Annales du Conservatoire des arts et métiers
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- ANNALES
- CONSERVATOIRE
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- P*IU». — 1MPEIMEKIE OICIBIIB-VILUSÎ ET m». ib. «Cil D*3 GSÀXD *-A CGCST tSJS.
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- ANNALES
- CONSERVATOIRE
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- PUBLIÉES PAR LES PROFESSEURS.
- 2' SÉRIE. — TOME V.
- PARIS,
- GAUTHIER-VILLARS ET FILS, IMPRIMEURS-LIBRAIRES
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS,
- Quai des Grands-Augustins, 55.
- 1893
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- ANNALES
- CONSERVATOIRE
- DES ARTS ET MÉTIERS.
- L’IXDUSTRIE
- DES TRANSPORTS
- DANS LE PASSÉ ET DANS LE PRÉSENT. PROGRÈS RÉALISÉS. — EFFETS DIRECTS ET INDIRECTS. Par M. A. DE FOVILLE.
- PREMIÈRE PARTIE.
- CAUSES PRINCIPALES DE LA RÉVOLUTION QUI S’EST FAITE DANS L’INDUSTRIE DES TRANSPORTS.
- 1. — Transformation simultanée des voies, des moteurs et des véhicules.
- L’économiste, comme l’ingénieur, peut distinguer dans tout transport quatre éléments : le fardeau, le véhicule, le moteur et la voie. Or le progrès industriel, fécondé alternativement s* Série, /. V. i
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- 2 A. DE FOVfLLE.
- par l'esprit d'invention, qui enfante les idées nouvelles, et par la science, qui en raisonne l'exploitation, a transformé tout à la fois les véhicules, les moteurs et les voies. De cette triple transformation, les chemins de fer et la navigation à vapeur sont l'expression la plus saisissante; mais ces merveilleux instruments ne doivent pas nous faire oublier que les anciens moyens de locomotion se sont eux-mêmes perfectionnés et développés au delà de toute attente.
- 2. — Perfectionnement des transports par terre.
- Sur terre, la locomotion a trouvé, en dehors même du rail et de la vapeur, des facilités de plus en plus grandes.
- En ce qui concerne la voie, c’est d’abord la construction des routes, des chemins, des ponts; puis leur amélioration; puis aussi leur multiplication.
- En ce qui concerne le moteur, c’est l’animal, bêle de somme ou bête de trait, remplaçant l’homme en attendant que la machine vienne remplacer l’animal. Et l’animal, ainsi que l’homme lui-même, commence par cumuler la double fonction de moteur et de véhicule; mais l’apparition successive de la corde et de la roue leur permet bientôt de traîner, au lieu de porter, et à mesure que s’allège le véhicule, traîneau d’abord, puis charrette, puis voilure, la traction devient moins laborieuse et plus rapide. La variété même des engins répond efficacement à la diversité des problèmes à résoudre et l’on sait combien de formes différentes l’art du charron et l’art du carrossier ont été amenés à donner à leurs produits, depuis le camion ou le fardier jusqu’au landau ou à la Victoria, et depuis le cab anglais jusqu’à l’omnibus à trois chevaux, sans oublier d'autres types plus modestes, mais non moins ingénieux, comme la vieille brouette du terrassier ou comme ces voitures d’enfant que la mère pousse devant elle. La bicyclette elle-même, née d’hier, n’est-elle pas en train de conquérir le monde?
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- .N SPORTS.
- 3. — Perfectionnement de la navigation intérieure.
- La navigation intérieure olfre aussi, de nos jours, de tout autres ressources qu’auirefois. Sans doute nos fleuves et nos rivières existaient déjà ii y a mille ans. Ils se voyaient même alors d'autant plus fréquentés que les routes faisaient presque entièrement défaut. Mais l’ancienne batellerie avait bien de la peine à faire son métier sur ces cours d’eau à l’état natif où des obstacles de toutes sortes entravaient ses opérations. Certes le fleuve qui traverse la capitale de la France a toujours été réputé tranquille entre tous : il a cependant fallu d’énormes travaux pour en faire ce qu'il est aujourd'hui. Rien ne ressemble moins à la vieille Sequana, égarée dans ses marécages, ou même à la Seine d'il y a cent ans, qu’on mettait un mois à remonter entre Rouen et Paris, que la Seine d'aujourd’hui et surtout la Seine de demain, endiguée, draguée, canalisée, sectionnée en vingt bassins successifs par de savants barrages et de monumentales écluses!
- Un grand nombre de rivières sont ainsi devenues ou deviendront bientôt accessibles à des bateaux d’un tonnage que jadis la mer elle-même ne connaissait pas.
- Puis à ces cours d’eau naturels sont venus s’ajouter les cours d’eau artificiels, les canaux, au moyen desquels on relie deux à deux les bassins fluviaux que la nature avait séparés. Les canaux ne sont pas, comme les rivières, « des routes qui marchent n. Ils n'en sont pas moins commodes pour cela, car si le courant des rivières aide ceux qui n’ont qu’à le descendre, il contrarie dans une égale mesure ceux qui ont à le remonter; d'autre part, le canal, creusé par la main de l’homme, fait beaucoup moins de détours que la plupart des rivières. On peut donc avec 5oo kilomètres de canaux bien conçus, non seulement doubler, mais quintupler peut-être l'utilité de 5oo kilomètres de cours d’eau navigables. Le Nord, le Centre et l’Est de la France sont, à cet égard, assez bien pourvus; mais le défaut d’uniformité dans le mode de construction de nos canaux (tirant d’eau, écluses, ponts, etc.) paralysait sin-
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- gulièrement les progrès de la navigation intérieure. L’exécution, même incomplète, du grand programme de travaux publics de 1878 a beaucoup fait pour améliorer cet état de choses et, jusque sur les canaux, le tonnage moyen de notre batellerie tend à se relever considérablement.
- Quant aux moyens de traction, en dehors du touage et du remorquage à vapeur, ils n’ont guère varié et les essais de halage funiculaire qui ont eu lieu à Tergnier et à Charenton ne semblent pas avoir inspiré grande confiance aux intéressés. Le type même des bateaux reste très primitif, surtout sur les canaux.
- 4. — Perfectionnement de la navigation maritime.
- Sur mer, au contraire, que de transformations le navire avait déjà subies avant notre Siècle ! 11 y a loin du radeau qui se laisse aller à la dérive à la barque que la rame fait glisser sur l’eau et que dirige le gouvernail. Mais il y a loin aussi du bateau à rames, fût-ce la galère royale de Henri IV, au bateau à voiles qui, barque ou clipper, arrive à se faire conduire par le vent là même d’où le vent semblait devoir le chasser. Dirons-nous que la voie a eu, comme le véhicule et comme le moteur, son rôle dans les progrès de la navigation maritime? On nous objecterait que la voie, ici, c’est la mer et que, de toute notre planète, la mer est ce qui a le moins changé depuis les commencements de l’histoire. A plusieurs points de vue, cependant, le navigateur est beaucoup mieux servi maintenant qu’il ne l'était jadis parles chemins qui s'offrent à lui sur l’immense plaine des eaux. Au départ et à l’arrivée, il a le bénéfice des sacrifices considérables que se sont imposés tous les États civilisés pour rendre leurs ports plus hospitaliers et plus sûrs. Les phares, les sémaphores, les bouées lui prodiguent aujourd’hui de salutaires avertissements que n’ont connus ni la prudence d'Ulysse errant sur la Méditerranée, ni le génie de Christophe Colomb à la recherche d’un monde nouveau. Le pilotage est organisé partout où il est nécessaire. Rappelons aussi que, sur certains points, l’homme a su faire disparaître.
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- l'industrie des transports. 5
- ou rendre inoffensifs des écueils longtemps fameux par la fréquence des naufrages qu’ils causaient.
- Les itinéraires maritimes se sont eux-mêmes, avec les siècles, singulièrement modifiés. Les premiers navigateurs, n’ayant pas de caries, ne pouvaient guère faire que du cabotage. L’astronomie d’abord, la boussole ensuite, les ont mis à même de prendre le large sans s’égarer. Puis sont venus, de nos jours, deux faits nouveaux qui ont encore, l’un en abrégeant, l'autre en allongeant les parcours, hâté considérablement la traversée des mers : c’est le percement des isthmes, d’une part; c’est, d’autre part, l’utilisa lion méthodique des courants marins et atmosphériques. Le canal de Suez, à lui seul, en réduisant de i5oo lieues l’écart existant entre l’Europe et l’Extrême-Orient, a révolutionné l’ancienne géographie terrestre et océanique. A cette éclatante victoire a malheureusement succédé, pour le grand Français qu’elle avait illustré, une lamentable défaite; mais qui oserait affirmer que l’Amérique centrale, tôt ou tard, ne se laissera pas traverser aussi? Puis il y a toute la série des isthmes péninsulaires dont la perforation est commencée, projetée ou rêvée, depuis la Floride jusqu’à Malacca, depuis l'Écosse jusqu’au Danemark, depuis Perekop et Corinthe jusqu’au cap Cod, depuis la presqu’île italienne (canal de Fano à Castro) jusqu’à la presqu’île ibérique (canal de Bordeaux à Xarbonne), etc.
- Et le siècle des Lesseps a aussi été le siècle des Maury. C’est Maury, plus que tout autre, qui, en combinant l’étude des courants atmosphériques avec celle des courants marins, a appris aux navigateurs que, pour eux, la ligne droite n’est presque jamais le chemin le plus court d’un point à un autre. La plaine liquide a ses roules qui marchent, elle aussi, et pour chaque mer, pour chaque saison, les voiliers savent maintenant qu’en suivant telle ou telle direction la double poussée de l’air et de l’eau les conduira rapidement au port. Dans bien des cas, la détermination de ces itinéraires privilégiés a pu réduire de moitié la durée des traversées.
- On voit — et nous tenions à le bien faire voir — que sur mer comme sur terre, en dehors même des prodigieux services que la machine à vapeur était destinée à lui rendre, l’in-
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- dustrie des transports a été, de tout temps, efficacement condée par les progrès de la science.
- 5. — La vapeur sur mer et sur terre.
- Mais il est temps d’arriver à l'œuvre incomparable des Watt, des Fulton, des Slephenson...II n’y a pas beaucoup plus d'un siècle que la machine à vapeur a fait son apparition en Europe, et le travail qu’elle fournit aux peuples civilisés, environ 5o millions de chevaux-vapeur, équivaut déjà à celui d’un milliard d’ouvriers adultes. La force motrice dont l’humanité dispose se trouverait donc, de ce seul chef, doublée, triplée peut-être. Partout où fonctionne la machine à vapeur, sa fonction consiste à transformer du calorique en mouvement, et c’est le plus souvent à de véritables transports qu’elle est employée. En France, par exemple, sur 5 millions de chevaux-vapeur, les chemins de fer en prennent 3 millions et demi, et les bateaux (marine de guerre non comprise) absorbent presque la moitié du surplus, laissant aux machines fixes moins de i million de chevaux-vapeur.
- On sait que, dans l’histoire des conquêtes de la science et de l’industrie, le steamer a précédé le railway. Les essais du marquis de Jouffroy remontent à 1776 et 1783, ceux de Fulton à i8o3, et c’est en 1807 que le Clermont remontait pour la première fois l’Hudson, de New-York à Albany. Mais l’outil nouveau, d’abord imparfait, eut peine à se faire accepter. En 1814, l’Angleterre elle-même ne possédait que deux petits bateaux à roues et, vers i835 encore, un illustre ingénieur de Londres expliquait que jamais un navire à vapeur ne franchirait l’Atlantique, faute de pouvoir embarquer la quantité de charbon nécessaire pour une telle traversée. On mettait alors, pour aller avec la voile d’Europe en Amérique, non plus soixante-dix jours comme Christophe Colomb (1 ), mais vingt-
- (;; Les caravelles du xv« siècle, notamment celles de Colomb, faisaient souvent n et u nœuds à l'heure; mais l'irrégularité do leur marche et l'incertitude de leur itinéraire réduisaient considérablement la vitesse moyenue des traversées.
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- LINDtSTRIE DES TRANSPORTS. 7
- cinq. Le Sirtus, en i838, fit en dix-sept jours, grâce à la vapeur, le trajet de Cork à New-York et, peu de temps après, le Great Western mettait treize jours et demi seulement à revenir des États-Unis. Le voyage s’effectue aujourd’hui deux fois plus vite que cela, en attendant mieux. C’est que l’art des constructions navales a singulièrement grandi depuis soixante ans. L’hélice a remplacé la roue; les coques de bois ont fait place aux coques d’acier; et les machines qui actionnent les steamers actuels sont autrement puissantes et sûres que celles d’autrefois. Les compound à double et triple expansion ont à ce point développé leur rendement que le cheval-vapeur n’y consomme plus, par heure, qu’un kilogramme de charbon, au lieu de quatre ou cinq. El c’est ainsi que des légions de palais flottants, dont chacun porte dans ses flancs une foule d’habitants et des masses de marchandises, franchissent incessamment les mers avec une vitesse comparable à celle de nos trains omnibus.
- El pendant que la vapeur offrait au navigateur ces résultats inespérés, les chemins de fer, de leur côté, révolutionnaient sur terre l’industrie des transports. Nous n’avons pas à refaire ici l’hisloire de cette mémorable épopée, ni à rechercher dans quelle mesure Stephenson en doit partager la gloire avec ceux qui avaient été les précurseurs ou avec ceux qui ont été les continuateurs de son œuvre. Constatons seulement que les chemins de fer se sont, eux aussi, transformés tout en se propageant et que les perfectionnements successifs de l’outillage n’ont pas moins contribué que la multiplication des lignes et le développement des réseaux à faire de la locomotive l’agent le plus actif de la civilisation contemporaine.
- L'Exposition de 1889 a remis sous nos yeux, en même temps que les chefs-d’œuvre des constructeurs actuels, l’humble matériel des premiers railways de la Grande-Bretagne. Quel contraste entre le chétif Rocket de 1829 et ces machines à 8 et 12 roues qui, avec leur eau et leur charbon, pèsent 90000 kilogrammes! Quel contraste aussi entre les wagons primitifs et ceux d’aujourd’hui! A ces tombereaux découverts où les voyageurs étaient moins bien traités que ne le sont maintenant les animaux de boucherie et même à ces
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- L. DE
- VILLE.
- étroites cellules où les privilégiés d’il y a cinquante ans s’entassaient comme des prisonniers, comparez ces grandes voitures à boggie, sleeping cars, dintng cars et autres, qui courent d’un bout du monde à l’autre, offrant à leurs hôtes tout le confort et toute la liberté de mouvement compatibles avec une vitesse de i5 et 20 lieues à l’heure! {PI. I).
- Les chemins de fer n'ont pas dit leur dernier mot et peut-être nos arrière-neveux souriront-ils quand on leur montrera le matériel dont nous nous enorgueillissons, comme nous sourions quand on exhume devant nous celui qui faisait l’admiration de nos pères. Mais les améliorations réalisées et pour le transport des voyageurs et pour le transport des marchandises sont déjà considérables et, en rapprochant le passé du présent, on serait tenté de dire que nous devons plus encore à la transformation des chemins de fer qu’à leur création même.
- 6. — Circulation urbaine.
- Les tramways sont venus, à leur tour, offrir leurs services aux agglomérations urbaines. Logiquement, ils auraient pu précéder les chemins de fer et, de fait, certaines mines utilisaient déjà, il y a deux cents ans, pour faciliter aux chevaux la traction du minerai, des rails ou plutôt des ornières de bois. Mais ce n’est qu’au milieu de ce siècle qu’on a vu les grandes voies des grandes villes s’ouvrir, timidement d’abord, à cette profitable combinaison. De nos jours, ce mode de locomotion est devenu si usuel dans les deux mondes qu’on s’étonne de ne pas l’avoir vu se généraliser plus tôt.
- Les omnibus à rails n'excluent pas, d’ailleurs, les omnibus à roues libres. Ceux de Londres ont pour eux la légèreté, la vitesse et le savoir-faire que suscite la libre concurrence. Ceux de Paris, plus majestueux comme construction, comme attelages et comme allures, ont aussi recruté une énorme clientèle (-.
- {•) Il monte annuellement plus de 100 millions de vovageurs dans les omnibus de Paris; pour les tramways parisiens, on arrive* aussi à plus de 100 millions, banlieue comprise.
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- I AXS PORTS.
- Autour (le ces édifices roulants, évolue l'essaim toujours plus nombreux des véhicules isolés, voilures de maîtres, voitures de place, voitures de commerce surtout. Ajoutez encore les bateaux-omnibus, les chemins de fer métropolitains, etc...
- Tout cela représente une somme et une intensité de mouvement dont resteraient confondus, s’ils pouvaient assister un instant à ce fiévreux spectacle, tous ces bons bourgeois du vieux Paris pour lesquels c’était déjà une surprise que de voir de loin en loin un chariot mal suspendu se hasarder dans le tortueux dédale de leurs petites rues.
- 7. — Télégraphie électrique, etc.
- Nous ne parlerons que pour mémoire des aérostats, dont l’emploi, jusqu'ici, n'a rien d’industriel. Il n’en est pas de même de l’électricité, dont les applications pratiques sont déjà très nombreuses et très variées. Comme moteur, l’éleciricitc peut tout ce que peut la vapeur; et seule elle a su résoudre certains problèmes que les siècles passés ne se posaient même pas, comme le transport de la force à distance et comme la transmission instantanée de la parole. La télégraphie électrique et le téléphone communiquent presque aux hommes le don d'ubiquité, et l’usage en est devenu si quotidien d'une part, si universel d'autre part, que nous ne songeons même plus à nous étonner de cette merveilleuse conquête, qui est comme le couronnement de toutes les autres victoires de la science moderne.
- Nous venons de passer rapidement en revue les principales innovations qui, d’âge en âge, et surtout de nos jours, ont rendu aux hommes et aux choses le mouvement de plus en plus facile dans les pays civilisés. De cette grande révolution industrielle dont nous venons d'énumérer les causes, il nous reste à dire les effets.
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- L. DE FOV1LLK.
- DEUXIÈME PARTIE.
- EFFETS DIRECTS DES PROGRÈS DE L’INDUSTRIE DES TRANSPORTS.
- 8. — Réduction générale des distances.
- Réduire les distances, rapprocher l’une de l’autre les diverses parties du monde, tel est l’effet essentiel auquel aboutissent tous les progrès réalisés en matière de transports. On parle au figuré, bien évidemment, quand on affirme la réduction des distances : H y a toujours entre deux points donnés du globe le même nombre de lieues ou de kilomètres. Mais cette façon de s’exprimer est depuis longtemps consacrée par l’usage, et elle a le mérite de résumer très intelligiblement un ensemble de phénomènes assez complexe. C’est en tant qu’ob-stacle aux attractions réciproques des hommes et des choses que la distance peut être assimilée à une variable décroissante. Il est incontestable que l’espace, ici-bas, oppose au mouvement une moindre résistance qu’outrefois et, quand on y regarde de près, on voit que ce rapprochement universel, qui est le grand fait économique de l’histoire contemporaine, provient à la fois : i° de ce que les transports sont devenus plus rapides; de ce que les transports sont devenus moins coûteux; 3° de ce que les transports comportent moins de risques.
- Examinons, sans nous y arrêter trop longtemps, ces trois faces du problème.
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- [/INDUSTRIE des transports.
- 9. — Accélération des transports.
- Voilà un fait capital. La distance, c’est du temps pour celui qui a un parcours quelconque à effectuer, et la durée du voyage est en raison inverse de la vitesse dont on dispose. Or, sur terre et sur mer, le mouvement a toujours été s'accélérant au fur et à mesure que les voies, les moteurs et les véhicules se perfectionnaient. L’homme primitif, malgré la supériorité probable de sa vigueur musculaire, ne circulait pas aussi vite que nous, parce que les chemins frayés lui manquaient. Nos explorateurs africains et autres savent ce qu’il faut d’heures pour faire une lieue sur un sol encore vierge où l’on a à compter tantôt avec les sables mouvants, tantôt avec les fourrés et les lianes, tantôt avec les marais et les fondrières (' ).
- Même sur le terrain le plus favorable, l'homme marche et court moins vite que beaucoup d’animaux. 11 y a peu de gens qui puissent arpenter plus de 4<>k“ par jour. Dans les grandes courses à pied qui ont, cette année même, passionné tant d’amateurs, les vainqueurs ont fait le double, et parfois davantage; mais ce sont là des tours de force qu’on ne peut citer qu’à titre d’exceptions.
- Parmi les animaux de trait et les bêtes de somme, le bœuf et l’âne sont seuls à cheminer plus lentement encore que nous. Le chameau, l’éléphant donnent jusqu'à iookm par jour, le renne, 120 ou i5o. Un cheval de course fait momentanément i5 mètres par seconde et plus; un bon cheval ordinaire, attelé, fait facilement io1* ouiak® par heure et6ok® par jour. Mais ces chiffres supposent un chemin en bon état, un véhicule léger: et, comme c’étaient autrefois choses rares, les voitures de nos pères étaient bien plus longtemps en route que les nôtres. Des calculs publiés par le ministère des travaux publics avant 1870 faisaient ressortir, pour les voyageurs ordinaires, la vitesse
- . Le capitaine Binger {Du Niger au golfe de Guinée, 1892 a vu, à Kong, de fervents musulmans qui, traversant à pied l'Afrique dans sa plus grande largeur, avaient fait le double pèlerinage delà Mecque et de Stamboul. « Ce voyage prend, en moyenne, sept années à un musulman du Soudan. * ( Journal des Débats, 2 fév. 1892.;
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- FO VIL LE.
- moyenne des voitures publiques, arrêts compris, à av”,a par heure au xvu' siècle, à 3l”,4 à la lin du xviii*, à 4l“>3 en 1814, à6l”,5 vers iS3o et à 9l",5 vers 1848. On peut dire que, de la fin du siècle dernier au milieu du siècle actuel, la vitesse moxenne des voyages avait triplé et que, grâce aux malles-postes, la rapidité possible avait quadruplé. C’est un résultat tout à fait comparable à celui que les chemins de fer allaient produire à leur tour.
- Sur les chemins de fer, comme sur les routes,l’accélération
- Fig. ..
- HF
- a été progressive. La première locomotive de Siephenson faisait à peine 65oo“ à l'heure. Quand son Hochet remporte en 18291e prix du concours organisé sur la ligne de Liverpool à Manchester, les juges constatent qu’il peut traîner i3 tonnes (le poids d'un wagon de marchandises actuel) à raison de 6 lieues à l'heure (fig. 1 ). En 1840, les trains de chemins de fer anglais comportaient trois vitesses différentes : 10 lieues et demies l’heure, 8 lieues et 5 lieues. A la même époque, la vitesse maximum prévue par les règlements français n'était que de 8 lieues. Il y a encore en France, à plus forte raison en Allemagne, en Suisse,en Italie, en Espagne, etc., bien des trains qui se contentent de ces allures modestes. Mais sur les grandes lignes, en France, en Angleterre, en Amérique, on n'a rien né-
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- [/industrie des transports.
- gligépour activer la course des « rapides «.Celui de Calais, entre Amiens et la mer, fait 74im à l'heure, 18 lieues et demie. Certains express anglais atteignent et dépassent 20 lieues. L’Amérique a vu, le 14 septembre 1891, un train dei 17 tonnes courir de New-York à Buffalo à raison de 95km,8, arrêts compris, soit 98*®,9, arrêts déduits. Le 27 août précédent, à New-Jersey,une locomotive Wooten et trois voitures à voyageurs ont donné, pendant quelques instants, i35lm et même »45k® à l'heure. Si de telles vitesses sont déjà possibles, on conçoit qu’elles pourraient être sensiblement dépassées avec des voies, des véhicules et des moteurs spécialement appropriés.
- En résumé, on peut dire que la rapidité des voyages avait triplé sur les routes de la fin du xviii* siècle au milieu du xix®, que la locomotive a presque immédiatement su courir trois fois plus vite que les meilleurs chevaux de poste et que le jour n’est peut-être pas éloigné où certains chemins de fer, au lieu des 8 lieues à l’heure de 1840, auront des trains faisant trois fois autant de kilomètres dans le même temps. Dès aujourd’hui, nous serions plutôt au-dessous de la vérité qu’au-dessus en disant que la vitesse des voyages, dans bien des directions, a décuplé depuis cent ans etvingtuplé depuis deux cents ans.
- C’est une conclusion saisissante. Elle le devient encore davantage quand on lui donne la forme graphique, comme l’a fait ingénieusement M. Cheysson. Il prend comme point de départ les comparaisons suivantes :
- Durées successives des trajets, en heures.
- De Paris il: I«X>. 17S2. ISM. ISM. ISÔi. 1SS7.
- Calais....... 123 60 4<> 28 6 40 4 32
- Lille........ io5 42 34 22 4 5o 3 5o
- Strasbourg.. 21S 108 70 47 1040 849
- Genève....... 245 i5$ 70 48 1951 11 3o
- Nice......... 438 221 140 98 65 3o 18 24
- Marseille.... 359 184 112 80 38 20 i3 58
- Toulouse.... 33o 198 104 70 3i i5 15 i3
- Nantes....... 172 90 56 37 9 33 7 23
- LeH&vre.... 97 52 3i 17 5 i5 4 10
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- El, au moyen de ces chiffres comparatifs, le savant ingénieur dessine six cartes de France concentriques, dont les dimensions de plus en plus réduites correspondent à la durée des voyages aux six époques considérées {PI. II). Rien n’est plus curieux, plus suggestif et même plus troublant pour l’esprit que de voir ainsi la grande France d'il y a deux cents ans se réduire progressivement, se rétrécir peu à peu comme la peau de chagrin de Balzac, et ne plus représenter, à la fin du xix* siècle, qu’une surface six ou sept cents fois moindre qu’au temps de Louis XIV. Il en est de même des autres États, dont les frontières ne se sont pas moins resserrées que les nôtres; et à voir ainsi les continents fondre, pour ainsi dire, on se défendrait malaisément d’une sorte d’effroi si l’on n’avait la ressource de retourner les proportions et de se dire qu'en somme c e n ’est pas la terre quiestdevenuepetite, maisl'hommequiest devenu grand.
- Le contraste entre le présent et le passé est moins saisissant, quand il s'agit du mouvement des marchandises. La petite vitesse de nos chemins de fer ne justifie que trop son nom. Xos trains de marchandises font habituellement de aokn* à 3ok® à l’heure, et même, en tenant compte de leurs nombreux arrêts ou garages, ils ne donnent presque jamais moins de i5k®. Mais rien ne sert de courir: il faut partir à point et ne pas perdre trop de temps au commencement et à la fin du voyage. Tout compris, nos règlements permettent aux compagnies de prendre un jour pour la réception, un jour pour la livraison, plus un jour par aook“ ou fraction de aook® à parcourir (précédemment c’était i25ku*). Encore ces conditions ne sont-elles exigibles que lorsque l’expéditeur n’a pas réclamé le bénéfice d’un tarif réduit. On arrive ainsi, dans bien des cas, à des moyennes de moins d’une lieue à l'heure, et ce n’est pas de quoi faire honte à l’ancien roulage. L’accélération des messageries est tout autre dans certains pays étrangers, notamment en Angleterre.
- Au point de vue de la vitesse des parcours, la navigation intérieure se prête mal aux comparaisons d’ensemble et telle lourde péniche, halée à petits pas d’écluse en écluse, n’a rien à envier, comme lenteur, à celle qui suivait la même voie il y à cent ans. Mais, dans bien des cas, l’accélération est aussi
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- USTRIE DES TRANSPORTS.
- grande pour la batellerie que pour les transports effectués par terre. Qu'il suffise de rappeler que, sous Charles X, il fallait aux bateaux ordinaires tout près d’un mois pour remonter de Rouen à Paris : aujourd’hui le trajet est de trois jours à peine pour les convois toués ou remorqués, et de 28 à 3o heures pour les porteurs à vapeur isolés (1 ) !
- Faisons aussi remarquer — l’observation a son importance — que la multiplication des voies intérieures, routes ou canaux, abrège sensiblement les itinéraires en permettant d’aller directement d’un lieu à un autre. Plus les mailles du réseau se resserrent et moins chaque voyage comporte de détours. Nous avons ailleurs démontré qu’en doublant la viabilité d'un pays, on rapproche d’au moins 15 pour 100, en moyenne, les localités qui étaient déjà desservies, mais qui l’étaientmal. Pour les portions du territoire où toute facilité d’accès faisait défaut, il est clair que le service rendu par les voies nouvelles est encore bien plus grand.
- Sur mer, les traversées se sont réduites ou accélérées dans des proportions surprenantes. Les voiliers eux-mêmes, mieux construits et surtout plus habiles à profiter des courants atmosphériques ou marins ( votr § 5), ont à peu près doublé leur parcours annuel (2). Quant à la marine à vapeur, qui se développe de plus en plus, tandis que la marine à voiles décline, elle a surtout pour elle la célérité et la sûreté de ses mouvements. Les transatlantiques ne restent déjà plus que cinq ou six jours en route, au lieu de deux ou trois semaines (3),
- ;1 j Voir les Notices sur l’exposition des Ponts et Chaussées, 1889.
- Tout récemment le quatre mâts anglais Howard Troop a été en 14 jours de Greenock à New-York, et le trois mâts barque français Pierre Corneille, de Rouen, a passé de Sharpness à Melbourne en 85 jours. Le cinq mâts France, de Bordeaux, a mis 10S jours seulement à venir d’Iquique (Pérou)à Dunkerque.
- [ ' ) De Queenstown à New-York, les traversées les plus rapides ont duré : En 1866, S jours a heures 4$ minutes (Scotia}.
- En 18S0,7 — 7 — aî — (Arizona
- En iSSô, 6 - 5 — ii — (Etruria).
- En 1891, 5 - 16 — îi — ( Teutonic).
- Le parcours du Teutonic avait été de âi;}»1" milles marins). En
- mars 1892, le Majestic a fait 53o6k* (2860 railles) en 5 Jours 20 heures et 2a minutes, ce qui fait une vitesse moyenne encore plus élevée.
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- et l’on se promet de les faire bientôt marcher plus vite encore (25 nœuds à l’heure).
- Les océans se rétrécissent ainsi, presque autant que les continents, et l’Amérique se rapproche à grands pas de l’Europe, comme tout à l’heure nous voyions la Garonne et le Rhin se rapprocher de la Seine. Les caries de M. Cheysson nous mettent aussi sous les yeux ce phénomène de contraction et ses deux séries d’images méritent une attention égale.
- Même pour les marchandises, la vapeur a au moins triplé la célérité moyenne des transports maritimes. Les spécialistes, il y a vingt ans, considéraient la tonne-vapeur comme équivalant déjà, par la promptitude et la régularité des mouvements, à trois tonnes-voile. Les allures actuelles permettent aux armateurs et aux statisticiens anglais de soutenir qu'à tonnage égal la vapeur produit bien quatre ou cinq fois autant d’effet utile que la voile.
- S’il est vrai de dire que les voiliers mettent moitié moins de temps qu’autrefois à atteindre les mêmes ports et que les steamers opèrent cinq fois plus vite que les voiliers, on arrive à celte conclusion que la science moderne, sur mer comme sur terre, aurait décuple la rapidité des transports!
- Le service postal, naturellement, profite de toutes les facilités d’accélération qui lui sont offertes par les voies et moyens de locomotion perfectionnés; et il a lui-même appris à éviter les pertes de temps qui jadis retardaient et le départ et la distribution des correspondances. Mais, si expéditive qu’elle soit devenue, la poste paraît maintenant bien lourde et bien lente à côté de sa sœur cadette, la télégraphie électrique, qui fait communiquer d’un instant à l’autre, à toute heure du jour, les cinq parties du monde. Théoriquement, le télégraphe, comme rapidité de transmission, avait atteint du premier coup l’extrême limite du possible. En fait, le progrès a trouvé a s'introduire là aussi et l’écoulement, sur chaque fil, est devenu de plus en prompt, de sorte que les dépêches attendent bien moins longtemps leur tour et qu’il passe beaucoup plus de mots dans le même temps. Le télégraphe à cadrans ne transmettait que quinze à vingt dépêches de vingt mots par heure. L’appareil Morse en donne vingt-cinq ou trente; l’appareil.
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- 'B.YXS PORTS.
- Hughes, quarante ou cinquante; l’appareil Wheatstone va jusqu'à cent.... Puis sont venus les duplex, les triplex, les multiplex, qui, permettant plusieurs transmissions simultanées (4 ), augmentent encore dans des proportions inespérées le rendement des lignes sur lesquelles ils travaillent. Les fils et câbles télégraphiques étant ainsi, tout à la fois, plus actifs et plus nombreux, l’instantanéité des communications électriques devient plus réelle. 11 suffit, pour s’en convaincre, de comparer les journaux actuels à ceux d'il y a dix, vingt ou trente ans. Le monde entier sait maintenant, chaque soir, ce qui se passait le matin dans le monde entier.
- 10. — Abaissement du prix des transports.
- Si les distances se mesurent en heures, elles se mesurent aussi en argent et, dans la majorité des cas, le voyageur, avant de se meure en route, l’expéditeur avant de faire un envoi, se préoccupent encore moins de la durée du trajet que de la somme à débourser (*). Si donc les prix s’étaient accrus en même temps que les vitesses, nous serions loin d’avoir l’impression que les distances se sont réduites. Elles se seraient réduites pour le riche; pour les petites bourses, c’est le contraire qui serait vrai. Mais la réduction des prix a presque toujours marché parallèlement avec l’accroissement des vitesses; et, cela étant, au rapprochement résultant de l’accélération s’ajoute le rapprochement résultant d’une moindre dépense.
- L’économie réalisée prend des proportions énormes quand on compare à nos moyens de locomotion perfectionnés les procédés primitifs dont se contentaient forcément les premiers hommes et dont se contentent encore les pays restés à l’état
- Avec le multiplex de M. Mercadier, on peut expédier à la fois sur le même fil douze dépêches, «oit dons un sens, soit dans l'autre.
- ( * C'est ce que constatait M. de Franquevlllc en i865 : « Toujours à côté d'un tarif spécial avec délai allongé, disait-il, on trouve un tarif général un peu plus élevé et le délai réglementaire. Or il est à peu prés sans exemple qu’un expéditeur choisisse les tarifs les plus élevés avec un délai moindre. On choisit toujours les tarifs les plus bas avec des délais plus longs. On veut bien de la vitesse, mais on ne veut pas la payer. » a* Série, t. V. a
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- L. DE FOVILLE.
- barbare. Un récent rapport du capitaine Brosselard-Faidherbe, au retour de sa mission dans la Mellacorée, nous montre que la tonne de marchandises, pour passer de la côte au Niger (3ookm), voit son prix majoré de i200fr. Il faut quarante noirs payés chacun ifp par jour, pour porter ioook* de sel, par exemple, et c’est à peine s’ils peuvent, chargés de la sorte, faire iok“ par jour. La tonne kilométrique ressort ainsi à 4fr. Dans d’autres directions, où le service des porteurs n’est même pas organisé, on arriverait à des prix bien plus élevés encore.
- En France même, on peut évaluer à 4fr par tonne et par kilomètre le prix des transports effectués à dos d’homme, dans le cas d’un porteballe qui, pour 3fr,6o par jour, porterait à 3okm une charge de 3ok«.
- Passons de l’homme aux quadrupèdes: en fait de transports, c’est progresser. Le muletier, avec deux bêtes portant chacune i75k* et faisant 3okm par jour, peut déjà réduire à itr environ la tonne kilométrique. En Russie, les blés qui vont à dos de cheval chercher un port d’embarquement voyagent à raison de ofr,5oou ofr, 75 quand la route n'est pas trop mauvaise (’)• Pour les transports qui se font à dos de chameau, par caravane, dans le Soudan, le général Daumas n’arrivait guère qu’à ofr,5o.
- Le roulage marque un pas de plus dans la voie du bon marché. Àrago allait peut-être un peu loin en chiffrant à 90 pour 100 l’économie procurée par ceux qui les premiers attelèrent le cheval au lieu de lui charger le dos. Toujours est-il que tel animal qui fléchirait sous un poids égal au sien peut aisément traîner une voiture de 5ook», chargée d’un fardeau triple (iôoo^). Sur nos routes, il y a cent ans, la tonne kilométrique revenait encore à ofr,5o environ (décret du 6 ventôse an U); mais, dès le début du xixe siècle, on arrive à de moindres
- (’) Voir le Moniteur officiel du commerce du ««janvier 1891. Les transports par charrettes, sur les vagues chemins des provinces méridionales, coûtent presque aussi cher que les transports à dos de cheval, infiniment plus Cher que les transports par rail et surtout par eau. Quand, dans sa fameuse réponse à M. Sainte-Beuve, en i85i, Thiers montrait les paysans russes faisant des chars avec de3 branches de sapin, attelant des bœufs qui avaient servi à la culture et menant ainsi le blé pour rien jusqu'aux rives des grands neuves, ce tableau à la Léopold Robert était, au point de vue du prix de revient, une audacieuse contre-vérité.
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- IE DES TRANSPORTS.
- moyennes. M. Nicolas disait: ofr,4o vers 1800, ofr,3o en 1814, ofr,î5 vers i83o etof?, 20 à partir des dernières années du règne de Louis-Philippe. Les calculs de Proudhon, ceux de MM. Fla-chat, Jacqmin, Krantz et autres savants ingénieurs font également varier deofr,20 à ofr,i5 le coût du roulage ordinaire. Le roulage accéléré coûtait à peu près le double.
- A ces taux déjà bien réduits, opposons, sans transition, les prix des chemins de fer.
- Chez nous, la grande vitesse, que l’on peut comparer à l’ancien roulage accéléré, n’est pas beaucoup moins coûteuse que lui, môme en tenant compte du dégrèvement de 1892, si l’on ne considère que le tarif normal des cahiers des charges; mais pour les colis dits postaux, par exemple, les ofr,6o que paye un objet pesant 3k* et expédié à ioookm ne font déjà ressortir la tonne kilométrique qu’à o<r,20.
- Quant à la petite vitesse, qui correspond à l’ancien roulage non accéléré, elle est beaucoup plus économique : au lieu de ofr, 20 ou ofr,25, la tonne kilométrique revient aujourd'hui réglementairement à ofr, 16, à o", «4, à off, 10 et à ofr,08, selon qu’il s’agit de marchandises de iM, 2e, 3e ou 4* classe. Et, comme il y a toujours eu, à côté du tarif normal, beaucoup de tarifs réduits applicables à des cas particuliers, le coût moyen de la tonne kilométrique, en petite vitesse, n’atteint même pas aujourd’hui le taux normal de la 4* classe: deof% 16 en 1831, ce coût moyen était tombé à ofr,i2 en 1841, à 0^,097 en i85i, à ofr,c>7 en 1861, à of,,o6 en 1872. à ofr,o588 en 1881 ; et il oscille encore entre ofr,o55 et off,o6. Avec les taxes accessoires (enregistrement, manutention, magasinage), on peut compter ofr,o6, ce qui, par rapport au prix du roulage ordinaire, constitue une économie d’environ 76 pour 100.
- C’est énorme et cependant c’est peu de chose à côté des résultats qu’une comparaison du môme genre donnerait dans d’autres pays. Aux États-Unis, les charrois étaient plus onéreux qu’en France, et les transports sur rail y sont bien moins chers. Le census de 1S80 fixait à ofr,o4 le coût moyen de la tonne kilométrique: ce n’était plus que ofr,o375 en 1882, oF,o3i7 en 1886, ofr,0284 en 1890(0^,02 seulement sur les grandes lignes de l’Est). Les grains ont parfois voyagé pour
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- FOVILLE.
- moins de ofr,oi! On peut dire qu’en Amérique, les chemins de fer ont réduit de plus de 90 pour 100, sur une foule de directions, les distances mesurées en argent.
- Pour le transport des personnes, nous avons aussi de grandes réductions de prix à constater. A Paris, les carrosses à 5 sols, soit 10 sous d’aujourd’hui, que les bourgeois de l’an 166a considéraient comme une innovation si avantageuse, faisaient beaucoup moins de chemin que nos omnibus ou tramways à ofr,3oetof% i5. Sur les grandes roules, les tarifs des voitures publiques, au xvni* siècle, portaient la dépense moyenne par voyageur et par kilomètre à ofr,ao au plus, mais à ofr, 10 au moins, ofr,i 4 en moyenne. Le tarif normal des chemins de fer français avait été, en i855, fixé à olr, 10 par kilomètre pour les voyageurs de ire classe, à ofr, 07$ et ofr,o55 pour ceux de 2e et 3e classes. Avec les décimes supplémentaires, on arrivait (de 1871 à 1892) à ofr, 1232, à 0^,0924, à of% 06776, et c’était encore un tiers ou un quart de moins qu’avec les diligences. Sur les neuf parcours qui nous ont servi d’exemples pour la mesure des vitesses, voici les prix comparés (centimes déduits) de 1798 et de 1891 :
- XX I79S (D1L1CEXC£8'. r.s 1891 (CH. X>EWI).
- D« Pxrfs ù : *- _• 1* ** **
- Calais Ta 42 28 36 28 20
- Lille 45 35 23 3i 23 *7
- Strasbourg. 9* ;3 49 60 44 32
- Genève 95 77 5i 77 58 4a
- Nice 187 148 99 »34 101 74
- Marseille... j55 122 82 to6 80 09
- Toulouse... 136 108 7* 89 67 48
- Nantes 73 58 39 49 3ÿ
- U Hftvre... 39 3a 21 2$ 21 ï5
- Les dégrèvements inaugurés le i*r avril 1892 (réduction d’impôt et réductions de tarifs combinées) augmentent encore notablement l’écart des prix, surtout pour la 3* classe (').
- w Kéduite a sa plus simple expression, la réforme de 1893 abaisse les prix antérieurs de 9,09 pour 100 en i*# classo, de 18,1$ pour 100 eu a» classe et de 27,27 pour xoo en 3* classe.
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- l'industrie des transports. ai
- Et, pour les voyageurs comme pour les marchandises, l’économie réalisée en fait est bien plus grande que ne l’indique la comparaison des tarifs normaux, à cause des prix réduits que les compagnies appliquent dans une foule de cas : abonnements, billets d’aller et retour, billets de familles, voyages circulaires, trains de plaisir, réductions de 76 pour 100 aux militaires et marins en service et en permission, réductions diverses à d’autres catégories de voyageurs ( indigents, pèleri ns, lycéens, orphéonistes, congressistes, familles des employés, etc.), tarifs réduits des lignes de banlieue, etc. L’exception en cette matière est presque devenue la règle. Si l’on tient compte, en outre, de ce que les voyageurs de 3e classe sont beaucoup plus nombreux que ceux de a® et surtout de ir® classe (‘}, on arrive, pour le prix moyen du kilomètre, à un prix extrêmement modique: 0^,07 sous Louis-Philippe, ofr,o6 sous l’Empire, ofr,o55 impôt compris et ofr, o/p sans l’impôt vers 1890. A partir de 189a, la moyenne, impôt compris, sera sans doute inférieure à ofr,o5, soit par rapport au prix moyen des diligences (oV4) une économie des deux tiers 1 Il y a des pays où une comparaison analogue à celle que nous venons d’esquisser conduirait à des résultats plus remarquables encore (2).
- •; Sur 1000 toyageurs embarques, on en compte, en France: 79 de 1" classe, 354 de a* * classe et 067 de 3* classe. Si l’on prend comme base des comparaisons les voyageurs kilométriques, les proportions pour 1000 sont : 148, a55 et 097.
- En Angleterre, l'année 1891, sur 1000 voyageurs, ne donne que 3S voyageurs de ir4 classe et -5 de seconde, contre SS7 voyageurs de 3* classe. La suppression de la 2* classe, déjà réalisée sur certaines lignes anglaises, semble devoir se généraliser.
- (*) Voici, d’après le Journal des Transports, la situation comparative des tarifs des principaux Étals européens, après le i"avril 1892 {tarifs normaux).
- Tarif par personne et par kilomètre PAYS. (impôt compris).
- France (nouveaux tarifs):
- Omnibus et express ... ofr, 1124 of,,©756 o'^ofoS
- ( Voir la suite do cette note à la page suivante. >
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- La navigation, elle aussi, a su diminuer ses prix tout en augmentant ses vitesses; et les transports par eau restent beaucoup plus economiques que les transports par terre. Nous n’avons pas ici de tarifs légaux, ni même de statistiques officielles à faire intervenir. Mais les auteurs les plus autorisés admettent que, sur nos canaux et rivières, la tonne kilométrique revenait: à ofr,o3 ou ofr,025 sous Louis-Philippe; à ofr,o2 au commencement de l'Empire, à of',ot5 à la fin du règne de Napoléon III; aujourd'hui la moyenne parait être à très peu de chose près de ofr,oi ( •). Et l'on conçoit que, dans
- PAYS. Tarif par lmp». compris |
- * cta».. Z'
- Italie :
- Omnibus 0 ,113o 0 0 .o5io
- Express 0 ,,a't3 0 ,0870 0 ,o365
- Angleterre :
- Omnibus 0 >00: ,081
- Prusse :
- Omnibus 0 0 ,o3
- Express 0 ,1126 0 ,0834 0 ,o5$4
- Belgique (État, :
- Omnibus 0 ,o5$7 0 .0378 ,oî;3
- Express 0 .ogîâ 0 ,0709 0
- Pays-Bas (Société des chemins de fer hollandais’:
- Omnibus et express... 0 ,io63 0 ,cS5o 0 ,o53i
- Autriche (État; :
- Omnibus 0 ,o-5 0 -o5 0
- Express 0 ,1135 0 ,o-5 0 ,o3-5
- Suide (Étal) :
- Omnibus 0 ,ogSo 0 .0735 0 ,0490
- Express 0 ,i«9 0 ,oSi 0 ,o56
- Suisse :
- Omnibus et express... 0 ,104 0 ,073 0 ,002
- Bussl* :
- Omnibus et express... 0 ,i5 0 ,«n5 0 ,o565
- En Angleterre où, comme en France, les voyageurs à prix réduit sont en majorité, les 2 » » millions de voyageurs de 1SS9 ont, en moyenne, payé le kilomètre ofr,o44*.
- {*) La suppression des droits de navigation, en 1880, a contribué à ce nouvel abaissement des frets.
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- ces conditions, les canaux et rivières soutiennent la concurrence des voies ferrées.
- Sur mer, on arrive également de nos jours à des prodiges de bon marché. Le taux de of',oi par tonne kilométrique y est presque un maximum ; et comme les frets subissent au plus haut degré l’influence des variations de l’offre et de la demande, il serait facile de citer des prix très inférieurs à celui-là. Môme par vapeur, les grains expédiés d’Amérique en Europe ont souvent fait le voyage à raison de et même (en 1889, par exemple’ de de centime, par kilomètre et par tonne (* *). Or, les voiliers, par la force des choses, doivent toujours se contenter de prix inférieurs à ceux des steamers : la tonne kilométrique y est parfois tombée à -j- de centime!
- Pour les voyageurs, c’est encore par centimes que se chiffre le prix du kilomètre sur mer; et là aussi il y a tendance à l’abaissement des prix en même temps qu’à l’augmentation des vitesses. Pour aller de Marseille à Alexandrie, en 1847, les passagers de iÏC et ame classes, nourriture comprise, payaient respectivement 5a8fr et 3*o,r; ils payent 3oofr et 2ioff en 1892: ceux de 3rac classe et de pont, non nourris, font ce grand voyage pour 9ofr et Goff. Les émigrants à destination de l’Amérique franchissent journellement l’Océan à raison de ofr,o2 par kilomètre. On en a vu, à certaines époques, faire la traversée de Liverpool à New-York pour moins de 4ofr, soit par kilomètre moins de ofr,oi.
- Mais nulle part la réduction du coût des transports n’est plus extraordinaire qu’en matière postale. En France, le prix d’une lettre simple de Paris à Marseille dépassait i'r avant 1627, variait de ofr,8o àofr,5o en 1791, remontait à ifr,io en 1827.... Avec les tarifs uniformes, ce n’est plus que ofr,2o à otr,25 de 1848 à 1878 et ofr,i5 depuis lors (a)... Et la lettre simple
- . ’ ) Pour les merrains qu’utilise la tonnellerie, le transport (le Trieste à Bordeaux par mer {Sooo*") revient à ou i5fr les ioook=, soit au plus -?„ dû centime par tonne kilométrique; pour les merrains des Vosges amenés à Bordeaux par chemin de fer (S-5k®\ le voyage coûte 35fr ou36rr, soit of',o4 par tonne kilométrique.
- (*) Aux Etats-Unis, malgré l’énorme superficie du territoire, le port d’une lettre simple n’est plus, comme en Angleterre, que de 2 sous {2 cents).
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- FO VILLE.
- d’aujourd'hui est beaucoup plus lourde que celle d’autrefois. D’ailleurs, les journaux, les imprimés, les échantillons, etc. qui pèsent plus que les lettres, coûtent bien moins cher en core à faire porter d’un bout de la France à l’autre.
- Et ce sont surtout les tarifs internationaux qui, depuis la création de l’Union postale, atteignent l’extrême limite du bon marché. Qui eût pu croire, il y a cent ans, que le xtx* siècle verrait certaines correspondances faire le tour du monde pour un sou ou deux! Les télégrammes eux-mêmes, aujourd’hui, ne coûtent pas toujours plus cher qu’autrefois les lettres.
- Ainsi, d’une manière générale, la transformation des voies, des véhicules et des moteurs a presque fait subir au coût des transports une réduction égale ou supérieure à l’augmentation des vitesses.
- Au surplus, ne serait-il pas facile de démontrer que la vitesse même, dans une foule de cas, procure aux intéressés, voyageurs ou expéditeurs, une trèsréelleéconomic? Timeismoney, dit le proverbe anglais ; et comme l’écrivait à Colbert, en 1669, le prévôt des marchands Charrier, demandant un coche par terre entre Lyon et Paris: « Les moments donnent aux choses leur prix; diminuer le temps, c’est diminuer le prix! »
- 11. — Sécurité des transports.
- Pour affirmer la sécurité croissante que l’industrie des transports assure aux voyageurs, ce n’est pas un moment très favorable que celui où tant de catastrophes meurtrières viennent de se succéder sur les chemins de fer français, allemands, suisses et autres. La locomotive est un instrument terrible, et, quand on voit passer devant soi, la nuit, un train express lancé à toute vapeur, ne serait-on pas tenté d’accuser de folle témérité les gens qui, les yeux fermés, se laissent emporter à travers l’espace par ce monstrueux projectile? Qu’un aiguilleur ail une distraction, qu’un rail se brise ou se torde : il n’en faudra pas davantage pour provoquer une affreuse boucherie. Évidemment c’était une assertion paradoxale que celle de ce directeur d’une compagnie anglaise,qui prétendait faire considérer l’in-
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- iX S PORTS.
- térieur de ses wagons comme l'endroit le plus sûr qu'il y eût au monde ( ' ).
- Mais les périls auxquels s’exposent ceux qui courent le monde à l'heure actuelle ne doivent pas nous faire oublier ce qu’il y avait de plus hasardeux encore dans l'ancienne manière de voyager. Sans remonter au déluge, on peut comparer, au point de vue des accidents de personnes, nos anciennes voitures publiques aux chemins de fer. De 1846 à i855, les Messageries nationales et générales, sur 100 millions d'individus transportés, en tuaient 2S2 et en blessaient 333. Sur les chemins de fer français, les proportions correspondantes ont été de 19 morts et 70 blessés de *835 à 1875 et, dans ces derniers temps, pendant plusieurs années de suite (1884-1887), on ne retrouve plus qu’une moyenne de t mort sur 100 millions de voyageurs conduits à destination. Il est vrai que nos compagnies se sont rattrapées depuis. Il est vrai aussi qu’en ne parlant que des « voyageurs tués par le fait de l’exploitation a, on élimine les catégories de victimes les plus nombreuses. La statistique officielle des accidents de chemins de fer avoue, rien que sur les lignes d’intérêt général, 379 personnes tuées pour 1888, 43a pour 1889 et 4<>3 pour 1890 (45 voyageurs, 194 agents, 164 autres personnes). Quant aux blessés, on en compte 709 en 1888,95960 1889,1020 en 1890 (224 voyageurs, 683 agents et n3 autres personnes). Quelle que puisse être, dans ces hécatombes, la part de l’imprudence individuelle, elles n’en donnent pas moins la mesure du risque général inhérent à l'exploitation de nos voies ferrées, etce risque n’est que trop réel, puisqu'il détermine, à lui seul, en France, une fraction appréciable des décès annuels. Peut-être avons-nous, effectivement, plus de chances que nos ancêtres d’être tués ou estropiés en voyage; mais c’est parce que nous voyageons infiniment plus qu’eux. Chaque voyage, considéré isolément, comporte certainement moins d’aléa de nos jours qu’autrefois, et les compagnies de chemins de fer ont le droit de préférer ce mode de comparaison à l’autre. Elles aiment
- (’) About the sa/est place a man could choose is a seat in an english railway carriage.
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- aussi à diviser le nombre des victimes par le nombre des kilomètres parcourus, ce qui met des milliards au dénominateur. En ouvrant, le 14 septembre 1889, congrès des chemins de fer, M. Yves Guyot, ministre des travaux publics, qui a eu depuis tant de douloureuses enquêtes à diriger {' ), pouvait dire sans avoir de contradiction à craindre : « La sécurité est à peu près absolue sur les chemins de fer français, car, pour les six années 1882-1887, nous ne constatons que 1 voyageur tué par 3 milliards de kilomètres. »
- La question de la sécurité des transports offre évidemment bien moins d’intérêt quand ils'agil des marchandises que quand il s’agit des personnes. Bornons-nous à constater ici un progrès incontestable. Les avaries sont beaucoup plus rares sur les chemins de fer que sur les routes. La compagnie de Saint-Gobain, par exemple, voyait autrefois 3 glaces sur 6 arriver à Paris cassées : aujourd’hui elle n’en perd qu’un très petit nombre.
- Ajoutons qu’en cas d'accident, l’expéditeur qui a affaire à une compagnie de chemins de fer est beaucoup plus sur d’obtenir l’indemnité qui lui est due que Si son débiteur était un simple voiturier. Voilà un supplément de sécurité qui a bien son prix et dont il convient de tenir compte pour les voyageurs eux-mêmes.
- C’est sur mer que l’industrie des transports rencontre le plus de hasards redoutables et, pour les braver, ilfautencoreà nos marins l'tes triplex dont Horace cuirassait le cœur des premiers navigateurs. Si les monuments flottants qui nous portent résistent mieux aux coups de la tempête que les coquilles de noix de l'ancien temps, des périls nouveaux ont surgi parla multiplication mêmedes naviresqui, dans certaines directions très fréquentées, sont de plus en plus exposés à se détruire l’un l’autre, par voie de collision. Ce que la mer voit de sinistres chaque année est énorme. La vie moyenne des bâtiments de mer est plus courte que la nôtre, et c’est généralement de mort violente qu’ils meurent. Les pertes annuelles représentent 2 ou 3 pour 100 de l’effectif total et, en ajoutant
- Voir la séance de la Chambre des députés du 2; octobre 1831.
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- RIE DES TRANSPORTS.
- l’ixdcst:
- à la valeur des navires perdus celle de leurs cargaisons, M. Plimsoll n’arrivait pas à moins d’un milliard. Ce n’est encore làquele moindre dommage.Que d’existences sacrifiées chaque année! Rien que sur les côtes de l’Angleterre, on a enregistré depuis un tiers de siècle plus de iooooo casualties, le nombre des navires complètement perdus étant d’environ 5ooo et celui des victimes approchant de 3oooo (anglais ou étrangers). Le chiffre de 1889-90 est de A bord des bâtiments français, la Caisse des invalides de la marine compte qu’il a péri 397 hommes en 1888, 34* en 1889, 351 en 1890, au moins 45o en 1891. Ces exemples partiels permettent de se faire une idée du reste. Il semble bien qu’un marin sur quatre, peut-être sur trois, soit condamné à périr, tôt ou tard, d’une manière tragique.
- Ces constatations sont douloureuses. Cependant ici encore le présent n'a rien à envier au passé et le mal tend plutôt à s’atténuer qu'à s’aggraver. D’après les registres du Bureau Veritas, les navires perdus seraient déjà moitié moins nombreux qu’avant 1870 : a5a4 par an, en moyenne, de 1866 à 1870; 2179 de 1871 à 1875; 1596 de 1876 à 1880; 14.45 de 1881 à i885; i3oo de 1886 à 1889;.» 121 en 1890; n45 en 1891 (‘). A vrai dire, l’importance croissante des bâtiments naufragés, compense en partie la réduction du nombre des naufrages Mais il est certain — la statistique le sait et le taux des primes d’assurances le prouve — que les steamers périssent en moindre proportion que les voiliers; et, par conséquent, la substitution graduelle de la marine à vapeur à la marine à voiles est un gage de sécurité relative pour les équipages : à plus forte raison pour les passagers, qui, restant de moins en moins longtemps en route, échappent par cela même à une partie des accidents possibles. Et aux passagers les paquebots actuels assurent encore un autre avantage très important. Indépendamment des chances de sinistre, il y a à tenir compte
- (*) Sur les ii45 navires signalés comme perdus en 1891, on compte 987 voiliers jaugeant 35oaoo tonneaux, et 208 vapeurs jaugeant net 173900 tonneaux. Sous la rubrique des simples accidents, le Bureau Veritas classe, en 1891, 3309 voiliers et 2891 vapeurs.
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- des causes de mortalité spéciale que comporte la vie à bord, soit à cause d'une alimentation défectueuse, soit à cause de l'encombrementct des maladies épidémiques.... Or, les germes morbides se développent d'autant moins que les traversées sont plus courtes. Déjà en i865, la mortalité des émigrants sur les steamers anglais n'était que 7 pour 1000, tandis que sur les voiliers elle montait à 44. Pour les troupes allant aux Indes et en revenant, le voyage par le Cap était jadis effroyablement meurtrier: la vapeur et le canal de Sues ont changé tout cela. La substitution des coques métalliques aux coques de bois est aussi, au point de vue de l'hygiène, un grand bienfait.
- Tout considéré, nous retrouvons ici la même conclusion que tout à l’heure : la mer est une voie périlleuse et il est urgent d'arriver à mieux protéger contre ses violences ceux qui s'y exposent, volontairement ou non ; mais là comme ailleurs, là comme partout, la sécurité était moins grande autrefois qu’aujourd'hui et l'on peut donner acte à la science du bien considérable qu’elle a déjà fait, en attendant le bien qu'elle a encore à faire.
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- lXSPORTS.
- TR0ISIÈ3IE PARTIE.
- EFFETS INDIRECTS DES PROGRÈS DE L’INDUSTRIE DES TRANSPORTS.
- 12. — Mobilité croissante des hommes et des choses.
- Nous venons de voir que la transformation des voies et moyens de communication a eu ce triple effet : r° d'accélérer prodigieusement les transports; a* d’en abaisser considérablement le coût; 3* d’en accroître considérablement la sécurité. De là une triple réduction des distances, puisque, pour aller d'un pointa un autre,il faut maintenant beaucoup moins de temps qu'autrefois, beaucoup moins d’argent aussi, et que, par surcroît, il y a moins de risques à courir. Ces trois obstacles superposés, la durée, la dépense, le danger, se sont repliés sur eux-mêmes, simultanément, et l’énorme rapprochement qui en résulte crée pour le monde civilisé une situation absolument nouvelle : rien n’est plus loin de rien et, au moindre appel de l’intérêt ou du plaisir, mille déplacements s’opèrent chaque jour, auxquels, dans l’ancien état de choses, on n’aurait même pas songé. Si cette mobilisation universelle s’était effectuée peu à peu, par l’action successive des siècles, ce serait encore un des traits les plus caractéristiques de l’évolution des sociétés humaines. Mais il a presque; suffi d’une génération pour mener à bien une telle métamorphose et cela aura presque été un coup de théâtre comparable à ceux
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- dont le magique tableau nous est offert par le vieux Perrault dans la Belle au bois dormant et par Jules Verne dans le Docteur Ox.
- Ce monde terrestre, que la difficulté des transports avait longtemps condamné à une paralysie relative, s’est trouvé mis brusquement au régime du mouvement à haute dose, du mouvement perpétuel. A huit ans de distance de la fin du siècle qui a vu la vapeur et l’électricité commencer la conquête du globe, le réseau des voies ferrées représente déjà près de 70ooookm (17 fois le tour de la terre, près de 2 fois£ la distance de la terre à la lune). Il y a déjà plus de 35ooookM‘ de chemins de fer en Amérique, près de 25ooookMen Europe. Et chaque année les mailles de ce vaste réseau vont se resserrant de plus en plus.
- Sur mer, en laissant de côté les steamers de moins de cent tonneaux et les voiliers de moins de cinquante, lesquels cependant formeraient à eux tous une innombrable flottille, le Répertoire général de la marine marchande trouve en 1890-91, 4354 bâtiments, dont 338;6 voiliers, jaugeant io,5 millions de tonneaux,et 9638 vapeurs jaugeant ia,8 millions de tonneaux bruts, et 8,3 millions de tonneaux nets (chiffre presque doublé depuis dix ans); les constructions de bateaux à vapeur vont, d’ailleurs, leur train.
- Quant à la longueur du réseau télégraphique du globe., elle dépassera bientôt i5oooookm {'). Et l’activité de cet outillage toujours grandissant grandit elle-même d’année en année (3oo millions de dépêches par an, environ}.
- A ces divers points de vue, chemins de fer, marine marchande, réseau télégraphique, la France n’occupe pas à beaucoup près le premier rang. Quelle différence pourtant entre la France actuelle et la France d’il y a cinquante ou cent ans! Les chemins de fer français embarquent annuellement plus de a5o millions de voyageurs, représentant de 8 à 9 milliards de voyageurs kilométriques.
- Les câbles sous-raarins, au nombre de 116S, représentent, à eux seuls, une longueur de 260000»“.
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- AXS PORTS.
- L’iXDt'STRIE DES TR,
- Quant aux marchandises, voici les chiffres officiels pour 1889:
- Longueur
- Routes natonaîes........... 37803
- Fleuves et rivières...... 7656
- Canaux...................... 4809
- ,, ; Commerce extérieur. —
- Mer1 Cabotage................ -
- Chemins de fer............. 36097
- Les 16 milliards de tonnes kilométriques ici calculées mon-teraieni certainement à 25, et peut-être au delà, si l’on pouvait chiffrer aussi le tonnage kilométrique de la marine marchande, celui des roules départementales et des chemins vicinaux, celui des rues de nos villes, etc., sans compter l’énorme somme de mouvement que représente le poids mort des millions de véhicules consacrés à tout ce trafic.
- Et si majestueux que ces chiffres puissent paraître, la circulation est devenue bien autrement active encore en Angleterre ou aux États-Unis (sur les chemins de fer anglais, 900 millions de voyageurs et 3oo millions de tonnes de marchandises annuellement embarqués; sur les chemins de fer des Etats-Unis, 5oo millions de voyageurs et 700 millions de tonnes de marchandises!).
- Il ne faudrait pas remonter bien loin dans l’histoire du monde pour trouver des siècles où il y a eu moins de mouvement sur la terre qu’il ne s'en produit de nos jours en un an.
- Millions .lo MU lion* de cmfjumutfcs. Jtiljïuéerïfiues.
- 10,4 i44d
- «3,7 >789
- 16.9 —
- a,5 —
- 89.9 u «.4
- 13. — Nivellement des prix.
- La tendance que les prix ont à se niveler s’observe également quand on compare entre eux les prix simultanés d’une même marchandise sur les divers marchés du globe et quand on compare entre eux les prix successifs d’une même marchandise à différentes époques.
- Le nivellement géographique des prix s’explique tout natu-
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- Tellement par la réduction du coût des transports. Il n'existe peut-être pas un seul prix qui ne compte certains frais de transport au nombre de ses éléments constitutifs ; et souvent, quand il y a eu de longs parcours à effectuer ou quand il s'agit de produits encombrants et lourds, de produits pondé-reux, comme disent les Belges, l’élément transport l’emporte, aujourd’hui encore, sur tous les autres. Cela étant, il est clair que toutes les productions et toutes les consommations doivent bénéficier, dans une plus ou moins large mesure, des progrès réalisés par l’industrie des transports. La différence des cours d’un article quelconque dans deux pays ne peut guère dépasser, abstraction faite des surcharges douanières, le prix du voyage, prix qui, dans toutes les directions, sur terre et sur mer, s'est considérablement abaissé et s’abaissera encore. C'est surtout entre les centres de production et les centres de consommation que le nivellement des prix sc manifeste d'une manière courante, et nous avons montré ailleurs comment l’économie réalisée sur l’expédition des produits se partage -toutes choseségales— entre le producteur qui peut vendre plus cher et le consommateur qui peut s'approvisionnera meilleur compte. Lenlvellementdes prix s’opère là commele nivellement de l’eau dans l’expérience classique des vases communiquants.
- Quant au nivellement chronologique des prix, c’est-à-dire à leur stabilité relative d'une année à l’autre, à l’atténuation des mouvements alternatifs de hausse et de baisse dans une même localité, on en trouve l’explication dans la solidarité croissante des divers marchés commerciaux qui, rapprochés les uns des autres, tendent à ne plus constituer qu’un marché unique, dont tous les peuples civilisés deviennent à la fois les pourvoyeurs et les clients. Il s’est, par la force des choses, créé entre les nations une sorte d'association et d’assurance mutuelle contre la disette ou contre la surabondance; et les prix moyens auxquels on se trouve ainsi amené deviennent d’autant plus stables que la base s'en élargit davantage. Jadis, lorsqu’au-cune compensation n’était possible, les hasards de l’offre et de la demande, sur chaque point du globe, faisaient tour à tour monter très haut ou descendre très bas les cours locaux, au grand dommage du consommateur dans le premier cas et du
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- producteur dons le second. Maintenant, la cherté ne pourrait devenir extrême quesi, partout à la fois, d’un bout du inonde à ( autre, les récoltes avaient manqué; or l'expérience prouve qu’il n’en est jamais ainsi. Ce n’est pas un des moindres bienfaits du progrès industriel que d’avoir, partout où il a pu accomplir son œuvre, rayé la famine de la liste des misères humaines(').
- 14. — Prix de la terre.
- 11 est remarquable que la propriété foncière, tout immobile qu’elle soit, n’échappe pas à la loi que nous venons de formuler. A fertilité égale, la valeur locative ou vénale du sol dépendait surtout de l’abondance ou de l’insuffisance des débouchés offerts à la production. Il y avait des situations très privilégiées : les régions situées autour d’une grande et riche capitale, comme Londres ou Paris, avaient en fait — quelquefois même en droit — le monopole de l'approvisionnement de cet important marché, et il en résultait pour les fermes de la petite et de la grande banlieue une notable plus-value. Au delà d’un certain rayon, on ne pouvait compter que sur la clientèle locale et la terre, rapportant peu, se vendait mal. Quant aux lointaines solitudes des contrées d’outre-mer, elles étaient à qui voulait les prendre. La réduction des distances a supprimé ou du moins réduit ces causes de supériorité ou d’infériorité. Les environs de Paris ne soi seuls à alimenter le marché parisien ; et tout autour du département de la Seine, la valeur des terres, des prés, des bois a baissé. Cette baisse a eu pour contre-partie naturelle la hausse des propriétés rurales du Centre de la France, d’abord, et du Midi ensuite. Sur certains points, les débouchés s’offrant de tous les cotés à ta fois à des régions naguère isolées et comme murées, les prix ont doublé ou triplé en trente ans. Mais, le même phénomène se conti-
- (') Les souffrance? infligées aux populations russes par la mauvaise récolte de 1S91 ne font que confirmer ce que nous disons ; car il est reconnu que l'intensité du mal provient surtout, là-bas,de l’insuritonca des voies et moyens de communication. Dj mémo dans rimlo.
- 1’ Série, t. V. ;;
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- nuaiit par l'action des mêmes influences, et ceue sorie d'ondulation circulaire s’élargissant de plus en plus autour des anciens centres de consommation, la concurrence des pays neufs, hâtivement colonisés, s’est à son tour fait sentir, et lourdement sentir, à toute l’Europe occidentale. Les blés de l’Amérique du Nord et de l’Inde, les laines de l’Amérique du Sud et de l’Australie, les graines oléagineuses des pays chauds, les bois du Nord, etc., sont venus en foule disputer à nos produits les préférences de l’acheteur et une crise prolongée s’en est suivie (§ 15), entraînant comme conséquence forcée la dépréciation des biens ruraux en France, en Angleterre, en Belgique, etc. On voit que le nivellement, ici encore, procède d’un double phénomène : là où la terre était à vil prix, elle a acquis une certaine valeur; là où on la payait très cher, elle est devenue moins coûteuse. Il y aura toujours des inégalités de prix; mais elles s'atténueront encore et le peuplement des pays neufs y contribuera.
- Même au point de vue de la fertilité, les anciens contrastes sont plutôt en vole de s’effacer que de s’accentuer. Parmi les terres riches, il en est qu’une culture abusivement intensive a pour longtemps fatiguées; et, par contre, les terres maigres ou incomplètes ont maintenant la facilité de faire venir à elles les engrais ou les amendements dont elles avaient besoin. Les chemins de fer ont régénéré toute une partie de la France, Bretagne, Sologne, etc.,en y portant presque gratuitement des montagnes de marne et de chaux; et aujourd’hui ces régions longtemps stériles fournissent un trafic très appréciable. La transformation des Landes est plus remarquable encore que celle de la Sologne, et l’immense forêt qui a remplacé ce triste désert envoie ses bois dans toutes les directions. C’est en parlant des Landes qu’Arago, dans son malencontreux rapport de i$3$, disait : « On ne fertilise pas une province en y posant deux tringles de fer. » Le marquis de Mirabeau avait mieux compris la réhabilitation possible des Landes par les voies de communication (‘). L’oeuvre des firémomier et des Chambre-
- (’) Voir L’Ami dts hommes, chap. X.
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- lent n’est devenue si féconde que grâce a la collaboration de la locomotive. On pourrait citer vingt autres morceaux de pays où la prospérité a succédé au dénuement depuis que la vapeur les a mis en contact avec le reste du monde. Au temps des lloinains, c’étaient les routes qui étaient le grand moyen de colonisation: aujourd’hui, ce sont les routes et les chemins de fer.
- 15. — Influence exercée sur l’agriculture.
- Les mouvements que nous venons de constater dans le prix de la terre ne sont qu’une des faces de l'évolution générale qui a suivi, pour l’agriculture, la transformation des voies et moyens de transport.-La viabilité, à tous les degrés, intéresse au plus haut point le cultivateur. Ce qu’il y voit tout d’abord, c’est l’économie considérable, économie de travail et par suite économie d’argent, que peut lui procurer, pour ses charrois quotidiens, la création ou l'amélioration des chemins locaux. Quelques ornières de plus ou de moins, une pente plus ou moins raide à gravir, font, pour lui comme pour les autres, varier du simple au double le coût de la tonne kilométrique. A plus forte raison, l'existence ou l’absence de voies frayées à l'intérieur et autour d’une propriété peut-elle être, pour l’exploitation de ce fonds, une question de vie ou de mort. Il n’est pas rare que ioooor' dépensés en travaux de voirie par un grand propriétaire augmentent immédiatement de 2oooo'r la valeur de son domaine. Le bienfait devient plus général, sans être moins réel, quand c’est l'administration qui consacre les deniers publics à des opérations de ce genre. La France avait déjà, à la fin du siècle dernier, un beau réseau de grandes roules, et c’est une supériorité qui lui a été très profitable ; mais le réseau vicinal, tel que les cinquante dernières années l’ont constitué, rend à notre agriculture de grands services encore ; et les chemins ruraux, complément des chemins vicinaux, méritent à leur tour la sollicitude des pouvoirs publics. Toute facilité nouvelle donnée à la circulation locale aide le cultivateur à devenir maître de la terre qu’il laboure. L’intérêt de la question augmente dans les régions où la dissémination habi-
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- luellc des héritages donne aux questions d’accès une importance particulière (1 ).
- Les chemins de fer, quand ils ont commencé à se répandre, ont facilement conquis la faveur de l'agriculteur, qui, en leur confiant ses produits, peut aller en chercher le placement beaucoup plus loin qu’autrefois. C'est un avantage manifeste pour le producteur que de voir le cercle de sa clientèle s’élargir; non seulement il profite alors de la cherté relative de certains marchés éloignés, mais, par un naturel effet de la concurrence, celte cherté remonte peu à peu jusqu'à lui. Nous ne sommes plus au temps où l’on vivait pour rien en vivant au village : c’est de quoi inspirer des regrets aux petits rentiers, aux petits fonctionnaires ruraux; mais, pour le fermier, il est fort avantageux de mieux vendre à la fois ce qu’il expédie «à la ville et ce qu’il débile à ses voisins.
- Les plaintes ont commencé quand, après avoir rapproché les campagnes des villes et les provinces des capitales, la vapeur a rapproché, à leur tour, l’Amérique, l'Afrique, l’Asie, l’Australie de l’Europe.Le cultivateur français, belge, anglais, allemand..., qui paye cher la terre, s'irrite d’avoir maintenant pour concurrent le cultivateur d’outre-mer dont les charges sont moins lourdes. J'aurai contre moi, si je fais du blé ou du maïs, les récoltes toujours grandissantes des États-Unis; si je faisdu lin ou du chanvre, du colza, les textiles de l’Est et les graines oléagineuses du Midi; si je fais de la laine, les troupeaux de l’Australie et de l'Argentine. Nos viandes même commencent à trouver dans les envois de l'Amérique une redoutable concurrence. Et c’est bien là la cause principale de ce qu’on appelle la crise agricole.
- Comme remède aux inconvénients de. cette concurrence universelle, ceux qui en souffrent proposent unesolution bien simple. Ils ne demandent pas la destruction des chemins de fer, des canaux, des ports; mais c’est tout comme. Ils veulent qu’en imposant aux compagnies des tarifs inflexibles et en majorant indéfiniment les taxes douanières, on ferme la frontière à ces fâcheuses importations qui rendent au peuple la
- (•) Voir A. Di: Fûvili.5, Le Morcellement, in-S»; i$&"> (Parte, Guillaumin).
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- vie trop facile. Que le consommateur français redevienne lail-lable et corvéable à merci, voilà le but! Que les produits du dehors viennent se heurter contre une frontière murée, voilà le moyen !
