Annales du Conservatoire des arts et métiers
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- g. 2,39
- ANNALES
- DU
- CONSERVATOIRE NATIONAL
- DES
- ARTS ET MÉTIERS
- Quatrième série. — Numéro spécial.
- PARIS
- LIBRAIRIE DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE Léon EYROLLES, Editeur
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- L’abbé GhÊGOlRE tt marqué le Conservatoire des Arts et Métiers de son empreinte, cette forte empreinte démocratique qu’il a heureusement conservée.
- Il est resté l’asile de l’enseignement populaire sous sa [orme la plus haute et la plus libre. Je voudrais qu’il fut un des foyers de l’esprit nouveau, tel qu'il convient à une époque où culture, technique, organisation sociale répondent à des besoins également impérieux et Indissolubles.
- Cet esprit, qui est celui de l'avenir, fut aussi celui de la Convention. Et le Conservatoire est fidèle a son passé en travaillant à la grande réforme dont l’éducation nationale a la charge et ta mission.
- A. de Monzie, Jiiniatrc d« l'Education national*
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- Façade principale du Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- LA REPRISE DES ANNALES DU CONSERVATOIRE (4° série)
- Le Conseil d'administration du Conservatoire national des Arts et Métiers et le Conseil de perfectionnement ont estimé qu'il y avait grand intérêt à reprendre la publication des Annales du Conservatoire interrompue depuis 30 ans et dont les trois premières séries, parues de 1861 à 1902, avaient eu un succès considérable.
- Une première série de 10 volumes (1861 à 1879), dont l'initiative revient au général Morin, directeur du Conservatoire, a été interrompue à sa mort.
- Une deuxième série, reprise en 1889, par le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire, a paru de 1889 à 1898 et comprenait 10 volumes.
- La troisième série, commencée en 1899, ne compte que 4 volumes. Elle a cessé en 1902.
- Déférant au vœu des Conseils, le Directeur du Conservatoire, a considéré comme un devoir de reprendre en 1933 une série nouvelle qui, comme les anciennes Annales, paraîtra tous les trois mois et publiera des études et des travaux se rapportant aux enseignements scientifiques, techniques, économiques et sociaux, donnés chaque année.
- La plaquette qui paraît aujourd’hui est un numéro hors série, destiné à retracer l'histoire du Conservatoire, créé par la Convention.
- En dehors du discours prononcé par M. le président Painlevé, à l’occasion du centenaire de l’abbé Grégoire et des leçons inaugurales de MM. les Professeurs A. Métrai et Ch. Spinasse, on y trouvera, — après un exposé rapide de l’histoire et de l’évolution de notre grand Etablissement scientifique, de son enseignement et des programmes des cours, — un chapitre substantiel où
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- M. Charles Pomaret, député, ancien sous-secrétaire d’Etat de l'Enseignement technique, précise l’effort de réorganisation entrepris depuis près de deux ans, avec l’appui du Conseil d’administration en vue de réaliser non seulement des améliorations urgentes réclamées depuis longtemps (notamment en ce qui concerne les amphithéâtres, le musée, les laboratoires des professeurs, etc.), mais aussi la création du dépôt des étalons nationaux prescrite, au Conservatoire, par la loi du 2 avril 1919 sur les unités de mesure et que diverses circonstances avaient ajournée depuis 14 ans.
- Le Directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers,
- Louis Nicolle.
- l,r août 1933.
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- SOMMAIRE
- I. Discours de M. le Président Painlevé à l’occasion du centenaire de l'abbé Grégoire.............................................. 9
- II. Le Conservatoire des Arts et Métiers. Sa création (1794).
- Son évolution, par M. E.-M. Lévy, bibliothécaire en chef du Conservatoire ............................................ 16
- III. La réorganisation du Conservatoire, par M. Ch. Pomaret,
- député, ancien sous-secrétaire d’Etat de l’Enseignement technique ................................................... 31
- IV. L’Enseignement ................................................ 55
- Les programmes, les laboratoires de travaux pratiques, l’Institut aérotechnique de Saint-Cyr.
- V. Leçon d’ouverture du Cours de Mécanique, par M. A. Métkal. 85
- VI. Leçon d’ouverture du Cours d’Histoire du travail, par
- M. Ch. Spxxasse ............................................ 102
- VII. Les nouvelles constructions du Conservatoire................. 116
- Les amphithéâtres creusés sous la Cour d’honneur; le dépôt des Etalons nationaux.
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- Façade principale «lu Conservatoire national îles Arts et Métiers. Tour et fontaine du Vert-Bois.
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- DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT P. PAINLEVÉ A L’OCCASION
- DU CENTENAIRE DE L’ARBÉ GRÉGOIRE
- Dans une seance solennelle, tenue le 27 mai 1931, le Conservatoire national des Arts et Métiers a commémoré le centenaire du décès de Villustre Conventionnel qui a si grandement contribué à la fondation du Conservatoire.
- M. le président Painlevé a prononcé le discours suivant :
- L'homme dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire et dont nous apposerons le nom solennellement, tout à l’heure, dans notre salle du souvenir, ne mérite pas seulement la reconnaissance de cet établissement, il mérite la reconnaissance de l’humanité tout entière; car la création du Conservatoire des Arts et Métiers, de cette Université scientifique ouverte aux classes laborieuses, est un détail magnifique de la vie de cet homme; détail magnifique, détail chargé de présent et d’avenir et par sa propre activité et par les activités qu’il a fait naître à travers la France, ce n’est cependant qu’un détail dans la vie grandiose et tourmentée de l’abbé Grégoire.
- Les passants qui foulent les pavés de la modeste rue qui rappelle son souvenir, sur la rive gauche, ignorent presque tous ou ont oublié, s’ils l’ont jamais su, que l’abbé Grégoire fut l’une des plus belles, des plus nobles, des plus agissantes figures de la Convention et de la Constituante. Son nom est attaché aux actes les meilleurs et les plus féconds de la Révolution.
- Sans doute, lorsque nous revenons sur son œuvre, lorsque nous relisons ses écrits, nous y retrouvons un peu de la rhétorique du temps, mais à travers cette rhétorique, combien d’idées nou-
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- velles, combien d’idées profondes. Quel magnifique précurseur que cet homme d’Eglise.
- Plus que chez ses contemporains illustres, les Condorcet, les Lakanal, ce qui nous frappe quand nous nous penchons sur son histoire, c’est la simplicité, c’est l’unité profonde des principes et des convictions d’où découle son activité dans tous les domaines. Si nous examinons un acte quelconque de la vie de l’abbé Grégoire, nous retrouvons les indices et de son action et de l’ardeur qu’il a apportée à agir, nous retrouvons ce principe dominateur, impérieux, qui est un amour jamais apaisé de la Justice et de l’Humanité. Cet amour, il éclate partout, il est dans toutes ses paroles, il est dans tous ses écrits.
- Déjà avant la Révolution, lorsque les idées de J.-J. Rousseau restaient encore littéraires, déjà lui, il avait cette conception que tout être humain, quel que soit son lieu de naissance, quelle que soit la couleur de sa peau, a des droits naturels, des droits imprescriptibles, et que toute atteinte à ces droits, tout acte d’oppression, d’injustice ou de violence contre ces droits est un crime qu’il faut réprimer.
- Quelques années avant la Révolution, il prend la défense des Juifs en termes d’une énergie magnifique : « Ce sont, dit-il, des hommes comme les autres, et les mesures que l’on prend contre eux, ces mesures humiliantes, ces mesures dégradantes, sont plus dégradantes encore pour ceux qui les exigent que pour ceux qui les subissent ». C’est dire que dès que l’aube de la Révolution se lève, il est au premier rang de ses plus généreux acteurs. C’est ainsi que cet homme d’Eglise entraîne le tiers-état, les membres du clergé, et forme cette assemblée qui ne devait plus se séparer sans avoir donné une constitution à la France. Il est un des principaux rédacteurs des Droits de l’homme, il les met en action, il les réalise. Juifs, protestants et catholiques, sont des hommes qui doivent avoir des droits égaux. Les Juifs seront des hommes comme les autres; rien ne les séparera plus des autres citoyens.
- Il sait aussi que de l’autre côté des mers il y a l’esclavage. Il n’a de cesse que l’esclavage soit aboli dans les colonies françaises. Mais à côté de ces forces extérieures d’oppression et de violence qui menacent les peuples, il y a un autre mal, un mal intérieur celui-là, un mal tout proche de nous, que nous pouvons toucher du doigt : c’est l’ignorance, cette «barbarie du dedans». Et contre l’ignorance il entame une guerre sans merci.
- Quand nous voyons l’œuvre accomplie par sa volonté pendant les dix années qui suivent la Révolution, il est impossible de ne pas éprouver un sentiment d’admiration et de se sentir petit devant un tel grand homme.
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- Cette ignorance, comment la combattre? Par la recherche de la vérité, une recherche que rien ne doit arrêter; par les progrès de la Science qui accroîtront les connaissances humaines et développeront le bien-être de l’humanité. Car ce prêtre, ce croyant, n’a aucune inquiétude du développement scientifique que pourrait craindre sa morale religieuse. Nous le voyons tour à tour penché sur les humbles et sur les découvertes nouvelles qui sont un bienfait pour l’ensemble des hommes. Et nous le voyons dans tous les grands travaux où l'on nationalise en quelque sorte la science, où on l’arrache aux caprices des grands qui la faisaient subsister tant bien que mal, nous le trouvons dans l’organisation du Muséum d’Histoire naturelle, dans la création de l’Institut National, de l’Observatoire, des grandes Ecoles qui seront la gloire de sa vie : l’Ecole Normale supérieure et l’Ecole Polytechnique. Dans toutes ces organisations nouvelles on trouve la marque de Grégoire, il est là, toujours présent, hâtant les lenteurs, forçant les résistances.
- Lorsque le conventionnel Chaumette veut créer le culte de la Raison pour le substituer au christianisme, il veut aussi entraîner derrière lui l’abbé Grégoire; alors, l’évêque de Blois, le prince de l’Eglise se révolte, mais avec quelle fierté, avec quelle confiance. Ce prince de l’Eglise qui aime tant la Révolution, qui n’a pas craint d’affronter le fanatisme, a une foi aussi pure, presque aussi naïve que le jeune prêtre qui demande une petite cure de campagne pour enseigner aux paysans, à la fois, le cathéchisme et l’agriculture. Et voici sa fière réponse à Chaumette :
- « Que me demandez-vous? dit-il. On me parle de sacrifice à la patrie; j’y suis habitué. S’agit-il du revenu attaché à la qualité d’évêque? Je vous l’abandonne sans regret. S’agit-il de la religion? Cet article est hors de votre domaine. J’entends parler de fanatisme, de superstition. Je les ai toujours combattus. Ils sont diamétralement opposés à la religion. Quant à moi, catholique par conviction, prêtre par choix, j’ai été désigné par le peuple pour être évêque. J’ai tâché de faire du bien dans mon diocèse, agissant d’après les principes sacrés qui me sont chers. Je reste évêque pour en faire encore. »
- Cette action bienfaisante, il va la poursuivre précisément dans le développement de la culture scientifique, dans le développement de la culture technique, dans la lutte contre cette ignorance qu’il a qualifiée lui-même de « barbarie du dedans ». Il ne faut pas que les progrès de la science, les bienfaits qui en résultent soient réservés à une simple élite; il faut que tous y participent, î’ouvrier dans son usine, le cultivateur sur son champ.
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- 11 faut que tous possèdent des connaissances plus profondes et que tous puissent les appliquer à leur métier. « Comment, dit-il, les anciens ont-ils pu séparer les arts mécaniques et les arts libéraux? Il y aurait une différence entre les forces de l’esprit qui inventent quelque chose de bienfaisant pour les hommes, et l'acte de faire une statue, de trouver un poème? Non, dit-il, il n’y a pas d’arts mécaniques et d’arts libéraux. Chez un peuple libre, tous les arts sont libéraux. >
- S’attaquant à notre civilisation moderne : « Comment, dit-il, notre civilisation moderne, complaisante aux prétentions des grands, peut-elle qualifier de servile le travail manuel, comment peut-elle décrire les découvertes, les inventions, tous ces fruits du génie, qui existent, qui transportent, qui magnétisent les métiers? Ce sont des gloires aussi pures pour l’esprit humain que celles qui ont développé les esprits dans les sphères de l’enseignement, de la religion. Est-ce que l'on qualifie de servile le travail manuel, le travail des mains, des arts qui naissent de la production humaine? Non pas. Il n’y a de servile que ce qui est imposé contre la volonté des hommes. > Et il réclame pour les arts manuels les mêmes honneurs, les mêmes droits que pour la production artistique et pour la poésie.
- C’est cette pensée, c'est cette conviction aussi, qu'il défendait dans son fameux rapport d’où est né le Conservatoire des Arts et Métiers. Quel dommage qu’il soit un peu long et que je ne puisse vous en donner une lecture intégrale; comme il est impossible de résister aux raisons qu’il invoque ;
- « Faire avec un homme, par le secours des machines, ce qu’on ne ferait sans elles qu’avec deux ou trois hommes, c'est doubler ou tripler le nombre des citoyens. Nous avons deux leviers, ce sont nos bras : l’industrie, en leur associant les forces de la nature, parvient quelquefois à centupler les nôtres; par là s’agrandit le cercle de nos connaissances et le nombre de nos jouissances.
- « Calculez l’énorme différence qui existe entre un peuple chez qui les arts sont au berceau et celui qui en a développé toutes les ressources; entre ces habitants du Paraguay qui coupaient leur blé avec des côtes de vache au lieu de faucilles, et l’habileté de l’Européen qui est parvenu à filer et à tisser les métaux, s
- Il s’élève contre les rétrogrades qui disent : « Si vous développez l’outillage, il n’y aura plus de travail pour tout le monde. » Il montre le ridicule de cet argument et dit : « Faut-il donc avoir beaucoup de cerveau pour comprendre qu'il y a beaucoup plus de travail que de bras. > Et il développe dans des pages saisis-
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- santés sa pensée; il dit : « Il ne faut pas que l’ouvrier soit seulement enfermé dans l’usine, il faut qu’il y apprenne son métier, il faut que le cultivateur n’obéisse pas seulement à la routine, il faut que tous connaissent ce qu’on peut faire de nouveau. > Et il termine son exposé par une phrase où transparaît encore l’ardeur du temps, il s’écrie : « Autrefois, l’orgueil des rois élevait des palais cimentés par les larmes de ceux qu’ils nommaient leurs sujets; mais un gouvernement républicain s’occupe d’établissements propres à faire éclore le bonheur jusque dans les chaumières. 9
- Cet établissement, à la fois matériel et idéal qu'il veut édifier, ce sera le Conservatoire des Arts et Métiers. Et comme l’agriculture a le droit d’aînesse, elle y aura la première place. Viendront ensuite les industries qui en dépendent (industries agricoles). Ce qu’il veut, c’est rassembler là, dans cet établissement, tous les types de machines qui feront ressortir, à tous ceux qui viendront s’instruire, tous les genres du progrès dans tous les genres d’industries : usines, calculs, astronomie, travaux de guerre, rien ne doit échapper à ce musée qui doit englober toutes les formes du progrès et les mettre à la disposition de tous.
- Chacun des instruments devra être accompagné d’une description et de dessins où l’auteur aura expliqué les raisons de sa découverte, pourquoi tel rouage et non pas tel autre et la possibilité de faire mieux. Et, même, ceux qui voudront s’instruire plus à fond dans ces mécaniques nouvelles trouveront dans ce Conservatoire des hommes qui y donneront des explications orales et étayées par conséquent sur des principes rudimentaires. L’enseignement de notre Conservatoire, il le résume dans une décision, ou, plutôt, dans un projet de décision approuvé par la Convention et dont je vais vous lire les deux premiers paragraphes :
- « La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de ses Comités d'agriculture, des arts et de l’instruction publique, décrète :
- « Article premier. — Il sera formé à Paris, sous le nom de Conservatoire des Arts et Métiers, et sous l’inspection de la commission d’agriculture et des arts, un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres dans tous les genres d’arts et métiers. L'original des instruments et machines inventés ou perfectionnés sera déposé au Conservatoire.
- € Art. 2. — On y expliquera la construction et l’emploi des outils et des machines utiles aux arts et métiers. »
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- Le Conservatoire est créé le 20 octobre 1794, mais il s’agit de perfectionner, maintenant, les collections de ces arts. 11 en existe des groupements épars. Ces groupements sont dispersés dans des bâtiments impropres aux visites. Il faut obtenir quelque chose de plus, un bâtiment unique où se trouvent rassemblés, les uns après les autres, tous les modèles qui doivent être à la disposition de tous les chercheurs et de tous ceux qui veulent s’instruire davantage.
- C’est alors que Grégoire demande que l’ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs soit consacré au nouvel établissement. L’asile de la méditation et de la prière deviendra le lieu de la méditation scientifique pour l’humanité en quête du mieux.
- Donc, le prieuré de Saint-Martin-des-Champs est attribué au Conservatoire des Arts et Métiers, dans un endroit qui était, déjà à cette époque, le quartier Saint-Martin.
- C’est précisément dans ce quartier qu’il y a le plus grand nombre d’ouvriers et de tâcherons. Et déjà commence cet enseignement qui fait la gloire du Conservatoire et qui s’est développé si magnifiquement dans ces dernières années.
- On dit souvent que la plus belle récompense d’un lutteur c’est de se survivre. Si vraiment aujourd’hui l’abbé Grégoire renaissait parmi nous, il pourrait voir que son action a été belle et féconde, que son œuvre a été bonne et féconde.
- Je voudrais qu’il lui fût donné, quelque soir de résurrection, d’assister à un de ces cours du soir, qui, de 8 à 10 heures, rassemblent dans cet amphithéâtre une population laborieuse de jeunes gens qui sortent de l'atelier, qui viennent de gagner leur pain quotidien, et qui se penchent avec avidité sur des choses nouvelles, qui veulent comprendre, afin de devenir des inventeurs, des chefs d’industrie.
- Tout cela se crée ici. J’en pourrais citer autour de moi de multiples exemples. Et je songe qu’à une telle œuvre s'applique une pensée d’un philosophe que je voudrais relire : « Il n’y a pas de plus noble élan à donner à une démocratie, une plus belle leçon d’idéalisme que de la convier à participer dans ses couches profondes au grand travail intellectuel de l’Humanité. »
- Et s’il me fallait résumer et caractériser d’un seul mot cette œuvre de l’abbé Grégoire dans l’ordre de l’enseignement à tous ses degrés, je ferais appel à un problème bien moderne, qui a soulevé de bien vives polémiques, encore toutes récentes parce qu’il a été abordé du côté politique et aussi parce qu’il a été affublé d'un terme malheureux parce qu’il est ambigu, je veux parler de l’Ecole unique.
- L’Ecole unique, ce n’est pas, comme on le croit trop souvent,
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- le monopole de renseignement, la mainmise de l'Etat, ce n’est pas l’obligation d’aller dans un établissement plutôt que dans un autre. Ceci n’a aucun rapport. Il n’y a pas de rapport entre les termes « Ecole unique > et « Monopole d’Etat *. C’est l’enseignement à tous les degrés, c’est une sorte de vestibule par lequel passe toute l’enfance du pays, vestibule qui s’ouvre à la fois sur tous les enseignements : secondaire, technique, commercial, pratique. Et lorsque l’on songe à ce qu’a voulu l’abbé Grégoire, on se demande précisément si ce n’est pas l’Ecole unique réalisée dans
- Et qui donc pourrait s’élever contre la pensée d’exercer la sélection nécessaire pour recruter les plus belles intelligences dans les arts et dans l’industrie? C’est dans la nation tout entière qu’il faut exercer cette sélection. On dira : « Les bourses y suffisent » Je suis loin d’être l’ennemi des bourses, elles ont rendu de très grands services, mais je trouve qu’elles laissent trop de place au hasard.
- Imaginez un petit paysan sur lequel se penche l’abbé Grégoire, qui vit dans un milieu où il est séparé de tout progrès : il n’aura pas le brillant d’un enfant développé dans un milieu favorable. Mais pour peu qu’il soit doué, on ne tardera pas à découvrir les forces qui se cachent en lui. Pourquoi, s’il en est capable, ne pas lui donner le moyen de savoir et de comprendre?
- En résumant la vie du grand et généreux conventionnel, je dirai que l’abbé Grégoire fut à la fois le premier créateur, le précurseur de l’Ecole unique, et nous la réaliserons dans sa formule généreuse en suivant ses traces, en nous inspirant de ses programmes.
- Le plus bel hommage que nous puissions rendre aux héros qui nous ont précédés, c’est de nous inspirer de leur œuvre et de la prolonger de toute notre force.
- Aujourd’hui, nous invoquons cette grande figure de l’abbé Grégoire, et en continuant son action, nous prolongerons ainsi le souvenir impérissable d’un des plus grands hommes qui soient nés sous le ciel.
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- LE CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS SA CRÉATION (1794) — SON ÉVOLUTION
- I
- Son évolution des origines à 1900
- Au début du xix* siècle, en l’an X (mai 1802), le célèbre mathématicien Jérôme de La Lande, publiant une nouvelle édition de la grande Histoire des Mathématiques de Montucla, signalait au public l’existence toute nouvelle d’un établissement qu’il désignait sous le nom de « Conservatoire des Machines ». Le Conservatoire des Machines, dit-il, qui est au prieuré de Saint-Martin, est un établissement important, sous la garde du citoyen Molard, et il ne pouvait être entre de meilleures mains. Il y aura, dans ce Conservatoire, trois démonstrateurs : Conté, Molard, Montgolfier; un dessinateur : Beuvelot; un bibliothécaire : Gruvel.
- Pour la première fois, il était fait mention, dans un ouvrage scientifique important, du grand Palais de la Mécanique, fondé par la Convention pour l’éducation du peuple, et plus particulièrement des artisans, car entre toutes les institutions de haute culture que la France doit à la Révolution, le Conservatoire national des Arts et Métiers a conservé le caractère particulier que ses fondateurs ont désiré lui donner.
- C’est à Henri Grégoire, l’illustre conventionnel, évêque constitutionnel de Blois, que revient l’honneur d’avoir, par son action personnelle, ses efforts incessants dans les Comités d’instruction publique, d’Agriculture et des Arts, dans les assemblées parlementaires. créé et organisé en grande partie le Conservatoire des Arts et Métiers. C’est sur son rapport du 8 Vendémiaire, an III,
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- considéré encore aujourd’hui comme une sorte de charte fonda-l mentale de l’enseignement technique, que la Convention a voté,
- le 19 Vendémiaire, an III (10 octobre 1794), le fameux décret, véritable acte de naissance du Conservatoire des Arts et Métiers.
- L’article premier est ainsi conçu : « Il sera formé à Paris, sous le nom de Conservatoire des Arts et Métiers et sous l’inspection de la Commission d’Agriculture et des Arts, un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres, dans tous les genres d’arts et métiers. L’original des instruments ou machines inventés ou perfectionnés sera déposé au Conservatoire. » Cet article prévoyait ainsi la création d’un musée et d’une bibliothèque techniques, non pas seulement d’un musée rétrospectif, mais d’une véritable exposition permanente des machines et inventions nouvelles, et depuis 130 ans, nos collections, tenues à jour, constituent en quelque sorte de véritables archives scientifiques et industrielles.
- L’enseignement, but supérieur du Conservatoire, est prévu à l’article 2 : « On y expliquera la construction et l’emploi des outils et des machines utiles aux Arts et Métiers. »
- L’œuvre du Comité d'instruction publique et de Grégoire était la réalisation d’une idée déjà ancienne et que nous voyons grandir du xvi* au xviir siècle, la notion de l’enseignement professionnel. Descartes, l’Académie des Sciences avec son Recueil des Machines approuvées et sa Description des Arts et Métiers entreprise par Réaumur, continuée par Duhamel de Monceau, en sont les premiers précurseurs; mais c’est surtout la fameuse Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, ce guide incomparable des sciences, des arts, des métiers, des professions de toute une époque, qui caractérise le mieux le grand mouvement d’idées scientifiques et économiques du xvnr siècle, dont l’influence a été particulièrement considérable sur les hommes de ce temps. Ce catalogue d’un musée idéal dont les collections étaient figurées dans des i| planches admirables, ce merveilleux inventaire des connaissances
- technologiques d’un monde que le machinisme naissant allait L transformer, devait servir de modèle aux fondateurs du Conserva-
- ^ toire des Arts et Métiers, véritable Encyclopédie vivante, quand
- ils ont constitué leur musée.
- i! Le premier fonds du musée du Conservatoire fut constitué
- par les collections de deux grands savants du xvm* siècle : Pajot f d’Ons en Bray, un grand seigneur académicien, qui avait réuni
- une belle collection de machines, léguée par lui à l’Académie des j Sciences et Vaucanson, le grand mécanicien « prince de l’auto-
- matique », un des plus illustres parmi les inventeurs français. Il légua au roi Louis XVI son Cabinet de Machines, installé rue
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- (Collection de mesures anciennes.
- (Musée du Conservatoire National des Arts et Métiers.)
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- de Charonne, à l’Hôtel de Mortagne. Le roi avait chargé l’académicien Vandermonde de « garder » le dépôt et avait placé près de lui un serrurier et un menuisier, ouvriers d’art, chargés de former des apprentis.
- La Commission temporaire des Arts, où siégeaient entre autres Vandermonde, le physicien Charles, Molard, le futur administrateur du Conservatoire, réunit à ces premières collections de très nombreux objets provenant des résidences royales, des hôtels princiers, des maisons conventuelles, et appartenant à toutes les catégories des « Arts ». Dans les inventaires du début du xix* siècle, nous voyons figurer les plus modestes instruments aratoires à côté des plus somptueuses, des plus admirables pièces d’horlogerie, ou de ces curieux modèles d'ateliers des principales professions, provenant du Palais Royal, construits pour l’éducation des enfants du duc d’Orléans, Philippe-Egalité.
- Ce n'est que le 10 juin 1798 (22 Prairial, an VI), après de nombreux efforts de Grégoire, qu’une loi affecta l’ancien Prieuré de Saint-Martin-des-Champs au Conservatoire des Arts et Métiers, mais l’installation n’eut lieu qu’un an plus tard, dans des conditions bien précaires. Plusieurs bâtiments de l’ancien couvent avaient été aliénés par les Domaines, d’autres menaçaient ruine. Molard, l’ancien collaborateur de Vandermonde, avait été chargé de la direction du musée, avec Jean-Baptiste Leroy et Conté, remplacés plus tard par Joseph Montgolfier et Grégoire.
- Nous sommes heureux de rendre hommage à ces hommes de très grand mérite, qui eurent le difficile honneur de tout organiser, à Molard, en particulier, qui sut dès l’origine attirer au Conservatoire les artisans et les inventeurs et rendre populaire la vieille maison de la rue Saint-Martin. Les galeries d’exposition publique avaient été installées en peu de temps, des démonstrateurs expliquaient le fonctionnement des machines et deux Ecoles recevaient des élèves, l’une de filature et l’autre de dessin appliqué aux Arts.
- En 1817, Molard était remplacé par Christian. C’est sous l’administration de ce dernier qu’a été créé le Conseil de perfectionnement, composé de savants et d’industriels, et présidé par un économiste, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Esprit éclairé, très au courant des progrès de l’industrie anglaise, conseillé par un jeune savant, Charles Dupin, qui venait de faire un grand voyage d’études en Angleterre, il se préoccupa de créer au Conservatoire des Arts et Métiers une haute école d’application des connaissances utiles au commerce et à l’industrie. C’est grâce à lui que fut signée l’ordonnance royale du 25 novembre 1819. qui a institué au Conservatoire un enseignement public et gratuit pour l’application des Sciences aux Arts industriels.
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- L’enseignement se composait de trois cours; un cours de mécanique, un cours de chimie appliquée aux arts, un cours d’économie industrielle. Les trois titulaires furent Charles Dupin, Cl ément-De sorme s et J.-B. Say. Les cours furent ouverts le 25 novembre 1820. Le succès de cet enseignement fut immense et l’on peut affirmer que la création de ces cours publics de sciences appliquées a été un événement considérable dans l’histoire économique et industrielle de la France.
- Dès 1829, Pouillet était chargé de faire des leçons publiques destinées à l’explication des machines et d’exposer les principes de la physique expérimentale.
- Le cours de physique expérimentale, inauguré par Pouillet, continué par ses successeurs dans le môme esprit, est resté unique en France et a conservé la même faveur. Pouillet attirait à son cours une foule considérable, et ses expériences sont restées célèbres.
- Devenu administrateur, à la fin de 1831, Pouillet ne se contentait pas de continuer ses admirables travaux scientifiques; mais pendant dix-huit ans, il allait employer son activité, son influence et sa diplomatie à faire du Conservatoire un des grands établissements scientifiques de la France. De 1836 à 1839, il obtint la création de six nouvelles chaires.
- « Confié à des savants dont plusieurs appartenaient ou devaient appartenir à l'Institut, dit M. Levasseur, l’enseignement jeta alors un vif éclat. Le succès fit même, pendant une dizaine d'années, perdre un peu de vue le but premier pour lequel le Conservatoire avait été créé : l'exposition des appareils employés dans l’industrie et la démonstration par les yeux. »
- En même temps Pouillet poursuivait l'œuvre de réfection du Conservatoire avec une énergie et une persévérance qui doivent, selon l’expression d’un de ses successeurs, le Colonel Laussedat, le faire considérer comme le « second fondateur du Conservatoire des Arts et Métiers».
- En 1842, une Commission, présidée par le Baron Thénard, et qui comprenait entre autres Poncelet et Pecqueur, remit au Ministre un rapport qui détermina le vote de la loi du 3 juillet 1846, affectant 1.441.000 francs à la restauration et à l’agrandissement du Conservatoire.
- Pouillet chercha à la fois à sauvegarder les deux célèbres monuments historiques, vestiges du prieuré : l’église et le réfectoire, et à assurer au musée et à l’enseignement les galeries, amphithéâtres et laboratoires qui leur étaient nécessaires. Le réfectoire, restauré, devait devenir la nouvelle bibliothèque, et un grand amphithéâtre, longtemps considéré comme un modèle
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- — et encore aujourd'hui fort remarquable — s'appuyait contre le côté Nord de l'église.
- Pouillet ne devait pas avoir la joie de terminer son œuvre. Révoqué de ses fonctions d'administrateur après les journées de 1849 et l’occupation du Conservatoire par des insurgés ayant Ledru-Rollin à leur tête, le grand savant, qui avait établi expérimentalement les lois fondamentales des courants électriques, était également contraint d’abandonner sa chaire, pour refus de serment, après le Coup d'Etat de 1851. Il devait avoir comme successeur dans sa chaire, pendant quarante ans, Edmond Becquerel, et c’est dans son laboratoire que Gaston Planté a inventé les accumulateurs électriques.
- Sous le second empire et les premières années de la troisième république, un grand nombre de cours ont été créés, celui de constructions civiles, professé pendant quarante ans par Emile Trelat, celui de filature et de tissage, confié à Michel Alcan, ceux de teinture, d’impression et d’apprét des tissus, de Droit commercial, d’électricité, de métallurgie, d'économie sociale, enfin, peu de temps avant la fin du xix* siècle, le cours d'art appliqué aux métiers qu’a professé, jusqu’à la guerre de 1914, un grand artiste, Lucien Magne.
- En 1849, le colonel Morin, professeur de mécanique, avait été nommé administrateur. En 1853, promu général de division, il devenait directeur du Conservatoire, et admirablement secondé par Henri Tresca, ingénieur-sous-directeur, organisait le premier laboratoire de mécanique industrielle. C’est ce laboratoire de mécanique expérimentale qui a été la première réalisation des laboratoires d'essais de matériaux qui ont pris depuis une si grande importance tant en France qu’à l’étranger. C’est encore le général Morin et son collaborateur Tresca qui organisèrent un bureau de vérification des poids et mesures usuels, et un laboratoire de métrologie de haute précision, destiné aux travaux de la section française de la commission internationale du mètre. Ce bureau et ce laboratoire ont fonctionné pendant de longues années.
- Au général Morin, mort en 1880, succéda M. Hervé Mangon, créateur de la science du génie rural. C’est sous l’administration de M. Hervé Mangon que furent inaugurées, pendant l’hiver de 1880-1881, des conférences publiques faites par des inventeurs et par des savants, sur les découvertes et les progrès récents de la science et de l’industrie.
- Ces conférences, organisées le dimanche, en hiver, furent continuées avec grand succès sous l’administration du colonel Lausse-dat, successeur de M. Hervé Mangon (1881-1900). Elles attirent
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- encore aujourd’hui une foule considérable au Conservatoire. Le colonel Laussedat a été à la fois un administrateur habile et un savant distingué. Il a créé de toutes pièces une méthode de levés topographiques, une nouvelle science, peut-on dire, la photogram-métrie, et la gloire de ses découvertes a rejailli sur le Conservatoire, qu'il a dirigé pendant tant d’années.
- Reprenant le programme de dégagement du Conservatoire conçu par Pouillet, le colonel Laussedat réussit à obtenir de la Ville de Paris, presque à la fin de sa carrière, en 1898, l’ouverture et l’élargissement de la rue Réaumur, le long de la façade du Conservatoire; il a fait construire le grand bâtiment en façade sur la rue Vaucanson; il a commencé à utiliser les combles pour aménager un deuxième étage de galeries et dans toutes les parties du Conservatoire, il a cherché à agrandir et à embellir galeries et laboratoires. Sous sa direction ont eu lieu, à Paris, deux grandes expositions universelles : celle de 1889 et celle de 1900. Le musée, à cette époque de complète rénovation scientifique et industrielle, s’est enrichi de nombreuses machines et objets, dons des exposants.
- Pendant la seconde partie du xix* siècle, la réputation de l’enseignement du Conservatoire est définitivement établie; chaque soir, des maîtres éminents attiraient à leurs leçons des auditeurs, de plus en plus nombreux, parmi lesquels Pasteur, déjà illustre, qui venait écouter Boussingault.
