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Recherches sur la préparation que les Romains donnoient à la chaux dont ils se servoient pour leurs constructions, et sur la composition et l'emploi de leurs mortiers
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- LA PRÉPARATION
- QUE LES ROMAINS DO N NO IENT
- Dont iis fe fervoient pour leurs conflruc-tions, & fur la compofition & l'emploi de leurs Mortiers.
- Par M. de LA Paye, Triforier général des Gratifications des Troupes.
- DE L’IMPRIMERIE ROYALE,
- M. DCCLXXYII.
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- Ilîi Taxa ligant opufque texunt Codo pulvere fordidoque topho.
- Stac. Sily, lib, IV*
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- A VER TI SSE ME NT.
- JE préfente au Public les découvertes que j'ai faites fur ia manière de bâtir des Anciens : les différens procédés que j’indique, font juftifiés par les textes des Auteurs, & je me fois alluré de leur foccès par des épreuves multipliées. Ce que j’avance fur les conlïtrudions factices ell puifé dans la même fource, & confirmé, tant par le rapport de quelques Voyageurs, que par des Mémoires particuliers. Un palfage de Pline fera con-noître que les colonnes qui ornoient le périftile du labyrinthe d’Egypte, étoient fadices, & que ce vafte édifice exiftoit depuis trois mille fix cents ans. Si l’on
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- peut compter fur le rapport des Hiflo-riens qui ont parlé de l’Égypte , on feroit autorifé à croire que les pierres énormes qu’on remarquoit dans la conitruétion de ce labyrinthe, étoient encore faétices, puifqu’ils n’attribuent 3'invention de fart de bâtir en pierres de taille qu’à Toforthrus, qui règnoit environ douze cents ans avant la fondation de Rome. Hérodote nous a confervé une infeription qui fait voir que les Égyptiens préféraient , entre toutes les pyramides, celle d’Afichis roi d’Égypte, parce qu’elle avoit été conftruite avec des briques compofées du limon qui s’attachoit aux perches qu’on enfonçoit dans le lac Mœris. On ne peut, je crois, jufiifier le motif
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- Je cette préférence, qu’en attribuant à un procédé plus prompt & plus aifé la conftruétion des autres pyramides, tel que feroit un amoncellement de pierres faélices , & qui auroient été formées par encaiffement les unes fur les autres , de même que , de tout temps , on a élevé dans l’empire de Maroc les murailles les plus fortes & les plus folides , & dont plufieurs de nos Voyageurs ont comparé la matière au mortier des Anciens. Au liirplus, les éclairciifemens que je donne fur la manière dont a été conftruite la petite pyramide de Ninus, qui n’eft formée que d’un même bloc, feront connoître que les Egyptiens compolbient des pierres d'un volume confidérable, & la
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- vérification qu’on en fait actuellement en Egypte, d'après un Mémoire particulier que j'ai donné fur cet objet, pourra enfin réduire à des procédés auffi fimples que faciles, tout le merveilleux des confiruélions égyptiennes.
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- RECHERCHES
- Su R la préparation que tes Romains donnoient à la Chaux dont ils fe fervoient pour leurs conflruüions > if fur la compofition if Remploi de leurs Mortiers.
- 5 I les anciens monumens qu’offre l’Italie* ne dévoient leur confervation qu a la chaleur du climat & à la qualité particulière des fables
- 6 des pierres que le fol y produit , il ne relierait aucuns veftiges des conftruÆons qui ont été faites par les Romains au nord de ïa France & en Angleterre, avec les feules matières que le pays leur procurait. H femble donc que la durée & la folidité des
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- anciens monumens font moins dues à la qualité des matières, qua la façon de ies employer (a). Cette réflexion ma engagé à faire des recherches fur les conftruétions des Romains. J’ai recueilli tout ce que les Auteurs anciens ont écrit fur ce fujet, 6c après avoir comparé leurs textes, j’ai reconnu qu’ils s’accordoient parfaitement fur une manière de préparer la chaux, qui eft ignorée de nos jours, 6c qui diffère abfolument de la nôtre. J’ai fait éteindre de la chaux fuivant ce procédé , je l’ai mêlée avec nos fables, comme ont fait les Romains, en obfervant,
- (a) Le temps feul ne donne pas au mortier la plus grande dureté. Les Auteurs qui parlent de la çonftrudion des chemins militaires que les Romains ont faits en France, & dont le Summum dorfum étoit compofé de cailloutages mêlés dans un mortier de chaux & de fable, font connoître qu’il ne falloit pas des fiècles pour durcir le mortier, puifque ces chemins étoient praticables d’une année à l’autre. L’hiftoire nous dit que fur un pareil chemin nouvellement fait, & qui en partant de Lion fe terminoit au confluent du Rhin & de la Meufe, Tibère, à i’aide de trois chariots de relais , fit en vingt-quatre heures deux cents milles italiques.
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- dans îes divers mélanges, les proportions indiquées par les Auteurs. Les mortiers que ces effaïs m’ont procurés, ont acquis une fi grande dureté, que j ai cru pouvoir les employer aux difFérens travaux de conftrudtion & dem-belliffement auxquels iis étoient propres. D’après le fuecès qu’ont eu mes épreuves (b), j’ofe me flatter qu’en s’y conformant , on parviendra à donner à nos conftruélions la même folidité que nous remarquons dans celles des Romains; mais pour mettre le Public en état d’en juger, je vais extraire des Auteurs anciens les difFérens partages qui m’ont conduit à cette découverte; & fans m’attacher à Tordre chronologique, je commencerai par les réflexions de S.* Auguftin fur ies effets de ïa chaux, non-feulement parce qu’elles établiflênt deux façons différentes de la préparer, mais encore parce qu’elles fervent à développer ie fens des Auteurs qui ont écrit avant lui fur la manière de bâtir des Grecs ôc des Romains.
- J’ai fait mes premiers effais en 1774 , & j’en ai indiqué le procédé dans un Mémoire que j’ai remis à l’Académie des Sciences au commencement de 177 J.
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- Saint Auguflin , dans le quatrième chapitre du XX If Livre de la Cité de Dieu, pariant de la chaux & de fes effets, s’exprime en ces termes * : « Nous difons que la chaux » eft vive, comme fi ie feu quelle contient » étoit l’ame invifihle d’un corps vifible : » mais ce qu’il y a d’étonnant, c’eft quelle s’échauffe lorfqu’on l’éteint ; car pour lui » ôter ce feu caché, on la fait infufer dans » l’eau, ou bien on l’y trempe , 8c de froide qu’elle étoit auparavant, elle devient chaude, » tandis que tous les corps enflammés font » refroidis par le même procédé ; 8c lorfque » cette chaux fe décompofe , fon feu caché
- * Propter quod eam calcem vivant loquimur, velut ipfe zgnis latens anima fit invif bilis vifbilis corporis. Jarn ver'o quam mirwn ef quod cùm extinguitur, tune accen-ditur ! ut enim occulto igné careat, aquâ infunditur, aquâ-ve perfunditur ; & cian ante ft frigida, inde fervefeit, unde ferventia cunéla frigefeunt. Velut expirante ergo illâ glebâ, difeedens ignis qui latebat apparet, ac deinde tanquam morte fc frigida eft, ut adjeélâ unda non ft arfura, <Ùr quam calcem vocabamus vivam, vocemus extinélam. Quid ef quod huic miraculo addipojfe videaturî d? tamen additur ; nam fi non adhibeas aquam, fed oleum, quod magis eft finies ignis » nullâ ejusperfufom vri infifone firyefcit.
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- fe manifefle en ïa quittant ; & enfuite, « comme un corps privé de la vie, elle devient « fi froide,.qu’en y ajoutant de l’eau, elle ne « peut plus s’échauffer ; alors , au lieu de « la nommer vive, nous l’appelons éteinte. II « fembleroit qu’on ne pourrait rien ajouter à « ces effets merveilleux, & cependant on y ajoute « encore ; car fi au lieu d’eau vous prenez de « l’huile , qui efl le principal aliment du feu, « vainement la chaux y fera trempée ou infufée, « elle ne s’échauffera pas. »
- Saint Auguflin nous parle ici de deux procédés absolument différens (c), 8c qui doivent également priver la chaux du feu qui
- (c) Par ces mots perfundere caicem, perfufio calcis, S.* Auguflin indique ici le même procédé que Vitruve explique par intinélus lapis calcis in aquâ ; & Pline fe fert du mot perfufio, pour défigner Paétion de tremper r perfundere diciturfacerdos eum quern tingendo, non mer-gendo, baptifat, Summula Raimundi, Ord. Prædicat.
- En rendant aquâ infundere, aquâ - ve perfundere, par fundere in aquâ , fundere per aquam , il en réfultera également une dilatation complète des pores de la chaux, parce qu’en I’infufant dans l’eau, on la rendra très-liquide; & en la trempant feulement, on la réduira en poudre impalpable.
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- eft concentré dans fes pores, lorfqü’elle eff tirée du fourneau ; l’un confiée à la faire infufer dans l’eau, l’autre à la tremper feulement; & il remarque qu’on l’appelle éteinte, îorfque par l’effet de ces deux opérations différentes elle a perdu le feu qu’elle contenoit.
- Confultons Vitruve & Pline , & voyons fi les édairciffemens qu’ils nous donnent fur les conftrudions des Romains, peuvent juf-tifîer les deux manières d’éteindre la chaux indiquées dans le paffage de S, Augutlin*
- Chaux pour les constructions,
- fuivant Vitruve.
- Cet Auteur annonce dans le dernier chapitre du I.er Livre , qu’il traitera dans le Livre fuivant, des différentes matières qu’il faut apprçter pour bâtir, & de leur nature & propriété (d) : In fecundo volumine vifum ejl
- (d) Le détail dans lequel j’entre ici, fera con-noître que c’eft dans le fécond Livre de Vitruve que nous devons trouver la manière de préparer la chaux pour bâtir, & que cet Auteur n’a point entendu nous indiquer ici la chaux fufée dont il n’explique ïe procédé que dans le feptième Livre, ainfi que l’ufagè qu’on doit en faire.
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- mlhî prlnium de materïœ copiïs quœ ht œdifictis font parandœ, quibus fent virtutibus, & quem habeant iifum, exponere; 8c il annonce de même, dans la Préface du fécond Livre , qu’il va parler de la nature & propriété des mêmes matières. En conféquence, il traite de la chaux pour lesconftrudtions, quœ confirmât Jîrucluram, dans le cinquième chapitre de ce même Livre, 8c il en indique la mefure fuivant la qualité des fables qu’on doit employer. II explique dans le fixième chapitre (e) l’emploi de la chaux avec la pozzolane 8c le tuf calciné , 8c il commence le feptième chapitre par dire qu’il vient de traiter de la chaux 8c des fables,
- (e) Vitruve nous explique, Liv. II, chap.Vi, comment le tuf eft brûlé par des-feux fouterreins ; 8c il ajoute : Tophus exfugens efl, If fine liquore nafeitur in montibus Cmnanorinn. H le nomme auffi, cœmentum; 8c Pline (liv. XXXV, chap. Xili) , cœmentum Cumanum. C’eft ce tuf que les Romains employoient avec de la pozzolane & de la chaux, 8c que M. Ha-milton , page jS de fes Lettres, nomme le Tufa.
- Le ciment fait avec des tuiles puïvérifées, n'a Jamais été nommé par les Romains cxmentum, mais fignimm. Voyez Pline, liv. XXXV, chap. xii, >8c l’explication de Perrault fur le quatrième chapitre «lu deuxième Livre de Vitruve.
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- de leur différence & de leurs propriétés : De cake & arenâ, quibus varietatibusJint, & quas habeant virtutes, dixî.
- Nous ne devons donc point chercher dans aucun autre Livre de Vitruve que dans le deuxième, des écIaircifTemens fur la manière de préparer la chaux pour les conftruétions. Audi n’eft-ce que dans les chapitres V & VI de ce même Livre qu’il explique ce procédé , puîfqu’il déclare au commencement du feptième chapitre , qu’il a tout dit fur la chaux, fur le fable 8c fur leurs propriétés : De cake & arenâ .... & quas habeant vntutes dixt. Mais pour découvrir ce procédé, qui fait le fujet de ces deux chapitres, je vais en donner ici une traduction littérale.
- De la Chaux, quelle ejl la Pierre qm
- fait la meilleure * *. Vitruve , Liv. 11, chap, V.
- « Après avoir parlé des différens genres s> de fable, il faut actuellement traiter de la.
- De Çalce, 8c unde çoquatur optima.
- * IXe arenœ copiis cwn habeatur explïcatum > tum etiam de çalce diligentia efl adhibenda,.uù de alto fax»
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- chaux, qui fe fait avec de la pierre blanche, « eu avec de la pierre dure, qu’on fait cuire « au fourneau. Celle qu’on fera avec de la « pierre compacte & dure , fera meilleure « pour la conftruélion ; & celle qu’on fera « avec de la pierre poreufe , fera plus propre « pour les enduits. «
- Lorfque la chaux fera éteinte, il faudra « la mêler avec les matières qui doivent « entrer dans la compofition du mortier : « fi vous avez de bon fable de terre, vous « en joindrez trois mefures à une de chaux ; * fi c’eft du fable de rivière ou de mer, vous « en mêlerez feulement deux mefures avec « une de chaux. Telle eft la jufte proportion «
- aut fdice coquatur; if quxeritde fpijjo if duriore, erit utilior in ftruélurâ; quœ autem ex fiftulofo, in te 61 or iis.
- Cum ea erit extinéla, tune materiæ ita mifeeatur, ut fi erit fojftia, très arence if una calcis confundantur; f autem fluviatica aut marina, duœ arenoe in unam calcis conjiciantur. Ita enim erit )ufta ratio mixtionis temperaturœ. Etiam in fluviatica aut marina fi quis tefiam tufam if fuccretam ex tertiâ parte adjecerit, efficiet materiæ temperaturam ad ufum meliorem.