- On aidera ainsi la routine à se perpétuer dans nos campagnes. Il est démontré que l’agriculture, en s’aidant précisément des facilités croissantes que lui offre l'industrie des transports, pourrait promptement augmenter et la quantité et la qualité de ses produits. Une exploitation plus rationnelle et plus intensive sauverait ceux qui viventde la terre et ne nuirait à personne. On aime mieux se tirer d’affaire par le renchérissement que par l’abondance. Cela durera ce que cela pourra.
- Dans les pays où le commerce reste à peu près libre, la réduction générale des distances, condition favorable au perfectionnement de l’art agricole, favorise aussi la localisation des cultures. Jadis on cherchait souvent à violenter la nature pour réunir dans un étroit rayon des productions très diverses. La cherté des transports pouvait seule justifier cet éclectisme artificiel. Maintenant qu’on peut, sans grands frais, envoyer au loin ce qui abonde et faire venir de loin ce qui manque, il y a avantage à laisser chaque sol suivre librement sa vocation. De là des déplacements et des concentrations de cultures qui, quoique inconscients parfois, procèdent toujours de la même influence. Le phénomène est particulièrement sensible pour la vigne qui, longtemps cultivée jusqu'aux bords delà Manche, a rétrogradé vers la Loire, à mesure que les vins du Centre et du Midi ont pu venir dégoûter les populations de la Bretagne et de la Normandie de l’espèce de verjus dont elles se contentaient primitivement. Dans une autre direction, mais pour Je même motif, l’ouverture du canal du Rhône au Rhin a été suivi du défrichement d’une partie des vignes de la vallée du Rhin.
- 16. — Influence exercée sur 1 industrie.
- Les opérations de l’industrie sont bien plus variées encore que celles de l’agriculture et l’on peut ne songer ici à passer en revue les cent fabrications différentes qui, à la ville comme à
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- la campagne, occupent de nos jours d’innombrables ouvriers. Constatons seulement qu’il n’en est pas une qui n'ait été amenée, par la réduction des distances, à modifier scs agissements. Le rayon des approvisionnements s’est étendu au point d’embrasser parfois le globe tout entier; et la clientèle possible s’est également développée dans toutes les directions. La concurrence, intérieure et extérieure, n’en devient que plus militante et un succès complet ne peut être désormais promis qu'aux exploitations qui ont à la fois pour elles les supériorités naturelles d'une situation privilégiée et les mérites d’une direction habile et vigilante.
- L’influence exercée parles moyens de transport perfectionnés varie d’ailleurs selon la nature, le poids, le volume, la valeur des matières mises en œuvre et des produits obtenus. L’évolution n’a pas été la même pour les fabricants de soieries de Lyon et pour les joailliers de Paris que pour les mines de bouille ou pour les hauts-fourneaux (*); mais partout un état de choses nouveau a suscité bien des combinaisons nouvelles.
- Puis il est un phénomène général qui doit être signalé ici comme intimement lié à l’universel rapprochement des lieux et des hommes : c’est la substitution de la grande industrie à la petite et la tendance de la plupart des fabrications industrielles à se concentrer dans des établissements de plus en plus importants. La ferme, par la nature même du travail agricole, ne saurait exercer son action que sur des surfaces limitées et, sauf dans les pays neufs, une exploitation rurale n’a pas intérêt à s'étendre sur des milliers d’hectares. Mais l’usine,elle, trouve presque toujours avantage à grandir,quand elle le peut, parce que la réduction de ses frais généraux compense et au delà le supplément de dépenses résultant de l'éloignement des marchés où il faut qu’elle aille s’approvisionner et de ceux qu’elle devra à son tour desservir. L’absorption croissante de la petite industrie par la grande se manifeste de bien des façons. Pour la France, l'enquête dont la propriété bâtie a été
- i1) Voir le bulletin du tomo l, p. 2*0.
- Ministère des travaux publics, année
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- récemment l'objet de la part de l'administration des contributions directes rend le fait très sensible : depuis quarante ans» la valeur des usines françaises a presque triplé (5; millions de valeur locative en i85i, »4o en 1889); et, loin de s'être accru dans la même proportion, le nombre des usines a diminué (i3435o en i85j, i3i46o en 1889, abstraction faite de la Savoie et de l’Alsace-Lorraine). Lors du dernier inventaire, il manquait à l’appel, entre autres unités d'ordre secondaire, tous ces petits moulins ruraux, moulins à eau, moulins à vent, dont chacun autrefois travaillait pour deux ou trois villages et que la rivalité brutale des grandes minoteries a vapeur a tués l'un après l’autre. Daudet, dans un de ses Conte$t a décrit pittoresquement les tristesses de ces luttes sans espoir et de ces inévitables capitulations. La machine à vapeur a évidemment ici pour complices le steamer, qui apporte à travers les mers le blé de l'Orient ou de l’Amérique, et la locomotive qui a si vile fait de conduire le grain à l’usine, puis de reporter la farine à dix, à vingt, à cent lieues de là!
- 17. — Influence exercée sur le commerce.
- Le siècle qui a le plus fait pour l’industrie des transports est aussi celui qui a le plus fait pour le commerce, soit intérieur, soit extérieur; et nul ne peut douter que le développement des transactions commerciales ne soit, avant tout, l’effet des progrès de la locomotion. La majeure partie des affaires qui se traitent sous nos veux seraient matériellement impossibles si nous en étions encore aux voies et moyens de communication de l’ancien temps. Rien de plus extraordinaire que la rapidité avec laquelle ont augmenté, depuis que la vapeur règne sur terre et sur mer, les importations et exportations des grandes puissances européennes et autres. Le commerce de la France avec l’étranger a plus que décuplé depuis 1789; les Anglais,dans le même intervalle, ont accru leur trafic extérieur dans l’énorme proportion de 1 à t>.5. En totalisant les importations et les exportations de toutes les parties du monde, on arrive actuellement à un chiffre total de 90 milliards de francs
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- environ. If y a treille ans, on n'arrivait pas à milliards, et, si le calcui avait été possible il y a quatre-vingts ou cent ans, on n’aurait peut-être pas trouvé 5 milliards. L’invasion réciproque des divers marchés les uns par les autres est un des phénomènes caractéristiques de notre époque et le retour offensif du protectionnisme ne pourra pas grand’chose contre cette forme particulière de l’attraction universelle. Des localités qui jadis ne se connaissaient pas même de nom sont maintenant en relations constantes, et là où le trafic existait d’ancienne date, il a pris un essor inattendu. Une foule de marchandises que la durée, le coût, les risques d’un voyage condamnaient autrefois à l’immobilité se sont mises en branle depuis qu’on peut si aisément leur faire traverser les mers et les continents. Les pays neufs s’enrichissent en nous envoyant les matières brutes qui pullulent dans leurs solitudes et les peuples très avancés en civilisation entretiennent leur richesse en expédiant au loin l’excédent de leurs fabrications. Il s’est ainsi formé à la surface du globe de grands courants commerciaux, aller et retour, que la géographie pourrait marquer sur ses cartes politiques comme elle marque sur scs cartes physiques les Gulf-Siream et les Kouro-Sivo. Ces courants, qui croissent en volume en même temps qu'en rapidité, entraînent avec eux les hommes et les choses. L’itinéraire moyen des produits achetés et vendus a au moins double depuis un quart de siècle et, d’une manière générale, la circulation progresse bien plus vite que la production et la consommation même.
- En France, sans prétendre chiffrer le montant annuel des achats et des ventes, on peut affirmer que jadis la valeur en était inférieure à celle de la consommation nationale cl qu'au-jourd’hui c’est le contraire.
- Les transformations imposées au commerce par une si prodigieuse croissance se sont fait d’autant moins attendre que les mêmes causes qui rendaient ces transformations nécessaires en fournissaient les moyens. Une métamorphose comparable à celles de la mythologie darwiniste, mais infiniment plus prompte, a su, par l’élimination de certains organes devenus superflus et par l'introduction de certains organes devenus désirables, adapter la physiologie commerciale à ce milieu nou-
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- veau qui diffère surtout de l'ancien par le reirait des distances. Les riies commerciaux se sont accélérés en s’allégeant et il ne nous serait pas difficile de montrer que cette évolution de l'organisme commercial, au xixe siècle, a suivi pas à pas l'évolution préalable de l’industrie des transports.
- Ce qu’il est important de noter, c’est que la circulation commerciale proprement dite s’est compliquée, dans toutes les directions, dfun système de comptes courants ayant pour origine, non plus des envois de marchandises, mais des exportations de capitaux ou des services rendus. Il y a des Français, négociants, ingénieurs, artistes, etc., qui vont faire fortune hors frontières et qui, lot ou tard, reviennent sur le sol natal. Il y a des Français qui ont fondé, dans les pays voisins ou dans les pays lointains, des exploitations agricoles ou industrielles. Il y a surtout des Français qui,par centaines de millions et par milliards, ont mis leur argent à la disposition des gouvernements étrangers (fonds d’Élats) ou des entreprises étrangères de toutes sortes (actions, obligations). Bien qu'il y ait eu, de ce côté, de nombreux etdouloureux naufrages, on estime encore à une vingtaine de milliards le montant des valeurs étrangères possédées par la France. De là, sur l’étranger, une créance annuelle d'environ un milliard qui, pouvant aussi bien se régler en marchandises qu'en argent, justifierait à elle seule un excédent d’importations d'un milliard aussi. En Angleterre, le même calcul porterait sur des chiffres plus élevés encore.
- Nous devons signaler aussi, dans celle hâtive revue des conséquences commerciales du rapprochement des marchés, l’extrôme mobilité, nous serions tenté de dire l'espèce de llui-dité qu’ont acquise le numéraire et ses équivalents. C’est déjà beaucoup pour le monde des affaires que de pouvoir faire courir à volonté l'argent et l'or d'un bout du monde à l'autre. Au lendemain de Ja faillite Bnring, les 75 millions en lingots dfor prêtés par la Banque de France à la Banque d’Angleterre firent si lestement le voyage que. le touréioit joué avant que la presse, avant que la douane eussent eu le temps de constater la chose. Les derniers mois ont vu tour à tour l'or affluer d'Europe en Amérique, puis d'Amérique en Europe. Mais la facilité même avec laquelle s’effectuent les envois d’espèces réduit le
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- nombre de ces envois. Comme on peut attendre jusqu’au dernier moment pour faire l'expédition, on voitsouvent l'opération devenir inutile au moment où elle allait s'engager. Autrefois il fallait prendre ses précautions longtemps d’avance. Le métal, proportionnellement, voyageait davantage tout en voyageant plus lentement et, de ce chef, le négoce international a réalisé de notables économies : le même fonds de roulement peut alimenter deux fois, trois fois, quatre fois plus d'affaires que dans le. bon vieux temps. Et cette fluidité dont nous parlions tout à l’heure résulte surtout de la multiplication des moyens qu’on a de payer ou de se faire payer à distance n’importe quelles sommes sans remuer une seule pièce d’or. A la vieille lettre de change sont venus s’ajouter, pour cela, les chèques, les mandats postaux, les transferts télégraphiques, etc. Des fortunes entières peuvent tenir dans une enveloppe de lettre et faire ainsi le tour du monde. Puis, lors même que des circonstances exceptionnelles, indemnités de guerre, emprunts, disettes, réformes monétaires, etc., nécessitent le déplacement effectif de valeurs considérables, il y a maintenant une monnaie qui peut y pourvoir presque clandestinement : ce sont ces valeurs mobilières qui s'inscrivent par centaines, voire par milliers, sur les cotes des grandes Bourses et dont quelques-unes se recommandent particulièrement au monde des affaires pour les liquidations de ce genre. Les valeurs américaines souscrites par l'Europe et reprises peu à peu par l'Amérique du Nord payent des cargaisons de blé que New-York nous envoie. Entre Paris, Londres, Berlin et Home, la renie italienne, litres et coupons, va, vient, court, selon que les conditions du change l’y invitent. Et ainsi des autres fonds internationaux.
- I! y a donc aujourd’hui, entre tous les grands marches du monde commercial, une triple circulation : d’abord celle des marchandises que tout le monde voit passer et que ia statistique douanière enregistre, tant bien que mal; puis celle de l’argent et de l’or, qui est déjà beaucoup plus latente; enfin celle de ces mille monnaies de papier qui, discrètement et silencieusement, comme l’eau des canalisations souterraines, vont tantôt ici, tantôt là, rétablir les équilibres compromis et liquider les situations. On peut s’étonner que les docteurs du protec-
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- i NS PO RT S.
- tionnisme en soient encore à ignorer systématiquement cette complexité de la mécanique commerciale et qu’ils osent, dans de solennels exposés, répéter, comme aux plus beaux jours de la théorie mercantile,que la France s’appauvrit d’un milliard, ni plus ni moins, toutes les fois que les additions de la douane donnent un milliard de plus à l'importation qu a l'exportation.
- 18. — Influence exercée sur le régime commercial.
- Le perfectionnement des moyens de transport produit à cet égard, selon les hommes, les lieux et les temps, des effets diamétralement contraires. Il est hors de doute que, dans le passé, la durée, le coût et les risques d'un voyage un peu long suffisaient souvent pour rendre illusoires les concurrences lointaines. Tout produit un peu lourd, une fois mis en mouvement. voyait son prix de revient grossir d'étape en étape, et il y avait là, pour la plupart des industries, une protection naturelle à laquelle on aurait pu se dispenser d’ajouter des lignes de défense artificielles. Le producteur indigène qui lient à vendre cher ce qu'il vend se juge donc très logique quand, de l’abaissement du prix des transports, il conclut au relèvement nécessaire des tarifs douaniers. El dans les pays où l'intérêt général n’est pas aussi fortement représenté que les intérêts locaux, les réactions protectionnistes procèdent surtout de ce raisonnement étroit, dont le particularisme électoral assure bientôt le succès.
- Pour les vrais hommes de science ou de gouvernement, c’est la conclusion contraire qui s’impose et nous nous garderons de recommencer ici une démonstration que les Bastiat etlesCobden avaient déjà menée à bien il y a quarante ans. Il faut évidemment que les peuples fassent aujourd'hui leur choix entre la politique de l’immobilité et la politique du mouvement, entre la vie factice et éphémère des serres chaudes et la vie tortillante du grand air et de la liberté. C'est surtout pour des territoires restreints comme celui de la France et des pays voisins que la question est grave. Mais le comble de l'inconséquence est cette politique, si aisément acclamée par les
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- ignorants, qui consiste à prodiguer d’une main les milliards pour multiplier les voies de communication et, de l’autre, à fermer à coups de lois et d’impôts les portes dont on s’est ainsi évertué à faciliter l’accès. A quoi bon les routes, les ponts, les chemins de fer, les canaux et les ports, à quoi bon les locomotives géantes et les steamers colossaux, à quoi bon le percement des isthmes et des montagnes si, dès qu'un passage nouveau s'est offert, l’octroi ou la douane s’en emparent, y mettent des barrières et y érigent des écriteaux disant: «On ne passe pas »?
- Nous n’en sommes pas tout à fait là. Les reculs récents de notre régime commercial ne nous ont pas ramenés jusqu’aux aberrations d’il y a cent, ni même d'il y a cinquante ans. On n'a pu ni ressusciter la prohibition pure et simple, ni même retirer à toutes les matières premières le bénéfice de l’admission en franchise. Puis, pendant que le Parlement français prononçait l’oraison funèbre des traités de commerce, auxquels il croyait avoir donné le coup de grâce, l’Allemagne, l'Autriche-llougrie, l’Italie,la Belgique, la Suisse, etc., revenaient toutes à la fois au système contractuel et en refaisaient la base de leurs relations présentes et futures. On peut donc persistera croire que l’avenir est aux libertés commerciales et que la contradiction dont nous nous donnons à nous-mêmes le spectacle ne durera pas toujours.
- 19. — Influence exercée sur la fortune publique et privée.
- S’il ne s’agissait ici que de déterminer la productivité moyenne des grandes entreprises de transport au point de vue des capitaux qui s’v engagent, on arriverait assez vite au but. Pour les chemins de fer, par exemple, on verrait que les 700ooo kilomètres de voies ferrées existants ont coulé, tout compris, prés de 128 milliards de francs (environ 4ooooorr par kilomètre, en moyenne) et que le produit net de leur exploitation oscille entre 8 et 10 milliards, soit un taux moyen de 3 à 3| pour 100. Les réseaux de certains États donnent jusqu’à 5 pour 100; mais ailleurs on tombe à a ou même à 1 ê pour too.
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- En France, le coût de premier établissement des chemins de fer n’est pas éloigné de >6 milliards, cl c’est tout au plus si le produit net dépasse 600 millions, soit moins de 4 pour 100.
- Ce sont là des résultats modestes : beaucoup d'autres entreprises rémunèrentplus généreusement leurs bailleurs de fonds.
- Mais, en y regardant de plus près d’abord et ensuite de plus haut, nous reconnaîtrons que ces taux moyens de placement ne donnent qu’une idée tout à fait insuffisante des résultats financiers et économiques des chemins de fer. Il suffirait de regarder les cours des actions et obligations de nos grandes compagnies pour voir que, malgré leur nombre énorme (n millions de titres au porteur et 5.2,3 millions de titres nominatifs à la fin de 1889, en tout plus de 33 millions), tous ces litres présentent, par rapport à leur prix d’émission, des plus-values plus ou moins considérables. Le fait s'explique, entre autres raisons, par les subventions et garanties de l'État, qui réduisent les débours et complètent les intérêts ou dividendes. Est -ce à dire que l'État perde ce que gagnent ainsi les capitaux privés? Non, l’État est loin d'avoir fait une mauvaise affaire. Ses garanties d’intérêt ne sont que des avances et ses subventions ont pour contre-partie les avantages procurés au Trésor à double titre : impôts perçus et économies réalisées. L’évaluation officielle de ces « profits particuliers » les portait naguère à 3oo millions et plus, par an. Il y a évidemment, dans ce calcul, des éléments contestables : l’estimation des services rendus gratuitement à l’administration des postes parles compagnies de chemins de fer paraît excessive; puis le dégrèvement partiel de la grande vitesse en 1895 va faire une brèche dans ce revenu, comme en 1878 le dégrèvement total de la petite vitesse. Mais mêmeavecces réserves, les milliards donnés par l'Étal restent largement rémunérés. D’ailleurs il ne faut pas oublier que, chez nous, au moins, les concessions des compagnies sont limitées et que, vers le milieu du siècle prochain, l’Étal héritera de toute la fortune immobilière des compagnies. Oâce à cette gigantesque rentrée, on pouvait, avant «870, dire avec quelque vraisemblance que la propriété des chemins de fer éteindrait un jour, à elle seule, toute la dette publique de la France!
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- Maintenant élargissons encore nos vues et, après avoir dit ce que les créateurs des grandes entreprises de transport ont tiré de leur œuvre, regardons quels en sont les fruits pour le reste du monde. Tous ceux qui ont étudié la question avec compétence et impartialité sont d'accord pour juger que la productivité extérieure des chemins de fer surpasse leur productivité intérieure, en ce sens que ceux qui s’en servent y trouvent bien plus de bénéfice que ceux qui les ont faits. En France, le produit brut de l’exploitation des voies ferrées arrive à 1200 millions et nous avons montré que l'économie réalisée par rapport aux modes antérieurs de locomotion ressort à environ deux tiers : les transports que nous effectuons sur rail auraient donc coûté, sur roule, quelque chose comme 36oo millions, au lieu de 1200; et tout en reconnaissant ce qu’un tel calcul a de nécessairement fictif, nous n’avons pas besoin de chercher ailleurs la preuve que nos chemins de fer enrichissent moins les actionnaires et les obligataires qui en ont payé la construction que les voyageurs et les expéditeurs de marchandises qui en utilisent l'existence. Il en est de même partout : « Les railways des lies britanniques, disait en 1885 sir J. llawkshaw, le grand ingénieur anglais, font économiser au peuple anglais bien plus d’argent que le total brut de tous les dividendes payés à leurs propriétaires, et cela sans même tenir compte du temps gagné. »
- Ajoutons, sans insister davantage, que partout où la statistique de la richesse a pu être basée sur des données sérieuses, en France, en Angleterre, en Allemagne,en Italie, etc.,les plus rapides progrès de la fortune publique et privée suivent de près la création des chemins de fer. La coïncidence, à coup sûr, n’est pas fortuite, et c’est bien la vapeur qui, plus que tout le reste, a ainsi enrichi les peuples civilisés (1 ).
- (') La comparaison numérique dos richesses nationales exprimées en monnaie, avant et après i$5o, peut se trouver troublée dans une certaine mesure par la vulgarisation de l’or, entraînant une dépréciation au moins temporaire de l'unité monétaire. Mais, à ce propos même, il faut remarquer que la découverte des mines californiennes ( i$$8) et australiennes ( 1 S5i ; aurait été beaucoup plus tardive, selon loule vraisemblance, sans
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- Si la production de la richesse a été universellement accélérée par les progrès du système circulatoire des peuples civilisés, on ne peut pas dire aussi arOrmaiivement que l'influence des chemins de fer sur la répartition, de la richesse ait été partout bienfaisante. Les déplacements d'intérêts qu’ils ont produits n’ont enrichi certaines localités qu'aux dépens de certaines autres. Telle bourgade, qui devait sa prospérité à l'arrêt forcé des voyageurs amenés par la diligence ou par la malle-poste, a perdu aujourd'hui toute son animation. Il y a eu ainsi, géographiquement parlant, de réelles décadences à côté de subites grandeurs. Mais, les hommes étant devenus de plus en plus indépendants des lieux, ces déchéances locales n'ont pas eu d’aussi fâcheuses conséquences qu’on l'imaginait. Les communes sacrifiées ont été délaissées au profit de celles que les chemins de fer favorisaient et un nouvel état d’équilibre s’est constitué où le bien-être général se trouve visiblement' accru. La mobilisation des personnes et des produits a abouti, tout compte fait, à une moindre inégalité des conditions humaines et nous pouvons sur ce point nous en référer à un témoignage dont nul oe récusera l’autorité (‘).
- Est-ce à dire que la révolution dont nous recherchons les effets n'ait pas fait de victimes? Il y aurait quelque exagération à le prétendre. Tout progrès, au début, nuit à quelqu’un. M. de Gasparin complimentait un jour un muletier des Alpes, sur la beauté d’une route nouvellement percce dans les montagnes, et le bonhomme répondait : « Dieu confonde les malheureux qui nous ont ruinés avec leurs roules : une seule charrette fait maintenant l'ouvrage de dix d'entre nous! » Les chemins de fer ont aussi compromis temporairement certaines situations individuelles. Mais, dans la plupart des cas, le remède a suivi le mal de près. Les maîtres de poste, les relayeurs, les entrepreneurs de messageries et leur personnel n’ont pas été longtemps à l'état de chômage. La concurrence leur devenant impossible contre les chemins de fer, la collaboration s'offrait d'elle-même. Le voiturier n'a eu qu'à changer l'orientation de son parcours pour retrouver bien vile une
- [') LEliOY-DE.UXJEr, £$sai sur la répartition dot richesses.
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- clientèle. Dans la direction même du railwav, if n’y avait plus rien à faire, ou presque rien. Mais chaque station allait devenir le point de départ et d’arrivée de plusieurs courants nouveaux de circulation. C'est ainsi que la fréquentation des routes nationales a pu se soutenir. A qui croirait l'industrie du voiturier tuée par les chemins de fer, il suffirait de montrer la marche de l’impôt sur les voilures publiques ou seulement la hausse continue du prix des chevaux.
- L’industrie des aubergistes, troublée presque aussi directement par la création des chemins de fer, a également trouvé une ample compensation à ses épreuves momentanées dans la multiplication des voyages. Tout le monde sait qu’il existe aujourd’hui, en France et ailleurs, bien plus d'hôtels qu’autre-fois et de tout autres hôtels.
- Le commerce local des départements n'a lui-même subi qu’une crise relative. Sans doute les marchands des pelUes villes maudissent les grands magasins parisiens dont la concurrence rayonne au loin. « Pendant un certain temps, disait M. Jacqmin, on a pu croire que le commerce d’un grand nombre de petites villes allait disparaître au profit des villes plus importantes. » Ce ne serait encore qu’un déplacement; mais il n’en a rien été. « D’une part, les propriétaires de ces maisons de commerce, ont, à leur tour, profilé des facilités que leur offraient les chemins de 1er pour augmenter leurs approvisionnements ; d’autre part, la clientèle s’est étendue. Si on a perdu quelques clients de la bourgeoisie, on a gagné les clients de la campagne en bien plus grand nombre... En comparant la somme d’échanges qui s’effectuent aujourd’hui dans une ville de huit à dix mille âmes à celle qui s'effectuait dans la même ville il y a vingt ans, on trouverait une différence extraordinaire. » 11 y a beaucoup de vrai dans celte apologie.
- Rappelons enfin que, si un certain nombre d’emplois ont pu être supprimés ou stérilisés par les chemins de fer, le nombre de ceux qu’ils ont directement créés est considérable. Les chemins de fer français occupent près de 3ooooo agents, hommes et femmes, sans compter les légions de travailleurs qui vivent d’eux. Somme toute, il y a bien un Français sur cent qui doit aux chemins de fer ses moyens d’existence et il n’en
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- est pas un sur mille à qui ils aient nui. On peut en dire autant des tramways, des bateaux à vapeur, de la télégraphie électrique, etc.
- 20. — Influence exercée sur les mouvements de la population.
- Tout le monde connaît l’expérience dite des plaques vibrantes. Sur une plaque de métal solidement fixée, on répand une poudre colorée; puis on frotte avec un archet le bord de la plaque, comme pour en tirer des sons. La poudre aussitôt se met en mouvement, fuyant les ventres de la vibration et s’accumulant sur les nœuds, de sorte que l’espèce de teinte plate qu’on avait d’abord sous les yeux se trouve remplacée par une zébrure plus ou moins symétrique.
- Il arrive ici-bas quelque chose d’analogue toutes les fois que le contre-coup d’une grande révolution économique fait pour ainsi dire vibrer la terre sous nos pas. La poudre humaine alors s’agite aussi ; elle obéit sans le savoir aux forces qui la sollicitent et il vient un moment où de cette multitude de déplacements individuels et presque inconscients résulte un état d’équilibre nouveau que nul n’avait su prévoir ni prédire, mais qui cependant n’a rien d'arbitraire et dont les règles son: presque aussi précises que celles qui président aux dessins dont on parlait tout à l’heure. Que la transformation des moyens de transport et la réduction des distances, au xixe siècle, aient ainsi préparé de nouveaux groupements humains en mobilisant de plus en plus l’espèce humaine; que les chemins de fer aient favorisé l’immigration des ruraux dans les villes, dans les grandes villes surtout, et que la navigation à vapeur ait favorisé la colonisation des terres exotiques par les déserteurs de l’ancien monde; que la fécondité même de notre race en ait été affectée en sens divers, les cités étant un milieu moins propice et les pays neufs étant un milieu, au contraire, plus favorable aux paternités nombreuses, personne ne songe sans doute à le nier, et l’ampleur même d'un sujet auquel un des
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- malires de la science contemporaine vient de consacrer trois gros volumes (') nous déconseille ici les développements que l’on pourra chercher ailleurs. Contentons-nous de donner, à grands traits, la mesure de l'intensité croissante des courants qui, sous nos yeux, hâtent à la fois le développement des
- I ï I I i I
- grandes agglomérations humaines et le peuplement des pays neufs.
- Ce n’est pas en France que l’attraction des villes présente son maximum de puissance. En Angleterre, par exemple, les villes absorbent une bien plus grande pan de l’effectif total du pays. Mais chez nous aussi l’heure approche oit l’on pourra dire que la population urbaine égale en nombre la population
- (’)1(1 Population française, histoire de la population avant [7s,j et démographie de la Fiance comparée à celle des autres nations au xtx* siècle, par E. Lbvassevb ; 1S93.
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- DES
- > PORTS»
- rurale. Il est vrai qu’entre ces deux qualifications la limite est assez difficile à tracer. Notre statistique officielle y pourvoit par une définition qui a le mérite d’être simple, mais qui a le défaut d'être arbitraire. Elle déclare communes urbaines celles qui comptent plus de 2000 habitants agglomérés. A ce compte, la population urbaine représentait à peine le quart de la population totale en 1846 (24,4 pour 100); elle en représente déjà plus du tiers à l’heure qu’il est, et avant quarante ans, si les choses continuent à marcher de la même façon (fig. 2), la proportion sera de moitié (5opour 100). Le mouvement est donc très rapide ( • ).
- Autre constatation non moins significative : le recensement de 1886 a trouvé près de 6 millions de Français nés hors du département qu’ils habitaient (contre 4,4 millions en 1866) et le nombre de ceux qui ont quitté leur commune natale est encore plus grand. La facilité des communications, qui favorise les déplacements définitifs, favorise également les migrations temporaires. La Creuse envoie à Paris chaque année, pendant la belle saison, des milliers de maçons. L’époque des récoltes amène dans un grand nombre de départements toute une colonie de passage : c’est ainsi qu’allant de station en station des bandes d’ouvriers belges et flamands vont louer leurs bras pour la moisson jusqu’au fond du bassin de la Seine, pendant que les Bretons remontent la Loire et que les Italiens se répandent en Corse, en Provence et au delà.
- Quant aux migrations intercontinentales, l'antiquité et le moyen âge les ont vues se produire, presque toujours de l’Est à l’Ouest, sous forme d’invasions torrentielles. Et depuis que Christophe Colomb, il y a quatre cents ans, a révélé à l’ancien monde un nouvel occident, l’Europe n’a guère cessé d'envoyer à l’Amérique ses conquistadores d’abord et ensuite ses colons. Mais, par une conséquence naturelle, les départs se sont multipliés à mesure que les traversées sont devenues plus faciles,
- (') Il ne faudrait pa» croire, cependant, que de à 191' lequart de la population française aura déserté la campagne : la promotion des ruraux au rang A'urbains s'effectue surplace toutes les fois qu'une commune qui n'avait pas 2000 àtr.es arrive à en avoir pins de 2000.
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- plus rapides et plus sûres (!). M. Levasseur évalue à 9 ou 10 millions le nombre des Européens, de race pure ou mélangée, qui, à la fin du xvm* siècle, représentaient hors d’Europe la civilisation et le christianisme. Ce nombre a décuplé en moins d'un siècle, tandis que la population de l’Europe ne faisait que doubler. « L’enfant a grandi plus vite que la mère parce qu’il a devant lui l’espace » et que l'espace, qui fut longtemps un obstacle, est aujourd’hui une richesse. Les grands ports anglais, français, allemands,etc.,ont exporté depuis 1801, en Amérique ou ailleurs, près de ?o millions d émigrants et cet exode chronique va encore s'accélérant : on ne comptait que 3ooooo départs par an en 1870; en 1880, on en compte plus de 600000 et ce tribut annuel de l’ancien monde aux mondes nouveaux tend maintenant vers un million. Les États-Unis seuls en reçoivent 5oo000, bon an mal an.
- C’est là, assurément, un des phénomènes démographiques et sociaux les plus considérables de notre époque : et sans doute les causes en sont multiples; mais tous ceux qui ont étudié attentivement cette grande quesiion s'accordent à constater l’influence prépondérante des moyens de communication perfectionnés, qui rendent tout à la fois l'expatriation plus facile et l’exil moins douloureux.
- 21. — Influence exercée sur les mœurs privées et publiques.
- Le sujet s'élargit de plus en plus à mesure que nous avançons; mais plus il s’élargit, plus nous devons nous restreindre. Une révolution comme celle dont la vapeur a été l'âme retentit forcément dans toute l’économie sociale et toutes les manlfes-talions de notre activité intellectuelle ci morale doivent s’en ressentir. Les nouveaux sillons s'ouvrent malheureusement à l’ivraie comme au bon grain. Guizot l’a dit (*) : « La facilité, la
- (‘) Kit i&p, ilexwteentre lo nord de l'Europe elle norddo l'Amérique, *9 h?‘Ies régulières de paquebots, expédiant par semaine steamers.
- '•) État actuel tic la religion chrétienne.
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- INDUSTRIE
- l.VNSPORTS.
- rapidité, l’universalité des communications, qui ont tant de part à la force et à la grandeur de la civilisation moderne, sont au service du bien comme du mal, de l’erreur comme de la vérité. »
- Est-ce un bien, est-ce un mal que ce goût des voyages, des « déplacements », qui est maintenant commun à toutes les classes de la société? Nos ancêtres redoutaient, non sans raison, les fatigues, les difficultés, les dangers de la locomotion ( ' ) : habitués en grand nombre à vivre et à mourir à Fombre du clocher qui les avait vus naître, ils trouveraient notre agitation folle et se demanderaient ce que peuvent devenir, dans ce perpétuel va-et-vient, l’esprit d’épargne et l’esprit de famille? Cependant, pour qui sait user sans abus des facilités actuelles, les voyages ont beaucoup de bon. Le corps n’est pas seul à profiter de cette fréquentation intermittente de la nature que la mode impose même aux indifférents. Le mélange des populations et l’assimilation progressive qui en résulte (costumes, usages, etc.) font de l’homme pour l’homme un spectacle de moins en moins pittoresque; mais les beautés de la création, si prosaïquement exploitées qu’elles soient par un mercantilisme impudent, savent encore parler à l’esprit et à l’âme. Le sentiment vrai de la nature, dans les lettres et dans Fart, ne date guère que de Rousseau; il est devenu très général au xixc siècle. 11 est vrai qu’à force de réagir contre les fantaisies trop artificielles du siècle précédent, notre temps s’est jeté dans un réalisme souvent grossier. Le cosmopolitisme qui sévit dans les grands centres contribue à abaisser sur bien des points le niveau de la littérature en général et celui du théâtre en particulier. Le livre, bon ou mauvais, se voit disputer victorieusement les lecteurs par le journal qui est devenu — quoi qu’en pensât ou qu’en dit Girardin — la grande puissance du jour, puissance trop souvent vénale. Que de bienfaits la presse sème autour d’elle, mais aussi que de méfaits! La vapeur et l’électricité lui ont
- (>) En anglais, vovage se dit tracel, c’est-à-dire « travail », et sir John Lubbock, après Skeat, fait remarquer combien cette étymologie est significative.
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- donné des ailes; elle voit tout, elle sait tout, elle dit tout, même ce qui n’est pas, et tout le monde fait d’elle, plus ou moins, son guide. Celte ubiquité et cette instantanéité de l’information sontle résultat évident des progrès de l’industrie des transports, y compris la télégraphie, et constituent, au point de vue de l’état d’esprit des individus et des foules, un des contrastes les plus marqués qu’il y ait entre le passé et le présent.
- La vie locale, dans les pays civilisés, pâtit visiblement de la suppression ou de la réduction des distances. Le rôle des capitales grandit partout, là même où il dépassait déjà la mesure, et cette tendance à l’hypertrophie cérébrale n'a été, chez nous notamment, que très imparfaitement compensée par de vagues essais de décentralisation. Avec les moyens de communication actuels, tout se tient et Tunitc d'action se trouve assurée dans l'organisme gouvernemental comme elle l’est dans le corps humain par l’instantanéité des transmissions nerveuses. Les lois nouvelles ne sont plus huit jours à se faire connaître au pays, et c’est un bien. Mais les improvisations d’un ministre ne mettent pas plus de temps qu’un texte législatif à passer de Paris à Bordeaux, à Marseille, à Alger, et c’est quelquefois un mal. Nos préfets, quoi qu’on fasse, ne retrouveront jamais ce que la force des choses inculquait d’initiative et d’indépendance aux intendants de l'ancien régime. L’administration locale comporte une foule d’incidents imprévus qui exigent de promptes solutions. Quand on était à cinq, à dix ou à quinze jours de Paris et de Versailles, il fallait savoir prendre un parti et marcher de l’avant. Actuellement les gouverneurs de colonies eux-mêmes peuvent faire plusieurs visites par an à la métropole, et, sans parler de la poste, le télégraphe, à tout moment, leur permet de consulter l'administration supérieure. A plus forte raison les préfets. Le télégraphe les lient en laisse, si l’on peut s’exprimer ainsi, comme le téléphone, à l’intérieur même des ministères, tient en laisse les chefs de services. C’est comme si le ministre était, à toute heure, dans leur cabinet; et l’espèce de capitis dtminutio qui résulte de cette situation a, dans la pratique, plus d’inconvénients que d'avantages, surtout quand l’instabilité ministérielle rend fra-
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- I AXS PORTS.
- gile ei incertain l’unique pivot autour duquel tout gravite. Il en est de nos diplomates comme de nos préfets. Autrefois un ambassadeur emportait avec lui unedélégation presque illimitée du prince qui venait de l’accréditer. Aujourd’hui il n’est guère, lui aussi, qu’un agent de transmission. Même dans l’armée, même dans la marine, le télégraphe a éteint bien des initiatives (1 ).
- A l’intérieur, le moyen d'atténuer l’atteinte portée à l’autorité des administrateurs locaux consisterait à réduire leur nombre, en élargissant les circonscriptions. Nos départements sont devenus trop petits. Lorsqu’en 1789 l’Assemblée constituante décomposa ainsi nos anciennes provinces, elle ne songeait qu’à hâter l’unification du pays et ne prévoyait pas les chemins de fcr.II serait temps, ayant trop coupé, de recoudre. L’unité nationale n’aurait rien à craindre aujourd’hui d'un moindresectionnement.Lescheminsdeferont préparé ou consacré {'unification politique des pays les plus morcelés, comme l’Allemagne, comme l’Italie. Il est même remarquable qu'à raison de cette concentration des races et malgré le resserrement de territoires, l’idée et le sentiment de la patrie n’ont fait depuis cent ans que se préciser et se fortifier. Il n’est pas besoin deremonierau moyen âge, il suffit de reculer d’un siècle pour constater qu’il y a eu, à cet égard, un progrès considérable.
- De l’effacement graduel des autonomies locales, faut-il conclure que notre grande œuvre industrielle menace plus le principe de liberté que le principe d’autorité? Les deux principes ne s’excluent pas forcément l’un l’autre; mais, dans son ensemble, l'histoire du siècle qui va finir compte certainement pour les idées libérales plus de victoires que de défaites. Le despotisme brutal auquel tant de peuples ont été longtemps livrés devient un anachronisme et une exception. L’esclavage, comme la famine, ne sera bientôt plus qu’un souvenir et rien
- (') Gabriel Charme* ( Journal des Débats du i3 septembre «S89) affirmait énergqin-mcnt « le mal qu'a fait le lélêsraplio à notre armée et à notre mari ne. CVst grâce à lui que, sur les point* les plus éloignés du globe, il n*y a pas un général ou un amiral assez audacieux pour prendre une résolution quelconque sans en avoir référé au ministère. #
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- n'aura plus fait pour celte double émancipation que le rapprochement matériel des peuples. Nous ne confondons pas, d’ailleurs, nécessairement les progrès de la liberté avec ceux de la forme gouvernementale qui a triomphé chez nous. Gambetta a, un jour, décerné à la locomotive un brevet solennel de civisme républicain : s’il est vrai qu’elle soit républicaine, c’est du moins une opportuniste qui sait s’accommoder de régimes très dissemblables : ni la reine Victoria, ni le tsar, ni l’empereur d'Allemagne n’ont eu, jusqu'ici, à se plaindre de ses services. Mais nous croyons qu’en effet le frottement et le mélange des populations ont dû contribuer au développement de l’esprit démocratique. X’ont-ils pas contribué aussi à l’éclosion de ce qu’on appelle la question sociale?
- 11 nous resterait à dire quelle a pu être, quelle est, quelle sera dans l’avenir l’influence exercée sur la paix ou la guerre par la transformation des voies et moyens de transport. La guerre survivra-t-elle indéfiniment aux remaniements que la science est en train de faire subir aux sociétés humaines? ou bien cette paix universelle, qui ne fut jusqu’ici qu’un rêve, deviendra-t-elle enfin une réalité et pourra-t-on tôt ou tard, en montrant d’un côté le canon devenu muet, de l’autre la locomotive triomphante, dire : « Ceci a tué cela? »
- Grave question que tout le monde s’est posée et à laquelle personne n’ose répondre !
- Certes, l’histoire des cinquante dernières années n’est pas pour encourager l’optimisme. De nombreuses hécatombes ont encore, sous nos yeux, ensanglanté l’Asie, l’Afrique, les deux Amériques, l’Europe surtout. Où trouver dans les annales du passé, une lutte plus acharnée, des batailles plus meurtrières et de plus iniques violations du droit que celles de l’année terrible? La vapeur, sur terre et sur mer, semble n’avoir servi qu’à rendre les chocs plus rapides, les défaites plus irréparables. L’outillage delà guerre se perfectionne, hélas! aussi vile que celui de la paix, et chaque année voit les arsenaux se peupler de nouveaux engins de mort, plus terribles les uns que les autres. Puis l'armée, maintenant, c’est tout le monde : tout homme valide est soldai ou le serait le jour de l’entrée en campagne. Comment ne pas voir une
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- A XSPORTS.
- menace dans ce développement quotidien des armements? Nous savons bien que les Romains disaient : Si vis pacem, para be/lum. Soit : la faiblesse n’a pas cessé d’être un péril; mais la force a-t-elle cessé d’être une tentation? Une notion ou un gouvernement écrasé par les frais croissants de la paix armée, telle qu’on la comprend, telle qu’on la pratique, ne peut-il pas, le jour où il croît l’occasion favorable, être tenté de jouer le tout pour le tout?
- Les prophètes de malheur pourraient même soutenir que l’état d’esprit actuel des peuples augmente les risques de guerre au lieu de les diminuer. Plus l’idée de patrie s’accentue, plus les susceptibilités nationales s’aiguisent; et, le télégraphe aidant, une rupture bientôt irrévocable peut être provoquée par un incidentde frontière,par un malentendu, par une fausse nouvelle qui, autrefois, aurait eu le temps de s'éclaircir. On l’a vu en 1870; on a failli le voir encore depuis. Le rapprochement des centres ne crée-t-il pas, en ce sens, un danger nouveau?
- Il y a dans tout cela du vrai; cependant, malgré tout, la conscience et la raison humaines se refusent à admettre que la civilisation, qui a déjà fait capituler tant de fléaux, ne puisse rien contre le plus haïssable de tous. Sans doute l’avenir ne sera jamais absolument sur et l'humanité pourra toujours avoir à compter avec de cruelles surprises. Mais est-ce que déjà la guerre, en devenant plus effrayante, ne tend pas à devenir plus rare? Tout le monde en a peur. Quel gouvernement, se crùt-il sûr de son bon droit et de sa supériorité militaire, oserait donner d’un cœur léger le signal de l’attaque? Quant aux peuples, le service obligatoire pour tous est chose propre à leur déconseiller les entraînements irréfléchis. Puis, il faut bien le dire, malgré certaines apparences contraires, les haines de nation à nation vont s’émoussant. Que de préventions détruites, que d’intérêts divergents conciliés, que de vieilles colères endormies! L’affreuse boucherie de 1870 n’a laissé chez nous de si âpres souvenirs que parce que l’annexion brutale de l’Alsace-Lorraine en perpétue les violences; et, malgré cela. Paris a vu revenir dans ses murs les vingt ou trente mille Allemands qui mangent notre pain sans que leurs
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- moyens d’existence se soient trouvés un seul jour compromis. Si l'Allemagne rendait à elles-mêmes les provinces qu elle tient prisonnières, nous n'aurions plus de griefs sérieux contre personne et nous ne voudrions plus croire à la possibilité d’une grande guerre. Et s’il est vrai que les haines innées s’en vont, comment nier que cela vienne surtout de la multiplication des relations personnelles et des échanges commerciaux de pays à pays? Grâce à la facilité des voyages, grâce au développement des rapports internationaux, nous avons tous, hors de France, des correspondants, des clients, des associés, des amis, etc. Or il en est de certaines passions nationales comme des électricités contraires que quelques points de contact suffisent pour désarmer Le mélange des populations n’est-il pas un commencement d’alliance entre les peuples?
- ün des faits les plus propres à donner espoir est le succès des diverses tentatives qui se sont succédé, depuis une vingtaine d’années, pour créer, au profit de divers intérêts, des unions internationales. L’union postale, l’union télégraphique, sont vite devenues universelles et d’autres syndicats du même genre semblent aussi en voie de se généraliser. Les expositions, les congrès favorisent à leur manière ces fédérations partielles. Il ne faut pas en exagérer la portée : il ne la faut pas non plus méconnaître. Tous ces rapprochements assurent déjà un commencement de satisfaction aux hommes qui appellent de leurs vœux la formation des « États-Unis d'Europe». Victor Hugo étaitdu nombre. Victor Hugo disait: «La paix sera le nom de baptême du xx* siècle. » Le xx* siècle est trop près de nous pour que nous osions répéter cette promesse. Mais un autre siècle aura peut-être l’honneur et le bonheur d’ignorer enfin ces grandes effusions de sang dont le passé est plein. Le progrès des institutions humaines a déjà à peu près conquis à l’ordre et à la légalité toutes les unités successives de la hiérarchie sociale : la famille, la commune, la cité, la province, l’Etat. Les distances s’étant à ce point réduites qu’il y a moins loin maintenant de Paris à Saint-Pétersbourg qu’aulrefois de Lyon à Bordeaux, il ne semble pas déraisonnable d’admettre que les diverses nationalités de l’ancien monde puissent un jour, par l’avènement d’une juridiction commune, se trouver presque
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- .'industrie des transports.
- aussi efficacement protégées contre l'éventualité d’un conflit que le sont actuellement deux provinces du môme empire.
- On pourrait dire alors avec quelque confiance: Finis belli! Et à cette victoire suprême de la paix sur la guerre nul n'aurait à coup sûr contribué plus efficacement que les Watt et les Ampère, les Fulton et les Stephenson, les Maury et les Lesseps.
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- TABLE DES MATIERES
- DU MÉMOIRE DE M. DE FOVJLLE.
- PREMIÈRE PARTIE.
- Ganses principales de la révolution qui s’est faite dans l’Industrie des transports.
- 1. — Transformation simultanée dos voies, des moteurs et des
- véhicules.................................................. 1
- 2. — Perfectionnement des transports par terre.................. 2
- 3. — Perfectionnement de la navigation intérieure............... 2
- 4. _ Perfectionnement de la navigation maritime................ 4
- 5. — La vapeur sur mer et sur terre............................. 3
- 6. — Circulation urbaine........................................ 8
- 7. — Télégraphié électrique, et:................................ 9
- DEUXIÈME PARTIE.
- Effets directs des progrès de l’industrie des transports.
- 8. — Réduction générale des distances........................... 10
- 9. — Accélération des transports................................ 11
- 10. — Abaissement du prix des transports........................ 17
- 11. — Sécurité des transports................................... 24
- TROISIÈME PARTIE.
- Effets indirects des progrès de l’Industrie des transports.
- 12. — Mobilité croissante des hommes et des choses.............. 29
- 13. — Nivellement des prix...................................... 31
- 14. — Prix de la terre.......................................... 33
- 13. — Influence exercée sur l'agriculture....................... 35
- 10. — Influence exercée sur l'industrie......................... 37
- 17. — Influence exercée sur le commerce......................... 39
- 18. — Influence exercée sur lo régime commercial................ 43
- 13. — Influence exercéo sur la fortune publiquo et privée....... 44
- 20. — Influence exercée sur les mouvements de la population.... 49
- 21. — Influence exercée sur les mœurs privées et publiques..... 52
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- LA
- MICROPHOTOGRAPHIE,
- CONFÉRENCE DC 0 MARS 189S,
- Par M. Léon DÜCHESNE,
- Membre de la Société française de Photographie.
- Mesdames, Messieurs,
- Vous parler de la Microphotographie après les maîtres qui m’ont précédé ici, et vous ont déjà montré une grande partie des résultats que donne cette partie de la Photographie, peut paraître téméraire. Mais le domaine embrassé est si vaste, que j’espère pouvoir vous montrer assez d’inédit, pour justifier la nécessité de traiter à part cette application scientifique de la Photographie.
- Dès 1840, c’est-à-dire presque au début du daguerréotype, les premières épreuves d'images vues au microscope étaient obtenues en France par Vincent Chevalier et Donné. Quelque temps avant, un Américain, Draper, de New-York, avait employé avec succès le même procédé; en i844> Meyer, de Francfort, obtenait de bonnes images du Pleurostgma angulatum et du Pleurosigma balticum ; il se servait d’un appareil vertical à petite épreuve. Les figures de l’atlas du cours de Microscopie que publièrent Donné et Foucault en 1845 avaient été gravées d’après des images daguerriennes.
- Le premier en France, de Brébisson se servit du collodion pour fixer les images du microscope. Un peu plus tard, Nachet et Lackerbauer obtinrent des images microphotographiques remarquables; un exemplaire du Pleurosigma angulatum,
- a» Série, t. V. 5
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- DL' C1I ESN H.
- 02
- qui se trouve chez M. Nachet et que Lackerbauer avait fait en vue de l’Exposition de 1867, montre les perles de cette diato-méeavecle point central blanc. Moitessier, en 1866, publia un traité de Microphotographie qui peut encore servir de guide dans bien des cas.
- Enfin, plus récemment, mais non plus en France, feu le Dr Woodward obtenait des résultats qu’il est bien difficile de dépasser.
- Je ne voudrais pas terminer cette liste forcément abrégée des • principaux microphotographes, sans vous citer un dernier nom, bien oublié aujourd’hui, malgré les services quotidiens qu’il rend à la Photographie. Je veux vous parler du Dr Maddoux. qui était à la fois micrographe remarquable et photographe distingué ; il a même donné son nom à une méthode d’obtention de Microphotographie.
- Puisque le nom de l’inventeur du gélatinobromure a été prononcé, permeuez-moi, Messieurs, de vous rappeler que celui à qui notre science doit tant est aujourd’hui dans un état voisin delà misère; aussi je suis persuadé que vous n’oublierez pas le double titre de reconnaissance que vous devez au Dr Maddoux, tant comme micrographe, que comme photographe, en prenant une large part à l’œuvre de réparation que la Photographie doit au savant.
- La Microphotographie peut, comme vous venez de le voir, compter parmi les plus anciennes applications delà Photographie; malgré cela, elle a fait peu d’adeptes en France.
- A l’étranger, au contraire, elle semble avoir pris une grande partie du développement que l’on en peut attendre.
- Cet aveu, quelque pénible qu’il soit, vaut encore mieux que le silence, car, connaissant le mal, il sera facile d’y porter remède ; je m’empresserai même d’ajouter que, dans ces derniers temps, une réaction s’est faite dans notre pays, et je ne doute pas qu’il n’atteigne rapidement le rang, non auquel il a droit, mais celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d'occuper.
- Cette espèce de répulsion que la Microphotographie a inspirée pendant longtemps à ceux qui auraient dû s’en servir et se réjouir de l’employer, venait d’abord de la défaveur que les premiers photographes avaient jetée sur cet art naissant.
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- LA MICROPHOTOGRAPHIE. 6$
- Jusque dans ces dernières années, se servir de la Photographie était pour beaucoup s’amoindrir.
- En outre, certains micrographes ont fait tout leur possible pendant longtemps pour prouver que la Microphotographie ne peut rendre aucun service à leur science ; à les entendre, ils ont absolument raison. Voici les arguments quils invoquent pour justifier leur abstention :
- « La Microphotographie ne reproduit qu'un plan.
- » Elle montre avec la même netteté les éléments de la préparation et les taches.
- » Enfin, et c’est là ce qu’ils ne disent pas, elle reproduit avec une vérité souvent trop grande ce que montre le microscope : plus moyen alors de faire courir son imagination, la formule sacrée « j’ai vu » ne suffit plus, « il faut faire voir ».
- A la première objection, « l'image photographique ne reproduit qu’un plan net », la réponse est facile.
- Le micrographe lui aussi ne voit qu’un seul plan net à la fois, mais, comme il a constamment la main à la tête de la vis micromélrique, il peut faire passer successivement tous les plans sous ses yeux. Il est bien évident qu’il serait possible de faire de même en Microphotographie; non pas en faisant plusieurs poses des différents plans, comme quelques micrographes l’ont proposé, mais en faisant autant de phototypes qu’il y a de plans intéressants. La superposition par la pensée de ces différentes images permet de reconstruire facilement la forme du corps étudié. J’ajouterai que, dans bien des cas, ce plan unique est un moyen de faire des coupes idéales dans la coupe réelle faite par le microtome.
- La seconde objection peut se résoudre presque aussi facilement; il est évident que la plaque sensible enregistre les grains de poussière ou les défauts avec la même netteté que les éléments à étudier, mais les mauvais préparateurs seuls peuvent se plaindre de cela. Celui qui est vraiment digne de ce nom fait des coupes ou des préparations tellement propres et nettes, que généralement l’intervention de la Photographie ne révèle rien d’anormal.
- Espérons que la Micrographie, mieux comprise, rendra dons quelque temps les sersices que l’on est en droit d’en attendre.
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- C'est pour tâcher d’atteindre ce but, que nous allons examiner avec vous les moyens pratiques pour arriver à ce résultat. Soyez persuadés à l’avance que, si vous persévérez tant soit peu, vous serez largement récompensés de vos peines, car l’étude du monde invisible vous réservera des joies et des surprises plus grandes peut-être que ne peut vous en fournir l’univers infini.
- Si, dans ce cas, le Créateur a prouvé la force immense de son génie, dans la partie de la création qui nous occupe, il vous montrera, par la perfection de l'infiniment petit, que là encore il est le maître incomparable et inimitable. Notre ambition doit être de pouvoir l’admirer dans l’origine même de la création : c’est le but que la Microphotographie va nous per-mettre d'atteindre. Pour pouvoir réussir plus facilement, il faut être incontestablement un peu micrographe, autrement on s’exposerait à faire de la Microphotographie absolument comme M. Jourdain faisait de la prose.
- En principe, chaque préparation qu'il faut photographier doit au préalable faire l'objet d’une étude spéciale; il est en effet indispensable de savoir :
- i® Quelle est la dimension des plus petits cléments à examiner;
- a° Quel mode d’éclairage sera le plus avantageux ;
- 3® Enfin si la préparation est monochrome ou polychrome.
- Il ne faudrait pas trop vous effrayer de ce long questionnaire ; là, comme en bien des cas, avec un peu de pratique la solution suivra souvent l’énoncé du problème.
- Vous pourriez, du reste, abréger considérablement votre examen préalable en prenant l’habitude de diviser vos préparations en quatre séries bien distinctes.
- Dans la première, seront classées les préparations à large surface, ou bien celles dont les éléments sont relativement gros, comme les animaux entiers. Les coupes de moelle, dont M. A. Londe vous a montré de si beaux spécimens, peuvent servir de type.
- La deuxième série comprendra les autres préparations visibles dans la lumière centrale, la grandeur et la grosseur des
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- IICROPHOTOGRÀ1
- éléments n’ont pas une grande importance, le dispositif pour l'éclairage étant constant; dans cette classe peut rentrerl'étudc presque entière de la botanique, l’examen des éléments des tissus, etc., etc.
- La troisième série sera formée par les préparations dont les détails n’ont que quelques millièmes de millimètre, c’est-à-dire les derniers éléments visibles dans la lumière centrale, tels que les globules du sang, l’examen des pus, etc., etc.
- Enfin, la quatrième série comprendra les études à faire dans la lumière oblique.
- Avant de nous occuper des opérations pratiques, il nous faut faire connaissance avec les appareils nécessaires pour atteindre le résultat final.
- Nous commencerons par le microscope, pour ensuite étudier chaque appareil au fur et à mesure des besoins.
- En principe, tout microscope bon pour l’observation est suffisant pour obtenir une image ; mais, dans la pratique, il est préférable d’avoir un instrument répondant aux besoins que nécessite la Microphotographie.
- En France, Bézu, Hausser et0e, Sachet, Vérick, etc., construisent des montures de microscopes qui, spéciales ou non à la Microphotographie, sont excellentes à tous les points de vue.
- Quelques constructeurs étrangers ont établi des modèles spéciaux, mais, je le répète, tout microscope peut servir; il sera cependant préférable s’il remplit les conditions suivantes :
- Pieds lourds et larges {fig, i ), afin d’assurer la stabilité de l'instrument (a);
- Charnière à rotation avec vis de serrage (b), permettant de lui donner toutes les inclinaisons, depuis la verticale jusqu’à l'horizontale :
- Tube très gros, évitant par là les réflexions à l’intérieur (c);
- Platine large et aussi basse que possible (d) ;
- Sous-platine (e) pouvant recevoir tous les appareils d’éclairage que nous étudierons tout à l’heure, et munie d’une crémaillère (/) servant à l’élever ou rabaisser à volonté.
- Enfin, l’instrument doit posséder :
- lin miroir plan et un concave (g*);
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- 66 !.. DCCHESXE.
- Un mouvement rapide par crémaillère (//) ;
- Un mouvement lent par vis micrométrique ayant toute la précision possible (t).
- L’appareil sera parfait si la platine est à rotation (J), et surfis- i.
- tout si elle porte un chariot permettant de déplacer la préparation à angle droit (k,k”).
- La précision de ce chariot, utile en Micrographie, est un grand point en Microphotographie. Supposez que l'image soit
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- .A 1MCR0PH0T0GI
- projetée avec un grossissement de 1000 diamètres, ce qui n’a rien d’exagéré; un déplacement de la préparation d’un millimètre va se traduire sur la glace dépolie par un mouvement de un mètre d’amplitude; on ne saurait donc apporter trop de
- soins à ce chariot lorsqu’on a des images d'un fort grossissement à centrer.
- La partie optique du microscope comprend :
- i° Les appareils d’éclairage ;
- 2* Les objectifs et les oculaires.
- Les appareils d’éclairage, principalement les condensateurs, sont assez nombreux; la plupart ont pour base celui que Dujardin inventa et qui fut peu après énormément perfectionné en Angleterre.
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- En i856, feu Nachet construisit un condensateur achromatique, dont la partie optique se rapproche beaucoup de la formule de celui du professeur Abbe, qui est maintenant universellement employé.
- Cet instrument se compose, pour la partie optique, de deux ou trois lentilles, suivant l'angle d’ouverture numérique qui varie de im,20 (a,fig. 2) à i“,4o 3). La partie méca-
- nique comprend :
- Un miroir double (/) l’un plan, l’autre concave; une pièce
- Fi§. s.
- permettant de décentrer le diaphragme. (e); enfin un diaphragme à iris (</).
- Pour l’emploi, le condensateur doit se trouver très près de la
- préparation et même, lorsque la lumière oblique est nécessaire, il est bon de réunir la lentille supérieure du condensateur avec la lamelle par une goutte d’huile de cèdre; de cette façon, certains rayons obliques, très utiles à la formation de l'image comme nous le verrons plus tard, et qui sans ce moyen pas-
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- LA MICROPHOTOGRAPHIE. fo)
- seraient hors de l’objectif, se trouvent moins déviés et peuvent entrer dans l’objectif du microscope.
- Powell et Lealand ont construit récemment un nouveau condensateur achromatique spécial pour la Microphotographie, mais le prix élevé de cet instrument en restreindra beaucoup l’emploi, d'autant plus que le modèle spécial établi par Zeiss (/fe-4) est largement suffisant.
- Quelquefois on se trouvera bien en prenantcomme conden sateur une simple lentille biconvexe, et cela lorsque la préparation présentera une large surface.
- D'autres fois enfin, il sera bon de remplacer le condensateur
- par un objectif achromatique ou mieux apochromalique de court foyer; de cette façon on obtient des résolutions impossibles souvent sans celte disposition.
- Il me reste à vous dire un mot de l’emploi des diaphragmes et j’aurai fini avec la monture du microscope.
- Cet instrument {Jï%. 5) est maintenant construit presque généralement à iris et son emploi se règle suivant chaque cas particulier.
- Le plus petit diaphragme possible, quoique éclairant encore la préparation, est préférable, si les éléments en sont apparents, non par l'inégale absorption de la lumière, mais par des différences de réfraction; les grandes ouvertures, au con-
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- L. DCCHESXE.
- traire, seront réservées pour les préparations injectées, les bacilles, etc-, c’est-à-dire pour celles dont les éléments sont différenciés par leur coloration.
- D’autres appareils optiques, non moins importants, mais pla-
- cés en dehors du microscope, servent également à l’éclairage de la préparation.
- Vous m’excuserez si je m’étends un peu longuement peut-être sur ces accessoires de la Microphotographie, mais Adam Salomon n’a-t-il pas dit, en parlant du portrait : « Lorsque le modèle est bien éclairé, la moitié de la photographie est faite». En Microphotographie, il nous suffira de changer la proportion pour rester dans la même vérité et de dire : si la préparation est bien éclairée, les neuf dixièmes de l’opération sont faits.
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- IICROPnOTOGRAPHIE.
- Le banc optique est l’instrument qui nous reste à examiner.
- Dès 1866, dans son traité La Photographie appliquée aux recherches micrographiques, Moitessier en recommande l’emploi.
- Depuis cette époque, il a subi peu de modifications ; il se compose généralement d’une règle en fer parfaitement dressée sur laquelle peut glisser le pied des appareils qu’il supporte.
- Ces appareils se composent ordinairement d'une cuve à alun et d’une seconde cuve à liquide coloré F(/ig. 6), d'un ou deux diaphragmes H, d’une ou plusieurs lentilles E convergentes ou divergentes, à foyers différents, de façon à pouvoir obtenir un faisceau soit parallèle, soit divergent, soit convergent; la cuve à liquide coloré sert généralement à obtenir de la lumière monochromatique ; dans certains cas elle pourra être remplacée par un écran coloré à faces parallèles. L’emploi de la cuve à alun n’est nécessaire que si l’on se sert de la lumière solaire ou de l’éclairage électrique à arc.
- En avant du banc optique, se place la lanterne C contenant la source de lumière si l’on emploie l’éclairage artificiel, ou bien le miroir destine à réfléchir dans Taxe du microscope le rayon solaire envoyé par l’héliostat si l’on se sert de cette source lumineuse, la plus précieuse de toutes.
- Le plus simple de ces instruments et bien suffisant pour la Microphotographie est celui que construisent MM. Bézu, Hausser et C1* ( fig. 7 ) et qui a été inventé par leur prédécesseur M.Prazmowski. Cet appareil, facile à orienter, s’il n’arrête pas le rayon solaire d’une façon absolue, peut cependant le conserver dans une direction donnée pendant plusieurs heures.
- L’oculaire, instrument indispensable en Micrographie, est d’un usage restreint en Microphotographie. Depuis quelques années cependant, on se sert de certains oculaires spéciaux destinés à projeter l’image et presque indispensables dans certains cas. Je n’aurai que ceux-ci à vous décrire.
- Ces oculaires, dits à projection, sont semblables aux oculaires chercheurs ou de travail; ils s’introduisent dans le tube du microscope à la place de ceux-ci ; ils sont formés d’une lentille collectrice de champ et d’un système projecteur qui est un petit objectif photographique. L’ensemble est soigneu-
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- L. DUCHESNE.
- sement corrigé des aberrations chromatiques et sphériques.
- L’emploi des oculaires à projection est extrêmement pra» tique, en ce sens qu’il permet de réduire le tirage de la chambre de la moitié ou du quart, tout en obtenant le même grossissement; de plus, cet oculaire, qui se place dans le tube du microscope et par cela même à la longueur pour laquelle l'objectif est le mieux corrigé, conserve à l’image toute la
- Fig. 7.
- valeur que lui donne l’objectif. Pour certains objectifs, tels que les homogènes de plus de { de pouce, il est absolument indispensable, la combinaison optique étant corrigée pour une mesure exacte de longueur de tube.
- Woodward, qui avait depuis longtemps constaté le fait, se servait d’une lentille divergente qu'il plaçait près de la lentille postérieure de l’objectif; l’image se formait alors plus loin et rien n’était changé à la marche des rayons dans le microscope.
- A défaut des objectifs à projection, on devra toujours se servir d’un amplificateur; cette lentille, que Xachet construit fort bien, devra être aussi exempte que possible des aberrations sphériques et chromatiques.
- Des différentes parties du microscope, la plus intéressante est certainement l’objectif; comme c’est eu somme lui qui
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- U1CROPHOTOGRAPHI
- forme l’image, c’est de sa valeur seule que dépendra le résultat final.
- C’est vers i8*3 que feuNaehet, alors ouvrier chez Chevallier, construisit le premier objectif achromatique, c'est-à-dire dans lequel les rayons rouges et les rayons bleus, séparés par leur passage dans les lentilles, viennent former leur image dans un même plan.
- Jusque dans ces dernières années, la valeur d’un objectif se mesurait à son grossissement; aujourd’hui, grâce à des études plus approfondies sur la marche des rayons lumineux, on demande autre chose à ces appareils que du grossissement linéaire.
- Pour être bon, un objectif doit remplir les conditions suivantes :
- Les contours des objectifs doivent être nets, bien définis et montrer parfaitement les détails; de plus, l’image doit être aussi bonne pour la partie centrale que pour les bords.
- Ces qualités dépendent de l’angle d’ouverture et de la correction des aberrations sphériques et chromatiques.
- La possibilité de montrer les détails qui dépendent de l’angle d'ouverture se nomme le pouvoir résolvant.
- Le pouvoir définissant est la qualité que possède un objectif dont les aberrations sont bien corrigées et qui, par cela, définit bien les contours des objets.
- Si l’objectif jouit d’une certaine profondeur de foyer, c’est-à-dire s’il montre plusieurs plans à la fois, c’est qu’il possède un bon pouvoir pénétrant.
- Malheureusement, toutes ces qualités ne peuvent se trouver réunies à la fois dans le même instrument, car quelques-unes sont contrai res aux autres; ainsi le pouvoir résolvant, qui dépend de l’angle d’ouverture de l’objectif, est-il en opposition avec le pouvoir pénétrant, le premier ne montrant nettement qu’un plan mathématique avec tous ses détails, tandis que le second définira plusieurs plans,mais sans montrer des détails aussi fins.
- Il se construit plusieurs sortes d’objectifs, qui sont :
- Les objectifs à sec,
- 2® Ceux à immersion,
- 3° Enfin les objectifs homogènes.
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- DU en ESN K.
- Les objectifs à sec et à monture fixe sont ceux dont les lentilles sont fixées d’écartement par le constructeur; ils comprennent généralement les objectifs faibles ou à petite ouverture. Les objectifs à immersion, c’est-à-dire pour l’emploi desquels
- Fis. «.
- il faut réunir le couvre-objet et la frontale par un liquide, se font généralement à correction.
- Dans ces objectifs il est possible défaire varier l'écartement entre la lentille frontale et les suivantes.
- Dans la fig. 8, les lentilles e sont fixées à la monture a, les deux autres, d, peuvent se mouvoir ensemble, à l’aide d’un collier, b, mobile et portant des divisions: il est facile de déplacer ces deux lentilles de la quantité nécessaire pour obtenir le maximum de netteté; un ressort à boudin, c, maintienne tout dans la position qui lui est donnée par l’opérateur.
- La correction d’un objectif d’une certaine puissance est
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- LA MICROPHOTOGRAPHIE. -y
- d’un grand secours pour diminuer l’aberration de sphéricité, qui varie suivant l’épaisseur du couvre-objet employé. En Microphotographie, il est même quelquefois utile de forcer légèrement la correction; parce moyen,on peut augmenter la netteté de l’image d’une façon sensible.
- Le but de l’immersion est de ramener dans l’objectif un assez grand nombre de rayons lumineux, qui, sans cela, se trouveraient trop fortement réfractés par suite de leur passage du verre dans l’air et ne pourraient pas atteindre la lentille frontale de l’objectif.
- L’emploi d’un liquide entre la lentille et la lamelle équivaut donc à une augmentation de l'ouverture numérique de l’objectif.
- Les objectifs homogènes jouissent des qualités des objectifs précédents, mais leur construction est telle que les différences d’épaisseur des couvre-objets sont sans importance appréciable; en cas d’écart trop grand, la correction se fait par un allongement ou un raccourcissement du tube.
- Depuis quelques années, de nouveaux objectifs ont été mis dans le commerce, d’abord par la maison Cari Zeiss, ensuite par presque tous les opticiens. Ces objectifs,précieux pour la Microphotographie, sont corrigés pour trois couleurs du spectre. De cette façon, les spectres secondaires se trouvent éliminés,il ne reste plus que de légères traces de spectre tertiaire absolument négligeables; de plus, ils ont l'aberration de sphéricité corrigée pour deux couleurs, alors que dans les autres systèmes la correction ne peut être faite que pour une seule.
- Ces objectifs, désignés sous le nom d'apochromatiques, donnent, pour tous les rayons du spectre, des images d’une netteté à peu près uniforme, soit qu’on les observe dans la lumière blanche, soit qu’on emploie la lumière monochromatique, et c’est là ce qui les rend précieux pour la Microphotographie, puisqu'il est possible de meure au point dans la lumière blanche pour ensuite poser dans une lumière monochrome.
- Je ne veux pas terminer la revue des objectifs sans vous signaler une nouveauté construite par la maison Zeiss.
- Cet objectif, dont l’angle d’ouverture numérique est de i,63, a de pouce; il est apochromatiaue.
- Je n’ai pu examiner cette merveille. Zeiss le vend 1000 fr. ;
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- je dois donc me résoudre à vous rapporter ce qu’eu dit le D' Henri van Heurck, le seul microphotographe que je connaisse ayant employé cet objectif. Il est composé de cinq lentilles. Le liquide nécessaire pour l’immersion est le monobromure de naphtaline dont l’indice de réfraction est i,65.
- D'après les formules de Abbe.il peut résoudre, dans l’éclai-.] rage axial du jour, 3ooo lignes par millimètre; dans l’éclairage oblique, 6000 lignes, et enfin, ce qui nous intéresse le plus, avec le concours de la plaque sensible, il peut enregistrer jusqu'à 10000 lignes par millimètre.
- Comme il faut, pour pouvoir se servir de cet instrument, des préparations spéciales, il est à craindre que son emploi ne soit long à se généraliser, et j’espère vous indiquer une autre voie plus pratique qui devra nous conduire au même résultat, si ce n’est mieux.
- Que) que soit l’appareil d'éclairage employé, il ne faut pas oublier qu’avant de faire une épreuve, il est necessaire devoir dans le microscope ce que l'on veut photographier, et, en plus des dispositions que je viens de vous indiquer, il est quelquefois utile, pour la recherche de résolutions extrêmementdlfH-ciles, d’étudier ces préparations dans l’image de la flamme; c'est ainsi que l’on désigne ce mode d'opérer, c’cst-à-dire que, si l’on emploie une lumière artificielle, l’image de la flamme doit coïncider exactement avec le foyer de l’objectif réglé sur la préparation. Voici la manière d’atteindre ce but: il faut d'abord mettre la préparation bien au point, enlever la lamelle et, à l'aide de la crémaillère du condensateur, faire monter ou descendre celui-ci de façon à ce que la flamme de la lumière se voie avec un maximum de netteté.
- Si l’on emploie lalumièrèdujour.en opérera différemment: après avoir mis l’image au point, on enlève la préparation comme précédemment, puis on dirige le miroir sur un objet assez éloigné et l’on manœuvre le condensateur de façon à obtenir une image nette du point choisi; enfin, sans changer sa hauteur, on tournera le miroir de façon à avoir la lumière nécessaire pour la suite de l’opération.’
- Nous connaissons maintenant les instruments et appareils
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- servant à la technique microscopique et microphotographique ; il nous reste à étudier les méthodes d’éclairage employées.
- Si le soleil n’était pas si avare de scs rayons, ce serait évidemment à lui seul que nous devrions demander la lumière nécessaire pour nos opérations : malheureusement noue climat se prête peu aux observations à la lumière solaire ; comme cependant il pourra arriver que nous ayons quelquefois l’occasion d’y avoir recours, voici alors comment il faudra opérer :
- Nous savons qu’il est, dans ce cas, presque impossible de se passer d'un héliostat.
- Afin de diriger plus facilement le rayon lumineux réfléchi par cet instrument, soit sur le miroir, soit sur le condensateur du microscope, il est souventnécessaire d'employer un second miroir à double articulation et qui se trouve généralement placé à l’extrémité du banc optique; il est préférable d'employer des miroirs argentés sur la face extérieure.
- Les opticiens livrent habituellement des miroirs argentés sous la surface, mais si les faces du verre ne sont pas absolument parallèles, il peut en résulter des troubles pour l’observation ; de plus, dans le cas où la nécessité force à employer deux ou trois réflecteurs, la perte de lumière devient considérable avec ce dernier système d’argenture. Il sera souvent utile, pendant l’observation directe, de protéger l’œil par un verre dépoli qui sera enlevé pendant la pose.
- Que la lumière solaire soit employée directement ou indirectement, il faut que les diverses pièces qui composent le banc optique soient centrées par rapport à l’axe du microscope.
- Pour cela, après avoir au préalable donné à la chambre son minimum de longueur, on manœuvre le miroir du banc optique de telle façon que le cercle de lumière projetée sur la glace dépolie soit bien rond, parfaitement dans l’axe de la chambre et uniformément éclairé.
- Si la lumière solaire est insuffisante, on placera sur le banc optique, en avant de la glace dépolie, une lentille à long foyer que l'on déplacera jusqu'à ce que le cône lumineux intercepté soit un peu plus grand que le cercle du diaphragme:celte disposition, qui est certainement une des plus favorables pour la Microphotographie, permet d’employer comme condensateur Série, t. v. 6
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- soit des objectifs faibles, soit, dans certains cas, des objectif photographiques à très court foyer.
- Pour l’emploi de la lumière diffuse, le dispositif sera le même, à l’exception de la glace dépolie que l’on supprimera ; le miroir du banc optique sera dirigé sur une surface blanche réfléchissante, telle qu’un mur, ou sur le ciel, en évitant autant que possible les parties bleues : de gros nuages blancs seront préférables.
- Lorsqu'on sera obligé d’avoir recours à la lumière artificielle, ia première place devra être donnée à la lumière électrique.
- Si l’on a à sa disposition un courant à haute tension et de préférence alternatif, on sera dans les meilleures conditions pour réussir.
- Avec les courants continus et les lampes à arc, il est préférable de placer le charbon positif, non pas sous le négatif, mais en avant.
- Quel que soit le dispositif adopté, la lumière à arc ne peut être employée directement à cause de la variation du point lumineux; aussi faut-il interposer entre le point brillant et le condensateur un verre dépoli.
- La disposition à donner aux appareils est dans ce cas réglée comme Suit :
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- Les lampes à incandescence peuvent également être employées avec avantage. Le D' van Heurck les a depuis longtemps recommandées ; elles se placent soit sur le banc optique, soit sur le microscope, à la place du miroir.
- MM. Mawson et Swan ont même fait établir un microscope entièrement éclairé à la lumière électrique (Jig. 9).
