Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- DE L’IMPRIMERIE DE HUZARD-COURCIER*
- EUE BU IABBINET, N° 12.
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- DICTIONNAIREJ "
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE; PAR UNE SOCIÉTÉ DE SA VANS ET D’ARTISTES.
- Qui pourrait assigner un terme à la perfectibilité humaine?
- TOME PREMIER.
- A PARIS,
- CHEZ THOMINE ET FORTIC, LIBRAIRES, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS, N° 5g.
- 1822.
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- AVERTISSEMENT.
- Les Collaborateurs du Dictionnaire de Technologie s’étant partagé entre, eux les travaux relatifs à la composition de cet ouvrage , d’après la nature des sciences dont chacun s’est spécialement occupé, ils sont convenus, pour éviter lès erreurs, de sè communiquer leurs rédactions, et de s’éclairer de leurs conseils mutuels. Aucun article n’a été livré à l’impression sans avoir subi cette épreuve , et chaque auteur l’a signé de son nom. L’ouvrage entier n’excédera pas quinze volumes de texte ; et on est même fondé à croire que cette limite ne sera pas atteinte.
- Les Arts sont fréquemment isolés les uns des autres ; il n’y a rien de commun entre le batteur d’or, le luthier, le fabricant d’aiguilles ou d’acide sulfurique : la forme de dictionnaire est donc la plus convenable, parce qu’elle se prête aux recherches. Cependant cette distribution des matières a l’inconvénient de forcer le rédacteur à des redites, pour pouvoir éclairer son sujet, quand les Arts n’ont pas l’indépendance absolue dont on vient de parler : o.. ioit donc s’attendre à trouver quelques redites, devenues indispensables pour éelairer l’explication dé certains sujets -, mais comme il importait de les éviter autant que possible, les auteurs sont convenus de renvoyer à des articles spéciaux un grand nombre de détails communs à plusieurs Arts, ou ayant quelque importance. Les dénominations de ces articles se rencontrent dans le texte en lettres capitales, qui désignent que ce sujet est traité dans un article séparé : les italiques sont réservées pour les mots techniques, ouïes phrases dignes de remarque. Ainsi, toutes les fois que le lecteur rencontrera dans le texte un mot imprimé en capitales, il est assuré que ce mot est traité à part, et il peut consulter l’article du Dictionnaire où le mot est placé selon l’ordre alphabétique. ^
- Il était indispensable, pour l’intelligence du discours, d’y joîn-
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- vj AVERTISSEMENT.
- dre des ligures ; on ne peut prendre une idée précise des appareils chimiques, des machines, et souvent même des outils et des procédés des Arts, sans le secours du dessin. Le même appareil sert dans diverses fabriques; le même instrument, la même figure, sont employés par divers ouvriers ; il était donc convenable de réunir les planches en volumes séparés ; cette disposition donne plus de facilité au lecteur pour porter à la fois les yeux sur le texte et la figure. D’ailleurs les planches ne pouvaient pas toujours être réduites au format in-8°., et même quelquefois l’in-4°. devenait insuffisant. On peut, il est vrai, réunir alors les planches dans les volumes de texte, en formant des plis; mais on perd alors l’avantage de prendre au compas des mesures précises, ce qui a souvent une grande importance. Ces motifs nous ont portés à livrer les planches en plusieurs volumes où elles seront réunies en atlas. Nous espérons que le Public sera satisfait de la gravure et du dessin, et qu’il en appréciera la belle exécution , surtout s’il la compare à celle des autres dictionnaires : des Artistes distingués ont été chargés de ce soin.
- Nous donnerons ici les noms et les chiffres distinctifs des articles des principaux Collaborateurs; les autres porteront les signatures .en toutes lettres.
- M. Francoeur, Professeur à la Faculté des Sciences de Paris, se chargera de traiter les Arts physiques et mécaniques.... Fr.
- M. Molard jeuke, Directeur-adjoint du Conservatoire des Arts et Métiers de Paris, s’occupera aussi de cette dernière partie. ............................................M. F. E.
- M. L. Seb. Lexormand , Professeur de Technologie, fournira les articles de Technologie pure.......................L.
- M. Robiqeet ,Professeur à l’Ecole de Pharmacie de Paris, rédigera les articles de Chimie..........................R.
- M. Payes,Manufacturier et fabricant de produits chimiques , coopérera à la rédaction des Arts chimiques............P.
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- DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
- Depuis la fin du dix-huitième siècle, les Arts industriels ont marché d’un pas rapide vers la perfection : jamais l’activité n’a été si grande, les recherches si fructueuses, le génie inventif si fécond, les résultats si brillans. Les deux nations qui ont cultivé avec le plus de succès le champ de l’industrie, sont devenues les plus riches et les plus puissantes du monde. L’une a couvert la mer de ses vaisseaux et a rendu les cinq; parties du globe tributaires de ses manufactures ; l’autre s’est élevée, parles Arts, à un degré de prospérité et d’illustration que des revers inattendus ont pu compromettre, mais que les efforts ennemis n’ont pu anéantir. C’est dans les Arts et les Sciences que la France trouve ses titres de gloire les plus solides; c’est par eux qu’elle est encore une grande nation, qu’elle a déjà réparé ses pertes, cicatrisé ses blessures, et qu’elle se console de ses malheurs. Tels sont les bienfaits, telle est la puissance de l’industrie : ce n’est plus la force des armes, ce n’est plus le hasard qui fait le destin des empires; l’industrie seule donne le sceptre du monde. La prospérité fondée sur le travail et les richesses industrielles est indestructible ; elle est de sa nature toujours progressive. Tant que la France et l’Angleterre devanceront les autres peuples dans la carrière des Arts, elles conserveront le premier rang entre les nations.
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- Parvenue à ce haut degré de gloire, l’industrie est mainCfcfiaht aussi honorée qu’elle était autrefois humiliée et avilie. Ses bienfaits sont reconnus, son importance sentie, ses succès appréciés, ses découvertes admirées. 11 y a donc lieu de s’étonner que personne, dans de dix-neuvième siècle , n’ait encore songé à élever à l’industrie un monument digne d’elle, un monument à la fois utile et glorieux, où seraient retracés ses progrès, ses découvertes et ses travaux récens : un ouvrage de ce genre, où seraient rassemblées toutes les inventions du génie, ne serait pas moins utile pour l’avancement de l’industrie, qu’honorable pour les savans et la nation qui le publieraient. On a vu, dans le dix-liuitième siècle , à une époque où les arts utiles étaient encore dédaignés , se former et se poursuivre avec succès une entreprise pareille : l’Académie, s’élevant au-dessus des préjugés de son siècle, conçut et exécuta en partie le grand projet de décrire tous les Arts et Métiers - malheureusement cette collection n’a pas été achevée, et elle n’est plus que d’une bien faible utilité : non par la faute de leurs savans auteurs, mais par le seul effet du progrès des Sciences et des Arts, les descriptions de l’Académie sont devenues incomplètes ou défectueuses ; elles sont bonnes pour servir de matériaux à l’histoire de l’industrie. La tâche reste donc toute entière ; il faut recommencer la description des Arts ; il en faut tracer un nouveau tableau. De même, lorsque des innovations et le laps des temps auront rendu surannés les procédés actuels, nos descendans seront obligés de renouveler nos descriptions pour les approprier à l’état de leurs connaissances . On ne peut espérer de composer un tableau com-
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- plet de toutes les branches de l’industrie qui convienne à tousles temps et à tous leslieux ; tout ce qu’on peut exiger d’un pareil ouvrage, c’est qu’il reproduise fidèlement l’état des Arts, dans le lieu et à l’époque où il a été écrit.
- En effet, l’industrie humaine, fille du besoin et de l’intelligence, a sans cesse changé de forme; marchant toujours de conquête en conquête, elle a, par une heureuse réaction , perfectionné l’intelligence dont elle était née; elle a fait éclore les sciences: en un mot, elle a civilisé le genre humain. Dans l’état actuel, ce serait en vain qu’on voudrait fixer des limites à son pouvoir; on les verrait toujours disparaître, de même que le voyageur voit reculer devant lui les bornes d’un horizon qu’il croit bientôt atteindre.
- Désormais les améliorations industrielles, s’ajoutar t sans cesse les unes aux autres, formeront une masse toujours croissante, que rien ne pourra détruire. Cette vérité a pour base la nature même de l’homme : distingué du reste des êtres animés par la précieuse faculté de communiquer ses idées, l’homme transmet ses conceptions à ses contemporains et aux générations futures, et il les enrichit de ses travaux comme de ses découvertes ; chaque pas qu’il fait dans la carrière de l’invention, il le fait faire à tout le genre humain ; depuis l’établissement de l’imprimerie et de la gravure, il n’est aucune idée, aucune amélioration qu’il ne puisse représenter et consigner à perpétuité. La marche de l’industrie ou de la civilisation en est devenue plus sûre, ses progrès plus rapides, et ses résultats impérissables.
- Quelque grands que soient les travaux exécutés par
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- l’homme dans le cours des siècles, nous en sommes peu frappés, parce qu’il nous est difficile de les apprécier-; nous naissons dans un monde que nous trouvons tout fait, et il nous semble naturel que tout aille comme nous le voyons. Cependant, quelle différence de l’état du premier homme jeté sur la terre, abandonné à lui-même, à l’état des sociétés actuelles, industrieuses, riches, pourvues avec abondance d’une infinité d’objets utiles ou agréables! Quels travaux, quelles recherches n’a-t-il pas fallu entreprendre et poursuivre, pour atteindre ce grand résidtat ! que d’efforts, que de persévérance pour parvenir à cette existence nouvelle, que l’industrie a donnée à l’humanité !
- Nous ne retracerons point ici tout ce qu’ont fait l’agriculture, les manufactures et le commerce, pour changer et améliorer le sort de l’homme ; nous ne reproduirons pas les scènes variées que nous présentent à chaque instant les travaux de la terre, l’activité de l’industrie, et le mouvement commercial des sociétés modernes. Que chacun jette autour de soi des regards observateurs; un examen même rapide suffira pour lui donner la plus haute idée de l’importance et de l’immensité des travaux des Arts. Nous porterons de préférence notre attention sur un des plus puissans moyens qui nous soient donnés pour accroître encore notre prospérité industrielle; on sent qu’il est question des secours que peuvent prêter aux Arts les lumières de la science.
- Sans doute, dans l’origine, les premiers Arts, ou les opérations les plus simples de chaque Métier,
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- ont dû leur naissance ou leur perfectionnement au hasard, à une pratique peu éclairée, et à des essais plus ou moins heureux ; rarement s’est-on servi de principes raisonnés pour changer, améliorer ou découvrir les procédés les plus convenables : aussi les progrès ont été lents et presque insensibles dans le cours des siècles. Mais lorsque par la culture des Sciences, et par leurs applications à la pratique des Arts, on a pu se rendre compte des opérations, de leurs causes et de leurs résultats, les progrès sont devenus rapides et brillans, et l’industrie s’est développée, pour ainsi dire, sans effort. La Science est donc, à l’époque actuelle, un des besoins, et même une des parties de l’industrie générale. Celle-ci ne pourra s’améliorer d’une manière efficace qu’autant que la première sera perfectionnée; et, sous ce rapport, l’industrie scientifique ou l’accroissement et l’étude fructueuse des Sciences, mérite l’attention spéciale d’un peuple qui veut atteindre un haut degré de prospérité ou de puissance. Pour faire sentir l’utilité dont cette étude peut être pour les Arts, il suffira de citer, parmi les sciences physiques et mathématiques, quelques-unes des branches qui, par leurs applications, ont le plus contribué aux progrès de l’industrie.
- Sans parler du calcul qui s’applique à tout, nous nommerons d’abord la Géométrie, qui, depuis surtout qu’elle a été complétée par la création de la Géométrie descriptive, est devenue une science vraiment industrielle; elle est, pour l’artiste, un langage précis et rigoureux. La Mécanique est encore plus utile : il serait trop long d’énumérer tous les sei'vices que cette
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- science a rendus, et peut rendre encore à l’industrie, La physique a dévoilé beaucoup de faits importuns, qui ont trouvé leurs applications dans la plupart des Arts.
- La Chimie est, de toutes les sciences, celle quia fait le plus pour l’industrie : en découvrant de nouvelles théories plus exactes et plus conformes aux , faits, elle a mis dans la main de l’homme une puissance invisible, à l’aide de laquelle il modifie a son gré tous les corps de la nature. Ainsi toutes les connaissances spéculatives ont contribué plus ou moins à l’avancement des Arts ; et l’on peut assurer que si les sciences et l’industrie étaient parvenues à leur parfait développement, on s’apercevrait que l’agriculture ou l’économie rurale ne serait qu’une application de la Physique végétale et animale; les manufactures , que la pratique de la Chimie et de la Mécanique ; le commerce, qu’une conséquence de l’histoire des productions naturelles et industrielles.
- Les Arts, à leur tour, n’ont pas été moins utiles à l’avancement des Sciences; c’est surtout depuis qu’ils ont fourni à l’Astronomie, à la Navigation, à la Physique, et même à la Chimie, des instrumens et des appareils de la plus grande perfection, que ces Sciences ont pris le plus sublime essor. Les machines à diviser le cercle, et à fendre les roues dentées, ont permis de donner aux travaux de la Géodésie, et aux observations astronomiques , une précision inespérée; d’autres inventions ont fait plus encore, et l’industrie n’eût- elle produit que l’imprimerie et la gravure, il n’en faudrait pas davantage pour démontrer l’influence prodigieuse qu’elle est destinée à exercer sur
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- les progrès de toutes nos; connaissances, et la civilisation. du geni’e humain.
- § Ier. Exposé des progrès de Vindustrie en Europe.
- Nous ne suivrons pas les Arts dans toutes les périodes de leur histoire ; nous devons nous borner à une' esquisse rapide de leur marche dans les temps modernes, à partir de l’époque où de grandes découvertes frappèrent l’imagination, réveillèrent l’activité, et agrandirent le champ de l’industrie et du commerce. L’agitation générale qu’avaient fait naître dans les esprits la découverte des deux Indes, l’invention de la poudre et celle de l’imprimerie, exerça son heureuse influence sur les paisibles travaux des Arts. On commença à sentir leur importance pour la prospérité publique et la puissance des états. Dès le seizième siècle, tous les princes favorisèrent à l’envi les hommes utiles qui contribuaient à l’illustration de leurs royaumes. Mais toutes lés nations ne marchèrent point danscette nouvelle carrière, ouverte à leur activité, d’un pas également rapide ; quelques-unes, plus éclairées et plus libres, devancèrent bientôt leurs rivales, etprh’ent un brillant essor ; souvent leurs efforts furent secondés par des hommes de génie, nés dans leur sein. Que ne doit pas l’industrie française, par exemple, à des princes et à des 'ministres-, tels que Henri IV et Louis XIV, Sullv, Colbert et Turgot! Rappeler les noms de ces hommes célèbres, c’est indiquer la route a suivre, c’est montrer les moyens les plus propres à faire fleurir les Arts utiles pour la prospérité des empires.
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- D’autres hommes illustres ont préparé par leurs travaux l’avénement de cette époque glorieuse : le chancelier Bacon , en Angleterre, ouvre la marche brillante que devait suivre le dix-septième siècle ; le premier, il annonce que l’étude des Arts mécaniques estime des parties les plus intéressantes et les plus essentielles de la philosophie naturelle ; portant sa vue hardie sur l’ensemble des connaissances humaines, il montre aux hommes la véritable méthode d’étudier la nature ; il leur enseigne l’usage de ces trois grands moyens >. l’observation, l’expérience et le calcul.
- Les Sciences d’abord, les Arts ensuite, mirent à profit ces leçons du génie; les théories fondées sur l’expérience remplacèrent les systèmes et les hypothèses, et leur lumière devint pour l’industrie un guide assuré. C’est après que Galilée, Toricelli, Descartes, Pascal, Huyghens, INewton, Bernoully, eurent établi la Mécanique et la Physique sur des bases inébranlables, qu’il fut possible de perfectionner les Arts dé-pendans de ces deux sciences. On vit alors l’horlogerie, les fabriques d’instrumens d’optique, de physique , d’astronomie, faire de rapides progrès : Toricelli inventa le baromètre ; Pascal, la presse hydraulique ; Huyghens fit connaître de nouvelles applications du pendule; Lahire détermina la forme la plus convenable des engrenages. Dans cette même période, Othon Guérick invente la machine pneumatique; Hook fait connaître le ressort spiral et les montres de poche. Le marquis de Worscester a la première idée des machines à feu; Papin invente son diges-teur à haute pression; un ouvrier ingénieux présente
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- à Louis XIV les premiers bas faits au métier; mais son invention est dédaignée, et va enrichir l’Angleterre; Nicolas Cadeau établit à Sedan la manufacture de draps fins, faconde Hollande, et le gouvernement perfectionne le superbe établissement des Gobelins, demeuré jusqu’ici sans rival, quoique ses produits aient excité, à juste titre,l’admiration de l’Europe. Plus tard s’élève la belle fabrique de papier de tenture, créée par Jean Papillon, vers la fin du règne de Louis XIV.
- Ce prince, voulant illustrer son règne par tous les genres de gloire, attira en France les savans les plus célèbres et les manufacturiers les plus habiles : Huyghens pour les Mathématiques ; Cassini pour l’Astronomie ; Roëmer pour la Physique ; Winslow pour l’Anatomie. 11 fit venir Van-Robais pour la draperie fine, Hindret pour la bonneterie.
- Colbert protégea de toute la force de son génie le Commerce et les Arts; il prodigua les primes et les en-couragemens aux manufactures et à la navigation; il établit ces fameux règlemens destinés à soutenir une industrie naissante, mais qui depuis en comprimèrent si violemment l’essor. Les ateliers d’Hindret et de Van-Robais étaient comme des pépinières d’où se répandaient dans la France de nombreux élèves. Les artistes étrangers, attirés par la protection, apportaient dé toutes parts leur précieuse industrie. En moins de vingt ans les manufactures françaises prirent l’aspect le plus florissant, et égalèrent l’Espagne et la Hollande pour la draperie fine, le Brabant pour les dentelles, l’Italie pour les soieries, Venise pour les glaces, l’Angleterre
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- pour la bonneterie, l’Allemagne pour le fer-blanc et les armes blanches, la Hollande pour les toiles.
- Malheureusement l’impulsion donnée à l’industrie s’éteignit avec Colbert : la révocation de l’edit de ÎNantes, l’émigration des meilleurs artistes, des guerres continuelles et malheureuses, les embarras des finances, la création de charges onéreuses, la sévère exécution des règlemens de fabrique, l’existence des corporations et des privilèges des Arts et Métiers, la dilapidation de la fortune publique sous le Régent; telles furent les causes trop multipliées qui arrêtèrent en France l’essor de l’industrie.
- Le dix-septième siècle fut illustré par une invention qui était la conséquence et le développement de la découverte de l’imprimerie. La première gazette publiée en Italie est devenue l’origine de cette multitude de journaux et de feuilles périodiques qui circulent aujourd’hui sur le globe, et forment un échange continuel des pensées et des opinions des hommes, sur les Sciences, les Arts et la Politique.
- Le règne de Louis XIV, célèbre par l’éclat que jetèrent la littérature et les Beaux-Arts, fut cependant agité par des guerres fréquentes, qui hâtèrent le perfectionnement de l’artillerie et de la tactique. Le génie militaire devint une science nouvelle entre les mains de Yauban : cet ingénieur célèbre créa l’art des fortifications modernes; il hérissa les frontières de la France d’une multitude de places fortes qui formèrent une triple ligne de défense. Après lui, Béiidor) Dulac, Darcy, Montalembert, Carnot, ont perfec-
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- lionne et développé dans leurs écrits, le grand art d’employer l’artillerie dans les sièges , soit pour l’attaque , soit pour la défense des places.
- Les travaux hydrauliques et les travaux publics du dix-septième siècle se font remarquer par leur grandeur imposante, et souvent par leur utilité:1a construction de plusieurs canaux, et notamment de celui du Languedoc, qui réunit les deux mers5 l’établissement d’un grand nombre de ports, d’arsenaux, de grandes routes, la création d’une marine imposante et d’un commerce florissant; la construction de Versailles et de l’hôtel des Invalides ; les aquédues de Main tenon, d’Arcueil, de Marly, de Rocquencourt, la Fontaine de Nîmes, sont les monumens les plus remarquables que les Arts aient élevés dans ce siècle.
- Dans le siècle suivant, l’on vit sé développer de nouveaux genres de gloire. Dans cette période, les Sciences poursuivent leur marche brillante ; mais les Arts et le Commerce rencontrent dans les privilèges des corporations, dans l’isolement des provinces, dans la versatilité de l’administration, des obstacles longtemps insurmontables.
- Cependant, on construisait en Angleterr e les premières machines à vapeur qui, depuis, se sont prodigieusement multipliées dans ce pays, et n’ont pas peu contribué à l’extension de sa puissance et de ses richesses. Les machines à filer le coton sont inventées par Arkwright ; elles se répandent dans la Grande-Bretagne , ainsi que les mécaniques à carder. En France, les manufactures s’enrichissent des belles machines dues au génie de Vaucanson, et destinées à mouliner
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- et à organsiner la soie ; ces inventions, non moins que le mécanisme ingénieux de ses automates, attestent les talens de cet homme célèbre. Les travaux du savant et infatigable Réaumur donnent à la France l’art d’adoucir le fer fondu, de fabriquer la porcelaine , etc., etc. Les manufactures de papier- tontisse, la découverte du platine, métal dont la Chimie a étendu les usages, l’invention des réverbères, le nouvel art de la gravure au pinceau, par M. Stapart, l’invention du forté-piano, par M. Silberman, sont autant de faits qui signalent les progrès des Arts industriels.
- La Physique, étudiée à l’aide du calcul et de l’expérience, a changé de face, et a fait éclore les plus beaux résultats : Muscliembroeck invente le pyromètre et mesure les hauts degrés de température. La machine électrique est trouvée et la théorie de l’électricité développée : Francklin élève le premier paratonnerre ; Montgolfîer invente les aréostats ; Charles y introduit le gaz hydrogène, et à l’aide de ces machines ingénieuses, l’homme prend possession de l’empire des airs ; Galvani fait des expériences sur l’électricité animale; Yolta, en imaginant la pile qui porte son nom, donne un nouvel et puissant instrument à la Physique et à la Chimie ; Amontons et Coulomb portent dans l’étude des phénomènes naturels la précision du calcul, tandis que Monge en créant la géométrie descriptive rend aux Arts un service inappréciable.
- La Chimie est cultivée avec succès, dans le dix-liuitième siècle, par Lemery, Stàhl, Macquer, Bau-mé, Schéele, Priestley ; mais il étaitréservéà Guvton-
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- Morveau , Darcet, Pelletier, Fourcroy, Laplace, Bertliollet, Bergman, et surtout l’immortel Lavoisier, de la tirer du chaos qui la rendait inaccessible, et d’en faire une science toute nouvelle. Depuis cette époque, une infinité de savans lui ont fait faire les progrès les plus rapides, et en ont multiplié les applications : il suffit de citer les travaux de "Vauquelin, de Klaproth, de Rumford, de.Chaptal, de Thénard, de Gay-Lussac, de Dav v, de Berzelius, etc.
- C’est forte des progrès de toutes les Sciences, c’est dégagée de toutes ses entraves industrielles et politiques , c’est électrisée par la passion de la liberté et de l’indépendance nationale, que la France s’est élancée dans la carrière industrielle avec un succès inoui. L’industrie libre a montré toute sa puissance et répandu tous ses bienfaits : en peu d’années la France a fait autant que dans deux siècles; elle a établi sur son territoire tous les genres de manufactures, et elle a atteint, sinon dépassé, les nations les plus industrieuses. Que d’inventions, que de découvertes se sont succédé, que de noms se sont illustrés depuis cette époque à jamais célèbre dans l’histoire des Arts !
- Dans les applications de la Chimie, nous citerons : le blanchiment du lin, du chanvre, du coton par le chlore, dû à M. Berthollet; les procédés de blanchiment du papier, des livres et des estampes, imaginés par M. Cliaptal, qui a aussi créé l’Art du blanchiment à la vapeur ; M. Thénard a composé cette belle couleur bleue, avec le cobalt, qu’a perfectionnée depuis M. Dumont ; la préparation de la couleur verte de chrome, par M. Vauquelin; MM. Buchoz etLeseur,
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- ainsi que M. Roard, ont créé en France les fabriques de blanc de plomb et de céruse; on a établi la fabrication du minium, du sublimé corrosif, du sel de saturne ; les manufactures françaises ont fourni au commerce, de l’alun, de la couperose, fabriqués de toutes pièces; d’immenses quantités de soude artificielle , préparée par le procédé de Leblanc ; de l’ammoniaque et du sel ammoniac d’après les procédés de Baumé, et d’après ceux de MM. Pluvinet, Payen et Bourlier. Le raffinage du salpêtre et les procédés économiques de M. Champy pour la fabrication de la poudre, ont donné le moyen de préparer des quantités immenses de ces matières, dont la France avait le plus pressant besoin, pour résister à l’Europe armée contre elle. Les fabriques d’acides ont pris une grande extension ; d’autres ont été créées : on a préparé en grand l’acide sulfurique , l’acide muriatique , le chlore, l’acide nitrique , l’acide oxalique. Klaproth a appliqué l’acide fluorique à la gravure sur verre. On a extrait le vinaigre du bois qu’on a carbonisé en vaisseaux clos en recueillant tous les produits; l’ingénieur Lebon a, le premier, distillé les bois et le charbon, pour produire le gaz hydrogène, qu’il a appliqué à l’éclairage; avant lui, Argand et Lange avaient rendu un service important à l’industrie, par l’invention des lampes à double courant d’air, que Quinquet a perfectionnées par sa cheminée de verre coudée ; on a complété cette découverte par le nouvel art d’épurer et de dégraisser les huiles. On a aussi trouvé les moyens de purifier et de décolorer les substances par le charbon, de clarifier et de filtrer en
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- grand les eaux de rivière, et on a fait usage de la distillation pour rendre potables les eaux de la mer.
- L’Art du distillateur a totalement changé de face, grâces aux ingénieux procédés d’Adam et de So-limani; cet Art s’est encore enrichi de la préparation de la fécule de pommes de terre et de la distillation de l’eau-de-vie qu’on en retire. On a extrait avec succès le sucre de la betterave, et l’indigo du pastel. MM. d’Ar-cet ont su retirer une substance nutritive des os que l’on a long-temps abandonnés comme inutiles ; ils en ont tiré de la gélatine et de la colle forte, et en tannant ces substances, ils les ont changées en une écaille-factice. M. Séguin a découvert des procédés très expéditifs et très économiques pour le tannage des peaux ; on a connu l’art de fabriquer le maroquin; on a perfectionné celui de la chapellerie. MM. De-eroos et d’Arcet ont établi des fabriques de savon de toilette et de savon de graisse; M.. Appert a trouvé les procédés pour la conservation des-substances alimentaires. L’Art de la papeterie s’est enrichi de la fabrication du papier d’une longueur indéfinie, tandis que l’impression sur papier s’est améliorée. Toutes les parties de la métallurgie se sont perfectionnées ; il nous suffira d’indiquer la fabrication des cymbales et du tam-tam, par M. d’Arcet; la bijouterie d’acier, parM. Scliey, l’exploitation du métal des cloches, la purification et le travail du platine, la fabrication des objets de quincaillerie, des faulx, des faucilles, des scies, des limes, des râpes, des fils de fer et de cuivre, des toiles métalliques, des épingles, des aiguilles, des cardes, des alênes, des marteaux, des enclumes , etc.
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- Nous ne passerons pas non plus sous silence l’Art d’adoucir le fer fondu, par MM. Baradelle, oublié depuis Iléaumur ; le vernissage de la tôle ; la fabrication du fer blanc ; le moiré métallique par M. Allard , et la fabrication des vis à bois, par Japv; la fabrique de crayons due à Conté ; l’application du bleu de Prusse sur la soie, par M. Raymond; la teinture du coton en rouge, le chauffage à la vapeur du à Rum-ford, ainsi qu’une infinité d’autres procédés d’économie domestique; des moyens économiques pour la fabrication de la porcelaine , l’impression sur la poterie; la lithographie, par M. Senefelder; les per-fectionnemens introduits dans les ateliers pour bi’ùler la fumée des fourneaux; les moyens de garantir les ouvriers des vapeurs dangereuses et d’établir la salubrité dans les travaux, dus à M. d’Arcet ; l’extraction de la houille plus que triplée et portée annuellement à 8,200,000 quintaux métriques, etc.
- Arts mécaniques. L’introduction des machines dans les manufactures de draperies, de cotonnade , de toiles de lin et de chanvre, formera une époque mémorable, pour l’industrie française. Il y eut un temps où, malgré la prohibition la plus sévère, les tissus anglais inondaient la France, et, par leurrperfection et leur bon marché, menaçaient d’anéantir tontes nos fabriques; il n’y avait pas un moment à perdre pour introduire dans la fabrication les machines ingénieuses inventées en Angleterre. C’est sous le ministère et par les soins de M. Chaptal que M. Douglas importa en France les machines à ouvrir et à carder les laines, les métiers à filer en gros et en fin, les machines à lainer et à
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- brosser les draps. Ces mécaniques ont reçu én France de nombreux perfectionnemens, et depuis on leur a joint les machines.à peigner la laine, les tondeuses- à mouvement continu, les métiers à tisser mécaniquement , etc. La fabrique de tissus de coton a éprouvé des perfectionnemens analogues, et les machines destinées à ouvrer ce lainage exotique ne sont pas moins admirables ni moins précieuses.
- Ce n’est que depuis peu qu’on a vaincu les difficultés que présentait l’emploi des machines dans le travail du lin et du chanvre. M. Lafontaine, M. Gi rard , ont résolu, chacun de leur côté, ce problème important; on est même parvenu à tisser les toiles de-lin ou de chanvre par des machines à manège ou à mouvement de rotation. Non-seulement on a su donner à la fabrication des étoffes, un nouveau, degré de perfection et de finesse, mais on en a créé une multitude d’autres qui occupent un nombre immense-d’ouvriers. Parmi les nouveaux tissus en laine, livrés, au commerce par les fabricans français, nous nous plairons à signaler les casimirs, les draps légers de fantaisie,. les draps mêlés de pinne-marine, les étoffes en laine de vigogne, imitant le satin, et surtout les tissus croisés pour robes et pour sclials en laine de mérinos ou en laine de cachemire. Ces articles ont acquis dans nos manufactures une supériorité incontestable , et ils jouissent, par leur beauté et l’éclat de leurs-couleurs, d’une préférence marquée sur les produits analogues des nations rivales.
- Il en est de même des tissus en soie : cette ancienne et importante branche de notre commerce s’est en-
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- riehie récemment de la fabrication d’un grand nombre d’étoffes nouvelles. On a confectionné des tulles façonnés, à filoches, à mailles fixes; des étoffes enpe-luçhe, qui imitent la fourrure; en mélangeant la soie et la laine, on a formé des étoffes pour meubles, imitant les tapisseries de Beauvais ; on a créé les fabri-* ques de schals en bourre de soie brochés , de levantine, de rubans de satin, de rubans ondes, de madras soie et coton, et de velours imitant la peinture ( par M. Grégoire ). Tous ces tissus sont fabriqués avec cette perfection qui a toujours été le caractère distinctif des soieries françaises.
- Les manufactures d’étoffes de coton ne sont pas non plus restées stationnaires ; la fabrication des tissus anciens s’est prodigieusement étendue, et parmi les développemens nouveaux qu’a pris cette partie im -portante, nous indiquerons les nankins de toute espèce, les basins, les mousselines, les perkales et calicots , les tulles unis et façonnés , le tricot de Berlin, le tricot à mailles fixes, les bas à coins , à jour.
- On pourra se faire une idée des progrès de l’industrie manufacturière, par un exemple : en 1789, il y avait à Lyon y,5oo métiers en activité; en 1821 , cette ville, malgré ses malheurs, occupe 26,000 métiers qui produisent pour 13o millions de francs de soieries.
- Parmi les perfectionnemens apportés dans les autres branches des arts mécaniques, nous citerons seulement : les inventions de MM. Bréguet, Janvier, Pons,. Lepaute, Robin, dans l’horlogerie; cet art traité en manufacture par MM. Japy ; la fabrique de fiint-gkss par M. Dartigues, la perfection des instrument de
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- physique de M. Fortin, de M. Gambey, etc. ; les nouvelles presses d’imprimerie, le télégraphe, la propagation des machines à feu, la construction des bateaux à vapeur, la presse hydraulique, etc.
- L’industrie agricole a suivi l’impulsion générale; elle nous offre, entre autres améliorations, la culture des prairies artificielles, la propagation des troupeaux de mérinos et l’amélioration des laines, la connaissance des méthodes d’assolement et la destruction des jachères, la culture en grand de la pomme de terre, celle de la betterave pour la fabrication du sucre, celle du pastel pour la teinture, le perfectionnement des charrues et autres instrumens d’agriculture , l’importation des chèvres de Cachemire, par M. Ternaux.
- Le commerce intérieur a pris depuis trente ans une activité nouvelle. Les barrières qui séparaient les provinces ont été brisées, et les communications sont devenues plus vastes ; l’uniformité des poids et mesures a été établie, la circulation des marchandises est devenue plus facile et plus rapide; les richesses ont été plus également réparties, et l’aisance a commencé à régner dans les campagnes comme dans les villes.
- Au nombre des causes puissantes qui ont concouru a amener la prospérité générale dont nous venons d’esquisser quelques traits, il faut compter deux institutions dontla France s’honore, l’Ecole Polytechnique et la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale. Les élèves de la première, répandus dans les services des travaux publics et dans des établissemens particuliers, ont propagé l’instruction qu’ils avaient reçue, et ont rendu, dans toutes les circonstances,
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- d’éminens services à l’industrie. Ce sont eux qui ont perfectionné en grande partie tous les arts qui tiennent à la Chimie, à la Métallurgie et à l’emploi des machines. La Société d’Encouragement a excité une noble émulation parmi les fabricans ; depuis vingt ans qu’elle est établie, elle a provoqué, par les prix et les, médailles qu’elle distribue, ou par les suffrages qu’elle accorde, ou enfin par les recherches de ses comités, une infinité d’améliorations et de découvertes qui ont enrichi la France , et ont rendu nos manufactures supérieures en beaucoup de points aux fabriques, étrangères.
- § II. De la nécessité d*étuâier la Technologie.
- La Technologie (i) embrasse le domaine entier des. Arts industriels; immense comme la nature dont elle imite et perfectionne souvent les procédés, c?est peut-être la Science qui offre le plus d’alimens à la curiosité des hommes ; variée dans sa marche, riche dans, ses moyens, féconde dans ses résultats, elle est digne de provoquer les méditations des savans, d’exciter les études de l’homme industrieux, et d’embellir les loisirs des gens du monde. Considérée comme science d’application , elle offre le champ le plus vaste aux recherches scientifiques ; elle procure la récompense la plus douce, le plaisir d’inventer des choses utiles.
- (i) Ce nom dérive de deux mots grecs: technêj, art; logos* traité.
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- et immédiatement applicables au bonheur des hommes; elle fait partager à ceux qui la cultivent, la gloire qu’ont acquise les Olivier-de-Serre, les Réaumur, les Duhamel, les Monge, les d’Arcet, les Conté, etc.
- L’homme qui n’étudie les Sciences que pour former son jugement et sa raison, celui même qui ne fait que les effleurer pour son amusement, n’aura gai'de de négliger la Technologie ; aucune science ne se présente sous autant d’aspects différens; aucune n’offre des expériences aussi variées, ni des sériés d’opérations aussi raisonnées ou aussi suivies; elle est singulièrement propre à exercer l’esprit par la liaison et l’enchaînement de faits tous positifs ; elle plaît à l’imagination parla diversité infinie de ses tableaux ; enfin, plus connue et mieux appréciée, elle deviendrait le sujet des occupations de l’homme instruit, et formerait la base de l’instruction du premier âge.
- Pendant de longues années, l’éducation n’a consisté que dans l’enseignement des langues mortes ; dès le commencement du dix-neuvième siècle, l’instruction publique avait pris un caractère plus prononcé et plus positif par les cours publics des Sciences exactes et expérimentales; il ne manquait plus qu’à compléter ce système d’instruction , en y joignant des cours d'application de ces Sciences aux Arts, ou de Technologie; c’est ce que le gouvernement vient d’exécuter pour Paris, en ordonnant l’établissement de trois chaires dans lesquelles on enseigne la Mécanique, la Chimie et l’Economie industrielles. On peut considérer ces trois sciences et leurs applications comme formant un cours complet d’études technologiques.
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- Le gouvernement à qui l’on doit cet établissement unique dans le monde, s’est honoré à jamais aux yeux des amis de l’industrie; il a montré qu’il connaissait les vrais moyens. d’encourager et de faire prospérer les Arts. jNous désirerions seulement qu’il ajoutât à ce bienfait, en l’étendant aux principales villes des dé-partemens, où il serait encore d’une plus grande utilité; car les moyens d’instruction v sont moins répandus que dans la capitale, tandis que la routine et 1 ignorance y sont plus opiniâtres.
- Quelle honte pour ce jeune homme qui vient de terminer de brillantes études, s’il ne peut répondre, lorsqu’on vient à lui demander comment se fait le pain qui le nourrit, le drap dont il se couvre, ou le papier auquel il confie ses idées, ou lorsqu’on l’interroge sur le mécanisme secret qui fait marcher sa montre! Quelle plus douce satisfaction, au contraire, que de pouvoir se rendre compte de l’origine de tous les objets qui, sous tant de formes, servent à nos’ besoins ou embellissent notre existence, de pouvoir-apprécier les admirables procédés des Arts, et surtout d’apercevoir dans la liaison de leurs travaux, et dans la réciprocité des secours qu'ils se prêtent, la chaîne la plus puissante qui tend à lier les hommes entre eux pour les faire concourir tous au bonheur commun !
- Qu’y a-t-il de plus digne d’admiration que les moyens par lesquels l’industrie accroît la valeur des. choses, et la rend souvent des milliers ou même des millions de fois plus grande! un kilogramme de fer brut coule environ cinquante centimes à la fabrique;.
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- on en fait de l’acier, et avec cet acier, le petit ressort cpii meut le balancier d’une montre ; chacun de ces ressorts ne pèse qu’un demi-centigramme, et quand il est parfait, il peut se vendre jusqu’à six francs. Avec un kilogramme on peut fabriquer, en accordant quelque chose pourledéchet, 180,000 de ces ressorts, et porter par conséquent une matière qui vaut cinquante centimes, à une valeur de plus d’un million de francs. Le lin changé en dentelle devient également dix mille fois ou cent mille fois plus précieux, et un champ où l’on ne cultiverait que cette plante, pourrait donner ainsi un revenu plus considérable que celui de toute une province.
- lln’estaucune classe de la société quinepuisse profiter à l’école de la Technologie : cette Science touche à tous nos intérêts, que dis-je ? à tous nos besoins. Nous vivons tous par les Arts; nous sommes tous intéressés à leur prospérité, et nous pouvons y contribuer plus ou .moins. Ceux qui tiennent de la fortune ou de la confiance des peuples un plus grand pouvoir et une plus grande influence, les princes, les législateurs, les administrateurs, sont aussi ceux à qui cette étude est la plus indispensable. Placés dans ce rang élevé , comment ces hommes pourraient-ils accorder aux humbles travaux des Arts toute la considération qu’ils méritent, comment pourraient-ils lesprotéger et lesencourager'efficacetnent, s’ils étaient entièrement étrangers à la Technologie ? Ne serait-il pas à craindre, au contraire, que leurs actes , loin d’être favorables à l’industrie, ne lui fussent nuisibles? ou, ce qui serait plus fatal encore, qu’ils en vinssent à mépriser des professions qu’ils ne connaîtraient pas,
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- et qu’ils accordassent toutes leurs faveurs aux classes improductives^ de la nation, au préjudice des classes laborieuses ? Le régime sous lequel a végété l’industrie pendant tant de siècles, n’est pas si éloigné de notre âge, pour que nous ne désirions pas dans nos hommes d’état un peu plus de prudence, et surtout plus de lumières que n’en avaient leurs prédécesseurs.
- Ce sont, à n’en pas douter, ces graves considérations qui ont porté le législateur à déclarer que les commerçans et les industriels ne pourraient être jugés, dans leurs différends, que par leurs pairs; les tribunaux de commerce, en effet, ne sont composés que de marchands et de manufacturiers, avant exercé avec honneur leur profession pendant cinq ans au moins. Seuls ils peuvent apprécier les questions de propriété industrielle ou commerciale, et concilier les droits des inventeurs avec l’intérêt de la société.
- Mais ce que les juges doivent savoir, les hommes de loi peuvent-ils l’ignorer ? Que répondra un avocat à cet homme qui vient se plaindre de ce qu’il est troublé dans la jouissance de son brevet d’invention, ou des dessins de sa fabrique ? Quel conseil donnera-t-il à celui dont on veut supprimer l’établissement, qu’on accuse d’insalubrité; à cet autre contre qui on réclame des indemnités, ou à qui on intente un procès injuste? La Technologie seule peut résoudre ces difficultés, et si l’avocat n’en possède aucune notion , ses conseils imprudens conduiront tout droit le client à sa ruine.
- L’exercice de la médecine qui, au premier abord, paraît totalement étranger à la Technologie, s’y rattache cependant par beaucoup de points : la popu-
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- ïation à laquelle les médecins consacrent leurs soins, se compose, en grande partie, de cultivateurs, d’ouvriers, de fabricans, dont la santé est puissamment influencée parla nature de leurs travaux, ou par les vapeurs qui s’exhalent de leurs ateliers. Il sera difficile au médecin de se rendre compte des causes des maladies, s’il ignore les procédés des Arts et leurs effets sur l’économie animale : heureux alors , si son ignorance ne coûte pas la vie à de nombreux ouvriers, ou aux fabricans qui les nourrissent.
- Ces motifs s’appliquent encore avec plus de force aux classes industrielles ; la nécessité même de l’étude de la Technologie devient alors absolue ; le fabricant, le mécanicien, le cultivateur, doivent connaître non-seulement les Arts qu’ils mettent en pratiquerais ceux encore qui se servent de procédés analogues, afin de les comparer entre eux pour y puiser des idées nouvelles; ils doivent surtout se tenir au courant de toutes les inventions qui pourraient s’appliquer à la branche d’industrie qu’ils exercent : car tous les Arts ont des liaisons intimes et des rapports immédiats dont la connaissance doit tendre à leur perfection commune. Ainsi il ne suffit pas à l’agriculteur de savoir comment on cultive telle plante, s’il ne sait également quel en est l’emploi , quelle diversité de moyens on peut prendre pour s’en procurer le débouché, quel degré de perfection il doit lui donner relativement aux usages, ou aux transformations ultérieures que le fabricant doit lui faire subir. Il ne suffit pas au fabricant de connaître la marche de son atelier, s’il ne sait encore choisir les matières premières que lui fournit l’Agricul-
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- tare, et s’il ne se doute pas des avantages qui résulte-raientd’un bon choix; s’ilignore à quel pays, à quels consommateurs sont destinés les produits qu’il obtient, à quels signes on peut prévoir l’augmentation ou la diminution des demandes, pour régler en conséquence l’étendue de la fabrication. Il ne suffit pas meme au commerçant de connaître le prix des marchandises dans les principales places du monde, s’il ne sait reconnaître leur qualité, soit par des essais directs, soit d’après la connaissance des procédés, des moyens, ou des machines qui servent à les fabriquer. Outre les connaissances particulières à son état, tout entrepreneur d’industrie doit donc avoir au moins des notions générales sur les autres Arts.
- C’est par ce moyen que l’agriculteur, l’artiste et le commerçant, concourant à un but commun, pourront se perfectionner ensemble et se prêter un mutuel appui; ils se regarderont alors comme dès associés dans la grande manufacture publique ; c’est en effet en éclairant le laboureur sur les débouchés, l’usage de sa production, qu’on hâtera l’extension et les progrès de la culture ; c’est en se proposant pour objet de réduire les matières premières à l’état où le commerce les désire, que le manufacturier trouvera plus de facilité dans ses débouchés; le marcbani à son tour devra se conformer au goût, aux usages, aux moeurs du consommateur. Ce sera lorsque le fabricant connaîtra suffisamment les productions et les procédés de l’Agriculture, qu’il saura choisir habilement ses matières premières, qu’il pourra indiquer au cultivateur, les changemens, les améliorations, l’extension à Ion-
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- 11er à ses produits, dans le but de les approprier aux usages demandés. Enfin, ce ne sera que lorsque le commerçant aura des notions suffisantes sur la pratique des Arts, qu’il pourra faire adopter aux fabricans nationaux les procédés, les formes, les couleurs, les ornemens et les autres qualités préférées chez les dif-férens peuples, selon les caprices du goût et de la mode, les influences du climat, etc.
- L’étude des Arts en général est donc indispensable à tous ceux qui s’occupent de quelque branche d’industrie. C’est parce que cette étude est cultivée en Angleterre, que cette nation a obtenu et obtient journellement des succès remarquables. Aucun peuple ne sait trouver autant de ressources pour se plier aux habitudes ou aux fantaisies des consommateurs. Ses manufactures fournissent de draps et de chapeaux toutes les nations de la terre, parce qu’elles savent les approprier à leurs besoins et à leurs goûts. C’est là que les marchands et les fabricans s’entendent pour donner à leurs produits ces précieuses qualités qui les font rechercher des acheteurs, parce que c’est là que, depuis long-temps, l’industrie a trouvé dans le gouvernement liberté et protection, tandis qu’elle se débattait encore dans les autres pays sous les chaînes des règlemens et des privilèges.
- L’étude des Arts n’est pas moins essentielle au commerce; c’est pour le négociant que sont entrepris la plupart des voyages utiles ; seul, il peut nous enrichir de toutes les découvertes, de tous les procédés, de toutes les matières répandues sur la surface du globe : et comment les commerçans pourraient-ils exploiter
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- cette mine féconde, s’ils n’avaient que des notions imparfaites sur l’Agriculture et sur les Arts ? Aussi ne serons-nous pas surpris que de tant de voyages entrepris sur toutes les parties de la terre, il y en ait si peu qui nous instruisent particulièrement de l’état et des procédés des Arts. Les savans voyageurs ont porté leur attention plutôt sur les Sciences et sur les antiquités que sur les Arts utiles, qui sont demeurés dans un injuste oubli.
- C’est donc en popularisant l’étude des Arts et de l’Agriculture, c’est en les éclairant de la lumière de la Théorie, que les combinaisons, devenues plus sûres en même temps qu’elles seront plus vastes, étendront les avantages des particuliers, et développeront la richesse publique; car l’industrie ainsi éclairée et perfectionnée tirerait parti de plus de choses, répandrait plus d’aisance, et rendrait les nations plus heureuses à moins de frais.
- 11 n’est donc plus possible de former aucun doute sur l’immense utilité que l’on peut retirer de la Technologie : mais- quelle est maintenant la marche qu’il faut suivre pour se livrer à cette étude importante? comment surmonter les obstacles qu’elle paraît offrir, et quelles sont les connaissances préliminaires qu’elle exige ? Nous trouverons la solution de ces questions dans la nature même de l'industrie : celle-ci s’exerce sur toutes les substances vivantes ou inertes, que les trois règnes de la nature livrent à notre activité laborieuse; elle les recueille dans toutes les parties du monde, et va les chercher jusques au fond des eaux ou au sein de la terre. Le premier soin de celui qui
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- veut étudier les Arts consistera donc à prendre connaissance des matériaux, des substances de toute espèce que l’industrie met en œuvre; c’est l’histoire naturelle qui lui déroulera le brillant tableau des richesses variées que la nature livre aux Arts, et que les arts embellissent encore.
- Mais ce n’est pas seulement par ses forces physiques que l’homme exécute les travaux des Arts industriels ; par son intelligence, il a su faire coopérer avec lui d’autres forces qu’il a empruntées à tout ce qui l’environnait. Ainsi, après l’étude des substances premières, rien ne nous intéresse davantage que les moyens d’action dont nous pouvons disposer : ces moyens sont, en général, les forces de l’homme et des animaux, la pesanteur des corps, l’action des vents , celle des fluides expansibles, les effets de la chaleur, des affinités, etc. La Mécanique et la Physique nous apprennent à mesurer les premières de ces forces, et à en faire l’emploi le plus profitable ; la Chimie nous expose la théorie des dernières, et nous dirige dans leur application fructueuse et bien entendue. Le second soin de l’homme qui se livre à l’étude des Arts, consistera donc à se familiariser avec ces sciences, s’il veut pénétrer à fond les secrets de l’industrie, et découvrir de nouveaux moyens de succès.
- Enfin, le dessin et la géométrie descriptive lui seront nécessaires pour recueillir et conserver la figure et les formes des instrumens, des machines, des appareils , qui frapperont son attention, tandis qu’à l’aide du cal-cul il pourra évaluer et comparer les effets des ma-
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- chines et des moteurs, juger de leur mérite ou de leurs défauts, corriger les unes et perfectionner les autres.
- Tel est le cercle des études que doit parcourir celui qui veut étudier la Technologie dans son ensemble. Mais l’homme qui veut connaître seulement un Art en particulier, ou tout au plus ceux qui lui sont analogues, peut se passer d’une instruction si variée et si profonde; il peut se borner à des notions élémentaires de Physique ou de Chimie , d’Histoire Naturelle ou de Calcul, de Géométrie ou de Dessin, selon que la branche d’industrie qu’il embrasse se rapporte à l’une ou à l’autre de ces sciences. Toutefois, comment distinguer parmi cette foule de connaissances celles qui sont utiles à l’Art qu’on veut étudier, quels élémens sont nécessaires à cette étude , quels Arts se rapprochent de celui-ci, etc.? Ces difficultés ne peuvent être aplanies que par un ouvrage complet et méthodique, tel que celui que nous publions aujourd’hui. Là, tous les doutes seront levés, et tous les lecteurs y trouveront l’exposé des connaissances dont ils ont besoin ; chaque article contiendra les notions nécessaires à l’Art dont il traite, et suffira à l’intelligence des procédés.
- L’étude de la Technologie deviendra par ce moyen simple et facile; les faits et les observations dont elle se compose seront rapprochés et expliqués ; ils se classeront aisément dans la mémoire, et formeront, parla liaison de leurs parties, une masse d’instruction variée autant que nette et solide.
