conducteur, il faut être doué d’un certain esprit observateur. Il y a lieu de prévoir les pertes de temps et les incidents de toutes sortes contre lesquels il se heurte à chaque instant. Malgré une profonde connaissance des machines et du métier, le plus malin et le plus expérimenté se trouve parfois dérouté par les surprises et les bizarreries que lui ménagent le travail d’impression et le maniement des machines.
- En ce qui concerne les autres types de machines, systèmes Yoirin, Décriez, Lambert, retiration en couleur Marinoni, etc., nos indications relatives à la machine à soulèvement s’y rapportent sur beaucoup de points. Reste le mouvement hypocycloïdal, l’encrage cylindrique, le soulèvement des encriers en certains cas, le soulèvement des marbres en certains autres, le mécanisme des cylindres appliqué par Yoirin et Derriez. Il suffit de connaître quelque peu la conduite des machines pour ne pas être embarrassé devant un système quelconque. Lorsqu’un conducteur prend en mains une nouvelle machine, ou un type 11e lui étant pas connu, son premier soin doit être d’en examiner l’ensemble, de faire fonctionner à blanc pour en saisir les divers mouvements et le jeu des organes qui 11e lui sont pas familiers. Il s’assurera de la frappe et, à la première mise en train, il appréciera les effets de pression, c’est-à-dire ce que rend une feuille traitée de telle ou telle autre façon.
- Quant au mécanisme lui-même, une roue est toujours une roue, un excentrique, toujours un organe destiné à déplacer alternativement une pièce quelconque; c’est donc au conducteur, si peu intelligent qu’il soit, à se mettre au courant de sa machine, dont les principes mécaniques ne varient guère.
- Si nous parlons du mouvement hypocycloïdal, nous rappellerons qu’il faut avoir soin de graisser convenablement la cra-paudine où repose l’extrémité inférieure de l’axe de la grande roue. Il y a lieu aussi de s’assurer que les coussinets de la bielle actionnant le marbre sont suffisamment serrés, mais sans excès.
- Quant à l’encrage cylindrique, nous ferons remarquer qu’il est nécessaire d’avoir des rouleaux bien fondus, d’un diamètre très égal ; aussi devra-t-on éviter autant que possible le froid et surtout l’air qui, en séchant la matière, fait diminuer le diamètre.
- Pour régler la touche, on se servira de bandes de papier fort interposées, d’une part, entre la table cylindrique et le rouleau à régler; puis, d’autre part, entre le susdit rouleau et la forme. Les
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- peignes étant mobiles sur les bâtis et des vis se trouvant introduites sous les coussinets retenant les fusées de rouleau, il est facile de reculer ou d’avancer à volonté le rouleau, de façon qu’il effleure seulement à la fois et la table et la forme. On fera de même pour les distributeurs, si la disposition de l’encrage comporte de les régler, afin qu’ils entrent en contact avec un transmetteur et la table cylindrique. Quant aux preneurs, ils sont organisés comme ceux des machines à encrage plat. Afin de faciliter le réglage des toucheurs, on peut se servir d’un calibre en bois ou métal de hauteur du texte ; mettant alors les rouleaux en place avant la mise sous presse des formes, on passe sous chacun d’eux le calibre que la matière des toucheurs doit seulement effleurer, celui-ci étant posé sur le marbre. Afin que les rouleaux correspondent bien tous à la hauteur du texte, et en raison de la différence de diamètre, inévitable malgré toutes les précautions prises, on échancre le bord de chacun d’eux d’un nombre différent d’encoches, ce qui donne le moyen de placer les rouleaux dans les mêmes peignes où ils ont été réglés.
- La table cylindrique acquiert un mouvement rotatif en même temps qu’elle va et vient dans le sens de son axe, facilitant ainsi la distribution de l’encre. Ces deux mouvements combinés s’obtiennent, l’un, le rotatif, au moyen d’un pignon intermédiaire engrenant d’un côté sur la crémaillère du marbre et, de l’autre, sur une roue attenante à la table cylindrique. Le mouvement de va-et-vient est dû à un pas de vis fixé sur l’extrémité de son axe et dans les filets duquel appuie une espèce de taquet immobile. Le mouvement général de l’encrage est donc celui-ci : Un preneur s’empare de l’encre sur le cylindre encreur, il la dépose soit directement sur la table à encrer, soit sur un transmetteur, rouleau en fonte intermédiaire sur lequel appuient deux distributeurs. De la table cylindrique, l’encre est transmise aux deux toucheurs, rouleaux de fort diamètre placés chacun d’un côté de la table et au-dessous. Se trouvant en même temps en contact avec la forme à son passage lors de la direction du marbre vers le cylindre d’impression, les toucheurs produisent l’encrage de la forme. Certaines machines comportent deux tables cylindriques, un transmetteur au milieu. Cette disposition comporte l’emploi de quatre rouleaux pour la touche.
- Relativement aux machines Lambert, sur lesquelles c’est le marbre qui se soulève, on aura soin de graisser soigneusement le
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- mouvement de soulèvement, les coins mobiles et les glissières ou bandes du marbre. Il sera bon de se servir, à cet effet, de graisse ou de valvoline consistante et épaisse.
- Quant aux réactions et aux rotatives, nous avons déjà indiqué précédemment quelques-unes de leurs particularités et le lecteur trouvera plus loin le complément de nos explications qui seront alors mieux dans leur cadre.
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- TROISIÈME PARTIE
- MISE SOUS PRESSE — MISE EN TRAIN — TIRAGE
- CHAPITRE PREMIER
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- La première des qualités du pressier est la propreté. Aussi, les anciens imprimeurs sur la presse avaient-ils pour tradition une bonne tenue. Ils pontifiaient peut-être un peu, mais ils avaient le mérite, pour la plupart, d’être d’excellents ouvriers. Pierre Didot, l’un des maîtres-imprimeurs du commencement du siècle, se faisait gloire de montrer aux visiteurs de ses ateliers les ouvriers pressiers, tous en pantalons blancs ou de nankin.
- Donc, pour travailler à la presse, premier point : l’ordre, la méthode, le soin en toutes choses.
- Sortant des mains du compositeur, la forme est remise à l’ouvrier chargé d’en exécuter le tirage. Son rôle consiste à mettre la forme sous presse et à en obtenir le meilleur résultat possible en tant qu’impression. A cette fin, il se présente une série d’opérations spéciales, désignées, dans leur ensemble, sous le nom de mise sous presse, mise en train.
- Préalablement à la mise sous presse, la forme doit être placée sur un marbre et lavée à la potasse si elle ne comporte que du texte, et à l’essence de térébenthine si elle contient des bois — gravures ou vignettes —. Il faut que l’œil de la lettre soit parfaite-
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- ment nettoyé, et les tailles de la gravure, bois, galvanos ou zincs, entièrement débarrassées de l’encre sèche qu’y laissent assez souvent, bien à tort, les faiseurs d’épreuves. Dans le cas où la brosse est insuffisante pour nettoyer à fond le texte ou les gravures, on se sert d’un chien, petite brosse ronde à poils rigides et durs, avec laquelle on frotte en tournant.
- Afin de s’éviter tout travail inutile, c’est-à-dire perte de temps, le pressier fera bien de vérifier les blancs de la forme. Du reste, avant de commencer ses feuilles de mise en train, il soumettra, comme il en est d’usage, la tierce au correcteur. En outre, il s’assurera que les pages sont bien d’équerre, autant de mesures de précaution qui ont leur réelle valeur dans la pratique.
- Après avoir relevé la forme du marbre, on la tient dressée de champ pour passer derrière l’œil de la lettre un chiffon, et même la brosse sèche, afin d’enlever soigneusement toute ordure ou corps étrangers qui produiraient la surélévation des lettres lors de la mise sous presse.
- La forme étant transportée sur le marbre de la presse, on appuie le châssis contre les cornières et, soutenant la forme, on passe à nouveau la paume de la main à l’envers du caractère et ensuite à la surface du marbre pour en enlever la poussière. On abaisse alors lentement la forme, la maintenant à quelques centimètres du marbre en lui communiquant de légères secousses, s’assurant ainsi que rien ne s’échappe, ni lettres, ni cadrats mal justifiés. Au cas où il y aurait des sonnettes — lettres, espaces ou cadrats tombant sur le marbre — on relèverait la forme pour remédier à la justification, ou toutefois assujettir le caractère. Après avoir débarrassé le marbre de ce qui pourrait y être tombé, on abaisse une autre fois la forme et, retirant vivement les mains, on la laisse reposer sur le marbre.
- Le principe sur la presse à bras est de placer la forme au milieu du marbre, de façon que la pression de la platine soit régulière. Souvent, par suite de la disposition du texte dans la forme et pour équilibrer la pression, il faut placer sur le marbre des supports spéciaux dont nous parlerons plus loin. Supposons donc, pour le moment, la forme à arrêter, à caler, au milieu du marbre. A cet effet, selon la distance entre le châssis de la forme et les cornières, on emploie des coins ou des cales soit en bois, soit en fonte. Avant de caler définitivement la forme, il est préférable d’en desserrer les coins pour donner de l’aisance au châssis
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- sur lequel on frappe alors avec le manche du marteau afin de le mettre bien d’aplomb sur le marbre. On serre ensuite les cales sans trop de force pour ne pas fausser le châssis. Après avoir levé les coins, tout en plaçant le bout du marteau entre le châssis et le biseau pour faciliter le serrage, on laque le texte de la forme.
- Un grand nombre d’imprimeurs ont adopté pour le serrage des formes les coins mécaniques. Le meilleur système, le plus économique et le plus solide nous paraît être celui de Marinoni. On pourra, du reste, se convaincre de la simplicité de ce mode de serrage en voyant la figure suivante. C’est un petit pignon qu’une clé fait engrener à force au long d’un biseau garni de dents; le
- Fig. 80. — Coins et sehhage de la forme (système Marinoni).
- tout est en fonte. Les autres systèmes présentent quelques inconvénients dus à leur peu de solidité ou à leur incommodité. Par exemple, le serrage au moyen de vis traversant les barres des châssis et venant appuyer sur un biseau en fer ne donne pas un résultat complet; en outre, les vis ne tardent point à se tordre et leur filet à disparaître. Il existe différents autres genres de serrage mécanique; l’un consiste à placer plusieurs vis de distance en distance entre un biseau en fer et le côlé intérieur du châssis. La tête de ces vis est pentagonale et vient appuyer contre le biseau ; le pas de vis pénètre dans le corps du châssis. C’est au moyen d’une clé que, serrant ou desserrant les vis, leur tête force plus ou moins sur le biseau. Un autre genre de serrage consiste à interposer entre les bords du châssis et le biseau un long coin en fonte de disposition spéciale. L’emploi des coins crénelés, en fer, qui sont forcés à l’aide d’une clé, ne nous paraît pas assurer le serrage
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- d’une manière certaine. Le mouvement du marbre tend toujours à desserrer ces coins en métal.
- Ce n’est pas en taquant avec force que l’on obtient un bon résultat; au contraire, il faut procéder légèrement et surtout tenir le taquoir bien d’aplomb sur les pages et solidement dans la main. A moins d’avoir des pages de grand format, il vaut mieux se servir d’un taquoir de moyenne dimension, le coup étant ainsi plus assuré et l’aplomb plus certain. Un taquoir tenu trop librement dans la main porte à faux et peut, sur les bords de pages, aux folios et aux titres courants, ainsi qu’aux endroits largement espacés, rompre des lettres, sinon les arrondir et les aplatir par le contre-coup. Quand les pages sont de petite justification, il est préférable d’employer un taquoir de grandeur relative, le taquage en sera pins complet. On doit toujours éviter de taquer sur l’œil des petits filets quand ceux-ci se trouvent isolés, la matière ne résistant pas, dans ces conditions, au choc du bois.
- Le taquoir se compose de deux épaisseurs superposées de bois de différentes essences; l’un est dur, c’est lui qui supporte les coups de marteau; le second, se trouvant en contact avec la forme, est aussi tendre que possible, afin de ne point fatiguer l’œil du caractère.
- Un taquoir malpropre, à la surface duquel on laisse sécher l’encre qui s’y est attachée, est d’un mauvais emploi. En taquant, l’œil de la lettre faisant emporte-pièce se bouche d’une crasse fort tenace qu’il est difficile, sinon impossible, d’enlever à la brosse. 11 faut procéder par épinglage, opération toujours longue, minutieuse, et peu favorable au caractère que la pointe de l’épingle égratigne forcément.
- On aura donc la précaution de nettoyer souvent les taquoirs en y passant le chiffon humecté d’essence. Si toutefois, par négligence, une épaisseur de crasse s’y amassait, il faudrait au moins avoir soin de les envelopper de papier fort et propre, s’assurant au préalable qu’aucune ordure n’y est attachée.
- En clouant un morceau de cuir sur la face du taquoir qui reçoit le choc du marteau on amortit le coup ; sans cette vulgaire précaution, en peu de temps, les fibres du bois désagrégées se répandent sur la forme pendant le taquage, projetées qu’elles sont par les coups de marteau.
- Lorsqu’en taquant, le coup n’est pas sec et franc, qu’il rend un son creux, c’est qu’en certains endroits de la forme il y a du haut,
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- c’est-à-dire des lettres en surélévation, différence de niveau produit par quelques corps étrangers. Du reste, en passant le taquoir sur les pages de texte, la main ressent dans ce cas une apparence d’hésitation qui en est l’indice.
- Une autre précaution est encore à prendre durant le serrage de la forme. On maintient le taquoir sur le texte, près du biseau, et successivement en face de chacun des coins à serrer, de manière que, si le marteau portant à faux venait à s’échapper de sa vraie direction, il s’abatte sur le taquoir et non sur le caractère.
- En général, les ouvriers ne se préoccupent pas assez du mauvais résultat que produisent les coups de marteau, ou d’autres outils en fer, sur le marbre. Il n’est pas surprenant de voir des marbres criblés en tous sens de trous plus ou moins profonds dans lesquels les lettres descendent, se trouvant ainsi au-dessous du niveau de la forme et ne pouvant pas, par le fait, participer à la touche des rouleaux. Il importe donc de se servir de décognoirs en bois, ou toutefois en métal, mais dont les arêtes soient arrondies et qui, par leur disposition, ne puissent atteindre le marbre en portant sur les coins. On supprime toute crainte de détérioration par l’emploi d’outils en bronze, marteaux et décognoirs.
- Le serrage d’une forme, tout simple qu’il puisse paraître à première vue, demande pourtant à être pratiqué méthodiquement. Il est nécessaire que le caractère ne soit pas trop serré afin qu’au taquage il descende facilement sur le marbre. Aussi doit-on tenir les coins poussés seulement entre les biseaux et les barres du châssis. Pour les serrer, on procédera carrément, terme employé pour dire de chasser alternativement un coin d’un côté, un coin de l’autre en commençant toujours par ceux du fond. Il est facile de comprendre qu’en serrant, par exemple, tous les coins d'un même côté, ceux du côté relativement perpendiculaire ne pourraient produire qu’un serrage bancal et irrégulier, les premiers les empêchant par leur action déjà complète de produire, dans le sens opposé, le rapprochement des lignes entre elles, ou des pages et de leurs garnitures.
- Il est un point essentiel duquel ne doivent jamais se départir aussi bien pressiers que conducteurs. Afin que le marteau chasse plus facilement les coins, on les tient levés, mais placés obliquement, sous un petit angle, entre les biseaux. Lorsqu’il s’agit de les baisser pour les ramener au niveau du châssis, il ne faut pas les serrer outre mesure ; au contraire, il est préférable de leur
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- laisser un peu d’aisance, complétant le serrage à l’aide du déco-gnoir. Des coins baissés après un serrage trop fort produisent infailliblement la surélévation des châssis, des garnitures et môme des pages ; c’est vouloir dire une suite d’inconvénients, d’ennuis pour l’ouvrier, tels que espaces et interlignes remontant, garnitures qui marquent, défauts de foulage durant le tirage, salissures produites par les barres du châssis, etc.
- Une fois la forme taquée et serrée, le pressier s’assure du foulage; il place sur la forme une feuille de papier quelconque, autant que possible celui du tirage; il abaisse alors le tympan, tourne la manivelle de la main gauche, avançant, par ce mouvement, le marbre sous la platine, prenant soin qu’il ne le soit ni trop ni pas assez, de manière à mettre en rapport le milieu du marbre avec celui de la platine. Puis, de la main droite, il saisit le barreau qu’il ramène lentement à lui jusqu’à ce qu’il sente la pression. Selon qu’elle est trop forte ou insuffisante, il retire ou donne du foulage au moyen du régulateur à vis. Lorsque, avec le barreau, il apprécie le degré de pression, il ramène en avant le marbre, examine la feuille au point de vue du foulage, dans le cas où il a eu à l’augmenter. De toute façon, il essaye à nouveau, sur une autre feuille, le résultat des tours de vis qu’il a donnés au régulateur. Il répète l’opération autant de fois que cela est nécessaire, et tant que le foulage n’est pas déterminé d’une manière suffisante.
- Le pressier s’occupe ensuite de préparer la frisquette. Nous avons vu que cet accessoire de la presse était un cadre ou châssis fait de feuillard et venant s’accrocher au grand tympan par deux espèces de gonds. On garnit ce cadre d’un papier fort et résistant, collé autour de la ferrure et que l’on humecte un peu au préalable, pour obtenir une tension suffisante. La frisquette a pour but de retenir la feuille pendant les mouvements du tympan et aussi de l’empêcher de porter sur les parties de la forme ne devant pas y être imprimées, c’est-à-dire que la frisquette sert de cache, couvrant et protégeant la feuille aux endroits qui doivent rester intacts de toute pression, évitant ainsi au papier les traces et apparences de salissure par son contact avec les garnitures, les blancs, les biseaux, les coins, le châssis.
- La frisquette se baisse et se relève sur le tympan par un mouvement rapide, le moulinet. Pendant son repos, au moment où le pressier marge la feuille, la frisquette repose d’elle-même sur
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- le tympan, à l’aide d’un petit appendice, ou s’appuie, dans la partie haute, contre une légère pièce de bois ou line tringle en fer installée à propos.
- Afin d’obtenir l’indication des endroits à découper sur le papier de la frisquette, on la tient fermée sur le tympan que l’on baisse sur la forme, après l’avoir encrée. Puis, en passant et appuyant la main sur toute l’étendue de la forme, le pressier reproduit, sur la face extérieure du papier, les contours des pages de texte ou des gravures.
- Après avoir enlevé les couplets retenant la frisquette au tympan, on la pose sur un banc, une table, puis, à l’aide d’un canif, d’un couteau ou de ciseaux, on la met à jour, coupant le papier là où il pourrait s’interposer entre les parties à imprimer de la forme et la feuille margée sur le grand tympan.
- En plaçant ensuite la frisquette sur la forme, dans le sens où elle doit s’y présenter pendant le tirage, le pressier s’assure que la composition est complètement à découvert. Il fera disparaître les parties oubliées et remontera ensuite la frisquette sur le tympan. Enfin, pour être absolument certain que la frisquette ne mord pas, il encrera la forme à nouveau, margera une feuille sur le tympan, baissera la frisquette, puis le tympan sur la forme et imprimera la feuille en tirant peu à peu le barreau de façon à ne donner qu’une pression légère au cas où la frisquette 11e serait pas entièrement dégagée. Par l’examen de la feuille mise sur le tympan et du papier de la frisquette, il se rendra compte définitivement de son travail.
- Lorsque nous nous sommes occupé de l’habillage de la presse, nous avons vu que l’on collait une feuille de papier sur le grand tympan; cette feuille, dite de marge, sert en effet à marger le papier. Les anciens imprimeurs, fort habiles dans le maniement des presses, se basaient exclusivement sur cette feuille pour placer exactement le papier sur le tympan, aussi déterminait-elle les marges d’une manière précise. Pendant que le compagnon encrait la forme, le pressier posait rapidement la feuille à tirer en coïncidence directe avec la feuille de marge; tout en la soutenant en son milieu de la main gauche, il faisait le moulinet de la main droite, rabattant la frisquette et abaissant du même mouvement le tympan sur la forme, ne laissant pas à la feuille le temps de glisser ni de se déranger de place.
- Tous les ouvriers ne possédant pas à son dernier degré l’habi-
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- tude et l’agilité nécessaires au moulinet, certains employaient les capucins, espèces de taquets en papier collés sur la feuille de marge. Par la suite, des pressiers se sont servis d’épingles enfoncées à même les étoffes du tympan.
- Nous avons indiqué précédemment l’emploi de supports au cas où la forme ne pourrait être placée au milieu du marbre. En général, dans la pratique, ces supports sont presque toujours utiles, soit que la forme comporte des pages blanches, soit que la composition se trouve plus élaguée, plus interlignée, moins compacte, en certains endroits de la forme qu’en d’autres.
- Ces supports, de hauteur de texte, peuvent être des lingots en matière, des bandes en métal quelconque, même des épaisseurs de bois. Il n’est pas nécessaire de leur donner beaucoup de longueur, ni de largeur, il suffit que leurs dimensions permettent de les placer entre le châssis de la forme et les cornières, de façon que le rouleau ne les atteigne pas, pour éviter de salir la frisquette. Le but de ces pièces de métal ou de bois est de supporter la platine au moment de la pression pour lui conserver son parallélisme avec le marbre. Il est bien entendu que ces supports devront avoir rigoureusement la même hauteur que celle du texte. Si le format du châssis ne permettait pas de placer les supports de pression contre les cornières, on les introduirait en un endroit quelconque de la forme, en prenant soin toutefois qu’ils ne portent pas sur la feuille où ils laisseraient une marque de leur foulage.
- Avant de procéder à la mise en train, lorsque le tirage comporte la retiration, on dispose les pointures sur le grand tympan, dans les marges du papier, une fois qu’elles ont été déterminées, ou dans les blancs. Les pointures sont des ardillons rivés sur une lame de feuillard mince faisant ressort et maintenue par une coulisse, mobile sur une tige en tôle terminée en forme de fourche. Selon que la coulisse est avancée ou reculée par rapport à l’ardillon, celui-ci perce plus ou moins le papier lorsque la feuille subit la pression de la platine. Des orifices ménagés sur les barres verticales du grand tympan sont traversés chacun par une vis à tête large et plate sous laquelle on glisse la partie fourchue de la pointure. Un écrou à oreillettes produit le serrage de la tête de vis contre la barre du tympan, maintenant ainsi la pointure à la place voulue. Par cette disposition, l’ardillon peut être dirigé dans divers sens, facilitant de cette manière le registre du verso sur le recto de la feuille.
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- En plaçant les deux pointures, une à chaque bord de la'feuille, on fera bien attention que l’ardillon ne porte pas sur une garniture ou sur un lingot. Si le fait se produisait, ce dont on s’assure en abaissant le tympan après avoir fait percer à la main la frisquette, et en appuyant légèrement sur l’ardillon qui, dans ce cas, laisse une trace brillante, on reculerait quelque peu le lingot ou la garniture. S’il y avait impossibilité, avec une pointe, on percerait un petit trou sur le plomb afin que l’ardillon puisse y pénétrer sans crainte d’être recourbé ou faussé.
- Si le tirage nécessite le repérage de plusieurs formes entre elles, tels sont les travaux en différentes couleurs, il devient indispensable de se servir de pointures placées dans la première forme. Afin d’assurer la coïncidence exacte des couleurs, il est utile de percer autant de trous qu’il se présente de formes à tirer. A cet effet, on introduit dans la première forme mise sous presse de petits blocs en fonte sur lesquels sont vissées les pointures en nombre voulu. Un simple lingot de 18 ou 24 points, muni d’ardillons, peut remplir le même but.
- Placés dans la forme, ayant ainsi à traverser la garniture de la frisquette, les picots ou pointures auraient quelque difficulté à perforer la feuille margée sur le tympan. Pour faciliter le perforage du papier, il est nécessaire de coller à la frisquette de petits supports venant forcer les pointures à pénétrer jusqu’à la feuille. Une fois ces dispositions prises, on procède à la mise en train.
- Mise en train. — Nous réserverons les détails de la mise en Irain en tant que formats, feuilles de foulage, registre, mise de hauteur des clichés, des gravures, etc., pour le moment où nous Uous occuperons de la machine en blanc. Nous n’indiquerons ici fiue les fonctions inhérentes à la presse manuelle.
- Avant de tirer la feuille de mise en train, il est utile de placer aux endroits le nécessitant, des supports destinés à éviter le frisage ou papillotage de l’impression. Il s’agit de maintenir, ^assujettir la feuille sur le tympan, de façon qu’elle ne touche pas à la forme avant le moment précis où s’opère la pression. Ces supports sont des bandes de papier roulées ou pliées, formant soufflet, et collées en dedans la frisquette, sur la face correspondant à la feuille. Par l’élasticité que donne à ces supports 1 enroulement du papier sur lui-même, la feuille, appliquée sur le tympan, n’est plus sujette à goder et à frôler la forme quand le tympan y est abaissé.
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- Afin de supporter le rouleau (le manière qu’il ne tombe pas dans les blancs au moment de la touche, on introduit à force entre les garnitures des morceaux de liège ne dépassant pas la hauteur du caractère. Ainsi supporté, le rouleau ne salit pas les bords de pages, ni les titres courants, et la touche est plus régulière.
- Souvent il est utile de coller dans le bas de la frisquette, sur la face extérieure et en dehors de la forme, un support, papier ou réglette de bois, venant appuyer sur la barre du châssis ou sur les cales. La frisquette est ainsi mieux maintenue contre le tympan.
- Avant de tirer les feuilles de mise en train, il faut faire grande attention que l’encre de la forme ne soit pas sèche, ou toutefois nncrer légèrement le caractère, car, en relevant le tympan après impression de la susdite feuille, le foulage pourrait disparaître en partie et irrégulièrement; le papier s’attachant à la forme, il y aurait inévitablement diminution du gaufrage produit par la pression, indications absolument nécessaires.
- Le repérage des feuilles de mise en train à l’intérieur des tympans est facilité et devient possible en perforant le papier de trois trous rapprochés et voisins, placés en triangle, une série en haut de la feuille et une en bas, à différentes distances des bords.
- Après le tirage de la feuille destinée à être travaillée, et avant de relever le grand tympan, à l’aide d’une épinglette on pratique ces orifices en traversant le petit tympan, le blanchet intérieur, la feuille d’assise et l’étoffe du grand tympan, ainsi que la feuille de mise en train.
- Le meilleur système, aussi bien sur les presses manuelles que sur les machines, est de pratiquer par masses et non par détails pour couvrir les défauts de foulage. Ce principe est surtout favorablement appliqué à la pression plate. Découper le moins possible, tel est le moyen de procéder rapidement.
- Dans la pratique, nous nous sommes aperçu que la plupart des ouvriers imprimeurs, pressiers et conducteurs, étaient obligés de diminuer le foulage après chaque feuille de mise, en relevant les cylindres ou la platine. Comment se fait-il que, lorsque nous pratiquions personnellement le métier, nos feuilles de mise en train nous amenaient à donner au contraire de la pression après chacune d’elles? Nous pensons que cela tient à la manière de procéder indiquée plus haut.
- Revenons à notre sujet; une fois la feuille de mise en train terminée, le pressier abaisse le grand tympan sur la forme, enlève
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- ensuite le petit tympan, relève le blanchet, mettant ainsi à découvert la feuille d’assise sur laquelle apparaissent les petits trous. Il étend la feuille de mise sur cette dernière, repérant ensemble avec une épinglette les trous de Tune et de l’autre feuille. Pour plus de sécurité dans le repérage, il se sert de deux épinglettes, l’une laissée dans un trou de droite, la seconde dans un des orifices de gauche ; ainsi maintenue bien en place, la feuille de mise est légèrement collée sur la marge, entre les deux épinglettes, dans le haut et dans le bas, de façon que la feuille s’étale sans plis lors de la pose du blanchet qui la recouvre. Le petit tympan étant remis en place, une autre feuille de mise en train est à nouveau tirée. On procède de la même manière pour les feuilles successives, en variant à chaque fois l’endroit des trous de l’épinglette pour ne pas faire confusion avec ceux percés précédemment.
- Tirage. — Lorsque le foulage est régulier, le pressier tire une feuille avec la quantité d’encre nécessaire au tirage, il examine attentivement l’impression, s’assure des marges, de la couleur, cherche les espaces à baisser, remédie à l’aide de supports au Papillotage pouvant se produire, etc.
- Placé devant sa presse, le pressier trouve à sa droite le papier en rame posé sur un banc, espèce de buffet ou bahut; la table à encrer est à sa gauche, à proximité de la lyre. Cette table supporte l’encrier, petit cylindre en fonte muni d’une manivelle et tournant en appuyant contre le couteau, espèce de lame que dirigent des vis la rapprochant ou l’éloignant du cylindre ; une plaque fixée à chaque bout de ce dernier retient l’encre.
- Le rouleau est soutenu par une monture en fer garnie de deux poignées. Le compagnon du pressier est chargé de l’encrage de la forme. A l’aide de la manivelle, celui-ci fait tourner plusieurs fois le cylindre dans la direction de l’encre, passant en même temps le doigt dans la longueur du cylindre pour se rendre compte de la couche d’encre, dont il règle et régularise l’épaisseur au moyen fies vis. Une fois l’encrier réglé, il approche le rouleau contre le cylindre pour qu’il se recouvre d’encre, puis il la distribue en roulant sur la table le rouleau et en le retournant différentes fois fiout à bout. Appuyant ensuite l’ongle du pouce sur la matière du rouleau, l’ouvrier apprécie, par le plus ou moins d’intensité de l’encre s’y attachant, la touche qui devra résulter de son passage sur la forme. S’il n’y a pas assez d’encre, le rouleau serait approché fi nouveau du cylindre pour en augmenter la quantité. Au cas
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- contraire, passé sur une maculature de papier fort, le rouleau se déchargerait de son excédent d’encre.
- Pour toucher la forme, le compagnon passe et repasse plusieurs fois, aussi légèrement que possible, le rouleau à la surface du caractère. Quand il s’agit de toucher des gravures quelque peu chargées, il tamponnera de façon que l’encre prenne bien sur toutes les parties du bois, du galvano ou du zinc.
- Après avoir passé quelques feuilles d’essai, et lorsque la couleur est bien établie, le pressier marge des bonnes feuilles et procède au tirage.
- Pour obtenir un tirage bien suivi, il faut nécessairement que l’attention continuelle du pressier et de son compagnon soit en éveil, afin de ne pas laisser tomber la couleur. Un compagnon quelque peu expérimenté doit savoir saisir le moment opportun où il doit prendre de l’encre, et en quelle quantité, pour ne pas produire d’une feuille à l’autre des écarts de couleur du plus mauvais aspect.
- Selon que les pointures perforent le papier plus ou moins, au moyen de la petite coulisse on les baisse ou remonte.
- Pour mettre en retiration, le papier est retourné; on enlève les taquets, capucins ou épingles, on glisse sous les pointures une feuille huilée afin d’éviter le maculage.
- Il n’est pas nécessaire, à chaque changement de forme, de regarnir entièrement la frisquette; il suffit d’y coller une feuille de papier venant boucher lps parties découpées.
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- CHAPITRE 11
- MACHINES EN BLANC, A CYLINDRE, A PLATINE, PÉDALES, A MAIN
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- Les fonctions de la mise sons presse, de la mise en train et du tirage comprennent : l°la garniture du cylindre; 2° la mise sous presse de la forme; 3° l’établissement des marges, la prise par les pinces, le registre, c’est-à-dire la coïncidence exacte des pages du verso sur celles du recto ; 4° la mise en train proprement dite, action d’égaliser le foulage produit par la pression, et 5° la mise en marche, consistant à mettre en œuvre la machine pour obtenir lln bon tirage.
- Nous ne saurions trop répéter aux conducteurs, dans l’intérêt de leur travail, qu’il leur faut tenir compte d’une infinité de petits détails d’exécution pouvant paraître puérils au premier abord, niais cependant dont la négligence entraîne parfois de sérieuses conséquences.
- Les incidents dont nous voulons parler sont tellement multiples et divers, qu’un conducteur ayant fourni une fort longue carrière, dont par conséquent l’expérience ne peut être mise en doute, est souvent étonné de voir, quoique vieux praticien, qu’il Peut encore apprendre quelque chose concernant sa profession. Il est notoire, en effet, que sur les machines, l’imprévu est d’une bizarrerie dont on se fait peu d’idée; il s’y présente chaque jour des faits inattendus et pleins de nouveauté, dont tout conducteur soigneux doit prendre bonne note et qu’il doit classer dans sa oiémoire. Cette diversité d’incidents doit être, pour l’ouvrier
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- sérieux et jaloux de bien faire, une source d’études dont il ne manquera pas de faire son profit.
- De ce qui précède, nous concluons que l’attention du conducteur demande à être continuellement tenue en éveil; et, s’il veut remplir consciencieusement son devoir, la surveillance qu’il exercera sur la machine qui lui est confiée sera suivie et incessante. Que tout conducteur se pénètre bien de la responsabilité qui s’attache à ses fonctions, en pensant que son travail est définitif, et que tout tirage mauvais et défectueux est irrémédiable.
- La mise en train comporte donc une série de fonctions des plus variées, auxquelles il est essentiel de procéder avec ordre et méthode. Deux conducteurs peuvent obtenir un résultat identique en suivant une route tout opposée, l’un prènant la ligne droite et l’autre la ligne courbe. Il importe au conducteur de considérer qu’il a derrière lui une équipe inoccupée et une machine improductive pendant la mise en train. Il doit donc faire tous ses efforts pour en abréger la durée en cherchant les moyens d’exécution les plus expéditifs.
- I. — GARNITURE DES CYLINpRES
- Nous avons vu que l’on habille le cylindre des machines en blanc d’un blanchet plus ou moins épais suivant le genre de tirage et recouvert d’un calicot; ces étoffes sont fixées chacune sur une tringle plate, disposée à cet effet, dont l*un des bords, dans la longueur, êst percé de petits trous rapprochés les uns des autres, par lesquels passe l’aiguille pour coudre solidement l’étoffe. Deux ou trois orifices sont ménagés d’un bouta l’autre, afin d’accrocher la tringle dans la gorge des pinces et sur la paroi interne du cylindre, où sont posés à cette intention des boutons ou des agrafes.
- Le blanchet de fond est, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, enroulé sur la tringle à picots placée dans l’échancrure inférieure; préalablement, il est nécessaire d’étirer et d’allonger l’étoffe en se servant de cette tringle comme point d’appui. On a soin de mettre en arrêt le rochet, les ardillons tournés à l’opposé du blanchet pour qu’en tirant ils ne le déchirent point. Le bord libre de l’étoffe est ensuite rabattu sur la tringle, à laquelle on fait décrire un tour ou deux, de façon que les ardillons mordent dans
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- l’étoffe. Avant de pousser plus loin le degré de tension, il est essentiel de s’assurer de sa régularité en passant le bout des doigts
- la partie reliant le cylindre à la tringle. On remédie aux inégalités partielles en interposant de minces bourrelets de papier entre ta tringle et le blanchet, aux endroits où la tension est insuffisante. Dans le cas où elle serait trop inégale, il vaudrait mieux détourner ta tringle, dérouler le blanchet et recommencer l’opération. Si au contraire on continuait à tendre, le tissu pourrait craquer là où il est trop tendu; une pareille déchirure entraîne la perte du blanchet, les reprises et les coutures étant d’un mauvais effet à la pression. Pour l’éviter, il faut procéder lentement et graduellement, hent par dent du rochet, et constater chaque fois le degré de tension. Il est préférable d’attendre pendant une demi-heure, une heure, que le tissu du blanchet ait produit son effet, pour lui donner le maximum de la tension. La pression laminant et allongeant les étoffes, il est nécessaire de les retendre plusieurs fois, surtout si elles sont neuves.
- Le calicot est enroulé sur la tringle carrée; il faut qu’il soit aussi suffisamment tendu. Appuyant le bout des doigts sur le calicot et les faisant glisser, celui-ci ne doit pas plisser, sinon il est à retendre. Avant de le coudre sur la tringle l’assujettissant dans ha gorge'des pinces, on le trempe dans l’eau et on le laisse sécher; h est ainsi moins sujet à se détendre pendant le tirage des premières formes sur lesquelles on l’emploie.
- C’est par-dessus le calicot que l’on place la feuille d’assise, destinée à recevoir la mise en train. Cette feuille de fond sera d’un papier uni, solide et surtout collé. On la pose à plat sur une table, et la surface qui doit être appliquée sur le cylindre est. mouillée à l’éponge humectée d’eau propre. Au moyen d’un pinceau, on enduit de colle de pâte compacte les deux bords de la feuille, dont l’un sera adhérent au cylindre dans la gorge des pinces et l’autre à l’arrière, c’est-à-dire à la sortie de pression. On saisit ensuite la feuille diagonalement par les coins, dont on applique l’un près de la gorge, en laissant déborder de quatre ou cinq centimètres la partie encollée; la main tenant l’autre coin soutient cl relève la feuille. Le bord dépassant l’extrémité du cylindre est rabattu dans la gorge, on passe la main dessus et dans la longueur Pour faire prendre la colle sur l’étoffe cousue après la tringle, puis 0n fait tourner lentement au volant; pendant que le cylindre évolue, on y étale la feuille. Enfin, on appuie sur le second bord
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- enduit de colle pour le faire adhérer au calicot. Pendant la mise sous presse de la forme, on laisse sécher la feuille ; la pâte se resserrant, le papier se trouve ainsi tendu et solidement établi sur le cylindre.
- II. — MISE SOUS PRESSE
- Lorsque les formes d’un tirage sont relevées de la machine, avant d’en arrêter d’autres, il est nécessaire de nettoyer et de graisser le marbre. S’il a été oxydé profondément par le lavage sous presse, ou enlèvera la rouille en mouillant à la potasse et en frottant avec une brique ou une pierre ponce ; un peu de papier d’émeri suffit quand l’oxydation n’est que superficielle. Le marbre étant essuyé et séché avec un chiffon, on y versera quelques gouttes d’huile qu’on étalera ensuite à la surface.
- Avant de mettre sous presse, le conducteur s’assurera de la composition des formes et en vérifiera la disposition ; s’il y a des lignes de titre ou des grosses lettres, il est utile de coller en dessous une épaisseur de papier plus ou moins fort, selon le corps du caractère, pour les rehausser de façon à donner plus de touche aux rouleaux. Comme il s’attache toujours de la poussière et des ordures à l’envers des formes, le conducteur y passera un chiffon ou frottera à la brosse sèche pour en enlever les corps étrangers qui pourraient, une fois les formes abaissées sur le marbre, surélever partiellement quelques lettres, cause de perte de temps.
- Pour placer les formes sur la machine en blanc, il ne faut point se départir de la règle typographique, consistant à mettre toujours les coins en dehors, c’est-à-dire longeant la table à encrer. Cependant, si la disposition des blancs dans le châssis nécessitait, à cause de la prise, de placer la forme dans le sens contraire, il faudrait en tenir compte à la retiration et retourner également la forme du second côté. ,
- La forme étant dressée sur le marbre et le châssis appuyé contre l’une ou l’autre cornière, on passe la main derrière l’œil de la lettre et ensuite sur le marbre, pour en chasser et en rejeter définitivement toute ordure, puis on abaisse lentement la forme en faisant attention que rien ne s’en échappe; dans le cas où il tomberait sur le marbre soit des lettres soit des cadrats mal justi-
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- fiés, on redresserait la forme pour les enlever; enfin on l’abaisse à nouveau à quelques centimètres du marbre, et, retirant vivement les mains, on l’y laisse tomber.
- La place de la forme sur le marbre est déterminée, en premier beu, par la prise des pinces. Sur chacune des bandes de support, il existe ou devrait exister un point de repère indiquant l’endroit où aboutissent les pinces lors de l’entrée en pression. Si les formes étaient trop descendues du côté du cylindre, les pinces mordraient sur le caractère, qu’elles écraseraient. Quand cette indication fait défaut, on l’obtient en marquant avec du blanc, sur les sangles fixées au cylindre, la place exacte où arrive l’extrémité des pinces ; taisant ensuite opérer un tour à la machine, la marque se reproduit sur les bandes de support et détermine ainsi la distance qu’il finit observer entre la cornière et le caractère. Afin de n’avoir pas a répéter cette opération lors de chaque mise sous presse, au moyen d’un compas on reporte en quelque endroit cette distance que l’on a toujours ainsi à sa disposition.
- En raison des pointures qui se trouvent exactement au milieu du cylindre, il est essentiel de placer les formes au milieu du marbre, afin d’obtenir, à la retiration, le rapport exact du verso sur le recto de la feuille. On fait exception, cependant, pour celles dont le format est bâtard ; on les installe alors sur l’un ou l’autre côté du marbre, suivant la position que doit occuper l’impression sur le papier.
- Pour établir la prise des feuilles par les pinces, on prend une feuille du papier de l’ouvrage sous presse; pliée en deux bien également, on la pose sur la forme dans le sens où elle doit être imprimée, laissant le blanc de marge égal en haut et en bas; puis avec le compas, dont l’ouverture donne la situation des pinces par rapport au marbre, on détermine la place que doit occuper la forme, laissant déborder de 24 ou 3§ points une partie de la marge au delà de l’endroit où aboutissent les pinces ; ces 24 ou 36 points seront la prise de la feuille. Il y a quelque inconvénient à donner trop de prise ; en tombant, les pinces repousseraient inévitablement les feuilles, d’où il s’ensuivrait des différences de marges au tirage en blanc et des écarts de registre à la retiration, sans compter le plissage et les déchirures du papier.
- Les formes sont assujetties solidement sur le marbre au moyen de cales en bois ou en fonte. Celles en fonte sont préférables, leur propre poids les rendant moins sujettes à se desserrer et à être
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- enlevées par les rouleaux. Inutile d’en indiquer les conséquences, que l’on sait être souvent désastreuses. Aussi le conducteur devra-t-il s’assurer sérieusement par lui-même du serrage et ne s’en remettre à aucun ouvrier de son équipe pour cette inspection. Ordinairement, les formes sont calées de la manière suivante : au fond, c’est-à-dire à l’entrée de pression, on met entre le châssis et la cornière deux bouts de réglettes placés à distance, on serre à l’opposé avec deux cales en bois, ou bien au moyen d’un biseau double en fonte et de coins en bois que l’on y fait pénétrer à coups de marteau. On peut se contenter de ce serrage pour les formes ordinaires; mais, lorsqu’il y a sous presse des formes à vignettes, il est essentiel de caler sur les côtés pous éviter le déplacement dans ce sens, qui pourrait se produire ne fût-ce qu’en serrant les coins de la forme.
- Ainsi que nous l’avons vu précédemment-, le serrage des formes demande quelques précautions que nous avons indiquées, nous n’y reviendrons point.
- III. — MARGE ET REGISTRE
- Marge. — La marge se détermine facilement quand le format est régulier et quand toutes les pages sont complètes ; mais l’opération se complique par l’absence ou l’irrégularité de plusieurs d’entre elles.'La manière d’obtenir la marge sur tous les formats, en général, se rapporte à ce qui se fait pour l’in-8° et l’in-12.
- Choisissant une feuille de l’ouvrage dont la coupe est bien à l’équerre, on la plie, pour l’in-8°, dans le sens le plus étroit, bords sur bords, très exactement. Cette feuille est ainsi placée sur la table de marge, le dos du pli appuyé contre la pointure du cylindre et suivant la ligne médiane de la table, indiquée par les trous livrant passage à la pointure mobile. On fait aussi déborder le papier de la largeur nécessaire à la prise par les pinces; puis, ouvrant la feuille, tout en la maintenant d’une main sur la table, on l’y met bien à plat. On fait pénétrer la pointure au milieu du pli, et après s’être assuré que les bords sont d’équerre par rapport au cylindre et à la table, on fait tomber les pinces sur la feuille, en tirant la branche de l’excentrique fixe ; la feuille se trouve ainsi prise et maintenue à la place qu’elle devra occuper au tirage. On
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- approche alors des bords les taquets, dont trois suffisent pour Riarger la feuille d’une manière égale et régulière. Comme nous l’avons déjà dit, il vaut mieux placer les taquets en avant qu’en arrière pour marger, à cause des différences que présentent fréquemment les dimensions des papiers. Les taquets situés en avant sont installés sur une tringle que commande un excentrique ou simplement le cylindre lui-même, agissant sur un galet attenant à la tringle. Ils y glissent à volonté, sont maintenus et fixés par une vis, enfin on les place entre les pinces. Les taquets se soulèvent au moment où le cylindre se met en mouvement. Les taquets placés à l’arrière sont retenus chacun par un goujon traversant la table de marge, sur lequel est vissé un écrou à oreillettes qui serre et maintient le taquet. En margeant, quand la feuille se prend entre le taquet et la table, il faut surélever, avec une petite épaisseur de papier ou de carton, l’extrémité opposée, où s’appuie la feuille; on supprime ainsi l’interstice existant entre les deux.
- Le conducteur fait alors passer en pression une feuille margée bien juste aux taquets ; puis, prenant au compas ou avec une bande de papier la largeur de l’une des marges, il la rapporte sur la marge opposée. S’il constate une différence il y remédie en avançant ou en reculant les taquets, mais en agissant par moitié de cet écart, c’est-à-dire que si l’un des bords de la feuille dépasse, par exemple, de douze points la mesure prise sur la marge précédente, il devra déplacer les taquets de six points seulement, partageant ainsi entre les deux marges la différence totale.
- On procédera de la manière que nous venons d’indiquer pour les formats dont les marges doivent être égales sur les quatre bords et dont les pointures sont placées au milieu de la feuille : c’est-à-dire Yin-quarlo, Yin-octavo, Y in-seize, Yïn-dix-huit, etc. Quant au format in-douze, dont les pointures, au lieu d’être placées au milieu du cylindre, sont fixées sur la ligne indiquant le quart de sa longueur, il faut agir différemment. La feuille de l’ouvrage servant à définir la marge sera pliée en trois, dans sa longueur, et d’une manière précise et égale ; les plis étant bien formés, on développe deux des tiers, en laissant un pli ; le dos du pli restant est mis contre la pointure suivant la ligne des trous perforés dans la table qui correspondent à ceux du cylindre percés pour le format in-12. Pour achever de déterminer la marge, on suivra les indications que nous avons données relativement au format in-8°.
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- Nous ferons remarquer que les marges de tête et de pied ne sont pas égales dans le format in-folio ; celles de côté le sont. L’in-plano suit la même disposition quant aux marges de pied et de tête, mais celles de côté sont inégales aussi.
- Jusqu’à présent, les inventeurs n’ont pu remplacer mécaniquement le margeur d’une manière suffisante qu’en employant les bobines de papier. Considéré exclusivement au point de vue de la feuille à poser sur la table de marge, le margeur n’est, en réalité, qu’un organe accessoire de la machine, ses facultés intellectuelles disparaissant évidemment devant la simplicité de ses fonctions et de ses mouvements.
- Les inventeurs n’ont pas été sans chercher un appareil automatique, et l’application mécanique s’est plutôt dirigée du côté de la lithographie. 11 y a toujours eu, eu typographie, un empêchement pratique avec le papier trempé, les feuilles adhérant les unes aux autres. Les margeurs automatiques se sont bornés, par le fait, à un jeu de taquets mobiles venant pousser et diriger la feuille mise par un ouvrier sur la table de marge. Beaucoup de brevets ont été pris à cette intention, de 1865 jusqu’à nos jours, pour des machines à marger, des margeurs automatiques, des taquets servant à pointer, des margeurs avec pinces et guide-feuille automatiques, des pointures automatiques, des pointures mobiles à commandes électriques, des abat-feuille et taquets électriques, etc. Ces inventeurs sont nombreux : Chaléat, Appel, Barre, Vignots, Marie, Yieillemard, Van Dieren, Chatenet, Taesch, Lefeuvre, Uytterelst, Perlay, Chaix, Farot, Alauzet, Bouvier, Yoirin, etc.
- Citons aussi l’appareil Brissard ; bien qu’exclusivement appliqué aux machines à régler, il est le véritable type du margeur automatique supprimant complètement l’ouvrier. Le papier est mis en rame sur une table actionnée par un mécanisme qui la fait monter à mesure de l’épuisement du papier. Le niveau des feuilles, par cette disposition, ne dépasse pas celui d’une tablette qui aboutit au cylindre sur lequel passent les feuilles pour la réglure. Chaque feuille est poussée en avant, vers le cylindre, par deux rondelles de caoutchouc qui se soulèvent automatiquement pour revenir en arrière et donner l’impulsion à la feuille suivante. C’est la deuxième feuille qui pousse la première contre un taquet déterminant la marge dans le sens transversal de la machine. Ce taquet s’abaisse pour laisser partir la feuille. La marge de côté est indiquée par un taquet fixe contre lequel monte le papier en rame.
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- Afin qu’une seule feuille soit entraînée par les rondelles de caoutchouc, deux petites lames de canif reposent sur le papier derrière les rondelles ne laissant sur les bords des feuilles qu’une trace à peine visible. Avec cet appareil, on atteint une vitesse de 3000 à l’heure sans aucune variation de marge.
- Pendant le tirage, les feuilles devront être margées avec précision; le bord du papier ne fera qu’effleurer l’épaulement des taquets, car, en appuyant, le margeur ferait goder les feuilles, dont la marge deviendrait plus grande de ce côté ; au contraire, si la feuille ne touchait pas aux taquets, la marge se reporterait du côté opposé. Afin que le papier ne plisse pas lorsque les pinces le saisissent, il est nécessaire que le margeur, en s’emparant de la teuille, la prenne par un coin, le pouce en dessus, les autres doigts on dessous et le coude baissé ; puis, d’un mouvement en dehors du poignet, il recourbera le bord de la feuille avant de la poser sur la table de marge. Lorsque, par suite de circonstances imprévues ou inévitables, la prise est trop large, le margeur, avant de marger la , feuille aux taquets, l’engagera dans les pinces, si toutefois elle ne peut y entrer naturellement et si les pinces l’empêchent de tomber sur le cylindre. Quand les bords auront une tendance à se relever, on mouillera le pourtour du papier en rames avec une éponge humectée d’eau propre. Si le margeur laisse passer en pression une mauvaise feuille, il est essentiel qu’il en avertisse le receveur afin qu’elle soit enlevée. .
- Avec les margeurs automatiques, il suffit de placer les feuilles par à peu près sur la table de marge, des taquets mobiles ou des pointures spéciales venant conduire le papier à l’endroit exact et déterminant ainsi la marge précise.
- Pendant l’évolution de la machine, lorsqu’elle imprime le premier côté, chacune des deux pointures fixées sur le cylindre perce le papier d’un petit trou rond sur les bords de la feuille. Quand il s’agit de mettre en retiration, le margeur fait pénétrer d’abord la pointure mobile, placée à l’arrière, dans le trou lui correspondant, et de l’autre main ramène à lui la feuille dont le second trou arrive sur la pointure du cylindre, qui est habituellement une pointure à coulisse. Pour pointer une feuille, les mouvements du margeur se divisent en trois temps : 1° de la main gauche, il saisit le coin de la première feuille se trouvant à sa portée; il l’enlève prestement, en lui donnant une légère secousse pour la détacher du Paquet placé sur la table et la tire sur la marge ; 2° pendant que la
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- feuille passe du paquet de papier sur la marge, la main droite s’avance rapidement vers le trou de la pointure de l’arrière, s’empare au vol du bord de la feuille en plaçant en dessus le pouce et l’index, et au-dessous les autres doigts. Le pouce, en serrant le bord de la feuille contre le médium, la dirige, tandis que l’index, dont l’extrémité touche au trou, cherche à y faire pénétrer la pointure; 3° pendant que la main droite opère, la main gauche abandonne le coin dont elle s’était emparé, glisse le long du bord de la feuille et vient se placer le dos contre le cylindre, le pouce sur le trou de pointure et l’index sous la feuille ; ces deux doigts, en la serrant légèrement, la guident ; au toucher, le pouce sent lorsque la pointure est en face du trou ; il appuie alors la feuille qui se trouve ainsi pointée. Ces mouvements se font en cadence et avec rapidité, pour que le cylindre n’évolue point sans la feuille. Afin de faciliter l’action du pointage, le margeur en posant la feuille lui fait décrire un petit mouvement oblique, qui transporte le trou de t la prise au delà de la pointure ; de cette manière, il n’a, lorsque la feuille a été pointée à l’arrière, qu’à la tirer à lui, le second trou se plaçant de lui-même sur la pointure du bas.
- Par ces quelques explications, on voit que la distance entre les deux pointures doit être rigoureusement la même que celle existant entre les trous percés au tirage en blanc. Pour déterminer cette distance de la façon la plus exacte et mettre la feuille en pointure, il faut procéder comme il suit :
- On la pointe d’abord à l’arrière, sur la pointure mobile, pouvant par sa disposition glisser en divers sens, puis on fait mouvoir cette pointure de manière à conduire la feuille en montant on en descendant jusqu’à ce que le trou du bas arrive sur la pointure du cylindre et y entre avec facilité, sans que l’on soit obligé de tendre ou de détendre la feuille, qui devra être au contraire bien à plat sur la marge.
- Registre. — La feuille étant pointée et passée en pression, il faut que les pages du verso se repèrent sans aucun écart sur celles du recto, c’est-à-dire folio sur folio, titres courants l’un sur l’autre et de même pour les bords de pages. 11 peut arriver que la forme du second côté mise sous presse ne soit pas à la même place que celle tirée en blanc; d’un autre côté, la pointure mobile peut aussi ne pas être juste dans l’axe de la pointure fixe ayant percé le papier pendant le premier tirage ; enfin, les garnitures de la forme peuvent présenter des différences peu sensiblés, mais cependant suffisantes
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- pour produire des écarts dans le repérage de la première impression sur la seconde. Le registre consiste à remédier aux défauts provenant de ces diverses causes.
- Afm de rendre nos explications aussi claires que possible, prenons pour exemple une feuille in-8°, dont le premier côté est tiré selon les règles typographiques ; nous entendons par là que tes blancs sont justes et la marge bien établie.
- La feuille étant mise en retiration, si le verso ne tombe pas exactement sur le recto, le conducteur se rendra compte soit au
- Fig. 81. — Mouyejiext de la feuille.
- foulage, soit d’après l’impression, en examinant la feuille par transparence, du sens de la variation. Il prendra la feuille telle qu’elle sort de la machine, le premier côté tiré se trouvant en dessus ; si l’écart est général et se présente diagonalement d’une nianière régulière, comme l’indique la fig. 81, il n’aura qu’à redresser la feuille en faisant mouvoir les pointures dans le sens apparent de l’écart du second côté imprimé, par rapport au premier côté.
- Les lignes pointillées indiquent le côté de seconde mis sous presse et qui va être tiré ; les lignes continues marquent les contours de la feuille et les pages qui ont été imprimées par le tirage en blanc ; A et b sont les trous de pointures.
- D’après ce que nous venons de voir, faisant agir les pointures soit ensemble, soit une seule à la fois, on dirige la feuille dans n’importe quel sens. Poussant la pointure A à droite et la pointure
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- b à l’opposé, on fait tourner la feuille, qui, pointée alors en a et /», oblique et ramène ainsi l’impression du côté déjà tiré à la place (|ue devra occuper l’impression de la forme mise sous presse. Au moyen de la pointure mobile fonctionnant dans la largeur et la longueur de la feuille, et aussi de la pointure à coulisse dont le picot peut décrire une circonférence complète autour de la vis qui maintient la coulisse sur le cylindre, on peut donc faire évoluer la feuille à volonté et lui donner la position qu’elle doit avoir sur la marge pour arriver au registre général.
- Le conducteur s’assurera de l’effet produit par le déplacement des pointures, en passant une seconde feuille bien pointée. Lorsque les pages du premier côté tiré seront d’équerre sur celles
- Fig. 82. — Écarts de registre.
- du second, il s’occupera des détails du registre. La fig. 82 présente plusieurs cas d’écart auxquels on remédie en jetant des interlignes dans les garnitures.
- On procède ainsi : le margeur, avant de pointer la feuille, vérifie si elle est en pointure, afin de ne pas être obligé de la tendre ou de la détendre pour faire pénétrer la pointure du bas, cause de variations et d’écarts ; puis il passe une dizaine de décharges pour lancer la machine et pointe la feuille qui va être examinée. Le conducteur la prend telle qu’elle sort des cordons, la pose ainsi sur la forme, qu’il desserre pour faire avancer ou reculer les pages, augmentant ou diminuant les garnitures selon les différences de registre indiquées sur la feuille, après quoi il taque le texte et resserre la forme.
- Quand le registre est bien établi, le conducteur fait passer les feuilles de mise en train, soit en se servant des rouleaux de la machine, soit en employant un rouleau à main, mais toujours avec peu d’encre pour conserver le foulage tel que le donne la pression.
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- Nous avons indiqué plus avant l’inconvénient d’avoir sur les rouleaux une trop grande quantité d’encre et aussi celui de l’encre séchée sur la forme.
- IV. — MISE EN TRAIN
- Ouvrages de ville. — C’est presque toujours sur les machines en hlanc à cylindre ou à platine que s’impriment les ouvrages de ville, dits bilboquets. Le conducteur ne doit pas s’illusionner, le tirage de ces travaux, à première vue simple et élémentaire, demande au contraire une certaine expérience et une longue habitude que ne possèdent point un grand nombre de praticiens.
- Le tirage doit en être léger, avec peu de foulage et peu d’encre. Sous une forte pression, le caractère devient d’un aspect lourd, enfoncé, écrasé ; d’autre part, la trop grande quantité d’encre empâte l’impression dont l’apparence est alors bavocheuse et épaisse. En outre, l’encre ne se fixe pas facilement, le tirage s’exécutant généralement sur des papiers fortement glacés, par conséquent, dont les pores ne s’assimilent pas facilement l’encre.
- Il est essentiel que le cylindre soit bien assis sur les bandes de support et que l’engrenage de la roue sur la crémaillère ait lieu dans de bonnes conditions, sans quoi le papillotage serait à craindre. 11 importe de même que les galets des toucheurs portent d’aplomb sur les chemins, de façon que la matière des rouleaux ne lasse, pour ainsi dire, qu’eflleurer l’œil du caractère. En plongeant, les toucheurs ne tardent pas à boucher les lettres; celles placées dans des parties isolées, ou en bout de ligne, sont aussi facilement guillotinées.
- Les tirages de cette nature se font à sec, sans recouvrir d’étoffe la mise en train. Il suffit de quelques béquets collés sur le cylindre Pour obtenir la régularité du foulage. Souvent, la mise en train se l’ait au noir, c’est-à-dire par l’examen de l’impression sans se préoccuper du foulage.