- Une lampe A sert à l’éclairage des corps opaques, une deuxième lampe B, placée dans la sous-platine et pouvant être mise en dehors de l’axe, permet d'obtenir la lumière oblique; enfin une troisième lampe C, d’une plus grande puissance
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- éclairante que les précédentes, se trouve placée sous le condensateur; elle sert à éclairer celui-ci et par cela même la préparation. A l’aide d’une résistance D, on fait varier la puissance du courant et un commutateur à trois directions b permet
- d’allumer, suivant le besoin, l’une quelconque des trois lampes. M.Trouvé a résolu la question d’une autre façon à l’aide d’un appareil qu’il nomme photophore (Jig. 10).
- La lampe destinée à éclairer soit la préparation, soit le condensateur, peut, en glissant le long d’une tige, prendre la position la plus favorable pour l'examen ou la photographie; en outre, comme l’appareil est mobile, il peut servir à tout autre usage.
- La lumière oxhydrique pourra également être employée, mais
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- lUCBESNE.
- Su
- son prix élevé et son faible pouvoir photogénique doivent en restreindre de plus en plus l’usage; le dispositif à adopter est le même que celui indiqué pour la lumière électrique à arc. Le pétrole peut rendre assez de services pour l’éclairage du
- microscope en employant des glaces orthochromatiques : le résultat dans certains cas sera même excellent.
- Zeiss indique, dans ce cas, le dispositif suivant : une lampe est placée à t" ou i“,5o du microscope, et, au moyen d’une forte lentille biconvexe, on forme une image de la flamme à om,2o ou o“,a5 en avant de la préparation; cette image est alors reprise par le condensateur et portée sur l’objet comme dans le cas de la lumière solaire.
- Dès que l’image de la flamme est mise au foyer sur le plan de l’objet, on enlève la glace dépolie, il ne reste plus alors qu’à achever la mise au point.
- Si la lumière parallèle est plus avantageuse, pour l’examen de la préparation, on obtient ce résultat à l'aide de deux len-
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- tilles collectrices; l’image de la flamme se forme alors au foyer de la plus petite des deux lentilles.
- Les lampes à gaz peuvent également être employées; suivant leur pouvoir éclairant, on les disposera comme il a été dit pour l’éclairage électrique, soit à arc, soit à incandescence.
- La lumière du magnésium n’est guère employée que pour faire des épreuves instantanées, mais l’instantané en Microphotographie ne peut servir qu’à bien peu de chose; immobiliser un mouvement n’est pas un renseignement, ce qu'il faudrait, ce serait une suite d'images permettant de reconstituer l’ensemble des mouvements.
- J’espère avoir bientôt l’honneur de vous soumettre le résultat d’expériences dirigées dans celte voie.
- Il me reste, Messieurs, à vous indiquer les différents modèles de chambre noire dont disposent les micrographes.
- Dans son Traité paru en 1866, Moitessier indique les moyens
- qu’il emploie pour recueillir l’image microphotographique. Ces dispositifs, je vais vous les soumettre, afin que, lorsque vous les reverrez dans les éditions de l’avenir, vous sachiez que ce sont des nouveautés de l’an 1860, et, comme depuis lors rien ou à peu près rien n’a été fait, autant nous servir de ces modèles pour la démonstration.
- Le premier appareil recommandé par Moitessier est celui qu’il appelle sa chambre à petite épreuve (fig. 11).
- Elle se compose de quatre montants reliés au sommet par
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- une planchette percée à son centre d'une ouverture, dans laquelle s’engage un tube qui vient s'emboîter dans le corps du microscope ; le châssis, delà forme dite multiplicateur, se place sur celte ouverture en l’avançant chaque fois de la quantité nécessaire, suivant la grandeur de l'image.
- Je n’ai pas besoin d’insister beaucoup pour vous dire que si
- la glace reçoit six impressions de vues différentes, le développement sera très difficile ; si, au contraire, on a recueilli la même image avec des temps de pose variés, on sera dans les meilleures conditions pour réussir.
- Pour les grandes images directes, Moitessicr indique la disposition verticale {fig. 12).
- C’est, comme vous le voyez, une chambre à soufflet supportée par trois montants et dont un côté s’ouvre pour, au besoin, permettre la mise au point à l’intérieur sur une feuille de papier blanc.
- Enfin, Moitessier couche sa chambre sur une table et la rend horizontale (Jig. i3).
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- Mais, dans ce cas, il place un prisme à réflexion totale au-dessus du tube du microscope, afin de lui conserver la position verticale, la seule qu'il soit rationnel de lui donner.
- Si nous examinons les instruments que l’on construit actuellement, nous leur trouverons bien quelques qualités que les premiers constructeurs n’avaient pas su leur donner tout d’abord, mais nous serons aussi forcés de reconnaître qu’ils
- Fig. i$.
- ont tous le même vice originel qui date de la construction des chambres de Moitessier, c’est-à-dire le déplacement du microscope.
- Nachet, qui, un des premiers en France, a construit des chambres noires spéciales pour la Microphotographie, possède plusieurs modèles.
- Sa grande chambre {fig- *4) est horizontale; elle permet la mise au point sur la glace dépolie, ou à l’intérieur, à l’aide d’une feuille de papier blanc; un prisme servant à la fois d’obturateur et de miroir permet de centrer la préparation et de faire une mise au point très approchée.
- La mise au point définitive se fait à l’aide d’une longue tige T que l’on commande par le bouton C et qui, grâce à la spirale souple R et au pignon H, transmet le mouvement de rotation à la tête de vis micrométrique du microscope; la partie avant du corps de la chambre s’ouvre en dessus, afin de
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- permeltre le changement des oculaires à projection ou leur correction sans déplacer aucun appareil.
- Dans un second modèle du même constructeur, plus spécialement destiné aux épreuves instantanées (ftg. i5), la mise au point peut se faire soit directement sur la glace dépolie, soit à l’aide d'une lunette coudée; en C se trouve l’oculaire de la lunette et en P un miroir réfléchissant l’image formée sur une feuille de carton blanc remplaçant la glace dépolie. A l’aide d'une seconde lunette recueillant l’image
- Fig. »6.
- réfléchie par le prisme b {fig. 16), il est facile de saisir le meilleur moment pour photographier l’objet; pour cela, il suffit, à l’aide d’un levier, de chasser le prisme qui, employé comme viseur, masquait la plaque sensible; un ressort antagoniste le fait revenir immédiatement à sa place.
- Le même constructeur possède un modèle dit « renversé » {fîg. 17), qui est incontestablement le meilleur de tous, puisqu’il permet de faire les recherches et la pose sans rien changer à la disposition établie; c’est avec ce modèle que le Dr Henri van Ueurck a pour la première fois réussi à photographier les perles de YAmphlpleura pellucida.
- La difficulté de bien conserver le miroir destiné à réfléchir
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- LA MICROPHOTOGRAPHIE.
- l’image est le seul obstacle qui s’oppose à son emploi dans la pratique ordinaire.
- Enfin Xachet a établi un petit modèle de chambre pouvant
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- prendre toutes les positions depuis la verticale jusqu'à l'horizontale {fig. 18).
- Cette chambre est extrêmement commode et pratique, c’est Fig. iS.
- du reste avec elle que j’ai obtenu une grande partie des images microphotographiques que j’ai l’honneur de vous projeter ici. 1
- Dernièrement, MM. Bézu, Hausser et0* ont présentéàla So-
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- 1CR0PHOTOGRAPHIE.
- ciété française de Phoiographie un nouveau modèle ; déjà plusieurs fois cel appareil vous a été décrit ici même, vous le connaissez suffisamment pour que je puisse m'en tenir à une indication sommaire.
- Fis. '9-
- C’est, comme vous le voyez, une chambre verticale ( fig- >9): la mise au point approchée ou plutôt le tirage du soufflet se fait à l'aide de deux pignons engagés dans des crémaillères. Un prisme réfléchissant l’image sur le côté permet de centrer la préparation. A la partie inférieure de la chambre on peut
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- go !.. DUCSESXE.
- adapter un objectif microphotographique et obtenir ainsi des images de large surface.
- A l'étranger, les modèles sont à peu près les mêmes qu’en France.
- Le grand modèle deReichert, qui peut être considéré comme ce qu’il y a de mieux dans ce genre, nous suffira.
- Une grande tablesolide, pouvant recevoir la chambre noire, le banc optique et l’héliostat, forme la base de l’appareil; le cadre d’arrière, commandé par des crémaillères, glisse sur des règles en fer.
- Une lunette verticale permet le centrage de la préparation; la mise au point se fait, comme dans la plupart des grandes chambres, à l'aide d'une tige rigide qui commande un engrenage pour enfin transmettre le mouvement à la tête de la vis du microscope.
- Malheureusement, avec toutes ceschambres, il faut d’abord faire les recherches sur la table micrographique et, une fois le point trouvé, porter le microscope sous la chambre et recommencer ce qui vient d’être exécuté. En ce qui concerne l’é- * dairage de la préparation, tant qu'il s’agit d’opérer avec de la | lumière centrale, il n'y a à regretter qu’une perte de temps et | la. même opération faite deux fois. Mais, arec la lumière f oblique, les choses se passent souvent autrement; après avoir 1 passé plusieurs heures et même des jours entiers pour trouver | le bon éclairage, il en faudra autant pour le retrouver, si toute- t fois le hasard ne vous est pas trop défavorable et ne met pas 1 plus longtemps votre patience à l'épreuve.
- La modification à apporter dans la manière d’opérer consiste " simplement à faire venir la chambre sur le microscope.
- Le D' Henri van Heurck, qui peut passer pour un des maîtres dans la science micrographique et qui possède, soit personnellement, soit à son laboratoire, une grande partie des appareils construits, tant sur le continent qu’au delà de la Manche, fatigué sans doute du double travail que nécessite le déplacement du microscope, en est arrivé à se faire construire une chambre qu’il décrit ainsi à la page 227 de son Traité du microscope :
- L’appareil dont nous nous servons depuis une couple
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- d’années, et auquel nous ne sommes arrivé qu’après des essais de toutes façons, a l’avantage d’une stabilité parfaite, d’un pris à peu près nul et d’une simplicité excessive. Tout menuisier intelligent peut le construire.
- » Notre appareil consiste en une caisse rectangulaire en bois, reposant solidement sur quatre pieds, portant en haut le châssis pour le verre dépoli et se posant sur la table de travail où se trouve le microscope. »
- Quelques lignes plus loin, il ajoute :
- « La position verticale de tappareil est de rigueur, c'est la seule qui permette de travailler commodément.
- s C’est en outre la seule qui permette de maintenir complètement en place, sur le condensateur et sur la préparation, ces liquides si mobiles, tels que l'essence de cèdre, le monobromure de naphtaline, l'iodure de méthylène, etc., que l'on emploie maintenant comme liquides d’immersion.
- » La grande différence, mais elle est essenu’elle, que notre appareil présente avec tout autre analogue, c’est que le devant de la caisse s’ouvre entièrement.
- » Il en résulte que, vu la largeur de celle-ci, qui a o“, » de côté, on peut très commodément mettre la tête à l'intérieur de la chambre noire, et l’image peut être mise au point, etc. »
- A Iéna, le problème a etc en partie résolu, mais différemment.
- En effet, le D’Boderich Zeiss, un des fils de l’opticien Cari Zeiss, et qui, il y a une dizaine d’années, s'était entièrement adonnéà la Microphotographie, a fait construire, dansl'établis-sement dont il était l’un des directeurs, une chambre noire qui répond presque aux exigences du travail pratique.
- AQn d’éviter une partie des inconvénients qui viennent de vous être indiqués, Boderich Zeiss place son microscope M (fig. 20) sur une table de travail portant également le banc optique, et là U examine sa préparation en micrographe; il peut régler ses appareils de lumière, centrer son image, enfin faire tout ce qui est nécessaire avant de photographier ce qui est vu ou seulement entrevu.
- Une fois ces dispositions prises, il approche de celte première table, B, la partie A portant la chambre noire; des rails
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- disposés sur le sol assurent la jonction parfaite des deux parties
- de l’instrument, et il abien soin,daris ce mouvement, de veiller
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- à ce que la chambre noire ne vienne jamais en contact avec le microscope.
- Une fois la réunion faite, il met au point sur le verre dépoli.
- A l’aide d’une longue lige de fer b' portant un joint universel a, il manœuvre la vis micrométrique. II ne manque qu’un point à cette installation pour être absolument parfaite : au Heu d’être horizontale, elle devrait être verticale; il n’y aurait alors plus rien à lui demander, et cela pour les raisons que le D'van Heurck a indiquées.
- Afin de mieux fixer les idées et de bien préciser les conditions que doit remplir une chambre noire microphotographique, j’ai fait exécuter par MM. Bézu et Hausser un modèle de chambre tel que je le comprends.
- La table de travail C sur laquelle se place le microscope est fixe (Jig. 21).
- En avant se trouve le banc optique D à l’extrémité duquel est un support pour la lanterne, E, ou le miroir, si l’on emploie un héiiostat, à moins d’y placer cet instrument lui-même si les circonstances le permettent.
- Le banc optique et le support peuvent être réglés en hauteur par l’opérateur pendant l’observation dans le microscope.
- Une fois le tout bien centré, la préparation parfaitement au point, s’il est nécessaire défaire une photographie, il suffit de tirer la chambre noire O à soi ; comme elle est montée sur des billes, dirigée par des guides, elle viendra se placer au-dessus du microscope.
- La suite des opérations se fera alors comme d’ordinaire. Suivant la grandeur que l’on voudra donner à l’image, on se servira des cadres H, I ou J qui peuvent recevoir soit la glace dépolie, soit les châssis négatifs.
- Mais là ne se borne pas l'amélioration; il importe beaucoup en Microphotographie d’obtenir des images ayant autant que possible des grossissements semblables, ou en tout cas très exactement connus, afin de pouvoir plus tard faire tous les mesurages ou comptages dont on pourra avoir besoin. C’est même là un des grands avantages de la Microphotographie : grâce à l’image positive ou négative, il est facile de prendre toutes les mesures possibles et nécessaires, de compter soit
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- les globules, soit les perles de certains objets, opérations qui, en Micrographie, demandent un temps très long et ne peuvent même pas toujours s’effectuer d’une manière exacte. C’est, si vous le voulez, la Métromicrophotographie, peut-être même est-ce par là que cette application de la Photographie peut rendre le plus de services. M. le Directeur du Conservatoire vous l’a signalé ici et je n’ai pas à insister davantage après ce que vous savez maintenant de la Métromicrophotographie.
- Mais, pour arriver à une échelle juste, l’opération devient assez délicate, parce que, si l'on fait la mise au point par la vis micrométrique, un léger écart va changer le grossissement; si, au contraire, on essaie de faire la mise au point par le déplacement de l’arrière de la chambre, on n’est plus du tout maître de la valeur de l’agrandissement.
- J’ai pensé résoudre le problème, en faisant mouvoir à la fois la vis micrométrique et l'objectif qui doit généralement être placé au-dessus du tube du microscope, toutes les fois que l’oculaire à projection n’est pas employé; de cette façon, il devient plus facile de rester dans la grandeur voulue. De plus, celte même tige de manœuvre permet d’employer la chambre noire pour la photographie d'objets relativement gros, en se servant d’objectif photographique seul (placé en V), ainsi que le recommande le Dr Donnadieu, de Lyon.
- L’installation sera encore plus complète si deux tables se trouvent placées en arrière, l’une à droite, l'autre à gauche de l’appareil, de façon à pouvoir faire sur l’une les coupes, par exemple, et sur l’autre le montage des préparations.
- La manœuvre à distance de la vis micrométrique se fait à l'aide d’une petite turbine à air, que M. Trouvé a bien voulu construire sur mes indications, et qu’il a parfaitement réussie.
- Cet appareil porte dans son socle une double rangée d’ailettes, l’une à droite, l’autre à gauche ; à l’aide d’une poire et d’un tube en caoutchouc portant un branchement double, il est facile d’imprimer à la turbine un mouvement de rotation dans un sens ou dans l'autre, et cela avec la plus grande précision; la transmission du mouvement à la vis micrométrique se fait par un frottement à caoutchouc plein et à demi-rigide. Cette petite turbine pourra également servir pour la manœuvre
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- de la lanterne d'agrandissement si son intervention est nécessaire pour la suite des opérations.
- Nous pouvons maintenant réunir le microscope à la chambre et, suivant que la préparation peut être classée dans l’une des quatre séries précédemment indiquées, le mode opératoire variera légèrement.
- Pour la photographie d’objets relativement gros, le difficile est d’éclairer bien uniformément tout le champ vu.
- Ce but est atteint assez facilement, à l’aide d’un dispositif souvent employé par Roderich Zeiss.
- Une forte lentille convergente ou le miroir du microscope porte le faisceau lumineux sous la lentille servant de condensateur. Comme celle-ci doit conserver les rayons au centre de l'objectif qui est alors à long foyer, le cercle lumineux intercepté dans le plan de la préparation atteint plusieurs centimètres.
- Avec les préparations de la seconde et de la troisième série, le dispositif change : la lentille est remplacée par un condensateur approprié suivant le mode d'éclairage.
- Si nous avons à photographier en lumière centrale des coupes injectées par exemple, l’emploi de glaces isochromatiques et d’écrans colorés, permettant de donner à l’image toute sa valeur, sera de toute nécessité; de plus, il faudra bien se rappeler que, dans ce cas, le diaphragme doit être à pleine ouverture.
- Si, au contraire, la préparation comprend des éléments à peu près uniformes de couleur, mais ayant des indices de réfraction notablement différents, le diaphragme sera aussi petit que possible.
- Enfin, lorsque l’emploi de la lumière oblique sera nécessaire pour faire apparaître certains détails invisibles sans cela, il sera bon de prendre les plus grandes précautions pour éviter autant que possible les bandes de diffraction. La lumière oblique, il faut bien se le rappeler, montre plus de détails que la lumière centrale, non pas parce que le rayon lumineux étant plus frisant donne des ombres portées plus longues, mais au contraire parce qu’elle permet l’entrée dans l’objectif de plus
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- de rayons diffractés et que ce sont principalement les rayons obliques qui concourent le plus à la formation de l'image.
- On commence généralement la mise au point sur une glace dépolie à grain très fin ; mais, comme l’éclairage est souvent insuffisant, il faudra faire suivre cette première mise au point, d’une seconde sur glace polie des deux faces ; sur la face tournée vers le microscope, quelques traits fins permettront de s’assurer de la coïncidence du foyer de la loupe et de la netteté de l’image.
- Dans certains cas, je me suis même trouvé bien de faire la mise au point sur l’image aérienne. Pour cela, je me sers d’une loupe bien réglée et d’un petit cadre en bois mobile dans un sens, sur lequel je promène ma loupe suivant une perpendiculaire au mouvement du cadre.
- Mais ce qu’il ne faut jamais oublier, c’est de mettre au point avec le châssis qui devra plus tard recevoir la glace sensible. Si bien faits que soient le châssis de la glace dépolie et les châssis à négatifs, il y aura toujours une légère variation ; comme nous marchons souvent par un centième et même par un millième de millimètre, vous comprenez que le plus petit écart est intolérable.
- Une dernière recommandation dans la mise au point : dépassez souvent le point de netteté alternativement en deçà et au delà en diminuant l’écart progressivement; vous serez de cette façon certains d’avoir fait la meilleure’mise au point qu’il soit possible.
- Des différentes opérations photographiques applicables à la Microphotographie je ne vous dirai rien; j’ai cependant une remarque à vous faire relativement au temps de pose.
- Ce n’est, vous le savez, qu’en développant une plaque que l’on peut juger de son exactitude; sur une épreuve micropho-tographique, cette détermination est extrêmement difficile à faire pour ne pas dire impossible ; avant le fixage, l’épreuve paraît presque toujours entièrement noire.
- Roderich Zeiss a employé à mon avis le meilleur moyen.
- A l’aide d’un châssis multiplicateur, il fait poser la même zone de la préparation six fois sur la même plaque, en donnant à chaque impression un temps de pose différent, puis il déve-
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- loppe la plaque dans un bain de composition exactement connue; après Gxage.il est facile de voir quelle est la zone qui donne le meilleur résultat. Posant de nouveau dans les mêmes conditions et en employant un bain semblable à celui qui a servi pour l’essai, on est à peu près assuré du résultat.
- J’ajouterai que, dans la pratique courante, on se sert rarement de plaque d’essais. On acquiert assez vite l’habitude de trouver la teinte générale qu’il faut laisser prendre au photonégatif. ;
- Je n’ai pas besoin de vous dire que la pose ne doit commencer que lorsque tout mouvement de vibration cesse dans l’appareil. Afin de reconnaître ce moment, je place sur ma chambre noire une lampe à incandescence à haute tension et dont le filament a été brisé; celte lampe enregistre les % plus petits mouvements et n'eniraîne pas à de grandes dé- î penses. ?
- Une bonne précaution à prendre : écrivez toujours sur votre \ photo-négatif le nom de la préparation, le grossissement employé et la disposition des appareils d’éclairage.
- J’insiste particulièrement sur le grossissement, parce qu’une épreuve n’a de valeur qu’autant que l’on sait le nombre de fois qu’elle est grossie. Souvent certains éléments ne varient que par leur dimension et, avec des grossissements différents, on pourra les amener à des grandeurs égales sur les plaques.
- Les globules de sang, par exemple, qui ont à très peu près la même forme chez les espèces les plus différentes, ne peuvent généralement se reconnaître que par leur diamètre qui, heureusement, varie avec chaque espèce.
- Je vais vous faire projeter trois espèces de globules de sang amenés intentionnellement au même diamètre, par des grossissements différents. Vous verrez que les deux premiers (fig* 22), qui sonidesglobules de mammifères, sontsemblables; le troisième, qui est du sang de grenouille, pourrait à la rigueur être reconnu pour du sang de poisson grâce à la forme elliptique de ses globules, mais sans cependant permettre de reconnaître à quelle espèce il appartient.
- Maintenant reprenons ces mêmes sangs avec le même
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- grossissement, c'est-à-dire 600 diamètres sur le positif, soit
- Fis. ».
- Sang de grenouille. Gr. = 100 diam.
- donc 24000 sur l’écran : le sang de l’homme ( fig. a3) montre des globules relativement petits, tandis que, pour les deux autres, l’axoloth {fig. 24) et la grenouille {fig. a5), quelques globules suffisent pour couvrir une partie de l’écran; cette fois, aucun doute ne peut exister : immédiatement nous pouvons savoir à quel sang nous avons affaire, et cela par une simple mesure.
- Je profiterai même de ce que nous venons de voir pour demander que, lorsque la Micrographie intervient en médecine légale, aucun rapport ne soit admis sans être accompagné de
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- UCHESNE.
- Sang de l’axolotb. Gr. = 600 diam.
- depuis l'examen; sans cela, rienne vient jusülier son affirma-
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- lion que son serment, ce qui est beaucoup, mais un mauvais phototype aurait bien, lui aussi, une grande valeur de vérité. Vous avez vu tout à l'heure combien il fallait peu de chose pour rendre semblables des globules differents, mais combien d'autres éléments servant de base à une expertise sont encore susceptibles de se confondre !
- C’est peut-être sortir du sujet qui m’est tracé que d’insister
- Fig. a5.
- Sang de grenouille. Gr. = 600 diam
- sur l’emploi de la Microphotographie en expertisé judiciaire ou médico-légale; mais, comme c’est là un des plus grands services qu’elle peut rendre immédiatement, je me croirais coupable en négligeant de vous en signaler l’emploi et en n’en demandant pas un large usage toutes les fois que cela sera possible. Conserver la figure des criminels est excellent, mais garder la trace d’une preuve à conviction ne serait pas mauvais non plus.
- Vouloir vous indiquer la liste complète des applications de la Microphotographie m’entraînerait bien plus loin que le cadre de cette conférence ne le permet, et j’ai déjà mis suffisamment votre patience à l’épreuve pour ne pas vouloir en abuser outre mesure.
- Je vous demanderai donc la permission de vous montrer, par quelques exemples pris au hasard, que rien de ce qui est vu
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- au microscope n’est impossible à fixer sur la plaque sensible.
- Mais avant, j’ai à vous signaler un mode de tirage pour projection inventé par MM. Lumière fils, de Lyon, dans le but de donner à la photocopie micrographique l’aspect de la préparation micrographique.
- Un papier au charbon très pauvre en matière colorante est sensibilisé sur un bain composé de :
- Eau....................................... 65orc
- Bichromate de potasse...................... ±5**
- Alcool.................................... 35oec
- Une fois sec, ce papier est impressionné de la manière ordi-
- naire à l’aide d’un photomètre.
- L'image reportée sur verre est développée à fond à l’eau chaude, puis passée dans l’alcool pour obtenir un séchage rapide. L’image est alors à peine visible; pour la colorer, on se sert de solutions faibles, variant de i pour 100 à i pourôoo, de couleur d’aniline solubleàl’eau, telles que le bleu et le violet de méthyle, le bleu-coton, le violet de gentiane, le rouge magenta, le vert malachite, etc. Celles des couleurs qui sont peu solubles dans l’eau sont d’abord dissoutes dans le minimum d’alcool nécessaire et diluées ensuite avec la quantité d’eau utile.
- Toute la masse de l’image est colorée en plein, puis on procède à la décoloration, soit à l’eau, soit à l’alcool, jusqu’à ce que la teinte désirée soit obtenue.
- De cette décoloration MM. Lumière ont tiré un procédé de coloration double : l’épreuve est traitée par une teinture intense permettant une décoloration partielle ultérieure. On obtient ainsi une image de teinte foncée sur fond plus clair; on arrête quand les fonds et les parties claires sont décolorés; on plonge alors dans la seconde solution faiblement colorée qui pénètre surtout dans les parties non saturées par la couleur précédente. Afin d’éviter les décollements, les auteurs du procédé recommandent l’emploi du verre douci qu’on rend transparent après séchage à l’aide d’un vernis à la gomme Damar.
- Avant déterminer cette étude sur la Microphotographie, j’ai
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- [CBOPIIOTOGRA
- v pniE. 103
- encore à vous exposer un dispositif spécial lorsqu’on aborde l'examen d’éléments dont les dimensions se rapprochent d’un dix-millième de millimètre.
- Pour cela, je vous demanderai la permission de vous exposer quelques fragments de la théorie de la vision microscopique du Dr Abbe.
- En premier lieu, il démontre que l'image d’un objet n’en est pas une projection géométrique qui le reproduise point par point, comme cela serait le cas si l’image se formait, d’après les lois de l’optique géométrique, par la réunion des faisceaux lumineux qui divergent des différents points de l’objet.
- L’image n’a de rapport avec l’objet que par la partie des rayons diiTractés qui pénètrent dans l’objectif; il en résulte qu’il n’existe pas de similitude absolue entre l'objet et son image, car cette similitude dépend de conditions spéciales, et, lorsque ces conditions ne sont pas remplies, tous les degrés de dissemblance peuvent se produire.
- Un même objet donne toujours différentes images si ce sont différentes parties du faisceau diffracté qui sont entrées dans l’objectif du microscope.
- Des objets différents peuvent donner des images identiques lorsqu'il ne pénètre dans l’objectif que les parties de leur spectre de diffraction qui sont identiques dans chacun d’eux, tandis que les parties non concordantes de leur spectre sont exclues.
- C’est ainsi que si l’on projette l’image d’un réseau dont une moitié aura le double de lignes de l’autre, tant qu’on laissera passer tous les rayons diffraclés, l’image sera la projection géométrique de l’objet; mais si, à l’aide d'un diaphragme, on vient à enlever une partie de ces rayons, qui, nous le savons, sont indispensables pour la formation de l’image, la partie où les lignes sont le plus serrées va devenir absolument blanche comme s’il n’y avait rien de gravé sur le verre.
- En remplaçant ce diaphragme par un autre d’une forme différente, mais établi de façon à intercepter les spectres de diffraction à raison de un sur deux pour les lignes serrées, il va en résulter que l’image sera vue comme si ces lignes avaient partout le même écartement.
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- L. DUCHBSNE.
- Voilà donc un même objet qui nous a donné deux images dissemblables. Remplaçons ce réseau par un autre dont les lignes se coupent à angle droit.
- L’interposition d’un diaphragme comme précédemment va nous permettre de voir, à la place du quadrillage, des perles soit rondes, soit carrées, suivant que le diaphragme employé aura une fente plus ou moins large.
- Enfin le même diaphragme pourra faire apparaître, en modifiant la position de sa fente, soit des lignes noires, soit des perles, soit des carrés, suivant les spectres de diffraction qui seront enlevés.
- Ceue.fois encore, nous voyons qu’un même objet peut donner des images dissemblables.
- Remplaçons ce réseau par un autre dont les lignes se coupent sous un angle de 60® environ.
- Un très petit diaphragme fera apparaître, à la place du quadrillage, des hexagones.
- Un diaphragme un peu plus grand, laissant passer par conséquent plus de spectre de diffraction, va faire apparaître des perles rondes comme dans le cas du réseau précédent.
- Un diaphragme plus grand encore permettra de voir des perles rondes avec point central.
- Ici je dois ouvrir une parenthèse et vous faire remarquer que les perles des carapaces des diatomées ont justement passé par les phases successives que nous venons de voir. Au début, avec des objectifs faibles, on ne voyait que des hexagones ; puis, en améliorant les objectifs, on a aperçu des perles rondes; enfin le point central a été la dernière création liée à (‘augmentation d’ouverture des objectifs.
- Enfin on pourra encore faire apparaître sur ce réseau des hexagones simples ou doubles en nombre. La pratique a confirmé la théorie et nous avons pu vous montrer des images semblables d’objets différents, les perles, par exemple; des images dissemblables d’un même objet, perles, hexagones, doublement des lignes, etc.
- De ce qui précède on tire les conclusions suivantes :
- 10 L’image est toujours exactement semblable à l’objet, comme si elle en était une projection géométrique point par
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- •HOTOGR
- point, lorsque tout le pinceau diffracté que produit l’objet par les rayons qui le traversent ou qu’il réfléchit pénètre dans l'objectif du microscope.
- a* Lorsque, par contre, la totalité de la lumière diffractée n’est pas absorbée par l’objectif, alors l’image diffère d’autant plus d’une projection géométrique que la partie perdue du faisceau diffracté est plus considérable.
- Dans ce cas, l’image microscopique apparaît comme une image exacte d’un autre objet qui serait constitué de telle façon que son spectre de diffraction complet serait identique à cette partie du spectre de l’objet observé qui seul est entré dans l’objectif.
- U résulte de l'application des principes ci-dessus, qu’il est possible de déterminer mathématiquement le pouvoir séparateur d’un objectif. La formule peut s’exprimer de cette façon: si l’on divise la longueur d’onde de la lumière employée par l’ouverture numérique de l’objectif, le quotient est le plus petit espace qu’il sera possible de voir avec l’instrument.
- De ce qui précède, on voit donc que l’augmentation de résolution d’un objectif peut s’obtenir soit par une plus grande ouverture numérique, — et c’est dans ce sens que les opticiens ont porté leurs efforts, — soit en diminuant la longueur d’onde de la lumière employée.
- Le premier cas, c’est-à-dire l’augmentation de l’ouverture numérique, nous intéressera peu, non pas que la question soit indifférente, mais parce qu’elle se rapporte à une série de phénomènes en dehors de notre sujet.
- 11 en est tout autrement du second moyen indiqué pour atteindre le même but.
- Notre œil n’est sensible qu’à une très petite longueur relative du spectre, ayant pour centre le jaune, c’est-à-dire que toutes les fois que les rayons lumineux auront moins de 76 centièmes de millième de millimètre, ou 76 centièmes de micron, ou bien plus de 4*> centièmes de micron, nous ne verrons plus rien.
- Tant que l’on voudra se contenter de regarder dans un microscope sans faire intervenir la Photographie, il faudra pousser à l'ouverture numérique des objectifs ;mais,si l’on cherche au
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- contraire à faire intervenir la chambre noire, le problème change : au lieu de chercher à augmenter l’ouverture, il suffira de diminuer les longueurs d’ondes de la lumière employée.
- Pour arriver à construire un objectif ayant une ouverture numérique de 2, 5, ouverture qu’il faut considérer comme étant la plus grande qu’il soit possible d'atteindre, il faudrait non seulement que la lentille frontale soit en diamant, mais encore le porte-objet et le couvre-objet devraient-ils être de même matière; de plus, le liquide à immersion devrait avoir le même indice de réfraction,ce qui actuellement semble impossible.
- Eh bien, supposons cette merveille créée; elle permettra de résoudre dans la lumière blanche 4700 lignes : dans la lumière monochromatique bleue, la seule employée jusqu’à présent, le nombre deslignes résolues sera de 5ioo.La Photographie, dans les mêmes conditions, permettra d’enregistrer 6200 lignes par millimètre.
- Pensez-vous que la dépense et les peines qu’il faudra faire pour arriver à la construction de cet objectif soient en rapport avec le résultat espéré, étant donné qu’actuellement nous sommes très près de ce but?
- Ce n’estdonc pas de ce côté qu’il faut chercher le perfectionnement,mais en se servant d’objectifs construits pour l’emploi de longueurs d’ondes aussi courtes que possible.
- En employantdeslongueurs d’ondes de ^ de micron (o^,35) les objectifs d’ouverture numérique de i,4o, qui sont actuellement de construction courante, auront alors acquis le même pouvoir de résolution que l’objectif en diamant dont je vous parlais tout à l’heure.
- Vous le voyez, Messieurs, la réponse est cette fois encore la confirmation de l’énoncé de notre illustre maître : « La Photographie doit être la rétine du savant. »
- Si les opticiens veulent bien mettre à contribution la science et le concours que M. Wallon leur a offerts ici même,qu’ils lui demandent de leur calculer un objectif microphotographique remplissant les conditions ci-après :
- Que l’objectif soit corrigé de façon que l'image à obtenir par les rayons courts soit nette par elle-même et coïncide localement avec le point où elle est ainsi pour l’œil.
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- IR0PH0T0G1
- Cette correction se fera aussi facilement pour des rayons de o,35 micron (0^,35) qu’elle se fait actuellement pour des rayons de ot*,44 à OJ*,5o;la Photographie servira elle-même à trouver l’indice de réfraction des verres qu’il faudra employer pour l’objectif à utiliser, avec des rayons qui n’ont plus une action marquée sur la rétine de l’œil.
- La plaque photographique subira également quelques changements : son maximum de sensibilité devra se trouver pour la lumière de longueur d’onde nécessaire.
- La lumière employée devra elle aussi avoir une intensité suffisante pour ces mêmes longueurs d’ondes.
- Tous les milieux entre la source de lumière et la plaque devront donner passage aux rayons courts employés.
- L’emploi d’appareils tels que je viens de vous les décrire nous procurera sans nul doute des surprises aussi grandes, si ce n’est plus grandes encore, que le microscope ordinaire nous en a révélé depuis son invention.
- Non seulement nos connaissances scientifiques seront accrues dans de larges proportions, mais l’homme sera plus parfait, s’il est possible, qu’il n’est sorti des mains de son créateur, puisque, grâce à la Microphotographie, il nous sera permis de voir ce que notre œil n’aurait jamais pu nous montrer sans cela.
- Nous nous vengerons alors de nos détracteurs en les forçant à admirer les merveilles que notre science leur révélera.
- Il faut se mettre à l’œuvre immédiatement, sans attendre à demain ; autrement, l’industrie française se verra encore distancée par ses concurrents étrangers qui auront su utiliser les travaux et les découvertes de nos compatriotes, telles, par exemple, que ceux de M. Cornu dans l’ultra-violet et qui vont servir de base à la nouvelle application de la Microphotographie, car il ne faut pas oublier que la plus grande partie de ce que je viens de vous exposer se trouve tout au long dans une lettre que le directeur de la maison Zeiss adresse à son ami le Dr Henri van Heurck.
- Il y a trop longtemps que l’étranger tire seul tout le profil des découvertes de nos savants : il faut que ce qui est créé
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- DCCHESNE.
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- chez nous y reste et s’y développe; mais, pour cela, il faut qu’une réaction s’opère chez nos opticiens.
- M. Wallon vous a montré le triumvirat qui, à Iéna, sous les auspices de l’empereur d’Allemagne, préside à la construction de nouveaux appareils, et inonde le monde de ses produits, souvent supérieurs, il faut ie reconnaître ; mais le jour où nos opticiens voudront suivre une marche semblable, ils arriveront aisément à dépasser ie but atteint par nos voisins.
- J'aurai fini, Messieurs, lorsque j’aurai projeté sur cet écran quelques spécimens de ces résolutions qui sont la véritable pierre de touche de la Micrographie, c'est-à-dire les diatomées et les bacilles.
- Les microphotographies de bacilles présentent une double difficulté, à cause de leur petitesse d’abord et à cause de leur coloration ensuite.
- Mais l’étude de la carapace des diatomées est plus ingrate encore, car non seulement on a affaire à des plantes extrêmement petites, mais il faut, pour résoudre les perles (?) qui couvrent leur carapace d’une manière si régulière, employer tous les artifices mis à notre disposition.
- Si l’étude des diatomées n’a pas eu, quant à présent, d’autre but que de forcer les opticiens à améliorer leurs objectifs, à ce seul titre nous lui devons un peu de reconnaissance; car, grâce à la perfection relative des instruments actuels, je vais vous projeter un P/eurosigma angu/atum qui, sur l’écran, sera grossi de 5ooooo fois en diamètre et une carapace de Amphtpleura pelhicida dont il faut 5ooo perles environ pour occuper un millimètre de longueur.
- Avant de clore cette causerie, permettez-moi, Messieurs, d’adresser mes remerciements à M. le Directeur du Conseil vatoire qui m’a procuré l’honneur d’être aujourd’hui le porte-parole de la Microphotographie.
- J’ai de plus une confession à faire et je suis heureux de la faire devant vous.
- J’avais toujours pensé, à tort, je le reconnais, que la Microphotographie ne devait intéresser qu'une petite chapelle, mais en voyant l’assiduité et l’intérêt avec lesquels vous avez suivi
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- les conférences précédentes et votre présence à celle-ci, j’ai reconnu mon erreur. La bienveillance que vous m’avez témoignée en écoutant un sujet si ingrat en lui-mcme me fait un devoir de vous adresser mes sincères remerciements pour la trop grande indulgence que vous n’avez cessé de me témoi-gneret me fait espérer que,lorsqu’il voussera donnéd’entendre ici la parole d'un maître autorisé et pour qui la théorie, mais surtout la pratique de la Photographie en général, n’aura plus de secrets, je verrai bientôt reprendre à la Microphotographie le rang auquel elle a droit et qu'elle n’aurait jamais du cesser d’occuper dans notre pays.
- Si, à ce moment, l’appareil que j’ai construit à la hâte pour vous le présenter aujourd'hui, mais qui sera alors revu et modifié, peut être de quelque secours à votre professeur, je me ferai un grand plaisir d'en faire l’offre au Conservatoire.
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- PROGRAMME 1)ES CONFÉRENCES PUBLIQUES
- Organisées en 1893
- AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS.
- A. - LES PRINCIPES ET LA PRATIQUE DE LA PHOTOGRAPHIE USUELLE ET INDUSTRIELLE.
- Première série : les dimanches 8, i5, 22, 29janvier et \i février, à deux heures et demie :
- LA PHOTOGRAPHIE USUELLE,
- Par M. Albert Londe,
- Directeur du Service photographique «te l'hospice de U Salpêtrière (CIloiRue <te M. le Professeur Chariot).
- I — Classification des divers procédés négatifs.
- i® Procédé du coliodion humide. — Préparation du coilodion. — Bain d'argent. — Développement. — Modification du procédé suivant les diverses applications.
- 2° Procédé du coilodion sec. — Emploi des préservateurs. — Développement. — Avantages et applications.
- 3° Procédé à l’albumine. — Préparation de l’albumine. — Développement. — Avantages et applications.
- IL — Préparation des couches sensibles par émulsionnage.
- Principes généraux.
- Émulsion au coliodion sec. — Mode opératoire. — Avantages et applications.
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- PROGRAMME DES CONFÉRENCES PlBLlytES UK »8y3. Ut
- Émulsion au gélalinobromure d'argent. — Mode opératoire.
- — Choix de la gélatine. — Coulage des plaques. — Fabrication industrielle.
- Émulsion au gélatinochlorure d'argent. — Mode opératoire.
- — Des diverses plaques au chlorure.
- Application aux projections. — Transparents sur verre.
- III. — Du développement.
- Installation du laboratoire noir. — Éclairage du laboratoire. Principes du développement. — Des divers révélateurs plus spécialement employés avec Je gélatinobromure d’argent.
- — Développement rationnel.
- IV. — Opérations subséquentes au développement.
- Fixage. — Alunage. — Lavage. — Séchage. — Préservation de la couche. — Renforcement. — Réduction. — Retouches partielles.
- V. — Multiplication du négatif.
- Contretypes par positifs. — Contretypes directs. — Contretypes par surexposition.
- Transformation du négatif en positif et réciproquement. — Retournement des négatifs.
- Pelliculage. — Des procédés pelliculaires.
- Des plaques orthochromatiques.
- Deuxième série : les dimanches 19,26 février et 5,19 e/ 26 mars, à deux heures et demie :
- LA PHOTOGRAPHIE INDUSTRIELLE,
- Par M. Léon Vidal,
- I. — Impressions photographiques positives : Procédés chimiques. — Procédés mécaniques.
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- lia PROGRAMME DES CONFERENCES PUBLIQUES DK 1893.
- Prototypes propres à la Photographie industrielle: factices et photographiques. — Autographie.— Reports sur bois et sur métal à graver.
- II. — Photolithographie et Photozincographie directes et indirectes. — Photocollographie.
- III. — Photogravure en relief de sujets au trait et transformation des épreuves photographiques ordinaires en clichés phototypographiques à demi-teintes.
- Photogravure en creux de sujets au trait et de sujets à demi-teintes.
- Photoglyptie.
- IV. — Photochromie directe. — Photochromie indirecte simple et composite par voie d’impressions.
- Projections polychromes.
- V. — Applications des procédés de Photographie industrielle
- à l’Art, à la Science et à l’Industrie.
- B. - LE CALCUL SIMPLIFIÉ PAR LES PROCÉDÉS MÉCANIQUES ET GR VPHIQLES, Par M. Maurice d'Ocag.ne,
- Ingénieur «les Ponts et Chaussées.
- /.es dimanches >£ février et Set 19 mars, à une heure.
- 0. - FOCK ÉLECTRIQUE ; PRODUCTION Ul DIAMANT ET DES MÉTAUX RÉFRACTAIRES, Par JL H. Moissax,
- Le dimanche a3 avril, à deux heures et demie.
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- LES
- PROCÉDÉS USUELS
- DE LA PHOTOGRAPHIE
- ET LEURS APPLICATIONS,
- CONFÉRENCE DU 27 MARS 1892,
- Par M. Charles GRAVIER.
- Inspecteur principal ù la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest, Professeur de Photographie ù l’Association Philotechnique.
- Mesdames, Messieurs,
- Avant de commencer celle conférence, nous croyons de notre devoir de remercier tout d’abord M. le Directeur du Conservatoire de l’honneur qu’il a bien voulu nous faire, en nous inscrivant sur la même liste que les conférenciers précédents, nos illustres maîtres, que vous avez déjà entendus.
- Nous ne vous demanderons pas votre indulgence, nous savons qu’elle est acquise à quiconque fait preuve de bonne volonté, et c’est la seule prétention que nous apportons devant
- Généralités. — M. Davanne vous a dit, lorsqu’il a fait l’histoire de la Photographie, son étymologie.
- Photographier veut dire ou signifie dessiner une image à l’aide de la lumière.
- v Série, t. V. 0
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- C’est, en effet, avec les rayons lumineux reflétés par les objets et que nous dirigeons, que nous dessinons l'image de ces objets sur une surface recouverte d’une substance sensible à la lumière, c’est-à-dire modifiée par la lumière.
- D’une manière générale, on peut dire que tous les sels métalliques sont désoxvgénés, c’est-à-dire ramenés vers l’état métallique par la lumière, et que les matières organiques sont oxygénées, c’est-à-dire oxydées sous l’influence des rayons lumineux.
- Lorsqu’un sel métallique est mélangé avec une matière organique, convenablement choisie, l’effet produit par la lumière est à son maximum de rapidité.
- Il est évident que ces substances doivent être manipulées dans un local obscur, qui n’est éclairé que par une lumière particulière, sans action sur la substance sensible utilisée.
- On sait que, si un rayon de lumière blanche traverse un verre ou un cristal taillé de façon que les surfaces d’immersion et d’émergence ne soient pas parallèles, il en sortira décomposé en un faisceau de rayons de différentes colorations; il aura l’aspect du spectre solaire.
- Ces rayons colorés n’agissent pas tous avec la même énergie sur les différentes substances sensibles. Ainsi, on a constaté que les rayons jaunes et rouges n’ont aucune action sur Ho-dure d’argent; nous pourrons donc utiliser ces rayons (le premier surtout, car il est le plus lumineux) pour l’éclairage des locaux où l’on manipule ces substances sensibles; mais la gélatine bromurée étant sensible à tous les rayons, nous choisirons celui qui a le moins d’énergie photochimique : c’est le rayon rouge.
- Voilà donc notre éclairage : rouge pour les procédés à la gélatine bromurée ; jaune, plus ou mois orangé, pour les autres procédés.
- La Photographie de l’intérieur. — Laboratoire. — Notre laboratoire peut être ainsi disposé. Nous adoptons un local dont les fenêtres sont fermées par des volets rendant la pièce absolument obscure; devant ces fenêtres peuvent glisser trois châssis dont l’un est garni d’un verre jaune, le second d’un
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- LES PROCÉDÉS VSCBLS DE LA PHOTOGRAPHIE. Il5
- verre dépoli, le troisième d'un verre rouge; ils sont utilisés lorsque Ton n’emploie pas une lumière artificielle pour l’éclairage du laboratoire. On ne pénètre dans ce local que par un couloir en forme de chicane, il est peint en noir; on évite ainsi les portes, toujours gênantes lorsque l’on n’a pas les mains libres.
- Pour l’éclairage du laboratoire, on peut employer soit une veilleuse, soit une bougie, soit une lampe à incandescence, soit une lampe à huile.
- La lumière employée sera entourée d’une enveloppe de verre, de papier ou de tissus colorés ; elle sera jaune ou rouge, suivant le procédé photographique que l’on utilise.
- Il est essentiel d’examiner, à l’aide d’un spectroscope de poche, si celte enveloppe laisse passer des rayons actiniques, c’est-à-dire pouvant impressionner la substance sensible.
- Nous vous présentons la série des nombreuses lanternes proposées pour le laboratoire.
- Nous allons faire passer sur l’écran les différentes installations de laboratoire :
- D’abord celle que l’expérience a suggérée à M. Londe pour les Facultés de Médecine où il a installé un service photographique; puis celle que M. II. Fourtier, le savant auteur du Traité de Chimie photographique, préconise; ensuite celle de M. Balagny, où il développe les pellicules dont il est l'inventeur; enfin celle de M. Block fils, l’habile photographe de nos salons de peinture.
- Lorsque l’on n’a pas l’emplacement d’un laboratoire, on peut installer dans une pièce quelconque l’armoire-laboratoire Enjalbert que nous vous présentons et qui, fermée, a l’apparence d’une bibliothèque.
- Voici un meuble très complet, de MM. Londe etDessoudeix, que l’on peut utiliser dans une pièce sombre ou dans un laboratoire : on a ainsi tous les ustensiles sous la main.
- Ateliers. — Le plus souvent les photographes industriels divisent leur laboratoire en deux parties; l’une est éclairée par une lumière rouge, l’autre partie par une lumière jaune, c’est Xatelier clair.
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- Le matériel de râtelier clair est très variable, il dépend du ou des procédés photographiques que Ton utilise.
- On a, en outre, des ateliers de pose qui sont vitrés sur le dessus et sur un des côtés. Ils sont généralement exposés au nord pour éviter les rayons solaires directs; des rideaux glissent sur des tringles placées près des vitrages.
- Nous allons examiner la disposition de l’atelier d’un photographe bien connu et sympathique à tous, celui de M. Nadar. Son fils, M. Paul Nadar, qui dirige l’établissement, sait donner à ses sujets un cachet artistique particulier. Nous vous présentons une série de portraits d’artistes et de personnages appartenant au monde politique; elle comprend les différents genres de ce que l’on appelle l'édition Nadar, publiée dans le journal Paris-photographe.
- Dans l’atelier de pose, on reproduit des personnes, des groupes, et, pour leur donner plus d’exactitude, on les entoure de meubles et de tentures en rapport avec leurs costumes.
- Voici les accessoires utilisés : d’abord des fonds, soit noirs, pour obtenir certains effets dont nous parlerons, soit même gris clair; la teinte grise est souvent dégradée sur le bas et sur un des côtés.
- Les fonds représentent quelquefois soit des sujets de genre, soit des paysages.
- La série de photographies que nous projetons sur l’écran est faite sur des fonds différents. Avec celui-ci, allant avec le costume du personnage, on se croirait au temps d'Henri II; puis nous sommes transportés sur le bord de la mer; enfin, cette campagne encadre bien la jolie fermière qui a servi de modèle.
- Avec le fond artificiel, le mobilier doit compléter le tableau.
- Le mobilier du photographe, souvent sur toile peinte, esta transformation; en voici un échantillon que l’on peut transfor-mer par un déplacement rapide des pièces principales : H sert à figurer une balustrade, un pont rustique, un abri champêtre, etc. Les autres accessoires sont en carton ou en liège peints; voici, par exemple, un énorme rocher que le photographe peut déplacer d’une main.
- Sur le sol, on a, pour figurer l'herbe, des lapis en ficelles vertes ou grises.
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- Des murs de l'atelier de M. Nadar, on voit que Ton peut descendre des colonnes, des portiques, etc.
- Il faut éviter de faire de ces accessoires le sujet principal du tableau.
- Pour l’éclairage des modèles, on se sert peu des rideaux des vitrages; actuellement, des écrans de formes différentes, en étoffes transparentes ou opaques, les ont heureusement remplacés.
- Voici l’effet produit par le jeu intelligent de ces écrans : vous voyez que, avec le même modèle, on peut obtenir les sombres effets de Rembrandt ou un lumineux et gracieux portrait du genre de Greuze.
- Pour maintenir le corps dans certaines positions, on se sert d’appuis-tête que l’on dissimule derrière des draperies; on doit s’en passer autant que possible, leur emploi donnant presque toujours au modèle des poses raides et peu naturelles.
- Entrons maintenant dans les ateliers de M. Liébert, qui obtient avec la lumière électrique de ravissants portraits que nous vous projetons. Voici l’appareil qui condense et dirige la lumière : il est tout simplement formé, ainsi que vous le voyez, d’une cloche, servant de réflecteur, au milieu de laquelle est placé l’arc électrique, dont l’éclat est caché au modèle au moyen d’une petite soucoupe qui reflète, sur la partie concave, la lumière qu’elle reçoit. Par des écrans inclinés et de différentes colorations, on éclaire le modèle ou l’on modère l’intensité des reflets de la cloche. Quand on sait diriger, comme M. Liébert, les radiations de ce pseudo-soleil, on est certain du résultat; il n’a pas les caprices de celui qui nous réchauffe, et l’on peut l’avoir à toute heure.
- Si M. Liébert est le seul à Paris qui utilise ce soleil industriel pour les portraits, nous devons ajouter que M. Nadar père, dont le nom a toujours été en tête de toutes les innovations en Photographie, l’a employé, il y a déjà longtemps (en 1860, croyons-nous), pour des reproductions dans les catacombes de Paris, et voici un certain nombre de ses essais.
- M. Block fils a fait de la lumière électrique une application moins funèbre et, si nous avions le temps, nous ferions une
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- promenade, en cinquante tableaux, dans les ateliers de la maison Potin ; la fabrication de la moutarde et l’atelier des confiseries vous donneront une idée de l’utilité de cette source de lumière pour la photographie des ateliers.
- Le magnésium en rubans, ou mieux en poudre, donne, par sa combustion, une lumière très intense et très actinique. Voici des scènes de genre obtenues au théâtre par MM. Nadar, Ba-lagny, Boyer, Londe, avec cet éclairage. Vous remarquez que, sur ces photographies, prises presque instantanément, les petits détails sont venus.
- Nous allons jeter un coup d’œil sur les ateliers d’un éditeur qui exploite plusieurs procédés photographiques,M. A. Block.
- Voici le laboratoire du photochimiste, puis la préparation des clichés, ensuite celle des papiers; l’atelier de photoplastogra-phie, celui de la photocollographie, enfin la cour, où des milliers de châssis attendent que le soleil termine l'image positive dont il a déjà dessiné le négatif.
- La Photographie à l’extérieur. — Pour la Photographie à l’extérieur, s’il s’agit de portraits, il faut employer une tente du genre de celle-ci, qui préserve la tôle des rayons directs du soleil; on peut y joindre un fond artificiel ou profiter du paysage comme fond.
- Pour la Photographie de paysages, il y a des règles que nous n’avons pas le temps de définir; nous n’en signalerons que deux :
- i° Éviter que le soleil ne soit devant l’objectif, car on aurait des effets dits à contre-jour, tels que ceux-ci. Bans ces photographies, les détails ne sont pas venus dans les parties sombres, elles n’étaient pas suffisamment éclairées.
- On ne cherchera à faire ce genre de Photographie que par de beaux jours et lorsque le soleil, un peu caché, est de côté ou, mieux, à gauche de l’opérateur. On obtiendra alors de belles images comme celles que nous vous présentons : d’abord des marines de M. Balagnv, puis des paysages de M. Bucquet, et d'artistiques vues de la Marne de M. Vieuille. Ce passage du bateau à vapeur, de M. Robert Demachy, complétera ces œuvres de difficultés vaincues.
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- LES PROCÉDÉS USUELS DE LA PHOTOGRAPHIE. 119
- a° Attendre que l’éclairage le plus favorable au paysage, au monument ou au sujet soit complet.
- En 1867, nous avons attendu sept heures que le soleil tourne pour nous donner l’éclairage de cette locomotive que nous vous présentons; vous voyez qu’il donne une image dont les ombres portées sont exactement celles indiquées dans les meilleurs auteurs. Tout autre est l’image que voici, qui est celle de la première heure de la même journée.
- M. le commandant Moéssard vous a dit qu’une des vertus que le photographe doit avoir, c’est la patience, et que certains artistes sont restés deux et trois mois dans un pays à attendre l’éclairage désiré.
- Nous avons examiné les effets de la lumière sur les surfaces sensibles, puis les installations du photographe; il faut vous indiquer comment nous dirigeons les rayons lumineux.
- Division des procédés photographiques. — On peut diviser les procédés photographiques en deux méthodes, qui ne diffèrent que par les moyens d’impressionner, c’est-à-dire de produire l’image sur la surface sensible. La première comprend les procédés qui utilisent la chambre noire; la seconde ne nécessite qu’un châssis en bois dit châssis positif,
- 1. - PHOTOGRAPHIE A L'AIDE DE LA CHAMBRE NOIRE.
- Appareils.
- Dans la chambre noire, on obtient des photographies que l’on désigne sous le nom de phototypes ou de clichés, parce qu’elles servent à obtenir, par contact ou superposition, un grand nombre d’épreuves, comme en typographie.
- Les images obtenues à la chambre noire sont le plus généralement négatives; si on les regarde par transparence, les parties opaques ont été produites par les reflets les plus acti-niques, les parties complètement transparentes correspondent aux parties sombres, qui n’ont reflété aucune lumière; entre ces deux extrêmes, sont les demi-teintes dont on saisit la formation.
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- M. le capitaine Colson vous a indiqué la marche des rayons lumineux qui traversent un petit trou.
- Nous rappelons que dans ces conditions les refletsdes objets
- Fig. i.
- éclairés se croisent et que la paroi opposée à celle dans laquelle se trouve le petit trou reçoit une image renversée {fig. i ).
- Si cette paroi est un verre dépoli, nous verrons ainsi l'image (Jîg. 2) qui nous est projetée par M. Molteni.
- La chambre noire. — La chambre noire photographique peut
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- LES PROCÉDÉS l'SCELS DE LA PHOTOGRAPHIE. (2|
- donc être très simple et être établie comme celle-ci {J!g. i ) : une paroi est percée d’un trou ; sur l’autre face, à l’intérieur, on place la surface sensible sur laquelle se formera l’image.
- Nous faisons passer sur l’écran une série d’images obtenues avec des boîtes analogues, munies de la petite plaque percée de MM. Dehors et Deslandres que M. le capitaine Colson a appelée Sténopé. Ces images ont été envoyées aux constructeurs par des amateurs enchantés des résultats obtenus si simplement.
- Voici la vue obtenue en 1886 par M. Méheux, lorsqu'il a montré que l’on pouvait, grâce à la sensibilité des produits actuels, dans de certaines conditions qu’il a pris soin d’indiquer, obtenir des images dans une petite boîte en carton percée d’un trou de £,• de millimètre de diamètre.
- Depuis 1886, la Photographie à l’aide d’un petit trou a fait bien des progrès et est connue, grâce à l'intéressant travail de M. le capitaine Colson, dont la savante conférence vous a prouvé l’intérêt de ce moyen de reproduction.
- Voici des épreuves sur papier de 1 mètre de largeur, obtenues par MM. Dehors et Deslandres, avec une boite en carton munie d'une petite plaque percée d’un trou de ^ de millimètre, qui remplace un objectif de 700**.
- Une application photographique, basée sur l'emploi d'une ouverture étroite, a été proposée en 1889 par M. Ducos du Hauron pour modiOer l’aspect d’une personne ou d’un sujet, et obtenir la photocaricature d’une image positive. L'auteur a donné à son moyen le nom générique de transformisme.
- Voici l’appareil très simple employé dans ce procédé : il se compose d’une boite, absolument close pour former une chambre noire; une des parois porte une fente rectiligne n’ayant que quelques dixièmes de millimètre de largeur; à l’intérieur de la boite, un écran mobile ayant également une fente semblable à la première ou d’une forme dilférente, mais toujours très étroite; enfin, à l’autre extrémité, un châssis négatif ferme la boite (fig. 3).
- On place la fente extérieure devant l’image positive; suivant l’inclinaison de l’écran intérieur ou suivant la forme de sa fente, on modifie les caractères et les formes du portrait : on lui
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- donne à volonté un front large ou étroit, on allonge ou l’on raccourcit un personnage ; mais, chose curieuse, ainsi que vous, pouvez le voir, si outrés que soient les bouleversements imposés au visage humain par le jeu des deux fentes de la boîte transformiste, la ressemblance se maintient avec opiniâtreté
- Fig. 3.
- et l'on s'accorde pour ramener toutes les difformités à l'individualité qui a servi de type.
- Pour utiliser le petit trou en Photographie, il est important que le sujet à reproduire soit très éclairé. Si, pour introduire dans la chambre noire une plus grande quantité de reflets, on augmente le diamètre du trou, l’image perd de sa netteté.
- L'objectif. — M. Wallon vous a dit que, en plaçant devant
- Fig. 4. Fig. 5.
- Objectif & portraits. Objectif à paysages.
- un trou plus grand un appareil optique appelé objectif, on pouvait obtenir une image nette en quelques millièmes de seconde. Il vous a donné d’une façon très claire la théorie et l’usage des objectifs ; nous rappellerons seulement les formes et les dispositions des objectifs employés aujourd’hui (Jig. 4,5, 6 et 7).
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- LES PROCEDES ITSCEL8 DE LX PIIOTOGRAPHIE. Iï3
- M. Wallon vous a également expliqué que, suivant la distance de l’objet à l'objectif, l’on devait avancer ou reculer l’arrière delà chambre, c’est-à-dire mettre au point. M. Mol-teni fait en ce moment l’opération, et vous voyez sur l’écran l’image de ce joli paysage, reproduit par M. Paul Bourgeois,
- Fig. 6.
- Objectif grand angulaire. Objectif reetilinéaire.
- absolument nette. Si l’on dépasse ce point ou si l’on revient en arrière, l’image est de nouveau floue, c’est-à-dire confuse. Il faut donc s’arrêter au point voulu, point géométrique, vous a dit le savant physicien, dont les traités élémentaires de Physique, et surtout son ouvrage sur l’objectif, vous donneront la formule.
- II est donc nécessaire que les faces latérales de la chambre noire soient disposées de manière à permettre son extension.
- Ensemble de fappareil photographique. — En résumé, une chambre photographique est composée : d’une partie antérieure verticale qui porte l’objectif, d’une partie postérieure, également verticale, sur laquelle on fixe la surface sensible; elles sont réunies par un tube flexible appelé soufflet, et par une tringle ou une planchette appelée base, qui leur donne la rigidité. Pour faciliter le remplacement en pleine lumière de la surface sensible, la paroi postérieure porte une feuillure dans laquelle une boîte appelée châssis, et ayant un ou deux volets, renferme soit une surface sensible, soit des bobines sur lesquelles une bande qui se déroule à l’intérieur peut recevoir successivement plusieurs images, quelquefois une centaine.
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- Voici une chambre d’atelier (fig. 10) :
- Elle est fixée sur un pied robuste en rapport avec le volume de l'appareil.
- Les portraits que voici sont obtenus chez M. Nadar avec cet appareil.
- Pour le travail à l’extérieur, les dispositions des chambres noires sont très différentes ; nous avons relevé les figures de plus de six cents appareils, qui prouvent l’ingéniosité de nos fabricants. Nous avons réuni sur ce tableau les plus connus depuis 18S1.
- Voici d’abord l'aspect extérieur du type le plus connu, fabriqué par tous les constructeurs dans toutes les dimensions adoptées par les photographes (fig. 11).
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- 126 C. GRAVIER.
- Celui-ci est l’appareil le Tourtste, de M. Martin, construit à l'origine pour l'emploi du papier pelliculaire; il peut recevoir également des verres recouverts de gélatine sensibilisée.
- A côté, nous voyons la chambre métallique de M. Conti, de forme sphérique.
- Puis VEn-cas photographique de M. Léon Vidal ; il date de
- 1884 et a servi de point de départ à tous les petits appareils à main, désignés par ce savant professeur sous le nom de crayon photographique.
- MM. Français ont conservé dans leurs appareils l heureuse disposition du châssis de M. Léon Vidal. Nous voyons ici le Kinégraphe de ces constructeurs.
- Nous avons également des appareils dits à magasin : le Touriste, de M. Enjalbert, et Y Alpiniste, du même constructeur, ont été copiés de bien des façons, lis permettent de se débarrasser des châssis, les douze surfaces sensibles étant enfermées dans les appareils.
- Les chambres noires que vous voyez à côté sont appelées détectives; les premiers types en ont été introduits en France par M. Nadar, en 1888, sous le nom de Kodak, et ce constructeur les a perfectionnés depuis.
- La Botte de chasse et la Chambre-sac sont des systèmes mixtes, moitié genre Alpiniste, moitié genre Détective ; cette dernière est de MM. Clément et Gilmer.
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- L’appareil que vous voyez plus loin est celui de MM. Lumière fils ; il est caractérisé par le mouvement circulaire que l’on donne aux plaques sensibles impressionnées, qui viennent se ranger horizontalement sur la face inférieure de l’appareil.
- La chambre que voici, de MM. Londe et Dessoudeix, permet de suivre, sur un verre dépoli de la grandeur de la surface sensible, un corps en mouvement et de le photographier au moment voulu.
- Pour vous montrer les résultats que l’on peut obtenir avec des appareils légers, nous vous projetterons d’abord des photographies de MM. Balagnv, Maurice Bucquet, Paul Bourgeois, Robert Demachy, Block fils, Londe, Vieuille, obtenues en laissant l’objectif découvert pendant un certain temps : ce sont des photographies dites posées ; puis des photographies des mêmes amateurs, prises en ne découvrant l’objectif que pendant quelques centièmes de seconde : on dit qu’elles sont instantanées.
- Dans les premières, vous reconnaîtrez les moindres détails des tableaux naturels que ces habiles opérateurs ont choisis; ce sont des reproductions parfaites et complètes de la nature.
- Dans les autres, on peut obtenir des scènes de personnages et d’objets en mouvement, mais les détails sont moins fouillés, les reflets des parties sombres n’ayant pas eu le temps d’impressionner la surface sensible.
- Ainsi, en rgfcs de seconde, M. Demcny a pu obtenir, par la méthode de M. le Dr Marev, les poses bizarres de ce sauteur, de ce cheval qui galope, mais le visage du personnage n’a pas le modelé habituel, il manque de pose. C’est qu'en effet, ainsi que M. Janssen l’a si bien défini, les impressions lumineuses, qui constituent ce qu’il a appelé le travail photographique, s’ajoutent.
- Comme exemple, nous vous projetons une photographie de M. Nadar, qui réunit sur la même image les visages de cinq frères ; chacun d’eux a posé le cinquième du temps nécessaire pour obtenir une image complète ; les parties saillantes et musculaires du visage, qui donnent l’expression, sont seules venues; elles réunissent et assemblent ce qui caractérise chacun des frères ; on obtient ainsi, par cette addition d’im-
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- pressions successives, la caractéristique d’une famille, le portrait composite imaginé par le physiologiste Galton.
- Voici encore des appareils photographiques très intéressants, cor ils peuvent être facilement dissimulés ; ils ont la forme de portefeuilles, de bréviaires, et ils donnent des clichés de o“,02ào'*,o4de côté, que l’on peut agrandir ensuite.
- Enfin, il y a des appareils que l’on peut dissimuler sous ud vêlement, dans un chapeau, dans une cravate, en ne laissant voir de l'objectif qu’un trou au centre d’un bouton ou d’une épingle ; nous en sortons ensuite une série de 4 à ta clichés de o“,oa5 de côté, que nous allons agrandir devant vous.
- Nous montrons sur l’écran des images de l’appareil le Photo-cravate, de M. Bloch; les petits clichés, de o®,o25 sont ainsi agrandis à 3 mètres de côté, soit >4,000 fois en surface ; vous voyez, qu’à distance, les projections, bien que très petites, semblent nettes, malgré cet énorme grossissement. Celle chambre noire est un appareil de précision; elle est construite par la maison Dessoudeix.
- Voici des clichés obtenus avec le cerf-volant photographique.
- Si l’on réunit une douzaine de petits objectifs sur une même chambre, on peut obtenir à la fois, dans le format 9X12, douze portraits photographiques de la même personne; un photographe des grands boulevards livre ces douze portraits, du format d’un timbre-poste, au prix de 1 fr.
- Comme appareils spéciaux, nous vous présentons l’appareil panoramique de M. Damoizeau et celui de M. le commandant Moëssard ; le dernier a servi à obtenir les beaux panoramas que ce savant vous a montrés sur le gigantesque écran circulaire qui occupait la largeur de cet amphithéâtre.
- On prétend que les appareils photographiques sont trèschers; il est évident qu’en toute chose, si l’on désire du luxe et de la précision, il faut payer le prix de l’ouvrier soigneux que l’on a occupé et l'amortissement du stock d’appareils en magasin.
- Nous avons dit que l’on pouvait obtenir des vues photographiques de 1 mètre de largeur et plus avec une boîte en carton percée d’un petit trou ; mais certains appareils, ayant un de ces objectifs fabriqués à la douzaine, un obturateur et un châssis amovible, sont vendus à des prix modiques.
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- 'ROCÉDÉÎ
- Nous avons réuni, sur la planche que M. Molieni vous projette sur l’écran, une collection de vingt appareils à très bon marché.
- En voici un, par exemple, qui se vend i fr. 75 et, avec la longue série des accessoires, on a le tout pour 7 fr. 00.
- Pour terminer ce qui concerne l'outillage des appareils que nous vous avons montrés, nous projetons une collection d’obturateurs, de viseurs, etc. ; les premiers permettent de ne découvrir l’objectif que pendant un temps très court ; ce sont de véritables mécanismes très ingénieux. Les viseurs sont utiles pour prendre exactement sur la surface sensible le corps en mouvement ou le tableau que l’on désire.
- Sur le côté de cet ensemble, vous voyez les divers moyens de porter les appareils photographiques, pour ne pas en être embarrassé, et comment on les utilise.
- Emploi de la chambre noire. — La Photographie à l’aide de la chambre noire n’est donc pas difficile à obtenir. Elle consiste, en résumé :
- i* A introduire la surface sensible dans le châssis négatif (cette opération doit toujours être faite dans un local éclairé par une lumière qui n’impressionne pas la surface sensible) ;
- A mettre au point, sur le verre dépoli, le sujet à photographier (à moins que l’on n’emploie les appareils dits à mise au point automatique) ;
- 3# A remplacer le verre dépoli par le châssis négatif ;
- 4° A découvrir la surface sensible (en tirant le volet du châssis);
- 5* A démasquer les lentilles de l’objectif (ou l’ouverture du trou de la chambre noire) pendant un temps que l’expérience indique ;
- 6° A recouvrir la surface sensible (en fermant le volet du châssis).
- Avec certains appareils, les cinq dernières opérations sont effectuées en une seconde.
- Il ne reste plus qu’à rentrer dans le local où l’on a chargé le châssis pour développer, c’est-à-dire faire apparaître l’image.
- Si l’image n’est pas nette, après mise au point soignée sur
- a* Série, t. V. »o
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- le verre dépoli, on est en droit, quel qu’en soit le prix, de changer l'appareil chez le fournisseur.
- Quelle que soit la chambre noire employée, on doit observer une règle importante dont il ne faut se départir que dans des cas difficiles : c’est de s’assurer que la surface sensible est bien parallèle au plan dans lequel se trouve placé le sujet à photographier ; on évite ainsi les déformations des lignes marginales, dans le genre de celles-ci, qui donnent aux colonnes de l’église de la Madeleine l’apparence des ruines de Babylone.
- Notre outillage principal étant connu, voyons les procédés.
- Nous les avons divisés en deux méthodes, dont l’une emploie la chambre noire et l’autre un châssis positif.
- Procédés.
- Les procédés usuels de la Photographie peuvent se résumer sous une formule générale.
- La substance sensible étant donnée :
- i® L'exposer à la lumière pour la modifier ;
- 2° Enlever toutes les parties qui n’ont pas subi de modification, pour conserver l’image lorsqu’elle verra la lumière, c’est-à-dire la fixer.
- Pour que cette modification se soit produite, il faut un certain temps d'exposition à la lumière actinique. On a reconnu que pour i'iodure, et surtout pour le bromure d’argent, il suffit d’un temps d’exposition très court pour que l image puisse être révélée ensuite, en versant sur la surface sensible un réactif chimique appelé révélateur.
- Nous aurons donc, pour les procédés dans lesquels nous utiliserons le bromure et I'iodure d’argent, les opérations suivantes à effectuer :
- i° Exposer à la lumière la surface sensible ;
- 2® Révéler l’image ;
- 3° Fixer l’image.
- Voilà ce qui constitue la pratique des procédés usuels à l'aide de la chambre noire.
- Dans les images photographiques examinées par réflexion, c'est le support qui donne la sensation du contraste qui fait
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- distinguer l’image ; dans les images vues par transparence, c’est la quantité de lumière transmise qui nous donnera les différents tons.
- Il suffira donc que la substance sensible, modifiée par la lumière, soit assez opaque pour masquer le support, ou pour intercepter les rayons lumineux, pour obtenir, soit par réflexion, soit par transparence, l’image du sujet photographié.
- Pour arriver au résultat désiré, on a l'habitude d étendre les substances sensibles, en couches très minces, sur des surfaces planes et de diviser leurs molécules dans un milieu qui est liquide lorsqu'on l’emploie.
- Les sels d’argent utilisés en Photographie sont insolubles dans le milieu utilisable qui divise leurs molécules. M. Moltcni va nous montrer la formation de la molécule sensible.
- Il a dans sa cuvette un liquide incolore et transparent : c’est une solution d'azotate d’argent; il y verse un autre liquide également clair et transparent, qui sera une solution de chlorure, ou d’iodure, ou de bromure de potassium ; immédiatement, vous voyez une sorte de poussière se produire dans la cuvette : c’est ce que les chimistes appellent un précipité.
- Celte poudre intercepte les rayons lumineux de la lanterne de M. Molteni ; elle semble donc noire sur l'écran ; il suffirait d’écarter ses molécules plus ou moins pour nous donner des demi-teintes par transparence ; mais, si on l’examine par réflexion, nous pouvons assurer qu’elle paraîtra blanche si l'on a employé un chlorure, jaunâtre si l'on a versé un iodure, et jaune vif si un bromure a été admis.
- Définition des procédés. — C’est le milieu qui divise le sel sensible qui donne le nom au procédé ; voici ceux qui sont encore utilisés :
- i* Au blanc d’œuf, dit procédé à l'albumine;
- a6 Au coton-poudre (dissous dans un mélange d'alcool et d’éther), dit procédé au collodion ;
- 3° A la gélatine, dit procédé au gélatinobromure.
- Dans les deux premiers procédés, la molécule d’argent sensible est produite de la même façon :
- Un iodure et un bromure alcalins sont dissous dans l'aibu-
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- mine ou le collodion, la solution visqueuse est étendue
- d’argent; il se produit une double décomposition, comme dans l’expérience faite par M. Molleni, et les molécules d’argent sensibles, qui sont légèrement jaunâtres, donnent une appa-
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- LES PROCÉDÉS CSEELS DE LA PHOTOGRAPHIE. (33
- rence laiteuse à la couche, qui est plus opaque avec le collodion, car elle est plus épaisse que celle d'albumine.
- Le mode d’élendage n’est pas le même dans les deux procédés. fs5. .5.
- Dans le procédé à l’albumine, on coule la solution visqueuse avec une pipette (/îg. i»), on l’étend avec une tournette Uig. i3), puis on la fait sécher (fig. i4).
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- Dans le procédé au collodion, on verse la solution sur le support à l’aide d’un flacon à large ouverture, en prenant certaines précautions que le temps ne nous permet pas d’indiquer {fiB- *5).
- La sensibilisation de la couche d’albumine ou de collodion est faite en employant le môme moyen : on place la plaque dans une cuvette légèrement inclinée, contenant une disso-
- lution d’azotate d’argent à 7 pour ioo, et, par un mouvement simultané de la main droite, on redresse la cuvette, ce qui ramène, sans arrêt, sur la couche, la solution argen-tique (fig. 16).
- Les surfaces sensibles à l’albumine, en prenant certaines précautions, peuvent être impressionnées et révélées lorsqu’elles sont sèches; pour celles au collodion, on doit faire ces opérations lorsque la couche est encore humide, car, à l'état sec, elle n’est pas perméable aux réactifs comme la couche d’albumine.