- Persuadés que le plus sûr moyen de conduire les
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- Arts à leur perfection est d’en propager partout la connaissance, nous avons cherché à obtenir ce précieux résultat en publiant, sur les Arts et les manufactures, de nouvelles descriptions, claires, complètes et en rapport avec l’état des lumières ; nous avons cherché , non à ranimer > mais à entretenir le feu sacré qui vivifie l’industrie depuis trente ans. Une nation qui veut prospérer, doit imprimer aux Arts une impulsion non interrompue ; la marche de l’industrie est comme le mouvement d’une grande machine : tant que cette action continue, une faible impulsion suffit pour l’entretenir ; mais, s’arrête- t-elle, il faut alors des efforts extraordinaires pour la tirer de cet état d’inertie.
- § III. Plan de l’ouvrage.
- L’industrie consistant, en général, dans l’application de nos forces et de celles de la nature, au travail et à la production des choses utiles, nous diviserons les Arts industriels en autant de parties qu’il se trouve de forces distinctes, propres à donner naissance à des-Arts divers, ou ayant un mode d’actionj particulier. La nature nous présente d’abord les produits les plus importans, comme engendrés par les forces végétatives • du sol et des engrais dans les végétaux, ou par l’assimilation des alimens dans les animaux. Aussi, l’Agriculture qui nous donne ses produits, ne consiste-t-elle-, en général, que dans les moyens les plus propres à favoriser et à diriger cette force productive de la nature, selon le climat, l’espèce des plantes, la température,
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- l’exposition, la nature du terrain, etc.; ou lorsqu’elle est appliquée à la production des animaux, n’a-t-elle qu’à les multiplier, les nourrir, les soigner, les conserver, en se conformant encore aux conditions du soi, des alimens, des espèces et de leurs mœurs. Telle sera donc la première classe de procédés qui constituent l’industrie agricole et demeurent distincts de tous les autres par leur nature et par leurs effets.
- ÎNous observerons ensuite que toutes les opérations ou transformations faites pour obtenir d’autres produits s’exécutent toutes par l’intermédiaire de forces purement mécaniques ou chimiques. Ce qui donne naissance, i* aux Arts chimiques et physiques > dans lesquels on emploie pour agens la chaleur, la lumière, les affinités, l’électricité, etc.; aux Arts purement mécaniques et de calcul, dont le principe est dans l’action'ou l’habileté delà main, des machines et des instrumens. Leur réunion forme ce qu’on appelle l’industrie manufacturière.
- Ainsi, Arts mécaniques et de calcul, Artsphy-siques et chimiques, Arts agricoles , telles sont les bi-anches principales qui constituent l’ensemble et servent de base aux études technologiques.
- C’est aussi la division que nous avons suivie dans notre travail : sous le titre d’Arts mécaniques, nous comprenons toutes les connaissances qui ont pour objet la science du mouvement et l’emploi des grandes machines ; et comme les résultats qu’on en espère sont toujours prédits par le calcul, qui, d’ailleurs, sert aussi de base à diverses professions, nous avons coin-.
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- pis dans cet ordre les yirts de calcul. La Physique et la Chimie donnent naissance à une foide d’entreprises , et nous avons rapporté à cette division toutes les branches d’industrie qui dépendent de ces sciences; l’Agriculture est définie par le mot même qui la désigne; enfin la Technologie proprement dite renferme tous les autres Arts qui s’aident de procédés-manuels ou d’inslrumens plus ou moins compliqués. Les auteurs se sont partagé le travail, de manière que la rédaction, de chaque partie fût confiée à ceux d’entre eux qui, parleurs études spéciales, leur état, ou leur position,, étaient le plus à même de la bien décrire.
- Aous avons adopté l’ordre alphabétique pour classer les Arts, parce que cette forme paraît la plus convenable pour les renfermer tous, et qu’elle est en même temps la plus commode, en ce qu’elle donne-le-moyen; de trouver à l’instant, et sans peine, la partie qu’on veut étudier. Le recueil des Arts ne saurait être d’un-usage trop facile, parce que c’est le livre de tous les, momens et de tous les artistes; il doit se prêter aux recherches, sans faire perdre un temps précieux qu’il est destiné, au contraire, à utiliser. Ces considérations nous ont portés à adopter la forme de dictionnaire, et nous avons écarté tout arrangement plus méthodique, mais plus ou moins contestable, et qui aurait exigé une étude particulière, et une certaine contention d’esprit de la part du lecteur. Toutefois, pour ne pas perdre les avantages qui résultent d’une classification régulière, avantages qui deviennent sensibles lorsqu’il s’agit d’étudier les Arts dans leur ensemble, de les comparer, de trouver ou de prévoir les améliorations-
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- possibles, l’ouvrage sera terminé par une classification générale et méthodique de tous les Arts, avec des renvois aux divers articles du dictionnaire, où ils seront traités. Par là, nous remplirons complètement notre but, qui consiste non-seulement à décrire les Arts tels qu’ils sont, mais aussi à concourir à leur perfectionnement ; et le public jouira à la fois d’un dictionnaire complet des Arts et métiers, et d’un traité général de Technologie,
- Mais l’ordre alphabétique permettra même dans beaucoup de circonstances de rapprocher des Arts qui auront entre eux certains rapports : ainsi à l’article de l’Impression, on pourra réunir et comparer les Arts qui ont pour objet d’imprimer sur papier ordinaire , sur papier de tenture, en taille douce, sur toiles, sur étoffes de laine, sur faïence, etc. A l’article Teinture, on verra rapprochés les Arts de teindre la soie, la laine, le coton, le lin, le bois, les plumes, les peaux, le crin, etc.
- Lorsqu’un Art renfermera plusieurs branches, chacune d’elles sera traitée à part, et classée, selon l’ordre alphabétique, au mot convenable à chaque branche : l’horlogerie, par exemple, ne traitera que des objets dont l’horloger s’occupe spécialement; mais comme il emploie des ressorts, des cadrans, des aiguilles, des spiraux, des chaînettes, etc., qu’il ne fait pas; comme il a besoin de polisseuses d’acier et de cuivre, de fendeurs de roues, de finisseurs de dentures, de monteurs de boîtes, de doreurs et de plusieurs autres ouvriers particuliers ; chacun de ces Arts sera décrit séparément, parce que chacun d’eux forme un métier
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- distinct, dont l’horloger ne s’occupe en aucune manière, puisqu’il ne fait qu’en réunir les produits pour en confectionner ses ouvrages.
- En traitant de chaque art, on fera connaître les matières qu’il emploie, la série des opérations qu’il exécute, et la nature des ouvrages qu’il produit; on donnera la description des tnachines et des instrumens qu’il met en usage; et cette description sera accompagnée de dessins, toutes les fois qu’il sera utile de le faire pour la clarté ou l’intelligence du texte. C’est là le seul moyen de rendre intéressante l’ctude des Arts; l’on parcourt alors les descriptions avec le même zèle que l’on met à suivre de l’œil les développemens successifs d’une plante ou d’une belle fleur. Pour nous attacher à la connaissance des procédés et des produits industriels, comme à celle des produits de la nature, il suffit de nous les montrer dans des dessins qui représentent fidèlement les objets; les yeux seuls peuvent nous retracer x-apidement et exactement ce que de longs discours ne pouiTaient jamais nous peindre. Présentée de cette manière, la galerie industrielle doit nous plaire et nous attirer comme le grand tableau de la nature, dont elle est le plus beau complément.
- En parlant des matières premières, ou des substances qui, soumises à des opérations ultérieures, donnent naissance à des Arts divers, on traitera de leur extraction et des moyens de se les procurer, de leurs diverses qualités et variétés, de leurs usages et de leurs apprêts. Lorsque ces deux derniers points de vue devront faire le sujet d’Àrts p 1
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- quera succinctement, en renvoyant pour les détails à l’article qui traite de ces mêmes Arts.
- Dans le cours de la description, on ne manquera pas de donner la théorie des opérations qu’on propose d’exécuter ; le développement des principes sur lesquels elles sont fondées fera l’office d’un phare destiné à éclairer les voyageurs dans un pays inconnu; sans leur donner trop d’étendue, on fera en sorte que ces notions suffisent pour faire comprendre à toute personne intelligente pourquoi on opère de telle manière, et pourquoi tout autre procédé ne conviendrait pas. pour le même objet.
- Quelquefois, et surtout dans les Arts qui dépendent, de la mécanique, cette théorie reposera sur des principes ou sur des formules dont la démonstration exigerait l’emploi d’une analyse compliquée ; ces connaissances, quoique très familières aux savans, n’étant pas, assez répandues chez le plus grand nombre des lecteurs, on se contentera de rapporter le résultat du calcul; mais, lorsque cela sera facile, on donnera les démonstrations propres à éclaircir le sujet, et pour ceux qui voudraient en prendre une connaissance plus approfondie , les moyens de satisfaire leur curiosité, en leur indiquant les sources. En effet, s’il est vrai que les sciences soient destinées à éclairer, nous manquerions notre but en parlant à la plus grande partie des lecteurs un langage qu’ils n’entendraient pas. Quant aux autres qui auraient la volonté et les moyens d’acquérir une plus grande instruction , un ouvrage élémentaire sur la science leur
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- donnera toutes les notions désirables, avec plus de méthode et à moins de frais qu’on ne pourrait le faire dans celui-ci, qui est moins un exposé des théories scientifiques, que l’application des Sciences à tous les genres d’industrie.
- Toutefois, ce Dictionnaire, nous osons le penser, contribuera puissamment à populariser les connaissances scientifiques : en les montrant toujours et uniquement sous le point de vue de leur utilité, il rattachera à leur étude tous les praticiens judicieux , avec d’autant plus de facilité qu’ici il ne s’agit plus d’inventer, mais de propager : nulle part on n’a porté si loin qu’en France l’étude des Sciences ; mais concentrées dans un trop petit nombre de têtes, leur utilité est demeurée restreinte, et la nation en a tiré plus de gloire que de profit. Dans d’autres pays, au contraire, moins avancés à cet égard, la Science est devenue populaire, et dans leurs manufactures, tout le monde, jusqu’au simple ouvrier, a possédé les notions de Chimie et de Mécanique nécessaires à son état. Les entreprises industrielles ont été commencées et conduites avec succès; les capitalistes y ont consacré leurs fonds avec confiance, et les innovations les plus utiles n’ont pas rencontré dans l’ignorance, la paresse ou l’incurie des ouvriers, des obstacles insurmontables. L.
- $IV.5«r l’application des machines dans les Arts.
- Les machines sont, si universellement en usage, qu’il faudrait être insensé pour en nier les avantages. Comment concevoir, en effet, que chacun s’cmpres-
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- serait d’employer ces agens mécaniques, si l’expérience n’avait démontré que les produits en sont à la fois plus finis, moins coûteux et plus rapidement exécutés, que ceux qu’on obtient sans leur secours? Aussi, dès qu’une bonne machine est introduite dans un art, il faut nécessairement qu’elle le soit aussi dans toutes les entreprises de même genre, sous peine de voir ruiner les établissemens qui se refuseraient à cet emploi. En effet, s’il est vrai que les résultats d’une mécanique aient tous les avantages que nous venons d’énumérer, comment le manufacturier qui résisterait à s’en servir pourrait-il soutenir la concurrence? Ses produits, repoussés du consommateur et avilis dans le commerce, ne pourraient être débités qu’avec des. pertes énormes.
- Lorsqu’un artiste a imaginé un procédé mécanique* propre à atteindre le but qu’il se propose dans une fabrication, le privilège de son brevet assure, durant quelques années , des succès nombreux à ses entreprises ; et s’il était possible qu’il suffît seul à tous les: besoins de la consommation, il n’y a pas de doute, qu’il ne réussît à ruiner tous les établissemens du même genre, parce qu’il livrerait au commerce des produits de plus belle exécution et à plus bas prix.
- Mais il arrive souvent que la confiance ne se fixe que lentement sur une invention nouvelle, dont on ne peut préjuger l’importance : il y a tant de mauvaises machines, même parmi celles qu’on a préconisées, que la prudence exige qu’on ne s’abandonne pas légèrement aux innovations. Les premiers essais ne sont d’ailleurs pas toujours heureux; l’inventeur n’atteint
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- pas du premier coup la perfection qu’il recherche; l’expérience lui fait reconnaître dans sa machine des vices qu’il n’avait pas soupçonnés, et il change souvent peu à peu son mécanisme, jusqu’à le rendre méconnaissable. Il lui faut en outre surmonter les résistances qu’ont créées d’anciennes habitudes. Ainsi, le temps fixé pour la limite du privilège s’écoule sans fruit pour lui ; et il arrive pour l’ordinaire que les avantages de son invention ne sont reconnus que lorsque cette durée expire : il est rare qu’un artiste recueille seul les fruits de son génie.
- S’il est vrai que les machines sont utiles, pourquoi trouvent-elles encore des détracteurs? Pourquoi rencontre-t-on tant de personnes qui en blâment l’usage? On conçoit que d’ignorans ouvriers conspirent contre des agens qui travaillent mieux qu’eux et à moins de frais, comme ils se liguent entre eux contre ceux de leurs confrères qui consentent à la diminution de leur salaire, et contribuent à la dépréciation de leurs peines. Les lumières des artisans ne sont pas assez étendues pour juger sainement de l’influence que les machines exercent à leur avantage, parce que le mal leur semble évident, et que le bien caché exige, pour être reconnu, des réflexions qui sont hors de leur portée. Les Luddistes ne doivent, en effet, voir dans les agens mécaniques que des moyens de produire plus et mieux qu’eux, à bas prix, et de leur imposer des lois; ils ne peuvent pas rechercher si ces lois ont la rigueur que l’apparence leur indique, et si les machines ne sont pas, au contraire, un signe de prospérité générale, dont ils doivent retirer les premiers fruits, par
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- un accroissement de salaire, à raison de la multitude de bras qui deviennent nécessaires pour manœuvrer ces mécaniques.
- Mais que des hommes instruits partagent ces grossières erreurs, qu’ils se fassent l’injuste éclio de ces clameurs, ce ne peut être que pour n’avoir pas réfléchi au sujet que nous traitons ici. Il faut, avant de céder à cette déception de l’esprit, et de compromettre son sentiment au danger d’une erreur funeste, étudier l’influence des machines sUr la civilisation des peuples, leurs relations commerciales, et la politique des gouvernemens. C’est à tort qu’en voyant les machines si répandues dans tous les ateliers anglais , accompagner l’état de gêne d’une grande partie de cette nation, on veut établir entre l’existence de ces signes de prospérité et de décadence, des rapports de liaison nécessaire. Les maux de l’Angleterre tiennent à des causes bien plus puissantes, contre lesquelles l’industrie lutte péniblement ; les fléaux de la politique, la puissance de l’aristocratie, la dette nationale, les sinécures, les impôts excessifs qui pèsent sur la classe nombreuse des artisans, voilà l’origine des malheurs publics, qui auraient dès long-temps renversé l’Etat, si la prospérité du commerce, la force de ^industrie et surtout les puissances mécaniques n’en avaient empêché la chute.
- Qu’il nous soit permis de nous arrêter sur un sujet d’un aussi haut intérêt, traité d’ailleurs avec un talent supérieur par MM. Say, Paris (i), etc.
- (1) V. le Traité d’Economie politique, par M. J.-B. Say, et
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- Sans doute, les détracteurs des machines n’entendent pas nous priver de ces agens simples qui sont d’un usage perpétuel, et sans lesquels il n’existerait aucun art ; nous conserverons donc, avec leur approbation y le levier, le rabot, les coins, la vis, les haches, ciseaux , etc. Outre ces instrumens, il en est d’autres plus composés, qui obtiendront encore grâce à leurs yeux, parce qu’ils sont indispensables à la société ; tels que les charrues, les voitures de luxe ou de transport, les armes à feu, les balances, les roues de carrière , etc. Ils ne prétendront point que pour rendre au travail des artisans toute son importance, on doive réduire à la mendicité une foule d’ouvriers employés à construire des pendtdes et des montres, à manoeuvrer les presses d’imprimerie , à fabriquer des pompes ou des armes, etc. Ainsi, ce ne sera pas le plus ou moins grand degré de complication des machines qui décidera de leur destruction ou de leur conservation; les détracteurs se régleront sur la nature et l’emploi de ces agens. Ils nous laisseront encore les machines dont la main de l’homme ne pourrait réussir à produire les résultats, telles que les scies circulaires qui séparent les lames d’acajou pour le placage, et qui sont tellement minces, que 18 ne forment qu’un pouce d’épaisseur ; les moulins à fabrique, sans lesquels nous serions réduits encore à broyer le grain entre deux pierres, occupation pénible qu’on réservait jadis aux esclaves : les moulins à huile, les manèges et un
- le Mémoire publié par M. Paris , chez Madame Huzard, rue de l’Eperon, et chez Delaunay, au Palais-Royal.
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- grand nombre d’autres machines, nous seront encore accordés , parce qu’ils n’économisent que la peine des animaux , et qu’il y a un immense avantage à employer les agens naturels, tels que l’eau, le vent, la vapeur, de préférence aux chevaux si utiles dans d’autres circonstances, et dont le nombre possible est toujours limité par la nature des choses. Plusieurs autres machines sont réservées à des travaux si avilissans, si pénibles, qu’on nous les accordera encore; car, comment faire curer les ports, épuiser des cloaques, sans recourir à ces agens? Comme un vaisseau ne peut renfermer qu’un nombre limité d’individus, toutes les machines de marine, telles que les voiles, les moufles, la boussole, le gouvernail, les ancres, etc., qui servent à conduire le navire et à le manœuvrer, ne peuvent non plus être supprimées. Enfin, il n’y a pas jusqu’aux terribles machines à vapeur, qu’on ne consente à conserver dans diverses circonstances, par exemple, pour gouverner des bateaux, et remplacer la force du vent ou celle des chevaux ; ou bien pour épuiser les mines de houille que l’eau comblerait bientôt sans cette action puissante; car les efforts humains ne pourraient être réunis en assez grande proportion, dans un pareil local, pour suffire au besoin : la grue employée dans les constructions est dans le même cas. Enfin il faudrait épargner toutes les machines qui ne pourraient être remplacées que par des bras , dont le prix serait trop élevé pour donner aux produits un débit possible.
- 11 résulte de cet exposé qu’il n’est pas permis de tracer une ligne de démarcation pour établir une distinction entre les machines de tout genre, et dé-
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- signer celles dont la législation doit permettre ou interdire l’usage. Telle devrait donc être permise ici et prohibée là, le tout au gré du jugement de certains hommes ; et on sait dans quelles erreurs cet arbitraire précipiterait les nations, parce que ces décisions ne seraient pas toujours prises avec équité, que rarement les lumières des juges seraient suffisantes (les vrais savans sont si peu nombreux), et que des préventions personnelles se mêleraient encore aux incertitudes inhérentes à la matière. \J arbitraire , le plus grand ennemi des Arts, des Sciences, du Commerce et de l’Industrie, doit être banni sans retour de l’administration publique; c’est le fléau destructeur de toute émulation et le signe le moins douteux de la décadence des empires, ou de leur grossière ignorance.
- S’il n’est pas permis d’espérer qu’on puisse former parmi les machines des catégories pour proscrire les unes et autoriser les autres ; s’il est avéré , et nous l’avons démontré précédemment, qu’il est dans la nature des choses qu’elles se multiplient de toutes parts, selon les besoins, les temps et les lieux; on doit donc avouer que, quand bien même elles seraient pai'fois nuisibles, elles sont une nécessité de la civilisation, dont il faut subir les conséquences. 11 est dans .chaque état des causes permanentes qui tendent les ; unes, à accroître, les autres à diminuer la population un sol d’une étendue déterminée, où le commerce ne doit faire affluer qu’une certaine proportion de matières étrangères, ne peut supporter qu’une quantité d’êtres, et le nombre en est fixé par la nature de tous les élémens de cette existence. Au de là de ce terme > la
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- colonisation deviendrait nécessaire, si ce n’était pas aussi une conséquence de ces mêmes élémens de ne pas varier d’une manière brusque, et par suite d’apporter d’eux-mêmes les obstacles à une multiplication trop abondante. Serait-il donc vrai que les inventions mécaniques fussent une de ces nécessités qui conspirant avec les autres causes, fixent des limites à l’étendue de la population ? nous ne le croyons pas 5 nous pensons que dans aucun cas les machines ne peuvent produire ce funeste effet, et que loin d’être un obstacle à l’accroissement des forces physiques et morales des empires, elles sont un de ses plus puissans moyens d’existence et de prospérité.
- Nulle invention mécanique ne peut se dispenser du secours des animaux, pour être mue ou dirigée5 la force ou l’adresse de l’homme y est surtout plus ou moins nécessaire. Il n’en existe aucune qui puisse se passer des secours humains, et toutes ont seulement pour objet d’en réduire la quotité à une fraction de la force qui serait nécessaire sans elle, telle qu’à un tiers ou un quart. Que dans une manufacture où quatre cents ouvriers sont employés, on vienne à introduire une machine nouvelle , destinée à réduire la force intelligente au quart; il ne faut pas croire que les ateliers seront réduits tout à coup à n’employer que cent ouvriers. Par cela seul que les produits obtenus de la sorte, seront à meilleur compte et mieux exécutés, le débit en est trop certain, on est trop assuré de prompts débouchés, du moins tant que les autres ateliers de même genre ne jouiront pas des mêmes avantages, pour ne pas sentir que le manufacturier a le
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- plus grand intérêt à occuper tous ses ouvriers, à les pourvoir peu à peu de machines semblables, à quadrupler, tous ses produits, pour accroître ses bénéfices; les capitaux seuls peuvent lui. manquer, mais les bénéfices mêmes lui donneront les moyens que son crédit ne lui aurait pu procurer. Il fera plus encore , il étendra son entreprise , et se verra bientôt obligé d’augmenter le nombre des bras qu’il emploie. Loin de nuire aux salaires des ouvriers, les plus intel-ligens, les moins dissipés deviendront nécessaires, et lé prix de leur travail sera accru : les exercices les plus pénibles seront faits par la machine ; les occupations les plus fatigantes seront adoucies ; enfin, l’artisan sera soulagé et mieux payé; son sort sera amélioré; Ceci n’est point une assertion hasardée; l’expérience la confirme en tout point ; on a reconnu que partout où les machines ont été introduites, le physique et le moral des ouvriers s’en est avantageusement ressenti ; l’établissement a pris un état de splendeur qui a de beaucoup agrandi les relations, multiplié les efforts de l’industrie, augmenté le nombre des bras utiles.
- On objectera peut-être que ce tableau, dont la vérité ne peut être contestée, doit cesser un jour de se présenter sous cet aspect : on dira que les machines qui ont fait la prospérité d’un établissement, ne tardent pas à faire, dans les autres ateliers de même genre, les mêmes progrès, et que, dès lors, la matière travaillée par l’ensemble de ces manufactures forme une masse qui surpasse les besoins publics ; que les débouchés ne se présentant plus, il devient nécessaire
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- de diminuer les produits pour les réduire aux termes de la consommation ; alors la réforme ne frappe pas sur les machines, qui sont le capital le plus utile du fabricant; mais elle prive l’ouvrier de son travail, et va jeter le deuil et le découragement dans une classe de la société qui a droit à y vivre de ses peines. Cette objection est forte ; il est aisé d’y répondre.
- Les produits consommés sont toujours en relation avec leur prix ; on sait que quand un objet est peu coûteux, un plus grand nombre d’individus en font usage : la consommation doit s’accroître à mesure que le prix diminue. L’effet des machines est donc, en fournissant au commerce des matières travaillées à meilleur compte, d’en augmenter proportionnellement la quantité, et d’en faire consommer davantage. Si une machine a pour but d’économiser les trois quarts de la force intelligente qui fabrique, on pourra, avec les mêmes ouvriers, fabriquer quatre fois plus d’objets, et il suffira pour l’équilibre politique , qu’il y ait quatre fois plus de consommation. Or, c’est ce qui doit toujours arriver, du moins à peu prés.
- M. Say, dans ses Lettres à M. Matthus, livre 111, s’exprime ainsi : « Si un objet baisse d’un quart de son prix, la quantité de ce qu’on peut en vendre augmente du double. Lorsque, par le système continental , il fallut payer cinq francs une livre de sucre , appliqués soit à la production du sucre même, soit à celle de tout autre marchandise qu’on échangeait contre du sucre, la France n’était en état d’en acheter que.quatorze millions de livres : maintenant que le sucre est à bon marché, nous en consommons qua-
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- Ire-vingt millions de livres par an ; ce qui fait environ trois livres par personne. A Cuba, où le sucre est encore à meilleur marché, on en consomme au-delà de trente livres par personne libre. )>
- Il en est de même des toiles, mousselines, draps, etc., et de toutes les marchandises en général ; dès que le prix baissé, les individus en consomment davantage, et ceux qui n’en faisaient pas usage, peuvent en consommer, l’un plus, l’autre moins, selon les goûts et la fortune. Concevons une population partagée en classes graduées d’après les sommes dont chacun peut faire la dépense, depuis ceux qui ne possèdent que leur travail, jusqu’aux citoyens les plus riches. Telle denrée que vous prendrez pour exemple, ne pourra, à raison de son prix, être à l’usage ordinaire que des classes supérieures; quelques personnes de la classe immédiatement au-dessous , en feront parfois aussi l’emploi, mais lés classes inférieures ne pourront y atteindre. Que le prix de cette denrée vienne à baisser, et toutes ces relations vont changer. Les classes moyennes consommeront'plus qu’avant, et les inférieures pourront peut-être arriver jusqu’à sé procurer ces jouissances. Les pièces d’horlogerie portative n étaient jadis à l’usage que des personnes aisées ; depuis que les manufactures de montres se sont multipliées , les hommes du peuple s’en procurent aisément, et ces admirables mécaniques font vivre de nombreux artisans. Sous le règne de Henri IV, les carrosses n’étaient presque pas en usage ; Sully allait à cheval de l’Arsenal au Louvre , escorté d’une suite nombreuse de personnes aussi à cheval, qu’on ap-
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- pelait des gentilshommes, et qui portaient une sorte de livrée. Les grands seigneurs, les ambassadeurs, ne voyageaient pas autrement; les chaises de poste n’onf été connues que sous Louis XIV. Aujourd’hui ce» commodités sont à l’usage d’un si grand nombre de personnes, que la circulation est souvent dangereuse dans plusieurs quartiers de Paris : elles font vivre une foule d’ouvriers.
- Si l’on songe que, dans la distribution que nous; venons de faire de la population d’un état en classes, le nombre d’individus qui les composent s’accroît ra-pidement à mesure qu’on descend davantage , en sorte que les moins fortunées sont considérablement plus nombreuses; on avouera sans peine , qu’une diminution dans le prix d’un objet manufacturé doit en augmenter beaucoup la consommation, en le mettant à la portée d’un plus grand nombre d’individus; il est prouvé, par exemple, qu’il y a dix fois plus d’habitans en France qui paient de 100 francs à 5oo francs de contributions foncières , qu’il n’y en a qui paient ooo francs à 1000 francs (voyez le mémoire de M. Paris, p. 36- ). 11 est donc évident que les machines, loin de nuire à la classe des prolétaires, en augmentent le bien-être, le salaire et les ressources.
- 11 est vrai que l'es machines nouvelles introduites dans une première entreprise avec de si grands avantages , ne le sont pas au même degré dans, toutes les fabriques de même genre, qui ne l’admettent qu’a^ près quelque temps. Le capital dépensé est le même pourtour, les bénéfices sont très différens : le premier
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- qui en a fait usage a été le mieux partagé ; la récompense a été écliue à celui qui Tanneur méritée : mais on sent que bientôt la concurrence amène un état de choses tel, que le manufacturier ne trouve plus dans l’emploi des machines que les bénéfices qu’il obtenait avant d’en faire usage : il s’établit peu à peu un équilibre commercial qui fait cesser les immenses avantages, fruit légitime de la première entreprise; mais il n’en résulte pas moins que la nation entière a partagé les bienfaits que ces inventions ont apportés; chacun y a plus d’aisance, et satisfait plus facilement ses besoins et ses plaisirs.
- Les philantropes qu’un zèle mal entendu pour les; prolétaires rend ennemis des machines, ne doivent pas oublier dans l’énumération des avantages qu’elles entraînent, que ces agens sont chargés des travaux les plus pénibles et les plus avilissans, dont la classe inférieure souffrirait sans elles. Selon la remarque qu’en a faitM.Delaborde (Revue encyclopédique, 1820, tom. Y, pag. 48o), on compte en Angleterre dix-huit mille machines à vapeur de la force moyenne de seize chevaux, ou environ cent hommes : ces machines tiennent donc lieu d’un accroissement de population de près de deux millions d’habitans , qui sont sans cesse en activité , ne connaissent pas le repos, font tout le gros de l’ouvrage, ne demandent aucun salaire, tirent leur aliment des entrailles de la terre, et remplissent pour cette nation, les fonctions que les esclaves exerçaient chez les Grecs et les Romains, et les serfs chez les modernes. Ces machines transportent les fardeaux, font mouvoir les meules, chargent et déchargent les.
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- navires; tissent la toile, les draps, les couvertures ; impriment les journaux ; élèvent l’eau dans les maisons; conduisent les bateaux; sèment, moissonnent, battent le grain ; tirent les métaux du sein de la terre , les préparent, les façonnent sans efforts et sans danger : enfin, ce sont une seconde nature qui, par l’abondance des produits spontanés qu’elle crée, fournit des moyens d’échange contre les productions des autres pays, qui sont nécessaires à la vie. Aidé de ces puissans auxiliaires , enrichi par ces génies tutélaires, le pays qui ne produit ni vin, ni café, ni sucre, ni liuile, ni chanvre, ni coton, est plus pourvu de ses denrées que tout autre. Les métiers accroissent la population anglaise d’un nombre d’habitans à peu près égal à celui que représentent les machines à vapeur. Tant de bras rendus libres des travaux les plus fati-gans, sont appliqués soi t aux machines mêmes qu’ils animent, soit aux navigations lointaines, soit .à la défense de l’état, etc.
- Aussi l’aisance est-elle à peu près générale en Angleterre; seulement un dixième de la population a besoin des secours publics pour obtenir le nécessaire, mais un nécessaire qui est bien près de ce qu’on appelle l’aisance dans d’autres pays. Cela se conçoit aisément quand on pense que les salaires y sont plus du double qu’en France, et que les alimens n’y sont que d’un cinquième plus cher, et les vêtemens à l’usage du peuple, un tiers meilleur marché. La classe des prolétaires qui se trouve seule froissée dans ce grand mouvement universel, reçoit un supplément de salaire plutôt qu’une aumône. Assurément nous ne prétendons
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- pas approuver ce système de clientclle et de vassclage, destructif des libertés publiques, qui met une partie de la nation à la solde de l’autre ; mais, nous l’avons déjà fait remarquer, ce mal ne doit point être attribue aux machines ; il tient à d’autres causes qui ont amené le renchérissement des denrées par l’énormité des impôts , et sans les succès de l’industrie, ce mal serait bien plus considérable encore.
- Pour se convaincre que l’aisance est, en général, plus grande chez le peuple anglais que parmi les autres nations, il suffit d’entrer dans un dépôt de mendicité. On verra à Alm-House que les pauvres se nourrissent de meilleurs alimens qu’ailleurs ; ils' sont bien logés et bien chauffés. On peut juger, en outre, de cette situation prospère de l’Angleterre par le nombre de bestiaux livrés chaque année à la consommation ; ce nombre suppose 125 kilogrammes de viande par individu , tandis qu’en France chacun n’eri à que huit : et en effet , les deux tiers de notre population, qui passent pour vivre dans quelque aisance, ne mangent que bien rarement de la viande.
- Cette grande expérience faite chez une nation dont les troubles domestiques semblent accuser plus fortement les mécaniques, doit prouver aux esprits lés plus défavorablement prévenus, que l’industrie, l'a liberté et le cômmei'ce, sont les bases de la prospérité publique. En accordant que quelques ouvriers peuvent éprouver parfois une diminution de salaire par l’usage des machines nouvelles, il ne faut pas oublier que le prix de tous les objets diminuant aussi par la même cause, ils en ressentent les avantages
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- comme la masse des consommateurs dont ils font partie , et que leur situation en est plutôt améliorée que rendue pire. Si l’invention d’une machine fait baisser le prix d’un objet à l’usage des personnes riches, celles qui appartiennent à la classe d’une fortune moins heureuse et qui n’y pouvaient atteindre, pouvant désormais s’en servir et le substituer au produit qu’elle employait avant celui - ci, d’une qualité inférieure, doit nécessairement baisser de prix à son. tour, puisque ce prix n’est plus soutenu par d’aussi nombreux achats, et qu’il ne peut égaler celui d’un produit dont la qualité est supérieure. 11 deviendra donc à l’usage de la classe qui est immédiatement au-dessous, qui à son tour rebutera les produits dont elle se servait, et en fera baisser le prix. Ainsi, en descendant progressivement, les qualités inférieures, seront enfin acquises a meilleur marché. L’effet contraire aurait lieu par l’augmentation de prix d’un produit consommé par les classes opulentes, et cet effet se ressentirait de proche en proche sur toutes les autres.
- Quelque pénible qu’il soit de voir payer en Angleterre un impôt aux prolétaires, qu’on attribue ou-non ce mal aux inventions mécaniques, il est impossible de nier Futilité de la production abondante, étendue, illimitée^ il est impossible, à tout homme de-bon sens, de désirer qu’on fasse avec les mains, les sueurs et un travail forcé , ce qui peut être produit sans peine, spontanément, et ne pas. compter pour une richesse nationale ces créations subites et miraculeuses.
- Les machines multiplient même les produits aux-
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- quels elles ne s’appliquent pas. Supposons que la charrue ne soit pas inventée, et que nous soyons encore réduits à labourer la terre à la bêche, à la houe, ou avec des instrumens de même genre. Si nous ne pouvions faire exécuter ce travail par les animaux, qui, considérés en économie politique, sont des espèces de machines, il est évident que les bras appliqués à ce travail de la terre, le plus nécessaire de tous les travaux, ne pourraient l’être à d’autres Arts. La charrue a donc permis à une partie de la population de s’adonner à différentes professions industrielles, même aux plus futiles, et, ce qui vaut mieux, à la culture des facultés intellectuelles. Lorsqu’on prend la peine d’y réfléchir, on reconnaît que ces machines araires, dont l’origine remonte aux temps les plus reculés, ont concouru puissamment à donner à l’homme une multitude de jouissances dont il n’aurait jamais seulement conçu l’idée.
- 11 faut en convenir, les machines ont pour effet l’intérêt général de la société, qui en retire plus d’aisance et de richesses. Il n’est pas vrai qu’elles enlèvent la subsistance au pauvre quin’a d’autre bien que son travail; elles diminuent, au contraire, langueur de sa position, en lui donnant sa part dans l’aisance générale et adoucissant sa peine physique.
- Ces objections tombent d’elles-mêmes, et ressemblent à celles qui ont été de tout temps faites contre les inventions nouvelles, par des hommes prévenus, intéressés ou sans lumières. Nous citerons à ce sujet ce qui arriva lorsqu’on commença à fabriquer des cotonnades en France. Le commerce tout entier des
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- villes d’Amiens, de Reims, de Beauvais, etc.; se mit en réclamation et représenta toute l’industrie de ces villes comme détruite. Il ne parait pas cependant qu’elles soient moins industrieuses ni moins riches qu’elles ne l’étaient il y a un demi-siècle : tandis que l’opulence de Rouen et de la Normandie a reçu un grand accroissement des manufactures de coton.
- Ce fut bien pis, quand la mode des toiles peintes vint à s’introduire ; toutes les Chambres de commerce se mirent en mouvement; de toutes parts il y eut des convocations, des délibérations, des mémoires, des députations, et beaucoup d’argent répandu. Rouen peignit à son tour la misère qui allait assiéger ses portes; les enfans, les femmes, les vieillards dans la désolation ,• les terres les mieux cultivées du royaume restant en friche, et cette belle et riche province devenant un désert.
- La ville de Tours fit voir les députés de tout le royaume dans les gémissemens, et prédit une commotion qui occaçionera une convulsion dans le gouvernement politique.... Lyon ne voulut point se taire sur un projet qui répandait la terreur dans toutes les fabriques. Lorsque Henri IV favorisa l’établissement des manufactures de Lyon et de Tours, d’autres professions adressaient à ce prince, contre les étoffes de soie, les mêmes réclamations que Tours et Lyon Ont faites depuis contre les toiles peintes. ( V. les Mémoires de Sully. )
- Amiens regarda la permission des toiles peintes comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume devaient être anéanties, Son me-
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- moire délibéré au bureau des marchands des trois corps réunis, et signé de tous les membres, était ainsi terminé ; Au reste, il suffit, pour proscrire à jamais l’usage des toilespeintes, que tout le royaume frémit d’horreur quand il entend prononcer qu’elles vont être permises, vox populi , vox Dei. Paris ne s’était jamais présenté au pied du trône, que le commerce arrosait de ses larmes , pour une affaire aussi importante.
- Or, il n’est pas un homme assez insensé pour dire que les manufactures de toiles peintes n’ont pas répandu en France une main-d’œuvre prodigieuse, par la préparation et la filature des matières premières, le tissage, le blanchiment, l’impression des toiles. Ces éta-blissemens ont plus hâté le progrès des teintures en peu d’années, que toutes les autres manufactures en un siècle.
- Qu’on s’arrête un moment, ajoute 3VI. Say, de qui nous empruntons ces détails, pour considérer ce qu’il faut de fermeté et de vraies lumières sur ce qui fait la prospérité d’un état, pour résister à une clameur qui paraît si générale, et qui était appuyée auprès des agens principaux de l’autorité par d’autres moyens encore que des motifs d’utilité publique....
- Tout ce qui vient d’être exposé sur l’introduction de nouvelles branches d’industrie en France, tous les efforts qu’on a tentés pour s’y opposer, tous les sophismes dont on s’est servi pour entraîner l’opinion des hommes peu éclairés ou irréfléchis, on le renouvelle de nos jours contre l’usage des grandes machines, et les argumens sont les mêmes dans les deux cas. Espérons (pie le sort de ces objections sera pareil, et que les
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- machines triompheront de leurs adversaires, dont le nombre décroît de jour en jour, à mesure que l’expérience -vient jeter des lumières sur cette intéressante question.
- Dans cette discussion, nous n’avons rien dit des exportations à l’étranger, qui sont pourtant un objet d’une haute importance dans la balance commerciale. Il convient d’examiner la question sous ce rapport, et de montrer que les machines sont le seul moyen de donner à nos fabriques le pouvoir de lutter contre celles des étrangers, et de soutenir une concurrence où les produits les mieux exécutés, les meilleurs, et les moins coûteux, sont nécessairement préférés.
- En admettant qu’on puisse distinguer les machines en deux classes, les unes utiles, les autres nuisibles, sottise qui ne pourra jamais entrer dans l’esprit d’un homme sensé, ne voit-on pas que la prohibition de celles-ci ne remplirait le but que se proposent les détracteurs des machines, qu’autant que tous les gou-vernemens s’uniraient pour adopter la même mesure, pour proscrire les mêmes machines. Sans parler d’une unanimité de sentimens impossible à obtenir, puisque les nations ne sont jamais d’accord que sur un seul point qui consiste à ne pas s’entendre , tant leurs intérêts, leurs mœurs, leurs goûts, leurs opinions diffèrent; en admettant, ce que nous sommes loin de faire, que la prohibition de certains agens mécaniques fût un bien politique, un acte de justice envers des hommes dont le travail est la seule propriété, examinons ce qui arriverait si une nation s’obstinait à repousser de ses ateliers certaines machines d’un effet
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- assuré, tandis que les autres s’y refuseraient. Quelque rigueur qu’on mette dans l’observation des règlemens prohibitifs des douanes, croit-on qu’on réussirait à empêcher l’introduction de produits mieux faits et livrés à meilleur compte? Il est certain que la contrebande ne tarderait pas à ouvrir une entrée presque libre à une foule de produits dont les bas prix ruineraient les fabriques indigènes et étoufferaient toute émulation.
- Et en accordant qu’une surveillance active réussirait à empêcher le malheur de désoler les manufactures, comme celles-ci seraient dans l’impossibilité de soutenir la concurrence avec l’étranger, aucune exportation ne pourrait se faire, et la balance du commerce serait impossible. On a beaucoup murmuré dans les derniers temps, de ce que l’industrieuse Angleterre s’efforcait de fournir à bas prix le continent d’une foule de produits sortis de ses fabriques : on s’est ligué contre cette exportation ; des sociétés ont été fondées en Allemagne pour s’opposer à cet essor. Il m’a toujours semblé que ces mesures étaient à la fois fausses et injustes. Egalez en industrie ces rivaux habiles, imitez leur adresse, inventez, perfectionnez comme eux les agens mécaniques , et ne craignez pas ensuite d’ouvrir vos marchés à leurs fabriques ; ce sera une arène où nul n’osera se présenter.
- Mais cette opinion tient à un système qui nous écarterait de notre sujet, et nous ne pousserons pas plus loin ces observations sur la question de l’utilité des douanes. On a long-temps prohibé, on prohibe encore aujourd’hui, en France, l’exportation de l’or; cette mesure est la conséquence d’idées fausses qu’on s’est
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- faites du commerce et de ses moyens. Espérons que les gouvernemens adopteront un jour une règle plus sage, et laisseront à l’industrie ce laisser-faire et laisser-aller, qui est la seule protection dont elle ait besoin.
- Si on accordait qu’il existe des machines nuisibles aux artisans, elles ne le seraient assurément que parce que les débouchés des manufactures ne suffiraient pas aux produits; delà la nécessité d’encourager lesexporta-tionsde ces'pi’oduits, et par conséquent de perfectionner tout ce qui peut en abaisser le prix, pour rendre la concurrence avantageuse.
- Quelques personnes croient que l’homme qui est perpétuellement appliqué à un même mouvement machinal , perd ses facultés intellectuelles, et voient dans les mécaniques une cause d’abrutissement. Ce reproche est fait aussi, et avec plus de motifs plausibles, à la division du travail dans les ateliers; on a reconnu que l’ouvrier fait bien mieux et plus vite une chose qu’il répète sans cesse, et qu’il importe, pour donner aux résultats le degré de perfection le plus grand, que chaque homme ne fasse qu’une petite partie du travail total. Aussi une aiguille passe-t-elle par les mains de 120 ouvriers; tel coupe le fil, tel perce la tête, celui-ci fait la pointe, celui là polit l’aiguille, etc. (Voyez ce mot ci-après dans le Dictionnaire.) Ainsi l’objection proposée est plus forte encore, lorsqu’on divise.'le travail que lorsqu’on se sert de machines : l’expérience y a répondu. On n’a pas remarqué, depuis si long-temps que la division des travaux a été adoptée dans les manufactures, que la capacité intellectuelle des ouvriers ait baissé. Et en effet, peut-on croire qu’on ait besoin
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- de plus de conception pour faire une aiguille entière,que pour n’en faire qu’une partie? Que l’ouvrier qui ne fait que tourner une manivelle soit plus stupide que celui qui tisse une toile ou brode une mousseline? Comme une longue habitude des opérations de la main rend l’homme capable de les exécuter par une sorte de routine et sans y songer, de même qu’il marche, s’assied et se lève sans réfléchir aux mouvemehs qu’il fait, l’intelligence de l’ouvrier n’est jamais pour rien dans ses travaux; cela est même un bien pour lui, puisqu’il en est dont l’esprit n’est qu’une sorte d’instinct, qui seraient incapables de lier des idées, et qui pourtant doivent vivre de leurs peines. Tel laboure la terre ou fait des remblais, qui serait entièrement hors d’état de faire autre chose. 11 en résulte que la pensée de l’ouvrier n’est pas à ce qu’il fait; elle erre ailleurs au gré de son caprice, et n’est point captivée par son ouvrage. Ce n’est point cette occupation qui peut nuire au développement de ses facultés intellectuelles. C’est en gardant les troupeaux que les premiers hommes sont devenus poètes et astronomes, et les loisirs que leur laissait l’oisiveté de leur esprit ont porté des fruits qu’une occupation plus grave eût peut-être empêché de naître.
- Nous avons démontré, dans cette courte discussion, qu’il y a des machines dont on ne peut se passer, et que parmi celles qui sembleraient être moins utiles, il est impossible d’établir une distinction, pour arriver a interdire l’usage de celles qu’on regarderait comme nuisibles à la classe des artisans : que s’il en existait réellement de telles, ce serait un mal attaché à notre existence sociale, à notre état de civilisation ; une
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- nécessité qu’il faudrait supporter, comme tant d’autres maux qui affligent l’humanité. Mais il s’en faut de beaucoup que ces présomptions soient fondées; nous avons fait voir que les détracteurs des machines sont dans une erreur profonde, et qu’il est faux que ces agens mécaniques puissent jamais priver l’ouvrier de son travail ; qu’au contraire, outre que la société entière en retire des jouissances nouvelles, y trouve un bien-être dont elle était privé, l’artisan y rencontre un salaire plus élevé et plus d’occasions d’être employé. Ainsi, il est vrai de dire que les machines sont un bienfait pour les manufacturiers, les artisans et la population entière; que quand bien même il en serait autrement, il faudrait encore les conserver, faute de pouvoir les détruire. Nous avons reconnu que les exportations seraient impossibles sans le secours des machines , et que la balance du commerce pourrait être si éloignée de son état d’équilibre, que la prospérité nationale s’en ressentirait puissamment. Enfin, nous avons repoussé l’objection qui tendrait à faire croire que les machines détruisent les facultés intellectuelles de l’artisan. Il faudrait sans doute plus d’espace pour développer suffisamment ces idées; mais s’il était convenable de ne pas les omettre dans le Discours préliminaire d’un Dictionnaire de Technologie, il le serait peu d’y consacrer une étendue plus considérable. Fr.
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
- Abattoir, nom qu’on donne au lieu où on abat et met à mort les bœufs qui servent à la consommation de la ville de Paris. Il y a quelques années, chaque boucher faisait encore ces exécutions dans sa propre maison. Non-seulement les ruisseaux san-glans rebutaient la vue et l’odorat, et les miasmes putrides qui s’exhalaient,à certaines époques de l’année, des matières animales entassées , viciaient l’air des quartiers environnans et étaient des foyers d’infection:mais, en outre, quelquefois la bête, frappée d’un bras mal assuré, rompait ses liens , forçait les passages, et, furieuse, courait se venger sur la population nombreuse des rues de la capitale.
- L’administration à senti sagement qu’il fallait éloigner vers les murs extérieurs de Paris ces exécutions nécessaires, et les faire dans des lieux aérés et peu peuplés. Une pareille réforme est désirée dans toutes les grandes villes, et on ne tardera pas sans doute a l’y faire. Mais c’est moins sous les rapports de santé et de sûreté
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- publiques que nous devons considérer les abattoirs que comme un moyen facile de recueillir diverses substances animales, pour les employer dans les arts. Les fabrications de colle forte, de gélatine , de bleu de Prusse, d’huile de pied de bœuf, etc. (1), en retireront de nombreux avantages. Plusieurs de ces entreprises ne peuvent se faire que près des grandes villes , oii de fortes consommations permettent de disposer d’une multitude de débris d’os, de cornes, de sang, d’intestins, etc., qu’on recueille maintenant avec soin pour les employer dans les arts.
- Nous donnerons ici quelques détails sur la construction des abattoirs : ils sont au nombre de cinq, tous établis à peu près sur les mêmes plans.
- Plusieurs pavillons sont renfermés dans la même enceinte ; deux pavillons ABCD, EFGH, (figure 1 , planche I de mécanique), sont séparés par une cour BEHG dallée en pierre -, les eaux de lavage s’écoulent, en vertu de la pente, par un tuyau Q.Les deux bouts de cette cour sont fermés de grilles BE , CH : c’est par l’une que la bête doit entrer vivante ; on la referme aussitôt.
- Chaque pavillon est divisé en neuf espaces égaux, séparés par des murs ab , cd , etc. L’espace du milieu MN est réservé pour l’escalier qui conduit au comble de l’édifice : les huit autres espaces sont les échaudoirs ; on nomme ainsi le lieu où le bœuf est abattu* Deux pavillons parallèles contiennent donc 16 échaudoirs ; il y a 8 pavillons (64 échaudoirs ) aux abattoirs de Mon-martre et de Menil-Montant; 6 à celui de Grenelle (48 échaudoirs ) ; 4 à ceux du Roule et de Villejuif ( 32 échaudoirs ). Chaque échaudoir à deux portes ; l’une qui s’ouvre sur la cour fermée BCHE, par où on fait entrer le bœuf; l’autre s’ouvre sur la face extérieure AD , FE, pour permettre la sortie de l’animal
- ( i ) Ces produits, qu’on extrait des os, des cornes, des sabots et du sang des animaux, sont d’une grande importance pour les arts. Le sang est battu, au sortir du corps, pour empêcher que les parties ne se séparent; il sert 5 la teinture, aux raffineries, et à la fabrication du bleu de Prusse. La gélatine nutritive, si utile dans les hôpitaux et la navigation , la colle forte, se retirent des os, etc. Ces proce'de's chimiques seront exposes avec détail.
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- dépecé. Tontes ces portes sont soigneusement fermées, pour éviter les accidens. D’ailleurs l’enceinte générale est entourée de murs et de grilles très élevés, qui ne se laisseraient pas franchir par un bœuf en furie.
- La figure 2 représente le plan d’un éehaudoir. Pour mettre l’animal à mort, on lui lie les cornes avec une corde qu’on fait passer dans un anneau A fortement scellé sur les dalles qui pavent l’enceinte ; on fait courber la tête du bœuf j usqu’à l’anneau, et tandis qu’un homme vigoureux retient cette corde, un autre le frappe sur le front à l’aide d’une pesante massue de fer; l’animal étourdi tombe; on l’égorge et on le saigne.
- Il faut avouer que cette manière féroce de mettre l’animal à mort fait gémir l’humanité ; s’il est nécessaire, pour la nourriture des hommes, d’égorger les animaux, les moyens d’exécution doivent être les moins cruels possibles. Ce procédé appelle donc une réforme ; mais sans m’arrêter sur ce sujet, jê terminerai en disant qu’aussitôt que le bœuf est mort, on lui insère sous le cuir le canal d’un gros soufflet, à l’aide duquel on lui injecte dans les entrailles une grande quantité d’air , pour gonfler les chairs et leur donner plus d’apparence. En même temps on enlève la peau, puis on sépare les différentes parties de l’animal.
