Annales du Conservatoire des arts et métiers
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- ANNALES
- DU
- CONSERVATOIRE
- DES ARTS ET METIERS.
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- 0Î8I. — Pilb. lmp. CAl'TUlER-VILUkES. quai «le» CRDil»-Aujuilini. »
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- ANNALES
- CONSERVATOIRE
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- PUBLIÉES PAR LES PROFESSEURS.
- PARIS,
- GAUTHIER-VILLAUS; IMPRIMEUR-LIBRAIRE
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL »!» ARTS ET MÉTIERS,
- Quai des Grands-Augus:i:;s, 55.
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- ANNALES
- CONSERVATOIRE
- DES ARTS ET MÉTIERS.
- LE CENTENAIRE
- CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS,
- CÉLÉBRÉ LE VENDREDI U JUIN 1S9S,
- M. Félix FAURE.
- Président de la République,
- M. Henry BOUCHER.
- .Ministre (lu Commerce, de l'fniluslrfe, «les Poste* et (les Télégraphe*.
- DISCOURS
- PRONONCÉ DANS CETTE CÉRÉMONIE PAR LE DIRECTEUR DU CONSERVATOIRE.
- M. le Colonel A. LAUSSEDAT,
- Membre de l'Académie dfii Sciences.
- .Monsieur le Président,
- .Monsieur le Ministre,
- .Mesdames,
- .Messieurs,
- Le Conservatoire des Arts cl Métiers, créé le 19 vendémiaire on 111 (10 octobre 179:1) par un décret de la Convention, a été définitivement organisé et installé dans le prieuré de Saint-Martin des Champs par une lui du 22 prairial an VI, c’est-à-dire le 10 juin 179S.
- r Série, i. AI. .
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- Xcnis célébrons — à quelques jours près — le ccmenoire de celle loi qui était la consécration du décret de la Convention ei celui de la prise de possession d'un local admirablement situé au centre de la population la plus industrieuse de Paris pour recevoir un Musée et une grande ltcole destinés à éclairer la pratique et à contribuer au perfectionnement des professions les plus variées.
- « Il sera formé à Paris, portait le décret de Fan III, article 1% sous le nom de Conservaioire des Arts et Métiers et sous l'inspection de la Commission d'agriculture et des arts, un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres de tous les genres d’arts et de métiers.
- » Art. 2. — On y expliquera la construction et l’emploi des outils et machines utile? aux arts et métiers. »
- On voit que, dans le décret de l'an III, il était surtout question d'outils et de machines, et il est certain qu’à cette époque la Mécanique jouait le plus grand rôle dans les inventions faites pour économiser et faciliter le travail.
- Les applications industrielles de la Physique et de la Chimie, infiniment moins nombreuses qu’aujourd'hui, devaient d’ailleurs meure à profit tous les progrès que faisait et que ferait la Mécanique, progrès dont on peut se faire une idée jusqu’à la fin du siècle dernier, en parcourant les Recueils des machines approuvées par l'Académie, les Descriptions des arts faites par elle, l'Encyclopédie, les Transactions Philosophiques de la Société Royale de Londres, enfin les nombreux traités sur les arts et métiers parus du milieu du xvu* à la fin du xvme siècle.
- Parmi les noms célèbres que l’on pourrait citer en grand nombre dans cette période, qualifiée à juste titre par les Anglais de siècle des inventions, il y en a deux sous le patronage desquels nous nous glorifions de pouvoir placer le Conservatoire des Arts et Métiers, ceux de Pajot d'Ons-en-Rray et de Vaucanson.
- D'Ons-en-Bray était un grand seigneur qui, avant le goût de ia Mécanique, et après un assez long séjour en Hollande
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- où l’on était alors plus avance qu'en France, avait fait construire par d’habiles ouvriers, dans sa résidence de Bercy, fréquentée par tes savants el les plus grands personnages de son temps, un nombre considérable de machines anciennes ci nouvelles qu'il légua à l'Académie des Sciences dont il était membre, à la condition que cette Compagnie en ferait jouir le public. Il n'était pas seulement lui-même un amateur éclairé, mais un très fécond et très ingénieux inventeur. Vous en pourrez juger en examinant dans notre salon d'honneur son anémomètre à mouvement d'horlogerie qui enregistre à la fois la vitesse et la direction du vent. Construit en i;34, ce très curieux instrument est incontestablement l’ancêtre des innombrables appareils basés sur le même principe et qui remplacent aujourd'hui des armées d'observateurs.
- L’automatique, jusqu'alors employée a produire plus ou moins heureusement l'illusion des mouvements d’êtres animés, prenait dès lors un autre rôle; elle tendait à substituer des agents purement mécaniques opérant régulièrement, continûment et sans fatigue, à l'intelligence de l’homme, en attendant qu’elle parvint, avec le secours de la vapeur, de l’électricité et d’autres agents physiques, à $e passer des animaux les plus vigoureux, en nombre on peut dire illimké.
- Vaucanson, ce véritable prince de l’automatique, qui avait débuté, à vingt ans, par un prodige, celui du joueur de llûtc, suivi du joueur de tambourin et du canard qui barbote, avale des aliments et les digère, devait un peu plus lard, en s'appliquant à perfectionner les ai ls utiles, préparer si bien la voie, qu’il est permis de dire que ses successeurs Font trouvée toute tracée, aplanie et facile à suivre.
- Il me serait impossible, dans ce rapide exposé, d’essayer seulement d'énumérer les inventions de ce grand homme, et je ne puis que vous renvoyer à nos galeries des tours, de la lilature et du lissage et au salon d’honneur, pour que vous y en admiriez quelques-uns des plus remarquables. Je signalerai, par exemple, à ceux qui savent l’usage universel que l’on fait aujourd'hui de la fraise pour travailler les métaux dans les grandes usines, les deux modèles si modestes en apparence qui figurent dans la vitrine du salon d'honneur et
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- (loin j'ai d’ailleurs fait exposer ici même les dessins tirés du célèbre portefeuille de Ynucanson, qui appartient au Conservatoire. On voit dans la même vitrine le modèle de la merveilleuse machine à lisser qui a ins;»iré Jacquart. J’indiquerai encore, dans la salle des tours, la machine à faire les chaînes si souples qui portent son nom et diverses applications de l’art du tour qui étaient le prélude de la vogue de? machines-outils; enfin, dans celle de la filature et du tissage, la grande machine à lisser elle-même, prête à fonctionner, et les modèles des machines à mouliner, à organsiner la soie, les machines à calendrer, etr., qui toutes ont contribué à la fortune de Lyon.
- Yaucanson, comme d’Ons-en-Iîray, avait formé un cabinet de machines, installé dons l'hôtel de Mortagne, au faubourg Saint-Antoine, qu’il légua au roi Louis XVI. En l’acceptant, le roi avait manifesté l'intention do l’augmenter et désigné, en attendant, pour le diriger, le savant académicien Vander-monde.
- Ce cobinei et celui de d'Ons-en-Bray qui ne pouvait avoir une destination plus conforme au vœu du testateur, après la suppression de l’Académie, furent les deux premiers lois attribués au Conservatoire en 179S. On y joignit une admirable collection de modèles d’ateliers des principales professions d’art, exécutés à la môme échelle pour les enfants du duc d’Orléans, puis une série d’objets provenant des résidences royales et de leurs dépendances, depuis les plus admirables pièces d‘ horlogerie jusqu’aux plus modestes Instruments d’agriculture.
- Tels sont, sommairement indiqués, les premiers éléments des collections du Conservatoire, encore aujourd'hui sans rivales, et qu’il serait bien difficile d’égaler, les sources auxquelles on a puisé pour les former étant taries: d’abord celles que je viens d’indiquer et plus tard les véritables trésors de l'Académie des Sciences qui, à diverses reprises, en 1807, en en i83{ et en 1864, les a généreusement offerts à noire Musée; ainsi les modèles des machines approuvées par elle, son cabinet de Physique, qui comprenait la plus grande partie de celui de I abbé Nollet, enfin les instruments les plus inté-
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- CENTENAIRE 1>L' CONSERVATOIRE UK S ARTS ET MÉTIERS. 5
- cessanis du laboratoire de Lavoisier, c'est-à-dire amant de merveilles et de reliques inappréciables. Je pourrais signaler encore le cabinet de Physique de Charles acquis par l'État en 18(4, les outils du célèbre horloger Bertlioud, et une foule d'autres objets précieux dus à la générosité de la Société d'encouragement pour l’Industrie nationale, de savants et d’artistes éminents dont il serait impossible de songer à dresser ici la liste.
- J'avais même cru pouvoir m’arrêter à cet aveu, en regrettant de n'avoir pas remercié nominativement tous les bienfaiteurs du Conservatoire; mais voici deux exceptions qui s'imposent, et I on comprendra qu’il ne me soit pas permis de les passer sous silence. A l’approche du Centenaire, et comme si elles avaient prémédité de contribuer à l’échu de cette fête, l’École des Ponts et Chaussées, d’une part, ci la plus grande usine de France, celle du Creusot, de l'autre, viennent de nous offrir un nombre important de modèles d'un prix et d'un intérêt considérables.
- Les modèles de l’École des Ponts et Chaussées se rapportent naturellement aux grands travaux publics : ponts, viaducs, barrages, écluses, ports, canaux, phares de différents types, qui complètent ceux que possédait déjà le Conservatoire. Ils sont construits avec un soin admirable et méritent de fixer l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux progrès de l'art de l'ingénieur, au perfectionnement des voies de communication et à celui de la navigation intérieure ou entière.
- Le Creusot, de son coté, a fait faire expressément pour le Conservatoire une série de merveilleux modèles des engins puissants qu’il est à peu près le seul à pouvoir fabriquer sur une aussi, grande échelle. Je ne veux même pas les énumérer, pour vous en laisser la surprise quand vous visiterez la salle que nous leur avons affectée et qui portera le nom de Schneider, du glorieux fondateur de ce grand centre industriel, qui fait tant d’honneur à notre pays et dont nous pouvons montrer les produits à nos amis et à nos ennemis.
- Je n’ai parlé jusqu’à présent que de la formation îles collections et je me suis même abstenu d’entrer dans aucun détail sur la manière dont furent transformés les locaux destinés à
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- les recevoir : rcssemiel esl de constater que. grâce à la sollicitude des gouvernements qui se sont succédé depuis un siècle et surtout depuis le règne de Louis-Philippe, les locaux considérablement agrandis et améliorés pendant ces dernières années suffisent quant à présent à contenir nos richesses de façon à permettre au public de les bien voir et de pouvoir les étudier, mais sous toutes réserves, cor ils ne tarderont pas à être débordés, et nous devons songer à l'avenir.
- Je devrais et je voudrais essayer à présent de rendre à mes prédécesseurs et à leurs collaborateurs la justice qui leur est due pour avoir préparé l’œuvre dont nous voyons les importants résultats sans peut-être nous rendre un compte exact des difficultés qu’il9 ont eu à surmonter; mais je craindrais d’abuser de votre attention en entreprenant de faire un tableau qui exigerait beaucoup de temps, et je me contenterai d’en marquer les traits principaux.
- Le premier administrateur du Conservatoire fut un savant mécanicien, Molard l'alné,qui avait été démonstrateur depuis 1788 au cabinet de Vaucanson sous Vandermonde» auquel il avait succédé en 1796. En transférant ce cabinet à Saint-Martin des Champs, en 179S, on avait maintenu Molard dans ses fonctions, en lui adjoignant, en qualité de démonstrateurs, deux autres savants distingués, Jean-Baptiste Le Kuy et Conté, successivement remplacés par Joseph Monlgollier, Grégoire, et enfin par Molard jeune; c’est à ces hommes de très grand mérite Cl en particulier à Molard l’aîné que le Conservatoire est redevable de la popularité dont il a joui dès ses débuts.
- En dépit des faibles ressources dont il disposait, cet infatigable organisateur était parvenu à installer en peu de temps des galeries d’exposition publiques, des salles où les démonstrateurs expliquaient le fonctionnement des machines et jusqu'à une petite école où l’on instruisait des sous-officiers pour l'Artillerie ei Je Génie et d'où sortirent des ingénieurs et do grands industriels au nombre desquels il suffira de citer Schneider et le baron Seillière.
- Kn décembre 1816, Molard était remplacé par Christian qui avait enseigné pendant vingt-cinq ans les Mathématiques et
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- CE N T K X A 1 R K DE CONSKtt VATOIK K DES ARTS ET -MÉTIERS. ~
- les Sciences physiques et dont il existe un Traité de Mécanique estimé de son temps. Le frère de Molard lui avait été adjoint en qualité de sous-directeur et, dès son entrée en fonctions, la nouvelle administration publiait le premier Catalogue des collections qui comprenait déjà 3a;q numéros.
- C’est aussi sous la direction de Christian, et grâce aux instances du célèbre philanthrope Larocheloucnull-Linncouri. qu'eut lieu en 1819 l'inauguration des cours publics et gratuits, au nombre de trois, savoir : un cours de Mécanique, un cours de Chimie appliquée aux arts, et un cours d’Éeono-mie industrielle.
- Les trois professeurs désignés étaient Ch. Dupin, Clément Desormes et J .-IL Say; leur succès fut immense, en particulier pour Dupin dont la parole éloquente et persuasive captivait les auditeurs.
- Le retentissement de ce véritable événement de cours publics de sciences appliquées, dans un temps où l'on n'était pas, comme aujourd'hui, habitué à la fréquence des conférences, avait été tel que, dans plusieurs grandes villes industrielles, on chercha à organiser des enseignements analogues. Dans aucune autre cette tendance ne fut plus marquée qu’à Metz où les officiers de l’Artillerie et du Génie avaient aussitôt oITerl leur concours.
- Si je cite cette noble ville, ce n'csi pas seulement à cause de tous les souvenirs qui nous rattachent invinciblement à elle, mais aussi parce que c'est là, et en grande partie à celte occasion, que le rénovateur de la Géométrie, qui devait devenir le législateur de la Mécanique industrielle, l'illustre Poncelet, préludait à ses nouveaux travaux et aux inventions remarquables qui en devaient être la conséquence, en enseignant aux ouvriers messins avant d'enseigner à l'École d'ap-plication.
- Poncelet n’a appartenu au Conservatoire qu'eu qualité de membre du Conseil de perfectionnement, mais il avait formé d'excellents élèves dont l'un des plus distingués, Arthur Morin, devait y introduire scs méthodes et les y développer au grand avantage des ingénieurs et des constructeurs qui suivirent ses leçons.
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- * A. LA CSS El» AT.
- Les (rois cours institués au début pour le haut enseignement des Sciences appliquées aux arts étaient, en effet, manifestement insuffisants pour conduire au but proposé. Déjà, en 1829, Douillet, nommé sous-directeur en remplacement de Moiard jeune, et chargé à la fois de l'entretien du cabinet de Physique de Charles, avait reçu la double mission « de faire des leçons publiques destinées à l'explication des machines et d’exposer les principes de la Physique experimentale ».
- C’étoil, en réalité, surtout un cours de Physique qu’allait faire Pouillet, et son succès fut tel qu’il rappelait ceux des cours de l'abbé Nollet et de Charles, mais devant un auditoire beaucoup plus nombreux et j’oserai dire plus attachant, car on n’y avait pas seulement affaire à des gens du monde ou à des désœuvrés, mais à la partie de la population la plus avide de s’instruire, parce qu elle en sentait le besoin.
- Devenu administrateur à la fin de «831, pendant dix-huilans, Pouillet parvint, à force d’insistance et de persuasion, à faire restaurer les deux précieux monuments de l’ancien prieuré, à reconquérir des terrains aliénés le long de la rue Saint-Martin cl à y faire entreprendre la construction de la belle façade qui les occupe, enfin à édifier le grand et bel amphithéâtre où nous sommes en ce moment et plusieurs laboratoires pour les professeurs des nouveaux cours à la création desquels il avait contribué.
- Révoqué de ses fonctions d’administrateur en 1849, à la suite d’un événement politique dont le Conservatoire avait été le théâtre, il quittait également sa chaire, par refus de serment, après le coup d’État de i85i, c’est-à-dire pour un motif qui honore encore sa mémoire que ses admirables travaux scientifiques eussent d’ailleurs suffi à rendre impérissable.
- Le savant physicien qui lui succéda, Edm. Becquerel, devait occuper cette chaire pendant quarante ans et continuer à l’illustrer comme nous le rappellerons tout à l’heure.
- De i83G à 1839, on avait créé six nouveaux cours de Mécanique appliquée à l'industrie, de Géométrie descriptive, de Législation industrielle, de Chimie appliquée à l'industrie, et doux d’Agricullure.
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- D'autres cours venaient encore combler d'importantes lacunes: sous la seconde République, celui de Céramique, à l'instigation de la manufacture nationale de Sèvres ou plutôt de son éminent directeur, Ebelmen, qui alla jusqu'à se charger d'enseigner lui-même gratuitement aux fabricants parisiens un art encore négligé à cette époque, ce qu'il lit pendant quatre années avec le plus grand succès jusqu'à sa mort prématurée, un vrai malheur public, disait un autre savant ingénieur des mines, l’illustre de Sennrmont? sous le second Empire, à la demande du Conseil de perfectionnement, un cours de Constructions civiles professé avec un grand talent pendant quarante ans par M. Trélat, et à celle de la Chambre de commerce de Paris, ceux de filature et de tissage, puis de teinture, d’impression et d'apprêt des tissus; enfin, sous la troisième République, les cours de Droit commercial, d'Electricité industrielle, de Métallurgie cl d'Économle sociale, les uns à la demande du Conseil de perfectionnement, les autres créés spontanément parle Gouvernement, et tout récemment un cours «l’Art appliqué aux métiers, réclamé depuis longtemps par les industriels qui sentent le besoin d'être guides ci bien renseignés, et par le Conseil de perfectionnement et la Direction, très frappés des sacrifices faits partout à l'ctran-ger pour le progrès des arts décoratifs, et en particulier en Angleterre depuis l’exposition universelle de Londres en i85i, à la suite de laquelle a été créé ce grand et merveilleux musée du South-Kensington.
- Je m'abstiendrai d'indiquer toutes les modifications apportées aux titres et à la nature de différents cours, notamment de ceux consacrés à l'Agriculture dont l'un vient même d’èire sacrifie pour faire place à celui de l'An appliqué aux métiers, faute du crédit nécessaire pour le conserver.
- En tout actuellement, les cours sont au nombre de s8. mais tous ceux qui connaissent bien la question et qui s'intéressent à notre avenir industriel conviennent qu'il serait urgent de dédoubler plusieurs d’entre eux. On est surpris, par exemple, île l'absence d’un cours de Chemins de fer, de tout enseignement relatif aux ai ls du livre que réclame le Cercle de la librairie, et enfin île celle d'un cours de l’holographie dans le
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- pnys de Xiepcc, de Uagucrre. de Balard, de Fizeuu, de Poitevin, de Becquerel, de Marev, de Lippmann, de Lumière et de tant d'autres inventeurs, en un mot dans le pays où cet art merveilleux a été découvert et cultivé avec tant de succès, alors qu'il en existe chez toutes les grandes nations de l'Europe et le plus souvent sous le patronage même des souverains, qui en reconnaissent à b fois le charme et l'intérêt.
- Je ne saurais avoir la prétention de donner, en ce moment, une idée suffisante des mérites de tant d’éminents professeurs qui se sont succédé, dans les chaires anciennes notamment, dont quelques-unes ont vu jusqu'à trois générations; mais on ne me pardonnerait pas si j'omettais de signaler c :s*unes des personnalités puissantes qui ont donné à notre établissement sa grande renommée et son véritable caractère : celui d’initiateur en fait d'enseignement industriel. Il est d'autant plus à propos de le faire qu'il se manifeste depuis plusieurs années déjà, dans les Universités étrangères et, en ce moment même, dans plusieurs de nos Universités de province, une tendance à donner à cet enseignement toute l'importance qu'il mérite, et il serait injuste et ingrat tout à la fois d'oublier que l'exemple a été donné, depuis près de quatre-vingts ans, par le Conservatoire des Arts et Métiers.
- Le cours de Mécanique appliquée, créé en i83<>, — celui de Dupin était devenu un cours de Géométrie appliquée aux arts, — avait clé confie, comme je l'ai annoncé plus haut, au capitaine d’artillerie Morin qui, pendant plusieurs années, avait été l’aide de Poncelet à l’École d’application de Metz et s’était fait connaître par des recherches importantes de Mécanique pratique, notamment par le perfectionnemetit des dynamomètres enregistreurs, si connus et si répandus aujourd’hui. Devenu colonel et chargé eu 1849, après Pouillet. des fonctions d’administrateur, puis nommé directeur, Morin avait compris toute la grandeur de sa tâche. Admirablement secondé par Henri Tresca, l’ingénieur sous-directeur qui devait lui succéder dans sa chaire, il créait avec lui le premier laboratoire de Mécanique industrielle vraiment digne de ce nom, ayant servi de modèle à d'autres, qui ont pu le dépasser parce que ni la place ni l’argent ne leur ont manqué, mais qui a rendu
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- et continue à rendre journellement les plus grand* services aux industriels, mécaniciens ci autres, aux architectes et aux propriétaires, entre les moins ou sous le contrôle de l'ingénieur sous-directeur, M. Masson.
- Je rapprocherai immédiatement du laboratoire de Mécanique industrielle celui d'Êlectricité que nous avons pu établir depuis une douzaine d’années, grâce au concours généreux des maisons Wevher et Kichcmorid et Delaunav-lfelleville, non seulement pour réel airage de nos amphithéâtres et de notre bibliothèque, mais pour faciliter les recherches des professeurs et des autres savants qui pouvaient venir nous demander l’hospitalité. Notre attente n’a pas été trompée, et la science industrielle n'a pas tardé à bénéficier de cette installation. Après d'intéressantes expériences de M. le professeur Le Verrier sur les propriétés mécaniques des bronzes d’aluminium, le Jour électrique disposé par MM. Viol le et Moissan a servi au premier à déterminer exactement la température de l’arc voltaïque, et au second à produire le graphite et jusqu’à des fragments de diamant cristallisé, à réduire en quantité notable les o\\dcs métalliques les plus réfractaires, enfin à fabriquer en grand le carbure de calcium en collaboration avec M. Huilier et, par suite, à rendre usuel l’éclairage à l’acélvlène.
- Je ne saurais oublier d'ajouter que M. l’ingénieur adjoint Tresca, chargé du service électrique, leur a prête à tous le plus précieux concours, ainsi qu'ils se sont plu à le reconnaître.
- Pour achever ce qui concerne la participation de la direction à l'activité scientifique et technique du Conservatoire, je signalerai encore le fturcau de vérification des poids et mesures usuels, si souvent mis à contribution parle ministre du Commerce, par les constructeurs et même par les étrangers, et surtout le laboratoire de Métrologie de haute précision créé par Henri Tresca, a l’occasion des travaux de la section française de la Commission internationale du mètre et dans lequel son fils, l’ingénieur adjoint nommé plus haut, est parvenu à tracer avec la plus rare précision les mètres piotulvpcs étalons répartis en i8bV) entre les différents pavs qui ou! adopté ou
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- I? A. LAV SSE DA T-
- qui 5oiu disposas à adopter le système métrique décimal.
- Je suis assurément loin d’avoir épuisé la liste des services qui sont demandés au Conservatoire: dans sa bibliothèque, composée de plus de 40000 volumes d'ouvrages et de publications périodiques consacrés pour la plupart aux arts industriels et aux sciences qui les guident ; dans son portefeuille qui contient à la suite des documents laissés par Vaucanson un nombre considérable de dessins de machines, d'installations d’usines, de grands travaux publics d’art précieux à consulter, et enfin dans son dépôt des brevets d'invention français périmés et des brevets étrangers.
- Je 11e crois pas avoir besoin d’ajouter que le personnel attaché à ces différents services, ingénieurs, bibliothécaires, conservateurs, mettent le plus grand empressement à renseigner et à guider ceux qui font appel à leurs lumières.
- Je ne crains donc pas d’affirmer que le public en général, et surtout naturellement la population parisienne qui en profite le plus, sont très reconnaissants de la sollicitude qu'on leur témoigne dans cette maison, où ils se sentent et où ils sont bien réellement chez eux.
- Celle reconnaissance se traduit d'ailleurs effectivement par les dons nombreux faits à noire Musée. Il est de mon devoir et je suis heureux de déclarer que nous n’avons jamais fait appel en vain aux fabricants, aux constructeurs, aux artistes, quand nous avions besoin d’eux pour compléter nos collections, et je pourrais citer les orfèvres, joailliers et bijoutiers, les ferronniers, les céramistes, les verriers, les fabricants de soie de Lyon, les habiles dessinateurs pour étoffes et papiers peints, les imprimeurs, graveurs, lithographes, photographes, et une foule d’autres professionnels qui n’y ont toujours mis j qu’une condition, c’est que les modèles, objets fabriqués, dessins, tableaux qu'ils offrent, soient bien disposés et mis en lumière pour l’édification de tous.
- La direction actuelle, en parfaite communion d’idées avec eux, croit s’ôtre acquittée de sa licite en faisant, depuis près de dix-sept ans, tous ses efforts pour agrandir et embellir les salles d’exposition; elle espère que les pouvoirs publics continueront à la lui faciliter, et elle croit pouvoir y compter d’au-
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- tant plus sûrement aujourd'hui, qu'elle n'a jamais oublié que M. le Président de la République Félix Faure, en qualité de rapporteur du budget, l'y a déjà puissamment aidée à une époque où les ressources consacrées à l'entretien des collections étaient devenues tout à fait insuffisantes.
- Elle espère, enfin, que la Ville de Paris elle-même, si intéressée au progrès de renseignement industriel et toujours disposée à faire tout ce qui dépend d’elle pour y contribuer, consentira au léger sacrifice que nous nous permettons de lui demander pour atteindre le but que nous poursuivons tous.
- Une occasion de témoigner son intérêt à un établissement dont elle connaît la grande utilité et la popularité se présente précisément en ce moment même.
- L’élargissement de la rue Réaumur, qui a si heureusement complété l’ouverture de l'une des plus belles voies de la capi- _ taie, a dégagé partiellement le chevet et l’abside de l’ancienne église de Saint-Martin des Champs, monument d’un style merveilleux à peu près unique à Paris, mais qui, ayant été enclavé dans des constructions parasites presque entièrement démolies aujourd’hui, présente sur une grande étendue un aspect de ruines déplorable qu'il importe de faire disparaître avant la date de 1900, à laquelle les étrangers viendront sans doute en grand nombre visiter le Conservatoire. Nous adjurons le Conseil municipal de prendre cet état de choses en considération, et nous 11e doutons pas qu’il se fasse un point d'honneur de contribuer à la fois à l'embellissement de tout un quartier et au dégagement complet du Conservatoire de ce côté.
- J’espère que l’on me pardonnera cette digression en faveur du motif qui me l a dictée, et je rentre dans mon sujet eu faisam un retour aux litres acquis également par le personnel du haut enseignement du Conservatoire à la reconnaissance du pays, et, pour plusieurs de ses membres, môme à celle de la postérité.
- J'ai déjà dit qu'il serait impossible, faute de temps, de parcourir la liste des professeurs des différents cours en faisant connaître leurs travaux. Je ne puis que renvoyer, pour la plupart de ceux qui ne sont plus, aux Notices biographiques
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- publiées sur eux dans les Anna/ex du Conservatoire des Arts et Métiers. Mais il me suffira, je pense, pour justifier ce que je viens de donner à entendre, même eu omettant les premiers démonstrateurs comme Conté et Monigolfier, dont l'illustration est si grande, de rappeler que Pouillei a véritablement créé la pyrométrie, mesuré la chaleur du Soleil et établi les lois des courants électriques; que Becquerel a obtenu le premier la photographie du spectre solaire, c’est-à-dire des couleurs naturelles, et que ses travaux sur la thermoélectricité et ses applications ainsi que sur la phosphorescence sont devenus classiques; enfin que c'est dans son laboratoire que Gaston Planté, en étudiant les courants secondaires, inventa les accumulateurs.
- D’un autre cùté, pendant que Paycn étudiait les falsifications des substances alimentaires dans le laboratoire de Chimie industrielle, Peligot, dans le sien, celui de la Chimie générale, après avoir isolé l’uranium, obtenait les verres d’urane et faisait connaître leurs curieuses propriétés, et Tresca, dans le laboratoire de Mécanique, montrait ce qui se passe dans le l'orgeage, le martelage et le laminage des métaux dont les déformations, plus régulières qu’on ne serait porté à le supposer. lui suggéraient l’expression pittoresque d'écoulement des solides.
- Le nom du plus glorieux, du plus illustre des professeurs du Conservatoire, celui de Boussingault, vient naturellement sur mes lèvres; mais, avant de rappeler sa plus grande œuvre, je ne puis m'empêcher de penser aux conseils qu'il voulut bien me donner quelque temps après mon entrée en fonctions.
- « \ ous savez, me disait-il, que bien des gens se méprennent sur le caractère de nos cours et seraient disposés à nous faire revenir en arrière en abaissant notre enseignement, qu'ils trouvent trop élevé. Il y a eu, en effet, ici tout d'abord une petite école fort utile en son temps, mais il y en a partout de pareilles aujourd’hui, et nous avons grandi ; on a grandi ailleurs autour de nous, et surtout hors de chez nous. Le Conservatoire est devenu et doit rester la grande Université industrielle de 1*rance; c’est sa raison d'être: il n’en a pas d'autre. Nous
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- ckxtbxaiki: nu cdxskrvatoiuk uks arts »:r wktiku?. ij ne faisons pas d'élèves, nous avons dos auditeurs; c est cette nuance que les esprits mai préparés ne saisissent pas toujours et qu'il faut les aider à comprendre. Me voyez-vous, ajoutait-il avec son lin sourire, chargé d’interroger Pasteur après qu’il est venu m’entendre, pour lui délivrer un diplôme ! On vous dira, je le sais bien, que nous devons instruire les ouvriers; répondez oui. assurément, et les plus humbles même, parmi lesquels il s’en trouve qui ont des intelligences distinguées et cultivables, quelquefois même de supérieures, mais aussi les patrons, leurs contremaîtres et leurs ingénieurs les plus capables, car il y a toujours à apprendre, et la Science marche incessamment. Retenez bien cet aphorisme, mon cher ami : Les pays qui s’arrêtent aujourd'hui sont destinés à périr. Nous n’en sommes pas là, Dieu merciI mais tenons-nous sur nos gardes. Le nom de Conservatoire était un vrai pressentiment. Faisons-lui honneur. »
- J’ai, au commencement de ce discours, placé le Conservatoire sous l'invocation de deux grands mécaniciens, en expliquant pourquoi. A propos de lîoussingault et à cause de l'importance croissante des applications de la Physique et de la Chimie, je prendrai la liberté de lui donner un troisième patron, Lavoisier, dont les grandes découvertes n’ovaient pas encore eu le temps de produire tous leurs fruits à la fin du siècle dernier, quoiqu'il en eut deviné les germes, qu’il parvint même à faire éclore dans les circonstances que je vais rappeler.
- « Lavoisier possédait aux environs de Mois, dans le Ven-dûmois, raconte J.-iL Dumas dans le rapport placé en tête de l'édition complète des oeuvres du fondateur de la Chimie moderne, une ferme qui lui servait de laboratoire. Il y arriva, en peu de temps, à tripler les récoltes végétales, à quintupler les récoltes animales par une clude pratique des rapports à observer entre la terre de labour et la terre de pâturage.
- » Dans cette ferme, selon sa constante et féconde habitude, Lavoisier pesait tout : semences, fumiers, récoltes : tout passait a la balance et venait figurer dans l’inventaire annuel.
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- ,ci A. LA V’SSE DAT.
- : Or, quand les chimistes de noire époque recommandent lous cette pratique, quand elle a produit, entre les mains de notre confrère Boussingault, de si grands résultats, il peut être utile de faire ressortir que, dès la naissance d’une chimie vraiment scientifique, de telles applications en oni été les conséquences directes et nécessaires. »
- Comme Lavoisier, en effet, Boussingault avait une ferme qui lui servait de champ d’expériences. Cette ferme, située en Alsace, dont le nom est devenu célèbre dans le monde entier, le Liebl'rauberg, était complétée par un laboratoire; mais c’est à Paris, dans celui du Conservatoire des Aris et .Métiers, que le maître achevait ses travaux et préparait ses admirables leçons d'Analyse chimique auxquelles venaient souvent assister plusieurs de ses confrères de l’Institut et jusqu’à Pasteur, comme il le rappelait lui-méme, on vient de le voir, non sans orgueil.
- Qu’il me soit permis de rapprocher du nom de ce grand chimiste qui a renouvelé complètement, on peut le dire, la science agricole, celui de l’excellent collègue que nous avons eu la douleur de perdre tout récemment, le savant, l’in comparable professeur Aimé Girard, dont l'absence jette une teinte ineffaçable de tristesse sur celte fête, à laquelle il se faisait une joie d’assister.
- Sous le titre de Chimie industrielle, le cours d’Aimé Girard embrassait plus de vingt professions de grande importance, parmi lesquelles la meunerie, la boulangerie, la féculerie, la fabrication des boissons, la distillerie, la fabrication du sucre, celle du papier, la préparation des peaux, la tannerie, etc. Ce laborieux et habile observateur avait aussi un champ d’expériences à Joinville-le-Pont, dans un terrain que le ministre de l’Agriculture avait mis à sa disposition. Au courant des progrès inquiétants que l’on faisait ailleurs dans plusieurs des branches d’industrie que je viens de nommer, il s'attachait et parvenait à découvrir les moyens d'améliorer considérablement les propriétés productives de la betterave, de la pomme de terre, du grain de blé même par sélection et par comparaison des procédés de culture, et dans son laboratoire du Conservatoire, entouré d’élèves attentifs et toujours
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- prêts à le seconder, il étudiait les résultats de ses expériences par l'analyse chimique et toujours avec la balance, pour les communiquer à son auditoire et les répandre par des publications admirablement résumées dans ies contrées les plus intéressées à les connaître.
- J’arrêterai là la série des exemples que j’ai choisis parmi les plus frappants au milieu de ceux qui remplissent nos archives; le dernier suffirait à faire apprécier à sa juste valeur la portée d’une institution dont les membres savent qu’ils ont pour mission de ne rien ignorer des efforts faits à l'étranger, et ils sont nombreux aujourd'hui, pour perfectionner les procédés industriels fondés sur une connaissance approfondie des ressources de In Mécanique, de la Physique et de la Chimie et de travailler à les devancer toutes les fois qu'ils le pourront.
- J'ai le regret de n'avoir pas parlé des travaux de Clément Desormes, d'Olivier, d’Ebelmen, d’Alcan, de Persoz, de la Gournerie, de Baudcment, d'Hervé Mangon, de Comberousse ni de ceux des professeurs des sciences économiques dont les noms sont célèbres ou très hautement recommandables, depuis J.-B. Say jusqu’à Blanqui, Wolowski, Burat etMolapert, en m’en tenant aux disparus; mais je m’en suis déjà excusé par la crainte d'abuser de votre attention.
- Je me suis fuit d’un autre côté une règle de m'abstenir, pour ne pas les gêner, de parler de mes collègues vivants, même de ceux qui nous ont quittés pour remplir d’autres fonctions, comme MM. Trélat et de Foville, si ce n’est pour dire qu’ils ont toujours suivi et qu’ils continuent à suivre les excellentes traditions de leurs devanciers.
- Je ne saurais toutefois omettre, en terminant, de rendre un dernier hommage à la mémoire de mon prédécesseur immédiat, le savant et laborieux ingénieur Hervé Mangon, qui avait succédé au général Morin en 1880, et qui, pendant les deux années de son directorat, avait organisé avec beaucoup d'entrain et avec l’aide des savants, des ingénieurs, des voyageurs scientifiques et des industriels les plus distingués, ici même, des conférences du dimanche qui étaient et sont encore très suivies, car nous avons conservé ce moyen très généralement employé aujourd’hui partout de mettre le publie au courant
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- des questions d'actualité, et chez nous de celles qui intéressent surtout le commerce et l'industrie.
- j'ai essayé, sans me flatter d’v avoir complètement réussi, de vous donner une idée précise des origines du Conservatoire, de son développement et des efforts très grands déjà qui ont été faits pour atteindre le but que s’étaient proposé les patriotes de la Convention, après les grands philosophes comme Descaries qui avait dû se contenter de l’indiquer, les grands ministres comme Colbert qui y songeait très certainement en créant l'Academie des Sciences, enfin les admirables mécaniciens comme d'Ons-en-Brav et Vaucanson qui l’avaient visé et déjà en partie atteint.
- En sortant de cet amphithéâtre, permeilez-moi donc de recommander à votre attention le salon d’honneur auquel j*ai déjà fait plusieurs fois allusion.
- Les galeries du Conservatoire renouvelées et décorées avec goût par nos excellents architectes, MM. Ancelet, Gerhardt et ttanh. se prêtaient désormais merveilleusement à la réalisation d'un projet que nous avons étudié dans le but de montrer, comme en un frontispice, une partie des objets les plus intéressants que nous devons à la générosité de l'Académie des Sciences, à côté de ceux qui viennent des cabinets de d'Ons-en-Brav, de Vaucanson, de l’abbé Xollet, de Charles, de la Commission des poids et mesures et de quelques autres sources également précieuses.
- Le choix des modèles, instruments, machines et appareils qui ornent le salon carré du premier étage, situé au centre de la galerie principale, dans lequel on accède par l’escalier monumental d'Antoine, a eu pour objet principal de représenter l’état des Arts mécaniques, de la Physique expérimentale, de la Chimie naissante et des Arts de précision eu grande voie de perfectionnement, à l’époque de la fondation du Conservatoire, en ce qui concerne, en particulier, les instruments d'IIorlogerie, de Navigation et de Géodésie. L'une des principales conséquences de ces derniers progrès, due à la haute influence des savants astronomes de notre Académie des Sciences, avait été, après la mesure d’arcs de méridien et
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- i: E N T K N A I B K DI' CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS. 19
- l'élude de la ligure de la Terre, rétablissement du système métrique décimal. On trouvera aussi, dans l'une des vitrines de notre salon d’honneur, les premiers modèles du mètre, du litre et du kilogramme,exécutés par les excellents artistes du temps.
- Une station dans ce salon, avant de parcourir les outres galeries consacrées à tout ce qui se rapporte aux procédés actuels de l'industrie et des arts, c’est-à-dire aux innombrables applications de la Science moderne, aidera beaucoup, croyons-nous, le visiteur à s'orienter et à se rendre compte des progrès prodigieux accomplis dans le courant du siècle qui s’achève ; nous espérons qu’elle lui inspirera une profonde reconnaissance pour nos devanciers qui les ont préparés, en môme temps qu’une entière confiance dans un avenir prochain que la science continuera à améliorer.
- Les nombreux et intéressants appareils dont un grand nombre mis en mouvement par l’électricité et par l’air comprimé, les instruments et les produits souvent merveilleux qu’une élite de savants, ingénieurs, constructeurs, fabricants, est venue exposer, à l'occasion de cette fête, dans l’cglise, dans In bibliothèque, dans les amphithéâtres et dans les différentes salles mises à leur disposition, offriraient déjà, au besoin, un aperçu plein de promesses.
- Ne nous attardons pas toutefois, et n'attendons pas que cos promesses se réalisent toutes hors de chez nous. Souvenons-nous que d’autres travaillent énergiquement et incessamment à les faire éclore. Souvenons-nous, enfin, de la grandeur du rôle de nos pères et efforçons-nous de nous rendre dignes de leur haute renommée.
- Une visite attentive des galeries du Conservatoire, et en particulier de ce salon d'honneur organisé et composé à cette intention, ne peut manquer de faire naître et d'entretenir chez les nouvelles générations ces sentiments qui sont la meilleure garantie des intérêts de toutes sortes et de la gloire même de ce noble et grand pays qui s'est maintenu pendant si longtemps à la tète de la civilisation par le travail cl par la science.
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- L’ART
- L'INDUSTRIE DES TISSUS.
- CONFÉRENCE
- 1W1TB AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS, LE DIUaXCUE 13 MARS 1898,
- Par M. Lucien MAGNE,
- Architecte do Gouvernement,
- Professeur à l’École nationale des lîeaux-Arts.
- Mesdames, Messieurs,
- Ou a peine à se figurer comment l’homme a su tirer des plantes telles que le lin, le chanvre et le coton, de la laine des animaux ou des cocons de quelques chenilles, des matières textiles; comment il a su imaginer les moyens de les colorer, de les lisser et de les décorer soit en formant des dessins par le lissage, soit en brodant des ornemenis sur le tissu déjà formé. Le décor des tissus est la manifestation la plus éclatante du sentiment artistique inné chez l’homme et qui lui suggéra l’idée de transformer en une parure appropriée aux formes du corps le vêtement qui devait le défendre contre les intempéries des saisons.
- Si loin qu’on remonte dans l'histoire des civilisations anciennes, on trouve la trace des industries textiles fournissant des thèmes décoratifs aux peintres des hypogées thébains comme aux potiers de Rhodes ou de Milo. Rien plus, sur Ja paroi d'une tombe de Rcni-Hnssan, l'artiste a représenté la
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- 'iNDi* ST RI
- fabrication d’un tissu par un métier analogue à ceux qui sont encore employés à la manufacture des Gubelins pour les tapisseries de haute lisse.
- Toute étoffe tissée se compose d'une chaîne et d’une trame. La chaîne, ourdie verticalement ou horizontalement, est formée de fils qui, dans la fabrication ancienne, étaient libres dans des anneaux rattachés à des (icelles ou lisses à l’aide desquelles on levait un ou plusieurs fils pour le passage de la navette ou de la broche intercalant la trame dans la chaîne, si bien que, pour des étoffes telles que le tissu de soie conservé au musée de Clunv, sorte de serge sur laquelle sont représentés dans des médaillons des jeux du cirque, les effets de trame et de chaîne donnent le dessin d’un ton sur la face et d’un autre ton sur le revers.
- D’après les découvertes faites en Égypte, il semble que le lin, la laine et le coton aient été employés exclusivement pour les tissus avant Alexandre. C’est après la conquête macédonienne que la soie aurait clé importée de la Chine ou de l’Inde dans la vallée du Nil.
- Les tapisseries copies postérieures à l’ère chrétienne sont fabriquées généralement en laine colorée sur une toile dont les fils de chaîne ont été séparés de la trame et groupés pour correspondre à la grosseur de la laine. Chaque rangée de fils colorés couvrant la chaîne, chaque « duîle » formait un fond, le plus souvent de ton pourpre foncé, sur lequel la navette a tracé en blanc, fil par fil, un dessin très délicat. On a pu reproduire à la manufacture des Gobelins, par des procédés de fabrication identiques, ces tapisseries coptes.
- Le lissage, fait à la main ou mécaniquement, diffère de la tapisserie en ce que les fils colorés de la trame doivent, pour former le tissu, s’intercaler, rang par rang, dans toute la largeur de la chaîne. Pour la tapisserie de haute lisse, l’ouvrier exécute par décrochement chaque partie correspondant à l’emploi d’une couleur, et les raccords, s’ils se produisent sur des lignes verticales, forment des relais donnant lieu à des reprises pour rauacher par des fils de lin les parties contiguës de coloration différente. Ces reprises sont visibles dans toutes les tapisseries anciennes, même dans celles où le point est le
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- plus nu; quelques tapisseries copies (fig. ). dont le musée de Cluny possède des écliaiitillons, sont comparables pour la linesse du point à nos tapisseries de Beauvais.
- On employa dès l’antiquité un autre mode de décoration des tissus, la broderie à l'aiguille. D'après les descriptions des auteurs anciens, c'est en Assyrie qu'étaient brodées en fils
- R*. -
- Tapisserie copte (Musée de Cluny). (Époque romaine
- colorés ou en fils d’or les étoffes de laine, et les Grecs vantaient la beauté de ces broderies asiatiques. Pausanias cite parmi les curiosités du temple de Zeus à Olympie un rideau de laine enrichi de broderies assyriennes et teint en pourpre de Tyr, qu Antiochus IV avait donné au temple.
- Les Grecs ont, comme les Égyptiens, tissé le lin et la laine. Sur un vase de Chiusi est figuré un métier analogue à ceux des tapisseries de haute lisse, mois différent des métiers actuels en ce que le travail était commencé par le haut et que les fils de chaîne, au lieu d'être enroulés sur un cylindre ou
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- k ensouple », étaient tendus par des poids. Les Grecs pratiquaient donc la tapisserie comme les Égyptiens.
- Le climat de l'Égypte a conservé dans les tombeaux ccs tapisseries aux couleurs brillantes, ces étoffes qui furent signalées pour la première lois lors de l'expédition d’Égypte et dont tous les musées d'Europe possèdent maintenant des échantillons. Les étoffes sont lissées et décorées soit par la broderie, soit par la peinture qu’on appliquait par impression sur la toile apprêtée.
- Dès la plus haute antiquité, on a fait usage en Égypte, pour le vêtement des femmes, d’étoffes transparentes s’adaptant aux formes : sur les bas-reliefs, comme sur les peintures des hypogées, le corps apparaît sous le tissu dont les plis sont indiqués par de simples traits.
- C’est l’origine de ces tissus très lins et très souples qui furent en usage en Grèce comme dans l’empire romain et dont le décor, autant qu’on en peut juger par les statues de marbre découvertes dans les fouilles de l'Acropole, ne consistait qu’en broderies dessinant sur l’étoffe des ornements géométriques ou des fleurettes. Le plus souvent, la décoration ne consiste qu’en une bordure brodée de tons vifs où dominent le bleu et le rouge.
- Les figures de femmes peintes sur les vases, corinthiens ou a niques, sont drapées de même dans un péplos à bordure brodée tombant en larges plis sur la tunique ionienne et, tout en tenant compte du procédé de dessin applicable à la céramique, on peut interpréter comme un tissu brodé le vêtement d’Athéna figuré sur le vase attique du Louvre où la déesse est représentée avec Héraklès.
- Ce sont les belles étoffes souples que la sculpture grecque interprétait au Parthénon comme à l'Erechtheion ou au temple de la Victoire Aptère, et qui, suivant tous les mouvements du corps, participaient au geste et à l’expression.
- Les broderies, qui semblent n’avoir été employées qu’avec réserve par les Grecs au temps de Périclès, surchargeaient les vêtements assyriens. C’est sûrement d’une tunique brodée qu’est revêtu le roi Assourbanipa! sur un bas-relief représentant une chasse au lion.
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- Eu Grèce, le décor était plus simple, ei l'on peut reconstituer avec quelque vraisemblance les tentures ou portières en usage pour la clôture des baies, 6 l'aide des rideaux ligures entre les colonnes du palais deThéodoric à Ravenne. sur une mosaïque de l’église Soînt-Apollinaire-Neuf. œuvre du vi* siècle.
- A partir de l’ère chrétienne apparaissent sur les tissus des médaillons où sont figurés les jeux du cirque, courses de chars ou combats de gladiateurs. Ce sont les tissus roés ou à roues que désignent les auteurs anciens, et dont la fabrication s’est étendue du ier au vit0 siècle. On a classé ces étoffes de soie, dont le musée de Cluny et le trésor d'Aix-la-Chapelle possèdent de précieux échantillons, sous le titre d’étoffes consulaires ; elles représentent, en effet, les jeux auxquels donnait lieu à Rome l’avènement des consuls, et dont (e goût passa de Rome à Byzance apres la chute de l’empire. L’étoffe conservée à Clunv est probablement d’origine byzantine et peut remonter au vi* siècle.
- L’usage des médaillons s’est maintenu jusqu'au xue siècle: l’un des plus beaux exemples est la pièce d’cioffe de soie bleue, brodée de soie rouge, de soie jaune et d'or, que conserve le trésor de la cathédrale d’Autun {fig. a); celte étoffe avait servi à envelopper les reliques de saint Lazare. L’église ayant été consacrée en n3a, c’est sûrement avant le milieu du su* siècle que fut fait ce tissu, sur lequel sont figurés alternativement, dans des médaillons à six lobes, dessinés par une bande brodée de soie rouge, à besanis de soie jaune et d’or faits au plumetis, tantôt des cavaliers, tantôt des quadrupèdes à tête humaine; sur de petits médaillons quadrilobés sont des faucons tenant dans leurs serres des animaux fantastiques. D’après le caractère des ornements, cette belle étoffe paraît être d’origine persane; peut-être a-t-elle été exécutée en France à l'imitation d’une étoffe asiatique.
- C’est ainsi qu'une pièce d’étoffe provenant d’Auvergne et publiée par M. Dupont-Auberville porte, dans le champ des médaillons, de faux caractères coufiques interprétés comme des ornements; des lettres arabes traitées de même ornent un vantail de porte à la cathédrale du Puy et un tailloir de chapiteau au musée de Toulouse.
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- Il est certain que la décoration des étoffes à l’aide d'animaux affrontés ou passants, lissés en bandes, est d'origine asiatique : le musée de Cluny possède une éioffe orientale du xi* siècle à chaîne noire et à deux trames, rouge et jaune,
- formant un tissu moins lâche que la serge et qui est ainsi décorée (./?g\ 3).
- Une étoffe contemporaine faisant partie de la belle collection de M. Hochon a presque le même décor : elle n’a que deux tons, le rouge et le gris, l'un pour la chaîne, l’autre pour la trame. Ce procédé simple de fabrication par une chaîne et une trame a été employé jusqu’au xm® siècle. A cette époque apparaissent, sur les étoffes occidentales, des emblèmes chrétiens, des anges tenant des monstrances, des encensoirs ou des couronnes. Ces thèmes décoratifs furent en usage du xmeau w siècle : on les retrouve sur des broca-
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- telles dont la fabrication ne diffère de celle des étoffes plus anciennes que par un tissage plus serré; le tissu est encore de deux tons, les figures et les nuages s’enlevamen blanc sur un fond brun verdâtre.
- Dès le xi* siècle, l'emploi de couleurs différentes pour les
- Fi«. 3.
- Reps de soie d'origine orientale, xi* sicclc. Animaux affrontés et lions, arbre sacré des Persans.
- tissus orientaux avait nécessité le passage de plusieurs trames dans une chaine plus serrée et mieux garnie ; dans quelques * étoffes les chaînes ont été doublées.
- Ces étoffes importées en Italie ou en Espagne y déterminaient l’imitation du procédé et des motifs de décoration. Ainsi, sur une brocatelle italienne du xv° siècle {/(g. 4) sonl figurés des oiseaux de tons verts sur un fond jaune que séparent des fleurs bleues ou brunes. L’envers de l'étoffe rend compte du passage des trames dans toute la largeur de la chaîne; les points colorés sur la face appartiennent à une
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- (.ART l»AX$ l’ IX UC STIUE l> K S TISSUS- 27
- trame lallëe qui forme pour chaque couleur une bande horizontale à l'envers de l'étoffe. C’est le procédé qui fut appliqué en Allemagne pour la fabrication des tissus d'or et de soie.
- D'autres motifs, notamment celui de la grenade entourée de plusieurs cercles de fleurettes., ont été constamment cm-
- Brocatelle italienne, imitation d’étoffe orientale.
- plovés du xve au xvi* siècle en Italie et dans les provinces françaises; ils caractérisent l'abandon en Occident des motifs orientaux, et se sont prêtés à des compositions d une richesse inouïe, suivant que le tisseur a laissé ou non dans la trame des points flottés, c’est-à-dire non serrés dans la chaîne et qui donnent à la soie l'éclat satiné par opposition aux parties males du tissu. Comme exemples de ce procédé de fabrication, on peut citer des damas que conserve le musée de Cluny; parfois le dessin est obtenu par des soies de couleurs différentes ou par des fils d'or et d'argent tramés. Ainsi furent
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- IAGNE.
- exécutées les admirables étoffes tissées d’or qui sont figurées sur les tableaux de Memling à l'hôpital de Bruges, sur les tapisseries faisant partie de la collection du comte d’Hunolstein, sur un vitrail de Montmorency représentant l’évêque François de Dinteville ou sur les miniatures des livres d’heures qui faisaient partie de la collection de Lignerolles.
- Les mêmes dispositions décoratives se sont maintenues en effet du xv* au xvi* siècle sur les étoffes de soie, damas, brocart ou brocatelle, qu’on fabriquait surtout en Sicile, en Espagne, dans le nord de l’Italie, en Touraine et en Flandre. Le long séjour des Maures explique le maintien en Espagne, dans le décor des tissus comme dans l'ornementation des manuscrits, de compartiments linéaires et d’arabesques. En Italie, on imitait de préférence les ornements des étoffes ou des faïences persanes, tout en donnant aux fleurs distribuées dans des compartiments curvilignes une interprétation conventionnelle. On en a un exemple à Cluny sur un velours façonné {fig. 5) dont le dessin s'enlève en rouge sur un fond de soie jaune.
- Le luxe du costume dans les cours italiennes comme dans les cours françaises avait suggéré, dès le commencement du xv® siècle, de nouvelles méthodes pour la décoration des tissus de soie. On avait pu, en liant les trames à la chaîne sur des baguettes, obtenir les ornements en relief à l'aide de points bouclés; en les coupant à l’aide d’un tranche-fils, on déterminait sur les parties coupées et tondues un effet chatoyant des fils, retenus dans le tissu, mais libres dans la hauteur des boucles coupées : c’était le velours. On continuait à tisser des damas à une chaîne et à une trame en soies de même couleur, donnant alternativement des effets mats ou brillants. Mais on introduisait dans le tramage du brocart une duite formant fourrure pour mettre l’ornement en relief. On doublait les trames pour varier les fonds par le mélange de l'or avec la soie. Certains points étaient flottés, c’est-à-dire laissés libres à la surface, et prenaient ainsi un éclat différent de celui du tissu. Les magnifiques bandes de chasubles en tissu d'or de Cologne, conservées dans la collection Hochon, atteignent la perfection du procédé de tissage.
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- La liaison de plusieurs chaînes ei de plusieurs trames lancées ou laliées, c'est-à-dire tvapporaissoni que sur quelques points au-dessus de la chaîne, mais formant au-dessous une bande colorée dans toute la largeur de l’étoffe, risquait de lui enlever sa souplesse. On imagina alors de brocher certaines
- couleurs, c’est-à-dire de limiter le passage des fils brochés à la largeur de la fleur ou de l’ornement à colorer : ce brochage, assimilable à la broderie, ne faisait que partiellement corps avec le tissu.
- En combinant dans le velours des baguettes de hauteur différente, les unes rondes, les autres disposées en tranche-fils, on pouvait donner aux différentes parties de l'ornement des hauteurs et des effets différents; on pouvait même retondre partiellement, pour meure en relief certaines parties du velours, les points coupés. Un magnifique échantillon de velours
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- rouge, de la collection Hoc h on, est façonné à deux hauteurs différentes.
- Les étoffes conservées au musée de Lyon, au musée de Cluny, ou musée de Berlin et dans un grand nombre de collections particulières rendent bien compte des différents
- Chasuble de velours écarlate et d’or (Musée de Cluny).
- procédés et des thèmes décoratifs en usage au xvt° siècle : les consoles terminées par des feuilles, les arabesques, les vases ornés sont les thèmes favoris.
- Certains tissus assimilables au reps comportaient des trames alternées, l'une grosse formant la côte, l'autre fine formant le sillon. Si l’on tient compte des modifications imposées par l'outillage moderne, ce sont encore aujourd’hui les procédés en usage.
- Les tissus d'or, les orfrots comme on les appelait, avaient pris au xve siècle une grande extension : les bordures et les
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- croix lissées à pari, mais le plus souvent exécutées en broderie, étaient rapportées sur les chapes ou autres vêlements sacerdotaux et cousues. L'ne chasuble du musée de Cluny (fig. 6) exécutée en étoile tramée d'or et de velours écarlate est ainsi décorée d’une croix en broderie d’or : la variété des points y dessine les ligures, les ornements et les fonds.
- Sur une autre chasuble du xvi* siècle» une croix décorée de
- «*• 7-
- Drap vert avec ornement* de velours.
- même par la broderie est rattachée à une étoffe de soie damassée blanche et verte. Là comme dans la précédente, des galons d’or cousus sur l'étoffe forment le cadre des ligures. Les magnifiques broderies des chasubles conservées dans la collection Hochon sont appliquées sur des velours admirables, où les ors bouclés du tissu luttent de richesse avec les ornements brodés.
- La broderie avait d'ailleurs été constamment pratiquée, et elle donnait le moyen d'enrichir les plus belles étoffes. Tantôt, comme on le voit au musée de Cluny, deux carrés de velours rouge (Jtg. 7) sont rapportés et sertis en soie jaune sur un drop vert formant bordure et que décorent de beaux ornements d'nnolîque en même velours, sertis en soie de même couleur.
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- Tamil, sur un devant d'autel en étoile de soie Crème brodée au plumeiis, on a fixé une bordure de velours rouge dont les ornements sont brodés en or entre deux galons.
- Sur une bande de velours bleu, un galon de soie jaune serti d'or et rattaché au fond par des fils rouges forme une
- Tapis de saie brodée, pélican et aigle h deux tètes.
- combinaison d'entrelacs et de fleurettes du dessin le plus délicat.
- Parmi les plus belles étoffes qui soient conservées au musée de Cluny, il faut citer {fig. 8) une grande pièce dont le motif central est un pélican dans un médaillon encadré d'une triple bordure annulaire et se liant aux deux extrémités avec l’aigle à deux tètes couronné et accosté de deux paons. Une large bordure rectangulaire garnie de fleurs d’œiilet et d’animaux est aussi riche de couleur que le motif central. Suivant la méthode persane, les fleurs et les animaux sont dessinés
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- par un serti isolant des tons francs posés à plat et dont l'éclat résulte de ropposition des voleurs.
- La broderie ainsi comprise se prête à la décoration la plus m&gnilique, et la direction même des points qui suivent les contours donne suivant l'éclairage une grande variété d’effets.
- On commençait au xvi* siècle à broder sur la toile à points
- coupés, c’est-à-dire en réservant les ornements à broder et en découpant à jour la toile entre ces ornements. Un feston accentuait les contours. Quelquefois c’est l'ornement lui-même, fleurette ou rinceau, qui est dessiné par l’ajourage.
- On exécuta aussi des broderies à fils tires, c’est-à-dire en retirant certains fils pour ne conserver que ceux nécessaires au point de broderie. C’est un travail analogue à celui des tapisseries coptes.
- Puis on imagina de faire la broderie sur une toile à larges mailles, sorte de filet sur lequel on brode en lacis.
- Sans entrer dans le détail des dentelles à l’aiguille, dont le travail diffère complètement de celui des dentelles au fuseau, on peut apprécier sur un rabat en point de Venise, brodé en relief (ÿ/ÿ. 9), le parti qu'on avait su tirer du point coupé.
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- C'est par la broderie qu’avaient été décorées en France les premières tentures, celle notamment qu'on désigne inexactement sous le nom de tapisserie de Baveux ou de tapisserie de ta reine Mathilde. Celle tenture, où est figurée la conquête de l'Angleterre par les Normands, a un développement en longueur de ;o» sur une hauteur de o»,5o. Le brodeur garnissait par des fils de laine les contours dessinés sur la toile et les fixait par d’autres fils croisés.
- Les tentures furent employées d'une manière générale, à partir du nu* siècle, dans les églises comme dans les châteaux. Elles ne servaient pas seulement à décorer des salles dont les murs étaient nus : tendues sur des cordes, elles pouvaient diviser ces salles en plusieurs pièces. Le seigneur était-il en voyage ou en guerre, ses tentures l’accompagnaient. On sait que le musée de Berne compte parmi ses trésors les étoffes et les tapisseries perdues par Charles le Téméraire à la bataille de Granson, en i4;6.
- Il y a lieu de penser que les tapisseries antérieures au xive siècle n’étaient que des broderies en laine couchée sur toile analogues à la tapisserie de Baveux. Vraisemblablement, les tapissiers sarrazinois mentionnés dans le Livre des Métiers d'Étienne Boileau fabriquaient des tapis de laine épais analogues aux tapis d’Orient, et non des tapis de haute lisse, puisque les ouvriers « en la haute lisse » sont mentionnés pour la première fois, en i3oa, par le prévôt parisien Pierre Le Jumeau. En i3ii, d’après M. le chanoine Dehaisnes, des drops ouvrés en haute lisse étaient commandés à Arras par la comtesse d’Artois; mais c’est seulement à Paris, sous le règne de Charles V, qu’apparaissent dans les inventaires ces tapisseries à personnages qui formèrent pendant plusieurs siècles la magnifique décoration des églises et des châteaux.
- C’est à un tapissier parisien, Nicolas Bataille, auteur d’une célèbre tenture exécutée avec un autre tapissier, Jacques Bourdin, pour Charles VI et représentant la Joute de Saint-Denis (i38q), que Louis Ier d’Anjou commanda la célèbre suite de l’Apocalypse, dont la majeure partie a été conservée et appartient à la cathédrale d’Angers.
- Il semble que dès l'origine les artistes tapissiers de haute
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- ES TISSE:
- lisse aient compris comme les peintres verriers la nécessité d’adapter la décoration à lu tenture, d'occuper la surface par des compositions simples, et de chercher leur effet dans les oppositions de valeurs des tons francs et non dans la juxtaposition des tons rompus qui équivaut à la décoloration.
- C’est une erreur que d’attacher trop de prix aux tons passés des tapisseries anciennes. Si l’on regarde l’envers d'une de ces tapisseries, on est frappé de la vigueur et en même temps de la richesse des tons : elles avaient jadis les colorations éclatantes des tapis orientaux, et les couleurs des vitraux contemporains, qui n’ont point été modifiées par le temps, nous rendent compte des harmonies colorées qu’on réalisait dans tous les arts de la décoration, dans la peinture murale et le vitrail comme dans la tapisserie.
- La magnifique collection de tapisseries conservée dans la cathédrale d'Angers suffirait à établir ces concordances pour la période comprise entre le xiv* et le xvn* siècle.
- La tenture de l’Apocalypse se trouve datée parles papillons aux ailes armoriées, mi-partie d’Anjou et de Bretagne, assignant à quelques pièces une date antérieure à i3S4- Celte tenture ayant été léguée en 144a Par Yolande d’Aragon à René d’Anjou, son fils, on peut assigner un demi-siècle à son exécution.
- Chaque pièce, dont la hauteur atteints"* et la longueur *4”» comprend d’abord un personnage assis méditant sur l’Apocalypse, dont les scènes se déroulent en deux séries de sept panneaux superposés à fonds alternés rouge et bleu.
- Sur les pièces les plus anciennes, le fond rouge ou bleu est uni; sur les plus récentes, il est émaillé de fleurettes. Ici Jésus-Christ est sur un trône entre sept chandeliers, le glaive passé dans la bouche; In saint Jean voit la Mort à cheval parcourant la terre un glaive à la main. Sur une autre pièce (fig. 10), l)ieu, tenant l'Agneau, reçoit les hommages des anges et des saints, tandis qu’au-dessous un aigle volant dans les airs crie : malheur ! aux habitants de la terre. N’y a-t-il pas des analogies frappantes pour la composition cl l'harmonie des couleurs entre cette pièce et certaines peintures florentines contemporaines?
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- Plus loin, un ange renverse le feu de son encensoir ei la lerre esl embrasée; sainl Jean contemple avec tristesse les chevaux à tête de lion montés par des guerriers portant partout la dévastation et la mort.
- Sur une autre scène, I un des animaux donne aux sept anges les vases de la colère céleste, tandis qu'au-dessous un
- l»icu recevant les hommages des anges et ücs suints.
- ange montre à saint Jean la prostituée se parant pour séduire les rois et les hommes. Sur cette pièce, le lond est semé des initiales d’Yolande d'Aragon.
- Enfin, le Verbe de Dieu met en fuite les persécuteurs de l'Eglise, et Dieu montre à saint Jean la Jérusalem nouvelle-
- N ers le milieu du xv° siècle, au moment où l’élude de la nature changeait l'idéal du peintre en lui proposant la beauté humaine pour but de ses efforts, où l’artiste tendait à animer les scènes en y introduisant les costumes contemporains, en fixant les traits caractéristiques des figures qui lui servaient de modèles, il est intéressant de rapprocher des tapisseries les
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- ISSUS.
- peintures décoratives et les vitraux, où l'interprétation de la flore et de la faune obéit aux mêmes lois. On pourrait à cet égard comparer aux tapisseries d’Angers les peintures exécutées dans une chapeüe du couvent des Jacobins, à Toulouse.
- Chaque progrès dans la peinture ou le vitrail correspond à
- Tapisserie <Jc Saunier. IX-part pour I» chaise.
- un progrès dons la tapisserie. Dès le milieu du xve siècle, la perfection des formes devient le principal attrait des compositions décoratives, dont les thèmes ne sont plus exclusivement religieux. Les romans de chevalerie fournissaient aux tapissiers comme aux peintres verriers ou aux miniaturistes un inépuisable trésor de sujets nouveaux, et les tapissiers de haute lisse, usant des ressources qu'ils trouvaient dans le travail de la laine, employaient un petit nombre de tons et les modifiaient par des hachures, sans exagérer les nuances (_/*§*• 1 »)• Sur une tapisserie oubliée dans une armoire de sacristie d'une église de San mur. et actuellement en réparation
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- à la Manufacture des Gobelins, est figuré un Bal paré, peut-être le Bal des Ardents (fig. 12), et les figures, malgré la simplicité du procédé d'exécution, ont le charme des portraits d'un Fouquet ou d'un Clouet. Les fabriques étaient
- Fi*, .a.
- Bal paré ou Bal d« .VrdcnU.
- alors disséminées en Flandre, en Anjou, en Touraine. Les anciennes fabriques de Saint-Florent, près Saumur, avaient eu leur heure de célébrité. A Tours, dès le règne de Louis XI, on tissait la soie et l’or, et la tapisserie de haute lisse y était sûrement pratiquée.
- C*est de l’église Saint-Saturnin de Tours que provient la tapisserie de la Passion, divisée en quatre pièces et comparable pour la richesse des costumes, pour la distribution des fleurs sur les terraius, pour l’agencement ingénieux des motifs d’architecture occupant les fonds, aux plus belles peintures contemporaines des maîtres florentins. Le Portement de
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- risse
- croix (fig. i3) est une des plus belles pièces; il rend bien compte des méthodes qui tendaient à éviter la décomposition de la surface a décorer par la perspective, en occupant cette surface par les personnages du premier plan.
- La Crucifixion est aussi remarquable, et la recherche de l’expression est manifeste sur les figures qui, suivant la tradi-
- F*. ,3.
- Le PortcmcDt de crois.
- lion de Fra Angelico, semblent concourir à l’unité de l’action.
- La cathédrale d’Angers a recueilli aussi de précieuses pièces provenant du château du Verger, construit en pour Pierre de Rohan, maréchal de France. Les initiales apparaissent sur l'escarcelle d’un élégant seigneur, qui chante, accompagné par une châtelaine, sur un orgue portatif(Jig. i4). On voit comment les tapissiers esquivaient In difficulté de la perspective, qui eût transformé leurs tentures en tableaux. Le fond est complètement garni de charmantes fleurettes, et les personnages qui se détachent sur un semis d’œillets, de marguerites, de roses ou de primevères, font réellement partie de la tenture.
- Le musée de Êluny possède une admirable suite des lapis-
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- sériés de 1» même époque provenant de Jîoussac : le fond rouge, formant bien un fond d'étoffe, est émaillé de Heurs, rappelant ces fleurs coupées qu'on attache sur des draps tendus pour le passage des processions.
- Ceux qui considèrent la peinture française comme tributaire de la peinture italienne n'ont sans doute jamais pris la peine d'étudier comme elles méritent de l'être les œuvres sans
- Tu pi «crie de Sl“‘ de Rohan.
- nombre qui, du xn* au xvie siècle, dans la peinture décorative, dans la miniature, dans le vitrail, dans la tapisserie, sont les manifestations éclatantes du génie français. Voyez encore à l'église de Nanlilly de Saumur quelques pièces rappelant le siège de Jérusalem (Jig. i5), la tapisserie de l'Arbre do Jessé ou encore celle de la Vie de la Vierge. Ces tentures, comme celles de Saint-Rémv de Reims, sont des œuvres originales et parfaitement appropriées au travail de la laine. On pourrait leur comparer les « Sibylles » peintes à la fin du XVe siècle dans les arcatures de la chapelle Saint-Ëloi à la cathédrale d'Amiens, ou encore la fresque des « Arts libéraux » dans la salle du Chapitre de la cathédrale du l’uy.
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- fSTRIE
- Au début du xvf siècle, la mode était aux allégories; la lecture (lu Roman de la Rose ou du Songe de PoUphile explique la faveur dont jouissaient les représentations des Vertus et des Vices, ou les Triomphes mis en honneur par
- Fig. 1.5.
- Siège de Jérusalem.
- Pétrarque et se prêtant ou développement de scènes pompeuses et à une profusion d’emblèmes ou d’attributs. Les Vertus et les Vices sont figurés sur une suite de belles tapisseries appartenant au comte d'Hunolsiein. Les figures sont finement dessinées et le panneau dont l’Orgueil (Supcrbia) occupe le centre est vraiment magnifique. Sur une autre suite, inspirée d’un roman de chevalerie, les personnages, drapés dans de magnifiques étoffes, manquent peut-être d’expression ; par la répétition des mêmes étoffes pour les robes des châtelaines, pour les vêtements des seigneurs, pour les courtines, et même pour le recouvrement d'une tribune de musiciens la tapisserie est un peu monotone.
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- Sur une autre pièce de la meme collection, le tapissier a figuré un départ pour la chasse traité encore suivant les procédés en usage au xv* siècle, ta scène principale y occupe le premier plan. On pourrait rapprocher celte belle pièce de style flamand, peut-être même allemand, de la fresque du palais Ricard! où Benozzo Gozzoli a traité un sujet analogue, notamment du panneau où il a représenté Laurent le Magnifique.
- Fig. jG.
- Tapisserie de verdure. Cathédrale d'Angers, xvi" siêele.
- Poursuivant notre comparaison entre les tapisseries et les fresques, nous pourrions trouver dans l'admirable collection de la cathédrale d'Angers des analogies entre la tapisserie deSainl-Saturnin donnée à l'église de Tours par Jacques de Semblançay en 10117 et les tableaux décoratifs d'un Ghirlandajo ou d’un Pinturiccbio- On abandonne les fonds plats à bouquets de fleurs pour les perspectives de portiques ou de colonnades, et si le tableau considéré isolément mérite l’attention, ce n’est plus un décor occupant la surface d'un mur ou d'un tissu.
- Parfois la tapisserie représentait un magnifique jardin (f‘g- 16) où se développent des plantes à larges feuilles interprétées décorativement et traversées de branches de lis, de digitales, de marguerites et d’autres fleurs. Sur une balustrade fermant un bocage sont perchés des oiseaux rares; dans la
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- bordure, des vases reliés par des guirlandes alternent avec des feuillages. Les tapisseries dites (le verdure ont été très fréquemment employées postérieurement au xvi* siècle, mais elles sont loin d'avoir l’aspect décoratif de la riche tenture d’Angers.
- Dès le xvu* siècle le tapissier tend à reproduire un tableau avec son cadre. Ainsi est traitée la tapisserie représentant Marie-Madeleine aux pieds du Christ et portant la date de 1619.
- La tapisserie de Samson, composée de trois pièces malheureusement mutilées, est probablement antérieure de quelques années, et les bordures, quoique traitées avec plus de souplesse, sont composées en dehors de la tradition française, suivant les méthodes propagées par les artistes italiens dans l’école de Fontainebleau.
- A en juger par les magnifiques tentures mentionnées dans les inventaires des ducs de Bourgogne et des ducs d’Anjou, il semblerait que les ateliers de haute lisse aient été répartis principalement en Flandre et dans la vallée de la Loire. Cependant le travail ne s’était pas ralenti dans les ateliers parisiens où, dès le milieu du xvi* siècle, la vulgarisation des gravures faites d’après les tableaux des maîtres italiens tendait à réduire à des copies les tapisseries et les verrières qu’on exécutait jadis sur des cartons originaux.
- Vers i535, une fabrique avait été établie à Fontainebleau; elle ne semble pas avoir duré au delà du règne de Henri II, et les œuvres qui y ont été exécutées ne forment que des assemblages de guirlandes, de grotesques ou de médaillons sur un fond uni qu'encadrent des bordures garnies d’arabesques.
- Lorsque, vers le milieu du xvu* siècle, Louis XIV décida l’installation d’une fabrique de tapisseries dans l'ancienne teinturerie des Gobciins (1662) et en confia la direction au peintre Lebrun, des travaux considérables furent immédiatement entrepris. C'étaient « l’Histoire du Roi », d’après les cartons de Lebrun et de Van der Meulen, a l’Histoire d’Alexandre », « les Éléments », « les Saisons », exécutés d'après les compositions de Lebrun, « les Triomphes des dieux, de la Philosophie, de la Foi », interprétés d’après les tableaux de Noël Coypel.
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- Assurément ces magnifiques tenture?, quoique traitées comme des tableaux, se rattachent encore, par la vigoureuse harmonie des tons aussi bien que par la simplicité de l'exécution, aux traditions antérieures; on ne peut nier qu'elles s'accordent avec la majesté royale dont la chambre de LouisXlV à Versailles conserve le souvenir. Par le caractère des portraits, par la reproduction des costumes et du mobilier contemporain, ces tapisseries sont à la fois d'admirables œuvres d'art et des documents historiques de premier ordre. Tous ceux qui ont visité les collections du Garde-meubles et du musée des Gobelins ont apprécié la valeur de ces tentures.
- Il faut cependant reconnaître qu'elles n'ont point les qualités décoratives des tapisseries du xv° et du xvr’ siècle, que le décor y occupe moins bien la surface. Ce n’est plus une tenture souple conservant son aspect lors même qu’elle est flottante. Les tapisseries du xvh* et du xviii* siècle sont de véritables tableaux de Inine, ayant, comme tout tableau, leur point de vue et leur ligne d'horizon, et qui n'ont tout leur effet qu'à la condition d'être tendues sur des cadres, de former des panneaux. Cette observation s’applique à tous les travaux faits sous le règne de LouisXlV, dans la manufacture de Beauvais, fondée depuis 1664, comme dans la manufacture des Gobelins. C'est à Beauvais qu’on exécutait à la fin du xvne siècle les « Actes des apôtres », imitation assez médiocre de l'œuvre de Raphaël. Ces tapisseries existent encore dans la cathédrale.
- La fabrication s’était ralentie à la fin du règne de Louis XIV, et c’est sous la direction de Cotte le fils que furent entreprises de nouvelles séries de tapisseries d’une composition plus libre et appropriée à la vie de boudoir qui remplaçait la vie d’apparat. Parmi les plus remarquables, on peut citer a l’Histoire d £stlier », « l'Histoire de don Quichotte », d’après Charles Coypel, « les Éléments, les Saisons et les Mois »» d'après Claude Audran le Jeune, ei « les Triomphes des dieux », d’après Bérain.
- Oudry, qui fut directeur de la manufacture de Beauvais, fut l'un de ceux qui contribuèrent à multiplier dans l'exécution les nuances de laine pour rapprocher la tapisserie du tableau.
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- Cependant François Boucher composait pour les Gobelins des scènes mythologiques ou pastorales, combinant dans des encadrements de fleurs ses médaillons à sujets et faisant malgré tout œuvre décorative en n'hésitant pas à employer des tons vifs et à tirer des oppositions franches l'effet général de ses tentures-
- Avec Oudry commença à la manufacture de Beauvais la fabrication des tapisseries d’ameublement à bouquets de fleurs ou à sujets sur un fond clair, et tandis que de la fin du xviii® au milieu du xix8 siècle les ouvriers artistes de la manufacture des Gobelins étaient tenus de reproduire en tapisserie les nuances d’un tableau et n’arrivaient ainsi, comme on le voit à la galerie d’Apollon, qu’à donner l'illusion de peintures médiocres, les tapissiers de basse lisse fabriquaient de jolies pièces appropriées aux formes élégantes imaginées au xvm* siècle pour les chaises, les fauteuils ou les canapés.
- Depuis quelques années, sous la direction deM. Darcel, des essais avaient été faits pour rétablir les méthodes de simplification qu’exige la tapisserie en vue de l'exécution des figures ou des ornements. On avait reproduit des sujets allégoriques d’après de charmants carions de Baudrv, mais en les adaptant à des panneaux fleuris dont il n’avait pas donné les dessins. D’autres essais avaient été faits sur les carions de Galland ou sur ceux de M. F. Ehrmann. Ce qui faisait défaut, ce n’était pas le talent des tapissiers, maintenu par une organisation traditionnelle et quasi patriarcale, c’était l’appropriation des carions à la tapisserie.
- Grâce à l’impulsion donnée par le nouvel administrateur de la manufacture, M. Guiffrey, les tapissiers sont revenus aux méthodes d’exécution qui conviennent aux ouvrages de houle lisse et qui peuvent le mieux mettre en évidence leur incomparable habileté. Des peintres éminents, M. Jean-Paul Laurens, M. Gustave Moreau, M. L. Olivier Merson, XI. Koche-grosse, M. Maignan, XI. Joseph Blanc, tenaient à honneur de composer leurs carions en s’astreignant aux simplifications de formes et de modelés sans lesquelles l'exécutant, si habile qu’il soit, ne pourrait faire œuvre de tapisserie. Le « 1 ournoi j>, destiné aux Archives nationales, et la « Suite de Jeanned’Arc »,
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- qui sont actuellement en cours d’exécution, seront dignes en tous points des tapisseries anciennes, et les modelés, obtenus comme jadis par des hachures, donnent à l'œuvre celle simplicité qui, résultant d’obligations techniques, concourt au plus grand effet décoratif. La reproduction faite (Jîg. 17) d’après le Fig. 17.
- La Sirùno et le Poète. (G. Moreau.)
- métier rend bien compte de la méthode d’exécution. On y voit les deux nappes de chaîne séparées, pour le passage des broches chargées des fils de couleur, par des tubes de verre dits bâtons de croisure. On y distingue les attaches des lisses permettant de ramener en arrière les fils de chaîne de la première nappe pour passer et repasser la laine colorée et former ainsi ce qu’on appelle des duites correspondant à une nuance. Ainsi qu’on peut s’en rendre compte, les tapissiers travaillent derrière le métier, ayant le modèle derrière eux et l’interpré-tant avec un talent qui contribue largement à la perfection de
- « La Sirène entraînant le Poêle au fond de la mer », au milieu des plantes et des animaux marins (Jîg. 17), a été pour
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- M. Gustave Moreau l'occasion d’une recherche d'harmonies colorées d une exiraordinaire puissance. C'est dans un scintillement de pierreries qu'apparaissent les figures, et l’habileté du tapissier a égalé le talent du peintre.
- « La France portant en Afrique les bienfaits de la civilisation » met en évidence l'originalité de M. Rochcgrosse et le sentiment délicat de la décoration qui Pa conduit à un dessin spirituel et précis des fleurs africaines tranchant sur le groupe de nègres, vers lesquels s’avance la figure symbolique de la France précédant nos soldats en costume colonial. Les lumières en hachures bleues des figures noires sont une trouvaille.
- Une autre fabrication, celle des tapis veloutés de haute laine à point noué et désignés sous le nom de tapis de la Savonnerie, parce que la première manufacture avait été établie dès le règne de Louis XI II dans une ancienne fabrique de savons à Chaillot, est réunie depuis longtemps à la manufacture des Gobelins. Le point de Savonnerie diffère du point de tapisserie en ce que le fll coloré est noué par un double passage de la broche sous les deux fils de chaîne d’avant et d’arrière. Chaque rangée de nœuds forme en saillie une rangée de boucles dont la hauteur, déterminée par celle du tranche-fils, donne la hauteur du velours. Les boucles coupées par le tranche-fils sont égalisées au ciseau; une duite et une trame en fil de chanvre passées entre chaque rang et serrées à l'aide d’un peigne de fer donnent au lapis velouté sa résistance.
- Les lapis d’Orient sont les modèles les plus parfaits du décor par teintes plaies et par oppositions de valeurs qui convient à une étoffe sur laquelle on marche, et qui ne saurait en conséquence admettre des reliefs simulés par des ombres. On peut, au contraire, en dessinant par un serti les contours de chaque couleur et en tirant parti d’une harmonie de tons francs, obtenir dans la composition la plus développée des effets d’une richesse inouïe. L'erreur commise de nos jours par les artistes même du plus grand mérite a été l'adaptation à un tapis de cadres moulurés, de trophées, d'animaux, de rinceaux figurés en saillie par des modelés et des ombres
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- IAGXE.
- dam l'exagération ne produit pour les yeux qu'un effet confus. Les compositions (le Diéterle (Jîg- 18), quoique fort habiles au point de vue de l'échelle et de la forme des ornements, n'échappent pas complètement à ces critiques; tout en reconnaissant l'harmonie des rapports entre ie motif central et son
- l'ij. (8.
- Tapis de Diéierle. Carton.
- entourage, on se prend à regreiter qu'une élude de formes faite dans un sens moderne n'ait pas conduit l’artiste à des simplifications de modelé et à des vigueurs de coloris que nécessite la décoration d’un tapis.
- Une esquisse a été faite récemment dans ce sens par M. Binel. D'autres essais seront faits prochainement et je ne doute pas que, grâce à l’initiative de l’administrateur actuel des Gobelins, la manufacture ne produise bientôt des tapis velouiés aussi parfaits que ses tapisseries de haute lisse.
- Le décor des étoffes ou des tapis de moquette résultant du jeu des chaînes ou des trames colorées est soumis aux mêmes lois de composition décorative. Le style a modifié, pendant le xvii«el le XVIIIe siècle, l'interprétation sur les étoffes des fleurs ou des ornements à plat qui les attachent, mais les procédés
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- l'STRIE DES
- d'exécution des reps, des damas, des brocatellcs, des velours, sont demeurés invariables, et ce qui a changé surtout depuis l’invention de Jacquarl, c'est l’outillage.
- Dans les métiers de basse lisse comme dans les anciens métiers à bras, il faut, à l’aide de pédales agissant sur les fils déchaîné, déterminer les ouvertures nécessaires au passage des fils de trame qui forment le dessin. L’invention de Jacquarl a fourni les moyens d’obtenir mécaniquement ce lancement des trames au travers des chaînes. Après lecture du dessin de l'étoffe, on établit pour chaque rangée de points un carton percé de trous pour les appels de couleur; le passage successif de ces cartons, obtenu par la rotation d‘un cylindre, les met en contact avec des aiguilles qui, suivant qu’elles coïncident avec un trou ou avec une partie pleine, provoque ou non par un ressort la levée du fil déchaîné correspondant. C’est pendant les levées de fils que les trames sont lancées au travers des croisements de chaînes pour déterminer des points de serge, de satin, de bâtons rompus, ou obtenir des changements de couleur.
- Le même mécanisme appliqué aux moquettes ou aux carpettes a fourni le moyen aux grandes manufactures telles que celles d’Aubusson et de Felletin ou celle de Lannoy, dans le département du Xord, de fabriquer dans une largeur de 3m des tapis a point bouclé sur le tranche-fils, qui coupe mécaniquement une rangée et est relancé ensuite dans les chaînes, si bien que la fabrication se poursuit sans interruption.
- Ces procédés mécaniques, grâce au perfectionnement de l’outillage, ont réalisé une économie considérable de la main-d’œuvre, qui s’est traduite par un abaissement du prix de revient et qui a permis la vulgarisation des plus belles tentures.
- Pendant longtemps, le goût du public pour les décorations d’ancien style a confiné les fabricants dans l’imitation d’anciens dessins. On comprend aujourd’hui, dans les fabriques de Lyon comme dans celles du Xord, qu’on peut interpréter plus librement, suivant le goût moderne, les fleurs les plus variées, et qu’on peut s’inspirer, sans copier des formes, du magnifique coloris des étoffes orientales.
- 3» Série, t. /. î
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- 5o !.. MAGNE. — I.".\RT DANS l'IXDVSTHIS DF.S TISSES.
- Le décor des étoffes est, à dire vrai, cciui qui a le moins souffert des fluctuations de la mode, parce que les limites imposées par la fabrication au nombre des couleurs de chaîne ou de trame n’a jamais permis l'abus des nuances qui avait compromis depuis un siècle la fabrication des tapisseries de haute lisse. Les dessinateurs industriels, obligés de composer les dessins en vue de procédés d'exécution absolument précis, ne pouvaient se laisser entraîner à des fantaisies irréalisables. On comprend, en effet, qu'on ne peut superposer plusieurs trames colorées sans nuire à la souplesse de l'étoffe, et que si la broderie a des ressources illimitées, le tissu doit tenir compte de nécessités techniques qui le maintiennent dans les limites d’une décoration rationnelle. La visite des grandes usines françaises est absolument rassurante : on v acquiert la conviction que l’initiative, celte condition essentielle de toute création artistique, est toujours vivace dans notre pays, et que, si elle sommeille encore dans quelques industries, elle se manifeste dans d’autres, notamment dans celle des tissus, donnant pour toutes l’espoir d'un réveil général.
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- UTILISATION DE LA CHALEIR
- DANS LES FOURS
- DE LA GRANDE F.T DF. LA PETITE INDUSTRIE.
- CONFÉRENCES
- WfTfiS Al coxs&rv.vtoibe des arts ht métiers.
- LKS DIMANCHES i'2 F.T l’J DÉCEMBRE 1S&7,
- Par M. Émilio DAMOUR,
- In^r.icur civil des Mines.
- Chef des travaux chimiques à l'École nationale supérieure de* Min»».
- Recueillies par 2Æ- PAILLY,
- Elève ;; ciste Écc’.e el ancien Élève de L*É«>le Pulytecind^tie.
- Mesdames, Messieurs,
- Lu question du chauffage dans les fours d'industrie est une des plus intéressantes mais aussi des plus difficiles que puissent aborder l’arl et la science de l'ingénieur. Son intérêt est trop évident pour qu'il soit utile de le prouver, car il n'est pas d'industrie qui ne dépense du combustible et n'ait à son service un foyer quelconque. Quant à sa difficulté, elle résulte de la variété des applications du chauffage et des condiiions multiples auxquelles il doit satisfaire ou se plier: température, nature du corps à chauffer, dimension des appareils, nature du combustible, atmosphère à conserver dans le lour, etc.
- Ayant été appelé, il y a quelques années, comme ingénieur de verrerie, à me prononcer sur le choix d'un four à construire, frappé du peu de certitude de la technique à celle
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- époque, j’ai dû cherchera établir mon opinion sur des données scientifiques, puis j’ai étendu mon élude aux différents systèmes de fours existants; enfin j’ai cherché à en faire une théorie, si bien que la question, se montrant de pius en plus intéressante, je n'ai cessé de la travailler depuis lors.
- C’est le résultat de ces quelques années de recherches que je voudrais vous présenter ici.
- Sous sa forme la plus générale, le problème du chauffage peut se définir comme suit : Un four doit produire, avec économie, une température élevée, dans une enceinte de dimensions quelconques, et s’adapter à une industrie quelconque.
- N ous ferons ici abstraction complète de l’industrie à laquelle le chauffage s'applique, tant pour simplifier la question que pour conserver à la théorie du chauffage toute sa généralité. Remarquons d’ailleurs que le problème ainsi réduit revêt bien la forme pratique sous laquelle il se présente aux ingénieurs, qui n’ont à se préoccuper que d’une seule industrie, à étudier le choix d’un four que dans un cas particulier.
- Il reste encore à résoudre trois questions : économie, haute température, dimensions.
- Lorsqu’en 186c». Siemens réalisa son four à gaz à récupération, la solution qu'il donna du problème du chauffage fut si parfaite que les nouveaux appareils donnaient des températures très élevées, bien que réalisant une énorme économie de combustible, et permettaient de construire des fours à réverbère de dimensions trois ou quatre fois supérieures à celles des fours à chauffpge direct, tout en employant des combustibles de beaucoup moins bonne qualité. Au point de vue pratique, le progrès fut immense; mais, au point de vue de la connaissance raisonnée du problème du chauffage, la lumière ne se fit pas du premier jour, et l’on peut même dire que la complexité de la solution de Siemens eut pour conséquence une certaine confusion dans l’esprit des ingénieurs qui, habitués à 11e pas séparer la haute température et l'éco-» nomie et à construire toujours de grands fours à gaz, en vinrent à penser que les trois éléments de la solution de Siemens étaient connexes et même inséparables. Rien n’est
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- CtlALEL
- R DANS LES TOCRS. 53 moins exact. On peui obtenir une température très élevée dans un four à rendement très défectueux, par exemple en faisant brûler du gaz d‘éclairage avec de l’air soufflé (cas des fours de fusion employés dons les laboratoires). On obtiendrait une température plus élevée encore en chauffant l'air dans un appareil voisin, ce qui serait anti-économique.
- D’autre part, on construit des fours, tels que ceux employés en céramique, de très grandes dimensions, où le mode de chauffage est imparfait et où, cependant, on atteint de très hautes températures.
- Enfin il peut arriver qu’un four donne de très bons résultats à une température moyenne et présente un rendement très défectueux à une température plus élevée.
- De cct exposé résulte que, pour faire une élude complète des fours, il faudrait traiter successivement et indépendamment les unes des autres les trois questions posées.
- Mais le sujet est trop vaste et, en l’abordant en entier, je m’exposerais à tomber moi-mème dans la confusion que je viens de signaler. D’ailleurs, les questions n’ont pas toutes la même importance : l’obtention des hautes températures a été tellement bien résolue dans les fours Siemens qu’elle n’est plus une difficulté dans les industries courantes (*); de même les grands fours de verrerie, contenant cinq cents tonnes de verre fondu, ont prouvé que les grandes dimensions sont réalisables. Au contraire, la question d’économie est et restera toujours actuelle; c’est donc à son élude que je limiterai le sujet de ces conférences, qui traiteront : Des fours à gaz dans la grande et la petite industrie envisagés au point de vue de Vutilisation de la chaleur et de l'économie de combustible.
- Cette élude, même limitée à une seule industrie, s’offre encore sous des aspects très variés.
- (•) Il n'est évidemment pas question ici des températures très élevées du four électrique, mai* tic celles que donnent le? four# à charbon: or
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- Le eas ie plus général (on pourrait dire le plus théorique, bien qu’il ne s’agisse que d’applications) est celui d’un indus-triel se proposant de créer de toutes pièces une usine ou une industrie nouvelle et n’ayant d’autres indications que les conditions physiques et, en particulier, la température de l’opération industrielle à effectuer.
- Parmi le nombre considérable des fours existants, quel système choisir ? Quelle disposition adopter de préférence pour réaliser le minimum possible de consommation de combustible?
- La réponse ne peut s’appuyer sur des données expérimentales, puisque les appareils n'existent pas et que l’accès des usines où l’on eifectue des opérations analogues est généralement interdite à ceux qui s’en occupent.
- On devra recourir à la comparaison raisonnée des divers systèmes de fours possibles, de leurs rendements calorifiques et en tirer des conclusions dictées par la théorie.
- Ce premier aspect de la question peut sc résumer comme suit:
- Étant donnée une opération industrielle caractérisée par sa températurey quel est, de tous les fours actuellement en usage, ceint qui est susceptible d’assurer le maximum d’économie de combustible ?
- Cette première Partie de notre étude comportera trois étapes: iu fttude historique cl classification des fours; •20 calcul de l'utilisation de la chaleur dans les différents systèmes; 3* classement des fours à différentes températures.
- Le deuxième cas ou, si vous voulez, le second problème qui se pose, et devrait être résolu très fréquemment si la conduite des fours sc faisait avec la précision scientifique qu’elle comporte, est celui d’un industriel désirant s’assurer qu’un four à gaz, plus ou moins perfectionné, existant dans son usine, y fonctionne avec Je maximum d’économie qu'on peut en espérer.
- La question peut se formuler :
- h'tant donné un four à gaz, comment s'assurer s'il fonctionne avec le maximum d’économie ?
- ici ce s mi les données expérimentaies qui, seules, per-
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- :s F0t R s.
- mettront de répondre, et. pour résoudre le problème, nous aurons à examiner : i° l'outillage de laboratoire permeitani d'etïectuer les mesures de températures et les analyses des gaz de fours: a0 la méthode conduisant le plus simplement au bilan de l’utilisation de la chaleur dan? les fours.
- Enfin on peut supposer un industriel possédant un four à gaz, assuré de sou bon fonctionnement, en tirant le meilleur parti possible: on lui propose un nouveau système plus perfectionné.
- Comment pourra-t-il déterminer l’économie qu’il doit attendre de cc nouveau système, se convaincre qu'il a intérêt à démolir son four pour en construire un autre '?
- Ce problème se pose très fréquemment en industrie, car les reconstructions partielles ou totales des fours étant périodiquement nécessaires, on peut en profiter pour modifier le four et le perfectionner. Il peut sc formuler comme suit :
- Étant donne un four en bonne marche, quel est le maximum d'économie à attendre de la substitution d'un nouveau système à ce four ?
- La réponse s’élaiera sur des données expérimentales et théoriques : Pour apprécier la valeur du four en marche, il sera nécessaire d’en dresser le bilan thermique au moyen de mesures expérimentales, et, d’autre part, il faudra les connaissances théoriques des systèmes opposés pour permettre la comparaison.
- Si l’on voulait traiter complètement la question d’économie, d’autres problèmes se poseraient encore; les questions de main-d’œuvre, de recrutement du personnel, de durée des opérations et de prix de revient des fours doivent être prises en considération dans le choix qu’on en fera.
- -Mais si l'on s’en tient au seul point de vue de l'économie de combustible, je crois que les trois formules résument bien toutes les question? que l’industrie peut poser.
- Je les étudierai donc successivement; ce seront les premières parties de mes conférences, puis je terminerai par un examen spécial des l'ours de la petite industrie, trop négligés jusqu’ici et qui présente!!', cependant un grand intérêt pour les applications do plus ou ;>!::? nombreuse? des Vu? «lu feu
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- PREMIÈRE PARTIE.
- CHOIX DU MEILLEUR SYSTÈME DE FOUR CONVENANT A IXE INDUSTRIE, CARACTÉRISÉE PAR SA TEMPÉRATURE. — ÉTUDE THÉORIQUE DES FOURS.
- I. — Classification des fours. Historique.
- Le nombre des fours de l'industrie esi à peu près illimité; tous les types primitifs des différents organes des fours ont été modifiés depuis i'origine, et ces modifications, associées entre elles de façons différentes, forment un nombre de combinaisons tel qu'il est impossible de les énumérer et de citer des noms d'inventeurs sans s’exposer à des omissions. Il est. dans ces conditions, très nécessaire de dresser une classification des appareils basée sur les fonctions essentielles du chauffage.
- Mais afin de n'omettre aucune des transformations que l'industrie a subies et en môme temps pour foire suivre plus aisément les étapes des progrès accomplisse suivrai dans cet exposé de classification l'ordre chronologique et donnerai un court historique des fours.
- Les fours les plus anciennement employés sont les fours à chauffage direct, fours à grille. On y dispose sur une grille le combustible en couche mince d'environ zb*™ d'épaisseur, et la combustion se faisant avec excès d'air admis librement sous la grille produit presque exclusivement de l’acide carbonique. Tout le monde connaît les fours à grille et leurs inconvénients : consommation élevée de combustible, difficulté d'atteindre les hautes températures et de chauffer de grandes enceintes.
- Lorsqu'on voulut o%'ec ce système chauffer des fours de grandes dimensions, on dut avoir recours à l'emploi de houilles à longue flamme de première qualité; ces combustibles devinrent de plus en plus chers et, dans certaines régions à houilles nnthracileuses, telles que le Pays de Galles, on ne pouvait s'en procurer.
- Aussi eut-on bientôt l'idée, pour tirer parti des houilles
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- CTI USA Tl OS DK LA CHALEUR DANS LES FOURS. 5~
- maigres, d'utiliser, non la flamme longue des carbures distillés, mais la flamme bleue bien connue de l’oxyde de carbone. Pour y arriver, il suffisait d’entasser le combustible sur une assez grande épaisseur de façon que l’acide carbonique produit au-dessus de la grille se décomposât par son passage sur le carbone au rouge- On en obtint de bons effets, pourvu que l’on eût soin d’admettre au-dessus du foyer un nouvel afflux d’air complétant la combustion. De là les /ourc à grille profonde appliqués surtout au chauffage des réverbères de la métallurgie du cuivre dans le Pays de Galles. On peut les considérer comme les ancêtres des fours à gaz.
- Plus tard, afin d'augmenter encore la température, on utilisa, pour la combustion de l’oxyde de carbone produit par la grille profonde, de l’air chaud : cet air empruntait sa chaleur au four lui-même autour duquel il serpentait avant d’y entrer, rafraîchissant la sole ou les parois.
- Ce système, représenté par des types de fours existant encore, fours JBicheroux, Ponsard, etc., était un premier essai, mais bien imparfait, de récupération.
- Les deux idées fondamentales des fours à gaz, production d’oxyde de carbone et récupération, ont donc été réalisées séparément et de longue dote. Mais le véritable four à gaz ne prit naissance que lors de la création par les frères Siemens du four à régénération, en 1860-1862.
- Pour bien se rendre compte des avantages de ce genre de fours, il est nécessaire d’en étudier le fonctionnement et surtout de se faire une idée exacte de la récupération ou régénération qui en est la base.
- Prenons pour exemple un four à gaz à récupération quelconque représenté par la figure cl-contre (fig. 1). Il est aisé de voir que la combustion se fait en deux temps comme dans les fours avec chauffe à grille profonde, mais les deux temps sont nettement séparés. Par l’admission d’une première quantité d’air, air primaire, sous la grille du gazogène /. le combustible, disposé en couche épaisse, brûle incomplètement en ne produisant guère que de l’oxyde de carbone.
- Le mélange de cet oxyde, d’une certaine proportion d’azote, d’eau en vapeur et de quelques carbures constituant le gos.
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- Coupe ir.irisvi-fs.ii' K/.
- Co*»pc !or.:ptudir«il<*(ill
- do verrerie i'i Imssiii, :i à l'air, à rênipèratoiir, système I.CiiCtuicliC/.
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- our par le carneau / h la tempéra-audes ; elle? emportent une grande perdue sans retour si on les envoie ère.
- al d’économiser cette quantité de
- sort des gazogènes à une température peu élevée. Il est envoyé dans le four proprement dit par les carneaux h et y rencontre un deuxième courant d’air, Y air secondaire, arrivant par les carneaux /»*.
- La combustion s’achève, donnant comme produits définitifs et stables, de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau, mêlés d'azote, qui forment Jes/w.
- Celles-ci s’échappent du lure qu’on y réalise, Irèsc! quantité de chaleur qui est directement dans l’atmosp!
- La récupération a pour I chaleur.
- Il existe bien des moyens de faire de «a récupération : celui qui consiste à disposer des chaudières à vapeur à la suite des foyers, pour ne ciler que le plus anciennement appliqué, est un des meilleurs : les fumées, par un long serpentage autour du corps de chaudière, ou de tubes à circulation d’eau, ou par leur passage à travers un faisceau tubulaire noyé dans l'eau, cèdent à celle-ci presque toute leur chaleur sensible.
- Mais ces moyens détournés ne sont pas toujours applicables et si l’on envisage un four isolé devant se suffire à lui-même, le mode de récupération is plus simple et surtout le plus avantageux consiste à chauiler les gaz avant leur combinaison au moyen de la chaleur empruntée aux fumées. On a double gain de cette façon : on économise du combustible cl l’on élève la température de combustion.
- On a vu que trois courants gazeux concourent au développement complet des phénomènes de combustion dans le four
- Siemens : l'air primaire, le gaz, l’air secondaire, d’où trois 'modes élémentaires de récupération qui, combinés (leux à deux, donnent trois autres systèmes et peuvent enfin être appliqués simultanément tous trois.
- On doit donc distinguer :
- i° La simple récupération portant sur un seul des courants
- gazeux;
- a0 La double récupération s’appliquant à deux d’entre
- eux;
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- A il 0171
- Go É. d;
- 3a La triple récupération les embrassant tous trois.
- Dans la pratique, la simple récupération se fait seulement par l’air secondaire, et la double récupération ne peut s’appliquer qu’à l’air secondaire et au gaz ou à l’air total.
- La solution adoptée par Siemens, après de nombreux tâtonnements, comme la plus avantageuse, était la double récupération par l’air secondaire et le gaz. Le four établi d’après ces principes réalisait une telle économie par rapport aux fours usités jusqu’alors, environ 5o pour ioo, qu’il a régné à peu près seul pendant quinze années dans l’industrie (/g-, z).
- Mais dès que le four Siemens eut fait ses preuves et conquis dans la métallurgie une place prépondérante, les ingénieurs et inventeurs voulurent faire mieux et gagner quelque chose sur la quantité de chaleur que ce four laissait encore inutilisée, 3o pour ioo environ dans le cas des températures très élevées. C’est alors que l’on vil apparaître le gaz à l’eau.
- Il est assez difficile de fixer une date précise à la découverte du gazogène à l’eau : il n’y a même pas eu, à proprement parler, découverte, car, dès l’origine, on mit quelquefois de l’eau sous la grille du gazogène Siemens pour en conserver les barreaux, et l'on réalisa partiellement du gaz à l’eau, mais c’est vers 1880 que ce nouveau système eut toute sa vogue.
- Le gaz à l’eau se présenta d’abord sous une forme très spécieuse qui contribua sans doute à son succès du début : se basant su? la réaction bien connue
- C -r H- O — CO + 2 II,
- les inventeurs de gazogènes à l’eau prétendaient produire un gaz très riche et exempt d’azote et, qui plus est, utiliser l’by-drogène de l'eau comme combustible. Il est à peine besoin de' dire que toutes ces idées ne sont que partiellement vraies ou sont môme tout à fait fausses; aussi lorsqu’on eut constaté par les applications industrielles, que le gaz à l’eau était loin de présenter les avantages promis, on en vint à employer de préférence un gaz moins hydrogéné résultant d’une plus ou moins grande quantité d’eau sous la grille des gazogènes ordinaires, sans chercher à ai teindre la limite de décomposition
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- VTlLISATIOX r V CHALEUR DAX S LES FOURS- 6l
- possible; de là le gaz mixte. Le progrès réalisé ici «'était pas une découverte, mais seulement une plus juste apprécia-
- Four de verrerie à bassin. « double récupération, système Siemens.
- lion du rôle de l'eau : les deux systèmes, gaz à l’eau et gaz mixte, ne forment qu'une classe de fours dans laquelle on
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- partielle-
- utilise la décomposition de l'eau, ait ment.
- Le gaz mixte tint !e premier rang dans la construction des fours jusqu'en 1891.
- C’est alors qu'on vil apparaître, avec les mêmes promesses, les mêmes exagérations auxquelles avait donné lieu le gaz à l’eau, un nouveau système basé sur la gazéification par l’acide carbonique des fumées : le four à gazogène régénérateur des produits de combustion présenté par MM. Hiedermann et Harvey, ingénieurs de la Société Siemens. Ce four {fig. 3), appelé aujourd'hui four Siemens, nouvelle disposition, se recommandant par l’économie de construction, prend une place de plus en plus grande en industrie; il fonctionne d’ailleurs le plus souvent sans aucune régénération des fumées.
- De l’exposé historique qui précède résulte que trois systèmes de gazéification ont été essayés jusqu'ici; de l'examen du fonctionnement des l’ours à gaz résulte que quatre modes de récupération sont possibles; on en déduit une classification rationnelle des fours actuels ou actuellement possibles.
- Classifient ion générale des fours d'industrie.
- Fours à chauffage direct ou à grille, sans récupération.
- 2e Classe.
- Gaz à l'air (CO — 2Az*>.
- a. Simple récupération par l’air secondaire.
- b. Double récupération par l’air secondaire et le gaz.
- e. Double récupération par l’air secondaire et primaire.
- 3* Classe.
- Gaz à l’eau ou mixte [CO mII- — (i — ni)?.Azâ|.
- a. Simpic récupération per l'air secondaire.
- (/. Double récupération par l’air secondaire ei lo gaz.
- c. Double récupération par l’air secondaire et le gaz (air total).
- d. Triple récupération par l’air total et le sraz.
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- la) Coupe «In four par un plun parallèle ou plan «le symétrie recoupant une «le» chambra* tU* récupération
- bftoKNim : A, «azom'ino ; n, a, collecteur recueillant )«» «a/. produit par le k^wk^AA; 11, carneau ; O, four <>(i le gar. roiiMintrc l’air chaud provenant <l»i ea-ncuo J), K, chambre do récupération où s'échauffe l’nlr froid admis ni II, quand la val v o V se trouve Inversée; e, f, «j, ni air lie des produits de combustion «laits le carneau symétrique «le I), l)„ dans le r«Viipéraleiu* K cl «lans les «Mrocaus 1 cl K qui les conduisent A In clioininéu (i;T, Irémio «le «diariïC!-luenl; P, polcneo wiqqiorlniiL un clapet qui pennol du dirî-;;er le gaz«In Ka'/ogène à droi le on à;-a.itrlio.
- Ail s«inimcl «le eliiiciinc des «leux «;li.ui*hivs de récupéra" lion K, K ne trouve un liijeolci»rK«vrlitr‘ «pii élaldSl la •om iiiuniculion cuire les earnoanx f cI le coudrier K, el qui permet «Penvoyur SOUS ce cendrier soit de l'uir chaud «chauffage do l’air primaire), suit d«-s fumées iixqféuérulmn de l’acide- carbonique).
- (h) F, Italialtcmenl du clapet d'inversion «le Pair cl des fumées suivant un plan perpendiculaire A eelul de la fii). («I.
- — b'oiir Siemens nouvelle disposition à régénération «lu carbone «les fumées (système llic«lcrinaiin et Harvey ).
- Croquis scliéinalique.
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- 4« Classe.
- Gaz régénéré des fumées (i 4- m){CO aAz*).
- a. Simple récupération par l'air secondaire.
- b. Double récupération par loir secondaire et le gaz.
- c. Double récupération par l’air total.
- d. Triple récupération par l’air total et le gaz.
- Presque tous ces systèmes sont réalisés pratiquement et fonctionnent : il est donc nécessaire de les étudier tous si l’on veut se prononcer en connaissance de cause sur leur valeur respective; c’est ce que se propose la théorie de ('utilisation de la chaleur.
- II. — Théorie de l’utilisation de la chaleur dans les fours.
- L’étude du rendement théorique des fours repose sur cette idée fondamentale que toute chaleur dans ceux-ci vient du combustible. Celte notion est tellement évidente, qu’il parait h peine besoin de l’énoncer. Il est aussi impossible de créer de la chaleur que de l’énergie, et les divers perfectionnements apportés aux fours à gaz que nous avons passés en revue ne peuvent avoir d’autre effet que d’améliorer l'utilisation de cette chaleur.
- Le seul comburant est l’air emprunté à l’atmosphère.
- Le point de départ de l’étude qui nous occupe est donc la connaissance des chaleurs de combustion des diverses espèces de combustibles brûlant à l’air froid.
- Ces chaleurs de combustion, (ou pouvoirs calorifiques) ont été déterminées pour tous les corps simples, ainsi que les chaleurs de combinaison de ces corps simples entre eux, par MM. Berthelot et Vieille, et sont consignées dans PAnnuatré du Bureau des Longitudes.
- Le Tableau ci-dessous, résumant les quelques données thermo-chimiques nécessaires à l’élude des fours, permettra
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- dans lous les cas théoriques, et quel que soit le combustible, de déterminer la quantité de chaleur totale disponible Q.
- 5$,a Eau vapeur. 69 |Eau liquide.
- Oxydede carbone. CO as C-i-OssCO \ Formène...... CH- 16 CH‘+40 = CO* *x
- Hydrogène...... H' aj II*>f-0 = II*0 j
- — 2H*0 J
- Acétylène......I C'H’ 26 !c*H> x 50 = aCû=
- I UsA
- 3 j 5. — | Eau liquide. px97,t>j 2 volumes p x a;), moléculaires.
- Que devient cette source de chaleur, cette énergie calorifique?
- Une partie est employée dans le laboratoire pour produire les réactions qu’on a en vue, y entretenir la température convenable, et compenser la perte par refroidissement du four nécessaire à la conservation des parois. Nous désignerons cette première partie sous le nom de chaleur utilisée U.
- Le reste des calories disponibles n’étant pas consommé dans le four même est la chaleur perdue P.
- D’où résulte qu’on peut écrire l’équation évidente Q = P-r-U
- exprimant simplement que l’énergie calorifique est la somme des chaleurs utilisée et perdue.
- Mais si l’on se reporte à la définition que nous avons donnée de la chaleur utilisée t et si l’on néglige les pertes par rayonnement des organes du four autres que le laboratoire, il est aisé de voir que les chaleurs perdues se réduisent à une seule: les calories emportées par les fumées à la cheminée- U suffit donc (connaissant Q que nous savons déjà calculer), de
- 3* Série, t. i.
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- déterminer P, c'est-à-dire la perte à la cheminée, pour déduire de la relation précédente la chaleur utilisée U et, par suite, le rendement du four.
- Le calcul de la chaleur perdue par les fumées exige une autre série de données scientifiques, celle des chaleurs d’é-chauffement ou des chaleurs spécifiques entre des températures quelconques.
- A cet égard, les anciennes données de Kegnault sont insuffisantes, car les chaleurs spécifiques des gaz croissent rapidement avec la température, et ce sont les travaux de Mallard et Le Chatelier, sur réchauffement des gaz, qui seuls permettent de résoudre notre problème.
- D’après ces recherches faites à l'École des Mines pour la Commission du Grisou, les chaleurs d’échauffement rapportées au volume moléculaire 22l:*,32, s’expriment par une formule à deux termes
- T - T„ _ b T* - IV
- IOOO IOOOa ’
- où a garde une valeur constante, 6,5, pour tous les gaz et où b prend les valeurs : o,6 pour les gaz parfaits. Az, O, H, CO; 2,9 pour H20: 3,; pour CO2 et 6 pour CH;.
- Le Tableau suivant donne les valeurs numériques correspondantes de q, de 2oo° en 2006.
- Pour «-‘‘«2. 1 ChaUurs d’&tiaaflfeawat «le o fi * = T - Î7*.
- 0A i
- Gaz parfaits. J ,
- H’O = .8^
- CO: = W' 1 9.i .*.7.0.. « (9.6
- CH* = i6:r j se
- Une dernière donnée scientifique, qui n’a pour notre théorie d’autre effet que de donner aux formules précédentes toute leur valeur et de lever une objection souvent mise en avant
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- dans les problèmes des hautes températures, est relative à la dissociation. Les travaux de Mallard et Le Chatelier ont montré que la dissociation est presque nulle jusqu'à aooo°.
- Dans ces conditions, il est aisé de voir qu’au moyen de ces données numériques, on peut, connaissant la température d’un mélange gazeux et sa composition en volume, calculer la quantité de chaleur contenue dans ce mélange. On peut donc évaluer la perte de chaleur d’un four à la cheminée et aborder l’étude du rendement calorifique des fours.
- Il est souvent commode de se servir de la méthode d'interpolation graphique : on construit une courbe ayant pour abscisses les températures et pour ordonnées la somme des chaleurs d’éçhauffcment des gaz composants. Cette courbe représente à toute température la capacité calorifique du mélange.
- Dans ces calculs, nous fixerons arbitrairement la température de régime, c'est-à-dire celle que nous supposons nécessaire à l’opération industrielle à effectuer, et nous étudierons plus spécialement les deux cas de iooo0 et >5oo°, qui correspondent à deux importantes industries: celle du gaz et celle du verre de glacerie.
- PKüMiKit ftüorrc.
- Fours à grille à chauffage direct.
