Mémoire sur une découverte dans l'art de bâtir
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- MÉMOIRE
- SUR UNE DÉCOUVERTE
- DANS L’ART DE BATIR,
- Faite par le Sr LORIOT, Mécanicien , Penfionnaire du Roi; Dans lequel l’on rend publique ,
- PAR ORDRE DE SA MAJESTÉ,
- La méthode de compofer un Ciment ou Mortierpropre a une infinitéd’ouvrages3 tant pour la confiruclion 3 qué pour la décoration.
- Prix XXX fols.
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- De llmprimerie de Michel Lambèi
- A PARIS3
- imerie de Michel L rue de la Harpe, près Saint Côme.
- M. D. CC. LXXIV*
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- Ruinarum urbis ea maximè caufa, quod fùrto Calcis fine ferrumine fuo , Cæmenta componuntur.
- P lin. Hift. lib. 3 6. cap. x 3.
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- MÉMOIRE
- Sur la méthode de compofer un Ciment3 ou Mortier propre a une infinité d'ouvrages 5 tant pour la confiruclion que pour la décoration.
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- Y°uel que foitle degré de perfection auquel les arts fe font élevés depuis peu de fiècles, on ne peut fe dilïimuler , lorf-qu’on parcourt les écrits des Anciens , ou quon obferve leurs monumens , qu’ils étoient en polfeifion de certaines pratiques ou procédés que les Modernes n’ont pas encore retrouvés. Nous fommes riches , fans doute, de notre propre fonds > mais gardons-nous de croire qu’il ne nous refte plus rien a faire, &: même que nous polfédions tout ce que plulieurs fiècles de
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- pratique & d’expérience , le hafard, peut® dtre, avoient appris à la favante & labo-rieufe Antiquité.
- Une des parties eflfentielles de l’archi-tedure , l’art de la conftruétion , nous préfente un exemple de ce que l’on vient de dire. Tandis que le génie des archite&es modernes , formé fur les monumens antiques , a reproduit parmi nous des morceaux capables de le leur difputer j on peut dire que nous fommes reliés bien loin derrière les Anciens, en ce qui concerne l’art de les élever avec rapidité , avec toute forte de matériaux, &: de leur imprimer oc degré de folidité qui les deftine en quelque forte à l’immortalité.
- Il n’eft pas difficile de faire des ouvrages qui réliftent à l’injure des temps, lorfqu’on entalfe d’énormes blocs de pierre les uns fur les autres. Mais des pays d’une étendue affez confidérable font privés d’une pareille reffource par la difette de matériaux de cette nature 'j il en eft auffi ou ces matériaux n’ont pas par eux-mêmes les qualités néceflaires pour rélifter pendant une longue fuite d’années aux viciffitudes
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- des faifons. D’ailleurs , cette maniéré de conftruire eft extrêmement difpendieufe. Le Ample citoyen, qui eft obligé de mettre de l’économie dans la conftru&ion de fa demeure, ne peut y atteindre : de là le peu de durée de la plupart des édifices particuliers : les Etats mêmes font obligés de renoncer à des entreprifes d’une grande utilité, par l’énormité des frais quelles occafionneroient.
- Aufti voyons - nous que les Romains employoient le plus fouvent, & fur-tout dans ces ouvrages plutôt deftinés à futilité publique qu’à la décoration , une maniéré de conftruire moins difpeiidieufe: des matériaux d’un très-petit volume , réunis par un mortier ou un ciment d’une très grande ténacité , en faifoient la bafe 6c prefque la totalité. Que d’avantages dans une pareille conftruéfion ! On pouvûit dès-lors employer tous lés matériaux que le hafard préfentoit à la fur-face de la terre, fans en excepter même ceux qu’on trouve dans le lit des fleuves & des torrens, quoiqu’arrondis 6c polis
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- par leur mouvement continuel (i).Il 116 fàlloit ni l’attirail d’énormes voitures pour les amener fur l’atelier , ni celui des machines multipliées pour les élever ; confé-quemment il n’y avoit point de temps perdu a exécuter ces longues opérations , point de bras , pour ainfi dire , inutilement occupés a faire mouvoir ces machines. Tout étoit employé prefque di-redement à l’ouvrage même, qui, par ce moyen, s’élevoit avec rapidité. Eût-on pu autrement exécuter, même avec des légions nombreufes , ces immenfes travaux, ces aqueducs parcourant plusieurs lieues d’étendue , quelquefois élevés à la hauteur des montagnes , & dont l’objet n’é-toit fouvent que d’abreuver une ville
- (1) On en a un exemple dans les débris d’un ancien Ouvrage Romain , que l'on voit à Lyon , en remontant les bords du Rliône , au fortir du Quai Saint-Clair. Il eft aifé de voir qu’on y a employé les cailloux mêmes de ce fleuve , qui font tellement liés enfemble , qu’il eft bien plus aifé de les brifer que de les féparer du ciment cjuâ remplit leurs inserllices.
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- médiocre & fournir l’eau nécelfaire à fes bains?
- Ces confidérations avoient frappé depuis long - temps le fleur Loriot, mécanicien déjà connu par plufleurs découvertes dont l’utilité eft avouée ; &; ce font elles qui ont excité les recherches dont on publie aujourd’hui le fruit. Toujours occupé des moyens de fervir fa patrie &: les arts , il examinoit avec curiofité &c étonnement ces reftes de la magnificence romaine épars dans la plupart de nos provinces méridionales. Cette circonflance le porta d’abord à en conclure que cette folidité qu’on admire ne pouvoit être due ni à un fecret concentré dans un coin de la terre , ni à un avantage local, ou a une qualité particulière des matériaux , mais qu’elle étoit le réfuîtat d’un procédé populaire ôc trivial , pratiqué par un monde d’ouvriers occupé à ces travaux. Mais entrons , pour fuivre le fil des idées du fleur Loriot , dans un examen plus détaillé de ce que préfentent ces monumens , &: de la maniéré dont on eft fondé à croire qu’ils ont été conftruits.
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- Ces monumens offrent pour la plupart des malfes énormes en épailfeur &: en élévation , dont l’intérieur , mafqué feulement par un parement prefque fuperfî-ciel , n’eft évidemment formé que de pierrailles &c de cailloutages , jetés au ha-fard Ôc liés enfemble par un mortier qui paroît avoir été affez liquide pour s’infi-nuer dans les moindres interifices, & ne former qu’un tout de cet amas de matières , foit qu’elles aient été jetées dans un bain de ciment ou mortier , foit qu’arrangées d’abord on l’ait verfé fur elles.
- Il fuffit donc de confidérer ces ruines pour fc convaincre que tout l’art de cette conftru&ion confiftoit dans la préparation Sc l’emploi de ce mortier , qui n’étoit fujet à aucune dilfolution , & dont la ténacité étoit 11 grande , qu’il réfifte aujourd’hui aux coups redoublés du pic & du marteau. Si l’on parvient même a détacher de la malfe quelque cailloutage de forme arrondie 7 qui facilite fon ilfue, l’on voit avec étonnement le moule de ciment dans lequel il étoit
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- enchâffé préfenter autant de réfiftance que la pétrification la plus coniplette.
- Quelle différence de ce mortier à celui des conftru&eurs modernes, quelque attention qu’on ait apportée a fa composition ! Le nôtre femble n’arriver à une déification parfaite que pour fe pulvérifer au fimple toucher. Qui eft - ce qui n’a pas fait cette obfervation , en voyant démolir les ouvrages de la plus récente con-ftru&ion \
- Une des propriétés éminentes de ce ciment des Romains étoit auffi d’être impénétrable à l’eau. Ce n’eft point une fimple conjedure : les aqueducs qui nous restent ne permettent pas de douter de cette qualité de leur ciment : car les Romains n’y employoient ni terres glaifes, ni mafi-tics pour obvier a l’infiltration des eaux : faire de ces canaux appuyée fur le folide, quelquefois fur un mur, ou fur un pont élevé pour cela ; leurs parois , comme la voûte , tout étoit conftruit des mêmes cailloutages liés par ce ciment. On remarque feulement que l’intérieur préfen-toit a fa fuifface une couche compofée
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- de parties plus fines &c plus atténuées, qui ne paroiffent point être un enduit fait après coup, qui puifie s’enlever par écailles , mais le produit d’une opération particulière , qu’il ne feroit pas difficile d’imiter , après les obfervations que l’on va faire.
