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Mémoire pour servir de suite aux recherches sur la préparation que les Romains donnoient à la chaux
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- MÉMOIRE
- POUR SERVIR PE SUITE
- AUX
- RECHERCHES
- SUR
- LA P REPARAT 10 N
- QUE LES ROMAINS donnoient
- A LA CHAUX
- Dont ils fe fervoient pour leurs conftruc-tions, & fur la compofition & l'emploi de leurs Mortiers.
- Par M. de laFaye, Tréforiet général des Gratifications des Troupes.
- A PARIS,
- DE L’IMPRIMERIE ROYALE.
- M. DGG LXXVIIIv
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- Quæ omnia jacerent in tenebris, niji littemrum lux accederet.
- Cïcero , pro Arch’ia Pocta.
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- A VER Tl SSE ME NT.
- L/accueil favorable que le Public a bien voulu faire à mes Recherches fur la préparation que les Romains don-noient à la Chaux , & fur la compofition de leurs Mortiers, m’a engagé à con-fulter une fécondé fois les Auteurs anciens ; les éclaircilfemens qu’ils m’ont procurés, m’ont mis en état d’étendre mes découvertes, & de répandre un nouveau jour fur les objets intéreffans dont j’ai traité dans ce premier Mémoire.
- J’ai entrepris dans celui-ci de faire connoître la manière de bâtir qui étoit en ufage chez les Anciens, & les motifs qui ont déterminé les derniers Romains à abandonner ce procédé, qu’ils te-noient de leurs ancêtres , & ceux-ci des Babyloniens, des Égyptiens,
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- particulièrement des Grecs , qui l'a~ voient préféré aux autres genres de conflruétion. Il me fera facile de prouver que , fi nous ignorons ce procédé , ç'eft fans doute la faute des anciens Artiftes, qui étoient trop peu inftruits pour puifer dans les fources ; ou des Commentateurs qui, n'étant point guidés parles lumières que donne l'Art de bâtir, ont fouvent trompé les Artîftes, pour n'avoir point entendu le fens des phrafes qu'ils traduifbient.
- J'oie me flatter qu'en continuant , dans ce nouveau Mémoire, de rendre aux termes leur véritable lignification , je mettrai mes Le&eurs en état de juger combien l'abus des mots, celui des phrafès mal traduites, & des textes défigurés par les additions même qu'on a cru néceffaires pour y donner plus de çjarté ; combien , dis-je, cet abus a
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- du nuire au progrès des Sciences & des Arts.
- Je traiterai des pierres faélices ou briques crues, dont on s’eft fervi pour bâtir pendant au moins quatre mille ans : ce genre de conftruétion m’engagera à parler des chemins militaires & des terrafTes romaines, qui, revêtus feulement en cailloutages & en mortier, ne laifîbient pas de réfifter aux injures de l’air, de même que les terrafTes & les chemins dont la fuperficie étoit conf-truite en pierres dures *. J’indiquerai les moyens de procurer aux difïerens mortiers dont j’ai donné la compofition, la même dureté qu’on remarque dans
- *• TibuIIe écrivant à Meiïaia, Commiflâire des grands chemins , dé/îgne ainfî ces deux procédés : Nec taceant monument a via qua Tufcula tellus, Candidaque antique dcjlinct Alba lare ; Panique opibus coîigefta tuis, hîc glarea dura dtcrniiur, hk aptâ jungitur arte fjcx.
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- ceux des Anciens. Je né parlerai du piâtre que pour faire connoître combien i’empioi de cette matière feroit dangereux dans les bâtimens, fi des plâtriers mêloient dans leurs fours de la pierre calcaire avec le gypfe. Je produirai quelques obfervations fur les avantages particuliers qu’on peut tirer de la chaux, & fur le dépériffement des bois qu’on emploie dans les conf-trudions. J’expliquerai comment avec des concrétions calcaires, & réduites en chaux, on pourra faire un granit qui deviendra pour le moins auffi dur que de la pierre, ou bien des enduits parfaitement blancs & fufceptibles du plus beau poli. Je ferai connoître pourquoi il faut, pour éteindre la chaux & pour préparer les mortiers, préférer l’eau de rivière aux eaux crues ou minérales. Je donnerai la manière de compofer des mortiers qui acquerront
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- en fort peu de temps la confiftance de la pierre , & deviendront très-promptement impénétrables à l'eau. Enfin , je ferai voir que, fi la façon de bâtir des Anciens s'eft confèrvée en Afrique, comme le témoigne M. l'abbé de Marfi dans fon Hiftoire moderne > les Indiens Malabares obfer-vent encore les mêmes procédés qui font indiqués par Vitruve.
- Ce qui refte en France des confi-truétions faites par les Romains, prouve trop combien ils l'emportoient fiir nous dans l'art de bâtir, pour que nous cédions à un autre fiècle l'honneur de découvrir un procédé fi intéreflant. Les progrès rapides que font les Sciences & les Arts, fous un règne où les exemples multipliés de bienfaifànce nous portent à concourir avec plus de zèle , à Futilité publique, ne me permettent point de douter que les
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- Artiftes qui feront valoir mes découvertes, ne trouvent le fecret de bâtit' aufft folidement que les Grecs & les Romains* Si dans les climats où le Trône efï: fondé fur l'ignorance , les Arts languiffent dans la fèrvitude ; fi les Sciences y portent ombrage à l'autorité, les loix qui nous gouvernent en affii* rent le triomphe, en ouvrant un champ libre à J’induftrie & à l’émulation ; & grâces aux découvertes intéreffantes pour l'humanité, & aux connoiffances en tout genre que nous acquérons journellement, nous pouvons efpérer que ce fera des François dont parleront nos derniers neveux, quand on citera le fiècle d’AuguJle.'
- MÉMOIRE
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- POUR fervir de fuite aux Recherches fur la préparation que les Romains aonnoient à la Chaux, if fur ta compofition de leurs Mortiers*
- Des Pierres faüices, ou Briques crues*
- Les pays arrofés par ïeNil & l’Euphrate, femblent avoir été ïe berceau de l’induflrie des hommes- Entre tant de monumens qui ont embelli ces contrées, ceux que ïe temps a refpeélés caufent notre furprife & notre admiration ; & ceux qui ont été détruits nous offrent encore dans leurs ruines des vefïiges
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- dignes de notre curiofité. Ces vaftes cités dont il eft parlé dans ï’Hiftoire facrée & profane, les temples & ies paiais qu’elles renfermoient » les hautes & fortes murailles flanquées de tours qui formoient leur enceinte, tout étoit conf-truit en briques , compofées foit avec de ï’argille, foit avec du fable mâle ou de la poudre de pierres ; & ce genre de conftruélion, qui étoit extrêmement folide, fut en ufage pendant bien des fiècles, avant qu’on eût inventé i’Art de bâtir en pierres de taille. Ce qui exifle aujourd’hui de ces anciens monu-mens qui, pour la plupart, ont été détruits par ies fléaux de ïa guerre, nous donne iieu de douter que des pierres naturelles euflent oppofé à tant de fiècles la même réfiflance. En eftét, à travers les débris de ïa fameufe tour de Bélus, que le plus grand nombre des Hiftoriens nomment la tour de Babel, 8c qui a été entièrement bâtie de briques 8c de bitume, on voit encore la bafe de cet orgueilleux édifice parfaitement confervée.
- D’après l’opinion des habitans du pays, & d’après la tradition nationale, dit M. le préfident de Brofles, dans un favant Mémoire
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- fur îa monarchie de Ninive (a), « les Voyageurs ont jugé qu’une ruine, à neuf milles « vers l’oueft de Bagdad, étoit les débris des « premiers étages de cette tour : elle étoit bâtie « de briques cuites au Soleil, dont chacune a « un pied en quarré & fix pouces d’épaiffeur : « on trouve une couche compofée de rofeaux « mis en pièces, mêlés avec de la paille de « froment, & femés de fépaiffeur d’un pouce ce & demi ; quelques - uns les nomment des ce nattes faites de rofeaux & de feuilles de ce palmiers ; d’autres difent que c’eft feulement ce de la paille de i’épaijfleur de trois pouces, ce qui paroit aufïi jaune & auffi fraîche que ce
- (a) Ce Mémoire , inféré dans le XXVÏIS volume de l’Académie royale des inferiptions & Belles-Lettres, fait voir que les Voyageurs ne s’accordent point fur remplacement de la tour de Babel ; les uns ie fixent à vingt îieues au Sud-oueft de Bagdad près Felujia, où ï’on trouve une mafTe de ruines qui a environ une demi-lieue de diamètre; & d’autres prétendent que cette tour eft la même que celle de Bélus. Quoi qu’iï en foit, elle a été bâtie en briques crues , & l’Auteur fâcré (Gen. chap. XI) en parle comme d’une invention qui pouvoit être connue avant le déluge. '
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- » fi elle venoit feulement d être mife : fur » cette couche font fept rangs de briques > » enfuite vient une autre couche de rofeaux » & fix rangs de briques : ces briques font mifes 33 dans une efpèce de mortier bitumineux, 3> compofé de poix Sc de terre, de l’épaiiTeur 33 à peu-près d’un pouce, ce qui efl la manière 33 dont on bâtit à préfent à Bagdad, y ayant dans le voifinage un grand lac de poix (b). 3>
- En rapprochant de ce détail intéreflant tout ce qui fe trouve y avoir le pius de rapport dans i’hiftoire, je crois qu’on pourrait con-noître le procédé de conftruétion des Anciens, de même que les matières dont ils compofoient ïeurs briques crues ou cuites au Soleil. L’utilité qui réfulteroit de cette découverte, particulièrement pour les pays ou le fol ne fournit point de pierres de taille, m’engage à foumettre
- (b) Les Hiftoriens difent feulement que la poix ou bitume liquide fumage fur ce lac;. & quant au mortier compofé de poix & de terre, il parait que ce n’efl que de la maltba, qui, fuivant plufieurs Auteurs, étoit préparée avec de la poix fondue mêlée avec de la chaux, & dont les Siamois font encore des flatues & des maufolées. Voye% à la page 18 de mon premier Mémoire,
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- mes réflexions au fentiment de ceux qui prendront la peine de traiter cette matière plus à fond (c).
- Le cinquième chapitre de l’Exode ne parle que des briques que Pharaon exigeoit jour par
- (c) Vitruve obferve qu’on ne peut faire des briques crues en été, parce que le Soleil qui les faifit trop vite, les fait fendre; & Thévenot, dans la troifième partie de fes Voyages , obferve que la chaleur eft fl grande dans l’Inde, que la maçonnerie y sèche fans fe confolider, & fe crevaffe, ce qui oblige les maçons à couvrir leurs ouvrages avec de la toile mouillée. Ces obfervations, qui contrarient le fentiment des Hiftoriens qui ont dit que ces briques étoient cuites ou féchées au Soleil, nous autorifent à croire qu’elles étoient féchées à l’ombre, & dans des briqueteries , telles que celles dont parle Pline, & qui furent établies par Euryalus & fon frère Hyperbius , qui bâtirent en briques crues les premières maifons dans la Grèce , où les hommes n’avoient encore habité que les antres de la terre. Laterarias ac domos confiituemnt primi Euryalus if Hyperbius fratres Athenis : ante a fpecus erant pro domibus. Lib. VII, cap. LVI. Je prouverai ci-après que par lateres, lateritia firuélura, les Anciens indiquoient les briques crues, de même que par tefia , tejlacea firuélura, ils défignoient celles qui étoient cuites au four; & que s’ils fe fervent du mot later, en parlant des différentes briques , ils en diftinguent alors I’efpèce par les adjeétifs coflus, crudus,
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- jour de chaque Ifraè'Iite. Ce Prince mécontent de la demande que lui firent Moyfe & Aaron, de permettre aux Ifraëlites d’aller facrifier à leur Dieu, réfolut de les en empêcher, en augmentant leurs travaux : il fit venir les Intendans de Tes bâtimens, & leur ordonna de cefler de fournir de la paille aux Ifraëlites pour faire leurs briques, de les obliger à en aller chercher eux - mêmes, & néanmoins d’exiger d’eux, chaque jour, la quantité de briques qu’ils fournifibient auparavant. Cet ordre de Pharaon ne permet pas de douter que ces briques ne fu/Tent crues, parce qu’il efit été impoffible aux Ifraëlites, qui fe répandirent dans le pays pour fe procurer de la paille, de continuer de fournir, jour par jour, fa même quantité de briques cuites qui, indépendamment de la fabrication, exigent pour leur defficcation un temps confidérable, avant d’être mifes au four. Au furplus, je ferai voir, d’après Pline & Vitruve, que là paille entroit dans la compofition dès briques crues, dé même qü’on fincorporoit anciennement dans les mortiers de conftruétion, comme on le remarqué dans celui qui exifte à la bafe des
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- anciens monumens. Ce procédé eft encore confirmé par Ézéchiel, chap.XHI, Iorfqu’il prédit les malheurs qui arriveront aux faux prophètes, qu’il compare à de mauvais ouvriers qui enduifent ies murs de mortier fans y mêler de la paille (d).
- Le ht de rofeaux & de paille de froment, qu’on aperçoit à la bafe de la tour de Bélus, 8c que plufieurs Yoyageurs repréfentent fous la forme d’une greffe natte , reffemble û parfaitement au tiffu qui couvre ïe foeïe de îa petite pyramide de Minus, dont j’ai parlé dans mon premier Mémoire, qu’il y a lieu de croire que fes conftruéleurs de cette tour, 8c ceux qui ont bâti cette pyramide, ont obfervé les mêmes procédés; 8c que confé-quemmerit il y avoit, entre ces deux monumens, beaucoup de conformité dans la conftruélion, l’un ayant été fait en briques crues qui dévoient être garanties des humidités de la terre, 8c l’autre en mortier répandu par couches, êc
- (d) J’expliquerai ci-après, pourquoi je rends ici terra par du mortier : j’obferve feulement que de la paille hachée & mêlée avec de la terre, n’auroit pu fe conferver parfaitement.
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- eompofc de poudre de pierres, de fable & de chaux, qui exigeoit la même précaution. ÏI devroit y avoir fous ïa bafe de cette tour des cavités ou fouterreins propres à y maintenir la fécherefle, comme on en trouve fous les pyramides ; mais la barbarie qui règne dans ces contrées, femble avoir confié la garde de ces anciennes ruines à des animaux féroces & venimeux qui en écartent les Voyageurs , & leur ôtent ïe rçioyen d’étendre leurs découvertes pour éclairer l’humanité (e).
- Ces Voyageurs ont remarqué que îes rofeaux & la paille qu’on découvre à la bafe de la tour de Bélus, ont confervé leur couleur & leur fraîcheur, Les réflexions qui naiflent de cette obfervation, peuvent nous conduire à connoître la nature des matières dont ont été compofées les briques uniformes qui ont été employées à la conftruéïion de
- (e) Les caveaux des pyramides d’Égypte fe com-iuuniquoicnt par des. galeries qu’Ammien Marcellin nomme Jyringes. Profper Alpin allure que de Ton temps ( i 5 8 5 ) un homme defcendit dans l’une de ces galeries fouterreines avec une bouffôle , & reconnut qu’elle fe partageoit en deux branches, l’une pliant au fud & l’autre vers le rhomhe de Fed, •
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- cette tour : en effet, tes rofeaux, les cannes & la paille que décompofe iacide qui elt répandu dans l’air, de même que les acides contenus dans les matières terreufes ou argil-ïeufes, fe confervent fans altération dans le mortier de fable & de chaux, qui cependant brûle le bois & le détruit. C’ell par cette raifon qu’à Rome, comme en Grèce, on employoît ces végétaux pour garantir les bois de la chaux , ainfi que le prouve Yitruve (lib. Vil, cap. i) , lorfque parlant de la conf-truélion des terraffes, il dit qu’avant de maçonner , il faut former fur les voliges quon aura croifées par - deffus la charpente , un lit de fougère ou de paille, pour préferver les bois du tort que la chaux leur feroit : Coaxationïbusfaâîis, fi erit, filtx non, palea fubjîernatur, nti materies ab calcis vitiis deffen-datur. Et dans le troifième chapitre du même Livre , il recommande de croifer des rofeaux aux voûtes des appartenons, ainfi que fur les pans de bois ou cloifons, en les fixant avec des clous, avant d’y appliquer les enduits de chaux & de fable. Il paroît donc certain que ces végétaux, qui fe détruifent par les acides, fe
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- confervent dans le mortier de chaux ; car autrement ïes enduits des voûtes & des pans de bois fe feraient détachés & auraient occa-fionné bien des accidens , ce qui eût fait abandonner ce procédé, à en juger par toutes les précautions que prenoient les Grecs & les Romains pour la folidité & la fureté de leurs batimens. On peut donc inférer de ce qui vient detre dit, que le tiffu qui couvre le focle de la petite pyramide de Ninus, & la natte de rofeaux & de paille de froment qu’on remarque à la bafe de la tour de Bélus, ne fe font parfaitement confervés, que parce qu’ils ont été enveloppés d’une matière faétice & compofée, fuivant toute apparence, avec de la chaux , du fable & de la poudre de pierres, dont cette pyramide & les briques de la même tour femblent avoir été formées.
- Suivant le rapport des Voyageurs, le mortier qui lie les briques de cette tour, eft compofé de bitume & de terre. J’ai obfervé à la page 6 o de mon premier Mémoire, en parlant de la pyramide de Ninus, que la chaux qu’on fait avec les pierres du pays, elt de couleur grilatre : il pourrait donc fe. faire que,
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- trompés par la couleur , les Voyageurs aient cru que les Babyloniens avoient mêlé de la terre avec le bitume liquide pour lui donner de la confiftance; mais leur fentiment eft contredit par l’ufage que les Siamois ont confervé de mêler la chaux en poudre avec la réfine, & je crois que c’eft du mélange de cette matière avec le bitume que Pline entend parler quand il dit : ( lib. XXXV, cap. XV ) Calcis quoque nfum pmbuit bitumen, ua ferrutmnatis Babyionis mûris. Au furplus, comme plufieurs Auteurs parlent d’un mortier qu’ils nomment makha, & qui étoit fait avec de la poix ou de la réfine mêlée avec de la chaux en poudre, il y a lieu de croire que ce n etoit point de la terre que les Babyloniens mêloient avec le bitume liquide, mais de la chaux, ainfi que je lai expliqué d’après les mêmes Auteurs, à la page 18 de mon premier Mémoire ; 8c que fi les rofeaux 8c la paille ont confervé leur couleur & leur fraîcheur à la bafe de cette tour, ce n’ell, fans doute , que parce qu’il entroit encore de la chaux dans la corn-pofition des briques dont elle a été bâtie, puifque ces végétaux fe feraient infailliblement
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- détruits, s’ils euflent été comprimés par toute autre matière.
- Les murailles en pierres faélices, que du temps de Pline on conftruifoit en Afrique par encadrement, peuvent d’autant mieux nous éclairer fur ia nature des matières qui entroient dans ia compofition des briques crues, que ie meme procédé eft encore pratiqué dans la Barbarie. En eflèt, M. l’abbé de Marfi, dans fon Hiftoire moderne, après avoir obfervé que l’ancienne manière de bâtir s’eft confervée dans ce pays comme dans ie Levant, dit : (tome X, page 440) que ie mortier qu’iï nomme ciment > a ia même dureté ^ paroît être de ia même matière que celui dont ies Anciens fe fervoient, & qu’il fe fait en mêiant enfembie trois parties de chaux en poudre, deux parties de cendres ordinaires & une de fable fin : on bat ces matières fans interruption pendant trois jours & trois nuits , y jetant*alternativement de l’eau 8c de l’huile jufqu’à ce qu’eiles aient pris une certaine eonfiilance. Il dit que dans ï’empire de Maroc, ies murailles font conilruites avec de la terre ordinaire, de ia terre giaife, du fable & du
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- €îment ; qu’ûn fe fert de gros pilons pour battre ces matières dans des coffres fans fond qu’on fortifie avec des barres de fer, & qui ont communément trois pieds de largeur fur fix à fept de longueur. II ajoute cependant que les bonnes murailles ne fe confiruifent que de fable & de ciment, 8c que l’un des Ecrivains qu’il cite, affure que cette maçonnerie efi: plus folide que la pierre (f).
- Il paroît donc certain qu’on fait encore en Barbarie des murailles en pierres factices ,, telles que celles qu’on y faifoit du temps de Pline, 8c que conféquemment le mortier dont elles font compofées , doit avoir beaucoup de rapport avec celui que les Anciens employoient pour la fabrication de leurs briques crues, qui n’étoient véritablement que des pierres faélices. Si ce procédé des Anciens s’eft confervé en Afrique , comme le dit M. l’abbé de Marfi, je ferai voir à la fuite de
- (f) Voyez dans l’Auteur, la manière dont on conftruit ces murailles làns échaffauds, en fabriquant les pierres faélices les unes fur les autres ; & comment , en les maffivant, on les rend promptement folides.
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- ,(I4).
- te Mémoire, que l’emploi de ia diaux & îa compofition des mortiers dont j’ai traité dans mes recherches fur la manière de bâtir des Anciens , fe font de même confervés chez les Indiens Maiabares.