- Le rayonnement du Conservatoire s’étendait très loin au dehors. C’est alors, il y a environ trois quarts de siècle, que paraissait le premier fascicule des * Annales du Conservatoire des Arts et Métiers ». Ce recueil qui a joué pendant plus de quarante ans un rôle scientifique de première importance, est, en même temps, une histoire au jour le jour du Conservatoire pendant cette même période.
- Au moment où les conseils du Conservatoire et la direction s'inspirant des idées du Général Morin et de ses collaborateurs de 1860, entreprennent une nouvelle série des Annales, il convient de rappeler que de 1861 à 1879, pendant une période d'environ vingt ans, de 1889 à 1902, le Conservatoire des Arts et Métiers a fait paraître trois séries de Mémoires et Notices publiées sous le nom d'Annales du Conservatoire des Arts et Métiers.
- Il semble également intéressant de reproduire ici quelques passages de l’avant-propos de la première série, qui expriment parfaitement ce qu’était l’esprit de l’enseignement du Conservatoire au cours du xix’ siècle.
- « L’enseignement du Conservatoire des Arts et Métiers est peut-être le plus populaire du monde entier. Constitué avec toutes les
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- ressources de la science, initié à tous les développements de l’industrie dont il a pour mission de faire connaître les progrès, il est pour elle une source féconde de connaissance utiles, un guide sûr dans les applications.
- « Il fait aimer la science en mettant en lumière l’importance des règles qu’elle enseigne. Il prépare les progrès de l’avenir en familiarisant les esprits les moins exercés avec les notions scientifiques les plus délicates. Mettant l’exemple à côté du précepte, il propage la foi scientifique et développe dans de saines limites l’esprit d’invention.
- « C’est parce qu’il répond réellement aux besoins de l’époque que l’enseignement du Conservatoire a été successivement doté de nouvelles chaires, au nombre de quatorze aujourd’hui; elles embrassent les sciences physiques et mathématiques les plus importantes, ou elles sont spécialement affectées aux industries principales du pays. La législation industrielle y est l’objet d’une étude approfondie. Les données économiques de l’industrie des différents peuples y sont enseignés avec le plus grand soin.
- « Par ses cours et par son musée, le Conservatoire occupe incontestablement le premier rang parmi tous les établissements analogues des autres peuples, chez qui l’enseignement technologique se développe cependant depuis quelques années (1).
- « Pour aider encore aux ressources qu’offre ce grand établissement à l’étude des sciences et des arts utiles, on a pensé qu’une publication spéciale, rédigée en grande partie par MM. les professeurs du Conservatoire, serait accueillie avec plaisir. Les Annales du Conservatoire constitueront au dehors un organe de publicité répondant au même objet que son enseignement. »
- Depuis l’époque où le général Morin dirigeait le Conservatoire des Arts et Métiers, l’enseignement a souvent évolué par le fait même des progrès considérables de la science et de ses applications, mais il n’a jamais cessé de rester fidèle à son but qui est d’unir étroitement la science et l’industrie; il s’est adapté aux besoins nouveaux de la vie nationale. Tout en respectant une tradition séculaire, les conseils et la direction du Conservatoire ont su donner à son enseignement dans ces trente dernières années un caractère de plus en plus pratique, sans rien lui enlever de la valeur scientifique de ses méthodes.
- (1) Il y a lien
- rappeler que ces lignes ont été écrites en 1860.
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- Le Conservatoire depuis 1900
- En 1898, le Conservatoire national des Arts et Métiers avait célébré le centenaire de son installation définitive dans l’ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Moins de deux ans après, la loi du 12 avril 1900 lui accordait la personnalité civile et donnait une nouvelle extension à ses services.
- C’est grâce aux efforts de M. Léon Bourgeois et de M. Alexandre Millerand, présidents du Conseil d’administration du Conservatoire, que la nouvelle organisation a fait ses preuves pendant les premières années du xx* siècle.
- Depuis 1919, M. Paul Painlevé, qui leur a succédé, avec toute l’autorité de sa science et de ses fonctions, a puissamment contribué aux améliorations qui ont pu être apportées à cette grande institution.
- Personnalité civile. — L’article 32 de la loi de Finances du 13 avril 1900, qui a accordé la personnalité civile au Conservatoire national des Arts et Métiers, a institué en même temps un Conseil d’administration nommé par décret du président de la République.
- Création du Laboratoire d’essais. — Le décret du 31 juillet 1901 avait été précédé par un décret organique du 19 mai 1900 créant le Laboratoire d’essais mécaniques, physiques, chimiques et de machines (1) ainsi que l’Office national des brevets d’invention et des marques de fabrique (2).
- De 1901 à 1906, l’installation des nouveaux services nécessita des dépenses considérables et l’aménagement de très vastes locaux.
- (1) La loi du 9 juillet 1901 organisait définitivement le Laboratoire d’essais et lui adjoignait le service de vérification des alcoomètres et densi-mètres.
- (2) La loi du 24 octobre 1919 a donné à l’Office national des Brevets d’invention et des Marques de fabriquo une autonomie complète en détachant ses services de ceux du Conservatoire. C’est aujourd’hui la Direction de la Propriété industrielle. Le déménagement de l’Office a eu lieu au cours des années 1921 et 1922; les services ont été transférés 26 bis, rue de Pétrograd.
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- Grâce à la convention intervenue le 13 mai 1901 entre le ministre du Commerce, le Conservatoire des Arts et Métiers et la Chambre de Commerce de Paris, une solution ingénieuse avait résolu un difficile problème financier et la loi du 9 juillet 1901 sanctionna cette convention.
- Le l*r juillet 1903, on inaugurait solennellement le Laboratoire d’essais dont Léon Bourgeois avait si vivement réclamé la création à la Chambre des Députés, lors de la discussion du budget de 1901. Lui-même accompagné de quelques membres du Conseil d’administration du Conservatoire, MM. Violle, Marcel Deprez, Adolphe Carnot, il avait, à la demande de M. Millerand, ministre du Commerce, entrepris un grand voyage d’études à l’étranger. II avait visité les laboratoires de Charlottenbourg et admiré, en particulier, le laboratoire de métrologie; il était revenu convaincu de l’importance économique et scientifique des laboratoires d’essais.
- En recevant, le 1" juillet 1903, M. le président de la République, M. Alexandre Millerand, qui présidait à ce moment le Conseil d’administration, se félicitait de la nouvelle création : « La création du Laboratoire d’essais, disait-il, comble une lacune dont la gravité avait, dès longtemps, été signalée. Je laisse à des voix plus autorisées que la mienne le soin de vous faire, tout à l’heure apprécier la valeur scientifique et l’utilité pratique de l’outillage perfectionné que le Laboratoire met au service des commerçants et des industriels, assurés, à partir de ce jour, de pouvoir faire vérifier leurs machines, leurs produits bruts ou manufacturés de toute nature, par des appareils et des méthodes qui défient toute critique.
- « Il n’est pas à craindre que le souci si légitime de la perfection scientifique ne nuise à la marche des services qui, pour remplir les espérances suscitées, veulent avant tout être dirigés industriellement. Les conditions mêmes où le Laboratoire s’est créé, où il fonctionnera, suffiraient à dissiper de telles appréhensions. Nous ne l’oublions pas, en efîet, et je saisis avec empressement cette occasion solennelle pour affirmer û nouveau la dette de gratitude qu’a contractée le Conservatoire envers la Chambre de Commerce de Paris : sans son généreux et éclairé concours, ces créations ne seraient pas sorties de terre. Cette rénovation du Conservatoire, son adaptation nécessaire aux besoins de la production contemporaine, n’est pas pour inquiéter les Maîtres illustres, témoins et défenseurs parmi nous de nos traditions. En venant occuper dans le Conservatoire réorganisé la large place à laquelle elle a droit, l’industrie n’usurpe ni ne réduit celle que doit y garder la Science. >
- Les nouveaux bâtiments du Laboratoire d’essais avaient été
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- élevés dans les jardins, seuls espaces libres du Conservatoire et derniers souvenirs des ombrages de Saint-Martin-des-Champs.
- Le premier directeur du Laboratoire d’essais fut M. A. Perot, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille, physicien distingué, connu par ses travaux sur la métrologie (1901-1907).
- M. Cellerier, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, capitaine d’artillerie, lui succéda en 1908.
- En dehors du directeur, plus de 200 personnes, techniciens en grande partie, sont attachées au Laboratoire d’essais à titre permanent, notamment : cinq chefs de service des Essais, un assistant-chef, cinq assistants, six physiciens et chimistes, un chef du service des ateliers, trente chefs ouvriers, aides-physiciens, aides-chimistes, ouvriers et essayeurs, 126 dames chefs d’atelier ou vérificatrices.
- Administration. — Le colonel Laussedat, dont la vie avait été si étroitement liée à l’existence du Conservatoire, avait pris sa retraite de directeur à la fin de 1900. Malgré ses efforts incessants, il n’était pas parvenu à terminer le grand plan de travaux entrepris en 1847.
- M. Chandèze, directeur honoraire au ministère du Commerce, directeur du Conservatoire de 1900 à 1906, eut tout d’abord à se préoccuper de l’installation des nouveaux services du Laboratoire d’essais et de l’office de la Propriété industrielle. En môme temps un programme de travaux avait été mis à l’étude pour la réfection des amphithéâtres et des laboratoires.
- M. Bouquet, directeur honoraire au ministère du Commerce, succédait à M. Chandèze en 1907 et parvenait enfin en 1914 à obtenir des crédits pour procéder à la réalisation du projet de reconstruction des amphithéâtres, longuement préparé. Ce projet prévoyait l’édification d’un vaste bâtiment sur l’emplacement de la cour des amphithéâtres, des anciens amphithéâtres B et C et des laboratoires de chimie. La guerre de 1914 ne permit point la réalisation de ce projet.
- Pendant la direction de M. Henri Gabelle, plusieurs enseignements ont été créés, grâce à l’appui de M. Edmond Labbé, directeur général de l’Enseignement technique : chaires de Physiologie du travail, d’Organisation scientifique du travail, de Prévention des accidents du travail, cours de Navigation aérienne et de Mathématiques préparatoires.
- Le dégagement du Conservatoire commencé depuis de longues années fut activé; la section de chimie du Laboratoire d’essais, trop à l'étroit rue Saint-Martin, fut installée à Colombes. Malheureusement les agrandissements prévus en 1914 exigeaient des crédits trop élevés; les projets ne purent être réalisés.
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- Evolution et développement de l’enseignement. — L’enseignement lui-même faisait également l’objet d’une réforme essentielle. A côté d’auditeurs libres, le Conservatoire des Arts et Métiers allait avoir des élèves réguliers, apprentis ou jeunes ouvriers, élite de la population laborieuse de Paris, désireux de compléter leur instruction générale technique.
- Un esprit nouveau allait transformer la Sorbonne industrielle du xix* siècle en un grand Institut supérieur du travail. Les professeurs, jusqu’alors, avaient une complète liberté pour fixer le programme de leur enseignement. Le Conseil de perfectionnement estima qu’il y avait intérêt à ce qu’un programme détaillé des cours réparti sur un cycle de plusieurs années fût publié. Chaque cours constituait désormais un enseignement complet et les élèves pouvaient obtenir un certificat en demandant une carte d’assiduité délivrée gratuitement et en passant avec succès un examen à la fin de l’année scolaire.
- L’institution des certificats annuels, ainsi que de diplômes d’études délivrés après avis d'un jury de professeurs, à des auditeurs ayant subi avec succès le cycle complet de plusieurs cours, se complétant mutuellement, et sans aucune condition restrictive d’âge, d’études antérieures ou de nationalité, devait transformer en quelques années l’esprit de l’enseignement du Conservatoire et rendre les plus grands services à des jeunes gens (ouvriers ou employés) empêchés de poursuivre leurs études après l’école primaire.
- Cette réforme, dont le succès a été considérable, précédait les efforts faits en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, pour créer un enseignement supérieur des ouvriers. Le Conservatoire restait fidèle à son passé dans le cadre un peu trop limité par l’espace qui entrave son développement.
- Le Conservatoire, en effet, offre à tous les travailleurs le complément d’instruction réellement supérieure, grâce auquel ils peuvent se sentir les égaux de ceux qui ont passé par les grandes écoles, sentiment très noble et qui n’est pas pour l’homme qui travaille de ses muscles, le simple besoin de se détendre dans le travail intellectuel, mais le désir de s’élever.
- « Pour s’assurer qu’il y a dans la classe ouvrière un besoin réel d’instruction supérieure, remarquait Charles Andler, dans un petit livre tout rempli de vues pénétrantes sur l’enseignement supérieur ouvrier (1), il suffit de voir les enseignements technologiques du Conservatoire des Arts et Métiers regorger le soir
- (1) Charles Axdler, l’Humanisme travailliste. Essais de Pédagogie sociale. Paris, 1927, in-12, 144 pages.
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- d’un auditoire sérieux et candide. Aucune fraternité n’est plus certaine que celle de la science et du travail, et cette vieille fraternité affirmée par les Saint-Simonicns, il y a un peu plus d’un siècle, apparait tout particulièrement au Conservatoire. »
- L’Enseignement depuis la guerre. — La longue guerre de 1914-1918, la grande activité économique de la décade suivante ont déterminé une amélioration considérable dans l’enseignement du Conservatoire. Les cours du soir avaient été interrompus pendant la guerre, mais des cours nouveaux furent alors ouverts dans la journée, accompagnés de travaux pratiques réguliers. Ces cours pratiques, dus à l’initiative de M. le professeur Sauvage encouragé par M. Gabelle, ont eu un succès considérable et ont contribué à transformer encore davantage le régime des études du Conservatoire. D’abord limités aux cours de machines et d’électricité industrielle, les travaux pratiques ont été étendus aux cours de métallurgie, de physique, de mécanique, de filature et tissage, de chimie générale, de chimie tinctoriale, de chimie agricole, de chauffage industriel, de chimie céramique, de constructions civiles, d’art appliqué aux métiers. Ils attirent une clientèle toujours plus considérable, mais l’étroitesse des laboratoires ouverts aux élèves ne permet encore l’admission que d’un nombre relativement restreint de candidats.
- L’enthousiasme qu’éveille dans la classe ouvrière l’initiation aussi bien aux méthodes générales des mathématiques, de la physique, des sciences économiques qu’aux applications particulières des sciences amène chaque année de nouvelles catégories d’auditeurs avides de s’instruire.
- Avec l’année scolaire 1919-1920 les cours normaux du soir recommençaient.
- En 1920, le rattachement du Conservatoire national des Arts et Métiers au ministère de l’Instruction publique, aujourd’hui ministère de l’Education nationale, le rapprochait encore plus étroitement des grands établissements universitaires.
- En 1922, le régime des études était de nouveau modifié par une décision du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts créant des diplômes d'ingénieur du Conservatoire national des Arts et Métiers, des diplômes d'enseignements économiques appliqués, et des brevets spéciaux.
- Par une lente évolution le Conservatoire devenait une faculté du travail, mais en formant des esprits à la culture supérieure il ne cessait d’unir les préoccupations de la pratique aux recherches scientifiques en s’adaptant toujours davantage aux besoins nouveaux de l’industrie.
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- Nouvelles chaires. — Après le cours de navigation aérienne, dû à la libéralité de M. Henry Deutsch de la Meurthe, de nouvelles chaires étaient successivement créées ou transformées pour répondre aux préoccupations modernes. La révolution industrielle du xix' siècle n’avait pas tenu compte de la fatigue du travailleur : on allait étudier au Conservatoire le moteur humain, son rendement, sa durée, son usure (chaire d’hygiène et physiologie du travail). L’économie nouvelle recherchait les meilleures conditions du fonctionnement des ateliers et des usines; un professeur d’organisation scientifique du travail était chargé d’exposer cette science nouvelle.
- Un cours de mathématiques préparatoires qui s’adresse à des apprentis instruits et un cours de télégraphie et de téléphone sans fil annexé à la chaire d’électricité industrielle, sont professés pendant les mois d’été et attirent un nombre considérable d’auditeurs et d’élèves.
- Aux conférences du dimanche après-midi instituées, il y a plus de 50 ans, l’affluence est toujours aussi considérable. Souvent, le grand amphithéâtre ne peut contenir une foule enthousiaste venue écouter des savants ou des économistes exposer le résultat de leurs études.
- Le souvenir de certaines conférences est resté vivant au Conservatoire : celle de Af. Gaston Menier, sénateur, président du Conseil de Perfectionnement, sur le Canada, et de M. Albert Lebrun, sénateur de Meurthe-et-Moselle, aujourd’hui Président de la République. sur les richesses de VAlsace et de la Lorraine.
- Le succès de ces conférences, faites dans un esprit de haute vulgarisation a déterminé la création — grâce à l’insistance de M. Edmond Labbé, directeur général de l’Enseignement technique — d’un enseignement temporaire d’actualités scientifiques, industrielles et économiques institué par le décret du 15 juin 1926, et s’adressant aux techniciens d’une culture scientifique étendue qui désirent être informés des progrès les plus récents de la Science et de la Technique.
- Ces leçons confiées aux Maîtres les plus illustres, parmi lesquels nous nous bornerons à citer M“* Curie, MM. Emile Borel, de Broglie, Lange-vin, Jean Perrin, n’ont cessé d’attirer au Conservatoire un auditoire toujours plus nombreux d’étudiants, d’ingénieurs et même d’industriels avides de compléter leur instruction professionnelle.
- Musée. — En 1900, le musée du Conservatoire, agrandi, transformé, avait reçu d’innombrables visiteurs venus à l’Exposition universelle; il s’était enrichi de nombreux modèles, et dès 1903 on décidait la publication d’une nouvelle édition du catalogue du
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- musée. Ce catalogue, paru avant la guerre de 1914. se compose de six volumes comprenant plus de 1.300 pages et 500 illustrations, mais depuis cette époque les conceptions en matière de muséographie ont évolué et le catalogue en six volumes qui semblait si remarquable au moment de sa publication ne correspond plus aux besoins de notre temps; une refonte de cet utile instrument de travail est actuellement à l’étude.
- Depuis 1909, des visites-conférences dans le musée complètent le dimanche matin l’enseignement des cours du soir. Ces conférences permettent de mieux faire connaître aux auditeurs des cours, et au public en général, les modèles les plus remarquables du musée.
- Dès avant la guerre, on procédait en même temps, au musée, à l’équipement électrique d’un très grand nombre de machines et modèles, ce qui permettait de les voir fonctionner comme dans une usine.
- Pendant et depuis la guerre, les collections du musée ont été l’objet de remaniements, d’études méthodiques et d’un premier essai de classification rationnelle opérés sous le contrôle de conseillers techniques choisis pour leur compétence et créés par un arrêté en date du 1" novembre 1918.
- La belle collection de l’Ecole supérieure des Postes, Télégraphes et Téléphones venait enrichir, en 1920, le musée du Conservatoire.
- En 1927, la galerie de photographie et de cinématographie avait été l’objet d’un reclassement complet et méthodique, néanmoins, un travail considérable de regroupement et d’aménagement allait devenir indispensable pour donner au musée toute sa valeur pédagogique et pour présenter, à côté des appareils les plus modernes, les prototypes vénérables, les reliques inestimables de l’histoire des inventions.
- E.-M. Lévy, Bibliothécaire en chef du Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- LA RÉORGANISATION DU CONSERVATOIRE
- Le 21 mai 1931, le Conservatoire des Arts et Métiers rendait un hommage solennel à la mémoire de son illustre fondateur, l’abbé Grégoire, l’un des maîtres de la pensée moderne, à l’occasion de son centenaire. Depuis cette cérémonie, l’esprit ardent du vieux conventionnel semble animer la maison qu’il a tant contribué à créer. En quelques mois l’ancien domaine des Bénédictins de Saint-Martin-des-Champs a été grandement transformé.
- Dès son arrivée, le 16 septembre 1931, le nouveau directeur, M. Louis Nicolle qui, assurément devait sa nomination à ses qualités, maintes fois affirmées, d’organisateur et de chef, se rendait compte que le Conservatoire, haute école d’application des connaissances scientifiques, était loin de répondre, tant par ses bâtiments que par son outillage, aux nécessités d’un grand établissement scientifique moderne.
- Pour aménager et organiser l’enseignement comme il conviendrait, il faudrait pouvoir transférer ailleurs le Laboratoire d’essais et en assurer la réinstallation dans des conditions toutes nouvelles qui entraîneraient une dépense de 30 ou 40 millions.
- Pour procéder, d’autre part, à la modernisation du Conservatoire lui-méme, ainsi qu'à la réfection complète des vieux bâtiments (musée, amphithéâtres, bibliothèque, laboratoire de recherches et de travaux pratiques, etc.), il faudrait, en outre envisager une dépense de 40 millions : on aboutirait ainsi à un total d’environ 80 millions.
- Les difficultés financières actuelles ne permettent malheureusement pas de songer à réaliser intégralement ce programme. Le projet de transfert du Laboratoire d’essais, en dehors du Conservatoire, sur des terrains qu'il faudrait acquérir dans la banlieue la plus voisine, a dû être abandonné.
- La nécessité de réduire le programme conduisit donc à un projet beaucoup plus modeste comprenant uniquement les travaux d’extrême urgence et un outillage restreint.
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- Ancienne Eglise du prieuré de Salnt-Mnrtin-dcs-Chnmps. (Aujourd’hui Salle du Musée du Conservatoire National des Arts et Métiers.)
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- Ainsi réduit, le projet aboutissait à une dépense d’environ 20 millions sur lesquels la loi du 28 décembre 1931 a accordé une première tranche de dix millions.
- Une seconde tranche de dix. millions, acceptée par le ministre des Finances, avait été inscrite dans le deuxième projet d’outillage national qui devait être voté en 1933.
- Il était indispensable, en effet, pour procéder à la réfection des locaux (réfection que pouvaient permettre seulement d’amorcer les crédits accordés dans la loi du 28 décembre 1931), pour assurer la construction de nouveaux laboratoires et l’équipement moderne de l’ensemble des laboratoires existants (1), de prévoir un deuxième crédit de 10 millions.
- Malheureusement, le deuxième projet d'outillage national n’a pas encore été voté et, malgré l’intérêt capital que présenteraient, pour le Conservatoire les travaux qu’il prévoit, il semble bien que, pour le moment, il faille provisoirement y renoncer.
- Il convient néanmoins d’observer que s’il n’a pas été possible de réaliser entièrement le programme qui vient d’être exposé, les
- 10 millions accordés par le Parlement, en 1931, ont tout de même permis, comme nous allons l’indiquer rapidement, d’apporter de très utiles améliorations au régime antérieur (2).
- Si le nouveau directeur du Conservatoire a réussi à obtenir dans la loi du 28 décembre 1931, les 10 millions qui ne figuraient point dans le projet primitif déposé par le gouvernement, c’est,
- 11 faut bien le dire, grâce à l'intervention pressante à la Commission des Finances de M. le Président Painlevé, de M. Ch. Spinasse, rapporteur du Budget de l’Enseignement technique, insistance que j’ai été heureux, comme sous-secrétaire d’Etat de l’époque, d’appuyer personnellement auprès de mon ami Piétri, alors ministre du Budget.
- En se rendant à nos insistances communes, le Parlement, bien que déjà préoccupé par l’approche des difficultés financières, se référait à la pensée de l'Abbé Grégoire quand il déclarait à la
- (1) Pour les 16 cours scientifiques que comporte l’Enseignement du Conservatoire, la dépense â prévoir pour l’outillage des laboratoires correspondants serait d’environ 7 millions.
- (2) C’est le programme actuellement réalisé qui, dans scs grandes lignes,
- sc décompose comme suit :
- 1* Héaménagemcnt des galeries du Musée............................ 800.000 fr.
- 2* Aménagement de réserves dans les combles....................... 300.000 fr.
- 3* Reclassement du Musée ......................................... 200.000 fr.
- 4* Installation et équipement d’ateliers.......................... 200.000 fr.
- 5* Création en sous-sol de trois amphithéAtres.................. 6.500.000 fr.
- 6* Réfection de l’ensemble des bAtimenls et équipement des
- laboratoires et de la bibliothèque <1™ tranche)......... 2.000.000 fr.
- Total............ 10.000.000 fr.
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- Collection de sphères célestes et planétaires h mouvements d'horlogerie. (Musée du Conservatoire National des Arts et Métiers.)
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- Convention en parlant du Conservatoire « Les fonds nécessaires à la mise en activité de cet établissement sont un argent placé à haut intérêt, par l'influence qu'ils ont sur l'industrie nationale. »
- Dès le printemps de 1932, les travaux étaient entrepris et menés très activement, conformément au programme approuvé par le Conseil d’administration. Ils ont été exécutés sous la direction de M. H.-L. Boileau, architecte en chef du Conservatoire.
- Le Conservatoire, qui semblait voué à la paisible méditation scientifique, est devenu un vaste et bruyant chantier de construction. Il n’est pas une seule partie de cette petite cité de deux hectares enserrée entre les rues Saint-Martin, Réaumur, Vau-canson et du Vert-Bois qui n’ait été occupée plus ou moins longtemps par des équipes d’ouvriers appartenant à tous les corps de métiers.
- Il y avait à restaurer les antiques locaux conventuels en conservant leurs dispositions anciennes et à achever le dégagement de l’abside romane de l’Eglise, entreprise depuis plus d’un demi-siècle.
- C’est grâce à l’action personnelle de mon vieil ami Edouard Renard, préfet de la Seine, que ces pierres plus que séculaires sont entourées aujourd’hui de vertes pelouses aménagées et entretenues par la Ville de Paris.
- D’autre part, un élégant pavillon xvui* siècle, à l’angle de la rue Vaucanson, longtemps masqué par une bâtisse en ruines, a repris son aspect primitif.
- A la suite de ces travaux, de nouvelles fenêtres ont pu être ouvertes dans les galeries d'agriculture et de physique, et les éclairent largement.
- Il a fallu songer à remettre en état les bâtiments du Conservatoire, un peu trop négligés depuis plus de 30 ans, agrandir les laboratoires de travaux pratiques à l’usage des élèves, doter la bibliothèque des locaux nécessaires à son incessante extension, construire, pour répondre à la croissante affluence des auditeurs, de nouveaux amphithéâtres munis de tous les perfectionnements de la technique moderne, enfin procéder à la réfection et au reclassement du Musée.
- Musée
- La réfection des peintures du musée, en très mauvais état, noircies par les poussières, dégradées en partie par suite de fuites anciennes ou de salpêtre, s’imposait en premier lieu.
- Aujourd’hui, avec ses murs et ses plafonds clairs et gais, le
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- musée présente un aspect tout nouveau. Les salles transformées sont, pour beaucoup de visiteurs, anciens amis ou familiers de la maison, une véritable révélation.
- Concurrement aux travaux de peinture, la réfection totale de l'éclairage a dû être entreprise, afin de réaliser un éclairage rationnel des vitrines et une autonomie complète au point de vue électrique. L'escalier d’honneur et la salle de l’Echo sont éclairés par des projecteurs judicieusement placés pour mettre en valeur la belle ordonnance de l’œuvre architecturale d'Antoine.
- L’ancienne église, magnifiquement éclairée, ne donne plus l’impression, — avec l’énorme chauve-souris d’Ader planant dans la nef et le pendule de Foucault se mouvant dans l’ombre, — d’un fantastique laboratoire d’alchimie.
- Aux heures sombres de l’hiver, le dimanche après-midi, on voyait se presser au musée une foule immense qui regardait vainement des vitrines, n'y apercevant que des ombres et se retirait découragée : désormais une lumière largement répandue permettra d'étudier nos collections dans tous leurs détails, modifiant de la façon la plus heureuse l’aspect de ces pièces si tristes autrefois. La salle de l’horlogerie, toute remplie de merveilles, a particulièrement profité de ce nouvel éclairage.
- Pour permettre de décongestionner le musée et dans l’impossibilité d’augmenter sensiblement l’étendue des salles d'exposition, il fallait envisager l'aménagement des vastes combles des galeries de physique et de filature, jusqu’alors inutilisés. Ces combles ont été aménagés avec planchers intermédiaires, facilement accessibles et garnis d’armoires et d’étagères. Des châssis ont été ouverts dans les toitures pour permettre l’éclairage pendant le jour. Des postes d’incendie ainsi qu'un éclairage électrique complètent ces installations qui constituent des réserves indispensables pour le musée.
- Pour la réalisation de ces travaux, la charpente du comble de la Filature a dû être renforcée au moyen d’une armature d’acier reportant les charges sur le gros mur.
- Le reclassement des collections du musée du Conservatoire comportait :
- 1° La discrimination des appareils qui devaient être mis dans les réserves ;
- 2° L'aménagement de locaux dans les combles pour y installer les objets d’intérêt secondaire (ou sans intérêt) à retirer des salles d'exposition ;
- 3° La rédaction d’étiquettes définissant d’une manière succincte mais suffisamment descriptive et parfaitement claire,
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- chacun des appareils représentés et leur importance dans l’histoire des inventions ;
- 4" L'impression de ces étiquettes en caractères gras, très lisibles aux distances d’où ils devront être lus par le public.
- 5‘ La rédaction d’un catalogue établi selon les principes scientifiques, et pouvant servir d’introduction à l’histoire des progrès de la science et de la technique, des découvertes et des inventions dont le Conservatoire possède tant de monuments remarquables.
- Ces différentes opérations ont été entreprises et effectuées après avis des professeurs intéressés. MM. Lemoine, Magne, Métrai et Sauvage se sont particulièrement consacrés à ce travail délicat et difficile; la discrimination des objets a été réalisée sous leur direction par des techniciens qualifiés. Ce travail est maintenant presque terminé. On a transporté dans les combles les objets mis en réserve et que l’on peut retrouver avec la plus grande facilité. Ces modifications comportent, en outre, le repérage des objets au moyen de numéros d’ordre et l’établissement d’un catalogue spécial permettant une recherche facile des objets transférés dans les combles.
- Il faut bien l’avouer : le Musée du Conservatoire qui contient, pour ainsi dire, toutes les reliques du passé est moins riche en ce qui concerne les inventions et les perfectionnements les plus modernes. S’il convient de ne pas oublier le nom de généreux donateurs, trop rares assurément, parmi lesquels j’ai plaisir à citer M. Louis Lumière, inventeur du cinéma, et M. de Dion, sénateur, membre du Conseil de Perfectionnement, qui, dans la période héroïque de l’automobile a été un grand animateur de cette industrie naissante, il y aurait le plus grand intérêt à revenir à l’application du décret de 1794 par lequel la Convention prescrivait que : Vorigine des instruments et machines inventés ou perfectionnés serait déposé au Conservatoire des Arts et Métiers.
- Bibliothèque
- L’activité de la bibliothèque du Conservatoire des Arts et Métiers a pris un grand essor depuis 1920. Située au centre de Paris, dans un quartier de grande activité industrielle et commerciale, installée dans l’admirable cadre artistique de l’ancien réfectoire de Saint-Martin-des-Champs, la bibliothèque du Conservatoire, malgré les ressources beaucoup trop modestes dont elle dispose, a pu progressivement augmenter le nombre des heures d’ouverture. En 1933, elle est ouverte 52 heures et demie par semaine, au lieu de 42 heures et demie en 1920. Depuis 1919,
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- Ancien réfectoire de Saint-Martin-des-Champs.
- (Aujourd’hui Bibliothèque du Conservatoire National des Arts et Métiers.)
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- une des préoccupations du Conservatoire des Arts et Métiers est l’organisation, à côté de la bibliothèque, d’un Office de documentation scientifique et industrielle avec le concours des professeurs du Conservatoire. Actuellement un bureau bibliographique a été constitué à la bibliothèque et a entrepris l’indexage des périodiques français et étrangers reçus par la bibliothèque de façon à constituer un répertoire bibliographique sur fiches sous forme de catalogue-dictionnaire. Ce sera un vaste inventaire de toutes les questions techniques et industrielles que compléteront des dossiers documentaires.
- Au mois de mars 1932, la bibliothèque du Conservatoire, dont les hautes voûtes gothiques n’étaient guère visibles que par les beaux soleils d’été, a été véritablement transformée par un éclairage rationnel. Des projecteurs, habilement dissimulés dans des meubles, permettent d’illuminer le magnifique plafond richement f décoré. Pour les tables de travail, où tous les soirs plus de cent
- lecteurs viennent prendre place, on a prévu un éclairage indirect, en harmonie avec la salle. Les appareils sont disposés de façon à éclairer à la fois les lecteurs et les rayons chargés de livres placés dans des vitrines le long des murs.
- Une remise en état partielle des magasins va permettre de constituer une petite réserve de livres rares et précieux concernant l’histoire de la science et de la technique, collection qui est une des richesses du Conservatoire. S’il est vrai, et c’est bien mon sentiment, qu’une bibliothèque, instrument de travail et non pas cimetière d’imprimerie, vaut non seulement par ses livres, mais par l’activité, le soin jaloux, la curiosité scientifique de son bibliothécaire, ce n’est que justice de rendre hommage à M. Lévy, bibliothécaire en chef.
- Amphithéâtre C. — Le grand amphithéâtre du Conservatoire, construit sous la Monarchie de Juillet, est encore une belle et vaste salle, mais il était indispensable de le remettre en état.
- On y a installé un éclairage moderne et procédé à la réfection des aménagements nécessaires aux expériences.
- Les auditeurs qui s’entassent aux cours d’électricité industrielle, de machines, de mathématiques, de mécanique, de métallurgie et de physique y trouvent maintenant de meilleures conditions d’hygiène et de confort.
- Chauffage au mazout. — L’ancien chauffage par le charbon a été remplacé par une installation de brûleurs à mazout qui permet actuellement de chauffer tous les bâtiments et qui, toutes proportions gardées, réalise une intéressante économie de combustible et de personnel.