- Avant d’arrêter la forme sur le marbre, le conducteur s’assure de la disposition des blancs, ainsi que de la place occupée par 1 impression sur le papier. Autant que possible, la forme sera posée sur le marbre de façon que la touche s’opère dans le sens latéral des lignes et non dans leur longueur. Car, si peu que la justifica-
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- tion laisse à désirer, le caractère de la forme, placée de cette dernière manière et toujours poussée dans le même sens par l’effort de la pression, tout en subissant l’influence de la trépidation et des secousses du marbre, se couche peu à peu. Il s’ensuit que le foulage et la touche n’ont lieu que sur un des jambages ou sur un côté des lettres ; l’impression se présente alors sous un aspect défavorable.
- Une fois les blancs et les marges régulièrement établis, vérifiés en pliant le papier, et arrêtés d’une manière définitive, on procède à la mise en train et au tirage. Le conducteur n’aura garde d’oublier de donner la tierce avant de passer les bonnes feuilles.
- Par leur diversité, les travaux de ville exercent l’habileté du conducteur et facilitent le développement de son intelligence. Il lui faut comprendre et saisir immédiatement la position des formes et leur imposition ; la coupe du papier doit particulièrement attirer son attention, certaines circonstances dues au format et à la composition l’obligeant à laisser les feuilles entières pour faciliter le passage des cordons. Il aura aussi la précaution de s’assurer si le tirage est à feuillet simple ou à feuillet double, et s’il y a lieu de mettre des pointures, soit pour la retiration, soit pour la commodité du façonnage par le brocheur ou le relieur. Le conducteur n’oubliera point les filets de coupe quand il y en aura ; il les fera venir légèrement à la mise en train.
- Selon leur imposition, les formes qui s’impriment au recto et au verso se retournent in-12 ou in-8°; il importe donc au conducteur de s’en rendre compte avant tout. La forme se retourne in-8° lorsque l’imposition de la matière ou des pages exige que la feuille soit culbutée de telle façon, que le bord pris au tirage en blanc par les pinces le soit également à la re'tiration; dans ce cas, les pointures ne se mettent pas à la même distance des bords de la feuille, pour éviter, comme nous l’avons déjà dit, toute erreur de la part du margeur; en pointant, il s’aperçoit ainsi aisément si le papier est mal posé sur sa marge. Pour mettre en retiration in-12, les pointures sont placées chacune à égale distance des bords de la feuille, qui se renverse alors sens dessus dessous et de haut en bas, o’ést-à-dire que la marge, saisie par les pinces au tirage en blanc, ést portée en arrière, tandis que celle qui se trouvait en arrière est,' à la retiration, présentée aux pinces.
- • ici se place une recommandation relative au réglage des pinces
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- et à leur placement sur leur tringle. Pour que la feuille conserve, pendant l’évolution du cylindre, sa meme position, que ni la marge ni le registre ne subissent des variations et des écarts, il est essentiel, indispensable, qu’elle soit maintenue d’une manière solide dans les pinces, chacune devant la serrer avec une égale force. On s’assure de la régularité de la prise en leur taisant saisir tour à tour, à chacune, un morceau de papier de moyenne épaisseur. Nous ferons remarquer à cet égard qu’un papier mince est tenu plus solidement qu’un papier fort et épais. Si l’écart relatif des pinces est peu sensible, on le comblera en collant sur le cylindre, entre les pinces qui retiennent imparfaitement la feuille, quelques épaisseurs de papier mince. On est parfois obligé de recourber celles qui lâchent la feuille et de redresser celles qui appuient trop fort; il faut agir avec prudence, le bronze étant cassant par nature. Pour donner plus d’adhérence aux pinces, on tient l’extrémité de la paroi interne quadrillée. Si, par suite d’usure, le quadrillage a disparu et si la feuille glisse sous les pinces, on le remplacera par du papier de verre ou d’émeri gros gi’ain^ qui produira le meme effet.
- Lorsque le ressort des pinces est fatigué, débandé, et que son action est incomplète, les pinces ne prennent point assez fortement la feuille ; il en est de môme lorsque les noix qui maintiennent les Lnirillons de la branche des pinces sont usées.
- Sur les machines d’un grand lormat permettant de tirer en double (deux formes à la fois), le constructeur fera bien de tenir la Wnche des pinces en deux parties, l’une commandant l’autre. Cette disposition a le sérieux avantage de permettre l’impression de papier fort d’un côté du cylindre et de papier mince de l’autre, sans craindre que l’un ne fasse support à l’autre quant à la prise de la feuille. Cet effet se fait surtout sentir sur les tirages qui demandent un registre parfait et dont le papier est d’une certaine épaisseur. On sait que la fabrication des papiers n’est pas des plus , régulières et que, souvent, il se présente des différences sensibles, Uon seulement comme dimensions, mais aussi comme force. Sur Une machine à deux margeurs, c’est-à-dire ayant sur le marbre deux formes indépendantes, il peut donc arriver que, de deux feuilles prises ensemble par les pinces, l’une soit forte et l’autre mince; il n’est pas difficile de comprendre que, si la barre des Pinces est d’une seule pièce, la feuille forte la soutiendra dans feute sa longueur et l’écartement existant ainsi entre les pinces et
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- le cylindre sera juste égal à l’épaisseur de cette feuille. Il en résultera que le papier mince ne pourra être maintenu par les pinces, agissant seulement sur la feuille forte.
- Avec une barre brisée en son milieu, formée.par conséquent de deux branches, dont l’une commanderait l’autre, on éviterait l’inconvénient que nous venons de signaler. En jetant les yeux sur la figure suivante, on s’en rendra mieux compte.
- Les branches s’emhoîtent l’une dans l’autre par leur extrémité; un jeu de un à deux millimètres est ménagé entre elles, et un support fixé sur le cylindre soutient le milieu de la barre. Par
- Fig. 83. — Bauhe des pinces en deux pakties.
- cette combinaison, on remédie aux écarts et aux variations de registre produits par la différence d’épaisseur du papier.
- Du placement mal compris des pinces résulte parfois le godage et le plissage des feuilles pendant le tirage ; il suffit souvent d’un changement insignifiant, de la moindre modification pour éviter les mauvaises feuilles.
- Lorsqu’une forme, par suite de la composition, laisse peu de marge au papier et peu de prise aux pinces, il y a lieu de s'assurer si les blancs, par leur disposition, permettent de descendre h* caractère jusqu'à l’extrémité de la gorge du cylindre et d’y intercaler les pinces ; on augmente ainsi la prise de la feuille sans que le caractère soit atteint ni écrasé par les pinces.
- La forme étant arrêtée sur le marbre, taquée et serrée, le conducteur procède à la mise en train proprement dite. Avant tout, il vérifie l’état et le degré du foulage en posant sur la forme une feuille qu’il fait passer en pression. 11 l’examine en la plaçant
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- iui jour sous un certain angle ; d’après son aspect, il baisse ou relève le cylindre selon le degré de foulage à obtenir. Celui-ci étant déterminé définitivement, le conducteur s’occupe d’établir la marge et de placer les pointures si elles sont nécessaires. Pour les ouvrages de ville, on agit un peu par tâtonnements.
- Pendant la mise en train, un rouleau de presse manuelle suffit pour encrer la forme; cependant, il vaut mieux mettre sous presse les rouleaux de la machine qui permettent de régler, approximativement il est vrai, l’encrier et de faire par à peu près la couleur avant de mettre en marche définitivement. On se servira de rouleaux usés par le travail pour mettre en train, ménageant ainsi la iatigue à ceux qui doivent être employés pour le tirage. Il est essentiel de tirer avec peu d’encre les feuilles de mise en train; surtout sur le papier mince, le foulage serait moins visible s’il y en avait une trop grande quantité. De même, il ne faut pas se servir d’un papier de couleur sombre, le foulage n’y serait pas apparent d'une manière suffisante.
- Certains conducteurs doublent leurs feuilles de mise en train, c’est-à-dire qu’ils les passent en pression en interposant entre le cylindre, une, deux et parfois trois autres feuilles; ils obtiennent ainsi une pression plus forte et un foulage par conséquent plus saillant; les défauts sont ainsi mieux déterminés, le relief étant plus creux et plus sensible. A l’impression, le foulage ne sera pas exagéré, quoique régulier, puisqu’il y aura en moins l’épaisseur des feuilles qui auront servi à doubler. Il ne faut cependant pas abuser de ce système ni interposer une trop grande quantité de feuilles.
- Nous engageons fortement les conducteurs à éviter le plus possible le foulage creux, dénaturant l’œil de la lettre. Il est essentiel que la pression ne soit pas poussée à l’excès, afin de ménager au caractère son véritable type ; chaque lettre doit conserver l’aspect de sa gravure, c’est-à-dire que les déliés seront bien déterminés et très distincts des pleins.
- La mise en train sur la machine en blanc doit être traitée légèrement; on se sert de papier mince pour les feuilles et poulies bandes servant de béquets.
- Après avoir lancé la machine, tout en passant quelques décharges pour encrer la forme, on tire la feuille destinée à la mise en train que l’on travaille au noir, sur l’impression même et non d’après le foulage, lorsque la forme n’est composée que de
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- quelques lignes ou de quelques filets, en un mot de parties légères et de grands blancs.
- Quand on traite la feuille au foulage, on la pose sur un plateau tourné vers la lumière et auquel on donne une légère inclinaison, de manière que le gaufrage produit par la pression porte son ombre sur la feuille. Aux endroits où le foulage n’est pas apparent, on fixe sur la feuille des bandes de papier enduites d’un côté d’une légère couche de colle de pâte claire et que l’on place en gradins. Ainsi, là où le foulage se fait peu sentir, on colle une épaisseur de bande ; sur les parties où le foulage tend à disparaître, on met deux épaisseurs, et trois à l’endroit où le foulage n’est point visible. Quelquefois, le peu de pression occasionné par l’usure des étoffes ou par les défauts du cylindre lui-'môme nécessite quatre épaisseurs-.
- On découpe, on dégarnit au contraire sur la feuille les parties dont le foulage est trop creux et trop saillant. En général, les titres courants, les bords et les pieds de pages, les lignes isolées, les filets, les terminaisons de vers, les ponctuations, tendent à piquer et à venir d’une manière lourde à l’impression. Il faut donc les dégarnir à chaque feuille de mise en train si le besoin s’en fait sentir, c’est-à-dire si l’excès de foulage persiste.
- C’est à cause de cette tendance qu’il est bon de tenir les filets de un point ou un point et demi plus bas que le caractère ; ils s’impriment ainsi avec plus de légèreté, et l’œil se fatigue moins à la pression. Puisque nous sommes sur ce sujet, nous pensons qu’il n’est pas inutile de dire quelques mots du moyen employé par les conducteurs pour remédier à l’écrasement des filets, produit par un long usage et qui, au tirage, viennent lourds, gras et grenus. Ordinairement, ils se servent d’un outil spécial pour les amincir; môme entre des mains expérimentées, le (jratte-fdets achève souvent d’abîmer l’œil des filets sur lesquels il passe. Il faut donc se servir du gratte-filets le moins possible, ou toutefois avec la plus grande attention et beaucoup de légèreté de main.
- Le conducteur devra tenir compte, dans son travail, de certains effets de pression inhérents à la mise en train. Ainsi, quand une partie de la forme se présente sur la feuille avec un foulage trop creux, trop saillant, et que, dans le sens longitudinal du cylindre, la partie voisine, au contraire, manque de pression, on peut être certain que les béquets, collés sur la partie faible, feront support à la partie forte, dont le foulage sera ainsi ramené au point voulu.
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- En découpant, il faut également considérer le cas où il y aurait excès de diminution du foulage.
- On allégera les parties trop lourdes à l’impression, et que la mise en train n’a pu adoucir, en plaçant sous les sangles fixées sur le cylindre ou le marbre, et bien en face, des épaisseurs de papier plus ou moins fort qui feront support aux parties fortes dans le sens longitudinal du cylindre. Le conducteur peut tirer un excellent parti des supports; ils rendent souvent des services fort utiles. Non seulement ils agissent à la mise en train, mais leur effet évite ou détruit le papillotage. Ce n’est pas uniquement lorsque le cylindre est peu soutenu sur les bandes de support et qu’il n’est pas assez bridé, que le papillotage apparaît; la disposition de la composition des formes, ou un placement défectueux des gravures, est aussi une cause de cet inconvénient, que l’on fait disparaître facilement par l’emploi de supports disposés en connaissance de cause.
- Sur les machines en blanc, dont le cylindre engrène directement avec le marbre, le papillotage est moins fréquent que sur les machines d’un autre système. Ces deux organes sont ici parfaitement en rapport, l’un commandant l’autre ; et pour que le papillotage ait lieu, il faudrait que le cylindre fût tenu trop haut; l’engrenage, dans ce cas, étant incomplet, il existe du jeu entre chacune des dents de la crémaillère et de la roue du cylindre. L’entraînement ne pouvant, dans ces conditions, être normal, il se produit une certaine hésitation, une oscillation du cylindre, mappréciable à l’œil, mais suffisante cependant pour4occasionner, d’une manière apparente, une impression frôlée, hésitée, doublée, confuse, en un mot papillotée. L’arbre du cylindre ayant du jeu dans.les coussinets devient une cause de papillotage; il suffit, en °utre, que les bandes de support ne soient pas en rapport avec l’étofîage et la mise en train pour que le cylindre, soulevé brusquement à l’entrée de pression par la forme, retombe'dans chaque blanc et à fin de pression; on comprend que l’impression puisse manquer de netteté lorsque la machine fonctionne dans de papilles conditions et l’on peut être certain qu’il se produira un écrasement plus ou moins apparent, laissant des traces brillantes sur les parties isolées, ainsi qu’aux endroits de la forme situés en Lice des blancs du texte ou des réserves de gravure. En touchant avec la main le bout de l’arbre, on ressent les secousses du cylindre, auxquelles on remédiera en resserrant les coussinets ou,
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- selon le cas, en plaçant de chaque côté un support de continu un peu fort.
- A ce propos, notre longue expérience vient, une fois de plus, et tout récemment, d’être mise en pratique d’une manière assez curieuse et offrant quelque intérêt pour les personnes s’occupant d’impressions.
- On sait que les machines allemandes, et cela bien à tort, à notre point de vue, ne comportent pas, en principe, les bandes de support. Le cylindre se trouve donc soutenu exclusivement par les coussinets, ne subissant, par le fait, l’entraînement direct du marbre que par la crémaillère ou l’engrenage. Or, les circonstances nous ont placé devant une machine à deux couleurs construite en Allemagne et sur laquelle un écrasement persistant des formes se produisait d'une manière régulière, surtout à la surface des gravures, simili ou autres. Ce défaut des plus graves apparaissait même après un très petit tirage et avait, à ce qu’il paraît, dérouté le monteur de la machine qui, « donnant sa langue aux chiens », s’en était allé sans indiquer le remède. Il était indiscu--table que cette machine toute neuve, sortant des ateliers de l’un des meilleurs constructeurs sinon le plus en vue, devait être exempte de reproche. Gela n’est pas un conte fait à plaisir et pour les besoins de la cause, le fait peut être attesté de la manière la plus sérieuse. Notre premier soin fut nécessairement de nous assurer si l’engrenage de la crémaillère du marbre et du cylindre se faisait en des conditions normales. Après avoir descendu quelque peu le cylindre, les parties brillantes, véritable frottement et usure des clichés, subsistaient toujours et se produisaient en face de chacune des dents de la crémaillère. Nous avions fait réduire les coussinets du cylindre, de façon à laisser entre eux un léger intervalle pour être certain du serrage de l’arbre du cylindre. L’habillage de ce dernier, en raison de la provenance de la susdite machine, était exclusivement du papier recouvert d’une toile. Comme il s’agissait de l’impression de simili, le conducteur conservait ce mode de garniture du cylindre sous prétexte que le tirage des clichés en simili exige une pression très sèche. Comme nous ne sommes pas du même avis, et que nous pensions que le cylindre était en de mauvaises conditions comme garniture, nous fîmes mettre à la place de l’épaisseur de papier en feuilles un léger blanchet. Non seulement les gravures en simili n’eurent pour ainsi dire plus besoin de mise en train, mais le défaut auquel personne ne trou-
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- vait de remède disparut complètement, à la surprise des uns et des autres. Cela dit pour prouver deux choses : 1° qu’un cylindre doit être garni et habillé d’une manière rationnelle, et 2° que les simili n’ont pas du tout besoin d’une pression aussi sèche que certains le prétendent... Ceux-là n’ont qu’à en faire l’essai, ils seront facilement convaincus.
- Le travail de la première feuille de mise en train étant terminé, on la fixe sur le cylindre, soit collée par partie, page par page, soit on feuille volante, c’est-à-dire collée seulement à la gorge. Le repérage se fait sur l’impression obtenue par un tour sans feuille sur lo cylindre; si la coïncidence est inexacte, les bèguets occasionnent des défauts de pression du plus mauvais effet. 11 faut se servir de colle claire et l’appliquer plutôt sur la feuille de fond que sur les béquets, qui pourraient s’allonger d’une manière sensible et empêcher ainsi le repérage parfait. Les grumeaux et une couche de colle trop épaisse produisent à la pression des bouquets : ce sont des boursouflures partielles de foulage rendant le caractère lourd et enfoncé. C’est pour ce motif que les béquets collés sur la feuille de mise en train ne doivent être enduits que d’une couche très légère de colle claire.
- On emploiera, au contraire, de la colle compacte pour fixer à la gorge les feuilles volantes que la pression tend toujours à faire glisser en arrière. 11 faut aussi avoir soin de bien étaler ces feuilles sur le cylindre, car leur godage deviendrait non seulement une cause d’impression papillotée, mais il produirait du plissage durant le tirage.
- Quand la première feuille de mise en train est collée, on pose sur la forme trois ou quatre décharges, et l’on fait opérer à la machine une douzaine de tours pour aplatir les béquets et abattre les bouquets de colle qui pourraient s’y trouver; puis, on enlève ces décharges, on baisse les rouleaux de manière à encrer la forme, et on passe la seconde feuille de mise en train, traitée alors plus légèrement que la précédente et qui doit être d’un papier plus mince. En général, deux feuilles suffisent sur les machines en blanc pour égaliser le foulage quand ce sont des travaux peu compliqués.
- Certaines parties de la forme, quoique dégarnies à chaque feuille, peuvent cependant être encore trop fortes; il est alors nécessaire de les enlever sur la feuille de tond. Il faut, dans ce cas, faire attention de ne point couper les étoffes en dégarnissant.
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- Si l’épaisseur de papier ainsi enlevé ne donne pas encore la légèreté suffisante, quelques coups de marteau appliqués bien à plat et modérément diminueront la pression en amincissant les étoffes. On doit avoir soin de coller les bords de la feuille de fond sur le calicot, lorsqu’une partie en a été enlevée ; en godant, elle produirait à l’impression du frisage et du papillotage; c’est surtout lorsque les formes comportent des filets que les béquets et la feuille de fond doivent être adhérents au cylindre.
- La mise en train terminée et les retouches faites, on recouvre le tout d’une feuille de papier mince que l’on remplace à la retiration par une feuille huilée, ou mieux pétrolée, servantde décharge; on évite ainsi le maculage du premier côté tiré.
- Les décharges doivent être huilées ou pétrolées à l’avance, afin que l’huile ou le pétrole pénètre bien le papier et qu’il n’en reste pas à la surface. Sans cette précaution, au tirage des bonnes feuilles, l’encre, se trouvant en contact avec un corps gras, pourrait s’en emparer, ne fût-ce qu’en minime quantité, suffisante néanmoins pour lui faire prendre à la longue un ton jaunâtre* Aussi faut-il toujours essuyer les feuilles huilées avant de les fixer sur le cylindre, et ne tirer les bonnes feuilles qu’après avoir passé une dizaine de décharges propres.
- Nous avons dit plus haut qu’avant de mettre les formes sous presse il est bon de coller sous les lignes de titre une épaisseur de papier plus ou moins fort, de manière que la touche des rouleaux soit forcée sur ce point. Pour compléter la mise en train et obtenir un bon résultat, on chargera à part, sur le cylindre, les pleins de chacune des lettres, avec des bandelettes de papier un peu fort, coupées de largeur. A chaque feuille de mise en train, on découpera tous les déliés et les pointes des lettres. Si l’on n’arrive pas à la légèreté voulue, il faudra les dégarnir sur la feuille de fond. Lorsqu’au tirage, les noirs des pleins ne sont pas francs et mats, qu’ils se présentent, au contraire, grenus et irréguliers, cela provient de l’usage fréquent qu’on a fait du caractère ; piqué par la pression continuelle de papiers de qualité inférieure, dont la pâte renferme souvent des matières hétérogènes, des corps durs et résistants, le plomb s’enfonce par places. On doit aussi tenir compte de la pression des béquets partiels; s’il y a exagération, ils ne tardent pointa enfoncer et à creuser les lettres, à ce point que la surface ne peut plus être touchée uniformément par les rouleaux. En frottant légèrement l’œil du caractère avec de la pierre ponce fine ou
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- préférablement du charbon de bois humecté d’huile, on ramène à peu près la lettre à son état normal ; on peut aussi user les pleins sur un corps dur et poli, légèrement recouvert d’huile, en tenant les lettres bien d’aplomb et en appuyant sans les faire vaciller, cela pour le caractère ne comportant pas de déliés : égyptiennes, antiques, etc.
- Les conducteurs ayant à tirer fréquemment des travaux d’administration, composés souvent de tableaux, se trouveront bien, quant à la facilité et à la célérité de la mise en train, de se servir de bandes étroites coupées dans des feuilles de papier dont l’une des surfaces aura été préalablement enduite au pinceau d’une dissolution de gomme arabique et d’un peu de miel. En passant ces petites bandes sur la langue ou sur une éponge légèrement humectée d’eau, elles adhèrent facilement au cylindre.
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- In-plano. — L’in-plano est le format qui ne comporte qu’une page au recto (côté de première) et une au verso (côté de seconde). Sur les machines en blanc, on commence en général le tirage par le côté de seconde, quel que soit le format, afin d’éviter à la première page de la feuille, celle qui porte la signature, la contre-pression produite par la retiration.
- On fait cependant exception à cette règle quand le côté de seconde contient des vignettes et que le côté de première n’en renferme pas. Autant que possible, les formes seront placées sur le marbre de manière à obtenir la touche dans le sens longitudinal de la page et latéral des lignes. Nous rappelons à ce sujet que, si la forme est mise sous presse dans le sens contraire, le caractère des lignes mal justifiées ne tarde pas à se coucher.
- Les trous de pointure se trouveront nécessairement dans les marges, ce qui est d’un mauvais effet; on l’atténuera autant que possible en tenant les pointures très fines et les trous peu apparents, ayant, en outre, la précaution de ne point les agrandir à la retiration. Si le format du papier de l’ouvrage et la disposition de la machine le permettent, on pourra, sans aucun inconvénient pour le margeur, placer les pointures sur l’onglet, chacune dans
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- un coin de la feuille. En tout cas, les pointures seraient rapprochées le plus possible des bords, pour qu’il y ait chance, au brochage ou à la reliure, de les faire tomber lors de l’ébarbage ou du rognage.
- 11 est impossible sur ce format de placer les cordons au milieu de la feuille; si les pointures fixées sur le cylindre 11e perçaient point le papier, 011 mettrait dans la forme, au tirage en blanc, des picots dont on aurait soin de tenir la pointe au-dessous du niveau de la forme, afin qu’elle 11e déchire point la matière des rouleaux et aussi pour éviter que les trous soient noircis par l’encre.
- La feuille sera maintenue de chaque côté par des cordons agissant sur la marge. O11 empêchera le godage des feuilles, et par conséquent le plissage, en tenant les cordons inférieurs un peu lâches lorsque le papier de l’ouvrage sera mince. Au contraire, ces cordons devront être tendus quand le papier sera fort et épais, afin de parer aux variations de registre.
- Pour tous les formats, il faut avoir la précaution de mettre en retiration sur lui-même le premier côté mis sous presse, afin de s’assurer si la forme est au milieu du marbre. Il est vrai qu’au moyen des pointures à coulisse on a la facilité de remédier aux écarts de registre; mais si la différence de situation de la forme tirée en blanc, par rapport à celle mise en retiration, est trop grande, le conducteur peut être gêné dans son travail.
- La marge de tête et celle de côté sont indiquées par la personne chargée de vérifier les blancs et de voir les tierces. Avant d’arrêter les formes sur le marbre, on place une feuille de l’ouvrage sur le texte, et d’après la marge indiquée la prise des pinces est délimitée. O11 met alors les rouleaux sous presse et, la forme étant encrée, le margeur passe une feuille margée très juste aux taquets, avancés ou reculés selon l’inexactitude de la marge.
- La situation de la forme étant déterminée, le conducteur procède à la mise en train, pendant laquelle il donne une feuille sur laquelle le correcteur marque les dernières corrections.
- Le tirage du premier côté effectué, la forme est relevée et remplacée par celle du second côté que l’on place au milieu du marbre, exactement où se trouvait la précédente. Le registre de Fin-piano est des plus simples; on y parvient en faisant bouger la forme dans un sens ou dans un autre et en déplaçant les pointures.
- S’il 11’y a point nécessité d’obtenir un registre parfait, pour éviter les trous de pointures, on peut marger aux taquets pour la
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- retiration, ayant soin que les bords de la feuille appuyés contre les taquets au tirage en blanc le soient aussi à la retiration.
- Quant à la mise en train, si la composition des deux formes est compacte, une feuille de papier mince, traitée légèrement (avec des bandes peu épaisses) et collée par-dessus la mise en train du premier côté tiré, devra être suffisante pour le second. Dans le cas où les blancs du texte seraient largement espacés, si les formes contenaient de la poésie, des tableaux, des opérations mathématiques, des vignettes, etc., on enlèverait entièrement la mise en train faite pour la forme précédente. On peut néanmoins laisser la première feuille, dont les béquets couvrent les principaux défauts de pression occasionnés par l’usure des étoffes ou les inégalités du cylindre. Le conducteur procéderait alors par feuilles volantes, les enlevant à la fin du tirage de chacune des formes.
- Nous avons dit plus haut que pour la retiration on recouvrait la mise en train d’une feuille de papier pétrolée, destinée à empêcher le maculage du premier côté tiré. Cette décharge devra être changée aussi fréquemment que le nécessitera la quantité d’encre exigée par le tirage; mais le conducteur n’attendra pas que le maculage soit apparent pour y penser, il devra prévoir le moment opportun pour la remplacer. Il est essentiel que cette feuille soit collée d’une manière solide à la gorge, afin que la pression ne la fasse point glisser, ce qui est d’un mauvais effet à l’impression. De plus, afin de ne point suspendre mal à propos la marche de la machine, le conducteur profitera du temps d’arrêt pendant lequel le margeur installe le papier en rame sur la marge, pour changer la décharge pétrolée.
- Certains tirages réclament le changement de la feuille de-décharge toutes les 250 feuilles, d’autres à chaque rame; quelquefois le peu d’encre déposée sur le papier 11e l’exige qu’après deux rames tirées.
- C’est sur ce format qu’il est utile de remplacer les cordons de conduite par des bandes de papier ou d’étoffe, surtout quand il y u grande quantité d’encre employée.
- La demi-feuille de l’in-plano ne comprenant qu’une page, ce n’est pour le conducteur qu’une question de marge, puisque le Verso reste sans impression.
- Il ne faudra pas oublier d’enlever à la retiration la pointure de derrière vissée dans le cylindre. Elle pourrait percer un second trou à côté de celui obtenu au tirage en blanc, ou toutefois l’agran-
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- dir, en supposant que la forme mise en retiration soit placée sur le marbre avec une précision telle qu’elle réponde exactement à celle imprimée en blanc.
- In-folio. — Ce format admet deux pages au côté de première et deux au côté de seconde. Les cordons sont placés dans le blanc du milieu ainsi que les pointures. Un cordon inférieur et un supérieur sont suffisants pour agir sur la feuille. La touche s’obtient dans le sens favorable à l’impression. La marge se fait d’une manière égale des deux côtés. Celle de la tète doit être indiquée au conducteur, qui réglera sa prise d’après cette donnée. On obtient le registre à la retiration en faisant agir la forme et les pointures. Parfois, il faut jeter dans les garnitures une ou plusieurs interlignes pour faire coïncider le verso et le recto, mais le conducteur doit, autant que possible, respecter la garniture; si la différence se trouvait être trop sensible et qu’il se présentât pour lui quelques difficultés, il s’en référerait à la personne chargée de cette vérification, prote, reviseur ou metteur en pages, afin de ne pas dénaturer les blancs. La précaution de passer en retiration sur lui-même le premier côté mis sous presse est plus sérieuse que ne le croient quelques praticiens ; c’est une sécurité qui épargne bien des pertes de temps. Le registre sur la machine en blanc se fait, dans ce cas, par moitié de l’écart du premier côté par rapport au second ; ainsi, ayant une différence de six points, on fera mouvoir de trois points les pointures ou la forme; on peut s’en rendre facilement compte en pratiquant.
- La demi-feuille in-folio comprenant deux pages, elles se tirent ensemble ; on les met en retiration l’une sur l’autre, et le papier se culbute dans sa longueur, sans se renverser de haut en bas ; c’est ce qui s’appelle retourner in-octavo. Le registre de la demi-feuille doit se faire d’une manière définitive avant la mise en train ; s’il existe quelque variation sur les côtés ou en tête, on y remédie par les pointures, au moyen desquelles il est facile de faire tourner la feuille à volonté. Ainsi, lorsque la variation a lieu diagonale-ment, on tire l’une des pointures à soi et on pousse l’autre à l’opposé.
- In-quarto. — La feuille in-quarto est composée de huit pages, quatre d’un côté, quatre de l’autre. Les cordons passent dans le blanc du milieu; un supérieur et un inférieur suffisent pour maintenir la feuille. Les pointures >sont au milieu, A moins que le papier ne soit d’un petit format, on ne peut placer les formes que
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- (le façon à être touchées dans le mauvais sens, c’est-à-dire dans la longueur des lignes ; aussi la justification doit-elle être parfaite, pour que le caractère ne se couche point.
- La demi-feuille in-quarto comporte quatre pages mises en retiration l'une sur l’autre. On retourne le papier dans le sens du format de l’in-octavo.
- In-octavo. — Ainsi que son nom l’indique, l’imposition de ce format est faite par huit pages au côté de première et huit au côté de seconde. La touche a lieu dans le sens de la longueur des pages. Un cordon supérieur et un inférieur suffisent pour opérer sur la feuille pendant l’évolution de la machine. Les pointures étant placées au milieu du cylindre, on ne négligera point de placer celle de l’entrée en pression plus près du bord que celle placée à l’arrière de la feuille, afin d’éviter toute erreur en pointant.
- A la retiration, la feuille sera retournée sans être culbutée d’arrière en avant.
- La demi-feuille se compose de huit pages, qui sont mises l’une sur l’autre en retiration. Le quart comporte quatre pages, également mises en retiration l’une sur l’autre.
- In-douze. — Pour ce format, comprenant douze pages au recto et douze au verso, on est obligé de placer les deux pointures chacune exactement à la même distance des bords de la feuille, que l’on retourne alors dans le sens le plus étroit. De cette façon, le bord pris au tirage en blanc par les pinces passe en arrière, tandis que celui situé en arrière est, à la retiration, soumis à l’action des pinces. C’est l’imposition de ce format qui nécessite cette modification des pointures.
- Cependant, si les dimensions du châssis par rapport au marbre permettaient d’y placer la forme en long, on pourrait fixer les pointures dans la ligne médiane du cylindre et alors retourner le Papier comme pour le format in-octavo ; on éviterait ainsi de percer les étoffes ailleurs qu’au milieu, les trous produisant des défauts sensibles quand on passe de l’in-douze à d’autres formats. Il est alors nécessaire de les boucher et de coller par-dessus du papier fort, afin de regagner l’épaisseur des étoffes.
- Pour chercher les trous de pointures sur le cylindre sans enlever l’habillage, on se sert d’une pointe ou d’une épingle, dont on Irappe légèrement l’extrémité à l’endroit où l’on présume trouver les trous. Gela dit pour les machines ordinaires, celles disposées Pour les travaux de luxe comportant des pointures automatiques.
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- La demi-feuille et les quarts de l’in-douze suivent les memes données que les autres formats.
- In-seize. — Ce sont simplement deux feuilles in-octavo accouplées. Ce format a le grand avantage, quand il faut tirer des demi-feuilles ou des quarts, de ne point entraîner de perte de papier. Les cordons au milieu suffisent.
- In-dix-huit. — Il comporte dix-huit pages au côté de première et dix-huit au côté de deux. Si les garnitures ne sont pas rigoureusement bien établies, d’une manière juste et régulière, le registre dans ce cas se complique quelque peu.
- La demi-feuille comporte dix-huit pages. Avant de les mettre en retiration les unes sur les autres, le conducteur pensera à intervertir l’imposition des quatre pages du grand carton. Cette modification nécessite partiellement une nouvelle mise en train.
- Quant aux formats in-vingt-quatre, in-trente-deux, etc., on procède de la même manière.
- Rappelons, pour terminer, que deux manières de procéder se présentent pour faire les feuilles de mise en train : en chargeant ou en découpant. Aous le répétons, nous préférons, à tous les points de vue, 11e pas découper, surtout à cause de la rapidité du travail et aussi du résultat à obtenir. Lorsque l’on découpe, il faut employer du papier mince, principalement si le tirage se fait à sec. Un papier fort découpé ne peut qu’augmenter les défauts de foulage. Au reste, on remarquera que nos indications ne peuvent avoir qu’une valeur relative, et que c’est plutôt par la pratique et l’observation des effets de mise en train que le conducteur se rendra un compte bien effectif de ce que nous signalons. Toujours est-il que, en thèse générale, on évitera l’excès de colle, les épaisseurs inconsidérées de bandes, accumulation ne pouvant produire qu’un foulage creux, un gaufrage ridicule rendant le texte lourd et pâteux.
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- Lorsque la mise en train est achevée, tandis que le margeur lave la forme une dernière fois, ayant soin de l’humecter très peu, qu’il graisse la machine, installe le papier sur la table et apprête les décharges, le conducteur s’occupe des rouleaux, mouillant les uns, exposant à l’air ceux qui sont trop frais.
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- Le preneur est d’abord mis en place; puis, faisant tourner la machine d’un demi-tour, ce qui met la forme en pression, le preneur remonte et se rapproche du cylindre encreur. Au moyen de la béquille, le conducteur descend alors dans la cage le galet que dirige l’excentrique de l’encrier, jusqu’à ce que le preneur vienne affleurer le cylindre, qu’il doit toucher également d’un bout à l’autre pour que la prise s’opère d’une manière régulière. Dans le cas où le contact ne serait pas complet, et si, par exemple, le rouleau ne prenait l’encre que par une de ses extrémités, il faudrait monter ou descendre le coussinet dans lequel repose l’une des fusées du preneur, ramenant ainsi celui-ci dans la position parallèle relativement au cylindre de l’encrier.
- La prise régularisée, le conducteur jette un coup d’œil rapide autour de la machine, fait enlever les outils restés sur le couvercle de 1’ encrier ou sur la marge ; s’assure par lui-même que rien n’a été oublié ni sur la forme ni sur les bandes de support; sonde à la main, une fois encore, les garnitures, les coins, le calage, et place sur la forme une ou deux décharges propres, dont les coins et les bords sont rabattus pour ne point donner prise à l’air pouvant les soulever. C’est alors que, avertissant à haute voix que la machine Va fonctionner, il donne l’ordre au margeur d’embrayer. Celui-ci place la main sur l’embrayage, regarde si personne ne se trouve engagé dans la machine, crie d’une voix distincte : Gare les mains ! et embraye, non d’un seul coup et à fond, mais graduellement pour que la vitesse ne soit pas d’abord précipitée. Ces précautions sont indispensables sur les machines en général, et l’on ne saurait trop s’y attacher afin de prévoir et d’éviter les accidents de tous genres qui se produisent malheureusement trop souvent, accidents non seulement matériels, tels que formes écrasées, machine cassée, etc., mais aussi, ce qui est plus grave, blessures et mutilations, entraînant parfois la mort des infortunés ouvriers atteints par imprudence, négligence ou par fatalité.
- Quand le preneur a recouvert la table d’un peu d’encre à l’endroit où a lieu son action, on baisse les distributeurs dans les peignes et on fait rouler la machine jusqu’à ce que la couche d’encre soit suffisante pour commencer le tirage ; l’ongle du pouce, appuyé sur un des rouleaux, en donne l’indice. On doit tenir compte de la quantité d’encre nécessaire pour envelopper les tou-cheurs, lorsqu’ils ne sont pas encrés.
- Ce résultat obtenu, le conducteur choisit les toucheurs et les
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- place sur les peignes; il enlève les feuilles mises sur la forme, fait passer des décharges par le margeur et abaisse les rouleaux sur la table à encrer; il importe de ne point les faire tomber sur la forme; de même que, s’il est nécessaire de les lever, on devra attendre le moment où ils se trouvent sur la table ; l’adhérence de la matière pourrait enlever de la forme les lettres mal justifiées. En roulant, lorsque certaines parties de la forme sont mal justifiées, les lettres, soulevées par les toucheurs, retombent sur le marbre faisant sonnette, produisant un son métallique ; dans ce cas, il faut arrêter la machine et faire rejustifier les lignes défectueuses, dont les lettres pourraient être guillotinées par la tringle inférieure des cordons, ou enlevées complètement par les rouleaux, tombaqt ainsi sur la forme et en écrasant d’autres. La mauvaise justification produit aussi à l’impression le frisage du texte, de même que, laissant remonter la potasse, l’essence ou l’eau restée dans la forme, cela par le manque de serrage du caractère, l’encre prend difficilement sur l’œil de la lettre.
- Si la forme a été essuyée avec soin et qu’il n’y soit pas resté d’humidité, une vingtaine de décharges suffiront pour que les toucheurs encrent toutes les parties. La première feuille sortan peut donner au conducteur une idée générale de la couleur ; s’il aperçoit des différences partielles, il y remédiera au moyen des vis de l’encrier. La couleur étant égale, mais trop pâle, il tournera la béquille de la prise d’encre à gauche, pour que le contact du preneur avec le cylindre encreur soit plus prononcé. Au contraire, si la couleur est trop foncée, il tournera la béquille à droite; de cette manière, le galet remontera dans la cage, le preneur restera moins en contact avec le cylindre et, par conséquent, se chargera d’une plus petite quantité d’encre. Pour faire tomber au plus vite la couleur, on empêche le preneur de toucher au cylindre en le descendant tout à fait. Par contre, au cas où le tirage nécessite beaucoup d’encre et que la couche recouvrant le cylindre soit déjà assez épaisse, on ouvrira l’excentrique de l’encrier, si toutefois il est disposé à cet effet. Le preneur restera ainsi plus longtemps en contact avec le cylindre. La prise d’encre est indiquée sur le cylindre par la trace plus ou moins large qu’y laisse le preneur en s’y appuyant. Cette empreinte indique également si la prise du rouleau est régulière.
- Il faut passer des décharges jusqu’à ce que la couleur soit arrivée au point voulu ou à peu de chose près. C’est alors que le
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- conducteur dit au margeur de passer les bonnes feuilles, ce qui s appelle rouler en blanc.
- Il ne faut pas croire que le conducteur n’ait plus qu’à se croiser les bras et à regarder tourner sa machine. Au commencement du tirage surtout, il doit examiner très souvent les feuilles, car, en s’échauffant, les rouleaux, l’encre, la table, la forme poussent à la couleur. D’autre part, même avec un encrier suffisamment chargé d’encre, surtout si cette dernière est quelque peu forte et compacte, durant le tirage l’encre s’arrête de tourner dans l’encrier et le tirage grisonne peu à peu. Le conducteur doit aussi veiller à ce que, au cas où les garnitures auraient tendance à remonter, elles He marquent pas sur le papier. Il lui faut surveiller également les espaces, les interlignes disposées parfois à se montrer au tirage, et bien d’autres causes d’exécution imparfaite.
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- D’une manière générale, la pression plate exige une mise en train légère, faite avec précision et grand soin. Chaque épaisseur de papier, si mince qu’il puisse être, supporte la pression dans un rayon plus ou moins étendu, selon la force du papier employé. On doit se servir de feuilles et de béquets minces, les effets de foulage étant plus sensibles qu’avec la pression mixte ou cylindrique. Autant que possible, on procédera par masses, plaquant de larges épaisseurs graduées plutôt que de coller des bandes les unes à côté des autres, accumulant ainsi deux ou trois couches de papier, devenant une espèce de flan dans lequel Pénètre l’œil de la lettre. Si peu que les béquets à poser soient d’un papier de moyenne épaisseur, il est préférable, au lieu de les couper aux ciseaux ou au couteau, de les déchirer en formant sur les bords un biseau, de façon à fondre, pour ainsi dire, la pression à l’endroit où le béquet est ajouté. Dans nombre de cas, il est avantageux de traiter les feuilles de mise en train au noir, c’est-à-dire en se servant de l’impression même et non du foulage.
- Avant tout, la platine doit être réglée de manière à obtenir le parallélisme rigoureux avec le sommier ou le marbre. A cet effet, quatre vis de foulage, situées chacune à l’un des coins de la platine, facilitent l’opération. C’est en passant une feuille en pression
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- que l’on peut se rendre compte du foulage, afin de descendre ou remonter tel coin de la platine au moyen des vis.
- Lorsque le foulage est bien égal et au point voulu, le conducteur s’occupe de la mise en train. Préalablement à ce travail, il y a lieu, sur les pédales, de garnir la platine de papier ou d’un molleton mince, cela selon la nature du tirage à faire. A cet effet, on lève le cadre mobile destiné à maintenir l’étoffe. Le blanchet ou le papier est étendu sur la platine les laissant déborder de quelques centimètres, puis on rabat chacune des portées du cadre en tendant fortement l’étoffe. Cette opération, simple et rapide, permet de changer l’habillage aussi fréquemment que les tirages le nécessitent.
- En ce qui concerne la mise en train proprement dite, il y a lieu de tenir compte des indications que nous avons données à propos de la presse à bras, c’est-à-dire découper le moins possible. Il va de soi que les parties trop fortes, filets ou lignes isolées, devront au besoin être dégarnies; mais, nous le répétons, il est bon de ne pas exagérer le découpage des feuilles de mise en train. Du reste, le travail sur les pédales est d’une simplicité qui rend toute mise on train rapide.
- En raison des dispositions de la généralité des pédales, il faut taquer la forme avant de la fixer sur le marbre, que l’on aura soin de bien nettoyer pour qu’il ne se produise pas de surélévations. Le blanchet est recouvert d’une feuille de papier fort, collé sur les bords, avec de la colle épaisse, de manière qu’elle y soit solidement maintenue pendant le tirage. Après avoir vérifié le foulage, on établit les marges en imprimant sur la feuille d’assise et en collant des capucins en papier ou en se servant d’épingles spéciales à tête dentée, sinon d’épingles ordinaires, prenant soin qu’elles soient fixées solidement. Sur certaines pédales, un ruban d’acier traverse horizontalement la platine, venant s’agrafer par chaque extrémité dans un tenon dont une série se trouve disposée au long d’un montant mobile qu’une vis micrométrique fait agir pour régler la marge, le registre, ou le repérage des couleurs. Deux taquets à griffes sont passés sur ce ruban et peuvent être placés à volonté. Pour le tirage des cartes d’adresse ou de visite, un dispositif spécial permet d’adapter à la platine un taquet en bronze qu’un mécanisme fait lever une fois l’impression faite, de manière que la carte imprimée tombe d’elle-même sur une table placéftÆous la platine. Quant aux feuilles, elles doivent
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- être enlevées à la main et mises les unes par-dessus les autres sur une tablette disposée à cet effet et à proximité du pédaliste.
- Nous n’avons pas à répéter ce qui a été déjà dit à propos des rouleaux. Il est nécessaire, comme sur les autres machines, d’employer des rouleaux ayant Xamour suffisant pour nettoyer l’œil de la lettre. La prise d’encre est tout indiquée par l’examen des feuilles. Selon la plus ou moins grande quantité d’encre au tirage, on arrête ou l’on met en mouvement l’encrier au moyen du mécanisme approprié à la machine. S’il s’agit du cliquet, on le baisse ou le relève selon la nécessité de prendre ou de suspendre la prise d’encre. Au reste, nous ne saurions trop le redire, en prenant possession de la presse qui lui est confiée, le pédaliste, ainsi que tout conducteur de machine, doit examiner l’ensemble des organes afin de se rendre un compte exact de son fonctionnement général et du travail inhérent au système devant lequel il se trouve.
- Il n’est pas de pédales sans barre spéciale, ou arrêt de foulage, facilitant la suspension momentanée de la pression ; nous en avons indiqué précédemment l’emploi. Le pédaliste aura donc soin de s’en servir lorsqu’il se trouvera en retard pour la pose de la feuille à marger, non seulement pour éviter la perte du papier, mais surtout pour ne pas se laisser prendre la main entre la platine et la forme.
- Au moment où nous avons examiné les pédales de diverses constructions, nous en avons indiqué les particularités, complément des indications qui précédent. Nous ne nous répéterons donc pas, et clôturerons ici ce chapitre.
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- CHAPITRE III
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- Machines doubles a gros cylindres. — Sur la généralité des machines dont nous nous occupons en ce moment, pour amener la partie imprimante des cylindres à l’épaisseur voulue, on se voit presque toujours obligé de fixer directement sur le fer des cylindres un carton lisse ou une plaque de zinc. Par-dessus, on tend solidement un molleton épais dont on coud chaque bord longitudinal sur une tringle plate ; les orifices qui y sont ménagés laissent pénétrer des boutons soumis à l’action de tendeurs fixés à l’intérieur des cylindres. Afin de tendre l’étoffe dans la largeur, on coud sur les bords une bande de toile ou de calicot que l’on coupe en lanières plus ou moins larges, enduites en dessous de colle de pâte compacte ou de colle forte, et après avoir tendu fortement le blanchet dans ce sens, on les rabat à l’intérieur du cylindre, où on les fait adhérer solidement. C’est par-dessus cette bande de toile que l’on installe les sangles, cousues sur le bord de boucles fixées au cylindre. On recouvre le blanchet de fond d’un calicot épinglé sur les côtés et très tendu ; afin que les épingles soient solidement enfoncées, il faut les piquer dans le carton lisse. Enfin, c’est sur le calicot que l’on colle la feuille d’assise destinée à recevoir la mise en train. Les machines à gros cylindres ne sont pas organisées pour imprimer avec feuilles de décharges ; aussi emploie-t-on pardessus la mise en train un blanchet destiné à éviter autant que possible le maculage. Pour installer les blanchets de décharge, passant nécessairement sous les cordons, il faut les rouler sur eux-mêmes; quant à celui du côté de seconde, on le fixe par des épingles à la bifurcation des cordons du côté de première par
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- rapport au cylindre et sous la tringle qui les dirige. Le blanchet du côté de première est épinglé au contraire à la sortie de la feuille et à l’endroit où le cylindre est dépourvu de cordons ; en tournant au volant, le cylindre évolue et l’on y étend le blanchet, que l’on épingle complètement à l’entrée de pression avant de le tendre à l’opposé.
- Les formes sont placées au milieu des marbres, mais auparavant il faut diriger les cordons dans les blancs, afin qu’ils n’écrasent point le caractère. Préalablement à la mise sous presse, au moyen d’une grande règle posée sur une des formes, on relève exactement le milieu des garnitures, que l’on marque au moyen de petites bandes de papier enduites de colle ou en y traçant un trait à la craie blanche. En plaçant la règle sur la tringle qui supporte les tendeurs du côté de seconde, on reporte ces distances en prenant pour base une des poulies que l’on fixe à demeure au milieu exact des cylindres ; puis on place de môme les bagues dirigeant les cordons du côté de première et qui sont enfilées sur la tringle située sous la tablette de marge, un pe„ avant la prise et à quelques millimètres de la surface du cylindre côté de seconde. On fait opérer plusieurs tours à la machine, après avoir sorti les cordons des hagues fixées sur les tringles inférieures; pendant que la machine tourne, les cordons du côté de première et du côté do seconde prennent leur place. Enfin, on fixe dans les blancs les bagues des tringles inférieures et celles de la tringle voisine des cylindres de registre ainsi que les tendeurs du côté de première.
- Lorsque, pendant la mise en train ou le tirage, un cordon vient à casser, pour le remplacer il faut le passer de la manière suivante : si c’est un cordon du côté de première, on l’épinglera sur le cordon voisin au-dessus de la tringle surmontant les tendeurs de ce côté, ayant soin d’amener préalablement le marbre du côté de première en avant, c’est-à-dire prêt à entrer en pression; puis, tournant un peu et plaçant ce nouveau cordon dans sa bague fixée sur la tringle voisine de la prise de feuille, on fait faire trois tours à la machine en tenant le cordon sur la poulie de son tendeur. Au troisième tour l’extrémité épinglée revient, après avoir entraîné le cordon autour des cylindres et des tringles, d’où elle était partie sans être passée en pression sur le texte de la forme, mais bien au contraire après avoir suivi la direction des blancs. Si le cordon à remplacer correspond au côté de seconde, on amènera le marbre de ce côté en avant, et on épinglera le nouveau cordon sur le
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- cordon voisin, entre les tendeurs et le rouleau placé près de la marge; en faisant opérer trois tours à la machine, l’épinglage arrivera au point de départ ; il est essentiel de faire passer le cordon sur la poulie du tendeur pendant les trois rotations. Avant de faire les coutures, on devra étirer fortement les cordons à cause de leur longueur.
- Lorsqu’un cordon mal placé porte sur le caractère, se trouvant par le fait tiré dans le sens contraire à sa marche sur les tringles inférieures, il se rompt bruyamment, avertissant ainsi le conducteur et l’équipe de sa rupture. 11 faut aussitôt arrêter la machine pour éviter des dégâts, tels que formes écrasées, rouleaux coupés et s’échappant des fourchettes, tringles faussées, etc.
- Comme nous l’avons déjà dit, les formes des deux côtés sont placées au milieu du marbre ; avant de tourner la machine et de faire passer la forme en pression, il faut l’amener sous la tringle inférieure et s’assurer si les cordons sont bien en face des blancs. Le registre est fait dans le sens latéral de la machine en déplaçant les formes ; on l’obtient dans l’autre sens en faisant agir le cylindre de registre, selon l’écart présenté sur la feuille passée, dans le but d’examiner les défauts de registre. On commence indistinctement par l’une ou l’autre forme pour mettre sous presse.
- Les feuilles de mise en train doivent être traitées d’une manière large et bien accentuée ; on doit peu découper et se servir de papier plus fort que sur les machines en blanc pour obtenir un résultat complet et accélérer le travail. On colle page par page, ou en feuilles volantes.
- Machines a soulèvement. — Contrairement aux machines en blanc, l’entrée en pression, sur les machines à soulèvement, a lieu vers la cornière contiguë aux tables à encrer. C’est un point de repère indiqué sur les bandes de support qui délimite l’endroit où aboutissent les pinces. On procède pour la mise sous presse, à part cette différence, de la même manière que sur les machines en blanc. Parfois, la dimension du format nécessite d’avancer les formes vers les tables à encrer plus loin que la prise habituelle. Il peut se présenter un format tel, que les formes n’étant pas assez descendues, l’extrémité opposée à la table, celle de la sortie de pression, se trouverait en coïncidence avec la partie excentrée des cylindres. Dans ce cas, il n’y a aucun inconvénient d’avancer les cylindres d’une ou deux dents, selon le besoin, afin que les pinces
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- aboutissent alors plus près des tables à encrer. On opère de la manière suivante pour désengrener : sur une dent du pignon, on trace avec du blanc un trait prolongé sur la jante de la roue intermédiaire ; on repère ensuite de la même manière l’engrenage de cette dernière par rapport à la roue du cylindre côté de seconde. C’est alors que l’on desserre l’écrou de la roue intermédiaire qui la maintient sur son axe et qu’on la désengrène. En faisant ensuite tourner la roue du cylindre côté de seconde en dedans, on se rend compte, par le trait marqué au blanc, du nombre de dents dont la machine est désengrenée. La roue intermédiaire est ensuite remise en place et repérée exactement sur le pignon de commande telle qu’elle était auparavant.
- Nécessairement, il faut alors descendre les formes vers la table à encre de la quantité que l’on a avancé les cylindres pour obtenir la marge exacte, de manière à donner une prise suffisante aux pinces.
- On commence la mise sous presse par le côté de seconde, d’après lequel on place les cordons dans les garnitures. On procède quant au reste de la même manière que sur les machines en blanc. La marge vérifiée, en passant une feuille, le conducteur s’occupe du registre, après avoir toutefois examiné, à l’endroit de la transmission, si les pinces sont bien placées et si elles ne portent point les unes sur les autres ; il y a lieu également de s’assurer si aucun goujon ne les raccroche au passage, et enfin si les cordons ne les empêchent point de fonctionner librement. Nous avons vu dans le chapitre précédent comment s’obtenait le registre, on suivra donc les mêmes données; faisant mouvoir les formes soit du côté de première, soit du côté de seconde, on établira le registre général. Puis on déplacera les pages, s’il y a lieu, en évitant de diminuer ou d’augmenter les blancs de la garniture ou toutefois en partageant la différence entre l’un et l’autre côté de la feuille.
- La mise en train est traitée différemment, selon que le tirage se fait à sec ou avec étoffe la recouvrant. A sec, il faut agir plus légèrement et travailler les feuilles de mise en train de la même manière que sur les machines en blanc. Avec blanchet, on emploie du papier un peu plus fort et le travail se fait plus largement. Tirant à sec, un béquet de papier mince fera plus d’effet qu’un béquet de papier d’une force moyenne mis sous le blanchet. Pour les labeurs courants, du moment qu’on tire avec décharges et blanchet de fond, il y a économie de temps et d’étoffe en impri-
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- mant à sec. D’un autre côté, lorsque les travaux ne nécessitent point l’emploi de feuilles de décharge, on ne pourra mieux faire que de se servir de blanchet de décharge. Sur certains tirages, cependant, on a la faculté de remplacer le blanchet par des feuilles huilées ou pétrolées, prenant la précaution de les changer suivant les besoins.
- Paraffineurs. — La question du maculage a toujours beaucoup préoccupé les imprimeurs et, à leur instigation, les constructeurs. Rien n’est d’un aussi vilain aspect que le maculage, surtout au verso des gravures. L’emploi des décharges en rame remédie bien en une certaine mesure à cet inconvénient, mais le résultat est incomplet. Ainsi, par exemple, lorsque les décharges repassent sur le cylindre, après avoir déjà subi la contre-pression du côté de première, elles laissent, plus ou moins, sur les bonnes feuilles la marque du précédent décalque. On avait cherché à humecter les blanchets de substances grasses, mais les étoffes en gonflant dénaturaient la mise en train. Nelson, constructeur d’Edimbourg, eut l’idée d’un dispositif, appareil composé de trois rouleaux garnis de flanelle ou molleton épais, sur lesquels on étendait de la paraffine avant la mise en marche de la machine. Ces rouleaux sont placés au-dessus du cylindre, côté de première. Leurs fusées reposent dans des coussinets que soutiennent des montants fixés sur les chapeaux du susdit cylindre. Cette disposition permet ainsi aux paraffineurs de suivre sans secousses le soulèvement alternatif du cylindre avec lequel ils se trouvent en contact continuel. La paraffine a la propriété de décharger les blanchets de l’encre qu’y dépose la feuille à son passage sur le cylindre. Nelson composait sa paraffine de la manière suivante, en la faisant fondre au bain-
- marie.
- Essence de paraffine (à 110 degrés). . . . 5 litres.
- Paraffine en pain......................1 kilogramme.
- Cire jaune.............................230 grammes.
- Savon noir.............................375 —
- Citroline..............................Petite quantité.
- On peut remplacer l’essence de paraffine par du pétrole et faire dissoudre à froid.
- Sur les machines doubles, deux paires de paraffmeurs suffisent, deux de gros diamètre surmontés chacun d’un rouleau de petit diamètre. Il faut avoir soin de changer la flanelle des paraffineurs lorsqu’elle est par trop usée, sans quoi le tissu, ayant perdu son
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- apparence pelucheuse, les paraffineurs n’auraient plus d’action sur l’empreinte que laisse la pression du caractère de la forme à la surface des blanchets.
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- Fig. 84. — Mécanisme do système DE DÉCHARGE AUTOMATIQUE.
- Sur les rotatives à illustration ou à plusieurs couleurs, les paraffineurs deviennent indispensables lorsque l’on n’emploie pas la bobine de décharge ou l’étoffe mobile qui en tient lieu.
- Système de décharge Alauzet. — Ce procédé consiste à introduire à l’intérieur du cylindre, côté de première, une petite bobine de papier se déroulant par instants après un nombre
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- de feuilles tirées, nombre déterminé à volonté au moyen d’un mécanisme spécial agissant automatiquement. Le papier de décharge, après s’être interposé entre le cylindre et les feuilles du tirage, vient s’enrouler autour d’un second mandrin placé également à l’intérieur du cylindre. Ce système présente de réels avantages et obvie en une large mesure au mauvais effet du maculage, tout en réalisant une économie notable de personnel.
- La figure que nous donnons de cet appareil de décharge automatique donnera une idée générale de son fonctionnement. Ce dispositif comprend les organes suivants :
- A, plateau denté, monté fou sur l’arbre du cylindre, commandant l’encliquetage du rouleau enrouleur de la décharge maculée.
- A1, équerres retenant le plateau A pendant qu’il se trouve débrayé et l’empêchant de suivre le mouvement de rotation du cylindre.
- A2, came montée sur le plateau A, commandant le décliquetage du frein du rouleau dérouleur.
- A4, tourillons des équerres A1 pour le mouvement du plateau A.
- L, vis de commande du mouvement, faisant un tour pour une allée et retour du marbre.
- C, roue hélicoïdale de 200 dents portant les cames D et E avec les entailles D1 et E* servant au déclenchement et à l’embrayage du mouvement, suivant qu’il s’agit de déplacer la décharge toutes les 25 ou 50 ou toutes les 100 feuilles imprimées.
- D2, bille guidée dans l’axe D3 portant un doigt articulé; D7 est retenu au moyen du ressort D8, qui, en rencontrant les entailles D1 de la came, fait déplacer le plateau A pour l’embrayage au moyen de l’équerre D4 et du levier D6 goupillés sur l’arbre D5.