- Le rapport que fait M. l’abbé de Marfi, d’après ïes Écrivains qu’il cite , mérite cependant quelques obfervations : il dit que dans J’empire de Maroc on conftruit des murailles en pierres fàétices avec un mortier compofé de terre ordinaire, de terre glaife, de fable fin & de ciment. i.° Ce ciment, comme il Je dit lui-même, eft un mortier dans lequel ii entre moitié de chaux : 2.° la terre ordinaire 8c ia terre giaife, qu’il dit entrer dans la compofition de ce mortier, contrarient Je fentiment des Auteurs anciens qui excluent des différens mortiers les matières argiileufes qui fe détrempent à ia pluie (g). Pline à la vérité (Rb. XXXV, cap. XIV) dit qu’en Afrique, comme en Efpagne, on faifoit par
- (g) Après bien des effais je fuis parvenu à faire entrer de la glaife dans la compofition du mortier, en le rendant impénétrable à i’eau. J’en donnerai îe procédé à la fin de ce Mémoire.
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- encaifTement avec de la terre des murailles capables de réfifîer aux pluies, aux vents 6c au feu , 6c plus folides que la pierre même : Quid non in Africa, Hifpaniâque ex terra parietes quos appellant formaceos , quoniam in forma, circumdatis utrinque duabus tabulis, hi-ferriuntur veriùs quàm inflruuntur, revis durant incorrupti, imbribus, ve?itis, ignibus, omnique cœmento firmiores. Mais cet Hiftorien nous explique en même temps la nature de cette terre employée à la fabrication des briques crues, 6c la nomme terre crayeufe, blanche ou rouge : Lateres non funte fabulofo, neque arenofo, multoque minus calculofo ducendi folo , fed e cretofo & albicante aut ex rubricâ : velfi jam ex fabulofo , e mafculo certe. Et Vitruve, (lib. II, cap. III) dit : Faciendi autern funt ex terra albida cretofâ , five de rubricâ, aut etiam mafculo fabulone. Ce rapport uniforme prouve donc que les pierres factices, de même que les briques crues, étoient également faites avec un mortier compofé, foit avec une matière véritablement calcaire, foit avec du fable mâie ; 6c comme le fable feul ne peut jamais faire un corps folide, non plus que la poudre
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- de craie ou de pierre dure, ainlî que îe dit affirmativement Yitruve (lïb.II, cap. V*J, on ne peut révoquer en doute que ces matières calcaires ou vitrffiables, ne fufTent liées par un mortier préparé avec de la chaux, fem-blable ou équivalent à celui que M. l’abbé de Marfi appelle ciment (h)* Or, en adoptant ce fentiment , on peut croire qu’après avoir fait le mortier , on le faupûudroit dans des moules avec Tune ou l’autre de ces matières tamifées, tant qu’il fîéchilïoit fous les pilonst de même qu’il fe pratique encore en Barbarie.
- * Itaque ex hisfaxa, Ji antequam ccquantur contufa minuté, mixtaque arenœ , conjiciantur in fîmcluram, nec folidefcunt, nec eam poterunt continere,
- (h) J’ai obfervé à la page 59 de mon premier Mémoire, que dans les éclats détachés de la petite pyramide de Ninus, on retire avec une pointe des grains de chaux qui , n’ayant point été divifés , tombent en poudre , & ont la couleur de la chaux qu’on fait avec les pierres du pays. Thévènot, dans Je deuxième Livre de fon voyage de Levant, dit, qu’en Periê on bâtit des maifons avec une efpèce de brique compofée d’une terre particulière qu’on pétrit avec de la paille hachée & qu’on fait cuire au Soleil/ mai* il ajoute que la pluie détruit ces bâtimens.
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- Aufurplus Vitruve, ainfi que Pline, exclud de ce genre d’ouvrage toutes terres aré-neufes, fableufes ou graveleufes, 6c la raifon qu’il en donne efl que les briques qui en proviennent ,font trop pefantes , que les. pluies peuvent les diffoudre, 6c que les paillés qui entrent dans leur compofition, ne peuvent fe lier ni faire corps avec des matières fi brutes : Non enim de arenojo > ne que Jabulofo luto funt ducendi, quod ex his generibus cîmi Jint dnSli, primum jiunt graves, deinde cùm ab imbribus in parietibus afporguntur, dilabuntur & dijjolvuntur ; paleœque quœ in his ponuntur, non eohœrejcunt propter afperhatem ( Lib. II, cap. ni). On voit ici bien évidemment le rapport que les briques romaines avoient avec celles que Pharaon exigeoit jour par jour de chaque Ifraëlite, puifqu’if entroit également de la paille dans la compofition des unes 6c des autres. II paroît donc certain que, fous le règne de ce Prince , on faifoit un grand ufage des briques crues ou.pierres faélices dans les conflruélions égyptiennes, puifque tous les Ifraëlites dévoient en fournir jour* nellement.
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- Je crois avoir fuffifamment démontré que la chaux devoit faire la liaifon des matières employées à la fabrication des briques crues, ou pierres faéfices, dont les anciens monumens ont été co.nftruits ; & que le mortier qu’on aperçoit à la tour de Bélus, ne pouvant être que de la makha compofée de bitume & de chaux, comme le difent les Auteurs, il en réfuite que la chaux étoit en ufage dans les conftruélions du temps même des Babyloniens.
- Je vais actuellement faire connoître les différentes proportions des briques crues que les Anciens employoient pour bâtir , & combien il failoit de temps pour les durcir avant d’en faire ufage.
- On ne peut difeonvenir premièrement que ces briques ne fuffent crues, Iorfque Yitruve, au troifième chapitre de fon fécond Livre, dit, que fi l’on met en oeuvre des briques fraîchement faites , le mortier qui les lie enfemble venant à fe durcir plus promptement, parce qu’il eft moins volumineux, elles s’en détachent enfuite en fe refferrant, & par la retraite qu’elles font fur elles - mêmes , fe
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- disjoignent & font fendre fes murailles (t) J que c’efl ia raifon pouf laquelle les habitans d’Utiquen emploient leurs brique^qu’au bout de cinq ans de fabrication. Cette obfervation prouve que celles qu’on faifoit à U tique étoient dun volume plus confidérable que celles quon fabriquoit en Grèce & à Rome, puifqu’on fes y empfoyoit plus promptement. Au furpfus, Vitruve fait voir que de fon temps on fe fervoit des briques crues & des briques cuites pour bâtir , quand à fa fin du cinquième chapitre de fon premier Livre if dit : Ubi finit fax a quadrata, five filex, five camentum, aut coûtas later, five crudus, his erit utendum.
- If y avoit trois efpèces de ces briques : celles que fes Grecs nommoient didoron, & dont on faifoit ufage à Rome, étoient moufées deux ans avant de s’en fervir, & portaient un pied en quarré fur un demi-pied de largeur (k)t
- (i) Les briques cuites au four n’ont jamais dé retraite.
- (k) Vitruve détermine le temps qu’il faut à ces briques pour fécher, quand il dit (libt II, cap. mp Maxime autem utiliores erunt > fi antè biennium fuermi
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- Les deux autres efpèces, dit Vitruve (lib. II, cap. III) nefervoient qu’en Grèce; l’une étoit nommée pentadoron, c’eft - à - dire, ayant cinq palmes de tous côtés, ce qui revient à près de quarante pouces ; & l’autre tetradoron, ou ayant quatre palmes, revenant environ à trente-deux pouces. La première efpèce fervoit dans les édifices publics , & la fécondé. dans les conflruélions ordinaires. Ainfi ces briques avoient le volume des pierres de taille que nous employons communément dans nos bâtimens.
- On en faifoit en même temps, dit Vitruve, qui étoient de moitié plus petites, & dont on plaçoit toujours une rangée entre deux rangs des grandes, ce qui donnoit plus de folidité aux murailles, & les rendoit plus agréables à la vue.
- Pline & Vitruve parlent encore d’une autre qualité de briques crues, dont on bâti (Toit à Calente en Efpagne, à Marfeille en Gaule,
- duéîi ; namque non antè pojfunt penitus Jîccefcere. Pline contredit Vitruve, en donnant à cette première e/pèce de brique un pied & demi de longueur fur un pied de largeur.
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- & à Pitane en Afie : elles étaient faites avec une matière de la nature de la pierre-ponce, qu’ils nomment terrapumicofa ; elles flottaient fur l’eau fans en être pénétrées, & comme elles étoient extrêmement légères , on en faifoit un grand ufage dans les bâtimens (l).
- Pour ne laiffer aucun doute fur la nature de ces briques, je vais anaïyfer les matières qui entroient dans leur compofition , & je ferai connoître enfuite le différent emploi que faifoient les Grecs 8c les Romains des briques crues & de celles qui étoient cuites, en rendant feulement aux expreflions dont fe font fervis les Auteurs, la fignifîcation qu’ils ont voulu leur donner.
- (I) Si Vitruve recommande de mouler ces briques deux ans avant de s’en fervir, il exige également que les pierres, de même que les moëlons, qu’on doit tirer en été des carrières près de Rome, foient expo-fées pendant deux ans à l’air avant de les employer ; &. qu’alors celles qui fe trouveront endommagées foient réfervées pour les fondemens, & celles qui ne le feront pas pour l’élévation. II dit que les pierres tendres ne peuvent réfifter aux pluies ni aux gelées-, non plus qu’aux flots ni à l’air de la mer. ( Vitr. lib. Il* çap. Vît),
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- Les matières dont étoient compofées les différentes efpèces de briques crues qu’on montait du temps de Pline , font nommées par les Auteurs, terra cretûfa, terra pumicofa, Jabulo mafculus. On a vu dans mon premier Mémoire, que les Romains faifoient des enduits iuftrés; & que Vitruve, qui dit qu’on s’y miroit, n’en indique fouvent la matière que par ïe mot creta. Tacite , parlant des mœurs des Germains, obferve que quoique leurs bâtimens fuffent épars & groffièrement çonftruits, néanmoins on remarquoit dans les endroits de leurs maifons qui étoient appropriés, des enduits qui avoient infiniment d’éclat, !& il n’en indique ia matière que par les mots terra pura, qui étoit vraifemblablement de la craie, que les Italiens nomment terra tenace. Comme ce paffage ne me paroît point avoir été rendu par les Traducteurs, je vais effayer de l’expliquer : Q_uœdam loca diligentiùs illinunt terra h apura &fplendente, ut piSluram ac linéament a colorum imitetur. « Cependant on voit, » dans certains endroits de leurs maifons, des enduits foigneufement faits avec une matière » qui eft fi pure & fi luifante que, comme m?
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- miroir, elle rend difliii<51ement les objets, ainfi « que les couleurs (m).» Les Anciens enten-doient par le mot terra, une matière broyée : Terra difta ab Hefiodû (Varron, Iib. IV, de iing. lat.) ut Ælius Gallus Jcribit, quod teritur; itaque terra in augurum libris fcripta cum R. uno; & l’Ëglife emploie le mot pulvis pour rappeler à l’homme qu’il n’a été formé que de terre. Je crois donc qu’on doit rendre ici terra cretûfa, terra pumicofa par de la craie & de ia pierre-ponce broyées, ou bien par de ïa poudre de craie & de pierre-ponce ; & que comme Vitruve indique par le mot creta la chaux de craie dont on faifoit les enduits qu’il nomme albaria opéra, il diftingue ici par terra cretofa , terra pumicofa, ïa poudre de craie & de pierre-ponce qu’on mcloit avec un tiers de chaux, puifque, comme il l’ob-ferve (lïb. 11, cap. v), aucune poudre de
- (m) Vitruve (lïb, VII> cap. III) dit : Teéioria cùm funt politionibus crebris fubaâla, non modo fiunt mtentïa,fed etiam imagines exprejfas afpicientibus, ex ee opéré remittunt,
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- (h)
- pierre étant on feroit clu mortier, ne prendrait confiflance (n).
- Quant au fable dont on faifoit encore des briques, les mêmes Auteurs nous en indiquent la qualité par l’adjeélif mafculus. C’étoit un fable de terre fin & rude au toucher : Qiice arena in manu confricata fecerit jlridotem, erit aptima, dit Vitruve (lib. II, cap IV), en parlant des fables qu’on tire de la terre. Or un pareil fable qu’on pétriroit fans chaux, ne formeroit jamais un corps folide. II en ell donc ici de terra cretafa, terra pumicafa, fabula mafculus, comme de marmaratum > arenatum, qui étoient des mortiers compofés avec de la chaux : Teâlarium, rifi ter arenato & bis mar-tnorato indudlum efl, non fatis fplendaris. habet. (Pline, lib. XXXVI, cap. XXin).
- La différence que je remarque d’après les Hifloriens & les Voyageurs, entre les pierres faélices ou briques crues que fabriquoient les Babyloniens, les Égyptiens & les Grecs, 8c celles que faifoient les Romains, efl que la
- (n) II n’ell point de poudre de pierre mouillée qui puiffe moins le confolider que celle de pierre-ponce, parce qu’elle efl sèche & qu’elle ne s’humeéle pas.
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- matière qui compofoit les premières, étoit un mélange égal de menu fable , de poudre de pierre dure & de chaux; & que la matière qui compofoit les autres, étoit de la poudre de craie ou de pierre-ponce, ou bien du fable de terre fin avec de la chaux & de la paille bâchée, ce qui rendoit ces briques plus légères. II faut que ce fable foit maigre & fec , car celui qui feroit gras & qu’on broieroit avec de la chaux mêlée de paille, ne pourrait fécher fans fe gercer : Qiiod pinguîtudini ejus calx j palùui commixta , non potefi fine rimis inareficere, &c. ( Vitruve, lïb. 11, cap. IV. (o) Palladio & les autres Commentateurs de Vitruve ne me paroilfent point avoir compris ce procédé, quand ils difent qu’en pétri/Tant longtemps de la craie, après l’avoir bien purifiée, & en y mêlant de la paille hachée, on peut faire au mois de Mai des briques crues, comme les Anciens. Je crois que la manière de purifier la craie & de la pétrir avec de la paille, eft
- (o) Vitruve dit ici que le mortier de chaux & de fable gras, mêlé avec de la paille, fe gerce en enduit ; ce qui prouve que le fabitlo mafculus, dont on faifoit ïes briques, devoit être maigre & rude au toucher.
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- mse opération dont Pline & Vitruve âuroîent fans doute parlé, & que fi Palladio eût réellement découvert ce procédé, on eût fabriqué des briques crues, & on en fèroit ufage dans les bâtimens. Mais j’ai reconnu, par ies eflais que j’en ai faits, que ia poudre de craie feule ne peut, étant pétrie , réfifter aux pluies ; qu’au contraire, en y ajoutant un tiers de la chaux dont j’ai indiqué ia préparation, ou bien en mêlant par tiers de la poudre de pierre dure, du fable de terre non glaifeux & de la chaux, ou enfin en confondant enfembie deux tiers de fable avec un tiers de chaux, on peut faire, comme les Anciens, des briques auffi dures que la pierre, en corroyant ces matières parfaitement, 6c en ies ïaiiTant fécher 6c durcir pendant deux ans à i’abri des injures de Pair ; 6c qu’en y mêlant de ia paille, elle s’y con-ferve 6c ies rend plus légères.
- Un moyen de connoître les matières que ïes Anciens empioyoient à ia fabrication des pierres fâétices ou briques crues , eft d’en expofer des fragmens à iepreuve d’un feu ardent pendant cinq ou fix heures. Si, après avoir retiré du feu un de ces fragmens 6c
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- Favoîr laiffé refroidir, il le broie fous les doigts & y dépofe des parties de fable brillantes ; & fi , étant pétri avec de l’eau, il reprend confiftance & forme un volume à peu de chofe près égal à celui qu’il avoit avant d’être mis au feu, on aura la preuve que c’eft un compofé de fable 8c de chaux (p). Si au contraire ce fragment ne le broie point, 8c qu’après avoir été trempé dans l’eau il tombe en poudre comme feroit une pierre de chaux , alors en mouillant 8c broyant cette poudre , fi elle forme un volume du double plus confidérable , on aura la certitude que cette pierre faélice n’étoit feulement compofée que d’une fubftance crayeufe ou pierreufe qui n’avoit point été cuite, comme le difent Palladio 8c les Commentateurs, parce que l’effet de la pierre que Ion convertit en chaux ell de doubler fon volume lorf-qu’elie ell trempée dans l’eau. Enfin fi ce même fragment fe trouve, après la cuiflfon, aulfi folide qu’auparavant, 8c qu’étant mouillé
- (p) Cette opération ne réuffiroît pas s’il étoit entré de la glaîfe dans la compofition du mortier,.
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- (»*)
- iî ne fe décompofc pas, on jugera aïors que c’efl de la terre cuite qui n’a point été altérée par ie feu dont elle tient fa confiftance, 8c que ce n’eli conféquemment que de ia brique ordinaire.
- Je vais à préfent expliquer ce que les Anciens entendoient par lateritia flruSlura > tejîacea flruSlura, 8c je ferai voir le différent ufage qu’ils faifoient de ces deux genres de conflruétion.
- Par ie feuï mot later, ies Auteurs défignent la brique crue; quelquefois cependant ils s’en fervent pour indiquer également celles qui étoient cuites 8c celles qui étoient crues; mais alors iis en diflinguent i’efpèce par ies adjectifs coSlus ou crudus. Mini quidem parietes luta, & lateribus crudis extrui, quis ignorât, dit Pline (lib. XXXV, cap. Xiv) / Térence dit: laterem cruaum lavare; 8c Vitruve (lib. I, cap. V) dît : aut coSlus later, Jive crudus. Mais dans ie huitième chapitre de fon fécond Livre, où il traite des différens genres de conflruc-tion qui étoient en ufage de fon temps, il a grand foin d’indiquer celles qu’on faifoit en briques crues, par lateres, lateritii parietes.,
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- Îûîerltits jlruere, lateritia jlruâhira, 6c de diftin-guer celles qui étoient faites en briques cuites au four, par tefla, Jiruéîura teflacea. En effet, il dit que les murailles conftruites en briques crues, laierïtïi parietes , ne pourroient fup-porter plus d’un étage, fi on ne leur donnoit qu’un pied & demi d’épaiffeur, ainfi qu’il eft ordonné par les Ioix publiques ; 6c que comme la multiplication des habitans a exigé qu’on donnât aux maifons jufqu’à trois 6c quatre étages, il a fallu néceffairement , pour fe conformer aux Ioix, changer la manière de Bâtir, & conflruire des murailles avec des moèlons, en les renforçant avec des chaînes de pierres dures, pïlis lapideis, ou faites avec des briques cuites, flruSluYis tejlaceis; il ajoute, que la néceffité d’empêcher qu’on ne rétrécît la voie publique , efl la raifon qui a fait défendre dans Rome les conftruéïions en briques crues, laieritios parîetes ; mais qu’on peut, hors de la ville, en bâtir des maifons bonnes 6c durables, en formant le couronnement des murs avec des briques cuites , fintâlurâ tefiaceâ, 6c en obfervant de donner à ce couronnement un pied 6c demi de
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- hauteur , avec ia faillie qui eit néceflaire pour garantir les murs faits en briques crues, de la pluie & de l’égout des toits : Lericâ teftdcea non patktur lœdi laterem > Jed projec-lura eoronarmn rejkict extra perpendiculum fiillas, & eâ raiiône Jervaverit intégras lateri-tioruîn parietum Jlruduras (q). II faut donc convenir que Vitruve explique ici bien clairement le différent ufage qu’on devoit faire des briques crues & des briques cuites; & que ce que les Auteurs anciens ont entendu par lateres, lateritïi parietes, lateritia(irudlura > ne doit fe rapporter qu’aux briques crues dont les Babyloniens, les Egyptiens, les Grecs & les Romains ont fait fuccefïivement le plus grand ufage pour leurs bâtimens, & non point aux
- (q) Indépendamment de ce couronnement, les mufs conftruits en briques crues, avoient fans doute une bafe en pierres dures, pour les garantir des éclaboufïures des eaux qui pouvoient tomber des gouttières & des toits. Dans la nouvelle traduction de l’expédition de Cyrus dont M. Larcher vient d’enrichir la Littérature , toin. I, pag. 218, lors de l’arrivée des Grecs à LarifTe , il eft dit que le mur d’enceinte, qui avoit vingt-cinq pieds de largeur fur cent de hauteur, étoit de briques^ mais que le bas étoit de pierres Jufqu’à vingt pieds de hauteur*
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- , (3°
- briques cuites qu’ils ont indiquées par tejla ou Jîrudura tejlacea. C’eft de cette dernière efpèee que parle Pline, neveu du Naturalise, quand xi dit : Aliqua pars, ut mihi vrdetur, tejlacea opéré agenda erit (r).