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- Laboratoire d’essa
- Le Laboratoire d’essais mécaniques, physiques, chimiques et de machines, créé en 1901 a sa place dans l’histoire du développement du Conservatoire. Pendant la guerre, il a, d’ailleurs, joué un rôle qu’il importe de rappeler. Mis à la disposition du département de la Guerre en septembre 1915, son activité, sous la direction de M. Pierre Dupuij, député, chargé de mission par te ministre de la Guerre et le ministre du Commerce, a été multiple : il a entrepris de nombreuses recherches intéressant la défense nationale ainsi que des essais industriels nouveaux (1).
- Son activité, depuis, n’a pas diminué. Malgré les difficultés financières actuelles, il convient d’en accroître le rendement dans toute la mesure possible.
- Une Commission d’études, présidée par M. Gaston Menier. sénateur, président du Conseil de perfectionnement du Conservatoire national des Arts et Métiers, a mis au point un programme qui va être appliqué incessamment, en vue d’assurer la rationalisation des méthodes de travail dans les différentes sections du laboratoire d’essais : physique, chimie, métaux, matériaux et machines.
- La Commission, en outre, préoccupée d’assurer l’écoulement rapide d’un stock de 1.250.000 thermomètres médicaux (2) en souffrance, a préconisé le recrutement d’auxiliaires temporaires pour mettre fin à ce retard qui provoquait des réclamations des industriels intéressés.
- Le Parlement a, dans la dernière loi de Finances, accordé les vérificatrices supplémentaires qui doivent être licenciées dès liquidation du stock en souffrance (3).
- Ce recrutement temporaire se traduira, d’ailleurs, par un bénéfice certain pour le Trésor : une vérificatrice coûtant environ 800 francs par mois, vérifie en moyenne 1.000 thermomètres mensuellement (ce qui correspond à une recette de 2 fr. 40
- (1) M. F. Cellerler, directeur du Laboratoire d’essais, mobilisé pendant la guerre comme lieutenant-colonel, a public un travail très documenté résumant les travaux poursuivis pendant la guerre (Paris, Chapclot, 1919, in-8, 220 p.).
- <2) Le contrôle des thermomètres médicaux a été institué par la loi du H août 1918 qui en a rendu obligatoire la vérification. Le décret du 3 mars 1919 a décidé que celte vérification serait effectuée par les soins du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- (3> Grâce aux cfTorts qui ont été faits, sous l'impulsion de M. Labbé, directeur général de l’Enseignement technique, en vue de favoriser en France la fabrication des thermomètres médicaux, qui étaient presque exclusivement de provenance étrangère, la production de ces instruments est maintenant devenue une industrie nationale.
- L’institution du contrôle du Conservatoire national des Arts et Métiers, dont l’estampille constitue une garantie exigée non seulement en France, mais
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- bénéfice
- X 1.000, soit 2.400 francs) et assure, par suite, un mensuel de 1.500 francs net par opératrice.
- Faute de place dans les bâtiments du Conservatoire, le nouveau service a dû, provisoirement, être installé rue Gay-Lussac, dans l’ancien immeuble du Musée Pédagogique, affecté récemment au Conservatoire par décision de M. A. de Monzie, ministre de l’Education nationale.
- Les nouvelles salles de vérification, spacieuses, claires, nettes, offrent toutes garanties au point de vue de l’hygiène et de la sécurité.
- Pour les opérations de gravure des estampilles, où il est fait usage de fluorure, un réseau complet de ventilation, avec hottes d’aspiration individuelle, a été prévu.
- D’autre part, l’utilisation d’un matériel de vérification moderne, fruit d’une expérience pratiquée depuis 15 ans dans les services du laboratoire d’essais, a permis l’élaboration du travail à la chaîne (préconisé par M. Danty-Lafrance, professeur du cours d’Organisation scientifique du travail) avec toutes les garanties de précision utiles.
- Dans un autre ordre d’idées signalons qu’une Commission, présidée par M. Fleurent, professeur de Chimie industrielle au Conservatoire, président de l’Union des professeurs du Conservatoire, a procédé, conformément aux propositions de M. Cellerier, directeur du Laboratoire d’essais, à l’étude des taxes d'essais et en a proposé la révision et la codification. L’ensemble de ce travail formera un volume rationnellement classé, qui constituera un catalogue complet de l’activité des différentes sections du laboratoire d’essais.
- Laboratoires des professeurs
- La réfection et la modernisation des laboratoires rattachés aux chaires magistrales, dont beaucoup ont été le berceau d’impor-
- encore dans de nombreux autres pays, n’y a pas été étrangère. Comme l’a rappelé au Séuat le 5 mai 1933 le rapporteur du budget de l’Enseignement technique, M. Cuminal, vice-président du Sénat, > le Conservatoire qui veille avec grnnd soin sur les intérêts industriels les a puissamment servis. Cette indus-« trie des thermomètres médicaux, qui, jusqu’à ces dernières années, était « monopolisée par l’Allemagne, est aujourd’hui tout entière, même au delà « de nos besoins, une industrie française. *
- Mais si les constructeurs développaient rapidement leur production. le personnel du Service de vérification légale du Conservatoire ne croissait pas dans la même proportion: d’où un retard qui atteignait dernièrement, comme nous venons de l’indiquer, le chiffre de 1.230.000 thermomètres.
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- Nouveaux amphithéâtres sous la Cour d’Honneur. Plan d’ensemble.
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- tantes découvertes scientifiques et techniques, s’imposait impérieusement.
- Le laboratoire de Chimie agricole et biologique, illustré par Boussingault et Schlœsing, exigeait de très sérieuses remises en état qui ont absorbé plus de 50.000 francs. Successivement, fut entreprise la réfection des laboratoires de Machines, de Céramique et Verrerie, de Chauffage industriel, de Métallurgie, de Chimie tinctoriale; le laboratoire annexé à la chaire d’Art appliqué aux métiers a été complété par une installation de fours spéciaux permettant des recherches sur les procédés modernes de décoration, tandis que le laboratoire de Chimie générale s’agrandissait d’une installation de spectrographie.
- Dans le même temps, le cours de Métrologie industrielle, créé par la Chambre de Commerce de Paris, sur la proposition de son président, M. Henri Garnier, était pourvu d’une salle de travaux pratiques.
- De sérieuses améliorations ont été apportées aux laboratoires de Physique générale et d’Electricité industrielle. La chaire de Mécanique, qui ne possédait aucun outillage particulier, va être dotée de locaux affectés précédemment au calorifère Michel-Perret qui lui permettront de recevoir tout un ensemble de machines que M. le professeur Métrai a pu obtenir de l’industrie privée.
- Les laboratoires de Ph}fsiologie appliquée au travail vont être transférés, en partie, dans l’ancien Musée Pédagogique, 41, rue Gay-Lussac, dont les locaux ont été affectés au Conservatoire par le ministre de l’Education nationale sur la proposition de M. H. Luc, directeur général, et de M. L. Ragev, directeur adjoint de l’Enseignement technique pour constituer un centre d’études avec l’Institut national d’Orientation professionnelle, dirigé par MM. Fontègne, Laugier et Piéron.
- Il a été procédé, d’autre part, à la révision des services généraux de distribution du Conservatoire. L’équipement de laboratoire pose d’importants problèmes techniques en ce qui concerne l’alimentation en eau, gaz, air comprimé, électricité, téléphone, etc. De nouveaux branchements d’eau et de gaz, la réorganisation totale du réseau téléphonique ont permis de mieux répondre aux besoins de ces laboratoires.
- En ce qui concerne Y électricité, le problème se révélait singulièrement compliqué du fait que les laboratoires nécessitent plusieurs sortes de courant (continu, 110-220-330-440 volts, alternatifs mono ou diphasé) et que, d’autre part, dans un but
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- :
- Nouveaux amphithéâtres sous la Cour «l'Honneur. Coupe longitudinale de l’amphithéâtre Paul Painlevé.
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- d’économie, il y a un intérêt évident à séparer les circuits force et éclairage. Avec tous les aménagements nouveaux, le Conservatoire disposera d’une puissance installée totale de plus de 1.000 kilowatts.
- Dans ces conditions, les questions de protection contre Vincen-die prenaient une importance primordiale, et c’est pour répondre à cette préoccupation que, sous la présidence de M. Gaston Menier, sénateur, président du Conseil de Perfectionnement, une Commission (à laquelle des techniciens éminents comme MM. Janet, Rey, Brylinski, voulurent bien apporter leur précieux concours) a étudié les dispositifs susceptibles d’éviter autant que possible les sinistres. Cette Commission a conclu notamment à la nécessité de protéger les circuits d’éclairage du Musée (en raison des richesses inestimables qu’il contient), par un groupe de transformateurs d’isolement. Cette installation est actuellement en cours d’équipement.
- Le problème de la lutte contre l’incendie étant ainsi posé, il restait à le résoudre complètement. En dehors des postes réglementaires à lance, desservis par un réseau spécial de conduites d'eau et dont la modernisation est maintenant terminée, un programme d’extincteurs de maniement facile et d’avertisseurs automatiques a été étudié et va être réalisé dans la limite des crédits disponibles.
- Nouveaux amphithéâtres sous la cour d’honneur. — Comme nous l’avons signalé, aucun programme de grands travaux n’avait pu être réalisé en fait depuis 1847. C’est grâce à la loi du 28 décembre 1931 sur l’outillage national qu’il a été possible de procéder à quelques-unes des améliorations les plus urgentes. L’utilisation du sous-sol de la cour d’honneur du Conservatoire constitue la partie la plus originale du programme d’agrandissement.
- Les cours ayant lieu le soir, il n’y avait aucun inconvénient à procéder à l’installation souterraine d’amphithéâtres éclairés artificiellement. Par contre, des problèmes techniques délicats et nombreux se posaient concernant le gigantesque terrassement descendant jusqu’à 18 mètres, l’évacuation des eaux du sous-sol, la stabilité des ouvrages en béton armé. Les questions d’éclairage, d’aération, d’acoustique, d’aménagement intérieur ont été étudiées avec le plus grand soin et les nouveaux amphithéâtres et leurs annexes actuellement terminés peuvent être considérés comme des modèles (1).
- (1) Voir l’arlicic sur les nouvelles constructions du Conservatoire, p. 115-
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- Commission des marchés. — L’importance des marchés à passer pour les travaux entrepris, dont certains engagaient des dépenses supérieures à un million, exigeait des études et le recours aux avis de compétences qu’il eut été imprudent de ne pas consulter. Dans ces conditions, une Commission, présidée par M. Louis Courtray, conseiller d’Etat, chef de l’Inspection générale des finances et composée de juristes, de techniciens, de professeurs du Conservatoire, de membres des Conseils, de M. Michel, contrôleur des dépenses engagées, de M. Pinardon, chef du Contrôle central des Beaux-Arts, a été constituée et a formulé sur tous les marchés passés au titre de la loi du 28 décembre 1931 des avis précieux.
- Création de nouvelles chaires. — En 1932 deux chaires et un cours nouveaux ont été créés au Conservatoire.
- 1* La Chaire d’Histoire du travail comblait une lacune regrettable de l’Enseignement (1). Il est d’ailleurs impossible de bien comprendre les faits sociaux sans connaître leur genèse, sans savoir ce qu'a été la grande propriété en Egypte, en Chaldée, le capitalisme du monde antique et comment sont nés le commerce florentin ou britannique, la grande industrie anglaise au xvnr siècle : l’histoire du travail est le complément de l’exposé des faits et des doctrines économiques.
- 2® La Chaire â’Assurances sociales CJurisprudence et Contentieux), dont les frais n’incombent pas au budget de l’Etat, il convient de le souligner, a été créée par la Fédération nationale des Caisses d’assurances sociales.
- 3® Le Cours de Métrologie générale et industrielle a été créé en octobre 1932, avec une subvention de la Chambre de Commerce de Paris, décidée grâce à M. Henri Garnier, son président. Ce cours est destiné à faciliter aux ingénieurs et aux praticiens l’étude de la mécanique de grande précision et à favoriser le développement dans notre pays de l’industrie des instruments de mesure, jusqu’ici très concurrencée par les maisons étrangères.
- Le Conservatoire des Arts et Métiers, auquel la loi a confié le dépôt des étalons nationaux, était tout naturellement désigné pour instituer en France le premier enseignement public de la Métrologie.
- (1) Cette chaire créée au Conservatoire en 1900, avait eu M. Georges Renard comme premier titulaire: elle avait été transférée au Collège de France en 1907.
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- Dépôt
- ÉTALONS NATIONAUX
- La loi du 2 avril 1919 avait prescrit l’installation au Conservatoire des Arts et Métiers du dépôt des étalons nationaux du système métrique. Cette disposition a été enfin appliquée avec un retard de 14 ans. Le dépôt des étalons est édifié dans la cour des amphithéâtres. (Voir Etude technique, p. 123.)
- Partout dans le Conservatoire un grand effort de réorganisation a été entrepris. Cette vieille maison qui, dans la pensée de ses fondateurs, devait symboliser l’union de la science et du progrès industriel, se transforme et se rajeunit.
- Au printemps de 1933, l’enseignement de navigation aérienne vient d’être heureusement complété par le rattachement au Conservatoire de Ylnstitut aérotechnique de Saint-Cyr. (Voir Etude technique, p. 73.)
- Le Conservatoire a ainsi enrichi son domaine d’un laboratoire d’aérodynamique orienté vers les recherches scientifiques. Les ombres de Joseph de Montgolfier, de Conté et de Charles, précurseurs de l’aérostation, et nos anciens du Conservatoire, ont dû, dans leur tombe, en tressaillir d’aise.
- Ce qu’il faut réaliser
- D’autres créations sont actuellement envisagées :
- I. — Centre de production de films cinématographiques d’enseignement scientifique. — A quelques exceptions près, il n’existe pas en France de bons films d’enseignement scientifique et technique conçus dans un esprit véritablement didactique et présentant le caractère de rigueur scientifique indispensable à tout instrument de démonstration.
- Cette pénurie tient à deux causes principales :
- 1° Les frais d’établissement d’un film de ce type sont élevés alors que ses débouchés commerciaux sont réduits. Les sociétés de cinématographie ne sont donc pas tentées d’exploiter un genre commercialement peu productif.
- 2° L’auteur du film d’enseignement doit, de toute évidence, être un pédagogue averti, mais il doit aussi être tout à fait
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- Centre de prises de
- pour films cinématographiques.
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- familiarisé avec la technique cinématographique. Celle-ci permet, en effet, la mise en œuvre de moyens d’expression puissants généralement mal connus des savants, seuls capables, d’autre part, d’établir un scénario sur une question scientifique ou technique. La production d’un bon film de ce genre nécessite donc une initiation préalable aux méthodes cinématographiques qu’un professeur peut difficilement acquérir dans les ateliers d’une société privée.
- La Chambre syndicale du Cinématographe a bien créé une Ecole où se forment d’habiles ouvriers, mais il n’existe pas encore en France de préparation pour les techniciens supérieurs de la cinématographie, dans les grandes écoles techniques.
- Or, le Conservatoire national des Arts et Métiers, qui groupe les enseignements les plus variés dans le domaine des Sciences appliquées, semble tout désigné pour entreprendre la création d’un centre de production de films d’enseignement.
- Le statut organique du 19 Vendémiaire an III, qui a consacré la création du Conservatoire, spécifiait que des explications seraient données à ceux qui viennent s’y instruire dans les Arts et Métiers.
- Le Cinéma offre de nos jours un merveilleux exemple d’enseignement par les yeux, que n’auraient pas manqué d'employer les fondateurs du Conservatoire dont la pensée maîtresse était de «faire voir plutôt que de parler».
- Le centre aurait pour but de remédier aux deux causes de pénurie indiquées ci-dessus. Il aurait ainsi une double mission :
- 1° Créer des films destinés à l’enseignement technique à tous les degrés, d’après un programme établi après une enquête effectuée auprès des établissements d’enseignement;
- 2° Initier à la technique du cinématographe les professeurs et les techniciens qualifiés pour établir les scénarios de films sur les différentes questions intéressant l’enseignement.
- En outre, le centre pourrait donner des conseils aux industriels désireux d’établir des films pour l’instruction de leur personnel II serait chargé, enfin, de constituer une cinémathèque fixant l’état et l’évolution des industries, qui formerait plus tard de précieuses archives des arts et métiers, où s’approvisionneront les professeurs du Conservatoire pour illustrer leurs cours et qui alimentera aussi les autres établissements d’enseignement technique.
- Ce sera le « Musée des machines en mouvement » dans un établissement scientifique, dont le principal rôle est précisément l’étude des mouvements.
- L’installation du centre de production de films est actuelle-
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- ment décidée, à la suite des travaux d’une Commission technique présidée par M. Louis Lumière, membre de l’Institut, le savant inventeur du cinématographe et de la photographie en couleurs par les plaques autochromes. (Voir p. 115, les détails techniques concernant l’organisation du Centre.)
- II. — Création de cours d'économie sociale et de culture générale. — Pour permettre aux auditeurs du Conservatoire des Arts et Métiers d’avoir quelque ouverture sur le haut enseignement supérieur, auquel leur carrière ou leur formation leur interdit de participer directement, la création d’un enseignement nouveau d’économie sociale et de culture générale est envisagée.
- Beaucoup d’étudiants qui voudraient, en effet, s’instruire des problèmes de l’économie moderne, tout en préparant ou suivant une carrière, sont effrayés de la lenteur des études et des dépenses qu’elles entraînent : ils n’ont pas les moyens de suivre les cours des Facultés. Il y aurait donc le plus grand intérêt à créer au Conservatoire des cours nouveaux, ouverts à tous, en dehors de la journée de travail, qui compléteraient l’enseignement actuel et qui permettraient à ceux qui sont destinés aux carrières administratives, publiques ou privées, à l’enseignement ou aux affaires, d’avoir des notions suffisantes pour la compréhension des phénomènes économiques et sociaux de notre temps.
- Un diplôme spécial, obtenu à la suite de plusieurs examens, consacrerait l’enseignement reçu et faciliterait l’accès aux fonctions publiques.
- Un projet est actuellement étudié en plein accord avec M. S. Charléty, Recteur de l’Université de Paris, pour assurer cet enseignement non seulement par les professeurs du Conservatoire, mais aussi par des maîtres éminents de l’Université de Paris et du Collège de France, tous disposés à contribuer à cette œuvre de haute éducation nationale.
- La délivrance du titre d’ingénieur
- L’auteur de cet exposé a eu la bonne fortune de pouvoir mettre un terme aux travaux poursuivis depuis plusieurs années sur la protection du titre d’ingénieur et de faire déposer par le gouvernement dont il faisait partie, le 16 juin 1931, un projet de loi relatif aux conditions de délivrance et à l’usage du titre d’ingénieur diplômé.
- Les ingénieurs français, préparés à leurs fonctions par de
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- solides études, fiers de la légitime réputation qu’ils ont su acquérir aussi bien à l’étranger que dans leur propre pays, ont vu (disait le projet de loi) le titre dont ils s’honorent, risquer de perdre une partie de sa valeur par suite de l’abus qu’en ont fait des personnes non qualifiées, par suite aussi de la multiplicité d’établissements ou d’organisations de toute nature qui prétendent mettre à la disposition de tous le moyen de se prévaloir d’un diplôme acquis au prix d’un minimum d’efforts.
- Le titre d’ingénieur, dont le prestige était considérable dans tous les milieux, s’est pour ainsi dire « dévalorisé ».
- Le titre d’ingénieur doit résulter d’un diplôme attestant des études techniques sérieuses et des épreuves subies devant un jury compétent, impartial et indépendant.
- Pour les écoles qui ne sont pas autorisées à délivrer elles-mêmes leurs diplômes, le Conservatoire national des Arts et Métiers sera chargé du contrôle et de l'organisation des examens destinés à permettre la collation par l'Etat du diplôme d’ingénieur.
- Le Conservatoire national des Arts et Métiers « où chaque branche de notre industrie est dotée de chaires d’enseignement technique spécialisées», déclare M. Merlant, député, rapporteur du projet de loi, semblait tout désigné peur organiser les examens ouverts aux élèves de l’Enseignement par correspondance et aux autodidactes, aux techniciens fils de leurs œuvres, qui chercheraient à s’élever au niveau de la fonction d’ingénieur, et l’article 9 du projet de loi a décidé, à juste titre, que le Conservatoire des Arts et Métiers, véritable «Sorbonne technique», deviendrait, dans ces conditions, le centre de ces examens.
- Pour assurer cette nouvelle et importante tâche, qui étendra encore son rôle et ses attributions, le Conservatoire aura à se préoccuper de l’organisation des examens ainsi que des jurys d'examens et des concours. A cet effet, il faudra prévoir évidemment un personnel suffisant et des frais de matériel, notamment pour les épreuves pratiques. Donc un surcroît de travail qu’il ne sera pas facile d’assurer avec le personnel déjà insuffisant dont dispose notre grand établissement scientifique.
- II serait injuste de ne pas rendre l’hommage qui lui est dû au Conseil d’administration chargé de la gestion des grands intérêts du Conservatoire et qui est présidé par M. le président Painlevé, assisté de M. Gaston Menier, président du Conseil de perfectionnement, de M. Cuminal, vice-président du Sénat, de M. Emile Borel, député, ancien ministre, de M. Emile Picard, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, de hautes
- (1) Voir composition du Conseil d’administration, page 135.
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- personnalités du monde scientifique, administratif, industriel et commercial, parmi lesquels je suis heureux de citer M. Cour-tray. chef du service de l’Inspection générale des Finances, M. Dautry, directeur général des chemins de fer de l’Etat, M. Fighiera, directeur des Affaires commerciales et industrielles au ministère du Commerce, que j’ai désignés pour faire partie du Conseil d’administration quand j’étais rue de Grenelle. J’associe
- Marmite de Papin.
- à cet hommage les savants professeurs du Conservatoire qui continuent dignement l’œuvre de leurs illustres devanciers.
- Je n’aurai garde d’oublier le Directeur du Conservatoire, \I. Louis Nicolle, qui, avec une volonté ingénieuse, que n’arrêtent point les difficultés, a su dans un très court délai, réaliser d’heureuses et nécessaires transformations réclamées depuis tant d’années.
- Je dois dire qu’il a été puissamment aidé dans cette œuvre de réorganisation non seulement par le Conseil d’administration mais aussi par le Conseil de perfectionnement (2) qui comprend
- <2) Voir composition du Conseil de perfectionnement, page 13$.
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- également d’érainentes personnalités du monde scientifique et industriel auxquelles j’ai été heureux d’adjoindre entre autres. M. Charléty, recteur de l’Académie de Paris, et M. Cavalier, directeur de l’Enseignement supérieur.
- Expositions Temporaires
- Le Conservatoire ne serait pas fidèle à son rôle national s’il ne s’efforçait d’exposer aux techniciens et au grand public les trésors qu’il possède dans son Musée. Pour répondre à cette mission il se propose d'organiser périodiquement des expositions temporaires intéressant spécialement une technique ou une industrie, comme l’ont déjà fait dans leurs domaines respectifs avec un vif succès les Musées Nationaux et la Bibliothèque Nationale.
- Une Commission d’études que j’ai l’honneur de présider prépare précisément une exposition des arts et industries textiles qui présentera, en octobre prochain, à côté de précieux modèles historiques du Musée quelques-unes des machines les plus modernes prêtées par les industriels ainsi que des éléments caractéristiques qui retraceront l’évolution artistique et technique du tissu français.
- La section de tissage présentera notamment une collection des métiers utilisés depuis les temps primitifs et l’on y retrouvera à côté des machines les plus modernes le métier original du grand mécanicien Vaucanson et celui de Jacquard qui a transformé l’industrie textile du monde entier. Dans cette même section, des emplacements ont été réservés pour permettre aux grands manufacturiers la présentation des pièces les plus belles et les plus intéressantes de leur fabrication.
- Le Conservatoire montrera, d’autre part, les métiers en action et une série de conférences complétera l’enseignement de l’exposition, à laquelle une suite d’une vingtaine de tapisseries anciennes, choisies par l’administration du Mobilier National dans ses réserves, fera un cadre somptueux.
- Avec la collaboration de MM. Guillaume Janneau, administrateur du Mobilier national, Dantzer, professeur de Filature et Tissage, Wahl, professeur de Chimie appliquée aux industries des matières colorantes, blanchiment, teinture, impression et apprêts, nous sommes assurés d’une présentation technique et artistique à l’abri de toute critique.
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- Ainsi le Conservatoire, s’adaptant à tous les besoins, demeure la grande Ecole de perfectionnement industriel et social, fille de Y Encyclopédie, et nous voyons se réaliser progressivement le programme élaboré par l’abbé Grégoire à la fin du xviii* siècle.
- Comme l’a dit récemment, avec sa grande autorité, M. A. de Monzie, ministre de l’Education nationale :
- « L’abbé Grégoire a marqué le Conservatoire des Arts et « Métiers de son empreinte, cette forte empreinte démocratique, « qu’il a heureusement conservée.
- « Il est resté l’asile de l’enseignement populaire sous sa forme « la plus haute et la plus libre. Je voudrais qu’il fût un des « foyers de l’esprit nouveau, tel qu’il convient à une époque où « culture, technique, organisation sociale répondent à des besoins « également impérieux et indissolubles.
- « Cet esprit, qui est celui de l’avenir, fut aussi celui de la Con-« vention. Et le Conservatoire est fidèle à son passé en travaillant < à la grande réforme dont l’éducation nationale a la charge et « la mission. *
- Charles Pomaret.
- Député, ancien sous-secrétaire d'Etat de VEnseignement technique.
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- L'ENSEIGNEMENT
- Depuis un siècle, le nombre des chaires et cours du Conservatoire a décuplé. C’est, aujourd’hui, une véritable université de l’Industrie et du Travail, une Sorbonne de l’enseignement technique, constituant avec ses deux groupes de cours, les uns scientifiques et techniques, les autres économiques, deux véritables facultés : une faculté des sciences appliquées et une faculté des sciences économiques et sociales.
- MM. les professeurs Bricard, Lemoine, Simiand et Magne ont bien voulu définir en quelques lignes l’esprit de cet enseignement, enseignement avant tout dirigé vers les applications et l’expérimentation ainsi que l’on pourra s’en rendre compte par le résumé des programmes reproduit plus loin.
- GO
- Le Cours de Mathématiques
- La chaire de Géométrie appliquée aux arts fut créée par décret du 25 novembre 1819, en même temps que celles de Chimie et d’Economie industrielle. C’est donc l’une des trois plus anciennes du Conservatoire.
- Jusqu’à une époque récente, le cours portait sur la Stéréotomie, la Cinématique, la Topographie et l’Astronomie. La Cinématique fut incorporée au cours de Mécanique, comme il était naturel. La Stéréotomie est bien démodée de nos jours. Quant à la Topo-
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- graphie et à l’Astronomie, quels que soient l’intérêt pratique de la première science et la sublimité de la seconde, il apparut qu’elles devaient céder la place à une doctrine dont le besoin est beaucoup plus universellement senti : il s’agit tout simplement de ce qu’on appelle aujourd’hui les Mathématiques générales. c'est-à-dire des éléments du calcul différentiel et du calcul intégral. Il y a quarante ou cinquante ans, ces noms avaient encore un son redoutable et l’étude du calcul intégral en particulier, semblait réservée aux hommes bizarres, dont les jours s’écoulent dans un rêve de nombres et de symboles. Mais il a bien fallu reconnaître que la vie quotidienne, telle que la civilisation l’a faite, repose sur les mathématiques; que, sans les Descartes, les Newton, sans les formules que leurs découvertes ont permis d’établir, les centrales électriques ne nous distribueraient pas la lumière, que les tramways ne marcheraient pas, que les turbines des paquebots n’auraient qu’un rendement fort médiocre. Tout le monde possède aujourd’hui un récepteur de T.S.F. et s’en amuse; mais une fois calmée l’ivresse de capter Budapest et Motala, les esprits curieux désirent comprendre ce qui se passe. Or, les ouvrages de vulgarisation ne peuvent leur offrir que des explications sommaires, toute théorie précise devant invoquer les propriétés de certaines équations différentielles du second ordre. Qu’il s’agisse d’étudier sérieusement l’électricité, la mécanique, la construction, la nécessité d’une formation mathématique est impérieuse. Personne ne le conteste, d’ailleurs, et il serait oiseux de défendre longuement une cause qui ne trouve pas d’adversaires.
- C’est pour cela que la chaire de Géométrie appliquée aux arts a été transformée en 1922 et est devenue la chaire de Mathématiques en vue des applications. L’adoption du nouveau programme a permis de réduire de trois à deux années le cycle du cours, et c’est là un avantage important pour la plupart des auditeurs qui étudient les mathématiques dans le dessein de les appliquer le plus tôt possible.
- Le programme du cours de mathématiques se rapproche nécessairement de celui des cours de mathématiques générales des Facultés des Sciences, mais il est développé dans un autre esprit, presque tous les auditeurs poursuivant un but d’ordre pratique. On doit aussi considérer qu’en général ils abordent le cours munis seulement de connaissances élémentaires, si bien que beaucoup de spéculations difficiles auxquelles a conduit le souci moderne de la rigueur parfaite ne seraient pas ici à leur place. Comment faire saisir à des débutants la nécessité de démontrer qu’une fonction continue atteint son maximum et son minimum pour des valeurs
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- précises de la variable; qu’elle est uniformément continue dans tout intervalle fini où l’on étudie sa variation, etc.? Le sens même de ces énoncés, auxquels n’avaient jamais songé des hommes tels que Euler et Lagrange n’est accessible qu’à des esprits déjà mûrs. Il faut donc faire à l’intuition le plus large appel; admettre, par exemple, qu’une courbe a partout une tangente, sauf peut-être en des points isolés; que si elle est fermée, elle enclôt une aire que mesure un nombre bien déterminé. Sans doute ces propositions tenues si longtemps pour évidentes ne sont telles que parce que notre intuition géométrique est bornée, et une étude rigoureuse de l’analyse, fondée sur la considération du nombre pur, fait connaître des cas où elles sont en défaut. Il faut le dire parce que la probité scientifique interdit de mettre la lumière sous le boisseau, même quand elle blesse les yeux, mais ajouter aussitôt que les mathématiques appliquées au monde qui tombe sous nos sens doivent s’accommoder des postulats que nous impose l’observation, entre autres, qu’une courbe a partout ou presque partout une tangente et qu’elle enferme une aire. L’acceptation de ces postulats, rejetés par l’analyse « arithmétisée », ne nuit en rien à la correction du raisonnement, car cette correction dépend non de la valeur des hypothèses mais de la manière dont on a tiré des conséquences.
- Cet allègement permet d’exposer, en quatre-vingts leçons, les méthodes essentielles de l’analyse. Les auditeurs qui s’en sont pénétrés peuvent aborder l’étude de la Mécanique et de la Physique, même dans leurs parties élevées, sans la crainte d’être arrêtés par des difficultés d’ordre mathématique.
- Raoul Bricard,
- Professeur de Mathématiques en nue des applications.
- L’enseignement de la Physique
- Comment définir l’esprit de l’enseignement du Conservatoire national des Arts et Métiers ?
- Il a pour but d’accroître la culture des élèves pour les préparer à l’action dans toutes les techniques.
- Une des grandes difficultés, quand il s’agit d’un auditoire qui ambitionne de tout comprendre et de tout apprendre réside principalement dans l’immensité de la science.
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- Le professeur doit savoir choisir et se résigner à des sacrifices. Il ne peut pas abandonner la vieille physique, celle d’Archimède, de Pascal, de Newton, de Descartes, de Fresnel..., parce que les principes sont toujours vrais, mais il lui faudra marquer les acquisitions nouvelles, parce que le travail du savant, à l’époque dans laquelle nous vivons, est presque toujours utilisé immédiatement par les techniciens.
- Notre public désire être renseigné sur cette physique vivante qui s’édifie chaque jour dans les laboratoires; il veut connaître la pensée des savants, leurs expériences actuelles, leur conception de l’intimité des phénomènes. Il nous demande beaucoup et nous devons lui en être reconnaissant, puisqu’il prouve ainsi qu’il aime la physique et qu’il en a besoin. Si nous remplissons notre rôle, notre enseignement doit suivre l’histoire du développement scientifique.
- Je voudrais fixer les points saillants de cette histoire.
- Dans le demi-siècle que les physiciens viennent de vivre, les vingt premières années ont été d’un trop grand calme; progrès continus, mais lents, marqués cependant par la création de l’industrie électrique qui va être l’animatrice principale des temps nouveaux.
- Le champ électrique de Coulomb, le champ magnétique d’Ampère, familiers à tous, nous préparent à comprendre cette physique nouvelle qui va surgir avant la fin du xix* siècle.
- Cette fin de siècle peut se placer sous l’égide de Hertz, Branly, Rœntgen, Becquerel, Curie. L’électricité n’apparaît plus seulement comme un grand réservoir distributeur d’énergie, mais se manifeste par des phénomènes assez inattendus de rayonnement.
- Hertz (1890) découvre les courants de haute fréquence qui ont la propriété d’émettre un rayonnement à la fois électrique et magnétique, se transmettant avec une vitesse qui est précisément celle de la lumière. Ce rayonnement est d’ailleurs de la lumière, en accord avec la théorie électromagnétique de Maxwell. Les ondes de Fresnel restent vraies, plus certaines encore, si l’on peut dire, mais le mécanisme de leur propagation se trouve analysé et précisé.
- Branly (1890) trouve un dispositif qui permet de percevoir les phénomènes d’induction qui révèlent le passage des chocs électriques ou des ondes ainsi rayonnées, et son observation, recueillie par Marconi et autres, sera le point de départ de la T.S.F.
- Les rayons cathodiques du tube à gaz, raréfiés, arrêtés par l’anticathode, donnent naissance aux rayons de Rœntgen (1895). nommés aussi Rayons X, parce que leur nature apparaissait au premier abord comme très mystérieuse. Nous savons aujourd’hui
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- que les Rayons X ne sont que les rayons d’une lumière invisible dont la longueur d’onde est 5.000 fois plus faible que celle de la lumière visible.