- E2, bielle pendante guidée en E3, portant également un doigt articulé E7, maintenu par le ressort E3, qui rencontrant l’entaille E1, un peu avant le fonctionnement du plateau A, décrit ci-dessus, fait déclencher le levier double E4 articulé sur l’arbre E5, formant verrou de sûreté et maintenant relevé le levier F pendant que le plateau A se trouve débrayé par le mentonnet E6.
- F, levier commandant le débrayage du plateau A, muni d’un galet F1, recevant le mouvement de la came F2 fixée sur la roue du cylindre.
- G, rouleau de sortie de la feuille imprimée, commandé par la roue G1, engrenant avec la roue du cylindre.
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- Le papier à décharge se trouve enroulé sur le mandrin b et recouvre le cylindre a sur toute la surface imprimante, passe sur les entraîneurs c et d, et vient s’enrouler sur le mandrin e.
- L’enrouleur e est commandé au moyen du pignon e1, engrenant avec le pignon d*, qui porte le rochet d\
- Le petit pignon di porte également un rochet d\ et tourne fou sur la fusée de rentraîneur d, engrenant continuellement avec le
- Fia. 83. — Retiration avec appareil a décharge automatique (système Alauzet).
- plateau A, pendant le temps que ce plateau se trouve débrayé. Après l’impression des 25, 50 ou 100 feuilles, les dents des deux rochets d3 et d% venant en prise, les rouleaux se trouvent entraînés et le papier à décharge maculé s’enroule sur le mandrin c, sur une longueur égale à la matière imprimée. Le papier est tendu après
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- le déroulage, au moyen d’un ressort à boudin qui agit sur le dérouleur b. Pendant le passage de la décharge, les pinces du cylindre sont légèrement relevées par une butée attenant au levier ô*.
- Antimaculine. — Il existe sous ce nom un produit spécial dont on enduit légèrement les blanchets pour éviter le maculage. Il y a lieu de faire attention de ne pas en humecter profusément l’étoffe afin de ne pas la faire gonfler, dénaturant ainsi la mise en train.
- Emploi du suif. — Il paraît que les blanchets, frottés au moyen d’une brosse avec du suif, permettent d’exécuter un tirage assez long sans apparence trop visible de maculage.
- Tirage à sec. — Après avoir encré les formes, soit en passant des décharges, soit en touchant avec un rouleau à main, on place une feuille à la prise ; elle est passée en pression et arrêtée avant qu’elle arrive à la transmission. Pour la commodité des fonctions, si cette feuille devait être volante sur le cylindre, avant de la dégager des pinces, on peut la piquer de trois trous tenant lieu de points de repère quand il s’agit d’installer la feuille sur le cylindre et la coller à la gorge. Ayant mis la machine au repos *, on engage dans les pinces du côté de seconde la feuille destinée à la mise en train de la forme placée sur le marbre du côté de première. En faisant faire un tour aux cylindres, celui du côté de première opère la pression et fait sortir la feuille imprimée en blanc.
- Les feuilles volantes deviennent parfois une cause d’impression papillotée; ainsi, lorsqu’à chaque feuille de mise en train les bords des pages ont été découpés, il se produit à cette place une espèce de godage donnant de l’hésitation à la pression et à la frappe. Quand un conducteur s’aperçoit d’une tendance au papillotage et qu’il constate sur les cylindres une mise en train faite dans ces conditions, il ne peut l’éviter que par un seul moyen : enlever les feuilles volantes, les découper par parties ou par pages et les coller entièrement sur la feuille de fond.
- Tirage avec blanc/iet. — L’étoffe recouvrant la mise en train est cousue après une tringle plate que l’on agrafe dans la gorge et dont les bords libres sont épinglés à l’arrière et parfois sur les côtés. Autant que possible, et par prévoyance, les épingles seront
- 1. On entend par machine au repos la position qu’elle occupe lorsque le cylindre du côté de seconde a Opéré complètement sa pression, au moment où les pinces des deux cylindres se trouvent dans la partie supérieure, baissées, et que les deux preneurs ne reposent point sur les tables à encre.
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- placées dans les blancs et sur la partie excentrée des cylindres. A côté des services que rendent en maintes circonstances les blanchets, ils offrent quelques inconvénients que nous devons signaler pour compléter nos indications à ce sujet. Il est d’abord évident que l’épinglage et les fonctions qu’entraîne la mise en train occasionnent une perte de temps. En outre, pour peu que les étoffes aient été lavées plusieurs fois, elles sont usées en divers endroits et inégalement; il est facile de comprendre que les surfaces amincies par l’usure ne retombent pas d’une manière exacte à la meme place quand les blanchets sont levés et remis à nouveau sur les cylindres. Aussi n’est-il pas étonnant parfois qu’il se déclare à la seconde feuille de mise en train des défauts de foulage n’existant pas à la première, défauts dus au déplacement des parties usées de l’étoffe. C’est surtout sur les gravures exigeant une forte pression et dont les à plat ou parties mates foulent l’é toffe que cet effet a lieu d’une manière sensible.
- En raison de la hauteur des cylindres par rapport à la forme, l’impression destinée au repérage des béquets, obtenue par les tours sans feuilles, apparaît peu distinctement sur la feuille de fond lorsque les blanchets sont enlevés. En général, cette impression hésitée est assez apparente quand les formes ne contiennent que du texte, car quelques traces suffisent pour guider dans le collage des béquets. Mais s’il s’agit de coller des découpages, il n’en est pas de même ; il importe essentiellement d’obtenir une impression franche et bien distincte. Il y a donc nécessité d’employer un moyen pour augmenter le foulage et regagner l’épaisseur du blan-chet qui est en moins. Habituellement, avant de passer sans feuille, on descend les cylindres d’un demi-tour fait aux vis de foulage. C’est, il est vrai, le moyen le plus expéditif, mais la machine est par le fait bridée plus que de raison, et cet excès de pression sur les bandes de support ne peut être que nuisible à l’ensemble de la machine. Il existe d’autres moyens entre lesquels on choisira, après avoir expérimenté l’un et l’autre. La forme est desserrée et chaque vignette rehaussée en plaçant dessous une épaisseur de papier fort, de même dimension ; on serre la forme et, après l’avoir encrée en passant des décharges, lorsque la machine est lancée, on fait un tour sans feuille. On enlève ensuite les hausses mises sous les vignettes et on resserre définitivement la forme. Afin d’éviter les écarts de registre et pour que les vignettes reprennent d’une manière exacte leur place dans la forme, le serrage doit être
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- le même que précédemment; par mesure de précaution, sur les biseaux, on peut faire une marque correspondant aux coins. Pour obtenir au tour sans feuille une impression bien déterminée, on peut aussi, sans le moindre inconvénient, enlever les sangles et descendre un peu les cylindres, regagnant ainsi l’épaisseur du blan-chet; on remonte ensuite les cylindres pour les ramener à leur première position. Ce moyen estdes plus simples lorsque les sangles sont établies sur les bandes de support; disposition préférable à tout autre à cause de sa commodité.
- Il existe un troisième procédé, celui-là plus expéditif que le desserrage des formes, moyen que les conducteurs peuvent employer s’ils le jugent à propos. Relevant le blanchet et mettant à découvert le cylindre, on applique sur la feuille de fond une épaisseur de papier à calquer, facile à trouver chez les papetiers. On posera, bien entendu, du côté du cylindre, la face du papier-calque recouverte de la couche colorante, ayant soin de ne pas la traîner ni la frotter sur la feuille de fond pour ne pas la salir, question de retrouver les points de repère au collage des béquets ou des découpages.
- L’inconvénient que présente ce moyen est le suivant. Autant de tours de cylindre autant de décalques ; pour le texte, le mal n’est pas grand, mais pour les gravures, surtout si elles sont chargées et si la machine déplace quelque peu, il en résultera une certaine confusion que peut augmenter le glissement du papier-calque sur la feuille de fond. Pour bien faire, il ne faudrait, à notre avis, qu’un seul tour ne produisant qu’une seule trace. Mais enfin, nous engageons les conducteurs à se servir en certains cas de cette façon de procéder pour obtenir le tour sans feuille.
- Que le tirage se fasse avec blanchet ou à sec, la mise en train comporte ordinairement deux ou trois feuilles. La première, de papier plus fort que les autres, sert à couvrir les défauts de pression d’une manière générale; c’est sur la deuxième, dont le papier est plus mince, que le conducteur détaille et égalise le foulage; enfin, la troisième complète le travail d’une manière définitive. Du degré d’irrégularité que présente le foulage dépend le nombre de feuilles de mise en train. Ainsi, sur une machine ayant effectué de longs tirages d’un même format, les étoffes de fond, à l’endroit des pages, seront foulées, tandis que les parties placées dans les blancs resteront intactes et plus épaisses. Mettant alors sous presse des formes de format différent, les défectuosités de foulage sont
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- des plus accentuées; aussi, pour les ramener à l’uniformité, faut-il coller une plus grande quantité de béquets que sur les formes du format précédemment tiré.
- Dans l’intérêt de l’exécution des tirages et comme moyen d’accélérer la mise en train, le conducteur fera bien d’avoir à sa disposition plusieurs blanchets de fond, dont l’un servira à l’in-18, l’autre à l’in-8°, etc. Mais ce moyen ne s’emploie avec profit que sur les machines où il est possible d’imprimer sans interruption une assez longue série de feuilles d’un même format. Il est d’usage général de ne se servir que d’un seul blanchet de fond, que l’on niouille modérément à l’éponge à chaque changement de format, afin de faire gonfler l’étoffe là où le blanchet a été laminé par une pression continue.
- C’est ce motif qui a engagé beaucoup de conducteurs à supprimer le blanchet de fond, le remplaçant par une toile forte mais serrée et d’un tissu régulier et sans nœuds. Dans ce cas, il va sans dire que la mise en train doit être recouverte d’un blanchet d’une certaine épaisseur.
- Ces renseignements généraux sont applicables indistinctement aux tirages sur mobile et sur clichés; du reste, à part la mise de hauteur de ces derniers et leur installation sur les blocs, les fonctions relatives à la mise en train des clichés sur les cylindres sont identiques et communes à celles réclamées par le mobile.
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- CHAPITRE IV
- MISE EN TRAIN SUR RÉACTIONS ET ROTATIVES A JOURNAUX
- Nous écrivions, il y a déjà quelques années, que, pour conduire des machines à journaux, un ouvrier mécanicien, en diverses circonstances, était certainement d’un secours plus efficace qu’un conducteur ordinaire. Sachant fort bien que s’il faut être forgeron pour forger, il faut être imprimeur pour imprimer, en avançant un avis semblable nous pensions à la grande généralité des imprimeries qui toutes ne sont pas situées à Paris et n’ont pas ainsi les constructeurs de machines sous la main. Il faut avoir eu à faire aux serruriers ou aux soi-disant réparateurs de machines que l’on trouve en province ou à l’étranger pour comprendre la valeur d’un conducteur-mécanicien pouvant réparer instantanément une pièce brisée ou déplacée. C’est la grande rareté d’un conducteur apte à accomplir convenablement la moindre réparation, qui nous a fait émettre notre opinion dans un sens favorable aux mécaniciens. Il y a tout à craindre pour une machine de la part d’un ouvrier qui traite des organes sérieux et des pièces minutieuses comme s’il s’agissait d’une crémone ou d’une espagnolette de fenêtre; nul n’ignore qu’une réparation mal faite en entraîne toujours une autre quelquefois plus grave. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de journaux, sur l’impression desquels on n’attache pas, certainement à tort, une grande importance, il nous paraît être plus facile à un mécanicien d’apprendre l’emploi des rouleaux et la pose de quelques béquets, qu’il nous semble possible d’enseigner immédiatement la mécanique pratique à un conducteur. Le mieux, et ce qui rallierait les diverses opinions, serait un apprentissage sérieux du conducteur, lequel, avant de mettre en œuvre des machines devrait
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- au moins les connaître. Cependant, notre appréciation première s’est tant soit peu modifiée devant les idées du moment, les améliorations apportées aux rotatives et les inventions plus ou moins récentes ayant donné la certitude que ce genre de machines permet d’imprimer mieux que des journaux ordinaires.
- Pour les rotatives à gravures et celles à plusieurs couleurs, nous estimons qu’il faut au contraire d’excellents conducteurs, 'l’une longue et sérieuse expérience.
- En ce qui concerne les réactions, la mise sous presse des formes, la pose'des rouleaux, la surveillance des cordons constituent les fonctions correspondant à ce système de machines. Nous avons vu en son temps le placement des formes, en tant qu’impo-sition des pages, nous avons également indiqué l’endroit des rouleaux et leur action, nous n’y reviendrons donc pas. Bornons-nous a dire qu’en réalité, la mise en train s’y pratique de la môme façon (lue sur les machines des autres systèmes. Le registre s’obtient tacitement en faisant agir les formes ou les pages. On peut également y remédier en augmentant ou diminuant le parcours du papier soit en avançant, soit en reculant le cylindre de registre sur lequel se retourne la feuille. Une vis de réglage, placée à chaque bout de l’axe du susdit cylindre, facilite cette opération qui peut être faite en marche. Ainsi que nous l’avons indiqué, la tension des cordons est un point très important, car d’elle dépend le passage régulier des feuilles. Il suffit de détendre légèrement un ou plusieurs cordons, pour faire disparaître le plissage du papier.
- Quant aux rotatives, sur lesquelles ce sont des clichés qui fournissent l’impression, on peut à la rigueur faire une mise en train sur les cylindres de blanchet. Les clichés, d’une certaine épaisseur, — généralement neuf à onze millimètres, — sont assujettis solidement sur les cylindres à l’aide de griffes en fer ou de cercles que commande un pas de vis muni d’un écrou. Les griffes, disposés en queue d’aronde, sont prises dans les rainures que comportent les cylindres en leur longueur. Dans ce cas, ces derniers sont cannelés aûn de retenir les clichés en n’importe quelle place de leur surface et les clichés peuvent avoir des dimensions différentes. Avec les cercles placés près des bords des cylindres, il est nécessaire que les clichés aient toujours la même longueur, à peu de chose près.
- Les journaux ne comportent guère qu’une mise de hauteur des
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- clichés, un fort molleton venant, comme blanchet, compenser les défauts des cylindres et, par leur propriété plongeante, atténuer en majeure partie ceux des clichés. Quelques hausses de macula-ture placées sous ces derniers suffisent pour égaliser le foulage.
- Les fonctions se réduisent alors à mettre les rouleaux sous presse, preneurs, distributeurs ou transmetteurs, puis toucheurs. Selon le genre de rotatives, les peignes se règlent au moyen de vis ou à l’aide de l’excentrique. De toute façon, il est nécessaire que les rouleaux ne portent que légèrement sur les tables et sur les clichés afin de leur éviter un échauffement rapide et pour ne pas boucher l’œil de la lettre durant le tirage.
- Une fois la bobine garnie de sa fusée, on l’installe sur les chaises ; le papier est engagé en le pliant au préalable dans sa largeur de quelques centimètres et en faisant tourner au volant. xVussitôt le papier pris entre les premiers cylindres, on peut embrayer et mettre en marche. Le réglage des encriers est facilité par la disposition qui permet de rapprocher ou d’éloigner à volonté l’encrier lui-même du preneur. Il faut avoir soin de le remplir suffisamment d’encre, afin de conserver la couleur durant le tirage. Nous ne voyons guère d’autres recommandations à faire et nous compléterons ce qui a rapport à ces machines lorsque nous traiterons de la mise en train sur les rotatives à illustration et en couleurs, à propos desquelles il y a lieu de s’étendre longuement.
- Nous placerons ici quelques généralités relatives au tirage et à la surveillance du conducteur.
- Pendant les tirages, le conducteur doit examiner souvent et avec attention les feuilles sortant de la machine. Il envisage d’abord l’ensemble de la couleur,'ensuite les marges et le registre, puis, passant aux détails, cherche les défauts de pression, les lettres bouchées, écrasées, cassées ou enlevées, et aussi les garnitures, cadrats, espaces qui lèvent parfois au niveau du caractère et marquent sur le papier. Par suite de la vitesse propre aux machines, des centaines de feuilles, des milliers même sont rapidement tirées et mises hors de service s’il survient quelques-uns de ces incidents, soit qu’ils passent inaperçus pour le conducteur, soit qu’il les découvre trop tard. Des lettres sont prestement enlevées, la couleur peut monter ou descendre d’une feuille à l’autre, la forme peut être écrasée par un corps dur, les taquets et les pointures sont sujets à se déranger; des feintes et des moines ont
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- tendance à se déclarer inopinément par suite d’une ordure tombée sur le chemin des rouleaux ou attachée aux galets; de même qu’une matière dure, un bourrelet de papier, etc., passant entre les bandes de support et le cylindre, se collent sur l’un ou sur l’autre, et sont causes du manque partiel de pression. Que signalerons-nous encore? Les cordons cassés, décousus, s’échappant de leurs bagues; celles-ci glissant sur les tringles et amenant les cordons sur le caractère qu’ils écrasent; des morceaux de zinc provenant du glaçage ou autres corps étrangers adhérant au papier et passant on pression sans que le margeur y prenne garde, défonçant les vignettes, cassant les lettres, aplatissant la mise en train et les étoffes ; et aussi des parcelles de rouleaux se détachant, la matière se répandant et s’étalant sur la forme, sur la table, collant après les feuilles. S’il fallait énumérer tous les incidents qui se produisent sur les machines, un volume n’y suffirait point. Nous ajouterons à cette nomenclature incomplète les accidents causés par la malveillance ; il est triste de le dire, mais ils ne sont que trop fréquents.
- Aussi, lorsqu’un conducteur est en présence d’un fait anormal dont il ne peut se rendre compte immédiatement, doit-il ne pas s’en effrayer; il faut, au contraire, qu’il se recueille et se livre avec sang-froid et persévérance aux investigations les plus minutieuses afin de découvrir la nature et le motif de l’accident. Par un examen attentif et soutenu des parties endommagées, déplacées, faussées ou brisées, une idée subite viendra peut-être l’éclairer sur la véritable cause du mal et l’aider à le réparer. La malveillance, nous le répétons à regret, n’est pas toujours étrangère à ces sorte d’accidents.
- Ceux qui commettent des actes pareils sont souvent trop jeunes pour en comprendre toute la portée. Tantôt, poussés par un désir secret de vengeance contre le chef d’équipe dont les réprimandes leur auront paru injustes ou sévères ; ou bien sollicités par l’attrait d’un beau temps dont ils ne peuvent profiter qu’en rendant inutile leur présence à l’atelier, ils trouvent le moyen, momentanément, d’empêcher de fonctionner la machine qui les occupe. Nous engageons, dans ce cas, les personnes qui ont la direction de l’atelier, à sévir avec rigueur contre les ouvriers, hommes ou enfants, qui se livrent à des actes de cette nature; il serait dangereux de les laisser impunis.
- Avant de parler de ces actes malveillants, il est venu à notre pensée qu’il y aurait peut-être quelque danger à donner des indi-
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- cations dont s’empareraient des esprits mal intentionnés pour les faire servir à l’accomplissement de leurs mauvais desseins. Mais, réflexions faites, nous nous sommes décidé à signaler quelques-uns des plus pernicieux, c’est-à-dire ceux que l’on peut prévoir, afin de rendre service aux conducteurs qui pourraient se trouver en défaut devant des mésaventures toujours préjudiciables pour leur intérêt moral et matériel.
- Nous supposons donc un conducteur mettant une forme sous presse : il procède à la mise en train. Tout va bien. Il donne tierce ou révision et fait corriger, resserre sa forme après l’avoir taquée avec soin et passe une feuille. Quel n’est pas son étonnement en voyant une nombreuse quantité de lettres piquées de petits points blancs! Il jette les yeux sur la tierce : aucune lettre n’est atteinte. Il fait alors remplacer les mauvaises lettres, et taque sa forme à nouveau. La feuille passée ensuite apparaît avec un nombre plus considérable encore de lettres piquées. Quelle en est la cause? Simplement un ou plusieurs petits clous enfoncés dans le taquoir, et dont les pointes dépassent d’une manière imperceptible le niveau du bois qui se trouve en contact avec le texte.
- Une autre fois, la mise en train se passe sans encombre; on met en route, mais les feuilles, à leur sortie, présentent, en certaines parties, des traces longitudinales de caractère écrasé ou de vignettes éraflées. Le conducteur cherche; s’il ne pense pas à examiner avec soin la matière des rouleaux mis sous presse, il peut chercher longtemps ; une main malveillante y a enfoncé par la tête des épingles dont l’extrémité seule de la pointe dépasse la surface.
- Si, du jour au lendemain, un encrier ne fonctionne plus et que le réglage devienne impossible, il n’y a pas à hésiter pour en découvrir la cause; enlevant l’encre,, peut-être trouvera-t-on, entre la lame et le cylindre, une aiguille ou tout autre corps résistant, qui s’y est interposé.
- Rien n’est plus facile que de placer un coin, une goupille ou un outil quelconque entre les dents des engrenages, qui se rompent lorsque la machine est embrayée. Si pareil fait se produit, le conducteur examinera avec attention le voisinage des parties brisées, il fera une enquête habile et sérieuse, pressant avec adresse le personnel qui l’entoure pour s’assurer de la façon la plus certaine comment a pu se placer ou être posé l’objet cause de l’accident.
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- Nous terminerons en signalant les clichés et le mobile éraflés par une pointe ou tout autre corps dur traîné sur la surface des formes. L’aspect brillant et caractéristique indiquant, dans ce cas, la nature du méfait, aucun doute ne peut subsister. De même qu’une griffe, un bourrelet de papier, etc., lancés sur la forme pendant la marche de la machine, ont toute chance d’occasionner des corrections à faire, alors une perte de temps, et comme conclusion, le chômage de la machine, but que désirent atteindre les auteurs de ces actes coupables.
- Cependant, nous n’abandonnerons point ce sujet sans indiquer, quand une machine fonctionne et qu’elle s’arrête subitement, le moyen d’en rechercher la cause. Le conducteur se met lui-même au volant et sans efforts essaye de tourner la machine ; s’il y a résistance, il essayera de détourner; dans le cas où la machine ne pourrait bouger ni dans un sens ni dans un autre, il mettra le margeur à sa place, lequel communiquera au volant de légères secousses précipitées, en tournant et détournant alternativement; pendant ce temps, le conducteur visitera toutes les parties de la machine, en commençant par le marbre, pour s’assurer que rien n’est pris entre la forme et le cylindre. Après un examen attentif des organes, si le conducteur constate la rupture d’une pièce, il aura recours au mécanicien, à moins qu’il ne soit capable de faire lui-même la réparation.
- Tout ce qui précède a suggéré l’idée à un homme du métier d’écrire un article sur ses tribulations comme conducteur de machines. Il a raconté les incidents variés auxquels il aurait été en butte, citant même quelques exemples de tracasseries lui ayant porté préjudice dans son travail. Il est bon, cependant, d’une manière générale, que les conducteurs ne se figurent pas toujours que les accidents proviennent d’hostilités plus ou moins ouvertes. Souvent, s’il leur arrive quelques accrocs dans leur travail, ils n’ont parfois qu’à s’en prendre à eux-mêmes et non à des actes malveillants. Ce peut être de leur part oubli, imprévoyance, manque d’expérience, ou tout autre cause étrangère aux manœuvres déloyales dont ils se plaignent.
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- CHAPITRE V
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- I. — GÉNÉRALITÉS
- L’idée première de la stéréotypie fut de conserver les pages en caractères mobiles et d’en souder entre elles toutes les lettres, de façon à obtenir une masse solide ; d’où lui vient son nom dérivé du grec : stéréos (fixe) et lupos (type).
- Il est probable que, simultanément, plusieurs imprimeurs, ou éditeurs, s’occupèrent de trouver un procédé plus pratique, et surtout moins onéreux. Mais comme les inventeurs tinrent soigneusement cachées leurs recherches, et qu’ils firent un secret de leurs manipulations, ce n’est qu’en 1700 et 1725 que les procédés de stéréotypie furent connus.
- Un imprimeur de Paris, Gabriel Yalleyre, faisait usage, en 1700, de planches en cuivre fondues dans un moule d’argile. Il est prouvé — quoi qu’en disent et pensent les Anglais — que Yalleyre reproduisit ainsi un calendrier qu’il plaça en tête d’un livre d’heures publié par lui à cette époque.
- Les frères Brill, de Hollande, ont bien présenté à l’Exposition Caxton, en 1877, des spécimens de stéréotypie supposés avoir été exécutés en 1700, par Yan der Mey, de Leyde, ayant eu comme collaborateur un pasteur protestant nommé Johannes Müller, mais ces planches, destinées à l’impression d’une Bible, avaient été obtenues par la soudure du caractère mobile.
- Le procédé de Gabriel Yalleyre était autre : il consistait à reproduire des pages de texte en se servant d’une empreinte sur
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- laquelle il coulait du métal fondu. Cet inventeur, il faut le reconnaître, n’obtint, néanmoins, que des résultats incomplets et fort relatifs; un moment même, il avait cessé de poursuivre ses essais.
- Sur ces entrefaites, en 1725, un orfèvre d’Edimbourg, William Ged, procédait à des recherches dont entendit parler Fenner, le célèbre éditeur de Londres, lors d’un voyage en Ecosse. Une entente s’établit immédiatement entre eux, et William Ged se rendit à Londres, où il devait exploiter son invention. Ce n’est cependant qu’en 1729 que fut publiée, par son procédé, une édition des œuvres de Salluste.
- A la suite de ces deux précurseurs de la stéréotypie vint tout d’abord, en 1740, un imprimeur d’Erfurt, nommé Michel Funckter. Son procédé consistait à employer des moules composés de plâtre, brique et amiante, substances mélangées dans tes proportions suivantes, après pulvérisation :
- PARTIES
- Plâtre.............................................2 1/2
- Brique.............................................i
- Amiante.......................................... » 1 /2
- Cette poudre, délayée dans une certaine quantité d’eau, formait une pâte avec laquelle on prenait l’empreinte des pages à reproduire.
- Michel Funckter indiquait aussi, dans un petit livre qu’il publia sur ses procédés, le moulage au sable, à la cendre, à la craie. Ajoutons à ces diverses matières la laine tontisse, ou bien des étoupes de coton; il brassait le tout avec de la bière forte et, afin d’éviter l’adhérence, il se servait de charbon réduit en poudre.
- En 1783, un imprimeur de Schlestadt, nommé Joseph Hoffmann, employait des moules plastiques composés d’argile, de plâtre et de gélatine, ou de gomme arabique et de fécule de pomme de terre.
- Ensuite vint Carez, imprimeur à Toul, qui remplaça les moules d’argile par un métal chaud, s’appuyant en cela sur la propriété qu’ont les métaux blancs de se refroidir lentement et de rester pendant un certain temps figés comme de la cire ramollie. Carez, et aussi Hoffmann, eurent l’idée de soumettre à une pression rapide le métal en fusion pour le faire pénétrer plus exacte-
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- ment dans le moule. C’est en 1773 que Darcet, membre de l’Institut de France, trouva la combinaison du bismuth, de l’étain et du plomb, alliage produisant un mélange qui se ramollit et fond à la chaleur de l’eau bouillante.
- Enfin, en novembre 1797, Gatteaux, chargé de l’impression des assignats, à Paris, assura le succès de la stéréotypie par des expériences qu’il pratiqua devant Firmin Didot, l’illustre fondateur de l’établissement typographique universellement connu et si justement renommé.
- Firmin Didot étudia le procédé, le perfectionna du tout au tout, et prit un brevet d’invention, s’adjoignant son frère Pierre pour l’exploitation de ce nouveau procédé, dont la supériorité, à cette époque, était incontestable.
- En Angleterre, les imprimeurs, ayant eu connaissance de l’heureux résultat des frères Didot, firent des essais dans cette voie. Leurs tentatives restèrent infructueuses jusqu’en 1800, époque à laquelle Alexander Tillock, un éditeur d’Edimbourg, fit connaître son invention — qui n’était autre que celle de William Ged — à un imprimeur de Londres, Andrew Wilson. Celui-ci, s’étant mis en rapport avec lord Stanhope, l’inventeur de la presse qui porte son nom, lui proposa de s’associer pour propager ce nouveau mode d’impression. Ce n’est pourtant qu’après deux années de persévérantes recherches que le comte Stanhope surmonta d’une manière complète les difficultés inhérentes au nouveau procédé dont Tillock, personnellement, lui avait indiqué les diverses manipulations.
- William Ged et Alexander Tillock, puis Funckter et Hoffmann, employaient pour la confection de leurs moules une composition ayant pour base le plâtre de Paris.
- Quant aux frères Didot, et à Herhan, leur ancien ouvrier, qui s’établit par la suite imprimeur à Tours, ils obtenaient l’empreinte des moules en faisant pénétrer le type dans une masse métallique.
- C’est seulement de 1818 à 1819 que date l’introduction en France du moulage au plâtre dont se servaient, depuis plusieurs années, Wilson et lord Stanhope. Un tel procédé donnait des résultats véritablement complets; il venait supprimer le mélange des diverses substances avec lesquelles les matrices étaient prises, non sans peine et difficulté. Quant à la matière employée pour la reproduction des pages de texte, et que l’on coulait sur l’empreinte, c’était celle des caractères d’imprimerie, composée de
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- 70 parties de plomb, 25 parties de régule d’antimoine, et environ o d’étain.
- Le moulage au plâtre, d’un emploi prompt et facile, subit par la suite des améliorations successives, et resta en usage jusqu’à l’apparition du moulage au papier, qui réunit toutes les conditions désirables : célérité, netteté, solidité et économie de temps et d’argent.
- C’est en 1829, le 24 juillet, que Claude Genoud, ouvrier compositeur de l’imprimerie Rusand, de Lyon, prit un brevet pour le clichage au papier, mais ce n’est qu’en 1846 que ce procédé se propagea sérieusement et qu’il fut employé d’une manière générale. Il jouit immédiatement d’une juste et grande faveur; les Irais de main-d’œuvre devenant peu coûteux, par la simplicité, la promptitude, que présentaient les diverses opérations, ainsi que par la nature des produits employés, les débours devenaient moindres par rapport aux autres procédés. Ce genre de clichage, en outre, fatiguait moins le caractère et ne le salissait point. Enfin, il était possible de conserver les empreintes sans couler aussitôt la matière, n’ayant pas ainsi une augmentation préjudiciable de matériel à mettre en inactivité. Les clichés pouvaient être fondus seulement quand le nécessitait le tirage.
- Le clichage au papier est resté jusqu’à présent dans les usages typographiques, bien que, au commencement de l’année 1879, Janin ait appliqué le celluloïd au clichage, non seulement du texte mais aussi des gravures. Cette nouvelle substance, composée en 1875 par Hyat, de New-York, présentait certaines propriétés plastiques qui avaient attiré l’attention et fait espérer de pouvoir remplacer lès procédés de clichage jusqu’alors employés. Mais le celluloïd n’a guère été accepté par les imprimeurs ni les éditeurs, malgré les réelles qualités de ce produit qui présente plusieurs avantages. Il est résistant, inattaquable aux acides, inoxydable et se prête aisément au moulage. Il suffit de passer les clichés à l’eau chaude — 40 degrés — pour leur donner la forme voulue. Aussi, un moment, eut-on l’idée d’appliquer le celluloïd au tirage sur rotative à cause de la facilité avec laquelle on aurait pu cintrer les clichés.
- Mais, le camphre entrant pour une majeure partie dans la composition du celluloïd, on se trouve en présence d’une composition des plus inflammables et même dangereuse par l’agglomération, à ce point que les compagnies d’assurance se sont refusées
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- à concéder des polices aux industriels s’occupant de ce produit et même à ceux en ayant en réserve ou magasin.
- Les clichés sont donc la reproduction exacte des pages en caractère mobile dont il est pris empreinte. Sur cette empreinte, placée dans un moule, on coule un alliage de plomb et régule, obtenant ainsi des plaques de matière avec lesquelles on peut imprimer à l’égal du caractère. Chaque cliché est bordé d’un talus ou biseau qui sert à le maintenir, pendant le tirage, sur un bloc à l’aide de griffes en tôle ou cuivre. Ce bloc, dont le but est de rehausser le cliché à la hauteur normale du caractère, soit 0m,023, est indifféremment en bois ou en plomb. L’avantage des blocs en bois est d’être moins coûteux à établir, mais ils présentent l’inconvénient de tous les objets en bois : sous l’influence de l’humidité ou de la chaleur, les fibres du bois travaillent, et la surface des blocs se gondole, n’offrant plus aux clichés une assise franche et assurée. La mise en train et le tirage ne sont pas sans se ressentir de cet état anormal. D’autre part, les différents ouvrages n’étant pas d’un même format, il s’ensuit que les mêmes blocs ne peuvent être employés d’une manière générale. Les blocs en plomb présentent à ces divers points de vue un certain avantage. Ils ne se déforment pas sous l’action de l’humidité ni de la chaleur et, lorsqu’ils sont fatigués par une longue série de tirages, il est facile de les mettre à la fonte et d’en faire de nouveaux. Les blocs en plomb peuvent être d’un seul morceau et prennent alors les dimensions memes des clichés qui doivent y être placés. Ils sont également composés de plusieurs morceaux que l’on assemble et combine pour former une assise de la grandeur des clichés.
- Sur les blocs en bois, les clichés sont assujettis à l’aide de petites pointes qui traversent le plomb et pénètrent dans le bois. Avec les blocs en plomb, on est obligé d’employer des griffes en tôle ou cuivre pour maintenir les clichés pendant le tirage. Il existe différents systèmes de griffes, entre autres la griffe dite simple. C’est un morceau de tôle de fer ayant un bord recourbé pour appuyer sur le talus du cliché. Lorsque la forme est serrée, les griffes se trouvent prises entre les blocs et les garnitures qui déterminent les blancs. Ce genre de griffes répond suffisamment aux besoins des tirages, mais son emploi présente quelques inconvénients que l’on évite avec d’autres systèmes, plus compliqués, il esterai. En tête et en pied des clichés, on place comme arrêt de
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- simples lames (le tôle ou cuivre qui, dépassant quelque, peu le talus, les empêchent de glisser sur le bloc.
- En France, le bois employé de préférence pour les blocs est le chêne, qu’il faut choisir bien sec. L’acajou est d’une essence supérieure, il est vrai, mais d’un prix plus élevé. En Angleterre, en Amérique, les clichés sont montés généralement sur acajou. Le sapin coûte beaucoup moins, mais il est plus tendre et, par le fait, sujet au gondolage. L’acajou vaut 12 francs le mètre superficiel, le chêne 7 francs, et le sapin 3 francs, pris au chantier.
- Après avoir débité les planches par morceaux, on les rabote, ou mieux on les tourne, leur donnant ainsi l’épaisseur voulue; puis, à la scie, on les réduit aux dimensions des clichés, en largeur et en longueur. Pour tourner les planches, quelques cli-cheurs se servent avec avantage du tour horizontal.
- S’il fallait que les blocs en plomb fussent pleins, leur poids deviendrait exagéré sans pour cela en augmenter la solidité. Afin d’employer le moins de métal possible, on se sert pour fondre les blocs d’un appareil disposé de façon à y établir des cavités en dessous. Cet appareil, nommé plaque à noyaux, se compose d’une plaque de fonte disposée avec des entailles en queue d’aronde correspondantes aux noyaux; cette plaque, en outre, est munie d’une série de réglettes en fer destinées à remplir les entailles là où, suivant les combinaisons à obtenir, les noyaux n’ont pas été placés. Cette disposition permet de fondre des blocs creux de n’importe quel format. Les noyaux sont des pièces de fer ou bronze dont la surélévation au-dessus de la plaque produit les cavités dans la masse du métal fondu. Des équerres de hauteur du texte, ou seulement de celle des blocs, pouvant s’écarter à volonté au moyen d’un étrier muni d’une vis de pression, maintiennent la matière au moment de la fonte. En plaçant cette plaque à noyaux dans un moule à fondre, on obtient des clichés de hauteur de texte, soit annonces ou tout autre genre de travail.
- Pour fondre les blocs ordinaires, à combinaisons, c’est-à-dire pouvant donner tous les formats voulus, on emploie également la plaque à noyaux. Après avoir placé sur la plaque le noyau de la grandeur nécessaire, ainsi que l’équerre, on en ramène les branches contre le noyau, puis on coule directement sur la plaque la matière en fusion. Les deux branches de cette équerre glissent dans un étrier et sont maintenues à la distance déterminée par Rne vis de pression. Un taquet peut être de même dirigé à volonté
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- pour former arrêt lors de la fonte du plomb sur la plaque; ce taquet ou guide est maintenu par une vis. Pour conserver l’écartement parallèle des deux branches de l’équerre, une vis munie d’un double écrou passe au travers de la branche mobile, et se trouve fixée sur l’étrier qui maintient le taquet.
- Lorsque les blocs sont fondus, on les place sur le tour et on leur fait subir une passe ou deux sur les deux faces, leur donnant ainsi la hauteur nécessaire ; puis, on rabote les côtés, de façon qu’ils soient parfaitement d’équerre avec les deux faces.
- S’il s’agit de fondre simplement des lignes d’annonces, des titres, etc., on peut employer avec avantage un moule spécial dit moule à mots. Ce moule est muni de guides ou registres permettant de faire des clichés de différentes dimensions. Les deux parties du moule s’écartent ou se rapprochent à l’aide d’écrous et de glissières.
- Lorsque les clichés sont montés sur bloc de bois ou sur matière, et qu’il s’agit d’en vérifier la hauteur par rapport à celle du caractère, on se sert du pont-calibre. L’écartement compris entre le plateau et la traverse, que maintiennent deux vis à oreillettes, détermine la hauteur voulue. Il est facile, à l’aide de hausses placées à l’endroit des vis, sous la traverse, de la remonter à volonté.
- Clichés cylindriques. — La construction des rotatives a nécessité la modification de l’outillage de stéréotypie destiné à ce genre de machines. Les clichés devant être fixés sur des cylindres, et non placés sur des marbres plats, ont dû être ramenés à la forme semi-circulaire. Le moulage se pratique de la manière habituelle, mais l’empreinte est introduite dans un moule à fondre dont les deux platines sont cintrées. Les constructeurs ont été amenés à perfectionner d’une manière complète ce genre d’appareils; il a fallu créer une série de modèles nouveaux applicables à la confection des clichés circulaires. Cette série comprend : un moule cylindrique, un tour à biseauter, une machine à échopper et biseauter, et une machine à laminer les clichés.
- L’empreinte est posée sur la platine fixe du moule,.chaque marge se trouvant maintenue par les branches de l’équerre, facile à manier à l’aide de deux anneaux, et qui fait prendre la courbe du moule à l’empreinte. Il suffit de relever la platine mobile et de serrer la vis de pression ; on peut alors couler la matière en fusion. A la sortie du moule, il reste à façonner les clichés.
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- En raison du temps fort limité que laisse la mise en vente des journaux qui doivent paraître rapidement, on a dû trouver un moyen plus expéditif que le biseautage et l’échoppage faits à la main.
- Le tour à biseauter est un outil fort simple. Les clichés sont fixés à l’aide de vis sur un tambour en fonte supporté par un pied. Ce tambour, qu’actionne une manivelle clavetée sur l’arbre, pré-
- Fig. 86. — Moule cylindrique.
- sente nécessairement la même circonférence que les cylindres d’impression de la machine rotative, afin que les clichés, dont le cintrage correspond également aux cylindres, puissent s’y adapter exactement. Dans la longueur du tambour, une bande à rainures supporte deux petits chariots dans chacun desquels s’emboîte un fiurin. Une vis de rappel, terminée par une poignée, fait avancer ou reculer le burin, soit pour entamer le plomb du cliché, soit pour dégager facilement le cliché du tambour.
- En glissant chaque chariot sur la bande, on les amène ainsi à l’endroit du cliché où doit avoir lieu le biseautage; puis, tournant le petit volant qui actionne la vis du burin de chacun des
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- chariots, on approche le burin (le façon qu’il morde le plomb. Une fois les chariots convenablement disposés, on fait évoluer lentement le tambour, et progressivement, à chaque passe, on avance davantage les burins en tournant légèrement les vis de rappel qui les dirigent.
- Les organes de la machine à biseauter se composent d’un chariot mobile circulaire, sur lequel on applique le cliché à biseauter, et d’une fraise. Le chariot va et vient au long d’un plateau, dirigé qu’il est par une vis venant se prendre dans une noix fixée en dessous. L’inclinaison du plateau est variable, afin
- Fig. 87. — Tour a biseauter.
- d’amener la partie à biseauter sous la fraise. Il est ainsi facile de diriger le chariot dans les deux sens, d’un mouvement lent et continu. La fraise est montée sur un axe terminé par une poulie horizontale, sur laquelle passe une corde à boyaux chargée de lui transmettre le mouvement giratoire. Cette corde se relie à une poulie à gorge de grand diamètre placée verticalement, et que met en action directe l’arbre de commande.
- La machine à laminer comporte un plateau semi-circulaire sur lequel s’adapte le cliché, l’œil en dessous, après avoir, toutefois, interposé entre les deux un carton lisse ou mieux une plaque de zinc, évitant ainsi tout frottement du plomb contre la fonte du plateau. Le cliché est maintenu dans le bas par une cornière, de manière qu’il ne puisse se déplacer pendant le fonctionnement de l’outil. Une roue d’engrenage, que met en action une vis sans fin ou un pignon, commande un support sur lequel se trouve très
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- solidement boulonnée une forte lame, qui, dans sa course circulaire, rabote le plomb du cliché. La course parcourue par la lame correspond exactement à la circonférence des cylindres de la machine à imprimer sur laquelle doit être placé le cliché.
- Les clichés des labeurs, ouvrages d’édition sont empaquetés soit par ordre numérique : 1, 2, 3, 4, o, 6, 7, etc., soit par côtés,
- Fig. 88. — Machine a laminer les clichés.
- c’est-à-dire qu’on met en paquets séparés, d’une part, les pages 1, 4, 5, 8, 9, 12, 13 et 16, et, d’autre part, les pages 2,3, 6, 7,10, 11, 14 et 15. Pour que l’œil des clichés mis en paquets ne subisse aucune détérioration par suite de pression ou de frottement, on interpose entre chaque cliché une épaisseur de papier dit papier laine, ainsi nommé parce qu’il a une certaine apparence laineuse. "Voici donc comment on dispose les clichés les uns sur les autres.
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- Le premier est posé sur la table où se fait le paquetage, le dos en dessous ; on recouvre alors le texte d’une épaisseur de papier laine ayant exactement les dimensions de la page, puis, sur cet intercalaire, on place le deuxième cliché, l’envers en dehors et le texte contre le papier laine. Le troisième cliché est à son tour mis dos à dos avec le précédent et recouvert d’un papier. Le quatrième est disposé comme le deuxième, et ainsi de suite, en alternant.
- Lorsque les feuilles ne comportent qu’un nombre restreint de pages, et que celles-ci sont de petites dimensions, il n’y a aucun inconvénient à n’en faire qu’un seul paquet : tels sont les formats dits in-folio, in-quarto, ainsi que les petits in-octavo. Mais, du moment où les pages atteignent une certaine grandeur, ou qu’elles sont assez nombreuses pour produire un certain poids, il est de beaucoup préférable d’empaqueter les clichés par côtés. Les paquets sont ainsi beaucoup plus maniables et on évite l’écrasement des pages inférieures.
- Chaque paquet est enveloppé et ficelé dans une maculature épaisse. Les paquets sont classés par ouvrages dans des casiers fortement construits, chacun d’eux devant porter une indication, étiquette ou autre, donnant le nom de l’éditeur, ou celui de l’auteur, le titre de l’ouvrage, le format, la tomaison, la signature et le côté de la feuille, s’il y a lieu. Quelques éditeurs et imprimeurs conservent leurs clichés dans des boîtes de bois solide.
- GAUTHIER-YILLARS et Fils.
- Procédés de reproductions. Format : In-8° raisin.
- Tome : II.
- Feuille : 3.
- Côté de première.
- Observations.
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- La conservation des clichés présente un certain inconvénient qui donne parfois quelque inquiétude à leur propriétaire : nous voulons parler de l’oxydation du plomb. En peu de temps, le texte des clichés peut être entièrement détruit par cet agent destructeur, facile pourtant à combattre. Une rapide explication mettra sur la voie du moyen à employer pour épargner aux clichés cette oxydation toujours fort préjudiciable.
- Par l’action de l’air, le plomb se ternit, mais l’altération s’ar-rête à la surface ; il n’en est pas de même de l’eau pluviale, car a son contact le plomb s’oxyde très rapidement. On peut s’en convaincre facilement en projetant dans de l’eau pluviale ou distillée de la limaille de plomb ; il se produit aussitôt des traînées blanchâtres partant de chacune des parcelles métalliques qui ne sont pas tombées au fond du vase. Ces traces laiteuses sont formées par du carbonate de plomb. Ce phénomène n’ayant pas lieu au sein d’une eau ordinaire qui, généralement, contient des matières salines, telles que sulfates, chlorures, etc., on en conclut qu’il ne faut pas laver ou rincer les clichés avec de l’eau de pluie. Cela est déjà un point parfaitement acquis. C’est ce qui explique, on somme, la raison pour laquelle il n’y a aucun inconvénient à conduire l’eau ordinaire par des tuyaux en plomb, tandis qu’il peut y en avoir de fort graves à conserver l’eau pluviale dans des réservoirs faits avec ce même métal, si cette eau est destinée à la consommation.
- La meilleure précaution à prendre, avant toute autre, pour éviter l’oxydation, est de n’empaqueter les clichés que lorsqu’ils sont complètement secs. Différents conseils sont, en outre, donnés pour tes conserver intacts : les uns engagent à recouvrir les clichés (l’une légère couche d’encre typographique; d’autres, à employer Rn vernis facile à faire disparaître avec l’essence de térébenthine au moment du tirage. Certains prétendent que le lavage à la potasse °u au carbonate de soude suffit pour protéger les clichés. Le point ^portant est, évidemment, d’interposer entre le métal et l’air llne couche préservatrice. Nous estimons qu’il suffit, avant l’em-Paquetage, d’enlever toute trace d’humidité à la surface des clichés Pouvant produire, au contact de l’air, de l’oxyde de plomb. Il est alors utile, une fois les clichés lavés et débarrassés du papier de ttfise en train collé au dos, de les faire bien sécher à la chaleur ^ un foyer quelconque.
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- Dans un grand nombre d’imprimeries, on établit les garnitures de clichés avec des morceaux de différentes justifications assemblés entre eux et formant blocs. Tant que ces parties de blocs ne sont pas déformées par l’usage et aussi par les griffes de tôle qui, à la longue et par le serrage, laissent sur le côté des blocs leur empreinte, il ne se présente guère d’inconvénients ; mais plus les blocs servent, plus le serrage devient difficile et plus les garnitures et les griffes tendent à monter au niveau des clichés. Par l’emploi de blocs d’un seul morceau, ces désagréments peuvent être évités, mais le moyen est coûteux ; il y a une telle diversité de justifications qu’il faut fondre de nouveaux blocs à chaque changement de format. C’est l’ensemble de ces différentes considérations qui a engagé la recherche d’un système de blocs combinés pouvant satisfaire à tous les formats et à toutes les justifications possibles.
- Ces blocs sont composés de quatre morceaux ayant les mêmes dimensions et entre lesquels on interpose en croix des réglettes ou des interlignes pour ramener la justification des blocs à celle des pages clichées. Nécessairement, les parties de blocs seront plus larges et plus longues pour l’in-4° et l’in-8° que pour l’in-18 et l’in-32. Ce système offre le réel avantage d’amener les blocs à la justification voulue, tout en évitant d’ajouter sur les côtés des interlignes ou des réglettes dont l’insuffisance fréquente de hauteur occasionne, sous les coups du chasse-griffes, la rupture des talus qui cernent les clichés.
- La maison Boildieu fabrique, pour l’imposition des clichés sous presse, un châssis-bloc en fer ayant l’épaisseur des blocs ordinaires et auquel il donne les dimensions voulues ; les deux surfaces parfaitement dressées facilitent beaucoup la mise en train, les clichés étant bien d’aplomb. Des rainures tracées diago-nalement et à peu de distance l’une de l’autre permettent de fixer les pages à n’importe quelle, place et d’établir les blancs d’une manière régulière. Ce sont des coulisseaux en cuivre armés de griffes et pouvant glisser le longues rainure^ qui maintiennent et fixent les clichés sur le châssis-bloc.
- En général, on se sert des blocs ordinaires, et ce sont des û?-
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- tières qui maintiennent les clichés en tête et en pied, tandis que les côtés sont occupés par des griffes qui les fixent sur les blocs. Les têtières sont de minces lames de tôle dépassant à peine les talus, juste de quoi empêcher les clichés de glisser sous l’effort de la pression. Quant aux griffes, il y en a, comme nous l’avrons vu, de différentes sortes ; la griffe simple est un morceau de tôle, dont l’un des côtés est recourbé et appuie sur le talus ; lorsque la forme
- Fig. 89. — Griffes de divers systèmes.
- est serrée, les griffes sont prises entre les blocs et la garniture qui détermine les blancs ; elles empêchent ainsi les clichés d’être enlevés par les rouleaux ou entraînés par le va-et-vient des marbres. Douïller, l’un des premiers imprimeurs qui firent usage de la sté-réotypie, employa une griffe de son invention. Il se servait de blocs en bois dur, tournés sur toutes les faces, de même longueur que les clichés auxquels ils étaient destinés, mais de douze points plus étroits. Cette différence de douze points était regagnée par des lingots ayant quatre points de moins en hauteur que le caractère et portant au niveau des blocs une rainure de six points de profondeur. Ces lingots, placés à droite et à gauche de chaque bloc,
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- maintenaient les clichés. En tête et en pied des pages était un lingot plein, sans rainure.
- Une autre sorte de griffe est celle à biseau, dont la quille s’emboîte dans les blocs, qui doivent être fondus intentionnellement. Ces griffes ont l’avantage de ne pas lever pendant le cours des tirages, mais leur emploi rend le griffage long, augmentant ainsi la durée de la mise en train, relativement à l’emploi des griffes d’un autre système. Aussi préférons-nous à ce point de vue les griffes dites à couteau et à coulisse. Ces griffes sont mobiles sur un support auquel on donne dix-huit ou vingt-quatre points de largeur et qui sert à la garniture faisant partie des blancs. Celle à couteau est ainsi nommée parce que la griffe est maintenue par une espèce de lame faisant charnière, se levant pour reculer la griffe et enlever le cliché et se baissant pour faire prendre la griffa sur le talus et l’y maintenir. L’autre système offre plus de solidité, qualité qu’il faut toujours rechercher lorsqu’on remet un outil ou un instrument entre des mains parfois peu soigneuses. Cette griffe est ici montée sur une petite tige rivée à chaque bout du support et sur laquelle coulisse la griffe dans la longueur. Une échancrure permet de la renverser en arrière lorsqu’il s’agit de dégager le cliché.
- Parlons aussi d’un système de griffage inventé par un ouvrier typographe d’Orléans. Le bloc est de vingt-quatre ou de douze points plus petit que le cliché dans les quatre sens. On remplace cette épaisseur par des réglettes en métal ou en bois comportant une rainure. Chaque griffe est munie d’un petit rivet pénétrant dans la rainure de la réglette ; on y fait glisser la griffe de haut en bas jusqu’à sa rencontre avec le biseau du cliché qu’elle serre.
- Il est important, sur les tirages de clichés, que les griffes ne lèvent et ne marquent point, afin d’interrompre le travail de la machine le moins souvent possible. Il faut donc que les blocs soient bien assis sur le marbre et que les garnitures, par le serrage de la forme, n’aient pas tendance à lever sous la trépidation continue de la machine. Avec les griffes ordinaires, quand le tirage d’une feuille est terminé, il faut desserrer, enlever les griffes pour remettre d’autres clichés sous presse et les griffer à nouveau, puis serrer la forme. Tant que les blocs et les garnitures n’ont pas pris leur aplomb, les griffes lèvent, il faut arrêter la marche de la machine à chaque instant pour les baisser. Il y a donc avantage considérable à ne pas être obligé de desserrer les
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- formes lors (le chaque feuille mise sous presse. L’emploi des griffes à coulisse, à couteau, ou d’autres systèmes avantageux evite au conducteur des fonctions longues et désagréables qui détériorent en outre rapidement les clichés par suite des coups réitérés du chasse-griffes.
- Pour fonctionner convenablement, les griffes perfectionnées réclament un certain entretien fort simple : il suffit de les nettoyer et de les graisser de temps à autre, lorsque la poussière du papier s’y est accumulée en trop grande quantité. Avec un peu de soin et d’attention, ces griffes peuvent servir longtemps et, malgré leur prix relativement élevé, permettre de réaliser une économie notable par le temps épargné pendant les mises en train et pendant le tirage.
- La mise sous presse des blocs se fait d’une manière identique à celle des formes de mobile. Il faut s’assurer seulement au préalable de la hauteur des blocs et des clichés. On place à cet effet la forme sur un marbre, ou seulement un bloc pareil à ceux qu’elle comporte, puis on y pose un cliché, et avec une grosse lettre placée à côté on se rend compte de la différence de hauteur. Le conducteur est parfois obligé de metlre sous les formes de blocs une feuille de papier fort ou une plaque de zinc pour régagner la hauteur du texte et pour ne pas trop descendre les cylindres de pression. Lorsque les formes sont calées, les cordons placés dans les blancs, on impose les clichés, ayant soin de les glisser sous les griffes et contre les têtières. On pose alors une feuille blanche sur la forme que l’on fait passer en pression pour s’assurer du foulage ; encrant ensuite les clichés avec un rouleau à main ou un rouleau de la machine, on passe une feuille de papier de moyenne épaisseur et collé. Celte feuille de mise en train est traitée avec des bandes suffisamment épaisses; on la découpe ensuite page par page, laissant une marge de la largeur des talus, puis on colle entièrement ces pages sur leurs blocs respectifs, 1 impression contre ces derniers et les béquets en dehors. Cette première feuille est destinée à couvrir les défauts principaux des blocs. Les hausses doivent être coupées de la même dimension que les blocs, pour que les talus soient soutenus, qu’ils portent bien d’aplomb afin de ne pas se rompre sous les coups de chasse-griffes. Une seconde feuille, passée de la même manière et travaillée dans les Riêmes conditions, est également découpée par pages, collées alors sous le cliché, et cette fois l’impression en dehors tournée vers le
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- bloc et les béquets contre le cliché. Il importe de ne point coller sous les clichés une trop forte épaisseur de papier formant matelas, car non seulement en s’aplatissant par la pression pendant le tirage, cet excès de hausses serait cause de la perte progressive du foulage, mais l’aplomb des clichés ne serait pas aussi assuré qu’avec quelques béquets seulement. Cependant il est essentiel que le conducteur établisse un bon dessous, afin que la touche des rouleaux s’opère bien. C’est alors qu’on peut griffer ou clouer si l’on pratique sur blocs en bois. Chaque fois que l’on passe une feuille dont la forme a été encrée avant le griffage, il est essentiel de vérifier attentivement si les clichés ne portent point sur les griffes. Cette précaution a une grande importance, car, si les clichés passant en pression supportés de cette façon ne cassent point, ils sont inévitablement écrasés. Deux griffes de chaque côté suffisent pour maintenir les clichés de format ordinaire, mais trois sont nécessaires sur les pages de grand format. De môme une têtière en tête et une en pied arrêtent suffisamment les clichés de moyenne grandeur; il en faut deux, mises à distance, quand les pages atteignent une certaine dimension. Les griffes ordinaires sont placées, comme nous l’avons déjà dit, entre le bloc et la garniture ; celle-ci est meilleure en bois qu’en plomb, les griffes sont ainsi mieux maintenues. Pour griffer avec celles à couteau et à coulisse, on appuie sur le cliché avec la main, afin que la griffe ne passe pas sous le talus ou no le détériore pas. Avant de griffer une page, il importe d’examiner si les têtières sont assez hautes pour empêcher les clichés de glisser hors des blocs sous la pression; au besoin on les remonte un peu. Il faut bien tenir compte, en installant les blocs et les clichés, du sens de la chasse, c’est-à-dire de la direction dans laquelle la pression pousse continuellement les clichés, celle opposée à l’entrée en pression. Ainsi, sur les machines en blanc et à gros cylindres, la chasse a lieu vers les tables à encrer, tandis que sur les machines à soulèvement, la pression tend à pousser les clichés du côté des cylindres. Le conducteur s’assurera donc par lui-même de la hauteur des tôlières placées du côté où se fait la chasse ; cette prévoyance évite des réparations de clichés.
- Les clichés griffés, la forme serrée, on s’occupe de faire le registre ; quand les écarts sont peu sensibles, au moyen du chasse-griffes on y remédie en faisant mouvoir les clichés sur leur bloc. On partage alors la différence de l’écart entre la page du côté de
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- première et celle du côté de seconde, là où le registre est inexact; Riais, lorsque l’écart dépasse un certain nombre de points typographiques, il faut desserrer la forme et déplacer les blocs. Quand le registre est exact, on passe les feuilles de mise en train destinées à être collées sur les cylindres, et l’on fait ensuite le tour sans feuille. Quant au reste, on procède comme pour le mobile.
- Parfois, des vignettes, galvanos ou zincs, intercalées dans le lexte sont fixées ou soudées après le cliché ; elles doivent être de Rn point et demi plus hautes que l’œil du cliché, surtout lorsqu’elles comportent des à plat ou mats. Tout en les soutenant en dessous, le conducteur n’interposera point trop de hausses entre le bloc et le cliché ; la pression pourrait alors faire casser la soudure et détacher les vignettes.
- Le tirage des clichés demande quelque habitude, beaucoup de soins et d’attention pour produire vite et bien. Le conducteur qui cherche à accélérer son travail de mise en train peut passer à l’avance quelques feuilles de clichés dont il fait le dessous pendant que la machine fonctionne, ce qui lui permet de griffer immédiatement lors de l’imposition des pages. Afin de réduire aussi le nombre de feuilles de mise en train, on établit sur les cylindres ce que l’on appelle un carton : c'est l’équivalent des hausses collées sur les blocs. A cet effet, on travaille largement, sans détails, une ou deux feuilles de mise en train dont les pages sont collées solide-Rient sur la feuille de fond, couvrant ainsi les défauts du cylindre et des étoffes. Ce carton reste à demeure pendant le tirage de toutes les feuilles du môme format mises sous presse; c’est pardessus que sont collées les autres feuilles de mise en train, soit volantes, soit sur une seconde feuille de fond recouvrant le carton et qu’on enlève à chaque changement de clichés.