- Yitruve donne à entendre que les briques cuites étoient trop couteufes pour qu’on en fît des bâtimens entiers, quand il dit qu on s’en fervoit pour faire le couronnement des murs bâtis en briques crues, ou pour éiever des chaînes ou contre-forts dans ceux qui étoient conSruits en moè'Ions. Pietro deiîa Valle, excellent voyageur, qui, étant à Bagdad en 1616, alla vifiter ies ruines de ia tour de Bélus, dit : « Que dans les endroits feulement où dévoient être les plus forts Soutiens, on « trouve des briques cuites au four, mais « que le furplus de ladite tour a été bâti en « briques féchées au Soleil. (Viaggi, lett. iy). »
- Pline recommande que ie mortier, dont on fait ces briques, foit parfaitement macéré
- (r) Epift. 254.. Ad Trajanum de aquaduBu lVico~ medenfium. Le Canal de i’aquéduc que ies Romains ont conllruit à deux lieues de Metz, eft fait en briques cuites au four.
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- avant d’être mis au moule : Qiân & intritam ipfam eonnn, priufquant jingantur, macerari oportet. Et de même que Vitruve, il obferve que le Soleil en été les feroit fendre. J ai indiqué à la page pS de mon premier Mémoire, la manière de faire ces briques qui m’a paru la plus commode (J). J’ajouterai feulement qu’il faut pofer ces briques fur. des parafions , afin que l’eau quelles rejettent , en fe reifferrant , s’évapore plus facilement.
- II feroit difficile de juftifier le motif qui a fait abandonner par les Grecs & les Romains ce procédé fimple & peu coûteux, quand on lit dans Pline (lib. XXXV, cap. XI v) , que par-tout ou les Grecs pouvoient bâtir en pierres dures, ils préféraient de le faire en briques crues, qui, à la vérité, ne fe dé-truifent jamais quand elles confervent leur.
- - (f) Ifidore (lib. XV, orig. cap. vin) fait dériver latcr à latitudine, Iorfqu’il indique la manière de faire les briques , quod lati forment.ur circumaclis undique quatuor tabulis, II nomme la tuile plate, tegula, quod œdes tegat, & celle qui ell courbe ; imbrex, quod accipiat imbres,
- aplomb :
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- aplomb : « Gmcî > prœterquam ubi e filice fierï «r poterat firuüuraparie tes lateritios pmtulere a funt enïm ce terni , fi ad perpendiculum fiant î» Et Vitruve (lib. II, cap. Vin) obferve que iorfqu’on vendoit à Rome une maifon bâtie en moellons, qui ne peut folidement durer que quatre-vingts ans, on rabattoit du prix qu’elle avoit coûté à bâtir, une quatre-ving* tième partie autant de fois qu’il y avoit d’années qu’elle exifloit ; qu’au contraire, fi la maifon étoit conftruite en briques crues 9 qui fuffent à leur aplomb , on la payoit fans aucune déduéiion ce qu anciennement elle avoit coûté à bâtir : « De lateritiis vero, « dummo do ad perpendiculum fint fiant es, nihilcc deducitur; fed quanti fuerint olimfadli, tanti te efie fimper œfiimantur (t). »
- (t) Dans les îles du Levant, de même qu’en Égypte, en Perfe & dans l’Indoüftan, les païfans bâtiffent quelquefois leurs mairons avec des briques compofées de terre & de paille hachée; mais les Voyageurs conviennent que cette conftruéHon ne peut durer long-temps , parce que la pluie diffout ces briques infenfiblement. Si dans le Lyonnoîs, ainfi que chez les Indiens Ma-labares, on eonftruît avec une terre partiddière des maifons qui refirent aux pluies, c’eft que l’on a foin
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- L’accroiflement de ia population dans Rome* dit Vitruve, ayant obligé de donner aux mai-fons jufqu a trois & quatre étages, & les loix publiques alTujettiflant les Conftruéteurs à ne bâtir des murs que dun pied & demi de
- d’enduire les murs extérieurs avec un mortier de chaux: & de fable. Pline & Vitruve prouvent également que les briques crues, ou pierres fadices, n’avoient pas befoin d’un enduit pour être garanties des injures de ï’air, püifqu’ils obfervent que les murailles étoient plus agréables à la vue lorfqu’on plaçoit une rangée de ces petites briques entre deux rangées de grandes, & qu’il fuffifoit qu’elles fuflent à leur aplomb pour réfifter à tous les temps : funt enim œterni, Ji ad perpendiculum fuit fautes. II paroît donc certain que les briques crues , ou pierres fadices, que faifoient les Égyptiens , les Babyloniens, les Grecs ôc les Romains, & qu’ils ne revêti'fToient point avec des enduits, étoieht compofées, non pas avec de la terre, mais avec des matières où il entroit de la chaux, & que les pluies ne pouvoient difloudre, puifqu’il en exifte encore des vertiges ; & que fi en Égypte, comme en Afîe, on fait aduelle-ment des briques de terre qui ne peuvent rértfter aux injures de l’air , c’eft que l’on fuit les procédés indiqués par les Traducteurs ou Commentateurs de l’Hiftoire facrée & profane, qui n’ont point fait attention que par erets, terra, les Hébreux ôc les Latins indiquoient, non-feulement la terre, mais encore une matière broyée. jQiûa terra, qubd teritur,
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- diamètre, on cefla de conflruire en briques crues, parce qu’il auroit fallu donner aux murailles une furépaifleur qui eût rétréci la voie publique. Cette raifon que donne Vitruve, architeéte d’Augufte, me paroît plus politique que fatisfaifante, puifqu’il devoit être libre à chaque particulier qui bâtifîoit, de reprendre en retraite fur lui-même, ia furépaifleur qu’exi-geoit ce'genre de conftruétion. Je crois donc que ïa véritable caufe de ce changement provint de i’excès auquel le luxe étoit porté dans Rome, depuis qu a l’exemple des Chevaliers Romains, les particuliers voulurent imiter le fafle & la magnificence des Empereurs, quï mettaient leur gloire à élever des monumens que le tranfport & ia taille des pierres rendoient extrêmement difpendieux, lefqueis conféquem-ment flattoient beaucoup plus leur vanité que n’auroit fait une conftruélion ordinaire & peu coûteufe. Pétrone, dans fon Poème de la guerre civile, dépeint fortement l’excès auquel les Romains portaient le luxe des bâtiniens, quand il dit qu’ils élèvent jufque dans les airs des palais dorés, qu’ils donnent des limites à la mer ou en étendent les rives à leur grép
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- qu’iîs bouïeverfent toute ia Nature, & qu’en creufant dans les entrailles de ia terre pour en arracher les pierres, dont on a trouvé ie moyen de faire ufage pour ces fortes de travaux, ils ferdnt percer ie jour jufque dans les Enfers :
- JEt dum varios lapis invenit ufus,
- Inferni mânes ccelum fperare jubentur.
- Vitruve (RL //, cap. Vil J J convient que ies Rois les plus puiiïans, de même que ies an* ciennes Républiques, n’avoient précédemment fait élever des monumens, ou contraire leurs palais, qu’en briques crues, quoique ïeurs revenus, augmentés par leurs conquêtes, ies miffent en état de bâtir non - feulement en pierres, mais même en marbre. Ces différens rapports prouvent donc que ce ne fut en effet que le iuxe qui fit abandonner ce genre de conflruélion , fur-tout depuis que Rome, enrichie des dépouilles de l’Europe, de l’Afie & de l’Afrique, eut raffembié, comme dit Properce, dans fon enceinte, tout ce qu’il y avoit de plus rare dans l’Univers :
- Cmnia Romance cedant miracula terrce,
- Nama hfc pafuit quidquid ubtyw fuik
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- Je croîs avoir fuffifammënt fait cônnoître !a nature & les propriétés des pierres faétices, ou briques crues, qui ont fervi pour bâtir pendant au moins quatre mille ans, & dont il refte encore des veftiges dans ies débris des monumens de la plus haute antiquité; mais Comme on pourrait douter de la réuflite de ce genre de conftruélion dans un climat fujet aux gelées, quoique dans le Lyonnois, fart du Maçon pifeur foit établi avecfuccès (u), je vais parler des chemins militaires que ies Romains ont faits en France, & dont la fuper-ficie (pavimentum) (x), n’étant compofée que de cailloutages mêlés dans un mortier de chaux & de fable, n’a pas laide de fubfifter pendant bien des fiècles, quoique cette conftruétion horizontale fût infiniment plus expofée aux
- (u) Le maçon pifeur bâtit avec une terre particulière 9 comme font les Indiens Malabares avec le calhnent x qui eft une efpece de terre grade; mais ces bâtimens ne réfirtent à la pluie que parce qu’on les en garantit avec un enduit de chaux & de fable.
- (x) J’ai expliqué dans mon premier Mémoire, que par le motpavhnentum qui dérive de pavire, ies Anciens défîgnoient la fuperficie des chemins, faite en caillou-*-tage & mortier battus & madivés.
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- pluies & aux gelées, que ne ïetoient des murailles perpendiculaires, bâties en briques crues.
- Chemins militaires faits par les Romains.
- Si les monumens de la ville de Rome ont excité l’admiration du Monde entier , avec combien plus d’étonnement a-t-on vu les Empereurs Romains porter à leur perfection îes chemins militaires, qui, comme autant de rayons de leur grandeur, prenoient naiflance dans fe centre de leur Capitale, & s’étendoient dans toutes les parties & jufqu’aux extrémités de leur Empire (y) !
- Obfervons encore que fur ces chemins * il y avoit des maifons de pofte établies à des diftances égales, où les Empereurs entrete-noient un certain nombre de chevaux pour îeur fervice, où les Légions trouvoient ieur fubiîilance , & où d’une marche à ï’autre les
- (y) Pline (lib. XXXVI, cap. xv) parlant de ïa magnificence des édifices de Rome, les compare à des merveilles.
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- Généraux avoient leurs vivres & leur gîte
- préparés (i).
- Si nous confultons les Auteurs Grecs 6c Romains (a), ils nous difent que l’empire cïe Rome n’avoit d’autre limites que celles du Monde connu, & que fa puiflance ne s’eft accrue qu’à la faveur des chemins militaires, qui, ayant été conflruits fous l’apparence de l’utilité publique, procurèrent aux Romains la facilité de \ maintenir fous leur domination l’Europe, i’Afie 6c l’Afrique ^*
- Nous aurions de la peine à concevoir
- fc) Cicéron appelle les maifons de polie, flationes veî pojîtiones, & les courriers fiatores. II y avûit communément quarante chevaux à chaque polie , dit Procope. JEIIes; furent établies en France ious Charlemagne , dit Julien Tabouet , & c’ell Louis XI qui les a rétablies.
- (a) Voyez Polybe, Arillide, Denys d’HalicarnalFe, îfidore, Pétroriè, Florus, 6c même S.* Lüe dans fon ^Évangile, où il dit, qu’Augufte ordonna le dénombrement du Monde entier.
- (b) Voyez la Carte dite charta Peutingeriana, qu’on croit avoir été faite lur Tltinéraire d’Antonin. Surita parlant de ces chemins, dit, totius.penè ûrbis pwin~ tiarum opus.
- Civ
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- aujourd’hui: comment ils ont pu entreprendre & exécuter des conftruétions aufîi énormes, il ïes mêmes Auteurs nous eu/Tent iaiffé ignorer que les Légions , compofées de Citoyens romains, & qui étoient entretenues par ies Empereurs dans les différera pays qu’ils avoient fournis furent employées à. lai conftruétion de ces chemins-^*
- Les,Romains avoient pour principe, que les travaux qui fortifient le corps ,le ,mettent en état de fiippor ter les changemens de climats <k de faifons, que. Ies,grand$. ouvrages font ïe feul remède qui puiffe arrêter tous ies defordres que ioifiveté Fait naître dans ies camps ; c eil pourquoi Tacite dit : « dtfcordiq laboratum ejl,f ùm ajjiietm expeditionibus miles ctio lafcivireu» Le même -Annalifte parlant dès deux armées , compofées chacune dé quatre légions, qu’Augufte entretenôit fur le Rhin-, dit que.ies Légionaires fe révoltèrent contre -leurs chefs, en > ietir'i repréfèntant
- — - .................. i ...
- (c) Ct ïnt fans doute à Fexémple des Romains que JLouiS XIV employa fes troüpefc, noh-feuîement*aux travaux publics, mais encore aux réparations & fort** hçations des Places*
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- rénormité des travaux qu’on exigeoit d’eux: « Duritiem operum , vallurn > frjjas > pabuli, « materiæ, lignorum adgejlus, & Ji quce alla ce ex necejfitate j aut advenus otium cajlrorum ce quœrimtur. » Enfin , ies Vétérans difoient à leurs chefs, donnez - nous des hommes à combattre, & non pas des fleuves rapides, des forêts impénétrables , des montagnes hériflees de rochers & des marais inépuifables ; nous ne fommes pas venus ici pour vaincre la Nature 8c l’obliger, contre fon gré, d’obéir à l’Empereur 8c à fes Lieutenans.
- Ce fut Adrien, au rapport de Spartien, 8c Septime Sévere , fuivant Tacite * , qui firent conftruire par leurs Légions les grands chemins qui traverfoient l’Angleterre, ainft que cette fameufe muraille qui, dans Pétendue de quatre-vingts milles, féparoit ce Royaume de l’Ecofle. On peut juger par la harangue que Gaïgacus, prince Ecoflois, fit à fés foldats pour les engager à combattre les Légions commandées par Julius Agricola , qua mefure
- * Spartianus in Adriano. Tmte,în vltâ Juki Agricole
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- que les Romains étendoient leur domination 4 iis employoient aux travaux, non-feulement leurs Légions, mais encore ies peuples des pays conquis. En effet, Galgacus repréfenta à fes Soldats fa manière dont ies Romains traitoient ies Angiois qui ieur étoient déjà fournis: Quorum bona, fortunafque intributunt Romani egerant , corpora ipfa, ac manus, fylvh ac paludibus emuniendis, verbera inter ne contu-melias conterebant.
- Les chemins publics étoient aïors confédérés comme des travaux nobles; ils étoient confa-crés à ia poftérité fous les noms des Empereurs: c’eft pourquoi ies Citoyens de tout ordre & de toute condition, de même que leurs maifons & héritages, contribuoient à rétabiijffement & à l’entretien des chemins publics, ainfi qu’on en peut juger par cette loi des empereurs Honorius & Théodofe.
- Abjît ut nos inflruftionem viæ publiea » pontium , Jlratarumque operum, titulis magno-» rum principum dedicatam, inter fordida munera » numeremus. Igitur ad injlitutiones, reparatio-» nef que itinerum, pontiumque, nullum genus mhominum, nulliufque dignitatis ac vénération^
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- ïneritis ceflare oportet. Domos etiam divînas, * ce venerandas ecclefias, tant laudabili titulo « libenter adjcrïbimus : quant legern cunêlarum « •prcvinciarum judicïbus intimarï conveniet, ut & novermt, quœ viis publîcis antiquitas tribuenda « decrevit, fine ullius vel reverentiœ, vel dignitatis «t exceptions pmflandâ. »
- II efl dit dans nos Capitulaires : poffefltones iad religiofa loca pertinentes nullarn deferiptionem agnofeant, nifi ad infiituiionem viarum &A pontium. ( Capital. 6. )
- Ulpien Secrétaire & Mini lire de l’empereur Sévere, dit que , quoiqu’on eût accordé de grands privilèges aux Légionaires vétérans, néanmoins ils n’étoient point exempts de la réparation des grands chemins , ni des contributions pour raifon de leurs héritages ; 6c que même on pouvoit prendre de force leurs vailTeaux , quand le bien public l’exigeoit. «• Imo ut eorum naves angariari pojffe referip-îum efl, id efl, ad ufum Reipublicœ eapicc & compelli invito domino. »
- C’étoit, difent les HÜtoriens, fous les
- ordres des Prcconfuls, des Préteurs., des
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- Légats, de même que fous la conduite êi direction des Ingénieurs & Architectes, que les Légionaires étoient employés pendant ia paix, non-feulement aux travaux des chemins militaires, mais encore aux ouvrages particuliers qui intérelfoient famufement & I utilité du public.
- Les chemins étoient compofés de quatre couches différentes de maçonnerie, & fe fai-foient par encadrement , c’eft-à-dire qu’on creufoit le fol à environ quatre pieds de bas : on égalifoit le fond du terrein, & on le maffivoit avec des battes ou pilons ferrés : on établifîoit enfuite la première couche de maçonnerie qui formoit la bafe du chemin, nommée ftatumen, & qui étoit faite avec des pierres larges & plates, pofées horizontalement , & croifées les unes fur Tes autres , en les garnilfant de mortier, jufqu’à ï epaiffeur d’environ un pied. Cette première couche étoit maffivée avec des pilons ferrés, de même que les autres couches, comme le dit particulièrement Stace (Sylv. lib. IV) ; la fécondé couche, nommée rudus, étoit compoféeavee de gros cailloux & du mortier ; ia troifièma
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- couche , nommée nucléus , n’étoit formée qu’avec des cailloutages ou du gravier 6c du mortier ; enfin , la quatrième & dernière couche étoit nommée fumma crujla (d) vel fummum derfum, ïorfqu’elle étoit faite en dalles de pierres dures; mais ïorfqu’elle étoit formée avec du mortier & du gros gravier ou des cailloux hrifés, on la nommoit pavimentum, parce qu’elle étoit battue 6c maflivée pendant plufieurs jours (e).
- Je n’entrerai point dans un plus grand détail fur les chemins que les Romains ont faits en France, parce qu’on peut confulter i’excellent Ouvrage de M. Bergier, qui ne ïaiffe rien à defirer fur cet objet. Je me contenterai d’obferver que dans tout ce qui refie de ces chemins, le mortier qui lie les pierres 6c les cailloux a réfiflé depuis environ
- (d) Les Anciens défignoient encore par crufta, chaque’ lit de pierres qui fe trouve dans les carrières. Pétrone parlant des marbres qu’on tiroit de Numidie, les indique feulement par Numidœ cruftas,
- (e) La prompte folidité que les Romains donnoient à leurs chemins, prouve que toute maçonnerie battue & maffivée acquerra plus promptement la dureté qui cft néceffaire pour réfifter aux injures de l’aîr.
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- dix-huit fïècles aux pluies & aux gelées; & que conféquemment des briques crises, telles que celles que faifoient les Anciens, & qu’ils employoient d’aplomb dans leurs bâtimens, pourroient, étant moins expofées que ne l’elt une conftruélion horizontale* nous procurer, comme dit Vitruve, des bâtimens indeftruc-tibles (f)+
- (f) J’ai obfêrvé dans mon premier Mémoire, que fur les briques Romaines on lit, foiten creux, foiten relief, le nom de la Légion qui les a fabriquées. Si, de même que les Anciens, on eût établi précédemment, dans les pays où l’on manque de pierres de taille, des briqueteries pour la fabrication des briques crues, elles n’auroient été à charge que pendant les deux premières années de leur établiflement, parce que le débit qu’on en eût fait en fuite, eût produit bien au-delà de ce qu’auroit coûté leur entretien ; & pour épargner la dé* penfe, on auroit pu y faire travailler les délèrteurs qui, étant d’une conftitution plus nerveufe que ne font des manœuvres ordinaires, eulfent été employés à battre ou piler les matières pour les réduire en poudre. C’é-toit peut-être ce genre d’ouvrage que redoutoient les habitans d’HéracIéopolis, qui dégradoient, de concert avec le temps , les colonnes fadices qui ornoient ïê périftyle du labyrinthe d’Égypte, que les fïècles même n’a voient pu difloudre : « Quas ne fxcula qindem poffmt
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- Comme les terraifes que les Romains fai» foient conftruire fur ieurs maifons, n’étoient guère moins expofées que ieurs chemins aux injures de l’air, je vais en donner le procédé tel qu’il eft indiqué par les Auteurs, & tel qu’il eil encore pratiqué dans l’Inde.
- Terraffes Romaines qui couvroient les hâtimens , <tr qui étoient composes , comme les Chemins, de quatre couches differentes de maçonnerie.
- Apres avoir croifé, dit Vitruve (lih. VU, cap. i), des voliges de chêne fur les poutres & folives qui doivent foutenir une terraffe, on croifera de nouvelles voliges fur les premières, & ion répandra deffus, un ïit de fougère ou de paille, pour garantir ies bois
- dijjolvere, adjuvantibus Heracleopolitis, qui id opus cç znvifum mire infeflavere. » Pline (lib. XXXVI, cap. xm. ) Ileft dit au quatorzième verfet du premier chapitre de l’Exode, que Pharaon employoit les Ifraëlites à des travaux pénibles de mortier & de briques, & à toutes fortes d’ouvrages de terre; ce qui prouve que la préparation du mortier & la fabrication des briques, qui n’a voient point de rapport aux ouvrages de terre, exi? geoient une opération pénible.
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- dé l’humeur corrofive de la chaux. On formera enfuite la première couche de maçonnerie, fldtumen, avec des cailloux ou fragmens de pierres dures, dont ies moindres rempliroient la pauhne de la main > & qui feront arrangés de manière que la paille ou la fougère en foit couverte : on étendra par-deilus un mortier compofé de cinq parties de briques, tuiles, cailloux ou pierres dures, qu’on aura fait piler Sc réduire en fable (g), & de deux parties de chaux nouvellement cuite, 8c qu’on mêlera avec ces matières au moment qu’elle tombera en poudre, après avoir été trempée dans l’eau. Lorfque cette première maçonnerie aura été fortement maffivée avec des pilons ferrés, en y ajoutant, s’il eft nécef-faire, des cailloutages pour remplir les vides, on formera une fécondé couche, rudus, avec le même mortier, dans lequel on confondra, dans la proportion d’environ deux fois fon volume, des cailloux, tuiles ou pierres dures,
- (g) Les briques que les Romains faifoient cuire étoient infiniment plus dures que celles dont nous nous fervons communément.