- Dans les fours à chauffage direct, comme nous l’avons vu, la combustion s’opère en un seul temps, le plus souvent avec excès d’air dont l’afflux n’est réglé que par la conduite du four. Sans excès d'air, la réaction de combustion est
- C + 0»-r 4 Aza — CO* -h 4Az3
- (en supposant l’air sensiblement formé de 4 volumes d'azote pour i d'oxygène).
- Les fumées se composent de 1 volume d'acide carbonique et de 4 volumes d'azote; elles s’échappent directement dans l’atmosphère à la température de régime du four, et I on peut
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- É. DAMOl'H.
- calculer, d'après ce qui a été dit précédemment, la quantité de chaleur qu’elles emportent aux différentes températures.
- On sait que la quantité de chaleur dégagée par la combustion à pression constante de ia*rde charbon est de 97°’,6, et l’on considère la masse de fumées qui correspond à ce poids.
- On peut, dès lors, construire une courbe en portant en abscisses les températures et en ordonnées cette courbe donnera une idée du rendement aux différentes températures.
- Le calcul est résumé dans le Tableau ci-dessous.
- TABLEAU DU CALCUL DE P DANS LES FOURS A CHAUFFAGE DîBECT
- A 300°, 1000% 1000®.
- Composition «le» famées : CO* -r 4 ax*.
- Ctuteur dégagée : : Q. ~ i »* »»
- ( part v. m. C0* Chaleur emportée \ par-iv. in. AZ* par les fumées F / \ Total 3,i j «a.5 *.1 ! *0»7 VA
- «7.5
- Rapport à la chaleur disponible 97,6: P.. Différence à 100 ou chaleur utilisée : U.. 88.2 56.8 «7,5 30,5
- Il est facile de compléter les indications de ce Tableau par les valeurs extrêmes de P.
- A o°, l’utilisation de la chaleur est évidemment complète; le rendement est de 100 pour 100. Remarquons que ce cas est à peu près celui du chauffage domestique, lorsque l’appareil est construit de façon à n’envoyer les fumées à la cheminée qu’à très basse température, comme dans les poêles à combustion lente.
- Au contraire, la perte de chaleur est totale et l'utilisation nulle à partir de la température de combustion du carbone à l’air froid, qu’il serait facile de calculer à l’aide des chaleurs d'échauffement et qui est de *040°.
- L’examen de la courbe des pertes de chaleur {fig. 4) esl
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- fr)
- instructive et donne une première indication sur les avantages de la récupération.
- Au-dessous de 5oo°, la perte par les fumées est insignifiante et l’utilisation de la chaleur peut atteindre 90 pour 100 pourvu que la combustion se fasse sans excès d’air, il n’y a aucun intérêt à faire de la récupération; c’est le cas des chau-
- «f. i-
- Courbe dcà perles
- les fours à chauffage di
- dières à vapeur et par conséquent aussi des fours à réverbère suivis de chaudières si fréquemment employés dans les forges.
- Entre 5oo°et 1000°, il commence à être intéressant de récupérer de la chaleur des fumées, mais, comme l’utilisation de la chaleur est d’au moins 60 pour 100, c’est-à-dire assez satisfaisante, le gain de calories sera faible et ne. justifierait pas l'emploi d’appareils compliqués et coûteux; il faudra se servir des récupérateurs les plus économiques (simple récupération).
- Au delà de tooo°, il devient très nécessaire de reprendre aux fumées le plus de chaleur possible, cor l ulilisaiion tombe à 3o et même 4o pour ioo à mesure que la temperoture s’élève.
- Enfin, au delà do il n est plus possible, dans l’indus-
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- trie moderne, de se passer de récupération, sous peine de dépenser dix fois plus de combustible qu'il n'est nécessaire, comme cela s’est fait pendant si longtemps en verrerie, dans les fours à pots.
- En résumé, la température a une importance capitale surle rendement des fours; c’est une loi générale que nous retrouverons dans tous les systèmes de fourSi mais qui est plus sensible dans les fours à chauffage direct que dans aucun outre système-
- DEUXIEME GROUPE.
- Gaz à l’air ou gaz pauvre ordinaire.
- Dans ce cas, la combustion dans le gazogène se produit théoriquement suivant la réaction
- C-^ j{02— 4Aza) = CO — aAz3.
- Le gaz sort du gazogène à i35o°,si l'air primaire £ (O2-!- 4 Az*) est froid. Il brûle dans le laboratoire suivant la réaction
- La composition des fumées est la même que dons les fours à chauffage direct et la chaleur totale dégagée est toujours de 97m,,6 pour i*îf de charbon.
- Examinons en détail le cas le plus simple de four à gaz à l’air, celui de la simple récupération par l'air secondaire seul, dont on peut trouver de nombreux exemples dans les fours de la Compagnie Parisienne du Gaz {Jig. 5, p. 72-73), dans les fours lladot et Gobbe pour la verrerie.
- Le calcul du rendement est résumé don? le Tableau ci-contre :
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- IT1LISATI0X
- V Calories emportées par les produits ) CO", de combustion. ) ^Az1.. Soit ou Tôt ai a9>7
- i»,' 67,0 5,8
- j Calories récupère.* p^r l'air secon- ) {(K., daire port.» de o à i©no* ou i5ooa j J Aï*.. Total
- a3,6 39 » 38.5 39.5 60.5
- Rapporté là chaleur«HspouüdcPerle*p. ic*:. Chaleur utilisée pour 100 : U = Rendement
- On voit, à l’examen de ce Tableau, que le rendement croît avec l’abaissement de température, mais plus lentement que dans les fours à chauffage direct. A 1000*, le chauffage de l’air secondaire seul donne de très bons résultats, car le gaz sortant des gazogènes à 135o° ne peut concourir à la récupération; d’ailleurs, la température élevée du gaz permet d’atteindre, avec des rendements acceptables, des températures très élevées.
- Sans entrer, pour les douze cas de chauffage, dans le détail des calculs que l’on retrouvera dans les articles du Génie civil (>), examinons rapidement les résultats et conclusions :
- 2Ù Double récupération par l’air secondaire et le gaz. — A cette catégorie appartiennent la plupart des fours Martin-Siemens.
- Si l’on fait la double récupération par l’air secondaire et le gaz, on ne peut avoir d’avantage, d’après ce qui précède, qu'à la température de : ïco’; à 1000", la simple récupération donne le même résultat.
- {') Le Chauffage industriel et les Foursô gaz. Utilisation de la du leur et récupération (itnudry cl C". éditeurs}.
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- Tour à cornues de la Compagnie parisienne du Gaz. système Siemea».
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- Les calories récupérées par l'air secondaire et le gaz, s'échauffant de i35o* à i5oo\ élcvent ie rendement à 66.3 pour ioo. Les fumées emportent encore, toutefois, un tiers de la chaleur totale disponible et cette quantité de chaleur, définitivement perdue, serait plus que suffisante pour échauffer le gaz de o° à 1350®. Si donc, comme cela est encore employé et pour des raisons très diverses, on établit les gazogènes loin du four et l’on refroidit le gaz par un siphon pour améliorer le tirage, on n’a aucun désavantage : les calories perdues d’un coté peuvent être complètement regagnées de l’autre par un supplément de récupération.
- Les fours Siemens primitifs se prêtent r’onc très bien au dispositif des batteries de gazogène tout a fait indépendantes et éloignées du four; mais ils n'ont qu’un rendement maximum de 63 pour ioo, ce qui est loin d’être satisfaisant et reste très au-dessous des systèmes plus perfectionnés qui suivirent.
- 3° Double récupération par l'air secondaire et l'air primaire. — En faisant le calcul comme ci-dessus, on trouverait, à 1500% une utilisation de 90 pour 100 de la chaleur totale, et, à 1000% de 94 pour 100; mais jusqu’ici on n'a pu réaliser ce système dans la pratique, à cause de la conservation de la grille des gazogènes presque impossible dans l’air chauffé au-dessus de 500°.
- Il serait à désirer, étant donnés les rendements très élevés que la théorie assigne à ce mode de récupération, que l’on arrive à réaliser des gazogènes à haute température, à air chaud, dans le genre de ceux à fusion de cendres et vent forcé préconisés par Ebelmen.
- C’est une indication fort utile déduite de la théorie de la récupération.
- TROISIÈME 4JB0m\
- Gaz à l'eau.
- Avant d aborder les calculs ou plutôt de discuter les résultats de l’étude des fours employant le gaz à l'eau, il estnéces-
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- L'TlLISATtOX DE LA EH ALE V R DANS LES SOIRS. •)>
- saire de préciser le rôle de l’eau ei de nous meure en garde contre les erreurs ou illusions dont cet auxiliaire de la marche des fours a été le point de départ. Dans ce cas, les réactions de combustion deviennent les suivantes, pour une molécule de carbone.
- Dans le gazogène :
- m (C — HaOi = »t(i — »i(CO — Hs)
- (i - m) (c -e-aAîE*-T-iOM = (i — m)(CO -s- aAz»,
- Air primaire.
- ce qui donne un gaz de composition
- CO + /«H!— flt)aAzs.
- Dans le four, la réaction sera la suivante :
- Air secondaire.
- = CO* h-4 Az9- ni 11*0.
- Cherchons, d'après ces réactions, le rôle de la vapeur d’eau.
- L'eau, comme tous les produits de combustion parfaite, ne contient pas de chaleur latente et n'apporte au four aucune calorie: elle en absorbe même pour sa volatilisation; d’autre part, elle augmente la masse des fumées rapportée à l’unité de combustible brûlé dans le four; elle ne pourrait donc que nuire au rendement sons le mécanisme de la récupération. C’est donc dans la récupération qu'il faut en chercher la raison d’être; or on déduit des formules de combustion qu’elle a un double effet: i* elle diminue l’air primaire (d’une quantité T — tfl) et augmente l'air secondaire, l’air total restant évidemment constant; 2» elle abaisse, par le fait de sa décomposition en hydrogène et oxyde de carbone, la température du gaz de gazogène puisque chaque unité de carbone absorbe, pour décomposer i‘cau» — •><>. \ = aS.# calories.
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- J)c In résulte que son emploi est forcément limité, sous peine d’extinction du gazogène, et comme l’expérience a montré que 6oo° est la température minima au-dessous de laquelle la combustion de la houille s’arrête, on devra toujours doser l’eau de façon à rester au-dessus de cette limite. Nous admettrons, dans les calculs, que cette limite est atteinte et que les gaz sortent du gazogène à 600% dans tous les cas du gaz mixte; c’est, d’ailleurs, l’hypothèse correspondant à l’utilisation la plus complète de l'eau.
- Il est aisé de voir que les deux effets que nous venons de préciser : diminution de l'air primaire, abaissement de la température du gaz, concourent à l’amélioration du rendement. L'augmentation de l’air secondaire profile à tous les systèmes où l’air primaire n'est pas chauffé, c'est-à-dire à tous les fours actuellement usités en industrie; (‘abaissement de température du gaz sortant du gazogène accroît l’effet de la récupération par ce gaz et économise la chaleur dans tous les systèmes à double ou triple récupération.
- C’est seulement ainsi que la vapeur d'eau agit, mais son effet peut être considérable, ainsi que le calcul va nous le prouver.
- »0 Cas de la simple récupération. — Ce cas est réalisé dans les fours de la Compagnie parisienne du Gaz, qui fonctionnent tantôt à l’air, avec cendrier ouvert et tirage naturel, tantôt avec eau sous la grille avec cendrier fermé à tirage naturel, tantôt avec injection de vapeur, par kœrting.
- Pour calculer le rendement du four, il faut d'abord évaluer la proportion d'eau admissible sous le gazogène, que l’on trouve limitée au ^ delà réaction théorique du gaz à l’eau, en sorte que l'air primaire n’est diminué que d'un tiers. Ce résultat est remarquablement d’accord avec la pratique des gazogènes à l’eau qui ont adopté la même limite.
- En faisant le calcul dans ces conditions, c’est-à-dire en supposant m = 3 dans les formules de combustion, on trouve qu’à ioooJ le rendement est de 78 pour 100 et, à i'joo0, de 61 pour 100.
- On en peut déduire une
- conclusion intéressante pour les
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- industries à iooon qui emploient beaucoup la simple récupération ; c'est le faible avantage de l'emploi du gaz mixte, fait entièrement d'accord avec la pratique et qui s'explique par l’accroissement de masse des fumées chargées de vapeur d’eau, sans parler de la difficulté plus grande de construction et de conduite des gazogènes à l'eau et de leur coût élevé.
- Formulons cette conclusion en affirmant que, dans les industries à iooo° (gaz d'éclairage), il est sans intérêt de marcher en gaz mixte.
- Double récupération par Pair et te gaz. — C’est le cas le plus important de la théorie du chauiTage par le gaz à l'eau. La plupart des fours Siemens, fours à acier, fours de verrerie, emploient un gaz plus ou moins enrichi d'hydrogène, soit qu’ils aient des gazogènes ouverts avec cendrier noyé d’eau, soit qu'ils possèdent des koerting injectant de la vapeur dans un cendrier fermé.
- C’est aussi l'un de ceux où l’eau donne son effet maximum, agissant à la fois parla récupération et l'air secondaire.
- Les rendements s’en trouvent grandement améliorés, passant à $4,8 pour ioo et $4,2 pour 100 à iooo° et à i5oo°, et l’intérêt de ce système est d’autant plus grand que la température est plus élevée.
- 3» La double récupération par l'air total apparaît plus réalisable avec le gaz à l'eau qu’avec le gaz è l’air, car la température du gazogène ne s'élève pas trop; elle est partiellement réalisée dans le nouveau four Siemens. Mais on a une cause d’infériorité en ce que la vapeur d’eau, dans ce cas, emporte dans l’atmosphère, sans compensation, toute sa chaleur d’échauffement.
- Malgré cela,il semble qu’aux températures moyennes, 1 ooo*, où cette disposition procure un rendement de 90,7 pour 100, il y ait intérêt très réel à chercher sa réalisation pratique et complète.
- 4° Triple récupération par l'air primaire, Pair secondaire et le gaz. — Cette triple récupération ne parait pas avoir
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- élé réalisée industriellement. Il faudrait un troisième récupérateur recueillant par l'air primaire la chaleur disponible dans les fumées à la sortie des deux premières chambres, chaleur qui est de i5,a pour 100 à 10009 et iî,8 pour 100 à i5oo°.
- Mais le cas n'en est pas moins intéressant pour certaines industries à hautes températures, car il convient de remarquer que la triple récupération devient possible dans le cas du gaz mixte à cause de l’abaissement de la température du gaz. Le rendement qu’elle procure est le plus élevé qu’on connaisse, et il ne varie presque pas avec la température de régime du four.
- Ces avantages très précieux compenseraient largement la complication apportée à la construction des fours par la nécessité d’avoir trois chambres de récupération.
- On a, en etîet, récupération parfaite au-dessus de 600*, la capacité calorifique des gaz récupérants est supérieure à celle des fumées; on n’a de récupération partielle qu’au-dessous de 6oo°, l’air total seul y participant alors et sa chaleur d’é-chauffement étant moindre que celle des fumées chargées de vapeur d’eau.
- Il y a lieu de remarquer encore que la triple récupération permet d’utiliser la chaleur sensible des produits volatils dégages par les réactions qui se passent dans le laboratoire, ce qui présente un réel intérêt dans les industries du verre où les produits volatils représentent une masse importante, où la température est élevée, où le travail étant continu, la conduite raisonnée et économique des fours est plus facile.
- QUATRIÈME GROUPE.
- Régénération des fumées.
- Le cas de la régénération des fumées, c’est-à-dire de l’emploi de l’acide carbonique a la gazéification du combustible suivant la réaction
- C^COa=aCO
- ne diffère que peu de celui du gaz à l'eau. Comme
- dans le
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- groupe précédent la réaction de décomposition est fortement endothermiquc et par conséquent limitée. La seule différence consiste en ce que l'acide carbonique n’a pas de chaleur latente de vaporisation.ee qui serait en faveur de son emploi, et qu’emprunté aux fumées il est toujours accompagné d’un volume quadruple d'azote comme l’air qui a servi à la combustion du carbone; mais l'emploi des fumées se traduit toujours et uniquement par son effet sur la récupération, produisant une augmentation de l’air secondaire et un abaissement de la température du gaz.
- Il en résulte que c’est encore par le calcul de la chaleur perdue P et du rendement, en suivant la méthode que nous avons indiquée, qu’il est possible de se rendre compte de la valeur du nouveau système.
- Sans entrer dans le détail des calculs pl us longs et complexes que pour le gaz à l’eau, contentons-nous d’indiquer les résultats dans les deux cas comportant des applications industrielles, celui de la simple récupération par l’air secondaire et celui de la double récupération par l'air primaire et l’air secondaire, et d’en déduire les conclusions concernant le four Siemens nouvelle disposition, qui se répand de jour en jour en métallurgie, en raison de sa construction économique.
- Les rendements calculés dans les deux cas précités sont respectivement de 84 pour 100 et 94,4 pour 100 à 1000° et de 90 pour 100 à i5oo*. Ces chiffres sont très satisfaisants, mais ils sont tout théoriques, car la question de conservation des grilles de gazogènes a jusqu’ici empêché une application complète de l'alimentation par les fumées.
- Le four Siemens nouvelle disposition, dont nous avons donné le dessin (il est facile d’en suivre le fonctionnement sur la légende) et dont nous signalons seulement l'heureux agencement au point de vue de la facilité qu'il donne d’alimenter le gazogène à volonté d’air chaud, de fumée, d’air froid ou de vapeur d’eau, est généralement conduit suivant une marche mixte variable d’une usine à l’autre. C’est donc un four à récupération par l’air secondaire, avec chauffage partiel de l’air primaire, gazéification partielle par les fumées et gazéification par l’eau des kœrting. Son rendement sera donc une résultante
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- des rendements correspondant à ces divers systèmes suivant des coefficients proportionnels à la part de chacun d’eux.
- Et si l’on examine les chiffres résultant de toute la discussion précédente et résumés dans le Tableau suivant, on en peut tirer les deux conclusions pratiques suivantes, à savoir:
- i° Qu’à iooo°, le four Siemens nouvelle disposition est plus économique que les fours à simple récupération, actuellement seuls usités pour ces basses températures;
- Qu’à i5oo°, ce système, plus avantageux que l’ancien four Siemens à gaz à l’air, est probablement encore moins économique qu’un bon four à double récupération avec gaz mixte.
- Le nouveau four est de construction plus économique que les fours à double récupération ; il convient mieux qu’un autre aux appareils de petite dimension ; ce sont des avantages assez appréciables en industrie pour qu’on ne veuille pas en outre lui attribuer, a priori, et pour toutes les températures, une meilleure utilisation de la chaleur que la théorie conteste et que la pratique n’a pas suffisamment démontrée.
- III. — Résumé et conclusions de la théorie.
- Classement des fours.
- Nous avons résumé en un Tableau synoptique toute la discussion précédente.
- Ce Tableau donne la valeur absolue du maximum d’utilisation de chaleur dans les fours, sans tenir compte de l’état actuel de leur réalisation industrielle : beaucoup de systèmes ne sont que partiellement appliqués. Nous en tiendrons compte de façon à établir un classement pratiquement utile.
- A i5oo°, les soûls fours actuellement employés sont les suivants, dans leur ordre de classement :
- i* Four Siemens à gaz mixte, sans siphon cl avec double récupération par l’air secondaire et le gaz;
- Four Siemens nouvelle disposition à retour de fumées;
- 3° Four Siemens à double récupération avec gaz à l'air;
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- IKnililu rtVn- j air secondaire.
- persil i<»n | sir air priiiininr.
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- Douille nVn- air scrondnirc
- pétrel ion par air priinnirc.
- Trlplo air sis'omliiiiv.
- m‘ii)xinition K"*.
- |sir air primaire.
- Simple, riVii|s'ralinii pur Pair
- secondaire.
- 1 Huililc ITCll- air «conduire.
- pérntinn par Kax.
- Double réen- air soconduire.
- lierai ion | c. r air primaire.
- Triple air secondaire
- récupération fri/-
- 1 «Ir primaire.
- ai- plica rioxs industrielles.
- Knura h |Nul<llct‘, Coure ilo verrerie oi oiJni-
- lllil|UO.
- l''iMire «In verrerie il IlilHnill.
- I,'**nrs Mo ri i n-Sfenn »i is, oli'.. |*mr t.ii'li.lliin'ii» fl vom •rie.
- I*'i»iii’j« «lu verrerie
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- 4- Four à simple récupération à gaz mixte;
- ;V Four à simple récupération à gaz à Pair;
- 6° Four à chauffage direct.
- On pourrait gagner encore une quantité de chaleur importante sur le meilleur de ces Tours en chauffant l’air primaire et en appliquant la triple récupération. Ce progrès qui réaliserait une nouvelle économie de 10 pour 100 ne serait pas d'une grande difficulté, car il suffirait de porter à 8004 Pair d’alimentation du gazogène et la vapeur d'eau qui y est mélangée. On arriverait ainsi à une utilisation très parfaite des calories et à une solution du problème qu'on pourrait considérer comme définitive.
- A 1000°, si on laisse de côté le four Siemens à double récupération peu employé pour ces températures, le classement est le suivant :
- 10 Four Siemens nouvelle disposition avec double récupération pour chauffage de Pair primaire ou par retour des fumées;
- r>.° Four à simple récupération avec gaz à Peau;
- 3“ Four à simple récupération avec gaz à Pair ( peu inférieur au précédent);
- 4° Four à chauffage direct.
- Le meilleur appareil serait donc le four Siemens nouvelle disposition, mais l’utilisation de la chaleur est loin d’y atteindre encore la perfection et il reste beaucoup à gagner par l’emploi de gazogènes à haute température.
- En résumé, s’il a été beaucoup fait dans le sens de la meilleure utilisation du combustible, la solution du problème du chauffage n’a pas encore atteint la perfection, pas plus à iooo* qu'à i5oo°: c’est un premier enseignement à déduire de notre théorie.
- Un autre enseignement se dégage plus nettement encore de l’étude des fours à 1000°, c’est l’avantage que procure la récupération par rapport aux fours à chauffage direct. Or, beaucoup d’industries faisant usage de ces températures n’ont pas encore transformé leur outillage et modifié leurs fours. C'est
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- de ce côté que l'effort le plus sérieux devrait être tenté, car l’industrie moderne ne doit plus négliger des économies se chiffrant par io ou i > pour 100 de combustible.
- Si intéressants que puissent être les résultats de la théorie de la récupération, si indiscutables que soient les chiffres qui nous y ont conduit, les conclusions qui précèdent ne peuvent avoir de réelle portée industrielle que si nous établissons que les conditions pratiques de marche des fours nécessairement différentes de celles d'une marche théorique ne peuvent pas altérer l’ordre de classement.
- Toute théorie d'un phénomène pratique complexe implique des hypothèses destinées à éliminer des calculs un certain nombre de variables; notre théorie n'a pas échappé à cette loi. Aussi, pour lui conserver toute sa valeur pratique, est-il nécessaire de reprendre les hypothèses implicitement contenues dans nos raisonnements et de montrer que les conditions de la pratique qui s’en écartent, bien que modifiant la valeur absolue de tous les chiffres, ne peuvent altérer le classement.
- Nous avons supposé d'abord que tout le combustible pouvait être transformé en oxyde de carbone dans les gazogènes, sans formation d'acide carbonique.
- En réalité, les f seulement du carbone des combustibles employés sont en général transformés en oxyde de carbone, le reste donne de l’acidc carbonique. Il résulte de là que les fours marchent pratiquement pour \ comme fours à chauffage direct, et pour ^ comme fours à récupération.
- Ils ^équivalent tous dans la première fonction; dans la seconde, leurs rendements ne sont autres que ceux calculés théoriquement, multipliés par i.
- L'ordre de classement n’est pas changé.
- Nous avons fait abstraction du refroidissementdes gazogènes. Or le rayonnement des gazogènes peut atteindre 8 et 10 pour «oo; mais pour un même mode de gazéification, et si les gazogènes fonctionnent de même, cette perte de chaleur sera une constante qui ne changera pas le classement; et, si I on passe du gaz à l'air au gaz à l’eau, le refroidissement sera moindre
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- dans lo dernier cas que dans le premier : ce sera un avantage à ajouter aux autres, ou profil du gaz à l’eau. Cet avantage ne fera qu'accroître les différences indiquées par la théorie, dans le même sens que la récupération, et accentuer le classement.
- Il reste les deux hypothèses les plus importantes et les plus en contradiction avec la pratique : celle relative au rayonnement des chambres de récupération et celle qui suppose complet l'échange de calories entre les gaz froids et les fumées chaudes. L’expérience nous a montré que le refroidissement des chambres peut atteindre ?.o pour 100 et que l’écart de température entre les gaz brûlés et les gaz combustibles peut être de 3oo# pour une température de régime à ijoo0, chiffres qui sont loin d’être négligeables et qu’il importe de discuter.
- Pour en apprécier l’influence sur les rendements, remarquons que ces deux causes d’erreurs sont l’une et l’autre liées à l’existence de l’appareil de récupération, et si nous montrons qu’elles sont, en outre, fonctions proportionnelles de la récupération même, c'est-à-dire de la chaleur reprise aux fumées dans le récupérateur, nous aurons, par là, prouvé qu’elles agissent sur les rendements proportionnellement à ces rendements mêmes et qu’elles ne peuvent modifier le classement.
- Or les volumes ou plutôt les surfaces utiîes des chambres de récupération doivent être calculées en raison des échanges de calories qui doivent s’y produire, d'après les chaleurs spécifiques des briques du récupérateur; ces chambres seront donc d'autant plus grandes et donneront lieu n un rayonnement d’autant plus considérable que la récupération sera plus parfaite. Il y a, par suite, dans une certaine mesure, proportionnalité entre les pertes par refroidissement des chambres et la chaleur récupérée.
- L’écart entre les gaz et les fumées, que l’on peut appeler le déchet à la récupération, aura la môme influence proportionnelle. Ce déchet ne se produit, en effet, que sur les gaz qui prennent part à la récupération ; ii entraînera une perte de calories d’autant plus grande que ia masse de gai passant dans le récupérateur sera plus considérable, que le rendement sera plus élevé.
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- Celte proportionnalité serait rigoureusement vraie si la récupération ne portait que sur l’air- Dans les récupérateurs à gaz, où le corps récupérant est à température élevée, le rayonnement et le déchet à la récupération auront une importance plus grande; mais ici encore les différences croîtront avec la température initiale du gaz; le gaz à l'eau sera plus avantageux que tout autre système, ce qui ne fait qu'accentuer notre classement.
- Il resterait encore à apprécier l’influence de la nature du combustible sur le rendement. Xous avons admis que ce combustible était du carbone: ceci, en vérité, n’est pas une hypothèse, car bien des fours fonctionnent avec du coke. Il est clair que l’on pourrait refaire tous les calculs de rendement en prenant pour combustible l'hydrogène et le formène; mais ces corps existent en si faible proportion, par rapport au carbone, dans les houilles, que les calculs ne présentent pas d’intérêt. Il nous sufllra de constater ici que l'existence de ces corps, qui enrichissent singulièrement les combustibles, agira en sens inverse de la combustion anticipée dans le gazogène, en comre-balanccra l'effet et, par suite, pourra rapprocher le classement réel du classement théorique sans jamais, en tous cas, en intervertir l'ordre.
- Il nous est permis, après cette discussion, d’affirmer que le classement des fours, basé sur leur rendement calculé, est bien d’accord avec la réalité industrielle et pourra servir de guide sûr dans les études et constructions de fours. Sans doute, la pratique industrielle pourra fournir quelques exceptions apparentes à ces lois; sans doute, un mauvais four à double récupération pourra consommer plus de combustible pour une opération donnée qu'un bon four à simple récupération, mais il est impossible et il n’est pas légitime d’en déduire aucune conclusion concernant la supériorité du second système sur le premier.
- Nous croyons donc pouvoir conclure :
- t° En affirmant de nouveau la valeur pratique du tableau des rendements, sous réserve de? interprétations que nous lui avons données;
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- Eiï signalant une fois de plus les deux résultats qui nous semblent le plus intéressants : — la supériorité actuelle des fours à double récupération à ga2 mixte dans le cas de chaut fage à température élevée; — l'intérêt que présente le perfectionnement des gazogènes à haute température, et peut-être aussi à haute pression, à vent forcé, qui seuls permettront, quel quesoitd'ailleurs le mode de gazéification.dobteniravec un récupérateur plus simple des rendements supérieurs aux rendements actuels.
- La première de ces indications concerne l’état actuel de l’industrie; la seconde est une indication d’avenir qui pourra peut-être diriger le progrès, qui montre en tout cas que, bien que la théorie des rendements maxima soit établie de façon définitive et invariable, les rendements industriels sont encore sujets à variation, et que le classement actuel des fours pourra cire modifié dans l’avenir, suivant le progrès incessant de la science du chauffage.
- DEUXIÈME PARTIE.
- CONTROLE PRATIQUE DE LA. MARCIIE DES FOURS.
- DÉTERMINATION DU BILAN CALORIFIQUE-
- Nous avons, dans cette deuxième Partie, à répondre aux deux dernières questions que comporte notre programme et que nous pouvons résumer comme suit :
- i° Comment s’assurer qu’un four donné fonctionne de la façon la plus satisfaisante ’
- 20 Comment et quand faut-il modifier un four et son système de récupération pour en améliorer le rendement?
- La réponse à la première question ne peut résulter que de mesures faites, au four même, sur son gaz. sur ses fumées, sur la température de régime de ses divers organes. La seconde réponse, tout en impliquant la connaissance complète des rendements comparés des fours, d’après la théorie de la récupération, résultera encore d’éludes expérimentales con-
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- duisant au bilan d'utilisation de la chaleur dons le four en question.
- Nous entrons donc ici dans la pratique même de l’industrie, nous sortons du domaine des laboratoires sciemiliques pour pénétrer dans les usines et indiquer aux ingénieurs les méthodes dont iis pourront faire usage.
- Les études empiriques sur les fours ont malheureusement étéjusqu'ici fort peu en honneur, au point que les données complètes sur les fours soient aussi rares — et cela est peu explicable — que sont nombreuses et précises les mesures sur les chaudières et les moteurs à vapeur. Aussi n’est-il pas inutile, avant de présenter les méthodes applicables à ces études, de combattre deux préjugés encore trop répandus, véritables obstacles au progrès du chauffage industriel.
- Le contrôle scientifique des fours et la recherche de leurs bilans passent pour être difficiles et pour ne présenter qu’un intérêt médiocre. Je voudrais vous montrer qu’ils ont un intérêt de premier ordre et qu’ils sont très simples.
- Est-il vrai de dire que rien ne vaut l’art lentement acquis d’un contremaître pour bien conduire les fours, et que le meilleur parti serait de s’en remettre à son jugement? Je ne le crois pas. Si celte opinion est défendable dans le cas des anciens fours à grille, elle ne l’est plus avec la complexité des appareils actuels.
- L’expérience d’un maître fondeur peut être mise en défaut, et il arrive alors que par un diagnostic inexact il aggrave un mal passager au lieu de le corriger. J’ai vu, par exemple, tel four refroidi au point de compromettre une fabrication, par le fait d’une trop grande admission d’air dans lequel l’aspect de la Oamme était le même avec ce grand excès d’air, mais avec un mauvais tirage, que quelques jours avant dans des conditions inverses. Le fondeur s’y était complètement trompé, jusqu’à ce qu’un dosage d’air eût remis les choses au point. D’ailleurs, le maître fondeur le plus habile peut être sujet à une négligence, et n’est-il pas utile qu’un ingénieur chargé de fabrication puisse s'en apercevoir et supplée par ses moyens de contrôle à cette expérience qu’il n'aura jamais aussi grande que le contremaître qu’il doit surveiller?
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- Et quand on voudra modifier un four lors de ses reconstructions périodiques, combien plus utiles encore seront les données fournies par son bilan, précisant le maximum d’économie à réaliser!
- Il semble donc que si les études de celte sorte sont rares, cela ne résulte que de préoccupations supérieures à celle de l’économie de combustible éloignant ('attention des industriels; mais leur utilité n’est pas contestable.
- Quant à la difficulté de tels essais, vous en jugerez vous-mêmes.
- I. — Description de l’outillage de contrôle et d’étude des fours.
- J’ai mis devant vos yeux l'outillage suffisant ou contrôle des fours, et vous voyez qu’il est des plus simples (Jig. 6).
- Avant de vous en indiquer l’usage, permetlez-moi de vous dire que je ne prétends pas défendre contre toute critique une méthode et des appareils dont je ne suis d'ailleurs pas l’inventeur; mais ce que je crois pouvoir affirmer, c’est qu’il n’existe pas d’outillage plus simple, plus industriel; c’est, d'autre part, que cet outillage m’a rendu de grands services dans l’industrie.
- Les instruments de mesures expérimentales concernant les fours peuvent être rangés en deux groupes : d’un côté, les appareils d’usage tellement facile qu’ils peuvent et doivent être employés à des vérifications fréquentes, quotidiennes même — la burette Bünie, le pyromètre Le Chaielier — ce sont ces appareils qui donneront le contrôle de la bonne marche des fours; d’autre part, ceux qui exigeant plus de temps et d’habileté ne seront employés que dans dos cas exceptionnels, ou périodiquement pour étudier le rendement et le bilan d’un four — la bombe calorimétrique, la grille à analyses organiques, l'appareil à dosage de l’eau dans les gaz. Peudiomètre de Kiban. — E\aminons-les successivement.
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- I® OUTILLAGE
- RVriLLANCE RÉGULIÈRE
- QUOTIDIENS
- Mesure des températures. Pyromètre Le Chatelter. — L’appareil se prêtant le mieux à In mesure des températures en tous les points d’un four est le pyromètre thermo-électrique Le Chatelier.
- Cet appareil, aujourd'hui trop usité et connu pour qu’il soit nécessaire de le décrire en détails, se compose de deux fils de platine et platine rhodié soudés ou simplement réunis en torsade à une extrémité et fortement serrés avec une pince plate pour former couple. Le courant électrique provoqué par la différence de température entre la soudure chauffée et l’autre extrémité du couple est reçu dans un galvanomètre.
- Le modèle le plus récent de M. Carpentier est un galvanomètre apériodique, à suspension en spirale, à microscope, très portatif et d’un réglage facile.
- Pour les mesures de température dans les fours à une certaine distance des portes, il est commode de placer les deux fils isolés l'un de l’autre par des tuyaux de pipe ou des cylindres d’argile dans un tube de fer de la longueur du couple, et pouvant atteindre 3m et plus; on arrive ainsi à plonger la soudure du couple à 2"',5o au moins, à l’intérieur du four, ce qui suffît presque toujours pour mesurer la température de régime.
- Le pyromèlre Le Chatelier ne présente à l’emploi aucune difficulté sérieuse; j’ai pu sans inconvénient le mettre entre les mains de contremaîtres dont j’exigeais des mesures quotidiennes.
- Au point de vue de la surveillance des fours, le pyromètre servira non seulement à constater la régularité de température dans le laboratoire du four, mais plus encore dans les chambres de récupération. Tout refroidissement du four correspond presque toujours à un abaissement important de la température de régime des chambres, et s’annonce ainsi assez à I avance pour que l’on puisse y porter remède.
- Pour le bilan calorifique, la température étant un élément
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- K. DASItUR.
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- nécessaire au calcul de la chaleur sensible devra être mesurée en tous les points où la quantité de chaleur esta déterminer.
- Analyses rapides de gaz. Burette B tinte. — Les analyses de gaz rapides sont celles qui portent sur les éléments absor-
- Outillage iudusli'M-l des analyse? de ÿaz.
- bablcs par des réactifs chimiques : acide carbonique, oxyde de carbone, oxygène. On se sert, pour les effectuer, de bu-
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- relies d'obsorpiion dont la plus commode est la bureue de Bûme (B,fig. 6).
- Cei appareil se compose d’un gros lube de verre gradué d’environ o“,5o de long- terminé à sa partie inférieure par un robinet et un tube plus fin, sur lequel on peut adapter un caoutchouc. La partie supérieure s’effile aussi et présente un robinet spécial {Jig. ;) et au-dessus un petit entonnoir.
- Ce robinet supérieur est percé de deux conduits : l’un, a, qui le traverse de part en part et lui permet de fonctionner
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- comme robinet ordinaire; l’autre, b, qui se recourbe à angle droit dans l’axe du robinet et sort par un tube sur lequel on peut adapter un caoutchouc.
- Le tube mesureur est entouré d’un tube plus large fermé par deux bouchons et contenant de l’eau, afin d’assurer l'invariabilité de la température. Le tout est fixé verticalement à un pied par une pince.
- Plus simple et plus économique qu’aucun autre appareil similaire, la burette de Büntc a l’avantage de n’exiger aucun caoutchouc à demeure, et, entièrement en verre, d’être toujours prêle à servir. Elle se prête très commodément aux prises d’essai sur place et aux transvasements de gaz; elle permet de faire les lectures dans les mêmes conditions de température, de pression et de tension de vapeur; enfin, elle est très rapide, car les différents réactifs y sont introduits suc-
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- cessivemcnt, chacun d'eux s écoulant par le robinet inférieur, sans mélange avec le nouveau liquide versé par le robinet supérieur.
- On commence par remplir plusieurs fois d'eau salée le tube mesureur et l'entonnoir afin de chasser complètement l’air. Pour cela on a fixé un tube de caoutchouc au bec du robinet inférieur et ce tube communique d’autre part avec un large entonnoir rempli d'eau salée qu'on élève après avoir ouvert les deux robinets, le supérieur mettant en communication le tube mesureur et le petit entonnoir supérieur.
- Le tube une fois bien purgé d'air et rempli d'eau salée, on ferme le robinet inférieur et, après avoir adapté à l’autre un tube de caoutchouc, on le tourne, mettant b en communication avec le petit entonnoir, de façon à remplir ce tube d'eau salée, puis on adapte à ce dernier la poire en caoutchouc contenant le mélange à analyser.
- On tourne le robinet supérieur de 180° : il débouche alors dans le tube mesureur; on ouvre le robinet inférieur et l’on abaisse le grand entonnoir : on aspire de cette façon un volume déterminé du mélange gazeux.
- On ramène ce volume à une pression déterminée très voisine de la pression atmosphérique, après avoir enlevé les deux tubes de caoutchouc, en ouvrant doucement le robinet inférieur et faisant écouler dans le tube mesureur l’eau contenue dans le petit entonnoir, jusqu'à ce qu’elle atteigne dans celui-ci un niveau bien déterminé marqué par un trait de repère.
- On laisse un instant en repos et l'on note le volume du gaz.
- On commence par absorber CO1 par la potasse, on verse le réactif dans l’entonnoir supérieur et ou le fait couler en nappe le long des parois du tube mesureur en produisant un appel par l'ouverture du robinet inférieur.
- Lorsque l'absorption est jugée complète, on remplace la potasse par de l’eau salée, toujours en opérant de la même façon, on ramène à la pression initiale, on noie le volume nouveau.
- On absorbe ensuite successivement, toujours de même, O par l’acide pyrogallique et la potasse, ci CO par le chlorure
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- cuivreux. Celle dernière absorption se fait plus lentement, on doit agiier le lube doucement pendant quelques minutes. Toutes les mesures de volume sont faites dans les mêmes conditions de température et de pression : il n’y a donc aucune correction à faire et l'on obtient immédiatement le tant pour ioo des éléments absorbés par une règle de trois.
- On peut donc, au moyen de la burette, doser dans le gazogène le rapport qui donne une indication suffisante sur la valeur du gaz et dans la cheminée le rapport ou qui permet d’apprccier comment la combustion a été conduite, oxydante, réductrice ou neutre.
- Ces deux mesures suffisent presque toujours pour exercer la surveillance de la marche du four, et, comme elles ne demandent pas plus d’une demi-heure, elles peuvent et doivent être effectuées très fréquemment. Les services qu’on peut en attendre sont considérables.
- a* OITILl.VliE DF. CONTROLE EXCEPTIONNEL 01 PEU FRÉQUENT
- Parmi les moyens de contrôle périodique des fours, lé plus important est l’analyse complète des gaz, qui non seulement est nécessaire à rétablissement du bilan, mais pourra souvent servir à la surveillance des gazogènes dans le cas du gaz mixte.
- Cette analyse comporte deux opérations : l’une donnant l’hydrogène et les hydrocarbures, l’autre la vapeur d’eau.
- Pour doser les deux premiers gaz, servons-nous d’abord de la burette Bunte et reprenons l’analyse ou point où nous l’avons laissée.
- Le résidu gazeux contenant Az, ü, CIP (on peut dans le gaz de gazogène assimiler tous les hydrocarbures au formène) est additionné dans la burette même d’une quantité d’oxygène suffisant à la combustion complète, déterminée par la connaissance approximative de la composition de ce résidu. On mélange en agitant assez vivement le tube.
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- On fuît passer une portion du résidu oxygéné dans un eudiomèlre de Bunsen placé sur la cuve à mercure. Ou noie la pression en mesurant avec un double décimètre la hauteur de la colonne de mercure dans l'eudiomètre et le volume d'après la graduation de ce dernier. On le bouche avec un bouchon échancré qu’on appuie sur le fond de la cuve pour éviter les projections, et l’on fait passer l’éiincclle.
- On attend ensuite un certain temps que la température des gaz soit redevenue la température ambiante, on lit la diminution de volume et la nouvelle pression et l'on calcule la contraction rapportée aux conditions initiales.
- Enfin on absorbe par un petit fragment de potasse introduit dans l'eudiomètre CO- formé. On note de nouveau volume et pression et l’on calcule la contraction, tous les volumes gazeux ramenés à of* et 760.
- Celte seconde contraction donne immédiatement le formène puisque Cil1 et CO* ont le même volume. Quant à la première contraction, elle représente la condensation de l'oxygène servant à la combustion de II'* et de C empruntés au formène et la condensation de l'eau provenant de la combustion de l'hydrogène libre,
- Contraction = 2CIP -t- ï H*,
- ce qui permet de calculer le volume d'hydrogène libre.
- Toutes ces opérations ne demandent pas plus de trois quarts d’heure à une heure en tenant compte du temps nécessaire au refroidissement.
- Il est à peine besoin de parler, tant sa simplicité est grande, du dispositif à employer pour doser la vapeur d'eau contenue dans les gaz.
- Un vase de Mariotte aspire ceux-ci, par une dépression de valeur constante, au moyen dfun tube débouchant à l’endroit convenable du four, et leur fait traverser deux tubes desséchants, l’un h ponce sulfurique, l'autre à acide sulfurique concentré, et une grande éprouvette remplie de ponce sulfurique qui doit arrêter l'humidité venant de l’aspirateur.
- On pèse après l’expérience le poids d'eau écoulé, ce qui
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- donne le volume île gaz aspiré. On pèse également avant ei après les deux tubes absorbante ensemble, leur augmentation de poids donne le poids de l'eau en vapeur contenue dans le volume considéré.
- La dernière des mesures expérimentales nécessaires à la critique des fours est l'analyse complète de la houille au double point de vue de sa composition chimique élémentaire et de son pouvoir calorifique. La première de ces déterminations se fera par la méthode d’analyse organique, la seconde par la bombe calorimétrique. L’une et l'autre sont des opérations de laboratoire exigeant du temps et des soins spéciaux et qu’un chimiste d’usine ne trouvera pas toujours le temps de faire; mais elles peuvent s'effectuer en dehors des usines, dans les laboratoires centraux, et il serait même fort désirable que de tels essais sur les combustibles, donnant seuls leur exacte valeur industrielle, fussent plus dans les usages.
- La description complète des méthodes à suivre a été donnée parM. Mahler dans un travail devenu classique : je n’v insisterai pas.
- Tel est l’outillage complet du chimiste ingénieur charge de surveiller ou de reconstruire un four : cherchons maintenant à en justifier l’emploi.
- II. — Méthode de surveillance d'un four en marche.
- Le premier point à surveiller dans un four à gaz est la composition des produits de combustion : s’il y a excès d’air, la température de combustion s’abaisse d’un nombre de degrés qui peut atteindre > x>: à ioo\ le four chauffe moins, et, malgré la récupération, l’utilisation de la chaleur est défectueuse; s’il y a insuffisance d'air, c’est-à-dire atmosphère réductrice, l’inconvénient est moindre au point de vue calorifique,mais il faut compter cependant une perte de chaleur latente correspondant à l’oxyde de carbone non brûlé.
- La marche idéale est donc l’atmosphère neutre ne contenant qu’acide carbonique, eau et azote; cette allure est possible — malgré quelques affirmations contraires d’après les-
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- quelle? un excès d’air serai! loujours nécessaire — cl c’est celle à laquelle on devra se tenir.
- il suffit pour cela de doser dans les fumées l'oxygène et l’acide carbonique sans se préoccuper de la vapeur d’eau, c'est-à-dire de procéder à quelques essais à la burette Hun le, dont chacun ne demande qu’un quart d’heure, et de régler les valves d’admission de gaz"et d’air en conséquence.
- Le second point à surveiller — et, si l’on veut, le second remède à appliquer en cas de mauvaise marche — est la composition du gaz. II importe que le gaz de gazogène soit aussi riche que possible en oxyde de carbone et hydrogène et contienne le moins possible d’acide carbonique et d’eau : toute combustion anticipée dans le gazogène est, en effet, une source de perte de chaleur et abaisse la température de combustion dans le four.
- Pour contrôler le gazogène, il suffit encore d’un essai à la CO
- burette donnant le rapport sans tenir compte de la vapeur d’eau et de l’hydrogène dont l’état d’équilibre doit être fonction du rapport précédent.
- Remorquons que ce dosage a le grand avantage d’exercer une surveillance sur les ouvriers gaziers dont le rôle est si important pour la marche régulière des fours à gaz.
- Parfois, l’analyse incomplète des gaz sera insuffisante: lorsque, par exemple, la qualité de la houille change et donne heaucoup moins d'hydrocarbures, on peut constater un refroidissement du four sans qu’il y ait rien de défectueux ni dans la composition des fumées ni dans la conduite du gazogène: dons ce cas, il faudra doser l’hydrogène et le iormène par analyse cudiométrique. Mais cette analyse complète, qui n’exige, on le sait, pas plus d’une heure et demie, ne sera nécessaire que de temps en temps.
- Le troisième point important â surveiller est la température des chambres de récupération dont la régularité est indispensable. Cette donnée est plus utile même que la connaissance de la température du four, car elle permet souvent de prévoir les refroidissements, tandis que le degré de chaleur du four ne peut que se constater, trop tard pour porter remède à
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- un changement d'allure. Ce contrôle, qui peut se faire par le pyromètre électrique, niais qu'on obtient aussi par l'un des pyromètres optiques (lunette Le Chatelier ou lunette Mesuré et Nouel), est d’autant plus intéressant qu’il n’est souvent pas diflicile de réchauffer les chambres de récupération et que l’on pourra par là agir sur le gazogène meme et remettre un four en bonne allure avant que la fabrication ait souffert.
- D’autres points peuvent encore utilement faire l’objet d’un contrôle précis : la température des gazogènes, celle de la base de la cheminée, la composition des fumées à la base de la cheminée qui permettra de constater s’il y a des rentrées d’air, sont utiles à connaître. Chaque ingénieur se rendra bien compte du plus ou moins grand intérêt de ces déterminations et je crois inutile d’y insister. Permettez-moi seulement de vous citer un exemple du service rendu par le contrôle chimique à une industrie dont j’ai eu à m’occuper.
- Un grand four Siemens consommant en moyenne i\ tonnes de houille par vingt-quatre heures était arrivé, sans cause apparente, après reconstruction, à consommer 16 tonnes, et toutes les investigations avaient été vaines, les tentatives infructueuses, pour déterminer la cause de cette augmentation et la faire cesser. On eut l’idée de faire des prises de gaz dans les carneaux, et l’on constata que d’un côté du four on avait excès d’oxygène et de l’autre excès d’acide carbonique; le tirage était inégal. On diminua aussitôt la section delà lunette où l’on avait constaté un excès d’air et, deux jours après, la consommation du tour avait diminué d’une tonne et demie, correspondant à une économie de 2of' par jour.
- Cet exemple d’allure défectueuse, tenant moins à la conduite du four qu’à un vice de construction, nous ramène à la dernière question, et à l'étude du biian calorifique des fours.
- III. — Critique raisonnée d’un îour par le calcul de son bilan calorifique.
- i
- Pour s’assurer qu’un four donné, bien conduit, est également bien construit, de façon à utiliser au mieux la chaleur dispo-
- Série, t. I -
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- nïble, ia seule méthode précise consiste à étudier la répartition des calories, leur utilisation ou leur perte dans les différents organes du four, et de comparer les résultats à ceux que peut donner un four analogue effectuant une meme opération industrielle. Il faut, en un mot, faire le bilan de son four et le comparer à des bilans analogues.
- Ce bilan se fera exactement de la même manière que l’élude théorique qui nous a donné le classement général de tous les fours à récupération. Le point de départ sera ia connaissance exacte de la puissance calorifique disponible à laquelle on devra rapporter toutes les chaleurs perdues ou utilisées dans les différentes parties du four; quant à ces chaleurs elles-mêmes, on les calculera par les chaleurs d’échauffement, si l’on connaît la composition chimique des gaz et leurs températures aux points de séparation des différents organes des fours.
- Pour dresser le bilan d’utilisation de la chaleur dans le four, il faut déterminer :
- i° La chaleur utilisée, c’est-à-dire consommée dans le laboratoire ;
- z® La chaleur perdue par les fumées;
- 3° La chaleur perdue dans les gazogènes par conductibilité ou rayonnement;
- 4° La chaleur perdue par le rayonnement des chambres de récupération.
- La somme de ces quatre quantités de chaleur, lorsque l’on donne aux divers organes des fours des limites précises comprenant tout le four depuis ia grille jusqu’à ia cheminée, doit évidemment être égale à la chaleur totale disponible, c’est-à-dire produite par la combustion de la houille. IÎ s’ensuit que l’une d’elles pourra être déterminée par différence, pourvu que les autres soient mesurées d'une façon précise.
- Les données expérimentales nécessaires à l’étude du rendement et des pertes de chaleur dans un fou? sont les sui-
- Composition du combustible; analyse organique et pouvoir calorifique de la houille; escarbilles.
- Ces déterminations seront faites sur des prises d’essai très
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- UTILISATION «li LA CÜAl-KL'L «ANS LES r'OVXS. yj>
- soignées et effectuées par l'appareil à analyse organique et la
- bombe Mahler.
- 2° Analyse de gaz. — Les deux analyses à faire sont celle du gaz de gazogènes et celle des fumées.
- L'une et Pâture doivent Cire faites sur des prises d'essai suffisamment prolongées pour bien donner la composition moyenne. Pour les fumées, en recueillera le gaz pendant deux périodes d'inversion, c’est-à-dirc entre deux étais identiques du four : si les inversions se font toutes les heures, la prise de fumées et le dosage de l'eau se feront en deux heures. Pour le gaz, on se basera sur le chargement des gazogènes : 'a composition du gaz varie en effet au moment des charges, qui amènent un abondant dégagement d’hydrocarbures ; on devra donc faire la prise d'essai et le dosage de l’eau pendant un cycle complet de chargement des gazogènes, en ayant soin de placer le tube de prise d'essai sur le collecteur commun à tous les gazogènes et non sur l’un de ces appareils.
- 3° Mesure des températures. — Les points où il est utile de prendre la température sont les suivants :
- i° A la sortie du gazogène, c’est-à-dire à la valve d'inversion ou à la cloche. La température y est très constante, et une seule mesure suffira;
- a° A l'enirce dans le four, dans les lunettes d’arrivée de Pair et du gaz. En ces points, la température peut changer au cours d'une période d’inversion; elle peut même, accidentellement, différer d une lunette à une autre : il sera donc utile de prendre plusieurs mesures espacées de quart d’heure en quart d'heure pour avoir la température moyenne:
- 3° Dans le four. — Une seule mesure est suffisante, s'il s'agit d’uti four à travail continu, caria température de régime y est invariable;
- 4° A la cheminée. — La cheminée commençant aux deux valves d’inversion de i’air et du gaz, c'est en ces points que la température est prise; elle devra l’être dans les deux carneaux sortant des deux chambres, et plusieurs fois pendant l’intervalle entre deux inversions.
- On voit par cette énumération que s; les mesures expérimentales nécessaires au bilan d’un four sont plus délicates
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- que celles qui suffisent à sa surveillance: elles ne son!cependant ni longues ni difficiles.
- Quanl aux calculs, ils sont en tous points semblables à ceux que nous avons déjà suivis dans la théorie de la récupération, plus compliqués sans doute à cause de la composition complexe des gaz, mais sans difficulté sérieuse. Je ne Ses suivrai pas dans tout leur développement; ceux d’entre vous qu’ils intéresseraient les trouveront dans les articles ei livres déjà cités, il me suffira de donner ici le résultat d'un semblable bilan, portant sur un four Siemens à double récupération à gaz mixte*
- TABLEAU DU BILAN D'CX FO U h SIEMENS A DOUBLE ttéCUPoIUTIOX
- Chaleur perdue dans le fwzoffùne ! ii,5
- Chaleur utilisée 54
- Chaleur perdue par les fumées i i n.®
- Chaleur perdue par refroidissement des chambres de récu-|
- pératlon (par différence; | ! «s»:
- Total 1 r
- Ce bilan est fort instructif : l’ulilisation de la chaleur n’y est pas mauvaise puisqu'elle dépasse la moitié des calories disponibles, mais combien grande est ia perte par les fumées et plus encore par le rayonnement du gazogène et des chambres de récupération! El cependant, nous avons ici affaire à l’un des derniers types de Siemens, au four de verrerie qui, à ma connaissance, a produit le plus de verre fondu par tonne de bouille brûlée.
- Ceci laisse à penser combien défectueux doivent être les rendements dans beaucoup d'usines qui croient avoir tout f.ii! en npliquam le chauffage au gaz; combien d'économies restent à réaliser!
- J’espère, Messieurs, par ce seul exemple, en répondant à la dernière question que je m'étais posée, avoir en même temps prouvé I utilité des bilans de fours et contribué à généraliser les «Indes expérimentales, trop rares aujourd’hui et qui cepen-
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- daut pourraient conduire au progrès mieux qu'aucune autre méthode.
- Le problème de l'utilisation de la chaleur paraît trop exploré de nos jours pour laisser place à beaucoup de découvertes renouvelant Sa science du chauffage; il paraît en tout cas nécessaire d'accueillir avec prudence les systèmes nouveaux; mais les appareils actuels sont souvent mal installés et mal conduits; il reste beaucoup à faire pour en tirer le meilleur parti possible : c'est de ce côté que le plus grand progrès reste à faire, et ce sont les études expérimentales qui seules en donneront la clef.
- TROISIÈME PARTIE.
- ET J)AN5 LES LABORATOIRES.
- L'élude de rulilisotion de la chaleur dans les fours ne serait pas complète si nous ne consacrions un Chapitre spécial à la petite industrie si développée à Paris, si avide de progrès et féconde en initiatives, aussi intéressante à cci égard que la grande industrie, peut-être même beaucoup plus intéressante, parce qu'on s'en est moins occupé et qu’il y reste plus à faire.
- Tout est à faire, en vérité, dans la petite industrie, dans c es ateliers en chambre qui donnent souvent naissance aux plus belles productions des arts du feu; les méthodes de cuisson sont restées les mêmes qu’au temps des Limosin ei des Péni-caud. On peut dire que les fours à gaz y sont inconnus.
- Les laboratoires eux-mêmes, qu’on peut rapprocher de ta petite industrie et dont un des rôles est d'étudier en petit les réactions industrielles, sont très mal outillés au point de vue de l'obtention des hautes températures et de l'économie : la dépense de gaz y est souvent considérée comme un mal nécessaire; quant à l'obtention dos température? supérieures à 1000* ou uio4dans les enceintes un peu grandes (o”\ >0 ào Mo), elle est à peu près lrréalisée. Les foms Forquignon et Leclerc, le chalumeau $chl<c«inp. la lampe Deville permettent bien de
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- chauffe; de petits creusets à des températures supérieures à 1200". mais ils exigent une soufflerie. Le four Bigot, modification du four $cger,o pu de même fondre le paliadium, mais il ne chauffe que des creusets.
- On en est donc réduit, pour beaucoup d'opérations de voie sèche, à recourir soit aux anciens fours à cuve chauffés au charbon de cornue, soit aux moufles à coke.
- Il \ a donc dans le domaine des petits fours un problème à résoudre, dont je voudrais vous exposer les éléments et les solutions tentées jusqu'ici.
- I. — Problème des petits fours à gaz. Intérêt de la question.
- Difficultés de la solution.
- Le problème n'est pas tout à fait le même que dans l'industrie, car le combustible est le gaz d’éclairage.
- C'est à la fois un combustible très cher, mais de première qualité; c'est aussi un gaz où le carbone est déjà gazéifié, ce qui revient à dire qu'il n‘y a plus d’air primaire. Ces diverses propriétés rendent le problème plus intéressant cl plus facile à certains égards.
- Lorsqu'on calcule, au moyen des chaleurs d'éehaufl'ement et de la composition chimique, la température de combustion du gaz d'émission de la Ville de Paris, on trouve que, si l'air de combustion est froid, on obtient seulement 1900”, soit une température inférieure de plus de roo* à celle de la combustion du carbone — ceci explique l’infériorité des moufles ordinaires chauffés ou gaz par rapport aux moufles à coke. Mais si l’on chauffe l'air de combustion 3600° seulement, ce qui ne présente aucune difficulté, la température s'élève à 2190°, ia balance penche du côté du gaz d'éclairage. En chauffant i air à iooo0, la température de combustion dépasserait ^350’ cl l’on deviendrait tout à fait maître du feu. L’avantage de la récupération est donc évident pour les hautes températures.
- En ce qui concerne l’économie, les avantages ne sont pas moindres; Il est facile de s’en rendre compte, saus entrer le délai! des calculs, en se reportan» an Tableau général
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- r TI L1S \ f IOX DE LA CÜALt'l H DAX 5 LES FOIES. 10Î
- de classement. Nous avons ici à meure en parallèle les rendements des fours à chauffage direct et ceux des fours à récupération par l’air total, c’est-à-dire les termes presque extrêmes du Tableau, correspondant à la moins bonne et à b meilleure utilisation de la chaleur. La récupération bien appliquée, dans des fours protégés contre le rayonnement, fera donc passer le rendement de .{o à 5o pour 100 à $o ou cp pour ioo, et l’on pourra compter sur une économie de près de moitié. C’est à peu près celle que j’ai constatée dans un moufie chauffe à io5o°, c’est-à-dire fondant le cuivre.
- L’économie due à la récupération est donc évidente.
- D'autre part, le problème est plus facile qu’avec un combustible solide : puisque la question du gazogène disparaît et qu’il n’y a plus que deux courants gazeux ; qu'enfin, l’on peut, par «ni seul récupérateur, chauffer l’air total, ce desideratum si difficile à réaliser en industrie.
- Est-ce à dire qu'il n’y ait aucune difficulté dans la réalisation des petits fours à récupération? Loin de là : la preuve en est dans le peu d'avancement de la question; et laissez-moi ajouter que j’ai travaillé deux ans avant d'arriver à cuire la porcelaine dure dans un moufie de laboratoire; mais les difficultés sont d'un autre ordre.
- Pour obtenir une haute température dans une enceinte donnée, il ne suffit pas, en effet, que la température de combustion du gaz soit très élevée, il faut encore que la combustion s’effectue complètement dans l'enceinte à chauffer, ou que la flamme ne soit pas trop longue. La plupart des dispositifs de laboratoire destinés à élever la température se sont inspirés de celle seule idée, et tendent à raccourcir la flamme en donnant a l'un des gaz, l'air, une vitesse très grande; de là les souffleries. Mais lorsqu'on veut se passer du tirage forcé, il faut évidemment recourir à un autre moyen: fi faut, renonçant à raccourcir la flamme, trouver le moyen d utiliser tout son développement, et là est la difficulté lorsqu’il s'agit de très petits fours. Ainsi que nous l’allons voir, ccs fours exigent, en même temps qu’une très bonne cheminée, un dispositif de brûleurs et un mode de circulation des gaz dans le four favorisant la combustion compîôîe.
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- II. — Description des fonrs à gaz de la petite industrie.
- 1! existe actuellement deux fours chauffés au gaz d'éclairage, à récupération; le plus ancien en date est un four a creusets, d'origine allemande, introduit à ta Manufacture de Sèvres par
- Fi?, s.
- Four à récupération de M. Bigot.
- MM. I.autli et ( fis- 8). Il e
- Vogt, et récemment perfectionné per M. Bigot ist construit par M. Lequcux, successeur de
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- UTILISATION* :»Î-: LA CMALEL'tt DANS LES FOURS. lo5
- Cet appareil atteint facilement la température de cuisson de (a porcelaine dure; Ja récupération s'y fait au moyen de deux tuyaux de tôle concentriques, le tube intérieur servant à l’évacuation des fumées, tandis que la couronne extérieure amène l'air. Ce four est d'ailleurs assez connu pour qu'il soit inutile d’y insister.
- Le second appareil est le moufle de récupération que j’ai construit pour mes expériences de colorations de la porce-
- Fig. 9.
- Four à mou île à rxicunùi-atiûû oc .M. Einilio Liamour.
- laine et dont les modèles actuellement construits par M. Adnet
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- me paraissent. convenir (sons parler des laboratoires où le moutie à ïemné:ctt;rc élevée peut rendre de grands services) à la petite industrie et spécialement aux émaiileurs sur métaux [Jig- o) (1 '].
- Dans ce fou?, le dispositif par lequel on a pu surmonter la difficulté nue je signalais tout a l'heure d'une combustion complète dans une enceinte limitée est l'emploi de !a flamme renversée, bien connue des céramistes, et particulièrement commode dans le cas des moufles. La flamme, au lieu de traverser de part en part i'enceinie à chauffer, est envoyée vers le sommet du four par une cloison parallèle à la voûte, puis repliée sur elle-même par cette cloison et dirigée contre la paroi du mou île, puis sous la sole, où se fait l'échappement, (irûcc à ce renversement, deux brûleurs peuvent être placés symétriquement de chaque côté du four, et les deux flammes, se rencontrant au sommet, se répartissent de part et d’autre de façon à envelopper complètement le moufle avant de se rencontrer de nouveau à l'orifice d'échappement.
- L’emploi de flamme renversée avec brûleurs symétriques présente une série d'avantages qu'il est utile de signaler, cl parmi lesquels le plus important est l’égalité de température que l'on a pu constater en explorant tout le moufle par un couple thermo-électrique, et qui est assurée par la disposition symétrique des brûleurs et de tous les organes de distribution par rapport au plan médian du moufle.
- D'autre part, le renversement a son utilité au point de vue même de l'élévation de température, et la cloison joue, à cet égard, i:r. rète: dans une flamme non soufflée, la partie la plus chaude es: au milieu de la flamme et plus près de son extrémité que de ?a naissance; or, grâce au renversement, c’esl celte portion chaude qui est précisément au contact du moufle, tandis que ia portion moins chaude sert d'enveloppe protectrice contre !e rayonnement; la cloison de renversement est c.!>:itè;Rô paroi protectrice contre le rayonnement et dans dos -Ondîuons particulièrement favorables, puisque,
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- UTILISATION DS L.V CHALEUR BAS S LES FOURS. \ù~
- chauffée sur ses deux faces à des températures peu différentes, elle ne laisse passer qu'une quantité de chaleur très faible.
- Enfin comme, dans le chauffage d’un moufle, toute la chaleur se transmet par conductibilité, il est clair que, Si l’on donne à la cloison de renversement une épaisseur plus grande que celle du moufle, ou mieux une conductibilité moindre, la chaleur de la flamme traversera plus facilement la paroi du moufle et aura tendance à se concentrer vers l’intérieur.
- Le moufle à récupération dont j’ai cru pouvoir vous présenter le premier spécimen encore imparfait, mais que l’industrie d’émaillage a déjà éprouvé, a pour but de combler une lacune dans les moyens de chauffage en petit: fusion sur sole, chauffage par réverbère, à température très élevée en atmosphère parfaitement oxydante.
- Si la découverte intéresse les laboratoires, c’est surtout à la petite industrie qu elle s'adresse, et je serais heureux de penser que mes recherches de laboratoire pourraient la doter d’un nouvel instrument de travail plus maniable, plus sur de ses effets pour tous les arts si délicats du feu.
- CONCLUSIONS.
- Permeuez-inoi, en terminant, de vous rappeler les conclusions partielles auxquelles m’ont amené les trois Parties de cette étude.
- La théorie de la récupération nous a démontré qu’il reste encore des économies à réaliser dans l'utilisation du combustible et que l’on peut concevoir des fours plus perfectionnés que les meilleurs appareils actuels.
- L’étude expérimentée des fours nous a montre qu'il resie encore beaucoup plus j faire dans la conduite et la bonne utilisation des appareils actuels.
- Enfin l’examen de la petite Industrie nous a découvert un champ à peine exploré oh Je problème du chauffage ou gaz vient d'être posé.
- De tous côtes, c'est — en dépit des progrès énormes ac-
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- complis depuis quelques années — l’indication de recherches à poursuivre, d'applications à tenter.
- Et si l’on lient compte du fait que ces recherches sur les fours peuvent être maintenant poursuivies avec beaucoup plus de certitude, grâce à l’appui sûr des données scientifiques récentes, il semble qu'une exhortation à de nouvelles éludes, s'adressant à tous, théoriciens et praticiens, industriels et ingénieurs, soit la conclusion naturelle de ces conférences.
- D’ailleurs, Messieurs, lorsqu’un pays a droit au premier rang dans une industrie par les travaux de ses savants — et c’est bien en France le cas du problème du chauffage — son premier devoir est de gagner ce rang et de s'y maintenir.
- Je serais heureux de penser que ces conférences ont pu contribuer à atteindre ce but: c’est ma plus sincère ambition.
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- L’ENSEIGNEMENT
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS; Par M. Th. SCHLŒSING,
- Membre de l'Institut.
- Préambule du Rapport de la Commission chargée d'examiner les titres des candidats à la chaire devenue vacante par le décès de M. Aimé Girard {1
- Avant que la Commission examine les titres des candidats à la succession de notre regretté collègue Aimé Girard, le rapporteur chargé de préparer les éléments de ses discussions lui soumettra quelques réflexions suggérées au cours de son travail.
- Sur le programme du cours, il n’v a rien à dire, sinon qu’il est à conserver tel qu’Aimé Girard Pa établi en dernier lieu ; il devra toujours comprendre les grandes industries qui exirayent du règne minéral les produits chimiques proprement dits, ou qui, s'appuyant sur des notions chimiques, traitent les substances végétales ou animales, en vue de préparer des produits destinés à l'alimentation ou à d’autres usages essen-
- (’) C'est à U demande do la Commission primé.
- que ce préambule a été im-
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- liels. Quant aux industries de moindre importance, le professeur restera libre de choisir parmi elles celles qui lui paraî iront les plus propres à intéresser et instruire l’auditoire.
- Plus discutable est la question de la durée du cours. Pense-t-on que chaque industrie devra être minutieusement décrite et recevoir tous les développements quelle comporte? En ce cas, cinq ou six ans sont nécessaires, ainsi que le demandent plusieurs candidats. Il en faut moitié moins si l’on consent à sacrifier les détails qu’il n’est pas indispensable de retenir, comme l'admettent d’autres candidats. Examinons celte question qui est d’extrême importance et voyons quelles sont les conditions que doit remplir un cours de Chimie industrielle professé au Conservatoire, pour acquérir la plus grande utilité.
- Une première condition est que le professeur insiste spécialement sur les explications scientifiques des opérations qu’il décrit; c’est une partie essentielle de sa mission : apprendre à l’industriel à comprendre ce qu’il fait, c’est le mettre en mesure de toujours faire bien, et de trouver les moyens de faire mieux. Là-dessus tout le monde est d’accord. Il n’est pas toujours facile d’atteindre ce but: il s’agit d’expliquer des phénomènes de la Chimie et de la Physique à des auditeurs qui, pour la plupart, ignorent ces sciences. Heureusement, les notions à exposer sont le plus souvent élémentaires, et l’on a, pour les faire comprendre et les fixer dans la mémoire par la vue, les précieuses ressources de l’expérimentation en public, moyen infaillible d'attirer et de retenir les auditeurs.
- Une autre condition imposée au professeur est de comparer et discuter les méthodes différentes conduisant à un même résultat, d’habituer ses auditeurs à mesurer avec lui ce qui se perd, ce qui se gagne d’un atelier au suivant, de calculer le coût de chaque opération, de tenir compte enfin de tous les éléments d’un prix de revient. Tous ces éléments sont inscrits d’ordinaire sur des tableaux préparés d’avance et le professeur peut les exposer sans y mettre beaucoup de temps. On ne peut pas les accuser de trop charger les leçons, pas plus que les explications théoriques ni que les expériences exé-
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- cutées par le préparateur pendant que le professeur les décrit.
- Dans l’opinion du rapporteur de la Commission, ce qui allonge et alourdit les leçons, c'est l’abus des détails dans la description des appareils et des manipulations manufacturières, et surtout les excursions sur des sujets qui n’ont que des rapports éloignés avec la Chimie. Quand on considère la composition de l'auditoire du cours de Chimie industrielle, on n’hésite guère à approuver la suppression de tout ce qui n’est pas réellement profitable à l'instruction. Cet auditoire est très hétérogène; une petite part se compose d’ingénieurs, chefs d’industrie, contremaîtres, ouvriers qui connaissent pour la pratiquer l’industrie qui fait l’objet de la leçon. Ces auditeurs n’ont que faire d’une abondance de détails où ils ne trouvent rien qu’ils ne sachent; ils sont venus pour qu'on les éclaire sur la théorie de leurs opérations, et qu’on leur dise si et comment on les pratique ailleurs autrement que chez eux. L’autre partie, la plus considérable, peu éclairée en moyenne, suit le cours pour acquérir une instruction générale des choses de l’industrie. Les auditeurs qui la composent oublient vite les détails minutieux ou ne les retiennent qu'aux dépens de renseignements plus précieux. Pour eux, les descriptions parfaites sont comme des tableaux achevés dont ils ne savent quels traits retenir; que la leçon ressemble à un croquis vigoureusement tracé, ils la conserveront dans leur mémoire.
- Au reste, en dehors des connaissances spéciales à chaque industrie, le cours doit avoir pour chaque auditeur instruit ou ignorant une même utilité, qui est de faire connaître une foule de moyens différents de réaliser quelques opérations fondamentales qui se retrouvent les mêmes dans les diverses industries; ces opérations consistent toujours à chauffer des vases clos ou ouverts, à distiller, condenser, filtrer, laver, faire cristalliser, dégager et absorber des gaz; mais il existe pour les réaliser une infinité d'appareils, de formes de vases, adaptés aux besoins spéciaux de chaque industrie. Ces moyens si variés d’exécution se passent de longues descriptions; l’essentiel est qu’ils restent dans la mémoire comme des images
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- d'objets qu on a vus, et qu'ils y constituent ce trésor de souvenirs d'où sortent à un moment donné le perfectionnement ou même la création d une industrie : car l'invention n'est guère autre chose qu'un assemblage nouveau d’idées empruntées à un fonds commun.
- La conclusion de ces diverses réflexions est que le cours de Chimie industrielle doit comprendre un petit nombre d’années; trois paraissent suffisantes. Notons que la durée d’un cours accommode d'autant mieux les auditeurs qu'elle est moins longue, soit qu'ils veuillent suivre le cours entier, soit qu’ils attendent seulement certaines leçons.
- l'ne dernière question doit être soumise à la Commission; elle concerne le futur titulaire de la chaire vacante. La plupart des professeurs du Conservatoire ne sont pas ten us, pour faire des cours excellents, de leur consacrer tous les instants dont ils disposent, par la raison que, les notions qu’ils enseignent étant définitivement acquises, ou du moins peu variables, le travail annuel du professeur consiste à supprimer ce qui lui parait suranné, à introduire aux endroits convenables des données nouvelles, bref, à rajeunir son cours'; ce n’cst pas une besogne absorbante au point d'être exclusive.
- La situation du professeur de Chimie industrielle est différente. Chacun sait combien sont rapides, soudaines, les évolutions des industries chimiques; en quelques années, une industrie nouvelle apparaît, brille et s'éteint. Le caractère essentiel des matières du cours n'esl plus la stabilité ; c'est, au contraire, la variabilité continuelle. Pour tenir scs leçons à jour, le professeur ne doit pas se contenter d'en chercher les éléments nouveaux dans des publications. Il ne peut réellement suivre l’industrie dans sa marche rapide qu’en visitant les usines, proches ou éloignées, où elle est exercée, ce qui n'est possible qu'à la condition d'entretenir des rapports constants avec le monde industriel et de mériter sa confiance par des conseils désintéressés. L’œuvre du professeur, enfin, n’esl complète que lorsque, entouré d'élèves choisis, il poursuit au laboratoire des recherches scientifiques sur les sujets que lui indiquent les industriels, ou qu’il rencontre en abon-
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- l'exseignemext de la chimie ixdl'sthiellk. if3 dance en préparant ses leçons, li n'est possible de bien remplir la fonction ainsi envisagée qu’en lui donnant tout son temps.
- En définitive, tout ce qui précède se réduit à ceci :
- Il est désirable que le programme d'Aimé Girard soit conservé à peu près tel qu’il l’a laissé;
- Il est désirable que la durée du cours soit réduite à trois années;
- 11 est désirable que le professeur puisse se consacrer entièrement à sa fonction.
- Novembre 1898.
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- LA VIE
- TRAVAUX D’AIMÉ GIRARD.
- LEÇON D’OUVERTURE
- DU COURS DE CHIMIE INDUSTRIELLE,
- PROFESSÉE AL' CONSERVATOIRE DES ARTS BT JIÉTIERS, LE 17 FEVRIER 1899,
- Par M. Émile FLEURENT.
- Messieurs,
- Le Maître éminenl auquel j’ai l’honneur de succéder aujourd'hui a laissé une trace profonde dans l'histoire scientifique et économique de noire pays : savant distingué» ses patientes recherches, poursuivies pendant près d’un demi-siècle, ont doté la Chimie française de découvertes brillantes dont la plupart ont entraîné nos différentes industries dans une voie nouvelle, conduisant à une meilleure utilisation des matières premières et à une augmentation plus sûre de la richesse nationale; agronome et observateur sagace des phénomènes de la végétation, suivant la noble expression de M. Schlœsing, le vaste laboratoire de l’Agriculture a attiré et captivé une grande part de sa vie, et il nous en a rapporté ces belles méthodes culturales qui, aboutissant à une production plus grande et plus rémunératrice des produits, contribuent dans une large mesure à l’accroissement du bien-être général; professeur éloquent, il a tenu pendant vingt-cinq années sous
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- le charme de sa parole les auditeurs de son cours du Conservatoire et H nous a montré ce que doit être, dans cet établissement, pour y porter tous ses fruits, renseignement de la Chimie technologique; homme privé enfin, il a été attiré vers ce qui est noble et juste, il a pris sa part de toutes les misères humaines; vivant à côté des grands de ce monde, il a surtout aimé les humbles, et tous ceux qui l'ont approché savent que c’est faire de lui le seul éloge qu’il ambitionnait que de dire qu’il a été un brave homme et que les qualités de son cœur ont toujours marché de pair avec les qualités de son esprit.
- C’est donc, vous le voyez, Messieurs, sous le triple point de vue du savant, du professeur et de l’homme que, pour faire de lui le portrait qu'il mérite, je vous parlerai ce soir d’Aimé Girard. J’ai, vous le savez tous, vécu pendant près de dix ans à ses côtés dans son laboratoire et j'ai assisté à ses joies comme à ses peines; depuis deux ans, il m’avait témoigné sa confiance en me chargeant de le remplacer dans cet amphithéâtre, et si pour lui ma reconnaissance est infinie, aussi bien, dans le grand honneur qui m'est fait d'avoir été choisi pour lui succéder, je fais la part la plus large au sentiment que j’éprouve aujourd'hui d’être appelé à exprimer devant vous la profonde admiration que m'inspire sa vie tout entière.
- Messieurs, contrairement à ce qu'il a pu dire lui-même de Payen, son prédécesseur dans cette chaire, Aimé Girard n’a rien, dans ses origines, qui ail pu imposer à sa vie une orientation scientifique. Son père, André Girard, issu d’une vieille famille bourguignonne, fils d’un notaire de Chalon-sur-Saône, entra lui-même dans le notariat par l’achat d’une charge à Paris, et c’est de l’union qu’il contracta avec une Franc-Comtoise, MH* Bouillier, que naquit, le afc décembre i83o, ce fils qui devait donner tant d’éclat au nom de sa famille.
- Ce n’est pas évidemment dans le milieu où il passa son enfance qu’Aimé Girard reçut les impressions qui devaient entraîner sa carrière, mais, en revanche, il tint de son père, il aimait à le reconnaître, cet esprit d’ordre et de méthode qui le caractérise et cette habitude, aussitôt une observation faite, d’en noter immédiatement le résultat, habitude qui était chez
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- REXT.
- lui une qualité si précieuse, qu’on peut dire aujourd’hui que presque rien de ce qu’il a pensé n’a été perdu.
- Et ici, Messieurs, permeitez-moi de rapprocher dans une même communion d'idées, le nom d’Aimé Girard d’un autre nom qui lui aussi a laissé dans la Science une trace ineffaçable, du nom de Paul Schützenberger qui a guidé mes premiers pas dans la carrière chimique. Par une coïncidence qui certainement n’est qu’un effet du hasard, ces deux hommes qui furent successivement mes Maîtres, ont été, dans cette période de la jeunesse où l’on cherche sa voie, dirigés vers un même but qui, s’ils l’eussent atteint, aurait décidé de leur vie tout entière. Schûtzenberger, en effet, après avoir suivi le cours de Mathématiques spéciales du Collège royal de Strasbourg, et Aimé Girard qui avait pris ses grades universitaires au Lycée Louis-le-Graud, se préparèrent tous deux, vers la même époque,à l’examen d’admission à l’École Polytechnique;mais le premier renonça à cet examen et le second échoua ; et j’entends encore ces deux Maîtres, dans leur laboratoire, entre deux expériences, me dire successivement avec cette fine bonhomie qui les caractérisait : « Si j’étais entré à l’École Polytechnique, je serais probablement retraité aujourd’hui comme capitaine d'AritlIerie, mais je n’aurais jamais eu l’honneur d’entrer à l’Institut. » Certes, Messieurs, ils se calomniaient tous deux; étant de ceux qui pensent que les hommes sont toujours les mêmes dans les diverses circonstances de leur vie, je suis sûr qu’Aimé Girard et Schûtzenberger auraient fourni, dans la vie militaire, une carrière aussi brillante que celle qu'ils ont fournie dans leur vie scientifique, mais il n’en est pas moins vrai que c’est cet événement qui, pour eux, décida de leur avenir.
- Cependant, si Schûtzenberger, dirigé d’abord vers la Médecine par son oncle, prenait rapidement en horreur le sang et les cadavres de l'amphithéâtre et devenait chimiste, pour ainsi dire instinctivement après avoir traversé, à ITniversité de Strasbourg, le laboratoire de Caillot, Aimé Girard supportait avec plus de peine son échec, dû surtout aux mauvaises conditions de sa santé, et son père se trouvait très embarrassé sur !e choix de la direction qu’il voulait donner à son fils.
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- Et c'est alors que la bonne fée se présenta sous la forme d’un ami de la famille, de M. Pichon, esprit ouvert à la Science, grand ami et admirateur de Pelouze, qui proposa de le présenter à celui-ci et de lui faire étudier la Chimie. M. Lindet, professeur à l'Institut National Agronomique, neveu et élève d’Aimé Girard, nous a donné connaissance de la lettre écrite par M. Pichon. « Il faut, disait-il à André Girard, qu’il fasse du dessin linéaire, en écoutant les cours du Conservatoire, et avec cela qu'il suive les cours de Physique et de Chimie que M. Pelouze lui indiquera, un bon cours fait à fond, de Mécanique, de Métallurgie, de Géologie et de Minéralogie: Aimé sera dans deux ans, s’il travaille sérieusement, un ingénieur-chimiste ai on n’aura rien à apprendre. Que fera-l-il avec cela? m'avez-vous dit. Il pourra entrer comme chimiste dans l'usine de M. Kuhlmann. »
- Celte lettre, Messieurs, est intéressante au premier chef : elle nous montre en effet qu’André Girard voulait donner à son fils un enseignement directement utilisable et que rien, dès lors, à celte époque, ne laissait prévoir qu'Aimé Girard eût le désir ou la volonté fermement arrêtée de se lancer dans l’inconnu des découvertes scientifiques. Mais, comme tant d’autres, il portail en lui celle semence inconnue d’où sort la destinée d'un homme, et le laboratoire, dont comme tous les écoliers 11 n’avait qu'une idée vague et incomplète, allait précisément devenir le terrain propice où celle semence allait germer et se développer rapidement.
- Donc, en octobre i85o, Aimé Girard prenait contact avec les travaux îs de Chimie, ainsi qu’il aimait à le redire.
- « en limant des bouchons au laboratoire de Pelouze, » et moins de deux ans après, il n’avait pas vingt-deux ans, il faisait paraître à l’Académie des Sciences sa première Note sur les combinaisons que le sesquioxyde d’uranium forme avec l’acide sulfureux et avec l'acide pvrophosphorique.
- A cette époque, le nombre des laboratoires existant dans Paris était fort limité : Pelouze en avait installé un à ses frais, et au moment où Aimé Girard y entrait, il était situé, 26, rue Dauphine. Pelouze y admettait des jeunes gens qui se destinaient à l'industrie et ceux qui, déjà instruits, poursuivaient
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- des recherches originales : Keynoso, Claude Bernard, Ber-ihelot, pour ne citer que ceux-là, y avaient publié leurs premiers travaux. Barreswill était chef du laboratoire et eut pour successeurs Pelletier, puis Moreau.
- Au départ de Moreau, en i854, Aimé Girard demanda à Pelouze de lui confier la direction du laboratoire. « Je ne demande pas mieux, répondit celui-ci; mais, mon pauvre ami, vous ne savez pas sans doute que je ne donne à mon chef que cinquante francs par mois. » Et vous voyez en effet que ce n'était pas la richesse qui arrivait sous cette forme à Aimé Girard, mais c’était pour lui l’occasion de mettre le pied officiellement à l’étrier, et de développer ces qualités natives qui devaient faire de lui un des plus brillants professeurs dont puisse s'honorer la Science française. Il resta ainsi chef du laboratoire jusqu’à la fermeture de celui-ci, qui eut lieu en septembre 1807.
- De son passage à la rue Dauphine, Aimé Girard rapporta deux profils excellents. Tout d'abord, dans la direction du laboratoire, tout en continuant d’apprendre, il s’habitua à communiquer ses idées de la façon précise qui incombe à un chef qui veut conserver de l’ascendant sur ses élèves, et qui doit par conséquent assez savoir pour ne pas être pris au dépourvu par les questions parfois les plus inattendues. De Pelouze, il admira et conserva en grande partie ce caractère aimable et enjoué que tous ses élèves lui ont connu, caractère sur lequel je reviendrai tout à l’heure et qui entourait d’un charme tout particulier Tintimité de sa vie.
- En quittant le laboratoire de Pelouze, Aimé Girard entra au laboratoire de Dumas à la Sorbonne; mais, six mois après, il remplaçait Munier à l’École Polytechnique comme conservateur des collections de Chimie et de Minéralogie (5 mars 1858). Là, il reprit contact avec les élèves en dirigeant leurs manipulations et il connut ainsi de nouveau les joies du laboratoire de Pelouze. C’est en récompense des qualités que là encore il sut déployer, que successivement il fut nommé répétiteur supplémentaire le 17 avril 1862, et répétiteur du cours de Chimie professé par Régnault le 18 juin 1864.
- Vers la même époque, i858, Aimé Girard rencontra le
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- Dr Gervais (de Caen), qui comptait parmi ces républicains austères qu'avait vus éclore la révolution de i83o,|et le physicien Léon Foucault, qui, ainsi qu’il me l'a conté bien souvent, exercèrent sur son caractère une profonde impression et achevèrent d’en faire un homme dans toute l’acception du mot.
- L’École supérieure de Commerce était alors une entreprise privée aux mains de la famille de Blanqui; elle traversait une ère de grande prospérité, et le Dr Gervais (de Caen) qui la di-rigeait y créa, en i858, un cours de Chimie générale et d’analyse qu’il confia à Aimé Girard. C’était pour celui-ci l’occasion si recherchée de professer, et je n’ai pas besoin de vous dire que tousses soins furent acquis à cet enseignement. Mais il trouva aussi en son Directeur un homme d’une tenue sévère, d’une grande force de volonté, qui lui apprit à mettre au service de projets toujours judicieusement mûris une énergie indomptable qui, pour ceux qui l’ont observé, se manifestait journellement chez lui dans la poursuite de ses travaux, malgré l’apparence de calme et de sérénité dont il pénétrait l’atmosphère du laboratoire.
- Aimé Girard avait donc pour le Dr Gervais une amitié sincère; aussi, à la mort de celui-ci (1867 ) et dans la crainte de voir disparaître l’œuvre qu’il avait créée, il accepta la direction intérimaire de l’École et, après des négociations habilement conduites, il réussit à placer celle-ci sous l’administration supérieure de la Chambre de Commerce de Paris. Vous connaissez tous la carrière brillante qu’a fournie l’École supérieure de Commerce depuis 1869, et si aujourd’hui elle est puissamment installée dans les magnifiques bâtiments qu’elle vient d’inaugurer avenue de la République, c’est sans contredit au dévouement d’Aimé Girard qu’elle le doit.
- C’est dans des circonstances toutes différentes qu’il rencontra Léon Foucault. De 18ôa à 1S57, Aimé Girard avait fait dans le journal la Patrie les Comptes rendus des séances de la Société d’encouragement pour l’Industrie nationale. Foucault, qui était rédacteur scientifique au Journal des Débats, avait été frappé par les qualités d'érudition et de style déployées par son jeune confrère dans l’exécution de ses
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- articles et il lui demanda de le suppléer à son journal. Aimé Girard accepta avec grand plaisir, bien entendu. C’était vers 1860, il avait trente ans, des connaissances déjà étendues jointes à une facilité prodigieuse de production, et il apportait nécessairement dans son travail tout le feu d’un lutteur qui a conscience de sa force et qui est résolu à briller dans toutes les tâches qu’on lui fera l’honneur de lui confier. Qu'on mit un peu de pondération dans son entraînement, et Aimé Girard devait devenir rapidement un journaliste scientifique accompli; et vous savez, Messieurs, qu’à cette époque, on était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui sur le choix des rédacteurs et la confection des pages du journal.
- C’est là que Léon Foucault intervint à point donné. Il n’abandonnait pas, en effet, à son suppléant la rédaction tout entière de sa chronique. Homme d’un abord glacial, qu’un de ses biographes, Donny, nous représente « sans souplesse de caractère », il jugeait tout froidement, se montrait difficile pour le fond comme pour la forme et, tout en restant paternel, ne ménageait ni les critiques ni les louanges méritées. « Vous êtes content de cette phrase, disait-il à Aimé Girard, eh bien ! efîacez-la, c'est qu’elle ne vaut rien. » Quand on doit subir un tel examen, avant de porter son article à l’impression, on apprend à se méfier de soi-même, et c’est là qu’apparaît le grand service que Foucault a rendu à Aimé Girard. Celui-ci conserva toujours, en effet, de son passage au Journal des Débats, une grande sévérité de jugement qu’il exerçait aussi bien envers lui-méme qu’envers les autres. Tous ceux qui ont vécu autour de lui et auxquels il s’intéressait ont eu à subir de sa part les critiques que Foucault ne lui avait pas ménagées. J’avoue, pour mon compte personnel, qu’on en est d’abord aussi surpris qu’il avait dû l’être lui-même, mais le raisonnement ne tarde pas à vous convaincre combien on a raison de tenir grand compte des observations de l’homme d’expérience, et je crois que c’est faire preuve d’élévation de caractère que de rechercher et d'écouter les conseils de ceux qui nous veulent du bien.
- Je vous ai dit tout à l’heure, Messieurs, que le? premiers
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- travaux d’Aimé Girard sortirent du laboratoire de Pelouze. Je voudrais vous montrer maintenant comment de l'année i85a à l’année 18-0, en même temps qu’il se familiarisait, ainsi que nous venons de le voir, avec le professorat, sa vie scientifique s’exerçait dans diverses directions et préparait en lui cette évolution que son arrivée au Conservatoire des Arts et Métiers allait lui permettre de réaliser.
- C’est d’abord, comme chez tous les débutants, la Chimie pure qui attira son attention, et je ne vous parle que pour mémoire de ses éludes sur les combinaisons du sesquioxyde d’uranium avec les acides, sur de nouveaux arsénites et sur l’action de l’ammoniaque sur quelques arsénites métalliques (i85a et i853). Cependant, dès i853, la découverte de l'acide picramique,obtenu par réduction de l’acide picrique au contact du sulfhvdrate d’ammoniaque, son identification (iS56) avec l'acide nitrohématique de Wœhler, attirèrent sur lui l’attention des hommes de science.
- En »856, Aimé Girard fit une découverte beaucoup plus importante encore. En faisant réagir l’hydrogène naissant sur le sulfure de carbone, il obtint un composé ternaire, franchement organique, le trisulfométhylène C*H6S3, dont il publia plus tard (1870) les combinaisons avec le bichlorure de mercure et le nitrate d’argent. C’est là le premier exemple de la formation d’un corps organique obtenu en partant de produits exclusivement minéraux : soufre, carbone et hydrogène, premier exemple de cette synthèse qui devait recevoir un si merveilleux développement entre les mains de M. Berthelot.
- Mais déjà l’étude des produits naturels attirail son attention et c’est ainsi qu'il publia une série de travaux : sur la présence du chlore et du soufre dans le caoutchouc naturel de Para et de Java (en collaboration avec Cloëz, 1860); sur un procédé de dosage de l’acide phosphorique dans les phosphates chargés de fer et d’alumine, procédé aujourd'hui suranné; sur la nature des dépôts formés dans les chaudières d’évaporation du vesou de la canne ; sur la solubilité dans l’alcool des sulfates alcalins et alcalino-terreux ( 1864).
- C’est à cette époque qu’il commença cette belle étude sur la sève des laits de caoutchouc du Gabon, de Bornéo et de
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- Madagascar, étude dont il publia les premiers résultats en 1868 et qu'il continua jusqu'en 1874* dans laquelle il découvrit ces différents principes sucrés auxquels il donna les noms de dambonile, dambose (inosite inactive de Maquenne), borne-site et malézite.
- Vers 1869 également, il obtenait la purpurogalline, matière rouge qui se sublime en aiguilles brillantes vers 200°, en oxydant le pyrogallol par le permanganate de potasse.
- Mais, tout en poursuivant ces remarquables travaux de Chimie pure que nous venons d’énumérer, depuis longtemps déjà Aimé Girard avait tourné ses yeux vers l’industrie et pris contact avec elle.
- Je vous ai déjà dit que, dès i85a, il était chargé, au journal ta Patrie, des Comptes rendus des séances de la Société d'encouragement pour l’industrie nationale.
- A l’ouverture de l'Exposition de i855, le Globe industriel et artistü/ue le chargea de rendre compte du développement pris par les grandes industries : produits chimiques, céramique, verrerie, photographie, etc. C’était pour lui chose toute nouvelle, mais il entreprit sa tâche avec ardeur et, avec une rare facilité, il présenta aux lecteurs, en un style clair et précis, un tableau intéressant et fidèle de toutes les industries comprises dans son champ d’études. Quand on ouvre aujourd’hui le livre très rare dans lequel, en 45o pages, il a réuni ses articles du Globe industriel, on est étonné de la variété des connaissances qui y sont déployées, mais on sent surtout que l’Auteur se meut déjà tout à l’aise dans son sujet et qu’il n’a fallu que cette occasion pour faire éclore en lui et se manifester ce goût des études techniques qu’il ne devait plus désormais abandonner.
- Et en effet dès cette époque, à côté de ses éludes de Chimie pure, ses travaux de Chimie appliquée et ses recherches sur la Photographie, poursuivies de i855 à 1864, en collaboration avec M. Davanne, sont manifestement le signal de son orientation nouvelle.
- Aujourd’hui que la Photographie a accompli des progrès de toute nature, on a à peu près oublié les travaux d’Aimé Girard et de Davanne. Mais, en 18 >5, l’art du photographe était encore
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- à l'état naissant, les méthodes employées pour l'obtention des papiers sensibles et des épreuves étaient si mal étudiées, que les résultats obtenus étaient presque toujours défectueux et décourageaient les artistes et les savants dans l’application de ce procédé de reproduction des objets. C’est l’honneur d’Aimé Girard et de Davanne d’avoir compris à celte époque les services que la Photographie était appelée à rendre à la Science, à l’Art et à l'agrément, et de s’ètre attachés, après des études délicates, à montrer comment, pour conduire à une réussite certaine, doivent se poursuivre les opérations du salage, de la sensibilisation, du fixage et du virage des épreuves. Ils expliquèrent aussi toutes les causes d’insuccès, les moyens d’y remédier et apprirent aux praticiens à récupérer l’or et l'argent des résidus.
- Ces éludes, si intéressantes à tous les points de vue, ne furent pas comprises comme elles le méritaient par les hommes de science, et Aimé Girard en fut attristé au point que, s’il resta toujours un véritable maître de la pratique photographique, en dehors du dispositif de photomicrographie qu’il imagina et à l’aide duquel toutes les belles épreuves nécessaires à son enseignement et à ses recherches ont été obtenues, il n’entreprit plus aucune étude dans cet ordre d’idées.
- Je dois vous dire, en passant, que c’est à son habileté bien connue de photographe qu’il dut d'ètre adjoint, en 1860, au capitaine Laussedat, aujourd'hui membre de l'Institut et Directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, pour faire à Batna l’observation chronophotographique de la fameuse éclipse solaire du 18 juillet.
- Aujourd’hui plus que jamais, vous comprenez, Messieurs, que ces études sur la Photographie dénotaient chez leur auteur un entraînement vers la Chimie appliquée. Cependant, s’il peut encore rester un doute sur la tournure nouvelle que prenait, en i$55, l’esprit scientifique d’Aimé Girard, le fait que je vais vous indiquer va le lever entièrement.
- Je vous ai dit qu’il avait eu Barreswill pour chef du laboratoire de Pelouze. Des relations affectueuses s’étaient nouées et entretenues entre le chef et l’élève, et en i855, tous deux
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- s'entendirent pour publier un Dictionnaire de Chimie industrielle. Cette publication dura jusqu'en 1864. Les collaborateurs qui se groupèrent autour d’eux sont tous des noms très connus, et il me suffira de vous citer Berlhelot, Liebig, Riche, Balard, Dubrunfaul, Hervé Mangon, Troost, Sainte-Claire De-ville, pour faire l’éloge de l’Ouvrage entrepris. Bien entendu, aujourd'hui la plupart des articles de ce Dictionnaire n’ont de valeur qu’au point de vue documentaire, mais à l’époque de sa publication cette œuvre contribuait à mettre tout particulièrement en relief le nom d'Aimé Girard. Aussi le voyons-nous successivement: membre du Jury de l’Exposition de Londres (1862); de l’Exposition internationale de Porto ( 1865) ; de l’Exposition universelle de Paris (1867), et de l’Exposition d'Amsterdam (1869). De chacune de ces missions, il revint avec des connaissances industrielles nouvelles, et chaque fois il se signala par des observations intéressantes. C'est ainsi que de sa visite en Portugal il rapporta celte remarquable élude sur les marais salants de Sétubal, qui devait fournir les éléments de la belle démonstration qu’il donna, en 1872, de la méthode de travail des sauniers de ce pays; c’est ainsi également qu'à Paris, en 1867. rapporteur de la Classe de Céramique, il proposa deux procédés pratiques, l’un pour reconnaître la dureté de la couverte des faïences fines, l’autre pour en mesurer la porosité.
- Vous voyez, Messieurs, d’après l’exposé aussi fidèle et aussi rationnel que possible que je viens de vous en faire, que, de i85a à 1870, la carrière fournie par Aimé Girard était brillante à plus d’un titre. On peut donc dire qu’à l’époque de sa vie où nous voilà maintenant placés, ayant avec aisance manœuvré sur des terrains divers, il avait été de plus en contact avec de tels hommes, qu'il était certainement en possession de forces supérieures qui ne demandaient qu’une occasion propice pour se manifester de façon magistrale. Ses connaissances en Chimie pure étaient profondes; les questions techniques et économiques lui étaient devenues d'une manipulation familière; les diverses fonctions qu’il avait remplies jusqu’ici l’avaient déjà rompu au professorat et à la direction des élèves au laboratoire; son esprit critique s’était aiguisé à la résolution des
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- problèmes théoriques ei pratiques déjà nombreux dont il avait dégagé les inconnues; ii éiaii donc, dans le domaine scientifique, armé de pied en cap pour continuer la lutte qu'il avait entreprise. Pour compléter ce portrait au physique et au moral, représentez-vous qu'il avait quarante ans; que sa santé, après quelques défaillances, était alors florissante; qu’à son caractère s'alliaient la bonhomie et la souplesse de l'elouze, l'énergie virile et l'inflexibilité devant les principes de Ger-vais de Caen, la sévérité de jugement de Foucault; ajoutez à cela ce je ne sais quoi qu'il tenait de la nature et qui lui avait permis d'approprier à sa personne ces qualités qu’il avait.tant admirées chez ses Maîtres, et vous comprendrez que-celui dont je vous expose à grands traits la vie et les travaux était taillé pour porter vaillamment le poids de la responsabilité qui allait bientôt lui incomber et lui permettre d'atteindre cette réputation qui rend son nom à jamais impérissable.
- La guerre malheureuse de 1870 le trouva répétiteur de Chimie à l'Ecole Polytechnique. Pendant le siège de Paris, il remplit vaillamment son devoir comme inspecteur en chef du service des torpilles et fougasses, et en «871 ii allait reprendre son poste à l’École, lorsque Payen mourut. La chaire de Chimie industrielle devenait ainsi vacante. Aimé Girard comprit que son ambition serait satisfaite s’il obtenait celle place pour laquelle il se trouvait tout préparé; il posa donc sa candidature, et, quoiqu'il eût pour concurrent un savant des plus estimés de cette époque, il fut choisi par le Conseil et nommé par décret du 5 septembre 1871.
- Ici, Messieurs, commence la période du couronnement de la vie d’Aimé Girard. Au laboratoire, dans son enseignement, dans les conseils du Gouvernement, partout où ses connaissances l’appelaient, il allait jouer un rôle important, et c'est dons les différentes phases de cette dernière partie de sa carrière que je vais maintenant le suivre pour terminer sou histoire et en tirer les enseignements qu’elle comporte.
- En arrivant au Conservatoire des Arts et Métiers, Aimé Girard comprit que la nature même de son enseignement die-
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- tait l’orientation définitive qu'il devait donner à ses recherches de laboratoire, et quelques années après, lorsque Teisserenc de Bort réorganisa à Paris, en «876, rinsülut Agronomique, les fonctions de professeur de technologie agricole qu'on lui confia vinrent compléter merveilleusement les limites du terrain sur lequel il avait résolu d’exercer son activité. Dès lors, tous les travaux qu’il publia furent dictés par le désir de ne donner à ses auditeurs que des chiffres obtenus par des analyses personnelles et des théories basées sur des expériences qui lui étaient propres ou dont il aurait scrupuleusement vérifié l’exactitude. Et cela explique que de 1870 à 1898 la vie scientifique d’Aimé Girard comprend : i# des travaux de technologie chimique destinés principalement à sou.enseignement du Conservatoire des Arts et Métiers; a® des travaux de technologie agricole et d’agriculture dont le Conservatoire a sans doute bénéficié, mais dont l’origine certaine se trouve dans les préoccupations du cours qu'il professait à l'Institut Agronomique. C’est en adoptant, si vous le voulez bien, cette division que je vais maintenant poursuivre cette étude.
- Je vous ai dit qu’en 1860, membre du Jury de l'Exposition de Porto, Aimé Girard avait visité les marais salants de Sclubal et avait rapporté une étude remarquable sur le travail des sauniers de ce pays. Il avait remarqué qu’après la dernière récolte de sel, les paludiers n’évacuent jamais les eaux mères magnésiennes qui recouvrent les tables salantes et que, cependant, à la récolte de l’année suivante, le sel obtenu est aussi pur que celui de nos salins de la Méditerranée. Il trouva l’explication de ce fait et montra que le fond des marais salants de Sétubal est recouvert, comme chez quelques-uns de nos marais français, d'un feutre épais de conferves reposant sur une couche de sable, feutre qui a la propriété de dialyser plus vite le chlorure de magnésium que le chlorure de sodium. Il s’ensuit que pendant la période hivernale, l’eau salée dont le réservoir est rempli subit, par suite des phénomènes osmotiques, un départ des sels magnésiens qu’elle renferme, et qu'il reste ensuite, soumise à l'évapo-
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- raiion spontanée qui se produit pendant l'été, une solution de sel marin beaucoup plus pure.
- L'Exposition de Londres en 187a, dans laquelle il fut Rapporteur de la Classe du Papier, fut le point de départ de travaux remarquables dont l'industrie française a largement profité. A celle époque, en France, la papeterie n’employaii qu’une seule matière, la paille, comme succédané du chiiTon. Aimé Girard montra tout l'intérêt qu’il y avait pour nous à employer, comme on le faisait en Angleterre, les pâtes de cellulose pure obtenues par décreusage du bois à la soude, ainsi que les pâtes d’alfa que l'industrie anglaise commençait à utiliser.
- Son attention se porta ensuite sur l'inférioriié communiquée à nos papiers par les additions exagérées de matières non fibreuses : bois mécanique et charges minérales diverses, et il imagina des procédés analytiques très simples pour découvrir ces additions et en mesurer l'importance. L’emploi de l’acide sulfurique pour la recherche du bois moulu et l'élude de la résistance des papiers au moyen du dynamomètre ont, depuis cette époque, rendu des services sérieux à nos industriels.
- En 1875, il s'attacha à une étude plus spéciale des libres papetières. Il détermina, sous le microscope, la forme, les dimensions, les caractères particuliers de chacune d’entre elles; il les reproduisit par la photographie afin de fixer les résultats obtenus; enfin il posa les conditions qu’une fibre doit remplir pour être papetière, et il montra les variations que subit cette fibre dans sa forme et dans sa qualité en passant par les différents engins de la fabrication.
- C’est dans le môme ordre d’idées que, réfléchissant aux transformations que subissent en maintes circonstances les fibres végétales, notamment celles qui servent à la confection des tissus et du papier, il rechercha les causes qui, leur faisant perdre leurs qualités natives, les rendent cassantes et friables. Les études qu’il poursuivit de i8;5 à «879 lui permirent d’établir que sous l’action de certains réactifs et notamment des acides faibles, la cellulose fixe une molécule d'eau et, avant de se transformer en glucose, donne un composé qui
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- tombe en poussière sous l'action du moindre froissement et qu’Aimé Girard appela hydrocellulose. Cette hydrocellulose donne des composés nitrés, des pyroxvles friables produisant des effets d'expansion plus considérables que les pyroxvles de cellulose, et la science des explosifs a su les utiliser. L’hvdro-cellulose a reçu aussi dans les arts différentes applications sur lesquelles je n'ai pas à insister, mois sa formation a permis surtout à Aimé Girard de poser, pour la fabrication des tissusetdu papier, les règles suivant lesquelles doivent s’opérer le blanchiment et le lavage des fibres végétales pour en assurer la conservation; et c’est là, pour l’industrie nationale, une nouvelle conséquence importante à ajouter à celles que je vous ai énumérées précédemment.
- En 1873, a la suite de l'Exposition de Vienne, où il avait été Rapporteur de la Classe de Brasserie. Aimé Girard étudia, sous les auspices de M. le Ministre de l’Agriculture et du Commerce, dons les brasseries de Liesing, de Saint-Marx, de Pilscn, la fabrication des bières viennoises qui oui, vous le savez, une réputation européenne, mais dont, à cette époque, les méthodes d'obtention par décoction et fermentation basse étaient à peu près inconnues en France. Le Rapport remarquable qu’il publia comme conclusion de ce voyage a mis à la disposition de notre industrie des renseignements dont elle a su depuis habilement profiter au grand avantage des consommateurs français.
- Messieurs, de son voyage en Angleterre en 1872, Aimé Girard n’avait pas rapporté que les idées qu’il développa sur l’industrie papeticre. Profitant de son séjour dans ce pays, il y avait étudié la fabrication des grands produits chimiques, fabrication qui tenaiL alors la première place en Europe, et aussitôt rentré à Paris, dans son cours du Conservatoire, il avait fait connaître ces procédés Hargreaves, Deacon, Weldon, dont nos industriels ignoraient le fonctionnement et qu'ils ne devaient pas tarder à adopter. C’est pour compléter ses connaissances et les nôtres dans cette direction qu’il fit {1875 et 1876), en collaboration avec M. Morin, cette élude
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- complète des gisements de pyrites français, gisements de Chessy» Saint-Bel (Rhône), de Saint-Julien. Saint-Florent (Gard), de Soyons (Ardèche), dans laquelle, s'attachant non seulement au dosage du soufre utile, mais aussi au dosage des produits nuisibles, arsenic, carbonate de chaux, fluorure de calcium, il montra que, au point de vue de la quantité et de la qualité, notre production pouvait suffire à l'industrie nationale et soutenir la comparaison avec les matières premières similaires provenant de l’Espagne, du Portugal, de la Belgique et de la Norwège.
- En attendant les belles recherches qu’il devait publier plus lard sur le développement de la betterave à sucre, le contrôle de la fabrication, au moment où le saccharimèlre allait devenir l’instrument du fisc et par conséquent des transactions commerciales, attirail son attention. C'est ainsi qu'en collaboration avec M. de Luynes (1870), il déterminait de nouveau le pouvoir rotatoire du saccharose et fixait le poids normal de la prise d’essai des sucres — ces chiffres, par suite des progrès effectués dans la construction des appareils, vont être sous peu officiellement modifiés: — qu'avec Lnborde (1876), il recherchait l’influence apportée dans la lecture polarimétrique par les sucres réducteurs contenus dons les mélasses, etque, la même année également, il montrait que la formation du sucre réducteur pendant le raffinage est due à l'action de l'acide glucique sur le saccharose. C’est au cours de ces éludes sur les mélasses colorées qu'il se préoccupa de rechercher un mode de dosage pratique des sucres réducteurs et qu'il imagina cette méthode par pesée du cuivre réduit de J'oxydule, méthode qu’il fil connaître en 1877 et qui rend encore aujourd’hui, dans bien des cas, de si grands services dans les laboratoires.
- Au milieu de toutes ces préoccupations, Aimé Girard (('abandonnait pas les laits de caoutchouc dont la sève, ainsi que je vous l'ai dit précédemment, lui avait fourni de 1868 à 1874 un sujet d’étude si fécond. La coagulation du caoutchouc dans les laits des diverses provenances fut, à partir de 1878
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- cl jusqu’à la lin de son existence, l’objet de scs observations, et M. Lindet a communiqué» il y a peu de temps, à la Société d'encouragement, les Xotes importantes laissées par lui sur ce sujet. Dans cette étude, Aimé Girard a montré que les globules de caoutchouc se soudent par barattage du lait légèrement chautré; mais, malheureusement, l'impossibilité dans laquelle il s’est toujours trouvé de faire venir jusqu'à Paris du lait de Para non coagulé l a empêche de pousser à fond ses observations dans cette voie.
- Ainsi, Messieurs, pendant les dix premières années de sa présence au Conservatoire des Arts et Métiers, l'activité d’Aimé Girard s’était prodiguée dans toutes les directions. Son autorité s’était affirmée, l’Académie des Sciences avait récompensé (1874) ses travaux scientifiques en lui décernant le prix Jccker; il venait d’être nommé membre du Comité consultatif des Arts et Manufactures et du Comité des Travaux historiques et scientifiques (1877), lorsque les nécessités de son enseignement à 1’Insiiiul Agronomique lui firent tourner les yeux vers l’Agriculture.
- Préoccupé d’être avant tout un professeur exactement renseigné, Aimé Girard ne tarda pas a s’apercevoir que les documents sur lesquels il essayait d élayer ses démonstrations étaient fort incomplets, et il résolut d’apporter a ses élèves, partout où cela serait nécessaire, le fruit de ses remarques personnelles. C elait ainsi se lancer dans une voie nouvelle, à peu près inconnue de lui. Mais à l’objection qu’on pourrait faire à ce sujet, il serait juste de répondre ce que Dumas disait à Pasteur à propos de l’étude de la maladie des vers à soie et que je vais vous rappeler rapidement.
- Vers i865, Pasteur s’étaiL déjà fait connaître par ses éludes magistrales sur les fermentations. Nos magnaneries du Midi étaient ravagées par la pébrine et par la flacherie et Dumas demanda à l’illustre chimiste d’aller porter à nos éleveurs de vers à soie le secours de la science. « Mais je ne suis pas du tout au courant de cette question », dit Pasteur, a Tant mieux, riposta Dumas, vous n’aurez d’idées que celles qui vous viendront de vos propres observations. »
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- En 1880, en fail d’Agricullurc» Aimé Girard se trouvait dans le môme cas que Pasteur en «865 à propos de la maladie des corpuscules, mais nous allons voir que là encore il s’adapta rapidement à l’étude des phénomènes de la vie des plantes et que, aux champs comme ou laboratoire, jamais son esprit d’observation ne se trouva en déraut.
- Les recherches de Chimie agricole publiées par Aimé Girard, de l’année 1880 à l’année 1898, se rapportent à quatre sujets différents : i° celles sur la vinification et le développement du raisin; î* celles sur l'étude du grain de blé et des farines; 3° celles sur la sucrerie et le développement progressif de la betterave à sucre; 4* enfin celles sur la culture et l’utilisation de la pomme de terre industrielle et fourragère.
- En 1880, les maladies qui sévissaient sur la vigne avaient diminué considérablement les récoltes en vins et plusieurs vignerons, pour remédier à celle insuffisance, avaient commencé à fabriquer des vins de marcs ou de deuxième cuvée. Aimé Girard étudia la composition de ces vins et il montra le parti que l'OEnologie peut tirer de cette pratique, surtout en faisant fermenter de l’eau sucrée au contact des marcs simplement décuvés. Dons ces conditions, on oblienldes seconds vins qui renferment la moitié et même les deux tiers des principes dissous dans les premiers.
- C’est à l’occasion de celte étude qu’il imagina (188^), pour en effectuer le dosage, de fixer le tannin sur des boyaux de mouton (cordes harmoniques, rés de violon) et d’en mesurer la quantité par l’augmentation de poids de la matière sèche. Plus tard (1895), il apporta à cette méthode quelques modifications destinées à lui donner une exactitude plus parfaite.
- En 1893 et 189!, Aimé Girard entreprit, en collaboration avec M. Lindet, une étude sur la composition des raisins des principaux cépages de France considérés dans toutes leurs parties, rades, peaux, pulpe et pépins. Ces lecherches ont été complétées par l'Étude du développement progressif de la grappe de raisin publiée en «898 dans le Bulletin du Ministère
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- de i‘Agriculture. Dans ccs études, donl je ne puis qu’énumérer les résultats principaux, les auteurs ont montré le rapport qui existe entre le tannin et son anhydride ou phloba-pliène qui l'accompagne dans les rafles, les pépins et les peaux: ils ont constaté, à côté de l’huile des pépins, la présence de glvcérides à acides volatils qui s’élhérifient aisément et signalé, dans les peaux, un produit odorant caractéristique du cépage dont elles proviennent; enfin ils ont indiqué comment, depuis la naissance de la grappe jusqu'à la maturation, les principes solubles divers voyagent et s’équilibrent pour constituer finalement ce fruit, riche en eau, en matière sucrée, en bitartrate de potasse, en acides libres, etc., que la fermentation ultérieure transformera en ces vins généreux donl la viticulture française est si légitimement ficrc.