- Selon la nature des tirages et le système de machine, les clichés sont tirés à sec ou avec blanchet; il est toujours utile, dans les deux cas, de mouiller modérément le carton à chaque feuille nouvellement imposée pour faire disparaître l’empreinte laissée par le tirage précédent.
- Les rouleaux doivent être supportés par les chemins de façon à Re point plonger; ils ne doivent, au contraire, toucher les clichés que superficiellement, pour éviter aux talus et aux blancs qui ne seraient pas suffisamment échoppés de salir le papier.
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- CHAPITRE VI
- IMPRESSION D’OUVRAGES ILLUSTRÉS
- L’exécution des tirages de cette nature devient un véritable écueil pour l’ouvrier auquel l’expérience fait défaut et dont les connaissances techniques sont incomplètes. Nous devons constater que, si les bons conducteurs sont assez rares, les tireurs de vignettes sérieux et capables le sont relativement davantage. C’est, du reste, fort compréhensible lorsqu’on est à même d’apprécier par quelle fdière passent généralement ceux qui deviennent habiles. Ne voit-on pas chaque jour un margeur ne pas hésiter à prendre en main une machine sans avoir la moindre idée des effets de pression inhérents à la mise en train ? Nous l’avons déjà dit, et nous le répétons, beaucoup de conducteurs agissent sans méthode bien définie, livrant complètement au hasard le résultat de leur travail préparatoire. Ceux-là peuvent être assurés de ne jamais réussir sur les tirages à vignettes, car c’est surtout ce genre d’impressions qui exige l’emploi de moyens réguliers, suivis et méthodiques, sans lesquels il est impossible d’arriver à une production satisfaisante. Dans un groupe de conducteurs, il est bien rare d’en trouver deux qui suivent une méthode identique, et cependant le résultat peut être le même et les moyens employés aussi bons et expéditifs. Nous sommes donc loin d’avoir la prétention d’imposer notre manière de procéder, mais nous conseillons de s’en servir, certain de la réussite.
- Lorsque les formes présentent seulement quelques vignettes, les difficultés ne sont pas nombreuses et on les surmonte sans trop d’embarras. Avant tout, le conducteur s’assurera s’il y a des vignettes de chaque côté de la feuille qu’il va mettre sous presse ;
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- dans ce cas, il placera au coté de première les formes où se trouvent celles qui ont besoin de beaucoup d’encre. Quand il n’y en a que dans une seule forme, c’est celle-ci qu’il faut placer au côté de première, afin d’éviter aux vignettes la contre-pression et, par conséquent, le maculage. Les feuilles de fond doivent être collées d’une manière solide, et si les vignettes réclament une forte pression, il est prudent de coller ces feuilles à pleine colle, entièrement sur le calicot; selon leur importance et leur nombre, on emploie de la colle claire ou compacte. Dans le premier cas, lorsque le tirage est terminé, on enlève facilement la feuille du calicot; dans le second, on ne peut faire autrement que d’enlever le calicot et de le tremper dans l’eau pour détacher la feuille de fond. Il faut alors avoir au moins deux calicots à sa disposition, pour en changer selon les tirages.
- On met donc sous presse; mais avant de serrer définitivement les formes après avoir baissé les coins, on fait passer une feuille en pression afin de se rendre compte de la hauteur des vignettes ou gravures.
- Cela fait, on taque et l’on serre, puis on procède à la régularisation du registre. C’est seulement alors que l’on fait le tour sans feuille, comme nous l’avons indiqué plus haut. Ensuite, au moyen de bandes enduites légèrement de colle, on bouche les défauts apparents de l’impression obtenue par le tour sans feuille; on dégarnit les parties trop fortes, puis le tout est recouvert d’une feuille de papier corsé et solide que l’on colle entièrement et qu’il importe de laisser sécher avant de faire un nouveau tour sans feuille, pour coller les découpages auxquels il faut de même donner le temps de sécher. On peut assez souvent éviter ce surplus de mise en train, l’épaisseur des découpages atténuant en une certaine mesure les défauts du cylindre. Pour activer la mise en train, on couvre la machine de décharges à l’entour des cylindres et, allumant une torche de papier, on promène la flamme contre les découpages en évitant de faire voler de tous côtés le papier brûlé ; une tige de fer chaulfée au rouge est d’un meilleur emploi; °n peut aussi se servir d’un fer à repasser. Les découpages sèchent ainsi rapidement. Par leur épaisseur, les découpages font support au texte dans le sens longitudinal des cylindres; pour équilibrer la pression, des bandes coupées de la largeur des découpages sont collées en gradin sur le texte aux endroits supportés. On met alors les blanchets, puis plaçant sur les formes deux ou trois décharges,
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- on embraye rapidement, en faisant opérer plusieurs tours à la machine ; il faut avoir soin en arrêtant, que les formes ne se trouvent pas en pression. La machine est alors mise au repos; après avoir enlevé les décharges placées sur les formes, les toucheurs sont baissés dans les fourchettes et l’on garnit, c’est-à-dire qu’on engage une feuille dans les pinces ; enfin on dance la machine, passant des décharges pour encrer les formes et obtenir une feuille destinée à faire la mise en train.
- Un découpage fait dans de bonnes conditions doit rendre tous les effets de la gravure; cependant, l’impression qu’il donne, malgré une exécution irréprochable, a presque toujours besoin de quelques retouches. Ainsi deux découpages placés longitudinalement, en face l’un de l’autre, peuvent mutuellement annuler quelques-uns de leurs effets; par exemple, si l’un des deux est plus chargé, il fera évidemment support à l’autre; il y a donc lieu de regagner la différence par des béquets collés sur le plus faible. Ces effets de support sont apparents et visibles lorsque les formes contiennent un certain nombre de vignettes. Il ne faut donc pas craindre de faire sur ces dernières une mise en train complémentaire en chargeant les noirs et dégarnissant les blancs qui ne sont pas à leur point de pression. Cependant, un bon praticien, par la mise de hauteur des bois, des galvanos ou des zincs, et par sa manière de faire les découpages, doit arriver à n’avoir rien à ajouter comme mise en train sur les gravures.
- C’est principalement sur les ouvrages comportant une grande quantité de vignettes que la mise de hauteur est d’une importance capitale; il peut arriver, par exemple, que de trois vignettes situées longitudinalement par rapport au marbre, celle du milieu soit tenue plus bas que les deux autres; dans ce cas, en touchant, les rouleaux seront supportés par les vignettes plus hautes et ne pourront agir sur celle se trouvant en contre-bas. Il importe donc que toutes les vignettes soient au même niveau, à moins qu’il n’y en ait de légères comme travail de gravure et, par conséquent, demandant peu d’encre ; en les tenant moins hautes que les autres, les toucheurs y appuieront moins.
- La mauvaise disposition des vignettes dans une forme est une cause du plissage des feuilles que parfois le conducteur fait disparaître avec difficulté. Une vignette placée en long, entre deux colonnes de texte, a toujours tendance à faire plisser, principalement dans le ciel; quand celui-ci est léger de gravure, il s’y forme
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- souvent comme une espèce de moirage. Cet inconvénient ne peut être prévu et empêché qu’en tenant la vignette au niveau du texte et en obtenant la pression nécessaire par des béquets collés sur le cylindre. Quant au texte entourant une vignette, il importe de lui donner le moins possible de pression et de foulage. On agira de la même manière lorsqu’une vignette sera encadrée de filets ; cependant, si par l’importance de sa gravure elle exigeait d’être tenue un peu plus haut que le texte de la forme, à cause de la touche, on collerait sous les filets une épaisseur pour les rehausser au niveau de la vignette.
- Il suffit parfois d’aplatir au marteau la partie du blanchet, recouvrant la mise en train, là où se produit le plissage; dans plusieurs cas, en collant sur la gravure plissée, par-dessus le blanchet, une épaisseur de papier, nous avons vu supprimer un plissage rebelle. De même, en détendant un cordon, ou bien en le supprimant, on peut faire disparaître sur les feuilles les plis qui se font pendant l’impression. C’est souvent aux machines à soulèvement que l’inconvénient du plissage des côtés embarrasse le conducteur; nous lui rappelons qu’il peut sans crainte enlever les cordons inférieurs de chaque côté : la feuille en passant en pression s’étale et s’étend mieux. Lorsque le tirage a lieu sur du papier mince il y a plus à craindre le plissage qu’avec du papier d’une certaine force.
- En thèse générale, il faut peu de foulage sur le texte et moins encore aux endroits qui débordent les vignettes et sur lesquels les rouleaux déposent toute leur encre.
- Les nécessités de la mise en pages sont parfois telles que, sur un même feuillet, on est forcé d’imposer une vignette au recto et une au verso ; nécessairement, l’une des deux se trouvant au côté de première essuiera, par contre-pression, celle du côté de seconde. Pour éviter dans une certaine mesure cet essuyage, le conducteur baissera le plus possible la vignette placée au côté de première et tiendra un peu haut celle du côté opposé. Souvent aussi les rouleaux ont à toucher plusieurs vignettes placées dans une même direction ; il est évident, dans ce cas, que celles touchées en dernier le seront avec moins d’encre que celles placées à l’entrée en pression; il y a lieu en cette occurrence de tenir plus hautes les vignettes de la sortie de pression et de baisser celles qui se trouvent du côté de l’entrée.
- Les questions relatives à l’impression d’ouvrages illustrés ont
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- à nos yeux une telle importance, que nous avons cru devoir les traiter d’une manière toute spéciale.
- Procédons avec méthode et prenons les gravures lors de leur entrée chez l’imprimeur. Nous ne tiendrons aucun compte, pour l’instant, de la distinction existant entre les bois gravés et leur reproduction galvanoplastique et les gravures sur zinc, simili ou autres.
- L’opération première est la mise de hauteur; l’épaisseur des bois, galvanos ou zincs, ne correspondant pas toujours à la hauteur du caractère, il faut donc les y ramener. A cette intention, on colle à l’envers de la gravure une ou plusieurs feuilles de papier fort, jusqu’à ce que la hauteur de la lettre soit atteinte. Ce papier doit être ferme et corsé, afin qu’il ne s’affaisse point sous la pression du cylindre durant le tirage. Pour activer la mise de hauteur, on se sert avantageusement du pont-calibre.
- En général, les bois, galvanos ou zincs, sont tenus de deux points ou un point et demi plus haut que la lettre, selon le genre de gravure et selon leur dimension. Lorsque la taille de la gravure est pleine et serrée, avec des à plat ou des mats, il faut donner .plus de hauteur que lorsqu’il n’y a que des traits. Ordinairement, en raison de la perspective à obtenir, des derniers plans à adoucir, et du ciel à tenir léger, la partie supérieure des gravures est tenue un peu moins haute que la hase où sont placés les premiers plans et les motifs principaux. Cependant, certaines compositions peuvent faire exception et exiger le contraire, par exemple dans les effets de nuit dont les premiers plans sont éclairés, ainsi que les sujets d’intérieur, où les fonds sont noyés dans l’ombre, les détails principaux se trouvant alors en pleine lumière. Les gravures devront être d’égale hauteur en tout sens lorsque ce seront des fonds pleins ou simplement des traits, mais réguliers.
- Il est de bonne précaution de ne coller le papier servant de hausses qu’aux quatre coins. On évite ainsi l’humidité pouvant pénétrer dans le bois, où elle agit plus ou moins vite, selon que celui-ci est plus ou moins sec. En outre, le papier n’étant pas collé en pleine surface, il est plus commode et moins long pour le conducteur d’enlever une ou plusieurs épaisseurs, selon les besoins de la mise en train.
- Un bois gravé ou un bloc de galvano et zinc, par suite d’une cause quelconque, ayant absorbé une certaine quantité d’humidité, ou ayant été laissé pendant un certain temps à l’action des rayons
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- solaires ou de tout autre agent calorifique, subit un travail interne réagissant sur les fibres du bois, dont les pores se dilatent ou se contractent selon la nature de rinfluence; il se produit alors une déformation générale.
- Il importe que la gravure, bois ou cliché, une fois mise de hauteur se trouve bien d’aplomb, placée sur une surface plane. L’inconvénient d’une gravure bancale est de faire lever les garnitures, les cadrats, les légendes, etc. De plus, la pression s’opérant avec irrégularité peut produire du papillotage, du frisage; dan^-ce cas, l’impression n’est pas nette, elle est au contraire hésitée et doublée.
- Fort souvent, les gravures ne sont pas d’égale épaisseur; on y remédie par le collage, en dessous, de béquets en papiers. Ces héquets doivent être déchirés et non coupés, la déchirure faite en rond et non carrément, enfin les bords de la déchirure formeront un biseau. Afin d’obtenir ce biseau, on saisit une des cornes du papier destiné à devenir béquel, on la rabat complètement sur la surface du papier en la déchirant et en faisant décrire à la main un arc de cercle. Le béquet collé ne doit point dépasser la moitié de la largeur de la gravure, sans cela celle-ci ne serait pas d’aplomb sur le marbre. C’est en vue de cet inconvénient qu’il est préférable d’échelonner plusieurs épaisseurs de papier mince plutôt que de fixer une seule épaisseur de papier fort. Dans le cas où la gravure se trouverait être trop haute, à l’aide d’une varlope, d’une râpe ou même d’un morceau de verre, on en diminuerait l’épaisseur.
- Lors de la mise en train, il y a lieu de s’assurer si du côté de la gravure la surface est bien plane. On se servira à cet effet d’une règle dressée ou d’un filet que l’on posera de champ sur la gravure ; en regardant vers la lumière on s’en rendra compte. Concave ou convexe, le premier soin est de ramener la gravure à la surface plane. Pour redresser à l’instant un bois gravé, on emploie ordinairement le moyen suivant.
- Il y a d’abord lieu d’examiner la qualité du bois sur lequel on veut opérer. Lorsqu’il est nouvellement gravé, il suffit de passer sur la partie concave une éponge légèrement humectée d’eau ; en quelques secondes le bois se redresse. Si le bois est ancien, ayant déjà servi à l’impression, on placera, toujours sur la partie concave, plusieurs épaisseurs de papier non collé que l’on aura préalablement trempé dans l’eau et, sur une surface chaude, on appliquera le bois, entre lequel sera interposée l’épaisseur du papier
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- mouillé. Il est facile d’obtenir la chaleur nécessaire par un fer à repasser fortement chauffé que l’on appuie sur le papier humecté. Un morceau de drap, de blanchet, trempé dans de l’eau chaude, peut également servir.
- Avec la règle, on se rend compte si la surface du bois a repris son niveau. Ce résultat obtenu, on passe une éponge humectée d’eau froide, puis on essuie le bois de façon à en enlever toute humidité. Il faut procéder à cette opération avec soin, car un instant de manque d’attention peut être cause du décollage des morceaux composant le bois ; il pourrait même se produire des cassures, chose moins facile à réparer.
- Lorsque, par une cause quelconque, un corps dur et résistant passe en pression sur un bois, ce corps y laisse son empreinte. On place alors sur la partie enfoncée un petit tampon de papier sans colle, humecté d’eau, puis on approche un fer à souder, ou à défaut une tige de métal quelconque chauffée au rouge. La place qui a été enfoncée gonfle et revient peu à peu à son état normal. Au cas où la gravure aurait été atteinte profondément et détruite, il faut en reprendre les tailles et si la partie qui a subi l’écrasement se trouvait enfoncée au point de ne pouvoir revenir au niveau de la gravure, on fera ajuster et coller un morceau, le dessinateur et le graveur venant compléter la réparation.
- L’humidité réagissant d’une manière fâcheuse sur les bois gravés, il ne faut jamais les laver à la potasse ni avec tout autre liquide ayant l’eau pour base. On emploiera avec succès soit l’essence de térébenthine ou du pétrole rectifié, soit l’alcool ou le sulfure de carbone, etc. Ces différents liquides ne pénètrent qu’en faible quantité les fibres du bois et disparaissent par l’évaporation immédiate.
- Lorsqu’il s’agit de clichés, l’inconvénient n’est pas le même, il est vrai, mais, lavés avec la potasse à leur sortie de presse, ils peuvent s’oxyder à la longue; les tailles, rongées par l’oxyde, disparaissent et la gravure s’en trouve d’autant détériorée.
- Il faut donc absolument éviter le lavage à grande eau (usité pour le caractère) lorsqu’il s’agit de formes contenant des pages ou des parties .de pages avec bois. On peut, s’il y a nécessité de laver à la potasse, remplacer les bois gravés par des blocs, chêne ou sapin, de même justification, ou par des lingots.
- Les galvanos soudés sur une quille ou bloc en plomb offrent évidemment plus de solidité que lorsqu’ils sont vissés ou cloués
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- sur bois. Cependant, montés de la sorte, les galvanos, ainsi que les zincs, sont d’un usage général et répondent suffisamment aux besoins de l’impression. Il ne s’agit que de leur épargner l’humidité, dont la présence fait gondoler le bois; c’est le seul inconvénient que présentent, du reste, les galvanos et les zincs montés sur bois. Pour qu’un cliché se trouve bien d’aplomb sur le marbre, il est utile de donner en croix, sous le bloc, un ou plusieurs traits de scie atteignant la moitié de l’épaisseur du bois. Avant la mise en train, le conducteur examinera donc l’état de la gravure, des galvanos et des zincs; dans le cas où elle est concave, il prend le cliché à redresser d’une main et de l’autre frappe sur les côtés du bloc avec un marteau pour le déclouer; puis, il interpose sous la partie concave une épaisseur de papier plus ou moins fort et recloue le cliché. Quand le bloc est par trop gondolé, on le fait revenir par la chaleur, comme pour les bois gravés, ou mieux on le remplace par un autre qui soit droit. Lorsqu’un cliché est bombé d’une manière sensible, il faut le redresser en le mettant sur un marbre, la gravure posée contre une épaisseur de papier fort et glacé; en frappant au moyen du marteau sur un taquoir, eu un large coin en bois, appuyé du côté opposé à la gravure, on ramène la concavité à l’état plan. S’il se déclare, sur un galvano soumis à la pression, des soufflures, on peut, avec un peu d’habitude, les repousser au moyen d’un poinçon. Pour cela, prenant du côté de la gravure la distance des bords à la partie enfoncée, on la reporte à l’envers sur le plomb ; l’endroit exact qui est à repousser est ainsi déterminé : on se sert à cette intention du compas d’épaisseur. C’est alors qu’en posant l’œil du galvano sur une feuille de papier fort, on repousse la matière au poinçon. Les soufflures proviennent de l’absence d’étamage de la coquille; le plomb, ne prenant point sur le cuivre non étamé, laisse un vide que la pression enfonce. Souvent il faut échopper le plomb jusqu’au cuivre, y déposer quelques gouttes d’étain fondu et verser eUsuifce du plomb en fusion.
- Lavés à la potasse, les galvanos et les zincs ne tardent point à s’oxyder; la gravure rongée et détériorée apparaît alors grenue et galeuse au tirage. On y remédie, autant du moins que la profon deur de l’oxydation le permet, en frottant la surface atteinte avec un morceau de charbon de bois, ou de braise, humecté d’un peu d’essence ou d’huile.
- Pour se rendre un compte exact de l’état de la gravure d’un
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- cliché, on frotte sa surface avec du blanc d’Espagne; en pénétrant dans les tailles, le blanc rend ainsi la gravure apparente, môme à un œil peu exercé. Il faut avoir soin de ne point employer de la craie dure, contenant des pierres ou des coquillages pouvant rayer le métal. A l’aide du compte-fil, il est facile d’examiner la profondeur des tailles ou du grain.
- Pour nous résumer, nous analyserons sommairement la mise en train d’une feuille comportant des gravures. Prenons pour exemple un numéro d’un journal illustré tiré sur une retiration, nous arrêtant sur ce genre de travail parce que son impression présente, en quelque sorte, toutes les difficultés inhérentes au tirage des gravures.
- Lorsque les cylindres de la machine ont été garnis, le conducteur commence la mise sous presse par les formes de texte placées au côté de seconde. D’après les blancs de ces formes, il dispose les cordons et c’est alors qu’il s’occupe des formes du côté de première comprenant les gravures. Après en avoir desserré les coins, il serre les cales retenant les châssis sur le marbre, puis il examine si les bois et les galvanos sont droits, s’ils ne boitent point. Une fois les bois et les clichés redressés, il met de hauteur toutes les gravures de la forme; parfois, ainsi que nous l’avons déjà vu, les gravures sont convexes dans un sens et concaves dans le sens diagonalement opposé ; il en résulte un bois bancal dans un seul sens, défaut auquel il n’est possible de remédier que par des hausses partielles sous chacun des deux coins en surélévation jusqu’à ce que le bois soit parfaitement d’aplomb sur le marbre. Les bois offrant cet inconvénient sont assez difficiles à redresser parce que, même en mouillant diagonalement chaque surface concave, on produit inévitablement d’un côté ou de l’autre du bois une partie bombée. Le mieux est de partager le défaut, c’est-à-dire de tenir les deux côtés aussi près que possible de la surface plane et de garnir en dessous de manière à obtenir l’aplomb. Quant aux galvanos et-zincs, en sciant le dessous du bloc on peut parer, en une certaine mesure, à cet inconvénient. Cependant, si l’assise en bois des clichés offrait une inégalité trop prononcée, plaçant pendant un moment le tout en presse, et appliquant du côté concave une épaisseur de papier, ou de blanchet, humecté d’eau chaude, on peut ramener un cliché et son bloc à la surface plane. Il est très important que les gravures soient droites, non seulement à cause du manque d’aplomb, mais aussi en prévision
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- de la touche des rouleaux et de la pression qui deviendrait alors inégale. Aussi, afin de conserver la surface plane des clichés est-il bon, quand le trait de scie est un peu large, d’y introduire nne interligne ou une réglette de deux ou trois points de manière qu’au serrage des coins de la forme les clichés ne bombent point.
- Lorsque la mise de hauteur est faite, après avoir passé une ou deux feuilles pour s’assurer du résultat, le conducteur serre la forme. Mais, avant, il lui faut vérifier avec soin la justification des légendes. Cet examen est indispensable, car le metteur en pages, avec toute l’attention qu’il peut y apporter, ne remet presque jamais au conducteur des formes de bois dont il n’y a pas à vérifier la justification des légendes. Et cela s’explique de la manière la plus simple et la plus naturelle ; le travail du bois produit, selon la dimension des gravures, des différences de trois, six et même neuf points. Il suffit de transporter les formes des ateliers de composition à ceux des machines pour obtenir de pareilles variations.
- Un conducteur, qui procède en observant les incidents de chaque jour, doit connaître par la pratique les effets de déplacement dus au retrait des étoffes, à la chasse de la pression, au séchage des découpages , etc. Celui travaillant dans ces conditions sait où placer trois points, six points même, qu’il enlève avant le tirage pour obvier aux déplacements. Il aura toujours certain avantage en passant une demi-heure, une heure même de plus au serrage de ces formes, à l’examen des gravures et de la justification générale des lignes et des garnitures. Ce temps est largement récupéré pendant le tirage par la suppression des arrêts fréquents. De même que pour sa mise en train, le conducteur doit éviter, pendant l’impression des premières rames, la pose continuelle de béquets nécessités par l’affaissement progressif des hausses sous la pression. Toutes les opérations du travail reposent sur la prévoyance ; le conducteur doit donc éviter autant que possible les arrêts de la machine dont il a la direction. C’est en raison d’une pareille prévision qu’il lui faut tenir les gravures un peu plus haut qu’elles le nécessitent en réalité, tenant compte en cela de la pression que leur fait subir le découpage et, conséquemment, fie l’affaissement des hausses collées sous les bois ou les clichés.
- Lorsque les formes de gravures ont été serrées, on s’occupe de la marge et du registre. Puis, enlevant le blanchet du côté de première, qui avait été posé pour la mise de hauteur et pour le
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- registre, on fait le tour sans feuille pour imprimer sur le cylindre et coller les découpages.
- En collant les découpages, il y a lieu de tenir compte de leur allongement au contact de la colle, même aussi compacte qu’elle puisse être, et pouvant les rendre plus"[grands que les gravures auxquelles ils correspondent; d’autre [part, des découpages faits un certain temps à l’avance ont précisément besoin de l’humidité de la colle pour être ramenés à leur véritable proportion, de manière à coïncider exactement avec l’impression du tour sans feuille. Un découpage trop grand est d’un tout aussi mauvais effet qu’un découpage trop petit. Il est évident que pour les conducteurs se contentant, comme découpage, de plusieurs épaisseurs collées ensemble sans détail, sans travail, les inconvénients dont nous parlons disparaissent; mais on le reconnaîtra sans peine, le résultat d’un tirage fait dans de pareilles conditions est loin d’être complet. Nous ne voulons pas dire par là qu’un découpage doit être fouillé en manière de dentelle, mais nous admettons qu’il comporte un travail suffisamment détaillé venant abréger la mise en train.
- Une fois en place, on laisse sécher les découpages afin qu’ils se fixent solidement sur la feuille d’assise. On les recouvre ensuite du blanchet pour passer la feuille de mise en train. Avec des découpages bien faits et une mise de hauteur sérieuse, le conducteur ne doit plus avoir qu’à s’occuper du texte, des légendes, des titres courants, etc.
- Avant de coller les découpages, le conducteur peut passer la feuille de mise en train de la forme du texte dont il s’occupe durant que les découpages sèchent. Une feuille doit suffire pour le texte, si le même blanchet de fond sert pour le même format.
- Pour l’impression de la forme de texte, un blanchet de fond suffit; on colle à la gorge et à l’arrière une feuille de papier fort sur laquelle sont collés les béquets. Dans le cas où quelques gravures seraient intercalées dans le texte, si ce sont des clichés on peut les tirer à sec, mais si ce sont des bois, il est préférable de les recouvrir d’étoffe afin d’éviter les piqûres et les enfoncements dus aux corps durs renfermés dans la pâte du papier. Un simple morceau de soie mince collé à pleine colle claire sur le cylindre à la place dé la gravure empêchera souvent le bois de passer à l’état d’écumoire.
- Le tirage des gravures en simili nécessite un certain tour de main que tous les conducteurs n’ont pas. Le moyen de réussir sur
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- ce genre d’impression est de faire le moins possible de mise en train. Donc, pas de découpage sur le cylindre, mais une épaisseur de carte mince collée solidement et très juste à l’envers du zinc, après avoir découpé les parties légères. Quelques béquets de papier mince, au besoin papier de soie, sur le cylindre, seront suffisants pour compléter la mise en train. La simili doit rendre ses effets par elle-même et la moindre épaisseur de papier, fût-il à cigarettes, produit une trace sur la gravure, surtout dans les parties légères. En découpant sur le cylindre ou en y collant des béquets de papier trop fort, on est certain de déterminer des auréoles. Il faut, en tout cas, déchirer le papier en biais et non le couper à vif. Le point principal est une bonne mise de hauteur; aussi, ayant à forcer en quelque endroit de la gravure, est-il préférable de metire des hausses soit sous le zinc, soit sous le bois lui servant de bloc. Nous le répétons, la simili-gravure doit s’imprimer sans le secours de découpages, à peine quelques charges sur les noirs et principalement un bon dessous.
- C’est surtout l’impression des publications illustrées qui exige de la part du conducteur l’activité, la rapidité, la pratique et l’expérience ; les bois ou les zincs arrivent généralement à l’imprimerie à la dernière heure, il faut d’un tour de main faire les découpages, mettre sous presse et tirer. Aussi le conducteur doit-il agir’à coup sûr, sans tâtonnements et par principes, faute de quoi le tirage est retardé ou est exécuté en de mauvaises conditions.
- Supportant une lourde part de la responsabilité générale qui s’attache à l’impression d’un périodique de cette nature, le conducteur peut avoir certaines exigences au-devant desquelles un maître imprimeur, jaloux de ses propres intérêts, doit aller. Il y a une concordance telle entre tous les éléments d’un journal illustré que si l’un fait défaut tous les autres s’en ressentent. Ayez, par exemple, une gravure due au burin du plus habile artiste, impri-mez-la sur un papier de mauvaise qualité, le résultat sera tout à fait incomplet. Admettons, d’un autre côté, des bois parfaitement gravés, un excellent papier, une mise en train complète, bien traitée, mais une mauvaise encre ou de mauvais rouleaux ou un glaçage imparfait, ce sera aussi une exécution défectueuse. Et encore : supposons que gravures, papier, encre, rouleaux, glaçage, mise en train, tout cela soit la perfection même; si la machine déplace de quelques points, les excellentes qualités des éléments précédents disparaissent en partie.
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- CHAPITRE Vil
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- Parmi les diverses applications de la gravure sur bois et spécialement de celle sur zinc, obtenue par la morsure des acides, la plus curieuse est, sans contredit, l'impression typographique en couleurs. Depuis quelques années, la typochromie est devenue un puissant auxiliaire commercial, ainsi qu’une ressource inépuisable pour l’industrie du Livre, et un moyen précieux de propagande pour certaines publications périodiques. Combien de riches et belles éditions doivent leur succès aux chromotypographies qui ornent leurs pages ! Que ces grossières enluminures d’Épinal de nos jeunes années sont donc loin, comparées à ces charmantes images d’aujourd’hui, où l’art le plus exquis le'dispute à l’esprit le plus délicat et au fini de l’exécution ! Et ces journaux, ces prospectus, ces catalogues, ces affiches, que le commerce jette et répand à profusion dans le public, qui sait profiter avantageusement de l’extrême bon marché de ces impressions en couleurs, et de la rapidité avec laquelle, à notre époque, les importantes commandes de ce genre sont exécutées.
- Le public regarde et admire ces gravures qui le charment, l’amusent, le captivent, sans se rendre compte de la somme considérable de travail qu’il a fallu développer pour atteindre à un résultat même relatif.
- Lorsqu’il s’agit d’imprimer une gravure en plusieurs couleurs, le premier soin est de s’adresser à un artiste ayant quelque habitude de ce genre de travail, et de lui demander une aquarelle du sujet que l’on veut traiter. Cette aquarelle est destinée à servir de maquette au graveur chargé de la décomposition des couleurs. On
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- entend par décomposition des couleurs le travail consistant à séparer chaque couleur, en tant que planches à imprimer, et à obtenir par leur juxtaposition et leur superposition des variétés de teintes et de nuances.
- Pour mieux nous faire comprendre, nous prendrons l’aquarelle à sa sortie des mains de l’artiste, et nous suivrons pas à pas les diverses opérations de gravure et d’impression.
- Non seulement il faut une grande habitude et un sens artistique développé pour décomposer avec habileté les couleurs et pour diriger l’exécution des tirages polychromes, mais il faut aussi posséder une connaissance approfondie des couleurs, en tant qu’emploi matériel, pour réussir d’une manière complète.
- Plusieurs méthodes différentes se présentent pour opérer la décomposition :
- 1° Procédant sur pierres lithographiques au moyen de faux décalques.
- 2° Opérant directement sur zinc d’après faux décalques.
- 3° Employant le papier couché, genre Gillot, sur lequel on produit Rn trait par impression, soit lithographique, soit typographique.
- 4° Se servant de la simili-gravure et pratiquant par couches préservatrices pour graver les clichés, cela en couvrant avant la morsure les parties à conserver.
- 5° Disposant d’une série variée de traits et quadrillages pour décomposer les couleurs par des reports successifs.
- 6° Procédant par les moyens photographiques immédiats qui fournissent mécaniquement les planches destinées aux tirages des trois couleurs primaires.
- 7° Gravant directement sur bois.
- Chacune de ces méthodes présente et des avantages et des inconvénients. Certains praticiens préfèrent opérer sur pierre à cause de l’habitude qu’ils ont de ce genre de travail. Le report direct sur zinc, bien compris, nous paraît être préférable. Dans 1 nn et l’autre cas, il est avantageux, pour les reports, d’employer du papier dit acier, dont on saupoudre l’impression directe avec du cinabre pulvérisé. Enfin, l’emploi du papier couché pour obtenir les planches n’offre pas une certitude absolue quant au repé-rage des couleurs.
- La simili, devenue l’une des ressources principales de la décomposition des couleurs, par suite des perfectionnements de chaque jour, procure un procédé aussi sûr que rapide.
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- La première opération, aussi bien pour l’une que pour l’autre des trois premières manières de procéder, consiste à photographier l’aquarelle, la reproduisant sur zinc bitumé, de façon à obtenir par la morsure un relief pouvant servir de trait, lequel détermine toutes les couleurs. Généralement, l’aquarelle étant destinée à être réduite selon des dimensions voulues et déterminées, l’artiste fera bien d’exécuter la maquette en double grandeur par rapport au format de l’impression elle-même. Après insolation, la plaque est lavée à l’essence et ensuite à l’eau pour faire disparaître les parties du bitume non insolées. Comme certaines couleurs de l’aquarelle se photographient difficilement (les bleus clairs, les jaunes, les violets), il reste sur le zinc, après lavage de la plaque, une gravure informe, mais suffisante cependant pour indiquer au graveur son travail de décomposition des couleurs.
- Sur ce bitume on tire une épreuve à report que l’on transporte ensuite sur pierre lithographique. Autant de couleurs à tirer, autant de pierres, autant de reports.
- Le travail de décomposition s’effectue en effaçant sur chacune des pierres les parties ne devant pas paraître à l’impression. Ainsi, sur la pierre destinée au tirage du rouge, le dessin sera détruit là où le rouge ne doit pas exister, ne laissant subsister que la gravure fournissant l’impression en rouge. 11 en sera de même pour les autres couleurs.
- C’est, comme on le voit, un travail exclusivement artistique, réclamant, en outre, une longue pratique et une grande expérience du maniement des couleurs.
- La décomposition étant terminée, on tire sur du papier à report une épreuve de chacune des pierres, et l’on reporte l’impression sur zinc.
- On traite alors les plaques de zinc par morsures successives en couvrant les parties à conserver d’un vernis au copal. Ce travail est fait pour les détails, car celui pratiqué sur pierre ne concerne que l’ensemble général de chaque couleur.
- A notre avis, quatre ou cinq couleurs parfaitement décomposées suffisent pour déterminer les effets de chromo. Il s’agit de combiner adroitement les superpositions par dégradés et de décomposer les couleurs de façon que les teintes se transforment l’une par l’autre et produisent des effets rendant exactement l’aquarelle qui a servi de maquette. Avec quatre couleurs, jaune, rouge, bleu
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- et noir, nous avons vu obtenir quatorze et môme seize nuances différentes.
- Les effets de superpositions sont obtenus par des rayures, des hachures ou par un grain plus ou moins gros, plus ou moins bu. La transparence de l’encre suffisant parfois, on peut pratiquer avec des mats, en tenant compte des difficultés de l’impression dans ce cas.
- Il existe deux manières d’obtenir le relief sur zinc : le trait ou simili et le grain de résine. Le trait est le résultat de l’interposition, entre le cliché photographique et la plaque bitumée, d’un réseau. Ce réseau, indifféremment rectangulaire ou diagonal gravé sur glace, peut être insolé à part après l’insolation directe et unique du sujet, ou placé dans l’appareil photographique au moment de la pose de l’original. C’est ce dernier moyen qui a prévalu. Il vient ainsi déterminer la demi-teinte de la gravure en fixant en relief la photographie. C’est là le procédé de similigravure.
- Quant au grain de résine, il facilite beaucoup les opérations; il est obtenu en enfermant la plaque dégagée de bitume après une ou plusieurs morsures dans un coffre, une armoire, où se trouve déposée de la résine en poudre. A l’aide d’une soufflerie, ou au moyen d’une hélice tournant à l’intérieur 'du coffre, l’opérateur soulève la poussière résineuse. Il attend quelques minutes avant d’introduire la plaque dans le milieu résineux, laissant ainsi retomber les grains gros et lourds, et choisissant le moment précis où le grain dont il veut profiter commence à descendre. H suffit d’ un instant pour que la plaque soit entièrement recouverte de poudre plus ou moins impalpable. Le temps pendant lequel il faut laisser la plaque exposée à la résine dépend de la grosseur du grain. A sa sortie, la plaque est placée sur une toile métallique au-dessous de laquelle se trouve un réchaud à gaz ou une lampe à alcool. A la chaleur, la résine ne tarde pas à fondre, le Préparateur la laissant plus ou moins de temps, selon la force du grain à déterminer.
- Le procédé dit des trois couleurs est arrivé à un degré de perfection des plus curieux. Nous en donnons un exemple comme Lrontispice de notre livre. Cette gravure, ainsi que nous l’avons déjà dit, est la reproduction de l’une des estampes ornant le magnifique ouvrage de MM. Alfred Marne et fils, de Tours, intitulé : La Vie de Notre-Seigneur Jésas-Çhrist, et due au talent de
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- J.-J. Tissot. Ce procédé, en quelque sorte récent, consiste à obtenir directement, par les moyens photographiques, trois planches distinctes fournissant chacune une couleur : jaune, rouge, bleu. Ces planches se passent de la main du graveur; seule, la lumière devient l’agent créateur du relief, à l’exclusion de tout autre secours. La photographie, aujourd’hui, permet d’éliminer tous les rayons, sauf ceux à insoler. Ainsi, pour insoler la planche du jaune, l’appareil disposé spécialement n’assimilera et ne conservera que les parties du sujet, de la composition, accusant cette couleur, les rayons lumineux des autres couleurs se trouvant absorbés à leur passage dans l’objectif. Bien que n’agissant qu’avec trois couleurs, on obtient néanmoins une gamme très variée de différents gris, cette couleur si chère aux artistes et si appréciée en peinture à cause du charme et de la douceur qu’elle communique aux sujets.
- En ce qui concerne la gravure sur bois, il faut admettre qu’elle peut atteindre à un résultat des plus séduisants et des plus agréables aux yeux lorsqu’elle est faite par des artistes de valeur. On peut imprimer indifféremment sur bois ou avec une reproduction gal-vanoplastique.
- En principe, un tirage polychrome est commencé par les couleurs les plus claires, et de préférence par le jaune. Souvent, à cause de la disposition générale, il faut, avant tout, imprimer le trait, c’est-à-dire les contours, de façon à établir avec certitude et assurance le repérage des diverses couleurs. Selon la nature du dessin, des nécessités de la décomposition, on imprime le trait en bistre plus ou moins foncé, ou simplement en gris clair, pouvant servir seulement d’indications et ne devant pas être apparent une fois ce tirage terminé. Ce gris, plus ou moins monté de ton, peut, en certains cas, être tout à la fois considéré comme couleur et employé comme trait.
- Sans vouloir empiéter sur les traités de physique, nous ne pouvons cependant nous dispenser de dire quelques mots des couleurs, avant de nous engager davantage dans la question.
- La lumière du soleil est celle que les physiciens ont prise pour type de toutes les autres, en ce qui concerne les couleurs, car, toute blanche qu’elle paraisse, elle est néanmoins composée de différentes nuances dont chacune d’elles est une couleur simple.
- On admet sept couleurs principales : le violet, l’indigo, le bleu,
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- le vert, le jaune, l’orangé et le rouge. Ces couleurs s’obtiennent par la décomposition de la lumière blanche du soleil, dont on fait passer les rayons à travers un bloc de verre taillé en triangle et que l’on appelle prisme. En réalité, elles peuvent être ramenées à trois couleurs élémentaires que les peintres admettent, et qui, par leur mélange et par celui de blanc ou de noir, peuvent donner toutes les autres. Ainsi, mêlées deux à deux, elles donnent l’orangé, le vert et le violet, et, mélangées ensemble, leur association produit le noir. La couleur orange s’obtient par le mélange du rouge et du jaune; le bleu et le jaune produisent le vert; et le rouge, ajouté au bleu, donne le violet. C’est, en somme, sur ce principe que repose le procédé des trois couleurs.
- La physique nous enseigne que le blanc n’est pas une couleur simple, c’est au contraire la plus complexe des couleurs composées. Le noir n’est pas une couleur, c’est l’absence complète de lumière. Les couleurs composées que nous présentent les corps naturels ne sont dues qu’à des mélanges de couleurs élémentaires dont les proportions varient.
- Le nombre des couleurs composées, obtenues par les couleurs simples mélangées, est infini, et l’emploi du blanc et du noir rend oncore l’augmentation possible.
- Quand deux couleurs à l’état matériel délayées d’une façon quelconque, et même à l’état pulvérulent, produisent, par leur mélange, du noir, ce sont des couleurs complémentaires. Une couleur simple a toujours sa couleur complémentaire et peut, de plus, en avoir une infinité; car, en ajoutant des proportions variables de noir ou de blanc à la couleur complémentaire, on obtient des résultats très divers.
- L’illustre Chevreul a établi pour les couleurs une classification missi simple que remarquable. Il s’est basé sur ce qu’une couleur Re peut se modifier que :
- 1° Par du blanc, qui en affaiblit l’intensité ;
- 2° Par du noir, qui l’assombrit et diminue l’intensité ;
- 3° Par une certaine couleur, qui en change la propriété spéci-Hque sans la ternir;
- 4° Par une certaine couleur, qui en change la propriété spécifique en la ternissant.
- On obtient par sa manière de procéder 14 420 tons différents.
- Les différents degrés d’intensité dont une couleur est suscep- , tible s’appellent tons.
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- L’ensemble des tons d’une même couleur sera la gamme.
- Les modifications qu’éprouve une couleur par l’addition d’une autre couleur, qui la change sans la ternir, prennent le nom de nuances; enfin, la gamme dont les tons clairs comme les tons foncés sont ternis par du noir deviendra une gamme rabattue.
- Nous avons dit qu’une couleur complémentaire était celle qui, ajoutée à une autre à l’état matériel, donne le noir. Ainsi, le bleu a pour complément l’orangé, le rouge a le vert, et le jaune a le violet. En regardant fixement une couleur pendant un moment, et fermant ensuite les yeux ou reportant le regard sur du papier blanc, on voit sa complémentaire. L’œil a donc tendance à voir du vert après avoir regardé du rouge, et réciproquement il verra du rouge ayant regardé du vert. Il en résulte que les couleurs complémentaires se font valoir. L’œil sera donc mieux disposé à apprécier les moindres nuances de la gamme d’une couleur après avoir absorbé les rayons lumineux de la couleur complémentaire.
- Avec un petit nombre de couleurs superposées d’une manière bien comprise, on peut obtenir des effets de nuances très variés.
- Afin de faire ressortir la nuance du papier et celle de l’encre, on devrait donc, sur du papier de couleur, imprimer la couleur complémentaire. Mais la transparence des encres y met empêchement ; elles ne couvrent point assez pour éviter, par la superposition, que les deux couleurs ne se modifient mutuellement et que la teinte ne change. Il s’ensuit qu’il faut s’abstenir d’une manière absolue d’imprimer du rouge sur du papier vert et du vert sur du papier rouge ou rose; de même, le jaune sur le violet et celui-ci sur du jaune ne peuvent donner, par leur ensemble qu’un résultat moins que médiocre ; l’effet d’une encre bleue sur du papier orange et, réciproquement, d’une impression orangée sur du papier bleu, est de produire une teinte désagréable à l’œil. La superposition pourra, cependant, réussir lorsque la nuance du papier sera très claire.
- La typochromie ou chromotypographie demande une longue pratique et une expérience acquise, jointes à des aptitudes particulières. Ce n’est qu’à force de soins minutieux, de patience et d’application, de prévoyance et de propreté, qu’on peut espérer réussir dans ce genre d’impressions. Quand il s’agit de tirages en une seule couleur, les difficultés ne sont pas nombreuses et on les surmonte assez facilement; mais elles se présentent ardues et multiples sur les impressions polychromes, dont le travail très
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- compliqué réclame de la part de l’ouvrier imprimeur une somme de connaissances et de goût qui en fait un véritable artiste.
- La chimie, depuis plusieurs années, a fait d’incontestables progrès en ce qui touche les couleurs et les substances colorantes ; cependant, son dernier mot n’est pas dit, et chaque jour les chercheurs découvrent de nouveaux procédés et de nouveaux colorants.
- Par l’emploi des trois couleurs primaires, jaune, bleu, rouge, en tenant compte du blanc du papier, et en y joignant le noir, on peut obtenir, par la différence de nuances ou de tons de chacune des couleurs, des impressions d’aspects variés, et en rapport avec le sujet qu’il s’agit de traiter. Un ancien procédé, qui a certainement du bon, permet d’opérer en complète connaissance de cause. Ce procédé comporte trois clés ou palettes :
- i° Noir pur, dit d’Allemagne.
- Bleu terne, dit de Prusse.
- Jaune d’ocre clair.
- Cinabre.
- Ces quatre couleurs combinées permettent de rendre, avec une teinte générale heureusement appropriée, les pièces d’anatomie, les sujets anciens, les vieux tableaux.
- 2° Noir tendre, dit de vigne.
- Outremer ou bleu vif éclatant.
- Jaune doré.
- Rouge carmin cinabré.
- Les couleurs ci-dessus peuvent être avantageusement employées pour les sujets frais et nouveaux, pour les étoffes de soie de velours, pour les draperies.
- 3° Noir d’ivoire ou rougeâtre.
- Bleu parfait mélangé de jaune.
- Jaune citron foncé.
- Carmin pur.
- Cette palette est propre aux verts éclatants, et à ceux de la Rature, tenant du vert de vessie, du vert-de-gris et d’iris, etc. Il °st utile d’additionner le bleu, le jaune et le carmin d’une couleur mixte formée du bleu et du jaune de la palette précédente, à cause de la grande variété des verts.
- Du moment qu’il s’agit, comme mélange de couleurs, d’opérer
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- sur de petites proportions, l’emploi de la spatule et du marbre, ou d’une pierre lithographique, est suffisant. Mais, si le mélange doit être pratiqué sur de grandes quantités, il est préférable, à tous les points de vue, de se servir de broyeuses mécaniques. Non seulement, au tirage, une encre parfaitement broyée donne un rendement supérieur à celui d’une encre incomplètement manipulée, mais la teinte, plus prononcée, se fixe mieux et, avec le temps, a une tendance moindre à virer de ton.
- Le choix des couleurs est l’une des principales conditions de réussite. Certaines encres ont la propriété défavorable d’empâter les traits de la gravure ou les lettres du texte ; d’autres passent de ton à l’air, à la lumière, et perdent leur nuance et leur éclat. Certaines ne sèchent pas et produisent des défauts à l’impression.
- La couleur, la nature, la qualité du papier jouent un très grand rôle dans les tirages polychromes. La pâte doit être blanche afin de ne pas dénaturer les couleurs du tirage, et le papier doit subir au préalable un puissant laminage, ayant pour objet de resserrer les pores de la pâte, dont la propriété hygrométrique devient toujours un embarras. Ce laminage est indispensable à cause de la quantité de couleurs à imprimer, quantité parfois nécessaire pour produire un ton voulu; les couleurs, venant imprégner plus ou moins le papier, facilitent, par cela même, son allongement pendant la pression sur la forme. Cet allongement de la pâte se produit surtout lorsque la forme présente une certaine surface d’impression et principalement des aplats.
- Ce sont ces différents effets physiques qui donnent au tirage typographique, en ce qui concerne le repérage, plus de sécurité que lorsqu’il s’agit d’impression lithographique, pour laquelle le mouillage continuel de la pierre devient un sérieux inconvénient. Du reste, au point de vue de l’intensité de certaines couleurs, ces mouillages réitérés de la pierre sont des plus défavorables. Fatalement, cette humidité devient une cause inévitable de dilatation du papier, par suite de la forte pression qu’il subit lors du tirage contre la pierre.
- Les lithographes sont souvent obligés, pour obtenir le repérage parfait, de faire sécher une à une les feuilles, avant le tirage de chacune des couleurs. Il arrive même qu’un atelier mal disposé, ou placé dans une localité humide, rende le tirage chromolithographique complètement impossible. Nous le répétons, pour les tirages en chromo, aussi bien en lithographie qu’en typographie,
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- la première condition de bonne réussite consiste dans la qualité du papier* car toutes les pâtes ne sont pas aptes à ce genre d’impression. Les imprimeurs éprouvent souvent bien des embarras, des surprises, précisément à cause du papier; parfois, il se produit comme repérage des différences de plusieurs millimètres d’une feuille à l’autre, différences provenant indiscutablement des causes que nous venons d’indiquer.
- Avant de remettre les planches ou clichés à l’imprimeur, le graveur fait une épreuve d’essai sur chacun d’eux, après avoir déterminé exactement le ton indiqué par Faquarelle à reproduire. Ces épreuves, sur lesquelles est donc tirée séparément chacune des couleurs, représentent ce que l’on nomme des feuilles de ton. Leur but est d’indiquer à l’imprimeur, d’une manière précise, la gamme, la nuance, l’intensité des couleurs. En outre, le graveur fait une épreuve d’ensemble, épreuve donnant l’aspect général du tirage une fois toutes les couleurs imprimées, c’est-à-dire que cette épreuve doit être la reproduction identique de l’aquarelle ayant servi de modèle et d’indication.
- La tâche qui incombe à l’imprimeur est, en réalité, fort délicate et difficile. Il lui faut avoir une connaissance approfondie des couleurs, non seulement à l’état matériel, mais aussi au point de vue de l’art. Son œil exercé doit saisir immédiatement la nature des mélanges, en tenant compte de l’intensité des teintes sur le papier, et avoir la certitude de leur effet à la suite d’une ou plusieurs superpositions d’autres teintes. La personne chargée d’impressions polychromes doit donc avoir le cerveau organisé de façon à percevoir toutes les couleurs à leur juste valeur. Il ne faudrait point, par exemple, qu’elle fût atteinte de daltonisme, c’est-à-dire voir rouge ce qui est vert, et vert ce qui est rouge. Laissant même de côté cette difformité de la vue, il ne serait guère pratique de faire manipuler des couleurs par un imprimeur dont la tendance optique serait de voir rose, jaune, bleu ou violet. On sait que chez certaines personnes, aussi bien les peintres que les autres, l’œil Perçoit la nature au travers d’une espèce de prisme ou transparent dont la couleur varie suivant les individus. C’est, évidemment, ce qui explique les tableaux où une certaine couleur prédomine et devient ainsi le ton général et local de la composition.
- Pour apprécier la valeur d’une teinte, par rapport à celle du modèle, les gens peu sûrs d’eux-mêmes emploient un moyen pour ilinsi dire mécanique. Ils prennent une feuille de papier blanc
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- et y pratiquent deux petits orifices voisins l’un de l’autre, sous chacun desquels sont placées, d’une part, l’épreuve type et, d’autre part, l’épreuve tirée avec la teinte que l’on destine à l’impression. De cette manière, la vue ne se trouvant distraite par aucune influence environnante, puisque la feuille de papier découpée sert de cache ou d’écran, l’œil établit avec plus de certitude la similitude de ton entre la teinte type et celle du tirage.
- Depuis longtemps, des constructeurs, imprimeurs et éditeurs, cherchaient une machine capable d’imprimer rapidement et simultanément un certain nombre de couleurs. Congrève, ce colonel anglais inventeur de la fusée qui porte son nom, avait bien trouvé au commencement de notre siècle un système très ingénieux, consistant à produire mécaniquement l’emboîtage subit et mutuel des diverses couleurs d’une même forme, comme s’il s’agissait d’un jeu de patience, mais ce procédé ne répondait pas aux nécessités de la typochromie. L’impression dite à la Congrève fut appropriée aux cartes à jouer — qui s’impriment maintenant sur rotatives —-et aux autres travaux similaires, parce qu’elle est le résultat de la juxtaposition des couleurs, tandis que la typochromie proprement dite, procédant plutôt par superposition, ne peut s’accommoder du procédé remarquable, mais insuffisant, inventé par Congrève.
- Plusieurs tentatives avaient été faites, avec plus ou moins de succès, en Angleterre, en Allemagne, en France, pour construire des machines à plusieurs couleurs. Tant que les superpositions avaient été évitées, la réussite était à peu près complète, mais la typochromie est plus exigeante.
- Une difficulté pour ainsi dire insurmontable se présente lorsque les superpositions de couleurs par aplats sont immédiates. Au moment du tirage, les teintes n’ayant pas le temps matériel de sécher sur le papier, il se produit une confusion, un mélange de couleurs, un empâtement général qui rendent l’impression défectueuse et inadmissible. C’est à cause de cet inconvénient que les machines imprimant plus de deux couleurs ne peuvent avoir leur application qu’en employant le procédé de gravure simili ou le grain de résine à l’exclusion des aplats et encore rencontre-t-on parfois des surfaces rebelles à la fixation complète de l’encre. En Allemagne, la machine Schumann, basée sur le principe rotatif, et imprimant six couleurs simultanément, a produit des impressions assez heureuses. A Paris, l’imprimeur Quantin avait fait construire une machine à quatre couleurs. Le résultat en fut assez
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- relatif, cette machine étant destinée à l’imagerie plutôt qu’à la typochromie proprement dite. Le système en était fort simple : le cylindre d’impression faisait autant de tours qu’il y avait de couleurs s’imprimant simultanément sur la feuille maintenue solidement par des pinces. Chacune des formes était encrée séparément par un jeu de rouleaux qui se soulevaient alternativement pour livrer passage aux autres formes. Le système de l’encrage était cylindrique et les encriers disposés de chaque côté du cylindre. La vitesse de cette machine était fort restreinte.
- Il est évident que sur les machines ordinaires, dites en blanc, un imprimeur peut exécuter des tirages en plusieurs couleurs, niais encore faut-il que ces machines aient une précision suffisante, et que la disposition générale de l’encrage réponde bien à ce genre de travail. Il est un point très important que nous ne devons pas omettre : du moment que le tirage est exécuté sur plusieurs machines simples, il devient utile, pour obtenir le repérage absolument exact et parfait des différentes couleurs, que le diamètre des cylindres d’impression soit identique, et la vitesse des machines semblable. Dans le cas contraire, l'entraînement de la feuille devient inégal et le développement du papier à la surface du cylindre décrit une courbe différente. Ce sont là deux causes indiscutables d’écart du repérage des diverses couleurs.
- D’une manière générale, le tirage des couleurs exige certaines précautions pratiques sans lesquelles on ne peut compter sur un résultat complet ; les négliger serait compromettre sérieusement l’exécution du travail. La température n’est pas sans jouer un rôle important dans l’emploi des couleurs, et il est parfois difficile, sinon impossible, d’obtenir une bonne impression par les froids rigoureux. Aussi les machines destinées à exécuter continuellement, hiver comme été, les tirages chromotypographiques devront-elles être organisées de façon que cet inconvénient soit évité et à cette intention placées dans un local convenable, réunissant les conditions nécessaires de réussite. A ce sujet, nous ferons remarquer que rien n’est plus facile, dans les imprimeries employant la vapeur comme force motrice, d’en diriger par une tuyauterie un courant le long des encriers. Une rampe de gaz peut aussi remplir le môme but.
- Lorsque le genre d’impression nécessite des changements fréquents de couleurs, abn de faciliter le lavage des tables à encrer, °u les construit en marbre ou en fonte, le bois ayant l’inconvé-
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- nient de ne pouvoir être nettoyé suffisamment ; les fibres du bois retiennent toujours une certaine quantité des couleurs servant aux tirages. Mais la chaleur spécifique du marbre et de la fonte étant peu favorable à un échauffement rapide par le seul contact des rouleaux, rien n’empêche de les organiser avec conduites de vapeur ou rampes de gaz.
- Les rouleaux ont une grande influence sur les tirages en couleurs. La moindre trace d’humidité empêche la distribution et la touche. Certaines couleurs réclament même des rouleaux secs : tels sont en général les rouges et les couleurs en dérivant; d’autres, pour ne pas empâter, ont besoin d’être employées avec des rouleaux possédant du mordant, de Xamour : ce sont les bruns, les bistres,, etc. En général, les rouleaux doivent être fermes, consistants et toujours supportés par les chemins, de manière à ne pas plonger sur la forme. On les lave sans exception à l’essence, et on les essuie soigneusement avec un chiffon, pour ne point écorcher la matière ; enfin, pour en enlever le corps gras laissé par l’essence, on y passe une éponge imbibée d’eau très propre. Il est essentiel que la surface de la matière, aussi bien des preneurs, des distributeurs que des toucheurs, soit unie, régulière et sans trous, lesquels pourraient retenir la couleur au lavage.
- Quand on exécute des impressions polychromes et que le travail nécessite de changer souvent la couleur sur la machine, il est bon d’avoir plusieurs jeux de rouleaux, que l’on met chacun sur une couleur différente ; on évitera ainsi les mélanges résultant des trous ou fissures que peut présenter la matière des rouleaux. Parfois, en hiver, on est obligé d’exposer pendant quelques instants les rouleaux à la chaleur.
- Une distribution convenablement disposée et bien comprise devient une sérieuse garantie de la bonne exécution des tirages en couleurs. Il est facile, par l’adjonction de chargeurs, de doubler l’action distributive des rouleaux, que l’on peut encore augmenter en ajoutant derrière l’encrier un jeu de distributeurs maintenus par des peignes boulonnés à l’extrémité des bâtis. Sur les machines employées à la chromotypographie, il est utile de construire les peignes de façon qu’ils puissent se mouvoir sur les bâtis et donner une distribution droite ou croisée, selon les besoins.
- Quant aux toucheurs, l’imprimeur ne saurait apporter trop de soin dans le choix de ceux qu’il met en fonction sur la machine.
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- La pratique seule peut lui apprendre les qualités différentes que réclament les rouleaux, selon qu’on les emploie sur telle ou telle autre couleur.
- A chaque changement de couleur, les tables, les cornières et les encriers sont lavés et nettoyés à l’essence et parfaitement essuyés. Il ne faut y laisser aucune trace de la couleur des tirages antérieurs.
- Ouvrages liturgiques, texte encadré. — La plupart des livres liturgiques présentent un texte dans lequel on intercale souvent des initiales, des lettres ornées, des culs-de-lampe, etc., et que l’on encadre de filets ou de vignettes en couleurs; certains travaux de luxe s’impriment parfois dans ce genre. Outre la netteté de l’impression et la nuance des couleurs, qu’il faut obtenir Iranche et bien déterminée, ces tirages doivent se distinguer par la régularité du registre, dont la perfection fait en partie le mérite du travail. Nous n’avons pas à nous occuper ici du texte, la mise en train et le tirage s’opérant dans les conditions ordinaires, mais avec un soin tout particulier; nous n’examinerons que ce qui a rapport à l’impression des filets et des vignettes encadrant le texte et tirés en couleurs. Les vignettes sont imprimées avec l’étoffage habituel ; selon leur importance, on fait un découpage ou on les traite seulement par les feuilles de mise en train. Quelquefois, il est nécessaire de recouvrir la mise en train d’une étoffe légère, satin ou Casimir mince. Quant aux filets formant encadrement, comme il faut une pression superficielle, non plongeante, et un toulage plat, il est indispensable de réduire l’étoffage du cylindre : °n le recouvre seulement d’une toile de tissu serré ou d’un satin, fiui est de beaucoup préférable. Pour que l’œil des filets ne se fatigue point trop vite, on emploie une matière dure, zinc, cuivre, acier, etc. ; la filure devra être régulière et égale dans toute la longueur de la lame. Ici se place une recommandation dont il faudra tenir compte, du reste, d’une façon générale.