- Il faut donc, pour le procédé au collodion, que le local où l’on fait le développement de l’image soit près du lieu où se fait l’exposition, ce qui nécessite, pour le photographe qui em-
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- LES PROCÉDÉS USUELS DE LA PHOTOGRAPHIE. i35
- ploie ce procédé en voyage, un transport de matériel assez coûteux.
- Le procédé à la gélatine diffère des deux précédents, en ce que : les molécules sensibles sont formées tout d'abord dans le milieu qui les divise; on coule ensuite le composé liquide et chaud sur le support; on peut impressionner cette couche sensible à l'état sec même après plusieurs aimées et ne révéler l'image qu’après plusieurs mois; il est toutefois préférable de faire cette dernière opération peu de temps après l’exposition à la lumière.
- On prend une solution de gélatine bromurée assez visqueuse, lorsqu'elle est chaude, pour tenir en suspension la molécule sensible que l'on produit en versant dans la solution de gélatine une dissolution d’azotate d’argent. Comme pour les deux procédés précédents, il va une double décomposition des solutions employées; le composé gélatineux a un aspect qui ressemble aux lochs des pharmaciens et on lui donne par analogie le nom d'émulsion.
- On prépare des couches à la gélatine dont la sensibilité est telle, qu’elle permet d'obtenir une impression directe du Soleil en de seconde.
- C’est le procédé au gélatinobromure qui a donné à la Photographie l'essor qui l'a fait adopter par tous les savants et par de nombreux amateurs.
- Tous les photographes, amateurs ou professionnels, achètent leurs plaques au gélatinobromure; elles sont préparées par des fabricants spéciaux.
- 11 existe en France environ vingt fabricants de ces plaques, nous avons la certitude que la concurrence les obligera à bien faire et à un bon marché relatif.
- Comme, dans le prix de revient, le verre a la même valeur que le sel d’argent employé, on peut diminuer le prix de vente si l’on étend sur du papier l’émulsion au gélatinobromure. On reviendra assurément aux procédés sur papier. Les supports pelliculaires employés actuellement sont très coûteux.
- Le temps d’exposition de la surface sensible, devant le sujet à photographier, dépend de conditions dont le détail ferait à lui seul l’objet d'une conférence; nous vous engageons à lire
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- l’excellent Ouvrage de M. de la Baume Pluvinel (*), qui vous renseignera sur ce point important.
- Voici une reproduction d’une image du Soleil prise par M. Janssen en ytzz de seconde.
- Voilà une photographie d’intérieur pour laquelle M. Chalot a posé trois heures.
- Obtention du cliché. — A près l’exposition à la chambre noire, la surface sensible ne porte aucune trace apparente de modification, il faut faire apparaître l’image à l'aide d’un révélateur. M. Molteni fait complètement l’opération devant vous : il plonge la plaque impressionnée dans un des liquides composés appelés révélateurs, nous assistons à l’apparition de l’image sur la glace transparente, c’est un moment toujours palpitant-
- Un grand nombre de substances peuvent être utilisées pour le développement de l’image; voici ce que l’on doit chercher à obtenir d’un révélateur :
- j° Qu’il agisse rapidement;
- 20 Qu’il ne teigne et n’attaque pas la couche ;
- 3® Qu’il n’empâte pas l’image;
- 4° Qu’il puisse se conserver.
- Aucun révélateur ne répond à ces desiderata.
- L’image obtenue, il faut la fixer en enlevant la substance sensible non impressionnée. On a employé comme dissolvant une dissolution de cyanure de potassium à ?. pour 100, mais c’est un poison violent; il est préférable de prendre une dissolution d'hyposulfite de soude à 20 pour 1 oo, c’est ce que M. Molteni a fait pour éclaircir et fixer devant vous l’image photographique.
- Mais l’image est quelquefois trop faible, il faut la renforcer. M. Molteni a pris une image très peu visible, et vous voyez qu’il la rend plus intense. Pour cette opération, il la plonge dans une solution à 2 pour 100 de bichlorure de mercure; c’est encore un poison violent, mais c’est le plus sûr et le plus rapide
- (’) La Baume Pluvinel (A. de), Le Temps de pose (Photographie au gélatinobromure d’argent). In-lS jésus, avec figures; 1890 (Paris, Gaulhler-Viilars et fils).
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- renforçateur pour opérer devant un public; il la lave ensuite et la met dans une solution d’hyposulfite de soude à 10 pour ioo, et l’on constate que la partie de l'image plongée dans le liquide est devenue plus foncée. On arrive au même résultat en employant un réactif qui modifie la coloration.
- Mais quelquefois l’image est trop intense : on la plonge alors, comme le fait M. Molteni, dans une solution composée qui flnirait même par la faire disparaître et que l’on obtient en ajoutant quelques gouttes d’une dissolution à 5 pour 100 de ferricyanure de potassium (prussiate rouge) dans une solution à 5 pour 100 dhyposulflte de soude.
- On a diminué ainsi le nombre de molécules d’argent, comme l’écrivain ou le dessinateur le fait, pour l’encre ou le crayon, avec un grattoir ou une gomme. Mais ce que nous venons de vous montrer, dans le but de vous faciliter les moyens d’améliorer un cliché, doit, autant que possible, être évité.
- Nous vous donnons sur ce tableau les formules des différentes solutions employées dans les trois procédés usuels dont nous venons de parler.
- 1° Procédé à l’albumine.
- BAIN SENSIBILISATEUR.
- Eau distillée.....
- Azotate d’argent. Acide acétique...
- RÉVÉLATEUR.
- Solution d’acide gallique à saturation............ ioojp
- Acide pyrogallique {solution alcoolique,... qq. gouttes Ajouter quelques gouttes du bain sensibilisateur.
- FIXATEUR.
- Eau ordinaire.........
- Hvposulfite de soude.
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- 2’ Procédé au collodion.
- BAIN SENSIBILISATEUR.
- Eau distillée.................................... ioope
- Azotate d’argent................................. Bsr
- Teinture d'iode.................................. » gouttes
- RÉVÉLATEUR.
- Eau distillée.............................. iooo*r
- Acide acétique................................. a58p
- Alcool à 36».................................... 5o«
- Sulfate double de 1er et d’ammoniaque........ 5osp
- FIXATEUR.
- Eau ordinaire................................. iooPC
- Hyposulfite de soude........................... aor
- 3° Procédé à la gélatine.
- RÉVÉLATEUR AU FER.
- , . \ Eau distillée. ....... ioopt‘
- Bain | u Oxalatc ucutro de potaiie. îof réducteur..- _
- i F t Eau distillée......... ioo"
- r { Sulfate de protoxyde de fer. 3o*r
- Accélérateur} Eau distillée................... xw<
- • Hyposulfite de soude........ isr
- retardateur j Eau dis,iIléc................. <°°r'
- ! Bromure de potassium.... iosr
- RÉVÉLATEUR ALCALIN.
- Bain i Eau distillée............... joo"
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- préservateur /< Sulfite de soude.......... .. aS?*-
- Accélérateur.) Eau distillée................ iooPC
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- LES PROCÉDÉS CSC)
- PHOTOGI
- RÉVÉLATEUR A I/IIVDROQITNONE (BALAGXY).
- I Réducteur... Hvdroquinone..... aos*1
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- Accélérateur^ Notasse caustique......... <*«'
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- Retardateur ...J®» dislillé«............ ">»”
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- Bains..
- RÉVÉLATEUR A l’ICONOGÈXE.
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- A ccélérateur...x
- Eau distillée........
- Carbonate de soude.
- Fixateur
- Eau ordinaire.....
- HypOïuHHe de soude
- Vous voyez que, pour le procédé au gélatinobromure, il y a déjà assez de révélateurs pour embarrasser les débutants. heureusementMM.de la Baume Pluvinel, Balagnv, Londeont publié, chez MM. Gauthier-Villars et fils, tous les renseignements nécessaires pour tirer d’embarras les amateurs.
- L’excellent Ouvrage deM. Vieuille leur sera également d’un grand secours.
- Si l’on réussit facilement à obtenir des images à l’aide de la chambre noire, elles ne sont pas toujours parfaites, elles présentent souvent des défauts que nous n’avons pas le temps de vous montrer.
- Examen du cliché. — Cependant, comme on parle souvent de clichés gris et de clichés durs, nous allons nous arrêter un moment sur ces défauts.
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- Voici un cliché gris : ce defaut esl souvent le résultat d’un excès de pose, si la plaque n’a pas vu de lumière autre que celle des reflets du sujet, vous voyez qu’il y a peu de différence dans les tonalités.
- Voilà un cliché dur, en voici un autre; vous les trouvez très beaux cependant, ils ont en effet leur valeur; ils sont de ceux que les artistes qui les ont obtenus, MM. M. Bucquet et Robert Oemachy, ne conservent pas; voici ceux qu’ils préfèrent et dont ils ont quelques centaines.
- Nous devons vous avouer que nous serions heureux d’être dans l’auditoire pour avoir le droit d'applaudir, comme vous le faites, les artistiques reproductions de ces deux membres de nos grandes Sociétés de Photographie. Celles que nous vous présentons maintenant sont de M. Paul Bourgeois, secrétaire général du Photo-Club de Paris. Si nous avions le temps de nous arrêter quelques minutes sur chacune d’elles, vous seriez tentés d’écarter ces broussailles du premier plan, tant elles s’avancent vers vous; elles vous donnent la sensation de l'espace lumineux qui est derrière, c’est la nature que cet artiste, ayant la Photographie pour complice, nous a amenée dans l'amphithéâtre.
- Si l'on regarde un cliché par transparence, nous avons vu que les parties éclairées sur le sujet sont noires, sur le négatif, par suite de l’opacité de la poudre d’argent qui constitue l’image; mais, si nous posons le cliché sur un fond noir, la poudre d’argent nous donnera une réflexion blanchâtre, si le cliché est faible surtout; les oppositions de teintes se trouvant renversées comme tonalités, nous verrons une image positive.
- Cette observation a été utilisée pour obtenir à la chambre noire une image positive, soit sur verre en coulant sur la couche un vernis foncé et opaque, soit sur plaque en tôle vernie en noir ou en brun, soit sur toile cirée.
- Les portraits que les photographes forains livrent à raison de of,,5o l’un ou de xfr la douzaine, lorsqu’ils sont de la grandeur d’un timbre-poste, sont ainsi obtenus; pour ces derniers portraits, on a des chambres noires spéciales, renfermant, comme celle-ci, une batterie de douze objectifs, qui permettent de faire une douzaine de portraits sur la môme plaque en une
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- opération. Voici la reproduction d'une de ces plaques photographiques, vous voyez que les douze images ont la même expression.
- Les meilleurs clichés obtenus à la chambre noire ne sont pas sans défaut au point de vue de l’harmonie du sujet ou de l’exagération des tonalités dans certaines parties, et il est souvent nécessaire d’apporter à l’image certaines modifications; il faut également remédier aux défectuosités, indépendantes de l’opérateur, de la couche, telles que bulles d’air, érail-lures, etc...
- Retouche. — On donne le nom de retouche à cette terminaison du cliché; elle doit être pratiquée avec soin pour ne pas être visible et pour ne pas ôter au sujet son caractère.
- Certaines personnes trouvent toujours que la Photographie leur ôte de leur naturel, et il est hors de doute que, souvent, les commissures des lèvres, les sillons qui soulignent les muscles du visage sont trop accentués et qu’il faut les adoucir, qu’il faut amoindrir l'aplatissement du dos et des lobes du nez, qu’une lumière trop vive dénature. En résume, la Photographie doit nous montrer un visage comme nous le voyons.
- Les ombres, adoucies par la coloration et la transparence de la chair, doivent être amoindries pour éviter la brutalité du contraste entre le blanc et le noir; c’est la retouche qui doit faire celte sorte d’estompage.
- On pratique cette opération en plaçant le cliché sur la glace dépolie d’un appareil (fig. 17) appelé pupitre à retoucher.
- A l’aide de crayons, d’estompes, de couleurs appliquées au pinceau, on enlève ou l’on diminue la transparence du cliché; il serait beaucoup plus long d’en affaiblir les opacités; c’est pour cette raison que les photographes professionnels font des clichés très clairs en laissant, trop souvent, au retoucheur le soin de compléter ce qui n’est pas assez venu au développement.
- Par la retouche, on peut enlever certains détails inutiles. Voici M. Ch. Terront sur sa bicyclette; on pense que le photographe qui l’a pris ainsi de face était bien exposé?... non,
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- I on avait calé le vainqueur de Paris-Brest pour le maintenir dans sa position de route, et un coup de pinceau, autour du 5 personnage, a fait disparaître les échafaudages, qui auraient J évidemment ôté de l’illusion sur l’adresse de l’équilibriste.
- Voilà une jeune Hile qui vous semble supporter une pyra-
- mide humaine, elle reposait simplement sur un talus, ainsi que les dix-sept personnes groupées au-dessus d’elle, sur l'épreuve, de façon à faire supposer qu'elles étaient placées verticalement; l'effaçage des supports a suffi pour donner de l’originalité à cette photographie, qui a intrigué bien des amateurs.
- Celte panoplie d’outils a des ombres désagréables, il suffit de profiler les contours sur le cliché pour détacher nettement les appareils du fond qui les supporte.
- On aurait pu s’éviter ie travail de la retouche en employant l’appareil que voici, disposé par M. H. Fourtier. On place les objets à photographier sur ce verre dépoli; il est également éclairé en dessous par une glace inclinée à 45e; les ombres disparaissent devant les rayons qui émergent du verre dépoli,
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- LES PROCÉDÉS USUELS DE LA
- et la photographie que voici, qui a été prise à l’aide de la chambre noire placée verticalement au-dessus, montre que les contours de ces objets sont absolument nets.
- C’est sur un pupitre à retoucher que M. M. Bucquei a colorié avec tant de soin les jolis paysages et les ravissants portraits que la lanterne de M. Molteni semble animer. Nous allons transformer ce paysage ensoleillé en un superbe clair de lune en plaçant simplement devant le cliché un verre coloré. Mais le Président du Photo-Club de Paris a bien voulu nous préparer encore d’autres photographies dans le genre amusant : c’est une série de personnages, groupés sur le même cliché dans des poses différentes; vous remarquerez que c’est le même individu qui a posé. En voici un qui allume son cigare à son Sosie placé en face de lui; sur cet autre cliché, la même personne occupe à la fois les places des deux partenaires au jeu de caries.
- Si vouslisezles Récréations photographiques deMM. Drouin et Bergerct, publiées par la librairie Mendel, vous y verrez que l’on obtient ces curieux dédoublements de personnes en plaçant devant la surface sensible un cadre ayant des volets à l'aide desquels on n’expose, successivement, que les parties du cliché qui reçoivent les images individuelles.
- Examinons encore quelques clichés qui serviront à rappeler ce que l’on peut obtenir avec la chambre noire :
- Cet homme berné par ses camarades est photographié au moment où il est en l’air.
- Ces lions de l’Hippodrome immobilisés sur la plaque photographique, par M. Londe, au milieu de leurs élans; ce bouquet d’arliflee obtenu par le même amateur, représentent: le premier, le type de l’instantanéité pendant le jour; le second, un spécimen du cliché posé, pendant la nuit.
- Ce cheval qui franchit la haie a été pris par M. Balagny, qui a également saisi ce gymnasiarque lorsqu’il plane au-dessus de son tabouret.
- Vous voyez que, dans ce coup de fusil, dontM. Audra nous donne deux clichés différents, l’auteur a immobilisé la bourre de la cartouche en la photographiant à sa sortie du canon. Du même amateur, aussi artiste qu’il est savant, nous voyons ces
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- robustes percherons dont la musculature, fortement tendue, donne si bien l’idée de la lourdeur du fardier auquel ils sont attelés.
- En posant un peu plus longtemps, on peut obtenir des groupes du genre de ceux-ci, que M. Block fils compose, lorsqu’il est en villégiature, pour se reposer des salons annuels, qui sont photographiés par lui. Voici deux reproductions de tableaux connus : l'Ambulance et Ces prisonniers m'appartiennent, souvenir des tristesses de la dernière guerre.
- Voici deux clichés des Diableries, du même photographe. Plus sérieuses sont les vues suivantes, qui sont extraites de la série des conférences, à la fois si savantes et si spirituelles, de M. H. Fourtier.
- Nous arrivons aux photographies prises avec moins de rapidité, sans objectif et avec un petit trou. Voyez, par exemple, cette belle photographie du grand escalier du Conservatoire; elle a été prise en 4$ secondes avec un trou de ^ de millimètre de diamètre.
- Examinons cette autre vue : si un architecte, après avoir pris la vue d’ensemble de ce parc, désire avoir, à une plus grande échelle, le hangar qui se trouve de ce côté, il lui suffit, sans changer la position de la chambre noire, de tirer l’arrière de l’appareil et d’augmenter le diamètre du trou de de millimètre; il obtient l’agrandissement désiré que vous voyez. Pour les deux opérations, il a posé cinq minutes au plus.
- Nous n’avons pas le temps de vous parler des insuccès que l’on éprouve quelquefois dans la pratique de la Photographie à la chambre noire, ils sont rares quand on y apporte le soin voulu. Cependant, nous allons vous montrer les effets désagréables qui se produisent lorsque l’on photographie pendant le jour un intérieur. Vous remarquez que les contours des fenêtres sont comme effacés, il semble que la lumière a débordé en pénétrant dans la pièce : ce phénomène est connu sous le nom de halo; on l’évite en recouvrant le dos de la plaque d’une couche de gélatine colorée avec une teinte foncée.
- Gardez-vous également des petits trous qui peuvent exister dans les parois des chambres noires. Voici une vue de l’intérieur de l’atelier d'un sculpteur, pour laquelle on a posé un peu
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- LES PROCÉDÉS USUELS DE LA PHOTOGRAPHIE. l45
- irop longtemps. Vous voyez qu’au lieu d’une photographie on en a obtenu simultanément trois sur le même cliché : l’une avec l’objectif, elle a des détails épaissis par une surexposition, elle est troublée par les deux autres dont les détails sont estompés; ces dernières sont produites par deux trous de vis qui se trouvaient à côté de l'objectif.
- 2. - PHOTOGRAPHIE A L AIDE DU CHÂSSIS-PRESSE.
- La deuxième méthode pour obtenir des images photographiques ne nécessite comme matériel qu’un châssis positif et quelques cuvettes; un réservoir pour laver les épreuves complète l’installation.
- Les procédés usuels que nous allons vous exposer donnent, pour la plupart, des images positives en superposant sur la surface sensible, dans le châssis positif, soit le cliché obtenu à la chambre, soit un écran quelconque ajouré, soit une image dont le support est transparent ou rendu transparent par une huile, un vernis ou une matière grasse.
- Sels d’argent. — Impression par développement. — Pour certains procédés positifs, nous aurons la même formule opératoire que pour les procédés négatifs;on les désigne sous le nom de procédés par développement :
- i* Exposition à la lumière;
- a® Développement de l'image;
- 3° Fixage de l’image.
- Ils sont utilisés surtout pour les agrandissements et ils n’exigent qu’une pose très courte.
- Un papier est recouvert d’une couche d'émulsion au géla-linobromure d’argent. Pour l'exposition, qui est très courte, on utilise le plus souvent une lumière artificielle, ou, pour les agrandissements, la lumière solaire ou la lanterne de projection.
- Nous réunissons sur cet écran les appareils de projection les plus connus : ce sont ceux de M. Molteni, qui les a beaucoup perfectionnés, et ceux de MM. Clément et Gilmer.
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- Dans ces appareils on emploie, comme éclairage, soit des lampes à pétrole, de une à cinq mèches, soit la lumière oxhydrique, soit la lampe au zircone de M. Aüer, soit la lumière électrique si bien installée dans cet amphithéâtre par M. Tresca.
- Les révélateurs sont les mêmes que ceux utilisés pour les images négatives à la chambre noire.
- Les images à l'émulsion ou gélatinobromure d'argent ont une coloration d'un noir gris peu agréable ; on leur conserve le plus souvent le ton obtenu parle développement en remontant par des retouches, à l’encre de Chine, les parties sombres de l'image.
- On peut également compléter, par développement, une image sur d'autres papiers aux sels d’argent.
- Impression directe. — Le procédé le plus courant pour les épreuves positives date des premiers temps de la Photographie: c’est celui dit au chlorure d’argent.
- On obtient la molécule sensible qui, modifiée parla lumière, constitue l'image, en Taisant ilotter le papier d'abord sur une solution à 3 pour 100 d'un chlorure alcalin (le plus souvent du sel marin ), puis, lorsqu'il est sec, sur une solution de nitrate d’argent à 10 pour ioo. Par double décomposition on forme surplace, nous l avons démontré, du chlorure d’argent insoluble; on fait sécher le papier dans l'obscurité.
- La pratique du procédé consiste à exposer la surface sensible dans le châssis positif; on suit la venue de l'image en la regardant dans le laboratoire, éclairé à la lumière jaune, en ouvrant de temps à autre un des volets du châssis ; cette visite est facile et peut se faire sans déplacer le papier.
- L’image, sous l’action de la lumière, prend successivement différents tons allant du bleu rosé très pâle au noir olive. C’est la lumière qui, dans ce procédé, est chargée de faire apparaître l’image ; on le désigne sous le nom de procédé par impression directe.
- On a adopté le chlorure d’argent, parce qu’il donne une image visible plus rapidement que le bromure et que l’iodure d'argent.
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- LCS PROCÉDÉS USUELS DK LA PHOTOGRAPHIE. J#-
- Le papier simplement recouvert d'une couche de chlorure d’argent donne une image terne et veule, celui recouvert préalablement d’albumine salée donne une image brillante et un ton plus chaud, un peu rouge cependant.
- Pour modifier la coloration, on plonge l’épreuve, avant le fixage, dans une solution dite de virage. Sous vous projetons une image non virée, puis cette même image virée.
- 11 y a un certain nombre de formules de virages, celles au chlorure d’or additionné d'un sel alcalin, qui a pour but de neutraliser la solution, sont préférables, d’après les savantes recherches de MM. Davanne et Aimé Girard.
- L’image est ensuite fixée en mettant l’épreuve dans une solution d’hvposulfite à 15 pour 100, qui dissout le chlorure d’argent non modifié par la lumière.
- On la lave ensuite avec soin pour enlever complètement l’byposulfite qui pourrait activer l'altération de l image.
- Les épreuves au chlorure d’argent sur albumine sont celles qui donnent les images les plus belles, les colorations les plus variées.
- On a proposé, en 1862, d’étendre sur le papier une sorte d’émulsion obtenue en versant du chlorure d'argent dans du collodion.
- MM. Blain frères, de Valence, sont les seuls qui ont continué à fabriquer cette émulsion avec laquelle on obtient, sur papier ou sur verre, de très belles images positives.
- Nous vous présentons de charmants bébés dont les images ont été obtenues avec l'émulsion de MM. Blain frères.
- Cette préparation au chlorure d’argent, presque abandonnée en France, nous est revenue d'Allemagne, il y a quatre ou cinq ans, sous le nom de papiers aristotypes, mais l’émulsion ne se détache pas du papier.
- L’émulsion des papiers aristotypes emploie comme milieu diviseur soit du collodion, soit de la gélatine.
- L’exposition à la lumière est un peu plus rapide que celle pour les papiers à l'albumine; elle peut être considérablement réduite en mettant l’épreuve, lorsque tous les détails sont faiblement venus, dans un bain révélateur.
- On peut obtenir avec ces papiers, développés, quatre fois
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- plus d’images dans le temps nécessaire pour rendre visibles celles sur albumine.
- Le virage et le fixage de ces papiers sont les mêmes que pour le procédé à l’albumine.
- Actuellement, pour faciliter aux amateurs ces opérations, on donne des formules de bains combinés pour virer et fixer simultanément les images.
- Comme M. le Dr Ch. Fabre vous l'a expliqué, ces formules ne sont pas recommandables, les images s’altèrent plus rapi-
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- dement que les images virées et fixées avec des bains séparés.
- On peut donner aux images obtenues sur ces papiers une surface mate en les faisant sécher sur un verre dépoli, et une surface brillante en les faisant sécher sur un verre, ou mieux sur une glace polie.
- Les épreuves aux sels d’argent sont rognées et collées sur carton avec une colle d’amidon non acide, c’est-à-dire fraîchement préparée.
- Vous voyez sur cet écran (/?§•. 18) l’outillage nécessaire pour ce travail.
- Les épreuves montées sur cartes sont cylindrées ensuite dans un laminoir chauffé, pour augmenter le brillant des épreuves.
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- Comme le papier s’allonge dans le sens de la largeur, il faut repérer ce sens sur l’envers du papier pour éviter au collage les déformations qui résultent de l'oubli de ce repérage.
- Nous vous projetons deux spécimens de l'effet produit par le tirage du papier dans le sens de la largeur, en collant les épreuves. Vous voyez que l'on peut,par négligence,engraisser ou maigrir l’apparence d'une personne. Nous vous étonnerons peut-être en vous disant que bien des photographes professionnels ignorent ce tour de main ; voilà la cause des portraits déformés que certains vous livrent, l’appareil photographique u’en est pas responsable.
- Les images aux sels d’argent sont peu stables; elles sont constituées, comme dans les procédés à la chambre noire, par une poudre d’argent métallique, et l’on sait que l’argent noircit en présence de l'acide sulfhydrique qui existe toujours plus ou moins dans l’air. Le virage à l’or augmente un peu la durée de ces images.
- Cependant, le soin apporté dans les lavages a une grande influence sur la durabilité des épreuves, et nous en possédons qui, depuis trente ans, sont dans des albums et sont aussi belles que le premier jour.
- Sels de fer. — Les sels de fer au maximum d'oxydation, lorsqu’ils sont mélangés à une matière organique, sont modifiés par la lumière, les sels ferriques sont transformés en sels ferreux. Cette observation, étudiée par Herschel en 184a, a été précisée par Poitevin vers 1860.
- Par deux expériences, nous espérons vous démontrer que les photographes doivent profiter des réactions indiquées par les chimistes.
- i° Nous versons dans l'un de ces deux vases la solution d’un sel ferreux et, dans l’autre, la solution d’un sel ferrique. Si nous ajoutons aux deux solutions quelques gouttes d’une dissolution de ferricyanurede potassium (prussiate rouge), vous voyez que nous produisons une coloration bleue dans la première, et que, si la solution ferrique brunit légèrement, il ne se forme aucun précipité. On comprend que, sur une surface retenant les deux sels, on produira les mêmes effets.
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- II suffira d’étendre sur du papier la composition suivante:
- Eau.....................
- Gomme...................
- Citrate de fer ammoniacal.
- Prussiate rouge de potasse
- Le papier est séché dans l'obscurité: pour l’employer,on le place derrière un cliché, puis, après l’exposition à la lumière, on le met dans l’eau et l’on obtient, dans toutes les parties modifiées par la lumière, une coloration bleue ; c’est une teinture sur place ; un lavage dans une eau légèrement acidulée enlève le reste du composé inutile; on fixe ainsi l’image qui est l’inverse de celle du cliché; toutes les demi-teintes sont conservées.
- Le papier connu sous le nom de papier au ferro-prussiate ou papier Marion est ainsi fabriqué.
- 9.° Recommençons notre première expérience, dans les vases contenant nos deux solutions précédentes, mais en remplaçant le premier réactif par une dissolution de ferrocyanure de potassium (prussiate jaune).Nous voyons que, cette fois, c’est la solution ferrique qui devient bleue, l’autre reste incolore. Si nous avions employé comme réactif une solution de tanin, nous aurions eu une coloration noir d’encre au lieu de bleu.
- H erse h el, sur cette observation, a préparé le papier appelé actuellement cyanoferrique, attribué à tort à Peïlet (nous devons dire cependant que c’est ce dernier chimiste qui l’a fait entrer dans la pratique courante).
- Ce procédé est plus compliqué que celui au ferro-prussiate, le réactif chimique devant être séparé tout d’abord du composé ferrique pour éviter que la coloration se produise avant l’action de la lumière.
- On étend sur le papier la composition suivante :
- Eau...................................... ioorc
- Gomme (solution à ii pour loou’eauj....... ro
- Citrate de fer i solution a 15 pour 100 d’eau j. i5
- Acide citrique............................. ygr
- Perchlorure de fer ( solution à 45° B. j.. io"«
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- On fait sécher le papier dans l’obscurité ; après lavoir exposé derrière un cliché, on le place sur un bain de ferrocyanure de potassium à saturation, la couche en contact avec le liquide, en ayant soin que le réactif ne passe pas à l’envers du papier pour ne pas le tacher. L’image, après 3o à 4<> secondes, se montre en bleu foncé sur un fond d’un bleu verdâtre pâle; elle est semblable à l’image du cliché au lieu d'en être l’inverse, commedansla plupart des procédés photographiques employant le châssis-presse positif.
- On lave l’épreuve pour arrêter la réaction, puis elle est placée dans une cuvette contenant de l'eau acidulée dans laquelle on détache avec un large pinceau les parties du composé ferrique modifiées par la lumière, et le fond reste absolument blanc. Un dernier lavage pour enlever l’acide du papier complète l’opération.
- On voit que, dans la formule, on a ajouté de la gomme; cette substance est coagulée par les sels ferriques, mais non par les sels ferreux; il en résulte qu’elle facilitera l’adhérence des traits formant l’image et que, dans les parties modifiées, elle se dissoudra en entraînant le composé ferreux; on obtient ainsi des fonds plus blancs.
- Les ingénieurs préfèrent le papier cyanoferrique, malgré sa complication, parce qu’il donne directement une image semblable au dessin calqué qui a servi d’écran.
- En passantle papier cyanoferrique, après le développement, dans une solution composée, dans laquelle entre principalement de l’extrait de campêche, préparée par M. Bav,on obtient, sans employer un bain acide, une image noire sur fond blanc, semblable au calque original.
- On peut remplacer le bain au ferro-prussiate par une solution d’acide gallique à saturation ; l’image est d’un noir violacé, mais le fond n’est pas d’un blanc pur.
- Un mélange de perchlorure de fer et d’acide tartrique dissous dans l’eau, puis étendu sur un verre dépoli, pourra, une fois sec, être exposé à la lumière derrière un cliché; toutes les parties modifiées par la lumière deviennent hygroscopiques et il suffira de passer ensuite une poudre sur la couche pour obtenir une image inverse de celle du cliché. MM. Lemal et
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- Raquet emploient ce procédé pour leurs reproductions photographiques sur verre.
- Les images aux sels de fer sont plus stables que celtes aux sels d’argent.
- Si, après l'exposition à la lumière, on passe sur la couche de papier cyanoferrique un rouleau chargé d’encre grasse, on fera un tableau noir; cette encre adhérera définitivement sur les traits non modifiés par la lumière; un lavage enlèvera le composé modifié qui entraînera l’encre qui le recouvrait. On obtient ainsi des images directes, indélébiles et absolument stables.
- Ce procédé, indiqué par Poitevin, a été modifié et rendu pra-, tique par M. Fisch.
- Sels de platine. — Si l’on étend sur du papier un mélange
- Fig. «g.
- d’un sel de fer au maximum d’oxydation et de protochlorure de platine, il suffit de placer le papier très sec derrière un cliché négatif, de l’exposer à la lumière pour obtenir la légère
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- image que voici; elle est d'un ton gris clair, analogue à la mine de plomb; en la plaçant sur une solution chaude (5o° à 6o°) d’oxalate neutre de potasse, on développe instantanément, comme vous le voyez {Jig. 19), une image d'un noir un peu gris, ayant l’aspect d’une gravure en taille-douce tirée sur un papier lisse.
- Pour fixer l’image, on passe l’épreuve dans plusieurs bains d’eau acidulée avec de l'acide chlorhydrique, qui enlèvent les sels inutiles, puis on lave soigneusement.
- L'image est constituée par du platine à l’état métallique, c'est donc une épreuve très stable, ce métal n’étant pas altérable.
- Ce procédé est connu sous le nom de Platinotypie.
- La théorie vous en a été expliquée par M. Fabre : on profile du pouvoir réducteur du protosel de fer produit par l’action de la lumière.
- Au lieu d’un sel de platine, on peut mélangerait sel ferrique un sel d’argent. Voici un papier ainsi préparé, vous voyez que la lumière a encore produit une légère coloration rougeâtre; on la renforce en plaçant l’image sur de la vapeur d’eau ou même par le simple souffle de l'haleine on facilite la combinaison. Un lavage dans de l'eau acidulée fixe l’image.
- Sels de chrome. — Nous arrivons aux procédés usuels qui ont recours aux sels de chrome.
- Dans ces procédés, le sel chromique réduit par la lumière n’agit pas directement; il est utilisé comme dans la teinture; c’est un oxydant énergique lorsqu'il est décomposé en présence d'une matière organique.
- Pour généraliser l’action des sels de chrome, on peut dire que, sous l'influence de la lumière, les substances appelées colloïdes, albuminoïdes, les matières amylacées ou sucrées perdent leurs propriétés d'être solubles dans l’eau chaude et perméables dans l'eau froide; celte modification est proportionnelle à l’intensité de l’action de la lumière.
- Tous les procédés que nous allons vous présenter sont basés sur celle modification.
- Si l’on dépose sur du papier ou une surface quelconque un mélange de gélatine colorée et d’un bichromate alcalin, on
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- possède une couche photographique qui, après l’exposition à la lumière derrière un cliché, ne sera soluble, dans l’eau chaude, que dans les parties préservées par les opacités du cliché; nous faisons l’opération et vous voyez que, comme résultat, l’on obtient par ce développement, ou, pour mieux dire, par ce dépouillement, une image sur Yerre ayant toutes les demi-teintes du cliché.
- Ce procédé est généralement connu sous le nom de procédé au charbon, les opacités étant obtenues en mélangeant dans la gélatine une poudre inerte, qui, le plus souvent, est du noir de fumée.
- Si le support est du papier, on peut obtenir ces belles images qui nous ontété confiées par la maison Braun, qui exporte dans le monde entier les chefs-d’œuvre de tous les musées ; elles sont aussi durables que le papier qui les reçoit.
- Une pellicule déposée sur le papier les forme et, lorsqu’elle est humide, l'image apparati en relief comme celle d’une lithophanie.
- En coulant sur un support une couche de gélatine plus épaisse, après l’impression et le dépouillement, le relief reste encore très apparent lorsqu’elle est sèche. Si l’on détache alors cette pellicule, on peut la placer sur une planche de plomb, puis, à l’aide d'une pression considérable (5ooks par chaque centimètre carré de la surface), on la fait pénétrer dans le métal.
- On obtient ainsi une impression en creux dans laquelle on pourra couler une encre gélatineuse; il suffira de presser un papier sur la surface métallique pour obtenir, par enlèvement, une image analogue à celles du procédé au charbon dont elle a les qualités et l’aspect. On peut comparer ce moyen démoulage à celui des marchands de gaufres.
- Ce procédé, imaginé de toutes pièces parWoodbury, avait été indiqué par Poitevin; il est connu sous le nom de Photo* glyptie; le Congrès photographique de 1889 a proposé de le désigner sous le nom de Photoplastographie.
- Pendant vingt ans, toutes les épreuves photographiques de la maison Goupil ont été produites par ce procédé, et les heureux acheteurs, qui croient ne posséder que des épreuves à
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- l’albumine, doivent être surpris de l'inaltérabilité de ces images.
- Pour vous montrer la finesse de ces impressions, nous vous projetons deux vues.
- La gélatine bichromatée devient imperméable lorsqu’elle est exposée à la lumière; cette modification est utilisée dans les procédés de P ho tocollographie dont notre savant collègue et ami, M. Balagnv, vous décrira les procédés qu’il a perfectionnés.
- La gomme, l’amidon, l’albumine bichromatée, sont également insolubles dans l’eau froide si elles ont été exposées à la lumière. Il suffira donc d’exposer derrière un cliché un de ces composés bichromates, étendu sur une surface plane, pour retrouver sur le support, après cette opération, la trace de l’impression que l'on accentue ensuite en enlevant dans l'eau froide les parties non modifiées. Une poudre colorée sera emprisonnée dans le composé solidifié par la lumière.
- Les belles images que voici, obtenues sur le papier préparé parM.Ariigue, sont comparables aux plus belles gravures.
- Si, après l'exposition derrière un cliché, on passe sur une couche de gomme bichromatée un rouleau chargé d’encre grasse, elle n’adhérera que sur les parties insolubilisées par la lumière, on pourra reporter celte impression indélébile soit sur papier, soit sur pierre ou sur métal ; elle pourra donc servir de réserve pour obtenir économiquement des milliers d’épreuves dont toutes les images seront aussi belles que la première.
- Les magnifiques images que voici ont été obtenues par M. Asser, avocat à Amsterdam, par un procédé analogue. Cet infatigable chercheur a constitué la surface photographique avec de l’amidon bichromaté; l'encre grasse multiplie ensuite les images.
- Le sucre bichromaté, mélangé de matières vitrifiables, permet d’obtenir par les mêmes modifications, opérées par la lumière, les beaux vitraux que voici qui ont été exécutés par MM. Lemal et Raquet, les artistes verriers bien connus des auditeurs du cours de Céramique du Conservatoire desArtset Métiers.
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- Les beaux émaux photographiques de M. Mathieu-Deroche qui sont sur cette table, sont obtenus en déposant sur ia poiv celaine l’image photographique, emprisonnée dans une couche de collodion ; la substance enrobante est brûlée dans un four à. moufle et la poudre d’argent, constituant l image, pénètre dans la couche d’émail où elle reste immobilisée.
- M. Léon Vidal, qui depuis trente ans enseigne et pratique les procédés photographiques, a imaginé en 1876 le procédé connu sous le nom de Photochromie. Voici la manière d’opérer: sur la photographie que voici, on profile au crayon lithographique les contours des parties ayant la même couleur simple et celles dans lesquelles celle couleur entre comme composante ; on reporte ce dessin sur pierre; on opère de même pour les autres couleurs, reportées sur autant de pierres. On fait successivement le tirage sur papier des aplats, comme en chromolithographie, ci l’on arrive à l’impression polychrome que vous voyez, sur laquelle on applique une impression photocollographique ou mieux une pellicule photoplas-tographique.
- Vous voyez le résultat ; il est obtenu simplement par un moyen facile et un repérage soigné.
- Pour les reports, on peut les faire, à l’aide d’une poudre spéciale que l’on passe sur l’encre, sur l'Autocopiste noir qui sert ensuite aux tirages.
- Une modification de cet appareil permet, en employant une pellicule bicbromatée, de faire de la Photocollographie. M.Ba-lagoy vous en parlera dans sa conférence.
- APPLICATIONS.
- Les applications des procédés photographiques que nous vous avons exposés sont nombreuses; elles ont été indiquées, en partie, dans les précédentes conférences et dans celle-ci.
- Voici des éludes d’arbres faites sur nature par M. Balagny; puis des reproductions de moulages dans lesquelles les jeux de lumière pourront servir de guide pour l’étude des ombres.
- Dans les accidents, des photographies prises sur les lieux de
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- la catastrophe permettent de juger, à distance»sans réfutation possible, des effets produits, même après plusieurs années.
- Voici le terrible accident de Mœnchenstein pris avec toute son horreur; il est évident que l'image est exacte et doit remplacer les images fantaisistes de certains journaux, qui ont d'avance un magasin de vieilles gravures auxquelles il suffit de changer la légende pour les rajeunir.
- Voici une locomotive prise dans les neiges; cette image, jointe à un rapport, indiquera, mieux qu’une description écrite, l'embarras du personnel dévoué que possèdent les compagnies de chemins de fer.
- Ces compagnies ont un grand nombre de trains sur une même ligne; pour régulariser leur marche et éviter des rencontres, toujours dues à des oublis d’un agent, elles font dresser le tableau graphique que voici : il assure aux directeurs que, si les règlements sont observés par le personnel, aucune collision ne peut avoir lieu; mais, pour réduire ces utiles tracés en un format commode, on ne pouvait recourir à la gravure, qui en déplaçant un trait, de quelques fractions de millimètre, détruirait rutilité du tableau. La Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest, en 1874, a posé le problème à M. Motteroz qui, à l'aide de la Photographie, l’a résolu, en imaginant un dispositif adopté depuis dans plusieurs maisons.
- Une application photographique nouvelle permet de photographier une personne sans l'aide d’un opérateur. L’appareil, dont voici l'image, a été inventé par M. Enjalberl, le Vaucanson de la Photographie ; toutes les opérations, depuis l'extension de la couche sensible jusqu'au séchage du cliché, sont exécutées automatiquement grâce au mécanisme de l’inventeur. Il suffit d’introduire ofr,5o dans une ouverture, pour mettre en mouvement la force motrice d’un électro-aimant; la personne se place quelques secondes sur un siège situé devant l’appareil; elle recueille sa photographie, quelques minutes après, par une ouverture qui lui livre également le cadre dans lequel elle peut la monter.
- Nous terminons cette longue conférence par cette petite merveille de la Mécanique, inspirée par la Photographie. Nous espérons que les nombreux procédés usuels que nous n’avons
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- pu, faute de temps, pratiquer devant vous, amèneront à la Photographie de nouveaux adeptes.
- Il n’est pas nécessaire d’être un savant pour les utiliser, car nous les avons tous pratiqués et nous n’avons pas la prétention d'en être un.
- La grande librairie qui édiîe avec tant de soin les Ouvrages scientifiques a rendu un grand service à notre cause; nous devons en remercier publiquement MM. Gauthier-Villars.
- Vous retrouverez, en détail, dans les excellents Ouvrages de MM. Davanne, La Baume Pluvinel, Fourtier, Wallon, Vidal, etc... le résumé que nous vous avons exposé et doüt l'intérêt est dû aux expériences si soigneusement faites par MM. Molteni et Tresca. Avant de nous séparer, permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de vous remercier de votre attention; elle affirme ce que M. le colonel Laussedat préconise depuis quarante ans et ce qu’il dit avec instance aux pouvoirs publics: l’UUscz la Photographie, donnez-lui un enseignement et vous rendrez un grand service à notre patrie.
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- PROCÉDÉS PELLICULAIRES
- ET LEURS APPLICATIONS AUX IMPRESSIONS AUX ENCRES GRASSES, CONFÉRENCE DU 3 AVRIL !89î,
- Par M. G. BALAGNY,
- Docteur en droit, Picsidcalde U Société d'Étudcs photographiques.
- Mesdames, Messieurs,
- Tout le monde a remarqué que dans les Arts, dans les Sciences et dans l’Industrie, partout en un mol où le génie humain a l’occasion de se manifester, les progrès ne se sont pas accomplis tout d'un coup, mais pour ainsi dire par étape, au fur et à mesure des besoins du savant, de l’artiste et de l'industriel.
- Plus que toute autre Science, la Photographie a obéi à cette loi. Si nous reprenons une à une les trois phases, les trois évolutions par lesquelles a passé l’art du photographe depuis sou origine et dont nous a entretenus si spirituellement M. Davanne dans la première de ces conférences, nous verrons que pour faire un pas en avant dans son art, le photographe a dû y être poussé par celle force intérieure et naturelle à laquelle nous obéissons tous: le besoin de perfectionner nos connaissances.
- La première période a élc certainement la plus courte des
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- trois, et non pas la moins intéressante: l'âge du Daguerréotype était pour ainsi dire l’âge de Y original. Chaque épreuve, portrait ou paysage obtenu à la chambre noire, constituait une œuvre unique, originale, absolument complète par elle-même, à ce point que le touriste qui voulait obtenir une seconde épreuve d'un paysage qu’il avait remarqué, était obligé de refaire une seconde opération à la chambre noire; de même, lorsqu’on avait été faire faire son portrait chez un photographe, celui-ci, en vous remettant l’épreuve, vous remettait du coup tout ce qu’il avait fait de vous, et le père de famille qui voulait offrir son image à chacun de ses enfants devait se résoudre à poser autant de fois qu’il désirait avoir d’épreuves.
- Il y avait évidemment là une gêne, comme une entrave à Part nouveau. On sentait bien que le Daguerréotype donnait quelque chose, mais qu’il ne donnait pas tout.
- Aussi, ne fut-on pas long à comprendre que la nécessité d’avoir plusieurs épreuves du sujet photographié s’imposait.
- Les cerveaux travaillèrent, et ce fut à Fox Talbot que devait revenir l’honneur de la découverte du procédé sur papier, procédé qui fut la base de tous ceux que nous employons aujourd’hui.
- Lorsqu’on traite des procédés pelliculaires, c’est-à-dire des procédés qui consistent à se servir des couches sensibles à l’état de pellicules, il faut absolument citer le nom de Talbot, car c’est lui qui, le premier, eut l’idée d’appliquer sur une feuille de papier, ce support souple par excellence, du chlorure d’argent pour obtenir un cliché. Sans doute, ce n’était pas pour obtenir un support souple que Talbot faisait ses recherches, car la description qu’il fit de son premier procédé sur papier avait uniquement pour but de copier par application les objets opaques.
- Il immergeait successivement son papier d’abord dans du chlorure de sodium, puis dans du nitrate d’argent, et enlin il le séchait. Le papier recouvert de l’objet à copier, par exemple d’une feuille d’arbre, et exposé au soleil, présentait une image négative. Il séchait son cliché, le recouvrait ensuite autant de fois qu’il le désirait d’une feuille de papier préparée comme ci-dessus, et en obtenait autant d’épreuves positives.
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- Ce procédé, appelé calotype par son inventeur, est donc particulièrement intéressant, puisqu'il a donné naissance à tous les procédés négatifs découverts depuis. Talbot lui-même avait déjà remplacé sur son papier le chlorure d’argent par Tiodure d’argent. Ce procédé était en même temps un procédé, nous ne dirons pas pelliculaire, car la pellicule d’iodure d’argent n’était pas isolée, mais un procédé sur support souple, le premier certainement employé, et c’est pour cela que nous croyons devoir vous le signaler.
- Ces travaux se faisaient pendant la seconde phase d’évolution de la Photographie, pendant cette période qui se distingua surtout par l’emploi et le perfectionnement du collodion humide. Vous vous rappelez encore, Messieurs, ce magnifique procédé qui donnait des finesses admirables et dont les clichés, en cela différents des épreuves daguerriennes, servaient à donner autant d’épreuves positives que le voulait l’opérateur.
- Mais bientôt une nécessité nouvelle se fit sentir : on comprenait bien l'emploi du collodion humide dans les ateliers ; mais les touristes, mais les voyageurs éprouvaient une certaine déception quand on leur énumérait tout le bagage encombrant, cuvettes, flacons, seaux, brocs à puiser l’eau, qu’il fallait emporter pour faire de la Photographie en voyage. Et pourtant cela s’est fait, beaucoup de contemporains de celte époque se rappellent encore aujourd'hui par quelles tablatures il fallait passer quand on voulait se donner le luxe de la Photographie en voyage; mais aussi quelles jouissances, inconnues aujourd'hui, on éprouvait après avoir développé et mené à bien un cliché obtenu dans des conditions si difficiles, sous une tente étroite exposée la plupart du temps aux rayons du Soleil.
- Aussi désira-l-on bien vile autre chose.
- L’emploi des collodions secs facilita d’abord singulièrement les voyages. Le procédé au tanin, le procédé Taupenot, si brillamment conduit par M. Davanne, sont encore là pour attester les résultats magnifiques que l'on pouvait obtenir avec eux (/>/. W).
- Mais on sentait déjà qu’il était nécessaire de se débarrasser du verre. Son poids, sa difficulté d’emballage, la crainte de v Série, t. V. n
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- voir ses clichés brisés au reiour furent les raisons dominantes qui firent désirer de voir remplacer, par un support souple et incassable, le verre qui servait à fixer la couche impressionnable.
- A cette époque-là, et nous sommes dans la deuxième période d évolution de la Photographie, un homme qui s’était déjà fait remarquer par ses travaux au collodion mit en pratique avec beaucoup d'habileté le procédé dit au papier ciré. C’est assu-rément le premier procédé souple qui fut employé pour l’obtention des clichés. Que l’on remarque que nous ne disons pas le premier procédépelliculaire; c’est que, dans le papier ciré, la pellicule ne pouvait pas être isolée comme dans les procédés pelliculaires proprement dits. Ainsi qu'on va le voir, la couche sensible n’était pas sur le papier, elle était dans le papier: c'est là le caractère de cette intéressante méthode.
- Gustave Legray, dont beaucoup d'entre nous se rappellent encore les magnifiques marines qui sont restées si longtemps exposées boulevard des Capucines,Gustave Legray, dis-je, prenait une feuille de papier; au moyen d’un fer chaud, il la recouvrait, il vaut môme mieux direquïl l'imbibait d'une couche de cire vierge. L’excédent était enlevé par une ou plusieurs feuilles de buvard. Ce papier prenait ainsi un aspect translucide par l’imbibition de la cire.
- Il plongeait ensuite la feuille cirée dans une solution d’io-dure de potassium et l’y laissait deux heures. Puis il l’en retirait et la laissait sécher à l’air libre.
- Le papier ainsi ciré et ioduré se conservait fort longtemps. Mais, naturellement, il n’était pas encore sensible.
- Celte opération se faisait dans le cabinet obscur en plongeant la feuille dans un bain d’acétonilrate d'argent.
- Au sortir du bain d'argent, la feuille sensibilisée était égouttée et rincée dans une cuvette d’eau de pluie.
- Enfin, le séchage se faisait au buvard. En deux mots, voilà la préparation, et, il faut bien le dire, le procédé eut de suite un succès énorme. Qu’on y songe! pas de verre à emporter, beaucoup moins de bagages, nous disons beaucoup moins, car meme en ayant beaucoup de ce papier d’avance, on ne pouvait le garder sensible et bon plus de quinze jours. Il fallait donc
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- remporter à l’état de papier ioduré seulement, et le sensibiliser en route.
- En tout cas, c’était déjà un grand pas de fait. Le touriste était assuré contre le bris de ses clichés : il était sûr aussi de rapporter des résultats sérieux.
- Le développement se faisait à l’acide gallique, et le fixage à I’hyposulfite.
- Tel était, vers les années i855 et 1860, le procédé généralement adopté quand on voulait rapporter des souvenirs d’un voyage ou d'une excursion lointaine.
- Le procédé était sûr et c’était là un point important. Il parut même pouvoir servir à des travaux scientifiques, et nous ne pouvons nous dispenser de rappeler les magnifiques clichés sur papier ciré de M. Civ taie, véritables relevés topographiques des massifs des Alpes, et en tout cas une des premières applications scientifiques pour lesquelles on a eu recours à la Photographie.
- Tel est le pas fait, pendant notre deuxième période, par les procédés pelliculaires, car c’était bien là un procédé souple que ce papier ciré. Mais on pouvait lui reprocher le grain, car, comme nous l’avons dit, la matière sensible était non pas sur le papier, mais dans le papier. Il y avait donc là quelque chose de bien différent de ce qui se passe aujourd'hui.
- Avant d’arriver à la troisième période, disons quelques mois d’un procédé intérimaire qui a amené tous les procédés actuels. Dans tous les procédés secs, nous disons secs parce que l’on avait déjà reconnu depuis longtemps que l’emploi du col-lodion humide était bien difficile,sinon impraticable, en voyage, on se servait généralement d’iodure d’argent additionné d’un peu de bromure. Vers 1874» on finit Par s'apercevoir que le collodion à employer sec gagnait en sensibilité quand il était fait en entier avec du bromure sans iodure. On eut ainsi les procédés dits au bromure lavé, puis au collodiobromure, puis enfin au tanin.
- La grande différence qui existe entre ces procédés ët celui au collodion humide, c’est la non-présence de produits de double décomposition dans la couche sensible soumise à l’impression de la chambre noire.
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- C’est là le chaînon naturel qui relie ces procédés au procédé au collodiobromure qui a reçu le nom d’émulsion lavée et pour laquelle on doit à M. Chardon, membre du comité de la Société française de Photographie, une remarquable méthode de préparation.
- C’est ce procédé qui a servi d'introduction au procédé au gélalinobromure qui brille aujourd’hui de tout son éclat. H méritait donc, à notre avis, une mention spéciale, car nous devons saluer avec reconnaissance toutes les méthodes directes ou indirectes qui ont contribué à faire de la Photographie ce qu'elle est aujourd’hui, le plus puissant mode d’étude qui ait été mis à la disposition de l’homme pour ses recherches dans le domaine inüni de la Science.
- Nous voici ainsi arrivés à la troisième période d’évolution de la Photographie, pendant laquelle il n’est plus question que de gélatinobromure d’argent. Nous n’entendrons donc plus parler à l’avenir de préparations humides. Le collodion humide dort, au moins pour les photographes portraitistes et amateurs. S’il est encore employé, ce ne sera que par certaines maisons de Gravure et de Photocollographie, surtout pour les reproductions, les tableaux, etc. Mais si le collodion dort à l’étal de collodion humide, nous croyons fermement qu’il se réveillera comme collodion sec, contenant une émulsion aussi rapideque le gélatinobromure d’argent. Ce serait bien à souhaiter, car la gélatine comme véhicule ne vaudra jamais le collodion : elle est sujette à de nombreuses variations et causes de détérioration qui font désirer qu’elle disparaisse tant pour la conservation des plaques que pour celle des clichés.
- Ce sont donc les préparations sèches qui caractérisent cette troisième période, préparations sèches s’adaptant à tout, paysages, reproductions, portraits. On n’emploie plus que ces glaces merveilleuses de sensibilité qui ont donné un si grand essor à la Photographie en tous pays, et particulièrement ont été, pour la France, l’occasion d’une industrie devenue célèbre et qui laisse bien loin derrière elle la concurrence étrangère.
- Vous le voyez, la Photographie a bien fait les choses : non seulement les dernières inventions auxquelles elle a donné lieu ont créé dans notre pays un mouvement d’affaires consi-
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- dérable, mais elle a même su ménager et flatter notre amour-propre national.
- Ce qu’il y a de merveilleux dans ces émulsions sèches, c’est qu’elles se prêtent admirablement aux fantaisies du photographe qui peut les étendre sur tout autre support que le verre.
- Une fois en possession du nouveau produit, on s'est vite préoccupé de la question de transport de ces préparations, et des services qu’elles pouvaient rendre aux touristes et aux voyageurs.
- C’était, en effet, quelque chose de bien séduisant que ce gélatinobromure d’argent qui travaillait avec tant de rapidité que les clichés photographiques en allaient être absolument transformés.
- Jusque-là on n’avait jamais eu la jouissance de faire des clichés animés, des personnages et des animaux, de véritables tableaux et des scènes de toute nature, et tout cela si vite, si rapidement, que les êtres photographiés n’avaient pas même le pouvoir de se soustraire à l’œil indiscret de la chambre noire qui avait déjà fini son œuvre avant qu’ils aient pu songer à disparaître.
- Aussi, ce fut une rage, tout le monde voulut s'y meure,tout le monde photographe. On ne voyait que cela à la quatrième page des journaux : de nombreux magasins d'articles de Photographie se montèrent et offrirent au public des appareils de tout genre pour le voyage.
- Mais le véritable problème n’était pas résolu. Sans doute, le bromure d’argent dans un véhicule de gélatine se conservait parfaitement et répondait, on ne peut mieux, aux besoins du touriste, mais celui-ci n’en était pas moins obligé à emporter du verre dans ses excursions quelquefois lointaines.
- Vous rappellerai-je la légende, on pourrait plutôt dire l’histoire absolument véridique de ce voyageur célèbre qui alla explorer, en compagnie d’une suite nombreuse, les plateaux de Pamyr, et qui, après avoir emporté plus de cinq cents glaces, ne rapporta définitivement qu’un cliché 9X 1*.
- Vous rappellerai-je une histoire poignante, s’il en fut, et dont j’ai été la triste victime?
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- C'était en i8;<).
- Emporté comme tant d’autres par le désir de produire des clichés Instantanés en voyage, ce qui, à cette époque-là, permet-tez-moi de vous le répéter, était tout à fait du nouveau, j’étais parti pourfaire une tournéedansniede Jersey,dont les gracieux paysages m’assuraient une ample moisson photographique.
- De plus, le mouvement du port, le va-et-vient des nombreux étrangers qui viennent visiter nie, les cars remplis de touristes qui sillonnent ses routes ombragées devaient donner lieu à de nombreux clichés instantanés.
- Je partis donc, plein d’espoir comme toujours, et j’emportai une chambre x 3o et dix douzaines de plaques au gélatino que j’avais pris le soin de préparerai que d’ailleurs je n’aurais pu trouver dans le commerce, car l’on était, à ce moment-là, tout à fait au commencement du géiatinobromurc.
- Au bout de cinq semaines, j’avais environ soixante clichés terminés dont je me trouvais, c’était peut-être bien présomptueux de ma part, absolument satisfait. Je m’apprêtai donc à retourner en France et je mis tout le soin possible à disposer mes clichés dans une caisse bien rembourrée à l'intérieur. Puis, je m’embarquai.
- 11 faut avouer que l’eau, ce chemin qui marche, a-t-on dit en parlant des fleuves, est un moyen de locomotion bien moelleux pour les clichés. J’avais donc lieu d’être tranquille pendant la traversée. Mais, arrivé à Granville, je dus en rabattre. Malgré le désir que j’avais d’accompagner ma précieuse caisse, elle eut à subir plusieurs chargements et déchargements exigés par une visite de la douane, et c’est dans une de ces opérations que, lâchée par ceux qui la tenaient, elle tomba malheureusement sur l’angle d’un perron, et fut littéralement défoncée. La moitié des clichés brisés, tel fut mon bilan.
- Mais à quelque chose malheur est bon, et avant même de reprendre le train pour Paris, j’avais faille serment de ne plus voyager avec des glaces, et de chercher à remplacer, par tous les moyens possibles, un support à la fois si fragile et si encombrant.
- D’un autre côté, la Sociétéfr ançaise de Photographie ne pouvait rester plus longtemps indifférente à l’immense progrès
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- que notre art venait de réaliser. Partout déjà, on n'entendait parler que d’émulsions à la gélatine. La Société comprit alors qu’il y avait un pas à foire.
- Du moment, en effet, que les couches sensibles sèches entraient dans la pratique générale pour tous les usages de la Photographie, il devait venir immédiatement à l’esprit d’appliquer cette couche sensible sur tout autre support qu’un support rigide et fragile comme le verre.
- Du reste, une curieuse coïncidence engagea encore la Société à entrer dans cette voie. Un de ses anciens membres. M. P. Gaillard, venait de lui remettre la somme nécessaire pour décerner un prix.
- La Société s'empressa de mettre au concours la question qui nousoccupe, c’est-à-dire la suppression du verre et son remplacement par un support flexible, incassable, et devant réaliser toutes les qualités de la glace sans en avoir les inconvénients.
- Ce fut donc en réalité ce concours qui fut la cause du progrès, car c’est lui qui provoqua les travaux de quelques praticiens et amateurs à qui leurs occupations permirent de se livrer à ces recherches.
- Plusieurs Mémoires furent soumis à l’examen des membres du Jury,et l’on peut les diviser en deux classesqui embrassent d’un seul coup tous les genres de pellicules qui ont été fabriquées jusqu’à ce jour, nous pourrions même ajouter qui pourront être jamais fabriquées.
- Ce sont : les pellicules à couche réversible et les pellicules à couche adhérente.
- Jusqu'en 1889 presque toutes les pellicules fabriquées étaient à couche réversible.
- Mais on pourrait encore diviser ces pellicules d’après la façon dont se faisait la réversibilité.
- Une maison américaine très connue fabriquait ces pellicule? réversibles soit en plaques, soit en rouleaux.
- Le châssis à rouleaux se compose essentiellement d’un double système de bobines. Le papier réversible a été enroulé à la fabrique au moyen d’une machine spéciale qui lui donne une tension uniforme sur une bobine qui est fixée par une vis dans le châssis.
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- Le papier, pour 1’exposition à la lumière, passe sur une planchette qui maintient sa rigidité, puis, aussitôt impressionné, il est enroulé sur la bobine opposée.
- On voit tout de suite les inconvénients d’un pareil système. Si, après une journée de travail, il reste un certain nombre de plaques non exposées, on devra le lendemain ou se contenter de ce qui reste sur la bobine, ou bien mettre une bobine neuve et, par conséquent, perdre celles qui, la veille, n’avaient pu être employées.
- Quant à la réversibilité et au transport de la pellicule, il était extrêmement difficile, et de plus il ne pouvait s’opérer qu'à chaud. Une couche de gélatine non alunée maintenait après le support en papier la pellicule-cliché qui, elle, au contraire, avait été alunée. On ramollissait cette couche de gélatine dans l’eau chaude pour opérer la séparation. Maison pouvait aussi, par celte méthode, ramollir le cliché qui était alors irrévocablement perdu.
- Ce procédé fut vite abandonné.
- Du reste, c’est en France que l’on trouvait les meilleures pellicules réversibles, sous la forme de cartonspelticulatres et de papiers pelUculaircs.
- Le caractère spécial de ces deux procédés est de donner un cliché pelliculaire absolument détachable à sec, et surtout sans le secours de l'eau chaude qui est un corps si dangereux à employer toutes les fois qu’il s’agit de gélatine.
- Dans le carton pelliculaire, on développait avec le carton et l’on détachait à sec.
- Dans le papier pel/iculairet le seul de ces procédés qui se trouve fabriqué aujourd’hui d’une manière courante, le développement se fait aussi avec le papier; mais, comme le papier est végétal, on peut suivre l’opération par transparence. Le détachement se fait aussi à sec.
- De plus, la pellicule est absolument inextensible: on ne s’est pas borné, en effet, à mettre une couche d’émulsion sur la feuille de papier. On a eu la précaution de séparer les deux par une couche de collodion appliquée sur la feuille de papier préalablement talquée.
- On comprend alors qu’au moment de la séparation, c’est la
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- feuille de collodion qui entraîne la pellicule de gélatine qui forme le cliché. Or celte couche de collodion a accompagné le gélatino dans toutes les opérations de développement, de séchage, etc... et l’a empêché matériellement de s’étendre. On a donc des clichés d’une dimension absolument exacte, et cela était bien important à obtenir pour les travaux scientifiques.
- Voici quelques-uns de ces clichés qui représentent les photographies faites au Congrès de Bruxelles et les groupes des membres du Congrès.
- S’il est une question qui a préoccupé de tous temps les photographes, et qui les ail fait travailler, c'est assurément celle du halo. Sans vouloir reproduire ici les conclusions du remarquable travail de M. Cornu sur ce sujet, nous nous permettrons toutefois d'ajouter quelques mots : c’est que le halo n’existe jamais, quand la couche sensible a été appliquée sur une surface mate.
- Il en résulte que le papier pelliculaire est éminemment utile toutes les fois que l’on a a faire des clichés dans des circonstances qui donneraient le halo, si l’on se servait du verre.
- Ainsi les intérieurs, les sous-bois se trouvent dans ce cas-là.
- A ce propos, je me rappelle certain cliché que j’ai été faire dans l’église de Brv-sur-Marne et qui offrait les difficultés dont nous parions ici.
- Vous savez que c’est à Bry-sur-Marne que se trouvent les derniers vestiges, les reliques, disons-le, de l’existence deDa-guerre.
- Le plus important de ces derniers restes est assurément celui qui se trouve dans l’intérieur même de l’église de Bry. Dans celte modeste église, qui mesure environ de 3om à 35m de long, le maître-autel ne se trouve séparé du fond de l’église que par un espace vide d’environ am de profondeur.
- U ressort de là que la vue se terminait un peu brusquement. C’est ce qui explique pourquoi un esprit aussi artiste que l’était celui de Daguerre entreprit de changer cette disposition afin de la rendre plus acceptable pour le spectateur.
- Il fit donc préparer le mur qui se trouvait derrière l’autel, de manière à le rendre propre à recevoir de la peinture.
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- Puis, il eut l'ingénieuse idée de peindre sur ce mur, en fait de tableau, une nef d’église qui devait, pensait-il, par son effet de perspective, augmenter de beaucoup la profondeurde l’édifice.
- En effet, la perspective, admirablement ménagée, fait croire au spectateur que l’autel n’est plus au fond, mais au milieu de l’église, et que, derrière lui, commence une nouvelle église de beaucoup plus belle naturellement que celle de Bry.
- Pour faire la jonction nécessaire entre l’église naturelle et l’église imaginaire, le premier plan du tableau de Daguerre représente deux piliers en pierre blanche qui s’élèvent à droite et à gauche de sa composition.
- Sur ces deux piliers sont peints en grand relief des objets destinés à faire illusion.
- Ce sont :
- Un cadre doré sans sa peinture;
- Un cadre ovale avec une peinture représentant la Vierge à la chaise;
- Deux bouquets;
- Enfin la partie supérieure du premier plan du tableau est lerminée par un lambrequin sur lequel semble accroché un Christ en ivoire.
- Tous ces objets sont peints de la main même de Daguerre, mais avec une telle réalité, que l’on croirait positivement que de pieux visiteurs sont venus les y accrocher. Le relief est si grand, que l’on croirait aussi que les piliers sont en pierre véritable.
- Maintenant, si le spectateur s’éloigne du tableau, et vient s’asseoir dans la nef, il croit positivement voir une église double de la grandeur réelle et d’une grande décoration artistique.
- L’illusion est absolue, et si absolue que si l’autel n était pas là pour barrer le passage aux visiteurs, on voudrait aller plus loin, jusqu’au fond.
- De plus, eide quelque côté que l’on se place dans l’église, l’effet produit est le même.
- On dit que, pendant l'exécution de son tableau, qui n’était qu’une espèce de diorama comme il avait d’ailleurs l’habitude d’en faire, Daguerre, à chaque coup de pinceau, se dérangeait
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- LES PROCÉDÉS PELLIC CLAIRE S. ,-r
- pour voir si des différents points de l’église l’effet produit était toujours aussi vrai.
- Daguerre a laissé d’autres souvenirs à Bry.
- Il était très lié avec le baron Louis et la famille deUigny.
- . Le baron savait quelles études Daguerre poursuivait: aussi, lui laissait-il faire dans sa propriété certains embellissements dans lesquels Daguerre ne cessait d’exploiter son talent, de
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- I.VLAGN Y.
- perspecüve.II fît construire notamment une grotte qui existe encore en entier ( fig. i ).
- Cette grotte est située dans un bouquet de verdure, sorte d'oasis abritée contre les rayons du soleil, et jetée au milieu des prairies qui, dans ces parages, avoisinent la Marne. L’en-
- Fig. *.
- Porte dentrée de la propriété de Pagucrre.
- droit est charmant et frais. Il est traversé par un petit cours d’eau qui passe à côté de ia grotte et sur lequel Daguerre a fait jeter un pont.
- Non loin de la grotte, Daguerre possédait une maison de campagne dans laquelle il fît encore des décorations de perspective : mais, ici, il se servit de la verdure pour produire son effet. Ce sont de longues avenues dans le dessin desquelles on retrouve toujours l’idée dioramique qui a présidé à la composition de son tableau. U allongeait son parc, comme il avait allongé T église.
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- Il esi malheureusement difficile de pénétrer aujourd’hui dans celte propriété qui a été vendue aux dames de Sainte-Clotilde. D’ailleurs, la maison de Daguerre a été rasée en 1870. Il ne reste plus que la porte d’entrée de sa propriété (Jig. 2).
- Je vous montre aussi sa tombe située dans le cimetière deBrv. et qui luîaété élevée par la Société libre des Beaux-Arts, en i85a.
- Voilà tous les restes d’une existence à laquelle nous sommes redevables, pour une bonne partie, des magnifiques découvertes dont la Photographie est l'auxiliaire indispensable.
- Ce que nous devons remarquer, c’est que, dans ces photographies, il y a une absence complète de halo, toujours parce que la couche sensible est répandue sur la surface opaque du papier.
- Mais où la suppression du halo est absolument nécessaire, c’est dans la reproduction par la Photographie des points lumi-
- Avec les glaces ordinaires du commerce, ce genre de travail est très difficile à réussir, à moins que l'on n’emploie le remède indiqué par M. Cornu. Mais, en employant des surfaces mates, on n’a pas à se livrer, sur le dos des glaces, au travail de préparation auquel nous venons de faire allusion, et l’on obtient des résultats que nous croyons encore plus parfaits.
- Nous avons fait à cet égard des essais que nous croyons concluants, en photographiant des scènes de théâtre éclairées à.la lumière électrique ijig* 3).
- Nous n’avons pas la prétention d’offrir des sujets absolument instantanés.
- Mais nous avons fait ce que nous avons cru possible de faire, eu égard aux appareils dont on dispose habituellement, eu égard aussi à la lumière que l’on rencontre sur les théâtres.
- En tout cas, les sujets que je vous fais passer sous les yeux ont ceci de particulier, qu'ils n’ont pas été photographiés pendant une répétition, c’est-à-dire avec toutes les facilités que l’on peut avoir quand on a prié un directeur de théâtre de faire poser un instant les artistes, de vouloir bien, pour ce cas spécial, augmenter la lumière,etc., etc., oubien encore, quand on a fait l’emploi de la lumière au magnésium, comme le fontgéné-
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- râlement les photographes qui s'adonnent à ce genre de travail.
- Non, tous ces sujets ont été pris pendant la représentation, et sans aucune préparation d’avance.
- Il a fallu profiter du moment de répit que donnent certaines
- Fîç. 3.
- Scène de théâtre éclairée à la lumière électrique.
- scènes, les apothéoses, par exemple, dans les féeries. Vous savez qu’il y a là, tous les soirs, une mise en scène qui se reproduit exactement : si donc on vient auparavant assister à la représentation, il sera facile de juger quels sont les moments pendant lesquels on pourra profiler d’une immobilité relative.
- On reviendra alors un autre soir avec les appareils, et l’on pourra travailler presque à coup sûr et, quelque chance aidant, obtenir des clichés qui, s’ils ne sont pas tout à fait instantanés, en auront au moins toutes les apparences.
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- PROCÉDÉS PE LL IC Cl
- Il est facile de se rendre compte combien le/ia/o est gênant dans ces sortes de clichés. En effet, le sujet à photographier est le plus souvent parsemé d’une quantité de points brillants,qui sont tous destinés à faire plus ou moins tache dans l’épreuve définitive. Si l’on emploie des couches sensibles mates comme celles des procédés sur papier, on n’aura pas cet inconvénient à redouter.
- Nous avons photographié ainsi les tableaux de plusieurs pièces très bien éclairées à la lumière électrique, la Chatte blanche, Michel Strogojf, Jeanne dArc, etc., etc.
- Au premier pian de notre cliché, nous avions généralement la ligne des foyers électriques, presque toujours au nombre de six.
- A ce propos, il convient de rappeler que c’est M. de la Valette, ingénieur électricien, qui a repris en 1888 le problème de la Photographie à la lumière électrique, déjà essayée par Nadar en 1860. Par des règles très simples de répartition de foyers, il est arrivé à n’obtenir que des ombres analogues à celles de la lumière diffuse. A la Gaîté, il avait installé 3o arcs électriques donnant un total de 3oo ampères.
- Ces résultats méritaient certainement une mention spéciale,
- On peut donc conclure de toutes ces expériences que, pour faire de la bonne photographie, il ne faut jamais travailler suides supports absolument transparents.
- Les glaces devraient toutes être doucies, et c’est sur le côté douci que les fabricants devraient meure leur couche de bromure. Mais cela ne se fera jamais : c’est pourquoi nous croyons que les procédés sur papier sont plus que jamais destinés à remplacer tous les autres procédés et constituent l’avenir le plus sérieux de la Photographie.
- Avec le papier, on obtient l’image vraie et sincère de ce que veut l’on représenter. Dans les paysages, les fonds, si délicats souvent, représentant les bords de l'horizon enveloppés dans les vapeurs et dans les brumes, sont le plus souvent mangés ei effacés si l'on emploie des glaces. Au contraire, avec le papier, comme vous allez pouvoir en juger, ces finesses sont merveilleusement réservées, et cela sans aucune peine. La lumière ne se diffuse pas. Elle est arrêtée par le papier qui lui sert d’écran,
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- ei elle travaille tout le temps et sans déperdition juste à l’endroit où le rayon lumineux a frappé la couche sensible. Ce travail mécanique se reproduit sur tous les points de la couche et contribue à donner une image parfaite (PI. IV).
- Tel a été le premier procédé pelliculaire sérieusement mis en pratique et fabriqué par une grande maison française.
- Mais, quoique je sois absolument convaincu que là, et là seulement, est l’avenir pour ceux qui veulent la perfection de l’image photographique, vous devez comprendre que le public ne devait pas accepter de suite, et sans critique, des couches sensibles si fines et qui paraissent si délicates à manier.
- Elles sont pourtant bien solides, mais il faut faire suivre le développement du cliché soit d’un report sur feuille de gélatine, soit, et mieux encore, d’un collodionnage, opérations qui assurent pour l’avenir l’existence et la solidité du cliché.
- Peu de personnes ayant voulu pratiquer ces opérations, on a été obligé de tourner la difficulté, et de leur offrir une pellicule toute reportée d’avance.
- Voilà comment, et par quelle succession d’idées, on en est arrivé à fabriquer ces pellicules qui forment le deuxième ordre de notre classification, et auxquelles nous avons donné le nom de pellicules non réversibles.
- Et nous les avons ainsi appelées parce qu’avec elles le cliché est fait de toutes pièces et sans aucune opération de report ni de collodionnage. Après avoir bien lavé le cliché, il n’y a plus qu’à les laisser sécher.
- Au point de vue de leur fabrication, les pellicules se composent de deux parties distinctes : le support et la couche de gélatinobromure d’argent.
- Très souvent le support est en celluloïd; nous en avons même vu de très beaux et nous aurions compris qu’on employai exclusivement ce mode de fabrication, si, malheureusement et dans bien des cas, nous n’avions été à même de remarquer que la couche de celluloïd communiquait aux clichés des inégalités dans leur transparence.
- Ainsi, nous avons vu des clichés dont une partie demeurait transparente tandis qu’une autre partie n’était plus que translucide. Comment expliquer ce changement / Cela ne provient
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- LUS PROCÉDÉS PELLICCLAIRES. J--
- <jue de la grande quantité de camphre ajoutée au collodion pour épaissir le support. Or, comme on le sait, le camphre est opaque naturellement, et c’est par la chaleur seulement, environ i.fo», que l’on arrive à lui faire prendre l'aspect transparent. Mais c’est là un état moléculaire forcé qu’il cherche à reperdre en reprenant son opacité.
- Pour ma part, je n’v verrai pas grand mal, car le genre dépoli que cette opacité donne au cliché est quelquefois très favorable au tirage de l'épreuve positive.