- Quare autem cum recipit aquam if arenam calx tune confirmât ftruéluram, hœc ejfe caufa videtur quôd e
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- » qu’on doit obferver dans ces mélanges ; » mais il eft bon de remarquer que le mortier *> feroit meilleur pour l’ufage, fi l’on mêloit un tiers de tuiles ou de poteries pulvérifées avec deux tiers de fable de mer ou de
- riviere. »
- « Si l’on demande pourquoi la chaux produit » une conftrucftion folide iorfqu’elle reçoit » l’eau & le fable, il femble que la raifon » qu’on en peut donner, eft que chaque î) efpèce de pierre eft, comme les autres corps, » compofée de principes différons, & que celles » qui contiennent plus d’air font friables, » celles qui ont plus d’eau font molles, celles
- principiis, uti caetera corpora, ita if fixa finit tempérât a y if quæ plus habent aëris, funt tenera ; quæ ’aquæ, lenta funt ab humore; quæ terrœ, dura ; quæ ignis, fragiliora. Itaque ex hisfaxa fi antequam coquantur, contufa minuté > mixtaque arenæ conjiciantur in firuc-turam, nec folidefcunt, nec earn poterunt continere : cum verô conjeéla in fomacem , ignis vehementi fervore compta -, amiferint prifiinœ foliditatis virtutem > tune exuftis atqùe exhauftîs eorum viribus relinquunturpat en-tibus foraminibus if inanibus, Ergo liquor qui eft in ejus lap'dis corpore cum exhaufîus if ereptus fuerit, habueritque in fe nfiduutn calorern latentem, intinflus in aquâ\, prias quàm exeat ignis, vim recipit, if humore
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- qui ont plus de parties terreufes font dures, « 8c celles qui contiennent plus de feu font « fragiles. Or Ji l’on pulvêrife quelques - unes de « ces pierres avant de les faire cuire, 8c qu’on « en mêle la poudre avec du fable pour l’em- « ployer dans les conflruétions , cette poudre « de pierre ne prendra aucune confiftance, « & ne pourra lier la maçonnerie ; mais au « contraire , quand ces mêmes pierres ayant « été mifes dans le fourneau , auront été « pénétrées par la chaleur d’un feu violent, « 8c auront perdu ie principe de leur folidité « naturelle , elles feront privées de leurs « forces, & ne formeront plus qu’un corps « dont les pores feront ouverts 8c fans réfif- « tance. En forte que quand la pierre de «
- pénétrante in foraminum raritates confervefcît> O1 ita réfrigérants rejicit ex calcis corpore fervorem. Ideoautem qu'o pondéré faxa conjiciuntur in fornacem, cum exi-muntur non pvjfunt ad id refpondere, fed cum expen-duntur, eadem magnitudine. permanente f excoâlo liquore, circiter tertiâ parte ponderis imminuta ejfe invcniuntur. Igitur cutn patent forainiria eorum if raritates, àrenæ mixtionem in Je corriphmt if ita cohœrefcunt , Jiccefi tendoque cum cmnentis coeunt if efficiuni Jîruéiurarum fçliditatem,
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- » chaux ne renfermera plus quun feu caché 53 à la place de I eau & de i’air qu’elle con-» tenoit auparavant, étant trempée dans Veau 53 avant que ce feu interne s’évapore, elle ac-33 quiert de la force, & l’humidité venant à 3> pénétrer fes pores, elle s’échauffe, & re-33 jette enfuite, en fe refroidiffant , le feu >3 quelle contenoit. De-là vient que le poids 33 des pierres qu’on met au fourneau, n’eft 33 pas le même que celui qu’elles ont lorf* 33 qu’on les en retire; on les trouve alors >3 diminuées du tiers de leur poids par le va-3> poration de la partie aqueufe , quoiqu’elles 33 aient confervé le même volume. Ainfi, 33 lorf que leurs pores & leurs interflices fe di-» latent, elles s’entre-mêlent avec le fable, fe 3> lient enfemble, & en fe féchant font corps 33 avec les pierres, ce qui opère la folidité .des conflruélions. 33
- Vitruve, dans le fixième chapitre, parlant du mélange de la pozzolane, du tuf calciné & de la chaux, dit * : « Lorfque ces trois
- * Cum très res (piilvis puteolanus, calx <fcf tophus) confimili ratione ignis vehementiâ formatée in unam
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- cîiofes ( la pozzolane > le tuf & ia chaux ), « également formées par la violence du feu, « font parfaitement mêlées enfemble, aufli- ce tôt en recevant de i’eau elles fe reflerrent « entr elles, s endurciffent promptement, 8c ce forment un corps folide que ni les flots ni ce ia force de l’eau ne peuvent difloudre. »
- Examinons actuellement quelle eft la manière de préparer la chaux que Vitruvenous dit affirmativement avoir expliquée dans ces deux chapitres.
- Dans le cinquième chapitre, il indique les proportions de la chaux avec les différons fables propres à ïa conftruétion (f). II propofe enfuite de réduire en poudre des pierres calcaires qui ne font point cuites , 8c
- perveneriht mixtionem , repente recepto liquore unà cohærefcunt & celeriter humore duratæ folidantur, neqm eas fliiélus , neqm vis aquæ poteft dijfolvere,
- (f) Les perfonnes qui liront avec attention les deux chapitres que je viens de rapporter, pourront juger fi quelqu’un qui ignoreroit le procédé de la chaux fufée, ie pourroit trouver dans ces deux chapitres , ou s’il y trouveroit plutôt la manière de l’éteindre que je vais expliquer.
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- dit qu’en mêlant énfemble cette poudre & du fable, ces matières ne feront point corps enfemble, & ne pourront lier la maçonnerie ; mais que fi après avoir fait cuire ces pierres au fourneau on les trempe dans i’eau, elles s’échauffent & ouvrent leurs pores, ce qui facilite le mélange du fable & fait une confi truélion foiide.
- L’effet qu’éprouve la pierre de chaux, trempée dans i’eau, eil d’ouvrir fes pores en tombant en poudre. C’eft donc cette même poudre, produite par la dilatation des pores & des interftices de la chaux, que Vitruve met ici en oppofition avec celle qui provien-droit des pierres qui n’auroient point été cuites. C’eft de cette même chaux qu’il entend parler lorfqu’ii dit : Cum calx rectpit aquam & arenam, tune confirmât JîruSluram. En effet , fi l’on mêle deux portions de fable fraîchement tiré dej’eau avec une portion de cette chaux en poudre, on fera un mortier très-gras & très - adhérent , parce que le fable contiendra un volume d’eau fufhfant, ainfi que je puis le certifier d’après'mes épreuves; & alors cette chaux sèche 6c en poudre recevant
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- çn même temps 1 eau & le fable » on pourra dire comme Yitruve : Cum calx recipit aquam & arenam, tune confirmât firufluram; ou bien, cum patent foramina calcis & raritates, aretm tnixtionem in fie corripiunt ù* efficiunt firuffiu-rarum foliditatem.
- II n’en eft pas de même de la pozzolane & du tuf calciné , qui étant des matières brûlées par des feux fouterreins , exigent néceffairement une préparation différente ; c’eft pourquoi Yitruve , chap. VI, dit : Lorfque la pozzolane , le tuf & la chaux, qui font trois chofes également formées par la violence du feu , font confondues par le mélange le plus parfait, in imam tnixtionem ; alors, en y mettant de l’eau, ces matières fe lient enfemble, & font un corps de la plus grande folidité. On voit ici bien clairement qu’on ne joint l’eau à ces matières qu après le plus parfait mélange , & que conféquem-ment cette opération, de même que la précédente, ne défigne qu’une chaux sèche, & qui ne peut avoir été réduite en poudre que par le procédé que Yitruve indique par ces mots, lapis calcis intinàus in aquâ, 6c que
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- S.1 Auguflin rend par ceux-ci, perfundm calcem, perfujîo caïds. Obfervons encore que Vitruve ne parle ici ni de baffin ni d’inftru1 ment pour broyer la chaux, & que ce 11’ell qu après que fes pores font dilatés & qu’elle a perdu fon feu ( cum ea erit extinSla) quand elle a été trempée dans I eau, qu’il en indique la proportion avec les différentes matières qu’on doit employer (g): ce qui nous prouve que tout mortier que l’on fera avec de la chaux vive, fera toujours un mortier différent de celui des Romains. C’eft encore cette même chaux trempée & réduite en poudre, que Stace (Silvarum, lïb. IV) nomme poudre cuite , pubis codas (h), lorfqu’en faifant la
- (g) Si les Romains euiïent employé de la chaux vive dans leurs mortiers, Vitruve & Pline ne nous auroient pas laifîë ignorer la manière de la pulvérifèr fans en être incommodé.
- (h) Voyez au mot Pulvis dans le DiéHonnairc univerfel, où pulvis coéius effc rendu par de la chaux. Voyez de même le vingt-feptième chapitre du fécond Livre de Bergier , où cet Auteur, parlant de la voie de Domitien, rend le pubis coéius de Stace par de la chaux.
- defcription
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- âefcription des travaux de la voie de Domitîeiî*
- SI dit :
- lllî Jaxà lisant opùfque tèxunt C06I0 pulvere fordidoque iopho.
- C’eft enfin avec la même chaux en poudrS que ïes Romains compofoient la maltha (i), qui devenoit plus dure que ïa pierre. Tel
- -----j--:--:--------^---;--!-------------:-;---
- (i) Si nous avons perdu le fectét de la maltha > qui formoit un mortier plus dur que la pierre, & qu’on faifoit avec de la chaux Vive qu’on venoit d’éteindre, c’eft qu’en broyant enfemble de la chaux fufée avec du faindoux & des figues, ces matières aqueufes & grades n’auroient jamais pu fe lier ni s’attacher aux corps qu’il faut enduire d’huile avant de les employer. Mais fi au contraire on trempe de ia chaux nouvelle dans du vîn , & qu’on mêle auditôt ta poudre qui en proviendra avec ces matières grafîes, en padant le tout dans un gros litige, alors on fera certainement de la matthà, 6c on s’en fervira de même que Pline, lih, XX XVI, cap. xxiv> l’indique en ces termes : Æallha e calce fit recenti* Gleba vino refi/nguitur ; inox tunditut cuin adipe fiuillô & fieu, duplici linamento : quœ res oinnium tenacifi finna, df duritiam lapidis antecedens. Quod malthatur> oleo perfricatur ante. Il paroît que le faindoux étoit cuit avec les figues , afin qu’étant duide il pût pader à travers ïe linge. Ûn faifoit encore de la maltha avec
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- tû letat de chaux pour ies conftruélions, queVitruve a entendu expliquer fans réferve dans les chapitres V & VI de Ton deuxième Livre, puifqu’il commence Je chapitre fuivant par obferver qu’il a tout dit fur la chaux & ie fable, & fur leurs propriétés : De calce & mena..... & quas haheant virtutes dixi. Nous allons actuellement voir quelle étoit la manière de fufer la chaux, & l’ufage qu’on en faifoit.
- De la Chaux fufée.
- VlTRUVE, après avoir traité dans fes premiers Livres, de tout ce qui concerne
- de la poix fondue & la même chaux éteinte & réduite en poudre après avdîr été trempée dans le vin. On s’en fervoit pour enduire l’intérieur des aqueducs & des fouterreins.
- Les Siamois, qui ont toujours fait de la maltha avec de la réfine & de la chaux, en confhruifent des tombeaux & en font des ftatues qu’ils enduifent d’un vernis, & qu’ils dorent enfuite. C’eft enfin cette même chaux que l’on broyait dans l’huile, comme le témoigne Vitruve, lib. VII, cap. 1, quand il dit : Impleantur calce ex oleo fubaéla. C’étoit une pâte préparée pour remplir les joints des grandes tuiles employées dans la conftruétion des terraffes des maifons.
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- FArehiteéîure & les édifices publics & particuliers , annonce dans ïa Préface de fon feptième Livre, qu’il y expliquera la manière de polir les enduits, & les moyens d’en affurer la durée & la folidité : In hoc, qui feptimum tenet numerum, de expolitionibus, quibus ratio-nibus & vetuflatem & jirmitatem habere pojjint, exponam. Dans le premier chapitre, il explique comment il faut conftruire les planchers 8c les terraffes, il indique les mefures de chaux, fuivant la nature des matières qu’on doit employer , 8c il donne les moyens de préferver les bois du tort que la chaux leur peut faire. On verra par le titre du chapitre qui fuit, que cette chaux efl encore celle que l’on employoit pour les conftruélions.
- Dans le fécond chapitre , Vitruve traite de la chaux fufée.
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- Chapitre II dUvii.eLiv.aeVimiv&
- De la macération de la Chaux pour les OUvtagêS en Chaux pure, pout la perfeélion des enduits
- « Apres avoir indiqué les différentes '» couches de maçonnerie dont les planchers » & les terraffes doivent être compofés , il yi faut actuellement parler des ouvrages à :» faire en chaux pure. On fera très-bien y> de macérer dans l’eau, long - temps avant » de s’en fervir, la chaux faite avec des y> pierres blanches & poreufes, afin que s’il » fe trouvoit quelque pierre qui n’eût point » acquis au fourneau le degré de cuiffon » néceffaire, & qui ne pût perdre fon feu » que par la longueur du temps , à la fin
- De maceratione Calcis ad albaria opéra 8c teétoria perficienda.
- * Cum a pavimentorum cura, difcejfum fuerit, tune de albariis operibus ejî explicandwn, Jd autem erit reélè, Jî glebæ calcis optimæ ante rnulto tempore quàm opus fuerit macerabuntur : uti Ji qua gleba parum fuerit in fornace coéla, in maceratione diuturnâ liquore deferverc
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- Wlïe fe trouvât divifée aufli parfaitement que les autres. Car lorfqu’on emploie de <c ïa chaux nouvelle qui n’a pas éprouvé une «: macération entière dans l’eau, il s’y trouve « des petites pierres moins cuites qui forment « fur l’enduit des grains apparens, & qui « enfui te venant à fe diffoudre gâtent 8c « détruifent le poli de l’ouvrage. Lorfqu’au « contraire vous aurez donné à la chaux tout « le temps qu’il lui faut pour être macérée, « 8c que vous aurez fait ce qu’il convient « pour la bien préparer , vous prendrez une « doloire 8c vous hacherez ‘cette chaux dans « îe badin, comme on hache le bois qu’on «c veut aplanir. Si la doloire rencontre des « petites pierres , c’eft une preuve que la « chaux n’ell pas biçn divifée 8c s’il ne «
- coaéla, iino ténore concoquatur. Namque cum non penitus macerata, fed recêns fumitur ; cum fuerit in-• duéia habens latentes crudos calculos, puflulas emittit : qui calculi in opéré uno tenore cum permacerantur, dif folvunt & dijjipant teâlorii politiones ; cum autem habita erit ratio macerationis, & id curiofiiis opéré præpara-< tum erit, fumatur afcia; <if quemadmodum materia dolatur , fie çalx in laçu mqcerata. afeietur. Si adafeiam
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- a s y attache rien, c’efl une marque qu’eüç » a befoin d’être abreuvée : Iorfqu au con-» traire ia chaux fera grade & parfaitement » macérée, alors s’attachant à votre doloire » comme de la giu , ii y a tout ïieu de 5) croire qu’elle eft fuffifamment divifée 6c » détrempée. Ainfi, après avoir préparé tous » les inftrumens néceifaires, vous' enduirez » promptement les voûtes des appartemeris, qui ne feront point ornées de fculptures. » Tout ce que dit Vitruve dans ce chapitre , n’a pour objet que de faire con-ïioître une chaux" qui, étant fufée depuis
- ojfenderint calculi non erit. temperata j cumqiie Jiccwn if purwn ferrum educetur, indicabit eam evanïdam if fiticulofam ; cum vero pinguis fuerit if reélè macerdta, circa id ferramentum uti glutinum hœrens , omni ratione probabit Je ejfe temperatam, Time autem ma-çhinis comparais , camerarum difpofitiones in conclu-yibus expediantun, nifi lacunaribus ea fuerint ornata.
