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Études sur l'extraction du jus de la canne à sucre et de la betterave pour servir au progrès de l'industrie de la fabrication du sucre aux colonies
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- Pour servir au progrès de l’Industrie de la Fabrication du Sucre aux Colonies
- " Extrait du Journal du Commerce maritime et des Colonies. (Reproduction interdite.)
- S O 3SÆ 3SÆ .A. I !R. E
- 1° Introduction. .
- 2° Comparaison du Procédé de Macération et de celui d’Ecrasement. Emploi suecessif des deux Procédés pour obtenir ùn bon rendement. ,
- 3° Etudes faites en France pour l’Extraction du Jus de la Betterave.
- 4° Application de la méthode de ces Etudes à l’Extraction du Jus de là Canne.
- 5° Des organes d’un Moulin à Cannes : — Moteur ; — Communication de mouvement ; — Outil.
- 6° Du rôle indispensable du volant pour tout Moulin à Cannes.
- 7*. Des Machines accessoires.
- 8° Des fonctions spéciales à chaque organe.
- 9° Du Moulin à Cannes proprement dit.
- 10° Des Moulins employés de 165Q à 1877, et appréciation, lorsque cela est possible, de leur force d’écrasement.
- 11° Conditions d’un Moulin à Cannes type.
- 12* Résumé de ces Etudes.
- HAVRE
- Imprimerie J. BRENIER & G8, rue Beauverger, 2
- 1877
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- BUREAU
- V, ; ' k
- ÉLU EN ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
- Le 17 Juin 1876
- Président : ......... 'Vice-Amiral Comte de GUEYDON.
- Vice-présidents : .. Baron de LAREINTY, sénateur;
- Général Vicomte de la JAILLE, sénateur ;
- VANDIEE, sénateur.
- Assesseur? : ........ Baroft de CAMBOURG, conseiller général de Maine-et-Loire,
- DELAGRANGE, capitaine de frégate ;
- Abbé DURAND, professeur des sciences géographiques à l’Université catholique de Paris ;
- DE FAYMOREAU, propriétaire à Mayotte.
- Secrétaire général : GHESSÉ (Isidore).
- Conseillers : ....... BASSET, capitaine de frégate en retraite;
- Vicomte H. de BIZEMONT, lieutenant de vaisseau, officier d’ordonnance du Mi nistre de la Marine et des Colonies ;
- CHATELAIN, commissaire adjoint de la marine ;
- Abbé CHESSÉ (Théophile), aumônier militaire ;
- DE COURTHILLE, lieutenant de vaisseau, officier d’ordonnance du Ministre de la Marine et des Colonies ;
- DELAMARRE (Casimir), membre delà Commission centrale de la Société de Géographie ;
- GARNIER (Jules), ingénieur civil ;
- GODIN. député de l’Inde française;
- GRANDIDIER, voyageur, naturaliste;
- LAMBERT, chef de bataillon d’infanterie ;
- MARBEAU (Edouard), auditeur au Conseil d’État;
- Comte MEYNERS d’ESTREY, voyageur, économiste ;
- DE MORINEAU (Bon), consul de France en retraite;
- DE NOZEILLES, conservateur adjoint de l’exposition des Colonies ;
- RAMBAUD de LARROQUE, docteur en droit;
- ROMANET du CAILLAUD, publiciste.
- Trésorier : ......... EVAUX, ancien payeur aux armées.
- Bihliothécaire : ... DURASSIER (Edouard). '
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- À Monsieur le Directeur général des Colonies,
- A Messieurs les Gouverneurs,
- A Messieurs les Directeurs de Vintérieur,
- A Messieurs les Présidents des Conseils généraux dans les Colonies françaises,
- ËSSIEURS
- J’ài l'honneur de vous prier d’accepter la publication que je vous adresse sur' la canne a sucre et le procédé pour en extraire le jus ou vesou.
- Permettez-onoi d’appeler votre attention sur un travail lait dans le but de faciliter la prospérité de l’industrie principale des colonies, dont, les intérêts sont entre vos mains.
- Le progrès consiste dans l’application des principes, dans la connaissance des causes qui président aux résultats, et non dans la copie de dispositions qui ne sont ni expliquées, ni comprises, et qui, par la routine, dévient complètement de leurs principes, comme le montre la situation actuelle de nos appareils anciens de fabrication. Il se manifeste simultanément dans la pratique de la fabrication comme dans celle des expériences, des analyses et des contrôles. Jusqu'ici les publications, m ono, les plus récentes, ne peuvent aboutir à une conséquence utile, pratique, parce qu’elles ne donnent que des résultats sans suivre la filiation des causes, sans permettre des comparaisons et des contrôles faciles.
- On nous indique :
- Un procédé East à l’aide duquel, sans chaux, on obtient en un seul jet du sucre, sans eaux mères, sirops ou mélasses ;
- Des chaudières Labat, qui permettent d’obtenir en une seule cuite 7,22 0/0 en sucre brut du poids des cannes travaillées.
- Ce sont des résultats, mais quels sont les principes et les moyens d’obtenir ces résultats, comment les essayer, les contrôler, avant d’en faire
- la dépense? Pourquoi les procédés usuels rendent-ils moins ? Pourquoi M. Sénez, qui n'est pas pas moins digne de foi que M. Guignod, nbtiertt-il d6 0/0 en vesou à Cayenné, du poids des ca unes, tandis que M. Guignod obtient le double, à la Guadeloupe, 70 0/0 ?
- Nos études spécifient lès'Causes par opération : il leur manque la sanction de l’expérience, indispensable à notre époque de doute.
- C’est sur les lieux, c’est à vous qu'incombe ce mode de conviction, et il peut s’obtenir sans frais, sans improvisations, sans un personnel nouveau, en faisant simplement ce (pie fait en France l'administration pour aider, par l’instruction, à la confiance.
- Nous n'entrerons pas dans de multiples exemples à ce sujet; nous nous contenterons de rappeler que, pour favoriser l'emploi des machines à vapeur, il y a un demi-siècle, du drainage il y a vingt-cinq ans, etc., on a mis les ingénieurs de l’Etat à la disposition des préfets, pour faire éclairer les particuliers, pour les tracés, les épreuves, les contrôles ; et les ingénieurs ont vu ainsi en môme temps s’accroître leurs attributions, la juste confiance qu'ils méritent, et leurs ressources spéciales tarifées, fournies par les particuliers qui les consultaient facultativement.
- Les ingénieurs de l’Etat, comme de la marine aux colonies, pourraient rendre les mômes ser vices et utiliser leurs connaissances pour le choix des moteurs, la mesure de leur effet utile, la construction des fourneaux, etc.
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- Lorsqu’on a voulu aider au progrès de la fabrication du sucre de betteraves, par exemple, on a institué, à l’aide des professeurs et des laboratoires dont on disposait, des conférences, des expériences sur cette fabrication ; on a agi de même pour toutes les industries, et en 1868, on a augmenté le nombre de ces laboratoires ouverts au public, le nombre et les sujets des conférences.
- Les professeurs de chimie des établissements scolaires aux colonies, les pharmaciens de la marine ou civils, comme l’ont fait MM. Avequin à la Guyane, Dupuy à la Guadeloupe, pourraient certainement rendre les memes services.
- Des expériences à répéter ne sont point des découvertes, et nous voyons les personnes les plus ordinaires reproduire les expériences les plus délicates.
- Lorsqu’on a voulu améliorer l’agriculture, nous avons vu établir les fermes-écoles ; nous avons appris récemment le vote par la République de Haïti d’un fort crédit pour un établissement déco genre, nous avons vu créer des champs d’expérience, et récemment l’Institut agronomique, dont nous faisons partie.
- Ne pourrait-on demander les mêmes services aux directeurs des jardins botaniques devenus presque inutiles, aux directeurs des habitations domaniales, en leur traçant un programme de tra-
- vaux et d’expériences, de conférences et de rapports aux Conseils généraux; on utiliserait ainsi beaucoup de bonne volonté et d’intelligences, qui se consument sans direction.
- C’est à l’aide de ces moyens que la betterave qui produisait 20,000 kil. de racines à l’hectare et un jus contenant 6 0/0 de sucre cristallisable, produit plus de 40,000 kil. à l’hectare, d’un jus qui contient 14 0/0 de sucre cristallisable ; que la fabrication, qui sur 100 de cuite rendait 40 de sucre cristallisé brut et 60 do mélasses, produit maintenant 84 de sucre cristallisé en grains blancs et 16 do mélasses. Ce succès est moins dû aux capitaux qu’à la science qui a montré le but, qu’au travail qui l’a poursuivi.
- Le progrès effectué dans les sciences naturelles rend maintenant ces divers enseignements très faciles, et la sollicitude de l’administration coloniale à tous les degrés, pour l’intérêt des colonies comme pour celui du public qui en est solidaire, permettent aux créoles d’espérer que vous voudrez bien faire tendre vos intelligents efforts vers le noble but de concourir à la prospérité des colonies.
- Veuillez agréer, Messieurs, l’hommage de mon respect,
- Marquis de Sainte-Croix, Créole de la Martinique.
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- ETTJIDES
- SUE
- L’EXTRACTION DU JUS DE LA CANNE ASUCRE
- ET DE
- LA BETTERAVE
- Pour servir au progrès de l’Industrie de la Fabrication du Sucre aux Colonies
- INTRODUCTION
- Parmi les divers points de vue sous lesquels on peut envisager les questions coloniales, il en est un qui nous semble intéresser d’autant plus les habitants des colonies, qu’il ne dépend absolument que d’eux-mêmes.
- Nous voulons leur parler des ressources que leur offre leur sol et-leur soleil, ces auxiliaires si puissants entre les tropiques, à l’aide desquels les travaux des hommes ne restent jamais stériles.
- Nos études, à ce sujet, porteront d’abord sur leur principal produit, le sucre, et sur le végétal qui en est la source, la canne à sucre.
- En 1840, un habitant sucrier, intelligent, disait à M. Dupuy, chargé par le ministre de la marine d’une enquête sur la situation de l’industrie du sucre : L’espèce de nos cannes est abâtardie par la culture continue du même plant, sur le même terrain ; nous fabriquons moins bien qu’il y a soixante ans; la surtaxe a été un obstacle aux soins qu’on donnait à la fabrication, parce que le produit net restait le même ; on a même perdu la 'mémoire des bonnes traditions de fabrication. Qu’a-t-il été fait depuis lors pour améliorer la culture ? on a planté davantage dans ces mêmes conditions;
- Extrait du Journal dti Commerce maritime. Reproduction
- interdite.
- qu’a-t-il été fait pour rendre la mémoire des bonnes traditions? On a fait du nouveau, on a importé des appareils dans le vide, des appareils mystérieux, dont on n’a pas expliqué les causes d’améliorations, i! y a eu dix modifications à la fois ; quel était reflet de chacune d’elle? bien peu le savent; le sucre était plus beau, mais le produit net était-il plus considérable, et, enfin, si ceux qui n’ont pas amélioré, je veux dire changé leurs appareils, sont gênés, où sont ceux qui ont pris ces chères machines ? Ils sont à peu près tous expropriés ou en tutelle du fournisseur.
- Ainsi la culture et la fabrication du sucre aux colonies se trouvent placées entre les appareils du temps du père Labat (1696), dont la tradition est oubliée, et des nouveautés ruineuses.
- Est-ce là un progrès pour les colonies, pour leurs habitants? A-t-cn donc pensé que de faire du beau sucre était l’indice certain du bonheur d’une population ? La culture faite par les coolies chinois montre-t-elle la transformation du travail esclave en travail libre chez le nègre . émancipé ? le propriétaire dépossédé, est-ce la colonisation et le cultivateur créole encouragé ? les appareils dans le vide, est-ce la lumière dans la fabrication et le progrès de la science appliqué au travail des colonies ?
- C’est cette situation, obscure sous tous les
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- rapports, cette confusion des sujets réunis, au lieu de les séparer pour les etudier, que nous nous proposons d’éclairer, dans le but spécial d’être utile aux habitants des colonies sans exception; de leur montrer qu’ils peuvent prospérer par le travail, que sans proscrire l’immigration chinoise, les machines dans le vide quelquefois très utiles, ils doivent en être les régulateurs et non les esclaves.
- Tel est le but de ces études.
- Le père Labat, de 1690 à 1760, est certainement l’auteur qui a fourni les renseignements descriptifs les plus complets sur ce sujet. Mais, d’une part, ces renseignements sur une industrie tout à fait nouvelle ne pouvaient ni être comparatifs, puis qu’il n’y avait pas d’éléments de comparaison, ni former principes, car c’est la répétition des mêmes résultats dans les mêmes conditions qui est la base et la sanction d’un principe ; et d’autre part, les appréciations des observations par des unités anciennes et souvent facultatives et arbitraires comme celle-ci pour définir une force : moulin puissant ; pour définir une vitesse : mouvement violent, ne permettent que difficilement d’établir des rapports entre le passé et le présent. Cependant nous chercherons à le faire, toutes les fois que cela pourra être fait avec quelque régularité.
- Nous commencerons par préciser, pour les éclairer, les deux procédés qui, sous des noms et des détails bien différents qui les rendent quelque fois méconnaissables, résument les deux manières d’obtenir les jus sucrés des végétaux.
- Nous aurons soin de faire ressortir les comparaisons entre ce qui se fait pour la betterave et pour la canne à sucre; c’est surtout de ces comparaisons que jaillira la conviction et la méthode d’un progrès réel, pratique, utile aux habitants des colonies :
- DE LA. CANNE A SUCRE.