- Toutes ces opérations se pratiquent sur le pavé même de l’é-chaudoir : en B est un treuil qui sert à tirer la corde dont on suspend l’animal au plafond, à l’aide de poulies de renvoi ; en C est une cuve pratiquée sur le sol, où la pente qu’on'y a réservée fait écouler le sang, qu’on recueille pour divers usages. J’ai ponctué en DE, FG deux pièces de bois placées horizontalement à 7 pieds de hauteur, dont un bout est scellé au mur en G, E ; l’autre bout est assemblé à un chevêtre transversal. C’est sur ces perches que les parties du bœuf sont étendues,lorsqu’il a reçu tous les apprêts, pour attendre l’instant où on les pourra enlever et livrer à la consommation. En P est la porte par laquelle on force le bœuf vivant à entrer, après avoir passé par la cour qui sépare les deux pavillons ; en Q est la porte de sortie. Les dimensions marquées par l’échelle de la figure sont celles qui sont observées à l’abattoir Montmartre.
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- Pour lu salubrité des échaudoirs , de fréquens lavages sont nécessaires, et il est besoin d’une grande abondance d’eau ; ce liquide , versé par un robinet H , vient d’un vaste réservoir, et se distribue par tout à l’aide de tuyaux de plomb. Cette eau est élevée par une machine à vapeur : celle de l’abattoir Montmartre a été exécutée par M. Saulnier , habile mécanicien de la Monnaie. La description de cette machine est donnée dans le bulletin de la Société d’encouragement de mai 1821, et cette Société a récompensé M. Saulnier d’une médaille d’argent. Il résulte du rapport de M. Baillet que cette machine produit l’effet utile de quatre chevaux attelés ( 5i5 mètres cubes d’eau élevés à 1 mètre par heure) elle consomme 3a kilogrammes de houille par heure; mais on estime que la dépense peut aller jusqu’à 2 kilogrammes pour élever 29 mètres cubes d’eau à 1 mètre. L’eau est d’ailleurs puisée à 42 mètres de profondeur, et s’élève d’un seul jet. La quantité d’eau nécessaire aux 64 échaudoirs est de 20 mètres cubes par jour, à cause de la triperie, ce qui revient à 60 mètres cubes pour les 24o échaudoirs de la ville de Paris.
- On admire à l’abattoir Grenellel’ingénieuse machine de M. Ma-noury-d’Hectot, qui a fait le sujet d’un rapport intéressant de M. Girard à l’Académie des Sciences.
- La règle admise est d’accorder à chaque boucher son échau-doir ( à moins qu’il n’arrive que l’étendue de son commerce oblige de lui en accorder deux ) : cependant plusieurs bouchers se réunissent' souvent pour occuper le même échaudoir, et se partager entre eux les frais et les produits. Ces frais se réduisent à payer 6 fr. pour chaque bœuf, outre les droits d’entrée et d’octroi ordinaires, etc.
- D’après les tableaux de statique publiés par M. le Préfet de la Seine, le nombre des bœufs qui est employé chaque année à la consommation de la ville de Paris est de 71,700 , outre 8,5oo vaches ; ces quantités sont les moyennes de dix années d’ob-servations.Le nombre des bœufs abattus àMontmartre et àMénil-Montant est donc d’environ 21,000 par an , pour chaque établissement ; dans les abattoirs du Roule et de Villejuif, on n’en tue que 10,600, dans celui de Grenelle, 16,000 par an.
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- L’encelute de l’abattoir contient en outre plusieurs Mtimens , tant pour loger l’administrateur et les employés que pour suffire à tous les besoins de l’établissement. Ainsi de vastes bergeries servent à recevoir les bestiaux jusqu’à l’époque de leur exécution. Comme on y met à mort les veaux et les moutons, il y a des écuries très aérées où on les nourrit. Chaque écliaudoir a sa bergerie.
- Au-dessous des combles, sont partout de vastes greniers à l’usage des bouchers, pour y déposer provisoirement les peaux, etc.
- D’autres bâtimens sont destinés à la fonte du suif, à la triperie, etc., etc. La planche I de mécanique suffit pour donner une idée juste de cet ensemble. F.
- ABEILLES, mouches-a-mtf.l (.Agriculture) (1).
- L’habitation des abeilles se nomme ruche. On en varie beaucoup la forme et la construction. Celles de M. Palteau, deM. Lombard, de M. Hubert, enfin celles à tiroir, dites anglaises, sont décrites dans le nouveau Dictionnaire d’Agriculture, auquel nous renvoyons pour tout ce qui concerne les avantages particuliers à chacune, aussi-bien que pour les détails d’histoire naturelle de ceS intéressans insectes : on trouve dans cet ouvrage un article par-
- ( i) Ce n’est pas comme naturaliste que je dois examiner les abeilles, mais comme agriculteur. Quoique de tons les arts qui sont traités dans ce dictionnaire , l’agricultnre soit le plus important au bien de la société, cependant, comme beaucoup des procédés qu’on y emploie sont étrangers à l’industrie, but principal de notre travail, que d’ailleurs il existe un dictionnaire aussi volumineux que le nôtre, uniquement consacré à l’agriculture, nous avons cru ne devoir traiter cet art que dans ses généralités et les applications que la Chimie et la Mécanique y reçoivent. Ainsi, nous ne parlerons ni des systèmes agricoles, ni des maladies des plantes et des animaux, ni d’une multitude d’autres objets de détail qui ne se rapporteraient pas au plan que nous avons adopté pour tous les arts. Les abeilles ne seront donc considérées ici que d’une manière générale, et nous n’en dirons que ce qui est indispensable pour les résultats que les arts chimiques en peuvent retirer. Ceux qui voudront connaître h fond la manière de vivre et l’industrie détaillée de ces insectes, pourront lire les écrits de Réaumur, ceux de JVL Hubert, de Genève, et le nouveau Dicti onnairc d’agriculture.
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- faitement composé, par M. Bosc, qui mettra le lecteur au fait des points de théorie que nous sommes obligés d’omettre.
- Le plus ordinairement la ruche est faite en paille. On roule cette substance en cylindre qu’on tord, en l’assemblant sous forme d’un dôme conique ; on la fabrique aussi en osier à la manière des paniers, et on bouche ensuite les jours par un enduit de terre et de bouse; le tout est recouvert d’une chemise en paille, pour laisser écouler l’eau qui y tombe et l’empêcher de pénétrer dans l’intérieur.
- La ruche est un cône dont la hauteur est de huit décimètres ; la base en a environ cinq et demi de largeur : on la pose sur un tablier ; plate-forme en pierre, eu métal, ou mieux, encore en bois, un peu élevée au-dessus du sol, pour arrêter les progrès de l’humidité, dont les effets sont funestes aux abeilles.
- Le travail commence par le sommet central de la ruche, après qu’elle a été enduite par les mouches, d’une pâte nommée propolis * pour en boucher les fentes : cette substance est résineuse ; les abeilles la recueillent sur les pissenlits, les laitrons et autres chi-coracées. La propolis leur sert à toutes les maçonneries intérieures préparatoires.
- Les abeilles ébauchent d’abord le premier gâ teau decire enhaut de la ruche, et le descendent de dix à quinze centimètres ; puis elles en commencent un deuxième tout auprès , ensuite un troisième, un quatrième, etc., qu’elles descendent de même plus ou moins, et ensemble. Les gâteaux ou rayons sont composés de tubes de cire, placés parallèlement et de forme hexagone : ces tuyaux, nommés alvéoles, sont des prismes à six pans, fermés au fond, et ayant environ cinq millimètres de largeur et douze de profondeur ; ils sont empilés les uns sur les autres, leurs axes étant parallèles et presque horizontaux, et leurs ouvertures placées sur un même plan vertical qui termine le gâteau ; c’est un exemple de construction ordonnée pour la plus grande économie de temps et de matière. Au revers de cet appareil en cire, il y en a un second , égal et opposé, qui y est soudé , ensorte que les alvéoles, dont l’ouverture est sur cette surface, ont leurs bases formées par celles du côté contraire,
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- L’ensemble de ces deux rangs d’alvéoles opposés forme le gâteau, qui a environ vingt-deux millimètres d’épaisseur. La ruche contient plusieurs de ces gâteaux (six à neuf ordinairement) disposés en cloisons verticales et parallèles,laissant entreelles presque un centimètre de distance, espace nécessaire au travail, et des rues pour faciliter la circulation. Les gâteaux sont attachés par une forte maçonnerie aux parois de la ruche, afin de ne pas céder sous le poids de la cire, du miel et des mouches qui s’y reposent, poids qu’on estime de douze à quinze livres chaque.
- C’est dans ces alvéoles que les abeilles déposent leurs provisions et nourrissent leur postérité. Outre l’aiguillon douloureux qui leur sert de défense, la nature les a pourvues d’une trompe ou langue qui leur sert à pomper le nectar des fleurs, et le suc mielleux des feuilles et des fruits. Elles ont deux estomacs, dont l’un, situé dans le corselet, ne contient que du miel, et l’autre, dans le ventre, renferme de la cire ; cette cire, qui est le résultat de la digestion , transsude en rubans par les bords des anneaux -, elle est aussi rejetée par la bouche à l’aide d’une contraction musculaire: il est positivement prouvé que la cire est le produit de l’élaboration que le miel à subie par la nutrition ; l’abeille s’en sert pour construire ses rayons.
- Quant à la liqueur miellée qu’elle a recueillie, elle en apporte le tribut dans la colonie, la dégorge pour servir de nourriture aux ouvrières occupées du travail de l’intérieur , ou la dépose dans des alvéoles, dont les unes, situées en haut de la ruche, sont fermées par un couvercle plat, afin d’éviter l’écoulement, l’évaporation , ou même la décomposition du miel : c’est le grenier de prévoyance pour l’hiver ; les autres sont ouvertes, et elles y puisent incessamment selon les besoins. Comme tous les insectes, les abeilles subissent plusieurs métamorphoses : nées d’un œuf, elles deviennent un petit ver, puis une nymphe, et enfin prennent leurs ailes ; une partie des rayons est réservée par elles à contenir le couvain ; chaque cellule contient un œuf qui éclot trois a six jours après avoir été pondu , et par la seule chaleur de la ruche , qui est toujours plus chaude que l’air extérieur. Le petit ver est nourri par les soins des abeilles, qui lui apportent une ge-
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- Ice d’abord fade, puis plus sucrée, qu’elles déposent dans sa cellule. Cette gelée, qu’on nomme rouget, est une altération que les abeilles font subir au pollen des fleurs, et dont elles font une provision qu’on trouve dans certaines alvéoles de dépôt. Au bout de six jours, le ver a pris tout son accroissement, lorsque la température est cbaude ; alors on a soin de lui apporter des vivres, et on ferme sa demeure d’un couvercle en cire, de forme bombée.
- C’est dans cette prison que le ver, après en avoir tapissé les murs d’un réseau de soie , se change en nymphe, état de mort apparente où il reste environ douze jours ; au bout de ce temps sa dernière métamorphose s’opère ; il prend des ailes, déchire la soie qui l’entoure, ronge la porte de sa prison et sort ; les autres viennent alors en foule pour l’aider à marcher, pour la sécher , la nourrir, elles nettoient son logis devenu vacant, pour l’apprêter à recevoir un autre œuf ; tandis que la nouvelle abeille, après douze heures au moins de repos , imite ses compagnes et va pâ~ turer et travailler avec ardeur à la prospérité commune.
- Tout ceci se rapporte spécialement à l’immense majorité des abeilles d’une ruche, et on compte que leur nombre va j usqu’à trente à quarante mille •, les moins peuplées en comptent vingt mille ; mai® ily existe encore quelques êtres auxquels on doit donner attention.
- On distingue dans une ruche les mâles, les femelles et les ouvrières ou mulets. L’existence des premiers n’est que de six semaines environ ; dès que l’époque de l’essaimage est passée , comme les mâles sont inutiles après la fécondation, que, ne travaillant pas , ils seraient un fardeau, durant l’hiver, pour la communauté, les ouvrières les massacrent sans pitié. C’est vers la fin de juillet que cette exécution a lieu. Les mâles ou faux-bourdons , sont plus gros que les ouvrières, ne sont pas armés d’aiguillons, et sont nés dans des alvéoles de meme forme que les autres, mais un peu plus grandes: elles ont sept à huit millimètres de large, et sont longues de dix-huit au moins. Le couvain d’ouvrières est beaucoup plus considérable que celui des mâles ; s’il y a huit gâteaux, les quatre du centre et les deux extérieurs seront réservés aux ouvrières, les deux autres le seront aux mâles. On ne compte que quinze à dix-huit cents mâles, et au plus deux mille, dans une ruche de
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- trente.à quarante mille ouvrières. Nés en mai et mourant en juillet, ils ne vivent guère que six semaines, et comptent à peine dans la république.
- La femelle , car une ruche n’en a jamais qu’une seule, est plus grosse même que les mâles : on la nomme la reine , parce qu’elle est l’objet des soins et des hommages de toute la colonie , dont elle propage l’existence ; cette femelle ne peut jamais être fécondée dans la ruche. Cinq à six jours après sa naissance , elle sort en plein air, et revient bientôt avec des preuves d’accouplement ; quelquefois il faut deux ou trois sorties pour qu’elle rencontre dans l’air l’occasion de s’accoupler : il paraît que ce seul acte la rend féconde pour sa vie entière, qui est de six à dix ans. C’est ordinairement quarante-six heures après l’accouplement que la ponte commence. Jusqu’alors les abeilles avaient peu de considération pour elle ; mais désormais elle est devenue l’âme de l’association ; elle ne sort plus de sa demeure ; on la nourrit abondamment; on semble aller au devant de ses désirs. La nature a donné à la femelle un cri ou chant qui frappe de terreur toute la république; les ouvrières obéissent à ses volontés, se sacrifient sans hésiter pour la défendre, et la suivent lorsqu’elle veut sortir, entraînant l’essaim après elle.
- La femelle a cinq mille œufs visibles ; elle en dépose un dans chaque cellule : c’est vers le premier printemps que commence sa ponte d’ouvrières ; deux mois après environ, elle pond des œufs de mâles, et ensuite quelques œufs de femelle , sans se tromper d’alvéoles ; chaque jour elle pond plusieurs centaines d’œufs on croit que par an la ponte s’élève à cinquante mille au moins.
- La cellule destinée à donner naissance à une reine est d’une forme particulière, placée verticalement et comme au hasard. C’est un gros tube oblong, de trois centimètres un quart de profondeur , à parois épaisses de trois millimètres, et pesant à elle seule autant que cent cinquante autres ; tantôt elle est suspendue par un pied au bord d’un gâteau, tantôt placée sur sa surface ; le gros bout est en haut ; l’ouverture est étroite , dirigée en oas. Il y en a ordinairement six à dix , et quelquefois plus de
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- vingt dans une ruche, pour réparer la perte qu’on pourrait faire de la reine, par accident ou après l’essaimage.
- La population de la ruche devient bientôt si nombreuse, qu’elle ne peut plus être contenue dans l’enceinte ; la reine en sort, entraînant après elle toutes les abeilles actuellement dans la ruche. Elle a eu soin de préparer des successeurs au trône, et son ventre beaucoup diminué lui laisse le pouvoir de s’enlever au vol. Cet essaim recueilli dans une nouvelle habitation va de suite commencer à construire des alvéoles en cire ; la reine continuera a ponte jusqu’au mois de septembre, car cette ponte est suspendue durant l’automne et l’hiver , et la nouvelle colonie sera bientôt aussi riche et aussi puissante que la première : celle ci n’a d’abord d’autres hahitans que ceux qui y reviennent rapporter leur récolte et les jeunes vers du couvain, qui vont tour à tour passer i leur forme ailée ; une nouvelle reine ne tarde pas à sortir de sa cellule pour perpétuer la colonie ; elle se fait féconder, puis continue la ponte. Le cultivateur à donc deux ruches au lieu d’une seule. Quelquefois 7 à 9 jours après, la jeune reine part avec un nouvel essaim; elle est vierge alors, et ordinairement âgée de quatre jours: mais le lendemain de sa prise de possession d’un nouTd empire, elle va au mâle. Dans les années favorables, on peut obtenir jusqu’à quatre essaims dans l’espace de quinze à dii-huit jours ; le premier essaim sorti peutlui même en produire un. vingt à trente jours après son établissement.
- Il résulte des expériences les plus décisives que les ouvr'ùm sont des femelles dont les organes générateurs se sont oblithh, parce quedans Vétat de verj elles se sont trouvées trop à détroit, et ont reçu une nourriture peu abondante et moins délicate. Lorsque la ruche vient à perdre sa reine , cette perte est très vite reconnue , et quelques heures après on travaille à la réparer : les ot vrières prennent un ver âgé de moins de trois jours pour l’éleva à cette dignité -, elles agrandissent sa cellule aux dépens des trot contiguës , y déposent une pâtée plus substantielle et plus abondante, et bientôt la reine se développe et paraît. Ainsi la natnrf ne crée pas ces reines -, c’est l’éducation qui les forme.
- Une garde veille sans cesse à l’entrée des ruches; quiconq*
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- s’v présente ne peut entrer qu’après avoir été touché et reconnu. Une étrangère est tuée à l’instant ; qu’une seconde reine veuille pénétrer, tout se réunit pour s’y opposer 5 mais elle n’est point piquée.
- Si on ôte la reine d’une ruclie, bientôt tout s’agite, bourdonne, entre en tumulte : les abeilles sont en délire et négligent le soin de leurs petits. Si on rend la reine, elle est reconnue, fêtée , et tout se calme à l’instant ; mais si oh offre une autre femelle, elles la traitent comme si elles n’avaient pas perdu la leur ; l’agitation continue : la captivité, la faim, le défaut d’air, font souvent succomber cette intruse ; mais si ce n’est qu’après vingt-quatre heures qu’on la présente, elle est bien reçue et règne de suite. Ce laps de temps paraît suffire pour consommer l’oubli de la première reine ; la nouvelle est même traitée avec plus de distinction que l’ancienne.
- Quand le ver d’ouvrière qu’on destine à devenir reine est âgé de trois jours , ses organes se sont déjà viciés , et elle ne peut plus se changer en reine. Ce malheur arrive lorsque la reine meurt après que la ponte de mâles est commencée; car celle d’ouvrières est cessée. Dans ce cas, si on ne donne pas une nouvelle reine à la peuplade, le couvain ne se réparera pas, le découragement gagnera, et la ruche sera perdue.
- Lorsqu’une femelle n’est pas fécondée dans les vingt-deux premiers jours de sa naissance, ses organes génitaux s’altèrent ; elle n’est plus habile à pondre des œufs d’ouvrières, et ne pond que des mâles ; la colonie, ne pouvant plus réparer ses pertes, est nécessairement détruite , si on ne se hâte d’y établir une autre reine.
- 11 existe entre les femelles d’abeilles une antipathie naturelle. La reine fait tous ses efforts pour détruire celles qui sont dans les cellules, et les ouvrières s’y opposent sans cesse; c’est la seule des volontés de leur reine qu’elles osent ne pas respecter : elles fournissent des ali mens aux jeunes femelles par un trou ménagé au couvercle dont leur case est fermée, pour les empêcher de sortir. Lorsqu’une d’elles vient à briser cette porte, il se livre alors un combat à outrance entre ces deux concurrentes au trône ; les ouvrières font cercle alentour pour demeurer spectatrices d’un duel
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- nécessaire ; si les adversaires se séparent, on les arrête dans leur fuite ; on les ramène au combat, et la mort de l’une donne la couronne à la victorieuse.
- Cette antipathie est quelquefois une cause de destruction de la ruche : malgré la vigilance des ouvrières, si la reine trouve moyen d’exterminer ses rivales dans leur prison , la perte de la femelle ne sera plus réparable : de même, si la durée de la détention et les circonstances extérieures laissent passer le terme fatal de vingt-deux jours accordé par la nature sans que la fécondation des jeunes femelles ait lieu, sa postérité est détruite.
- Lorsque les essaims sont tous sortis, les ouvrières abandonnent les cellules royales à la fureur de la reine, qui perce ses rivales de son aiguillon par le trou réservé au passage de leur nourriture ; le massacre des mâles suit de près cette exécution. La présence des mâles dans une ruche est un signe certain de l’existence des femelles , et les essaims peuvent encore sortir.
- La femelle, souvent retenue plusieurs jours dans son alvéolej n’a pas besoin à sa sortie, comme les autres abeilles, de se sécher et de se reposer : elle est de suite habile au combat, s’il est nécessaire ; ou à voler au milieu des airs, si la sortie ou la mort de la vieille reine la laisse en possession de la puissance.
- Venons-en maintenant au point le plus important pour le cultivateur , la récolte de l’essaim, celle du miel et de la cira
- L’essaim part durant la chaleur du jour et par un beau soleil; les deux ou trois jours avant cette émigration, le tumulte et l’agitation générales en ont été les présages. L’essaim qu’on laisse partir de lui-même fuit quelquefois au loin , et on le perd: ou peut arrêter son essor en jetant en l’air de l’eau, du sable, ou de la terre. S’il se fixe en un lieu voisin, sur un arbre, un buisson, on place la ruche dessous, et avec un petit balai, ou en secouant la branche , ou même en y portant la main, on les y fait entrer. Les abeilles , si furieuses lorsqu’elles défendent leur reine ou leur couvain, n’ont aucune colère, et on peut les prendre en masse ; dès que la reine est dans cette nouvelle demeure, les ouvrières qui n’y sont pas venues avec elle ne tardent guère à y rentrer.
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- Mais, pour éviter de perdre l’essaim, il vaut mieux devancer de quelques jours l’époque du départ et faire le partage soi-même. Je laisserai parler M. Bosc , ce maître habile dans l’art de gouverner ces précieux insectes.
- « Comme c’est sur l’existence de la mère abeille que repose la conservation de la société , toutes les ouvrières sont disposées à se sacrifier pour la sauver , et se sacrifient souvent à la seule apparence de danger. Elles la mettent au centre dubataillon qu’elles forment lorsqu’elles essaiment, la cachent sous leurs corps lorsqu’on va fouiller dans leur ruche , et se laissent toutes tuer sur elle plutôt que de l’abandonner.
- « Le dévouement des ouvrières pour la mère abeille peut être utilement employé lorsqu’on veut travailler une ruche ; car il ne s’agit que de les mettre dans le cas d’être persuadées que toutes leurs piqûres seraient insuffisantes pour éloigner le danger qui la menace, et qu’elles n’ont plus d’autre ressource que de la cacher, pour permettre de faire dans son intérieur toutes les opérations qu’on juge nécessaires, sans craindre leur aiguillon.
- « Ainsi, lorsque je veux me rendre maître d’une ruche , j’apporte à son ouverture un chiffon de linge à moitié brûlé et encore fumant ; le plus grossier est toujours le meilleur; j’empêche par ce moyen les abeilles de sortir. Au bout de quelques minutes, je frappe brusquement et à diverses reprises sur le sommet de la ruche , et en même temps je la soulève, pour faire entrer dessous une plus grande quantité de fumée ; les abeilles, qui s’aperçoivent qu’elles sont les plus faibles, que l’attaque devient inutile pour éloigner l’imminent danger où elles se trouvent, se portent toutes autour de la femelle, qui est alors montée au sommet de la ruche , la couvrent de leurs corps, ne cherchent plus à piquer , quoiqu’on fasse tout pour les mettre en colère; je puis même les prendre à poignées , pourvu que je ne les presse pas. Cet état, je l’appelle état de bruissement parce qu alors toutes celles qui ont le libre usage de leurs ailes, c’est-a-dire qui ne sont pas sous d’autres, s’élèvent sur leur pâtes , redressent leur abdomen , et bruissent de manière à faire croire fîu e^C5 s excitent mutuellement ou qu’elles consolent leur femelle :
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- c’est à ce signe que je m’assure qu’il n'y a plus rien à craindre pour moi. Cet état dure aussi long-temps qu’on les tourmente, et cesse lorsqu’on leur donne le temps de se reconnaître. Il se produit naturellement dans le premier moment de l’essaimement naturel, surtout quand on poursuit l’essaim en jetant sur lui de la terre ou de l’eau ; et voilà pourquoi on le fait ordinairement entrer
- dans la ruche sans être piqué...
- « L’observation ayant appris qu’il y a des femelles prêtes à naître toutes les fois qu’il y a des mâles pour les féconder, et qu’on peut toujours, dans ce cas , espérer d’avoir sous peu un essaim naturel, si le temps est favorable, il ne s’agit que de forcer les abeilles à en faire un quelques jours plus tôt. Lors donc qu’au commencement de mai j’ai remarqué, à l’heure de midi,des mâles sortir de la ruche, ou qu’en la soulevant, j’en ai vu se promener sous la partie inférieure des gâteaux, je juge qu’il est temps, si la ruche est suffisamment peuplée, de faire un essaim : je prépare donc une ruche, et, après l’avoir mouillée, vers dix heures du matin, je procède à l’opération.
- « Cette heure doit être choisie de préférence, parce que c’est celle où, à cette époque de l’année , la moitié des ouvrières est dehors , qu’on en est moins embarrassé, qu’on ne les fatigue pas
- inutilement, qu’on est assuré de l’égalité du partage.
- <( A l’heure dite , sans masque ni gants , je m’approche de la ruche avec un morceau de vieux linge à moitié brûlé, fixé avec du fil de fer à l’extrémité d’un court bâton, et je dirige la fumée de ce linge contre la porte. Les gardes de service, après avoir reconnu le danger , en portent la nouvelle dans toute la ruche, et on ne tarde pas à voir arriver une grande quantité d’abeilles pour le vérifier. C’est le moment décisif : si je retire le linge, elles sortent de la ruche, et se jettent avec fureur sur moi; si au contraire, je leur envoie une forte bouffée de fumée, elles remontent promptement annoncer à leurs compagnes que le danger est insurmontable, et qu’il n’y a plus d’autre ressource que de tâcher de sauver la mère abeille en lui faisant un rempart de leurs corps et ensesa-crifiantpour elle -, toutes se mettent aussitôt en état de bruissement et se portent du côté de la femelle; alors je soulève la ruche, passe
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- dessous le linge fumant, le promène pendant une ou deux minutes sur l’extrémité des gâteaux, et j’eu suis le maître, c’est-à-dire que je suis certain de n’être plus piqué par les abeilles qui s’v trouvent, à moins qu’appuyant imprudemment la main sur une d’elles , elle ne se détermine à se défendre.
- « Alors j’emporte la ruche à quelque distance des autres , je la renverse sans dess us dessous, la fixe, si elle a le sommet en pointe, dans un trou fait en terre , ou contre un mur ; je la recouvre de celle qui est vide et j’entoure d’un linge leur ligne de réunion.
- « Les abeilles ne se voient pas plus tôt tranquilles et dans F obscurité que , selon leur naturel, elles montent dans la ruche vide. De temps en temps je provoque leur activité en frappant de petits coups secs, avec un bâton ou une pierre, sur le sommet devenu la base de la ruche pleine ; la mère abeille quitte enfin sa retraite et monte aussi, ce qui détermine la presque totalité des ouvrières à en faire autant. Alors l’essaim est complet, et on n’a plus qu’à séparer les deux ruches, reporter la pleine à sa place, et l’autre à quelque distance du rucher.
- « Dans ce cas , pour diriger la marche de la femelle , je n’enfume et ne frappe que le côté opposé à celui où je ne veux pas qu’elle aille.
- « Il n’y a pas d’inconvénient de forcer un peu le nombre des abeilles à faire entrer dans un essaim artificiel, parce que le couvain prêt à éclore remplace bientôt les ouvrières qu’on aenlevées, et qu’outre toutes celles qui étaient sorties au moment de l’opération , et rentrent dans la vieille ruche, il y en a toujours quelques-unes de la nouvelle qui en font autant.
- « La vieille ruche , privée de femelle , s’occupe sur-le-champ d’en faire une ; et comme il y en a toujours plusieurs prêtes à naître à l’époque où on opère , souvent au bout de deux ou trois jours elle en est de nouveau pourvue. »
- L’essaim n’est pas plus tôt entré dans une ruche nouvelle, que les ouvrières se mettent à l’ouvrage ; souvent à la fin de la première journée il y a déjà quatre à cinq gâteaux commencés ,et celui au milieu a cinq à six pouces de long. Un essaim nombreux.
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- travaille de suite avec une ardeur incroyable dans sa nouvelle habitation.
- La récolte du miel est facile à faire dans les ruches nouvelles. On les compose, en général, de trois à quatre tiroirs sans fond imitant des cadres carrés de trois décimètres de coté , sur huit centimètres de largeur; on les pose les uns sur les autres en forme de parallélépipède vertical. Ils sont fortifiés de chaque côtépar une traverse de deux centimètres de largeur sur deux d’épaisseur, pour supporter les gâteaux. Des crochets de fer les réunissent ensemble ; le supérieur est fermé d’une planchette. On voit qu’on peut enlever le cadre d’en haut et celui d’en bas sans déranger les intermédiaires où se fait le travail. Lorsqu’en automne on veut s’emparer de la provision de miel des abeilles , il suffit de briser avec un couteau la propolis dont elles ont soudé les deux cadres et bouché la fente qui les joint : puis avec un fil de laiton on coupe à ras tout ce qui se trouve dans le plan de ce joint, et on enlève le cadre supérieur : comme des barres traversent chaque cadre de part en part, les gâteaux restent soutenus. On place un autre planchette sur le second cadre, devenu le premier , et on met un nouveau cadre vide en bas. Il périt peu d’abeilles dans cette opération, et elles travaillent comme si on ne les eût pas tourmentées. L’année d’après on enlève la hausse devenue supérieure , et ainsi de suite ; de sorte qu’en quatre ans tout est renouvelé.
- Les avantages de cette sorte de ruche sont de pouvoir enlever chaque année une portion de miel et de cire sans faire périr les mouches, comme on a la barbare coutume de le faire, contre les intérêts les plus évidens du cultivateur ; sans courir le risque d’être piqué, lorsqu’on s’y prend avec adresse ; et enfin de pouvoir à volonté augmenter ou diminuer la capacité de la ruche selon les progrès de la population. Les mouches s’aperçoivent à peine de l’enlèvement qu’on leur a fait. Comme le miel est toujours dans la partie supérieure de la ruche, le couvain n’est jamais attaqué: le miel est plus pur et de meilleure qualité, n’étant pas gâté par le rouget.
- Nous ne nous étendrons pas davantage sur les mœurs, l’cco-
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- ii-omie et l’utilité des abeilles ; lé peu que nous en avons dit suffira pour comprendre la manière dont on doit les gouverner. et lés procédés les plus convenables pour éviter de perdre les ruches, et en retirer des avantages précieux ; nous renvoyons aux ouvrages cités les personnes à qui de plus amples développemens seraient nécessaires. F.
- ACACIA ( faux ) ou ROBINIER, grand et bel arbre , dont les premières semences ont été apportées de l’Amérique à Paris par M. Robin , vers 1600 : il s’est depuis bien multiplié en France ; il croit très rapidement et s’élève à la hauteur de 20 mètres.
- Le bois est un des meilleurs pour le foyer ; il sert dans les arts de l’ébéniste, du menuisier, du charron, du vigneron, du tonnelier, du charpentier, et dans la marine. Il est dur, pesant, d’un grain serré et susceptible d’un beau poli, jaune, veiné de bandes brunes tirant sur le vert ; il fournit une teinture jaune qui aura peut-être quelque jour iine application heureuse.
- On fait avec la fleur de l’acacia un sirop agréable. L.
- ACADEMIE, l’importance des académies pour exciter l’activité des manufacturiers et encourager l’industrie sera développée au
- mot ENCOURAGEMENT. F.
- ACAJOU, ou Mahoganij arbre d’unbeau)port, dont le [bois est dur, compacte , d’un brun rougeâtre, et est connu dans le commerce sous le nom d’Acajou à meubles. Cet arbre croit dans la partie chaude de l’Amérique : on en voit à Cuba et à la Jamaïque de très grands, dont on fait des planches qui ont quelquefois deux mètres de large.
- Le bois d’Acajou est un des meilleurs que l’on connaisse pour tous les ouvrages de charpente, de menuiserie et de tabletterie ; aussi s’en fait-il un commerce considérable ; il a un beau grain et prend un beau poli. Ses qualités le rendent précieux pour les ébénistes, qui en construisent de superbes meubles. Les An-, glais fabriquent presque tous leurs meubles d’Acajou en bois plein , tandis qu’en France on est dans l’usage de les plaquer; ce qui, outre l’économie, permet d’obtenir des ronçures et des vemes agréablement variées. Lorsque ce placage est bien fait, il est tout aussi solide que le bois plein ; mais il faut avoir soin de Tome I. 2
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- fixer les feuilles sur du bois déjà très sec, arec de la colle qui ne se laisse ni pénétrer ni amollir par l’humidité.
- Pour préparer les feuilles d5Acajou destinées au placage, on n’a connu pendant long-temps d’autres moyens que celui de scier les billes de ce bois avec des scies à main ; mais ce procédé était très long et ne donnait que des feuilles d’une épaisseur irrégulière y on lui a substitué depuis le sciage à la mécanique.
- Les bois d’Acajou , du moins ceux récemment travaillés, sont sujets à se voiler par l’effet d’une température Iiumide, ce qui oblige à les faire sécher préalablement , opération longue et dispendieuse, qui ne remédie souvent qu’imparfaitement à ce défaut. M. Callender a trouvé le moyen de l’abréger par un procédé très simple, qui a mérité l’approbation de la société d’encouragement de Londres. 11 consiste à placer les bois dans une caisse ou chambre hermétiquement fermée, où l’on fait arriver, par un tuyau aboutissant à une chaudière, de la vapeur d’eau qui ne doit pas être au-dessus de la température de l’eau bouillante* Après que les bois ont été ainsi exposés pendant deux heures, plus ou mpins, à l’effet de la vapeur, et qu’on juge qu’ils en sont bien pénétrés , on les porte dans une étuve ou dans un atelier chauffé, où il reste pendant a4 heures avant d’être mis en œuvre. Il faut observer que ceci a lieu pour des bois de moyenne dimension, c’est-à-dire pour ceux de 4 ou 5 centimètres d’épaisseur, dont on fait ordinairement des chaises, des balustrades, des lits, etc. y on conçoit que des pièces d’un plus fort échantillon exigent plus de temps pour être complètement desséchées.
- De beaux blocs d’acajou sont souvent déparés par des taches et des veines vei’dâtres,. ou renferment des insectes qui ne tardent pas à les attaquer. Le procédé que nous venons de décrire remédie à ce double inconvénient, en faisant disparaître les taches et en détruisant les larves des insectes.
- Le bois d’Acajou se vend depuis 70 fr. jusqu’à 170 fr. les 100 kilogrammes.
- On appelle Acajou femelle une espèce de mahogani dont le tissu est lâche et rempli de pores. Ce bois est moins lourd que celui dont nous venons de parler-, sa couleur est d’un rouge plus
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- foncé que celui «le l’Acajou de placage ; il n’est pas estimé dans l’art de l’ébénisterie, parce qu’on ne peut pas le polir. On l’emploie dans la menuiserie pour faire des meubles en bois plein ; on le travaille comme le noyer et on lui donne le brillant à l’aide de la cire, que l’on polit par un frottement rapide et prolongé. ( Voyez Menuiserie. )
- On en fait aussi en Amérique des caisses et des tonneaux qui servent à emballer les diverses marchandises. L.
- ACAJOU à pommes, Cassuvium, arbre d’environ cinq mètres de hauteur, qui croît dans les pays méridionaux de l’Amérique et de l’Asie-, de ses fruits on retire, par la fermentation, une eau-de-vie de bon goût. On extrait de ses noix un suc huileux qui teint le linge d’une couleur de fer presque indélébile. Les teinturiers l’emploient dans la teinture en noir. Lorsqu’on fait des incisions à l’écorce du tronc , il en découle une gomme qui , étant fondue dans un peu d’eau , tient lieu de la meilleure glu. On s’en sert à Cayenne pour donner du lustre aux meubles et les garantir de l’humidité et des insectes. Le bois est blanc, tendre, employé dans les ouvrges de menuiserie et de charpente ; comme il est tortueux , on tire de ses branches des cintres propres a former des dessus d’armoires et des corniches arrondies. L.
- ACCORDEUR de Forte-Piano , de Guitare, df Orgue, etc.
- La manière d’accorder ces instrumens présente des difficultés dont nous allons rendre compte. On se règle sur les intervalles de quintes, parce que l’oreille en apprécie mieux la justesse. mais, en faisant ainsi succéder plusieurs quintes, on arrive bientôt a des accords que l’oreille ne peut supporter. Par exemple, que , partant du son ut , on accorde bien juste la quinte sol, puis le ré sur le sol, le la sur le ré, et enfin le mi sur le la ; en faisant résonner le mi avec Yut de départ, on trouvera que cet intervalle de tierce est beaucoup trop fort.. En continuant de procéder de la sorte par quintes, on parcourra tous les douze demi-ions de la gamme, et on reviendra non pas à Y ut de départ, mais à un son beaucoup plus élevé, et toutes les tierces majeures seront trop fortes, les tierces mineures trop failles ; il sera impossible d’endurer ces accords.
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- Sans nous arrêter à expliquer cette singularité, nous nous bornerons à dire que c’est à tort qu’on regarde sur le forte-piano, la harpe, l’orgue et la guitare, le ré * et le mi * comme identiques, de même que le sol * et le la fr, le la * et le si b. Il
- faudrait renoncer à ces instrumens, si on se refusait à faire subir aux différens accords une légère altération, qui s’accorde avec cette identité supposée, pourvu que le plaisir qu’on en attend ne soit pas troublé. C’est ce qu’on nomme tempérer les accords.
- Le célèbre Rameau s’est le premier prononcé pour que le tempérament portât sur tous les accords également, contre l’usage alors reçu de ne faire subir d’altération qu’à ceux qui sont d’un usage plus rare. Comme l’oreille souffre du défaut de justesse des sons, mais bien plus des altérations des tierces majeures que des quintes, on rendait les premières justes, mais aux dépens des dernières, autant du moins que cela se peut. Les tierces, qui revenaient moins souvent, étaient sacrifiées aux autres, et offraient à l’oreille des accords très-durs. Les artistes se persuadaient qu’on devait éviter l’usage de ces tierces, ou du moins les tolérer dans leurs rares apparitions; et ils allaient même jusqu’à penser qu’on pouvait tirer des effets particuliers de ces accords désagréables.
- Maintenant que l’art musical s’est beaucoup perfectionné, et que de nouveaux modes de chant ont multiplié les modulations d’une manière inusitée autrefois , il n’existe plus d’accords qu’on puisse considérer comme rarement employés, et qu’on charge de supporter les défauts de l’instrument. On en est revenu au tempérament égal de Rameau , dont nous allons expliquer le système.
- On prend d’abord un son pour servir de base à tous les autres, la j par exemple : on accoude l’octave de ce son; puis, comme on le voit sur la fig. i ( planche I:' des arts de calcul), procédant de quinte en quinte, dont chacune est légèrement affaiblie, on accordera le mi sur le la le si sur le mij ou plutôt sur l’octave inférieure de ce mi, qu’on aura pris bien juste sur le supérieur; le_/à * sur le sij etc., jusqu’à ce qu’on ait atteint le ré *.
- Revenant ensuite au la de départ, ou plutôt à son octave
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- supérieure, on procédera par quartes successives, qu’on fera toutes un peu fortes; la quarte au-dessdüs d’un son est le renversement de sa quinte, puisque le son aigu est la quinte du grave. Ainsi on accordera ( voy. fig. 2 ) rè sur la , sol sur ré ,
- ut sur sol etc...On retrouvera, si les altérations ont été faites
- convenablement, que le mi b , auquel on sera conduit par cette marclie, est absolument le même que le rè * obtenu ci-dessus.
- Lorsque je dis qu’on fera la quinte faible, j’entends que le son aigu qu’on accorde, et qui forme cette quinte, est un peu plus bas qu’il ne faut pour l’exacte justesse. De même la quarte se composant d’un son grave qu’on accorde sur un son aigu déjà fixé, le grave, qui forme la quarte, doit être un peu plus bas que s’il était juste. Le premier intervalle est un peu diminué, le second un peu augmenté ; mais le son qu’on accorde sur celui qui est déjà fixé est toujours un peu descendu, et par conséquent rapproché de la note prise pour base; ce qui finit par absorber l’inégalité par excès qui résulterait de l’exacte justesse de tous ces accords.
- Les fig. 1 et 2 offrent toutes ces successions de quintes et de quartes représentées par des blanches ; les noires désignent des accords parfaits qui servent, d’espace en espace, de vérification, parce qu’ils sont formés de sons déjà accordés, et que l’oreille reconnaît bientôt si quelque altération n’a pas été trop forte et n’exige pas de correction, auquel cas on reviendrait sur les deux ou trois accords précédens ; la différence doit être nécessairement fort petite.
- Pour que les figures s’appliquent au cas où on voudrait prendre un ut pour terme de départ, il suffirait d’y remplacer la clef de sol par une de fit sur la quatrième ligne, ainsi qu’on l’a indiqué fig. 1. Une clef d’uf sur la quatrième ligne conviendrait , si on voulait commencer par sol, etc.
- La pratique des règles que nous venons d’exposer exige un talent particulier ; il est d’habiles accordeurs qui n’ont jamais besoin de retoucher aux accords déjà arrêtés. M. Péters a même en ce genre un mérite remarquable ; il arrive souvent que^ les 2J6 cordes d’un piano à six octaves sont, chacune , montées au
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- degré convenable, sans qu’il lui en coûte guère plus d’une demi-heure de travail, et le résultat en est aussi parfait que si on se fût servi des procédés que la théorie indique et dont nous allons parler.
- Au reste, il n’y a de difficulté à accorder que les douze notes de la première gamme ; on tend ensuite aisément les autres cordes à l’octave de celles-ci; on procède par demi-tons graduellement et de proche en proche, tout le long du clavier, tant en montant qu’en descendant. On ne se contente pas d’accorder chaque son avec son octave ; on a soin de faire résonner ensuite sa quinte, puis sa quarte, prise parmi les cordes déjà fixées à leur ton : cette quinte et cette quarte seront des accords altérés ; mais l’oreille saisira aisément le degré intermédiaire auquel il faut se tenir.
- Les sons des cordes métalliques sont faibles; pour les renforcer, on fait toujours résonner à l’unisson deux ou trois cordes qui sont frappées ensemble. L’oreille est si exercée à juger des plus légères erreurs d’unissons, qu’il est bien facile de tourner la cheville au degré convenable. Il ne faut pour cela qu’un peu de patience et d’habitude.
- Les cordes s’oxident assez souvent, et elles se brisent; il arrive aussi que la main maladroite leur donne une tension trop brusque ou trop forte qui les casse : il faut alors en remettre d’autres. On tortille en double l’un des bouts du £1 métallique, en y laissant une boucle qu’on passe dans le crochet d’acier, fixé aux tables de l’instrument; l’autre bout de la corde s’enroule serré sur une cheville d’acier, qu’on fait entrer, à frottement dur, dans une planche destinée à la recevoir; on tend alors la corde, en faisant tourner la cheville à l’aide d’une clef carrée, comme celles qui servent à monter les pendules.
- Les cordes de piano sont de divers degrés de finesse, indiqués par des numéros. Le plus élevé indique les moins grosses, celles qui conviennent aux sons les plus aigus. La fig. 3 indique l’emploi de ces numéros. Les cordes de laiton qui rendent les sons graves sont numérotées par des zéros successifs.
- Il est bon dç savoir soi-même accorder un piano, pour être
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- indépendant des caprices de l’accordeur, ou le suppléer à la campagne. M. Coussini, facteur d’instrumens, a imaginé de monter, sur une planche sonore, douze diapasons d’acier, dont les proportions sont telles, qu’ils vibrent lorsqu’on les attaque, et produisent, avec justesse, les douze demi-tons de la gamme, par tempérament égal. Ce petit instrument sert à mettre d’accord la gamme du milieu du clavier ; car c’est toujours par elle qu’il faut commencer : ensuite il est bien aisé d’accorder les autres octaves, surtout les inférieures dont les cordes sont moins sujettes à casser.
- Le monocorde, avec lequel on démontre, dans les cabinets de physique, les principes de l’acoustique, peut aussi être employé pour donner les tons de la gamme. Aux deux bouts d’une planchette de sapin sont fixés deux sillets égaux, sur lesquels on tend à volonté une corde sonore, parallèle à la planchette : un chevalet mobile peut courir le long du monocorde, et, en se plaçant çà et là, accourcir la corde à tel degré qu’on veut, et par conséquent, lorsqu’on la fait vibrer, on peut lui faire rendre tel ton qu’on juge à propos.
- Qu’on trace d’avance sur la tablette des lignes parallèles , pour marquer les points d’arrêt où le chevalet doit être successivement transporté, pour que la corde rende les douze demi-tons de la gamme, et on aura construit un instrument propre à reproduire ces sons lorsqu’on voudra accorder un piano. Il ne s’agit donc que de connaître avec précision l’espace qu’on doit laisser entre les lignes droites parallèles qui marquent les points d’arrêt pour chacun de ces demi-tons ; et ici l’expérience n’est pas nécessaire à consulter ; la théorie donne exactement ces intervalles.
- Voici la table des distances, exprimées en millimètresj qu’on doit laisser entre ces parallèles pour produire les douze demi-tons de la gamme, par tempérament égal, lorsque la planchette laisse cinq décimètres d’intervalle entre les deux sillets fixes.. Bien entendu qu’on peut faire varier tous ces nombres proportionnellement , et qu’on trouvera aisément les distances qui conviennent à tout autre intervalle entre les sillets. Par exemple,
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- on doublera tous ces nombres pour une planchette d’un mètre de longueur.
- Première Octave. Seconde Octave.
- Distances du sillet fixe Distances dn sillet fixe
- d’en bas jusqu’au trait. d’en haut jusqu'au trait.
- Ut 25o, 00.
- Ut* 28, 06 235, 97.
- Ré. 54. 55 , 222, 72.
- Ré*,mi^. 79> 55 210, 22*
- Mi io3, i5 198, 42.
- Fa 125, 42 187, 29.
- Fa*, sol^. i46, 5o 176, 25.
- Sol 166, 2g 166, 85.
- Sol*, la*. i85, 02 157, 4g.
- La 202 , 70 i48, 65.
- La*, si 1*.. 219, 38 i4o, 3i.
- Si 2.35, i3 i3a, 44.
- Ut 25o, 00 125, 00.
- Cet appareil, très simple, s’il donne des sons moins éclatans. que les diapasons de M. Coussini, a d’autres avantages plus précieux : il est de peu de dépense, peut produire facilement, pour son de départ, telle note, ou même le la, à tel degré qu’on veut : enfin la justesse des sons porte avec soi sa démonstration, et elle ne dépend pas du talent de l’ouvrier, puisqu’il suffit de vérifier avec le compas si les divisions observent entre elles les intervalles nécessaires.
- Du reste, le chevalet mobile doit être disposé de manière à arrêter la corde, sans en changer la tension. Les monocordes construits par M. Kutsh, dont on connaît l’habileté dans l’art de diviser les lignes droites, sont d’une grande justesse, et d’un usage facile.
- Le manche de la guitare est coupé transversalement par des. sillets parallèles ; lorsque le doigt presse la corde sur le manche, en se posant sur un de ces intervalles, la longueur de la partie en vibration ne compte que du sillet voisin ; il importe donc,
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- pour la justesse îles tons de l’instrument, que la place de chaque sillet soit fixée avec précision- Les luthiers marquent l’octave et la quinte, en faisant vibrer la corde, et remarquant les lieux où, dans ce tressaillement oscillatoire, il se produit des nœuds, c’est-à-dire, des points stationnaires ; car la théorie des harmoniques s’accorde avec l’expérience, pour prouver l’existence de ces nœuds aux diverses parties aliquotes de la longueur : les ventres en vibration vont d’un nœud à l’autre, et la place de ces nœuds est donnée par le son harmonique qu’on fait rendre à la corde , en posant en cet endroit un appui léger. La place des autres sillets se trouve ensuite par des tâtonnemens.
- Les nombres de notre table serviront à marquer en toute rigueur la place de chacun des sillets. Après avoir déterminé le point de l’octave, on y posera un fort fil de fer pour imiter la saillie du sillet, et on essaiera de produire la même octave par le doigté. Comme, en appuyant la corde sur le manche pour qu’elle croise le fil de fer, la tension en est changée, on verra que ce fil doit être un peu reculé vers le manche : sa distance entre le lieu réel du sillet, et celui que donne le calcul ou le son harmonique, est précisément ce dont on doit reculer tous les autres sillets : les luthiers ont toujours égard à cette cause. Ainsi, au lieu d’entrecouper le manche aux distances numériques marquées par la table, on reculera tous les sillets, de la même quantité dont le sillet de l’octave a dû reculer, quantité qui est de 2 millimètres à 2 |, suivant que la corde et les sillets sont plus ou moins élevés au-dessus du manche. F.
- ACETATES, sels formés par la réunion de divers oxides avec l’acide acétique. Plusieurs d’entre eux sont très employés dans les arts ou dans la médecine.
- Toutes les espèces de ce genre sont plus ou moins solubles dans 1 eau ; l’acétate de mercure et celui d’argent le sont cependant assez peu pour qu’on puisse les préparer par double décomposition , si on emploie des dissolutions concentrées.
- Les acétates, soumis àj l’action de la chaleur, sont décomposés comme tous les autres sels végétaux ; mais une portion plus ou pioins considérable de leur acide sc volatilise sans subir d’alté-
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- ration. Ceux d’entre eux qui se décomposent à une très basse température donnent presque tout leur acide ; tel est l’acétate d’argent, etc. Les autres en donnent d’autant moins , qu’ils résistent davantage à l’action de la chaleur ; il en est même certains qui en fournissent à peine.
- On obtient, en distillant plusieurs acétates métalliques, un produit très singulier et qui leur est spécial : c’est une liqueur très volatile, éthérée, à laquelle on a donné le nom S éther pyroacétique. JL Chenevix en a beaucoup étudié les propriétés; mais elle mérite d’être examinée de nouveau ; l’acétate de plomb en fournit une assez grande quantité.
- La texture de plusieurs acétates est lamelleuse ou feuilletée ; les reflets en sont brillans et nacrés. Cependant ce caractère ne se manifeste, pour quelques-uns, que lorsqu’ils ont subi la fusion ignée.