- J’ai rendu pavbnentum par maçonnerie, parce que c’étoit un blocage que l’on faifoit avec de petits moellons ou du cailloutage , & que l’on battoit & maffivoit : c’eft pourquoi F. M. Crapaldus, h b. //> cap. I, de parti b us œdiuni, dit : Pavimema enim funt a pavire, quod ferire fignificat, quia fichant ut
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- long-temps, exige une préparation particulière pour donner la perfection aux enduits, & qui par conféquent doit être fi bien macérée, qu’elle ne contienne plus de grains qui pour-roient défigurer leur poli, tedorïi polit'mws. Et comme Vitruve ne parle dans ce chapitre d’aucun mélange de fable ni de marbre pul-vérifé, dont les enduits qu’on devoit peindre étoient compofés, il paroît que cette chaux, qui devoit être graffe & collante comme de ta glu, formoit un mortier particulier qu’on étendoit 8c qu’on poliffoit pour donner la perfection aux enduits faits feulement avec
- fiunt e lapidibus if teflulis bene percujjis, additâ cake. JEt Feftus Pompeius dit : Pavire enim ferire cfl. Je rends calx optima par chaux de pierres blanches & poreufes, parce que Vitruve, lib. II, cap. v, dit que ces pierres font les meilleures pour cet ouvrage.
- Albarium opus, Albarium dicitur quod illinitur teâlorio cum paries pingendus non efl , quod fit ex calce, dit Calepin au mot Albarium, C’étoit donc un crépi de chaux fans mélange de matières, dont on couvroit les enduits qui ne dévoient point être peints, & qu’enfuite on polifloit comme on fait encore aux Indes.
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- du fable, & qui ne dévoient pas être peints * ad albaria opéra & teflorïa perficienda.
- On a vu précédemment, que Vîtruve , qui nomme la chaux de conüruétion catx extinfla, dît qu’elle s’échauffe après avoir été trempée dans l’eaiî, humore pénétrante infora-minum rafitates confervefcit. Dans ce chapitre, au contraire, il nomme la chaux fufée catx macerataj 8c dit quelle doit perdre fôn feu dans l’eau , in maceratione diuturnâ liquore defervere confia. Ces deux manières de s’ex-. primer défignent néceffairement deux procédés différens,
- De la Chaux fusée,
- fuivant Pline,
- Cet Hiflorien parlant de cette chaux, dit que les anciennes Loix (k) défendoient
- (h) Suivant les anciennes Loix, H y avoit trois efpèces d’Entrepreneurs qui fourniiïoient la chaux, moyennant les terres & les prairies qu’on leur didrh buoit, alii çoquere, alii etiam excoquere, alii vehere, Par alii coquere, on entendoit les Chaufourniers ; par alii conçoquere vel excoquere, ceux qui dévoient faire diffoudre la chaux; 8c par alii vehere} ceux qu,|
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- aux Entrepreneurs de ï’empïoyer à moins quelle neût trois ans de fufion, & que c’eft ïa raifon pour laquelle leurs enduits n’ont point été défigurés par des gerçures 8c des crevafies.
- Accord de Vitruve avec Pline fur la Chaux fufée.
- VlTRUVE qui, dans Ton fécond chapitre, n’indique aucun mélange de fable ou de poudre de marbre avec cette chaux, exige pareillement qu’elle foit fufée depuis très-
- dévoient la voiturer. Cicéron, Varron, Lucrèce & d’autres Auteurs expriment par concoquere 6c par çxcoquere I’a&ion de digérer 6c diffoudre parfaitement; & Vitruve lui-même, dans le chapitre que je viens de citer, où il dit que par une longue macération dans l’eau les pierres de chaux moins cuites finirent par fe difïoudre aufîi - bien que les autres, s’exprime en ces termes : uno tenore concoquantur. Vide le g. cod. Th, de calcis coéloribus ; de quitus eîlam Symmach. lib. X, epifl, lui; 6c Thufci, D. lig. j>, alii etiam excoquere, alii vehexe, de quitus in leg, 2,3, iTc, Jntrita quoque, quô vetujîior, eô melior. In antiquarum tedium legibus invenitur ne recentiore trima uteretuf redemtor , jdeo nulla teâoria eorum rima; fœdayexe f
- îib. XXX VI* cap. xxni»
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- .long- temps ; Sc il ajoute * que ïe poli des enduits ne fe détruit que parce qu’on emploie de la chaux qui, étant nouvellement fiifée, contient des grains qui enfuite viennent à fe diffoudre. Ce n’étoient donc point les enduits qui fe détruifoient iorfqu’on y avoit étendu une chaux mal divifée , calcem in-duftam habentem latentes crudos calcules, mais Jeur fuperfîcie (coriumJ. Ainfi les expreffions de Pline & de Vitruve nous prouvent également que cette chaux, dont les loix Romaines ne permettoient i’ufage qu’au bout de trois ans de fufion, & qui exigeoit encore tant de foins avant d’être employée, n’entroit point dans la compofition des mortiers de conf-truétion , ou il auroit pu fe trouver fans inconvcniens des grains mal divifés, mais qu’elle étoit réfervée pour blanchir les murailles & donner la perfection aux enduits,
- * Id erit reélè Ji glebæ calcis optimce ante multo tempote quant opus fuerit macerabuntuf.
- Cum recèns fumitur, cuin fuerit induéla habens latentes crudos calculas, puflulas emittit, qui calculi in opéré uno tenore cum permacercmtur, dijfolvunt if dijfipant teéloru politiones.
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- e’eft-à-dire pour ies ouvrages légers que les Auteurs désignent par albaria opéra. Enfin Vitruve & Pline nomment cette chaux intrita & macerata, chaux fufée & macérée dans i eau, ce qui a le plus parfait rapport au fécond état de chaux que Saint Auguflin indique par infundere calcem & par infujîo çalcis.
- II n’eft plus queftion que de prouver que cette chaux n’entroit point dans la compo-fition des enduits faits avec du fable où avec du marbre pulvérifé.
- Vitruve , au troifième chapitre du même Livre , traite des enduits des appartenons qui , pour être folides & fans gerçures * doivent être compofés de trois couches de mortier de fable, indépendamment de la truhifation (l), & enfuite d’une couche de chaux de craie, ou bien de trois couches de mortier de marbre lorfque les enduits dévoient être peints à frefque (udo teélorio) ;
- (l) La trullifation étoït un mortier brut de chaux & de fable, que l’on appliquoit fur les murailles, & que l’on hachoit afin que les autres mortiers s’y attachaient mieux. (Daviler),
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- fî fe fert ici du mot creta, parce que fa craîé devoit être ia plus propre pour les ouvrages à faire en chaux pure , non - feulement à caufe de fa blancheur , mais encore parce quelle eft poreufe, quœ ex jtjlubfofax a, erh tneîior in tedoriis (Vitruve, lié. II, cap. V), Il explique enfui te comment il faut employer fucceffivement les grains & ia fleur du marbre, & il dit * : « Lorfque les muraîlfes feront » revêtues de trois couches de, mortier de fable & de trois autres couches de mortier » de marbre, elles n’auront ni gerçures ni aucunes autres défeduofités. » Cette obfer-vation prouve que pour la compofition des
- * Ita cwn tribus coriis arenœ if item marmoris Jhlidati parîetes fuerint, neque rimas neque aliud vithnn in Je recipere poterunt. Cum verô unum corium arenœ if unum minuti marmoris erit induélum , te nuit as e/us , minus valendo, faciliter rumpitur. Sic teéiovia quœ ex tenui funt duéla materiâ, non modo fiunt riinofa.,. fed etiam celeriter evanefcunt.
- Pline, lib. XXXVI} cap. XXïil, n’indique que trois couches de mortier de chaux & de fabîe, <% deux couches de mortier de marbre : Teélorium, nijj ter arenato if bis marmorato induélum ef} non fqth fpkndçris hajeu
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- fen<!mts faits pour être peints , iï n’entend point parler de l’emploi de la chaux anciennement fufée, mais d’une chaux qui * mêlée avec le fable & avec le marbre puivérîfé, devoit néceflairement faire gercer & crevafler les enduits, lorfqu’un Entrepreneur ne les compofoit pas d’abord de trois couches de mortier de fable, 8c enfuite de trois autres couches de mortier de marbre , en étendant chaque couche à mefure que la précédente commençoit à fe fécher , 8c en obfervant, quant aux grains & à la fleur de marbre, les gradations qu’il indique. U y a tout lieu de croire que Vitruve fe feroit épargné cette obfervation, fi la chaux fufée eût entré dans la compofition de ces mortiers , en nous répétant que l’ancienneté de fa préparation garantifloit les enduits de toute défeéluofité.
- Cet Auteur obferve encore, dans ce même chapitre, que les couleurs qu’on étend fur les enduits de marbre nouvellement faits» ne peuvent être ruinées par le temps *, parce
- * Quod calx in fornacibus excoélo liqnore if faéla raritatibus evanida , jejunitate coaéla corrijpit in fi $uoe res forte eam contigmint,
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- que la chaux qui a perdu au fourneau fort humidité naturelle eft forcée, par fon état de féchereffe & d’aridité , de pomper l’humidité des corps qui viennent à la toucher. Ces expreflions défignent une chaux qui , quoiqu’employée dans ia composition des enduits, eft encore sèche & aride, ce qui ne peut certainement fe rapporter qu a la chaux trempée dans i’eau & réduite en poudre (.m)t qui conferve beaucoup de féchereffe 8c d’aridité , 8c non point à ia chaux fufée depuis iong-temps 8c qui doit avoir perdu tout fon feu dans l’eau, comme Vitruve le remarque au chapitre précédent, Iorfqu’il dit, in mace-ratione diuturnâ liquore defervere coada. Tout concourt donc ici à prouver que ia chaux de conffruétion fervoit encore à compofer les enduits, 8c la chaux fufée à blanchir ies murailles 8c à donner la dernière couche (corium) aux enduits de fable, iorfqu’iis ne dévoient
- (m) Vitruve nous fait connoître combien la chaux trempée & réduite en poudre, doit -conferver de parties ignées, Iorfqu’en parlant de la chaux fufée il dit, que ce n’eft que par une longue macération dans l’eau qu’elle peut perdre fon feu.
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- point être revêtus de mortier de marbre, ad albarïa opéra & teéloria perjicienda.
- De la Chaux mouillée par afperjîoti.
- C E feroit ici le lieu de parler d’une troi-fième manière de préparer la chaux pour bâtir , qu’on nomme la chaux mouillée par afperjïon. Ce procédé e(l ufité en Perfe, fui-vant le rapport des Voyageurs (n)> & on s’en fert même de nos jours à Metz. Vitruve n’en fait aucune mention , & Pline parlant de l’emploi de ia chaux en Médecine , dit feulement , calx recens eligitur nec afperfa aquis. Si ces Auteurs n’en indiquent point l’ufage , c’eft fans doute parce quelle occa-fionne plus de dépenfe en confommant beaucoup moins de fable : en effet, fi l’on éteignoit à Metz, fuivant le procédé de Vitruve, une mefure de chaux vive à laquelle on ne joint ordinairement que trois mefures de fable de rivière , elle en confommeroit alors plus de
- (n) Thévenot, en Ton Voyage de Levant, imprimé en 1674,, page 161, explique comment les Perfans emploient la chaux mouillée par afperûon.
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- Quatre, parce qu’elle doubleroit au moins fon volume»
- Raifons qui devroient faire préférer là
- Chaux en poudre à la Chaux fufée> pour les ronfmêlions.
- AVANT d’expliquer les procédés en nfage chez ies Romains pour la préparation de la chaux qui devoit fervir dans les conftruétions, & la manière dont ils compofoiènt & em-pïoyoient leurs mortiers, je crois devoir faire connoître combien ïa chaux en poudre, indiquée par Vitruve, mérite la préférence fur ia chaux fufée ; pour ia folidité des conilruélions*
- Chaux p u s é e>
- NOUS broyons ordinairement la chaux dans un baflin en la fubmergeant d’eau, jufqu a ce qu’élle foit fans chaleur & entièrement détrempée ; cette matière liquide fe convertit en une pâte au bout de vingt-quatre heures * & alors nous la mêlons avec du fable, fans obferver aucune proportion, & nous ajoutons encore à ce mélange ie volume d’eau qu’il
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- peut exiger. Cette chaux noyée dans l’eau, & qu’on humecte encore lorfqu’on la môle avec le fable, ne produit qu’un mortier qui fe defsèche lentement & qui ne prend jamais une forte confiftance, parce que cette chaux, trop abreuvée , a perdu l’aptitude qu’elle avoit à s’attacher aux corps qui, comme elle, n’ont point été privés, par le feu, de leur humidité naturelle (o).
- Chaux en pou due.
- ‘APRÈS avoir parfaitement mêlé une mefure de chaux en poudre avec deux me-fures de fable fraîchement tiré de l’eau, ou formera un mortier gras & adhérent qui, au bout de vingt-quatre heures, aura pris une certaine confiftance, & qui ne fera que fe durcir avec le temps (p), parce que cette
- (o) La chaux éteinte à l’air reprend l’humidité dont elle avoit été privée par le feu : c’eft apparemment la raifon pour laquelle les Anciens n’en faifoient aucun ufage.