- Ainfi il paroït démontré que les Romains conftruifoient ces fortes d’ouvrages par encai(fement j les tranchées pour les fondations formoient de premières cailles, qu’il ne s’agiffoit que de remplir de matériaux préparés} les plus gros quartiers de pierres y trouvoient place, fans doute, avec le refte : dès que l’ouvrage ctoit amené au rez du terrein , des planches préparées pour fe réunir alternativement les unes au deffus des autres fe plaçoient aux deux côtés , dans la diftance convenable à l’épaiffeur que l’on vouloir donner au mur, & étoient affujetties de manière à ne pouvoir s’écarter de l’aplomb , ni dans un fens , ni dans l’autre.
- C’eft dans ces fortes de caiffes , fuccef-fivement fur montées les unes parles autres , que fe formoient comme dans un
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- moule ces mafles énormes de murs , compofés , comme on l’a dit, de toutes fortes de pierrailles & cailloutages , dont notre moderne archite&ure ne peut tirer aucun parti , parce quelle n’a pas le fe-cret du mortier qui avoit la propriété de réunir promptement tout cela en un corps folide.
- L’on conçoit aifément combien un petit nombre d’ouvriers qui avoient fous la main les matériaux nécelfaires , avan-çoient, par un pareil procédé , l’ouvrage de la conftru&ion : il ne s’agi (Toit d’un côté que de tenirprétes desaugées de mortier , &: de jeter d’un autre , à pierres perdues , dans l’encaiffement, les pierrailles ôc cailloutages qui en dévoient être baignés. Un peu d’attention de la part de ces ouvriers pour le remplifiage, &: une égale diftribution de la pierraille & du mortier étoit fufïifante : le cintrement leur four-niffoit le même fecours qu’à nous pour les voûtes &: arcades ; &: s’il s’agiflbit de la conftruélion d’un aqueduc , qui de-mandoit que les parois intérieures fuiTent formées de ce ciment particulier que l’oa
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- y remarque a une certaine épaiffeur, Oft commençoit par l’appliquer fur les planches de l’encaiffement intérieur 6c du cintre , avant que d’y mettre des matières plus grofïières, ce qui formoit une couche , une croûte qui tenoit éloignées de l’impreflion de l’eau les pierres fpongieufes qui s’y feroient trouvées.
- ÎI eût été imposable , fans l’encailTe-ment, de conftruire, foit des murs de fi prodigieufe épaiffeur , foit des canaux de fi légère maçonnerie} il falloir enfin que l’effet de ce mortier fût très-fubit, 6c qu’il prît auffi promptement que nos gypfes 6c nos plâtres , pour faire corps 6c réfîfter auffi-tôt, fans éboulement, à l’augmentation fucceffive du poids qu’il avoit à foutenir. En effet, la moindre retraite, ou la moindre pouffée ou extenfion dans le deffechement de cette compofition ? fon feul poids, euffent infailliblement entraîné la ruine d’un ouvrage dont aucune des parties n’avoit d’afiife fiable 6c folide.
- Ainfi la fixité 6c perfévérance au même volume étoient encore une qualité que les plus fimples obfervations veulent que l’on
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- attribue au mortier employé par les Romains. Raffemblons ici les idées que Ton en ‘vient de donner.
- i°. Ce mortier paftoit très promptement de.l’état liquide à une confiftance dure3 il prenoit fur le temps comme le plâtre.
- z°. 11 acquéroit une ténacité étonnante , &c faifïflbit les moindres cailloutages qui en avoient été baignés.
- 30. Il étoit impénétrable à l’eau.
- 40. Il confervoit toujours le même volume»* fans retraite ni extenfion.
- Des propriétés aufti. intéreffantes au-roient dû mettre cette compofition â couvert des révolutions & la fauver de l’oubli. Cependant l’on peut afturer qu’il eft abfolu , & que dans toute l’Europe on la regrette , fans avoir pu jufqu’ici rien découvrir d’équivalent. &
- Si l’on voit, dans quelques endroits, des conftru&ions plus folides quêrdans d’autres , cela eft dû à quelque particulière qualité des matières que l’on emploie , comme de la chaux , du fable, ôcc.
- Il y a eu fans doute des amateurs qui, avant le fleur Loriot, fc font appliqués â
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- confidérer les ruines de ces monumens \ qui ont examiné auflî curieufemcnt que lui toutes les circonftances qui pouvaient fournir quelques lumières , & qui ont peut-être analyfé plus méthodiquement les débris de ce merveilleux mortier \ mais perfonne , que l’on fâche , n’a ofé jufqu’à préfent annoncer qu’il eût tiré de lès réflexions &: de fes eflais le fecret de fa com-pofition, enfeveli depuis tant de fiècles.
- Se feroit-on laiffé prévenir du préjugé populaire que les Romains employoient des matières que nous n’avons pas, qu’ils exportoient d’Italie, ou dont les veines ont été épuifées chez nous \ Ces conjectures décourageantes font moins abfurdcs que les propos des vignerons des environs de Bcfançon , qui fe difent les uns aux autres que l’aqueduc d’Arcier ( i ) doit fa folidité au fang de bœuf dont fon ciment fut compofé jce qu’ils fondent fans doute fur ce qu’il paroït teint de nuances rouges & briquetées. Mais elles ne font pas plus
- (i) Quin & aquæ fupereft dudtus per millia quinque Ad mea qui quondam mania vexit aquas.
- JDespocots apud Chifl. Vtsont.
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- fatisfaifantes pour l’obfervateur , qui, en confultant fes yeux, ne voit dans ce ciment aucune matière étrangère à celles que l’on emploie tous les jours pour la conftru&ion 5 qui, en interrogeant l’ana-lyfe &: la décompofition , n’y trouve que les principes ordinaires du mortier.
- Qui croira en effet qu’il ait été poffîble de tranfporter de fi loin l’immenfe quantité de matières néceffaircs à la conftruc-tion de tant d’ouvrages prodigieux} Qui croira que ces carrières de matériaux pré« cieux , découvertes à propos par les Romains dans tous les lieux où. ils en ont eu befoin , fe foient , comme à point nommé, épuifées, pour nous enlever le moyen de les imiter ? A peine feroit-il permis de s’abandonner à de femblables con. je&ures, fi la décompofition de ce ciment offroit quelque fubftance extraordinaire f quelques phénomènes nouveaux dans la nature.
- Mais le fieur Loriot, après avoir examiné dans fes voyages prefque tout ce que les Romains ont laifie en France de monumens en ce genre j après avoir con-
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- fidéré tout ce qu’ils pouvoient avoir autour d’eux lorfqu’ils formoient ces entre-prifes ; après avoir combiné & comparé les refïburces que le local leur fournit* foit, s’eft intimement convaincu qu’ils n’employoient pas d’autres matières que celles dont nous nous fervons} que la chaux , le fable, la brique pilée, & autres matières de cette efpèce , opéroient feules la perfection de ce compofé ; mais qu’ils avoient une autre méthode que la nôtre dans la manipulation & la préparation.