- Les acétates mêlés avec l’acide sulfurique répandent immédiatement une odeur d’acide acétique très reconnaissable. Si on distille ce mélange à une douce chaleur, on recueille de l’acide acétique : on a souvent recours à ce caractère pour reconnaître la présence d’un acétate.
- Acétate d’alumike. Cette combinaison est très employée en teinture, et surtout dans la fabrication des toiles peintes. On l’a substituée, dans beaucoup de cas, et avec avantage , à l’alun ordinaire , parce que, ses élémens étant liés par une affinité moindre , la matière colorante et le tissu en soustraient plus facilement l’alumine qui leur sert de lien réciproque ou de mordant.
- On obtient cet acétate par la double décomposition de l’alun et d’un acétate dont la base fasse avec l’acide sulfurique un sel insoluble. L’acétate de chaux, et l’acétate de plomb sont dans ce cas; mais c’est le plus ordinairement du dernier qu’on se sert. On fait dissoudre séparément et à froid chacun de ces cteux sels ; on verse ensuite peu à peu la dissolution d’alun dans celle d’acétate de plomb ; on agite très fortement, et on laisse déposer. Le sulfate de plomb se précipite très promptement sous forme d’une poudre d’un blanc mat, et l’acétate d’alumine reste en dissolution; on décante ou on filtre , selon le besoin.
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- Les données d’après lesquelles on peut trouver les propositions nécessaires à la décomposition réciproque, sont les suivantes :
- 100 d’acétate de plomb contiennent 58 d’oxide
- 100 de sulfate de plomb contiennent | 82 d'oxide*
- d’où on déduit que les 58 de l’acétate de plomb exigeront 20,71 d’acide sulfurique pour leur saturation ; mais l’alun ordinaire, celui à base de potasse contient, d’après Berzelius, 34,23 d’acide pour 100. Il s’ensuit donc que les proportions rigoureusement nécessaires pour compléter la décomposition réciproque, sont de 100 acétate de plomb,
- 6o,5 alun.
- On met ordinairement un petit excès d’alun , afin d’être bien certain qu’il ne reste point d’acétate de plomb dans la liqueur ; ce qui serait très nuisible en certains cas.
- Il est à remarquer que, si on voulait obtenir l’acétate d’alumine pour réactif, c’est-à-dire parfaitement pur , il faudrait, sur la fin de la précipitation, faire quelques tâtonnemens à l’aide d’ad ditions successives de chacune des dissolutions, et arriver au point où ni l’une ni l’autre ne produirait de trouble dans le mélange des deux. L’acétate d’alumine ne cristallise pas; on ne saurait atteindre un certain degré de concentration sans séparer une portion de l’acide nécessaire à la saturation de la base. Sa dissolution a la singulière propriété de se troubler par la chaleur , et de s’éclaircir par le refroidissement. On attribue ce phénomène à la dilatation produite par l’élévation de la température ; elle suffit, dans ce cas, quoique très faible, pour déterminer momentanément la séparation des élémens de l’acétate , qùi ne sont liés entre eux que par une très légère affinité ; les molécules se rapprochent par le refroidissement, et se combinent de nouveau.
- Acétate d’ammosiaque. Employé en médecine comme un bon fondant et un excellent diurétique.
- Menderer fut le premier qui en fit usage; de là vient son nom d’esprit de Menderenis j sous lequel il est plus particulièrement connu dans les officines. Menderer le préparait en saturant par du vinaigre distillé le carbonate d’ammoniaque, provenant de la
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- distillation de la corne de cerf et encore imprégnée de l’huile animale. Maintenant nos dispensaires prescrivent de le faire en saturant de l’acide acétique portant 3° à l’aréomètre, par du carbonate d’ammoniaque ordinaire ; on l’obtient ainsi dans un plus grand état de concentration, et sous ce rapport il doit être plus actif Peut-être a-t-on eu tort de remplacer le sel volatil de corne de cerf, qui, en raison de l’huile empyreumatique qu’il contient, peut bien communiquer des propriétés différentes au médicament L’acétate d’ammoniaque est susceptible de cristalliser en prismes assez volumineux ; mais on ne peut l’obtenir ainsi qu’en faisant arriver du gaz ammoniacal dans du vinaigre radical très concentré.
- Acétate de chaux. Bien que cét acétate ne soit d’aucun usage, il convient cependant d’en faire mention ici, parce qu’il se fabrique en très grande quantité , tant pour en extraire l’acide acétique que pour servir à préparer, par double décomposition, plusieurs acétates solubles qui sont employés dans les arts.
- Cette combinaison n’ofîre aucune difficulté, et pour l'effectuer on prend tout simplement de l’acide pyroligneux brut, qu’on sature, soit par la chaux, soit par la craie , suivant la localité. Dans le premier cas, la saturation se fait plus facilement. On projette de la chaux ordinaire et en masse dans une chaudière contenant l’acide pur ; on chauffe légèrement pour déterminer une saturation plus prompte. Il faut faire en sorte d’éviter de mettre un excès de chaux, parce qu’elle réagit sur l’huile empyreumatique, et rend plus difficile sa séparation. Si on emploie de la craie au lieu de chaux, on a plus de peine à saturer, et il faut chauffer davantage ; mais on n’a point de sur-saturation à craindre: toute la partie silieeuse de la craie et les débris des substances végétales q ui s’y rencontrent restent sans se dissoudre, et forment un magma qu’il faut séparer delà liqueur, soit par décantation» soit par le filtre. Cet inconvénient n’a pas lieu avec la chaux ; mais, d’un autre côté, son emploi est en général plus dispendieux; en sorte qu’à cela près de quelques circonstances particulières et de localité, il n’y a pas de motifs réels pour donner la préférence à l’un de ces moyens sur l’autre. Dans tous les cas, la portion d’huile empyreumatique qui est à l’état de goudron se
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- sépare pendant la saturation, et celle qui n’a point encore atteint ce degré reste en dissolution; elle est plus fluide, moins colorée, volatile, etc. ; et jouit de quelques propriétés particulières dont il sera fait mention à l’acide pyroligneux: pour en purifier l’acétate de chaux , il faut nécessairement évaporer à siccits et donner une légère torréfaction. L’huile se décompose et laisse un peti de charbon ; on dissout de nouveau , on décante ou on filtre. Cette opération exige beaucoup de soins et d’habitude; ruais il n’est pas toujours indispensable d’y avoir recours.
- Acétate de cuivre. Pendant long-temps les Hollandais ont été seuls possesseurs de l’art de fabriquer ce sel; ils venaient à Montpellier s’approvisionner de vert-de-gris , qu’ils convertissaient en acétate, et ils vendaient ce produit sous le nom de vert-distillé. Cette expression, choisie à dessein , n’a pas peu contribué à maintenir inconnu le mode de préparation qu’ils employaient. Ce ne fut qu’à une époque où l’état de la chimie put permettre d’apprécier les différences qui existaient entre ces deux préparations qu’on parvint à découvrir le secret des Hollandais. En France, les premières fabriques de ce genre furent établies à Grenoble, et bientôt après on en vit se former de semblables à Montpellier ; les produits qu’on y obtint furent même supérieurs et préférés à ceux de l’étranger. On trouve dans le tome 2.5 des Annales de Chimie, une description détaillée de cette fabrication ; nous la devons à M. le comte Chaptal, alors professeur de chimie à Montpellier. M. Le Normand a publié en i8i3 un manuel du fabricant de vert-de-gris et de verdet cristallisé. Cet ouvrage ne laisse rien à désirer, et nous ne pouvons mieux faire que d’extraire de ces deux traités ce que nous avons à dire sur ce sujet.
- La ville de Montpellier exploite elle seule ce genre d’industrie , et elle est d’autant plus certaine de le conserver, que l’acétate de cuivre ne paraît pas pouvoir devenir l’objet d’une grande consommation , et que même chaque jour on la voit se restreindre. Mais si on en faisait un emploi plus considérable, il n’y a point de doute que cette fabrication, comme celle des autres acé-tates, passerait dans les manufactures d’acide pyroligneux, où on
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- pourrait l’établir à bien meilleur compte en l’obtenant par double décomposition. Quoi qu’il en soit, voici, d’après les auteurs cités, comment on fabrique encore l’acétate de cuivre à Montpellier On délaie dans une chaudière de cuivre une partie de vert-de-gris ordinaire et récemment préparé, avec deux parties de bon vinaigre distillé ; on soumet le mélange à l’action d’une douce chaleur, et on agite de temps à autre à l’aide d’une spatule uebois. Lorsque le liquide ne paraît plus se charger en couleur, on laisse déposer , puis on décante dans des vases de terre vernissée ; on verse ensuite de nouveau vinaigre sur le résidu, et :’il ne prend pas autant de couleur que le premier, on ajoute un peu de verdet-Quand les résidus sont épuisés de toutes leurs parties solubles et colorantes, on les met de côté. On fait ainsi successivement des dissolutions jusqu’à ce qu’on en ait une quantité suffisante pour procéder à la concentration ; alors on porte sur le bord de la chaudière évaporatoire les vases qui contiennent les dissolutions, et lorsqu’elles sont bien déposées, on ouvre la douille que ces vases ont à un quart de leur hauteur, en partant de la base, et on laisse couler le liquide dans la chaudière, en ayant la précaution de nepoint agiter, pour que le fond ne soit pas entraîné. On s’y prend de la même manière pour remplir une seconde bassine qui reçoit l’excédant de la chaleur, et une cuve destinée à alimenter les deux vases évaporatoires. Cette cuve porte à sa partie inférieure un robinet au moyen duquel elle se vide aussi lentement qu’on veut dans le bassin d’évaporation; celui-ci est muni vers son bord d’un trop-plein qui déverse continuellement la portion supérieure, et par conséquent la plus échauffée du liquide qu’il contient, dans la chaudière, où se fait définitivement la concentration. On voit que cette disposition a pour but de perdre le moins de chaleur possible, et d’entretenir toujours pleine la chaudière qui subit l’action immédiate du calorique : l’évaporation se continue ainsi jusqu’à ce que la dissolution ait acquis la consistance d’un sirop épais, eCqu’on apperçoive une pellicule à sa surface. Arrivé à ce point, on distribue la dissolution concentrée dans des vases de terre vernissée, nommés ouias dans le pays. On place danschacua de ces vases deux ou trois bâtons d’un pied de long, fendus en crois
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- jusqu’à deux pouces de leur extrémité supérieure, et maintenus écartés vers leur base au moyen de petits bois ; cette espèce de pyramide est suspendue par son sommet dans le liquide : on transporte ensuite tous ces cristallisoirs dans une étuve modérément chauffée, et on les laisse dans le même état pendant une quinzaine de jours, en ayant soin d’entretenir un degré de chaleur à peu près constant» C’est ainsi qu’on obtient ces belles grappes formées par des cristaux d’acétate de cuivre ammoncelés sur ces tiges de bois; on les fait sécher pour les répandre ensuite dans le commerce sous le nom de verdet cristallisé, vert en grappes, ou de cristaux de Vénus. La portion d’acétate qui se dépose sur les parois des vases est extraite pour être vendue à part. Les cristaux d’acétate de cuivre sont d’une forme rhomboï-dale très prononcée, et leur couleur est d’un bleu foncé très vif. Ce sel est formé de 39,5 oxide ; 51,29 acide ; 9,36 eau. Chaque grappe pèse environ cinq à six livres ; et en général on obtient en acétate cristallisé environ un tiers du vert-de-gris employé
- Avant de concentrer les eaux mères pour en obtenir de nouvelles cristallisations , il faut s’assurer de leur état de saturation: pour cela on est dans l’usage de les délayer avec environ partie égale d’eau de chaux; on laisse en repos pendant quelque tems ; s’il se forme un dépôt verdâtre, on tire à clair, on réunit les ré? sidus dans un même vase, et on traite avec du vinaigre distillé Pour que la dissolution soit plus prompte , on met le vase dans l’étuve ; on verse ensuite toutes les liqueurs dans la cuve de concentration, et on évapore de nouveau jusqu’à pellicule.
- Si au contraire les eaux mères ne donnent aucun précipité par l’eau de chaux, on juge alors qu’elles ne contiennent pas assez de verdet, et on en ajoute environ 5oo grammes par vase ; ensuite on procède comme ci-dessus. En réitérant cette manipulation à chaque nouvelle cristallisation, on finit par épuiser les eaux mères autant que possible.
- Il est une autre espèce de résidu qu’on a long-temps négligé, et dont M. le comte Chaptal a appris à tirer un parti très avantageux ; c’est la portion insoluble du verdet, qui n’est autre que du cuivre métallique un peu oxidé. D’après le conseil de M. Chap-
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- tal, on distribue ce résidu sur des planches étagées tout autour de l’atelier ; on en forme des couches de deux pouces d’épaisseur au plus ; bientôt on les voit se recouvrir d’une efflorescence de verdet ; on renouvelle les surfaces, on l’humecte avec du vinaigre, et quand elles sont suffisamment oxidées , on les traite comme le vert-de-gris, c’est-à-dire qu’on dissout dans le vinaigre distillé , pour en tirer une nouvelle partie d’acétate.
- Je n’ai parlé dans ce qui précède, ni de la fabrication du vert-de-gris, ni de celle du vinaigre distillé ; chacun de ces produits sera traité en son lieu : je dois dire cependant qu’on employait autrefois pour cet objet du vinaigre obtenu des résidus de la distillation du vin, et que, depuis les améliorations qu’on a apportées à l’art du distillateur , ces résidus sont totalement épuisés, et qu’on est obligé de se servir devin ordinaire pour obtenir du vinaigre. De là résulte nécessairement une dépense plus considérable ; et si on observe en outre qu’il faut distiller ce vinaigre pour le rendre propre à la fabrication du verdet, et qu’on n’obtient ainsi qu’un acide très faible et qui ne peut dissoudre que peu de verdet, on conçoit alors quel immense avantage on retire de l’emploi comparatif de l’acide pyroîigneux. A la vérité M. Figuier deMontpellier a proposé de substituer au vinaigre distillé le vinaigre simplement décoloré par le charbon animal, et il assure avoir obtenu ainsi des produits d’aussi bonne qualité et en même proportion. Il est difficile, il faut l’avouer, d’ajouter uneentière confiance à ces résultats ; car chacun sait que le vinaigre qui n’a point été distillé contient, outre l’acide acétique,plusieurs autres acides qui forment avec le cuivre des sels insolubles et peuvent ainsi déterminer une perte assez considérable. En outre, le vinaigre, quoique décoloré, doit retenir encore uue certaine quantité de matière extractive,qui, s’accumulantdans les eaux mères, doit rendre très difficile, si non impossible , l’extraction des dernières portions d’acétate. Au reste, il n’y a point de doute que le procédé le moins dispendieux de tous serait celui de la double décomposition. M. le Normand donne les proportions suivantes, 48 sulfate de cuivre-, 61 acétate de plomb. Chaque sel est dissous à part, et les dissolutions, mélangées ensuite, donueut, selon le
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- même auteur, pour produit, 4o parties d’acétate de cuivre, cristallisé et 5o de sulfate de plomb insoluble : celui-ci peut être employé pour la peinture, en le mélangeant avec de la céruse.
- Enfin on peut, avec l’acétate de chaux , obtenir des résultats semblables et à moins de frais, puisque cet acetate peut s’obtenir directement et sans purification de l’acide pyroligneux. Mais, comme nous l’avons déjà indiqué, ce produit n’est pas d’un débit assez considérable pour qu’on puisse songer à en faire une spéculation importante II est une observation essentielle à faire sur ce dernier procédé ; c’est que le sulfate de cuivre du commerce contient un excès d’acide , c’est le bi-sulfate des chimistes, et que par conséquent l’acétate qu’on obtient par ce moyen doit être aussi avec excès d’acide; et en efiet la liqueur en contient une assez grande quantité, qu’on perdrait pendant l’évaporation, si on suivait exactement la méthode indiquée par M. Le Normand. Il faut donc, pour obvier à cet inconvénient, délayer dans la liqueur une quantité suffisante de vert-de-gris pour en déterminer la saturation complète ; et comme l’acide se trouve très étendu, on doit prendre de préférence du vert-de-gris frais, afin que la dissolution s’en opère plus facilement; on fait bouillir, on filtre, puis on évapore en consistance convenable.
- La fabrication du vinaigre radical était ce qui consommait le plus de verdet cristallisé; mais depuis que l’on sait que l’acide pyroligneux peut être concentré au même degré, on a souvent recours à ce moyen; et on renoncera probablement à l’autre procédé. On se sert aussi de l’acétate de cuivre pour la teinture et la peinture ; ses usages sont assez limités sous ce rapport.
- Acétate de eer. Cette préparation , connue aussi sous le nom de pyrolignite de fer, devient de jour en jour d’un usage plus fréquent dans la teinture ; on la substitue presque généralement au sulfate de fer. Elle a sur ce dernier, et par la nature même de son acide, le grand avantage non-seulement de ne pas altérer les tissus , mais en outre de leur céder plus facilement un oxide qui se trouve au degré d’oxidation convenable pour produire immédiatement le noir dans toute son intensité. Cependant plusieurs fabricans y avaient renoncé ; mais on a reconnu depuis que si, dans Tome I. 3
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- quelques circonstances, on avait obtenu des résultats peu favG-rables , eela tenait uniquement à la mauvaise confection de cet acétate. On s’était imaginé, et bien mal à propos, que, si le pyrolignite donnait une plus belle nuance, on devait l’attribuer en grande partie à la couleur foncée de l’acide brut; tandis qu’au contraire cela ne contribue qu’à donner une teinte bistrée dépourvue d’éclat et de velouté : il y a même plus : c’est que l’espèce de bitume contenu clans l’acide, lorsqu’il est une fois déposé sur les fibres, ne peut pl us en être enlevé, au moins en totalité, et que la quantité qui en reste suffit pour les agglutiner, y faire adhérer la poussière et les empêcher de sécher complètement. Un autre inconvénient résultait encore de l’emploi de cet acide brut; mais il eût été facile d’y remédier; c’est que son degré aréométrique est toujours fictif. La quantité plus ou moins grande de cette sorte de goudron qu’il tient en dissolution, et qui ne va jamais à moins de vingt pour cent, augmente sa densité , en telle sorte que des acides portant le même degré peuvent contenir des quantités d’acide réel très différentes. Aussi les pyrolignites qu’on obtenait étaient-ils rarement identiques, et par suite les résultats qu’ils fournissaient dans l’emploi n’étaient-ils pas toujours comparables.
- D’après ces observations, on a senti la nécessité de préparer un pyrolignite de fer avec de l’acide séparé de la majeure partie de son goudron par une première purification : on le prend ordinairement à sept degrés acidi-métriques, qui correspondent à trois degrés de l’aréomètre. On le verse sur de la tournure ou des copeaux de fer, disposés dans un tonneau à double fond muni d’une chante-pleureà la partie inférieure ; après quelque temps de séjour,on voit se dégager une assez grande quantité de bulles d’hydrogène ; on reverse de temps en temps à la surface du fer la portion d’acide qui s’est écoulée par la cbante-pleure , et au bout de trois on quatre jours, la dissolution est ordinairement aussi complète que possible ; elle ne porte alors que io° ; on la concentre à i4° par évaporation , c’est le point auquel les teinturiers l’emploient Quand on se servait d’acide brut, on ne pouvait continuer longtemps ces immersions successives parce que le goudron se dépôt
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- sait à mesure sur les petites lames de fer, et ne permettait plus à l’acide de les attaquer ; on était alors foreé de suspendre, de laisser égoutter, de faire un tas du résidu , et d’y mettre le feu : le goudron s’enflamme, la masse devient incandescente, et le fer s’oxide en partie , ce qui est d’un grand avantage pour les dissolutions subséquentes, qui marchent alors bien plus rapidement»
- Pour obtenir le pyrolignite de fer par double décomposition , on fait une dissolution concentrée d’acétate de chaux, dans laquelle on verse une dissolution de sulfate de fer ; on prend d’ailleurs toutes les mêmes précautions qui ont été indiquées pour la préparation de l’acétate d’alumine ; on amène ensuite au degré de concentration convenable par l’évaporation.
- Enfin on peut encore préparer l’acétate de fer en mettant une dissolution d’acétate de plomb en contact avec un excès de limaille de fer ; mais ce procédé est nécessairement plus dispen-* dieux que les deux précédens.
- Acétate de mercure. Dans les laboratoires on en reconnaît de deux espèces ; l’une à base de protoxide, et l’autre à base d’oxide rouge. Gelle-ci n’est d’aucun usage : la première est employée en médecine. On lui avait anciennement donné le nom de terre foliée mercurielle» On peut l’obtenir, et même c’est ainsi qu’on la préparait dans le principe, par la combinaison directe du protoxide de mercure avec l’acide acétique. On fait bouillir jusqu’à saturation, on filtre, puis on évapore, et, par le refroidissement de la liqueur suffisamment concentrée, on obtient l’acétate de mercure, qui cristallise en petits feuillets légers , blancs, nacrés et comme argentins. Maintenant, et ce procédé est en effet beaucoup plus ex'* péditif, on préfère préparer la terre foliée mercurielle par double décomposition. On prend une dissolution concentrée de proto-nitrate de mercure ; on y ajoute q. s. de dissolution d’acétate de soude bienpur. La précipitation se fait immédiatement, et les paillettes seront d’autant plus tenues, que les dissolutions auront été prises plus concentrées. On jette le tout sur un filtre, on laisse égoutter, on lave à diverses reprises avec une petite quantité d’eau froide > puis on fait sécher à l’étuve.
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- Acétate de plomb, Sel de saturne, Sucre de satume. Ce sel est devenu en France l’objet d’importantes fabrications, depuis que les manufactures de toiles peintes ont elles-mêmes pris un si grand essor. Il forme en effet une des bases du mordant le plus employé. Cependant il est probable qu’on arrivera à en consommer une moindre quantité en lui substituant Xacétate de chaux, qui se prépare à bien moins de frais, et qui, comme lui, jouit de la propriété de décomposer l’alun, et de transformer sa base en acétate.
- II est sans doute fâcheux, sous quelques rapports, que le produit ait changé de mains ; car il offrait, pour quelques départe-mens, un écoulement avantageux des vins de qualités inférieures et de ceux qui s’aigrissaient naturellement ; mais, comme il a fallu fournir à une plus grande consommation, et que l’acide pyroligneux présentait plus d’avantages, ces deux produits sont devenus des annexes pour ainsi dire obligés.
- Autrefois on préparait l’acétate de plomb avec le vinaigre distillé et le plomb métallique. On trouve ce procédé dans le 07e volume des Annales de Chimie 5 il a été décrit par M. Pont 1er, et communiqué par M. Vauquelin. A cette époque on se servait, dans quelques fabriques , de blanc de plomb pour le même objet ; mais, outre la différence que cela apportait dans les frais, cette méthode avait encore le désavantage d’employer une portion de l’acide en pure perte pour la saturation de la craie contenue dans la céruse. L’acétate de chaux qui en résultait augmentait la masse des eaux-mères, et nuisait à la cristallisation. Nous allons donner une idée très succincte du procédé, tel qu’il a été décrit par M. Pontier.
- Comme le plomh métallique ne se laisse point attaquer directement par l’acide acétique, il fallait l’oxider aux dépens de l’air, du moins en partie. Voici comment on procédait : on prenait du plomb coulé et non laminé, celui-ci n’étant pas assez poreux, puis on le divisait en lanières à l’aide dé cisailles ; on le distribuait ensuite dans des terrines de grès dans lesquelles on versait du vinaigre distillé, mais en trop petite quantité pour que le plomb en fût entièrement recouvert. La portion qui ne baignait
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- pas, sc trouvaitnéanmoins légèrement humectée et recevait l’action simultanée de l’air et de l’acide; elle s’oxidaiten peu de temps, et aussitôt que l’efflorescence blanche qui se formait était assez prononcée, on retournait les lames de manière à changer les surfaces. Cette manœuvre étant réitérée un assez grand nombre de fois dans la même journée, l’acide prenait, au bout d’un certain temps, une teinte d’un gris laiteux, parce que, tout en dissolvant l’oxide de plomb, il entraînait aussi quelques parties métalliques que le frottement détachait. On conçoit que la marche plus ou moins rapide de l’opération était subordonnée à la force de l’acide, à la sécheresse de l’atmosphère, a sa température, et à quelques autres causes variables que le fabricant savait apprécier , mais dont il n’était pas toujours le maître de se garantir. Lorsque l’acide restait sans action sur le métal, on réunissait toutes les liqueurs dans une chaudière en cuivre étamé pour les soumettre à l’ébullition. La saturation s’achevait, parce que l’acide, en se concentrant davantage, dissolvait les portions qui n’étaient qu’en suspension. Après avoir réduit d’un tiers, on filtrait la liqueur pour en achever la concentration, et on allait jusqu’au point où une petite partie, mise en essai, devenait susceptible de cristalliser immédiatement par de refroidissement. Alors on laissait reposer quelques instans pour décanter et mettre à cristalliser. On obtient de cette première évaporation des masses aiguillées d’un assez beau blanc; mais les eaux-mères en fournissent qui sont de plus en plus colorées.
- Il serait facile de démontrer que ce procédé est sujet à une foule d’inconvéniens. CommeM. Pontier les a signaléspour la plupart, il devient inutile d’y insister davantage; il vaut mieux passer immédiatement à la description des moyens actuellement en usage , et qui sont de beaucoup préférables à ceux dont nous venons de faire mention, parce qu’ils sont basés sur la connaissance exacte de la nature et des proportions de ce sel.
- On sait, d’après les meilleures analyses, que l’acétate de plomb est composé, en nombre ronds, de 58 oxide, 26 acide ,16 eau. un commence, avant tout, par déterminer la force saturante de son acide, afin de savoir ce qu’il contient d’acide réel, te
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- pour cela on se sert de la méthode indiquée au mot Acide. Cette force étant connue, on cherche quelle est la quantité de l’acide donné qu’il faut prendre pour correspondre à 26 parties d’acide sec , ou à 2600 d’acide réel. Or, en supposant que l’acide donné soit à 4o° acidi-métriques, ce qui correspond, à très peu près , à 8° de l’aréométre, il est certaii. qu’il en faudra prendre 65*, puisque 65 X 4o =2600. En effet, si on verse 65* d’acide à 4o° sur 58* de litharge , la dissolution s’effectue immédiatement; et elle est si prompte et si complète, qu’il en résulte une, chaleur assez considérable pour retenir en dissolution tout le sel qui se forme, malgré la concentration de l’acide. Cependant on ajoute un peu de feu sous la chaudière où se fait la dissolution, afin de pouvoir l’abandonner au repos pendant quelque temps, avant de le distribuer dans les cristallisoirs. Les proportions que nous venons d’indiquer sont exactes pour la saturation réciproque ; mais le liquide serait trop concentré, et donnerait une cristallisation confuse : on est donc obligé d’étendre avec des eaux de lavage, c’est-à-dire, avec l’eau qui a servi à nettoyer les vases où l’on a fait les dissolutions, etc.; on en ajoute jusqu’à ce que le liquide bouillant soit ramené de 5o à 55 degrés ; alors on laisse reposer pendant quelque temps. Aussitôt que la liqueur paraît limpide, on la verse dans des terrines, et on porte à cristalliser. Après 36 heures , la cristallisation est ordinairement achevée; on place les terrines de champ, le long d’une rigole légèrement inclinée, qui conduit à un petit réservoir. On fait ensuite sécher le sel dans une étuve très modérément chauffée ; car ce sel est efflorescent. Enfin, pour l’expédier dans le commerce, on le distribue dans des barils bien secs et ordinairement garnis de papier bleu, afin de donner à la couleur du sel un reflet plus agréable. On obtient ainsi de première venue 70* d’acétate de plomb d’une belle cristallisation et bien blanc: 25* par conséquent restent dans les eaux-mères. Le produit qu’on obtient par évaporation de ces résidus n’est jamais si beau que le premier ; aussi le fait-on rentrer ordinairement dans les opérations nouvelles. Lorsqueîes eaux-mères refusent de cristalliser, on en fait le départ, soit en les décomposant par le carbonate
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- da soude, pour eu obtenir de l’acétate de soude et du carbonate de plomb,dont on peut facilement tirer parti, soit en les traitant immédiatement par l’acide sulfurique , pour en séparer ensuite l’acide acétique par distillation. Le premier moyen est plus avantageux, parce qu’on peut également retirer l’acide de l’acétate de soude, et que de plus le carbonate de plomb, lorsqu’il a été bien lavé, donne, avec l’acide acétique, de très bel acétate, tandis qu’on n’a pas d’emploi du sulfate de plomb. 11 est un meilleur parti à tirer des eaux-mères : au lieu de les concentrer par la chaleur, ce qui les colore toujours, on les fait rentrer telles qu’elles dans une nouvelle dissolution, et, en agissant ainsi on retire de première cristallisation, avec les proportions indiquées ci-dessus, 100* d’acétate de plomb au lieu de j5k. Les eaux-mères , malgré cette addition, ne retiennent cependant, comme on le voit, que la même quantité de sel. Ainsi cette méthode est vraiment préférable. Malheureusement on ne peut pas la pratiquer indéfiniment ; il arrive une époque où ces eaux-mères, devenues visqueuses, gênent la cristallisation, empêchent le sel de s’égoutter facilement; alors on doit nécessairement les épuiser par concentration, etc.
- Je ferai suivre ces données générales de quelques observations de détail, qui peuvent être utiles pour le succès de l’opération. Je dirai d’abord qu’on fait un peu varier le degré des dissolutions ; selon qu’on veut obtenir un sel plus ou moins léger, en les porte de 55 à 48 degrés, selon l’occurrence. Il est certain que» moins les dissolutions seront concentrées , plus les cristaux offriront de densité. On peut ainsi facilement satisfaire aux diffé-rens goûts des consommateurs.
- J’ai déjà observé , relativement à l’acide, qu’on devait le prendre à 8° aréométriques, pour que la dissolution puisse s’effectuer promptement; j’ajouterai en outre qu’il faut que cet acide soit pur , bien dépouillé d’huile empyreumatique et d’acide sulfureux. Celui-ci formerait du sulfate de plomb insoluble qui 6erait en pure perte, l’huile colorerait la dissolution, etc.
- On recommandait autrefois de n’employer pour cette fabrication que du plomb anglais; plus tard, on a vu que nos plombs de
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- France pouvaient également servir, en ayant le soin de les débarrasser du cuivre qu’ils contiennent : on y parvient très facilement en mettant dans la chaudière quelques lames de plomb. Il en est de même avec les litharges. Il est bon cependant d’observer qu’il est certains fabricans qui ne cherchent pas à séparer ce cuivre ; et ils y sont en quelque sorte forcés par les consommateurs ; car on donne très volontiers la préférence au sel de saturne, qui a une légère teinte azurée.
- Quand on traite lalitharge par l’acide acétique, il y en a une quantité infiniment petite qui ne se dissout pas. Cependant ce résidu, tout petit qu’il est, n’est point à dédaigner, parce qu’il contient une quantité notable d’argent, nn reste d’oxide de plomb, probablement au maximum, de l’oxide de cuivre, et quelques substances terreuses. Quand on en a amassé une certaine quantité , on les traite comme une mine d’argent.
- On aura sans doute remarqué que, dans le procédé que nous venons de décrire, on n’avait pas besoin de rapprocher les dissolutions pour les faire cristalliser. C’est un avantage qu’on ne saurait trop apprécier dans cette fabrication ; car l’acétate de plomb dissous se décompose à la simple chaleur de l’ébullition, et il se forme du carbonate de plomb, qu’il faut ensuite reprendre par de nouvel acide. Ou voit donc combien il est précieux de pouvoir traiter immédiatement par un acide concentré. Si on considère en outre que par l’ancien procédé on était exposé, en raison de la variabilité des vinaigres, à obtenir des produits très défectueux, et qui exigeaient plus ou moins d’habileté pour être mis en état d’être vendus , tandis que maintenant on procède avec sûreté, et que l’ouvrier le moins intelligent peut diriger cette opération, on acquiert une juste idée des services importuns que les connaissances chimiques ont rendus à cette branche de notre industrie.
- L’acétate de plomb offre, sous le rapport de ses caractères chimiques , quelques propriétés qu’il sera utile de signaler ici. Ce sel, lorsqu’il est en dissolution, paraît n’avoir aucune affinité pour l’eau; car il ne retarde pas sensiblement le point de son ébullition : cependant, dans sou état de cristallisation, il en re-
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- tient de i5 à 16 pour cent. A la vérité, il s’effieurit à sa surface, lorsqu’il est en contact avec un air chaud; mais cette efflorescence est très limitée, et on ne voit jamais ce sel perdre sa forme cristalline et tomber en poussière comme le sulfate de soude. Si, étant cristallisé, on l’expose à une chaleur voisine du. degré d’ébullition, il se liquéfie instantanément, et il devient alors très difficile de le dessécher : on y parvient beaucoup mieux en évitant qu’il ne se fonde. Toutefois, lorsqu’on est parvenu à lui enlever son eau de cristallisation, il est encore susceptible d’éprouver une nouvelle fusion, et à un degré moindre que celui de l’huile bouillante: il devient alors d’une limpidité parfaite; il se décompose et offre divers phénomènes qu’il n’entre pas dans mon intention de décrire ici. J’ai voulu seulement faire connaître cette première propriété, afin que les fabricans ne tentent pas la purification de ce sel par simple torréfaction, ainsi que quelques-uns ont voulu l’essayer. Ils prétendaient faire l’acétate de plomb avec l’acide brut, et le débarrasser, par une légère calcination, de l’huile empyreumatique; mais ils n’ont réussi qu’à décomposer tout leur acétate.
- Il est encore une autre propriété de ce même sel que je ne dois pas négliger de faire connaître aux fabricans peu versés dans l’étude de la Chimie, parce qu’elle est quelquefois pour eux la source d’embarras extrêmes, et leur occasionne souvent des pertes assez considérables. Je veux parler de la faculté dont jouit cesel de se chargervd’unenouvelle dose de son propre oxide , et de former ainsi un sous-sel beaucoup plus soluble, qui, en se mélangeant avec l’acétate de plomb ordinaire, en rend les dissolutions visqueuses, change la forme de cristallisation, empâte les cristaux, leur donne un coup d’ceil gras, et empêche la dessiccation. Cet inconvénient se présentait très fréquemment dans l’ancien mode de fabrication. La chaleur nécessaire pour concentrer les dissolutions suffisait pour volatiliser une portion plus ou moins considérable d’acide et en décomposer une autre. L’oxide surabondant était retenu en dissolution par l’acétate et en formait un sous-sel. Au reste cette combinaison, si nuisible en cette circonstance,et que Schècle a fait connaître le premier, est de-
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- venue pour nous une source de prospérité, puisqu’elle nous a fourni le moyen de fabriquer dans notre pays un produit que nous tirions auparavant de l’étranger, et dont nous consommons cependant une très grande quantité ; il importe donc de la décrire avec quelques détails.
- Le sous-acétate de plomb contient trois proportions d’oxide, c’est-à-dire que l’acétate neutre exige, pour passer à l’état de sous-acétate, encore deux fois autant d’oxide qu’il en contient déjà. On prescrit généralement de faire cette combinaison à l’aide de la chaleur ; mais elle s’effectue parfaitement bien et plus nettement à froid; à la vérité cela exige un peu plus de temps, mais il y a moins de perte. Quand on fait réagir , soit à froid, soit à une température élevée, de l’acétate de plomb sur duprotoxide, il se dépose toujours un magma blanc, peu soluble, que l’on a regardé jusqu’alors comme du carbonate de plomb, mais qui pourrait bien être d’une tout autre nature. Il est même assez probable qu’il se trouve en grande partie formé de ce deuxième sous-acétate dont M. Berzelius a fait mention. Quoi qu’il en soit, il s’en forme bien peu à la température ordinaire, surtout si on ne met pas un excès d’oxide. C’est précisément ce motif qui nous a fait donner la préférence au procédé suivant.
- On prend de sel de saturne, qu’on fait dissoudre dans 5" d’eau; on y ajoute 1* et demi de litbarge pulvérisée; on broie le tout à plusieurs reprises dans la journée ; de temps à autre on ajoute un peu d’eau. Au bout de 2 à 3 jours, la combinaison est ordinairement achevée : on décante, on filtre. Il reste environ 4oo gr. de litharge non dissoute. C’est avec ce sous- acétate qu’on obtient la céruse de France, ainsi qu’il sera dit en son lieu.
- Acétate de dotasse, Terre foliée végétale des anciens. Ce sel est très usité en médecine; il passe pour un puissant diurétique et un excellent fondant. On le préparait autrefois en saturant le vinaigre distillé avec du sel de tartre ou sous-carbonate de potasse purifié ; presque tous les praticiens le font maintenant avec l’acide pyroligneux ; mais il en est quelques-uns qui prétendent que ces deux modes de préparations ne fournissent pas un médicament identique. Il ne paraît pas que ce reproche soit
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- fondé ; il faudrait admettre que cette petite portion de matière végéto-animale, entraînée par le vinaigre pendant sa distillation, suffit pour avoir une influence marquée dans les propriétés médicamenteuses de l’acétate de potasse. Si cette opinion n’est pas décidément erronée, elle est au moins tout-à-fait dénuée de preuves. Quoi qu’il en soit, on a cherché de tout temps à obtenir la terre foliée la plus blanche possible ; et on n’j parvenait autrefois que par des tours de main dont chacun faisait mystère. M.Fremy, de Versailles, a cru reconnaître que la coloration de l’acétate de potasse était due à la réaction de l’alcali sur la matière végéto-animale. Il a conseillé d’avoir la précaution de verser la dissolution de potasse dans le vinaigre, afin qu’elle soit immédiatement saturée, et rendue par là même incapable d’aucune influence sur la substance indiquée. Si on suit la marche opposée, et qu’on ajoute peu à peu le vinaigre dans la solution alcaline, alors chaque portion de cet acide se trouve, selon le même auteur, enveloppée par une grande masse de potasse qui attaque et décompose en partie le principe contenu dans le vinaigre; et de là vient que la terre foliée, ainsi obtenue , est plus colorée que l’autre. Dans tous les cas, il est toujours possible de l’obtenir parfaitement incolore, en ajoutant à la solution concentrée et chaude un peu de charbon animal, et soumettant le tout à l’ébullition pendant quelques minutes. Ce mélange , étendu d’eau, filtré et évaporé de nouveau, fournit une terre foliée aussi blanche que possible. Pour se procurer cette préparation de qualité convenable, il faut se servir du carbonate de potasse obtenu par la combustion du tartre, ou au moins de potasse perlasse qu’on soumet à une nouvelle purification. Une simple solution dans l’eau suffit pour cet objet; mais il faut avoir som de la faire à froid, et dans la moindre quantité de véhicule possible ; par ce moyen on sépare la majeure partie des sels étrangers qui l’accompagnent : tels sont , le muriate et sulfate de potasse, qui s’éliminent facilement du sous-carbonate, en raison de leur moindre solubilité; mais, malgré cette précaution, on, ne peut éviter que la potasse entraîne une certaine quantité de silice en dissolution. Cette terre ne se dépose que par
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- îa saturation complète de l’alcali par le vinaigre, et souvent même ce n’est qu’après un certain degré de concentration de l’acétate qu’on la voit se précipiter, et qu’on est obligé de filtrer la liqueur pour l’en débarrasser. Il est encore une autre époque à laquelle on doit suspendre l’évaporation : c’est lorsqu’elle a atteint presque la consistance sirupeuse ; il se cristallise ordinairement, par refroidissement, ou par le repos prolongé, une dernière portion de sels entraînés par le lavage de la potasse.
- La dissolution d’acétate de potasse ainsi purifiée est enfin soumise à une dernière évaporation, pour obtenir le sel à l’état de siccité. Mais il est une circonstance qu’il ne faut pas omettre, et qui consiste à avoir bien soin d’entretenir le point de saturation ; car il arrive, le plus ordinairement, qu’une partie de l’acide se volatilise par l’action de la chaleur, et que l’acétate devient alcalin. Il faut donc ajouter de temps à autre et à mesure du besoin , une quantité suffisante de vinaigre distillé.
- En supposant qu’on ait eu égard à toutes les remarques précédentes , il n’y a plus d’autre attention à avoir, pour amener l’opération à sa fin, que de fractionner la solution concentrée, et d’en diriger sagement l’évaporation. Si on agissait sur des masses un peu considérables, l’action prolongée de la chaleur décomposerait encore une nouvelle portion d’acétate, et on serait obligé de recommencer sans cesse la saturation. Il faut donc n’en évaporer que de peti tes quantités à la fois, mais dans une bassine assez vaste, parce qu’à mesure que la pellicule se forme, et que l’acétate s’exfolie, on l’enlève à l’aide d’une large spatule, et on le rejette sur les bords , où il achève sa dessiccation. Quand on juge cette dessiccation suffisante, on se hâte d’enfermer la terre foliée, encore chaude, dans une cruche de grès, très propre et bien bouchée -, puis , quand elle est parfaitement froide, on la distribue dans des bocaux de verre ; on goudronne ensuite le bouchons. On ne saurait trop priver ce sel du contact de l’air, tant il en attire puissamment l’humidité.
- Quand , pour cette préparation, on se sert d’acide pyroligneux purifié, les choses se passent telles que nous les avons décrites, et nos observations suffisent. Mais, si on veut employer l’acide
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- brut, ou même de l’acide qui n’a éprouvé qu’une demi-purification, alors on est obligé, pour détruire le goudron contenu dans l’acide, de faire subir à l’acétate une fusion ignée et complète ; et d’ajouter un peu de charbon animal, afin d’achever la décoloration; mais alors il y a une quantité notable d’alcali mis à nu, qu’on doit saturer de nouveau, et avec de l’acide pur.
- L’acétate de potasse neutre n’est point susceptible de cristalliser; les cristaux aiguillés qui se forment dans les dissolutions très concentrées sont acides.
- Acétate de soude, Terre foliée minérale. Cette préparation, connue dès long-temps en médecine, mais peu usitée, se prépare très en grand pour la purification de Y acide acétique. Nous renverrons donc, pour plus de détails , à cet article.
- ACHROMATIQUE, Voyez Lunettes.
- ACIDE. La série nombreuse des composés que l’on range sous cette dénomination générale est, sans contredit, la plus importante , tant sous le rapport théorique que sous( le point de vue pratique. En effet, c’est en étudiant de plus près la nature et la composition des acides qu’on est parvenu à donner à l’ensemble de la Chimie un essor aussi brillant que rapide ; c’est en apprenant a mieux connaître leurs propriétés qu’on a pu les mettre à profit et en tirer un grand avantage pour l’étude des autres corps. Aussi, n’ont ils pas peu contribué aux progrès de la science et à l’avancement des arts chimiques; c’est surtout sous ce dernier point de vue que nous devons les envisager dans ce traité, et nous tâcherons de leur donner toute l’attention qu’ils méritent.
- Quand il s’agit de décrire un groupe entier de corps , on commence par se rattacher à des idées générales, et on veut donner des définitions; mais il faut avouer aussi que, le plus ordinairement, on est fort embarrassé pour les établir, surtout quand ce groupe est nombreux. Les acides sont dans ce cas, et la difficulté existe ici dans toute son intégrité. Cette classe, qui ne renfermait d’abord que des produits d’une saveur aigre bien prononcée, tous solubles , saturant les alcalis etc., en comprend maintenant quelques-uns qui ne se dissolvent pas et sont par conséquent sans saveur; d autres, dont les affinités sont si éphémères qu’on ne peut dire
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- qu’ils saturent les bases. Il en est de même pour les autres propriétés ; en sorte qu’on se trouve réduit à donner pour seul caractère général des acides la faculté qu’ils ont de rougir certaines couleurs bleues végétales, et particulièrement celle du tournesol. Mais quand on réfléchit que ces couleurs sont elles-mêmes le résultat de la combinaison d’une matière colorante rou$e avec une base, alors on conçoit que d’autres corps que des acides pourraient bien enlever cette base et rétablir la couleur à son type primitif. On se trouve donc, à cet égard, dans un vague absolu, et qui tient évidemment à la nature même des choses. Ces classifications, si commodes pour l’esprit, n’existent que dans notre imagination, du moins d’une manière aussi tranchée que nous les concevons ; et on s’en aperçoit aisément toutes les fois qu’on veut en atteindre les limites. Quoi qu’il en soit, on peut dire, qu’à un petit nombre d’exceptions prs, les acides ont, en général, une saveur plus ou moins aigre, qu’ils rougissent le tournesol, et qu’ils se combinent aux base pour former des sels. *
- On distingue des acides minéraux, des acides végétaux, et des acides animaux, suivant qu’ils contiennent dans leur composition des élémens qui doivent se rapporter plus particulièrement à l’une de ces trois grandes séries qui comprennent tons les corps.
- Les acides minéraux sont les moins compliqués dans leur nature ; ils ne contiennent que deux principes ; et on avait admis, d’après l’opinion de Lavoisier et de ses contemporains, que l’un de ces principes était variable pour chaque espèce: on le nommait le radical. L’autre élément était constant pour tous ; c’était l’oxigène. On reconnut depuis que plusieurs acides devaient leur existence à une combinaison d’un autre genre, et qu’ils résultaient de l’union de l’hydrogène avec un radical : ces radicaux sont d’ailleurs tous compris dans la classe des combustibles simples. On a distingué ces deux ordres d’acife par les dénominations ÿoxacides et d’hydracides. Certains radicaux peuvent en fournir des deux sortes ; mais jusqu’à présent on n’a trouvé qu’une combinaison possible entre un radical
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- et l’hydrogène pour former un acide, tandis que l’oxigène peut se combiner en plusieurs proportions avec un même radical pour donner lieu à autant d’acides particuliers, qu’on a distingué entre eux par la désinence en ique pour les plus oxigénés, et en eux pour ceux qui le sont moins , parce qu’on n’en avait d’abord connu que de deux degrés. Dans ces derniers temps on a découvert des combinaisons intermédiaires qui sont également acides, et on s’est servi, pour les désigner , des épithètes à’hyper ou i’hypo j suivant qu’elles se trouvaient en dessus ou en dessous du degré qu’on voulait indiquer ; on dit donc, acide hyper-nitreux j hypo-sulfureux j etc. Ces expressions ne peuvent être que provisoires ; car elles sortent de la règle qu’on s’était imposée, et à laquelle on reviendra nécessairement.
- Quant aux acides végétaux, qui sont tous formés des trois principes qui entrent dans la composition des matières végétales, on a bien peu de données certaines à leur égard. On serait fort embarrassé de dire s’ils ont ou non des radicaux. Cependant les belles expériences de M. Dulong sur l’acide oxalique semblent y conduire ; il est probable que beaucoup d’autres se trouveront dans le même cas. Déjà cette idée est presque démontrée pour l’acide tartarique.
- Parmi les produits que fournissent les substances animales , on compte trop peu de véritables acides pour qu’on ait pu chercher à déterminer quelques données générales sur leur composition. Néanmoins c’est sur un de ces acides que M. Gay-Lussac a fait une des plus brillantes découvertes de la Chimie moderne. Ce célèbre chimiste a trouvé, le premier, que l’acide prussique avait un radical composé; que ce radical, quoique composé , se comportait généralement comme un corps simple, et qu’il était acidifié par l’hydrogène, c’est-à-dire, qu’il devenait un véritable bydracide.
- Comme notre objet le plus spécial est de traiter les corps sous le point de vue de leur utilité et de leur fabrication, nous ne donnerons pas une plus grande extension à ces idées générales, et aous passerons immédiatement à des considérations pratiques.
- Toutes les fois qu’il s’agit de se servir d’un acide, soit dans le
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- but de produire une nouvelle combinaison, soit dans l'intention d’en détruire une autre, on a besoin de connaître le degré de concentration de l’acide qu’on emploie. Sans cette précaution, on s’expose souvent à des méprises grossières et à des pertes quelquefois considérables. Long-temps on s’est servi, pour cet objet, de l’aréomètre ordinaire, et même c’est là un de ses usages le plus fréquent ; mais il est une foule de circonstances où cet instrument conduit à des résultats erronés ; car l’aréomètre ne peut qu’indiquer , et seulement par approximation, la densité du liquide. Or, il s’en faut de beaucoup que cette densité, qui dépend uniquement de l’affinité relative entre l’eau et l’acide sec, soit toujours proportionnelle à la quantité absolue d’acide. L’expérience a positivement prouvé le contraire pour plusieurs cas particuliers ; il a donc fallu nécessairement adopter une autre méthode : voici celle qu’on suit généralement. On estime la quantité d’acide réel en mesurant exactement la proportion de carbonate de soude que l’acide, soumis à l’essai, peut saturer, et on prend pour type de tous les essais la quantité d’acide sulfurique nécessaire pour saturer 100 de carbonate de soude pur, cristallisé, sec et non eflleuri. L’acide sulfurique est pris à son maximum de concentration, à 66°. Or on sait que 36 d’acide saturent îoo de carbonate dans les conditions indiquées, ou, pour agir sur des quantités moindres, que 9 saturent 25. Cela posé, pour déterminer le degré d’un acide, on prend d’une part 25 gr. de carbonate de soude , qu’on dissout dans un peu d’eau chaude; de l’antre , on pèse une quantité d’acide plus considérable que celle qui est présumée nécessaire, et on sature en versant peu à peu, et en ayant la précaution d’agiter continuellement On continue jusqu’à ce que le papier bleu ne rougisse plus d’une manière assez nette. Arrivé à ce point, il ne reste, pour conclure le degré, qu’à établir une relation entre l’acide essayé et l’acide sulfurique, : pour cela, rappelons-nous que 36 de cet acide saturent îoo de carbonate, et ajoutons qu’on dit alors que l’acide sulfurique a ioo° : ce nombre est évidemment arbitraire et de convention. Observons maintenant que, pour rendre les deux acides comparables, il eût fallu agir sur des quantités semblables;
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- mais il est facile d’y ramener, an moyen d’une simple proportion. Ainsi, partant de la donnée admise, nous aurons
- 32 t 25 ” 36 :
- 36 X 25
- : 40;99>
- d’où l’on voit que 36 du 2e acide satureraient 4c,gg, ou à très peu près 4i; on dit donc qu’il a 4i°.