- Les études poursuivies depuis >884 pendant quatorze années consécutives sur la constitution du grain de froment et la composition des farines sont de celles qui font le plus d’honneur à Aimé fîirard: elles ont abouti à une transformation complète du système de moulure, et je n'ai pas besoin de vous dire que le sujet dont il est question touche de trop près aux conditions de notre existence pour que l'humanité tout entière ne lui soit pas reconnaissante de l'avoir abordé.
- C’est par l'histologie du grain de froment et par l'analyse chimique de ses différentes parties qu'Aimé Girard débuta dans cette voie, et le Mémoire qu i! publia en >88.j sur ce sujet dans les Annales de Chimie et de Physique, accompagné de photomicrographies où le Maître qu'il était dans cet art se révéle pleinement, attira immédiatement l'attention du public industriel. Indépendamment des questions de détail dans lesquelles il m’est impossible d’entrer, il y montrait surtout les quantités d'amande farineuse, de germe et d’enveloppe que le grain renferme, et il prouvait enfin, par une expérience précise, que le germe et l’enveloppe, qui sécrètent ou renferment des diastases qui rendent le pain bis, sont de plus inassimilables par le tube digestif de l’homme et doivent, par conséquent, être rejetés des produits de la moulure.
- Or, a cette époque, les pays étrangers, F Autriche et la Hon-
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- grie, notamment, venaient d'opérer la transformation de leur outillage et de remplacer les meules de pierre par les cylindres métalliques; nos exportations diminuaient elles farines blanches produites à l'extérieur venaient faire concurrence aux nôtres jusque sur noire propre marché; la Chambre syndicale des grains et farines, préoccupée de cet état de choses, organisa, sous les auspices du Gouvernement, un concours auquel elle convia (i8$4) les constructeurs d’appareils et d’engins nouveaux. Elle remit à chacun d’eux une môme quantité de blés identiques, et ce fut à Aimé Girard que le Ministère de l’Agriculture confia la mission de juger le concours par l'examen des farines obtenues chez chacun des concurrents. La supériorité des farines de cylindres sur les farines de meules fut établie; leur gluten reste, en effet, plus plastique, elles renferment moins de particules de son et de germe, et M. Lucas a montré que, comme conséquence, les pains qu’elles fournissent sont à la fois mieux levés et plus blancs.
- C’est à la suite de cette étude que fut décidée la transformation des appareils de nos moulins et, depuis longtemps, notre industrie meunière a repris le rang qu'elle avait perdu jadis.
- C’est à l’occasion de ces recherches qu’il imagina ce procédé si ingénieux du dénombrement des débris dans les farines, procédé qu'il appliqua, en 189$, à l'étude des différents passages de la mouture des blés tendres et des blés durs, lorsqu’il eut l’occasion de présider la Commission des types de farines réunie par M. le Ministre du Commerce pour l'apurement des acquits d'admission temporaire.
- Dans ceue nouvelle étude, il montra que le taux limitatif de la mouture ne doit pas excéder 70 pour 100, sous peine d’obtenir des farines riches en débris, plus acides, et donnant des pains mal levés et fortement colorés; et la conclusion de ce travail se trouve tout entière dans le principe qu’il a posé : à savoir, que sur les produits de la mouture, 70 pour 100 doivent être réservés à l’homme et 3o pour 100 aux animaux, ces 3o pour ioo devant se retrouver sous forme de viande.
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- Ces travaux importants avaient éclairé Aimé Girard sur toutes les faces de celle question de l’utilisation du blé par la meunerieetla boulangerie: aussi, lorsque,en 1S96, une campagne de presse fut menée pour l’adoption du pain complet, il n’eut pas de peine à montrer : t° que l’apport en gluten fait aux farines normales parlesparliesquiavoisinent l’enveloppe est très faible et ne compense pas les défauts apportés en même temps par ces parties: qu’au contraire, la quantité d’eau fixée par les farines bises étant supérieure à celle fixée par les farines blanches, les pains obtenus avec les premières sont moins nutritifs que ceux obtenus avec les secondes; 20 que si, en effet, la quantité de phosphates contenus dans les farines bises est supérieure à la quantité contenue dans les farines blanches, il n’y a, néanmoins, pas lieu de s'arrêter à ce détail et de diminuer les qualités physiques du pain, car l’alimentation, si peu variée qu’elle soit chez (es ouvriers les moins fortunés, n’en apporte pas moins une quantité d’acide phosphorique notablement supérieure à celle que l’homme sain élimine chaque jour.
- Tout en s’occupant de ces questions qui lui devenaient chaque jour plus familières, Aimé Girard étudia la fermentation panaire (i885) et montra, par l’extraction de l’alcool et de l’acide carbonique produits, qu’elle est due à une levure que M. Boutroux a réussi à isoler. En 1893, à l'aide de thermomètres à maxinta, il prouva que, dans la cuisson du pain, alors que la croûte supporte une température de 3oo°, l'intérieur de la mie ne dépasse pas une température de ioi° à
- Enfin, pour couronner ses efforts dans celte voie, Aimé Girard, frappé de l’infériorité de certains blés français vis-à-vis des blés étrangers, avait résolu d’étudier les uns et les autres comparativement et il m’avait demandé, en raison des travaux que j’ai moi-même publiés dans cet ordre d’idées, de m’adjoindre à lui pour l’aider à mener à bien cette entreprise. La méthode employée pour ees essais compte parmi les dernières communications qu’il fit à l’Académie des Sciences (1897) et le travail était en bonne voie d’achèvement lorsque ia mort est venue brusquement interrompre noire collaboration. Je
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- n*ai pas besoin de vous dire que je ne me suis pas arrêté en chemin. Dans la Science, en effet, nous devons être les uns par rapport aux autres ce qu'étaient ces coureurs antiques qui se transmettaient le flambeau, et c'est un devoir pour chacun de nous de défendre l’œuvre entreprise en commun et de la continuer dans la mesure du possible.
- Je puis donc vous dire que ce travail, qui a porté sur l’examen de cent quatre variétés de blés de provenances diverses, est aujourd'hui terminé et que, aussitôt que mes occupations me le permettront, je publierai le résultat de celte élude qui, je puis vous l’assurer maintenant, fermera avec honneur le cycle des recherches effectuées dans cette vole par le Maître.
- C’est avec ses études sur le développement progressif de la betterave à sucre qu’Aiiné Girard s’installa aux champs, à cette ferme de la Faisanderie de Joinville-Ie-Pont, où il poursuivit dès lors toutes ses recherches agricoles.
- Son attention avait été attirée dans cette voie par la crise qui sévissait alors sur l’industrie sucrière. A partir de 1875, en effet, 011 avait vu notre fabrication, qui jusque-là tenait le premier rang en Europe, diminuer sa production et se laisser peu à peu distancer par l’Allemagne et môme par l’Autriche.
- Cet étal de choses n était pas du à un simple coup de fortune, mais, au contraire, aux études incessantes que, bien avant et après 1870, on poursuivait de l'autre coté du Ilhin sur la betterave sucrière et sur l’extraction du saccharose qu’elle contient. L’agriculture allemande, en effet, avait réussi à obtenir, par des procédés de sélection et de culture, des betteraves riches à 10 et »6 pour 100 de sucre, dont la nouvelle méthode, dite par diffusion, obtenait un rendement qui, de 5,45 pour ioo en 1879, aueisnail 9>ïl Pour 100 en i885.
- A cette époque, et tondis que cette révolution s’accomplissait à côté d’eux, nos agriculteurs et nos fabricants, confiants en leur ancienne supériorité, se contentaient de récolter des betteraves riches à 10 pour 100 seulement dont le vieux pro-
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- cédc par râpage ei pression n’extrayait péniblement que 5 à G pour ioo de sucre.
- Dès iS~.3, dans son enseignement du Conservatoire des .Arts et Métiers, Aimé Girard avait entrepris de déterminer chez nos fabricants, la conviction que leur méthode de travail était surannée et qu'il leur fallait, pour soutenir la concurrence, envoyer à la ferraille leur vieux matériel.
- Mais c’était chose plus difficile de convaincre nos agriculteurs qu’en rajeunissant les méthodes de culture, la terre française pouvait donner, aussi bien que la terre allemande, des racines riches en produit sucré. À cette époque, en effet,
- — beaucoup plus qu’aujourd’hui, il est juste de le reconnaître,
- — la méfiance sceptique que Dalou a si bien fixée sur la figure symbolique du paysan qui, dans notre Conservatoire, regarde la Science au pied du monument de Boussingault, était un défaut capital de l'homme des champs. En face de ce défaut qui a trop longtemps entretenu notre agriculture dans l'ignorance routinière, Aimé Girard ne se rebuta pas.
- De 1881 à 1887, sur le terre-plein qu’il avait fait élever à la ferme de Joinville, il étudia le développement progressif de la betterave sucrière dans toutes ses parties, feuilles, pétioles, racines et radicelles. 11 montra comment le sucre prend naissance, dans les feuilies, sous l’action des radiations solaires pendant le jour, et descend dans la souche pendant la nuit, et comment cet apport journalier peut, du iô juillet au i5 septembre, se traduire par l'existence de racines riches à plus de i 5 pour 100 de matière sucrée.
- C’était démontrer à nos agriculteurs la possibilité de réaliser eu France les résultats culturaux obtenus à l’étranger et aujourd'hui, si notre industrie sucrière a reconquis le rangqu’elle occupait jadis, on peut dire, sans crainte d’etre démenti, que c'est en grande partie à Aimé Girard qu’elle le doit.
- Je vous signale en passant, Messieurs, les recherches faites sur la destruction des nématodes de la betterave (tleterodora Schuchtu) au moyen du sulfure de carbone et des effets que la désinfection du sol au moyen de ce liquide produit sur l'augmentation des récoltes ultérieures (essais de 1887 à 1892) ; je passe également sur l’emploi de la bouillie cuivrique pour
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- détruire ce mildew de la betterave qu'on nomme le Perono-spora Schachtü, et j’arrive à ces belles éludes sur la cukure de la pomme de terre industrielle et fourragère qui fout le plus grand honneur à Aimé Girard et couronnent dignement ses travaux de Chimie agricole.
- C’est dans son enseignement du Conservatoire des Arts et Métiers et de l'Institut Agronomique qu i! faut rechercher l’origine de ces dernières recherches. Tout d’abord, las de demandera un ami les échantillons des diverses variétés de pomme de terre qu'il voulait montrer à l’amphithéâtre, il résolut de les cultiver chaque année lui-même à la ferme de Joinville. Constatant, dans scs premiers essais, la supériorité de certaines variétés sur les autres tant au point de vue du rendement à l'hectare que de la richesse en fécule, il fut rapidement convaincu qu’on pourrait, par le choix et la sélection, améliorer rapidement la culture delà pomme de terre en France et obtenir des résultats aussi satisfaisants qu'en Allemagne.
- El c’est alors que, après avoir étudié le développement progressif de cette plante comme il l’avait fait pour la betterave â sucre; qu’après avoir, en collaboration avec celui qui vous parle, imaginé un instrument pratique de détermination rapide de la richesse en fécule des tubercules récoltés, il se mit résolument à trouver la solution du problème qui le préoccupait.
- Je ne puis, dans ccl aperçu, suivre Aimé Girard dans les nombreuses publications qu’il fil, de 1889 à 189S. sur les recherches effectuées à ce sujet. Je me contenterai de vous rappeler que, pour convaincre les agriculteurs, il les Ht ses propres collaborateurs: ils n’étaient qwe 4o en 1889: en 1892, ils étaient 600, couvrant ainsi, en France un vaste champ d’expérience de plus de Goo hectares. L’inlïuencede la profondeur des labours, du choix des engrais, de l’espacement des poquets ao^o sur o”,Go, de la plantation hâtive, du poids et du non-seclionnemeni des tubercules de plant, de la sélection, fut établie et démontrée à l’aide de la variété Richters Imperator qui se reco ni mande par ses qualités particulières, et aujourd'hui, les rendements de aô à 35000** de tubercules
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- à l'hectare sont couramment atteints,'alors qu’avant 1889 les rendements de ôooo** étaient considérés comme des exceptions superbes.
- Les éludes qu’Aimé Girard poursuivit en même temps sur la destruction des maladies cryplogamiques au moyen des composés cuivriques, sur la migration de la fécule dans les tubercules à repousse furent complétées par les recherches qu'il fit sur l’application de la pomme de terre à grande richesse à la production de l’alcool et à l'alimentation du bétail; ces recherches sont le complément direct des premières et elles couronnent avec honneur l’œuvre agronomique d'Aimé Girard.
- Tour terminer, Messieurs, l’analyse des nombreux travaux qui ont illustré le nom de celui dont je vous entretiens, je ne voudrais pas oublier de vous parler de cette méthode de destruction des cadavres d'animaux dont il a encore eu le temps de voir se propager l’application pratique. En i883, au moment où Pasteur étudiait, à la ferme de Joinville, la prophylaxie de la bactéridie charbonneuse, Aimé Girard montra qu’on pourrait faire disparaître les dangers créés par l'enfouissement des animaux morts du charbon, en dissolvant leurs cadavres dans l'acide sulfurique froid, qui ainsi chargé d’azote pourrait servir à la fabrication des superphosphates destinés à l’agriculture. Celle méthode a réussi pleinement', et aujourd’hui elle est appliquée industriellement à Genève, à Marseille, à Roanne, à Grenoble, etc., et rend, au point de vue hygiénique, les plus grands services aux municipalités.
- Cette énumération rapide vous montre, Messieurs, que les services rendus à la Science, à l’Industrie et à l’Agriculture par Aimé Girard sont d une importance capitale et justifient la réputation universelle qui restera attachée à son nom. De son vivant, I! avait reçu la récompense de ses efforts : membre de la Société nationale d’Agriculture(i882), président de section de la Commission des valeurs de douanes (i88ti), secrétaire perpétuel de la Société d'Encouragemeni pour l'industrie nationale {1890} en remplacement de l’eligot. le prix Jtarotte
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- lui était, en «&)3, décerné par la Société nationale d'Agricul-ture, et enfin le x'i février 189k l'Académie des Sciences rappelait dans son sein en remplacement de Chambrelent. Ces récompenses si justement méritées n’avaient pas altéré sa sérénité d'âme et aujourd'hui encore, s'il lui était permis de faire un choix parmi tous les honneurs posthumes qu’on pourra lui rendre, il compterait comme le plus précieux celui que lui font ces industriels, ces modestes agriculteurs qui, à côté de ses amis et de ses élèves, viennent en foule lui prouver leur reconnaissance en apportant leur obole à cette souscription publique destinée à l'érection de son buste dans notre Musée du Conservatoire qu'il a tant contribué à enrichir.
- Messieurs, c’est l'apanage de l’historien impartial d’échapper aux contingences et déjuger, après un recul suffisant, la part exocte prise à lu marche ascendante de l'humanité vers l'idéal, par les hommes illustres et les savants qui se succèdent à travers les générations.
- Pour nous, les contemporains de ces hommes, nous devons faciliter la tâche de l’avenir en réunissant les matériaux que nous possédons sur leur vie tout entière, et en essayant de donner une peinture aussi fidèle que possible du caractère que nous leur avons connu.
- C’est pourquoi je viens de vous retracer les grandes lignes de la vie scientifique d'Aimé Girard, en faisant mon possible pour remonter aux causes qui ont entraîné sa carrière et lui ont, à travers les années, conservé celte marque essentiellement pratique dont elle restera imprégnée. Mon œuvre ne serait pas complète si, pour terminer, je ne vous disais un mot des qualités du professeur eide l’homme qui complètent si heureusement chez lui le savant qu'il était et achèvent de lui attirer la sympathie de tous ceux qui l'ont connu.
- Professeur, Aimé Girard l’était au premier chef et l'on pourrait même dire qu’il if était que cela. Pour vous en convaincre, il me suffira de vous rappeler que c'est pour ses cours du Conservatoire et de l’Institut Agronomique que toutes ses recherches ont été entreprises et que c'est à ses leçons que, presque toujours, il en a fait connaître les résultats avant de
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- les communiquer aux diverses Sociétés savantes dont il faisait ou a fait partie plus lard. Et il me suffira aussi de demander à la plupart d'entre vous de se reporter à quelques années en arrière, de se souvenir de eetie physionomie à la fois souriante et calme qu’il apportait dans cet amphithéâtre, et ils se rappelleront ces leçons dont chacune d’elles était pour lui un triomphe et où il mettait au service de la Science celte éloquence communicative qui entraînait les convictions sans jamais fatiguer les auditeurs, même lorsqu’il abordait les sujets les plus difficiles.
- Mais ces leçons, qu’il faisait comme en se jouant, étaient, croyez-le bien, Messieurs, le fruit d’un travail acharné, et je sais, comme tous les préparateurs qui m ont précédé, tout le temps qu’Aimé Girard passait à leur édification. Soucieux de l’opinion du qui venait l’entendre et pour lequel il
- avait la plus profonde estime, il passait de longues heures à la recherche des démonstrations claires et frappantes, des chiffres relatifs à la situation économique des industries qu’il décrivait et des expériences sur lesquelles il voulait étayer ses théories et dont, dans une répétition préalable, il vérifiait toujours, au laboratoire, l’exactitude et la marche.
- Le laboratoire était, pour Aimé Girard, le lieu de prédilection et il y passait tout le temps qu'il n'était pas obligé de consacrer aux comités et aux nombreuses commissions dont il faisait partie. Il aimait à y être entouré de jeunesse, et, comme sa réputation était établie sous le jour le plus favorable, de nombreux élèves se succédaient sans cesse autour de lui.
- Ainsi que l'a fort bien dit sur sa tombe M. Livache, le doyen de nos camarades, pour nous « il n étail pas seulement le Maître écouté et respecté, mais il était surtout le chef d une véritable famille avec laquelle il n'a jamais cessé de vivre dons la plus étroite communion d'idées ». Au Conservatoire comme
- à la ferme de Joinville, il était partout le même, enjoué, indulgent, prenant gaiement son parti d’un bon mot, le provoquant même lorsque, au milieu du travail, les fronts, parfois, s’assombrissaient: il quittait souvent la pièce qui lui servait de cabinet de travail, et, faisant sa ronde, s'arrêtait auprès de
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- chacun, interrogeant, donnant tics conseils, intéressant tout le monde à sa conversation, à ses recherches et. finalement, reposant les esprits tendus par un aperçu sur les hommes et sur les choses, ou par une anecdote dite avec cette finesse qui était la marque caractéristique de son esprit.
- Mais, pour ses élèves, Aime Girard ne se contentait pas seulement d'èire un Maître, c'était surtout un ami qui les suivait dans la vie, qui s'intéressait à leurs joies et auprès duquel, dans les périodes de découragement ou de malheur, ils allaient se retremper et recevoir ces conseils qu’il prodiguait si paternellement et qui redonnaient des forces nouvelles pour reprendre la lutte.
- Son désintéressement et son amour du bien public avaient vite franchi les limites du terrain scientifique; les industriels devinrent rapidement et restèrent ses amis, et, de cette collaboration, tout le monde profita: les industriels, qui, en échange de ses conseils, lui ouvrirent la porte de leurs usines: son enseignement, qu'il put ainsi, grâce à ses relations, maintenir constamment au courant des progrès accomplis, et ses élèves qu’il casa toujours suivant les aptitudes qu’il avait reconnues chez chacun d'eux.
- Messieurs, je ne voudrais pas terminer ce portrait sans sortir de l’oubli une page, qu’heureusement la sténographie a recueillie de sa bouche, page que je considère comme son testament moral, et qui vous peindra, mieux que je ne pourrais le faire, l’homme qu’était Aimé Girard, si l'on veut prendre ce mot dans son acception la plus élevée.
- Je vous ai dit tout à l’heure que, le 12 février 1894» l’Académie des Sciences récompensait enfin cette vie scientifique si bien remplie, en donnant place dans son sein à l'auteur de tant de travaux estimés. A cette occasion, je songeai à fêter Aimé Girard en réunissant, autour de lui, dans un banquet, ses élèves, ses amis et ses admirateurs; mais, comme je savais qu’il avait des idées sur toutes choses, je m’en ouvris préalablement à lui, et il mil à son acceptation la condition expresse que la liste des invités lui serait soumise et que, à l’avance, elle ne devait comprendre que ses élèves et ses amis les plus intimes. l>as d'indifférents », me dit-il.
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- C‘e?i dans ces conditions que, le soir du i >. mai 1894, une quarantaine de convives prenaient place à table autour du Maître. Pour répondre aux toasts qui lui furent portés au dessert, il répondit par la courte allocution suivante que je vous demande de vous faire connaître en terminant :
- « Mes cnERS amis,
- « Car c’est d’amis et d’amis seulement que je me sais entouré ce soir à cette table : je n’ai voulu ni indifférents ni courtisans et je suis reconnaissant à ceux d'entre vous qui ont organisé cette fête, d’avoir consenti, à ma demande et un peu à regret, à en limiter l’étendue. Que d’autres s’attachent à la quantité des convives, c’est leur affaire, moi c’est la qualité que je prise, et cette qualité c’est dans le cœur, dans le cœur exclusivement que j’aime à la chercher.
- » C’est votre cœur qui vous a conseillé de venir ici, ce soir, fêler ma nomination à l'Institut et c'est alors pour moi un devoir que de rechercher devant vous, comme si je faisais mon examen de conscience, pourquoi vous avez voulu la fêter.
- » Il ne faut pas me dire quejesuisun grand homme: vous le savez bien, je ne vous croirais pas, je ne le croirai jamais. Et puisque nous sommes ici dans une annexe, une annexe bien plaisante du Laboratoire, laissez-moi parler un instant l’argot que vous y parlez si bien : Je ne me suis jamais gobé, je ne me goberai jamais.
- » Il est un mérite cependant que je revendique et que je revendique hautement : c’est d’être non pas un grand homme, mais un brave homme, et c’est le brave homme, j'en suis sûr, que vous avez voulu fêter ce soir.
- » Celte fête n’est-elle pas, d’ailleurs, un peu la vôtre? Cherchez parmi vous, depuisceux que l’âge a déjà rendus vénérables jusqu’à ceux qui ne vivent à mes côtés que depuis quelques mois, et vous n’en trouverez guère qui, peu ou prou, n aientété mes collaborateurs,qui, dans une mesure tantôt grande, tantôt petite, ne m’aient aidé à conquérir, un peu lentement peut-être, la situation que j’occupe aujourd'hui.
- » A vous tous, par conséquent, j’adresse du meilleur de mon
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- cœur remerctmenls, et remercîmenls encore pour l'aide que vous m’avez prêtée, pour l’amitié que vous m’avez toujours montrée, pour la sympathie enfin dont vous m'entourez ce soir.
- » Et comme de tous les remerctmenls, le meilleur c’est un bon conseil, laissez-moi vous dire en terminant : Faites comme moi, soyez de braves gens, marchez toujours tout droit, évitez les chemins tortueux, ne pensez pas à vous seulement, pensez aussi à ceux qui vous entourent, pensez à tous vos semblables, évitez enfin l'affreux égoïsme : l’égoïsme c'est la mort, et si vous faites ainsi, braves gens, soyez surs que les afflictions inévitables de la vie seront pour vous largement consolées parle souvenir du bien que vous aurez fait ».
- Je m’en voudrais d’ajouter un moi de plus : le savant et l'homme vous sont maintenant absolument connus.
- Après celle soirée du \ >. mai iSg4> Aimé Girard ne devait pas malheureusement jouir longtemps du succès qui venait de couronner sa carrière. L’excès du travail, les deuils de famille qui ne l’avaient pas épargné, avaient ébranlé sa santé déjà chancelante et, il y a quatre ans, il avait dù renoncer, avec tristesse, à reparaître à l’amphithéâtre. Enfin, au moment où, l’année dernière, je terminais ma dernière leçon, il venait d’être, depuis deux jours, frappé de cette maladie qui, le ici avril, devait l'enlever sans souffrance à l'affection de sa famille, de ses élèves et de ses amis.
- Messieurs, laissez-moi vous dire, en terminant, que le Maître n’est pas mort tout entier; il revivra longtemps parmi nous dans cette œuvre que nous aurons si souvent à parcourir ensemble, et aux heures de défaillance l’exemple de sa vie faite de labeur, de bonté ei de dévouement, saura nous inspirer et relever nos courages abattus.
- Quoi qu’on en dise, à notre époque où il est de mode de se parer d’un scepticisme qui n’est pas du tout de tradition nationale, le dévouement au devoir et la recherche de la vérité pour elle-même sont des vertus qui assurent encore, à ceux qui les pratiquent, une récompense assez élevée pour que
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- K. FLEURENT. — LA VIK ET LES TRAVAUX U AIMÉ U1RARD.
- leur culte ne disparaisse pas de sitôt du sol de notre patrie. L’heure n’est pas proche non plus cù nous perdrons cette religion du respect avec lequel nous devons garder précieusement la mémoire des hommes de la trempe d'Aimé Girard; et si jamais cette heure venait à sonner, la France ne serait plus la France, car elle renierait tout son passé, car elle perdrait du même coup celte confiance en l’avenir de l'humanité qui a été jusqu'ici l'inspiratrice de ces nobles actions qui ont fait rayonner son nom dans le monde.
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- LISTE GÉNÉRALE
- CONFÉRENCES PUBLIQUES
- Organisées es 1899
- A-r COX5E«VATO!IlK NATION A T. DES ARTS ET METIERS
- 15 janvier. — 1° Allocution de M. le colonel A. Laissedat, membre de l'Institut. directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers;
- a* La Radiographie et ses diverses applications, par M. A. Loxde, directeur du Service radiographique et photographique de la Salpétrière.
- 22 janvier. — Le rôle des diverses radiations en Photographie, parM. P. Villard, docteur és sciences.
- 29 janvier. — La Chronophotographie, par M. le docteur Marey, membre de l'Institut.
- 5 février. — La Photographie directe des couleurs, par M. G. LimiANN, membre de l'institut.
- 19 février. — Les progrès de la Photographie indirecte des couleurs et de la Photogravure monochrome et polychrome, par M. L. Vidai,, professeur à l’École nationale des Arts décoratifs.
- des conférences ont un lieu de deux heures et demie à quatre heures de l'après-midi, dans le srnml amphithéâtre de rétablissement.
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- ;xcE$ pi bi.ioi.es.
- 46 LISTE GÉNÉRALE DES CONFÈRE
- 26 février. — La Photographie en ballon et la Téléphotographie, par M. II. Meyer-Heine, ancien capitaine du Génie.
- 5 mars. — La Photographie en montagne, par M. J. Vallot, directeur de l'Observatoire météorologique du Mont-Blanc.
- J2 mars. — Les applications récentes de la Photographie à l’étude du Ciel, par M. P. Pliselx, docteur es sciences, astronome adjoint à l'Observatoire de Paris.
- 19 mars. — La Microphotographie, par M. F. Monpillard, membre de la Société française de Photographie.
- 26 mars. — Les Agrandissements, par M. É. Wallon, professeur de Physique au Lycée Janson-de-Saiily.
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- LA
- CONFÉRENCES
- PHOTOGRAPHIE
- SES RÉCENTS PROGRÈS.
- DISCOURS PRONONCÉ
- A LA SÉANCE b 01 VERTU RE. LE ! > JANVIER I 899,
- Par le Colonel A. LAUSSEDAT.
- Messieirs,
- Je ne vous priverai pas bien longtemps du plaisir d'entendre M. Londevous expliquer les phénomènes surprenants, presque mystérieux, de la Radiographie, mais je ne pouvais pas laisser inaugurer les conférences qui vont être faites cette année au Conservatoire, sans rappeler celles de l'hiver de 1891-9:1 qui ont eu un si grand retentissement, sons remercier encore une fois les savants qui nous avaient prêté leur concours et sans remercier à l’avance ceux qui vont nous le prêter cette fois, parmi lesquels il en est plusieurs, comme M. Fonde, qui sont des récidivistes.
- Il est bien probable aussi que parmi vous il y a également de nombreux récidivistes, et je les remercie en même temps, car leur empressement à venir dans cet amphithéâtre témoigne de l'intérêt patriotique qu'ils prennent au succès de cette nouvelle entreprise.
- Je Fai déjà dit ici, ii y a sept ans, cl je ne crains pas de le
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- l4S V. LAISSE DAT.
- répéter, ces conférences avaient eu et ont encore pour but de démontrer combien il devient chaque jour plus urgent d'organiser un enseignement supérieur de la Photographie dans ce pays qui, il y a exactement soixante ans aujourd’hui, selon l'expression d’Arago, dotait noblement le monde entier d une découverte qui pouvait contribuer aux progrès des arts et des sciences, en dédommageant Daguerre et le fils de Xiepce des peines et des dépenses que s’étaient imposées pendant bien des années les deux inventeurs.
- Arago pensait d'ailleurs que ce dédommagement, qui consistait en deux pensions viagères, l’une de 6000 francs et l'autre de 4000 francs, était loin d ètre en rapport avec le service rendu.
- Avec sa haute intelligence, il augurait que celte révélation Inattendue d'un moyen de fixer les images de la chambre obscure aurait des conséquences incalculables, et il ne craignait pas, dès le début, d’en indiquer tant eide si importantes que ses contemporains, môme des plus savants, considéraient ses prévisions comme empreintes d'exagération.
- Il n'en était rien, nous le savons bien aujourd'hui, et d’ailleurs plusieurs d’entre elles se sont réalisées assez vite pour que le grand physicien, le grand patriote, — un peu trop oublié aujourd’hui, — ait eu l’extrême satisfaction, de son vivant, de les voir dépassées et de constater que la plupart des progrès de l'art nouveau étaient dus à des Français.
- Pour vous donner une idée de la joie que les hommes de ma génération partageaient avec lui, à l'annonce incessante des merveilleuses transformations de cel art, je ne saurais mieux faire que de vous citer tout au long les conclusions de sa célèbre Notice sur le daguerréotype.
- « Je me suis attaché, y csl-il dit, à démontrer que la Photographie est une invention complètement française ; je suis heureux d’ajouter que, sans nier la part considérable que M. Talbot doit revendiquer dans l’invention des procédés qui servent à donner des images sur papier, 01» peut cependant affirmer que les principaux perfectionnements qu'a reçus successivement l’art découvert par MM. Niepce et Daguerre
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- COXEEREXCES SL R l.-V l'MOTOüRA PII1H. | |ç>
- sont dus à des Français : à M. Claudel, qui a trouvé le moyen de réduire à quelques secondes la durée d’exposition dans la chambre obscure; à M. Fizeau, qui a découvert un agent précieux pour donner plus de ton et de fixité à l'image; à M. Blanquart-Évrard, qui a su rendre rapides et simples les procédés de photographie sur papier: à M. N’iepce de Saint-Victor, qui a inventé la photographie sur le verre albuminé : à M. Legrav, qui a substitué le collodion à l'albumine dans cette dernière branche très importante de l’art nouveau, etc. a
- Et dans un autre Chapitre de sa Notice, Arago avait également signalé la première obtention des couleurs du spectre par Edmond Becquerel.
- « Grâce à tant d’efforts couronnés de succès, concluait-il, la Photographie a atteint en peu d'années une perfection inattendue; cet art s’est répandu dans toutes les parties du monde avec une rapidité que je n’aurais pas osé espérer à l’époque où il prenait naissance et où, selon certaines personnes, je lui prédisais un trop brillant avenir. »
- Et, en effet, les progrès accomplis dix ou douze ans seulement après la divulgation du procédé de Daguerre étaient déjà merveilleux; ils en présageaient bien d’autres dont nous avons été, dont nous sommes chaque jour les témoins. La part contributive de la France n’a pas cessé d’être considérable, mais il serait peu raisonnable de contester celle des autres pays et nous sommes tenus de faire aujourd’hui les plus grands efforts si nous voulons conserver le rang que nous occupons encore.
- D’ailleurs, la question d’amour-propre ou d’orgueil national n’est plus seulement en jeu. A l’cre des inventions fondamentales a succédé celle de leurs innombrables applications et de leur exploitation, c’est-à-dire la création de puissantes industries qui font vivre des milliers, des centaines de milliers de familles, et enrichissent les différents États, en raison de leur prospérité.
- Il serait fastidieux de reproduire les chiffres si souvent
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- cités, qui vont d'ailleurs toujours en augmentant, des impôts versés au budget de notre pays seul, en comparaison des quelques milliers de francs de pension viagère accordés à Daguerre et à l'héritier de Xiepce, niais il est à coup sûr permis de conclure de celte opération si lucrative pour l'État que son intérêt aussi bien que son devoir est de favoriser par tous les moyens en son pouvoir les progrès des industries dont il s’agit aussi bien que ceux de toutes les autres.
- On parle beaucoup de l’initiative privée à substituer partout à l'intervention et surtout à la participation financière de l’État, et je suis heureux, en ce qui concerne les photographes, aussi bien les professionnels que les amateurs, de constater publiquement qu'ils font de grands sacrifices pour faciliter l’initiation des débutants. Ainsi, à Paris, il existe d'excellents cours élémentaires organisés par la Société française de Photographie, par le Photo-Club, par Jes soins de la Chambre syndicale des constructeurs d’appareils, qui s’étendent dans tous les quartiers de la capitale. Sans doute, de semblables efforts sont faits en province; je viens de recevoir, aujourd’hui même, de l’un de nos anciens collègues de iSq*»,, le savant M. Truiat, les épreuves du texte de dix Leçons publiques de Photographie qu’il a faites l’hiver dernier à Toulouse, sous les auspices de la municipalité, et qui vont être publiées par .M. Gauthier-Villars.
- Mais M. Truiat, comme nous, comme la Société française et le Cercle de la Librairie, comme tous ceux qui connaissent la question, est d'avis qu'il faut aller plus loin et que la Photographie, avec ses admirables applications aux arts graphiques, avec les autres arts qu’elle a créés ou développés et toutes les sciences qu’elle aide autant qu’elle leur emprunte elle-même, réclame impérieusement un enseignement supérieur comme ceux qui sont organisés à Paris au Conservatoire des Vrts et Métiers et dans plusieurs de nos universités de province pour les autres grandes branches de l'Industrie.
- On sait d'ailleurs que cet enseignement existe déjà depuis plusieurs années dans la plupart des pays voisins et qu'il v est l'objet de la sollicitude des gouvernements qui en comprennent toute 1 importance. Je vais même à c(1 propos commettre une
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- CONFÉRENCES SIR LA PIlOTOC U A 1MI (K. t5l
- indiscrétion qui, j’en suis convaincu, me sera pardonnée, précisément à cause de sa gravité.
- L’excellent éditeur des plus belles œuvres d’art reproduites par la Photographie, 31. Braun, me confiait, il n’y a pas bien longtemps, qu’il s’était vu dans la nécessité d’envoyer son fils à l’Institut photographique impérial et royal devienne, dirigé par le célèbre docteur Eder, pour y compléter son instruction, parce qu’il ne trouvait pas les mêmes ressources à Paris.
- Je m'arrête, Messieurs, après ce très pénible aveu. Je n’aggraverai pas l’impression qu’il ne manquera pas de produire dans vos esprits en énumérant les institutions officielles analogues qui existent en Angleterre, en Allemagne, dans plusieurs des États de l'Amérique du Nord. etc. Je me hâte même d’ajouter, pour vous rassurer un peu, que si j’ai offert à la Société française de Photographie, qui avait eu précisément la même idée, de reprendre, de continuer notre campagne de 1891-1892, au moyen de conférences démonstratives, c’est seulement après en avoir entretenu mon chef hiérarchique immédiat, M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie, que j’ai trouvé parfaitement disposé et déjà préparé par une démarche instante faite auprès de lui au nom de la Chambre syndicale des constructeurs d’appareils.
- Nous avons donc le droit d’espérer que, avec son appui et après le succès dont je ne doute pas de la nouvelle tentative qui va être faite à la fois au siège de la Société française et dans cet amphithéâtre par un groupe de savants dont il ne m’est pas permis de faire l’éloge puisque je suis leur obligé, le Parlement se décidera à nous accorder, sans plus attendre, le crédit nécessaire à l’organisation de l’enseignement de la Photographie et de ses diverses applications scientifiques et industrielles.
- En prévision de cette création, profitant de l’habiie restauration qu'il vient de faire du bâtiment de la grande galerie centrale de notre Musée, l’excellent architecte du Conservatoire, M. Gerhardt, est parvenu, sur ma demande, à aménager à l’étage supérieur un vaste laboratoire de Photographie dans lequel le professeur, son préparateur et plusieurs assistants
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- trouveraient la place et les ressources nécessaires aux travaux de recherches qu’ils voudraient entreprendre.
- Souhaitez avec moi, Messieurs, que notre persévérance, entretenue par les nombreuses sympathies que nous avons rencontrées, finisse par avoir raison des derniers obstacles que nous connaissons bien, mais que nous espérons avoir déjà bien ébranlés, et que l'on puisse nous appliquer bientôt le vieil adage de nos pères : la foi soulève les montagnes ! Nous serons alors suffisamment récompensés de tomes nos peines.
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- J..V
- RADIOGRAPHIE
- SES DIVERSES APPLICATIONS,
- CONFÉRENCE m 15 ianvikk IS99.
- Par M. A. LONDE,
- Directeur du Service pliotograplii<|tu: et radiographique à ta Salpétrière 'Clinique «les Maladie* «lu système nerveux \
- Lauréat de l’Académie de Médecine, de la Faculté tic Médecine de Pari*. Oliicier «le ritmrurtii.n publiijiu*.
- Nous avons eu l'honneur, il y a sept ans, de faire au Conservatoire national des Arts et Métiers une conférence sur la Photographie médicale. Les résultats que nous avons montrés avaient une grande importance ou point de vue iconographique et didactique; ils constituaient entre les mains du médecin des documents de haute valeur et apportaient à la Physiologie et à la Morphologie de nouveaux procédés d’analyse; néanmoins, il faut bien le reconnaître, le malade qu; servait de sujet ne profitait pour ainsi dire jamais des observations récoltées sur lui; aujourd'hui, il n’en est plus de même. Grâce à la merveilleuse découverte que nous allons vous exposer, la plaque photographique, « cette rétine du savant»,comme disait si justement M. Janssen, va nous permettre, en quelque sorte, de pénétrer dans le corps humain, d’en sonder les mystères, d’y découvrir les lésions. La Radiographie est un nouvel outil entre les mains du médecin et du chirurgien, outil qui leur permettra do confirmer un diagnostic, de le rectifier ou de l'établir avec une extrême précision. A ce
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- tilre, le malade sera le premier à lirer bénéfice des lumières nouvelles apportées au praticien, car, pour guérir avec chances de succès, la première condition c’est de connaître le mal et d’en savoir exactement le siège.
- La Photographie médicale est donc entrée dans une nouvelle phase de son développement : si nous ajoutons les progrès réalisés dans la synthèse du mouvement, progrès qui nous permettent de conserver les démarches pathologiques, les tics, les spasmes, les attaques d’épilepsie et d'hystérie et de les reproduire à volonté sous les yeux des élèves, on verra le chemin parcouru en cette courte période de sept années. Ce qui est vrai de la Photographie médicale est également vrai des autres branches de la Photographie; aussi sommes-nous fier d’apporter notre modeste concours à l’œuvre entreprise par le très sympathique Directeur de cet établissement, M. le colonel Laussedat. La création d'un enseignement officiel de la Photographie s’impose dans notre pays, qui fut le berceau de celte belle découverte.
- Il est déjà assez humiliant que nous ayons été dépassés dans cette voie par la plupart des nations voisines: il est grand temps de combler cette lacune et d’assurer le recrutement de ces travailleurs qui sont appelés à rendre tant de services dans les applications industrielles et scientifiques de la Photographie.
- Lorsqu'on fait fonctionner une bobine d’induction, on obtient entre les bornes de l'induit des étincelles éclatantes : si la décharge, au lieu de s'effectuer à l'air libre, se produit dans une atmosphère raréfiée, l'étincelle disparaît, on obtient des efiluves et des stratifications que tout le monde a pu observer dans les tubes de Geissler. Dans ces derniers, le vide est obtenu au centième d’atmosphère environ : si Ton raréfie davantage l'air contenu dans le tube de façon à n’avoir plus qu'une pression d’un millionième d’atmosphère environ, les phénomènes changent encore, l'ampoule s’éclaire d'une belle
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- lueur jaune verdâtre et les radiati-.ms obtenues, les rayons cathodiques ont des pro r.v Js particulières qui ont été étudiées par MM- Crookes, Goldstein» Lenard et Wiedemann.
- En répétant ces belles expériences, le professeur Rœntgen remarqua que l'ampoule émettait des radiations absolument invisibles pour l'œil, mais qui avaient, d'une part, la propriété d'illuminer les substances dites fluorescentes, et, de l'autre, d’agir énergiquement sur les plaques photographiques.
- Ces deux observations capitales sont la base de ia Radioscopie et de la Radiographie. M. Rœntgen constata également que ces rayons qu'il dénomma rayons X, car il n'était pas fixé sur leur nature, traversaient divers corps opaques pour la lumière ordinaire, qu'ils étaient, au contraire, arrêtés par d’autres corps qui sont transparents pour cette même lumière. Il eut alors l’idée géniale d’interposer sa main entre la plaque et l’ampoule et il vit se dessiner l’image du squelette de celle-ci, à cause de la transparence inégale de la chair et des os. La Radiographie médicale était née et cette simple expérience était destinée à avoir un retentissement considérable par suite des applications importantes qui en découlent naturellement.
- A titre d'exemple, nous allons faire passer derrière l'écran fluorescent qui sert pour la Radioscopie diverses substances : le papier, le canon, le bois, le charbon, l'aluminium en feuille mince laissent une ombre à peine indiquée, ils deviennent en quelque sorte transparents et vous pouvez voir au travers l’ossature de ma main. Prenons d'autres corps: le plomb, le mercure, le platine ne se laissent pas traverser; le verre lui-même, si transparent, devient un obstacle pour les rayons X. L’étude systématique de la transparence ou de l’opacité des divers corps permettra de suite de prévoir nombre d’applications.
- Il n’entre pas dans notre programme de parler des propriétés physiques des rayons X, lesquelles sont loin d'être exactement connues. Qu'il nous suffise de dire que leur marche parait être rigoureusement rectiligne et que l'on n'a encore pu ni les réfléchir ni les réfracter. Nous devons
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- insister plus spécialement sur la pratique ci les applications de la nouvelle découverte.
- Comme générateur d'électricité, on peut utiliser soit la machine siaiii|uc, soit la bobine dïnduciion ; cependant, c’est celle dernière qui est la plus généralement employée. Depuis la découverte de Rœntgen, cet appareil de Physique, qui servait principalement dans les laboratoires et les cours, est
- Itobine Kadiguei (mi-iWc,.
- devenu en quelque sorte un appareil industriel auquel on demande de longs et fréquents services. De tous côtés, on a modifié les types classiques pour les adapter à leur nouvelle destination. On a perfectionné l’isolement de l’induit, point capital pour éviter les décharges internes qui mettent vite l’appareil hors d’usage. Pour diminuer les pertes, on a noyé en partie ou en totalité la bobine dans une masse isolante. Nous citerons, dans cet ordre d’idées, la bobine de M. Radi-guet, mi-noyée {Jig. i), ou de M. Ducretet, celle de MM. Clément et Gilmer, totalement noyée (y?g\ 2). Comme type différant sensiblement du type classique, il nous faut indiquer le transformateur de M. Rocheforl. Dans les bobines ordinaires {Jig. 3), l'induit occupe toute la longueur de l’indue-
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- teur et du noyau de fer doux, if est ù un seul enroulement ou est constitué par des galettes juxtaposées, lesquelles sont en
- Bobine Clément et Ciltner (totalement noyée).
- plus ou moins grand nombre. Le transformateur de M. Roche-fort, ainsi qu'il résulte de la première description qui en a été
- faite, ne renferme qu'une seule galette située vers la partie médiane de l’inducteur (ftg- 4)* L’isolement est obtenu au 3* Série, t. I. n
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- moyen d’un isolant pâteux spécial. Ce type» malgré sa construction plus simple et son poids moindre, donne des résultats sensiblement égaux avec une consommation plus faible.
- Grâce à l'obligeance de l'inventeur, nous pouvons faire fonctionner devant vous un transformateur qui donne de magnifiques étincelles dcom,5o de longueur.
- Mais c’est du côté de l'interrupteur que les transformations ont été profondes. L’interrupieur à marteau, qui a l’inconvénient de coller et qui n'assure pas des interruptions brusques du courant primaire, est peu employé. L'interrupteur à mer-
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- cure Foucault est modifié el transformé de façon à lui assurer une marche plus rapide. Ou reconnaît Futilité qu’il y a à multiplier le nombre des interruptions dans l’unité de temps et à régler, d’autre part, lus durées respectives du passage et de la rupture du courant. Un petit moteur électrique, comme dans le modèle que nous avons proposé [Jig. ô), dans ceux de M. Ducretet ou de M. Ilochefurt, imprime un mouvement
- rapide et alternatif à une lige plongeant dans le mercure : celui-ci est recouvert d'un mélange d’eau et d’alcool ou d’huile lourde de pétrole. La rupture est ainsi plus brusque: on règle la durée de passage du courant et, par suite, l'illumination de l’ampoule en montant ou en descendent le godet de mercure. M. Kochefort <e sert d'une lame vibrante pour entraîner la tige plongeante (fig. 6) : le mouvement est entretenu électriquement et, au moyen d’an rhéostat intercalé, on peut facilement faire varier la cadence. L’interrupteur à mercure, qui donne d’ailleurs d'excellents résultats, a cependant quelques inconvénients: le métal foueilé par la lige plongeante se transforme en une boue grisâtre qui oblige ù de fréquents nettoyages : aussi on a cherché à établir des interrupteurs ne présentant pas cet Inconvénient, et l’on a proposé des types fonctionnant par friction métal sur métal, au sein d'un liquide
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- déterminé. M. Radiguet a proposé, croyons-nous, le premier,
- Interrupteur oscillant O. Rochefort.
- un appareil de ce genre et nous le faisons fonctionner devant
- Interrupteur Radiguet (métal sur métal).
- vous ifig' - . M. Kodiefori ci nous-mC*me avons indiqué des
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- appareils du même genre {Jig. 8) : dans celui que nous avons Tait fonctionner à la Société de Physique, le rapport des
- Interrupteur rotatif A. Loode et L. Leroy.
- A. Godet contenant de l'huile lourde de pétrole. — B, Balai de friction. — C C’. Bornes du primaire. — D. Dynamo. — R, Rhéostat de réglage de la dynamo. — E E', Bornes du courant actionnant la dynamo.
- durées de passage et de rupture du courant est déterminé d’une façon mécanique par les dimensions respectives des secteurs métalliques et isolanis qui composent la couronne sur laquelle se meut le balai collecteur.
- Une autre question capitale est celle des ampoules : après de nombreux essais, on paraît avoir reconnu la supériorité du type dit Focus {fig-ÿ) dans lequel une lame métallique incli—
- Fig. t,.
- Ampoule focus.
- née à 45° renvoie sur l’objet les radiations actives. L’ampoule bi-anodique est dans ce cas et elle est généralement employée (Jîg. io). On sait cependant que par l’usage les ampoules se vident davantage, ce qui, à un certain moment,
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- interdit le passage (lu courant. Il est donc intéressant de pouvoir rendre à l'ampoule les quelques parcelles gazeuses
- .0.
- Ampoule bi-anoiliquc.
- qui sont nécessaires à son bon fonctionnement. C'est là le but des ampoules à vide réglable : on en connaissait déjà quelques types à électrode supplémentaire de palladium ou renfermant
- P, Tube de platine permettant la rentrée ûe l'hydrogène par osmose. — A,chalumeau.
- du charbon absorbant ou de la potasse; néanmoins, la plus intéressante qui vient d'être présentée est l'ampoule a osmose de M. Villard {fig. n). Celle ampoule, construite par
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- M. Chabaud, peut èlre réglée avec la plus grande précision ; on peut y introduire par osmose de rhydrogène ou l’en retirer à volonté. Elle conduit à des résultats vraiment supérieurs et nous permet de lutter avec avantage contre les ampoules étrangères, lesquelles, à un certain moment, étaient seules employées, et à regret, du reste, par la plupart des opérateurs français.
- Mais ce n’est pas tout que d’avoir une bonne ampoule, il faut savoir s’en servir. La position de l'ampoule est chose capitale: d'après elle, Is netteté et les dimensions de l'objet varieront. Il suffit de placer la main derrière l'écran pour voir que les dimensions augmentent au fur et à mesure que l’on s’éloigne : le netteté des ombres diminue également. D’un autre côté, la rapidité d'impression varie en raison du carré de la distance; H faudra donc ne pas trop s'éloigner pour réduire la durée d’exposition. Ce sera à l'opérateur de prendre une juste moyenne de façon à obtenir le meilleur résultat dans le temps le plus court.
- Il est cependant un point particulier qui doit attirer notre attention : d'après les résultats observés, les rayons X, qui ne se réfractent ni ne se réfléchissent, ont cependant une propriété qui n’est pas sans causer de sérieuses difficultés aux radiographes. Par suite de l'illumination de l’air ambiant, les radiations actives contournent l'objet à reproduire et l’on constate un effet de dissémination très curieux. Pour fixer vos idées, rappelons une élégante expérience due à M. Buguei. Le problème posé est le suivant: Radiographier une serrure placée sur un meuble en bois que l’on ne peut pas ouvrir. L’auteur place la plaque photographique sur la serrure extérieurement puisqu'un ne peut ouvrir le meuble, puis, au dos de la plaque, une lame épaisse de plomb et enfin par derrière l’ampoule radiographique.
- Dans ces conditions, bizarres a priori, l'image de la serrure est reproduite sur la plaque photographique; la feuille de plomb n’étant pas traversée et formant un écran protecteur, on ne peut admettre le résultat obtenu que par la diffusion des radiations actives par l'air contenu dans le meuble. En pratique, l’effet de dissémination apparaîtra toutes les fois
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- que l’on aura de grandes épaisseur» à traverser et que les parties à reproduire seront distantes de la plaque; il est d’ailleurs vraisemblable que les mêmes phénomènes se passent dans le corps humain, et c’est ce qui explique les difficultés que l’on rencontre pour obtenir de bonnes radiographies de
- Pi?- >*.
- radiographique (modèle de fauteur)
- bassins et de thorax. Pour éviter ces effets, on a proposé des écrans de plomb placés sous la surface sensible ou encore l’entourant comme d’une véritable ceinture de métal. Si l’efficacité de ces méthodes est encore contestée par certains opérateurs, leur emploi ne saurait avoir d'inconvénients, aussi on peut les utiliser sans crainte. Nous mettons sous vos yeux un châssis radiographique dont le fond est garni, dans cette intention, d une feuille de plomb (Jig. 12}; à défaut de ce dispositif il suffit d envelopper la plaque dans du papier noir : c’est ce que font beaucoup d’opérateurs.
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- Le choix des plaques n’esi pas indifférent; la plupart des préparations usuelles ont une certaine tendance à donner des images grises et voilées, surtout lorsque l'on a à reproduire des parties épaisses du corps et que la durée d'exposition est obligatoirement prolongée. Certains fabricants ont créé des plaques spéciales pour la Radiographie, plaques dans lesquelles Pépaisseur de la couche est plus forte (Lumière), ou simplement la formule modifiée pour obtenir des négatifs bien tranchés (Graffc et Jougla). M. Guilleminot prépare des plaques à double couche qui donnent de bons résultats. Nous devons constater néanmoins qu’avec les durées de pose obtenues maintenant la nécessité de plaques spéciales s'impose moins et que toutes les bonnes plaques peuvent donner d’excellents résultats.
- La question de la détermination du temps de pose est une question fort délicate, car il faut tenir compte de divers facteurs dont quelques-uns sont difficiles à déterminer :
- i# L’état de vide de l’ampoule, qui varie d’ailleurs constamment, doit être noté avec soin : une ampoule neuve et, par suite, peu vidée, est moins rapide et moins pénétrante qu’une ampoule ayant déjà travaillé et devenue plus résistante. Un des grands avantages de l’ampoule à osmose dont nous avons parlé précédemment, c’est de pouvoir être facilement remise dans un état déterminé de fonctionnement; la détermination du temps d’exposition sera ainsi beaucoup plus aisée, si l’on a soin de bien noter les conditions dans lesquelles on opère ;
- a4 La distance de l’ampoule influe sur la durée d’exposition : les temps de pose sont en raison inverse du carré de la distance :
- 3° La nature de l’objet à radiographier a une importance capitale et il faut consulter à ce sujet les tables de transparences qui ont été établies par divers auteurs. En principe, la pose doit être d'autant plus réduite que la transparence est plus grande:
- 4° Pour un même corps d’une transparence déterminée, le coefficient de pose variera en raison directe de l’épaisseur. C’est ainsi que, dans les radiographies médicales, le temps de
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- pose diffère beaucoup d’après la partie du corps reproduite et d'après la corpulence du sujet;
- 5° La sensibilité de la plaque n'est pas un coefficient à négliger : d’une manière générale, les préparations photographiques se comportent vis-à-vis des rayons X comme à la lumière ordinaire, c’est-à-dire qu'il y aura toujours avantage à employer les marques les plus sensibles.
- Le facteur le plus important à déterminer est celui qui a trait à l'actinisme propre de l'ampoule. L’examen à l’œil ne peut donner aucun renseignement certain, car les rayons X sont invisibles pour nous. L’intensité de la fluorescence verte de l’ampoule ne-saurait être non plus prise comme base, car les deux phénomènes sont loin d'avoir une marche parallèle: une ampoule très éclatante à l'œil pourra être très peu riche en radiations actives, tandis qu’une autre, qui sera à peine éclairée, sera bien plus active.
- On a cherché alors à se guider sur l'intensité de la fluorescence obtenue sur l'écran au plaiinocvanure de baryum.
- ---- T
- Chercheur Ducreicl.
- M. Ducrcteia, dès les débuts, proposé un petit chercheur de ce genre qui peut rendre des services {Jig. «3>. M. Brandi a, depuis, indiqué l’appareil qui est sous vos yeux {ftg. *4): une
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- lame épaisse <le plomb porte des numéros ajourés, lesquels sont garnis de substances déterminées possédant divers degrés de fluorescence; suivant le nombre des numéros visibles à la distance où l'on opère, on peut avoir des renseignements suffisants en pratique pour régler approximative-
- Fig. il.
- Posotnèirc Brandt.
- ment le temps de pose. Notons, toutefois, ainsi que l’a démontré M. Parinaud, que la sensibilité de l’œil, en ce qui concerne l’examen de la fluorescence, est loin d'ètre la même chez tous les individus, et que, chez un môme opérateur, elle est fonction de la sécrétion du pourpre rétinien. Des différences importantes pourront donc être constatées suivant l’ctat de l’œil.
- Actuellement, grâce à la technique spéciale qui est mieux connue, à l’emploi des nouveaux types d’ampoules, les durées de pose sont bien réduites et deviennent pratiques dans la majorité des cas. Après avoir posé deux heures dans les débuts pour la main, on obtient aujourd'hui des résultats
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- bien meilleurs en quelques secondes; les parties les plus épaisses du corps sont traversées en quelques minutes. Cependant, tous les progrès nouveaux qui tendraient encore à réduire la durée d'exposition seront très appréciés; on sait, en effet, que les mouvements de la respiration interdisent la reproduction de la partie antérieure des arcs costaux; d’autre part, dans les radiographies de bassins, on ii'obiieni pas encore toute la perfection désirable.
- On a cherché de divers côtés à réduire le temps de pose et l'on a proposé, à cet effet, de placer sur la couche photographique et face à elle des substances fluorescentes et phosphorescentes, ce sont les écrans dits renforçateurs. Parmi les substances indiquées, nous signalerons le platinocyanure de baryum ou de potassium, le sulfure de zinc (Charles Henry), le sulfure de calcium violet de Becquerel, etc. Les opinions des auteurs sont loin d’ètre concordantes sur l’efficacité de ces écrans, mais, ce qu'on leur reproche généralement, c’est de donner un grain à la couche et de diminuer la netteté de l’image. Nous avons entrepris, d’une façon systématique, l’étude du rôle des écrans renforçateurs en Radiographie et nous sommes arrivés à certaines conclusions intéressantes à noter. Le platinocyanure ne donne pas d’effet renforçateur appréciable, mais, d’autre part, il produit sur la couche un grain qui dépend de la grosseur même des petits cristaux du produit employé; avec le sulfure de zinc, l’effet renforçateur n'est pas plus manifeste; par contre, le grain est moins visible : voilà donc deux substances qui avaient été proposées pour augmenter la réduction de la couche photographique et qui n’ont aucun effet. Le sulfure de calcium violet, au contraire, a une action indiscutable et qui permet d’obtenir une même intensité du négatif avec une durée d’exposition beaucoup plus courte; malheureusement, cette substance apporte une cause de trouble considérable que nous ne pouvons mieux comparer qu’au halo par approximation, bien connu en Photographie, lequel se montre à la limite des plages très éclairées et des plages sombres. L’emploi des écrans renforçateurs ne peut donc être fait lorsqu’il s’agit de fins détails: pour déterminer de grosses choses, des fractures, des corps
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- étrangers d’une certaine dimension, ils pourront être d’un très grand secours, car ils permettront d’opérer beaucoup plus rapidement que par tout autre procédé.
- Certains auteurs, et, en particulier, M. Seguy, conseillent de prendre des plaques sensibilisées des deux côtés et deux écrans. Il vaudrait mieux, à notre avis, prendre des pellicules sensibilisées sur les deux faces; on supprimerait ainsi le verre qui atténue, dans une large mesure, l’action sur la couche inférieure. D’ailleurs, la préparation de ces plaques et leur développement présentent de grandes difficultés. 11 nous a semblé, cependant, que ces tentatives devaient être signalées.
- La lecture et l'interprétation des radiographies doivent nous arrêter un instant. Le négatif, regardé du côté de la couche, montre le modèle dans la position où il se trouvait sur la plaque; le positif donne, par suite, une image inverse de l’original; il ne faudra pas oublier ce détail, sous peine de commettre de graves erreurs. On devra s’habituer également à l'interprétation des radiographies, car l'image qui est fixée sur la plaque est une image composite qui enregistre les divers plans du modèle et en donne la résultante. Pour vous en montrer un exemple typique, voici une médaille d’aluminium qui a été radiographiée deux fois, une fois la face en dessus, une autre fois le revers: dans les deux cas, les deux côtés sont parfaitement visibles, et, seuls, les caractères nous permettent de reconnaître la face qui était sur la plaque. Quand le modèle a une certaine épaisseur, le plan le plus net sera celui qui est le plus voisin de la couche photographique; on pourra, d’ailleurs, en quelque sorte éliminer les plans les plus éloignés de la plaque en rapprochant l'ampoule de telle façon que leur image ne soit plus nette. Si l’on veut, au contraire, la netteté de tous les plans, il faudra éloigner l’ampoule; ces artifices constituent une sorte de mise au point.
- L'avantage de la Radiographie est de donner des documents durables que l’on peut étudier à tête reposée, comparer à d’autres et enfin publier. Ces documents sont, d'ailleurs, impersonnels, ce qui met l'opérateur à l’abri de certaines erreurs que l’on peut commettre en examinant l’image momentanée
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- reçue sur l'écran fluorescent. En dehors des différences individuelles que nous avons signalées plus haut, on a constaté que l’œil ne pouvait pas percevoir certains détails fixés sur la plaque; à ce point de vue, la supériorité de la Photographie est indiscutable.
- Par contre, la Radioscopie a pour elle l’avantage de donner des résultats immédiats et de permettre l’étude de certains mouvements internes; elle aura donc aussi son rôle tout indiqué en Médecine jusqu'au jour, qui n'est peut-être pas bien éloigné, où nous pourrons faire de la Radiographie instantanée; à ce moment, nous mettrons en œuvre les méthodes désormais classiques de la Chronophotographie et de la Cinématographie, car si l'œil humain est capable de suivre les mouvements lents, la Photographie est seule susceptible d’analyser les mouvements rapides.
- Avant d'aborder la revue des principales applications de la Radiographie, nous voudrions vous signaler les propriétés très curieuses des écrans phosphorescents comme celui de M. Ch. Henry, propriétés qui permettent d'obtenir avec les rayons X de véritables images sans aucune manipulation comme dans la Photographie. Voici un écran de ce genre, nous plaçons dessus une boîte en bois renfermant des compas, puis est face l'ampoule; aussitôt que celle-ci est en fonction, l’écran devient phosphorescent; au bout de quelques instants, lorsque cette luminescence parait assez intense, on arrête le courant et l'on enlève la boîte; on aperçoit alors le contenu qui se détache en foncé sur l’écran illuminé. L’image radioscopique est pour ainsi dire fixée, pas pour longtemps, il est vrai, car elle s’efface quelques minutes après; néanmoins, ce mode d'opérer sera peut-être utilisé plus lard et il constituera un procédé intermédiaire entre la Radioscopie et la Radiographie.
- Pour vous montrer l'importance actuelle de la Radiographie, nous ne pouvons mieux faire que de projeter un certain nombre d’épreuves obtenues au moyen des rayons Rœntgen;
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- elles vous feront saisir d'une façon très complète le nouveau domaine ouvert à nos investigations.
- Voici tout d'abord une épreuve en quelque sorte historique : c'est celle que nous avons présentée à l'Académie des Sciences peu de temps après la publication du Mémoire original du savant professeur. Elle représente l'aileron d'un faisan tué d’un coup de feu : la différence obtenue entre la Photographie ordinaire et ia Radiographie est très frappante; dans celte dernière les chairs sont traversées et l'on aperçoit distinctement la silhouette des os; l'un de ceux-ci est brisé: on voit la fracture et une esquille; plus loin apparaît le projectile qui a occasionné les désordres ci-dessus. Cette épreuve* si imparfaite qu'on la considère maintenant, représente cependant d’une façon synthétique les diverses applications de la Radiographie dans les Sciences médicales, savoir : recherche de la constitution intime de la substance osseuse, des traumatismes et enfin des corps étrangers.
- Nous mettons sous vos yeux une série de radiographies représentant la main à divers âges {un jour, cinq ans, sept ans, quatorze ans, vingt ans et trente ans) obtenues par M. Du-cretet {fîg- i5). Sur ces épreuves rien n'est plus facile que de suivre pas à pas le développement du système osseux; cette application est destinée à rendre de grands services en Anatomie et en Médecine légaie 1 On pourra aussi noter les arrêts de développement et suivre l'eixet de certains traitements qui ont été proposés pour remédier a cet état de choses.
- En voici un bel exemple recueilli à la Salpétrière dans le service de M. le professeur Raymond: un petit malade, bien qu'âgé de vingt ans, a subi un arrêt de croissance tel que l’état de ses os correspond à celui d‘un enfant de trois à quatre ans; ce myxœdémateux, traité parla médication thyroïdienne, a été modifié très rapidement: sa main, radiographiée à nouveau, correspond maintenant à celle d un enfant de douze à treize ans. Ce mode d’examen, qui peut se faire sur le vivant, nous a permis, dans une hypothèse toute différente, de reconnaître, avec notre collègue .M. P. Riclier, l'âge d'une momie égyptienne, sans rien défaire de l'enveloppe qui la contenait.
- Lue élude très intéressante qui peut être faite est celle des
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- . LONDE.
- anomalies digitales {Jtg. 16'». les procédés habituels d’examen et de palpation ne donnant que des renseignements
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- Formation du système osseux à divers âges.
- 1. i jour. - 2. -*i a us. - 3. 7 aas. - 4, 14 ans. — 5, 2) ans. - 6, 30 ans.
- incomplets, parfois même erronés, sur le siège, la forme et la structure des pièces squelettiques, normales ou anormales,
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- I V RADIOGRAPHIE ht ses diverses applications. 17$ les résultats complets ne pouvant être obtenus que par la dissection. La linesse que l'on obtient dans les épreuves est telle que l'on peut distinguer parfaitement les plus petits détails de la substance osseuse; ainsi un os normal et un os
- Fig.
- Anomalies digitale#.
- pathologique se reconnaissent aisément. Dans le même ordre d’idées, nous citerons les travaux si importants de M. le professeur Potain sur l’étude, par la Radiographie, des accidents de la goutte et du rhumatisme chronique.
- Dans les cas de traumatismes violents, los peut être déplacé de sa position normale, c'est le cas de la luxation, ou être brisé, c'est le cas de la fracture. Dans ces deux hypothèses, la Radiographie apportera des renseignements très précieux en permettant de déterminer exactement le déplacement de l’os ou le genre et la nature de la fracture. Nous vous faisons voir un beau cas de luxation congénitale de la hanche chez-
- > Série, t. I. «a
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- A. LO.N DK.
- un enfant. Pour les fractures, les renseignements sont si complets {/ig. 17), qu'à notre avis, la Radiographie s'impose
- dans la plupart des cas pour éclairer le chirurgien, reconnaître la présence des esquilles cl éviter au biessé les inconvénients d'une réparation incomplète. Une fois l’opération faite, il sera tout indiqué d'en contrôler Jes résultats même à travers les appareils de contention, ce qui est d'ailleurs pré-
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- Fig. i3.
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- cicux dan? la circonstance; on pourra ainsi suivre les progrès de la réparation et ne rendre la liberté au malade que lorsque tout sera bien consolidé. Voici une fracture double de la jambe radiographiée dans l’appareil plâtré cinquante-deux jours après l'opération ; la partie supérieure du tibia chevauche sur la partie inférieure; la coaptation des fragments séparés n’existe pas; si ce résultat avait été donné plus tôt, il eût peut-être été indiqué d’intervenir à nouveau. La seconde radiographie faite quelques moi? après montre que, contrairement aux prévisions des spécialistes, la consolidation s’est bien faite. Le membre ne présente pas de raccourcissement sensible et sa solidité est absolument satisfaisante.
- Dans certains cas, et principalement lorsqu'il s’agit de radiographier des sujet? qui n’ont pas encore atteint leur complet développement, il est indispensable, afin d'avoir un terme de comparaison, de reproduire le membre malade et le membre sain. Dans un autre ordre d’idées, on a pu enregistrer les déformations imprimées à certaines parties du corps par diverses affections telles que la scoliose (Jig. 18).
- La recherche des corps étrangers dans l’organisme a donné des résultats de la plu? haute importance, qu’il s’agisse de projectiles divers, d’aiguilles, d’épingles ou d'autres corps métalliques. Ces divers objets forment écran aux rayons et montrent leur image en clair sur le négatif. En voici quelques exemples : dans ce genou apparaît une balle de fusil de guerre reçue en 1870; ici une balle de revolver s'est divisée en deux sur un de? métacarpiens (Jig. 19); il est assez vraisemblable que, sans la Radiographie qui a révélé cette particularité, le chirurgien, après avoir trouvé ie premier fragment, c'aurait pas continué plus loin ses recherches. Ici, l’index d'un officier victime d’un accident de tir; on craignait la présence d’un fragment de la culasse de la cartouche; la Radiographie en indique trois, ainsi que leur emplacement exact. Là, la jambe d’un individu qui a été criblée de plombs par un chasseur maladroit (//g-.20). En dernier lieu, voici le pied d'un malheureux qui a reçu également toute une charge de petit plomb; l’opération a été faite avant la Radiographie et l'on constate qu'un grand nombre de plombs oui été oubliés, bien
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- que Piniervention ait été très largement pratiquée; on re-Fiff. iq.
- marque, en effet, la résection du premier métatarsien. Où la Radiographie rend beaucoup de services, c'est lorsqu’il s’agit
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- Plombs de cbasse dans la jambe.
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- de rechercher des projectiles dans le crâne (yîg\ 21); depuis
- que nous avons présenté, le premier avec M. le J): Urissaud, une épreuve de ce genre, nous avons vu se succéder dans le
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- iSo
- laboratoire de la Salpêtrière nombre de cas analogues; la Radiographie crânienne est désormais indiquée dans tous les cas où les lésions reconnues ne permettent pas une localisation rigoureuse; elle avertira de la présence de fragments détachés du projectile ou de la boîte crânienne. Chez les petits enfants, qui ont tendance à avaler fréquemment des corps étrangers, la Radiographie sera d’un secours inestimable en permettant de localiser l’endroit où il y aura lieu d'intervenir : dans un premier cas, vous voyez une pièce de monnaie arrêtée dans l’arrière-gorge; dans un autre, vous l’apercevez en plein milieu de la masse intestinale; il est évident que, dans les deux cas, la conduite à tenir n’est pas la môme. Cette dernière application est d’autant plus intéressante que, chez les enfants en bas âge, il est très difficile, et quelquefois impossible, d’avoir aucune indication pouvant guider le spécialiste.
- Ce sera déjà beaucoup de savoir qu’un corps étranger existe dans le sein de l'organisme et souvent cette simple
- Aiguille dans le doigt (de face et de profil).
- indication suffira au praticien; on peut, d’ailleurs, ôlre renseigné davantage par une seconde radiographie prise à 45* \Og. aa): cependant, il pourra être nécessaire de déterminer avec plus de précision l'emplacement; à cet effet, on a proposé un certain nombre de méthodes; elles sont plus ou moins délicates ou compliquées à appliquer, mais elles conduisent avec certitude au but cherché.
- Notons toutefois en passant que les radiographies de corps étrangers ne peuvent donner l’emplacement rigoureux par
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- rapport aux parties voisines du squelette que si le corps considéré se trouve exactement dans la perpendiculaire passant par le foyer de l’ampoule; si celle-ci occupe toute autre position, on aura une projection oblique, ce qui amènera fatalement des erreurs lorsque l’on voudra faire l'extraction (!).
- Parmi les méthodes qui peuvent renseigner utilement sur la position relative d'un corps étranger par rapport aux parties squelettiques voisines, i! nous faut citer l’application de la Stéréoscopie à la Radiographie. Les perfectionnement? introduits dans la technique opératoire depuis quelque temps et qui permettent des durées d’exposition très courtes, donnent le moyen d'obtenir en quelques instants deux épreuves prises sous des angles différents et produisant la sensation de relief. Nous mettons sous vos yeux le dispositif construit à cet usage parM.Chabaud : un bâti spécial (Jig. a3) permet de déplacer l’ampoule de la quantité convenable ci de placer les deux plaques successivement sous le modèle sans déranger celui-ci.
- Si les applications de la Chirurgie ont pris de suite une grande extension, In Médecine est appelée, elle aussi, à utiliser la nouvelle découverte.
- L’élude systématique de la cage thoracique a montré qu’il y avait de grandes différences entre l'aspect des images provenant d’un poumon sain ou malade : les travaux de M. le professeur Bouchard ne laissent aucun doute à ce sujet. La Radioscopie et la Radiographie seront donc employées pour établir ou confirmer le diagnostic des maladies de poitrine.
- A côté de tant de précieux avantages, la découverte du professeur Rœntgen a-t-elle quelques inconvénients? C'est ce qu’il nous faut examiner maintenant. De divers cotés on a signalé, surtout dans les débuts, certains accidents dont quelques-uns paraissent avoir de la gravité, érythèmes divers, chute des cheveux et des poils, des ongles, etc. Ces faits rapportés par des opérateurs sérieux ne sont pas discutables : on ne sait pas cependant encore si l’on doit les attribuer à l’action propre des rayons \ ou aux phénomènes électriques qui se
- {•) Voir la description de nolie Radioscope explorateur [Comptes rendus de l’Academie des Sciences,) t. CXXVI1I, p. $>:; 17 mars iSgj».
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- produisent pendant le fonctionnement de l'ampoule. Pour notre part, nous ne les avons jamais constatés sur nos sujets,
- Appareil pour la radiographie siércOicopique de V. Cbabaud.
- depuis trois années que durent nos expériences : la question de distance de l'ampoule est un facteur dont on n'a pas toujours tenu un compte suffisant, car, pour réduire les durées d'exposition fort longues au début, on avait tendance à opérer
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- de très près; or il en esi des radiations utilisées en Radiographie comme d’autres radiations, soit lumineuses, soit calorifiques: à une certaine distance elles n’ont aucune action nuisible; au contraire, à courte distance elles produisent des troubles graves. A l’heure actuelle, ces accidents sont de moins en moins à craindre et, d'ailleurs, un opérateur soigneux pourra toujours les éviter.
- En terminant cette revue des applications de la Radiographie aux sciences médicales, nous serions incomplets, si nous ne parlions de la nouvelle méthode de VEndodiascopie. Cette méthode a pour but d'introduire l'ampoule dans les cavités naturelles du corps humain et d’obtenir de cette manière certaines radiographies que la méthode ordinaire ne permet pas d'effectuer facilement. Le premier problème à résoudre était d'isoler l’ampoule de telle façon que son contact put être supporté par le sujet sans aucune sensation. MM. Deslot, Bouchn-courl, Rémond et Xoé ont donné diverses solutions du problème, soit avec la machine statique, soit avec la bobine d'induction; M. le Dr Bouchacourl s’est particulièrement occupé de perfectionner, avec M. Rémond, l'ampoule en vue
- V : '
- Ampoule cudotlia«copi<iue.
- de sa nouvelle utilisation (fig. i\). Les résultats déjà obtenus par les auteurs que nous venons de citer ouvrent de nouveaux horizons à la Radiographie et seront appréciés surtout en gynécologie et au point de vue de Part dentaire.
- III.
- Pour être complet, il nous reste à parler des autres applications de la Radiographie aux Sciences et à l’Industrie. Profl-
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- 1. LOXDE.
- tant de l’obstacle que les substances métalliques apportent au passage des rayons X, l'idée a été suggérée par M. le professeur ilarey d'injecter les piécesanaiomiques, soit de mercure, soit de solutions susceptibles de laisser un dépôt métallique par double décomposition; on a pu de cette manière, ainsi qu'il résulte des très beaux résultats obtenus par MM. Rémy et Conlremoulin, suivre les trajets artériels et veineux jusque dans leurs plus ilnes terminaisons; cette méthode, qui a le
- Fig. aâ.
- Serpent digérant une grenouille.
- grand avantage de ne pas altérer la pièce, ni de modifier en quoi que ce soit le rapport de ses diverses parties constituantes, viendra compléter heureusement les résultats donnés parla dissection. Comme on obtient en môme temps la reproduction du squelette, celle méthode est destinée à être employée couramment en Histoire naturelle. A litre d’exemples, voici une main injectée au moyen de mercure, puis le squelette d’un poisson conservé dans l’alcool; c’est une pièce de collection, et avant la Radiographie il eût été nécessaire de la sacrifier
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- pour en faire l’élude. Ce beau cliché esi dû à M. Peignot, qui a éié un des premiers certainemeni à obtenir des épreuves aussi fines et aussi complètes. Avec la Radiographie, il deviendra possible de suivre certains phénomènes sur le vivant sans sacrifier les animaux d’expériences : voici un poisson qui en digère un autre; un épervierqui a avalé un petit oiseau, lequel est encore dans le gésier; un serpent python qui digère une grenouille {Jtg. aô). Là nous voyons un chien dont la mort avait semblé suspecte : sans qu’il ail été nécessaire de faire l'autopsie, l’épreuve montre que l'animal a été étouffé par un clou qu’il avait avalé et qui était resté engagé dans l’œsophage.
- En Paléontologie, il n’est plus nécessaire de faire des coupes des pièces examinées et de détruire leur intégrité : les projections de coquillages que nous faisons défiler devant vous vous montrent la perfection que l’on peut obtenir.
- Une élude qui est particulièrement intéressante est celle des momies que l’on peut reproduire sans les altérer en
- Fig. a6.
- quoi que ce soit, même au travers des bandelettes qui les enserrent ou des sarcophages qui les contiennent; ces recherches toutes nouvelles pourront éclairer les collectionneurs, les musées, sur la valeur des pièces que I on garde avec
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- l86 A. LONDE.
- an soin jaloux, mais doni on ignore absolument le contenu; il est certain que dans cette hypothèse la Radiographie occasionnera quelques surprises désagréables, mais à côté elle conduira certainement à des découvertes importantes Jig. 26
- Fig. »G bis.
- et 26 bis). Dans un autre ordre d'idées, la transparence du charbon aux rayons \ a conduit à l'analyse radiographique du diamant et de ses imitations: le diamant vrai se laisse absolument traverser; ses imitations, au contraire, sont plus ou moins opaques. Cette nouvelle méthode d’expertise est des plus élégantes et permet dedémasquertouie supercherie. L'aluminium présente également une grande transparence, et ce caractère qui persiste dans ses combinaisons permet encore, dans une certaine mesure, mais cependant moins nettement que pour le diamant, de reconnaître les imitations.
- Dans la rivière de diamants passe sous vos yeux
- vous pouvez reconnaître sans hésitation qu'elle contient
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- quatre pierres fausses; celles-ci som d'ailleurs si bien imitées qu'il faut être très compétent en la matière pour les distinguer à l'œil. Nous avons proposé d’appliquer la Radiographie à l’étude des minerais d’or; le fragment de quartz aurifère qui est devant vous est évidemment très riche, ainsi qu'on le con-
- state par toutes les parties sombres qui indiquent la présence du métal précieux, beaucoup moins transparent que la masse qui le contient.
- Les divers tissus n'ayant pas le même coefficient de transparence, on pourra distinguer certains mélanges des libres qui les constituent; on pourra également reconnaître l'addition de sulfate de chaux soit dans les vins, soit dans les farines.
- Nous rappellerons enfin les travaux de MM. Girard et Bordas qui ont proposé l'emploi delà Radiographie pour examiner les engins explosifs avant de procéder à leur ouverture. Voici la radiographie do quelques cartouches : on distingue très bien
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- la charge de plomb; l'une contient du petit plomb, l'autre des chevrotines, la dernière une balle ; la bourre, très transparente, laisse une ombre légère, la poudre est plus visible et l’on en perçoit parfaitement le grain. Pans le culot, les diverses épaisseurs du métal, le logement de l'amorce deviennent visibles. Il ne faut pas oublier, en elîet, que les coefUcienis de transparence ne sont que relatifs : tel corps qui se laisse traverser avec un actinisme donné de l’ampoule ne se laissera plus traverser si l'intensité de la source diminue ; inversement, certains corps considérés comme opaques, dans des conditions d’éclairage déterminées,deviendront transparents si l'actinisme de la source augmente. C’est ce qui s’est produit depuis les derniers progrès réalisés : on peut radiographier des pièces métalliques, constater les détails de leur structure, révéler leurs défauts non apparents. En voici quelques exemples typiques que nous devons à l’obligeance de M. Radiguet (//$*. 28) : une serrure dont on aperçoit le mécanisme, une barre d’aluminium qui contient de nombreuses soufflures internes, une montre dont tous les organes deviennent visibles à travers le boîtier (Jig. 29) ; en dernier lieu, une magnifique épreuve due à M. Buguet et qui dévoile tout le mécanisme du fusil JLebel et montre la disposition des cartouches dans le magasin. Il est inutile d’insister sur les services que la Radiographie peut rendre dans ces hypothèses au constructeur, à i ingénieur; nous sommes dans une voie toute nouvelle où tout est encore à faire.
- Dès les débuts de la Radiographie nous avions indiqué la possibilité de pouvoir contrôler, grâce aux rayons X, le contenu des boîtes confiées à la poste eu valeur déclarée; par suite de la transparence des papiers et de la boite il est très aisé de voir les objets inclus sans toucher aux cachets. L’administration, sur les conseils de M. Rémond, a essayé également cette méthode pour déceler les fraudes qui se produisent toujours, soit aux frontières, soit aux barrières d’octrois. Il est certain que, dans ce cas, il est plus Simple, plus rapide et plus économique d’opérer par la Radioscopie. Néanmoins, lorsqu’il faudra garder une trace indiscutable d'une constatation, on devra recourir a la Radiographie. On avait parlé d’appliquer cette nouvelle méthode à l’arrivée des trains dans les gares;
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- celle idée a soulevé dans le monde de la Photographie des proiesiaiions unanimes. L’industriel, l’amateur qui voyagent consiammem avec des plaques sensibles se trouvaient exposés à voir toutes leurs préparations voilées par l’action intempes-
- tive des rayons X. D’autre port, il faut compter avec les difficultés de la technique qui ne permettront pas de confier des appareils délicats et coûteux au premier venu ; pour ces diverses raisons, cette nouvelle application ne pourra pas encore être utilisée d’une façon régulière et définitive.
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- l\.
- Ainsi que vous pouvez vous en rendre compte après celle revue forcément rapide des applications de la Radiographie, une nouvelle branche de la Photographie est née, branche qu’on 11e soupçonnait meme pas il y a quaire ans. Pour vous l’enseigner, H faudrait déjà nombre de leçons : qu'est-ce alors s’il s’agit de la Photographie lout entière dont les applications innombrables s'étendent aux Arts, à la Science, à l’Industrie? Lorsqu’il s’est agi de créer, dans ce bel établissement qui rend déjà tant de services à ceux qui sont les ariisans de l’industrie et de l’art national, un enseignement de la Photographie, on a paru craindre que le cycle de deux années adopté pour les cours du Conservatoire fût trop long pour le sujet à traiter: il est malheureusement à craindre que l’inverse ne soit l’expression de la vérité. En effet, certaines de» applications de la Photographie sont tellement importantes que l’on doit déjà se spécialiser, et encore dans chaque partie les progrès se succèdent avec tant de rapidité que l'on a peine à les suivre.
- En ce qui concerne la Radiographie, l’Administration, désormais convaincue des nombreux services qu'elle peut rendre, s’occupe de mettre les médecins et les chirurgiens des hôpitaux à même d’uiiliser une découverte qui est si précieuse. J>éjà le laboratoire de Photographie médicale, que nous avons l’honneur de diriger depuis dix-sopl années, est complété par une installation modèle de Radiographie. Nous sommes heureux, en la circonstance, de remercier publiquement le Conseil Municipal de la ville de Paris. Grâce à son intelligente initiative, de nombreux malades ont pu bénéficier déjà d’une découverte qui fera époque dans l'histoire de notre siècle. L’œuvre est commencée, il 11e s’agit plus que delà continuer et de la développer; comme c’e-i une affaire d’humanité, nos édiles ne
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- l’W.l CATIONS.
- \. — I.A HAIMOOWVl’lllli KT >K> IMVl'ItSKS .U
- «auraient hésiter à faire le nécessaire, puisqu'il s’agit de meure à la disposition des déshérités de la vie et des victimes du travail l'une des plus belles découvertes de la Science moderne.
- Nous tenons à remercier d'une façon louie particulière tons ceux i] ni nous ont prêté leur concours pour celle Conférence: MM. Cliahaud, Radiguei, O. Kochcforl, qui ont bien voulu faire fonctionner leurs intéressants appareils sons vos yeux; M. Tresca, dont vous avez pu apprécier l'habileté pour régler les expériences les plus délicates et le talent de lanternier; et enfin M. Charles Infroii, notre préparateur de la Salpétrière, qui est pour nous un véritable collaborateur.
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- PHOTOGRAPHIE EN BALLON
- TÊLÉP1IOTOGKAP11IK.
- CONFÉRENCE
- l'AITB M' CDNSKRYATÔHUi NATIONAL l»ltf ARTS Jvf J1KTIKIIS
- i. k nim \ \ cil k >v, rù v a i k ii 180y,
- Par M. MEYER-HEINE,
- Mesdames, Messieurs,
- La Photographie en ballon et la Téléphutographie. lel est le litre de celle conférence.
- Les premiers essais de Photographie aérostatique datent du milieu du siècle; il me faudra donc débuter par un exposé historique des expériences qui ont été faites en France et a l'étranger. Je vous indiquerai ensuite ce que doit être le materiel photographique de raérûnaute et, après vous avoir dit quelques mois des résultats obtenus au moyen de ballons non montés et de cerfs-volants, j’étudierai, avec vous, les services que peut rendre celle application de la Photographie aux points de vue scientifique et militaire, étude qui m'amènera a vous parler de la Téléphotographie.
- Expose historique. — Dès 1S0, M. \adar avait conçu le dessein de lever le lorrain au moyen de la Photographie et
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- d’un ballon captif: cl, l’année même, il prenait un brevet de Photographie aérostatique. Il songeait, de plus, à mettre son procédé au service de l’armée.
- i< Au point de vue stratégique, dit-il dans les Mémoires du Géant, on n’ignore pas quelle bonne fortune c'est, pour un général en campagne, de rencontrer un clocher de village d'où quelque officier d’état-major dresse ses observations.
- » Je portais mon clocher avec moi et, grâce à mon appareil photographique, je pouvais tirer, tous les quarts d'heure, un positif sur verre que je faisais parvenir ou quartier général. »
- A la même époque paraissait un livre intitulé : Une dernière annexe au Palais de l’Industrie. Dans cet Ouvrage de pure fantaisie, parmi les sujets les plus bizarres, tels que les viandes végétales et la force motrice universelle, l'auteur, M. Andraud, avait réservé un Chapitre à Y arpentage au daguerréotype.
- « Je n'ai jamais eu la curiosité ni le temps, dit Nadar, de constater si le Livre de M. Andraud avait paru avant ma prise de brevets ou si j'avais pris mes brevets avant la publication du livre. »
- Peu importe du reste ; nous pouvons dire, avec certitude, que l'idée de prendre des photographies en ballon date de i855.
- Cependant, entre l’éclosion de l’idée et sa réalisation, devaient s’écouler de nombreuses années.
- Nadar obtint bien, en iSôù, une épreuve du Petit-Bieôtre « très faible et toute tachée », dit-il lui-même; mais, sollicité de se rendre à l’armée d’Italie, il crut devoir, après plusieurs essais infructueux, refuser loffre qui lui était faite.
- Ces insuccès n’ont rien de surprenant, du reste. Songeons, en effet, que le procédé au gclatinobromure qui nous permet d’opérer aux plus grandes vitesses ne devait être connu que vingt ans plus tard.
- Aussi faut-il considérer comme un document tout à fait remarquable un cliché obtenu par Nadar au moyen du collo-dion humide. Sur ce cliché, pris à ioom au-dessus du sol, du haut de la nacelle du ballon captif de l'Hippodrome, on dis-
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- LA fliurOOltAMIIi: LX BALLON ET LA TKl-Él'IlOTOClUPLUK. |if>
- tingue très nettement l'Arc «ie Triomphe et les différentes avenues qui aboutissent à la place de l'Étoile.
- Durant la guerre de Sécession, les Unionistes eurent recours à la Photographie en ballon : c'est, du moins, ce qui est prétendu dans un article du Journal militaire Je Darmstadt intitulé : Application à l'art de la Guerre des aérostats et de la Télégraphie. Le fait se serait passé devant Richmond, mais il m’a été impossible d’en vérifier l’authenticité.
- Eu 1878, M. Dagron, profitant de l'aérostat de Gifford, reprit les expériences de Xadar; mais, le procédé au coilodion qu’il employait encore ne lui permettant pas de faire de l'instantané, il se trouva aux prises avec les memes difficultés que son devancier et il ne put rapporter, de ses ascensions, qu’une seule épreuve avant quelque netteté.
- C’est vers celte époque que les plaques au gélalinobromure firent leur apparition dans le commerce.
- Un architecte, M. Triboulel, songea aussitôt à mettre à profit leur extrême sensibilité. Son expédition, fort bien préparée, ne donna malheureusement aucun résultat, par suite d’un incident assez curieux qui vaut, je crois, la peine d'être conté.
- Parti d’Arcueil par un temps fort incertain, son ballon, poussé par le vent du sud, avait pris la direction de Paris. En passant au-dessus de l'Observatoire, M. Triboulct prit une photographie du panorama qui se déroulait sous la nacelle et il se disposait à en prendre une seconde, quand tout à coup une pluie orageuse se mil à tomber.
- L'aérostat, chargé d’eau, descendit avec une rapidité telle que, malgré tout le lest jeté, la nacelle ne lardait pas à effleurer la Seine. Des mariniers remorquèrent sur la berge ballon et passagers, mais ces derniers ne devaient pas s’en tirer à si bon compte.
- Les employés de l'octroi, apercevant des voyageurs qui avaient pénétré dans Paris sans passer par les portes, se mirent en devoir d'examiner leurs bagages. Quand les châssis leur tombèrent sous la main, ils n’hésitèreni pas un instant : ils les ouvrirent pour en inspecter le contenu. El c'est ainsique fut irrémédiablement perdu le cliché pris à 5oo“ d’altitude.
- En 1880, M. Paul Desmarets obtint deux clichés des envi-
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- rons tic* Rouen; l'un à i 100% Vautre à î3oou‘. La chambre était munie d'un objectif de Derogy de o,a<) de foyer. L'obturateur,
- d’une construction des plus compliquées, fonctionnait électriquement.
- Trois ans plus tard, un Anglais, M. Shadboll, de cinq ascensions successives rapportait de remarquables épreuves.
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- L’une d'elles figure dans le* galeries du Conservatoire des Arts ci Métiers.
- Ces épreuves, quoique fort belles, Furent cependant, ou point de vue de la perfection, surpassées par celles de MM. G. Tissandier et J. Dueom.
- Le 19 juin i885, ces messieurs partirent, de leur atelier aéronautique d’Àutcuil, dans un ballon cubant 1000"“*. Leur appareil photographique, disposé sur le bord de la nacelle de manière à pivoter sur un axe, était une chambre de touriste i3X>8. L'objectif, un rectiligne rapide de Fronçais, portait un obturateur donnant le de seconde.
- Ils prirent sept clichés, dont cinq au-dessus de Paris, entre 6oom etSoo'", et deux dans le département de Seine-et-Marnc, entre ioooM cl 1 ioom ( '}.
- Tous ces clichés, comme vous avez pu vous en rendre compte par les deux vues qui ont été projetées devant vous, 11c laissent rien à désirer au point de vue de la netteté.
- MM. Tissandier et Dueom avaient donc démontre qu'il était possible d’obtenir d'aussi bonnes photographies en ballon que sur terre. Aussi, à partir de ce moment, les ascensions exécutées au point de vue photographique deviennent-elles très nombreuses. Je vous citerai les noms de quelques opérateurs seulement, faute de les connaître tous.
- En juillet iS$5, M. Pinard obtient quatre épreuves de la ville de Nantes et du lac de Grand-Lieu.
- Huit jours plus lard, MM. le iieuicnant-colonel Renard et le capitaine Georget rapportent d'ascension plusieurs clichés fort remarquables, entre autres une vue du Panthéon que l’on fera tout à l’heure passer sous vos yeux.
- Puis, en octobre de la même année, c’est M. W'eddel qui photographie successivement la Yilleile, Ménilmoniani et le fort de Vincennes.
- Dans le courant de 1880, M. P. Nadar, sous la conduite de M. Tissandier, prend un certain nombre de vues. De leur côté, les officiers du Génie ne restent pas inactifs. M. le lieutenant-
- !'•' Le conférencier projette mm vue «le I île Saint-Louis prise à O jo* et une vue <lc la R...luette prise à «rallUwIu.
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- colonel Fribourg est l'un de ceux qui oui obtenu les plus belles épreuves. Grâce à son obligeance, je puis vous en montrer quelques-unes.
- Matériel photographique. — Un certain nombre d'expériences — les premières, toul au moins — ont été exécutées avec des chambres fixées à la nacelle. A mon avis, ce dispositif ne doil être adopté que dans le cas où Ton se propose d'obtenir uniquement des vues verticales. Il est, en effet, certain que, si l'on veut prendre des vues obliques avec un appareil supporté par la nacelle, on sera forcé de le changer fréquemment de place et de se livrer ainsi à des manœuvres fort incommodes au milieu des cordages.
- L'opérateur devra, par conséquent, tenir l'appareil à la main ; d'où l'obligation de renoncer aux chambres de grandes dimensions.
- Une chambre rigide i3x 18, un objectif de om,2o à oB,a5 de longueur focale, un obturateur robuste, des châssis à rideaux — le tout aussi léger que possible — voilà quel doit être le matériel photographique de l aéronaute. Mettre en place un châssis demande un temps insignifiant : aussi ne conseillerai-je pas d'avoir recours aux chambres à magasin qui, sous un formaL supérieur 39X12, sont toujours lourdes eL dont le système d'escamotage peut donner lieu à des enraiements.
- Voyons maintenant ce que nous devons exiger de l’obturateur; le jj de seconde sera, en général, suffisant. Cependant, si le ballon plane à une faible altitude et si la vitesse du vent est supérieure à 12“ (d’après le Tableau dressé par le lieutenant-colonel Renard, le fait ne se produit dans nos régions que 20 jours sur 100), il faudra, pour obtenir une image nette, poser un temps beaucoup plus court, il sera donc bon de munir l'objectif d’un obturateur capable de donner le de seconde.
- Le viseur sera formé soit d'un cran de mire et d'un guidon, soit d’un réticule et d’un œilleton, dispositifs qui permettent de viser rapidement dans n'importe quelle direction.
- Knlin il est prudent de s’attacher l’appareil au cou au
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- moyen d’une courroie, afin d élie exempt de toute appréhension de chute. L’emploi de celte courroie permet, de plus, de prendre un point d'appui sur le cou ou moment où Ton déclenche l’obturateur et, par conséquent, de donner plus de stabilité a la chambre ( * ).
- Un appareil spécial n’est, du reste, aucunement indispensable, et toute chambre d'un format inférieur 5 18x24 peut être utilisée. Ainsi, j’ai employé, pendant plusieurs années, une chambre de touriste i3x 18 à soufflet tournant, rendue rigide au moyen d’une planchette. Cette planchette était munie de deux anneaux dans lesquels je passais les porte-mousquetons d’une courroie.
- Quant au viseur, il se composait simplement de deux petites vis dont les tôles étaient alignées parallèlement à l’axe de l’objectif.
- La mise au point avait été faite une fois pour toutes, bien entendu, sur un objet situé à l’infini (-).
- Expériences exécutées au moyen de ballons non montés. — Jusqu’à présent, nous n’avons parlé que de la Photographie en ballon monté; or, un aérostat capable d’enlever des passagers est fort volumineux. C’est une dépense considérable à laquelle vient s’ajouter le prix du gonflement. Aussi a-l-on songé à employer des ballons d’un volume plus réduit, suffisants seulement pour enlever une chambre et quelques centaines de mètres d’un câble léger.
- Avec de tels aérostats, l'obturateur — cela va sans dire — doit fonctionner automatiquement.
- Les premières expériences exécutées ainsi datent, je crois, de 1884. Au cours de celle année, M. Triboulet, en France, et le major Elesdade, en Angleterre, firent un certain nombre d’essais qui, pour le premier, ne donnèrent pas de résultat. Chez nos voisins, au contraire, ils furent, paraît-il, couronnés de succès; ce qui engagea le War Office à les poursuivre, non seulement au moyen de ballons captifs, mais aussi de ballons libres.
- i*) Le- conférencier projette un certain nombre de vues obtenues avec lift! appareils spéciaux.
- Le conrércurl'.-r prnjcüe •{iiebptc* vue
- es obtenues ave.; cette chambre.
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- i*ih>Tu<.n ::\ t:\i.i.o\ i:t t.v m.niMiuTouüAi'im:.
- Ii! mouvement d'horlogerie de telle sorte que, nu moment voulu, l'appareil prit une photographie instantanée. La sou-
- pape était aussitôt déclenchée automatiquement et h‘ ballon retombait.
- Lu iSb'fc, ou exécuta de nouvelles expériences au moveii
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- de ballons captifs. On essaya même de remplacer par des cerfs-volonls les aérostats dont l'emploi devient impossible par les vents violents.
- Vers la même époque, un officier russe proposa de relier l’appareil photographique à un poste (robservation.au moyen d’un câble électrique. Sur l’aérostat, était tracée une méridienne visible de ce poste; et, lorsque la ligne de repère se trouvait dans la direction voulue, on faisait jouer l'obturateur.
- En 1891,1e capitaine Deburoux a fait à Versailles quelques essais avec un ballon cubant une soixantaine de mètres. Le déclenchement de l’obturateur était obtenu au moyen d’une mèche à temps,et une suspensionanalogueà lasuspension captive Renard donnait à l’appareil une direction sensiblemenifixe.
- D’autres tentatives ont encore été exécutées en France et on Allemagne; mais les résultats n’ont pas, en général, répondu aux espérances des inventeurs. Quels que soient, en efTel, la méthode de déclenchement et le mode de suspension adoptés, on n’est, dans aucun cas, maître absolu de l’appareil et l’on photographie souvent tout autre chose que ce que l’on voulait prendre.
- Je ne m’étendrai donc pas davantage sur la Photographie en ballon non monté. Pour ce qui est de l’emploi du cerf-volant, que je citais tout à l’heure, je vais en dire quelques mots, car c’est un procédé à la portée de tous, susceptible, entre des mains habiles, de donner des résultats intéressants.
- Emploi du cerf-volant. — En France, deux personnes se sont plus spécialement occupées de ia question : ce sont MM. Rotut et Wenz.
- Les premières expériences de M. Batut datent de 1889; celles de M. Wenz sont plus récentes.
- Je ne m’occuperai que de l’appareil photographique proprement dit. Pour ce qui est de la construction du cerf-volant, je renverrai à un petit Ouvrage de M. Batut intitulé : La Photo-graphie aérienne par cerf-volant (1 ). et à deux articles, l’un
- V) Batct (A.), La Photographie aérienne par cerf-volant. In-* jêsuà, avec «îmru* vl 1 plantlic; »*,o (l’ari#, Oniitlir. r-Vülars}.
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- de M- Wenz, paru dans le journal l'Aéronaule (1 ), l'autre de M. Batut, paru dans le journal la.Yattire {*).
- La chambre noire, qui est formée d’une simple boîte en bois, ne fait pas corps avec le cerf-volant; elle est suspendue dans In bride, comme le montrent les Jig. et >. Dans
- la fig. 4, la chambre est disposée pour prendre des vues verticales. Le dispositif indiqué dans la fig. 5 permet de donner une inclinaison quelconque à la chambre, non seulement par rapporta l'horizon, mais aussi par rapport au plan du cerf-volant.
- Le déclenchement de l'obturateur est obtenu soit électriquement, soit par la combustion d'une mèche.
- A l’appareil photographique, M. Batut joint deux dispositifs permettant de noter son inclinaison et son altitude-
- L'inclinaison est donnée par l’image d'un petit pendule oscillant à l'intérieur de la chambre devant une pellicule sensible.
- Quant à l'altitude, elle est inscrite par l’aiguille d’un baromètre anéroïde dont le cadran a été remplacé par une rondelle de papier au gélatinobromure. Ce baromètre est enfermé dans une petite chambre noire percée d'une ouverture, laquelle
- Numéro il’miMuy «*>7.
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- est fermée par un obturateur. Il suffit munir cet obturateur et celui tle l'appareil de mèches de même longueur, pour que la lumière pénètreau même instant dans les deux chambres (').
- Lu cerf-volant no peut guère s’élever .à plus «le 3oo“. Pour atteindre des hauteurs plus considérables, M. Wenz emploie l’artifice suivant : lorsque le cerf-volant ne soulève plus sa
- Labruguiûrc. — l’Iiologrujiliic obtenue pur M, liulutA l'aide «l'un cerf-volant. (Hauteur: a3o*.’
- corde qu'avec peine, il en lâche un second avec une centaine de mètres de ficelle, mais tout à fait indépendant de l'autre. (Juand celui-ci est bien en l'air, il l'amarre sur la corde du premier et continue à dévider celle dernière qui, à elle seule, maintient les deux, jusqu'à ce (pie l'addition d'un troisième sc fasse sentir. On procède de la même façon pour un quatrième, etc.
- A l’Observatoire de lîlue-Uill (Élols-l'nts), on a recours à
- ; Le cvijfûrvliciu' projette un eirbiii; i-olt:l.le tk- vue.* ublcnucs par MM. fcilul et WeliZ.
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- LA PHOTOGRAPHIE ES UALLOX ET LA TÉLÉ PHOTOGRAPHIE. Si.5
- cetie méthode, dite des cerfs-volants conjugués, pour enlever dans l'atmosphère des appareils météorologiques.
- Applications de la Photographie en ballon.
- Nous avons passé en revue les différents moyens d'obtenir des photographies, soit en ballon, soit au moyen de cerfs-volants. Voyons maintenant les services que peuvent rendre de telles photographies.
- Levers du terrain. — Lorsque Nadar prit ses brevets de photographie aérostatique, il avait surtout en vue de lever les plans cadastraux.
- Voici, en effet, ce qu'il dit dans les Mémoires du Géant :
- « Celte œuvre gigantesque du cadastre, avec son armée d'ingénieurs, d’arpenteurs, de chalneurs, de dessinateurs, de calculateurs, a demandé trente ans de travail et plus pour être mal faite.
- » Cette œuvre, aujourd'hui, avec le même personnel, je peux l’achever en trente jours et l’achever parfaite.
- » Un bon aérostat captif et un bon appareil photographique à objectif renversé, voilà nies seules armes....
- » Et quelle simplicité de moyens! Mon ballon, maintenu captif à une hauteur toujours égale de iooott. je suppose, sur des points strictement déterminés à l’avance, relève, d’un coup, un million de mètres carrés, et comme dans une journée on peut, en moyenne, parcourir dix stations, je lève le cadastre de 1000 hectares en un jour, à peu près la surface d’une commune.
- » Voici l'arpentage ou daguerréotype, le véritable état de lieux qui fait foi pour la délimitation des héritages. »
- La méthode semble bien séduisante, mais sa simplicité n’est qu’apparente.
- D’abord, par quels moyens maintenir « à une hauteur toujours égale de iooo!i ». surtout au-dessus de points « strictement déterminés à J'avance», un appareil aussi mobile qu’un aérostat? l)e plus, sauf le point central qui se trouve sur le 3* Série, t. Z. ri
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- prolongement de l’axe optique, tous les points du terrain sont représentés sur l’épreuve en projection conique; il en résulte que, si le terrain n'est pas rigoureusement horizontal, il est impossible, avec une seule épreuve, de rétablir la planimétrie exacte.
- il faudra, pour déterminer chaque point intéressant, le voir au moins de deux stations différentes et Je retrouver sur deux clichés au moins. Et si, comme on doit le faire dans toute opération topographique sérieuse, on veut pouvoir exécuter des vérifications, il faudra encore voir ce point d’une troisième station et le retrouver sur un troisième cliché.
- Cette obligation entraîne une multiplication considérable du nombre des stations et nous conduit bien loin des chiffres indiqués par Xadar.
- Bref, cette méthode qui, à première vue, paraît si simple, devient des plus compliquées du moment où l'on veut procéder avec exactitude. Aussi ne doit-elle pas être considérée comme une méthode topographique régulière, mais comme un procédé dont on pourra se servir, dans des circonstances particulières, pour obtenir des levers plus ou moins expédiés, — dans le cas d’explorations, par exemple. Et je ne parle pas seulement des explorations en ballon où son emploi est tout indique, mais des explorations en général. Il est, en effet, un instrument d une construction facile et peu coûteuse, auquel les voyageurs pourront avoir recours pour obtenir des vues étendues du terrain : le cerf-volant.
- Il ne leur sera même pas nécessaire de s’astreindre à prendre des photographies suivant la verticale, car M. le colonel Laussedat a indiqué un procédé de restitution des plans au moyen de vues prises sous des angles quelconques; mais cela exige quelques explications et je vous demanderai l'autorisation d’ouvrir ici une parenthèse.
- Métropholographie. — Une photographie est une perspective dans laquelle la distance du point de vue au tableau est •'gale à in longueur focale de l'objectif.
- 'Ionsidérons d'abord Je cas le plus simple : celui où le plan
- il:' iaoieau est vertical.
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- LA PHOTOGRAPHIE EX BALLON ET LA TÊLÉPIlOTOGRAPlUB. 207
- Rabattons le point de vue sur ce plan en le faisant tourner autour de la ligne d'horizon et joignons le point ainsi obtenu aux projections, sur la ligne d’horizon, des points remarquables de la perspective; nous aurons ainsi les angles des rayons visuels réduits à l’horizon.
- Je vais montrer qu’à l’aide de deux perspectives du même paysage ainsi préparées, il est fort aisé de restituer le plan de ce paysage; il suflit de les combiner d’après les procédés ordinaires de la Topographie.
- Voici (1 ), par exemple, une restitution d’une face du fort de Vincennes (Jîg. 7), obtenue au moyen de deux vues dessinées en i85o, à la chambre claire, par >1. te colonel Laussedat. Ces deux vues sont orientées l’une par rapporta l’autre et par rapport à la base AB, aux extrémités de laquelle elles ont été prises. II suffit de jeter un coup d’œil successivement sur les deux images pour y reconnaître le même point et pour voir que la position de ce point, sur le plan, en résulte très simplement.
- Quant au nivellement, il s’exécute en calculant la différence de niveau du point considéré avec l’une des stations qui ont servi à le construire. Si nous désignons par x cette différence de niveau, nous voyons qu’elle est, par rapport à la distance horizontale /, exprimée en mètres, du point considéré à la station, ce que la hauteur apparente h de ce point est par rapport à la longueur projetée ni du rayon visuel jusqu’à la ligne d’horizon
- .r h
- l mètres ~~ m '
- Les cotes du terrain ainsi déterminées permettront de tracer les courbes de niveau. Le problème de la transformation des vues perspectives dessinées sur des plans verticaux en plans topographiques étant résolu, il ne reste qu’une chose à faire pour rendre celte solution applicable aux vues photogra-
- 0) D’après L'/conomctrie et ta Mêtrophotcgraphie, conférence faite au Conservatoire des Arts et Métiers par >!. le colonel Laussedat le 2S février 1892.
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- IEVER-HEINE.
- phiées : obtenir ces dernières dons des conditions de précision géométrique suffisante.
- C'est !e but que s'est proposé d'atteindre M. le colonel Laussedat, aussitôt que les procédés photographiques sont
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- LA PHOTOGRAPHIE KX BAT.LOX ET LA TÊLÊP1IOTOGRAPIU6. 40$)
- devenus assez simples pour permettre d'entreprendre sérieusement des opérations suivies sur le terrain.
- Voici une reproduction {1 ) de la première chambre obscure topographique dont s’est servi le savant directeur du Conservatoire et je puis vous en montrer un modèle réduit plus récent (fig. 8). C’est au moyen d’un tel appareil qu’en
- Fig. s.
- mai 1861 AI. le colonel Loussedat a levé le village de Bue et le Alont-Valérien et que, de 1664 à 186$, AI. le commandant ïavary a reconnu ou levé 730***.
- En Italie, l'Institut géographique a entrepris, depuis 1878, d’exécuter la Carte des Alpes au moyen de la Phototopographie, nom donné par nos voisins à la Alétrophoiographie.
- Au Canada, la méthode est appliquée, depuis 18S8, avec succès. Grâce à l’obligeance de AI. le colonel Laussedat, je puis faire projeter devant vous quelques spécimens des levers
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- exécutés, dans les Montagnes Rocheuses, sous l'habile direction de M. Deville.
- La Mctrophotographie, telle que je viens de l’esquisser, ne permet d’utiliser que les vues obtenues sur des plans verticaux. M. le colonel Laussedat a modifié la méthode pour la rendre applicable aux photographies aérostatiques prises sous des angles quelconques.
- Je n’entrerai pas dans le détail des constructions; je me contenterai de vous dire qu’il est seulement indispensable de connaître : la longueur locale de l'objectif, l'inclinaison de son axe optique et l'altitude de chaque station.
- Si le paysage renferme des points remarquables situés sensiblement dans le même plan horizontal (les coudes d'une rivière, les pointes d’une île, etc.), il n’est même pas nécessaire de relier entre elles les différentes stations aériennes, car ces points suffiront pour orienter les photographies les unes par rapport aux autres.
- Pressé par le temps, je ne puis, à mon grand regret, m’étendre davantage sur cet ingénieux procédé de restitution des plans. J’engagerai ceux d’entre vous qui désireraient étudier celte méthode de se reporter aux conférences faites par 51. le colonel Laussedat lui-même sur la Métro photogra-phie.
- Inscription des altitudes dans les ascensions des ballons-sondes.
- 11 est une application toute récente de la Photographie aérostatique dont je désirerais vous entretenir : la détermination des hauteurs atteintes par les ballons-sondes.
- Depuis quelques années, MM. Hermite et Besançon ont entrepris l’exploration des hautes régions de l’atmosphère au moyeu de petits ballons. Ces aérostats minuscules emportent des appareils enregistreurs : baromètre, thermomètre et hygromètre. Mais les indications du baromètre ne permettent pas de déterminer les altitudes d’une façon précise. Deux causes d’erreur interviennent, en effet, pour altérer la correc-
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- LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON F.T LA TÉLÉPIIOTOGRAPIIIE. 3îl
- lion de ces indications : d’une part, l’inertie de Finsirument, d’autre part, la connaissance imparfaite de la loi suivant laquelle la marche du baromètre varie avec l’altitude dans les régions élevées de l’atmosphère.
- Or, en comparant une vue du terrain prise verticalement avec une carte de ce terrain, on peut aisément calculer la hauteur à laquelle la photographie a été prise. Il suffit de connaître la longueur focale de l’objectif et l’échelle de la carte.
- Si donc le ballon emporte une chambre fonctionnant automatiquement à des intervalles de temps égaux, on pourra, après développement des clichés, déterminer les hauteurs atteintes en chaque point de la trajectoire.
- Voici un schéma (Jig. 9) de l'appareil enregistreur construit par M. Gaumont, sur les indications deM. Cailletet :
- Cet appareil se compose d’une caisse de bois (*) suspendue à la partie inférieure du ballon, et à l’intérieur de laquelle un mouvement d’horlogerie MH dévide dans le sens horizontal et fait poser à de courts intervalles une pellicule sensible. La face inférieure de la caisse porte, en O, une lentille qui donne une image du paysage sur la pellicule en S. La face supérieure de la caisse porte, en B, un baromètre anéroïde et, un peu au-dessous, en Z, une lentille qui concentre sur la môme pellicule, en S, l’image du cadran gradué et de Faiguilledecet instrument. La pellicule étant transparente, l’image du cadran et de l’aiguille se superpose à celle du paysage. On peut donc obtenir ainsi, après développement de la pellicule, une photographie dont la hauteur de prise se calcule d’après les deux éléments suivants dont elle est fonction :
- >• Le rapport entre une distance connue à terre et la reproduction de cette distance sur le phototype;
- a0 La distance focale principale de l’objectif.
- Je ferai seulement observer que, si la droite choisie sur la cane est fortement inclinée, on devra tenir compte de la différence de niveau de ses extrémités; car il ne faut pas
- (*) Description extraite <!e la Revue de* Sciences pures el appliquées.
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- ME VER-HEINE.
- perdre de vue que tous les points du terrain sont représentés sur l'épreuve en projection conique.
- L‘2ppareil est disposé de telle sorte que, toutes les deux minutes, la pellicule sensible vienne poser devant les lentilles
- Fig. f).
- Details de l’appareil pour l’enregistrement photographique île* altitudes.
- Iî. baromètre anéroïde: O. Z. objectifs: D, K, obturateurs; MIT. mouvement d'i-yrh ; C.came; L. U v:erdc dù.-loaciK'mer.!: >. s.c-r.i.-uic : T, l\ boblaes-nagasln*; ti. glace maintenau: la pellicule parfaitement plane; i>. c, barillets •.•ommasüant les obturateurs; d, barillet commandant la bobiue L’; P, tube protégeant l’objectif Z des rayons du soleil.
- o et Z pendant un temps très court, durant lequel les obturateurs I) et K sont ouverts.