- En effet, ne tire-t-on pas bien des épreuves sous un verre dépoli? Ne recouvre-t-on pas aussi, dans bien des ateliers, les clichés d’un vernis mat? Donc, un cliché au celluloïd opaque ne serait pas un inconvénient, seulement il est à désirer que l’effet sc produise sur toute la surface du cliché et non pas sur une partie seulement.
- Bien des pays ont revendiqué l’usage du celluloïd et ont prétendu que c’était chez eux que l’invention avait eu lieu. Il est temps de rendre justice, à cet égard, à qui de droit.
- C’est, je crois, vers 1881 qu’il a été question pour la première fois de l’emploi du celluloïd en Photographie, et c’est à M. David, un de nos collègues, que revient l'honneur de celte découverte. Je me rappelle avoir vu M. David étendre, dans mon laboratoire, ses premières couches de celluloïd, et il me faisaitlui-méme, à cette occasion, ses remarques sur l’emploi de la chaleur pourétendre le celluloïd et sur le retour de l’opacité dans les couches préparées. Je me rappelle aussi qu’il n’a pris aucun brevet pour l’emploi de ce corps : de sorte que cette invention est aujourd’hui tombée dans le domaine public et que tous les brevets que certaines maisons, surtout à l’étranger, ont cru devoir prendre depuis cette époque sont absolument frappés de nullité.
- J’ai cru qu’il importait, dans un lieu comme celui-ci, de rendre justice à la générosité deM. David, membre de la Société française de Photographie.
- Du reste, est-il possible de prendre aucun brevet pour la fabrication des pellicules non réversibles. Est-ce que le collodion n’est pas dans le domaine public depuis un temps immémorial? Ceci nous amène tout naturellement à dire que l’em-v Série, t. V. *3
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- ploi du collodion seul est ce qui convient le mieux pour la fabrication des pellicules photographiques.
- Nous convenons que ce mode d’opération est rempli de difficultés, mais aussi il n’y a pas de comparaison à établir entre les produits que l’on obtient entre le collodion pur et ceux qui proviennent de fabrications dans lesquelles on fait pénétrer certains corps étrangers qui ont les inconvénients que nous avons signalés plus haut.
- C’est pourquoi nous croyons que, pour la fabrication des pellicules photographiques, il est préférable d’employer le collodion tel qu'on le faisait autrefois.
- Car, bien fait, le collodion est un produit magnifique. Mais, en le fabriquant, il faut éviter qu’il devienne cassant. II doit produire un support souple destiné à devenir plat quand le cliché sera sec.
- Nous donnons le nom de plaques souples aux pellicules en collodion. Quand elles sont bien faites, elles sont absolument inextensibles, n’offrent aucune prise aux faux plis et sont très faciles à charger dans les châssis.
- Après quelques jours de fabrication, elles ont même tendance à prendre dans les paquets une planité absolue, ce qui fait que l’on pourrait presque les faire glisser dans les feuillures d’un châssis, sans aucune aide, pas môme celle du cadre à charnière.
- C’est ce cadre que l’on emploie dans tous les châssis ordinaires à volet du commerce.
- Mais nous lui préférons de beaucoup le c/idssis simple à rideau, si facile à employer et donnant un point absolument mathématique, puisque la plaque souple repose par sa couche sensible sur la feuillure même du châssis.
- Bien des personnes s’imaginent encore qu’il y a des difficultés insurmontables à vaincre dans l’emploi des pellicules en Photographie. On prétend qu’elles roulent dans les bains, que leur maniement est délicat, etc., etc.
- Ce sont là autant de préjugés. Nous n’hésitons pas à dire que, fabriquées comme elles le sont aujourd’hui, les pellicules, et je les prends toutes, sans aucune distinction, sont beaucoup plus faciles à employer que le verre. On est arrivé
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- à supprimer toutes les manipulations, excepté toutefois l’emploi final de la glycérine qui doit précéder le séchage et qui est recommandé pour tous les celluloïds.
- Quant aux plaques souples en particulier, il n’y a d’autre manipulation qu’un petit passage à l’eau glycérinée à 4 pour ioo quand le cliché est terminé. C'est là, je crois, un avantage considérable que le voyageur appréciera. Nous ajouterons qu’en voyage, avec les plaques souples, et si l'on développe à J’hydroquinone, il n’y a pas de matériel à emporter. Une seule cuvette suffit. Car bien souvent, en voyage, de quoi veut-on s’assurer? On veut savoir si tout va bien, si l’appareil est bien clos, s’il ne voile pas. On développera donc de temps en temps un cliché. Il suffira, par conséquent, de bien peu de matériel pour cette opération.
- Il est devenu maintenant évident pour tout le monde, et ce n’a été pas sans peine et sans lutter contre la routine, que ce genre de plaques a apporté de grandes facilités pour l’exécution des voyages photographiques. Car, en dehors des manipulations photographiques proprement dites, il y a une autre question sur laquelle il convient de s’arrêter un instant : c’est la question de transport des plaques souples elles-mêmes. Quand on voyage avec du verre, il faut absolument faire une caisse spéciale, qui voyage dans les fourgons destinés aux bagages. Il y a là toute une manipulation très inquiétante déjà quand les plaques sont encore neuves, mais bien plus redoutable encore quand les clichés sont faits et que l’on effectue son retour.
- Au contraire, avec des pellicules, ce souci disparaît immédiatement. Vingt-cinq douzaines tiennent si peu de place qu’on peut toujours les avoir avec soi et sous sa surveillance continuelle. Et il y a des moments où cette surveillance devient absolument nécessaire, c’est au passage des frontières et partout où l’on est exposé à la visite de la douane. Si l’on a la précaution d’emporter avec soi un paquet ouvert, on évite bien des difficultés et des pourparlers inutiles en montrant aux agents des pays étrangers de quoi il s’agit, et quel est le produit auquel ils ont à faire.
- Du reste, cette préoccupation douanière ne sera plus que de
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- courte durée : les Congrès de 1SS9 et de 1891 se sont préoccupés de celle intéressante question, et des démarches actives sont faites pour que, par voie diplomatique, les différents pays Unissent par s'entendre et facilitent le passage, de l'un dans l’autre, des couches sensibles destinées à servir à la Photographie.
- Nous allons décrire maintenant d’une façon rapide quelques-unes des nombreuses applications auxquelles les pellicules réversibles ou non réversibles ont donné lieu.
- Un des caractères les plus intéressants de ce genre de préparations, c’est que les supports sur lesquels est appliquée la couche de gélatinobromure d’argent étant excessivement minces, la sensibilité de la plaque se trouve exaltée considérablement à raison de cette circonstance.
- De plus, celte exaltation croit en raison inverse de l’épaisseur du support, et, par conséquent, les papiers pelliculaires, qui constituent une pellicule sans aucune épaisseur, ont une sensibilité considérable. De même, les plaques souples ont une sensibilité beaucoup plus élevée que des glaces, en supposant, bien entendu, que l'on compare la même émulsion mise à la fois sur les unes et sur les autres. Des projections donneront une idée de cette sensibilité.
- L’instantané le plus rapide est donc une des applications les plus intéressantes des procédés pelliculaires.
- Du reste, d’autres conférenciers, plus autorisés que moi, vous ont déjà mis sous les yeux quelques-unes de ces applications.
- M. le Dr Marey est certainement, parmi nos savants, un de ceux qui ont le plus contribué à faire connaître celle sensibilité. 11 emploie les plaques souples en bandes enroulées sur la bobine de l’appareil que vous a si clairement décrit M. Dément', et, il vous l’a dit, il peut travailler avec ces plaques en n’employant que 73-70 de seconde. Ai-jc quelque chose à ajouter à cela? Vous vous rappelez tous encore les merveilleuses projections de la Station physiologique d'Auteuil.
- Un autre savant qui a largement contribué aussi à répandre l’usage des plaques souples, c’est M. le commandant Mocssard, qui s’en sert non seulement pour ses travaux scientifiques, levers topographiques, etc., mais encore a con-
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- siruit un ingénieux instrument avec lequel il obtient des vues panoramiques embrassant très exactement i8oa.
- A l'intérêt purement scientifique qui se rattache aux travaux de M. le commandant Moëssard s’ajoute encore le cachet absolument artistique de ces vues panoramiques dont quelques-unes mesurent jusqu’à im,5o de long. Le commerce n’a pas tardé à voir quelle mine il y avait à exploiter là, et ces vues grand formai sont éditées maintenant d’une façon absolument courante.
- Tout récemment, M. le commandant Fribourg s’est aussi servi des plaques souples pour créer avec elles une des plu? intéressantes applications.
- Tout le monde sait que, si les clichés instantanés sont devenus aujourd’hui d'une obtention facile, il n’en est pas moins vrai que le photographe, pour les avoir, est obligé de se mettre dans des conditions tout à fait spéciales.Il faut du beau temps, beaucoup de lumière, on peut même dire toujours du soleil.Nous ne parlerons pas ici de la sensibilité des plaques, de leur pureté et de l’énergie des révélateurs.Ce qui doit nous occuper seulement, c’est la question de lumière au moment de l’opération.
- On est donc convenu d’admettre que, lorsqu’il n’y a pas de soleil, ou autrement dit à l’ombre, l’instantané n’est pas possible. On obtient presque toujours, dans ce cas-là, sur la plaque, l’effet connu sous le nom de voile par manque de pose.
- M. le commandant Fribourg a trouvé le moyen d'augmenter dans de très grandes proportions la lumière employée au moment de l’exposition de la plaque dans la chambre noire. Pour cela, il emploie des objectifs travaillant à toute ouverture et sans diaphragme. De plus, ces objectifs sont à très court foyer : en général, ce sont des objectifs à portraits.Enfin, il éclaire la plaque souple, pendant la pose, successivement, comme dans le système de M. le commandant Moëssard, au moyen d’une bande lumineuse qui n’a que 2 ou 3 millimètres de largeur et qui passe aussi près que possible de la couche sensible.
- L’objectif, par celte ouverture longitudinale, se trouve dia-
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- phragmé et, malgré cela, on conçoit qu'il travaille à pleine ouverture.
- Le résultat de cette disposition a été que M. le commandant Fribourg a obtenu des clichés instantanés par le brouillard, voire même par la pluie et pendant le mois de décembre der-
- On comprend, en outre, qu’ici il faille se servir de plaques souples, car l’objectif se meut sur un pivot autour du point nodal d'émergence. L’image estdonccirculaire.il faut, en conséquence, des châssis circulaires ou bien un châssis à rouleaux et en tout cas des plaques pouvant prendre la forme circulaire très nettement accusée et sans lignes irrégulières, telles que celles qui seraient données par des plaques qui se gondoleraient dans les châssis. Les plaques souples rempliront parfaitement ce but.
- On voit tout de suite combien cette application peut être intéressante, par les résultats probables qui vont en découler: instantané à l’ombre, au théâtre avec la lumière électrique, peut-être même dans des intérieurs avec une lumière moins forte.
- Enfin, voilà tout un champ de travail et d’expériences qui nous est ouvert. Ici, on peut le dire, c’est le savant et ses calculs qui se sont plu à prendre la Photographie par la main pour lui découvrir ces horizons encore lointains où les Sciences et les Arts se disputeront à l'envi de nouvelles et brillantes découvertes.
- Les applications des Procédés pelliculaires aux encres grasses.
- Vous savez, Messieurs, qu’en i853 Talbot, cherchant un procédé de gravure photographique, utilisa, comme réserve, la gélatine bichromatée rendue moins perméable à l’eau après qu’elle a été impressionnée à travers un écran ou cliché à reproduire.
- De son côté, vers iS54» Poitevin, s’occupant des diverses
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- PROCÉDÉS
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- applications de la gélatine à la Photographie, étudiait l'action de la lumière sur l’albumine et la gélatine bichromatée.
- 11 plongeait une planche de plaqué d’argent recouverte d’une couche de gélatine bichromatée, séchée, et impressionnée à la lumière sous un dessin au trait, dans un bain de sulfate de cuivre, puis il faisait passer un faible courant électrique et obtenait un dépôt de cuivre.
- Tout en faisant celle expérience, il remarqua les reliefs et les creux que portait la surface de la gélatine bichromatée au sortir du liquide.
- Il remarqua en outre qu’en encrant cette surface, l'encre grasse n’adhérait qu'aux parties impressionnées, et non sur les reliefs, et que, partout où la lumière avait agi, la gélatine ou l’albumine bichromatées devenaient insolubles, les autres parties de la couche restant solubles partout où la lumière n’avait pas agi.
- Cela le conduisit aux deux grandes découvertes qui sont la Photographie au charbon et l’impression photographique aux encres grasses sur couche de gélatine.
- Dans ces procédés, l’acide chromique des bichromates alcalins est désoxvgéné par les matières organiques en présence de la lumière : il se produit un sel de sesquioxyde de chrome. C’est donc une véritable réduction de ce corps par la lumière, il agit comme insolubiiisateur des matières organiques en présence, et de la même façon qu’agit l’alun sur la gélatine.
- Ceci étant compris, Messieurs, nous avons à nous occuper des applications qui ont été faites des pellicules en général aux procédés d'impression.
- Ces applications sont de deux sortes et concernent :
- i° La confection même du cliché qui doit servir à l’impression ;
- a° La confection de la planche qui devra imprimer ce cliché, c'est-à-dire la confection de la couche imprimante.
- I* COXPECTIOX DU CLICHÉ A IMPRIMER.
- Jusqu’ici, ou à peu près, les grandes maisons industrielles et les grands établissements publics qui sont installés pour les
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- impressions aux encres grasses sè sont servis exclusivement des procédés aux collodion humide pour faire le cliché. Et nous croyons qu'ils ont eu raison, car, pour les dessins au trait, les caries, etc., enfin pour tous ces travaux qui doivent être reproduits par la Zincographie, il faut employer le procédé dit au bitume dont M. le commandant Fribourg vous a fait une si intéressante expérience publique.
- Pour ce procédé si simple et si commode, il faut en effet des clichés dont les noirs soient d’une intensité absolue, tandis que les blancs resteront d’une pureté irréprochable. Le collodion avec les renforcements au chlorure de mercure et au sulf-hvdrate d'ammoniaque remplit tellement bien le but que nous ne voyons pas que le gélatino puisse arrivera le supplanter.
- Le cliché ainsi terminé est recouvert d'une ou plusieurs couches de caoutchouc et de collodion. On lève alors la pellicule qui se trouve toute retournée pour l’impression.
- Car, et c'est la un point important à ne pas oublier, il faut, pour toutes les impressions aux encres grasses, un cliché retourné.
- Un cliché ordinaire sur glace, vu du coté de la couche, nous présente l’envers de l’image ; or, c’est l’autre côté, c’est-à-dire celui qui touche au verre qui devra servir à l'insolation de la couche bichromalée. Il faut donc le détacher du verre. Comme je viens de vous le dire, cela est très facile pour les clichés au collodion.
- Le collodion s’emploiera donc encore longtemps pour faire tous ces clichés de trait, de reproduction, dans lesquels l’intensité est necessaire.
- Il pourrait s’appliquer aussi à des portraits et à des paysages comme on les faisait autrefois. Nous devons convenir qu’en l’employant on aura toujours de magnifiques résultats aux encres grasses.
- Mais, vous le savez, aujourd’hui, en Photographie, il ne s’agit plus seulement de trait et de la reproduction. La rapidité des plaques au gélatino a développé des besoins scientifiques d’une portée bien plus élevée. Il faut aujourd’hui que des clichés qui représentent des phénomènes que l’homme ne peut pas reproduire à sa volonté soient imprimés par des procédés
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- LES PROCÉDÉS PE LL ICI' L AIRES. l$>
- inaltérables afin de permetire à ceux qui nous suivront de les consulter, de les comparer, et de faire progresser, d’étape en étape, toutes ces sciences qui sont l’éclatante manifestation du génie humain.
- I! ne faut pas qu’il y ait un seul effort, un seul travail de perdu.
- Et la Photographie instantanée enregistre aujourd’hui tous ces efforts, et elle emploie pour cela ces nouveaux procédés au gélatinobromure, qui donnent ces résultats surprenants dont on était bien loin de se douter quand on employait exclusivement le procédé au collodion humide. Que ferons-nous donc en présence de clichés comme ceux que la Science nous donne aujourd’hui, et qui n’ont pas pu être faits au collodion humide?
- Cette raison va-t-elle nous arrêter, et ceux-là, allons-nous les priver de ccs impressions inaltérables qui conserveront à. jamais les travaux qu’ils ont enregistrés?
- D’un autre côté, allons-nous les imprimer sans les retourner, et forcerons-nous ainsi ceux qui regarderont un jour ces merveilleux travaux à les voir à l'envers?
- C'est ici qu’arrive, Messieurs, le rôle si utile des pellicules, rôle si considérable qu’il ne saurait plus y avoir un seul laboratoire qui puisse se passer d’elles.
- Ces observations nous amènent à considérer deux cas :
- Premier cas. — Le cliché à imprimer a été fait sur glace au gélatinobromure. Ce cliché est précieux au point de vue scientifique : il faut le retourner.
- Le soumettre au système de l’acide fluorhydrique serait dangereux.
- On fera donc un contre type.
- Sans doute, on peut faire un positif du cliché, puis, après cela, un conire-ncgalif. Mais ce système, en outre qu’il fait faire deux opérations, n’est pas absolument pratique. La copie n'est jamais absolument exacte.
- Il vaut mieux employer le procédé que nous sommes arrivé à mettre en pratique depuis peu et qui consiste à faire un négatif d’un négatif sans passer par un positif.
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- L’emploi des glaces est ici à peu près impossible. Il faut des pellicules.
- On bichromate une plaque souple, on l’essore et on la laisse sécher. Puis on l’applique en contact exact avec le cliché et l'on tire une épreuve que l'on développe au fer.
- On a ainsi une copie du cliché primitif absolument exacte, et, de plus, celte copie est dans le sens voulu pour que, tout en plaçant l’image en contact direct avec la planche bichro-matée qui servira à faire l'impression, on ait un cliché retourné.
- Voilà certes la plus importante des applications pelliculaires pour les encres grasses, c’est la production immédiate et à volonté d’un cliché retourné sans loucher pour ainsi dire à l'original.
- On peut ainsi doubler, tripler son cliché, afin de procéder rapidement à de nombreux tirages.
- Deuxième cas. — Le cliché a été fait sur papier pelliculaire ou sur plaque souple.
- S’il a été fait sur papier pelliculaire, rien de plus simple : on laisse sécher, on détache la pellicule et l’on reporte sur glace, même plusieurs pellicules à la fois sur la même glace.
- S’il a été fait sur plaque souple, dans l'un des cas on pourra utiliser le cliché tel quel et le charger ainsi en le retournant purement et simplement, puis le recouvrant de la dalle bichromatée.
- Ces plaques sont très minces et les résultats obtenus avec elles en Photographie sont excellents.
- Mais on pourrait faire une objection, surtout si Ton a l'intention d’employer le procédé dit au bitume. Il ne faut pas, en effet, que, dans ce procédé, la moindre épaisseur soit interposée entre ledessin et le bitume; or le support, quel qu’il soit, a une épaisseur : les plaques souples ou toutes les pellicules réversibles actuelles ne pourraient donc pas être employées.
- Pour parer à celte objection, nous avons, dans ces derniers temps, pu faire fabriquer des plaques souples de telle façon que la couche sensible abandonne son support et peut dès lors se reporter sur glace.
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- ES PROCÉDÉS PELLIC CLAIRE S.
- I$7
- Pour bien faire cette opération, il faut aluner fortement le cliché après son développement, puis le laisser sécher sur son support.
- On le détache ensuite, puis on le reporte sur glace avec une eau gommée. Le report peut s’effectuer aussi dans tous les sens, soit à l’envers, soit à l'endroit, sur tous supports, ad libitum.
- Nous voilà bien de cette façon en possession de ces pellicules idéales que souhaitent tous ceux qui s’occupent des impressions aux encres grasses. Il n’y a plus d'épaisseur, il n’y a plus qu’un trait qui sera en contact direct avec la surface bichromatée qui devra former la couche imprimante.
- Par les deux moyens que nous venons d'indiquer, on a de suite et sans peine le cliché retourné nécessaire aux encres grasses : nous pouvons le dire, n'est-ce pas la mort, à bref délai, de ces impressions fragiles dont sans doute la fantaisie peut s'accommoder, mais que doivent répudier ces laboratoires si nombreux aujourd'hui où la Photographie travaille avec tant de succès à dévoiler des mystères de la Science hier encore impénétrables.
- Peut-on songer sans effroi que de semblables travaux puissent un jour disparaître? Ils ont leur place dans nos archives, dans nos bibliothèques nationales, mais il faut leur donner une existence durable. C'est l'encre d'imprimerie qui les sauvera du désastre : voilà, Messieurs, le grand rôle des procédés pelliculaires.
- Voilà l’idéal !
- Voilà tout un système nouveau de Photographie qui permettra aux savants de léguer aux générations futures des traces impérissables de leurs pénibles recherches et de leurs infatigables travaux.
- 3° Confection de la planche qui servira a imprimer.
- Maintenant que vous savez comment doit être obtenu le cliché à tirer, imprimons-le.
- Mettons de côté de suite tous les procédés au trait. Le bitume et le collodion continueront à marcher de pair.
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- Tout ce qui est reproduction de dessins de modèles, machines, plans se fera ainsi. De plus, le zinc servira, comme par le passé, aux grands tirages. L'armée demande à la Photographie un grand nombre de cartes. Le zinc les lui fournira par ces procédés que vous a indiqués si brillamment AI. le commandant Fribourg.
- Je ne suis donc pas de ceux qui disent que le collodion ne s’em ploie pl us. Oh ! non, mais je crois qu'il faut limiter son rôle.
- Dès que l'opérateur ne peut plus donner à son cliché une pose suffisante, dès que le travail rentre dans celte categorie qu’embrasse la Photographie moderne, c'est-à-dire dès qu’il s'agit d’un cliché scientifique, d'un cliché animé, où la pose ne peut plus s'évaluer qu’en centièmes ou même en millièmes de seconde, il faut laisser là le collodion.
- 11 n’y a plus là de trait, il n’v a plus que de la demi-teinte que vous devrez imprimer par l’un des trois moyens suivants:
- i° La taille-douce ou gravure en creux;
- 2° La Photocollographie;
- 3° La Phototypographie ou gravure en relief.
- Quel est donc le rôle que doivent jouer ici les procédés peî-liculaires’?
- Quelle est l'application que nous allons leur demander et que nous avons à vous décrire?
- Dans une récente conférence, notre savant maître, AI. Léon Vidal,vous a dit tout ce qu’il était possible de dire sur la gravure en creux et sur la gravure en relief. Vous savez maintenant quels sont les divers moyens qu’emploie l’industrie pour obtenir ces différents genres de photogravure.
- Les procédés pelliculaires ont là leur rôle tout indiqué, car il faut un cliché retourné.
- Pour la Photoiypographie spécialement, on fera un positif par contact sur glace ou sur pellicule, puis on obtiendra un second cliché grillagé au moyen d’une trame que l’on interposera entre le positif et l’objectif. Pour cette seconde opération, l’emploi du collodion sera toujours bon, et même à préférer exclusivement, car les finesses de la trame ne s'obtiennent pas bien avec la couche de gélatine. C’est ce que nous a expliqué si bien AI. Léon Vidal.
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- LES PROCÈDES PF.LLICULJVIRES. lS()
- Il nous reste donc à vous parler de la Photocollographie : c est là le nouveau nom donné depuis le Congrès de 1889 à lu Phototypie.
- Ici, à la différence des procédés au irait et de Typographie, nous allons obtenir de suite des épreuves en modelé continu dont les demi-teintes rendront exactement celles du cliché, et cela sans l’emploi des grains ou grillages dont on fait usage dans les procédés en relief.
- Ici nous n’avons ni creux ni relief, nous avons une planche à plat, et plus elle est plane, meilleure elle est pour le tirage.
- En général, la Photocollographie s'obtient par le procédé sur dalles ou sur cuivre bichromate.
- Dans tous lesateliersindusirielSjétablissementsderÉlat, etc., c’est le système le plus répandu, je dirai môme le seul répandu, car, dans ces services, il faut un nombre énorme de tirages. On y dispose donc de toute une installation spéciale, en général très embarrassante et très dispendieuse.
- Le matériel est même particulièrement encombrant.
- Voici la projection du châssis à vis qui sert à insoler des planches 3o X 4°-
- Tout est à l’avenant. Cependant, depuis quelque temps, une maison de progrès est parvenue à modifier légèrement tout cela et à former tout un ensemble photocollographique plus abordable pour tout le monde.
- Quoi qu’il en soit, ce procédé donne de magnifiques épreuves et l'on doit donc se montrer satisfait.
- Voici en quelques mots comment l’on opère :
- Sur une glace doucie, bien nettoyée, on verse une solution de bière silicatée qu'on laisse sécher verticalement.
- On porte toutes les glaces ainsi préparées dans l’étuve maintenue chaude à environ 4°°» puis, après avoir mis toutes ces glaces de niveau sur leurs vis calantes, on verse sur chacune d’elles une quantité convenable de gélatine bichromatée. On ferme l'étuve et l’on cuit les plaques jusqu'à environ 5o* et 55*.
- En deux heures, en général, la cuisson est faite. On éteint alors le gaz et on laisse refroidir naturellement.
- On obtient ainsi des couches magnifiques, brillantes et très
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- sensibles, qui peuvent se conserver pendant une quinzaine de jours.
- Quand on veut en faire usage, on prend le cliché pellicuiaire que l’on veut tirer et on le met au fond du châssis à vis après avoir protégé ses bords au moyen d'une cache noire.
- Quand l'insolation est terminée sous le cliché, on doit procéder à l'insolation par le dos.
- Ah! Messieurs, cette insolation par le dos! que n’en a-t-on pas dit? Qu’elle ne servait à rien, etc., etc...
- C’est pourtant la partie la plus importante de la Photocollo-graphie.
- Une planche, pour offrir une surface convenablement imprimante, doit être fortement insolée par le dos.
- Car l'insolation par le dos diminue l'hygrométrie de la planche et lui donne la facilité de prendre l’encre lithographique.
- Vous le savez, Messieurs, partout où la lumière a agi, sous le cliché, la coucheesttannée,la gélatine a perdu la propriété d’absorber l’eau.
- Voilà ce qui s’est passé au recto de couche ; mais, à l’inverse, au verso qui touche directement à la glace doucie, la gélatine a gardé toutes ses propriétés hygrométriques. Il importe de les faire disparaître autant que possible en laissant entre la couche du recto et celle du verso une couche presque idéale qui conservera encore une certaine hygrométrie et qui permettra de bien imprimer.
- Voilà pourquoi on insole par le dos. On retourne la glace et on l'expose à la lumière diffuse jusqu’à ce que l'image au recto commence à se voiler.
- Quand on n'est pas expérimenté, cette opération inspire des craintes: on croit que tout est perdu. C’est une erreur. Sans doute, le dessus et le dessous de la planche ont vu presque entièrement la lumière, et la planche, dans ces conditions, risque fort de faire table noire. Mais il suffit de fortement laver, vingt-quatre heures, quarante-huit heures, même trois jours, pour avoir une planche qui marche merveilleusement. Les premières épreuves donnent table noire, mais peu à peu, en tirant, l'image se dégage, grâce à la couche hygrométrique intercalaire, et les blancs deviennent éclatants.
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- PROCÉDÉS PELLICU L A II
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- Voilà en peu de mois la théorie ou plutôt le raisonnement de celte opération si intrinsèque et si caractéristique de laPho-tocollographie que l’on appelle l'insolation par le dos.
- Quand une planche est faite comme nous venons de le dire, on n’a pas besoin de la sécher pour ensuite employer le bain mouilleur.
- Non, elle doit marcher de suite en sortant de la cuve à eau, et être portée directement sur la machine. Pendant le travail, on la mouille de temps en temps avec de l'eau à 4o pour ioo de glycérine.
- Messieurs, tout ceci est simple à dire, mais n'est pas simple à réaliser pour les personnes qui n’ont pas les installations complètes dont je viens de vous parler.
- Aussi le tirage aux encres grasses n’est que le privilège de quelques-uns,ou plutôt de quelques grands établissements.
- En outre, les industriels qui font le tirage pour le commerce tirent toujours par centaines et prennent rarement une commande pour deux ou trois épreuves seulement, et, s’ils le font, les prix deviennent alors beaucoup plus élevés que pour les tirages aux sels d’argent.
- Cet ensemble de circonstances a pour conséquence que tel savant, tel amateur, tel photographe même qui a un cliché très intéressant à tirer et qui veut en conserver quelques épreuves inaltérables, continue quand même à tirer aux sels d'argent, et comme les papiers albuminés sont loin d'avoir aujourd'hui la qualité de ceux d'autrefois, au lieu de progresser, nous reculons, et chose bizarre, au fur et à mesure que les clichés, grâce à la rapidité du gélatine, deviennent de plus eu intéressants, la méthode de tirage employée pour les conserver devient de plus en plus mauvaise.
- Tout cela prouve qu’il était nécessaire de rompre avec les anciens usages et la vieille routine en organisant un système simple de tirage aux encres grasses, permettant au premier venu, sans grand travail, d’obtenir de ses clichés des épreuves inaltérables.
- Telle est l'idée qui a été mise sur noire demande à exécution par cette savante maison Lumière qui est toujours sur la brèche toutes les fois qu'il sagitdesprogrés de la Photographie.
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- Si le rôle que jouent les pellicules dans la confection du cliché imprimable est important, celui qu'elles vont jouer ici, dans la production de la couche imprimante, n’est pas moins considérable.
- Au lieu de ces dalles bichromatées si lourdes et si encombrantes, nous aurons une simple pellicule, préparée, bien entendu, tout exprès pour cet usage; cela va sans dire. Nous la bichromaterons et nous la ferons sécher dans le laboratoire après l’avoir bordée pour éviter que les bords de la feuille ne se relèvent en séchant.
- Puis nous la chargerons dans les châssis ordinaires au lieu d’employer le lourd matériel que vous connaissez. L'étuve et le châssis à vis ont disparu.
- Enfin, nous ferons nos insolations comme d’habitude, et nos lavages dans nos cuvettes ordinaires. Plus de ces bacs en plomb qui encombrent nos ateliers.
- Et nous gagnerons beaucoup à toute cette modification de matériel.
- Nous pourrons suivre facilement la venue de l'image.
- Après le lavage, il faut fixer la planche d’une façon solide et très rigide sur un support quelconque pour faire le tirage.
- C’est là certainement ce qui a clé le plus difficile à trouver, et c’était le plus simple. L’esprit humain va toujours au plus difficile, puis revient en arrière pour accepter enfin la méthode la plus simple. Xous ne concevons pas de suite la simplicité, parce que nous avons presque toujours le grand tort de nous adresser à l’industrie, c’est-à-dire aux moyens humains qui sont faibles, au lieu d’avoir recours aux grandes forces de la nature.
- Vous allez en juger :
- On a commencé par essayer toutes les colles : inutile de vous dire que pas une n’a marché; cela formait des bourrelets et des épaisseurs sous la planche.
- On a eu recours alors aux tendeurs.
- La pellicule, tiraillée en sens différents, éclatait fréquemment. De plus, ce système a le très grand inconvénient de laisser un vide entre le support et la planche à imprimer, ce qui gène considérablement l’encrage.
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- Mais ce que n’ont pu réaliser tous ces expédients, la pression atmosphérique nous l'a donné de suite.
- Nous choisissons comme support soit un bloc d’acier, soit une pierre lithographique, soit une simple feuille de zinc.
- Nous ponçons le support choisi avec la pierre ponce pour enlever toutes les aspérités, puis nous trempons une feuille de gélatine dans l’eau, nous l'appliquons à sa surface et nous donnons un coup de rouleau. Enfin, nous mettons sur la feuille de gélatine la pellicule à imprimer et nous donnons un autre coup de rouleau. L'application est complète, absolument intime.
- Alors tout se passe comme d'habitude. On cale son support sur la machine, et si l'on a affaire à une simple feuille de zinc, on la cloue préalablement sur un bloc de bois.
- On mouille comme d’habitude. Tout le tirage se fait suivant les règles ordinaires.
- La présence du bromure d’argent, qui nous a déjà facilité la venue de l'image et la vue de celle-ci dans le châssis-presse, nous facilite ici singulièrement l’opération toujours délicate de l’encrage.
- Voilà le procédé simple que nous avons cru pouvoir substituer au procédé ordinairement en usage sur dalles bichro-matées.
- Il n’v a pour ainsi dire ici plus de préparations à faire, plus de lavages; en peu de temps on tire une épreuve aux encres grasses comme on le ferait aux sels d’argent. C’est ainsi que je finis.
- Maintenant, permeuez-moi d'adresser quelques mots de remerciements à M. le Colonel Laussedat, qui a bien voulu consacrer une de ces conférences aux procédés pelliculaires, et à vous, Messieurs, dont l'attention soutenue m’a permis de compter sur une assistance aussi nombreuse que pendant les séances qui ont précédé celle-ci.
- Mais, puis-je me flatter de m’ètre fait comprendre de vous; avez-vous saisi l'opposition, l'antithèse qui existe entre le cliché sur verre, ce procédé fragile pour qui semblent faites les impressions fragiles du sel d’argent, et ces clichés pellicu-a* Série, t. V. i'i
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- laires si solides, <|ui entraînent à leur suite les impressions solides aux encres grasses.
- X’est-ce pas là le progrès, oui, le progrès sous la bannière duquel nous devons tous marcher pour aiteindre le but que M. Janssen nous a montré du doigt, la Photographie artistique.
- Car c'est par les Arts qu'un pays se distingue dans ces tournois scientifiques qui s'appellent les expositions, et nous devons tous travailler à ce que notre pays v occupe toujours la première place, la seule qui convienne à une nation qui a toujours marché à la tète du progrès et de la civilisation.
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- DISCOURS
- PRONONCÉ I.K 26 DÉCEMBRE 1852,
- AUX OBSÈQUES DE
- M. J.-F. FAVRE,
- Hibliothccaire du Conservatoire des Ai t? cl Métiers {*},
- Par le Colonel A. LAUSSEDAT.
- Messieurs,
- Le Directeur du Conservatoire des Arts et Métiers ne saurait laisser partir l'un de ses plus dévoués collaborateurs sans lui adresser le suprême adieu.
- Entré tard dans l'administration, M. Favre n'était pas moins bien préparé aux importantes fonctions de bibliothécaire qui lui furent confiées, il y aura bientôt douze ans.
- Très lettré, ayant lui-même beaucoup écrit et aimant les livres avec passion, il fut, dès les premiers jours où il entra dans l’intéressante bibliothèque du Conservatoire, à la hauteur de sa lèche.
- D’origine lyonnaise, il était porté naturellement a suivre avec autant de curiosité que de plaisir les progrès de l'industrie, justifiant celle définition du Lyonnais par Michelet : « Cne race qui déjà méridionale par la situation de son pays a toutes les qualités de celles du Nord : laborieuse, ordonnée, persévérante ».
- (»> Favre (Joan-FnmvuK. ne à Lyon le n octobre iB«n, décédé h Paris a', décembre iSoi.
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- l'.tî A. LAtSSEDAT. — DISCOIRS Al'X OBSÈglES UE Jl. P. FAVRE.
- L'accroissement considérable des ouvrages qui composent la Bibliothèque industrielle du Conservatoire, celui non moins considérable des lecteurs qui y viennent journellement, tout le long de l’année, ont donné à M. Favre l'occasion de mettre en évidence ses rares qualités.
- Pendant ces douze années, le nombre des volumes dont il avait la surveillance elle classement a augmenté de près de 10000 sur un total de 37000, et celui des présences des lecteurs, en une année, s’est élevé de *5ooo à 35ooo.
- Le surcroît des préoccupations très lourdes qui en est résulté pour lui n'a jamais fait reculer l’infatigable travailleur qu’était M. Favre, mais il n'est que trop certain qu'il a contribué à altérer sa santé.
- • Depuis plusieurs mois déjà nous l’engagions à prendre un repos devenu trop évidemment nécessaire, mais nous obtenions à grand’peine qu’il ne parut pas dans cette bibliothèque à laquelle il s’était si fortement attaché, et il continuait, de son appartement, à se tenir au courant de tous les détails du ser-vice, se faisant apporter les situations, les catalogues de librairie pour y découvrir les ouvrages dont il jugeait utile de proposer l’acquisition, et m’adressant, aussi régulièrement que par le passé, les rapports qu’il rédigeait lui-mème. En un mot, M. Favre a lutté courageusement jusqu’à la dernière heure et l’on peut dire qu’il est mort en combattant.
- Je devais rendre publiquement ce dernier hommage à l'honnète homme qui vient de disparaître, au nom de tout le personnel du Conservatoire qui l’a vu à l’œuvre et qui conservera de sa présence parmi nous le plus touchant souvenir.
- Adieu, Favre, adieu, mon cher et excellent collaborateur et ami.
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- DISCOURS
- PRONONCÉ LB 12 MAI 1893,
- AUX OBSÈQUES DE
- M. A.-V. CAMPION,
- Conservateur des collections du Conservatoire de» Arts et Métiers
- Par le Colonel A. LAUSSEDAT.
- Messieurs,
- Les principaux services du Conservatoire des Ans et Métiers ont été cruellement éprouvés pendant la pénible période épidémique que nous achevons, il faut l’espérer, de traverser.
- A la fin de décembre dernier, nous perdions notre très digne bibliothécaire, François Favre, qui, sans ignorer le moins du monde le danger qu'il courait, continuait à lutter courageusement et travaillait pour ainsi dire jusqu’à son dernier moment.
- Aujourd'hui, c’est le tour du doyen des fonctionnaires de l'établissement, de notre cher et dévoué conservateur des collections, dont je n'ai sûrement pas besoin de dire, à ceux qui l’ont connu, et ils sont nombreux, qu’il est mort à la peine.
- Quiconque, en effet, a fréquenté les galeries du Conservatoire, depuis bientôt trente ans, connaissait cette physionomie sympathique, cet homme d’une activité que rien n'égalait, si ce n'est son affabilité, dés qu'on avait à lui demander un renseignement ou un service.
- Les professeurs du haut enseignement et leurs préparateurs,, pour les besoins incessants des cours et des laboratoires, les constructeurs, les ingénieurs, les inventeurs, souvent même de simples visiteurs en quête d’un modèle qui les intéressait,.
- i’I Cammûx { Antoine-Victorien), né à BoiHy-Cii-Rivlére{Seino-tnfcricurc}-le *-août i$So. décédé à Paris le 10 mai *
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- 19# A. LAI; SSE DAT.
- ne l’ont jamais trouvé un instant embarrassé ou mal disposé; il avait ou plutôt il semblait toujours avoir le temps de se mettre à la disposition de tous, et nous seuls, qui étions obligés de l’accabler de travail, savions les efforts qu’il avait à faire pour remplir tous ses devoirs. Il nous est arrivé plus d'une fois d’hésiter à lui imposer des tâches nouvelles qui eussent fait reculer les plus acharnés au travail ; mais, quand nous lui disions nos scrupules, il nous répondait toujours en souriant : « Soyez sans inquiétude, grâce à la bonne volonté de tels ou tels, — et il nous désignait quelques-uns de nos meilleurs employés, ouvriers d’art ou gardiens, — j’en viendrai à bout. » Et il en venait à bout, en travaillant à la vérité lui-même, non pas huit heures, mais souvent quinze et seize heures par jour.
- Il y a encore ainsi heureusement de braves gens qui ne comptent pas leur peine, parce qu’ils savent que l'avenir d’un pays dépend de l’activité de ses enfants. Campion était de ceux-là, peut-être parce qu’il avait été élevé dans l’un de ces excellents milieux où l’on considère le travail comme une jouissance et, dans tous les cas, comme la source des jouissances les plus légitimes.
- Né en i83o, et fils d'un honnête cultivateur de la Seine-Inférieure, Antoine-Victorien Campion était entré, à l’âge de seize ans, à l’École d’Arts et Métiers d’Angers.
- En I&Î9, sa promotion ayant été licenciée, je ne sais trop à quel propos, le général Morin qui avait, dans une inspection, remarqué trois des meilleurs élèves au nombre desquels se trouvait Campion, les demanda au Ministre pour les attacher au Conservatoire en qualité de dessinateurs. Campion justifia si bien celte preuve d’intérêt et de confiance qu'en 1851, à l'âge de vingt et un ans, U était nommé conservateur-adjoint des collections de l’École spéciale militaire de Saînt-Cyr.
- Sept ans plus tard, en 1808, il était appelé à l’École Polytechnique en qualité de conservateur des collections de machines, de Stéréotomie, de Géodésie et d’Astronomie. J’avais l'honneur, à cette époque, de professer ces deux dernières sciences à l'Ecole et je ne lardai pas à reconnaître, comme mes collègues, les qualités précieuses d'ordre cl de méthode du jeune conservateur dont nous menions en outre souvent à con-
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- DISCOURS aux obsèques de m. a.-v. campion. |t)C| tribution le talent de dessinateur. Il y a donc trente cinq ans que j’ai commencé à estimer Campion, et je suis heureux d’ajouter que ce sentiment d’estime n’a fait que s’accroître avec le temps.
- A la mort de Silbermann,en i86;>, le général Morin ne chercha pas ailleurs et proposa M. Campion, alors âgé de trente-cinq ans, pour remplir les importantes fonctions de conservateur des collections du Conservatoire.
- Je viens de constater, par anticipation, combien le Directeur de l’Établissement avait été heureusement inspiré, et je n’ai pas à refaire l’éloge que vous venez d’entendre du fonctionnaire modèle si hautement apprécié de tous ceux qui avaient à réclamer son concours et à qui, d’un autre côté, ses inférieurs obéissaient avec un empressement qui était la preuve la moins équivoque de leur attachement pour lui. Chacun d’eux savait bien qu’en toutes circonstances il s'efforçait de leur être utile et de contribuer, autant que cela dépendait de lui, à améliorer leur situation.
- J’aurais donc terminé ce que j’avais à dire des mérites de M. Campion, siles terribles événementsde 1870-71 nelui avaient pas fourni l’occasion de montrer d’autres qualités que celles d’un administrateur aussi laborieux que modeste.
- On sait que, pendant le siège de Paris par les Prussiens, le Conservatoire des Arts et Métiers devint en quelque sorte une usine où le génie civil vint préparer des engins pour la défense. L’àme de cette entreprise fui HenriTresca, mais Campion l’aida, dans sa tâche, avec le même dévouement que dans son service du temps de paix.
- L’épreuve la plus pénible d’ailleurs attendait celui-ci, au moment où éclata l’insurrection communaliste. La Direction, sentant qu’elle ne pouvait pas conserver son autorité, avait été obligée de quitter la place, mois elle avait demandé à M. Campion de rester à son poste et de faire tout au monde pour préserver nos inestimables collections. On va voir comment il sut s'acquitter de celte délicate et l’on peut dire périlleuse mission pour tout autre que celui dont l’aménité autant que l’assiduité à ses fonctions avait depuis longtemps déjà fait la conquête du public parisien et, en particulier, de tout le quartier des Arts et Métiers.
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- Assisté d’un homme de sang-froid et d'un dévouement à toute épreuve que je me plais à nommer à côté de lui, le concierge Pluyaud, M. Caïn pion, à force de présence d’esprit et de persuasion, n’évita pas seulement tout désordre dans rétablissement; il fit bien plus et il est bon de rappeler ici le fait, car il est à l’honneur de tous. Quand l’armée régulière rentra à Paris, les obus pleuvant partout, — et il en est tombé 55 dans l'enceinte du Conservatoire, — Campion et Pluyaud faisant appel aux bons sentiments des fédérés, qui avaient d'ailleurs toujours scrupuleusement respecté les collections, parvinrent à les décider à éteindre l’incendie qui se déclara, à deux ou trois reprises, dans les combles de la grande galerie.
- J’ai eu le bonheur, en appelant l'attention d’un ministre de la République sur ce service hors ligne qui ne faisait que s'ajouter à tant d’autres vraiment exceptionnels aussi, d’obtenir pour Campion la croix de la Légion d'honneur, il y a plus de dix ans, et je m’empresse d’ajouter que son fidèle et digne assistant n’a point été oublié.
- Je ne crois pas, Messieurs, avoir rien omis d’essentiel dans l’esquisse que j’ai essayé de faire de celle vie de travail, de probité et d’honneur qui vient de s’éteindre, en nous laissant pleins de tristesse et de regrets.
- Je ne dois pas toutefois manquer d'ajouter que si Campion, qui meurt dans un âge encore peu avancé, a cependant résisté assez longtemps au labeur épuisant qu’il s’imposait autant et plus qu'il ue lui était imposé, il l'a dû aux soins dont il était entouré à son foyer et aux tendres affections de toute sa famille, sa pauvre vieille mère en tête, parvenue aujourd'hui à l’âge de quatre-vingt-onze ans. C’est un devoir que j'accomplis avec un profond sentiment de respect que celui d’envoyer à cette vénérable aïeule l'assurance que la mémoire de son fils restera honorée au Conservatoire qu’il a si bien servi. La même assurance a été déjà donnée par nous à la veuve si malheureuse de notre excellent collaborateur.
- Adieu, mon cher Campion, personne plus que vous n’a mérité de reposer en paix.
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- PHOTOGRAPHIE MILITAIRE
- ET LA. PHOTOCARTOGRAPHIE,
- CONFÉRENCE Df 31 JANVIER 1S92,
- Par M. le Commandant FRIBOURG,
- Chef du Service de» reproductions et tirages à l’Étal-Major de l'Armée (Service géographique).
- Mesdames, Messielrs,
- D'après le litre inscril au programme de cetle conférence, j’ai à parler de la Photographie militaire et de la Phoiocarto-graphie.
- L’expression Photocartographie s’explique d’elle-même ; c’est l’application de la Photographie à la Cartographie- L’expression Photographie militaire est moins précise et demande peut-être une explication préalable.
- Dans quelques-unes des remarquables conférences qui ont eu lieu jusqu'à présent, telles que celles qui ont traité, par exemple, de la Chronophotographic, de la Photographie astronomique, de la Photographie céleste, de la Photographie médicale, on nous a exposé des appareils particuliers et des procédés spéciaux de Photographie, s'appliquant eux-mêmes à des cas tout particuliers et tout spéciaux. L’expression Photographie militaire pourrait donner lieu de croire qu’il s’agit également d’appareils et de procédés spéciaux.
- a* Série, t. V. «S
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- ])e même qu’il a emprunté à diverses branches de la science ei de l’industrie leurs méthodes aujourd’hui si perfectionnées, de même l’art militaire moderne a demandé à la Photographie son concours direct sans lui imposer aucune transformation de ses procédés.
- La Photographie militaire n'est donc pas un cas particulier de l’art photographique, et, sous ce titre, ce sera des applications de la Photographie aux besoins de l'art militaire que j’aurai à vous entretenir aujourd’hui. Je vais donc essayer de vous exposer quelques-unes de ces applications, qu’elles soient entrées dans la pratique courante ou qu’elles soient seulement susceptibles d’y entrer après perfectionnement.
- Avant de commencer, je dois appeler l’attention sur ce fait, qu’un certain nombre des applications de la Photographie à l’art militaire touche de près à des questions intéressant la défense du pays, et que. par conséquent, je suis tenu, par discrétion professionnelle, à une certaine réserve. Je ne montrerai donc que des documents non officiels ou des documents déjà publiés, soit dans des journaux scientifiques ou autres, soit dans des conférences publiques.
- APPLICATIONS DE LA PHOTOGRAPHIE EN TEMPS DE PAIX.
- Applications générales. — Les périodes de guerre deviennent de nos jours de plus en plus intermittentes et elles laissent entre elles de longs intervalles de paix, pendant lesquels les peuples s'adonnent au développement des sciences, des arts, de l’agriculture, de l’industrie, etc.... Mais en outre, en exécution de l’adage si connu « $£ vis pacem, para beUum ». Ie3 peuples modernes s’étudient à développer, pendant la paix, toutes les ressources, tous les moyens dont Us peuvent disposer le jour où il faudra engager la lutte.
- Pour se tenir constamment à la hauteur de ses devoirs, l’armée doit donc, en temps de paix, se préparer à la guerre. Elle se livre sans cesse, en effet, à des études qui tendent
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- PH0T0C1
- uo3
- toujours à perfectionner son armement, son équipement, son instruction technique, ses moyens de transport, etc.... Les diverses armes rivalisent de zèle et d’ardeur dans la recherche de ces perfectionnements. C’est l’infanterie et la cavalerie qui modifient leurs règles de tactique, leur équipement; c'est l’artillerie qui crée de nouveaux canons, de nouvelles armes portatives, des voitures, des affûts, des projectiles, etc...; c'est le génie qui établit des cuirassements, qui étudie les effets des explosifs contre les travaux de fortifications, etc....
- Toutes ces études, tous ces essais sont faits au sein de commissions spéciales, mais it faut porter à la connaissance des armes ou services intéressés les résultats qui y sont obtenus. C’est alors que la Photographie vient remplir son rôle, en permettant de joindre aux rapports écrits la reproduction absolument exacte, mathématique pour ainsi dire, des faits constatés et des modèles proposés ou adoptés.
- Je fais passer sous vos yeux quelques spécimens de photographies de ce genre; j'v joins quelques autres photographies prises par des personnes étrangères à l’armée, mais qui fournissent également des documents intéressants au point de vue militaire (*).
- Application à la Cartographie. — Dans les applications à l'art militaire que je viens de signaler, la Photographie ne joue qu’un rôle pour ainsi dire secondaire, quoique cependant fort important; elle ne crée rien par elle-même; elle ne fait que reproduire des modèles ou des résultats d'expériences; ce n’est qu’un procédé d’enregistrement. Il n'en est plus ainsi du rôle qu'elle est appelée à jouer dans rétablissement des caries nécessaires aux besoins de l’armée; là elle cesse d'être seulement un moyen de reproduction et de propagation et devient un puissant et presque indispensable moyen de création.
- Je viens de parler de caries nécessaires aux besoins de l’armée; je n’ai pas à développer ici les raisons techniques de
- {') Lé conférencier projette des photographies de types d'uniformes ot d’équipement, de modèles d'armes et de canons, de brèches, d’explosions, etc.
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- cette nécessité. Je ne veux pas dire que l’armée seule ait besoin de cartes, mais c'est certainement elle qui en fait le plus grand usage. Une preuve de ce que j'énonce se trouve dans ce fait, que les principaux établissements géographiques de presque tous les pays d'Europe sont rattachés aux services de la Guerre. Une autre preuve manifeste de ce besoin de caries se trouve dans le nombre considérable d'impressions qui s'exécutent dans ces établissements, et je puis, comme exemple, donner une idée de la production annuelle du Service géographique de l’armée française, en citant les chiffres moyens des dernières années, savoir :
- 1400000 feuilles de caries, soit tout en noir, soit en couleurs, ayant demandé environ 23ooooo coups de presse.
- J'ai exprimé aussi cette opinion, que l'application des procédés photographiques à la Cartographie est devenue presque indispensable. Les services géographiques, au moins celui de l’armée française, se trouvent dans l’obligation, d'une part, de produire toujours de plus en plus, et d'autre part de sc renfermer dans les limites d'un budget qui, lui, loin de s'augmenter en proportion des besoins, tend plutôt à se réduire chaque année. Il faut donc produire plus et dépenser moins. Or le travail du graveur, auquel on avait exclusivement recours jusque dans ces derniers temps, s’il est artistique, est aussi lent et coûteux, tandis que le travail du dessinateur, reproduit ensuite par les procédés photographiques, est relativement rapide et bon marché.
- Je puis en citer un exemple tout à fait probant.
- Nous procédons actuellement à l’établissement de la Carte d'Algérie à l'échelle du 57^75. Chaque année, des brigades composées d'officiers exécutent des levés topographiques. Jusqu’à l’an dernier, ces levés étaient traduits en planches gravées à la main ; une feuille revenait en moyenne à 5ooofr, et, malgré le nombre assez grand des graveurs employés à ce travail, le nombre des planches produites chaque année était inférieur à celui des planches levées sur le terrain; de là une accumulation de retards telle qu'aujourd'hui la publication de cette carte en était venue à ne suivre les levés correspondants qu'à cinq ans d'intervalle.
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- .A PIIOTOGB.
- Depuis l'an dernier, l'exécution de cette même carte est confiée exclusivement au dessin et à la Photographie. Le prix moyen de choque feuille se trouve réduit de 5ooofr à aooofr, et chacune d’elles est prête pour la publication moins d’un an après l'achèvement du travail sur le terrain.
- Procédés de la Photocartographie. — Les procédés de la Photocartographie ne diffèrent pas en principe de ceux qui sont employés dans l’industrie pour la reproduction des œuvres artistiques et connus sous le nom de Photo ou Héliogravure, de Photolitho ou Phot02incographie, de Photocollographie.
- Je n’entrerai donc dans aucune considération théorique sur les principes de ccs procédés, qui seront exposés dans des conférences prochaines par des spécialistes d'une compétence reconnue; le temps dont je dispose ne nie le permettrait pas d'ailleurs.
- Je me bornerai à décrire succinctement, en essayant de faire exécuter ici les principales manipulations, le mode opératoire le plus souvent employé au Service géographique de l'armée, mode opératoire qui ne renferme rien de particulier comme détails, niais qui constitue, par le groupement de ces détails, un procédé pour ainsi dire presque spécial et qui, je croîs, n’est employé nulle part ailleurs.
- Nature du support. — Le métal employé comme support est le zinc du commerce, le plus souvent celui du n° 9. Ce métal a l’avantage d’acquérir, à la suite d’une préparation particulière, toutes Jes propriétés de la pierre lithographique. Il présente donc tous les avantages de cette dernière, avec cette supériorité qu'une feuille de zinc coûte beaucoup moins cher et occupe beaucoup moins de place qu’une pierre; ce qui est à prendre en considération dans un établissement où l'on doit conserver un grand nombre de planches prêles à tirer.
- La feuille de zinc est poncée à l'aide d'une brosse et d’un mélange de pierre ponce et d’émeri, de façon à lui donner un poli mat au lieu du poli brillant des feuilles du commerce. On lui donne ensuite la préparation dont je viens de parler et qui
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- consiste à la plonger quelques minutes dans un bain composé de:
- Eau..............
- Gomme arabique..
- Acide galliquo...
- Acide pbosphoriquc
- Après ravoir retirée du bain de préparation, on la gomme et on la sèche. La feuille est prête alors à recevoir la couche sensible.
- Nature de la couche sensible. — A part quelques caries dans lesquelles le modelé du terrain est relevé par un crayon lithographique, la plus grande partie de nos travaux ne porte que sur du trait, ce qui nous a permis de nous en tenir, avec quelques modifications, au procédé primitif inventé par Niepce avant le daguerréotype, c'est-à-dire au procédé fondé sur les propriétés du bitume de Judée. Le bitume ne demande que des manipulations très simples et, s’il est inferieur, sous le rapport de la rapidité, aux substances bichromatccs, il a sur ces corps l’avantage d'être moins brutal a la révélation. Cet avantage est très sensible quand il s'agit, comme dans notre cas, de cartes comportant des traits d’uue extrême finesse à côté d'autres traits de fortes dimensions.
- La préparation sensible est donc composée de :
- Bitume de Judée pulvérisé............... iîofp
- Benzine ordinaire....................... iooo«
- Essence de citron....................... 3o
- Ce vernis est étendu en couche aussi mince que possible, et, pour cela, on dispose la feuille de zinc à plat sur un plateau susceptible de tourner rapidement, dans son propre plan horizontal, sur un pivot vertical. Cet appareil est connu sous le nom de tourneue. Le liquide est versé sur la plaque quand sa vitesse de rotation est arrivée à un degré convenable qu’indique l’expérience.
- La couche ainsi étendue et séchée, la plaque est prête à
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- MILITAI
- servir. On l’applique dans un châssis, contre le cliché ou le dessin transparent, de façon à mettre la couche en contact intime avec la face du cliché portant l’image. Pour rendre ce contact plus immédiat, le châssis est fermé par de fortes barres dans lesquelles s’engagent de nombreuses vis de pression.
- Après une durée d'exposition à la lumière variable selon la saison et qui peut aller de deux heures en plein soleil d’été jusqu'à quatre ou cinq jours en hiver, la planche est retirée du châssis, puis plongée dans un bain d’essence de térébenthine. Au bout de peu d'instants, on voit le dessin apparaître et, quand il est bien venu, on retire la plaque du bain et on la lave à grande eau sous un robinet, de façon à chasser entièrement les dernières traces d’essence.
- Morsure. — Pour parachever le travail, il faut mordre le métal. Grâce à la préparation préalable, on peut se contenter d'une morsure tout à fait superficielle, suffisante pour détruire^ l’emplacement des traits, Pelfet de la préparation. Les traits, ainsi dépréparés plutôt que réellement creusés, conservent l'encre par le seul fait de l'affinité du zinc naturel pour les corps gras, et il en résulte la possibilité d’obtenir des épreuves directes à la presse mécanique aussi facilement que l'on en obtient d'un report.
- C’est celte facilité de tirage, ainsi obtenue, qui nous a conduit à préférer le zinc au cuivre comme support de la couche sensible; car le cuivre, outre qu’il coûte fort cher, ne se prèle pas à une préparation lui donnant les propriétés de la pierre lithographique. De là l’obligation de creuser ce métal assez profondément pour qu’il puisse retenir l’encre par adhérence mécanique et non par affinité chimique, d’où nécessité du tirage en taille-douce, qui ne pouvait nous convenir à cause de sa lenteur.
- L’idée de la morsure superficielle doit être attribuée à M. le colonel de la Xoë, aujourd’hui sous-directeur au Service géographique, qui l’a imaginée et fait connaître en 1881.
- La morsure se fait au perchlorure de fer étendu d’eau jusqu’à ce qu'il marque 20° à l’aréomètre.
- La morsure faite, on graisse la taille en huilant la planche,
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- pais on enlève le vernis protecteur avec de la benzine, on lave et H ne reste plus qu’à encrer. Je m’arrête à ce moment du traitement, pour ne pas sortir du domaine de la Photographie (')•
- Dessins et clichés. — Les dessins minutes destinés à la reproduction sont établis avec le plus grand soin et exécutés à une échelle supérieure à celle de la carie définitive. On en fait a cette dernière échelle, par réduction à la chambre noire, des clichés négatifs par le procédé du collodion humide, seul capable de donner aux dessins au trait la netteté nécessaire. Puis, par contact et toujours au collodion humide, on en obtient les clichés positifs nécessaires pour la mise en œuvre du procédé que je viens de décrire.
- Quand il s’agit de caries en plusieurs couleurs, au lieu de tirer du négatif un seul positif, on en tire toujours, par contact, autant de positifs qu’il doit y avoir de planches. Sur chacun de ces positifs, à l’aide d’un grattoir, un dessinateur supprime tous les traits qui ne doivent pas être de la couleur choisie, et de cette série de positifs on obtient autant de planches qui repèrent entre elles mathématiquement, puisque l’on n’a opéré que par contact de corps rigides.
- Principales cartes exécutées par la Photocartographie. — Le procédé de Photogravure qui vient d’être exposé est appliqué à la reproduction d’un certain nombre de caries nécessaires au service militaire et à la confection de presque toutes les cartes de nouvelle création.
- Parmi les caries établies pour les besoins exclusifs du service militaire, et qui ne sont pas mises en vente pour le public, je puis vous citer les suivantes :
- i1 Levés de précision, exécutés, comme le nom l’indique,
- {’> tendant que le conlërcncier donne ces détails sur la révélation, la morsure et l'encrage, un aide procède à toutes ces opérations.
- Une planche est ainsi complètement mise cti «envie sous les yeux de l'assistance, et des épreuves en sont tirées à un grand nombre d’exemplaires.
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- LA PHOTOGRAPHIE MILITAIRE. 209
- avec le plus grand soin età grande échelle, sur certains points du territoire. Les minutes des levés sont calquées sur papier dioptrique et ce sont ces calques qui servent directement de clichés positifs.
- Ces levés sont tellement précis, que l’on a été conduit à les reproduire sous forme de reliefs en plâtre, dont un spécimen a figuré à l’Exposition de 11*89, à la classe 16. Je mets sous vos yeux une reproduction d’un de ces plâtres, sur lequel les gradins creusés le long des courbes de niveau ont été conservés, et une reproduction du même plâtre après que ces mêmes gradins ont été abattus, il semble que l’on a sous les yeux le terrain même. Aussi a-t-on été conduit, dans certains cas, à utiliser ces reproductions pour obtenir, par le procédé photocoUographique, un figuré absolument saisissant du terrain.
- a0 Amplification au .u de la Carte d’Ëtat-Major au •
- Clichés amplifiés d'après la gravure au 75-773*
- Parmi les cartes mises en vente ou en cours d’exécution pour cet objet, je puis citer :
- Cartes d’Algérie et de Tunisie au et au ^777.
- Les dessins minutes de planimétrie, établis avec un soin extrême, sont exécutés à l’échelle du —77.
- 20 Carte d’Afrique au .J-,.
- Exécution par un procédé semblable. Dessin minute au 775^777.
- 3° Carte d’Afrique au 577^775-
- Même procédé (]).
- Il serait trop long d’en montrer davantage; ce qui a passé sous vos yeux suffit pour faire ressortir ce qu’on peut attendre de la Photocartographie.
- Je vous dirai cependant encore que la Photocartographie n’est pas le monopole du Service géographique français et
- {'} Le conférencier projette quelques spécimens des cartes qu’il décrit.
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- qu’un bon nombre des instituts de géographie militaire des États de l’Europe sont largement entrés dans cette voie. Quelques-uns même nous ont devancés. Je me contenterai de vous citer les Caries de la Belgique au en sept couleurs exécutées en Photolithographie.
- Les Caries anglaises dites à six pouces, à l’échelle du j^t-et qui comportent 7748 feuilles, exécutées en Photozincographie.
- Les Cartes d'Autriche au =-y^ et au héliogravées sur cuivre par un procédé spécial fondé sur les propriétés de la gélatine et appelé Photogalvanoplastie.
- La Carte d'Italie à l’échelle du 1UJ—VV, exécutée par un procédé analogue à celui de la Carte autrichienne, et qui porte le nom de photo-incision.Ce procédé, qui consiste dans la production d’un relief galvanoplastique directement sur le cliché, c’est-à-dire à cliché perdu, a été créé par le général Àvet.
- Le temps ne me permet pas de m'étendre davantage sur les emplois de la Photocartographie; mais, avant de passer à un autre ordre d’idées, je demande la permission de lire ici la traduction d'un article paru dans le dernier numéro du journal cartographique de Gotha, les Mittheilungen de Justus Perthes, au sujet de nos Caries de Tunisie dont je vous ai montré des spécimens :
- « La nouvelle Carte de reconnaissance est exécutée par la Zin-cographie, mais d’une manière bien plus parfaite. Les feuilles que nous avons vues sont peut-être ce qu’il y a de plus parfait dans tout ce que ce procédé de reproduction peut donner.
- » Tout le monde doit se féliciter de ce qu’un pays, qui, il y a dix ans, pouvait à peine être abordé par les géographes, les géologues, etc., aujourd'hui, grâce aux efforts de la section géographique de l'Ëlat-Major français, tant sous la direction de feu le général Perrier que sous la direction actuelle du général Derrccagaix, est déjà pourvu de levés d une aussi grande exactitude et tels que beaucoup d’Ëtats civilisés de l’Europe n'en possèdent pas encore. »
- Cette citation constitue un éloge qui a bien sa valeur, parlant d’une telle source qu’on ne saurait accuser de partialité envers noire pays.
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- ’H OTOGR.
- IILITA1
- applications de la photographie
- EN TEMPS DE GUERRE.
- Emploi dans le combat. — Nous venons de voir de quelle nature sont les services que la Photographie est en mesure de rendre a l’art militaire pendant les périodes de paix.
- Nous allons examiner à présent quel rôle elle peut remplir en temps de guerre.
- Les deux armées ennemies sont en présence, à la veille du combat; elles s'observent; chacune cherche à se rendre compte des forces et des dispositions de ses adversaires; chaque général cherche à connaître dans tous ses détails le terrain où l’on va lutter. A cet effet, les états-majors procèdent à des reconnaissances spéciales.
- On serait porté à croire que la Photographie est appelée à rendre bien des services dans ces reconnaissances qui précèdent le combat, mais nous sommes obligé de reconnaître que, dans ces circonstances, elle ne trouve guère d’emploi.
- Au point de vue du terrain, en effet, les armées sont aujourd’hui pourvues, au moins pour une guerre européenne, de caries à grande échelle et de renseignements militaires et statistiques recueillis en temps de paix. Les reconnaissances spéciales, à la veille du combat, ne doivent donc avoir pour but que de compléter certains détails de la carte, de renseigner plus exactement sur certaines formes du sol que la carte ne précise pas assez, sur l’existence de ponts, de gués, etc. Ce service sera limité, en définitive, à la vérification et au complétage de la carte.
- La Photographie ne serait que rarement praticable, car ces reconnaissances doivent pouvoir s’exécuter à toute heure du jour et de la nuit et par tous les temps; de plus, elle ne fournirait aucune indication utile sur l’état des communications et la nature du terrain au point de vue des mouvements des troupes.
- Il en est de même au point de vue de la reconnaissance des forces et des dispositions de l’adversaire. Le champ et surtout
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- la porlée de l’objectif sont trop restreints, et d’ailleurs les renseignements dont il s’agit ne s'obtiennent le plus souvent que par des reconnaissances offensives, c’est-à-dire par de véritables combats préliminaires engagés par la cavalerie et les avant-gardes.
- Or, je dois déclarer que je ne vois pas, dans le combat proprement dit, de place pour la Photographie. Il n’y a, du reste, dans les guerres les plus récentes, aucun exemple d’emploi de la Photographie dans le combat, et toutes les tentatives faites en vue d'organiser le service de la Photographie dans les armées en campagne ont complètement échoué.
- Par exemple, lors de la guerre de 1870, les Allemands ont organisé à Berlin une brigade de photographes destinée à accompagner leur État-Major général. Or, le rapport sur les travaux exécutés par celte brigade, fourni par le chef de la Photographie de l’armée allemande, constate que les photographes ne parvinrent à suivre le quartier général qu’à huit jours d’intervalle et qu’on ne songea à les utiliser qu’à Versailles. pendant le siège de Paris, et encore seulement pour leur faire faire des portraits.
- Ainsi, d’une manière générale, ni dans les préliminaires du combat, ni dans le combat lui-même, il ne nous paraît pas y avoir de place pour l’emploi de la Photographie, du moins de la Photographie faite dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire par un opérateur installé sur le terrain même.
- La Photographie en ballon. — Il convient d’examiner maintenant si cet opérateur ne pourrait pas, dans certaines conditions spéciales d’installation, donner un démenti aux conclusions auxquelles nous sommes arrivé. Ceci me conduit à vous parler de la Photographie aérostatique.
- Je vais en faire un exposé historique succinct.
- C’est M. Nadar qui essaya la première photographie de ce genre en j856 et qui obtint une épreuve du Petit-Bicêtre, épreuve très défectueuse, paraît-il, maisqui prouvait la possibilité de la Photographie en ballon. Ce même operateur recommença un peu plus tard, en i858, dans la nacelle d’un ballon captif de Godard, installé à l'Hippodrome, et il obtint cette fois
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- . .V P II 0 T O G R A
- une vue assez nette de la région de TArc-de-Triomphe. Cette photographie {PL V), dont une épreuve existe dans les galeries du Conservatoire et dont je fais passer une reproduction sous vos yeux grâce à l'obligeance de M. Paul Nadar qui a bien voulu la faire établir pour cette conférence, était certes aussi réussie que pouvait le permettre l’emploi du collodion humide.
- Vingt ans plus tard, en 1878, M. Dagron put prendre, dans la nacelle du grand ballon captif de Giffard, à 5oo mètres d'altitude, un cliché de la vue de Paris, assez satisfaisant pour donner une épreuve qui ne manquait pas de quelque netteté. M. Dagron opérait encore au collodion. Une épreuve figure dans les collections du Conservatoire.
- En 1880, M. Desmarest réussit, en ballon libre, deux vues des environs de Rouen ; une épreuve de l’un de ses clichés existe dans les galeries du Conservatoire.
- En i883, M. Shadbolt, à Londres, exécuta en ballon libre un certain nombre de photographies à des hauteurs variables, entre autres une vue très remarquable, dans le nord de la ville, qui figure également dans les collections du Conserva-
- D’autres essais ont été entrepris, un peu partout, mais tout ce qui avait été fait avant l'ascension de MM. ïissandier et Ducom en i88d n’atteignait pas un degré de netteté satisfaisant.
- Ces Messieurs, partis le 19 juin i885, en ballon libre, de l’atelier aéronautique d’Auteuil, exécutèrent une série de sept photographies, incomparablement supérieures à tout ce qui avait été obtenu jusqu’alors. Je puis, grâce à leur obligeance, vous montrer les deux plus belles, l’une prise au-dessus de nie Saint-Louis, à 600 mètres d’altitude (Jig. 1 ), l’autre prise à 800 mètres au-dessus de la prison de la Roquette.
- Dès lors, le charme est rompu. De toutes parts s’élèvent des aérostats portant des appareils photographiques. Nous citerons plus particulièrement, faute de connaître tous les résultats obtenus depuis :
- Les vues obtenues en juillet i885, à Nantes, par M. Pinard;
- Les vues obtenues quelques jours plus tard, à Paris, parle commandant Renard, directeur de rétablissement central d’aé-
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- , i box: RG.
- rostation militaire deMeudon, et son adjoint le capitaine Geor-get. Entre autres une vue de Meudon en ballon captif et une vue
- prise en ballon libre à mètres de hauteur au-dessus de l'École Polytechnique, que je puis faire passer sous vos yeux:
- Les vues prises en juillet i$86, sous la conduite de M. Tis-sandier, par M. Paul Nadar qui a bien voulu me confier des
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- I.A IMIOTOGIUl
- reproductions de quelques-uns de ses clichés, que je fais passer devant vous;
- Celles prises par le commandant Fribourgen septembre i3£ü (voir, à titre de spécimen, les./?#. 2 et 3}.
- Depuis, les écoles du génie ont procédé chaque année à des essais nouveaux, et il m’est possible, grâce à l’obligeance de
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- l’un des officiers qui y ont pris part, M. le lieutenant Meyer-Heine, de vous montrer quelques-uns des résultats obtenus par les écoles d’Arras et de Versailles.
- Les photographies aérosialiques que vous venez de voir ont été prises avec des appareils ordinaires; la plus grande partie sont du format i3x 18 et les objectifs de distances focales de o“,a5 à omtS5. Les appareils étaient tantôt fixés sur le bord de la nacelle, ce qui est nécessaire pour les vues verticales, tantôt tenus à la main, ce qui parait préférable pour des perspectives obliques, à cause de la rotation continuelle du ballon. Au point de vue photographique, je n’ai qu’une chose à dire, c’est qu’aujourd’hui, grâce à la rapidité des plaques au gélatinobromure d’argent, il est aussi facile de travailler en ballon que sur la terre ferme.
- En nous plaçant maintenant au point de vue exclusivement militaire, nous avons à signaler un inconvénient capital du ballon captif, c'est qu’un tel ballon, accompagnant une armée, devra être tenu à 5 ou 6 kilomètres au moins des batteries ennemies, ainsi qu'il résulte des expériences du camp de Chàlons. A de telles distances, il n’y a rien à attendre de la Photographie ordinaire, et d’autre part il faut bien reconnaître qu’il n'y a aucune utilité pour une armée à récolter des vues du terrain qu'elle occupe elle-même et de ses propres dispositions.
- Quant au ballon libre, tant qu'on ne sera pas maître de sa direction, il n’y a absolument rien à en attendre dans la guerre de campagne. Si le vent le pousse vers l'ennemi, il est perdu; s’il est poussé au contraire vers le territoire occupé par son propre parti, il ne peut rapporter aucun document utile.
- Ainsi, dans l’état actuel de l’art photographique, nous pensons qu’il n’y a aucun service à en attendre dans la guerre de campagne, en faisant usage comme observatoire d’un aérostat quelconque. Il est clair qu’il y aurait encore moins à compter sur les photographies obtenues par des ballons non montes ou des cerfs-volants; c’est pourquoi je n’ai pas cru devoir mentionner les essais tentés en ce sens par divers inventeurs.
- Il n’en est plus de même en ce qui concerne la guerre
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- LA PHOTOGRAPHIE MILITAI R 8. ai-
- de siège. Da côté de la défense, il est possible d'organiser un ballon captif assez volumineux pour qu'un photographe
- puisse se mouvoir a l’aise dans la nacelle et emporter un appareil lui permettant de prendre des vues distinctes à de grandes distances.
- L’assiégeant, de son côté, étant maître de toute la région *« Série, t. V.
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- avoisinante, rien ne peut l’empêcher, quelle que soit la direction du vent, de lancer un ballon libre en choisissant le point de départ de façon à passer à une hauteur convenable au-dessus de la place. L’aérostat redescendra aussitôt après avoir exécuté la traversée, et le photographe rapportera des vues complètes et détaillées des travaux accessoires et des armements de la défense, beaucoup mieux que ne pourrait le faire à simple vue et en passant ainsi l'officier le plus expérimenté.
- Ainsi, pour nous résumer, pas d'emploi utile de la Photographie dans une armée en campagne, au point de vue du combat et de sa préparation, ni de pied ferme, ni en ballon. Au contraire, emploi utile des deux parts, en ballon captif ou libre, dans la guerre de forteresse.
- Photographie à grande distance ou Téléphotographie. — Mais il a été question, à plusieurs reprises, de la nécessité de prendre en ballon captif des vues à grandes distances. Comment peut-on y arriver?
- Il est clair qu'avec un appareil de grand tirage et un objectif de grande distance focale, on peut obtenir ce résultat. En admettant om,3o comme longueur normale pour la distance de vision distincte h l'œil nu, le grossissement de l'image fournie par l’objectif sera égal au quotient de sa longueur focale par o",3o. Ainsi un objectif de t",5o de foyer donnera une image cinq fois plus grosse que l'œil nu, un objectif de 3“ donnera un grossissement de io, etc....
- Pour arriver, par ce procédé, à un grossissement appréciable, on est conduit à des dimensions absolument inacceptables, surtout quand il s'agit d'opérer en ballon. Il faut donc recourir à une autre disposition, c'est-à-dire à une sorte de lunette photographique, analogue aux longues-vues dont se servent les observateurs.