- On peut aussi déterminer le degré en suivant une autre marche, et établir la relation cherchée, en partant de cette donnée, que les degrés des deux acides seront en raison inverse des quantités employées pour saturer le même poids de carbonate de soude; et puisque 9 d’acide sulfurique, 22 de l’autre acide, saturent également 25 de carbonate de soude ; que d’ailleurs il est convenu que 100 serait le degré de l’acide sulfurique, ou aura la proportion suivante :
- q X 100 , _
- 23 : 9 :: 100 : -—-— = 4o,gg. it.
- Acide acétique. Cet acide est, sans contredit, celui de tous qui est le plus répandu et le plus utile. On l’emploie dans une foule d’arts différens, et ou s’en sert continuellement dans l’économie domestique; car c’est tout à la fois et un condiment agréable et un anti-septique précieux; en un mot, ses usages sont tellement multipliés, qu’il est connu et recherché de tout le monde; il fait la hase du vinaigre ordinaire. Nous voyons cet acide se former continuellement sous nos yeux, il est presque toujours le résultat de la dégénérescence des liqueurs spir'-tueuses. Beaucoup de substances , et principalement les matières végétales, sont également susceptibles, par suite de leur altération spontanée, de produire de l’acide acétique ; en sorte que nous avons plusieurs moyens différens de nous le procurer, et que nous pouvons à volonté en déterminer la formation.
- On le prépare sous divers états de concentration et de pureté, suivant les usages auxquels il est destiné ; de là les expressions diverses de vinaigre ordinaire, de vina'igre distillé, de vinaigre radical, d’acide acétique proprement dit. Nous parlerons avec détail de toutes ccs modifications, et des procédés qu’on emploie Tome I. 4
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- pour les obtenir ; mais, ayant d’entrer en matière, nous indiquerons les propriétés les plus saillantes et les plus caractéristiques de cet acide.
- Cet acide pur, et aussi concentré qu’il est possible de l’obtenir, est parfaitement incolore ; il a une odeur vive et pénétrante, qui n’est suivie d’aucune sensation désagréable. Sa saveur acide, èst très prononcée; cependant il contient encore, dans cet état de concentration, à peu près un huitième de son poids d’eau: sa densité est alors de i,o63 à i6° de température ; mais elle devient plus considérable lorsqu’il est plus étendu. Son maximum de densité, d’après MolLerat, est de 1,079; l’eau eu forme alors à peu près le tiers. Ainsi on voit que l’aréomètre ne peut servir à en mesurer la concentration, puisque la densité n’augmente pas proportionnellement à la quantité d’acide réel; il faut évaluer sa force saturante. Le plus concentré a qo° aci-dimétriques, c’est-à-dire, qu’il sature deux fois et demie son poids de carbonate de soude. Celui-là se solidifie à i3° au-dessus de zéro; il cristallise en lames sans formes régulières, et qui s’entrelacent comme celles de l’eau qui commence à se congeler. Exposé à une température plus élevée, il se liquéfie et se volatilise à ioo° environ; il entre en ébullition, et il est susceptible de s’enflammer et de brûler comme de l’alcool, si on en approche un corps en ignition. Lorsqu’on fait passer la vapeur au travers d’un tube de porcelaine très étroit et fortement chauffé, il se décompose complètement; il ne laisse même aucun résidu, si le tube contient quelques spirales de fil de fer. Les produits qu’on recueille sont : de l’eau en très petite proportion, du gaz acide carbonique, de l’hydrogène carboné, et du gaz oxide de carbone.
- L’acide acétique, dont nous faisons usage pour l’économie domestique, ne )ouit pas de toutes les propriétés que nous venons d’indiquer ; nous l’employons à un bien moindre degré de concentration, et notre vinaigre ordinaire contient beaucoup de substances étrangères à cet acide. Cependant, comme c’est sous cet état de vinaigre qu’il est le plus généralement connu, nous commencerons par exposer les procédés qu’on emploie pour se le procurer ainsi.
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- Puisque le vin se convertit de lui-même en vinaigre, il est certain que ces deux produits auront été connus presqu’en même temps -, mais avant Boerhaave on n’avait établi aucune méthode régulière et constante pour obtenir cet acide. C’est à ce célèbre chimiste que nous sommes redevables du premier procédé qui ait été publié à cet égard, et, depuis cette époque, on a pu en faire un objet de fabrication en grand. Ce procédé est encore celui que l’on suit maintenant; mais les phénomènes qui accompagnent l’acétification, et les conditions sous lesquelles elle se produit, ont été beaucoup mieux appréciés depuis les progrès de la chimie moderne ; aussi les fabricans ont-ils apporté quelques améliorations, et sont-ils plus à même de diriger et d’accélérer la marche de cette opération.
- Les chimistes s’accordent à considérer cette altération spontanée du vin comme une véritable fermentation ; ils y voient, en effet, un mouvement intestinal, une élévation de température, une mutation dans l’ordre de combinaison des élémens , et quelques autres phénomènes analogues à ceux qui se manifestent dans la fermentation spiritueuse. Ils l’ont désignée sous le nom de fermentation acide. Celle-ci, comme la précédente , ne peut s’effectuer que sous certaines conditions ; mais il eu est quelques-unes qui, bien que favorables, ne sont cependant pas rigoureusement nécessaires.
- Au nombre des conditions essentielles on place la présence d’un principe végéto-animal ou ferment; on sait, en effet, que les vins vieux , qui en sont presque totalement dépouillés, ne passent que très-difficilement à l’acide; il n’en faudrait cependant pas conclure que le vin le plus nouveau doit être préféré ; car il est encore susceptible d’éprouver un reste de fermentation spi-ntueuse qui s’oppose au développement de l’autre ; aussi les fabricans n’emploient-iîs que des vins qui ont au moins une année.
- On a également reconnu que le principe spiritueux était indispensable pour obtenir de bon vinaigre, et que les vins faibles et plats ne donnaient qu’un acide sans énergie, tandis que les vins généreux en produisent de qualité supérieure. De là on en a
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- inféré que l’acide acétique se formait aux dépens de l’alcool ; eî on y est d’autant plus autorisé, qu’il disparaît pendant l’acétification. Ce qui tend encore à confirmer cette idée , c’est que M. Chaptal a obtenu du vinaigre très fort en laissant réagir pendant quelque temps un mélange de 1 kil. eau-de-vie à 220, de i5 gr. de levure , et d’un peu d’amidon délayé dans l’eau.
- Chacun sait que, pour conserver le vin et l’empêcher de s’aigrir , il faut le priver de tout contact avec l’air; et on s’est assuré par des expériences positives que le vin ne peut passer à l’état de vinaigre qu’eu absorbant une portion de l’oxigène contenu dans l’air qui l’environne. Ainsi donc l’air est aussi une des choses essentielles pour le développement de la fermentation acide. Enfin il est encore une condition sans laquelle elle ne saurait s’effectuer ; c’est une certaine élévation de température ; il faut ; de toute nécessité, que l’air ambiant ait de 20 à 25°, si on veut que l’acétification marche avec quelque rapidité.
- Tels sont les principes généraux qui servent de hase à toute fabrication de vinaigre de vin, ou autre liqueur fermentée. Nous allons décrire le procédé qu’on pratique maintenant dans les meilleures vinaigreries, et particulièrement dans celles d’Orléans , qui, comme on le sait, sont les plus réputées de France.
- Le bâtiment, ou la partie de l’habitation destinée à fabriquer le vinaigre , se nomme vinaigrerie. On la place indifféremment soit au premier étage, soit au rez-de-chaussée; mais on a toujours soin de choisir l’exposition du midi, afin de tirer parti de la température plus élevée de cette situation.
- Les vaisseaux qui sont employés pour établir la fermentation} sont des tonneaux qu’on nomme quelquefois, et mal à propos, mères. Autrefois ces tonneaux étaient d’une plus grande capacité que ceux dont on se sert maintenant. Dans le principe, ils contenaient environ 46o litres, et aujourd’hui ce sont des futailles ou poinçons de 23o litres au pins. Ainsi l’expérience semblerait confirmer l’opinion de Guyton de Morveau. Ce chimiste célèbre avait établi que le vin passait d’autant plus vite à l’état de vinaigre, que la masse sur laquelle on agissait était
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- plus petite, qu’elle était plus en contact avec l’air, et qu’elle éprouvait plus de chaleur.
- Les tonneaux étaient autrefois disposés sur trois rangs, au moven de charpentes massives; maintenant on en met quatre; mais on les place sur des traverses de sapin d’un pouce d’épaisseur, et ces traverses posent elles-mêmes sur des montons de bois de bout, également en sapin, et de même épaisseur. Par ce moyen on en peut placer un plus grand nombre dans un espace donné. Les tonneaux sont percés à la partie supérieure du fond antérieur, de deux trous, l’un , auquel on donne le nom S œil, a 2 pouces de diamètre; il sert à les charger, et à retirer le vinaigre lorsqu’il est fait; l’autre, beaucoup plus petit, se trouve placé immédiatement à côté : il est destiné à donner issue à l’air, parce que, pendant là charge, l’entonnoir qui s’y adapte, bouche exactement la plus grande ouverture.
- Lorsque l’on monte une vinaigrerie de vaisseaux neufs, on les emplit au tiers du meilleur vinaigre qu’on puisse se procurer, et qui devient la vraie mère du vinaigre; c’est sur cette première portion qu’on ajoute successivement le vin à acidifier. Dans le travail ordinaire, on met d’abord sur la mère qui occupe le tiers du vaisseau un broc de 10 litres de vin blanc ou rouge; huit jours après , on en ajoute un deuxième, puis un troisième et un quatrième, toujours en observant le même intervalle de temps. C’est huit jours après cette dernière charge que l’on retire environ 4o litres de vinaigre, et on recommence les additions successives. On voit donc qu’en suivant cette méthode, chaque vaisseau 11e peut produire par an que le double de sa -capacité.
- Il est nécessaire que le vaisseau soit toujours au tiers vide, si on veut que l’acétification n’éprouve aucun ralentissement; mais comme une partie de tartre et de lie gagne toujours la partie inférieure d u tonneau, s’y amasse, et finit par s’opposer à la fermentation, il vient un moment où on est forcé d’interrompre, pour enlever ce résidu et vider entièrement le vaisseau. Il faut le re-toonter a neuf à peu près tous les dix ans; et le poinçon lui-meme peut durer 2 5 ans sans être renouvelé.
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- Nous avons indiqué une époque fixe à laquelle on doit retirer le vinaigre ; mais c’est dans la supposition que la fermentation ait eu tout le succès désirable; il y a des circonstances qu’on ne peut pas toujours apprécier, et qui en entravent la marche, ainsi qu’on le verra plus bas. On doit donc, avant d’enlever le vinaigre, avoir recours à quelques signes particuliers pour reconnaître si la fermentation a été complète- "V oici ce qu’on fait alors : on plonge dans la liqueur un bâton blanc, recourbé à une extrémité, et on le retire horizontalement : s’il se trouve chargé d’une écume blanche , épaisse , à laquelle on donne le nom de travail, on juge l’opération terminée ; mais si le travail3 au lieu d’être blanc et perlé, est rouge, les fabricans regardent la fermentation comme non achevée, et ils cherchent à la faire marcher, en ajoutant de nouveau vin, ou en augmentant la chaleur de l’atelier.
- Il n’est pas toujours aisé de se rendre compte des causes qui ont pu empêcher la fermentation de suivre ses périodes d’une manière aussi rapide dans un cas que dans l’autre. Il est même, à cet égard, des choses qui paraissent tout-à-fait inexplicables. Il arrive quelquefois, par exemple, que bien que tous les vaisseaux soient chargés également et avec le même vin, cependant la fermentation ne s’établit pas de la même manière dans tous; elle marchera rapidement dans les uns, languira, ou quelquefois même elle sera tout-à-fait nulle dans les autres. Comment expliquer cette sorte d’anomalie? Cela paraît bien difficile; car on s’est assuré qu’elle était indépendante de toutes les circonstances reconnues pour avoir de l’influence sur cette opération. Ainsi cet accident se manifeste aussi bien dans la partie la plus échauffée de la vinaigrerie que dans celle qui l’est moins ; dans telle situation que dans telle autre : on sait aussi que le bois du tonneau n’y est pour rien. Cette cause reste donc à trouver, et il est assez probable qu’elle se rattache à quelques phénomènes généraux dont on ne connaît point encore l’influence. Ne se pourrait-il pas , par exemple, que l’électricité jouât un rôle important dans les fermentations , et que la fonction du ferment, dont on ignore encore l’action, fût réduite à développer de
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- l’électricité, et à polariser les molécules du corps qui doit subir des modifications dans sa composition. Au reste, quelle que soit cette cause ignorée maintenant, il est certain qu’elle a pour résultat de paralyser tout-à-fait le ferment ; et les vinaigriers les plus expérimentés n’ont d’autres moyens , lorsque cet inconvénient se présente, que de vider entièrement ce qu’ils appellent le vaisseau paresseux, et de le remplir avec leur meilleur vinaigre. La fermentation s’y établit, et il marche aussi bien que les autres.
- On doit faire encore une remarque essentielle, relativement à la température qui doit régner dans la vinaigrerie. On trouve , dans tous les traités, que cette température ne doit jamais excéder x8° Réaumur, sous peine de n’obtenir que de mauvais produits ; mais les vinaigriers, qui ne lisent pas toujours les traités, se conduisent tout autrement, et ils s’en trouvent bien. Ils entretiennent constamment la chaleur à q4 et 25° Réaumur ; l’acétification marche bien plus rapidement, et le vinaigre est tout aussi fort. La preuve que cette température n’est pas trop élevée, c’est que, même avec cette disposition, ce sont encore les vaisseaux situés à la partie supérieure de l’atelier qui travaillent le mieux et le plus vite. Pour entretenir la chaleur nécessaire, on se sert de poêles de fonte, et pour combustible, on préfère le bois au charbon de terre.
- Avant de verser le vin dans las mères > on le clarifie de la manière suivante : on a des cuves fermées, qui peuvent contenir de 12 à i5 pièces de vin. Le fond supérieur porte, à son centre, une ouverture de 4 à 5 pouces de diamètre, qu’on peut bouclier ensuite avec un couvercle en bois ; cette ouverture est destinée à recevoir un large entonnoir. L’intérieur de la cuve est rempli de copeaux de hêtre ou fouteau, pressés et bien foulés. On verse le vin sur ces copeaux; on laisse séjourner pendant quelque temps, puis on soutire doucement, par une canelle placée à ia partie inférieure de la cuve. La lie se dépose sur les copeaux , et le vin sort très clair. Cependant il arrive encore quelquefois, malgré cette précaution , que le vinaigre qu’on obtient a besoin lui-même d’ètre clarifié; et cela a lieu, plus particulièrement,
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- lorsque le vin qu’on a employé était faible; alors on filtre te vinaigre de la même manière , et il en résulte même un avantage : c’est que le vinaigre des différens vaisseaux se trouve mêlé, et devient d’une force égale.
- Je me bornerai à ces détails pour ce qui est relatif à la fabrication du vinaigre de vin. On traitera, dans un autre article, de tout ce qui a rapport à la confection des vinaigres de table et de toilette. Cela fait essentiellement partie de l’art du vinaigrier. En pharmacie, on fait entrer le vinaigre dans la composition de quelques médicamens : macéré avec des squames d’ognons de scille , avec des bulbes de colchique, etc., il forme le vinaigre scillitique, le vinaigre colchique, etc. Bouilli avec la litharge , il fournit l’extrait de saturne.
- Le vinaigre de vin mérite, k tous égards, la préférence sur les autres, pour les différens usages auxquels il est destiné ; mais on ne peut l’établir à bas prix que dans les pays vignobles. Dans tous les autres, on le fabrique soit avec la bière , soit avec le cidre, suivant les localités; mais comme le houblon, en raison du principe amer qu’il contient, retarderait 1a. fermentation acide, on n’en met pas dans la bière qu’on veut transformer en vinaigre. Du reste, la fabrication est la même; seulement on ne fait pas d’additions successives; on met, d’une seule fois, toute la bière que doit contenir nn même vaisseau, et on a bien soin, comme pour le vinaigre de vin, de ne l’emplir qu’aux deux tiers. Quant au levain qu’on emploie pour déterminer l’acétification, c’est tantôt du pain nouvellement cuit, qu’on humecte avec du fort vinaigre, et qu’on conserve quelque temps avant de s’en servir, tantôt c’est du levain de pâte, mêlé avec des queues de raisin de caisse, qu’on humecte également de bon vinaigra Quand on veut obtenir un vinaigre plus blanc, et d’une odeur plus agréable, on fait germer le grain, et on le sèche au soleil, et non dans une étuve. Lorsqu’il est sec, on le broie et on le met dans une cuve. On verse sur 110 livres de malt un tonneau d’eau bouillante, de la capacité de ceux de Bourgogna Après un quart d’heure de digestion, on remue avec soin, et on laisse reposer environ une heure , puis on soutire la liqueur.
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- La cuve a un double fond, percé de plusieurs trous, et recouvert d’une couclie de paille, de sorte que le malt reste dessus, et la liqueur qui passe est filtrée. On fait couler la liqueur dans des vases de bois de plusieurs pieds de largeur sur un de hauteur; onia fait passer d’un vase dans un autre, en la remuant continuellement avec une pelle percée de trous.
- Dès que la liqueur a pris , par le refroidissement, la douce température du lait qu’on vient de traire, on la verse dans une grande cuve, et on y met du levain de bière, pour qu’elle passe à fermentation vineuse ; il faut au moins 24 heures pour produire cette fermentation. Alors on met la bière dans des tonneaux , qu’on ne remplit qu’aux trois quarts , et dont on laisse la bonde ouverte. Ces tonneaux sont exposés, dans une étuve, à une chaleur constante, où on laisse fermenter pendant environ un mois ou six semaines. On clarifie le vinaigre en le faisant couler à travers des c/iaus$es de feutre de laine. Ce procédé est un de ceux qu’on trouve décrits dans la Chimie appliquée aux arts, de Chaptal.
- Comme le vinaigre de vin n’est point un acide pur, et qu’il contient, outre l’acide acétique qui en fait la hase , une certaine quantité de tartre, des acides malique, citrique, tar-trique, de la matière extractive, une matière colorante, un principe végéto-animal, etc., il s’ensuit qu’on ne peut pas l’employer dans beaucoup de préparations , et particulièrement pour faire les différera acétates. Alors on est obligé de le purifier ; et le moyen se présente de lui-même : il est volatil à la température de l’ébullition de l’eau; tous les produits qui lui sont unis ne jouissent pas de la même propriété ; il suffira donc de le distiller; mais si ce vinaigre est destiné à l’usage médical, on ne devra pas se servir d’alambic ordinaire en cuivre, lors même qu il serait étamé. Ces métaux sont corrodés par la vapeur de 1 acide, surtout si le contact de l’air s’exerce en même temps. Hans nos laboratoires , nous distillons le vinaigre dans des appareils en verre : une cornue, une allonge , un ballon tubulé , sont les vases dont on se sert ordinairement. On fait plonger le ballon dans l'eau, afin de condenser les vapeurs. Lorsqu’on veut
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- obtenir du vinaigre distillé plus en grand, il faut avoir nécessairement recours aux. vaisseaux métalliques ; mais le chapiteau et les tuyaux conducteurs doivent être en argent, si on veut obtenir l’acide pur. Dans le cas contraire, on emploie les alambics ordinaires et de cuivre pur. L’étamage est plus nuisible qu’utile ; car la très petite quantité d’étain qui peut être dissoute suffit pour donner au produit un coup d’œil laiteux et une odeur désagréable. Avec le cuivre rouge, si la distillation ne languit pas, et qu’on démonte l’alambic pour le nettoyer , aussitôt que l’ébullition a cessé, l’acide ne contient que très peu de cuivre ; il noircit à peine par les hydrosulfates. Au reste, quelles que soient les précautions qu’on puisse prendre, on n’obtient Jamais par ce moyen qu’un acide beaucoup plus faible que le vinaigre lui-même; et la raison en est bien simple : du moment où on arrive à un certain degré de concentration, on ne peut plus évaporer le résidu sans craindre de le brûler, parce qu’il devient consistant, et qu’il s’attache au vase. On est donc obligé de suspendre, précisément à l’époque où on obtiendrait l’acide le plus fort. A la vérité, on a proposé différera moyens de concentrer ce vinaigre distillé ; mais ils sont tous insuffisans. La gelée, qu’on a regardée comme le plus efficace de tous, réussit assez pour le vinaigre ordinaire, quand il est déjà très fort; mais, pour le vinaigre distillé, l’acide y est en trop petite proportion ; tout se congèle. Avant de connaître les procédés actuellement usités pour obtenir l’acide pyroligneux, on n’avait qu’un moyen de se procurer de l’acide acétique concentré ; c’était de décomposer par la chaleur l’acétate de cuivre, ou verdet cristallisé. Pour cela, on prend une cornue de grès, d’une capacité relative à la quantité qu’on veut traiter ; on la recouvre d’un lut de terre à four, mélangée de bourre ou de crottin. Quand ce lut est bien sec, ou introduit dans la cornue les cristaux d’acétate, légèrement concasses, et bien secs ; on l’emplit autant que possible, avant soin cependant qu’étant inclinée de manière à ce que l’extrémité du eôi touchant presqu’à terre, il ne se répande rien ( voy. planche 1. fig. i. ). Alors on la place convenablement dans un fourneau a
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- réverbère muni <le son dôme.5; On adapte ensuite à cette cornue une allonge et 2 ou 3 ballons à tubulures opposées, et un dernier ballon à tubulure latérale. L’appareil est terminé par un tube de Welter, à double branche ; la plus courte part du dernier ballon, et l’autre Ta plonger dans un flacon rempli de vinaigre distillé. Tout étant ainsi disposé, on lute exactement les jointures au lut gras et au papier collé. Chaque ballon est d’ailleurs placé dans une terrine ou dans un baquet plein d’eau. On laisse sécher les luts , et le lendemain on procède à la distillation. On ménage beaucoup la chaleur dans le commencement, et on augmente progressivement, jusqu’à ce qu’on voie que les gouttes se succèdent assez rapidement au col de la cornue, ou à l’extrémité de l’allonge. Les vapeurs qui passent sont très chaudes, et c’est ce qui nécessite d’avoir plusieurs ballons à la suite les uns des autres, afin de pouvoir condenser. On doit renouveler l’eau des baquets, et entretenir des linges mouillés sur les ballons; mais cela demande quelques précautions, surtout lorsque l’opération marche un peu trop vite ; car alors les vases s’échauffent à tel point, qu’ils seraient infailliblement brisés, si on rafraîchissait subitement; il faut alors se contenter de renouveler l’eau peu à peu , et ne point arroser à la partie supérieure. Il est toujours facile de bien gouverner cette opération , en se guidant sur l’émission du gaz qui se dégage à l’ex-tremité de l’appareil ; quand les bulles se succèdent avec trop de rapidité, il faut ralentir le feu. Le liquide qui passe dans les premières heures est incolore ; il provient, en grande partie , de l’eau de cristallisation du sel; ce n’est qu’un acide très affaibli. Il arrive une époque, à peu près vers le milieu de la durée de 1 opération, où on voit l’extrémité du col de la cornue et l’allonge se garnir de cristaux lamelleux ou aiguillés, d’un vert pale. Peu à peu ces cristaux sont entraînés en dissolution par les vapeurs acides, et colorent le produit. En ayant égard aux circonstances qui accompagnent la formation de ce sublimé, il parait probable que ce n’est autre chose qu’un acétate ou un sur-acetate anhydre. A mesure que l’opération approche de sa fin, on éprouve plus de peine à faire monter les vapeurs, et il
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- faut augmenter l’intensité de la chaleur, pour que le dégagement continue. Enfin on juge qu’elle est tout-à-fait terminée quand l’appareil se refroidit, et qu’il ne se dégage plus de gaz. Alors on cesse le feu, et on délute quand la cornue est parfaitement froide. Comme l’acide qu’on obtient ainsi contient un peu de cuivre, on est obligé de le rectifier avant de l’employer. Pour cela, on peut se servir du même appareil, en substituant a la cornue de grès une cornue de verre, et en disposant celle-ci sur un bain de sable. Tons les vases doivent être parfaitement propres, et bien égouttés. On procède à la distillation à la manière accoutumée. Si on fractionne les produits par tiers; le premier donne un acide faible, et le troisième est le plus concentré de tous. On ne doit pas pousser tout-à-fait à siccité, parce qu’il reste dans les dernières portions une certaine quantité d’huile pyrogénée, qui passerait à la distillation, et communiquerait une odeur désagréable au produit.
- L’acide total qu’on obtient ainsi forme, à très peu de chose près, la moitié du poids de l’acétate employé, et le résidu ne représente que les trois dixièmes; en sorte qu’il y a une perte d’environ un cinquième, provenant de la portion d’acide qui a été décomposée par la chaleur.
- Au mot Acétate, nous avons expliqué d’une manière générale l’action de la chaleur sur ce genre de sels, et nous avons dit que les produits variaient suivant la nature de la basa Ici l’oxide de cuivre offrant peu de résistance à la séparation de son acide, cette séparation s’effectue à une température assez modérée pour que la majeure partie de l’acide 11e subisse pas de décomposition ; mais comme l’oxide de cuivre se réduit très facilement, son oxigène se porte sur les élémens d’une partie de l’acide, et il se forme de l’eau, qui se mêle au produit du gaz acide carbonique, de l’hydrogène carboné, et du gaz acide de carbone qui se dégagent ; il reste dans la cornue une portiou de charbon mélangée avec le cuivre métallique. Ces deux combustibles sont dans un tel état de division, que ce résidu est pvrophorique. Aussi arrive-t-il très fréquemment qu’il prenne feu au moment où ou le sort de la cornue , quoique celle-ci soit froide.
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- La perte assez considérable qu’on éjwouve dans cette opération a fait essayer divers procédés pour obtenir tout l’acide contenu dans l’acétate. Ainsi, par exemple, on a prescrit d'ajouter une certaine quantité d’acide sulfurique ; mais , outre que par ce moyen le vinaigre radical contient toujours un peu d’acide sulfureux, dont il est difficile de le débarrasser, il se trouve dépourvu de cet esprit qu’on a appelé pyro-acétique, qui tempère la vivacité de son montant, et lui donne une odeur plus suave. 11 est donc à présumer qu’on conservera ce mode de préparation, surtout pour le vinaigre radical, destiné à être respiré. On donne le nom de sel de vinaigre à de petits cristaux de sulfate de potasse sur lesquels on a versé du vinaigre radical très concentré. Quelquefois on les aromatise avec différentes essences.
- Pour terminer cet article, il me reste à parler de la fabrication de l’acide pyroligneux, et des moyens de le purifier; mais comme cet art est encore assez peu connu, je donnerai les détails nécessaires pour en bien comprendre toutes les opérations.
- Fabrication de VAcide pyroligneux.
- Cette opération est fondée sur la propriété générale que possède la chaleur de dissocier les élémens des matières végétales pour les réunir dans un autre ordre, et donner naissance à des produits qui n’existaient pas tels dans les corps soumis à son action. La proportion respective de ces produits varie non-seulement dans les différentes substances, mais encore pour la même, suivant que l’élévation de température a été plus ou moins considérable et conduite avec plus de ménagement. Lorsqu’on distille une matière végétale en vaisseaux clos, on obtient d’abord l’eau interposée ou de végétation ; ensuite il se forme une autre portion d’eau aux dépens de l’oxigène et de l’hydrogène de la matière ; une quantité proportionnelle de charbon est mise à nu , et, par l’augmentation successive de la chaleur, une petite portion de carbone se réunit à de l’oxigène et de l’hydrogène pour former de l’acide acétique, qu’on a pris long-temps pour un acide particulier, auquel on avait donné le nom diacide pyroligneux. La proportion de carbone devenant prépondérante, il
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- s’en combine une plus grande quantité avec les autres principes; et d’abord il se volatilise de l’huile empyreumatique peu colorée, mais qui devient plus épaisse, d’une couleur plus foncée, et augmente de densité, toujours en se chargeant d’une plus grande quantité de carbone.
- Plusieurs fluides élastiques accompagnent ces divers produits: il se dégage de l’acide carbonique , mais en petite quantité, beaucoup d’hydrogène carboné, et sur la fin une assez forte proportion de gaz oxide de carbone. Tout le carbone qui n’a pu être entraîné dans ces diverses combinaisons reste dans la cornue, et conserve assez ordinairement la forme de la matière végétale qui l’a fourni. Depuis qu’on a cherché à raisonner les diverses opérations des arts, et à les mettre au niveau des connaissances scientifiques , on a introduit dans plusieurs points de fabrications une foule de perfectionnemens dont auparavant on aurait eu peine à les croire susceptibles. C’est ainsi qu’on a singulièrement amélioré le procédé pour la carbonisation du bois, et qu’en parlant des données précédentes, on est parvenu à tirer un parti très avantageux de plusieurs produits, qui autrefois n’étaient même pas recueillis. En forêt, pour carboniser le bois, on le dispose en tas , sous forme conique, et on a soin de ménager à la base un espace libre pour pouvoir commencer la combustion; puis on recouvre avec des mottes de terre, et de manière à ce que l’ensemble forme une espèce de four. On pratique çà et là, vers la partie supérieure, des créneaux ou chemiuées, pour donner issue à la fumée et aux vapeurs qui se développent La construction étant achevée, on introduit des combustibles enflammés. La combustion commence, l’eau de végétation se dissipe, et lorsque la chaleur a atteint un certain degré d’intensité, et qu’elle est assez uniformément répandue , on bouche toutes les issues. La température élevée de cette masse se conserve long-temps; la carbonisation se continue; mais la combustion ne peut plus avoir lieu, puisque l’air n’a plus d’accès. Maintenant on s’y prend d’une tout autre manière, afin d’obtenir de meilleurs résultats. ‘Dans de très grands vases ( voy. pl. I, fig. 2. A. ) circulaires ou carrés, fabriqués ®
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- tôle rivée, et portant, à leur partie supérieure et latérale, ua petit cylindre également en tôle , on introduit le bois destiné à Paire le cliarbon. A la partie supérieure de ce vase s’adapte un couvercle également de tôle (B) , que l’on fixe avec des clavettes. Ce vase, ainsi clos, représente, comme on le voit, une très vaste cornue. Lorsqu’il est préparé tel que nous venons de le dire, on l’enlève au moyen d’une grue pivotante (C) , et on le place dans un fourneau (D), d’une forme relative à celle du vase, et on recouvre l’ouverture du fourneau avec un tourteau (E) construit en maçonnerie. Le tout étant ainsi disposé, on donne une chaude au moyen de quelques combustibles. L’bumidité du bois se dissipe d’abord ; mais peu à peu la vapeur cesse d’être transparente pour devenir fuligineuse. C’est alors qu’on ajuste une allonge, ou manchon au cylindre latéral. Cette allonge est elle-même engainée dans un autre tuyau, qui suit le même degré d’inclinaison, et qui commence l’appareil condensateur. Les moyens de condensation varient suivant les localités. Dans certaines fabriques, on refroidit au moyen de l’air, en faisant parcourir beaucoup d’espace à la vapeur clans une longue suite de cylindres, quelquefois même dans des tonneaux adaptés les uns aux autres j mais, le plus ordinairement, c’est avec Peau qu’on condense, lorsqu’on peut s’en procurer facilement et ea abondance. L’appareil le plus simple qui soit usité pour cet objet consiste en deux cylindres FF , qui s’enveloppent réciproquement, et qui laissent entre eux un espace suffisant pour quune assez grande quantité d’eau puisse y venir circuler et refroidir les vapeurs. Ce double cylindre est adapté au vase distillatoire, et placé sous une certaine inclinaison. A ce premier appareil on en adapte un second, et souvent un troisième, tout-à-iait semblables, et qui, pour ménager l’espace, reviennent sur eux-mêmes, et sont disposés en zigzag. L’eau est mise ea circulation par un moyen ingénieux, et maintenant adopté dans beaucoup de fabrications différentes. A l’extrémité inférieure G du système des condenseurs s’élève un tube perpendiculaire , dont la longueur doit être un peu plus considérable que le point plus élevé de ce même système. A ce point H se trouve placé
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- un tube très court, recourbé vers le sol, et qui sert de trop plein. L’eau fournie par un réservoir arrive, au moyen du tube perpendiculaire, par la partie inférieure du système, et remplit tout l’intervalle qui existe entre les cylindres. Quand l’appareil est en activité, les vapeurs, à mesure qu’elles se condensent, élèvent la température de l’eau; et celle-ci, devenue alors plus légère, gagne la partie supérieure des cylindres, et va se déverser par le trop-plein.
- L’appareil de condensation se termine par un conduit en briques I, couvert, et enfoui dans le sol. A l’extrémité de cette espèce de gouttière K est un tuyau courbe, qui verse les produits liquides dans une première citerne. Lorsqu’elle est pleine, elle se décharge , au moyen d’un trop-plein, dans un plus grand réservoir ; le tube qui termine la gouttière plonge dans le liquide, et intercepte ainsi la communication avec l’intérieur de l’appareil. Le gaz qui se dégage est ramené, au moyen de tuyaux LL, d’un des côtés du conduit, au-dessous du cendrier du four; ce tuyau est muni d’un robinet M, à quelque distance en avant du four, afin de pouvoir régler le jet du gaz, et interrompre à volonté la communication avec l’intérieur de l’appareil. La partie du tuyau qui aboutit dans le foyer s’élève perpendiculairement à plusieurs pouces au-dessus du sol ; il se termine en forme d’arrosoir N. Le gaz, au moyen de cette disposition, peut se distribuer uniformément sous le vase, sans que le tuyau qui l’amène puisse risquer d’être obstrué par les combustibles ou par les cendres.
- La température nécessaire pour opérer la carbonisation n’est pas considérable ; cependant, vers la fin, on la monte jusqu’à faire rougir les vases ; et la durée de l’opération elle-même est nécessairement proportionnelle à la quantité de bois qu’on car bonise à la fois. Pour un vase qui contiendrait un demi-décastère, huit heures de feu suffisent. On reconnaît que la carbonisation est achevée, à la couleur de la flamme du gaz; elle est d’abord d’un rouge jaunâtre; elle devient bleue ensuite, lorsqu’il se dé gage plus d’oxide de carbone que d’hydrogène carboné; et, sot la fin , elle devient tout-à-fait blanche ; cela tient probablement
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- à ce que, le four étant plus échauffé à cette époque, la cofetbu»-tion est alors plus complète. 11 est encore un autre moyen de reconnaître le terme de l’opération, auquel on a même plus sou-•vent recours : c’est le refroidissement des premiers tuyaux, ceux qui ne sont point entourés d’eau; on projette, à leur surface, quelques gouttes d’eau, et quand elle s’évapore sans bruit, on juge que la calcination a été suffisamment prolongée. Alors on délute l’allonge, et on la fait rentrer dans le premier tuyau, avec lequel elle s’engaîne; on boucbe immédiatement les orifices avec des plaques de tôle garnies de terre à four délayée, On enlève, au moyen de la grue pivotante, d’abord le tourteau qui sert de couvercle au fourneau, puis le vase lui-même; on lé remplace de suite par un autre qu’on a disposé d’avance. Lorsque le vase, qu’on a sorti du four, est entièrement refroidi, on enlève le couvercle, et on vide le charbon. Un demi-déca-stère de bois fournit environ sept voies et demie de charbon.
- Les différentes qualités de bois qu’on peut employer pour cette opération donnent, à très peu près, des produits semblables, par rapport à l’acide; mais il n‘en est pas de même pour le charbon. Celui-ci est d’autant meilleur , que le bois a plus de densité ; et on a remarqué que du bois long-temps laissé au contact de l’air libre donnait un charbon de qualité moindre que celui qui a été carbonisé dans l’année de sa coupe. Le bois, ainsi exposé aux intempéries, se détériore, devient plus poreux , et donne un charbon sans consistance, qui s’exfolie facilement, et se réduit én poussier.
- Après avoir décrit le genre d’appareil qu’on emploie pour obtenir l’acide pyroligneux, je vais indiquer maintenant comment on le purifie. Cet acide est coloré en rouge brun ; il retient en dissolution une partie de l’buile empyreumatique, et du goudron , qui se sont formés en même temps que lui ; une autre portion de ces produits se trouve à l’état dé simple mélange. On se débarrasse d’abord de celle-ci, autant que faire se peut, et le seul repos suffit pour y parveuir. J’ai dit plus haut que l’appareil de distillation était terminé par un réservoir souterrain, où les produits de tous les vases allaient se réunir. L’na Tome I. 5
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- pompe ordinaire communique avec ce réservoir, et s’y enfonce jusque dans la partie la plus profonde, afin de ne puiser que dans la couche de goudron, qui, en raison de sa plus grande densité, occupe la partie inférieure. De temps à autre, on fait jouer la pompe, pour enlever le goudron qui s’est déposé. Le réservoir porte, à sa partie supérieure, un trop-plein, qui verse l’acide le plus clair dans un puisard , d’où on l’enlève au moyen d’une seconde pompe.
- L’acide pyroligneux, ainsi séparé du goudron qui n’est pas dissous , est conduit, du puisard, dans de grandes chaudières de tôle, où on en opère la saturation, soit par la chaux, soit par la craie , comme nous l’avons dit à l’article de Y Acétate calcaire. L’acide se dépouille, parla saturation, d’une nouvelle rsortion de goudron, qu’on enlève à l’aide d’écuraoires ; on laisse ensuite reposer un temps suffisant, afin de pouvoir tirer à clair par simple décantation.
- L’acétate de chaux qu’on obtient ainsi donne à l’aréomètre, avant d’être mélangé aux eaux de lavage, un degré semblable au degré acidi-métrique de l’acide employé. On évapore cette dissolution , jusqu’à ce qu’elle porte i5° à l’aréomètre „ et on y ajoute une dissolution concentrée de sulfate de soude. Les acides changent de hases, et on obtient, d’une part, du sulfate de chaux qui se précipite , et de l’autre , de l’acétate de soude qui reste dans la liqueur. Dans quelques fabriques, au lieu de suivre la marche que nous venons de tracer, on fait dissoudre à chaud le sulfate de soude dans l’acide acétique; et on sature ensuite par la craie ou par la chaux. On évite, par ce moyen, d’employer de l’eau pour dissoudre le sulfate; et on obtient, sans évaporation préliminaire, une liqueur tout aussi concentrée que par l’autre méthode. Dans l’un et l’autre cas , on laissédéposer le sulfate de chaux, et on décante. Les résidus sont mis à part pour être lessivés, et les dernières eaux qui en proviennent sont employées à de nouveaux lavages.
- L’acétate de soude qui résulte de cette double décomposition est ensuite évaporé jusqu’à ce qu’il ait de 27 à 28°, suivant la - 'On, Quand la'Sissolution a atteint ce degré de concentration,
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- on la verse dans de grands cristallisoirs, et, au bout de trois ou quatre jours, suivant la capacité des vases, on décante les eaux-mères , et on obtient de cette première cristallisation des prismes rhomboïdaux, qui sont très colorés et assez volumineux. Leurs faces sont d’une grande netteté, et leurs arêtes excessivement vives. Les eaux-mères sont soumises à des cvapo -ratious et cristallisations successives. Quand elles refusent de cristalliser, on les brûle, pour les convertir en carbonate de soude.
- Pour éviter des tâtonnemens toujours préjudiciables par la perte de temps qu’ils occasionnent, et par les mauvais résultats auxquels ils conduisent très souvent, on détermine par le calcul, avant de faire cette opération, les proportions rigoureusement nécessaires pour la décomposition réciproque; mais cela ne devient indispensable que quand on change soit d’acide, soit de sulfate. Lorsque deux sels qui sont au même degré de saturation sont susceptibles de se décomposer réciproquement, il faut, pour qu’il n’y ait excès d’aucun des deux, que la quantité d’acide réel soit la même de part et d’autre. Or, cette quantité d’acide réel est proportionnelle au poids absolu de l’acide et à sa capacité de saturation, c’est-à-dire, et à son degré acidi-métrique ; on peut donc la représenter par le produit du poids absolu multiplié par le degré. Ainsi, avant de saturer l’acide acétique, on en prend le degré par la méthode indiquée au mot Acide ; puis on multiplie ce degré par le nombre de ldi. qu on veut employer, et on obtient pour produit la quantité d’acide réel de toute la masse qu’on veut transformer en acétate de chaux. D’un autre côté, on détermine le degré de l’acide contenu dans le sulfate, et on divise ensuite le nombre qui • -présente l’acide réel de l’acide acétique par le nombre qui représente le degré de sulfate; le quotient donnera évidemment le nombre de kilogr. de sulfate de sonde nécessaire à la décomposition.
- Supposons, par exemple, qu’on ait i5oo litres d’acide acétique a 8° acidi-métriques; l’acide réel de la totalité sera représenté par 12000, produit de ces deux; nombres. Admettons encore
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- que le sulfate dont on veut se servir donne oo° acidi-métriques, on doit clierelier le nombre qui, multiplié par 3o, produira 12000, c’est-à-dire, qu’il faut diviser 12000 par 00. Ainsi 4co kilogr. de sulfate, à 3c° acidi-métriques, décomposeront complètement l’acétate de chaux résultant de la saturation de i5oo litres d’acide acétique à 8° acidi-métriques. Resterait à savoir comment on doit prendre le degré du sulfate ; la chose est assez simple : on fait dissoudre un poids déterminé de ce sulfate dans l’eau distillée ; on verse dans la dissolution du mu-riate de baryte, en léger excès; on acidulé la dissolution avec un peu d’acide nitrique; on filtre; on lave à l’eau distillée bouillante, puis on fait sécher; et enfin on pèse très exactement le sulfate obtenu. Ce sel étant bien connu dans sa composition, on en déduit facilement la quantité d’acide contenue dans le sulfate de soude essayé , et par suite le degré acidi-métrique que cette quantité représente, en se rappelant toutefois que dans le sulfate de baryte, l’acide est anhydre, et qu’il faut y ajouter un cinquième de son poids d’eau , pour le remettre! 66° de Beaumé, qui est le point de départ adopté.
- Nous ne devons pas négliger de faire ici une remarque; c’est que, malgré toutes les précautions qu’on ait pu prendre, il y a toujours une quantité assez notable de sulfate de soude et d’acide acétique, qui disparaissent totalement dans cette double décomposition. Il est assez probable qu’il se forme un sulfate insoluble, à la base de soude et de chaux, semblable à celui qui compose le scblot des salines ; s’il en est ainsi, il serait facile de remédier à cet inconvénient.
- On ne passe par toutes ces combinaisons intermédiaires que pour débarrasser l’acide acétique des produits pyrogénés qui l’ont accompagné lors de sa formation. Le fabricant qui trouverait moyen de s’en dispenser, en tirerait certainement us grand avantage. On pouvait présumer qu’il suffirait de combiner l’acide pyroligneux à la chaux, et de calciner l’acétate calcaire, pour détruire complètement l’huile empyreumatique, et obtenir ensuite, par Faction immédiate de l’acide sulfurique; un acide acétique pur; mais, quelque soin qu’on prenne, quelque
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- Ken conduite que soit la torréfaction, l’acétate de chaux ne donne jamais un acide de bonne qualité. On prétend même qu’on ne retirerait de l’acétate de chaux le plus pur, celui, par exemple, qu’on aurait préparé avec de l’acide acétique déjà purifié, qu’un acide fort inférieur à celui qui aurait servi à le former. Ce qu’il y a de certain, c’est que, jusqu’alors, aucun fabricant n’a trouvé moyen de s’exempter d’avoir recours à l’acétate de soude; mais plusieurs d’entre eux ont préféré obtenir ce sel directement, en saturant l’acide acétique par la soude brute ; le plus grand prix de cette substance est compensé, et au-delà, par l’économie de temps et de combustibles que cela apporte. Un inconvénient assez grave est cependant attaché à cette méthode:, c’est qu’il se développe une odeur infecte pendant la saturation. Il se dégage alors une grande quantité d’hydrogène sulfuré provenant du sulfure contenu dans la soude.
- L’acétate de soude se purifie facilement par les cristallisations et la torréfaction ; cette dernière opération, Lien conduite, le débarrasse complètement des dernières parties de goudron qu’il pourrait retenir encore. Cette torréfaction, à laquelle on donne le nom de fritte dans les manufactures, exige beaucoup de soins et une grande habitude; elle se fait ordinairement dans des chaudières de fonte très évasées et peu profondes. On brasse continuellement avec des ringards pendant tout le temps de la chaude, qui dure environ 24 heures, pour 4oo kil. 11 faut soigneusement éviter d’élever assez la température, pour que l’acétate puisse se décomposer, et bien prendre garde que la chaleur ne soit pas également répartie ; car si un point quelconque de la masse entre en décomposition, cela se propage avec une telle rapidité, qu’il devient excessivement difficile d’en arrêter les progrès. La chaleur ne doit jamais être assez forte pour qu’il se dégage dé la fumée. Lorsque tout l’acetate est bien liquéfié, qu’il n’y a pins deboursoufflement, et que la fonte est tranquille, l’opération est finie. On laisse refroidir, pour dissoudre ensuite la masse, ou bien on la projette immédiatement dans des baquets qui contiennent de l’eau ; mais, dans le dernier cas, il se produit de si vives détonnations, que-
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- pour ne courir aucun risque, ces cuves sont enfouies dans le sol, et recouvertes avec des madriers très solidement fixés.
- Lorsque l’acétate est dissous, il faut séparer la matière charbonneuse qui provient de- la décomposition du goudron; et cela offre quelques difficultés, parce que ce résidu est formé de molécules tellement distendues, qu’elles retiennent le liquide et empâtent les filtres. Leur légèreté ne permet de les séparer par décantation que quand la liqueur a au plus 15° à l’aréomètre ; alors le départ s’en fait assez promptement. On évapore de nouveau, et on obtient de l’acétate parfaitement blanc. C’est dans cet état de pureté qu’on le décompose par l’acide sulfurique pour en séparer l’acide acétique.
- Cette dernière opération, toute simple qu’elle paraît, ne laisse pas d’exiger encore quelques précautions et de l’habitude. On met dans une chaudière l’acétate de soude cristallisé et égrugé; on ajoute la quantité d’acide sulfurique nécessaire pour décomposer tout l’acétate employé; on laisse réagir un temps suffisant; peu à peu l’acide acétique quitte sa combinaison, et vient nager àla surface; la majeure partie du sulfate de soude produit se dépose sous forme pulvérulente, ou de petits cristaux grenus; une autre portion reste en dissolution dans le liquide. Par la distillation, on sépare le restant du sulfate, et on obtient enfin de l’acide acétique d’un goût et d’une odeur franches ; cependant, sur la fin, il prend un peu d’empyreume, et il se colore, ce qui oblige de mettre la portion dernière de côté. Celui qu’on destine à l’usage de la table doit être distillé dans un alambic dont le chapiteau et les tuyaux condenseurs sont en argent. L’acide qu’on obtient ainsi a ordinairement 4o° acidi-métriques. Quand on veut l’obtenir sous un plus grand état de concentration, on le mélange avec une f « te proportion de muriate de chaux, puis on distille de nouveau. On expose ensuite cet acide, plus concentré , à la gelée ; le plus fort se cristallise. On décante; on liquéfie les cristaux en les exposant à une température de i5 à 20°, et on réitère cette manœuvre jusqu’à ce qu’il se congèle sans reste, à la température de 19. à i3°. Alors il a atteint son maximum, et son degré acidi-métrique est de 88 à 9c0. If acide acétique anhydre a ioo° >
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- c’est-à-dire, le même degré que l’acide sulfurique à 66°"
- Nous terminerons cet article par une remarque relative à la décomposition de l’acétate de soude, par Pacétate sulfurique.
- On éprouve beaucoup de difficultés dans cette opération, si on verse l’acide peu à peu ; car alors il se développe une chaleur considérable, et telle, qu’il se dégage une si grande quantité d’acide acétique, que les ouvriers sont obligés de s’éloigner : On pare à cet inconvénient en ajoutant tout l’acide sulfurique à la fois ; il occupe la partie, inférieure du vase, et les seules portions d’acétate qui le touchent sont décomposées; la chaleur qui se dégage par suite de cette réaction est répartie sur une plus grande masse, et ne produit pas d’effet sensible. Quand l’acide sulfurique se forme un jour ou une espèce de petit cratère, l’ouvrier, à l’aide d’un raine, y fait descendre l’acétate portion par portion, et la décomposition marche alors aussi lentement qu’on le veut.
- Tels sont les détails que j’ai cru devoir donner sur une branche d’industrie dont nous devons les premières idées à l’ingénieur français Lebon. C’est lui qui fut l’inventeur du thcr-molampe : les premiers appareils furent construits au Havre , dans l’intention de faire servir le gaz à l’éclairage du phare, et le goudron pour la marine. Mais, le succès n’ayant pas été complet, Lebon fut forcé de renoncer à cette entreprise; et il vint établir à Versailles, près l’aqueduc de Marly, une fabrique d’acide pyroligneux : le gaz qui se dégageait servait à chauffer les vases, comme dans les fabriques actuelles. Depuis cette époque, les frères Mollerat, MM. Kurtz, Paven, Bobée,Lemcrcier, etc., ont formé de semblables établissemens, et ont dû faire de grands sacrifices pour arriver à de meilleurs produits. Néaumoin- ' y a encore beaucoup à faire pour ce genre d’exploitation, et il deviendra tôt ou tard un des plus féconds en utiles résultats. R.