- Les rayons X ont provoqué tout de suite après, en 1896, la découverte, par Becquerel, du rayonnement de Vuranium. Ceci conduit en 1897 M. et Mm* Curie au radium, un million de fois plus puissant.
- Le rayonnement très complexe des corps radioactifs est une émission spontanée, d’origine atomique, de lumière et d’électricité à la fois, une désintégration des atomes, et elle va contribuer à nous révéler la nature électrique de l’atome.
- Nous mesurons ainsi le chemin immense, et plein de promesses, déjà parcouru dans les dix dernières années du xix* siècle. Nous allons voir que le xix* siècle tiendra les espérances que l’on pouvait escompter.
- Ces découvertes si rapides ont fourni, en effet, un nouvel aliment à l’imagination des physiciens et les ont conduits à une nouvelle façon d’envisager la matière, l’électricité, le rayonnement. Une fièvre de travail s’est emparée des expérimentateurs des laboratoires en même temps que des théoriciens, et cela dans tous les pays de recherche et de pensée scientifique.
- Il a fallu occuper et organiser toutes les régions nouvelles conquises par les chercheurs précédents et faire une synthèse du tout. Il est fort difficile de choisir, puisque nous sommes encore au milieu de la bataille, les noms de ceux qui méritent des citations. Je distinguerai cinq noms : Perrin, un Français; Bohr, un Danois; Planck, un Allemand; Rutherford, un Anglais; Louis de Broglie, un Français, et je choisirai, pour chacun, un point marquant de son œuvre.
- Nous arrivons à une physique dans laquelle apparaît la notion de l’électron, appelée à jouer un rôle considérable dans nos représentations des phénomènes et dans nos théories.
- Rappelons l’atome des chimistes. Il leur est indispensable pour expliquer la loi des proportions définies, la loi des proportions multiples, la loi des équivalents, la constitution des molécules. Il est insécable, impérissable, et traverse toutes les combinaisons chimiques sans subir la moindre altération.
- Les physiciens interviennent, Jean Perrin, principalement, pour mettre en évidence la réalité des atomes. Des mesures très variées et très certaines établissent qu’un atome-gramme contient 6x10” atomes réels. Ainsi, le poids de l’atome d’hydrogène est 16 gr.
- et celui de l’atome d’oxygène g ^ ïqH '
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- D’autre part, Perrin observe l’électron et démontre expérimentalement que celui des tubes à rayons cathodiques est une charge négative. Tous les électrons, d’où qu’ils viennent, sont négatifs et ont tous la même charge. Cette charge a été mesurée très exactement, particulièrement par Millikan, et sa valeur est égale à 1,56 X 10"1’ coulombs. L’électron est le dernier grain de l’électricité, l’atome d’électricité. De même que la matière, l’électricité a été granulée.
- Dans l’état d'esprit créé par les découvertes précédentes, Bohr analyse l’atome que les chimistes avaient été impuissants à résoudre en éléments plus petits. 11 trouve en lui un édifice fort compliqué, analogue au soleil entouré de ses planètes. L’atome comprend un noyau positif autour duquel tournent comme des planètes un nombre déterminé d’électrons négatifs tel que l’atome total soit neutre.
- Le courant électrique qui traverse un fil de cuivre est dû à l’écoulement en sens contraire des électrons qui vont d’un atome à l’autre, et cette conception matérielle du courant fluide de l’électricité nous est d’un secours considérable dans l'enseignement de l’électricité. Nous comprenons, par exemple, la cellule photoélectrique, dont les applications industrielles sont si nombreuses, et dans laquelle les électrons d'une cathode métallique sont expulsés et chassés par le rayon lumineux qui tombe sur la plaque.
- C’est ici que nous pouvons faire intervenir la théorie des quanta de Planck. II ne faut pas imaginer un corps lumineux comme une source qui coule sans interruption. Il émet, et lance pendant son rayonnement dans l'espace, des projectiles discontinus, dont chacun emporte la même quantité d’énergie, du moins pour une même longueur d’onde. Cette quantité d’énergie granulée, c’est, par définition, un quantum.
- Tous les quanta rouges sont identiques. Tous les quanta violets sont identiques, mais le quantum violet est plus grand, deux fois plus grand que le quantum rouge.
- Remarquons cette tendance de la physique moderne à tout granuler. Les atomes sont les grains de la matière, les électrons les grains de l’électricité, les quanta les grains de la lumière.
- Rappelons que les quanta ont expliqué les cellules photoélectriques, les lois du rayonnement, les raies spectrales des gaz lumineux... Nous ne pourrions pas, dans notre enseignement, n’en pas parler.
- Arrivons, enfin, à la mécanique ondulatoire de Louis de Bro-glie et Schrœdinger. Elle concilie ces deux représentations du rayonnement lumineux, par les ondes continues de Fresnel, d’une
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- part, par les quanta discontinus de Planck, d’autre part. Les uns et les autres existent simultanément, sont inséparables, et chaque phénomène optique s’expliquera complètement en les faisant intervenir tous les deux. On peut généraliser, et considérer que tout grain projeté est accompagné d’ondes, grâce auxquelles il peut produire des phénomènes de diffraction et d’interférence. C’est ainsi que l’on a prévu, et vérifié ensuite par l’expérience, la diffraction des électrons.
- On a constaté l'utilité de ces théories dans notre enseignement et il est peut-être nécessaire de défendre notre point de vue. Si le chercheur physicien ou mathématicien estime que les théories soutiennent son imagination en même temps qu’elles pénètrent peu à peu vers la vérité profonde des choses, le professeur, qui doit décrire les phénomènes et déterminer leurs lois, pourra prétendre qu’elles faciliteront la tâche et soutiendront l’effort de l’étudiant.
- On ne peut envisager l’optique sans parler du rayon lumineux, qui est une hypothèse, sans parler des ondes, qui sont une deuxième hypothèse. On admettra bien que si l’on veut persévérer dans cette voie, il faudra suivre la pensée et la route tracée par Maxwell, puis par les chercheurs de notre époque : Einstein, Planck, Louis de Broglie.
- Au demeurant, cela ne nous empêchera pas d’étudier Y optique, Yélectricité, Yacoustique moderne qui doit tant à ces idées nouvelles, les autres chapitres de la Physique, qui ont évolué aussi au point de vue pratique qui convient à des techniciens et à un cours qui s’intitule : Cours de physique générale dans ses rapports avec l’industrie.
- Jules Lemoine,
- Professeur de Physique générale dans ses rapports avec l’industrie.
- L’Économie politique
- C’est au Conservatoire national des Arts et Métiers qu’a été institué le premier enseignement public en France de l’Economie politique, appelée d’abord par prudence « Economie industrielle . : et cela tut fait par la même ordonnance royale de 1819 qui, dans ce Conservatoire jusque-là organisé seulement comme musée, instituait aussi deux enseignements fondamentaux de sciences appliquées.
- Il est donc bien, on le voit, dans la conception initiale des
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- enseignements du Conservatoire, d’y associer cours techniques et cours économiques, pour répondre à l’objet que lui assigne désormais le préambule de cette ordonnance : celui d’être « une haute école d’application des connaissances scientifiques utiles au commerce et à l'industrie >. Cette association n’a pas cessé de se maintenir et même de se développer avec le développement lui-même du Conservatoire.
- Depuis cette époque, en effet, tout comme les cours techniques, les cours économiques ont augmenté en nombre et en variété, ainsi que (sans que nous ayons ici à retracer tout le détail historique des extensions, transformations, modifications qui, à ce jour, ont abouti à ce cadre) en témoigne une simple lecture des enseignements de ce groupe sur notre dernière affiche : Economie politique, Economie industrielle et statistique, Théorie générale des Assurances et Assurances sociales, Droit des Assurances sociales, Organisation du travail et Associations ouvrières, Organisation scientifique du travail, Histoire du travail, Droit commercial, Géographie commerciale et industrielle.
- Si ce tableau paraissait à quelques esprits critiques présenter certains defauts (au moins apparents) de proportion, d’ajustement, ou même des répétitions, le besoin ressenti de tels et tels enseignements qui y manquent encore, besoin signalé déjà aux Conseils du Conservatoire à diverses reprises, est de nature à faire envisager, même après remaniement, une extension nouvelle, et non pas une restriction, de cette branche d’enseignements en notre Maison.
- 11 ne m’appartient pas cependant de parler de tous ici. Mais selon la tâche qui (après une autre assumée, d’abord, pendant quatre ans) m’v a été dévolue, depuis 1923, je voudrais indiquer ici brièvement quel est l’objet, quelle est l’utilité possible du Cours général d’Economie politique qui a été non seulement maintenu mais même renforcé dans cet ensemble, puis quel est le caractère, et quelle est la méthode que j’ai tâché d’y apporter.
- Tout le monde aujourd’hui, depuis la grande guerre et dans le déroulement de ses suites, fait de l’économie politique. Quel est l’industriel, le commerçant, le collaborateur (à quelque degré) d’une production économique qui ne se préoccupe et ne raisonne du cours des monnaies et de leur variation ? Quel est le ménage, ouvrier ou bourgeois où il n’ait été des années durant, et ne soit encore présentement presque tous les jours, discuté du mouvement du coût de la vie confronté avec celui des revenus, et, sans plus, jugé de leurs causes et conséquences ? Et que d’autres exemples je pourrais donner. Mais, si tout le monde aujourd’hui fait ainsi de l’économie politique, c'est, souvent comme M. Jourdain faisait
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- de la prose, c’est-à-dire sans le savoir. Or on apprend utilement à faire de la prose. Pourquoi ne gagnerait-on pas aussi, puisqu’on fait de l’économie politique, à en apprendre d’abord un peu ?
- Apprendre à étudier les faits économiques avant d’en juger et décider; apprendre à savoir ce que Von en sait, mais aussi à savoir ce que Von n’en sait pas : voilà un premier service que peut rendre, et spécialement dans cette Maison, un enseignement économique général.
- Il peut en rendre de plus positifs. Chefs de maison, ingénieurs, techniciens, ouvriers, commerçants, employés, tous ceux qui, à quelque titre ou à quelque degré, exercent leur activité dans la vie industrielle et commerciale, sont quotidiennement, et dans les conditions actuelles plus que jamais, aux prises avec des difficultés, des questions, des matières qui sont difficultés, questions, matières économiques. Mouvement des prix, fluctuations du marché, coût des matières et de la main-d’œuvre, prix de revient et prix de vente, débouchés à l’intérieur et à l’extérieur, conditions d’emploi ou de non emploi, variation des traitements et des salaires et variation des dépenses, mouvements comparés de chaque production et de la consommation correspondante: tout homme engagé dans la rie pratique est sans cesse attaché à des faits de cet ordre, et, pour une bonne part, règle sur eux l’essentiel de son activité. Et sans doute il n’attend pas pour cela, d’ordinaire, les leçons d’un économiste.
- Mais la plupart des hommes n’attendent pas non plus les enseignements de l’hygiène générale pour boire et manger; et l’hygiène générale n’est ni la cuisine ni davantage la médecine. Cependant, sans être, par là seul, garantis contre toute maladie ou tout accident, les hommes qui connaissent et pratiquent cette hygiène générale, se portent certainement, dans l’ensemble, mieux que les autres.
- De même, la science économique digne de ce nom n’est pas un art de faire fortune; elle n’est pas plus chargée d’enseigner la conduite de telle affaire ou de telle autre que la tenue d’un budget de ménage. Cependant, si chaque profession, chaque affaire, chaque économie familiale présente des traits spéciaux, multiples, complexes, on peut néanmoins reconnaître, à toutes ces situations diverses, des éléments généraux communs. Même si l’on n’en tire pas d’emblée une solution toute faite adaptée à chaque cas, on a certainement avantage à discerner ces éléments, à connaître leurs modalités et leurs rapports.
- Apprendre à analyser en leurs éléments communs les conditions économiques qui nous intéressent, apprendre à les interpréter selon leurs relations essentielles; et ensuite en faire une juste application
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- aux cas concrets : voilà un ordre de service pratique qui peut être retiré d'un enseignement économique d'ensemble.
- Ajoutons qu'à l’heure présente, encore plus qu'à aucune autre, des connaissances économiques, non pas seulement spéciales, mais générales, paraissent importer aux activités même spécialisées en telle industrie ou tel commerce, même déjà engagées dans la pratique quotidienne. A cette heure plus qu'à aucune autre, en effet, nous sentons tous que les activités partielles dans telle ou telle branche, dans telle ou telle fonction, dans telle ou telle situation, des plus importantes aux plus modestes, sont encadrées et limitées et même, peut-on dire dans une large mesure, sont conditionnées ou plus encore commandées par tels grands faits économiques qui dépassent et débordent cette branche, cette fonction, cette situation. Avec les grands mouvements economiques de divers ordres et de sens divers qui ont marqué les années de la grande guerre et de l’après-guerre jusqu'à ce jour, un malaise plus ou moins grave ou plus ou moins aigu selon les pa\’s et les moments, mais général tout de même, et toujours senti, paraît persister et même, depuis quelque temps, s’aggraver encore; des problèmes non pas nouveaux toujours (et c'est un bénéfice de notre enseignement économique déjà que de les montrer non tellement nouveaux), mais assurément d’une ampleur et d’une complication fort accrues, s'imposent à nous et pèsent sur tout le développement économique actuel.
- L’enseignement économique qui même étendu sur trois années doit néanmoins, pour répondre à l'objet du Conservatoire, demeurer assez accessible à tous, ne peut prétendre à traiter selon une technique de spécialistes ces grandes et difficiles questions; il peut s'employer cependant à les poser, à les éclairer dans leurs grands traits, et à orienter les applications qui peuvent être tirées des résultats les plus sérieux et les plus prudemment établis. Faire prendre une intelligence suffisante et pratique des grands faits généraux du monde économique actuel, et de révolution qui s'y poursuit, voilà encore un ordre de services que peut rendre un tel cours.
- Mais notons bien maintenant le caractère de cet enseignement ainsi orienté : X” c'est d'abord de pouvoir se qualifier d’Economie politique générale. Regardons l’affiche du Conservatoire du côté des Cours techniques : avant les cours d'Electricité industrielle, de Métallurgie, nous y voyons un enseignement de « Physique générale dans ses rapports avec l’industrie » ; avant les enseignements de chimie des diverses industries, des matières colorantes, ou des chaux et ciments, nous voyons une chaire de « Chimie générale dans ses rapports avec l’industrie». C’est la même signi-
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- fication que nous devons donner au placement de notre rubrique « Economie politique » avant les enseignements du même groupe plus ou moins spéciaux. Ici comme là, ce trait signifie que le Conservatoire « Haute école d’application des connaissances scientifiques > attache cependant, et pour cet objet même, une importance fondamentale à l’existence et à l’utilisation d’enseignements généraux à côté, ou plutôt en avant, d’enseignements spéciaux : c’est, on peut le dire, un des traits distinctifs de nos établissements français de haute formation technique que cette existence et cette importance d’enseignements généraux; et c’en parait bien être un des mérites les mieux établis.
- 2° « Economie politique * dit notre titre, et non pas « Politique économique » ; et cela veut dire non pas enseignement de tendance, pour ou contre telle ou telle politique, et moins encore pour ou contre tel ou tel parti; mais bien étude objective, de caractère et d'esprit scientifiques, portant sur ce qui se constate en fait dans la réalité économique, sur ce qui peut s’y apercevoir de régularité majeure et d’évolution intelligible et explicative. Cependant, si pour nous en ce domaine, comme dans les autres ici représentés, science appliquée suppose avant elle science proprement dite, nous n’oublions pas le cadre et la raison même de notre Maison. «Mathématiques en vue des applications», dit le premier titre de notre affiche. De même, si notre titre n’avait eu déjà pour lui une longue tradition, nous l’aurions volontiers précisé par une formule analogue : « Economie politique en vue des applications » : c’est-à-dire non pas théorie de purs concepts, détachés des faits et de la pratique, mais au contraire analyse toujours proche des données de fait, et toujours en vue d’une application effective dans la vie pratique.
- Enfin, pour la méthode d’un enseignement ainsi entendu de science économique générale, elle ne peut être d’apporter et de professer d’autorité un dogme, une doctrine toute faite, quelle qu’elle soit, ni d’opposer une doctrine à une doctrine, telle tendance à telle tendance; mais, en peu de mots, celle que cet enseignement s’efforce de suivre, c’est celle même qui est suivie dans les enseignements de sciences positives dans la même Maison, c’est-à-dire : étudier les faits en eux-mêmes, — et surtout les variations, — de façon objective, numérique d’abord si possible, les analyser, s’efforcer de dégager les relations des uns avec les autres, — et surtout les mouvements et les relations entre ces mouvements, — en vue d’arriver du mieux possible, en ces conditions d’étude, à comprendre, à interpréter la réalité en elle-même, et de trouver ainsi, dans cette mesure, la meilleure base à une application fondée, autant qu’il est possible, en raison.
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- Ces directions, conçues dès le début, ont paru, à l’épreuve des années, se confirmer, se consolider à tel point que dans la présentation qui précède j'ai pu, pour une grande part, reprendre celle que j’avais donnée dès 1924 à l’Association des anciens élèves du Conservatoire.
- Je puis ajouter aujourd’hui, en témoignage d’intérêt ou d’extension possible pour nos enseignements du Conservatoire, que ce Cours d’Economie politique reproduit en autographie à la demande et pour un travail meilleur des auditeurs, a trouvé dans le public hors du Conservatoire un écoulement inattendu, qui permet d’espérer un rayonnement de notre effort en cette Maison.
- Mais rappelons, en terminant, que cet effort a pour complément, a pour condition un effort propre des auditeurs (ou lecteurs) : effort de réflexion sur les faits et les idées apportés par le Cours, effort de lecture et d’information, en complément, extension et, pour ainsi dire, illustration du Cours; effort d’observation et d’étude personnelle sur la part de réalité économique que chacun d’eux peut le mieux atteindre et essayer de comprendre. C’est assurément beaucoup demander; d’expérience cependant, par l’assiduité et l’application croissante des participants à cet enseignement, je crois pouvoir dire que ce n'est pas trop demander.
- François Simiaxd, Professeur d’Economie politique. Professeur au Collège de France.
- L’Art appliqué aux métiers
- La création, en 1898 (1), d’un enseignement supérieur d’Art appliqué aux métiers, répondait à la nécessité de rendre à nos industries d’art les qualités qui, pendant huit siècles, avaient contribué à la prééminence artistique et à la richesse de notre pays.
- Ces qualités s’étaient, peu à peu, perdues depuis l’époque de la Révolution, où l’abolition des corporations avait détruit la transmission du savoir assurée jusque-là, de génération en génération, par l’enseignement corporatif.
- L’initiative créatrice s’était engourdie, on avait fait des compositions dans les styles anciens, ce qui ne peut être qu’un anachronisme, et le mépris de la technique avait été aussi funeste à
- (1) Chaire créée par décret du 10 mal 1898. Le premier titulaire a été M. Lucien Magne, inspecteur général des monuments historiques, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts. M. H.-M. Magne, lui a succédé en 1919.
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- l'exécution des œuvres qu’à leur composition; les ouvriers avaient désappris leurs métiers, n’en connaissant plus ni les ressources ni les limites.
- C’est donc à rétablir une doctrine, en prenant pour bases de l’enseignement la nature, la tradition et la technique, de manière à donner les connaissances nécessaires à l’artiste et à l’artisan, que consista tout d’abord le cours oral, réparti en trois années, comportant chacune quarante leçons.
- Pour compléter son action, le professeur réunissait les élèves afin de leur donner des programmes auxquels ils pussent appliquer, par leurs compositions personnelles, les principes donnés dans le cours oral.
- Les résultats féconds de cet enseignement, qui forma un grand nombre des artistes décorateurs modernes, incitèrent le Conservatoire à accomplir un nouveau progrès, en ne limitant plus le travail des élèves à la composition des objets, mais en le conduisant jusqu’à leur réalisation.
- Aussi, à partir de 1919, le programme du cours oral fut-il modifié dans le sens de la prédominance de la technique.
- A ce programme nouveau correspondit un développement des travaux pratiques : grâce à la création d’un atelier, muni de l’outillage des principaux métiers d’art, les élèves purent réaliser leurs compositions sous la direction du professeur et du chef des travaux pratiques.
- Le cours d’art appliqué aux métiers constitua alors un organe de liaison qui permit une collaboration effective entre l’enseignement artistique et l’enseignement technique.
- Faire évoluer l’art décoratif dans un sens moderne, rationnel et technique, développer l’union de l’industrie et de l’art, caractérisèrent l’orientation du cours depuis une quinzaine d’années.
- Actuellement. la crise économique, qui touche les métiers d’art plus que tous autres, appelle l’attention, d’une manière particulière, sur le cours d’art appliqué aux métiers.
- Un des aspects de la surproduction est, en effet, le développement d’un art impersonnel, dont l’exécution est aussi sommaire que la recherche de composition est hâtive.
- Le succès de cet art international, ennemi de tout ornement, irait à l’encontre des intérêts moraux et matériels des industries d’art françaises.
- II est, d’ailleurs, aussi vain de prétendre que la forme d’un objet, du moment qu’il est utilitaire, est belle qu’il avait été vain de sous-estimer la valeur esthétique d’un objet sous prétexte qu’il était utilitaire.
- Le Conservatoire a le devoir de réagir contre ce nouveau para-
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- un tiers de siècle, contre le
- doxe. comme il avait réagi, il y a précédent.
- Il appartient au cours d'art appliqué aux métiers de maintenir la tradition des beaux métiers français, sculpture, ciselure, marqueterie, etc., de diriger l’évolution de l’art français en dehors de tout pastiche du passé et de toute formule internationale, de lui donner une base moins inconsistante que la mode en apprenant aux artistes et aux techniciens à étudier de concert l’expression logique et esthétique de tous les programmes nouveaux qui caractérisent la vie moderne.
- H. M. Magne,
- Professeur d’Art appliqué aux métiers.
- Programme des cours
- Mathématiques (en vue des applications). — M. Bricard.
- Compléments d’algèbre. Analyse mathématique. Equations algébriques. Séries numériques.
- Déterminants. Géométrie analytique. Compléments d’analyse. Equations différentielles du premier ordre.
- Mécanique.-------M. MÉtral.
- Cinématique et géométrie vectorielle. Mécanismes, chaînes cincmatiques. Engrenages. Instruments. Machines-outils. Ressorts. Notions sur les mécanismes ductiles, les capsulismcs et les enclenchements.
- Statique géométrique. Statique graphique. Equilibre et applications aux machines et appareils de levage.
- Dynamique du point. La pesanteur et la gravitation universelle. Dynamique des systèmes, avec applications notamment au gyroscope. Résistances passives et frottement. Lubrification et graissage. Chocs et percussions. Vibrations et vitesses critiques. Notions de mécanique des fluides et d’élasticité.
- Machines. — M. Monteil.
- Moteurs rotatifs (turbines), hydrauliques et à vapeur.
- Les moteurs thermiques à mouvement alternatif. Machines à vapeur. Locomotives.
- Machines hydrauliques et thermiques autres que les moteurs.
- Physique générale dans ses rapports avec l’industrie. — M. Lemoine.
- Mécanique. Mouvement, Chaleur. Thermo-dynamique.
- Mouvements périodiques. Optique.
- Electricité.
- Electricité industrielle. — M. Chacmat.
- Les lois fondamentales de l’électricité et du magnétisme. Electrostatique. Etude des matériaux qui servent dans les constructions électriques.
- Mesure des principales grandeurs électriques. Les machines dynamo-électriques et les moteurs électriques à courant continu. Applications.
- Etude des courants alternatifs. Transformateurs. Alternateurs. Moteurs. Les grands transports. Applications diverses.
- Métallurgie et travail des métaux. — M. Guilu-t, membre de l’Institut.
- Métallurgie proprement dite. Opérations et appareils métallurgiques. Sidérurgie (fonte, acier, fer). Métallurgies autres que celle du fer.
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- Propriétés et méthodes d’essais des produits métallurgiques. Pioprictés et emplois des alliages. Traitements thermiques et chimiques.
- Traitements mécaniques des produits métallurgiques : fonderie, laminage, etc. Travail sur machines-outils.
- Chimie generale dans ses rapports avec l’industrie. — M. Dl’BRISaY.
- Corps simples, corps composés. Etudes des métalloïdes.
- Métaux. Propriétés et descriptions. Mécanique chimique. Evolution des systèmes chimiques. Cinétique chimique. Electro-chimie.
- Chimie organique. Analyse immédiate. Analyse élémentaire. Méthodes expérimentales. Principales fonctions organiques. Catalyse. Combinaisons organiques particulièrement intéressantes pour l’industrie.
- Chimie agricole et biologique. — M. Javillier.
- Les milieux nutritifs des plantes. L’atmosphère. Les terres arables étudiées au point de vue physique, chimique et biologique.
- Les substances organiques coustituant les organismes et particulièrement les végétaux. Principes immédiats présentant un intérêt particulier pour l’agronomie.
- Les substances minérales et la composition élémentaire des organismes, particulièrement des végétaux. Importance pour l’agriculture des connaissances acquises.
- Les diastases. Faits intéressant directement l’agronomie. Les phénomènes chimiques de la germination et de la maturation.
- Les besoins alimentaires des plantes. Engrais organiques et engrais chimiques. Amendements.
- L’entrée des corps minéraux dans le monde organise. L’assimilation chlorophyllienne. Formation des principes immédiats végétaux.
- La composition chimique des aliments des animaux domestiques. Les vitamines.
- La dégradation des principes immédiats organiques et leur retour au monde minéral. Microbes et fermentations dans leurs rapports avec l’agriculture et quelques industries agricoles.
- Chimie industrielle. — M. FLEURENT, Membre de l’Académie d’agriculture.
- Grande industrie chimique minérale. — Soufre. Sels. Soude. Chlore. Engrais azotes. Engrais phosphatés, etc.
- Matières végétales. — Constitution histologique et composition chimique. Emplois alimentaires des végétaux, procédés de conservation. Utilisation des bois. Industries des céréales.
- Matières végétales (suite). — Féeulerie et amidonnerie. Dextrines et glucoses. Industrie sucrière. Industries de fermentation et dérivés. Matières grasses. Parfums naturels et synthétiques. Térébenthine, résines et vernis.
- Matières végétales (suite et fin). — Caoutchouc et gutta-percha. Industrie papetière. Industries de l’éclairage et produits dérivés.
- Matières animales. — Emplois alimentaires. Procédés de conservation. Œufs et albumine. Industrie laitière. Graisses animales. Stéarincric et savonnerie. Cuirs et peaux. Déchets animaux.
- Chimie appliquée aux industries des matières colorantes, blanchiment, teinture, impression et apprêts. — M. Wahu
- Etude des fibres textiles, origine, propriétés physiques et chimiques. Le goudron et les produits dérivés. Matières colorantes.
- Blanchiment. Teinture, impression, apprêts. Solidité des matières colorantes. Théories de la teinture.
- Céramique, verrerie, chaux et ciments. — M. Grancer, chargé du cours.
- Généralités. — Matières plastiques et non plastiques. Travail des pâtes. Cuisson. Divers systèmes de fours.
- Chaux et ciments. — Chaux, plâtres, ciments, agglomérés divers. — Verrerie.
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- — Propriétés physiques et chimiques du verre. Diverses sortes de verre. Emaillcric.
- Céramique. — Poterie. Terres cuites. Faïences. Grès. Porcelaines. Décoration.
- Chauffage industriel. — M. DAMOUR, charge du cours.
- Connaissances scientifiques nécessaires à la technique du chauffage industriel. Lois et données chimiques, physiques, thermo-physiques, thermo-chimiques. Combustions irréversibles et fours à laboratoire. Combustions réversibles. Gazogènes.
- Fours à cuve. Fours à chauffage méthodique. Fours à charbon pulvérisé, à combustibles liquides et à gaz riche. Circulation des gaz et fumées. Etude des combustibles. Contrôle et conduite des fours.
- Constructions civiles. — N...
- Les matériaux de construction.
- Résistance des matériaux.
- Béton armé. Procédés nouveaux de construction.
- Filature et tissage. — M. Dantzer.
- Fibres textiles, fils, préparations de filatures, métiers à filer.
- Tissus unis et façonnés. Tissage mécanique.
- Industries diverses se rattachant aux industries textiles.
- Art appliqué aux métiers. — M. Macne.
- Bases de la composition et de l’exécution : destination et technique. Enseignements de la nature et de la tradition. Décor de relief; son application aux matériaux montés par assises ou agglomérés, au bois massif, à l’ivoire et aux métaux.
- Décor de couleur. Son application aux surfaces: peinture décorative, mosaïque, céramique, vitrail, émail, marqueterie, tissus, papier peint, livre.
- Décor combiné de relief et de couleur. Son application à l’architecture- aux objets mobiliers (poterie, gobelctcrie, orfèvrerie, bijouterie, joaillerie, jouets, meubles, appareils d’éclairage, horlogerie) et au costume. Théâtre et cinématographe.
- Agriculture et productions agricoles dans leurs rapports avec l’industrie. — M. Heim de Balsac.
- A. Agriculture générale. — Agrotechnie : Les sols dans leurs rapports avec les cultures. Soins à donner aux terres. Phytotechnic générale : Nutrition végétale dans ses rapports avec l’agriculture. Explication biologique des pratiques culturales. La vie des plantes de grande culture dans le sol. — Zootechnie générale : Nutrition animale dans ses rapports avec l’élevage.
- B. Agriculture spécule et productions agricoles. — Culture et production des plantes fourragères et des plantes industrielles.
- A. Agriculture générale. — Phytotechnic générale : Nutrition végétale dans ses rapports avec l’agriculture. Explication biologique des pratiques culturales. Vie aérienne des plantes de grande culture. Méthodes de multiplication et d’amélioration des plantes cultivées. — Zootechnie générale : Multiplication et amélioration du bétail.
- B. Agriculture spéciale et productions agricoles. — Culture et production des plantes alimentaires (plantes coloniales comprises).
- A. Agriculture générale. — Phylolechnie générale : Développement. Evolution des plantes agricoles. Leurs modes de végétation. — Zootechnie générale : Hygiène du bétail.
- B. Agriculture spécule et productions agricoles. — Culture et production des plantes textiles et oléagineuses. Plantes productrices de papier et de cellulose. Bois industriels (plantes coloniales y compris). Production de la laine et de la soie.
- Economie politique. — M. Simiand.
- Cadre générai, de la vie économique. — De l’économie primitive à l’économie moderne. Principales notions et conditions.
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- Production (fabrication et échange). — Scs branches. Scs régimes : artisanat, entreprise, ententes de producteurs, coopération, exploitations collectives. Ses formes : petite et grande production; à la main, à la machine; dispersée, concentrée.
- Production (fonctionnement). — Dans l’entreprise : organisation scientifique, rendement, coût de revient. Par branches : industries primaires; de transformation; commerce, banque. D’ensemble : prix, quantités, indices. Facteurs : travail, capital, mise en couvre.
- Répartition (attribution et emploi). — Classes sociales. Institutions: syndicats, conciliation, de paix sociale, assistance, mutualité, assurances. Richesse privée.
- Répartition (fonctionnement). — Les revenus : profits, fermages, intérêt, salaire et condition ouvrière. Leur emploi : consommation, coût et genre de vie, épargne et emploi productif.
- Fonctionnement général. — Valeur économique, monnaie, crédit. Economie publique et économie privée. Rapports économiques entre les nations, change. Fluctuations périodiques, progrès. Doctrines et évolution.
- Economie industrielle et statistique. — M. Divisia.
- Le fonctionnement et l’organisation des entreprises.
- Les transactions. Echanges et transports.
- Questions monétaires et financières. Statistique.
- Théorie générale des assurances et assurances sociales. — M. Risser.
- Probabilités. Théorèmes généraux. Loi des grands nombres. Ecarts. Sciences financières. Escompte. Amortissement. Usufruit et nue propriété des titres. Théorie des assurances. Lois de la mortalité. Calcul des primes et des réserves.
- Assurance-maladie. Assurance-Invalidité. Mutualité. Problème des retraites. Loi du 5 avril 1910. Assurances sociales en Alsace-Lorraine et en France.
- Loi de 1928. Lois d’assistance dans leurs rapports avec les assurances sociales. Les assurances sociales à l’étranger. Assurances accidents du travail. Retraites des ouvriers des mines, des chemins de fer et des établissements de l’Etat. Retraites des inscrits maritimes.
- Organisation du travail et associations ouvrières. — M. ÀÜCUY.
- Organisation patronale moderne. Son évolution dans les divers pays. Organisations ouvrières. Syndicats.
- La production et scs charges. Organisation internationale du travail. Les grandes lois ouvrières et la protection du travailleur. Organisation scientifique du travail h l'atelier et à l’usine.
- Les salaires. Transformation du salariat. Participation aux bénéfices. Abolition du salariat. Marxisme. Associations ouvrières de production. Coopération.
- Physiologie du travail, hygiène industrielle et orientation professionnelle. — M. Laugiul
- Physiologie générale. Les grandes fonctions physiologiques. Physiologie du travail. Fonctions musculaires, nerveuse, circulatoire, respiratoire. Etude du rendement de l’organisme. Fatigue. Rationalisation du travail.
- Phvsiologic générale. Les grandes fonctions physiologiques. Hygiène individuelle du travailleur. Hygiène industrielle générale. Orientation professionnelle.
- Organisation scientifique du travail. — M. DanTY-LaFRANCE.
- Historique. Principes et méthodes. Classification des fonctions et plan d’organisation d’une entreprise. Le personnel. Accroissement du rendement de la main-d’œuvre. . ,
- Organisation des services généraux. Organisation commerciale, economique et comptable. Organisation financière et administrative.
- Prévention des accidents du travail. — M. Salmont.