- feulement
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- feulement concaiïes (h); cette couche de maçonnerie également maffivée, doit avoir,., avec ia première dont j’ai parlé, huit à neuf pouces d’épaiffeur : enfuite on établira une nouvelle couche, nucléus, qui fera peu épai/Te, & compofée feulement de trois parties de tuiles neuves, ou cailloux pilés, & de deux parties de chaux ; fur laquelle couche on formera la fuperficie de la terralfe , fumma CYujla ou fummum dorjum, foit avec des dalles de pierres dures, foit avec des carreaux de terre cuite, qui auront deux doigts d’épaiffeur, & dont on remplira exactement les joints avec de la chaux en poudre, pétrie avec de l’huile, ex calce oleo fubaâla : & fi vous voulez mieux faire , dit Vitruve, vous étendrez alternativement fur les cailloux, ou pierres dures, qui couvriront le lit de fougère ou de paille que vous aurez formé fur vos voliges, un mortier compofé de trois parties de tuiles neuves pulvérifées, avec deux parties de chaux,
- (h J Dans l’Inde, cette couche de maçonnerie, qu’oa nomme châlit, efl faite avec des fragmens de briques & de tuiles, dont les plus gros n’excèdent point le volume d’une petite noix : on mêle ces fragmens dans le mortier avant de l’employer.
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- & des cailloutages ou fragmens de pierres dures, en faifant piler 8c maffiver ces matières, fucceffivement répandues jufqua la hauteur d’environ un pied, 8c vous poferez par-deflus des carreaux de pierre ou de terre cuite. C’étoit cette dernière couche de maçonnerie qui fuppléoit à ces mêmes carreaux, Iorfque, pour la terminer, on répandoit deffus, comme pour la fnperficie des chemins, des cailloutages ou fragmens de pierres dures, réduits en fable, tant que le mortier fléchi/Toit fous ïes battes ou pilons, continuant de battre cette maçonnerie pendant trois jours, s’il étoit néceffaire (i).
- Telle étoit la manière de faire les terraffes, dont parlent les Auteurs anciens, 8c dont le
- (i) Léon-Baptifle Albert, que j’ai cité dans mon précédent Mémoire , dit : verberatu crtbrïore if in dies itmito acquirere fpijjitudinem if duritiem prope ut fu~ perent lapidem.
- II faut donner aux terraffes une certaine épaiffcur; car une fimple couche de trois ou quatre pouces, quelque battue qu elle foit, fera fendue par les gelées, fur-tout fi la maçonnerie qui lui fert de bafe, n’aj^ant point été maffivée, cfl pénétrée par l’humidité & fi? gonfle par la gelée, comme je l’ai éprouvé.
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- procédé sert confervé dans l’Inde. Je dois cependant obferver que, comme il étoit du> fage à Rome de prendre l’air fur ces terraffes, on les couronnoit, pour i ordinaire , avec des toits foutenus par des piliers qui avoient envi* ron dix pieds de hauteur, comme il fe pratique encore à Naples, ce qui garantiffoit du foleiî Sl de la pluie. Enfin Vitruve dit, que tous les ans, & durant i’automne, on faifoit frotter les terraffes avec du marc d’olives., fmcibus quot-annïs ante hiemen faturetur, & que lorfqu’elles çn étoient parfaitement imbibées, elles étoient moins fujettes à fe détruire. J’ai fait faire plufieurs balcons ( en forme de terraffes ) de huit pieds de longueur, fur quatre de largeur, avec des fragmens de pierres dures & un mortier compofé feulement de fable, de poudre de pierre & de chaux par tiers ; ils ont été fortement maffivés , & n’ont éprouvé, depuis ie printemps de 1776 , aucune dégradation , ayant pour le moins acquis h dureté de ïa pierre. Ces effais, qui n’ont point eu de couche d’huile, feront connoître fi nous pouvons conftruire en France des ter-raffes comme les Romains,
- Dij
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- Je vais actuellement faire voir combien fa manière de bâtir des Anciens offre de ref-fources pour chaque pays, & comment on pourra procurer aux mortiers, dont j’ai donné îa compofition dans mon premier Mémoire, toute la dureté qu’on peut defirer.
- Ceux qui n’ont aucune idée des contractions anciennes, croient communément qu’il faudrait avoir de la pozzolane pour bâtir aüffi folidement que ies Romains ; de même qu’on aurait pu croire, du temps de Vitruve, qu’il aurait fallu du bitume liquide pour faire des monumens auffi durables que les Babyloniens. II fuffit, pour les tirer d’erreur, de leur dire, d’après Vitruve (k): « Le fol ne » nous fournit pas toujours les matières que
- (h) Iri omnibus locis, quas optamus copias, nonpof~ fumus habere. Sed ubi funt fax a quadrata, five fdex , five ccementum, aut coélus later, five crudus, his erit ïitendum. Non enim, uti Babylone, abundanles liquida bitumine, pro calce if arenâ if coâîo latere faâlum habent murum. Sic item pojfunt cmnes regiones ,feu loco-rum proprietates, habere tantas ejufdem generis utilitates, ut ex his comparationibus ad œtemitatem perfeâius habeatur fine vitio munis, ( Vitr. lib. I, cap. V.)
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- mous voudrions avoir pour bâtir ; maïs « quand nous trouvons des pierres de taille ? « des moellons, des cailloux, ou enfin des « briques cuites ou des briques crues, ii faut « s’en fervir; car, au défaut du bitume qu’on « emploie à Babylone , on fait ailleurs de « bonnes murailles avec du. fable, des briques « cuites 6c de la chaux, & c’elt ainfi qu’on « peut trouver dans chaque pays des matières « équivalentes , avec iefquelles on fera des « murailles fans défaut 6c infiniment durables ».
- Comme nous ne connoifions aujourd’hui de confiruélions vraiment folides, que celles qu’on fait en pierres de taille, il faut donc convenir que nous ignorons les procédés des Anciens qui, avec les matières les plus communes , faifoient des bâtimens indeftruélibles , cd œternilatem, dit Vitruve. Ce qui en exifte aujourd’hui nous fait juger que leur folidité ne dépendoit que des moyens de procurer au mortier la plus grande dureté : or, comme ce font ces moyens qu’il efl: effentiel de connoître » je vais eflayer de les indiquer , d’après les remarques que j’ai faites fur quelques paflages des Auteurs ? &; d’après mes épreuves,
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- Moyens a employer pour faire durcir les mortiers.
- VlTRUVE parlant de la conftrudli-on des piles des ponts qu’on faifoit par encaiiïement, dit : relinquatur pila ne minus quant duos motif es ut ficcefcat. II reconnoiffoit donc qu’il falloit au moins deux mois pour que le mortier de liaifon eût acquis, en féchant, affez de confif-tance pour pouvoir être expofé à l’eau; 8c quand' il parle de la fabrication des briques crues, qui portoient fix pouces d’épaifTeur fur un pied de longueur , il dit qu’il faut deux ans pour les durcir parfaitement : nam-que non ante pojfuntpenitus ficceffere ( lib. Il, cap. III. ) Ces obfervations prouvent donc que îa chaux eft une matière qui ne sèche 8c ne prend corps qu’avec le temps, 8c à raifon du volume de mortier qu’elle compofe (l).
- (l) II ne s’agit ici que des mortiers de chaux 8c de fable employés communément dans les conftru&îons. J’ai expliqué à la page iz de mon premier Mémoire* pourquoi celui qui étoit compofé avecdelapozzolane, du tuf calciné & de la chaux, prenôit une prompte confiftance»
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- En convenant cîe cette vérité, examinons la manière dont nous employons ie plâtre & la chaux, & quelles font les caufes qui peuvent empêcher ces matières hétérogènes, mais produites par la calcination, de former un corps foiide.
- Le plâtre, que Lémery nomme une demi-chaux ( m), prend confiflance auffitôt qu’il efl employé : fi cependant la pluie donnoit fortement fur un enduit qui en feroit trop fraîchement fait, il ne formerait jamais un corps foiide ; & fi un maçon inattentif, ayant lai/fé prendre fon plâtre dans l’auge, y remettait de l’eau pour le broyer, il fe gercerait comme s’il eût été éventé, & tomberait enfuite par écailles. II n’eft point, je crois, d’Entrepreneur qui ne blâme ces fauffes opérations, & cependant ce font celles que nous obfervons journellement par rapport à la chaux , qui, étant employée, ne diffère du plâtre , que parce qu’il lui faut plus de temps pour durcir.
- (m) Pline (tib. XXXVJ> cap, XXiv ) , dit î cognata calci m gypfum ejî,
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- ï.° Nous Broyons cette matière dans feaii* & lorfqu’étant refroidie elle fe change en pâte, nous la mêlons avec du fable , en y ajoutant encore de l’eau, comme feroit un maçon qui remouilleroit fon plâtre pour le repétrir; & le mortier fe gerce enfùite, de même qii’tm pîâtre qui auroit été mouillé ou éventé ( nJ,
- 2.0 Nous abandonnons aux injures de ï’air les murailles nouvellement congruités, avant que le mortier qui lie les pierres ait pu prendre confiftance : s’il vient à pleuvoir, l’eau diflout les parties alkalines qui fervent à lier la chaux & le fable ; & alors ie mortier, privé de cette matière aglutinative, s’écroule par fon propre poids, de même que fait ie plâtre, ïorfqu’avant d’avoir pris corps, fes fels font diifous par ïa pluie.
- (n) Le plâtre eft éventé quand l’humidité de l’air, en ie pénétrant, ïe dépouille de fes parties ignées ; M en eft de même de la chaux quand elle s’éteint à l’air1. On a vu dans mon premier Mémoire, que S.1 Auguftin, Vitruve & Pline, difent que dans les pierres qu’on fait calciner, des parties de feu prennent la place de Peau & de Pair qu’elles contenoient auparavant.
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- Si au contraire nous garantirions ïes murailles des injures de fair, jufqua ce que ïe mortier ait acquis la dureté qu’il doit avoir, ii paroît certain que ia pluie ne le détruirait pas, fur-tout, fi l’on y employoit de la chaux telle que les Anciens la préparaient , parce qu’elle prend corps plus promptement , & qu’elle donne au mortier une confiftance que la chaux fufée ne peut lui procurer (o). C’étoit fans doute la difficulté de préferver le mortier de la pluie dans ies grandes conftruétions faites en biocages, qui détenninoit les Anciens à revêtir ies murailles d’un parement de pierres taillées, & qui n’avoient fouvent que ïe volume d’une brique ordinaire.
- L’ufage ou étoient les Romains de n’employer leurs briques crues qu après deux ans de fabrication, & i’obfervation que fait
- Vitruve de n’expofer à i’eau ies piles des ponts qu’après au moins deux, mois de conf-truélion, nous prouvent également ia néceffité
- (o) Voye^ à ia fa'ée 3 2 de mon premier Mémoire ies raifons qui devroient faire préférer la chaux en poudre, indiquée par Vitruve, à la chaux fuféç.
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- de garantir le mortier de toute humidité* jufqu a ce qu’il ait le degré de confillance qui lui elt néceffaire : mes effais, dont je vais rendre compte, viennent à l’appui de cette vérité.
- J en ai fait un grand nombre en tout genre, d’après les indications que m’ont données les Auteurs anciens, & j’ai toujours eu l’attention d’en expofer aux injures de l’air, autant que j’en réfervois dans des endroits abrités : ceux qui ont été furpris par les pluies, avant d’avoir la dureté requife, fe font écaillés, & quelquefois même décom-pofés, tandis que les autres ont parfaitement rétiffi.
- Ceux que j’ai faits en 1774 & 1775 > foit en briques, carreaux, &c. & qui n’ont été expofés à la pluie & aux gelées, quaprès avoir acquis toute leur conftftance , n’ont éprouvé aucune forte d’altération, & font devenus, pour la plupart, auffi compaéts & auffi folides que de la pierre (p).
- (p) Ces différens effais, qui font expofés à l’air, viennent de paffer un fécond hiver fans avoir été endommagés en aucune façon. Il s’y trouve, entr’autres^
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- De tout ce qui vient detre dit, on peut conclure,
- i.® Que ïa chaux & le plâtre fembïent devoir être employés par un procédé à peu-près égal, puifque ces matières produites par ïa même caufe, c’efl-à-dire, par la calcination, exigent les mêmes précautions pour acquérir de la confiflance.
- 2.0 Que la manière de mêler ïa chaux en poudré avec le fable, avant d’y ajouter de ï eau, ed un procédé plus analogue à i’empïoi du plâtre, & qui étoit obfervé par les Anciens , comme je ï’ai prouvé dans mon premier Mémoire.
- 3.0 Que de même que ïe pïâtre qui auroit été mouillé ou éventé, ïa chaux fufée & remouillée, ou éteinte à ï’air, eû fufceptibïe de fe gercer, & ne peut former un corps foïide.
- beaucoup de briques ( crues ), qui font plus ou moins voiumineufes ; ta voir, de huit pouces de longueur fur quatre & demi de largeur & trois d’épaiffeur, ou bien de fept pouces de longueur fur trois de largeur & deux d’épaiffeur. Ces briques, qui font dures comme de Ja pierre, prouvent qu’on en peut faire du même volume que celles dont on fe fervoit pour bâtir à Rome.
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- 4.0 Que ïe feul moyen de procurer ^an mortier, comme au plâtre, la dureté qu’il doit avoir, ed de le garantir, ainfi que faifoient ïes Anciens, des injures de l’air, jufqifà ce que, proportionnément à fon volume, il ait acquis en féchant toute fa confidance : « Relin-» quatur Jlruâlura ne minus quant duos menfes » ut Jïccefeat ; lateres non ante biennium pojjimt penitus ficcejcere ».
- Enfin, une dernière obfervation qui n’ed pas moins concluante, elt que les Romains, comme je l’ai dit ci-devant à la page 2.1 , iaidfoient leurs pierres, de même que leurs moellons, expofés à f’air pendant deux ans avant de s’en fervir, & n’employoient, en élévation, que celles qui n’avoient point été feuilletées ou fendues par les gelées (q)* Or,
- (q) Les Entrepreneurs romains ne pouvant fe fervir des pierres, des moëllons & des briques crues qu’au bout de deux ans, il devoit être plus avantageux, pour ceux qui vouloient bâtir promptement, de le faire en briques, parce qu’on devoit toujours en trouver de vieilles faites, & bonnes pour bâtir. Les pierres ou moëllons que nous employons, fraîchement tirés des carrières, doivent opérer fur le mortier le même effet que l’humidité, parce qu’il faut néceffairement quelles
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- comme il n’eft point de mortier ordinaire $ compofé de chaux & de fable, qui, au moment où il eft employé en enduit, ou en conftruétion, puifle avoir ia confiftance de la pierre, même la plus tendre, qui ne peut,- dit Vitruve (lib. II, cap. Vil), réfifter aux pluies & aux gelées; ce mortier doit nécef-fairement fe détruire à l’air, fi, avant d’y être expofé, il n’a point acquis une dureté au moins égale à celle des pierres fraîchement tirées des carrières ; 8c à plus forte raifon les briques crues ou pierres faélices , parce qu’elles doivent être compofées d’un volume die mortier plus confidérable. H eft donc abfo-lument indifpenfable de préferver des injures de l’air ïes murs faits en blocages, jufqu a ce
- rejettent leur eau. Les murs exiftans des bains de Julien l’Apoftat, qu’on voit à Paris à i’hôteï de Clugny, font conftruits , partie en petits moellons taillés, partie en briques cuites, arrangés alternativement par couches horizontales. Cette manière de conftruire nous prouve qu’il ne faut point employer avec les mortiers, des matières qui contiennent de l’humidité : d’ailleurs , ij peut arriver que des pierres de taille, trop nouvellement mifes en œuvre, foient écaillées par les gelées ; -ce qui défigure alors un bâtiment, &. encore plus la fculpture.
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- («»)
- que ïe mortier de iiaifon foit parfaitement fec & durci, & de même, les briques crues ou pierres fà&ices, en les moulant dans des endroits abrités, comme on faifoit en Grèce, & comme nous l’indique la Nature, qui, pour former les pierres, les garantit des eaux & des gelées, par une furcharge de matières terreufes ou vitrifiables , qui les comprime journellement , & les entretient dans une chaleur modérée pour leur donner de la confillance.
- Les Artilles qui n’ont point vu mes eflais, & qui en voudront faire , conviendront, s’ils obfervent les procédés que j’ai indiqués, que nous pouvons ménager la pierre de taille, en faifant des conftruétions aulïi durables que folides, foit en blocages , foit en briques crues, comme ont fait les Anciens.
- Obfervation fur la Chaux & fur les Enduits.
- Nos enduits en mortier de chaux & de fable, fe gercent ordinairement & tombent par écailles. Thévenot dit, qu’aux Indes la chaleur exceffive caufe cet effet, & Yitruve
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- ifît, que le foleil, en été, fait fendre les Briques crues. S’il n y avoit que les enduits que nous faifons en été, qui fuflent fujets à fe gercer, nous pourrions en attribuer l’effet à la même caufe ; mais comme en toutes faifons nos enduits fe gercent également, & même dans des endroits abrités, il y a lieu de croire que cet accident n’eft occafionné que par remploi de ïa chaux fufée , qui, comme je l’ai dit dans mon premier Mémoire, netoiî jamais mêlée, chez les Romains, avec des matières vitrifiables , & qui , de même que ïe plâtre qu’on auroit mouillé une fécondé fois, finit toujours par fe gercer.
- La chaux ell une matière qui, plus ou moins promptement, forme fur elle-même une retraite fenfible. Quand on bâtit, on commence par faire ïes murailles, & ce ne fi: que lorfqu’elies font achevées qu’on s’occupe à i.es enduire, ou bien à garnir les joints des pierres en mortier : alors, ce mortier appliqué fur les murailles ou dans les joints, venant à former fa retraite, fe fépare de celui qui lie les pierres, parce que celui-ci a déjà fait fon effet. Si au contraire un Maçon conf-
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- truîfant une muraille, garni/Toit du même mortier qu’il emploie, les joints de fes pierres, a mefure qu’il les entafie les unes fur les autres, le mortier qui lieroit les pierres formant en même temps les joints, ne feroit pas fi fujet à fe détacher de la muraille, parce qu’il formerait tout-à-Ia-fois fa retraite intérieurement & extérieurement. II efi bon au furpïus, dit Vitruve, de repaffer à plu-fieurs reprifes la truelle fur les enduits, poulies rendre plus compaéls & plus folides.
- Si la chaux, qu’on emploie encore dans la compofition de plufieurs remèdes, efi: utile à la fanté de l’homme, il efi bon de remarquer qu’elle détruit les animaux incommodes, 8c les infecfies que le plâtre femble attirer : en effet, il fuffit d’en enduire, lorfqu’elle efi vive, les murailles & les bois de lits; & fi les rats 8c les fouris veulent percer avec leurs pattes un mur confiruit en chaux 8c fable, ils ne peuvent y réuffir, 8c n’y mettent point la dent comme ils font dans le plâtre, Iorfque le mortier ayant été fait avec la chaux Romaine, dont j’ai donné la préparation, a eu le temps de durcir, ainfi que je l’ai éprouvé.
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- Du Plâtfe.
- Le gypfe eft une pierre dont on trouva des carrières dans divers pays, & qui étant calcinée, forme une matière que nous nommons -plâtre, & qui eft d’un grand ufage dans les bâtimens. Les Plâtriers qui fe font établis près des villes, pour la commodité de leur débit, n’ont point toujours à portée d’eux les carrières d’ou ils tirent le gypfe, & font alors obligés de le faire venir à leurs frais* Si le plâtre qu’ils fourniffent a été fait feulement avec des pierres gypfeufes, il eft fans contredit de bonne qualité, & doit former un corps folide ; mais fi des Plâtriers fe trouvant manquer de la quantité de gypfe qu’il leur faut pour compléter leur fournée , ou voulant augmenter leur débit ou économifer fur le tranfport de cette pierre , mêloient avec du gypfe de la pierre calcaire, qui fe trouvant plus près d’eux leur coûterait moins, il en réfulteroit , par la cuilfon, un plâtre incapable de produire un corps folide, & qui dans les conftruétions pourrait opérer des effets d’autant plus dangereux, qu’étant mêlé
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- avec de la chaux, l’humeur corrofîve qu’il contiendroit brûleroit les bois, & les réduire it en poudre ; à moins qu’on n’eût pris la précaution de les envelopper, comme dit Vitruve, avec de ïa paiïle ou de la fougère. Les Entrepreneurs desbâtimensreconnoîtront peut - être un jour que le dépériflement des poutres dans leur fceïlement, 8c celui des planchers revêtus d’aires de plâtre, n’ont été fouvent que l’effet de ia matière corrofîve qui les enveloppoit.