- Les obturateurs circulaires sont montés sur un axe actionné par un barillet. Le déclenchement simultané des obturateurs est obtenu par un levier L, qui commande aussi la mise en
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- LA PHOTOGRAPHIE EX BALLON ET LA TÊLÉPIIOTOGAAPHIE. llZ
- marche d’an barillet plus puissant que les précédents monté sur l’axe de la bobine réceptrice de la pellicule L\ Ce levier L est animé d'un mouvement alternatif par la came C dépendant du mouvement d’horlogerie MU. Bien entendu, le déclenchement des obturateurs a été réglé par construction pour opérer, entre deux expositions, le changement de la pellicule impressionnée.
- Enfin, pour déterminer sur chaque épreuve le retrait ou l'allongement qui peuvent se produire à la fin des différentes manipulations photographiques, la glace G porte, gravés au
- Photographie prise avec l’appareil enregistreur de M. Cailletel. 'Altitude; ifôo**.'
- diamant sur la surface en contact avec la pellicule, des traits qui sont reproduits sur un phototype.
- Remarquons, avant d’achever, que les indications du baromètre permettant de déterminer l’échelle à laquelle chaque vue a été prise, il est facile, en tenant compte de l'heure de départ et de l’orientation des ombres sur le terrain, de trouver
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- rapidement sur la carte les surfaces qui ont été photographiées (').
- Applications de la Photographie aérostatique en temps de guerre.
- Plaçons-nous maintenant au point de vue exclusivement militaire.
- Les parcs aérostatiques accompagneront les armées en campagne et figureront dans les sièges.
- En campagne, il ne faut pas songer à employer le ballon libre pour faire des reconnaissances. En effet, si l'aérostat est poussé par le vent vers l’ennemi, il est perdu ; est-il, au contraire, rejeté du côté ami, il ne peut rapporter aucun renseignement utile.
- Reste le ballon captif. Or, pour ne pas être rapidement anéanti, un ballon captif doit se tenir à 5ooom au moins des batteries ennemies, distance à laquelle la Photographie ne peut rendre des services qu'à la condition d'avoir recours à un appareil téléphotographique.
- Avec un tel appareil, l’officier chargé de faire les observations prendra des vues des ouvrages importants ou des positions solidement défendues que, grâce ù sa jumelle, il aura découverts.
- Nous voyons donc qu’en campagne l’emploi de la Photographie aérostatique n'est possible que si l’on dispose d’un appareil permeitant de prendre des vues à grande distance. Je dois ajouter que les nacelles d’un parc de campagne étant fort petites, les dimensions de la chambre téléphotographique sont limitées et que, par conséquent, il ne faut pas compter sur un grossissement considérable.
- Il n’en est pas de même dans la guerre de forteresse. I. assiégé ne pourra évidemment avoir recours qu’au ballon captif; mais il aura la faculté de construire un aérostat assez
- . ; Le* conférencier projette un certain nombre de photosraphies obte-ics avec l’appareil Cailletel.
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- I.\ PHOTOGRAPHIE EN BALLON ET LA TÉLÉP1IOTOGRAPJ1IE.
- volumineux pour permettre à l’opérateur de se mouvoir à l’aise dans la nacelle et d’emporter un appareil téléphotographique puissant.
- Quant à l'assiégeant, il lui sera possible d'employer, non seulement les ballons captifs, mais aussi les ballons libres. En effet, quoi de plus facile pour lui que de lâcher un aérostat au-dessus de la ville investie, puisqu'il occupe tout le pays environnant la place?
- Aussitôt après la traversée, l’aéronaute jettera l’ancre et, de sa reconnaissance, il rapportera des vues donnant, avec une exactitude parfaite, la forme et la position des forts, les emplacements des batteries défilées, des magasins à poudre, etc. ; renseignements dont l’importance n’échappera à personne.
- Pour nous résumer, en campagne, utilité de la Téléphotographie seulement. Dans la guerre de siège, emploi utile de la Photographie aérostatique, aussi bien au moyen de chambres ordinaires que d’appareils téléphotographiques.
- Téléphotographie.
- Je vous ai parlé à différentes reprises de la nécessité où l’on se trouverait, à la guerre, d’avoir recours aux appareils téléphotographiques.
- De tels appareils permettent de photographier les objets éloignés avec des dimensions supérieures à celles qu’ils présentent à l’œil nu. En d’autres termes, la Téléphotographie est à la Photographie ordinaire ce que la vision à travers les lunettes est à la vision directe.
- Avant de passer à l’étude des systèmes ou combinaisons de systèmes optiques à l'aide desquels on peut obtenir des vues à grande distance, définissons le grossissement.
- Dans les instruments d’optique, on appelle grossissement le rapport du diamètre apparent de l’image au diamètre apparent de l’objet, ce dernier étant supposé dans les conditions de la contemplation directe.
- Si nous désignons :
- Par 0 la dimension de l’objet,
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- Par P sa dislance,
- Par I la dimension de l’image,
- Par A la distance minimum de vision distincte,
- Par 7 le grossissement, nous aurons
- _ ï O _ \ l>
- ' a:i> u a'
- Appareils téléphotographiques. — Les appareils téléphotographiques peuvent se grouper en deux categories :
- Les chambres munies d’un objectif à très long foyer;
- Les chambres munies d’un téléobjectif.
- Occupons-nous d’abord des objectifs à long foyer. Ici, le grossissement est proportionnel à la longueur focale de l’objectif. En effet, l’objet étant très éloigné, son image se
- forme sensiblement au foyer principal [Jig. m ). Nous aurons donc q = |]* ®n appelant F la longueur focale.
- Le grossissement y devient alors égal à -y Si nous adoptons o“*,53 pour la distance normale de vision distincte, nous voyons que des objectifs de ou,,a5, o“,5o, ï01, correspondent à des grossissements de ï, a, 4*
- Pour obtenir, avec de tels objectifs, des grossissements considérables, on serait conduit à des dimensions inacceptables. Ainsi, un grossissement de 4<> exigerait un appareil de iota de longueur.
- I! faut alors avoir recours aux téléobjectifs, lesquels, pour un même grossissement, exigent une longueur d’appareil moindre que les objectifs ordinaires.
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- h\ PHOTOGRAPHIE EN BALLON ET LV TÉLÉPHOTOGRAPHIE. *1?
- En i85o,à une époque où les procédés photographiques ne permettaient pas d’obtenir des vues amplifiées, M. le colonel Laussedat avait pu dessiner le sommet du donjon de Vin-cennesà l’aide d’une lunette terrestre, derrière l’oculaire de laquelle il avait disposé une chambre claire. Cet appareil, qu’il avait nommé télémétrographe, lui permit, pendant le
- Fiç. >3.
- siège de Paris, de prendre des vues des ouvrages exécutés par les Allemands autour de la capitale. Le gouverneur était ainsi tenu régulièrement au courant des travaux de l’ennemi.
- D’autre part, en i8(So, M. Warren de la Rue et le colonel Laussedat avaient photographié les phases de l’cclipse solaire du 18 juillet au moyen d’appareils spécialement construits pour l’observation du phénomène.
- Mais c’est seulement dans ces dernières années que l'on est parvenu à photographier d’une façon satisfaisante, au moyen de téléobjectifs, les objets terrestres situés à de grandes distances.
- Téléobjectifs. — Les téléobjectifs appartiennent à deux types différents :
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- r Combinaison de deux systèmes optiques convergents. Le premier donne une image réelle et renversée de l'objet*
- Fiç. i3.
- de laquelle le second donne une imsge amplifiée droite par rapport à l’objet [ftg. i3).
- i* Combinaison d'un système optique convergent avec un système divergent, interposé entre le premier et l’image des objets que celui-ci tend à former. A cette image, qui se comporte, pour lui, comme un objet virtuel, le système divergent
- substitue une image réelle, amplifiée et renversée par rapport à l'objet {Jig. 14 :•
- Si l'on déplace l'oculaire d’une longue-vue de façon à transformer l’image virtuelle en image réelle, l'instrument devient un téléobjectif; — téléobjectif imparfait, il est vrai, puisqu'une longue-vue n'est pas achromalisée pour la Photographie.
- AI. Lacombe, en opérant ainsi, a obtenu en 1886 des photographies qui, pour ce motif, laissaient beaucoup à désirer au point de vue de la netteté.
- MM. les lieutenants-colonels Fribourg et Alloue de ia Füye ont expérimenté avec succès des téléobjectifs formés de deux systèmes convergents. M. Alloue de la Füye a même cherché à utiliser les différentes longues-vues employées dans l’armée : lunette d’état-major, lunette de batteries de cotes, etc. II y est parvenu eu plaçant un écran jaune devant l’objectif, afin
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- LA M10TOGRAPUIE EX BALLON ET LA TKLKPUOTOCRAIM11E. A\\\
- d’arrêter les rayons violets, et en se servant de plaques ortho-chromatiques sensibles au jaune (1 ).
- La Téléphotograp hie en ballon. — Nous avons passé en revue les différents types d'appareils permettant de photographier les objets situés à de grandes distances.
- Revenons maintenant au sujet principal de celte conférence : la Photographie en ballon.
- Quel appareil lélépholographique doit adopter l’aéronaute? Celui qui satisfera aux deux conditions suivantes :
- i® Ne pas être d'une longueur exagérée:
- i? Permettre de faire de l'instantané.
- De plus, si nous nous plaçons ou point de vue militaire, une troisième condition s’impose : la netteté de l'image.
- Les deux dernières conditions ne sont compatibles que si I on réduit le champ ou si l’on renonce aux forts grossissements. Or, viser exactement un point sur une plate-forme aussi mobile que la nacelle est chose très difficile; cela devient même impossible par les vents violents. Il faut donc avoir une certaine latitude dans la visée : d’où la nécessité d’un champ étendu et, par conséquent, d’un faible grossissement. Nous savons, en effet, que, pour une longueur donnée d’appareil, le grossissement varie en raison inverse du champ.
- On ne doit pas, du reste, attacher une trop grande importance au grossissement; car, si l’image est d’une netteté parfaite, les détails en seront aisément perceptibles à la loupe.
- Les téléobjectifs satisfont à la première condition : ils n’exigent pas une longueur de chambre considérable. Mal-
- [') Le conférencier projette :
- l’ne vue du dôme du Panthéon prise par le lieutenant-colonel Fribourg ù 1200* de dis lance. Grossissement : 16.
- Quatre vues obtenues aux environs de Grenoble par le lieutenant-colonel Allotte de la Fûye :
- Le fort de Saint-EvnarJ. Distance : 5500®. Grossissement : $o.
- Usine à ciment du Mont-Jala. Distance : 3ooom. Grossissement : ôo. Sommet de la montagnela Grande-Lance. Distance : tfi1*». Grossissement :«>•>.
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- Vue de lu même église
- du meme point avec un appareil photographique ordit
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- L\ PHOTOGRAPHIE EN BALLON ET LA TÉLÉPHOTOGRAPHIE-
- heureusement, ils ne permettent pas d'opérer avec une rapidité suffisante.
- Le lieutenant-colonel Fribourg est bien parvenu à obtenir
- des clichés instantanés d’un grossissement de G environ, en combinant deux objectifs extra-rapides de la série C de J)all-meyer; mais, ces objectifs étant employés avec toute leur ou-
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- verlure, c’est à peine s’ils forment une image nette de la surface d’un cercle de o“,oa de diamètre (Jig. iS). Aussi, avec •m tel appareil, la visée n'est-elle possible en ballon que par tin temps absolument calme.
- Les objectifs ordinaires à long foyer satisfont, au contraire, aux deuxième et troisième conditions; toutefois, ils ne sont
- Fi*. .8.
- Le Panthéon. — Vue prise du sommet de lu tour Eiffel avec un objectif de tn de foyer. (Distaace : joooa. — Pose : ~ de seconde.)
- acceptables dans une nacelle que si leur longueur focale ne dépasse pas i”.
- C’est un tel objectif de t“* de foyer, monté sur une chambre i3 x tS, que le lieutenant-colonel Allote de la FOye a adopté pour prendre des vues aérostatiques.
- L’objectif a un grossissement de 4. L'image qu’il donne de t “, à 5ooo“, mesurant j de millimètre, est perceptible à l'œil
- On va projeter devant vous un certain nombre de photo-
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- LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON ET LA TÉI.ÉPIIOTOGRAPH1E.
- graphies instantanées .*) obtenues avec cet appareil, soit à terre, soit en ballon, à des distances variant de ak“ à 6k“.
- Ces différentes vues vous permettent de vous rendre compte de l'importance des services que sont maintenant appelées
- L’église du Sacré-Cœur. — Vue prise du sommet de la tour Eiffel avec uu objectif de i* de foyer.
- 'Distance : 5ooo". -- Pose de seconde.)
- à rendre, en temps de guerre, la Photographie en ballon et la Téléphoiographie.
- (’) Quatre vues prises du sommet de la tour EilTel : la place de lu Concorde (aooo°), le Panthéon (iooo“), l'église Notre-Dame (4aoo">, leglise du Sacré-Cœur fâooo*);
- Trois vues des environs de Belfort obtenues par le capitaine Bouttieaux à des distances de 4ooo,fc, 45oo° et ôooo®;
- Une vue du fort de Saint-Eynarû prise en ballon par le lieutenant-colonel Alloue de la Füye à une distance do 5500*.
- Temps de pose : £ de seconde.
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- RECHERCHES
- SUR LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES
- Par le Colonel A. LAUSSEDAT.
- CHAPITRE III.
- ICONOMÉTRIE ET MÉTROPHOTOGRAPHIE.
- CONSIDÉRATIONS ET NOTIONS PRÉLIMINAIRES. PRÉCÉDENTS HISTORIQUES.
- I. — Application directe ou indirecte de la perspective au lever des plans.
- Les progrès de la Topographie, comme ceux des autres ans, ont été naturellement diriges en vue d’économiser le temps et la dépense pour obtenir un môme résultat utile, généralement même supérieur. L’exposé historique qui a fait l’objet des deux premiers Chapitres était destiné à montrer que, dans le cas qui nous intéresse, c’était surtout la durée des opérations sur le terrain que l’on avait cherché à abréger de plus en plus, en simplifiant les mesures directes des distances et des différences de niveau.
- Sans revenir sur les détails des procédés auxquels nous faisons allusion, qui se modifiaient à mesure que les instruments eux-mêmes se perfectionnaient, abstraction faite toutefois de la méthode des alignements appliquée au Cadastre qui, de propos délibéré, emploie à peu près exclusivement la
- (’) Voir 2* * Série, t. VH. p. 6© à $5. *3; à 3oi et Pt. J XI, t. VIII, p. 85
- * |J>, 197 à 338 «t PI. A; 1. IX. p. . à 70. ù 307 et PI. B, C et I; !- X, P- 34 à 83, 138 h 339 et Pt. I.
- 3* Série, t. /. U.
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- chaîne ou les règles, on reconnaît aisément que le but proposé a été atteint plus complètement quauparavant depuis que l’on a réduit le nombre des stations, en s'appuyant instinctivement sur les propriétés de la perspective. En chacune de ces stations, en effet, on ne mesure pour ainsi dire plus que des angles visuels horizontaux ou verticaux, les premiers {que l’on obtient aussi graphiquement avec la planchette) servant à multiplier les repères de la planimétrie, et les seconds, ceux du nivellement; enfin, depuis le commencement et surtout depuis le milieu de ce siècle, on a eu recours aux angles visuels micrométriques pour lever les détails de la planimétrie par rayonnement, la même visée sur la mire parlante pouvant servir à déterminer la cote du point considéré. C’est ainsi que l’on est parvenu à réduire considérablement les opérations manuelles, et il est facile de se rendre compte du rôle prépondérant que joue déjà la perspective dans ces simplifications.
- Des considérations semblables ont été présentées dans l’Avertissement du premier Volume, mais nous devions les reproduire ici pour insister sur les conséquences, Si intéressantes, à notre point de vue, de la méthode la plus expéditive dont on se soit avisé jusqu’à présent, laquelle suppose d’ailleurs toujours la détermination préalable d'un nombre suffisant de repères obtenus à l’aide d'une triangulation et d’un nivellement de précision.
- Rappelons tout d’abord que, sur les caries et les plans topographiques complets, le figuré conventionnel du terrain par des hachures n’a été accompagné de cotes de nivellement que fort tard et surtout après l'invention des courbes de niveau ; on sait, d’un autre côté, que ce n’est qu’exception-nellement et pour des plans à d’assez grandes échelles destinés aux ingénieurs que les levers nivelés par courbes sont effectués rigoureusement, à grands frais. Généralement, au contraire, le tracé des courbes est exécuté au sentiment, en pariant des repères auxquels nous venons de faire allusion, en nombre très restreint, et l’opérateur se laisse guider par les formes du terrain telles qu’elles lui apparaissent aux différentes stations, ce qui exige de sa part une grande attention
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- les iNsrarïiBSTS, les méthodes et le dessin topogiumuqces. aa; ei une expérience consommée, les effets de la perspective pouvant lui faire souvent commettre des erreurs graves ( * * ).
- Ce rapide aperçu des procédés en usage dans la Cartographie réputée jusqu’ici la plus perfectionnée suffit, pensons-nous, à justifier celte affirmation réitérée de notre part que les vues photographiées (ou dessinées à la chambre claire) prises dans des conditions bien déterminées, de stations habilement choisies, fournissent des éléments tout à fait analogues à ceux que les topographes recueillent sur le terrain, mais beaucoup plus nombreux et dans un temps incomparablement moindre. On serait même tenté de dire que le nombre de ces éléments est en quelque sorte illimité et il convient d’ajouter, à leur très grand avantage, que les vues photographiées qui fixent invariablement les formes apparentes du terrain à chaque station étant des documents que l’on peut consulter toutes les fois que l’on en éprouve le besoin, facilitent singulièrement le travail du topographe dans le cabinet et en assurent l’exactitude en lui permettant de multiplier les repères et d’interpréter à loisir les apparences, quand il cherche à tracer les courbes de niveau, ce qu’il ne pouvait faire sur place à moins d’y consacrer un temps considérable (2).
- Cette thèse, que nous n’avons cessé de soutenir depuis un si grand nombre d’années, est désormais généralement admise à l’étranger et même en France par tous les esprits indépendants qui ont pris la peine de l’examiner et d’expérimenter la méthode photographique avec l’attention qu’elle mérite.
- II. — Association des vues pittoresques et des plans.
- Il y a d’ailleurs bien d’autres arguments à faire valoir en faveur de l’utilisaiion des vues pittoresques dans l’art de lever
- (*) C'est ce qui explique celles que l’on constate en si grand nombre sur la Carte de l’Élat-Major et, en général, sur les certes analogues publiées à l'étranger. — Voyez, à ce sujet, un article para récemment «laus la Revue scientifique, n* du 12 novembre
- (•) U est évident, en outre, que les vues photographiée? procurent à ceux qui ont le contrôle des travaux topographiques les inovons de vérification les plus prompts ci les plus irrécusables.
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- les plans ou plus généralement en Topographie. Il est aisé, par exemple, de montrer qu'en s’abstenant de le faire, on semblerait ignorer les services qu’elles ont déjà rendus à cet art avant l’invention de la Photographie, c’est-à-dire alors qu’il était incomparablement plus difficile de les obtenir.
- Après avoir indiqué au Chapitre précédent Chap. II *(•)], les phases par lesquelles a passé le dessin topographique dans les temps modernes, principalement depuis l'invention de la gravure jusqu’au règne de Louis XIV, nous avons constaté qu’à cette dernière et brillante époque, les créateurs delà Topographie régulière avaient continué à se servir de la perspective pour illustrer leurs plans et aider à les mieux faire comprendre.
- Parmi les exemples les plus frappants de cette association préméditée des vues pittoresques et des caries ou des plans levés géométriquement, nous avons signalé surtout l’œuvre qui porte le nom de Grand Beaulieu (-), et les trois Planches IV, V et VI qui en sont extraites montrent clairement le but que se proposaient leurs auteurs et jusqu’à quel point iis l’ont atteint. Si la tradition ne s’est pas perpétuée sous cette forme précise, on se tromperait assurément en méconnaissant le rôle qu’a continué à jouer le dessin pittoresque dans les travaux d’exploration et de reconnaissances topographiques exécutés pendant les deux siècles écoulés depuis la publication du Grand Beaulieu.
- Il suffirait de se reporter aux Atlas de l'expédition d’Egypte et des campagnes de Bonaparte en Italie par Baggetti et par Carie Vernet dont nous avons déjà parlé, à celui de l’expédition de Morée et à bien d’autres encore ( nous nous bornons aux plus célèbres parmi les publications faites en France) pour constater ce besoin du pittoresque à côté des œuvres topographiques les plus parfaites et des relevés d’architecture les plus soignés.
- Ainsi, en nous en tenant à l’expédition d’Égypte, où les plus illustres savants étaient accompagnés d’ingénieurs et d'archi-
- <’) Voir v Série, t. VII, p. s37 à 3o. et PL III à XI.
- -ut que l’on désigne ainsi le Recueil général qui a pour litre: Lis glorieuses Conquêtes de Louis le Grand; Cartes, profils, plans des cilles avec leurs attaques, combats, batailles, etc.
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- LES INSTRUMENTS. LE? MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. U2;)
- tectcs du plus grand mérite chargés de lever les pians des champs de bataille, des villes, des magnifiques monuments des pharaons, on n’avait pas oublié de leur adjoindre d’habiles dessinateurs, et il arrivait même souvent que les talents de savant, d’ingénieur et d'artiste se trouvaient réunis chez le même opérateur.
- Si les plans et les vues des édifices, des villes ou des sites célèbres ne sont pas toujours rapprochés, mis en regard les uns des autres, dans cet admirable Ouvrage, il n'est pas moins facile, dans la plupart des cas, de reconnaître l’étroite relation qui existait entre les deux opérations (•).
- 0) Deux «les plus jeunes membres de cet Institut U’Égypte, dont notre pa>$ aura toujours le droit de s’enorgueillir et le devoir de se souvenir, Caristie et Jornard, sortis de l’École Polytechnique à peine créée et que j'ai eu l'insigne honneur de connaitre, déclaraient chacun à qui voulait l'entendre que leurs collègues comme eux-mêmes n’avaient jamais séparé les deux conditions essentielles de l’œuvre entreprise : la précision des mesures et des relevés de toute sorte et 1’cffeL artistique des monuments représentés en perspective ainsi que des pajsages qui les encadraient le plus souvent.
- Caristie, qui était entré à l’école des Beaux-Arts à sa sortie do l'école Polytechnique, et qui dessinait admirablement, avait souvent fait usage de la chambre obscure en Kgvpte, en attendant la chambre claire dont il sc servit en Italie des les premiers temps de son invention, li devint membre de l’Académie des Beaux-Arts et a laissé la réputation d’un très savant et très habile architecte. C'est avec la chambre claire qui lui avait appartenu <jne J'ai fait mes premiers essais U’Iconométrie ci je devais lui payer ici un tribut de reconnaissance.
- •îomard était ingénieur-géographe et, en dessinant les monuments couverts d’hiéroglyphes en même temps qu'il exécutait ses travaux topographiques, U avait acquis une véritable érudition qui l'aida à entier à la Bibliothèque nationale en qualité de Conservateur au département des Cartes et Plans; il setait beaucoup occupé de la gravure des planches de l’Atlas du grand Ouvrage sur l’Égypte, ce qui fut cause, lors de son élection à l’Académie des Inscriptions, de la célèbre boutade de l’un de ses concurrents qui n'était autre, malheureusement pour lui, que Paul-Louis Courier. [Voyez dans les Œuvres du célèbre pamphlétaire la Lettre à Messieurs de PAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres.)
- Malgré le talent Incontestable des architectes et des ingénieurs de 1 Institut d'Égypte et malgré l’emploi accidentel fait par quelques-uns dentre eux de la chambre obscure, ou ne saurait comparer l’exactitude de leurs dessins, surtout au point de vue des détails, avec celle que donne aujourd’hui sans peine !a Photographie. C'esl ce que faisait si bien ressortir Arago dans le Chapitre X de sa .Xotice sur le Daguerréotype, intitulé : Avantages de la Photographie t. IV des .Xotices scientifiques dans tes Ouvres complètes. Paris, Gide, i65$).
- * A l'inssection des nremiers tableaux que M. Dacrucrrc a fait voir ou
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- «. LALSSEDAT.
- a'io
- On n’avait pas attendu, d’ailleurs, l'expédiiion d'Égypte pour attacher des dessinateurs, en même temps que des naturalistes, aux missions scientifiques et géographiques confiées à nos hardis et illustres navigateurs du siècle dernier, dont la tradition s’est conservée jusqu’à nos jours (s).
- La tache de ces artistes commençait dès que les navires sur lesquels ils étaient embarqués arrivaient en vue d une terre dont ils dessinaient les aspects, même du large, et l'on aperçoit là l’origine des vues de cotes si merveilleusement utilisées par Beautemps-Beaupré qui, même avant d’avoir servi à la construction des caries et en dehors de celte préoccupation, avaient été et continuent à être annexées à celles qui contiennent des rades, des ports ou des mouillages pour guider les navires qui veulent y entrer ou les atteindre sûrement.
- L’association des vues et des plans est ici des plus évidentes, des plus intimes, les points d’où ont été prises les vues étant marques sur les caries, ce qui permet dès lors d’orienter chacune des premières et de constater l’accord des details qu'on y découvre avec ceux qui figurent sur la carte.
- public, disait l'illustre physicien, chacun a songé à l'immense parti qu’on aurait tiré pendant l’expédition d'Égypte d'un moyen de reproduction si exact et si prompt; chacun a été frappé de cette rétlexion que, si la Photographie avait été connue en 179S, nous aurions aujourd'hui des images fidèles d'un bon nombre de tableaux emblématiques dont la cupidité des Arabes et le vandalisme de certains voyageurs ont privé lu monde savant. Pour copier les millions et millions d'hiéroglyphes qui couvrent, même à l’extérieur, les grands monuments de Tliébes, de Memphis, de Karnak, etc., i! faudrait des vingtaines d'anuées et des légions de dessinateurs. Avec le Daguerréotype, un seul homme pourrait mener à boum: fin cet immense travail. Munissez l'Institut d'Égypte de deux ou trois appareils de M. Da-guerre, c-t sur plusieurs des grandes planches do «'Ouvrage célèbre, fruit de notre immortelle expédition, de vastes étendues d'hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyphes fictif? ou do pure convention; et les dessins surpasseront partout en fidélité, en couleur locale, tes œuvres des plus habiles peintres; et les images photographiques étant soumises, dans leur formation, aux règles de la Géométrie permettront, à l’aide d’un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices, o (*) M- je !>r Hamy rappelait encore récemment les services rendus à la Géographie et à l’Ethnographie par les dessinateurs attachés à la mission de d’Eutrecasteaux. Dans bien des cas, les aptitudes artistiques des officiers ilo terre cl <lc mer ont été mises elles-mêmes à profit avec le plus grand succès, par exemple, pendant l'exploration du Mékong par Doudarl de Logrcc.
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- LES INSTRUMENTS} LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. *3l
- On trouve de même, quelquefois, dans les relations des explorateurs aussi bien que dans les Ouvrages descriptifs des contrées connues depuis longtemps, des vues pittoresques et des cartes sur lesquelles les points de vue et même l’angle visuel sont aussi indiqués, mais celle précaution, si simple cependant, est assez rarement prise et cela est à regretter, car elle éviterait souvent au lecteur la question qu'il est naturellement obligé de se faire sans cesse et la peine de chercher à y répondre.
- Quoi qu’il en soit, de tout temps, les relations de voyages illustrées ont été les plus recherchées, et aujourd'hui plus que jamais (*). Il est incontestable, en effet, queiorsque I on y trouve à la fois des cartes, des plans et des vues pittoresques, le récit gagne en intérêt et surtout en clarté (2).
- La Géographie générale qui s’occupe des différentes contrées, de leur étendue, de leur climat, du nombre des villes ou des villages et de leurs habitants, de la division de chacune • d’elles en pays de plaines, de collines ou de montagnes, de savoir si ces pays sont boisés ou non, cultivés, laissés en friches ou même arides, en d’autres termes, de la population, de la nature du sol et des productions que l'on en peut tirer.
- (•) On sait que la vogue des publications illustrées s'est développée, il y a déjà plus de soixante ans et surtout depuis les progrès de la gravure sur bois, d’une manière on peut dire merveilleuse. La popularité de l'illustration en France peut même être précisée : elle date de la création du Magasin pittoresque, en i833, par l’excellent Kd. Charton, qui pubtïait encore et successivement, dans le même esprit et l’on peut dire avec la même préoccupation philosophique et patriotique à la fois, une Histoire de France, d’après les monuments de toute nature, un choix des plus judicieux des voyages et découvertes géographiques, sous le titre de : Voyageurs an-ciens et modernes, et organisait enlin celle importante publication de journaux et de récits des voyageurs contemporains : Le Tour du Monde. qui forme un recueil si précieux, dont la maison Hachette a assuré le succès en ne cessant de lui donner tous ses soins, en y intéressant des artistes de grand mérite et en mettant à profit toutes les ressources des procédés nouveaux auxquels la Photographie a donné naissance.
- {’) Avant l’invention de l'Imprimerie et de la gravure, les relations manuscrites des voyages étaient souvent accompagnées de miniatures enluminées qui avaient un grand charme, quoiqu'elles ne fussent pas toujours d'une vérité irréprochable. Le Livre des Merveilles et d’autres encore que Ion trouve à flotre bibliothèque nationale donneraient une idée souvent avantageuse de ces premiers temps de Villustration.
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- comprend en outre l'élude détaillée des accidents du terrain, celle de la direction, de l’importance des cours d’eau, de leur navigabilité, des autres voies de communication, des travaux d’art, qui sont le principal objet de la Topographie et de la Cartographie; et qui donnent également l’occasion de lixerpar le dessin, et aujourd'hui si facilement par la Photographie, le souvenir des sites, celui des vues intérieures et extérieures des villes, de l'architecture des édifices, sans parler de tout ce qui se rapporte à l'Ethnographie.
- Tels sont, en effet, les renseignements et les documents que l’on rencontre dans les grands traités de Géographie, dans les Guides de plus en plus précis, enfin dans les journaux de voyage (< ).
- III. — La Géologie et les formes du terrain.
- Une science relativement nouvelle, créée à la fin du siècle dernier, d’abord en Allemagne et en France, la Géognosie, appelée depuis Géologie, et qui s’est développée avec une rapidité prodigieuse dans tous les pays civilisés, est venue à son tour provoquer l’étude plus attentive des formes du terrain. Les aspects pittoresques chers aux paysagistes et aux voyageurs en quête d’impressions, si nombreux aujourd'hui sous les noms de touristes, d alpinistes, et même de cyclistes et d'automobilistes, prenaient, en effet, un tout autre caractère aux yeux de ceux qui avaient l'ambition de pénétrer les mystères de la structure du globe terrestre ou tout au moins de l’histoire de son écorce.
- Nous pourrions citer, en France, après le grand Ouvrage d’Elisée Reclus, une feule d'autres publications faites chez nos meilleurs éditeurs qui, depuis un quart do siècle déjà, mettent à contribution la Photographie -‘ous toutes ses formes, documents et procèdes. Enfin, dans ces derniers temps, on n publié un grand nombre d'Aibums qui renferment les reproductions en pliototypie ou en photogravure de monuments et de paysages avec lesquels, moyennant quelques indications. lier, ne serait plus facile que de relever, sur les uns des points de fuite et des points de distance, sur les autres des angles qui serviraient soit à la restitution des plans et des élévations des monuments, soit à la construction des plans topographiques.
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- LES INSTRUMENTS, LES METHODES ET LU DESSIN TOI*OGRAPIJIQVGS. »33
- Or on peut voir, dons la plupart des Monographies concernant tel ou tel terrain, telle ou telle contrée (délimitée précisément, presque toujours, par sa nature géologique), publiées depuis un siècle, des dessins d’abord assez naïfs, ou simplement schématiques, puis exécutés avec plus d’art, souvent même avec un véritable talent ('). Ces croquis, plus ou moins habilement tracés, étaient destinés à illustrer, d’une manière particulière, les descriptions géologiques, à rendre évidentes et, dans bien des cas, à faire deviner les explications qu’ils accompagnaient (2).
- Les Monographies et les Ouvrages de Géologie qui contiennent des dessins de ce genre sont actuellement innombrables, et nous nous contenterons de rappeler que déjà notre grand géologue Élie de Beaumont, dans sa magistrale Description delà Carte géologique de France, publiée de i84> a 184S, en collaboration avec le célèbre minéralogiste Dufrénov, avait eu souvent recours aux vues pittoresques dans le but que nous venons d’indiquer (3).
- Aujourd’hui, ce moyen d’abréger les explications et de rendre visibles, sous tous leurs aspects, les couches géologiques dé-
- (') Par exemple, les vues prises dans les Vosges et dans la vallée du Rhin supérieur, de Regard; celtes des volcans d’Auvergne, dans le bel Ouvrage de Poulett-Scropc, etc.
- {'•) Peur guider les futurs géologues, vers iS^o, des leçons de Perspec-tive appliquée au destin du f,uvsuse uluii-iil faites à l'École supérieure des Mines par l'un des plus anciens élèves de Monge, M. Girard, qui y enseignait en outre le dessin et le lever des plans; ruais celle tradition artistique n’a pas été maintenue après la mort de Girard, remplacé par le savant géomètre Delaunay, qui n’a jamais su dessiner.
- (’) Depuis cette époque, il a été publié en France et à l'Étranger, particuliérement en Allemagne et en Autriche-Hongrie, un grand nombre <1 Ouvrages, Livres ou Mémoires, dans lesquels on a cherché à faire ressortir tes relations qui existent entre la nature géologique et les formes extérieures du terrain. On a étudié aussi les causes qui ont déterminé le modelé actuel et celles qui peuvent le modifier. Nous sommes heureux de pouvoir signaler, à ce propos, deux excellents Ouvrages français parus dans ces derniers temps : Les Formes du Terrain, par MM. G. de la XoE etEmm. Margerie ( Paris, Imprimerie nationale, i$8<à), et Leçons sur la Géographie physique, par M. A. de Lapparent (Masson et C-J. Paris, qui mériteraient tous les deux de devenir classiques. Ajoutons que tous les Ouvrages, tous les Recueils de Mémoires sur la Géologie.publiés en France et à l'Étranger, sont actuellement ornés do nombreuses figures qui sont des reproductions de photographies de plus en plus parfaites.
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- nudées, leurs contournements, leurs plissements, les fractures des roches, les traces des arrachements, les dénivellations produites dans les failles, les érosions, les éboulements, les déjections, les formes géométriques qu’affectent le plus souvent les masses volcaniques, granitiques, calcaires, argileuses, schisteuses, sablonneuses agglomérées (grès) ou pulvérulentes (dunes, cordons littoraux, etc.)» ce moyen, disons-nous, de mettre le lecteur (ou l’auditeur) en présence de tels ou tels accidents naturels est devenu si simple, grâce à la Photographie, que tous les Mémoires, tous les travaux des géologues, aussi bien que les reconnaissances et les récits des touristes, les leçons des conférenciers, sont désormais remplis à profusion de vues, d’une exactitude irrécusable, d'une vérité saisissante, et qui ont en outre cet avantage inappréciable de n’avoir pris que fort peu de temps à l'observateur.
- I)’un autre côté, si les vues photographiques peuvent rendre tant de services aux géologues, on devine aisément que la science du terrain ( Terrain Lehre, Terrainformen Lehre des Allemands) que ceux-ci ont véritablement créée à leur tour, devra être souvent d’une grande utilité au topographe, par exemple quand il aura à construire une carte ou un plan à l’aide d’un nombre restreint de vues, sur lesquelles il lui faudra interpréter, identifier des formes géométriques altérées par la perspective; et ce secours lui sera particulièrement précieux, ainsi que nous l’avons déjà fait pressentir, quand il s’occupera du nivellement.
- Xous indiquerons plus loin les précautions très simples, mais indispensables, qu’il serait désirable de voir prendre par tous ceux qui. selon l’expression de M. Courtellemont (*), voyagent l’objectif à la main, pour tirer le meilleur parti possible de tant de matériaux, de tant de documents qui vont s’accumulant le plus souvent pour l’unique plaisir des yeux, dans l'intérêt de la Géographie physique et de la Topographie de détail, mais il convient auparavant de remonter aux origines
- i') M. Courtellemont est cet avisé et hardi voyageur qui a parcouru, « l’objectif à la main », la plupart des pays musulmans et est allé, non san? danger, jusqu'à La Mecque pour Taire connaître à tout le monde celte ville mystérieuse et les impurs de ceux qui en accomplissent le pèlerinage.
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- LBS INSTRUMENTS, LUS MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPlIIQrES. 5t'J5
- des arts nouveaux que nous avons qualifiés des noms d7co-nométrie et de Metrophotographie, et qui tous les deux découlent très simplement des propriétés de la perspective et, pour tout dire, n’en font qu'un.
- IV. — Origines de riconométrie et de la Métro-photographie.
- Lambert et Beactemps-Beaupré. — On a fréquemment cité les deux passages suivants de la Notice d'Arago sur le Daguerréotype, dont nous avons nous-même déjà reproduit le premier dans la note de la page 229, pour prouver que l'idée d'une application possible du nouvel art aux levers topographiques et d’architecture datait de l’époque même de la découverte de la Photographie :
- « Les images photographiques étant soumises, dans leur formation, aux règles de la Géométrie permettront, à l’aide d'un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices. »
- Et plus loin :
- «Nous pourrions, par exemple, parler de quelques idées que l’on a eues sur les moyens rapides d'investigation que le topographe pourra emprunter a la Photographie (•). »
- (’) C'est dans le Chapitre II de la même Notice qu'Arago avait attribué au physicien napolitain Jean-Baptiste Porta l'invention complète de la chambre obscure. Nous a vous reconnu (a* Série, t. VIH, p. <j-, note 2). d'après Libri, dont los assertions ont été confirmées encore récemment par M. Eug. Müiilz, que Léonard de Vinci avait précédé Porta dans cette découverte, et nous avions mémo ou soin u ajouter que l'observation des phénomènes que l'on provoque en pratiquant une ouverture dans l'un dos volets d une chambre fermée était peut-être plus ancienne encore. Nous ne nous étions pas trompé, car il. Curtzc. de Thortr, constate dans le »• 1 de la Bibiiotheca Mathemalica de »<$gi#que, dès le xiv* siècle, Lévy Iten Gcrsôn. que nous connaissons déjà comme l'inventeur «le l’arbaleslrille, avait établi le principe de la chambre obscure dans un Ouvrage sur la Trigonométrie et le bâton de Jacob (arbalestrille) dont une copie existe à la Bibliothèque nationale de Paris {manuscrit latin 7203 qu'a bien voulu nous signaler m. bnestrom) : Capitulcm tekticm. in tertio Capitulo ponitur un un», pnmurn utile ad cognoscendum semidiametrunt Sotis et I.unœ per
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- On ne saurait placer la thèse que nous entendons soutenir, que nous soutenons depuis si longtemps, sous un meilleur patronage, et l'on ne sera pas surpris quand nous ajouterons que le môme pressentiment se trouvait exprimé dans le Rapport de Gay-Lussac à la Chambre des Pairs; mais il faut bien convenir que, dans les premiers temps, alors que les images étaient si péniblement obtenues sur des plaques métalliques, leur utilisation par les topographes n’eut guère été facile et, d’un autre côté, on savait bien que les images d’une certaine amplitude éprouvaient sur les bords des déformations sensibles et présentaient des défauts de netteté dues aux aberrations des objectifs.
- Pour éviter ces inconvénients et dans le but de permettre des mesures plus simples et plus exactes sur les photographies, un inventeur français, Martens, imaginait, dès i845, une chambre noire cylindrique, imitée par plusieurs autres personnes en France, en Angleterre et en Allemagne (‘), avec des variantes ou de réels perfectionnements dans la construction, depuis i858 jusque dans ces derniers temps, et sur les propriétés de laquelle nous reviendrons un peu plus loin.
- On peut toutefois faire remarquer, dès à présent, que la déformation des images n’était évitée sur le tableau courbe que dans le sens horizontal; si donc on eût voulu « remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices», comme l’annonçait Arago,ou même prendre des mesures angulaires sur un paysage en pays de montagnes, on aurait pu se trouver encore exposé à commettre des erreurs appréciables, si bien qu’un autre inventeur, le célèbre Porro, en était venu, pour éviter ces dernières, nous l’avons déjà dit (2e Série, t. \, p. 23ç, note 3). à concevoir une chambre noire sphérique qui n'a d’ailleurs jamais été réalisée et ne semblait guère réalisable.
- comparationem ad circulum que ni dcscribit extra suam deferentem experieatiœ tempore et quantitate radiontm ipsorum quæ peu fexesïba» noMoitcM ixraoEtxT.
- w Garellu (iS5ÿ), Johnson, Harrison, Sîlvy (iSG5), Brandon, Koch, Buscli, Benoist (do i*ç5 à j*:.v. .?i plus récemment encore Moèssard et Damoiseau.
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- LES INSTRI'SIENTS. LES MÉTHODES HT LH DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 2$-
- Nous décrirons également, dans un autre paragraphe, des appareils panoramiques d’un genre particulier, destinés surtout à enregistrer les angles horizontaux sur toute la circonférence autour de la station, et nous montrerons les graves inconvénients de ce système; mais nous devons, auparavant, faire connaître les véritables origines de celui qui est désormais généralement employé.
- Quelques-uns des historiens de la Photogrammétrie ou de la Phototopographie, en Allemagne et en Italie, ont cherché à découvrir dans les anciens auteurs l'idée de la restitution des plans du terrain, d’après les vues pittoresques naturelles, et ils ont cru en apercevoir le germe dans la Perspective libre de l’illustre géomètre Lambert (de Mulhouse), publiée à Zurich en 1769. Nous donnons ici le passage visé de cet Ouvrage, afin de ne laisser subsister aucun doute à ce sujet dans l'esprit de nos lecteurs:
- « On voit facilement, dit Lambert, que le problème de la restitution du plan au moyen de la perspective présente une analogie complète avec celui de la Géométrie (pratique) dans lequel on se sert de la hauteur d’une maison, d'une tour ou d’une montagne comme d une station, pour représenter en plan la surface environnante, et, pour cela, on utilise la hauteur du lieu, on mesure les angles de dépression des objets, et l’on détermine leur écartement de la méridienne (leur azimut) sur un rapporteur, ou par les angles formés avec cette méridienne..., on peut ainsi déterminer la position de ces points sur le plan absolument de la même manière que si celui-ci avait été fait sur le terrain d'après les règles de l’arpentage () ».
- Il semble bien, d’après ce texte, ou plutôt il est évident que Lambert suppose qu’il s’agit de restituer le plan de la surface environnante au moyen d’une perspective unique, et par conséquent dans le cas d’un terrain parfaitement horizontal. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n'existe, à notre connais-
- (‘) Lambert, Freie Perspective, Zurich
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- A. LALSSF.DAT.
- •iîÔ
- sance du moins, aucun exemple de l'application de ce principe restreint, tandis qu'en se reportant à l’invention du trait perspectif en Italie, qui date du xvi® siècle, il est indubitable que le problème inverse de la mise en perspective d'un ou même de différents monuments rapprochés les uns des autres, d’après leurs plans et leurs élévations, c’est-à-dire la restitution de ces plans et de ces élévations d'après des perspectives, a été résolu depuis longtemps de la manière la plus complète. On sait, en effet, que celte solution est enseignée de vieille date dans nos écoles, et pratiquée constamment depuis plus d'un siècle, car elle était familière aux artistes attachés à l'expédition d'Égypte dont plusieurs, nous l’avons rappelé plus haut, ont fait usage de la chambre obscure (') pour se procurer des perspectives exactes des monuments.
- Nous continuerons donc, ainsi que nous l'avons déclaré si souvent, à considérer Beautemps-Beaupré comme le premier qui ait construit des plans topographiques à l'aide de vues pittoresques prises de deux stations au moins, et, toujours pour mettre le lecteur à môme de se prononcer en connaissance de cause sur ces questions de priorité, nous allons reproduire, une fois de plus, un passage que nous avons sou vent cité dans nos publications antérieures :
- « Après avoir adopté, dit Beautemps-Beaupré, le cercle à réflexion pour mesurer les distances angulaires des points remarquables des côtes et avoir reconnu la possibilité d’observer au même instant un très grand nombre d'angles, je jugeai qu'il fallait encore chercher le moyen le plus sûr et le plus facile de designer les positions auxquelles appartenaient ces angles, soit qu’ils fussent pris d'une station à ta mer ou d’lxe station à terre. L’emploi des lettres de l'alphabet et des chilfres pour désigner les objets qui n’avaient point de noms conduisait, il est vrai, au but qu’il fallait s’efforcer
- (•) On pourra remarquer que nous disons tantôt chambre obscure et tantôt chambre noire: nous supposons que le lecteur sait que le premier lie ces deux noms est le plus ancien et que c'est depuis l'invention de la Photographie que l'on a été amené ù désigner l'Instrument sous le nom de chambre noire, en réservant celui do chambre obscure pour la pièce du laboratoire où l’on développe les épreuves.
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- d’atteindre, mois en se bornant à ce moyen, on s'exposait à commettre des erreurs d'autant plus graves qu'il n’y avait pas à espérer de vérification. Je crois avoir trouvé la manière (Véviter ces erreurs en faisant, à chaque station, une vue de côte où non seulement on indique par des lettres ou par des chiffres les objets les plus remarquables, niais où l'on écrit les mesures des angles observés ainsi que les gisements des pointes relevées les unes par les autres, l'estime des distances, etc.
- « Cette manière d’opérer, que fai constamment suivie, m'a procuré l'avantage d'avoir toujours sous les yeux, en construisant mes cartes, les objets tels qu'ils s'étalent présentés lors des relèvements, et bien souvent elle a servi à me faire reconnaître des erreurs qui s’étaient glissées dans les observations ( * ) ».
- Ces dernières lignes, qui font si bien ressortir les propriétés des perspectives dessinées, devraient être imprimées en lettres d’or en tète de toutes les instructions données à ceux que l’on charge de travaux de reconnaissances, à terre comme en mer, car aujourd’hui, qu’ils sachent ou non tenir un crayon, ils ont la Photographie instantanée à leur disposition, et les vues qu’elle leur procure si libéralement et si fidèlement jouissent encore plus complètement que les autres de cette propriété inappréciable de dénoncer les erreurs qui pourraient s'être glissées dans les observations, on peut même dire de les éviter tout à fait, car il reste un si petit nombre d’angles à observer, avec la méthode photogra-
- (11 Méthode pour la levée et la construction des Cartes et Plans hydrographiques, par Beautemps-Beaupré. Paris, Imprimerie impériale, 1811, déjà publiée en iSot>.
- .Nous empruntons à cet important Ouvrage trois figures destinées à bien préciser en quoi consiste la méthode de Beaulemps-Bcaupré et à en démontrer la supériorité sur celles qui étaient en usage auparavant. La fig. t donne un spécimen des vues de eûtes sur lesquelles sont inscrits les angles observés. Les deux autres représentent (PI. /) Ja Carte de VArchipel de Santa-Crus levée par Beautemps-Bcuupré, à l’aide de sa méthode, en regard de la Carte du même archipel scus le nom de Queen Charlotte's Island, du capitaine anglais Carterct, qui lavait levée antérieurement par les anciens procédés de relèvement au compas.
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- Mai 17935
- Fac simili; récîuii d’une planche de l’Ouvrage de Beautemps-Beauprë sur la levée et la construction <les cartes et plans hydrographiques.
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- phique, qu'il faudrait être bien négligent ou bien distrait pour commettre des erreurs de lecture ou d’inscription.
- On nous pardonnera celte digression et ces réflexions que nous appuierons en rappelant que nous n'avons pas attendu les progrès de la Photographie pour meure en pratique, à terre, les conseils de Beautemps-Jîeaupré, car en dessinant, de 1849 a i85i, des vues géométriquement exactes, à l’aide de la chambre claire, nous étions arrivé à des résultats tellement satisfaisants, qu’ils nous avaient aussitôt inspiré à la fois une grande confiance dans la méthode et le désir de l’appliquer aux vues photographiques, en dépit des difficultés que présentaient alors les procédés employés sur le terrain.
- Nous aurons à revenir, avec tous les détails nécessaires, sur des essais qui remontent à 1802, et qui sont incontestablement les premiers de ce genre qui aient réussi, ainsi que sur ceux qui les ont suivis, dans lesquels nous avons été habilement secondé par les officiers de la division du Génie de la Garde impériale en 1861, et surtout par >1. le capitaine, depuis commandant Javary, de 1863 à 1871. Mais nous voulons auparavant passer en revue les tentatives faites, vers la même époque, par d’autres personnes, soit pour recueillir des documents destinés à construire des panoramas, soit pour poursuivre des études de Géographie physique et de Géologie, soit enfin pour lever des plans topographiques.
- V. — Premières tentatives faites, à partir de »853, pour utiliser la Photographie dans les reconnaissances topographiques.
- Pendant le siège de Sébastopol, des photographes français et anglais avaient déjà cherché à prendre des vues des travaux de défense des Busses, et le service photographique anglais, qui était régulièrement organisé, opérait même pendant les sorties et les rencontres auxquelles elles donnaient lieu (’).
- (*) Ce service avait été créé d'après le conseil d’un professionnel anglais, J- Majall; le matériel ne comportait pas moins* de trente-six grandes caisses avec uu équipage un peu que les soldats comparaient une voilure
- 3* Série, i. /.
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- x\l A. L.U>ïtl)AT.
- Dans l'hiver üe iS55, quelques mois après la prise de la place, le colonel Langlois, ancien élève de l'École Polyiech-niquc et le célèbre auteur de beaux panoramas militaires, s'était rendu sur les lieux pour composer celui du Siège de Sébastopol. Après avoir visité les travaux de l’attaque eide la défense avec le général Xiel, « il levait, du haut de la tour Alalakolî, dit AI. Germain Bapst (d'après les documents communiqués par AI. le baron Larrey, de l’Institut), au moyen d'appareils photographiques, \c*plans des positions occupées par les armées et appliquait ainsi, pour la première fois, la Photographie à la levée des plans panoramiques
- L'expression de plan panoramique ne saurait être confondue toutefois avec celle de plan topographique. Le colonel Langlois n’avait nullement besoin de songer à faire une restitution du plan des travaux du siège, déjà exécuté avec le plus grand soin par les officiers du Génie et par les méthodes ordi-
- d’ambulance et une machine à prendre tes bains {ambulance van and a balhing machine). Le personnel se composait Je deux enseigne?. MM. Brudowet Dawson, exerces expressément a la Photographie et placé? sous les ordres du capitaine Foulke, sans parler des auxiliaires. Des copies des épreuves obtenues étaient jointes aux rapports des généraux et expédiées à Londres où le Ministre de la Guerre, Lord Pan mure, les consultait avec beaucoup d'intérêt. Aussi, en dépit des difficultés que présentait alors la pratique de la Photographie, celle-ei fut introduite dans l'enseignement des écoles militaires, notamment à Woolwïch, puiscmptojêe en i'S5--i35S pendant l'insurrection indienne, dans la guerre de Chine en ]$<>o, pendant lu campagne en Abyssinie en >$6*, etc. : aIl convient de taire remarquer qu'il 11e s'agissait encore que de vues pittoresques, remplaçant avantageusement d'ailleurs les dessins ou les croquis, que l'on consultait utilement, tuais sur lesquelles on n'effectuait aucune mesure précise.
- L'armée française fit également usage de la Photographie en Italie, où ü avait été question de créer un corps spécial, puis au Mexique, mois toujours en recourant à des auxiliaires civils Improvisés et en ne se servant quo très accidentellement de leurs épreuves, sans les rattacher aux cartes existantes ou aux reconnaissances topographiques, sans les faire concourir à corriger celles-ci ou à les comploter.
- Essai sur l'histoire des Panoramas et des Dior amas, par Germain liAi’sr [Extrait des Rapports du Jury international de l'Exposition universelle de Paris, Imprimerie nationale; mdcccxCï.
- "Jl Itonstlgnomcnts en partie t-mr rutiles A l'Ouvrage intitulé : Die .•imcendunjj ikv Photofj?ep}ùv zxt nuliritvivc.Utm y.wechv 1. bcaii.vüet \of. Kieslîxc. Halle.
- !.. S.
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- U-:$ IXSTIU’HBSTS, LES UKTMODRÜ KT IK DKSSIN TOPOÜlUPlIIQfKS. g jj
- naires, précisément sous la direction du général N ici (J). Il ne s'agissait, en elfet, pas du tout du plan proprement dit, mais d une succession de vues embrassant le panorama que l’on découvrait de la tour Mulakoff. I! n'y avait la, en réalité, rien de nouveau que l’emploi très naturel de la Photographie substitué au dessin d'après nature que le colonel Langlois avait jusqu’alors employé avec un rare talent (2). La chambre noire cylindrique de Marlens, qui était connue depuis dix ans, aurait trouvé là son application la plus naturelle.
- Quelques années plu» tard, vers iS5S, un médecin de la marine, le I)r Chevallier, imaginait une sorte d’appareil panoramique auquel il donnait le nom ùa planchette photographique, et qu'il destinait spécialement au lever des plans. Nous en parlerons plus en détail en traitant précisément la question du choix de l’appareil photographique, mais nous pouvons dire dès à présent que cet instrument n’a donné et ne pouvait donner que des résultats peu satisfaisants, à cause de la déformation excessive des images, auxquelles il eût été tout à fait vain de recourir (on le verra par les spécimens que nous reproduirons par la suite) pour se faire une idée de l'aspect véritable et du relief du terrain.
- {’) Siège de Sébastopol. Journal des opérations du Génie, par le gêné* rat Niel Paris, l$â$; in-84 avec planches.
- ,J) Peut-être, pour se rendre compte d'un seul coup d\eil de 1’efTet général, te colonel Langlois, comme Baker, l'inventeur des panoramas, rabattait-il circula tremenc les vues successives et dessinait-il la perspective rayonnante dont il sera question plus loin et que t on peut, en efl'et, qualifier de plan panoramique.
- Pour tout ce qui concerne l'exécution actuelle des panoramas et le rôle qu’y jouent la Perspective et la Photographie, on consultera avec le plus grand intérêt l’excellente brochure de >1. Germain Bnpst; on y verra, notamment à propos des Panoramas de MM. de Neuville et Détaillé, comment ces grands artistes, ménagers de leur temps, ont su habilement mettre à profit les ressources de la Photographie, les agrandissements, etc., pour l'exécution du fond du tableau, c'est-à-dire du paysage, en réservant tout l’efTorl de leur talent pour la Composition et la mise en place de leurs ligures. Nous pourrions ajouter, «le notre côté, que les mêmes procédés sont très habilement employés dans !o composition de scs beaux panorama? par M. Poilpol. — ne faut pas oublier, d'ailleurs, que c’est à I habitude qu'avait Daguerro «le dessiner à la chambre obscure pour faire scs dioramns qu’il dut d'entrer en relations avec Xicpce cl de prendre part à la découverte de la Photographie.
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- VI. — Tentatives faites à ta meme époque, pour utiliser ta Photographie dans les reconnaissances orographiques et géologiques.
- A la même époque, c’esl-à-dire en i858, un ancien officier du Génie, Aimé Civinle, commençai!, avec des appareils de la forme ordinaire, de grondes dimensions el munis d’organes de précision, une série de travaux sur l’importance desquels il convient d'insister, car ils sont les premiers de ce genre qui aient été entrepris, en ouvrant une voie féconde.
- Il s'agissait, en effet, d'appliquer la Photographie à l’étude de la constitution physique et géologique des hautes montagnes. Après de premiers essais faits dans les Pyrénées, le courageux et habile opérateur n’hésitait pas à entreprendre l'exploration méthodique de toute la chaîne des Alpes suisses, françaises, italiennes et autrichiennes (1 ). PartoutCivialc s’attachait à déterminer, d’une part, la nature géologique des roches el, de. l’autre, l’orientation et la situation exacte, sur la carte, des vues panoramiques qu'il allait prendre le plus souvent à de très grandes altitudes.
- On se fera une idée du mérite et des difficultés de celle entreprise pour peu que l’on veuille se souvenir qu'à l’époque dont il s’agit, de i858 à «868, il fallait employer en pareilles circonstances le papier ciré sec et des appareils de grandes dimensions, les manipulations du collodion humide étant à peu près impraticables elles glaces en général trop fragiles (3), enfin les épreuves ne pouvant pas subir, comme aujourd'hui, des agrandissements sensibles. Le format qu’il avait adopté
- Il «lovait y consacrer dix ami des de sa vie et des sommes considé-raldes. Aussi croyons-nous devoir donner quelques détails sur cette œuvre de dévouement dont les résultats dépassaient de beaucoup tout ce qui avait été tenté ou mémo pressenti jusqu'alors dans Ccl ordre d'idées.
- Deux opérateurs français, 1res habiles el très entreprenants, les frères JSissuit. avaient cependant fait, d'un autre côté, d'assez nombreuses ascensions, eu se chargeant de plaques de pian «les dimensions el de tout l'aili-itûI nécessaire pour l'emploi du collodion humide, mois ils n'avaient pas persévéré pendant bien longtemps.
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- était celui de 3o x 4o dont il sacrifiait les bords et qui se trouvait réduit à 27x38.
- Les travaux de Civiale soumis, année par année, à l'Académie des Sciences, ont reçu !a haute approbation des juges les plus compétents {1 ) ; il les 0 résumés dans un Ouvrage où l'on peut découvrir un premier et large sillon dans le champ de la Photogéologie, dont il semait bien que celui de la Topophotographie était inséparable, mais en même temps trop vaste pour qu'il put l’aborder à lui seul et avec ses propres ressources (2).
- Si Civiale n'avait pas eu la prétention irréalisable de construire la Carte générale des Alpes (celle qu’il a dressée pour résumer ses éludes était déduite des Caries d’Ëiat-.Major des quatre pays traversés ou limités par la grande chaîne), ses panoramas 11'étaient pas moins exécutés avec un appareil et dans des conditions de précision tels qu'ils lui permettaient de faire de nombreuses vérifications et souvent de constater et de corriger des erreurs.
- « Dans chaque station, dit le Rapporteur de la Commission de l’Académie, composée de MM. Régnault, Daubrée et Ch. Sainte-Claire Deville, dans la séance du r6 avril 1866, on a consigné exactement la position et l'orientation de l'axe optique de l'appareil, on a mesuré baroméiriquement l'altitude, noté l'angle dans lequel le panorama est compris et déterminé, à l aide d’un goniomètre fort simple, imaginé par l’auteur, les angles verticaux des différents sommets au-dessus de la station. Il sera alors facile, avec l’épreuve photographique et une carte topographique détaillée, de connaître les coordonnées de chaque sommet ou d’un point intéressant par rapport au plan horizontal qui passe par la station. »
- Civiale, aussi passionné géologue que vaillant alpiniste et habile photographe, recueillait partout des échantillons de
- (!) Comptes rendus de l’Académie des Sciences, l. LXIJ, iSM. p.
- elt.XCIX, p.
- (*] Alpes au point de < ue de lu Géographie physique et de la
- Géologie. Parte, J. lîotliïcliil.l; .**•.
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- roches et notait sur chaque épreuve la nature du terrain qui s’y trouvait représenté. Pour les sept années consécutives de 18J9 à i8l)6 dont il était rendu compte dans les Rapports de Cli. Sainte-Claire Deville, l’ensemble de ses travaux photographiques comprenait 25 grands panoramas de i \ vues chacun (le champ de l’appareil était de 3o3 seulement et le nombre des épreuves un peu supérieur au strict nécessaire pour faciliter les raccordements; et 4^° vues de détail.
- L’Ouvrage dans lequel Civiale a résumé ses travaux, publié seulement en iSSu, contient *4 héliogravures qui sont des réductions données comme spécimens des photographies de l’auteur, toutes très remarquables par le choix du point de vue et de l’éclairement du terrain, dont la collection est déposée dans les archives de l'Académie des Sciences (’).
- A l’occasion de ces éludes orographiques par la Photographie, nous mentionnerons encore les vues que le professeur Bardin faisait prendre, à peu près à la même époque, de plusieurs stations convenablement réparties dans le massif du Mont Blanc pour l’aider à compléter les renseignements contenus dans la nouvelle et remarquable Carte du commandant Mieulet dont il voulait se servir pour exécuter le modèle en relief du Géant des Alpes. Malheureusement cette œuvre intéressante a été interrompue par la mort du savant homme qui était en même temps un véritable artiste. Nous verrons d’ailleurs que le mont Blanc n’a pas cessé d'èlre exploré photographiquement et dans des conditions encore plus favorables par d’autres investigateurs du plus grand mérite.
- ; Civiale avait fait reproduire en pltotnlypio cl en vraie grandeur toutes ces épreuves et on avait distribué un assez*grand nombre d'exemplaires à ses amis et aux savants «jui s'intéressaient à ses études. Pour donner uns idc-e de l'intérêt «juc présentait celLc œuvre vraiment merveilleuse, eu égard à la date ù laquelle* elle a élé entreprise ei poursuivie, nous donnons la réduction en demi-grandeur de l'une des .',;o vues de détail dont il est lait mention dans le Rapport de l'Académie, ci nous ajoutons quelle a été prise pour ainsi dire au hasard, duns Ja collection que nous tenons de Civiale, car elles Sun! loulès excellentes. ; \Vûz />(. //. ;
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- tBS ISSTRCIIEST#, LES MÉTHODES El
- F. DESSIN TOI'OGR VPHIQtES.
- VU. — Premiers essais de Photographie en ballon et plus tard au moyen de cerfs-volants.
- Après une première tentative infructueuse faite en 1856, la même année 1858, déjà souvent citée, voyait s'accomplir une nouvelle merveille de la Photographie qui parut cependant alors peu sérieuse et fit sourire bien des gens, son auteur étant allé jusqu'à dire qu'il pourrait faire en ballon et en très peu de temps une Carte de France plus complète et plus exacte que celle de l’Étal-Major, et même le Cadastre de tout te pays. Nous voulons parler de la vue, bien décidément à vol d'oiseau, de la région de l’arc de triomphe de l’Étoile et de Xeuilly déjà très nette et très intéressante qu'avait prise Nadar de la nacelle du ballon captif de Godard alors installé au plus ancien Hippodrome.
- On sait les progrès réalisés par lesaéronautes photographes depuis que l’on peut opérer instantanément, et nousy reviendrons plus loin en montrant par quelques exemples frappants que la prétention, sans doute exagérée, de Nadar n’était cependant pas de tout point aussi extravagante qu'elle avait pu le paraître d’abord.
- En attendant, nous donnons {PL III), à litre non seulement de curiosité mais de document historique, une reproduction de celle première photographie aérienne.
- Les ballons ne sont plus d'ailleurs les seuls engins dont on puisse se servir pour élever dans l’air l'appareil photographique à une hauteur suffisante, permettant d'embrasser de grandes étendues de terrain et d’en faire une rapide reconnaissance; nous aurons, en effet, à signaler des résultats aussi remarquables qu’imprévus obtenus, à l’aide de simples cerfs-volants, par deux ingénieux inventeurs, MM. Arthur Batut, de la Bruguière (Tarn), et Wenlz, de Reims.
- Nous verrons enfin que les principes généraux de la Métro-photographie n’ont pas été seulement appliqués à la Topographie et à la Géographie physique, mais a d'autres arts et à
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- d'autres sciences, principalement à la Météorologie et à l'Astronomie.
- VIII. — Appareils et méthodes essayés ou proposés.
- Chambres noires cylindriques ou sphériques. — Nous pourrions, à la rigueur, nous dispenser de nous arrêter à l'examen de ces divers appareils, puisque la méthode universellement adoptée aujourd’hui est celle qui s'applique aux images sur tableaux plans, habituellement verticaux, des chambres noires ordinaires; mais il n’est peut-èire pas sans intérêt d’entrer, à ce sujet, dans quelques détails, certains de ces appareils étant
- Kig. a.
- CyIîn<lrograplie MoC-^ard.
- assurément très ingénieux, et d'expliquer pourquoi, après les diverses tentatives que nous avons mentionnées à leur date et qui ont été renouvelées à plusieurs reprises, les opérateurs ont toujours lini par revenir à l’ancienne chambre noire, qui est la plus simple.
- La première idée qui était venue à l'esprit des inventeurs avait été. on le sait déjà, celle des chambres cylindriques dont
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- nous donnons (fig. 2) une figure du type le plus récent et le plus perfectionné.
- On cherchait ainsi, avons-nous dit, à éviter, au moins dans le sens horizontal, les déformations dues à l'objectif et à exécuter le panorama entier sur un petit nombre d'épreuves, trois ou plus, enfin à avoir sur la ligne d'horizon circulaire, devenue rectiligne après le développement des images cylindriques, une graduation en parties égales pour mesurer des angles égaux correspondants, et sur des parallèles à celte ligne, les points situés à la meme hauteur angulaire par rapport à l'horizon.
- Dans ces derniers temps même, grâce à la sensibilité des pellicules impressionnées et à leur flexibilité, à l'aide d'un mécanisme d’horlogerie ou même en conduisant à la main un appareil très bien conçu, appelé Cyclographe, son inventeur, M. Damoiseau, est parvenu à obtenir d'un seul coup un tour d'horizon entier, dont les images sont très nettes, et jouissent naturellement des propriétés qui résultent de la forme cylindrique engendrée par la révolution de l'appareil.
- Ces propriétés, que nous venons d'énumérer, ne sauraient cependant compenser les inconvénients que présenterait l’emploi des vues dont il s’agit, déroulées pour les aplanir, dans la construction des plans.
- Avant d’aller plus loin, rappelons que les déformations produites par les objectifs sont devenues insensibles sur les tableaux plans pour des amplitudes très grandes, puisqu’elles atteignent facilement 90° et au delà, en sorte qu’à la rigueur on pourrait faire le tour de l'horizon avec quatre épreuves [au lieu de trois, avec les appareils cylindriques ordinaires ()].
- Mais il est rare que l’on ail besoin de ces tours d’horizon complets; et d’ailleurs, dans la pratique, c'est-à-dire quand on
- (’} Il y a bien des moyens, connus de tons les photographes, de vérifier les propriétés des lions objectifs aplanéliques. l’ourles mettre en évidence d'une manière frappante sur l'un de ceux que nous avons adaptes à nos pliotothêodolites, nous avions pris, du Champ-de-Mars et du balcon de Ja galerie centrale des palais de lîSy, une vue générale des galeries latérales et des promenoirs couverts qui présentaient une série de lignes droites de grandes lomrncurs, «buts un clü'iup «le plus de y>% sur lesquelles une
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- en vient à construire les plans, il faut éviter de dépasser Pam-plilude de 6o\ limite déjà élevée pour l'opérateur, qui ne cesse pas d'être un spectateur, et dont l'attention serait fatiguée s'il avait à embrasser d’un seul coup d'œil de trop grandes étendues angulaires.
- 11 est à noter, à ce propos, que les épreuves obtenues dans les chambres cylindriques et, à plus forte raison, sur les surfaces flexibles du Cyclographe devant être développées sur toute leur étendue, il devient indispensable de les fractionner, de les découper en morceaux pour les examiner et les orienter, quand on veut les utiliser en Topographie.
- l)’un autre côté, la conservation de la grandeur des angles horizontaux ne présente aucun avantage sérieux, ou plutôt donne lieu à un inconvénient, car elle suppose et exige môme que l'on fasse des lectures, alors que la méthode employée avec les vues sur tableaux plans les supprime complètement et avec elles les erreurs qu’elles occasionnent si suuvent ( ' ).
- Enfin, et c’est peut-être la considération la plus sérieuse à invoquer en faveur des images familières de la chambre noire ordinaire, la théorie de la perspective a été faite pour elles, ou du moins pour les vues dessinées sur des tableaux plans dont elles ne diffèrent en aucune façon, et il ne serait pas aisé de l’étendre aux panoramas cylindriques. Or celte théorie sera toujours d'un très grand secours, non seulement quand il s'agira de la restitution des plans de monuments d’architecture, mais dans bien d’autres cas dont nous nous occuperons à l'occasion, au nombre desquels nous pouvons déjà citer celui des paysages renfermant des lacs, des côtes baignées par la mer ou même des cours d’eau à faibles pentes
- (; C'est le cas de si sua 1er, dès à présent, l'analogie de la méthode dont il s’agit el île celles qui s'appliquent avec la planchette ordinaire, qui a été imaginée précisément pour éviter la lecture des angles que l'on trace immédiatement, au lieu d’avoir à Jes mesurer et a les rapporter, c'est-à-dire à foire doux opérations mentales successives dont chacune peut être une cause d'erreur.
- ,' ' Le tracé des Lords du lac ou do la mer ou celui des deux rives des émirs d’eau peuvent être, en effet, obtenus très rapidement, a l’aide d une seule éprouve, soit pur points, suit vu cralicutant. .......me mois l'expli-
- querons ailleurs, cl ces procédés s»nl imprati--al.L-s avec les panorama* cylindrique*.
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- Ajoutons que l’on peut avoir besoin d'incliner les appareils; c'est ce que l’on fait notamment presque toujours en ballon, et alors encore les règles de la perspective plane s'appliquent aisément et efficacement.
- Nous ne dirons que quelques mots de la chambre sphérique projetée par Porro, dont il n’a donné qu'une idée très vague et qui n’a pas été réalisée. L’inventeur croyait, ou plutôt supposait que les déformations dues aux objectifs ne permettaient môme pas d'atteindre une amplitude de io° sur les tableaux plans, ce qui eut oblige de porter à 36 au moins < il parlait même de 5o!) le nombre des épreuves nécessaires pour faire le tour de l’horizon. 11 s'est également inquiété des déformations dans le sens vertical, et c’est ce qui l’avait conduit à adopter la forme sphérique. Comme avec les chambres cylindriques, il comptait effectuer le tour de l'horizon en trois poses et, sans etre jamais entré dans d'autres détails, il prétendait qu’il relèverait tous les angles dont il aurait besoin sur ses clichés, non développables, bien entendu, au moyen d’un petit théodolite spécial {<U tavolino)> ajoutant qu'il opérerait ainsi dans le cabinet, comme il l’aurait fait sur le terrain, mais bien plus à son aise, avec une grande exactitude et une rapidité singulière. Tout cela, il faut en convenir, ressemblait à un rêve qui, nous le répétons, n’a jamais été réalisé et peut être considéré comme irréalisable.
- Il est certain, dans tous les cas, que le Mémoire de Porro, qui date de «863, est resté à l’état de lettre morte, aussi bien dans son pays qu'ailleurs. Il est bien probable, au surplus, que, s’il eût vécu un peu plus longtemps, il se serait vu obligé de revenir de ses préjugés, en présence des progrès accomplis dans la construction des objectifs aplanétUpies et rectili-néatres et qu’il aurait reconnu les avantages des images planes.
- IX. — Appareils et méthodes essayés ou proposés • Suite).
- Panoramas rayonnants. — L'appareil du l)f Chevallier était tout à fait différent de ectiv qui viennent d’ôtre mentionnés
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- ei s'éloignait beaucoup plus encore de la forme ordinaire de la chambre noire des photographes.
- Avec la planchette photographique, il ne s’agissait plus, en effet, d’obtenir une perspective conique sur un tableau plan, cylindrique ou sphérique, mais bien d’opérer la transfor* niation de la perspective panoramique du tour d’horizon entier en la ramenant sur une surface horizontale.
- L’idée de cette transformation ou, pour mieux dire, de cette anamorphose remontait au moins à 1827, époque à laquelle le savant géodésien Puissant avait imaginé, pour la réaliser, un instrument qu’il désignait sous le nom de Panoragraphe (').
- Le professeur Bardin, qui fut pendant longtemps chef des travaux graphiques à l'École Polytechnique, et dont la science, l’habileté manuelle et le goût sont restés proverbiaux, avait fait à Metz, sur le mont Saint-Quentin et de la butte de Charles-Quint comme point de vue, un essai tout à fait remarquable de ce genre de perspective rayonnante, comme on l’a justement qualifiée.
- Nous ne pensons pas pouvoir mieux faire, pour mettre le lecteur à même de juger favorablement la perspective rayonnante, que de donner {Pi. IV) une réduction du charmant dessin de Bardin qui en est le spécimen le plus intéressant que nous connaissions.
- On y remarque, tout d’abord, que les verticales déterminées, par exemple, par la direction habituelle des tiges des arbres, concourent au centre du tableau, et pour peu que l’on veuille y réfléchir, on se rendra compte des difficultés qu’avait présentées la transformation effectuée par Bardin d’un panorama cylindrique développé, préalablement exécuté, à sa demande, par un artiste de beaucoup de talent, M. (iaillot, alors attaché à l’École d’application de Metz. Nous ne sachions pas que cette œuvre de patience si réussie ait été répétée.
- L'Invention de» panoramas, généralement attribuée à l'Anglais Baker cl «lul iemuüie au siècle dentier, avait conduit a lexéculiuu préparatoire
- spécimens dans l'ouvrage dû il. Ucriuain Üupst, cité plus haut: Essai sur ['Histoire des Panoramas et des Oioramas. Mais celto inaiiicre de figurer des tniii-s inwrizwi. pris particulièrement de points élevés, avait clé ima-
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- LEs INSTRIMEXTS. I.KS 31É MODES ET LE HESStN TollHiH UMIlyLLS- ij'i
- Le Panoragraphc de Puissant avait pmir objet de permettre de dessiner directement et sans peine, par parties successives, les vues anamorpltosées, et la planchette du I)1 Chevallier atteignait le même but photographiquement.
- L’un et l'autre de ces instruments étaient basés sur le principe de l’ancienne chambre obscure de campagne, composée d'un miroir plan ou d’un prisme à réflexion totale et d’un
- ginée indépsndamiiient par d'autre* personne* ctdansuu autre hui. -Nous donnons, comme exemple, nue vue panoramique layuunaiito des environs
- du Mont Blanc, dessinée du sommet du Buel par l'illustre naturaliste de Saussure (fig. 3).
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- objeciiï qui donnait l'image partielle du paysage sur une ta-bleite horizontale.
- Dans l’appareil Chevallier (fig. \), celle image était limitée à un secteur très étroit par un écran à lames mobiles autour du centre de la planchette, que I on pouvait, par conséquent, rapprocher ou écarter. Eu faisant tourner tout le système
- optique autour de l’axe de l’objectif qui passait par le centre, on parvenait à découvrir et à enregistrer successivement les différentes parties du paysage sur la tablette fixe.
- Un appareil analogue, mais plus savamment combiné, le Périgraphe instantané du colonel Mangin {fig. 5), est formé d’un miroir torique à réflexion totale, d’un objectif placé sur le mémo axe vertical et à une distance convenable, enfin, d’un prisme egalement à réflexion totale disposé immédiatement au-dessous de l’objectif et servant à la fois à retourner l’image cl à la projeter latéralement sur la plaque sensible disposée parallèlement à In face de sortie du prisme et au foyer dévié de l'objectif.
- La forme du méridien du tore, qui est î’organ
- io vraiment
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- LKS INSTRl'JJENTÿ, I.KS .UKTMOtUiS Kl' J.K UîhsSI.N TOI>OJR.\:*lllQl'KS. »-j>
- original de ce système, a été très habilement déterminée par l'auteur, et les images obtenues d'un seul coup sont d'une bien plus grande netteté que celles de l'appareil Chevallier, dont lesclémenis successifs empiètent nécessairement les uns
- Fig.
- m.n>. profil do la surface torique fonctionnant par réflexion totale; — 6cd, profil de la«nrfacc n'entrée des rayons lnm>»oiix: — p^r*. surface splicriquedc -<oinii; <lcs rayons réfléchi* ayant p.»nr centre le contre optique- O île l'objectif photographique:— i;vx, prisme a réflexion totale, Uocclc en L'. place sousl'objec-tifO; — n f, r.. écran sur lequel sa forme flmauc annulaire panoramique dont la largeur c»t ff uu 1.f. ; — T. petit trou ménagé nu sommet du couvercle de l'appareil pour faire apparaître le centre r de fimase panoramique sous forme d'un point Marc; — MM M' M . manchou cylindrique fixé A la base de ta surface sphérique bc-t du miroir torique or r-upportant ce miroir sans intercepter aucun rayon lumineux mile; — N.V. r.:\v-au à bulle d'atr pour assurer la verticalité de l'axe de révolution Uu miroir.
- Périgraj.hc instantané du Cofoncl Mangin.
- sur les autres. Nous donnons, d'ailleurs, des spécimens des perspectives rayonnantes des deux systèmes, qui permettront de les comparer (Pt. F).
- La propriété caractéristique de ces perspectives est évidemment de donner, sans lecture et sans aucune opération graphique, les angles compris entre le? plans verticaux des différents points du panorama.
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- L'enregistrement des projections des rayons visuels, que l’on effectuait une à une et en petit nombre sur l'antique planchette circulaire, à laquelle on est ainsi ramené, se trouvé, en effet, réalisé pour tous les points visibles de la station, et il n'est pas nécessaire d'insister sur ce que ce résultat a de séduisant au premier abord.
- Pour le nivellement, on comprend aussi facilement que les points situés aux mêmes hauteurs angulaires se trouvent sur des couches concentriques, et que la ligue d'horizon est elle-même un de ces cercles dont le centre commun est naturellement celui de la perspective.
- Mais, malgré cette simplicité apparente de la disposition des perspectives rayonnantes et de l'emploi que l’on en pouvait faire, malgré la faveur avec laquelle plusieurs personnes autorisées avaient accueilli la planchette photographique (*), enfin, malgré le mérite réel de la solution élégante du même problème donnée par le colonel Mangin, ou n’a pas lardé à reconnaître que les images ainsi obtenues étaient de simples curiosités dont on ne pouvait tirer aucun parti, les anamorphoses qu’elles présentent devenant même déconcertantes dans la plupart des cas. Aussi ne faudrait-il pas songer à les comparer aux vues régulièrement tracées sur des tableaux plans pour l’étude des formes du terrain et le tracé des courbes de niveau ( -’).
- A peine est-il nécessaire d’ajouter que des vues circulaires, en forme d'anneau ou de cocarde, seraient peu propres à servir d'illustrations, et qu’elles désorienteraient à chaque instant le spectateur, à moins de s'astreindre, comme l'avait fait Iiardin, à placer dans la partie centrale libre de chaque image,
- ; Yiolk-t-lù-Diir, d'Ahbadie, plusieurs officiers «lu Génie, «'étaient faits les parrain* de la planchette photographique du Dr Chevallier et lui avaient donné une notoriété passagère.
- Certains officiers, attachés A divers titres au Service géographique de l’Armée, n’en unL pas moins prùn • le périgropho instantané cl sont ailes jusqu'à déclarer qu'il résolvait le problème de la l'holotopographie. Au fond, ils ne le pensaient pas, et cela leur servait simplement à reculer encor*1 l’emploi d'une méthode qu'ils avaient condamnée sans avoir pris h. peine de l'étudier et surtout de l'expérimenter.
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- c’est-à-dire pour chaque station, le fragment de carte correspondant. (Voy. PL IV.)
- En un mot, les dernières tentatives dont nous venons de rendre compte, si ingénieuses qu'elles soient, doivent être considérées simplement comme les solutions de problèmes d’optique plus ou moins intéressants, mais conduisant à des résultats inadmissibles dans la pratique.
- Indépendamment des critiques précédentes, nous ferons encore remarquer que, au point de vue géométrique, les images concentrées, condensées dans un anneau de peu d’étendue, sont telles que les lignes de visée et de construction y sont très courtes.
- Tandis qu’avec les vues ordinaires simplement rabattues autour de leur ligne d'horizon, comme on le verra bientôt, les constructions s'opèrent habituellement à l’intérieur, c’est-à-dire entre le point de vue et l’image, il faudrait en général, avec les vues rayonnantes, prolonger les lignes de visée à l’extérieur, et, par conséquent, augmenter les erreurs graphiques.
- X. — Propriétés et avantages des images sur tableau plan.
- Conditions essentielles imposées aux objectifs. — Les appareils photographiques ordinaires, beaucoup plus simples que tous ceux dont il vient d’être question, ont le très grand avantage de produire des vues en tout semblables à celles qu’ont exécutées de tout temps les peintres et les dessinateurs. Le centre optique de l'objectif, qui est le point de vue de la perspective, étant supposé projeté perpendiculairement sur le plan du tableau et sa distance à ce tableau (distance focale principale de l'objectif) invariable et exactement déterminée, si celui-ci est bien vertical, et que l'appareil soit muni des organes d’observation et de rectification habituels des instruments de Topographie pour le régler et pour prendre quelques mesures destinées à rattacher les vues entre elles, rien n’est plus facile que de se servir de celles-ci pour con-3* Série, /. /. is
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- slruire des plans par la méthode des intersections. Il y a toutefois une condition essentielle à imposer aux objectifs, c’est qu’ils soient construits de façon à ne produire aucune déformation sensible dans toute l’étendue utilisée de l’image photographique.
- Celte condition remplie, il est aisé de voir que l'on se trouve en présence de perspectives, dont les propriétés sont bien connues, et l'on peut s’attendre, par conséquent, en les employant, à obtenir des résultats plus exacts et plus complets que ceux que l’on pouvait relever sur des dessins exécutés à vue avec quelques angles mesurés et inscrits entre les points les plus remarquables {fig. i),dont lïeauicmps-Beaupré avait cependant su tirer un si grand parti.
- Les vues de Bcautemps-Bcaupré se trouvaient, en effet, dans les mêmes conditions que les panoramas cylindriques dont nous venonsde nous occuper; il fallait lire et rapporter les angles, ci les vues servaient seulement à rectifier, à prévenir les erreurs de lecture, les positions relatives des points observés y étant conservées et guidant l'operateur.
- Premiers progrès de la méthode dus a l'emploi de la chambre claire. — Un progrès sensible, décisif pourrions-nous dire, a donc été fait quand, nous avisant, en 1849, de recourir à la chambre claire, nous avons substitué, pour les opérations faites à terre, aux dessins à vue toujours plus ou moins incorrects, des images rigoureusement géométriques tracées sur un tableau pion vertical, et dans une position parfaitement déterminée par rapport au point de vue. rappelant la glace ou la gaze des premiers peintres qui ont étudié la perspective.
- Nous supprimions, en effet, ainsi les lectures d’angles, par conséquent les erreurs qui peuvent en résulter, et jusqu’à la préoccupation de ces erreurs.
- Ajournement temporaire de l'emploi df. la Photographie. — Nous avions bien aussitôt pensé à la Photographie; mais, d’une part, les aberrations de l'objectif limitaient alors le champ de l’épreuve à 3o° au plus, — et c’est ce qui avait fait imaginer les appareils cylindriques, dont personne ne s’est
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- d'ailleurs servi couramment pour faire de la Topographie, — et, d’un autre côté, les manipulations étaient encore si délicates que nous avions jugé qu'il valait mieux attendre et commencer par étudier la méthode des perspectives à l’aide d’un instrument à la fois simple et précis, qui donne sans peine, sur un tableau plan, des images d'une amplitude de plus de 6o° absolument sans déformations. La position de ce tableau à une distance de l'œil qui est celle de la vue distincte, — de om,2Ô à om,3o par conséquent, — procurait d'ailleurs des lignes de visée d’une longueur comparable à celle de l’alidade de la planchette. Ces conditions réunies permettaient donc d’appliquer aux reconnaissances faites à terre, et sûrement encore avec plus de succès, l’ingénieuse méthode imaginée par Beautemps-Beauprc pour la reconnaissance des côtes.
- XI. — Principes généraux de la perspective.
- Définition. — Avant de donner la description de la chambre claire, et d’indiquer la manière d'utiliser les vues que cet instrument permet de dessiner correctement et assez rapidement, il convient de rappeler quelques définitions et les principes généraux de ce que l’on est convenu d’appeler le irait de perspective, dont nous aurons l’occasion de faire usage aussi bien avec les vues photographiées qu’avec les vues dessinées (»).
- . Il doit être entendu, tout d’abord, que nous ne recourrons qu'à la perspective conique obtenue sur un tableau plan, le plus ordinairement vertical.
- La figure suivante (/tg. 6) permet de suivre facilement les autres définitions quand on saii que l’on appelle perspective conique ou centrale (*) le dessin laissé sur une surface inter-
- (') Le lecteur familiarisé avec la pratique de la perspective peut se contenter de parcourir rapidement les deux ou trois paragraphes destines surtout à guider les opérateurs plus novices.
- (’) Les géomètres considèrent et les ingénieurs emploient, pour repré-
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- posée et provisoirement supposée transparente par la rencontre de tous les rayons visuels allant du point de vue, c’est-à-dire de l’œil de l’observateur, aux divers points de l’objet ou des objets perçus à travers cette surface que l’on nomme le tableau.
- QRLT est ce tableau que nous supposons plan et vertical (l); O est le point de vue, OP la perpendiculaire abaissée
- de ce point sur le tableau dont la longueur est la distance du point de vue au tableau; le plan horizontal qui passe parle point de vue s’appelle Ia plan d’horizon et sa trace HH' sur le plan du tableau est la ligne d'horizon; le plan vertical perpendiculaire au plan du tableau qui passe par le point de vue est le plan principal, sa trace sur le plan du tableau VV’ la ligne principale, et le point P qui est à l'intersection de la ligne d'horizon et de la ligne principale est le point principal de la perspective et s'appelle aussi le point de fuite principal, on verra tout à l'heure pourquoi.
- La longueur 00’ de la perpendiculaire abaissée du point de
- semer certains objets <le formes régulières. ûilYôrcnts systèmes de projections dont ils désignent les résultats suus ie nom de perspectives. La perspective conique, dont nous rappelons ies définitions et les principes, est la seule dont les artistes fassenL usage et la seule aussi dont nous nous occuperons.
- Exceptionnellement, nous pourrons avuir â recourir à des tableaux
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- vue sur un plan horizontal ilNSU sur lequel on suppose qu'est placé debout l’observateur est la hauteur du point de vue au-dessus de la station O' ; enfin la trace LT du plan du tableau sur ce plan horizontal inférieur s’appelle la ligne de terre.
- Signalons encore les deux points I) et D' marqués sur la ligne d’horizon, de part et d’autre du point principal et tels que PI) et PD' sont égaux entre eux et à la distance OP du point de vue au tableau. On les désigne sous le nom te points de distance et les peintres en font un fréquent usage.
- Bien que les ombres produites par la lumière solaire donnent plus d'expression aux images et qu'on les trouve le plus souvent sur les épreuves photographiques dont nous aurons surtout à nous occuper, sans renoncer à les utiliser accidentellement, nous ne considérerons, quant à présent, sur les vues dont nous voulons nous servir, que les formes linéaires apparentes des objets eux-mêmes qui s’y trouvent représentés.
- Quand on n’emploie pas les perspectographes usuels, comme la chambre claire ou l’objectif photographique (‘), et qu’au lieu d’être en présence d’un monument existant ou d’un objet de formes bien définies, une machine par exemple, on se propose de tracer la perspective de ce monument ou de cette machine qui peuvent n’être qu’un projet, d’après leurs projections horizontales et verticales dessinées à une échelle déterminée par un architecte ou un ingénieur, le problème à résoudre est celui qui fait l’objet de la perspective linéaire.
- Les deux projections sont naturellement indispensables et Ion verra comment il convient de les employer, mais on commence toujours par la mise en perspective des figures de la projection horizontale, que l’on désigne sous le nom de géomètral et au devant de laquelle on place le tableau dont
- <’) Nous verrons, au Chapitre IV, que l'on a imaginé aussi des perspec-Jographes mécanique» destinés à résoudre immédiatement le problème de « perspective et môme le problème inverse, celui dont nous avons préci-scmenl à nous occuper.
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- le plan coupe celui du géométral suivant une ligne droite appelée ligne de terre (l).
- Propositions fondamentales. — Le premier problème qui se présente est donc de trouver sur le tableau la perspective d’un point quelconque du géométral. Pourle résoudre et pour traiter les autres questions de la perspective linéaire, on s’appuie sur les propositions suivantes faciles à établir en se fondant sur les notions les plus simples de la Géométrie élémentaire :
- i* La perspective d’une droite quelconque est elle-même une droite; si la droite considérée rencontre le tableau, sa perspective passe par le point de rencontre; si elle est parallèle au tableau, sa perspective lui est parallèle; toute parallèle au tableau est dite une droite de front, et le plan vertical qui la contient est un plan de front.
- Le plan qui passe par le point de vue et par la droite à mettre en perspective est un plan perspectif:
- •a0 Toutes les droites verticales ont pour perspectives des verticales, c’est-à-dire des perpendiculaires à la ligne d’ho-
- 3* Les perspectives de plusieurs droites parallèles entre elles, mois inclinées sur le plan du tableau, concourent en un même point, qui est celui où la parallèle passant par le point de vue rencontre ce tableau. Ce point de concours se nomme le point de fuite des parallèles :
- 4U Si les droites considérées sont horizontales, leur point de fuite est sur la ligne d’horizon, qui devient ainsi un lieu géométrique; enlln, si ces horizontales sont perpendiculaires au plan du tableau, leur point de fuite est le point principal défini plus haut et tous les autres points de fuite sont dits accidentels.
- La plupart de ces vérités ou, comme on dit en Géométrie, de ces propositions, sont bien connues de tous ceux qui ont cherché à se rendre compte des aspects que présentent de longues allées d'arbres, les bords d une route ou d’un canal
- ') Nous expliquerons plus loin le sons qu'il faut
- attacher à cette
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- recliligncs, les rues droiies d’une ville ou d’un village, les grands monuments, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
- Les règles qui en découlent sont appliquées journellement par les artistes dans la composition de leurs tableaux, mais il n’est pas moins certain que la Photographie a contribué à les vulgariser en fixant, en toutes circonstances, avec une grande fidélité, ces effets de la perspective.
- Sans qu’il soit nécessaire d'en donner ici des exemples, on sait que ce qui caractérise en particulier les vues des monuments et des édifices de main d’homme, c’est l’existence de nombreuses lignes droites, pour la plupart verticales ou horizontales (restées telles ou devenues fuyantes), et c’est pourquoi il importe tant de conserver les appareils ordinaires qui fournissent des images conformes aux règles de la perspective. On va voir, en effet, tout à l’heure, avec quelle facilité s’effectue géométriquement la restitution d'un édifice dont on peutn’avoirqu’uncseuleperspectiveconique sur tableau plan.
- XII- — Mise en perspective (Tun édifice dont on a te plan et les élévations.
- Nous rappellerons d’abord les principes de la mise en perspective d’un édifice, qui serviront naturellement à résoudre le problème inverse.
- Perspective d’un point du géométral. — Soient .V (Jig. 7) le point du géométral à mettre en perspective, O le point de vue, HH’ la ligne d’horizon, P le point principal de fuite et, par conséquent, OP la distance du point de vue au tableau, enfin LT la ligne de terre.
- Abaissons A'A' perpendiculaire à la ligne de terre, le point cherché sera sur AJ P perspective de A'A' : portons sur la ligne d’horizon, de part eld’autre du point principal, les deux longueurs PD et PJ)‘ égales à OP; I) ci i>' seront les points de distance et, chacun des triangles OPi) et OPJ)' étant isoscèle, on voit qu’ils sont les points de fuite des horizontales inclinées à 4-5» sur le plan du tableau. ( Il est bon de savoir aussi qu’aux
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- points de fuite accidentels correspondent également des points
- de distance accidentels dont on peut avoir l'occasion de faire
- usage.)
- Si l’on porte maintenant de .V, en A* sur la ligne de terre une longueur égale à la distance Ar A', du point donné à cette
- ligne de terre appelée l'éloignement du point A', le triangle rectangle A'A', A', sera également isoscèle et son hypoténuse sera parallèle à OD, O sera donc le point de fuite par lequel devra passer la perspective de A'A*, qui est par conséquent A* D, et le point d’intersection a' des deux perspectives de A' A; et de A' A', sera la perspective cherchée du point A'.
- Dans la pratique, on place à côté l’un de l’autre le géomé-tral MNLT (Jig. 8) et le tableau QRLT (fig. 9) qu’il suffit
- d’examiner un peu attentivement pour voir comment s’effectue la construction (•).
- ( •) Ou a indique sur les deux figures que A'A J pouvait être porté sur la ligne de terre, soit à droite, soit à gauche de AJ, en changeant de point
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- LES INSTRUMENTS, LES M&ntODES ET LE DESSIN TOEOURAWIIQUES. 265
- On peut systématiser le mise en perspective d'un plus ou moins grand nombre de points d'une figure dessinée sur le géométral, en considérant les bords LT et LM de ce géomé-irai comme deux axes coordonnés auxquels ils sont rapportés.
- Prenons le cas le plus simple, celui d’un triangle ABC (Jig. io et ii).
- Le9 perspectives des deux axes sur le tableau étant LT et LP, on portera successivement, à partir de L, sur la ligne LT du
- tableau, les distances LB,, LA,, LC<, et ensuite les distances LC2, LB2, LAa; on joindra Bi, A, et C, au point principal P, puis C2, Bî et As au point de distance D; les points d'intersection a{, b', cf des lignes DA*, DBâ et DC* avec LP seront les perspectives des points A*, B* et C2, et en les ramenant par des parallèles à LT sur A, P, B, P et C,P, on a les perspectives a, b, c de A, B, C.
- Il esta remarquer que les abscisses portées sur LT, appelée échelle des largeurs, conservent naturellement leurs vraies grandeurs, tandis que, sur la fuyante LP, appelée échelle des éloignements, les ordonnées sont altérées et d’autant plus réduites que les points considérés sont plus éloignés.
- Les dimensions du géométral étant nécessairementlimitées, si l’on porte la plus grande distance LM en LM* sur la ligne de terre LT du tableau et que l’on joigne le point Ma au point
- de distance, et l’on voit sur la seconde ligure que l’on aurait ainsi, au besoin, un moyeu de vérification.
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- de distance D, m sera sur LP la perspective du point il du géoniélral et la parallèle mn arrêtée à TP perspective de TN, sera elle-même la perspective de MX. Le trapèze Lm/iT contient donc les perspectives des figures dessinées sur le géoméiral, et tout ce qui peut être tracé en dehors sur le tableau se rapporte à des points non compris dans ce géo-niélral.
- Perspective d’ese figire qielcoxqie tracée sir le géo-mêtral. Craticulatiox. — Pour réduire ou amplifier le dessin d’une étude, les peintres emploient souvent des séries de droites parallèles équidistantes tracées dans deux sens rectangulaires et formant un réseau de carrés dont les cétés du modèle et ceux de la copie sont dans le rapport voulu. On conçoit immédiatement comment les lignes homologues servent de guides dans l’exécution du dessin réduit ou amplifié, et cette opération a reçu le nom decraticulaUon (même étymologie que grille).
- En perspective, un semblable quadrillé (treillis perspectif des anciens géomètres) étant tracé Sur le géomélral (fig. ta et i3) dont nous supposerons les côtés égaux, en joignant
- tous les points de division de la ligne de terre LT du tableau au point principal P et le dernier, T, au point de distance D, ce flui ‘Jotme les perspectives (les perpendiculaires à LT du ïcomêtral et celle de la diagonale TM, enfin en menant par
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- LES INSTRUMENTS, LUS MK Tl IODES ET I.E DESSIN TOPOGRAPHIQUES. U G;
- les poiius d'intersection des parallèles à la ligne de terre, on obtient une série de trapèzes dont les côtés correspondent à ceux du géométral. Cotte craticulniion terminée, les figures tracées sur le géométral se transforment par le môme procédé que celui de la réduction ou de l’amplification dont il vient detre question. C'est ce que l'on toit exécuté sur les Jig. 12 et i3dont la première représente le plan des bords d'un lac et la seconde la perspective de ces bords.
- Nous avons supposé que le géométral était un carré, ce qui permettait d’obtenir d'un seul coup, par la perspective TD de la diagonale TM, un point de chacune des parallèles à la ligne de terre, mais il est aisé de concevoir que la môme construction s’étendrait facilement à un rectangle.
- Nous n’entrerons dans aucun détail sur la mise en perspective des figures géométriques régulières, qui ne présente d’ailleurs aucune difficulté; nous ne voulons indiquer ici que les principes généraux destinés à nous servir de guides dans les applications qui nous intéressent. Ainsi nous savons que l’on rencontre sur les photographies de paysages des perspectives de lignes siLuées dans un mèrne plan horizontal, c’est-à-dire au même niveau, et l'exemple que nous venons de donner des bords d'un lac en plan et en perspective a servi à montrer comment on peut passer de l’un à l’autre.
- La comparaison un peu attentive des deux figures dont il s'agit permeL de prévoir encore que les transformations produites par la perspective seront d’autant plus grandes que la ligne d’horizon sera plus rapprochée de la ligne de terre ou, pour mieux dire, que le point de vue sera moins élevé au-dessus du niveau du lac, car, il convient de le faire remar~ quer dès à présent, la hauteur du point de vue au-dessus du géométral n’est pas nécessairement, comme on pourrait être disposé à le croire, celle de la taille de l’observateur, et les règles que nous venons d'établir s'appliquent quelle que soit la distance verticale du point de vue au géométral.
- Perspective d'un point olelconque situé au-dessus ou au-dessous du géométral. — Nous procéderons, comme nous l avons déjà fait quand il s’agissait d’un point du géomé-
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- CSS EDA T.
- 7ÔS
- irai, en cherchant celle fois à construire la perspective d'un point de l’espace dont on connaît la projection et la hauteur au-dessus de ce plan.
- En reprenant la fig. 7, complétons-la en indiquant la hauleur A.V du point A considéré {fis- *4)- La perspective ot de la
- projection A' s’obtiendra comme précédemment et si nous projetons AA' sur le tableau par deux perpendiculaires A'A', et AA", la première a, comme nous le savons, pour perspective A', P et la seconde aura évidemment pour perspective AT.
- Fig. i5.
- Mais, d'un autre côté, A*Aj est la hauleur du point A ramenée en vraie grandeur sur le tableau; enfin, la perspective de
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- LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. P.»*)
- AA' passe par le point a' perspective de A' et est une verticale dont la rencontre avec A"P donne la perspective a du point considéré, aa' est donc aussi la perspective de AA' ; d’où la construction facile à suivre sur la fg. i5.
- XIII. — Problème inverse de la perspective, dans le cas des édifices.
- La construction inverse serait tout aussi facile à exécuter si, étant donnée une vue dessinée ou photographiée sur laquelle on considérerait une verticale aa' arrêtée au plan de terre en a\ on demandait la vraie grandeur de la droite AA' dont elle est la perspective et la projection A' du point A sur legéométral.
- Nous allons appliquer cette construction inverse, si simple, au cas de la perspective d’intérieurs comme les grandes galeries, les nefs d’églises, etc., dont la Photographie fournit de si nombreux exemples, et l’on verra que les restitutions cherchées en découlent immédiatement.
- Réduisons ces vues d'intérieur au schéma de la fg. 16. LTQR étant le tableau dont les quatre côtés encadrent la
- Fig. ,6.
- >---------A"
- S----—p'
- galerie en hauteur et en largeur, les quatre lignes fuyantes LP, TP, QP, RP, qui sont autant d'échelles d’éloignement, représentent les limites du plancher ou du dallage de la galerie
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- .Al* S Kl)-VT.
- ei celles du plafond (celui-ci.pouvant d'ailleurs être en forme de voûte].
- Il suffira de mesurer la largeur LT de la galerie pour en déduire les autres dimensions et tous les détails de l’architecture, et, par conséquent, pour dessiner le plan (ou les plans du plancher et du plafond) et les élévations à une* échelle déterminée.
- Supposons que cette longueur soit de io,ü, et divisons LT en dix parties égales que Ton subdiviserait au besoin à leur tour; on pourra aussitôt mesurer la hauteur du pilastre représenté par LQ sur le tableau lui-même, et les éloignements successifs des pilastres suivants AB, CE, ..., l‘V, celui de CE. par exemple, enjoignant le point de distance I) au point E de l'échelle des éloignements LP et en prolongeant J)E jusqu'en E"; LE" sera, en vraie grandeur, l'éloignement cherché. On trouverait ensuite la hauteur d'un point quelconque de CE, en joignant ce point à P, et en prolongeant la ligne résultante jusqu’à sa rencontre avec LQ, et l'on opérerait de même pour déterminer les trois coordonnées d'un point remarquable quelconque de la galerie et des objets qu'elle pourrait contenir.
- Il ne nous semble pas nécessaire d'entrer dans d'autres détails à ce sujet, l'expérience nous avant appris avec quelle rapidité un dessinateur exercé parvient à exécuter une restitution tout à fait satisfaisante de l'architecture, dès qu’il s’est procuré un nombre de repères convenable.
- Ligne de terre. — Nous profiterons de l’occasion qui se présente pour bien préciser le sens de cette expression de ligne de terre en perspective. Dans le cas actuel, c'est-à-dire quand l’opérateur, dessinateur ou photographe, est installé sur un sol parfaitement horizontal, dallage ou plancher, le bord inférieur du tableau peut reposer elîeciivement sur le sol, et c’est de l'hypothèse qu’il en est ainsi que viennent les noms da plan de terret dont nous nous sommes servi, très employé autrefois (Gnmdr/ss des Allemands) et de ligne de terre qui l’est toujours. Dans le cas d'une vue d’ensemble d’un monument prise de l’extérieur et plus généralement
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- LES INSTRUMENTS. LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOi'OGRADlIIQL'KS. ?.~t
- encore d’une vue de paysage, la station de l’opérateur n*est pas toujours située sur un sol horizontal ou plutôt cela n’arrive que rarement, mais il n’est pas moins permis de concevoir un plan horizontal mené par cette station et sur lequel on projette le monument ou les accidents du terrain. La ligne de terre dont on ne continue pas moins à se servir pour les constructions géométriques devient alors tout à fait conventionnelle, car, en réalité, le bord inférieur du tableau peut s'élever au-dessus, ou descendre au-dessous d’elle. Il suffit de jeter les yeux sur des photographies prises en pays de montagnes ou simplement dans une ville dont le terrain est accidenté, pour se rendre compte de l'importance qu’il y a à ne pas confondre le bord inférieur du tableau avec la ligne de terre théorique.
- XIV. — lies Million des édifices en général ( plans et élévations ) d'après leurs perspectives.
- Pour effectuer ces restitutions, i! n’est pas nécessaire, comme on pourrait être tenté de le croire, d'après ce qui vient d'être dit pour celles des plans et des élévations des galeries intérieures, d'avoir résolu les problèmes si variés et souvent si délicats de la mise en perspective des édifices d’architecture (*), pour employer des méthodes de construction inverses.
- (') La perspective a Tait naturellement l'objet des méditations des artistes de tous les temps et particulièrement des architectes. On en trouve la preave jusque dans les dessins des plans d'édifices égyptiens mêlés de perspectives, dont nous donnerons un spécimen dans l’une des notes placées i 13 fin de ces Recherche*.
- Le nom de Scénographie déjà cité, donné aux dessins de perspective, viendrait, d'après les érudits du xvj« siècle, de ce que les architectes grecs étaient très habiles dans l'art de produire les illusions de la scène, au théâtre, en un mut, dans l’art de la perspective théâtrale.
- Il est certain, d’ailleurs, que si les peintres eL les sculpteurs en bas-reliefs avaient besoin de connaître les luis de la perspective et que plusieurs d'entre eux, Pielro délia Francisco, Léonard de Vjncl, Albert Durer, Cousin, ont contribué à les découvrir, le plus grand nombre des traditions et des Ouvrages sur la perspective est dû à des architectes; ainsi l'on peut citer, dès la lin du xiv* et le commencement du xv® siècle, BruneHeschi et Glti-
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- Les exemples que nous allons donner suflironl à démontrer que rien n'est plus facile, en générai, que de restituer les
- berlt, puis Vignole commenté par Egnatlo Danii y-1), Sebostiano Serlio 'peintre de perspective, architecte et graveur:. Palladio, notre Androuet du Cerceau, contemporain de Frederigo Commandino, de Ouido Ubatdo del Monte et du célèbre Uesargues, le Monge du xvi* siècle, qui ont été lespre-miersâ établir les règles géométriques de ta perspective, c'est-à-dire te trait dont nous nous servons après l’avoir perfectionné, et beaucoup d’autres encore en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, dont il serailà peu près impossible de donner une liste complète. Nous signalerons seulement à part, comme l’œuvre de perspective architecturale la plus considérable que nous connaissions, le magnifique Ouvrage du P. Andréas Pnteus ( PozziC. intitulé : Perspective! pictorum et. architectorum Andréas Putei e S oc ie ta te Jesu, in qaei proponilur modus excetfentissimus delincandi apticè omnia quœ pertinent ad arc/uteciuram. a vol. grand in-'»*; Romic, Mnccxxicr et mdCClviii.
- Depuis celle époque du milieu du xvm*siècle, il a été publié un grand nombre de Traités de perspective, mois nous n’avons voulu rappeler ici que les noms des artistes célèbres et ceux «les principaux géomètres qui mit créé la théorie de la perspective, et les perfectionnements plus récents quels que soient leur importance et leur mérite, ne sont «jue le développement des principes généraux dont nous avons indiqué les pins essentiels.
- On sait cependant que Monge et son école avaient fait entrer cet art. comme celui des ombres, comme tous ceux de la Stéréotomie, dans la méthode générale de la Géométrie descriptive où l’on emploie simultanément deux plans de projection. (Voyez, à ce sujet, ta Géométrie descriptive par G. MûXGE, augmentée d'une théorie des Ombres et de la perspective extraite des papiers de l'auteur, par M. JîRISSOX. ancien élève de l'École Polytechnique, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. 4"* édition; 1S20 (Paris, V* Gourcier).
- Mais la tradilion du trait de perspective n'en a pas moins persévéré chez les artistes, et des auteurs, qui étaient en même temps d’excellents professeurs. l’ont entretenue et en ont tiré !e plus grand parti- On peut citer, en France, les Ouvrages «le Vallée, de Thibault, «le J. Adhémar et de Jules de la Gonrnerte. Ce dernier a donné, en particulier, l'explication et U Justification des dérogations aux règles de ta perspective géométrique que se sont permises les plus grands peintres et les sculpteurs en bas-reliefs et en ronde bosse; il a également étudié, avec une grande sagacité, la question si délicate des décorations théâtrales et indiqué une méthode exacte pour ta construction des perspectives sur châssis obliques.
- '”5 L'admiration du commentateur pour Fauteur de* deux ri-gles de (a per-xçectite, M Joauuo Barozzl di vlgnola, se traduit sous toutes Les formes; ainsi il cite les peintures de cet excoîlentlssime architecte et perspecteur «« comesono U'uiialtro colonne Corinfe ne* canton i d una ante, lulemeute faite chc ir.gwnano lirisia de chiunche le mira ». El il termine sa biographie par cet éloge : Onde retient semp>-e nella memoria deyl'huomi. i i! nome suo. havendo aneo laaciato sortit 0 à poster i le due opéré non mai a basin ara louante, quelle dell orChiteUura nella quale fu mai da veruno <tè’moi tempi avanzalo. et qneKa //-‘lia prospefica, con laquale ha Iras-pnsfaU, <li qran lunntt tutti gti altri, che a''a «icrtiwi'n de noslri ternpi sûino pcrcenntl. >
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- t>!T>sl\ TOJHKiltAPlDQUES. 2-i
- apparentes d’un ensemble Jé-fc que soi', leur impor-«o*»e se trouvent tracée la U principal, ù ia condition :>se déterminer la distance
- IBS ISSmCMKXTS. CBS MtTMv >:
- plans et les élévations J î? d’édifices ou d*un édilhe î tance, avec une seule vue ligne d’horizon et marqué que Ton connaisse oc que du de vue au taliea;:
- Restititiux ne i*lax i»s :.\ ;:oie di oi.umm ne Pamük.mont. d'après IXE VLB DESSINÉE X LA CHaMSHE CLAIRE. — Celle Vue a été prise, cela est manifeste sur ia figure, à un étage d’une maison voisine qui est sensiblement au même niveau que celui de l’aile de ia caserne située à gauche (Jig. 17).
- La ligne d'horizon et le point principal étant tracés, t l ia distance du point de vue au tableau déterminée, comme on l'expliquera au paragraphe des Instruments, on a tous les éléments nécessaires pour construire les angles réduits à l'horizon des rayons visuels dirigés sur les points remarquables des édifices et au besoin les angles de hauteur de ces mêmes rayons visuels ou, après la restitution du plan, pour calculer les différences de niveau des points considérés et de la station.
- Pour obtenir les angles réduits à l'iiorizon, i! suffît, en effet, de rabattre le point de vue C autour delà ligne d’horizon dans le plan du tableau e:t Or. puis, après avoir abaissé des perpendiculaires aa'.bb',cc,... des points considérés sur la ligne de terre, de joindre Or aux pieds a , y, 0 ,... de ces perpendiculaires. L’angle de hauteur d'un point quelconque, par exemple du sommet e du dôme du temple, s'obtiendrait aussi facile-
- ment par le rabattement du tri Oe' qui donne sur !.; !!g l'r rarement besoin cie considère» sert plutôt des hauteurs appr»: tableau dans les calcula In ui\ Revenons à la ligure *ur point de fuite F des appuis <i toutes les lignes h.»; ^
- gauche de la caserne 01 lu uoi: la base du dôme du iem; le. î- Série, 1. /.
- ree;:
- le Oe'e autour de hcrchc. Mais on a
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- tance i#cl iî'. Est prenant le bord de gauche du tableau pour échelle des hauteurs et en manant la ligue de terre LT à
- Rtnûution <1« p5a-'- c ;ü cour <Jn quartier rîc Pantliemont. Réduction à 4 de l-'original.
- une dis'.ance de la ligne d'horizon LU égaie à la hauteur du _ ?int do -ue au-dessus du soi de la cour inférieure dont l’aile
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- I.E8 INSTRUMENTS- LE? MhTünîtES HT LE DESSIN TOPÛKHAPIIIOI'ES. 2~j
- en question forme l'un de? côtés, hauteur réduite à celte même échelle, enfin, en joignant ie point de fuite F au point L, de la ligne de terre, on a en les trois axes coordonnés ou échelles des hauteurs, des largeur? et des éloignement?. En prolongeant alors les verticales de la perspective de l'aile considérée jusqu'à la rencontre de l'échelle des éloignements et en joignant le point de distance 1) à ce? points d'intersection, on a restitué les largeurs des fenêtres et des trumeaux de toute la partie visible de la façade. Les hauteurs et les largeurs étant ainsi obtenues à la même échelle, le plan et l’élévation de cette partie de l'édifice se construiraient immédiatement à cette échelle ou à telle autre que l'on voudrait choisir. On voit encore sur la figure comment, après avoir tracé le cùté de la cour formé par la façade de l'aile (par une parallèle à O/ F), on a obtenu le côté formé par la façade du bâtiment du fond avec ses ouvertures, le trumeau et ie pilastre qui y est appliqué. En passant au monument qui occupe le côté droit de la .perspective (temple de Panthemoni), on a déterminé, à l'aide du point de fuite F cl du point de distance IV, les positions respectives des axes de quatre parties de l’cdifice, dont la projection horizontale et l'élévation se déduiraient facilement.
- Il doit être bien entendu, d'ailleurs, qu’avant d’exécuter définitivement le plan et les élévations dont nous venons de parler en indiquant la marche à suivre pour en recueillir les éléments, on doit faire choix d’une échelle et s'être procuré, par conséquent, par une mesure directe, la grandeur réelle d’une ligne de l’un des édifices, hauteur d'un étage, distance horizontale de deux ouvertures suffisamment espacées, etc.
- Restitition partielle es Santa Maria deilf. G razzie, a Milan. — Nous avons pris, pour second exemple, la restitution d'une partie du plan, de la i'açode principale et de l’une des façade? latérales de Santa Maria délié Grazzie, (le Milan,- dont le dôme élégant est l’œuvre du célèbre Bramante, d'après une photographie trouvée dans ie commerce et sans aucun outre renseignement {PL VJ).