- Etudes sur les procédés employés pour obtenir le jus sucré de la betterave et de la canne.
- Ces procédés sont au nombre de deux :
- L’écrasement, la macération, employés soit isolément, soit successivement.
- Chacun de ces procédés s’explique par des considérations spéciales.
- On a d’abord employé le procédé d’écrase-
- ment par routine, parce que, lorsque lès Européens colonisèrent les îles de l’Amérique, c’était le procédé employé en Europe pour obtenir le jus des végétaux : l’huile des olives et des noix, le jus de la vigne et des pommes, etc.
- Plus tard, lorsque des analyses chimiques furent faites sur les jus sucrés, on se persuada que l’écrasement combinait le jus des cellules et lejus de la sève, et qu’il en résultait une cause de détérioration spontanée, et l’on chercha à éviter cette combinaison en séparant, avant l’écrasement, la sève du jus sucré des cellules.
- Tel fut le but et l’origine du procédé de macération. Nous voyons dans les Annales Maritimes de 1816, deuxième partie, un « nouveau procédé pour faire le sucre » de M. Eyma, de la Martinique, dont toute la nouveauté consiste à retirer des cannes les nœuds avant de les faire écraser par le moulin, parce que ces hœuds, y est-il dit, contenaient une sève qui détériorait lejus obtenu par écrasement.
- Des analyses fort bien faites, en 1826, par M. Plagne, et publiées en extraits par les journaux des colonies, répondirent à ce procédé nouveau et y constatèrent deux erreurs : La première, c’est que la sève était partout dans la canne et non pas seulement dans le nœud; la seconde, c’est que le mélange de la sève et dujus sucré ne détériorait pas instantanément lejus obtenu, parce qu’il n’y avait pas instantanément combinaison.
- Le procédé Eyma ne fut pas appliqué.
- Flus tard, vers 1840, les expériences si concluantes de M. Peîigot confirmèrent celles de M. Plagne. Le jus obtenu par écrasement était pur, la détérioration n’avait heu qu’au bout d’un peu de temps, par fermentation. On pouvait facilement l’éviter en portant lejus, aussitôt obtenu, de 60 à 80 degrés centigrades, cela suffisait pour solidifier le ferment et le rendre insoluble et inoff'ensif.
- Il n’y avait donc pas lieu de chercher à séparer avant l’écrasement la sève du jus sucré, ce qui était beaucoup plus difficile que de faire celte séparation sur le jus, par la chaleur, après l’écrasement.
- Cependant, dans les Annales Coloniales 1843, 2e partie, M. Dupuy, bien qu’en reconnaissant au microscope la forme globulaire et isolée de la sève, au moment de l’écrasement, propose,
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- sous le nom de procédé des cannes desséchées, à la Guadeloupe, de solidifier et de rendre insoluble, par le dessèchement, la sève dans ses libres, tandis que le sucre resté sec, mais soluble dans les cellules, serait repris par macération.
- C’était à peu près le procédé proposé alors par M. de Dombasle pour la betterave.
- Ce procédé fut appuyé de nombreuses autres considérations, qui empêchaient de l’isoler facilement. Il échoua. Le jus n’était pas plus facile à travailler, et la main-d’œuvre était extrêmement coûteuse.
- Enfin, très récemment, le 27 mars 1877, il a paru, dans le Journal du Commerce de la Réunion, sous le titre: Nouveau procédé d'extraction du jus de lu Canne, par M. T. Martin, un projet qui repose sur ce même principe : Isoler la sève dans son tissu, en la solidifiant et la rendant insoluble, pour obtenir un jus plus pur et d’un travail plus facile..
- Je n’ai pas à entrer dans la succession des opéralionsdesection de lacanne, etc., proposée par M. T. Martin, du prix de revient, etc. Il aura suffi, je pense, d’éliminer tous les inconnus qui obscurcissaient le pri cipe sur lequel s’appuie le procédé de macération pour le mettre en lumière, rappeder les essais faits dans celte voie et leur résultat pour arrêter des recherches stériles et concentrer l’activité qui se porte sur ce sujet vers l’amélioration, facilement réalisable, du procédé d’extraction du jus de la canne par écrasement ou pression.
- RÉSUMÉ.
- Le procédé d’écrasement ou de pression employé pour obtenir le jus sucré de la canne ù sucre donne un jus sucré pur mélangé aux globules de la sève, mais la combinaison n’a lieu qu’au bout- de quelque temps, lorsque la fermentation des substances eu voie de formation des globules les a fait éclater. On peut éviter cette fermentation en solidifiant et rendant insoluble, par une chaleur de 60 à 80 dé-grés, cette substance dans sa globule aussitôt le jus obtenu. On a alors de l’eau sucrée pure, obtenue beaucoup plus facilement que par aucun autre procédé. Ce conseil a été donné déjà inutilement, avant 1827, par M. Plagne, en 1840 par M. Peligot.
- Le procédé de macération est une œuvre théorique, impraticable en pratique, on ne peut
- éviter le mélange de sève et de jus sucré sur les surfaces tranchées; inutile, puisqu’en solidifiant la matière fermentescible dans le jus obtenu par écrasement, on obtient de l’eau sucrée pure. L’expérience a été faite et jugée.
- Le procédé successif d’écrasement, puis d’im-bibition des pulpes ou de la bagasse et, enfin, d’écrasement par une nouvelle pression, pour en obtenir le jus qui était resté et qu’on épuise par ce moyen, est un véritable perfectionnement que ne néglige pas une seule fabrique de sucre de betterave et que pratiquent bien peu de fabriques de sucre de cannes.
- La fermentation du jus sucré est le résultat du temps laissé aux substances de la sève, dégagées par la section du végétal de leur aspiration circulatoire, de réagir sur les globules qui les emprisonnent, de les faire éclater et combiner leur liquide avec le jus sucré avec lequel elles sont mises alors en contact. Ainsi se produit la fermentation et la décomposition du sucre en alcool et acide carbonique. L’échauf-fement rapide du jus obtenu, à mesure qu’on l’extrait, est le seul et facile moyen d’éviter cette détérioration qui engendre toutes les autres. Cette même détérioration se produit dans le tissus même de la canne ou de la betterave récoltée longtemps d’avance et exposé à l’air chaud. Les cannes ne doivent pas être coupées d’avance plus de vingt-quatre heures avant d’être portées au moulin ni être exposées au soleil.
- La betterave, à cause de la température d'Eu-erope, st moins exposée à cette cause de détérioration, on la récolte longtemps d’avance.
- ÉTUDES SUR L’EXTRACTION DU JUS DE LA CANNE A SUCRE TAR ÉCRASEMENT.
- Nous avons montré dans le précédent article que des deux procédés employés jusqu’ici pour extraire le jus de la canne : le procédé d’écrasement et celui de macération, ce dernier n’avait pu réussir, parce qu’il s’appuyait sur un principe faux, l’altération instantanée du jus sucré par son mélange à la sève; que cette altération ne se produisant pas instantanément, ce genre d’opération était inutile pour la qualité du jus, et qu’ensuile il était, en outre, beaucoup plus coûteux et plus long que le procédé d’écrasement.
- Ce dernier procédé seul, sanctionné par la pratique, devient l’objet de nos études, dans
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- son histoire et dans les moyens employés et à employer pour obtenir la plus forte proportion possible du jus contenu dans la canne.
- Une étude diffère d’une invention en ce qu’elle est l’exposé des résultats de la pratique, et non le fait spontané d’une inspiration.
- Donc, pour conserver à ce travail son caractère d’étude, nous avons à examiner les résultats de la pratique en ce qui concerne la pression par- écrasement, et pour rendre cet examen plus clair et plus appréciable, nous l’étudierons sur les résultats constatés de l’écrasement sur un autre végétal ; nous aurons ainsi une marche et un cadre que nous pourrons suivre pour l’étude de l’écrasement de la canne à sucre.
- Examinons donc les principes qui sont résultés des expériences faites pour rechercher les conditions les meilleures pour obtenir : i° le plus de jus possible de la betterave ; 2° la quantité de jus nécessaire pour les besoins de la fabrication. Ces principes sont appliqués maintenant d’une manière très régulière dans la fabrication des instruments de pression, comme dans la pratique de toutes les fabriques de ce genre.
- Des principes qui dirigent la pression dans la fabrication du sucre de betterave.
- Les principes que nos recherchons sont de deux espèces : Ceux qui contribuent à la qualité du travail, qui sont absolus, invariables, car il est aussi essentiel d’avoir le plus de jus possible de 10,000 lui. de cannes ou de betteraves, que de 50,000 lui. de ces végétaux ;
- Ceux qui se rapportent à la multiplication du travail, à la quantité de travail à obtenir dans un même temps,qui sont variables. Ainsi il faut plus de forces à dépenser et des outils plus considérables pour travailler 50,000 kil. de betteraves en vingt-quatre heures que pour en travailler 10,000 kil. dans le même temps.
- Cette distinction n’a pas été faite pour les moulins à cannes qui tous sont à peu près du même modèle, et dans lesquels on n’a pas même pensé qu’il y eut à rechercher des principes pour arriver à une bonne pression, comme rendement proportionnel, et comme rendement à l'heure. On attribuait la bonne pression à l’effort seul de pression du moteur, et le rendement à l’heure à l’augmentation de vitesse de l’outil, à la circonférence des rôles
- ou cylindres; et l’on regardait l’un et l’autre, la force et la vitesse, comme les conséquences forcées pour l’outil de la nature du moteur. En sorte que l’on supposait invariable l’effort qui est très variable, et que l’on rendait variable la vitesse qui devait être rendue invariable.
- Observation sur la contexture du végétal.
- On a d’abord examiné la composition physique de la betterave; elle se compose : de jus et de pulpe, dans la proportion de 95 à 97 pour cent de jus et de 3 à 5 pour cent de pulpe. La betterave est bien nettoyée de terre et son collet enlevé.
- Le jus est emprisonné dans des cellules sucrées entre lesquelles circule la sève. Ces cellules sont peu résistantes et assez mobiles les unes sur les autres, en sorte que beaucoup d’entre elles resteraient, par leur déplacement, insensibles à la pression si elles n’étaient directement éventrées.
- Par suite de cette contexture, on reconnut que l’opération première du râpage était indispensable.
- Du râpage de la betterave :
- En faisant diverses expéi iences sur le râpage, soit dans les laboratoires, soit dans l’examen du produit du râpage dans les fabriques :
- Principes invariables :
- On reconnut que pour qu’aucune des cellules ne put échapper à l’action de la râpe, il fallait râper fin, et, vu la forme et le volume de la betterave, avoir une râpe cylindrique de 0,60 de diamètre, faisant 10 tours à la seconde, 600 à la minute.
- Principes variables :
- Ces principes reconnus, on rechercha, par des observations directes, quelle devait être la longueur de génératrice de la râpe pour un travail déterminé, et quelle force absorbait ce travail ; l’on constata que, prenant 10,000 kil. de betteraves à travailler pendant vingt-quatre heures, pour unité de comparaison, ce travail demandait une râpe de 0,30 de génératrice, et absorbait l’effet utile de deux chevaux-vapeur de 75 k. m. chacun, le maximum de génératrice pouvant être porté à 1 mètre 20.
- En sorte que pour une fabrique moyenne, travaillant 50,000 kil. de betteraves nettoyées
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- par vingt-quatre heures, il faut deux râpes de 0,90 de génératrice, l’unité étant 0,30, du diamètre de 0,60, tournant à 600 tours par minute, et consommant dix chevaux-vapeur ou 750 kil. d’effet utile à la râpe.
- Ce travail de 50,000 kil. de betteraves en vingt-quatre heures suppose l’évaporation ultérieure de plus de deux mille litres d’eau à l’heure, et demande une surface de chauffe de 80 mètres carrés environ à feu nu, ce qui est assez considérable, et nous montre qu’il faut toujours régler l’ensemble du travail sur la partie de ce travail, qui, dans l’ensemble, offre le moins d’activité, et qu’on ne peut régler une partie sans s’occuper de l’ensemble.
- Les expériences et les observations qui ont fourni les principes d’un bon tra\ail des râ pes, ont été continuées pour la pression.
- Principes invariables de pression pour la pulpe de la betterave,
- On a reconnu que la pulpe devait être mise dans des sacs de laine séparés par des claies, et soumise à la pression d’une presse à plateau, pour ne pouvoir se soustraire, par sa mobilité, à la pression, comme elle le ferait si ©n la soumettait en cet état, presque liquide, à un laminoir.
- On choisit, comme la plus puissante et la plus convenable, la presse hydraulique.
- Comme les conditions de cette pression étaient très nombreuses, les expériences se multiplièrent de la manière la plus intelligente.
- Elles portèrent :
- 1° Sur les dimensions les plus avantageuses à donner au plateau ; on reconnut que c’était 0,80 X 0,75, parce que les bords des sacs se trouvant toujours moins purgés, offrent moins de développement qu’avec une plus petite surface, et que si la surface était plus grande, la garniture de la presse subirait une pression plus considérable, toutes choses égales d’ailleurs, qui la détériorerait trop vite;
- 2° Sur la charge par sac, l’expérience montra que cette charge devait être de 150 grammes par décimètre carré de pression, et l’on lit une cuillère qui remplit automatiquement, chaque sac, de sa charge ;
- 3° Sur la hauteur déchargé de la presse, on reconnut qu’il ne lallait la limiter que par la difficulté qu’offrait à l’homme un chargement qui le forçait à s’élever; car sans cette fatigue,
- plus la presse était chargée, plus la pression agissait progressivement et compensait l’action alternative du piston ;
- 4° Sur la marche de la pression, on constata qu’il était avantageux de commencer vivement et d’une manière continue jusqu’à ce que la charge fut réduite des 2 cinquièmes, en tenant compte du volume des sacs et claies, ce qui correspond à peu près à 60 pour cent du jus additionné de 20 pour cent d’eau; on arrête, alors on laisse pu rger, puis on reprend lentement et alternativement, on finit lorsque le manomètre, qui est à chaque presse, marque fixe 5 kil. 5 par centimètres carrés, et on laisse de 5 à 10 minutes sous pression ; on a alors environ 72 pour cent de jus additionné de 20 pour cent d’eau environ. Alors on desserre, on remanie les sacs, en mettant dans un seul la pulpe de deux et l’on recommence lentement la deuxième pression, comme il est dit ci-dessus, et l’on a environ 96 pour cent du jus étendu de 20 pour cent d’eau, ou 80 pour cent du jus môme de la betterave.