- Comme Je gypfe efi une pierre qui ne fe reproduit point, les pays qui en manquent aujourd’hui, ne pouvant y fuppléer qu’avec de la chaux , font particulièrement intéreffés à connbître fa manière dont îes Anciens la préparoient, 8c que j’ai indiquée dans mon premier Mémoire. Entre tous les monumens qui nous relient des Anciens , il n’en exiïte pas un de ceux qui ont été conflruits en plâtre ; il y a donc lieu de croire que cette matière ne peut, comme la chaux, oppofèr au temps une longue réfiflance, 8c nous ne devons point être furpris de ce que Vitruve en défend l’emploi (ne minime gypfum), mêm«
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- pour ïes corniches des appartenions , qui étoient le genre d’ouvrage où cette matière, comme dit Pline, étoit employée avec ie plus de fuccès (r).
- Des Bois de charpente.
- Les bois qu’on emploie dans nos bâtimens, font fouvent détruits par ia vermoulure* Vitruve (lib. 11, cap. IX J dit que le cyprès, îe pin , le cèdre & le génévrier, ne font point attaqués des Vers, à caüfe de l’humeur amère dont ils font pénétrés; & que l’huile qu’on tire du cèdre, nommée cedrium > préfer ve des vers & de Ja moifiiTure tout ce qui en eft frotté , même les couvertures des livres. II parle auffi du Iarix qui croît fur les rives du Pô & fur les côtes de la mer Adriatique, lequel, par l’amertume qu’il contient, eft encore garanti des vers. Thévenot, dans la fécondé partie de fon voyage du Levant (chap. V du fecûnd livre de la Perfe) , dit
- (r) Le plâtre, qui eft poreux, ne peut réfifter à l’air, parce qu’il fe gonfle en pompant l’humidité : au contraire la chaux, qui fe reflferre, devient impénétrable à l’eau.
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- qu’on mêle cîu Tel dans le mortier que l’oiî répand fur les planchers, pour empêcher les Vers de s’y attacher. Mais le moyen le plus généralement adopté , eft d’enduire les bois avec du goudron , qui doit équivaloir à l’huile de cèdre, indiquée par Vitruve. Cependant , fi cette matière garantit communément les bois de cet infeéte, il faut convenir qu’il exilîe dans plufieurs de nos ports une efpèce particulière de vers, que les Anciens appellent îeredût & qui, nonobjftant l’amertume du goudron , le perce & ronge le corps de nos vaiffeaux.
- Si par le moyen du feu, on mêloit de la chaux réduite en poudre , après avoir été trempée dans l’eau , avec de la poix Ou de k réline , qui étant des matières huileufes , garantiroient les bois de l’humeur corrofive de la chaux, ne pourroit-on pas efpércr de ce mélange, auquel ou pourroit joindre encore de la térébenthine pour le rendre plus fluide, un goudron qui, joignant à fon amertume naturelle une matière deltrudtive pour toute forte d’infecte, pourroit garantir nos vaiffeaux de la piqûre des vers l Ce feroit une
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- épreuve qu’on feroit à peu de frais dans nos ports, en enduifant de cette matière , des planches de chêne qu’on couleroit à fond (f).
- (f) Le bois de teck dont on fe fert aux Indes pour la conflrudion des vaifleaux & pour les charpentes des maifons, ne cède en qualité à aucun autre bois. Plus léger que le chêne, il en a la folidité, il eft incorruptible dans l’eau, & Ton amertume le préferve fur terre des infed.es les plus dévorans. Les vaifleaux qui en font conftruits, durent plus long-temps que les autres* A Surate, on fait une compofitîon , dans laquelle H entre beaucoup de chaux vive, & qu’on nomme de la gai-gale x dont on enduit les vaifleaux, & par ce moyen on les garantit de la piqûre des vers, qui font très-communs dans toutes les mers de l’Inde. Une parties des magafms & des maifons ordinaires de fa côte de Coromandel efl bâtie en briques <$c calîment, (terre grajje) au lieu de mortier de chaux & de fable; mais on a coutume de faire dans les murs, des couches horizontales , à chaux & fable, pour préferver les charpentes du plus deltrudeuF des in-fedes, c’efl le kariat. On prétend qu’il ronge là porcelaine & îe fer. Cet infede ne marche qu’en grande compagnie-, commedes fourmis , niais toujours à couvert : il fuit les joints des triques dans l’intérieur des murs., parvient aux (olives, les perce , les ronge & les détruit. II ne peut être arrêté dans fa route que quand il rencontre un lit de pierres liées à chaux & fable, & de répaîffèur au moins d’u»
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- Du Limon ou des Concrétions calcaires.
- J’AI annoncé à la page 61 de mon premier Mémoire, qu’on pouvoit imiter le granit avec ce limon. Je dois obferver que cette matière que je me fuis procurée à Arcueii, provenoit du dépôt qui fe forme dans les conduites d’eaux, & quelle efl conféquem-ment de la nature des concrétions calcaires qu’on nomme fialaclites. J’ai fait cuire ce Jimon , qui étoit pétrifié ; & lorfqu’il a été réduit en chaux, j’en ai fait, en obfervant les procédés que j’ai indiqués, des enduits ïuftrés & d’une extrême blancheur : j’en aï fait encore une efpèce de granit, que j’ai en-fuite poli fur un grès fin ou fur une pierre à aiguifer (t). En voici le procédé : mêlez
- pied. Ces obfervations, que je tiens de gens qui ont habité l’Inde , prouvent donc que la chaux, mêlée dans une fubftance amère & huileufe , peut garantir îes bois de la vermoulure.
- (t) Dans des obfervations fur la defcription faite par M, le Comte de Caylus, des ruines de Perfépolis , ii efl: dit : « Corneille ie Brun parle d’une terre qui couvre 3> ie perron d’un des efcaliers : H feroit à fouhaiter qu’il 5? eût rapporté quelques morceaux de cette matière, pour
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- parfaitement enfembie une mefure de cette chaux, au moment qu’elle vient de tomber en poudre, après avoir été trempée dans de l’eau, avec deux mefures de marbre ou pierre dure colorée , que vous aurez fait piler & réduire en fable; verfez fur ces matières de I eau à plufieurs reprifes, & de temps en temps de l’huile par afperfion ; faites-Ies bien pétrir avec ia truelle ou avec un pilon, 8c quand vous aurez fait ufage de ce mortier qui doit etre plus gras que liquide , ayez foin de le battre fortement avec une palette. Si vous employez des pierres ftalaélites au moment qu’elles fortent du fourneau , ce mortier prendra confiftance prefqueauffi vite que le plâtre; fi au contraire elles font cuites de
- en faire Fanaïyfe. Cette compofition peut être finvple « 8c connue, formée feulement par des éclats de marbre ce pafl'és, tamifés & mêlés avec du ciment ; mais il «s étoit à propos de fe mettre en état de Faffurer, pour « ne point laifïer de regrets au Leéteur : car les Anciens «c ont connu une infinité de procédés & de pratiques « utiles , qu’il feroit avantageux de retrouver. » (Mémoires de l’Académie royale des Infcriptiém if, Belles-Lettres, tome XXIX, page 126.)
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- la veille, il ne prendra corps que lentement. Les effais que j’en ai-faits, & qui' font impénétrables à beau, font devenus plus durs que la pierre. Quant à la façon d’employer cette matière pour les enduits, il faut k fufer comme de h chaux ordinaire , y joindre aufîitôt deux tiers de poudre de marbre bkne» & broyer ce mortier parfaitement en î’afper-geant avec de l’huile, comme il vient d’être dit. Si on l’emploie fur un enduit de chaux & de fable nouvellement fait, il s’v attache très-bien ; ft c’eft fur une muraille sèche de anciennement bâtie, il faut d’abord la bien bume<fler avec une éponge, l’enduire d’un lait de cette chaux, 8c enfui te étendre le mortier avec' fa truelle, ou avec des palettes de bois & ovales, comme on fait aux Indes 8c ne. le Iulfrer qu’avec un plaquis de marbre bien poli. J’ai enduit de ce mortier deux demi-colonnes d’environ un pied de diamètre, qui n’ont rien perdu de leur Indre , après avoir été expofées pendant fi'x mois aux in: jures cfe l’air*
- ... La difficulté qu’on pourroit avoir à fç procurer des pierres dalaélites, m’a engagé à
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- chercher le moyen d’y fuppïéer. avec de la chaux ordinaire; & après bien des épreuves, j’ai reconnu qu’on pouvoir réuffir, avec cette différence que le mortier n’a pas, à beaucoup près, autant de brillant & de blancheur, & n’acquiert pas tout-à-fait la même confiflance. Voici la manière d’opérer ; répandez dans line auge quatre mefures de la matière que Vous aurez préparée, prenez enfuite une mefure de pierres de chaux que vous aurez fait brifer avec un marteau ; faites tremper çctte chaux , que vous répandrez enfuite fur la matière préparée, & à mefure qu’elle tombera en poudre, mêlez le tout parfaitement, en verfant de l’eau à pïufieurs reprifes, & de temps en temps de l’huile par afperfion ; çes matières étant pétries fans relâche, formeront un mortier qui pourra fervir à mouler, s’il n’eft qu’en pâte, & qui en acquérant promptement de la dureté, fera encore impénétrable à l’eau. On jugera, par les différentes épreuves qu’on en fera , du volume d’huile que pourra exiger la qualité de la chaux dont on fe fervira : fi ce mortier eft fait avec des matières tamiféeç, on pourra*
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- en ïe rendant plus liquide, remployer utile» suent en enduit (u)„
- De la Maltha.
- J’AI donné à la page iy de mon premier Mémoire la compofition de la Maltha, où il entroit de !a chair de ligues ; mais je me réferve d’en indiquer le procédé par la voie des Journaux, n’ayant pu encore faire alTez d’elîais pour connoître la meilleure manière de préparer ce mortier, par îa difficulté que j’ai eue à me procurer de ces fruits, dans un pays où les figuiers ont été gelés l’hiver de
- î775 à 1776.
- De Veau qu il faut employer pour éteindre la chaux, & pour préparer les mortiers dont fai donné la compofition.
- Vitruve (lib. Il, cap. IV) obferve que
- (u) L’ufage qui s’efl: confèrvé dans l’Inde & en Barbarie, de mettre de l’huile dans certains mortiers, donne lieu de croire que les Anciens fubftituoient quelquefois cette matière au bitume liquide qu’em-ployôiertt les Babyloniens. La mefure de chaux vive que je propofe ici, équivaut à deux mefures de chaux en poudre, parce qu’elle double fon volume quand elle eft pénétrée par i’humidité.
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- les murs bâtis avec un mortier fait de fable de mer, rejettent le Tel en-dehors , ce qui fait périr ies enduits : parîetes rémittentes fal-fuginem diffolvunt teêloria. Et ïes Auteurs recommandent de laver ce fable dans l’eau douce, avant d’en faire ufage. On doit donc éviter de fe fervir de ï’eau de mer pour la préparation des mortiers.
- II eft dit dans des Mémoires fur les conf-truélions, qui ont paru du temps de M. Colbert, que l’eau de la mer n’eft pas bonne , parce que le mortier où elle elt employée, 11e pouvant fécher que difficilement, a de la peine à s’attacher aux pierres; & que les eaux des palus ou marais , ne valent rien, parce qu’elles contiennent toutes fortes d’immondices. Les connoiffances que nous donne la Chymie, nous mettent en état de juger pourquoi i eau la plus pure efl celle qu’il faut préférer pour l’apprêt des matières que nous employons dans nos bâtimens. En effet, les Chymiftes ont reconnu que les eaux qui filtrent dans le fein de la terre, tiennent toutes en diffolution des fels différens ; que l’eau des rivières en eft peu chargée, parce qu’elle
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- s’épure en roulant fur ie fabîe, & que î’eau de ia mer contient,, entr’autres, un trente-deuxième de fel, connu fous le nom de fel marin, qui réfulte de la combinaifon intime d’un acide avec i’alkali fixe minéral (x).
- Lorfqu a Paris, dans les quartiers qui font fitués au nord, nous éteignons la chaux avec de l’eau de puits qui contient de la félénite. % parce quelle filtre à travers des terres gyp-feufes, l’acide vitriolique de cette eau féié-niteufe fe combine avec le principe aJkalin de ia chaux ,, 8c empêche ia cohérence dir mortier. Nous ne devons donc point faire ufage, dans nos conftruélions, de l’eau de mer, non plus que des eaux féléniteufes ou minérales, mais d’une eau pure , 8c confé-quemment de celle de rivière, autant qu’on pourra s’en procurer.
- Au furplus , comme nos Cbymiftes ont encore éprouvé que l’eau qui fort de la pierre-
- (x) Lucide marin çft fouvent combiné avec unç terre particulière, qui eft un.e magnéfie ; c’eft ce qu’on, appelle fel marin à bafe terreufe ; ce fel attire Phumîditê-de l’air, <St doit par conféquent empêcher le mortier de prendre de la çonfiftanç.ç^
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- Calcaire, ekpofée dans une cornue au feu îé plus ardent, n’eft chargée d’aucune fubflance faline, mais qu’elle eft feulement infipide i il y a lieu de croire qu’il faut rendre à la pierre qu’on a convertie en chaux, une eau qui ne foit mêlée d’aucune fubflance acide.
- Les meilleurs mortiers que nous puiffions faire avec de la chaux fufée, font ceux que nous préparons avec de l’eau de rivière. En effet, l’on a vu lors de ietabliffementdu gui* chet Marigny, que les murailles de cette partie du Louvre font conflruites à la manière des Romains appelée empleflos, & que le mortier qui fait la liaifon du blocage intérieur, ainfî que des pierres de taille qui forment le parement de ces murailles, avoit acquis beaucoup plus de confiflance que celui des édifices particuliers qui ont été conflruits dans les environs'. Cette différence provient fans doute de ce que, pour la conftruélion de ce palais, on a employé l’eau de la rivière qui étoit à portée de l’ouvrage, n’y ayant point de puits qui eut pu, fans devenir trouble, fournir le volume d’eau qu’il falloit pour une entreprife auffi confidérable ; & qu’au contraire r chaque
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- particulier qui bâtit, commence toujours pat faire un puits pour Te procurer I eau qui lui eft néceffaire. Si les mortiers employés pour la iiaifon des pierres de nos ponts & de nos quais réfiftent aux efforts de f’eau, & durent plus long-temps que ceux dont nous faifons communément ufage pour la conftru&ion de nos murailles > ce n’eft encore que parce qu’ils ont été certainement préparés avec de l’eau de rivière.
- Les fondations de la plupart des maifons de Paris, nous fourniffent une preuve bien fenfible de l’altération de la chaux par les eaux féléniteufes : en effet, fi le mortier que nous employons dans les fondations, fe trouve fouvent réduit en peu d’années à la matière fableufe dont il a été compofé, ce n’eft que parce qu’ayant été préparé avec de l’eau de puits & de la chaux fufée, qui ne peut jamais* lui donner une forte confiftance, il eft pénétré continuellement par les eaux qui filtrent dans les terres ; & comme elles font de fa nature de celle de nos puits, l’acide vitriolique qu’elles contiennent fe combine avec les parties aïka-ünes de 1% dbaux,. & alors la Iiaifon. de ce
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- mortier ne peut avoir ia qualité que lui eut donné une eau plus pure.
- Moyen de faire un mortier impénétrable; h l’eau , en y incorporant de la glaife.
- M. l’abbé dè Marfi, dans Ton Hiftoiïe moderne, dit, qu’en Barbarie on confîruit des murailles en pierres faélices qui ont fix à fept pieds de longueur, & qu’il y entre de l’huile & de la glaife (y). Les premiers elfais que j’en ai faits m’ayant paru trop fpongieux, j’y avois renoncé, iorfque je reçus de Lorraine une des pierres qui forment le parement de l’aquéduc de Jouy. Cette pierre , qui porte fix pouces de longueur, fur trois pouces d’épailfeur , m’a paru contenir des veines bleuâtres ; elle n’a point de lit, Sc fans être fort dure, elle efl impénétrable
- (y) Ces pierres, qui font faites par encaiflement les unes fur les autres, ne font jamais jointes enfemble par un mortier de liaifon ; & quoiqu’elles foient fortement maffivées , on ne IaifTe pas de les diflinguer l’une de l’autre, à caufe de la retraite qu’elles font fucceffivement fur elles-mêmes en fe féchant.
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- à ïeaü, autant que le feroit îa pierre la plus compaéle ; elle prend le poli fous la lime ÿ ce qui prouve qu’il n’y a point de faible dans lia compofition : fi l’on porte la langue fur l’endroit limé, même dans l’intérieur, on fent un fel que n’ont pas les pierres calcaires, Sc ion aperçoit alors de petites veines bleuâtres, qui reffemblent à de la glaife. Les grains de cette pierre font rangés en diffère ns fens $ & ont des facettes auffi Iuifantes que feroit de la poudré de talc ou de gypfe ; enfin, fes fraginens que j en ai mis àu feu m’ont produit une matière plutôt plâtreufe que calcaire/ Lfaprès cet examen, fai fait de nouvelles épreuves, & je fuis parvenu, en employant de îa glaife, à former des pierres qui prennent une affez prompte confifiance, qui deviennent impénétrables à l’eau, & qui, étant entamées , font à ia langue auffi falées que ia pierre ou brique de laqué duc de Jouy fc). En voici le procédé» Procurez-
- (l) Suivant le plan que je me fuis procuré, cet aquéducavoit cinq cents foixante-dix toifes de longueur, fur quatre-vingt-cinq pieds de hauteur. On croit qu’il a été confhruit par les Légions que commandoit Drufus
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- Procurez-vous de la glaife, & quand elîé fera sèche, faites-Ià pulvérifer: remplirez une mefure quelconque de cette poudre, 3c faites-en une pâte, en la pétriffant feulement avec de l’huile commune : prenez enfuite huit pareilles mefures de poudre de pierres tamifée, ou de fable de terre fin, ou bien de poudre de pierres & de fable mêlés enfemble ; mouillez ces huit mefures, & faites-Ies broyer comme du mortier liquide ; joignez-y enfuite deux mefures de chaux vive 3c nouvellement cuite, que vous aurez brifée feulement avec une hachette , 3c confondez cette chaux sèch& dans la matière broyée, de manière qu’elle en foit couverte : à mefure que la chaux fe difibudra, faites pétrir le tout avec une truelle ou avec un pilon, en y ajoutant, s’il eft né-celfaire, de l’eau, mais feulement ce qu’il en faut pour que le mortier foit gras ; 3c quand la chaux 3c le fable, ou poudre de pierres ,
- général Romain. Les pierres qui forment le parement de la voûte (voujfoirs), ont la proportion des briques crues que faifoient les Babyloniens & les Romains, c’eû-à-dire, un pied en quarré, fur fix pouces d’é-pailfeur.
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- feront parfaitement mélés, ajoutez à ce mortier qui fera chaud, la mefure de glaife que vous aurez fait pétrir avec de fhuile, & faites-ie battre & hacher jufqu’à ce que ies matières foient exaélement confondues (a). Vous pourrez alors employer ce mortier, qui, en prenant corps promptement, deviendra impénétrable à i’eau, & fe défendra des injures de i’air. Cette manière de confondre la chaux vive dans des matières humeétées, en conferve mieux ies fels volatils & fulfureux, qui fe perdent Iorfqu’on ïeteint autrement. Et comme cette chaux vive, mefurée en pierres,
- (a) Si la chaux eft vieille cuite, ou ne I’elt pas afièz , elle aura de la peine à fe difloudre, & il faudra employer beaucoup plus de temps pour piler & pétrir le mortier, afin qu’il n’y relie aucun grain de chaux apparent. Dans ce cas, on aura plutôt fait de tremper la chaux dans l’eau, comme je l’ai indiqué dans mon premier Mémoire ; & quand elle fera réduite en poudre, on en mêlera un tiers avec les matières qu’on aura préparées, & l’on y incorporera en fuite la glaife pétrie avec de l’huile, en faîfant broyer le tout parfaitement : mais alors ce mortier ne prendra pas une auffi prompte confiltance , parce que cette chaux en poudre aura perdu une partie des fel$ volatils & fulfureux.
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- doit doubler Ton volume en pompant l’humidité des matières, elle fe trouve employé^ ici à peu-près dans ia même proportion qui eft indiquée par Vitruve. J’ai fait des efiais avec de la poudre de gypfe , de la chaux & de îa glaife > qui reffemblent aux pierres ou briques de i’aquéduc de Jouy. J’en ai fait d’autres en confondant enfemble autant de fable de terre fin, que de poudre de pierres avec de h chaux, ou bien du fable feul & de la chaux, & qui m’ont également réuffi (b). J’en ai expofé cet hiver à la neige & aux gelées * qui étoient fraîchement faits * & qui n’ont
- (b) Comme une mefurc de glaife sèche & qu’on pétrit avec de l’huile fe réduit à peu-près d’un quart, ce procédé rie confomme pas autant d’huile qu’oit pourroit fe l’imaginer; & je crois que le ritortier que j’indique ici, ne fera pas plus coûteux que ceux qu’ori emploie communément pour réfiftet à l’eau, & dont îe fuccès eft fouvent fort douteux. J’ai éprouvé qu’au lieu de glaife on pouvoit pétrir de la chaux avec de l’huile au moment qu’elle vient de tomber en poudre après avoir été trempée dans l’eau, & l’on fera bien de s’en fervir de préférence pour l’apprêt du mortier de marbre qu’on rendra impénétrable à l’humidité, ainfi que du mortier de pierre dont on voudra mouler des vafes ou des ftatues.