- Mesures générales de protection. Mesures préventives. Premiers soins.
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- Etude spéciale de la prévention des accidents dans les industries les plus dangereuses : bâtiment, métallurgie, chimie, alimentation, etc.
- Histoire du travail. — M. Spixasse.
- L'homme et l’outil. — L'antiquité et le moyen âge.
- L’homme et la machine. — La renaissance, la civilisation occidentale et les temps modernes.
- Droit commercial. — M. PERCERCU.
- Domaine d’application du droit commercial. Scs sources. Actes de commerce. Commerçants. Fonds de commerce. Propriété industrielle. Principaux contrats commerciaux.
- Les sociétés commerciales. Différentes sortes. La personnalité morale des sociétés. Sociétés par intérêts, en nom collectif et en commandite simple. Sociétés par actions, anonymes et en commandite par actions. De quelques espèces particulières de sociétés. Des bourses de commerce, spécialement des bourses de valeurs.
- Les effets de commerce, lettre de change, billet à ordre, warrant. Les opérations de banque. Dépôts de fonds et chèques. Autres opérations de banque Les faillites, liquidations judiciaires et banqueroutes.
- Géographie commerciale et industrielle. — M. N...
- Géographie de la production; répartition des matières premières et des industries.
- Géographie de la circulation. La France et l’empire colonial français.
- Les principales puissances économiques du temps présent.
- Navigation aérienne. — M. Soreau, chargé du cours; M. Toussaint, suppléant.
- Etude du milieu. Aérodynamique expérimentale des carènes, des voilures et des hélices. Moteurs. Aviation. Ballons dirigeables.
- Assurances sociales (Jurisprudence et Contentieux). — M. Antonelli.
- Le droit des assurances sociales considéré par rapport aux individus. — I. Les rapports juridiques des assurés et des services administratifs. — II. Les rapports juridiques des assurés et des caisses. — III. Les rapports juridiques des employeurs et des services administratifs. — IV. Les rapports juridiques des praticiens avec les assurés et les caisses. — V. Le statut juridique spécial des assurés agricoles. — VI. Le statut juridique des assurés facultatifs.
- Le droit des assurances sociales considéré par rapport aux organismes. — I. Les organismes de gestion. — II. Les fédérations de caisses. — III. Les unions pour la réassurance des risques de répartition. — IV. Les organismes administratifs. — V. Les organismes financiers. — VI. Les organismes du contentieux.
- Cours de Métrologie générale et industrielle. — M. Fleury, chargé du cours.
- Généralités sur les mesures. — Unités, étalons. Définitions légales. Principaux systèmes. Erreurs et corrections. Interprétation des résultats, précision-Appareils mécaniques à calculer.
- Mesures géométriques. — Longueurs (mesures usuelles et mesures de précision, étalons à traits et à bouts; jauges et calibres; comparateurs des ateliers de mécanique). Angles. Surfaces. Volumes (récipients jaugés; compteurs à eau, à gaz: distributeurs de liquides).
- Mesures mécaniques. — Masses (pesées usuelles et pesées de précision; balances automatiques ; bascules). Densités. Temps, chronométrage. Vitesses (tachymètres). Forces et couples. Essais des matériaux. Pressions. Travail et puissance.
- Chaleur et thermodynamique. — Thermométrie. Echelles diverses; points fixes.
- Principaux types de thermomètres. Pyrométrie. Mesure des basses tompéra-
- Calorimétrie (appareils modernes), échanges de chaleur, conductibilité thermique.
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- Acoustique. — Fréquence et intensité des sons: leur transmission.
- Optique. — Mesure des indices. Mesure des longueurs d'onde. Caractéristiques des instruments d'optique. Photométrie, spectrophotométrie, colorimétrie. Polarimétrie.
- Photoélasticimctrie.
- Mesures utilisant les rayons X.
- N. B. — Les mesures électriques sont enseignées dans le Cours d’Electricité
- Enseignements annexes
- Centre de biologie industrielle et agricole et de bromatologic. — M. Htl» DS Balsac, directeur.
- Enseignement des sciences de l'alimentation et des aliments.
- Enseignement préparatoire des Mathématiques. — M. Sai.vte-Lacüe, chargé du cours.
- Algèbre. — Trigonométrie. — Géométrie.
- Institut de technique comptable. — M. A. Liesse, directeur.
- Technique comptable. — Droit appliqué. — Droit fiscal.
- Institut de technique sanitaire et d’hygiène spéciale des industries. — M. H Km de Balsac. directeur.
- Technique sanitaire. — Assainissement.
- Télégraphie et Téléphonie sans fil.
- Coors annexe de la chaire d’électricité industrielle.
- Les laboratoires de travaux pratiques
- Les chaires du Conservatoire sont complétées par des laboratoires de recherches scientifiques et d’enseignement.
- Un enseignement pratique est en effet organisé au Conservatoire et il suffit, pour y être admis, de justifier de connaissances scientifiques suffisantes.
- Cet enseignement pratique se Art appliqué aux métiers.
- Chauffage industriel.
- Céramique, verrerie, chaux et ciments.
- Chimie générale.
- Constructions civiles.
- Electricité industrielle.
- Filature et tissage.
- Machines.
- L’Institut aérotechnique de Saint-Cyr, centre de recherches aérodynamiques, vient d’être rattaché au Conservatoire des Arts et Métiers et constituera le laboratoire du Cours de Navigation aérienne.
- rattache aux chaires suivantes :
- Matières colorantes, teinture.
- Mécanique.
- Métallurgie et travail des métaux.
- Physique générale.
- Physiologie du travail, Hygiène industrielle et Orientation professionnelle.
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- Vue generale du Laboratoire de l’Institut nerotechniquc de Snlnt-Cîyr. A droite : Hall des souffleries. A gauche : Manège hydrodynamique.
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- L’Institut aérotechnique de Saint-Cvr m
- La loi de finances du 31 mai 1933 a transféré l’Institut aéro-technique de Saint-Cvr au Conservatoire national des Arts et Métiers. Ce transfert avait été décidé, en principe, en novembre 1932, par M. le président Painlevê, alors ministre de l'Air, en vue d'étendre et de compléter l'enseignement aéronautique du Conservatoire par la possibilité de recherches expérimentales et de travaux pratiques d’aérodynamique et d’hydrodynamique.
- Ce transfert a pu être réalisé grâce à l’accord intervenu, d’une part, avec le Conseil de l’Université de Paris et, d’autre part, avec le ministre de l’Air.
- Il convient, à cette occasion, de remercier M. le recteur S. Charléty et M. Pierre Cot, ministre de l'Air, d'avoir ainsi permis la réalisation du programme dont M. le président Painlevê avait pris l'initiative.
- Le Cours de Navigation aérienne comporte une initiation aux principes essentiels de la mécanique des fluides en vue d’une étude rationnelle des causes de la résistance aérodynamique, notamment en ce qui concerne les ailes sustentatrices et les principaux éléments de l’avion. Cette initiation doit être facilitée par l’exposé de résultats expérimentaux concernant les écoulements aéro et hydrodynamiques et plus encore par des expérimentations concrètes. Par exemple : la visualisation des lignes de courants et des tourbillons, la mesure des pressions dynamiques locales et des réactions globales constituent des manipulations indispensables. L’outillage expérimental du Laboratoire de Saint-Cyr permet l’exécution aisée de ces démonstrations expérimentales.
- L’enseignement comporte, d’autre part, l’exposé des lois essentielles de la mécanique de l’avion, c’est-à-dire l'étude des régions de vol et des attitudes de l’avion sur les diverses trajectoires possibles. Dans ce domaine, le recours au Laboratoire aérodynamique s’impose non moins impérieusement pour ce qui concerne: la polaire de l'avion, les courbes caractéristiques du propulseur, les conditions d’équilibre et de stabilité, etc.
- En décrivant ci-après l’outillage expérimental dont dispose actuellement i’Institut de Saint-Cvr, nous soulignerons spéciale-
- (1) Cetlc étude a été rédigée d’après les notes fournies par M. Toussaint, directeur de l’Institut aérotechnique de Saint-Cyr.
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- ment la contribution apportée pour l’enseignement aérotechnique du Conservatoire.
- Il convient, eu outre, d’observer que la nouvelle exploitation du Laboratoire de Saint-Cyr prévoit l’exécution d’essais aérodynamiques et hydrodynamiques demandés par des particuliers. Le barème de prix établi pour ces essais s'inspire des tarifs en usage à la Chambre syndicale des Industries aéronautiques.
- Moyens expérimentaux de l’Institut aérotechnique
- Nomenclature. — L’outillage actuel comprend :
- 1* Au point de vue aérodynamique expérimentale :
- a) Pour les essais sur modèles réduits : trois souffleries;
- b) Pour la visualisation des écoulements aérodynamiques sur modèles réduits : une soufflerie;
- c) Pour l’étude des écoulements aérodynamiques hypersoniques : une soufflerie;
- d) Pour les essais d’aéromoteurs en vraie grandeur (jusqu’à 2 m. 50 de diamètre) : une soufflerie;
- c) Pour les essais sur avions et machines volantes diverses en vraie grandeur (jusqu'à 14 mètres d’envergure): un chariot sur voie ferrée;
- f) Pour les essais en vol, sur avions et planeurs : un hangar, l’accès sur un terrain de vol et les appareils enregistreurs nécessaires.
- 2° Au point de vue hydrodynamique expérimentale :
- a) Pour la visualisation des écoulements hydrodynamiques en courant plan : une cuve hydrodynamique, une soufflerie hydrodynamique ;
- b) Pour les essais sur modèles réduits de coques et flotteurs d’hydravions, de bateaux hydroglisseurs, etc. : un manège hydrodynamique.
- Description : I. Outillage pour l’aérodynamique expérimentale
- Souffleries aérodynamiques. — 1* Soufflerie n° î :
- ; Vitesse maximum ............. 45 m : sec.
- Caractéristiques ' Diamètre .................... 2 m.
- f Puissance ................... 120 CV.
- Cette soufflerie assure tous les essais aérodynamiques sur modèle réduit, suivant la technique classique.
- La balance aérodynamique permet la mesure par pesées directes ou par dispositifs dynamométriques variés des cinq com-
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- posantes essentielles : sustentation, résistance 4 l’avancement, couples de tangage, de roulis et de giration.
- L’aménagement de la veine fluide comporte les modalités suivantes :
- Ie Essais en courant plan (veine guidée);
- 2’ Essais en courant 4 trois dimensions (veine guidée et veine libre).
- L’aménagement en courant plan comporte des perfectionnements récents soigneusement étudiés et éprouvés au point de vue de la rigueur expérimentale.
- Cet aménagement convient donc tout particulièrement aux recherches présentant un caractère scientifique par leur lien plus immédiat avec les théories actuelles et futures de la mécanique des fluides. A cet égard, l’enseignement y trouvera des possibilités nombreuses pour les expérimentations et les démonstrations qui sont 4 la base de cette science.
- Cet aménagement convient, en outre, 4 de nombreuses expérimentations présentant plus ou moins un caractère d’opportunisme technique : influence du revêtement constitutif des profils d’ailes, intéractions diverses, ailes 4 éléments multiples (ailes à fente, ailes avec ailerons antérieurs ou postérieurs, cellules multi-planes, etc.). Ces expérimentations nécessitent souvent une augmentation notable des dimensions du modèle dans le sens de l’écoulement, cependant que l’influence de l’allongement en envergure doit être éliminée. Dans ce cas, l'aménagement en courant plan s’impose et facilite grandement l’étude méthodique des réactions les plus complexes.
- Au point de vue de l’enseignement aéronautique, ces expérimentations en courant plan permettent le contrôle et l’établissement rationnel des caractéristiques aérodynamiques de tous les obstacles 4 génération cylindrique.
- Outre les mesures globales (par pesée directe ou par enregistrement dynamométrique), ces caractéristiques peuvent être étudiées plus intimement par la mesure manométrique des pressions locales. Ces mesures sont grandement simplifiées par l'utilisation de multimanomètres : photographiés ou cinématogra-phiés durant l’évolution de l’écoulement en fonction de la vitesse du courant d’air ou en fonction de l’attitude du modèle par rapport 4 la direction générale du courant.
- L’aménagement en courant 4 trois dimensions est conforme aux usages classiques : liaison par fils entre le modèle et la balance; courant d’air en veine guidée ou en veine libre, pesées directes ou pesées dynamométriques 4 lecture directe ou 4 enregistrement.
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- Au point de vue de l’enseignement aérotechnique, l’initiation à l’expérimentation aérodynamique par ces moyens est immédiate
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- modèle d’avion constitue pour l’étudiant une matérialisation tangible des écoulements aérodynamiques réels. Quand l’irrégularité de ces écoulements rend les pesées directes incertaines ou impossibles, les pesées dynamométriques y sont employées; de même, éventuellement, les mesures enregistrées aux multimano-mètres, comme il a été dit plus haut.
- La balance aérodynamique est complétée par les dispositifs classiques de la girouette aérodynamique pour les mesures concernant la stabilité longitudinale et la stabilité de route, et par des dispositifs expérimentaux variables avec les questions à étudier.
- 2” Soufflerie n" 2 (dite soufflerie Lelarge):
- ; Vitesse maximum ........ 21 m : sec.
- Caractéristiques ' Dimensions .............. 1 m. 50 X 1 m. 50
- I Puissance .............. 70 CV.
- Cette soufflerie d’un caractère aérodynamique moins raffiné que la soufflerie n° 1, est équipée, en général, pour tous les essais aérodynamiques même étrangers au domaine aéronautique (aspirateurs de fumée, aéromoteurs et roues sustentatrices, grillages et écrans protecteurs, contre l’action du vent, etc., etc.).
- Son fonctionnement simultané avec la soufflerie n” 1 rend possibles toutes les expérimentations secondaires et les manipulations d’études qui encombreraient onéreusement la soufflerie n" 1.
- 3° Soufflerie n° S (dite soufflerie de tarage) :
- ^ Vitesse maximum .... 100 m : sec.
- Caractéristiques ’ Diamètre ................ 0 m. 30 ou 0 m. 40
- I Puissance .............. 30 CV.
- Cette soufflerie est principalement utilisée pour les tarages anémométriques aux grandes vitesses et secondairement pour des essais divers (radiateurs, trompes, tuyères, etc.).
- 4“ Soufflerie n’ i (dite soufflerie à fumées) :
- . Vitesse maximum ........ 20 m : sec.
- Caractéristiques J Dimensions .............. 0 m. 50 x 0 m. 14
- ‘ Puissance .............. 75 CV.
- Cette soufflerie comporte un courant plan à section rectangulaire, avec émission continue ou discontinue de fumées colorées permettant la visualisation et l’enregistrement cinématographique éventuel des écoulements aérodynamiques autour d’obstacles cylindriques.
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- Elle convient plus particulièrement à l’enseignement et doit permettre à des étudiants déjà confirmés dans la technique expérimentale, de procéder à des recherches dans un domaine peu exploré à ce jour, surtout aux vitesses supérieures à 10 m : sec.
- Les fumées émises sont évacuées à l’extérieur, ce qui supprime les inconvénients notables que comporte fréquemment ce genre d’expérimentation.
- 5° Soufflerie hypersonique d’étude. — Cette soufflerie comporte un aspirateur-compresseur Brown-Boveri de 30 CV pouvant produire par aspiration un courant d’air sous pression raréfiée (1/2 atmosphère), à une vitesse de l’ordre de 350 m : sec., dans une canalisation de 40 à 50 millimètres de diamètre.
- Cette installation a permis l’étude anémométrique de ces écoulements et l’étude d’un projet de soufflerie hypersonique de plus grandes dimensions.
- - Elle constitue, au point de vue enseignement technique, une ressource inappréciable pour l’étude des caractéristiques aérodynamiques aux vitesses voisines de la vitesse du son.
- La disponibilité d'un turbo-aspirateur Rateau, d’une puissance de 120 CV, permettra l’extension éventuelle des recherches dans ce domaine.
- Remarque. — Occasionnellement, diverses souffleries aérodynamiques peuvent être équipées en utilisant des ventilateurs divers. C’est ainsi que le Laboratoire de Saint-Cyr a effectué des mesures concernant la ventilation de locaux scolaires et la ventilation des moteurs électriques.
- 6° Soufflerie et banc d’essai d’aéromoteurs. — La soufflerie est constituée par la veine fluide refoulée à la section de sortie du diffuseur de la soufflerie n° 1. On dispose en ce lieu d’une vitesse max. de 10 m : sec. avec un diamètre de 4 m. 50 m : sec.
- Le banc d’essai pour aéromoteurs (du type hélice, jusqu'à 2 m. 50 de diamètre) est constitué par un aménagement spécial du chariot aérodynamique utilisé antérieurement pour les essais d’hélices propulsives. (Banc d'essai mobile permettant le montage en dehors de la veine fluide).
- On peut également utiliser ce courant d’air pour des essais variés, à vitesse modérée, sur des obstacles tels que planeurs, disques signalisateurs pour voie ferrée, aéromoteurs-turbines, hélicoptères, autogyres, etc., etc.
- Chariot aérodynamique. — Le chariot aérodynamique comporte une plate-forme automotrice (moteur électrique de 120 CV) équipée avec une balance aérodynamique à parallélogrammes
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- articulés se déplaçant sur une voie rectiligne de 1.300 mètres de longueur. La vitesse maximum possible est de 20 m : sec.
- Cette vitesse de translation (qui correspondait à la vitesse de vol des avions de 1910-1912) convient encore aujourd’hui pour l’étude quantitative et qualitative des caractéristiques aérodynamiques de machines volantes nouvelles tels que les hélicoptères,
- Chariot aérodynamique.
- Expérimentation d’un avion muni d’un rotor.
- les autogyres, les machines à ailes battantes, etc. Elle convient aussi pour l’étude des ailes et des hélices sustentatrices aux grands angles, à proximité du sol (période d’envol ou d’atterrissage).
- Au point de vue scientifique, une liaison entre des expériences en soufflerie sur modèle réduit et des expériences au chariot sur modèle agrandi présente toujours un intérêt indéniable.
- Le chariot aérodynamique reste donc, à l’heure actuelle, un banc d’essai de toute sécurité pour l’étude des machines volantes nouvelles et pour l’étude du vol aux vitesses modérées à proximité du sol.
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- Manège hydrodynamique, lissai aux vagues d'une vedette rapidi
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- Essais ex vol. — Une section d’essai sur avions en vol existait à l’Institut de Saint-Cvr avant la guerre. Elle peut être reconstituée à volonté et apporterait une contribution appréciable aux travaux du Laboratoire.
- II. — Outillage pour l’hydrodynamique expérimentale
- Cuve et soufflerie hydrodynamiques. — La visualisation et l’enregistrement cinématographique des lignes de courant d’un écoulement plan hydrodynamique constituent des documents pédagogiques de premier ordre. Ces documents sont obtenus quotidiennement dans la cuve hydrodynamique « Toussaint Cara-foli » et sont fréquemment utilisés au point de vue technique pur.
- Un perfectionnement récent permet de compléter cette documentation qualitative par la mesure quantitative de la distribution des vitesses le long d’une ligne de courant.
- Des recherches analogues peuvent être poursuivies dans une soufflerie hydrodynamique existante, avec une extension possible aux écoulements à trois dimensions.
- Au point de vue enseignement aéronautique, ce domaine du Laboratoire de Saint-Cyr constitue une ressource inépuisable. L’étudiant non initié, de même que l’expérimentateur averti, y combleront les lacunes de l’enseignement théorique et de l’expérimentation globale, l’un et l’autre insuffisants pour la conception et la visualisation des écoulement fluides réels.
- Manège hydrodynamique.
- Caractéristiques s
- Vitesse maximum : 20 m : sec.
- Circonférence moyenne : 85 mètres.
- Section du canal : demi-ellipse de 8 mètres de largeur et de 3 mètres de profondeur.
- Le manège hydrodynamique est constitué par un aménagement récent du manège aérodynamique de 1912. On a creusé dans le sol du manège un canal circulaire à section semi-elliptique; le bras tournant remorque à la surface de l’eau contenue dans ce canal, des modèles de coques de flotteurs ou de bateaux en hydroplanage.
- Les dispositifs dynamométriques, spécialement et longuement étudiés, permettent la mesure simultanée des réactions hydrodynamiques durant l’hvdroplanage (résistance et couple de tangage à attitude bridée et déjaugeage libre, résistance à attitude et déjaugeage libres).
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- L’intérêt de cet outillage expérimental réside en la possibilité de réaliser des vitesses de remorquage relativement élevées, ce qui permet l’expérimentation sur des modèles réduits à une échelle relativement grande. La souplesse d’utilisation est également notable; elle permet l’essai à vitesse variable (décollage hydroplané en moins d’un tour) aussi bien que l’essai à vitesse constante (parcours hydroplané en eau calme), aussi bien que l’essai en eau perturbée (essai de tenue à la houle), etc.
- Au point de vue scientifique, le manège hydrodynamique doit permettre des recherches méthodiques sur les lois de similitude concernant l’hydroplanage, des mesures nouvelles concernant la résistance hydrodynamique des corps immergés, des études expérimentales concernant les hélices marines, etc.
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- LEÇON D’OUVERTURE DU COURS DE MÉCANIQUE par M. A. Métral
- (4 novembre 1932)
- Monsieur le Directeur,
- Messieurs les Professeurs et Chers Collègues.
- En prenant, ce soir, possession de la Chaire de Mécanique du Conservatoire national des Arts et Métiers, je voudrais que mes premières paroles vous expriment ma gratitude. Il ne s’agit point pour moi de prononcer des phrases conventionnelles, mais de vous dire en toute simplicité, avec sincérité et émotion, le prix que j’attache à votre choix.
- Je sens, en effet, pleinement, Messieurs, la grandeur de l’héritage que vos Conseils m’ont transmis; je les remercie d’autant plus de la confiance qu’ils m’ont si généreusement et si spontanément témoignée. Je remercie toutes les éminentes personnalités du corps professoral du Conservatoire, de ses Conseils, de l’Académie des Sciences, qui, dans la pleine indépendance de leur esprit, ont bien voulu me donner leur investiture. Toutes auront enrichi ma mémoire de précieux souvenirs, pleins d’encouragement et de sereine philosophie.
- Permettez-moi d’adresser un hommage particulier de reconnaissance et d’affection à celui dont je m’honore d’être l’élève, mon illustre maître, M. le Président Paixlevé.
- Je prie respectueusement Monsieur le Directeur général de l’Enseignement technique de bien vouloir être mon interprète auprès de Monsieur le Ministre de l’Education nationale et de Monsieur le Sous-Secrétaire d’Etat à l’Enseignement technique, et de les remercier encore en mon nom, d’avoir sanctionné, de leur haute autorité les désignations des Conseils de cet établissement auxquels tous deux portent un si grand et si légitime intérêt.
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- Mesdames, Messieurs,
- La chaire de Mécanique du Conservatoire des Arts et Métiers est tout à la fois l’une des plus anciennes et l’une des plus récentes chaires de cet établissement. Un peu d’histoire intérieure vous expliquera cet apparent paradoxe.
- Lorsque fut créé, le 19 vendémiaire, an III, le Conservatoire national des Arts et Métiers, il était dans les intentions de son ardent et modeste fondateur, l’abbé Grégoire, que cet Etablissement fût non seulement, selon les termes mêmes du décret, < un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres, dans tous les genres d’arts et métiers », mais aussi une maison où l’on expliquerait « la construction et l’emploi des outils et machines utiles aux Arts et Métiers ». Cette seconde partie de la conception du génial évêque constitutionnel de Blois, ne devait être réalisée, et pendant sa disgrâce, que par les Ordonnances des 26 novembre et 15 décembre 1819 qui, à l’instigation du baron Dupin, faisaient du Conservatoire une école supérieure d’application des connais-sances scientifiques au commerce et à l’industrie. Trois chaires étaient créées : Mécanique, Chimie appliquée. Economie industrielle.
- J’ai dit chaire de Mécanique. A la vérité, elle portait le nom de Géométrie et Mécanique appliquée aux Arts, mais son objet principal était la Mécanique et tout particulièrement ce que l’on désignait alors, sous le nom de Mécanique géométrique, c’est-à-dire la construction et la disposition des machines, la théorie des transmissions et transformations des mouvements, enfin les dispositions relatives aux métiers, métiers à filer, à tisser, etc. Le professeur, le célèbre Dupin, donnait d’ailleurs à son enseignement un caractère de vulgarisation élevée plutôt que de science.
- Mais, dès 1839, on reconnut la nécessité de diviser cet enseignement et deux autres chaires étaient créées, celle de Géométrie descriptive et celle de Mécanique appliquée aux Arts. Dupin gardait la chaire de Géométrie.
- La chaire de Mécanique appliquée aux Arts, devenue chaire de Machines qu’illustrèrent Morin, Tresca, Hirsch et M. l’Inspecteur général des mines Sauvage, avant mon éminent collègue. M. le Professeur Monteil, garda depuis l’origine son caractère de chaire de Machines au sens où nous le comprenons aujourd’hui.
- Par contre, la chaire de Géométrie descriptive, dont l’objet était l’étude des divers emplois du dessin mathématique, tant pour la représentation pure que pour la résolution des problèmes qui se posaient à l’ingénieur ou à l’architecte, comprenait, avec la stéréotomie et la charpente, la statique graphique, alors que la
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- Géométrie appliquée aux Arts joignait à la Topographie, l’Astronomie et la Cinématique.
- Ainsi donc, trois chaires se partageaient la Mécanique : celle de Géométrie gardait la Cinématique, celle de Descriptive la Statique, enfin celle des Machines la Dynamique, mais une dynamique expérimentale qui, sans exclure les principes généraux, se contentait de les appliquer et non de les exposer.
- Il nous parait évident, à l’heure actuelle, Messieurs, que ces deux cours de Géométrie manquaient, l’un et l’autre d’unité dans leur programme. Nous verrons bientôt que ces hésitations dans la classification des matières à traiter, proviennent encore plus de l’évolution môme de la mécanique que de questions d’ordre pédagogique.
- Lorsqu’en 1907, à la suite de la mort du successeur de Dupin, le colonel Laussedat, dont le nom reste attaché à la métrophoto-graphie qui prend de nos jours une si grande importance, la chaire de Géométrie appliquée aux Arts se trouva vacante, deux questions se posèrent : la première concernait le maintien de son titre, solution qui prévalut jusqu’à l’après-guerre où très justement elle devint, avec M. le Professeur R. Bricard, chaire de Mathématiques en vue des applications; la seconde question était relative au maintien du programme. Sous l’influence d’une commission dont faisaient partie Bourlet, Magne, Pillet et M. Sauvage, le programme fut judicieusement modifié ainsi que celui de la chaire de Géométrie descriptive qui devint chaire de Mécanique par décret du 10 septembre 1907. Désormais, Cinématique, Statique et Dynamique étaient groupées dans un même enseignement.
- Ainsi la chaire de Mécanique de 1907, réunissait les matières que n’avait jamais traitées que superficiellement son ancêtre de 1819. Et puisqu’en 1907, notre chaire s’est trouvée hériter en fait de trois chaires, les diverses parties d’un même tout, je ne puis m’empêcher de penser que, si, administrativement, je suis le successeur des Olivier, Maillard de la Goumerie, Rouché, Bourlet, Boulanger et Koenigs, j’ai cependant recueilli aussi un peu de l’héritage de Morin et de Laussedat.
- Le souvenir de ces grands noms nous montre clairement. Messieurs, l’orientation de cette chaire : on ne saurait la concevoir autrement qu’en tant que chaire de Mécanique appliquée : Pasteur n’a-t-il d’ailleurs pas écrit : « Il n’v a pas une Science pure et une Science appliquée : il y a la Science et ses applications liées entre elles comme l’arbre et son fruit. »
- Et si je n’avais point en moi cette même conviction profonde, elle me serait imposée par l’exemple de mon savant et vénéré
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- prédécesseur, le Professeur Gabriel Koenigs. Lorsqu’au lendemain de sa sortie de l’Ecole Normale Supérieure, Koenigs, après avoir été choisi comme agrégé préparateur à l’Ecole, est nommé en 1883. Professeur de Mécanique à la Faculté des Sciences de Besançon, il révèle aussitôt les brillantes qualités de son esprit géométrique aux vues profondes et l’étonnante imagination d’inventeur et de réalisateur pratique, qui n’ont cessé d’être les caractéristiques de son œuvre. En pleine possession des finesses de la géométrie infinitésimale et de la géométrie supérieure, digne successeur de ses maîtres, Tannery et Darboux, Koenigs savait plier la matière elle-même à l’élégance de ses démonstrations théoriques. Dès 1885, à Besançon, en même temps qu’il se livre à de belles recherches théoriques sur des généralisations de propriétés énoncées par Guldin, il réalise son planigraphe, système articulé gauche, qui, appliquant un théorème de Darboux, permet de décrire une zone plane. Nommé à Toulouse, professeur d*Analyse pendant l’année scolaire 1885-1886, il revient à Paris en 1886 pour y professer jusqu'à sa mort la Mécanique analytique et la Mécanique physique et expérimentale, au Collège de France, à la Faculté des Sciences, puis au Conservatoire des Arts et Métiers. Gabriel Koenigs, depuis cette époque, partage son activité entre la Géométrie, la Mécanique théorique et la Mécanique appliquée. Il imagine et construit l’herpolhodographe (que l’on peut voir au Musée du Conservatoire) et qui représente mécaniquement le mouvement à la Poinsot, le compas homographique réalisant par articulation l’homographie plane générale, le joint dit de Koenigs, analogue au joint Clemens ou au manchon Goubet. C’est au début du siècle qu’entraîné par son goût géométrique, à approfondir les méthodes de la cinématique, Koenigs va écrire son « Introduction à une théorie nouvelle des mécanismes » où il développe avec une rare précision les notions essentielles de sa doctrine. Pour lui, un mécanisme est une combinaison de corps résistants soumis à des liaisons mutuelles ce qui l’amène aussitôt aux notions de mouvements conservatifs, compatibles avec l’état des liaisons, et de mouvements dissociatifs qui rompent les liaisons, mouvements qui interviennent dans les embrayages, enclenchements, verrouillages, etc. Son ouvrage restera, à l’égal de ceux de Reuleaux, l’une des bases solides de la cinématique moderne.
- Dans l'œuvre de Koenigs, une partie réalisatrice manifeste particulièrement ses qualités maîtresses d’ingéniosité et de précision. Je veux parler de l’organisation de son Laboratoire de mécanique physique de la Faculté des Sciences qu’il entreprit dès 1897. Installé d’abord au second étage de la Sorbonne, doublé bientôt d’une salle du rez-de-chaussée, il dut battre en retraite
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- sous les plaintes que faisaient naître dans ce sanctuaire des sciences silencieuses et des belles-lettres, le bruit de ses moteurs thermiques. 11 émigrait alors boulevard Raspail et pouvait, à la veille de la grande tourmente, inaugurer en mars 1914 une installation qui rendit de grands services à la défense nationale, fabriquant en série les engins les plus variés pour diverses administrations militaires. Ainsi le lauréat de l’Académie des Sciences de 1888, 1892, 1893, 1901, apportait l’éclatante démonstration de l’union de la science pure à la technique industrielle. Et l’on peut seulement regretter, pour les progrès de cette science et de cette technique, que Koenigs n’ait point trouvé, à son arrivée au Conservatoire, et n’ait pu organiser pendant son professorat, à l’exemple de ce qu’il avait créé en Sorbonne, le Laboratoire de Mécanique digne de cette maison des applications de la Science aux Arts et Métiers.
- Un tel exemple d’unité dans la vie scientifique, d’un mécanicien également soucieux des recherches théoriques et de leurs applications aux problèmes industriels de l’époque, sera pour moi, Messieurs, le meilleur guide pour essayer très modestement de continuer ici, dans le même esprit, l’œuvre pédagogique de mon éminent et regretté prédécesseur, dont la disparition a privé notre pays, non seulement d’un de ses plus brillants, mais de ses plus utiles savants.
- Vous avez certainement été frappés, Messieurs, de la date récente de la création de la chaire de Mécanique : 1907 — 25 ans. La Mécanique n’existe-t-elle donc que depuis un quart de siècle, ou plus exactement ne conduit-elle à des applications que depuis cette époque ? La question vaut que l’on s’y attarde, et c’est de l’histoire de la Mécanique que je voudrais vous entretenir ce soir. Je veux espérer parvenir ainsi à fixer devant vous les idées directrices qui inspireront mon enseignement.
- Etymologiquement la mécanique, du grec psgon), machine, est la science des machines. En fait, elle a pour objet l’étude des lois du mouvement des corps et par là même la détermination des causes de ce mouvement, c’est-à-dire les relations du mouvement avec les forces qui le produisent : elle comprend évidemment la connaissance des conditions de l’équilibre des corps, c’est-à-dire de leur repos en présence de plusieurs causes de mouvement.
- Si, curieux de connaître la part de la mécanique dans l’évolution des connaissances humaines, on recherche l’ordre chronolo*
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- gique de ses acquisitions, on est aussitôt frappé par le développement tardif, mais extrêmement rapide de cette science. Buffon, traducteur de La théorie des fluxions (1) de Newton, a pu écrire avec raison au milieu du xvm* siècle : « La mécanique rationnelle est une science née. pour ainsi dire, de nos jours. » Vous aurez, Messieurs, une confirmation éclatante de cette opinion du grand naturaliste en évoquant la diligence de nos grands-pères. Depuis que le monde était monde et jusqu’en 1820 (2), l’homme n’avait jamais pu franchir, lors de ses déplacements, la limite de vitesse que lui imposait la traction hippomobile. Ainsi, pendant des milliers d’années, alors que se développaient, dans des proportions considérables, ses besoins d’échanges commerciaux ou intellectuels, l’humanité subissait, dans le domaine des transports, un curieux état de contrainte et de stagnation.