- O11 remarquera que pour cette appréciation il faut toujours ramener le jus étendu d’eau au jus normal de la betterave. Ainsi, si la betterave contenait 96 de jus, 4 de solide, l’addition de 20 pour cent d’eau a pour conséquence que 116 de jus étendu correspondent à 96 de jus normal et 81/97 pour cent est le coefficent de réduction.
- En commençant lentement la pression, on perd inutilement du temps; en la finissant vivement, on perdrait du jus qui n’aurait pas le temps de traverser les obstacles qui le sépare du bord des claies.
- 5° A la fin de l’opération, le temps est reconnu compenser l’énergie de la pression ; c’est donc mathématiquement aussi bien que pratiquement que l’on a calculé qu’en laissant de cinq à dix minutes sous pression, on obtenait un bon rendement avec 5 kil. 5 de poids sur chaque centimètre carré ; le temps et l’effort sont donc solidaires.
- 60 On a reconnu encore que le jus d’une forte densité s’échappait beaucoup plus difficilement de la pulpe; c’est donc autant pour épuiser la pulpe que pour faciliter l’écoulement du jus qu’011 ajoute à la pulpe sur la râpe, au moment du rapâge, environ 20 pour cent d’eau du poids de la racine. Ce mélange se fait au moyen d’un petit courant continu,
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- que la régularité du chargement de la râpe par une toile sans ün permet de fixer sans erreurs importantes.
- La proportion d’eau est réglée plusieurs fois en vingt-quatre heures par le directeur, qui fait plusieurs fois dans ce temps et avec beaucoup de régularité l’analyse des jus des betteraves qu’on travaille, et qui lient compte de cette addition d’eau pour ramener le jus qu’il travaille à un jus qui sert d’unité par chaque huit jours, afin de se rendre bien compte du rendement des betteraves en jus et de ce jus en sucre.
- Tous ces principes appartiennent aux principes invariables.
- Les principes variables sont : le nombre de presses employées pour une fabrique; plus elle est importante, plus il faut de presses; le nombre de chevaux-vapeur en raison du travail que l’on accomplit.
- Nous avons vu une fabrique travaillant 50,000 kil. de betteraves en vingt-quatre heures, qui avait dix-huit presses de première pression, neuf de deuxième, et huit paires de cylindres en cuivre de 0,30 de diamètre et 0,50 de génératrice, criblés de petits trous, pour recevoir le jus des pulpes que l’on épuisait ainsi lorsqu’elles paraissaientsèches.Il y avait dix-huit chevaux-vapeur de 75 k. m. pour ce travail de râpage et pression. Cela montre toute l’importance que l’on attache à tirer tout le jus possible de la betterave.
- Ce sont ces constatations du rendement des betteraves en jus, du jus en cuite et de la cuite en sucre et sirops ou mélasses, et l’enregistrement et la comparaison de ces expériences qui ont amené les progrès considérables, obtenus successivement par la fabrique du sucre de betterave, et qui amèneront, lorsqu’on pratiquera cette méthode d’expérimentation, en se méfiant des improvisations, les mêmes progrès pour l’extraction et la fabrication d u sucre de cannes.
- Les déceptions éprouvées, malgré de nombreux efforts, sont dues à ce que l’on a demandé le progrès à l’invention et non à l’observation et à l’expérience.
- Tous les détails de ces expériences et leurs rendements spéciaux se trouvent dans l’ouvrage de Wolk Hofif, de 1870, intitulé : De la Fabrication du Sucre de Betteraves, auquel j’engage à avoir recours, si ceux qui précèdent paraissent insuffisants.
- Si, avant de décrire les procédés employés successivement aux colonies pour extraire le jus de la canne à sucre, nous résumons, pour la canne à sucre, les principes qui ont servi à établir les circonstances les plus avantageuses pour la pression de la betterave, nous pourrons mieux voir comment les procédés des colonies ont tenu, ou n’ont pas tenu compte, pour la canne à sucre, des circonstances qui devaient fixer les principes d’une bonne pression.
- Comparaison des principes admis par la fabrication dit sucre de betterave pour la pression, avec
- ce qui a clé fait aux colonies,
- i°Qn devait se préoccuper de la contexture de la canne à sucre ci de la proportion do jus qu’elle contenait. On ne s'est occupé qu’en 1840 de la proportion de jus que contenait la canne de 88 à 90 pour cent et de 12 à 10 pour cent de ligneux.
- Le PèreDutertre, seul, a fait, en 16G0, la remarque que les cellules de la canne sont spon gieuses, et le Père Labat, en 1G90, dit que dans la pression il faut éviter de laisser la bagasse pressée en contact avec le vesou obtenu,qu’elle absorberait. Or, tous les moulins nouveaux mettent la bagasse pressée une première fois en contact avec le jus extrait, ne se préoccupant que de remplacer le travail de l’homme par un appareil qui se nomme doubleuse, qui dirige la canne entre la première et la deuxième pression, et est toujours baignée de vesou.
- La contexture allongée des cellules sucrées et des cellules vasculaires de la canne, le parallélisme des fibres qui les font se fendre sous la pression du laminoir, entrouvrir les noeuds avant leur écrasement et donnent ainsi de nombreuses orifices de sortie au jus, chassé par glissement de ses cellules, font du laminoir le meilleur outil pour obtenir le jus de la canne. Et cependant, on se rend si peu compte de son action excellente, que plusieurs fois on a proposé de lui substituer la presse hydraulique pour agir soit sur la canne par bouts d’un mètre, soit sur la carme tranchée en rondelles, ou dans sa longueur, afin de donner plus d’orifices de sortie au jus.
- On n’a, du reste, jamais réfléchi à l’importance des circonstances qui accompagnent la pression, on n’a compris que les conditions de force : 1° Semer les cylindres à se toucher
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- 2° empêcher l’élasticité clés tourillons, employer la force la plus intense possible et faire tourner les cylindres vite pour avoir plus de jus à l’heure. On a rendu variable ce qui devait être fixe, la vitesse, et üxe ce qui doit être variable, la force motrice.— (Annales Coloniales. Dupuy, 1843.)
- En opérant dans ce sens, au lieu d’améliorer les résultats de la pression, on les a détériorés. On a eu une bagasse presque réduite en poussière et une moindre proportion de jus; c’est ce que prouvera l’examen comparé des conditions de pression des différents outils employés pour la pression qu’on peut en obtenir.
- On ne s’est point occupé, comme l’a fait la betterave, des principes invariables cl des principes variables.
- Le diamètre moyen d’une canne est de 0,035 et devait servir à déterminer le diamètre invariable à donner aux cylindres pour qu’ils puissent bien saisir la canne et non la repousser; on fait bien couper la canne en bisot pour qu’elle s’engage plus facilement entre les cylindres, mais les diamètres de ceux-ci ont varié de 0,50 à 0,90 c., sans qu’on en expliquât le motif.
- La longueur des génératrices des cylindres a été, au contraire, à peu près invariable : 0,70 pour les axes verticaux, 1 mètre pour les axes horizontaux. Les difficultés de chargement des cylindres verticaux ne permettaient guère, du reste, de fournir de cannes plus de 0,30 de génératrices. On a donc rendu invariable ce qui devait être variable et proportionnel au travail à effectuer.
- On n’a pas recherché la pression invariable nécessaire comme poids par centimètre carré de contact, et comme vitesse de développement, pour obtenir la meilleur proportion de jus en ménageant la bagasse. On a, au contraire, augmenté les vitesses pour avoir le plus de jus à l’heure, et serré le plus possible les cylindres, ce qui émiettait la bagasse et la mettait hors de service. On a considéré, par conséquent, comme variable ce qui devait être invariable : le poids par centimètre carré et la vitesse.
- En l’absence de toute expérience et observations à ce sujet, nous fixerons, par appréciation, les chiffres qui indiqueront les conditions les plus favorables à donner aux cylindres et au moteur d’un moulin à cannes pour un travail déterminé.
- Ces chiffres ne s’éloignent que fort peu de la vérité, mais il faut bien faire des suppositions en l’absence d’expériences précises ; celles-ci, ainsi provoquées, viendront à leur tour confirmer ou infirmer les chiffres pris à priori et donner des chiffres réguliers. Nous supposerons donc :
- Données invariables :
- Que les cylindres doivent avoir 0,66 de diamètre ; que l’effort, par centimètre carré, doit être de 6 lui. comme poids et de 0,025 par seconde comme vitesse à la circonférence du cylindre, ce qui fait passer par minute une longueur de cannes de 1 mètre 50.
- L’écartement des cylindres de première pression devra être de 0,008 millim. et ceux de seconde de 0,004 millim.
- Les cylindres devront être fournis par nappes de cannes non superposées, les cannes laissant entre elles une distance d’un diamètre. Après la première pression, les cannes devront être imbibées automatiquement de 20 à 22 pour cent d’eau du poids des cannes vertes; la deuxième pression ne devra avoir lieu qu’au plus tôt une minute après l’imbibition.
- Dans ces condition, on aura approximativement, en première pression, 68 pour cent; en deuxième, 56 pourcent, et,en tenant compte de l’eau ajoutée, le rendement, en vesou normal, sera de près de 80 pour cent du poids des cannes vertes, et la bagasse sera entière et d’un bon usage.
- Données variables :
- La génératrice du cylindre devra avoir 0,30 par 10,000 lui. de cannes à sucre étêtées à travailler en vingt-quatre heures, 0,30 étant l’unité, avec un minimum de 0,90 et un maximum de 1 mètre 50 de longueur.
- L’effet utile absorbé par les deux pressions, sera ensemble de 37,5 k. m. ou demi-cheval-vapeur, par 0,30 de génératrice d enrôle à la circonférence de ces rôles, ou par 10,000 kil. de cannes travaillées en vingt-quatre heures.
- * On évitera avec le plus grand soin de mettre la bagasse en contact avec le vesou extrait. Lorsque nous parlerons des moulins, nous indiquerons les dispositions diverses à prendre.
- Nous avons pris ici pour unité 10,000 kil. de cannes à travailler en vingt-quatre heures, parce que c’est à peu près le travail normal des sucreries moyennes des colonies. Cela demande actuellement l’évaporation de 250 litres
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- d’eau à l’heure et, avec les mauvaises dispositions des fourneaux, plus de 25 m. c. de surface de chauffe. Cela demanderait avec le perfectionnement de la pression environ 375 litres d’eau à évaporer à l’heure et i5 m. c. de surface de chauffe.
- Jusqu’ici on n’a recherché, avons nous dit, aucun des éléments d’une bonne pression pour la canne à sucre. (Voir Dupuy, Annales coloniales 1843.)
- En rapprochant les cylindres à se toucher, on brisait la bagasse et on absorbait, par les résistances passives, une force considérable. Nous ne laissons pas les cylindres se toucher, nous ménageons la place de la bagasse et, par suite, sa contexture; les résistances passives ou frottements sont réduits à l’effort utilement exercé pour l’expression du jus.
- La vitesse considérable à la circonférence des cylindres empêchait le dégagement du jus et donnait des résistances énormes, que nous évitons par le ralentissement considérable de la pression. Après les expériences que l’on fera, je pense qu’on sera conduit à diminuer encore cette vitesse de 0,025 à la seconde. Au lieu d’un moulin, il en faudra peut-être deux pour une grande fabrication ; mais que cela ne soit pas un obstacle, parce que l’on pourra facilement les accoupler, sans avoir besoin ni de deux moteurs, ni de deux communications de mouvement. Du reste, que l’on songe aux vingt-sept presses hydrauliques et aux huit laminoirs de la fabrique de betteraves que nous avons cité.
- Nous allons maintenant entrer dans l’examen des moulins à cannes employés successivement aux colonies pour obtenir le jus de la canne, et nous ferons remarquer comment ils se trouvent en accord ou en désaccord avec j. principes admis par les fabricants de sucre < betteraves, et ceux supposés, faute d’expé-i, nces précises, qui doivent diriger l’établissement des moulins pour écraser les cannes.
- Etudes sur les Moulins à Cannes des Colonies et sur les Modifications à y apporter.
- On désigne aux colonies, sous le nom de moulin à cannes, l’ensemble des divers appareils qui concourent à la pression des cannes pour en exprimer le jus ou vesou.
- Ce nom, commun a des pièces qui remplissent des fonctions toutes spéciales et différentes, a
- été la cause de grandes confusions dans l’appréciation des causes, et, par suite,des remèdes qu’on cherchait à apporter à des inconvénients reconnus.
- Pendant très longtemps, et pour beaucoup encore maintenant, le moteur seul a semblé responsable de tous les résultats.