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- point été endommagés. Tons les mortiers où j’ai employé de la glaife comme je viens de l’indiquer , ne font, ni gercés, ni écaillés , & je crois qu’on en pourra faire ufage avec fuccès pour les joints des pierres, pour les aqueducs, badins, citernes, &c. de même que pour fe garantir de l’humidité.
- J’ai traité dans ce Mémoire, des pierres' faélices ou briques crues, qui, fuivant toute apparence, furent inventées par les premiers hommes à qui la Terre , comme dit Juvenal, offroit fes antres pour afyles *. J’ai fait voir comment & pourquoi ce genre de conftruc-tion, dont nous trouvons des vertiges dans
- * Credo Pudicitiam, Saturno rege, moratam In terris , vifamque diu, cum frigida -parvas Prcebcret fpelunca domos, ignemque, laremque; Et pecus, ir dominos commuai clauderet umbra.
- r Juvenal. Sat. 6.
- Tant que le vieux Saturne ici bas tint fa cour, La Chafteté fans cloute y fixa fon fejour.
- Aux humains difperfés, fans maifons & fans villes, La terre offroit alors fes antres pour afyles;
- Et l’homme renfermoît dans l’ombre de ces lieux, Ses troupeaux, fon foyer, fa famille & fes.Dieux*
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- les débris des monumens de la plus haute antiquité, après avoir été adopté par diffé-rens peuples, a été abandonné par les Grecs 6c les Romains, quoiqu’ils le préféraient à toute autre conftruétion. J’ai indiqué les moyens de procurer aux différens mortiers, dont j’ai donné la compofition , toute iâ dureté qu’on remarque dans ceux des Anciens, En un mot, j’ai traité de tous les objets que j’ai annoncés à la tête de ce Mémoire, 6c je n’ai plus qu’à juftifier le rapport qu’il y a entre les procédés de conftruélion ufités dans l’Inde, & ceux qui font indiqués par Vitruve; mais, pour ne point entrer dans un détail qui feroit fuperflu , je vais produire des Lettres qui, à cet égard , donneront toute fatisfaélion.
- Si dans ce nouveau Mémoire H refte encore quelque chofe à defirer fur la compofition & fur l’emploi des mortiers des Anciens, je crois , du moins, en avoir éclairci les procédés de manière à ne laifter aucun doute à nas Artiftes, 6c en conféquence j’efpère que leur zèle fécondé par la théorie 6c la pratique, les portera à faire valoir dans mes recherches.
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- tout ce qui pourra contribuer à Futilité publique (c).
- Les Lettres qui fui vent , & auxquelles j’ai joint feulement quelques notes, feront voir ia conformité qu’il y a entre les procédés de conftruélioii indiqués par Vitruve, & ceux
- (c) On a vu précédemment, que Pline obferve (lib. VII, cap. LVi), de même que Juvenal, qu’avant que les deux frères Êuryalus & Hyperbius euffent établi en Grèce des briqueteries, & bâti des maifons en briques crues, les hommes vivoient comme des Tro-gîodites dans les antres de la Terré. Ce rapport, qui efi: confirmé par pîufïeurs Hiftôriens, peut, je crois, nous conduire à cônnoître de quelle maniéré les premiers hommes ont appris à faire de là chaux, & comment & à quel ufage ils pouvoient l’employer. En effet, renfermés dans des cavités humides, & privés des uften-files que I’induftrie n’âvoit point encore imaginés, ils n’avoient, comme on le voit quelquefois dans nos campagnes, pour foyers & pour chenets que des pierres çntaffées les unes fur les autres avec de la terre grade ou de l’argile, & qui étant brûlées par le feu journalier qii’exîgeoîent l’infalubrité du lieu & l’apprêt de leur fubfiftance, dévoient à là longue fé convertir en chaux, tandis que la terre graffe qui en faifoit ia Iiaifon, devoir au contraire acquérir de la confiftance. I.a néceffité de changer de temps en temps ces pierres, déterminoit fans doute à jeter dehors , avec les cendres inutiles, Celles qui, étant calcinées, ne pouvaient que nuire
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- «jui font en ufage dans l’Inde. Ces Lettres m’ont été écrites par M. de Bruno, Introducteur des AmbafTadeurs auprès de Monfieur, frère du Roi, qui a pafle fept ans dans l’Inde. Je les rapporte en entier, parce que je les
- dans ces fombres habitations. Alors ces pierres ex-pofées à la pluie, & mouillées comme par afperfion, dévoient néceffairement fe décompofer , tomber en poudre, fe confondre avec les cendres, la terre cuite & le fable, & former des croûtes qui, avec le temps, fe durciffoient, de même qu’on I’éprouveroit s’il venoit à pleuvoir fur une pierre de chaux qu’on auroit pofée fur du fable. Tel fut, fuivant les apparences, le procédé de la Nature , qui apprit aux hommes le parti qu’ils pouvoient tirer de l’argile, des pierres calcinées, du fable, des cendres & de la poudre de pierres ; & l’on pourrait croire que ce fut en mettant à profit cette découverte , qu’ils parvinrent à fabriquer, avec ces feules matières, des briques cuites & des briques crues dont ils bâtirent leurs premières maifons, & fuccelfivement des villes, des temples, des palais, & tant d’autres monumens qui, quoique détruits par les guerres, nous offrent encore des vertiges que les fiècles ont refpeétés. Cette hypo-thèfe, fondée fur la vraifemblance, préfente un procédé qui jurtifie la manière de préparer la chaux , indiquée par les Auteurs anciens, de même que l’emploi de cette matière dans la compofition des briques crues cm pierres faétices dont j’ai traité dans ce Mémoire.
- F iv
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- crois trop intéreflantes pour être données pas extrait : je fuis perfuadé que mes Leéïeurs m’en fauront gré.
- Première Lettre.
- A S/ Germain-en-Laye le 20 Juin iyyy>
- J’ai lu, Monfieur, avec la plus grande fatis-faétion vos recherches fur la préparation que les Romains donnoient à la chaux dont ils fe fer voient pour leurs conftruélions , & fur la compofition de leurs mortiers.
- J’ofe vous aflurer que fi quelqu’un peut fe flatter d’avoir enfin découvert ce grand fecret, ce doit être vous, Monfieur, qui avez fi bien développé ce que S.* Auguftin, Pline & Yitruve en ont dit, & fi heureufement employé les procédés que vous avez découverts dans ces Auteurs.
- Ce qui contribue le plus à me confirmer dans cette idée , eft le rapport frappant qu’ont les procédés que vous indiquez, avec ceux que les Indiens Malabares emploient pour la conftruétion de leurs temples & de leurs maifons.
- De tous les peuples connus, il n’y en a point de plus fortement attachés à leur religion, à leurs •Ioix & à leurs coutumes, que les Malabares ; leur obftination à ne rien changer aux pratiques
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- (8j>)
- des Anciens, fait que tout elt chez eux au même point où il étoit il y a mille ou deux mille ans ; les Arts font ce qu’ils étoient dans la plus haute antiquité ; & ce qui vous étonnera peut - être, Monheur, c’eft qu’ils n’ont adopté aucune de nos méthodes, & ne veulent point fe fervir de nos outils, même les plus commodes. Ce n’eft donc point hafarder une faufle conféquence, que d’avancer que leur manière de conltruire aujourd’hui, & la composition de leur mortier font les mêmes qu’autrefois, ïorfque nous voyons que les temples modernes font Semblables aux anciens, & qu’ils ne varient que par le plus ou le moins d’étendue de leurs enceintes & de leurs bâtimens.
- II y a dans l’Inde des monumens de la plus haute antiquité ; il y a même quelques pagodes bâties en pierres d’une grolïèur prodigieufe, & qui font éloignées des carrières de plus de fept ou huit lieues.
- La porte de la pagode de Chéringam effc formée par trois pierres, les deux montans ont chacun Soixante-quinze pieds de hauteur, celle qui Sert de linteau ou de traverfe elt auffi d’un Seul morceau (a).
- (a) Ces pierres peuvent être comparées à celles qui font le couronnement des murs de Balbeck, ancienne Héliopolis f dont j’ai: parlé à la page 6$ de mon premier Mémoire.
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- (9°)
- Les pagodes en général font bâties d’un granit gris-foncé , fort dur & fort pefant ; mais il y en a plufieurs qui le font en briques, & ceiles-ci font prefque en auffi bon état, quoique d’une égale antiquité. Vous remarquerez, Monfieur, que les Malabares n’aiment point à réparer, & que ces bâtimens doivent être regardés comme autant abandonnés que les monumens des Romains : je puis vous en rapporter un exemple qui, en vous prouvant combien peu ils réparent les bâtimens qui font à leur ufage journalier, vous en fera connoître la folidité ; mais pour ne pas vous écrire de mémoire, permettez-moi, Monfieur, de copier un pafîàge de mon Journal, où il eft queftion de la pagode de Ghalembron.
- « Les deux bâtimens quarrés & élevés en
- forme de tour, dont j’ai parlé d’abord, (ont » de briques : un des deux fut frappé de la 35 foudre il y a un peu plus de cent ans ; le coup 33 fut fi prodigieux que cette mafle en fut fendue » depuis le fommet jufqu’aux fondemens, la » crevafle en eft fort confidérable: il ne paroît 33 pas cependant que cet accident ait influé fur ia folidité de ce bâtiment. >3
- II y a deux manières de bâtir aux Indes, l’une en pierres dures, & l’autre en briques; la
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- première, réfervée pour les édifices publics, eft allez rare; l’autre fert à toutes les efpèces de bâtimens, foit publics, Toit particuliers. Le mortier dont on le fert, fe compofe auffi de deux manières ; l’une eft de fable & de caliment, l’autre de chaux & de fable.
- Le caliment eft une terre grade & compaéïe, qui, féchée, devient très-dure, mais qui fe fond à l’humidité : les murs faits en briques & caliment, doivent être enduits de cette préparation de chaux & fable que vous citez , Monfieur,pages j4.8c.jj, mais queThévenot rapporte d’une manière faulfe & ridicule (b)%
- Le mortier de chaux fe fait pofitivement comme vous l’indiquez, pages 39 & 40 , une mefure de chaux & deux de fable de rivière : on ne fe fert jamais de fable de mer, même à la côte , quoiqu’il foit le plus commun ; celui-ci a beau être lavé d’eau douce, il ne fe sèche pas, employé en conftruétion, & fait
- (b) Le caliment me paroît être une terre de la même qualité que celle dont les Maçons pifeurs font des bâtimens par encaiflèment dans le Lyonnois, & qu’ils enduifent enfuite d’un mortier fait avec de la chaux & du fable, pour empêchçç la pluie de la diflôudre.
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- (s*)
- foulever les enduits dans la compofîtion defquels il entre.
- Les François ont voulu I’eflayer, & ne s’en font pas bien trouvés ; on ne fe fert de ciment que contre i’humidité, ou pour la conftruétion des argamafces, c’eft ce que nous appelons ici terrajfes à VItalienne.
- Maïs au mortier de caliment, ou de chaux êc fable, on ajoute toujours de l’eau de jagre; c’eft ie plus précieux des ingrédiens qui entrent dans les conftruétions des Indiens.
- Le jagre eft un fucre brut & très-brun, qui provient du fuc qui fe tire du Cocotier & du Palmier; il fe vend par petits paquets revêtus de feuilles sèches. II n’y a pas de mefure fixe pour fon emploi, on voit à l’œil fi l’eau en eft allez colorée, & l’excellence du mortier eft en raiftm du plus ou du moins de jagre que l’on emploie. C’eft à cet ingrédient qu’on attribue la dureté du ciment & du mortier, de même que le poli & la foiidité des enduits, & l’impénétrabilité des murs à toute efpèce d’humidité.
- La mélaffe, qui eft commune en France, & qui nous vient de l’Amérique, peut, à mon avis, fuppléer au jagre en tous les cas; il feroit bon d’en faire i’ellai, le jagre étant trop difficile à faire venir de l’Inde. II ne faut pas craindre
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- que la mëlafie augmente de beaucoup îes frais de conftruétion ; outre qu’elie eft à boiy marché en France, il en faut très-peu fc).
- La brique n’eft point aux Indes auffi bonne qu’en Europe; elle eft plus légère à la vérité, mais friable , moins dure & moins compare ; cependant, employée avec le mortier, elle acquiert une dureté égale à la pierre la plus dure, & cela parce qu’elle eft facilement pénétrée par le mortier & par le jagre. Lorfqu’on veut en peu de temps donner à la brique une folidité très-grande , pour en faire des ceintres de portes & de fenêtres, des clefs de voûtes, &c. on la trempe pendant une heure ou deux dans de l’eau de jagre. La chaux qu’on emploie aux Indes eft de coquillages qu’on ramaffe au bord de la mer, & qu’on brûle avec de la paille, de la bouze de vache, & très-peu de menus bois. Cette chaux eft d’une extrême blancheur;
- (c) D’après cette indication, j’ai fait plufieurs eflais qui font devenus aufli durs que de la pierre, & j’ai confulté des Américains qui m’ont afluré avoir employé avec le plus grand fuccès de la mélafle dans le mortier préparé pour des aquéducs & des badins. On pourra donc en employer, fi on le juge à propos ; mais tous les mortiers qüe j’ai faits d’après les renfei-gnemens que donnent Pline & Vitruve, prouvent que (ans cette matière, les mortiers peuvent asqusrir la plus grande dureté.
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- quand elle eft éteinte, on met deux mefures de fable de terre & une de chaux; des enfans de douze à quatorze ans pilent ce mélange avec des pilons allez légers, mais longs, dans de petites folles revêtues de planches, on i’humeéte petit à petit, & lorfqu’on l’a fuffifamment pilé, on l’arrofe d’eau de jagre, de manière pourtant à ne pas noyer la chaux; mais elle devient plus liquide que n’eft le plâtre, lorfqu’on l’emploie ici,
- Voilà le mortier dont on fe fert pour la conf-truélion, & vous voyez, Moniteur, qu’au jagre près, le procédé eft le même que celui que vous indiquez. Ce mortier eft fi folide, que je vais vous rapporter quelque chofe d’aftez extraordinaire que j’aperçus dans une chauderie, bâtiment public que vous connoiflez fous le nom de Carav an ~ferait (Voyage - repos ), que j’ofaï exécuter, après en avoir deviné le procédé.
- Cette chauderie avoit un cabinet à chaque angle ; un de ces cabinets avoit fix pieds de long fur quatre de largeur : j’aperçus avec étonnement que les foïiveaux du plafond étoient des briques ; il y en avoit quatre d’épailfeur, fur la fimple largeur d’une brique. Voici comment je m’y pris.
- Je fis tremper pendant trois à quatre jours des briques dans de l’eau de jagre très-forte $
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- à de la chaux nouvellement éteinte & réduite en poudre très-fine, je joignis partie égale de fable de rivière très-fin & paffé au tamis; je fis broyer ce mélange fur la pierre, & détremper avec de la forte eau de jagre : lorfque toute la chaux fut fuffifamment broyée & recueillie dans des vafes de terre, elle avoit une confiftance collante, ni trop, ni trop peu liquide. Je pofai fur une planche fix briques dans ieur longueur, les unes au bout des autres, ayant eu foin de les coller entr’elles avec ma chaux : fur ces briques j’étendis une couche de chaux, de ï’épaiffeur d’une ligne; j’adaptai un fécond rang de briques fur le premier, & je renouvelai mon opération jufqu’au cinquième rang, de manière que les jointures ne fe trouvoient point les unes au-defïus des autres ; je laiflai mon bloc dans cet .état vingt - quatre heures au foleii, le lendemain je ie mis fur le côté, & enfin en ayant pendant quinze jours préfenté au foleit chaque jour une nouvelle face, je me trouvai une pierre très- dure. Je bâtiffois alors une maifon pour un de mes parens, ie chevalier de ia Salie-Marichaure. J’en fis faire plufieurs autres avec le même foin, & j’ofai m’en fervir pour linteau à fes fenêtres : véritablement j’avois fait faire aux baies un ceintre plein, auquel mon
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- ïnltëau fervoit de diamètre ; il ne porte par conféquent que la maçonnerie qui remplit demi-cercle, fur une portée de quatre pieds & demi, & une épaiffeur de vingt-quatre pouces : les choies font en très-bon état depuis 1769.
- Je pourrais vous rapporter, Monfieur, beaucoup de faits qui vous prouveraient l’excellence du mortier de l’Inde ; mais je me contenterai de vous dire qu’en i/djjonrétablifîoit Pondichéry que les Angïois avoient entièrement détruit, & dont ils avoient fait fauter avec la mine les fortifications, les églifes & les maifons ; on le fervoit des anciens décombres pour ies nouveaux édifices, on équarriifoit les blocs qui fervoient de pierres de taille : les briques étoient tellement adhérentes entr’eiles, qu’elles ne faifoient plus qu’un corps très-dur & très-folide.
- M. de Bourcet, Ingénieur en chef, avoit fait voûter une galerie de fa maifon de campagne, elle avoit quinze pieds de largeur, & ia voûte n’avoit que quatorze à quinze pouces de courbure de la corniche au centre ; les briques étoient placées dans ieur hauteur, mais taillées par ï’extrémité inférieure, de manière à former la courbure de la corniche au centre, & à recevoir les clefs: M. de Bourcet étoit fort pefant, je l’ai vu marcher fur les bords de cette voûte,
- iorfqu’on
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- . (9^
- Forfqu’on ia bâtifloit, & fouvent il n’y avoît pas plus de deux heures que ïes briques avoient été placées ; il s’étoit fervi de ciment de briques, parce que cette voûte fervoit de comble.
- Je ne vous ai parlé jufqu’ici, Monfieur, que du mortier qui fert à ïa conftru&ion, il me refte à traiter de deux parties beaucoup plus intéreffantes.
- La première eft ïa composition du ftuc de l’Inde, fi bïailc & fi poli qu’il peut fervir de miroir, composition qui d’ailleurs eft impénétrable à l’humidité, & à qui on rend fa première propreté en lavant ïes murs avec de l’eau & des éponges.
- L’autre eft celle des terraSTes que nous appelons Ârgamafces, & qui fervent de combles à nos maiSons. Vous verrez encore que le procédé que vous indiquez, pages 64., 6j & 66, a beaucoup de rapport avec le nôtre. Ces deux Sujets feront, Monfieur, la matière d’une autre Lettre, fi vous êtes content de celle - ci, & que la chofe vous paroiffe en mériter la peine, me faifant un véritable piaifir de vous communiquer mes connoiSTances à ce fujet, & de vous affiner que j’ai l’honneur d’être, &c.
- Signé de Bruno,
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- Seconde Lettre.
- A S,l Germain-en-Laye le 27 Juillet 1777»
- J E vous ai promis, Monfieur, de vous parler des argamafces & du ftuc de l’Inde , je vais vous tenir parole, autant que ma mémoire pourra me le permettre. Quoique j’aie moi-même fait bâtir pïufieurs maifons à Pondichéry, comme il y a fix à fept ans que je ne m’occupe plus d’aucune de ces idées, ii pourrait m’être échappé quelque chofe; mais, pour fuppléer à ce que je pourrais avoir oublié , j’écrirai à mon maître Maçon, qui par la première occafion ne manquera pas de m’envoyer un détail très-circonf-tancié de tout ce que je lui demanderai ; je ferai mieux, je ferai .venir une petite boîte de jagre.
- Je commencerai, Monfieur, par les argamafces, comme un objet -plus utile: il n’eft pas douteux que nous ne puiffions réufîîr parfaitement à en faire d’auffi bonnes qu’aux Indes; mais réfi fieront-elles à la gelée, comme elles réfMIent a l’extrême chaleur du foleil de l’Inde , & à l’aridité des vents de terre ! ce fera l’efTai qui pourra nous le faire connoître.
- L’avantage de l’agrément & de l’économie des charpentes, des ardoifes, & de ce racconi-
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- modage continuel des couvertures, eft fi grand,? qu’il vaut bien la peine qu’on 1’éproüve.
- Ce qui me donne quelque efpérance, c’eif que ie poli qü’on donne aux argamafces effc fi beau, qu’il doit moins donner de prife à lai gelée; & puis n’y auroit-il pas quelque moyeii d’empêcher l’eau d’y féjourner & de le geler l
- Comme nous n’avons point de plâtre aux Indes, nous n’y faifons pas de plafonds: on a bien efîayé d’en faire avec de la chaux; mais depuis qu’une grande partie de celui de l’Amirauté de Madraff tomba •& faillit à écrafer tout l’Etat-major de la ville, qui venoit de fe retirer il n’yavoit qu’un quart-d’heure, je ne crois pas qu’il prenne envie d’en faire d’autres (d).