- Ce fyftême , tout hardi qu’il pouvoit paroître , n’a fait que fe fortifier dans fou efprit, par de nouvelles obfervations, juf-qu’au commencement de l’année 1765 : il eut alors la confiance de préfenter à l’A* cadémie Royale d’Architecture un premier mémoire , par lequel il expofa fes raifons fur l’un &: l’autre de ces points : favoir , l’identité des matières, & la différence du procédé. Déjà convaincu de l’in.” fuffifance & de l’inertie de la chaux éteinte depuis long-temps, il ofa avancer que les Romains employoient la chaux vive fur l’échafaud $ & ce fut à fa chaleur
- vivifiante
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- Vivifiante qu’il ne craignit pas d’attribuer les furprenantes qualités de leur mortier.
- M. le Marquis de Marigny, Directeur & Ordonnateur général des bâtimens, ayant reçu une copie de ce mémoire , daigna y faire l’accueil que fon zèle pour le fervice de Sa Majefté , fon amour pour le progrès des arts & pour le bien public dirigeoient en toute occafion *, il apperçut la poffibi-lité des effets que fembloit promettre ce mémoire , &: daigna, dès ce premier mo* ment, encourager le fleur Loriot par une lettre du 13 Février 1765 , qui eft remplie d’obfervations analogues à fon fyftême , fur l’emploi qui fe fait en Italie , & principalement à Naples , de la chaux vive avec le rapillo .& la pozzolane.
- Cette lettre donna lieu & fut jointe k un fécond mémoire, préfenté à la même Académie : mais ce Corps , peut-être alors occupé d’objets plus dignes de fon attention , peut-être entraîné par le rapport qui lui fut fait de ces mémoires, témoigna beaucoup de froideur pour ces ouvertures. Si le fleur Loriot vit avec quelque peine ce peu d’accueil , il n’en fut pas
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- découragé j il l’imputa moins à l'Academie qu’a quelques-uns de fes membres , qu’il favoit lui être peu favorables j & à une prévention allez naturelle Se affez fondée , puifqu’elle eft accréditée par le fuffrage des deux feuls anciens auteurs qui aient traité cette matière.
- On ne manqua pas en effet de lui citer les témoignages de Vitruve Se de Pline} du premier , fur-tout, qui, dans fon ar-chitedure, donne les plus grands éloges à la chaux la plus anciennement éteinte. Quel moyen après cela d’introduire l’u-fage de la chaux vive , de la chaux employée éteinte fur le moment ? C’eft pourquoi le fieur Loriot fe croit obligé de difcuter les paffages de ces auteurs , Se de faire voir qu’il n’en réfulte contre lui qu’un témoignage négatif, qui ne prouve pas grand’chofe , Se qui doit céder à des faits aufïi pofitifs que ceux qu’il annonce.
- D’abord, a l’égard de Vitruve, il ne paroît pas qu’il ait condamné aucune part la chaux vive \ Se fi au chapitre z du livre 7 , il recommande celle qui eft fufée depuis long-temps, c’eft pour la faire fer-
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- vir aux enduits, à caufe de fa parfaite dif-folution , qui fait difparoïtre les grains ou grumeaux qui gâteroient l’ouvrage (1). C’eft d’ailleurs une opinion affez fondée , que Vitruve étoit plus verfé dans la théorie de l’architedure que dans la pratique ; car il ne cite aucun ouvrage comme étant de lui} &:, dans ce cas , ne feroit-il pas polïible qu’une pratique concentrée dans les ateliers lui eût échappé ?
- Pline paroït avoir dit plus clairement, au chapitre 15 du livre $6 de fon Hiftoire, que plus vieille eft la chaux , meilleure elle eft (i). Mais, a moins d’une attention
- (1) De maceratione calcis ad albaria opéra : ceft It titre de ce chapitre i. du livre y.... Tum de albariis operibus eft explicandum. Id autem erit re<ftè, fi glebar calcis optima; , ante multo tempore quàm opus fuerit, macerabuntur. Namque cum non penitùs macerata , fed recens fumitur..... habens latentes crudos calculos puftu-
- ias emittit....Qui calculi difl’olvunt 8c dilfipant redorii
- politiones.
- ( z ) Ruinarum urbis ça maxime caufa, quod furto calcis , fine ferrumine fuo , coémenta componuntur. In-trita quoque quo vetuftior , ço melior. In antiquarum ( antiquis ) Ædium legibus invenitux ne recentiote trima
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- particulière k diftinguer, dans ce paflage de Pline , les deux proportions qu’il contient au fujet de la chaux, l’on ne peut parvenir à donner à la fécondé fon véritable fens, û l’on ne faifit pas celui de la première. L’Hiftorien de la Nature, qui travailloit lur une collection de mémoires , d’après lefquels il rédigeoit fes chapitres avec cette précifion qni lui eft propre , & qui laiife fouvent de l’obfcurité, diftingue évidemment ici deux fortes de çhaux y ou , ce qui eft la meme chofe, deux états de la chaux : l’un ou elle a toute fa force , fon activité , fon ferru-men, que le fleur Loriot a nommé, dans fes premiers mémoires , gluten de la chaux, & c’eft la privation de cette qualité , qui, dans la première partie de ce paflage, eft défigllée par ces mots : calcis fine ferrumine fuo.
- Ainfi le Naturalifte, témoin des abus qui s’introduifoient déjk de fon temps, attri-
- utereturredemptor j ideô nulla ( nulle ) teftoria corun» ïimx facdarcre.
- JP/m. jHift. lib. y 6. cap. %y.
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- bue îa principale caufe de la ruine des édifices de Rome, à un retranchement que l’on faifoit dans la compofition du Mortier (1) , retranchement qu’il qualifie du nom de vol , furto 5 &: ce vol porte fur une chaux dont la fouftradion prive le mortier de la ténacité & de la force qu’elle lui donneroit : furto calas fine ferrumiae fiuo > cœmcnta componuntur.
- L’Auteur ne veut pas dire que l’abus confiftât à faire du mortier fans chaux ? car il n’eft pas à préfumer que de fou temps les architectes de Rome aient fait une pareille tentative ; &, fi cela eût été , il fe fût contenté de parler abfolument de cette fouftradion , & n’eût pas appelé du nom de commenta , les mélanges qu’ils auroient pu y fubftituer. Mais il parle de la fouftradion d’une chaux qui avoir feule la vertu de donner au Ciment ou Mcr~ tier les éminentes qualités que tout con-ftrudeur defire ; &c cette chaux ne peut
- (1) L’on fait que le mot cœmentum des Auteurs latins ne lignifie pas toujours le Ciment ou le Mortier : mais en cet endroit de Pline il ne peut pas lignifier autra chofe.
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- pas être la chaux éteinte &: fufée, puif-que la plus fimple expérience apprend que de quelque ancienneté quelle foit, &: qu’à quelque dofe qu’on l’emploie , fi a quelque degré de combinaifon elle donne un mortier un peu meilleur que l’autre, l’on n’obtient jamais un réfultat qui approche de celui des Romains.
- Il y a donc , fuivant Pline , un larcin de chauxj une épargne criminelle, qui eft la principale caufe de l’imperfe&ion du Mortier , qui commençoit à s’introduire à Rome , la fource des ruines que l’on y voyoit; mais ce larcin ne peut pas être celui de la chaux fufée depuis long-temps, puif-qu’en lui en faifant la reftitution la plus abondante , le mortier n’eft pas meilleur.
- La conféquence qui réfulte de fon af-fertion & de notre propre expérience , eft aifée à tirer : l’Auteur parle nécefîaire-ment, dans la première partie de ce texte, d’une autre chaux que de celle qui eft fufée , d’un intermède qui donne au Mortier fa force & fa vertu ( i ). Combien
- (x) Au commencement de ce même chapitre , Pline
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- cette vérité , en expofant la découverte du fleur Loriot , acquerra t elle de droit fur les efprits ! Pourquoi, fe demandera t-on, au-lieu de chercher dans Pline des autorités en faveur d’une mauvaife routine , n’y a-t-on pas vu ce qui eft en effet le principe d’un procédé connu de fon temps , que fes écrits un peu plus de réflexion étoient capables de perpétuer ï C’eft qu’il eft peu de le&eurs qui fâchent lire j & qui apportent à leurs études les difpofitions néceftaires pour vaincre les préjugés.