- Le Père Labat lui-même, dont généralement les observations sont si justes, a contribué, dès 1G96, à propager cette erreur considérable, qui consiste à juger de la qualité d’un moulin à cannes par la violence (c’est sa propre expression) de son moteur, parce qu’il donne plus de jus ^ l’heure.
- En 1813, alors que les utiles travaux de M. Peligot avaient, en fixant la proportion variable du vesou contenu dans la canne, 88 à 90 de vesou, 10 à 12 pour cent de ligneux donné une base plus précise à la mesure d’une bonne pression. M. Dupuy prend encore le moteur comme l’expression de l’agent principalement responsable de la pression, et il s’exprime ainsi :
- « En résumé,les roues hydrauliques donnent en vesou 61,88 pour cent; les moulins à vapeur, 60,90; les moulins à bêtes, 58,50; les moulins à vent, 56, 47. »
- Nous avons indiqué, dans l’article précédent, les éléments d’une bonne pression. Un excès de force est nuisible, parce qu’elle se manifeste par une augmentation de vitesse. Nousinsistonssur ce point, parce qu’il y a autie chose que la violence de la pression qui influe sur la quantité proportionnelle de jus qu’on obtient ; parce que c’est une erreur très accréditée et très funeste pour le prix et la force des moulins à cannes, comme pour leur bon emploi. Nous y reviendrons dans la suite de ces études, relativement à l’outil-machine. Nous allons entrer dans de nombreux détails pour ramener la question à ses principes, pour faire attribuer à chaque partie du moulin le résultat qui lui est propre, et mettre la pratique en accord avec les progrès de la science mécanique en Europe.
- Chacun parle du progrès des sciences mécaniques, chacun même le reconnaît dans la machine de son voisin , mais bien peu se rendent compte que ce n’est pas un décor qui frappe les yeux, mais que c’est surtout un résultat de l’application d’un principe ignoré jusqu’ici, résultat matériel, effectif, sensible;
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- que c’est ce principe qu’il faut appliquer sans même changer les formes extérieures de la machine, ce qui est souvent possible, tandis que trop souvent on fait l’inverse, on change la machine et ou n’applique pas le principe, et c’est ce qui s’est fait aux colonies, comme nous le verrons dans la suite de cette étude, relativement à la vitesse de la machine-outil.
- Ce qu'est toute machine. —Une machine est une organisation mécanique, matérielle, destinée à aider au travail de l’homme, souvent à le remplacer ; comme toute organisation, elle se règle d'après des principes qu’il est indispensable de connaître pour ne pas tomber dans une obscurité ruineuse lorsqu’on est obligé d’employer des machines.
- Les machines les plus compliquées se subdivisent en machines simples.
- Organes d’une machine. — Toute machine simple comprend trois organes indispensables, et un organe accessoire souvent indispensable et des outils accessoires.
- Les organes indispensables sont :
- Le moteur. — Le moteur. Son nom indique qu’il est la force, la puissance qui règle en quantité le produit ; plus le moteur est puissant, plus il exécute de travail; c’est là sa fonction, il n’a aucune espèce d’action sur la perfection du travail auquel il sacrifie sa force. Il est solidaire de la longueur de génératrice des cylindres de l'outil.
- L’outil. — La machine-outil. C’est lui qui exécute le travail, c’est de son action que dépend la qualité du travail, et l’on peut affirmer que jamais aux colonies on 11e s’est occupé des causes variées qui pouvaient avoir un bon ou mauvais résultat sur son travail.
- Diamètre des cylindres, vitesse de développement de leur surface, travail par suite de développement de génératrice, proportion du jus par diverses pressions par centimètre carré de contact, etc., jamais cela u’a été examiné, on ne trouve absolument aucune trace d'obser-timis à ce sujet.
- Toujours toul a ,animé la lb.ee du moteur; on sen-ait .\s ey'i aire- j isqu’à casser les pivots sous l’etfort aceum le la roue hydraulique formant, par le poids de sa couronne, son grand diamètre et sa vitesse un volant puissant, et de là ou concluait à l'effort puissant qu’exigeait la canne pour laisser échapper son jus.
- La machine-outil sera donc l’objet de toute notre attention.
- De la communication de mouvement.— La communication de mouvement. Ce nom exprime bien une partie de l’action de cet organe. Elle réunit, mais aussi doit séparer à volonté le moteur de l’outil. Cette séparation facultative du moteur de l’outil a été une îles recherches constantes, mais infructueuses, du Père Labat. Il comprenait l’importance de pouvoir arrêter instantanément l’outil, mais il cherchait à agir sur le moteur, et, bien qu’il détourna le vent ou l’eau du moteur, les ailes du moulin, comme la roue hydraulique, avaient une vitesse acquise qui se continuait encore un moment, malgré les coins qu’on cherchait à mettre entre les cylindres et qui ne servaient qu’à les faire rompre.
- L’emploi de l’embrayage est une de ces idées simples qui sont maintenant dans le domaine commun et pratique de la science, et est un exemple de la facilité avec laquelle on obtient une connaissance par la simple vue d’une machine, connaissance que l’intelligence hors ligne du Père Labat a été stérile à trouver.
- Mais, outre cette action instantanée de réunion et de séparation du moteur avec l’outil, qui est une des fonctions de la communication de mouvement, il en est une autre complètement ignorée aux colonies et non moins importante cependant, c’est celle qui doit maintenir le moteur, d’une part, et l’outil, de l’autre, chacun dans les conditions de leur maximum d’effet utile, dans leurs conditions relatives de vitesse. Pouvait-on s’en occuper, lorsqu’on ignorait les conditions du maximum d’effet utile du moteur et de l’outil, lorsqu’on semble ne pas se douter de l’influence de la vitesse sur ce résultat?
- Ainsi, aux colonies, on n’a jamais compris l’action mécanique de la communication de mouvement. On n’a appliqué que son action de réunir deux organes séparés.
- Du volantL’organe accessoire est le volant.
- Le volant sert à régulariser les vitesses du imueur ou de l’outil, lorsque l’un ou l’autre, ou tous deux, sont soumis à des conditions foi tuiles de changement de vitesse ; c’est bien le cas de cet outil dont le chargement de cannes et, par suite, la insistance est irrégulière. Le volant accumule une certaine quantité de forces, qu’il restitue lorsqu’il en est besoin. Ce
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- n’est pas un résultat à discuter, il est parfaitement connu et appliqué, sans exception, à toutes les machines à vapeur.
- Les vitesses trop grandes, nuisibles pour l’effet utile des roues hydrauliques aux colonies, leur procuraient, par une faible compensation, l’avantage de former volant pour le moulin et ont été cause surtout de l’appréciation qu’on a fait de la supériorité de ces moteurs sur les autres aux colonies.
- On ne vend pas de moteur à vapeur sans volant, et c'est aussi son action régularisatrice qui fait apprécier ces moulins.
- Les machines accessoires sont les embrayages, les freins, les toiles sans fin, les doubleu-ses, etc.
- Ainsi, il ne faut pas le perdre un instant de vue, chacun des organes d’une machine a une fonction distincte, spéciale, et il ne faut demander à chacun que ce qu’il doit accomplir ; généralement, dans les machines bien entendues, non-seulement ces organes se distinguent parfaitement les uns des autres, mais ils ont entre eux des dispositions qui permettent, à l’aide d’embrayages automatiques à coins agissant sur les mâchoires de ces embrayages, de les isoler les uns des autres.
- Chacun de ces organes est une machine spéciale avec son bâti et sa mobilité, ce qui est fort important pour la facilité du montage.
- Après cet aperçu général des organes d’une machine, sans prétendre faire un cours de mécanique, pour lequel nous renvoyons à l’aide-mémoire de mécanique pratique du général Morin, nous allons entrer dans quelques détails relativement aux fonctions de chacun de ces organes dans les moulins à cannes.
- Du moteur. — Nous avons dit que le moteur était le régulateur du travail, non en qualité sur laquelle son influence est indirecte, mais en quantité sur laquelle son influence est directe.
- Tout moteur est une force de la nature que l’homme, suivant la volonté de Dieu, emploie à la satisfaction de ses besoins.
- Ces forces ont existé de tout temps, mais l’homme n’a su les employer comme moteur que successivement.
- D’abord, les animaux ont commencé à porter l’homme avant de le conduire sur un char et ont servi d’engins de guerre que remplacent, avec une grande supériorité, les canons Krup,
- etc., mais qui ont encore leur utilité de guerre, comme l’atteste la charge légendaire des cuirassiers de Reicholfen, avant de servir à l’industrie.
- Puis lèvent a servi à enfler les voiles qui poussaient les navires sur l’onde, avant de faire mouvoir les meules et d’être utilisé pour la nutrition de l’homine, etc.
- Puis, l’eau a manifesté sa puissance par ses ravages, avant que l’homme eut songé à dominer cette force en la dirigeant, et à pratiquer cette vérité éternelle : « L’homme ne domine la nature qu’en obéissant à ses lois. »
- E:i 1696, ces trois moteurs : les animaux, le vent et l’eau étaient connus aux colonies, nous dit le Père Labat.
- Ils étaient même, pour le premier, les animaux, employés dans des conditions plus régulières qu’aujourd’hui; les bœufs marchaient à leur allure naturelle, le pas; et, quelquefois, on faisait agir les animaux par leur poids, ce qui est la perfection de ce mode de moteur; tandis qu’aujourd’hui, pour augmenter la vitesse des moulins, on remplace les bœufs par les mulets, que l’on fait marcher à une allure qui diminue beaucoup leur maximum d’effet utile, le trot ; et l’on ne peut citer un exemple de l’emploi des animaux agissant, môme d’une manière défectueuse, par leur poids.
- Les deux autres moteurs sont employés en 1877 comme ils l’étaient en 1696, et, cependant, il y a eu d’énormes progrès dans leur application qui n’ont point pénétré aux colonies.
- Les progrès de l’emploi du vent consistent dans des facilités d’orientation et de disposition des voiles, dans les orientations automatiques sans le secours de l’homme. La variation d’intensité des vents ne permet pas d’en faire un moteur unique, mais ce serait un moteur très utile accidentellement, que l’absence de toute connaissance à ce sujet fait négliger là où l’on reconnaît que l’action des vents est trop intermittente.
- L’ignorance complète des principes récemment (1835) connus de l’emploi de l’eau a des conséquences beaucoup plus graves et fait négliger ce moteur dans des circonstances dans lesquelles il produirait un excelient effet économique. Si l’on étudie avec soin les renseignements donnés en 1696 par le Père Labat, qui est le seul qui ait parlé de ces moteurs aux
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- colonies, on reconnaîtra qu’il n’en a parlé réellement que par intuition et qu’il est étranger et en opposition même avec toutes )es règles indiquées depuis par la science expérimentale.
- Les moteurs hydrauliques aux colonies sont doncétablissuivantlesprincipes du Père Lobat (1696),et nous n’hésitons pas à dire, par les expériences directes que nous avons faites, qu’il n’y a pas aux colonies un moteur hydraulique qui produise en effet utile 28 pour cent du travail absolu du moteur, et qui bien établi etbien mené ne double au minimum soneffet utile. '
- D’après le Père Labat, on ne peut établir des moteurs hydrauliques qu’à augets d’un diamètre de 8 ou 10 mètres, et on doit les estimer d’autant plus que leur vitesse est plus grande. L’eau, pour acquérir, au sortir du coursier, sans charge, la vitesse de la circonférence de la roue, ne peut l’atteindre qu’à un tiers au-dessous de l’extrémité supérieure de son diamètre, et elle commence à être rejetée par la force centrifuge à un tiers de l’extrémité inférieure de son diamètre; on perd donc deux tiers de sa hauteur. En outre, le coursier est très mal disposé, et les augets trop petits pour l’eau à recevoir. Toutes ces roues ont 33 centimètres entre les joues et 33 centimètres de hauteur de joues, et sont pareilles, d’un modèle uniforme.
- 11 serait très facile d’améliorer ce genre de moteur, si économique, en se servant des ingénieurs de l’Etat, comme cela se fait en France, dans les départements, pour mesurer le travail absolu du moteur par le calcul, et, l’effet utile, sur les différents arbres que l’on veut étudier par le frein dynamique qui, a été perfectionné dans ces derniers temps et est peu coûteux.
- Cela, utiliserait ces hommes d’élite pour le progrès de la science et cela leur donnerait une occupation non moins intelligente que productive sous tous les rapports; enfin leur intervention lèverait des méfiances, trop souvent justifiées, contre le progrès.
- Depuis les ouvrages du Père Labat, 1696, et vers 1820, on a eu connaissance d’un nouveau moteur, le feu, d’abord utilisé dans les pompes à feu, puis dans les machines à vapeur.
- Aux colonies, le désir des mécaniciens de placer leurs produits a été un obstacle réel au progrès des autres moteurs.
- La vapeur offre certainement des conditions avantageuses pour l’établissement d’un moteur, mais là où d’autres moteurs sont tout établis, ede ne peut devenir la cause de leur abandon.
- Outre les promesses exagérées des mécaniciens, une cause indirecte est venue décrier les autres moteurs, comme l’emploi des roues hydrauliques avait, par une cause indirecte, faitr énoncer à l’emploi du vent et des animaux.
- Cette cause, c’est l’organe accessoire dont elles sont, sans aucune exception, accompagnées, c’est le volanl.
- Nous verrons, en parlant de ce dernier, le rôle considérable qu’il joue dans le travail d’écrasement des cannes, et comment les roues hydrauliques, bien que non munies de volant, bénéficient, par compensation des défauts de leur vitesse, bien que sans avantage pour leur effet utile, des qualités d’une machine munie d’un volant.