- Puis, brusquement, en un siècle apparaissent successivement le chemin de fer, l’automobile, l’avion. Quoi de plus prodigieux que cette extension subite et désormais croissante du domaine des vitesses utilisables ! Curiosité en 1900, les cent kilomètres à l’heure sont aujourd’hui banalité. Les 650 kilomètres dans l’heure de l’avion de course d’aujourd’hui disparaîtront demain devant les mille kilomètres de l’avion commercial stratosphérique.
- Et s’il est déjà admirable d’enregistrer un tel développement, n’est-il pas aussi profondément troublant de constater la facilité avec laquelle nos esprits l’acceptent ? Cette facilité provient précisément des progrès considérables qu’ont introduits dans l’étude des sciences en général, les acquisitions fondamentales, mais récentes de la mécanique.
- Si la mécanique a joué, dans le développement scientifique, un tel rôle, c’est en vertu de son caractère particulier qui la place aux confins des sciences exactes et des sciences physiques.
- Les sciences exactes, d’un caractère abstrait, peuvent être entièrement isolées du domaine de l’expérience. Certes, à l’origine, elles ont dû faire appel nécessairement à l’observation du monde extérieur. La géométrie, par exemple, qui selon le Professeur Painlevé, est « l'ossature de notre conception de l’univers >, dérive, en effet, de nos contacts quotidiens avec l’univers sensible. A la base de sa géométrie, Euclide traduit en postulat le résultat de constatations expérimentales. Mais après le postulat et depuis Euclide, plus n’est besoin, en géométrie, d’expériences.
- (1) Fluxions est synonyme de dérivées.
- (2) Signalons que c’est en 1769 que le Français Cugnot réalisa son chariot,
- mis en mouvement par une machine à vapeur, appareil qui figure dans les collections du Musée. *
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- Les sciences physiques, au contraire, n’ont acquis et ne poursuivent leur développement qu’à la faveur d’expériences constamment renouvelées et d’appareillages de plus en plus précis.
- La mécanique, elle, relève des deux disciplines. Sa doctrine n’a pu se former qu’à la faveur des méditations philosophiques sur les phénomènes naturels et se développer que grâce à un va-et-vient constant de l’esprit entre l’abstraction idéologique et le réalisme concret.
- Les premières notions de mécanique furent naturellement instinctives. On peut admettre que les hommes jugèrent instinctivement de la grandeur relative de deux forces de par la grandeur relative de leurs effets. Mais les premiers essais de théorie témoignent de la difficulté que devait présenter la découverte des principes. Que d’erreurs ou d’explications pour le moins fantaisistes dans les deux ouvrages d’Aristote, ses Questions mécaniques et sa Physique. Les principes fondamentaux de la mécanique, les notions de force, de masse, d’inertie, par exemple, résultent, comme nous allons le voir, d'une longue suite de réflexions philosophiques et de constructions logiques de l’esprit ; actuellement accessibles, sinon évidentes du fait de notre formation intellectuelle présente, elles ont cependant nécessité des siècles de méditation.
- La première mécanique, celle des scholastiques, fut essentiellement et exclusivement qualitative et descriptive. Mais dès l’origine, elle ne put satisfaire les esprits curieux de déterminer les conditions dans lesquelles le monde qu’ils percevaient était parvenu à son état actuel. Tous les chercheurs se posaient le problème cosmogonique, le problème ontologique. De leurs querelles doctrinales, dont retentirent non seulement l’antiquité, mais le Moyen Age, sont sortis les premiers principes, les premiers concepts. L’histoire du dynamisme, d’Aristote à Leibniz et Spencer, se confond avec l’élaboration du concept de force. Aux mécanistes ou atomistes, nous devons les premières notions de causalité : Démocrite, philosophe rationaliste, ne professe-t-il point que « tout a lieu nécessairement et par l’effet d’une cause ». Epicure introduit dans la science la notion du hasard et sa fameuse < déclinaison » ou « clinamen » qui, pour lui, manifeste la liberté des corps.
- C’est de cet ensemble de conceptions, lentement acquises, violemment controversées et jointes à la considération synthétique de phénomènes naturels, souvent profondément dissemblables, qu’il appartenait à de grands penseurs de dégager les notions essentielles et les principes de base de la mécanique. Dès l’origine, d’ailleurs, l’abstraction s’impose : qu’est-ce donc qu’une force, sinon une entité, une pure conception de l’esprit ? Qu’est-ce que
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- l’inertie, sinon encore une création de l’esprit, un véritable être de raison, traduction hypothétique d’une relation de cause à effet entre la force et le mouvement. Or, en disant de la mécanique qu’elle est la science du mouvement et de ses causes, nous entendons justement par causes le jeu des forces; mais il ne faudrait pas croire que nous tiendrons ainsi au bout de nos études, l’explication des causes premières; nous aurons seulement, par un effort synthétique, certes considérable, donné à notre conception de l’univers, un cadre rationnel.
- Cette difficulté de la découverte des principes fondamentaux expliquerait à elle seule que la mécanique soit restée si longtemps en sommeil. Deux autres éléments intervinrent cependant qui aggravèrent cette léthargie; le premier est d’ordre spirituel, le second d’ordre matériel.
- La querelle philosophique du dynamisme et de l’atomisme devait, en effet, conduire aussitôt aux querelles théologiques : les deux doctrines qui aboutissaient à la cause première, reconnaissaient que la raison ne saurait l’atteindre dans son existence. Théisme et athéisme intervenaient aussitôt dans la controverse, selon que cette cause première était ou non qualifiée « Dieu », ce Dieu qui, pour Spinoza, est à la fois matière, esprit, temps et espace. La métaphysique en arriva bientôt à faire oublier la mécanique. Or, la supériorité intellectuelle certaine des maîtres en théologie de l’époque, conséquence logique de l’organisation méthodique des grandes abbayes, et des richesses scientifiques de leurs bibliothèques, permit à la chrétienté d’édifier un corps de doctrine où métaphysique et mécanique étaient curieusement, mais très habilement liées. Le prestige spirituel de Rome, joint à sa puissance temporelle, permit d’imposer au monde chrétien, ce qu’on pourrait appeler un véritable dogme scientifique. Nous nous étonnons encore aujourd'hui de la timidité d’un Copernic, osant à peine, bien que scientifiquement convaincu, non pas affirmer, mais seulement avancer que la Terre n’est pas le centre du Monde. Nous nous indignons des souffrances de Galilée incarcéré à soixante-dix ans, jugé comme hérétique, et obligé non seulement de renoncer à proclamer la vérité, mais à nier même publiquement, pour conserver la vie, cette vérité qui s’impose à sa conscience et à sa pensée; état de conscience que traduit admirablement la célèbre phrase : « E puor si raove », « Et pourtant elle se meut ! » Rappelons ces phrases du réquisitoire du cardinal Bellarmin :
- « Soutenir que le soleil est placé immobile au centre du monde est une opinion absurde, fausse en philosophie et formellement hérétique. Soutenir que la terre n’est point placée au centre du Monde, qu’elle n’est point immobile, et qu’elle a même un mouve-
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- ment de rotation, est aussi une proposition absurde, fausse en philosophie et non moins erronée dans la foi. » Mais si Rome a pu ce jour-là retarder la marche victorieuse de la Science, il faut lui rendre cette justice qu’une fois l'erreur reconnue, elle s’efforça depuis de collaborer au développement de la Science, convaincue qu'une science forte et une théologie saine ne sont pas incompatibles par définition.
- La seconde cause retardatrice du développement de la Mécanique est essentiellement matérielle : elle provient de l’objet même de la Mécanique; le caractère fondamental de cette science est, en effet, de mesurer les phénomènes du mouvement, de traduire en nombres ces mouvements. Or, le plus simple des faits de la nature où intervient le mouvement est inobservable en toute rigueur et se refuse à toute étude analytique : il comporte une infinité d’éléments, de paramètres, dirons-nous. Le véritable but de la mécanique c’est de conserver de ces paramètres ceux dont l’influence est prépondérante, de substituer ainsi à la solution vraie une solution théoriquement rigoureuse, et pratiquement approchée dans une mesure que l’on puisse apprécier. La mécanique devait donc végéter tant qu’elle ne pouvait enregistrer et surtout analyser le mouvement.
- Ainsi, nous apercevons les raisons profondes du lent développement de la mécanique jusqu'au Moyen Age. Suivons maintenant les phases de la croissance. Et, tout d'abord, où la mécanique pouvait-elle trouver les éléments de base indispensables à l’étude du mouvement ? L’observation devait être simple, facilement renouvelable, apparemment indépendante des circonstances humaines : tout conduisait donc i l’observation méthodique de phénomènes naturels périodiques, c’est-à-dire à l’observation des phénomènes célestes; et c'est ainsi que les premiers mécaniciens furent astronomes. 11 faut remarquer d’ailleurs que les éléments de métrologie indispensables, la notion de relativité des grandeurs, les considérations relatives au choix des étalons, à leur invariabilité, sont très anciennes. Deux mille ans avant notre ère, les Chinois savaient diviser les degrés, les poids, les mesures linéaires et le temps en parties décimales. L’empereur Tschu-Kong, onze cents ans avant Jésus-Christ, détermina, pour l’obliquité de l’écliptique, 23*54', valeur trop forte seulement de 3 minutes d’arc. On peut, d’autre part, considérer que sept siècles avant notre ère, l’on possédait un mode de mesure exacte du temps. Ainsi, les Grecs avaient-ils la possibilité de se livrer à des calculs, de déduire de leurs mesures les distances et les vitesses des corps célestes. C’est à cette époque (250 ans av. Jésus-Christ) qu’Eratos-thène donne pour valeur de l’angle d’écliptique 23*51'20"; bientôt après, Hipparque, puis Ptolémée fixent l’année tropique
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- à 365 jours 5 heures 48 minutes 49 secondes, au lieu de 365 jours 5 heures 48 minutes 46 secondes.
- Parmi ces astronomes, un génie immortel, un de ces hommes auxquels il appartient de tracer, pour de longs siècles, la route à l’humanité avide de savoir, Archimède invente la statique; c'est bien là, en effet, une invention, la première codification logique de principes de mécanique : son œuvre est étonnamment compréhensive : elle touche à tous les domaines : mécanique théorique, avec la condition d'équilibre du levier, le fameux principe d’hydrostatique qui porte son nom, la définition des centres de gravité : analyse, puisqu’il jette les bases du calcul intégral en s’essayant au calcul du centre de gravité du segment de parabole : mécanique appliquée, avec sa vis à épuisement, sa vis sans fin et ses mouffles. On reste évidemment confondu devant la puissance de création d’un tel esprit. Et si Archimède s’est borné à la statique, c'est que celle-ci est avant tout géométrique et n'avait pas besoin pour naître, de la technique expérimentale et mathématique déjà très savante de la dynamique.
- Alors s’étend de Ptolémée à la Renaissance, cette période de sommeil profond auquel nous faisions tout à l’heure allusion. Certains veulent la justifier par l’incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie, qui, en 640, détruisit presque tous les travaux et renseignements astronomiques de l’époque. Peut-être, encore qu’Archimède n’ait certainement point eu besoin, pour ses découvertes, de la Bibliothèque d’Alexandrie! Mais, passé le stade de la statique, la Mécanique devait rechercher les causes des mouvements et les lois suivant lesquelles ces causes les engendrent. De la connaissance de ces lois et des conditions initiales, il lui fallait déduire l’avenir. Les concepts de force, l’énoncé précis du principe de causalité lui étaient donc indispensables tout autant que l’observation astronomique exacte.
- Ce fut en Italie que sonna le réveil intellectuel avec Nicolas Copernic, fils d’un paysan de Thorn et élève de l’Université de Bologne. L'année de sa mort, en 1543, parait son ouvrage fondamental dans lequel on peut lire : « Nous ne rougirons pas de déclarer que l’orbite de la Lune et le centre de la Terre, tournent en un an autour du Soleil dans cette grande orbite dont le Soleil est le centre. Le Soleil sera immobile et toutes les apparences seront expliquées par le mouvement de la Terre. »
- Copernic, le premier, caractérisait ainsi le mouvement absolu et le mouvement relatif. En déduisant le principe de l’inertie de la notion de mouvement absolu, Copernic se classait d’emblée en maître de la mécanique moderne. Il précisait, de plus, pour la première fois, que les conditions initiales indispensables à connaître
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- pour prédire l’avenir d’un système matériel étaient formées de l’ensemble des positions et des vitesses de ses éléments, proposition capitale, que chacun de nous, ingénieur ou théoricien utilise à chaque instant.
- C’est en réalité cette adjonction de la connaissance des vitesses initiales à celle des positions initiales des éléments, jusqu’alors déclarée suffisante par les scholastiques, qui sépara irrémédiablement ces derniers des Coperniciens. Remarquons, en effet, que le même raisonnement qui conduit les scholastiques à affirmer qu’un élément animé d’un certain mouvement, puis soustrait à toute action extérieure, s’immobilise aussitôt, amène, au contraire, les Coperniciens à professer qu’il conserve indéfiniment sa vitesse. L’expérience donnait raison à Copernic.
- Il serait donc inexact de proclamer avec Reuleaux, par exemple, que la mécanique a pris naissance avec Galilée laissant tomber des balles de plomb du haut de la tour de Pise, ou regardant osciller une lampe dans la cathédrale de Florence. Le mérite de Galilée, ce fut, après avoir déduit la notion d’accélération de ses expériences sur la chute des corps et le plan incliné (dont la théorie correcte avait été donnée en 1585 par Stevin, mathématicien du prince d’Orange et ingénieur des digues de Hollande), de préciser le principe de l’inertie et celui de la composition des forces : Galilée s’exprimait ainsi : « Quand un atome n'est pas en repos ou en mouvement rectiligne et uniforme, il est sollicité par une force. » On voit d’ailleurs que, dans cet énoncé du principe de l’inertie, il s’agit presque plus d’une définition que d’un principe. Le second principe était énoncé par Galilée : « Les effets des forces et de la vitesse acquise par un point matériel en mouvement s'ajoutent géométriquement à tout instant. »
- C’est, d’autre part, à son école que prit naissance, au début du xvir siècle, la science de l’observation de la nature. Torricelli, à Florence, découvre, en 1642, devant son vieux maître, que l’air est pesant. Enfin Pascal, en 1648, dans son expérience décisive du Puy-de-Dôme, consacre le triomphe de la mécanique nouvelle.
- Il manque cependant encore à la nouvelle science beaucoup d’éléments fondamentaux : action et réaction, forces vives, loi d'action à distance qui permettra l’énoncé correct et définitif du principe de causalité, etc., mais la période léthargique est heureusement terminée. Le flambeau illumine indistinctement toutes les nations.
- C’est d’abord le Hollandais Huyghens qui, s’attaquant à la dynamique des corps solides, jusque-là ignorée, résout le problème du pendule composé, c’est-à-dire le problème du mouvement d’un solide autour d’un axe fixe. Le principe de l’action et de la réaction
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- et celui des forces vives, s’ils ne sont pas énoncés explicitement, sont cependant en puissance dans ses travaux. De plus, dans un remarquable mémoire, Huyghens jette les bases de la théorie des équations intrinsèques du mouvement en établissant la distinction entre les effets des composantes tangentielle et normale des forces. Il devait enfin établir la théorie du choc des corps élastiques.
- Il appartenait à Newton, fils de la Grande-Bretagne, naissant l’année de la mort de Galilée en 1642, de fixer l’énoncé définitif du principe de l’action et de la réaction, de préciser encore la notion d’inertie; sur ce dernier sujet Newton écrit : « La force qui réside dans la matière est le pouvoir qu’elle a de résister; le corps exerce cette force toutes les fois qu’il s’agit de changer son état actuel de mouvement et on peut alors la considérer sous deux aspects différents : ou comme résistante en tant que le corps s’oppose à la force qui tend à lui faire changer d’état, ou comme impulsive en tant que le même corps fait effort pour changer l’état de l’obstacle qui lui résiste. Ainsi on peut donner à la force qui réside dans les corps le nom très expressif de force d’inertie.
- Appliquant ces principes aux lois géométriques que Kepler, élève de Tycho-Brahé, avait énoncées un demi-siècle auparavant, Newton, en 1686, découvrait la loi de la gravitation universelle. Mais il est juste d’observer que l’on trouve dans les écrits de Képler ces phrases qui contiennent en germe la gravitation : « Tout corps est propre à rester en repos s’il est hors de la sphère de vertu d’un autre corps > et « la gravité est réciproque entre deux corps de même espèce». La loi du carré de la distance avait d’ailleurs été formulée, mais non établie par Pvthagore, Copernic, Tycho-Brahé, Képler et Hooke.
- Nous avons dit précédemment, Messieurs, que l’évolution de la Mécanique se caractérisait par un va-et-vient permanent entre l’abstrait et le concret. La découverte de la loi de la gravitation universelle en est un magistral exemple. Lorsque, dès 1666, les méditations de Newton le conduisirent à l’hypothèse de la gravitation, son premier souci fut d’en rechercher une vérification. Il envisagea le problème du mouvement du système Terre-Lune, celle-ci satellite de celle-là; il lui fallait alors faire intervenir dans ses calculs numériques, la valeur du rayon terrestre. Celle dont il disposait à l’époque était de plus de 16 pour 100 inférieure à la réalité. La vérification échoua; ce ne fut que vingt ans après que, mis en possession, grâce aux mesures géodésiques du savant français Picard, d’une valeur très approchée du rayon terrestre, Newton reprenant ses calculs, vérifiait son hypothèse et donnait à la Science ce nouvel instrument de découverte que devait être la
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- loi de la gravitation universelle. Exemple probant de l’union de 1 l’abstraction mathématique et de l’expérimentation physique.
- La mécanique est désormais au rang d’une grande science. 1 Issue de concepts généraux, elle va bientôt se modifier dans ses
- développements. On va découvrir à nouveau la statique, mais comme application de la dynamique. C’est avec les frères Ber-nouilli que s’introduisent alors en mécanique les méthodes de j l'analyse mathématique. Elles vont se préciser avec d’Alembert
- j dont le fameux principe, énoncé en 1743, va ramener, par un
- curieux retour, tout problème de dynamique à un problème de statique. Puis ce sera l’immortel Lagrange, fondant, avec son traité de 1811, la mécanique analytique. C’est à lui et à ses disciples qu’est due cette science d’une pureté admirable, où l’analyse s’allie à la géométrie. Engendrée par la collaboration de l’abstraction et de la vérification expérimentale, la mécanique,
- . science désormais abstraite, gardera le caractère essentiel d’être
- aussitôt applicable à tout phénomène naturel. Dans aucune autre science, les résultats de la logique pure ne sont plus précieux et plus utiles pour les applications. Devenue la plus parfaite des sciences expérimentales, la mécanique va se révéler la plus utile des sciences mathématiques appliquées, tant il est vrai que les conceptions de l’esprit sur lesquelles elle se base fournissent de la réalité de la nature une remarquable approximation. Employant le langage de l’analyse, on peut dire que les lois des phénomènes naturels étant justiciables d’une série très rapidement convergente, la mécanique de Copernic-Galilée-Newton-Lagrange fournit l’ensemble des termes principaux. Dès lors, les mécaniques nouvelles, celles d’Einstein, de Dirac, de Louis de Broglie, apparaissent comme les termes suivants de cette série, négligeables pour la pratique, mais d’un intérêt considérable pour les théories physiques et métaphysiques. Pénétrons-nous donc bien de cette idée que la mécanique, résultat de siècles de travaux, de méditations et de réalisations, ne saurait être bouleversée du jour au lendemain, mais seulement précisée.
- Première application du raisonnement mathématique à l’étude quantitative et causale des phénomènes, la mécanique en est donc arrivée à mesurer et à prévoir, caractères fondamentaux de la science moderne. Elle est, par suite, à la base de toutes les autres sciences, mais qui plus est, elle leur a servi de modèle. De là, son rôle prépondérant, que nous signalions tantôt dans le développement de la science. Chaque jour, de nouveaux chapitres s’intégrent au domaine de la mécanique pour s’en échapper parfois à nouveau : on pourrait dire, de façon générale, qu’une question cesse d’appartenir au domaine de la Mécanique quand elle exige l’intervention
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- de l’hypothèse et que les résultats théoriques en doivent être soumis à la vérification de l’expérience.
- Ici, Messieurs, je voudrais introduire une parenthèse. Le rôle considérable que joue l’analyse mathématique en mécanique a porté et conduit encore d’éminents esprits à confondre l’instrument avec l’objet lui-même et à substituer à la mécanique analytique une doctrine d’analyse pure, prenant en quelque sorte la mécanique pour prétexte. Chercher dans les études de mécanique une simple occasion de composer ou de résoudre des équations, c'est sortir de la voie rationnelle et juste, c’est risquer par un jeu brillant de l’esprit de fausser les idées de ceux qui vous écoutent. Le mépris de la vérité expérimentale peut conduire au mépris de la vérité scientifique.
- Nous avons parlé de statique, de dynamique et jamais encore dans ce raccourci historique, nous n’avons fait allusion à la cinématique. Pourquoi? C’est que, Messieurs, la cinématique n’existe en fait que depuis 1830. Jusqu’au milieu du xvin' siècle, chaque machine était considérée comme un tout. Il n’était venu à l’idée d’aucun théoricien d’isoler des diverses machines, les groupes de pièces analogues sinon identiques que nous avons coutume de désigner aujourd’hui sous le nom de mécanismes. Et cependant, des progrès certains avaient été accomplis à la suite de travaux mathématiques relatifs à des mécanismes déterminés, tel le parallélogramme de Watt.
- S’il est vrai qu’en 1724, un savant mécanicien allemand, Jacques Leupold, dans son Theatrum mnehinarum avait décrit certains mécanismes, isolés des machines qui les utilisaient, ce n’est cependant qu’en 1794 qu’apparatt la séparation systématique entre l'enseignement des mécanismes et celui de la mécanique générale.
- Cette séparation. Messieurs, fut consacrée, en effet, à cette date, lorsque fut créée l’Ecole Polytechnique et c’est aux deux illustres savants Monge et Carnot qu’elle est due. Reuleaux écrit à ce sujet : « La nouvelle branche d’enseignement considérée d’abord comme une subdivision de la géométrie descriptive (ce qui explique que la cinématique soit restée si longtemps dans le Cours de Géométrie appliquée aux arts) est arrivée depuis à s’en séparer peu à peu. Les indications fournies par Monge furent mises à profit par Hachette, qui était chargé de cette partie de l’enseignement à l’Ecole Polytechnique et qui, en 1806, dressa un programme dont le cadre fut rempli par Lanz et Bétancourt dans leur Essai sur la Composition des Machines. Monge avait désigné sous le nom d’éléments des machines, les « mécanismes propres à produire la transformation des mouvements » et la classification des mécanismes qu’il avait proposée était fondée sur les combinaisons
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- possibles des quatre genres de mouvements considérés comme fondamentaux, savoir : les mouvements rectilignes ou circulaires, continus ou alternatifs. »
- Les tentatives de classification et d’exposition logique avaient déjà porté leurs fruits, lorsqu’en 1830, selon les termes de Reu-leaux « se produisit, dans l’enseignement des mécanismes, une révolution d’une importance d’autant plus considérable que les bases philosophiques du nouveau système étaient le résultat d’un examen critique approfondi ». Ampère écrivait en effet, à cette date, dans son « Essai sur la philosophie des sciences » : « C’est à cette science où les mouvements sont considérés en eux-mêmes tels que nous les observons dans les corps qui nous environnent et spécialement dans les appareils appelés machines, que j’ai donné le nom de cinématique, du grec />*?**, mouvement. » Ainsi se constituait en branche de la mécanique, l’étude particulière du mouvement accompagné de l’idée de temps, donc des notions de vitesse et d'accélération, mais sans aucune préoccupation des forces ou causes génératrices. De cette époque datent les prodigieux progrès de cette mécanique géométrique qu’illustrèrent, au siècle dernier, Willis, Laboulaye, Bélanger et Reuleaux. Il appartenait à Koenigs de poursuivre l'œuvre de Reuleaux, de la rénover sur certains points fondamentaux, et pour employer ses propres termes « d’essayer de faire l’anatomie et la physiologie des mécanismes après en avoir tenté la classification ».
- La question qui vous vient maintenant à l'esprit est certainement celle-ci : dans quel ordre et suivant quel plan l’ensemble de ces acquisitions successives de la Mécanique sera-t-il présenté au cours ? Certes, il n’existe pas une méthode pédagogique et une seule pour l’enseignement de la Mécanique. Mais en allant au fond des choses, on n’en découvre à vrai dire que deux; la première s’appuie sur l’histoire, la seconde sur la synthèse logique. Nous dirons aussitôt que c’est cette dernière méthode que nous utiliserons. Pourquoi? Dans un but d’efficacité maxima.
- Il faut qu'à la suite d'un cycle d’études de trois ans, l’auditeur consciencieux du cours de Mécanique soit à même, devant n’importe quel problème de la technique industrielle, de le comprendre, de le raisonner, de le résoudre. Pour qu’il en soit ainsi, il faut que l’esprit ait été habitué à une discipline logique issue nécessairement d’un exposé logique et progressif des connaissances indispensables. Cet exposé logique, quelle origine lui donner sinon l’étude descriptive des phénomènes, c’est-à-dire l’étude du mouvement, de ses caractéristiques géométriques, étude qui s’associera à cette notion que l’homme possède, pourrait-on dire, avant de la
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- raisonner, !a notion de temps; recherchant ensuite les causes du mouvement, on introduira la notion de force, dont la représentation géométrique permettra de fixer dans l'esprit les propriétés fondamentales de la composition des causes, qui amèneront aussitôt aux phénomènes d’équilibre des machines et des corps, c’est-à-dire à la statique et à la statique graphique. Il ne restera plus alors qu’à associer la cause et l’effet, la force et le mouvement, pour aboutir à ce corps de doctrine essentiel qu’est la dynamique, dynamique des milieux indéformables d’abord, dynamique des milieux déformables ensuite. De la cinématique à la dynamique, on peut ainsi conduire l’esprit progressivement des résultats visualisés de la géométrie aux conclusions chiffrées de l’analyse.
- La méthode historique qui aboutit à la classification statique,
- Machine arithmétique de Pascal.
- dynamique, cinématique, ne serait possible, à notre sens, que pour une étude métaphysique de la Mécanique (1). L’ordre que nous suivrons : Cinématique, Statique, Dynamique, paraît être le seul qui convienne pour le but que nous recherchons dans cet Etablissement.
- Le cours sera toujours traité en vue des applications, et c’est ainsi, par exemple, que les travaux pratiques porteront sur le même programme que le cours du soir. Les notions théoriques que nous exposerons ici, devront trouver leur traduction immédiate dans le domaine de la technique industrielle; ainsi, cette première année qui comportera après l’étude de la Cinématique théorique, celle des mécanismes, des machines-outils, et des appareils grapho-mécaniques, devra permettre en fin d’année à l’auditeur, non seulement de comprendre le fonctionnement cinématique de toute machine, mais encore de réaliser le projet cinématique complet de n’importe quel métier. Pour arriver à ce résultat, nous ferons
- CD. On remarquer» d’ailleurs que cet ordre conduirait & ainsi I exposé de la composition des mouvements, nécessaire devrait être repris en cinématique.
- des répétitions : en dynamique.
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- un large appel à la géométrie vectorielle, afin d'habituer l’esprit à raisonner sur les grandeurs elles-mêmes, en évitant ce « machinisme intellectuel » auquel conduit l’excès de l’emploi des méthodes algébriques. Une grandeur existe par elle-même, indépendamment en général de l’origine et de la direction des axes du trièdre de référence que fait intervenir la géométrie analytique.
- Nous voulons espérer, grâce à ces méthodes, et à l’utilisation dans notre enseignement de ces outils précieux que sont les représentations graphiques, les projections et les films cinématographiques, intéresser à la mécanique le plus grand nombre possible des esprits studieux qui viennent ici parfaire leurs connaissances. Le Français est né mécanicien : nous n’en voulons pour preuve, en plus des innombrables inventions françaises, que la place prépondérante prise dans l’économie générale de notre pays par l’industrie des constructions mécaniques, machines-outils, charpentes, constructions navales, appareils de levage, construction de moteurs, jusqu’aux industries automobile et aéronautique. Une expérience encore récente, mais décisive, m’a montré que je pouvais être certain de trouver auprès de ces producteurs la collaboration qui doit exister entre l’enseignement et l’industrie. Je les remercie d’avance de leur appui et de leurs suggestions.
- Mesdames, Messieurs,
- Le court exposé historique auquel a été consacrée cette leçon inaugurale vous aura montré les difficultés qui ont présidé à l’élaboration de la Mécanique. Il en existe encore de nombreuses aujourd’hui dans certains domaines d'application de cette science générale. Laissez-moi terminer en exprimant le vœu que ce soit des auditoires de cet établissement unique au monde, que sortiront, dans un avenir que je désire prochain, ceux qui, à l'exemple de leur ancien, le ferronnier Gramme, élève du Conservatoire national des Arts et Métiers, apporteront à la Science et à la Technique française de nouveaux éléments de certitude et de progrès.
- II me reste encore un agréable devoir à remplir : remercier tous ceux qui m’ont fait ce soir le très grand honneur de m’écouter et plus spécialement ceux qui m’ont apporté l’encouragement désintéressé de leur sympathie.
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- LEÇON D'OUVERTURE DU COURS D'HISTOIRE DU TRAVAIL par M. Ch. Spinasse (25 novembre 1932)
- Pourquoi chercher à vous dissimuler l'émotion qui m’étreint en ouvrant ce cours et que vous venez d’aggraver, Monsieur le Ministre, par le témoignage public de la confiance où vous entraîne, assurément, une amitié qui m’est chère (1).
- Vous comprendrez, n’est-il pas vrai, ma fierté d’être introduit, ce soir, dans une maison où, depuis plus d’un siècle, tant de maîtres éminents se sont efforcés d’élever les esprits aux résultats de la science, où, chaque jour, tant d’hommes, leur tâche commune accomplie, viennent demander à ses divers enseignements, la haute raison des choses, heureux de prendre ainsi leur part du patrimoine humain et d’embellir des professions souvent pénibles et monotones du rayonnement de la pensée, une maison dont c’est le profond dessein d’étendre largement les bases de notre civilisation, afin de lui épargner le sort des civilisations antiques « disparues, selon Renan, non faute d’intensité, mais faute d’extension ».
- Et vous comprendrez également mon ardent souci de contribuer à maintenir la magnifique tradition de science et de dévouement des professeurs du Conservatoire, à la place qui m’est assignée, dans cette chaire d’histoire du travail qu’illustra G. Renard.
- Nul d’entre vous n’a perdu le souvenir de ce maître à la parole ardente qui savait exposer des idées, relater des faits, interpréter des documents avec une exquise fraîcheur d’imagination et de
- », !c«on Couverture de M. le Professeur Spinasse était présidée par
- M. de Monzie, ministre de l’Education nationale.
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- langage, de cet homme de science dont l’extrême sensibilité, qui émanait de ses jugements, sans les former, faisait tout le génie.
- Enfant, il avait vécu, seul, loin de sa famille, dans une petite chambre voisine du lycée de Meaux dont il suivait les cours. A dix ans, il faisait lui-même son feu, préparait ses repas, travaillait et rêvait librement. Imaginez cette vie de labeur et de méditation solitaire et vous comprendrez que le jeune lycéen y gagna une maturité d’esprit précoce et cette continuité que la solitude assure à la vie de l’âme. Voyez-le rentrant chaque soir, dans son petit royaume d’enfant et vous saurez comment naquit son âme de poète et de croyant.
- Croyant en la science. Tous les grands esprits de son temps ne voulaient-ils pas l’humanité savante afin qu’elle fût parfaite ? La religion, pour eux, c’était connaître et aimer la vérité des choses, c’était croire au progrès et se passionner à sa recherche. Physique, physiologie, histoire, toutes les connaissances humaines formaient leurs livres de dévotion, composaient leur théodicée. Et comme Renard n’était pas de ces natures effacées, faites de médiocres moyennes, il se donna tout entier, semblable aux chrétiens des premiers âges, à ce grand mouvement d’idéalisme moderne.
- Poète parce qu’une croyance illuminant sa vie, il ne pouvait pas raisonner tristement, parce qu’il aimait le soleil et les fleurs et qu’il était sensible aux mille petits faits qui manifestent les causes générales. Mais toujours soucieux de donner, par le résumé poétique, une image plus fidèle et plus complète des choses, il ne sépara jamais la poésie de la science. Il les voyait, toutes deux « grandes dames aux longs voiles blancs » devisant
- dans l’épaisseur des grands bois sombres,
- ... Nous irons, compagnes éternelles,
- Et nos fronts lumineux, phares du genre humain,
- De son bonheur futur lui diront le chemin !
- Il pensait la nature plus qu’il ne la décrivait. En exergue de son poème n’a-t-il pas lui-même inscrit le beau vers de Lamartine :
- La poésie sera de la raison chantée.
- On peut dire que la grande unité de sa vie fut la religion de l’esprit, une religion accessible à tous et pour tous libératrice.
- A peine sorti de l’Ecole Normale Supérieure voici, pour lui la première épreuve. Le peuple de Paris dont les souffrances endurées pendant le siège n’ont point abattu le courage veut traduire à la fois l’inquiétude ardente du patriotisme français et la grande
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- espérance d’une ville ouvrière sur laquelle a si longtemps pesé le lourd silence de la dictature. Georges Renard va au peuple et c’est auprès de Rossel qu’il vit les jours d’angoisse et de désespoir, les derniers jours de la Commune, la plus sublime et la plus sanglante des illusions populaires.