- La voie était déjà d’ailleurs tracée. Pendant l'investissement de Paris en i8ço-çi, M. le colonel Laussedat avait installé des observatoires, munis de lunettes terrestres, derrière l’oculaire desquelles était disposée une chambre claire. Ces appareils, appelés télémétrographes, et imaginés déjà depuis i85i par le Colonel, ont permis de dessiner, par champs de lunette suc-
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- TERRAi n et maison a vendue
- de Monlrclout,
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- positions de l’armée allemande, et en outre donnaient d'une façon rigoureuse, par des mesures très simples, les distances de ces positions. Vous avez ici un de ces appareils, que M. le colonel Laussedat a bien voulu faire sortir des galeries.
- Je fais passer sous vos yeux la reproduction de l’un des dessins ainsi obtenus (ftg. 4 )• Il représente un groupe de soldats allemands en train d’essayer de construire un retranchement dans la redoute de Montretout, point situé à 45oo'" de l’observatoire de Passy où était installé un appareil.
- Inutile d’ajouter que les avis de l’observatoire de Passy, transmis télégraphiquement au Mont-Valérien, qui immédiatement couvrait d'obus le point désigné, ont empêché l’ennemi de continuer ces travaux.
- Ainsi l’idée de fixer par un dessin, à l’aide de la chambre claire, les images fournies par une lunette terrestre, était déjà mise à exécution en 1870. D’autre part, dès 1860, l’Astronomie avait fixé, à l’aide de la chambre photographique, les images de corps célestes fournies par une lunette astronomique, ainsi que l’a établi M. Cornu dans une précédente conférence, en vous citant le photohéliographe installé à l'observatoire de Kew par M. Warren de la Rue et celui construit par AT. le colonel Laussedat pour l'observation des phases de l’éclipse solaire du 18 juillet 1860. Ce dernier appareil est disposé devant vous.
- Tout le monde sait qu’une longue-vue se compose en principe d’une lentille convergente qui constitue l'objectif et qui forme, vu la grande distance de l’objet visé, une image réelle de cet objet, située à peu près dans le plan focal de l’objectif. A l’autre extrémité de la lunette se trouve l’oculaire, constitué par un système de lentilles qui forme une véritable loupe.
- Si l’image, considérée comme un objet lumineux, est placée entre celte loupe et son foyer, elle forme à son tour une image virtuelle et agrandie, que l’oeil placé contre l’oculaire perçoit à une distance égale à celle de la vision distincte.
- On conçoit que l’on puisse substituer à l'œil un appareil photographique, dont l’objectif jouera le rôle du cristallin et la p laque sensible celui de la rétine.
- En réalité, l'image virtuellen’existepas, ainsi que l'exprime son nom; l’objet lumineux qu’il faut soit voir, soit photogra"
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- iOTOGR APH I
- IlLITAIRE.
- phier, c’est-à-dire qui doit impressionner soit la rétine, soit la plaque sensible, c'est l’image réelle, et l'appareil optique, qui permet à cette image d’agir, est constitué soit par l’ensemble de l’oculaire et du cristallin, soit par l’objectif photographique.
- C’est M. Lacombe qui parait avoir adapté le premier une lunette terrestre à un appareil photographique, pour obtenir directement des images agrandies. Des reproductions des résultats qu’il obtint ont été publiées dans le journal la Nature le 4 septembre 1886. Ces épreuves laissaient à désirer sous le rapport de la netteté, ce qui n'était pas surprenant par suite de l’emploi d’une lunette non achromalisée pour la Photographie.
- Des expériences analogues ont été tentées à partir de 1887, au Service géographique de l’armée, par ordre de M. le général Perrier, alors directeur.
- Je fais passer sous vos yeux quelques-uns des résultats obtenus en se servant d’un premier objectif de Steinheil de 0®,60, dont l’image était reprise par un objectif de Dallmeyer de la série C, de om,076 environ de distance focale ( voir la fig. 5, à titre de spécimen).
- Ces essais n’ont porté que sur des distances relativement faibles; la plus grande ne dépasse pas 33oo mètres. Les circonstances ne nous ont pas permis alors de chercher à obtenir des résultats à de plus grandes distances, mais nous sommes certain qu’on pourrait encore, avec l'appareil dont nous nous sommes servi, obtenir des détails très circonstanciés à des distances atteignant jusqu’à 12 et i5 kilomètres.
- Quoi qu’il en soit des résultats que je viens de montrer, ils ne répondent pas à ce que l’on est tenu d’exiger de la Photographie aérostatique. Ils ont tous, en effet, été obtenus en pose posée, tandis qu’en ballon il est de toute nécessité d’opérer instantanément.
- J’ai lu dernièrement, dans un journal photographique qui s’occupait de cette question, qu'il est absolument impossible de demander de l’instantané à une combinaison de deux objectifs, telle que celle qui a été employée jusqu’à présent. Tout récemment encore, au mois de décembre dernier, M. Dallmeyer, l’éminent opticien anglais, affirmait publique-
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- Fig. 5.
- Vue téléphotographique du Panthéon, prise en pose posée, en 1887, du haut de la tour de l'horloge du Ministère de la Guerre (distance d'environ 1200*).
- Fig. 6.
- Vue du môme monument, prise du môme endroit avec un appareil ordinaire muni d:un objectif d’environ o*,3o de distance focale.
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- Vue tclcpholographique de l’Église de Saint-Cloud, prise en i&)j, en instantané, de la hauteur de Bcllcvue (distance d’environ 25oo»),
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- ment celte impossibilité. Je vais essayer d’établir le contraire, en montrant quelques vues prises à des distances variant de 25oo,nà 7000“ ( voir la fig. 7, à titre de spécimen), en faisant usage d’un obturateur analogue à celui qui a servi à prendre quelques-unes des vues aérostatiques qui ont passé sous vos yeux dans cette séance.
- Mais, auparavant, on doit faire remarquer que si l’on emploie des objectifs extra-rapides, de la forme Petzval par exemple, et si, pour l'instantanéité surtout, on les emploie avec toute leur ouverture, il ne faut plus compter ni sur de la profondeur, ni sur un champ étendu; c’est à peine s’ils formeront une bonne image sur la surface d’un cercle de om,02 de diamètre. Si donc, comme c’est indispensable quand on opère en ballon, on cherche l’instantanéité,il faut sacrifier l’étendue de l’image et se contenter d’obtenir un détail déterminé et non un ensemble.
- 11 est inutile d’ailleurs, au point de vue militaire, d’en demander plus à un appareil photographique, quand il s’agit d’objets très lointains. On en sera quitte pour opérer, comme l’a fait M. le colonel Laussedat avec son télémétrographe, par champs d’objectif successifs.
- Ces principes établis, on va projeter les vues dont je viens de parler, mais il faut observer : i° que, pour ne pas trop ressentir l'effet des ondulations des couches atmosphériques, le grossissement ne doit pas dépasser celui des bonnes jumelles ordinaires, c’esi-â-dire de 5 à 6; 2* que, les essais avant été faits à Paris ou à proximité, on a subi les effets de la brume qui s’étend presque toujours sur la ville.
- J’ajouterai que, pour éliminer le plus possible les effets de l’atmosphère, on a employé des plaques achromatiques et disposé en avant du premier objectif une glace teintée en jaune pâle (*).
- On voit qu’il est parfaitement possible, avec une longue-vue photographique, d'obtenir instantanément la reproduction de détails lointains. M. ftallmeyer, dont j’ai parlé il y a un mo-
- (; Le conférencier projette un certain nombre des vues ainsi obtenues.
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- ment, vient de présenter à une société photographique de Londres, le Camera-Club, un nouvel objectif qu’il a combiné pour obtenir des résultats semblables ; c'est même à l'occasion de cette présentation qu’il a nié (à tort) la possibilité d’y parvenir avec la disposition optique adoptée avant celle qu’il présentait. Cet objectif, qu’il appelle téléphotographique, n’est pas encore dans le commerce et nous n’avons pu nous le procurer. Mais il résulte des descriptions publiées qu'il consiste dans la substitution au système optique du genre de celui de la longue-vue d’un système analogue à celui de la lunette de Galilée, c’est-à-dire qu’il emploie un système amplificateur divergent au lieu du système convergentque nous avons employé.
- Voilà où en est, du moins à ma connaissance, la question de la Photographie à grande distance,ou Téléphotographie. Il est permis d’espérer des améliorations, des perfectionnements prochains des procédés que je viens de vous exposer rapidement. Nous savons qu’on y travaille de divers côtés et nous comptons bien, dans l’intérêt de la Photographie militaire, que les efforts des personnes qui s’en occupent ne tarderont pas à être couronnés de succès.
- La Photographie microscopique et la Correspondance par pigeons. — Pour terminer ce qui concerne la Photographie militaire, il me reste à vous dire quelques mots sur la correspondance par pigeons en temps de guerre.
- Tout le monde connaît l’histoire de la poste aérienne du siège de Paris. Nous nous contenterons de rappeler que soixante-quatre ballons franchirent les lignes prussiennes, emportant avec eux 36o pigeons, dont 3oa furent ensuite renvoyés sur Paris, par un hiver terrible, sans entraînement préalable et de localités situées souvent à plus de 200 kilomètres. ?3 pigeons porteurs de dépêches rentrèrent à leurs colombiers, apportant dans la capitale i5oooo dépêches officielles et un million de dépêches privées. Grâce à la Photographie, un si petit nombre de ces messagers ailés put introduire à Paris une telle quantité de dépêches.
- C’est M. Dagron, le photographe bien connu, qui, parti de Paris le la novembre 1870 dans le ballon le Ntepce, parvint à
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- établir à Tours d’abord, puis à Bordeaux, l'organisation photographique pour l’établissement de ces dépêches.
- Je vous montre un fac-similé d'une de ces dépêches, fac-similé fait en 1872 par M. Dagron lui-même, pour être misa
- Agrandissement, à l‘échelle de •$, d‘une dépêche microscopique du siège de Paris.
- l'appui d’une brochure de M. La Perre de Rôo sur les pigeons voyageurs (fig. 9).
- Cette dépêche est la reproduction de 1G pages in-folio d’imprimerie, contenant en moyenne 3ooo dépêches. La pellicule qui la porte est tellement légère, qu’on a pu en mettre sur un seul pigeon jusqu’à 18 exemplaires, donnant un total de plus de 00000 dépêches, pesant ensemble moins d’un j gramme.
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- Les pellicules étaient roulées dans un tuyau de plume que des agents de l'administration attachaient à la queue du pigeon à l’aide d'un fil ciré.
- On a même pu, grâce à cette photographie microscopique, arriver à confier aux pigeons des mandats de poste jusqu’à 3oo francs, payables à Paris et venir ainsi en aide, de la Province, aux malheureux assiégés, à bout de ressources devant les prix fabuleux qu’avaient atteints les denrées alimentaires.
- Je n’ai pas à entrer ici dans les détails d’exécution de ces photographies, qui sont aujourd'hui connus de tous ceux qui s’occupent de cet art. Aussi, pouvons-nous être assurés que, le cas échéant, nous trouverions partout en France le personnel et le matériel nécessaires pour des travaux de ce genre.
- Quant aux oiseaux porteurs de ces dépêches, tout le monde sait qu’ils font aujourd’hui officiellement partie des ressources sur lesquelles compte le pays en cas de guerre, et il y a quelques jours à peine on pouvait voir sur tous les murs de Paris des affiches relatives à leur recensement et à leur réquisition. Un des derniers recensements a montré qu’il existe dans Paris u ooo pigeons, dontüooo entraînés, et dans la banlieue 7000, dont 3ooo entraînés. Il y aurait dans la France entière environ 100000 pigeons entraînés.
- Le service des colombiers militaires est d’ailleurs entièrement organisé aujourd’hui, sous la direction du génie militaire, et je puis montrer une carte donnant le réseau approximatif des communications de cette nature, tel qu’il résulte des documents puisés dans les revues militaires étrangères.
- Ce n’est donc pas un document officiel, ni un document inédit; je l’ai reproduit d’après une planche du numéro 9$5 du journal la Nature du 11 juillet 1891.
- Je n’ai pas besoin d’ajouter que le service des colombiers militaires est assuré dans tous les autres pays de l’Europe.
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- LES MILITAIRES PHOTOGRAPHES.
- J'ai fini en ce qui concerne la Photographie militaire proprement dite, telle que je l’ai définie au début de cette conférence.
- Mois, avant de terminer, je désire vous montrer quelques photographies faites par des membres de l'armée dans plusieurs circonstances spéciales et qui vous prouveront que l'armée, en dehors de ses travaux particuliers, est prête à apporter son concours à toutes les branches de l’activité humaine.
- Je vous ai dit que, chaque année, des brigades topographiques procèdent aux levés des Caries d’Algérie et de Tunisie. Ces brigades sont dirigées par des officiers détachés de notre Service géographique, qui sont obligés, par la nature de leur travail, de parcourir le terrain pas à pas et pénétrent souvent dans des endroits inexplorés jusque-là par des savants et souvent presque inaccessibles. Ils sont conduits parfois, par cela même, à la découverte de documents archéologiques inconnus. Quelques-uns d’entre eux se sont fait initier aux manipulations photographiques, et iis rapportent ainsi des reproductions authentiques de leurs découvertes, qu’ils s'empressent de faire parvenir aux savants compétents en la matière. Voici, par exemple, quelques-unes de ces photographies exécutées dans la province de Constantine pendant la dernière campagne (‘).
- Presque toutes les photographies du Tonkin qui ont été publiées émanent d’officiers du corps expéditionnaire. Tout récemment, une mission, composée d’officiers sous la conduite de M. le consul Pavie, traversait la région sauvage et inconnue du Laos pour se rendre du royaume de Siam en Indo-Chine. Cette mission a rapporté, entre autres, de nombreux documents ethnographiques, et, grâce à la complaisance de l’un des officiers qui en ont fait partie, je puis vous mon-
- ,'i Le conférencier projette quelques vues de documents archéologiques-
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- LA PHOTOGRAPHIE MILITAIRE. 2aç>
- trer des reproduclions de quelques-uns des clichés que ces Messieurs ont rapportés (J).
- L’armée va même plus loin dans le concours qu’elle apporte à la Science. Le Service géographique comporte une section de Géodésie, composée d’officiers doués d’aptitudes spéciales et exercés aux plus délicates observations astronomiques. Lors du dernier passage de la planète Vénus sur le disque solaire en 1882, cette section fut appelée à fournir le personnel d’une des missions, dont M. Cornu vous a récemment entretenus, chargées par le Gouvernement français d’aller observer cet intéressant phénomène céleste. Celte mission, dirigée par le général, alors lieutenant-colonel Perrier, ayant pour adjoints le commandant Bassot et le capitaine Defforges, obtint des résultats importants. En ce qui concerne les observations photographiques, elle a rapporté 200 clichés, qui ont servi depuis aux mesures de la parallaxe du Soleil (* *).
- Enfin, les services photographiques de l'armée ne négligent pas non plus la question artistique. La section technique de l’artillerie possède un musée renommé qui renferme les plus belles collections d’armes et d’armures de toutes les époques. Ce musée est ouvert au public; mais, pour en faire connaître mieux encore toutes les richesses, l’atelier photographique de la section technique de l'artillerie, dirigé par un des plus habiles photographes, M. Roger, vient d’entreprendre, avec l’autorisation du Ministre de la Guerre, la publication d’un recueil de planches photocollographiques reproduisant les plus belles pièces du musée. M. Roger a bien voulu établir, pour cette conférence, quelques clichés que je suis heureux de pouvoir vous montrer pour clore cette séance (’).
- (*) Le conférencier projette quelques paysages laotiens et des types ethnographiques.
- (’) Le conférencier projette quelques spécimens des clichés du passage de Vénu3.
- (*) Le conférencier projette un certain nombre de reproduclions d’armures rares et curieuses.
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- IRC.
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- CONCLUSIONS.
- Je crois vous avoir exposé, sinon toutes les applications de la Photographie à l’art militaire, du moins les plus importantes de ces applications. Je devrais dire les plus importantes daos l’état actuel de la science photographique, car, si l'on tient compte de la rapidité avec laquelle cette science progresse, on n’oserait affirmer que, demain, d'un progrès nouveau ne résultera pas une nouvelle application encore plus importante.
- C’est bien ici, en effet, qu’il convient de citer les paroles prononcées par Arago à la Chambre des députés, dans la séance du 3 juillet 1839, lorsque l’illustre astronome présenta son fameux rapport sur l’invention de Daguerre :
- « Quand les observateurs appliquent un nouvel instrument à l’étude de la Nature, ce qu'ils ont espéré est toujours peu de chose, relativement à la succession des découvertes dont l’instrument devient l’origine. En ce genre, c’est sur l’imprévu qu’on doit particulièrement compter. »
- Nous sommes donc en droit d’attendre beaucoup de l’avenir, mais, pour cela, il faut toujours travailler et progresser. C’est pourquoi je joins mes vœux à ceux des éminents conférenciers qui m’ont précédé à cette place, pour qu’un enseignement régulier de la Photographie soit organisé au Conservatoire des Arts et Métiers et que les efforts de son savant Directeur, M. le colonel Laussedat, efforts auxquels vous apportez votre concours par votre affluence dans cette enceinte, soient couronnés de tout le succès qu’ils méritent.
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- LE
- CALCUL SIMPLIFIÉ
- PAR LES PROCÉDÉS MÉCANIQUES ET GRAPHIQUES. CONFÉRENCES
- FAITES AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS, LES 6 FÉVRIER,
- 5 ET 19 MARS 1893,
- Par M. Maurice d’OCAGNE,
- Ingénieur des Ponts et Chaussées.
- PREMIÈRE CONFÉRENCE :
- LES INSTRUMENTS ET LES MACHINES ARITHMÉTIQUES.
- Messieurs,
- Les conférences que M. le colonel Laussedat m’a confié l’honneur de faire devant vous ont pour sujet l’historique rapide et la description sommaire, faits surtout à un point de vue général, des divers procédés qui ont été imaginés en vue de simplifier le calcul numérique.
- A ceux d’entre vous que leurs occupations journalières n'ont pas suffisamment édifiés sur ce point, je dois tout d’abord faire pressentir Futilité, je devrais plutôt dire la nécessité, qui s'attache à une telle simplification.
- L'importance du calcul s’affirme tout aussi bien dans le domaine théorique que dans le domaine pratique. Les progrès
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- matériels réalisés par noire civilisation dérivent tous, plus ou moins directement, de la Science. Or, la Science ne saurait elle-même progresser sans le secours permanent du Calcul. Et je ne parle pas seulement ici des sciences dites exactes, comme la Mécanique et l’Astronomie, dont le Calcul constitue en quelque sorte l'essence même, mais encore des sciences expérimentales ou d’observation, en raison de la précision qu’une évolution contemporaine a fait pénétrer dans leurs méthodes.
- En Physique, en Chimie, la formule mathématique joue un rôle capital. 11 n’est pas jusqu’à la Physiologie qui n’v ait aussi recours, depuis qu’a été reconnue la nécessité de faire intervenir la notion de mesure dans l'élude des faits qui sont de son domaine.
- Aussi peut-on, aujourd'hui plus que jamais, répéter avec Platon que les nombres gouvernent le monde.
- Un savant mathématicien, bien connu à Paris pour y avoir, pendant plusieurs années, occupé le poste d'ambassadeur d’Italie, le général Mcnabrea, a écrit les lignes suivantes (l) :
- « Combien d’observations précieuses restent inutiles aux progrès des sciences parce qu’il n’y a pas de forces suffisantes pour en calculer les résultats! Que de découragement la perspective d’un long et aride calcul ne jette-t-elle pas dans l’âme de l’hommede génie qui ne demande que du temps pourméditer et qui se le voit ravi par le matériel des opérations! Et pourtant c’est par la voie laborieuse de l’analyse qu'il doit arriver à la vérité; mais il ne peut la suivre sans être guidé par des nombres, car, sans les nombres, il n’est pas donné de pouvoir soulever le voile qui cache les mystères de la nature. »
- Mais si le calcul est l’auxiliaire indispensable de la recherche scientifique, il est l’outil même au moyen duquel les principes découverts grâce à cette recherche sont mis en œuvre en vue des applications pratiques. C’est ainsi que le navigateur, le géodésien, l’artilleur, le mécanicien, l'électricien, le financier, l’ingénieur, etc. sont astreints à y avoir sans cesse recours, surtout ces deux derniers, pour qui le calcul constitue une partie (*)
- (*) Notions sur la Machine analytique de Cli. Babbage {Bibliothèque Universelle de Genève, t. XLI, p. 35a).
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- importante, non la moins pénible assurément, du labeur quotidien. La simplification du calcul apporte au travailleur une large part de soulagement; mais parfois elle fait mieux encore, en rendant possibles, voire môme faciles, des opérations qui, sans cela, exigeraient un effort disproportionné avec le résultat à obtenir, ou peut-être même dépassant les forces humaines.
- En avançant cette affirmation, je n'entends pas tenir compte d’exceptions célèbres, connues de tout le monde, qui pourraient par hasard la faire tomber en défaut. On sait, en effet, que la puissance calculatrice a atteint chez certains individus une intensité qui tient du prodige. L’histoire du calcul a conservé notamment les noms de Mondeux et de Viio Mangia-melli, et nous assistons maintenant aux merveilleux tours de force arithmétiques d’Inaudi. Rapprochement curieux, ces trois calculateurs extraordinaires ont passé leur première enfance à garder les troupeaux. Le calcul a d’abord été pour chacun d’eux un passe-temps destiné à tromper l’ennui des longues stations au milieu des champs.
- Mais, outre qu’une puissance calculatrice pareille à la leur est extrêmement rare, elle ne s'allie généralement pas à un développement normal des autres facultés. Il semble que le cerveau, tout absorbé par une telle fonction, ne se prête point à diversifier ses exercices. On cite néanmoins quelques mathématiciens qui furent en même temps d’habiles calculateurs. Il y a, sans doute, dans cette allégation, de quoi surprendre certaines personnes partageant le préjugé commun qui confond le calculateur avec le mathématicien ; de l’un à l’autre la différence est la même qu’entre un pianiste et un compositeur de musique. Les deux facultés peuvent cependant se rencontrer à un degré élevé chez le même individu. C’est ainsi, pour en revenir aux mathématiciens auxquels je viens de faire allusion, que Wallis, Euler, Gauss et Ampère ontlaissé le renom d'habiles calculateurs. Mais il ne faut pas compter avec les exceptions, et l’on peut hardiment avancer que toute simplification apportée dans les procédés du calcul numérique constitue un progrès d’une utilité vraiment générale, en affranchissant les travailleurs de l'ennui et de la fatigue qui accompagnent a« Série, t. V. 17
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- ’OCAGXE.
- a34 u. »’
- le calcul, en leur évitant la perte de temps qu'il entraîne, en écartant enfin les chances d'erreurs qu’il comporte.
- Les divers modes de simplification imaginés pour le calcul numérique peuvent se ranger dans les cinq groupes suivants :
- 1° Les instruments et les machines arithmétiques;
- 2° Les instruments logarithmiques;
- 3° Les tracés graphiques;
- 4° Les tables numériques ou barèmes ;
- 5<* Les tables graphiques ou abaques.
- Dans cette première conférence, je ne m’occuperai que du premier groupe, mais je dois dire tout de suite que le peu de temps dont je dispose ne me permettra pas de donner au sujet tous les développements qu’il comporterait. J’ai dû me borner à choisir, dans les galeries du Conservatoire, quelques types particulièrement caractéristiques, et encore ce que j’en pourrai dire sera-t-il limité à des généralités. Je m’excuse donc d’avance auprès de ceux de mes auditeurs qui sont particulièrement versés dans la question des lacunes que va nécessairement présenter mon exposé.
- A. — Les instruments arithmétiques.
- J'appelle instruments arithmétiques les appareils qui permettent d’opérer manuellement les opérations de l’arithmétique, sans le secours d’aucun mécanisme : ressorts, cames, engrenages, etc.
- De tels instruments ont été imaginés dès la plus haute antiquité et chez tous les peuples. On doit, en effet, y rattacher les anciens abaques, les bouliers (souan-pan) des Chinois, etc. Il y aurait là matière à une curieuse digression historique dans laquelle, faute de temps, je ne saurais m’engager.
- LES ADDITIONNEURS. — ARITHMOGRAP11E TRON'CET.
- La plus simple des opérations est l’addition. Le principe sur lequel reposent les instruments destinés à l’effectuer est le suivant :
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- Supposons une réglette graduée mobile devant un index fixe ; si l’on fait franchir successivement cet index à n divisions de la réglette, puis aux n! suivantes, puis aux n" suivantes, etc., le nombre total des divisions qui auront finalement franchi l'index sera égal à la somme n — n‘ -r- n" -r- ... ( ' ).
- Pour appliquer ce principe, il suffit de prendre pour index le o d’une réglette fixe portant la même graduation que la réglette mobile et de faire glisser celle-ci le long de la première,
- en amenant chaque fois en face de l'index le trait de division de la réglette mobile placé en face du trait de la réglette fixe correspondant au nombre qu'on veut faire entrer dans l’addition.
- Voici, par exemple, pour l'addition 3 -4-6, quelles seront les dispositions successives de la réglette mobile par rapport à la réglette fixe (Jig. i}.
- Dans la position (a), je pique letraitdc la réglette mobile m. prolongeant le trait 3 de la réglette fixe / et je l’amène en face
- (•) Ce principe est, au fond, identique à celui que l'on applique en cumulantes points faits au billard au moyen de boules enfilées sur une tringle, ou, plus simplement, en comptant sur ses doigts.
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- du ode celle-ci; j'obtiens ainsi la position (b). Je pique alors le trait de m, prolongeant le trait 6 de/, et je l’amène en face duo. J’ai bien ainsi fait sortir 9—3 — 6 divisions de la réglette ni et je lis le total 9 de l’addition en face de l’index de la réglette f.
- Ce principe très simple peut s'appliquer aussi bien au moyen d’un disque circulaire tournant à l’intérieur d’un cercle gradué qu’au moyen de deux réglettes.
- En l'employant à additionner des nombres un peu plus grands, on serait conduit à avoir des réglettes de dimensions incommodes. Mais on peut se contenter de donner à celles-ci dix divisions graduées de o à 9, en plaçant plusieurs systèmes semblables les uns à côté des autres et faisant correspondre le premier à droite aux unités, le second aux dizaines, le troisième aux centaines, etc. Cette disposition se trouve déjà dans l’appareil que je mets sous vos yeux et qui a été construit en 1720 par un inventeur du nom de Caze.
- Le point délicat consiste, lorsqu’il s’en présente, à faire passer les retenues d’une colonne à la suivante. Une remarque ingénieuse permet d’opérer ce report sans que le maniement de l’appareil se complique le moins du monde(*). Cette remarque se trouve appliquée dans l’arithmograplie de M.Tron-cet. Voici cet appareil ( ftg. 2) :
- Pour écrire un chiffre dans une des colonnes, on introduit la pointe du stylet dans le creux qui se trouve en face de ce chiffre inscrit sur le bord de la fente correspondant à celte colonne. Si les dents qui comprennent ce creux sont blanches, on parcourt la fente avec le stylet de haut en bas jusqu’à ce qu'on heurte le butloir inférieur. Si, au contraire, les dents sont
- (>) Voici quelle est celle «marque : supposons quaprès avoir fait avancer la réglette m de a divisions, 011 ait à la faire avancer de b divisions et que a-rb soit supérieur à 10. Le chiffre des unités de la somme sera a — b — io. Or, si l ou ramène le trait de m qui prolonge le trait b de/ en face du trait 10 de la réglette /, c'est-à-dire si l’on repousse m de 10 — b divisions en arriére, le trait de m qui vient en face du o de /est celui qui a pour cote a — '10 — b) ou a -r-0 —10, c'est-à-dire le chiffre des unités cherché; 011 n'a plus, après cela, pour la retenue, qu'à faire avancer la réglette m des dizaines d’une unité. C’est là ce qu'on obtient avec le dispositif ci-dessus décrit.
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- CALCUL SIMPLIFIÉ.
- noires, on parcourt la fente de bas en haut en poussant jusqu’à l’extrémité de la partie recourbée en forme de crosse.
- Cela posé, on n’a qu’à prendre successivement chacun des nombres à additionner et à écrire, par le procédé qui vient d’être indiqué, le chiffre de ses unités dans la première colonne de droite, celui des dizaines dans la seconde, celui des centaines
- dans la troisième, etc. ; le total s’inscrit dans les lucarnes inférieures. Pour la soustraction, on opère de même, après avoir fait paraître le plus grand nombre dans les lucarnes supérieures où, d’ailleurs, s’inscrira aussi le reste.
- La multiplication a donné lieu, de son côté, à une grande diversité d’instruments qui dérivent tous des réglettes népériennes dont je vais d’abord parler.
- LES MULTIPLICATEURS. — BATONS DE NEPER ET DÉRIVÉS.
- Jean Xeper, baron de Markinston, en Écosse, l'illustre inventeur des logarithmes, eut l'idéederendremobileslesdiverses colonnes dont se compose la table dePvthagore, de façon à pouvoir les juxtaposer dans l'ordre des chiffres du multiplicande, et, en outre, de diviser chaque case en deux par une diagonale, de façon à séparer le chiffre des dizaines du chiffre des unités. Voici dès lors comment on opère pour avoir le
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- a38
- i. d’ocagxe.
- produit d'un nombre par un chiffre, soit par exemple de 365 par 7. On juxtapose, à côté de la colonne o, qui reste fixe, les colonnes 3, 6 et 5 {fig. 3). En face du chiffre 7 de la colonne o, on a alors les produits par 7 des chiffres correspon-
- ds. 3.
- dants du multiplicande; il suffit donc d'ajouter le chiffre des dizaines de chaque case au chiffre des unités de la case voisine de gauche, c'est-à-dire d’additionner parallèlement aux diagonales, pour avoir le produit cherche a555.
- C'est en 1617 que Xeper indiqua ce procédé dans sa Rabdo-logie, publiée à Edimbourg. Il ne le tenait bien certainement
- Fig. 4-
- de personne. Toutefois il est curieux de noter que des recherches modernes ont permis de reconnaître que la méthode indiquée, dès le xv* siècle, par le mathématicien arabe Alkal-cadi, pour effectuer la multiplication repose sur le même principe que les réglettes de Xeper.
- On peut, pour se conformer à l’habitude admise, adopter une disposition telle que les additions à effectuer se fassent dans le sens vertical. Il suffit, pour cela, de remplacer les bandes verticales par des bandes inclinées à 45° {Jig. 4). Il faut remarquer aussi que, par simple découpage en neuf bandes mobiles
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- LE CALCUL SIMPLIFIÉ.
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- de la table de Pvthagore, on n'a le moyen de représenter que des nombres dans lesquels n'existent pas deux chiffres pareils.
- Pour obvier à cet inconvénient, dès 1668, le jésuite Gaspard Scbott proposait, dans son Organum mat/tematicum, de substituer aux bandes de Neper des cylindres dont la périphérie divisée en dix bandes numérotées de o à 9 reproduirait les diverses colonnes de la table de Pvthagore, plus une colonne de 0.
- Le nombre des variantes proposées depuis cette époque pour les bâtons népériens est très grand. Il est même possible que quelques-uns de leurs auteurs les aient imaginées sans avoir connaissance de ce qu’avaient fait Neper et ses continuateurs. Il n'v aurait aucun intérêt à les passer ici en revue.
- Ün progrès restait toutefois à réaliser, à savoir d’arriver à supprimer complètement l’addition de deux nombres, exigée pour l’obtention du produit.
- Le Dr Roth, dont j’aurai occasion de vous reparler tout à l'heure, avait conçu un dispositif qui réalisait à peu près ce desideratum. Son appareil, muni de coulisses, faisait apparaître les chiffres du produit dans de petites lucarnes pratiquées ad hoc;ces chiffres étaient les uns noirs, les autres rouges, chacun des premiers était exactement pris pour sa valeur, chacun des derniers devait être augmenté d’une unité. Cela constituait assurément un progrès sur le pur procédé népérien ; ce n’était pourtant pas encore le dernier mot de la question.
- LES RÉGLETTES DE G EX AILLE. — LAPPABEIL BOLLÉE.
- C’est à M. Genaille(«), employé à l'administration des chemins de fer de l’État, que devait revenir l’honneur de donner une solution complète du problème. Grâce à une étude attentive du mode de formation des produits dans les bâtons de Neper, il parvint à reconnaître que ceux-ci pouvaient être (*)
- (*) M. Gouaille est l’auteur d’un grand nombre d’autres appareils arithmétiques très curieux, notammentd’une règle à vérifier si los nombres delà forme 2« = i sont premiers. Il a dressé aussi le projet d'une machine à calculer électrique que l’on doit souhaiter de lui voir réaliser uu jour.
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- obtenus au moyen d'échelles chiffrées placées sur chacune des dix réglettes o, 1,2, .... 9 entre lesquelles l’œil se trouverait guidé par certains tracés obtenus par la juxtaposition d’indices imprimés d’une manière invariable sur les réglettes. Ces indices sont les triangles noirs que vous apercevez sur chaque face des réglettes. Remarquez en outre que celfes-ci sont à quatre faces, chacune des faces portant la bande relative à un chiffre différent, de sorte qu’avec les dix réglettes on peut écrire un multiplicande de dix chiffres sur lesquels quatre seraient identiques.
- Voici la manière d’opérer avec les réglettes de Genaille :
- soit, par exemple, à multiplier 42407 par$(y?£. o). A la droite de la réglette fixe contenue dans la boite, je dispose les réglettes 4, 2, 4, ô, 7 en ayant soin de placer exactement dans le prolongement les uns des autres les traits divisant les bandes successives en tranches horizontales.
- Je me porte alors dans la tranche correspondant au chiffres de la réglette mobile, et je prends le chiffre qui est dans l’angle supérieur de droite de cette tranche; c’est un 6. A partir de là. j’obtiens les autres chiffres du produit par l’application de la règle très simple qui suit : dès qu’un chiffre a été obtenu,
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- CA LCU!
- »4t
- passer dans le triangle noir à la base duquel ce chiffre est con-ligu et aller prendre le chiffre marqué par le sommet de ce triangle. Dans le cas présent, Inapplication de cette règle me donne sucessivemenl les chiffres 5, 6, 9, 3, 3. J’obtiens donc le produit 339656 par une simple lecture guidée par les triangles noirs. Il est beaucoup plus expéditif de faire cette opération que de l'expliquer, et sa simplicité est telle qu’un tout jeune enfant ne sachant pas encore la table dePythagore peut, en quelques minutes, — j’en ai fait l’expérience — être mis à même de l’exécuter et d’effectuer ainsi, sans erreur possible, la multiplication d’un nombre de dix chiffres par un multiplicateur d’un chiffre.
- Afin de pouvoir écrire un nombre quelconque, quel que soit le nombre de scs figures semblables, M. Genaiile a eu aussi recours à des rouleaux analogues à ceux de Schott dont je vous ai parlé tout à l’heure. Supposons que nous ayons monté, les uns à côté des autres, vingt de ces rouleaux. Xous aurons ainsi un appareil qui nous donnera tous les produits par 1, 2,3,..., 9, de tous les nombres jusqu'au
- c’est-à-dire jusqu’au cent qutntülionième! Ce nombre dès le premier abord parait fort grand; mais, afin de mieux faire ressortir son immensité aux yeux de ceux d’entre vous qui n’ont pas l'habitude des chiffres, je vais emprunter à Édouard Lucas une comparaison tout à fait frappante.
- Supposons que l’on catalogue tous les résultats donnés par cet appareil en inscrivant sur une même ligne les 9 produits relatifs à chaque nombre; il faudra pour cela centquintillions de lignes. Si on prend l’espacement de ces lignes égal à 1 centimètre, la bande de papier nécessaire pour l’inscription de ces cent quintillions de lignes aurait une longueur égale à vingt-cinq milliards de fois le tour du monde, c'est-à-dire que, si elle s’enroulait autour de l’équateur de la terre par suite du mouvement de rotation diurne de celle-ci, il faudrait plus de 68 millions d’années pour que cet enroulement fût achevé.
- Supposons maintenant ce catalogue débité en pages do
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- ioo lignes, réunies à raison de 1000 pages par volume; le catalogue complet contiendra donc
- i ooooooooooooooo
- ou un quatrillion de volumes! Admettons que la Bibliothèque nationale puisse contenir dix millions de ces gros volumes, ce qui est un nombre respectable. Il faudrait alors
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- c’est-à-dire cent millions de fois la Bibliothèque Nationale pour contenir notre catalogue ! De tels nombres, qui confondent l'imagination, font ressortir l’extraordinaire puissance calculatrice de ce petit appareil qui lient dans un cadre de quelques décimètres de pourtour.
- M. Genaille a conçu des réglettes du même genre, que je mets sous vos yeux, pour la division et pour le calcul de l’intérêt par jour, avec les millimes, d’un capital quelconque placé à l’un des taux usuels.
- Tous les appareils à multiplication que je vous ai fait voir jusqu’ici ne fournissent que les produits d’un multiplicande d'un nombre de chiffres égal à celui des réglettes dont on dispose par un multiplicateur d’un seul chiffre.
- Si l'on a affaire à un multiplicateur de plusieurs chiffres, on peut obtenir de cette façon les produits partiels successifs, dont on n’a plus qu’à effectuer l’addition; on peut, à cet effet, se servir d’un additionneur tel que celui de M. Troncet, dont je vous ai parlé tout à l’heure. Mais il y aurait évidemment intérêt à éviter cette addition, tout en conservant à l’appareil la disposition générale qui vient d’être décrite. Ce problème a également été résolu par M. Genaille, dont l'esprit inventif parvient à surmonter toutes les difficultés. Je mets sous vos yeux une ébauche de cet appareil plus complet. Divers détails seraient encore à étudier pour rendre son emploi tout à fait commode, mais le principe en est acquis.
- Ici les réglettes peuvent recevoir un déplacement dans le sens de leur longueur, et chacune d’elles porte à sa partie in-
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- LE CALCCL SIMPLIFIÉ. *43
- férieure une échelle spéciale qu'on peut appeler échelle de glissement et un index.
- Le multiplicande étant écrit avec les réglettes, on opère avec le chiffre des unités du multiplicateur comme précédemment, mais au fur et à mesure qu’on lit un chiffre au sommet d’un triangle porté par une de ces réglettes, on fait glisser celle-ci de façon que son index vienne prolonger le trait qui correspond à ce chiffre dans l’échelle de glissement de la réglette précédente. Avec cette nouvelle disposition des réglettes, on opère encore de même au moyen du chiffre des dizaines du multiplicateur, etc....: et, à chaque fois, le premier chiffre à droite du résultat donne un chiffre du produit. Lorsqu’on opère avec le chiffre des unités de l’ordre le plus élevé du multiplicateur, on ne fait plus aucun glissement et l’on relève les chiffres donnés par toutes les réglettes ; ils complètent le produit dont les chiffres précédents ont été obtenus un à un.
- Avec un peu d’habitude, cette opération se fait très rapidement. M. Genaille l’a rendue encore plus aisée en remplaçant les positions successives prises par chaque réglette dans son mouvement longitudinal par des feuillets superposés débordant les uns sur les autres et numérotés au moyen des chiffres placés à coté des traits correspondants de l’échelle de glissement du cas précédent.
- Indépendamment des recherches de M. Genaille, M. Léon Bollée, dont les belles machines seront mentionnées plus loin, a construit un instrument des plus remarquables pour effectuer leproduil l’un par l’autre de deux nombres de plusieurs chiffres.
- Cet instrument est composé d’une variété de bâtons népériens, différents de ceux qui se rencontrent dans les appareils de M. Genaille, mais également disposés en feuillets superposés, et d’un additionneur pareil à celui qui se trouve dans l’arithmographe de M. Troncet, a celle différence près qu’on y a supprimé les teintes noires et blanches appliquées sur les dents des crémaillères et destinées à avertir d’avance si l’on doit déplacer la languette mobile dans un sens ou dans un autre; faute de cette indication, on pousse toujours de bas en haut comme si l’on voulait amener la pointe dont on se sert à
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- l'extrémité de la crosse ; si, avant d’avoir achevé ce mouvement, on sent un buttoir y faire obstacle, on ramène la pointe jusqu’au bas de la rainure.
- Cet appareil est d’ailleurs apte à effectuer toutes les opérations fondamentales de l’Arithmétique, y compris l’extraction de la racine carrée.
- Le modèle que nous avons eu sous les yeux permet d’obtenir le produitd'un nombre de i4chiffres par un nombrede6chiflre$.
- On peut, en dehors des appareils destinés à faire les opérations fondamentales de l’Arithmétique, en imaginer d’autres capables d’effectuer certaines opérations spéciales, telles, par exemple, que la recherche du jour de la semaine correspondant à une date donnée. C’est ainsi notamment qu’Édouard Lucas a imaginé divers calendriers perpétuels rentrant dans la catégorie des instruments arithmétiques, l’un, entre autres, le plus récent à la fois et le plus simple, fondé sur un principe analogue à celui des réglettes de Genaille. Il se compose de réglettes portant simplement des traits noirs et correspondant respectivement au siècle, à l’année dans le siècle, au mois, à la date dans le mois, enfin au jour de la semaine. Ces réglettes étant juxtaposées dans l’ordre convenable, les traits noirs correspondant sur chacune d’elles aux données forment une ligne brisée continue à l’extrémité de laquelle on n’a qu’à lire le résultat cherché {* ).
- B. — Les machines arithmétiques.
- Je passe maintenant aux machines arithmétiques, dans lesquelles on confie à un mécanisme le soin d’effectuer les opérations sur les nombres.
- C’était une idée hardie que de concevoir a priori la possibilité d’un tel appareil. A Biaise Pascal appartient la gloire non seulement de l’avoir eue le premier, mais encore de l’avoir réalisée. Cè puissant génie, dont la trace lumineuseest marquée
- (') Ce calendrier se trouve dons le na du 4 janvier 1890 de la Bévue Scientifique.
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- à la fois dans les Lettres et dans les Sciences, ne dédaignait point, le cas échéant, de s'appliquer à la solution des problèmes les plus pratiques. Il l’a prouvé en nous dotant du baquet; mais nulle part son esprit d'invention ne s’est affirmé d’une façon plus éclatante que dans la conception de sa machine a calculer.
- IX MACHINE DE PASCAL ET LES MACHINES ANCIENNES.
- C’est en 1642, avant d’avoir accompli sa dix-neuvième année, que Pascal inventa cette machine destinée à simplifier les comptes qui incombaient à son père comme surintendant de la Haute-Normandie, et dont il fit hommage au chancelier Pierre Séguier.
- Voici celte machine (Jîg. 6). Le très grand intérêt historique
- qui s’y attache, puisque c’est le premier exemple connu d’un appareil de ce genre, m’engage à vous en donner une description sommaire.
- Prenons un cylindre dont, par des génératrices régulière-ment espacées, nous divisons la surface en dix bandes. Numérotons ces bandes de o à 9 et supposons que le cylindre tourne derrière un écran opaque percé d’une lucarne qui ne laisse voir qu’un chiffre à la fois. Supposons que ce soit le chiffre a qui se trouve en ce moment en face de la lucarne. Si nous imprimons au cylindre, dans le sens convenable, une rotation de 7j de tour, nous amènerons devant la lucarne le chiffre 3 au lieu du chiffre 2; une nouvelle rotation de -fe détour fera apparaître le chiffre 4, et ainsi de suite. En un mot, le chiffre qui apparaît après iV» -fc» -à* — de tour est égal au chiffre
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- qui se trouvait primitivement à la lucarne augmenté de 1,2, 3, ... unités.
- Supposons dès lors que, sous le même écran opaque, plusieurs cylindres pareils au précédent soient disposés les uns à côté des autres, chacun d’eux correspondant à une lucarne percée dans l’écran.
- Faisons apparaître à la première lucarne de droite le chiffre
- 2, par exemple, à la seconde, le chiffre 4» à la troisième, le chiffre 1. Nous aurons inscrit de cette façon le nombre 142. Supposons que nous voulions ajouter à ce nombre le nombre 216. Nous ferons tourner, d’après ce qui vient d’être dit, le premier cylindre à droite de ^ de tour, le second de -jL, le troisième de £;. Dès lors apparaîtront respectivement dans les trois lucarnes les chiffres 8, 5, 3, formant la somme 358 des nombres donnés.
- Jusque-là, point d’intervention de mécanisme. Mais la raison d’être de ceiui-ci va ressortir de la double nécessité : i° d'imprimer par un moyen sûr à chaque cylindre la rotation partielle voulue; 2° de faire passer d’un cylindre à l’autre les retenues lorsqu'il y en a.
- Pour la commande de la rotation, chaque cylindre est relié par un engrenage à angle droit a une roue, apparente sur la face supérieure de la boite qui fait un tour complet en même temps que le cylindre. Cette roue (fig. 7) rappelle, par son aspect, une roue de voiture, mais les rais seuls en sont mobiles; la jante est fixe; elle est divisée en dix parties égales numérotées de o à 9. Un buttoir est fixé sur cette jante entre les divisions o et 9. On voit que si l’on introduit une pointe dans l'intervalle des rais en face de la division 1, ou 2, ou
- 3, ... et qu'avec cette pointe on pousse le rai qui se trouve à l'origine de cette division jusqu’à ce que la pointe vienne heurter le buttoir, l’axe qui porte les rais aura pivoté de ou *^7, ou -fc, ... de tour. Il en sera, par suite, de même du cylindre, grâce à l'intermédiaire de l'engrenage.
- Si donc on veut augmenter de 6 le chiffre des unités, de 1 celui des dizaines et de 2 celui des centaines, on n’a qu’à faire la petite opération qui vient d’être décrite en introduisant successivement la pointe que l’on tient à la main dans la case 6
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- de la première roue de droite, dans la case i de la deuxième et dans la case 2 de la troisième.
- Tout cela est fort simple, comme vous voyez; mais l'organe délicat, celui pour lequel Pascal a du dépenser le plus grand effort d'imagination, est celui qui a pour rôle d’effectuer les retenues, c’est-à-dire, chaque fois que la génératrice qui
- sépare le 9 du o sur un cylindre passe devant la lucarne cor respondante, de faire avancer le cylindre suivant de ~ de tour. Ce problème de mécanique a été résolu par Pascal d’une façon qui nous semblerait aujourd’hui assez imparfaite, mais qui est tout à fait remarquable pour le temps où elle a été conçue. Je ne saurais, vu le cadre restreint de cette conférence, entrer dans aucun détail à ce sujet. Je dois me borner à des notions générales et laisser, par conséquent, de côté, malgré leur très haut intérêt, les détails de construction mécanique relatifs aux machines que je vous présente. Peut-être aurai-je un jour l’occasion de développer ce côté du sujet.
- Mais je dois, pour terminer cette description sommaire, indiquer comment la machine permet d’effectuer la soustraction. U semble au premier abord qu’il suffise de renverser le sens du mouvement de la machine, mais le dispositif des retenues
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- ne se prêterait point à cette réversibilité. Si le sens de la marche doit rester le même, il devient donc nécessaire de renverser l'ordre d'inscription des chiffres sur les cylindres de façon que chaque dixième de tour, au lieu de produire une augmentation, produise une diminution d'une unité. Ce résultat a été pratiquement obtenu par Pascal de la manière bien simple que voici : le pourtour de chaque cylindre porte une seconde chiffraison de o à 9 inverse de la première et telle que la somme des deux chiffres placés sur une même génératrice soit égale à 9, ainsi qu'on le voit sur la Jig. 8 qui représente
- le développement de la surface latérale d'un des cylindres. Il suffît dès lors, au moyen d’un écran mobile, de découvrir ou de fermer la partie des lucarnes correspondant à l’une ou à l’autre chiffraison pour que la machine fournisse le résultat d’une addition ou d’une soustraction.
- La belle invention de Pascal ayant ouvert une voie nouvelle de recherches, nombre d'auteurs s’y lancèrent à sa suite, mais avec des fortunes très inégales, les uns réalisant divers perfectionnements dans le mécanisme, les autres, au contraire, n’aboutissant qu’à des conceptions pratiquement inférieures à celle de Pascal.
- C’est ainsi que le grand Leibnitz, malgré tout son génie, dépensa en pure perte une centaine de mille francs à des essais entrepris en i6;3 et qui n’aboutirent qu’à un résultat fort imparfait.
- Le Vénitien Poleni construisit en 1709 une machine analogue à celle de Pascal, qu'il ne connaissait d’ailleurs que par oui-dire, mais où le mécanisme fonctionnait au moyen de contrepoids au lieu de ressorts. Poleni, lorsqu'il se fut rendu compte de l'infériorité de sa machine, la brisa de ses propres mains.
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- IL SIMPLIFIÉ.
- La conception première de Pascal fui successivement reprise et modifiée en 1725 par Lépine, et en 1730 par Hillerin de Boilissandau. Les frottements qui se développaient dans la machine de ce dernier atteignaient dans certains cas une telle intensité que le jeu de la machine devenait à peu près impossible.
- Certains auteurs, comme Leupold ( Theatrum arithmetico-geomelricum, 1777), se sont contentés d’esquisser des projets de machines, mais sans les réaliser.
- Gersten, en 1735, imagina un mécanisme nouveau reposant sur l’emploi de crics mus par des étoiles. Pour les retenues, chaque cric, dans son mouvement ascendant, poussait l’étoile voisine de -fa de tour; dans ce cas encore, il arrivait parfois qu'il était nécessaire de dépenser un effort considérable.
- En 1750, Jacob-Isaac Pereire construisit une machine dont les dispositions différaient sensiblement de celle des précédentes. Ici, c’étaient des roues enfilées sur un môme axe et placées dans un coffret muni de rainures correspondant à chaque roue. Une aiguille introduite dans ces rainures permettait de faire tourner les roues.
- D’autres machines furent encore imaginées par lord Mahon, comte de Slanhope (1776), par Matthieu Hahn (>777), par Müller (1784), par Abraham Stem ( i8>4)-
- L ADDITIONNEUR ROTH.
- L'ordre chronologique voudrait que j'abordasse maintenant rarithmomèlre de Thomas, de Colmar, qui marque une étape décisive dans l'histoire des machines à calculer, mais je tiens auparavant à vous dire quelques mots d’une machine qui, bien que postérieure à celle de Thomas, se rattache plus étroitement à celle de Pascal ; je veux parler de l’additionneur du Dr Koth.
- Cette machine ( fig. 9) ne diffère de celle de Pascal que par sa disposition générale, qui permet de lui donner des dimensions moins encombrantes, et par le détail de son mécanisme, qui déduit de beaucoup l'effort à dépenser ; le principe est le même.
- a* Strie, t. V. iS
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- Dans l’additionneur Roth, la chiffraison, au lieu d’être inscrite sur la surface latérale d’un cylindre, l’est le long d’un cercle décrit sur un disque qu'on fait tourner directement au moyen d’une pointe introduite entre des dents fixées à sa tranche. La chiffraison de sens contraire correspondant à la soustraction est marquée en rouge sur un cercle concentrique
- au premier, chacune de ces chiffraisons paraissant à une lucarne distincte.
- Le perfectionnement mécanique réalisé par rapport à la machine de Pascal et à toutes celles qui en sont dérivées tient à ce que les appareils de retenue, d’un système d’ailleurs entièrement nouveau, sont disposés de façon à n’avoir jamais à fonctionner simultanément.
- Dans les machines précédentes, lorsqu’on ajoutait i unité à 99999» cinq appareils de retenue fonctionnaient simultanément. Dans l’additionneur Roth, ces cinq appareils fonctionnent successivement, quoique à très court intervalle, de sorte que l'effort à dépenser, qui précédemment atteignait une notable intensité, reste ici toujours le môme. Suivant la pittoresque expression de l’inventeur lui-même, sa machine fait un feu de file, alors que celle de Pascal faisait un feu de peloton.
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- Cl SIMPLIFIÉ.
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- En outre, un ingénieux dispositif permet de remettre très rapidement la machine à zéro. En tirant sur un bouton placé sur ie côté de la boite, on fait apparaître des 9 à toutes les lucarnes, tl suffit alors d’ajouter une unité, c’est-à-dire de faire avancer d’une dent la première roue de droite, pour ramener partout des o.
- Toutes les machines qui viennent d'être sommairement décrites ou mentionnées sont à la fois des additionneurs et des soustracteurs. Elles permettraient évidemment d’opérer par répétition des multipl ications et des divisions, mais le temps et la peine qu’il y faudrait, pour peu que le multiplicateur ou le diviseur fût un peu grand, feraient renoncera ce procédé.
- Il y avait là un pas important à franchir. C’est à Thomas, de Colmar,querevieniletrèsgrandméritedel’avoirfait,en t8ao( < ). On est même en droit de dire que c’est de sa belle invention que date le véritable essor pris par les machines à calculer qui n’avaient guère été jusque-là que de simples objets de curiosité.
- l'ABITHHOMIRE THOMAS.
- La machine à calculer ou arithmomètre de Thomas a fait l’objet d’une petite industrie qui, depuis une trentaine d’années, sous l’habile direction de M. Payen, n'a cessé de progresser jusqu’à nos jours. Certes, les arithmomètres livrés aujourd’hui au public diffèrent notablement, dans leurs détails, du modèle primitif établi par Thomas ; mais la partie essentielle, dont je vais vous indiquer le principe, est restée la même. Les perfectionnements successifs, dus pour la plupart à des collaborateurs anonymes, simples ouvriers parfois, qu’en-
- (') lt semble toutefois que divers essais en ce sens aient dû précéder ceux de Thomas. D'après un passage de la correspondance de Krat2cnstein. celui-ci aurait, dès i;6a, présenté à l’Académie des Sciences de Stockholm une machine à multiplier. Mais aucun renseignement ne nous est parvenu au sujet de celte Invention. Elle ne saurait rien enlever au mérite de celle de Thomas, qui, d'ailleurs, fut la première, par sa simplicité, à s’imposer ou public. Kratienstein dit même que la machine de Leibnitz, qui, malheu-reusemeot, ne put atteindre à un fonctionnement convenable, aurait permis d'effectuer la multiplication.
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- I. d’ocagne.
- courageaient les conseils éclairés et les intelligentes libéralités de Thomas, absorbé par d’autres soins que celui de reviser le type de sa machine, ont porté exclusivement sur les détails du mécanisme. Je ne saurais dire quelle somme de génie s'y est dépensée; et il me faudrait au moins une conférence tout entière pour vous signaler les petites merveilles de mécanique pratique qui se rencontrent là; mais je ne dois pas perdre de vue que le temps m’est strictement mesuré et que je ne puis m’écarter des aperçus généraux.
- Je me bornerai donc à une description sommaire, mais je liens tout d’abord à vous dire que, comme facilité et comme sûreté de fonctionnement, de même que comme solidité, l’arithmomètre Thomas ne laisse rien à désirer; c’est ce qu’atteste une expérience journalière, poursuivie depuis plus d’un demi-siècle, dans les bureaux de calculs de tous les grands établissements scientifiques et financiers.
- Le trait de génie de Thomas, de Colmar, a consisté, au lieu d écrire directement sur la machine le nombre à introduire dans l’addition, à l'écrire sur une partie annexe d’où, par un simple tour de manivelle, on le fait passer sous les lucarnes où se lit le résultat. A procéder ainsi, on n’a rien à gagner au point de vue de l’addition, attendu qu'en outre de l’inscription de chaque nombre, qui suffisait précédemment, il y aura encore un tour de manivelle à donner, mais on voit tout de suite le bénéfice qui résultera de là au point de vue delà multiplication, puisque, une fois que le multiplicande aura été écrit, chaque tour de manivelle le fera entrer une fois de plus dans le résultat. Voici, réduit à ce qu'il a d’essentiel, le dispositif grâce auquel Thomas a pu réaliser son idée.
- Chaque disque, portant une chifîraison de o à 9, qui se meut sous une lucarne de la machine, reçoit son mouvement, par l’intermédiaire d’engrenages convenablement disposés, d’un arbre à section carrée le long duquel peut glisser une roue dentée qui l’entraîne dans son mouvement de rotation; or, cette roue dentée engrène elle-même avec un tambour denté dont la surface latérale développée offre l’aspect représenté par la fig. 10, où les traits noirs figurent les dents en relief. On voit que suivant que la roue dentée, qui est mobile
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- LE CALCUL SIUPLISIÉ. 353
- le long de l'arbre à section carrée, se trouve aux différents points delà longueur du tambour denté, elle engrène aveco, 1,2,... ou 9 dents de ce tambour. Lors donc que celui-ci fera un tour
- entier, la roue, suivant sa position, avancera de o, 1, 2,... ou 9 dents. Par suite, le disque gradué tournera de o, •&, -ft, ...
- ou JL de tour, ainsi qu’on l'amenait à le faire directement dans les machines précédentes.
- Les tambours correspondant aux divers ordres décimaux sont placés sous une platine fixe 1, percée de rainures B (fîg- 11). Des boutons C engagés dans ces rainures permettent de déplacer les petites roues dentées le long de ces
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- [. d’ocagxe.
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- tambours. Chacun de ces boutons est muni d’un index, et le bord de la rainure porte une graduation de o à 9, telle que, lorsque l’index est en face du chiffre o, i, a, ... ou 9, la petite roue dentée est au point de sa course où elle engrène avec o, 1, 2, ... ou 9 dents du tambour.
- Enfln, tous les tambours reçoivent leur mouvement d’un même arbre de couche que l’on manœuvre au moyen d’une manivelle M.
- Si donc, toutes les lucarnes D étant à o, on amène l'index du premier bouton de droite en face du chiffre 3, celui du second en face du chiffre 4,celui du troisième en face du chiffre 2, tous les autres étant à o, et qu’on donne un tour de manivelle, le premier disque à droite tournera de-^de tour, le second de-^, le troisième de et on lira dans les lucarnes, en commençant par la droite, les chiffres 3, 4 et 2; on aura donc ainsi fait passer dans la machine le nombre 243. Donnons maintenant un second tour de manivelle. Le premier disque à droite tournera encore de de tour et le chiffre 6 apparaîtra à la place du 3 ; le deuxième tournera de ^ de tour et montrera le chiffre 8; le troisième tournera de ^ de tour et montrera le chiffre 4• Donc, après 2 tours de manivelle, on lira, dans les lucarnes, le nombre 486» double de 243; après 3 tours, on lirait le triple; après 4 tours, le quadruple, et ainsi de suite.
- Il faut toutefois, pour cela, que les retenues s’inscrivent, c'est-à-dire que, lorsque l’intervalle de 9 à o d’un des disques gradués passe sous la lucarne correspondante, le disque placé immédiatement à la gauche de celui-ci avance de-^dc tour. Ce résultat est obtenu dans l’arithmomètre Thomas au moyen d’un mécanisme des plus ingénieux au sujet duquel je ne puis malheureusement entrer, faute de temps, dans aucun détail. Je tiens toutefois à dire qu’afin d’éviter toute dépense d’effort anormale l’inscription successive des retenues (le feu de file du Dr Roth) est ici obtenue grâce à la disposition suivante : les neuf dents d’inégale longueur de chaque tambour ne sont pas disposées sur la périphérie entière de ce tambour; elles en occupent à peu près la moitié. De celte façon, on peut, par une différence de calage des tambours successifs, faire en sorte que chacun d’eux ne commence son effet qu'avec un
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- LE CALCUL SIMPLIFIÉ. *55
- petit retard sur le voisin et l’on conçoit que l'on puisse profiter de cette circonstance pour ne faire agir sur chaque arbre l'appareil de retenue voisin que lorsque cet arbre ne reçoit aucun mouvement du tambour qui lui est propre.
- Quelque grand que soit le bénéfice qu’il y a à effectuer la répétition d’un même nombre par le jeu delà manivelle, il n’eût pas suffi, sans le complément dont je vais parler maintenant, à rendre la multiplication assez rapide pour les besoins de la pratique. Supposons, par exemple, qu’il s’agisse de multiplier un nombre par 46*5. S’il fallait donner 4625 tours de manivelle, le temps employé à cette opération dépasserait certainement celui qu’exigerait l’application pure et simple de la règle donnée en Arithmétique. C’est alors qu’intervient un nouvel artifice imaginé par Thomas. La platine III, dans laquelle sont percées les lucarnes D et qui porte les disques gradués, est mobile dans le sens de sa longueur. Chaque fois qu’elle avance d’un cran vers la droite, chaque tambour moteur vient agir sur le disque gradué correspondant à l’ordre décimal immédiatement supérieur à celui du disque qu’il mettait précédemment en mouvement. Si donc on veut multiplier par 4625 le nombre inscrit au moyen des index, on donnera 5 tours de manivelle; puis on fera avancer la platine mobile d’un cran vers la droite etl’on donnera 2 tours de manivelle, et de même après l’avoir fait avancer successivement de deux nouveaux crans, on donnera 6 et 4 tours de manivelle. On aura donc eu à donner en tout au lieu de 4Ô25 tours de manivelle.
- Vous remarquerez, en outre, que la platine mobile porte un second rang de lucarnes, E, plus petites que les premières, où, pour chaque ordre décimal, un compteur enregistre le nombre de tours de manivelle. De cette façon, le multiplicateur s inscrit aussi sur l’appareil, ce qui permet de vérifier, à la fin de l'opération, que celle-ci a bien été celle qu’on désirait effectuer, c’est-à-dire qu’on n’a pas, par inadvertance, donné pour l’un des ordres décimaux un tour de manivelle de plus ou de moins.
- Quant au renversement de la marche de la machine, destiné à lui faire effectuer les opérations soustractives au lieu des opérations additives, il s’obtient par le moyen très simple que voici :
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- I. d’ocagne.
- La transmission du mouvement de chaque arbre carré à la roue dentée qui entraîne le disque gradué correspondant se fait par l’intermédiaire d’un chariot tel que celui qui est re-
- présenté sur la Jig. 12. Un levier, poussé de l’extérieur au moyen d’un bouton X {fig. 11 ), permet de donner simultanément à tous les chariots un petit déplacement en vertu duquel c’est tantôt l’une et tantôt l’autre de leurs roues dentées qui engrène avec la roue du disque. La figure montre clairement que de l’un à l'autre cas le sens de la rotation de cette dernière est changé, par suite aussi celui de la rotation du disque.
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- :alcul SIMPLIl
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- L’arithmomèlre est muni d’un effaceur qui repose sur un principe à la fois si simple et si ingénieux que je ne puis me dispenser d’en dire un mot. En agissant sur un bouton G (fig. 11 ) fixé extérieurement à la platine mobile et qui ne peut fonctionner que lorsque celle-ci est soulevée, on fait mouvoir
- Kig. .3.
- une crémaillère qui engrène avec une roue dentée spéciale portée sur le pivot de chaque disque gradué (Jig. i3). L’écartement des dents de cette roue est de -jV de circonférence, mais une de ces dents manque, celle qui viendrait en prise avec la crémaillère lorsque le o du disque apparaît à la lucarne. Lors donc qu’on a poussé la crémaillère jusqu’à ce que le o ail réapparu dans une des lucarnes, elle cesse d’agir sur le disque correspondant, faute de rencontrer une nouvelle dent
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- à pousser en avant. Une fois que tout a été ainsi ramené à o, on lâche le bouton ; un ressort rappelle alors la crémaillère dans sa position de repos où elle cesse d’engrener avec les roues dont il vient d’être question.
- Mais le détail mécanique le plus intéressant de cette machine, qui rend son jeu absolument sûr et lui donne une supériorité marquée sur plusieurs de ses congénères, est celui dont je vais parler maintenant. Il s'agit d’un dispositif propre à empêcher que l’inertie des pièces du mécanisme ne les entraîne, en vertu de la vitesse acquise, au delà de la position dans laquelle elles doivent s'arrêter. Ce dispositif, auquel le constructeur a donné le nom de croix de Malte, et qui fonctionne aussi bien pour les appareils de retenue que pour les tambours, est combiné de telle sorte qu’au moment précis où ces divers organes ont effectué le mouvement exigé par l’opération qu'on a à faire, une pièce rigide pressée contre eux vient les immobiliser complètement.
- Tel est, dans ses grands traits, l’arithmomètre Thomas. Il y aurait encore, je le répète, nombre de particularités intéressantes au point de vuemécaniqueàsignalerdanscette machine, mais il ne m’est pas possible d’entrer ici dans plus de détail.
- J’ajouterai toutefois que l’usage de l’arithmomètre n’est pas limité aux seules multiplication et division. En particulier, grâce à un théorème sur la suite des nombres impairs qui permet de ramener l’extraction de la racine carrée à une série de soustractions, il se prête très aisément aussi à celte opération. Le savant physicien alsacien Ilirn a publié, en i863, dans les Annales du Génie civil, une notice curieuse où il signale divers usages auxquels peut se prêter l’arithmomètre.
- Si, tout en me bornant d’ailleurs à des généralités, je me suis autant étendu sur l’arithmomètre Thomas, c’est, d’une part, que cette machine est la première en date de celles qui ont vraiment pénétré dans la pratique, de l’autre, qu’elle continue à être la plus répandue; mais les principes qui ont présidé à sa construction ont reçu depuis lors d’autres applications, nombreuses et variées, dont quelques-unes marquées au coin de l’esprit le plus inventif. Et si l’on doit constater que ces machines ne sont pas parvenues à détrôner l’arithmomètre
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- c.vLcri
- IPLIFIK.
- a5ç>
- Thomas, en partie sans doute parce qu'une plus grande complication de mécanisme donnait à quelques-unes d'entre elles au moins une plus grande fragilité, il serait en revanche profondément injuste de méconnaître les perfectionnements théoriques qui s’y trouvent réalisés.
- L’ARITIDIXCREL. — LA MACHINE ROTH.
- Au premier rang de ces machines, il convient de placer celle de Maurel, perfectionnée ensuite par l’inventeur et par Jayet, et qui, par contraction du nom d'arilhmomètre Maurel, s'est appelée Yarithmauret.
- La construction très soignée de cette machine permet d'imprimer à ses divers organes une rotation très rapide grâce à un effort minime. C est ainsi que, pour faire passer un nombre dans les lucarnes où se lit le résultat, il suffit, au lieu de donner un tour de manivelle, de faire parcourir une seule division aune aiguille sur un cadran portant neuf divisions. Lors donc qu’un multiplicande est inscrit, au moyen de tiges graduées dont le maniement est analogue à celui des boutons de l’arithmomctre Thomas, on n’a qu’à inscrire le multiplicateur, au moyen des aiguilles dont il vient d’être parlé, sur les cadrans gradués correspondant aux divers ordres décimaux, pour que le résultat apparaisse immédiatement dans les lucarnes disposées à cet effet.
- Cette extraordinaire rapidité de fonctionnement est obtenue grâce à certaines particularités du mécanisme dont les principales sont les suivantes :
- i* Au lieu d’avoir autant de cylindres dentés qu'il y a de disques gradués pour l'inscription du résultat, un seul cylindre agit sur tous ces disques qui sont disposés circulaire-ment sur sa périphérie ;
- a* Grâce à un engrenage différentiel convenablement disposé, chaque disque gradue peut être actionné à la fois par le cylindre central et par l’appareil à retenues correspondant au disque précédent.
- Cette machine était assurément voisine de la perfection théorique, mais la complication de son mécanisme, jointe
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- 1. DOCAGNE.
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- à sa grande fragilité,ne lui a pas permis de se prêter à une fabrication courante.
- Je ne ferai que citer, comme se rattachant au même genre, la machine du J)r Roth (l’inventeur de l’additionneur signalé plus haut), dont les dispositions sont ingénieuses, mais qui exige une assez grande dépense d’effort, et qui est restée à l’état de curiosité théorique.
- LA MACHIXE TCHEBICDEF.
- Voici maintenant la machine de AI. Tchebichef (‘), dont, grâce à la libéralité du grand mathématicien russe, le Conservatoire possède l'unique exemplaire qui existe au monde. Le trait saillant de cette curieuse machine, dans les moindres dispositions de laquelle se révèle le génie mécanique de son illustre auteur, consiste dans la continuité du mouvement. Alors, en effet, que dans les autres machines le report des retenues donne lieu à des changements brusques qui ne sont obtenus qu’au prix d une grande complication dans la construction, ce report, dans la machine que nous examinons maintenant, s’opère graduellement. Dans ces conditions, le résultat ne saurait plus se lire suivant une ligne droite, mais suivant une ligne ondulée. Cela n’entraîne d’ailleurs aucune difficulté dans l’usage de la machine, grâce à la bande blanche que vous apercevez dans les lucarnes et par laquelle la lecture est guidée.
- Un grand avantage de la machine de M. Tchebichef consiste en ce que sa partie essentielle, l’additionneur, peut être isolée du reste de la machine et fournir, par simple inscription directey sans le secours d’aucune manivelle, le résultat de la totalisation d’une suite de nombres pris d’ailleurs, les uns avec le signe -4-, les autres avec le signe —, alors que, dans tous les autres additionneurs, l’addition, d’une part, la soustraction, de l’autre, ne peuvent se faire que séparément. La seconde partie de la machine, s’adaptant à la première par simple juxtaposi- (*)
- (*) On trouvera dans une Note annexe la description complète de cette machine.
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- F. CALCtîl
- CUPLIFIÉ.
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- lion, permet, en agissant par répétition sur l'additionneur, d’effectuer la multiplication et la division.
- On peut très justement assimiler l'additionneur à un piano et l’appareil qui le transforme en multiplicateur, au mélotrope qui, adapté à ce piano, permet de le faire fonctionner mécaniquement par simple rotation d’une manivelle.
- Le mode d'emploi de la machine pour la multiplication est d’ailleurs remarquablement simple.
- Le multiplicande et le multiplicateur étant inscrits sur deux parties différentes de la machine, au moyen de boutons mobiles dans des rainures graduées, on tourne la manivelle d’un mouvement continu jusqu’à ce que les boutons du multiplicateur soient tous revenus dans leur situation initiale. Le produit se lit alors dans les lucarnes du résultat.
- 11 existe à l’étranger d’autres types de machines à calculer ne figurant point dans la collection du Conservatoire. Je me bornerai à mentionner les machines Grant ( États-Unis), Odliner (Russie), Selling (Allemagne).
- LA MACHINE BOLLÊE.
- Dans toutes ces machines, la multiplication est toujours effectuée par additions successives.
- Un jeune inventeur français, M. Léon Bollée, a construit pour la première fois une machine effectuant directement la multiplication.
- Fait bien remarquable et bien digne d’être noté, c’est, ainsi que Pascal, à 1 âge de dix-huit ans que M. Bollée a conçu son invention, présentée pour la première fois au public à l’Exposition universelle de 1889. Mais ce n’était pas là le coup d’essai de ce précoce inventeur qui,dès l’âge de onze ans, s’était appliqué à construire de petits appareils destinés à la simplification du calcul.
- Dans cette machine ( ftg. 4), les cylindres chiffrés, tournant sous les lucarnes, reçoivent leur mouvement de tiges verticales T (’) munies de crémaillères. Suivant qu’on faitavan-
- (•) C*est par erreur que, sur la fi g. i'A, ces liges ont été représentées
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- . d’ocagxe.
- Pour imprimer à chaque crémaillère le mouvement voulu, une autre partie de la machine, le chariot B, dit calculateur,
- renferme une série de plaques hérissées de petites tiges d’acier qui constituent des sortes de bâtons népériens en relief. L’ne de ces plaques calculatrices est représentée par la Jig. i5. J’appellerai ligne l'ensemble des pointes placées sur une droite parallèle aux petits côtés de la plaque, et colonne l’en-
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- CALCUL SIMPLIFIÉ.
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- semble des pointes placées sur une droite parallèle aux grands côtés. Une telle plaque est solidaire de chaque bouton du calculateur, mobile dans une rainure graduée ainsi que dans rarithmomètre Thomas.
- Lorsque le bouton d’une des rainures se trouve en face du chiffre 6, par exemple, de la graduation de cette rainure, la plaque calculatrice correspondante est placée de telle sorte que c’est la ligne des pointes d’acier figurant en relief les multiples de 6 qui se trouve dans le plan vertical contenant les liges à crémaillère dont il a été question plus haut.
- Le calculateur B peut être déplacé latéralement au moyen d’un pignon engrenant avec une crémaillère fixée au châssis A et qui est mis en mouvement à l’aide de la manivelle M. Chaque tour complet de cette manivelle fait franchir au calculateur l’espace, limité par les tiges T, correspondant à un ordre décimal complet, et lorsque, au cours d'un tour, on arrête la manivelle M dans l'encoche portant un certain numéro, 4 par exemple, ce sont, dans chaque plaque calculatrice, les colonnes des pointes figurant les produits partiels par 4 qui se trouvent dans les plans de profil des tiges T.
- On voit donc, le multiplicande étant écrit au moyen des boutons du calculateur, qu’en amenant la manivelleMsurun chiffre du multiplicateur, on aura disposé les plaques calculatrices de façon à faire apparaître, par l’intermédiaire des tiges à crémaillère, le produit correspondant. Le mouvement voulu est d’ailleurs obtenu au moyen d’un tour de la manivelle P qui, en soulevant verticalement le châssis A qui porte le calculateur B, fait pousser par les pointes d’acier de ce calculateur les tiges à crémaillère avec lesquelles engrènent les cylindres gradués-.
- Ici encore, bien entendu, doit intervenir un appareil pour les retenues d’addition. Celui qu’a adopté M. Bollée,d’un type tout nouveau, serait fort intéressant à étudier. Je ne puis malheureusement, en raison du cadre restreint de mes conférences, entrer dans aucun détail à son sujet.
- Pour un multiplicateur de plusieurs chiffres, il n’y a qu’à effectuer l’opération qui vient d’être décrite successivement pour ces divers chiffres en déplaçant chaque fois le calculateur d’une case, de manière à passer à l’ordre décimal suivant.
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- a64 a*, d’ocagxe.
- Il suffît pour cela de faire franchir à la manivelle M une étoile qui est figurée entre le o et le 9 du manipulateur.
- On voit que la manœuvre de celle machine est remarquablement simple, puisqu'elle n’exige qu’un nombre de tours de manivelle égal à celui des chiffres du multiplicateur. Supposons par exemple, comme précédemment, qu'on veuille multiplier un nombre par 46^5. Après avoir inscrit le multiplicande au moyen des boutons du calculateur, on amènera, à l'aide de la main droite, la manivelle M (tournant dans le sens inverse de celui des aiguilles d’une montre) successivement sur les chiffres 4> 6, 2 et 5 du manipulateur, en ayant soin, dans chaque intervalle compris entre ces arrêts, de lui faire franchir l'étoile. En outre, a chacun de ces arrêts, on donnera un tour delà manivelle P tenue de la main gauche et tirée, dans sa position inférieure, d’arrière en avant. Celte manœuvre se fait avec une extrême rapidité, et, tandis que le produit s’inscrit dans les lucarnes supérieures, le multiplicateur apparaît aux lucarnes inférieures.