- (p) Vitruve attribue la folidité que contractent enfemble la pozzolane, le tuf calciné & la chaux, a la promptitude avec laquelle ces matières deffé-chées s’échauffent également en pompant l’eau, & te
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- chaux n’ayant point été noyée comme h chaux fufée , conferve , quoiqu employée , tant de féchereffe & d aridité, quelle s’attache à tous les corps qui l’environnent, dont elle fuce, pour ainfi dire, l’humidité. Quia propter jejanitatem fuam corripit in fe quœ res forte eam contigerunt. ( Vitr. iib. VII, cap. ni).
- De la manière de préparer la Chaux pour les conjlruüions.
- Vous vous procurerez de la chaux de pierres dures (q), & qui fera nouvellement cuite ; vous la ferez couvrir en route, afin que l’humidité <Je l’air ou la pluie ne puiffent ia pénétrer.
- lient enfemble : lgitur diffnnilibus if difparibus rebus correptis, if in unam ppÇeflatem collatis, calida humoris jejunitas , aquâ repente fatiata , communibus corporibus latenti calore confervefcit} if vehementer efficit ea co'ire f celeriterque una foliditatis percipere virtutem ( Iib. II, cap. Vi). Ce paflage prouve encore que ce n’efl qu’après le plus parfait mélange d’une chaux sèche avec les matières calcinées , qu’on doit y joindre de l’eau.
- (q) Les pierres calcaires doivent perdre au four» Beau environ le tiers de leur poids, dit Vitruve.
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- Vous fèr€Z dépofer cette chaux fur un plancher balayé , dans un endroit fec & couvert ; vous aurez dans le même lieu des tonneaux fecs, & un grand baquet rempli jufqu’aux trois quarts d’eau de rivière, ou d’une eau qui ne foit ni crue ni minérale.
- ^ li fufhra d’employer deux Ouvriers pour l’opération.
- L’un, avec une hachette, brifera les pierres de chaux jufqu’à ce qu’elles foient toutes réduites à-peu-près à ia groffeur d’un œuf.
- L’autre prendra avec une pèle cette chaux brifée , 6c en remplira , à rafe feulement, un panier plat 6c à claire-voie, tel que les Maçons en ont pour pafler le plâtre. II enfoncera ce panier dans l’eau , 6c l’y maintiendra jufqu’à ce que toute la fuperficie de l’eau commence à bouillonner ; alors il retirera ce panier , le ïaiflera s’égouter un infant, 6c renverfera cette chaux trempée dans un tonneau. II répétera fans relâche cette opération jufqu’à ce que toute la chaux ait été trempée 6c mife dans les tonneaux, qu’il remplira à deux ou trois doigts des bords : alors cette chaux s’échauffera confidérablement,
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- rejettera en fumée la plus grande partie de i’eau dont elle s’eft abreuvée , ouvrira fes pores en tombant en poudre , & perdra enfin fa chaleur. Tel eft l’état de chaux que Vitruve nomme calx extînda.
- L’âcreté de cette fumée exige que l’opération foit faite dans un lieu ou l’air pafie librement , afin que les Ouvriers puiflent fe placer de manière à n’en point être incommodés.
- Auftkôt que la chaux cefiera de fumer, on couvrira les tonneaux avec. une grofle toile ou avec des paillaftons.
- On jugera de la néceffité qu’il y a que fa chaux foit très - nouvellement cuite (r)J par le plus ou le moins de promptitude qu’elle mettra à s’échauffer & à tomber en poudre : fi elle eft anciennement cuite, ou fi elle na pas eu au fourneau fe degré de cuiffon
- (r) Si ï’on veut que le mortier prenne une prompte confiftance , il faudra employer la chaux nouvellement préparée, parce qu’étant sèche & aride, elle .s’attache mieux aux fables dont elle pompe encore l'humidité.
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- nêcefTaire, elle ne s’échauffera que lentement* & elle fera très-mal divifée.
- Des matières qui entrent dans lacompojîtion des mortiers.
- LES%nortiers fe font en mêlant, avec de ïa chaux, du fable de terre ou de ravine, du fable de mer ou de rivière, des recoupes de pierres & des matières calcinées.
- Le fable de terre dont les grains font, carrés ou triangulaires, & qui eft rude au toucher, eft celui que les Romains nom-moient fojfitium , & qu’ils préféroient aux autres fables.
- Celui de ravine eft bon.
- Celui de terre qui eft fin & qui eft doux au toucher, ne fait pas un aufli bon mortier.
- Celui de rivière eft meilleur, mais il ne vaut pas le fojjitïum des Romains, parce qu’ii s’arrondit en roulant dans l’eau.
- Celui de mer eft moins bon ; on l’emploiera pour la conftruétion, fi on n’en a point d’autre, mais jamais pour les enduits, attendu que fes grains rejettent le fel en
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- dehors, remittunt falfugïnem, dit Vitruye* lib. 11, cap. IV. Si cependant, n’en ayant point d’autre, on fe trouvoit forcé de remployer , il faudroit ie laver dans l’eau douce, & alors on pourroit s’en fervir avec fuccès, dit Palladius *. ^
- Comme les fables deviennent terreux iorf-qu’ils font depuis long-temps expofés à l’air, il faut les employer lorfqu’ils font nouvel-ïement tirés de la terre ou des rivières. (Vitruve, lib. Il, cap. IV)*
- En général, tous les fables ne font bons qu’autant qu’ils ne font ni terreux ni glaifeux, & îa manière d’en juger efl d’en répandre une poignée fur un drap ou fur un linge blanc : fi en fecouant ce drap ou ce linge il n’y refie point de parties terreufes, c’efl une preuve que le fable efl de bonne qualité : fr au contraire il y en refte , c’efl une marque certaine qu’ii n’efl pas bon. ( Vitr. ibid.)
- Quant aux recoupes de pierres, fes Romains
- * Priiis eam lacunâ humoris dulcis hnmergi, ut vhium faits aquis fuavibus Iota deponat ^ iif>, I * «J>. X.
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- les prenolent ordinairement dans ïes carrières ; mais il eft bon d’obferver que les matériaux que nous rebutons lorfque nous démoliifons une maifon, tels que les petits moellons, 8c fouvent même des pierres d’un certain volume, pourraient être battus & réduits en poudre; ou bien on pourrait les raflembler en maffe, 8c ménager dans l’intérieur une efpèce de four où l’on introduirait du bois ou des fagots auxquels on mettroit le feu : alors ces pierres à demi-brûlées, étant battues, fe réduiroient aifément en poudre grifâtre qui, mêlée avec ïes fables 8c la chaux, rendrait le mortier meilleur, comme je l’ai éprouvé»
- Du mélange de la Chaux avec les fables ou autres matières, pour le mortier de conjlrufîion.
- SI vous avez du fable de terre, rude au toucher, tel que celui que les Romains nommoient fojfnium , vous mettrez dans un vaiffeau quelconque trois mefures de ce fable 8c une mefure de chaux ; vous ferez de ces matières un mélange exaél, que vous broyerez enfuitô
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- en y ajoutant ïa quantité d’eau néce/Taire pour en faire un mortier gras (f).
- Si c’elt du fable de terre blanc, jaune ou rouge , & qui foit fin & doux au toucher, vous en mêlerez deux mefures avec une de chaux , & vous obferverez le même procédé qui vient d’être indiqué.
- Si c’eft du fable de ravine, vous en mêlerez également deux mefures avec une de chaux, & vous fuivrez le même procédé.
- Si c’efl; du fable de mer ou de rivière, fraîchement tiré de l’eau , vous en mêlerez deux mefures avec uné de chaux ,. fans y ajouter de l’eau , attendu que ce fable
- (f) On broyera les matières dans des auges ou dans un baffin , comme faifoient les Romains : A'Tor-tario collocaio , calce if arenâ ibi confufâ, decuria hominum induéîa ligneis veâlibits pinfant materiam> Yitruve, lib. VII, cap. III.
- M es efl’ais m’ont fait connoître que ïe fer ne Je rouilloit pas dans les différ'ens mortiers faits avec ïa chaux que j’indique : il feroit donc avantageux pour fceüer le fer, de les préférer au plâtre dont l’acide vitriolique le rouille & le détruit. J’ai encore éprouvé que le fer ne fe rouilloit pas étant même trempé dans de la chaux fufée au vinaigre.
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- en contiendra ce qu’il faut pour faire un mortier très - gras, en le broyant parfaite^ ment (t).
- Si votre fable de mer*ou de rivière eft fec, vous le mêlerez de même avec un tiers de chaux , & vous donnerez enfuite à ce mélange le volume d’eau nécelfaire pour le bien broyer.
- Vitruve & Pline difent également qu’en mêlant un tiers de ciment avec le fable de mer ou de rivière, le mortier en fera meilleur ; mais je dois obferver, d’après les elfais qui m’ont réuffi, que ce tiers de ciment doit être mêlé avec deux tiers de fable avant de le mefurer ; de façon que pour en faire en-fuite du mortier, on prendra deux mefures de ce mélange & une mefure de chaux que l’on mêlera bien enfemble , & que l’on
- (t) Ceci nous fait connoître la proportion de l’eau ^vec les fables qui feroient fecs : en effet, remplirez de ce fable une mefure quelconque, & après l’avoir pefé, mouillez-Ie comme s’il étoit fraîchement tiré de l’eau ; faites - le pefer enfuite, la différènce qui fe trouvera dans le poids vous indiquera que pour chaque mgfure de fable fec il faut tant pefant d’eau.
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- Broyera avec ïa quantité d’eau néceflaire f ainfi qu’il eft précédemment expliqué.
- Mortier pour les fouterreins humides.
- ÂPRES avoir feulement blanchi fa muraille avec de la chaux vive, détrempée dans î’eau, vous y appliquerez un crépi compofé de deux tiers de ciment & d’un tiers de chaux bien mêlés enfemble, & enfuite broyés avec de feau, comme il eft dit ci-deflus. Vous hacherez ce crépi avec le tranchant de la truelle , & quand il commencera à fe fécher, vous étendrez deftus un mortier que vous repaierez à plufieurs reprifes avec la truelle, & qui fera compofé d’un tiers de ciment (u) fait avec des tuiles ou poteries pulvérifées, d’un tiers de fable de rivière ou de bon fable de terre, & d’un tiers de chaux ; le tout mêlé enfemble, & préparé comme il eft dit pour les mortiers de conftrucftion.
- Pour des fouterreins extrêmement humides, & même des rez - de - chauffée qu’on veut garantir de toute humidité, il faut, dit
- (u) Le ciment de briques n’eft pas bon..
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- Vitruve, faire des galeries le long des murs * * & de petites voûtes fous le plancher avec des foupiraux , & appliquer fur le crépi (fupra trulliffationem tejlaceam) une couche de mortier de chaux & de ciment, c’eft-à-dire» un tiers de chaux avec deux tiers de ciment, mêlés & préparés comme les autres mortiers.
- Mortier de mâche fer ou autres matières calcinées.
- Apres avoir bien mêlé une mefure de chaux avec deux mefures de mâche fer pul-vérifé, ou autre matière calcinée ( x), vous ies broyerez avec de l'eau, & vous ferez un mortier qui deviendra très-dur.
- Mortier pour les Aqueducs, Bajfins, ifc.
- Pour faire un mortier propre à la conf-truétion des aqueducs , viviers , baffins &
- ( x) Les matières calcinées exigent le tiers de chaux, de même que les fables ordinaires, c’eft pourquoi Vitruve dit ( lib. V, cap, xii), en parlant du tuf calciné : Ifque mifcçatur} uti in mortario, duo
- *d unum rejpondeant.
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- Citernes, tel qu’eft celui que les Romains ont employé à l’aqueduc qui conduifoit l’eau aux bains de Julien l’Apo-ftat, vous mêlerez • parfaitement e'nfembïe une mefure de chaux qui viendra de tomber en poudre, une mefure de recoupes de pierres priées dans les carrières 6c pa/Tées au panier , ou bien des pierres que vous ferez puivérifer, 6c une înefure de fable fec de rivière. Ces matières étant bien mêlées , vous les broyerez en y ajoutant de l’eau , comme il eft dit ci-deffus.
- Autre mortier Indiqué 'par Pline (Lit. xxxvi, cap. xxiii ), irpar Vitruve ( iit>. viii, cap. vu).
- MÊLEZ parfaitement enfemble cinq parties de bon fable âpre 6c rude au toucher, avec deux parties de chaux nouvellement cuite 6c tombée en poudre; mettez enfuîte de l’eau, mais feulement ce qu’il en faut pour que le mortier foit gras & non liquide, après avoir été broyé.
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- 'Mortier de pierres (y f
- MÊLEZ enfemble , à fec, une mefure de chaux & trois mefures de poudre de pierres tamifée, ajoutez-y enfuite i’eau qu’il faut pour lier ces matières ? 8c faites - les bien broyer.
- Mortier pour faire des pierres faâïces,
- MÊLEZ bien enfemble une mefure de fable de terre fin 8c fec, 8c qui 11e fera ni terreux ni glaifeux, une mefure de poudre de pierre paffée au tamis fin, 8c une mefure de chaux. Ne donnez à ce mélange que l’eau qu’il faut pour en faire la Iiaifon, 8c faites broyer parfaitement. Ce mortier,
- (y) Mes effais prouvent qu’avec le mortier de pierres, on peut faire des vafes durs & folides , & même mouler des ftatues en formant ces mortiers en pâte feulement. Nous pouvons encore faire des colonnes comme celles du chœur de I’é^Iife de Vézelay en Bourgogne , reconnues faétices par le maréchal de Vauban, & comme les piliers de I’églile de Saint-Amand en Flandre, &c. J’indiquerai ci-apyes la manière de faire de grands vafes, foit pour les bâîimens, foit pour les jardins,
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- cfe même que ïe précédent, doit être bien battu & maffivé (i).
- Mortier propre à faire des briques crues.
- Le mortier de conftruétîon fait avec du. fable de rivière , & le mortier d’aqueduc dont j’ai donné la compofition, font bons pour faire des briques (a) ; mais il faut
- (^) Si Ton ne maffivoit pas ces mortiers , ils formeroient une retraite fenfible , parce que, pour prendre confiftance, ils fe refferrent en rejetant une eau limpide. Cet effet eft une imitation du procédé de la Nature ; car les filières qui fe trouvent dans nos carrières, & dont la pofition croife , à peu de chofe près, celle de l’aiguille aimantée, femblent n’avoir été formées que par la retraite que fait fur elle - même la matière pierreufe Iorfqu’elle prend confiftance. Ces filières fervent, fans doute, à l’écoulement du fluide de la matière pierreufe ; & c’eft apparemment la raifon pour laquelle les conftrudions fadices des Egyptiens fe trouvent faites fur une fondation revêtue d’un gros treillis, & criblée de trous perpendiculaires qui répondent à des fouterreins. La petite pyramide de Ninus, dont je parlerai ci-après, a été conftruite de cette manière.