- Les poutres & les foliveaux font appareils & peints; les foliveaux fe placent à fept pouces de diftance l’un de l’autre, afin que les briques qui ont douze pouces, aient un appUi de deuxî pouces & demi de chaque côté, & qu’elles fe joignent par les bouts, les foliveaux ayant cinq pouces d’équarrilTage. On fe fert en général de bois de tek, qui eft aulfi fort que le meilleur1 chêne, mais qui, à beaucoup plus de légèreté t
- (d) Si, comiïie l’indique Vitruve, oh clouoit des claies-faites de rofeaux aux poutres & folives qui forment voûte oü plane lier, il y a tout lieu de croire que les enduits qu’on ÿ appliqueroir ne fe détacheroient pas.
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- (Iû0) A
- joint la précieufe qualité d’être incorruptible; il n’efl: même point attaqué par ies Kariats, vermine cruelle qui dévore tout.
- Les foliveaux font quelquefois faits de palmier noir ; mais comme ce bois eft vilain, on l’enduit de chaux fufée. Sur les foliveaux on place deux rangs de briques l’un fur l’autre, qu’on maçonne avec du ciment fin; mais m’étant aperçu que fouvent il fe cafioit des briques, j’en fis cuire, qui, fur la même longueur & la même épaifleur, avoient moitié moins de largeur, & je les fis mettre de champ fur un feuï rang : cette opération me donnoit plus de folidité, fans augmenter le poids ni i’épaifieur. Dans un pays où la brique feroit plus coûteufe que des planches de chêne d’un pouce, on pourroit y fubftituer celles-ci; il y a aux Indes plufieurs maifons où l’on s’eli efl fervi, on met le châlit fur ces planches, & on évite par-là le poids des briques.
- Le châlit fe place defius ce rang de planches ( e) ou de briques, ayant foin de lailfer au milieu de la pièce qu’on veut couvrir, une élévation dans toute fa largeur,, pour faciliter l’écoulement des eaux des deux autres côtés :
- (e) M. de Bruno obferve dans h Lettre qui fuit, qu’on couvre ces planches d’herbes deflechées, foit fougères, foie autres, & en aflèz grande quantité pour que la preflkjn de i’argamafce ne ies rcduife qu’à un pouce d’épaiffcuf.
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- (ic)
- cette élévation eft peu de chofe, à peine s’en aperçoit-on quand on fe promène deiïus. Par exemple, i’argamafce que je fis fur la maifon de campagne de ma mère, avoir quarante pieds ; l’épaiffeur du châlit étoit, au milieu , de fept pouces, & finiffoit à deux pouces fur les bords, ce qui revient à cinq pouces de pente fur vingt pieds. Lorfque je vous aurai donné la manière d’étendre ce châlit, Moniteur, je vous parlerai de là compofition : l’on commence par i’étendre fur l’endroit qui doit être le plus élevé , fur une bande d’un pied de largeur & neuf pouces d’épaiffeur, pour être réduit à fept ou à moins; cette bande doit traverfer tout l’efpace deftiné à être couvert. Des enfans de treize à quatorze ans, font tous accroupis fur une planche, à côté ies uns des autres, ils ont de petits maillets avec Iefquels ils frappent enfemble, chacun fur îa partie qui eft devant lui ; iorfqu’ils ont un peu taffé ce châlit, on les recule d’un pied, que l’on remplit d’une nouvelle couche : même opération jufqu’au bout; il faut avoir foin de ies faire frapper fur les coutures. Les enfans doivent frapper d’abord doucement; quand toute ia partie eft achevée jufqu’au bord, on fait l’autre côté, & lorfque le châlit eft mis des deux côtés, on fait revenir ies enfans fur un des bords avec ieur planche; Hs frappent également, mais plus
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- fort, & vont en reculant de pied en pied jufqu’» i’autre bord, toujours frappant pendant quelque temps fur le même efpace : on recommence cette opération plufieurs fois, & en différens temps ; à chaque fois il faut frapper avec plus de force, & enfin à tour de bras : on s’aperçoit qu’il faut ceffer, lorfque ïe bruit des maillets rend un fon d’airain ; il femble alors qu’on frappe fur une grofife cloche. Au-deffus du châlit on met deux rangs de petits tuileaux bien cuits, toujours maçonnés avec du ciment, & par-deffus ces tuileaux 1411 enduit de chaux <& fable, auquel 011 donne le poli ; c’eft cet enduit que nous appelons Jîuc, & dont je vais vous donner la compofition, Monfieur, après vous avoir averti que les argamafces ne doivent s’entreprendre que par un temps fec, & qui ne laifife point craindre de pluie pendant quelques jours, afin de laiffer le temps à l’ouvrage de fe confolider (f)t
- Compofition du Châlit.
- O i fait cafler beaucoup de briques, que l’on fait pafier àia claie; la pouffière, que l’on repafle au fas, eft deftinée pour le ciment. On ne fe fert, pour le chaüt, que de morceaux de la grofièur
- (f) Ce procédé e(l absolument le même que celui qui eft jndiqué |>ar Yitruve.
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- du pouce: le mélange de ces briques fe fait par parties égales avec de la chaux préparée comme pour bâtir; on a bien foin de mêler & retourner les briques dans ce mortier, en augmentant la dofe d’eau de jagre, pour le rendre un peu plus liquide que pour la conftru&ion : à mefure que i’on frappe le châlit, on l’arroie d’eau de jagre, jufqu’à ce qu’il ait acquis la dureté requife.
- L’épreuve de la dureté fe fait, en jetant fort haut une noix de coco, qui fe brife en tombant, mais elle ne doit iaiifer aucune marque de fa chute.
- Conipofttion du Stuc,
- La chaux dont on fe fert fur la côte de Coromandel, eft faite, comme je l’ai déjà dit, Monfieur, avec dés coquillages qu’on trouve, foit fur le bord de la mer, foit fur les rives de la rivière d’Arian-coupan ; on les lave à l’eau douce avant de les brûler, on l’éteint par alperfion, elle s’échauffe, fume & fe réduit en poudre (g). Cette chaux ainfi éteinte fe mêle avec partie égale de fable de rivière, blanc & très-fin, & quelques coquillages d’œufs ; on broie ce
- (g) Cette manière de réduire la chaux en poudre pour l’employer en conftruétion ou en enduit, s’accorde parfaite-, jnent avec les procédés des Romains que j’ai indiqués, .
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- •mélange fur une pierre longue avec un cylindre de pierre que l’on tient avec les deux mains , & on le délayé avec de l’eau de jagre. (h); cette opération demande à être faite avec beaucoup de foin. Cette chaux ainfi préparée eft gluante & point liquide, on la reçoit dans un vafe de terre, dans lequel on met du lait caillé & quelque peu d’huile de Gingeli ; toute autre huile peut en tenir lieu, li elle n’eft pas grade, excepté pourtant celle d’olive, à laquelle je ne me fîerois pas. Devons direprécifémentla proportion de lait caillé & d’huile, je vous avouerai que je ne le faurois, ma mémoire me manque abfolument ; mais je vous promets, Monfieur, qu’avec un peu de patience je vous aurai cette recette avec la dernière exaélitude : je me rappelle feulement que cette chaux s’étend facilement fur la muraille, fans être ni gluante ni fluide : autrefois on y mettoit quelques blancs-d’oeufs, mais foit qu’on en mît trop, foit que le blanc-d’œuf eut une mauvaife qualité par lui-même, le ftuc étoit fujet à avoir des filets de gerçure, à peu-près pareils aux défauts qui fe trouvent fur les glaces. Je fuis pourtant d’avis que le blanc-d’œuf contribue au lultre du ftuc, & je voudrois qu’oit
- f h ) Cette manière de broyer le mortier d’enduit vaut mieux que le procédé qu’employoient les Grecs, & que Pline explique, (lih Mmt «y* XXUh)
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- <pn mît un peu : quand on fe forvoit des Llancs-d’œufs, on ne mettoit pas d’huile ; je croîs qu’il faut mettre I*un & l’autre, & que l’huile corrigera îe foc du blanc-d’œuf.
- Il faut, pour l’emploi du ftuc, avoir foin de faire jeter toute une partie à la fois ; fi le mur eft divifé par panneaux, en faire jeter un ou deux, fuivant leur étendue & la quantité d’ouvriers qu’on peut employer. II eft inutile de dire qu’il faut avoir foin de hacher l’enduit de mortier qui fe trouve deffous, pour que le fluc puiffe tenir.
- La première opération fe fait avec des truelles de bois, elles font larges, ovales, & ont au-deffus une main pour les faifir ; elles n’ont pas de manche comme les autres; on couvre cette truelle de cette compofition , & on la frotte contre le mur. Ce ftuc doit avoir une bonne ligne d’épaiffeur. Lorfque tout eft étendu & un peu frotté, on fe fert de truelles ordinaires : la chaux fe durcit à mefure qu’on la frotte légèrement, & commence à prendre un peu de poli, alors on fe fort de petites truelles très-Iifiés & de cuivre ; & enfin toujours frottant légèrement , on fait ufage de truelles qui n’ont qu’un pouce de furface, ou de petits morceaux d’agate indifféremment. Avant de fe forvir de ces dernières, on faupoudre les murailles avec de la poucfie de cailloux blancs de rivière, qu’on a
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- eu foin de faire brifer & réduire en pouffière (i) / on la met dans de petites poupées de toile avec ïefquelles on frappe cet enduit. Ces fcories donnent au ftuc le brillant de i’albâtre, & s’incorporent par ie frottement. C’eft avec une grande patience & des frottemens légers qu’on parvient à fe procurer le beau poli ; ie demi-poli & le poli fin n’ont de différence que - dans la durée des frottemens : les dehors des maifons n’ont que des demi-polis.
- Il faut avoir foin que ies appartemens foient exempts de pouffière , & jufqu’à ce que ie fluc foit parfaitement fec, on étend des draps deffius ; il ne faut pas qu’ils y touchent : il faut avoir foin le malin , avec du iinge fin qu’on applique fur ie iluc , fans le frotter, de fécher les gouttes d’eau & l’humidité qu’on aperçoit fur ia furface.
- Je fouhaite bien fincèrement , Monfieur, que vous puiffiez réuffir dans ies effais que je vous invite à faire ; je m’offre à vous aider, fi ceia vous convient, & vous prie de croire que j’ai l’honneur d’être , &c. Signé de Bruno.
- Troisième Lettre.
- A S.r Germain-en-Laye le 12 Janvier 1778, «J’Ai reçu, Monfieur, la Lettre que vous m’avez
- (i) Vitruve dit qu’on empïoyoit pour cette opération du marbrç blanc en poudre (lib, fâj, cap, VI.}
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- fait ï’honneur de m’écrire, :& j’y réponds avec le plus grand emprefïèment.
- Toutes nos maifons aux Indes font terminées par des terrafTes ; les toits offrent une trop grande furface aux ouragans , fans compter beaucoup d’autres incommodités. Ces terrafTes que nous nommons argamafces, fe font de deux manières : la première & la plus commune eft celle dont je vous ai donné la defcription dans la fécondé Lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire fur la manière de bâtir aux Indes.
- Voici le procédé de la deuxième manière. Sur les folives, que l’on tient à un pied de diftance l’une de l’autre, on pofe des planches d’un pouce d’épaiffeur (k) fur une longueur quelconque, mais tranfverfalement, de forte qu’elles portent fur plufieurs folives à la fois; on couvre les planches d’herbes defféchées, foit fougères ou autres (l) > on en met une allez grande quantité pour que la prefixon de l’argamafce lui laiffe un bon pouce d’épaiffeur.
- .( h ) Les Romains n’employoient que des voiiges , dit Vitruve, parce qu’étant fixées avec des clous , elles ne pou-, voient ni fe déjeter , ni fe détacher comme auroient pu faire des planches d’une plus forte épailTcur.
- (I) Les Indiens Malabares emploient donc encore la fougère ou autres végétaux pour garantir les bois de la chaux, comme faifoient les Romains,
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- ‘ Sur ces herbes on pote le châlit, fur le chafit trois rangs de tuileaux plats«& bien cuits, & fur ces tuileaux l’enduit fin qui efl un véritable ftuc, qui a le poli & ia blancheur du plus beau marbre d’Italie, & qui en même temps réfifte au foleil violent de l’Inde, & aux pluies qui à la fin d’oétobre & en novembre durent quelquefois vingt à trente jours fans interruption. Je vous ai déjà donné , Monfieur, la compofition de ce ituc & celle du châlit, & la manière de les employer; je vous ai fait connoître les deux procédés qui font en ufage pour la conftruétion des terrafî'es, il ne me relie à ajouter aux diffé-rens détails dans lefquels je fuis entré, que quelques éclairciffemens qui peuvent encore vous întéreffer. Vous avez vu dans ma précédente Lettre, que des enfans de treize à quatorze ans, accroupis fur une planche, battoient avec des maillets la couche de châlit qui fe trouvoit devant eux ; ces maillets ont environ quinze pouces de longueur, la partie qui leur fert de manche efl ronde, & le relie qui efl quarré, peut avoir deux ou trois pouces de largeur fur une épaifîeur égale : Iorfque ces enfans ont celle de battre le châlit en différens fens, les maçons avec un plaqués de bois arrondi en frottent toute la furface, y répandant alternativement de l’eau de jagre & de l’huile ; enfuit©
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- ils couvrent le châlit de trois rangs de tuileaux plats & bien cuits : ces tuileaux font rangés de manière que le deuxième rang couvre tous les, joints du premier , & le troifième rang ceux du fécond ; après quoi ils étendent le duc & le poliffent, ainfi que je l’ai expliqué dans ma précédente Lettre. Je puis vous affurer, Moniteur, qu’une argamafce que je fis faire fur une maifon de campagne à Oulgaré, réfifta deux ans fans le ftuc, & que ce n’eft que depuis mon départ de i’Inde qu’on l’a fait mettre, fans que j’en fâche la raifon ; c’étoit pour l’éprouver que je l’avois Iaiffé imparfaite.
- La fécondé manière de conflruire les arga-rnafces eft moins ufuée que la première, parce que le bois aux Indes eft très-cher en proportion des briques ; leur différence ne confifte que dans ce feul article, c’eft-à-dire qu’au lieu de planches, on fe fert de briques qui portent d’une folive à l’autre, & on étend également fur ces briques le châlit, &c. cependant les planches offrent plufieurs avantages effentiels ; la terrafîè eft beaucoup plus légère, & peut-être plus folide; car ces briques, différentes de celles avec lefquelles on bâtit, font un peu plus longues & beaucoup plus épaiffes, ayant prefque les quatre côtés égaux, fans une grande différence entr’eux.
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- (itô)
- Au refie, Monfieur, ees terrafles acquièrent tant de folidité, qu’il eft arrivé piufieurs fois qu’on a changé toute fa charpente intérieure * fans endommager le châlit, qui ne faifànt plus qu’une feule maffe, fe foutenoit fans étais. Le fait eft très-commun aux Indes; je n’ai pas ouï dire pourtant qu’on l’ait éprouvé à des terraffes d’une grande étendue, mais à celles qui pouvoient bien avoir feize pieds fur vingt-quatre de furface, largeur ordinaire de nos friions à Pondichéry.
- J’ai l’honneur d’être, &c. Signé de Bruno.
- Observation.
- iVITRUVE (lib. Il, cap. VIII) , dit que les anciens Rois avoient préféré de bâtir en briques crues, quoique leurs revenus augmentés par leurs conquêtes les mifTent en état de bâtir, nonrfeule-ment en moellons ou en pierres de taille , mais même en rparbre. Il eft donc confiant que cette conftruétion étoit alors la moins difpendieufe , & les veftiges qu’on trouve encore en prouvent la folidité. Cette obfervation doit accréditer un procédé qui a été. anciennement en ufage en France 9 & dont nos ancêtres ont reconnu futilité.
- FIN
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- TABLE
- DES MATIERES.
- A
- Albert ( Léon-Baptifte ), indique comment les Romains rendoient le mortier de leurs chemins aufli dur que de la pierre, page 50.
- Ammien Marcellin, nomme fyring.es les galeries qui conduifoient aux caveaux des pyramides, p. 8.
- Antres de ia Terre, où les hommes habitoient avant qu’iis èuffent trouvé le fecret de faire des briques, p. 3 & 84..
- Aquéduc conftruit à Nicomédie , dont une partie fut faite en briques cuites au four, p. 31.
- Aquéduc de Joui en Lorraine, conftruit par ordre de Drufus Général Romain, & dont ie canal eft fait en pareilies briques, p. 31 , 80.
- ArgAMasges ou Terrafles que ies Indiens font fut leurs maifons , en obfervant les procédés qui font indiqués par Vitruve, p. 98, 109. Ces terraftes font fx folides, qu’on peut, fans les étayer, changes
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- ij Tûhîe des Matières»
- îa charpente fur laquelle elles ont été conlîrùites t page i i o.
- Augustin ( Saint ), dit que dans les pierres qu’on tait calciner, ïe feu prend ïa place de l’eau. & de l’air qu’elles contenoient, p. 3,56.
- 13ABEL ( tour de ), a été bâtie en briques crues * différentes opinions fur fon emplacement, p. 3.
- Bains de Juiien-l’Apoftat , dont les murs font conllruits partie en petits moellons , partie en briques cuites au four, p. 61.
- Balcons , en forme de terraffes, conllruits à Paris au mois de Mai 1776, chez Mad.mc la Comteffe de Coallin , avec des fragmens de pierres dures, confondus dans un mortier de labié, de chaux & de poudre de pierres, & qui ont parfaitement rélîflé aux injures de l’air,
- p. 51
- J? élu s ( tour de ) qu’on croit être celle de Babel, & qui a été bâtie en briques crues & en mortier lait avec du bitume, p. 3.
- Bergier, (Nicolas) a fait un favant Ouvrage fur les chemins militaires des Romains, p. 45.
- Bitume liquide, que les Babyloniens empîoyoient pour bâtir, p. 4 , 10.
- Blocage*
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- Tahle des Matières. li|
- Blocage. Les Anciens revêtifloient leurs co'nftrüt-lions faites en blocage, d’un parement de pierres taillées fous la forme d’une brique, p. 57.
- Bois de charpente^ Comment les Romains ga* rantiffoient le bois de la chaux, p. p; Moyen de le préferver de la vermoulure , p. 67. Eflal à faire pour garantir les Vaiffeaux de la piqûre des vers , p. 68.
- Briques crues, ou pierres faétîces, dont les tours de Babel ou de Bélus ont etc congruités, p. 3; Compofées avec du fable mâle ou de la poudre, de pierre, p* 15- Proportions qu’on leur don-«oit en Grèce & à Rome, & combien il falloit de temps pour les durcir , p. 19. Elles avoienE la grandeur des pierres de taille, p. 20. Différence entre les briques romaines & celles qu’ort fabriquoit en Égypte & en Grèce, p. 24. Emploi différent des briques crues & des briques cuites, p. 28. Les Anciens préféraient de bâtir en briques crues plutôt qu’en pierres dures , parce qu’ils les croyoient indeftruétibles, p. 32. Comment ils prifôient les niaifons bâties en moellons & celles qui l’étoient en briques crues, p. 33. Motifs qui ont fait abandonner ce genre dé conflruélion, qui a été en ufage pendant pilus de quatre mille ans, p. 35. Comment les premiers hommes ont pu apprendre à faire des briques, p. 86.
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- iv
- Tablé des Matières.
- Vitruve ne s’explique pas clairement & n’efl pas d’accord avec Pline fur les proportions des briques crues qu’on fabriquoit à Rome, & qu’il nomme didoron, il fembfe quelles dévoient avoir les quatre faces égales, puifque celles qu’en Grèce on nommoit pentadoron, tetradoron , étoient égales de tous côtés.
- Briqueteries établies en Grèce par Eüryalus & Hyperbius, qui bâtirent les premières maifons en briques crues, p. 5, 86.
- Caliment-, terre-greffe dont on Te fertaux Indes pour bâtir, p. 37, 69, 91.
- Cailloux brifés & pilés, employés pour la fu-perficie dès chemins & des terraffes , p. 37, 49. Les Indiens fe fervent de poudre de cailloux blancs , au lieu de la poudre de marbre qu’ein-pïoyoient les Romains , pour faire des enduits luftrcs , p. 106.
- Carreaux de terre cuite dont les Romains for-moient la dernière couche des terraffes de leurs maifons, p. 49.
- Cayl.us ( le Comte de ). Ohfervations fur les ruines de Perfépoiis j procédés perdus des Anciens , p. 70.
- Cendres. Mortier fait avec de la.chaux, du fable & des cendres, p, 12.
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- V
- Talîe des Matières»
- J’ai éprouvé que cette matière rendoit le mortier fpon-gietix. Voici un eflai qüe j’ai fait avec la fleur de cendre qu’on trouve fur les tifons ou charbons qü’on a retires du feu : pétrifiez cette fleur de cendre avec de l’eau feulement, elle formera fous peu de jours un corps folide, mais fpongfeux -, & für lequel, en pofânt la langue, on fendra tine très-forte impreflion. La cendré ordinaire ne produit’ pas fe- même effet.