- Ainsi, nous ne connaissions hnmérüaiement la distance focale de l'appareil, e'esl-à-dire la distance du point de vue au
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- •a;o LA l-SS F. t AT.
- tableau, ni !a ligne d’horizon, ni la position du poini principal, ni enfin l'une des dimensions au moins relevée sur l’édifice, nécessaire pour déterminer i'éehelle du plan et celle des élévations. Or il est aisé de voir, néanmoins, qu'il est indispensable de connaître ces données essentielles, et nous ne saurions trop, dans l’intérêt de tous, recommander aux opérateurs de les recueillir et de les inscrire sur leurs clichés, mais nous avons voulu montrer qu'en leur absence on peut encore souvent utiliser de bonnes photographies de monuments.
- La question de l’échelle, en particulier, ne doit pas empêcher d'effectuer les restitutions. Ainsi, nous avons sûrement commis une légère erreur en estimant la hauteur du pilastre d’angle des deux façades, et nous en avons été quitte pour prévenir que l'échelle dont nous nous servions était seulement approximative, ce qui ne nuit d’ailleurs en rien à l'exactitude des proportions dans les restitutions.
- Il» n’y a pas lieu d’insister sur la manière de fixer sur le papier la position du sommet de l’angle droit des deux façades d’après la distance du point de vue à l'arête du pilastre d’angle sur la ligne d'horizon, en tenant compte de l’échelle choisie. Ce problème se résout par une règle de trois que tout le monde peut appliquer. On sait, d’un autre côté, que les directions des deux façades sont respectivement parallèles aux deux côtés de l’angle droit qui a son sommet au point de vue et aboutissent aux deux points de fuite.
- Le reste de la construction du pian ne présente aucune difficulté, mais nous devons nous arrêter pendant quelques instants au procédé, d’ailleurs également très simple, à employer pour obtenir, soit à l'échelle du plan, soit à une autre échelle, les hauteurs des différents points de !‘édifice dont on a besoin pour dessiner les élévations.
- l.a ligure suivante {/•%. i8) permet de bien se rendre compte de ce procédé.
- O étant le point de vue, QRQ K' le tableau, HH' la ligne d’horizon, VV' la ligne principale, enfin 00' la hauteur du point de vue au-dessus de la station, si nous supposons le plan construit par ia méthode précédente ci disposé en avant du tableau et* MN.YT V f pour éviter de compliquer la figure, nous
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- LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 0"
- avons admis que ce plan était posé sur le sol, c'est-à-dire au niveau de la station); en considérant un point quelconque A d'un monument ou d'un paysage, sa perspective a déterminée parla rencontre du rayon visuel OA et du tableau, enfin le point aî qui en est In projection horizontale sur le pian, à l’échelle adoptée, on voit aisément comment s'obtient la différence de niveau I),, du point A et du pian de l'horizon, et par suite la hauteur de ce point par rapport à la station.
- En abaissant la perpendiculaire aa' sur la ligne d'horizon et en menant O a dans !e plan d'horizon, celle ligne prolongée
- rencontrera en A' la verticale AA
- point A. Les deux trian-
- gles semblables OA A' et O aa donneront donc la proportion jr dans laquelle la différence de niveau D* est seule
- inconnue. En effet, aa on d„ peut être mesuré en millimètres sur le dessin ou la photographie, Oa' = 0'a" se mesurera sur le plan, toujours en mil! tin êtres, ei OA' est représenté par O'a’ sur le même plan, mais en tenant compte de l’échelle pour l’exprimer en mètres.
- Supposons, par exemple, que Ton trouve
- aa’ = d„ — ora, o(;o ; Oa = O'a" = o®,3z4
- et
- l'échelle du plan étant supposé jV{ : d’où il résulte que
- OA'=55".
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- On aan
- Mais le point de vue est situé à une hauteur h au-dessus de !a station. Supposons U — iu,,5o, qui est la hauteur habituelle des instruments (mais qu'il convient de mesurer exactement), la différence de niveau du point A et de la station sera
- I>« — /f — 9®,4r -r* i",5o = 10“,91.
- Nous n’avons pas craint de donner ces détails, sans doute inutiles pour un grand nombre de lecteurs, mais indispensables pour les débutants. Ils nous dispenseront, d'ailleurs, de revenir sur la question du nivellement en général, quand nous nous occuperons plus spécialement de la construction des plans topographiques et du tracé des courbes de niveau qui eu expriment le relief.
- Ce que l'on vient de voir lait d'ailleurs parfaitement comprendre comment, avec le plan d'un édifice comme Santa Maria delle Grazzie et l’unique photographie sur laquelle se trouvent les deux façades, il a été facile de restituer le profil du dôme en quelque sorte point par point, et les justes proportions des outres détails des deux façades elles-mêmes.
- La PL 17, qui est une réduction au tiers de la photographie et des restitutions qu’elle a servi à obtenir, donne une idée de la perfection avec laquelle peuvent être effectuées ces restitutions. Nous ajouterons simplement que l’ensemble a été exécuté en douze heures *. la partie géométrique par un dessinateur exercé, et la partie artistique par un architecte de talent.
- Il nous semble que ce dernier exemple devrait suffire pour décider les photographes qui s’occupent ^'Archéologie etd’Ar-ciiitecture en général, et ceux qui opèrent si souvent sur les chantiers des ingénieurs pour relever les grands travaux d’art, à prendre la peine d’indiquer sur leurs'épreuves la distance focale de leur objectif, et à y inscrire 5a grandeur réelle mesurée d’un élément au moins pour servir d’échelle. Il serait
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- également à souhaiter, et ceia est généralement facile, cotante on pourra le voir aux paragraphes (les instruments, qu'ils prissent quelques précautions tiens la mise eu station des appareils, et pour ossurci in moyeu de retrouver la lieue
- ressources que leur offre la Photographiée}.
- 1)E VIE Al* TABLEAU ET DE
- perspectives d objets repré dimensions. Ces il elle-même.
- On se rend tions dans I
- une perspective ou pour r reportant à la figure de la page- a5: du tome Vil de la ac Série des Annales, qui représente l’un des perspociographes les anciens et les plus simples* composé d’ui.-e vùre et d’un a
- C) 0
- ..............r______i.;v3jvla:iC3 Jo uv....................
- photographie dans nrirrrijaleaiint on i’rassî, aù l'oa est elle
- - . ’à organiser an puliic'io^ îo « d*/astital]
- * **«** *»»
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- iv;t. Q:\ conçoit, en effet, que !a clhMnce de l'œilleton, qui ligure matériellement le point de vue, à -a vitre, c’est-à-dire au i est celle de la vue distincte ordinaire, deom,e5à om,3o, et I on pourrait ajouter que la longueur du bras de l'opérateur j:i; !>.:i permettrait pas d'augmenter beaucoup cette distance. Quant à l'angle visuel ou champ du tableau dans le sens horizontal, il ne semblerait pas impossible de lui donner une grande amplitude, mais, à de rares exceptions près, les peintres ont toujours cherche û permettre «u spectateur d'embrasser le tableau d'un seul coup d'œil, afin de rendre plus parfaite l'illusion de la restitution du sujet dans l'espace, et ils ont été conduits ainsi à donner à ce tableau une largeur tout au plus égale a la distance du point de vue, ce qui donne 5o- environ pour l'amplitude de l’angle visuel {»).
- Huions-nous de dire que, dans la pratique de la peinture, on amplifie généralement, en craticuiant. le dessin exécuté dans ces conditions rigoureuses ou dans des conditions analogues, mais alors, naturellement, la distance du point de vue au tableau s'accroît proportionnellement, et c'est ainsi que, pour se placer au point de vue, en regarde les grandes toiles d i.ssez loin.
- Nous pourrions insister, à celle occasion, sur la convenance, quand on tient à accroître l'illusion, de se placer exactement au point de vue, aussi bien pour des peintures, des dessins, ou même des photographies de dimensions réduites que pour les plus grands tableaux; mais celte question, tout intéressante qu'elle soit, ne nous crée pas de condition absolue, et nous renvoyons le lecteur qui voudrait en
- , I».as le tableau «le la Cène, «i
- le va* e*t ofr»l*a à la largeur de c< a«:l lionne jeux rv-dos .jtii augu entière-, il la voulait triple, et iarç-au:' du tableau.
- Uariln 'i n souvent réduit au*?! ; /lâanlio Datai lui donnait une fi ii peintres «H.d'antres aui
- :.irs i* çjtfj ûc i* perpeticiiouk • :'mt !r:n:i?l.* •juJidtir.il
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- ij distance du point Md peintre avait cepen-: c.Uo dis lance : dans U .. cite iu>il double de la
- lcrgeur du tableau. i?t:x luis cette largeur.
- j,- là distance toujours iiiiîs i:ee distance Infe-i de vue pris pour : îanrettr du tableau, ce
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- I.ES INSTRUMENTS, LES i;ETt:CU>!:S ET LE DESSIN TOPOCR.VPHI0UP.5. l
- faire une étude approfondie au Traite de Perspective de M. de la Gournerie, et à ïexcellente brochure de M. le commandant Colson intitulée : La Perspective en Photographie ( * ).
- Il nous suffit, en efiei. d’avoir indiqué les conditions générales de la vision pour en conclure qu’il doit être avantageux de s’en rapprocher autant que possible, et nous ferons remarquer, en passant, que c’est précisément ce qui arrive quand on emploie la chambre claire pour dessiner des vues de monuments ou de paysages.
- On peut prévoir également que, lorsqu'on a recours aux appareils photographiques, la distance focale n’éiant «autre chose que la distance du point de vue au tableau, ne devrait pas trop s'éloigner de celle de la vue distincte, de olu.îi à om,3r>.
- Il y a d’ailleurs une autre considération que nous avons déjà fait valoir et sur laquelle nous insisterons plus loin, à savoir que les lignes de visée dont on se scrl clans les constructions graphiques doivent être de cet ordre de grandeur.
- Nous arrêterons ici ic long préambule dont mous avons cru devoir faire précéder l’expose d'une méthode et la description d'appareils employés par nous depuis près d’un demi-siècle, et celui des développements et des perfectionnements qu’ils
- (’) CoLAUN (H.;, lu (Paris, GauUiier-'.s Colson précisé «h q«tc!i doit produire ta vue d‘ « La nécessité d'une du modèle s'impose dessin ou le tableau oie venable entre l’a U et parlent des differents p par les points corrcspui « Inversement, tout* sllion par rapport eu la pensée le trajet i!> r ment la nolhn de? u. -devait directement.
- « Telle est l’e.\pll.*H i tpeclo, )0 vois. per. ;
- '4/KCUxt: e» Photographie. I11-18 Jésus; 189'» dis.. - Dans l'Avanl-propOf, le commandant i.-i .'.à l~s eum! riions d'vxactuude de l'effet que
- e co:
- . . la vue directe n Crt remplie Iors-iue, le p* à distance con-; lumineux qui .là l'uil passent
- ml
- si le même po-reinonlcto par ti instinctive-
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- 23a LAUsSE'JAT. — INSTRUMENTSj MÉTHODES ET DESSIN TOPOGRAPHIQUES.
- o:U reçus, dans ces dernières années, d'un grand nombre de savants et d'habiles constructeurs, eu France et surtout à l’Étranger. Peut-être eussions-nous pu nous dispenser d’entrer aujourd'hui dans autant de détails, la cause que nous avons eu tant de peine à défendre paraissant bien définitivement gagnée. Mais le titre que nous avions adopté nous imposait l'obligation de ne pas passer sous silence les tentatives faites par d’autres, et, d’un autre côté, il nous semblait nécessaire, pour un assez grand nombre de lecteurs, de rappeler les notions principales de la perspective, auxquelles nous avons eu et nous aurons encore souvent besoin de recourir.
- (A suivre.)
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- LA CHRONOPHOTOGRÀPHIE.
- CONFÉRENCE
- FAITE Al* r.OXSERVATOIftS NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS,
- LE DIMANCHE 39 JANVIER 1899,
- Par M. HAREY,
- Membre de l'Institut (].
- Messieurs,
- La Chronopholographie. c‘esi l'application (le la Photogra-phie instantanée à l'élude du mouvement; elle permet à l'œil humain d'en voir les phases qu'il ne pouvait percevoir directement; et elle conduit encore à opérer la reconstitution du mouvement qu’elle a d'abord décomposé. Je me propose d'exposer l'origine et les développements de cette méthode.
- I.
- J)ès 1873, mon confrère à l'Académie des Sciences. M. Cornu, avait suggéré la première idée d'une méthode de ce genre; il avait montré à l'Académie quatre images successives du Soleil prises sur une même plaque photographique. A peu près en même temps, pour reproduire par la Photographie Je passage de la planète Vénus sur le disque du Soleil, M. Jansseu avait imaginé ic dispositif que voici :
- Au foyer d'une lunette braquée sur le Soleil était un appareil photographique; au -utni de la chambre noire, une plaque sensible de forme circulaire tournait par saccades autour de son centre, de manière a présemer toutes les 70 secondes un
- O Celle coDlû
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- SIA REV.
- ?.Sî
- point différent de son pourtour à l’objectif. On obtenait avec ce revolver astronomique une série d'insages disposées en couronne et représentant les positions successives de la planète sur le Soleil. On la voyait pénétrant dons le disque, puis le traversant, puis en ressortant, et l’on pouvait mesurer la vitesse du phénomène.
- En décrivant cette expérience, M. Janssen prédisait qu’un jour on pourrait photographier les variations d'un acte très rapide en une série nombreuse d’images très rapprochées, et qu'embrassant ainsi un cycle entier de mouvements relatifs à une même fonction, on aurait le moyen de résoudre des questions intéressantes de Mécanique physiologique.
- Mais ce n’était encore qu’une sorte de pressentiment et une vue hardie de l’esprit, car les plaques à impression instantanée iféiaieni pas connues alors : on n’en était qu’au collodion humide. C’est seulement en *878 que Muybridge, photographe de San-Francisco, commença à prendre à intervalles très courts des instantanés très nombreux d'animaux en mouvement.
- Je fus pour quelque chose dans l'idée qui présida à ces expériences. Depuis plusieurs années, j’étudiais par des procédés mécaniques les allures du cheval au trot et au galop, en inscrivant automatiquement ie temps que dure l’appui pris sur le sol par chacun des pieds de l’animal. J’avais, pour cela, logé dans l'ajusture du fer une ampoule de caoutchouc reliée à un long tube aboutissant à un style mù par l'air comprimé. Pendant la pression produite par le contact du pied avec Je sol, le style traçait un irait sur u::e bande de papier fixée sur un cylindre tournant que terril en main le cavalier. I.a longueur et la simultanéité ou iu succession de ces lignes donnaient le temps cl les rapports réciproques des appuis et des levés de chaque membre. Je démontrais ainsi que le cheval au galop s'appuie sur un pied, puis sur trois, puis sur deux, puis sur un La série inscrite par chaque style ressemblait un peu aux lignes inégales et successives tracées par le télégraphe Morse.
- Le colonel Duhousset, qui joint à une grande expérience hippique un véritable talent de dessit'.nietir, voulut bien m’é-i?biir des figures représentant les altitude» du cheval déduites
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- Mime du clicvul dessinée, d’n près i.t ClirntingiMpliic.
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- de celle chronographie. Ces images parvinrent sous les yeux d’un riche Américain, M. Stanford, ancien gouverneur de la Californie, qui eut peine à croire n certains résultats, par exemple au fait de la slolion momentanée du quadrupède sur un seul pied d’avant.
- Pour vérifier mon observation il demanda à Muybridge d'instituer photographiquement une con'.re expérîence.
- Devant la piste où devait galoper un cheval, Muybridge disposa vingt-quatre objectifs, dont ies obturateurs étaient maintenus fermés par autant d’électro-nimnnts. En traversée la piste, il lendit vingt-quatre fils électriques commandant chacun de ces électro-aimanls.
- L’animal, dans sa course, rompait successivement les fils, démasquait les plaqueset provoquait lui-même la formation de vingt-quatre Images représentant une série de ses attitudes.
- Ces expériences, admirablement organisées, eurent des résultats parfaitement satisfaisants. Eu ce qui me concerne, la comparaison des clichés de Muybridge avec les dessins du colonel Duliousset donna, pour les mêmes moments de la course, des attitudes sensiblement identiques; la succession des irrécusables photographies Instantanées confirmait ma chronographie. Muybridge continua ses expériences et, profitant des progrès réalisés dans !n sensibilité des plaques, établit par le même système la représentation do toutes les attitudes du cheval et de celles d’autres animaux, chiens, porcs, bœufs, cerfs, etc. M. O. Anschüiz, de Lissa, à l aide d'appareils dont le détail n’a pas été nettement dévoilé eî qui, paraît-il, étaient logés dans une sorte de voiture, a obtenu aussi d’excellentes photographies sériées, représentant des mouvements humains ou animaux.
- Stanford utilisa pour de très belles publications les données fournies par Muybridge, mais ne sut pas éviter, dans l’ordre successifdes clichés, des erreurs qui intervertissent les phases du mouvement et apportent dans (es yeux et l’esprit de celui qui consulte ces belles planches une déplorable confusion.
- Un appareil que construisit un peu plus tard M. Londe échappe à ces inconvénients. M. Lcmie élnbüi devant une
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- 1- v :: R 0 N 0 ? Il OTOG R A P ni E.
- Alliluilrs <lu cheval d'après le» cltronopliolographics «le Muybriflgi
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- meme plaque sensible douze objectifs qu'un déclenchement successif démasque l un après l’autre, et obtient des clichés nécessairement classes dans un ordre méthodique.
- Mais les images de l'objet, étant prises de points différents,
- l-U. 3
- Appareil <lc M. A. Lonùe à niijc.îiiV u uilipk-#.
- préseniem des différences de perspective. Il % a environ o“,3o entre les objectifs situés aux deux extrémités de la plaque; ce'a suffit pour établir d'une image à l'autre, lorsqu'il s’agit d'objets rapprochés, des dissemblances qui ne tiennent pas au mouvement et qui sont très fâcheuses. D'autre part, l’identité parfaite des objectifs est difficile à obtenir.
- Enfin, tous ces moyens, fort ingénieux en eux-mêmes, com-
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- portent de grosses dépenses qui, pour l'ordinaire, sont interdites aux physiologistes. Pour continuer plus commodément et plus économiquement les expériences que j'avais demande à Muybridge de faire sur le vol des oiseaux, je dus me créer une méthode nouvelle, et c'est ici, à proprement parler, qu’intervient ma part personnelle dans l’invention de la Cbrono-photographie.
- Je cherchai à obtenir sur une seule plaque avec un seul objectif l’image d’un être ou d’un objet mobile. J’eus l’idée pour cela de faire que le mobile se détachât sur un fond parfaitement obscur. En face d’un champ complètement noir, la plaque sensible ne reçoit aucune impression. L’objet brillant et éclairé qui passera devant ce fond laissera donc seul son image.
- Mais un fond bien obscur n’est pas, à beaucoup près, suffisamment réalisé par unz surface sombre. Il faut une profon-' deur d’où nulle lumière n'émane, par exemple une caisse, ouverte d’un côté et entièrement noircie sur toutes ses autres parois. C’est là le noir absolu d'après Chevreul.
- L’objet clair qu'on ferait passer entre un fond de ce genre et l’objectif laisserait sur la plaque une traînée lumineuse, une image sans fin, multiple et unique à la fois. Or, il s’agissait d’obtenir des images séparées ... Il suffisait pour cela qu’un obturateur en marche continuelle produisit à des intervalles de temps réguliers des éclairements très courts.
- C’est ce que je réalisai dans un des premiers appareils que je fis construire (yî£.4), moyen d’un disque fenêtré qui éclairait par intermittences, au moment où, dans sa rotation inverse, ses fenêtres démasquaient la plaque sensible. On a ainsi autant d’images successives que d’admissions de la lumière. Par exemple, le parcours d'une boule blanche lancée entre l’objectif et le fond est représenté par une série de boules échelonnées le long de la trajectoire. Les positions et attitudes d’un oiseau qui vole devant le champ obscur sont plus curieuses à constater.
- 3- Strie, t. /. ao
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- arjo 3I.1RBY.
- Entre autres observations précieuses que me fournit ce premier procédé, je signale certaines situations de l’aile dans le vol d’un oiseau. Quand elle prend son point d'appui sur l'air, les plumes serrées présentent une surface continue, imperméable. Pendant qu’elle se relève et doit, pour économiser la force, rencontrer le moins de résistance possible, les plumes se séparent les unes des autres et offrent une disposi-
- Fig»
- Premier appareil pour la Chronophotographie sur plaque fixe.
- lion analogue à celle des lames d'une persienne. L’attention des dessinateurs japonais semble avoir été dès longtemps attirée vers ces particularités. On retrouve dans leurs ouvrages l'exacte observation de certains moments du vol qui nous semblaient à nous paradoxaux.
- Cependant, ce premier procédé ne pouvait servir que pour des mobiles de petit volume se déplaçant très rapidement. En effet, si le mouvement est lent, comme celui de la marche, si la surface de l’objet est considérable, comme celle d’un cheval, ou si l’on prend à chaque seconde un trop grand nombre d’images, celles-ci ne seront pas distinctes : la suivante sera eucore partiellement engagée dans la précédente, et de cette superposition partielle résultera une confusion fâcheuse dans la plupart des cas.
- J’ai appelé Chronophotographie géométrique un premier moyen dont je me suis avisé pour échapper à cet inconvé-
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- Fi*. 5.
- Phase du coup d'aile d'un canard. Kn liuul échelle iiictrn|uc. Ivn bas cadran clironograplii<|uc.
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- *9* MARK Y..........
- nient. Il consiste à ne pas utiliser la totalité de la surface en mouvement, à la réduire à une simple ligne qu’on rendra brillante, alors que tout le reste de la superficie sera obscur. Soit un homme entièrement vêtu et masqué de velours noir; en fixant des galons et des points brillants sur ses membres, on obtiendra sur la plaque des lignes lumineuses, parfaite-
- Fig. G.
- Image d'en oiseau, confuse 0 cause de sa trop grande fréquence.
- ment séparées les unes des autres, qui seront les lignes directrices de son mouvement Le reste de sa personne, dont nous n'avons pas besoin pour l’étude et qui eût donné lieu à des recouvrements partiels des plus gênants, sera, de par cet arti-fice, comme s'il n’existait pas.
- Les figures géométriques ainsi constituées permettent de rendre compte de l’exacte position des membres et de l’axe du corps, aux moments divers d’une course, mais ce ne sont que des projections sur un plan. Certains phénomènes de mouvement veulent fitre vus sous divers angles, d’en bas, d’en bout, et obliquement. J’ai dû disposer, pour enregistrer les particularités du vol de certains oiseaux, trois champs obscurs et trois appareils fig. S) pour prendre en même temps trois aspects différents du même vol. L’un des trois était à ta"
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- LA CHROXOPUOTOGR VPHIE.
- a«j3
- haut. Vu la fréquence des images, le corps, au moment d'un nouveau coup d'aile, n'avait pas encore quitté tout à fait ia portion d'espace qu i! occupait au coup précédent, mais si les
- figurations des corps étaient quelque peu engagées les unes dans les autres, les ailes étaient bien séparées. C’est ainsi que j’ai pu saisir le mécanisme du vol, qui consiste dons un véritable coup d'hélice de l’aile. J’ai obtenu une représentation
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- agi MA R ET.
- lieue de ce phénomène, en faisant modeler, d’après les données chronophotographiques, des figures d’oiseaux qui ont été fondues en bronze à Naples par les anciens procédés à cire perdue.
- Un troisième moyen sur lequel, pour ne pas m’engager
- Trois champs obscurs cl trois appareils chronopliotogruphiques sur plaques fixe* disposés rectangulaircment entre eux.
- dans une description compliquée d’appareil, je n'insisterai pas, permet de dégager les unes des autres les images reproduisant des mouvements trop lents de mobiles trop étendus. Il consiste à augmenter artificiellement la vitesse de l'image mobile en la faisant courir au moyen d’un miroir tournant d’un point à un autre de la plaque sensible.
- Tel est le parti que j’ai tiré du champ obscur, lequel, en réalité, ne peut être fourni que par une cavité noire, et que j’avais pu réaliser d’une façon assez satisfaisante à la Station physiologique du parc des Princes.
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- LA CHROXOPUOTOGRAPH1E. 2<)>
- Là se trouve un large et profond hangar, dont le sol et les parois sont noircis, !e fond garni de velours noir. Devant l'ouverture, les sujets en mouvement peuvent passer sur une piste en pavés de bois noirci. Au moyen de rideaux noirs, on réduit l'ouverture au strict nécessaire pour chaque opération, et l’obscurité du fond en est augmentée d’autant.
- On ne peut dissimuler que c’est là une disposition labo-
- Fig- 9-
- Modèle en bronze des attitudes de l'aile d'un goéland au vol.
- rieuse, bien onéreuse encore, et qui, pour certains cas et dans plus d'un endroit, n’est pas réalisable. l"n nouveau progrès était nécessaire. Il ne fallait pas que le môme point de la plaque restât pendant toute l’opération exposé à l’action photogénique. Il fallait enregistrer des positions successives d’un mobile prises sur un champ quelconque et non pas seulement sur champ noir.
- Je repris l’idée de M. Janssen et la développai ; je construisis un appareil où la plaque était entraînée par un mouvement de rotation rapide ci ne restait démasquée que le temps nécessaire à la prise d’une seule image. La plaque, lobturateur tournant et le mécanisme qui les meut sont logés au fond d ut» tube à l’extrémité duquel est l’objectif, et qui, fixé à une crosse qu'on appuie à l'épaule, permet de viser et de suivre au vol dans l’espace l’objet fuyant dont on poursuit la repro-
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- duciion. J'appelai cet appareil fusil photographique. Une sorte de cartouchière recueillait les plaques impressionnées. Une détente semblable à celle d’un fusil ordinaire mettait le rouage en mouvement. Les plaques, circulaires ou octogones, recevaient ainsi douze images par seconde, disposées en couronne et prises en un temps de pose égal à ^ de seconde.
- Cet appareil permettait de suivre aussi bien les positions successives d’un oiseau libre en son vol que celles d’un animal dirigé sur une piste déterminée. Il m’a révélé plus d’un curieux détail relatif à la position des ailes, à la torsion des rémiges, etc. Mais dans la plupart des cas les images sont trop exiguës et ne se prêtent pas à un agrandissement suffisant. De plus, l’arrêt et la remise en marche de pièces rigides et d’un certain poids donnent lieu, à cause de l’inertie de la matière, à des chocs initiaux et terminaux qui nuisent à la régularité de l’opération.
- Or à cette époque ( 188; ) se trouvaient dans le commerce des châssis à rouleau, c’est-à-dire des bandes de papier sensibilisé, enroulé sur bobine et se déroulant au fur et à mesure qu’on veut prendre une nouvelle image. Ces châssis épargnaient au photographe la peine d’ôter et de remettre une plaque dans son appareil à chaque prise d’un cliché. Je profitai de cette idée du commerce photographique et disposai dans mon chronophotographe des bobines, des rouleaux et des rouages qui conduisaient la bande de papier et la faisaient passer progressivement dans toute sa longueur au foyer de l’objectif, à la place même qu’occupait la plaque. Le tout était qu’elle circulât assez rapidement et qu'eile s’arrêtât pour prendre une image à chaque éclairement du disque fenêtré. Un électro-aimant dont le disque tournant fermait le courant électrique arrêtait la marche de la bande sensible au moment voulu.
- Peu à peu le principe et toute la réalisation pratique de la Chronophotographle s’étaient dégagés à l’aide d’un peu de patience et par la force et le progrès naturel des choses.
- Mais il fallait trouver des dispositions matérielles plus pratiques, sinon plus efficaces. C’est la part de découverte qui s’est
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- LA CIIROXOPHOTOGRAPHIK. 29-
- faite depuis cette date jusqu’au moment où je parle et qui continuera chaque jour.
- Ainsi, pour placer les pellicules sur leurs bobines et leurs rouleaux, il fallait être dans l’obscurité, si bien que tout l'ensemble de l’appareil devait être inclus dans une grande chambre noire, sauf l’objectif qui en sortait par une sorte
- Fig. «0.
- Appareil i rouleai
- chrooopbotographie
- bande
- de papier sensible.
- d’entonnoir traversant la paroi C pour aller au-devant de la lumière.
- 11 fallait remédier à celte incommodité et faire un appareil clos qui pût être manipulé en plein jour.
- C’est ce que je fis la même année, en adaptant aux deux bouts des bandes de papier ou des pellicules sensibles, des revêtements opaques ou queues de papier d’une certaine longueur qui permettaient de manier les bobines en plein jour. La partie de la bande ou pellicule qu’on engage dans les bobines est protégée par cette enveloppe opaque terminée en
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- XIABEÏ.
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- pointe. On l’insère donc sans accident possible, en pleine raière, et une fois les rouages en marche le reste suit, même pour extraire la pellicule impressionnée. La bobine
- Fis- ...
- Bobine sur laquelle est enroulée la pellicule sensible terminée par deux bandes de papier opaque.
- revêtue de la queue opaque sous laquelle le reste est enroulé et garanti.
- Cette simple précaution me permit de réaliser un appareil transportable et déjà très pratique, qui était actionné encore
- Châssis-caisse pour la chronophotographie sur pellicule mobile, en plein air.
- par un électro-aimant et qui donnait sur de longues pellicules des images de 9^.
- Mais l’emploi de l’électricité pour la mise en mouvement et l’arrêt des rouages comportait encore trop de complications et
- 2 s?r
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- 1HOXOPUOTOGRA
- d’irrégularité. L’année suivante (1888) je remplaçai par une rotation purement mécanique l'action de l'électro-aimant, et à l’aide de ce chronophoiographe, satisraisant sinon définiiii’,
- Fig. i3.
- Série des attitudes d’un chien dans un pas de galop.
- je pus étudier un grand nombre de phénomènes intéressanis qu’on n’avait pas analysés jusque-là d’une façon précise.
- Ainsi, je repris l’étude de la locomotion du cheval et j'obtins l’analyse complète de ses diverses allures avec leurs phases successives tixées à des intervalles de temps rigoureusement égaux.
- Les diverses espèces de quadrupèdes étudiés avec la même méthode m’ont fait voir qu’il existe, entre les caractères physiologiques de leurs mouvements, des analogies et des
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- 3oo
- dissemblances en rapport avec les analogies et les dissemblances anatomiques de leurs organes locomoteurs. Le galop du chien, par exemple ( Jîg. i3), offre dans les actions successives des membres une complexité bien plus grande que celui du cheval.
- J’ai dit ailleurs comment la chronophotographie sur pellicule mobile se prête à l’analyse de tous les types de la locomotion animale : le vol des insectes et celui des oiseaux, la natation de toutes sortes de poissons et même le mouvement des êtres qui s’agitent dans le champ du microscope. Des dispositions spéciales du chronophoLOgraphe sont parfois nécessaires pour certaines applications particulières.
- Mais ce qui a donné le plus grand essor à la Chronophotographie, ce qui a fait créer dans ces dernières années un nombre considérable d’appareils, tous plus ou moins dérivés les uns des autres, c’est la production des photographies animées, c’est-à-dire la synthèse du mouvement.
- 111.
- L'idée de la synthèse du mouvement remonte au début de ce siècle. Il est vraisemblable qu’en l'élaborant c’est surtout au divertissement des enfants petits et grands qu’on a songé. Elle a été jetée dans la circulation par un jouet auquel son inventeur, Plateau, donna le nom de phénaktsticope.
- Des images disposées en cercle sur un disque de carton et correspondant aux phases successives d’un mouvement tournaient en faisant face à une glace. L’œil les voyait reflétées non pas toutes ensemble, mais successivement, à travers des fentes qui venaient se placer devant lui à mesure que tournaient les images. Leur succession et leur substitution en un même point de la glace donnaient l’illusion du mouvement dont elles figuraient des stades, des éléments partiels.
- Entre le passage devant son œil de deux fentes successives, l’observateur ne voit pas la glace (il voit seulement l’envers noirci du cercle en carton qui porte à son endroit les images).
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- LA CllttONOPUOTOGaAPlIIE. 3ot
- Mais la dernière qui vient de se peindre sur sa rétine y persiste pendant un instant (-fa de seconde environ). Et c’est ià, c'est dans cette loi physiologique qu’est le secret de l’illusion et le principe de la synthèse du mouvement.
- On sait que l’extrémité enflammée d’un bâton qu’on promène vivement devant nos yeux a pour nous l'apparence d’un ruban continu de flamme. C’est que nous voyons à la fois plusieurs situations dans l’espace du point en ignition, celles qu’il vient de quitter et celle qu’il occupe actuellement. Si dans une seconde une image disparaît et réapparaît dix fois devant notre œil, nous la voyons continuellement et n’avons nul sentiment de ses disparitions. Au lieu d une image, s'il en passe dix représentant le même objet dans dix positions voisines l’une de l’autre, nous n’aurons perçu qu’une image, celle de l’objet, mais dans ses positions successives. Perçue ainsi avec ses disparitions momentanées, une succession devient pour nous, grâce à la persistance rétinienne, une évolution, un mouvement.
- D’habiles dessinateurs profitaient de cette mémoire de la rétine pour nous faire voir en mouvement dans l’appareil de Plateau (ou le zootrope qui en est le perfectionnement sim-pliiié) des sauteurs, des danseurs de corde, des boxeurs, etc.
- Mais leurs figures partielles étaient conventionnelles, et force était de s’en rapporter, pour l’exactitude des détails et par suite de l’ensemble, à la divination de ces artistes, laquelle nécessairement devait être maintes fois en défaut.
- Dès les premiers résultats de la Chronophotographie, on eut l’idée de placer dans le zootrope des figures réelles et prises sur nature sans altération possible. C’est Muvbridge qui, à nia connaissance, fit cela le premier. Il mit bout à bout les instantanés d’une course de cheval saisie par ses appareils multiples et projeta cette série à travers une sorte de phénakisti-cope. Cela se passait chez moi, en 1882. à une soirée où j’avais eu la bonne fortune de pouvoir convier Helmholtz, Bjerknes, Govi, Crookes et plusieurs notabilités de la Science française.
- Ce fut pour ces savants une révélation. La Photographie n’était jamais allée si loin dans la reproduction de la nature.
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- En regardant attentivement et à plusieurs reprises cette course photographiée, on saisissait telle et telle position du cheval forcément vraie et que pourtant on n’avait pas eu lieu jusque-là de soupçonner. Les artistes s’émurent dès lors de ces résultats. Le peintre Meissonier, qui possédait des allures du cheval toute la connaissance qu’en peut donner l’observation directe la plus attentive, ne croyait pas d’abord pouvoir lien apprendre de nouveau en ces matières. Il voulut pourtant avoir dans son atelier une séance analogue à celle que m'avait donnée Muybridge, et fut dès lors convaincu. Depuis cette date, pour tous les tableaux où il figura des chevaux, il établit ses études sur des documents chronophotographiques.
- Plus tard, Anschülz, de Lissa, et mon préparateur M. De-rnenv réalisèrent dans de meilleures conditions les mêmes expériences, si bien qu’ils rendirent saisissables non seulement les mouvements qui comportent un déplacement rapide, mais ceux qui sont les plus restreints, les plus fugitifs, ceux qui s’accomplissent sur place. Le premier éclairait par derrière à l'aide d’une étincelle électrique sa roue qui portail des images disposées en couronne et visibles à travers l’épaisseur du verre. Le second reportait sur le pourtour d’un disque de verre vingt-quatre épreuves chronophotographiques du visage d’une personne qui parlait ; il plaçait un objectif photographique devant le point fortement éclairé où la rencontre de disques l’enêtrés laissait voir la succession de ces images. L’illusion, la netteté de la représentation étaient telles que des sourds-muets exercés reconnurent au mouvement des lèvres les syllabes articulées par le sujet parlant. La roue d’Anschülz et le photophone de M. Demeny réalisent un progrès remar quablesur le zootrope qui altérait sensiblement les proportions des images.
- Il fallait autre chose pour projeter de façon efficace la synthèse du mouvement; car les disques, à moins d’être énormes, ne peuvent présenter qu’un nombre limité d’images, et, dans ces systèmes, les temps de vision et par suite l’éclairement de l’image doivent être si brefs que les projections agrandies ne peuvent être bien claires, si puissante que soit la source de lumière. De plus, ce n’est pas à travers une
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- LA CII RON'OPU OTOGR A
- 3û3
- étroite ouverture et pour une personne unique que les résultats de la synthèse doivent être visibles, mais sur toute la surface d’un écran et pour tout l’auditoire qui remplit un amphithéâtre de cours.
- C’est ce que je tentai de réaliser en 1893. Je me servis des bandes ou pellicules transparentes sur lesquelles j’avais obtenu l’analyse du mouvement; je les fis passer dans un chro-nophotographe projecteur où elles étaient entraînées par des
- Jk
- Premier chronophotographc projecteur.
- rouleaux invisibles sur la figure, mais où certains organes les arrêtaient assez longtemps pour qu’elles reçussent par derrière un éclairement suffisant. Un faisceau de lumière solaire ayant traversé une lentille /, passait (Jig. i4). au point de croisement des rayons, par un étroit diaphragme, où se faisaient les obturations et les admissions de lumière au moyen d’un disque tournant fenêtre. Après avoir passé par une autre lentille 4 et avoir été réfléchi sur deux miroirs inclinés à 45°, ce faisceau traversait l’image t et s’échappait par l’objectif en la projetant sur l’écran.
- J’obtenais avec de très nombreuses images partielles des projections très nettes et très complètes; mais le mouvement assez compliqué de l’appareil était très bruyant. Et surtout les impressions de la pellicule négative n’ayant pas été reçues
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- à des intervalles rigoureusement égaux donnaient dans la projection des images très sautillantes. Pour obtenir des positifs de projection satisfaisante, il fallait découper les images multiples et les coller bien équidistantes sur une bande de toile caoutchoutée.
- Pendant que je poursuivais ces recherches, j’appris que mon préparateur, qui connaissait bien mon chronophoto-graphe pour s’en être servi maintes fois à la Station physiologique, avait fait breveter cet appareil sous son propre nom. Pour que la chose fût possible, il avait introduit dans la construction de l'instrument une modification bien connue dans mon laboratoire, mais que je n’avais pas employée. 11 pensait, avec celte disposition, obtenir des images parfaitement équidistantes et faire des projections animées au moyen de longues bandes de pellicule couvertes d’images positives.
- Mois ce fut Edison qui le premier trouva la bonne voie. J’avais eu l’occasion de lui faire voir en 1889, à l’exposition de l’électricien Fontaine, un zootrope électro-photographique. Le kinétoscope, par lequel il produisit dans de meilleures conditions une synthèse du même genre, n’est pas sans ressemblance avec mon appareil à rouleaux représenté fig, 14, et pourtant l’inventeur américain qui travaillait de son côté ne s’en est nullement inspiré. Dans le kinétoscope, la pellicule circule sans arrêt, mais elle est éclairée par transparence de très près, si bien que les éclatements très fréquents que lui ménage la fenêtre du disque peuvent être assez brefs pour que son déplacement pendant un instant si rapide ne soit pas saisissable.
- Cet appareil obtint en 1894, en France, un succès mérité, quoiqu’il éclairât la pellicule pour un seul spectateur et ne la projetât pas sur un écran pour tout un public.
- MM. Lumière trouvèrent, en 1895, la solution cherchée. En empruntant à Edison un de ses moyens, la perforation des pellicules, ils n’en ont pas moins découvert un procédé original pour prendre et projeter les images pelliculaires.
- Par un mouvement alternatif produit au moyen d’un excentrique, ils sont arrivés à ce résultat, que des griffes s’insèrent dans des perforations pratiquées sur la surface delà pellicule,
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- LA ClIKONOPilOTOüRAPilIK. V'»
- l'amènent en face de l'objectif, l’v arrêtent le temps voulu, pendant que la fenêtre de l’obturateur la démasque, puis l'entraînent en saisissant par d'autres trous une autre image qui vient prendre la place de la première.
- Cette admirable invention a presque réalisé la perfection du premier coup.
- Elle obtint dès qu'elle fut produite en public au début de 1896, sous le nom de Cinématographe, un succès considérable, et ce nom, qui n’est que celui d’un appareil particulier, restera longtemps associé dans les esprits à toutes les synthèses du mouvement.
- Toutefois de nombreux brevets sont pris chaque jour, réalisant quelque amélioration de détail. Je signalerai l’appareil Gossart, d’une construction très originale et très savante, qui supprime les arrêts de la pellicule et donne à l’objectif lui-même un mouvement oscillant et régulier, puis Valétho-rama de M. Mortier, très différent lui aussi des appareils actuellement connus et qui applique le principe du praxi-noscope de M. Keynaud. Dans celui-ci, la bande circulaire et verticale qui porte les images successives les reflète sur une des faces miroitantes d’un prisme droit placé à son centre.
- J’ai voulu rechercher moi-même des procédés qui produisissent identiquement les mêmes résultats que ceux de MM. Lumière, en échappant à plusieurs inconvénients. Je voudrais vous montrer un chronophotographe de petit volume et avec lequel j’emploie des pellicules quelconques, perforées ou non, mais il ne se trouve pas convenablement réglé, et je dois me borner à vous en exposer le principe ( • ). Comme dans mes précédents appareils, la pellicule y est conduite par un système de bobines, de rouleaux et de laminoirs. Elle n’est pas perforée, ce qui évite les tiraillements produits par les griffes, et les organes qui l’entraînent ne s’arrêtent pas, ce qui supprime les résistances de l'inertie et les secousses nécessaires pour les vaincre. La pellicule doit pourtant s’arrêter : aussi
- •') Depuis cette Conférence, j'ai ou l'occasion «le faire «les projection* avec cet instrument (séance «lu 5 mai »V> » la Sociélé française A» Photographie.)
- 3* Série, t. /. a»
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- est-il un moment où ces organes de traction glissent sur elle sans l’entraîner. C’est celui où elle est retenue par un compresseur indépendant comme si, tirée par deux doigts, elle était momentanément fixée et appuyée en place par un autre doigt. Les deux doigts glisseraient alors sans l'entraîner ('). En
- (•) Voir Bulletin de la Société française de Photographie, i5 février ««97.
- Voici comment j'exposais, il y a deux ans, un perfectionnement complémentaire que je venais d'apporter à uion appareil :
- « J'ai cherché à faire disparaître ces deux inconvénients : la marche intermittente de ia bobine-magasin et la période propre du compresseur.
- * La fig. >5 ci-contre montre la disposition nouvelle. La bobine-magasin M,
- Principe du nouveau chronophotograplic sur pellicule sensible.
- beaucoup pins volumineuse qu'autrefois, peul porter une 1res grande longueur de- pellicule, mais elle tourne uniformément par l'action continue d’ut* premier laminoir L qui débile, en un temps donné, une longueur
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- somme, toutes les pièces qui ne sont pas, comme la pellicule, d'un poids négligeable, sont animées d’un mouvement constant et uniforme. Quand cel appareil est bien réglé, il assure l'équidistance des images et ne donne lieu à aucun tiraillement, à aucune secousse de la pellicule qui les porte.
- La reproduction d'actes quelconques, les mouvements d’une personne qui ouvre ou ferme un parapluie, le passage d’une voiture, émerveillèrent d’abord les spectateurs. Puis on combina à dessein des scènes fantaisistes ou comiques, en prenant pourniodèles des acteursqui les raimaienttout exprès. Ensuite on chercha à surprendre sur le vif des choses curieuses ou rares de la vie courante, se produisant spontanément et sans apprêt aucun. À l'heure actuelle on paraît dédaigner les photographies animées qui ne sont que divertissantes et l'on recherche les applications utiles des projections chronophoto-graphiques.
- J’ai reçu d’un Russe fixé à Paris, M. Boleslas Matuszewski, un curieux petit Ouvrage où il parcourt d’une vue hardie les domaines qui lui paraissent ouverts à la Chronophotographie
- constante de pellicule. Voilà donc l’inertie de la bobine-magasin supprimée avec les saccades de son mouvement.
- » Au sortir du premier laminoir, la pellicule s’engage entre la platine et le nouveau compresseur C- Celui-ci n’a pas de période de vibration propre : il est constamment assujcltiau mouvement de la came, et comprime énergiquement la pellicule contre la platine, au moyen d'un mouvement de genou analogue à celui qui sert dans la frappe des monnaies.
- » Au delà du compresseur, la pellicule passe dans un second laminoir L. ; enfin, elle se réfléchit sur une lame flexible et s'enroule sur la bobine réceptrice qui tourne à frottement doux.
- » Or, pendant que ie compresseur l’arrête, ia pellicule que le premier laminoir amène continuellement s’accumule en amont de l'obstacle, et y forme un pli flexueux. Après l’arrêt, ce pli devra se défaire et la pellicule se tendre par l’action du second laminoir. Comme la masse de la pellicule est insignifiante, elle ne présentera aucune résistance d'inertie.
- » Quant au second laminoir L., qui devra imprimer à la pellicule un mouvement saccadé, il tourne lui aussi d’un mouvement uniforme, mais en pressant la pellicule avec assez peu de force pour quelle patine entre les cylindres, quand elle est retenue par ie compresseur, tandis qu elle est rapidement entraînée dès qu'elle es! rendue libre.
- » Les choses se passent comme si la pellicule, doucement pressée entre deux doigts, était tirée d’une façon continue. Les doigts qui l'entraîneraient, quand le compresseur est desserré, glisseraient au contraire sur elle au moment de ses arrêts. v
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- sous forme de projeciions. Il semble être quelque peu chagrin de In voir consacrée au simple divertissement du public, et très justement il veut qu elle soit 1’auxiîiaire bienfaisant de tout enseignement scientifique.
- Il va plus loin. Il voit l’invention dont il s‘est épris devenue vulgarisatrice des procédés industriels, propagatrice des bonnes méthodes agricoles et en général maltresse d’apprentissages de toute nature. El il est très vrai que pour enseigner la pratique d‘un acte quelconque dilficile à reproduire, ou difficile à saisir pour celui qui s’y exerce, une projection qui lui remet patiemment les choses sous les yeux doit être d’une efficacité singulière. Encore faudrait-il que la bande pelliculaire lut refermée sur elle-même et tournât sans fin, en faisant repasser continuellement la môme série d’images au foyer de l’objectif.
- M. Maluszewski veut encore que la Chronophotographie étudie et reproduise les phénomènes divers des maladies nerveuses, épargne la reproduction des vivisections en les enregistrant une fois pour toutes, et présente aux apprentis chirurgiens des modèles d’opérations supérieurement accomplies par un maître.
- Il espère qu’elle s’ajoutera aux sources les plus irrécusables de l'Histoire, et demande que dans toutes les circonstances dont on peut soupçonner l’importance historique, un chro-nophotographiste officiel soit appelé, comme on appelle un sténographe partout où des paroles importantes doivent être prononcées. Il rêve la création de dépôts de cinématogramraes documentaires analogues aux bibliothèques et aux archives. Enfin l'invention nouvelle lui paraît de nature à fournir des documents à la Pédagogie, aux Beaux-Arts, et même à la Police 1
- Tout cela sera réalisé un jour, moins vile sans doute que ne Je suppose l’ingénieux Auteur de la Photographie animée.
- Car il faut, pour être applicables à ces usages, que les appareils soient amenés à leur dernier point de perfection et simplifiés encore. Il faut aussi que le prix en devienne facilement abordable.
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- RVP1IIK. 3 Oy
- IV.
- Au reste, la perfection absolue des projections, qui provoque naturellement l'enthousiasme public, n’est pas ce qui, personnellement, me préoccupe le plus. Ce n'est pas ta Chrono-photographie la plus intéressante qui est la plus utile. Elle rend peut-être plus de services sous la forme de simple analyse que sous la forme de synthèse, si satisfaisante et si surprenante que soit celte résurrection du mouvement.
- J’excepte le cas où, en projetant les images représentatives des phases d’un mouvement, on modifie les conditions de vitesse dans lesquelles il s’est produit. Soit, par exemple, un coup d’aile d’oiseau qui dure J de seconde; l'aile présente dans ce court espace de temps un très grand nombre de situations ditférentes. Si j’en prends cinquante images et si, en les projetant, j’en fais durer l’évolution 5 secondes, je permets à l’œil de saisir nettement des phénomènes qui, autrement, lui échappaient, et c'est, à mon avis, le propre de la méthode chronophotographique. D’autres phénomènes se produisent avec une lenteur telle qu’ils ne sont pas pour les organes de nos sens l’occasion de perceptions nettes; en les projetant dans un temps plus court, on en rend l’évolution perceptible. C'est ainsi que divers auteurs ont tenté et j’ai essayé moi-même de prendre, de quart d’heure en quart d’heure, l’image d’une fleur en voie d’éclosion et de faire défiler sur l’écran douze de ces images en une seconde. Malheureusement, l'éclairement des objets ne reste pas suffisamment identique à des intervalles si longs; on réussirait mieux sans doute en recourant à un éclairage artificiel. Malgré ces difficultés, j’ai fait en sorte de rendre chronophotographique-ment manifestes les mouvements et les changements insensibles des nuages. C'est bien là rendre plus aisée et plus pénétrante l’attention humaine, qui est l'instrument de la connaissance scientifique.
- Mais ce qui servira le plus souvent de façon pleinement
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- 3iO M A B B Y.
- efficace à lelude des phénonïènes naturels, c'est la Chrono-phoiogrophie géométrique telle, que je l’ai montrée au début, pratiquée sur plaque fixe.
- Dn grand nombre de problèmes mécaniques dont la solution par le calcul serait parfois très difficile trouvent dans l'emploi de la Chronophotographie leur solution expérimentale dans des conditions très simples. Ainsi les mouvements qui se passent dans les liquides, soit que l’on considère les ondes qui se forment à leur surface, soit qu’on veuille déterminer le déplacement des molécules à l’intérieur de la masse liquide, ou bien les remous qui se produisent quand un courant rencontre des surfaces de différentes formes. J’ai dit ailleurs (•) comment, dans un réservoir de cristal à faces parallèles placé devant un champ obscur et éclairé par-dessous, tous ces phénomènes sont rendus sensibles par la Chronophotographie sur plaque fixe. Quelques exemples suffiront ici pour donner une idée de ce genre d’expériences.
- Dans ces conditions, la surface du liquide apparaît sous forme d’une ligne brillante dont l’oscillation ressemble beaucoup à la vibration d'une corde ; elle présente en effet des
- Fig. 16.
- Forme d’une onde liquide. Chronophotographie sur plaque Gx*.
- ventres et des nœuds. La fig. 16 montre les positions successives de celle surface dans une onde de clapotis.
- Veut-on connaître les mouvements intérieurs des molécules qui se produisent dans ce liquide agité. On met en suspension dans l’eau des perles brillantes ayant exactement la densité de l’eau. Les images chronophoiographiques montrent que
- {) Comptes rendus de l’Académie des Sciences, i$o3, l- CXVI,
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- HlfiOXûPMûTOGI
- ces perles décrivent des courbes allongées dans le sens vertical au niveau des ventres des vagues, dans le sens horizontal au niveau des nœuds, obliques dans les positions intermédiaires.
- Les mêmes perles brillantes montrent encore la direction que prennent les filets de liquide quand le courant rencontre un obstacle, la courbe décrite par ces filets, les remous en arrière de l’obstacle ; enfin la vitesse de ces molécules s’ap-
- Mouvcment des molécules dans une onde liquide.
- précie à chaque instant d’après l’écartement de leurs images, étant connue la fréquence des éclairements successifs.
- Mon savant confrère Cornu a recouru à la Chronophoto-graphie sur plaque fixe pour étudier sur les cordes vibrantes un genre de vibration jusqu’ici inconnu qui s’ajoute aux vibrations longitudinales et transversales; je veux parler des vibrations de torsion que la corde exécute autour de son axe. Une parcelle de miroir fixée à la corde et vivement éclairée au devant d’un fond noir subit ces trois ordres de vibrations et les retrace sur une plaque photographique animée d’une translation uniforme. La Jig. 18 est l'image négative de ces trois ordres de vibrations (*).
- On pourrait citer un grand nombre de problèmes de Mécanique et de Physique qui ont trouvé dans la Chronophoto-graphie leur solution expérimentale.
- Un jour s'est présenté un cas litigieux de Mécanique animale. Un proverbe populaire dit qu’un chat retombe toujours
- {’) Voir Conxr, Étude expérimentale des vibrations transversales des cordes {Comptes rendus, t.CXlI, p. 2S0-28S}.
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- MARE V.
- 3|*
- sur ses pattes ; la Mécanique enseignait au contraire qu'en l'absence de tout point d’appui extérieur un animal serait incapable de se retourner pendant sa chute. Or l'expérience
- Fig.
- Épreuve négative des trois ordres de vibrations d'une corde.
- Expérience de M. Cornu.
- a donné raison au proverbe. La fig. 19 montre, dans une série d’images successives, un chat qui, d’abord tenu les t
- pattes en l'air, se retourne dès qu i! est lâché et finit bientôt i
- par avoir les pattes tournées en bas, position qu’il conserve jusqu’à ce qu'il soit arrivé sur le sol. À peine l’animal dans !
- sa chute a-t-il parcouru om,a5 que son retournement est i
- etîectué. L’examen des figures successives montre comment | les choses se passent : c’est en changeant tour à tour les moments d'inertie de l’avant-main et de l’arrière-main que procède l’animal. Cet acte n’a rien qui contredise les lois de la Mécanique; il n'est point en contradiction avec le théorème des aires, ainsi que l'a montré mon confrère Guyou. Du reste, plusieurs membres de la section de Mécanique de l’Académie des Sciences, M. Maurice Lévy et M. Marcel Deprez, ainsi que M. Appell, ont apporté des démonstrations à l’appui de la réalité de mouvements qui se produisent sans point d’appui extérieur. La Chronophotographie a donc eu celte bonne fortune de faire reviser une proposition erronée de la Mécanique rationnelle.
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- 'IIüTüCHA
- fcriuc. iii
- Dans l'expérience qui vient dùire décrite, c'est sur une pellicule mobile que les images du chat ont été reçues afin d*en éviter la confusion. D'autres fois on recueille également sur pellicule mobile les images partielles des mouvements
- Mouvements d’un chat qui se retourne en tombant.
- d’un animal. Ainsi, quand on veut étudier en détail les mouvements des membres d’un cheval, on se place à courte distance du sujet, de façon que les membres seuls occupent tout le champ des images ; ils sont ainsi photographiés à une échelle plus grande qui permet de mieux apprécier les détails de leurs actions. C’est ainsi qu’a été obtenue la Jig. 20 qui montre la succession des mouvements d’un cheval au trot.
- Ce qui prouve les résultats les plus parfaits, c’est l’épure géométrique du mouvement telle que la donne la Chronopho-
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- Fig. 20.
- Mouvement* successifs des membres d’un cheval au trot.
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- 1* UoTOCl
- tographie sur plaque fixe. Mais le nombre des applications directes de cette méthode est restreint, ainsi que je l'ai dit tout à l’heure, attendu qu'on ne peut pas toujours opérer devant un champ obscur et que les actes complexes ont une tendance à confondre leurs images.
- Or on peut tirer des images chronophotographiques re-
- Fig. aa. — Altitudes du îsjuelcltc dans le contour du membre postérieur.
- cueillies sur pellicule mobile des épures absolument nettes et dépourvues de confusion.
- Soit une série d’images successives représentant les attitudes d’un cheval au trot. Admettons que nous désirions obtenir l’épure des mouvements du membre postérieur droit. Nous procéderons par décalques successifs des contours de ce membre sur une feuille de papier. La première image étant projetée sur cette feuille, nous en prenons le contour, puis nous
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- projetons la deuxième image en ayant soin que la ligne du sol recouvre exactement celle du décalque précédent, ce qu’on obtient au moyen de repères exactement superposés. On décalque alors les contours du membre de cette seconde image, puis on procède de môme pour la série des attitudes pendant la durée d’un pas. On obtient de cette façon la
- fis- *«•
- On peut obtenir de la même façon le contour d'un membre antérieur de l’animal, ou les mouvements de la tête, ou la trajectoire d’un point quelconque dont on veut connaître le mouvement.
- Ce n’est pas tout. Dans le contour de ce membre dont on a obtenu les attitudes successives, on peut déterminer la position des dilTérentes pièces du squelette et obtenir la Jig. 11 qui montre la position de chacun des os à chaque phase de l’allure du trot (*).
- Pour rendre l’image plus nette, réduisons la fig. *3 au squelette tout seul et nous aurons l’Indication complète des divers mouvements exécutés par chacune des articulations du membre.
- Enfin, la connaissance des changements de position des os du membre permet de déduire l’état d’allongement ou de raccourcissement des principaux muscles à chaque instant de l’allure. En effet, l’anatomie du squelette implique la connaissance des attaches de ses muscles ; on peut donc, en joignant par une ligne les deux attaches de chaque muscle, voir, d’après la longueur de cette ligne, de combien ce muscle s’est allongé ou raccourci. Cette représentation a été faite sur la Jig. il où des traits pleins représentent à chaque instant la longueur de la fibre contractile sur les muscles A ischio-tibiaux, B rotuliens, C gastroenémiens. Et pour rendre plus saisissantes les phases de ces changements de longueur, on a construit, en haut de cette même figure, les courbes de ces variations de longueur des trois muscles. On y voit que A et B convergent et divergent tour à tour, ce qui annonce l’alier-
- • Voir, pour les détails, Comptes rendus de l'Académie des Sciences t. CVXVI, 39 mai 189$.
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- nance d'action de ces deux groupes musculaires qui sont antagonistes l'un de l'autre. La courbe C des gastrocnémiens montre que, si ces muscles se raccourcissent de temps en
- Altitudes du squelette et changements de longueur des muscles. — En haut courbes des changements de longueur des divers muscles.
- temps, ils ne subissent aucun allongement au delà d'une certaine limite. (Une particularité anatomique rend compte de cette bizarrerie.)
- Cet examen sommaire dos résultats que donne la construction des épures géométriques montre que cette forme de la Chronophotographie est la plus instructive de toutes, et je ne crains pas de dire qu’armé d'une telle méthode on peut tout savoir en ce qui concerne les actes de la Mécanique animale.
- Ces mérites de l'analyse chronophotogr.iphique n’excluent pourtant pas ceux de la synthèse. L'aurait des spectacles que cette dernière méthode nous donne sous forme de photographies animées a été un stimulant puissant pour le perfectionnement des appareils: la netteté des images, la grandeurde
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- leurs dimensions, sont des conditions importantes à réaliser dans tous les cas. Et puis, ne nous fit-elle connaître queeeque notre œil peut voir, la Photographie animée offre aux éludes scientilîques un vaste champ à explorer. Elle peut, en effet, vulgariser la connaissance d’un grand nombre de phénomènes que connaissent seuls les observateurs passionnés de la nature.
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- QUELQUES PROGRÈS RÉCEMS
- ACCOMPLI AVEC J.AJDE DU LA PlIOTOCftAPUÎE
- DANS L’ÉTUDE DU CIEL
- CONTER l£N CK
- FAITE AL CONSERVATOIRE NATIONAL UES ARTS ET METIERS, LE DIMANCHE 12 MARS 1899,
- Par M. Pierre PUISEUX,
- Docteur ès Sciences,
- Asliunome adjoint à l'Observatoire de Paris.
- Les services éclatants que Part photographique a rendus dans ces derniers temps à l’Astronomie n’étaient que l'accomplissement d’espérances depuis longtemps connues et formulées. Soixante ans ont passé depuis la séance academique où fut annoncé le succès des tentatives de Niepce et de Daguerre pour fixer les images de la chambre noire. Dès ce moment, Arago, saisi d'une sorte d’enthousiasme prophétique, vovail la pensée humaine armée, pour sonder l’inconnu dans toutes les directions, d’une force nouvelle et incalculable. Le Secrétaire perpétuel de l’Académie était dans le vrai; nous ne pouvons en douter aujourd’hui. Mais, une fois de plus, on a pu mesurer l'intervalle qui sépare la naissance d’une idée, même uste et acceptée de tous, de sa réalisation totale. La technique du nouveau procédé n’était pas mûre, ei les anciennes méthodes devaient garder longtemps encore une supériorité apparente. La Photographie astronomique n’a pris son plein
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- I ISEI K.
- essor qu'à partir de 188a, époque où Maddox a fait connaître la substitution de la gélatine au collodion comme support des couches sensibles. Avant et depuis de nombreux perfectionnements ont pris place, accomplis dans le silence du laboratoire par des chercheurs obscurs qui préparaient sans le savoir les conquêtes rapides dont nous sommes témoins. Leur histoire serait à coup sûr à sa place dans ce temple du travail manuel qu’est Je Conservatoire des Arts et Métiers. Mais le temps dont nous disposons ne permettrait pas de la retracer. Il convient seulement que nous adressions un témoignage de gratitude collectif à ces précurseurs qui ont mis dans la main des astronomes l’instrument des découvertes.
- On a trèsjustement comparé la combinaison de l’objectif et de la chambre noire à un œil, bien éloigné sans doute delà souplesse et des ressources d’adaptation de l’organisme vivant, précieux cependant par la faculté qu’il possède d’accumuler avec le temps les faibles impressions lumineuses. Il n’y a pas d objet si pâle qui ne puisse à la longue arriver à faire son image, s’il émet des radiations quelque peu différentes du fond sur lequel il se projette,
- Veul-on tirer de cette propriété tout le parti possible, il faut modifier en conséquence l’ancien outillage astronomique. L’objectif, organe capital de la formation des images, doit être travaillé de manière à faire converger dans un même pian non plus les rayons qui impressionnent le plus vivement la rétine, mais ceux qui possèdent sur les couches sensibles Faction chimique la plus efficace. On recueille dans ce changement de front un double bénéfice : accroissement de netteté, diminution du temps de pose.
- L'astronome américain llutherfurd avait indiqué, dès 1864, ce qu’il y avait à faire dans cette voie. Mais les habitudes invétérées ne se changent pas en un jour. Pendant longtemps on a continué à se servir pour la Photographie d’objectifs construits en vue de l'observation optique. Ils peuvent être rendus un peu plus aptes à leur nouveau service par divers expédients : soit par un léger écart établi entre les deux verres, soit par l'adjonction d’une troisième lentille qui sert de correctif. Mais on oblient des résultats bien supérieurs,
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- OURIQLES PROGRÈS RÉCn:
- pour une ouverture donnée, quand on renonce franchement à l’achromatisme optique et quand on détermine la courbure des verres en vue de ia Photographie seule. Aucun doute n'a plus été élevé sur ce point depuis que MM. Paul et Prosper Henry ont produit, en ’.BSj, l'instrument adopté comme type pour la Carie internationale du Ciel.
- Les plans où se produit la plus grande netteté apparente d’une part, la plus grande netteté photographique de l’autre, se trouvent séparés par un intervalle qui peut être considérable dans les instruments à long foyer. On ne saurait donc plus se contenter de la mise au point pratiquée dans la Photographie ordinaire, c’est-à-dire substituer la plaque sensible à un verre dépoli, mis à la place où l’image d'un point lumineux se réduit au plus petit diamètre possible. Le développement chimique est ici nécessaire pour trouver le foyer véritable. On y parvient en laissant l'instrument immobile et faisant courir sur la plaque l'image d’une étoile brillante. L’opération est recommencée après que l'on a fait subir à la plaque deux mouvements légers, l’un dans son propre plan, l’autre parallèle à l’axe de la lunette et mesuré par une échelle divisée. On obtient ainsi toute une série de traînées. La plus nette, la plus concentrée, indique le foyer chimique et l’on installera définitivement le châssis photographique à la lecture correspondante de l’échelle. Voici une plaque qui a enregistré une série de traînées semblables, données par une même étoile. Leur gradation de largeur est manifeste. Si l'on veut plus de précision, on renouvellera l'épreuve en faisant mouvoir le châssis dans un intervalle moindre, par degrés plus rapprochés, et l'on s'armera au besoin, pour faire le choix définitif, d’une loupe ou d’un microscope.
- Les objectifs ainsi travaillés donnent des images peu satisfaisantes à la vue et colorées sur leurs bords. Ils se prêtent médiocrement à l’examen direct des objets, moins encore aux mesures de précision ou au guidage exact de la lunette sur le mouvement diurne.
- Nous louchons ici à un autre point délicat. L'astronome est en présence de sujets toujours en mouvement, ci l'insuffisance de lumière lui interdit les poses très courtes. Il est 3* Série, t. /. a,
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- simple en théorie de donner à tout l'instrument un mouvement de rotation, s’accomplissant uniformément en vingt-quatre heures autour d’une parallèle à l’axe du monde. En fait, on n'a jamais pu réaliser cette uniformité avec la précision nécessaire. Dès que la pose dépasse quelques secondes, l’observateur doit Intervenir et faire preuve à tout instant de vigilance et de dextérité.
- Ce n’est pas tout d'avoir pour se guider une image d’éloile, que l'on maintient sous une croisée de fils. Il faut que cette image soit nette, et elle ne le sera pas si elle est donnée par l'objectif photographique. Emploie-t-on une lunette auxiliaire, il faut assurer une liaison invariable entre les deux objectifs, le micromètre et le châssis. Jamais cette liaison ne sera assurée si l’on prend pour lunette-guide le petit chercheur qui accompagne d'habitude les grands instruments.
- La difficulté a été résolue d’une manière complète par MM. Henry dans leur instrument de la Carte du Ciel. La lunette-guide a ici la même longueur que l’appareil photographique et une puissance à peu près égale; ou plutôt il n’y a plus qu’une lunette. Les deux objectifs sont montés côte à côte sur un même tube très solide, divisé dans sa longueur par une mince cloison.
- Cette solution est parfaitement efficace, mais coûteuse. On peut même dire qu’elle est en général inapplicable aux instruments déjà construits sur un autre plan, et qu'on a le désir bien naturel d’utiliser. Voici une autre méthode, qui donne d'excellents résullatsquand la pose ne doit pas dépasser quelques secondes et quand l'objet à photographier n’est pas trop voisin du pôle. Le mouvement d'horlogerie n est plus employé à imprimer à toute la lunette un mouvement de rotation, mais à donner au châssis seul un glissement rectiligne et uniforme. Il est indispensable d’en régler dans chaque cas la direction et la vitesse, ce qui demande, bien entendu, quelques calculs et quelques tâtonnements préalables. Ce procédé est employé avec succès depuis 1896 au grand équatorial coudé de l’Observatoire de Paris pour la Photographie de la Lune. Vous vous en rendrez compte sur les deux épreuves ci jointes, qui représentent l’une l'instrument dans son ensemble, l'autre la
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- Ql'CLQt'ES PROGRIiS RIÎCKXTS DANS l’iÎTIDC Df Ul Kl.. üuiî
- coulisse rectiligne dons laquelle on fait glisser le châssis.
- L'instrument ainsi modifié n'est plus applicable qu'à une catégorie restreinte de travaux. Il ne convient donc pas à l'astronome amateur, qui hésitera devant la dépense d'un second objectif et veut pouvoir passer facilement d'un objet à l'autre. Le plus souvent il ne lient pas à faire des mesures dë précision. Son ambition esi d’apercevoir les objets faibles et d'en reproduire l'image sans recourir à des poses trop longues. On doit lui conseiller de donner la préférence au télescope è miroir. Cet instrument réalise l'achromatisme parfait, puisque la réfraction n'v intervient pas. Il évite l'absorption dans la traversée du verre; il s’accommode, à ouverture égale* d’un foyer bien plus court que le réfracteur, Sans qu’il en résulte d'autre inconvénient qu'une déformation des images d'étoiles en dehors du centre. Ce raccourcissement du foyer n’a pas pour seul résultat de rendre l'instrument plus maniable. Il amène pour les objets étendus, tels que les nébuleuses et les planètes, une réduction proportionnelle dans lé diamètre de l'image, mais cette diminution est plus que rachetée par l'augmentation de l'éclat* qui permet d'abréger les poses. Reste toujours la difficulté de faire suivre à la plaque le mouvement diurne. Le mieux parait être de renoncer à l’emploi du chercheur ét d’emprunter au miroir lui-même une imagé d'étoiîe. On peut, comme l'ont fait à Toulouse MM. Baillaud et Bourget, installer un microscope derrière le châssis, ouvrir dans celui-ci une fenêtre, gratter sur un point lu couche de gélatine, de manière à rendre l'étoile visible par transparence. M. Kabourdin, à l'Obsérvatoire de Meudon, emploie une petite lunette coudée, montée à l’orifice du télescope sur une couronné mobile qui facilite ld recherche de l'astre. De toute façon le guidage sera moins parfait que par la méthode de MM. Henry. Cela n’a pas grande importance, si l'on vise à reproduire un objet dilVuè et sans détails nets.
- Les remarques qui précèdent conduisent à penser qu'tni télescope de grande ouverture et de foyer relativement court sera l’instrument le mieux adopté pour la photographie des nébuleuses. Vous avez tous entendu parler de ces pales
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- ». pri$F.rx.
- lueurs visibles seulement dons les nuits claires et sans lune, et que l'autorité d’Hcrschel et de Laplace nous apprend à regarder avec le respect dû à des ancêtres lointains. Pour William Herschel, quia découvert à lui seul la plus grande partie des nébuleuses du ciel boréal, ce sont des amas d'étoiles séparés de nous par une prodigieuse distance, et pour ce motif, irrésolubles dans nos instruments. L'éloignement fond toutes les composantes dans une blancheur uniforme. Mais rien ne dit qu’en réalité elles ne soient pas séparées par des intervalles égaux ou supérieurs à ceux des étoiles que nous voyons briller isolément. Chaque nébuleuse pourrait bien être un système stellaire, plus ou moins semblable à celui dont nous faisons nous-mêmes partie, et qui comprend, avec le Soleil elles planètes, toutes les étoiles capables d’être distinguées à pari.
- Le point de vue de Laplace est différent. Il voit dans les nébuleuses de la vapeur disséminée, tout au plus une poussière impalpable : elles sont l’étoffe d’où sortiront les étoiles et les planètes de l'avenir; leur destinée est de se condenser de plus en plus autour d’un centre, de prendre un mouvement de rotation accéléré, d’abandonner sur les points les plus éloignés de l’axe des bandes annulaires, destinées elles-mêmes à se fractionner en satellites.
- Dans ce débat célèbre, tout le monde avait tort et tout le monde avait raison. C’est ce qui arrive d’habitude quand la théorie veut devancer l’observation de trop loin. Il existe entre les corps d'aspect mal défini qui peuplent la voûte céleste, de grandes différences au point de vue de la constitution physique. et chacun d'eux devrait faire l'objet d'une discussion séparée. On a cru quelque temps que le spectroscope allait nous permettre de partager les nébuleuses en deux familles naturelles bien distinctes. L’n gaz porté à l’incandescence donne en effet un spectre composé de lignes brillantes. Les corps solides ou liquides émettent des spectres continus. Malheureusement, presque toutes les nébuleuses sont extrêmement faibles et l'absence de spectre continu, pour beaucoup d'entre elles, ne démontre pas autre chose que l'insuffisance de nos moyens d’observation.
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- QUELQUES PROGHèà RÉCESIS DANS L’ÉTUDE DL CIEL. 3ai
- Celle faiblesse des nébuleuses est pour l’élude directe un grand obstacle. Les possesseurs de grands instruments, favorisés d’un beau ciel, pouvaient seuls entreprendre la description de ces objets. Le public admirait leurs dessins sur parole, non sans remarquer entre eux de singulières divergences. La Photographie a modifié de fond en comble cet état de choses en rendant visibles pour tout le monde des particularités importantes et que les plus puissantes lunettes n’étaient pas capables de montrer.
- Celte vertu de la Photographie tient à la prolongation des poses; elle n'a pas multiplié autant qu’on pourrait le croire le nombre des nébuleuses; en élargissant leurs limites au delà de toute vraisemblance, elle tend plutôt à relier entre elles celles que l’on connaissait déjà. On en est à se demander si la plus grande partie de la voûte céleste n’est pas tapissée à des degrés différents par une nébulosité capable de se révéler suites plaques sensibles.
- Je mets sous vos yeux la partie centrale de la grande nébuleuse d'Orion, d’après un dessin de Bond, exécuté en 1809. Au jugement de il. Uolden, qui a discuté tous les documents antérieurs, jamais un objet céleste n’a fait l'objet d’un travail plus consciencieux et plus parfait. Vous remarquez à première vue l’agglomération centrale, le golfe profond qui l’entame, le trapèze bien connu, les bras qui s’en détachent. La nébuleuse M. 33, qui figure sur la même plaque, se concentre manifestement autour d’une étoile, et parait être en relation physique avec elle.
- Voici la même nébuleuse, photographiée par Draper en 188a. La pose (une heure trente minutes) est déjà excessive pour les étoiles un peu brillantes qui apparaissent avec des disques élargis. Le trapèze se trouve englobé dans une partie déjà assez dense de la nébuleuse au lieu de se détacher sur un fond noir. Tous les autres traits importants du dessin se retrouvent. Mais vous voyez déjà combien auraient été fragiles les conclusions que l'on aurait cru pouvoir fonder sur la netteté des limites et la division en compartiments.
- Avec des poses plus longues, 011 voit la nébuleuse d’Orion émettre en divers sens des filaments longs et ténus dirigés
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- sur les plus brillâmes étoiles de la région: mais ces filaments tendent tous à s'infléchir dans le même sens et à revenir au point de départ. Dans l'ensemble, la nébuleuse a la forme d’une bague où le chaton prédominerait énormément sur la partie circulaire, ou plutôt elle comprend un certain nombre d’anneaux situés dans des plans différents et assujettis à passer par un même point.
- La partie centrale de la nébuleuse a un aspect chaotique. L’examen des clichés a permis au Dr Scheiner d’y définir plus de ôo. points dont la position peut être assignée avec une erreur probable d’une seconde d'arc. Ce travail, très précieux au point de vue de la constatation possible des changements futurs,, if aurait pas été réalisable par les méthodes anciennes.
- Passons maintenant au groupe des Pléiades, obtenu en 1888 par M. Roberts. ^ous y trouvons mise en évidence une autre qualité de la plaque sensible. Elle ne se laisse pas éblouir comme la rétine par la présence d'une étoile brillante. Jusque dans le voisinage immédiat de celle-ci elle peut enregistrerde faibles lueurs. Il est difficile, par le plus beau ciel, d’apercevoir une trace de nébulosité autour de Mérope. Nous en voyons ici de fort abondantes, non seulement autour de Mérope, mais aussi autour de ses voisines Electre. Codeno, Maia. Des filaments très dçlicats se montrent alignés sur les étoiles. Des poses plus longues fo.nt disparaître ces filaments dans des nuages plus vastes, que l'on peut supposer illuminés par la lumière diffusée des astres qu’ils enveloppent.
- Il y a une quarantaine d'années, lord Rosse avait excité une vive curiosité en annonçant que son télescope géant montrait des nébuleuses construites en spirale; nous en connaissons aujourd'hui d’asseç nombreux exemplaires; niais on était resté longtemps sans sé douter que la nébuleuse d’Andromède, la plus brillante de tout le ciel boréal, rentrait dans cette catégorie. En voici une image photographique, due, comme la précédente, à AI. Roberts. La pose n’est pas calculée pour donner à la nébuleuse la plus grande étendue possible, mais pour faire apparaître des canaux sombres, des lacunes longitudinales excessivement difficiles à reconnaître dans les plus loties lunettes. Le cliché original les montre avec une évl-
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- QUELQUES PROGRÈS RÉCENTS DANS l’ÉITDK DU CIEL. 3a;
- dence absolue. Ils sont ici, je crois, assez nettement reproduits pour être aperçus à distance. Nous avons bien affaire à Une nébuleuse en spirale, dont le plan est vu sous un angle de a5° environ. On constate de nombreux points de renforcement ou de condensation le long des spires, mais ces agglomérations ne se forment pas en général autour des étoiles visibles. L'aspect de celles-ci permettrait, d’après M. Roberts, de dire quelle est leur situation par rapport à la nébuleuse. Placées devant, elles apparaissent nettes; vues au travers, elles semblent troubles; englobées dans la nébuleuse, elles la condensent autour d'elles.
- Je dois à l’obligeance de 31. Rabourdi» de pouvoir vous montrer d'autres types curieux, photographiés par lui à 3Jeu-don avec un télescope de 3"' seulement de longueur pour im d’ouverture.
- La nébuleuse du Lion, beaucoup plus petite et plus compacte que celle d'Andromède, est aussi conformée en spirale, avec condensation centrale très forte, spires multiples et resserrées.
- La nébuleuse de l’Jvcu, que la Photographie fait apparaître beaucoup plus étendue qu’on ne l’avait supposé, et qui devient, comme celle d'Orion.une nébuleuse annulaire perforée, avec un golle très sombre et très net près de la partie la plus lumineuse. Vous remarquerez le nombre prodigieux des étoiles apparues sur cette plaque en deux heures de pose et la déformation symétrique de leurs images vers les bords du champ. Nous voyons ici à quel genre de recherches se prête particulièrement le télescope, el celui dont il convient de l’exclure.
- La nébuleuse du Petit Renard (l)umb Bell), bien remarquable par la netteté de ses limites et sa forme étrange. Avec une pose de une heure douze inimités, les parties concaves cessent d'apparaître connue de véritables limites et l’ensemble reprend un contour général c'liptique, avec affaiblissement brusque de lumière vers ies extrémités du grand axe. Ici encore, je suis tenté de croire à l'existence de plusieurs anneaux, dont le diamètre commun sérail dirigé vers l'observateur.
- Il existe dans ces objets une catégorie tout à fait inacces-
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- sible à l’observation optique et que les petits instruments avec de longues poses se montrent particulièrement propres à révéler. Ce sont des nuages pâles, sans contraste appréciable pour l’œil, trop étendus pour être montrés dans leur ensemble par une lunette à long foyer. Telle est la grande nébuleuse de 3 degrés de longueur, apparue autour de £ Persée sur les clichés de M. Barnard. Ailleurs, et notamment dans la constellation du Cygne, les nébulosités affectent l’aspect de filaments ténus, disposés en stries parallèles. Il est difficile de les voir sans penser aux stratifications qui se produisent sur le passage des effluves électriques dans les milieux raréfiés et que manifestent si bien les tubes de Geissler. Mais n’est-il pas prématuré d'aller chercher des explications de cet ordre, alors que tant de mystère règne encore sur la structure souvent régulière et délicate des nuages qui fioiteni dans notre atmosphère?
- A tout prendre, les photographies récentes nous éloignent de plus en plus de la conception d’Herschel. Les nébuleuses ne nous apparaissent plus comme reléguées à de fabuleuses distances par delà les plus faibles étoiles: elles sont au contraire en relation étroite avec des étoiles brillantes; il n’y a dune pas lieu de penser que leur distance échappe à toute mesure, et déjà de sérieuses tentatives ont été faites en vue de déterminer leur parallaxe. 11 convient de se demander aussi quel est le sens de l’évolution des nébuleuses, si elles marchent vers une dissémination ou au contraire vers une concentration plus grande, de quelle nature esL ce lien physique qui les rattache aux étoiles : sont-elles une émanation des astres brillants ou au contraire des soleils en voie de formation? Problèmes captivants dont il semble que les documents recueillis soient déjà capables de préparer la solution.
- Les nébuleuses planétaires forment une transition naturelle entre les nébuleuses proprement dites et les amas d’étoiles. Elles se présentent à l’œil comme de petites taches assez brillantes, rondes et uniformes. La Photographie les complète souvent en leur donnant, comme à la nébuleuse du Petit Renard. un contour elliptique avec affaiblissement de lumière vers les sommets du grand axe. Il en est une, celle du Ver-
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- seau, qui a montré sur les clichés de M. Rabourdin deux anses diamétralement opposées, rappelant l’anneau de Saturne. Plusieurs foison a vu apparaître au développement une : condensation centrale que l'œil ne soupçonnait pas. Ou bien
- ! ce noyau invisible est particulièrement riche en rayons chi-j iniques, ou bien la Photographie aura donné une preuve nou-
- I velle de la faculté qui lui a été reconnue depuis longtemps
- j d'exagérer les contrastes.
- Cette faculté se manifeste avec une puissance singulière dans les belles épreuves de la Voie lactée récemment obtenues par M. Barnard. Vous connaissez tous cette bande diffuse qui partage la voûte céleste en deux moitiés. Vous l’avez surtout admirée dans les belles nuits de l'été, quand vous avez pu vous dérober à l'atmosphère enfumée de la capitale. Si l'on tente d'en fixer par le dessin les contours indécis, on ne larde pas è reconnaître que la tache est inextricable; celte lâche, un objectif à portraits de médiocre ouverture l’accomplit avec une perfection inattendue, si l'on a la patience de lui faire suivre pendant quelques heures le mouvement du ciel. M. Barnard a même obtenu de très beaux résultats avec une lentille de lanterne magique de 5e® seulement d'ouverture; ces petits instruments donnent aux étoiles un diamètre notable. Dans les régions abondamment constellées, et c'est le cas presque partout dans la Voie lactée, la prolongation de la pose amène les disques à se rejoindre, formant ainsi un tapis continu d’une blancheur éclatante, limité par des espaces absolument noirs.
- Tout n’est pas illusion dans ce violent contraste. Ilerschel, • avec son tact d'observateur consommé, savait déjà que lesen-j virons immédiats d'une nébuleuse sont pauvres eu étoiles. Nous avons constaté tout à l'heure la présence d’espaces noirs à côté des parties les plus brillantes dans les nébuleuses i d’Orion et de l’JÉcu. Le mèuie phénomène apparaît, à ce qu'il me I semble, dans une épreuve de M. SchæberJe que je mets sous vos yeux. Elle représente le grand nuage de Magellan, l'un des plus beaux ornements du ciel austral. En ['examinant de près, vous serez certainement tentés de croire que les riches amas d'étoiles ont aussi la propriété de faire le vide autour
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- d’eux. La présence d’une lacune sombre ei très allongée, entourant les agglomérations les plus brillantes, semble bien indiquer aussi la structure en spirale.
- Voici une autre belle région de la Voie laciée, prise par M. ltabourdin dans la consteliation de Cassiopée; il est difficile de la regarder longtemps sans se demander à quoi tiennent ces enfilades d’astres brillants, qui semblent tenir les uns aux autres comme les perles d'un collier, d’où viennent ces canaux étroits et noirs qui s’insinuent entre les groupes d’étoiles. On a cherché à établir par le Calcul des probabilités que ces groupements ne pouvaient être attribués au hasard. On a émis l’opinion que les canaux noirs correspondaient à des filets d’une matière obscure répandue dans l’espace et capable de nous dérober la vue des objets célestes; ces interprétations doivent être accueillies avec quelque réserve, tant qu’elles se fondent uniquement sur l’inspection d’épreuves obtenues avec des instruments à court foyer. Photographiez en effet la même région avec un foyer suffisamment long. Les disques qui représentaient les étoiles se réduisent à des points ; les distances qui les séparent sur la plaque augmentent. Vous n’apercevez plus ni colliers de perles ni filaments noirs, ou tout au moins ils ne sollicitent plus l’attention.
- L’ensemble des photographies de la Voie laciée n’en a pas moins modifié les idées que l'on s’était faites sur la distribution des étoiles. Si le fond du ciel nous semble éclairé dans certaines directions, ce n’est pas parce que notre regard y traverse sur une plus grande épaisseur le système stellaire dont nous faisons partie, et qui aurait, avec une forme aplatie, une richesse à peu près uniforme. La netteté des limites de la Voie laciée. les lacunes fréquentes et irrégulières qui s’y rencontrent ne sont pas conciliables avec cette manière de voir. Nous avons bien réellement dans la Voie laciée un groupement en forme d’anneau ou de spirale, avec des alternatives de condensation ei de vide, comme celles qui se manifestent sur Jes spires des nébuleuses.
- Les instruments à court foyer se montrent moins à leur avantage quand on les applique à des agglomérations d’étoiles très serrées. Voici par exemple trois épreuves de l’amas de
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- Pégase, prises avec le télescope de Meudon. Les poses sont respectivement de dix minutes, d'une heure, de deux heures. De l'une à l'autre, le nombre des étoiles figurées croît en proportion considérable. Mais i! est clair que, bien avant d'avoir atteint la dernière limite, nous sommes entravés par l'embarras des richesses et que la partie centrale de l’amas n'offre plus qu'une masse confuse. On évitera cet inconvénient par un choix mieux approprié de l'instrument. Ainsi l’amas d'Her-cule, encore plus serré que celui de Pégase, a donné au Dr Scheiner, en deux heures de pose. $33 objets distincts qui tous ont pu être mesurés et catalogués. Un tel travail eût certainement lassé la patience du plus habile observateur, armé d’un micromètre.
- Si l’on entreprend ces éludes pénibles, c’est avec la conviction que des étoiles aussi rapprochées et aussi nombreuses doivent exercer les unes sur les autres des actions intenses, et que des variations de distance ou d’éclat se manifesteront un jour ou l’autre. Celte prévision vient d'être brillamment confirmée à l'observatoire de Harvard College, placé sous la direction de M. Pickering. De nombreux clichés de l'amas de (» Centaure, comparés avec soin, ont révélé la présence de i*5 variables, proportion relativement énorme. Pour 106 d'entre elles la période des variations d éclat a pu être déterminée. Les durées obtenues varient de 4;5 jours à 6 heures.
- La méthode employée pour déceler ces changements d’éclat est aussi simple qu'expéditive. On prend, à quelques semaines d'intervalle, deux épreuves de la même région en ayant soin, la seconde fois, de retourner la plaque, c'est -à-dire d'impressionner la couche sensible à travers le verre. Les deux plaques sont exposées pendant le même temps, développées à fond et appliquées ensuite l’une contre l’autre, de telle façon que les deux images négatives d'une même étoile se juxtaposent. L’inspection à la loupe indique alors à première vue les variations d'intensité.
- A J’observaioire de Harvard College, ainsi qu'à la succursale d’Arequipa, établie sur un des plateaux les plus élevés des Andes, on use également du procédé rapide d’analyse spectrale qui consiste à placer un prisme devant l’objectif. La
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- même plaque sensible enregistre alors d’un seul coup un grand nombre de spectres d'étoiles qui sont ensuite examinés. On s’arrête à ceux qui présentent certains caractères particuliers habituels aux étoiles variables. Il s’agit main tenant de remonter dans le passé de ces étoiles. On utilise dans ce but une collection formée avec Je concours des deux observatoires et dans laquelle le ciel tout entier vient s’inscrire chaque mois. On n’a pas le temps, bien entendu, d'étudier et de décrire tous ces clichés au fur et à mesure de leur exécution ; mais dès qu’un objet nouveau ou remarquable est signalé, on peut immédiatement produire toute une série de documents qui le concernent. Le nombre des étoiles variables ainsi reconnues est considérable. Il a été aussi démontré que les amas d’étoiles sont particulièrement riches en étoiles d'un type spécial, celles dont le spectre ne contient que des lignes brillantes. Ces astres ont été signalés pour la première fois par MM. Wolf et Rayei. On n’en avait encore trouvé que 67 avant l’ouverture de la station d’Arequipa. Elles sont maintenant connues en grand nombre, grâce à l'application systématique de la Photographie, aa ont été trouvées dans le seul nuage de Magellan, dont je vous montrais la photographie tout à l’heure, Ce serait ici le lieu de vous parler de l’élude des étoiles isolées, de leur analyse spectrale, de la mesure de leur éclat, de leur parallaxe, de la construction des caries et des catalogues. Chacun de ces points demanderait, pour être convenablement développé, une conférence entière. Sur tous la Photographie apporte dès à présent à l’observation directe un secours inestimable, si même elle n'est pas appelée à la suppléer entièrement. La Carte générale du Ciel, notamment, s’exécute à l’heure qu’il est avec le concours de dix-huit observatoires des deux hémisphères. Elle est pour tous les astronomes l'objet de légitimes espérances, énoncées déjà, dans diverses occasions solennelles, avec autant d’éloquence que d’autorité. J’arriverais un peu tard pour vous faire connaître le plan de l'entreprise, un peu lot pour vous en exposer les résultats. Je dois donc, bien à regret, me contenter d’une indication et vous prier de délaisser ces régions lointaines pour rentrer avec moi dans les limites du système solaire.
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- Ici l'astre du jour exerce une telle prépondérance qu’il nous sera bien difficile de ne pas commencer par lui. En le faisant, du reste, nous ne changeons de sujet qu'en apparence. Il est en effet démontré que, par sa niasse comme par la composition de sa lumière, le Soleil ne se distingue en rien de la moyenne des membres d’une famille nombreuse, celle des étoiles jaunes. Nous lui devons toutefois une attention spéciale à bien des titres. Non seulement il est pour nous l’unique dispensateur de la chaleur et de la vie, mais en raison de sa proximité relative, il est susceptible d’être beaucoup mieux connu que les étoiles.
- Cette étude présente d'ailleurs un double attrait. Le Soleil a une histoire mouvementée; il est le théâtre d’une activité perpétuelle et dévorante. Toutes les agitations qui s’y produisent ont sur l’état météorologique et magnétique de la Terre une répercussion certaine, bien que, dans la plupart des cas, le mécanisme nous en échappe. La Photographie nous met à même de suivre cette histoire jour parjouretd’cn enregistrer les moindres fluctuations.
- Voici une image du Soleil prise à l’observatoire Lick le 3o août 1893; vous y voyez un groupe important de quatre taches, avec une partie centrale qui semble noire par un effet de contraste, une pénombre ou demi-teinte qui l’enveloppe. Près des bords du Soleil, la pénombre parait elle-même entourée d’une zone éclatante animée de mouvements très vifs. Les langues de feu qui s'en détachent s’avancent parfois sur la pénombre et sur les taches avec une vitesse qui atteint des centaines de kilomètres par seconde; cette zone est celle des facules.
- La seconde épreuve est prise quatre jours plus tard. Les mêmes taches sont reconnaissables. Elles se sont avancées sur le disque, mais de quantités un peu inégales. Dans l’intervalle elles ont subi des changements notables. La plus boréale, notamment, s’est allongée et fragmentée. Cette seconde épreuve montre une partie du bord du Soleil. L’affaiblissement de la lumière y est notable. Le bord est cependant assez net pour que l'on puisse lui rapporter les taches par des mesures précises.
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- Depuis plusieurs années, des photographies de ce genre sont prises quotidiennement dans trois observatoires associés : a Greenwich, à file Maurice, à Délira Dûn dans l’Inde. Il est infiniment rare que le Ciel soit couvert à la fois dans les trois stations et que par suite le Soleil se dérobe à l'objectif. Chaque jour on mesure (‘étendue des taches, leur marche, leur distribution. L’histoire de l'activité solaire se trouve ainsi reconstituée avec exactitude. On a reconnu de la sorte l’existence de plusieurs fluctuations secondaires, superposées à la grande période de u ans amène la recrudescence des
- taches. Il est à peine besoin de dire que ces conclusions ne seraient pas établies par les meilleurs dessins avec un égal degré de certitude. Ou doit à M. Jaussen d’avoir inauguré en France un autre mode d’observation du Soleil. La plaque sensible ne reçoit la lumière que par une fente étroite, qui passe devant elle avec une extrême rapidité. La pose est tellement réduite que les bords du Soleil ne font plus d'image et que seuls les rayons les plus actifs, voisins de la raie G du spectre, interviennent pour figurer les parties brillantes. On dirige le développement de manière à exagérer les contrastes. Les épreuves ainsi obtenues à Meudon ne se prêtent pas aux mesures de position des taches, mois elles rendent avec une admirable perfection le détail de la surface du Soleil. On y voit fourmiller des fragments allongés, comparés à des feuilles de saule ou à des groins de riz, mais qui paraissent constitués en dernière analyse par des éléments sphériques. Voici une reproduction agrandie d’une épreuve faite à l’observatoire de .Meudon, et qui montre cette structure si particulière. Ces détails, tout à fait inaccessibles à l'observation oculaire, ont fourni à M. Janssen l’occasion d’exprimer des vues bien intéressâmes sur la constitution physique du Soleil.
- L’intervention de la Photographie est encore indiquée pendant les éclipses totales pour fixer l image des phénomènes grandioses qui n’apparaissent aux yeux qu’à ce moment et que l’on n'aurait pas le temps de reproduire par le dessin. Il s’agit, comme vous le savez, de la couronne et des protubérances. La lumière émise par ces enveloppes atmosphériques du Soleil ne dépasse guère celle de la pleine Lune. Il n’y a
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- OlELyl'KS progrès RÉCENTS DANS t ÉTÉ DK DE CIEL. 335 donc point lieu, pour en obtenir l'image, de recourir à des poses très courtes.
- Voici une épreuve faite pendant l'éclipse totale du 29 août 1886 par MM. Schuster et Mounder; on y aperçoit très bien l’extension inégale de la couronne dans les diverses directions. Plus développée dans la zone des taches, elle se restreint dans les latitudes polaires et équatoriales. La structure rayonnée de la couronne esi très remarquable. On établit la réalité de ces rayons par la comparaison des épreuves successives, et leur figure suggère des rapprochements intéressants avec les lignes de force des pèles magnétiques, les aigrettes électriques et les effluves cathodiques.
- Cette autre épreuve a été prise par M. Crockes lors de l'éclipse du 21 janvier 1898. Elle donne, comme la précédente, à la couronne une largeur moyenne égale au rayon du Soleil. En abrégeant la pose on obtient, ainsi que vous le voyez sur un autre cliché pris à quelques secondes d'intervalle, une couronne bien moins étendue, niais on voit, sc détacher sur elle l'image assez nette des protubérances. On reconnaît sans peine que la perturbation produite par le développement d'une protubérance importante a sa répercussion bien loin au-dessus d’elle dans la couronne.
- La Photographie est encore très précieuse, au moment des éclipses totales, pour enregistrer les spectres de l'atmosphère solaire, spectres très différents de celui de la surface. Ainsi la couronne a une radiation verte qui lui est propre. Les raies H et K du calcium, très brillantes dans les protubérances et dans la couchesous-jacente, appelée chromosphère, manquent dans la couronne ou n'y apparaissent que comme bandes d’absorption. 11 en est de même des raies de l'hydrogène eide l’hélium.
- Si l’on reçoit sur la fente d'un môme speetroscope la lumière de deux régions diamétralement opposées de la couronne, on constate que les raies de môme origine ne coïncident pas rigoureusement. Cet écart prouve que lesdherses parties de la couronne sont animées de vitesses différentes dans le sens du rayon visuel. M. Deslandres, qui a fait cette observation pendant l'éclipse totale du *6 avril 1893. a démon-
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- iré ainsi que ia couronne prenait pari à la rotation du Soleil.
- La même méthode, pour le dire en passant, avait déjà reçu de nombreuses applications sur les étoiles et sert à évaluer leurs vitesses ou plutôt les projections de ces vitesses sur le rayon visuel. La Photographie n'est pas indispensable pour faire ces mesures, mais elle les a rendues beaucoup plus sures et plus rapides. On reçoit sur la fente du même spec-troscope la lumière de l'étoile et celle d'une source terrestre, ordinairement une étincelle électrique jaillissant dans un tube plein d'hydrogène ou entre deux pointes de fer. Ou obtient ainsi, comme spectre de comparaison, les raies brillantes de l'hydrogène et du fer, qui apparaissent soit comme raies brillantes, soit comme raies d’absorption, dans tous les spectres d’étoiles.
- Vous voyez ici, sur une épreuve faite par M. Deslandres à l’Observatoire de Paris, le résultat de l’expérience sur l'étoile Capeila. Le spectre continu est celui de l'étoile, le spectre discontinu est celui de la source terrestre. La longue raie brillante est due à l'hydrogène, les raies qui suivent au fer, la large raie que vous voyez plus loin au calcium. L’écart est sensible et correspond à une vitesse de it)1"1 par seconde.
- Lne étoile voisine, 3Cocher, donne un résultat plus curieux encore. Vous pouvez voir qu'aux deux raies fines de l'hydrogène aussi bien qu’à la large raie du calcium, correspondent dans le spectre de l'étoile deux raies sombres écartées de part et d’autre. On en conclut que l'étoile £ Cocher est double et que ses deux composantes sont animées, par rapport à nous, de mouvements contraires. La mesure des clichés a donné pour ces vitesses respectivement $4k:aet97l,n. Plusieurs autres constatations du meme genre ont été faites.
- Quelle confiance mérite ce procédé de mesure des vitesses? Il ne suffit pas, pour s'en rendre compte, de constater Ja concordance des déterminations sur une même étoile. Luc erreur systématique commune pourrait les fausser. On rapprochera les spectres de deux objets lumineux pour lesquels la dift'érence de vitesse soit connue d’une manière indépendante avec quelque précision. L'expérience a été faite avec succès par M. Thoiloti sur les deux bords du Soleil, par
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- QCeLOCES PROCHES RÉCENTS Ï1AXS l’ÉTI' DE OC CIEL. 33;
- M. Deslandres sur les deux bords de Jupiter. Vous pourrez vous en convaincre par les deux specires photographiques juxtaposés que je meu sous vos yeux. L’écart est môme double dans le cas de Jupiter de celui qui répond à la différence réelle des vitesses., car la lumière du Soleil tombant sur la planète en mouvement est modifiée avant môme d’être renvoyée vers nous.
- Revenons maintenant au Soleil. Nous avons dit que la lumière solaire prise dans son ensemble, les protubérances et la couronne n'ont pas les mômes spectres. N'e serait-il pas possible de profiler de cette différence pour photographier, en dehors même des éclipses, les protubérances et la couronne? On y est arrivé partiellement en utilisant une méthode féconde indiquée il y a vingt ans par M. Janssen, mais qui a pris dans ces dernières années un développement inattendu entre les mains de .MM. Haie ci Deslandres.
- Supposons la lumière du Soleil renvoyée par un héliostal dans une direction fixe. On la fait tomber sur une fente placée au foyer d'un collimateur, puis sur l’objectif d'une lunette. Elle passe ensuite par une série de prismes disposée pour donner un spectre. On reçoit ce spectre sur un écran percé d’une deuxième fenie: que l’on fait coïncider avec une raie choisie à l'avance.
- Faisons maintenant glisser la première fente de telle façon qu’elle parcoure la surface entière du Soleil. Nous pourrons, en imprimant un mouvement convenable à la deuxième fente, la faire coïncider toujours avec la môme raie du spectre. Mais cette raie proviendra successivement de différents points du Soleil. Elle va donc varier d'intensité, manquer totalement dans certaines parties. Une plaque photographique placée derrière la seconde fente enregistrera une image monochromatique du Soleil. Si la radiation choisie prédomine suffisamment dans les protubérances, par exemple, elle se dégagera avec un éclat suffisant de la lumière étrangère, dont on ne peut empêcher totalement l'introduction.
- Quelle radiation convient-il de choisir? Il y en a deux qui se prêtent bien à cette élude, ce sont les raies H et K. données par la vapeur du calcium. Eiles se renversent dans certaines
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- parties du Soleil, c’est-â-dire deviennent sombres au lieu de brillantes. Ce fait indique une absorption par la couche supérieure des radiations émises par la couche inférieure plus chaude. Cette absorption, s'effectuant dons un milieu moins comprimé que la couche originaire, donne lieu à une bande sombre moins large que la raie brillante qu’elle doit remplacer. Celle-ci se trouve en conséquence dédoublée et prend un aspect tout à fait caractéristique, rencontré seulement au voisinage des taches et des facules et sur les protubérances du bord.
- M. Tresca va projeter devant vous quelques épreuves obtenues par cette méthode et dues, comme les précédentes, à M. Deslandres :
- Nous avons ici l’image du bord du Soleil le 3 r mai 1894,3
- de l’après-midi. Vous y voyez jaillir une énorme protubérance dans le voisinage du pôle Sud. Plusieurs autres moins importantes apparaissent dans la région diamétralement opposée.
- Deux heures et demie plus tard, nous retrouvons ces dernières protubérances à peu près telles quelles. Mais le jet de llamme du pôle Sud a pris en hauteur un développement extraordinaire. Il atteint certainement un dixième du diamètre du Soleil, soit i2ocook,° à i5oooôlm.
- L’épreuve suivante (i t avril *894) nous montre des nuages détachés flottant à une hauteur égale à plusieurs fois le diamètre de la Terre ; le plus considérable se trouve encore dans ie voisinage du pôle Sud.
- Que I on promène maintenant la fente non plus sur les bords, mais sur toute la surface du disque, et l’on obtiendra son image par sections successives avec une recrudescence d’intensité sur les nuages de vapeur de calcium qui recouvrent l’emplacement des taches et débordent notablement au delà. Deux clichés, l’un du io; l'autre du m avril 1894, vous montreront très bien la rotation et les changements de forme survenus d’un jour à l’autre. Deux nuages nouveaux ont apparu dans l’intervalle sur le bord oriental.
- Vous voyez donc que la méthode de .MM. Haie et Deslandres nous met à môme de faire l'histoire de l'activité solaire à
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- QUELQUES PROGIlÊS U ÊCE2XTS DANS L'ÉTUDE DU CIEL. 33?
- un point de vue diftércnt de celui que représente la statistique des taches, mais plus complet, puisqu’il comprend l'enregistrement continu des protubérances et des facules sur le disque
- entier.
- Ce beau succès a naturellement fait naître l'espérance que l'on pourrait aussi photographier la couronne en dehors des cclipses. Jusqu’à présent on n’y a pas réussi. C’est en vain que, dansée but, M. Hiccù s’est transporté sur l’Etna, M. Newall à Darjeeling sur les pentes de i'ilimaiaya. La pureté de l’air dans les hautes régions montagneuses, pureté telle qu’en se cachant le soleil avec un doigt on peut regarder sans fatigue la partie voisine du ciel, n'est pas encore suffisante pour permettre à la couronne de faire son image-
- Qu’il s’agisse du Soleil ou des planètes, aucun instrument, pas même celui que i on nous promet pour l’Exposition de 1900, ne montrera d'objets ayant moins de iookm d'étendue. C’est dire combien il faut être réservé quand on veut interpréter les détails aperçus ou photographiés sur ces globes lointains. Notre position est tout autrement favorable vis-à-vis de la Lune. Elle n’est, au point de vue astronomique, qu'une dépendance, presque une annexe de la Terre. Les mêmes forces ont agi sur les deux globes, et toutes les notions générales acquises à la Géologie, à la Géographie physique, peuvent et doivent trouver leur application dans l'étude de notre satellite.
- Devons-nous, pour accélérer ce mouvement, compter davantage sur la l'holographie ou sur l'observation directe? Au fond, il n’existe entre les deux méthodes aucun antagonisme nécessaire. Elles sont bien plutôt appelées à s'éclairer l’une l'autre. Chaque astronome a le droit de choisir, suivant son aptitude ou sa préférence, la voie qui lui semble la plus fructueuse.
- Il importe cependant de ne pas user ses forces dans un labeur prolongé, en vue d'un résultat qui pourrait être acquis à moins de frais. La première chose est de se faire une notion claire, je ne dis pas complète, du but à poursuivre. Un catalogue d’objets et de faits matériels n'est pas, à proprement parler, une œuvre scientifique. Les êtres, pris en eux-mêmes.
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- nous intéressent moins que les rapports qui les unissent, leur état présent moins que les liens qui les rattachent au passé. Nous pouvons donc sans regret concéder à l'astronome-dessi-natcur la faculté d'enregistrer dans un fragment donné de la surface lunaire, plus de taches, de fissures, de saillies eide trous que les clichés n’en révèlent. La véritable question n’est pas là. Le géologue qui fait l'histoire straiigraphique d’une région ne se préoccupe pas d'en compter les cailloux. Il s’agit bien plutôt de savoir quelle est la méthode qui, pour une somme donnée de travail, nous conduit à la vue la plus juste des ensembles, laquelle suggère plus de rapprochements avec nos expériences terrestres, laquelle expose le moins au danger des interprétations inexactes.
- Itéduite à ces termes, la question sera facilement tranchée en faveur de la Photographie. Je pourrais, si ce n’ctail abuser de votre patience, donner beaucoup de motifs à l’appui de celte conclusion. Citons seulement deux faits qu’il sera, je crois, difficile de contester.
- Le premier est d'ordre en quelque sorte personnel. Depuis qu'ont paru les images lunaires fournies par les grandes lunettes du Monl-llamiltou et de Paris, nous voyons les astronomes-dessinateurs passer les.uns après les autres dans le camp des photographes. Les plus sages, et non les moins habiles, limitent maintenant leur tache à [‘amplification, à la retouche, à la discussion des épreuves.
- Le second consiste dans une expérience que chacun peut répéter. Prenez une même région de la Lune dessinée sous des éclaircments différents. Vous éprouverez la plus gronde peine à identifier de pan et d’autre môme des détails importants, et vous serez souvent amenés à douter si vous avez le même objet sous les yeux. Examinez maintenant deux photographies. L’identification se fera sans la moindre difficulté jusqu'à une certaine limite de grandeur, au-dessous de laquelle elle cesse évidemment d’ôtre possible. A partir de là, vous n’avez plus affaire qu'aux irrégularités de structure de la plaque cl du papier. Mais au moins vous avez le sentiment que le terrain acquis l’est d’une façon définitive cl sans doute possible.
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- QUELQUES PROCRKS RÉCENTS IM N ? l’kTL'IM
- Voici l’un des meilleurs spécimens des pavsages lunaires obtenus par les anciennes méthodes. C'est une photographie d'un moulage en plâtre exécuté par Xasmyth et ('arpenter. On ne supposait pas à celte époque qu'il fût possible d'obtenir une image de quelque valeur par une exposition directe sur la Lune. Vous serez à même, tout à l'heure, de juger par comparaison je ne dis pas la fidélité, puisqu'il s’agit d’une vue théorique, mais la vraisemblance du modelé.
- Nous lui ferons succéder une épreuve de la Lune entière obtenue au grand équatorial de l'observatoire Licfc. Celle épreuve montre bien la forme circulaire des mers, la luminosité du bord cl des pôles, les rayonnements émanés des cirques Tycho et Copernic. C'est M. Iloiden, directeur de l'observatoire Liclc, qui a montré le premier, par un exemple concluant, la valeur des instruments à long foyer pour la photographie de la Lune.
- Les épreuves qui suivent sont des fragments de clichés directs, sans agrandissement, obtenus au foyer du grand équatorial coudé de l'Observatoire de Paris, sous la direction de M. Lœwy. J'ai eu l'honneur d’ètre appelé à prendre part à ce travail des son début, à la fin de i8y >. Il se poursuit encore à l'heure actuelle. Nous terminerons celte série par deux épreuves agrandies cinq fois environ, représentant les Apennins cl les Alpes.
- Cette revue rapide vous aura certainement laissé l'impression que les grands traits de la physionomie lunaire, tout aussi bien que les principaux linéaments du dessin géographique, ont une histoire, et que cette histoire seule rend pleinement intelligible leur état actuei. Ce n'est donc point déprécier le méritedes constructeurs de Catalogues et de Caries que de considérer leur travail comme appartenant à une phase préliminaire, dont nous devons aspirer à sortir. La Photographie nous permet de marcher d'un pas assuré dans cette voie, considérée naguère comme pleine de périls. Nous le ferons avec d’autant moins de scrupule que la publication de nos épreuves place le lecteur instruit dans une position peu différente de la notre vis-à-vis des objets célestes, et le met à mémo de contrôler nos assertions cl nos théories.
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- On sali que les mesures des astronomes avaient déjà fait connaître l’altitude des plus hautes montagnes lunaires, à une époque où l’on était dans une ignorance complète au sujet de la position et de l’importance des traits les plus saillants du relief terrestre. J)e môme, les notions récemment acquises à la Géographie physique n’ont devancé que de bien peu le moment où clics se seraient imposées avec une évidence presque irrésistible par l’inspection des photographies lunaires. On serait tenté d’en conclure avec Descaries que faire marcher de front les sciences les pi us diverses est plus court et plus sur que de se les assimiler séparément. Citons à l’appui quelques exemples :
- Il n’v a pas un quart de siècle que les géologues se sont mis d’accord pour abandonner l’ancienne théorie des soulèvements, pour voir dans les bassins occupés par les mers des portions entraînées par la contraction du noyau intérieur, dans les massifs saillants les points demeurés en retard sur rabaissement de l’ensemble. Nous reconnaissons les limites des affaissements sur nos épreuves avec une clarté plus grande que sur la Terre, parce que l'érosion en a mieux respecté les vestiges. Nous pouvons même y surprendre le phénomène à tous les degrés d’avancement.
- La disposition des fosses sous-marines sur notre globe, leur tendance à se rejeter loin du centre des bassins océaniques le long du rivage des continents, n’ont clé mises en lumière que par les sondages récents. On peut s’en rendre compte sur les photographies lunaires à la seule inspection des teintes, et en conclure, comme sur la Terre, l'instabilité relative des sols montagneux.
- Le phénomène de la dispersion à grande distance des éléments minéraux sous forme de poussière volcanique s’est produit à diverses reprises dans les temps historiques. Mois les traces en ont rapidement disparu, effacées par mille influences antagonistes. Sur la Lune, les clichés nous en révèlent les vestiges évidents, permanents, universels. Nous y voyons l’indice de l’existence passée autour de notre satellite d’une atmosphère importante, aujourd’hui dissipée dans l’espace ou rentrée dans des combinaisons solides.
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- Qlf.LQtlîS PROGRÈS RKCKNTS DANS l’kTLDÜ Ül' CIKI.. 3-j'i
- La forte intensité lumineuse des bords de la Lune, particularité inverse de celle qui nous est offerte par Jupiter et le Soleil, ne peut s'expliquer que par une constitution spéciale du sol dans les régions polaires et marginales. Les photographies l'accusent bien plus distinctement que la vue directe. Nous prenons ici sur le fait l'aciion des marées d'origine terrestre, autrefois très puissantes, aujourd’hui éteintes par suite de l'égalité qui s'est établie entre les durées de rotation et de révolution de la Lune.
- Voici longtemps, en vérité, que j’abuse de votre bienveillance, et je ne vous ai rien dit encore des comètes, des étoiles filantes et des planètes. Elles me fourniraient cependant bien des exemples de nature à fortifier la conviction que je me proposais d’imprimer en vous. Comment, toutefois, ne pas mentionner ce résultat que le nombre des petites planètes connues a passé eu peu d'années, par l'intervention de la Photographie, de 32?. à 470? Devant l'éloquence de ces chiffres, vous me dispenserez de prendre le rôle facile de prophète et de tracer un tableau, nécessairement hypothétique, des services que la Photographie pourra rendre à l'Astronomie dans l’avenir. La dette déjà contractée est assez grande pour qu’il suffise de la proclamer.
- Les plaques sensibles ne nous ont pas seulement révélé un grand nombre d’astres nouveaux. Elles nous ont montré sous un autre jour ceux que nous pensions déjà connaître: elles font apparaître entre des objets célestes, en apparence très différents, des liens qui mêlaient pas soupçonnes. Par elles nous sommes tenus au courant de la vie de ce foyer ardent auquel notre existence est liée, et ses pulsations, en tant qu’elles peuvent réellement nous intéresser, nous sont transmises plus fidèlement que celles du globe qui nous porte. En même temps que l’écorce terrestre, et d'une manière presque aussi sûre, la Lune nous livre le secret de son histoire. Etcel agrandissement de nos connaissances n'est plus une manne distribuée aux esprits curieux par quelques professionnels. Nos ciichcs sont d’un accès facile pour tous ceux qui ont le loisir de les étudier. Chacun peut en extraire les parcelles de vérité qui nous auraient échappé, rectifier nos
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- erreurs, nous ramener, si cela devenait nécessaire, dans le chemin de la saine critique et de la probité intellectuelle rigoureuse. La Science qui a tant gagné, il y a trois siècles, à délaisser les voies d’une métaphysique sans issue, ne peut que se féliciter de se voir ainsi maintenue en contact plus journalier et plus intime avec les faits.