- (a) Les briques que l’on retire de la démolition des édifices faits par les Romains, font ordinairement
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- qu’lis faient préparés prefque à fec , c’efl - à » dire , quon y mette ïe moins d’eau pofïible, autrement les briques fe rompraient en fartant du moule. Les Romains mêloient dans le mortier de briques de la paille hachée ; & comme ils vouloient qu’elles fuflent légères , ils ne compofaient ce mortier qu’avec du fable rouge fin , ou avec de la craie , en y mêlant un tiers de chaux, parce que ces matières étoient moins pefantes, & que la paille s’y attachoit mieux. Vitruve dit (,lïb. H, cap. lîl) que les terres glaifeufes (b) ne valent rien, parce que les briques qui en
- marquées du nom de la Légion qui les a fabriquées, foit en creux, foit en relief; on y voit aulïi l’empreinte de pieds d’animaux. On fépare avec peine ces briques , parce que le mortier qui les unit ayant pénétré dans ces différentes empreintes, les lie en-femble plus parfaitement. II feroit à defirer que nos Briquetiers imprimalfent leurs noms fur les briques qu’ils fabriquent. J’ai éprouvé que celles qui font crues & où il entre du fable , deviennent au bout de deux ans pour le moins auffi dures que la pierre.
- (b) Les terres qui contiennent de l’acide vitriolique détruifènt le falino - terreux de la chaux, & ne peuvent réfifler à la pluie.
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- feraient faîtes, fe décompoferoient à îa pluie f que c’eft au printemps ou en automne qu’il faut les faire , afin qu’en fe féchant par une chaleur modérée , elles fe durciïïent également en dedans comme eh dehors; & qu’au contraire, fi on les faifoit en été, le folei'l fécheroit promptement l’extérieur ; mais que, comme l’intérieur 11e pourrait fe fécher & fe durcir qu’avec le temps, elles fe fendraient par la fuite en fe reflerrant.
- Pour mouler ces briques, on fera faire par un Menuifier une boîte fans couverture, dont l’intérieur & la hauteur feront proportionnés à la grandeur 8c à l’épailfeur qu’on veut donner aux briques : les côtés de cette boîte ne tiendront au fond qu’avec des charnières, afin qu’011 puilfe les rabattre en dehors ; 8c quand on voudra faire une brique, on redreifera les côtés de la boîte, 8c on les affujettira avec un cadre de bois, de même qu’un cerceau contient les douves d’un tonneau : alors on remplira cette boîte de mortier que l’on maffivera avec une forte palette, 8c enfuite on enlèvera le cadre de bois, on renverfer^ les côtés de la boîte ; 8c Ion pofera
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- ïa brique fur une planche & dans un lieu couvert où on la laiffera fécher. J’en ai hait faire une certaine quantité, & j’ai remarqué qu’un Ouvrier pouvoit en mouler aifément une centaine dans fa journée, avec la même boîte, & en préparant lui-même le mortier. Quant aux briques cuites, ie procédé en eft fi connu qu’il feroit inutile d en parler.
- Mortier pour les enduits des appartemens.
- Apres avoir feulement blanchi les murailles avec de la chaux vive détrempée dans feau, vous les enduirez d’un crépi de chaux en poudre, & de fable de rivière que vous hacherez avec le tranchant de la truelle , Sc fur lequel vous formerez des cueillies parallèles , à deux pieds de diflance, pour étendre à la règle les différentes couches de mortier, a l’effet de préferver les enduits des ondulations qu’ils ont lorfqu’on les- pofe à la truelle. Vous étendrez enfuite fur le crépi une première couche de mortier de chaux & de fable de rivière , tel qu’il efl précédemment indiqué. Quand cette première couche commencera à fe fécher, vous en poferez
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- tme fécondé de même nature, mais dont ïd fable aura été païfé au crible , 6c de même une troifième couche dont ïe fable aura été pafle à un crible pïus fin (c). H faut, dit Vitruve, faire rebattre ces enduits à plufieurs reprifes.
- Quand cette dernière couche commencera à fe fécher, vous donnerez aux murailles ïes derniers enduits, foit avec du mortier de marbre , comme faifoient ïes Romains quand ils vouïoient peindre à frefque, foit avec de îa chaux pure 6c anciennement fufée, 6c vous pourrez également donner à ces derniers enduits le Iuftre 6c le poli que vous jugerez à propos.
- (c) Àvant de mefurer le fable de cette dernière couche , on y mêlera les grains de marbre dont il fera parlé ci - après, Iorfque les derniers enduits devront être faits en mortier de marbre. Vitruve nomme ces différens enduits cona, ce qui nous prouve qu’ils «voient peu d’épaiffeur; & le crépi fur lequel ils doivent être appliqués, tmlllffatio arenœ lorfqu’il efl fait avec de la chaux & du fable , & trulliffatio teflacea quand il efl; fait avec de la chaux & du ciment.
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- Mortier de marbre pour les enduits*.
- Vous ferez piler du marbre blanc dans un mortier de fer (d), & Iorfqu’ii vous paroîtra bien pulvérifé , vous ie paierez dans un tamis à demi-fin, & vous mêlerez ies grains qui refteront dans ce tamis avec le fabie qui formera ïa dernière couche de gros mortier dont il vient d’être parlé.
- Vous pafierez enfuite votre poudre de marbre dans un tamis fin , & ce qui y reliera fera mêlé avec un tiers de chaux en poudre, 6c formera , en obfervant ïe procédé que fai indiqué , un mortier dont on appliquera une couche fur le dernier enduit de fable &
- (d) Le marbre qui , étant brifé, a des miettes ïuifantes comme des grains de fel , efl celui qu’on doit préférer, dit Vitruve (lib. VII, cap. Vi),
- Si vous voulez peindre à frefque, après avoir poli un enduit de marbre , vous y étendrez au pinceau des teintures de différentes couleurs qui, fans excéder ie trait du deffin , s’incorporeront avec l’enduit, parce que la chaux les pompera à caufe de fon aridité ; propter jejunitatem fuam, dit Vitruve,
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- de grains de marbre ci - deflus défigné ; êc enfin, la fleur de marbre, mêlée également avec un tiers de chaux, formera ia dernière couche de l’enduit : mais on aura foin de ne femployer que lorfque ia précédente commencera à fe fécher. Auflitôt que ce dernier enduit aura pris une certaine confiilance 6c qu’il ne tiendra plus aux doigts, on le polira, non pas avec une truelle de cuivre ou de fer qui ie noirciroit, mais avec une pierre très-dure & très-polie, comme on fait aux Indes avec une agate , & enfuite on ïe frottera avec un gand ou une peau douce pour donner ie dernier poli.
- Mortier de Chaux pare.
- Lorsque vous ne voudrez point faire ia dépenfe d’un enduit de marbre , après avoir appliqué fucceflïvement fur vos murailles les trois couches de mortier de fable dont il a été parié , vous étendrez deflus une ou deux couches de mortier de chaux anciennement fufée , 6l que vous polirez de ia même manière que j’ai indiquée pour ie mortier de marbre. Je ne parlerai point ici
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- du procédé de la chaux fufée, parce qu’il eft parfaitement connu ; mais j’obferverai qu’il faut fufer la chaux dans un baffin non fpongieux, afin que ï’eau qui fe fature de fon principe falino - terreux, ne puiffie , en s’échappant, ïa réduire en capat mortuum.
- Vitruve * & Pline * * difent que ie mortier de marbre eft à fon degré de perfection quand, après l’avoir broyé & pétri dans un baffin, il ne s’attache plus au rabot (ej ; Sc Pline ajoute qu’au contraire, pour les ouvrages à
- * Ita materiez temperetur , vti cum fubigitur non hœreat ad rutrum, fed purum ferrum e mortario liberetur.
- ** Experimentum marmorati efl in fubigendo,donec rutro non cohœreat : contra in albario opéré , ut maeerata calx ceu glutimnn hœreat. Cet Hiftorien fait voir ici bien diftinélement la différence- qu’il y a dans l’apprêt du mortier, foit pour les enduits de marbre , foit pour ceux à faire avec de Ta chaux pure, qu’il nomme, de même que Vitruve, calx maeerata.
- (e) Le rabot, rutrum, eft un outil fait avec un morceau de bois quarré ou rond , tk percé dans le milieu pour recevoir le bout d’une perche qui fert de manche*
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- (J*)
- faire en chaux pure, il faut que ïa chaux ( parfaitement macérée ) s’y attache comme de la glu.
- Les expreffions de Pline nous font entendre que le mortier de chaux pure étoit pofé à ia règle, comme ie mortier de marbre, puif-qu’il devoit être collant comme de la glu, & que conféquemment il n etoit point détrempé comme une peinture qu’on étendroit au pinceau.
- On fe fervoit de ïa même chaux fufée pour blanchir les murailles des maifons, 8c même Pétrone nous fait connoître que les murs extérieurs en étoient enduits, ïorfqu’ii compare les joues d’une vieille femme, d’où coule le fard, à une muraille déblanchie par ïa pluie (f).
- Enduits de Chaux pure que Von fait aux Indes.
- Aux Indes, dit Thévenot (Recueil defes
- (f) Perfluebant per frontem fudantis acac'iœ rivi; & inter rugas malarum tantum erat cretœ, ut putarss deteéhan parietemnimbo laborare.
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- relations) , on enduit les murailles avec un crépi de chaux vive, éteinte dans du lait 8c broyé avec du lucre : on polit enfuite ce mortier avec une agate , & on le rend aufli uni & aufli Iuifant qu’un miroir. Cet exemple prouve qu’avec de ia chaux pure on peut faire des enduits comme les Romains (g).
- Explication du lapis politus des Anciens.
- Pline (fiv. XXXVI, chap. xm) parlant de la conflruélion des labyrinthes , & particulièrement de celui d’Égypte qu! exiftoit encore de Ton temps, dit : Omîtes labyrinthi lapïde polito fornïcibus teâli; Ægyp-tins, quod miror equidem, introitu, columnifque reliquis e molibus compojitis, quas dijfolvere ne fecula quidem pojfint, adjuvatitibus Heracleo-politis, qui id opus invifum mire infejlavere.
- Les Commentateurs qui ont défiguré ce texte en y ajoutant ou fubftituant des mots,
- (g) On peut difloudre de la chaux en la trempant dans du lait, du vin , du vinaigre & de l’eau-de-vie. Pétrie avec du vinaigre, elle devient folide ; mais avec de i’eau - de - vie, elle ne prend aucune con-fiftance , trempée dans l’huile, elle ne fe diffout pas.
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- ne fe trouvant point d’accord fur îa manière de rendre ce paflage, je vais efTayer de l’expliquer en ne me fèrvant que des expreffions de Pline. Si ma traduction eft jugée bonne, non - feulement elle fera connoître ce que c’eft que le lapis politus des Anciens, mais; elle prouvera encore que les Egyptiens com-pofoient de la pierre factice , comme les Romains Pont fait après eux.
- Omnes labyrinthi tedli lapide polito fornicibus: Ægyptius labyrinthus, quod miror equidem A tectus lapide polito introitu, columnijque com-pojitis reliquis e molibus, quas ne fecula quidem pojjint dijjolvere , adjuvantibus Heraeleopolitis, qui id opus invif uni miré infejlavéré.
- « Ces labyrinthes étoient enduits dans toutes » leurs parties voûtées avec un mortier de » chaux pure ou de marbre , & qui étoit » poli : quant à celui d’Egypte, je vois avec » étonnement que fon périflile étoit encore » enduit d’un pareil mortier , de même » que fes colonnes (h) compofées avec les
- (h) Pline ne parle ici que des colonnes qui prnoient le périftilc.
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- recoupes des pierres employées à cette « énorme conftruétion , & que ies fiècles « même n’ont pu diifoudre, malgré tous ies « efforts du peuple d’Héradéopoiis qui, de « concert avec ie temps , ne cherchoit qu’à « détruire cet ouvrage qui lui dépïaifoit. »
- Je rends ici lapide polit0 par mortier de chaux pure ou de marbre poli, parce que Vitruve (liv. VII, chap. Til) parlant de la compofition des enduits que ion faifoit de piufieurs couches de mortier de fable , Sc enfuite de mortier fait avec de la chaux de craie, ou avec du marbre en poudre, qu’011 poIi/Foit, dit : Arenâ dirigatur, pojlea aut cretâ aut marmore poliatur.
- On pourroit peut - être croire que le lapis politus des Anciens étoit une incruftation de marbre poli ; mais il eft effentiel d obferver qu:'indépendamment de la difficulté qu’il y auroit eu à revêtir de marbre des colonnes rondes , Pline ( liv. XXXVI, chap, VI) parlant de ï’invention de fcier le marbre, ne peut pas même remonter, à Iegard de cette découverte, jufqua ia fondation de Rome; ce qui prouve que ce N^turaliûe, en parlant
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- dn pérîHile & des colonnes Ju labyrinthe? d’Égypte, n’a point entendu par lapide polito, une incruftation de marbre poli, mais un mortier fait avec de la chaux pure, ou avec de la poudre de marbre 8c de la chaux, 8c qu’on poiifToit, comme l’explique Vitru\e dans les chapitres III 8c VI de fon feptième livre , 8c encore dans le dixième chapitre, îorfqu’en indiquant la manière de construire les étuves propres à ï apprêt des couleurs, il dit : œdijicatur locus uti laconicum, & expolitur marmore JubtUiter & levigatur.
- Quant à la fécondé partie de ce pafTage de Pline, comme cet hifiorien n’a point parlé de colonnes dans tout ce qui a précédé, je crois qu’on ne doit pas prendre le mot reliquis pour adjeélif à columnis, mais comme adjeélif à molibus, qu’on ne peut rendre ici que par des amas de recoupes provenant de la taille des pierres employées à cet édifice , ce qui défigne des colonnes faétices, 8c juftifie en même temps l’étonnement de Pline par rapport à la compofition & à la durée de ces colonnes : car fi elles eufient été faites des mêmes pierres qui avoient été employées
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- a ïa conflruélion de ce labyrinthe , 8c que Strabon 8c Hérodote repréfentent comme étant d’une grandeur démefurée, je crois que Pline n’auroit point été étonné que ces colonnes fe fuflent confervées pendant tant de fiècles, de même que les murailles de ce labyrinthe, & qu’il ne fe feroit pas fervi du mot compofitis qui défigne ici un mélange de différentes matières, non plus que du mot diffolvere, qui ne peut avoir rapport qu’à une conflruélion faétice ( i) 8c compofée fans doute avec de ïa chaux, du fable 8c des recoupes de pierres, que le temps pouvoit diffoudre.