- La valeur des moteurs, comme de tout objet de consommation, a diminué et s’est régularisée, en raison de leur nombre et de la concurrence. Maintenant, pour toute personne qui est un peu au courant de l’industrie, leur valeur est proportionnelle à leur force et au prix de revient de leur emploi.
- Ce prix de revient ne comporte pas seulement leur consommation, mais encore la rareté du personnel nécessaire pour les bien diriger et les entretenir, et, sous ce rapport seulement, les colonies sont dans des conditions très défavorables pour l’emploi des machines à vapeur comme moteur, comparées à la France. Elles pourraient facilement améliorer leur personnel, en le formant dans leur propre population.
- Dans ces conditions, le choix du moteur est une question d’administration économique et de facilité d’application.
- La vapeur offre certainement de très grands avantages dans son application, mais il ne s’en suit pas qu’il faille négliger les autres moteurs dont on peut disposer, soit isolément, soit associés entre eux ou à la vapeur même, ce qui se peut toujours, comme nous le verrons dans l’article qui traite des communications de mouvement.
- Toute industrie qui emploie un moteur doit le faire apprécier par le frein dynamique, et connaître :
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- 1» Son effet utile comparé au travail absolu du moteur;
- 2° Son travail absolu en kilogrammètres.
- Pas un moteur en France n’est vendu sans ces renseignements. Pour la machine à vapeur, cela se résume par ces mots : « Machine de tant de chevaux, marchant à tant d’atmosphères et brûlant tant de kilos de charbon ordinaire à l’heure. » Mais il en doit être de même pour tout autre moteur, comme on apprécie pour les roues hydrauliques, à moteur hydraulique utilisant tant de travail en effet utile, dans la proportion de 62 à 70 pour cent du travail absolu du moteur, qui est de tant de chevaux de 75 kilogrammètres.
- En France, ce sont les ingénieurs de l’Etat qui contrôlent les mécaniciens, et ce serait un très grand service que l’administration coloniale rendrait à l’industrie et aux propriétaires que de les autoriser à employer le même personnel pour contrôler les livraisons et les promesses des mécaniciens; le matériel de ce contrôle serait la propriété de chaque colonie. Par ce moyen, d’une pratique facile et précise, on aurait les conditions les plus indispensables à connaître pour avancer sûrement dans la question du progrès mécanique, autant pour le moteur que pour tous les autres organes des machines.
- Le moteur est un organe spécial qui doit être placé dans les conditions les plus favorables pour produire son maximum d’effet utile. L’effet utile de tout moteur doit toujours être déterminé à l’aide du frein dynamique, et rester garanti.
- Cet effet utile représente un produit dont la formule est P.et Y., dans lequel P.est l’expression du poids que soulèverait cette machine pendant une seconde, et Y. l’expression de la vitesse ou du chemin en hauteur, de l’élévation à laquelle la machine monterait ce poids pendant la même seconde.
- Les facteurs P. et Y. ont dans tout moteur des conditions dans lesquelles ils donnent le produit le plus considérable. Ces conditions sont celles que l’on entend par conditions de maximum d’effet utile. Il est important de les appliquer.
- Les règles de la mécanique indiquent les moyens d’appliquer les c nditions du maximum d’effet utile.
- Elles ne peuvent être devinées; il est donc
- indispensable ou de les apprendre, ou de s’adresser aux personnes qui les connaissent pour les appliquer.
- Aucune de ces règles n’est appliquée aux moteurs des colonies, à l’exception de celles relatives à la vapeur comme moteur, parce que le moteur comme l’appareil qui l’utilise, arrivent tous faits de chez le mécanicien.
- On peut appliquer ces règles partiellement, ou totalement , aux moteurs dont on dispose, sans être forcé de changer complètement l’organe moteur ni aucun autre des organes du moulin à cannes.
- Communication de mouvement. — La communication de mouvement est l’organe de jonction du moteur à l’outil, de transmission de la force motrice.
- La communication de mouvement est, comme le moteur un organe spécial, indépendant et qui ne remplit ses fonctions, dans une machine bien ordonnée, que suivant la volonté de l’homme. Elle doit être disposée de façon à ce qu’à l’aide d’embrayage ou de courroies, elle puisse, soit relier le moteur à l’outil, soit les séparer l’un de l’autre. Cette disposition, quoique souvent négligée, est indispensable pour bien juger de l’action et de l’effet utile de chaque organe pour en être le régulateur.
- Outrecesconditions de jonction et de sépara-
- tion du moteur avec l’outil, il est une autre condition non moins importante de la communication de mouvement, et complètement inconnue aux colonies, c’est celle qui a pour but de maintenir le moteur d’un part, l’outi1 de l'autre, dans les conditions de leur maximum d’effet utile pour chacun.
- Le Père Labat, qui est le seul qui ait écrit sur ces questions aux colonies, n’a vu, dans la communication de mouvement, que le moyen de réunir l’outil au moteur, le mouvement de l’arbre horizontal de la roue hydraulique avec le mouvement de l’arbre vertical de l’outil, lorsqu’on a substitué cet outil à l’outil horizontal, qui auparavant était mû directement par la roue hydraulique.
- Nous dirons, en parlant de l’outil, pourquoi a eu lieu ce changement.
- Toutes ses observations à ce sujet montrent que son unique préoccupation était de faire cette jonction, sans nuire au travail des nègres approchant les cannes et à celui de ceux qui les engageaient entre les cylindres, et c’est
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- ce seul motif qui a déterminé le diamètre du ba-lancier et celui du rouet,qui sont les roues qui accomplissent la communication de mouvement.
- Non-seulement on ne connaissait pas les vitesses correspondantes au maximum d’effet utile du moteur et de l’outil; mais, en outre, tout ce qui se rapporte aux moulins à cannes montre qu’on ne soupçonnait pas l’influence de la vitesse dans un travail, et surtout eu égard à la contexture du végétal travaillé.
- Si donc les moulins à cannes verticaux, mus par des roues hydrauliques à gaudets, ont eu un mouvement ralenti très favorable à leur action, c’est la disposition du bâti du moulin qui en est la seule cause, et jamais, même maintenant (1877), les mécaniciens les plus renommés ne se sont rendus compte de l’influence des vitesses sur les pressions; ils ont continué les mêmes vitesses aux outils. Ils ont fait tourner les cylindres à trois tours par minutes, comme du temps du Père Labat. Un autre motif s’opposait à ce qu’il en fut autrement si l’on n’en comprenait toute l’importance; c’est que le ralentissement des cylindres diminuait l’abondance du jus obtenu à l’heure, et, pour remédier à cette diminution qui réagissait sur toute la fabrication, il fallait ou allonger beaucoup les génératrices des cylindres, ce qui n’étaitpossible utilement que pour les cylindres horizontaux, ou établir plusieurs outils-moulins sur un même moteur, ce qui ne s’était jamais fait et ne s’est pas encore fait.
- Ainsi les observations du Père Labat à ce sujet, comme les résultats actuels de la pression, prouvent que la vitesse à la circonférence des cylindres des moulins à cannes sont restées les mêmes, et que l’on ne s’est jamais occupé des vitesses et des maximum d’elfet utile du moteur et du moulin.
- Les communications de mouvement peuvent être ou rigides et à engrenages, comme du temps du Père Labat et comme maintenant, ou à chaînes, ou courroies, ou câbles non rigides, comme on les fait beaucoup maintenant en France. L’emploi des courroies, etc., est fort ancien,mais ce qui les a beaucoup généralisées, c’est leur emploi avec rouleau de tension, qui leur enlève les inconvénients d’efforts indéterminés qu’elles exerçaient sur les arbres des poulies. Le rouleau de tension détermine à volonté, et d’une manière précise, l'effort exercé sur ces arbres.
- Pour maintenir les vitesses réciproques à conserver, il suffit d’avoir les diamètres des poulies en proportion inverse de ces vitesses.
- Cette question est facile à résoudre, mais elle est à joindre à celle des moteurs pour être dirigée ou au moins vérifiée par les ingénieurs de l’Etat aux colonies. Les communications de mouvement actuelles peuvent très facilement être disposées de manière à modifier les vitesses qui, à peu près toutes, ont besoin d’être ralenties.
- Nous ne pouvons terminer cette étude relative aux communications de mouvement, sans parler de dispositions assez communes en France depuis l’Exposition de 1833, et entièrement inconnues aux colonies où cette application peut rendre de grands services.
- Nous voulons parler de la réunion de plusieurs moteurs sur une même communication de mouvement pour commander un même outil, et aussi des communications de mouvement à grandes distances par des câbles ou des chaînes.
- La réunion de plusieurs moteurs sur une même communication de mouvement a pour but de suppléer à l’insuffisance d’un moteur comme force à l'aide d’un autre moteur. L’eau, par exemple, pendant le temps sec, peut être insuffisante pour le travail ; on se sert de l’eau que l’on a, et on ajoute sur la communication de mouvement la force prise d’une machine à vapeur; mais celle-ci,qui consomme du charbon, en consommera d’autant moins qu’elle aura moins de force à joindre à celle que donnerait le moteur hydraulique.
- Le maintien des vitesses respectives dépend dant des diamètres relatifs des roues, on comprend qu’il suffit de mettre sur l’arbre de la communication de mouvement des poulies, correspondant chacune avec les vitesses réciproques de chaque moteur et de l’outil, pour maintenir, par cet arbre intermédiaire, les vitesses de maximum d’effet des moteurs et de l’outil ; il en serait de même pour un plus grand nombre de moteurs agissant sur un même outil. Cette disposition n’a absolument de nouveau que son application, car depuis longtemps l’on a l'exemple de la disposition symétrique, mais inverse : un seul moteur conduisant avec un seul arbre des outils de vitesses très différentes.
- Les communications de mouvement à grain»
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- des distances ne sont elles-mêmes que l’application des communications de mouvement rapprochées, à l’aide de câbles, etc.; mais cette nouveauté étonne aussi un peu, cela n’a cependant absolument rien de douteux comme résultat. Nous en avons nous-même fait l’application pour une force de quatre chevaux, distante de cinq cents mètres de l’outil ; il n’y avait qu’une poulie de support au milieu. Mais l’exemple le plus curieux est celui que cite Figuier dans son annuaire 1875 des Découvertes de la Science. C’est l’utilisation de la chute du Rhône : Cinq à six mille litres d’eau par seconde, avec une chute variable de onze à treize mètres, à l’aide de turbines rendant 70 pour cent d’effet utile, et la transmission de cette force énorme par des câbles sur le plateau de Bellegarde et d’Arbol, à plus de quatre mille mètres, pour être ensuite répartie .entre diverses industries.
- Tels sont les différents renseignements qu’il nous a paru indispensables de porter dans ces études à la connaissance des colonies, en ce qui concerne les communications ou transmissions de la force motrice à l’outil. Tout insuffisants qu’ils soient, ils nous paraissent devoir appeler suffisamment l’attention des créoles pour que chacun cherche les moyens de les compléter et surtout de les pratiquer.
- Résumé. — Les communications de mouvement doivent remplir deux conditions importantes et indispensables dans une bonne machine : 1° Réunir et séparer à volonté et facilement l’outil au moteur; 2° maintenir les vitesses du moteur et de l’outil, chacun dans les conditions du maximun d’effet utile de ces organes.
- Ce serait certainement le moment de parler de l’outil proprement dit, ou moulin à cannes; mais cette étude devant être assez longue, nous la laisserons pour la taire seule, et nous allons continuer l’étude de l’organe accessoire et des outils accessoires.
- Organe accessoire. — Volant. — Nous appelons organe accessoire le volant, parce qu’il n’est pas nécessaire pour toutes les machines, et que là où il est nécessaire il n’est pas tout-à-fait indispensable, comme cela se manifeste dans l’emploi des moteurs aux colonies, où les moteurs à vapeur sont les seuls qui aient des volants, tandis que tous devraient en avoir.
- Le volant est nécessaire pour toutes les ma-
- chines, dont le moteur aurait sans lui une action irrégulière, comme la vapeur, ou les roues hydrauliques sans vannages , ou les moulins à vent et à bêtes, ou dont l’outil est irrégulièrement fourni comme les moulins à cannes, ou encore dont le moteur et l’outil sont tous deux irrégulièrement alimentés.
- Le volant a pour effet d'absorber une certaine force à son profit,de l’emmagasiner pour la restituer au besoin.
- Le volant forme, à lui seul, une petite machine, que l’on met généralement en communication avec la communication de mouvement du moteur à l’outil principal,à l’aide d’une courroie ou d’une corde tendue par un rouleau de tension à lévier, en sorte qu’en levant le rouleau de tension il n’y a plus de communication entre le volant, le moteur et l’outil.
- Le poids et la vitesse du volant sont le résultat d’un calcul dans lequel entre la force du moteur, la vitesse de l’outil, etc.; c’est encore pour l’industriel une question d’ingénieur. Il doit tenir seulement à ce que le volant puisse très facilement se séparer de la machine.
- Nous avons dit que ce qui a donné comme moteur aux roues hydrauliques une supériorité considérable sur les autres moteurs aux colonies, avant l’emploi de la vapeur, c’est que ces roues tonnaient volant pour le moulin; en effet, leur grand diamètre, le poids de leur couronne et leur vitesse considérable, six à sept mètres à la seconde, en faisaient de véritables volants, de telle sorte que l’irrégularité du chargement n’avait aucune influence sur la régularité de leur mouvement. Quand l’eau n’était pas en grand excès, que la roue diminuait de vitesse et ne formait plus volant, le moulin s’arrêtait aussitôt que la charge formait coin entre les rôles. L’addition du volant, dans ces conditions d’eau, au moulin en eut fait cependant un excellent instrument; dans tous les cas, l’addition d’un volant est toujours nécessaire pour les moulins à cannes, parce que les conditions de maximum d’effet d’une roue hydraulique de grand diamètre (8 à 10 mètres) sont qu’elle tourne lentement à une vitesse maximun de un à deux mèlres par seconde à la circonférence, au lieu de six à sept mètres. Le volant n’est pas moins nécessaire à tous les moteurs d’un moulin à cannes, parce que le chargement ne peut, quoi qu’on fasse, être jamais complètement régulier.