- Il a touché le fond de la douleur humaine, frémi de l’horreur des combats fratricides et, dès lors, en exil, contrôlant à ses propres souvenirs les récits et les documents des révolutions modernes — celle de 1789 et celle de 1848, qu’il appelle « la Révolution-mère », il va rechercher la signification vraie, la compréhension intime des luttes économiques et sociales de tous les temps. Sans admettre que les modes de l’activité humaine puissent se déduire de la forme économique existante qui les déterminent, ni les phénomènes plus complexes se ramener aux plus simples qui les encadrent, il pense, avec Marx, que le fait économique est la base de l’histoire, que l'homme subit le système de la production, du travail, de la propriété, s’y adapte nécessairement et ne peut agir sur lui, le transformer que de l’intérieur. Appliquant cette sorte de clé aux événements de l’histoire, il se donne la joie virile de saisir en action les forces primordiales qui ont fait mouvoir les générations, de découvrir les causes profondes, d’expliquer des faits qui sont toujours plus connus que compris.
- Et lorsqu’il rentre définitivement en France, après 30 ans d’exil presque ininterrompu à l’Université de Lausanne, c’est pour nous offrir tout le fruit de ses méditations et de ses recherches. Au Conservatoire, au Collège libre des Sciences sociales, puis au Collège de France il consacre au travail humain des études claires et profondes où apparaissent, tantôt devant la caverne l’homme saisissant comme arme la pierre dont il fera l’outil, tantôt, sous le ciel florentin, une fleur épanouie de civilisation ou, dans la fumée obscure des cités ouvrières, les premières manifestations du travail collectif; des études où se révèlent toujours la même probité intellectuelle et le même souci d’exactitude, la même bonté large et la même tendresse pour ceux qui peinent obscurément et qu’il a vus si noblement mourir, le même optimisme de travailleur et la même confiance dans l’exaltation progressive des masses.
- Sa vie fut une prière, l’intérieure affirmation d’une foi. « Je la termine, a-t-il pu dire à des amis qui fêtaient son 80* anniversaire, croyant à la noblesse et à l’efficacité du travail humain pour assurer à tous savoir et bien-être, croyant à l’avenir de la France et de l’Europe démocratique, croyant à l’avènement certain de la paix universelle et de la justice sociale sur une terre fédérée et unifiée. »
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- Je voudrais être digne de lui et, s’il se peut, prolonger son œuvre, sûr de répondre ainsi à l’attente des conseils du Conservatoire qui m’ont témoigné une confiance dont je n’aurai le droit de m’enorgueillir qu’après l’avoir justifiée.
- J’entreprends l’histoire du Travail; j’entreprends de vous montrer, sous les voiles brillants, même lorsqu’ils sont sanglants, dont se couvre l’histoire, celle des batailles et de la politique, celle des arts et de la civilisation, la réalité humaine : l’homme au travail.
- Mesdames, Messieurs. — Comment définir le Travail ? D’abord avez-vous pensé que vous ne pouvez pas jeter les yeux autour de vous sans le trouver partout? Ce paysage que vous admirez, regardez bien : c’est l’homme qui l’a fait. Ce bois dont vous aimez la masse sur la hauteur, c’est lui qui en a choisi les essences et disposé les plants; cette ligne d’horizon qui a tant de nobiesse et de sévérité, c’est lui qui l’a marquée d'un trait de sapins noirs; ces prairies qui bordent le fleuve, il les a prises sur les marais; ces champs c’est lui qui les a couverts de moissons vermeilles; cette terre toute parée de fleurs, il l’a conquise sur les eaux et la défend sans cesse. L’éperon brûlé de soleil qui se dresse devant vous et s’impose dominateur, il est fait de grès ou de calcaire mais aussi du village qui le surmonte et se confond avec lui. La petite maison simplement posée, là sur sa terrasse, au milieu de ses châtaigniers, vous dites n’est-ce pas qu’elle entre dans le paysage; et vous avez raison de penser que les vieux pays sont les plus beaux parce que l’homme y a plus longtemps secondé, dirigé la nature, parce qu’ils contiennent plus de travail humain.
- Mais ne vous y trompez pas. Cette cathédrale qui jaillit du Tarn comme une flamme haute et pure, cette abbaye dont les grands toits bleus ferment le col à l’horizon, elles n’ont pas été construites seulement par des charpentiers et des maçons. 11 a fallu que, de tous les champs voisins où travaillaient des milliers de paysans, montât l’hvmne de foi qui faisait l’unité du groupement humain et d’où charpentiers et maçons tirèrent leur force, leur souffle, l’âme sans laquelle ils n’eussent pas accompli l’œuvre commune.
- Tout est travail. C’est mutiler l’homme que d’opposer les formes diverses dont son effort est susceptible : le manuel et l’intellectuel, la culture et le métier. Mais dois-je le dire dans cette maison où le peuple mêle chaque jour l’exercice de la pensée et l’exercice du métier! En vérité c’est une tendance dangereuse de nos sociétés modernes que la science, l’histoire et la philosophie y soient souvent considérées comme des professions. Au Conservatoire on veut que la curiosité spontanée, l’instinct des belles choses se manifestent librement et qu’un homme puisse avoir des
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- clartés de science, d'histoire et de philosophie qui ne soient pas professionnelles. Ici il y a simultanéité parfaite entre la vie intellectuelle et le travail de la profession.
- Au surplus, les faits sont heureusement plus larges que les mots et moins faciles à opposer. S’il fallait compter tout ce que le savoir humain doit à l’activité manuelle et combien de découvertes théoriques de la plus haute portée sont dues à des besoins professionnels, on parcourrait le champ entier des sciences, sans en négliger une. Partout on trouverait le métier au point de départ, depuis la géométrie née de l’arpentage jusqu’à la descriptive sortie de la taille des pierres. C'est dans le travail manuel que l’intelligence s’est ouverte, que l’homme s’est affiné, discipliné; et Lucrèce est mieux inspiré que nos modernes puristes quand il dit que la science a pour origine experentia et usus « l’expérience et l’utilité». Elle a jailli, elle s’est étendue sous la dure pression du besoin. Et on s’étonnerait que les métiers qui exigent une action précise et sûre, qui contraignent l’esprit à lutter sans cesse contre les difficultés de la matière, qui provoquent un intérêt si puissant et si soutenu n’aient pas une grande part dans les progrès de la pensée. Aussi bien, tous les problèmes intellectuels se posent à l’occasion des problèmes manuels et les facultés sont les mêmes qui servent à la technique et à la science pure. C’est l’observation, l’imagination, le jugement, le raisonnement, sans compter ces qualités du caractère que le mot de volonté résume. Elles ont, dans la vie professionnelle, un emploi continuel et qui ne cesse de s’étendre quand la machine exige d’être comprise par ceux qui doivent en assurer le fonctionnement. Quel que soit l’instrument, pierre taillée ou machine-outil, énergie naturelle de l’air et de l’eau ou énergie mystérieuse de l’électricité, quel que soit l’instrument qui supplée à ce qui manque à l’homme en force ou en vitesse, il apparaît toujours comme un germe d’où peut sortir une longue suite de progrès, comme un acte d’initiative, une force de volonté. C’est Pascal qui a raison lorsqu’il parle de la suite des hommes comme d’un seul homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement.
- Mais pourquoi cet effort perpétuel qui relie les générations et les races, les continents et les âges? Si l’on me demande mon principe d’explication je le chercherai dans l’action des forces conjuguées, des instincts primitifs, de l’intelligence créatrice et de la raison.
- Représentez-vous l’homme aux époques préhistoriques. Il a
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- faim. Les fruits qu’il peut cueillir ne le rassasient pas; il a besoin de viande : il chasse. Les animaux de toutes tailles abondent autour de lui et les ossements que l'on retrouve montrent qu’il ne se nourrit pas seulement des petits. Par la ruse, sans doute, plus que par la force, il vient à bout des grands pachydermes; mais il emploie également la branche cassée à longueur convenable et la pierre dégrossie devenue tranchante; puis le bâton s’aiguise en épieu et la pierre s'emmanche. Il vit de gibier en attendant que la première charrue lui permette de cultiver le froment, l’orge et le millet. Il a froid. La nature ne lui a donné ni toison, ni cuir, ni carapace; il se couvre de fourrure attachée par des crochets d’os ou d’ivoire, et s’abrite — l’habitation apparait — dans des cavernes, puis derrière des clayonnages de branches enduits de pisé, plus tard, dans des maisons de pierres ou de mottes d’argile séchées au soleil. II a peur. Des monstres redoutables le menacent. Il entoure de murailles ses villages néolithiques, construit ses huttes sur pilotis à plusieurs mètres du sol et, dans les régions lacustres, bâtit sur l’eau, très loin des rives. Il est en colère. De défensive son action se fait alors offensive. Il attaque pour mieux se défendre. Sa souplesse lui sert; il imagine la fronde, l’arc et la flèche.
- Aux prises avec la nature inhospitalière et toutes les espèces ennemies, l’homme primitif obéit donc à des instincts qui sont de conservation. Il est constamment en action de défense; et ce qui le prouve c’est la ressemblance des premiers instruments imaginés par toutes les races soumises, sur toute la terre, aux mêmes épreuves, aux mêmes conditions de vie et de travail. L’être vivant protégé au primaire par une carapace qui le condamnait à un engourdissement voisin de l’inertie, a < couru le risque » en rejetant l’enveloppe protectrice. II doit désormais s’adapter au milieu, et cette adaptation 4 commencée en dehors de la volonté, s’achève, dit M. Edmond Perrier, sous l’action même de cette volonté. »
- Mais il y a plus que l’adaptation au milieu dans l’effort humain. Il y a la tendance à agir de l’être doué d’activité propre, animé par une sorte de ressort intime qui le pousse à la vie, à la vie de plus en plus développée, de l’être qui ne songe pas seulement h conserver, qui veut aller de l’avant parce qu’il se sent capable de produire des effets nouveaux, capable de créer. 4 Pour expliquer l’univers, a dit Renan, la chiquenaude de Descartes ne suffit pas. Avec cette chiquenaude on ne sortirait pas de la mécanique. Il faut la tendance permanente à être de plus en plus, le besoin de marche et de progrès. » C’est l’intelligence créatrice, magnifique achèvement de la poussée interne qui, des organismes mous du primaire, aboutit au cerveau humain. Conditionnée par l’élan vital
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- qui fait, selon Bergson, « de la série entière des vivants une seule, immense vague courant sur la matière » elle agit, comme lui, avec une « force explosive > dans toutes les directions, oblige l’être vivant à épanouir sa vie avec une prodigalité formidable et, source inépuisable d’indétermination et de liberté, différencie les hommes et les races.
- Avec elle, apparaissent le goût du risque qui projette l’homme brusquement hors de l’apathie animale et l’invention subtile, hardie, présomptueuse qui ne se soucie de rien, sinon d’être. Lorsque Wilbur Wright se lance dans les airs, il obéit à l’impulsion de sa nature et court le risque sans lequel il n’y a pas de progrès. Lorsque Galilée aperçoit dans les mouvements d’un lustre de la cathédrale de Pise, les lois de l’oscillation du pendule et Pascal l’effet de la pression atmosphérique dans les variations, à différentes altitudes, du niveau de mercure à l’intérieur du tube de Toricelli, ils cèdent l’un et l’autre à une sorte d’exigence de création de leur génie et ne peuvent pas mesurer les conséquences des vérités qu’ils énoncent. Papin se doute-t-il de la révolution économique et sociale qui sortira de sa machine à feu et Gutenberg que la typographie deviendra le plus merveilleux instrument de progrès humain? — Non. Ils vont, emportés par leur propre élan, jetant à pleines mains le grain de moissons inconnues. Et à côté d’eux, héros, combien de modestes cherchent, expérimentent, ajoutent ou utilisent, s’efforcent à leur tour? Parfois vainement. La gerbe humaine est faite d’épis divergents dont beaucoup restent sur le chaume : Magdaléens, purs artistes, repoussés dans les cavernes par les fleuves de glace du quaternaire, peuples de la Méditerranée, dont les foyers de lumière, un à un, s’éteignent! Que d’hésitations, que d’efforts inutiles, que d’idées plusiears fois réinventées, que de tentatives interrompues, que d’angles et de courbures sur la voie où passe le grand souffle de vie !
- Et le résultat cependant, dans l’ordre littéraire, scientifique, politique, économique et social, c’est la prodigieuse exaltation depuis 400 ans, de l’humanité libérée du milieu et maîtrisant la nature, libérée de la race, celte « chrysalide » dit Henri Berr et de l’instinct brutal, libérée de la peur et des servitudes barbares, libérée des travaux de force et capable enfin de lever la tête de dessus sa tâche.
- L’intelligence créatrice a brisé la lenteur nonchalante et routinière, toutes les formes anciennes durcies et pétrifiées qui s’opposaient à son élan, renouvelé les procédés de travail, transformé les méthodes. Elle a agité l’industrie de révolutions incessantes et vidé la campagne, remplaçant par des machines la force des bras arrachés à la terre et la sueur des hommes par les réactions mêmes
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- de la matière sous la forme des engrais chimiques. Si bien qu’il y a sans doute moins de différence entre le genre de vie d’un paysan égyptien du troisième millénaire et celui de l'artisan français du temps de Colbert qu’entre ce dernier et ses arrière-neveux lecteurs de journaux, mécaniciens d’aviation et auditeurs de T.S.F.
- Lentement, péniblement, l’homme surgit de la matière qui l’étreint encore.
- Progrès? Oh oui! Effort grandiose? Assurément. Il s’inscrit en lettres de feu dans l’histoire. Mais ne restez pas éblouis. Il faut tout entendre. Ecoutez la chanson du linceul des Tisserands d’Hauptmann :
- Nous somm’s à bout, nous somm's fourbus,
- Nous crevons, nous n’en pouvons plus,
- Vaut mieux qu* not’ carcasse s'en aille,
- Avec nos fill’s et nos garçons,
- C'est not’ linceul que nous tissons.
- Le vieux Hilse, lui, ne veut pas entendre. Ah! pour sûr que cela ne lui ferait pas de peine < de quitter toute la misère et toute la rosserie qu’on appelle la vie », mais il attend que le Seigneur, son Dieu, étende son bras vengeur. La mère de ses petits enfants, Louise, ne croit plus. Elle en a assez de passer des nuits et des nuits à se creuser la tête pour trouver le moyen de faire manger ses petits. Elle en a assez de chercher de l’ouvrage et de n’arriver ni à vivre ni à mourir.
- Eh quoi! de tels trous d’ombre dans la montée lumineuse?
- Ce n’est pas tout Regardez dans la rue autour de vous, ces gens qui passent, fébriles, inquiets, contraints, en proie à l’obsession d’une vie matérielle aux exigences sans cesse accrues, vivants, on le devine, de leur naissance à leur mort sous la dépendance d’autrui. Hommes ou machines? Hommes, c’est-à-dire des êtres ayant le souci de la perfection de leur nature ou machines obligées de tourner de plus en plus rite, dans un mouvement qui ne connait ni maitre ni frein?
- Aurions-nous donc, comme disait Bolivar, « labouré la mer » ? Bien plus, le travail de l’esclave, au moins libérait l’homme libre. N’aurions-nous donc inventé la machine que pour en être tous esclaves? Spartacus pourtant voulait vivre libre, parmi des hommes purs.
- Il est vrai que l’intelligence créatrice se manifeste, nous l’avons vu, sous mille formes avec l’impétuosité de l’élan vital lui-même luttant contre la matière. Elle jaillit comme d’une source cons-
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- tamment sous pression et ses gerbes sont de variété infinie et d'imprévisible effet. Nul ne peut dire si de la découverte du chimiste ne naîtra pas le gaz asphyxiant ou de l'invention du physicien la machine-outil qui fera gémir la machine humaine.
- Et le risque est grand, en effet, que l’humanité se révèle incapable de porter son génie, que le cerveau humain soit écrasé par son propre poids si n’intervient pas alors l’intelligence organisatrice. Comme en biologie, la sélection des espèces après l’immense vague de création, comme en chacun de nous la période de reprise après celle d’expansion, dans l’évolution de la vie des mouvements alternatifs, inséparables comme les battements du cœur doivent propager les ondes de raison.
- Pour quel résultat? Une limitation de l’effort créateur, une sorte de contingentement de la production imposé du dehors par l’action mécanique des lois de contrainte ? Un dictateur intelligent y suffirait.
- Quelles que soient d’ailleurs les solutions qu’on envisage: action directe de l’Etat s’exerçant sur toutes les formes de la production ou imposition à des forces irréductiblement hostiles d’un arbitrage impérieux, ou encore consécration d’une ploutocratie souveraine, elles traduiraient toutes un effroyable pessimisme qui condamnerait l’humanité à choisir entre l’universelle servitude, le divorce permanent entre des groupes ennemis ou l'épanouissement d’une élite dressée, saillie éclatante, au-dessus de la masse servile.
- Le vrai problème du travail ne serait pas résolu. C’est une vue bien superficielle de l’esprit qui le limiterait à l’organisation matérielle de la production. Il est de liberté.
- Les progrès de la science moderne ont bouleversé profondément la structure même de nos sociétés. Tout le système des droits et des devoirs, qui liait les hommes entre eux a été brisé. Il était périmé certes; mais ce qu’on a appelé le libre jeu des intérêts égoïstes ne l’a point remplacé. L’humanité est entrée dans un tourbillon où le groupe a perdu le contrôle des fonctions et l’homme les points d’appui de sa vie intérieure.
- « Prenez en main votre vie, disait Platon. La plupart des choses qui causent votre misère vous pouvez les éviter; la plupart des choses qui vous écrasent vous pouvez vous en débarrasser. » 11 faut permettre à l’homme de prendre en main sa vie.
- Or prendre en main sa vie c’est d’abord rendre à celle-ci son caractère d’utilité sociale en < tirant de l’ombre où il fonctionne » suivant Durkheim, en appelant à la lumière de la conscience le groupe professionnel qui a seul qualité pour imposer une réglementation permanente, modérer les égoïsmes, faire du producteur un être moral.
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- Prendre en main sa vie c’est ne pas se laisser absorber dans la frivolité et refuser de faire l’essentiel des intérêts vulgaires, c’est préférer la joie de comprendre et de diriger à la satisfaction d’être heureux par la grâce d'autrui.
- Prendre en main sa vie c’est savoir jouir des supériorités véritables et briser les supériorités de contrainte. C’est consentir aux tâches limitées et particulières qui ne satisfont nos besoins que dans la mesure où elles répondent aux besoins de l’ensemble, et c’est être chrétien, non plus, disait Lacordaire, par la face qui regarde Dieu mais par la face qui regarde l’homme.
- Prendre en main sa vie c’est laisser battre son cœur pour ce qui est loin, c’est nourrir de longs espoirs même si le monde devait disparaître, comme dit le sage, « avant d’avoir atteint la sagesse ».
- Tel est, Messieurs, mon principe d’explication. Je voudrais maintenant vous faire connaître ma méthode.
- J’ai déjà eu l’occasion de dire aux conseils du Conservatoire que je ne considérais pas l'histoire du travail comme une longue narration de faits propre à conduire un auditoire de l’antiquité aux temps présents, comme un fleuve, sur lequel on s’embarque, nous porte lentement de sa source à la mer. Ce serait facile assurément. Le passé est toujours simple. Mais des élèves qui n’ont à juste titre de curiosité réelle que pour la société en laquelle ils vivent et dans le moment où ils vivent, s’en plaindraient peut-être. Ce serait au surplus s’exposer à la tentation de relier tous ces faits eu un tissu cohérent dont on sait d’avance que la trame prolongée doit enfermer l’avenir et retomber ainsi dans l’erreur si souvent commise par tous les créateurs des systèmes. «L’histoire n’enseigne rigoureusement rien », a dit M. Paul Valéry dans un livre récent. Il est vrai que l’expérimentation n’intervient guère en histoire et que l’observation y est toujours incomplète. Nous ne pouvons jamais connaître un passé, le reconstruire, le faire surgir devant nos yeux avec la même certitude qu’une série de phénomènes physiques. Il est vrai que si l’histoire était une science, toutes les sciences humaines seraient faites.
- Elle nous offre cependant une collection de faits parmi lesquels il nous appartient de choisir ceux qui peuvent être utiles à l’explication du présent : faits privilégiés, faits cruciaux, exemples de long fonctionnement où les causes accidentelles s’annulent pour ne laisser apparaître que les fondamentales. Et je me rappelle avoir exprimé à vos maîtres qui m'écoutèrent avec tant de bienveillance mon ferme propos d’envisager ces faits et ces exemples en eux-mêmes, pour leur caractère social et moins en historien qu’en sociologue.
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- Le sociologue, en effet, ne pose pas les problèmes dans l’ordre du temps. Les révolutions d’Athènes et de Rome, la révolte des serfs de Normandie et l’insurrection des canuts lyonnais sont, à mes yeux, sur le même plan. Il prend le phénomène révolution et l’analyse dans tous les temps. Il constate qu’il est composé d’un certain nombre d’éléments, et pour expliquer leur enchaînement, il a recours à toute l’histoire, à toute la géographie, à toutes les sciences, et peut ainsi donner à son enseignement une ampleur et des horizons autrement larges que l’historien qui n’a à faire qu’à des faits datés, et s’efforce d’expliquer après par avant, soucieux d’une continuité trop souvent imaginaire.
- Je n’ai pas changé d’avis. Et cependant me plaçant, est-ce à tort, au point de vue pédagogique, il m’a paru qu’avant de raisonner sur les matériaux de l’histoire, de la géographie, des sciences, il convenait de les rassembler; qu’il pouvait être assurément flatteur, tentant, quand la vie autour de vous réclame la solution que chacun veut définitive, de faire tout de suite l’effort de synthèse, de cueillir de prime abord le fruit, mais qu’il y avait plus de raison à s’interdire la précipitation, à procéder lentement, sérieusement à une analyse objective des faits.
- C’est pourquoi je me suis résolu à consacrer les deux premières années du cycle normal à l’étude des conditions de la pratique humaine dans le passé : en Egypte, en Mésopotamie, en Chine, en Grèce, au Moyen âge, quand l’homme ne possédait que l’outil individuel, puis dans l’Empire romain et aux temps modernes, lorsque le travail collectif apparaît avec les premières formes de l’organisation capitaliste.
- Cette étude, ai-je besoin de le dire, ne sera pas d’érudition : c’est aux spécialistes, aux savants qu’il appartient d’établir les faits, à moi d’y réfléchir et de les utiliser. Elle portera d’abord sur les conditions géographiques puisque l’homme, comme tous les êtres vivants est plongé dans la réalité matérielle terrestre. C’est la théorie classique des «climats» de Montesquieu, sur laquelle des savants comme Humboldt, Ratzel, Reclus, Vidal de La Blache, de Martonne, ont projeté de si heureuses clartés. Elle se prête, je le sais, à des généralisations faciles, à des conclusions séduisantes et trompeuses, mais il n’en reste pas moins que l’homme travaille dans un milieu qui, à l’origine au moins, détermine son genre de vie et ses besoins, où il trouve ses matériaux et ses outils et dont l’étendue, la position et la nature ne sont jamais sans influence sur des modes d’activité qui comportent eux-mêmes des combinaisons très diverses d’organisation sociale.
- Elle s’étendra naturellement aux conditions ethniques dont je me garderai de dire avec Gobineau, grand esprit et vigoureux
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- écrivain, qu’elles dominent toute l’histoire, car je pense que le progrès humain est précisément une ascension vers des formes sociales de plus en plus complètes, mais qui n'en jouent pas moins un rôle d’une extrême importance à l’aube des civilisations.
- Et j’insisterai vous le pensez bien sur les conditions économiques généralement prédominantes qui répondent aux besoins : physiologiques et psychologiques et aux moyens de les satisfaire : état de la technique, formes du travail et de la propriété, sans négliger les conditions morales, esthétiques, scientifiques, religieuses, dont l’influence est si différente suivant qu’il s’agit de groupes homogènes, comme les esclaves, ou hétérogènes, comme les sociétés civilisées. Toutes conditions qui d'ailleurs interfèrent, se composent, s’associent, se contrarient, se transforment en des mouvements lents sous l’action des progrès de la technique par exemple ou brusques sous la poussée des foules ou l'impulsion des héros, mouvements d’idées et de sentiments semblables aux coups de vent sur la mer qui emportent les alluvions et changent les rives.
- C’est donc seulement au cours de la troisième année que je me permettrai de choisir, dans la vie de chaque jour, l’un après l’autre, les problèmes économiques et sociaux qui travaillent notre siècle: rapport de l’homme avec la machine, travail forcé, salaires, prix et monnaie, organisation professionnelle, pour les étudier en me servant des documents accumulés et singulièrement de ceux si abondants qui nous viennent de Marx et de son école, en me servant de l’histoire comme méthode.
- Il me semble que je pourrai de cette façon amplifier le champ de vision des élèves de M. Aucuy et de M. Divisia, de M. Danty-Lafrance, de M. Laugier et de M. Simiand — car je n’ose pas espérer garder autour de moi tous ceux qui sont ici ce soir. Il me semble que je pourrai faire œuvre utile à côté de ces maîtres en donnant à leurs enseignements une sorte de résonance nouvelle et contribuer, modestement, à développer, dans cette grande maison, le centre d’études économiques et sociales auquel vous attachez, Monsieur le Ministre, tant de prix.
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- LES NOUVELLES CONSTRUCTIONS DU CONSERVATOIRE
- I
- Les amphithéâtres creusés sous la Cour d’Honneur
- Le nombre sans cesse croissant des auditeurs qui suivent assidûment les cours du soir (plus de 6.000) rendait indispensable la construction de nouveaux amphithéâtres avec les annexes nécessaires : salles de préparations, bureaux de professeurs, dépôts de modèles, etc.
- Ainsi que l’on peut s’en rendre compte en examinant le plan d’ensemble du Conservatoire national des Arts et Métiers, il était impossible de trouver dans les bâtiments existants, où les services actuels sont déjà trop à l’étroit, des surfaces disponibles pour la création de ces amphithéâtres. Il fallut, d’autre part, abandonner l’idée normale de les édifier en surface, en adjonction dans les cours, celles-ci étant trop restreintes ou déjà occupées par des bâtiments. Une seule solution restait à envisager, celle d’utiliser le sous-sol de la cour d’honneur, solution à laquelle tenait essentiellement le Directeur du Conservatoire; malgré les difficultés évidentes qu’elle comportait, elle fut adoptée.
- M. H.-L. Boileau, architecte en chef du Conservatoire, après une étude minutieuse du problème délicat qui se posait, réussit à établir le plan très original qui fut adopté à l’unanimité par le Conseil d’administration.
- Au moment où les travaux vont se terminer, la nouvelle construction se révèle comme une des plus heureuses réalisations de la technique moderne du bâtiment.
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- Sous la cour, dont les dimensions sont de 49 mètres sur 52, les nouvelles constructions occupent un rectangle de 40 mètres sur 45, diminué sur le côté opposé à la rue Saint-Martin d’une emprise motivée par ie bâtiment en avant-corps formant entrée du musée. Schématiquement, le fond de l’excavation créée pour la construction est constitué par un vaste plan incliné, allant de la cote 0 en bordure de la galerie d’entrée parallèle à la rue Saint-Martin, pour descendre au côté opposé, à la cote —13.
- Deux larges escaliers de 2 m. 60 d’emmarchement placés dans la cour, auprès des passages à piétons situés à gauche et à droite de la voûte d’entrée donnant accès, à 5 mètres en dessous du sol extérieur, à un vaste vestibule sur lequel s’ouvrent, à leur partie haute, les trois amphithéâtres, le plus grand au centre, les deux autres, plus petits, de chaque côté de celui-ci.
- Sur les paliers intermédiaires de ces escaliers accessibles, ainsi de la cour et des amphithéâtres s’ouvrent des locaux à usage de w.-c. et lavabos.
- Le grand amphithéâtre. — Le grand amphithéâtre, mesurant 22 mètres sur 17 m. 70, peut contenir sur 19 gradins demi-circulaires de 0 m. 77 de largeur sur 0 m. 36 de hauteur munis de bancs et de pupitres, de 650 à 750 élèves.
- Il comporte à sa partie supérieure, en encorbellement au-dessus du dernier gradin, une cabine cinématographique pouvant contenir plusieurs appareils de projection. Cette cabine, entièrement isolée intérieurement et ventilée par deux grilles placées au sol de la cour d’honneur, est desservie par un escalier passant sous le vestibule et aboutissant au pied des grands escaliers du vestibule.
- A la partie basse de l’amphithéâtre un espace libre d’une surface de 60 mètres carrés est réservé au professeur et à ses aides; cet espace est limité au fond de la salle par une paillasse avec hotte nécessaire pour les expériences dégageant des gaz; ces derniers sont évacués à la partie supérieure de l’avant-corps du musée par tirage indirect activé par des ventilateurs mus électriquement.
- La face de la hotte est munie d’un cadre métallique destiné à recevoir un écran de : 4 mètres sur 3 mètres pour les projections fixes épiscopiques ou cinématographiques. Derrière cet écran et dans la hotte est pratiqué un défoncement en forme de pyramide aplatie comportant à son sommet des ouvertures pour placer les haut-parleurs destinés à accompagner les projections sonorisées.
- Au-devant de la hotte et de la paillasse et contre elles est placé un groupe de deux tableaux noirs de 4 m. 80 de largeur sur 2 mètres de hauteur coulissant l’un derrière l’autre et actionnés électriquement par des boutons placés à gauche et à droite.
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- Vestibule donnant aeeés aux amphithéâtre, sous Cc,ur
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- Ces tableaux peuvent occuper toutes les positions voulues par le professeur, soit que, placés l’un derrière l’autre à la partie basse, ils masquent la paillasse et dégagent l’écran, soit que, dans la même position l’un par rapport à l’autre, à la partie haute, ils masquent l’écran et dégagent la paillasse; ils peuvent encore être superposés, pour permettre aux élèves de lire sur la surface totale disponible.
- A 2 mètres en avant du plan des tableaux noirs, entre la paillasse et les gradins inférieurs, se trouve une grande table pour démonstrations ou expériences ne dégageant pas de gaz; cette table est munie de prises d'eau et de gaz, d’air comprimé et d’un appareillage électrique complet pouvant être dégagé de la table en vue des démonstrations aux auditeurs.
- Les petits amphithéâtres. — Les deux petits amphithéâtres mesurant 17 m. 80 sur 8 m. 90 peuvent contenir chacun sur 14 gradins de 0 m. 77 de largeur sur 0 m. 35 de hauteur munis de sièges et de pupitres, de 200 â 250 élèves. Ces amphithéâtres comportent comme le grand des cabines pour projections cinématographiques situées ici derrière les murs de fond aux extrémités du grand vestibule. Ces cabines sont desservies par des escaliers de fer placés en plein air dans les courettes utilisées pour l’évacuation de l’air vicié des amphithéâtres.
- Locaux annexes
- Derrière ces amphithéâtres sont places des locaux pour vestiaires avec lavabos, dépôt des modèles et cabinets de professeurs; au-dessus de ces pièces, occupant la hauteur disponible entre elles et le sol de la cour, sont disposés deux grands laboratoires de 65 mètres de surface chacun.
- Un de ces laboratoires constituera le centre de production de films cinématographiques dont l’intérêt a été signalé plus haut (Voir p. 47).
- Indépendamment des cabines de projection cinématographiques destinées aux nouveaux amphithéâtres et qui comportent un équipement sonore des plus modernes, le nouveau centre de production de films, dont l’organisation a été étudiée par une Commission technique présidée par M. Lumière, membre de l’Académie des Sciences et du Conseil d'administration du Conservatoire, comprend ;
- 1* Une vaste salle de montage et de vérification;
- 2” Deux chambres noires de projection et de supervision;
- 3” Une grande chambre noire pour la réalisation et la prise de vue de dessins animés techniques;
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- Amphithéâtre Paul Painlevé.
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- 4° Un laboratoire de photographie à 4 allumages de couleurs différentes;
- 59 Un dépôt de matériel avec dispositif de recharge des accumulateurs;
- G9 Un bureau de dessin et des archives.
- Le centre sera outillé du matériel moderne le plus perfectionné qui comprendra notamment : trois appareils de prises de vues dont un automatique et un autre au ralenti, un jeu complet d'optique, un puissant matériel d'éclairage, une machine pour dessins animés scientifiques, un matériel complet de montage et de vérification.
- Ces divers locaux sont éclairés et aérés par deux courettes de 25 mètres de surface chacune situées à gauche et à droite du bâtiment du musée en avant-corps. Ils sont desservis ainsi que les parties basses des amphithéâtres par deux escaliers dont l'un est muni d’un ascenseur débouchant dans deux pavillons situés en arrière des courettes. Ces escaliers, outre qu’ils servent de sorties de secours pour les amphithéâtres permettent aux professeurs de s’y rendre directement sans passer par les escaliers réservés aux élèves.
- Chauffage. Ventilation. — Le principe général adopté fut le suivant :
- La séparation du chauffage proprement dit et de la ventilation, celle-ci étant réalisée pour chacun des amphithéâtres indépendamment des deux autres.
- Le chauffage général est obtenu par des radiateurs alimentés par la vapeur fournie par la chaufferie du Conservatoire (dont les générateurs sont pourvus de brûleurs au mazout) détendue à 500 grammes.
- La ventilation est assurée de la façon suivante :
- En retenant le taux des 15 mètres cubes par occupant, aspiration de l’air par les courettes de prises d’air placées à droite et à gauche du pavillon en avant-corps formant l’entrée du musée; passage de cet air sur des filtres à huile et aspiration par des groupes moteurs ventilateurs refoulant dans les gaines de distribution en passant au travers des aérotherraes de réchauffage.
- L’air dépoussiéré et ozonisé, puis convenablement chauffé, est alors introduit dans les gradins, formant ainsi une vaste chambre de distribution.
- De cette chambre l’air est libéré (à faible vitesse, 0 m. 25 à la seconde) dans l’amphithéâtre sous les bancs des élèves à l’aide de diffuseurs et de boucles munies de registres à raison d’une par occupant.
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- Vue d'un «les deux petits amphithéâtres sous la Cour d'Honneur.