- CiiATiiT. Nom que donnent les Indiens à là principale couche de môrtiër de leurs argamafees , p. 4-9, 101. Sà compofition, p. io y»
- Chaux. Cette matière entroit dans là compofition des briques crues, ou pierres fadices, des Anciens, p. ï tf. Elle ne prend confiftance qu’avec ïe temps & à raifon du volume de mortier qu’elle compofe, p. 54. Pétrie avec de l’huile & mêlée avec du mortier, elië le rend impénétrable à l’eau , p. 83. Les Indiens Maiabares la mouillent par afperflon , & la mefurent en poudre , comme faifoîëiït les Romains’, p. 94, 95 , 103.
- Chemins militaires des Romains, p. 38. Chacun contribuoi-tà leur entretien , p. 42.. Quels étoient ceux qui préfidoient’aux travaux, p. 43. Comment ces chemins étoient cortftruits , p. 44.
- Concrétion calcaire!. Voyez- Limon.
- Craie. Cette matièfé' puivérifée & pétrie avec de la' chaux SC de la paillé hachée, fervoîrichë'z les Romains’à faire dés briquet crueS, p. 2*3;
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- v/ Table des Matières,
- D
- De Brosses. (M. le Fréfdent) Defcriptioti qu’il fait des ruines de ia tour de Bcius, p. 2.
- De Bruno, ( M. ) gendre de M. Je Chevalier Law, Commandant générai des Troupes dans i’Inde, & neveu de M. Law, Gouverneur général des Étabiiflemens françois aux Indes orientales. Ses Lettres fur ia manière de bâtir des Indiens, p. 88.
- E
- Eau. Pourquoi ion doit préférer l’eau de rivière à ceiie de ia mer& aux eaux crues ou minérales, pour éteindre la chaux & pour faire du mortier, p. 74.
- Èzéchiel , (îe prophète) dit que ia paille entroit dans ia compofition du mortier de conftruélion ,
- P- 7-
- Fougère, employée par ies Anciens, de même que les rofeaux, ies cannes & ia paille, pour couvrir ies bois ou charpentes qu’ils vouioient garantir de la chaux, p. 9, 47. Employée de même encore par ies Indiens Malabares, p. 107^
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- Table des Matières.
- Yij
- G
- (talgale, efpèce de goudron dont les Indiens enduifent leurs Vaifleaux, &dans lequel il entre .de la chaux vive pour les préferver de la piqûre des vers , p. 69.
- Glaise ( terre argileufe ), employée en Barbarie dans la composition d’un mortier, p. 14. Pétrie avec de l’huile & incorporée dans le mortier 7 elle le rend impénétrable à l’eau, p. 8 r.
- Il faut que ce mortier foit fi parfaitement macéré, qu’il ne s’y trouve aucun grain de chaux apparent.
- Granit. Manière de l’imiter en employant du limon ou des concrétions calcaires, avec des marbres ou cailloux colorés & réduits en fable » p. 70.
- M. Maillet, Conful de France au Caire , dans fa neuvième Lettre fur i’Hiftoire Naturelle de l’Égypte dit, que le granit fe broie aifément dans les mains & le réduit en cailloutages colorés: mes elTais feront connoitre que fi l’on mêloit avec ces cailloutages un tiers de chaux, on formeroit un granit d’uije extrême dureté. 11 pour-roit fe faire que les anciens Égyptiens y euflènt joint un fable très-menu qu’on trouve près du Nil, & qui, fuivant Pline, (lib, XXXV, cap. XIII) reffemble à de la pozzolane. M. Maillet, dans la même Lettre, a mal combattu le fentiment des Voyageurs qui ont penfé que les Égyptiens faifoient des malles confidcrables en
- a iï)
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- yiij Table des Matières.
- pierres ou en granit fadices, quand H dit, que po«r détruire cette opinion il fuffit de remarquer qu’avec du bronze » on ne peut fondre des canons qui foient vingt fois plus confidérables qu,e les plus forts qu’on ait en France. Il y a bien de la différence entre couler du mortier & fondre du bronze ; 6c je crois que fi le granit eft auffi friable que le dit affirmativement M. Maillet, il eft difficile de ne pas croire que les Égyptiens s’en (oient fervis dans leurs travaux, de préférence à de 1» pierre dure qu’il auroit fallu piler 6c réduire en poudre ou en fable.
- Gypse. Le gypfc mêle avec des pierres calcaires, produiroit, étant cuit, un plâtre qui brûlerolt les bois de conftmdion, p. 66.
- Huile. En Barbarie on met de l’huile dans les matières dont on fait les pierres fadices, p. 12, Manière de l’employer dans les differens mortiers , p. 7. Autre manière de s’en fervir avec de la glaife ou de la chaux, p. 8 r. Les Indiens, mettent de l’h.u.ile de Gengeli dans leur ftuc ^ p, IQ*.
- Jagre , fucre qu’on tire du c.ocotier & du palmier, 6c dont les Indiens çplorent l’eau dont iis fc fervent pour la préparation de leurs mortiers, p. 92.
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- Table des Matières.
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- Les Anciens ont pu fubftitucr l'huile'& le jagre au bitume liquide qu’employoient les Babyloniens.
- Insectes. La chaux fait périr tous les infeéïes , •P* <4-
- Isidore. Fait dériver latcr à Içtititdinc, p. 32.
- J uVENAL, dit que les hommes n’ont eu d’abord pour demeures que les antres de la Terre-, p. 8 -p.
- .ARIAT, petit infeéle qui, aux Indes , ronge les bois & les détruit ; moyen qu’on emploie
- pourl’en empêcher, p. dp.
- Lait caillé. Les Indiens en mettent dans la compofition de leur ftuc , p. 1 04.
- Larisse. Ville de Grèce, dont les murs bâtis en briques, ^voient vingt-cinq pieds de largeur fur cent de hauteur, p. 30.
- Later. Les Anciens indiquoient par ce mot la brique crue, p. 28.
- IiATeritja flruâlura ,teflacea fîntüura; différent emploi que faifoient les Anciens de ces deux genres de conftruélion , p. 2p.
- Légions Romaines, employées aux travaux des chemins militaires » p. 40. Elles imprimoiènt
- a tv
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- Table des Matières.
- leurs noms fur les briques quelles fabriquoient,
- p. 46.
- Limon ou concrétions calcairesj manière de s’en fervir pour imiter Je granit, ou pour faire des enduits iufirés , p. 70.
- Louvre. Les murs de ce palais font conftruits à la manière des Romains appelée empleftas , P- 77*
- Luc, (Saint) ne donne aucune limite à l’empirp Romain, p. 3 p.
- Maçon pifeur, confirait des maifons avec une terre particulière & par encaiffement , en les garanti fiant de la pluie, avec un mortier de chauÿ & de fable, p. 37.
- Maillets dont fe fervent les Indiens pour maf-fiver les terrafles de leurs maifons, p. 1 o 1 , 108.
- MALABARES. Les Indiens Malabares obfervent encore les procédés de conftruélion qui font indiqués par Vitruve, p. 88 & fumantes.
- .MalthA , compofée avec de la poix ou de la réfine mêlée ayec de la chaux en poudre, p. 4,11, pu bien avec de la chair de figues , du fain-doux & de la chaux, p. 74.
- Marc d’olives dont les Romains frottoient les ferrafies de feqrs maifons, p. 51,
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- Table des Matières. xj
- Marsi ( M. l’abbé de ) , indique comment on bâtit en Afrique par encaiffement, & conformément aux procédés des Anciens, p. 12.
- Mélasse, fucre brut qui, mêlé dans de ieau , opère dans îe mortier ie même effet que le jagre qu’on emploie aux Indes, p. 92.
- Moellons ; les Romains n’en faifoient ufage, ainfî que des pierres de taille , qu’après les avoir laifle deux ans expofés à l’air, p. 2 1 , 6q.
- Mortier ou Ciment qu’on fait en Barbarie, p. 12.
- Mortiers. Moyen de leur procurer la dureté qu’on remarque dans ceux des Anciens, p. 54.. Mortiers impénétrables à l’eau en y incorporant de la glaife & de l’huile, p. 79,
- M URAILLES. On doit les préferver de toute humidité jufqu’à ce que le mortier de liaifon ou d’enduit ait pris confifiancc, p. 5 6.
- N
- N inus ( Pyramide de ), p. 1 6.
- Le Mémoire qui m’â été remis fur cette pyramide, n’en indique point l’emplacement. C’eft, je crois , le tombeau que Sémiramis fit con (bruire pour N inus, & qui eft marqué fur d’anciennes cartes à quelques diftances de la tour de Bélus. L’Auteur de ce Mémoire dit avoir trouvé, dans les éclats de pierres des pyramides, des grains de chaux bien confervçs.
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- Talde des Matières.
- O
- Observations fur la chaux & fur les enduits,
- PATLLE de froment dont on trouve une couche à la hafe de la tour de Béius, p. 3. Les Romains s’en fervoient pour garantir les bois de la chaux, p. 9. Elle entroit dans la compofition du mortier de confîruétion, & dans les briques crues que faifoient les Anciens,p. 6 , 7.
- Pavimentum , lignification de ce mot, p. 37.
- Pétrone , parle de l’excès auquel les Romains portoient le luxe des bâtimens, p. 35.
- Pharaon (roi d’Egypte) défend qu’on donne de la paille aux Ifraëlites pour compofer leurs briques, p. 6. II exige d’eux les travaux les plus pénibles, qui confiftoient à faire du mortier & des briques, p. 47.
- Pierres pàctices , qu’on lait en Barbarie par encaifiement, comme on y en faifoit du temps de Pline, p. il. Ces pierres, qui deviennent plus foiicles que de la pierre naturelle, fe font l’une fur l’autre , p. 13. Elles ne font point jointes enfemble avec du mortier, p. 79. Moyen de connoître les matières dont les pierres factices,
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- Tühîe des Matières, xiij
- ou briques crues des Anciens, ont été çompo-fées, p. 2.6.
- Une pareille brique qui auroit été ccmpofée avec de îa poudre de pierres & de la chaux, fans mélange de fable, rendrott, après avoir été cuite & trempée dans de l’eau , autant de poudre de chaux qu’une pierre calcaire qui auroit été cuite.
- Pierre pulvcrifée & pctrie avec de Peau, ne peut former un corps folide, p. i 6. Les pierres •tirées des carrières en été, doivent être expofées pendant deux ans à l’air avant de s’en fervir, p. 2i. Les pierres tendres ne peuvent rcfïfter à la pluie ni à la gelée , ibidem. Pierres qui forment îe parement de l’aqueduc de Jouy, p. y y.
- Fi-erre-ponce. Les Anciens pulvcrifoiept cette pierre, & en faifoient des briques crues, p. 2 i.
- P'IETRO DELLA y ALLE (Voyageur) 5 defcription qu’il fait des ruines de 1-a tour de Bélus, p. 31,
- Plâtre. Réflexions fur l’emploi du plâtre & de la chaux, p. 55. Le plâtre exige les mêmes précautions que la chaux pour acquérir de la confif-tance , p. 59, Remarques fur le plâtre, p, 6 5.
- Poix ou refîne, employée avec de la chaux pour faire de la maltha, p. 4, 11.
- Ponts. Les piles des ponts doivent être garanties, de toute humidité pendant au moins deux mois, P- 54-
- Postes , établies par les Empereurs Romains fur les routes militaires, en ufage en France fous Charlemagne , & rétablies par Louis XI, p. 3 9.
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- xiv Table des Matières.
- PozzoLANE. On peut fans bitume & fans poz-zolane , dit Vitruve, faire avec de ïa chaux, du fable & des briques, des bâtimens indeflruétibles, p. 52.
- Properce i idcc qu’il donne de la magnificence de la ville de Rome, p. 36.
- Pyramides d’Égypte. Ce fut en 1585 qu’on découvrit la direction des galeries de la plus feptentrionale de toutes les pyramides, p. 8.
- Jofeph (Flavius), liv. 11 des Antiquités Judaïques, dit que les Égyptiens contraignirent les Hébreux à bâtir ces pyramides ; cependant l’Exode ne fait aucune mention du tranfport ni de la taille des pierres : il y éft dit feulement que le roi d’Égypte exigeoit des Hébreux ou Ifraëlites les travaux les plus pénibles, qui confiftoient h faire du mortier & des briques. Plufieurs Hiftoriens & Voyageurs ont remarqué que les pierres des pyramides ont toutes la même longueur & la même largeur, & qu’elles ne font jointes enfemble par aucun mortier de liaifon. Cette proportion égale & déterminée, & la manière dont ces pierres fe trouvent jointes , autorifent •' à croire qu’elles peurroient avoir été formées par encaif-fcment, de même que les pierres fâélices qu’on faifoit du temps de Pline , & qu’on fait encore en Barbarie , qui ont les mêmes proportions que les pierres des pyramides, & qui ne font point jointes avec du mortier, parce qu’elles font fabriquées les unes fur les autres. Voyei Moreri au mot Pyramide, & î’Iiiftoire Moderne, tome X, page 44.0. M. Maillet (Conful de France au Caire ) dit, à la page 23 1 de Ja Description de l’Égypte, que la pointe du couteau ne peut pénétrer l’efpace qui-fépare ces pierres, tant elles font parfaitement
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- Table des Matières xv
- jointes enfemble; & page 2 yy , ii dit que. le parement; de la grande pyramide eft formé de deux cents huit aflifes de pierres qui compofent une hauteur de fix cents pieds, .& que ces pierres ont une largeur & une profondeur proportionnées. Il convient dans fà IX.e Lettre, que le granit fe broie aifément dans la main, & fe réduit en cailloutages de couleurs différentes. Voye^ ci-deffus au mot Granit. Il eft dit au fécond tome des Voyageurs modernes , page , (Voyage de M. Norden)/ que les lits extérieurs des pierres des pyramides font joints les uns aux autres par leur propre poids, fans chaux' ni plomb , & que ces pierres ne font pas à beaucoup près fi dures qu’on le croiroit pour avoir fubfifté fi long-temps. Et, à la page S 3. , il eft dit que la plus méridionale des pyramides de Dagjour, au fud de Memphis , n’eft bâtie que de grandes briques cuites att foleil, fur le fommet d’une montagne fablon-neufe; que fes quatre côtés font égaux, & qu’on y voit entr’autres quatre grandes pierres dont la moins épaiflë a vingt pieds de hauteur perpendiculaire. Cette pyramide pourroit être celle d’Afichis, roi d’Egypte, dont parle Hérodote, livre II, ôc qu’il dit avoir été bâtie en briques composées avec le limon du lac Mœris. On pourroit trouver à la bafe de cette pyramide un lit de rofeaux ou de paille de froment, comme oti en voit un à la bafe de la tour de Bélus, puifque ces monumens ont été également conftruits en briques crues. Dans un Mémoire qui m’a été remis, il eft dit qu’on trpuve des grains de chaux dans les pierres des pyramides ; mais comme je n’ai pu encore me procurer de ces pierres, je iaiflë à ceux qui iront dans le pays le foin de le vérifier : j’obferve feulement, d’après Pline, Moreri & l’hiftoire Moderne, qu’on a confervé en Barbarie le fecret de faire des briques crues ou pierres fa&ipes qui, fuivanî
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- xvj Table des Matières.
- l’Écriture Sa'nte, ont été en ufage chez lès Égyptiens 3 de même que ies Indiens Makfearfcs ont confervé fa manière dé bâtir de kiirs ancêtres', q-uiaje plus grand rapport avec les’pnoctd-cs-indiqués par Vitruve.
- Roseaux , mêles avec Je la paille à la bafe Je la tour Je Béius, p. 3. Se confervent dans le mortier Je chaux & Je fable, p. 9.
- SâELe. Le gros fable Si le'gravier n’entroient point dans la compofîtion dès briques' crues „ p. 17. Les Indiens Mâlabarés n’emploièftt point le fable de mer pour bâtir , p. 9 r.
- Sabulo mascvlüs. Sable dont les Romains fàifdient des briques crues, p. 24-.
- Siamois. Ufage que les Siamois ont confèrvé de mêler de la chaux en poudre avec de la refîne , p. 4, 1 K
- Spartien, dit qu'Adrien fît faire par les Légions romaines une partie des chemins qui traverfoient T Angleterre, p. 4.1.
- Stuc ou enduit qu’on fait aux Indes avec de la poudre dé cailloux , comme faïfôient les Romains avec de la poudre dé marbre, en y employant de la chaux en efflorefcenCe , après avoir été mouillée par afperfîon , p. 103. Manière d’étendre ce fine & de le polir, p. 105.
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- Table dés Matières,
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- Tact. parle des enduits luffrcs que fâifoient les Germains, p* 2.2. Explique les motifs qui ont déterminé l’emploi- des Légions Romaines aux travaux publics, p. 40.
- Teck , bois dont on fe fert aux Indes porr la conftruétion des Vaifïéaux & pour les planchers des maifons, p. dp, 99.
- Terrasses dont les Romains couvroient leurs maifons , & qui étoient compofées, comme les chemins , de quatre couches différentes de maçonnerie, p. 47. Surmontées par des toits qui ctoient fouterius par des piliers, p. 5 1. Enduites tous les ans avec du marc d’olives. Ibidem,
- Terra cretosa, pmnicofa , para ; lignification que les Anciens donnoient* à ces différentes expreffions , p. 22.
- T erre. Toute terre broyée & même mêlée avec de la paille hachée , ne peut refifier à la pluie , p. 16 , 3 3.
- Testa, tejlaceajlruélura. Les Anciens indiquoient par ces mots la brique cuite au four, & l’emploi qu’on en fàifoit, p. 2-9.
- Troglodites, p. 86. Ariffote dit que les Grecs donnèrent ce nom aux Pygmées qui habitoient dans des cavernes le long du Mil. Voye^ encore Sirabon , lib. XVIL
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- xviij Tahle des Matières*
- Tuile, tegula, quod ce de s légat, dit Ifîdore ; ês. celle qui étoit courbe , imbrex, quod accipiat imbres, p. 32.
- Tuileaux plats, dont fe fervent les Indiehs pour ia fuperficie des argamafces, de même que les Romains y employoient des carreaux de terre cuite, p. 102.
- V
- Vases,p. 83,
- M. le Vieux, Sculpteur à Paris, rue des Pojfés de M, le Prince, au petit hôtel de Condé, fait actuellement des vafes, de même que des ltatues de grandeur naturelle , en mortier de marbre ou de pierre, dont je lui ai donné le procédé,
- Ulpien , Miniftre de l’empereur Sévère, parie des contributions établies pour i’entretien des chemins publics, p. 43.
- Yoliges. Les Romains en couvroient les bois de charpente qui dévoient foutenir leurs terraiïes , p. 9, 47. Les Indiens fe fervent de planches ordinaires, p. 107,
- Fin de la Tahle des Matièress
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- £)epuis fimprefïion de mon Mémoire<, M. Melon, qui a été au Caire, in’a remis un fragment qu’il a détaché lui-même de l’une des pierres du parement de la grande pyramide. Ce fragment, qui étant fcié ou brifé, reffemble parfaitement à mes pierres faétices , n’a point de lit, & paroît être un mélange de fpath calcaire, de pierre du même genre & de fable très-fin.
- J’ai fait cuire plufieurs éclats de ce fragment, qui ayant été trempés enfuite dans de l’eau, ont exhalé de la fumée, comme auroit fait une pierre de chaux : j’ai pétri cette matière, qui a pris corps prefque auffi vite que du plâtre ,. & que j’ai polie comme on feroit un enduit de chaux & de fable fin. J’ai fait cuire en même-temps un éclat de l’une de mes pierres faétices , com-pofée avec du gypfe pulvérifé & de la chaux, & qui a produit le même effet. M. Melon m’a encore remis un fragment des pierres des anciens bâtimens qü’ôn voit à Alexandrie, & où l’on découvre un grain de brique cuite au feu, &c.
- M. le Marquis de Ludre a fait faire dans l’une de fes Terres en Lorraine , & d’après les procédés que je lui ai indiqués, un plancher en piêrres factices dans une vacherie qui contient quatre-vingts vaches, & qui depuis deux ans n’a éprouvé aucune dégradation. II a fait faire de
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- piême, en-1777, un vivier d’environ vingt-cinq pieds de longueur, lur fept de largeur & cinq de profondeur, qu’il a empoisonné, & fur lequel l’hiver n’a fait aucune impreffion. M. de Maralfé a fait mouler dans fa Terre de Mareuil en Champagne une quantité de briques crues, de neuf pouces fur quatre pouces & demi, & qui depuis deux ans ont réfifté aux injures de l’air. On verra au Prieuré de Jardy près de Verfailles, le plancher de la Chapelle fait l’année dernière en pierres faétices , & qui a déjà acquis pour le moins autant de dureté que de la pierre de S.* Leu. M. Fleuret, l’un des Pro-felîeurs de l’École royale de Soreze , a fait avec fuccès des pierres factices, d’après mon premier Mémoire. Un Archite&e nouvellement arrivé de Prulfe m’a affuré que les effais qui y ont été faits en pierres fa&ices ont réuffi, &ç.
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