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- C’est le volant des machines à vapeur qui donne à l’outil même, pour écraser les cannes indirectement, les avantages qu’on leur reconnaît.
- Tel est le rôle du volant et, par suite, sa nécessité pour un bon moulin à cannes.
- Nous ajoutons que, connaissant les vitesses de maximum d’effet du moteur et de l’outil, et de l’arbre de communication de mouvement, on peut très facilement, sans changer ni l’un ni l’autre, faire faire et monter à part un volant avec ses engrenages pour l’adapter ensuite à l’appareil dont on dispose, à l’aide d’une courroie et d’un rouleau de tension.
- Il est bien entendu que pour charger l’outil, il est indispensable que le volant ait pris un peu de sa vitesse; c’est ce commencement de travail improductif qui forme la première réserve du volant.
- Résumé. — Le volant est indispensable pour toute machine dont la force ou la résistance ne sont pas régulières; il sert à régulariser l’action du moteur comme celle de l’outil. Retirez momentanément le volant d’une machine à vapeur, et vous aurez, en faisant travailler la machine et son outil, une idée du trouble que son absence apporte dans le travail ; ce trouble n’est pas moindre pour les autres moteurs; seulement l’habitude de leur marche et l’ignorance de la cause de celte marche défectueuse a fait négliger de rechercher les causes d’un effetqu’on regardait comme naturel et normal.
- Outils accessoires.—Nous entendons, par cette expression d’outils accessoires, les divers outils que fait mouvoir le moteur,pour concourir indirectement au travail de l’écrasement de la canne.
- Des toiles sans fin que ferait mouvoir le moteur pour le chargement, pour le transport de la bagasse de la première à la deuxième pression, pour l’enlèvement de la bagasse après la deuxième pression, seraient des outils accessoires. Dans les moulins à cannes que nous connaissons, il n’y a qu’un outil accessoire, et encore le moteur n’agit pas directement sur lui ; c’est la dou-bleuse qui reçoit les cannes après la première pression et les lait s’engager pour la deuxième pression. Cet outil accessoire, qui a pour but d’économiser la main-d’œuvre, a, par suite de la disposition des rôles, un grand inconvénient ; sa forme creuse, nécessaire pour diri-
- ger la canne, retient le vesou qui coule du cylindre supérieur, et, par conséquent, en empreigne à leur passage les cannes pressées une première fois. Si Ton conserve cette disposition défectueuse des cylindres, il sera nécessaire de remplacer la doubleuse d’un seul morceau, creuse, par deux rouleaux en bois recouverts de cuivre, qui dirigeront la canne sans retenir le vesou et seront conduits par le moteur.
- Dans un moulin bien fait, on derait avoir encore, comme outil accessoire, un lrein pour arrêter ou ralentir à volonté le moteur et l’outil, des embrayages pour séparer à volonté les divers organes de la machine,des distributeurs d’eau pour mouiller la bagasse des nettoyeurs pour empêcher le vesou de séjourner sur les cylindres, où il se détériore autant que dans les bacs, et pour le séparer des déchets de bagasse qu’il contient, en le filtrant sur du sable de carbonate de chaux, qu’agiterait un excentrique, etc.
- Ces outils-accessoires peuvent être très simples, peu coûteux, employer peu de force motrice en se servant de pressions à levier ou à ressort à boudins, et diminuer la main-d’œuvre en régularisant les services faits par les hommes.
- Résumé.— Les moulins à cannes actuels n’ont qu’un outil accessoire, la doubleuse, dont le travail est très défectueux. On devrait le modifier et en ajouter d’autres pour diminuer la main-d’œuvre,faciliter et activer la fabrication
- Le Moulin à Cannes proprement dit.
- Les applications de la science mécanique aux outils ont été pendant très longtemps, en France même, le résultat d’une pratique empirique; nous trouvons donc aux colonies fort peu de traditions à consulter, ce qui nous oblige à une étude complète de ce sujet.
- L’outil, avons-nous dit antérieurement, est l’organe du moulin à cannes qui exécute le travail qu’on se propose d’accomplir. C’est de lui que dépend la qualité de ce travail. On doit donc rechercher avec beaucoup de soin les principes qui servent à le diriger, après en avoir déterminé le but.
- Le but, c’est d’obtenir en vesou la plus forte proportion possible du poids des cannes, c’est de travailler par vingt-quatre heures toutes les cannes nécessaires pour fournir à l’évaporation
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- que l’on peut obtenir, etqui est le point de départ du travail.
- Le contrôle, c’est de peser les cannes fraîches, les bagasses vertes et le vesou qui en forment les parties, et de retrouver l’égalité du poids des cannes fraîches.
- L’outil pour l’écrasement des cannes n’a jamais été l’objet de cette nature d’études. Nous verrons qu’il a été établi, en premier lieu, par imitation, et modifié, sauf la première fois (1660), par des considérations, plus de copies, plus de quantité et de main-d’œuvre, que de bonne pression, et par empirisme.
- Nous allons donc examiner la succession des outils qui ont été successivement employés pour extraire le vesou de la canne à sucre, montrer leurs défauts et les comparer aux conditions que nous avons indiquées précédemment comme types d’un bon outil pour cette nature du travail.
- En 1840 seulement, des expériences faites avec beaucoup de soin apprirent que la canne, en bonne maturité, et telle qu’on la portait pour être écrasée, se composait de 88 à 90 de vesou, de 12 à 10 de ligneux nommé ba-gasse.
- Le Père Labat nous a fait connaître que les premiers moulins dont on se servit aux colonies, aussitôt après la conquête, vers 1650, étaient semblables fi ceux que les colonisateurs avaient vu employer en Europe, pour extraire l’huile des olives et des noix, le jus des raisins et des pommes.
- Ces premiers moulins furent donc une copie de ceux d’Europe.
- Le moteur était un cheval ou un bœuf, dont letravail absolu est représenté par PV=75 k. m.; l’cftet utile un peu moins, 68 kil. La communication de mouvement était une tige rigide en bois, assujettie d'un côté ù un collier tournant autour de l’axe d’un manège de 5 à 6 mètres de diamètre; cette tige passant librement ù travers le centre d’une meule circulaire de 1 mètre 83 de diamètre, placée sur champ et recevant, à l’autre extrémité, le joug que portait le bœuf. L’outil était la meule ; elle avait 33 centimètres d’épaisseur et pesait 2,500 kil.; elle était placée entre le centre et la circonférence du manège, et se développait sur une couronne de pierre en forme d’auget, avec une vitesse approximative de 25 centimètres par seconde. Les cannes étaient placées en
- lame d’une seule canne d’épaisseur et dans la direction du mouvement de la meule.
- Le moteur, en s’avançant, faisait développer la meule qui,par son poids,écrasait les cannes et faisait couler le vesou sur une pente qui le dirigeait vers un bac.
- La surface d’écrasement était d’environ 0,33 X0,09,soit 0,0297 centimètres carrés,en sorte que
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- la pression par centi mètre carré était de--en-
- 297
- viron 8 kil. 7. On le voit, la vitesse était dix fois supérieure à celle proposée, qui est 0,025 millimètres par seconde. Le service du moulin était difficile,parce qu’il fallait traverser la piste et passer sous la communication de mouvement pour charger et décharger les cannes, le poids assez lourd, mais sans fixité,et enfin la contexture spongieuse de la canne, restée en contact avec le jus,permettait qu’elle en réabsorba une partie avant qu’on put l’enlever. Tous ces inconvénients ou étaient moins importants, ou n’existaient pas pour l’olive et le raisin, etc.
- Ces outils ne pouvaient rendre plus de 35 pour cent en jus et plus de 100 litres à l’heure.
- Pour obvier fi ces inconvénients et fi cette lenteur, on eut recours fi une autre forme de moulin. Quoique le laminoir ait quelque rapport avec la meule, on ne doit pas moins considérer ce changement comme une invention des plus productives parmi celles qui ont été faites pour cet outil.
- Dans le premier moulin, le moteur marchait sur une piste fixe et entraînait la meule dans son mouvement ; dans celui-ci, c’est la piste «lui fuit sous les pas de l’animal et c’est l’axe de cette piste qui met en mouvement le moulin.
- Pour qui n’a pas vu ce genre de moteur, l’animal agissant par son poids, cela a besoin d’explications.
- On se sert d’une grande roue de 6 fi 8 mètres de diamètre et de 1 mètre 20 de largeur; on place l’animal au bas de la roue comme sur un plancher mobile; fi mesure qu’il veut avancer, son poids fait tourner la roue; il produit un travail absolu égal fi son poids multiplié par la vitesse de son pas; dans le cas d’un bœuf, c’est au moins 150 k. m.
- C’est certainement là, il faut le dire en passant, le mode le plus parfait de l’emploi des animaux comme moteur. En France, on ne
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- l’emploie guère que pour de petits travaux, avec les chiens; en Allemagne et en Pologne, on l’emploie beaucoup plus souvent avec plusieurs chevaux ou bœufs. Dans ces circonstances, ce mode d’emploi des bœufs est motivé par l’ignorance ou l’on était des communications de mouvements brisés.
- La roue, en tournant, fait tourner son axe, etcet axepassedans le cylindre supérieur d’un laminoir en fonte à deux cylindres horizontaux; ces deux cylindres avaient 60 centimètres de diamètre, cette dimension leur est restée ; its portaient des engrenages qui les faisaient marcher en sens inverse.
- Un seul bœuf,comme pour l’autremoulin,peu lourd, fournissait certainement, en allant à la même vitesse près du double de force, 105 kilo-grammêtres d'effet utile.
- Le diamètre du cylindre, 60 centimètres, était plus petit que celui de la meule, et ne faisant qu’un tour en 50 secondes, n’avait plus qu’une vitesse de 37 millimètres par seconde, ce qui approchait de la vitesse proposée et développait à la circonférence un effort de 105,000
- -------= 2,842 kiI., de peu supérieur au poids
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- de la meule, mais fixé par une charge sur les tourillons et fonctionnant en laminoir ; la canne s’engageait et se dégageait facilement sur une longueur de génératrice de 70 centimètres, et n’était plus en contact avec le vesou. La surface de pression était de 0,70 X 0,05 = 350 centimètres carrés, et le poids sur chaque 2,842
- centimètre carré était de-----= 8 lui. Mais
- 350
- le cylindre supérieur, soumis à tout l’effort de résistance, exerçait sur les tourillons un frottement très considérable, qui ralentissait et arrêtait le moulin; sesoscillations bousculaient l’animal, qui devenait furieux, et quoique cet outil rendit 40 pour cent du poids des cannes par l’effet du laminage lent, et 150 litres à l’heure à cause de la longueur de génératrice fournie, on chercha à éviter les inconvénients qu’on lui reconnaissait.
- Ces défectuosités avaient pour causes : le passage de commande rigide de la communication de mouvement à travers le cylindie supérieur, au lieu de la faire passer à travers le cylindre inférieur qui ne subit pas d’oscilla-
- tions; et l’absence de volant pour régulariser le mouvement.
- Ces motifs firent abandonner cet outil, qui était cependant un progrès considérable. Mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que la routine a fait persévérer, pour les moulins horizontaux nouveaux, à faire conduire le cylindre supérieur par le moteur ; l’inconvenient est moins apparent, parce que la communication est brisée, est en deux pièces, et que le moteur a un volant ou forme volant ; mais cet inconvénient n’en existe pas moins et est cause de frottements énormes et souvent du brisement des moulins, par suite des obstacles fixes et absolus que l’on met au soulèvement du cylindre supérieur, lequel supporte le double effort de la pression des cannes et de celle des bagasses. En mettant la commande sur le cylindre inférieur, on éviterait ces difficultés et ces frottements.
- On remplaça donc le moulin horizontal à deux cylindres avec le moteur agissant par son poids, par un outil à trois cylindres placés verticalement et agissant toujours en laminoirs, conduit par des animaux tournant autour d’un manège, comme pour la meule. Ainsi, faute de distinguer la véritable action de chaque organe d’une machine, on agit sur le moteur comme sur l’outil, tandis qu’il n’y avaitqu’une très petite modification à apporter à l’outil : mettre la commande sur le cylindre qui ne peut se déplacer, et ajouter un volant.
- La situation du cylindre du milieu dans le nouveau moulin, maintenu en équilibre par les deux pressions latérales qu’il supporte, lui donnèrent plus de fixité. Ces outils sontencore, en 1877, les seuls qu’on emploie lorsqu’on n’a pas de moulins horizontaux nouveaux. Ils datent, avec très peu de modifications, de 1665. (Père Dutertre.)
- L’outil avait pour moteur deux bœufs attelés quatre heures par vingt-quatre heures ; on les attelait tous deux sur le même bras.