- L’encre rouge (vermillon, cramoisi) se décompose rapidement au contact du cuivre, la teinte devenant de plus en plus brune à uiesure que le tirage s’effectue. Le principe de ces rouges étant un sulfure de mercure, une réaction chimique s’opère à la surface du suivre et il se produit un amalgame ; le mercure se sépare et reste adhérent au cuivre pendant que le soufre se combine avec une autre partie de ce métal ; il en résulte alors du sulfure de cuivre,
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- dont la couleur est noire. Dans le cas où l’imprimeur aurait à tirer sur du cuivre, il lui faudrait employer des rouges spéciaux.
- La mise en train d’une forme de filets est des plus simples, et ce ne sont que les précautions minutieuses qui déterminent la qualité du tirage. On opère comme d’habitude pour mettre sous presse; mais, quoique les filets soient en matière dure, le conducteur ne se laissera point aller à les taquer sur l’œil. Afin de leur épargner la fatigue du taquage, il ne faudra pas négliger de ménager dans la longueur de la lame un talus étroit donnant prise à l’outil — coin en bois, chasse-grilfes, etc. — permettant de faire descendre le filet sur le marbre.
- Quand le registre est définitif, le conducteur doit éviter de toucher à la forme; mais cependant s’il y avait absolue nécessité de desserrer, il devrait faire sur les coins une marque se prolongeant sur les biseaux, lui permettant de ramener les coins à la même place et d’obtenir un même serrage. Au moyen d’épaisseurs de papier fort, interposées entre les garnitures et les filets, on peut remédier aux très légers écarts de registre. Parfois, en serrant ou desserrant un ou plusieurs coins, l’élasticité des garnitures suffit pour produire l’effet voulu.
- Sur ce genre de travaux, les pinces doivent être parfaitement réglées et prendre la feuille de la façon la plus égale et la plus uniforme. Il est essentiel que les trous de pointures soient très fins pour éviter les variations de registre. On sera plus certain d’avoir des trous percés franchement et de petite dimension, en plaçant dans les blancs de la forme du premier tirage des picots ou des pointures vissées sur un support de la hauteur des garnitures et de dix-huit points de largeur. Ce support est percé dans sa longueur d’une série de trous rapprochés les uns des autres et taraudés, dans lesquels on installe autant de pointures qu’il y a de tirages à faire sur la feuille. On obtient ainsi, en plaçant un support en haut de la forme et un en bas, c’est-à-dire à l’entrée et à la sortie de pression, une paire de trous pour chacune des couleurs à imprimer.
- L’emploi des pointures systématiques, des taquets Taesch, ou des feuilles perforées à l’avance à l’aide de l’appareil Vieillemard, Voirin ou autres, est fort apprécié en ce cas.
- Un des points importants à observer pour obtenir un registre parfait est de ne pas soumettre le papier au trempage ; en séchant, la pâte se resserre, se contracte, se retire sur elle-même. Cepen-
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- dant, l’impression sur du papier sec ne peut arriver à la pureté, à la légèreté de celle qui a été effectuée sur du papier trempé ; il faut nécessairement donner plus de pression et par conséquent plus de foulage ; le type du caractère perd alors de sa valeur par l’écrasement de la gravure, qui ne vient pas nette et déterminée. On est donc parfois obligé, sur certains travaux, de mouiller le papier ; dans ce cas, il y a une suite de précautions à prendre, indispensables pour prévoir précisément ce retrait de la pâte, retrait venant jeter une perturbation complète dans le registre. Il importe, avant tout, de tremper le papier plusieurs jours à l’avance pour qu’il ait produit son premier effet lors du tirage; il devra être remanié avec soin et plusieurs fois. Néanmoins, il faudra mettre le moins d’eau possible et glacer le papier la veille du tirage. Lorsque le premier tirage sera terminé, pendant la mise en train du second, il sera essentiel d’envelopper les piles de papier avec des décharges humides pour entretenir 1a. fraîcheur générale et empêcher le retrait des feuilles. Il ne faudrait point cependant que les décharges fussent trop mouillées, car, l’humidité se reportant sur le papier, il s’allongerait, et parfois sensible-nient. Les rames doivent être séparées par des plateaux, afin que le papier ne gode point et reste au contraire bien à plat.
- Les cordons sont de bons auxiliaires pour maintenir le registre d’une manière régulière et suivie ; c’est sur ce genre de tirages que l’emploi des faux cordons donne un excellent résultat, la feuille devant être parfaitement étalée sur le cylindre.
- Nous terminerons ce qui a rapport au registre par l’indication d’une précaution qu’il ne faut point négliger. Certains tirages exigent l’emploi et le secours à'intercalaires ; par leur interposition entre le papier de l’ouvragé, ces feuilles empêchent le décalque de l’impression occasionné par le poids du papier lui-même, lorsqu’il est empilé. Il devient alors indispensable, si la nature du tirage réclame le trempage du papier, d’humecter fort légèrement les intercalaires. Étant interposés à sec, ceux-ci s’empareraient de l’humidité du papier imprimé dont les feuilles se rétréciraient alors quelquefois notablement, au point de produire des variations de registre sensibles. Cependant, il ne faudrait pas tomber dans l’exagération contraire, mouillant outre mesure les mtercalaires; l’excès de fraîcheur occasionnerait sûrement la dilatation de la pâte en allongeant ainsi les feuilles.
- Enfin, en pointant, le margeur ne devra point forcer les
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- feuilles dans les pointures : il n’en faut pas plus pour produire des écarts apparents. Avec les pointures de fort diamètre, le registre est mieux assuré.
- Pour l’impression des filets, il importe que les toucheurs soient supportés sur les chemins de telle façon qu’ils ne fassent qu’effleurer l’œil du filet ; non seulement, en plongeant, ils seraient la cause d’une impression bavocheuse et empâtée, mais la matière des rouleaux ne tarderait pas à être coupée comme avec une lame de couteau. Il y a donc lieu de régler les rouleaux d’une manière bien exacte, ce à quoi l’on procède ainsi : faisant tourner la machine, la forme est amenée sous les toucheurs que l’on baisse dans les fourchettes, les galets portant sur les chemins; ceux-ci doivent être à une hauteur suffisante pour empêcher les filets de marquer leur empreinte sur la matière des rouleaux. Enfin, le tirage ne s’effectuera dans des conditions normales que si la couche d’encre enveloppant les toucheurs est seule enlevée par les filets, ceux-ci, pour ainsi dire, ne devant point entrer en contact avec la matière ; c’est une précaution à ne pas négliger. On parviendra à cette touche voulue, légère et superficielle, par l’interposition de papier plus ou moins fort sous les cuirs des chemins. Il faut aussi prévoir les défectuosités d’impressions occasionnées par le saut des rouleaux pendant la touche, cause de feintes et 'de moines facile à éviter en plaçant par gradins des supports de papier sous les chemins, à l’entrée et à la sortie de pression, ainsi que dans les blancs.
- Si la largeur des chemins et la disposition des fourchettes le permettent, le conducteur fera son possible pour obliquer les toucheurs; de cette façon, les filets ne passeront point dans toute leur longueur à la même place sur la matière des rouleaux. Nous nous expliquons : les toucheurs, auxquels il est impossible de donner un diamètre leur permettant de ne développer leur circonférence qu’une fois sur la forme, seront donc forcés, n’étant pas obliqués, de toucher au second tour une partie de la forme ayant en moins l’encre déposée au premier tour, c’est-à-dire que les filets suivront la trace indiquée par la première rotation des rouleaux; il en résultera que la fin de pression, subissant en dernier lieu l’action des toucheurs, sera moins chargée d’encre que l’entrée en pression, puisqu’elle passe avant sous les rouleaux. C’est à ce point de vue que les chargeurs-coureurs sont utiles; mais, dans le cas qui nous occupe, les filets ne pouvant entraîner les rouleaux à cause
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- de leur peu de surface, il faut se dispenser de les charger; le poids des chargeurs entraverait la rotation naturelle des tou-cheurs malgré l’entraînement des galets de rouleaux. La disposition oblique de la touche permet de remédier à cet inconvénient ; les toucheurs acquièrent alors sous l’impulsion du marbre un mouvement longitudinal analogue à celui des distributeurs. Il y a un moyen beaucoup plus simple donnant un résultat analogue, sinon meilleur. En obliquant la forme d’un cicéro environ, les filets dans leur parcours sous les rouleaux ne passent point au même endroit sur la matière ; c’est cette façon de procéder que nous conseillons. Habituellement, le texte des livres liturgiques s’imprime en noir et les filets en rouge ; on commence par le tirage des filets. La précision des machines actuelles permet d’obtenir un registre de la plus grande exactitude. Afin d’éviter, autant que possible, l’effet du retrait du papier, il est bon, quand on en a la facilité, de tirer le rouge sur une machine et le noir sur une autre, ou bien les deux ensemble sur une machine à double touche, dont l’une toucherait la couleur et la seconde le noir; en culbutant la feuille et la pointant, on obtiendrait le tirage du premier côté en deux couleurs imprimées simultanément. II faut tenir compte sur ces travaux de la propriété plus ou moins siccative du rouge, qui lie permet point de mettre en retiration immédiatement, à cause du maculage inévitable. Il est donc essentiel de laisser un intervalle relatif entre le tirage du recto et celui du verso, donnant ainsi à la couleur le temps de se fixer sur le papier.
- Nous espérons épargner bien des désagréments aux imprimeurs en les mettant en garde contre un effet désastreux occasionné par l’emploi de rouges carminés, lorsque le papier doit être trempé à nouveau après le tirage typographique, par exemple quand il s’agit d’y intercaler de l’impression en taille-douce. Avant d’employer un rouge quelconque, si l’on est dans le cas que Rous signalons, il est essentiel d’en faire l’essai à l’ammoniaque, qui a la propriété de laver, d’isoler, de séparer immédiatement le carmin ou la laque qu’on a pu mélanger au rouge pour en modifier la nuance. Sur un morceau de papier blanc, on déposera Un peu du rouge à expérimenter, puis on y versera quelques gouttes d’ammoniaque; si la couleur contient de la laque ou du carmin, il se formera au bout d’un instant une auréole violacée; le rouge au contraire restera intact s’il n’en contient pas.
- La mise en train est faite avec des bandelettes de papier, que
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- l’on colle entièrement sur la feuille d’assise. Afin d’éviter à l’impression le frisage des filets, les hausses doivent être parfaitement adhérentes au cylindre et la feuille d’assise fortement tendue.
- Si le diamètre de chacun des toucheurs n’est pas rigoureusement le même, que dans la longuèur des rouleaux la matière ne soit pas exactement centrée sur les mandrins, il se déclarera des feintes, des manques de touche pendant le tirage.
- Enfin, il importe que l’encre rouge soit suffisamment chargée de colorant pour que sa fluidité n’exige point sur les rouleaux une couche trop épaisse, sans cependant être trop compacte et rendre la distribution difficile, sinon impossible. Sous la pression du cylindre, étoffé à sec, la trop grande quantité d’encre deviendrait une cause de tirage lourd et pâteux, l’encre étant écrasée et rejetée de chaque côté de l’œil des filets.
- Fonds d’actions. — En général, ces tirages se font à teintes plates. L’habillage du cylindre doit être moelleux, et il est bon en outre de recouvrir la mise en train d’une étoffe mince, mais corsée et sans trame.
- Affiches. — Les machines à affiches sont organisées de manière à pouvoir imprimer plusieurs couleurs à la fois. La disposition des encriers en plusieurs compartiments permet de mettre dans chacun d’eux une couleur différente sans craindre le mélange avec la couleur voisine. Les lettres doivent être toutes ramenées à la même hauteur : celle du texte. Lorsqu’elles sont trop basses, on colle sous la quille des hausses de papier ou de carton. La mise en train est recouverte d’un blanchet.
- Tirages polychromes. — Depuis plusieurs années, la chromo-typographie a pris un développement considérable et, s’il existe des publications d’un aspect ridicule au point de vue de la couleur, le public a toutefois la satisfaction de trouver des compensations devant nombre d’éditions fort remarquables et d’un aspeet artistique apprécié des connaisseurs. La zincographie, en se perfectionnant, est venue donner le plus grand essor aux impressions en couleurs. Elle permet la reproduction rigoureuse et d’une exactitude absolue de l’original remis par l’artiste. Le travail des couleurs en dégradé et les superpositions bien comprises permettent, avec un petit nombre de tirages, d’obtenir une grande
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- quantité de nuances diverses. En ce qui concerne le conducteur, pour aborder ce genre d’impression, il lui faut du goût, de l’expérience, une certaine habitude des couleurs et de leur emploi. Le point de départ du travail est la propreté, l’ordre, la méthode.
- Les tirages en couleurs nécessitent un bon papier; pour les travaux de luxe, il est utile de le glacer plusieurs fois, le faisant passer en divers sens sous les cylindres du laminoir ou de la calandre, afin de prévenir le retrait de la pâte et l’allongement par la pression.
- Certaines machines, nous l’avons vu, sont organisées de ma-< uière à se servir de grosses pointures pour la marge des feuilles, que l’on perfore alors au préalable sur un appareil spécial. Les taquets Taesch, perforateurs et automatiques, peuvent également y être adaptés. Il faut, bien entendu, que la disposition générale de la forme et la dimension des marges laissées au papier permettent d’y poinçonner des orifices ayant quelques millimètres de diamètre. Avec ce système de trous parfaitement ronds, dans lesquels pénètrent des pointures correspondant à leur diamètre, on obtient un repérage régulier et suivi. On imprime indistinctement sur des machines en blanc simples ou sur des machines à deux couleurs. Nous nous arrêterons un instant sur ces dernières où le travail est plus difficultueux et demande plus de soin que sur les d’autres systèmes.
- Habillage du cylindre de pression. — Pour les tirages dont nous nous occupons, la disposition préférable et le meilleur étoffage du cylindre de pression nous paraissent être les suivants :
- 1° Directement sur le fer du cylindre, un molleton ou drap léger très tendu au moyen de la tringle à rochet ;
- 2° Par-dessus, un calicot fin, de tissu serré, également tendu à l’aide de la seconde tringle à encliquetage;
- 3° Une feuille de papier encollé un peu fort, fixé entièrement et solidement sur le calicot à l’aide d’un léger enduit de colle de pâte ;
- 4° Sur cette feuille d’assise, le travail de mise en train;
- 5° Recouvrant la mise en train, une satinette ou satin léger, assujetti au moyen d’épingles fortement enfoncées dans les autres étoffes, de manière que la trépidation de la machine ne les détache point.
- Quelquefois, la nature du tirage ne nécessite pas de recouvrir
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- la mise en train d’une étoffe, soit qu’il faille éviter le plissage de la feuille pendant l’impression, soit que le genre de gravure demande une pression très sèche.
- Souvent aussi, afin de ne pas remonter le cylindre de pression outre mesure, cela pour conserver l’engrenage complet du cylindre avec la crémaillère du marbre, on supprime le molleton de dessous, conservant l’habillage, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut.
- Certains conducteurs de machines préfèrent l’emploi du carton lisse ou de feuilles de papier pour garnir le cylindre, procédés américain et allemand donnant d’excellents résultats lorsqu’il s’agit d’impression sur zinc en simili-gravure, mais nous avons fait connaître notre avis à ce sujet.
- Mise sons presse. — Chacun des clichés, zincs gravés ou gal-vanos, est disposé dans un châssis, selon la place que son impression doit occuper sur le papier. L’espace entre chacun d’eux es! déterminé au moyen de garnitures en plomb. Les clichés doivent être assujettis provisoirement par quelques pointes seulement, afin de faciliter leur mouvement sur le bloc, obtenant ainsi avec plus de commodité le repérage. Pour ce genre de travail, il est préférable d’employer des châssis à serrage mécanique, ce mode de serrage favorisant et assurant la mise au repère. Il faut avoir soin toutefois de ne pas serrer outre mesure pour ne pas fausser les barres du châssis et produire un serrage excessif pouvant faire monter les garnitures et faire gondoler les blocs, ce qui rendrait le repérage imparfait, les zincs ou galvanos étant solidaires du bois. Il est essentiel que les blocs soient bien d’aplomb sur le marbre, pour donner une assise solide aux clichés et ne pas modifier leurs dimensions.
- On établit donc sur chacun des marbres une forme, en ayant soin de placer sur celui qui produit la première impression la forme imprimant celle des couleurs la plus claire.
- Les châssis sont maintenus à leur place respective au moyen de cales en fonte, dont les unes sont rectangulaires et les autres en forme de biseau pour produire le serrage.
- C’est à ce moment qu’il s’agit de déterminer les marges, c’est-à-dire l’endroit précis que doit occuper l’impression sur le papier. On procède un peu par tâtonnements pour établir exactement les marges de pied, de tête et de côté. Avant tout, on doit tenir compte de la prise des pinces. Un léger trait situé sur chaque
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- bande de support du marbre indique l’endroit correspondant à l’extrémité des pinces. Il faut faire en sorte, comme nous l’avons déjà indiqué, que la forme ne dépasse point cette ligne, sans quoi on risquerait d’écraser la gravure au premier tour de la machine, les pinces venant porter sur les planches.
- La première forme étant installée sur le marbre, on prend avec un compas, ou à l’aide d’une pige — réglette en bois — les distances de la forme par rapport à l’une des bandes de support et à l’une des cornières du marbre. Puis, faisant avancer le second marbre en tournant le volant de la machine, on y place la seconde forme de la même manière que la première, en se servant des mesures prises, soit avec le compas, soit avec la pige.
- On met alors de hauteur les clichés des deux formes, c’est-à-dire qu’on les ramène à la hauteur du texte en collant sous les blocs en bois des épaisseurs de papier plus ou moins fort. Nous avons déjà parlé de cette opération précédemment.
- Une fois les clichés d’aplomb sur le marbre et exactement de hauteur, ce dont on s’assure en faisant passer en pression une feuille de papier dont on examine le foulage, qui doit être égal partout, on serre les deux formes et l’on s’occupe du repérage de la seconde impression sur la première. On encre les formes, avec leur couleur respective, soit avec un rouleau à la main, soit en employant les rouleaux de la machine, et l’on passe une feuille en pression sur laquelle on examine les défauts de repérage. On fait mouvoir les formes s’il y a lieu, c’est-à-dire si l’écart de registre est trop considérable. Du moment qu’il ne s’agit que de quelques millimètres, on desserre l’une des formes, et des interlignes, placées en connaissance de cause, produisent le déplacement des clichés. On obtient le même résultat en déclouant les zincs ou galvanos de leur bloc et en les reclouant à la place qu’ils doivent occuper pour se trouver en registre. Et même, si la différence de repérage est insignifiante, avec un pied-de-biche — petit outil en fer, cuivre ou acier — on pousse, sans le déclouer, le cliché sur son bloc dans la direction où il doit aller pour que son impression coïncide exactement avec l’impression du cliché correspondant de l’autre forme.
- Lorsque les clichés des deux formes ont été bien mis de hauteur, qu’ils repèrent parfaitement entre eux, et que les formes sont serrées, on cloue solidement les zincs ou les galvanos sur
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- leurs blocs, de manière que pendant le tirage il n’y ait aucune variation, aucun mouvement.
- On obtient un repérage parfait après avoir passé plusieurs feuilles, car il est à peu près impossible d’atteindre à un résultat complet avec une ou deux feuilles d’essai seulement. Il se présente là une série de tâtonnements inévitables qu’un bon praticien peut cependant beaucoup abréger.
- Mise en train. — La mise en train proprement dite consiste à égaliser la pression sur le cylindre, tout en tenant compte des effets de la gravure, c’est-à-dire faire en sorte que les parties lumineuses viennent à l’impression avec une légèreté suffisante, sans cassure cependant, et que les parties mates ou à plat soient fortement portées. La mise en train sur la machine à deux couleurs demande un soin tout particulier et un tour de main spécial. Les conducteurs ne réussissent pas toujours du premier coup, s’ils n’ont une grande habitude de ce genre de travail. Le point capital est, avant tout, de faire un bon dessous, c’est-à-dire mettre convenablement les clichés de hauteur, afin d’éviter autant que possible les béquets sur le cylindre de pression. Il faut comprendre, en opérant avec ce système de machine, qu’un seul cylindre produit la pression des deux formes; par conséquent, les effets de pression du premier tour peuvent, en quelques cas, être préjudiciables à l’impression du second tour. C’est ce qui explique la raison pour laquelle il est souvent difficile de tirer simultanément une gravure sur un fond, ce dernier nécessitant une forte pression et, sur le cylindre, un habillage moelleux. Il en résulte alors des conditions défavorables à l’impression de la gravure, surtout lorsque celle-ci comporte des parties évidées. On amènera donc au point voulu tous les traits de la gravure, tenant les parties claires le plus légèrement possible, et forçant sans exagération les ombres et les parties pleines.
- On procède de deux manières différentes pour la mise en train : soit en travaillant directement sur le cylindre, soit en découpant et collant des béquets sur une feuille passée au préalable en pression avec encrage.
- Parfois, la nature de la gravure nécessite le travail spécial du découpage. Ce travail, que nous examinerons plus loin, consiste r découper successivement, à l’aide d’une petite lame à double tranchant, une ou plusieurs épreuves de la gravure faites sur bristol un peu fort. Les parties légères étant enlevées, et les parties
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- matés étant conservées, il en résulte, une fois les épreuves ainsi découpées et collées Tune sur l’autre, trait sur trait, une épaisseur irrégulière de carton que l’on fixe sur le cylindre de pression, de façon qu’il y ait coïncidence parfaite avec l’impression obtenue sur le cylindre par un tour fait sans feuille, et avec les formes bien encrées.
- C’est seulement lorsque la mise en train est à son point que l’on s’occupe de mettre la machine en fonction.
- Mise en marche. — La première des conditions pour la réussite des tirages polychromes est la propreté. Chaque fois que se présente un changement de couleurs, les encriers, les tables et leurs cornières, les rouleaux, les châssis et leurs garnitures doivent être soigneusement lavés et nettoyés.
- Les rouleaux jouent un très grand rôle dans ce genre d’impression; il suffit de placer sur la machine des rouleaux ou trop secs, ou trop frais, pour dénaturer la nuance même des couleurs.
- Lorsque le système d’encrage est organisé et les rouleaux à leur place respective, la machine est mise en mouvement afin que la couleur se répartisse uniformément selon les nécessités des gra vures. Ce n’est qu’après avoir fait passer un certain nombre de feuilles d’essai que l’on obtient une épreuve relativement bonne. D’après cette épreuve, l’imprimeur modifie la prise d’encre, soit en agissant sur les preneurs, soit en réglant l’encrier au moyen des vis de pression et de rappel. Du moment que le tirage paraît acceptable, et que la teinte de chaque couleur est arrivée au point voulu, on procède au tirage, en examinant attentivement et fréquemment les feuilles qui sortent de la machine.
- Il est indispensable, si l’on veut obtenir un travail propre et soigné, d’intercaler entre chaque feuille du tirage une feuille dite intercalaire, qui a pour but d’éviter le maculage des couleurs du côté imprimé de la feuille sur le côté laissé en blanc, c’est-à-dire du recto sur le verso.
- Lorsque le tirage des deux premières couleurs est terminé, on enlève les clichés des formes et on les remplace par les clichés des deux couleurs suivantes.
- A chaque tirage, les superpositions ou les juxtapositions de couleurs provoquent l’aspect général, la dernière couleur venant déterminer et fixer l’ensemble complet de la gravure.
- Quant aux machines à trois, quatre couleurs, c’est la répéti-
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- tion, autant de fois qu’il y a de marbres et de cylindres, des opérations que nous venons d’examiner.
- Lorsque nous nous sommes occupé de l’encrage cylindrique, nous en avons indiqué les détails en tant que réglage des rouleaux; nous n’y reviendrons donc pas, faisant seulement observer qu’il est plus que jamais important, sur les travaux en couleurs, de tenir les toucheurs à une hauteur convenable pour ne pas boucher la gravure et fatiguer inutilement la matière des rouleaux.
- Procédé des trois couleurs. — Ce procédé, dont nous avons déjà parlé, repose sur l’emploi de trois planches monochromes obtenues mécaniquement par les moyens photographiques. Avec un cliché pour le jaune, un pour le rouge et un pour le bleu violet, on est arrivé à des résultats complets. Par la photographie, l’opérateur élimine, durant la pose, les rayons à supprimer, ne conservant que ceux dont il veut se servir. Il existe un phénomène fort simple et compréhensible, que la photographie applique lorsqu’il s’agit de décomposer les couleurs d’une aquarelle ou d’une maquette. Se plaçant devant une composition quelconque en couleur et la regardant au travers d’un verre rouge, l’œil ne perçoit pas les rouges, absorbés qu’ils sont par la teinte même du verre; mais il apercevra les bleus. D’autre part, un verre de couleur verte fera voir les rouges, et un verre bleu, les jaunes. Se basant sur ces effets d’optique, on introduit, à l’entrée de la chambre noire de l’appareil photographique, l’un des verres de couleur précédemment indiqués, ou un dispositif spécial contenant un liquide coloré, formant écran transparent. 11 ne faut pas croire que le procédé s’arrête là et qu’il n’y a plus qu’à insoler. Si cela était aussi facile, tous les photograveurs pourraient pratiquer les trois couleurs et le susdit procédé serait entre toutes les mains. Mais, là où gît la difficulté, c’est dans le temps de pose nécessaire à fixer seulement les rayons lumineux dont on a besoin, à l’exclusion de tous les autres. C’est aussi la connaissance exacte des produits à employer pour collodionner les plaques qui devient une étude spéciale. Tout le succès dépend du temps de pose; sans l’indiquer d’une manière précise, nous pouvons très approximativement en donner toutefois un aperçu proportionnel. Par exemple, pour le jaune on posera vingt secondes,^ pour le rouge, quarante et pour le bleu deux cents secondes. Ce n’est pas dire que l’on puisse suivre nos indications, car, selon les produits, il y a des cas où la pose devient
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- différente, soit quarante secondes, quatre-vingts et quatre cents secondes. Nous le répétons, il n’y a pas lieu de tenir compte du temps de pose indiqué, nous n’en parlons que pour bien déterminer la difficulté du procédé qui a dû coûter un travail considérable d’observations à ses inventeurs ou qui leur a été livré par le hasard des opérations. Toujours est-il que, par ce moyen d’opérer, les photograveurs possédant le tour de main nécessaire au procédé des trois couleurs sont parvenus à obtenir un genre d’impression en couleur qui, assurément, est appelé à un grand essor. Mais ce procédé réclame certaines conditions d’exécution. Premier point : il faut tirer sur papier couché,, frictionné, ou reflexe; on doit employer des encres spéciales dites couleurs primaires : jaune, rouge, bleu, couleurs conformes à celles choisies par le photograveur. Autre point des plus importants : il est indispensable à l’imprimeur de se servir de machines des plus précises. On arrivera même, par la suite, à en construire présentant les perfectionnements que nécessite le tirage des chromos en trois couleurs. Le résultat de l’impression repose absolument sur la plus grande précision, le procédé lui-même émanant de la superposition de points en simili-gravure.
- Il suffit d’examiner au compte-fil, ou à la loupe, une gravure tirée par le procédé dont nous parlons, et l’on se rendra compte de la nécessité du repérage rigoureusement précis et exact des couleurs entre elles. En effe.t, la superposition points sur points devient indispensable; ayant affaire à un jaune, un rouge et un bleu, si les points de l’une des couleurs s’interposent entre ceux des deux autres couleurs, l’effet sera, non seulement détruit, mais l’aspect de la gravure ne présentera plus qu’un mélange incohérent de points colorés; les contours se perdront, les gammes deviendront fausses, les différents tons de teintes disparaîtront et l’ensemble ne sera que confusion. Si le lecteur jette les yeux sur les trois monochromes qui accompagnent nos explications, il en appréciera la valeur et il trouvera au commencement de l’ouvrage le résultat de la superposition de ces trois monochromes obtenus mécaniquement par la photographie et n’ayant subi aucune retouche manuelle. Nous le répétons, tout est dans le tour de main du photographe.
- En ce qui concerne l’impression, ayant affaire à des gravures en simili, on procédera en découpant une épaisseur de carte mince (raisin de 35 kilos), que l’on collera directement sous le zinc, étant
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- entendu que la simili-gravure doit rendre ses effets sans le secours de mise en train semblable à celle que l’on peut faire pour les gravures sur bois ou les galvanos. Il n’y a pas non plus à compter tirer sur machine à deux couleurs, car il est indispensable de laisser au moins vingt-quatre heures d’intervalle entre chacun des tirages, afin de laisser à l’encre le temps de sécher. Nous le répétons, ce sont des gravures toutes spéciales que l’on emploie et du papier couché. Enfin, on devra toujours suivre l’ordre du tirage des couleurs : 1° le jaune; 2° le rouge; 3° le bleu. Ces trois couleurs seront également tirées dans leur véritable nuance, c’est-à-dire leur intensité réelle. Ainsi, le jaune, qui a toujours tendance à être tiré trop monté en couleur lorsqu’il s’agit de chromo ordinaire, devra être imprimé franchement sans crainte d’exagérer le ton. Il ne faut cependant pas outrepasser les limites et employer une trop grande quantité de couleur venant boucher la gravure. Aussi bien le jaune que le rouge et le bleu, les trois couleurs doivent être tirées avec la même intensité pour obtenir les effets voulus. L’aspect général d’une gravure tirée par le procédé des trois couleurs dépend exclusivement de la régularité du ton des encres. Ce qui précède donnera donc à penser à certains, dont l’erreur est manifeste, que le procédé dit des trois couleurs ne consiste pas à superposer du jaune, du rouge et du bleu, d’une manière plus ou moins habile, il y a autre chose, et ce quelque chose demeurera entre les mains de quelques photograveurs, à l’état, pour ainsi dire, de monopole. Il est à présumer que, peu à peu, le procédé deviendra plus répandu et mieux connu, mais, pour le moment, le nombre de ceux qui le possèdent est assez restreint.
- Impression des valeurs fiduciaires. — Bien que ce genre d’impression : obligations, actions, billets de banque, de loterie, etc., ne soit pas considéré comme polychromie, c’est ici cependant la place de certaines indications qui nous paraissent utiles et qui s’y rattachent.
- La confection d’un titre demande une certaine expérience technique, et la personne chargée de son établissement doit, avant tout, dresser une maquette plus ou moins complète, afin de faciliter et de diriger le travail de composition. Il suffit parfois de simples indications pour donner une* idée générale au dessinateur du cadre et du fond, ainsi qu’au compositeur du texte.
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- Un titre, action ou obligation, comporte généralement plusieurs tirages, tant ail recto qu’au verso. L’impression du recto se compose des éléments suivants :
- 1° Un fond, dit de garantie ou de sûreté;
- 2° Le texte, comprenant la souche, le corps même du titre et les coupons — dont le nombre est des plus variables — le tout imprimé sur le fond ;
- 3° Le numérotage de la souche, du corps du titre et de chacun des coupons. Quelquefois les premiers portent, en outre, un numéro de série ;
- 4° Le timbre sec apposé sur chaque coupon et sur le corps du titre.
- Au verso, on imprime le tableau d’amortissement ou les statuts de la société créatrice des titres. Ce tirage est exécuté parfois sur fond. Souvent, le verso reste en blanc, et, dans certains cas, est imprimé en identique, c’est-à-dire qu’il reproduit par décalque le texte du recto.
- Fonds de sûreté. — Le but de l’impression des fonds de sûreté est de rendre la falsification des titres plus difficultueuse. Il existe plusieurs sortes de fonds de garantie et différentes manières de les obtenir. Le point essentiel est de produire un dessin compliqué dans ses détails, capable de dérouter et d’embarrasser les falsificateurs. Malgré toutes les précautions qu’on puisse prendre et les divers procédés employés pour créer des fonds de sûreté, il se rencontre malheureusement des gens assez habiles pour tourner les difficultés qu’on accumule sous leur main. Aussi, Schlumberger, chimiste à Paris, a-t-il cherché et découvert un procédé auquel il h donné le nom de cryptogamie, consistant à faciliter la reconnaissance de l’authenticité des valeurs fiduciaires.
- Un puissant moyen de reproduction identique à la portée des faussaires est assurément la photogravure. C’est précisément en Vue de se défendre autant que possible contre la falsification que la Banque de France a adopté, d’une manière générale, pour l’impression de ses billets, le bleu clair, couleur rebelle à la reproduction par les procédés photographiques. La photographie et la lithographie étant d’une grande ressource pour obtenir des fonds de garantie, elles deviennent également un moyen dangereux entre les mains des malfaiteurs.
- Il y a différentes manières de produire des fonds de sûreté, entre autres les suivants :
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- 1° Caractères d'imprimerie. — Certains fonds reproduisent en caractères d’imprimerie le nom de la compagnie ou de la société propriétaire des titres.
- Fig. 90. — Fonds de sûreté.
- On compose, en premier lieu, une quantité indéterminée de lignes ayant pour teneur la raison sociale, suivie de détails si on le juge à propos. Cette partie de composition, après avoir été lue, corrigée et revisée, est remise à l’imprimeur, qui en tire, à la presse à bras, plusieurs épreuves sur papier à report. Ces épreuves
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- sont ensuite reportées sur pierre lithographique et juxtaposées tle façon que les lignes se suivent régulièrement, et cela autant de fois que le nécessitent les dimensions du fond. Si le tirage doit être fait lithographiquement, on tire directement sur pierre; si, au contraire, le tirage doit être typographique, on reporte sur zinc les épreuves obtenues d’après la pierre, et on fait mordre, afin d’avoir une planche en relief pouvant fournir une impression typographique.
- On peut aussi procéder directement sur zinc et atteindre à une finesse de gravure pour ainsi dire microscopique, en réduisant par la photographie la partie de composition, après en avoir fait, sur papier.hlanc, une épreuve soignée, et en employant le procédé au bitume.
- 2° Guillochage. — Les établissements qui s’occupent spécialement de ce genre d’impression tiennent en réserve des fonds gravés, guillochés sur cuivre ou sur zinc, en creux ou en relief, dont la gravure a été faite à l’aide de la machine à graver ou à guillocher.
- Lorsqu’il s’agit d’établir un fond applicable à un titre déterminé, on fait, avant tout, sur papier à report, une épreuve de la plaque de zinc ou de cuivre dont le dessin a été choisi. On reporte l’impression sur pierre ou sur zinc, en tenant compte du format du titre et de sa disposition. Puis, l’écrivain lithographe ou le graveur trace les contours du corps du titre, de la souche et des coupons. Il dessine ensuite les lettres et les chiffres de coupons devant apparaître en réserve ou en mat, et fait de même pour la partie correspondant au cadre du corps du titre. Généralement, chacun des coupons est bordé tout à l’entour d’un mat.
- 3° Vignettes typographiques. — Les fonds d’actions sont quelquefois composés avec des vignettes typographiques.
- Dans un album, véritable monument élevé à l’art typographique, en 1837, Charles Derriey présentait une remarquable série de modèles d’actions, d’obligations, et autres valeurs fiduciaires, composés exclusivement en vignettes typographiques, et imprimés en plusieurs teintes. De chacune des pages de cet ouvrage, unique en son genre, se dégagent de précieux enseignements et des indications aussi curieuses que pratiques. Ces vignettes, d’un dessin et d’une facture profondément artistiques, permettent de produire à l’infini des effets fort curieux de gravure. Dour s’en rendre un compte exact, il faut, nous ne dirons pas
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- parcourir les feuillets de cet album, mais, au contraire, s’arrêter à chaque détail afin d’en examiner, d’en surprendre les ingénieuses combinaisons. Il a fallu déployer une science considérable, un art profond, une pratique immense pour atteindre à un pareil résultat. Empressons-nous d’ajouter que, parmi les fondeurs, Charles Derriey fut le premier qui déploya un tel talent pour adapter à ce genre de travaux des vignettes typographiques dont la précision est absolument mathématique. Cet album, où tous les genres ont leur place, est devenu l’une des plus grandes et des plus belles expressions des connaissances typographiques.
- 4° Impression sur bois. — Prenant une planche ou morceau de bois, chêne, frêne, érable, noyer, châtaignier, etc., en un mot un bois aux veines apparentes et bizarrement accidentées, on en rabote toutes les faces pour en faire un bloc bien dressé. Ce bloc, dont la surface destinée à l’impression doit être bien plane, peut servir à un tirage typographique, soit en imprimant directement sur le bois, soit en obtenant une reproduction galvanoplastique. De toute façon, le veinage du bois apparaîtra sur le papier dans ses moindres détails.
- 5° Reproduction d'étoffes moirées. — On procède de deux façons différentes pour obtenir sur le zinc la reproduction d’une étoffe moirée. En premier lieu, on encre une plaque de zinc au moyen d’un rouleau typographique ou lithographique ; puis, y appliquant avec soin, sans frottement ni froissement, le morceau d’étoffe moirée destinée à former le dessin, on fait subir au tout une forte pression soit à la presse lithographique, soit à la presse typographique. La plaque de zinc se trouvant ainsi recouverte d’un dessin, image exacte du moirage de l’étoffe, on la soumet au bain acidulé pour la faire mordre, et produire un relief suffisant à l’impression. On peut imprimer directement sur la plaque de zinc, ou bien, si l’on désire garder ce type intact, on en fait un galvano.
- Un morceau de tissu à trame, de la dentelle même, peuvent également donner une impression analogue. Inutile d’ajouter que, dans ce dernier cas, l’opération doit être menée avec beaucoup d’attention, afin de ne pas rompre et déchirer la dentelle.
- La seconde manière de procéder consiste à étendre bien à plat l’étoffe-, le moirage en dehors, sur une surface bien unie, soit un bloc en bois, en plomb, en fer, et de l’y assujettir à l’aide de pointes, griffes’ou punaises, de façon que l’étoffe soit très tendue. Après quoi, passant à plusieurs reprises et très doucement un
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- rouleau chargé d’encre, on couvre le moirage d’une très mince couche d’encre. Ainsi préparée, on fait subir à l’étoffe une forte pression contre une plaque de zinc bien dégraissée et finement grenée. Le moirage se reproduit avec la plus exacte fidélité sur le zinc, qu’on soumet ensuite à la morsure de l’acide.
- La reproduction sur zinc de dessins pour fonds devient élémentaire avec l’emploi de la photographie et des procédés de gravure. La pratique et l’expérience fournissent, du reste, beaucoup de moyens et de méthodes facilitant la composition de fonds de sûreté. Nous examinerons rapidement les principaux d’entre eux qui prennent des noms différents.
- 6° Procédés cryptographiqites. — Précédemment, nous avons indiqué la découverte de Schlumberger portant sur la facilité de reconnaître immédiatement l’identité des valeurs fiduciaires. Ce chimiste a reporté ses études et ses recherches sur l’emploi d’encres susceptibles de donner des réactions colorées sous l’action de certains réactifs chimiques. Schlumberger a soumis la base de ses procédés à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, et le rapport fait sur cette découverte scientifique indique les moyens que l’inventeur oppose aux falsificateurs de titres.
- Il suffit d’imprimer une partie ou simplement une vignette d’un titre avec une encre composée d’éléments chimiques déterminés pour reconnaître instantanément, au toucher d’un autre élément chimique, la fraude flagrante.
- Ainsi, une encre noire contenant de la phtaléine du phénol étant touchée au pinceau avec de l’ammoniaque apparaîtrait un instant colorée en rose, coloration disparaissant aussitôt par l’évaporation de l’ammoniaque.
- Sur un titre imprimé en bleu au cobalt mêlé de manganèse, un fraudeur voulant employer du chlore pour altérer le titre déterminerait une coloration brune persistante.
- D’autre part, des numéros imprimés avec une encre grasse au noir de fumée mêlée d’alizarine, se trouvant effacés avec un alcali, deviennent rougeâtres sous la main du faussaire et restent ainsi colorés.
- Schlumberger indique également pour les timbres-poste le papier imprégné d’acide pyrogallique et l’impression en bleu de Prusse. Les alcalis employés pour effacer les oblitérations feraient apparaître une coloration brune.
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- D’autres moyens [sont indiqués par l’inventeur des procédés cryptographiques [pour déjouer la falsification des valeurs fiduciaires, tels que l’emploijdu rouge de benzilc* qui se noircit au chlore et aux acides ; celui du violet d’aniline mélangé de sulfate de fer ammoniacal^et de prussiate de potasse donnant sous l’action des acides une coloration bleue indélébile.
- On le voit, les procédés Schlumberger deviennent précieux pour les sociétés financières, qui ont le plus grand intérêt à les mettre en pratique.
- 7° Impressions sélénotypiques. — Ce genre d’impressions pourrait se prétorien une certaine mesure au tirage des papiers fiduciaires à cause de la difficulté que rencontreraient les faussaires dans leur travail d’imitation.
- Dans le courant de l’année 1883, un imprimeur américain, Earbardt, de Colombus (Ohio), fit la découverte d’un procédé auquel il donna le nom de chaostypie. Les clichés s’obtenaient en versant du métal en fusion sur des plaques de fer ou de marbre froides. L’impression en différentes couleurs de ces clichés que l’on déplaçait après chaque tirage donnait des effets très particuliers qui attirèrent l’attention de beaucoup d’imprimeurs. Voulant approfondir ce nouveau procédé, Karl Sommer, contremaître d’une fonderie à Prague, trouva un procédé semblable, et quelque temps plus tard Ilalauska, imprimeur à Ilallein (Salzbourg), en cherchant à pénétrer le secret de Earhardt, inventa une méthode similaire consistant probablement à enduire de cire ou d’huile la plaque froide sur laquelle est versé le métal en fusion. D’autres essais mirent en évidence la owltypie ou kiboutypie, dé S. Reed Johnston, et la marbléotypie ou marbrolypie, de James Jones. Ces procédés, ayant entre eux la plus grande analogie, prennent le nom générique de sèlênotypie, à cause de l’impression qu’ils fournissent, impression dont l’aspect se rapproche beaucoup des cartes lunaires.
- On obtient les effets bizarres de la hiboulypie — ainsi nommée parce que les détails de l’impression affectent la forme de l’ccil d’un hibou —- en roulant, promenant, sur la plaque de zinc préalablement encrée une éponge à trous plus ou moins gros. La plaque, soumise ensuite à l’acidulation, fournit un relief reproduisant les empreintes qu’y a laissées l’éponge. L’impression que donne ce relief, par sa confusion harmonieuse, défie la main du plus habile dessinateur ou graveur. La marbrolypie repose sur le
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- même principe ; ce procédé a pris son nom de l’aspect général de sa gravure qui rappelle beaucoup les veines du marbre.
- Chaostypie.
- Marbléotypie ou marbrotypie.
- Owltypie ou hiboutypie.
- Sélénotypie,
- Fig. 91. — Impressions selénotypiques.
- Enfin, pour terminer, rappelons les propriétés curieuses de la gélatine, dont l’emploi peut donner des résultats surprenants; les chercheurs ont une vaste carrière à exploiter sur ce terrain.
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- Le procédé Édouard Lambert est assurément l’un des plus curieux. 11 consiste à composer un fond de la dimension entière du titre avec des chiffres typographiques mobiles, de n’importe quel corps et reproduisant sans interruption, ni blancs, ni solution de continuité, le numéro même de chaque titre. Nous voulons dire que tous les chiffres du fond comportent le même numéro que celui du titre auquel le fond correspond. Ce procédé n’est pratiquement applicable que sur les machines à quatre couleurs du système Lambert.
- 8° Souche. — La souche est la partie du titre qui reste attachée à la reliure et forme volume une fois le corps du titre détaché et remis au possesseur ou titulaire de la valeur fiduciaire.
- La composition de la souche est des plus variables, mais elle comporte toujours le numéro du titre même. Entre la souche et le corps du titre subsiste une bande de composition, imprimée le plus souvent en lettres anglaises enlacées mutuellement et indiquant la raison sociale de la compagnie, ou formant le nom de la société.
- Lorsqu’il s’agit de remettre le titre à la personne qui en devient propriétaire, on le détache de la souche, en coupant dans la longueur, et formant quelques circuits, la bande dont nous parlons. C’est en rapprochant le titre de sa souche que l’on s’assure de l’authenticité réelle du titre. Généralement, cette bande de texte est imprimée sur fond gravé ou guilloclié.
- Corps du titre. — Le corps du titre comporte : 1° un cadre plus ou moins compliqué, fait de vignettes typographiques ou bien dessiné puis gravé sur bois, cuivre ou zinc, et imprimé sur le fond de sûreté auquel généralement on a ménagé des réserves correspondant aux parties lumineuses de la gravure ; 2° à l’intérieur du cadre, le texte, comprenant, en tête, la firme de la société ou compagnie ; au-dessous, le numéro du titre et celui de la série, s’il y a séries; ensuite, les indications générales; dans le bas, les signatures : caissier, administrateurs ou autres.
- Coupons. — Le nombre des coupons est variable; chaque coupon est encadré de petites vignettes ou de filets. Le texte comprend la date du payement et le numéro du titre, ainsi que le numéro même du coupon. Les coupons sont numérotés en commençant par le bas, à droite, de façon à être détachés un à un, selon la date et leur ordre de payement.
- Impression en « identique ». — Ce genre d’impression est ainsi nommé parce que le verso de la feuille reproduit identiquement,
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- par décalque, le tirage du recto. Afin d’obtenir une reproduction conforme et nette, il est nécessaire de disposer d’une manière spéciale certains organes de la machine sur laquelle s’effectue le tirage. La prise d’encre doit être modifiée par un changement d’engrenages et d’excentrique, de telle sorte que le preneur se charge d’encre une fois seulement sur deux tours complets de la machine. En outre, par l’adjonction d’un très simple mécanisme se rattachant au cylindre de l’encrier, les rouleaux toucheurs se soulèvent également une fois sur deux au passage de la forme. D’autre part, la mise en train demande un soin tout particulier, car il est indispensable que la pression soit plate et très égale sur toutes les parties de la forme, afin que l’impression reproduite au verso de la feuille soit elle-même bien égale. Une fois la mise en Irain terminée, et lorsque le conducteur est assuré de ne plus avoir à y retoucher, il la recouvre d’une molesquine bien tendue. Cette étoffe vernissée a pour but de reporter par décalque l’impression au verso de la feuille pendant l’impression du recto par la forme même. Yoici donc comment s’opère le tirage :
- Lorsque la machine a été mise en marche, que l’encre est répartie uniformément, et en quantité suffisante, sur les rouleaux, puis qu’après avoir passé un certain nombre de décharges, l’imprimeur reconnaît alors sur une bonne feuille qu’il peut commencer le tirage, le margeur passe une feuille chaque deux tours du cylindre de pression. De cette manière, au tour sans feuille, la molesquine s’imprime, et au tour suivant, avec une feuille, la molesquine reporte par décalque l’impression au verso de la feuille, pendant que le recto se trouve en contact avec la forme. Au tour sans feuille, le preneur se charge d’encre ; au tour avec feuille, ce rouleau ne prend pas. De leur côté, les rouleaux toucheurs se soulèvent au tour sans feuille pour éviter l’encrage de la forme.
- Afin que le tirage en identique donne un bon résultat, il est indispensable de changer la molesquine après un tirage de vingt-cinq mille exemplaires environ. La raison en est que cette étoffe prend peu à peu l’empreinte de la forme, empreinte qui, s’approfondissant de plus en plus, devient une cause de décalque des plus irréguliers.
- Depuis plusieurs années, le tirage en identique jouit d’une certaine faveur et devient une sécurité de plus au point de vue de la falsification. Quelques imprimeurs ont pris un brevet pour ce genre d’impression, que chacun peut, en somme, pratiquer d’une
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- manière différente, tout en obtenant le même résultat. Ainsi, à la place de molesquine, on peut fixer sur le cylindre une feuille de papier un peu fort que l’on change de temps à autre. D’autre part, avec une machine dite à retiration, il est facile de tirer en identique, ou toutefois de reproduire, par impression directe, au verso de la feuille, soit le numérotage, soit le texte.
- Numéroteurs à la main. — Le numérotage se fait à la main ou à la machine. Pour numéroter à la main, on se sert de deux sortes de composteurs : l’un est le composteur ordinaire, celui à vis, l’autre est mécanique. Avec le premier, on numérote à chiffres levés, c’est-à-dire qu’à chaque changement de chiffre il faut l’extraire du composteur pour le remplacer par le chiffre suivant.
- Avec le composteur mécanique, le numérotage s’effectue sans interruption, les changements de chiffres se faisant mécaniquement. Chacun connaît, certainement, ce système de numéroteurs, très employé dans le commerce. Il suffit d’appuyer sur un bouton placé à l’extrémité du manche de l’outil pour produire le changement de chiffres. Voici, du reste, la description sommaire de ce petit appareil aussi simple qu’ingénieux. Le manche, que l’ouvrier saisit à pleine main, est traversé par une tige à laquelle se trouve vissé, en dehors du manche, le bouton de commande sur lequel se place le pouce. L’extrémité inférieure de cette tige se relie à une pièce formant charnière et terminée en griffe. Un ressort plat force la tige à remonter une fois la pression sur le bouton effectuée. Faisant corps avec le manche, un support en bronze soutient les molettes ; ce sont de petits disques d’acier, de bronze ou de métal d’imprimerie, portant à l’entotir, et en relief, les neuf chiffres, plus le zéro.
- Les molettes sont montées sur un axe transversal dont chaque extrémité repose sur le support en bronze. Leur nombre varie selon la quantité de chiffres à numéroter. Il y a la molette des unités, celle des dizaines, des centaines, des mille, des dizaines de mille, etc. Chacune des molettes porte sur le coté, à une distance calculée par rapport à chacun des chiffres, une espèce de cran formant rocliet avec la griffe de la tige. On donne le nom d'étoile à l’ensemble des crans.
- A chaque coup de numérotage, la molette des unités évolue de façon à amener successivement chacun des chiffres à l’endroit où se produit l’impression, c’est-à-dire dans la ligne verticale par rapport à la longueur du n^anche. L’étoile est donc disposée en
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- conséquence,'et son mouvement de rotation lui est transmis par la griffe. Cette dernière comporte trois becs, Fun dirigeant la molette des unités, le deuxième celle des dizaines, le troisième bec la molette des centaines. On fait tourner à la main la molette des mille. Chacun des becs est plus court que son voisin d’environ un millimètre. C’est celui des unités qui est le plus long et celui des centaines qui est le plus court. En face le chiffre 2 de la molette des unités, l’étoile est excentrée afin que la griffe conmandant cette molette puisse descendre davantage pour donner à la griffe voisine la facilité de produire le mouvement de la molette des dizaines qui, par sa disposition, permet à la griffe des centaines de faire évoluer la molette correspondante après chaque tour complet de celle des dizaines.
- Afin que les molettes, une fois à leur place, ne puissent retourner en arrière, entre chacune d’elles un arrêt, maintenu par un ressort vissé sur le support en bronze, vient appuyer contre le cran opposé à celui sur lequel agit la griffe.
- Pour encrer les chiffres, on se sert de tampons soit en étoffe, soit en matière à rouleaux.
- Numéroteur mécanique à pédale. — 11 en existe différents systèmes. Un léger bâti en fonte supporte la table sur laquelle on placé la feuille à numéroter. Les disques en cuivre, portant les chiffres gravés, sont établis sur un axe qui monte et descend entre les cotés d’une arcade qui domine la table. Par la disposition de l’appareil, les disques peuvent être montés ou démontés selon les besoins. Ils sont mis en mouvement par un rochet de commande, et les chiffres se trouvent encrés au moyen d’un petit rouleau qui, participant au fonctionnement général, va se charger automatiquement d’encre sur une tablette semi-circulaire placée en arrière des disques. La pédale, mise en rapport par un levier articulé avec l’ensemble des disques, fait mouvoir de haut en bas, puis de bas en liant, la pièce de soutien du numéroteur proprement dit. Afin de faciliter le mouvement de retour, deux forts caoutchoucs agrafés à l’axe des disques, et maintenus par des tendeurs contre l’arcade, font ressort.
- Numéroteurs automatiques. — Le numérotage à la main et à la pédale laissant beaucoup à désirer sous le rapport de la bonne exécution et de la production, on a recours au numérotage par Iqs châssis automatiques. Trouillet fut le premier qui préconisa l’appareil dont nous parlons, et dont il eut connaissance en Amérique.
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- Depuis, quelques constructeurs y ont apporté certains perfectionnements, entre autres Charles Derriey, puis Rayasse, Turlot et récemment Edouard Lambert, qui applique à n’importe quelle machine un numéroteur cylindrique.
- Parmi ces perfectionnements, nous citerons^ entre autres les numéroteurs comportant une étoile ou un N° se trouvant en surélévation des chiffres et subissant la pression en même temps que ces derniers pour produire la rotation de la première molette.
- Le numérotage automatique permet d’obtenir sur les presses à bras ou mécaniques le tirage de tous les numéros d’un titre, action, obligation, billets de banque, de loterie,‘etc., et cela d’un seul coup. En outre, à chaque tour de presse ou de machine, tous les numéros sont changés d’une façon automatique.
- Le châssis Derriey est établi typographiquement, c’est-à-dire que hmtes ses pièces: blancs, numéroteurs, espaces, etc., sont établies sur points typographiques. Les numéroteurs ont la hauteur du caractère d’imprimerie, à moins que la grosseur des chiffres ne dépasse une certaine dimension, ce qui oblige nécessairement à augmenter le diamètre des molettes.
- Les châssis peuvent être adaptés à n’importe quel système de machine du moment que les numéroteurs sont de la hauteur du caractère, niais, lorsqu’ils sont plus hauts, il faut employer une machine à marbre spécial. On peut, à la rigueur, se servir d’une machine lithographique à marbre mobile.
- La construction d’un châssis à numéroter, dont les détails sont très minutieux, demande une précision absolue. Elle comprend les organes suivants : le châssis proprement dit; les tringles et les cadres de renvoi de mouvement; les numéroteurs; les espaces fines, moyennes et fortes; les blancs ordinaires et spéciaux; les composteurs.
- Châssis. — Le châssis, dans lequel se trouve disposé tout le système de numérotage, est en acier; il est de la plus grande précision; ses quatre côtés sont parfaitement d’équerre entre eux. Les barres de ce châssis ont quatre centimètres de largeur et deux centimètres et demi d’épaisseur. Sur l’une des barres est solidement vissé le transmetteur du mouvement général. C’est une boîte en bronze dans laquelle se meut une tige ou buttoir quadrangulaire en acier que tend à repousser un ressort à boudin placé à l’intérieur de la boîte. Sur le buttoir sont vissés, à distance l’un de l’autre, deux bras venant relier une plaque intermédiaire composée
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- de deux barres réunies au moyen de vis. Entre ces deux plaques entaillées en biseaux sont interposées les tringles destinées à communiquer le mouvement aux numéroteurs.
- Tringles et cadres de renvoi. — Les tringles, également en acier, ont quatre millimètres de diamètre : elles sont terminées à un bout par une tête trapéziforme et, pour quelques-unes, par un pas de vis à l’autre. La tête se prend entre les deux barres de la plaque intermédiaire qui les commande.
- Les cadres de renvoi de mouvement ont pour objet de commander les numéroteurs placés trop haut sur la feuille pour être commandés directement. Ils sont également employés lorsque les numéroteurs ne se trouvent pas sur la même ligne verticale que ceux des coupons, mais qu’ils en sont cependant assez rapprochés pour être un obstacle à la commande de ces derniers.
- Le cadre de renvoi est disposé de façon qu’on puisse y adapter et y fixer les tringles de commande au moyen de doubles écrous. Dans ce cas, le bout des tringles est taraudé et s’introduit dans la barre du cadre dont une rainure occupe toute la longueur. A l’intérieur du cadre, parallèlement à ses deux plus longues barres, se meut une glissière dans la longueur de laquelle est ménagée une rainure. Le mouvement de va-et-vient est transmis à cette glissière par deux tringles placées à chaque bout. La tête trapéziforme de ces tringles est prise dans la plaque de commande qui se trouve dirigée par le buttoir, et leur extrémité taraudée est maintenue fortement contre les parois de la glissière par un écrou et son contre-écrou. Il résulte de cette disposition que chaque mouvement de la plaque correspond directement à la glissière qui agit entre f intervalle vide du cadre. Les tringles communiquant le mouvement aux numéroteurs sont fixées sur la glissière à l’aide d’écrons et contre-écrous, de la même façon que les tringles de commande. Les cadres de renvoi se placent, indistinctement, en n’importe quel endroit de la forme, leur situation dépendant de la disposition générale de la composition. Il y en a de différentes longueurs, dans le but de faciliter la direction des mouvements.
- Numéroteurs. — L’ensemble du mécanisme des numéroteurs repose sur un bâti ou support en bronze, et présente une certaine analogie avec celui du composteur mécanique dont nous avons parlé précédemment. Les organes, étant entièrement extérieurs, sont entretenus et nettoyés avec facilité.
- Les molettes constituent la partie la plus importante du numé-
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- roteur; elles sont d’une seule pièce et peuvent être faites en acier ou en alliage spécial dit bronze blanc. Les chiffres sont en relief et gravés à la main sur les molettes en acier. Ceux des molettes en métal sont fondus dans des matrices frappées comme celles servant aux caractères d’imprimerie, et font corps avec la molette môme. La molette en acier offre plus de résistance, mais, au point de vue de la régularité des chiffres, elle ne vaut pas la molette en métal, dont tous les chiffres, aussi bien pour une molette que pour l’autre, sont identiquement semblables. U est incontestable que la gravure faite à la main ne donne jamais des chiffres rigoureusement pareils. La main du graveur, môme le plus expérimenté, ne peut répondre de ne pas commettre certains écarts de gravure comme forme ou comme position sur la molette. Une machine a bien été créée et construite dans le but de tracer sur la molette brute, à l’aide de poinçons en acier, les chiffres que le graveur doit mettre en relief, mais, malgré la précision de cet appareil, le tracé qu’il indique est toujours altéré en une certaine mesure par le burin du graveur. Aussi la perfection et la sûreté du numérotage sont-elles plus assurées avec les molettes en métal fondu dans des matrices dont le type est immuable. Les molettes en acier offrent, bien entendu, plus de résistance que celles en alliage, mais cet avantage 11e compense pas absolument la différence de prix — qui est de beaucoup supérieur — et l’inconvénient qu’elles présentent lorsqu’il s’agit d’un numérotage sans zéros à la gauche. Du reste, les molettes en acier ne résistent pas plus que celles en métel fondu aux chocs d’outils, ou aux chutes accidentelles. L’avantage reste donc certainement aux molettes fondues, faciles à remplacer et moins coûteuses.