- Acide borique. Depuis trois ou quatre ans, cet acide est devenu l’objet d’exploitations assez importantes. Jusque-là, nous lavions extrait du borax naturel. Cependant, en 1776, Hœfer et Mascagni en découvrirent l’existence dans les lagotii ou
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- sources thermales de la Toscane. Ils signalèrent ceux de Cher-chiajo , de Monte-Gerboli et de CastelrNuovo , comme en contenant le plus. Çes deux naturalistes trouvèrent aussi Facide bo-rique à l’état concret, mélangé avec les terres qui entourent ces lagoni. Il est alors sous forme de stalactites , douces au toucher, et composées de petites lames micacées , d’un blanc assez pur. Mascagni annonça, dès cette époque, qu’on pourrait facilement, et à peu de frais, entreprendre en grand l’extraction de Facide borique. Long-temps on n’a tenu aucun compte de cet important avis, et ce n’est que tout récemment qu’on a songé à tirer parti d’un produit que la nature nous offre presque sur notre sol, et qu’on allait chercher jusque dans l’Inde. Malheureusement , les entrepreneurs de cette exploitation se sont laissé entraîner par une spéculation mal raisonnée. Ils ont versé dans le commerce une quantité d’acide borique fort au-dessus de la consommation; et maintenant, la valeur en est tellement tombée, qu’ils ne doivent tirer aucun avantage d’une entreprise qui, plus sagement dirigée, eût certainement rapporté de grands bénéfices. Toutefois, pour extraire Facide borique naturel, on recueille les espèces de boues qni sont rejetées sur les bords des lagoni , et on les lessive avec l’eau presque bouillante de ces sources thermales. On obtient ainsi une dissolution qui, évaporée quelquefois par la simple chaleur du sol, donne de 3 à 4 pour cent d’acide cristallisé en petites paillettes d’un blanc grisâtre; c’est dans cet état qu’on l’emploie pour la fabrication du borax artificiel, ainsi qu’il en sera fait mention à cet article. Les seules difficultés qu’on éprouve pour ce genre de travail ne tiennent qu’aux localités. La plupart de ces sources sont situées sur des montagnes où le bois est extrêmement rare. Si on pouvait compter sur la stabilité du terrain, on profiterait de la chaleur qui lui est naturelle ; mais les bouleversemens fréquens qu’il éprouve par ces sortes d’irruptions de vapeurs, d’eau et de boue, rendent inutiles toutes les dispositions qu’on pourrait faire à cet égard. D’un autre côté, on ne peut se livrer à cette exploitation que pendant quelques mois de l’année ; l’air qui environne ces Jagoni est tellement humide et malsain, à cer-
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- taines époques, qu’il devient impossible d’y séjourner sans être atteint de fièvres intermittentes très rebelles.
- Les naturalistes paraissent ignorer complètement l’origine de l’acide borique ; personne du moins n’a tenté d’en expliquer la présence dans les eaux de ces lagoni. On a remarqué seulement qu’il était en plus grande quantité dans certains d’entre eux que dans quelques autres, et on a vu aussi que les sources qui étaient les plus tourmentées, et d’où les vapeurs sulfureuses se dégageaient plus tumultueusement, étaient précisément celles qui en contenaient davantage.
- L’acide borique ou boracique a long-temps porté le nom de sel sédatif de Hombergj, parce que ce chimiste, qui en fit la découverte en 1702 , lui attribua des propriétés calmantes très prononcées. Cette opinion s’était tellement accréditée, qu’il a fallu l’expérience de près d’un demi-siècle pour s’apercevoir del’erreur. Cependant on enfaitencore quelque usage en médecine, mais sous un tout autre rapport; on l’emploie, mélangé, à la dose d’un huitième, avec la crème de tartre, pour la rendre plus soluble.
- Homberg préparait son prétendu sel sédatif en chauffant dans un alambic de verre un mélange de borax pulvérisé et de sulfate de fer calciné ; la décomposition réciproque s’effectuait ; l’eau contenue dans le borax entraînait, en se volatilisant, une partie de l’acide borique, qui venait se condenser en beaux feuillets nacrés à la voûte du chapiteau. Lemery, fils, peu de temps après, fit voir qu’une dissolution de borax, traitée par les acides ordinaires, donnait immédiatement le sel sédatif. Depuis cette époque, on a renoncé à la première méthode, et on se contente de faire une dissolution concentrée de borax, et d’y verser, lorsqu’elle est encore très chaude, de l’acide sulfurique, jusqu’à ce qu il y en ait un excès. Par le refroidissement, l’acide se prend en masses feuilletées et à reflets nacrés; on décante les eaux-mères; on lave avec une petite quantité d’eau froide, pour enlever le sulfate de soude qui pourrait rester interposé ; on egoutte de nouveau, et on sèche à l’étuve. L’acide borique, ainsi préparé , n’est pas pur ; il retient, malgré les lavages, une quantité assez notable d’acide sulfurique, dont on a beaucoup de
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- peine à le séparer. On a même cru que cela formait une combinaison à proportions déterminées. Il ne paraît pas qu’il en soit ainsi; car l’acide sulfurique peut en être entièrement séparé par plusieurs cristallisations successives. Lorsque l’acide borique est parfaitement pur, il ne cristallise plus en larges feuillets, mais en petites paillettes très fines (i).
- Les propriétés les plus saillantes de l’acide borique sont: d’avoir une saveur plutôt douceâtre qu’acide; d’être inodore, et de rougir faiblement le tournesol. L’eau bouillante en dissout treize fois son poids , tandis que l’eau froide n’en retient guère qu’un quarantième; exposé à l’action d’une chaleur un peu forte, il perd d’abord son eau de cristallisation, puis il se vitrifie complètement. C’est un des corps les plus fixes que l’on connaisse; aussi l’emploie-t-on comme un des meilleurs fondans. 11 a aussi la propriété de faire brûler , avec une flamme verte, l’alcool qu’il tient en dissolution, ainsi que le papier qui en est imprégné. Ce phénomène avait fait penser à plusieurs auteurs anciens que le cuivre était un des élémens de cet acide. On le regarde maintenant comme formé d’oxigène et d’un radical auquel on a donné le nom de bore. MM. Gay-Lussac et Thénard sont parvenus les premiers à en faire la décomposition au moyen du potassium. R.
- Acide cakboxique. L’acide carbonique, considéré seulement sous le point de vue de ses usages et de sa fabrication, exigera d’autant moins de détails, que nous y reviendrons en traitant de chacune de ses applications.
- Cet acide, lorsqu’il est libre de toutes combinaisons, est un gaz incolore, d’une pesanteur presque double de celle de l’air; il éteint les corps en combustion, rougit le tournesol, et asphyxie les animaux. Il existe tout formé dans la nature. On le rencontre dans quelques cavités, ou souvent il forme une couche de plusieurs pieds d’épaisseur : c’est ainsi qu’on le trouve dans la Grotte du chien, près de Naples; dans celle du Puy de la- poule, à
- (i) La combinaison du sulfate de soude avec l’acide borique attaque le pb" tine au point de le percer.
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- Nevrac, dans le Vivarais; dans la caverne de Pyremont, etc. Il fait partie constituante de l’air atmosphérique, et il existe non-seulement à l’état de dissolution dans plusieurs sources naturelles; mais, en outre, combiné avec différentes hases, et particulièrement avec la chaux, la baryte , la strontiane , l’oxide de fer, de plomb, etc. L’acide carbonique se produit aussi dans la plupart des fermentations ou décompositions spontanées des matières végétales et animales; enfin il est peu de composés naturels aussi généralement répandus. Sa combinaison avec la chaux forme à elle seule une grande partie de la masse solide de notre globe. C’est le premier fluide élastique que les chimistes aient connu, et, sous le rapport historique de la science, il n’est peut-être pas de corps qui mérite plus d’attention ; car il n’en est aucun autre qui ait été la source de plus d’observations importantes. C’est à sa découverte que remonte réellement l’origine de toute la chimie moderne. Black fut le premier à en bien étudier les propriétés. Cavendish, Priestley et Lavoisier se livrèrent successivement à de nombreuses recherches qui, les conduisant de découvertes en découvertes, vinrent leur fournir tous les matériaux de la nouvelle doctrine.
- L’acide carbonique porta successivement les noms d’air fixe, d’acide méphitique, d’acide aérien, d’acide crayeux; et ce ne fut qu’en 1787, époque à laquelle sa composition fut définitivement connue, qu’on lui consacra la dénomination qu’il porte aujourd’hui.
- Il est toujours facile de reconnaître la présence de l’acide carbonique , partout où il se rencontre sous forme de gaz. Bien que ce soit un acide peu énergique, il a cependant assez de tendance a la combinaison pour abandonner immédiatement son état aeriforme, lorsqu’on le met en contact avec des oxides terreux ou alcalins. Il détruit ou atténue leur causticité , et îl leur donne 14 Propriété de faire effervescence avec les autres acides. Si on expose, en effet, au contact d’un fluide qui contienne de l’acide carbonique , une dissolution de chaux, de baryte ou de toute autie base dont le carbonate soit insoluble , on voit sur-le-champ une pellicule se former à la surface de la dissolution.
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- Cette pellicule tombe, par une légère agitation, au fond du liquide; bientôt elle se trouve remplacée par une deuxième, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’acide carbonique soit absorbé ou que la dissolution soit épuisée. Si l’expérience se fait en vaisseaux clos, le volume du gaz, en le supposant non soluble par lui-même, diminue d’une quantité relative à la proportion d’acide carbonique qu’il contient. On peut par ce moyen en déterminer exactement le rapport ; mais on se sert alors plus volontiers de dissolution de potasse ou de soude, parce que l’absorption est plus complète et plus rapide. Il est facile de régénérer l’acide carbonique, si on veut l’obtenir isolément pour constater ses propriétés. Il suffit pour cela de le dégager de la combinaison qu’il vient de contracter, en soumettant le carbonate obtenu à l’action d’un acide plus puissant. Si la proportion d’acide carbonique contenu dans un fluide élastique se trouve trop petite pour qu’on puisse l’estimer par le procédé que nous venons d’indiquer, ainsi que cela a lieu pour l’air, alors on fait passer un certain nombre de litres de ce gaz au travers d’une dissolution de chaux, ou mieux de baryte. On recueille ensuite avec soin le carbonate insoluble qui s’est formé; et comme la composition en est parfaitement connue d’avance, on en conclut la proportion d’acide carbonique qui a été absorbé.
- Parmi les causes qui peuvent concourir à la formation de l’acide carbonique, nous n’avons fait mention ni de la combustion des matières organiques, ni de la respiration des animaux. Cependant ces causes doivent d’autant plus exciter notre attention , qu’elles deviennent souvent pour nous une source de destruction. Combien ne pourrions-nous pas citer d’exemples S asphyxies produites par des combustibles qui, en brûlant dans un air trop limité, ont substitué au fluide vivifiant qu’il contenait ce gaz acide carbonique, résultat nécessaire de leur igni-tion, mais délétère pour tous les animaux qui sont soumis à son action ! Et ne voyons-nous pas chaque jour de graves incou-véniens résulter de l'accumulation d’un trop grand nombre d individus dans une même enceinte? A la vérité, on doit plutôt attribuer ces inconvéniens à la dissolution de l’air, et au manque
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- d’osigène, qu’à l’influence de l’acide carbonique. De plus grands développemens sur ces importantes considérations seront donnés à l’article Asphyxie j et au mot Assainissement ; mais on peut déjà déduire de ce qui précède , que les meilleurs moyens de soustraire l’acide carbonique, lorsqu’il peut devenir nuisible, consistent soit à aérer convenablement les milieux où il se produit, soit à l’absorber avec des dissolutions alcalines.
- A l’article des eaux minérales, nous indiquerons comment on peut dissoudre l’acide carbonique, en assez grande quantité, dans l’eau. Sous dirons aussi par quel procédé on peut parvenir à déterminer rigoureusement la proportion contenue dans un liquide; et, en traitant des carbonates,nous citerons toutes ses combinaisons les plus usitées.
- L’acide dont il est ici mention, étant un des moins énergiques, est dégagé de toutes ses combinaisons par le plus grand nombre des autres acides; aussi ne manquons-nous pas de moyens de nous le procurer. Les difierens carbonates soumis à l’action d’un acide ordinaire quelconque, cèdent immédiatement leurs bases, et l’acide carbonique se restituant instantanément à l’état de fluide élastique , produit une vive effervescence, formée par la réunion de toutes les bulles de gaz, qui tendent simultanément à se dégager. On peut aussi, pour quelques opérations particulières, tirer parti de celui qui se forme pendant la combustion du charbon, ainsique nousleverrons dans un autre article.
- L’acide carbonique, dont l’action est si malfaisante quand il est respiré en trop grande quantité, devient souvent un médicament salutaire lorsqu’on l’administre en dose convenable; c’est ainsi que, dissous dans l’eau, il passe pour rafraîchissant, antifébrile et antiseptique. On le regarde aussi comme capable de préserver les matières végétales et animales de la putréfaction. C’est lui qui donne une saveur piquante et agréable à la bière, au cidre, et aux vins mousseux. Il paraît qu’il est le véhicule destiné à transmettre aux plantes le carbone dont elles ont besoin.
- Un volume de gaz acide carbonique contient un volume égal au sien de gaz oxigène; il est formé, en poids, de 27,076 de carbone, et de 72,624 d’oxigène sur 100.
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- Un litre d’acide carbonique à o° et à om, 7S, pèse 1 gr. 3741,
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- Acide citrique. Les teinturiers et les imprimeurs sur toile ont long-temps regre té que le prix élevé de l’acide citrique ne leur permît pas de l’employer pour certaines opérations délicates, dans lesquelles ils lui avaient reconnu un grand avantage sur les autres acides. Chaque jour nous voyons cette difficulté s’aplanir, et ce sera encore à l’amélioration des procédés chimiques qu’on en sera redevable.
- Cet acide, ainsi que son nom l’indique , se tire du citron ; on le trouve aussi dans plusieurs fruits du même genre, tels que oranges, cédrats, limons, et dans un assez grand nombre d’autres espèces; mais il n’en est aucun qui en contienne autant que le premier. Celui-ci est malheureusement assez rare dans les pavs où on a le plus besoin de son acide. Pour se le procurer, on est donc obligé d’en extraire le suc et de le transporter où il est de quelque usage; cette méthode n’est pas sans inconvénient, parla difficulté qu’on éprouve à le conserver. L’acide y est tellement étendu et mélangé à diverses substances qui peuvent nuire à son action, qu’on ne saurait, dans beaucoup de cas, l’employer tel que la nature nous l’offre. On a cherché d’abord les moyens de le concentrer à l’aide de la chaleur ; on présumait que cette espèce de coction qu’il subissait agglutinait son mucilage et le rejetait parmi les écumes; mais il arrivait constamment que ce produit était détérioré par la température élevée qu’on lui faisait subir. Georgius , chimiste suédois, proposa, en 1774,1m procédé pour séparer le mucilage, et concentrer en même temps l’acide sans l’altérer en rien. Son moyen consistait à distribuer le suc de citron dans des bouteilles bien bouchées et exactement remplies; ces bouteilles étaient ensuite conservées pendant longtemps dans une cave où elles étaient renversées. Peu à peu le mucilage se précipitait, et le liquide devenait aussi limpide que de l’eau. On filtrait de nouveau, puis on concentrait par la congélation , en ayant soin toutefois de n’exposer le suc de citron qu’à une température de quelques degrés au-dessous de zéro ; un froid trop fort le congèle entièrement. Georgius était parvenu ainsi à
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- réduire le suc de citron à un huitième de son volume primitif,, et à lui donner une force saturante bien supérieure à celle qu’il avait auparavant.
- A une époque plus reculée , Scheele, qui s’était occupé avec tant de succès de l’étude des acides végétaux, et qui en avait découvert un grand nombre, appliqua au jus de citron le procédé qu’il avait déjà employé pour obtenir à l’état de pureté l’acide contenu dans le tartre. Ce procédé a été généralement adopté, et on en.a tiré un tel avantage, que maintenant on livre dans le commerce cet acide pur et cristallisé à une valeur assez modique pour qu’on puisse l’employer dans toutes les opérations qui en réclament l’usage. Les Anglais qui, par leurs relations commerciales , sont plus à même que nous de se procurer le sue de citrons en aussi grande quantité qu’ils le désirent, se sont beaucoup occupés de la fabrication en grand, de l’acide citrique. On trouve dans les Essais chimiques de Samuel Partes beaucoup de renseignemens utiles sur cette fabrication. Nous n’entrerons pas dans autant de détails ; mais nous donnerons tout ce qu’il est essentiel de connaître pour réussir complètement dans cette opération.
- Le sue de citrons , au moment où il vient d’être extrait, contient, outre l’acide dont nous venons de faire mention, un principe extractif qui y est en complète solution, beaucoup de mucilage, dont une partie n’est qu’en suspension et trouble la transparence du liquide. Si on procédait immédiatement à ïa saturation, toute cette portion de mucilage se mêlerait au citrate insoluble, et rendrait presque impossible la purification de 1 acide. De là, la méthode d’abandonner le suc à lui-même pendant quelque temps: il subit alors uu commencement de fermentation ; le mucilage se dépose, et le liquide s’éclaircit. On décante la partie supérieure, puis on filtre le sédiment Si , au contraire, le suc qu’on veut traiter est anciennement préparé r et qu on n’ait aucune garantie de sa qualité, il faut le soumettre a quelques essais, en se basant sur les données suivantes. On Peut supposer qu’on l’a étendu d'eau pour en augmenter le poids, ou bien qu’on lui a ajouté des acides étrangers pour lui
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- donner de la force. Dans le premier cas, sa densité et sa capacité de saturation seront moindres que lorsqu’il n’a pas été allongé. La pesanteur spécifique du suc de bonne qualité varie de i,c3i2 à 1,062.5. D’un autre côté, on peut s’assurer de son degré en suivant la marche qui a été indiquée au mot Acide ; et ayant soin, bien entendu, de faire l’expérience comparative arec du suc dont on est certain. Pour la deuxième supposition, il s’agira de s’assurer de la présence des acides étrangers, et on ne pourra jamais avoir d’indécision qu’entre les acides sulfurique, muriatique , nitrique et acétique. Le premier se reconnaît au moyen du nitrate de baryte ; le deuxième avec le nitrate d’argent, para que le sulfate de baryte et le muriate d’argent qui se forment sont insolubles même dans l’acide nitrique pur. Si donc, l’un ou l’autre de ces réactifs produit des précipités qui résistent à cette épreuve, la fraude sera évidente et reconnue. Quant aux deux autres acides, comme toutes leurs combinaisons sont solubles, il faut avoir recours à un moyen différent : on sature par de la craie le suc soumis à l’expérience, ainsi que celui qui sert de terme de comparaison-, on laisse déposer tout le citrate calcaire. Il est certain que, si le premier contient soit de l’acide nitrique, soit de l’acide acétique, le sel calcaire soluble qui se sera formé communiquera à l’eau-mère un excès de densité -, de sorte qu’ea comparant sous ce rapport les deux liqueurs, on pourra se convaincre de l’addition supposée.
- En admettant que le suc de citron qu’on veut employer ait été reconnu pour être de bonne qualité, il faudra, pour le traita à la manière de Scbéele, s’y prendre comme nous allons l’indiquer. On verse d’abord tout le sue dans une cuve en bois blanc; puis on y ajoute de la craie en petite quantité à la fois, et le plus également possible. On brasse fortement à chaque addition, et quand la saturation est achevée, ce qui exige à peu pré un seizième de craie, on abandonne au repos pendant un temp suffisant. La liqueur surnageante est ensuite décantée à l’aide de siphons. Ce qui reste , c’est-à-dire le citrate calcaire, doit être lavé et brassé fortement à l’eau chaude, et les lavages ont besoin d’être réitérés jusqu’à ce que l’eau en sorte parfaitement clri*
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- Ce point de l’opération est un des plus importans pour obtenir un beau produit Lorsque le citrate de chaux, est bien rincé, on le laisse égoutter quelques instans, pour le délayer ensuite avec de l’acide sulfurique, dans la proportion de 9 liv. d’acide concentré par 10 liv. de craie employée ; mais comme cet acide serait trop énergique dans cet état, et qu’il détruirait l’acide citrique, on l’étend de 3 ou 4 parties d’eau, avant de le verser sur le citrate. Si on a soin de ne faire son mélange d’eau et d’acide qu’au moment de l’employer, la chaleur qui se manifeste alors favorise tellement la réaction, qu’il devient inutile de chauffer pour déterminer une plus complète décomposition. L’acide sulfurique ne doit être ajouté que portion par portion, et il est indispensable de brasser avec beaucoup de soin. Sans cette précaution, les parties de citrate qui se trouveraient plus immédiatement exposées au contact de l’acide, s’aggloméreraient en masses dures, qui ne se laisseraient plus pénétrer par le liquide, en telle sorte qu’une portion du citrate se trouverait tout-à-fait garantie. Lorsque cet inconvénient a lieu, il faut, avant d’ajouter d’autre acide, délayer le tout dans une petite quantité d’eau, et faire couler au travers d’un tamis, afin de diviser le précipité. Si l’opération a été bien conduite, on remarque à cette époque qu’à mesure que l’on ajoute les dernières portions d’acide, le mélange perd de sa consistance, et devient de plus en plus liquide. Ce phénomène est dû bien évidemment a la cohésion que prend le sulfate de chaux ; ses molécules deviennent grenues, comme cristallines, et se séparent du liquide. Aussitôt que tout l’acide est ajouté, on abandonne le mélange pendant quelques heures, en ayant soin cependant de brasser de temps à autre.
- Pour juger de l’état delà dissolution, et voir si la décomposition a été complète, on filtre un peu delà liqueur surnageante, pour l’essayer par le nitrate de baryte. Si le précipité qui se forme n’est pas presque entièrement soluble dans l’acide nitrique pur et'affaibli, c’est qu’il y a encore beaucoup d’acide sulfurique libre, et que, par conséquent, la décomposition n’a point en tout le succès désirable. On aide alors l’action, en versant Tome I. 6
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- le tout dans une chaudière en plomb, et chauffant légèrement On essaie de nouveau, et si le même phénomène se reproduit toujours, c’est qu’on aura décidément employé une trop forte proportion d’acide; le seul moyen d’y remédier est d’ajouter un peu de citrate calcaire et de laisser réagir.
- Quand on est arrivé au point où le précipité d’essai par le nitrate de baryte se redissout presque complètement, on laisse le mélange en repos jusqu’à ce que le sulfate de chaux soit bien déposé ; ensuite on décante, on filtre , et on lave le résidu à plusieurs reprises. Ce lavage doit être fait à froid, afin de dissoudre le moins possible de sulfate de chaux.
- Une fois qu’on a tout l’acide citrique réuni dans les dissolutions. il ne s’agit plus que d’évaporer pour l’avoir à l’état cristallin. Cette évaporation peut se faire dans des bassines de plomb, d’étain, ou mieux encore dans des terrines de grès, mises au bain-marie. A la vérité, par ce dernier moyen, l’opération est un peu plus longue, mais aussi moins exposée aux accidens. Dans tous les cas, la concentration peut marcher assez rapidement, jusqu’à réduction à peu près des § du liquide; mais alors on doit y aller avec plus de ménagement, et c’est surtout à cette époque qu’il devient utile d’employer le bain-marie. L’évaporation est continuée jusqu’à ce que de petites masses cristallines viennent se former à la surface, et se réunir en assez grand nombre pour présenter une péllicule de l’étendue de presque toute la surface du liquide. Arrivé à ce degré, si la concentration se fait à feu nu, il faut se hâter d’enlever la bassine, si on ne veut courir les risques de voir tout se char-bonner en très peu d’instans. Dans le cas contraire , on peut laisser les vases en place, et les abandonner au repos pendant trois ou quatre jours pour que la cristallisation ait lieu. Il deviendrait inntile d’excéder le terme que nous indiquons, on n’en obtiendrait pas plus de cristaux. Il arrive fréquemment que la cristallisation est entravée par la présence d’une certaine quantité de citrate de chaux, qui est retenue en dissolution par l’acide citrique lui-même. Aussi les praticiens recommandent-ils généralement d’ajouter, vers la fin de l’évapo-
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- ration, une petite proportion d’acide sulfurique étendu, pour en favoriser la séparation. Quelquefois même on est obligé de réitérer cette addition, en ayant le soin, à chaque fois, de suspendre l’évaporation pour quelques heures, afin de laisser le temps au sulfate de se déposer. Si par hasard on allait jusqu’à mettre un petit excès d’acide sulfurique, l’inconvénient ne serait pas très grave, car la cristallisation ne s’en ferait que mieux. La première qu’on obtient est formée de rhomboïdes bien prononcés , et souvent même peu colorés. Les plans de ces rhomboïdes sont terminés entre eux sous des angles d’environ Go et 120°, et les extrémités sont terminées par quatre faces trapézoïdales qui embrassent les angles solides. Quelquefois, mais assez rarement, on obtient des cristallisations en aiguilles ; une nouvelle dissolution suffit pour les ramener à la forme habituelle.
- Pour obtenir l’acide parfaitement blanc, il faut le faire re-cristalliser à plusieurs reprises, et avoir soin de redissoudre chaque fois les cristaux dans la moindre quantité d’eau possible , de laisser reposer les dissolutions, ou de les filtrer avant de les faire évaporer.
- Quant aux eaux-mères, lorsqu’elles sont épuisées, et qu’elles refusent de cristalliser, il faut les étendre d’eau, les saturer par la craie, laverie citrate obtenu, et agir absolument de la même manière que si on opérait sur nouveau suc de citrons.
- On assure, d’après l’autorité d’Aikin, qu’en ajoutant dans les dissolutions concentrées un peu d’alcool, cela hâte beaucoup la cristallisation.
- De 16o liv. de suc de citrons de bonne qualité, on obtient i81iy.de citrate calcaire, et de celui-ci îo liv. d’acide citrique blanc.
- On a remarqué que le suc de citrons, anciennement préparé, exigeait moins de craie pour sa saturation, et qu’une portion notable de cette craie, ou du moins de la chaux qui en fait la base, restait dans la liqueur à l’état de malate on d’acétate calcaire. Dans ce cas, on aurait tort de calculer la quantité d acide sulfurique à ajouter, d’après la proportion de craie employée à la saturation. Il serait bien plus exact, pour
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- éviter de faire dessécher tout le citrate, d’en prendre quelques grammes, de les calciner fortement dans un petit creuset ouvert, de peser le résidu, pour connaître la quantité de chaux obtenue, et d’ea conclure la proportion d’acide sulfurique à employer pour la totalité.
- Nous ne croyons pas devoir appeler l’attention sur la partie théorique de la préparation de l’acide citrique; elle est si simple, qu’elle n’exige aucune explication. En saturant le jus de citrons par de la craie, on forme du citrate calcaire insoluble. Celui-ci, traité par l’acide sulfurique, cède sa base ; le sulfate de chaux qui en résulte est insoluble, tandis que l’acide citrique, devenu libre, reste en dissolution dans l’eau; celle-ci, évaporée à l’aide de la chaleur, donne l’acide cristallisé.
- Quelquefois les fraudeurs mêlent de l’acide tartarique parmi les cristaux d’acide citrique : cette supercherie n’est pas toujours aisée à reconnaître; cependant, avec un peu de patience, on en vient à bout. Les cristaux d’acide tartarique sont plus allongés, les autres sont plus arrondis ; 01 peut donc parvenir à les trier. On fait une dissolution, un peu concentrée, de ceux qui paraissent suspects ; on y ajoute de la potasse, mais en moindre quantité qu’il n’en faut pour saturer. Si c’est réellement de l’acide tartarique, on voit immédiatement se précipiter des cristaux de crème de tartre. Parmi les nombreux usages auxquels on destine l’acide citrique, il en est plusieursqui n’exigent pas qu’il soit parfaitement pur, ni même cristallisé; il suffit de l’avoir en dissolution un peu concentrée, et alors il revient à .bien meilleur compte. Beaucoup de fabricans de toiles peintes le préparent eux-mêmes, et ne le font pas cristalliser.
- Dans l’économie domestique, on se sert fréquemment du jus de citron pour assaisonner les alimens, parce que l’arome qu’il retient le rend plus agréable que tout autre acide. Quand il a été purifié, il n’offre plus le même avantage ; son parfum est tout-à-fait détruit, et son acidité, qui n’est plus adoucie par le mucilage du fruit, est devenue trop austère pour nos organes. Cependant on s’en sert pour faire ce qu’on appelle la limonade sèche. Les yoyageurs surtout aiment à s’en approvisionner.
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- Cette poudre se prépare en faisant un mélapge très exact de demi-once d’acide citrique cristallisé, et d’une 1 ivre de sucre passé au tamis de soie. On aromatise le tout avec 5 à 6 gouttes d’essence de citron, versée sur un morceau de sucre, que l’on broie ensuite avant que d’être ajouté au reste. On conserve la poudre dans des bocaux bien secs et bien bouchés.
- L’acide citrique partage avec l’acide oxalique la propriété d’enlever très facilement les taches de rouille de dessus les tissus ; aussi les dégraisseurs l’emploient-ils quelquefois. Dans la teinture, on en fait un usage hienplus fréquent ; c’est le seul acide qu’on puisse employer avec avantage pour aviver les couleurs du carthame. Il paraît qu’on s’en sert aussi pour préparer une dissolution d’étain , qui produit, avec la cochenille, de plus beaux écarlates que le sel d’étain ordinaire , surtout pour la soierie et pour le maroquin. Il a la propriété de blanchir et de durcir le suif ; mais l’acide tartarique réussit à peu près aussi bien. R.
- Acide tluorique. La singulière propriété que possède l’acide fluorique, d’attaquer et de rouger le verre, a permis d’en faire quelques applications utiles dans les arts. Sous ce rapport, nous devons en consigner ici les principaux , caractères, et donner les moyens de se le procurer facilement. Nous le retirons d’une de ses combinaisons naturelles, qui a été connue long-temps avant qu’on y soupçonnât l’existence d’un acide particulier. Les minéralogistes les désignaient sous le nom de spath fluor. Margraff fut le premier à s’apercevoir que l’acide sulfurique attaquait ce spath, et que les vases de verre dont il.se servait pour cette opération se perforaient de toutes parts; niais la cause de ce phénomène lui resta tout-à-fait inconnue. Quelques années après, Scheele lit l’analyse exacte de ce même minerai, et trouva que c’était un véritable sel formé de chaux et é un acide nouveau, auquel il donna le nom d’acide fluorique. C’est ce sel que les chimistes actuels appellent fluate de chaux, et que les minéralogistes nomment chaux fluaièe.
- L'ne découverte aussi remarquable ne manqua pas de trouver es contradicteurs ; les uns voulurent, avec Priestley, que ce
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- corps nouveau ne fut autre qu’une modification de l’acide sulfurique; plusieurs prétendirent que c’était de l’acide muriatique volatilisé par la silice, et Sage le. considéra comme un état particulier de l’acide phosphorique. Scheele répondit victorieusement à toutes les objections, et sa découverte se maintint dans toute son intégrité.
- Les chimistes qui s’occupèrent de l’étude de cet acide observèrent tous que ses vapeurs, en se dissolvant dans l’eau, abandonnaient une substance terreuse ; Bergmann et Scbeele reconnurent même que c’était de la véritable silice; mais aucun d’eux ne soupçonna l’origine de cette terre. Plusieurs, et particulièrement Scbeele, supposèrent qu’elle se formait dans l’opération même. Wiegleb fut le premier à constater que cette silice appartenait aux vases qu’on employait, et à démontrer que c’était l’acide fluorique qui la dissolvait et qui l’entraînait en vapeurs; que l’eau détruisait cette combinaison pour s’emparer de l’acide-
- Lorsque ces faits intéressans furent plus généralement connus, on chercha de tous côtés à mettre à profit cette rare propriété de l’acide nouveau. En France ce fut M. de Puymaurin qui l’appliqua le premier à la gravure sur verra
- Cet acide, lorsqu’il est parfaitement sec, et qu’il est enfermé dans un vase transparent, est un gaz tout aussi incolore et invisible que l’air; mais il s’en faut de beaucoup qu’il ait son innocuité. Aussitôt qu’on le répand dans l’air, il en absorbe l’humidité, et se transforme en vapeurs ou fumées blanchâtres, d’une odeur piquante, analogue à celle de l’acide hydro-chlo-rique, et qui sont tellement corrosives, qu’on ne saurait trop s’en garantir ; elles agissent avec une énergie effrayante sur le tissu animal. Ce gaz acide a une excessive affinité pour l’eau, et s’y dissout avec une rapidité extrême : dans cet état de liquidité, il jouit encore des mêmes propriétés, mais à un moindre degré: sa saveur est d’une acidité très prononcée ; aussi rougit-il fortement le tournesol. Sa combinaison avec l’oxide d’argent est m-soluble; ce caractère a suffi pour le distinguer de l’acide hvêro-chlorique.
- Dans les arts on n’a jamais besoin de recueillir l’acide fia0-
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- rique à l’état de gaz ; mais souvent on expose à son contact le verre qu’on veut dépolir ou graver, et alors ou met du fluate de chaux ordinaire et pulvérisé dans un vase en plomb, d’une forme relative à celle du corps que l’on veut soumettre à l’action du gaz. On délaie le fluate avec le double de son poids d’acide sulfurique concentré, et on superpose la pièce de verre; c’est ' a;nsi qu’on peut dépolir en très peu d’instans ces globes de cristal dont on se sert pour les lampes, les verres à quinquets, etc., etc. S’il s’agit, non de dépolir toute une surface, mais seulement de tracer quelques figures ou dessins, on enduit la partie sur laquelle on veut graver d’une couche d’une espèce de mastic composé de trois parties de cire jaune et d’une partie de térébenthine ordinaire; on enlève ensuite ce mastic à l’aide d’une pointe ou d’un burin, partout où l’on veut que l’acide agisse. Il faut nécessairement que , dans tous ces endroits., le verre soit bien mis à nu et parfaitement net pour que l’acide morde également. Quelquefois on emploie l’acide liquide, et l’on suit absolument le même procédé que pour la gravure à l’eau-forte sur cuivre, c’est-à-dire, qu’après avoir fait le dessin comme nous venons de l’indiquer, on environne la surface qui doit être gravée, d’un petit bourrelet de mastic, puis on verse l’acide liquide, et on laisse sécher au soleil ; on chauffe ensuite légèrement la plaque pour enlever la cire , et on repasse par les moyens ordinaires les traits qui ne seraient pas bien venus.
- Pour faire l’acide fluorique liquide, on est obligé de se servir d’un appareil en plomb, qui se compose ordinairement d’une cornue faite de deux pièces et d’une allonge courbe ; dans laquelle viennent se condenser les vapeurs ; on délaie dans la capacité inférieure de la cornue le fluate avec l’acide sulfurique; on adapte immédiatement le chapiteau, et on enduit la jointure d’un peu de lut gras, qu’on recouvre ensuite de papier collé; on place la cornue sur un fourneau, et on ajuste avec som l’allonge dans laquelle on a mis un peu d’eau, environ une once par livre de fluate. Cette allonge doit être disposée sur one terrine, afin de pouvoir rafraîchir à volonté et l’entourer dun linge mouillé. Cette allonge est perforée,.à son extrémité,
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- d’un très petit trou, destiné à donner issue aux vapeurs qui ne se seraient pas condensées.
- Quand l’appareil est monté, on chauffe légèrement le mélange , et de temps à autre on ajoute quelques charbons ardens, sans cependant soutenir une chaleur bien régulière. Après cinq ou six heures de réaction, on laisse refroidir entièrement, puis on délute et on verse, dans un flacon également en plomb, le liquide contenu dans l’allonge. Cet acide ainsi étendu suffit pour les usages que nous venons d’indiquer ; mais si on voulait, pour quelque autre emploi, l’obtenir à son maximum de concentration et de pureté, il faudrait alors, loin d’ajouter de l’eau dans l’allonge, la bien dessécher, se servir d’acide sulfurique à 66°, de fluate de chaux transparent et incolore, et rafraîchir les vapeurs avec un mélange de glace pilée et de sel marin. C’est ainsi que MM. Thénard et Gay-Lussac ont recueilli un acide si concentré, qu’en le versant dans de l’eau, il produisait le même bruit que si on y eût plongé un fer rouge.
- L’acide fluorique a une telle action sur tous les corps, et particulièrement sur ceux qui contiennent de la silice, qu’il devient extrêmement difficile de le soumettre à des expériences de recherches. Aussi, jusqu’à présent sa composition est-elle restée entièrement inconnue. On admet cependant, et seulement par analogie, qu’il contient un radical auquel on a donné le nom de fluor j mais on ignore absolument si ce radical est combiné avec l’hydrogène ou avec l’oxigène. En général, ses combinaisons ont été peu étudiées. R.
- Acide hydrochxoriqui: ( connu dans le commerce sous les noms S Acide muriatique , Acide marin j Esprit de Selj etc. )• La préparation en grand de cet acide en France date des premiers temps de la fabrication de la soude. Lorsque l’applicaticn du procédé Leblanc, pour la conversion du sulfate de soude en soude factice, fut faite dans les ateliers de M. Payen, on y opéra la décomposition du sel marin par l’acide sulfurique à 55°, dans de vastes chaudières en plomb ( de 3 mètres de long, î mètre 6S centimètres de large, et 34 centimètres de hauteur) > recouvertes de nappes de plomb et lutées. Le gaz acide qui s’cn
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- dégageait était envoyé et circulait dans un conduit en briques glaisées, de 600 mètres de développement en longueur, où il était condensé par une couclie d’eau de quelques millimètres, qui coulait lentement en sens inverse du gaz, et par une pente de 5 millimètres par mètre. On conçoit qu’à l’extrémité de ce conduit la plus rapprochée de l’appareil, l’acide hydrochlorique était aussi concentré que possible, et assez pur; et qu’à l’autre bout, l’eau qui le condensait, après avoir diminué graduellement de densité, ne contenait presque plus d’acide. Cet appareil condensateur était donc assez parfait ; mais la décomposition du sel marin ne pouvant être terminée dans les chaudières en plomb, on était obligé de l’en tirer encore liquide, pur achever cette décomposition dans un four réverbère ; on perdait par là près des 5o centièmes de l’acide hydroclilorique. La grande quantité du gaz qui se dégageait pendant qu’on vidait les chaudières en plomb , suffoquait les ouvriers , et celle qu’ils en respiraient était quelquefois assez forte pour leur faire cracher le sang ; on leur faisait boire du lait pour les préserver de cette action.
- L’emploi de l’acide hydrochlorique étant alors très peu considérable, la perte qu’on en faisait était de peu d’importance, plus tard même on fut obligé de fabriquer la soude, en négligeant totalement ce produit. On employa le procédé dit des hastrinques ; les produits gazeux étaient lancés dans de vastes souterrains, où des courans d’eau les condensaient; on évitait par là de brider toute la végétation des campagnes environnantes, ainsi que cela est arrivé fréquemment, sans cette disposition, lorsque des brouillards ramenaient sur la terre le gaz acide hydrochlorique émané des fabriques. À Marseille, où la consommation de cet acide est bien loin d’être proportionnelle à la fabrication de la soude, on emploie ce procédé; et tout récemment encore, M. Chaptal, aux environs de Paris , continuait sa fabrication montée sur ce pied.
- Depuis peu, l’emploi de l’acide hydrochlorique s’est étendu ; ce produit est devenu un double but, que s’est proposé le fa-
- ncant de soude, et les appareils pour l’obtenir ont été
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- modifiés, changés de bien des manières. Mais il serait trop long de décrire ici toutes les formes successivement adoptées; nous ne parlerons que des deux plus importantes, et qui sont encore employées aujourd’hui, et nous dirons les motifs qui doivent faire donner la préférence à un troisième mode de fabrication que nous décrirons ensuite.
- Description de Vappareil dit des Bastrinques. A la suite d’un four à soude dit four réverbère ( dont nous donnerons la description à l’article Soude ), un bassin de plomb de 33 centimètres de profondeur , aussi large que l’intérieur du four ( i mètre 66 cent. ) , et de 2 mètres de longueur , est encaissé dans la maçonnerie, de telle sorte que ses bords supérieurs, couverts de plaques en fonte, sont au niveau du passage de la flamme sortant du four; la voûte en maçonnerie qui couvre ce bassin fait suite à celle du four réverbère, et est à la même hauteur ; la flamme qui s’échappe de la calcination trouve,entre la voûte et toute la superficie des plaques de fonte un passage de onze centimètres de hauteur; elle revient ensuite sur elle-même , en parcourant un espace ménagé sous le fond du bassin, et se divise enfin en deux pour être conduite dans la cheminée par deux canaux latéraux : cette chaudière ou bassin se trouve ainsi, de toutes parts, enveloppée de conduits de la chaleur émanée du four à soude ; c’est un emploi secondaire de cette chaleur. Une porte pratiquée dans le bout du bassin s’ouvre pour que l’on y charge le sel marin ( une charge se compose assez ordinairement de 12 sacs de îoo kil. chaque, ou laoo kil. ) ; on la lute le plus hermétiquement possible, et on verse l’acide sulfurique non concentré (c’est à-dire à 54 degrésBeaumé, équivalant à—i d’acide sec; on emploie no de cet acide pour îoo de sel ), par un ajutage pratiqué à la partie supérieure du bassin : la décomposition s’opère, et le gaz acide hydrochlorique, mêlé à la vapeur d’eau, se dégage et passe au travers de quatre tuyaux en grès pour se rendre dans les réfrigérans oh il se condense; ces réfrigérons sont composés de grosses bouteilles en grès,dites bonbonnes ou dames-jeannes superposées les unes aux autres, au nombre de 7 ou 8 pour chaque issue, et renversées vertica-
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- nnent, en sorte que le gouleau de 1’une entre dans le fond de autre; le gaz les traverse toutes du haut en bas, et doit être ondensé avant d’arriver à la dernière.
- L’acide coule par en bas, et emplit successivement les bou-eilles dans lesquelles on le livre au commerce. Quand l’opéra-,ion est terminée, on ouvre la porte du bassinet on fait couler le résidu, sous forme de pâte fluide, sur un carrelage en briques, extérieur au fourneau. Ce résidu ne tarde pas à se durcir par le refroidissement; on le casse en morceaux pour le traiter ( voyez Soude ). La grande quantité de gaz qui se dégage pendant que l’on tire ce mélange rend ce moment de l’opération très pénible pour les ouvriers. Ainsi que nous l’avons dit, cette opération est très imparfaite, surtout si l’on a pour but d’obtenir l’acide hydrochlorique. La difficulté de bien luter les plaques de fonte qui couvrent le bassin, l’impossibilité de terminer la décomposition du sel, puisqu’il faut que le résidu reste liquide, enfin les pertes que l’on éprouve par les fuites et l’altération du plomb, etc., font qu’on ne peut recueillir plus de 80 à 90 d’acide hydrochlorique à 21 degrés Beaumé, ou 1170 pesanteur spécifique, équivalant à a5 d’acide réel pour ico de sel employé. Ce ne sont pas les deux tiers de ce que l’on peut obtenir.
- Le second appareil qu’on employa, et dont les fabricans se servent encore, consiste en une galère de i5 à 20 chaudières en fonte, de 66 centimètres de diamètre et 4o centimètres de profondeur , recouvertes d’un disque en plomb qui est luté et fixé aux rebords de chaque chaudière par une rondelle serrée à l’aide de boulons à vis ou à clavettes ; on y introduit d’abord le sel marin; on lute ensuite le couvercle ; on établit au moyen d’un tube recourbé la communication entre chacune de ces chaudières et une série de 7 ou 8 bouteilles en grès, à deux tubulures, à demi pleines d’eau, et qui communiquent entre elles par des tubes à doubles courbures ; on verse l’acide sulfurique à 66 degrés par un entonnoir et un ajutage fixé au couvercle en plomb; on échauffe peu à peu, en augmentant le feu graduellement, jusqu’à ce que, tout le gaz étant dégagé, le fond des chaudières devienne rouge-cerise : l’acide des deux ou trois der-
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- nières bouteilles étant à un degré trop faible,on achève delesatu rer de gaz en. plaçant ces bouteilles au premier rang, à chaqa opération. 11 est inutile de donner de plus longs détails sur c procédé, qui présente assez d’inconvéniens pour qu’on y don, renoncer. Un des plus graves est la difficulté d’arracher les culots de sulfate de soude qui s’attachent au fond des chaudières, et y tiennent souvent avec beaucoup d’adhérence. Le combustible, la main-d’œuvre et l’usé des vases sont aussi beaucoup plus coûteux que dans le mode de fabrication que nous allons indiquer.
- Description de Vappareil dit des Cylindres. Nous supposerons un fourneau (voyez la fig. 1 pl. 2, des Arts chimiques) construit pour 20 cylindres dont les dimensions sont : longueur î mètre 65 centimètres, diamètre 5o centimètres, épaisseur 3 centimètres; la fonte doit en être bien homogène, et l’épaisseur bien uniforme, afin d’éviter les dilatations inégales qui les font fendre. Quoique le même fourneau contienne ces 20 cylindres , ils y sont séparés par paires dont chacune a sa voûte et son foyer ( voyez la description du même appareil, Acide nitrique ). Il est utile que toutes les parties de ces cylindres soient chauffées également, afin que la décomposition du sel y soit simultanée et que les acides les attaquent moins ( la fonte, est d’autant moins attaquée qu’elle est plus chaude, et que l’acide sulfurique contient moins d’eau ).
- La plupart des fabricans , dans la vue d’épargner le combustible par la construction de ces fourneaux, opposent à la flamme le plus de chicanes qu’ils peuvent, et lui font faire beaucoup de circulations à l’extérieur des cylindres ; ce système est mauvais, et ne présente pas même l’économie recherchée, parce que les passages étroits ralentissent le tirage; ils s’obstruent assez promptement par la fumée qui s’y condense, et qui se serait brûlée utilement dans un espace plus libre; la décomposition, inégalement opérée, est moins parfaite , et les cylindres sont plus fortement altérés. Il est donc bien important que la chaleur soit générale, également répandue, et forte à volonté. 11 faut pour cela que la flamme puisse envelopper à nu tout
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- le corps du cylindre ; il est bien de la faire circuler ensuite au-dessous de la voûte, pour qu’elle y dépose une partie de son calorique avant que de s’échapper par la cheminée.
- Chaque cylindre est fermé des deux bouts par un disque de fonte de 3 centimètres d’épaisseur , et du diamètre intérieur du cylindre ; il entre dedans et s’appuie sur une petite retraite circulaire. Ces disques ont à l’extérieur une poignée en fonte de même coulée, et un petit bout d’ajutage incliné de dehors en dedans, que l’on place à la partie supérieure, pour introduire l’acide d’un côté, et de l’autre, pour adapter le tube de verre ou de grès qui conduit au condensateur (la même pente de ces ajutages est nécessaire d’un bout pour que l’acide sulfurique soit facilement introduit, et de l’autre, pour qu’il passe moins l’acide sulfurique dans les récipiens, pendant la distillation ) ; le premier cylindre communique par un tube recourbé avec une bonbonne à deux tubulures, dont la deuxième tubulure envoie, par un tube aussi recourbé, le gaz non condensé dans une autre bonbonne ; cette deuxième bonbonne reçoit aussi le gaz dégagé du deuxième cylindre , et envoie, par une troisième tubulure et un tube recourbé, le gaz non condensé de ces deux premières dans une troisième , qui reçoit semblablement le gaz dégagé du troisième cylindre , et ainsi de suite jusqu’à la dernière bonbonne, qui, recevant le gaz échappé à toutes les autres, plus celui qui se dégage dn dernier cylindre, envoie tout le gaz quelle ne condense pas dans une deuxième rangée du même nombre de bonbonnes (une vingtaine) , où il passe successivement de l’une à l’autre, jusqu’à entière condensation.
- Il est utile que la première rangée de bouteilles soit entièrement plongée dans de l’eau qui se renouvelle lentement * entrant par la partie inférieure du bassin qui la contient, à l extrémité où se trouve la dernière bonbonne, et sort échauffée a ^aulre extrémité par la partie supérieure dudit réservoir ; eest dans la deuxième rangée de bonbonnes que se recueille acide hydrochlorique le plus pur ; celui condensé dans la première contient toujours un peu d’acide sulfurique, et quelquc-I°i» au sulfate de soude et du muriate de fer. Toutes ces hou-
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- teilles doivent contenir moitié de leur capacité d’eau pure, quj absorbera | de son poids de gaz acide muriatique.
- Cet appareil de condensation est peu connu, quoique bien préférable à la plupart de ceux que l’on remarque comiuu-nément dans les fabriques , et il n’est ni plus dispendieux ni plus difficile à monter; il donne d’ailleurs plus d’acide, et de l’acide plus pur ( on en obtient de xoo de sel marin i3o d’acide hydrochlorique à.2,3 degrés Beaumé, ou 1190 pesanteur spécifique, équivalant à 7^ , à peu près 3g d’acide réel; le sel marin livré aux fabricans ne représente, a cause de l’eau et de matières étrangères qu’il contient, que 7^ de sel pur, qui) dans le’rapport de 777- d’acide réel, équivalent à 43 : or, on ec obtient 3g; il n’est guère possible, en grand, d’en approche' davantage ). Tout étant disposé ainsi qu’il vient d’être indique, 011 charge les cylindres de sel marin ( 80 kil. dans chaque ) ; oi lute avec de l’argile l’obturateur ou disque en fonte, on allum: le feu et on verse l’acide sulfurique à SS degrés, dans la proportion de 80 pour 100 de sel; si l’on emploie l’acide sulfurique à 64 degrés ( il est moins coûteux de concentration e décompose mieux le sel ) , il faudra 83,25 de cet acide pu1 100 de sel marin.
- Le feu doit être allumé vivement, mais diminué aussitôt qui la distillation commence : on le continue modérément, jusqu’à ci que le dégagement se ralentisse; on chauffe alors un peu fortement pour achever la décomposition; on délute l’obturateu' pour tirer le sulfate de soude et recommencer une autre opération. Ce sulfate doit être blanc, uniforme, ne pas présenter dans sa cassure de sel marin non décomposé, et donner de 2C? à 210 pour ico de sulfate de soude cristallisé; on tire, à l’aide de siphons en verre ,tout l’acide hydrochlorique à 23 degrés date -de grosses bouteilles en grès, d’une contenance de 60 litres emballées dans des paniers d’osier avec de la paille. C’est ains qu’on le livre au commerce.
- Caractères. L’acide hydrochlorique liquide est blanc ; cels du commerce est d’une couleur ambrée, semblable à celle â l’eau-de-vie; il répand à l’air libre des vapeurs blanchâtres tft
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- acides et provoquant la toux-, projeté sur la terre ou sur le carbonate de chaux et sur tous les carbonates en général, il y fait une vive effervescence: quand il est trop faible pour que les Tapeurs qu’il dégage soient sensibles, on démontre leur présence sous forme de vapeurs blanches très prononcées, en leur opposant un peu d’ammoniac sur un bouchon de verre ou sur un corps quelconque. On distingue l’acide hydrochlorique des autres acides, même quand il est étendu d’une grande quantité d’eau, en y versant une dissolution de nitrate d’argent, qui le décompose et forme un précipité blanc cailleux d’hydrochlorate d’argent. La quantité d’acide réel contenue dans l’eau se démontre par la saturation du sous-carbonate de soude (voyez Acide , Saturation). L’acide hydrochlorique pur est composé d’un volume de chlore et d’un volume d’hydrogène.