- Il ne me rcsie, Mesdames et Messieurs, qu’à vous remercier de l’extrême bienveillance avec laquelle vous m’avez écouté. Vous me permettrez de vous associer dans l'expression de ma gratitude MM. Lœwy, Wolf, Henry, Deslondres, ltabour-din, Ouénisset, qui ont bien voulu me communiquer leurs clichés ou me faire profiter de leur expérience.
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- LE
- ROLE DES DIVERSES RADIATIONS
- EN PHOTOGRAPHIE.
- CONFÉRENCE
- FAITE AV CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS LE DIMANCHE 22 JANVIER 1899,
- Par M. P. VILLARD,
- Docteur is Sciences.
- Mesdames, Messieurs,
- Avant d’aborder le sujet de cette Conférence, permettez-moi de remercier Déminent Directeur du Conservatoire, M. le colonel Laussedat, de l'honneur qu'il me fait en m’invitant à prendre la parole devant vous pour défendre la cause qu’il soutient depuis de nombreuses années avec une si persistante énergie, un si intelligent patriotisme.
- Je ne veux pas oublier non plus de remercier M. Tresca, qui a bien voulu m’aider de ses conseils et de son expérience, et me faciliter ainsi l'organisation matérielle de cette Conférence.
- En vous parlant aujourd’hui des propriétés des radiations, je voudrais vous démontrer que, dans l’intérêt même des applications, la Photographie mérite d’être étudiée à un autre point de vue que celui des services très importants qu’elle rend aux sciences et aux arts.
- La Photographie n’est pas seulement un ensemble de procédés, j’allais dire de recettes utiles, c’est aussi une science, 3- Série, t. J. ai
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- mais dont le domaine est à peu près inexploré. A ce titre elle réserve les plus rares surprises à ceux qui s'adonneraient à son élude, et peut aisément fournir à un enseignement vraiment supérieur les matériaux d’un vaste et utile programme.
- La première partie de cet exposé sera consacrée aux propriétés générales des radiations qui intéressent la Photographie.
- Voici un faisceau de lumière blanche qui sort d’une fente étroite pratiquée dans l’obturateur de la lanterne électrique. Une lentille ordinaire nous donne, à quelque distance, une image nette de cette fente, et cette image est blanche. Sur le trajet des rayons j’interpose maintenant un flacon de forme prismatique rempli de sulfure de carbone. Le faisceau de lumière est dévié de sa direction première, mais en même temps il s’étale transversalement et produit sur l'écran une large bande lumineuse nuancée de diverses couleurs. Comme vous le savez, ce phénomène est dù à ce que la lumière blanche est composée d’une infinité de lumières simples qui sont déviées différemment par un même prisme et produisent sur l’écran une série d’images de la fente qui empiètent les unes sur les autres de manière à former un ruban continu. Chacune de ces lumières est caractérisée par la sensation qu'elle produit dans notre œil, c’est-à-dire par sa couleur, et correspond à un nombre particulier de vibrations du milieu impondérable qui la transmet. Le spectre que vous avez devant vous est tout à fait comparable à une gamme, à cela près que les vibrations ne se comptent pas ici par centaines ou par milliers à la seconde, mais bien par centaines de trillions, soit 43° trillions pour le rouge et 700 trillions pour le violet.
- Je viens de faire l'analyse de la lumière blanche au même titre qu’un chimiste pourrait séparer les éléments d’un corps composé ; je puis en faire également la synthèse : si, en effet, je réunis ces diverses couleurs au moyen d'une lentille convergente, la lumière blanche est reconstituée.
- Le prisme est le plus simple et le plus commode des appareils qui permettent de diviser la lumière en ses rayons simples. Mais si l'on veut seulement isoler un groupe de rayons voisins.
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- on peut faire usage de milieux transparents colorés, verres de couleur ou solutions diverses, pour filtrer en quelque sorte la lumière. On est ainsi dispensé de l’emploi d’une fente étroite qui, nécessairement, ne laisse passer qu’une assez faible quantité de lumière. Ce verre rouge que j’interpose sur le trajet de la lumière supprime, comme vous le voyez, toutes les couleurs qui n’appartiennent pas au groupe du rouge. Il n’a pas transformé la lumière blanche, il a seulement isolé l’élément rouge qui en faisait partie. Ce procédé très simple va nous permettre d’obtenir à volonté telle ou telle partie du spectre. Le verre rouge est presque monochromatique; le verre jaune est moins parfait, mais il convient cependant pour éliminer les rayons bleus. Cet autre échantillon laisse passer à peu près uniquement le bleu et le rouge. Des dissolutions colorées telles, par exemple, que le sulfate de cuivre additionné d’ammoniaque peuvent également être employées dans le même but.
- Les diverses radiations qui composent la lumière blanche ont des propriétés très différentes et ne se distinguent pas uniquement par leur couleur et leur réfrangibilité. Les rayons bleus et violets, par exemple, possèdent au plus haut degré la propriété de produire les phénomènes connus sous le nom de phosphorescence ou Jluorescence. Certains corps,frappés par ces rayons, émettent une lumière différente de celle qu'ils reçoivent, et moins réfrangible, c’est-à-dire plus voisine du rouge. Cette émission secondaire dure parfois très longtemps après la suppression des rayons excitateurs ; c’est le cas, par exemple, pour ces sulfures alcalino-terreux que j’expose en ce moment à un faisceau de lumière électrique tamisé par un verre violet foncé qui ne laisse passer que des radiations à peine visibles, mais très actives au point de vue qui nous occupe. Ces sulfures s'illuminent aussitôt : chacun d’eux émet une lumière qui lui est particulière et dont la réfrangibilité est moindre que celie des rayons excitateurs. Je puis maintenant masquer ia source lumineuse, l’émission de lumière par les sulfures phosphorescents ne cesse pas pour cela. Il en est de même avec la blende hexagonale, ou sulfure de
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- zinc cristallisé, qui donne une beiie phosphorescence verte dès que je la plonge dans le faisceau de rayons violets.
- Les substances fluorescentes ne diffèrent des précédentes que par l’extrême rapidité avec laquelle cesse l’émission de lumière quand on supprime les rayons excitateurs. La fluorescence n’est autre chose qu’une phosphorescence dont la durée est si courte qu’elle ne peut être mise en évidence qu’avec l’aide d’artifices particuliers. De telles substances ne sont pour ainsi dire lumineuses que pendant qu’elles reçoivent de la lumière; mais, de même que les corps phosphorescents, elles transforment cette lumière; plus exactement, elles la transposent. Ce fragmentée verre d’urane s'illumine vivement en vert quand je le soumets à l’action des rayons violets, mais il s’éteint aussitôt que je le replace dans l’obscurité. C’est un corps fluorescent. Il en est de même de cet écran au platino-cyanure de baryum.
- Voici maintenant un vase plein d’eau que je fais traverser par notre faisceau violet. Je verse dans ce vase une dissolution alcaline d’esculine : en arrivant sur le trajet des rayons, celle matière brille aussitôt d’une lumière bleue assez vive pour faire croire à la présence d’un nuage de particules solides; aucun précipité ne s'est cependant formé, le liquide est resté transparent. Une dissolution de fluorescéine nous donne, dans les mêmes conditions, une belle fluorescence verte.
- Je répète l’expérience en substituant au verre violet de la lanterne une cuve en verre remplie d’une dissolution de bichromate de potassium qui arrête les rayons bleus et violets. Aucune fluorescence ne se produit. Ce phénomène est donc particulier aux radiations les plus réfrangibles du spectre.
- Les phénomènes de fluorescence vont nous permettre de constater l’existence de radiations invisibles plus réfrangibles que le violet, plus déviées que lui par le prisme, et qu’on appelle pour celte raison ultra-violettes. Cet écran au platino-cyanure de baryum s'illumine en effet assez vivement et émet une belle lumière verte quand je le place sur le tableau à la suite du violet du spectre. L’expérience est encore plus nette si j atténue par un verre bleu l’éclat trop vif des régions
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- brillâmes du spectre visible. Le bisulfate de quinine, le verre d’urane pourraient remplacer le sel de platine.
- La série des radiations se prolongerait encore beaucoup plus loin si je remplaçais par du quartz le verre des lentilles de projection.
- Du côté du rouge, le spectre se prolonge également par des rayons de moins en moins réfrangibles, appelés infra-rouges, et faciles à déceler par suite de leur puissance calorifique. Ce ballon en verre mince, rempli d’une dissolution d’iode dans le sulfure de carbone, constitue une lentille convergente très transparente pour l’infra-rouge, et absolument opaque pour la lumière proprement dite. Vous voyez qu'un fragment de papier prend aisément feu au foyer invisible de celle lentille.
- Les rayons jaunes, rouges et infra-rouges ne produisent pas le phénomène de la phosphorescence : ils possèdent, au contraire, surtout les infra-rouges, la propriété inverse : si on les dirige, par exemple, sur de la blende hexagonale phosphorescente préalablement excitée par les rayons bleus, l’émission de lumière s’arrête. Cette extinction a été utilisée pour l’étude de la région infra-rouge du spectre solaire.
- Ces radiations peu réfrangibles pourraient être appelées rayons destructeurs, par opposition aux rayons excitateurs qui appartiennent au bleu, au violet et à l’ultra-violet.
- J'ai beaucoup insisté sur ces phénomènes, en apparence étrangers à la Photographie, parce qu’il existe certainement une relation ou au moins un parallélisme remarquable entre l’activité chimique d’une radiation et son aptitude à produire ou à faire cesser la phosphorescence.
- Si, par exemple, je reçois un spectre sur une surface recouverte de chlorure d’argent, le sel noircit dans toute la région bleue et violette du spectre et reste inaltéré sous l’action des autres couleurs. Il s’est produit ce qu’on appelle une réduction: le chlorure d’argent est passe à l’état de sous-chlorure violet, et enfin il reste de l’argent métallique. Je puis faire aisément l’expérience en recevant sur ce papier photographique un faisceau de lumière tamisé par le verre violet qui nous a servi tout à l’heure. Le jaune et le rouge sont, au
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- contraire, sans action : le papier sensible reste en effet blanc si j’interpose une cuve à bichromate de potassium sur le trajet des rayons lumineux. On pourrait faire une expérience analogue avec une préparation au gélaiinobromure d’argent; le révélateur n’agirait que là où l'émulsion a été frappée parles rayons bleus, violets et ultra-violets, ceux-là précisément que j'ai appelés excitateurs.
- Les rayons rouges et infra-rouges ont, au contraire, comme pour la fluorescence, une tendance marquée à détruire l'effet produit par les rayons de la partie la plus réfrangible du spectre. Une plaque daguerrienne impressionnée par ces derniers, puis exposée au rouge extrême du spectre solaire, montre, en effet, la raie A renversée, c’est-à-dire sombre sur fond clair; l’impression primitive n’a subsisté que sur l’image de celte raie, c’est-à-dire là où il y avait absence presque complète de lumière; de part et d’autre, le sel d'argent s’est reconstitué. J’essayerai de vous montrer tout à l’heure qu'il serait possible de tirer parti de ces phénomènes malheureusement trop peu connus.
- Entre les radiations extrêmes qui produisent ainsi des effets nettement opposés, se placent le vert, le jaune, l’orangé, qui constituent le groupe des rayons appelés par E. Becquerel continuateurs. Si une préparation au chlorure d’argent, faiblement impressionnée par le bleu et le violet, est exposée à ces rayons, il y a, en effet, continuation de l’action chimique commencée. Des images ont pu être ainsi développées uniquement par ces rayons continuateurs.
- Ce phénomène est quelquefois utilisé pour exalter la sensibilité des plaques photographiques. Avant de s’en servir, on les expose, pendant un instant, à une lumière très faible. Elles deviennent alors sensibles à un plus grand nombre de couleurs du spectre, et une moindre quantité totale de lumière suffit pour donner une Image.
- On conçoit sans peine qu’il existe une transition entre le groupe destructeur et le groupe excitateur, et que des radiations voisines de ce dernier, bien qu’incapables de déterminer l'action photochimique, du moins puissent agir dans le même sens que les radiations actives proprement dites.
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- Cette inaptitude photographique des couleurs les plus brillantes est un inconvénient assez grave; aussi a-t-on cherché, par divers moyens, à le faire disparaître.
- Une remarque très simple a permis de résoudre le problème dune manière assez satisfaisante. Les rayons actifs sont précisément ceux que les sels d’argent, par exemple, absorbent le plus complètement. Si l’on modifie ce pouvoir absorbant, en incorporant à la préparation sensible une substance capable d’arrêter le jaune ou le vert, le composé argentique devient sensible à ces couleurs; les émulsions ainsi préparées sont dites isochromatiques on panchromatiques. Cet artifice suffit amplement dans la pratique ordinaire parce que les objets colorés ne sont jamais monochromatiques, mais on ne pourrait pas photographier un spectre; l'épreuve présenterait des maxima et des minima d’intensité tenant à la composition même de l’émulsion et ne correspondrait nullement au spectre réel.
- J’aurai terminé la revue des radiations actives au point de vue chimique quand j’aurai mentionné les rayons Hontgen, les rayons uroniques découverts par M. Becquerel, auxquels il faut ajouter les radiations obtenues par M. et Mœe Curie avec le thorium, le polonium et le radium.
- Je vais essayer, maintenant, de vous montrer, par quelques expériences nouvelles, qu'on a le plus grand tort de ne considérer la Photographie qu’au point de vue exclusivement pratique et de se désintéresser de l'étude physique des diverses radiations.
- Si l’on expose pendant quelques minutes à l’action des rayons X un écran au platinocyanure de baryum, les régions plus fortement frappées par les rayons X perdent en partie, et d’une manière très appréciable, la propriété d’être fluorescentes. Pour s’en assurer, il suffit de placer au préalable, derrière l’écran, une lame de plomb que l'on enlève ensuite. La partie protégée par la lame se montre alors beaucoup plus brillante que le reste de l’écran.
- Ce phénomène a été signalé pour la première fois par M. Macvntire. l)e mon côté, sans avoir eu connaissance de celte publication, j’avais fait par hasard, comme beaucoup de
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- personnes probablement, la même expérience. Mais, en présence de ce phénomène chimique, de cette modification du sel, qui se présentait comme une conséquence de rémission de lumière par fluorescence, j'ai immédiatement cherché si la lumière ne produirait pas soit une action du môme genre, soit l’action inverse. Cet essai m’a permis de constater que le platinocyanure, altéré par les rayons X au point d’avoir pris une teinte brune, peut être complètement régénéré par une exposition suffisante a la lumière, et cela autant de fois que l'on veut.
- Ainsi, cette substance, qui est fluorescente aussi bien quand elle reçoit des rayons X que quand on l'expose à la lumière, subit, de la part de ces deux rayonnements, des modifications exactement inverses l’une de l’autre.
- En poursuivant celte élude, j’ai été amené à reconnaître que ce phénomène n’est pas particulier au platinocyanure de baryum. Il se produit également avec le gélatinobromure d’argent et probablement avec d’autres préparations photographiques. Une glace sensible soumise pendant quelques secondes aux rayons X, puis plongée dans le bain révélateur, noircit sur toute sa surface; mais, si, avant de développer, on a exposé une partie de cette glace à l’action de la lumière, la région ainsi exposée devient seulement grise au développement ou même reste tout à fait blanche. Comme pour le platinocyanure, la lumière a détruit l'effet produit par les rayons X.
- Les radiations lumineuses efficaces dans celte expérience sont en premier lieu celles que le bromure d’argent absorbe le plus facilement, puis tout le reste du spectre, y compris une partie notable de I’infra-rouge. Pour s’en assurer, il suffit de recevoir un spectre sur la glace impressionnée. Au développement, le spectre apparaît en clair sur fond noir. La glace est devenue sensible non seulement aux rayons qui constituent la lumière visible, mais même à ceux qui peuvent traverser trois feuilles superposées de papier noir, et qui appartiennent à I’infra-rouge. Une plaque neuve, exposée à la lumière dans le même papier, ne donne rien au développement.
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- Dans celle expérience, il est bien évident que, si (‘impression par les rayons X a été trop faible, le bromure ne sera pas suffisamment modifiée! l'on aura un effet complexe, la lumière agissant différemment sur le bromure inaltéré et sur celui qui a été modifié.
- Ainsi la modification chimique produite par l'action des rayons X sur une substance impressionnable est détruite par l’exposition à la lumière, et si au développement elle se traduiL par une réduction, c’est-à-dire par la production d'un dépôt noir d'argent, ii ne faudrait pas pour cela conclure trop vite à une analogie entre les deux actions; on ne doit pas oublier que des impressions très diverses, et môme simplement mécaniques, suffisent pour donner prise au révélateur.
- Cet antagonisme chimique entre les rayons X et la lumière peut être mis en évidence par diverses expériences et même conduire déjà à de timides applications. Dans tout ce qui va suivre, je sous-entendrai, pour abréger, l’opération du développement.
- Voici un cliché {Jîg. i) représentant une radiographie très
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- simple, dont une moitié, celle du haut, a été exposée à la lumière pendant quelques secondes. Là où des objets opaques ont
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- protégé le bromure contre l'action des rayons X, la lumière a produit son effet ordinaire, et le bromure a été réduit; mais le fond sur lequel se détachent ces objets a été éclairci par la lumière; la comparaison est facile à faire avec la seconde moitié du cliché, celle qui n’a pas subi l'action de la lumière.
- Le cliché suivant {Jig. a) montre ce qu’on obtient en prolongeant un peu plus l'action de la lumière : dans la troisième épreuve ( fig. 3). le fond est devenu toutà fait clair, et les objets radiographiés se détachent en noir. La moitié supérieure de l’épreuve est un positif, l’autre moitié est le négatif ordinaire.
- Cette autre radiographie (fig. 4) montre sur un même cliché les étapes successives de l’action de la lumière; six lames de plomb de mêmes dimensions ont été disposées à distances égales sur une glace sensible entourée de papier noir, et le tout a subi, pendant un quart de minute, l’action des rayons X. La glace a été ensuite exposée à la lumière d’un bec de gaz. Au moyen d'une feuille de papieropaque et d’une paire de ciseaux, on a découvert successivement cinq rectangles représentant chacun un sixième de la plaque. Le premier rectangle n’a donc pas subi l’aciion de la lumière, la silhouette du plomb se détache en blanc sur fond noir. Dans les rectangles suivants, le fond s’éclaircit de plus en plus, jusqu’à devenir tout
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- à faii blanc; la région protégée par le plomb devient, au contraire, de plus en plus sombre, et l’on arrive finalement à l’image positive après cinq transformations successives.
- Dans cette expérience, les rayons qui agissent le plus énergiquement pour détruire l'impression produite par les rayonsX
- Fig. 4.
- sont précisément ceux auxquels le bromure d’argent est le plus sensible dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire ceux qu’il absorbe le plus complètement. Mais les autres couleurs du spectre, et même le commencement de l’infra-rouge, produisent aussi lin effet très marqué, et la plaque sensible, transformée par les rayons X, est devenue presque uniformément panchromatique.
- Avec certaines émulsions, l’action destructive de l’infrarouge est assez forte pour se faire sentir au travers de trois feuilles de papier noir épais. Cette action est manifeste dans l’épreuve [fig. 5) projetée en ce moment sur l’écran. Une plaque sensible, dont une moitié seulement a subi l’action des
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- rayons X, a clé enfermée dans trois feuilles superposées de papier noir un peu plus épais que le papier dit aiguille. Un obstacle opaque, un objet en cuivre dans le cas présent, a été placé sur le tout, et la plaque ainsi disposée est restée pendant quelques heures exposée à la lumière d’un bec Auer;
- le développement a été ensuite effectué. Vous voyez que la partie inférieure de l’épreuve, celle qui n’a pas été soumise aux rayons X, ne présente pas trace d’impression; aucune silhouette n’v est visible. Les rayons chimiques n’ont donc pas traversé le papier d’une manière appréciable; mais sur la partie supérieure de la plaque, l’ombre portée par l’obstacle en cuivre se détache visiblement sur un fond plus clair. Il y a donc des rayons qui ont traversé le papier tout autour de l’obstacle opaque et ont partiellement détruit l'impression primitive. L'image est d'ailleurs confuse, ce qui prouve que le papier a diffusé ces rayons actifs et s’est montré à leur égard non pas transparent, mais translucide. Le spectroscope a permis de s’assurer que ces rayons font partie de l’infrarouge. Une plaque sensible, impressionnée par les rayons X, puis mise dans une enveloppe de papier noir, à la place de l’oculaire de l’instrument, a donné une image positive assez intense de la région invisible du spectre qui suit immédiatement le rouge extrême.
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- Le$ propriétés nouvelles acquises par le bromure d'argent, sous l’influence des rayons X, peuvent être utilisées pour réaliser de véritables expériences de Photographie. Impressionnons d'abord, par les rayons Rôntgen, toute la
- surrace d'une plaque au gélatinobromure d'argent; au développement, elle deviendrait entièrement noire. Virtuellement, nous avons réalisé une préparation sensible noire que la lumière peut ramener au blanc. Disposons cette plaque dans un appareil photographique ordinaire dont nous dirigerons l’objectif sur un sujet quelconque. Les lumières du modèle
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- détruiront l’impression produite par les rayons X, et cela d'autant plus complètement qu'elles seront plus intenses. L’image donnée par un mur blanc, par exemple, dessinera sur la préparation sensible une région qui restera blanche au développement, si la pose n'a pas été de trop courte durée. La faible lumière envoyée par les objets sombres laissera, au contraire, presque intacte l’impression préalable du bromure. Au développement, on aura donc une épreuve positive directe avec toutes ses demi-teintes, analogue à celle qu’on projette en ce moment sur l’écran (fig. 6). La pose doit toutefois être assez longue, soit trente secondes environ à cette époque de l’année. C’est évidemment beaucoup, mais pressé par la date de cette conférence, je n’ai pas voulu perdre un temps précieux à chercher un moyen de réduire la durée de pose.
- Voici maintenant un portrait : je fais projeter d’abord le négatif tel qu’on l’obtient par le procédé ordinaire, puis le positif direct {Jig. 7) obtenu avec l’aide des rayons X. Ce cliché est certainement beaucoup meilleur que le positif qui proviendrait du phototype négatif ordinaire, et cette qualité tient probablement à l’orthochromatisme assez parfait du bromure d’argent transformé par les rayons X. Le résultat serait encore plus conforme à l’image visuelle au point de vue des valeurs si j’avais placé, comme on le fait souvent, un verre jaune devant l’objectif, de manière à atténuer l’action des rayons qui, pour notre œil, correspondent à des couleurs sombres.
- Il n’est peut être pas très utile de pouvoir obtenir directement une photographie positive, et l’on peut, d’ailleurs, arriver à ce résultat par d’autres procédés, mais en matière d’essais, il ne faut pas être trop préoccupé par ridée de trouver une application immédiate; on s’exposerait ainsi à ne réaliser que des perfectionnements de détail. Cependant, l’expérience dont vous venez de voir le résultat peut être utilisée telle quelle pour obtenir, par exemple, un cliché retourné, opération d’un usage courant en Photographie, ou un agrandissement direct d’une épreuve positive sur verre. La durée de pose n'est plus alors qu’un inconvénient insignifiant, d’ailleurs compensé par un avantage appréciable:
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- le voile n’est plus à redouter ; un peu de lumière diffuse n’aurait pour effet que d’accentuer un peu les blancs de l’image et d’affaiblir légèrement les ombres. Il devient alors possible d’effectuer le développement dans un cabinet éclairé par une assez forte lumière rouge, ou môme par une bougie, et de
- mieux suivre, par conséquent, la venue de l’épreuve. Pour compenser l’effet destructeur de cette lumière, on augmentera un peu l’impression préalable par les rayons X.
- L’action de la lumière peut être également utilisée pour transformer directement en épreuve positive une radiographie négative ordinaire et l’expérience va être faite devant vous : sur cette glace sensible enveloppée de papier noir, je dispose quelques objets opaques et j’expose le tout aux rayons X pendant quinze à vingt secondes; cette pose est d’ailleurs plutôt excessive. L’opération terminée, il suffit de soumettre toute
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- i;t plaque à l'action de la lumière. L'impression produite par les rayons X sera ainsi complètement détruite et le bromure d'argent ne sera plus réduit sur les régions qui ont subi ces deux actions chimiques inverses. Mais, sous les objets radiographiés, les rayons X n’ont produit aucune impression : la lumière agira sur ces points à la manière ordinaire et les fera noircir au développement. Cette transformation complète du négatif non développé en positif exige environ quarante à cinquante secondes. Elle est faite maintenant; vous pouvez même constater que l’image positive est déjà visible par transparence, sans l’aide du révélateur; mais il est bien évident qu’il n’y a plus d’inconvénient à effectuer le développement è la lumière ordinaire, puisque cette lumière est précisément l’agent de la transformation cherchée. C’est, en effet, sur cette table et sans réduire l’éclairage de la salle que je vais faire l’opération. Le révélateur peut cire quelconque, le fer, l’hydroquinone conviennent bien pour cette expérience. On ne réussit toutefois qu’avec des temps de pose assez exacts : si la lumière agit pendant trop longtemps, les parties qu’elle doit noircir seront surexposées et se développeront mal. Un défaut de lumière laissera subsister un voile. Une exposition insuffisante aux rayons X ne modifiera pas assez profondément le bromure. On doit aussi prendre la précaution d’insoler la plaque des deux côtés, afin que la lumière pénètre dans toute l’épaisseur de la préparation sensible.
- J’ajouterai que toutes ces émulsions ne conviennent pas pour ces expériences, et cela n’est nullement surprenant, car elles n’ont pas été préparées en vue de l’emploi spécial et absolument nouveau que j’en viens de faire. Jusqu’à présent, je n’ai réussi à obtenir de bons clichés qu'avec une seule marque, que je me garderai d’ailleurs d’indiquer avant d’être certain de sa supériorité.
- Ce qui est essentiel, pour le moment, c’est que le sens du phénomène est le même avec toutes les préparations au géla-tinobromure, et que nous sommes, par suite, en présence d’une propriété générale des radiations.
- Le développement de notre radiographie est maintenant assez avancé pour que l’image soit visible de tous les points de
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- l’amphithéâtre si je la retire du bain et que je l’éclaire par transparence. Elle n’est pas voilée et ne manifeste aucune tendance à devenir telle quand je la plonge de nouveau dans le bain révélateur, après l’avoir fortement éclairée.
- Pendant que mon assistant effectue le fixage, je vais projeter
- Fig. s.
- une radiographie ordinaire négative, puis celle que j’ai obtenue avec les mêmes objets par le procédé que je viens de vous indiquer et qui est, par conséquent, positive; c’est celte dernière que représente la fig. S.
- Les deux épreuves sont également nettes, et les demi-teintes données par les objets transparents aux rayons X sont éga-
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- lement respectées dans Tune et dans l’autre. Cn cliché analogue, transformé de même par l’action de la lumière, mais développé à la manière ordinaire, c’est-à-dire presque dans l’obscurité, s’est montré si peu différent du précédent, qu’il ne m’a pas été possible de les distinguer l’un de l'autre.
- L’épreuve faite tout à l’heure devant vous est à peu près fixée complètement, je la projette sur l’écran et la transparence des blancs montre nettement qu’elle n’est nullement voilée, bien qu’ayant été développée en pleine lumière.
- Développer une photographie dans un amphithéâtre bien éclairé, ou devant un bec Auer, aurait évidemment été considéré comme impossible avant aujourd’hui. Vous voyez cependant que ce résultat s’obtient sans difficulté en utilisant une observation très simple sur les propriétés des radiations. Je n’ai aucunement la prétention d’attribuer une portée pratique quelconque à cet exemple ; je l’ai choisi uniquement pour vous montrer qu’une connaissance plus approfondie de l’action chimique des diverses radiations aurait peut-être pour la Photographie des conséquences imprévues.
- J’ai terminé cet exposé déjà long et peut-être un peu trop personnel; il me reste à vous remercier de la bienveillante attention avec laquelle vous avez bien voulu l’écouler.
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- LA
- MICROPHOTOGRAPHIE.
- CONFÉRENCE
- FAITE AC CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS LE DIMANCHE 19 MARS 1S59,
- Par M. F. MONPILLARD,
- Membre de la Société française de Photographie.
- But. — La Microphotographie a pour but d’enregistrer par les procédés photographiques les images des objets que nous sommes journellement amenés à observer à l'oculaire du microscope.
- Historique. — Cel enregistrement des images par une méthode évitant l’intervention du dessinateur, a préoccupé les savants dès que les perfectionnements apportés au microscope leur permirent, en pénétrant plus avant les mystères du monde invisible à l'œil nu, de donner à leurs études un caractère plus scientifique.
- Lorsque nous remontons à l’époque où des premiers essais furent tentés dans cette voie, nous nous trouvons amenés à considérer la Microphotographie comme, en quelque sorte, la fille aînée de la Photographie elle-même.
- Dès 1802, en effet, Humphry Davy reprenant les expériences de Wedgwood tenta d’obtenir des images d’objets très petits en plaçant près des lentilles du microscope solaire une
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- F. MOXPIL!
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- feuille de papier enduite de chlorure ou imprégnée de nitrate d’argent substances venant d’être reconnues comme propres à pouvoir fixer les images de la chambre obscure.
- Davv obtenait ainsi des images; malheureusement les agents fixateurs étant alors inconnus, ces épreuves ne pouvaient se conserver et surtout servir à des études ultérieures, la lumière qui les avait créées venant elle-même les détruire par la suite.
- Ces premiers essais en restèrent là.
- Il nous faut arriver jusqu’en 1840 pour reprendre le fil de l'histoire de la Microphotographie.
- A cette époque, l’optique microscopique avait fait des progrès considérables; non seulement Charles et Vincent Chevalier avaient réussi à appliquer l'achromatisme aux lentilles des microscopes, mais ils étaient parvenus à réaliser des combinaisons puissantes permettant de reculer les limites des investigations microscopiques.
- Certaines structures révélées avec ces nouveaux objectifs étaient d une telle délicatesse que les crayons des dessinateurs, les burins des plus habiles graveurs ne pouvaient parvenir à en reproduire l’aspect dans tous leurs détails et avec la plus scrupuleuse exactitude.
- L’emploi de la chambre claire inventée en 1809 par Wolla-ston, puis perfectionnée et appliquée en 1813 au microscope par Amici, facilitait, il est vrai, considérablement le travail du dessinateur en lui permettant de calquer en quelque sorte les contours des objets observés; mais, lorsqu’il s’agissait de reproduire de fins détails de structure, il fallait recourir à l’interpréta lion.
- Une méthode iconographique absolument précise et supprimant la main de l’homme s’imposait donc comme étant seule capable de satisfaire aux conditions que l'on doit exiger d’un procédé de reproduction réellement scientifique.
- Aussi, comprendrons-nous avec quel enthousiasme fut accueillie par le monde savant la divulgation du procédé de Daguerre.
- Rapport «TAragi
- le Daguerréotype; »9 août ‘^9.
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- ICROPUOTOGB AH
- La description de ce procédé fui faite par Arago à la séance de l’Académie des Sciences le ig août 1839.
- En janvier iS.fo, Donné, alors professeur au Collège de France, présentait à celte même Académie une série d'épreuves daguerriennes obtenues directement au microscope par son préparateur qui n’était autre que Foucault.
- Quelques mois, nous oserions presque dire quelques semaines, avaient suffi à Foucault pour se rendre assez maître du nouveau procédé, pour transformer un microscope universel de Chevalier en un microscope-daguerréotype, et obtenir des épreuves d’une perfection ielleque,en les présentant à l’Académie des Sciences, Donné n’hésitait pas à annoncer la publication prochaine d’un Atlas de Microscopie dont toutes les planches seraient gravées d’après les images daguerriennes.
- Celte promesse fut réalisée : en 184$ paraissait cet Allas ne comprenant pas moins de quatre-vingts figures représentant i'anaiomie microscopique et la physiologie des fluides de l’économie, des levures de bière, fécule, pollen, etc. C’est là la première application de la Microphotographie à l'illustration des ouvrages scientifiques.
- L’exemple de Foucault fut bientôt suivi en France, notamment par Charles et Vincent Chevalier, à l’étranger par le Dr J. Berrès qui exécuta à Vienne, en 1846, une série d’épreuves daguerriennes au microscope.
- Définitivement considérée comme une véritable méthode de reproduction scientifique, la Microphotographie profita des découvertes qui succédèrent à celle du daguerréotype.
- En 1847, Carpenter présentait à la Société Royale de Londres des épreuves microphotographiques obtenues sur papier par le procédé Talbot, première application de l’emploi des agents révélateurs.
- Dès qu'apparut ie procédé au collodion («85i), il fut mis immédiatement en pratique par les micrographes, notamment par Bertsch (i85i), Brébisson, Moitessier, Xachet, etc., en France.
- Parmi ces essais, citons notamment ceux que M. Xachet entreprit en >856 en collaboration avec Duboscq.
- Sur la demande de M. Miine-Edwards, ces messieurs exécu-
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- tèrent au microscope, en éclairant leurs préparations au moyen d’une lampe à arc, une série de clichés sur les globules du sang, ainsi que quelques photographies réellement remarquables représentant des algues marines, des diatomées, des tissus divers.
- En 1866 paraissait le premier Ouvrage de Microphotographie, La Photographie appliquée aux recherches micrographiques (1 ), par Moitessier, et dans lequel se trouvent décrits avec beaucoup de détails les instruments et procédés alors en usage à celte époque.
- Dans cet Ouvrage, l’auteur insistait sur un point qui présentait alors une importance capitale : fa correction du foyer chimique des objectifs.
- Des objectifs parfaits pour l'observation donnaient des images photographiques sans vigueur et sans netteté.
- Foyer chimique. — Ce grave défaut résultait de ce fait que, par suite des verres dont disposaient alors les opticiens, ils ne pouvaient achromatiser leurs objectifs que pour deux rayons colorés choisis dans la partie la plus lumineuse du spectre : le jaune et le vert jaune; or, si ces couleurs impressionnent vivement la rétine humaine, nous savons qu’elles sont pour ainsi dire sans action sur le bromure d’argent, alors que, sur celui-ci, ce sont les radiations bleues et violettes qui agissent avec le plus de rapidité et d’énergie.
- L’image formée parles radiations jaunes et vert jaune constitue Y image optique, celle formée par les radiations bleues et violettes constitue Y image chimique ou photographique, celle qui sera utilisée par la couche sensible.
- Or cette dernière image, résultant de rayons les moins ré-fraugîbles du spectre, viendra se former dans un plan situé en avant de celui dans lequel viendra se peindre l’image optique et sur lequel la mise au point sera effectuée.
- Il est alors facile de comprendre que de cette non-coïncidence entre l’image optique et l’image chimique ou photo-
- J.-lî. DatlHûro et
- (iis, édit
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- LA MICROPHOTOGRAPHIE. 3G;
- graphique, il résultera fatalement l'obtention de négatifs dont la parfaite netteté laissera à désirer.
- Foucault, Bertsch, surtout l’abbé comte de Castracane et Moitessier réussirent à éviter les inconvénients résultant de cette non-coïncidence des foyers optique et chimique en faisant travailler l'objectif dans une lumière dite monochromatique, c'est-à-dire dans une lumière colorée correspondant à une région donnée du spectre.
- La mise au point et l’impression photographique étant toutes deux effectuées dans une lumière homogène, les plans des deux images optique et chimique coïncident et la netteté de la seconde se trouve être identique à celle de la pre-
- C’était là un notable progrès, car il permettait d’utiliser les objectifs servant aux observations pour obtenir d’excellentes microphotographies.
- Étant donne que les couches sensibles alors employées étaient surtout impressionnées par les radiations bleues et violettes, Moitessier, pour réaliser celte lumière monochromatique, recommandait de faire passer le faisceau éclairant la préparation à photographier au travers d’une cuve de glace à faces parallèles contenant une solution de sulfate de cuivre ammoniacal ou de la liqueur de Barreswil. Lorsque l’objet observé était incolore ou faiblement coloré, les résultats obtenus étaient non seulement satisfaisants, mais, comme nous le verrons parla suite, l’emploi de cette lumière bleue, riche en rayons de faible longueur d’ondes, plaçait l’opérateur dans d’excellentes conditions lorsqu’il s’agissait de reproduire photographiquement des structures très délicates.
- 11 n’en était pas de même lorsque la préparation à photographier présentait des colorations un peu intenses; dans ces conditions, si l’emploi de l'écran bleu permettait d'obtenir des images nettes, aux contours bien définis, par contre, favorisant l'impression des radiations bleues et violettes pour lesquelles le bromure d’argent est particulièrement impressionnable, retardant au contraire ou absorbantd’une façon complète les radiations vertes, jaunes, orangées ou rouges qui n’ont que peu ou point d’action sur le bromure d’argent, l’emploi do
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- l'écran bleu venait en quelque sorte exagérer les contrastes résultant de la différence d’impressionnabilité aux différentes radiations colorées du spectre existant entre la rétine humaine et les couches sensibles.
- L’épreuve photographique d'un tissu coloré en bleu se détachant, à la vision oculaire, vigoureusement sur le fond, ne nous montrait qu’une pâle grisaille aux détails mal accusés, noyés dans un excès de lumière.
- Celle d’un organe coloré en jaune ou en rouge montrant à l'examen direct et par transparence de nombreux et fins détails de structure, nous donnait une silhouette se détachant, il est vrai, nettement et vigoureusement sur le fond, mais d’apparence absolument opaque, sans qu'aucun de ces détails de structure fût visible.
- Orthochromatisme. — J)ôs 1S73, les recherches de M. le Professeur Vogel démontrèrent la possibilité de rendre, par l’emploi de teintures spéciales, le bromure d’argent sensible aux radiations vertes et jaunes, et de reproduire ces couleurs avec leurs valeurs exactes; deux années plus tard, les mêmes résultats étaient obtenus par le môme savant pour les rayons orangés et rouges.
- Les procédés orthochromatiques étaient créés et devaient définitivement entrer dans la pratique courante à la suite des travaux de Becquerel en France, Ivcs à Philadelphie, Ober-nelter, Scolick en Allemagne.
- Ce progrès apporté dans les procédés photographiques, per mettant de reproduire avec leurs valeurs exactes les objets colorés quelles que soient la nuance et l’intensité de la coloration, présentait une importance capitale pour la Microphotographie, si nous considérons que le développement de certaines sciences telles que l’Embryologie, l'Histologie, la Bactériologie, etc., est dû, pour la majeure partie, à l’emploi des réactifs colorants.
- Du jour où nous avons eu entre les mains soit des substances nous permettant de modifier à notre gré la sensibilité du bromure d’argent pour telle ou telle région du spectre, soit des plaques toutes préparées telles que les plaques ortho-
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- chromatiques de MM. Lumière frères susceptibles d’être impressionnées soit par les radiations vertes et jaunes, soit par les radiations jaune orangé et rouges, la Microphotographie entrait dans une voie nouvelle.
- Entreprendre l'étude détaillée des procédés orthochromatiques nous entraînerait beaucoup trop loin; nous ferons surtout remarquer que par l’emploi de ces procédés nous obtenons aujourd’hui, non seulement des microphotographies absolument satisfaisantes au point de vue de la netteté eide la précision avec lesquelles l’aspect des préparations soumises à l’étude se trouve reproduit, mais encore l’emploi de plaques orthochromatiques, combiné à celui des écrans colorés, nous permet de réaliser directement, au microscope, des sélections parla méthode que nous devons à nos compatriotes MM. Gros et Ducos de Hauron et au moyen desquelles nous reproduirons par voie de synthèse pigmentaire les colorations mêmes observées dans la préparation soumise à l’étude.
- Bien que rendu sensible aux radiations vertes, jaunes ou rouges, le bromure d’argent conserve toujours la faculté de s’impressionner bien plus rapidement sous l’action des radiations bleues ou violettes.
- Il en résulte que, dans la pratique des procédés ortho-chromatiques, il y a en général avantage à modérer ou arrêter suivant les cas l’action de ces radiations très aeliniques de façon à permettre aux autres d'impressionner la couche sensible.
- Nous nous trouvons donc conduits, pour modérer ou arrêter ces radiations bleues ou violettes, à recourir à l’emploi d'un écran vert, jaune ou jaune orangé suivant le résultat que nous désirons obtenir.
- Si la substitution de ces écrans à l’écran bleu autrefois employé par Moitessier nous place dans de meilleures conditions au point de vue de la reproduction des valeurs exactes des objets colorés, elle est éminemment favorable également au point de vue delà correction du foyer chimique des objectifs.
- En effet, nous avons fait remarquer que dans les objectifs de microscope destinés à l’observation, l'achromatisme est réalisé pour les rayons jaunes et vert jaune.
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- Écran jaune. - Si par l’emploi d'un écran coloré, de teinte convenablement choisie, nous faisons travailler notre objectif dans une lumière monochromatique, jaune par exemple, il est bien évident que nous nous plaçons dans les meilleures conditions possibles au point de vue optique. L’image photographique enregistrée sur une plaque sensible aux radiations jaunes devra présenter la même netteté que celle qui vient se peindre sur notre rétine.
- C’est en effet ce que l’expérience vient confirmer. Lorsque nous sommes en possession d’objectifs possédant un foyer chimique, toutes les fois que la coloration le permettra, l’emploi de l’écran jaune présentera de sérieux avantages.
- Cet écran jaune peut être constitué par une solution saturée d'acide picrique ou une solution de chromate neutre de potasse à 6 ou 8 pour 100, suivant l’épaisseur de la couche liquide.
- Ajoutons enfin que l’image vue en lumière jaune étant très lumineuse, les opérations toujours si délicates de mise au point se trouvent être considérablement facilitées.
- Cependant, en raison des exigences actuelles de la Microphotographie, il est aujourd’hui indispensable de pouvoir disposer d’objectifs de microscope dépourvus de foyer chimique et capables de donner, aussi bien en lumière blanche qu’en lumière colorée, des images photographiques irréprochables.
- Objectifs. — Cette lacune est heureusement comblée. Les progrès réalisés depuis plusieurs années dans la fabrication des verres d’optique ont permis de rendre beaucoup plus parfait l'achromatisme des objectifs. Ceux qui nous sont aujourd’hui livrés par les grands opticiens français et étrangers réunissent toutes les conditions que l’on est en droit de souhaiter.
- Nous voulons parler surtout ici des objectifs achromatiques et nous insistons sur ce point, désirant avant tout rester dans le domaine de la pratique.
- En effet, l’emploi de ces nouveaux verres, auxquels nous faisons allusion, a amené la maison Zeiss d’abord, puis les autres opticiens d’Europe et d’Amérique, à créer un type spé-
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- I1CR0P1I0T0GRAPHIE.
- S-'
- cial d’objectifs désignés sous les noms à'apochromatlques, semi-apochromatiques, pantachromatfques, etc., dans lesquels les aberrations de réfrangibilité et de sphéricité sont corrigées d’une façon aussi parfaite que possible.
- L’apparition de ces nouvelles combinaisons fit croire que ces objectifs devaient uniquement et définitivement remplacer les achromatiques pour la Microphotographie.
- En pratique, il n’en est rien : les perfectionnements apportés dans la construction des objectifs achromatiques font que ceux qui nous sont livrés aujourd’hui par les grands opticiens français et étrangers peuvent rivaliser avec les apochroma-tiques; nous ajouterons même qu’ils présentent sur ces derniers un avantage très appréciable au point de vue photographique, c’est celui de donner un champ net notablement plus étendu.
- Dans tous les cas, ces derniers progrès réalisés dans l’Optique microscopique ont eux-mêmes, pour une large part, contribué à ceux de la Microphotographie.
- En dehors de l’absence du foyer chimique, quelles sont les qualités que nous devons rechercher dans les objectifs destinés à la Microphotographie?
- i° Le pouvoir définissant: il résulte de la parfaite correction des aberrations, réalisée aujourd’hui d’une façon complète par tous les bons opticiens;
- a0 Le pouvoir résolvant ou séparateur réside dans la propriété que doit posséder un objectif de séparer ou résoudre optiquement, à un grossissement donné, deux points, deux lignes d’une structure très délicate:
- y Le pouvoir pénétrant, grâce auquel la mise au point étant effectuée sur un détail situé dans un plan donne de l’objet étudié, les détails se trouvant dans des plans en deçà et en delà de celui-ci par rapport à l’axe de l'objectif seront perçus avec une égale netteté.
- Or le pouvoir pénétrant et le pouvoir résolvant d'un objectifs sont liés l’un à l’autre par une relation commune : l’ouverture numérique de cet objectif.
- Si la valeur de cet angle augmente, son pouvoir séparateur augmente également alors que sa pénétration diminue
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- Dans la pratique courante «le la Microphotographie, nous devrons surtout rechercher des objectifs dont la valeur de l'ouverture numérique soit suffisante pour obtenir une bonne résolution, mais cependant assez peu élevée pour que ces objectifs possèdent surtout un pouvoir pénétrant maximum.
- Ce pouvoir pénétrant des objectifs présente en Microphotographie une importance considérable : en effet, lorsque nous observons une préparation au microscope, par de légers mouvements imprimés au bouton commandant le mouvement lent, nous déplaçons sans cesse l’objectif danslesens vertical en vue d’avoir une image nette des différents pions de la préparation étudiée: il importe donc peu, pour l’observation directe, que l’objectif dont nous nous servons ne possède pas un pouvoir pénétrant considérable.
- En Microphotographie, il n’en est pas ainsi; la mise au point, une fois faite, doit rester invariable pendant la durée de l'impression lumineuse sur la couche sensible.
- Si l'objectif est peu pénétrant, il en résulte alors que les détails de structure situés sur le plan mis au foyer seront nettement enregistrés par la plaque photographique; par contre, ceux situés sur des plans en deçà et en delà de celui-ci viendront former des images floues, aux contours mal accusés, nuisant considérablement à la perfection du négatif.
- Nous n’insisterons pas sur celte méthode dite des poses successives préconisée par certains opérateurs et qui consiste à effectuer, pendant l’exposition de la surface sensible, deux ou trois déplacements de l’objectif correspondant à deux ou trois mises au foyer déterminées d’avance : un semblable procédé, de l’aveu même des auteurs, ne peut donner que des images d’une netteté très relative.
- En somme, il est préférable, en thèse générale, pour les besoins de la Microphotographie, de recourir à l’emploi d’objectifs dont l'ouverture soit moyenne de façon à présenter un pouvoir pénétrant aussi élevé que possible.
- Nous verrons du reste par la suite que, dans des cas particuliers, eu faisant travailler nos objectifs dans des conditions
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- déterminées, nous augmentons dans de notables proportions leur pouvoir résolvant.
- Pour la photographie des bactéries dans les tissus, par exemple, nous aurons plutôt avantage à recourir à l’emploi d'objectifs à immersion eau dont l’ouverture numérique est faible, mais dont la pénétration est souvent assez grande pour nous permettre d'enregistrer avec netteté l’image des différents plans de la préparation.
- Si nous avons au contraire à photographier une préparation de bactéries en culture, les organismes se présentant alors dans un plan pour ainsi dire unique, nous pourrons avoir recours à un objectif à immersion homogène qui, par suite de sa plus grande ouverture numérique, admet davantage de lumière et permet de réduire le temps de pose dans des proportions notables.
- Enfin, avons-nous à résoudre une structure extrêmement délicate, nous n’hcsiterons pas alors à recourir à l’emploi d'objectifs à ouverture numérique aussi élevée que possible, et par cela même capables d’enregistrer sur la plaque sensible les détails les plus fins de cette structure.
- Oculaires. — En Microphotographie, il y a avantage à supprimer les oculaires servant à l’observation; c’est l’image môme fournie par l'objectif qui est enregistrée sur la surface sensible.
- Cependant, lorsque dans un tissu, par exemple, un élément se présentant obliquement nous oblige à recourir à l’emploi d’un objectif à foyer assez long et à ouverture numérique assez faible pour que son pouvoir pénétrant permette d’obtenir de cet clément une image nette dans toutes ses parties, il peut arriver que cette image soit de dimension un peu trop réduite pour pouvoir être utilement étudiée à l’œil nu.
- Le faisceau lumineux émané de l'objectif étant divergent, nous avons bien la ressource, en éloignant la surface sensible de l’objectif, d’obtenir des images de plus en plus amplifiées au fur et à mesure que la distance augmente.
- Ce n’est que dans des limites assez restreintes que nous pouvons opérer ainsi : en effet, au fur et à mesure que nous
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- augmentons la dimension de l'image en éloignant la surface sensible de l'objectif, nous sommes obligés de rapprocher celui-ci de l’objet.
- Diminuant le foyer, nous perdons en pénétration, de sorte que ce que nous gagnons d’un côté, nous le perdons de
- Nous devons en outre considérer que les objectifs de microscope sont corrigés pour donner des images présentant leur maximum de netteté à une distance de i6omsa, distance qui, il est vrai, peut être décuplée avec les objectifs actuels. Cependant nous ne devons pas oublier que, plus nous augmentons le tirage de la chambre, plus nous nous éloignons des meilleures conditions de définition de l’image photographique.
- Dès 1844, Foucault se servait o d’une lentille achromatique concave, située à une petite distance et en arrière de celles formant l’objectif et qui servait, en augmentant la divergence des faisceaux lumineux, à accroître le grossissement et à remédier aux aberrations (') ». Cette idée fui reprise par la suite en Amérique par le Df Woodward.
- Depuis quelques années, on s’est appliqué à reprendre l’image donnée par l’objectif par un système optique, là où elle présente son maximum de netteté, et la projeter, agrandie, sur la surface sensible.
- C’est ce que réalisent aujourd’hui les oculaires dits à projection.
- Ces oculaires se composent d'une lentille collectrice associée à un système projecteur parfaitement corrigé pour le foyer chimique, les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité.
- Suivant leur composition optique, pour un même tirage de la chambre noire, ces oculaires à projection peuvent agrandir de deux à quatre fois l’image fournie par l’objectif; un dispositif spécial permet de régler l'écartement entre la lentille collectrice et le système projecteur, suivant la distance existant entre celui-ci et la surface sensible.
- (!) DoxxÉ, Introduction au Cours de Microscopie, p. 17 ; xô4S.
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- fICROPHOTOGI
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- En Microphotographie, lorsque nous nous trouvons en présence de préparations montrant des détails de structure dans des plans différents, l’emploi des oculaires à projection, asso-ciés à des objectifs à long foyer et à faible ouverture numé-rique, présente de réels avantages.
- Supposons que nous nous trouvions amenés à photographier un élément se présentant obliquement par rapport au plan observé; l’examen direct nous montre que, pour obtenir une image positive facile à étudier à l’œil nu, il nous faudra recourir à un grossissement de ia5 diamètres.
- Avec le tirage minimum de la chambre noire, pour obtenir celte amplification avec un objectif seul, il nous faudra recourir à un objectif dont l’ouverture numérique est de 0,60, mais dont le pouvoir pénétrant exprimé en millièmes de millimètre n’est que de 4>4: en raison de la position oblique de cet élément, ce pouvoir pénétrant est notoirement insuffisant et, dans ces conditions, nous ne saurions espérer obtenir une image complètement satisfaisante au point de vue de la netteté.
- Si, au contraire, nous avons h notre disposition un oculaire à projection amplifiant par exemple deux fois et demie l'image donnée par un objectif et pour un môme tirage de la chambre, nous pourrons alors, pour obtenir ce môme grossissement de ia5 fois, recourir à un objectif plus faible qui, possédant un plus long foyer, aura une ouverture numérique beaucoup plus réduite (0,21), et par cela même un pouvoir pénétrant assez considérable pour enregistrer sur la plaque photographique des détails de structure situés sur des plans correspondant à une épaisseur de 5? millièmes de millimètre. Dans ces conditions, il y a beaucoup de chances pour que nous réussissions à obtenir, avec l’amplification reconnue convenable, une image absolument correcte de l’élément étudié, malgré les conditions défectueuses dans lesquelles il se présentait au point de vue photographique.
- Sources de lumière. — Étant donné avec quelle facilité nous pouvons, avec un héliostat, maintenir un faisceau de lumière solaire dans une direction déterminée, si cette lumière
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- était moins inconstante, surtout dans nos régions, c’est à elle que, sans hésiter, nous devrions donner la préférence pour les travaux de Microphotographie.
- Sa puissance nous permet en effet de réduire les temps de pose à leur minimum ; sa richesse en rayons de faible longueur d’ondes constitue, comme nous le verrons par la suite, une précieuse ressource, car elle nous permet d'augmenter en quelque sorte le pouvoir résolvant de nos objectifs.
- Pour les travaux courants du laboratoire, il nous faut recourir aux sources de lumière artificielle qui, pour la Microphotographie, devront être aussi puissantes et aussi constantes que possible.
- Celle de l are électrique pourrait, par sa grande intensité lumineuse et sa richesse en radiations bleues et violettes, rendre de grands services en Microphotographie, s'il était facile de maintenir avec une précision parfaite le cratère lumineux au centre optique de l’appareil éclairant le microscope, et ceci, non seulement pendant toute la durée de la pose, mais encore pendant toute la durée du temps nécessité par les opérations préliminaires (recherche du point à photographier, mise au foyer, centrage des éclairages, mise au point de l’image, etc.).
- La lampe à incandescence permet plus facilement l’emploi de la lumière électrique pour les travaux de Microphotographie; de nombreux expérimentateurs savent tirer un excellent parti de ce mode d’éclairage ; nous citerons notamment les remarquables épreuves obtenues par MM. Osniond et Guille-min en photographiant au microscope, avec des objectifs à immersion, des surfaces métalliques avec des grossissements atteignant jusqu'à tooo et iôoo diamètres.
- M. Trouvé a construit un petit appareil, le photophore, parfaitement combiné pour rendre très pratique l’emploi de la lampe à incandescence pour l’éclairage de l’objet placé sur la platine du microscope.
- L’incandescence par le gaz (bec Auer), l’emploi de la lumière du pétrole, surtout lorsque celui-ci est additionné de >. pour ioo de camphre (Miquel;, celui de l’acétylène, conduisent, entre des mains habiles, à d’excellents résultats. Dans
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- HOTOGRA
- son récent Traité de Microphotographie, M. Malhet nous montre par quelques exemples tout le parti qu'il est possible de tirer de cet excellent mode d'éclairage.
- Il nous reste à signaler une source lumineuse qui, à notre avis, constitue le mode d'éclairage le plus pratique pour tous les travaux de Microphotographie : nous voulons parler de la lumière oxhydrique.
- Étant donnée l’extrême facilité avec laquelle l’oxygène nous est livré aujourd'hui par l’industrie, ia lumière oxhydrique, par son intensité et sa constance, se prêle merveilleusement au genre de travail dont il est ici question.
- Remplaçant le bâton de chaux par une perle de magnésie de dimension aussi réduite que possible, nous obtenons alors une lumière d'une blancheur éblouissante, riche en rayons actiniques et réduite en quelque sorte à un point lumineux,
- . condition éminemment favorable pour l'éclairage des préparations microscopiques.
- En juillet 1888. M. le i)r Roux présentait à la Société d’En-couragement une lanterne construite spécialement pour la Microphotographie, dans laquelle une perle de magnésie est portée à l'incandescence par la flamme fournie par un chalumeau vertical annulaire à ga2 oxhydrique; la lumière émise par la perle est utilisée par un système optique permettant de diriger sur la préparation microscopique un faisceau lumineux pouvant à volonté èlre rendu parallèle, convergent ou divergent.
- Cet appareil, dont nous nous servons depuis dix années, constitue, à notre avis, l'instrument Se plus parfait qui existe jusqu’ici.
- Condensateurs. — La majeure partie des objets que nous avônsà photographier au microscope étant transparents, en vue de réduire le temps do pose à son minimum, nous aurons presque toujours avantage à concentrer sur i objet une quantité de lumière aussi forte que possibie au moyen d'un système optique appelé condensateur.
- L'étude des différents types de condensateurs et des conditions qu’ils doivent remplir nous entraînerai! beaucoup trop 3* Série, t. I. aG
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- r. ÏIOXPSL!
- loin, rappelons simplement qu’en thèse générale l’ouverture numérique du condensateur doit être d’un tiers inférieure à celle de l’objectif avec lequel on opère.
- Rappelons également que plus l'angie du cône lumineux éclairant sera aigu, plus nous gagnerons en définition et en pénétration; voulons-nous au contraire utiliser toute la puissance résolvante de noire objectif pour enregistrer les détails d’une fine structure, nous aurons avantage à éclairer notre objet avec un faisceau lumineux d'angle d’ouverture aussi large que possible de façon à utiliser des rayons très obliques; dans ce cas, ce que nous gagnerons en puissance résolvante, nous le perdrons en définition ci en pénétration ainsi qu'au point de vue de l’étendue du champ nettement couvert.
- Nous ne nous étendrons pas sur les appareils éclaireurs et les dispositifs spéciaux pour la photographie des corps opaques; signalons cependant les progrès qui, dans ces dernières années, ont été faits dans celte voie par l'emploi des éclairages dits internes. Grâce à ces appareils aujourd'hui admirablement construits, la photographie des corps opaques et en particulier celle des surfaces métalliques a pris un essor considérable qui n’a pas peu contribué aux derniers progrès de la Métallurgie.
- Écrans colorés. — Nous ne voudrions pas terminer ce chapitre de l'éclairage des objets sans dire quelques mots des écrans colorés.
- Dès le début de cette conférence, nous avons fait ressortir l'importance résultant de l’emploi de ia lumière monochromatique bleue ou jaune au point de vue de la correction du foyer chimique des objectifs.
- Lorsqu’il s'agit de reproduire avec tous leurs détails, et avec leurs valeurs exactes, des préparations présentant des colorations diverses, l'emploi des écrans colorés devient le complément indispensable de celui des plaques orthochroma-iïijues.
- Nous désirons principalement insister ici sur ce point, c’est que remploi de certains écrans colorés en Microphotographie
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- fait de celle méthode, non seulement un procédé précieux pour l'enregistrement dos observations, mais encore la transforme en un puissant mryeu d'investigation.
- Si nous considérons, en eff.il, que le bromure d’argent présente un maximum de sensibilité pour les rayons bleus et violets qui, eux, n'impressionnent que faiblement la rétine humaine;
- Si nous considérons en outre que le pouvoir séparateur d’un objectif augmente si, au lieu de le faire travailler en lumière blanche, nous opérons en lumière bleue ou violette, nous nous trouvons en possession d'élémenis nous permettant, par la Photographie, d’étendre nos moyens d’invesliga-tion eide faire apparaître des détails de structure d'une telle délicatesse que notre œil armé du plus puissant objectif serait incapable de percevoir lui-mème.
- C’est en effet par l’emploi de la lumière solaire, si riche en rayons réfrangiblcs, combiné à celui d’écrans bleus et violets, qu'ont été résolus par MM. Xachet, Van Heurk, Wood-ward, etc., les tests les plus délicats.
- C’est à la Photographie que nous devons la découverte des cils des bactéries, par Koch, en 1S77, et qui sont aujourd’hui plus faciles à déceler à l'examen direct grâce à l'emploi de procédés spéciaux de coloration.
- Appareils. — Les appareils destinés à la Microphotographie sont en principe constitués par un microscope associé à une chambre noire photographique.
- Les nombreux modèles qui existent aujourd'hui peuvent se diviser en trois catégories :
- i° Les appareils verticaux : le mie: calement au-dessous de :a chambre lérieure peut se déplacer suivent •*;»> mettre d'opérer avec de? tirages ditîé objectif, obtenir des gro?siï.»eme:;!s > 2V Les appareils horizontaux, dans croscope est horizon-:, I, ainsi que la ; position, qui donne à l'ensemble u
- ï est dispose vcrii-iont la partie pos-ieal de façon à per-ri, avec un même
- ils le corps du mire noire. Ce: te dis-s grande stabilité,
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- permet une grande amplitude dans le déplacement de la pariie postérieure de la chambre noire, et de faire varier les grossissements dans de notables proportions.
- C'est à ce type que se rattachent les grands appareils (Xachei, Verifc, Yvon, Zeiss, etc.);
- 3° Les appareils coudés, dans lesquels le microscope est vertical et la chambre noire horizontale; un miroir placé à 45" ou un prisme à réflexion totale placé sur le trajet des rayons lumineux émis par l’objectif, renvoie horizontalement l’image donnée par celui-ci sur le verre dépoli de la chambre noire sur lequel s'effectue la mise ou point.
- Ce type d’appareil, déjà indiqué par Moitessier, puis perfectionné par M. Xachei sur les indications de M. le professeur Aimé Girard, possède le précieux avantage de permettre de photographier des préparations extemporanées dans les liquides, la platine du microscope restant horizontale; la position horizontale de la chambre noire assure une parfaite stabilité de l’appareil.
- Rappelons enfin les appareils spéciaux créés par MM. Na-chcl, Pr Marev, pour la photographie instantanée des êtres vivants et des corpuscules microscopiques en mouvement.
- Applications. — Aujourd’hui, par suite des perfectionnements résultant des progrès apportés dans l’Optique, dans la construction des instruments, dans les méthodes photographiques, nous sommes à même de réaliser des épreuves nous donnant souvent avec une fidélité absolue l'illusion de la vision de l'objet lui-mème à l'oculaire du microscope.
- C'est là un résultat de la première importance. En effet, comme le disait si bien M. Davanne, k l'épreuve photographique, c'est la vérité inscrite par îa lumière »; nous ajouterons que l'épreuve microphotographie;:?,, c'est le document scientifique par excellence, exempt de toute trace d’interprétation personnelle.
- Xon seulement ces épreuves, résultant de l'enregistrement de nos observations, viennent, en donnant à celles-ci un caractère de sincérité indiscutable, fac:filer considérablement
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- nos descriplions et leur donner une valeur bien plus grande que si celles-ci étaient faites sur de simples dessins, toujours susceptibles d’être taxés d'interprétation; l’examen de ces épreuves viendra bien souvent faciliter, aider ces observations, et les rendre plus précises.
- Chacun sait combien i’élude successive de deux ou plusieurs préparations microscopiques est laborieuse et souvent pénible; la mémoire de l'œil est fugitive; pendant les opérations nécessitées parla recherche du point à observer, l’éclairage, la mise au foyer, le souvenir précis s'efface; de là, bien des causes d’erreurs.
- Enregistrons chaque observation par la Photographie et continuons nos éludes comparatives sur des épreuves placées les unes à côte des outres, ces causes d'erreurs disparaissent en raison de l’extrême facilité avec laquelle nous pouvons procéder à leur examen simultané.
- C’est la comparaison d'épreuves microphotographiques qui a donné à l'analyse micrographique des métaux et des alliages toute son importance entre les mains d’habiles praticiens, M. Osmond, M. Guillemin.
- Les mesures, qui s'effectuent avec tant de peine lorsqu'il s’agit de détails de structure ou d’organismes extrêmement délicats, sont considérablement facilitées lorsqu'elles sont exécutées sur des épreuves photographiques dont il est aisé de connaître avec une parfaite précision la valeur de l'amplification.
- Enfin, il est une dernière application que nous ne saurions passer sous silence : nous vouions parler de» services que celte méthode de reproduction peut rendre au point de vue de l’enseignement s: de la diffusion des sciences naturelles et médicales par le livre et parla projection.
- Xos clichés photographiques, reproduits par l'héliogravure, •a photocollographie, ic siir.llî-grcvure, nous donneront à l'impression aux entres grasses des imagos plus vraies, plus exactes que les meilleurs dessins.
- Si nous menons à profil les procédés de reproduction indirecte des couleurs, nous obtiendrons, imprimées à milliers d’exemplaires, des planche? nous donnant des images des-
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- objeîs observes, non seulement précises quant aux détails, niais encore exactes par les colorations.
- Après avoir fait allusion aux services que peut rendre la Microphotographie nu point de vue de l'enseignement par le Livre, nous ne saurions manquer de signaler son application à i'enseignement par la projection.
- Nous ne devons pas oublier que cet enseignement par des projections exécutées d'apres des clichés obtenus directement au microscope a été inauguré en France par le savant professeur M. Aimé Girard, dans ce même amphithéâtre des Arts et Métiers où sa parole si sympathique a, pendant trop peu d’années, hélas! attiré tant d'auditeurs.
- Ici encore, les procédés ne nous manquent pas pour réaliser des positifs sur verre dont l'image projetée sur l'écran nous donnera bien souvent l'illusion de In réalité.
- Les procédés au gélatino-bromure et au gélatino-chlorure, le si élégant procédé que MM. Lumière frères nous ont fait connaître dès 1890, enfin celui que les mêmes habiles expérimentateurs ont si bien su mettre en pratique depuis quelques mois, permettent d’obtenir des projections noires, brunes, colorées : monochromes, bichromes, trSchromcs et polychromes, susceptibles de faciliter considérablement la tâche du conférencier tout en intéressant l'auditoire par la variété des effets réalisés.
- En 1845, Donné écrivait : « Nous laisserons la Nature se reproduire elle-même; nous In fixerons sur une planche daguerrienne, avec tous ses détails et ses nuances infinies ». Son rêve est aujourd'hui réalisé nu delà de ses espérances; en effet, ce ne son» plus sur des planches daguerriennes que nous enregistrons nos observations, mais sur des couches sensibles qui nous permettent, par r'a suite-, de diffuser par le livre ci par la projection des milliers d'épreuves avec « tous !es détails et les nuances infinies » des objets observés.
- Tout en nous félicitant du chemin parcouru, ne considérons pas notre lâche comme étant terminée.
- itappeiong-nous que, comme la Photographie elle-même, .a Microphotographie est née en France.
- Perfectionnons sans cesse nos procédés et nos méthodes,
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- commuons l’œuvre des Foucault, des Bertscli, des Moi-tcssier.
- Nous nous consacrerons ainsi à une oeuvre uiife, car, pour notre modeste part, nous contribuerons aux progrès et à la diffusion des Sciences qui utilisent le microscope, ce merveilleux instrument auquel l'humanité doit ei devra encore pendant bien des années de grandes et probables découvertes.
- [Nous donnons à titro de procédés de reproductions 3 planches dont Tune [PL IX) en similigravure, impression monochrome, la seconde (W. Al) en photocollograpliie, la troisième (PI. XI) obtenue par triple sélection photographique cl impression triehrome.j
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- LA
- PHOTOGRAPHIE
- DES MONTAGNES.
- CONFÉRENCE
- FAITE Al' CONSERVATOIRE NATIONAL DKS ARTS F.T MÉTIERS.
- LE DIMA.NCUHE 5 MAKS 18-99-
- Par J. M. VALLOT,
- Directeur de l'Obicrvaloirc du Jiyftl Diane. Vice-Président du Club alpin français.
- La Photographie des montagnes présente des difficultés qui lui sont propres et qui tiennent a la coloration des sujets à photographier, à leur éloignement, à la difficulté du transport des appareils, et à l'impossibilité fréquente de se placer au meilleur point de vue. Les limites qui me sont imposées pour ce travail étant très restreintes, je ne m’occuperai que des cas particuliers à la montagne, laissant de côté toute la technique-opératoire habituelle, pour laquelle je renverrai aux Traités de Photographie (*).
- On trouvera tous les détails nécessaires dons l'excellent petit Traité sur la Photographie en montagne, de M. Euâcr.e Tr;i rv;'. (Paris, Gaulhicr-Vi tiare.)
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- LA P II O T G f« ?. A PH : E DES MONTAGNES. 385
- Lorsque j'ai traité ce sujet à la Société française de Photographie et au Conservatoire des Arts et Métiers, je m’étais aidé de projections photographiques nombreuses, qui souvent valent mieux que beaucoup d'explications. L’impossibilité de reproduire ici ces photographies m’oblige à quelques changements dans le texte de cette Conférence, et à l’adjonction de quelques figures théoriques qui suppléeront à l'absence des exemples.
- Surface sensible. — Orthochromatisme.
- C’est une notion courante que tes lointains ne viennent pas en Photographie. Je vais expliquer ce dicton, dont la vérité est incontestable.
- L’amateur qui photographie un vitrail, c’est-à-dire un sujet à couleurs vives, constate avec désappointement que sa photographie ne rend aucunement l'effet de l'original. La valeur des colorations y est entièrement travestie. Le bleu et le violet, même assez foncés, sont remplacés par du blanc, tandis que le jaune, couleur vive par excellence, est rendu par du noir; les autres couleurs sont aussi mal venues, de sorte qu'il n’y a que peu de différence, sur la photographie, entre le noir, le vert, le jaune et le rouge, d une part, le blanc, le bleu et le violet, d’autre part.
- La cause en est dans le défaut de sensibilité des plaques photographiques, qui sont extrêmement sensibles aux rayons violets et bleus, tandis que leur sensibilité pour les autres couleurs est infiniment plus faible.
- Dans les montagnes, les couleurs dominantes sont le vert et le jaune pour les arbres, le brun pour les rochers, le blanc pour les glaciers et le bleu pour le ciel et les lointains. Tous les alpinistes connaissent les magnificences des glaciers étincelants de blancheur, se détachant sur le ciel bleu foncé qui environne les cimes. Si Sc ciel vient en ciair sur l'épreuve, l’effet est totalement détruit. D'un autre côté, on sait que les lointains sont constamment voilés par une légère vapeur bleuâtre, plus ou moins visible, causée par la présence dans
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- loir dune certaine quantité de vapeur d’eau; celle vapeur bleue est d’un elfct charmant au point ce vue pittoresque, mais ses rayons sont tellement r.c:iniques qu'ils impressionnent presque uniformément la placue, quelle que soit la coloration des montagnes qu’elle voile à demi. U n’v aura pas de différence sur la plaque entre un glacier et un rocher à l'horizon, par la raison que le glacier n’ajoute pas à l’atmosphère bleue une plus grande proportion de rayons qu’une bougie allumée n‘en ajoute à la lumière du jour dans une salle largement éclairée par le soleil.
- On voit ainsi que, si l’on cherche à rendre l’effet de la nature, si l’on veut faire venir les lointains, H faut éteindre ces bleus, non pas complètement, mais assez pour qu’ils ne voilent les montagnes que dans la proportion où ils les voilent ù nos yeux.
- Les verdures présentent un autre ordre de difficultés. Les Alpes nous montrent souvent, jusqu’à l’altitude de aooo”, de grandes pentes couvertes d’arbres. Les sapins sont d’un vert foncé, les autres arbres d’une couleur plus claire, et les pelouses d’un vert clair à reflets jaunes. Cet ensemble, à teintes très différentes pour l’œil, à cause de l’éclat des jaunes, présente forcément sur la plaque photographique une grande uniformité, puisque les reflets jaunes des clairs sont aussi peu photogéniques que les verts. II en résulte que ces pentes viennent noires et à peu près sans détails. Il faudrait donc, pour corriger ce défaut, donner aux plaques plus de sensibilité pour la lumière jaune.
- Toutes ces difficultés ont été vaincues par l’emploi des plaques orthochromatiques et des écrans jaunes.
- Les plaques orthochromatiques sont couvertes d’une émulsion beaucoup plus sensible au jaune et au vert que l'émulsion ordinaire. Les fabricants iront pas encore pu arriver à obtenir pour ces couleurs la même sensibilité que pour le bleu et le violet {*), mais on tourne la difficulté en inter-
- •; Les jda.jtsv* fjancluoMattt/ucs de MM. :.uu:icru s'approchent d« I» .•rfcc'.toii «.»»> . mai* elle? wwwfe l'cmplul d’un
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- LA PHOTOGRAPHIE DES 3IOXTAGXES. 38;
- posant entre l'objectif et la plaque un écran jaune transparent qui laisse passer tous les rayons jaunes, tout en arrêtant une partie des rayons biens et violets. L’emploi de la plaque orthochromatique permettra donc d'obtenir des détails dans les verdures, et remploi de l’écran jaune permet d’éteindre les bleus, et d'obtenir ainsi dans les lointains des oppositions aussi sensibles qu'à Foeli nu.
- Ces conditions théoriques étant réalisées, il reste à fixer pour la pratique la qualité de la plaque à employer, l'intensité de l'écran jaune et le temps de pose.
- Mes essais comparatifs {‘) ont porté sur es plaques extra-rapides de Lumière, marque bleue, sur les plaques orthochromatiques sensibles au jaune et au vert, du même fabricant, et sur les pellicules rigides orihochromaliqucs de Carbutt. de Philadelphie. Celles-ci m’ayant donné des résultats identiquement semblables à ceux des orthochromotiques de Lumière dans les diverses expériences, je ne parlerai que des dernières, avec lesquelles ont été faites presque toutes les recherches.
- Si l’on photographie successivement le même sujet avec une Lumière bleue cl une orthochromatique, à l'aide du même appareil et dans les mêmes conditions de pose, et qu’on développe les deux plaques ensemble, dans la môme cuvette, les deux images viennent en même temps, et moment de même, mais il arrive un moment où la plaque ordinaire voile, ce qui oblige à en cesser le développement, tandis que les blancs de l’onhochromatique restent purs. On peut alors continuer à développer cette dernière et y obtenir plus d’intensité et de détails, ce qui est précieux en matière d’instantané, où les plaques sont en général sous-exposées. On peut en conclure que les plaques onhochromatiques sont aussi rapides que les autres ei qu’elles voilent beaucoup moins ; on a donc avantage à ics employer toujours, dans tous les cas et pour tous les sujets. Mais leur avantage devient surtout considérable par l'adjonction de l’écran jaune, comme on va le voir.
- {') J. Vallot» Xouvetles expérience* sur l'emploi des pionnes ortho-chromatiques {Bulletin de la Société fronçai,?de /'holographie; iV> V
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- m * VALIOT.
- Les montagnes offrent au photographe deux genres très différents de sujets : les verdures, pour lesquelles la plaque orlhochromalique est nécessaire, et Ses g'aciers, où l'absence de jaune et de vert dispense, a priori, de l'orthochromatisme. J’ai étudié pratiquement les conditions opératoires nécessaires pour obtenir de bons résultats dans chacun des deux cas.
- Pour une élude de ce genre, le moyen le plus simple consiste à faire un certain nombre de clichés successifs du même sujet avec des temps de pose de plus en plus longs, par exemple, depuis i seconde jusqu’à 5oo secondes. Les premiers sont sous-exposés, les derniers sur-exposés, et, développés avec un révélateur type, donnent de mauvais résultats. Mais il y a, au milieu de la série, un cliché qui est le meilleur qu’on puisse obtenir dans les conditions où l'on a opéré. Si Ton fait cette expérience avec différents genres de plaques ou d’écrans, on pourra choisir le meilleur cliché obtenu dans chaque condition et juger ainsi sûrement de la valeur de la plaque ou de l’écran. Pour plus de sûreté, on comparera non seulement le meilleur cliché, mais aussi les clichés voisins. Voici les résultats obtenus en montagne :
- Pour les glaciers distants de plusieurs kilomètres, les plaques, soit ordinaires, soit orthoebromatiques, employées sans écran, donnent de mauvais résultats- La vapeur bleue uniformise les détails, et l'ensemble est tout gris. Mais, si l’on emploie un écran jaune foncé, on éteint les rayons bleus surabondants, et le glacier vient d'un blanc éclatant, avec ses ombres vigoureuses, comme l'œil les perçoit. La plaque ordinaire donne d'aussi bons résultats que la plaque orthochro-matique, ce qui se comprend, puisqu'il n’y a pas d'objets jaunes dont il faille saisir la couleur; la question de voile dont j’ai parlé plus haut engage seule à choisir la plaque orlhochromalique.
- Pour les grandes pentes couvertes tic végétation, les résultats sont tout différents. Quelles que soient les plaques employées, les détails viennent très peu et restent très légers, de sorte que les grandes masses de verdure deviennent presque noires en positif, si l'on fait ressortir un peu vigoureusement les détails des rochers. Le résultat est surtout
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- mauvais pour les positifs sur papier, où les détails dans les ombres sont toujours beaucoup moins visibles que dans les diapositives sur verre.
- Si l'on interpose un écran jaune, en employant un temps de pose convenable, le résultat n'est pas sensiblement amélioré avec les plaques ordinaires, tandis que les plaques orthochro-matiques, élant sensibles aux rayons jaunes, donnent un cliché aussi détaillé et aussi vigoureux que si le paysage à photographier était composé des couleurs les plus photogéniques. La supériorité des plaques orthochromaiiques employées de celle manière est tellement évidente qu'on ne doit pas hésiter à s'en servir exclusivement pour les travaux en montagne.
- L'iniensitc de l'écran jaune a une grande importance. Celle intensité est désignée par ie chiffre par lequel il faut multiplier la pose pour obtenir un bon résultat. Ainsi, un écran de i5 fois est celui avec lequel il faudrait i5 secondes pour obtenir un bon résultat avec un objectif et un diaphragme qui nécessiteraient, sans écran, une pose de i seconde.
- Mes expériences ont montré qu’un écran de i5 fois donne d'excellents résultats en montagne, où j'ai obtenu des détails à la distance de i3okal, tandis qu'un écran de 4 fois ne modifie pas sensiblement les résultats. D’après cela, l’écran jaune ne doit être employé que lorsqu'il est possible de faire de longues poses, et l’on doit y renoncer complètement pour les instantanées.
- La meilleure place pour l’écran jaune est entre les deux lentilles de l’objectif. Un amateur peut fort bien le sertir lui-mème entre deux anneaux de carton et l’introduire à la place voulue. On peut encore visser l’écran derrière l’objectif à l’aide d’une monture spéciale. Pour les petits appareils à main, où l'objectif ne peut se dévisser, on est obligé ue fixer l’écran dans une bonnette qu'on place en avant de l'objectif et qu’on retire pour les Instantanées.
- Lorsqu’on se sert cie celle bonnette, il faut prendre garde que le soleil ne vienne pas frapper directement l'écran, même obliquement, car il y formerait des réflexions préjudiciables à la qualité du cliché.
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- L’écran étant placé dans l'objectif, à l'endroit où se réunissent tous les rayons, on comprend qu’il doit être aussi parlait que l'objectif lui-même, si l’on ne veut pas s’exposer à des déformations qui défigureraient la photographie. II faut donc rejeter absolument tous les écrans en pellicule de gélatine, et surtout ceux qui sont simplement découpés dans un verre ordinaire de couleur. Il est nécessaire qu'ils soient travaillés optiquement à faces parallèles. La maison Radiguet fabrique de très bons écrans répondant à cette condition, et dont l'intensité est correctement indiquée, de sorte qu'il n’est pas nécessaire de faire des expériences de temps de pose.
- Pour résumer ce Chapitre, dans la Photographie de montagne on se servira toujours de plaques orthochromaliques, avec un écran jaune travaillé optiquement, multipliant i5 fois la pose. Les instantanées, limitées autant que possible aux détails de route, seront faites avec les mêmes plaques, mais sans écran.
- Temps de pose.
- Le temps de pose est, comme toujours, la grande difficulté de la Photographie des montagnes. Il est particulièrement difficile d'obtenir la correcte représentation, sur un même cliché, d'un glacier et d'une forêt de sapins. 11 semble même y avoir là une impossibilité matérielle dont on ne puisse venir à bout par aucun procédé pratique.
- Un glacier n’est pas seulement éclatant par sa blancheur, mais aussi par l'énorme quantité de lumière que réfléchissent les mille facettes de la neige qui le couvre. Noire œil est merveilleusement organisé pour s'adapter à toutes les conditions de lumière. Il se diaphragme plus ou moins suivant les conditions requises, réduisant sa pupille lorsque nous regardons plus particulièrement le glacier, et l’agrandissant aussitôt que la vue sc porte sur Ja forêt voisine, pour nous permettre d'en voir les détails moins éclairés. Mais l’appareil photographique ne peut agir ainsi, et il est obligé de reproduire tout le sujet avec le même diaphragme. II en résulte qu'une partie pose
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- trop, tandis que l'autre ne pose pas assez, et qu'on doit se résigner à avoir des glaciers gris ou des forêis presque noires.
- L écran jaune, en absorbant une partie des rayons bleus, porte remède dans une très grande mesure à cet inconvénient, mais sans le supprimer totalement. Peut-être arriverait-on à un meilleur résultat en augmentant encore l'intensité de cet écran, mais la pose deviendrait peut-être d'une longueur démesurée, si Ton voulait être certain d'arriver au résultat complet. Pour le moment, je me contenterai d'indiquer deux temps de pose différents, !‘uri pour les glaciers sons verdure, l’autre pour la verdure sans glacier. Je laisserai au jugement de l'opérateur le soin de déterminer un temps de pose intermédiaire lorsqu’il aura les deux sujets réunis sur le même cliché.
- On sait que le temps de pose normal varie avec la saison et avec les heures de la journée. Il doit varier aussi avec la luminosité spéciale du jour où l’on opère. Un certain nombre d’auteurs ont écrit sur le temps de pose, et ont édité des Tables ou des Tableaux ingénieux basés, les uns sur un photomètre chimique ou optique, les autres simplement sur l'époque de l'annce, l’heure du jour et l étal du ciel. Les instruments ou les Tableaux les plus simples sont les meilleurs, et I on doit rejeter absolument les Tables compliquées qui ont la prétention de donner une grande exactitude dans un sujet aussi mal connu que ia décomposition chimique produite par la lumière. Le Photomètre Decomlun, bien que fondé sur la quantité optique de lumière, donne eu générai de bons résultats, et l'Exposomèlre automatique du Comptoir général de Photographie est suffisent pour lu pratique.
- Lamontagne n'ctaet fréquentée que l’étc, in question de saison n'a guère b intervenir dans mon sujet, pas plus que la question d'heure, car la montagne esc mal éclairée le malin cl le soir, et ce n’est qu'au milieu Un jour, entre <>h et 4Ü» qu’on aura de bons résultats, il suffira d'indiquer un seul temps de pose pour le milieu du j ;ur. Üi» pourra s'en servir pendant toutes les belles journées ces mois de juillet et d'août. En septembre, on pourra poser deux fois plus. Quant aux jours couverts, ils ne peuvent convenir à la l'holographie de mon-
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- logne. On obtiendra bien tous les détail* en quadruplant la pose, mais les montagnes viendront sons relief et sans perspective aerienne; si l’on lient à obtenir de bons résultats, il vaut mieux s’abstenir.
- Beaucoup d'auteurs pensent qu'il est peu scientifique d’indiquer des temps de pose en secondes, à cause des différences dans la sensibilité des plaques; iis se contentent de donner des coefficients par lesquels on doit multiplier la pose normale que l’opérateur doit commencer par déterminer lui-môme.
- Mais, précisément, l’amateur ne sait pas déterminer cette pose normale, ou, s’il le sait, les Tables ne lui sont d’aucun usage, car il est capable aussi de dresser une petite Table spéciale pour son objectif. L'n amateur ne manque jamais de faire à un collègue la question classique : « Combien posez-vous? », qui montre qu’il est assez peu certain de son temps de pose pour chercher à s’éclairer en toute circonstance sur celte question délicate. La môme question dévoile en même temps une ignorance totale des lois physiques du temps de pose, car l’amateur omet en générai de s’informer du foyer de l’objectif et du diamètre du diaphragme employés.
- Tout photographe doit savoir que le temps de pose est en raison directe du carré du foyer et en raison inverse du carré du diamètre du diaphragme. Les conditions de la pose peuvent être exprimées par la formule pratique suivante :
- Soient
- / le foyer absolu, en millimètres,
- J) le diamètre du diaphragme, en millimètres, c un coefficient d’actinisme.
- Posons encore
- .
- b —
- On calcule d'abord, pour l objecti.' choisi, la valeur de n puiir chaque diaphragme dont on compte se servir. On n’aura plus qu’à employer la formule <k pose. basée sur les pria-
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- cipes physiques énumérés plus haut, et qui est :
- ni
- Temps de pose = — x c
- IOOO
- Les différentes valeurs de ti étant calculées par l'opérateur, une fois pour toutes, d'après les dimensions de son appareil, il ne reste d'inconnu que le coefficient d'actinisme c, variable avec les conditions aelîniques. Cest de ce coefficient que je vais m’occuper.
- Le coefficient d’actinisme ne varie pas seulement avec l'actinisme du sujet à photographier; il est aussi variable avec l’altitude. Il résulte des expériences simultanées d'acti-nométrie chimique que j’ai faites avec M** Vallot (') qu'il suffit qu'on s’élève de 8oom pour voir doubler l'intensité de certaines décompositions chimiques. La pose devra donc être plus faible dans les hauteurs qu’elle n'est dans la vallée; ainsi, pour une ascension de iooora, il sera bon de la réduire au tiers. Pour les glaciers, un seul coefficient est nécessaire, car, dans nos pays, ils ne descendent pas aux altitudes inférieures. Le Tableau suivant donne la valeur du coefficient c d’actinisme pour les montagnes du centre de l’Europe, applicable en juillet et août, de 9“ du matin à 4k du soir, avec un écran jaune de so fois:
- Glacier» et panoramas...............
- Masses de verdure dans la vallée.... Masses de verdure dans le» hauteurs.
- ï secondes.
- Par exemple, pour un appareil de i5a“* de foyer, avec u diaphragme de 3æ=,8; on a
- des attitudes L et
- M**Gai»rlelle \ x et glaciaire du
- Mont Diane, l. lit: :< >•.
- y série, t. /. •:
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- La formule de pose de ce’, appareil sera donc : i,6xc, ce qui donnera pour un panorama pris d'un sommet 5 secondes, et pour les masses de verdure dans le vallée 29 secondes. !! est clair que, si I on opérait sans écran, il faudrait poser :5 fois moins, mais alors les résultats seraient défectueux.
- F,» opérant clans ces conditions, on peut être certain de rapporter de bons résultats. Quelques amateurs m'ont signalé qu’ils avaient obtenu de bons clichés en faisant varier dan s de faibles limites ces temps de pose, et même en les réduisant de moitié. Ils ignoraient qu’en pareille matière le grand inconnu est l'actinisme atmosphérique. Les observations de M. Duclaux et les longues séries d'expériences de M“e Vallot ont montré que cet actinisme varie dans de grandes proportions d'un jour à l'autre, sans que l’oeil puisse percevoir la moindre différence dans l’cclairemcnl optique de journées sans nuages. Il serait donc illusoire de chercher à faire varier le temps de pose de petites quantités, lorsqu'on sait que le coefficient principal est sujet à des variations inconnues et beaucoup plus grandes. Quant à une détermination aelinique précise, faite au moment de la pose, à l’aide d'appareils spéciaux. les photographes ne voudront pas en entendre parler, et préféreront corriger par le développement les variations quotidiennes de l'actinisme.
- Composition du sujet.
- Ligne d'horizon. — Les photographies doivent, pour donner une bonne représentation de la nature, être soumises aux mêmes règles d’esthétique que les peintures. Un photographe doit composer son sujet comme le fait un peintre. Lorsqu’il s'agit de montagnes, l'opérateur r.c peut pas, il est vrai, déplace:- Scs objets, mais il esi maître de choisir, dans certaines limites, la hauteur de Fhorïxon, in distance du point de vue et 1 altitude de la station, ainsi que la dimension de l'image et son échelle de grandeurs. C’est en combina ni ces derniers élé-•netits d'une manière judicieuse qu’eu peut obtenir de bonnes photographies de montagne.
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- La ligne d'horizon ücïL être, autant que possible, au milieu du tableau, c'est-à-dire que l’objectif doit se trouver en face du milieu de la plaque. Cependant, on est obligé de se départir parfois de cette règle, lorsqu’on veut reproduire un à-pic remarquable et qu’on ne dispose pas d’un recul suffisant. Dans ce cas, on décentrera l'objectif, et l'on fera venir l’horizon près du bas du tableau; mais on aura soin, si c'est possible, d’avenir le spectateur do -a position de l’horizon, en plaçant un personnage à quoique distance de l'appareil, à peu près à la même hauteur.
- Il peut se faire aussi qu'on ait à décentrer l'objectif dans l'autre sens, pour photographier un grand fond du haut d’un sommet à pic. Les photographies de ce genre n’ont pas, en général, grand intérêt artistique, mais elles peuvent être très utiles au point de vue géologique, par exemple pour montrer un glacier à vol d'oiseau.
- En tous cas, il est de nécessité absolue que la glace sensible et la planchette porte-objectif conservent leur verticalité; \\ ne faut jamais, en aucun cas, incliner l’appareil, et si l’on prévoit qu’on aura de grands à-pics sans avoir le recul nécessaire, il faudra se munir de la chambre à double bascule dont je parlerai au Chapitre des panoramas.
- L’altitude de la station a aussi une très grande importance, et doit être, autant que possible, intermédiaire entre celles du sommet et de la base du sujet. De trop bas, les sommets étant plus éloignés, vus en raccourci, leur échelle verticale se trouve réduite à de faibles proportions, en comparaison de l’échelle horizontale qui ne change pas: en outre, les pentes basses, plus rapprochées et vues de face, prennent une importance d’autant plus considérable. De trop haut, au contraire, la station r.'es: plus dominée par les sommets, le spectateur ne se sent plus écrasé par leur masse et le paysage perd toute sa grandeur. Un môme temps, les fonds, vus de dessus, prennent des formes bizarres et fort désagréables à l’œil.
- Ainsi, le Mont Blanc, vu de Chamonix, semble dominé par le Dôme du Goûter qui prend toute l'importance dans le tableau, et les Aiguilles de Charmoz ne forment qu’une cou-
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- ronite rocheuse au-dessus des pentes boisées de Blaitière et Plan de l'Aiguille. 5: l’on s'élève* de mille mètres, à Plan-nraz, le Mont Blanc domine toc:, développe ses neiges sur une grands hauteur, et les aiguilles rocheuses prennent une grandeur saisissante. On est déjà n une altitude suffisante, et i» vue ne gagne guère en s'élevant jusqu’au Brévent.
- C’est surtout lorsque le spectateur est rapproché de la montagne qu’il ne doit pas craindre de s'élever pour éviter les surfaces fuyantes. Ainsi, l'Aiguille Vene, qui, dans une photographie du Jardin ou du Couvercle, ne donne qu’un raccourci misérable, fournira une vue magnifique du haut de l’Aiguille du Moine, qui se trouve à la même distance, mais mille mètres plus haut que ces stations.
- Échelle naturelle. — D'après bien des amateurs, la montagne serait impossible à rendre en Photographie, au point de vue de la forme et de la grandeur. Ceci est un préjugé qu’il est mile de combattre et dont il est important de montrer l’origine.
- il est certain que, lorsqu’on a le souvenir de l’énormité des formes imposantes des grands spectacles de la nature, on ne retrouve que bien rarement, devant la photographie, l'impression, môme atténuée, éprouvée devant la montagne. Certes, tous les détails y sont, chaque chose est à sa place, mais l'impression de grandeur a disparu. C’est l’analyse de cette impression môme qui permettra d’en discerner les causes eide découvrir les conditions matérielles qu’ii faut réunir pour la retrouver.
- Ce qui fait qu’une montagne nous semble très haute, c’est qu elle est vue sous un très grand angle. Nous ne pouvons pas l’embrasser d’un coup d’œil, et nous sommes obligés de lever ia tête pour en voir le somme:. Ne serait-il pas illusoire d'espérer qu’on trouvera îe même effet dans une petite épreuve de photo-jumelle? Pour retrouver les mômes sensa-iî faut que les photographies reproduisent des condi-:.o:;s identiques. Par une erreur déplorable, l’amateur ne -’.nq.C.V.e pas de ces conditions; i! se sert le plus souvent . . a grands angles, préoccupé surtout d'obtenir sur
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- sa plaque une surface de pays aussi grande que pos&ibU-, sans se douter qu'il détruit en môme temps tout l‘efïei esthétique du paysage.
- Si l’on considère {fig* s ) deux pyramides de hauteur inégale, A et a, situées à la môme distance du spectateur 0, la
- \
- pyramide A paraîtra beaucoup plus grande que la pyramide u par la raison que i'angîe AOB est beaucoup plus grand que aOB.
- Par contre, les trois pyramides A, À' et A" {Jîg. a), qui sous-iendent le même angle AOB, vues du point 0, paraîtront
- avoir la môme hauteur, à moins que certains indices n'avertissent ie spectateur qu'elies se trouvent à ces distance:* inégales.
- De même, si îo spectateur connaît ces distances, il les ramènera facilement, paria pensée, à ieur grandeur naturelle.
- Ce sont ces rapports de distance et de grandeur qui nous permettent uc voir, avec une certaine illusion, sur une image
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- de formai restreint, des scènes de din: plu* grandes; mais le résultat ne peut êtr ment que si Limage contient quelque maison ou arbre, etc., permettant de juge la scène représentée.
- Voyons maintenant l'application de ces la Photographie. Un objet AB {Jig. 3) pou
- par les photographies a, a ou a", dont ies f< /,/' et/"- La représentation sera correcte, et a" seront exactement inscrites dans ! miné par la distance OB et la hauteur Vangle naturel de l'objet. Si l’on suppo:
- ces images soit un positif transparent, or gardant du point 0, ies voir sc superpoi au sujet naturel AB.
- L'illusion sera donc complète, mai* à c juo enwjué image sera regardée ù une
- tensions infiniment e atteint complète-objet, personnage, r de la distance de
- notions générales à lira être représenté
- )yers respectifs sont car les images, a, a' 'angle AOB, dcier-AB, qui constitue sc que chacune de
- ; pourra, en les peser, trait pour trait,
- loudition seulement distance égale à la
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- longueur du foyer de l’objecfff qui a servi à ta produire. Si l’on s’écarte de cette condition, l'illusion disparaîtra fatalement. En effet, si no::s prenons l'image a (fg-4)t et que nous l'éloignions en a' du spectateur O, elle produira un angle a'OB plus petit que AOB, qui diminuera la grandeur apparente de a; celle-ci, a;t contraire, sera augmentée dans la position a\ La jig. 5 rend bien compte de l'effet produit : la
- photographie a, vue du point 0 à une distance égale à son foyer, se superpose bien à l’objet AB, tandis que, si l’on augmente la distance jusqu'en a', le sommet a' viendra se superposer au point À', ci le sujet semblera avoir la hauteur A'B, beaucoup plus faible que AB.
- On voit donc que, pour obtenir une bonne représentation de la nature, il est nécessaire de conserver sur l'image Y angle naturel des objets, cl que. pour conserver cet angle naturel, il suffit de regarder la photographie à une distance égale au foyer de l'appareil qui !’a produite {’).
- Le principe de Y angle naturel est absolu et ne souffre pas d'exception. Nous allons voir dans quelle mesure on s’y conforme habituellement.
- Pour regarder une photographie, ii ne vient à l’idée de personne de s’informer du foyer de i'cbjectif, pour placer l'épreuve à une distance égaie de ce foyer Ou se contente de tenir la photographie b !a distance de la vue distincte, c’est-
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- .fort J. VALtor.
- à-dire à o-\ a5. On ne se départii de cetse habitude que pour les très grandes épreuves qui sont regardées de plus loin; mais, quelle que soit la petitesse du foyer, il est impossible de réduire cette distance, à moins d’être myope. Il en résulte que toutes les photographies dont le foyer est plus court que o“,25 sont condamnées fatalement à être vues de trop loin, que les objets qu’elles représentent seront vus sous un angle trop faible et qu'ils paraîtront trop petits. La conclusion est que, si l’on veut représenter correctement la montagne, on doit proscrire tout appareil dont l’objectif a moins de o*,a5 de foyer.
- Cette conclusion serait trop absolue $: je n’entrais pas dans quelques détails. Faut-il donc renoncer aux photo-jumelles, vérascopes et autres petits appareils d’un usage si commode et si répandu? Non, mais il est bon d’indiquer comment on pourra en tirer de bonnes épreuves. Il suffit de se servir des petits clichés pour en obtenir des épreuves agrandies en telle proportion qu’elles reproduisent le foyer voulu.
- Les premiers constructeurs de jumeiles ont bien senti celte nécessité et se sont préoccupés de donner des moyens pratiques d’obtenir ces positifs agrandis. M. Carpentier a construit, en même temps que sa photo-jumelle, des appareils d'agrandissement simples et automatiques, permettant d'obtenir facilement les épreuves à l'échelle désirée. Il a résisté longtemps au public qui demandait des jumelles 8x9, car il craignait que les amateurs n’agran dissent pas des clichés de cette dimension, déjà lisibles, tandis que ceux de la petite jumelle étaient trop petits pour rester dans leur formai primitif et étaient forcément ramenés à un foyer raisonnable. Quant à M. Richard, il s’est toujours refusé à construire des châssis positifs pour papier adaptés à son vérascope. D’après lui, l'appareil ne doit être utilisé que pour des positifs sur verre, destinés à être regardés dans un stéréoscope de même foyer que l’appareil et produisant, par ceia même, l'illusion de la réalité. Son idée est très juste.
- Les petits appareils ne doivent être utilises que de deux manières, ou bien pour produire des agrandissements de om, 2.1 de foyer, ou bien pour produire de petites images destinée.- à être agrandies optiquement dans un stéréoscope ayant
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- MONTA
- le même foyer que l'objec tif. Dans ces deux cas, les résultats seront excellents. On obtiendra aussi de bons clichés par contact pour les projections, mais â condition que l'agrandissement par la lanterne soit assez considérable.
- Il est utile de fixer par des chiffres les idées générales que je viens d'exposer. Il faut, pour obtenir une représentation correcte des grands à-pic, disposer d’un angle de 4°° environ. Cet angle ne peut être obtenu avec une plaque 9X 12 dans les conditions de foyer indiquées. Cette dimension devra donc être rejetée, car elle ne se prête pas non plus facilement aux agrandissements. Le formai i3x 18 donnera l’angle voulu en l’employant verticalement; on pourra donc s'en servir utilement. Mais c’est surtout à partir du 18 x *4 qu’on pourra obtenir de bons résultats. Au-dessus de ce formai, il sera bon d’augmenter le foyer en même temps que les dimensions du cliché, car on regarde une grande épreuve de plus Foin qu’une petite, mais il ne faudra l’augmenter qu'avec ménagement, afin de conserver la reproduction des grands angles. On pourra, pour cela, se conformer â la règle pratique sui-
- Dans la Photographie de montagne, la longueur du foyer doit être égale au plus grand côté de l’épreuve et ne doit jamais descendre au-dessous de o®,«5.
- Cette règle pourra choquer quelque peu les artistes qui n’ont pas l’habitude de la peinture des montagnes. En effet, il est de régie, parmi les peintres, que la distance du point de vue doit être le du plus grand côté d'un tableau, afin
- que la scène puisse être vue d'un seul coup d'œil. Mais j’ai montré plus haut que c'est dans la nécessité du déplacement de l'œil que réside précisément la sensation de grandeur des sites montagneux : on ne doit donc pas chercher à supprimer ce déplacement, sous peine de perdre on même temps la sensation qui en découle.
- Il faut bien avouer cependant que, quelle que soit la bonne réalisation des conditions théoriques, en n'obtient l’effet imposant de la grande montagne qu'à l'aide d'épreuves de grand format. Une bonne photographie en i3x 18 est simplement intéressante; la même, agrandie on 5«x6o. produit un
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- effet saisissant, mais combien éloigné encore de celui d'un grand panorama de i5a de haut, qu: seul produit réellement l’effet de la naturel C'est que, dons un panorama, l'artifice spécial de lumière nous dérobe la vue de la toile sur laquelle est figuré le paysage. La peinture seule apparaît; son support étant invisible, nous ne pouvons pas juger de sa distance et l'illusion est complète. Au contraire, dans une photographie, nous voyons le papier, nous jugeons de sa distance, nous voyons que tout cela est rapproché, petit, et n’est, au fond, qu’un trompe-l'œil. L'existence des objets voisins, du cadre lui-même, contribue à détruire l’illusion, mais celle-ci reparaîtra si l’on regarde l’épreuve éclairée au fond d’un cône d'étoffe noire, qui la fera ressembler à tm paysage vu d’une fenêtre.
- C’est par ces considérations que l’on peut expliquer l’illusion si extraordinaire que l'on éprouve en regardant dans un stéréoscope les épreuves si petites du vérascope. On les voit sous l'angle à peu près naturel, isolées des objets extérieurs, et sans se douter de leur distance, car la surface des positifs sur verre esta peu près invisible, et d'aiiieurs l’effet stéréoscopique empêche d'en reconnaître la pîanlté. Aussi l'on peut dire que la Photographie stéréoscopique par petits appareils constitue un des meilleurs moyens de reproduction de la montagne.
- Je n'ai dit qu'un mot des projections. Théoriquement, c’est un des meilleurs moyens de représenter la montagne, caron peut produire de grandes images, isolées ou milieu de l’obscurité et avec le foyer convenable. Mais :! n’en est pas de même en pratique. Outre que l’écran r.’esi que très rarement an proportion avec la distance du spectateur, cette distance varie énormément, selon la position de ce'ul-ci dans la salle. 11 en résulte que l'illusion ne pourra être produite que pour les spectateurs les plus rapprochés de l’écran, tandis que les autres ne verront qu’un petit tableau éloigné et sans effet. On ne peut que constater ces différences, auxquelles il n’y a, malheureusement, aucun remède.
- Je résumerai ce Chapitre en quelques lignes. Les photographies de montagne ne devront jamais avoir moins deom,î5
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- iotog:
- de foyer. Au-dessus de ceîto dimension, le foyer devra êire égal au grand côté de )a photographie.
- Le plus petit format pour les clichés sons agrandissement sera i3x 18; les formats supérieurs seront préférables.
- Les photo-jumelles donneront de bons résultats par l'agrandissement. Parmi celles-ci, on se servira de préférence des jumellesstéréoscopiqucs, dont les épreuves, regardées à l’état de positifs sur verre, donneront des images aussi belles que faciles à obtenir.
- Panoramas polygonaux.
- L’obtention des vues panoramiques est un des buts les plus intéressants que puisse poursuivre le photographe de montagne. Des appareils fort ingénieux ont été construits pour obtenir ces panoramas facilement, en un seul cliché; je citerai parmi les plus intéressants le Cyltndrographe de Moëssard ci le Cyclographe de Damoiseau. Le premier de ces appareils permet d’obtenir d’un seul coup Ja moitié de l’horizon, et le second, l’horizon tout entier. Remarquons, en passant, que l’obtention de l'horizon entier n’est jamais utile, car il est très rare qu’on se trouve à une station tellement découverte et tellement aiguë qu'il n’y en ait pas une bonne partie de cachée, et aussi parce que, môme dans ce cas, une seule moitié du panorama est convenablement éclairée, tandis qu’il faut attendre une heure différente pour obtenir un bon résultat avec l’autre moitié. A ce point de vue, ic cylindrographe vaut autant que le cyciographe; ces appareils répondent donc tous deux aux besoins spéciaux pour lesquels ils ont été construits. Seulement, comme iis ne sont pas propres à tous les genres de Photographie, iis ne dispensent pas de l’appareil ordinaire; l’amateur aura donc à se procurer un appareil très coûteux et à le transporter constamment, en sus de son matériel habituel, s'il veut être prêt à profiter de toute occasion de faire un panorama
- On peut éviter ces inconvénients en faisant le panorama
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- par portions, au moyen d’un appareil ordinaire, sur un certain nombre de plaques planes juxtaposées.
- Le panorama ainsi obtenu, au Heu d'ôtre reproduit sur une surface cylindrique, sera figuré sur une surface prismatique ou polygonale qui lui communiquera certains défauts qu’il ne faut pas se dissimuler, mais qui sont peu apparents et beaucoup moins considérables qu’on ne ie croit généralement.
- Ces défauts consistent dans l’inégalité de l’intensité des clichés contigus, dans la déformation des images, et dans la difficulté du raccordement des diverses épreuves constituant le panorama. Je vais étudier successivement ces trois sujets.
- Inégalité d’intensité. — Le cycîographe, dont la rotation est commandée par un mouvement d’horlogerie, donne à toutes les parties du panorama une pose rigoureusement égale, ce qui produit une grande égalité d’intensité sur toute la surface du panorama; la stabilité laisse seulement à désirer, comme dans tout appareil tournant.
- La stabilité est bonne dans le cyündrographe, mais l’égalité d’intensité est plus difficile à obtenir, cor l’appareil se tourne à la main ; on .obtient une certaine égalité en fractionnant la pose, en tournant vivement l’alidade d’un côté à l’autre plusieurs fois de suite, ou lieu de tourner lentement en une seule fois. La pratique a montré que les résultats obtenus ainsi sont satisfaisants.
- Pour les panoramas obtenus sur plusieurs plaques successives à l'aide d’un appareil ordinaire, il est bien facile de donner exactement le môme temps de pose à chaque plaque, mais c’est le développement qui, poussé plus ou moins loin, donnera des inégalités d’intensité, sensibles surtout dans les ciels. 11 faut se garder tant qu’on pourra de remédier à cet inconvénient en refaisant le ciel à l’aide d’un cache, car on aurait alors un ciel blanc, au lieu du ciel bleu foncé des montagnes, sur lequel les sommités neigeuses se détachent en blanc pur, et ce serait perdre complètement le caractère du paysage de montagne. Le photographe s’efforcera
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- T..V PHOTOGa.VPUÏE DR» 3IOXTAGXSS. 40.Ï
- d'obtenir, par la pratique, des clichés de même intensité et s'aidera du tirage pour corriger dans une certaine mesure les défauts du développement. Le meilleur moyen pratique consistera à développer ensemble, dans une longue cuvette, tous les clichés d'un même panorama. Aux personnes qui objecteraient qu’une file de clichés ainsi juxtaposés est d’un développement simultané bien difficile, on peut répondre qu'une pellicule panoramique de même dimension présente tout autant de difficulté, e: même plus, car elle n'a pas la rigidité des glaces, et elle tend sans cesse à se rouler et à sc gondoler. Ce mode de développement permettra donc d’obtenir des clichés d'une intensité assez égale pour pouvoir obtenir un panorama satisfaisant, entre des mains insuffisamment expertes pour obtenir de bons résultats par le développement séparé des clichés.
- Déformation des images. — La déformation des images doit être écartée à tout prix dans ce genre de travail, car les photographies déformées seraient impossibles à raccorder. On sait que les objectifs anlanétiqucs ne donnent pas les déformations dont on souffrait lorsqu'on n’avait que les objectifs simples, mais un autre genre de déformation peut subsister, c’est celui qui provient de l'inclinaison incorrecte de l'appareil.
- Lorsque nous fixons nos regards sur une scène, nos sensations visuelles sont rapportées à un tableau vertical, et la
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- perspective d an tableau ne nous semble pas correcte si elle est tracée sur un tableau incliné. L’usage si répandu des petits appareils à main a fait connaître aux photographes que,
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- lorsqu’on incline l'appareil vers ie haut pour avoir un monument jusqu'au sommet, l’image de ce monument est plus étroite en haut qu’en bas. Quelques figures théoriques feront comprendre la raison de cette déformation.
- Supposons un monument vertical, représenté par les deux flèchesde la /?£•.(>. Soient O l'œil du spectateur (//g". 7). AB le
- monument vu de profil en élévation et T le tableau vertical sur lequel viendra se peindre la perspective. La figure AB sera représentée sur le tableau par la ligne ab, intersection du tableau et des rayons visuels AO et BO. Représentant la même
- chose en plan, on voit que les points A et B se projettent en un même point ab et que les points A' B se projettent aussi en un même point a' b'. La distancera' est donc égale à bb' sur le tableau perspectif, et l’on a les éléments nécessaires pour construire la perspective du monument, soit, sur l'élévation, Scs dimensions égales ab et a’b', et sur le plan, les dimensions
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- égales à aa’ ci bb\ ce qui donnera la perspective correcte représentée par la fig. 8.
- Supposons maintenant ie labie&u T'incliné comme l’indique la fig- 9-
- Les points AB et A'B' viendront sc projeter en élévation sur
- les points a et b, où le tableau coupe les rayons se rendant aux points AB, A'B . En pian., le tableau coupera les rayons OB et OB' en bb’, et les rayons OA, OA' en aa'. La ligne aa' est plus petite que bV, puisqu'elle est plus rapprochée du sommet du triangle O. Le monument sera donc représenté sur le tableau incliné F par la figure incorrecte 10, où le haut
- est plus étroit que le bas. D’après cela, les lignes verticales seront figurées par des obliques lorsqu'on inclinera la glace sensible.
- Celte déformation perspective, très choquante dans les monuments. est peu sensible dans an paysage; mais elle devient
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- très visible clans un panorama. Considérons dans la fig. n |e cliché du milieu. La verticale du bord de gauche M viendra se peindre obliquement en Ma sur la plaque du milieu, et en Ma' sur la plaque de gauche. Les lignes Mc cl Ma' représenteront
- exactement les mêmes points de la nature; la région aMa’ sera commune aux deux plaques et devra être supprimée, de manière que les lignes aM et a'M viennent s’accoler l’une contre l’autre. I! en sera de même pour bSb', de sorte que le panorama prendra la forme de la fig. 12 et se développera en
- arc de cercle, ce qui n’est pas supportable. L’horizon lui-même Hll' aura une notable courbure.
- Il est donc de nécessité absolue de maintenir la glace toujours verticale.
- Si Ton incline l’appareil, c’est qu’on est averti par le viseur ou la glace dépolie que les sommets sont en dehors du champ de l’objectif. Puisque cette pratique doit être rejetée, il faut
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- LA P1«0T<
- trouver un autre moyen qui permette de mettre en plaque soit les parties les plus hautes, si l'on est dans la vallée, soit les parties basses, si I on est sur un sommet. Ce moyen est très connu et consiste à déplacer l’horizon en haussant ou baissant l’objectif.
- La plupart des chambres .noires sérieuses sont munies d’une coulisse permettant le décentrement vertical de l'objectif, mais celte coulisse est loin d’avoir assez de course pour la montagne. Pour répondre à tous les besoins, il faut que le centre de l’objectif puisse s’abaisser ou s’élever au moins jusqu'au quart de la plaque. Pour obtenir ce résultat, il faut que la chambre soit munie d’une double bascule, c'est-à-dire que le cadre qui perte l'objectif et celui qui porte le châssis doivent être tous deux montés à charnière sur le chariot de l’appareil. Ou peut alors incliner la chambre tant qu’on veut pour élever l’objectif autant qu’il est nécessaire, et ensuite faire tourner autour des charnières le porte-objectif et le châssis, pour les ramener à la position verticale.
- Les constructeurs français n'ont pas l’habitude de munir leurs appareils de la Jouble bascule; ils mettent souvent une
- charnière pour l'objectif, mais ils u'cr: munissent pas i'arrière de la chambre, de sorte qu'en ne peut pas ramener la plaque sensible à la verticalité. Au contraire, en Angleterre, tous les 3’ Série, l. 1. A
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- appareils sérieux oui ia bascule à lavant ei à l’arrière
- Les Jifi i'i ci i \ montrent ces dispositions appliquées à la chambre Acmé fabriquée par Watson.
- Lorsqu’on a donné à l’appareil l'inclinaison voulue pour atteindre les plus hauts sommets ou les plus grands fonds du panorama et qu’on a rétabli la verticalité du porte-objectif et
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- LA PHOTOGRAPHIE DES 3IOXTAGXES. 4u
- caloue sphérique (Jig. « > , qui permet cTobtenir facilement une base de rotation horizontale pour la chambre. Un petit niveau, encastré a la partie supérieure, permet d’obtenir l'horizontalité en un instant. Cela fait, s’il n’est pas nécessaire d’incliner la chambre, if n’v a qu’à la fixer sur la tête du pied et la faire tourner, après chaque cliché, de la quantité voulue, en réservant sur chaque plaque une bande de om,oi au moins commune avec le cliché précédent pour assurer le raccordement.
- S’il est nécessaire d’incliner la chambre, il faut interposer entre elle et la tête du pied une planchette d’inclinaison qui est construite de la manière suivante.
- Une planchette A {fig. if») est vissée sur la tète du pied.