- La fécondé partie du texte de Pline, intrita quoque, &c. indique fuffifamment qu’il y eft queftion d’une autre chaux, ou d’un état de la chaux qui eft autre que celui qui fait le fujet de la première ob-fervation : l’Auteur les met pour ainfl dire en oppofition. Premièrement, quant
- parle évidemment de l’emploi de la chaux vive , qu’il nomme calcis quant vehementijfim& ; de forte que tout ce qu’il dit jufqu’à ces mots intrita quoque 3 &c. qui marquent qu’il va la confidérer fous un autre état, fe rapporte à la chaux vive.
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- aux dénominations , rune efl: appelée Amplement calx OU calx cum ferrumine fuo y calx quàm vehementijjima : l’autre porte une qualification propre à indiquer le nouvel état fous lequel il l’a confidérée , & il rappelle calx intrïta ( i ) , de la chaux diffoute ôc éteinte. Secondement, quant à leurs effets > la première donne au mortier fa force & fa confiftance; fi on la fouftrait, fou» vrage n’a plus la folidité requife l’autre eft recommandable par l’ancienneté de fa fufïon & fa parfaite difiolution 3 qui fait que les ouvrages ou elle s’emploie ? ne font point fujets aux gerçures ; avantages que l’on éprouva , ajoute l’Auteur fous l’empire des loix anciennes des bâtimens ? qui défendoient aux entrepreneurs d’employer cette chaux avant trois années de fufion.
- (i) Intrïta. Cette expreffion peut-elle convenir à îa chaux éteinte à l’air comme à celle qui l’a été par l’eau ï-Si cela étoit, Pline àuroit laifTé du louche dans le chois de cette expreffion : l’on aura occafion de faire voir que la chaux éteinte à l’air n’eft pas privée de toutes les qualités de celle qui a été éteinte à l’eau.,
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- de compofer un Ciment. 25 Quoi qu’il en foit de l’autorité de Vi-truve & de Pline , que l’on a évidemment mal entendus , cela importe peu au fieur Loriot : il a pour lui les faits &C l’expérience : de funeftes épreuves ( 1 ) lui ont appris, à la vérité, qu’il a à combattre la prévention &: la jaloufie , ennemies bien plus redoutables à celui qui s’annonce comme inventeur & réformateur, que quelques palfages découfus d’auteurs qui ne font plus , en faveur de qui perfonne ne cabale , &c que dans un fiècle éclairé l’on fe permet de contredire , lorfque l’on a des raifons pour le faire. C’eft pourquoi il protefte qu’il ne leur oppofera que fes fuccès , &; ne fera d’autres efforts pour convaincre , ou du moins pour réduire les détra&eurs au filence , que de les inviter à être témoins des expériences en grand qu’il fait à la vue de tout le monde dans les travaux dont il eft chargé pour le Roi (2).
- (1) La perfécution qu”il a éprouvée à l’occafïon des machines de fon invention établies au Pompean.
- ( 2, ) Le fieur Loriot eft actuellement occupé à faire
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- %6 Méthode
- Les recherches que faifoit le fleur Loriot , d’après fon plan de 1765 , ayant été interrompues , tant par quelques voyages que par un travail particulier pour le fer-vice du Roi ( 1 ), M. le Marquis de Ma-rigny , dont le zèle pour ce qu’il a une fois conçu comme utile au progrès des arts ne pouvoit être ralenti, fur-tout dès qu’il avoit une relation direde aux bâti-mens,profita de la circonftance d’un voyage que le fleur Loriot fit à fa terre de Me-nars en 1769 , pour l’engager à reprendre fes idées fur le ciment des Romains, 6c à leur donner par fes expériences toute la maturité &c la folidité dont elles pou-voient être fufceptibles.
- Cette invitation fut un ordre pour lui , 6c un ordre d’autant plus facile à exé-
- recouvrir de Ton Ciment les voûtes de l’Orangerie de Verfailles ; tout le monde eft à portée de voir le progrès de Tes opérations , d’être témoin de la promptitude avec laquelle fon Ciment prend de la folidité fans gerçure.
- ( 1 ) Les modèles des tables volantes qui doivent s’exécuter à Trianon, St que toute la * capitale a vus avec applaudiffement.
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- cuter, que M. le Marquis de Marigny avoir pourvu en même - temps à ce que Ton fournît au fleur Loriot tout ce qui lui fe-roit néceffaire , voulant que les effais en grand comme en petit fe fiffenî à fes rif-ques &: à fes dépens : noble défintcreffe-ment, qui a fl peu d’émulcs en ce fiècle, même parmi ceux qui briguent le titre de proteéleurs des arts !
- Le fleur Loriot ainfl mis à fon aife , & ayant préparé les matières des différais mélanges qu’il fe propofoit de faire, pendant le temps que lui lailfoit libre un ouvrage de mécanique qu’il avoit entrepris pour élever des eaux a Menars , eut la fa-tisfaéfion,dans le courant de l’été de 1770, de découvrir une forte de phénomène , qui depuis bien des flècles 11e s’étoit fans doute montré qu’à lui, &: dans lequel confifte tout le fecret de fa découverte.
- Il prit de la chaux éteinte depuis longtemps dans une foffe recouverte avec des planches fur lefquelles on avoit répandu une bonne quantité de terre } de forte que la chaux avoit confervé par ce moyen toute fa fraîcheur: il en fit ck-o, fois fé-
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- parés-, qu’il gâcha avec une égale attention.
- Le premier lot * fans aucun mélange 3, fut mis dans un vafe de terre vemiffé , & expofé à l’ombre à une déification naturelle : à mefure que l’évaporation de l’humidité fe fit, la matière fie gerça en tous fes fens ; elle fe détacha des parois du vafe, &; tomba en mille morceaux 7 qui n'avoient pas plus dé confiftance que les morceaux de chaux nouvellement éteinte qui fe trouvent deiïéchés par le foleil fur le bord des foffes.
- Quant à l’autre lot , le fleur Loriot ne fit qu’y ajouter environ un tiers de chaux vive > mife en poudre , & amalgamer & gâcher le tout, pour opérer le plus exaét mélange , qu’il plaça de même dans un pareil vaiffeau vernifie ; il fentit peu après que la maffe s’échauffoit, &:, dans î’efpace de quelques minutes , elle acquit une confiftance pareille a celle du meilleur plâtre a propos détrempé & employé : c’eft une forte de lapidification confommée en un inftant : les métaux en fufion ne fe figent guères plus promptement, lorfqu’ils font
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- Retirés du feu. La déification abfolue de ce mélange eft achevée en peu de temps * & préfente une maffe compa&e , fans la moindre gerçure , Se qui demeure tellement adhérente aux parois du vaiffeau » qu’on ne peut l’en tirer fans le brifer.
- Le réfultat de ce mélange de la chaux vive, quelque furprenant qu’il paroifte au. premier abord, s’explique fi facilement , qu’on doit s’étonner qu’il eût été réfervé au heur Loriot de le foupçonner le premier, Se d’en faire la découverte. En effet, il eft facile de reconnoïtre auftl-tôt, que cette prife fubite eft un produit néceffaire de la chaux vive, qui, portée par un exaéf amalgame jufques dans les recoins les plus intimes de la mafte de la chaux éteinte, fe fature de l’eau quelle y rencontre, Se occafionne ce deftechement total Se fubit qui ne furprend point dans l’emploi des gypfes Se des plâtres.