- J’ai remis à M. Bertin, Miniflre&Secrétaire d’Etat, un Mémoire (k) fur la conflruélion
- (i) Dans l’empire de Maroc, les greffes murailles font compofées de terre ordinaire , de terre glaife, de fable & de ciment. On jette ces matières dans des moules de bois de fix à fept pieds de longueur fur trois de largeur , & à force de les battre avec de gros pilons, on leur fait prendre la forme des moules. ( Hiftoire moderne de l’abbé de Marfi, tome X, P* 441 ? & Shaw > tome I, p. 3 6 B. )
- ( b-) Ce Mémoire traite particulièrement de la conf* truétion de^ la petite pyramide de Ninus, qui n’efl: formée que d’un même bloc. Cette pyramide eft fur
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- des Pyramides , qui contient toutes les épreuves nécelTaires pour conftater que les Égyptiens compofoient des pierres fatftices.
- une voûte qui a environ vingt pieds d’épaïflfeur, & qui eft criblée de trous perpendiculaires, à fix pouces les uns des autres , & d’un pouce de diamètre. La fuperficie de cette voûte eft couverte d’une grofle toile fur laquelle on a répandu le mortier de pierre qui forme cette pyramide, ainfî qu’on le voit Iorf-qu’on détache de fa bafe des éclats de pierres avec des leviers & des coins de fer. On trouve dans ces éclats détachés des mamelons aux endroits qui ré-pondoient à ces trous , & dont I’épaifTeur eft en proportion de I’affaiiTement de la toile par le poids de la matière. Cette pierre contient des grains d’une chaux grifatre & femblable à celle qu’on fait avec les pierres des carrières voifmes. Lorfqu’on met à l’épreuve du feu des éclats de cette pyramide, on ne peut en faire de ia chaux , ils fe rompent & le divifent, parce qu’il eft entré du fable fin dans la compofition de cette pierre, ainfî qu’on l’a remarqué en la décompofant par ce procédé. J’ai fait en
- *774 > un premier obélifque qui a fouffert dans fâ bafe, parce que n’ayant point été conftruit fur voûte & avec les précautions que prenoient les Egyptiens pour opérer la defficcation de la matière, la chaux; qui a pompé l’humidité de la terre n’a pu prendre à la bafe la même confiftance que dans le refte dç l’obélifque. ( II a vingt-huit pieds de hauteui;). * *
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- L’utilité qui peut réfulter de cette déceu-verte, a déterminé ce Miniftre à fe charger du Mémoire, pour le faire vérifier en Egypte.
- Les Hifloriens qui ont cru que les Egyptiens coinpofoient du granit, difent que cette pierre femble n’avoir été formée que par l’amonceL ïement des fables joints enfemble par le limon du Nil. Si l’on appuyoit ce fentimeiit par l’infcription de la petite pyramide d’Afichis, roi d’Ëgypte, rapportée par Hérodote (l), où if eft dit qu’elle eft autant au-deffus des autres pyramides, que Jupiter efl au-deffus des autres Dieux, parce qu’elle n’a été com-pofée qu’avec ie limon du lac Mœris qui recevoit les eaux du Nil; & fi l’on ajoutoit
- (l) L’infcription porte que c’efl: avec le ïimon qui s’attachoit aux perches qu’on enfonçoit dans ce lac ('Hérodote, lib. II). On connoît des eaux dont le limon fe convertit en pierre, telles que celles des bains d’Apone & de Corcena près de Padoue; celles du fleuve Silar en Calabre , & de la rivière Ella en Tofcane; celles du ruifîeau Véron près de Sens, & de la fontaine d’Arcueil près de Paris, &c. Les eflais de granit que j’ai faits ont acquis une fl prompt© confiftance, que dès le cinquième jour on a pu les polir fur un grès avec de feau, comme on poliroit le marbre.
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- («*)
- encore que ïes Voyageurs qui ont parcourt fa rivière des Amazones , difent que les Sauvages qui pétrifient le limon de cette rivière, en font des colliers, des infirumens, & même des haches pour I’ufage de la vie, ne pourrai t-on pas croire qu’en préparant de même le limon du Nil, & en le pétrifiant avec le fable de ce fleuve, on pourrait faire un granit de la plus grande dureté l
- De [emploi des différens Mortiers de
- conjlrudion indiqués jufqu à prêfent.
- Les Romains employoient comme nous les mortiers ordinaires, compofés feulement de fable 8c de chaux ; mais il n’en étoit pas de même des mortiers préparés pour les aqueducs, viviers, baflins & citernes, dont ïes conftruélions étoient faites, foit par encaiflement de planches, ïorfque les ouvrages étoient à couvert des injures du temps, foit par encaiflement de pierres, lorfqu’ils y étoient expofés, c’efl-à-dire que ïes murailles avoient alors un parement de pierres dures pour les garantir des intempéries des faifons : tel qu’on voit en Lorraine le fameux aqueduc
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- 3e Joui (m), qui ell revêtu «Je pierres taillées fous la forme dune brique ordinaire, tandis que l’intérieur de cet aqueduc n’eft qu’un bloccage compofé de cailloutages, de petites pierres & de mortier de fabïe & de chaux.
- Pour faire connoître ce procédé de confc truélion, j’expliquerai fucceflivement toutes les opérations néceiïaires à la formation des aqueducs, des baffins 8c des citernes.
- Aqueduc fouterrein.
- APRÈS avoir déterminé l’alignement d’un aqueduc fouterrein, vous tracerez deux lignes parallèles dont l’intervalle réglera l’épaijfTeur du mur de l’un des côtés de cet aqueduc, de même qu’on fait pour tracer les fondations d’une maifon.
- (m) Les Lorrains appellent cet aqueduc, qui tra-verfe la Mofelle entre Metz & Pont - à - mouflon , ïe Pont -au- Diable ; de même que les habitans de Balbeck , ancienne Pléliopolis, attribuent au Diable ies pierres énormes qui couronnent les murailles exiftantes au fud-oueft de cette ville. Ces pierres ont foixante 8c jufqu’à foixante-cinq pieds de longueur fur douze pieds de largeur & de hauteur. (Voyage d’Alep a Jérufakm. )
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- Ces lignes étant tracées, vous ouvriréz la tranchée & vous la creuferez, en obfervant de lui donner un pied de plus de profondeur que ne doit avoir le lit de cet aqueduc, fur lequel l’eau doit couler. Gette tranchée étant ouverte, vous garnirez de planches de chêne le côté feulement où il faudra enlever les terres, pour former enfuite le vide ou l’intérieur de i’aqueduc. Après avoir fixé les planches le plus folidement que vous pourrez, vous ferez battre & maffiver le fond de la tranchée avec des pilons de bois, garnis en-delfous avec un fer épais & emmanché comme un balai. Pendant que vous occuperez des ouvriers à cette première opération, vous en emploierez d’autres à rafiembler le plus de cailloutages & d’éclats de pierres dures qu’il fera poffible (n), mais dont les plus gros n’excéderont pas le poids d’une livre ou la grofieur d’un œuf. Ces éclats de pierres dures fe trouveront dans les recoupes que vous tirerez des carrières,
- (n) Si nous faifions ufàge du caillou dans nos conftruCtions , comme faifoient les Romains, nous purgerions la terre de tous les cailloutages qui nuifcnt à la production.
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- & que vous ferez paiïer à la claie pour en employer ie menu dans la compofition de votre mortier. Ces matières étant ralfemblëes, vous vous procurerez de la chaux de pierres dures nouvellement cuite, vous la ferez tomber en poudre à mefure que vous en aurez befoin pour compofer le mortier déjà indiqué pour cette conftrudtion. Si vous ne pouvez vous procurer des recoupes de pierres, vous composerez votre mortier avec un tiers de chaux & deux tiers de fable de rivière ou de bon gravier de terré, dans lequel vous aurez mis un tiers de ciment pulvérifé.
- A mefure que l’on fera du mortier, il fera étalé par couches dans le fond de la tranchée, & l’on répandra fur chaque couche un lit de cailloutages mêlés d’éclats de pierre» dures, que l’on malfiverà avec les fufdits pilons ferrés ( o ), en obfervant de remettre du
- (o ) Ita ferratis veélibus calcari folum, parietefqm Juniliter. ( Pline, .lib. XXXVI, cap. x x i il.) On maffivoit.de même les chemins dont le fumminn dorfum étoit fait avec du caillou & du mortier de chaux & de fable ; c’elt pourquoi Stace ( Silvarum, lib. JV)t parlant des travaux 4e la voie de Domitien, dit î
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- Cailloutage & des éclats de pierres, tant qu’oit verra qu’ils fléchiifent fous les pilons. On continuera la même opération jufqu’à ce que la muraille fe trouve montée à la hauteur qu’on aura déterminée pour ia voûte de cet aqueduc.
- Cette première muraille étant faite, fi l’on veut donner deux pieds de largeur à i’aqueduc, on tracera une fécondé tranchée parallèle, à deux pieds de diftance de la première, on ia creufera à la même profondeur, on y pofera des planches le long des terres qu’il faudra par la fuite enlever, on maflivera ie fol, en un mot on conftruira cette fécondé muraille comme on a fait ia première.
- Ii eil bon d’obferver ici, que ies terres Je long defqueiles on met des planches, & que l’on conferve jufqu’à ce que ies deux
- Quis duri filicis, grûvifque férri Immanis fonus , œquori propinquum Saxofœ latus Appice replevit /
- Et Léon-Baptifte Albert (hb, III, cap. xxvi) : Cruflas quæ ex fola materia funt obduéîœ, experiri licet verberatu crebriore if in dies iterato acquirere fpijjitu-éînem if duritiçm prope ut fuperent lapidem,
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- murailles foient conftruites, fervent à foutenir les effort? de la maffivation.
- Ces murailles étant faites, on enlèvera les terres qui fe trouvent dans l’entre-dëux ; on retirera enfuite les planches , & ces deux murailles fe trouveront également enduites, parce que le fluide du mortier fe fera porté le long defdites planches par l’eflet de la maflrvation.
- Cette opération finie, vous hacherez légèrement fl enduit du pied de ces murailles, jufqu a la hauteur où doit fe rencontrer la fuperficie du plancher; il faudra enfuite battre 8c maffiver le fol avec les pilons, 8c y répandre fucceflivement des lits de cailloux 8c de mortier que l’on maflivera, comme il vient d’être expliqué, jufqu’à la hauteur d’un pied feulement. Ce plancher étant achevé, on pofera des ceintres que Ion couvrira de fortes planches pour la conflruétion de la voûte que l’on fera , en obfervant le même procédé, à moins qu’on ne veuille, pour opérer plus promptement, la conftruire avec des moellons de pierres dures 8c avec le même mortier, comme on bâtit ordinairement les voûtes des
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- taves , & au Bout d’un certain temps oit couvrira cette voûte de terre (p).
- Tel eil le procédé que les Romains pa^ roi/Tent avoir fuivi pour ia conflruélion de l’aqueduc qui conduifoit l’eau aux Bains de Julien-f Apoilat (q).
- J’ai fait faire, eii m’y conformant, une pièce d’eau, fous la forme d’une citerne non voûtée, contenant vingt muids d’eau, & qui n’en perd pas une goutte : le même procédé peut être oBfervé pour la conftruétion des citernes, 8c autres pièces d’eau qui ne font point expofées aux injures du temps.
- (p) La maltha faite avec de la refîne & de la chaux fervoit à enduire l’intérieur de ces aqueducs. Voye^ ci - devant, page iy.
- - (<î) Si i’on examine avec foin les quatre mu» railles de l’une des falles des bains de Julien-l’A» poftat, dont on a détruit la voûte, on reconnoîtra qu’elles font confinâtes de lits de briques cuites 8c de lits de petits moellons pofés horizontalement, que la voûte n’étoit chargée dans fes reins qu’avec le mortier que j’indique ici, & dans la compofition duquel font entrées les recoupes des pierres employées à la conflruélion de cet édifice. On trouve dans la plaine qui fait face à I’Obfervatoire , des relies de l’aqueduc qui conduifoit l’eau à ces bains»
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- 1Aqueduc expofé à l'air,
- SI vous voulez conflruire un aqueduc qui doive relier expofé à l’air, ii faut le faire par encaiffement de planches de chêne qui foient affez fortes pour réfifler aux efforts de la maffivation, en ohfervant d elever perpendiculairement , le long des planches Sc dans l’intérieur de I encaiffement , un parement de pierres ou moellons durs , taillés fous la forme d’une forte brique , Sc de placer le parement de ces pierres contre les planches. Enfuite vous remplirez le vide qui reliera entre ces pierres ou moellons avec lé cailloutage, les éclats de pierres dures & le mortier, en pilant Sc maffivant le tout fuc-ceffivement Sc conformément au procédé ci-deffus indiqué. Terminez enfin cet aquedué en ménageant dans la partie fupérieure lé vide qui doit fervir pour l’écoulement des eaux. C’efl de cette manière que l’aquedue de Joui , qui traverfe la Mofelle, paraît avoir été conflruit par les Romains. Si au lieu de petites pierres l’on formoit le parement d’un aqueduç en pierres de taille, alors
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- on ëviteroit les frais de l’encaiiTement, parce que ces pierres foutiendroient par leur propre poids I effort de la maffivation intérieure. Telle efl la conftruétion que ies Auteurs Romains défignent par ie mot grec empleïïos,
- Confîruâion d'un Baffïn.
- Pour faire un bafïin (r), on commencera par rendre le foï horizontal ; on tracera enfuite la fondation de ia muraille , & l’on ouvrira la tranchée que l’on creufera à un pied plus bas que ne doit être la fuperficie du plancher du baffïn : on fixera des planches ïe long des terres qu’il faudra par la fuite enlever , on affermira le fol avec ïes pilons, on répandra des lits de mortier êc de cailloutages , mêlés d’éclats de pierres dures, que î’on maffivera feulement jufqu’à la hauteur d’un pied ; après quoi on élèvera ie long des
- (r) On ne mettra de l’eau dans un pareil baffïn, qu’après deux mois de conftrudion , pour le moins, parce que Vitruve (lib, V, cap.. xil) exige le même efpace de temps avant d’expofer à l’eau les piles des ponts : Relinquatut pila ne minus quàm duos inenfes ut ficcefcat.