- Une seconde planchette B est unie à Sa première par une charnière C et peut prendre toutes les inclinaisons désirables. Elle est maintenue à l’angle voulu par un arc de cercle D et un autre semblable de l’autre côté, munis chacun d’une vis de serrage et se repliant à charnière pour le transport. La tête du pied étant mise préalablement de niveau, l’inclinaison de la planchette supérieure resiera constante lorsqu'on fera tourner tout l’appareil. La chambre noire se visse sur la planchette B, soit d’un côté, soit de l’autre, selon qu’on veut obtenir des angles montants ou plongeants. L’opérateur muni de la chambre à double bascule, avec pied à caloue sphérique et planchette d’inclinaison, pourra exécuter des panoramas dont les parties se raccorderont avec une grande exactitude.
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- Cependant, quelques bons esprits ont objecté que deux photographies successives ne pouvaient se raccorder que si l'appareil tournait autour du point nodal de l’objectif. C’est vrai en théorie, et l’on a imaginé des planchettes de décentre-ment qui permettent d’obtenir la rotation au point voulu. Seulement, lorsqu'on s’éloigne de la position initiale, la chambre ne tarde pas à se trouver en porte-à-faux; elle exerce une torsion sur les planchettes et sur tout le pied, l'horizontalité se perd, et l’on tombe d’un défaut dans un autre plus grave.
- On peut se rendre compte de l'erreur commise en faisant tourner la chambre autour de son écrou, au lieu de la faire pivoter autour du point nodal. Les points éloignés viennent se peindre exactement à la mémo place dans les deux cas, mais les points rapprochés n’auront pas la même position sur deux plaques contiguës, et leurs images seront d’autant plus distantes qu'ils seront plus rapprochés de l’appareil.
- Dans un appareil i3 x »S de o“, t5 de foyer, la distance des deux images sur la plaque est
- de o“,oo6 pour un objet à î>.o:“;
- de o"',oo4 » So*;
- de o1", 002 * 5o,n;
- eldeo",ooi » ton"1.
- Dans les vues panoramiques, les objets rapprochés sont en général insignifiants, et plus ou moins flous, la mise au point étant faite sur les points éloignés. De plus, les panoramas de montagne sont pris autant que possible dans des lieux très découverts, où l’on évite avec soin les premiers plans qui cacheraient de grandes parties du tableau; il est rare, dans ce cas, d’avoir des objets parfaitement déterminés à une distance inférieure à une cinquantaine de mètres. On voit donc que le défaut de raccord est tout à fait insignifiant, puisqu'il ne pourra atteindre o“,ooi ou o,n.co2 que dans les parties totalement dépourvues d’intérêt. 1» iry a pas lieu de s’en préoccuper, et la planchette de décentrement sera complètement inutile.
- Nous n’avons plus à étudier que les déformations produites
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- par la perspective elle-même; ces déformations étant très réelles, il y a lieu d’en examiner l'importance.
- On sait que sur un tableau plan les lignes droites ne sont pas altérées, la perspective d'une droite étant elle-même une droite; c’est même là l’avantage du tableau pian sur le tableau cylindrique, où les droites autres que les verticales et la ligne d’horizon sont représentées par des courbes.
- Mais si une droite est commune à deux tableaux contigus faisant entre eux un certain angle, les deux droites en perspective feront aussi un angle plus ou moins grand et la droite sera figurée par une ligne brisée.
- Supposons (Jig. 17) une droite ab située dans le plan d’horizon, et soient P et P deux plans verticaux se coupant
- suivant la ligne CC et constituant deux photographies successives d’un panorama polygone!. La perspective de la ligne ab sera contenue à la fois dans le pian d’horizon OAB qui contient la droite et dans chacun des plans P et P. Elle se projettera en AC et BC, intersection de? plans P et P par le plan OAB. Les deux plans P et P’, qui sont verticaux, étant perpendiculaires au plan horizontal OAB, leur intersection, qui forme la ligne CC', sera perpendiculaire au plan OAB, ainsi qu’aux lignes AB et BC contenues dans ce même plan. Donc, lorsqu’on rabattra les pians P et P' sur un même plan, c’est-à-dire lorsqu'on collera ie panorama sur un carton (fig. iB). les lignes AC et 11C, perpendiculaires à la même ligne CC', se
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- prolongeront en ligne droite. On peal en conclure que, dans un panorama polygonal, la ligne d'horizon est toujours droite et ne subit aucune déformation.
- Prenons maintenant la ligne a'b’ {Jig. 17) parallèle à ab, mais située au-dessus du plan d’horizon. Elle détermine avec le point O un plan OA'B', oblique par rapport aux plans P et P', et dont les intersections A'C' et B'C' avec les plans P et P’ seront aussi obliques par rapport à la ligne CC'.
- Sur le plan de rabattement 'Jig. 18}. les perspectives C’A' et C'B ne sont plus en ligne droite, comme dans le premier
- cas, et forment un angle A'C'B', d’autant aigu que la droite a!b' est plus éloignée du plan horizontal.
- D’après ces principes, un panorama composé de plusieurs
- Kg. sc
- épreuves se présentera comme l'indique la Jig. 19. La ligne d’horizon HH' restera droite.
- Toute droite parallèle à cette ligne formera une ligne brisée, convexe si elle est plus haut, ada", et concave si elle csi plus bas que l’horizon, bVl".
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- Il est bon de faire remarquer que si I on avait, au lieu d‘ut: panorama polygonal, un panorama circulaire, obtenu avec le cylindrographe ou le cyciographe, cette convexité ou cette concavité s’y reproduirai: avec îa même intensité de courbure; seulement, on aurait des courbes continues pour représenter les lignes droites, au lieu de lignes brisées, ce qui produirait un effet moins choquent.
- Il ne faudrait pas, cependant, s’exagérer l’importance de ce défaut, beaucoup moins grave en pratique que ne le fait croire l’exagération des figures théoriques. La déformation perspective, n’existant pas à ' horizon et augmentant à mesure qu’on s’en cioigne. ne deviendra sensible que pour les grands fonds ou les crêtes très élevées obtenues à l'aide d’un grand déplacement de l’objectif, cas assez rare en somme; même dans ce cas, elle ne sera guère appréciable si Ton évite de faire des photographies à trop grand angle.
- En effet, plus on augmente le nombre de côtés d’un polygone inscrit dans un cercle, plus ce polygone se rapproche de la circonférence. 11 est bon, dans les panoramas, que chaque épreuve n'embrasse pas un angle plus grand que 45*. qui correspond à un foyer de moins de o*“,20 pour un i3x ib pris en largeur. On voit qu’on retombe dans les dimensions que j’ai indiquées plus haut pour des raisons différentes. En se tenant dans ces limites, la déformation perspective ne sera pas sensible, et l’on aura des résultats se rapprochant infiniment de ceux que donne le evlindrographe, et capables de satisfaire l’amateur le plus difficile.
- Raccordement des épreuves. — Le raccordement des photographies doit se faire selon des principes qu'il est utile de connaître. On peut avoir à i’cxccuter en hauteur ou en
- largeur.
- Lorsque le photographe se trouve eu face d’un à-pic formidable, il ne doit pas hésiter à monter sou objectif pour avoir la partie supérieure, puis à ie descendre pour prendre sur une autre plaque la partie inférieure. Les deux ciichés auront une partie commune dont l’étendue importe peu, car ils sont exactement superposables sut to• ;: •• •tt > >î la glace
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- est restée veriicale. On coupera donc les épreuves où Ton voudra, certain que ie raccordement sera exact.
- ii n'en est pas de même de deux clichés voisins en largeur. Ceux-ci étant situés dans deux pians verticaux différents, n'ont de commun que la ligne verticale formée par l'intersection de ces deux plans, et n'ont aucune partie superposable. Il existe donc une ligne de raccordement, et une seule, qui est la verticale coupant en deux parties égales la partie commune aux deux clichés. A droite et à gauche de cette ligne, le raccordement ne sera plus exact, mais il est facile de couper les épreuves à l’endroit convenable, qui est à égale distance du bord dons les deux plaques contiguës.
- Cet exposé montre que les panoramas peuvent être facilement exécutés sans autre appareil qu'une chambre noire de bonne qualité munie de quelques accessoires faciles à se procurer.
- Matériel et développement.
- Je n’ai que peu de choses à dire au point de vue du matériel propre à la Photographie de montagne. La chambre noire à double bascule que j’ai indiquée, munie de son pied à calotte sphérique, répond à tous les besoins et peut servir aussi bien pour les groupes ou les i nié rieurs que pour les panoramas. J'insisterai seulement sur un point: c’est sur la nécessité d’avoir un pied très solide. Par les forts vents, si communs sur les sommets, la stabilité de l'appareil laisse souvent à désirer, et l’on a souvent bien de Ig peine à trouver les quelques secondes de calme nécessaires au temps de pose. Il faut qu'on soit bien persuadé que tes ’ ibrations sont causées par les flexions des branches du pied. Si l'on a un pied très rigide, on pourra opérer par des vents même assez violents pour risquer de renverser J'appareii. Ite.ns ce cas, il est bon de suspendre au boulon de la tô;c du pied une grosse pierre qui donnera une stabilité très grande, mais en ayant soin qu’une partie de la pierre repose à terre : sans cela elle prendre)i un mouvement pendulaire qui causerait à l’appa-
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- MONTA
- reil des oscillations pires que celles que produirait le vent.
- L’objectif devra être capable de couvrir une grande surface, afin de pouvoir le décentrer lorsque ce sera nécessaire. Une trousse d'objectifs sera commode, peur pouvoir prendre des vues à différentes échelles selon l’objet représenté.
- Les clichés de verre, avec leur cortège de châssis, forment un bagage lourd et encombrant: cependant, on ne peut pas encore conseiller de les abandonner pour les pellicules; celles-ci, lorsqu’elles sont en rouleau dans un châssis à magasin, offrent le maximum de légèreté, mais elles ne conservent pas au développement la planité nécessaire et fournissent trop souvent des négatifs défectueux. De plus, elles ne sont pas orthochromatiques.
- Les pellicules rigides ont ies qualités requises, en tant que légèreté, planité, et, pour certaines, orthochromatisme, mais les constructeurs ne nous ont pas encore fabriqué un bon châssis à magasin pour ces piaques, et l'on est contraint de les mettre dans des châssis ordinaires en les maintenant par un carton, de sorte qu’on gagne peu sur le poids tout en perdant les qualités de conservation des clichés sur verre; on conservera donc encore ces derniers.
- Pour changer ses plaques, le photographe de montagne sera souvent contraint d’attendre la nuit. Il pourra aussi les changer le jour, en s'asseyant sous une table sur laquelle il fera étendre des couvertures tombant jusqu’à terre; enfin il pourra se servir avec avantage des appareils en étoffe en forme de sac ou de parapluie dans lequel on s’introduit une partie du corps, et qui sont très commodes, en prenant les précautions nécessaires pour ne pas voiler les surfaces sensibles.
- On emportera la provision de piaques dans les boîtes, telles que les livre le fabricant. Les plaques exposées seront repliées dans les mômes papiers cl remises dans les mômes boites, mais en les séparant par des feuilles de papier à aiguille. Ce mode d’emballage est excellent, mais il ne faut pas laisser les plaques plus de deux ou trois mois avant de les développer, car le papier, môme noir, finit à la longue par causer un voile sur les plaques.
- Le développement, qui se fait au retour, n'offre rien de par-
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- tïculicr. En sc servant des temps de pose que j'ai indiqués, uii révélateur automatique donnera de très bons résultats. Je me sers avec succès du Panchromatic fabriqué par le Comptoir général de Photographie, assez dilué pour que le développement dure environ dix minutes, mais je développe à la fois trois clichés i3xiS dans trois cuvettes séparées, de sorte que l’opération marche très rapidement.
- Le fixage et falunage se font avantageusement dans des cuvettes à rainures en faïence dans lesquelles les plaques sont placées verticalement, au nombre de six par cuvette.
- Scènes pittoresques.
- Photo-jumelles stéréoscopiques. — Je ne me suis occupé, jusqu’ici, que de la Photographie de paysage, des clichés qui doivent rapporter l’impression des grandes scènes de la nature. C’est la Photographie sérieuse, celle qui permet de rapporter des oeuvres détaillées et en quelque sorte géographiques; mais il est un autre genre de Photographie tout aussi intéressante et qu’on ne doit pas dédaigner; c’est la Photographie de la montagne vivante et animée, qui nous montre un troupeau au pâturage, des paysans au travail, une caravane d’alpinistes en marche, un chalet entrevu au passage, un détail pittoresque, une scène d’escalade et tant d’autres sujets qui se présentent à chaque instant et qui sont trop fugitifs pour qu’on ait le loisir de dresser un appareil et de faire de longues poses.
- C’est ici que la Photographie instantanée sera utile et que les petits appareils trouveront leur emploi.
- A mon avis, l'alpiniste ne sera jamais qu’un photographe incomplet si, à côté de son appareil sérieux transporté par le guide, il ne porte pas lui-mème un appareil à main destiné à prendre instantanément les scènes pittoresques. Et. qu’on ne s’y trompe pas, un appareil intermédiaire ne remplacera pas les deux que j’indique, car il ne sera pas assez maniable pour Otrc toujours prêt au bon moment.
- L’appareil à main doit être aussi petit que possible, car il
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- LA PH0T0G3A; i!IE !>ES uoxtacxks. 4.«»
- faui que l’alpinisie puisse remporter partout sans fatigue, cl qu’il lui soit possible ce sen servir dans les passages les plus difficiles et, au besoin, d une seule main.
- Il faut aussi que la visée se fasse avec facilité. Rien ne réalise mieux ces desiderata que les jumelles photographiques. Les photographies obtenues avec ces petits appareils peuvent être utilisées de trois manières différentes : i° en positives sur papier, agrandies; i° en diapositives pour projections; 3° en positives sur verre pour stéréoscope. Il est bon de choisir un appareil qui se prête facilement à ces diverses conditions.
- Le Comptoir général de Photographie construit un cône d’agrandissement automatique peu coûteux, qui permet d'agrandir en plusieurs dimensions les petits clichés de tout format. On ne sera donc pas embarrassé pour agrandir les petits clichés, quel que soit l’appareil qui les ail fournis; on sait que ces cônes ont l’avantage de donner la mise au point rigoureuse, sans qu'on ait à s’en occuper. L’agrandissement se fera soit sur verre, soit sur papier au gélaiinobromure, par développement.
- Les positifs stéréoscopiques se feront sur verre, par contact. Quant aux positifs pour projections, il sera évidemment plus commode de les faire aussi par contact, mais il faut pour cela que les clichés aient la dimension convenable. A ce point de vue, les clichés du vérascope, qui ont 4,5 x 4,5, et ceux de la photo-jumelle Carpentier de 4» 5 x6 «ont trop petits et nécessitent l'agrandissement. On sait que ies dimensions des diapositives pour projections sent de 8,5xio, mais que l’image, pour pouvoir être projetée par les appareils courants, doit être inscrite dans un carré de 7 x 7 dont les angles même sont arrondis; les jumelles de formai8x9 peuvent être utilisées, à condition de ne pas se servir des bords, mais j’ai toujours trouvé que ce format était trop lourd et trop peu maniable pour la haute montagne.
- Après divers essais, j’ai donné la préférence à Yhoméoscope de Richard qui, sous de très petites dimensions, donne d’excellents clichés stéréoscopiques. Les clichés ont 6x6,5 et peuvent être projetés concurremment avec le format normal, la différence étant trop petite pour être remarquée Ce petit
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- appareil a aussi l'avantage de se charger avec la plus grande facilité. Lorsqu’on port pour une longue course, on peut emporter plusieurs douzaines de plaques introduites d’avance dans leurs châssis et placées dans des boîtes de carton spéciales; on emporte une manche do caoutchouc mince, où l’on introduit les mains, après y avoir placé l’appareil et deux boîtes de plaques, et Ion faille chargement des 2.j clichés en un instant et en pleine lumière.
- Je ne saurais trop insister sur ie plaisir que procure à l’amateur le relief stéréoscopique, surtout lorsqu'il s’agit de scènes d’escalade. En effet, lorsque les pentes de neige sont très inclinées ou les parois des rochers abruptes, l’opérateur est obligé d’incliner fortement son appareil pour mettre en plaque le sujet qui est au-dessus de sa tête. La perspective. des épreuves simples est alors faussée, comme je l’ai fait remarquer plus haut, et le positif, au lieu de figurer une paroi verticale, montre un rocher presque horizontal, sur lequel les grimpeurs ont l'air de se traîner à quatre pattes; l’effet de l’escalade vertigineuse est alors complètement perdu.
- C’est le mérite de M. Jules Richard d'avoir montré que, si l’on regarde le positif dans un stéréoscope de même foyer, en inclinant l'appareil peu à peu, on voit les verticales se redresser à mesure, et finir par prendre leur position normale au moment précis où le stéréoscope a la même inclinaison qu’avait l’appareil lorsqu'on a pris la vue. A ce moment, la perspective est redevenue correcte; le spectateur, obligé de lever la tête comme dans la nature, retrouve l'angle naturel, et l'illusion est complète.
- Ce rétablissement delà perspective est complet, avec le stéréoscope incliné convenablement, aussi bien pour les monuments que pour les scènes alpines, et rien n’est plus curieux, lorsqu’on vient de constater la perspective ridicule d’un arc de triomphe plus étroit en haut qu’en bas, que de voir les côtés du monument reprendre leur parallélisme à mesure qu’on incline le stéréoscope.
- Ainsi, avec un appareil stéréoscopique, on peut prendre des vues avec une inclinaison quelconque, sans avoir à craindre aucune déformation. Toutefois, je dois meure en garde le
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- lecieur conire l'abus des vues prises dans ces condiiion9, ci faire remarquer que !e redressement de l'image ne s’opère que par l’inclinaison du stéréoscope. La perspective n'est nullement corrigée et l’image conserve tous ses défauts si elle est projetée sur l’écran. L'alpiniste devra donc s’abstenir d’employer, pour la projection, des vues prises avec l’appareil incliné; cela vaudra mieux que de projeter des images ridiculement déformées, auxquelles le public ne peut rien comprendre et qui ne donnent aucunement l'illusion de l’escalade.
- Le stéréoscope est la providence de l’ascensionniste. Outre les escalades difficiles, il lui permet de prendre les caravanes en enfilade sur les pentes ou sur les arêtes, le relief stéréoscopique détachant les personnages qui sans cela ne formeraient souvent qu’une masse compacte où l'on ne peut rien distinguer. Mais, ici aussi, ii faut prendre garde que la projection ne produit pas le même effet; les personnages paraîtront les uns sur les autres; on ne verra souvent qu’un personnage orné de plusieurs tètes et d’un nombre de membres tout à fait anormal; ou bien le personnage le plus rapproché de l’opérateur semblera énorme, tandis que le premier de la caravane paraîtra microscopique. L’alpiniste qui voudra prendre des vues pour ses conférences devra se déterminer à se désencordcr et à courir en avant de temps à autre pour attendre le passage de la caravane à quelque endroit où il puisse la prendre de profil et à peu près à la hauteur où il se trouve lui-même. Il obtiendra ainsi de bonnes projections; ce sera, il est vrai, aux dépens de sa sécurité, mais il ne doit pas partir sans savoir qu'il n’y a pas déplaisir sans peine, et que la Photographie de montagne n’est pas seulement difficile; elle est aussi dangereuse.
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- AGRANDISSEMENTS.
- CONFÉRENCE
- FAITE AC CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS,
- LE DIMANCHE 2Ô MARS i&yj.
- Par SI. Étienne WALLON,
- Professeur au Lycée Jaason de Sai!i>.
- Messieurs,
- 11 semble bien que les premiers essais d'agrandissement photographique datent de i853 et qu'ils soient dus à l’opticien français Lerebours.
- En 1861 l'invention revenait d’Amérique —c'est ainsique déjà les choses se passaient — et faisait quelque bruit. Mais le succès n’était pas incontesté ! Voici ce qu’on lit, en effet, dans XEncyclopédie de La Blanehère, précieux Ouvrage qui parut sans date, mais, je crois, vers i8G3 :
- « Il est singulier, dans l’histoire de la Photographie, de voir, tous les deux ou trois ans, cette même préparation et un appareil semblable revenir occuper les photographes comme une nouveauté.
- » Voici le procédé de i853 : il semble que nous répétons le procédé américain, si louange et si prôné en i$6i, malgré l’imperfection égale des résultats.
- » ... Dès cette époque, l’inventeur n’attachait pas une grande importance à ce procédé, par ce fait que quand une
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- image négative est amplifiée seulement trois ou quatre fois, elle perd en netteté, en détails, une partie très considérable de sa valeur.
- » Effectivement, nous n’avons vu qu’une seule épreuve, faite par M. Bertsch, dans laquelle les détails agrandis avaient conservé une netteté suffisante. »
- Je ne sais pas, Messieurs, si cette affirmation dernière vous étonne autant qu’elle m'a surpris quand je l’ai lue pour la première fois : ainsi nous sommes en 1863; il y a vingt-cinq ans que la découverte de la Photographie a été publiée, et à ce moment, si l’on peut voir une bonne image obtenue par agrandissement, on n’en peut voir qu'une !
- Et il nous semble, à nous, que l'agrandissement est une opération très simple; et bien des amateurs — il doit y en avoir ici — sont convaincus qu’il est plus facile, en somme, d'agrandir une photographie que de la tirer directement.
- C'est que les choses ont changé, aussi bien les conditions du problème que les moyens permettant de le résoudre.
- Examinons tout d'abord, si vous le voulez bien, les conditions; prenons-les telles qu’elles étaient posées au début, telles qu’elles se présentent à l’heure actuelle.
- Les premiers auteurs de Traités didactiques nous disent quel but on poursuivait de leur temps.
- On voulait de grandes épreuves, et l’on ne pouvait pas les obtenir directement. Ce n'était pas seulement que les grands appareils fussent lourds, peu transportables, peu maniables, peu économiques : sur tout cela on eût facilement passé condamnation; mois, pour couvrir de grandes surfaces, il fallait prendre des objectifs d’un diamètre énorme, et ces objectifs ne pouvaient pas donner de bonnes images : mettant à part les questions d’aberration, fis avaient une profondeur de champ trop faible, et, passez-moi l'expression, ils avaient l’œil trop grand; recevant de ia lumière de points que l’œil humain ne peut voir en même temps, ils faisaient pour ainsi dire le tour du modèle et en donnaient une perspective faussée.
- Et comme la finesse, poussée à i'exlrême, était alors considérée comme la qualité fondamentale des images, ce qu'on
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- demandait à l’agrandissement, à l'amplification, comme on disait à celle époque, c’était de fournir des épreuves plus fines que n’en pouvait donner la photographie directe.
- Monckhoven le dit nettement dans son Optique photographique. en 1866 :
- « L’Auteur de cet Ouvrage a produit tics épreuves du format de la feuille photographique (44 X 5;) si nettes, que de l’aveu d’opticiens du plus haut mérite, tels que MM. Secretan Ross, Dallmeyer, rien ne peut être produit de si fin, si l’on se sert de grands objectifs. »
- Est-ce bien cela que nous visons, à l'heure actuelle? Non, d'abord parce que les « grands objectifs » donnent, en 1899, bien autre chose qu’en 1866; non, parce que la grande finesse n’est plus pour nous la préoccupation qui domine toutes les autres.
- La Photographie a singulièrement étendu son domaine, et l’on trouve maintenant, parmi ses adeptes, les tendances, les aspirations les plus diverses. Elle était, au début, considérée uniquement comme un merveilleux procédé de reproduction: elle est devenue un instrument scientifique; nous voulons en faire un outil d’art; et enfin, il faut bien en convenir, nous la considérons parfois aussi comme un simple passe-temps.
- Il est inutile de dire que, dans ces divers rôles, nous ne demandons pas à la Photographie les mêmes qualités, que nous ne recherchons pas les mêmes effets, et que l’agrandissement, en particulier, doit répondre à des besoins assez variés.
- S’agit-il de reproduire à grande échelle des tableaux ou des dessins ? Alors nous nous retrouvons en face des conditions anciennes, et la première qualité que nous devions exiger c'est la ûdéiité absolue. La Photographie n’a pas le droit, bien évidemment, de sacrifier ce que le peintre a voulu garder, de supprimer des détails où il en a voulu 010111*6. Nous pourrions bien obtenir ces images directement : les progrès de l’Optique ont mis à notre disposition des objectifs qui peuvent couvrir de très grandes surfaces avec un diamètre qui n’a plus rien
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- d’excessif. Mais il est vraiment peu commode de transporter de musée en musée les appareils invraisemblables qui seraient nécessaires. L'agrandissement, qui nous en dispense — sans qu’on ait cependant à lui demander les tours de force d’autrefois — n’a pas à nous donner plus de finesse que la photographie directe, mais ii doit pouvoir nous en donner autant.
- S’agit-il d’images destinées à des recherches scientifiques? Ici, bien plus encore, la finesse, poussée jusqu'à la minutie, est de rigueur : une photographie agrandie, ce doit être une photographie vue à la loupe — sans loupe.
- Ce n’est déjà plus ce qu'on exige pour les grands portraits, comme ceux que vous avez sous les yeux : certes on recherche encore la netteté, mais on veut que l’image agrandie ait son caractère propre, qu'elle diffère, autrement que par les dimensions, du petit cliché dont elle procède.
- Sommes-nous des disciples de ceux qui prêchent parmi nous l’art photographique? Ce que nous demandons plus franchement encore à l’agrandissement, c est, par principe, d’atténuer ce que la photographie directe peut avoir de sec et parfois d’un peu mesquin ; c'est de donner aux images une facture plus large, plus grasse, une perspective plus satisfaisante. Nous avons, comme le peintre, notre droit d'interprétation, nous voulons être maîtres de notre outil, et l'agrandissement nous fournit des ressources très spéciales et très précieuses; mais la finesse devient alors souvent une qualité fort secondaire.
- Enfin, il faut bien faire aussi ia part de ceux — ils sont les plus nombreux, certainement — qui ne demandent à l'agrandissement que d’agrandir, tout simplement : on ne veut pas se charger en voyage de chambres noires encombrantes, et l'appareil à main, les jumelles surtout, sont bien commodes; mais, en rentrant, ou trouve leurs images petites, et l’on éprouve le besoin d'obtenir mécaniquement,automatiquement, du cliché 6 £ X 9 ou 4 7 X 6, une épreuve 18 X 24 ou tout au moins i3xt8. Ces photographes-là n'ont jamais recours à des agrandissements bien forts, et ii est toujours facile d'obtenir la finesse qui leur es: suffisante.
- Nous venons de voir combien ies conditions du problème > Série, t. /.
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- se sont modifiées; le changement n'est pas moins grand en ce qui concerne les moyens : disposant, pour obtenir les images agrandies, de combinaisons optiques beaucoup plus parfaites, nous pouvons partir de négatifs déjà bien plus grands, et nous avons, pour imprimer ces images, des préparations beaucoup plus sensibles.
- Les photographes des époques primitives — je parle d’une quarantaine d’années — ne connaissaient pour l'agrandissement que l’objectif à portraits : c'était alors le seul instrument qui pût donner une image fine et en même temps lumineuse; mais, corrigé de façon assez parfaite suivant l’axe, il ne l’est que pour un champ très réduit, et la surface focale est très peu plane : la qualité de l'image diminue vite à partir du centre, si l'objectif n’est pas fortement diaphragmé.
- Avec le mode d’éclairage alors adopté, tout se passe, nous le verrons tout à l’heure, comme s'il en était ainsi; mais ce mode d’éclairage était seul admissible, et il ne permettait, étant donnée l’imperfection des systèmes optiques dont on disposait alors pour condenser la lumière, que l’emploi de négatifs très petits :9x1a tout au plus.
- Comme surfaces sensibles, on n’avait pas grand choix. En dehors du papier albuminé et du papier saié, je vois bien indiqués deux ou trois types de papiers à développement — un à la nitro-glucose, un autre à l’îodure de potassium et à l’arrow-root,sensibilisé dans un bain d’acétonilrate d’argent — mai» ils n’étaient ni bien rapides ni bien bons. Le papier au charbon en était à scs débuts.
- On avait proposé d’opérer sur cotiodiou, mais il fallait ensuite transférer ce collodion sur papier, travail qui, pour de grandes surfaces, est assez délicat.
- Nous avons maintenant d’exceüenis objectifs, à champ beaucoup plus ouvert, à surface focale bien plus plane et bien plus étendue: on construit des condensateurs qui sont, à dimensions égales, de qualité très supérieure. Enfin, nous avons dans les papiers au gélatinobromure un type de préparation très sensible, n’exigeant plus qu’une illumination beaucoup moins intense, et nous permettant même de nous passer des condensateurs.
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- Les progrès accomplis, tant en Optique que dans la préparation des surfaces sensibles» ont ainsi simplifié singulièrement le problème, IUen ne s'oppose maintenant à ce qu'on prenne pour point de départ des clichés déjà très grands, puisqu’on a été parfois jusqu’à 4<>x5o. Nous n’avons plus besoin d'un rapport d’agrandissement exagéré, et cela nous permet d’atteindre plus simplement d’aussi bons résultats.
- En principe, le but que poursuit l’agrandissement photographique est d’obtenir, en partant d'un négatif de taille plus ou moins réduite, des images positives de dimensions supérieures.
- Divers moyens permettent d'arriver à ce résultat. On a proposé des classifications dont plusieurs sont assez arbitraires : les seules qui me paraissent justifiées sont fondées, l'une Sur le nombre d’opérations qu’il est nécessaire d'effectuer, l’autre sur le mode d’éclairage que l’on adopte.
- i4 Ou bien, sons aucun intermédiaire, on passe du petit négatif à la grande image positive : c’est la méthode directe; elle fournil une épreuve unique.
- Ou bien, du négatif» on prépare, à une échelle quelconque, une image positive, ci, de ceilo-ci, un nouveau négatif, présentant les dimensions définitives, et qui servira au tirage, par contact, d’épreuves positives en nombre illimité : c’est la méthode indirecte.
- s4 Dans les deux cas, ou peut faire passer à travers le cliché qu’il s'agit d'agrandir un faisceau lumineux qui, venant soit du soleil, soild’une source quelconque, est guidé dans sa marche par une combinaison optique appelée condensateur, et placée en arrière du cliché. Oc condensateur ferme avec l'objectif amplifiant, disposé d'autre pari, un système composé dont les deux parties ne peuvent pas être considérées comme indépendantes. Le négatif se comporte alors comme un écran transparent, mais dont la transparence varie d'un point à l’autre; qui, suivant qu’il pins ou moins opaque dans une région
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- donnée, n.Taiblit plus ou moins le pinceau lumineux traversa:-.: celte région; qui, par suite, modifie la distribution de ia -.a dans le faisceau lumineux, mais sans dévier en rien !:: marche des ravons. Ceux-ci. rencontrant ensuite la surface sensible, après avoir traversé l'objectif amplifiant où iis ferment une Image delà source, produisent sur cette surface des jeux d'ombre et de lumière dont i ensemble restitue le dessin du modèle; et la restitution est obtenue avec des contours et des détails nets, si l’écran et le cliché sont dans des plans conjugués par rapport à l’objectif amplifiant.
- Regardez d’ailleurs, pendant que i'oti fait devant vous une projection, le faisceau lumineux qui va cle la lanterne à l’écran; vous le suivez dans l’espace, grâce aux poussières qu’il éclaire sur son passage: c’est un cône dont le sommet se trouve dans l’objectif amplifiant, ou tout au moins dans son voisinage, et qui a sur l’écran sn base, laquelle est une image à peu près nette du condensateur: avant qu’on ait placé dans la lanterne la-diapositive, ce cône vous apparaît illuminé de façon homogène? après qu'on l'a introduite, il devient un assemblage de fuseaux inégalement éclairés, mais sa base et son sommet restent les mêmes.
- Examinons de plus près comment les choses sc passent dans cet éclairage par lumière transmise; supposons que le
- c ndensateur C et l'objectif O soient respectivement réduits à une lentille unique [fig. i et que ie second soit exactement conjugué de la source ss' par rapport au premier. Par curque point A du cliché P passe un pinceau conique et
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- Lüa ACKAXOlSaEMENTS. {>;r>
- très fin de rayons lumineux qui, provenant des divers points de^', vont passe:* aux points correspondants de l'image s,s't qu’en donne le condensateur dans l’objectif amplifiant, puis se réunissent de nouveau, pour former l’image A«, par rapport à cet objectif, du point par lequel ils ont traversé le cliché.
- Nous avons pour ainsi dire deux systèmes, enchevêtrés l’un dans l’autre : d’une part le condensateur, avec la source et l'objectif,conjugués l’un de i'autrepor rapporta lui; et, d’autre part, le négatif et l’écran, avec l’objectif par rapport auquel ils sont également conjugués.
- Chaque pinceau admettant comme section l'image que le condensateur forme de la source, tout se passe comme si l’objectif amplifiant était diaphragmé au diamètrede celle image.
- Mais il faut, pour que ce diaphragme soit nettement défini, que le condensateur soit suffisamment corrigé d’aberration sphérique.
- Dans ces conditions, les divers pinceaux affectent de façon aussi favorable que possible l'objectif amplifiant, et donnent une image agrandie très bonne, sur une étendue plus ou moins grande, suivant que la surface focale de cet objectif est plus ou moins plane.
- En résumé, avec cette première disposition, la lumière est simplement transmise par le négatif que l’on veut agrandir: il ne joue que le rôîe (Ton filtre, !! est d'ailleurs à remarquer que, si la source pouvait èü-c réduite à un point, l’objectif serait parfaitement inutile, et même le condensateur.
- Ou bien ot». place derrière !<* cliché, à quelque distance, une surface diffusante, ur. verre dépoli par exemple, uniformément éclairé; le cliché I’ reçoit de la lumière dans toutes les directions el devient pleinement assimilable à un objet lumineux (Jiff- . : tout se passe comme si chacun de ses points, tel que A, émettait un faisceau couvrant toute la surface de l’objectif ü. La lumière peut donc être regardée comme émise par le négatif que l'on veut agrandir. Nous n’avons plus à nous occuper de ce qui sc passe en arrière de lui, si ce n’est
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- /,3o K. WALLON.
- pour assurer l'uniformité d'éclairement de la surface diflu-
- l)o sorte qu’en somme nous avons à distinguer deux modes d'éclairage :
- ]*ür lumière transmise; a° Par lumière émise.
- Ce second mode, qui peut être dit aussi par lumière diffuse, est à peu près exclusivement choisi quand on suit la
- méthode indirecte, parce qu’alors on emploie des surfaces très sensibles et qu’un excès de lumière deviendrait gênant; mais il convient aussi à la méthode directe, si l’on se sert de papier au gélalinobromure.
- Quanta la classification qui distingue les agrandissements à la chambre ou par projection, elle ne répond qu'à une différence dans les dispositions prises pour protéger la surface sensible contre la lumière qui viendrait la voiler.
- Si i on opère dans une pièce claire, il faut enfermer tout l'intervalle compris entre cette surface et l’objectif amplifiant; et il est bon de protéger aussi l'objectif lui-même contre la lumière ambiante, en fermant de façon plus ou moins complète l’cittervaiic qui le sépare du négatif à agrandir. C’est ce que l'on réalise dans la chambre à trois corps ; c'est ce que l’on peut d'ailleurs obtenir plus simplement.
- S: ai! contraire la pièce est sombre, ii faut seulement empêcher d’arriver jusqu’à l’image les rayons qui, venant de la source, nom pas traversé le négatif: c’est donc l'espace comprenant la source, le négatif et l'objectif qu'il faudra fermer.
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- Celle disposition est la plus avantageuse en ce qu’elle facilite l'examen de l image agrandie, le régiage des appareils, et l'intervention, sous forme quelconque, — l'emploi de caches, par exemple, — de l'opérateur pendant la pose.
- Jll.
- Avant d’étudier la disposition des appareils d’agrandisse-menl, nous examinerons sommairement les conditions auxquelles doivent satisfaire le négatif et l'objectif, qui en sont les éléments principaux.
- En ce qui concerne ie négatif, les qualités qu’on en doit exiger dépendent naturellement du rapport d’amplification que Ton s’est fixé, et aussi du mode d’éclairage que l'on a choisi.
- Le négatif que l’on veut agrandir en lumière transmise doit être rigoureusement exempt de voile, absolument clair dans les blancs, assez transparent dans les ombres pour qu'on puisse voir au travers les objets les plus délicats. Il ne faut pas, en effet, que ce négatif joue, si peu que ce soit, le rôle de surface diffusante. Si nous supposons qu’en un de ses points une partie de la lumière reçue passe librement, tandis qu’une autre est diffusée, celle-là, simplement transmise, traversera l’objectif par sa partie centrale et donnera une image nette; celle-ci, pouvant être regardée comme émise, utilisera toute l’ouverture de l'objectif, et s’il n’est pas parfaitement exempt d'aberration sphérique, donnera une seconde image, distincte de la première et qui la troublera.
- Aussi reconnncndait-011.. autrefois, de fixer au cyanure plutôt qu'à l’byposulfile les clichés destinés à l’agrandissement. C’est peut-être pousser la prudence un peu loin; mais II faudra tout au moins se prémunir contre !e voile, tout d’abord contre celui que donne la réflexion totaie des rayons sur la face postérieure des glaces sensibles cl que nous appelons le halo; je ne parle pas seulement ici du cas où l’objet photographié présente des parties délicates qui s’enlèvent en sombre sur un fond vivement éclairé cl que le halo ronge
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- VA J. LO.V.
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- jusqu'à le» faire parfois disparaître : non! les posiiifs que je vous montre projetés sur récran, et dont une moitié seulement a été protégée, par un enduit à l'ocre et à la dextrine. contre le halo, vous font voir très nettement que, de façon tout à fait générale, iinfluence de ces rayons réfléchis se traduit par un voile qui s’étend sur l’image entière : or, rien n’est plus facile que de l’éviter en enduisant le dos des piaques avec une des préparations qui ont été indiquées de divers côtés, préparations dont la plus commode, à mon avis, est encore celle qu’a préconisée M. Drouet.
- Si l’on opère en lumière diffuse, un léger voile a moins d’inconvénients : il vaut cependant mieux l’éviter.
- De même, la qualité du verre servant de support au cliché n!a pas, dans les deux cas, une égale importance. U doit être absolument sans défauts, et mince autant que possible, si l’on agrandit en lumière transmise; l’épaisseur du verre est indifférente avec l’autre mode d’éclairage, mais il ne doit pas non plus présenter de défauts, tout au moins de défauts graves.
- De façon générale, le cliché doit être très complet, très net; et je ne saurais trop vous engagerai vous vous servez d’appareils à main, à les mettre sur un pied quand vous faites une photographie que vous avez l'intention d’agrandir plus tard.
- Autrefois, on exigeait une linesse extrême, parce qu’on employait des rapports d’agrandissement considérables, et l’on attachait une grande importance ou grain de la préparation. A cet égard, le collodion est très supérieur au géiatinobromure, et l'albumine l'emporte encore sur le collodion : pour nos besoins actuels, nous n'avons plus guère à nous préoccuper de ce grain, du moins en général. Vous avez devant vous de magnifiques portraits agrandis, à une échelle considérable, et pour lesquels M. Xadar s’est servi de négatifs sur plaques au gélaiinobromure? voici également une marine, qui est un agrandissement, avec un rapport linéaire de 10, d'un petit cliché de vérascope, et où le grain de la préparation n’apparaît nullement de façon gênante; nous ne nous plaçons pas d’ailleurs, pour regarder ces images, aussi près que nous le faisons pour les photographies directes, de dimensions moindres. Cependant, cette préoccupation du grain redevient
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- légitime dans les cas où nous voulons que l'image agrandie présente une finesse sensiblement égale à celle du tableau, par exemple, que nous voulons reproduire; et les négatifs dont se sert M. Braun sont faits sur glaces au collodion.
- On demandait, il y a quelques années, que, pour les paysages, la finesse s’étendît à tous les plans. Aux petits appareils dont on se servait peur obtenir les clichés destinés à l’agrandissement, on adaptait des objectifs à très court foyer, pour avoir une grande profondeur de champ. Je vous montre l’un de ces appareils, celui de Berisch : vous y reconnaissez, sous une forme un peu primitive, nos chambres à main actuelles; remarquons, en passant, qu’on ne les tenait pas à la main.
- Nos idées,» là-dessus, se sont modifiées. Nous nous sommes aperçus que la platitude si longtemps — et si justement — reprochée aux images photographiques tenait précisément à celle exagération de la profondeur de champ. Si nous voulons conserver l’impression, tout à fait essentielle, de la perspective aérienne, il faut que la netteté soit localisée, comme elle l'est pour notre oeil; et si, par exemple, l’objet principal est à distance assez faible de l'appareil, les lointains doivent être noyés dans un certain flou. Mais il ne faut pas que ce flou présente ce que l'on peut appeler le caractère photographique, que les masses de verdure, en particulier, soient figurées par cet amas de petits ronds, empiétant les uns sur les autres, que vous connaissez trop bien. Pour cela, c’est une grande profondeur de foyer qui nous est nécessaire; et bien qu’on la confonde souvent, tout au moins dans le langage, avec la profondeur de champ, ce sont choses fort différentes. Nous opérons maintenant avec de? objectifs très largement ouverts, et volontiers avec des objectifs à long foyer. Les jolies images, si profondes, si aérées, que nous montre d'habitude NI. Coste, sont même obtenues avec un téléobjectif. Je vous fais voir ici deux photographies, i’une de M. Coste, l'autre de NI. Koberi Demachv, qui sont prises dans ces conditions et nous funl bien voir la tendance nouvelle; il y u vingt ans, eiles n’eussent pus été admises: voyez cependant comme elles nous donnent une impression juste el charmante.
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- Maïs si nous ne recherchons plus une finesse exagérée en profondeur, nous voulons que l'image soit homogène, que les objets situés à la mémo distance oieni ia même neitelé, aux bords ci au centre de la plaque. C'est une condition à laquelle les objectifs anciens ne pouvaient satisfaire qu'avec un très petit diaphragme et, par suite, avec une trop grande profondeur de champ, mais que les instruments nouveaux remplissent au contraire merveilleusement; et quand je parle des instruments nouveaux, je n'ai pas seulement en vue ceux qui nous viennenld'Àllemagne. A l'heure qu'il est, nous pouvons trouver en France des objectifs de ce genre qui, même à prix égal, ne craindraient pas la comparaison.
- Les négatifs destinés à l’agrandissement doivent être doux, d'une intensité suffisante, mais sons oppositions violentes. L’amplification exagère les défauts de développement, et donne d’un cliché léger une image grise, d’un cliché dur une image brutale. Étant données les qualités des papiers positifs au nitrate d'argent qui sont aujourd'hui d'un usage si répandu, c’est le premier défaut qui est le plus à craindre. On pourra donc être amené à renforcer un peu, quand on voudra les agrandir, les négatifs qui auront-été développés en vue du tirage sur ces papiers. Il faut opérer le renforcement avec beaucoup de prudence, et, de préférence, employer le procédé à l’urane, celui-ci ayant le double avantage d’agir surtout comme écran jaune, et de permettre !c retour à l’étal initial par simple immersion du cliché dans un bain alcalin — pourvu qu’on n’attende pas trop longtemps.
- Les négatifs, enfin, ne doivent pas, de façon générale, être retouchés : les retouches, à moins d'être faites avec une extrême habileté, produisent sur l'image agrandie l’effet le plus choquant. Il faut se borner à un repiquage, ayant seulement pour but d’cviier, sur l'épreuve agrandie, la présence de taches noires, beaucoup plus difficiles à corriger que les blanches. Il faut nous arranger pour n’avoir à faire sur cette épreuve que ce que l’on pourrait appeler des retouches par addition.
- En ce qui concerne l’objectif, on s’est d’abord, comme nous
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- l’avons vu, servi exclusivement — ou à peu près —d'objectifs à portraits, ou d’instruments fondés sur les mêmes principes, comme l’objectif à lentilles inégales de Van Monckhoven. Lorsque le goût des agrandissements sc répandit parmi les amateurs, on liquida, pour en garnir les lanternes ou appareils, tous les mauvais objectifs à portraits qui traînaient dans le fond des magasins. On avait ainsi des instruments très médiocres, que l’on diaphragmait à fond. Les photographes sont devenus maintenant plus exigeants, et ils ont eu grande* ment raison.
- Tant qu’on opère par lumière transmise, comme l'objectif, ainsi que nous l’avons vu, est diaphragmé, en fait, au diamètre de l’image que le condensateur forme de la source, il n’est pas indispensable, pourvu que cette image soit petite et bien nette, que l'instrument soit de qualité tout à fait supérieure : on obtient même de très beaux résultés avec des objectifs simples. Il n’en est plus de même quand on agrandit en lumière diffuse : l’objectif, travaillant alors dons des conditions normales, doit être très bon; et cela d’autant plus qu’on a des images beaucoup plus belles en se servant de grandes ouvertures.
- Faut-il avoir recours à des types spéciaux? On a dit que tout bon objectif pouvait servir à agrandir une image fournie par lui. Quelques opérateurs, très compétents et très habiles, attachent même une grande importance à suivre cette règle, et leur premier soin, quand on leur coniie un cliché à amplifier, est de rechercher avec quel instrument et avec quel diaphragme il a éié obtenu, tenant à employer pour l’agrandissement et ce même objectif et ce même diaphragme. Cela est très juste, mais il y faut faire quelques réserves. Tout d’abord, il est bien clair que, si l’on sc sert d’objectifs dissymétriques, il faut avoir le soin de les retourner; l’objectif simple, par exemple, devra tourner vers le cliché que l’on veut agrandir sa face convexe, tandis que pour donner ce cliché il devait présenter aux objets sc face concave. Avec les objectifs symétriques, Je renversement est inutile et ne servirait à rien; mais *1 ne faut pas oublier qu’ils ne travaillent pas absolument dans les mêmes conditions lorsqu’on lait un agrandissement ou une
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- photographie ordinaire ; dans ce dernier cas, les objels som toujours à une distance très grande par rapport au foyer, et la correction des aberrations est toujours calculée en vue de ce mode d'emploi : elle est prévue pour des rayons lumineux venant de l’infini; dans le premier cas, ou contraire, l’objet est très voisin du foyer, et les aberrations aiors ne sont plus corrigées : elles ne le sont plus, tout au moins, de façon aussi complète. C'est ainsi qu’on s'étonne à tort de voir d’excellents objectifs modernes présenter, par exemple, un foyer chimique lorsqu'on les utilise à l’amplification. On pourrait même dire, de façon très générale, que, de deux objectifs, celui qui se prête le mieux à ce changement de rôle est le moins bon; et ceue inaptitude à donner des résultats équivalents dans des conditions pour ainsi dire inverses est particulièrement marquée dans les objectifs les plus récents, simplement parce qu’ils sont plus ouverts, et que, par suite, la correction des aberrations y est plus délicate.
- On a été ainsi amené à construire, en vue des agrandisse* ments, non pas des types particuliers, mais des séries spéciales — ou tout au moins des numéros spéciaux — en calculant la correction pour le cas où la lumière incidente, au lieu de former comme à l’ordinaire des faisceaux sensiblement parallèles, est au contraire notablement divergente.
- J’ajoute que pour les amateurs, qui ne recherchent pas en général une amplification très considérable et n’exigent pas, dans les images agrandies, une netteté excessive, les défauts qu’entraîne ce changement dans les conditions où travaille l'objectif n’ont pas une influence bien gênante; ['amateur peut très bien se servir, pour l'agrandissement, de ses instruments ordinaires, quitte à faire, si la différence de foyer chimique est trop grande pour être négligée, une correction de mise au point toujours facile à déterminer.
- Mais pour les professionnels il n'en est pas de même, et je leur conseillerais certainement d'avoir, pour les opérations d'agrandissement, un objectif spécialement destiné à cet usage; on en lait actuellement d'excellents, en Allemagne et en France, dans !a série des anastigmats.
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- L.NDiaSJîMEN
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- IV
- Laissant pour le moment de côté ce qui concerne la méthode indirecte, nous allons examiner maintenant la disposition des appareils utilisés par la méthode directe. Elle varie naturellement dans les détails; nous nous bornerons à étudier les types que Ton peut appeler classiques.
- Il nous faut distinguer trois cas, d'après le mode d’éclairage adopté : i° par lumière transmise convergente; a? par lumière transmise parallèle; 3° par lumière émise.
- i° Les dispositions adoptées diffèrent peu de celles qu'avait réalisées Van Monckhoven, dons son appareil dialy tique, dérivé de l’ancienne chambre solaire de Woodward. Nous décrirons donc cet appareil diolytique, encore en usage d’ailleurs.
- C’est, en principe, la lumière solaire que l’on utilise. Elle est renvoyée \Jig. 3 (')] par un miroir M sur un condensa-
- teur, qui comprend d'abord une lentille biconvexe C simple, mais présentant à peu près les courbures qui réduisent au minimum l'aberration de sphéricité: puis, à une certaine distance en avant, un ménisque C', peu épais ei légèrement divergent; 1 ensemble, formant un système assez bien aplanélique, mais non achromatique, donne un faisceau conique convergent, que l’on intercepte, très près de son sommet, par l’objectif
- <’) Nous avons, pour simplifier la fleure, réduit le système «les rayons incidents au faisceau venant «lu centre du soleil : en réalité, l’image du soie», formée en F, est, au Heu d’un point, un petit cercle lumineux.
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- amplifiant. C’est dans ce faisceau qu'est placé le cliché P. Comme on veut que sa surface soit aussi exactement que possible couverte par le faisceau lumineux, sa position est complètement déterminée par ses dimensions et par celles du condensateur; il est très fortement éclairé, puisqu'il reçoit toute la lumière qui a traversé la première lentille, dont le diamètre est très grand.
- Pour faire varier l’échelle d’agrandissement, la mise au point s’effectuant par déplacement de l’écran, on fait mouvoir par rapport au cliché l’objectif amplifiant 00'; celui-ci, construit sur les mêmes principes que le doublet de Petsval, est apla-nétique suivant Taxe, et achromatique. Ses mouvements sont très limités, parce qu’il faut, d'une part, que le sommet du faisceau lumineux — c’est ici le foyer principal du condensateur — reste compris entre les deux lentilles ou tout au moins ne dépasse que de très peu la lentille antérieure, et que, d'autre part, sous peine d'ètre géné par des phénomènes de diffraction, la totalité de ce faisceau — même les portions périphériques colorées — soit reçue par la lentille postérieure, dont le diamètre est d’ailleurs plus grand. On est donc amené, si l’on veut faire varier beaucoup l’échelle d’amplification, à substituer les uns aux autres des objectifs de foyers différents. Mais ils devront toujours être construits de telle sorte que les deux conditions préalablement énoncées soient satisfaites : il y a donc dépendance entre le condensateur et l’objectif.
- Il est évidemment nécessaire que, pendant toute la durée de l’opération, les positions relatives des diverses parties de l’appareil restent immuables; il faudra donc donner à toute l’installation une grande stabilité. Il n'est pas moins utile que l’objectif travaille dans des conditions à peu près invariables, et pour cela que l’image du soleil se fasse toujours sensiblement au même point : nous avons vu que cette image joue le rôle de diaphragme, et vous vous garderiez certainement, quand vous faites une photographie, de déplacer, pendant la pose, le diaphragme à l’intérieur de l’objectif.
- Pour obtenir une fixité réelle, il faut employer un miroir qui suive le soleil dons son mouvement apparent, de façon à renvoyer les rayons réfléchis dans une direction qui reste
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- toujours la même : c’est ce qu'on appelle un héUoslat. Maïs on peut obtenir une fixité pratiquement suffisante en se servant simplement d’un porte-lumière, qu’on manœuvre avec la main, à intervalles rapprochés, de manière à ramener l'image du soleil à sa position normale dès qu’elle s’en écarte sensiblement. On se guide, pour ces réglages, sur la tache lumineuse que le faisceau, en pénétrant dans l’objectif, découpe sur la lentille postérieure.
- L’appareil de Van Monckhoven, du moins sous sa forme primitive, ne permettait d'agrandir que de très petits clichés : le condensateur ayant un long foyer, le faisceau lumineux était très effilé, et comme le cliché doit forcément se trouver à une distance relativement petite de l’objectif, la surface éclairée par le faisceau ne pouvait être que très réduite.
- On peut arriver cependant à des dimensions bien supérieures en ayant recours à des condensateurs à grande surface et en modifiant un peu les dispositions de l'appareil : c’est ainsique MM. Braun et Clément, pour obtenir les magnifiques agrandissements que, grâce à leur obligeance, je mets aujourd’hui sous vos yeux, peuvent partir de négatifs allant jusqu’à >3x iS en employant un condensateur à deux lentilles, dont la première a o,n,6o et la seconde o*,2 > de diamètre; et même de négatifs atteignant 24 X 3o en réduisant le condensateur à la première lentille, qui est achromatique, et se servant d'objectifs simples, avec lesquels le sommet du faisceau lumineux peut être reporté en avant à une distance relativement grande. Van Monckhoven proscrivait l'emploi des objectifs simples, qu'il jugeait incapables de donner de bonnes images : vous voyez qu’il avait tort.
- On peut évidemment substituer à la lumière solaire celle d’une source artificielle placée derrière le condensateur; mois l’illumination du cliché en sera très affaiblie, d'autant plus que, sous peine d’allonger dans des proportions considérables le faisceau lumineux réfracté, on est obligé, avec les condensateurs que nous venons de décrire, de placer la source assez loin. Seule la lumière de l'arc électrique peut être employée quand on opère avec des surfaces de sensibilité médiocre, comme le papier au charbon. Mais avec les papiers au géla-
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- tinobromure, il n est pas besoin d'un éclairage aussi intense, et l’on peut utiliser des sources de diverses natures. La disposition adoptée quand on fait ce qu'on appelle l'agrandissement par projection se rattache de façon immédiate à celle de Von Monckhoven, avec cette différence que l’on emploie des sources de lumière artificielle, et que, pour éviter un trop grand allongement du faisceau lumineux sans écarter beaucoup la source du condensateur, on forme celui-ci de deux lentilles semblables, plan-convexes et très épaisses; tournant l'une vers l’autre leurs faces courbes, qui sont presque au contact, elles forment un système dont !a distance focale est très courte. Pour réduire au minimum la longueur totale, il suffit de placer la source au foyer principal de la première lentille : l’image se fera dans une position symétrique; c’est là que devra être disposé l'objectif amplifiant, qui, pour laisser passer en totalité ie faisceau lumineux, ainsi qu'il est nécessaire, devra être assez court par rapport à son diamètre, c'est-à-dire devra être formé de lentilles assez grandes et peu écartées.
- Quant au cliché, il est placé au contact presque immédiat du condensateur, et par conséquent n’est pas plus éclairé que lui; il lest même un peu moins, à cause des pertes de lumière — moins grandes d’ailleurs qu’on ne le dit quelquefois — qui résultent du passage à travers les lentilles. Seulement le condensateur se trouve ainsi être à peu près au point sur la surface sensible, en même temps que l'image agrandie du négatif, dont il est très rapproché : les défauts des lentilles, s'il en est, et c'est chose fréquente, s’imprimeront sur l’image ; de là sans doute l'habitude qu'ont certains opérateurs d’interposer entre le négatif et le condensateur un verre dépoli : interposition qui me semble devoir aiténuer considérablement les avantages que présente !e mode d'éclairage par lumière transmise convergente, et, en particulier, rendre nécessaire l'emploi de très bons objectifs.
- Même avec la disposition ordinaire, ü faut, si l'on veut profiter de ces avantages, ne se servir que de sources à surface très réduite. L’arc électrique vient en première ligne, mais il a i inconvénient d'échauffer considérablement le négatif, qu’il
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- LES AcnA.VÏÜSSEUCXTS. 44!
- ne faut pas oublier de protéger par une cuve à alun, et celui d’exiger,‘à cause du déplacement qu’éprouve le point lumineux dans la plupart des régulateurs, un réglage continuel, qu’il est d’ailleurs facile d’effectuer à sa main ; quanta la lumière élec-trique par incandescence, cîie est peu recommandable, parce que, même dans les lampes construites spécialement pour cet usage et où le filament est enroulé en une sorte de spirale, elle fournil une source de trop gronde surface.
- La lumière oxhydrique, et mieux encore la lumière oxyéthé-rique, qui donne une incandescence plus localisée, sont de beaucoup préférables, d’autant plus qu’elles n'émeuent de lumière que dans un cône relativement peu ouvert; l’acétylène donnera aussi de bons résultats, quand on sera mieux fixé sur le meilleur moyen de l’employer.
- Les amateurs, plus modestes, se servent souvent de lampes à pétrole: il faut proscrire ies becs à mèches multiples, parce qu’ils donnent un éclairage très inégal; d’ailleurs, si l’on se reporte à la théorie générale que nous avons étudiée plus haut, on verra qu’avec ccs becs on aurait en quelque sorte, dons l’objectif, un diaphragme à trous multiples. On se contentera donc delà lampe à mèche ronde. Enfin des opérateurs très habiles emploient avec succès le bec Auer, qui est pourtant une source à grande surface; mais i! faut observer que l’éclat du manchon n’est pas du tout uniforme, et présente, dans une région restreinte, un maximum très marqué. Le réglage de l’appareil d’agrandissement, avec le bec Auer ainsi employé, doit être fort délicat.
- Il n’est pas indifférent d’utiliser, pour un cliché donné, l’une
- quelconque de ccs s dur demande un éclairage veut qu’une lumière peu il se servira toujours de h cette règle en conduisant !: destine à l'agrandissement leurs, d’atténuer l’intensit lion d’écrans colorés. Or. le diaphragme pour «:riv beaucoup moins bon : ii (
- nversement. Lu négatif u z vif, un négatif très doux ne se. L’amateur, qui, en général, ne source, devra se rappeler rcloppemeni des négatifs qu'il fut sera toujours facile, d'ail-; i'éclairement par l’interpost-ommande parfois de réduire u môme but; le moyen est toujours iaisser à l'objectif la
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- AI.LOX.
- plus grande ouverture possible; on obtient ainsi des images plus franches et plus brillantes.
- Pour augmenter l'éclairement du condensateur» et par suite du négatif, on peut disposer derrière la source un miroir, destiné à récupérer la lumière qui est émise en arrière : il faut, pour une disposition logique, que ce miroir soit sphérique, présente le même diamètre que le condensateur et ait son centre sur la source même, de façon que les rayons réfléchis repassent par leur origine et ne forment pas de foyer parasite; il est clair, dans ces conditions, que l'emploi d’un réflecteur n’est vraiment justifié qu’avec des sources transparentes, lumière électrique, acétylène ou pétrole.
- Quelle que soit la source utilisée, ii faut, avant toute opération, procéder à un réglage, dont le but est d'amener les diverses parties do l’appareil aux positions exactes qu’elles doivent occuper; ce réglage comprend donc, en même temps que la mise au point, que nous laisserons de côté pour l’étudier tout à l'heure, la mise on place de la source. On se guide sur l’aspect que présente la tache formée sur l'écran par le faisceau lumineux avant l'interposition du négatif. Si la source est placée trop loin du condensateur, cette tache est entourée d’une frange rouge, qui devient bleue quand la distance est au contraire trop courte; si la source n'est pas exactement sur l'axe, la frange occupe une partie seulement du contour, du même côté que la source par rapport à l’axe. On arrive ainsi très vite, après quelques tâtonnements,ù obtenir que la tache lumineuse soit bien uniformément éclairée. Le réglage serait altéré si l'on donnait à l'objectif un déplacement un peu notable; il ne doit donc être effectué qu’au moment où l'objectif a été à peu près amené à sa position définitive, et il devrait être refait si l'on changeait, au cours d’une série d'opérations, i’cchelle d’amplification.
- I! faut observer aussi que dans !e ces où i’en se sert de condensateurs non achromatiques — défaut très général, mais qui ne présente pas d’inconvénients graves — on ne peut faire disparaître complètement la frange colorée; i! n’en serait ainsi que si i'objeciif arrêtait la portion périphérique du faisceau lumineux, et cela, comme nous l'avons vu. aurait une influence
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- mauvaise sur la qualité de l'image, en faisant naître des phénomènes de diffraction.
- a* Bertsch a proposé de placer le négatif en lumière parallèle, et pour cela il se servait d’abord, comme condensateur, d’un système afocal (fig. 4), comprenant une lentille convergenteC et une lentille divergente (7, dont le foyer d'incidence était confondu en F avec le foyer d'émergence de la première. Dans ces conditions, un faisceau de rayons parallèles à l’axe reste cylindrique après avoir traverse le condensateur, et subit seulement une réduction de diamètre; on obtient encore une
- condensation de lumière sur le cliché P, mais celui-ci est frappé normalement par les rayons : une série de lentilles convergentes O, O', Oy, placées à la suite, et dont la première doit avoir un diamètre égal à la diagonale du cliché, transforme en cône le faisceau cylindrique. On peut considérer la dernière de ces lentilles comme jouant seule le rôle d’objectif, les autres faisant en réaiilé partie intégrante du condensateur; de sorte que cette disposition revient à la précédente, avec cette seule différence que le négatif est placé à l’intérieur du condensateur. Plus tard, on supprima le système afocal, dont la correction était toujours défectueuse, et l’on reçut directement sur le négatif les rayons solaires renvoyés vers lui par le miroir; il i»‘v a plus alors condensation de lumière.
- Ces dispositions ne sont plus utilisées; elles ne permettaient en effet l’agrandissement que de ciichés très petits, ou bien devenaient fort coûteuses, parce quelles exigeaient l’emploi de grandes lentilles beaucoup mieux corrigées qu’il n’est nécessaire pour des lentilles de condensateurs. Elles étaient d’ailleurs peu avantageuses quand on se servait de
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- surfaces médiocrement sensibles, parce qu elles demandaient une pose beaucoup plus longue que les appareils où l'éclairement se fait en lumière convergente; elles le sont moins encore avec les préparations dont nous disposons maintenant, ci pour lesquelles l'éclairement en lumière diffuse est large-
- ment suffisant.
- 3* Celte dernière méthode est celle qui présente le moins de 'difficultés au point de vue de l'installation et du réglage des appareils; aussi est-elle très généralement adoptée par les amateurs; mais elle exige, pour les raisons que nous avons dites plus haut, l’emploi de meilleurs objectifs.
- Nous ne nous arrêterons pas ici à décrire les appareils dont on peut se servir : ils sont trop connus de tous, et d’ailleurs se rattachent très simplement à un même type, généralement désigné sous le nom de chambre à trois corps.
- La lumière du jour est beaucoup plus facilement utilisable que les lumières artificielles; mais 5i faut éviter que les rayons solaires directs ne pénètrent dans l’appareil, qui doit être disposé au nord.
- Si tout le système est solidaire, comme dans la chambre à trois corps proprement dite, on lui donnera une inclinaison suffisante pour que le verre dépoli chargé d’éclairer le cliché soit orienté vers une partie bien libre du ciel.
- Si au contraire, comme dans beaucoup d’installations, le négatif est disposé verticalement dans le volet d’une fenêtre, il faut avoir grand soin de placer au dehors une surface inclinée qui renvoie la lumière sur le verre dépoli; on en réglera l’inclinaison par tâtonnements, la faisant varier jusqu’à ce que les images obtenues ne présenter.', plus aucune dégradation d'intensité — ce que l’on ne jugera bien que sur les épreuves elles-mêmes. Une surface blanche, maie, aussi diffusante que possible, sera pour cet usage très supérieure à un miroir, où se refléteraient les nuages, et bien plus encore aux surfaces ondulées que j’oi été très surpris de voir recommander.
- Quant an verre dépoli, placé derrière le négatif, il n’en devra pas être immédiatement approché.
- £:i règle générale, on n’a pas avec la lumière diffuse
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- autant de netteté dans les images qu'avec les deux autres méthodes : mais cela lient surtout à ce qu’on n’attache pas assez d’importance à la qualité des objectifs employés : et vous avez sous les yeux, grâce à l'amabilité de M. F. Nadar, une épreuve de ta sur îm,5o, obtenue par ce procédé, en pariant d’un négatif 18 X a j, et qui ne pourrait certes donner lieu à aucune critique.
- La lumière naturelle es: malheureusement d intensité très variable, et il en résulte une assez grande difficulté pour la détermination du temps de pose. Aussi beaucoup d’amateurs préfèrent-ils recourir à la lumière artificielle : il est alors très malaisé d’obtenir sur le négatif un éclairage bien uniforme. Contrairement à ce que nous avions dit à propos des méthodes par lumière transmise, i! nous faut ici des sources à très grande surface : la meilleure serait un écran blanc, recevant de la lumière de lampes placées en avant et latéralement : il faudrait, bien évidemment, que ces lampes fussent disposées symétriquement par rapport à l’axe de l’appareil.
- On emploie souvent un ruban de magnésium, que I on déplace en tous sens derrière le négatif pendant la pose : il y faut une assez grande !;: bileté.
- A la rigueur, si les dimensions du négatif ne dépassent pas 9X ia, il peut suffire d’un bec Auer de grandes dimensions, à condition de le placer assez loin du verre dépoli.
- Enfin, quelques opérateurs sc servent du bec Auer en le promenant derrière le négatif, dont iis !e rapprochent davantage. On peut ainsi faire poser plus que les autres certaines parties, tes ciels par exemple; mais la manœuvre est a^sez délicate.
- Des diverses méthodes revue, la meilleure, eu po! sionnels, est certainemen lumière solaire ou de h Van Monckhoven, j’euiend meure Pamplificulic.: do n
- été détrôné. Pour Ses amr.l_____
- le plus sûr, c’est encore le mùu
- ne nous venons de passer ci» tierce des photographes profes-a première, avec emploi de la re électrique. L’appareil de )creîl modifié de façon i\ per-déja grands, n’a pas encore e procédé le moins délicat et :e, mais avec 1’cclairage par
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- sources artificielles; le plus simple — mais il leur donnera généralement de moins bons résultats, — c’est le procédé par lumière diffuse, avec emploi de la lumière du jour.
- Nous avons laissé de côté., pour la traiter séparément, la question de la mise au point. Elle est plus complexe que dans la Photographie ordinaire où, généralement, nous ne disposons pas de la distaoce qui sépare l'objet de l’appareil, et où l’échelle de l'image nous est imposée dès que la distance focale de l’objectif nous est donnée.
- Elle présente en outre une difficulté matérielle provenant de ce que l'image agrandie est presque toujours un peu indécise, et qu’il est malaisé de déterminer le moment où la netteté y atteint son maximum. De ceci on peut s'affranchir par divers moyens, qui reviennent tous à substituer au négatif, pour la mise au point, un objet présentant des contours ou des détails très tranchés et très durs : tulle noir tendu sur une feuille de verre, ou mieux encore traits enlevés à la pointe sur une glace sensible amenée à l’opacité complète par exposition au jour et développement.
- Mais, ainsi que nous l’avons expliqué précédemment, on a très souvent à se préoccuper d’une correction de mise au point provenant de ce que, dans les conditions où on l’emploie, l'objectif n’est pas complètement exempt d'aberration chromatique. C’est donc par une suite méthodique de tâtonnements, en faisant une série d'épreuves, entre lesquelles on fait varier de petites quantités la distance de îa surface sensible à l’objectif, que l'on devra, si l’on veut être sûr d’obtenir d’aussi bonnes images que possible, déterminer îa meilleure mise au point.
- D’ailleurs on se trouve, dans ces opérations d’agrandissement, disposer d’une assez grande profondeur de foyer : elle est suffisante pour qu’il soit inutile, par exemple, d’assurer la planiié absolue de la surface sensible, que l’on peut très bien se contenter de maintenir par des punaises sur la plan-
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- cheue formant le fond d'un châssis. De très bons photographes croient cependant nécessaire de l’emprisonner entre cette planchette et une glace; d’autrc-s recommandent d’appliquer la feuille, mouillée, contre ia glace, qui se trouve ainsi derrière la surface sensible, et n'est pas traversée par les rayons lumineux : les deux méthodes, surtout la seconde, me paraissent avoir, sauf dans certains cas particuliers, plus d’inconvénients que d’avantages.
- Les difficultés réelles ne se présentent en somme que si l’on veut, d'une opération à l'autre, faire varier l’échelle d'amplification, ce qui nécessite Je déplacement simultané du négatif et de la surface sensible.
- On simplifie beaucoup la besogne si, d’une part, laissant Immobile le porte-cliché, on dispose les appareils de manœuvre de façon à pouvoir produire ces deux mouvements sans quitter sa place derrière le verre dépoli de mise au point; si, d’autre part, on a soin de limiter d’avance les tâtonnements, en se servant d'une de ces Tables numériques à double entrée où l’on trouve immédiatement, en fonction de l’échelle choisie et de la distance focale que possède l'objectif employé, les distances auxquelles il faut meure, par rapport à cet objectif, les deux surfaces conjuguées, l'ne de ces Tables, celle de Secreton, se trouve reproduite partout et suffit à peu près à tous les besoins ; mais il n'esl rien de plus facile que d'en établir une qui, s'appliquant seulement aux deux ou trois objectifs dont le photographe dispose, prévoie des variations plus lentes de r échelle.
- Nous n’insisterons pas sur les petits problèmes dont rétablissement de ces Tables suppose :n solution : ils sont tous très élémentaires, et en les trouve traités dans divers Ouvrages. Il est même facile d'introduire dans ies résultats numériques les petites corrections nécessitées par l'infiuence du foyer chimique, ou cas où cette ialluence est appréciable dans les objectifs dont on se sert.
- Avec une Table de ce genre et une division métrique installée sur l’appareil d agrandissement, on donnera très rapidement aux cléments essentiels du système — cliché, objectif
- surface sensible. — ie< écartements qui conviennent à
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- l'écheHe d'amplification choisie, et l e:: -..Vura plus que de bien petits mouvements a donner pour oi/Lenir une mise nu point rigoureuse.
- Ou bien en pourra, en se servant de h Table, construire pour chacun de ses objectifs une division spéciale, sur règle mobile; division dont les traits, de par: et d’autre d'une origine que I on fera coïncider avec un repère fixe lié à l’objectif, donneront immédiatement la position ces deux cléments extrêmes, et cela de façon très précise, si l’on a ou soin de corriger, par une étude expérimentale méthodique, la division établie par le calcul.
- Quelque long que soit ce travail préliminaire, tout photographe appelé à faire souvent des agrandissements aura grand profit à l’entreprendre, et il ne regrettera pas le temps qu’il y aura consacré. Et ce n’est pas seulement des professionnels que je parle, mais aussi des amateurs.
- De ceux-ci il en est beaucoup qui veulent qu’on leur épargne toute peine : c’est pour eux qu'on a fait tous ces appareils que l’on a réunis sous le nom général d'amplificateurs. Les plus simples se composent d’une boîte rigide avec cloison intermédiaire : à l’un des bouts est le porte-clichcs, à l’autre est le châssis avec la surface sensible. La mise au point est réglée une fois pour toutes; l'amateur n’a plus rien à faire qu’à braquer son outil vers le ciel, et il lire scs clichés de jumelles, 4?xG ou 6^X9, en images :3x tS aussi facilement, aussi simplement que s’il procéda:1, à un tirage direct par contact.
- Seulement notre photographe se fatigue assez vile d’avoir toujours la même dimension d’épreuves, io. même échelle d'agrandissement; il demande de la variété, et on lui offre alors des combinaisons un peu plus savantes, comme Vamplificateur télescopique, où, par une manœuvre unique et simple, ne demandant aucun effort de raisonnement, l'on peut passer très rapidement d’une échelle à une autre! On est ici limité à deux, et l’on ne peut avoir un plus grand choix qu’en se servant d'un système de manœuvre plus compliqué et moins automatique; dans certains modèles, par exemple, les planchette? poric-dichc et porte-objectif se déplacent toutes deux,
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- en restant parallèles, au moyen de crémaillères distinctes; elles entraînent dans leur mouvement des aiguilles placées devant une division, dont le modo de graduation évite toute Indécision. Une autre disposition* adoptée dans Y amplificateur à bonnettes, utilise des lentilles additionnelles qui, venant se placer devant l’objectif, en modifient la distance focale, de sorte que, l'écartement du cliché et de la surface sensible restant invariable, on peut, sans altérer la mise au point, changer l’échelle d’agrandissement : il faut naturellement déplacer en même temps l’objectif entre les deux surfaces conjuguées : toute la manœuvre peut se faire de Pexlé-
- Pour que le problème fût complètement résolu, il fallait réaliser une disposition avec laquelle on pût, automatiquement, faire varier de façon continue l’échelle d’agrandissement sans altérer la mise au point; et pour cela, laissant l'objectir, par exemple, dans une position fixe, établir entre les mouvements du porte-cliché et de la surface sensible une liaison telle que la relation des foyers conjugués restât satisfaite dans leurs déplacements.
- La solution la plus simple est celle que M. Carpentier a indiquée et qu’il a réalisée dans son amplificateur universel : elle prend la relation des foyers conjugués sous la.forme dite équation de Newton. L’organe essentiel est une équerre rigide tournant autour de son sommet; celui-ci est placé à l’extrémité d'une perpendiculaire menée par le centre optique de l'objectif à l’axe de l'appareil, et dont ia longueur est égale à la distance focale principale /: les deux branches de l’équerre coupent l'axe cr. deux points variables dont les distances au centre optique (je néglige dans cet exposé sommaire l'écartement des points nodaux) sont — comme il est facile de s’en convaincra — respectivement égales à celtes qui doivent séparer le cliché cl »a surface sensible des foyers principaux correspondants, ii suffit alors que le porte-cliché et le châssis, assujettis à se déplacer parallèlement à eux-mêmes, soient reliés aux points d'intersection par des tiges de longueur/ pour que, dans toutes Ses déformations que l'cn peut faire subirau système, les deux surfaces restent exactement
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- conjuguées l'une de l'autre; les déformations ne modifientque l’échelle d'amplification.
- De son côté, M. Frécol a indiqué toute une série de dispositifs ayant comme caractère commun que le mouvement rectiligne donné à l'une des deux surfaces — le porte-cliché, par exemple, — est transmis à l’autre par l'intermédiaire d’une pièce tournante, et il a construit un appareil dans lequel cette pièce tournante est un plateau circulaire muni d’une rainure où se meut un goujon relié au châssis : le calcul montre que la rainure doit être une spirale hyperbolique. Une manivelle produit en même temps le mouvement rectiligne du cliché et le mouvement circulaire du plateau; et, par l'intermédiaire de celui-ci, le châssis exécute les mouvements rectilignes nécessaires pour rester conjugué du cliché.
- S'il est des photographes désireux qu’on leur épargne toute peine, ii en est au contraire qui tiennent à tout faire par eux-mêmes, jusqu’à la construction de leurs appareils; à ceux-ci je recommande un petil livre récemment publié par un jeune ingénieur, M. A. Delamarre, et qui leur rendra de grands services (1 ).
- Je me permettrai d’attirer leur attention sur quelques points. Il est essentiel de guider les parties mobiles de l’appareil de façon assez sure pour que le parallélisme des surfaces conjuguées reste parfait; de donner au porte-cliché la possibilité de se mouvoir, dons son pian, suivant deux directions rectangulaires, de telle sorte que l’on soit libre d'amener sur l’axe de l’appareil tel point du cliché que l'on voudra; de disposer enfin les diverses manœuvres de manière à pouvoir commander tous les mouvements sans quitter son poste d'observation derrière la glace dépolie — ou devant la surface sensible si l’on opère par projection.
- J'ai parlé du parallélisme des surfaces; je sais bien qu’il peut être utile, dans certains cas, d'y renoncer : la déforma* lion qui se produit alors dans l’image peut être utilisée à compenser le dessin défectueux du cilcùé, les perspectives
- Deuxaiu» ;
- A. , Us
- rt. Paris, Ch. Mcn*
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- I.VXDISSEUEX:
- lâcheuses, par exemple, qui résultent de ce que le photographe, à dessein ou non, a incliné Taxe de sa chambre noire. On a beaucoup insisié, il y a quelques années, sur l'avantage de ces corrections et proposé beaucoup d’appareils redresseurs. En fait, il n’est pas impossible, entre certaines limites, d’arriver ainsi à de bons résultats, pourvu qu’on incline à la fois, de façon convenable, les deux surfaces. Dans une élude récente, on a même établi géométriquement que l'on pouvait toujours corriger par cette méthode les déformations du cliché, tout en gardant aux images leur netteté; mais l’auteur de celle élude a laissé complètement de côté l’influence que peut avoir l'épaisseur des verres dans les objectifs, qu'il assimilait à des lentilles minces; et celte influence est en réalité considérable.
- Il ne faut pas trop compter sur cette sorte d'orthopédie : en tous cas, il est essentiel que le photographe qui agrandit un négatif soit sflr de ne produire ces déformations qu’à bon escient; qu’il munisse de bascules son porte-cliché et son' châssis, rien de mieux; mais que ces bascules soient montées sur un cadre qui reste certainement perpendiculaire à l’axe de l’objectif!
- VI.
- Si la mise au point, dans les opérations d'agrandissement, offre quelque complication, du moins ne présente-t-elle aucune difficulté qui ne puisse être, avec un peu de méthode et de patience, certainement surmontée. Je n’en dirai pas autant de la question du temps de pose : le problème, bien évidemment, était tout résolu a l’époque où l’on se servait, pour les agrandissements, de surfaces à noircissement direct, sur lesquelles on pouvait suivre In venue de l image. On peut encore s’en rendre compte, à la rigueur, avec le papier au charbon: en envoyant sur la gélatine quelques bouffées d’haleine, elle absorbe l'humidité en proportion plus ou moins grande, suivant que l’action de la lumière a clé plus ou moins intense, et il se forme une image d'aspect mat. visible pen-
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- dant quelques secondes; il faudra naturellement choisir de façon judicieuse le point où l'on fera cgl essai, et il est bien clnirque seul un opérateur habile et expérimenté en pourra tirer des indications suffisantes.
- Avec les papiers à développement, dont on se sert maintenant de façon presque exclusive, le problème du temps de pose n’est pas, a priori, beaucoup plus simple que dans le cas de la Photographie ordinaire, et ce n’est pas peu dire : nous avons cependant ici le très grand avantage de pouvoir, presque à volonté, réduire le nombre des variables; et si nous employons la même source lumineuse, que je suppose constante — l’hypothèse n’est admissible qu'avec les lumières artificielles, — le même objectif avec le même diaphragme, le même papier, le même bain de développement, nous pourrons, pour un cliché déterminé et pour une échelle donnée d’amplification, arriver par voie de tâtonnements à connaître
- de façon exacte la meilleure valet: pourrons même en déduire les \ toutes choses égales d’ailleurs, aux fication ; et cela de façon simple et < en réalité le rapport d’agrandissemc cun de ces éléments que nous ave pouvons avoir intérêt à le foire varie une épreuve agrandie beaucoup r.:c l’intensité de l’éclairage et proIon{ gagnera à ce que le développeme::! brusque, ou au contraire plus dou beaucoup s’aventurer que de coi papier sensible, par exemple, comnr même?
- De sorte qu’en pratique, il serait ! faire ainsi, de façon complète, une les résultats ne seraient d’ailieurs v cliché même employé pour la faire.
- Et pourtant cette question du tem tante : il fout que (a durée d‘cxpo.-t que l image présente de beaux noir: et nous ne trouvons plus ici, dans ?
- s de pose; n qui conviennent, ’S échelles d’ampli-î, pourvu que seul modifié. Mais cha-mosés fixes, nous fiché nous donnera si nous diminuons la pose; tel autre mité de façon plus puis, n’est-ce pas r une marque de i:l identique à elle-
- :ci!e et fort long de méthodique, dont t applicables qu’au
- •ose est fort impor-cïé très juste pour blancs bien purs : tfto du développe-
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- KM F. XTS.
- J S J
- ment, autant de ressources que dans la l’holographie ordinaire, pour corriger les erreurs de pose : nous devons, en effet, nous préoccuper du ton de l image, qui nous importait beaucoup moins quand il s'agissait du cliché.
- Il faut donc è l’opérateur qui fait des agrandissements, non seulement beaucoup d’expérience, mais aussi ce que nous pourrions appeler Y instinct photographique, instinct qu’on serait tenté de ne pas croire très commun quand on compare la production de bonnes images à la consommation de surfaces sensibles! Il lui faut surtout éviter de compliquer le problème en en faisant varier à la fois toutes les données: qu'il garde autant que possible le même papier, le même éclairage, la même méthode de développement. Il est bien évident d'ailleurs que, de façon générale, les poses longues, avec lumière peu intense, seront plus faciles à conduire et présenteront plus d’élasticité.
- On a bien proposé une solution, qui paraît fort simple, dont plusieurs amateurs se déclarent très satisfaits, et qui n’est en somme qu'un retour aux pratiques primitives. Il consiste à enduire d'avance le papier d'un liquide révélateur, qu’on additionne de glycérine pour qu’il ne descende pas trop vite au bas de la feuille. On voit alors l’image venir, comme dans les papiers à noircissement direct : on 11e la voit qu’imparfaite-ment cependant, et pour la bien juger, i! faut de temps en temps intercepter le faisceau lumineux et examiner la surface sensible avec une lanterne à verre rouge ou jaune.
- La méthode n’est ni aussi simple, ni aussi sùrc qu'il semble au premier abord : il y faut, surtout pour obtenir de beaux tons, une assez grande habileté- Ne la condamnez pas cependant sur les résultats de l'expérience que nous faisons en ce moment devant vous, dans des conditions absolument déplorables, cet amphithéâtre étant loin de pouvoir être assimilé à une chambre noire.
- On a recommandé d’ailleurs d’en user avec réserve, et d'arrêter la pose avant que l'image ne fût complètement venue, pour achever le développement dans une cuvette; c'est, je crois, un conseil utiieà suivre.
- Le procédé qui consiste h mener ainsi de front la pose ci le
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- développement n'est pas en somme très employé, et ne paraît pas avoir chance de se répandre beaucoup. De façon générale, les deux opérations seront distinctes, et nous allons maintenant dire quelques mois de la seconde.
- Quoi qu’on en ait dit parfois, c’csl dans des cuvettes qu’il vaut le mieux effectuer le développement, la feuille de papier ayant été préalablement mouillée assez abondamment, et soigneusement appliquée contre le fond, qui doit êire plat : tout pli du papier serait nuisible à l'homogénéité de l'image. Pour les épreuves de très grandes dimensions, j'ai vu employer chez M. Xadar des cuvettes de bois, que l'on garnit intérieurement d’une étoffe imperméable, mobile.
- Tous les révélateurs peuvent être utilisés; mais ceux qui tendent, comme l’acide pyrogallique, à donner une coloration, sont d'un emploi plus délicat : d’autre part, il n’est pas Inutile de rappeler que les épreuves développées au fer se prêtent mal aux virages ultérieurs, et que particulièrement le traitement aux sels d'urane ne leur est pas applicable.
- Il est assez difficile de mener le développement : on se trouvera bien d’employer d’abord un bain dilué, de façon à tâter pour ainsi dire l’épreuve, puis d’ajouter du bromure, où do remplacer le premier bain par un autre plus énergique.
- Mais il ne faut ni trop attendre, car si le développement se prolonge, les blancs tendent à jaunir, ni vouloir aller trop vile, car on n’aurait pas de beaux noirs si l'image venait brusquement.
- On peut, pendant le développement, favoriser la venue de certaines parties en retirant, par exemple, l'épreuve du bain, et travaillant les portions voulues avec un pinceau trempé dans le révélateur; mais il est très difficile, quelle que soit la méthode qu'on emploie pour obtenir une localisation du développement, d’éviter dans l’image les inégalités de ton.
- L opérateur prudent, qui pourra ne regarder ni au temps perdu, ni au papier gâché, recherchera, par des tâtonnements méthodiques, et le meilleur temps de pose, et le meilleur développement : il se guidera sur ce que l image grise indique la surexposition et l'emplui d'un bain trop fort, tandis que l’image lente 6 venir, où les blancs ne sont pas purs et
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- les noirs pas francs, dénonce la sous-exposilion ou l'usage d'un bain trop faible.
- VU.
- Lesujel que j'ai l'honneur de iratier devant vous, Messieurs, est tellement complexe, il englobe tant de questions diverses, que je suis bien obligé d’en négliger certaines parties; les Ouvrages ne manquent pas d’ailleurs où vous les trouverez exposées mieux qu’elles ne pourraient l'être par moi.
- C'est ainsi que je ne vous dirai rien, ou presque rien, de tout ce qui concerne la mise en valeur de l'image.
- Nous éprouvons toujours une grande déception quand nous examinons, une fois sèche, l'épreuve agrandie sur papier au gélatinobromure : les noirs, qui sur l'image encore mouillée nous paraissaient veloutés et profonds, sont devenus secs et froids : les defauts se sont accentués et nous choquent davantage.
- Il faut, de toute nécessité, reprendre cette image, la repiquer, la retoucher même, lui rendre, autant qu'on peut, un peu de chaleur et de vie.
- La première chose à faire, c'est d’humecter l’épreuve par derrière, et de la coller par les bords sur une planche à dessin, comme font de leurs feuilles les architectes. Rien que cela, d’abord, donnera au papier une tension qui diminuera l'aspect un peu glacé de l’image, en même temps qu’elle l’aplanira définitivement. Et sur la feuille ainsi fixée, la retouche sera plus aisée.
- Je ne reprendrai pas ici la discussion classique sur la légitimité de la retouche :.c‘e$i un droit qui me semble incontestable; mais où s’arrêie-t-ilr ii v a là une question de goût, de tact et d’habileté. Pour ma pari, j'incline a regarder ce droit comme très étendu : ia seule condition qui me paraisse devoir être imposée, c'est que ie travail ne laisse aucune trace visible, et que l'épreuve terminée ne fasse pas sentir l'intervention de la main.
- Je ne parle pas, bien entendu, de ces agrandissements que
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- WALL-
- r.ous demandons parfois aux photog: professionnels, ei
- pour lesquels nous leur fournissonsqucique épreuve ancienne, souvent passée, souvenir d'êtres chers, qui s'efface et que nous vouions sauver. Là, bien souvent, la Photographie ne fournil plus qu'un support; parfois moins encore, lorsque l'image agrandie est simplement reportée par décalque sur une feuille de papier à dessin, se prêtant mieux au travail de l'artiste. J)e très ingénieux instruments oui été imaginés, — et je vous en montre un ici, Vaërogvapke. — qui permettent alors de reconstituer de toutes pièces une image qui, de loin, ressemble à une photographie, mais où la Photographie n'a quelquefois aucun rôle. Cela ne nous regarde plus guère.
- En dehors de la retouche, que de place encore pour une intervention légitime! Par les virages, et tout particulièrement par les virages aux ferrocyanures métalliques, nous pouvons donner aux images les tons les plus variés, ainsi qu'en témoignent les expériences que veut bien faire devant vous M. Clerc, auteur d’une très remarquable Étude sur celte question mal élucidée jusqu’ici. Par la façon dont nous coupons et limitons l'épreuve, nous pouvons en modifier profondément l’effet; par l'encadrement dont nous l'entourons, nous pouvons en augmenter singulièrement la valeur et le caractère artistique. Mois en telle matière, bien hardi qui voudrait énoncer des règles !
- Je signalerai en passant un procédé qui peut, comme vous le voyez par les épreuves que je mets sous vos yeux, donner des ell’ets assez heureux. Il consiste à cofier l’image sur une toile recouverte d’un enduit au caoutchouc — c'est ce qu’on a nommé linotype — et à donner ensuite, par l'action d’un cylindre gravé, un grain imitant, par exempte, celui de la toile à peindre. Cela ne peut guère s'appliquer qu’aux épreuves de dimensions assez grandes, et il faut naturellement que le grain choisi s harmonise bien avec le caractère de l'image.
- Enfin, si l’on veut colorier les épreutes — ce qui n’augmentera que bien rarement leurs quaibés artistiques— on peut employer les couleurs à l'huile, après avoir étendu sur la sur-jccc de l’image une couche de gélatine, les couleurs à l’eau, or. y vaporisant une solution de gomme blanche dans l’alcool.
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- ou le pastel» à condition d’ajouter au traitement précédent saupoudrage avec de la pierre ponce linement pulvérisée.
- VIH.
- • Nous n'avons rien dit encore de la méthode indirecte d’agrandissement sinon qu'elle consiste, à passer par l'intermédiaire d’un négatif amplifié à l'échelle définitive, et qui fournira des épreuves par contact.
- Elle présente de grands avantages, en ce qu'elle permet de multiplier les exemplaires de l image positive agrandie, et d’employer pour cette image tous les procédés de tirage, d’utiliser, par exemple, les préparations photographiques de médiocre sensibilité, et en particulier celles qui sont à juste titre en faveur auprès des amateurs soucieux de recherches artistiques, j’entends la gomme bichromalée et les procédés similaires; en ce qu'elle donne la possibilité,dans la suite des opérations qu’elle exige, de modifier pour ainsi dire le caractère du cliché, et fait une plus large part à la personnalité du photographe; en ce qu’elle rend plus faciles enfin et plus sures les retouches que nécessitent les défauts du cliché primitif.
- Les inconvénients qu'elle entraîne sont ceux qui accompagnent toujours la manipulation de grandes surfaces, et ils sont très atténués quand on emploie, comme nous le verrons tout à l’heure, les papiers sensibles à la préparation du négatif final.
- Le plus ordinairement, on lire par contact, sur le cliché original, une image diapositive, à laquelle on applique les procédés de l’amplification directe pour obtenir ie grand négatif.
- Il semble plus avantageux, soit d'obtenir en deux fois l’amplification, en la répartissent sur les deux premières opérations, de façon que !e positif soit par exemple à l’échelle moyenne — ce qui ne rendra nécessaire qu'un seul réglage des appareils — soit de la faire Supporter tout entière par la première opération, ie positif présentant ainsi l’échelle définitive, et devant fournir par contact le second négatif.
- Toute transformation par contact, surtout quand les surfaces sensibles sont étendues sur des supports rigides, a pour
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- conséquence l'apparition dans l’image de défauts, ou, si l'on veut, de défectuosités qu'aggraveront évidemment les opérations ultérieures d'amplification.
- Nous avons déjà signalé, en étudiant !o méthode directe, l’importance qu'il y avait à se prémunir contre les effets de halo : le danger n'était alors à prévoit* qu'au moment où l’on prenait le cliché initial; il se présente ici trois fois, et l’on doit par conséquent s’en garder avec plus de soin encore.
- C'est l’un des avantages que l'on trouve à se servir, pour le grand négatif, de papiers sensibles. La méthode a été plusieurs fois recommandée; elle vient d’être remise en évidence par les beaux résultats qu’en a obtenus M. Hellieni.
- Notre habile collègue insiste sur les points suivants : Il faut partir d’un petit cliché irréprochable, très net, très complet, mais qui peut sans inconvénient être un peu gris. On en lire un positif sur verre, soit par contact, soit, ce qui vaut mieux, par reproduction à la chambre noire, à échelle un peu agrandie.
- Le grand négatif est obtenu également à la chambre, sur un papierau gélatinobromure que l'on enferme entre deuxglaces, celle qui recouvre la surface sensible étant sans défaut. Si le tirage final doit être fait, comme le recommande M. Bellieni, sur papier au charbon, on aura soin, pour éviter l’opération du double transfert, de disposer le cliché positif de façon que le verre soit tourné vers l'objectif.
- Le développement du grand négatif est assez délicat : il ne doit pas être mené trop rapidement; et l’on ne jugera delà venue de l’image que par transparence, s’arrêtant lorsqu’elle traverse complètement le papier et que û;s nuirs sont devenus très opaques.
- L’épreuve négative, fixée dans un bain d’hyposulfile que l’on rend acide au moyen d'un peu de bisulfite, est, après séchage, enduite de pétrole, qui atténue l'effet du grain : puis elle est retouchée, soit au crayon, soit à i'estompe, et si les noirs sont trop denses, on les atténue eu les frottant avec un linge Gn et un peu d'os de seiche pulvérisé.
- Enfin, pour ie tirage, on emploiera du papier au charbon à faible teneur en bichromate.
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- Signalons encore la méthode qui consiste à obtenir un grand positif, par amplification directe, et à le transformer en négatif par l’un des procédés (Balagny, Huillard, etc.) que l'on a indiqués pour l’inversion des images.
- A la méthode indirecte se rattachent les agrandissements pour lesquels on prend comme point de départ une épreuve positive sur papier. Je n’insisterai pas sur les précautions que nécessite cette opération, toujours assez délicate, et qui ne fournil jamais des images bien vigoureuses : précautions relatives à l’éclairage du modèle, sur lequel on devra éviter tout reflet, en le protégeant par une trémie en papier végétal; à la mise au point, qu’on fera mieux en substituant à l’image que l'on veut agrandir une feuille de papier imprimé; à l'influence du grain, enfin, que l'on atténuera en recouvrant l'image d'une couche de collodion, et en employant pour faire le négatif des glaces orthochromatiques.
- Les épreuves positives sur papier au citrate, glacées par application, pendant le séchage, sur plaques ferrotypes ou sur verre, semblent donner, pour ce genre d’agrandissement, de meilleurs résultats que celles qui sont tirées sur papier albuminé.
- IX.
- Je devrais maintenant vous parler des applications diverses auxquelles on a utilisé les méthodes d’agrandissement. Elles sont nombreuses, et malgré l'intérêt qu'elles présentent, le développement que j’ai donné à la première partie de celle Conférence me réduit à tt’en passer qu'une revue rapide. C'est par elles, cependant, qu'il m'est permis, après celte séance un peu sévère, de vous faire ou moins voir quelques belles choses. Je le dois surtout aux amis qui m’ont apporté le concours de leur talent : à MM. Braun et Clément, qui ont décoré celte salle de leurs merveilleuses reproductions d'œuvres <1 art; à M. Paul Xadar, qui a bien voulu se joindre à eux et mettre à ma disposition ces magnifiques portraits plus grands
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- 4GO É. WALLO.N.
- que nature, si artistiques et si vivants; à M. Geissler, qui m’a donné les moyens de vous initier a la préparation de ces affiches photographiques, dont l’apparition sur les murs de Paris a produit un grand étonnement et provoqué une légitime admiration — vous pourrez témoigner qu'elles ne perdent rien à être vues de plus près. M. Geissler, pour faire ces grandes images, ne craint pas les grands outils : son condensateur a o®,43 de diamètre, son objectif amplifiant i® de foyer, la trame dont il se sert pour obtenir le grain des images
- o“,77 de côté!
- La Science a utilisé les agrandissements photographiques; ils lui servent, en ce moment même, à pénétrer plus avant dans l'étude de la surface lunaire, et vous pouvez voir, par ces deux vues que m’a prêtées M. Pierre Puiseux, quels détails ils nous en révèlent.
- La justice y a souvent recours, pour la découverte des fraudes les mieux dissimulées, et ces quelques clichés de M. A. Londe et de M. Cousin vous dénoncent immédiatement des surcharges d’écriture, les défauts d'une pièce de monnaie fausse, la grossièreté réelle de poinçons frauduleux.
- En de tristes jours, les méthodes de réduction et d’agrandissement photographiques ont permis quelquefois aux assiégés de Paris de communiquer avec la province, et les mêmes procédés vont maintenant être utilisés pour relier à la terre ferme les paquebots isolés dans l’Océan. Je vous montre une de ces dépêches Dagron, que i on confiait en 1870 aux pigeons voyageurs.
- Voici enfin, ou point de vue artistique — vous ne m’en voudrez pas de faire entrer ainsi les projeciions dans le cadre de celte Conférence — les diapositives que MM. Drouet, Gilibert, Bourgeois, Naudot, Jacquin, Coste, Bucquet, Puyo, Demachy ont bien voulu me permettre de choisir dans leurs collections, et qui feront de vous, je l’espère, des adeptes fervents de l’art photographique.
- Il me reste à présenter les traditionnels remerciements : au colonel Laussedat, tout d’abord, au grand savant qui, toujours dévoué aux intérêts de la Photographie, toujours décidé à
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- LES AGRANDISSEMENTS. 461
- faire aboutir la question d'un enseignement officiel, a organisé cette seconde série de Conférences, aussi brillante, aussi assidûment et ardemment suivie que la première; à M. Tresca, qui accepte si gaiement et avec tant d’obligeance les fatigues que lui cause la préparation de ces séances; à MM. Gaumont, Girard, Klary, Molieni qui m’ont aimablement prêté des appareils et des modèles; à MM. Maurice et Clerc, qui ont bien voulu exécuter devant vous des expériences difficiles: à tous les amis enfin qui m'ont mis à même d’égayer cette salle et d’atténuer un peu l'aridité de la Conférence en vous donnant du moins le plaisir des yeux.
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- RECHERCHES
- SUR LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES,
- Par le Colonel A. LAUSSEDAT.
- CHAPITRE III {Suite).
- ICONOMÊTRIE TOPOGRAPHIQUE.
- LccBÈce.
- MÉTHODES.
- I. — Solution générale du problème inverse de la perspective.
- Si l'on peut, à l'aide d’une vue unique, restituer en plan et en élévations les parties apparentes d’un édifice ou même d’un groupe d'édifices présentant un grand nombre de lignes verticales et horizontales, il n'en est plus de même quand on se trouve en face d'un paysage, c’est-à-dire de la nature avec ses formes accidentées.
- Les règles de la perspective sont toujours utiles, indispensables même, car on les applique incessamment et instinctivement, mais elles deviennent insuffisantes, dans le cas supposé, pour permettre de restituer des formes qui ne présentent plus la simplicité, la régularité particulière âux constructions faites de mains d’hommes.
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- LES INSTRUMENTS, LES JIKTHWiKS HT LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 403
- Il convient donc, alors, d’envisager le problème en question dans toute sa généralité cl l'on est ainsi ramené à la nécessité de changer de station, c'est-à-dire de recourir à remploi de vues combinées, en un mot à l’idée des premiers géomètres qui, pour éviter de multiplier les mesures des longueurs, ont imaginé la méihode des intersections.
- La solution du problème en question a été donnée, comme nous l'avons vu pour la première fois par Beautemps-Beaupré qui dessinait ses vues de côtes de doux stations différentes, dont il évaluait la distance. (Comme il opérait sur des embarcations» cette évaluation n'était pas sans présenter des difficultés dont nous n'avons pas à nous occuper ici.) Or, pour peu que l'on y réfléchisse, on reconnaît que la méthode qui en résulte ne diffère de celle que l'on emploie avec les instruments ordinaires (à terre avec la boussole ou la planchette, en mer avec la boussole de relèvement) qu’en ce que les nombreuses visées qui exposent à d’assez fréquentes erreurs sont en grande partie supprimées et remplacées plus tard par des lignes droites tracées immédiatement sur la feuille de dessin entre la station et les projections sur la ligne d'horizon des différents points que l’on veut déterminer.
- Sur les vues de cotes, la ligue d'horizon est donnée sensiblement par le bord de (a mer dessiné sur chacune d'elles; à terre, il y a des précautions à prendre pour la tracer et il convient même de s’attacher à l'obtenir avec beaucoup d’exactitude, parce que le nivellement du terrain se déduit des distances apparentes des différents points considérés à cette ligne.
- Au surplus, nous allons présenter aciuellement cette solution sous la forme d’une démonstration de Géométrie descriptive, comme nous l avions fait dans le Mémoire sur l'emploi de la chambre claire dans les reconnaissances topographiques inséré au Memorial de /'Officier du Génie, u° iü, année 1854.
- « Supposons un observateur transporté successivement à deux points de vue dont il connaîtrai! lu distance et la différence du niveau.
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- » Si, de chaque station, il suit de l'œil une ligne remarque bie du terrain, le bord d'une route ou d'un cours d’eau, par exemple, ceue ligne pourra être considérée comme l’intersection de deux surfaces coniques ayant respectivement leurs sommets aux deux points de vue et pour génératrices les rayons visuels indéfiniment prolongés. Projetons ces surfaces sur un plan horizontal quelconque: les intersections deux à deux des projections des rayons visuels qui aboutissent aux mêmes points du terrain seront les projections de ces points, et, en les joignant convenablement, nous aurons la projection horizontale, c'est-à-dire le plan du bord de la roule ou de toute autre ligne visible des deux stations. Or, les surfaces coniques sur lesquelles nous venons de raisonner se trouvent géométriquement déterminées, lorsqu’on emploie la chambre claire, puisque les perspectives prises de chaque point de vue sont les traces de ces surfaces sur des plans verticaux et que I on connaît la position de leurs sommets par rapport à ces plans.
- »> On conçoit donc qu'en opérant convenablement sur ces perspectives, on doit pouvoir parvenir au résultat que nous venons d'indiquer.
- » On obtiendra d'abord les projections horizontales des rayons visuels à chaque station, en abaissant, de tous les points remarquables de la perspective dessinée de celle station, des perpendiculaires sur la ligne d'horizon et en joignant le point de vue aux pieds de ces perpendiculaires. Ceue construction s'exécutera dans le plan même du tableau, en opérant le rabattement du point de vue dans ce plan, autour de la ligne d'horizon prise pour charnière.
- »> On transportera ensuite ces opérations sur un plan (une feuille de dessin), en conservant les rapport» de position des deux points cl d'un troisième point du terrain au moins, et, p jt;r cela, il suffira de rattacher la direction de la base à celle de l'un des rayons de chaque perspective, au moyen de I observation de quelques angles que l'instrument permet de mesurer directement; enfin il ne restera qu'à chercher les intersections des projections des rayons visuels aboutissant aux mêmes points.
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- » Nous avons supposé deux Etalions seulement, parce qu'elles sont, en effet, suffisantes pour la détermination des points qui se trouvent contenus dans les deux perspectives; mais habituellement les divers accidents du terrain se projettent les uns sur les autres, et il devient indispensable de multiplier les points de vue pour découvrir tout ce qui intéresse la reconnaissance : les mêmes points sont alors répétés sur plusieurs perspectives, et il en résulte de nombreuses vérifications entièrement analogues à celles que l’on obtient par la méthode ordinaire des intersections, méthode avec laquelle celle des perspectives a tout naturellement les plus grands rapports.
- » Nous ferons encore remarquer qu’une fois le plan construit, on peut obtenir sans peine les cotes de nivellement de tous les points directement déterminés; car, en prenant le plan d'horizon de l une des perspectives pour le plan de comparaison, on trouvera les distances réelles des différents points à ce plan au moyen des distances verticales de leurs perspectives à la ligne d’horizon (hauteurs linéaires apparentes), soit en rabattant chaque rayon visuel autour de sa projection horizontale et en évaluant, à l'échelle de la carte ou du plan, la longueur de la perpendiculaire élevée par le point correspondant jusqu’à la rencontre du rayon visuel, soit, ce qui revient au même, en cherchant le quatrième terme d'une proportion dont les termes connus sont : la distance du point de vue au point considéré mesuré sur le plan, la longueur de la projection horizontale du rayon visuel jusqu’à la ligne d’horizon et la hauteur apparente positive ou négative du point sur Je plan du tableau.
- » Telle est la solution générale du problème de la transformation des perspectives en plane. »
- Il serait inutile de rien ajouter, pensons-nous, à cet exposé très simple d'une méthode qui s est appliquée aussi bien aux vues photographiées qu'aux vues dessinées à la chambre claire pour lesquelles eile avait été proposée.
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- II. — Premières expériences faites arec des rues dessinées à la chambre claire.
- II va suffire d'ailleurs de prendre un ou deux exemples pour montrer avec quelle facilité on opère ei pour faire pressentir le degré de précision sur lequel on peut compter. On nous permettra de reproduire, dans ce but, les deux plus anciennes expériences laites sur des vues prises avec la chambre claire et qui remontent à l'année (•).
- La Jig. 59 représente le plan de 1*11:1 des côtés du fort de Yincennes et deux des trois vues qui ont servi à le construire. Les points A, B et C sont les stations d'où ces vues ont été dessinées; les deux vues aa (reportée en aa' pour éviter l'entrecroisement des images et la confusion qui en résulterait) et £6, prises des stations A et B. rabattues autour delà ligne d'horizon de chaque perspective, ont été orientées sur la feuille de dessin, en avant de chacune de ces stations, d’après trois opérations entièrement identiques avec celles que i on exécute habituellement sur le terrain, savoir :
- 1" La mesure de In distance AB des deux stations, à la chaîne ou à la siadia, rapportée sur le dessin à J’échelle adoptée pour le plan ;
- •>> et 3° La mesure des angles que forment avec la base deux rayons visuels pariant l’un du point A et l'autre du point B et aboutissant au même point du paysage, par exemple, dans le cas actuel, à la pointe du paratonnerre que l’on voit au sommet du donjon situé vers le milieu de chacune des perspectives.
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- I! est bien entendu que chaque vue rabattue autour de sa
- ligne d’horizon fait corps, pour ainsi dire, avec Ja perpendiculaire abaissée du point de vue sur celte ligne, c’est-à-dire
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- ,A CSSEDAT.
- 46S
- avec la dislance du point de vue au tableau et par conséquent avec ce point de vue lui-même.
- Planimètrie. — Les deux vues étant orientées par rapport à !a base, en abaissant de chacun des mêmes points remarquables que Pon y découvre, des perpendiculaires sur les lignes d'horizon aa et bb, et en joignant ses pieds de ces perpendiculaires respectivement au point A et au point B, l'intersection des deux lignes ainsi tracées détermine, sur le plan, la projection de chaque point considéré.
- Il est aisé de reconnaître sur la figure comment ont été trouvées, par exemple, la longueur de la façade de la grande caserne que Pon voit sur la droite des perspectives, les positions des petites guérites de pierre (échaugueites) situées aux angles de Penceinte crénelée qui enveloppe le bas du donjon, etc.
- On opérerait de la même manière en combinant la vue cc prise du point C avec l'une des deux autres, soit pour déterminer de nouveaux points, soit pour vérifier ceux qui résultent de la combinaison des deux premières.
- Nivellement. — La ligne d'horizon d'une perspective étant la trace du plan horizontal qui passe par le point de vue sur le plan du tableau, tous les points du paysage situés sur cette ligne sont au même niveau que le point de vue.
- Cela étant, il est aisé de concevoir, et on Pa déjà vu plus haut, page 277, comment on peut calculer les différences de niveau de ce point de vue (ou de la station qui est un point du terrain situé au-dessous d’une quantité variant de i®,ao * ira,5o que l'on doii mesurer exactement) et de tous les points reconnaissables sur les perspectives.
- Ainsi, en admettant que le plan soit construit à l’échelle de (en réalité, il a été construit à l'échelle de mais il » été réduit pour faire tenir la figure dans le texte), mesurons en millimètres : la hauteur apparente, i5mi“, du sommet delà tige du paratonnerre au-dessus de la ligne d'horizon; la distance du point de vue A au pied de ia perpendiculaire abaissée sur la ligne d’horizon, fi;1»**: enfin la distance de ce même
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- point de vue au donjon, sur le plan, 37»“ ; faisons la proportion d’où a?—8*“,28, qui, multipliés par le déno-
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- minateur de l’échelle 7000, donnent pour la hauteur cherchée
- 57“, 96.
- La même opération effectuée rapidement avec la règle à calcul permet de déterminer ies différences de niveau de tous les points de la perspective rapportés sur le plan.
- il ne faut pas oublier de tenir compte de la hauteur du point de vue au-dessus de fa station considérée. Ainsi, dans le cas actuel, ce point de vue était situé à i*,4« au-dessus du sol et la différence de niveau cherchée était, par conséquent, de 57®, 96 4- i®,4° = &)a, 36.
- Enfin, il est clair qu’en répétant la même opération sur une seconde perspective qui contient le même point, la différence de niveau des stations d'où ont été prises les deux perspectives étant connue, on a un moyen simple de vérifi-
- Le second exemple se rapporte à la reconnaissance de la forteresse du Mont-Valérien et est tout aussi facile à suivre sur la PL XII. La base xy mesurée sur le terrain avait été rapportée sur la feuille de dessin en afy* à l’échelle de adoptée pour le plan que nous avons construit, mais qui a été réduite à ^7777 pour la figure gravée.
- Pour orienter sur celte base les deux vues dessinées à la chambre claire et rabattues autour de leur ligne d’horizon, on se servit des deux angies a'x'f = a6°3o/ et b’y*x' s=5;° évalués très simplement au moyen de la chambre claire elle-même.
- On parvint ensuite facilement à identifier sur les deux vues, et malgré les déplacements dus à la perspective, les différents édifices de l’intérieur de la forteresse, leurs mêmes arêtes verticales, les angles des glacis de la fortification, etc. ; puis, en opérant comme on l’a expliqué plus haut, on détermina sur le plan un assez grand nombre des points correspondants. Enfin, en marquant ces points sur une feuille de papier à calquer et en portant celte feuille sur un plan du
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- Monl-Yalérien à la môme échelle de y^, levé par les méthodes rigoureuses, le superposition n’accusa aucune erreur, ily avail une coïncidence parfaite pour tous les points.
- Il serait sans doute inutile d'insister sur les conséquences d'un semblable résultat que tout le monde peut pressentir; il suffit donc de faire remarquer qu'il démontrait péremptoirement que la chambre claire modifiée dont nous avions fait usage ne produisait aucune déformation, conformément à la théorie d’ailleurs, ni aucun déplacement de l'image virtuelle, déplacement ou parallaxe dont on avait tant de peine à se débarrasser avec les anciens instruments du même genre.
- Nous ne reviendrons pas, à propos de ce second exemple, sur ce que nous avons dit plus haut du calcul des cotes de nivellement, et quoique la gravure des vues du Mont-Valérien soit très nette, leur réduction a rendu les détails du terrain trop difficiles à identifier pour que l’on puisse les employer à se rendre compte de la marche à suivre dans le tracé des courbes de niveau. .Vous n'avions pas essayé d’ailleurs d’exécuter ce tracé sur les vues originales de plus grandes dimensions, parce que le but que nous nous étions proposé était atteint, et c’est l’année suivante seulement, dans des reconnaissances étendues faites dans un pays encore plus accidenté, que nous avons pu constater avec quelle facilité on obtenait des cotes de nivellement assez nombreuses pour permettre de bien saisir et de reproduire les formes du terrain.
- Vous donnerons plus loin des spécimens des résultats de ce genre obtenus surtout depuis que l’on a substitué aux dessins à la chambre claire des images photographiées.
- H!. — Des cas où l'on peut recourir à des vues isolées-
- Quoique nous venions de voir qu'il est à peu près indispensable, pour construire le plan d’un terrain plus ou moins mouvementé, de changer de point de vue et de combiner plusieurs perspectives de ce terrain, ii peut se présenter des cas où des vues isolées ou même une vue unique deviennent très avantageusement utilisables.
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- Ainsi, pour vérifier ou compléter des reconnaissances anciennes faites par les procédés ordinaires, des cartes ou des plans gravés plus ou moins exacts du commerce, des vues isolées prises de points favorablement situés, quoique indépendants les uns des autres, sont toujours d’un grand secours; nous avons eu bien des occasions d'en faire l’expérience.
- Dans d’autres circonstances, une perspective unique peut même suffire pour aider è construire immédiatement quelques parties d’un pian qui serviraient au besoin de canevas ei sur lesquelles on rapporterait d’autres mesures faites au pas ou à l'estime. En se plaçant, par exemple, au sommet d’un escarpement, d une hauteur où d'un édifice d’où l'on découvre le rivage de la mer (les phares sont ainsi des stations très fovu-râbles), les bords d'un lac, d'un canol ou même ceux d'un fleuve, d'un cours d’eau dont la pente est faible, un observateur qui prend la perspective exacte de ces bords peut eu construire le plan au mo>en d’une construction géométrique.