- Le Père Labat signale l’inconvénient de ce mode d’attelage, qui détruit le parallélisme des axes en faisant pencher le cylindre du côté de l’attelage ; il recommande de mettre deux bœufs sur chaque bras opposé, dût-on les faire travailler plus de temps. Le travail absolu est représenté dans ce cas par 150 kilogrammè-très. Le même auteur explique en détail les dispositions de cet outil qui, toutes, ont pouç
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- but de faciliter la main-d’œuvre pour entrer les cannes et sortir les bagasses, sans rechercher l’effet de la pression pour le rendement proportionnel, parce qu’on ignorait encore la proportion de vesou contenu dans la canne. La piste a de 8 à 10 mètres de diamètre, les Jbœufs en font le touren une minute; la communication de mouvement est une pièce de bois placée obliquement, fixée à l’arbre qui traverse et prolonge le cylindre du milieu et porte à l’autre extrémité le point d’attache des animaux ; l’outil se compose de trois cylindres de même diamètre, GO centimètres et de 70 centimètres de haut, tournant en sens inverse; ils font un tour par minute, comme les animaux; la vitesse à la circonférence du cylindre du milieu est donc de 32 millimètres par seconde, et sa pression de 2,841 kil. Cette pression, répartie entre les trois cylindres, donne pour surface de contact, à cause de la difficulté de chargement en hauteur, 0,33 X 0,08 = 264 centimètres carrés et 2,841
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- kil. par centimètre carré.
- Mais il y a lieu d’en déduire beaucoup pour les frottements. Le rendement proportionnel de ce moulin devait être de 45 pour cent environ, à cause de ses deux pressions et de la séparation du jus des bagasses, et donner seulement cent vingt litres de jus à l’heure, à cause de la difficulté de chargement. Mais le défaut de parallélisme des axes, le chargement par paquet de cannes, qui tendait à forcer l’obliquité et faisait que les cannes étaient très irrégulièrement pressées ; enfin, l’absence de volant, qui multipliait les arrêts du moulin, engagèrent à chercher un outil moins défectueux. On s’adressa au moteur, toujours par l’ignorance de l’action de chaque organe, et l’on employa le vent comme moteur ; on ne connaissait pas encore l’usage de l’eau comme moteur.
- On employa le vent pour suppléer à l’insuffisance du rendement à l’heure des moulins à bêtes; chaque moteur avait son outil et agissait séparément, et lorsque le vent ne suffisait pas, on se servait du moulin à bêtes pour ne pas cesser le feu des chaudières.
- Les premiers moulins à vent furent des moulins circulaires à axe prolongeant le cylindre du milieu; on les appelait moulins à la hollan-
- daise; l’outil était exactement le même que celui des moulins à bêtes, le moteur était sur une plate-forme qui surmontait le moulin. Le vent étant généralement fort, ces moulins tournaient avec violence et donnaient beaucoup de vesou à l’heure, dit le Père Labat. Ils n’étaient pas sujets à s’arrêter sous l’encombrement des cannes mises en paquet, à cause de leur excès de force, et comme on tenait peu de compte de la proportion de jus obtenu, ces moulins prirent faveur. C’est de ce moment que s’est propagée cette grande erreur que les meilleurs moulins étaient ceux qui tournaient le plus vite. Erreur qui a eu la grave conséquence d’empêcher un bon rendement proportionnel de la pression, et de se continuer en faisant attribuer et rechercher dans le moteur ce qu’il fallait rechercher dans l’outil.
- L'effet utile des moulins à vent, pour moteur, est variable comme le vent lui-même, mais les récits du Père Labat nous montrent qu’il était considérable et nous fait voir les efforts qu’il tenta pour arrêter et diriger à volonté ce moteur, en faisant une sorte de cloison à portes qui enveloppait la partie mobile du moulin, et dont il fermait plus ou moins les portes pour arrêter l’effet du vent.
- Plus tard, on se servit du vent, comme en France avec des moulins à ailes, tournant dans un plan vertical; ce fut lors de l’application des communications de mouvement brisées, vers 1765.
- L’outil ne subit aucune modification.
- La vitesse de ces moulins ne permet pas d’estimer à plus de 35 pour cent leur rendement proportionnel en vesou, mais cette même cause doublaitcertainement leur rendementà l’heure, qui n’était limité que par l’activité des nègres à fournir les cannes, et on peut porter ce rendement à 250 litres à l’heure.
- Vers 1700, on commença à se servir de l’eau comme moteur, et comme on n’avait pas connaissance des communications de mouvement brisées, on revînt aux laminoirs à cylindres honzontanx déjà employés vers 1660, et qui ne pouvaient avoir par l’eau les inconvénients de la lenteur. Le laminoir était semblable à celui de 1660; la communication de mouvement, comme alors, était le prolongement de l’arbre de la roue hydraulique passant dans le cylindre supérieur; la roue avait de 8 à 10 mètres de diamètre,et la force motrice, étant très considéra-
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- ble par rapport aux résistances, faisait tourner la roue très vite et la faisait former volant; les cylindres suivaient cette vitesse, et dominaient tous les obstacles de frottement, d’irrégularité, de parallélisme des axes, etc.; il n’y avait pas d’arrêt.
- Cette vitesse était plus constante et plus régulière que celle des moteurs à vent. Le volant que formait la roue donnait à cl s moulins une grande puissance et une grande réputation.
- Mais la bagasse était brisée, le jus jaillissait au loin, les nègres ne pouvaient suffire à les fournir, ils 11e donnaient que 30 pour cent de rendement proportionnel, mais 330 litres de jus à l’heure.
- On lut plus frappé du jus qui jaiîïaissa:t par suite de la vitesse des cylindres que de celui bien plus considérable qu'on laissent dans les bagasses, et au lieu de diminuer l’eau, ou chercha à donner plus de travail au moteur et à obtenir un peu du jus laissé dans les bagasses, par une deuxième pression, sur le cylindre moteur. Vers 1710, on plaça un troisième cylindre, les trois axes dans un même plan vertical. Un manœuvre faisait repasser la canne pressée une première fois, entre le cylindre du milieu et le cylindre supérieur, en la mettant entre le cylindre du milieu et le cylindre inférieur. Ce troisième cylindre ne diminua que très peu les vitesses, les inconvénients lurent à peu près les mêmes, mais il s’en manifesta un nouveau : le jus de première pression tombait sur les bagasses qu’on repassait, et celles-ci en absorbaient presque autant qu’elles en rendaient par leur deuxième pression. On trouva cet inconvénient si grand que, dès qu’on connut les communications de mouvement brisées, on résolut de revenir, vers 1760, aux moulins verticaux qui n’avaient pas ce défaut.
- Cet outil était semblable à celui des moulins à bêtes ; mais pour joindre l’outil au moteur, on eut recours à la communication du mouvement brisée par engrenage. Nous avons vu à la communication du mouvement, que le mouvement des cylindres était, par les engrenages, rallenti au tiers de la vitesse de l’arbre du moteur, et cela par suite de disposition prise pour la main-d’œuvre et sans s’occuper nullement de l’influence de la lenteur pour une bonne pression. Comme on attübuait à la vitesse de la roue le bon effet de l’outil, 011 se
- garda de la ralentir. Elle taisait de neuf à dix tours à la minute, d’où les cylindres en faisaient trois, ce qui leur donnait par seconde, leur diamètre restant 0,60, une vitesse de 0,094, triple de celle de moulins à bêtes, et aussi plus grande que la vitesse type, 0,025 par une seconde mais on avait plus de jus à l’heure qu’avec ces derniers moulins, on avait3501 itres environ au lieu de 120 par les animaux. Mais les cannes ne furent pas bien pressées, on attribua cela à l’élasticité des coins qui soutenaient les tourillons, puis au développement des cylindres à la même vitesse. On s’en prit à tout, excepté à la Vitesse même.
- Vers 1763, on renforça les appuis des tourillons, on rapprocha les cylindres à se loucher et on changea leur vitesse relative en donnant seulementüOcenlimètres de diamètre au cylindre au milieu; mais cela 11e changea pas les rendements et cela brisa plus la bagasse, 011 y renonça bientôt. On obtenait une proportion de 50 pour cent en jus.
- Ce fut vers cette époque que l’on fit deux outils accessoires pour simplilier la main-d’œuvre dont on s’occupait surtout; l'un était une table sur laquelle on posait les cannes, et à l’aide de laquelle on les dirigeait avec beaucoup moins d’efforts entre les cylindres, cette même table recevait les bagasses, séparées des cannes par une petite cloison; l’autre outil auxilliaire s’appelait doubleuse, il servait à remplacer l’ouvrier qui engageait les bagasses. C’était un cylindre en bois, doublé de cuivre, très rapproché à 2 centimètres des cylindres qu’il embrassait et contre lequel la canne pressée, une première fois, venait se frotter , était dirigée par la forme de la doubleuse et manière à s’engager seule pour la deuxième pression.
- Ce genre d’outil,ainsi complété, fut employé dans toutes les sucreries qui avaient des chutes d’eau, de 1760 à 1840. Les moulins à bêtes et à vent restant comme ceux de 1665 à 1669, sauf l’addition de la table à cannes et de la doubleuse.
- Mais en 1840, le développement rapide de la betterave créait une concurrence qui détermina les créoles à chercher à améliorer leur industrie pour mieux lutter: c’est alors qu’on rechercha la proportion de jus contenu dans la canne, qu’on se servit de la balance pour savoir ce que l’on obtenait.
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- Quelques mécaniciens vinrent à leur aide, autant pour en tirer profit que pour les colonies, et on proposale moulin horizontal comme une nouveauté. On profita du mouvement brisé, on conserva les rapports de vitesse,- on plaça les axes en triangles au lieu de les placer dans le même plan vertical comme en 1710, on allongea les génératrices des cylindres et, enfin, on lit un bâti en fonte beaucoup plus résistant. Quelques constructeurs soigneux mirent des plaques à casser pour localiser les ruptures et les rendre faciles à réparer par le simple changement de plaques.
- Ce fut une amélioration considérable pour la main-d’œuvre, mais ce 11e fat pas une amélioration mécanique pour la perfection du travail.
- C’était l’arbre supérieur qui recevait le mouvement comme celui de 16G0 ; le jus tombait sur des bagasses, et séjournait dans la dou-bleuse par suite de la position des cylindres, comme en 1710; les cylindres se touchaient et les résistances passives étaient énormes, on voulait obtenir plus de jus seulement en pressant davantage, sans tenir compte de la vitesse ; l’allongement des génératrices permettait d’obtenir beaucoup plus de jus à l’heure.
- Ces moulins avec moteurs hydrauliques donnaient 60 pour cent et 500 litres de jus à l’heure.
- Mais les résistances passives énormes qu’ils présentaient, beaucoup plus que l’augmentation du travail, l’inconvénient de prendre pour moteur de l’outil le cylindre supérieur, firent bientôt paraître le moteur d’une force insuffisante, et, vers 1850, on commença à remplacer le moteur à eau par des moteurs à vapeur.
- Nous avons traité ce sujet en parlant du moteur, nous ne le traiterons donc ici qu’à propos de l’outil.
- L’outil, avec un moteur aussi bien réglé que le sont les machines à vapeur accompagnées d’un régulateur et d’un volant, a fonctionné sous un excès de force, avec une telle régularité, que tousses défauts ont été masqués; des tourillons énormes supportaient des efforts énormes, mais complètement inutiles, une force considérable était absorbée par les frottements des cylindres les uns sur les autres, surtout celui des bagasses, et sur les coussinets.
- Chaque foisqu’on voulait obtenir plus de jus, pn augmentait la force et la pression du cy-
- lindre à bagasse. Enfin, les deux pressions étaient plus rapprochées que dans les autres moulins. En manœuvrant de cette manière, on a fini par se convaincre qu’on ne pouvait obtenir plus de 60 pour cent en jus des cannes sans détériorer les bagasses, et que l’écrasement des cannes demandait une force énorme et un outil énorme, et l’on a proposé un moulin avec un moteur de quarante chevaux-vapeur.
- Eh bien, là sont des exagérations ruineuses, inutiles, et n’est pas le progrès. J’espère l'avoir démontré, en faisant suivre la marche du progrès pour la pression des pulpes de la betterave et en indiquant les principes qui doivent diriger pour une bonne pression de la canne à sucre.
- RÉSUMÉ.
- Si nous résumons les différentes parties de ces études sur les conditions les plus avantageuses pour obtenir de la canne :
- Le plus de jus possible ;
- Tout le jus nécessaire pour suffire aux opérations concordantes de la fabrication,
- Nous trouvons :
- Qu’il faut renoncer, en fabrique, au procédé de macération, et porter tous ses soins à améliorer le procédé d’écrasement ;
- Qu’il y a des principes qui sortent ce travail de l’empirisme et le guident sûrement dans la voie du progrès, et que le premier de tous est de chercher à comprendre le rôle de chacun des organes qui concourent à l’écrasement, afin de s’adresser à chacun d’eux pour ce qui le concerne ;
- Que le moteur ne peut concourir qu’à la quantité de travail, mais nullement à la qualité du travail; qu’il est donc de la plus grande importance de rechercher la force motrice qui correspond à l’unité de travail, et de déterminer cette unité. Nous avons proposé de prendre le travail de 10,000 kil. de cannes en vingt-quatre heures, soit, en tenant compte des repos, 450 kil. à l’heure, pour unité, et nous avons trouvé que ce travail corresponda t à une force motrice de un demi cheval-vapeur, 37,5 kilogrammètres, à la circonférence des cylindres; et pour éviter tout mécompte, on pourrait doubler même cette force, et l’on sera bien au-dessous de celle exagérée qu’on emploie.
- Enfin, qu’un volant est de toute nécessité,
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- quel que soit le moteur, pour cette nature de travail.