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- planches un Rarement de pierres dures, comme il eft dit ci-delhis , jufqu’à trois pouces près du niveau des terres (/). Enfuite on continuera de remplir le vide qui reliera entre le parement de pierres & les terres extérieures, avec des lits de môrtier & de cailloux, mêlés d’éclats de pierres, en ohfervant bien exactement le procédé de malfivation que j’ai indiqué (t). Lorfque cette muraille fera achevée , on enlèvera toutes les terres de l’intérieur du badin, & après avoir retiré les
- (f) Je dis jufqu’à trois pouces du niveau des terres, parce que je fuppofe que les dalles de pierres dures qui formeront le recouvrement de la muraille , auront cette épaifleur.
- (t) Je crois devoir obferver que, fi on vouloit faire un pareil baffin fur un fol làblonneux & mouvant, il faudrait donner néceffairement au plancher une épaifleur plus confidérable, en creufant le fol plus avant, & en formant une première couche de maçonnerie avec de larges écailles de pierres dures, pofées horizontalement & liées enfemble avec le mortier indiqué, Sa dont chaque lit ferait fuccelfivement malfivé, de même que les Romains faifoient pour la bafe de leurs chemins, militaires, qu’ils nomment ftatumen* On étendrait enfuite fur cett.e première maçonnerie des lits de cailloutages Si de mortier, ainfi qu’il eft expliqué»
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- planches , on hachera légèrement ïe mortier d’enduit jufqu a ia naiffance du parement de pierres, on maffivera le fol, & on formera le plancher avec des lits, de cailloutages, mêléç de fragmens de pierres, & des.lits de mortier pilés & mafFivés, comme il eft précédemment expliqué* jufqu’à la hauteur d’un pied : on couvrira enfuite ce plancher avec de petits pavés, à chaux Sc à ciment, fi on le juge à propos : enfin on pofera des dalles de pierres dures fur la muraille de ce haffin, auxquelles on donnera trois ou quatre pouces d’épaif-feur, fi l’on ne veut point qu elles excèdent îe niveau des terres.
- M O S A I a U E,
- Les planchers en mofaïque (u) dont les Anciens ornoient leurs temples Sc les rez-de-chauffée de leurs maifons , étoient faits*
- (u) Les planchers en mofaïque étoient eompofés, dé même que les chemins & les terraffes, de quatre couches différentes de maçonnerie. Les chemins quï n’étoïent point revêtus en pierres dures , étoient enduits de chaux détrempée dans l’huile, ex calce cleo fubaélâ , comme le remarque Léon - Bapti&e
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- foit avec des mortiers colorés, foît avec des morceaux de marbre, de verre, ou de terre émaillée de diverfes couleurs, & taillés comme des dés. Ces planchers avoient un & jufqu’à deux pieds depai/Teur , & étoient compofés de quatre couches de maçonnerie, de même que les chemins militaires. Je vais expliquer ïa manière de faire ces planchers, d’après les
- Albert. Quant aux terraflès qui touvroient les maifons romaines , il étoit d’ufage de les frotter tous les ans avant l’hiver avec du marc d’olive , comme dit Vitruve ( lib. VII, cap, 1 ) : Fracibus quotanms ante hiemem faturetur. Cette précaution , que les Romains jugeoient fans doute nécelfaire en Italie, nous fait connoître combien en France on doit peu fe flatter de réuffir à faire de pareilles terraflès. Néanmoins j’en ai fait plufieurs eflais où j’ai employé pour les uns du mortier d’aqueduc , & pour les autres du même mortier dans lequel il eft entré un tiers de bon ciment. Ces eflais feront connoître s’il efl; pofiîble de faire en France des terraflès comme les Romains en ont fait en Italie. Celles qui ont été conflruites avec dn mortier d’aqueduc, au mois de mai 1776, ont acquis la plus grande dureté , & ont paflë l’hiver fans la moindre dégradation ; & celles qui ont été faites en feptembre 1776, & où il efl entré du ciment, ont été écaillées par la gelée.
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- vues que m’ont fournies les Auteurs, 8c les différens effais qui m’ont parfaitement réuffi.
- Si ie fol efl humide, vous enlèverez h terre jufqti’à la profondeur d’un pied 8c demi, ou deux pieds, au-defious du niveau du rez-de-chauffée ; fi au contraire il efl fec 8c folide, if fuffira de creufer à îa profondeur d’un pied.
- Après avoir battu le foi avec des pilons ferrés, vous formerez la bafe (x) avec des iits croifés de plaquis de pierres dures pofées horizontalement avec uii mortier compofé feulement de chaux 8c de mâchefer, 8c vous donnerez d’épaiffeur à cette première maçonnerie bien maffivée, ia moitié de la profondeur de ia fouille que vous aurez faite. Vous répandrez enfuite fur cette bafe, des iits de cailloux mêlés de fragmens de pierres dures (y)> avec un mortier compofé d’un tiers de ciment, un tiers de fable de rivière ou de gravier de terre, 8c un tiers de chaux, que vous ferez fucceffivement battre 8c maffiver jufqu’à deux pouces près du niveau du rez-de-chauifée.
- (x) Statumen, ou première couche de maçonnerie»
- (y) Rudus, fécondé couche.
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- Vous étalerez enfuite un mortier (i) eompofé avec un tiers de chaux, un tiers de ciment & un tiers de grains de marbre, ou de pierres dures, réduites à ia groffeur du fable de rivière, & vous donnerez à cette couche que vous ferez maffiver avec des battes, un pouce & demi d’épaifleur, de façon qu’il ne vous reliera plus qu’un demi-pouce pour arriver au niveau du rez-de-chauffée.
- Vous formerez la dernière couche de ce plancher (a), foit avec des mortiers colorés, foit avec des dés de marbre, de verre ou de terre émaillée. #
- Si, pour épargner la dépenfe, vous préférez ïes mortiers colorés (b), vous commencerez
- fc) Nucléus, troifième couche. Des poteries pul-vérilees feroient, fuivant mes eflais, le meilleur ciment pour cet ouvrage.
- (a) Summa crufta vel pavhnentum , quatrième couche.
- (b ) Ce dernier mortier doit être pôle à la règle. Les Anciens faifoient encore des mofaïques irrégulières, en mêlant dans ce mortier des fragmens de marbre de differentes couleurs ; & lorfque ce mortier, bien battu, avoit acquis une certaine dureté, on le poliffoit.
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- par donner au plancher une couche générale avec un mortier compofé d’un tiers de ciment très-fin & hien fec, un tiers de poudre de marbre, ou de poudre de pierre dure hien tamifée, 6c un tiers de chaux, ce qui formera une couleur gris-de-perle. Vous ferez battre cette dernière couche pendant deux ou trois jours, s’il ie faut, jufqu a ce que la batte n’y fafTe plus d’impreffion; vous iaifferez enfuite fécher ce plancher jufqu a ce que l’on puiffe ie frotter avec de la cire blanche, comme un plancher parqueté.
- Lorfque le plancher aura été frotté, vous y ferez deffiner avec une pierre noire, bien aiguifée, toutes les figures, fleurs ou com-partimens que vous jugerez à propos, 6c avec un cifeau bien affûté vous ferez creufer d’un demi-pouce tout ce qui fe trouvera defïïné. Vous, remplirez enfuite ces cavités avec des mortiers colorés 6c compofés d’un bon tierfe de chaux , d’un tiers de ciment bien tamifé* 6c d’un tiers de terres colorées ou de couleurs en poudre, dont fe fervent les peintres. Le mâchefer paffé par un tamis de crin ordinaire, imite parfaitement le marbre noir, fi on ie
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- pafloit à un tamis trop fin, il ferait moiiî* bon, parce qu’il n’y pafferoit que la fleur du charbon. II faut que ces mortiers colorés foient gras & peu liquides, <& qu’ils foient fermement appuyés & polis avec la truelle. Les bavures qui pourraient excéder le trait en s’étendant fur le fond du plancher, feront ôtées avec un linge humide, parce qu’elles ne tiendront point au fond qui aura été ciré.
- Si au lieu de mortiers colorés, vous voulez employer des dés de marbre, de verre ou de terre émaillée, vous vous procurerez de ces dés de différentes couleurs, & vous les poferez à la règle fur la couche de maçonnerie que j’ai défignée par nucléus, avec un mortier compofé d’un tiers de ciment, un tiers de marbre en poudre & un tiers de chaux, en fuivant exactement les traits que vous aurez fait tracer fur ladite couche de maçonnerie.
- Manière de conjlnàre de 'grands vafes pour les Bâtimens & les Jardins (cj,
- POUR faire des vafes de cinq ou fix pieds
- (c) J’ai éprouvé que le plâtre ne pouvoit fervir à la conftruétion intérieure de ces vafes , parce qu’il
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- dfe hauteur, & même de plus grands encore> on fixera fur une fondation ordinaire un dé de pierre dure à, l’endroit où doit être le vafe, 8c dont le diamètre fera proportionné au volume qu’il doit avoir. On ménagera, en taillant ce dé -, un rond d’un pouce d’é-paiifeur à la partie fupérieure de la pierre, 8c qui aura le même diamètre qu’on fe pro-pofe de donner au pied du vafe. On fcellera perpendiculairement dans le milieu de ce rond, une barre de fer dont le bout excédera de deux pouces la hauteur du vafe, lefquels deux pouces feront limés 8c réduits en pointe ,
- fe gonfle dans les temps humides & fait crevaiïer les enduits : on fera très-bien, pour les vafes pleins, de faire percer la barre de fer qu’on doit y mettre, de plufieurs trous, où l’on pafl’era des fentons qui, en fe croifant, donneront plus de folîdité à la conftruélion de ces vafes. Lorfqu’on fera parvenu à faire de la maltha , d’après l’indication que Pline en donne, il y a lieu de croire que- fi l’on en enduifoit des vafes, ils pourroient mieux réiifter aux intempéries des fàifons. J’ai éprouvé qu’en enduifant de pareils vafes , qui étoient fecs, avec de l’huile de lin bouillante, cette huile dilparoiiïbit avec le temps, & que le mortier d’enduit qui devenoit plus dur, prenoit la couleur çle la pierre naturelle.
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- à h groffeur d’une plume à écrire. Alors on fera le calibre du vafe en bois de noyer, 8c Je pied en fera fixé avec un coin dans iui fabot, qui embraflera environ le tiers du fufdit rond de pierre, réfervé à ia fuperficie du dé. Le haut du calibre fera fixé par le moyen d’un fer qui s’y attachera avec deux vis, & Jbnt ï’extrémité fe terminant par un anneau, s’accrochera à la pointe de la barre qu’on aura fcellée. Ce calibre étant placé, on graiffera avec du faindoux le fabot, 8c on le tournera à mefure qu’on conftruira le vafe avec du mortier d’aqueduc 8c du cailloutage ou des éclats de pierres dures, en ménageant entre ïe calibre 8c la maçonnerie une diftance d’environ un quart de pouce, pour l’enduit de mortier de pierre dont il faudra par la fuite revêtir ce vafe. Quand cette maçonnerie fera achevée, on la garantira de la pluie avec une toile ou avec des paillaffons; 8c pour lui donner le temps de fe fécher, on démontera le caiibre, dont on fe fervira pour conftruire d’autres vafes. Cette maçonnerie étant fèche 8c en état de recevoir fon enduit, on fhu-meélera avec un pinceau d’une couche légère
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- & fluide de chaux nouvellement fufée ; enfüité on placera le calibre, dont on aura graifle le fabot, & en fe tournant on enduira le vafe avec un mortier liquide 8c compofé d’un tiers de fable de terre, bfanc 8c fin, d’un tiers de poudre de pierre dure 8c d’un tiers de pondre de chaux, qu’on aura également fait paffer au tamis fe plus fin. Ce vafe fe fera alors comme fe font les corniches des appar~ temens, 8c on le garantira des injures de l’air jufqu a ce que le mortier d’enduit ait pris confiflance. On fera enfuite limer les deux pouces de fer qui fe trouveront excéder fa tête du vafe. C’eft ainfi que j’en ai fait quatre de cinq pieds de hauteur, 8c qui font pleins : înais fi l’on en veut faire de creux, alors fl faudra que fa barre de fer à laquelle s’attache îe haut du calibre, fe viffe avec,un bout de fer qui fera fceflé dans le dé du vafe, afin qu’on puiffe enfuite fa retirer; 8c je crois qu’il conviendrait d’enduire l’intérieur de ces Vafes avec de fa maltha, ci-devant indiquée, page ij.
- Si f’on veut faire des vafes moyens 8c portatifs, on fera tourner des ronds de pierre
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- dure, de îepaifieur d’un ou de deux pouces, fuivant la grandeur des vafes, dans le milieu defquels. on fcellera une tringle de fer, dont ie haut fe terminera en pointe, & on les conftruira comme il vient detre expliqué. Ces ronds de pierre dure formeront la bafe de ces vafes, & procureront la facilité de pouvoir les manier & les fculpter, étant nouvellement faits, fans craindre de les écorner.
- Si l’on veut faire de petits vafes d’appar-temens, on établira un pivot, dont on fe ièrvira pour faire tourner une plate-forme fur laquelle on formera le vafe au moyen d’un calibre que l’on aura fixé. J’en ai enduit de cette manière avec du mortier de pierre ou de marbre, après avoir fait ie noyau des vafes dans un moule avec du mortier de chaux & de fable de rivière.
- Je crois avoir fuffifamment expliqué les procédés qui m’ont été demandés, 8c dont j’ai fait des elfais, en me conformant aux indications que j’ai trouvées dans les Auteurs anciens. J’y joindrai quelques obfervations fur le plâtre, qui m’ont paru intéreffantes.