- Nous connaissons déjà le procédé de la craticulation lé aux .Yotionspréliminaires, page -itt, mais il y en a un autre, également applicable au cas d'une perspective dessinée sur tableau plan vertical et à celui d’une perspective tracée snr un lableau incliné à l'horizon, qui est fondé sur le principe très simple formulé de la manière suivante dans la Géométrie descriptive, de Monge :
- « Lorsqu’on a un tableau offrant la perspective d’un objet déterminé, on peut en déduire la perspective du même objet prise du même point de vue et sur un lableau différent. En effet, l’œil et le premier tableau étant déterminés de position, la direction des rayons visuels menés de l'œil à chacun des points de l'objet se trouve fixée et l’on peut en déduire, par conséquent, leur rencontre avec la surface d'un autre tableau dont la position est donnée. »
- Dans le cas dont i! s’agit, l’objet ou les objets considérés sont supposés contenus dons un même plan horizontal; en traçant donc les rayons visuels au moyen de la perspective verticale dessinée (ou photographiée) et en cherchant leurs traces sur un tableau horizontal, on obtiendra une figure
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- semblable au contour naturel,c’est-à-dire un plan donil’échelle sera généralement facile à déterminer t*ar une mesure prise sur le terrain.
- Cherchons à effectuer, le plus simplement possible, celle transformation d’une perspective verticale en une perspective horizontale.
- Il est évident d'abord, par la nature même de la question, que la ligne d’horizon laissera tous tes points considérés de la
- Fig. ao.
- perspective au-dessous d’elle. Soit donc O {Jig. 20) le point de vue, LH la ligne d’horizon et P le point principal; à une distance 00’ = h qui, selon l'écheiic adoptée, peut être pins
- grande ou plus petite que OP, menons te plan horizontal qui doit actuellement être pris pour plan du tableau, joignons le point de vue 0 à un point quelconque a de la perspective
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- verticale et prolongeons Indéfiniment le rayon visuel Oa : ce rayon percera le tableau horizontal en un point A»; supposons ce point trouvé et joignons-!*? à la projection O' du point de vue, O'ot» coupera la ligne de terre en a'. Par le point de vue, menons dans le plan d’Iior>zou la ligne Oa* parallèle à O'et., les trois points a", a et a! étant dans le plan vertical du rayon visuel seront sur une même ligne droite perpendiculaire à la ligne de terre et à la ligne d'horizon. Rabattons maintenant sur le tableau vertical, d'une part, le plan d’horizon qui aura la ligne d’horizon pour charnière et, de l'autre, le tableau horizontal que nous ferons tourner autour de la ligne de terre. Après celle double opération, les lignes a”Or et «Wa'Or seront encore parallèles comme Pétaient dans l'espace les lignes Oa' et O'a'.l» dont elles sont les rabattements et la similitude des triangles a" O a cl-b a'a donnant la proportion aa":aa' v, Oa": -Xaf, les triangles «"Ora et *Waa' que l’on formera en joignant le point a aux points et Or seront semblables, d’où ii suit que ies trois points O,-, a et cW sont en ligne droite.
- On est ainsi conduit à in construction suivante faite sur le plan même du tableau vertical.
- La perspective abcd (//£. -xi) étant donnée ainsi que la ligne d'horizon et la distance üP du point de vue au tableau, à une distance h que nous pouvons prendre ici arbitrairement, menons la ligne de terre LT parallèle à la ligne d’horizon; par les points a, b, c, d abaissons des perpendiculaires aa't etc. sur la ligne de terre ; en joignant Or au point a et 0^. au point a', l’intersection des deux «ignés Ora et 0\a prolongées donnera le point tV de la perspective horizontale ou du plan de la ligne sinueuse dont abcd est ia perspective verticale, si tous les points de cette ligne sont situés dans un même plan horizontal.
- La figure --Vaiv es:, ?n effet, semblable à ABCD et l’échelle du dessin sera ie rapport r des deux lignes homologues ou celui £ de la distance h du tableau horizontal au point de vue à la hauteur il de ce point de vue au-dessus
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- A. L A U SSE DAT-
- Fig. 3I.
- L a" P c” ri" H
- Or
- du niveau de ABCD; i( suffira, par conséquent, de mesurer
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- sur le terrain la distance qui sépare deux des points A, II, C, I), ou de déterminer il.
- Cette construction est !a plus simple que l'on puisse imaginer; mais, si l’on voulait opérer sur une feuille de dessin de longueur réduite, on pourrait ne pas employer le point O' et arrêter l’épure à la ligne de terre. Il suffirait alors de tracer la perpendiculaire du point a entre les deux lignes LT et LH, de joindre à a et h a", puis de mener par a! une parallèle à Orcf jusqu'à la rencontre de 0/tz prolongée s’il est nécessaire.
- Celte modification, facile à justifier en se reportant à la figure, a toutefois l'inconvénient d'exiger un peu plus de temps.
- Pour que les constructions que l’on vient de décrire réussissent, il convient évidemment que le point de vue soit assez élevé au-dessus de la surface de l'eau ou du terrain, et que les bords dont on cherche la projection horizontale ne soient pas trop éloignes de la verticale du point de vue ; enfin, pour les points situés dans le plan principal ou tout près de ce plan, les intersections des droites qui servent à les déterminer se feraient sous des angles trop aigus; on doit alors avoir recours au rabattement, sur le plan du tableau, des plans verticaux de chaque rayon visuel.
- Dans les pays de plaines où l'on rencontre quelquefois des édifices d’une grande hauteur, un seul panorama pris du sommet de l'un de ces édifices et qui contiendrait les routes, les canaux, les cours d’eau et les autres accidents remarquables du terrain environnant, même des maisons dont on découvrirait le pied, fournirait les éléments d’une reconnaissance partielle, qui pourrait être encore passablement exacte (dans un rayon limité toutefois, comme nous le verrons bientôt), à la condition que le sol fût sensiblement de niveau («).
- La solution précédente, que nous avons appliquée, dès •85j, à des vues de côtes dessinées du haut des falaises de la
- (’) C’est te cas restreint considéré per Lambert, de Mulhouse, dans Perspective libre, cité p. 23; des Annales, 3* série, 1.1.
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- Manchet a acquis un bien plus grand intérêt depuis que Ton fait de ia Photographie instantanée en ballon captif ou en ballon libre et même, comme nous Pavons déjà annoncé, au moyen de cerfs-volants. Il convient donc d'examiner les conditions dans lesquelles on pourrait avoir quelques chances d’opérer avec succès en se servant de ces stations aériennes.
- Il y a, on le conçoit, de précieuses propriétés communes à des vues prises de points très élevés au-dessus du terrain, mais il n’est pas moins indispensable de distinguer les cas où les tableaux sont verticaux, inclinés à l'horizon ou horizontaux. Le premier et le dernier cas ne présentent pas de difficultés particulières, et dans le dernier on peut même souvent obtenir des images qui sont de véritables plans; mais, dans les deux cas, l'étendue du lerrain embrassé est plus limitée que lorsqu’on incline convenablement lè tableau. En pays de montagnes, on peut aussi être amené accidentellement à incliner l’axe optique de l'appareil pour découvrir des ravins profonds et rapproches ou pour atteindre des parties élevées de roches abruptes dont le pied est également trop rapproché de la station.
- IV. — Tableaux inclines sur l'horizon.
- La mesure de l'inclinaison du tableau et le repérage de la ligne d'horizon et du plan principal sur l’épreuve ont besoin d'être effectués avec le plus grand soin, mais le degré de précision que l’on petit obtenir dépend de la disposition des appareils spéciaux dont il ne sera question que dans le Chapitre suivant. Nous supposerons, en conséquence, pour le moment, que ces éléments sont parfaitement déterminés, ainsi que la distance du point de vue au tableau. Les données sont donc la ligne d'horizon LH tracée sur l'épreuve (fig. a*)> l'inclinaison a du tableau et la distance OP du point de vue au tableau; la position du point P, centre de l’épreuve, ou celle du point M, milieu de la ligne d'horizon, sont également connues et servent à la construction suivante-
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- Il s'agit encore d’obtenir les angles des rayons visuels réduits à l’horizon, non plus sur un tableau vertical, mais sur le tableau incliné. Or les lignes projetantes des points de la perspective oblique ne sont plus des perpendiculaires à la ligne d'horizon, mais des droites qui convergent vers le point
- de rencontre de la verticale du point de vue et du plan du tableau. Ces droites sont, en effet, les traces des plans verticaux qui passent par le point de vue et par les différents points considérés, et leurs intersections avec la ligne d’horizon, jointes au point de vue ou à son rabattement sur le plan du tableau, donneront ies projections horizontales cherchées des «ayons visuels.
- <x étant l’inclinaison du plan du tableau sur la verticale, le point d'intersection î de la verticale du point de vue et du plan du tableau sera situé sur la perpendiculaire menée à la
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- USSEDAT.
- ligne d'horizon dans comme OXl = --- •> MI =
- plan à une dislance XII =
- si
- *OP
- Si celte distance élait trop grande pour que te point I pût être rapporté sur la feuille de dessin, on mènerait au bas de cette feuille une parallèle rs à la ligne d'horizon sur laquelle, et d'après la distance XIm des deux parallèles, on prendrait une longueur rs proportionnelle à la longueur LH marquée sur la ligne d’horizon et près de ses extrémités. En divisant LH et rs en un même nombre de parties égales, les lignes projetantes des points a, b, c de la perspective, c'est-à-dire a! a", b’b"f d<fy..., sont aisément obtenues en se guidant sur ces divisions. En joignant ensuite le point de vue rabattu 0r aux points a', b', c... de la ligne d'horizon, on a les angles réduits a'Qrb’, a'Orc', b'Orcft ....
- Si une ou plusieurs vues sur tableau incliné ont été prises à terre et rattachées à d’autres vues prises dans des conditions ordinaires, c'est-à-dire sur des tableaux verticaux, la méthode qui vient d’être indiquée pour en déduire les angles réduits à l’horizon permettra de faire concourir ces éléments à la construction de parties du plan ou de la carte de la région ainsi explorée qui, autrement, eussent été peut-être inaccessibles.
- V. — Utilisation des vues aériennes sur tableaux inclines dans les reconnaissances.
- Mais nous devons surtout considérer indépendamment les vues aériennes obtenues sur des tableaux inclinés et lâcher d’y découvrir le parti que l'on en pourrait tirer, dans des reconnaissances difficiles à tenter par les procédés ordinaires.
- Pour opérer la transformation de ces perspectives ou du moins des parties qui sont certainement ou sensiblement horizontales, comme les bords de la mer, des lacs, des cours d'eau à faible pente, on peut suivre une marche analogue à
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- celle que nous avons indiquée pour la transformation des perspectives verticales en projections horizontales.
- Soient LII (,/fc. *3) la ligne d’horizon, O le point de vue et M le pied de la perpendiculaire abaissée du point de vue sur
- la ligne d'horizon, c’est-à-dire la trace du plan principal sur celle ligne. Parallèlement su plan d’horizon et par la ligne de terre LT, faisons passerîeplan du nouveau tableau; projetons le point de vue en O' et prolongeons la verticale 00' jusqu'à sa rencontre en I avec ie plan du tableau oblique. La trace MI du plan principal MOI rencontre la ligne de terre en M'; joignons O'M' et considérons un rayon visuel OA passant par le point a de la perspective et qui rencontrera le nouveau lableau horizontal en *.U; c’est ce dernier point qu’il s’agit de déterminer. La solution de cette question ne diffère de celle de la précédente qu’en rç que les plans verticaux des rayons
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- visuels, au lieu de couper le tableau suivant des droites parallèles perpendiculaires à la ligne de terre, le coupent suivant des droites divergentes et parlant du point I que l'on détermine comme nous venons de l’expliquer un peu plus haut.
- Si l’on joint O'-.U qui coupe la ligne de terre en a’ et que l’on mène par le point de vue la ligne On" parallèle à les trois points a*, a et a' seront sur la ligne droite qui passe par le point I. Après le rabattement du plan d’horizon autour de MI et celui du tableau horizontal autour de LT, le pointée vue étant en Or et sa projection O' en O’., les droites et OrU' À*r seront parallèles et de plus les trois points Or, a et »Lr seront en ligne droite.
- En effet, les deux triangles dans l’espace Oa a" et Xaa étant semblables, on a la proportion Après les rabatte-
- ments, les lignes tWa' et Or(f n’ayant pas changé de grandeur, on aura toujours = ^7» d’où l’on conclut que les deux triangles tracés sur le tableau oblique 0,aa” et a"ao\>r sont semblables et que les trois points Or, a et A>r sont bien en ligne droite.
- La transformation des perspectives obtenues sur des plans obliques à l’horizon se déduit immédiatement de cette rer marque, quand on connaît la hauteur du point de vueau-dessus du terrain supposé horizontal, la distance du point de vue au tableau et l’inclinaison du plan du tableau sur l’horizon.
- En partant, en effet, de ces données, comme il est aisé de le voir ou plutôt comme on l a déjà vu, étant toujours l’inclinaison du plan du tableau sur la verticale ou le complément de l’inclinaison sur l’horizon, on a
- = OJI = J|L, 0'J1'= OU — h langa,
- pour calculer les longueurs MI, 031 cl O'M dont on a besoin. Une simple construction graphique suffit d’ailleurs pour obte* nir ces quantités avec toute l’exactitude nécessaire, puisqu’il
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- s’agît, en définitive, d’en arriver à des constructions du même genre.
- VI. — Emploi de deux ou plusieurs vues prises sur des tableauxincltnés.
- Quand on est parvenu à photographier plusieurs vues d*un même site et de stations différentes, soit en ballon, soit à l’aide d’un cerf-volant, ii est naturel de se demander comment on peut les combiner.
- En supposant toujours que ces vues présentent des cours d’eau ou même simplement des routes sensiblement horizontales, on peut espérer parvenir assez souvent à déterminer, avec une précision suffisante, un certain nombre de points isolés choisis parmi les plus remarquables, les extrémités d’une digue, les arches d’un pont au niveau de l’eau, les coudes de la rivière ou de la route, les carrefours, etc.
- Ces points, retrouvés sur deux photographies au moins, deviendraient alors autant de repères à l’aide desquels on 'pourrait orienter ces photographies pour les faire concourir simultanément à la construction du plan et, dans certains cas, quoique plus difficilement, au nivellement suivant la méthode générale que nous avons exposée.
- En effet, sur chacune des feuilles qui ont servi à déterminer les repères, la projection du point de vue, c’est-à-dire de la station aérienne, se trouve rapportée elle-même en Or {fig- ^3 et Pl.XIIf, Jig. b et c), comme on le verra tout à l’heure.
- Or, si sur l’une d’elles on relève, avec un papier à calquer, deux ou trois repères ou même davantage ainsi que la station, en plaçant ce calque sur l’autre feuille, on déterminerait immédiatement la position relative des deux stations.
- Il y a là un fait assurément intéressant et peut-être assez inattendu à signaler, à savoir que les stations aériennes deviennent ainsi tout à fait indépendantes les unes des autres, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire de se préoccuper d’un moyen de les relier autrement entre elles comme on relie habituellement les stations terrestres par des mesures de
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- distances et d’angles, par des triangulations ou des cheminements» opérations d’ailleurs à peu près irréalisables dans la plupart des circonstances supposées (}.
- L’économie de cette méthode dépend toutefois de Ja précision des données que les progrès des instruments spéciaux rendront sans doute de plus en plus grande.
- Pour faire apprécier sa praticabilité qui n’est pas toujours très facile, il faut bien en convenir, nous allons prendre un exemple en partant des données relatives à une photographie prise par M. A. Batut à l’aide de son cerf-volant.
- En se reportant au xfig. £ et c {PI. XJ/l), dont la première représente les constructions préparatoires effectuées dans le plan principal et la seconde le plan sur lequel on restituera quelques-uns des points de la perspective, et en conservant les notations précédentes, le cerf-volant ayant été élevé à go™ de hauteur et son inclinaison sur la verticale évaluée à 33°, enfin la distance focale de in chambre noire étant de on‘,i66? on a donc
- x = 33-, OP = o“',i65 et II = ç)om.
- Si l’on convient maintenant d’adopter pour le plan l’échelle de et en réduisant encore les figures de moitié, on aura
- OI> = Pt h = O'",075).
- Pour obtenir la ligne d'horizon sur la photographie, on n'aura, en général, qu'à s'arranger de manière à retrouver facilement le point principal P de In perspective (qui devrait être exactement au centre de la plaque, mais qui peut être vérifié d’après des vues prises à terre et sur tableau vertical), pourvu que l’on ail en même temps l’inclinaison du tableau.
- Les constructions préliminaires étant effectuées sur layî£. h
- (•> On sait que tes stations terrestres deviennent également Indéjxn-i'jîitcs les un Îî :.;s outres quand un emploie !. méthode des recoupements avec laquelle c.-Ue que l'on vient d*indfquer '••pendant qu’une analogie •i»vz éloignée, car la première suppose le* points de repéré déjà déterminé* h l’aide d’une tria» su la lion nu d’un cheminement.
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- (PI. JS7//), graphiquement ou à l'aide des éléments calculés, soient LH la ligne d'horizon sur le plan (PI. XIII, fig. c), LT la ligne de terre tracée parallèlement à LH, à la distance MM'=? h, sur la ligne correspondant à la médiane de la photographie; les distances Ml, OM et O'M' sont rapportées sur cette médiane et déterminent les points I, Or et O'.
- La ligne de terre étant une charnière, les points tels que b situés sur cette ligne appartiennent à la fois à la perspective et au plan.
- Considérons maintenant un point a de la perspective situé au-dessous de la ligne de terre; pour obtenir le point correspondant du plan, il suffira, d'après ce qu'on a vu plus haut, de mener d'abord la prolongée jusqu a la ligne de terre en af, puis de mener Ora et enfin de joindre a' à O)., l'intersection de 0ra et de 0).a' sera le point A cherché.
- Si nous considérions un autre point c situé au-dessus de la ligne de terre, la même construction servirait à obtenir le point C du plan. On remarquera seulement que, dans le premier cas, l’intersection A se fait en deçà du point a de la perspective et que, dans le second, elle se fait au delà du point c. Cne autre remarque importante et de laquelle il résulte qu’on aurait de la peine à tracer complètement, d’après la perspective unique dont il s’agit, les bords d’un cours d’eau sur toute leur étendue, c’est que les angles sous lesquels se rencontrent les lignes de construction sont généralement très aigus.
- Nous avons choisi l’exemple précédent, c’est-à-dire le cas d’une station située à oo51 au-dessus du sol, parce que cette hauteur dépasse déjà celle des monuments les plus élevés, à très peu d’exceptions près, sur lesquels on pourrait songer à s’installer pour faire une reconnaissance rapide à l’aide de la Photographie sur des tableaux verticaux ou inclinés, mais les escarpements et les falaises peuvent atteindre souvent plusieurs centaines de mètres et avec les ballons captifs ou libres et même avec des cerfs-volants on peut s’élever ou élever des appareils beaucoup plus haut et modifier avantageusement les conditions précédentes, car alors, le? point? Or et. 0'r s’éloignant
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- l’un de l’autre, les lignes de construction se rencontreraient sous des angles moins aigus et la précision deviendrait plus grande.
- 11 existe déjà un grand nombre de vues photographiées prises en ballon, à des hauteurs qui ont varié de 200- à iooo" et au delà, sur lesquelles on aurait pu essayer des restitutions si l’on avait pris seulement la peine, la distance focale étant toujours supposée connue, de bien déterminer, chaque fois, la hauteur de la nacelle et l'inclinaison de l'axe optique de l'appareil.
- Nous avons cherché, dans les explications qui précèdent, à démontrer la possibilité de tirer encore un meilleur parti de documents déjà très intéressants par eux-mêmes et qui ne cessent de se multiplier chaque jour.
- Vil. — Limitation de f emploi des vues aériennes.
- Nous terminerons ces considérations que nous n’avons pas craint de développer, précisément à cause de l’emploi fréquent de la Photographie dans des stations élevées, aériennes ou terrestres, et parce que les images ainsi obtenues jouissent de propriétés très précieuses qui ne sauraient échapper à personne, en appelant l'attention sur les limites du champ efficace des épreuves qui dépendent toujours nécessairement de la hauteur de la station.
- Nous nous bornerons d’ailleurs à examiner les deux cas extrêmes des épreuves obtenues sur un tableau horizontal (en ballon) ou sur un tableau vertical (en ballon ou du sommet d'une station assez élevée), celui des épreuves sur un tableau plus ou moins incliné (en ballon ou d’un cerf-volant) pouvant êire considéré sous ce rapport comme se confondant avec le dernier.
- Tableau horizontal. — Le cas de l’épreuve sur un tableau horizontal est très simple. En effet, le champ angulaire de l’appareil étant supposé constant, la surface du terrain représenté est proportionnelle au carré de la hauteur. Par exemple,
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- si ceue hauteur est de Soo® et que le champ angulaire soit de 90% il est aisé de voir que chacun des côtés de l’épreuve correspondra à une distance de ioooB mesurée sur le terrain et, par conséquent, la surface représentée sera de ioohec-tares. Si le même appareil est élevé de 1000“, cette surface sera de 4°° hectares, etc. D’un autre côté, quand le terrain est peu accidenté, on reconnaît immédiatement que l’image n’est autre chose que le plan de ce terrain à une échelle qui est donnée par le rapport de la distance focale de l’objectif à la hauteur de l’appareil au-dessus du sol.
- Nous donnons comme exemple {Jig. 24) la photographie du pont Louis-Philippe sur la Seine, allant de nie Saint-Louis au quai de 1’Hôtel-de-Ville, prise en ballon monté par MM. G. Tissandier et Ducom le 19 juin 1S80, de 6oo“ de hauteur, avec un objectif de Français d’environ o“,4o de distance focale, et nous en rapprochons (Jig. 2-5) un extrait du plan parcellaire de Paris ramené à la même échelle.
- Tableau vertical. — Supposons une station de 5oom de hauteur et une distance du point de vue au tableau de o°‘,i5 et cherchons les clîels de la transformation de la perspective selon la distance des points considérés à la station.
- Nous admettrons encore que le terrain au-dessus duquel on a pris la photographie est une plaine horizontale indéfinie et, sans nous préoccuper du champ angulaire de l'objectif employé, en renversant le problème, de la station O comme centre, décrivons sur la feuille de dessin, à l’échelle de par exemple, des arcs de cercle concentriques avec des rayonsde ôoom, de iooo'", de i5oom, de 2000®, de 2000* et de 3ooom, les perspectives de ces arcs de cercle sur un tableau vertical seront des ares d’hyperbole ayant leurs sommets sur la trace du plan principal {Pi. Xf/f, Jig. a).
- En déterminant ces courbes par points par une construction inverse de celle de la page 4;s> on reconnaîtra que Ton peut, dans les conditions supposées, compter sur un degré suffisant d’exactitude jusqu’à S° ou 7° de part et d’autre du plan principal, et la figure montre aussi que les points de la perspective plus rapprochés de ce plan s’obtiennent aisément à l'aide du
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- rabattement des pians verticaux qui les comienneni; on pourrai: continuer la construction pour des points situés au delà
- de la distance de 3lw à laquelle nous nous sommes arrêté, mais les six courbes que nous avons tracées montrent que i l'Ioignement se traduit par une contraction qui devient déjà très sensible pour les points situés entre et 3k'°.
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- La détermination des points de plus en plus éloignés devient donc nécessairement incertaine et l’on conçoit que, selon les
- données du problème, on serait conduit à adopter des limites plus ou moins étroites au delà desquelles on devrait renoncer à opérer des transformations immédiates.
- On ne saurait donc songer à utiliser cette méthode autre-
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- ment que pour déterminer un petit nombre de points assez rapprochés et pris dans la plaine à partir de laquelle la hauteur de la station est mesurée.
- Après avoir ainsi mis en garde contre les illusions que l’on pourrait se faire sur les propriétés des épreuves photographiques prises de stations aériennes ou de stations terrestres élevées considérées isolément, nous n'hésitons pas à affirmer que, si l'on parvenait à relier entre elles deux ou plusieurs stations d’où l’on aurait découvert le môme terrain, par des procédés trigonométriques ou par celui que nous avons indiqué ci-dessus, comme on se retrouverait dans les conditions ordinaires, les restitutions par la méthode des intersections pourraient être tentées avec succès. Alors, en effet, quelle que soit la distance d’un point bien défini sur les deux épreuves que l'on combine, l'exactitude de la détermination rie dépend plus que de la grandeur de la base, c'est-à-dire de la distance horizontale des deux stations et de l’angle sous lequel se rencontrent les projections des rayons visuels.
- En ce qui concerne le nivellement, il serait nécessaire dans certains cas, de tenir compte de la courbure de la Terre, mais on ne s’en préoccupe généralement pas et c’est un motif pour que, dans les levers où l’on vise à une certaine exactitude, on doive renoncer à chercher les cotes des points les plus éloignés.
- VIII. — Reconnaissances faites à d'assez grandes distances.
- Amplification des images. — Même ea négligeant la courbure de la Terre, les trop grandes distances ont l’inconvénient d’altérer la précision du nivellement. En effet, les hauteurs apparentes linéaires positives ou négatives des points choisis sur l'une des épreuves sont les éléments qui servent à calculer les différences de niveau. Or l’évaluation de ces longueurs, d'une part, ne se fait qu’avec une approximation d’un dixième de millimètre tout au plus et le tracé de la ligne d’horizon est lui-mème entaché d’une incertitude du môme ordre; les
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- erreurs qui en résultent croissent avec la distance des objets considérés et décroissent proportionnellement à la distance du point de vue au tableau et à la grandeur de l’échelle adoptée pour le plan.
- La grandeur de celle échelle étant déterminée par des considérations sur lesquelles il ne saurait être question de revenir, c’est seulement en augmentant directement ou indirectement la distance du point de vue au tableau que l’on peut accroître la précision du nivellement ou celle de l'évaluation des distances de signaux dont on connaît les dimensions.
- Avec la chambre claire et un point de vue situé, par conséquent, déjà au moins à on,3o du tableau, pour des points éloignés tels, en général, que les rayons visuels s’écartent peu de l’horizon, on peut obtenir pour le nivellement une assez grande exactitude en se servant d’une lunette disposée au-devant du prisme de l’instrument.
- Nous n’entrerons, en ce moment, dans aucun détail relativement à la manière de disposer la lunette; pour l’explication que nous voulons donner, il suffira de savoir que les faisceaux de rayons lumineux qui émergent à travers l’oculaire peuvent être réfléchis à l’intérieur du prisme avant d'entrer dans l’œil de l’observateur et que celui-ci voit alors se peindre sur la planchette des images dont les dimensions, comparées à celles qu’il dessinerait avec ie prisme seul, se trouvent amplifiées dans un rapport qui est précisément ce que l’on nomme le grossissement de la lunette.
- Désignons par G ce grossissement qui varie, pour un même instrument, avec l’observateur (*) et que chacun doit déterminer par une expérience directe. Supposons que la lunette porte une croisée de fils à son foyer et que l’on ait tracé sur la planchette la ligne d’horizon et le point principal (*); on
- (') U grossissement varierait aussi avec la distance des objets, mais ceux que nous considérons sont toujours assea éloignés pour que leurs images viennent se former au fover ôrincloal de l'objectif- Pour un même observateur G est donc rcnsionU .. . u
- Tout ce qui est indiqué ici sur remploi c une lunette associée a la chambre claire est extrait <1g Mémoire publié en «854.
- (*) Voyez plus loin Je ucraprai&c consacré aux Instruments et en particulier à la Chambre claire.
- > Série, t. I 33
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- pourra faire coïncider l’axe optique de ia lunette avec le rayon principal, en projetant, par un mouvement de rappel, l’image de la croisée des fils sur le point principal ; on fera en même temps en sorte que l’image du fil horizontal de la lunette se projette sur la ligne d’horizon, et les choses étant ainsi disposées, si le point considéré est dans le champ de la lunette ou peut y être amené, l’angle qui mesure l’inclinaison du rayon visuel dirigé sur ce point étant amplifié proportion-neliement au grossissement, l'erreur graphique dont il a été question se trouvera diminuée dans ie môme rapport.
- Soient D la distance horizontale du point considéré à la station, d la distance du point de vue au tableau, II la différence de niveau cherchée du point de vue et du point considéré; enfin h la distance de la perspective de ce point à la ligne d’horizon, lorsqu’on observe avec le prisme seul; le nivellement sera donné par la formule 11 = — X h\ mais, quand on
- emploie une lunette dont le grossissement est G, les autres quantités restant les mômes, au lieu de h on trouve sur le tableau h'=h X G (c’est comme si la distance du point de vue au tableau avait été augmentée dans le môme rapport). Or, l’erreur à craindre étant la môme sur h et sur h\ quand on divisera W par G, cette erreur sera divisée par le même nombre. Si l’on emploie, par exemple, une lunette qui grossisse dix fois, une erreur qui, à une certaine distance, pourrait atteindre o“,5o, si l'on opérait avec le prisme seul, se trou» vera réduite à o*°,o5.
- Cet usage de la lunette se trouve restreint par la condition que nous nous sommes imposée plus haut, surtout quand on opère sur des objets situés à des distances modérées, mais il suffit alors de ne pas employer de forts grossissements pour ne pas trop réduire le champ de la lunette qui lui est inversement proportionnel ; en général, quand on opère sur des objets éloignés, il y a, au contraire, avantage à employer d’assez forts grossissements, ces objets restant encore apparents dans le champ réduit.
- i>'un outre coté, ainsique nous l’avons fait pressentir, les images amplifiées peuvent devenir elies-mêmes de précieux
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- tES INSTRUMENTS, LES MÊTHOlïSS ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 4ç)|
- éléments de reconnaissance. Pour nous en tenir actuellement à l’une des applications les plus utiles que l’on puisse faire couramment de ce système, nous allons montrer comment il sert à mesurer directement d’assez grandes distances topographiques avec un degré d’approximation suffisant.
- Si l’on mesure, en effet, sur )e plan du tableau, la longueur l de l'image d'une ligne verticale dont on connaît la vraie longueur L, image que nous supposons amenée dans le plan principal de la perspective; I) désignant la distance horizontale cherchée du point de vue à l’objet et d la distance du point de vue au tableau, on aura D s= -j x d; mais / est généralement très petit et D ne serait ainsi obtenu que très inexactement. Si l'on interpose actuellement la lunette en la dirigeant sur l'objet considéré, le prisme suivant le mouvement de ia lunette, le champ de celle-ci ne cessera pas d’être représenté sur la plan-chettepar un cercle lumineux, vers le centre duquel on pourra amener l’image amplifiée de l’objet, et, au lieu de la longueur /, on trouvera pour cette image /'=/xG, c’est-à-dire que l’erreur à craindre sera encore divisée par G. Ainsi supposons un signal de 10“ de hauteur placé à une station dont on cherche la distance D, !a distance du point de vue au tableau étant de o-,3o; supposons encore que l’image du signal amenée dans le plan principal de la perspective et mesurée sur le tableau paraisse avoir ow,oi de longueur; on en conclurait que la distance D est égale a ~~ x o™, 3o = 3oom, mais
- une incertitude de on>,ooo5 sur ia mesure de / entraînerait une erreur de i5“ en plus ou en moins; au lieu qu’avec une lunette grossissant dix fois, l image paraissant avoir o“,io pour une erreur de om,oo> avec cette dernière dimension, la mesure serait évaluée à ^ près.
- L’approximation est d'ailleurs proportionnelle à la grandeur des signaux et en raison, inverse des distances à mesurer.
- Signaux naturels. — Dans les lieux habités, il existe presque toujours sur les édifices qui font partie des panoramas des lignes verticales, plus ou moins importantes, dont on peut
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- estimer les dimensions, des portes, des fenêtres, des hauteurs d'étages entre deux bandeaux, des chaînes composées d’assises de pierre ou de briques dont on connaît l’épaisseur et qui peuvent être utilisées comme signaux, à la condition de ne pas trop s’en éloigner; les monuments élevés comme la flèche d’un clocher dont on connaîtrait la hauteur au-dessus d’une ligne architecturale bien déflnie peuvent servir en quelque sorte de mire permanente, de stadia dans les reconnaissances rapides faites autour d’une ville. Enfin, tous ceux qui ont pratiqué ces sortes de reconnaissances savent également le parti que l'on peut tirer des autres signaux naturels, comme des arbres élevés, peupliers, ifs par exemple, des cheminées d’usine, des poteaux télégraphique?, etc., dont la hauteur habituelle est connue ou peut être évaluée facilement. Quand ces signaux se trouvent représenté» sur des vues dessinées ou photographiées, prises dans des conditions convenables, leurs images rendent à plus forte raison les mêmes services et l’on peut se dispenser d’entrer dans de plus grands détails à leur sujet.
- Il est à peine nécessaire d’ajouter que la précision que l’on obtient en recourant aux photographies est plus grande que celle que peut atteindre le dessinateur îc plus exercé avec la chambre claire, et les agrandissements, que l’on effectue désormais avec tant de perfection.de bons clichés sur verre,peuvent être comparés, dans une certaine mesure, aux grossissements modérés des lunettes, comme ceux auxquels nous avons fait allusion un peu plus haut. Mais on obtient actuellement, avec les appareils spéciaux de la Téléphotographte que nous mentionnerons dans le Chapitre suivant, des images directes de grandes dimensions sur lesquelles on opère dans des conditions encore plus avantageuses.
- Nous terminerons ce paragraphe par un exemple qui remonte, comme celui que nons avons déjà donné, à propos de la restitution du plan de l’un des côtés du fort de Vincennes, à l’année i$5o, c’est-à-dire à cette même époque où nous nous efforcions d’appeler l’attention sur toutes les propriétés des vues pittoresques et leurs applications à ia Topographie expé-
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- La figure suivante (J!g. 26; représente le sommet du donjon de Vincennes, vu de la station B (fig. i9) dans le champ d'une lunette qui avait un grossissement de quatre fois seule-
- Fi;. *4.
- Champ de iunetto da donjon de Vincennes.
- meni, dessiné en même temps que les vues de la Jig. 19 qui sont elles-mêmes réduites, il ne faut pas l'oublier, si l’on vient à comparer les grandeurs des mêmes objets, par exemple le diamètre de la tour qui vient en avant, dans le champ de la lunette {Jig. 26) et sur la vue bb {Jig. 19).
- Voici comment nous avions évalué approximativement la distance de la station ou centre de la tour du donjon :
- Le grossissement de la lunette étant 4 et ,a distance du point de vue au tableau ayant été dans ce cas de om,*5 (réduite sur la fig. 19 à 0^,071), si Ton admet que le parapet du haut de la tour aiL une hauteur de i“. 3o, comme on trouve
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- ta hauteur apparente mesurée sur la /Ig. 19 égale à 4“,5, en divisant cette quantité par 4 pour la ramener à ce qu’elle serait sans le grossissement, on trouve ic,M:ia5 et l'on a la proportion
- im,3o : iû,ic, ta"» :: x : o:a,2o
- [x étant la distance cherchée de la station à la tour du donjon), d’où
- *-=2sçr.
- Sur le plan de la ftg. 19 on trouve x=28ora; l’erreur commise est donc de ^5; mais il n'y a là rien de surprenant, car la hauteur du parapet, déjà bien faible pour servir de stadia, n’était pas rigoureusement connue et l’évaluation de la grandeur de son image était elle-même imparfaite.
- Cette expérience improvisée ne doit être considérée d’ailleurs que comme une indication de la marche à suivre, et, si nous l’avons citée de préférence à d’autres plus précises, c’est parce que la figure sur laquelle elie a été faite est une sorte de pièce à conviction vis-à-vis de ceux qui ont voulu s’approprier une idée dont ils n’avaient même pas aperçu la véritable portée (•)•
- La petite lunette de faible grossissement que nous employions dans les reconnaissances rapides faites en voyageant
- {’} Celle figure, dessinée en îfcoo, avait é;-j publiée dans le Magasin pittoresque, année 1861; eu 1S6S. un architecte distingué de Nîmes. >1. Kevoil, ayant eu, à son tour, l'idée fc-t naturelle d’adapter la chambre claire à une lunette, mais simplement pour dessiner et sans aucune préoccupation de se servir de ses images pour mesurer les distances, apporta à Paris ce qu:ll croyait être une invention. En ma qualité de professeur à l’Ecole Polytechnique, et sur l'invitation du général Favé, aiiie-de-camp de l'empereur, qui commandait l'École, je fus appelé à donner mon avis sur la valeur scientifique et pratique d'une idée qui n’avait absolument rien de neuf, C3r, depuis lu découverte de la chambre claire par Woliaston, cet ingénieux petit instrument avait été immédiatement associé au télescope et au microscope, en Angleterre d'abord et un peu partout ensuite.
- M. Kevoil était venu à mon observatoire Oc l'École Polytechnique avec son illustre confrère et ami Viollet-ie-Duc. -h fis à ces messieurs l’accueil le plus courtois, tout en les prévenant tic io nécessité où j’étais de les désillusionner. Je leur expliquai ce qui avait été lait depuis si longtemps et, après m'être assuré que M. Revoit n’avait nas sonore à faire autre chose que des images amplifiées, Je leur montrai ie passe cc du Mémorial &
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- s’adaptait très simplement à la planchette qui portait déjà la chambre claire, à l'aide d’une tige articulée munie d’une mâchoire, et comme nous ne nous occupons, en ce moment, que des méthodes, nous n’entrerons pas dans d’autres détails à ce sujet. Mois dans l’un des paragraphes suivants, où nous allons entreprendre !a description des instruments, nous y reviendrons et nous donnerons celle de l'instrument que nous avons désigné sous le nom de télé métro graphe (voyez la note précédente) et qui comporte l'emploi de lunettes terrestres dont le grossissement a été porté jusqu’à 65, dans les circonstances que nous rappellerons.
- INSTRUMENTS.
- THÉORIE, DESCRIPTION ET USAGE DE LA CHAMBRE CUIRE.
- IX. — Historique de la découverte de la chambre claire.
- On sait que nous avons été amené à nous servir de la chambre claire pour exécuter des vues rigoureusement géométriques, au lieu de simples croquis approximatifs, dans le but de donner plus de précision à la méthode de JBeautemps-Beaupré. Nous avons déjà montré, par les résultats des expériences faites devant je fort de Vincennes {fig. 19) et devant la forteresse du Mor.t-Valérien {PI. XII), que ce but avait été atteint aussi complètement que possible.
- Il nous reste à expliquer en quoi consiste l’instrument en
- l'Officier du Génie, anr.eo icS-, où trouve exposé le principe de l'ap-P*reü destine à mesurer les di.-'-or.ec?, et enfin la figure du Magasin pittoresque.
- Mais ma consultation ÎUJt Inutile, dès qu'eile ne concluait pas à une approbation. Le slege <ie cos messieurs était fait et l'instrument (le premier exemplaire était Cssliné lu Pr.nce impérial' fut baptisé téléicono-graphe. Ce fut même ce ii me décida. à mon tour, usant do mon droit de paternité incontestable, en ver.u Ces règles universellement adoptées de 1 antériorité garantie par les publications Imprimées, à appeler le mien du nom de téléautographe oui tournait clairement sa destination et avait «0 même temps lava Mac? Vôtre un neu moins anguleux «pie celui de sa contrefaçon.
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- question, à foire connaître les modifications apportées à sa construction primitive pour en rendre l’usage à la fois plus sûr et plus commode, enfin à donner quelques détails sur la nature même des différentes opérations.
- Nous commencerons naturellement par un historique de la découverte de ce merveilleux petit appareil qui avait remplacé si avantageusement, entre les mains des dessinateurs, l’antique chambre obscure, laquelle devait bientôt prendre sa revanche en supprimant le dessinateur lui-même.
- La chambre claire a été inventée en 1804, par William-Hyde Wollaston. Le phénomène extrêmement simple qui avait mis l'illustre physicien anglais sur la voie de cette découverte se trouve exposé en ces termes, dans le Mémoire où U la flt connaître pour la première fois au public (') :
- « Lorsque je regarde directement et d'aplomb une feuille de papier sur une table, si je présente entre mon œil elle papier un morceau de verre plan, incliné à partir de moi et de haut en bas d'un angle de 4$°, j’aperçois par réflexion la perspective qui me fait face, dans la même direction où je vois mon papier à travers le verre. Je puis donc alors tracer une esquisse de cette perspective; seulement les images sont renversées (*).»
- Pour redresser les images, Wollaston fit subir aux rayons lumineux deux réflexions successives. A cet effet, il plaça au» dessous et en avant du verre transparent un morceau de glace étamée, et, en inclinant convenablement ces deux réflecteurs l’un sur l'autre, il parvint à voir, à travers celui qui était transparent, des images droites, à la même place où il les voyait d’abord renversées {fig. a;).
- {‘) Description 0f the caméra lucida, b y v.’.-ll. Wollastox [Philoso-phical Magazine, t. XXVIII [.
- (’) J-cs Instruments d’optique renversent les Images de deux manières qui correspondent aux deux espèces ce symétrie définies en Géométrie. Ainsi les images réelles formées dans la cûamLre obscure paraissent renversées à cause de leur position par rapport à l'observateur, mais elles restent semblables à l'objet (symétrie par rapport à un point), tandis que la réflexion sur les miroirs pians donne lieu ê des images que l’on peut comparer à des contre-épreuves (symétrie par:cr.::ort à un plan) qu'il faut renverser une seconde fois pour l’es ramener h îVsimilitude géométrique.
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- LES 1XSTRCMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 4g;
- Eo général, l'objet ou les objets et le papier sur lequel on projette l’image, se trouvant à des distances très différentes, l’œil éprouve une fatigue qui résulte de ce que cet organe tend
- Fig. a7.
- à s’ajuster différemment pour chaque distance; cet inconvénient fut combattu, à son tour, au moyen d’une lentille convergente placée du côté du papier ou d’une lentille divergente disposée du côté de l’objet.
- Enfin, aux deux petits réflecteurs dont le plus voisin de l’œil, qui était transparent, laissait perdre de la lumière, Woliaston substitua, en dernier lieu, un prisme à quatre faces sur deux
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- desquelles la lumière se réfléchit totalement ( 1 ), en venu d’un principe bien connu de Physique; de sorte que les images vues dans ce dernier appareil ont la plus grande vivacité possible. A la vérité, il faut alors présenter très exactement l’oeil au bord d’une arête du prisme pour recevoir la lumière réfléchie qui produit l’image, en même temps que la lumière directe qu’envoie le papier et qui ne peut plus passer à travers le second miroir, comme cela avait lieu précédemment: mais l'habitude fait bientôt surmonter l’espèce de difficulté qui en résulte, et les avantages que présente, d’ailleurs, la forme prismatique compensent bien ce faible inconvénient (2).
- Telles sont les phases principales de la découverte de la chambre claire. Dans le Mémoire que nous avons cité et où elles sont décrites, on trouve, en outre, plusieurs observations importantes sur les propriétés de cet instrument et sur certaines particularités que présente sa mise en usage; mais le but que nous nous sommes proposé nous oblige à donner plus de développements à quelques-uns de ces différents sujets.
- X. — Du champ de Vinstrument.
- Nous examinerons tout d’abord la question du champ de l’instrument.
- L’amplitude de ce champ exempt de toute déformation est considérable dans les deux sens vertical et horizontal, et c’est l’une des propriétés les plus précieuses de la chambre claire dont Wollasion n’avait pas eu à se préoccuper autant que nous.
- (•) Ces deux faces qui servent de miroirs forment un angle de *33*; le* deux autres comprennent un angle droit et les angles aigus sous lesquels elles rencontrent les premières sont égaux et, par conséquent, de 67 , chacun.
- C4/ Plusieurs autres dispositions que nous ne croyons pas devoir décrire ont été imaginées par divers physiciens, (Jueîques-iiaes d'entre elles sont utilisées en Micrographie et ailleurs, mais celle c;ue nous avons adoptée, lG pris!ïï8 à est la seule qui convienne à notre
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- LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOCR APIIIQL ES. .{99
- Pans le sens vertical {1 ), celte amplitude semble, au premier abord, limitée au plus au supplément de l’angle de i35» que forment les plans des deux miroirs sur lesquels la lumière
- Fig. as.
- se réfléchit, c’est-à-dire à 43”; car si, en partant d’une incidence très faible sur le premier miroir (Jig. a8), on considère les positions successives d'un rayon qui s'élèverait au-dessus de ce plan, on voit que, lorsqu'il atteint l'incidence de 45°, il se
- (’) On suppose le prisme ,.c plutôt l'srélc cunimune des plans des deux miroirs parfaitement lioriaonlatc.
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- L'SSEDAT.
- 5oo
- relève, après sa réflexion, parallèlement à la surface du second miroir et qu’il ne peut évidemment plus être réfléchi sur cette surface. Il convient même de remarquer que les faisceaux doublement réfléchis varient d’intensité suivant leur inclinai-
- FiS.
- son sur l’un ou l'autre des miroirs, en approchant des directions extrêmes, d’où il résulte que les images ne présentent plus une clarté suffisante pour permettre à l’opérateur de les suivre facilement avec la pointe de son crayon. Cette manière de raisonner qui s’applique au cas de la réflexion directe sur deux miroirs ordinaires se trouve heureusement modifiée lorsqu’on emploie un prisme et que l’on y suit la marche de la lumière, en tenant compte de la réfraction qu elle éprouve à l’entrée et à la sortie du verre. On reconnaît, en effet, que cette réfraction qui agit deux fois dans le même sens porte U
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- LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 5b I
- limite de l'amplitude, dans le sens vertical, de 45® à 62° environ (flg- *9>-
- Mais, d’ailleurs, quelle que soit la nature des surfaces réfléchissantes, cette amplitude peut croître indéfiniment si l’on vient à imprimer au système de ces surfaces un mouvement de rotation autour de leur intersection commune ou d’une ligne parallèle qui en soi: très voisine. On sait, en effet, que la direction d'un rayon lumineux qui a subi deux réflexions successives dans un plan perpendiculaire à ceux des miroirs fait avec sa première direction incidente un angle qui est le double de celui que comprennent ces miroirs ( ‘ ).
- Si donc nous examinons seulement ce qui se passe dans un plan perpendiculaire aux arêtes du prisme dont nous prendrons l’une pour axe de rotation, les directions dans lesquelles on apercevra les images des points contenus dans ce plan ne dépendant que de l’angle des deux faces qui forment miroirs, et cet angle étant constant, ces directions seront elles-mêmes invariables et, par conséquent aussi, celles de tous les autres points qui ne sont pas situés dans le plan considéré.
- Il résulte de là que, pendant le mouvement de rotation imprimé au prisme, l’image reste parfaitement immobile; seulement les différentes régions acquièrent successivement une plus grande clarté, en même temps que l’on en découvre sans cesse des parties qui étaient invisibles pour une position précédente, et que d'autres s’évanouissent. Le champ est donc réellement indéfini dans le sens vertical.
- Dans le sens horizontal, ce champ est encore considérable, mais il est nécessairement limité par les positions extrêmes que l’œil doit prendre au-dessus de l’appareil pour admettre les faisceaux très inclinés. L’expérience montre qu’il ne faut pas compter sur plus de 65° à 70® pour son amplitude et nous avons même reconnu qu’il était préférable de ne pas dépasser habituellement 60®, à cause des erreurs auxquelles pourrait donner lieu un phénomène que nous allons étudier avec une attention particulière.
- (’) C’est le principe même du sextant.
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- XI. — Phénomène de la parallaxe.
- Supposons qu'un plan perpendiculaire aux deux miroirs soil le plan principal d’une perspective dont ie tableau serait placé en avant de l’appareil, à la distance de la vue distincte; d’après le principe invoqué ci-dessus, les rayons horizontaux contenus dans ce plan, devenant verticaux après leur double réflexion, il est évident que la feuille de papier sur laquelle on dessine remplace alors exactement le tableau dont nous venons d'indiquer la position fictive (voyez PI. XIV. Jig. i). Cette feuille de papier représente aussi le lieu exact oii irait se former l image virtuelle d’un objet placé à la distance de la vue distincte; par conséquent, l'œil de l’observateur pourrait se mouvoir au-dessus des miroirs sans qu’il en résultât le moindre changement dans la position apparente de cette image qui serait, en outre, de même grandeur que l'objet supposé, à la vérité, entièrement contenu dans un plan vertical. Ainsi la copie d'un dessin ne présenterait en pareil cas aucune difficulté.
- Mais les choses ne se passent pas aussi simplement quand on considère des objets situés à toutes distances, comme ceux qui composent les paysages. Le moindre mouvement de l’observateur, le plus léger déplacement latéral de son œil au-dessus de l’appareil entraîne un déplacement semblable, une parallaxe de l'image qui deviendrait insaisissable pour la pointe du crayon, si l’on ne remédiait à ce défaut dû à la nature de l'instrument.
- On parvient à limiter ce déplacement en se servant d’un diaphragme pratiqué dans la monture de l’appareil, et dont l’ouverture doit avoir au moins le diamètre de la pupille, afin de ne pas diminuer la clarté des images (). Mais si la parallaxe est ainsi réduite, elle ne subsiste pas moins et rendrait l’exécution du dessin difficile et incorrecte.
- ; , Ce*» isolement d'après le diamètre de !a papille que cluit se régler la •'r- • - cliacni» des miroirs; l'examen ûtsjig. a;. 39 1ère suffisam-
- -sj:: 1 *** rapports qui nonl, dailleur*, rien dabsolu.
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- Avant d’indiquer le moyen de la faire disparaître, il convient de bien la définir, en mettant ses effets en évidence.
- Si, par une ouverture circulaire pratiquée dans une lame opaque fixe, on regarde un objet plus ou moins éloigné, et que l’on vienne à interposer en avant de la lame, parallèlement à son plan, un écran transparent, un verre à glace, par exemple, dans les mouvements involontaires de l'œil, l'axe optique dirigé sur l’un des points de l’objet, au lieu de passer par le centre, pourra s'appuyer sur la circonférence du diaphragme et alors le rayon visuel percera le verre en un point d’autant plus distant de la trace du rayon central que l'objet sera plus éloigné et l’ouverture du diaphragme plus grande. Enfin, lorsque l’objet sera à une distance telle que l’on puisse considérer toutes les directions du rayon visuel comme parallèles, la parallaxe aura pour limite le diamèLre même de l’ouverture.
- L’écran transparent qui a servi à cette explication n’est autre chose que le tableau fictif de la perspective; ce qui se passerait è sa surface est donc précisément ce qu'on observe sur la feuille de papier de la chambre claire sur laquelle la pointe du crayon suit la trace du rayon visuel; et puisque l’ouverture du diaphragme placé au-dessus des miroirs doit avoir au moins le diamètre de ia pupille, il s’ensuit que l'incertitude pour la position de chaque point de la perspective pourrait s’élever à plusieurs millimètres. De là, la nécessité de détruire entièrement la parallaxe, et, d’après la description de ses effets, on conçoit immédiatement que la meilleure manière d’y parvenir serait de ramener les images virtuelles des objets éloignés à se former à la distance de la vue distincte où se trouve déjà placé le tableau, c'est-à-dire le papier sur lequel on doit dessiner; telle serait aussi la condition la plus favorable pour faire cesser toute fatigue d’ajustement de l'œil dans l'emploi de la chambre claire.
- XII. — Chambre claire périscopique.
- La première idée qui était venueà Wollasion pour atteindre ce but avait été de disposer une lenliiie concave en avant du
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- prisme, mais il ne s’en était pas tenu à ce moyen, et, en s’occupant de l’application, à divers instruments, des principes périscopiques dont il est l’inventeur, il avait été conduit à en proposer un autre qui est décrit dans le passage suivant de l’un de ses Mémoires (J) :
- «... Comme un œil ajusté pour voir le papier et le crayon qui sont à une petite distance, ne peut voir distinctement (en même temps) les objets plus éloignés, sans l’emploi d’un verre concave, on peut l’aider sous ce rapport, en donnant un degré convenable de concavité à l’une ou à l’autre des surfaces de transmission du prisme ou à toutes les deux. Toutefois, c’est à la surface supérieure seulement que l’on donne celte concavité; l’œil est alors placé du côté du centre de courbure, et il en reçoit tout l’avantage que l’on peut attendre des principes périscopiques. »
- La chambre claire périscopique (fig. 3o) ne paraissait pas avoir fixé jusqu’alors l’attention des opticiens. La manière dont
- Fig. 3o.
- on parvient ainsi à faire disparaître la parallaxe, en même temps que l’on évite la fatigue d’une double adaptation de l’œil, est pourtant d’une simplicité remarquable. En étudiant encore d’un peu plus près la marche des rayons lumineux à travers le prisme et en modifiant en conséquence la forme indiquée par Woilaston, nous sommes enfin parvenu à une construction qui satisfait de la manière la plus complète aux conditions
- !'•' Philosopherai Transactions, t$i2.
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- que nous nous étions imposées. Celle conslruclion peut élre présentée maintenant comme un simple corollaire des propriétés des lentilles plan-sphériques.
- Considérons une lentille pion-concave (Jig. 3i); un faisceau de rayons parallèles, tombant normalement à la face plane, tra-
- Fig- 3..
- r — - -rr~‘
- "F ciri m
- verse sans déviation lepaisseur du verre et devient divergent à sa sortie dans l’air, après avoir rencontré la surface sphérique.
- La position du foyer principal (virtuel) d'où les rayons semblent diverger dépend de l’indice de réfraction de la substance et du rayon de la surface sphérique. On sait, de plus, que ce foyer se trouve sur celui des rayons parallèles qui passe par le centre de la sphère, et l’on reconnaît aisément que le point où ce rayon perce la surface est le centre optique de la lentille; car il suflit, pour cela, de remarquer que les normales à la surface plane sont toutes parallèles entre elles et à l’axe de la lentille, et que, par conséquent, les lignes qui passent par le point dont il s’agit font toujours des angles égaux avec les normales aux deux surfaces ; en d’autres termes, les rayons inclinés sur l’axe et passant par ce point, reprennent leur direction primitive, après avoir traversé la lentille, ce qui est la propriété caractéristique et la détlnition même du centre optique (*).
- II suit de laque la position de ce centre est Indépendante du rayon de la surface sphérique et de I épaisseur de la lentille. Soient donc p la distance du foyer principal au centre optique, r le rayon de la sphère, et / l’indice de réfraction de la substance dont est formée la lentille. Entre ces quatre
- (') Nous conservons la Uiêorïc du centra optique à laquelle on a substitué, depuis quelque temps, celle des points nodanx de Gauss pour atteindre plus lie précision dans l’élude des objectifs photographiques. Dans le cas actuel, ia considération des point* jiodnnx serait tout à fait superflue.
- y Strie, t. /. 35
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- quantités on a la relation r=p{i— OC). Or, sachant que pour le verre généralement employé on peut prendre /= i,5o, pour avoir le foyer principal à la distance ordinaire de la vue distincte, on fait p = o"', 3o et Ton en conclut que r = o®, i5.
- Pour un œil placé du côté de la concavité d'une telle lentille, les rayons envoyés par des objets éloignés auront le même degré de divergence que s’ils venaient de points situés à la distance de o,n,3o.
- Cela posé, faisons observer que, dans leur passage à travers le prisme de la chambre claire, les rayons lumineux changent de direction en se réfléchissant sur les deux faces postérieures, mais qu'ils n’éprouvent pas d’autre altération, et que les faces d'entrée et de sortie agissent sur eux simplement à la manière de deux surfaces planes et parallèles; de sorte que, si à la face plane d'émergence on substitue une calotte sphérique de o®, i5 de rayon, tout se passera dans le nouveau prisme comme dans une lentille plan-concave dont le foyer serait aussi à o*,3o du centre optique.
- Chambre claire hëmi-péri scopique. — La position de ce centre est très importante à considérer. La note de Wollaston et la ligure qui l’accompagne prouvent cependant que l’auteur ne s’y était pas arrêté, car, dans cette figure que nous avons reproduite (Jig. 3o), le centre optique est situe à peu près au hasard sur la surface concave, et, dans tous les cas, assez loin du bord de l’arête du prisme, près duquel l'observateur doit regarder dans l’appareil en même temps que sur la tablette où est posée la feuille de papier. Pour les opérations géométriques que nous nous proposions d’exécuter, il était nécessaire que ce point Tùt nettement défini et facile à retrouver sur le prisme; nous l’avons donc transporté sur l’arête près de laquelle on place l'œil en prenant le centre de la sphère
- Da,l? triangle CAP <ftg. Si), la somme lies angles O cl P est égale ;i 1 socle extérieur II ; t et C sont égaux comme* roritspniulunls; on a donc il : C — P. t) nilhurs, R /1 = /C, en prenant les ares pour leurs sinus; tUmc J — i) C — P cl, en substituent actuellement les mes aux tangentes,
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- qui entaille la face du prisme sur une perpendiculaire à celle face menée par un point de l’arête elle-même {fig. 3a).
- Celte posilion du ccnlre oplique présentait d'ailleurs les avantages suivants : en premier lieu, quand on regarde dans l’instrument, la pupille étant partagée en deux par l’arête du
- Fig. 3i.
- prisme ci l’axe oplique de l’œil passant par le centre optique même de l’appareil, la vision devient aussi distincte que possible; l’observateur n’éprouve donc aucune fatigue; enfin, la parallaxe se trouvant entièrement détruite, les images peuvent être dessinées, dons toute l’étendue du champ, avec autant de facilité que s’il s’agissait de prendre un calque. Cette dernière observation a son intérêt, car, avec les lentilles concaves ou convexes que l’on adaptait aux anciennes chambres claires, les rayons trop obliques qui Jes traversaient produisaient des déformations sur les bords et les images perdaient leur netteté.
- Ces résultats étant obtenus au moyen d’une demi-calotte sphérique, creusée dans la face supérieure du prisme, nous avons cru devoir désigner le nouvel appareil sous le nom de chambre claire hémi-péri&coptqne.
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- XIII. — Propriétés géométriques de l'appareil.
- Les propriétés géométriques de la chambre claire hémi-périscopîque sont à la fois très simples et très précieuses pour les applications auxquelles elle est destinée.
- Dans tout ce qui va suivre, nous supposerons les arêtes du prisme parfaitement horizontales, sauf à expliquer un peu plus loin comment on réalise cette condition.
- Les directions successives que prend l’axe optique de l’œil de l’opérateur, pendant qu’il suit les lignes de la perspective sur le papier avec la pointe de son crayon,sont les génératrices de la surface conique coupée par le tableau, et, malgré les déplacements de l’œil, le centre optique de l’appareil,en vertu des propriétés qu’on lui connaît, peut être considéré comme le sommet de cette surface, c’esl-n-dire comme le point de vue mathématique de la perspective. Par conséquent, à la condition toutefois que tous les angles du prisme soient exacts, le rayon principal de la perspective naturelle suivra, après la double réflexion, la direction de la verticale menée par le centre optique. En projetant donc ce point sur la tablette horizontale qui porte la feuille de papier, celte dernière représentant le tableau, on aura le point principal de la perspective {voy. PL XIVt fig. 5), au moyen duquel on trouvera aisément, comme nous le montrerons plus loin, la ligne d'horizon. Enfin, la longueur de la verticale, mesurée entre le centre optique et sa projection, étant la distance du point de vue au tableau, on comprend que l'on a, pour ainsi dire, sous la main tous les éléments nécessaires pour effectuer les constructions géométriques auxquelles se prêtent les perspectives, en suivant les méthodes indiquées précédemment.
- Remarques complémentaires. —• On voit encore qu’en prenant l’arête sur laquelle est placé le centre optique (1 ) pour axe de rotation du prisme pendant le mouvement qu’il peut
- f } Ilfzoïireuscrnoiit, il en <*sl éloigné <Io la R.-cheâe la rnloUe sphérique.
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- être nécessaire de lui imprimer pour accroître le champ vertical, l'invariabilité de position de ce centre, jointe 5 la propriété connue des deux miroirs, donnera réellement l'immobilité à l image projetée sur la planchette; tandis que, si l’axe ne passait pas par ce point, la rotation entraînerait celui-ci cl l'cloi-gnerait ou le rapprocherait de la planchette, c’est-à-dire du tableau, ce qui dilaterait ou contracterait les parties de l’image que l'on découvrirait successivement.
- La sphéricité de in surface d’émergence ne crée, d’ailleurs, aucune espèce d’aberration capable de produire des déformations dans les images. Il y a plus : quoique sa courbure soit calculée pour la distance ordinaire de la vue distincte, on peut rapprocher ou éloigner le prisme de la planchette dans des limites assez étendues sans que la parallaxe redevienne sensible (*)•
- On trouverait l'explication de ce fait dans la forme des surfaces caustiques engendrées par les rayons de chaque faisceau, mais il suflit de l’énoncer ici comme un résultat de l’observation.
- Inversement, si le prisme est fixé à oD,3o au-dessus de la planchette, c’est-à-dire si l’on fait occuper à celle-ci le plan focal principal, il est également facile de constater que l'objet peut s’approcher beaucoup du prisme sans que la parallaxe devienne une cause d’erreur. Cependant, il y a une limite qu’il ne faudrait pas dépasser, et, si l’on voulait, par exemple, dessiner un objet situé à la même distance que le papier, copier un dessin, la théorie fait voir que la parallaxe deviendrait aussi considérable que lorsqu’on regarde des objets éloignés avec un prisme à laces planes. En définitive, la chambre claire hémi-périscopique est laite pour prendre des vues et peut servir à obtenir des réductions, mais elle ne convient ni pour copier ni pour amplifier des dessins (2). Dans ce dernier cas, le
- (*) On n’a généralement intérêt qu’à augmenter la distança du point de vue an tableau; à o'Y'p» ,a parallaxe est encore très faible peur le rayon de o-,io donné à la calotte sphérique.
- (') Pour faire une copie de même grandeur que loriirinuL on devrait se servir de la partie du prisme qui n’est pas entaillée et au-dessus dû laquelle on pourrait, à «\*t "ITvt, pratiquer un .mire diaphragme dans la immtmv.
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- mieux sérail d’employer une conslruciion particulière ou plus simplement de recourir à des jeux de lentilles, mais nous n’avons pas à nous en occuper dans ce Mémoire.
- Ajoutons qu’avec le nouvel appareil, on n’éprouve ni difficulté, ni perte de temps pour la mise au point, comme cela peut arriver lorsqu’on corrige la parallaxe au moyen de lentilles qui ont des distances focales différentes. Enfin, et c’est un avantage sur lequel on ne saurait trop insister, la parallaxe reparaît à peine pour les directions les plus obliques qu'il est inutile d’employer, tandis qu’avec des verres lenticulaires placés nécessairement à une certaine distance de l'œil, il n’y a que le milieu du champ qui soit tout à fait à l'abri de ses effets, parce qu’alors les directions obliques vont toujours traverser l’épaisseur de la lentille assez loin de son centre.
- XIV. — Description et usage des différents organes de rinstrument.
- Le prisme dont se compose essentiellement la chambre claire doit pouvoir être disposé avec précision et maintenu d une manière stable au-dessus de la planchette, sur laquelle est placée la feuille de papier à dessiner. A cet effet, il est renfermé dans une monture en laiton verni aa (/V. XIV, Jîg. 2, 3, 4 et 5), portée par deux tiges à tirage bc, b’ c\ articulées en d, d', e, e' et terminées à leur extrémité inférieure par des mâchoires à vis de pression /, que l'on peut fixer solidement aux deux bords opposés de la planchette.
- Les articulations d, d, e, e1 permettent tous les mouvements d'allongement ou d’écartement des liges, ainsi que les mouvements inverses, dans les limites necessaires. Le jeu des premières d, d sert encore à faire varier l’inclinaison des arêtes du prisme et à les ramener à l'horizontalité. Le niveau à bulle d’air AA et la vis de rappel g servent à guider et à achever cette opération ; les deux goujons à tètes moleuées h et h* qui traversent les tiges et pénètrent dans la monture du prisme permettent dïmprimer à ce prisme un mouvement de roiaiion autour de l'arête qui passe par le centre optique;
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- enfin, la pièce le qui forme fenêtre est mobile autour de la goupille i el donne la facilité d'introduire le prisme dans sa monture ou de l'en retirer pour enlever au besoin la poussière ou l'humidité qui se seraient déposées sur ses faces {*).
- Mise en station de (appareil. — Après avoir fixé les mâchoires à la planchette de manière que les tiges se trouvent exactement en face l'une de l’autre, précaution «ans laquelle il pourrait y avoir un gauchissement nuisible à la manoeuvre de l'instrument (on peut, au besoin, se servir de lignes de repères tracées sur les bords, comme celles que l’on voit sur la Pt. XIV, Jig. 5), on procédera, dans l'ordre suivant, aux opérations qui donnent les cléments de chaque perspective :
- i° Mettre de nia eau la planchette et le prisme (Pi. XIV, fig. a). — Ces deux opérations se font successivement, au moyeu du niveau à bulle d’air AA; on cale la planchette comme à l’ordinaire et selon sa construction, qui doit être d’ailleurs la plus simple possible, puis on pose le niveau sur lasurfacesupérieuredu prismedontlesextrémiiéssontlaîssécs à découvert dans la monture pour recevoir les talons l, f, dont le niveau est armé. En agissant sur la vis de rappel g, on amène la bulle au milieu du tube, tantôt en pressant seulement avec le doigt sur la tète de la vis, tantôt en la faisant marcher dans son écrou. Le retournement du niveau dans cette position peut d’ailleurs servir à vérifier s’il est bien réglé lui-mème ; on le rectifie, s’il y a lieu, en serrant ou desserrant la vis de correction dont il est muni.
- a® Déterminer le point principal de la perspective et la distance du point de vue an tableau {PL XIV, Jig. 5). — On trouve très simplement le point principal en laissant tomber un fil à plomb qui rase l’arête du prisme au point môme
- (l) Le premier exemplaire «le cet Instrument a ôté construit par lu célèbre arlisLe 0. Froment; J ci» ni fait don au Conservatoire des Arts el Métiers; mais le prisme, «jul ôtait un chef-d'œuvre de précision de l'habile opticien Penaud jeune, a disparu n l'Exposition universelle de «SG; et a mi être remplacé par une pièce bien exôciil-c, «pioiquc peul-«‘trc un peu moins parfaite.
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- où esl situe le centre optique o (milieu de la partie apparente de l’arèie à travers la monture), et en marquant sur le papier la trace P de la pointe S par laquelle se termine le fil à plomb de forme cylindro-eonique.
- On mesure ensuite directement la distance du point de vue au tableau, en plaçant l’extrémité d’une règle divisée marquée o sur le point principal et en approchant le bord qui porte les divisions du centre optique où l'on fait la lecture.
- 3° Tracer la ligne d'horizon. — Le point principal que l’on vient d’obtenir appartient déjà à la ligne d’horizon; pour achever de trouver celle-ci, on peut employer deux procédés différents :
- (a) . — Suspendre un fil à plomb à quelque distance en avant de l’instrument, quatre ou cinq mètres environ, attendre qu’il n'oscille plus, dessiner sur la planchette son image vue à travers le prisme, et, par le point principal, mener une perpendiculaire à cette image;cette perpendiculaire est évidemment la ligne d’horizon. Ce moyen est extrêmement simple, mais la moindre agitation de l’air peut en compromettre l’exactitude; le suivant, quoiqu’un peu plus long, est donc préférable, dans la plupart des circonstances.
- (b) . — Après avoir examiné la perspective à travers le prisme, on choisit, à sa droite ou à sa gauche, niais du môme côté, trois ou quatre points bien différents qu'on marque avec la pointe du crayon, en les désignant, si l’on veut, par une lettre ou par un chiffre, ou môme en esquissant l’objet auquel appartient chacun d’eux {Pi. X/Vt fig. 5); du point principal comme centre, on décrit autant d’arcs de cercle passant par ces points, puis, en continuant à regarder dans la chambre claire, on fait tourner la planchette autour de son axe qui n’est jamais très excentrique par rapportai! point principal, de gauche a droite ou de droite à gauche, suivant le cas, jusqu’à ce qu’on voie les images de choque point passer successivement une seconde fois sur les arcs de cercle qui correspondent ii leur première position, et l’on marque encore les points de passage; enfin on cherche les milieux de tous les arcs inter-
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- cepics, par la méthode gcoméirique bien connue : ces points devront se trouver, si l’on a bien opéré, sur une même ligne droite qui passera en même temps par le point principal et qui sera alors la trace du plan principal de la perspective sur le plan du tableau. La perpendiculaire à celle droite menée par le point principal sera la ligne d'horizon.
- ('e procédé et le principe sur lequel il est fondé sont faciles à saisir pour tous ceux qui ont fait de la gnomonique et employé la méthode dite des hauteurs correspondantes du Soleil, pour tracer une méridienne. Le plan principal dont on détermine la trace sur le plan du tableau joue, en effet, dans ce cas le même rôle que le plan du méridien dans l'autre opération (1 ).
- Précaution à prendre pour faire un lour entier d'horizon. — Les éléments géométriques ainsi trouvés serviront pour toutes les perspectives que I on voudra prendre d’une même station. Il suffira, avant de changer la première feuille de papier qui porte la trace du plan principal et la ligne d'horizon, de prolonger ces lignes et de les repérer sur les bords de la planchette, ce qui permettra de les reporter facilement sur les feuilles suivantes. On voit, de plus, que si le prisme était invariablement lié de position avec la planchette, les opéra-
- C) Le mouvement de la planchette entraînant le prisme dont l’orientation détermine celio du plan principal de la perspective, revient à la rotation de ce plan autour de la verticale du point île vue: la planchette ou, si l’on veut, le tableau, conservant d’ailleurs sa position par rapport au plan vertical. Pour étudier la courbe que i ima.se d'uu point du paysage décrit sur le tableau, pendant cale rotation, on peut imaginer que le plan principal reste fixe cl que le paysage est entraîné en sens contraire autour de la verticale du point do vue. C’est, du reste, l'illusion qui est produite à travers le prissuu ol coite substitution dos mouvements apparent* aux mouvements réels rond encore plus complète l’analogie que nous avons invoquée. Alors chaque rayon visuel, conservant nécessairement son inclinaison sur la verticale du point de vue. décrira autour de celle ligne un cône .droit que le plan du tableau coupera suivant une courbe du second degré, comme lo pian sur lequel on veut tracer une méridienne coupe le cône droit décrit dans le mouvement diurne par !o rayon lumineux qui rase le sommet du gnomon. La construction que l'un emploie pour tracer la méridienne convient donc parfaitement ù la détermination delà trace du plan principe I
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- lions que l’on vient (Je décrire n’auraient besoin d'être exécutées qu'une fois pour toutes; mais, afin de rendre l'instrument plus portatif, on a du renoncer à cet avantage; seulement, au moyen de repères tracés sur les bords de la planchette et sur les tiges de l’appareil, on peut toujours replacer celui-ci à peu près dans la même position et n’avoir plus que de rapides vérifications à faire à choque station.
- Lorsqu’on doit prendre, du même point de vue, une perspective étendue ou même un panorama entier, on dessine par parties en faisant tourner, à chaque fois, la planchette autour de son axe (* ) d’un angle à peu près égal au champ de l'instrument, c’est-à-dire de Go* environ; ce que l'on reconnaît quand les objets que l'on voyait à l’extrême droite, par exemple, sont passés à l’extrême gauche, la rotation étant supposée s’opérer de ga uche à droite. Six perspectives su ffiront donc pour chaque panorama qui se trouvera ainsi dessiné sur les faces d’un prisme hexagonal circonscrit au cylindre à base circulaire ayant pour rayon la hauteur du prisme au-dessus de la planchette, c'est-à-dire la distance du point de vue au tableau. Afin, d'ailleurs, de ne rien omettre et pour rendre les raccordements faciles, il est bon que chaque perspective déborde sur celles qui lui sont contiguës, et il convient de profiler, dans ce but, de toute l’amplitude de l’instrument, qui atteint et dépasse même 65®.
- Difficultés que présentent les premières observations et moyens de les surmonter. — Il suffit de quelques heures d’exercice pour réussir à suivre, avec la pointe d’un crayon, l'image virtuelle projetée sur le papier; et l’on finit même par opérer, au moyen de la chambre claire, à peu près aussi vite que si l’image était ree/fe comme dans la chambre obscure, et, dans ce dernier cas, l’opération peut se comparer à celle qu’un dessinateur exécute pour prendre un calque. Il est ce-
- î’î Nous avons recommandé la construction In plus simple pour la planchette. ]! est indispensable toutefois que la vis .|»e porte le pied et qui pendre dans l’écrou fixé au centre de la planchette puisse être serrée et desserrée a volonté pour permettre ces mouvements «le rotation sans que la fixité de ta ptouchclle en soit iHmimiéo dans « liî»que position.
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- pendant nécessaire d'être prémuni contre les difficultés que l’on peut rencontrer, lorsqu’on essaye do regarder pour la première fois dans l’instrument, et de connaître les causes de ces difficultés ainsi que les moyens de les surmonter promptement.
- En parlant de la substitution du prisme aux deux petits miroirs ordinaires, nous avons déjà fait remarquer que l’œil de l’observateur devait être place exactement au-dessus de l’arête postérieure du prisme; et, en effet, si la pupille pénètre trop ayant au-dessusde la face par laquelle émergent les faisceaux de lumière réfléchie, les images des objets éloignés sont très brillantes, mais la pointe du crayon n’est plus visible : si, au contraire, la pupille ne pénètre pas assez au-dessus de cette face, les images sont trop affaiblies et l'observateur est tenté de repasser brusquement à la première position ; de là, des disparitions et des réapparitions alternatives de l'image et du crayon qui lassent quelquefois la patience de l’observateur, mais qu'il ne tarde pas à éviter, dès qu’il sait à quoi les attribuer.
- Il faut encore avoir égard à la manière dont sont éclairés les objets éloignés et le papier sur lequel on dessine; ainsi, il est évident que les conditions les plus favorables seront celles où les faisceaux de rayons émanés des objets et ceux qu’envoie le papier auront la même intensité, ni trop grande ni trop faible. Car les faisceaux provenant de chaque origine devant s'accoupler pour pénétrer dans l'œil de l'observateur, une inégalité d’éclat comme une inégalité de divergence produirait à la longue une certaine fatigue; et, d'un outre côté, l'interposition du prisme ne ferait que rendre plus grave l’inconvénient qn’il y a toujours à arrêter longtemps la vue sur des corps vivement éclairés ou à vouloir, au contraire, reconnaître les moindres détails d'objets à peine perceptibles; enfin, l'éclat du papier exposé en pleine lumière est également dangereux. On voit, par le simple énoncé de ces conditions variables, qu’il serait difficile de donner des règles précises pour les ramener à l’uniformité normale nécessaire. Il y a là des questions d’expérience personnelle et de tact sur lesquelles il serait inutile d'insister. Nous nous bornerons donc à indiquer
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- l'emploi des verres colorés comme moyen de modérer l'éclat des images vues à travers le prisme et celui d'un écran de papier ou seulement de la main gauche, pour projeter de l'ombre sur la planchette (1).
- XV. — Erreurs particulières à l instrument.
- Pour connaître le degré réel d’exaciitudesur lequel on peut compter quand on construit des plans avec les perspectives dessinées à la chambre claire, il est nécessaire d'analyser et d’évaluer les dilïérentes erreurs dues à la nature de l’instrument et à lu manière d’en faire usage.
- i* Les angles du prisme peuvent être imparfaitement construits. Considérons d'abord l’angle formé par les deux faces qui servent de miroirs. Quelques minutes en plus ou en moins dans l’ouverture de cet angle modifient les relations de position des rayons incidents et des rayons réfléchis et inclinent au-dessus ou au-dessous de l’horizon le plan sur lequel on projette les rayons visuels. La quantité dont se trouvent ainsi altérés les angles réduits à l’horizon est toujours faible cl môme négligeable, mais il n en est pas de meme pour les angles de pente; voyons, par exemple, ce qui se passe dans le plan principal.
- Soit e l’erreur de l'angle des deux miroirs; après sa double réflexion, le rayon principal fera avec sa direction incidente un angle égal à ax (4> =£<?) = 90° = ‘xe. Par conséquent, ce rayon qui aurait dù suivre la verticale, s’en écartera d'un angle égal à ie> en avant ou en arrière, suivant le sens de l’erreur, et si nous désignons par J) la distance réelle du point auquel va aboutir le rayon principal de la perspective, l’erreur commise dans le nivellement de ce point sera
- s = Plang2#.
- ( 1 ) verres colores ijui accompagnent Hnslruincnt ont une teinte nculio plus 0:1 moins foncée; üs s'adaptant simplement au-devant du prisme. On peut aussi ks interposer entre l'œil cl le papier, quand celui-ci par trop éclatant.
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- Supposons <?= 5' et I) = 3om, on trou vernit déjà oa,09 pour l’erreur s, ce qui correspond, sur la planchette supposée située à o“,3o du point de vue, à un écart du point P de sa véritable position, égal à ora,ooog ou environ i millimètre, on voit donc qu'il est indispensable que l’angle de i35* soit aussi exact que possible.
- L’angle droit et les deux angles de 67° { du prisme doivent être également construits avec le plus grand soin, sans quoi la marche des rayons lumineux serait modiliée, et il en résulterait des erreurs analogues à celle que nous venons d'évaluer.
- On parviendrait, au besoin, à déterminer expérimentalement l'influence de ces défauts et, par suite, il serait possible d'en tenir compte pour rectifier les résultats, mais il vaudra toujours mieux se procurer un prisme exactement construit.
- a° Le procédé employé pour trouver le point principal de la perspective entraîne, dans la position de ce point, une incertitude que Ton peut évaluer à | millimètre. L’erreur qui en résulte, comme la précédente, n'aiTecte que les angles de pente, mois elle est assez grave pour que Ton doive la signaler; elle peut, d'ailleurs, s’ajouter à la précédente.
- 3° Enfin, dans le dessin de la perspective, le trait pourra s'écarter légèrement de l’image; mais, pour peu que l’opérateur soit exercé, l’écart ne dépassera pas non plus £ millimètre (*).
- En réunissant cette erreur graphique avec celle qui provient de la détermination du point principal, nous pouvons admettre que la position de chaque point de la perspective est exacte à moins d’un millimètre près par rapport au plan d’horizon. Or, la plus courte distance du point de vue au tableau étant toujours supposée de on,,3o, la tangente de l'angle sous-tendu par un millimètre sur le tableau sera
- qui correspond à un angle de ior à 12'. Telle est donc, en somme, l’erreur possible sur chaque angle de pente. Quant
- (') L'épaisseur du Irait pourrait rendre celte erreur plus considérable: il est donc essentiel «le ne d-ssiiKT ijifavec un crayon l;!ea taillé et manie avec précaution.
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- aux angles réduits à l’horizon, comme iis ne sont affectés que de l’erreur du dessin estimée à \ millimètre seulement, ils seront obtenus à 5' près.
- Comparaison des angles mesurés avec la boussole en usage dans le service du Génie et avec la chambre claire. — Les conséquences auxquelles nous venons d’ètre conduit en nous fondant sur des faits d’expérience que tout dessinateur un peu adroit constaterait aisément, se trouvent pleinement confirmées par les résultats suivants de deux séries d’observations faites en t85o, de concert avec M. le lieutenant-colonel du Génie, depuis général lîichot, alors commandant de la brigade topographique de ce service, résultats consignés dans le Tableau suivant :
- ] ~
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- lïoU**Ïc!U "umverfuc1 - -1 = claire. f S ' "i" U'"' behambn-; S Uocssote. .taire. j
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- i .(h ' I--20' (7*20' j o 1 a n 29*16' 29*20' -r 4'
- 3 -Cl) ; 3o-ao' 3om5’ ; _ y ; 3C | .3".1S-1Ô' , - 4’
- 4 Ali i 4;‘2û' ir-o- 11. 22-42' : 32*45' | 3'
- "» Al*' Go* io’ 1 Gâ*oo' I - ' 3 K ; 3i*4>r 32*50' !—io'
- i 0 K i s'3y. a‘00' r5'
- ‘•*l Les lettre* laserlics dans ces deux colonne* sc rapportent ix la fig. 1 (Ida PL XIi - Comme on pourrait cire tonté d’otiecter qu'eilos ont été faites dans lies circonstances particulièrement favorables. il n'est peut-être pas inutile (te (lire que te dessin sur lequel ont été p:-:s;-s les mesures avait de exécuté sans autre Intention que (fessa ver l'instrument nouvellemcot test »<-•:>:;:«* après coup .|uc nli.-o c-i wituc de taire la comparaison ces clément* consignés dan* ce T;uleau, le* angles lus sur !a l.o.i**olo par M. te lioutonaot-c<>!onet llîdtot ite m’avanl été communiqués «!•«* l'achèvement complot de* mesures «s-, i'avû;* faites sur le dessin exécuté fila chambre claire.
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- De l'examen de ce Tableau, il résulte» relativement aux mesures prises sur les perspectives dessinées au moyen de ia chambre claire :
- i° Que les angles réduiis à l'horizon ont, sur ces perspectives, un degré de précision au moins égal à celui des angles lus sur le limbe de la boussole, et je ne crains pas d’affirmer aujourd’hui que leur degré de précision est supérieur et de même ordre que celui des angles relevés, à l’aide d’une planchette et d’une alidade, par les meilleurs opérateurs ;
- a* Que les ongles de pente, quoique moins exacts que ceux que l’on obtiendrait avec un éclimélre muni d’un vernier, le sont encore suffisamment pour procurer un nivellement passable de tous les points qui ne s’éloignent pas trop des stations. Pour fixer les idées à cet égard, nous rappellerons que l’erreur de 10', qui est une limite pour un opérateur soigneux, correspond
- à o.ooi à la distance de.............. o.3o,
- à o.io à la distance de......... 3o,oo,
- à i,oo à la distance de........... 3oo,oo.
- Je pourrais m’arrêter là et laisser au lecteur le soin de tirer lui-même les conclusions. Il doit cependant m’être permis d’insister sur ce que le Mémoire sur remploi de la chambre, claire dans les reconnaissances topographiques, écrit en i85o, publié en 1854 ( * ) et dont j’ai reproduit presque textuellement les parties essentielles, renfermait tous les principes qui ont été appliqués, depuis cette époque, par nous et plus tard par beaucoup d’autres, pour utiliser la Photographie dans le même but.
- L’art nouveau né de ces tentatives a reçu, en Allemagne, le nom de Photogrammélrie (*), et en Italie, celui de Photo-
- 0) Mémorial de l’Officier du Génie, n* IG. Paris, imprimerie et librairie de Mallel-Baclieüer, rue du Jardinet, ia; >S^.
- (‘) J’étais disposé à adopter ce nuta, quand on inc prévint que Je Congrès international des photographes avait émis le v<cu que les applications scientifiques de leur art reçussent de? dénominations lcrminéespar le mot photogmphic tout entier, exemples : microphotographie, chronophotogra-|dde, uranopliotiigraphie, etc., les applications industrielles devant Cire désignées, au Contraire, pur de? noms comincnçani par photo, exemple?:
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- U SS ED.'
- 5-iO
- topographie (fotolopografia) que l'on avait déjà employé en France.
- Je n’avais pas songé tout d’abord, je l'avoue, à résumer d’un seul mot les procédés que je luisais connaître en les qualifiant simplement d’applications de la perspective a la Topographie. On me l’a reproché et je me tiens pour averti, aussi bien pour l’application suivante que pour celle qui vient d'être traitée.
- XVI. — Télëmétrograp/ùe.
- Du tëlémétrographe à forts grossissements. — Avant de nous séparer de la chambre claire, il convient de revenir sur l’usage qui en a été fait, dons les reconnaissances à de grandes distances, et dont le principe a été indique au paragraphe Vlll, à propos de l’évaluation des distances modérées, quoique relativement grandes par rapport à celles que l’on emploie habituellement en Topographie.
- On a vu, en effet, dans ce paragraphe, le parti que l’on pouvait tirer de l’adjonction d'une lunette de faible grossissement pour évaluer des distances de plusieurs centaines de mètres avec une approximation souvent suffisante. Peut-être nous en serions-nous tenu à ce système des petites lunettes faciles à monter sur la planchette de la chambre claire, sans une circonstance à laquelle nous n’avions pas songé tout d’abord et qui s’est présentée, imposée même, pourrions-nous dire, un peu plus tard. Nous voulons parler des reconnaissances dont nous fûmes chargé par le Gouverneur de Paris pendant le siège entrepris par les armées allemandes.
- H s’agissait alors, en effet, de déterminer les positions elles mouvements de l’ennemi sur toute la périphérie de ses lignes d’investissement, de relever ces lignes elles-mêmes, les travaux
- photolilliograpliie, photogravure, phologlyptle, etc., su Heu de pfiototo-pographie, il fallait donc «lire topophotographic, cl, au Jicu de photo-gramme trie, metrophotographic. J'ai adopté CD conséquence celle ik-rniére dénomination et j'y al ajouté celle d iconomctric correspondant au /tild/ncsskunst des Allemands, plus générale, puisqu'cllu embrasse l'art des restitutions des Images dessinées aussi bien que do? images photographiée*.
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- de ion le nature qui s'y exéculaieut journellement, tranchées, cpaulemenis,batteries, abolis d'arbres, crénelage des murs,etc.
- On trouvera dans un Appendice, a la fin de ce Chapitre, les dispositions générales qu’eu noire qualité de Directeur des Observatoire» militaires nous axions prises pour atteindre ce but, et I on y verra le rôle important rempli par le télémétro-graphe. Nous devons nous borner ici a indiquer ce qui caractérise cet instrument au point de vue géométrique, et nous n'avons pour cela qu’à donner l’extrait suivant d’un .Mémoire présenté à l’Académie des Sciences le 11 mai i8S5 :
- « L’analogie la plus complète existe entre le procédé dont il s’agit et celui qu’emploient journellement les microgra plies. Le point essentiel, dans le cas dont je m'occupe, est de mettre en évidence le degré de précision que l’on atteint en évaluant les angles sur le» images, sans le secours d’un micromètre.
- » Je dois rappeler tout d’abord que le champ d’une lunette, qui peut supporter un assez fort grossissement, est nécessairement très restreint. En général, dans les lunettes terrestres, le produit du champ par le grossissement est sensiblement constant et de 25° environ. Les grossissements que nous avons employés étaient compris entre 339 et 65°, et les champs entre 45' et 22',5.
- » Pour donner une idée du degré de précision des mesures que l’on peut effectuer sur les dessins télescopiques, je choisirai un de ceux qui ont été obtenus avec une lunette de -5m'* d’ouverture, dont le champ était de 3o' et le grossissement de 5o. Je prendrai aussi le cas d'un opérateur pour qui la distance de la vue distincte était de om,3o5.
- » On voit aisément, par le calcul, qu'alors le diamètre du cercle qui limite l'image projetée sur la planchette doit être deom,i35et le rayon du panorama de i5,u,25 (*).
- '*) Le lélémétrographe donne. c:i effet, des panoramas cylindriques, et c’est vraisemblablement sa participation ô nos travaux de reconnaissance qui a sugeéré au peintre Pliîlippnteaux l’idée de sur. célèbre Bombardement du fort d’/ssy; mal? les éléments de ces panoramas peuvent être considérés comme plans à cause de la grandeur du rayon, comparée à l'étendue d’un champ ou même de plusieurs champs de lunette- juxtaposés.
- 3* Série, t. /.
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- » La figure ci-après (fis. 33) représentant un groupe de soldats allemands en train d’essayer de construire un retranchement dans la redoute de Montretoul a été faite dans les conditions que j’ai spécifiées {1 )- On reconnaît immédiatement
- Fis- 33.
- Champ de lunette sur .Montretoul. Échelle f rie )'orl|lnal.
- que les angles peuvent y être, à la rigueur, évalués à o” près, car une minute y est représentée (en tenant compte de la réduction de l'échelle) par 4m“,5, ce qui fait entre o”)“,3 et om®,4 pour 5".
- » Le point où se trouvaient ces hommes éiait à 4ooom de l'observatoire de Passy, d’où ils ont été dessinés, et leur taille étant supposée de im,65, en moyenne, devait correspondre à une hauteur angulaire de i'«5". Or, c’est ce que l'on trouve effectivement. Nous aurions donc pu, inversement, en con-
- v’, o Uu'il me -soit permis de dire que le* avis de l'Observatoire militaire de Passy donnés télégraphiquement aux défenseurs du Mont-'Valérien, qui immédiatement couvraient d’obus le point désigné, ont empêché l'ennemi de continuer ees travaux. »
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- LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. Ôi3
- dure à peu près lu distance de 45oom, si nous ne l’avions pas connue.
- » J’ai cité cet exemple parce qu'il est très frappant et très facile à suivre sur le dessin, niais je me hâte d’ajouter que nous avons eu recours à d'autres objets de comparaison que la
- Si-
- taille de l’homme et à tous les moyens d'appréciation que nous fournissait la perspective, sans négliger la méthode des intersections, toutes Scs fois que nous pouvions l’employer. Au surplus, je ne saurais donner une meilleure preuve de la sûreté de nos évaluations qu'en renvoyant à la carte sur laquelle on voit des ouvrages ennemis reconnus jusqu’à io** et i2k® des observatoires les plus rapprochés et dont la posi-
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- service ta-
- lion a été vérifiée après la levée du siège (par un dépendant du nôtre) (1}.
- a Je ferai enfin remarquer qu’il n’y a réellement qu'une constante à déterminer : le champ angulaire de la lunette mise au point pour une vue quelconque. Cette détermination faite, on peut confier l’appareil à un dessinateur étranger aux opérations géométrique?. Il faut seulement lui faire mettre, une fois pour toutes, la lunette à son point, sur un objet éloigné et la planchette à la distance convenable à sa vue (ce dont il s’assurera en constatant que toute parallaxe optique a disparu), lui faire tracer la circonférence du champ de lunette ainsi obtenu et mesurer la distance de l’arête supérieure du prisme de la chambre claire à la planchette, d'où l’on conclura le grossissement correspondant et le rayon du panorama. Ces précautions prises, le dessinateur n’aura plus qu’à tracer à l’avance les cercles de ses champs de lunette et à y amener les images successives qui forment le panorama, en faisant tourner la lunette et en ajustant sa planchette.
- » Parmi les habiles artistes qui m’ont prêté leur concours pendant le siège, il y avait certainement des myopes et des presbytes, à un assez faible degré toutefois, à moins qu’ils n’aient fait usage de besicles. Les diamètres des champs de lunette, dont on a laissé subsister la trace sur la plupart des dessins conservés, varient cependant deo",! ioào*,i52, mais il en résulte simplement que les distances auxquelles on a placé la planchette ont varié de oro.25 à o°s>3:>.
- » Je n'ai pas besoin d'ajouter que !e degré de précision des mesures angulaires varie avec le champ de la lunette et avec la distance de la planchette. Les rayons de nos panoramas ont toujours dépassé io“ et atteint jusqu'à stom; on comprend donc aisément que, sur de pareils cercles, ies ongles n'ont pas cessé d’être évalués avec une extrême précision graphique. »
- Nous ne croyons devoir rien ajouter à celle citation dans laquelle se trouvent amplement exposées les propriétés géo-
- [') Non.- regrettons lieaitcoup de no pouvoir pas reproduire cette carte,à ni*; de son étendue.
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- LES INSTRUMENTS. LES METHODES CT LE DESSIN TOl>OCR.\Pll!QlE3. 5a5
- métriques du télémctrographe, si ce n'est que (‘expérience prolongée pendant les quatre mois de la durée du siège de Paris par nombre d'officiers, d'ingénieurs, de savants et d'artistes du plus grand mérite a fait plus que confirmer nos prévisions.
- Tous ceux qui avaient pris une fois la peine de se servir de cet instrument éiaient frappés de la netteté et de l'exactitude des résultats qu’ils obtenaient ci dont fisse donnaient souvent eux-mêmes in satisfaction de tirer les conséquences avant d’envoyer leurs dessins à la Direction des observatoires militaires où leur rapprochement permettait d'effectuer le travail d'ensemble.
- Ainsi que nous l'avons annoncé, on trouvera dans un Appendice les renseignements complémentaires sur l'organisation de ce service de reconnaissances à de grandes distances, qui est sans doute, jusqu'à ce jour, celui qui a fonctionné sur la plus grande échelle.
- Ajoutons que nous avons eu la bonne fortune de retrouver, après la Commune, une grande partie des dessins originaux, des artistes de grand mérite nommés dans l’Appendice, qui sont aujourd'hui autant de documents du plus haut intérêt. Ne pouvant ies publier dans cet Ouvrage, nous allons seulement en donner deux spécimens très réduits.
- Le premier {PI. XV) représente les deux extrémités (formant la dixième partie) du panorama embrassé du clocher de Villejuif, comprenant le plateau entre les deux vallées de la Seine et de la Bièvre, de Choisy-le-Roi « Chevilly. Il avait été dessiné avec beaucoup de talent par M. Maxime Collignon, alors élève à l'École Normale, aujourd'hui membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Sort développement total atteignait 12®; sur plusieurs points de ce panorama qui donnait une idée complète des travaux de l’ennemi, il y en a dont les distances s’élèvent à 7k,B, Skw et jusqu'à iokm: l'échelle de réduction de la figure est de (entre J et £).
- Le second spécimen (jig. 35} représente la redoute de Mon-tretout vue de la lanterne du Panthéon, c'est-à-dire d'une distance de plus de iokni et Ses derniers plans dépassent iau'. L’aquarelle très soignée, dont la ftg. 35 est une réduction à
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- .A f SSE DA'
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- l'échelie de yfj, entre | et^, avait été exécutée par M. Henry, architecte de l'École Polytechnique qui* du haut du même
- observatoire, avait dessiné plusieurs autres vues très intéressantes et jusqu'à des épisodes de la bataille de Champigny.
- Nous avons toujours pensé et les explications dans lesquelles nous venons d’entrer et celles que lions donnerons plus loin {voir l'Appendice annoncé du Chap. III- sur le fonctionne-
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- LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES. 5*7
- ment des observatoires militaires pendant le siège de Paris suffiraient à justifier cette opinion, qu‘il serait sage de profiter du temps de paix pour préparer un service analogue. Il serait facile, en effet, en utilisant le talent des jeunes artistes peintres ou architectes pendant leur service militaire, de faire dessiner à l’avance au télémétrographe, les panoramas du terrain dangereux autour de chacune de nos forteresses. Enfin, en recourant aux photographes professionnels ou amateurs également sous les drapeaux, on pourrait, grâce à la Téléphotographie, ajouter a l'œuvre d’ensemble des paysagistes des détails d'une merveilleuse précision.
- Nous espérons pouvoir donner, dans fun des paragraphes suivants, une reproduction à plus grande échelle de la vue précédente de .Montretout, peinte à l’aquarelle, ainsi qu'un spécimen des vues photographiées et annotées de M. Javary, exécutées de même pendant le siège de Paris. Ces documents nous semblent, en effet, de nature à convaincre les plus incrédules des services considérables que sont appelés à rendre aux défenseurs, et principalement aux artilleurs, des dessins et des photographies qui peuvent être étudiés à loisir cl incessamment comparés, nous le répétons, avec Jes caries topographiques.
- La méthode à laquelle nous avons été conduit pour effectuer nos reconnaissances à de grandes distances est, en définitive, toujours fondée sur l'ancienne idée de l'association des plans ou des cartes et des vues pittoresques, mentionnée si souvent dansleChapitre II etau commencement de celui-ci; seulement, la portée des bouches à feu ayant considérablement augmenté, il faut voir aussi plus loin et employer, par conséquent, des lunettes puissantes qui permettent de distinguer les objets et, grâce à la chambre claire ou à la Photographie, d en fixer les images amplifiées.
- [A suivre.)
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- PROGRAMME, POÜR L'ANNÉE 1S99-19CO,
- DES COURS PUBLICS ET GRATUITS DE HAUT ENSEIGNEMENT
- nf CQXSEftVATCURE NATIONAL DES ARTS HT >IRTIES$ {' ).
- Géométrie appliquée aux Arts (les lundis el jeudis, à neuf heures). — M. A. Lacssedat, professeur; M. P. Haag, pro-. fesseur suppléant.
- Cinématique. — Classification des méconismes,— Élude céomêlrlque des organes qui servant à la transformai ion îles mouvement? : Encrenace?, came?, excentriques, articulations. échappements, encliquetages.— Comp». leurs. — Instruments enregistreurs.
- Géométrie descriptive (les lundis et jeudis, à sept heures trois quarts). — M. E. Uolciiû, professeur.
- U? principes fondamentaux de l'art du trait: lieue droite et plan, sur-, face? usuelles.
- Application à la charpente et à la coupe des pierres.
- Mécanique appliquée aux Arts (les lundis et jeudis, à sept heures trois quarts). — M. J. Hirsch, professeur.
- Vélocipèdes. — Théorie, construction.
- Application des machines à la navigation. — Traction sur les rivières, sur les canaux; navigation maritime.
- Constructions civiles (les lundis et jeudis, à neuf heures), — M. J. Pillet, professeur.
- I. ES MATKP.IAVX me CONSTBrcTIuN- -T 1. Propriétés constructives : Per-fisioiice de constitution. — Permanence de ligure. — Résistances mécaniques. — Capacité slaldfUaire. — Capacité tfisolement. — Capacité for-, nielle. — Capacité économique.
- II. Classification des matériaux: Matériaux morphocènes. — Pierres, marbres, etc. — Matériaux reliants. — Matériaux à résistances symétriques. — Métaux, lofs, etc. -, .Matériaux à constitution v rmane::te. — Matériaux transparents.
- Physique appliquée aux Arts (les lundis et jeudis, à neuf heures). — M. J. Yiolle, professeur.
- physique moléculaire. — Propriété? fondamental*-» et utilisation des ^>z. des liquides *1 de? solide?.
- • : 1o.u? c*> cuiirs ont lieu le soir et leur di:r c '-écleîuo^tai'.c s’éteud
- .ta * ou 3.r. avril,.
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- PROGRVUME DE? roms l'OIR l'année 1899-1900. 529
- Chaleur. —Sources de chaleur et de froid.— Mesure des températures.
- — Chauflo.ee et ventilation.
- Électricité industrielle (les mercredis et samedis, à sept heures trois quarts). — M. Marcel Dbprez, professeur.
- Élude de? loi? do l’induction servant de base a la théorie et au calcul des machines dynamo-électriques à courant continu ou à courant alternatif. — Théorie des machines dynamo-électriques. — Description des types employés dons l'industrie. — Calcul des dimensions d’une machine devant satisfaire à des conditions données. — Des moteurs électriques.
- — Transmission électrique de la force et ses applications. — Calcul de l’établissement d’une transmission de force. — Machines à courant alternatif. leur théorie, leurs applications. — Accessoires des machines dynamoélectriques. — Appareils de mesure, conducteurs, canalisations. — Éclairage électrique.
- Chimie générale dans ses rapports avec l’Industrie (les mercredis et samedis, à neuf heures). — M. Ê. Jcxgfleiscü, professeur.
- CénéralUés. — Notions préliminaires; corps simples et corps composés; classification des corps simples; métalloïdes et métaux; lois des actions chimiques; nomenclature.
- Métalloïdes. — Histoire particulière des principaux métalloïdes et do leurs combinaisons non métalliques les plus utilisées : production, propriétés, réaclions, notions analytiques, applications à l'industrie.
- Chimie industrielle (les mardis et vendredis, à neuf heures). — M. É. Flèchent» professeur.
- Industries basées sur l'utilisation des rnoDurrs végétaux (suite et fin). — Industrie sucrière. — Statistique et aperçu économique. — Procédés modernes d’extraction du sucre de betteraves et du sucre de cannes.
- — Sucraterie et raffinerie. — Dexlrlne et glucose.
- II. Industries de fermentation suite et fin).— Cidre et poiré. — Alcools dits d'industrie. Production et consommation. Distillation et rectification
- — Alcools dits naturels. — Kaux-de-vle diverses. Composition comparée des divers alcools.
- HJ. Tartre et acide tarlrlque. — Vinaigre.
- IV. Caoutchouc et guila-perclia.
- Métallurgie et Travail des métaux (les mardis et vendredis, à sept heures trois quarts). — M. U. Le Verrier, professeur.
- Étude des procédé? métallurgiques. — Procédés de traitement des minerais par voie sèche et par voie humide: grillage, réduction, etc. — Applications de I électricité à la métallurgie. — Procédés de travail des métaux à chaud et h fr,.id : (aminaff*, martelage, emboutissage, etc.
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- 530 PROGRAMME DES COURS POUR L'ANNÉE 1899-1900.
- Chimie appliquée aux industries de la Teinture, delà Céramique et de la Verrerie î les lundis et jeudis, à sept heures trois quarts). — M. V. de Luynes, professeur.
- Verrerie. — État vitreux des corps. — Le verre. — Étude de* silicates qui entrent dans ia préparation des mélange? vitrifiabies.—Fours de verrerie. — Travail des verres; soufflage, moulage, coulage. — Verres colorés. — Émaux. — Mosaïque. — Vitraux.
- Céramique. — Matières premières employées dans la fabrication des poteries : Argiles, roches, «3bles. — Préparation il;-s pâtes céramiques. — Terres cuites, faïences, grès, porcelaines. — Façonnage. — Fours. — Cuisson. décoration des poteries.
- Chimie agricole et Analyse chimique (les mercredis et samedis, à sept heures trois quarts). — M. Th. Schlœsixg, professeur; M. Th. Scblgesing Ois, professeur suppléant, t. Développement des plantes. — Germination. Origine et assimilation du carbone, de l'oxygène, de l’hydrogène; respiration. Origine et assimilation do l'azote: fixation de l'azote libre. — Nutrition minérale.
- Engrais. — Fumier. Engrais phosphaté?, azotés, potassiques. Engrais divers: eaux d'égout. — Amendements. .Votionssur les assolements. il. Analyse appliquée à des produits agricoles.
- Agriculture (les mardis et vendredis, à neuf heures). — M. L. Graxdeau, professeur.
- Conditions fondamentales de la production agricole. — Sots, labours, semailles, etc. — Fumures : production du fumier de ferme. — Engrais complémentaires. — Engrais verts. — Champ d'expériences annexé à la ferme. — Cultures expérimentales du parc d«s Princes ;i%î-i$99).
- Filature et Tissage (les mardis ci vendredis, à sept heures trois quarts). — M. J. Jmbs, professeur.
- Métiers à filer, continus à ailettes, continus à anneaux, mull Jenny et self acting. — Retordage et apprêt des fils en droite libre. — Préparation et filage pour lit» en libre libre.
- Tissus en général et entrelacements types. — Tissus proprement dits en armures grain et en armures composées.
- Économie politique et Législation industrielle (les mardis et vendredis, à sept heures trois quarts). — M. É. Lbvasseur, professeur.
- La consommation des richesses. — Essai d'inventaire de la richesse de la France et de quelques autres pays. — Consommation personnelle el consommation reproductive. — L'épargne et te placement «les épargnes. — Les sociétés coopératives de consommation et .!,• construction. — Le luxe. — La faillite. — L'assurance. — Los dépense? de l'Etat et de? •-omninncs. — La question de la population.
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- PROGRAMME DES COURS POUR L’AXXÉE 1899-1900. 53i
- Économie industrielle et Statistique (les mardis et vendredis, à neuf heures). — M. André Liesse, professeur.
- La production jxausriîtELi.t ET SES ÉLÉMENTS. — Les éléments. — Les agents naturels: inscription analytique. Influences des milieux sur les groupements humains. Centres industriels. — L'homme. — Son action sur la nature. Travail musculaire et travail mental. Loi du moindre effort. Les inventions. Les machines.
- Le mouvement industrie! moderne. — La concentration des industries et des capitaux. Ses conséquences. Petites et moyennes industries. Nature diverse des entreprises; leurs différents types: entreprises industrielles, commerciales, agricoles. — Leur création, leur direction.
- U mouvement industriel en différents pays et particulièrement en Allemagne. — Statistiques.
- Art appliqué aux métiers (les mercredis et samedis, à neuf heures). — M. L. Magne, professeur.
- Principes généraux ce composition artistique. Leur application au Travail des métaux. — Métaux usuels (suite \ Le plomb. Procédés de travail. Plomb repoussé. Décoration des combles. Plotnb fondu. Décoration des bassins. — Le cuivre, l’étain, le bronze. Exemples tirés des ouvrages anciens : Statuaire et objets usuels. — Cuivre repoussé et bronze fondu. — Gravure, ciselure, damasquinage. — Applications à l’orfèvrerie, à l’éclairage, à l'horlogerie, au mobilier, etc. — Métaux précieux. L’or et l’argent : Orfèvrerie, bijouterie, Joaillerie.
- Travail du bois. — Charpente .- Empilage et assemblage. Combles, planchers, escaliers. — Menuiserie Lambris, plafonds, portes-— Êbénis-terie: Meubles en bois d’assemblage ou plaqué. Combinaisons décoratives du bois avec d’autres matériaux.
- Droit commercial (les mercredis, à neuf heures). — M. É. Al-glave, chargé de cours.
- Les actes de commerce et les commerçants. — Comment se font les transactions commerciales. — Comparaison avec les contrats civils. — Évolution du Droit. — Les bourses de commerce et les bourses de valeurs industrielles. — Les opérations de bourses.
- Économie sociale (lessnmedis, à neuf heures). — M. P. Deau-regabd, chargé de cours.
- Le salaire et ses modalités. — Majoration des salaires. — Participation aux bénéfices. — Instruction, moralité- — Hygiène. — Les habitations ouvrières. — Les associations coopératives.
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- TABLK DlüS MATIÈRES
- CONTENUES DANS
- LE TOME PREMIER DE LA TROISIÈME SÉRIE.
- l'iis».
- Le Centenaire du Conservatoire des Arts et Métiers : Discours de M. le
- colonel A. Laussedat.............................................. 1
- L'Art dans l'Induslrie des tissus, par M. L. Maone................ 20
- L'utilisation de la chaleur dans les fours de la grande et de lo petite
- industrie, par M. É. DaMOUII...................................... 5t
- L’enseignement do la Chimie industrielle au Conservatoire des Arls
- et Métiers, par M. Th. Scm.ûEsrxo................................. 109
- La vie et les travaux d'Aimé Girard. par M. É. Pleurent........... 114
- Liste générale des Conférences publiques organisées en 1899 au Conservatoire des Arts et Métiers.................................... 145
- Conférences sur la Photographie-et ses récents progrès : Discours prononcé à la Séance d’ouverture par M. le Colonel A. Laussedat. ... 147
- La Radiographie et ses diverses applications, par M. A. Lcindb.... 153
- La Photographie en ballon et la Téléphotographie, par M. Meyer-
- Heine ............................................................ 193
- Recherches sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques (Chap. lit;, par M. te Colonel A. LaCssedat............... 225
- La Chronophotographie, par M. Marey........................... 283
- Sur quelques progrès récents accomplis avec l'aide de la Photographie
- dans l'étude du Ciel, par M. P. Puisses........................... 319
- Le rôle des diverses radiations en Photographie, par M. P. VilLard. 345
- U Microphotographie, par M. F. MonpilLaRî»..................... 363
- La Photographie des montagnes, par M, J. vallOt................... 284
- Les agrandissements, par M. L'. Wallon............................
- Recherches sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques, Chap. 11! {suite], par M. le Colonel A. Laussedat........ 402
- Programme des Cours du Conservatoire des Arts et Métiers, pour l'année 1899-i DO)................................................ 328
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- M.YTIKBES.
- Pl. 1 à VI. — Recherches sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques.
- PI. Vil et VUl. — Progrès récents dons l'étude du Ciel.
- PI. IX, X et XI. — La Microphotographie.
- PL XII à XV. — Recherches sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques.
- G5$l. — Paris, Imprimerie Gauthier-Viilars, 50, quai des Grands-Augustlns.
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- AXvai.km au Co.NSBnVAtviftR j>bb Art* kt m«tikn«.
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- Archipel do Santa Cru/.
- Iev<$ par Boauiemp*’ Beaupré par I.» méthode des perspectives.
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- I «lu Lor«j Jlowi*
- Archipel de Santa Cru»
- levé par le capitaine Cartcrcl par les anciennes méthodes.
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- Annales <îu Conservatoire des Arts-d—Métiers
- ÉPREUVE ORIGINALE^ DE 30 x 40 SUR PAPIER CIRÉ
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- ANNALES DU CONSERVATOIRE DES AUTS-&-MÉTIERS.
- 3* SÉRIE, TOME I
- PL. III
- Première épreuve photographique obtenue en aérostat (1868) Au-iU'xsuk île Vtu'cnue tïliylati alors aeenne île St-Chnul par NA DA II
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- Azm&les du Cotiservatoire des Arts-c£— Métiers
- 3' Série - T. 1 - JPJ. TV
- Perspective
- Rayonnante
- panorama des environs de
- Dessiné par Bardin
- pl.4 - vue 542/553
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- Annales du Conservatoire des Arts-dt-M-ltler.r
- 3° Série - T. I-JP2.V
- TOUR D‘HORI20N FAIT AVEC LA PLANCHETTE PHOTOGRAPHIQUE DU DOCTEUR <
- CHATEAU DE PIER REFONDS
- TOUR
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- 3> série, tome I — PL VI f;
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- PAR M H. DC.SI. ANOI1C9
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- f/ //.// .//«t/U/fin/lAf /// ïf'yttiAf///‘ /A j/ff/Y'/r' //.y* f '/.///• // tt f//-/,/tA./ */ ,/ //t (// ///,/ fr/t/f//t*r//y///’•/. y/// /.///<' s An/t,/ A ,y/
- Af '//f/t Ai/Ai/tiA- A f/ZA/Af/et ru<- tvt/et/tnt .
- J/tf/•/'/,
- O -/z/tay/.J / r / ///.. fAAïv//f shÿ/Â/ ‘te,/ y >/y*A Aj >M/f /< f//.>tyt/f S//uty, J ///’/ //<_ AA)* •/ttf.y/A/ '/t / f//t /•<>>// r/yf >, A/As/rt //,-/./
- lmp- J Hro»
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- PHOTOGRAPHIE LUNAIRE OBTENUE A 1/OBSERVATOIRE DE PARIS
- Phototype I.rewy et Puiseux
- Hélio^.cl Lmp. J. Ileuae
- Î896 FÉVRIER 23._6. h. 5. temps moyen de paris
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- ’ixs'ALES ni; Oonskrvatohuî dks Akts kt .Mktihrs.
- 3^ S!C, î. i, PI. IX.
- Grossissement — 60 diamètres. Objectif n" 3 Nachet.
- Gravure et Impreetfioïi
- Phototype F. Monplllard.
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- AX.V.U23 sc CoKsrsvAïoœz sss Arts et MSkebs.
- S* I. PI. X.
- Spermatozoïdes de lapin.
- Impression monochrome en Photocollographie.
- Grossissement = 35o diamètres. Objectif 7^ immersion homogène Nachet.
- Phototype F. JfonpUUra.
- Pbotcecltographse Longuet.
- pl.10 - vue 548/553
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- iSNALES du Conservatoire des Arts et Métiers.
- 3' S“. 1.1. PI. XI.
- pl.11 - vue 549/553
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- ANNALES OU UON S ER VA T OU tE DES ARTS ET MÉTIERS
- S‘ Série. 7. I. PI. XII.
- Echelle l/z dé l'original
- Gauthier-Viilars, Sdit80.r. ,
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- Echelle dè là
- i h u
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- Gauthier-VülarSü^jte ur.
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- 3® Série T. I. Pi. XIV
- ANNALES DU CONSERVATOIRE LES ARTS ET MÉTIERS
- Gauihier-Vill&rs., Éditeur.
- Fi y. 4
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- ANNALES DU CONSERVATOIRE DES ARTS-&-MÉTIERS
- 3“ SÉRIE. TOME 1 — PL. XV
- compris stllr
- PARTIE DU PANORAMA
- vflllôe de la .Seine et î.-> valide de 1b Bièvre. pris de 1'obsefvàioii pendant le siège de Parie par le* Allemande, j ; dessiné par M. M«x ColHgnon, nu Tèlèmètrographe.
- du clocher de Villejuif,
- Murs crénelés et abatis entre Choisy-le-Roi et Chiais
- Echelle «/<? —1™ de Voritjinal
- et***f £* S4C
- Tranchées prussiennes entre Thiais et Chevilly Je Choisy-le-Roi à Versailles et au-delà, coupant lu route de Pari* <) Antiires Echelle de. —L de Voriijirvil
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