- Usages. L’emploi de l’acide hydrochlorique a considérablement augmenté, surtout depuis que très récemment on l’a substitué à l’acide sulfurique dans la fabrication du chlore [voyez Chlore et Chlorures). Il sert aussi à décaper les métaux, à préparer Yhydrochlorate d'étain, à extraire la gélatine des os ( voyez Gélatine ). On l’nnit à l’acide nitrique pour former Vacide hydrochloronitrique , ou eau régale , qui sert à dissoudre l’or, le platine, etc.
- On expliquait ainsi ce qui se passe dans cette opération en supposant que le sel marin était dumuriate ou hydrochlorate de soude: l’acide sulfurique s’empare de la soude, et l’acide muriatique ou hydrochlorique se dégage. Cette manière d’expliquer répondait à presque tous les phénomènes, aussi bien que celle généralement adoptée aujourd’hui, et indiquée ci-après.
- Théorie. L’affinité de l’acide sulfurique pour la soude (oxide de sodium), est plus grande que celle du chlore qui y est uni dans le sel marin ou chlorure de sodium ; et comme il en résulte du sulfate d’oxide de sodium ( sulfate de soude ), l’eau doit être décomposée ; son oxigène se porte sur le sodium, tandis que son hydrogène acidifie le chlore et forme l’acide hydrochlorique ; celui-ci se dégage sous forme gazeuse aussitôt qu’il est rendu
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- libre par la combinaison de l’acide sulfurique arec la soude; quoique cette action ait lieu même à froid, elle est rendue beaucoup plus vive par la clialeur ; l’eau la favorise aussi beaucoup en augmentant les points de contact, et l’espace qui détermine le dégagement comme véhicule. Il faut une température très élevée pour chasser les dernières portions de l’acide sulfurique, vers la lin de l’opération surtout. P.
- Acide hydro-ciiloro-xitrique. Telle est, dans l’état actuel de nos connoissances, la dénomination que doit porter la préparation que les anciens appelaient eau regale et que les premiers auteurs de la nomenclature moderne ont désignée sous le nom diacide nitromuriatique. Cet acide mixte, qui jouit d’une énergie beaucoup plus considérable que celle de chacun de ses compo-sans, a été regardé pendant long-temps comme constituant un acide particulier, susceptible d’entrer intégralement dans des combinaisons salines. L’époque à laquelle on reconnaissait des nitro-muriates n’est pas encore très éloignée de nous, et il n’y a que quelques années qu’on a démontré par des analyses exactes que l’acide nitrique entrait pour rien dans ces combinaisons salines , et que l’acide muriatique seul y restait définitivement engagé; alors on fit plus d’attention au rôle que ces deux acides pourraient jouer dans leur action simultanée sur les corps, et on prétendit s’en rendre compte en disant que l’acide nitrique, plus mobile dans sa composition élémentaire, cédait facilement son oxigène à la substance métallique, et que l’oxide qui en résultait se combinait immédiatement à l’acide muriatique; et enfin que, cette combinaison une fois formée, l’acide nitrique qui était excédant, y restait tout-à-fait étranger. Tout semblait en effet autoriser cette manière devoir. Cependant, lorsque b composition de l’acide muriatique fut mieux connue, et que l’expérience eut démontré que c’était son radical seul qui se combinait, non plus avec l’oxide, mais avec le métal lui même, on fut amené à mieux juger de cet acide mixte, et à concevoir comment il pouvait attaquer des métaux que ni l’un ni l’autre, pris isolément, n’était capable de dissoudre. Voici la théorie qu’on a substituée à la précédente; elle est basée, il faut l’avouer,
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- 5Ur un beaucoup plus grand nombre de faits et il est peu probable que désormais on en puisse proposer d’autres. On se rappelle que l’ackle nitrique est formé d’azote et d’oxigèuaet que les autres combinaisons de ces deux corps, telles que le protoxide d’azote* le deutoxide ou gaz nitreux, ex enfin la vapeur nitreuse ou acide nitreux, sont moins oxigénés que lui. On sait aussi que l’acide muriatique est composé de chlore et d’hydrogène : cela posé, il devient très facile de concevoir l’action de l’eau régale sur les métaux; car cela se réduit à dire qu’une portion de l’oxigène de l’acide nitrique se combine avec l’hydrogène de l’acide hydroclilorique qu’il en résulte de l’eau qui reste dans la liqueur, du gaz nitreux qui se dégage, et du chlore qui se combine au métal pour former un chlorure. On peut aussi prouver que cette explication est conforme aux résultats. En effet, si on soumet à l’action de la chaleur de l’eau régale seule, et qu’on recueille les gaz, on obtient pour produit du gaz nitreux et du chlore ; si on ajoute un métal, tel que de l’étain, de l’or ou du platine, et que l’action ne soit pas trop vive, on ne recueille guère que du gaz nitreux. D’un autre côté, il est bien démontré que ce sont réellement des chlorures qu’on obtient dans ce cas.
- Autrefois on variait beaucoup sur les proportions respectives des deux acides qui constituent l’eau régale. La théorie que nous venons de donner conduit tout naturellement à trouver les véritables, puisqu’on sait que la quantité d’acide nitrique doit se borner à celle rigoureusement nécessaire pour décomposer l’acide liydrochlorique et mettre lé chlore à nu. Lés proportions qui se rapprochent le plus de cette donnée sont de trois parties d’acide hydroclilorique contre une d’acide nitrique, et il est telle recette ancienne qui donne précisément les proportions inverses ; aussi, quand on s’en servait pour des métaux faciles à oxider, comme pour l’étain , il était presque entièrement précipite à l’état de sur-oxide, et à peine en restait-il dans la liqueur. On trouve dans la plupart des traités anciens beaucoup de recettes pour l’eau régale, et il en est plusieurs dans lesquelles on n emploie pas le mélange direct des deux acides. On prescrit, Tome I. 7
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- dans quelques-unes, de faire macérer de l’acide nitrique su? un muriate de potasse, de soude ou d’ammoniaque ; et tantôt on emploie ce mélange pour les dissolutions métalliques, d’autres fois on indique de le faire distiller et de ne se servir que du produit de la distillation. On voit que, dans tous les cas, cela revient au même, c’est-à-dire, à la réunion des deux acides, et qu’on doit obtenir des résultats semblables, pourvu toutefois que les proportions relatives soient les mêmes ; cependant, dans la plupart des manufactures où on emploie la coclienille, on donne la préférence, pour faire la dissolution d’étain, à l’eau régale qui resuite du mélange de deux parties d’acide nitrique-et d’une de sel ammoniac. Peut-être l’ammoniaque sert - elle là à préserver le métal de toute oxidation, ou peut-être encore se forme-t-il une combinaison triple; c’est ce que j’ignore; mais ce qu’il y a de certain, c’est que l’étain s’y dissout aussi promptement que du sucre dans de l’eau et sans effervescence.
- Je terminerai cet article en rappelant que le nom A3eau régale a été donné par les alchimistes en raison de la propriété exclusive possédée par cet acide de dissoudre l’or, qu’ils regardaient comme le roi des métaux. R.
- Acide hydrocyanïque. Cet acide n’est d’aucun usage dans les arts ; mais, comme il fait la base essentielle d’une préparation très employée, nous croyons utile d’en faire ici quelque mention; il a d’ailleurs une telle action sur l’économie animale, qu’il ne peut être qu’avantageux de faire connaître ses propriétés, afin de mettre chacun à même de se garantir d’un corps aussi délétère.
- La découverte du bleu de prusse, qui fut due au hasard, a précédé de beaucoup celle de l’acide prussique; la première date de 1710, et ce ne fut que 70 ans après que Schéele parvint à isoler ce qu’on appelait alors la matière colorante du bleu de prusse. Il démontra en même-temps que ce produit devait être rangé au nombre des acides : mais comme cet illustre chimiste ne l’avait obtenu que mélangé d’une certaine quantité d’eau, il ne put se faire une juste idée de sa composition : cependant il en approcha aussi près que les circonstances et l’état delà science,le lui permirent; car il le considéra comme formé d’ammoniaque
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- et de charbon. Lorsque la doctrine du phlogistique fut renversée, et que l’oxigènc prit le rang qui lui fut assigné, comme étant le seul principe acidifiant et l’aliment nécessaire de toute combustion , on admit par analogie l’existence de ce principe dans l’acide prussique comme dans tous les autres. M. Berthollet, qui s’était beaucoup occupé de l’étude de cet acide , s’éleva contre cette idée, et il maintint, contre l’opinion générale, qu’il ne contenait que de l’hydrogène, du carbone et de l’azote. Gè chimiste lit même observer, et avec beaucoup de j ustesse, que l’hydrogène sulfuré se trouvait dans le même cas, puisqu’il rougissait le tournesol et se combinait aux bases, quoique ne contenant pas d’oxi-gène. Les expériences sur lesquelles se fondait M. Berthollet ne parurent point assez concluantes, et on conservait encore quelque doute, Lorsque M. Gay-Lussac réussit à obtenir l’acide prussique parfaitement pur, et qu’il lui fut possible de le soumettre à une analyse rigoureuse. Dès lors il fut définitivement prouvé que ce singulier et dangereux acide ne contenait en effet que les trois élémens que Scheele et Berthollet y avaient admis; il fut en outre démontré que deux de ces élémens, l’azote et] le carbone, formaient un corps à part, susceptible de se combiner aux métaux sans qu’ils soient oxidés, et faisant en tout fonction de radical ; en telle sorte que , réuni avec l’hydrogène , il constituait un véritable hydracide. On appela cyanogène le radical composé, et l’acide prussique prit le nom d’acide hy-drocyanique. Ce résultat, aussi remarquable qu’inattendu, est un des traits qui fait le plus d’honneur au génie de l’auteur de cette brillante découverte.
- Scheele , pour préparer son acide prussique, commençait. par faire bouillir un mélange de bleu de prusse, d’oxide rouge de mercure et d’eau. Le bleu de prusse se décolorait et se changeait eu un magma couleur de rouille. Ce chimiste ajoutait dans la liqueur filtrée de la limaille de fer et de l’acide sulfurique, puis il distillait le tout; le produit de la distillation était de l’acide prussique plus ou moins étendu d’eau-Scheele pensait que l’oxide rouge de mercure n’agissait sur le nleu de prusse qu'en lui enlevant son acide pour s’y cour
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- biner. M. Gay-Lussac démontra positivement qu’il n’en était pas ainsi, et qu’il n’y avait que les radicaux à se combiner entre eux, ou-, en d’autres termes, qu’on n’obtenait qu’un véritable cyanure ; ce qui fait voir que, dans cette réaction mutuelle, l’hydrogène de l’acide s’était combiné avec l’oxigène de l’oxide pour former de l’eau qui reste dans la liqueur et ne fait point partie de la combinaison. De là résulte que le produit que les chimistes avaient appelé prussiate de mercure doit main-nant porter le nom de cyanure de mercure.
- Pour obtenir l’acide prussique pur , M. Gay-Lussac prend ce cyanure, le pulvérise, le délaie dans de l’acide hydrochlo-rique étendu d’eau, et chauffe légèrement ce mélange. La petite cornue dans laquelle on fait cette décomposition est adaptée à un tube de verre contenant, dans la moitié de sa capacité, du carbonate de chaux, et dans l’autre, du chlorure de calcium fondu : ce tube est lui-même terminé par un autre tube d’un plus petit diamètre, qui vient plonger dans une éprouvette disposée au milieu d’un mélange réfrigèrent. On conçoit, d’après tout ce que nous avons dit, ce qui doit arriver dans cette opération. Il y a décomposition réciproque entre le cyanure de mercure et l’acide hydrochlorique ; le chlore se porte sur le mercure pour former du chlorure qui reste. Le cyanogène et l’hydrogène se réunissent pour reproduire l’«cide prussique; celui-ci se dépouille successivement de l’eau et de l’acide hydrochlorique qu’il peut entraîner en traversant l’espace où se trouvent renfermés le carbonate de chaux et le chlorure de calcium ; il vient ensuite se condenser dans l’éprouvette. C’est dans cet état de concentration que l’acide prussique jouit de toutes ses qualités malfaisantes : il est d’une volatilité extrême; son odeur, sans être vive, est pénétrante à l’excès. Elle produit presque instantanément des maux de tête et des étourdissemens; quand elle devient moins intense, elle est analogue à celle des amandes amères.
- Cet acide, pris intérieurement, devient le poison le plus subtil qu’on ait jamais connu; une seule goutte appliquée sur la langue ou sur l’œil de chiens robustes suffit pour les anéantir à
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- l’instant même. Toute sensibilité et contractilité des muscles locomoteurs sont immédiatement détruitesen un mot, rien n’est comparable à l'action qu’exerce ce corps sur l’économie animale; la foudre n’a pas d’effets plus prompts. On regrette de connaître une arme si dangereuse, et on ne peut s’empêcher de craindre de la voir tomber entre les mains de malfaiteurs ; mais ce qui peut tranquilliser sur ce point, c’est que sa préparation est difficile, qu’elle exige de l’habitude, et que d’ailleurs il ne se conserve que très peu de temps.
- Malgré l’action délétère de l’acide prussique, on a pensé qu’en atténuant son degré d’énergie, on pourrait en tirer avantage dans certains cas morbifiques. M. Magendie, qui le premier a eu occasion de faire beaucoup d’expériences à cet égard , remarqua, chez plusieurs animaux qui avaient subi ce genre d’empoisonnement , que toute sensibilité et contractilité musculaire locomotrice étant détruites, ils conservaient néanmoins pendant plusieurs heures une respiration facile et une circulation en apparence intacte, bien que très accélérée; en tçjle sorte qu’étant morts par, leurs fonctions extérieures, ils vivaient par leurs fonctions nutritives. Cette observation générale le conduisit à penser qu’on pourrait bien tirer parti de l’acide prussique dans certains cas de maladie oh la sensibilité est augmentée d’une manière vicieuse. Cet habile physiologiste en fit quelque usage sous ce rapport, et il assure en avoir obtenu des succès marqués dans des toux nerveuses et dans diverses maladies de poitrine. Il le regarde même comme un des meilleurs palliatifs qu’on puisse employer dans les cas de phthisie pulmonaire. Cet acide est surtout propre à calmer la toux, à faciliter l’expectoration, et à procurer le sommeil, sans cependant exciter la sueur, comme les autres narcotiques, et particulièrement les opiacés. Toutefois M. Magendie recommande de n’employer l’acide prussique qu’a-pres l’avoir étendu de 5 à 6 parties d’eau , et de ne le prescrire quala dose de 12 à i5 gouttes dans 4 onces d’une infusion bé-chique. Les propriétés chimiques de l’acide prussique ne sont pas moins remarquables que celles que nous venons d’indiquer, élémens sont si peu enchaînés par leur affinité mutuelle, que
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- parfois, quelques instans suffisent pour le voir se décomposer et se transformer en une masse charbonneuse isolée, et en alcali volatil. A peine rougit-il le tournesol alors même qu’il est le le plus concentré possible. Pur, il ne sature aucune base et ne contracte avec elles que des combinaisons très éphémères; mais il jouit d’une affinité extrême pour le fer, ou du moins pour son cyanure, et c’est alors qu’il forme un véritable acide, capable de saturer les oxides ; c’est celui qu’on a appelé acide hyasique, d’après M. Porette, acide des prussiates triples, acide hydro-cyanique ferrure 3 et que M. Berzelius regarde, mais probablement à tort, comme un hvdrocyanate acide de fer; cet acide n’a plus aucune des propriétés de l’acide prussique; il n’est point volatil, il jouit d’une acidité franche et très prononcée; on ne reconnaît en lui aucune des propriétés malfaisantes de l’acide prussique. Nous reviendrons nécessairement sur cette singulière combinaison, en traitant de la faimication du bleu de prusse.
- D’après les analyses de M. Gay-Lussac,
- 100 parties en poids d’acide t 44,6g carbone. ' hvdrocyanique anhydre con- < 5i,66 azote, tiennent................... . I 3,65 hydrogène.
- , . fi vol. vâp. de carbone,
- ou eu volume 1 de vapeur J ± . '
- bydrocyanique contient... j ? V0?z0 ,e‘ ,
- ! ( t vol. hydrogéné.
- on J i cyanogène
- ( \ vol. hydrogène. R.
- Acide hyd'rosulfijriq'ü'e. Depuis que le chlore et l’iode ont été rangés au nombre des corps simples, et qu’il a été bien constaté que leurs combinaisons avec l’hydrogène constituaient de véritables acides, on a dû nécessairement considérer la combinaison du soufre avec l’hydrogène sous le même point de vue, et lui assigner également sa place parmi les hydracides. Depuis longtemps , ainsi que nous l’avons observé dans l’article précédent, M. Bertliollet avait fait voir que ce produit rougissait le tournesol et qu’il saturait les bases ; mais, trop imbus de l’idée que l’oxigène était un clément nécessaire des acides, les chimistes
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- ne lui ont assigné son vrai rang qu’après avoir trouvé ses analogues.
- L’acide hydrosulfurique ou hydrogène sulfuré a été découvert par Schéele en 1775. Il le composa de toutes pièces, en faisant chauffer légèrement et long-temps du soufre contenu dans une cornue remplie d’hydrogène. M. Gingembre obtint un résultat semblable en plaçant au foyer d’une lentille un morceau de soufre renfermé sous une cloche pleine d’hydrogène. Dans cette action réciproque des deux combustibles, l’hydrogène ne ne subit d’autres changemens de volume que ceux déterminés par les variations de température qu’il éprouve; mais il n’en est pas de même de sa densité; elle s’accroît très sensiblement. De 0,07521, qui est celle de l’hydrogène, elle devient 1.1912 ; et en passant des volumes aux poids, on trouverait que l’hydrogène sulfuré est composé, sur 100 parties, de g3.855 de soufre et de 6,i45 d’hydrogène.
- Cet acide formé , de la réunion de deux combustibles, existe donc à l’état gazeux. Ce gaz est incolore, transparent, d’une odeur d’œufs pourris des plus fétides, susceptible de s’enflammer à l’approche d’un corps en ignition, et si le vase dans lequel il brûle est étroit, la combustion est incomplette, portion du soufre se dépose sur les parois ; dans le cas contraire, tout est consumé, et on obtient pour produit de l’eau et de l’acide sulfureux. L’hydrogène sulfuré ne peut coopérer à la combustion: d’un autre corps, et la bougie allumée qu’on y plonge profondément s’v éteint elle-même, quoique ayant enflammé dans son trajet la couche de gaz qui a le contact de l’air. C’est, de tous les fluides élastiques, le plus malfaisant. M. Thénard assure que les oiseaux qu’ou nomme verdiers sont immédiatement asphyxiés dans un air qui en contient seulement , et que ^ suffit pour faire périr un cheval en assez peu de temps. La nature nous offre cette combinaison toute formée dans certaines Générales médicamenteuses, et particulièrement dans celles e Barèges, d’Aix-la-Chapelle, de Plombières, et elle constitue 06 *lu011 aPpelle les eaux hépatliiques ou sulfureuses, toujours.
- reconnaissables à leur odeur fétide, et à leur propriété de noircir
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- les corps imprégnés de dissolutions de plomb ou d’argent. Comme il existe un assez grand nombre de substances animales et végétales qui contiennent du soufre, on obtient souvent de l’h-y-drogène sulfuré parmi les produits de leurs altérations ou décompositions ; c’est ainsi qu’il s’en forme presque constamment à la suite des mauvaises digestions, que les œufs qui se pourrissent en exhalent une certaine quantité, et que l’air des fosses d’aisarfee en contient toujours une proportion assez considérable pour qu’on ne puisse y séjourner sans courir des risques émi-nens. Cest ce gaz délétère que les vidangeurs nomment U plomb j et qu’ils redoutent à si juste titre. La Chimie nous offre heureusement des moyens prompts d’atteindre et de détruire cet être malfaisant partout où il se rencontre. Lorsqu’il est répandu dans une atmosphère quelconque, il suffit d’y dégager un peu de chlore, qui, gazeux comme lui, se propage [rapidement dansl’espace, s’empare de l’hydrogène, forme de l’acide liydrochlorique et sépare le soufra Le même moyen peut également suffire pour le décomposer lorsqu’il est dissout dans l’eau ; un courant de cblore trouble immédiatement cette dissolution et en précipite lé soufre.
- Les sels de plomb, de bismuth, de mercure, d’argent,sont employés avec autant d’avantage pour le même objet ; dans tous çes cas, il se forme un précipité noir, plus ou moins abondant, dû à l’union du soufre avec le métal ; l’bvdrogène et l’oxigène s’unissent pour former de l’eau qui reste dans la liqueur. Les charlatans et diseurs de bonne aventure ont su mettre cette propriété à profit pour en imposer à la multitude. Ils inscrivent leurs prophéties sur un papier ordinaire avec l’une des dissolutions métalliques que nous venons d’indiquer ; cette dissolution doit être assez étendue pour que les caractères, une fois secs, ne puissent être visibles ; lorsqu’ils veulent rendre leurs oracles , ils plongent ce papier dans un bocal où ils- ont fait séjourner pendant quelque temps un peu de foie de soufre humide ; quelque petite que soit la quantité d’hydrogène sulfuré contenu dans le vase,cela suffit cependant pour rendre sur-le champ les caractères apparens C’est encore à cette même propriété que l’on doit attribuer te accidens qui arrivent quelquefois aux dames qui se servent <1*
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- blanc de fard, dont l’oxide de bismuth fait la base; les moindres émanations sulfureuses ternissent subitement l’éclat de leur teint factice.
- En Chimie, on a tiré grand avantage de l’action de l’hydrogène sulfuré sur les dissolutions métalliques , et les analystes le mettent au nombre de leurs meilleurs réactifs. Pour donner une idée exacte de son utilité réelle sous ce rapport, il est essentiel d’observer qu’il agit différemment sur les combinaisons métalliques, suivant leur nature particulière. Lorsqu’il s’agit, comme précédemment, de dissolutions qui contiennent des métaux faiblement combinés à l’oxigène, et dont les oxides ont peu d’affinité pour les acides, alors les résultats de la réaction sont tels que nous les avons énoncés; formation d’eau, précipitation de sulfure et acide mis en liberté. De là on voit que, si on voulait extraire un acide de sa combinaison avec un des oxides de plomb, de mercure ou d’argent, etc., il suffirait d’exposer ce sel métallique, délayé dans l’eau, à un courant de gaz hydrogène sulfuré. On pratique très fréquemment cette opération dans les laboratoires. Tous les métaux ne sont pas dans ce même cas; il en est un certain nombre que l’hydrogène sulfuré ne peut enlever de leur dissolution; tels sont le fer, le nickel, le zinc, le cobalt et le manganèse. Ici l’application se présente d’elle même, et il est clair que, si une dissolution métallique contient tout-à-la-fois du fer et du plomb ; par exemple, l’hydrogène sulfuré pourra servir à en faire le départ ; et c’est en effet un des moyens qu’on emploie le plus fréquemment. Enfin l’acide hydrosulfurique, comme reactif, est encore d’un usage plus général lorsqu’il est combiné avec une hase alcaline. Il n’est aucune dissolution métallique qui ne soit décomposée par ces hydrosulfates, de telle sorte qu’on est toujours certain de reconnaître la présence d’un métal dans une dissolution, en y versant quelques gouttes d’hydrosulfate de potasse, de soude ou d’ammoniaque ; mais dans ce cas ce ne sont pas toujours des sulfures qu’on obtient; quelquefois ce sont de véritables hydrosulfates métalliques.
- Les procédés qu’on peut mettre en usage pour se procurer de l’hydrogèae sulfure sont très multipliés: je ne citerai que
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- les plus avantageux. Les sulfures alcalins en se dissolvant dans l’eau se décomposent et se transforment en hydrosulfates sulfurés ; un acide versé dans leur dissolution sépare l'hydrogène sulfuré, qui se dégage sous forme de gaz, s’empare de la hase et précipite le soufre. Mais l’émission de l’acide hydrosulfurique se fait alors beaucoup trop rapidement, et l’effervescence est telle, qu’on ne peut maintenir le liquide dans les vases ; on ne se sert donc de ce moyen que quand on n’en a aucun autre à sa disposition. M. Gay-Lussac a proposé pour le même objet l’emploi de l’hydrosulfate de fer, qui se forme en faisant un mélange d’eau, de soufre et de limaille de fer, comme pour le volcan de Lémery. On obtient, en effet, par ce moyen, des quantités considérables d’acide hydrosulfurique ; cependant les molécules de cet hydrosulfate sont d’une si grande ténuité; que sa décomposition est pour ainsi dire instantanée, et il s’en faut de beaucoup que l’hydrogène sulfuré puisse se combiner aussi rapidement qu’il se dégage; la majeure partie se répand dans l’air, l’infecte et le rend nuisible. M. Thénard conseille de se servir du sulfure d’antimoine et de l’acide hydrochlo-rique ; on obtient ainsi beaucoup d’hydrogène sulfuré, et du chlorure d’antimoine dont on peut tirer parti. Ce procédé a plusieurs inconvéniens : si on se sert d’acide hydrochlorique trop concentré, le dégagement est subit, et alors nous sommes dans le même cas que précédemment; si on l’emploie étendu, la réaction ne se soutient pas suffisamment ; bientôt le dégagement cesse et on est obligé de chauffer et d’ajouter de nouvel acide et en si grande quantité, qu’on est contraint de démonter l’appareil pour vider le matras , avant d’avoir obtenu tout l’hydrogène sulfuré dont on avait besoin : cette opération exige une surveillance presque continuelle; si la chaleur vient à baisser, le dégagement n’a plus lieu, et la liqueur contenue dans le tube en S rentre dans le ballon ; lorsqu’on chauffe de nouveau, le gaz se dégage par ce même tube, et se répand dans l’atmosphère, si on n’est pas là tout prêt pour reverser de l’acide. Il est, à mon avis , bien préférable d’employer le sulfure de fer et l’acide sulfurique étendu ; c’est le meilleur moyen d’obtenir un dégages
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- ment régulier, et qui marche jour et nuit, sans que personne s’en occupe. En général, Fliydrogène sulfuré se combine assez difficilement aux diflerens corps, pour qu’il soit bien plus avantageux de le présenter bulle à bulle-, lorsqu’il traverse ainsi lentement le liquide", chaque bulle se dissout, couche par couche, jusqu’à disparition complète ; si, au contraire, le trajet est rapide, et les bulles volumineuses, à peine sont-elles touchées, et elles passent debout. S’il s’agissait d’obtenir et de recueillir l’hydrogène sulfuré à l’état de gaz, le moyen le plus court serait sans doute le meilleur ; niais ce n’est jamais là ce qu’on se propose; on n’a ordinairement pour but que de le disXoudre et de le combiner. Voici donc le mode que je crois le plus convenable: on dispose mi appareil de Wolf ordinaire et composé d’autant de vases qu’on veut mettre de dissolutions différentes ; le premier doit être un bocal à col droit, muni d’un tube en S , et d’un tube de communication ; tous les autres doivent porter les trois tubes ordinaires. Dans le premier flacon on met une quantité de sulfure de fer plus ou moins considérable, selon ce qu’on veut obtenir de gaz; on lute tout son appareil; on colle des niveaux aux différens liquides et on verse sur le sulfure de l’acide sulfurique étendu seulement de partie égale d’eau ; la décomposition s’efîectue , l’hydrogène se porte sur le soufre pour former le gaz qui se dégage, l’oxigène se combine au fer , et l’oxide qui en résulte à l’acide sulfurique ; mais comme il ny a point assez d’eau pour dissoudre le sulfate , la cristallisation ne peut avoir lieu; la masse se gonfle, maiis ne se durcit pas; elle reste pulvérulente, et les flacons peuvent se vider facilement quand l’opération est finie, ce qui est un grand avan-hge; on ajoute de temps à autre un peu d’acide ; voilà tout le soin qu’exige cette opération. Il est cependant une chose à observer ;c est que quelquefois le sulfure de fer ne se laisse point attaquer par l’acide sulfurique : je crois que cela tient principalement a ce que le soufre est en trop grande proportion dans e sulfure de fer ; et ce qu’il y a de certain, c’est qu’on prévient facilement cet inconvénient en lui ajoutant de la limaille ou de la tournure de fer grossièrement mélangée ; le dégage-
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- ment se manifeste sur-le-champ, et la décomposition du sol-fure a lieu. Je ne sais si, dans l’état actuel de la science, on pourrait expliquer ce phénomène ; mais il me paraît tenir de près a ces actions électriques dont nous commençons à entrevoir l’influence dans beaucoup de circonstances différentes, et qui probablement aussi sont une des causes occultes de la fermentation. R.
- Acide muriatique. T". Acide hydrocheorique.
- Acide nitrique, Eau-Forte, Esprit de nitre, connu d’abord sous ce dernier nom , fut découvert par Raimond Xulle, en distillant un mélange de salpêtre et d’argile. Cavendish indiqua ses élémens ; Gay-Lussac, Davy, Dalton, étudièrent ses propriétés , et elles furent généralement répandues par ses nombreuses applications dans les arts et ses fréquens emplois dans les essais chimiques. Comme c’est la dernière combinaison de l’azote avec l’oxigène, nous ferons précéder quelques notions sur les trois premières, dont la connaissance est utile à 1’explication des phénomènes que leurs faciles modifications présentent. Celles-ci n’ont pas d’applications directes dans les arts.
- Protoxide cfazote j dont la découverte est due à Priestley, est blanc, incolore ; l’oxigène et l’air sont sans action sur lui; à l’aide de la chaleur il cède facilement son oxigène aux corps combustibles, et l’azote est mis en liberté; il entretient mieux la combustion que l’air, et rallume une bougie qu’on y plonge à l’instant qu’elle vient d’être éteinte, pour peu qu’il reste quelques points incandescens ; l’eau à 10 degrés de température «n dissout moitié de son volume ; la chaleur de l’ébullitiou l’en dégage; un volume d’azote, plus un demi-volume d’oxigène condensés eu un seul, forment un volume de ce gaz, ou es poids : azote 100, oxide 56. Ce gaz a été aussi appelé gaz h-larantj à cause de la sensation agréable que des chimistes anglais ont les premiers indiqué avoir éprouvée en le respirant ; l’effet contraire a été observé par quelques autres chimistes qw ont failli en être asphyxiés ; mais il paraît que cela était dû à la présence d’un peu d’acide nitreux, et il a été recommandé dt lui faire traverser une dissolution de potasse, pour s’assurer & sa pureté, avant de le faire servir à la respiration.
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- Deutoxide Æazote fut découvert par Priestley ; il indiqua la plupart de ses propriétés qui furent depuis étudiées par Davv, Gav-Lussac, etc. ; e’est un gaz permanent à toutes températures , sans couleur, sans action sur les couleurs bleues végétales, il éteint les corps enflammés, asphyxie les animaux-, il s’empare de l’oxigène de l’air ( i volume ) ; il est alors composé de deux volumes d’oxigène et d’un d’azote, et devient rouge et opaque, et passe ainsi à l’état d’acide nitreux ; cette propriété est son caractère distinctif; c’est ainsi qu’il joue un rôle si important dans la fabrication de Y acide sulfurique (i). C’est aussi à cause de cette transformation en acide nitreux que le deutoxide d’azote agit si fortement sur l’économie animale. Ce gaz s’obtient en dissolvant le cuivre ou le mercure dans l’acide nitrique, ce qui forme des deutonitrates de ces métaux, l’oxigène enlevé à à une partie de l’acide nitrique laisse dégager une quantité correspondante de deutoxide d’azote. On l’obtient encore par la réaction de l’acide nitrique sur la mélasse, le sucre, l’amidon, la gomme, etc., et sur les autres corps combustibles, auxquels il cède facilement une partie de son oxigène (voyez Acide oxalique et sulfurique). Le plus pur s’obtient par la dissolution du mercure au moyen de l’acide nitrique étendu d’eau ; il est composé d’un volume d’oxigène et un volume d’azote.
- L’acide nitreux, composé de deux volumes d’oxigène et d’un volume d’azote, n’est pas encore saturé de ce dernier gaz ; en effet, il décolore lé sulfate de manganèse en le désoxidant ; anhydre, il est liquide à la température ordinaire, incolore à 20 degrés sous zéro, d’un jaune ambré à zéro, et jaune orangé depuis i5 jusqu’à 28 degrés ; il bout à cette température et se réduit en vapeurs rutilantes; il se combine à Y acide nitrique et le colore eu vert-jaune, orangé, brun-rouge, suivant les degrés de concentration de celui-ci. L’acide nitreux n’a pas non plus d’emploi direct dans les arts.
- Enfin la combinaison de l’azote à l’oxigène , dans le rapport dun volume du premier à deux et demi du second, ou en poids :
- (1) Sa comninaison avec cet acide concentré s’opère instantanément et cristallise ; elle est décomposée par l’eau.
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- a 7.0 te 35, 12, oxigène ioc. Cette combinaison , à laquelle, dans le système de la nouvelle nomenclature, on devait donner le nom S acide azotique, a conservé son nom acide nitrique.
- Fabrication. Cet acide se fabriquait autrefois en décomposant le nitre par l’argile dans des cornues de grès dites cuines; la résidus de cette opération étaient utilisés dans la fabrication de Yalun j parce qu’ils contenaient deux des principes constituais de ce sel triple, la potasse et l’alumine. Cette décomposition s’est ensuite opérée dans ces mêmes cornues, par l’acide sulfurique ; plus tard , on a substitué la fonte au gi'ès, et à la forme de cornues celle de chaudières.
- Nous dirons peu de choses sur cet appareil, auquel on a encore généralement renoncé; il se composait de six chaudières en double rangée, placées dans un même fourneau, sur six foyers ; elles étaient recouvertes , lutées, et communiquaient par des tubes en grès avec une série de f à 8 bouteilles dites dames-jeannes j, dont les deux premières étaient plongées à demi dans des baquets d’eau ( voyez le même appareil décrit art. acide hydro-chlorique ). Cependant, comme ce procédé est encore employé dans quelques fabriques, nous devons signaler ici ses principaux inconvéniens. La fonte est d’autant moins attaquable, soit par l’acide sulfurique , soit par l’acide nitrique ou hydrochlorique, qu’elle est plus fortement échauffée ; les couvercles et les bords supérieurs de ces chaudières étant hors de l’action du feu, sont plus facilement attaqués, et cette altération cause au fabricant un double dommage; l’usé des vases est plus considérable, et l’acide nitrique , en attaquant le fer, se décompose, donne naissance à de l’acide nitreux, et non-seulement cette décomposition fait perdre de l’acide nitrique, mais encore il en coûte davantage à la rectification pour chasser l’acide nitreux condensé, et qui colore l’acide nitrique en jaune ou en rouge. la température n’ayant pas été assez élevée, ou plutôt assez égale, le nitrate de potasse n’est pas aussi bien décomposé que dans le procédé que nous allons décrire; les résidus contiennent encore de l’acide nitrique ; et enfin leur .adhérence au fond des chaudières est si forte, que les ouvriers ne les enlèvent qu’avet
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- peine, et en courant risque de faire fendre la fonte par les coups de ciseaux répétés qu’ils sont obligés de leur donner ; ce travail est encore rendu plus pénible par la chaleur que l’on y endure quand les opérations se succèdent rapidement, comme cela ordinairement a lieu ; la surface chauffante (c’est-à-dire celle que la chaleur doit traverser pour arriver au mélange contenu dans ces chaudières) étant moins considérable que celle que présentent la cylindres, l’opération, dans le premier cas, est plus longue, l’action moins générale ; on y emploie plus de combustibles, etc.
- L’appareil auquel on donne aujourd’hui la préférence se compose ordinairement de quatre cylindres dans un même fourneau; ils communiquent par des tubes à trois ou quatre rangées de bonbonnes, dont les deux premières sont plongées dans l’eau (voyez planche 2, fig. 2 des arts chimiques , et le même appareil décrit art. Acide hydrochlorzque ). Les tubes qui sont adaptés aux cylindres immédiatement doivent être de verre (1) , afin quel’on puisse voir la couleur des gaz qui y passent ; c’est un indicateur de la marche de l’opération; les autres tubes peuvent être en grès. On peut, de même que dans la fabrication de l’acide hydrochlorique, employer de la tourbe, du bois ou du charbon de terre, suivant que les localités offrent l’un de ces combustibles à meilleur marché, et en tenant compte des influences suivantes : la tourbe donnant moins de chaleur à volume égal, exige, pour produire le même effet, un espace plus considérable que le charbon de terre ; et ce dernier volatilisant moins de carbone que le charbon de terre, emploie à sa combustion un volume d’air moindre ; il faut donc en général un tirage moins fort pour le bois ( voyez Am et Chaleur ).
- Proportions : nitrate de potasse xoo, acide sulfurique à 66° , °'i i845 pesanteur spécifique 60; si l’on employait ( ainsi que le font quelques fabricans qui utilisent l’acide nitrique moins pur ) de l’acide sulfurique non concentré à 550 , il en faudrait 83 pour cent au lieu de Go. L’acide sulfurique à ce degré coûte
- <t)B est utile de placer entre î’ajutage en fonte et le tub en verre un petit k°ul tuyau en grès* ordinairement long de vx ou i5 centimètres ; afin de préserver le tube en verre de la plus forte chaleur.
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- moins cher, il est vrai, mais l’économie qu’on se propose est illusoire; en effet, l’acide nitrique que l’on obtient ainsi est moins pur, il contient moins d’acide réel, et l’altération des cylindres est beaucoup plus considérable; enfin il faut plus de combustible pour volatiliser plus d’eau, et ces inconvéniens compensent, et bien au-delà, l’économie que l’on avait pour but.
- Avant que d’employer le nitrate de potasse, il est bien de s’assurer de sa pureté; cette connaissance doit aussi déterminer le choix et le prix du salpêtre que l’on trouve dans le commerce (voyez cet essai ar t. Nitrate de potasse ). Au reste, comme dans tous les états, il contient toujours des sels étrangers, et notamment des hydrochlorates de potasse, de chaux et de magnésie , qui sont décomposés par l’acide sulfurique, et donnent lieu à du chlore et de l’acide nitreux, il faut, pour pnTger autant que possible le salpêtre de ces sels, le traiter par trois lavages successifs et à courte eau ( l’eau employée formant en totalité les quatre centièmes de son poids environ ) ; on la verse par faibles lotions sur ce sel placé dans des trémies (1) ; quand il s’y est bien égoutté, on prend les deux tiers de la hauteur du nitre y contenu, le fond est remis à égoutter de nouveau. On met dans chaque cylindre 85 til. de nitrate de potasse et 5o lil. d’acide sulfurique à 66°. On lute toutes les jonctions de l’appareil avec de la glaise ( alumine ), qu’on recouvre de terre franche mêlée de crottin de cheval ; la première terre alumineuse est inattaquable à l’acide, et la deuxième enveloppe de terre argileuse, soutenant la première par son humidité et sa liaison avec le crottin , l’empêche de se fendre. La chaleur, ainsi que nous l’avons dit, doit être bien égale, et le feu conduit lentement. On s’aperçoit que l’opération s’avance lorsqu’on voit les vapeurs devenir plus rouges ; et enfin elle est finie quand ces
- (i) La forme de ces tre'mies est une pyramide quadrangulaire tronquéejon en doit avoir trois, afin que les dissolutions égouttées soient passées de fa® sur l’autre, et satnre'es complètement des sels e'trangers, l’eau pure y est misée dernier lieu. On se propose, dans cette operation, de purifier le nitrate depotass en en dissolvant la plus petite quantité' possible ; les eaux-mèresqui ont an» traversé trois fois'le salpêtre, sont traitées à part ( V. Nitrate de roTASse-)
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- vapeurs ne sont plus du tout visibles , il faut un dernier coup de feu pour dégager tout le gaz-, on délüte et on enlève facilement le sulfate de potasse à l’aide de pinces en fer ; l’acide condensé dans les premières bouteilles est le moins pur, il peut s’employer sans rectification à fabriquer l’acide sulfurique ; celui contenu dans la deuxième rangée et partie de la troisième né contient que de l’acide nitreux; on l’en dégage en le portant à l’ébullition dans des cornues de verre, on arrête cette ébullition légère aussitôt qu’il s’est blanchi, on le livre au commerce à cet état; il doit marquer 33 degrés aréomètre Beaumé ; tout l’acide faible, condensé dans les dernières bouteilles, est remis dans la première rangée ou la deuxième à l’opération suivante, en place d’eau pure. C’est toujours de l’eau nouvelle qu’on doit mettre dans la dernière rangée de bouteilles, afin que la condensation s’y termine complètement.
- L’acide ainsi obtenu et livré au commerce, n’est pas assez pur pour tous les usages auxquels il est destiné; il contient toujours un peu d’acide nitreux et de chlore, provenant de la décomposition du sel marin, etc., restés dans le salpêtre ; il contient aussi quelquefois de Pacide sulfurique ; pour le purifier il faut le distiller dans des cornues de verre, en ayant soin de fractionner les produits : les premières portions volatilisées sont le chlore et l’acide nitreux ; on les sépare lorsque le liquide contenu dans la cornue est devenu blanc de légèrement ambré qu’il était, ou sans attendre qu’il se soit blanchi, mais après qu’une ébullition légère s’est manifestée ; on recueille alors l’acide nitrique pur; la distillation conduite avec soin peut être poussée jusqu’à ce que les neuf dixièmes de l’acide mis dans la cornue, soient volatilisés; mais il faut s’arrêter là , car passé ce terme il pourrait se distiller de l’acide sulfurique. L’acide nitrique ainsi rectifié n’est pas encore cependant assez pur pour les essais des métaux précieux ( voyez le procédé de l’obtenir au degré de pureté nécessaire à cet emploi, article Essais ).
- Usages. L’acide nitrique s’emploie à la fabrication de l’acide sulfurique , oxalique, etc; il sert à dissoudre le mercure pour le secrétage des poils dans la chapellerie, à dissoudre les iné-Tome I. 8
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- taux, graver sur le cuivre, à former l’acide hydrochloronitrique ou eau rigole à la fabrication du précipité rouge ou deutoxide de mercure dans la teinture , la dorure , l’essai des monnaies, au départ de For ; 38 parties de cet acide à 36 degrés ou 1335 pesanteur spécifique, a d’acide hydrochlorique à 24 degrés ou J200 pesanteur spécifique, et a5 parties d’eau, forment la liqueur des bijoutiers pour leurs essais à la pierre de touche, etc.
- Propriétés Théorie. L’acide nitrique ne nous est pas connu à l’état de pureté , il n’existe pas anhydre; condensé à l’aide de l’eau, il est blanc, très acide, d’une odeur forte, agit violemment sur l’économie animale: une goutte posée sur la peau la désorganise et y produit une tache jaune ; c’est ainsi qu’il détruit les verrues. C’est un poison très violent ; concentré, sa température d’ébullition est 86 degrés; il se décompose à la lumière et donne naissance à de l’acide nitreux qui le colore en rouge, ou brun-rouge, et à de l’oxigène; dégage des vapeurs blanches dans l’air humide, attaque presque tous les métaux ; il faut en excepter l’or, le platine, l’irridium , le tungstène, le columbium, le cérium, le titane, le rodium et l’osmium ( il dissout cependant l’alliage de douze parties d’argent à une de platine); très concentré, la chaleur l’affaiblit, et s’il est faible on le concentre par la chaleur; très faible ou très concentré, sa température d’ébullition est 86 degrés ; elle augmente par degrés pendant que le premier se concentre , ou le deuxième s’affaiblit jusqu’à son point culminant qui esta 122 degrés.
- La théorie de l’opération au moyen de laquelle on l’extrait du nitrate de potasse, est très simple : l’acide sulfurique se combinant à la potasse, cède à l’acide nitrique devenu libre les vingt centièmes d’eau qu’il contient; la chaleur le dégage uni à cette eau, sans laquelle il serait décomposé, mais qui lui suffit pour exister à l’état liquide ; il s’empare aussi de Peau qui humecte les cristaux de nitre; sa chaleur d’éla9tification lui est ensuite enlevée dans les bouteilles de l’appareil réfrigérant, et l’eau qu’il y rencontre l’attire et détermine sa condensation. Les vapeurs rouges, plus prononcées au commencement et vers la fin que pendant le cours de l’opération, sont dues à une décomposition
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- de l’acide nitrique, causée d’abord principalement par le manqué d’eau. 1°. Tant que le mélange contenu dans les cylindres n’est pas entré en liquéfaction complète, et que quelques portions d’acide nitrique se dégagent sans rencontrer d’eau, elles sont décomposées instantanément en acide nitreux et oxigène; 2°. la même décomposition s’opère pour celles en contact avec un excès d’acide sulfurique concentré,qui enlève l’eau à l’acide nitrique formé: de là les vapeurs rutilantes remarquées au commencement; et lorsque l’opération est près d’être finie, l’acide nitrique qui se dégage dans ce moment est encore décomposé en gaz acide nitreux et oxigène, par la haute température qu’il éprouve : de là la seconde apparition des vapeurs rutilantes plus prononcées. P.
- Acide Oxalique. La plupart des chimistes attribuent la découverte del’acide oxalique à Bergman; mais quelques-lins en font honneur à Schéele : il paraît que chacun de ces deux chimistes y coopéra de son côté et d’une manière bieii distincte. Bergman trouva en 1776 que le sucre traité par l’acide nitrique se convertissait en un acide végétal très fort, cristallisahle, auquel on donna le nom d’acide saccharin. Schéele fit voir en 1784 que cet acide artificiel était tout formé dans le sel d’oseille qu’on avait confondu jusque là avec le tartre ou avec son acide : il composa le sel d’oseille de toutes pièces, en combinant l’acide saccharin avec la potasse. Dès lors on appela cet acide, dont la découverte fit grande sensation, acide oxalique ^ du nom générique d’une des plantes qui fournit le sel d’oseille.
- Depuis quelques années, on consomme beaucoup d’acide oxalique dans les fabriques de toiles peintes, où il est employé comme réserve, c’est-à-dire, comme moyen de détruire le mordant sur les parties où on veut que la couleur ne prenne pas, et où il fait conserver au tissu son premier blanc. On s’en sert aussi pour l’avivage de quelques couleurs, et pour détruire les taches de rouille Sur les différens tissus.
- On peut se procurer cet acide en le faisant artificiellement par le procédé de Bergman, ou suivant l’occurrence, en le séparant de sa combinaison naturelle. Nous donnerons l’un et l’autre moyen.
- Le sucre n’est pas le seul produit végétal qui, traité par l’acide
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- nitrique, puisse donner de l’acide oxalique; il en est une infinité d’autres : les fécules amilacées en fournissent également et en très grande proportion, les gommes beaucoup moins. Plusieurs substances animales., et particulièrement la laine, lasoie, l’albumine, la gélatine, etc., en donnent aussi une certaine quantité ; mais le sucre et la fécule sont les deux matériaux qui offrent le plus d’avantage sous ce rapport.
- Quand on traite une matière végétale quelconque par l’acide nitrique, on sait que celui-ci est décomposé avec plus ou moins de promptitude, suivant la quantité qu’on en emploie , son degré de concentration, la température qui règne, et la nature de la substance sur laquelle il agit ; les produits de cette décomposition sont extrêmement variés , et dépendent également de l’influence des causes que nous venons d’indiquer. Il est donc des plus essentiels pour cette opération, d’avoir égard à toutes ces circonstances si on veut obtenir constamment des résultats avantageux. Il ne suffira pas d’employer toujours les mêmes proportions respectives d’acide nitrique et de sucre pour recueillir la même quantité d’acide oxalique ; il faudra en outre l’employer de la même manière. M. Chaptal conseille dans sa chimie appliquée aux arts, de prendre neuf parties d’acide nitrique ordinaire sur une partie de sucre ; de faire un mélange du tout, et de le soumettre à l’action de la chaleur. La réaction est alors des plus vives; il se dégage une quantité considérable de vapeurs nitreuses, et il se produit de l’acide oxalique en plus grande proportion que si on fractionnait l’acide nitrique ; parce que, selon le même auteur, la décomposition est plus complète, et qu’il se forme moins d’acide malique. J’avoue que malgré la confiance que doivent inspirer des résultats annoncés par M. Chaptal, j’ai de la peine à croire qu’il en soit ainsi, et j’ai toujours trouvé préférable , eu agissant, à la vérité, sur de plus petites masses, de n’employer l’acide nitrique que par parties ; autrement, on décompose l’acide oxalique lui-même à mesure qu’il se forme. L’inconvénient cité de produire de l’acide malique, n’en est pas un réel, puisqu’il se transforme lui-même en acide oxalique, en le soumettant à l’action d’une nouvelle quantité
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- d’acide nitrique. Voici le procédé qui m’a le mieux réussi ; sur 24 liv. de fécule, qu’on divise en plusieurs cornues tabulées qui sont disposées sur un bain de sable commun, on verse 72 liv. d’acide nitrique ordinaire -, on laisse réagir : bientôt l’amidon se dissout, la décomposition commence, et le gaz nitreux se dégage en très grande abondance. Lorsque l’action est terminée , on ajoute 24 liv. d’acide nitrique, on chauffe légèrement; les vapeurs rutilantes apparaissent de nouveau, et on soutient une chaleur modérée tant qu’il y a réaction. On verse ensuite la liqueur dans des'terrines pour la laisser cristalliser, on obtient ainsi pour premier résultat environ 5 liv. d’acide oxalique ; on réunit ensuite les eaux-mères, on les fait chauffer, et on leur ajoute 24 liv. d’acide nitrique en plusieurs fois. Ce deuxième traitement donne près de 2 liv. 8 onc. de cristaux ; on réitère la même reprise des eaux-mères, une troisième et une quatrième fois : le produit total en acide oxalique purifié, équivaut à un peu plus de moitié de la fécule employée, et l’acidè nitrique consommé est égal au sextuple. La purification qu’on fait subir à l’acide oxalique, consiste en une simple dissolution et cristallisation, pour le débarrasser de l’acide nitrique dont il est imprégné.
- En traitant de l’acide sulfurique, on a indiqué un procédé qui fournit également de l’acide oxalique; mais là, comme ce produit n’est que secondaire, et que le but principal est de former du gaz nitreux pour servir à la transformation de l’acide sulfureux en acide sulfurique, on ne prend aucune des précautions nécessaires pour obtenir un résultat plus avantageux sous l’autre rapport, et on prescrit de mettre tout l’acide nitrique à la fois sur la mélasse. C’est cependant ce procédé assez imparfait qui a forcé de mettre l’acide oxalique à si bas prix. Il est facile de s’en rendre raison, en réfléchissant que le gaz nitreux qui se forme dans ce cas, paie à lui seul, par le parti qu’on en tire, l’acide nitrique qui est employé, et que par conséquent l’acide oxalique qu’on recueille ne coûte rien , ou presque rien.