- Mais la qualité la plus précieufe de cette compofition, eft de n’être fujette â aucune gerçure, fiflure ou crevaiïe , quand le mélange eft dans fa proportion exa&e , de n’éprouver ni retraite, ni extenfton, Se de
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- refter perpétuellement au même état ok elle s’eft trouvée au moment de fa fixité: ce phénomène tient aux mêmes raifons. Tandis que le Mortier , ou Ciment ordinaire , ne le deffeche que par l’évaporation de fon humide fuperflu, cet humide refte ici dans la mafle ; il ne fait que fe combiner avec la chaux vive qui s’en empare : c’eft une déification, pour ainfi dire, interne ; & la mafle reftant la même , les parties étant d’ailleurs rapprochées autant qu’elles peuvent l’être, il ne doit y avoir aucunes gerçures ; car elles ne proviennent que de l’évaporation de l’humide fuperflu, &: du rapprochement des parties qu’il tenoit écartées.
- Le fieur Loriot eut encore la fatisfac-tion d’éprouver que fon compofé avoit cette éminente qualité , de refter impénétrable à l’eau j il répéta fon eflai , 6c forma de cette matière des efpèces de vaifleaux à contenir de l’eau, & vit qu’a-près les avoir laiffé fecher, l’eau qui y a féjourné n’a éprouvé de diminution que par l’évaporation : le vafe s’eft trouvé d@ même poids qu’auparavant.
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- Ces expériences ayant été répétées plu-fîeurs fois , il falloit reconnoïtre quel effet la révolution &c l’intempérie des faifons , les pluies, les grandes chaleurs &: la gelée pouvoient opérer fur ce mélange des deux chaux, de même que fur un grand nombre d’autres effais , ou le fleur Loriot avoit incorporé avec elles d’autres matières propres à former du mortier ; &: il reconnut , après les avoir laiffés pendant deux années expofés aux injures de l’air, que ces effais avoient non - feulement ré-fllté à tout , mais encore qu’ils avoient progreffivement acquis plus de folidité.
- Dès-lors le fleur- Loriot n’a pas craint d’affirmer que l’intermède de la chaux vive en poudre , dans toutes les fortes de mortiers ou cimens qui fe font avec la chaux éteinte , étoit le plus puiffant moyen d’obtenir toutes les perfections qu’on y déliré. Voilà la clef de la découverte qu’il a annoncée ; les plus intéreffantes conié-quences en dérivent d’elles mêmes : on va indiquer les principales. La réflexion , les tentatives, & mille autres circonftances
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- pourront par la fuite y donner plus de développement.
- Dès que, par le réfultat de l’expérience, les deux chaux fe faififfent &: s’étreignent -û fortement, qu’elles ne font plus qu’un, vorps folide , l’on conçoit qu’elles peuvent aufil embraffer 6c contenir d’autres fubftanccs que l’on y introduira , les fer-xer 6c faire corps avec elles , félon la con" venance plus ou moins grande de leurs furfaces 6c de leurs contextures, 6c parla augmenter le volume de la malfc qu’on veut employer.
- «. Ces corps étrangers, reconnus jufqu’ici pour les plus convenables à introduire dans le mortier, font le fable 6c le ciment ou brique pilée.
- Prenez donc pour une partie de brique pilée très - exactement &: palfée au fas , deux parties de fable fin de rivière , palfé -à la claie, de la chaux vieille éteinte , en quantité fuffifante pour former dans l’auge , avec l’eau , un amalgame à l’ordinaire , 6c cependant afîez humeété pour fournis à l’extm&ion de la chaux vive
- que
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- que vous y jetterez en poudre, jufqu’à la concurrence du quart ( 1 ), en fus de la quantité de fable ôc de brique pilée pris enfemble : les matières étant bien incorporées, employez-les promptement, parce que le moindre délai en peut rendre l’u-fage défedueux ou impoflible.
- Un enduit de cette matière fur le fond & les parois d’un baffin, d’un canal de toutes fortes de conftrudions faites pour contenir &: furmonter les eaux , opère l’effet le plus furprenant , même en l’y mettant en petite quantité : que feroit ee fi les conftrudions avoient été originairement faites avec ce mortier ?
- La poudre de charbon-de-terre s’incorpore très - efficacement avec ces mêmes matières, jufqu’à une quantité égale à celle de la chaux vive} la couleur de plomb qui en réfulte , n’eft qu’un acceffoire qui peut trouver fa convenance dans l’occa-fion y mais la fubftànce bitumineufe que le charbon-de-terre contient, préfente un
- ( 1 ) Voyez ci-après les obfervations à faire fur la qualité de la chaux vive.
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- rempart qui n’eïl pas moins impénétrable à l’eau que les autres matières auxquelles il s’affocie.
- 'Que l’on fe contente d’ajouter un quart de chaux Vive au (impie mortier ordinaire de chaux fufée &; de fable , l’on en fera un crépi , qui, dans vingt - quatre heures , aura acquis plus de confiftancc que l’autre dans plufieurs mois.
- Le mélange de deux parties de chaux éteinte a l’air, d’une partie de plâtre paffé au fas, &; d’une quatrième partie de chaux vive, fournit > par l’amalgame qui s’eii fait, à la confiftance du mortier ordinaire, un enduit aufïl propre pour l’intérieur des bâtimens , que tenace Sc non fujet à fe gercer. Il faut toujours avoir la même attention de ne préparer ces mortiers que par augées, & â mefure qu’on les emploie.
- A u defaut de fable , s’il s’agit de con-ftrudions d’édifices qu’on voudra promptement élever, ou pour les enduits intérieurs y comme pour les crépis en-dehors , on peut fè fervir de la terre franche s la plus fâblonneufe fera la meilleure*.
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- de compofer un Ciment, 35 Si on ne peut avoir de la brique pilée pour les ouvrages deftinés a recevoir l’eau ou à la contenir, l’on peut y fuppléer, en fai Tant des pelottes de terre-franche, qu’on lailfera fécher, &: qu’on fera cuire en» fuite dans un four a chaux, en les rangeant derrière les pierres à chaux, ou biendans un fourneau particulier. Ces pelottes, aifément réduites en pondre, valent la brique pilée. Un tuf fec &: pierreux, bien pulvérifé & pafle au fas , peut remplacer &: le fable & la terre-franche ; il feroit meme à pré* férer, à caufe de fa légèreté , pour les ouvrages qu’on voudroit établir fur une charpente.
- Les marnes , exa&ement pulvérifées &£ délayées avec précaution, à caufe de leur onduofité qui peut réfifter au mélange* font également propres à s’incorporer avec les chaux. La poudre de charbon de bois, ( i ) 6c en général toutes les vitrifications des fourneaux j, celles des forges des fonderies, crafles, laitiers , feories, mâchefers , toutes celles qui
- (0 Les cendres foat pernkiçufçs, &çetardçnt]a prife ds h chaux.
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- font imprégnées de fubftances métal-liques, altérées par le feu , font également fufceptibles des entraves que ce mélange des deux chaux leur prépare , & peuvent donner un ciment de telle couleur que l’on poura defirer.
- On ne doit pas omettre pour le befoin la pierre pilée } ces débris embarraffans de la taille des pierres , les gravats des démolitions , des conftruélions originairement faites avec la chaux & le fable, qu’il faut fouvent tranfporter au loin , peuvent être de la plus grande utilité. Les effais que le Sr Loriot en a faits en petit, lui promettent le plus complet thccès dans le grand.