- Un axe transversal, reposant à chaque extrémité sur le bâti en bronze, supporte les molettes qui doivent être montées librement sur l’axe, mais cependant sans aucun jeu, ce dont on s’assure en les sondant à la main les unes après les autres. Le nombre des molettes varie selon la quantité de chiffres à numéroter; chaque tranche de trois chiffres est séparée par une virgule fondue avec les molettes correspondant au mille et au million.
- La molette des unités est fondue dans un moule spécial. Sur l’une de ses faces elle porte un petit pignon se trouvant en contrebas des chiffres d’environ deux millimètres, et faisant corps avec la molette même. La largeur des dents de ce pignon, au nombre de dix, est de deux millimètres. Sur l’autre face de la molette, une
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- bague à peine saillante, large de 1 millimètre et demi, contourne l’orifice destiné au passage de l’axe, et se prolonge en face du chiffre 5. Ce petit appendice a pour but de faire tourner la molette des dizaines. Toutes les autres molettes sont bien munies également d’une espèce de pignon, ou étoile, mais l’épaisseur en est réduite selon l’espacement que doivent avoir d’une manière normale les chiffres entre eux.
- Nous avons vu précédemment que le numérotage se fait parfois avec des zéros devant (0,000,215); dans ce cas, le zéro de chaque molette est indispensable ; mais souvent aussi le numérotage a lieu sans zéros devant ( 215) ; la suppression du zéro des
- molettes devient alors nécessaire. Il se présente en cette occurrence une opération de montage dont nous parlerons plus loin.
- L’axe en acier, supportant le jeu de molettes, est situé dans la partie supérieure du bâti en bronze. Il y est maintenu à chaque bout par une petite vis en acier qui pénètre dans chacun des bras du bâti. Une espèce d’étrier, également en acier, soutient le jeu de molettes en prenant comme point d’appui et d’évolution l’axe même des molettes. Du côté de celle des unités, la branche de l’étrier supporte le mouvement de commande. C’est, d’abord, une tige qui, se prolongeant en passant par une échancrure longitudinale pratiquée dans le bâti, vient saillir en dehors de quelques millimètres. D’autre part, à l’intérieur du bâti, un cliquet vissé sur la même branche produit par engrènement la rotation de la première molette. Un petit ressort plat fixé en haut de la branche réagit contre une”goupille qui est attenante au cliquet.
- L’autre branche de l’étrier est engagée dans l’axe du côté opposé à la commande, à proximité du bâti. Afin de faciliter le mouvement de l’étrier, et pour éviter le frottement contre le bâti, on interpose entre les deux une très mince virole en laiton. Enfin, l’espace restant vacant entre la dernière molette et cette branche de l’étrier est occupé par une série de viroles en cuivre plus ou moins larges, et en quantité suffisante pour presser les molettes les unes contre les autres, n’empêchant pas néanmoins leur rotation naturelle, qui doit se faire sans effort ni frottement. Directement sous les molettes et parallèlement, un deuxième axe sert de support à de petites roues d’engrenage venant s’encastrer entre les molettes pour engrener avec leur pignon, de manière à transmettre le mouvement de rotation. A part celle des unités, chacune des molettes possède sa roue d’engrenage. Cependant, lorsque la
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- quantité des numéroteurs contenus dans la forme dépasse une certaine moyenne, on supprime la roue à partir des quatre premiers chiffres, dans le but d’épargner au mécanisme général une trop grande fatigue. En effet, au changement des cinq chiffres à la fois, il se produit dans tous les organes un effort assez considérable, que l’on peut parfaitement éviter en opérant à la main. L’écartement entre chaque roue est obtenu au moyen de viroles en suivre enfilées sur l’axe.
- Enfin, le mouvement des molettes est retenu en avant, dans le sens opposé à la poussée, par des arrêts formant cliquet et sur lesquels agit un ressort d’acier en forme de peigne. Les arrêts sont passés sur un troisième axe vissé dans la partie inférieure du bâti en bronze, leur écartement respectif est déterminé à l’aide de viroles en laiton. Quant au ressort-peigne, deux vis l’assujettissent contre le bord du bâti.
- Mouvement général du numéroteur. — En faisant opérer un mouvement de va-et-vient à la tige de commande traversant le bâti et venant présenter son extrémité à l’extérieur, on produit, par l’encliquetage intérieur, la rotation saccadée de la première molette, celle des unités ; chaque chiffre vient successivement prendre sa place dans la partie supérieure et sur une ligne horizontale. A chaque mouvement de la tige, un chiffre en remplace un autre, et, lorsque les neuf chiffres des unités sont passés, au moment même où le zéro vient remplacer le 9, le chiffre 5 se trouve alors en dessous, ainsi que l’appendice voisin. Dans cette position, l’appendice appuie sur l’une des dents de la roue appartenant à la molette des dizaines; le mouvement se continuant, la roue se trouve entraînée et communique ainsi sa rotation à la molette des dizaines avec laquelle elle engrène. On comprend, d’après ces explications, qu’à chaque tour de la molette des unités il se produise un changement de chiffre à la molette des dizaines. Il faudra donc dix tours de la molette des unités pour faire tourner dix fois celle des dizaines "et arriver ainsi à la première centaine. A chaque tour, la molette des dizaines fera évoluer celle des centaines d’un chiffre. Après dix tours de la molette des centaines, celle des mille se trouvera entraînée d’un chiffre, et^ainsi de suite ; après dix tours complets, la molette des mille agira sur celle des dizaines de mille. Il en sera de même pour les centaines de mille et les millions.
- Maintenant que nous connaissons dans tous ses détails le
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- mécanisme propre aux numéroteurs, nous allons examiner les organes qui le mettent en action et qui sont introduits directement dans la forme.
- Blancs du châssis. — Les numéroteurs sont séparés entre eux par des pièces de métal, plomb d’imprimerie, zinc ou cuivre, qui déterminent les blancs et permettent de les placer à l’endroit exact qu’ils doivent occuper dans la forme pour produire leur impression sur la feuille. Charles Derriey a établi son système de blancs sur dix points, c’est-à-dire que toutes les combinaisons sont facilement réalisables en comptant les distances entre chaque numéroteur par points typographiques, et en se basant sur le système décimal. Les blancs ne jouent qu’un rôle accessoire dans le mécanisme du numérotage, mais ils sont cependant indispensables pour la composition du châssis. Leur disposition dans la forme, demande le plus grand soin et la plus minutieuse attention, sous peine, sinon d’échouer, du moins de rencontrer des difficultés et des inconvénients dans le fonctionnement général. Le moindre frottement, le plus petit arrêt suffisent parfois pour mettre empêchement, d’une manière complète, au mouvement des numéroteurs. C’est ce qui a engagé certains constructeurs à supprimer les blancs, laissant le mécanisme libre et visible.
- Nous diviserons les blancs en quatre groupes : les cages, les espaces, les interlignes et les blocs ou lingots.
- La cage est une pièce en plomb de deux cent quinze millimètres de hauteur, quinze millimètres de largeur et vingt millimètres de longueur. Sa dénomination en indique la forme. Des six faces de cette pièce, deux côtés sont éliminés par l’évidement intérieur; en outre, deux des faces parallèles qui restent sont encochées de façon qu’une tringle conductrice puisse y jouer librement en traversant la cage de part en part. A l’intérieur de la cage, repose sur le fond un goujon en acier trempé, dans l’alvéole duquel s’emboîte l’extrémité de la tige de commande du numéroteur. Ce goujon est traversé par la tringle conductrice sur laquelle une vis à tête carrée le fixe solidement; il est dirigé par la tringle et se meut dans la cage en communiquant le mouvement.
- Les espaces^ont fines, moyennes ou fortes, de diverses formes et de différentes longueurs, selon la grandeur des numéroteurs. Elles ont comme épaisseur de un à dix points, ce qui permet ainsi de distancer à volonté les numéroteurs. Les espaces sont disposées de façon à pouvoir laisser circuler librement la tringle de
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- commande des numéroteurs. Les unes sont encochées en forme de pont, les autres affectent une découpure particulière facilitant le passage des tringles. '
- Les espaces fines sont en zinc et en cuivre, leur épaisseur est de un, deux et quatre points typographiques ; les espaces moyennes sont intermédiaires et graduées par points ; les espaces fortes établissent la transition entre les lingots.
- Les interlignes sont des lames de plomb ou de zinc qui servent à justifier les lingots et les autres parties de la forme ne se trouvant pas en contact avec les numéroteurs ou les tringles.
- Les lingots ont pour objet de garnir les blancs de la forme tout en laissant un passage libre aux tringles qui actionnent les numéroteurs ou les cadres de renvoi. Afin de faciliter, en la simplifiant, la composition de la forme, et pour ne pas obliger à assembler une trop grande quantité de pièces, on encadre les tringles à l’intérieur de lingots étroits, dans la longueur desquels est pratiquée une gorge ou gouttière destinée au passage de la tringle.
- Composteurs. — Les composteurs sont de petits cadres en bronze que l’oii insère dans la composition. Ils reçoivent les lettres ou chiffres servant d’indications qui ne sont sujettes à changements qu’à certains intervalles, changements qui se font à la main.
- Composition du châssis. — La personne chargée de la composition du châssis doit avoir une certaine habitude de ce travail, qui demande un soin très minutieux et une grande attention. Le moindre frottement d’une tringle, un peu de gauche dans l’ensemble de la composition, un manque de justification, un numéroteur mal monté, mal graissé, le plus petit arrêt dans le fonctionnement des cadres de renvoi, sont autant de causes d’insuccès.
- De son côté, le créateur du dessin du titre doit tenir compte dans la disposition générale de l’emplacement que doivent occuper les numéroteurs.
- Les coupons étant, le plus souvent, de dimensions assez restreintes, et chaque numéroteur exigeant pour son fonctionnement un emplacement déterminé, il est indispensable que chacun des coupons offre au moins la même surface que celle occupée par son numéroteur. Il est même important que le coupon ait comme hauteur minimum cinq points de plus que le numéroteur.
- La première opération qui se présente est de prendre une
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- épreuve du titre, faite sur papier fort, et de la découper aux endroits exacts du numérotage. Cette épreuve, ainsi découpée et posée sur le châssis, recto en dessous, indique la place respective de chacun des numéroteurs devant être intercalés dans la forme.
- Après avoir légèrement graissé le châssis proprement dit, on le place sur un marbre et l’on détermine au moyen de l’épreuve découpée la prise de la feuille par les pinces de la machine sur laquelle doit être installé le châssis automatique. Généralement, sur la barre du châssis correspondant au côté du buttoir, la prise est indiquée pâr un trait ou un coup de pointeau, fait au préalable par l’ouvrier chargé du fonctionnement de la machine.
- Pour rendre nos explications plus claires, nous supposerons avoir à établir le numérotage d’un titre comprenant le numéro de la souche, celui du titre, celui de la série, et cinquante coupons, dont dix en hauteur et cinq en largeur.
- Nous supposerons, également, que le format du titre nous oblige à employer un cadre de renvoi.
- Ici se place une indication importante, qui fera l’objet d’un paragraphe spécial pour ne laisser subsister aucune lacune. La position des numéroteurs par rapport à la machine sur laquelle est installé le châssis automatique peut être parallèle ou perpendiculaire à l’axe du cylindre d’impression. L’une et l’autre de ces dispositions différentes dépendent du sens dans lequel s’effectue le tirage du texte et, naturellement, de la situation des pointures sur la feuille.
- La disposition parallèle présente un certain inconvénient qui, cependant, est peu fréquent dans la pratique. L’impression ayant lieu dans le sens de la rotation des molettes, celles-ci, par le choc des rouleaux ou du cylindre de pression, peuvent tourner sur elles-mêmes et avancer ainsi d’un chiffre avant le changement produit par le mécanisme. Nous le répétons, cet inconvénient est très rare, mais cependant on le prend comme prétexte pour donner la préférence à la disposition perpendiculaire, ou la rotation accidentelle d’une molette devient impossible.
- Le mécanisme de commande est établi pour chacun des cas et s’applique indistinctement sur le côté du châssis ou en avant, selon le genre de numérotage.
- Nous avons donné la description du mécanisme de commande pour le numérotage dit perpendiculaire, disposé sur le côté du
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- châssis. Celui employé pour le numérotage parallèle s’installe en avant, contigu à la table à encre de la machine.
- Sur le buttoir se trouve fixé au moyen d’écrous un mouvement à genouillère.
- Quant au numérotage oblique, il est rarement appliqué, et consiste à placer les numéroteurs dans la forme de façon qu’ils soient obliques par rapport aux bords de la feuille ; il s’obtient à l’aide d’un mécanisme nommé renvoi de sonnette.
- Le numérotage d’équerre est assez fréquemment employé. Le mouvement de la tringle conductrice est transmis aux numéroteurs placés perpendiculairement à tous les autres au moyen de renvois de sonnette. Ce mécanisme se compose d’un cube en bronze sur lequel est maintenu librement, à l’aide d’une vis à tête ronde, une pièce en acier terminée à angle droit par deux tétons. Chaque teton est pris dans l’alvéole d’un goujon en acier placé au préalable dans une cage ordinaire. Le mouvement de ce mécanisme est facile à saisir : la tringle de commande, traversant l’un des goujons, par son action sur le renvoi de sonnette, produit le mouvement perpendiculaire de la tringle des numéroteurs.
- Poursuivons les explications concernant le montage du châssis. La partie supérieure de la plaque de commande ayant été dévissée, on la sépare afin d’introduire dans la rainure pratiquée au long de la partie inférieure la tête trapéziforme des différentes tringles conductrices. Bans le cas qui nous occupe, on établit à chaque bout de la plaque de commande une tringle suffisamment longue pour rejoindre le cadre de renvoi et établir une communication directe entre les deux organes du mouvement général. On dispose ensuite dans la même rainure les cinq tringles conductrices des numéroteurs, en les mettant à peu près à leur place respective. Il faut avoir soin, lorsque la partie supérieure a été remise en place, de ne pas serrer à fond les quatre vis la fixant sur la partie inférieure, afin d’avoir la facilité de glisser sans force les tringles au moment où l’on doit placer exactement les numéroteurs.
- Sur chacune des cinq tringles, on enfile dix goujons en acier, après avoir toutefois eu la précaution de graisser légèrement la tringle et de desserrer les vis à tête carrée des goujons à l’aide d’une clé spéciale. Chaque goujon est ensuite introduit dans une cage, où, par le fait, la tringle se trouve enclavée. Enfin, les cinquante * numéroteurs des coupons sont disposés au long des
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- tringles, par colonnes de dix, leur tige de commande reposant dans l’alvéole du goujon en acier. Les numéroteurs sont séparés entre eux par les espaces, leur distance respective de chiffre à chiffre étant indiquée par la feuille découpée. Cette dernière sert également à distancer les numéroteurs dans le sens de la longueur; ce sont alors des interlignes qui établissent les distances. Une fois les numéroteurs en place, à l’aide de lingots pontés, les tringles sont recouvertes entièrement, sans, cependant, qu’il se produise le moindre frottement contre le plomb. Les vides de la forme sont alors garnis et comblés par des lingots de diverses dimensions, jusqu’à ce que les numéroteurs se trouvent parfaitement enclavés et soigneusement justifiés dans tous les sens. Il est bon que les tringles actionnant le cadre de renvoi se meuvent dans toute leur longueur à l’intérieur des lingots à gorge.
- Une fois la partie de la forme comprenant les numéroteurs de coupons en bon état, on procède à l’installation du numéroteur du titre et de celui de la série, tous deux actionnés par le cadre de renvoi. A l’aide de la feuille découpée, on place les numéroteurs à gros chiffres. Chaque tringle conductrice est introduite dans le cadre de renvoi; leur longueur dépend de la distance de ce dernier au numéroteur. Les deux bouts sont taraudés ; l’un est pris dans le cadre de renvoi et s’y trouve maintenu par deux écrous; l’autre se visse dans le goujon d’acier, qui est taraudé intérieurement à cette intention. La cage des numéroteurs à gros chiffres est en bronze.
- Lorsque les numéroteurs du titre et de la série sont en place, on installe de la même manière celui de la souche et l’on remplit les vides par des lingots.
- Il est de la plus grande importance que la justification du châssis soit absolument parfaite; toutes les pièces et parties de la forme doivent ne former qu’un tout homogène, sans solution de continuité. Les tringles seules, dans ces conditions, seront mises en mouvement, tout le reste de la forme restant immobile.
- La composition étant terminée, on procède au serrage de la forme à l’aide d’une clé spéciale s’adaptant à la tête pentagonale des vis de serrage. Il est nécessaire de serrer carrément, c’est-à-dire commencer par les vis du fond en alternant d’un côté à l’autre, et en serrant successivement, sans forcer, une vis après l’autre.
- Pour se rendre compte de l’état général de la justification, on
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- soulève quelque peu le châssis, en lui communiquant de légères secousses contre le marbre. Le manque de justification se traduit par la descente au-dessous du niveau général des lingots mal justifiés. On y remédie en replaçant le châssis sur le marbre, et, après avoir desserré la forme, on ajoute des interlignes là où le manque de justification s’est produit.
- Mise sous presse. — N’importe quelle machine, en blanc ou en retiration, peut servir au numérotage avec les numéroteurs ayant la hauteur du caractère. Mais, du moment où le numérotage est exécuté avec gros chiffres, c’est-à-dire avec des numéroteurs dépassant la hauteur normale du caractère, la machine doit être munie d’un double marbre. Le double marbre est une plaque de fonte parfaitement dressée et rodée s’adaptant au marbre proprement dit, dont il a la même longueur et la même largeur. Dans ce cas, le marbre se trouve en contre-bas, et l’épaisseur du double marbre correspond exactement à la différence existant entre les numéroteurs à gros chiffres et la hauteur du caractère.
- De son côté, la machine à deux couleurs devient un auxiliaire précieux pour le numérotage, lorsqu’il s’agit surtout de tirages à grand nombre. On peut y imprimer à la fois et le texte et les numéros. Le châssis s’installant sur le marbre de la machine, quelle qu’elle soit, il participe nécessairement à son mouvement de va-et-vient.
- Le changement de chiffres a lieu au moment où le marbre arrive à fin de course. Dans cette position du marbre, la tige latérale du châssis automatique, à laquelle nous avons donné le nom de buttoir, vient présenter son extrémité devant une tête de vis formant butée. Par un contact rapide, la tige se trouve poussée en avant et, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment, tout le mécanisme entre en fonction pour produire l’évolution de toutes les molettes de la forme, qui, tournant sur elles-mêmes, présentent à l’impression le chiffre suivant. La tête de la butée est perforée de deux orifices dans lesquels peut pénétrer le bout d’une broche. Quant au pas de vis, il se trouve pris dans un manchon fixé au bâti même de la machine, en contre-bas du marbre.
- , Le réglage de la butée est des plus simples, mais il demande une grande attention ; un excès de poussée communiquée à la tringle latérale peut déterminer la rupture du mécanisme. On procède de la manière suivante : à l’aide de la broche, on visse d’abord la butée jusqu’à ce que la tête soit reculée contre le man-
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- chon; puis on amène doucement le marbre à bout de course. Dans cette position, on avance la tête de la vis contre l’extrémité de la tringle latérale, puis on recule peu à peu le marbre en continuant à avancer la tête de la vis d’une quantité égale à la course de la tringle latérale nécessaire au fonctionnement des numéroteurs.
- Cette opération doit être faite avec beaucoup de soin ; il est de plus utile, avant tout, de déterminer par un trait sur la tringle latérale elle-même la course maximum qu’exige le fonctionnement parfait des molettes.
- Arrêt du numérotage. — Comme il est nécessaire, pendant le tirage, de pouvoir suspendre le numérotage sans arrêter la marche de la machine, on a mis la butée en communication avec un enclenchement fonctionnant au pied, et installé à proximité du margeur. Ce mouvement d’enclenchement est ainsi construit : un petit arbre vertical, placé en dehors du bâti, au-dessus du marchepied du margeur, supporte dans sa partie basse une pédale, au-dessous de laquelle une embase sert d’arrêt à un ressort à boudin entourant l’arbre. Celui-ci, à peu près au milieu de sa longueur, est muni d’une espèce de bouton peu saillant dirigé vers le bâti de la machine. A cette même place, entre l’arbre et le bâti, une pièce plate, dite jambière, terminée en spatule arrondie, s’allonge horizontalement, de façon à se trouver en communication directe avec la jambe du margeur. En face du bouton, la jambière est creusée d’un trou rond ayant pour diamètre celui du susdit bouton qui doit y pénétrer lorsque le margeur, appuyant le pied sur la pédale, fait descendre l’arbre, amenant ainsi le bouton devant l’orifice de la jambière. Un ressort à boudin, placé entre cette dernière et le bâti de la machine, produit l'enclenchement. Dans cette position, le ressort à boudin de l’arbre se trouve comprimé dans l’embase; mais au moment où le margeur, d’un mouvement de jambe, déclenche le mécanisme, le ressort de chasse fait remonter l’arbre, qui.reprend alors sa position première. Le déclenchement est mis en rapport avec la butée par l’intermédiaire d’un axe horizontal établi à la partie supérieure du bâti. Il résulte de la disposition générale de ce mécanisme le mouvement d’avance ou de recul de la butée, qui, selon sa position par rapport à la tringle latérale du châssis, donne ou refuse le contact nécessaire au changement de chiffres des numéroteurs.
- t Nettoyage et graissage des numéroteurs. — Les numéroteurs ne fonctionneront convenablement qu’à la. condition expresse d’être
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- propres, bien graissés, et que la tige de commande soit exactement en place.
- Lorsque les numéroteurs sont neufs, il suffit de les graisser avant de les mettre en place; mais s’ils ont été encrés, ou s’ils ont fourni un tirage quelconque, il est nécessaire de les nettoyer. Sans cette précaution élémentaire, mais absolument indispensable au bon fonctionnement des molettes, le numérotage devient impossible, sinon défectueux. Il ne faut pas attendre que les numéroteurs fonctionnent mal pour penser au graissage; on doit, au contraire, s’y prendre à l’avance et ne pas rester plus d’une huitaine de jours sans procéder au nettoyage général du châssis automatique, qui se pratique de la manière suivante. Les numéroteurs sont plongés un à un dans une cuve plate contenant de la benzine en quantité suffisante pour que le liquide recouvre et baigne complètement les molettes. Après vingt-quatre heures d’immersion, les numéroteurs sont sortis du bain pour être placés dans une seconde cuve pleine de benzine propre. On les y laisse également vingt-quatre heures, puis on les met sécher à l’air. L’emploi d’une brosse quelconque, môme très douce, doit être absolument repoussé, le mécanisme pouvant se trouver gêné et paralysé par l’intrusion dans ses organes de poils ou de crins enlevés de la brosse.
- Le graissage des numéroteurs doit être fait avec de l’huile fine d’horlogerie, et en se servant d’une petite lame de zinc ou de cuivre pouvant passer entre les molettes. L’emploi du pinceau présente le même inconvénient que celui de la brosse et offre en outre le désagrément de couvrir d’huile les chiffres, cause de longueur au moment du tirage. Versant une petite quantité d’huile dans un godet, ou tout autre récipient de capacité minime, on y trempe la lame de métal afin de recueillir un peu d’huile que l’on introduit tour à tour entre chacune des molettes; on lubrifie également le pignon et le mécanisme de commande. Lorsque les numéroteurs ont été remis en place dans la forme, on laisse tomber une goutte sur chaque tige de commande. On graisse également la tringle latérale en la faisant jouer plusieurs fois dans sa coulisse. Après avoir desserré la vis de chacune des bielles de la plaque de commande, ainsi que celles des renvois de sonnette, on laisse tomber une goutte d’huile sur chaque articulation ; puis, toutes les vis ayant été serrées à fond, on fait mouvoir à la main, et à plusieurs reprises, la tringle latérale, ou buttoir, pour s’assu-
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- rer du fonctionnement général, et aussi afin de faire pénétrer l’huile dans toutes les parties du mécanisme. Au préalable, il faut avoir soin de serrer la forme et de fixer les goujons sur les tringles. En serrant les vis des goujons, au moyen d’une clé à manche, on agira sans forcer pour ne pas rompre la tête carrée des vis, qui sont en acier trempé et, par le fait, de nature cassante. Avant de serrer la vis d’un goujon, il est nécessaire, à l’aide d’un pied-de-biche en cuivre, de pousser le goujon vers la commande, et de le maintenir dans cette position en serrant la vis. Cette précaution est d’une très grande importance quant au fonctionnement des molettes. Il faut que le goujon communique à la tige du numéroteur la course suffisante pour produire chaque évolution de la molette des unités, qui, elle, transmet le mouvement aux autres molettes du même numéroteur.
- Quand les numéroteurs sont en place dans la forme et que celle-ci est serrée, s’il s’agit d’un changement dé chiffres à la main, il faut avant tout introduire une réglette de six ou neuf points entre la barre du châssis et la plaque de commande. Cette mesure a pour objet de dégager le pignon, qui n’est plus alors maintenu par le cliquet. Sans cette précaution importante, le mécanisme des numéroteurs risque fort d’être inutilisé. Pour faire tourner les molettes et les amener aux chiffres voulus, on se sert d’un petit morceau de buffle ou de bois dur. Il serait nuisible d’employer un outil de métal dont le contact pourrait érafler les molettes.
- Remplacement des molettes. — Le remplacement des molettes usées ou détériorées est fort simple et ne nécessite pas la présence d’un ouvrier spécial. Avec du soin et un peu de pratique, il est facile à une personne ayant quelque habitude de la mécanique de changer les molettes des numéroteurs.
- On desserre d’abord les deux vis qui maintiennent l’axe des molettes à l’intérieur du bâti de bronze ; puis, à l’aide d’un bout de bois, on pousse peu à peu l’axe du côté opposé de la commande, de façon à sortir librement les viroles, et ensuite les molettes à remplacer. Lorsque le changement est elfectué, on replace les viroles, mais avant d’assujettir l’axe il est bon de sonder légèrement, du bout des doigts, l’ensemble des molettes pour s’assurer qu’il n’existe aucune gêne dans leur mouvement de rotation. Le moindre frottement de deux molettes voisines empêcherait tout changement de chiffre, et ce frottement peut être le résultat
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- d’un excès de serrage des viroles. D’au Ire part, il est indispensable que le jeu nécessaire au bon fonctionnement des molettes 11e soit pas exagéré, afin d’éviter l’introduction des ressorts d’arrêt entre chacune d’elles. Ce serait là une cause de complet désarroi dans le numérotage pendant l’impression.
- Numérotage en identique et avec chiffres de garantie. — Depuis quelques années, le numérotage mécanique est entré dans une nouvelle voie, et chaque jour cette question, qui intéresse à un si haut degré les compagnies financières, industrielles et commerciales, fait de nouveaux progrès. Pour rendre la falsification plus difficile, on possède aujourd’hui le moyen d’imprimer en identique les numéros des titres. Nous avons vu que l’impression en identique consiste à reproduire exactement au verso de la feuille le tirage du recto. Deux procédés se présentent pour obtenir un numérotage en identique.
- Le premier, adapté aux machines en blanc, porte sur l'application d’un mécanisme fort simple permettant à la butée gle se dérober une fois sur deux. On effectue alors le tirage comme nous l’avons indiqué lorsque nous nous sommes occupé de l’impression du texte en identique.
- Le second procédé porte sur l'emploi d’une machine dite à retiration. Il est donc facile, en plaçant un châssis automatique sur chacun des marbres, et en établissant la coïncidence absolument exacte entre les deux formes, c’est-à-dire le registre rigoureux des chiffres du verso sur ceux du recto, il est donc facile, disons-nous, d’obtenir le tirage en identique. Inutile d’ajouter que, dans ce cas, l’on doit adapter à la machine une butée à chaque extrémité des bâtis, afin de produire le changement de chiffres à chaque fin de course des marbres. Ce genre d’impression demande un soin tout particulier et une attention toujours en éveil, ce dont un petit nombre d’ouvriers sont capables. Aussi ne devra-t-on confier un pareil travail qu’à des spécialistes offrant toute garantie de réussite et de bonne exécution.
- Quant au numérotage avec chiffres de garantie, l’impression se complique d’une ombre en couleur, bistre, bleu, rose, ocre, etc., venant border respectivement chaque chiffre. Le tirage est exécuté à la machine à deux couleurs au moyen de deux châssis automatiques, un sur chaque marbre, naturellement. Pour obtenir cet effet d’ombre, il suffit d’un léger écart de repérage en hauteur et de coté, écart ne dépassant pas toutefois l’épaisseur du plein
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- (les chiffres. La mise en train aidant, le résultat, comme impression, peut être absolument parfait si le travail est entre les mains d’un praticien suffisamment expérimenté.
- Timbre sec. — L’estampage d’un timbre sec sur chaque coupon et sur le corps du titre devient une garantie de plus contre toute tentative de falsification. Le timbre est gravé en creux sur acier, il est généralement circulaire, mais on peut lui donner n’importe quelle forme.
- L’apposition du timbre sec est faite soit au moyen d’un balan cier, soit à l’aide d’une machine à imprimer. Dans le premier cas, le timbre doit être surmonté d’une tige permettant son maintien sur l’arbre du balancier, le type lui-même servant à l’estampage. Avec l’emploi de la machine typographique, ce sont des reproductions galvanoplastiques du type, dont on compose une forme, qui, soumises à la pression du cylindre, produisent le relief sur le papier.
- Le timbrage au balancier est une opération courante. Le plus petit commerçant possède presque toujours un timbre sec portant la raison sociale de sa maison. Le balancier est donc un appareil fort répandu, sur le compte duquel il nous paraît inutile de nous étendre longuement. C’est un arbre portant un pas de vis à la partie supérieure, et surmonté d’un bras transversal dont chaque extrémité est garnie d’une boule ou lentille pesante. La partie inférieure de l’arbre supporte une noix dans laquelle on introduit la tige du timbre qui est prise et maintenue soit par un écrou, soit par une goupille. Directement sous la noix, exactement dans le centre de l’arbre, se trouve un support en acier, disposé pour recevoir la contre-partie du timbre, ou simplement un morceau de cuir. La contre-partie du timbre est une plaque d’acier trempé sur laquelle la gravure du timbre est reproduite en relief; ce relief correspond mathématiquement à la gravure en creux du timbre ; il s’y adapte et y pénètre au moment de l’estampage, repoussant ainsi la pâte du papier et produisant un gaufrage ineffaçable.
- La contre-partie du timbre est facile à établir avec le cuir en humectant celui-ci d’un peu d’huile pour l’assouplir, puis en timbrant dessus à plusieurs reprises sans interposer de papier. Quelques coups fortement appliqués, en poussant les boules, produisent un relief suffisant. Une fois le relief à son point, à l’aide d’un canif on adoucit le bourrelet bordant la contre-partie afin que le
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- papier, sous la pression du timbre, ne se fendille point à l’entour de l’estampage.
- Voici, dans la pratique, de quelle manière on opère pour timbrer les titres comprenant plusieurs appositions. Une personne s’assied devant le balancier, c’est elle qui est chargée de manier les feuilles sous le timbre, faisant en sorte de placer exactement sur la contre-partie l’endroit du titre devant recevoir le coup du balancier. Une seconde personne, placée aux côtés de la première, fait fonctionner le balancier au moyen d’une courroie ou d’une corde, dont un bout entoure solidement une des boules, et dont l’autre bout est entre ses mains. Ces deux ouvriers ont besoin d’une certaine habitude pour combiner leurs mouvements.
- Avant de timbrer les titres, on doit avoir la précaution, pour éviter tout maculage, de faire quelques appositions sur des feuilles inutilisées, mais propres et sans impression, afin de nettoyer complètement la surface du timbre. De même, durant l’estampage, aussitôt qu’il y a apparence de maculage, il faut soumettre à la frappe du balancier des feuilles servant de décharge.
- Quelquefois la fraîcheur de l’impression et le délai restreint pour la livraison obligent d’interposer, entre le timbre et chaque titre, une feuille de papier pelure pour éviter le maculage.
- Le timbrage à la machine est plus compliqué; il demande quelques connaissances techniques que nous allons indiquer.
- Avant tout, la machine sur laquelle on opère doit offrir assez de solidité pour supporter l’énorme pression et les chocs successifs du timbrage. Toute machine employée à cette opération est rapidement mise hors de service, ou toutefois quelque peu endommagée.
- Le résultat du timbrage dépend entièrement de l’habillage du cylindre de pression, et le seul moyen d’obtenir un estampage véritablement pratique, ainsi qu’un gaufrage régulier et suffisant du papier, consiste à garnir le cylindre d’un cuir épais et souple. La souplesse est un point très important, car il faut établir sur le cuir la contre-partie du timbre, ainsi qu’on le fait pour le timbrage au balancier. Le grand avantage de la machine est de pouvoir timbrer d’un seul coup un certain nombre de timbres. Dans ce cas, il y a lieu d’établir une forme contenant autant de timbres qu’en comporte le titre à timbrer. On a recours alors à la galvanoplastie, afin de reproduire le timbre-type autant de fois que cela
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- est nécessaire pour compléter la forme. Chaque galvano est solidement soudé sur plomb, et les blocs, surmontés de leur galvano, doivent être exactement de la hauteur du caractère, ou toutefois de même hauteur entre eux. Autant que possible, il y a lieu d’éviter le collage de béquets sous les blocs ; la forte pression produisant un véritable laminage, ces béquets ne tarderaient pas à être décollés et à glisser en dehors des blocs. Au cas où les gal-vanos devraient être surélevés, il serait préférable de placer sur le marbre une plaque de zinc plus ou moins épaisse sur laquelle serait posée la forme.
- La distance voulue entre chaque timbre est déterminée à l’aide du titre imprimé, et la séparation respective des galvanos entre eux s’obtient par l’assemblage de lingots en plomb venant les encastrer et les maintenir solidement en place.
- Pour obtenir la contre-partie des timbres, il suffit d’humecter légèrement d’huile la surface extérieure du cuir et de laisser rouler la machine à blanc, c’est-à-dire sans interposer de feuille, de façon que la pression du cuir ait lieu directement sur les galvanos, cela toutefois après avoir réglé la hauteur et la pression du cylindre. Après une centaine de tours, on arrête la machine pour timbrer une feuille. Cette feuille indique les endroits où le cuir doit être gratté ou enlevé, afin que la pression ne fasse pas fendre ou rompre le papier, ainsi que border l’estampage des timbres. On renouvelle cette première opération après avoir humecté à nouveau le cuir à l’endroit des timbres. Le relief étant régulier et parfaitement net, on peut procéder alors au timbrage des titres.
- Pendant le tirage, pour relever l’encre des galvanos qu’y dépose peu à peu l’impression du titre, on installe sur la machine un ou deux rouleaux toucheurs n’ayant pas encore servi. Parfois, il y a nécessité de saupoudrer les susdits rouleaux de talc; mais, généralement, le mordant même de la pâte des rouleaux suffit pour nettoyer les timbres. Sans cette précaution importante, l’estampage apparaîtrait tout maculé par l’encre du texte ou la couleur du fond.
- Les timbres ne doivent couvrir ni le numérotage ni les signatures; il est d’uÈtge et de rigueur de laisser intactes ces indications de garantie.
- Quant aux timbres humides et en identique, ils sont obtenus au moyen de types gravés en relief et non en creux; ils s’impriment en couleur de la même manière que le texte.
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- Tirage avec carton.— Depuis une quinzaine d’années environ, on se sert, avec quelque succès et en certains cas, d’un procédé aussi simple qu’ingénieux, qui consiste à coller un carton lisse sur un bloc en bois pour ramener la surface à la hauteur du texte, puis à découper ce carton, laissant en relief les parties destinées à l’impression. Une fois ce travail de découpage fait, au moyen d’une couche liquide de silicate de potasse, on durcit le carton. Par la suite, ce procédé est devenu d’un emploi assez courant sur les pédales, où l’on peut faire des tirages en couleurs avec un repérage des plus exacts. Il est donc facile de découper des fonds, des vignettes, des dessins, s’encastrant dans les réserves de la forme disposée à cette intention.
- Pendant un temps, avant l’application du carton pour obtenir ces tirages en couleurs, nous employions des plaques en plomb, fondues dans un moule de clicherie. Après avoir passé la surface utile à la pierre ponce, très fine de grain, nous obtenions par décalque les indications nécessaires et, à l’aide du burin, nous gravions des dessous, avec plus ou moins de détails, par-dessus lesquels s’imprimait la gravure en bistre ou noir. Nous étions arrivé à produire des effets d’aquarelle assez curieux et nous nous proposions de préparer un album d’une centaine de planches en couleurs, employant ce genre de gravure, lorsqu’une circonstance particulière est venue interrompre notre travail.
- P) 'océdé chromatique Taylor. — Ce procédé américain consiste à séparer chacune des diverses couleurs mises dans l’encrier à l’aide de cloisons métalliques, plaques de bronze, mobiles au long d’une tige établie parallèlement à l’encrier. Cette séparation des couleurs n’est pas une nouveauté, les conducteurs la pratiquant avec les plombs, depuis l’introduction des machines dans l’Imprimerie. L’autre partie du procédé repose sur l’adjonction aux encres d’une substance ayant pour but d’empêcher leur mélange durant le tirage.
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- CHAPITRE VIII
- ROTATIVES EN COULEURS — MISE SOUS PRESSE MISE EN TRAIN — MISE EN MARCHE
- En général, on croit bien à tort qu’avec les rotatives à illustrations, la mise en train se pratique plus rapidement que sur les machines ordinaires. Que l’on ne se trompe point, elle y est tout aussi longue et demande, en outre, beaucoup de soins et une certaine habileté de la part du conducteur. Avec les rotatives à journaux, lesv clichés sont mis sous presse, on installe les rouleaux et l’on roule. D’autre part, lorsqu’il s’agit de gravures en noir,,il faut sinon un découpage, toutefois une mise en train plus ou moins importante. Mais, du moment où l’on opère sur une rotative en couleurs, on doit s’attendre à un travail plus sérieux et nécessairement d’une durée relative. 11 n’est pas rare d’y passer trente et quarante heures de mise en train. En cela, on doit considérer que sur une machine en blanc, la plupart du temps, le conducteur met environ dix heures pour la mise sous presse, le registre, la mise en train, la mise en route, d’une forme comprenant des gravures en couleurs. 11 n’y a donc rien de surprenant qu’une rotative, sur laquelle les fonctions sont en réalité plus longues, comporte une durée de mise en train au moins égale, le conducteur ayant à s’occuper à la fois du verso en une ou deux couleurs et du recto en trois, quatre, cinq ou six couleurs.
- Donc, point important à bien établir, celui du temps attribué à la mise en train. Voici, d’autre part, les conditions dans lesquelles on doit se placer pour compter sur la réussite et le succès lorsqu’on pratique ces machines. ç
- En premier lieu, l’artiste chargé des sujets à reproduire doit
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- bien saisir et comprendre le genre de gravure que l’on attend de lui. De son côté, le graveur ou photograveur doit s’inspirer du mode d’impression dont il s’agit pour procéder à la décomposition des couleurs. D’autre part, il faut s’assurer d’un papier de bonne fabrication, c’est-à-dire bobines suffisamment compactes et serrées, sans éraflures ni déchirures sur les bords, aux collages réguliers, sans serpentins (longues bandes de papier indépendantes de la bobine) ni solutions de continuité. Le papier joue incontestablement un très grand rôle dans les tirages polychromes.
- Le service de la clicherie doit appeler tout spécialement l’attention. Il est indispensable d’avoir de bons et habiles ouvriers, car la rapidité n’exclut pas un excellent travail. Les clichés destinés aux rotatives en couleurs demandent un soin particulier ; fort souvent l’insuccès de l’impression n’est dû qu’à un clichage défectueux.
- Bien entendu, le conducteur doit avoir fait ses preuves de bon imprimeur; son expérience, malgré tout, est mise souvent à l’épreuve. On ne se figure pas les surprises que ménagent et procurent les rotatives en couleurs.
- Pour le travail de nuit, il est nécessaire d’employer l’électricité avec lampes à arc afin de voir, autant que possible, les couleurs sous leur véritable aspect. Les lampes à incandescence, et même le gaz, suffisent cependant pour les fonctions.
- En ce qui concerne la force motrice, une rotative en couleurs prend généralement en marche sept à huit chevaux de force; mais au moment de son embrayage, elle en emploie davantage. Il faut donc, au moment de l’installation du matériel d’impression, penser à cette question fort importante.
- Le personnel comporte un ou deux conducteurs, selon le genre et les exigences du travail, plus trois hommes d’équipe, au moins. On doit envisager qu’il y a parfois trente et même quarante rouleaux à installer sur la machine. En outre, les bobines pesant quelquefois plus de 200 kilos, deux hommes sont nécessaires pour les manier et les mettre en chantier, pendant que le troisième s’occupe soit des rouleaux, soit du lavage des clichés ou de toute autre fonction de la machine, nettoyage des tubes et tendeurs, paraffineurs à enduire de paraffine, examen rapide des pièces sujettes à s’échauffer par la rotation rapide.
- Il faut que chacun des honjmes ait donc son poste bien déterminé, pour qu’aux moments d’arrêt il ne se produise aucune fausse manœuvre ni entrave dans le service, c’est-à-dire perte de temps.
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- ROTATIVES EN COULEURS
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- Divers moyens se présentent pour fixer les clichés sur les cylindres. Selon le système des machines, ce sont des cercles et des barrettes, des griffes, des vis et même de simples pointes qui servent à assujettir les clichés, plombs, galvanos ou zincs, à la surface des cylindres.
- Sur les rotatives Marinoni, l’emploi de cercles et de barrettes fixes ou mobiles est généralisé. Le système Godchaud, comportant des cylindres en bois, on y visse ou l’on y cloue les clichés. Quant aux machines Derriey, de ce genre, les clichés sont fixés par des vis ou des clous sur les cylindres de bois, ou bien maintenus par des griffes sur les cylindres en fonte.
- Rotatives Marinoni. — Celles à deux couleurs, imprimant le verso du papier en une couleur et le recto en deux autres couleurs, sont généralement construites de manière à pouvoir tirer trois couleurs au recto, laissant le verso sans impression. Par un simple changement de pignon, il est facile de faire tourner le cylindre du côté de seconde (verso) dans un sens ou dans l’autre et, par la disposition des chaises, on est à même de placer la bobine devant ou derrière le cylindre, selon que le tirage doit être fait en une couleur au verso, deux au recto, ou seulement le verso en blanc et alors les trois couleurs au recto. Par sa construction, cette machine imprime chacune des trois couleurs sur un cylindre différent, point assez important pour les facilités de la mise en train.
- Sur les rotatives à quatre couleurs, la disposition générale du système a conduit à la pression de deux cylindres différents de clichés sur un même cylindre de blanchet. C’est, en somme, le principe de la machine en blanc à deux couleurs, sur laquelle les deux formes passent en pression sous le même cylindre. Nous avons indiqué en son temps l’inconvénient de ce genre de tirage lorsqu’il s’agit de superpositions, nous pourrions même dire de juxtapositions, car, de deux clichés devant se juxtaposer d’une façon rigoureuse, il peut fort bien s’en trouver un dont les bords, en surélévation relativement à l’autre, deviendraient une cause certaine d’un excès de foulage sur le blanchet, précisément à cette place, produisant, par effets de support et d’enfoncement, une auréole du plus vilain aspect.
- D’autre part, il est facile de comprendre que, de deux couleurs étant tirées sur le même cylindre de blanchet, il est fort rare qu’il n’y en ait pas une dont la mise en train ne soit différente, c’est-à-dire ne comportant pas les mêmes effets de pression. Prenons pour
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- exemple un portrait; le fond général du visage est une teinte chair} tandis que les traits et les ombres sont tirés en noir ou bistre. Le fond chair est un aplat, plus ou moins travaillé, mais exigeant toujours une pression assez forte pour lui donner sa valeur suffisante. Au contraire, les traits du visage, les ombres des yeux, du nez, de la bouche, demandent une pression irrégulière, plus ou moins forte, plus ou moins légère. A ce propos, il y a lieu de faire un découpage, ou, toutefois, une mise en train rendant ces différences de pression, effets qui ne peuvent que se contrarier par la nécessité de donner aux diverses parties de la gravure, en tant que fond chair et trait superposé, des pressions tout à fait opposées. Le ton chair de la figure devra, par le fait, être bien franc comme fond, et le tirage des traits ou pointillé, aussi léger que possible, pour ainsi dire perdu, fondu. On ne peut donc faire autrement, en cas de tirage simultané, que de sacrifier l’une ou l’autre des deux couleurs; se trouvant devant ce dilemme, ou la teinte chair pas à son point voulu de pression, ou les traits, le pointillé du visage, ridiculement forts et durs à l’impression. Enfin, avec le système dont nous parlons, pour obtenir les tons chair à l’aide du tirage en quatre couleurs (jaune, rouge, bleu, noir), il faut, nécessairement, superposer un pointillé de rouge sur un pointillé de jaune, manière de procéder offrant certains côtés défectueux. Il suffit d’un tirage de certaine importance pour arrondir, épaissir, aplatir le grain ou le pointillé; d’autre part, le moindre affaissement, la plus petite imperfection de mise en train peut produire des taches rouges ou jaune, selon les parties déformées.
- Ce sont ces considérations, entre autres, enseignées par la pratique, qui nous ont amené à susciter la construction de machines à cinq couleurs : jaune, chair, rouge, bleu et noir, attribuant surtout à cette dernière couleur, — celle du trait déterminant les contours, — un cylindre lui étant exclusivement approprié, permettant ainsi la mise en train avec découpages, sans craindre de dénaturer toute autre couleur précédemment tirée.
- Lorsque, personnellement, et le premier, nous nous sommes occupé pratiquement de ce genre d’impression, il nous a fallu réagir contre certaines préventions créant des doutes à propos de la réussite. Artistes, dessinateurs, graveurs, photograveurs, galva-noplastes, clicheurs, imprimeurs, tous ont dû, en quelque sorte, faire école. Une rotative, capable de tirer plusieurs couleurs, était bien construite, mais un nouvel apprentissage devenait inévitable
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- pour chacun de ceux à qui incombait la mission d’en obtenir un résultat suffisant. La première préoccupation fut la superposition instantanée des couleurs, à laquelle on ne croyait pas. 11 est certain que, si on voulait appliquer la superposition à.'aplats d’une manière exclusive, on ferait absolument fausse route. On doit, avant tout, considérer un fait matériellement pratique. Avec la moindre expérience de l’impression, on sait qu’une première couleur, tirée sur une forme et passant instantanément sur une seconde forme, à seule fin d’en obtenir une deuxième impression, laisse à la surface des clichés une certaine quantité d’encre que relèvent naturellement les rouleaux. Si l’on ne prend pas soin d’imprimer en premier les couleurs les plus claires, le mélange dénature facilement les couleurs suivantes. C’est ainsi que le jaune peut prendre un ton verdâtre s’il est placé après le bleu ; le rouge s’obscurcira si le bleu est tiré en premier. A plus forte raison, si on voulait tirer le noir en premier, les couleurs venant après ne tarderaient pas à se ternir. Mais il n’y a aucune crainte à procéder différemment, les couleurs claires 11e possédant pas d’intensité suffisante pour changer le ton des couleurs foncées qui les absorbent sans apparence sensible.
- Il y a donc un point capital dont il faut tenir rigoureusement compte lors de la décomposition des couleurs quant aux tirages sur rotatives, celui d’employer le moins possible d'aplats. Aussi, le procédé dit des trois couleurs primaires, est-il absolument impraticable sur les rotatives, ces trois couleurs, jaune, rouge et bleu, ne pouvant produire leurs effets que par masses et simili superposées. Nous l’avons dit, et nous le répétons, il faut employer le grain de résine plus ou moins gros, plus ou moins fin, les traits croisés en sens contrariés, la gravure en simili, et faire en sorte que les traits superposés ne se trouvent pas dans la même direction ou insuffisamment croisés, sans quoi on obtiendrait à l’impression une espèce de moirage assez désagréable à l’œil.
- Mise sous presse. — Etant donnés ces principes, nous nous arrêterons donc, pour la mise sous presse, à placer d’une manière générale les couleurs dans l’ordre de tirage suivant : jaune, chair, rouge, bleu et noir.
- Sur les rotatives Marinoni, les clichés sont tous de même dimension, les galvanos et les zincs se trouvant introduits dans les pages et non séparés comme sur les machines des autres systèmes. Il en résulte que, pour la mise sous presse, il n’y a qu’à
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- placer les clichés sur les cylindres, encastrés par leurs biseaux sous les barrettes du milieu et buttés contre les barrettes de chasse, se souvenant en cela que la chasse a toujours lieu dans le sens opposé à l’entrée en pression. Avant de mettre sous presse, le conducteur fera bien d’examiner les clichés, de les ébarber à la râpe afin de ne laisser attaché aux biseaux, sous les nervures et contre les bords, aucun copeau venant les surélever.
- Les clichés sont maintenus en place par les cercles ou griffes que des espèces d’écrous à tête guillochée et perforée — auxquels on donne le nom de toupie — font avancer ou reculer à la surface des cylindres, près des bords.
- En mettant les clichés sous presse, il faut avoir soin de ne pas les serrer outre mesure; il est préférable, au contraire, de leur laisser un peu d’aisance et de faire opérer un ou deux tours à la machine pour qu’ils prennent leur assise, après quoi on les serre à fond, sans cependant les bloquer au point de les cintrer. Nous préférons ce moyen à l’emploi du taquoir cylindrique avec lequel, en frappant fort, on risque d’aplatir le caractère et de déformer les galvanos.
- Mise de hauteur. — Le principe de la mise en train sur rotatives est une bonne mise de hauteur ; à plus forte raison si le conducteur opère sur des clichés s’imprimant contre un cylindre de blanchet fournissant la pression à deux cylindres différents de clichés, il faut bien comprendre que, du moment où sur deux clichés recevant la pression d’un même blanchet il y en a un plus haut que l’autre, il foulera davantage l’étoffe. Admettant, en outre, que les béquets collés sur le cylindre de Manchets produisent leur effet aussi bien sur l’un que sur l’autre de ces deux clichés, on se rendra compte de la nécessité qu’il y a d’une mise de hauteur régulière établissant un équilibre de pression entre les clichés correspondant à un même cylindre de Manchets.
- Donc, condition essentielle : bonne mise de hauteur.
- Si l’on ne veut pas mettre les rouleaux de la machine, on emploie un rouleau à main; mais les fonctions sont plus rapides en plaçant sous presse un toucheur après avoir encré les tables. On engage le papier pour passer les feuilles de foulage, que l’on traite au noir pour les gravures. Les hausses seront en papier un peu fort, afin de produire leur effet, les clichés étant d’une certaine épaisseur — neuf à dix millimètres. — Pour fixer ces hausses, on emploie delà colle de pâte mélangée de dextrine ou de la colle forte
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- claire. En raison des nervures qui se trouvent sous les clichés, les hausses sont fréquemment coupées par la pression durant le tirage, le foulage diminuant d’autant plus que les clichés s’affaissent. Quelques conducteurs préfèrent, à ce point de vue, fixer les hausses directement à la surface du cylindre, avec peu de colle, pour ne pas humecter et amollir le papier. Afin d’éviter la perte progressive de la pression, on interpose souvent sous les gravures lourdes une épaisseur de clinquant plus ou moins fort, collé entre deux hausses de papier pour qu’il ne glisse pas en marche.
- Les hausses seront toujours de plus petite dimension que les défauts de foulage à regagner, leur effet se produisant dans un rayon plus ou moins étendu, selon la force du papier ou du clinquant. Deux hausses placées l’une sur l’autre en croix surélèvent les parties caves.
- Registre et repérage. — A la suite de la mise de hauteur, le conducteur établit le registre général des pages entre elles. Chaque cylindre de clichés et de blanchet est disposé de manière à pouvoir tourner dans un sens ou dans l’autre pour amener les clichés en position voulue pour le registre. Du côté de la roue d’engrenage du cylindre, l’axe supporte un plateau percé de quatre coulisses en boutonnières distancées également l’une de l’autre. Un boulon traverse chacune d’elles, un écrou produisant le serrage du plateau contre la roue d’engrenage qui forme couronne et à l’intérieur de laquelle se trouve le plateau concentrique. Pour se servir du plateau, il faut que la différence de registre en vaille la peine. Toutefois, le registre assuré, on serre fortement les écrous de façon que la pression ne fasse pas tourner le plateau.
- Les cylindres-blanchet comportant deux gorges pour y agrafer les tringles à étoffes, il faut faire en sorte que, dans le mouvement du plateau, les gorges ne se trouvent pas en coïncidence avec les clichés, si peu que ce soit, la pression se trouvant annulée à l’endroit des gorges. 11 est facile de faire tourner à la fois le cylindre de blanchet et celui de clichés pour ne pas perdre le point exact de contact. En tournant au volant, on amène en pression les clichés sur le blanchet, puis, ayant desserré les écrous du plateau des deux cylindres, à l’aide d’un levier on fait tourner l’un des cylindres dans le sens favorable au registre de la quantité nécessaire. Comme les cylindres sont en pression, l’un fait tourner l’autre également. On resserre alors fortement les écrous. Dans le cas où, par une cause quelconque, les clichés porteraient dans la
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- gorge, on procéderait différemment pour faire varier les cylindres. L’un des blancs laissé entre les pages serait alors amené en tournant la machine au point tangent des deux cylindres, de façon qu’il n’y ait pas pression ; ayant desserré les écrous du plateau à faire agir, on ferait tourner avec le levier le cylindre correspondant au plateau desserré.
- Le registre de côté s’obtient au moyen de barrettes. Si le cercle du milieu est fixe, on râpe les clichés où l’on place les cales, de préférence en papier de verre ou de gros émeri, pour donner plus d’adhérence sur les clichés.
- Pour faire le registre, il est bien entendu que le papier de la bobine doit être engagé complètement dans la machine. Il est utile de laisser sortir un certain nombre de feuilles ou d’exemplaires avant de s’arrêter à l’un d’eux pour examiner le registre. On doit même ne se fixer sur une feuille, pour déterminer les défauts de registre et surtout de repérage des couleurs, qu’une fois la vitesse normale acquise et les freins de la bobine serrés.
- Le papier de la bobine sera tendu, sans excès cependant, et la bobine bien équilibrée sur les chaises, les freins bien maintenus par leurs vis de serrage.
- A l’aide du guide, la marge se trouvera exactement déterminée.
- Le passage ou parcours du papier continu est indiqué par la disposition même des tubes, des cylindres et des tendeurs. Ces derniers sont des tubes dont les fusées reposent à l’intérieur de coussinets mobiles, que des vis montent ou descendent, avancent ou reculent à l’intérieur des cages. Leur but est d’augmenter ou de diminuer le parcours du papier, afin de faciliter le repérage des couleurs entre elles. Il est donc utile qu’entre chacun des cylindres de clichés il y ait un tendeur. Tous les tendeurs seront tenus en parallélisme parfait avec les cylindres ; il suffit du travers d’un tube pour produire la rupture du papier.
- Lorsque le conducteur établit le repérage des couleurs d’une manière générale, sans s’attacher aux détails, il devra faire agir les tendeurs en commençant par celui qui se rapproche le plus de la sortie et suivre un à un par ceux s’en éloignant. Quand l’ensemble du registre est satisfaisant, il procède alors aux détails aussi bien de côté que dans la longueur, se servant à cette intention des barrettes mobiles.
- Pour desserrer les toupies, on emploie une broche droite et longue donnant de la force à la main. Il est bon que le même
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- ouvrier soit chargé de serrer les mêmes pages, afin de conserver un serrage régulier assurant le repérage. La différence de main produit facilement un écart de plusieurs millimètres.
- Les conducteurs feront bien de profiter de la mise en train, du registre et repérage, des feuilles de foulage, pour régler les encriers et, à mesure, obtenir le ton voulu de chaque teinte ainsi que l’ensemble de la couleur générale du tirage ; cela afin d’épargner autant que possible les pertes de papier au moment de la mise en marche.
- Réglage des rouleaux. — C’est l’un des points les plus importants du tirage sur rotatives. Il suffit d’un rouleau mal réglé, distributeur ou toucheur, pour annihiler tout résultat de mise en train. Les peignes des rouleaux du système Marinoni sont à excentriques. Un tourillon à tête plate, excentrée, pris dans le bâti et y étant solidement assujetti par un écrou, supporte les coquilles en bronze où repose chaque fusée du rouleau, distributeur ou toucheur. Les coquilles sont disposées de manière à pouvoir être facilement remplacées par suite d’usure ; elles sont encastrées dans les parois d’un cercle glissant à volonté contre la tête du tourillon et y étant maintenu au moyen d’une vis à tête pentagonale.
- Pour régler un distributeur ou transmetteur, on interpose entre la matière du rouleau et les tables cylindriques lui correspondant une bande de papier fort; on approche le rouleau, et, après avoir desserré l’écrou du tourillon ainsi que la vis du cercle, on tourne la partie excentrée de manière que les bandes de papier soient légèrement prises entre le rouleau et les tables. Puis, soutenant le cercle, on serre fortement l’écrou contre le bâti; après s’être assuré à nouveau que les deux bandes de papier sont maintenues sans excès, on serre la vis du cercle et on bloque bien à fond l’écrou. Le rouleau ainsi réglé, on peut desserrer la vis du cercle pour enlever le distributeur si cela est nécessaire. Il faut être au moins deux pour régler les rouleaux, un à chaque fusée. Quant auxtoucheurs, on procède de la même manière après avoir amené un cliché en position voulue pour interposer une bande de papier fort entre le rouleau et la table d’une part, et, d’autre part, entre le susdit toucheur et le cliché.
- Afin de ne pas dérégler les rouleaux en les mettant sous presse ou en les enlevant, les hommes d’équipe devront agir ensemble, sans secousses ; deux ouvriers sont nécessaires pour placer un rouleau. Lorsque les rouleaux ont été réglés, des vis dites de buté, disposées de manière que les peignes viennent y appuyer, empê-
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- chent l’approche exagérée des rouleaux, soit contre les tables, soit contre les clichés et conséquemment leur échauffement rapide.