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- L’évacuation de l’air vicié s’effectue normalement à la partie haute des amphithéâtres sous plafond, en passant par la gaine réservée au-dessus du vestibule, pour sortir dans la cour d’honneur par les deux courettes prévues à gauche et à droite.
- Signalons en outre qu’il a été envisagé dans l’installation des appareils de contrôle des températures à distance et de régulation.
- Acoustique. — La construction d’amphithéâtres d’aussi grandes dimensions posait d’une manière impérieuse la condition d’une excellente acoustique. Des études spéciales furent donc entreprises à ce sujet par M. Gustave Lyon, dont on connaît les remarquables travaux à cet égard. Elles aboutirent à la création, dans chaque amphithéâtre, de conques orthophoniques à double réseau de courbures, véritables « miroirs à sons », qui concentrent la parole du professeur vers les auditeurs et en fonction de leur éloignement. Un détail caractéristique donne une idée de l’efficacité de ce dispositif : lors d’un rendez-vous de chantier, l’architecte donnait d'une voix normale des instructions à un entrepreneur placé tout près de lui, à l’endroit réservé au professeur. Lorsque l’entrepreneur voulut répéter ces instructions à ses ouvriers placés au fond des amphithéâtres, ceux-ci lui répondirent qu’ils avaient entendu et parfaitement compris tout l’entretien.
- On saisit l’importance de cette question pour des amphithéâtres où ont lieu des cours techniques : quelques mots mal entendus suffisent, en effet, â dérouter complètement l’auditeur.
- Isolement phonique. — Le problème posé pour l’isolement phonique n’a pas semblé devoir donner lieu à des recherches spéciales, les amphithéâtres étant destinés à des cours ou conférences el non à des concerts instrumentaux.
- Les trois amphithéâtres sont isolés les uns des autres par des doubles murs de forte épaisseur, de la cour par la conque et le plafond en staff, le plancher de béton, la couche d’asphalte de protection, la forme en sable et le pavage; ils comportent à leur partie supérieure contre les murs du fond, un revêtement d’un matériau isolant, les portes étant elles-mêmes revêtues de cet isolant. Cette protection est destinée spécialement à éviter le renvoi des ondes sonores frappant la paroi du fond.
- Eclairage. — L’éclairage électrique, qui est le seul éclairage, car les amphithéâtres ne reçoivent aucune lumière du jour, a été résolu par l’éclairage indirect; seules les tables de démonstration, les tableaux noirs et la paillasse sous hotte sont éclairés par éclairage direct au moyen de projecteurs placés dans les conques.
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- Précisions techniques sur la construction. — L’ensemble de la construction est un monolithe en béton armé, le matériau le plus propre à être employé pour ce genre de travaux souterrains et en partie inondés, car la nappe d'eau moyenne est de 4 mètres au-dessus des parties basses de l’ouvrage.
- La réalisation en tut conçue et effectuée par la Maison Sainrapt et Brice de la façon suivante :
- En raison du court délai imposé pour l’exécution des travaux, il n’était pas possible de mettre en œuvre les procédés de construction habituels — c’est-à-dire fouille en excavation aux profondeurs définitives avec étalements, contreventement des bâtiments de pourtour et blindage des talus; puis construction des radiers, piles, planchers et aménagements intérieurs.
- Ce programme présentait d’autre part l’inconvénient de suspendre pendant plusieurs mois l’accès du musée par son entrée habituelle, en créant des complications de service intérieur; sa réalisation comportait en outre des risques graves du fait des batteries d’étaiements indispensables reposant sur un fond de fouille partiellement immergé, et aussi du fait de la qualité et de la nature des bâtiments à proximité (tels que l’ancien réfectoire des moines du prieuré de Saint-Martin-des-Cliamps dont la construction remonte au xin’ siècle).
- La conception générale du travail adopté réside dans ce fait que le plafond des nouveaux amphithéâtres a été exécuté en premier lieu sur la chaussée existante, légèrement défoncée après dépavage préalable. Ce plancher prolongé jusqu'aux façades existantes a permis de les buter entre elles pour travailler ensuite en toute sécurité, à la fois au-dessus et au-dessous. De cette façon la construction des amphithéâtres proprement dits a pu être réalisée à l’abri des intempéries de jour et de nuit, sans aucun risque et dans les meilleures conditions de sécurité.
- La construction a, en résumé, comporté les opérations de détail suivantes :
- 1° Exécution de huit points d’appuis centraux, avec emploi de caissons spéciaux en béton armé foncés dans 6 mètres d’eau au point le plus bas ;
- 2' Exécution progressive du plafond des amphithéâtres au niveau de la cour actuelle avec butées sur les façades de pourtour;
- 3” Au fur et à mesure de la réalisation de ces butées, exécution des 27 points d’appui de pourtour sans étalements spéciaux avec emploi de caissons, comme ci-dessus dans les hauteurs immergées;
- 4* Travaux d’asphaltage, pavage, et maçonneries diverses au niveau du sol cour, pendant que les terrassements s’exécutaient à l’abri sous le plancher terminé ;
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- 5* En même temps que ces terrassements progressant par tranchées horizontales de 1 m. 50 de hauteur, construction de pilier à pilier des voiles de soutènement en béton armé du pourtour en commençant par le haut ;
- 6“ Exécution des radiers des planchers des cloisonnements intérieurs au-dessus des radiers inclinés, reposant sur des murettes de maçonnerie, exécution des gradins :
- 7* Travaux secondaires de parachèvement.
- Pour terminer cet exposé technique, il reste à parler de la façon dont furent réalisées la résistance à la sous-pression et I*étanchéité de l’ouvrage.
- Le niveau moyen de la nappe d’eau étant à la cote 12 et les parties basses de l’ouvrage à la cote 18, il fallait assurer sa résistance à la sous-pression, d’autant plus que cette hauteur d'eau pouvait augmenter pendant la période des pluies.
- Pour résoudre ce problème, le radier de la partie basse de la construction sous le grand amphithéâtre fut exécuté en forme de voûte renversée.
- Pour son exécution un avant-radier concentrique à cette voûte en béton non armé permit d’assainir par épuisement le fond de la fouille et de travailler sur un sol bien réglé à l’exécution du radier proprement dit.
- Pour assurer l’étanchéité, il fut appliqué sur toutes les parois intérieures, sur le radier comme sur les voiles verticaux et sur toute leur hauteur, un enduit de mortier de ciment fortement dosé; malgré cette précaution, pour ajouter enfin une dernière sécurité, il fut établi à la partie la plus basse de la construction une fosse étanche de 2 ms environ. Cette fosse a pour but non seulement de recueillir les eaux de suintement ou de condensation mais encore, en cas d’élévation anormale de la nappe d’eau, d’en permettre l’écoulement à l’intérieur par l’ouverture de trois robinets-vannes placés dans ses parois; ces eaux étant ensuite refoulées aux égouts par deux électro-pompes placées à proximité et agissant ensemble ou séparément.
- Les eaux usées des différents services sont conduites à deux électeurs à air comprimé placés en sous-sol des petits amphithéâtres puis évacuées à l’égout.
- Cet ensemble de constructions représente un groupe unique en France — et peut-être en Europe — de trois grands amphithéâtres dotés de toutes les ressources que peut offrir la technique moderne.
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- Le Dépôt des Etalons nationaux (1)
- Les Etalons nationaux... sont déposés au Conservatoire National des Arts et Métiers. (Art. 3. Loi du a Avril 1919).
- C’est à la France que revient la gloire d’avoir fondé le système métrique décimal des Poids et Mesures.
- Dès 1793, la Convention nationale, convaincue que l’uniformité des Poids et Mesures est un des plus grands bienfaits qu’elle puisse offrir à la France et à la civilisation humaine, décrète l'utilisation uniforme dans tout le territoire de la République de nouveaux poids et mesures basés rationnellement sur la mesure de la terre et la division décimale, c'est-à-dire sur des entités tellement générales et dépourvues de caractère national, qu’aucun peuple ne puisse avoir de répugnance à adopter le nouveau système.
- Dans l’esprit de généralisation mondiale qui est propre à toutes ses grandes créations et qui fait son immortelle grandeur, la Convention n’hésite pas à dédier le système métrique :
- « A tous les temps et à tous les peuples. »
- Les événements ont montré l'exactitude et l’ampleur des vues des créateurs du système métrique. Tous les pays du monde, à l’exception des pays anglo-saxons, l'ont en effet adopté dans son intégralité.
- L’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique l’ont eux-mêmes rendu légal pour les mesures courantes et ont été amenés à l’employer d’une manière obligatoire et irrésistible pour les sciences et techniques plus complexes, dans les mesures électriques par exemple.
- La gloire d’avoir créé le système métrique a conduit à attribuer à la France l’honneur de donner asile au Bureau international des
- (1) Cette étude a été rédigée d’après les notes techniques fournies par MM. Lemoine et Métrai, professeurs au Conservatoire des Arts et Métiers, par M. Pérard, directeur-adjoint du Bureau international des Poids et Mesures et par M. Jacques Gosselin, ingénieur des Poids et Mesures.
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- Dépôt des élaluns nolionnux. (Vue extérieure.)
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- Poids et Mesures, organisme chargé de conserver les prototypes internationaux (mètre et kilogramme) de créer les étalons scientifiquement dérivés de ces prototypes et de procéder aux comparaisons de tous les étalons des nations qui ont adopté le système métrique.
- L’organisation mondiale du système métrique comporte, en outre, dans chacun des pays adhérents à la Convention internationale du mètre, la création d'un organisme chargé d'exécuter dans le cadre national des opérations effectuées pour tous les pays par le Bureau international des Poids et Mesures.
- Pour la France en particulier, la nécessité d’un organisme national a été reconnue par le décret du 8 octobre 1880 qui a créé le Bureau national scientifique et permanent des Poids et Mesures, puis par la loi du 2 avril 1919 sur les unités de mesure qui prescrit dans son article 3 que les étalons nationaux établis pour représenter les unités principales et les unités secondaires du système métrique seront déposées au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les pays étrangers ont créé des laboratoires nationaux de mesures, dont il suffit de citer les noms pour évoquer non seulement leur importance nationale, mais aussi leur rôle mondial dans tous les progrès des mesures :
- National Physical Laboratory, pour l’Angleterre ;
- Physikalische technische Reichsanstalt, en Allemagne ;
- Bureau of Standards, aux Etats-Unis d’Amérique ;
- Bureau fédéral des Poids et Mesures de Berne, pour la Suisse.
- Ces organismes, dotés de laboratoires possédant tous les perfectionnements de la science moderne, se sont placés à l’avant-garde de la métrologie scientifique. Par exemple, toutes les questions relatives aux mesures des températures sont actuellement basées sur les études de trois laboratoires étrangers : le National Physical Laboratory de Teddington, le Bureau of Standards et le Laboratoire cryogène de Leyde, en Hollande.
- Le rôle des organismes étrangers dans la métrologie pratique n’est pas moins important et un certificat du National Physical Laboratory de Teddington est considéré dans le monde entier comme un document de valeur indiscutable établissant la valeur métrologique d’un instrument.
- L’installation à proximité de Paris du Bureau international des Poids et Mesures a été pour la France un grand honneur, mais il en est résulté ce fait que les organismes français, officiels ou non, ont accoutumé de lui confier leurs problèmes de métrologie; dans ces conditions la nécessité de doter la France
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- Dépôt des Etalons nationaux. Salle des comparateurs.
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- d’un laboratoire national ne s’est imposée que tout récemment malgré les textes réglementaires du décret du 8 octobre 1880 et la loi du 2 avril 1019.
- Les études personnelles qui auraient dû conduire un laboratoire national français de métrologie à coopérer sur le plan international avec les laboratoires étrangers ont ainsi été faites par l’organisme international alors qu’il appartenait à la science française de les assurer.
- La loi du 2 avril 1919 était restée lettre morte. En 1932, M. Louis Nicolle, directeur du Conservatoire, préoccupé de cette situation paradoxale, un peu indigne de la France, berceau du système métrique, a réussi, grâce à M. le Président Painlevé, à y porter remède. Des crédits ont été demandés et ont pu être obtenus, grâce à l’appui de M. Mario Roustan, ministre de l’Instruction publique, de M. Ch. Spinasse, rapporteur du budget de l’Enseignement technique, de M. Baréty, rapporteur général du budget à la Chambre des députés, et de M. Cuminal, vice-président du Sénat, rapporteur du budget de l’Enseignement technique. Ce sont ces crédits, d’ailleurs modestes, qui ont permis d'amorcer l’organisation du laboratoire national de métrologie qu’il importait d’installer au Conservatoire.
- C’est dans ces conditions que vient d’être créé le dépôt des Etalons nationaux du système métrique destiné à rendre les mêmes services que les offices analogues institués à l’étranger, offices dont le budget annuel se chiffre, d’ailleurs, par dizaines de millions.
- C’est sur les crédits alloués au titre de l’outillage national que le Conservatoire national des Arts et Métiers a pu procéder à la construction du bâtiment destiné à la conservation des étalons nationaux.
- Statut du dépôt des étalons métriques. — Le rôle du nouvel organisme, qui vient d’être créé au Conservatoire national des Arts et Métiers, a été défini par le Bureau national scientifique et permanent des Poids et Mesures dans les termes suivants (séance du 28 juillet 1933):
- Le dépôt des étalons nationaux des Unités du système métrique, créé au Conservatoire national des Arts et Métiers, conformément à la loi du 2 avril 1919 est chargé :
- V De la conservation des étalons représentant les unités principales et secondaires définies par la dite loi et de la détermination des équations respectives des divers étalons ;
- 2* De la création et de la construction des étalons représentant Vensemble des unités métriques prévues dans la loi du 2 avril 1919 ainsi que leurs multiples et sous-multiples ;
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- Dépôt des Etalons nationaux. Comparateur à microscopes.
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- 3" De Vétalonnage des appareils de mesures employés pour la reproduction des unités principales et secondaires du système métrique ;
- V De Vétude des principes à suivre pour la construction et l’emploi des étalons ;
- 5“ Des recherches tendant à obtenir une plus grande exactitude dans la détermination des constantes physiques en vue d’accroître la précision des étalons ci-dessus mentionnés et des méthodes d’étalonnage des mesures métriques :
- 6* Des essais et contrôle demandés par les services publics ou les particuliers et qui nécessitent une haute précision difficile à réaliser sans référence avec les étalons nationaux.
- Installation du dépôt des étalons nationaux. — Le dépôt des étalons nationaux ainsi défini a été installé au Conservatoire national des Arts et Métiers dans un bâtiment spécialement construit dans la cour des Amphithéâtres et doté de tous les perfectionnements que la technique moderne peut apporter à l'aménagement rationnel d'un laboratoire de mesures de très haute précision.
- Ce bâtiment comporte :
- 1° En sous-sol : quatre laboratoires aménagés en salles isothermes au moyen d’une installation de ventilation et de chauffage spécialement étudiée pour permettre de maintenir une température constante et uniforme de 20° C avec un degré hygrométrique de 0,60.
- Le chauffage isotherme est assuré par deux circulations distinctes d’air, l’une traversant les salles de mesures et comportant deux réglages : réglage de la température et réglage du degré hygrométrique, l’autre comportant seulement le réglage thermique et parcourant une enveloppe à double paroi ceinturant les salles de mesures.
- Le réglage de la température à la valeur de 20e C est assuré par des thermostats spécialement étudiés, celui du degré hygrométrique comporte une installation de réfrigération destinée à amener au point de rosée (environ 12° C) l’air de la circulation intérieure repris à 20° C et à 60 % d’humidité avant son réchauffage à 20* C.
- Des massifs socles antivibratoires ont été construits pour les appareils de haute précision qui seront installés dans les salles dont il s’agit.
- Le sous-sol ainsi aménagé est réservé aux étalonnages de très haute précision, particulièrement sensibles aux conditions thermiques et aux vibrations du sol.
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- 2“ Le rez-de-chaussée comporte un bureau, une salle de dessin et d’études, une salle d’accumulateurs et des laboratoires pour les mesures qui emploient des appareils moins sensibles aux variations thermiques et aux vibrations.
- Des laboratoires ont été prévus pour les étalonnages relatifs à toutes les catégories d’unités prévues par la loi du 2 avril 1919, notamment :
- Les unités géométriques (longueurs, surfaces, volumes, etc.);
- Les unités de masses (poids, densités, etc.);
- Les unités de temps (durées, fréquences, etc.);
- Les unités mécaniques (force, pression, travail, énergie, etc.);
- Les unités calorifiques (température, calorie, etc.);
- Les unités lumineuses et optiques (éclairement, flux lumineux, brillance, dioptrie, etc.).
- Ces laboratoires seront équipés au fur et à mesure des disponibilités budgétaires.
- Outillage actuel du dépôt des étalons nationaux. — Actuellement, vu le crédit extrêmement réduit accordé pour l’exercice 1933, l’équipement en appareils de mesures n’a pu comprendre que les unités de longueur, mètre et sous-multiples.
- L’étalon national de longueur pour la France est la copie n* 8 du mètre international, règle en X, en platine iridié définissant le mètre par la distance à 0* de deux traits tracés sur des mouches polies.
- Ce mètre est actuellement déposé aux Archives nationales, mais conformément aux dispositions de la loi du 2 avril 1919, il doit être versé au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- C’est de cet étalon qu’on devra partir pour la détermination de toutes les mesures présentées au Dépôt des Etalons.
- Or, ces mesures pourront être :
- 1* Des mesures à traits d’un mètre ou d’un sous-multiple du mètre ;
- 2° Des règles portant une division métrique ;
- 3* Des mesures à bouts extérieurs (broches à bouts sphériques tampons cylindriques, etc.) ;
- 4° Des mesures à bouts intérieurs (calibres-mâchoires, bagues, etc.) ;
- 5* Des cales combinables à faces planes parallèles.
- L’équipement du dépôt des Etalons nationaux a été conditionné par la nécessité de pouvoir exécuter les étalonnages de ces différents types de mesures.
- Les deux premières catégories de détermination nécessitent
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- l’ctalonnage par rapport au mètre national d'une règle à traits à section en H divisée en millimètres et par conséquent :
- 1* La comparaison des traits extrêmes de cette règle avec ceux du mètre national ;
- 2* La comparaison entre elles des subdivisions.
- La première opération se fera sur un comparateur à déplacement latéral.
- La deuxième opération se fera sur un comparateur à déplacement longitudinal. Cet appareil construit spécialement pour le Dépôt des Etalons nationaux par la Société genevoise, diffère de la machine à mesurer ordinaire par l’adjonction de coulisses permettant de déplacer les microscopes de manière à les mettre à une distance l’une de l’autre qui peut varier entre un peu moins de 10 centimètres et un peu plus de 1 mètre. En outre, des réglages supplémentaires de position des microscopes et de la règle en H ont été ajoutés à la construction normale.
- Le raccordement des mesures à bouts avec les mesures à traits définies par la règle en H se fera également au moyen du comparateur à déplacement longitudinal, muni à cet effet d’une poupée fixe micrométrique et d’un palpeur solidaire du chariot qui porte la règle en H.
- Des palpeurs en forme de C ont été prévus pour les mesures intérieures.
- La détermination directe par rapport à la règle en H d’une mesure à bouts étant une opération assez longue et délicate, on établira une fois pour toutes (sauf bien entendu des vérifications périodiques) une série d’étalons à bouts, sous forme de broches à bouts sphériques.
- Les déterminations courantes de mesures à bouts se feront par des comparaisons directes avec ces étalons.
- C’est pour ces opérations qu’a été prévu un micromètre électrique Bariquand et Marre.
- La détermination des cales h faces parallèles (étalons à bout de 1 à 100 millimètres) peut se faire au moyen de la machine à mesurer, mais avec une précision qui est limitée par celles de la poupée micrométrique et des visées par les microscopes et qui, en tenant compte encore des erreurs sur les déformations aux contacts et des défectuosités de réglage, ne dépasse guère 0,3 micron.
- La méthode par interférences lumineuses permet de rapporter les déterminations de mesures à bouts avec le mètre national au moyen :
- I" Des valeurs déterminées une fois pour toutes par rapport au prototype international des longueurs d’onde de certaines radiations lumineuses monochromatiques ;
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- 2° De l’équation du mètre national par rapport au prototype international, déterminée au Bureau international des Poids et Mesures.
- Cette méthode permet des déterminations avec une précision beaucoup plus grande que ne le permet la machine à mesurer.
- C’est pourquoi l’équipement du dépôt des Etalons nationaux comporte un interféromètre de la société « La Précision mécanique >.
- La détermination absolue au moyen de l’interféromètre étant une opération longue et délicate, les déterminations courantes de cales présentées au dépôt des Etalons nationaux se feront par comparaison avec une série de cales étudiées une fois pour toutes au moyen d’un comparateur pneumatique « Solex » donnant une précision peu inférieure à celle de l’interféromètre.
- Enfin, l’équipement comporte une série d’appareils pour les mesures et opérations diverses de réglage.
- Avec ces instruments, le dépôt des Etalons nationaux se trouve muni des principaux appareils qui lui permettront de remplir, en ce qui concerne les mesures de longueur, son rôle fondamental, c’est-à-dire les comparaisons et vérifications des étalons et la création de sous-multiples ainsi que les essais et contrôles demandés par les services publics ou les particuliers pour leurs étalons secondaires.
- Il y a un intérêt évident à ce que l’outillage du dépôt des Etalons nationaux soit complété aussi rapidement que possibïe en ce qui concerne les autres unités.
- En terminant cette brève étude c’est le vœu que nous nous permettons de formuler instamment.
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- PRÉSIDENTS
- DU CONSEIL DE PERFECTIONNEMENT DEPUIS L’ORIGINE
- Le duc de La Rochefoucauld. 1817. Le duc de Doudeauville, 1828.
- Ch. Dupin, 1840.
- Blaxqui, 1841.
- Olivier, 1842.
- Leclerc-Thouin.
- Ch. Dupix.
- A. Payex.
- A. Morin.
- Wolowski.
- J.-B. Boussixgault.
- Moll.
- Péugot.
- Général Morin, 1853.
- Hervé Maxgox, 1880.
- Colonel Laussedat, 1881.
- Mascart, 1900.
- Paul Painlevé, 1908.
- Gaston Menier, 1919.
- PRÉSIDENTS DU CONSEIL D’ADMINISTRATION '
- Léon Bourgeois, ancien président du Sénat.
- Alexandre Millerand. sénateur, ancien président de la République. Paul Painlevé, député, membre de l'Institut, ancien président du Conseil des Ministres.
- (1) L’article 32 de la loi des Finances du 13 avril 1900, qui a investi le Conservatoire national des Arts et Métiers de la personnalité civile, a décidé qu’il serait représenté par un Conseil d’administration nommé sur la proposition du ministre du Commerce par décret du président de la République.
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- LISTE DES ADMINISTRATEURS ET DIRECTEURS DU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS DEPUIS L’ORIGINE
- Du 19 vendémiaire an III au 27 vendémiaire an IX (28 octobre 1800), le Conservatoire est administré par un Conseil composé de Vaxder-moxde, J.-B. Le Boy, Conté, Beuvelot, puis C.-P. Molard, H. Grégoire, Joseph Montgolfier.
- Ensuite, ont été successivement Administrateurs :
- C.-P. Molard, membre de l’Institut, 1800-1817.
- G.-J. Christian, 1817-1831.
- Poüillet, membre de l’Institut, 1831-1849.
- Le Général Morin, membre de l’Institut, 1849-1852.
- Th. Olivier, 1852-1853.
- Depuis 1853, le Conservatoire est administré par un Directeur. Ont été successivement Directeurs du Conservatoire :
- Le Général Morin, membre de l’Institut, 1853-1880.
- Hervé Maxgox, membre de l’Institut, 1880-1881.
- Le Colonel Laussedat, membre de l’Institut, 1881-1900.
- et depuis 1900 :
- MM.
- Gabriel Chaxdêze, G. O. Directeur honoraire au ministère
- du Commerce, 1900-1906.
- Louis Bouquet, C. «, Directeur honoraire au ministère du
- Commerce, 1907-1915.
- Henri Gabelle, C. Directeur honoraire au ministère du
- Commerce, 1915-1931.
- Louis Nicolle, C. ifc, Directeur honoraire au ministère du
- Commerce, 1931-
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- LISTE DES MEMBRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- Président :
- M. Painlevé, «*, Député, membre de l’Institut, ancien président du Conseil des Ministres.
- Vice-Président :
- M. Gaston Mexier, O. Sénateur.
- Membres :
- MM.
- Emile Borel, O. #, Député, ancien ministre, membre de l’Institut. Cuminal, *, vice-président du Sénat.
- Le Directeur général de l’Enseignement technique.
- Louis Nicolle, C. Directeur honoraire au Ministère du Commerce, Directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- André Citroën, G. O. Industriel.
- L. Courtray, C. #, Conseiller d’Etat, Chef du service de l’Inspection générale des Finances.
- R. Dautry, C. #, Directeur général des Chemins de fer de l’Etat.
- R. Fighiera, G. O. *, Conseiller d’Etat, directeur des affaires commerciales et industrielles au ministère du Commerce et de l’Industrie. Henri Garnier, O. #, Président de la Chambre de Commerce de Paris. André Liesse, O. #, Membre de l’Institut.
- Louis Lumière, C. #, Membre de l’Institut.
- Million, Secrétaire de la Confédération générale du travail.
- Mouton, O. Conseiller d’Etat.
- Emile Picard, G. C. #, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, membre de l’Académie française.
- Le Président du Conseil municipal (M. René Fiqurt, «O.
- Le Président de la Commission de l’Enseignement du Conseil municipal (M. G. Contenot, O. #).
- Le Président de la Société des Ingénieurs civils.
- Le Président de la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale. Le Directeur de l’Ecole centrale des Arts et Manufactimes.
- Le Directeur du Laboratoire d’Essais mécaniques, physiques, chimiques et de machines.
- Membres élus par les professeurs :
- MM.
- Fleurent, C. Délégué titulaire, Professeur au Conservatoire. Bricard. O. #, Délégué titulaire, Professeur au Conservatoire.
- Dantzer, O. *, Délégué titulaire. Professeur au Conservatoire.
- Heim de Balsac, O. *, Délégué suppléant, Professeur au Conservatoire. Simiand, O. Délégué suppléant. Professeur au Conservatoire.
- N. .., Délégué suppléant, Professeur au Conservatoire.
- Secrétaire du Conseil :
- M. Gautier, Sous-Directeur du Conservatoire.
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- LISTE DES MEMBRES DU CONSEIL DE PERFECTIONNEMENT
- Président :
- M. Gaston Mexier, O. », Sénateur.
- Vice-président :
- M. Cumixal, », Vice-Président du Sénat.
- Membres :
- Spixasse, *, Député.
- Louis Nicolle, C. », Directeur du Conservatoire.
- les Professeurs du Conservatoire.
- le Directeur du Laboratoire d’Essais.
- le Sous-Directeur du Conservatoire.
- Barbet, », Ingénieur, ancien Président de la Société des Ingénieurs civils.
- Benac, G. O. », Directeur général honoraire au ministère des Finances.
- Bréguet, C. », Industriel.
- Cavalier, C. », Directeur de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Instruction publique.
- S. Charléty. C. », Recteur de l’Académie de Paris.
- André Citroën, G. O. », Industriel.
- Marquis de Dion, Sénateur, Président de la Chambre syndicale de l’Automobile.
- Henri Garnier, O.#, Président de la Chambre de Commerce de Paris.
- Léon Gaumont, O. », Industriel.
- Grimpret, C. », Directeur général des Chemins de fer au ministère des Travaux publics.
- Herdxer, O. », Ingénieur en chef honoraire de la Compagnie des Chemins de fer du Midi.
- Hersent, C. », Membre du Conseil supérieur de l’Enseignement technique, Président de la Société du Port de Rosario.
- Javary, G. 0.&, Directeur de l’Exploitation du Chemin de fer du Nord.
- Paul Léon, G. O. », Professeur au Collège de France, Directeur général honoraire des Beaux-Arts.
- Albert Liébaut, Gérant du Comptoir de l’Industrie minière.
- Henri Mamy, », Directeur honoraire de l’Association des Industriels de France contre les accidents du travail.
- Maurice Margot, G. O. », Directeur général des Chemins de fer P.-L.-M.
- Pomey, C. », Ancien Directeur de l’Ecole des P.T.T., Inspecteur général des P.T.T.
- Félix Pellin, O. », Président du Syndicat général des Industries techniques de précision.
- Sauvage, O. », Secrétaire, Professeur honoraire du Conservatoire.
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- LISTE DES PROFESSEURS
- MM.
- Axtoxellx, professeur d'Assurances sociales (jurisprudence et contentieux).
- Aucuy, », professeur d’Organisation du travail et Associations ouvrières.
- Bricard, O. », professeur de Mathématiques (en vue des applications).
- Chaumat, C. », professeur d’Electricité industrielle.
- Danty-Lafraxce. », professeur d’Organisation scientifique du travail.
- Dantzer, 0. », professeur de Filature et Tissage.
- Divisia, », professeur d’Economie industrielle et statistique.
- Dubrisay, 0. », professeur de Chimie générale dans ses rapports avec l’industrie.
- Fleurent, C. *, membre de l’Académie d’Agriculture, professeur de Chimie industrielle.
- Guillet, C. », membre de l’Institut, professeur de Métallurgie et travail des métaux.
- Heim de Balsac, 0. », professeur d’Agriculture et productions agricoles dans leurs rapports avec l’industrie.
- Javiluer, professeur de Chimie agricole et biologique.
- Laugier, 0. », professeur de Physiologie du travail, d’Hvgiène industrielle et d’Orientation professionnelle.
- Lemoine, O. », professeur de Physique générale dans ses rapports avec l’industrie.
- Magne, O. #, professeur d’Art appliqué aux métiers.
- Métral, professeur de Mécanique.
- Monteil, 0. », professeur de Machines.
- Percerou, 0. *, professeur de Droit commercial.
- Risser, O. », professeur de Théorie générale des Assurances et Assurances sociales.
- Salmont, », professeur de Prévention des accidents du travail.
- Simiaxd, O. », professeur d’Economie politique.
- Spixasse, *, professeur d’Histoire du travail.
- Wahl, », professeur de Chimie appliquée aux industries des matières colorantes, blanchiment, teinture, impression et apprêts.
- N..., professeur de Constructions civiles.
- N..., professeur de Géographie industrielle et commerciale.
- Soreau, C. *, chargé du Cours de Navigation aérienne.
- Damour, », chargé du Cours de Chimie appliquée au chauffage industriel.
- Graxger, », chargé du Cours de Chimie appliquée aux industries des chaux et ciments, de la céramique et de la verrerie.
- Sainte-Laguë 0. *. chargé du Cours de Mathématiques préparatoires,
- Fleury, », chargé du Cours de Métrologie générale et industrielle.
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- TABLE DES MATIÈRES
- La reprise des Annales du Conservatoire (4* série)
- I. Discours de M. le Président Paul Painlevé à l’occasion du
- centenaire de l’abbé Grégoire................................ 9
- II. Le Conservatoire national des Arts et Métiers. Sa création (1794). Son évolution, par E. M. Lévy, bibliothécaire en
- chef du Conservatoire........................................ IG
- I. Le Conservatoire des origines à 1900.
- II. Le Conservatoire depuis J900.
- III. La réorganisation du Conservatoire par \I. Charles Pomaret,
- député, ancien sous-secrétaire d’Etat de l’Enseignement technique ................................................. 31
- La réorganisation du Conservatoire exigerait une dépense de 80 millions. — Nécessité d’envisager un programme réduit à 20 millions. — Une première tranche de 10 millions accordée par la loi du 28 décembre 1931,
- Le programme actuellement réalisé : Réfection du Musée, de la Bibliothèque; construction de nouveaux amphithéâtres creusés sous la cour d’honneur et du Dépôt d’Etaions nationaux, etc.
- Ce qu’il faut réaliser : Centre de production de films scientifiques et d’enseignement; Cours d’Eoonomie sociale et de culture générale; Délivrance du titre d’ingénieur; Expositions temporaires, etc.
- IV. L’Enseignement ....................................................
- «) Le caractère (le l’Enseignement au Conservatoire; quelques exemples :
- î« Le cours de Mathématiques, par M. Raoul Bricard. professeur
- de Mathématiques (en vue des applications)....................
- L'enseignement de la Physique par M. Jules Lbmoine. professeur de Physique générale dans ses rapports avec l’industrie.......
- 3° L’Economie politique, par M. François Siwiand, professeur d’Economie politique, professeur au Collège de France.........
- 1° L’Art appliqué aux métiers, par M. H. M. Maoxb, professeur d’Art appliqué aux métiers....................................
- b) Programme des cours...................................
- c) Les laboratoires des travaux pratiques................
- (0 L’Institut aérotechnique de Saint-Cyr....................
- I. Outillage pour lV-/od>n*mlque. ^
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- V. Leçon d’ouverture du cours de Mécanique, par M. A. Métrai.,
- professeur de Mécanique.................................... $5
- VI. Leçon d’ouverture du Cours d’Histoire du travail, par
- M. Ch. Spixasse, professeur d’histoire du travail.......... 102
- VIL Les nouvelles constructions du Conservatoire................... 114
- I. Amphithéâtres creusés sous la cour d’honneur.
- II. Le Dépôt des Etalons nationaux.
- VIII. Anciens présidents des Conseils — Administrateurs et Direc-
- teurs — Membres actuels des Conseils — Personnel enseignant.
- 1* Présidents du Conseil de perfectionnement................ 135
- 2° Présidents du Conseil d'administration................... 135
- 3° Administrateurs et Directeurs............................ 136
- 4° Composition du Conseil d’administration ................. 137
- 5° Composition du Conseil de perfectionnement............... 138
- 6* Liste des professeurs.................................... 139
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- ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 2" SEPTEMBRE 1933 SUR LES PRESSES DE L'UNI O.N TYPOGRAPHIQUE A VILLENEUVE-ST-GEORGBS
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