- Il faut cependant, en faveur de ceux qui font chargés de l’apprêt des matières, &: de tous ceux qui voudront faire la manipulation, les prévenir qu’à caufe des difterens degrés de force qui fe rencontrent , non-feulement entre la chaux ordinaire d’un canton & celle d’un autre , mais encore entre la chaux provenant des pierres de la même carrière, h elle a été plus nouvellement ou plus anciennement cuite , on ne peut pas aiîignet
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- de compofcr un Ciment. 37 précifément la quantité proportionnelle de chaux vive a faire entrer dans le ciment : ici il en faut davantage, la il en faut moins ; c’eft pourquoi le fleur Loriot a pris un terme moyen , en alignant le quart en fus du total des matières de fa. ble & de briques pilées, qui eft la mefure d’une chaux de médiocre qualité employée en fortant du four : fi elle étoit cuite depuis long-temps , il en faudrait davantage j comme aufii il en faudrait moins, fi c-’étoit une chaux de qualité fupérieure , faite de pierre dure qui ab-forbe beaucoup d’eau.
- Le travail aux environs de Paris commence à montrer qu’il faut à-peu près un tiers de la plus parfaite qu’on y ait : cette chaux eft inférieure à la bonne com* mune , qui le cède elle même à celle qui fe fait a Senlis , qui eft la meilleure de toutes. Il eft de la pms grande importance de connoïtre l’état &: la qualité particulière de la chaux qu’on doit employer > parce que c’eft d’un jufte aftortiment que réfulte la perfedion : une trop grande quantité de chaux vive qui a beaucoup
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- de force , qui boit beaucoup , ne trouvera pas a s’éteindre parfaitement &: à fe corhbiner en mortier ; elle brûlera , elle tombera en pouffiere : celte au contraire qui , en s'éteignant, aura été inondée? fans pouvoir abforber l’eau dans fa fu-flon , en lailfera de fuperflue , qui, par l’évaporation dans le defléchement du mortier , le crevaffera. On ne peut trop recommander les eflais fur la qualité de la chaux, même aux ouvriers qui auront Opéré avec la plus grande jufteffe dans un pays , &: qui voudront travailler dans un autre ; indépendamment de l’avantage local , qui peut fe trouver plus ou moins grand, il faut qu’ils foient bien convaincus que la chaux fe décompofe a mefüre qu’elle vieillit , & qu’il faut par confisquent en augmenter progrdlîvement la dofe \ que fa mauvaife qualité peut même faire entièrement échouer l’ouvrage.
- Pour en avoir continuellement de nouvelle , il feroit à defirer que dans des travaux fuivis .& eii grand , on eût des fours h. chaux comme ceux que l’on voit aux environs de Chartres : ce font des four-
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- neaux en forme de cheminées , remplis lits par lits alternati vement de charbon de pierre caftee en petites parties. Ces fours fe chargent par le haut, & a mefure du befoin, on tire de la chaux par le bas . au moyen de cela on en a continuellement de nouvelle : mais , un avantage qui ne feroit pas moins confidérablc , c’eft que par ce procédé l’on feroit maître de donner, fuivant la qualité de la pierre, le degré de cuilfon qui eft néceftaire, ÔC qui n’exige pas toujours une aufti confî-d érable diminution de fon poids , que celle qui eft communément aftïgnée fur des épreuves particulières : on n’auroit pour cela qu’a augmenter ou diminuer à proportion les lits de charbon.
- Quant 'a la qualité du fable, il Y en a de carrières , préférable a celui des rivières , dont le grain eft trop poli par le charriage.
- La préparation du Mortier ou Ciment fe peut faire de deux maniérés : la première, en délayant exactement avec la chaux éteinte &: l’eau , les matières de fable , de briques pilées ou autres qu’on y veut faite entrer,
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- \ la confiftance qu’on a annoncée, c’eflr à* dire, un peu plus claire que pour remploi ordinaire : c’ell: en cet état qu’il faut jeter de la chaux vive pulvérifée, en l’éparpillant & débroyant bien pour s’en fer-vir incontinent.
- La deuxième eft de faire un mélange des matières feches, c’eft-à-dire, du fable, de la brique pilée _& de la chaux vive * dans la proportion aflïgnée \ ( mélange que l’on pourroit mettre dans des facs , en dofe convenable pour une ou deux au-gées ) : la chaux éteinte, d’un autre côté , étant portée avec l’eau, on pourra faire , à l’inftant du befoin, Ôc même fur l’échafaud , la mixtion, comme l’on fait du plâtre, en gâchant ôc détrempant le tout avec la truelle.
- La proportion des dofes une fois reconnue, les ouvriers â qui on délivre les matières ainfi mélangées, ne peuvent plus fi facilement fe tromper.
- Mais le fleur Loriot annonceroit une vaine découverte ; il échaufferoit inutilement l’imagination la curiofité par fes prômefies , s’il n’étôit pas en état de faire
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- voir que le Fuccès a répondu dans des épreuves du genre le plus étendu 8c le plus varié , à l’annonce des eflfais en petit.
- D’abord M. le Marquis de Marigny, dans là vue d’appliquer au profit du Roi, 8c dans l’adminiftration particulière des bâtimens de Sa Majefté , ainfi que dans les autres parties de l’archite&ure civile 8c militaire , les avantages que promet cette compofition, a voulu que fa plus importante qualité , celle qui annonce qu’elle eft impénétrable a l’eau , qu’elle la contient &; lafoutient, quelle prend fous elle une confiftance Sc une ténacité fur-prenantes , fans gerçures ni crevafies , fans extenfion ni retraite , fût principalement 8c foigneufement conftatée ; &, dans cette vue, les ouvrages aquatiques ont été les premiers qu’il a propofés pour cette épreuve.
- Il avoit à établir, dans fes jardins de Menars , le bafiin d’une machine hydraulique très importante, un canal de 40 a 5° toifes de longueur , qui y amène l’eaii , 8c (Jes pierrées fouterraines, qui font des accêlfoires de la machine.
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- Dans tous ces ouvrages on a employé le Mortier ou Ciment du fleur Loriot, tantôt en (impie enduit, dans les parties qui le demandoient, tantôt en maçonnage de moellons jetés a pierre perdue, tantôt enfin en tampon à la bonde d’un canal qu’il falloit deflécher 3 pour l’enduire dans toute la capacité : l’effet de ce dernier effai particulier, ( fait a la fuite de l’emploi de la glaife , du mortier ordinaire &: de tous les autres moyens connus ), a été fi fubit & fi décidé , qu’à l’inftant où la bonde a été remplie de cette matière, l’eau a trouvé une telle ré-fiftance , que, tandis qu’elle pénétroit à travers les pores de la pierre, en y produi-fant un fuintement très-marqué , le Mortier employé pour tampon eft parvenu, dans un très court efpace , au point de déification le plus complet.
- Le dôme d’une fontaine de conllruc-tion précieufe, dans l’intérieur de laquelle on étoit inondé , parce que la qualité fpongieufe de la pierre du pays donnoit palfage à toutes les eaux dont ce dôme étoit frappé, a été revêtu d’une calotte
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- de ce ciment : l’efFet en a été audi prompt qu’on pouvoit le dedrer , a caufé la plus grande fatisfa&ion.
- Le baffin de la machine hydraulique conftruit, pour la plus grande partie, fur la voûte d’un fouterrain dans lequel font placés tous les mouvemens de cette machine , pré fente encore chez M. le Marquis de Marigny un exemple éclatant de l’ufagc avantageux de ce Ciment j mais, ce qui eft à remarquer , c’eft que toutes ces épreuves ont été faites dans des temps extrêmement défavorables , en automne , au commencement de l’hiver 1771 an printemps de la préfente année 1775, ou les ouvriers étoient fréquemment obliges de travailler par un temps de pluie. Ils venoient, a la fin du mois d’oéfobrc 1772., de terminer l’enduit d’un badin dans une baffe-cour de volailles aquatiques , lord-qu’un violent orage y verfa plus de dx pouces d’eau : l’ouvrage n’en fut point inté re de g cette eau n’éprouva de diminution que celle de l’évaporation.