- La disposition des preneurs étant identique à celle de ces rouleaux sur les machines d’autres systèmes, on suivra les indications que nous avons données à ce propos.
- Feuilles de foulage; découpage direct sur les cylindres. — Au point de vue du repérage, on ne saurait croire l’effet produit par une feuille. Il suffit même d’un simple changement de blanchet se trouvant plus épais ou plus mince pour modifier le repérage d’une façon très sensible. Si peu que ce soit, le cylindre excentré de l’épaisseur d’une feuille de papier, ou diminué de diamètre par un blanchet plus mince, augmente ou raccourcit ainsi le parcours du papier continu en provoquant inévitablement un écart de repérage auquel il faut remédier par l’emploi des tendeurs ou en touchant aux clichés. C’est pour ce motif que le conducteur doit être sobre de feuilles de foulage fixées sur les -cylindres. Il est préférable de coller des béquets partiels, de découper directement la feuille de fond, de supprimer toute accumulation exagérée de bandes ou de papier. De toute façon, la mise en train devra être collée bien à plat, sans plis, sans godage, évitant surtout les bouquets de colle par l’emploi de colle claire, bien délayée dans une petite quantité d’eau.
- En général, pour faire le tour sans feuille, le conducteur doit toujours, sur les rotatives, tenir compte de l’engrenage des cylindres qui laisse peu de latitude pour les descendre ou les monter, en raison de l’espace restreint existant entre la hauteur des dents, d’une roue à l’autre. D’autre part, lorsqu’il s’agit de machines à six couleurs, s’il fallait donner le foulage nécessaire pour obtenir l’impression sur la feuille de fond, ce seraient vingt-quatre vis de foulage et autant de contre-vis ou d’écrous à serrer ou desserrer, puis, ensuite, à desserrer ou serrer afin de remettre les cylindres en place, et cela plus ou moins approximativement. C’est donc, dans ce cas, le moment véritablement opportun de se servir de papier-calque interposé sous les blanchets contre la feuille de fond. D’abord, on conserve ainsi la hauteur exactement déterminée des cylindres et, ensuite, on s’épargne une perte de temps, car fort souvent les vis de foulage et leurs écrous ou contre-vis ne sont pas d’un abord absolument commode.
- En ce qui concerne les feuilles de foulage du texte, nous ne saurions trop répéter qu’il est nécessaire d’éviter l’excès de béquets,
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- recommandant surtout un foulage plat, peu apparent, très régulier. Au tirage, la moindre partie forte deviendrait certainement cause de l’usure rapide de l’œil du caractère qui s’arrondirait en s’écrasant.
- Quant aux clichés des couleurs, certains nécessitent parfois une espèce de découpage. On obtient un meilleur résultat en pratiquant directement sur le cylindre, découpant plus ou moins profondément les feuilles de fond, et chargeant à part les aplats et les demi-teintes.
- Relativement au noir, au trait, à la gravure déterminant l’ensemble du tirage, la mise en train sera traitée selon son importance. Au besoin, le conducteur procédera par découpages préalables qu’il fixera avec la plus rigoureuse exactitude sur le cylindre dans le but d’éviter les déplacements, auxquels on ne saurait remédier que par un mouvement des clichés, c’est-à-dire un écart de repérage.
- Double impression sur un seul cylindre. — Dans ce cas spécial, la mise de hauteur devra être faite avec la plus grande attention, en cherchant à obvier à la contre-pression des parties trop hautes. Nous avons indiqué précédemment le mauvais résultat donné par une mise de hauteur incomplète ou irrégulière. Même, malgré une pression généralement bien équilibrée, les bords en aplats, les parties isolées, les traits largement espacés, la gravure voisine des grands blancs, ont toujours tendance à piquer, à border, et par le fait à fouler davantage le blanchet. En supposant une étendue de gravure dans ces conditions venant se superposer sur une teinte plate, celle-ci apparaîtra à l’impression inégale, tachetée, zébrée ou marbrée. Le moyen de remédier à ces défauts du plus mauvais aspect est de baisser sur le cliché même ces parties qui s’y trouvent en surélévation. On se sert à cet effet d’une espèce de chasse-griffes à arêtes arrondies ou d’une série de poinçons de différents calibres avec lesquels on chasse d’un coup sec, dans les blancs, les parties plus hautes. Il est bon, aussitôt la première feuille de mise en train passée, de s’assurer s’il n’y a pas nécessité de ramener au niveau général quelques-uns des endroits des clichés capables d’aplatir le blanchet. Au cas où la gravure ne donnerait pas lieu à des superpositions, les parties trop fortes pourraient être dégarnies sur le cylindre.
- Contrairement à ce que nous venons d’indiquer, s’il se présentait à la surface des clichés, galvanos ou zincs, certains enfonce-
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- ments, de légères cavités, il y aurait lieu de les repousser à l’envers des clichés. A cette fin, on place chacun des clichés défectueux sur un marbre ou bloc concave, l’œil de la gravure en dessous, ayant soin d’interposer entre le fer une feuille de papier fort et glacé, après s’être assuré toutefois qu’aucun corps étranger n’est resté sur le bloc. On détermine à l’envers des clichés l’endroit exact des parties caves à repousser, cela à l’aide d’une espèce de compas d’épaisseur à pointes suffisamment recourbées et affilées; puis, en frappant modérément sur un poinçon plus ou moins gros, ou sur un outil spécial de forme arrondie, on repousse peu à peu le cliché, prenant la précaution de s’assurer souvent du résultat de l’opération afin de ne point mater les traits de la gravure.
- Mise en marche. — La mise en marche comporte avant tout la mise en place de tous les rouleaux. Le conducteur s’assurera par lui-même de l’état des preneurs; il fera remplir les encriers, car il est important que l’encre soit en quantité suffisante pour qu’elle prenne durant le tirage un mouvement de rotation sur elle-même, condition d’une couleur suivie à l’impression. Les hommes d’équipe chargés du graissage feront en sorte de n’oublier aucun des organes de la machine. Les godets graisseurs devront être remplis de val-voline ou d’huile. En mettant les rouleaux sous presse, chacune des fusées sera enduite de graisse avant de les introduire entre les coquilles des peignes. L’action des entraîneurs étant des plus sérieuses dans le fonctionnement de la machine, eu égard au parcours du papier, les boules seront bien graissées en surélevant le contrepoids et les faisant tourner rapidement à la main jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement libres sur leur axe, après quoi on les essuyera soigneusement au chiffon ne laissant aucune trace d’huile pouvant salir le papier à son passage.
- Il est de bonne habitude, en plaçant les rouleaux distributeurs, transmetteurs et toucheurs, de s’assurer un à un de leur réglage en faisant faire quelques tours à la machine pour examiner les traces d’encres à la surface des tables, puis sur les toucheurs et ensuite sur le papier.
- On commencera le tirage en embrayant peu à peu, de façon que la machine marche au début avec peu de vitesse, jusqu’à ce que le repérage soit régularisé et la teinte de chaque couleur amenée à l’intensité voulue. C’est donc l’attention du conducteur portée sur différents points : serrage des freins de la bobine, dont l’action a
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- une grande influence sur le repérage général des couleurs; guide de la marge à diriger; tendeurs à faire agir pour la coïncidence exacte des couleurs; réglage de l’encrier ainsi que des preneurs, considérant que le ton des couleurs augmente à mesure de réchauffement de l’encre, des rouleaux, des tables, des clichés. Le conducteur devra surveiller à la fois la régularité de coupe, la pliure des feuilles séparées, la réception des exemplaires, etc.
- Nous avons indiqué la nécessité, au début de la mise en train, <le tendre le papier par le serrage des freins de la bobine. 11 ne faudrait cependant pas exagérer cette tension, capable de devenir une cause de plissage; dans ce cas, le papier, à son passage sur les tubes et les cylindres, produit un bruissement, un craquement caractéristiques qui appellent forcément l’attention du personnel attaché à la machine. Desserrant très légèrement les freins, le plissage disparaît aussitôt.
- En marche, on remédie aux écarts de repérage en serrant ou desserrant la bobine, retardant ou avançant ainsi l’entraînement du papier. A mesure de l’épuisement de la bobine, le papier se tend naturellement, la circonférence de la bobine diminuant d’autant; il est donc indispensable de desserrer les freins lorsque la tension du papier produit le plissage ou des écarts de repérage.
- Du moment où la séparation du papier n’a pas lieu d’une manière normale, le perforage apparaissant mâchuré ou inégal et incomplet, c’est un indice certain d’une lame de scie usée ou trop basse. On y remédie par le changement de la scie ou la surélévation de la rainure dans laquelle pénètre la lame au moment de leur rencontre par le contact des cylindres.
- Lorsque la feuille sort des cylindres plieurs avec de faux plis, il faut en rechercher la cause sur plusieurs points, lin manque de graissage du mouvement des lames, ainsi que l’accumulation de la poussière du papier, peuvent empêcher également le fonctionnement naturel et régulier des lames pliantes et engageantes. L’usure des galets, la diminution de leur diamètre, ou simplement une facette, est un motif de mauvais plis. On s’assure de l’action des lames en les amenant à l’endroit de la transmission ; et, par l’examen de leur mouvement, en tournant et détournant au volant, on se rend compte de l’engagement du papier. 11 faut que la lame engageante pousse le papier sous la lame pliante et que celle-ci se baisse aussitôt pour le saisir et former le pli, en même
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- temps que la lame engageante se retire, entraînée qu’elle est par la rotation du cylindre.
- L’aimantation du papier est aussi une cause d’une pliure inégale. Nous verrons plus loin en quoi consiste cet effet électrique très curieux et nous indiquerons le moyen d’y remédier en une certaine mesure.
- IL est important pour le conducteur de mettre en route avec l’assurance et la certitude d’un bon résultat immédiat, afin d’obtenir le moins possible de mauvais exemplaires. Avant de rouler en blanc, il remontera le compteur, ou toutefois il en prendra le chiffre, pour le reporter sur la feuille volante de bobines.
- Pour la régularité et l’ordre du travail, il est dans les habitudes d’une imprimerie quelque peu sérieuse de se servir, pour les comptes de papier, d’un état imprimé, sur lequel sont portés les numéros et la lettre des bobines, leur poids, leur rendement — chiffre de départ, chiffre de terminaison; — parfois une colonne est attribuée aux observations pour inscrire les incidents survenant aux bobines durant le tirage. Ces feuilles volantes, visées par le conducteur, sont remises à la comptabilité de l’imprimerie, dans le but d’établir les comptes avec le fabricant de papier, au cas où le tirage a lieu au rendement, c’est-à-dire l’imprimeur ne devenant débiteur que du papier imprimé en bons exemplaires, et rendant au fabricant tous les déchets provenant des mauvais collages, des exemplaires de rebut, etc.
- Avec les rotatives, dont la vitesse est plus ou moins grande, il y a toujours lieu de considérer la rapidité et la facilité avec lesquelles se produit le gâchis du papier. C’est précisément pour cette raison que les imprimeurs préfèrent le tirage au rendement. Ce moyen de pratiquer repose beaucoup sur la conscience des ouvriers et nécessite un contrôle, dans l’intérêt aussi bien de l’imprimeur que du fabricant. Ce sont les états de bobines qui en tiennent lieu.
- En général, le personnel employé sur les rotatives doit avoir pour principe d’accélérer sans cesse les fonctions de la machine ; la célérité est une des qualités principales inhérentes au service d’une rotative. Mais chacun, conducteurs et hommes d’équipe, doit, dans sa précipitation, envisager les nombreux motifs qui deviennent une cause de mauvais exemplaires, son devoir étant d’y obvier en la mesure du possible.
- La nomenclature de quelques-unes des causes produisant des
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- exemplaires de rebut donnera une idée approximative de l’attention constante, des soins continus que nécessitent les tirages sur rotatives, surtout celles à plusieurs couleurs. Ces causes sont les suivantes :
- 1° La mise en train, comprenant la mise de hauteur des clichés, le registre des pages entre elles, le repérage des couleurs, le réglage des encriers, l’encrage des rouleaux, les feuilles de foulage.
- 2° Le changement des clichés, lorsque l’importance du tirage le nécessite.
- 3° Le manque de repérage des coideurs, ayant pour motifs :
- L’excentrage des bobines.
- La variation de vitesse du moteur.
- Des courroies détendues.
- L’épuisement des bobines.
- La mise en chantier des nouvelles bobines.
- La différence d’épaisseur du papier.
- Les courants d’air. '
- Le changement de rouleaux.
- Le changement de blanchets.
- Des tubes ou des tendeurs salis par l’encre.
- L’excès de paraffine sur les paraffineurs.
- Les entraîneurs mal graissés.
- Des galvanos insuffisamment assujettis.
- Le manque d’huile à la fusée de la bobine.
- Le choc de la butée des ressorts du rouleau compensateur.
- Le serrage insuffisant ou exagéré des freins de la bobine.
- Le changement de la marge en marche.
- Des encres trop fortes.
- Un habillage des cylindres mal compris.
- 4° Le lavage des clichés. — La qualité du papier joue un très grand rôle dans ce genre d’impression. Selon son état plus ou moins pelucheux, il faut laver plus ou moins fréquemment rouleaux et clichés. S’il est parfois possible de tirer trois et quatre bobines sans lavage, il est souvent nécessaire, avec un papier poussiéreux, de laver les clichés après chaque bobine tirée.
- La poussière produite par les papiers, surtout de qualité inférieure, nécessite de temps à autre le remplacement des couleurs dans les encriers.
- Les courants d’air sont aussi une cause de lavage des clichés ;
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- en séchant, les rouleaux bouchent et empâtent la taille des gravures.
- Il en est de même d’encres trop fortes ; la peluche du papier, arrachée par le siccatif pendant la pression, produit rapidement l’empâtement des gravures.
- Après chaque lavage et remise en marche, on peut estimer la perte du papier à environ vingt-cinq exemplaires, soit cinquante si la rotative tire par deux jeux de clichés.
- 5° Changements de rouleaux. — Autant que possible, il faut profiter d’un changement de rouleaux pour laver les clichés. Mais il arrive parfois qu’un rouleau s’effleure, soit qu’il ait été mis sous presse trop frais, soit qu’il tourne mal, ou qu’il ait été trop appuyé. Toujours est-il que chaque changement de rouleau devient une cause de mauvaises feuilles.
- 6° Collage, mise en chantier des bobines. — Il va sans dire que les collages produisent autant de mauvaises feuilles. On entend par collage la partie du papier qui s’est rompue lors tle sa fabrication et dont on a réuni les deux bords avéc de la colle de pâte.
- Lorsqu’une bobine est mise en chantier, c’est-à-dire passée sur la fusée et placée entre les deux chaises, il faut enlever une certaine quantité d’exemplaires, afin que le serrage des freins soit régulier et le registre remis en place. A mesure que la bobine s’épuise, il y a lieu de desserrer les freins; mais, malgré tout, les derniers exemplaires passés sont généralement défectueux en tant que registre et repérage.
- 7° Mise en marche après les temps d'arrêt, reprises du travail, repas, etc. — Autant de moments d’arrêt ou de repos, soit le matin à la reprise du travail, soit après les repas, autant de mauvais exemplaires jusqu’à ce que la machine fonctionne d’une manière normale.
- 8° Cassures du papier. — Des collages mal faits, un papier irrégulièrement embobiné, des défauts de pâte, des déchirures sur les bords de la bobine, autant de causes pour rompre le papier, qui peut s’enrouler sur les cylindres ou sur les rouleaux, formant ce que l’on nomme en terme d’atelier des convois, incident pouvant produire non seulement l’écrasement des clichés, mais la rupture d’un organe quelconque de la machine. Il en est de même de ces longues et interminables bandes de papier auxquelles on a donné, par analogie, le nom de serpentins, et qui, par manque d’attention, deviennent aussi un véritable danger pour la machine, ou, toute-
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- fois, les clichés, faciles à être écrasés par une accumulation plus ou moins épaisse de papier passant en pression.
- 9° Incidents imprévus. — Ajoutons à cela les rouleaux fouail-lés; les cordons décousus; l’excès d’huile aux boules des entraîneurs venant salir le papier durant son parcours ; le dérangement de marge produit par un papier mal embobiné ; le manque de graissage des organes de la plieuse ; une mauvaise coupe due à une scie trop basse; de faux plis causés par une tringle déréglée, ayant perdu sa position horizontale, ou par des cordons trop tendus, dérangés de leur place, ainsi que par leur tension insuffisante ; et puis, le lavage à l’essence des tringles salies par l’encre du tirage, déposée durant le parcours du papier; le nettoyage des tubes et tendeurs, celui des cylindres plieurs ou de coupe, des lames de la raquette, des plaques de réception... Que citerons-nous encore?
- Parlons aussi de cette cause, bien surprenante pour beaucoup de ceux qui n’ont pas pratiqué les rotatives. Que de fois les conducteurs n’ont-ils pas été déroutés, ayant à lutter contre ce fluide si subtil, si insaisissable : l’électricité! Ainsi que nous l’avons vu à propos des papiers, lors de la fabrication de la pâte, il est mélangé de substances minérales, argiles constituant ce que l’on nomme la charge.
- Par suite du frottement rapide dans son parcours au milieu des tubes et des cylindres de la machine à fabriquer le papier, la pâte s’électrise à ce point qu’à sa sortie, le papier se trouve parfois percé d’une infinité d’orifices presque microscopiques, visibles seulement à Yépair.
- En séchant, la pâte conserve cette électricité ; plus les bobines sont sèches, plus l’aimantation du papier augmentera par la rotation des cylindres, des tubes et des tringles de la rotative où il sera employé. Dans ces conditions, à mesure que le papier s’avance vers la sortie de feuille, il s’électrise davantage, adhérant aux cylindres, désorganisant le registre, le repérage des couleurs, se coupant en biais et de travers, formant de faux plis; les feuilles ou exemplaires s’attirant mutuellement, se réunissant ensemble irrégulièrement, la réception devient impossible, l’accumulation se désorganise, le papier s’enroule sur les tringles, se déchire, les cordons s’engorgent; c’est, en un mot, un désordre général suivi d’un temps d’arrêt plus ou moins prolongé et, par le fait, un certain nombre indéterminé d’exemplaires perdus.
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- Le moyen de faire disparaître ces symptômes électriques est uniquement le mouillage, si léger qu’il soit, du papier.
- Avec des bobines humides cet inconvénient n’existe pas; aussi le conducteur qui n’aurait point la ressource d’une trempeuse automatique peut-il employer un moyen pour ainsi dire empiriquet Etablissant contre la bobine trop sèche un molleton tendu par un moyen quelconque, et humecté de temps à autre à l’éponge, il est possible d’éviter les désordres que nous venons de signaler. Bien entendu, il faut un mouillage modéré, afin de ne pas susciter d’autres inconvénients dus à un papier trop trempé.
- Que l’on juge, par tous les incidents précédents, des précautions de toutes sortes qu’un conducteur doit prendre lorsqu’il s’agit d’une rotative fonctionnant avec deux bobines ou avec papier de décharge. Aussi, la base de tirage sur rotatives est-elle la bonne qualité du papier, sa fabrication soignée ; des bobines bien rondes, centrées sur leur mandrin; des collages bien faits, sans excès de colle venant produire l’adhérence des parties voisines lors de l’enroulement du papier.
- C’est, on le voit, une somme de soins et de prévoyances que ne doivent pas perdre de vue les conducteurs et leurs hommes d’équipe. La connaissance approfondie du métier, une longue expérience de l’impression, de la mise en train, sont absolument nécessaires pour conduire les rotatives de ce système.
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- Nous ne répéterons pas les indications relatives à la mise en train proprement dite. Arrêtons-nous aux fonctions se rattachant exclusivement au type de cette machine, qui peut fonctionner de deux manières : avec papier en feuilles et avec papier continu.
- Elle occupe, avons-nous dit, deux margeurs. Par suite de la disposition même des barres de marge, il est indispensable que les feuilles, bonnes ou mauvaises, soient margées très exactement, afin de ne pas laisser à découvert quelques-uns des orifices. Les quatre barres étant solidaires, réunies qu’elles sont par les conduits en caoutchouc, les quatre feuilles se sépareraient de leur barre respective du moment où il y aurait prise d’air, cas provenant d’une feuille ne couvrant pas tous les trous de la barre lui
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- correspondant. C’est alors une suspension momentanée du travail pour enlever des cylindres les feuilles abandonnées à elles-mêmes et entravant la marche de la machine.
- Les pinces des cylindres, intermédiaire et de hlanchet côté de seconde, devront maintenir également la feuille afin de l’obliger à rester dans sa position de marge régulière. La transmission de pinces à pinces, du cylindre intermédiaire sur celui de blanchet, se fera d’une manière normale, sans quoi la feuille, dans son passage d’un cylindre sur l’autre, pourrait varier de position et laisser a découvert les orifices de la barre venant à sa rencontre. Nous en avons vu l’inconvénient.
- Afin que la feuille suive son parcours pour être transmise des pinces à la barre, un cordon en tissu élastique la soutient et la dirige dans la direction déterminée.
- Tous les clapets des barres de marge devront agir librement. Au cas où leur action se trouverait gênée, le conducteur fera bien de les démonter — opération des plus simples — pour s’assurer qu’aucun corps étranger n(y a été entraîné par l’air.
- Avant de marger le papier, il est utile de laisser le temps à la pompe à air de produire le vide nécessaire dans les conduits et les barres, pour que les feuilles aient une adhérence suffisante. A ce propos, un manomètre est adapté à la pompe ; une cinquantaine de degrés, environ, sont nécessaires au maintien des feuilles. Un robinet fixé sur la conduite principale interrompt à volonté la communication entre la pompe et la machine.
- Les cylindres en fonte, sur lesquels sont placés les clichés d’une épaisseur de dix millimètres, sont cannelés dans le sens de leur axe. Les clichés y sont maintenus au moyen de griffes spéciales faites en queue d’aronde et assujetties sur les cylindres par des vis. Une tête permet de les pousser à force contre les clichés en frappant avec une masse de bronze. Il faut avoir soin de ne pas serrer outre mesure les clichés, pour ne point les fausser. En faisant passer en pression une ou deux fois les clichés mis sous presse, on les assied convenablement sur le cylindre, puis on serre à fond les griffes et on bloque les vis.
- Quant aux clichés mis sur les cylindres de hois, on en détermine la place exacte en tenant compte des divisions qui y ont été tracées à la pointe au moment du montage, après avoir déterminé la prise de feuille. Ces divisions sont de simples traits distancés de dix centimètres dans les deux sens.
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- Ou obtient d’une manière certaine la situation de chaque cliché de couleur sur les cylindres de bois, en découpant une feuille après son impression en noir et en collant le bord de la prise sur le cylindre. Il suffit alors d’étaler la feuille pour avoir l’endroit précis des clichés. Pour déterminer plus aisément le repérage des couleurs entre elles, on peut se servir de griffes plates. Une fois le repérage bien certain, les griffes sont remplacées par de petites vis à tète mortaisée se perdant dans le métal des clichés. Pour éviter toute perte de temps, les clichés devront être percés préalablement à la mise sous presse à l’aide d’un drille. Les trous de vis seront perforés avec un foret de la grosseur exacte du diamètre des vis et la mortaise des trous agrandie, pour permettre à la tète de vis de s’y encastrer. Il est de la plus grande importance que les clichés se trouvent fixés sur les cylindres d’une manière solide, sans pouvoir y bouger dans aucun sens durant la marche de la machine.
- Sur cette rotative., plus que sur toute autre, il est préférable, sinon indispensable, d’employer le papier calque pour faire les tours sans feuille, la position des cylindres laissant fort peu de distance pour les monter ou les descendre.
- L’encrage est des plus complets et des mieux compris. Les cylindres blanchets opérant deux rotations sous les rouleaux, la touche des clichés ne peut être que très favorisée. Quatre tou-clieurs peuvent être placés à chacun des cylindres. Les fusées des rouleaux sont maintenues chacune par une pièce de fonte qui s'emboîte dans les parois des bâtis. Des vis de réglage assurent l’approche aussi régulière que possible des rouleaux. Pour régler les distributeurs, transmetteurs et toucheurs, on procède, comme précédemment, à l’aide de bandes de papier fort.
- Toutes facilités pour les fonctions de la mise en train et de la mise en marche ont été données par le constructeur, qui a voulu rendre sa rotative d’un accès commode. Il a, de plus, disposé la commande de manière à pouvoir faire fonctionner la machine avec deux vitesses différentes. Ce sont deux courroies, l’ime passant sur les poulies de grande vitesse, l’autre sur les poulies de petite vitesse, qui transmettent le mouvement à l’aide de deux débrayages indépendants.
- En ce qui concerne le tirage avec bobines, nous n’avons rien de particulier à indiquer; ayant examiné précédemment les questions s’y rattachant, nous n’y reviendrons donc pas.
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- En réalité, ces machines comportent des fonctions identiques à celles des rotatives dont nous venons de nous occuper. Ce sont les mêmes soins à prendre, les memes dispositions à suivre. Habillage rationnel des cylindres, mise sous presse analogue, mise en train habituelle, mise en marche semblable. Les particularités portent sur la diversité des organes, ce que nous avons indiqué en son temps. L’un des grands avantages du système Godchaux est assurément la facilité do rendre indépendant chacun des cylindres, disposition permettant d’accélérer de beaucoup la mise en train en favorisant la rapidité du travail. La roue intermédiaire actionnant les cylindres pouvant être reculée sur son axe, ceux-ci deviennent libres d’agissement. Il suffit de les remonter tant soit peu, à l’aide du dispositif spécial qui les dirige, pour avoir la faculté de les tourner à volonté, afin d’y opérer la mise en train. Il en résulte que plusieurs hommes de l’équipe peuvent travailler ensemble sur tous les cylindres à la fois. Aucune autre des rotatives du genre ne présente cette heureuse disposition, dont le résultat consiste à abréger considérablement la durée de la mise en train, point très important.
- Comme sur toutes les rotatives, les rouleaux devront être réglés de façon à ne pas porter outre mesure sur les clichés ni sur les tables. Le réglage s’obtient au moyen de bandes de papier fort interposées entre les tables ou clichés et les rouleaux. La fusée des rouleaux est maintenue par des espèces de manchons en fonte encastrés dans des coulisses où des vis facilitent le réglage des rouleaux.
- Le registre étant déterminé pendant la mise en train et le fonctionnement de la machine par les tendeurs, il y a lieu de conserver leur parallélisme. En thèse générale, tous les tubes, tringles, rouleaux, cylindres doivent rester parallèles entre eux. Durant son parcours, le papier aurait toute chance de se rompre s’il rencontrait l’un de ces organes lui donnant une direction contrariée. Il est inutile d’insister sur’la perte de temps occasionnée par la rupture du papier, surtout sur les rotatives en couleurs, où son engagement devient plus compliqué que sur les rotatives à journaux. C’est afin d’éviter tout arrêt intempestif de la machine qu’il est
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- nécessaire d’avoir un papier de bonne fabrication, base de la réussite sur les rotatives, où le travail rapide ne doit être entravé en aucune façon.
- Nous ne saurions trop le répéter, les rotatives en couleurs ne donneront un résultat effectif et sérieux que si toutes les conditions de travail y sont parfaitement comprises. Au premier abord, il faut nécessairement s’attendre à certains tâtonnements si le personnel n’est pas absolument familier à ce système de machine. Il ne faut pas non plus perdre de vue, dans l’installation de toute rotative du genre, d’obtenir dans les ateliers une température minima de 18 degrés de chaleur. Lorsque nous avons étudié et pratiqué ces machines, entre autres une qui tirait vingt mille à l’heure, en sept couleurs, quatre exemplaires à la fois, format des journaux ordinaires, nous avons été à même de constater de la manière la plus évidente que tout courant d’air, même inappréciable à l’épiderme, devenait une cause de variation de registre. Au début des tirages faits sur les rotatives à quatre couleurs, il nous a fallu une certaine persévérance pour réagir contre l’opinion des ignorants, en matière d’impression, et prouver que le repérage devenait impossible tant qu’une flamme à air libre, ou des banderolles de papier suspendues autour des machines se trouvaient agitées par des courants d’air. Nous passions, à ce moment, pour pousser à l’exagération, mais les faits n’ont pas tardé à convaincre les plus incrédules, qui en étaient arrivés à se moquer de nos indications, pourtant bien logiques.
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- LIVRE TROISIÈME
- IMPRESSION DES GRAVURES TYPOGRAPHIQUES
- CHAPITRE PREMIER
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- On pourrait croire que l’impression des gravures et des vignettes nécessite, de la part des pressiers ou conducteurs, quelques connaissances spéciales et particulières. Il n’en est cependant rien; chaque jour, l’exemple nous prouve qu’il est possible d’imprimer des gravures sans qu’il soit indispensable, non seulement d’avoir suivi un cours de perspective, mais encore sans qu’il soit utile d’avoir la moindre idée du dessin.
- Aussi, quoique la généralité des ouvriers imprimeurs procèdent d’une manière purement mécanique, il faut cependant admettre que le goût entre pour une grande part dans le résultat qu’ils obtiennent. La mise en train d’une gravure, pour le plus grand nombre des conducteurs, consiste à charger les noirs en ménageant et dégarnissant les blancs. C’est bien là, en effet, le principe du découpage et la base de la mise en train, mais l’idée incomplète et insuffisante qu’ils s’en font ne leur permet point d’atteindre à un résultat complet.
- Afin de saisir utilement et d’une façon profitable le sentiment d’un sujet, d’une composition, et de s’identifier avec la gravure de cette composition et de ce sujet, il nous semble tout naturel de posséder quelques notions de dessin et même de perspective, ne fussent-elles qu’élémentaires et superficielles.
- A cet égard, nous rappellerons que les voies sont largement ouvertes aux ouvriers qui désirent apprendre ce qu’ils ignorent. Aujourd’hui plus que jamais, ils ont la facilité d’acquérir toutes connaissances nécessaires à l’état qu’ils ont entrepris.
- Aussi ne ferons-nous qu’esquisser rapidement un peu de pers-
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- pective, dégagée de toute complication géométrique, un simple exposé suffisant pour faire comprendre le rapport des distances et des plans, choses fort importantes dans la question que nous aborderons plus loin.
- Sous rinfluence de l’organe visuel, notre cerveau, subissant l’impulsion et les vibrations du nerf optique, perçoit différentes sensations qui nous sont à ce point familières que nous n’en sommes point étonnés ni frappés. Notre esprit ne s’attache à ces émotions organiques que lorsqu’elles nous sont signalées, et c’est rarement que notre pensée cherche à approfondir des phénomènes que l’expérience des yeux nous apprend naturellement à connaître.
- Ainsi, par habitude, chacun sait que plus les objets sont éloignés et plus ils paraissent petits de volume. De même, il est incontestable que plus les corps, les groupes, les masses s’éloignent, et plus ils perdent de leur modelé à l’œil, moins le relief s’y accuse et par conséquent plus les détails disparaissent. Qui donc aussi ne sait que les objets projettent des ombres, qui paraissent d’autant plus accentuées et prononcées que ces objets se trouvent être plus rapprochés du spectateur? Est-il aussi besoin de dire que, plus le foyer de lumière est intense, plus les corps soumis à son action lumineuse présentent des contours accusés et saillants, ce qui produit, par déduction, des ombres d’autant plus vigoureuses, mates et plaquées ? Enfin, comme conséquence générale, les détails se feront sentir d’une manière d’autant plus frappante que la lumière sera répartie de telle ou telle manière.
- La couleur, par suite de l’éloignement, subit aussi différentes modifications ; les teintes changent de tons selon la distance, selon la lumière, selon les milieux. C’est ainsi que d’un jeu d’air et de lumière, d’ombre et de transparence, proviennent ces tons bleuâtres, ces teintes mêlées, roses et violacées que prennent à nos yeux certaines montagnes, certains paysages dans l’éloignement. C’est encore l’effet des milieux transparents et lumineux qui communique à la mer ces diversités de nuances de la nappe d’eau, se mêlant et se confondant à l’horizon. Ces divers jeux d’optique sont bien connus; mais, tout en les constatant, peu de personnes se les expliquent, la plupart n’y attachant aucune importance.
- On nous accordera même que, pour le commun des mortels, dont beaucoup voient sans regarder et entendent sans écouter, nombre d’impressions physiques, ne se fixant point dans leur
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- esprit et n’étant que fugitives, passagères, restent absolument pour eux lettre morte. Ainsi, à première vue, une carafe d’eau ne présente guère de particularités. C'est un récipient quelconque, contenant un liquide plus ou moins incolore. Eh bien ! pour l’artiste, le peintre, dont l’œil exercé perçoit avec pénétration ce qui l’entoure, organisé qu’il est tout spécialement par l’étude et l’analyse constante de la nature, pour celui, disons-nous, qui, tout en s’arrêtant à l’aspect superficiel, n’en demeure pas moins quelque peu observateur, une simple carafe d’eau placée sur une table devient un objet fort complexe.
- En premier lieu, il faut considérer la forme, qui peut être élancée, élégante, ou ramassée, lourde et pesante. Le vase apparaît au col allongé ou court, à la panse élargie ou rétrécie, aux bords soit évasés, soit étroits, resserrés.
- Ensuite, se présentent au sein du liquide les plans d’ombre et de lumière. Puis, l’ombre déterminée et projetée par l’ensemble de la carafe, avec ses réserves et ses clartés tamisées. D'autre part, la limpidité, la transparence, les reflets directs de l’eau appellent l’attention et l’examen du spectateur. 11 en est de meme des reflets colorés provenant des corps environnants, aussi bien à l’intérieur du vase que sur les parois extérieures du verre formant miroir et accusant les con tours plus ou moins bizarres et difformes des objets voisins. Ce sont aussi les traces et plaques lumineuses longeant les contours placés vers la lumière, les points brillants, de-ci, de-là, diminuant d’intensité selon leur rapport avec Yéclairage direct. Et aussi la pénombre enveloppante, le clair-obscur faisant « tourner » l’objet, c’est-à-dire donnant la sensation d’un corps de forme ronde et fuyante. A tout cela, il faut ajouter le fond ou le plein air, desquels dépend en réalité le relief de la susdite carafe. Enfin, comme complément de l’observation et condition immédiate de toute chose créée et mise au monde, il faut envisager la couleur. Et lorsque nous disons la couleur, on doit faire la part qu’étant donné qu’aucun point, dans la nature, ne présente une même tonalité à la surface de n’importe quel corps, notre carafe à l’eau limpide, transparente, sans apparence générale de teintes variées, logée dans du verre blanc, se compose, au contraire, d’une infinité de nuances diverses. En effet, selon sa place au milieu de la lumière ambiante, suivant la direction et l’intensité des faisceaux lumineux, l’eau prend tous les tons de la palette. Il suffit, parfois, d’un rayon égaré, ou répercuté, passant au tra-
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- vers des couches humides sous un certain angle et réfléchi par les surfaces diaphanes, pour se polariser et acquérir une réfraction semblable à celle que donne le prisme traversé par la lumière; l’eau irisée produit alors l’image du spectre solaire.
- Voilà, va-t-on dire, beaucoup de mots, de phrases, de lignes, pour une vulgaire carafe d’eau claire! 11 n’en est pas moins vrai que la simplicité du sujet, précisément, fait le mérite, en quelque sorte, de notre démonstration... artistique, si l’on veut.
- La perspective dérive de l’étude de ces phénomènes physiques. De la nécessité d’indiquer les plans successifs et l’interposition des milieux transparents pour marquer les rapports des distances sont nées la perspective linéaire et la perspective aérienne.
- La perspective linéaire est soumise aux lois invariables de l’optique et se démontre mathématiquement; un mois est suffisant pour en apprendre les règles. Quant à perspective aérienne, elle tient beaucoup plus de l’art que de la science, et elle n’est pas susceptible d’être démontrée.
- La perspective linéaire a pour but de représenter sur un plan unique les contours apparents des objets, selon la différence que l’éloignement et la position y apportent, soit par la figure, soit par la couleur. C’est-à-dire que la perspective linéaire consiste à offrir à l’œil les objets avec la forme qu’ils semblent avoir au lieu de celle qu’ils ont réellement. Aux personnes ne se faisant aucune idée des résultats de l’optique, il peut paraître singulier d’entendre dire qu’un même objet change de forme en apparence suivant le point où le spectateur est placé pour l’examiner. Cependant, rien n’est plus exact; ainsi, en faisant le tour d’une chaise, elle apparaît sous des aspects différents. De même, la façade d’une maison peut passer sous des formes diverses. Un simple bâton, selon l’endroit d’où l’œil l’examine, paraît diminuer de longueur jusqu’à ne paraître qu’un point.
- Pour se rendre mieux compte des différents effets linéaires que produisent les règles positives de la perspective, on peut supposer être devant une feuille de papier transparent tendue sur un cadre et placée parallèlement à la façade d’un monument ; le dessin obtenu dans cette position sera la représentation parfaitement exacte de cette façade. Mais, si se plaçant à un des angles du monument et si sur une autre feuille de papier on essaye de faire le trait de la façade vue dans cette position, son aspect sera tout autre. Les lignes qui, dans le premier dessin, étaient parallèles à l’hori-
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- zon, deviennent fuyantes devant l’œil, soit en montant soit en descendant, suivant qu’elles seront au-dessus ou au-dessous du point de vue. Ces modifications de formes sont soumises à des règles exactement définies, sans lesquelles il est impossible de dessiner.
- Pour arriver à un résultat certain, on suppose donc que les rayons lumineux partant de tous les points des contours des objets, et se dirigeant en ligne droite vers l’œil du spectateur, sont coupés par un plan vertical que l’on appelle tableau. Les traces de tous ces rayons sur le tableau seront les perspectives des points correspondants des objets.
- La base du tableau est ce que l’on nomme la ligne de terre.
- On appelle point de vue on point principal le pied de la perpendiculaire abaissée de l’œil du spectateur sur le plan du tableau.
- On entend par distance principale ou rayon central la perpendiculaire menée de l’œil au point principal.
- La ligne d'horizon est une parallèle à la ligne de terre menée par le point principal.
- On nomme points de distance deux points situés sur la ligne d’horizon, à gauche et à droite du point principal et à des distances de celui-ci égales à la distance de l’œil au plan du tableau.
- La situation du point de vue dans le tableau et la grandeur de la distance principale sont de la plus haute importance dans les tracés de perspective, mais il est impossible de donner des principes absolus qui puissent servir à les déterminer dans tous les cas. Il suffit de faire observer que, lorsqu’on veut montrer des objets dans leur partie supérieure, il faut élever le point de vue, et le baisser dans le cas contraire. En général, un point de vue élevé, dans un paysage, donne l’idée d’une contrée de montagnes, et un point de vue bas rappelle un pays de plaines.
- C’est au point de vue que l’on doit placer son œil pour bien juger de l’effet perspectif d’un tableau. A ce propos, nous ferons remarquer pourquoi, en général, les tableaux peints sur les plafonds produisent si peu d’effet à'nos yeux: c’est que, par suite d’une route vicieuse que la facilité de l’exécution ou l’irréflexion ont frayée aux artistes, on se contente de renverser horizontalement des tableaux conçus et exécutés comme s’ils devaient être vus verticalement. Il est évident que le spectateur ne peut saisir l’effet perspectif que dans une seule position, c’est-à-dire en se renversant sur le dos. Ce qui doit spécialement nous préoccuper ici, ce sont les particularités et les singularités d’éloignement et
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- do la position des corps, ainsi que la situation du premier plan éelativement au second, de celui-ci au troisième, et ainsi de suite.
- On entend par jüan les lignes parallèles à la bordure du tableau qui s’enfoncent vers l’horizon, et sur lesquelles sont placées les différentes figures d’une composition. Les derniers plans sont ceux qui se rapprochent le plus de l’horizon. Le changement continuel des formes humaines détermine une foule do. plans dont les rapports varient sans cesse. Ainsi, l’ensemble de la face formant un plan, les épaules un autre, il est évident que, par la mobilité du col, le plan de la face sera rarement parallèle à celui des épaules. Nous 11e faisons que signaler cette particularité, qui est d’un certain poids en perspective.
- Une question fort importante, en ce qui concerne le tirage dos vignettes, doit appeler notre attention d’une façon particulière : c’est le rapport et la valeur des ombres relativement à la lumière qui les produit.
- O11 appelle ombre la portion de l’espace où tous les rayons lumineux, émanant d'un corps de forme quelconque, sont interceptés par la présence d’un corps opaque; et pénombre la portion où une partie seulement des rayons éclairants sont interceptés. L’ombre est toujours limitée par les rayons lumineux tangents aux points dans l’espace et par la projection de ces rayons. La proximité du corps éclairant fait que les ombres sont plus grandes que les objets qui portent ombre, tandis que les ombres produites par le soleil ont un diamètre égal à celui des objets eux-mêmes. Une lumière factice crée des ombres portées moins nettes que celles produites par la lumière solaire; les reflets sont presque nuis et la pénombre est plus large et plus vague. Du jeu de la lumière et de l’ombre, de leur mélange et de leur opposition, dérivent le clair-obscur et le modelé.
- Le clair-obscur est l’observation exacte de la valeur des tons suivant les différents plans; c’est l’art de distribuer la lumière et les ombres de manière à figurer en relief ou en creux les objets représentés bien qu’ils soient dessinés sur une superficie plate. Afin de répandre la lumière et scs ombres d’une manière normale en rendant convenablement les dégradations que nous offre la nature, on suppose un foyer lumineux placé en un point central et duquel on imagine une multitude de lignes ou rayons se dirigeant sur les objets qui doivent former la composition. Toutes les parties touchées par ces lignes seront éclairées; les autres seront
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- dans l’ombre, mais avec des variations infinies indiquées par ces mêmes lignes, puisqu’elles seront d’inégale longueur et que, naturellement, le point frappé par ces lignes les plus courtes sera le plus éclairé étant plus près du foyer lumineux, tandis que les endroits touchés par les plus longues le seront beaucoup moins.
- Cependant, lorsqu’une boule, une sphère, est frappée perpendiculairement par le soleil, la partie supérieure est le point le plus éclairé, et, par suite du principe énoncé précédemment, la lumière va en se dégradant jusqu’au milieu; quant à la partie inférieure, elle devrait être totalement dans l’obscurité puisque aucun des rayons lumineux ne peut y atteindre. Mais cette partie inférieure de la sphère est légèrement éclairée, et cela par le reflet que produisent les objets environnants.
- Le reflet est donc une répercussion des rayons lumineux d’un corps sur un autre ; et l’intensité des reflets peut varier suivant la nature des corps reflétants. Il tombe sous le sens que si la boule, la sphère, se trouvait posée sur une surface blanche, les reflets seraient presque nuis.
- Les reflets, aussi bien en dessin qu’en peinture, sont une grande source d’harmonie, parce qu’ils servent à rapprocher, à lier ensemble les différentes parties d’un sujet, d’une composition.
- Il en résulte qu’en examinant une composition quelconque on remarquera que seuls les contrastes de lumière et d’onibre rendent le dessin compréhensible. Ce sont, en effet, ces oppositions qui établissent la valeur du relief; ce sont ces mélanges de clarté, d’ombre, de pénombre, de clair-obscur qui séparent, détachent et délimitent chaque corps, chaque objet. En effet, des corps noyés complètement dans l’obscurité ne font point sentir leurs détails, ils n’existent point à la vue; mais qu’un filet de lumière survienne, et les détails apparaissent.
- Afin d’éviter la confusion dans un dessin, dans une gravure, afin que l’œil ne s’égare et ne se perde point sur des parties accessoires ou insignifiantes, le dessinateur emploie un moyen certain pour attirer l’œil du spectateur sur le sujet principal. Pour créer et déterminer la dominante d’un tableau, les artistes sacrifient aux objets principaux tous ceux qui les environnent, mais de manière que le procédé passe inaperçu et que le regard ainsi que l’attention soient ramenés constamment là où ils doivent être fixés. Ce stratagème s’obtient en adoucissant la lumière trop vive sur les objets qui doivent ne pas trop retenir l’attention et en mettant, au
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- contraire, en évidence et pleine clarté les sujets principaux. C’est aussi par la mise en relief des devants, exagérant les etfets, c’est-à-dire tenant les fonds légers pour faire avancer les premiers plans par des tons fermes et plaqués, ou, lorsque la composition est dans un sentiment opposé, tenant les fonds vigoureux, afin de faire saillir les objets placés en pleine lumière. On est ainsi amené, dans l’exécution d’une composition, à exagérer les effets pour tromper l’œil du spectateur et conduire à volonté son regard.
- Dans la nature, c’est à une distance relative que l’on observe l’affaiblissement de la lumière et des ombres; cependant, afin de faire avancer certains objets, on est forcément obligé de dégrader les ombres en outrepassant les limites naturelles. Il faut aussi tenir compte de la nécessité d’isoler, de séparer des objets voisins les uns des autres, qui se superposent, se touchent, se confondent.
- Ce que tout conducteur doit rechercher dans son travail, est d’obtenir ces divers etfets qui, du reste, lui sont indiqués par le burin du graveur. Mais sa tâche sera d’autant plus facilitée qu’il connaîtra mieux le dessin et que son esprit sera plus porté vers toutes les choses louchant aux beaux-arts, disposition morale déterminant le bon goût chez l’homme.
- L’imprimeur de gravures doit surtout s’attacher à obtenir le relief. Souvent une gravure apparaît plaquée, sans vigueur, terne, pâteuse..Ce défaut provient d’un découpage mal compris ou incomplet ou, tout au moins d’une mise en train insuffisante. 11 ne faut pas tomber dans l’exagération, mais, pour rendre les effets véritables et justes, un découpage doit être assezdétaillé et éclairé.
- Nous entendons par découpage éclairé un découpage travaillé de manière à donner du relief et de la lumière aux parties noires. Ainsi, ce qui donne du mouvement aux étoffes dont l’ensemble offre généralement une teinte sombre, ce sont les reflets, les clairs. Le conducteur doit donc obtenir la dégradation des ombres par la diminution de la pression sur ces points. Le modelé ne sera obtenu qu’en tenant compte de ces contrastes et de ces effets; aussi les conducteurs qui se contentent de plaquer des épaisseurs sur les noirs, sans blanchir les parties éclairées, ne peuvent produire le relief. Cela explique la raison pour laquelle un grand nombre de gravures paraissent plates, sans mouvement, sans perspective.
- En ce moment, nous réservons la question du tirage des similigravures, qui ont pris une place importante dans l’art du livre. Nous aborderons plus loin ce sujet si intéressant.
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- Nous avons dit précédemment que les objets sont d’autant moins apparents qu’ils sont plus éloignés. Dans les paysages d’horizon lointain, les derniers plans devront être comme estompés, et, afin de reproduire par la gravure ces effets d’éloignement et de fuite, les tailles seront finement portées, de manière à pouvoir rendre à l’impression des contours légers. Tout au contraire, les tailles indiquant les premiers plans sont larges, accentuées, plaquées et pleines.
- C’est donc, pour le graveur, affaire de métier que d’affaiblir graduellement les tailles dans leur épaisseur; cela lui permet d’arriver à la dégradation, qui, par suite de l’atténuation des teintes, produit les effets de perspective.
- Gravure sur bois. — Le buis est le bois généralement employé à cause de sa dureté et de la facilité avec laquelle il se laisse travailler. Il faut, en effet, que les tailles produites par le burin puissent donner à l’impression toutes les finesses désirables, et qu’en même temps le bois ne s’écaille ou ne se fende point sous la main du graveur.
- Par suite de la consommation considérable du buis, les approvisionnements de ce bois s’amoindrissent chaque jour davantage. On a eu recours à d’autres essences, telles que le poirier, le pommier, le cornouiller, le châtaignier, le bois d’épine noire, mais les uns et les autres sont loin de donner le même résultat.
- Le buis nous arrive en grande partie de l’Arménie, du Caucase, des côtes de la mer Caspienne et de la Perse. La meilleure qualité provient des forêts qui bordent la mer Noire.
- La première condition que doit offrir le bois à graver est d’être parfaitement sec; ce n’est pas tant en vue du travail incombant au graveur qu’à cause des inconvénients nombreux qu’un bois vert ou incomplètement sec procure à l’imprimeur. Aussi est-il indispensable que l’arbre abattu soit mis à sécher pendant deux ou trois ans avant d’être débité et remis au dessinateur.
- Les billes de buis — ou de tout autre bois — sont, généralement, exposées dans des étuves chauffées à la vapeur et disposées ensuite de façon que l’air ambiant circule à l’entour. Après séchage, le buis est menuisé par des ouvriers spéciaux, qui le débitent selon les dimensions voulues. Ils en font des blocs soigneusement rabotés sur les deux faces et ayant, dans tous les sens, une régularité absolue. Leur épaisseur, qui ne doit pas dépasser un maximum de
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- vingt-trois millimètres, hauteur du texte, est vérifiée au compas d’épaisseur. Les côtés sont mis parfaitement d’équerre par rapport aux deux faces formant l’épaisseur du bois.
- Lorsque les blocs sont façonnés, on recouvre la surface destinée à la gravure d’une légère couche d’amidon que l’on applique au pinceau. Le dessinateur emploie indifféremment le crayon ou la plume, et même la gouache, pour composer et reproduire son sujet.
- Depuis Thomas Bewick, né en 1753 et mort en 1828, créateur, dit-on, de la gravure sur bois moderne, le système consistait à suivre rigoureusement le tracé du dessinateur, qui était nécessairement exécuté en conséquence. Ce n’est guère qu’à l’époque où Gustave Doré commença l’illustration des éditions de luxe que la gravure sur bois prit une nouvelle allure. Cet artiste, ne pouvant suffire aux commandes qui affinaient dans son atelier, introduisit dans les habitudes la gravure dite par interprétation, à laquelle Pisan se prêta le premier et qu’il pratiqua si bien, faisant pour ainsi dire école. Ce procédé consiste à esquisser sur le bois la composition et à terminer rapidement le sujet en gouachant, laissant ainsi une très large initiative à l’interprétation par le burin du graveur.
- La photographie est quelquefois employée pour obtenir des reproductions sur bois. Voici deux formules de compositions avec lesquelles on peut opérer :
- 1° Prussiate rouge de potasse............ 12 grammes.
- Eau...................................100 —
- 2° Citrate de fer ammoniacal............. 12 grammes.
- Eau...................................100 —
- On mélange, on filtre, puis on verse par petite quantité à la surface du bois, en le maniant de quart en coin, de façon que la couche soit bien égale et très mince ; on laisse ensuite écouler par un des coins. Cette opération se pratique dans l’obscurité, absolument comme s’il s’agissait d’opérer avec un collodion. La couche étant sèche, on expose le bois pendant vingt minutes environ sous un cliché photographique.
- Le dessin peut être obtenu aussi par décalque, lorsqu’il s’agit, par exemple, de reproduire une estampe, ou toute gravure imprimée à l’encre grasse, que l’on puisse sacrifier. On trempe à cet effet l’estampe ou la gravure dans une dissolution très légère de
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- potasse, puis, l'appliquant sur le Lois, on lui fait subir une pression modérée produisant ainsi le décalque de l’encre sur le bois.
- Les burins sont en acier trempé ; leur tige est prise dans un manche rond, court, aplati en forme de segment afin qu’il s’adapte bien à la main. La série de burins nécessaire à la gravure comporte une vingtaine de numéros dont chacun d’eux correspond à une largeur différente de la pointe. Selon le burin employé pour graver, les tailles sont plus ou moins ouvertes, plus ou moins serrées et fines.
- L’apprentissage de graveur sur bois demande plusieurs auuées, et la connaissance du dessin est exigée, car elle est absolument indispensable. Un graveur doit être doué d’une vue solide, à l’épreuve de la fatigue. Quelques-uns se passent de loupe pour travailler le bois, mais c’est le petit nombre, et ces privilégiés ont l’avantage de conserver leur organe visuel en bon état plus longtemps que ceux dont l’œil, soit droit, soit gauche, est toujours garni de la loupe. Les myopes deviennent bons graveurs parce qu’ils s'attachent davantage aux détails et que la lentille ne leur est pas toujours utile.
- Les apprentis commencent par des éludes faites sur bois inutilisés ou sans emploi. Ils s’assurent ainsi la main avant d’entreprendre un travail sérieux. En pratiquant sur le bois, ils acquièrent l’habitude de distinguer rapidement le numéro des burins dont ils doivent se servir, tout en prenant peu à peu la sûreté et l’habileté que demandent la taille et le travail du bois.
- Pour graver, le manche du burin appuie contre la paume de la main, que l’on tient fermée, les doigts rabattus, pendant que le pouce, placé en dessous, agit seul pour diriger les tailles et entamer le bois.
- Lorsque la gravure est terminée, on en fait une épreuve qui prend le nom de fumé, par analogie avec la coutume qu’ont les graveurs pour caractères d’imprimerie de passer à là fumée d’une bougie les poinçons gravés afin d’en obtenir une épreuve leur indiquant les retouches à faire.
- Le fumé d’une gravure sur bois ne s’obtient pas, bien entendu, de la même manière, et voici comment opère généralement le graveur pour se rendre compte de l’effet de son travail. A l’aide d’un petit rouleau à main, en pâte d’imprimerie, il recouvre légèrement la gravure d’encre typographique de qualité supérieure, puis il pose sur le bois une feuille de papier de Chine, sur
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- laquelle, à l’aide d’un brunissoir, il frotte plus ou moins fortement, en interposant une carte épaisse, afin que le papier de Chine ne soit pas déchiré ou froissé. En appuyant plus ou moins, le brunissoir produit des noirs, des mats accusés ou des légèretés, des flous, des moelleux. Avant de poser la feuille de papier de Chine sur le bois, les graveurs provoquent des douceurs en essuyant l’encre sur les parties lumineuses; du reste, pour compléter l’effet général, avec du blanc ils indiquent au pinceau, sur l’épreuve, les retouches à faire. Dans le cas où certains tons sont trop gris, en passant le brunissoir sur les tailles on peut grossir les traits et donner plus de valeur à la partie trop pâle. Les effets de gravure sont produits par le seul contraste du noir de l’encre sur la blancheur du papier.
- Certains graveurs tirent leurs fumés sur une presse à bras. Quelques-uns même soumettent aux imprimeurs ainsi qu’aux éditeurs, comme spécimens du tirage pouvant être fourni par leurs bois gravés, des épreuves qu’ils prétendent être obtenues sans aucune mise en train. C’est à peu près vrai, mais, ce qu’ils ne disent point, c’est la manière dont ces épreuves sont faites. Non seulement l’encrage du bois est forcé, mais l’essuyage joue un grand rôle quant aux parties lumineuses à adoucir. Enfin, le coup de barreau de la presse est donné par deux hommes, quelquefois trois, dont toute la force réunie 11e suffit pas toujours pour obtenir l’épreuve. Ajoutons encore qu’une espèce de mise en train est néanmoins faite sous le bois, ou directement sous le galvano, en cas de reproduction galvanoplastique, les noirs se trouvant pour ainsi dire rehaussés. On ne croirait peut-être pas qu’une hausse puisse produire un effet pareil, étant donné l’épaisseur du bois; c’est pourtant absolument exact. Aussi engageons-nous les ouvriers imprimeurs, pressiers ou conducteurs, à forcer par-dessous les noirs des gravures qu’ils ont à tirer.
- Il résulte de cette manière de procéder que le fumé, présenté à l’imprimeur comme l’expression véritable de la gravure, n’est qu’une épreuve maquillée, exprimant bien, en une certaine mesure, le sentiment qu’a voulu exprimer le dessinateur, mais qui ne peut avoir, quant à la réelle qualité de la gravure et à ses effets d’impression, qu’une valeur fort relative.
- Pour juger avec certitude de l’état et des conditions d’une gra1-vure, on doit préférer au fumé une bonne et simple épreuve faite sur la presse avec peu d’encre, en se servant d’un bon rouleau et
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- sur du papier un peu fort ,et bien glacé. C’est avec des épreuves semblables obtenues sur de la carte (format raisin de 35 à 40 kilos) que l’on procède au travail de découpage.
- Il est rare qu’un bois soit d’une seule pièce, car, pour peu que ses dimensions dépassent une certaine moyenne, il devient néces-
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- Fig. 92. — Bois tringlés.
- saire d’assembler plusieurs morceaux, dont les côtés sont raccordés à la colle forte. Dans ce cas, il est prudent de les tringler, c’est-à-dire de faire passer au travers du bois deux ou plusieurs tringles en fer, aux extrémités desquelles sont vissés des écrous serrant et maintenant les parties collées. Il y a différentes manières de tringler les bois : celle que nous venons d’indiquer est la manière française ; les Anglais nous ont appris à diviser les bois en un certain nombre de petits morceaux assemblés entre eux par des tiges sur lesquelles sont vissés des écrous ; cette division en
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- différents et nombreux morceaux permet d’accélérer le travail de gravure. Généralement, pour les journaux illustrés, les bois d’une page sont divisés en douze morceaux, et ceux de demi-page en six. Supposant, par exemple, qu’un dessin d’une dimension quelconque doive être gravé en un laps de temps très court, tous les morceaux sont séparés et chacun d’eux mis entre les mains d’un graveur. Une fois la gravure terminée, les morceaux sont réunis, collés et serrés au moyen dos écrous ; on achève alors le travail en mettant en rapport les tailles et en raccordant les diverses parties entre elles de manière que les jonctions ne soient point apparentes.
- Il nous reste à dire quelques mots des soins à apporter aux bois gravés, dont la valeur représente parfois un capital important. Les bois ne doivent jamais être exposés à l’humidité, et moins encore à la chaleur. Pour les nettoyer, on emploiera soit de l’essence de térébenthine, de l’alcool, soit aussi du sulfure de carbone. Lorsqu’il s'agira de faire disparaître des traces de gouache ou de collodion, un mélange par moitié d’alcool et d’ammoniaque donnera un excellent résultat. En frottant la surface du bois avec un chiffon, ce mélange enlèvera facilement les parties qui résistent aux antres produits. Fait assez particulier, un peu de salive produit le même effet.
- Les bois doivent être conservés dans un local sec, enveloppés de niaculatures, et placés dans des casiers après que les paquets ont été étiquetés.
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- CHAPITRE II
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- Nous ne pouvons mieux comparer ce travail préparatoire qu’à ces petits tableaux en porcelaine transparente que l’on voit suspendus aux vitres de certaines fenêtres. Le découpage des vignettes repose du reste sur le même principe.
- Prenant un de ces sujets en porcelaine placé dans le sens du jour, on y aperçoit des effets de lumière et d’ombre rappelant la gravure. En passant le doigt à la surface de ces petits cadres, au toucher, on sent des inégalités d’épaisseur de pâte. Effectivement, là où il y a lumière, il y a transparence; donc, à cet endroit, l’épaisseur de la pâte est moindre que là où il y >a des ombres.