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- On fait un fi grand ufage de cette matière dans les conftrudions , qu’il y a lieu de croire qu’on en pourra manquer par la fuite. La néceiïité de brifer te gypfe pour Je faire cuire , en réduit en poudre une partie confidérable, & qui ne fert à rien, puifqu’on ne peut la joindre avec le plâtre fans en altérer la qualité. Ces réflexions me déterminent à propofer te moyen d’employer cette poudre , que les Plâtriers vendraient au boif-feau, comme ils vendent le gypfe cuit. Pour Cet effet , on en mêlera exadement deux mefures avec une mefure de la chaux que j’ai indiquée page 34; on y ajoutera enfuite la quantité d’eau néceflaire pour que ces-matières foient broyées comme du plâtre bon à employer, & on pourra s’en fervir dans tes conflrudions. Si l’on tamifoit cette poudre , on ferait, en obfervant le même procédé, des enduits qui feraient d’un très-beau blanc. Ce mortier, qui fe durcit plus promptement que les mortiers ordinaires, 8c qui ne rouille point le fer, peut réfifter plus que le plâtre aux injures de l’air , non-feulement parce qu’il eft moins fpongieux,
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- maïs encore parce qu’étant compofé de gypfe, qui ne fait point effervescence avec i’efprit de nitre, l'acide qui eft répandu dans l’air doit moins le pénétrer & le diffoudre. J’ai cru devoir propofer ce procédé, parce qu’il tend à ménager une matière qui, en devenant rare , feroit plus coûteufe par la fuite : d’ailleurs, mes effais me font efpérer qu’on s’en Servira utilement.
- L’objet de mes recherches a été de faire connoître la manière de bâtir des Anciens, qui étoit infiniment plus Solide que la nôtre. Si la traduction que j’ai donnée des paffages des Auteurs qui en ont parlé , juftifie les procédés de conllriiélion que j’ai indiqués, je ne doute pas que l’utilité qui doit en réfulter pour nos fortifications , nos ports 8c nos édifices, ne détermine nos Artiftes à les porter à leur perfection.
- FIN.
- Fij
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- TABLE
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- DES MATIERES,
- A
- Aqueduc des bains de JuIien-I’Apoftat,. à Paris, page 68.
- Aqueduc de Joui en Lorraine, p. 63.
- Aqueduc fouterrein , manière de le eonftruire,
- ibid.
- Aqueduc expofé à l’air, comment on le fera par encadrement, p. 6y.
- A U g u s t 1 N ( vSaint ), paffage tire du quatrième chapitre du vingt - unième livre de la Cité de Dieu , fur la préparation & les effets de la Chaux , p. 4.
- Bains de Julien -ï’Apoffat, p. 68.
- Bassin pour fufer de la chaux. Vitruve 3l Pline le nomment lacum, mortarium, p. 2 1 , 40, 43.
- JSaffm de jardin, manière de le conftruire, p. 70*
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- îj Table des Matières,
- Briques crues, p. 46.
- Celles dont on faifoit ufage à Rome, avoient on pied de longueur fur un demi-pied de largeur , dit Vitruve ; il n’en indique point Pépaifleur. Cette efpèce de brique eft nommée par les Grecs didoron. On l’employoit dans les conftrudions en y entre-mêlant d’autres briques qui étoient de moitié moins grandes. ( Vitruve „ îiv, II, chap. y ).
- c
- Caillou , employé par ies Anciens dans toutes les conftruétions faites en biocage, p. 64. Chaufourniers, trois Entrepreneurs différens pour ia fourniture de la chaux , p. 24,25, Chaux, deux manières de i’éteindre, fuivant Saint Auguftin, p. 4. La chaux vive ne s’éteint point dans i’huile, & ne peut conféquemment fe fondre avec ies matières graifes ou huiieufes, p. 5. Manière de la préparer pour ies conftruc-tions, fuivant Vitruve, p. 6. Cet auteur établit pour principe, qu’il faut qu’eîle foit éteinte pour être employée (cum ea erit cxtinêla) , p. p, Stace la nomme poudre cuite (pubis coélus), p. 1 6. Manière de ia préparer, p. 34.
- Chaux fufée. Cette chaux , dit Vitruve, fervoit pour ies ouvrages à faire en bianc, & pour donner ia façon aux enduits (ad albaria opéra & teftoria, perfîcienda )t p. 18, 20, 2-5*
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- Table des Matières.
- nj
- Chaux fufce , fuivant Pline, p. 24. Accord de Vitruve & de Pline fur la préparation de cette chaux, p. 2 5. Elle n’entroit point dans la com-polîtion des enduits faits avec du fable ou du marbre en poudre, p. 27. Raifons qui doivent faire préférer la chaux en poudre cà la chaux fufce pour les conftruélions, p. 32.
- Chaux, mouillée par afperfion, p. 31.
- Ciment, comment il faut le mêler avec le fable, p. 41.
- Colonnes faétices du chœur de l’églife de Vézeïay en Bourgogne, p. 45.
- Dé s de marbre ou de verre, employés dans les anciennes mofaïques, p. 73.
- Eaux. Les eaux crues ou minérales, ne font pas bonnes pour éteindre la chaux ni pour faire du mortier, p. 35. Manière de connoître la quantité d’eau qu’il faut pour faire <du mortier,
- p. 40.
- Quand on bâtit à Paris, on commence par faire un puits. L’eau qu’on fe procure contient ordinairement beaucoup de félénite, qui peut altérer confidérablement une partie des propriétés de la chaux. Les mortiers
- P iiij
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- IV
- Table des Matières.
- qui ont fervi à la conftruclion de nos ponts & dâ Louvre , ont plus réfifié que ceux qui ont été employés à la bâtifie des édifices particuliers , parce qu’on y a fait ufage de l’eau de rivière qui ,. roulant fur le fable, eft toujours plus épurée.
- Eaux dont le limon, fe pétrifie, p. 61,
- Enduits de chaux pure , en ufage aux Indes,
- J5* 54-
- Pour les autres enduits, voyez au mot MORTIEP. Il y avoit chez les Grecs & les Romains des Ouvriers particuliers pour faire les enduits : Varrou & Vitruve les nomment. Tedores
- F
- F E R. Le fer ne fe rouille point dans les mortieuâ faits avec de la chaux , p. 40*
- G
- A L E r 1 e s pour deflecher les rez - de - chauffe*? humides, p. 43.
- Granit. Plufieurs Voyageurs ont penfé que les Egyptiens compofoient du granit, p. 61.
- Les efîàr’s que j ai faits ont réufir. J’en donnerai an Public le procédé, dès que j’aurai fait quelques efiais plus confidérables. Le limon que j’ai employé eft de nature calcaire.
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- Table des Matières.
- v
- H
- Huile Je lin ou de noix, employée avec Je la chaux en poudre , p. I 8. On en compofoit un vernis dont on enduifoit les chemins faits en
- biocage , p. yz.
- Lorfqu’on aura pétri Un boiflèau de chaux qui vient de tomber en poudre, avec deux boiflèaux de fable de rivière, fraîchement tiré de i’eau ; fi l’on repétrit encore ces matières, après avoir répandu fur la totalité une ou deux onces d’huile , ce mortier, ayant pris confifiance, ne fera plus fufceptible d’être pénétré par l’eau, ainfi que je l’ai reconnu par les nouveaux efïais que j’ai faits. On pourra en faire l’épreuve pour des conftruélions qui doivent être expofées à l’eau. Il paroît ici que l’huile s’étend & fe divife dans le mortier encore plus qu’elle ne fait fur l’eau ( dont elle calme le flot, dit Pline, 1/v. II, chay, 103 ), puifqu’en rompant mes efîàis, l’intérieur, de même que l’extérieur , effc impénétrable à l’eau. Comme la qualité de la chaux n’eft pas toujours la même, il faut faire des eflàis pour juger de la quantité d’huile que peut exiger la chaux qu’on emploie.
- Incrustation de marbre. L’invention de feier ie marbre eft poftérieure à ia fondation de Rome, p. jy
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- v; Table des Matières,
- L
- Labyrinthes. Les colonnes du périftiîe de celui d’Egypte étoient faétices , p. 55.
- Lapis politus des Anciens, ibid.
- Limon qui fe pétrifie, p. (fil.
- Limon vert de ïa rivière des Amazones , p. 62, L o 1 x anciennes concernant la fourniture & remploi de la chaux, p. 24.
- M
- JVIaltha. Deux efpèces différentes de maftha,
- P • *7*
- Quand il y aura des figues mûres, j’en ferai des eflais, & j’indiquerai pour lors la manière de faire ce mortier. Quant au faindoux qui doit entrer dans cette compofition , il paroît que le volume en doit être égal à celui de l’huile qu’on ajoutera au mortier ( voye^ ci-deffus au mot Huile). Pour faire l’autre maltha, on préférera la réfine à la poix.
- Marc d’olive. Les Romains en frottoient tous les ans leurs terraiïes avant l’hiver, p* 73.
- Matières qui doivent entrer dans îa compofition des mortiers, p. 37.
- Mélange de la chaux avec les fables pour faire du mortier de conftruélion, p. 351.
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- Talle des \Matières, vi;
- Mortiers , p. 39.
- Le mortier compofé avec de la chaux, du fable ou autres matières, cft appelé par les Auteurs anciens, materia, materies.
- Mortier de conftruétion , manière de l'employer, p. 6 2.
- Mortier pour les fouterreins humides, p. 42.
- Mortier de mâchefer ou autres matières calcinées, p. 43.
- Mortier pour les aqueducs , viviers, baflins & citernes, ibid.
- Mortier de poudre de pierres, p. 45.
- Mortier pour faire des pierres faétices , ibid\
- Mortier pour faire des briques , p. 46.
- Je me fuis fervi du mot de maffivation par rapport à l’emploi des mortiers pour les travaux à faire eit blocage, parce qu’il m’a paru qu’il exprimoit mieux le procédé indiqué par les Auteurs anciens.
- Mortier pour les enduits des appartemens, p. 49.
- Mortier de marbre pour peindre à frefque, p. 51,
- Mortier de chaux pure & fufée, p. 52.
- Pour polir ces enduits, on pourra fe fervir de piaquis de marbre.
- Mosaïque, p. 72.
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- Obélisque. îi en a été confirait un les i© & i i Mai 1774 : il a vingt-huit pieds de haut. C’efi ie premier efiai qui ait été fait en grand de la chaux en poudre , p. 60.
- JL AVImE'NTUm. Ce mot chez les Anciens dé-fignoit un blocage battu & maffivé, p. 22.
- Peintures à frefque , p. 51.
- P1 E R r e s faétices dont ies murailles font faites dans l’empire de Maroc, p. 59.
- Piles des ponts, doivent être garanties de l’eau, au moins pendant deux mois , p. 70.
- P1 L 1 e R s faétices de ï’églife de Saint - Amand en Flandre, p. 45.
- Pilons pour mafliver les blocages, p. 64.
- Plâtre. Moyen que je propofe pour ménager cette matière, p. 82.
- Pozzolane. Terre fableufe qu’on trouve dans le territoire de Pouzzol. C’eft une efpèce de ciment naturel que les Romains employoient avec le tuf calciné & de la chaux, p. 12, 33.
- Pyramide d’Afichis , roi d’Égypte, faite de
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- IX
- Table des Matières.
- briques compofées avec ie limon ou la vafe du îac Mœris , p. 61.
- Pyramide de Ninus, formée d’un feul bïoc faétîce» Moyens que les Egyptiens ont employés pour faciliter l'évaporation du fluide fuperflu de' la matière , pour en hâter la defficcation par la circulation de l’air, & pour empêcher que l’hu-miditc de la terre ne pût difloudre les parties alkalines qui fervent à lier la chaux & le fable,
- p. 5 S'il y a lieu de croire que la pierre quarrée qui formoit ie tombeau de Porfenna, dont parlent Varron & Pline, & qui avoit trente pieds de largeur fur cinquante pieds de hauteur , a été compofée de la même matière que la pyramide de Ninus. II en efl de même des pierres qui font le couronnement des parties de murs encore exiflantes de Baibeck (ancienne •Héliopolis), & qui ont foixante & jufqu’à foixante-cinq pieds de longueur fur douze pieds de largeur & de hauteur.
- R
- J^ABot, Rutriim , inflrument pour pétrir le mortier, p. 5 3.
- J’ai employé ie mot broyer pour dire raboter, pétrir, battre ou corroyer le mortier , parce que j’ai remarqué que les Ouvriers concevoient mieux par ce mot la véritable manière d’opérer.
- .Recoupes de pierres, p. 3<?,
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- Table des Matières»
- S
- Sable propre à faire du mortier, p. yy.
- Signinum. Les Romains défignoient par ce mot ce que nous nommons ciment, p. y.
- S T A T u E s. Moyen pour en faire de faélices, p. 18.
- J’en ai fait plufieurs au moule avec les mortiers de pierres que j’indique ; mais ii faut que le mortier foit préparé comme de la pâte , & que les matières qui le compofent foient paflees au tamis de foie. On pourra avec le limon en faire qui reffembleront au marbre, & qui feront impénétrables à l’eau. On voit fur le portail de la collégiale d’Avalon une représentation du Père Éternel en pierre faétrce.
- Te r r A S S E s. Celles qui ont réuiïx ont été faites avec du mortier d’aqueduc & des fragmens de pierres dures, le tout battu & maffivé à plufieurs reprifes & pendant trois jours avec des battes , de même qu’on fait pour les allées des jardins. II faut ajouter des fragmens dfe pierres tant qu’on voit que le mortier fléchit, p. 73.
- Trullisation. Mortier brut préparé pour recevoir les enduits, p. 27, 50.
- Tuf calciné, nommé par Vitruve cœmentum, & par Pline cœmentum Cumanum, p. 7.
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- Table des Matières. xj
- V
- Va s e s. Manière d’en faire de faétices, p. 77.
- Vin. li faut éteindre de la chaux dans du vin pour faire ia maltha, p. 17.
- On pourroit croire qu’on éteignoit fouvent de la chaux dans le vin, lorfqu’on lit dans Ammien - Marcellin (liv. XXVII ) , que la maifon de campagne de Symmaque, Préfet de Rome, fut incendiée ur le faux bruit qui s’étoit répandu qu’il vouloit éteindre la chaux avec fon vin plutôt que de le céder au prix qu’on lui en offroit.
- Vinaigre. Après avoir pétri avec du vinaigre deux mefures de fable & une mefure de chaux qui vient de tomber en poudre, ajoutez - y la proportion d’huile que j’ai indiquée, & vous ferez un mortier parfaitement dur.
- Voûtes. J’ai fait faire pour effai une voûte plate de douze pieds de longueur fur quatre de largeur avec de gros moellons & du mortier de chaux & de fable. Les points d’appui , qui la foute-noient feulement par fes deux extrémités, ayant fléchi, elle s’eft rompue en plufieurs parties ; mais comme le rïiôrtier intérieur avoit pris con-fiftance, les moeilons font reliés parfaitement adhcrens les uns aux autres. II y avoit un an que cette voûte étoit faite , elle étoit expofée aux injures de l’air.
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