- Lorsque la manivelle M est fixée dans le cran 1 du manipulateur, la machine fonctionne comme un additionneur.
- Pour changer le sens de la marche de la machine, de façon à effectuer les opérations soustractives, on n’a qu’à agir sur le levier I qui peut être à volonté fixé dans l’un ou l’autre de deux crans affectés des signes et —.
- Le mécanisme de ce changement de marche, celui aussi des effaceurs, que l’on fait fonctionner au moyen de poignées qui apparaissent à la partie supérieure de la machine, mériteraient une description détaillée qui ne saurait malheureusement trouver sa place ici (•).
- (*) Depuis que ces lignes ont été écrites, J'ai eu connaissance d'un nouveau modèle que M. Bottée a construit de sa machine. Dans ce modèle se trouvent réalisés des perfectionnements du plus haut intérêt. C’est ainsi qu’un système général d’enclenchement est disposé de façon que la machine refuse non seulement «l’opérer un calcul impossible ou faux, mais même de faire toute fausse manœuvre, contre le gré même de l’opérateur. L'avantage de celte disposition n’apparait pas pour la multiplication, mais il s’affirme d’une manière éclatante pour l’extraction de la racine carrée qui, dans le premier modèle de la machine Bollée, comme dans les machines précédentes, exigeait une attention assez soutenue de la part de l’opéra-
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- LE CALCUL SIMPLIFIÉ.
- A côté de la machine Bollée, figurait, à l'Exposition de 1889, l’ébauche d’une machine, inventée par M. Huetz, qui présentait une disposition mécanique toute spéciale. Dans celte machine, au lieu d’agir sur des roues dentées, l’opérateur agit sur des parallélogrammes qu'il ouvre plus ou moins, suivant le chiffre par lequel il veut multiplier. Mais cet appareil n’avait pas encore à cette époque, au dire même de son inventeur, atteint son type définitif. J’ignore si, depuis lors, il s’en est rapproché.
- LES MACHINES DIFFÉRENTIELLES (BABBÀGE, SCHECTZ, BOLLÉE).
- Toutes les machines dont je vous ai entretenus jusqu’ici ne permettent d’effectuer, à la fois, qu’une opération portant sur deux nombres. Est-il possible d’imaginer des machines donnant d’un seul coup le résultat de la combinaison d’un certain nombre de ces opérations partielles effectuées sur toute une série de nombres? Pour prendre un des exemples les plus fréquents dans la pratique, supposons que l’on forme les puissances successives d’un certain nombre, qu’on les multiplie par des coefficients donnés et qu’on fasse la somme de tous ces produits partiels, conçoit-on que l’on puisse mécaniquement obtenir en bloc le résultat de cette combinaison d’opérations arithmétiques?
- Au premier abord, l’esprit est effrayé par les termes mêmes d’un tel problème et n’ose entrevoir la possibilité de sa solution. Eh bien, celte impression a priori est démentie par les faits, et je vais maintenant vous faire connaître une dernière catégorie de machines où le problème est complètement résolu.
- Le seul fait d’avoir tenté de réaliser de telles inventions décèle, il faut l’avouer, une singulière audace intellectuelle. On doit faire honneur de cette audace à un savant anglais, Charles Babbage, qui, dès i838, jetait les bases de cette magnifique découverte.
- leur, et qui, dans ce nouveau modèle, s'efleclue tout à fait automatiquement, ce que l'on serait tenté de considérer a priori comme à peu pics impossible ù réaliser.
- a* Série, t. V. >9
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- Babbage imagina successivement plusieurs types de machines. La première d’entre elles reposait sur l'emploi des différences successives d'une fonction algébrique et entière. Mais la plus étonnante est celle dont il fixa le type en dernier lieu; il n’eut malheureusement pas le temps d'en terminer l’exécution avant sa mort, malgré les subsides très considérables que le gouvernement anglais mit à sa disposition et qu’il grossit encore au moyen d’une partie de sa fortune personnelle. Toutes les pièces de la machine ont été fabriquées; c’est leur montage qui est resté inachevé à la mort de l’inventeur: le fils de celui-ci, général dans l’armée anglaise, possède et la partie déjà faite et les pièces restant à monter. Peut-être se trouvera-t-il un jour quelqu’un pour reprendre et mènera terme l’œuvre de Babbage.
- Cette machine tient réellement du prodige. Je ne puis songera en donner ici une description détaillée, mais je tiens à vous indiquer en quelques mots son mode de fonctionnement (’).Vous serez ainsi convaincus que ce n’est pas sans raison qu'on a pu dire qu’elle consiiluaitune véritablemanufacture déchiffrés.
- Elle se compose de deux parties essentielles, appelées par Babbage lui-même, l'une le magasin, l’autre le moulin. Vous allez voir comment ces noms sont justifiés.
- Le magasin se compose d'une série de colonnes verticales formées par l’empilement de rondelles portant sur leur tranche une chiffraison de o à 9. C'est sur ces colonnes, en alignant les chiffres de chaque nombre sur une même génératrice par la
- t‘) Cotte description a été donnée par le général Menabrea. alors capitaine du génie dans l'armée piémonlaise, en iS^a. dans la Bibliothèque Universelle de Genève 't. XLI, p. 3ôj). il va lieu, à ce propos, de mentionner m» fait curieux «pie le général Mcnabrea porta à la connaissance de l’Académie des Sciences de Paris, lorsqu'on il entretint la docte compagnie de la machine de Babbage. Son Mémoire avait été traduit en anglais par un anonyme qui y avait ajouté des notes indiquant une remarquable pénétration d’esprit en même temps qu’une pleine intolli'-rence du sujet. Intrigué par cet anonymat, le capitaine Menabrea pria Babbage de lui en dévoiler le secret. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque celui-ci lui livra le nom de lady Ada Lovelace, la tille unique de lord Byron? On ne saurait guère imaginer de plus singulier contraste quo celui offert par cette fille de poêle s'appliquant û l’étude si exacte et si ardue des machines à calculer.
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- rotation individuelle des diverses rondelles, que l’on Inscrit les nombres entrant dans la formule dont il s’agit de calculer le résultat.
- Le jeu de la machine a pour effet de venir, en quelque sorte, puiser les nombres inscrits dans le magasin pour les transporter, suivant l’ordre voulu, danslemou/Z/ioù s'effectue mécaniquement l’opération demandée.
- On voit dès lors que, suivant le genre d’opération à effectuer, doit intervenir un dispositif spécial propre à déterminer dans le mécanisme permanent de l'appareil les mouvements voulus. Le dispositif est réalisé tout simplement au moyen d’une feuille de carton ajourée, du genre de celles qui interviennent dans le métier de Jacquart ainsi que dans cet ingénieux appareil appelé mélotrope qui, adapté au clavier d’un piano, permet de faire fonctionner celui-ci mécaniquement ainsi qu'un orgue de Barbarie, en tournant une manivelle.
- De même que, dans ce dernier cas, les trous percés dans le carton constituent une notation musicale spéciale, de même, dans la machine de Babbage, ces trous constituent une sorte de notation algébrique, et l’on conçoit que l’on puisse déterminer a priori la forme et la disposition de ceux-ci en vue d’une certaine opération à effectuer.
- Mais ce n’est pas tout encore, et il semble qu’ici l’imagination s’égare : la machine est combinée de telle sorte qu’elle puisse fournir tout imprimés, non seulement le résultat de l’opération effectuée, mais encore l'indication de cette opération écrite au moyen des signes de l’algèbre ordinaire, de façon qu’on soit à même de vérifier qu’on n’a point commis d'inadvertance en posant le calcul.
- La machine de Babbage, je l’ai déjà dit, est restée inachevée, mais telle qu’elle existe, elle peut, si mes renseignements sont exacts, opérer, suivant le mode que je viens d’indiquer sommairement, sur trois nombres à la fois.
- Deux Suédois, MM. Scheutz père et fils, aiguillonnés par l’exemple de Babbage, entreprirent, sans connaître d’ailleurs le mécanisme imaginé par celui-ci, de construire une machine analogue. Leurs efforts, encouragés par le Roi de Suède et par l’Académie des Sciences de Stockholm, furent couronnés
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- »G8 SI. DOCAGXE. — LE CALCUL SIMPLIFIÉ.
- d’un plein succès. Leur machine, qui figurait à l’Exposition universelle de i855, est devenue, grâce à la libéralité d’un riche négociant américain, la propriété de l'observatoire Dudley, d’Albany, aux États-Unis. Celte machine, qui fonctionne par la simple rotation d’une manivelle, se compose de quatre étages à chacun desquels apparaît la somme des nombres successivement inscrits à l’étage inférieur. Elle peut ainsi opérer sur les différences quatrièmes, et permet conséquemment de calculer les tables d’une fonction donnée par son développement en série, lorsqu’on s’arrête à la quatrième puissance de la variable. Mais cette machine ne se contente pas de calculer: elle stéréotype, c’est-à-dire qu’elle fournit le résultat calculé imprimé en creux dans une lame de plomb. On lui a ainsi, paraît-il, fait calculer et composer des Tables de logarithmes, de sinus et de logarithmes-sinus ! Il y a véritablement là de quoi confondre la pensée!
- Et pourtant cette merveilleuse invention 11e doit pas meure un terme à nos étonnements. M. Léon Bollée m’a, en effet, avisé — et ce que je vous ai fait connaître de ses inventions antérieures prouve qu'on peut le croire sur parole — qu’il est en train de mettre la dernière main à une machine procédant, comme celle de Scheutz, par différences successives, mais pouvant opérer sur des différences du vingt-septième ordre!
- Aussi, ne puis-je, en terminant cette conférence, faire autrement que de m’approprier cette belle citation empruntée à Bossuet {‘) par Édouard Lucas dans une occurrence analogue : « Après six mille ans d’observations, l’esprit humain n’est pas épuisé; il cherche et il trouve encore, afin qu'il connaisse qu’il peut trouver jusques à l’infini, et que la seule paresse peut donner des bornes à ses connaissances et à ses inventions. »
- (') Traité de la
- de Dieu et de
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- NOTE
- Description et indication du mode d’emploi de la machine arithmétique à mouvement continu de M. Tchebichef.
- M. Tchebichef n’a publié relativement à sa machine arithmétique qu’une Note très succincte et sans figures, qui a paru dans le n° du 23 septembre 1882 de la Revue Scientifique (t. XXX, p. 402).
- Cette Note, dont le but était surtout de faire connaître l’ingénieux principe de l'additionneur qui entre dans la composition de cette machine, n'était pas de nature, vu sa brièveté, à faire exactement comprendre le jeu de celle-ci.
- C’était là une lacune regrettable. Une heureuse circonstance nous a permis de la combler. M. Tchebichef étant venu passer à Paris le mois de mai de cette année, il noos a été donné de recueillir de sa bouche même toutes les explications désirables. Nous nous sommes ainsi trouvé en mesure de rédiger la description suivante. Cette description, soumise au grand géomètre russe, a reçu sa pleine approbation (1 ). On peut donc la considérer, bien qu’elle n’ait pas été écrite do sa main, comme étant le reflet exact de sa pensée.
- DESCRIPTION DE LA MACHINE.
- Additionneur. — Dix tambours portant sur leur périphérie la chif-fraison deo à 9 trois fois répétée (fig. 2 ) sont mobiles autourd’un même axe à l'intérieur d’un cylindre plein (fig. 1 ) percé, le long d’une de ses
- C) Cette approbation s’étend, bien entendu, jusqu'au choix des termes employés. C'est ainsi, par exemple, que M. Tchebichef a donné son assentiment à la substitution du terme de roues motrices à celui de roues réceptrices dont il sciait précédemment servi (loc.cit.) pour désigner les roues commandant le mouvement des tambours de l'additionneur.
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- i'OCAGNE.
- génératrices, de lucarnes L dans lesquelles se lisent, ainsi qu’on le verra plus loin, les différents chiffres du résultat à obtenir.
- Dans chacun des intervalles laissés entre ces tambours ainsi qu’à l’extrémité droite de la file est disposée une roue motrice R. qu’on peut faire ourner au moyen de dents implantées sur sa tranche. Chacune de ces
- roues motrices, poussée, pour l’addition, d'arrière en avant, commande le tambour qui est immédiatement à sa gauche.
- Le mouvement de chaque tambour est composé de deux autres :
- i° D’un mouvement angulaire d’autant de divisions qu’il y a d’unités dans le chiffre do rang correspondant du nombre ajouté, mouvementqoi est proportionnel à celui de la roue motrice.
- D’un mouvement déterminé par le report des retenues provenant des chiffres de rang inférieur inscrits sur les tambours placés à la droite de celui-ci. Ce second mouvement est tel que, lorsque le tambour immédiatement à droite avance de dix divisions, le tambour considéré avance d’une seule division.
- Pour obtenir ce mouvement composé, M. Tchebichef a eu recours à un train épicycloïdal (1 ) fixé à chaque roue motrice et dont les roues engrènent avec les roues dentées solidaires de chacun des tambours entre lesquels cette roue motrice est placée.
- Pour réaliser exactement la combinaison de mouvements voulue, il
- (*; Les
- constituant ces trains sont visibles en partie sur la fig- »•
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- NOTE SCR LA MACHINE ARITHMÉTIQUE DE M. TCHEBICHEP. 2JI
- était nécessaire et suffisant de remplir les deux conditions suivantes :
- i* Le nombre de divisions, c'est-à-dire des dents extérieures des roues motrices, et le nombre des divisions des tambours doivent être entre eux dans ie rapport de 9 à 10. En conséquence, les roues motrices portent 27 dents et les tambours 3o divisions.
- a* La raison de chaque train épieycloïdal doit être égale à 10. En conséquence, chacun de ces trains se compose de deux roues, l'une de
- Fig. a
- 48, l’autre de 12 dents engrenant respectivement avec les roues de 24 et de 60 dents, ce qui donne bien la raison
- a4 X 12“ ,0'
- Les retenues n'influant que graduellement sur la position des tambours, celle-ci diffère de celle qui se produirait dans une machine à mouvements brusques, mais l’écart angulaire entre ces deux positions restant plus petit que la distance de deux chiffres, on a fait les lucarnes assez grandes pour qu’on puisse y voir à la fois deux chiffres du tambour. De cette façon, les vrais chiffres de la somme sont tous apparents, et toute ambiguïté dans la lecture est écartée grâce à des bandes marquées en blanc sur chaque tambour (/fy-1 et 2) et qui tiennent compte des écarts angulaires dans la position des chiffres du tambour suivant.
- H est important que chaque roue motrice s'arrête dans une position normale, c’est-à-dire alors quo ses dents se trouvent snr certaines génératrices fixes du cylindre. Ce résultat est obtenu au moyen d’arrêts à ressorts.
- Pour la remise ù zéro, chaque tambour est muni, sur le côté droit,
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- d’une rainure avec des encoches E (fa. n) correspondant au commencement de chacune des trois ehiffraisons. En agissant sur le bouton extérieur placé è gauche de la machine [que l’on pousse vers la lettre F (fermé)], on amène en face de ces diverses rainures des griffes portées par une même barre et dont la longueur va en diminuant de la droite vers la gauche. La première griffe de droite s’appuie sur la rainure correspondante, et. lorsqu’une des encoches ouvertes dans celle-ci se présente, celte griffe s’y engage et arrête le tambour qui montre alors un de ses o à la lucarne.
- Dès que cette première griffe est fixée dans une encoche du premier tambour, la seconde griffe, un peu moins longue, vient au contact de la rainure du second tambour qu'on fait tourner jusqu’à ce que celte griffe se loge dans une des encoches de ce tambour, et ainsi de suite. Lorsque tous les tambours ont été ainsi mis successivement à zéro en allant de la droite vers la gauche, on repousse le bouton extérieur à l’autre extrémité de sa course marquée par la lettre L (libre), et toutes les griffes se dégageant des encoches correspondantes rendent libre le mouvement des tambours.
- Pour opérer la soustraction, il suffit de renverser le sens de la rotation des roues motrices, c’esl-à-dire de pousser celles-c» d’avant en ar-
- MultipUcateur. — La multiplication s’opère par répétition de l’addition. Cette répétition est déterminée par le multiplicateur (fa. 3) (•) qui s’adapte à l’additionneur. Ce multiplicateur comprend comme partie essentielle une série d’axes en acier A disposés parallèlement aux génératrices du cylindre de l’additionneur. Ces axes sont de longueurs différentes, de façon que la roue dentée B que chacun d’eux porte à son extrémité engrène avec une roue motrice différente do l’additionneur.
- Ces roues dentées sont à 4 dents, d’une forme spéciale destinée à faciliter leur introduction entre les dents des roues motrices de l’additionneur.
- L’autre extrémité de chaque axe porte un pignon P. à 4 dents également, qui peut glisser sur l’axe, mais qui porte une saillie s’engageant dans une rainure creusée dans cet axe, de sorte que celui-ci est entraîné dans le mouvement de rotation du pignon.
- Un cylindre C, dont l’axe prolonge celui de l’additionneur, porte des dents qui peuvent engrener avec les divers pignons. Ces dents sont
- (’) Le multiplicateur est représenté sur la Jig. 3 partiellement démonté, après enlèvement de l'enveloppe cylindrique percée de rainures longitudinales et du compteur à rainures transversales (fig. 4).
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- NOTE SLR LA MACHINE ARITHMETIQUE DE M. TCHEBICHEF. 273
- disposées, sur les tranches successives do ce cylindre, respectivement au nombre de g, de 8, de 7, et de o.
- Supposons l’un des pignons arrêté en face de la tranche do 6 dents. Chaque fois qu’une de ces dents poussera une des dents du pignon, une dent de la roue de transmission placée à l'autre extrémité du môme axe poussera également une dent de la roue motrice correspondante, et fera avancer celle-ci d’une division. Par suite, après un tour
- Fig. 3.
- complet du cylindre, celle roue motrice aura avancé de 6 divisions. De là, le moyen de faire inscrire à l’aide d’un seul tour du cylindre C, par les tambours de l’additionneur, un nombre donné, marqué au moyen des pignons par l’intermédiaire des boutons i (fy. 4 >•
- Il faut remarquer que, par suite de la liaison établie entre les tambours consécutifs par le train épievcIoTdal engrenant avec l’un et l’autre, on ne saurait agir simultanément sur deux roues motrices consécutives. Afin de tourner celte difficulté, on a disposé les dents du cylindre central et celles des pignons de telle sorte que les premières ne puissent jamais être en prise simultanément avec les dents de deux pignons consécutifs. Si, d’après leur rang, on distingue les pignons en pairs et en impairs, on peut dire que, dans son mouvement de rotation, le cylindre central pousse alternativement une dent des pignons pairs et une dent des pignons impairs.
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- Enfin, pour rendre absolument impossibles les fautes qui naissent de ce que les pignons, par suite de leur inertie, ne s’arrêtent pas toujours à l’instant voulu. M. Tchebichef a donné aux dents des pignons et du cylindre une forme telle que les pignons ne restent jamais libres et. par conséquent, cessent de tourner au moment où les dents du cylindre ne les poussent plus.
- On voit comment, avec la machine telle qu’elle vient d’être décrito, on pourrait faire le produit d’un multiplicande écrit avec les boutons » par un multiplicateur de plusieurs chiffres.
- L’additionneur étant poussé à bloc sous l’appareil multiplicateur ( fifj. 4), on donnerait autant de tours de manivelle qu'il y a d'unités dans le chilTro de l'ordre décimal le plus élevé du multiplicateur, puis on ferait avancer l’additionneur d’uno quantité égale à l’écartement de deux roues motrices, et l'on donnerait autant de tours de manrvelie qu'il y a d'unités dans le second chiffre (à partir de la droite) du multiplicateur, et ainsi de suite.
- Il semble au premier abord qu'il faille deux manivelles pour la réalisation de ces deax espèces de mouvement, l'une servant à faire tourner le cylindre central, l’autre un écrou poussant l'additionneur par l’intermédiaire d’un châssis approprié.
- M. Tchebichef a adopté une combinaison mécanique qui permet d’effectuer ces deux opérations au moyen d'une seule jnanivcllc M. Voici comment :
- Le mouvement delà manivelle se transmet à un train épicycloïdal dont les roues extrêmes commandent l’une le cylindre central,l’autre l’écrou.
- Pour quo le mouvement se transmette tantôt à l’un des systèmes, tantôt à l’autre, il faut alternativement opposer à chacun d’eux un obstacle qui l'immobilise complètement.
- Voici comment M. Tchebichef y est parvenu :
- Il a disposé, sur la face avant de la machine, une sorte de compteur D constitué par des roues dentées munies chacune à sa périphérie d’un bouton d (fig. 4) mobile dans une rainure graduée. Nous appellerons ces roues les directrices, car, ainsi qu’on va le voir, ce sont elles qui dirigent le mouvement.
- Un curseur G, muni d’un doigt, peut glisser parallèlement à l’axe de ces roues.
- Lorsque le bouton d d’une des roues directrices est au fond de la rainure correspondante, chiffrée o, la roue présente en face du doigt du curseur un creux assez profond pour permettre le passage de celui-ci. Lorsque le bouton est amené en un autre point de la rainure, par exemple celui numéroté 5, il faut que la directrice tourne de 5 dents pour que le creux profond revienne en face du doigt du curseur.
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- NOTE SV B L.Y MACHINE ARITHMÉTIQUE DE M. TCHEBICREF.
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- Le roouvemont des directrices est lié à celni du cylindre central par l’intermédiaire d’un pignon porté par le curseur et d’un tambour denté s’étendant sur toutela longueur occupée par ces directrices et qui tourne d'une dent lorsque le cylindre central fait un tour.
- Le mouvement du curseur G est lié à celui de l’écrou qui fait avancer l'additionneur. Lorsque celui-ci avance de l’espace compris entre deux roues motrices consécutives, le curseur franchit l'écartement de deux roue9 directrices.
- Pour expliquer clairement le mode de fonctionnement résultant de cette combinaison de mécanismes, supposons que l’on multiplie par 365.
- Le bouton i de la première directrice de gauche ayant été amené en face du chiffre 3, celui de la deuxième en face du chiffre 6. celui de la troisième en face du chiffre 5, on pousse le curseur G au fond de sa course vers la gauche. Son doigt s’appuyant contre la face de la première directrice, il ne peut progresser ; par conséquent, le mouvement de tout l’ensemble mécanique qui y est lié est impossible : l’écrou ne peut fonctionner. C’est donc au cylindre central que va se transmettre le mouvement de la manivelle. A chaque tour de ce cylindre, la première directrice qui engrène avec le pignon du curseur va avancer d’une dent. Après 3 tours, elle aura avancé de 3 dents ; son bouton se sera logé au fond de sa rainure; elle ne pourra plus tourner; le mouvement du cylindre central sera donc lui-même arrêté- Mais le bouton étant à zéro, lo creux profond se trouve en face du doigt du curseur; celui-ci peut donc maintenant se mouvoir; et c’est l’ensemble mécanique lié à l’écrou qui va maintenant obéir à la manivelle.
- Il en sera ainsi jusqu'à ce que le doigt du curseur vienne buter contre la deuxième directrice. A ce moment, le mouvement du curseur sera arrêté; mais le pignon porté par celui-ci étant venu en prise avec la seconde directrice, c’est l’ensemble mécanique lié au cylindre central qui va entrer en mouvement jusqu’à ce qu’à son tour le bouton de cette seconde directrice soit venu buter au fond de sa rainure, c'est-à-dire après 6 tours du cylindre.
- Comme précédemment, le curseur sera ensuite amené contre la troisième directrice, et celle-ci tournera jusqu’à ce que le cylindre ait fait 5 tours.
- Par un mouvement continu de la manivelle, ou aura donc multiplié d’abord par 3, puis, après êtro descendu d’un ordre décimal, par 6, et encore, après être descendu d’un ordre décimal, par 5, c’est-à-dire qu’on aura bien multiplié par 365.
- Le dispositif qui vient d’être décrit, et qui permet de commander au moyen d’une seule manivelle les divers mouvements que doit réaliser la machine, est théoriquement des plus remarquables : mais, en raison de
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- NOTE SCR LA MACHINE ARITHMÉTIQUE DE M. TCHEBICHEF. 377
- ça complication, on est amené à se demander s’il ne vaudrait pas mieux, au point do vue pratique, s’en tenir aux deux manivelles dont il a été question plus haut pour la facilité de l'explication. L’une de ces manivelles agirait directement sur le cylindre central, l’autre sur l'écrou servant à faire progresser le châssis mobile. On pourrait d’ailleurs toujours faire en sorte que chacune d’elles se trouvât arrêtée au moment voulu dans son mouvement, de sorte que l’on n’aurait à passer de l’uno à l’autre que lorsque le mouvement de la première se trouverait mécaniquement enrayé. La seule différence avec la manivelle unique, au point de vue du mode d’emploi, consisterait donc en ceci : lorsque le mouvement d’nne des deux manivelles se trouverait arrêté, on n’aurait qu’à continuer le mouvement avec l’autre. Cette sujétion serait, à la vérité, tout à fait insignifiante et l’on aurait, d’autre part, l'avantage, grâce à une plus grande simplicité du mécanisme, de pouvoir tourner plus vite. Cette observation a eu la complète approbation de M. Tchebichef; c’est pourquoi nous avons cru pouvoir nous permettre de la consigner ici.
- INSTRUCTION’ POUR L’E.VirLOI DE LA MACHINE. I. — Additionneur.
- (a) Mise à zéro. — L’additionneur est supposé extrait de la machine (il suffit, pour cela, de le tirer à la main) et placé devant l’opérateur, de telle sorte que celui-ci lise les chiffres inscrits, tant dans les lucarnes que sur le cylindre, dans leur position normale. Voici quelle est dès lors l’opération à exécuter pour la mise à zéro :
- i° Pousser le verrou placé sur la face gauche de l’instrument à l’extrémité de sa course marquée par la lettre F (fermé) ;
- z* En allant de droite à gauche, faire tourner à la main chaque roue motrice R (fig. i ) jusqu’à ce qu’elle s’arrête d’elle-mème ;
- 3* Rendre le mécanisme libre en repoussant le verrou de la face gauche à l’extrémité de sa course marquée par la lettre L (libre).
- Lorsqu’on a omis d’effectuer cette dernière opération et qu’on essaye de replacer l’additionneur sous le multiplicateur, un bultoir empècho qu’il puisse être poussé à bloc.
- (b) Addition. — Ajouter un chiffre sur un des tambours consiste à prendre le cran de la roue motrico correspondante (placée à droite de ce tambour), qui se trouve dans la rangée numérotée au moyen de ce chiffre, et à amener ce cran dans la rangée numérotée o.
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- Cela posé, ayant fait choix d’un des tambours pour y marquer les unités (ce qui définit en même temps, en prenant de droite à gauche les tambours consécutifs, celui des dizaines, celui des centaines, etc.), pour ajouter un nombre, il suffit, ainsi qu’il vient d’étre dit, d'ajouter ses divers chiffres sur les tambours correspondants.
- (c) Soustraction. — Retrancher un chiffre sur un des tambours con-siste à prendre le cran de la roue motrice correspondante, qui $c trouve dans la rangée numérotée o, et à amener ce cran dans la rangée numérotée au moyen de co chiffre.
- Cela posé, pour retrancher un nombre, il suffit de retrancher ses divers chiffres sur les tambours correspondants.
- Pour faire une soustraction. H suffit donc, l’additionneur étant préalablement remis à zéro, d’ajouter le plus grand nombre (à), puis do retrancher le plus petit (c).
- (d) Lecture du résultat. — Partant du chiffre unique qui apparaitdans la première lucarne de droite, on n'a qu’à suivre la bande blanche dont les éléments successifs se raccordent d’un tambour à l’autre et à relever les chiffres successifs qui paraissent sarcelle bande blanche. Ainsi, sur la fig. », on lit dans les lucarnes, en allant de droite à gauche, le nombre 3 191730 454-
- II. — Multiplicateur.
- (e) Mise à zéro. — L'appareil est supposé placé devant l’opérateur de telle sorte que celui-ci lise les chiffres inscrits dans leur position normale.
- La manivelle, alors placée sur la droite, doit être sortie de son logement, ce qui s'obtient en appuyant avec l’ongle sur la base cubique de cette manivelle.
- Pour mettre la machine dans sa position initiale, c’est-à-dire pour ramener le châssis mobile à bloc contre la partie fixe lorsque cela n’a pas lieu, il faut :
- 1* Pousser le verrou placé sur la face droite de l’instrument à l’extrémité arrière de sa course marquée par la lettre R (retour);
- a° Tourner la manivelle dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre (indiqué d’ailleurs par une flèche affectée de la lettre R);
- 3“ Repousser le verrou à l’extrémité avant de sa course marquée par la lettre A (aller ).
- (/) Inscription d'un nombre sur rindicateur. — L'indicateur est l’enve*
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- NOTE SÜR L\ MACHINE ARITHMÉTIQUE DE M. TCDEBICDEF. 279
- loppe cylindrique I (fig. 4) percée de rainures à crans que l'opérateur voit sur sa droite.
- En poussant les boutons; fixés aux bords extrêmes de l’indicateur, on imprime à celui-ci un léger mouvement de rotation d’arrière en avant qui dégage les boutons inscripteurs i des crans où ils étaient engagés.
- Ces boutons pouvant alors glisser dans les rainures peuvent être amenés en face du cran correspondant à un chiffre quelconque.
- Numérotons les rainures d’avant en arrière comme cela a lieu pour les rangées de l’additionneur, c’est-à-dire appelons rainure n° i celle qui est le plus en avant de l’appareil, rainure n° 2 la suivante, etc.
- Cela posé, pour inscrire un nombre, on marque le chiffre de l’ordre décimal le plus haut dans la rainure n* 1, en amenant le bouton correspondant en face du cran marqué par ce chiffre, le chiffre suivant dans la rainure n° 2. et ainsi de suite, de telle sorte que les chiffres marqués dans les rainures successives reproduisent dans l’ordre habituel le nombre donné pour un observateur placé sur la face de la machine où est la manivelle.
- Après avoir eu soin de pousser en face du o chacun des boutons non employés, on engage tous les boutons dans les crans correspondants de l'indicateur en imprimant à celui-ci, d'avant en arrière, une rotation égale à celle qui lui avait d’abord été donnée d’arrière en
- (g) Inscription d'un nombre sur le Compteur. — Le compteur est la partie cylindrique D. percée de rainures circulaires, qui se trouve sur le devant de la machine et au-dessous de laquelle on voit un curseur G, mobile dans une glissière.
- Le curseur étant poussé à l'extrémité droite de la glissière, on écrit Ic3 nombres sur ce compteur dans l’ordre habituel en amenant avec lo doigt les boutons inscripteurs d en face des chiffres voulus, la première rainure de gauche correspondant à l’ordre décimal le plus élevé.
- Il faut ensuite avoir soin, en l'inclinant en avant par pression sur la saillie qu'il présente, de ramener le curseur G à l'extrémité gauche de lu glissière, comme si l’on soulignait le nombre inscrit.
- (h) Multiplication. — L’additionneur et le multiplicateur étant mis « zéro (0 et «), on pousse le premier à bloc sous le second. On inscrit le multiplicande sur l’indicateur ( f) et lo multiplicateur sur le eomp-teur (g) en ayant bien soin de souligner.
- Après s’être assuré que le verrou de droite est bien poussé à l'extrémité A de sa course, on tourne la manivelle dans le sens contraire
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- <le celui du mouvement des aiguilles d'une montre (indiqué par une flèche affectée de la lettre A) jusqu'à ce que, tous les boulons do l'indicateur étmt revenus dans leur position initiale, l’écrou du châssis mobile recommence à tourner.
- On lit alors le résultat dans les lucarnes de l'additionneur (d).
- (i) Division. ~ On inscrit sur l’additionneur (à) le complément du dividende, en faisant correspondre aux décimales de l'ordre le plus élevé le second tambour à partir de la gauche.
- Puis, le multiplicateur étant à zéro (e), on pousse le premier à bloc sous le second. On inscrit le diviseur sur l’indicateur (f) et l’on amène à 9 tous les boutons du compteur, en ayant bien soin de souligner (g).
- On tourne alors comme pour la multiplication (flèche A), mais en s'arrêtant pour chaque ordre décimal au moment où le résultat lu sur l’additionneur est sur le point de dépasser le nombre formé par l’unité inscrite sur le premier tambour à gauche suivie de zéros sur tous les autres tambours. Si l’on franchit ce moment, il suffit de donner un tour en arrière.
- Lorsqu'on en est là, on incline le curseur en avant par pression sur la saillie qu’il présente, de façon à lui faire franchir la roue du compteur avec laquelle il était en contact et, en même temps, on tourne la manivelle pour faire avancer le châssis mobile par l’intermédiaire de l'écrou. Dès que le curseur a franchi la roue, on le laisse revenir dans sa position normale pour qu'il vienne s'appuyer contre la roue suivante avec laquelle on recommencera do même.
- Les chiffres en face desquels, à la fin de l’opération, sont arrêtés les boutons du compteur sont les compléments à 9 des chiffres du quotient, et le nombre lu dans les lucarnes du résultat est le complément du •este.
- La virgule doit être mise après le chiffre dont le rang, pris à partir de la gauche sur le compteur, est donné par la différence entre le nombre des chiffres du dividende et le nombre dos chiffres du diviseur augmentée de 1.
- Voici, afin d’éclaicir ces explications un peu délicates, un exemple numérique :
- Soit à diviser a36548 par 3141.
- J’inscris sur l’additionneur le complément du dividende en laissant libre la première case à gauche, c’est-à-dire que le nombre lu, après inscription, est
- 0763 452000
- Je pousse l’additionneur à bloc sous le multiplicateur.
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- NOTE SC» L.\ 3IACI1IXE ARITHMÉTIQUE DE SI. TCnEBICHKF. 201
- J'inscris 3i4i sur l'indicateur, je mets les boutons du compteur à 9 et je souligne avec le curseur.
- Je vois qu'un tour du cylindre donné alors que le curseur est en contact avec la première dent ferait dépasser lo but (1000000000). car ce tour de cylindre ajouterait 3i4i à ;634- Je fais donc franchir la première roue au curseur en faisant avancer le châssis d'un cran avec la manivelle. Le curseur étant venu au contact de la seconde roue, je continue à tourner jusqu'au moment où je Iis dans les lucarnes du résultat
- 0 983 323 000
- parce qu'un tour du cylindre ajoutant 3141 à 833 a, ferait dépasser 1000000000. Je fais donc franchir an curseur la deuxième rone, ot je recommence avec la troisième jusqu’à ce que je lise 0999037000;
- de même avec la quatrième jusqu’à ce que je lise
- Je suppose que j’arrôto l'opération à ce moment. Le reste est alors 307 et je lis alors sur le compteur
- 9*46999-
- Les chiffres du quotient sont donc
- Le dividende ayant deux chiffres de plus que le diviseur, je dois mettre la virgule après le troisième chiffre. Le quotient est donc
- (j) Habattement de la manivelle. — Pour rabattre la manivelle dans son logement, il faut presser avec le doigt sur le poussoir 4) dont la tète apparaît sur le disque que la manivelle entraîne dans son mouvement.
- Série, t. V.
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- LES
- APPLICATIONS DE LA PERSPECTIVE
- AU LEVER DES PLANS.
- VCBS DESSINÉES A LA CHAMBRE CLAIRE—PHOTOGRAPHIES.
- TROISIÈME ARTICLE I ' .
- Par le Colonel A. LAUSSEDAT.
- RÉSULTATS.
- I. — Résultats obtenus en France de 1850 à 1870.
- Nous avons exposé, dans les deux Chapitres précédents, les moyens les plus simples de retrouver, à l’aide de perspectives dessinées ou obtenues photographiquement sur des tableaux plans, les dimensions réelles, horizontales et verticales, de tout ce qui se trouve représenté sur ces perspectives.
- Après avoir fait remarquer et montré par un exemple qu’une seule vue d’un édifice pouvait servir à la restitution partielle du plan et des élévations des façades, nous avons donné la méthode générale à employer pour construire la carte topographique d’un terrain plus ou moins étendu, en y figurant le relief à l’aide de sections horizontales équidistantes.
- Nous avons ensuite décrit les deux instruments principaux employés, d’abord pour dessiner correctement les vues,
- (•) Voir y Série, L H, p. 29» à 3a î et, t. III, p. 3»3 & 336. a* Série, t. V.
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- USSEDAT.
- 284 A. LAI
- puis pour les photographier, en indiquant les conditions essentielles de leur construction et de leur installation sur le terrain. Enfin, nous avons fait connaître le degré de précision auquel on pouvait prétendre, en adoptant la méthode de perspectives, précision obtenue dès nos premiers essais et qui se justifie si aisément.
- Bien que cette méthode, dont le principe remonte, comme je l’ai toujours rappelé, à Beautemps-Beaupré, fût tellement simple qu’aujourd’hui beaucoup de personnes sont persuadées qu’elles l'eussent aisément imaginée (il y en a même qui croient l'avoir imaginée), il a fallu attendre assez longtemps pour la voir triompher des objections qui ne lui furent point ménagées à ses débuts.
- Je ne tarirais pas, en effet, si je voulais reproduire ici toutes celles qui me furent faites par des gens très compétents d’ailleurs, mais dont cette innovation dérangeait les habitudes. J'avais beau m’efforcer de lever ces objections les unes après les autres et engager les récalcitrants à ne pas se prononcer avant d’avoir essayé et à persévérer s'ils avaient essayé sans réussir, en terminant par le conseil de d'Alembert : « Allez en avant et la foi vous viendra »; je perdais ma peine et ceux qui eussent pu tirer le meilleur parti des ressources de la Photographie continuaient à refuser de s'y mettre et à enseigner qu'il ne s'agissait là que d'une expérience d'optique et dé géométrie amusantes et nullement d’une application destinée à entrer dans la pratique. Je ne me suis jamais découragé ni trop inquiété, comptant bien voir se vérifier une fois de plus l'adage du bon La Fontaine : Patience et longueur de temps...
- Premières publications. — Mon Mémoire fondamental sur l'application de la chambre claire au lever des plans, adressé en i85o au Comité des Fortifications, avait reçu l’approbation de celte compagnie qui en avait ordonné l’impression dans le Mémorial de l'officier du génie {1 ) et j’avais été autorisé, dès
- {') Ce Mémoire fut publié dans le n» 16 du Mémorial de l'officier du génie, qui parut en i854 (Paris, Mallet-Bachelier).
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- i852, à faire l'acquisition d’une chambre obscure. Mes premières expériences de Métrophotographie datent donc de cette époque; je les ai poursuivies, à travers bien des difficultés, jusqu'en 1859, en mettant à profit, chemin faisant, les perfectionnements déjà réalisés dans la construction des objectifs et ceux des procédés photographiques, d'abord si incommodes à employer en campagne.
- Mémoire présenté à VAcadémie des Sciences en i85q (>). — Les résultats que j’obtenais et qui étaient du même ordre d’exactitude que ceux des opérations faites à l’aide des vues dessinées à la chambre claire me parurent mériter la consécration officielle de la plus haute autorité scientifique de notre pays. J’adressai donc un nouveau Mémoire à l’Académie des Sciences qui, sur le rapport d’une commission composée de MM. Daussy et Laugier, approuva, à son tour, de la manière la plus formelle, la méthode photographique telle que je l’avais exposée et pratiquée en présence des deux habiles expérimentateurs chargés, en suivant les opérations, de les diriger à leur gré et d’en vérifier l’exactitude. Le rapport de M. Laugier se trouve dans les Comptes rendus des séances de F Académie, et je pourrais me contenter d’y renvoyer le lecteur (‘).
- Principales expériences faites devant les commissaires de F Académie. — Je crois cependant devoir rappeler ici les deux expériences suivantes qui y sont rapportées :
- i* Au moyen d'épreuves prises avec un objectif de om,4a6 de distance focale, les unes de l’observatoire de l’École Polytechnique et les autres de la plate-forme de l’une des tours de l’église Saint-Sulpice, la distance de 1233*“ des deux stations ayant été mesurée sur le plan de Paris à l’échelle de «Vf? d’Emery, j’évaluai devant les commissaires de l’Académie les distances de plusieurs monuments qu’ils me désignèrent. Les
- (•) Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XL1X, p. -iz: 1809.
- (*) Comptes rendus, t. L. p. 1137; 1860.
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- aSG
- positions relatives de ces divers monuments furent d’ailleurs tracées sur une feuille de papier transparent qui, superposée au plan d’Emery, permettait, l’échelle adoptée pour les constructions étant la même, d’établir la coïncidence pour les deux stations et de constater celle des points déterminés à l'aide des photographies avec les points correspondants du plan.
- o.9 Sur l’une des vues prises de la terrasse de l’observatoire de l’École Polytechnique, les commissaires me demandèrent de déterminer la hauteur de la flèche de Notre-Dame, ce que je fis sur-le-champ avec une approximation qu’ils considérèrent comme satisfaisante. J'avais trouvé an lieu de 5o“ et je ne crois pas avoir besoin d’ajouter que les évaluations faites avec les précautions nécessaires me donnèrent ensuite une précision bien plus grande.
- Exploration du champ (Tun objectif à l’aide de la chambre claire. — Je dois mentionner encore l’expérience suivante qui avait beaucoup frappé les commissaires et dont le double but était premièrement de fournir une mesure très directe de la distance focale de l’objectif sur répreuve positive telle qu’on l’emploie, c’est-à-dire après toutes les manipulations, et en outre de reconnaître l’amplitude angulaire de la partie de l image que l’on pouvait considérer comme exempte de déformation.
- L'épreuve positive étant fixée sur une planchette munie d’une chambre claire, au point de vue même d’où avait été prise la photographie, en manœuvrant la chambre claire portée par des tiges à coulisses, on parvenait à projeter l’image virtuelle donnée par celle-ci sur l’épreuve photographique et à obtenir la superposition des deux images dans la partie centrale du paysage. La distance focale n’était autre que la distance de l’arête du prisme de la chambre claire à la planchette, et, tant que les deux images ne se séparaient pas, on pouvait affirmer qu’il n’v avait pas de déformation sensible par l'objectif. Ce qui rend cette expérience particulièrement intéressante, c’est que l’image virtuelle, en se projetant sur la photographie, donne l’illusion de la coloration de cette dernière.
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- Expériences faites par ordre du Ministre de la guerre. — Le rapport de M. Laugier avait été lu et ses conclusions avaient été adoptées par l’Académie le 18 juin 1860; je remis, peu de temps après, au Comité des Fortifications, mon nouveau Mémoire en même temps que le premier exemplaire de
- Fig. .. ,
- Chambre noire photographique: premier photothcodolite construit par Brunoer en i$58-59.
- la chambre obscure topographique (baptisée depuis photo-théodolite) que j’avais fait construire, avec son autorisation, par le célèbre artiste Brunner ( fig. 1 ) et dont la description se trouve dans le Mémoire public seulement en 1864 dans le n®17 du Mémorial de f officier du génie i1 ).
- î') Ce recueil paraissait très irrégulièrement ; ainsi le n* 16, qui contenait mon premier Mémoire daté de i$5o, avait paru en >654, etn* 17 ne l’avait suivi qu'à dix ans d'intervalle.
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- 2$S A. LAVSSEDAT.
- L'ordre me fut donné, au printemps de 1861, par le Ministre de la guerre, de faire une conférence aux officiers de la division du génie de la garde impériale et d’exécuter, en opérant devant eux, le lever à l’échelle de de l’un des villages qui avoisinent Versailles. Nous choisîmes celui de Bue dont le sol est assez accidenté, et, après avoir mesuré une base de 260“ à la chaîne, ainsi que les angles nécessaires pour déterminer trigonométriquement quatre stations convenablement situées, huit vues photographiques sur collodion humide furent prises avec la chambre obscure, dont l'objectif avait ow,5o de distance focale. Ces huit vues embrassaient le village et les collines environnantes sur une étendue de 200 hectares environ. Les opérations sur le terrain avaient duré trois heures, et le plan, dont nous donnons ci-après {Jig. 2 et 3, p. 290, 291) la réduction à l’échelle de était terminé le surlendemain.
- Je ne crains pas d’affirmer qu’à celle date, en dépit du bruit que l’on cherchait à faire autour de la planchette photographique du Dr Chevalier, qui était une sorte d’appareil enregistreur, donnant pour images des anamorphoses inadmissibles et privées des propriétés si précieuses de la perspective, on 11’avait encore nulle part fait une expérience aussi complète et aussi concluante sous tous les rapports, au moyen de la Photographie {').
- La même année et l’année suivante, les officiers de la division du génie de la garde firent eux-mêmes usage, notamment pendant un simulacre de siège du Mont-Valérien, delà méthode et du photothéodolite qui leur avait été remis et dont nous donnons, à la page 287, la vue d’après une photographie du temps, après en avoir donné (voir 2e Série, t. 111, PL VU) les deux principales élévations.
- Des photothcodoliles semblables avaient été envoyés à l'École d’application de l’artillerie et du génie, à Metz, et aux
- ; ; On ne doit pas oublier d'ailleurs expériences tout aussi concluantes faites plus de dix ans ans auparavant avec des vues dessinées à la chambre claire et qui avaient reçu l’approbation «lu Comité des Fortifi-
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- trois écoles régimentaires du génie où plusieurs officiers, qui setaient déjà occupés de Photographie, s’en servirent plus ou moins habilement, quelques-uns avec un véritable talent. Peut-être s’étonnera-t-on de me voir employer cette expression, mais je suis bien obligé de déclarer qu'il y a là un art assez délicat à pratiquer et qui exige non seulement beaucoup de soin et d’ordre, mais en même temps le don de l’observation si manifeste chez les paysagistes et les photographes habiles (‘). Au nombre des officiers déjà exercés et qui pressentaient l'importance des applications militaires de la Photographie se trouvait un jeune lieutenant du génie, M. Javarv, en garnison à Montpellier, où je renouvelai connaissance avec lui à la fin de 1861 (il avait été mon élève à l’École Polytechnique). J’étais venu là pour faire une observation astronomique et le colonel de son régiment avait autorisé M. Javarv à me seconder. J’eus donc l’occasion de m’entretenir avec lui des essais de reconnaissances photographiques qu'il avait faits et, de retour b Paris, je le signalai au Président du Comité des FortiOcationsqui, avec l'autorisation du Ministre de la guerre, le désigna au commencement de i863, au moment où il était nommé capitaine, pour m'être adjoint et pour exécuter des opérations suivies que mes fonctions ne me permettaient pas d’entreprendre.
- Application de la méthode photographique à des levers étendus. — Il s'agissait, en effet, d’appliquer la méthode photographique à des levers d une assez grande étendue, sur différents points de nos frontières, par conséquent, loin de Paris où cependant nous fîmes ensemble, en iS63 et en 1864, de nombreuses expériences de mise en train, à Meudon, à Bellevue, autour des forts; je l’accompagnai même à Culoz et enfin à Grenoble. Dès le milieu de 1864 et jusqu'à la guerre de 1870-1871, M. le capitaine Javarv exécuta seul, avec un succès croissant, des reconnaissances et des levers rapides
- (1, on verra, à la iin de ce travail, que la même manière de voir a été exprimée par M. E. Deville, surveyor général du Canada, dans un Mémoire très intéressant qui nous est parvenu depuis la rédaction de ce passage et que nous nous faisons un devoir de reproduire dans les Annales.
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- Kifi. 3. Kx|>iticiicc fi.il.- en nui .8T„f r„ prononce îles officies .le la division du génie de la garde impériale.
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- 2ü» A. LÀCSSBDAT.
- de positions militaires dont je donnerai ci-après le résumé. Je croîs devoir auparavant transcrire ici in extenso la Note que j’adressai à l’Académie des Sciences en décembre 1864, et dans laquelle j’analysais les résultats obtenus en appliquant la Photographie à l'étude du terrain, à Grenoble et dans les environs, en août 1864 (1 ) :
- « Dans sa séance du 18 juin 1860, l’Académie a bien voulu, sur le rapport de M. Laugier, accorder son approbation à la méthode que j’ai proposée pour appliquer la Photographie à l’étude du terrain.
- » Quelque temps après, M. le Ministre de la guerre, à la demande du Comité des Fortifications, ordonna que des expériences régulières fussent entreprises à l’effet de constater l'utilité de celte méthode.
- » Ces expériences ont été exécutées en 1861 et 1862 parles officiers de la division du génie de la garde impériale et elles ont donné les résultats les plus satisfaisants. Toutefois, les nécessités du service militaire ne permettaient pas aux officiers de la garde de poursuivre des travaux topographiques d’une grande étendue et, depuis l’année dernière, M. le capitaine Javarv, qui s’était beaucoup occupé antérieurement de Photographie, a été mis à ma disposition pour m’aider à tirer du procédé en question tout le parti possible.
- » Les vues et le dessin que j’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’Académie sont le résultat de la dernière et de la plus complète des expériences du capitaine Javary. Ils représentent la ville et les environs de Grenoble.
- « Les vues ont été prises au moyen de deux objectifs de distances focales différentes, o*,5o et o“,27. Le premier objectif était employé pour obtenir des images assez grandes d’objets éloignés et dont les détails devaient être étudiés avec soin. Le second, qui avait l’avantage d’offrir un champ net de 60 degrés, était réservé pour les vues rapprochées (*).
- » L’étendue totale du terrain représenté sur la carte dépasse
- Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. L1X, P- 9B3-
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- 90 kilomètres carrés. Cette carte est dessinée à l’échelle de _l- et les détails nombreux qu’elle renferme ont été entièrement déduits de vingt-neuf vues prises de dix-huit stations différentes, réparties entre deux cheminements dirigés l’un sur la rive droite et l’autre sur la rive gauche de l’Isère. Les sections horizontales sont tracées à l'équidistance de io"* et expriment très nettement le relief si accusé des contreforts de la rive droite, dont le point culminant sur la carte n’est pas à moins de iooo“ au-dessus du niveau de l’Isère. Les sinuosités de ces courbes ont été déterminées au moyen de plus de six cents cotes, calculées en combinant les distances horizontales résultant de la construction du plan avec les hauteurs apparentes évaluées sur les vues photographiées.
- » Il est à remarquer, et le registre de nivellement en fait foi, que le point le plus rapproché de la station qui a servi à le construire en est distant de 940“. Il n'y a guère qu'une dizaine de points dont la distance à la station soit inférieure à iooo“. Le plus grand nombre est à une distance supérieure à 1500“, et il y en a qui vont jusqu’à 45oo“. Cependant la manière dont les courbes se comportent témoigne de l’ensemble de l’exactitude du nivellement, et il nous semble horsdedoute qu'il serait difficile d’arriver à un semblable résultat par les autres moyens expéditifs en usage dans les reconnaissances topographiques.
- » Les opérations sur le terrain ont duré soixante heures. Le travail de cabinet a été entièrement exécuté à Paris en moins de deux mois. »
- On me pardonnera, je l’espère, d’avoir reproduit intégralement cette Note un peu longue et d’une date très ancienne, si l’on veut bien considérer qu’à celte époque il eût été sûrement impossible de rien comparer aux résultats qui s’y trouvent consignés et qui étaient, en effet, tellement inattendus que les incrédules étaient bien près de les mettre en doute.
- laires (de Dallmeyer,, et nous recommandons aussi à l'attention du lecteur l’emploi qu’il peut être avantageux de taire d’objectifs différents selon les os, en y comprenant, bien entendu, aujourd'hui, celui où l’on peut faire agrandissements dos clichés, qui tend à devenir le plus fréquent tout naturellement.
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- TH.VV.VtJX IHi SI. T. K O.W'ITAINIi iWAIlV
- — fùvpériences et éludes autour de Paris.
- 3 K A A •i I.OC.U»T»W. Kuin .u i: il» terrain rcvnmiii m l«-V«:. CIIIIMINKMSNY nu tiiaiiKUlalHUi- H »J à s O K jiurr.\HCK île» «iinrlir*. lUIltKO •lu travail extérieur. IHIRKK de la rédartiini. nom ai: u des •dations. NOVOOII des é|HTin es XOMIIIIIt des point» construits et entés.
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- Voici maintenant le Tableau que j'ai annoncé et qui renferme un relevé des travaux exécutés de i863 à 1870-1871 par M. le capitaine Javary (p. 294}.
- La surface totale du terrain reconnu ou levé en six campagnes par l'actif et habile opérateur, aidé seulement d’un garde du génie, M.Galibardy, dessinateur intelligent et exercé, est donc de plus de 72000 hectares, c’est-à-dire de 720 kilomètres carrés. Il est très important de remarquer que les plans dont il s’agit ont été exécutés, en général, à l’échelle de jfc; ®t que l’équidistance des courbes de niveau a varié de 1* à 10®, ce qui explique le grand nombre de points qu’il a fallu déterminer et donne la mesure du travail de dessin effectué.
- La réduction à l’échelle de de la carte de Sainte-Marie-aux-Mines et des environs ( voir 2e Série, l. IV, PL VI), levée effectivement à l'échelle de 7*7?, et devenue classique, donne une idée de la multiplicité des détails qu’il a fallu déduire des cinquante-deux vues prises de trente et une stations, dont dix-huit triangulées et distantes en moyenne de 1200“ à i5oom. On conçoit aisément et l’on pourra reconnaître par comparaison qu’en employant immédiatement une plus petite échelle, on doit aller beaucoup plus vite, particulièrement dans les pays de hautes montagnes où les détails topographiques (habitations, cultures, routes et chemins) sont si peu nombreux, l'équidistance des courbes plus grande et où les stations peuvent être également beaucoup plus espacées. Un coup d'œil jeté sur les vues photographiques de Faverges, dont nous donnons deux spécimens (fig. 4 et 5) et sur celles des Montagnes Rocheuses du Canada {fig. i3 et i4> P- 309 et 3n), fera bien sentir la différence qui existe entre les pays cultivés et habités et les hautes montagnes, même les plus boisées et les plus accidentées, dont on peut embrasser de grandes étendues et reconnaître rapidement les formes, en prenant pour points de vue des cimes élevées.
- Dans les conditions où opérait 31. le capitaine Javary, il eût été assurément difficile d’obtenir, en moins de temps, les résultats auxquels il est parvenu et que personne n’avait réalisés avant lui, dans aucun pays.
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- Nous reviendrons d'ailleurs un peu plus loin sur ces considérations.
- Je me plais à ajouter que cet officier a apporté à notre pre-
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- mier matériel • 1 ) d'heureuses simplifications qui ont été mises
- (') Voyez le Mémoire de M. le commandant Javary dans le »* 22 «la Mémorial de l’officier du ge'nie, année «S-$.
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- .rSSEDAT.
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- à profit dans la construction du modèle de photothéodoliie dont je donne ici deux figures, l'une représentant l’appareil complet tel qu’il doit être employé pour prendre des vues photographiques <Jtg. 6), et l'autre le petit cercle d’arpenteur auquel on doit le réduire pour faire les triangulations de
- Fig. 0.
- Photothcodolitc complet.
- délai! (côtés de 5 kilomètres et au-dessous), sans s’embarrasser de la chambre obscure qui s’en délache aisément (Jig J’aurai terminé de rendre justice a mon dévoué collaborateur quand j’aurai dit que, pendant le siège de Paris par les Allemands, en 1870-1871, il fit, d'un grand nombre de points de l’enceinte et des forts, des vues du format 3o x 4°»sur lesquelles étaient inscrites, avec des numéros de renvoi, des indications propres à faire reconnaître immédiatement, sur les plans des environs de Paris, les points où se trouvait et ceux
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- où passait l'ennemi et leurs distances exactes, renseignements si utiles pour la défense et en particulier pour Partillerie.
- Utilisation du télémétrographe pendant le siège de Parts. — Ceci m’amène à rappeler les propriétés du télémé-irographe, dont j’ai fait connaître le principe au Chapitre des méthodes, en parlant de l'amplification des images dessinées à la chambre claire ().
- On a vu qu’en disposant une lunette au-devant de la
- R*. :•
- Appareil ridait pour la triangulation.
- chambre claire, on obtenait des images amplifiées sur lesquelles on pouvait prendre des mesures qui permettaient d’évaluer les distances, d’après la grandeur apparente des signaux naturels, avec d’autant plus de précision que le grossissement de la lunette était plus considérable.
- Dans les reconnaissances ordinaires, on peut se contenter d’une petite lunette de poche grossissant de 4 à 5 fois; nous avons publié, en 1S61, dans le Magasin pittoresque, un champ de lunette représentant le sommet du donjon de Vincennes que nous reproduisons ici (fig. 8) à côté de l’image du donjon tout entier dessiné à la chambre claire avant l’interposition de la lunette et du même point de vue (fig* 9)*
- {') Voir a* Série, t. II. v Série, t. V.
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- 3oo
- Ces deux dessins, qui datent de i85o, sont sans doute les premiers sur lesquels ail été faite la comparaison si souvent répétée depuis que l'on a pu recourir à la Photographie et créer cette bronche nouvelle désignée aujourd’hui sous le nom de Téléphotographte.
- En 1870-1371, pendant l’investissement de Paris, la Télé-Fig. s.
- Sommet du donjon de Vinccnne» dessiné au télémétrographe.
- photographie terrestre n’existait pas, et comme il fallait voir et mesurer aussi loin que possible, je fis installer des télémé-trographes dans douze observatoires occupés par des savants et par des artistes du plus grand mérite, en substituant toutefois à l’instrument très portatif que j’avais employé jusqu’alors des lunettes beaucoup plus puissantes.
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- US APPLICATIONS DE LA PERSPECTIVE AC LEVEE DES PLANS. 3oi
- Je ne pourrais mieux faire, pour essayer de prouver l'importance des services que rendit alors le léléméirographe, que de donner ici l'extrait delà Note que j'ai présentée, à ce sujet, en iS85, à l'Académie des Sciences, en y joignant le dessin du champ de lunette qui l’accompagnait, et en y ajoutant la vue de l'instrument mis en station, ainsi que la réduction d’une vue de la redoute de Montretout prise de la lanterne du Panthéon, c'est-à-dire d’un point distant de plus de to kilomètres (fig. io) :
- a Le point essentiel, dans le cas dont je m'occupe, est de
- Vue du donjou de Vio ce unes dessine à la chambre claire.
- meure en évidence le degré de précision que l’on atteint, en évaluant les angles sur les images, sans le secours d'un micromètre.
- » Je dois rappeler, tout d’abord, que le champ d’une lunette qui peut supporter un assez fort grossissement est nécessairement très restreint. En général, dans les lunettes terrestres, le produit du champ par le grossissement (le champ apparent réglé par l’ouverture du diaphragme) est sensiblement constant et de a5s environ. Les grossissements que nous avons emplovés étaient compris entre 33 et 65 et les champs entre 45'et 22',5.
- » Pour donner une idée du degré de précision des mesures
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- que Ton peut effectuer sur les dessins télescopiques, je choisirai un de ceux qui ont été obtenus avec une lunette de iS** d’ouverture, dont le champ était de 3o' et le f grossissement de 5o. Je
- è prendrai aussi le cas
- £ d’un opérateur pour qui
- = la distance de la vue dis*
- 2 _ tincte était de oa,3o5
- || (vue normale).
- 1 j | » On voit aisément,
- - % -s par le calcul, qu’alors le
- £ z diamètre du cercle qui
- J*! h» limite l’image projetée
- ! surla planchettedoitêtre
- « ^ ! de om,i35 et le rayon
- £.“! du panorama de i5m,5o.
- |ip* « Le dessin (Jig. u) | g | représentant un groupe
- | f | de soldats allemands en
- s = Z train de construire un
- £ retranchement dans la
- ï = J redoute de Montretout,
- f = î a été obtenu dans les
- * 2 | conditions que j’ai spé-
- 4 Z “ cifiées ( • ).
- s 3 » On reconnaît immé-
- > diatement sur cette fi-
- gure que les angles = peuvent y être, à la
- 2 rigueur, évalués à 5# près, car une minute y est représentée (voir
- : [•; Ou'il nie soit permis de dire- que les avis de l'observatoire de Passy 'd’où a été dessiné ce champ de lunette accompagné d'une quintfine d’autres) donnés télégraphiquement au Mont-Valérien, qui immédiatement couvrait d'obus le point désigné, ont empêché l'ennemi de continuer ces_ travaux.
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- ïamp de luncllc du téliimétrogiMjdic dirigé sur la redoute de
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- ,1'SSEDAT.
- » Le point où se trouvaient ces hommes était à 45oom de I observatoire de Passy, d’où ils ont été dessinés, et leur taille étant supposée de i“,65 en moyenne, devait correspondre à une hauteur angulaire de l'iS*. Or, c'est ce que l’on trouve effectivement. Nous aurions donc pu, inversement, en conclure à peu près la distance de 45oo“, si nous ne l avions pas connue.
- » J’ai cité cet exemple, parce quJil est très frappant et très facile à suivre sur le dessin, mais je me hâte d’ajouter que nous avons eu recours à d’autres objets de comparaison que la taille de l’homme et â tous les moyens d’appréciation que nous fournissait la perspective, sans négliger la méthode des intersections, toutes les fois que nous pouvions l’employer. Au surplus, je ne saurais donner une meilleure preuve de la sûreté de nos évaluations qu’en renvoyant à la carte sur laquelle on voit des ouvrages de l’ennemi reconnus jusqu’à iok“ et i2i,n des observatoires les plus rapprochés et dont la position a été vérifiée après la levée du siège t: ;.
- » Je ferai remarquer qu’il n’y a réellement qu’une constante à déterminer: le champ angulaire de la lunette mise au point pour une vue quelconque. Cette détermination faite, on peut confier l'appareil à un dessinateur étranger aux opérations géométriques. Il faut seulement lui faire mettre, une fois pour toutes, la lunette à son point, sur un objet éloigné et la planchette à la distance convenable à sa vue ice dont il s’assurera en constatant que toute parallaxe optique a disparu), lui faire tracer la circonférence du champ de lunette ainsi obtenu et mesurer la distance de l’arête supérieure du prisme de la chambre claire à la planchette, d'où l’on conclura le grossissement et le rayon du panorama
- » Ces précautions prises, le dessinateur n’aura plus qu’à tracer à l’avance les cercles de ses champs de lunette et à y amener les images successives qui forment le panorama, en faisant tourner sa lunette et en ajustant sa planchette.
- Nous regrettons beaucoup do ne pouvoir pas reproduire celte carte ;; cause de son étendue qui la rendrait peu maniable.
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- »> Parmi les habiles artistes qui m ont prêté leur concours ( « ) pendant le siège, il y avait certainement des myopes et des presbytes, à un assez faible degré, toutefois, à moins qu'ils n’aient fait usage de bésicles. Les diamètres des champs de
- Fig. 13.
- lunette dont j’ai laissé subsister la trace sur la plupart des dessins que j’ai conservés varient cependant de om, uo à om, i5^, mais il en résulte simplement que les distances auxquelles on a placé la planchette ont varié entre om,?.5 et o°,35.
- Tcléinctroeraphc en station.
- (') Voir, à la suite de ce travail, dans les Notes qui lui sont annexées, celle qui a pour titre : Sur le rôle des observatoires militaires pendant le siège de Paris par Varmce allemande.
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- » Je n’ai pas besoin d’ajouter que le degré de précision des mesures angulaires varie avec le champ de la lunette et avec la distance de la planchette. Les rayons de nos panoramas ont toujours dépassé 10“ et atteint jusqu’à 20“; on comprend donc aisément que, sur de pareils cercles, les angles n’ont pas cessé fd’être évalués avec une extrême précision graphique (1}. »
- Il ne conviendrait pas, à propos de la question des reconnaissances du terrain à grandes distances, de décrire ici l'appareil qui m’a servi à observer l’éclipse totale de Soleil du 18 juillet 1860 et qui est désigné aujourd’hui sous le nom & héliographe horizontal. Je crois cependant devoir le mentionner en passant, parce qu’il comporte une association analogue de la chambre noire et d’une lunette ou d’un objectif spécial qui a sûrement donné naissance à la Téléphologra-phie dont les progrès et les résultats ont été si remarquables dans ces derniers temps ( - «.
- Constatation du droit de priorité par les dates des publications. — Je ne saurais terminer cet exposé sommaire de nos travaux, qui n’ont pas duré moins de vingt ans, de i85o à 1870, et qui, entre les mains de M. le capitaine Javary, de i863 à 1870, ont donné de si remarquables résultats, sans ajouter que la plupart des étrangers sérieux qui sont entrés dans la voie que nous avions tracée ont loyalement reconnu que nous les avions devancés et initiés. Il y a bien eu un peu d’hésitation de la part de quelques-uns dont nous ne devons pas suspecter la bonne foi, quand ils affirment qu’ils ignoraient ce que nous avons fait avant eux. Quant à ceux, en très petit nombre d’ailleurs, qui, par amour-propre national, tiennent à 11e nous rien devoir, nous n’avons pas à nous en inquiéter. II est universellement admis depuis longtemps que les droits de priorité, en matière scientifique, s’établissent
- '*} Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, L C, p. 1*98.
- (’) ba Téléphotographie céleste a effectivement précédé la Téléphotographie terrestre.
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- d’après les dates des publications. Les nôtres ne sauraient être contestés que par les gens de parti pris qui ne comptent pas, puisque nous avons eu le soin d’indiquer très exactement les recueils dans lesquels on peut vérifier tout ce que nous avons avancé.
- Nos compatriotes nous ont généralement rendu justice et il en est même qui, après avoir fait un usage des plus ingénieux de la méthode, non contents de reconnaître ce qu'ils pouvaient nous devoir, ont pris spontanément la défense de nos intérêts et nous ont signalé les emprunts qui nous étaient faits et les erreurs volontaires ou involontaires commises à notre préjudice au delà de la frontière (1 ). Mais nous sommes bien obligé d’avouer que, de ce côté aussi, il s’est trouvé des imitateurs peu scrupuleux qui, ayant plus ou moins bien compris la méthode, ont cherché à se l’approprier. D’autres, tout à fait sans vergogne, sont allés jusqu'à essayer d'exploiter une idée très simple à coup sûr, mais dont ils n’avaient même pas saisi la véritable portée. Nous voulons parler du télémétro-graphe que nous avions négligé de baptiser, mais dont le principe se trouve nettement exposé dans notre premier Mémoire sur les applications de la chambre claire publié en i854 et reproduit avec un spécimen de champ de lunette dans le Magasin pittoresque de l’année 18G1 (-).
- Des retards apportés à f adoption de la méthode photographique en France. — J’ai dit plus haut que je n’entreprendrais pas d’énumérer et de réfuter les nombreuses critiques faites, à ses débuts, à une méthode qui, malgré les très grands avantages qu’elle présente dans une foule de circonstances, n’a jamais été donnée par ceux qui la proposaient comme devant suffire à tous les besoins delà Topographie.de
- CID* * Gustave Le Y,os, Les Levers photographiques et ta Photographie en voyage; i8qo (Paris, Gauthicr-Viilarset fils).
- (*) 11 est regrettable de trouver le nom du célèbre architecte Collet-Leduc mêlé à cette tentative de plagiat dont routeur avait été dûment provenu ainsi que son patron, à l'époque (i868) où il apporta à Pari' ce quil croyait être une invention à laquelle 11 avait donné le nom de têléicono-graphe. Voir à ce sujet : Viollet-Ledcc, Le massif du Mont-Blanc, introduction, p. x; >S-o (Paris, Baudry;.
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- .AISSEDAT.
- cet art perfectionné qui dispose de tant d'instruments ingénieux et spéciaux.
- Je ne crois cependant pas devoir négliger d'entrer dans quelques détails pour préciser les propriétés de la Photographie qui ne lardera pas, j’en suis certain, à être considérée comme un auxiliaire indispensable de la Topographie. Je tâcherai d'expliquer en même temps comment il se fait que les résultats remarquables dont j’ai rendu compte ont passé presque inaperçus en France, si bien que les étrangers les plus bienveillants ont été autorisés à supposer que, si nous avions renoncé à nous servir d’une arme que nous avions forgée, c’était sans doute parce que nous n'avions pas bien su la manier.
- C’est ainsi que M. E. Deville, surveyor général du Canada, dans l’introduction de son excellent ouvrage intitulé Photographie Surveying (1 ), s’étonne un peu de cet abandon et cherche à en découvrir la cause ou même à l’assigner.
- « Malgré le nombre de ceux qui ont écrit sur la méthode, dit M. Deville, les grands avantages qui lui sont attribués et les nombreuses expériences de levers qui ont été faites, il n’y a que deux exemples de son emploi actuel dans un but pratique. En France, où elle est née, elle a été complètement abandonnée, au moins ostensiblement. Les Allemands s’en servent pour faire des plans de bâtiments, usage auquel elle se prèle admirablement, mais leurs levers topographiques ont été entrepris simplement à titre d’expériences.
- » Ce délaissement est dû à plusieurs causes. En premier lieu, les échelles employées, du -^au sonttrop grandes. De plus petites ne sont généralement pas choisies en Europe, parce qu’il existe déjà de bonnes cartes à ces échelles.
- » D’un autre côté, les applications possibles de la méthode avaient été exagérées; on était allé jusqu'à prétendre qu’elle pouvait êire uiilisée partout; en réalité, elle convient à deux espèces d’opérations : les levers en pays de montagnes et les reconnaissances secrètes. Les cartes italiennes et canadiennes
- .‘j Photographie Surveying, bv E. Deville,surveyor general of Canada. Ottawa, Survev office ; jSSg.
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- LES APPLICATIONS DE LA PERSPECTIVE AU LEVER
- appartiennent à la première catégorie, el, quant aux recon-
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- naissances secrètes, elles sont probablement beaucoup pratiquées, quoique l’on n’en entende pas parler.
- 0 Les auteurs qui oui écrit sur ce sujet ont surtout visé les levers à grande échelle exécutés avec précision. Les levers canadiens sont tout différents : leur échelle est petite et la rapidité de l’exécution est telle que des procédés plus exacts n’eussent pas été avantageux.
- » L’objet de cet ouvrage est de montrer que la quantité d'informations qui peuvent être recueillies, dans bien des cas, sur une photographie, et les nombreuses ressources qu’elle procure à l’opérateur ne sauraient être égalées par aucune autre méthode de lever. »
- Avant de répondre aux observations qui précèdent, je saisis avec empressement l’occasion qui se présente de placer sous les yeux du lecteur un peu prématurément, puisqu’il s’agit de travaux exécutés à l'étranger un spécimen des levers topographiques du Canada (/>/. KO» dirigés par M. E. Deville, qu’il a bien voulu m’adresser, accompagné de deux des quatre épreuves qui ont servi à le construire {fig. i3 et i4). Cela permettra de faire immédiatement la comparaison à laquelle j’ai fait allusion et sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir.
- On vient de voir que, selon M. E. Deville, l’une des causes de l’abandon de la méthode chez nous serait que nous avons voulu employer de trop grandes échelles et, d’un autre côté, on aurait eu le tort de prétendre qu’elle pouvait être utilisée partout.
- Pour l’habile ingénieur qui a eu le mérite de meure en train l’œuvre si réussie de la carte d’une partie des Montagnes Rocheuses du Canada et d’inspirer d’autres entreprises analogues, la Photographie ne conviendrait qu’à la construction des cartes des pays montagneux et à l’exécution des reconnaissances secrètes.
- Je professe pour M. E. Deville une si grande estime qu’il m’en coûte de le contredire, mais je dois cependant le faire sans hésiter, et je serais bien surpris si, après avoir pesé toutes mes observations, il n’inclinait pas à reconnaître qu’il a été trop exclusif.
- Tout d’abord, il me permettra de continuera recommander
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- l'ig. î^. — District d'Albcrtu. lîow lukc cl environs (Canada).
- Vue priîw île. lu «inlioii «'• 2 «lu plu» | l'I. /•'/]. — (IramliMir icelle «le 1» iilnqne e»ii|>li>yéi* : I2*«* x iiî-«1&.
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- la méthode des perspectives aux navigateurs et aux explora-rateurs pour qui elle a été imaginée. Je rappellerais, s’il en était besoin, les citations que j’ai faites de l’ouvrage de Beau-temps-Beaupré et du rapport d’Arago. Toutefois, je ne suis pas moins d’avis que, pour les explorateurs en particulier, il y a lieu de faire des réserves et je n’engagerais certainement jamais ceux qui ont à traverser de grandes plaines nues, la brousse, des marais ou des forêts vierges, à compter sur la perspective pour les aider à se tirer d’affaire et à tracer la carte de leurs itinéraires. Mais il en est tout autrement dès que le sol s’accidente et que I on peut trouver des stations d’où l’on découvre d’assez grandes étendues de terrain ; il n’est point nécessaire d’attendre davantage; la perspective, et par conséquent la Photographie, redevient un auxiliaire précieux pour tout opérateur tant soit peu exercé.
- J’ajouterai que, même après avoir atteint les pays de hautes montagnes, on peut se dispenser, quand on voyage et que l’on doit être économe de son temps, d’entreprendre des ascensions pénibles qui en font toujours perdre beaucoup.
- C'est donc ici surtout que je me trouve en désaccord avec M. Deville et avec tous ceux qui pensent comme lui qu’il convient de limiter l’emploi de la Photographie à la construction des cartes des pays de hautes montagnes. La publication de celles d’une partie des Alpes à l’échelle de par l’Institut géographique italien, a peut-être contribué à faire naître cette opinion, et l’on a trop oublié les résultats auxquels nous étions parvenus longtemps auparavant, en opérant dans des contrées beaucoup plus variées et à de grandes échelles, avec au moins autant d’exactitude.
- Les renseignements que j’ai donnés ci-dessus sur l’étendue de nos levers exécutés à des échelles qui ont varié de sfa à —^ ainsique sur la durée des opérations, tant sur le terrain que dans le cabinet, devraient suffire, ce me semble, pour convaincre ceux qui 11’ont point de parti pris des avantages de la méthode photographique à toutes tes échelles et partout où le terrain est suffisamment accidenté. Je pourrais même m’approprier le dernier paragraphe cité de l’avant-propos de M. E. Deville, en le généralisant, et affirmer que ces avan-
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- tages «e se rencontrent dans aucune autre méthode. Mais il est sans doute encore nécessaire, en les rappelant, d’insister sur ce qu’ils subsistent, quelle que soit l'échelle, et d’indiquer les véritables causes du délaissement momentané de la méthode en France, après quoi je présenterai un résumé de tout ce que j'ai pu apprendre de son histoire à l’étranger.
- Propriétés des vues photographiées considérées comme les éléments d'un plan. — La première et la plus importante propriété des vues photographiées est, sans contredit, de retracer, avec la plus grande fidélité, l’aspect d une localité telle qu’elle a été vue par l’opérateur, de stations bien choisies. Cette propriété n’existe pas seulement pour celui qui a été sur le terrain; elle est manifeste pour tous les topographes de profession qui examinent attentivement des vues en les comparant avec le plan ou la carte dont elles sont les illustrations.