- On demandera peut être quelles font celles de ces compodtions que le Sx Loriot a cm*
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- plôyéesde préférence dans fes travaux a Mc-narsj ii eft jade de fatisfaire à cette queftion.
- Le Ciment employé dans le grand canal du potager, long de 47 toifes, fur 7 pieds de largeur &' 3 pieds de profondeur } dans celui de l’arrière-potager 7 dans le baffin de la baffe-cour aux volailles \ fur la voûte fouterraine que couvre actuellement une plantation de lilas, fur le dôme de la fontaine dont on a parlé , eft celui où on fait entrer Amplement le fable &; la brique pilée, avec les deux chaux* l’une vive ôc l’autre éteinte. Il en eft de même de celui qui a fervi de mortier pour la conftrudion du maffif de la conduite qui mène l’eau fur la machine.
- Les enduits de cette conduite , ceux du baffin qui en reçoit l’eau, & qui, s’élevant de 7 pieds , fert de ventoufe , en même-temps que de décharge de fuperficie , quand on 11e veut pas laifter aller l’eau dans le petit baffin de la machine , ont été faits avec l’addition de la poudre de charbon - de - terre, fui vaut la proportion indiquée ci-deffiis.
- Quant aux enduits faits aux murs de
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- terraffes ÔC autres parties de bâtimens , dont le crépi , repouffé par l’humidité & les injures de l’air , tomboit tous les hivers j il n’a employé autre chofe pour les faire, que la quantité preferite de chaux vive , ajoutée au mortier ordinaire, un peu clair, de chaux éteinte Sc de fable.
- Il ^’eft fervi de ce même mortier pour le placage dans une voûte fouterraine qu’il a enfuite fait enduire du Ciment très - blanc dont on a parlé , &: qui eft compofé de deux parties de chaux éteinte à l’air, d’une partie de chaux vive &c d’une partie de plâtre. C’eft même ici le lieu d’obferver que la chaux éteinte à l’air, dans un lieu couvert, ce qui fe recon-rioït a ce quelle eft réduite en poudre impalpable, peut être employée avec fuc-cès pour retarder l’effet de la prife du Ciment , comme, par exemple , lorfqu’on doit travailler l’enduit avec plus de précaution &c de temps.
- Lorfque le fleur Loriot a eu befoîn d’appliquer de fon Ciment fur les voûtes .de quelques fouterrains extérieurs qui fournftfoient un paffage fur leur plan in-
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- cîiné , il y a fait efltrer des matières plus grofïières , de petits cailloutages &: des graviers? Le rempart contre la pluie & l’humidité n’a pas été moins efficace , &C le chemin plus raboteux eft devenu moins périlleux à pratiquer.
- On fent, après tout ce qu’on vient de dire ,, a combien d’ufages différens la découverte qu’on annonce peut avoir fon application , &: quels nouveaux avantages elle peut fournir dans toutes les parties des bâtimens.
- Déjà , quelques con'ftructions que l’on faffe avec ce Mortier , elles acquerront une folidité & une permanence à laquelle on né peut fe flatter d’atteindre, •dès que les différentes parties n’ayant de folidité que par leurs affifés , manquent de liaifon entre elles.
- Quelles voûtes ne fera-t-on pas ! quelle forme ne pourra t on pas leur donner , fans craindre de . nuire à leur folidité ! On en pourroit confttuire avec de (impies cailloutages , d’aufli légères qu’on voudroit : on ne doit craindre ni pouffée > ni xetrécifferUent, ni fur charge.
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- Des aqueducs , des conduites d’eau bien appuyées Ôc chargées fuffifamment pour foutenir le poids de la colonne , pourront faire élever ce liquide à la hauteur defirée.
- Les canaux &: baflins, tous les ouvrages deftinés à contenir les eaux, n’ont plus beloin déformais des contre - murs, des corrois , des glaifes , des mafbics &: d’une infinité d’autres matières , toutes également infuffifantes après une légère révolution , &c toujours très-difpendieufes par la néceflité d’y revenir fouvent. La formation de leurs mafiifs par l’emploi de ce Mortier, feroit infiniment préférable ; mais, quand ces ouvrages fc trouvent faits autrement, il faut fe contenter de rechercher les joints avant que d’appliquer la couche de ciment.
- Toutes les conftrudions fouterraines dans les fortifications, comme dans l’ar-chitedure civile , peuvent devenir habitables & plus faines, même au milieu des eaux : nos caves fujettes aux inondations par lès crues d’eau 5 celles qui font con-ftiuites fous des cours & autres lieux de-
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- couverts qui en arrofent les voûtes, les folles d’aifance , qui portent l’infe&ion aufiï loin que le permettent les couches de terre à travers lefquelles elles fluent, tout cela demande les fecours de ce Ciment , qui forme un auffi puiffant obfta-cle à l’entrée qu’à la fortie des liquides.
- Qui eft-ce qui ne conçoit pas que l’on peut faire de cette matière, comme d’un feul jet, des auges , des abreuvoirs pour les baffes-cours , des réfervoirs contre les incendies, des citernes de la plus grande falubrité dans les fortereffes, comme dans tous les autres lieux où on manque d’eau ?
- Quelles terraffes, quelles plate-formes > quels combles pour les édifices, de quelques formes qu’on juge à propos de les décorer ! On ne fera plus obligé de donner aux murs l’épaificur qui eft néceffaire pour porter le poids énorme de ces dalles de pierre qui en entraînent la chute, on de ces tables de plomb , fi difpendieufes , qui ne remédient pas mieux les unes que les autres à l’humidité Ôc à l’infiltration des eaux. La tuile , l’ardoife ^4e plomb laminé même peuvent - ils fe ployer en
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- de compofer un Ciment. 49 autant de manières que ce Ciment , pour les faîtes , les jets d eau , les rigoles, les gouttières &c les écoulemens ?
- Les couverts entiers pourront être formés d’un enduit fur de {impies lattes un peu rapprochées *, la plus legè-re charpente fera fufïîfante pour porter ce poids : mais de quel fecours cette matière ne fera-t-elle pas dans les lieux ou on n’a pour couverture des édifices, qu’un léger, bar* deaü, fi dangereux pour les incendies, ou que des carrières de pierres plates, d’une furcharge prodigieufe.
- Les ornemens , tant intérieurs qu’extérieurs des bâtimens , peuvent emprunter de ce Ciment, avec ,1a folidité, la plus grande variété : il faudra feulement avoir attention , d’un côté , que les crépis 6c les ornemens en reliefs ne foient appliqués qu’'a des murs bien fecs, d’autant que le Ciment pourroit concentrer des principes deftrudeurs , qui à. là fin fe feroient jour , 6c de l’autre , que ces ouvrages puifient avoir acquis un entier delféchement avant la fait on des gelées.
- Un pareil Ciment > celui fur-tout oà
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- Ton fait entrer de la pierre pilée, eft une pierre fa&ice qu on peut jeter au moule, & former de cette manière des baluftres, avec pilaftres , pour fervir d’appui fur les îerrafles & plate-formes ; des rampes d’ef-caliers avec leurs plate - bandes , tablettes , &c. Pour plus grande folidité , ces fortes d’ouvrages peuvent avoir leur noyau en fer groflïer, tant pour les pilaftres que pour les plate-bandes.
- On peut aufti , foit dans des moules, foit fur la roue du potier, faire des vafes d’ornemens, des pots à fleurs &c de fer vice ,pour les jardins &; parterres, de telle couleur qu’on les voudra.