- On remarquera que, depuis le commencement delà colonisation jusqu’à ce jour, on n’a cherché aucunement à se rendre compte, ni du travail absolu du moteur, ni de son effet utile sur l’arbre premier moteur ; que même pour la vapeur, on a accepté sans aucun contrôle la déclaration du mécanicien. Aussi a t-on vu augmenter d’une manière tout à fait inexplicable la force nominale des machines employées pour l’extraction du jus des cannes. Cette force s’est élevée rapidement de cinq à dix chevaux et a atteint même quarante chevaux-vapeur.
- JNous avons trouvé, enfin, que l’on ne doit demander à la communication de mouvement : que de réunir ou de séparer l’outil du moteur à volonté, à l’aide d’un embrayage; que de maintenir les vitesses du moteur et de l’outil à leur maximum d’effet utile; qu’il faut donc connaître ces vitesses ; que celle du moteur, fixée pour chaque moteur suivant son espèce et sa puissance, ne peut être connue que lorsqu’on connaît l’espèce du moteur et sa puissance; que celle de l’outil doit être invariable, le diamètre des cylindres devant être le même pour tous les laminoirs, 0,G6, et la vitesse du développement de leur circonférence devant être de 25 millimètres à la seconde, le cylindre faisant trois quarts de tour par minute. Avec ces renseignements, il devient facile d’établir et de contrôler toute communication de mouvement.
- On voit que les communications de mouve -ment sont restées directes et rigides, lorsque l’arbre moteur a pu, par la nature de son mouvement, prolonger l’axe des cylindres; que lorsque cela n’a plus été possible, par suite de l’angle formé par l’axe moteur et l’axe de l’outil, on a employé la communication de mouvement brisée, qui a été ultérieurement continuée par copie, sans être étudiée dans ses effets. Aussi, cet organe est-il resté avec ses deux défauts : 1° Il agit sur le cylindre de l’outil dont l’axe est mobile; 2° il mène l’outil à une trop grande vitesse.
- L’outil est, on l’a vu, le véritable artisan du travail ; c’est de lui seul, comme d’un bon ouvrier, que dépend la qualité du travail ; il importe donc de connaître les principes d’un bon travail pour les faire exécuter par l’outil.
- Le principe du laminage étant le meilleur
- pour obtenir le jus de la canne, à cause de sa contexture, sera donc conservé.
- Les cylindres horizontaux étant les seuls qui permettent un chargement régulier et automatique, un travail que l’on peut augmenter à volonté, en allongeant les génératrices, sans rendre le chargement pénible, seront donc adoptés.
- Ces cylindres, formés de couronnes de 30 centimètres de génératrices, varieront, suivant le travail à effectuer, de90 centimètres à 1 mètre 50. On en aura plusieurs si c’est nécessaire.
- Pour que les cannes s’engagent facilement, leur diamètre moyen étant de 35 millimètres, le diamètre des cylindres sera de 06 millimètres; ils laisseront entre eux pour les cannes un écartement de 8 millimètres et pour les ba-gasses de 4 millimètres.
- La vitesse à la circonférence des cylindres sera, comme nous l’avons dit à la communica. tion de mouvement, de 25 millimètres par seconde.
- La pression moyenne par centimètre carré de contact sera de 6 lui.; on la maintiendra par une pression à double levier sur les cylindres des cannes, et par une pression à ressort, taré au double, pour la pression des bagasses. Chaque tourillon supérieur ferait mouvoir un style a Irottemeut, indiquant, l’élévation maximum et anormal du cylindre,
- Les deux pressions seront isolées par deux paires de laminoir, chaque paire composée de deux cylindres superposés, leur axe faisant un angle de 5 degrés avec la verticale du côté du chargement ; les deux paires distantes l’une de l’autre au moins de 1 mètre 50 pour permettre de mouiller automatiquement les bagasses de 20 à 22 pour cent d’eau et de les laisser s’en empreigner.
- Le moteur sera mis en communication avec un cylindre inférieur, et celui-ci conduira l’autre paire par un excentrique, comme les roues de locomotives.
- On laissera, en chargeant, un intervalle d’un diamètre entre chaque canne pour faciliter l’échappement du jus et donner de la place au ligneux, afin de ne pas détériorer la bagasse.
- On devra employer le plus d’outils accessoires automatiques possibles :
- Trois tables sans fin, pour fournir la canne, la porter à la deuxième pression, en la mouillant et sans la mettre en contact avec le vesou,
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- pour enlever les bagasses ; la première de trois mètres de long, pour permettre de ranger les cannes, ce qui est important, et d’éviter l’interruption du chargement;
- Des gouttières en cuivre, faciles à mouvoir, pour enlever, séparément, le jus des cannes et celui hydraté des bagasses, et, en même temps, dégager des cylindres le jus qui y adhère, s’y détériore et détériore celui qui coule sur lui, etc., etc.;
- Proscrire la pression des tourillons par des chapeaux boulonnés, qui donnent des résistances indéterminées et très considérables.
- Telles sont les dispositions qui donneraient un outil qui, comparé aux moulins horizontaux actuels pour le travail d’un même poids de cannes, exigerait moitié de la force motrice, pèserait certainement un tiers de moins, serait moins sujet aux accidents, donnerait une plus forte proportion de jus, 80 pour cent, ménagerait la bagasse et empêcherait la détérioration du Vesou, dans un bac de fonte qu’on ne peut remuer, et qui reste aussi adhérent,sous forme de gomme, aux cylindres que l’on nettoie rarement.
- Mais pour être certain de profiter de ces avantages, il est indispensable d’obtenir, pour contrôler l’exécution de ces marchés des fabricants avec les mécaniciens, le concours des ingénieurs de l’Etat, comme cela se fait en France. C’est un contrôle qui prouvera la con-
- fiance qu’ils inspirent, qui manifestera l’intérêt de l’administration coloniale pour le progrès de la principale industrie des colonies, et qui, sans grever son budget, ne resterait pas stérile.
- On remarquera que les défauts qui ont fait modifier les moulins ù cannes ont été appréciés isolément, réparés isolément, sans tenir compte des défauts précédents; aussi se sont-ils reproduits sans cesse. Les premiers moulins horizontaux, de 1700 à 1710, ont été changés pour éviter l’imbibition des bagasses par le jus de la canne : on a perdu les avantages qu’ils procuraient pour la facilité de chargement et le rendement à l’heure.
- Les nouveaux moulins horizontaux (1840) ont remplacé les moulins verticaux pour retrouver les avantages des premiers; ils reproduisent le défaut d’imbibition des bagasses, mais d’une manière moins apparente.
- Nous avons terminé les études relatives à l’expression du jus de la canne ; nous espérons qu’elles ne seront pas improductives pour le progrès du travail aux colonies, et qu’elles en provoqueront d’autres à ce sujet. ,
- Nous nous proposons de continuer des études semblables, comparées aux travaux sur la betterave, en ce qui concerne la canne comme végétal, le vesou sous le rapport de la fabrication du sucre.
- Havre. — lmp. J. BKE-NIEH et G-., rue Beauverger,
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- TABLEAU SYNOPTIQUE
- Des divers Eléments qui concourent, dans les Moulins à Cannes, au rendement proportionnel (qualité^, au rendement
- à Vheure (quantité).
- ANNÉES (1) MOTEURS COMMUNICATION DE MOUVEMENT (2)
- 1650 Effort d’un bœuf au pas.. Rigide
- 1660 Poids d’un bœuf au pas. .. dito
- 1665 Effort de 2 bœufs au pas.. dito
- 1669 Le vent ;.... dito
- 1700 L’eau dito
- 1710 dito dito
- 1760 dito Brisée et ralentie...
- 1770 Le vent dito dito
- 1772 Effort de 4 mulets au galop. Rigide .....!
- 1840 L’eau Brisée et ralentie..
- 1850 La vapeur dito dito....
- 1875 Le meilleur marché, eau, vent et vapeur Brisée, très ralentie
- OUTIL (3)
- Une meule..............................
- Lamin., 2 cylindres horiz. superposés.
- Laminoir, 3 cylindres verticaux........
- dito, dito .......
- Lamin., 2 cylindres horiz. superposés. Lamin., 3 cylindres horiz. superposés.
- Laminoir, 3 lylindres verticaux........
- dito, dito .......
- dito, dito .......
- Lam., 3 cylind. horiz., axes en triangle.
- dito, dito, dito
- Lamin., 4 cylindres horiz, superposés.
- VOLANT (4)
- Nul..........
- Nul..........
- Nul..........
- Fait volant... dito dito dito dito
- Un peu volant.. Fait volant...
- Volant.......
- Volant.......
- MACHINES ACCESSOIRES (5) INFLUE eû Cm Z3 O O XCES VA! •S B L-. .2 =s JÈ 3 IZZ J o ÏIABLES 3 Cm g 1 CS E— (S '« Pression par ccn- i limctres carrés (6) J LUEXCES ï o CS &> O CA £ èè ï? Rendement 1 proportionnel du | ^ poids des cannes
- Nul 75 0“33 100 lit. 8k7 0.250 35 '/*
- Nul 150 0“70 150 » 8* 0.037 40 »
- Nul 150 0"33 120 » 10* 0.032 45 »
- Table à cannes Indéterminé 0m 33 250 » Indét. 0.050 35 »
- dito d° 0m70 350 » d° 0.060 30 »
- dito d° 0m70 370 » d* 0.050 30 »
- Table à cannes et doubleuse.. d° 0m33 350 » d° 0.094 50 »
- dito d° 0m 33 350 » d° 0.150 45 »
- dito 130 0m33 150 jo 9k 0.100 50 »
- dito Indéterminé 1“00 500 jo Indét. 0.009 60 »
- dito Toile sans fin, compteur, vérificateur , mouilleur, râ-cleurs, etc. 750 1“20 600 » 4k(7) 6k 0.009 0.025 60 » 80 iSj
- (1) Il y a eu beaucoup d’essais les 50 premières années.
- (2) Une fois qu’on a connu la communication de mouvement brisée, on l’a toujours employée, sauf une fois, voulant conserver la vitesse ; on n’a pas su qu’on pouvait l’augmenter
- comme on l’avait diminuée par la communication de mouvement.
- (3) Les modifications d’outil ne se basent sur aucun principe ; on ne cherche que la facilité et l’économie de main-d’œuvre.
- (4) On a vu l’influence de la vitesse sur la régularité du travail, mais on ne s’en est servi régulièrement que par le volant de la machine à vapeur en 1850.
- (5) On a toujours employé, dès qu’on les a connus, les outils accessoires ; il y eu a bien d’autres à établir.
- (6) Les pressions indéterminées ont monté à plus de 2,000 kil. et cassé les pivots.
- (7) Frottements énormes.
- (8) Bagasses mouillées de 20 0/0 d’eau.
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- Le Siège de la Société est établi, 9, rue Christine, à PARIS.
- Le Bureau de la Société est ouvert tous les jours, de deux heures à quatre heures, les dimanches
- et jours de fêtes exceptés.
- '/{éunions en Assemblées ordinaires Itr premier' 'Lundi de^> cljacfue^ mois-, àljuit /jeures ci
- demies dw soir'
- d{éunions en Loinité d’études tous les autres Lundis a la mcmcj Ijcurc^.
- (Excepté du 15 Août au 15 •Octobre).
- EXTRAIT DES STATUTS DE DA SOCIÉTÉ
- Art. 2. — La Société est instituée pour étudier et faire connaître tous les éléments de commerce et d'industrie, toutes les facilités d'établissement qu’offrent les Colonies françaises et en général tous les pays où nos nationaux peuvent avoir intérêt à s’établir ou à commercer.. Elle recherche et fait connaître les conditions économiques nécessaires à la prospérité coloniale de la France, au développement de sa Marine marchande et de son Commerce extérieur.
- A ht. 3. — Elle exerce son action par la discussion orale des questions générales ou locales concernant les Colonies et le Commerce maritime de la France, par des publications périodiques ou*mitres, par l’enseignement, par des expositions et des congrès, des réuùions dans les Colonies et dans les centres eonir merciaux, enfin par des encouragements honorifiques ou pécuniaires.
- Elle s'interdit toute discussion ou publication étrangère au but de son institution.
- Aht. 5. — Chaque Membre de la Société souscrit pour une contribution annuelle de 20 francs et donne en outre 10 francs, une fois payés, lors de la remise d’un diplôme lui conférant le titre do Membre de la * 'Société des Etudes coloniales et maritimes.
- Tout Membre‘pourra racheter sa cotisation annuelle par le versement d’une somme de 250 francs, une fois payée.
- • Aht. 6. — Le titre de Donateur sera conféré aux Membres de la Société qui verseront 500 franés, au moins une fois payés.
- Art. IG. — Pour être admis à faire partie de la Société, il faut être présenté par deux Membres ; la candidature est instruite par le Conseil, qui fait statuer sur. l’admission à la plus prochaine assemblée. Le vote a lieu an scrutin secret.
- N.-B. — Il n’est, nullement nécessaire d’habiter Paris pour être Membre delà Société. Tout Membre domicilié dans les Départements ou les Colonies jouit, pendant son séjour à Paris, des mêmes droits que les Membres résidants ; il peut, d’ailleurs, apporter à la Société un concours efficace par l’envoi de documents, d’études ou de renseignements concernant les Colonies et la Marine marchande.
- Les personnes qui désireraient faire partie de la Société, et qui n’en connaîtraient personnellement aucun Membre, pourront s’adresser à M. le Secrétaire général, 33, avenue de Breteuil, à Paris. Elles devront transmettre, avec leur demande les renseignements propres la faire accueillir et l’engagement île satisfaire aux conditions pécuniaires de l’admission.
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