- Il découle de cette propriété que la construction et les vérifications de la carte du pays ainsi relevé peuvent être faites en tout temps, à l’aide des photographies, partout et pour ainsi dire par tout le monde.
- Une autre conséquence tout aussi naturelle, mais qui n’étonne pas moins ceux qui,pour la première fois, se mettent résolument à exécuter un plan à l’aide de photographies prises de stations convenables, c’est le nombre prodigieux des points déterminables qu’ils reconnaissent et qu’ils parviennent à identifier sur les différentes épreuves.
- Cette propriété est, en effet, la caractéristique des vues photographiées, et il est à peine croyable qu elle n’ait pas triomphé, à elle seule, des préjugés des topographes les plus attachés aux anciennes méthodes dites classiques.
- Mais il ne faudrait pas connaître l’histoire des arts en général et en particulier de l’art d’étudier le terrain pour s’étonner de la persistance de ces préjugés et de la résistance opposée à l’introduction d’un élément, d’un instrument nouveau. L’aiguille aimantée elle-même, après les services inestimables qu’elle rendait depuis plusieurs siècles aux marins et aux autres voyageurs, n’est*elle pas restée suspecte aux yeux des ingénieurs géographes jusqu’à ce que l’un d’eux, Maissiat,
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- ail montré comment on pouvait s’en servir sûrement, non seulement pour se guider et s’orienter de temps en temps, mais pour lever les plans les plus détaillés et dresser la carte d’un pays étendu (<), sans avoir recours à aucun autre instrument. Au fond, c’est l'éternelle histoire des classiques et des romantiques qui se reproduit incessamment sous toutes les formes.
- L’art de lever les plans (nous ne disons pas l’arpentage, qui a été pratiqué depuis la plus haute antiquité) a commencé à se développer vers le wi« siècle, à l’époque de l’invention de la planchette dite prétorienne, du nom de Jean Proetorius, de Nuremberg. Au xvuc siècle, il est déjà question de la boussole pour lever les plans, mais cet instrument est resté, comme nous l'avons dit plus haut, suspect d’inexactitude pendant bien longtemps, en Allemagne, jusqu’à Goethe tout au moins, comme on peut le voir au premier Chapitre des Affinités électives et jusqu’au commencement du siècle, dans le corps des ingénieurs géographes français, car on trouve dans un Mémoire du commandant Muriel, inséré au premier volume du Mémorial du dépôt de la guerre (i8oa-i8o3), une comparaison de la planchette et de la boussole, dont la conclusion est que la première l’emporte de beaucoup sur la seconde. 11 a fallu la persévérance elle talent de Maissiat qui a exécuté, à cette époque, dans le Palalinat, à l’échelle de 7^5 (6p® pour 100 toises), avec une exactitude surprenante, une carte de i5ooo à 16000 kilomètres carrés, sans triangulation ci uniquement avec la boussole qui porte son nom, puis les perfectionnements ultérieurs apportés à la boussole nivellatrlce par le commandant Clerc et par ses successeurs à l'École d’application de Metz, pour établir la réputation d’un instrument qui a joui depuis de la faveur générale. Enfin, la stadia employée, dès 1812, en Hollande, d’après Poncelet, par les officiers du génie français, délaissée à son tour, malgré les expériences concluantes du chevalier de Lostende, en 1822, jusqu’à la découverte de Yanallatisme, par Porro, en 1849, ,a stadia» disons-nous, associée à la boussole ou à un théodolite muni
- (•; Peut-être est-il à propos de rappeler ici quelques dates que le lecteur peut ignorer ou avoir oubliées.
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- d’un déclinatoire, a donné naissance à la Tachéométrie si couramment pratiquée aujourd’hui.
- Des véritables causes du temps d’arrêt du développement de la méthode photographique en France. — Nous avions essayé, on l’a vu, depuis bien des années, de combattre les préjugés que nous pressentions, en soumettant nos essais au Comité des Fortifications et à l’Académie des Sciences, et nous avions espéré qu’ils s’évanouiraient devant les encouragements et l’approbation de ces deux grandes autorités, enfin, en dernier lieu, devant les résultats vraiment remarquables obtenus, pendant huit années consécutives, par M. Javary, dans les circonstances les plus variées.
- Il n’en a rien clé cependant, et la véritable cause de cet insuccès relatif n’est point du tout le choix que nous avions fait, et que nous ne regrettons pas, d’échelles un peu grandes. Il faut la chercher dans l’indifférence des uns et dans la résistance systématique des autres, parmi ceux qui eussent pu et dû nous aider. Mais, au nombre des premiers, il y en avait beaucoup qui connaissaient à peine la méthode et ne s'étaient jamais rendu compte de ce qu’elle pouvait donner, et parmi les autres, c’est-à-dire ceux qui la connaissaient bien, la plupart, ainsi que je l’ai dit plus haut, considéraient ou feignaient de considérer les résultats qu’ils ne pouvaient pas contester comme des expériences plus curieuses qu’utiles et, par conséquent, devant rester en dehors de la pratique.
- Quoi qu’il en soit, après la guerre franco-allemande, la nécessité de faire des reconnaissances et des levers rapides sur la nouvelle frontière s'imposant, au lieu d’utiliser la petite brigade de M. le capitaine Javary eide charger même cet officier d’initier d’autres opérateurs, on jugea qu’il était plus expédient de n’employer que les anciennes méthodes dont on était sûr, et l’on supprima tout simplement la brigade de M. Javary, en autorisant toutefois cet officier à publier un Mémoire sur ses opérations et les résultats qu’il avait obtenus, dans le n° 22 du Mémorial de lofficier du génie. C’était, selon l’expression d’un officier général à qui je me plaignais de cette maladroite résolution, un enterrement de première
- 2* Série, t. V. 23
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- classe. Je me contentai de lui répondre : « Croyez-moi, ce n’est pas un mort qu’on enterre, vous verrez qu’il ressuscitera. » Je me trompais en ce que ce fut lui qui mourut peu de temps après, sans savoir que la méthode si cavalièrement écartée en France avait déjà passé la frontière et était en train de s'implanter et de prospérer à l'étranger.
- Question des échelles. — Avant de nous expatrier nous-mêmes, il faut bien que j’achève de m’expliquer sur la question des échelles. On nous a reproché d’en avoir employé de trop grandes et, partant de là, M. E. Deville a supposé que les États de l’Europe qui possèdent déjà de bonnes cartes topographiques, aux échelles convenables, n’avaient guère besoin de recourir à la méthode photographique. Mais notre honorable émule pense-t-il que ces caries n’aient pas besoin d'être revisées, particulièrement dans les pays de hautes montagnes (ce que font précisément les Italiens avec beaucoup de succès) et ne sait-il pas que, d’un autre côté, plusieurs de ces grands États ont des colonies dans lesquelles il serait sûrement avantageux d’utiliser la Photographie? Le Canada lui-même ne se trouve-t-il pas dans ce cas vis-à-vis de la Grande-Bretagne? Je devrais tout de suite ajouter que, pour les reconnaissances secrètes qui sont la seconde application admise par M. Deville, on ne peut vraisemblablement faire usage que de grandes échelles. Dans aucun cas, l’abandon complet de la méthode n’est donc justifié, et la critique indirecte qui nous a été faite se trouverait déjà bien atténuée quand même nous n’aurions pas d'autres arguments à faire valoir.
- Examinons donc à fond cette question des échelles. Que cherchions-nous en utilisant les perspectives à la reconnaissance ou même au lever régulier de localités suffisamment accidentées ? Simplement à gagner du temps, à en passer le moins possible sur le terrain. Les reconnaissances que nous avions en vue étaient destinées à fournir les bases d’avant-projets de travaux d’art ou de défense, de tracés de routes, etc., qui intéressent le génie civil et militaire et réclament l'emploi d’assez grandes échelles. Avons-nous atteint
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- le bui? Là est toute la question et le Tableau de la page 294 y répond à coup sûr victorieusement.
- Quelle différence y a-t-il donc entre les grandes et les petites échelles pour étudier le terrain à l'aide de telle ou telle méthode et, en particulier, à l’aide de la méthode photographique?
- Quel que soit le but à atteindre, il s’agit toujours d’obtenir des points de repère en projection horizontale, ainsi que leurs cotes de nivellement, en nombre suffisant pour guider le dessinateur dans le tracé des détails de la planimétrie et des sections horizontales qui expriment le relief.
- Selon le choix de l’échelle, le nombre des points à déterminer varie naturellement pour une même superficie de terrain, et il est d’autant plus considérable que l'échelle est plus grande. Mais cette conséquence est la même, quels que soient les instruments et la méthode que l'on emploie. Je ne dois donc pas supposer que la comparaison que j’ai déjà faite plus haut (p. 290) et qu’a pu faire de son côte M. E. De-ville des surfaces reconnues par ses très habiles opérateurs au Canada avec celles qui ont été levées, dans des temps égaux, par M. le capitaine Javary, l'ait conduit à conclure que la Photographie était plus avantageuse dans l’un des cas quedans l’autre : il a bien trop d’expérience et de lumières pour cela.
- En moyenne, au Canada, un ingénieur et un aide lèvent annuellement 1200^, soit 120000 hectares de terrain, à l’échelle de 77*^ (réduite à l'échelle de ^7775 pour la gravure). M. le capitaine Javary, aidé d’un garde du génie, a levé en 1866, en Savoie, 12000 hectares de terrain à l’échelle de en passant 18 jours sur tes lieux. Ce plan qui couvre
- une surface de près de 5®s avec des roules, des chemins, un grand village, des habitations isolées, des divisions de cultures et des sections horizontales équidistantes de 5n‘ en 5m, dans un pays dont le point culminant atteint 1900“ d’altitude, représente, à coup sûr, un travail de dessin au moins équivalant, pour ne pas dire plus considérable, que celui des feuilles annuellement exécutées pour la carte des Montagnes Rocheuses du Canada. Encore une fois, la question de vitesse dans l’exécution me semble devoir être tout à fait écartée.
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- U SS EDA T.
- S’agirait-il de la précision à laquelle on peut prétendre dans les deux cas? Les principes que l’on doit suivre pour déterminer graphiquement ( * ) les points de repère selon l’échelle adoptée sont les mêmes; il faut que les distances évaluées soit par cheminement, soit par intersection, soit par rayonnement, restent sensiblement proportionnelles aux dénominateurs des échelles et à la longueur des lignes de visée sur les instruments, alidade ou lunette, aiguille aimantée, distance focale de l’objectif.
- Il est sans doute inutile d’insister sur ces principes bien connus de tous les topographes et que j'ai rappelés uniquement pour avoir le droit d’en conclure que les plans levés à de grandes échelles, à l’aide de photographies, en s’v conformant, offrent toutes les garanties de précision que l’on peut exiger.
- Coup (Tœil rapide sur les anciennes objections. — Je ne m’attarderai pas, je le répète encore une fois, aux anciennes objections concernant les deformations des images par les objectifs ou par les manipulations qui altèrent les dimensions du papier, etc. Il est trop aisé d’y répondre par des expériences qui démontrent que les premières sont absolument négligeables avec de bons objectifs, même sur des épreuves soumises à des agrandissements bien exécutés et par le conseil que je donne, que j’ai toujours donné, de déterminer directement la distance focale plus ou moins modifiée sur les épreuves positives, enfin de vérifier les retraits ou les allongements du papier, dans les deux sens, à l’aide des quatre repères que portent ou doivent porter tous les appareils destinés à la -Métrophotographie.
- Nous pourrions, en dernier lieu, ajouter ou plutôt répéter ce que nous avons toujours reconnu, à savoir que, dans certains cas, malgré le choix le plus judicieux des points de vue, il peut y avoir des plis de terrain cachés sur les épreuves qui laisseraient des lacunes sur le plan ou sur la carte. Nous
- (') îïous laissons, bien entendu, en dehors de cette discussion les opérations trigonom-itrlques et les Instruments de haute précision qui servent à les exécuter.
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- n’avons pas cessé de recommander depuis longtemps aux opérateurs, qui ne veulent pas ou qui ne doivent pas laisser subsister ces lacunes, de se rendre bien compte de ce qui pourrait rester caché et d’aller le lever à part en employant les méthodes connues les plus expéditives, par exemple celle des cheminements à la boussole.
- Ce conseil s’adresse d’ailleurs aussi bien aux ingénieurs géographes qu’aux topographes, les lacunes à combler existant pour les uns comme pour les autres et devantmême assez souvent être plus difficiles à combler pour les premiers qui parcourent le terrain bien plus rapidement que les derniers.
- Le lecteur a sans doute remarqué que, depuis un moment, j’ai fini de répondre aux critiques concernant le choix des échelles et que je cherche à aller au-devant des scrupules de tous ceux qui n’ont pas encore essayé d’employer la méthode photographique dont nous ne cherchons pas à exagérer les mérites, mais qui répond certainement à un grand nombre d'exigences et en particulier à ce besoin ressenti partout et en toutes choses de gagner du temps.
- Conclusion. — En employant nous-même d'assez grandes échelles, parce que nous nous étions proposé un but qui les comportait, nous n’avons aucunement prétendu que la méthode excluait les autres et nous avons, au contraire, toujours fait allusion aux services qu’elle était appelée à rendre aux explorateurs qui ont à tracer plus souvent des cartes que des plans, c’est-à-dire qui emploient nécessairement de petites échelles.
- Au surplus, à la fin d’une lettre que M. E. Deville a bien voulu m’adresser en janvier dernier et dans laquelle il me donnait les plus intéressants détails sur la construction de la belle carte qu’il fait exécuter au Canada, il exprime lui-même, en des termes pleins de courtoisie et qui m’ont vivement touché, cette idée que la méthode photographique se plie à tous les besoins : « Ainsi que vous le voyez, m’écrit-il, je n’ai rien changé d’essentiel aux procédés que vous avez été le premier à indiquer : je n'ai fait que les adapter à nos besoins. Nos instruments diffèrent peu des vôtres et sont, je
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- crois, beaucoup plus pratiques que les nombreuses inventions de ces dernières années. »
- Nous retrouverons, dans le Chapitre suivant, les nombreuses inventions dont parle M. Deville. Nous y verrons, en même temps, que si l'on a souvent compliqué à plaisir la construction des instruments, on n'a jamais rien changé d’essentiel à la méthode elle-même.
- Mais, en terminant ce Chapitre; je ne dois pas manquer de rendre hommage au talent, à l'ingéniosité et au dévouement de plusieurs'de nos compatriotes qui, sans s'astreindre à employer complètement cette méthode, ont fait d'importants et souvent admirables travaux de reconnaissances à l’aide de la Photographie, dans les hautes montagnes au point de vue géographique et au point de vue géologique, dans des contrées éloignées au point de vue archéologique, enfin, en recourant aux stations aériennes, soit en ballon, soit à l’aide de cerfs-volants (1 ).
- La Photographie aérienne, inaugurée depuis i8i>8parM.Na-dar père, expérimentée à l’étranger et reprise en France avec beaucoup de succès, n'a point dit son dernier mot et est sûrement appelée à rendre de sérieux services à l’art des reconnaissances en général. Nous pensons qu on nous saura gré de reproduire ici quelques épreuves prises parmi les plus caractéristiques obtenues en ballon ou avec un cerf-volant (4).
- La première dont nous publions i PI. Vil) une héliogravure, a été obtenue le 2 juillet 1886, de la nacelle d’un ballon, par M. Paul Xadar; elle est très remarquable, en ce qu'elle représente une petite ville presque comme sur un plan, sans cesser pour cela de donner une idée de la hauteur des maisons et des édifices.
- La deuxième {ftg. i5) est une vue très étendue de Nice, de la côte et de ses golfes, prise en 1890, de la nacelle du ballon captif de Louis Godard, et d’une hauteur de 4oom. On y découvre les monuments, les rues, les quais, les promenades,
- : Voy. A. Civialk. Voyages photographiques dans le Dauphiné, la Savoie, la Haute-Savoie, la Suisse et le Tyrol. 1 vol. et 3 cartes. J. Rothschild, Paris; 18&3. — Ur Gustave Le Bon, Voyages dans l’Inde, etc.
- (') La première épreuve obtenue en i»â8 par M. Nadarpère a été reproduite, d’après Paris-Photographe, dans U» Pi. V du présent Volume.
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- les maisons répandues dans la campagne, et si l’on avait, en déplaçant le ballon de aoom ou 3oom chaque fois, pris une se-
- conde vue au moins ou plusieurs autres, il eût été bien facile de construire le plan de Nice et de ses environs.
- La dernière, enfin {fig. 16), est une vue générale très détaillée aussi de la petite ville de La Bruguière, dans le Tarn, obtenue à l'aide d’un cerf-volant, par M. Arthur Batut; elle est également tout à fait intéressante, car elle montre que
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- Évidemment, de semblables docum dédaignés, et il faut, au contraire, < meilleur parti possible.
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- LE
- CALCUL SIMPLIFIÉ
- PAR LES PROCÉDÉS MÉCANIQUES ET GRAPHIQUES.
- CONFÉRENCES
- FAITES AC CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS, LES 26 FÉVRIER, 5 ET 19 MARS 1893,
- Par M. Maurice d’OCAGNE,
- Ingénieur des Ponts et Chaussées.
- DEUXIÈME CONFÉRENCE :
- LES INSTRUMENTS LOGARITHMIQUES. LES TRACÉS GRAPHIQUES.
- LES TABLES NUMÉRIQUES OU BARÈMES.
- Messiecbs,
- Les machines que j’ai fait passer sous vos jeux au cours de ma première conférence ne peuvent manquer, par la rapidité et par l'étendue des opérations qu’elles permettent d’effectuer, de frapper l’imagination de ceux qui les voient pour la première fois. Ces mécanismes suppléant, grâce au simple jeu d'une manivelle, au travail mental que le calcul exige de notre part, produisent au premier abord une vive impression de surprise ; on serait presque tenté de les ranger dans le domaine du merveilleux.
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- 3s.f
- Les instruments logarithmiques.
- Les instruments dont je vais vous parler maintenant ne présentent pas à première vue le même caractère. De simples règles ou de simples disques gradués n’ont assurément rien qui parle à l’imagination. Pourtant, ils ne sont pas moins dignes d’éveiller votre attention que les chefs-d'œuvre de mécanique que je vous ai présentés il y a huit jours, et les services qu’ils rendent sont encore plus considérables, car ils sont, pour ainsi dire, d’un usage universel, tandis que la plupart des ingénieuses machines que vous connaissez déjà, ne peuvent, en raison de leur prix élevé, se prêter qu’à des applications relativement restreintes.
- La nature des résultats obtenus n’est, d'ailleurs, pas toutà fait la même dans les deux cas. Pour faire saisir la différence qui existe de l’un a l'autre, je dois d’abord expliquer à ceux d’entre vous qui n’ont pas l’habitude du langage mathématique, ce qu’on entend par la locution de calcul approché.
- Un exemple va me permettre de donner clairement cette explication, sans entrer dans aucune digression théorique. Supposons que l’on veuille savoir ce que coûtent 3m,75 d’étoffe à 6fr,45 le mètre. Si l’on effectue l’opération soit mentalement, soit au moyen d’une machine arithmétique comme l’arithmomètre Thomas, ainsi que je le fais ici, on trouve pour résultat n^tr,iS^5. Or, on n’a que faire en pratique de tant de décimales. L’usage courant ayant établi que les paiements ne s’effectuentque par fractions indivisibles deScentimes, on prendra, au lieu du nombre calculé, le nombre rond le plus voisin, qui est ici 24fr,2o. Ce nombre est dit un résultat approché delà multiplication qu’il s’agissait de faire. Il est dit approché par excès parce qu’il surpasse le résultat rigoureusement exact auquel on i’a substitué. Dans le cas contraire, on eût dit qu'il était approché par déjaut. On voit donc que, suivant une tolérance admise pour les divers cas de la pratique, on n’a généralement pas besoin de tous les chiffres que fourniraient les opérations arithmétiques effectuées mentalement ou mécaniquement sur l’intégralité des chiffres des données. Lors-
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- SIMPLIFIÉ.
- 3a5
- que, par un procédé quelconque, on se borne à déterminer la partie du résultat exigée par les besoins pratiques, on fait un calcul approché. Tel est, en particulier, le cas avec les instruments logarithmiques dont je vais maintenant aborder l’examen.
- PRINCIPE DES LOGARITHMES.
- Il n’est pas possible de comprendre le principe de ces instruments sans savoir ce que c’est qu’un logarithme. La notion de logarithme est une de celles qui sont le plus familières à quiconque a ordinairement recours aux Mathématiques, ne fût-ce qu’en vue de leurs plus simples applications. Peut-être a-t-elle, en revanche, de quoi un peu effrayer — à cause de son nom — les personnes qui ne sont pas dans ce cas. Je vais néanmoins tenter de donnera celles-ci une idée de cette notion, suffisamment nette pour qu’elles puissent sans difficulté s’expliquer le jeu des divers instruments que je vais avoir à leur présenter.
- Supposons qu’ayant disposé la suite naturelle des nombres en colonnes verticales, nous inscrivions à côté de chacun d’eux un nombre que nous appellerons son correspondant, ces correspondants étant tels qu’ils satisfassent à la condition suivante :
- Soient a, b, c les correspondants des nombres A, B, 0. Il faut que, si le nombre C est égal au produit A x B, !son correspondant c soit égal à la somme a~b, et cela quels que soient les nombres A et B.
- En particulier, il faut que le correspondant de 10 soit égal à la somme des correspondants de 2 et de 5, que le correspondant de 12 soit égal à la somme des correspondants de 3 et de 4, et aussi à la somme de ceux de 2 et de 6, etc.
- Il n’est pas évident, a priori, qu’il soit possible de dresser un tel tableau. L’analyse mathématique prouve cependant qu’il en est ainsi; c’est là une question classique bien familière à tous les candidats aux examens ponant sur les Sciences exactes. La preuve de cette possibilité n'est venue toutefois,
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- 3?.G
- il faut le dire, que longtemps après sa constatation pure et simple, due au génie de Néper.
- Celui-ci, pour la première fois, dressa un tableau jouissant du caractère qui vient d’être défini. II appela les correspondants des nombres leurs logarithmes ; le tableau lui-même prit dès lors le nom de Table de logarithmes.
- On se rend aisément compte des principaux usages d’une telle Table.
- Veut-on, par exemple, effectuer le produit AxB? On cherche dans la Table les logarithmes a et b de ces nombres; on effectue la somme a on cherche, dans la colonne des logarithmes, celui qui est égal à cette somme et l’on note le nombre qui lui correspond dans la première colonne. Par définition même, celui-ci est égal au produit A X B, ou plutôt à une valeur approchée de ce produit, au degré d’approximation défini par les échelons de la liste des nombres inscrits.
- La recherche d’un logarithme dans la seconde colonne est, d’ailleurs, des plus aisées et des plus rapides, en raison de ce que les logarithmes vont en croissant toujours dans le même sens, comme les nombres inscrits dans la première colonne.
- Pour effectuer la division, il suffit, par une marche inverse, de prendre dans la Table le nombre dont le logarithme est égal à Pexcès du logarithme du dividende sur le logarithme du di-
- S’agit-il d’élever un nombre A à une puissance ml Le nombre cherché étant égal au produit de m facteurs égaux à A, son logarithme sera égal, par définition, à la somme dem logarithmes égaux à a. On aura donc son logarithme en multipliant simplement a par m. Le nombre m étant généralement composé d’un seul chiffre, on peut écrire immédiatement le résultat de cette multiplication. Mais on pourrait aussi, si l’on voulait, l’effectuer au moyen d'une simple addition de logarithmes, comme il a été dit plus haut.
- Inversement, le logarithme de la racine /wième d’un nombre sera égal à la partie du logarithme de ce nombre; etc.
- II est inutile que j’aille plus loin; ce n’est pas une leçon de Mathématiques que j’ai à faire ici. J’ai simplement voulu
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- CALCUL SIMPLIFIÉ.
- 3a; •
- faire entrevoir à ceux d’entre vous qui ne sont pas familiarisés avec ces notions comment les diverses opérations arithmétiques effectuées sur des nombres quelconques peuvent se ramener à de simples additions ou soustractions portant sur d’autres nombres correspondant aux premiers d’après un tableau fixe, et qui sont dits leurs logarithmes. La marche suivant laquelle on opère comprend donc trois phases : i° recherche dans la Table des logarithmes des nombres donnés;
- 2° combinaison de ces logarithmes par voie d'addition ou de soustraction ; 3° recherche, dans la Table, du nombre dont le logarithme est égal au résultat de cette opération.
- les Echelles logarithmiques.
- Tout cela est bien facile, et, avec un peu d’habitude, exige fort peu de temps. Néanmoins, à peine Néper avait-il fait connaître sa merveilleuse invention qu’on s’efforça, au moins pour les besoins de la pratique courante où l’on se contente de résultats assez grossièrement approchés, de pousser encore plus loin la simplification, en rendant en quelque sorte mécanique la réalisation des trois phases que je viens d’énumérer.
- L’idée mise en avant à cet effet est bien simple et, vu l’éducation mathématique de nos esprits, nous semble aujourd’hui toute naturelle. Mais, si l'on se reporte à l'époque qui l’a vu éclore, on ne peut s'empêcher d’admirer la profonde sagacité de celui à qui on doit en faire honneur, Gunter, qui vécut de i58i à 1626.
- Cette idée consiste à porter sur une ligne droite, à partir d’une même origine, des longueurs proportionnelles aux logarithmes des nombres, en ayant soin d’inscrire à côté du point marquant l’extrémité de chacun de ces segments le nombre dont ce segment représente le logarithme.
- On marquera donc à l’origine même le nombre 1 (fîg- 16), car le logarithme de 1 est nécessairement nul (•), puis on (*)
- (*) En effet, puisque A X1 = A, on e log. A log. I = U>g. A, et, par suite, log. l = q.
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- L DOCAGNE.
- portera sur l'axe, à partir de ce point i, des segments dont les longueurs, mesurées avec une unité arbitrairement choisie s’expriment par les logarithmes de 2, 3, 4» etc., et, à côté du point terminal de chacun de ces segments, on inscrira respectivement les nombres 2, 3, 4, etc...
- Dans l'intervalle, on portera de même les segments mesurés par les logarithmes de 1,1, 1,2, 1,9, 2,1, 2,2, ....
- 2,9,..., mais on pourra se dispenser d'écrire ces nombres à côté des points terminaux correspondants. 11 suffira, en indi-
- quant chaque point terminal par un trait normal à Taxe, de donner aux traits correspondants à i,5, 2,3, 3,5, ... une longueur dépassant légèrement celle des autres, ainsique cela-se pratique pour la graduation en millimètres des doubles décimètres dont se servent les dessinateurs, pour que celui qui aura à se servir de la règle place mentalement, sans aucune hésitation, à côté de ces divers points, les nombres qu’on s’est dispensé d’écrire.
- Un axe ainsi gradué, dont la première idée, je le répète, appartient à Gunter et remonte au début du xvn* siècle, porte le nom d'échelle logarithmique.
- Comment, avec une telle échelle, pourra-t-on suppléer aux opérations indiquées tout à l'heure? Rien n’est plus simple et il me suffira, pour le faire comprendre, de prendre le cas de la multiplication de deux nombres.
- Soit à effectuer la multiplication A X B. Après avoir pris une ouverture de compas égale au segment compris outre le point coté 1 et le point coté B, on portera cette ouverture de compas sur l'axe à partir du point coté A. Le nombre lu en face de la seconde pointe du compas sera égal au produit AXB cherché. En effet, le segment compris entre le point 1 la et seconde pointe du compas se compose : ic du segment compris entre le point i et le point coté A, égal, par construction, au logarithme de A ; 2® de l’ouverture du compas, égale
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- l'L Sl.MPI
- au segmeni compris entre le point t et le point coté B, c'est-à-dire au logarithme de B. Ce segment est donc égal à logA-i-logB, c’est-à-dire, d'après la définition même des logarithmes, au logarithme de A x B. Donc, en vertu même de la construction de l'échelle, c'est la valeur de ce produit qui est inscrite à côté de l'extrémité de ce segment, marquée par la seconde pointe du compas.
- Règles, cercles, hélices et cylindres a calcul.
- Sans modifier le moins du monde le principe qui vient d’être exposé, on peut rendre son application plus rapide et plus sûre, en imaginant d’autres procédés que celui du compas, le premier évidemment qui devait se présenter à l’esprit, pour cumuler les segments comptés sur l’échelle logarithmique.
- ün premier procédé consiste à accoler à la règle portant sur un de ses bords l’échelle logarithmique une autre règle munie de deux index, l’un fixe, l’autre mobile.
- Après avoir placé le point i de l’échelle en face de l’index fixe, on amène l’index mobile en face du point B de l'échelle, puis on fait glisser l’échelle le long de la règle portant les index jusqu’à ce que son point A soit en face de l’index fixe. L’index mobile, dont, pendant ce glissement, la position n'a pas varié par rapport à l’index fixe, marque alors sur l’échelle le produit A X B.
- La fig. 17 rend cette explication, en quelque sorte, tangible sur l’exemple 2X3.
- 11 faut remarquer que le bord par lequel les deux règles s’appliquent l’une sur l’autre peut être incurvé en forme de cercle ou tordu en forme d’hélice, ces deux courbes étant les seules partageant avec la ligne droite la propriété d’être applicables sur elles-mêmes dans toutes leurs parties.
- On obtient alors des dispositions matérielles différentes de la précédente et offrant l’avantage de se prêterà un plus grand développement numérique sous de plus faibles dimensions, mais la manière de procéder est toujours la même.
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- 33o
- M. D’OCAGXE.
- Il suffit, dans le deuxième cas, que l’index mobile puisse pivoter autour du centre du cercle qui porte la graduation logarithmique, celui-ci étant lui-même mobile par rapport à l'axe fixe; dans le troisième, qu’il puisse glisser le long d’une
- Fig.
- tige mobile autour du cylindre sur lequel s’enroule l’hélice graduée, ce cylindre pouvant lui-même prendre un double mouvement de glissement et de rotation par rapport à l’index fixe.
- Moyennant cette différence purement matérielle, l’explica-
- tion que je viens de vous donner au sujet de la règle logarithmique subsiste intégralement pour le cercle et pour l’hélice logarithmiques.
- Les fig. 18 et 19 fournissent encore l’image de cette explication dans ces deux cas, sur l'exemple a x 3.
- D’après M. Favaro, dont les importantes recherches historiques ont jeté une vive lumière sur la genès$ des instruments logarithmiques, la première échelle circulaire aurait été construite par Oughtred, en i632, et la première échelle hélicoïdale parMiiburne, en i65o.
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- CALCUL SIMPLIFIÉ.
- Depuis lors, ces dispositions ont donné lieu à de nombreuses variantes se distinguant les unes des autres par des détails d'ordre purement matériel. Parmi les plus récentes, je citerai le cercle de Boucher, dans lequel le mouvement de l'index mobile et celui de l’échelle circulaire sont obtenus au moyen d’écrous, et le spiral slide ru/e du professeur (ieorges Fuller, de Belfast (fig. 20).
- Dans cet appareil, l’index fixe est constitué par l’extrémité
- Fig- 19-
- de la tige h fixée à la poignée e du manchon /; l’index mobile, par l’extrémité c de la tige n fixée au cylindre g qui pénètre à frottement doux dans le manchon f à l'intérieur duquel il peut tourner et glisser de façon à permettre d’amener l’index c en un point quelconque de l’échelle hélicoïdale. Enfin, le cylindre portant cette échelle est lui-même enfilé à frottement doux sur le manchon/.
- L’appareil, dont la longueur,poignée comprise,est de o“,4a. équivaut à une règle droite de a5m,4<> et fournit des résultat approchés au 777— •
- J’en ai assez dit, je pense, sur le procédé des index, destiné à suppléer à l’emploi du compas, et sur sa mise en œuvre avec les échelles rectilignes, circulaires et hélicoïdales.
- Le second procédé utilisé dans le même but est celui des
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- 1. D’OCÀGXE.
- échelles juxtaposées. Celui-ci repose exactement sur le même principe que les additionneurs dont je vous ai parlé dans ma première conférence ( * ).
- Imaginez deux règles placées bord à bord et portant cha-
- cune, sur ce bord commun, une même échelle logarithmique. Ki*.
- Si le point i de l’une d’elles se trouve en face du point A de l’autre, le point B de la première se trouve en face d'un point de la seconde dont la cote est égale au produit A X B (Jîg. ai>.
- En effet, la distance de ce point C au point i de la même
- (•; Voir p. *15.
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- LE CALCUL SIMPLIFIÉ. 333
- échelle se compose de la distance du point i au point A de cette échelle, et de la distance du point i au point B de l'autre échelle. Ces distances sont, par construction, égales respectivement à log A et à logB. La distance i — C est donc égale à
- logA -t- log B,
- c’est-à-dire au logarithme de A x B, et, par suite, la cote C est égale à ce produit.
- Cette disposition fut appliquée par Wingate à l’époque même où Gunter fit connaître son invention. Elle réalisait, par rapport à l’emploi du compas, une amélioration sensible sous le rapport de la précision.
- Elle fut grandement améliorée encore, en 1671, par Selh Partridge qui imagina la règle à tiroir, réinventée depuis par Leadbetter (1700), et dont le type s’est maintenu dans les instruments dont nous nous servons aujourd’hui.
- On ne saurait guère songer à l’utiliser avec l'hélice à cause des frottements qu’il y aurait à vaincre, mais elle se concilie fort bien, au contraire, avec l'emploi d’échelles circulaires, ainsi que, dès 1696, le faisait voir l’Allemand Biler.
- Cette disposition circulaire se retrouve dans diverses variantes imaginées en 1729 par Clairaut, en 1793 par Leblond, en 1796 par Gattey, etc., etc, enfin dans le Computing-tele-graph du professeur John Fuller, de New-York, qui a obtenu en Angleterre un succès mérité.
- La fabrication des règles à tiroir, longtemps connues de l’autre côté de la Manche sous le nom de soho-scale parce qu’elles étaient généralement construites à Soho, ne prit un caractère vraiment industriel que vers i$i5, entre les mains des frères Jones.
- Ce type de règle à calcul, introduit en France par Jomard en 1821, devint l’objet d’une fabrication courante dans les ateliers de Lenoir et fut progressivement perfectionné par celui-ci et par ses successeurs, Gravet-Lenoir et Tavemier-Gravet. Ce dernier a notamment établi, sur les indications de M. l’ingénieur des mines Lallemand, pour la commission du Cadastre, un type de règle avec placage en celluloïd, munie de
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- loupe, qui fournit quatre chiffres exacts pour le résultat, sous
- une longueur qui ne dépasse pas So"**.
- On a d'ailleurs imaginé une foule de variétés de règles à calcul, soit en vue de rendre leur fabrication plus économique (règle en carton à enveloppe de verre de M. Lalanne), soit en vue d'obtenir, au moyen de certains dispositifs, une plus grande précision sous de moindres dimensions (règle a échelles repliées et curseur de M. Mannheim ; règle à deux réglettes de M. Péraux, etc.)* Je ne puis entrer ici dans aucun détail à ce sujet, ce qui m’entraînerait beaucoup trop loin.
- Je crois toutefois devoir signaler à part un dispositif dont
- K
- K
- ~E
- Fig. =2.
- .,r;
- /, F,|
- i si
- M. Mannheim a été le premier inventeur et qui a donné naissance aux instruments particuliers dits cylindres à calcul.
- Le principe de ce dispositif est le suivant (fig. 2a) :
- Soit F0Fj une règle fixe le long de laquelle glisse une règle mobile M0M'S. Supposons que, lorsque l'origine M0 de la règle mobile est amenée en face du trait /<, de la règle fixe, un certain trait m' de la règle mobile vienne prolonger le trait/' de la règle fixe.
- Coupons maintenant les deux règles à une même distance F0F< = MûMi de leurs origines respectives. Plaçons les segments enlevés F', F', et M',M'3 en F* F, et MaM3, au-dessous des segments restants F0Ft et M0M< de façon qu’il y ait concordance exacte entre les origines F0 et Fa d’une part, Mo et M* de l’autre.
- Dans ces conditions, les deux segments M0M, et MaM3 de la règle mobile étant supposés rigoureusement solidaires, lorsqu’on ramènera le trait Mo en face du trait/0, on aura
- FaMa= FflM0= F.Mj.
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- CALCUL SIMPLIFIÉ.
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- On en déduit immédiatement que les traits / et m se proion geront encore.
- De là, la possibilité de fractionner les échelles fixe et mobile non seulement en deux, mais en autant de parties que l’on voudra, car le raisonnement resterait le même, et, par suite, de réduire la longueur d’une règle logarithmique à une limite donnée, quel que soit le développement donné à sa graduation.
- On peut d’ailleurs appliquer les divers fragments de l'échelle fixe sur un cylindre creux percé de fenêtres dans l’intervalle de ces fragments, de façon à laisser voir les fragments de l’échelle mobile appliqués eux-mêmes sur la surface d’un cylindre plein, mobile à l’intérieur du premier.
- OnobtientainsilecylindreàcalculducoloneIMannheim,dont je mets sous vos yeux le premier exemplaire offert au Conservatoire par l'auteur, alors élève à l’École d’Application de Metz.
- D’autres cylindres à calcul, de dimensions beaucoup plus grandes, de façon à avoir une plus large approximation, mais fondés sur le même principe, ont été construits depuis lors par divers auteurs, notamment par M. ïhacker, aux États-Unis, et par M. Billeter, en Suisse.
- On peut aussi se dispenser d’appliquer les échelles fractionnées sur une surface cylindrique, et se contenter d’ouvrir dans le plan portant l’échelle fixe des fenêtres permettant de voir l’échelle mobile dessinée sur un plan glissant sous le premier; telle est la disposition de Yl'niversal proportion Table du professeur Everett.
- Je dois enfin mentionner une très ingénieuse disposition due à M. le marquis de Viaris. Elle consiste à accoler l’une à l’autre deux échelles logarithmiques de sens contraire. Amenons le trait a de l'échelle OL en face du trait a' de l’échelle O'L' ( %. a3), et soit alors (T le trait de O'L' qui prolonge le trait io, que nous représenterons par tf, de OL. Nous avons évidemment
- Od-T-0'd' = Oa-rO,a’ ou, par construction même,
- logio logtf'*-- loga -r- loga',
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- c'est-à-dire, d’après la définition même des logarithmes, io d'= aar.
- Ainsi donc, à l'ordre décimal près (ce qui importe peu, car il ne saurait y avoir de doute à cei égard), il suffit de lire la cote de d! pour avoir le produit a x a'.
- M. de Viaris a eu la très heureuse idée, en vue des applications où l’on se contente d'une approximation assez grossière, d’imprimer respectivement les deux échelles aux extrémités d’un ruban pareil à ceux dont les tailleurs se servent pour
- Fig. *3.
- prendre leurs mesures. L une des échelles est munie, au point précis où se trouve le trait coté 10, d’une sorte de crochet métallique dans lequel on fait passer la seconde extrémité pour la placer bord à bord avec la première, et dont la pointe recourbée marque, sur cette seconde échelle, le point dont la cote fait connaître le produit des deux nombres correspondants aux deux traits qu'on a amenés en coïncidence d’une échelle à l’autre.
- Le ruban calculateur de M. de Viaris réalise assurément le maximum d’économie dans la construction d’instruments de ce genre.
- Il y aurait, à propos des instruments logarithmiques, bien d’autres points qui mériteraient d'être examinés dans une élude poussée à fond. Je me bornerai à ce coup d’œil général qui vous aura permis, je l’espère, de vous faire une idée d’ensemble de ces précieux auxiliaires du calculateur. J'ajouterai toutefois que leur utilité ne se borne pas à permettre d’effectuer de simples multiplications ou divisions. Ils se prêtent encore, par des tâtonnements rapides, à la résolution des
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- CALCUL S IMPLI 1
- équations du second et même du troisième degré» ainsi que Bour Ta montré le premier ( ' ).
- En outre, ces instruments, lorsqu’on y remplace les échelles logarithmiques ordinaires par des échelles graduées au moyen des logarithmes soit des sinus, soit des tangentes des angles, permettent d’effectuer des calculs trigonométriques.
- Les règles logarithmiques se rencontrent enfin, combinées avec d’autres organes, dans différents appareils comme rArithmoplanimètre de M. Lalanne (2) qui, destiné principalement à la mesure des aires planes, peut aussi, comme l’a remarqué l'auteur lui-même, servir d'instrument de calcul.
- Les tracés graphiques. — Calcul par le trait.
- J’arrive maintenant à la troisième des grandes classes dans lesquelles j’ai fait entrer les divers procédés de calcul simplifié, je veux parler des tracés graphiques ou épures.
- C’est ici la Géométrie qui prête au calcul son concours, grâce au principal général que l'on peut énoncer ainsi :
- Si Ion effectue sur des segments de droite donnés une certaine construction dont le résultat est de déterminer un autre segment de droite, la longueur de celui-ci est Uée à celles des segments donnés par une certaine relation algébrique. La construction effectuée équivaut donc à la suite des calculs indiqués par les signes de cette relation, puisqu’il suffit de mesurer le segment obtenu pour connaître le résultat auquel auraient abouti ces calculs.
- L’exemple le plus simple qu’on puisse invoquer pour éclairer ce principe est celui de l’addition : Si l’on porte bout à bout un certain nombre de segments de droite, la longueur du segment compris entre l’origine du premier d’entre eux etl'extré-
- (>; Au sujet des divers usages auxquels peut se prêter la règle à calcul, o» peut consulter l'Instruction sur la règle à calcul, de M. Labosne. (') Annales des Ponts et Chaussées (i$4o. a* semestre).
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- • ’OCAGXE.
- mité du dernier est égale à la somme des longueurs de ces segments.
- La soustraction résulte du même principe lorsqu’on le complète, par la notion du signe des segments attaché au sens suivant lequel ils sont portés.
- La multiplication graphique résulte immédiatement de la considération de deux triangles semblables. Soit, en effet, à effectuer le produit a'K b. Portons sur deux droites quelconques Ox et Qy les longueurs OA = a et OB = b [fig. *4).
- Sur OB prenons 01 — i, à l’échelle adoptée ; tirons la droite L'A et menons par le point B la parallèle BP à UA. Nous avons, d'après la propriété fondamentale des triangles semblables,
- 0P_ OA ÜB “ OC
- OP X OU = OA X OB,
- c’est-à-dire, en représentant par p la longueur OP, p — axb.
- La même figure fournit évidemment le moyen de faire graphiquement une division.
- Supposons, à litre de troisième exemple, que l’on veuille effectuer graphiquement l'extraction de la racine carrée.
- Portons bout à bout sur une droite (Jîg. a5) les segments AO = i et OB — n. Sur AB comme diamètre décrivons un demi-cercle et élevons en 0 la perpendiculaire OC. Le triangle
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- CALCU1
- ACB étant rectangle en C, on a, en vertu d’un théorème bien connu,
- OC — V'AU X O il
- ou, en appelant x la longueur OC,
- On peut ainsi substituera une opération arithmétique quel-
- conque une construction géométrique, et même non pas seulement une seule, mais, le plus souvent, toute une variété de constructions entre lesquelles il convient de choisir suivant h; cas. Dès lors, le principe énoncé tout à l’heure se précise; on conçoit mieux de quelle manière le calcul exigé par l’application de telle ou telle formule, qui se réduit, en fin de compte, à une série d’opérations arithmétiques, peut être remplacé par l’exécution d’une épure.
- Mais, si le calcul par le trait se bornait à cela, le profit qu’on en tirerait au point de vue de la pratique serait assez minime. Ce qui constitue son principal avantage, ce qui en fait, en outre, un art véritable, c’est que l’on peut toujours substituer à la série des constructions graphiques suivant, en quelque sorte, pas à pas les opérations arithmétiques qu’exigerait l’application d’une formule, un tracé condensé permettant d'obtenir bien plus rapidement le résultat cherché. L’ait consiste précisément, dans chaque cas, à choisir dans le vaste arsenal des théorèmes de Géométrie celui qui conduit le plus directement au résultat du calcul de la formule donnée.
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- lin exemple va rendre celle idée beaucoup plus claire. Soit à résoudre l’équation du second degré
- x- -r px -r- q =? o.
- L’Algèbre nous apprend que les racines x' et xy de celte équation sont données par les formules
- x'— -P* af_ -p- \'p*- \q
- Les constructions élémentaires rappelées plus haut nous
- Fig. i6.
- permettent d’effectuer séparément le produit pxp = P,puis la soustraction P — 4 q — <l> puis l’extraction de racine s/d — r, enfin la soustraction r — b = n', ou l'addition r -f- 6 = «v, ce qui nous donne#' —et x” =-*—• Le problème serait ainsi résolu ; il faut remarquer toutefois que le tracé ainsi défini est peu expéditif; nombre de gens n’hésiteraient sans doute pas à lui préférer le calcul numérique direct.
- Mais la Géométrie mieux interrogée, serrée de plus près, répond par des solutions bien autrement simples. Je n’en citerai qu’une, due à M. LUI, et dont l’élégance ne saurait manquer de vous frapper.
- Prenant comme sens positif celui dans lequel le contour d’un certain carré A«A« A2A3 est parcouru fictivement par un
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- I-E CALCC!
- IPLIF1K.
- point, sens indiqué sur la fig. z6 par des flèches, formons le contour a0(Ziâ.as dont les côtés, respectivement parallèles à ceux du carré et comptés positivement dans le même sens que ceux-ci, sont a0at= i, a,aâ= — p, a*az=q. II suffira de décrire sur o0û3 comme diamètre un cercle pour avoir, par ses points de rencontre V et h" avec at<h, les racines x"= a, b’ et &'=a,b*.
- La fig. z6 correspond à la résolution de l’équation
- Après avoir porté
- a©a 1 = 1, —(—i)=t, Ü1Ù3— — z,
- on a décrit le cercle de diamètre a<,a% qui a coupé a,a2 aux points b" et b* tels que b'a{ = a^bu— a, a^— 1. Dès lors
- Cet exemple suffit, je crois, à mettre en évidence l’esprit dans lequel sont conçus les procédés du calcul par le trait.
- Ce genre de calcul a donné lieu pour la première fois à un exposé d’ensemble de la part de Cousinery, en i84<>- Le livre où il a donné cet exposé, précisément sous le titre de Calcul par le trait, peut être considéré comme le point de départ de tous les développements donnés ultérieurement à ce sujet.
- Il est un vaste ensemble d’applications pour lesquelles ce genre de calcul rend les services les plus signalés; je veux parler des calculs de Mécanique appliquée auxquels les ingénieurs sont assujettis par les nécessités de leur métier, principalement en ce qui concerne l’étude de la stabilité des constructions et de la résistance des matériaux.
- Il n’est personne aujourd’hui qui ignore le nom de cette branche spéciale du calcul par le trait, la Statique graphique, Elle fait dériver systématiquement le tracé des épures, qui suppléent aux calculs de stabilité, de quelques notions géométriques fort simples : le polygone funiculaire, le polygone de Varignon, les figures réciproques de M. Cremona.
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- I. d’ocagne.
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- Les premiers linéaments de ce corps de doctrine se rencontrent dans un important Mémoire publié par Lamé et Cla-peyron, alors qu’ils étaient au service du gouvernement russe, dans l’ouvrage de Cousinery dont je viens de parler, dans divers essais de l’illustre Poncelet; mais il n’a pris sa forme définitive qu’entre les mains de Culmann, de Cremona, de MÔhr et de M. Maurice Lévy, sans compter une foule de géomètres et d’ingénieurs qui y ont apporté de notables contributions.
- Il n’est pas inopportun de rappeler dans cette enceinte que l’enseignement de la Statique graphique a été popularisé au Conservatoire même par M. Rouché, qui a su y imprimer le cachet de netteté et de simplicité qu’offre toujours le mode d'exposition du savant professeur.
- Dois-je insister sur les services que rend chaque jour la Statique graphique dans la pratique? Est-il utile que je rappelle que la plupart des grands ouvrages métalliques de notre temps ont été édifiés avec son secours? La connaissance de ces faits est devenue aujourd’hui absolument banale.
- Mais il convient de rappeler aussi qu’indépendamment des applications systématiques des principes de la Statique graphique aux calculs de stabilité ou de résistance, nombre de procédés géométriques dérivés d’autres sources ont été proposés en vue de certaines applications particulières, notamment par Poncelet, Méry, Saint-Guilhem, Maxwell, Ran-kine, et, tout récemment encore, par M. Collignon à qui l’on doit, en ce genre, une foule de solutions ingénieuses.
- Je dois forcément me borner à ces généralités un peu vagues, n’ayant pas ici à faire un cours. Puissé-je, au moins, avoir suffisamment caractérisé à vos yeux cet ordre de procédés de simplification du calcul et vous avoir fait pressentir leur haute importance en même temps que leur extrême fécondité.
- Les Tables numériques ou barèmes.
- Les procédés mécaniques ou graphiques que nous avons passés en revue jusqu’ici ont, en somme, pour but de substi-
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- CALCUL
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- tuer, au moins pour la plus grande part, le travail de la main tournant une manivelle, poussant une réglette ou tirant un crayon, à celui de la tête, lorsqu'il s’agit d’effectuer un certain calcul dérivant soit d’une opération arithmétique, soit d’une combinaison de plusieurs opérations de ce genre.
- L’effort intellectuel de même que le temps à dépenser dans chaque cas se trouvent sensiblement réduits; mais cette dépense doit cependant se renouveler à chaque opération, et l’on est amené à se demander si, dans certaines circonstances, on ne saurait pousser encore plus loin le soulagement apporté au calculateur.
- La réponse à cette question résulte, pour ainsi dire, de la force même des choses.
- Supposez que dans un bureau quelconque,dans une banque par exemple, un calculateur ait à effectuer tous les jours les opérations résultant de l’application d’une même formule avec des valeurs diverses pour les données. Pour peu qu’il ait souci d’économiser sa peine et son temps, il aura tout naturellement l’idée d’inscrire quelque part les résultats qu’il aura déjà calculés pour s’en resservir au besoin, soit qu’il retombe sur les mêmes données, soit qu’il ait affaire à de nouvelles données comprises entre celles qui se sont déjà présentées à lui et assez voisines de celles-ci pour qu’il soit facile d’obtenir le résultat cherché en corrigeant à l’estime les résultats correspondants à ces dernières. Seulement, pour que les cas déjà résolus puissent être ainsi utilisés par la suite, il est évidemment nécessaire qu’ils soient catalogués avec ordre.
- De là à l’idée des Tables numériques il n’y a qu’un pas. On est, en effet, tout naturellement amené à se dire que le mieux serait d'obtenir, une fois pour toutes, les résultats fournis par la formule considérée pour tous les états des données compris entre les limites d’où, pratiquement, celles-ci ne s’écartent pas, en la faisant croître dans un ordre régulier, et par échelons assez rapprochés, pour que, au degré d'approximation exigé, eu égard, au besoin, à l’emploi de l’estime dont je viens de dire un mot, le Tableau englobe toutes les valeurs possibles des données.
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- Cette évaluation d’un résultat compris entre deux résultats effectivement calculés d’une Table numérique porte le nom A'interpolation. Dans bien des cas, celle interpolation se fait à la simple estime, comme je viens de le dire. Lorsqu’on a besoin d’une plus grande précision, on peut l’effectuer en évaluant l’écart entre le résultat cherché et le résultat connu le plus voisin, au moyen d’un calcul bien facile, dérivant d’une simple règle de proportion, qui peut d’ailleurs se traduire lui-même par une petite Table numérique jointe à la première. Ceux d’entre vous qui ont l’habitude de se servir de Tables de logarithmes sont bien familiarisés avec l’emploi de ces petites Tables d’interpolation.
- Si l’intérêt qui s'attache aux Tables numériques se bornait à ce que nous venons de voir, à savoir de calculer et de cataloguer une fois pour toutes les résultats d'une formule qu’on serait amené sans cela à réobtenir, par le fait, un certain nombre de fois, cet intérêt serait loin d’être négligeable. Mais, en réalité, il va beaucoup plus loin.
- Lorsque, en effet, au lieu de calculer une suite de résultats sans enchaînement, on fait croître les données d’échelon en échelon, dans un ordre méthodique, l’Analyse mathématique fournit des simplifications qui réduisent la besogne dans une mesure considérable. Il s'en faut de beaucoup, dans ces conditions, que le travail requis pour l’établissementdu catalogue soit équivalent à la somme de ceux qu’exigerait le calcul de tous les résultats contenus dans ce catalogue, pris isolé-ment.
- C’est le Calcul des différences qui est la source de ces importantes modifications. Je ne puis évidemment ici que me borner à le mentionner, mais je veux, par un exemple particulièrement caractéristique, faire saisir à ceux d’entre vous à qui cette notion est étrangère le genre de secours que l’on peut attendre de ce mode de calcul.
- Supposons que nous voulions calculer une Table des carrés des nombres, disposée sur deux colonnes contenant l’une la suite naturelle des nombres i, a, J,..., l’autre leurs carrés i, 4» 9,Si, pour dresser ce Tableau, nous prenons successivement chaque nombre pour le multiplier par lui-même, nous
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- SIMPL1I
- ne larderons pas à reculer devant la longueur et l'aridité des calculs. Mais le Calcul des différences vient à notre secours en nous offrant la solution suivante : Accolons temporairement aux deux colonnes qui doivent constituer le Tableau définitif une troisième colonne dans laquelle nous inscrirons la suite des nombres impairs en commençant par le nombre 3. Dès lors, chaque carré inscrit dans la seconde colonne se déduit du précédent par simple addition du nombre impair placé à côté de celui-ci dans la troisième colonne, ainsi que vous pouvez vous en rendre compte sur le Tableau que voici :
- Lorsqu'on est arrivé, par exemple, au carré de 936 qui est 8-6096, le nombre impair de même rang dans la troisième colonne esu8;3. U suffit dès lors d’effectuer la simple addition de ces deux derniers nombres pour avoir le carré 877969 de 937 qu’on inscrit immédiatement dans la seconde colonne.
- On peut, d'ailleurs, pour effectuer les opérations auxquelles se réduit la construction d’une Table, avoir recours aux machines dont je vous ai parlé dans ma première conférence. C’est même là un excellent emploi de ces machines. Si, par
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- exemple, on veut calculer la Table des carrés dont nous venons de nous occuper à l'aide de l'arithmomètre Thomas, on n’aura, pour faire successivement apparaître les divers carrés dans les lucarnes D du résultat (fig. ii), qu’à inscrire successivement sur la platine I les différents nombres impairs, ce qui revient à faire croître le nombre inscrit au moyen des boutons C, de deux en deux unités à partir du nombre 3. Vous voyez quelle est la simplicité, quelle est aussi la rapidité de cette opération que j’effectue devant vous et qui exige moins de temps qu’il n’en faut pour écrire les résultats auxquels elle conduit.
- Lorsque le résultat à obtenir dépend d’une seule donnée, on inscrit, comme nous venons de le faire, la suite des valeurs de la donnée dans une première colonne, et les résultats correspondants, en face de ces valeurs successives, dans la seconde colonne. On obtient ainsi une Table à simple entrée ou barème simple, du nom du calculateur français Barréme ( 1640-1703) qui, le premier, eut l’idée des Tables de ce genre dans son Livre des Comptes faits resté si justement populaire.
- S’il y a deux données, on les dispose, par valeurs régulièrement croissantes, l’une sur le bord supérieur, l’autre sur un bord latéral d’un Tableau sur lequel on inscrit les résultats, chacun de ceux-ci étant placé à l’entrecroisement de la ligne et de la colonne correspondant aux valeurs qui ont été attribuées aux données pour son calcul. On a ainsi une Table à double entrée ou barème double.
- La construction de pareillesTables comporte des simplifications analogues à celles que je vous ai signalées pour les barèmes simples. Je n’ai pas besoin d’y insister davantage. Il est, au surplus, un exemple de ce genre, qui est bien familier à tout le monde, c’est la Table de Pythagore.
- Il arrive parfois que, vu l’échelle parcourue en pratique par les données, on est amené à donner à une Table un développement considérable. Ce n’est pas là, à proprement parler, un inconvénient majeur. Il est bon, cependant, pour plus de commodité, de chercher, par quelque disposition spéciale, à réduire les dimensions de la Table. La questionne posant assez
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- fréquemment, a été résolue nombre de fols. Toutes ces solutions se ramènent au fond au même principe. Il n’y aurait aucun intérêt à les examiner en détail. Je me contenterai de vous signaler les suivantes qui figurent dans la collection du Conservatoire, et sont dues à MM. Didelin et Chambon.
- L’appareil dû à M. Didelin permet d’obtenir l’intérêt pendant un jour d’un capital quelconque au plus égal à 109999*' et placé à un des taux usuels variant de quart en quart de f à 7 pour too, ainsi qu’à 8 ou à 9 pour 100.
- Si le Tableau des résultats calculés affectait la forme d'un barème ordinaire, celui-ci, disposé sur trente colonnes correspondant aux divers taux, devrait comprendre 109999 lignes.
- Mais un capital quelconque peut être décomposé en centaines de mille, dizaines de mille,..., dizaines et unités. Si l’on peut avoir séparément les intérêts afférents à ces diverses parties, il suffira d’en faire la somme (opération qui n’exige aucun effort de la part d’un employé de banque, rompu à la faire) pour obtenir l’intérêt cherché.
- On voit donc qu’on peut réduire le Tableau aux 46 lignes correspondant à
- *, 3..... ... 9
- m, ao. ................... 90
- ioooo, aoooo.................. 90000 et 100000
- Appliquons les neuf premières lignes sur la surface d'un rouleau, les neuf suivantes sur celle d’un second rouleau que nous placerons à côté du premier, et, ainsi de suite jusqu'à un cinquième rouleau qui portera les neuf lignes correspondant aux dizaines de mille plus la ligne correspondant à
- Recouvrons l’ensemble de ces rouleaux d’un écran percé de fenêtres longitudinales, permettant d’apercevoir la génératrice supérieure de chaque rouleau, et munissons chacun d’eux à ses extrémités de boutons au moyen desquels on puisse le faire tourner sur lui-même.
- Si nous voulons avoir l’intérêt à 5 pour 100 d’un certain ca-
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- y# ü’ocicx*.
- pïtal, 87 ?.85 r, par exemple? nous n'aurons qu’à faire tourner le premier cylindre de façon à amener sous la fenêtre correspondante îa ligne relative à 5. De même, faisons apparaître la ligne 80 du second cylindre, la ligne 200 du troisième, la ligne 7000 du quatrième, la ligne 80000 du cinquième. Nous aurons donc, dans la colonne du taux 5 pour 100, les intérêts des capitaux 5, 80, 200, 7000, 8oooofr. Il suffira d’en faire la somme pour avoir l’intérêt cherché.
- Celte somme pourra, d’ailleurs, si on le préfère, être effectuée au moyen d'un additionneur mécanique comme ceux que j’ai décrits dans ma première conférence.
- Afin de prévenir toute erreur provenant d’une confusion entre les diverses colonnes, M. Didelin a soin de munir chacune d’elles d'une coulisse qui, par un léger mouvement de glissement, permet de fermer ou d'ouvrir les fenêtres où se lisent les résultats. Toutes ces coulisses étant placées normalement dans la situation de la fermeture, on ne découvre, au moment de se servir de l’appareil, que la colonne correspondant au taux auquel on a affaire.
- Cette disposition d’une Table numérique sous forme de rouleaux juxtaposés présente encore l'avantage de fournir une disposition commode pour une Table à trois entrées.
- On conçoit immédiatement, en effet, que, si par un dispositif quelconque, on fait varier les inscriptions portées par chaque rouleau, suivant les valeurs d’une troisième entrée Inscrite elle-même ù côté du Tableau des résultats, on aura constitué un barème triple.
- Telle est l’idée que M. Chambon a très ingénieusement réalisée dans le Calculateur d’intérêts que je vous présente ici. Cet appareil donne l’Intérêt, pour un nombre de jours compris entre 1 et 365, d'un capital au plus égal à 99999* placé à un aux de 3,3 i, 4,4 i, 5,5 \ et 6 pour 100. A la première entrée, qui est le nombre de jours, correspondent les colonnes verticales du Tableau. Les divers rouleaux sont affectés, comme dans le précédent appareil, respectivement aux unités, dizaines,..., et dizaines de mille. Sur chacun de ces rouleaux sont répétées les neuf lignes, correspondant à la deuxième entrée, le capital, autant de fois que l'on considère de valeurs
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- différentes de la troisième entrée, le taux, soit sept fois. Chacune de ces lignes comprend les résultats calculés pour les valeurs du capital et du taux inscrites à l'origine de la ligne.
- Comme l’inscription de ces sept systèmes de neuf lignes sur la surface d’un même rouleau conduirait à donner à celui-ci un diamètre qui le rendrait encombrant,M. Chambon, au lieu de faire ces inscriptions sur la surface même du rouleau, a eu l’heureuse idée de les imprimer sur une toile sans fin serrée sur cette surface et que le rouleau entraîne dans son mouvement de rotation.
- Reprenant l'exemple de tout à l’heure, on amènera sous chacune des fenêtres de l’appareil les lignes des divers rouleaux relatives aux capitaux 5, 8o, aoo, 7000 et 8oooofr et portant en outre la mention du taux 5 pour 100. Les intérêts de ces fractions de capital à ce taux pour un certain nombre de jours apparaîtront alors dans la colonne correspondant à ce nombre de jours. Il suffira, comme précédemment, d’en effectuer la somme.
- Quelque ingénieux que soit ce système, admirablement approprié à l’application particulière que nous venons d’examiner, il ne saurait se prêter à un développement très considérable du nombre des valeurs distinctes admises pour la troisième entrée. Aussi son emploi ne saurait-il être qu’assez restreint.
- Les barèmes à triple entrée ne sont donc pas susceptibles de prendre une notable extension. Quant à en constituera plus de trois entrées, il n’y a pas, pratiquement, à y songer. Doit-on dès lors se résignera ne jouir du très grand bénéfice qu’offrent les Tables de calculs tout faits que lorsque ceux-ci ne comportent que deux données? Il n’en est fort heureusement pas ainsi, grâce à la méthode graphique qui, là encore, est d’un puissant et fécond secours. Cesl ce que je vous ferai voir dans ma troisième conférence.
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- PROGRAMME, POCR L'ANNEE 1893-94,
- DES COURS PUBLICS ET GRATUITS DE HAUT ENSEIGNEMENT
- Dit COXSEBVATOIBS XATIOXAl. DES ABTS BT )1ÉT1BBS(,J.
- Géométrie appliquée aux Arts (les lundis et jeudis, è neuf heures). — M. le Colonel A. Lacssbdat, professeur; M. Cb. Baisse, professeur suppléant.
- Cinématique. — Classification des mécanismes. — Étude géométrique des organes qui servent à la transformation des mouvements : Engrenages, cames, excentriques, articulations, échappements, encliquetages.— Compteurs. — Instruments enregistreurs.
- Géométrie descriptive (les lundis et jeudis, à sept heures trois quarts). — M. E. Roichê, professeur.
- La Statique graphique. — Ses principes fondamentaux. — Son application aux ponts métalliques à travées continues : solution satisfaisant aux prescriptions du dernier réglement officiel.
- Mécanique appliquée aux Arts (les lundis et jeudis, à sept heures trois quarts). — M. J. Hirsch, professeur.
- Hydrodynamique et machines hydrauliques. — Équilibre et mouvement des gaz et applications aux machines. — Théorie mécanique de la chaleur et principes généraux des machines thermiques.
- Constructions civiles (les mercredis et samedis, à sept heures trois quarts). — M. Émile Trélat, professeur,* M. J. Pillst, professeur suppléant.
- Les Organes ds Construction. — Fondations. — Organes verticaux : Piles, piliers, murs, pans. — Organes horizontaux : Planchers, voûtes.— Combles. — Couvertures. — Revêtements verticaux, horizontaux. — Organes mobiles : Portes, fenêtres, etc. — Organes adducteurs et abducteurs des eaux.
- (*) Tous ces cour? ont lieu le soir *t leur durée réglementaire s'étend 'lu 3 novembre au 30 avril.
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- 'R0ÜRA3JMK UES COURS POU
- l'année 1893-1894. 3)1
- Physique appliquée aux Arts (le? mardis ei vendredis, à neuf heures). — M. J. Violle, professeur.
- physique moléculaire. — Propriétés fondamentales el ulillsatiun des gaz. des liquides et des solides.
- Chaleur. — Sources de chaleur el de froid. — Mesure des lempéra-lures. — Machines thermiques. — Chauffage et ventilation.
- Électricité industrielle ( les lundi? et jeudis, à neuf heures). — M. Marcel Df.prez, professeur.
- Théorie des machines dynamo-électriques. — Description des types employés dans l’Industrie. — Calcul des dimensions d'une machine devant satisfaire à des conditions données. — Des moteurs électriques.— Transmission électrique de la force et ses applications. — Calcul de rétablissement d'une transmission de force. — Machines à courant alternatif, leur théorie; leurs applications. — Accessoires des machines dynomo-vlec-triques. — Appareils de mesure, conducteurs, canalisations. — Éclairage électrique.
- Chimie générale dans ses rapports avec l'Industrie (les mercredis el samedis, à neuf heures). — M. É. Jingfleisch, professeur.
- Généralités. — Notions préliminaires: corps simples et corps composés : classification des corps simples: métalloïdes et métaux: lois des actions chimiques: nomenclature.
- Métalloïdes. — Histoire particulière des principaux métalloïdes et de leurs combinaisons non métalliques : production, propriétés, réactions, notions analytiques, applications à l'industrie.
- Chimie industrielle (les lundis el jeudis, à neuf heures). — M. Aimé Gnunc, professeur.
- Matières animales. — Emploi alimentaire : Viandes, poissons, (tnt?, procédés de conservation. — Lait, beurres, fromages. — Utilisation industrielle : Graisses animales. — Stéarlnerie. — Savonnerie.— Industrie de-peaux : tannerie, chamoiscrle. mégisserie, oie. — Fourrures. — Laines oi soies. — Poils et plumes. — os et ivoires. — Colles et gélatines.
- Métallurgie et Travail des métaux fie? mardis et vendredis, à sept heures trois quarts). — M. I". Le Verrier, professeur.
- Notions sommaires de géologie et d'exploitation des mines. — Histoire des différents métaux employés dans l'industrie : gisements, procédé? d'extraction et applications industrielles de chacun d'eux.
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- 3Vi programme nus cours pour l'année 1893-1894.
- Chimie appliquée aux industries de la Teinture, delà Céramique et de la Verrerie (les lundis ei jeudis, à sepi heures trois quarts). — M. V. de Liyxes. professeur.
- Matériaux et éléments des pâles céramiques. — Argiles, plaeticilé» ma-uéres ar.tiphisliques. — Classification (.es poteries. — Terres cultes, faïences, grés, porcelaines- — Façonnage, cuisson, décoration des poteries.
- Cuioposition des mélanges vitrifiables. — Verre, cristal. — Fours. — Vitres, glaces, gobelelerie. — Verres colorés. — Émaux. — Peinture sur
- Chimie agricole et Analyse chimique (les mercredis et samedis, à neuf heures). — M. Th. Schlœsing, professeur.
- L'atmosphère et les sols dans leurs rapports avec les végétaux. — Ana-hse chimique appliquée aux matières agricoles.
- Agriculture (les mardis et vendredis, à neuf heures). — M. L. Grandeau, professeur suppléant.
- l.a disette des fourrages et l'alimentation du bétail. — Culture, récolte, procédés de conservation, utilisation des plantes fourragères. — Prairies naturelles et artificielles. — Racines, etc.
- Les cultures expérimentales du Parc des Princes. — Campagnes de 1892 cl 1893.
- Travaux agricoles et Génie rural (les mercredis et samedis, à sept heures trois quaris)- — M.Ch. de Comberousse, professeur.
- Travaux et machinerie agricoles. — Revue succincte des agents naturels de la production agricole. — Labourages, hersages, roulages, etc. — Semailles. — Modes de culture.
- Hécoltes : Fenaison, moisson, etc.
- Charrues de toute espèce, herses, rouleaux, etc. — Sentoirs. — Houes à cheval. — Faucheuses, faneuses, râteaux, etc. — Moissonneuses, lieuses, etc. Hygiène du cultivateur.
- Filature et Tissage (les mardis et vendredis, à sept heures trois quaris). — M. J. Imbs, professeur.
- Traitement et filature en droites fibres du lin et de ses succédanés, de la laine, des déchois de soie. — Filature en fibres croisées, laine cardée. — Filés mélangés. — Retordage et combinaisons des fils complexes, tresses, chenilles.
- Tissus. — Leur classification générale. — Tissus simples proprement dits et armures diverses.
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- Économie politique et Législation industrielle (les mardis ei vendredis, à sept heures trois quarts). — M. É. Levasseur. professeur.
- Répartition de la richesse. — Le salaire de l'ouvrier. — Les coalitions et les grèves. — L'intérét du capital. — Le profll du patron. — Les rapports du capital et du travail dans les temps passés et dans le présent. — La concurrence commerciale. — Les systèmes socialistes de répartition de la richesse.
- Économie industrielle et Statistique (les mardis et vendredis, à neuf heures). — M. X..., professeur.
- Droit commercial et Économie sociale (les mercredis et samedis, à sept heures trois quarts). — M. N..., professeur.
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- LISTE GENERALE
- CONFÉRENCES SUR LES SCIENCES ET LES ARTS APPLIQUÉS,
- A L'EXPOSITION UNIVERSELLE HE CHICAGO, Organisées en 1894
- AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS (>).
- ai janvier. — Coup d'œil sur l’ensemble de l’Exposition,
- par M. Émile Levassecr, membre de l'Institut, professeur au Collège de France eiau Conservatoire des Arts et Métiers.
- 28 janvier. — Le Mouvement scientifique aux États-Unis,
- par M. Jules Viol le, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, maître de conférences à l’École normale supérieure.
- 11 février. — L’Industrie électrique aux États-Unis, par M. Édouard Hospitalier, ingénieur des Arts et Manufactures, professeur à l'École de Phvsique et de Chimie industrielles de la ville de Paris.
- 18 février. — La Mécanique générale à l’Exposition de Chicago. par M. Gustave Richard, ingénieur civil des mines, membre du Conseil de là Société d'encouragement pour l’industrie nationale et du Comité de la Société des ingénieurs civils.
- (•) Ces confirences seront publiques ot auront lieu de deux heures et demie à quatre heures de l'après-midi, clans le grand amphithéâtre de l’éte-Misftjraent.
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- CHICAGO.
- LISTE DES CONFÉRENCES SLR L EXPOSITION DE
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- a5 février. — Les Industries d’art et les Écoles professionnelles aux États-Unis, par M. Victor Champier, directeur de la Revue des Arts décoratifs.
- 4 mars. — L’Agriculture en Amérique; procédés et machines, par M. Maximilien Rixgelm vxn, professeur à l'École nationale d'Agriculture de Grignon, directeur de la Station d'essais de machines agricoles.
- h mars. — Les grandes Constructions métalliques aux États-Unis, par M. Jules Pillet, professeur à l’École nationale des Beaux-Arts, professeur suppléant au Conservatoire des Arts et Métiers.
- 18 mars. — L’Industrie manufacturière aux États-Unis et l’Exportation française en Amérique, par M. Ernest Loir-delet, membre de la Chambre de commerce de Paris.
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- TABLE DES MATIÈRES
- CONTENTES DANS
- LE TOME CINQUIÈME DE LA DEUXIEME SÉRIE.
- L'industrie des transports dans Je passé et dans Je présent; progrès
- réalisés, effets directs et indirects, par M. A. de Foville....... 1
- La MicropJiotographie, par M. Léon Duchesse....................... 61
- Programme des conférences publiques organisées en 1893 au Conservatoire national des Arts et Métiers............................... 110
- Les procédés usuels de la Photographie et leurs applications, par
- M. Ch. Gravier..................................................... 113
- Les procédés pellicluaires et leurs applications aux impressions aux
- encres grasses, par M. G. Balagxy................................. 159
- Discours prononcé le 26 décembre 1892, aux obsèques de M. J--F.
- Favre, par M. le Colonel Laussedat................................ 195
- Discours prononcé le limai 1893, aux obsèques deM. A.-V. Campiox,
- par M le Colonel Laussedat....................................... 19“
- La Photographie militaire et la Photocartographie, par M. le Commandant Fribourg...................................................... 201
- Le calcul simplilié par les procédés mécaniques et graphiques. Première conférence: Les instruments et les machines arithmétiques,
- par M. Maurice .................................................... *3*
- Note de M. Maurice d'Ocagxe sur la machine arithmétique de >1. P. ............................................................ *6®
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- Les applications de la perspective au lover des plans (3* article), par
- M. le Colonel A. Lacssbdat...................................... 283
- Le calcul simplifié par les procédés mécaniques et graphiques. — Deuxième conférence : Les Instruments logarithmiques; les tracés graphiques; les tables numériques ou barèmes, par M. Maurice
- d’Ocacxe...................................................... 323
- Programme des cours du Conservatoire ces Arts et Métiers, pour
- l’année 1893-1894............................................... $50
- Liste générale des conférences publiques sur les sciences et les arts appliqués, à l'Exposition universelle de Chicago, organisées au Conservatoire en 1891........................................... 354
- PLANCHES.
- PL I et II. — L’industrie des transports.
- PL IIIet IV. — Les procédés pclliculalres et la Photocollographie.
- PL V. — La Photographie en ballon.
- PL VI et VII. — Les applications de la perspective au lever des pians.
- Paris — lmp. G&uthier-Villars etliis, 55, quai des Grands-Augustin».
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- AXIALES du conservatoire des àrts kt MÉTIERS. L'INDUSTRIE DSS TRANSPORTS
- LES TRAINS DE VOYAGEURS DE LA COMPAGNIE D ORLÉANS EN 1840. i&54, 1867, 1878 ET 1889 Tableau exposé en 1889 par M. Heurteau, Directeur dé la Compagnie
- Train de 18W).
- Train de 186".
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- L'INDUSTRIE feBS TRANSPORTS
- Gautbier-yViAs et F;'.*. Editeurs.
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- CHÊNES AU CARREFOUR DE L’ÉPINE
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- ANNALES OÙ CONSEK VATOl KE DES A K l S * mNiiKKS
- AU OUAI DE .JAVEL (HIVER)
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- AxSilBS OU Conservatoire nus Arts et Métte*3.
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