- 11 y a plufteurs provinces du Royaume , plufleurs parties de l’Europe où le plâtre manque abfolument, & où la difette ou bien la cherté de cette matière, qui en eft la fuite, empêche d’exécuter bien des ouvrages d’une grande commodité dans la conftrudion : tels fçnt, par exemple , lès dévoiemens des çfleminées au moyen de l’invention du fleur Loriot, on pourra déformais les y pratiquer avec la même facilité que dans-les pay s à plâtre.
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- Le fieur Loriot n ofe pas encore aiïurer que fa découverte peut s’étendre a un art bien précieux de bien intéreffant , celui de la fculpturc > pour remplacer le plâtre, les terres argilleufes &: autres matières moins folides, de fujettes à retraite ou extenfion. Il paroit déjà indubitable que ce Ciment eft très-propre à obtenir le moule creux des figures que l’on veut copier} l’Auteur efpère qu’aidé des bons offices de des lumières des artiftes célèbres que fournit la Capitale, il pourra contribuer en quelque chofe à l’avantage de l’art qu’ils font occupés à enrichir : il répondra avec le même empreffement aux perfonnes qui daigneront lui communiquer les idées qui leur feroient venues fur la poflibilité de l’application de fon Ciment à d’autres chofes.
- Que pourroit-on ajouter â ce que l’on vient de dire, &: fur la découverte de fur le fecret de fa compofition , de fur la manière de s’en fervir ? Le fieur Loriot ne s’eft rien réfervé, même des vues particulières qu’il a portées fur un grand nombre d’objets qu’il n’a pu encore traiter
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- 5 % Méthode
- en grand. Maïs s’il n’a rien eu plus à cocus que de répondre 'a TemprefTement qu’a marqué le Public , dès qu’il a fu que la découverte devoit devenir le bien propre de chaque Particulier , par la bienfaifancc de Sa Majefté , qui en a ordonné la publicité j il efpere que ce même Public daignera l’apprécier, moins par fa fimplici-té, que par fes téfultats &c fon utilité $ moins par ce que la chofe eft en elle-même , que par les recherches longues, aflxdues &: pénibles dont elle le met en état de recueillir le fruit.
- On doit cependant prévenir ici les per-Tonnes qui auront des travaux à faire, quelles ne devront pas imputer à la découverte les fautes que pourroient corn' mettre , à leur préjudice , les ouvriers qui fe diroient iuftruits de cette méthode, Tans avoir joint la pratique aux connoif-Tances qu’ils peuvent acquérir par la lecture de ce mémoire. Comme il importe infiniment à la perfection , de faire marcher d’un même pas l’exerçicç tte la main-d’œuvre , avec la théorie des règles que Ton donne par écrit * k heur Loriot , en
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- de compofer un Ciment. 53
- employant les premiers ouvriers qui fe font formés à Menars, 51 qu’il a fait ve-s nir fur les travaux pour le Roi &: les Princes , aura l’attention d’inftruire tous ceux qui fie préfenteront pour mettre la main à l’ouvrage. Dès qu’il fera convaincu de leur capacité, il leur donnera un certificat de cette efpèce d’apprentiflage , a la vue duquel ceux qui voudront les employer pourront le faire avec plus de confiance. Au fur plus, tous ceux qui voudront avoir des ouvriers inftruits dans cette efpece d’art nouveau, n’auront qu’a lui adrefler des fujets fufceptibles d’inftruc-tion : il fie flatte d’en former en peu de temps des ouvriers en état de conduire les autres.
- Si enfin des provinces ou des villes de* mandoient que l’on détachât quelques fu-jets , pour remplir leurs vues patriotiques, Sc aller préfider à des travaux & former des élèves fur les lieux, le fieur Loriot fe fera un devoir de leur donner ceux qui feront les plus capables.
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- APPROBATION.
- J’a i lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier , un manufcrit intitulé : Mémoire fur une découverte dans Vart de bâtir, faite par M. Loriot , mécanicien , penfonnaire du Roi , &c. 8c non-feulement je n’y ai rien trouve qui pût en empêcher l’impreffion, mais il m’a paru qu’on ne pouvoit trop tôt inftruire le Public par cette voie, d’un procédé auflï avantageux ^ 8c applicable à autant d’objets.
- Â Paris, ce 5 Octobre 1773.
- Signé M o N t û c t a ,
- Cenfeur Royal,
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- mai
- PRIVILÈGE DU ROI.
- •®-*OUIS , PAR LA GRACE DE DlEU , Roi DE FRANCE ETBE Navarre: A nos amés & féaux Confeillers, les Gens tenant Dos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes ordinaires de îtotre Hôtel, Confeils Supérieurs, Prévôt de Paris , Baillîfs, Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers qu’il appartiendra: SALUT. Notre amé e fieur Loriot , Mécanicien du Roi» Nous a fait expofer qu'il defireroit faire imprimer & donner .aaü Public, un Mémoire fur une découverte dans l'art de bâtir de fa compo~ fition j s’il Nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Permiffioa pour ce néceflaires. A ces Causes , voulant favorablement traiter î’Expofant, Nous lui avons permis & permettons, par ces Pré-fentes , de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que Lte lui femblera, & de le faire vendre, 8c débiter par tout notre Royaume , pendant le tems de trois années confécutives 9 àt compter du jour de la date des Préfentes. Faifons défenfes à. tous Imprimeurs , Libraires , 8c autres perfonnes , de quelque qualité 8c condition qu’elles foient, d’en introduire d’impreC» fion étrangère dans aucun lieu de notre obéiffance. À la charge
- 5ue ces Préfentes feront enregiftrées tout au long fur le Regifixe e la Communauté des Imprimeurs 8c Libraires de Paris, dans trois mois de la date d’icelles ; que l’imprellion dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume , 8c non ailleurs, en bon papier 8c beaux caraftères ; que l’Impétrant fe conformera en tout au* Règlemens delà Librairie, 8c notamment à celui du io Avril 1715 , à peine de déchéance de la préfente Permiffion ; qu’avant de l’expoler en vente, le Manufcrit qui aura fervi de copie à la l’impreffion dudit Ouvrage , fera remis dans le même état oii l’approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher & féal Chevalier, Chancelier Garde-des-Sceaux de France , le Sieur de Maufrou ; qu’il en fera enfuite remis deux Exemplai» res dans notre Bibliothèque publique, un dans celle de notre Château du Louvre, un dans celle dudit Sieur de Maupeou j Je tout à peine de nullité des Préfentes ; du contenu defquelles vous mandons 8c enjoignons de faire jouir ledit Expofant 8t fes ayans-caufes , pleinement 8c paifiblement, fans fouffrir qu’it leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons qu’à la copie des Préfentes , qui fera imprimée tout au long, au commencement ou à la fin dudit Ouvrage , foi foit ajoutée comme à l’original. Commandons au premier notre Huiflier ou Sergent fur ce requis, de faire , pour l’exécution d’icelles, tous aéles requis 8c néceflfaires , fans demander autre permiifion, 8c nonobf-s*nt clameur de Haro, Charte Normande, Sc Lettres â ce contrai»
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- ï«s: Car tel eft notre plailîr. Donné à Paris le premier jour du mois de Décembre, l’an mil fept cent foixante-treize , & de notre Règne le cinquante-neuvième. Par le Roi en fon Confeil.
- Signé LE BEGUE.
- Regifiré fur le Regifire JCIX de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris, N° 2800 , fol. 168 , conformément au Règlement de 1723 , qui fait défen/es article 4 à toutes personnes de quelques qualités & conditions qu'elles foient autres que les Libraires & Imprimeurs , de vendre , débiter, faire afficher aucuns Livres pour les vendre en leurs noms , foit qu'ils s'en difent les Auteurs ou autrement, & à charge de fournir à la fufdite Chambre huit exemplaires prefcrits par l’article jo$ du mime Règlement,
- A Paris t ce 4 Décembre 177J.
- Signé A. P. X.QTTIN , le jeune, Adjoint*
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