- Remplaçons l’épaisseur de la pâte porcelaine par celle du papier, et nous aurons le découpage.
- Plusieurs procédés ont été employés pour le découpage des gravures ; ces différents systèmes donnent à l’impression des résultats plus ou moins satisfaisants. Ainsi, quelques conducteurs se sont servis d’une carte épaisse, composée de plusieurs couches de différentes couleurs. C’est sur une seule épreuve qu’ils travaillaient leur découpage, dédoublant les plans et les parties lumineuses. Nous avouons ne pas être partisan de ce système. D’autres collent les trois ou quatre épreuves l’une sur l’autre et entaillent à même C’est un moyen qui demande une habileté consommée, car il est évident que l’on ne peut être absolument certain des effets produits par les coups de couteau.
- Quelques inventeurs cherchent les moyens de remplacer le découpage, entre autres par l’emploi ]d’épaisseurs irrégulières de gélatine obtenues à l’aide des procédés photographiques.
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- Quelques praticiens se sont fait une gloire d’imprimer des gravures, même d’un grand format, sans se servir de découpage. Que cela prouve-t-il? Qu’ils ont été fort longtemps à faire leur mise en train, car il faut bien admettre que les noirs ne peuvent atteindre à la pression nécessaire qu’avec la charge dont ils ont besoin. Il nous* paraît beaucoup plus simple, beaucoup plus commode et surtout énormément plus expéditif de faire un découpage au préalable, de le coller une fois la mise sous presse faite et de commencer le tirage une heure ensuite. Nous ne comprenons un découpage que pour gagner du temps à la mise en train; le découpage doit être confectionné de telle manière qu’il n’y ait pas un béquet à ajouter même sur la première feuille de mise en train. En parlant ainsi, nous allons probablement étonner beaucoup de conducteurs; mais la pratique et la méthode, à laquelle nous devons une certaine réputation, nous ont permis d’imprimer des gravures de quatre pages, du format de XIllustration, sans avoir besoin de coller un seul béquet sur notre découpage.
- C’est cette manière de procéder, avec un système et des principes parfaitement établis, qui peut permettre de faire une mise en train d’un journal illustré, grand format, en trois ou quatre heures.
- Nous pensons que la meilleure manière d’agir est de découper séparément les différents plans, de les coller ensuite sur une feuille de fond ou feuille d’assise, puis, lorsque la colle est sèche, de compléter le travail en blanchissant. Avec l’habitude, on parvient à supprimer en partie cette dernière opération, faite alors à mesure que l’on découpe.
- C’est là, du reste, le système innové et propagé par Aristide Derniame et suivi par Joseph Wintersingèr, deux praticiens remarquables, dont on ne parle plus, mais qui ont fait école et laissé derrière eux des impressions d’ouvrages illustrés fort remarquables.
- Quant au procédé du sans découpage, nous ne le comprenons que dans le cas de tirage sur simili-gravure. En effet, zinc ou cuivre, les planches simili ne comportent pas l’emploi de découpages collés sur les cylindres. Au contraire, elles en repoussent l’application, toutefois de cette manière. Pour une simili-gravure, il y a lieu de faire une mise de hauteur rationnelle, la complétant par une espèce de découpage taillé sur une épaisseur de carte, et collé solidement et directement sous le zinc ou le cuivre, après
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- DÉCOUPAGE DES GRAVURES
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- séparation momentanée de leur bloc respectif, c’est-à-dire que cette hausse se trouve entre le métal et le bois. Les parties à forcer devront être tenues de dimensions plus petites que l’œil de la gravure même et les parties à dégarnir entaillées plus largement. Il faut tenir compte de l’effet produit au-dessous de la planche par la surélévation. En réalité, mise de hauteur au point voulu, avec d’excellents rouleaux et un papier parfaitement glacé, frictionné ou couché, la simili-gravure doit rendre tous ses effets sans le secours d’une mise en train faite sur le cylindre, la moindre épaisseur, si mince qu’elle soit, venant détruire l’harmonie, l’aspect fondu et homogène du réseau ou quadrillage faisant l’objet particulier de ce genre de reproduction. Un béquet produit facilement une auréole en le collant sur le cylindre, du moment qu’il ne correspond pas rigoureusement à la partie chargée. On doit même, afin d’éviter au tirage toute trace et apparence de béquet, déchirer le papier de façon que les bords produisent le fondu de la gravure, car la moindre épaisseur fait support en tout son contour.
- En ce qui concerne tout autre genre de gravure, nous nous en tenons toujours au découpage ayant pour but d’abréger considérablement la mise en train, et de communiquer tout à la fois au tirage la vigueur et la légèreté voulues. Le manque de découpage se traduit par les exemples que nous offrent actuellement la plupart des publications illustrées, dont le résultat est assurément d’émousser, de fausser le bon goût du public qui s’arrête aujourd’hui, en pleine satisfaction, sans scrupule, à regarder du noir — ou plutôt un semblant de noir — sur du blanc plus ou moins jaunâtre ou bleuâtre! Il en est de même de cette pléthore de couleurs faites au patron ou sur rotatives, journaux exposés aux vitrines et aux kiosques, et dont le plus grand nombre ne brillent pas par le fini de l’exécution.
- Gravures de mode, la plupart avec des yeux en paires de lunettes; figurines faites à coups de hache, taillées en plein bois comme si des bûcherons avaient passé par là ; caricatures fin-de-siècle, enjolivées de placards coloriés; gauloiseries où la légende va de conformité avec l’impression; tout cela plat, terne, sans vigueur, pâteux, lourd... et captivant néanmoins le public qui n’envisage que les contours et la forme, laissant de côté précisément les qualités que nous préconisons ici.
- Y a-t-il lieu d’admettre des circonstances atténuantes et reporter cette déchéance à l’esprit de concurrence qui domine la situation
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- présente? Toujours est-il que nous déclinons sur certains points si nous progressons sur d’autres. Aujourd’hui, la rapidité, les grands tirages, les produits bon marché, le dernier moment attendu pour la mise sous presse, le travail de nuit sur toute la ligne. Dessinateurs, graveurs, imprimeurs, tout le monde en haleine, sans répit, bousculé, bouzillant la besogne pour faire vite... et peu souvent bien. Le public achète sans y regarder de bien près, c’est le principal ; cela devient regrettable, mais espérons qu’il se produira quelque jour une réaction venant obliger les imprimeurs qui avilissent leur métier à prendre une voie plus favorable au développement des sentiments délicats et artistiques du public.
- Trois opérations distinctes se présentent pour faire un découpage : la découpure, le collage, le blanchiment. Pour découper les épreuves, on se sert d’un couteau à lame effilée, flexible et à double tranchant, conditions permettant de contourner facilement les découpures. La lame s’émoussant rapidement en découpant le papier fort des épreuves, il faut l’affuter fréquemment sur une » pierre à repasser fine de grain, employant pour cela de bonne huile. Ordinairement, on s’appuie sur une lame de verre quelque peu épaisse, le couteau en glissant fatigue moins que sur tout autre corps qu’il pourrait entamer.
- Il est nécessaire que les découpures produisent en dessous un biseau adoucissant les bords. Afin d’obtenir ce biseau, dont nous indiquerons l’importance, on fait pénétrer la pointe du couteau dans le papier de l’épreuve à l’endroit qui doit être découpé, puis on communique au couteau un léger mouvement en forçant lorsque l’on tire à soi. Le couteau est tenu à plat sur l’épreuve et du bout des doigts, l’index appuyant et le pouce soulevant.
- Les découpures destinées à être collées seront placées sur la lame du couteau, les morceaux inutiles se trouvant en dessous. C’est ainsi que l’on biseautera le papier; le but de ce biseau, contournant les épaisseurs, est d’éviter les auréoles autour des découpures lorsque le découpage est collé sur le cylindre et que l’on en obtient une épreuve. Les auréoles seront d’autant plus apparentes que le papier à découpage employé sera fort. Le mauvais aspect de l’impression a lieu surtout quand le papier du tirage est mal glacé. Il en est de même si les découpures sont à arêtes vives.
- On commence le découpage par les derniers plans, travaillant la gravure avec deux, trois et même quatre épaisseurs au besoin. Lorsque le découpage doit être fait immédiatement et que l’encre
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- des épreuves n’a pas eu le temps de sécher, afin de ne point avoir les doigts maculés par l’encre, on enduit l’impression d’une légère couche de colle de pâte; en séchant, elle tient lieu de gommage et donne de l’adhérence à l’encre.
- En thèse générale, les pointes, les extrémités de traits, les parties isolées, demandent une pression légère, ayant toujours tendance à venir trop lourd au tirage. Aussi devront-elles être dégarnies sur la feuille d’assise et à la deuxième épaisseur. On les conservera toutefois sur les premiers plans lorsque ces parties seront supportées par des aplats voisins ou des contours exigeant une certaine pression.
- Nous soumettons ici une espèce d’échelle de tonalités pouvant
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- servir de point de départ pour le travail du découpage et permettant, par le fait, de procéder pour ainsi dire mécaniquement, sans avoir à considérer le côté artistique, peu accessible, il faut le reconnaître, à grand nombre de conducteurs. Cela dit sans le moindre esprit de critique et avec l’espoir que, par la suite, les écoles professionnelles remédieront à cet état de choses quelque peu regrettable.
- Déterminons donc une unité d’après laquelle nous baserons les différents degrés de pression, et examinons sur la figure ci-dessus les différences de tons. Nous y voyons que chacun d’eux peut représenter une quantité différente de pression. Admettons que 0 soit l’absence complète de toute pression et arrivons à l’imité 1 ; suivant la gradation des nuances, nous avons 2, 3, 4 et 5. Convenons alors que pour découper une gravure, lorsque les traits seront de la nuance 1, on laissera uniquement la feuille d’assise, dédoublant les parties plus claires et dégarnissant tout à fait les points. Les endroits présentant les teintes 2 et 3 seront chargés avec une deuxième épaisseur, tout en dédoublant, blanchissant,
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- les parties correspondant à la teinte 2; celles accusant le ton 4 prendront une troisième épaisseur en blanchissant les clairs. Enfin, on appliquera une quatrième épaisseur sur les parties en aplat, teinte 5, maximum de la pression.
- En indiquant ces différences de tons, nous ne tenons aucun compte des ^diversités de tailles, le burin du graveur pouvant obtenir les mêmes intensités par du pointillé, des mouchetures, des tailles croisées ou brisées, des hachures, etc. Il ne nous faut donc considérerjjici, dans l’espèce, que les tonalités proprement dites. En se pénétrant de cette façon de procéder, avec la moindre pratique, un conducteur parviendra à se rendre parfaitement compte des effets de pression produits par les épaisseurs. 11 comprendra, lorsqu’un) ton général est parsemé de parties plus claires, qu’il lui faut blanchir, dédoubler ces clartés. Il ne tardera pas à saisir le résultat des hausses faisant support aux parties voisines; enfin, il s’identifiera avec le travail de découpage tel que nous allons l’examiner maintenant.
- Afin d’éviter toute confusion dans nos explications, nous ferons remarquer, une fois pour toutes, que nous considérons la feuille d’assise comme première épaisseur, quoiqu’elle soit en réalité le dernier plan. Naturellement, d’après cette donnée, les plans seront en relation inverse par rapport aux épaisseurs. Supprimant la dénomination da plan, nous garderons celle d’épaisseur, qui facilitera nos indications en ce sens que, commençant le découpage par les derniers plans à conserver, ils deviennent les premières épaisseurs.
- DÉCOUPURE
- Première épaisseur ou feuille d'assise (fig. 94). —Nous considérons donc la feuille d’assise comme quatrième plan. O plan, qui ferme et termine le tableau, est la muraille du fond de teinte grise et présentant quelques ombres qu’au découpage on peut déterminer en dédoublant légèrement. De la pointe du couteau, on entaille le papier plus ou moins profondément, selon l’épaisseur de la pellicule à enlever, en contournant la partie devant rester intacte; puis, prenant un coin de cette pellicule entre la lame et l’index, on la détache lentement. Avec quelque habitude, on entame à même le papier en biaisant le couteau.
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- DÉCOUPAGE DES GRAVURES
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- On blanchira autour de la femme placée au milieu et portant un plat; elle se trouvera ainsi dégagée du fond. La place éclairée du mur, au-dessus de l’enfant assis à gauche, sera dédoublée de même afin de le faire ressortir.
- Le découpage de la feuille d’assise sera continué en dégarnissant ou dédoublant les clartés des autres plans, ménageant toutefois et conservant les commencements des plis indiqués sur les vêtements.
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- Deuxième épaisseur (fig. 95). — Le troisième plan est suffisamment indiqué et, pour en obtenir la valeur, on découpera sur la deuxième épreuve le plus exactement possible les parties om-
- brées de l’enfant. On dégarnira les places lumineuses de la femme de gauche qui se trouve debout dans le fond et, afin de détacher de la muraille les trois servantes du fond, on les découpera tout en dédoublant les demi-teintes de façon à les faire saillir davantage.
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- DÉCOUPAGE DES GRAVURES
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- On dégarnira ensuite les clartés des premier et deuxième plans, mais en élargissant et évidant plus qu’à la feuille d’assise.
- Nous ferons remarquer que sur la figure 95, ainsi que sur les
- figures suivantes, les parties à supprimer au découpage l’ont été également ici.
- Troisième épaisseur (fig. 96). — Le deuxième plan nous est indiqué par cette figure. On découpera donc la troisième épaisseur
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- IMPRESSION
- déterminant le deuxième plan, en contournant le plus exactement possible les personnages placés à ce plan et qui doivent nécessairement ressortir de ceux placés derrière eux. Sur cette épreuve,
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- d
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- on dégarnira donc tous les blancs, demi-teintes et teintes grises. En jetant les yeux sur la figure 96, on se rendra facilement compte du travail.
- Quatrième épaisseur (fig. 97). — Seules, les parties mates, ou
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- COLLAGE DES DECOUPURES
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- s’en approchant, seront découpées et conservées afin de produire le rapprochement.des personnages occupant le premier plan.
- En leur communiquant plus de pression, on déterminera ainsi la valeur des plans et le rapport des distances mettant, par le fait, chaque chose en place.
- COLLAGE DES DÉCOUPURES
- A mesure que l’on découpe, toutes les découpures sont placées les unes sur les autres, et par ordre, sur la feuille d’assise : celles delà deuxième épaisseur, directement sur la feuille d’assise; celles de la troisième épaisseur, par-dessus les découpures de la deuxième ; enfin, les parties détachées de la quatrième épaisseur, sur les précédentes.
- Placées de cette manière, et retournant le tout ensemble, les découpures peuvent être prises et collées selon leur ordre ; c’est-à-dire que sur la feuille d’assise on colle la deuxième épaisseur, par-dessus laquelle on repère la troisième, qui à son tour reçoit la quatrième épaisseur.
- Il est essentiel d’employer une colle de pâte bien cuite, compacte et non tournée. Les découpures collées avec de la mauvaise colle n’ont pas suffisamment d’adhérence ; non seulement elles peuvent glisser et se déplacer pendant le tirage, mais quand on enlève les découpages du cylindre et qu’on les mouille pour en quitter les béquets de la mise en train, les découpures se décollent et, si l’on n’y prend garde, elles peuvent se perdre. On doit aussi tenir compte de l’allongement du papier humecté par la colle. Opérant sur une gravure de grand format, il y a lieu de séparer en parties restreintes les découpures ou bien d’encoller aussi la feuille d’assise afin que le papier soit ramené à la dimension même des découpures.
- Sur une feuille de papier collé, on met les découpures de la deuxième épaisseur, que l’on enduit ensuite de colle à l’envers de la gravure; puis, au moyen d’un couteau, on les applique en les repérant sur la feuille d’assise. Il importe que le repérage soit de la plus parfaite exactitude; les tailles, les traits, les points, doivent être rigoureusement les uns sur les autres. On comprendra facilement que si la deuxième épaisseur n’est pas collée avec précision
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- et que le repérage des deux autres soit irrégulier, les effets que l’on cherche à produire ne seront pas atteints; l’impression sera même beaucoup plus défectueuse que s’il n’y avait pas du tout de découpage.
- Quand toutes les découpures ont été collées, afin de les aplatir, de bien les faire adhérer entre elles et de faire prendre la colle dans toutes les parties du découpage, on met par-dessus une feuille de papier collé, dont on enduit de colle la surface externe, et du bout des doigts on frotte en appuyant fortement sur toute la surface du découpage. La colle a pour but de faire glisser les doigts avec plus de facilité.
- On laisse alors sécher le découpage, que l’on place ensuite sous la lame de verre sur laquelle on découpe. Quand le découpage est parfaitement sec, on procède à la troisième opération : le blanchiment.
- BLANCHIMENT
- Nous l’avons déjà dit, avec un peu d’expérience et l’habitude de découper, on arrive facilement à supprimer en majeure partie cette opération complémentaire.
- Pour blanchir, on se sert d’un couteau à lame moins flexible que pour découper. Il s’agit ici d’adoucir, de fondre pour ainsi dire les épaisseurs entre elles de manière à éviter les auréoles qui se formeraient autour des découpures. En blanchissant, on détaille ce qui n’a pas été fait à la découpure.
- Enfant à gauche. — Donner un léger coup de couteau au milieu de la calotte dont la tête est couverte, tout en ménageant les contours afin de la détacher de la muraille. On dédoublera d’une moitié d’épaisseur le visage. La manche, dont une partie disparaît derrière le bonnet du personnage placé en avant, sera blanchie et dégagée.
- Première femme à gauche. — Blanchir légèrement la figure ; dédoubler seulement la joue de gauche et la partie claire-obscure à droite sous la coiffure. Dessiner et faire sentir les plis à droite de son manteau par quelques légères entailles peu profondes. Eclairer le bord de la manche de droite, qui est tombante. Faire fondre l’ombre de la jupe par un large biseau fait au couteau, afin
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- BLANCHIMENT
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- d’éviter une transition trop brusque entre les deux épaisseurs. Enfin, adoucir en arrondissant le vase qu’elle porte, ce que l’on fera aussi pour l’épaule gauche.
- Femme placée au milieu. — Détailler le visage en blanchissant de la moitié de l’épaisseur, sans toucher aux yeux ni à la partie ombrée à droite. D’un coup de couteau, accentuer le plat qu’elle lient. Blanchir avec légèreté le milieu du bras. Déterminer une clarté sur la poitrine et donner du mouvement et de l’air à la jupe par quelques coups de couteau qui n’atteindront point les plis à droite. Eclairer les deux bords de la manche en dédoublant peu profondément.
- Femme de droite. — Entailler circulairement le haut de la coiffure et blanchir la figure ainsi que le vase qui pend à son bras pour y produire la lumière ; en adoucir la panse pour fondre l’ombre de manière à expliquer la rotondité des parois. Eclairer le milieu de la coiffure à droite, le sein et la partie claire-obscure de la manche de droite. Fondre les ombres du bras en dessinant le bracelet. Enfin, donner un coup peu profond à la manche et sous le bras qui pend.
- An troisième plan, il y a quelques personnages dont nous ne voyons que la tête ; on blanchira les figures en les détaillant.
- A gauche, au deuxième plan, se présentent deux hommes dont on aperçoit la tête; on adoucira les découpures en biseau, on éclairera les visages de manière que les traits ressortent.
- Nous arrivons ainsi au personnage du milieu, le plus important de la composition, et qui, assis, présente à l’assemblée un objet qu’il tient à la main. On donnera du jour à la barbe, qui est éclairée; un léger coup de couteau sous la moustache la fera saillir de la bouche, que l’on blanchira en dessous. A gauche du visage, on blanchira également. Il faudra adoucir les pointes des traits qui forment l’ombre du front à droite ; on fondra les tailles qui terminent l’œil. D’un coup profond, on plaquera la lumière au milieu de la calotte. Les plis de la robe seront adoucis. On creusera les mains et le cou, en laissant toutefois l’ombre de chaque côté qui détermine le modelé. La manche de droite sera fortement éclairée, c’est-à-dire profondément blanchie.
- La coiffure de l’homme assis à la gauche du précédent, qui sur la gravure est à notre droite, sera blanchie en ménageant les contours. On détaillera le visage en atteignant avec le couteau la deuxième épaisseur (troisième plan). La robe sera dédoublée
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- légèrement. Enfin le groupe de têtes qui est à droite sera blanchi d’après les mêmes principes.
- Passons aux personnages du premier plan. Eclairer le bonnet de l’homme assis à gauche; donner un léger coup au-dessus des cheveux et sur le sommet du bonnet. Accentuer le visage, éclairer la pommette et le front. Blanchir le dessous de la barbe en conservant l’ombre donnée par le muscle du cou. Adoucir et fondre les plis de la manche et de l’épaule. Enfin, creuser les parties lumineuses portées sur la robe. Quant à l’homme assis à droite, on détaillera le visage ; les découpures formant le dos seront biseautées. Enfin, on éclairera la manche à droite et les plis de la robe.
- La figure 98 montre la gravure mise en train, c’est-à-dire la pression obtenue avec le découpage.
- DÉCOUPAGES DIVERS
- Un portrait peut se présenter sous plusieurs aspects : de profil, de trois quarts ou de face; il est fait en pied ou en buste. D’autre part, la tête peut se détacher d’un fond en aplat, d’un fond gris ou d’une perspective quelconque, ou enfin être isolée, c’est-à-dire sans gravure le contournant.
- Examinant avec attention un portrait, on remarque que le caractère de la physionomie n’est dû qu’aux ombres portées sur la face. Il ne suffit pas, en effet, pour obtenir une ressemblance parfaite, d’indiquer méticuleusement chaque trait du visage; il faut en outre, afin de rendre l’expression et le sentiment du sujet, donner de la valeur aux contours. Si l’artiste ne faisait saillir le nez, les pommettes, et qu’il n’accusât point les muscles de la face, le visage serait plat et insignifiant. L’enfoncement des yeux sous l’arcade sourcilière sera donc déterminé par des ombres plus ou moins légères, et l’œil prendra de la profondeur en accentuant l’iris et la pupille. Ce sont enfin des clartés semées et accrochées dans les cheveux et dans la barbe qui fouillent et indiquent les boucles et les touffes.
- Il faut donc, au découpage, avoir soin de tenir compte de ces différents effets, que l’on obtiendra au moyen d’épaisseurs ou en blanchissant. En général, les yeux ayant toujours tendance à venir lourds au tirage, isolés qu’ils sont dans le visage, ils seront
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- DÉCOUPAGES DIVERS
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- détaillés avec soin. Si la gravure était d’une certaine importance, que les yeux fussent noyés dans l’ombre, il y aurait lieu de charger en troisième épaisseur les sourcils, les bords des pau-
- pières et la pupille. Presque toujours les yeux apparaissent au tirage comme plaqués, sans vie, sans mouvement, ils sont pour ainsi dire pochés. Cela provient du manque de détails au découpage. Afin d’obtenir des yeux rendant l’expression du dessin, on
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- IMPRESSION
- doit charger à part les noirs formant la paupière, l’arcade sourcilière, l’iris et compléter le travail en blanchissant les clartés. 11 faut, en tout cas, que les yeux viennent également à l’impression, que l’un ne soit pas plus chargé que l’autre. Les tailles formant les chairs seront blanchies sur la feuille d’assise, dédoublées ou entièrement enlevées lorsque la partie se trouvera en pleine lumière. Si les ombres sont vigoureuses et accentuées, on biseautera les épaisseurs pour les fondre et éviter ainsi les auréoles.
- Les vêtements et les draperies seront l’objet d’un travail qu’il faut bien saisir, afin de produire le relief et de faire sentir le modelé. Ce sont les plis éclairés en dessus ou de côté qui, portant ombre, dessinent les contours du corps.
- En général, quand il s’agit de gravure représentant des arbres, il y a lieu de détailler avec soin le feuillage ; les massifs et les branches seront détachés et repérés bien exactement.
- Certains paysages offrant parfois un ciel couvert de nuages, celui-ci, déterminant plusieurs plans, comporte la nécessité de plusieurs épaisseurs. Ce sont particulièrement les effets de nuit, les ciels orageux qui demandent un travail détaillé ; il faut, dans ce cas, charger les nuages de façon à produire la perspective, l’éloignement, le rapport des distances.
- Lorsqu’il est question d’obtenir des effets d’eau dont la surface est calme et unie, il faut s’attacher à produire le reflet des corps environnants en blanchissant les endroits reflétant. S’il s’agit de mer agitée, de vagues, de chute d’eau, de cascades, il y a lieu de blanchir les clartés et de charger les ombres, afin de produire le mouvement des eaux, leur agitation, leur écoulement, leur chute. Nous ne saurions trop le répéter, un découpage ne fait rendre à une gravure ses véritables effets que si les détails sont observés au découpage. Il suffit de quelques coups de couteau au milieu de noirs éclairés pour atteindre à un résultat complet; en blanchissant les reflets de l’eau, l’écume des vagues, les remous de la mer, on donne à l’ensemble de la gravure un tout autre aspect que si les épaisseurs sont plaquées les unes sur les autres sans aucun détail.
- Pour faire le découpage d’une statue ou d’une nudité, on procédera très légèrement, car il est préférable d’avoir à mettre quelques béquets à la mise en train que d’être obligé de dégarnir le découpage lorsqu’il est collé sur le cylindre. Il faut fondre les tailles ombrant les chairs de manière qu’elles se terminent au
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- DÉCOUPAGES DIVERS
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- tirage d’une manière hésitée presque égratignée. De même qu’un portrait, line statue peut avoir comme repoussoir un fond en aplat; dans ce cas, le découpage peut être traité plus lourdement que si la statue était isolée, sur grisaille ou demi-teinte.
- Quand un portrait ou une statue sont isolés, c’est-à-dire non supportés par un fond, il est utile de tenir la vignette moins haute vers la tête qu’à la base. Selon le genre de gravure et son importance, on traite le découpage à quatre, à trois ou à deux épaisseurs.
- 11 y a lieu surtout d’obtenir, avec le découpage d’une statue, les contrastes de lumière qui donnent au sujet son relief et sa véritable valeur.
- Particulièrement, on doit éviter que les épaisseurs soient apparentes à l’impression; à cette intention, elles doivent être fondues et biseautées de manière à ne point produire au tirage des traces du plus mauvais effet.
- Aussi, sur les feuilles de mise en train traitées aux ciseaux, faut-il découper en suivant les lignes indiquées par les ombres et selon le sens des muscles, des veines et des os.
- Il résulte que, ayant à travailler un visage, on doit découper en tournant et non en taillant les découpures carrément ou angulai-remcnt.
- Où le découpage doit surtout faire sentir son effet, c’est en cas d’une composition confuse. Il est évident que, selon le genre de gravure, il y a lieu de détailler plus ou moins le découpage, cela toujours en tenant compte du système de machine sur laquelle on opère, et aussi de sa précision. Cependant, certaines gravures réclament absolument un découpage détaillé et bien travaillé.
- Il est parfois plus commode et plus simple de découper sans trop détailler et de compléter le travail en blanchissant.
- La vue ou dessin d’une machine quelconque ne peut être compréhensible que si chacune des pièces, chacun des organes est bien distinct et détaché. Les détails ne pourront être obtenus avec résultat qu’en chargeant bien juste les parties ombrées et en blanchissant exactement les contours; on mettra ainsi chaque chose à sa place. En ce qui concerne les machines compliquées, il faut découper presque à arêtes vives et observer la perspective, c’est-à-dire faire ressortir les pièces qui sont en avant et éloigner celles qui sont derrière. On y parviendra en chargeant à part les parties noires et en dégarnissant les parties éclairées.
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- Les lettres ornées, fleurons, culs-de-lampe, petites vignettes sont mis de hauteur avec précision, un point et demi plus haut que le texte, elles devront se trouver bien d’aplomb; puis, sur une épaisseur de carte forte, on dédoublera profondément les traits fins et les points. Collée sur le cylindre, cette épaisseur suffit pour donner un bon résultat au tirage.
- Le découpage fait pour une gravure représentant des fleurs ou des fruits doit être soigné et surtout détaillé, car il est essentiel que les feuilles, les corolles, les pétales, les tiges, etc., se détachent bien les uns des autres et ne donnent lieu à aucune confusion. Il faut découper et blanchir en observant minutieusement les contours de chaque fleur, de chaque feuille. On s’attachera aussi à produire les effets de modelé que présentent toujours les fruits dont la surface est ronde.
- On n’obtient un fond noir, un aplat, qu’en tenant la vignette de deux points plus haute que le texte et bien d’aplomb sur le marbre. 11 importe que la taille de la gravure faite sur un aplat soit suffisamment profonde pour ne pas être bouchée par la quantité d’encre nécessaire au fond lui-même. Il faut, en outre, sur le cylindre, une épaisseur de carte forte pour atteindre à une pression convenable. Quand il y a des effets de gravure, on peut dédoubler modérément les parties claires, afin de les rendre plus légères et moins plongeantes.
- Les plans géométriques, bâtiments, corps de logis, etc., déterminés par des traits noirs, nécessitent parfois une ou deux épaisseurs détaillées. Dans ce cas, on met les vignettes de hauteur d’une manière bien égale, puis on charge à part les noirs avec des épaisseurs coupées à arêtes vives. Il faut tenir les traits fins aussi légers que possible, sans cependant arriver au cassé. Les figures géométriques et les traits n’ont besoin que d’être mis à la hauteur du texte ; parfois on tient les vignettes plus bas d’un point ou un point et demi pour obtenir au tirage la légèreté voulue.
- GÉNÉRALITÉS RELATIVES AUX DÉCOUPAGES
- Au tirage, les bords des vignettes et gravures ont toujours tendance à paraître lourds et grossièrement venus. Pour atténuer cet effet inhérent à la pression, on biseaute les bords des découpages
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- GÉNÉRALITÉS RELATIVES AUX DÉCOUPAGES
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- tout autour et en dessous, prenant soin de supprimer les filets extérieurs qui bordent généralement la gravure.
- Quelques minutes avant de fixer un découpage sur le cylindre, on l’enduit à l’envers de colle compacte, de manière qu’elle pénètre le papier et enlève au découpage sa rigidité. Au moment de le coller sur la feuille de fond, on l’assouplit en le maniant légèrement en tous sens, lui donnant, en même temps, la courbe du cylindre; on l’applique à la place qu’il doit occuper, le repérant rigoureusement sur l’impression obtenue par le tour sans feuille : trait sur trait, point sur point, tailles sur tailles. On ajuste d’abord un des angles du haut, puis celui du bas, diagonal au premier; on vérifie après si le milieu et les bords sont exactement repérés en levant un peu le découpage d’une main, et le maintenant de l’autre sur le cylindre. Ensuite, prenant aux doigts un peu de colle, on appuie sur les bords pour les faire bien adhérer sur la feuille de fond; enlin, couvrant entièrement le découpage d’une feuille de papier enduite extérieurement de colle, on passe les doigts en tous sens, frottant avec force afm d’aplatir les découpures et pour faire baisser les parties blanchies.
- Nous ferons observer, pour faire comprendre la cause du déplacement presque inévitable lorsque les découpages sont collés sur le cylindre, que leur épaisseur excentre le cylindre à la place où ils sont fixés. En outre, ils sont continuellement poussés dans le sens où s’opère la pression. C’est pour obvier à cet inconvénient qu’il est essentiel d’amener les étoffes de fond au maximum de la tension et de coller solidement les feuilles d’assise sur le calicot. Un conducteur expérimenté doit prévoir ce déplacement et faire le registre en conséquence, car il peut être obligé de déplacer les formes pour ramener à la coïncidence les vignettes sous les découpages après que ces derniers auront été collés. Un écart de registre de trois, quatre ou six points, selon la chasse produite par la pression, sera ménagé sur les machines doubles, s’il n’y a des vignettes que d’un seul côté. On comprend que si les formes du côté de première et celles du côté de seconde renferment des vignettes, et que, par conséquent, il soit nécessaire de les déplacer toutes-deux, le registre devra être fait régulièrement. Avec les presses en blanc, lorsqu’on remédiera au déplacement en bougeant les formes, on fera mouvoir les pointures pour revenir au registre.
- Sur les machines à soulèvement, le déplacement a lieu vers les cylindres; sur les machines en blanc et à gros cylindres, il se
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- fait dans le sens opposé, vers les tables à encrer. Le déplacement est du plus mauvais effet, il dénature complètement l’aspect de la gravure; un découpage parfait ne peut donner qu’une impression pitoyable s’il ne coïncide exactement avec la vignette. Lorsque l’on peut faire mouvoir les vignettes dans la forme sans craindre de porter atteinte à l’aspect typographique, on peut se dispenser de bouger les formes.
- On s’aperçoit facilement qu’une vignette est déplacée, les parties légères étant bordées d’une auréole, et les parties noires, cernées et hésitées.
- Nous l’avons déjà dit, un découpage, même travaillé dans les meilleures conditions, peut avoir quelques-uns de ses effets contrariés par la pression d’un découpage voisin; il faut donc y remédier au moyen de béqueis. Il est, du reste, parfois nécessaire de repiquer les noirs pour obtenir la pression voulue, de même qu’on est parfois obligé de dégarnir les feuilles de mise en train aux parties claires pour atteindre à la légèreté. Tout le mystère de la mise en train des gravures est celui-ci : amener chaque trait fin et chaque taille légère à son point, c’est-à-dire prêt à casser, et tenir les noirs le plus vigoureusement possible en les chargeant. Surtout ne produire aucune exagération de pression venant alourdir le tirage et écraser la gravure en dénaturant ses effets.
- Il est facile de constater que certaines parties d’un découpage ont été trop chargées par l’aspect des tailles de la gravure, qui n’apparaissent plus nettes et franches. Il en est do même si une gravure est tenue trop haute par rapport au texte. Dans ce dernier cas, la gravure subissant une pression exagérée, ne se trouvant pas supportée par les parties voisines de la forme, elle ne larde pas à être aplatie, piquée et à se couvrir de trous. Cet inconvénient se produit fort souvent quand le cylindre de pression ne se trouve pas supporté par les bandes du marbre, les gravures subissant alors tout le poids du cylindre. Cet effet est doublement apparent et sensible lorsque l’arbre du cylindre n’est pas assez serré entre les coussinets. Ce grave inconvénient est dû quelquefois aussi à l’insuffisance d’habillage du cylindre ou à l’emploi d’étoffes à trame, dures et sèches.
- Lorsque le tirage est terminé, on enlève la mise en train du cylindre et on la trempe à pleine eau pour détacher les découpages de la feuille de fond ainsi que les béquets les recouvrant, béquets dus à la mise en train. Quand les découpages en sont
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- GÉNÉRALITÉS RELATIVES AUX DÉCOUPAGES
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- Fig. gtj, — El'fet de déplacement.
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- dégagés, on les intercale entre des blanchets de laine placés sous un plateau, où ils sèchent. Il faut avoir soin, en nettoyant les découpages, de ne point enlever les découpures qui, du reste, seront suffisamment adhérentes entre elles si elles ont été fixées avec de la bonne colle, et si, en confectionnant le découpage, on les a bien aplaties pour les faire prendre les unes sur les autres. Nous ne voyons pas futilité de recouvrir le découpage d’une épaisseur entière pour éviter que les découpures ne soient décollées et ne s’égarent. Les conducteurs procédant de cette manière voilent et cachent le travail, qui ne rend plus les effets qu’on pourrait en attendre; nous admettons cependant les découpages recouverts lorsqu’ils sont employés sur une machine tirant à sec, c’est-à-dire sans blanchet par-dessus la mise en train.
- Si un découpage a été fouillé trop profondément et qu'à la première épreuve passée il se produise des auréoles trop apparentes, on y remédie en collant entièrement par-dessus une épaisseur de papier; les découpures sont ainsi fondues et les auréoles disparaissent.
- Les découpages sont conservés, empaquetés par ouvrage et par feuille ; ils peuvent servir à plusieurs réimpressions, si toutefois on en prend soin.
- Dans nombre d’établissements typographiques, la conservation des découpages en bon état doit être l’objet d’une certaine préoccupation. En réalité, ils représentent une véritable valeur pécuniaire, soit que les découpages aient été payés en dehors du service même de l’imprimerie, ou qu’ils aient été faits par les conducteurs dans les ateliers pendant les tirages ou la mise en train, soit qu’un ouvrier spécial se trouve chargé de ce travail.
- FIN.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Avant-propos.................................................• * 1
- Introduction......................................................... 1
- LIVRE PREMIER
- PRESSES ET MACHINES TYPOGRAPHIQUES PREMIÈRE PARTIE
- PRESSES MANUELLES. — MACHINES EN BLANC
- CHAPITRE I. — Presses manuelles...................................... 17
- Presse primitive en bois...................................... 18
- Presse système Stanhope, Albion et Colombienne................ 19
- Description des organes....................................... 20
- Fonctionnement général........................................ 24
- CHAPITRE II. — Machines en blanc.................................... 25
- Première machine typographique (Kœnig et Bauer)............... 25
- Machine Dutartre (description). .............................. 26
- Bètis, entre toises........................................... 26
- Cylindre de pression..................................'. . 27
- Mouvement des pinces.......................................... 27
- Tringles des étoffes, encliquetage tendeur................... 28
- Roue du cylindre............................................. 28
- Bandes et glissières.......................................... 29
- Marbre..................'................................. 29
- Crémaillère. . . . ‘......................................... 31
- Bielle du marbre............................................. 31
- Arbre de commande............................................ 32
- Excentriques jumeaux.......................................... 32
- Dent d’arrêt.............................................. . 33
- Excentrique et commande des pinces............ . .‘....... 34
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Mouvement de la dent d’arrêt..................................... 34
- Passage des cordons.............................................. 35
- Tringles, bagues ou viroles, poulies et tendeurs................. 36
- Encrier.......................................................... 37
- Prise d’encre et encrage......................................... 38
- Ensemble de la machine Dutartre.................................. 38
- Mouvement général............................................... 38
- Diverses machines du système Dutartre............................ 40
- Chariot.......................................................... 40
- Différence de construction....................................... 41
- Machines dites Jumelles.......................................... 42
- Machine de petit format à marche rapide.......................... 43
- Dutartre à très grande vitesse (Lhermite)........................ 44
- Indispensable (Marinoni)......................................... 44
- Express (Alauzet)................................................ 45
- Universelle (Marinoni)........................................... 46
- Système Perreau et Brault (Tourey)............................... 46
- Système Marinoni................................................. 47
- Machine Voirin................................................... 47
- Système Alauzet à encrage cylindrique............................ 48
- Encliquetage d’encrier.......................................... 48
- Receveur mécanique............................................... 49
- Appareil pour réglure........................................... 60
- Description de l’encrage cylindrique............................. 50
- Machines à double touche......................................... 51
- CHAPITRE III. — Machines a platine..................................... 55
- Inventions diverses.............................................. 55
- Machine Marinoni (description).......................'. . . . 56
- CHAPITRE IV. — Machines a deux et plusieurs couleurs................... 59
- Système Dutartre................................................. 59
- Systèmes divers.................................................. 61
- Description de la machine à deux couleurs........................ 61
- Fonctionnement général.......................................... 67
- Machines à plusieurs couleurs.................................... 69
- Système Edouard Lambert.......................................... ~0
- CHAPITBE V. — Machines a pédale et a main.............................. 73
- Système Gordon.................................................. "73
- Liberty (Degener et Weiler)..................................... 14
- Minerve (Cropper)............................................... ~5
- Systèmes divers.................................................. ^6
- Description de la Minerve................ . . *.............. 77
- — Progrès (Pierron-Dehaître).......................... 79
- — Sans-pareille (Wibart).............................. 80
- — Utile (Marinoni)................................... 80
- — Active (Marinoni)................................... 82
- — Pédale Alauzet...................................... 83
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- TABLE DES MATIÈRES
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- Pages.
- Description de la Parfaite (Jules Derriey)................... 85
- — Pédale Derriey...................................... 86
- — Economique (Jules Derriey).......................... 87
- — Pédale Voirin....................................... 88
- — Hirondelle (Jules Tourey) . . ...................... 90
- — Pédale Dutartre (Lhermite)............................. . 9i
- Machines à main.............................................. 91
- DEUXIÈME PARTIE
- MACHINES DOUBLES DITES EN RETIRATION
- CHAPITRE I. — Machines a gros cylindres................................ 95
- Description..................................................... 97
- Bâtis, cylindres de pression, grandes roues..................... 97
- Cylindres de registre, régulateur.............................. 97
- Marge : coulante et à l’anglaise................................ 98
- Passage des cordons............................................ 101
- Marbres........................................................ 102
- Crémaillère, commande.......................................... 102
- Encriers....................................................... 103
- Mouvement général............................................ 103
- Machines à soulèvement........................................ 104
- Rousseleltes, Normandes..................................'. . 104
- Description................................................... 105
- Bâtis, enlretoises............................................. 105
- Bandes, galets de pression..................................... 105
- Marbre......................................................... 105
- Crémaillère, porte-crémaillère, croissants .................... 107
- Joint de Cardan................................................ 110
- Butoirs. . .................................................... 110
- Cylindres d’impression......................................... 110
- Montants....................................................... 110
- Mécanisme d> s pinces.......................................... 111
- Soulèvement................................................... 114
- Commande générale.............................................. 115
- Rotules, chapeaux de gendarme, entretoises mouvantes, ressorts. 116
- Cames, excentrique............................................. 116
- Passage des cordons............................................ 117
- Marge en décharges ............................................ 118
- Encriers...................................................... 118
- Marge de la feuille........................................... 118
- Fonctionnement général......................................... 119
- Machines doubles imprimant en blanc; machines de grand format, etc........................................................ 121
- Machines en retiration Marinoni................................ 122
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Machines en retiration Voirin................................. 122
- — — Alauzet .................................... 123
- — — Derriey........................................... 124
- Mouvement hypocycloïdal....................................... 125
- Monocyle Lambert.............................................. 126
- Retiration Marinoni à quatre couleurs....................... 127
- TROISIÈME PARTIE
- MACHINES A GRANDE VITESSE. — RÉACTIONS. — ROTATIVES
- CHAPITRE I. — Machines a réaction.................................... 129
- Inventeur du système réactif.................................. 129
- Promoteur et constructeurs des machines à grande vitesse ... 130
- Description de la machine à réaction.......................... 131
- Bâtis, cylindres de pression, cylindres de registre, étoffage. . . 131
- Dispositions des formes sur le marbre......................... 132
- Parcours de la feuille...................................... . 132
- Machines à trois et à quatre cylindres...................... 134
- Vitesse..................................................... 135
- Machine Alauzet à deux margeurs............................. 137
- CHAPITRE IL — Machines cylindriques ou rotatives................... 138
- Inventeurs du système exclusivement rotatif............ . . 138
- Machines rotatives en blanc de Hoe.......................... 139
- Machine Derriey............................................. 139
- Machine Marinoni............................................ 140
- Machine Marinoni à six margeurs............................. 140
- Machines à papier continu................................... 141
- Machines du Times, Walter-press, Marinoni, Derriey, Dellagana,
- Hoe, Thomas Frenck, etc................................... 141
- Accumulateurs Thomas Jefferson Mayall et Percy David Hed-
- derwick................................................... 143
- Machine Hedderwick.......................................... 143
- Description de la machine à papier continu, système Marinoni. 144 Machine destinée au tirage des labeurs et des journaux illustrés.
- Rotative Alauzet.............................................. 146
- Système (Derriey, format variable, format fixe.............. 147
- Application du trempage mécanique............................. 149
- Plieuses aulomatiques.......................................
- Rotatives en couleur......................................... 150
- Premiers essais............................................. 150
- Système Schumann.............................................. 151
- — Marinoni................................................. 151
- — Godchaud................................................. 151
- — Derriey.................................................. 151
- Procédé des trois couleurs primitives ou primaires............ 152
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- TABLE DES MATIÈRES 477 .
- Pages.
- Applications générales des couleurs....................... 152
- Parcours du papier sur les rotatives...................... 153
- Rouleau tendeur........................................... 153
- Coupeurs.................................................. 154
- Accumulateurs............................................. 154
- Séparateur.......................................... 154
- Sortie de feuilles........................................ 154
- Encrage. . ............................•.................. 155
- Avenir des rotatives........................................ 157
- Brevet Gaisse............................................... 158
- — Janiot.................................................. 158
- — Worms................................................... 158
- — Frenck et Wheat. . . ................................... 158
- — Alauzet................................................ 158
- — Marinoni................................................ 158
- Rotatives en couleurs, système Marinoni................... 160
- Rotalives en couleurs, système Godchaux................... 167
- Rotatives en couleurs, système Derriey.................... 169 ,
- LIVRE DEUXIÈME
- IMPRESSION
- PREMIÈRE PARTIE
- APPAREILS ET ACCESSOIRES TYPOGRAPHIQUES
- CHAPITRE I. — Montage des machines................................ 173
- Généralités............................................... 173
- j, — Montage des machines en blanc.......................... 177
- II. — — — doubles et autres. ................... 178
- CHAPITRE II. — Graissage des machines............................. 183
- CHAPITRE III. — Rouleaux........................................ 187
- Généralités.......................................... • 187
- Preneur, distributeurs, toucheurs, chargeurs................ 189
- Fonte des rouleaux........................................ 191
- Nouvelles pâtes à rouleaux.................................. 196
- CHAPITRE IV. — Encres typographiques....................... . . . 200
- Fabrication............................................... 200
- Vernis.................................................... 202
- Colorants................................................. 202
- Broyage................................................... 203
- Encres à journaux......................................... 204
- — à labeurs............................................. 204
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- 478
- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Encres à vignettes........................................... 204
- Qualités des encres......................................... 205
- CHAPITRE Y. — Papier............................................... 207
- Découvertes et inventions diverses........................... 208
- Fabrication du papier de chiffons............................ 208
- Pâte de bois mécanique....................................... 208
- Pâte de bois chimique........................................ 208
- Pâte de bois au bisulfite.................................... 209
- Collage du papier............................................ 211
- Vélins, papier de Hollande................................... 212
- Papiers de paille et d’alfa.................................. 212
- Epair du papier.............................................. 212
- Papier couché................................................ 212
- Papier frictionné........................................... 212
- Papier de Chine et du Japon.................................. 213
- Formats des papiers.......................................... 213
- CHAPITRE VI. — Trempage du papier.................................. 214
- Généralités................................................. 214
- Trempage à la main et à la machine........................... 215
- Appareils divers............................................. 216
- Trempage mécanique des bobines............................... 216
- Tirages concurrents.......................................... 218
- Papier de Chine, du Japon.................................... 218
- Hollande et Vélins.......................................... 218
- CHAPITRE VII. — Glaçage.......................................... . 220
- Laminoir simple.............................................. 221
- Laminoir à double effet..............................». . . 222
- Calandres................................................... 223
- CHAPITRE VIII. — Etoffage.......................................... 226
- Presses à bras............................................... 227
- Machines en blanc.......................................... 228
- Pédales...................................................... 229
- Machines en retiration....................................... 229
- Réactions et rotatives....................................... 230
- CHAPITRE IX. — Lavage et maniement des formes...................... 233
- Soins à prendre. . 234
- DEUXIÈME PARTIE
- RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX SUR LES MACHINES
- CHAPITRE I. — Généralités relatives aux machines en blanc .... 237
- Etoffage..................................................... 237
- Engrenage du cylindre et de la crémaillère................... 238
- Cylindre..................................................... 238
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-
- TABLE DES MATIÈRES
- 479
- Pages.
- Foulage....................................................... 238
- Coussinets..................................................... 239
- Pinces........................................................ 239
- Encriers....................................................... 239
- Réglage des encriers........................................... 240
- Prise d’encre ..........................•................... 241
- Excentriques................................................... 242
- Rouleau preneur................................................ 242
- — distributeurs............................................. 244
- Table distributive, appareil Bacon.......................• . 245
- Bouleaux toucheurs............................................. 246
- Pointures...................................................... 246
- Taquets de marge............................................... 248
- Cordons........................................................ 248
- CHAPITRE IL — G ÉNERALITÉS SUR LES MACHINES EN RETIRATION ...... 250
- Etofîage des cylindres......................................... 250
- Bandes et coulisses............................................ 251
- Marbres, galets de pression.................................... 251
- Cylindres de pression.......................................... 251
- Pinces......................................................... 253
- Cordons....................................................... 255
- Marge en décharges............................................. 256
- Poulies et bagues des cordons................................. 257
- Mouvement du marbre. ........................................ 257
- Pignon elliptique, crémaillère ondulante....................... 257
- Déplacement.................................................... 258
- Dent de rappel............................................... 259
- Encriers, rouleaux....................................... . . 259
- Désorganisations de la prise d’encre........................... 260
- Réglage de la marge en décharges............................... 261
- Tirage des grands formats...................................... 261
- Désengrènement des cylindres par rapport au marbre............. 263
- TROISIÈME PARTIE
- MISE SOUS PRESSE. — MISE EN TRAIN. — TIRAGE.
- CHAPITRE I. — Presse manuelle ou a bras.............................. 265
- Fonctions préliminaires........................................ 265
- Mise sous presse de la forme.........................: . . . 265
- Précautions à prendre.......................................... 265
- Calage et serrage de la forme.................................. 266
- Coins mécaniques.............................................. 267
- Taquage de la forme ........................................... 268
- Décognoirs .................................................... 269
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-
-
- 480
- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Foulage................................................... 270
- Frisquette, sa garniture...................................... 270
- Découpage de la frisquette.................................... 271
- Feuille de marge................................................. 271
- Capucins et taquets de marge..................................... 272
- Supports de foulage.........................:................. 272
- Pointures et leur emploi ..................................... 272
- Pointures systématiques ...................................... 272
- Mise en train.................................................... 273
- Supports de papillotage.......................................... 273
- Supports de touche............................................- 273
- Supports de la frisquette........................................ 274
- Feuilles de mise en train............................... 274
- Repérage des feuilles........................................... 274
- Manière de traiter les feuilles de foulage.................... 274
- Fixation des feuilles à l’intérieur des tympans............... 274
- Tirage........................................................ 275
- Encrage de la forme table..................................... 275
- Rouleau et sa monture.......................................... 275
- Distribution de l’encre..........‘............................ 275
- Touche de la forme............................................. 276*
- Tirage en blanc................................................. 276
- Tirage en retiration........................................... 276
- CHAPITRE II. — Mise en train sur les machines en blanc............... 277
- Premières fonctions.........................•................. 277
- Garniture du cylindre......................................... 278
- Mise sous presse................................................. 280
- Prises des pinces...................................-. . • . • 281
- Calage des formes................................................ 281
- Serrage des formes............................................... 282
- Marge et registre................................................ 282
- Marges automatiques............................................. 284
- Ouvrages de ville.............................................. 289
- Cause de papillotage............................................ 289
- Imposition de la forme.......................................... 290
- Etablissement de la marge et des blancs. ..................... 290
- Réglage des pinces..................................,......... 291
- Disposition particulière de la barre des pinces.................. 292
- Mise en train, proprement dite................................... 293
- Doublage des feuilles de mise en train........................... 293
- Travail au foulage et au noir.................................... 293
- Usure des filets................................................ 294
- Effets des supports............................................. 295
- Causes de papillotage ........................................... 295
- Supports de continu.............................................. 296
- Feuille volante, feuille collée.................................. 297
- Décharges huilées................................................ 298
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES 481
- Pages.
- Mise en train des grosses lettres . ........................... 298
- Travaux d’administration....................................... 299
- Mise en train des différents formats........................... 299
- In-plano....................................................... 299
- In-folio....................................................... 302
- In-quarto...................................................... 302
- In-octavo...................................................... 303
- In-douze....................................................... 303
- In-seize....................................................... 304
- In-dix-huit, etc............................................... 304
- Mise en marche................................................. 304
- Examen de la prise d’encre..................................... 305
- Mise en marche de la machine................................... 306
- Soins et précautions à prendre................................. 306
- Mise en train sur les machines a platine, a pédales et a main. . . 307
- CHAPITRE III. — Mise en train et tirage sur les machines en retiration. 310
- Machines doubles à gros cylindres.............................. 310
- — — à soulèvement.................................... 312
- Mise sous presse............................................... 313
- Manière d’avancer la prise..................................... 313
- Paraffineurs — Appareil Nelson — antimaculine — Emploi du
- suif — Appareil Alauzet...................................... 314
- Tirage à sec et avec blanchet...........................'. . . 318
- Mise en train....................... .......................... 319
- Tour san$ feuille pour le repérage............................. 320
- Changement de blanchet selon les formats.......................... 321
- CHAPITRE IV. — Mise en train sur les réactions et rotatives........... 322
- Machines à grande vitesse...................................... 323
- Surveillance générale du conducteur............................ 324
- Prévoyance, malveillance, accidents............•............... 325
- CHAPITRE V. — Tirages des clichés..................................... 328
- Préludes de la stéréotopie..................................... 329
- Procédés divers................................................ 330
- Cliché, bloc................................................... 332
- Châssis-bloc................................................... 333
- Clichés cylindriques........................................... 334
- Mise en train.................................................. 340
- Griffes et griffages de différents systèmes.................... 341
- Mise sous presse des formes.................................... 343
- Serrage des formes............................................. 344
- Vignettes intercalées........................................ 345
- Carton......................................................... 345
- CHAPITRE VI. — Impression d’ouvrages illustrés......................... 346
- Procédés divers d’exécution.................................... 347
- Manière d’accélérer la mise en train .......................... 347
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-
-
- 482
- TABLE DES MATIÈKES
- Pages,
- Question de découpage......................................... 348
- Mauvaise disposition des gravures dans la forme............... 348
- Causes de plissage............................................ 349
- Essuyage des gravures......................................... 349
- Mise de hauteur des gravures.................................. 350
- Pont-calibre.................................................... 350
- Défectuosité des bois gravés et moyen d’y remédier............ 350
- Accidents survenant au bois..................................... 352
- Lavage des bois et des galvanos............................... 353
- Manipulation des galvanos..................................... 354
- Retouche des galvanos......................................... 354
- Mise en train d’un numéro de journal illustré................. 355
- CHAPITRE VII. — Impression en couleurs. . ........................... 358
- Décomposition des couleurs...................................... 359
- Procédé des trois couleurs...................................... 362
- Théorie des couleurs........*................................. 363
- Classification établie par Chevreul............................. 363
- Couleurs à l’état matériel...................................... 364
- Clés ou palettes chromatiques................................. 365
- Pratique et manipulation des couleurs .......................... 365
- Précautions nécessitées par ce genre d’impressions............ 366
- Ouvrages liturgiques, texte encadré. ........................... 371
- Recommandations spéciales....................................... 371
- Tirage des filets en couleur................................... 372
- Trempage du papier, intercalaires............................... 373
- Touche particulière d’une forme de filets..................... 374
- Prévoyance concernant les rouges................................ 375
- Mise en train des filets...................................... 375
- Cause de frisage, de feintes, de manque de touche............. 376
- Qualité de l’encre ........................................... 376
- Fonds d’action................................................ 376
- Affiches...................................................... 376
- Tirages polychromes........................................... 376
- Mise en train................................................. 377
- Procédé des trois couleurs . ................................. 382
- Monochromes, jaune, rouge, bleu................................. 382
- Valeurs fiduciaires........................................... 384
- Fonds de sûreté.............................................. 385
- Procédés divers.............................................. 386
- Cryptographie. . . .......................................... 389
- Impressions sélénotypiques..................................... 390
- Souche......................................................... 392
- Corps du titre....................................... 392
- Coupons...................................................... 392
- Impression en identique...................................... 392
- Numérotage.................................................... 394
- Numéroteur à la main......................................... 394
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-
- TABLE DES MATIÈRES
- Numéroteurs automatiques......................................
- Châssis..................................................... .
- Tringles....................................................
- Numéroteurs...................................................
- Blancs de châssis . . . ..........................., . . . .
- Composteurs.................................................
- Composition du châssis......................................
- Renvoi de sonnette .........................................
- Mise sous presse du châssis...............................
- Arrêt du numérotage.........................................
- Nettoyage et graissage des numéroteurs......................
- Remplacement des molettes...................................
- Numérotage en identique . ...................................
- . Chiffres de garantie.......................................
- Timbrage à sec ......................................... ' . . .
- — humide.................................................
- Tirage avec carton. ...................................... . .
- Procédé chromatique Taylor..................................
- CHAPITRE VIII. — Rotatives en couleurs. — Mise sous presse. — Mise en train. — Mise en marche...................
- Temps passé à la mise en train..............................
- Rôle du papier .............................................
- Personnel nécessaire. ........................................
- Divers systèmes.............................................
- Rotatives Marinoni..........................................
- Généralités.................................................
- Misesouspres.se.............................................
- Mise de hauteur...........................................
- Registre et repérage........................................
- Réglage des rouleaux........................................
- Feuilles de foulage.........................................
- Découpage direct sur les cylindres..........................
- Cylindre à double pression..................................
- Repoussage des galvanos et clichés..........................
- Mise en marche..............................................
- Tensiou du papier. . .......................................
- Plissage....................................................
- Faux plis...................................................
- Aimantation du papier................................... . . .
- État des bobines............................................
- Causes de déchet et feuilles de rebut.......................
- Rotatives Derriey...........................................
- Description.................................................
- Griffage des clichés........................................
- Placement des clichés.......................................
- Division des cylindres......................................
- Tours sans feuille..........................................
- 483
- Pages.
- . 395
- 396
- 397 397
- 401
- 402 402 404
- 406
- 407 407
- 409
- 410
- 410
- 411
- 413
- 414
- 414
- 415,
- 415
- 416
- 416
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- 419 420’ 421
- 423
- 424
- 424
- 425
- 425
- 426
- 427 427
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- 433 433
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-
- 484 TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Encrage.................................................... 434
- Rotatives Godchaux......................................... 435
- Description................................................ 435
- Réglage des rouleaux....................................... 435
- Registre................................................... 435
- Conclusion................................................. 436
- LIVRE TROISIÈME
- IMPRESSION DES GRAVURES TYPOGRAPHIQUES
- CHAPITRE I. — Dessin et gravure.......................... 437
- Perspective usuelle........................................ 437
- Gravure sur bois........................................... 445
- Bois tringlés.............................................. 449
- Conservation des bois...................................... 450
- CHAPITRE II. — Découpage des gravures............................ 45t
- Objet des découpages....................................... 452
- Découpure.................................................. 456
- Collage des découpures..................................... 461
- Blanchiment................................................ 462
- Découpages divers.......................................... 464
- Généralités relatives aux découpages....................... 468
- Table des matières.........................'................... 473
- FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
- Paris. — L. Marktheux, imprimeur, 1, rue Cassette.
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