- En Suisse, les fabricans de toiles peintes ont recours à un autre moyen pour se procurer l’acide oxalique ; ils l’extraient du sel contenu dans Yoxalis et dans le rumex acetosella, plantes qui
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- croissent en abondance dans ce pays et qui, depuis nombre d’années, sont l’objet d’une exploitation particulière.
- Par ce procédé, on décompose le sel d’oseille ( oxalate acide de potasse ) par l’acétate de plomb, et l’oxalate de plomb qui en résulte, par l’acide sulfurique. Pour cela, on dissout dans 12 à 15 parties d’eau bouillante 5o kîl. de sel d’oseille ; d’autre part, on dissout à froid, i5o kil. d’acétate de plomb; on mêle peu à peu les deux dissolutions, et on agite très fortement; on laisse déposer ensuite un temps suffisant et ou décante la liqueur, puis on lave le dépôt à quatre ou cinq reprises différentes ; lorsque le précipité ne contient plus aucune substance étrangère , on le verse dans des terrines ou dans des jarres de grès, et on le traite par l’acide sulfurique étendu. Pour la proportion de sel que nous avons indiquée, on prend 3y kil. 5o d’acide sulfurique qu’on délaie dans 5 à 6 parties d’eau ; et afin de profiter de la chaleur du mélange, on ne le fait qu’au moment, et on verse immédiatement sur l’oxalate de plomb. Le tout doit être brassé long-temps et à plusieurs reprises. Il est bon de s’assurer de la réussite de l’opération en essayant par le muriate de baryte, une petite portion de la liqueur filtrée : si le précipité qui se forme est presqu’entièrement soluble dans l’acide nitrique pur et étendu , c’est un signe certain que la décomposition est achevée ; dans le cas contraire , on laisse séjourner l’acide plus long-temps, et quelquefois même on verse le mélange dans une chaudière de plomb, et on chauffe légèrement. Quand on juge que l’opération est terminée, on décante de nouveau, et on lave le résidu à l’eau chaude, jusqu’à ce que les lavages ne soient plus sensiblement acides. Toutes les liqueurs sont ensuites rassemblées , et on les fait évaporer jusqu’à ce qu’elles prennent un peu de consistance , et deviennent comme visqueuses ; alors on retire du feu, et on obtient par ce refroidissement l’acide oxalique eu cristaux aiguillés qui s’entrelacent,
- Il arrive le plus ordinairement que l’acide oxalique qu’on obtient par ce procédé, n’affecte que la forme d’aiguilles ou de petits prismes très courts, tandis que celui qui est fabriqué avec une matière végétale traitée par l’acide nitrique , se présente en
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- longs prismes quadrilatères qui ont quelquefois près de deux pouces de long. Il paraît que cette différence tient à un restant de matière extractive contenu dans le sel d’oseille, et dont on ne peut le débarrasser par les précipitations et les lavages. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on peut obvier à cet inconvénient, si cela en est un, en ajoutant à la liqueur, vers la fin de l’évaporation , environ ico gram. par kil. de sel d’oseille employé , d’acide nitrique à 5 degrés de l’aréomètre, c’est-à-dire étendu a peu près de six parties d’eau. Par la chaleur, l’acide nitrique réagit sur la matière qui s’opposait à la cristallisation, et on obtient l’acide oxalique en beaux prismes.
- Cent parties de sel d’oseille de bonne qualité donnent, par ce procédé, 75 d’acide oxalique.
- Dans cette double décomposition du quadroxalate de potasse par l’acétate neutre de plomb, on obtient d’une part de l’oxa-late de plomb insoluble, et de l’autre de l’acétate acide de potasse qui reste dans la liqueur. Quand on opère en grand, on peut tirer parti de cet acétate en achevant la saturation par la chaux, évaporant ensuite et traitant l’acétate sec par l’acide sulfurique pour obtenir l’acide acétique, ainsi que nous l’avons décrit à l’article de l’acétate calcaire. Le résidu de cette seconde décomposision est formé de sulfate de chaux et de sulfate de potasse ; on peut les séparer l’un del’autre par simple lixiviation.
- Cet acide végétal jouit de quelques propriétés remarquables que nous devons indiquer ici, au moins sommairement, parce qu’elles se lient à des considérations générales qui deviendront du plus grand intérêt. Il a d’abord, comme tous les autres acides, une saveur aigre, rougit le tournesol, etc-, etc., et non-seulement il forme des sels avec les diverses bases, mais, d’après les observations de Wollaston, il peut se combiner avec un même oxide en quatre proportions différentes ; en sorte qu’on reconnaît pour quelques-uns d’entre eux des sous-oxalates , des oxalates neutres, des oxalates acidulés et des oxalates acides, et on a vu que les quantités d’acide oxalique nécessaires pour former ces divers degrés de combinaison, se trouvaient dans les rapports de 1, 2, 4, 3, pour une quantité constante de base;
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- de manière que l’oxalate acidulé contient deux fois autant d’acide que l’oxalate neutre, et l’oxalate acide en contient le quadruple. De là les expressions de bi et de quadroxalates. Le sel d’oseille est dans ce dernier cas. Une propriété bien singulière de l’acide oxalique . et qui certes conduira à des résultats inattendus, c’est celle dont nous devons la découverte à M. Dulong. Cet acide, entièrement privé d’eau et tel qu’on l’obtient par la sublimation, se combine, sans perte, avec plusieurs bases, et déchoit d’environ 20 pour joo en se combinant avec quelques autres, et particulièrement avec l’oxide de plomb et l’oxide de zinc. De plus, ces deux oxalates bien desséchés ne donnent aucune trace d’hydrogène dans les produits de leur analyse par le feu; on ne retrouve que de l’acide carbonique, et le métal à l’état métallique. Quelquefois cependant l’acide carbonique est mélangé d’un peu d’oxide de carbone , mais alors le métal se trouve uni à une petite proportion d’oxide dans le même rapport. On voit donc d’après cela , que ces sels sont formés d’un métal et des élémens de l’acide carbonique ; et cependant quand on les décompose par les acides hydrosulfurique, sulfurique, hydrochlo-rique,etc,, on obtient, dans le liquide, de l’acide oxalique ordinaire. M. Dulong a proposé plusieurs hypothèses pour se rendre compte de ces phénomènes; dans l’une, il suppose que l’acide oxalique sublimé contient environ le cinquième de son poids d’eau, et que cette eau peut être dégagée de certains sels, et retenue par d’autres ; que cet acide n’admet dans sa composition que le carlxme et l’oxigène dans des proportions intermédiaires à celles qui constituent l’acide carbonique et l’oxide de carbone. Dans une deuxième hypothèse, M, Dulong considère l’acide oxalique comme formé d’acide carbonique et d’hydrogène; dans ce cas, celui qui a été sublimé ne contiendrait pas d’eau, et celle que l’on obtient en calcinant plusieurs oxalates , résulterait de la combinaison de l’hydrogène de l’acide avec l’oxigène de la base , de manière que l’acide oxalique serait un véritable hydra" eide, dont l’acide carbonique formerait le radical composé. Nous, craindrions d’outrepasser les limites qui nous sont imposées, en entrant dans déplus grands détails; mais nous, ne saurions trop
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- le répter, l’étude plus complète de cet acide conduira nécessairement à d’importans résultats sur la nature des acides végétaux.
- Nous terminerons cet article en faisant observer qu’avant les belles expériences de M. Dulong, on ne savait à quoi s’en tenir sur la nature de l’acide oxalique , tant étaient différens les résultats obtenus par les chimistes les plus accrédités.
- D’après l’analyse de MM. Thénard ( Carbone... 26 66. et Gay-Lussac, l’acide oxalique con- < Oxigène... 70 689. tiendrait: { Hydrogène 2 745.
- (Carbone.. 33 35. Oxigène. . 66 4i. Hydrogène o 24.
- Cette discordance s’explique parfaitement bien maintenant, et on voit qu’il tient aux deux états différens que l’acide oxalique peut affecter dans ses diverses combinaisons. MM. Thénard et Gay-Lussac ont fait l’analyse de l’oxalate de chaux, et M. Ber-zelius celle de l’oxalate de plomb. R.
- Acide prussique , V. Acide h ydrocyanique.
- Acide sulfureux. Cet acide dont la connaissance remonte aux temps les plus reculés, indiqué d’abord par Stahl, fut examiné par Priestley, et analysé, seulement depuis quelques années , par Gay-Lussac et Berzelius. Il ne se rencontre dans la nature que momentanément par la combustion du soufre ou des pyrites sulfureuses aux environs des volcans.
- Fabrication. Si on l’emploie à l’état gazeux, on l’obtient directement , sous cette forme, de la combustion du soufre alimentée par l’air atmosphérique. On pourrait à l’aide d’une pompe aspirante e. foulante ou d’un double gazomètre à bascule, déterminer un tirage qui amènerait sur le soufre la quantité d’air utile pour le brûler complètement, et faire passer ensuite les produits de cette combustion au travers de l’eau, de dissolutions, etc. ; on l’aurait ainsi condensé, et ce procédé serait beaucoup pins économique que celui à l’aide duquel on l’obtient aujourd’hui dans cet état. Il est vrai que ses combinaisons n’étant pas encore employées en quantités très considérables , l’éco-nonne qu’on ferait sur la manière de les préparer ne serait pas dune grande importance. L’acide sulfurique s’obtient en grand
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- par l’intermédiaire de l’acide sulfureux : 1 kil. de soufre donne par sa combustion 6g3 litres de gaz acide sulfureux, ou en poids 1 kil. 93o grammes, qui peuvent être condensés dans 19 kil. d’eau.
- On fabrique ordinairement l’acide sulfureux qu’on veut combiner à l’eau ou tout autre agent, en décomposant, à l’aide de la chaleur , l’acide sulfurique par le charbon de bois en poudre, ou par la sciure de bois.
- L’emploi de la sciure de bois ou des copeaux (1) est préférable, parce que leurs élémens, le carbone et l’hydrogène, s’y présentent successivement à l’action de l’acide sulfurique dans un état de division plus complète, et lui offrent plus de surface que le carbone du charbon de bois , ce dernier, par l’agrégation de ses molécules, étant moins facilement attaquable. On introduit dans un ballon de verre placé sur un bain de sable, une partie de sciure de bois sur laquelle on verse trois parties d’acide sulfurique concentré à l’aide d’un tube en, S-, ce mélange ne doit pas occuper plus des deux tiers de la capacité totale du ballon; on établit ensuite, par un tube recourbé, la communication avec un appareil de Woulf, dont les flacons sont emplis aux deux tiers de leur capacité, avec le liquide dans lequel on veut condenser le gaz acide sulfureux; on échauffe, jusqu’à ébullition légère, l’acide sulfurique et la sciure, et on soutient ce degré de température tant que dure l’opération. On prépare ainsi l’acide sulfureux liquide, le sulfite de soude et de chaus ; tous ces produits à la fois, ou l’un d’eux seulement; l’acide sulfureux liquide s’obtient dans le flacon où l’on a mis de l’eau pure, celle-ci en absorbe 3j fois son volume, ou à peu près un dixième de son poids pour s’en saturer; le degré de saturation complète est atteint lorsque l’acide sulfureux s’échappe du flacon qui suit celui qu’on veut saturer, et on le reconnaît à son odeur : ico d’acide sulfurique donnent 54 d’acide sulfureux qui sont contenus dans 54o d’acide liquide obtenu (2). h
- (1) Il est mieux encore de se servir de copeaux de bois; ils n’ont pasl’in-ronvénient de se tasser et former une masse dure , ce qui arrive quelquefois avec la sciure.
- :2. Ces proportions sont des maximum de prodtirts qui peuvent varier moins par les pertes que l’on peut faire dans le cours de l’opération.
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- sulfite de soude se forme dans le flacon où l’on a mis 200 d’une dissolution de sous-carbonate de soude, équivalant 4o de soude pour 100 d’acide sulfurique employé (1). Enfin, on aura le sulfite de chaux dans le flacon où on aura mis de la chaux en émulsion plus ou moins dense, mais qui produira pour 100' d’acide sulfurique 115 de sulfite de chaux; ce sulfite ne sera entièrement soluble que dans 800 fois son poids d’eau. Presque tous les autres sulfites se préparent de la même manière ; mais comme ils ne s’emploient que dans les laboratoires, nous n’en prions pas ici ; l’acide sulfureux et les sulfites se préparent à l’état de pureté pour l’usage des laboratoires, par la réaction d’une partie de mercure sur sept d’acide sulfurique , concentré dans un ballon communiquant à un appareil de Woulf.
- Le sulfite de chaux peut encore s’obtenir, sous forme solide , en plus grande quantité et plus facilement que par le procédé ci-dessus; au lieu d’un appareil de "Woulf, on place à la suite du ballon dans lequel on a mis l’acide sulfurique et la sciure, un tonneau en bois bien cerclé en fer et à double fond ; le gaz acide sulfureux est conduit par un tube à la partie inférieure de ce tonneau, entre les deux fonds, et là il ne trouve d’autres issues que les trous dont est perforé le fond superposé à l’autre ; il passe ensuite au travers de la craie ( carbonate de chaux ) humectéè et concassée, qui remplit toute la capacité du baril au-dessus de ce fond ; cette craie doit être introduite avec légèreté en petits morceaux qui laissent entre eux des interstices pour le passage du gaz ; la grande surface qu’ils présentent ainsi a son action ne permet pas à l’acide sulfureux de s’échapper; il s y condense entièrement ; la chaleur qui se produit dans le cours de la décomposition de la craie, vaporise toute l’eau qui 1 humectait, et le sulfite de chaux qu’on obtient ainsi est sec et
- urï les proportions relatives de chaux ( ico de craie équi-
- t1/ Si on veut avoir le sulfite de soude en dissolution plus concentrée, on. mettra le sous-»arbonate de soude en cristaux dans l’eau qui en sera déjà source, le sulfite de soude étant beaucoup plus soluble que le sous-carbonate,
- %cna tous les cristaux disparaître au fur et à mesure qu’ils seront deeom-P scs par 1 acide sulfureux.
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- valent à peu près 5o de chaus.), d’acide sulfurique, de sciure, etc., sont les mêmes que celles indiquées dans le premier procédé.
- Usages. L’acide sulfureux à l’état de gaz s’emploie au blanchiment de la laine j de la soie j de la colle de poisson j à en-lever les taches de fruits , au traitement de la galle , des maladies cutanées, à blanchir et muter les vins, etc. J’ai appliqué avec succès le sulfite acide de soude au blanchiment des bois de tilleuls, et autres qui forment la sparterie et les chapeaux dits de paille blanche. Le sulfite acide de chaux a été beaucoup employé pour muter le moût de raisin dont on se proposait d’extraire le sucre ou de fabriquer le sirop. Quelques fabricans de sucre de betteraves s’en servent maintenant pour éviter aussi que le jus de ces racines ne fermente; on l’emploie encore pour arrêter la fermentation vineuse, et l’empêcher de passer à celle acide dans la fabrication des esprits; un demi-millième en poids de la liqueur fermentée suffit ordinairement à cet usage, l’action de l’acide sulfureux et des sulfites s’explique par leur propriété d’enlever l’oxigène, pour passer à l’état d’acide sulfurique ou de sulfates.
- Théorie. La fabrication de l’acide sulfureux, par combustion, tient à la combinaison du soufre avec l’oxigène de l’atmosphère, dans la proportion de g3 d’oxigène pour ico de soufre. Si l’acide sulfureux est extrait de l’acide sulfurique, celui-ci est décomposé; un tiers de son oxigène se porte sur le charbon, d’où résulte de l’acide carbonique à l’état de gaz ; l’oxigène restant constitue l’acide sulfureux. Si l’on a employé la sciure de bois ou les copeaux, la combinaison de la même quantité dW gène de l’acide sulfurique au carbone et à l’hydrogène, forme de l’eau , et de l’acide carbonique ; l’hydrogène se dégage à l’état libre, et l’acide carbonique, qui en se volatilisant s’est combines l’eau, ou à la soude, ou à la chaux, est chassé de ces combinaisons par l’acide sulfureux.
- Caractères. L’acide sulfureux pur est un gaz permanent, invisible; il excite fortement à la toux ; son odeur bien carnet? risée et bien connue, est dite odeur d’alumette; de même (Jue
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- les sulfites, il détruit les couleurs bleues végétales : c’est à cette propriété qu’on reconnaît ordinairement que les sous-carbonates de soude desséchés du commerce, contiennent de ces sels : en effet, par la saturation de toute la soude en excès, les sulfites, ou l’acide sulfureux mis à nu décolorent entièrement le bleu d’essai extrait des mauves, de la violette ou du tournesol. L’acide sulfureux liquide est blanc , d’une odeur forte ( la même que celle du gaz ) ; il doit être conservé dans des flacons bien bouchés , ainsi que les sulfites, pour être préservés de l’action de l’oxigène de l’air. Les sulfites de chaux et de soude sont blancs; le premier est peu soluble, le second est très soluble; l’un et l’autre sont, comme tous les sulfites , reconnaissables par l’odeur prononcée du gaz acide sulfureux qui s’en dégage quand on les décompose par les acides sulfurique, nitrique ou hy-drochlorique, etc. P.
- Acids sulfurique. Fabrication. L’acide sulfurique, il y a quarante ans, se préparait, en France, d’une manière très imparfaite : le procédé le plus en usage alors consistait à lancer, dans une chambre doublée de plomb intérieurement, et d’uui? capacité de 5 à 10 mille pieds cubes ( 121 à 243 mètres), un chariot en fer, qui portait une capsule en fonte ; pleine de soufre enflammé, et dont la combustion était aidée par un mélange de 12, i5, et même 20 pour cent de nitre. Quand on supposait la combustion terminée et l’acide formé suffisamment condensé, dans quelques pouces d’eau qui couvraient le fond de la chambre ( quelques fabricans injectaient, durant le cours de l’opération, de l’eau, au travers d’une pomme d’arrosoir, à l’aide d’une ponpe foulante ) , on ouvrait la porte par laquelle le chariot avait été introduit ; on le retirait, pour vider le résidu (que l’on a d’abord jeté, quoiqu’il contînt encore 20 à 3o pour ^nt de soufre échappé à la combustion, et du sulfate de potasse; plus tard on l’utilisa, en partie, dans la fabrication de lalun ); on rechargeait la capsule de soufre et de salpêtre, et 1 opération était recommencée. L’acide obtenu dans la chambre, et évaporé dans des bassins de plomb, jusqu’à ce qu’il marquât oo degrés à l’aréomètre Beaumé, était concentré dans des cor-
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- nues de verre, rangées par 20 ou 4o, en double ligne, dans un même bain de sable, chauffé par un seul foyer, de toute la longueur de cette galère ; la concentration y était poussée jusqu’à ce qu’il fût impossible d’enlever plus d’eau à l’acide que l’on obtenait alors, comme aujourd’hui, à 65° Beaumé, cequ| équivaut i845, pesanteur spécifique, l’eau étant îoco. L’ensemble de ce procédé, modifié de diverses manières par quelques fabricans , donnait de 15o à 200 d’acide sulfurique à 65“ par cent de soufre brûlé, et encore arrivait-il souvent que ces opérations grossières manquaient totalement.
- Depuis, on supprima les chariots, et un fourneau immobile fut construit sous la chambre; la plaque sur laquelle le soufre était étendu, se chauffait par un foyer extérieur, et la combustion du mélange de soufre ico, avec 10 à 12 de salpêtre, pouvait être réglée, et était constamment alimentée par une petite porte, que l’on ouvrait, de temps à autre, à ce dessein, Un trou, pratiqué à deux pouces au-dessus du niveau du soufre, donnait constamment accès à l’air extérieur ; et une cheminée, élevée à l’autre extrémité de la chambre, déterminait un tirage , qui entraînait fréquemment des gaz acides non condensés, Ces gaz, dans les temps humides surtout, retombaient à quelque distance des fabriques, et y détruisaient, dans un rayon assez étendu, toute végétation. On laissait dans la chambre une , hauteur de quelques pouces d’acide ; au fur et à mesure de 1» fabrication, on en soutirait une quantité correspondante à celle fabriquée, et onia concentrait dans les galères de cornues,ci-dessus décrites. Ce procédé, auquel on a fait depuis quelques modifications utiles ( dont l’une des plus importantes est la substitution d’une seule chaudière en platine, aux 20 ou 4o cornu® en verre), est encore celui le plus généralement employé; 0: en obtient, par 100 de soufre, 25o à 260 d’acide, à 18*' pesanteur spécifique, ou 66° Beaumé. Celui que nous allô® décrire n’est entre les mains que de quelques fabricans; j'S avais indiqué les résultats à M. Thénard en 1819; et un maïf facturier, auquel je l’avais fait employer, les lui a confirma dans le même temps : il donne, en grand et constamment,
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- est suivi avec soin, 3co d’acide sulfurique à 56°, ou i84o , pesanteur spécifique, pour 100 de soufre. Or, d’après les proportions définies, les quantités possibles étant
- Soufre.. 0x1 gène.
- Eau....
- 100 » i5o » 62 5o
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- il n’est guère probable qu’on puisse en approcher plus près, dans une opération de fabrique.
- Description de l’Appareil. Nous supposerons ( Voyez fig. i , pl.^des Arts chimiques) une chambre A de grandeur moyenne de 20,000 pieds cubes ( 685 mètres 55 centimètres ) de capacité; les dimensions les plus favorables seront : longueur, 5o pieds ( iS mètres 24 centimètres ) ; largeur, 27 pieds (8 mètres 77 centimètres ) , hauteur , 15 pieds ( 4 mètres 94 centimètres ) : l’application de ce procédé peut se faire dans les chambres dont les dimensions seraient différentes, cependant des observations faites avec soin ont démontré que plus elles se rapprocheraient d’être proportionnelles ou égales à celles-ci, plus le succès serait assuré; un cylindre en plomb B, de 8 pieds ( 2 mètres 5g centimètres ) de diamètre et 6 pieds de haut ( 1 mètre g4 centimètres), entré de 10 pouces ( 270 millimètres ) au-dessus du plancher CC, et à l’un des bouts de la chambre. Ce cylindre à sa partie inférieure DD se reploie en dedans, ce qui forme une rigole EE concentrique au cylindre, dans laquelle on tient un niveau constant d’acide GG, pour éviter que le plomb ne s’échauffe trop, et profiter de la chaleur qui rapproche continuellement l’acide qui y passe, le tout est appuyé sur une maçonnerie H au milieu de laquelle est posé un plateau K de 3 pieds 4 pouces ( 1 mètre 82 centimètres ) de diamètre et 1 pouce ( 27 millimètres ) d’épaisseur , légèrement concave, et à rebords de 3 pouces ( 81 millimètres ) au-dessus d’un foyer LL qui doit échauffer toute la surface de son fond ; au niveau des bords ce plateau, o.n pratique dans le cylindre en plomb une porte
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- M de 2 pieds ( 65 centimètres ) de haut, sur 18 pouces ( 487 millimètres), de large, qui, à sa partie inférieure, est percé d’un trou N d’un pouce de diamètre ( 27 millimètres ); à l’autre bout de la chambre, deux soupapes à eau P de 18 pouces (487 millimètres ) carrés, sont surmontées de deux cheminées en bois Q assez élevées pour déterminer un fort courant ; elles doivent avoir au moins i5 pieds de haut ( 4 mètres 87 centimètres). Le tout étant disposé comme ci-dessus, la porte et les soupapes fermées, on allume le feu sous le plateau, et quand il est bien chaud ) assez pour qu’une poignée de soufre projetée dessus s’enllamme instantanément), on charge le soufre; il en faut 5o kil. par opération, et en même temps on échauffe un ballon R qui contient 4 kil. 3oo gr. d’acide nitrique et 5oo grammes de mélasse mélangés ; le gaz nitreux qui s’en dégage est conduit par un tube dans l’intérieur du cylindre en plomb, à 2 pieds ( 65 centimètres ) au-dessus du soufre en combustion; on continue à opérer ce dégagement jusqu’à cequetoutle gaz nitreux soit produit par les proportions ci-dessus indiquées ( on extrait l’acide oxalique des résidus). Environ deux heures après que la combustion du soufre a commencé, on ouvre le robinet d’une chaudière à vapeur S dont le tuyau entre dans la chambre par le milieu, ce tuyau T a 1 pouce ( 27 millimètres) de diamètre, et son orifice U dans la chambre est réduit à 6 lignes ( i3 millimètres ), afin que la vapeur en sorte avec pression ; cette injection doit durer jusqu’à ce que toute la vapeur n ;cessaire à l’absorption de l’acide soit introduite. Cette quantité est de 5o kil. par opération , la surface chauffante de la chaudière qui la doit produire, est de 5 pieds ( 1 mètre 69 centimètres ) carrés. Quelques minutes après que l’introduction de la vapeur dam la chambre est commencée, une condensation dans l’intérienr se fait sentir : il faut alors déboucher le petit trou N pratiqué dans la porte du cylindre , afin de donner accès à l’air atmosphérique. Quand l’injection de vapeur est finie ( la combustion du soufre et le dégagement du gaz nitreux sont terminés au moins une heure avant ), on laisse la condensation des vapeurs se faire, tout étant clos ; quand elle est achevée, ou
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- outre la porte du cylindre et les deux soupapes, afin de renouveler l’air de l’intérieur d.e la chambre le plus complètement • pssible, et on recommence une autre opération : on en peut faire jusqu’à quatre par vingt-quatre heures, mais c’est très difficile dans un travail courant ; il est plus aisé d’en faire trois seulement, et même, pour obtenir plus de produits et être obligé à moins desurveillance, assujetti à moins d’accidens, il est préférable de n’en faire que deux : la condensation est plus parfaite, et les plombs de la chambre, éprouvant des différences de dilatation moins fréquentes, sont moins fatigués.
- Tout le fond de la chambre doit être constamment recouvert d’une couche de liquide. Comme il a une pente de 18 centimètres, cette couche W se trouve avoir dans une extrémité 22 centimètres d’épaisseur et seulement 4 centimètres dans l’autre ; on ne doit donc retirer chaque jour que la quantité excédant ce niveau. L’acide que l’on tire ainsi journellement doit marquer à peu près 4o° Beaumé ; on peut l’élever plus haut, et quelques fahricans le font, dans le dessein d’économiser le combustible nécessaire à la concentration ; mais ils obtiennent une moindre quantité d’acide, et, s’ils ont élevé dans la chambre son degré jusqu’à 5o° et plus, il absorbe, à cette pesanteur spécifique , une partie de gaz acide nitreux qu’il est impossible île lui enlever par la concentration : ces inconvéniens compensent, et bien au-delà, les frais d’évaporation qu’on voudrait éviter.
- L’un des types de la pureté de l’acide sulfurique admis par le commerce, et qui démontre assez bien cette pureté, c’est la propriété de dissoudre l’indigo sans altérer sa belle couleur bleue. L’acide sulfurique obtenu par le procédé que nous indiquons ne contient presque plus de sulfate de chaux, puisque presque toute l’eau nécessaire est fournie par la vapeur et par conséquent est distillée.
- Si l’on a été obligé d’épuiser tout l’acide qui recouvre le fond ce la chambre pour y faire des réparations ou par tout autre Motif, il faut, avant que de recommencer, recouvrir tout le fond avec de l’acide faible à 10 ou 120 Beainné: si l’on n’y met-Tom: I. g
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- tait que de l’eau pure ou qu’on n’y mîtrien(i),on courrait risque de n’obtenir que peu et meme pas de produit : des manufacturiers , pour avoir manqué eu ce point, ont échoué complètement dans Fessai de procédés qui, sans cette faute , auraient pu donner de bons résultats. Il faut donc bien se rappeler que l’eau et la chaleur sont des conditions essentielles à la formation de l’acide sulfurique. Un fait assez singulier s’est présenté plusieurs fois dans quelques fabriques où l’on travaillait en suivant la méthode dite à courant continu. Dans des temps secs ( de gelée surtout ), on a observé que des chambres dans lesquelles on avait envoyé comme à l’ordinaire les produits de la combustion du soufre et du salpêtre, n’avaient pas condensé d’acide, pas la moindre quantité ; cet accident a été nommé à Marseille maladie des chambres. On n’y trouvait d’autre remède que d’arrêter pendant quelque temps la fabrication, et il ne se représentait plus quand on recommençait à opérer.
- Le meilleur moyen de parer à cet inconvénient quand on le remarque, c’est d’injecter dans la chambre une quantité de vapeur suffisante pour humecter toute la paroi intérieure et l’échauffer.
- La concentration de l’acide sulfurique se commence dans des chaudières de plomb dont la surface est assez considérable pour que l’acide que l’on y fait couler n’y occupe qu’une hauteur de 3o centimètres ; l’acide est rapproché dans ces chaudières, jusqu’à ce qu’il marque 5o degrés à l’aréomètre Beaumé : on le soutire alors pour le faire couler dans une chaudière de platine (2). Cette chaudière, en forme de cucurhite ordinaire, doit contenir, dans les deux tiers de sa hauteur, environ le quart du produit de la fabrication journalière, puisqu’on y fait ordinairement quatre opérations par jour ( quand elle est montée convenablement on peut aisément en faire six ). Le chapiteau est également en platine et conduit les vapeurs dégagées dans un
- (1) Comme aussi si l’on commençait l’opération par un temps sec et froid, sans avoir préalablement échauffé les parois et l’air intérieur de la chambre par une injection de vapeur.
- (3) V. art. Platine.
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- serpentin de plomb, oii elles se condensent ; l’acide entraîné pendant la distillation est en quantité assez considérable pour qu’il soit utile de condenser les vapeurs (1).
- Lorsque l’acide est arrivé à son point de concentration, on le soutire de la cucurbite à l’aide d’un siphon en platine qui y est adapté à cet effet : la branche du siphon extérieure à la chaudière est enveloppée dans toute sa longueur ( 2 mètres environ ) d’un double tuyau en cuivre, dans lequel on fait passer un courant d’eau froide, afin que l’acide arrive à l’extrémité du siphon assez refroidi pour ne pas faire casser les réservoirs en grès dans lesquels on le reçoit; on le soutire ensuite dans des dames-jeannes en grès, emballées avec de la paille dans des paniers à anses ; on les bouche avec un bouchon de grès à rebords, recouvert de terre glaise enveloppée d’un morceau de toile et ficelée : on le livre ainsi an commerce.
- Il y a deux, méthodes de construction des chambres de plomb: nous indiquerons l’une et l’autre, parce que l’expérience n’a pas encore suffisamment démontré le choix que l’on devait faire entre elles. La plus anciennement connue en France consiste à réunir les nappes de plomb qui forment le fond de la chambre, en ployant le bord de chacune d’elles de manière à ce qu’elles forment à leur jonction une rainure conique de 5 centimètres de large sur 5 centimètres de profondeur; toute la surface intérieure de cette rainure bien grattée à vif était remplie d’une soudure composée d’une partie d’étain pur et de deux de plomb. Les nappes de plomb élevées sur les côtés delà chambre y étaient jointes par des rainures semblables, incrustées dans des charpentes en Lois; la partie supérieure de la chambre (ouïe ciel} était for-
- (1) A la température à laquelle on élève l’acide sulfurique pendant sa concentration, Je plomb s’unit au platine et le rend fusible; il est même arrivé dans quelqnes fabriques que de très petits grains de plomb, tombés par hasard dans des chaudières de platine, y ont fait des trous de plusieurs millimètres de large. 11 faut donc éviter soigneusement qu’il ne puisse s’y en tntraduire ; on peut cependant boucher les trous et réparer les cassures h ces chaudières, en y ajustant de petites pièces en platine, brasées : on v emploie 1 or conune soudure.
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- niée de nappes de plomb reployées, de t S à 18 centimètres sur leurs bords, et serrées extérieurement à la chambre entre deux pièces de bois, dont la longueur était égale à la largeur de la chambre: les deux nappes de plomb , rabattues chacune sur l’une de ces pièces de bois, laissaient entre elles une rainure conique qu’on remplissait de soudure de la composition indiquée ci-dessus. Cette construction présente beaucoup de solidité et est assez facile; on lui en a cependant substitué une autre depuis quelque temps, dans le but d’économiser la main-d’œuvre et la soudure. Cette dernière diffère de l’autre dans la manière de joindre les nappes de plomb entre elles, qui se fait, par celle-ci, au moyen delà soudure dite soudure anglaise. Les nappes de plomb étant bien grattées à vif sur leurs bords dans toute leur longueur et sur une largeur de 4 centimètres, on place ces deux parties, bien avivées, l’une sur l’autre horizontalement, et on fait couler entre elles un peu d’étain pur, dont on exprime encore la plus grande partie par une pression assez forte. Ces nappes ainsi jointes sont maintenues latéralement et à la partie supérieure de la chambre, par des agrafes en plomb qui embrassent une pièce de bois, et sont soudées, à chacune de leurs extrémités, sur les nappes de plomb. Cette manière de construire est assez économique et solide, mais difficile à bien exécuter : si, par exemple, l’on n’a pas bien réussi à exprimer la plus grande partie de l’étain coulé entre les bords des nappes de plomb, l’acide sulfurique ne tarde pas à le dissoudre et à s’y faire un passage.
- Quelle que soit la méthode que l’on suive dans la construction des chàmbres , il est important qu’elles soient isolées de tous côtés dans le bâtiment qui les renferme, afin qu’on puisse apercevoir et réparer facilement les endroits où elles perdent, soit par vice de construction , par usure, par des défauts inaperçus dans les tables de plomb, où par toute autre cause.
- Caractères. L’acide sulfurique, tel qu’on le livre au commerce et qu’on l’emploie généralement dans les arts, est blanc, sans odeur, d’une consistance sirupeuse, d’une pesanteur spécifique égale à i845, l’eau étant 1000, se volatilise à une haute température; sa vapeur est blanche, acre , agit fortement sur
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- l’économie animale. On reconnaît sa présence par la dissolution de la baryte et d’un sel soluble de baryte, avec lesquels il donne un précipité insoluble dans l’acide nitrique. L’acide sulfurique sert de mesure pour reconnaître le pouvoir saturant des alcalis du commerce et leur valeur relative -, et réciproquement, un alcali pourrait démontrer la quantité d’acide réel que contient l’acide sulfurique à dilférens degrés : si, par exemple, on l’essayait avec du sous-carbonate de soude cristallisé, équivalant 28 centièmes d’acide sulfurique pur, ou d’acide sulfurique à 66°, il est évident que 100 de sous-carbonate de soude équivalant 28 d’acide sulfurique réel ou 55 à 66°, toutes les quantités de sous-carbonate de soude employées dans l’essai indiqueront des quantités proportionnelles correspondantes d’acide sulfurique pur ou d’acide sulfurique à 66°.
- Usages. L’acide sulfurique est de tous les acides celui dont l’emploi est le plus considérable, et en effet il sert à obtenir presque tous les autres en les dégageant de leurs combinaisons : c’est ainsi que l’on prépare en grand les acides nitrique, hy-drochlorique , hydrosuif.'urique, tartarique , acétique, etc.; on l’emploie dans la fabrication de Yalun, des sulfates de cuivre, de zinc, àe potasse, de soude, et dans la fabrication de Y éther suif;- ' rique, des esprits parle procédé de la saccarification de l’amidon , du phosphore , etc. ; il sert encore à gonfler les peaux dans le tannage, à décaper les métaux, à reconnaître la nature de beaucoup de sels par les caractères des acides qu’il en dégage, etc.
- Théorie de la formation de l’acide sulfurique. La théorie reçue aujourd’hui a été donnée par Désormes et Clément (1). Ces chimistes ont pensé que le gaz acide nitreux mêlé au gaz acide sulfureux réagissaient l’un sur l’autre à l’aide d’un peu d’eau; que de là résultait une combinaison d’acide sulfurique, de deutoxide d’azote et d’eau, combinaison qui était instantanément désunie par une addition d’eau plus considérable, et de
- (ï) Quelques anne'es avant, M. Pinvinet l’avait conçue et l’expliquait de la même manière, dans une lettre qu’il écrivit h M. Cliaptal pcie, sut lés propriétés du soufre.
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- laquelle l’acide sulfurique se séparait sous forme liquide, laissant le gaz deutoxide d’azote se dégager ; que celui-ci se reconstituait gaz acide nitreux aux dépens de l’oxigène de l’air, et, placé alors dans les mêmes circonstances que la première fois, réagissait de nouveau et de la même manière sur le gaz acide nitreux, donnait lieu à la même combinaison de laquelle sortaient les mêmes produits; que ces réactions alternées se continuaient jusqu’à épuisement total du gaz acide sulfureux ou de l’oxigène de l’air.
- Pour s’assurer que c’était bien là ce qui se passait dans les chambres, ils ont mélangé dans un ballon transparent ces trois composés ( deutoxide d’azote, acide sulfureux et air ). L’apparition des vapeurs rouges a d’abord indiqué la transformation du deutoxide d’azote en gaz acide nitreux ; ensuite, à l’aide d’un peu d’eau, la réaction s’est opérée, et des vapeurs blanches, opaques, se sont formées et ont déposé des cristaux hlancs et étoilés sur la paroi intérieure du ballon ; les gaz étaient devenus alors diaphanes et incolores ; une nouvelle addition d’eau a fondu avec effervescence ces cristaux, et les vapeurs rutilantes ont reparu: ces phénomènes se sont ainsi alternés jusqu’à ce que tout l’oxi-gène de l’air ait été usé ou tout l’acide sulfureux brûlé ; et comme les gaz restans se sont trouvés être acide nitreux et azote , sans acide sulfureux, et que l’acide sulfurique onctueux mouillait toute la paroi intérieure du ballon, ils en ont conclu la démonstration de la théorie indiquée ci-dessus.
- Une expérience postérieure faite par M. Gay-Lussac a jeté quelques doutes sur la manière d’agvt- de l’acide nitreux dans cette opération; si on fait le vide dans le ballon après que les cristaux étoilés s’y sont déposés, et qu’on le remplisse de gaz acide carbonique, l’addition de quelques gouttes d’eau fera dégager avec effervescence du gaz acide nitreux rutilant ; donc l’acide nitreux entrait dans la composition de ces cristaux, que Désormes et Clément regardaient comme formés d’acide sulfurique et deutoxide d’azote : on en a conclu que le deutoxide d’azote pouvait bien n’être pas agent dans cette opération, et que l’oxidation de l’aeide sulfureux se faisait entièrement par
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- l’intermède de l’acide nitreux. Je ne pense pas qu’on doive en tirer cette conséquence. En effet, lorsqu’on a injecté dans la chambre tout le gaz acide nitreux, sulfureux et un peu de vapeur d’eau, la formation et la condensation de l’acide sulfurique forment un vide, et les gaz sont devenus incolores : on donne accès à l’air atmosphérique, et l’acide rutilant se fait apercevoir; la réaction recommence: si l’on bouche encore la communication avec l’air extérieur pendant que la condensation de l’acide sulfurique a lieu, les gaz contenus dans la chambre redeviennent blancs et transparens, et ils rougissent de nouveau à l’instant où ïair est absorbé; donc chaque fois il y a eu transformation du gaz acide nitreux en gaz deutoxide d’azote, et les vapeurs rutilantes disparaissaient, et chaque fois aussi la recomposition du gaz acide nitreux s’est opérée à la rentrée de l’air, ce qui était indiqné par l’apparition nouvelle du gaz rouge; donc dans cette opération le gaz deutoxide d’azote joue un rôle.
- Mais l’acide nitreux fait partie de la combinaison cristallisée en étoiles ( Gay-Lussac ) : l’acide nitreux versé dans l’acide sul~ furique concentré s’y combine et y détermine une cristallisation instantanée ; l’acide nitreux est même combiné encore dans l’acide sulfurique liquéfié ; l’acide nitreux a donc aussi une action très prononcée sur l’acide sulfurique, soit qu’il ait concouru intégralement à sa formation, soit qu’il ne s’y soit uni au’après la formation complète--de ce dernier. Il est toujours très important de connaître cette combinaison et les circonstances qui la favorisent ou la rompent, afin de viser à en dégager l’acide nitreux (i) ; il est au reste facile d’apercevoir l’application de ces divers principes dans les précautions que j’ai indiquées comme moyen d’éviter quelques écueils dans le cours d’une grande fabrication. P.
- Acide tahtabique. L’acide tartrique , tartarique ou tarta-reux a été découvert par Schéele en 1770, ou du moins c’est lui qui le premier a donné le moyen de l’isoler ; car dès long-
- (0 Une trop grande action de l’eau peut pousser la décomposition de l’acide nitrcui jusqu’au protoxide d'azote.
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- temps Duhamel, Margrafi et Rouelle le jeune, avaient mis hors de doute l’existence de cet acide dans le tartre.
- Cet acide ne peut pas, comme plusieurs autres acides végétaux, être iormé, pour ainsi dire, de toutes pièces, en faisant réagir de l’acide nitrique sur une matière végétale : il existe dans plusieurs sucs de fruits, et particulièrement dans le raisin et dans le tamarin; mais il n’y est point assez isolé pour qu’il soit possible de l’en extraire facilement. Un seul produit végétal nous l’offre en assez grande abondance et nous fournit les moyens de nous le procurer ; c’est le tartre qui*se dépose dans les tonneaux qui contiennent du vin: l’acide-tar trique y est combiné avec la potasse, et forme un sur-sel qu’on nomme tartrcite acide de potasse ou bi-tartrate de potasse, parce que ce sel contient le double de l’acide nécessaire à la saturation de sa base.
- Le procédé que Schéele nous a fait connaître et qui est encore le seul qu’on puisse employer pour obtenir cet acide, est absolument le même que celui que l’on trouve décrit à l’article de l’acide citrique; mêmes moyens, mêmes précautions, tout, en un mot, peut s’appliquer à la fabrication de l’acide tartri-que; il serait donc entièrement superflu d’y revenir, et nous ne devons parler ici que de la différence des résultats qu’on obtient dans ces deux cas.
- Le tartre, avons-nous dit, est un sur-sel; on peut donc considérer son acide comme y existant de deux manières : portion y sera complètement saturée par la base, et portion s’y trouvera, pour ainsi dire, à l’état de liberté. En effet, quand on décompose ce sel, les choses se passent comme s’il en était ainsi ; et la preuve en est, c’est qu’on peut séparer l’une de ces deux parties sans toucher à l’autre; c’est même une chose assez heureuse, car, s’il en était autrement, la préparation de cet acide deviendrait beaucoup plus dispendieuse. Si on ne soustrait que la portion d’acide tar trique qui est libre, on ne met pas d’alcali à nu ; mais si, au moyen d’une base, on voulait s’emparer de tout l’acide pour l’unir à cette base et le transformer en tar; trate insoluble, alors la potasse, dégagée de sa combinaison, resterait dans la liqueur et à l’état caustique ; elle pourrait
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- a-voir une réaction assez puissante sur le tartrate insoluble, pour l'empêcher de se précipiter : voilà du moins ce qui arrive lorsqu’on traite le tartre par la chaux. Le tartrate de chaux qui se forme est retenu en solution par la potasse caustique, et si on évapore le tout, on n’obtient qu’une masse gélatineuse, demi-transparente, et d’un aspect assez semblable à du savon fondu dans une petite quantité d’eau bouillante. On est donc obligé de commencer par soustraire la portion d’acide libre enn’em-plovant que de la craie : pour cela, on fait chauffer de l’eau dans une bassine ordinaire, on y projette quelques poignées de crème de tartre pulvérisée et on répand uniformément à la surface du liquide, de la craie contenue dans un tamis de crin; on agite ensuite avec une spatule de bois : l’effervescence se produit, le tartrate de chaux se précipite, et il reste dans la liqueur du tartrate de potasse neutre. On met ainsi successivement de la crème de tartre et de la craie, jusqu’à ce qu’on ait employé toute la quantité destinée à cette opération. Quant aux proportions respectives de ces deux sels, en est guidé par le dégagement d’acide carbonique. Tant qu’il y a effervescence, on ajoute de la craie ; on en consomme à peu près quatre parties sur dix. Le tartrate de chaux est ensuite lavé, puis décomposé par une quantité d’acide sulfurique égale à celle de la craie employée. On a soin, comme pour le citrate de chaux, d’étendre l’acide sulfurique de trois à quatre parties d’eau, et on agit du reste absolument comme nous l’avons déjà dit.
- Les dissolutions d’acide tartrique ne cristallisent que quand elles portent 38 à 38 degrés à l’aréomètre ; etles sont alors si visqueuses que les molécules ont de la peine à s’y mouvoir. Aussi la cristallisation de cet acide se fait-elle mieux à l’étuve, ou a la chaleur ménagée du bain-marie, parce qu’alors le liquide peut conserver un peu plus de fluidité. L’acide qu’on obtient ainsi n’est pas pur; il contient encore une quantité notable oacide sulfurique, et il est même ordinairement trop coloré pour pouvoir être employé dans cet état. On le purifie en lui gisant subir une deuxième et quelquefois une troisième cristallisation; mais alors les cristaux sont moins détaches et moins
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- réguliers que dans les premières venues. L’addition d’une petite quantité de charbon animal contribue à lui donner une blancheur plus éclatante. Si on voulait obtenir cet acide parfaitement pur, c’est-à-dire, entièrement débarrassé des dernières portions d’acide sulfurique, il faudrait réitérer les cristallisations successives, jusqu’à ce que le précipité qu’il forme dans les dissolutions de sels de baryte ou de plomb, soit complètement soluble dans l’acide nitrique pur et étendu. On a proposé, comme un meilleur moyen de purification, de se servir de li-tharge porphyrisée qu’on ajoute à la solution d’acide tartrique ; on agite à plusieurs reprises , jusqu’à ce que l’acide sulfurique soit totalement enlevé; on fait ensuite passer dans cette solution un courant d’hydrogène sulfuré, pour séparer un peu d’oxide de plomb qui s’est dissous. On chauffe, on filtre et on évapore. J’ai rarement vu ce procédé bien réussir.
- Nous avons fait remarquer qu’en employant la craie on ne séparait que l’excès d’acide, et que dans la liqueur il restait du tartrate de potasse neutre : on peut tirer parti de ce sel, en ajoutant dans la dissolution concentrée une proportion convenable d’acide sulfurique. La potasse se partage entre les deux acides de manière à former, d’une part, du sulfate de potasse qui se dissout, et de l’autre, du tartrate acidulé qui, peu soluble, se dépose eu petits grains cristallins. Cette crème de tartre est ensuite retraitée comme la première. On se sert aussi d’un autre moyen pour obtenir l’acide du tartrate de potasse ; on le décompose par le muriate de chaux, lorsqu’on en a en assez grande abondance. Les deux acides changent réciproquement de base, c’est-à-dire, qu’il se forme du tartrate de chaux et du muriate de potasse. L’acétate de chaux peut être employé pour le même objet et avec tout autant d’avantage.
- La forme cristalline de l’acide tartrique n’a point encore été déterminée; on n’obtient pas de cristaux réguliers , mais bien des masses ou croûtes cristallines d’où partent des pointemens qui semblent appartenir à des prismes tétraédriques. La saveur Je cet acide est très forte; mais elle est franche et n’a rien (l’aus" tère. Lorsqu’on le brûle sur des charbons ardens, il se bour-
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- soude considérablement et répand une odeur de caramel. Si on le chauffe en vaisseaux clos , il se décompose, et donne , outre les produits que fournissent toutes les matières végétales en mêjne circonstance, un acide particulier susceptible de cristalliser, auquel on a donné le nom d’acide pyro-tartarique. Ce qui caractérise plus particulièrement l’acide tartrique et ce qui donne le moyen de le reconnaître , c’est la propriété dont il jouit de fournir immédiatement un précipité cristallin de crème de tartre, en en versant un excès dans une dissolution concentrée de potasse. On fait quelquefois cette expérience en employant du tartrate neutre de potasse au lieu de potasse ; et c’est à tort, parce que la plupart des acides en séparent de la crème de tartre, en lui enlevant une portion de sa base. On emploie dans la médecine ou dans les arts plusieurs combinaisons de l’acide tartrique avec les oxides alcalins ou métalliques, et particulièrement les tartrates simples de potasse, de soude et de fer, et les tartrates doubles de potasse et de soude, de potasse et de fer, de potasse et d’antimoine; nous en traiterons dans un article spécial.
- La nature de l’acide tartrique est encore peu connue ; il paraît qu’il se trouve dans le même cas que l’acide oxalique et qu’il a comme lui un radical composé ; du moins, c’est ce qui semble résulter des analyses comparées du tartrate de chaux et du tartrate de plomb.
- MM. Thénard et Gay-Lussac, en analysant le tartrate de chaux, ont trouvé que l’acide tartrique était formé de hydrogène. 6 620 M. Berzelius a déduit rte f hvdroaène. 3 q5i
- carbone. .. s4 o5c J" ----- a
- °ïigè«e.... 69 321
- M. Berzelius a déduit de f livdrosène l’analyse du tartrat^; { carbone... 35 167
- 5g gg2
- plomb que le même contenait.
- I oxigene.
- M. Berzelius suppose que le tartrate de chaux employé par MM. Thénard et Gay-Lussac contenait 34,54 pour cent d’eau ; ®ais il est plus probable que cette énorme différence tient à une manière d’être particulière de l’acide tartrique dans ces deux sels.
- Les usages de l’acide tartrique à l’état de pureté sont assez multipliés, parce qu’on le substitue, à raison de sa moindre va-
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- leur, aux acides citrique et oxalique , dont il possède la plupart des propriétés. C’est sous ce rapport qu’on l’emploie dans la fabrication des toiles peintes ; on s’en sert aussi et très fréquemment pour faire des limonades, etc. R.
- Acide vitriolique , V. acide stxlït'rique.
- ACIER. L’acier est une substance qui a pour élément principal le fer pur, combiné ou allié avec le carbone (on regarde eqmme le fer le plus pur du commerce, celui avec lequel on fabrique les clous d’épingles dits pointes de Paris, ou pointes de menuisier ). En 1799, je faisais des expériences avec M. Guy-ton-3Iorveau sur le diamant ou carbone pur : à cette époque, je proposai à mes amis "Weîter et Cîouet d’essayer la combinaison du fer et du diamant. Nous avons reconnu que cette combinaison réussissait parfaitement; un diamant qui pesait presque un gramme s’est combiné avec le fer, et l’a converti en acier; le procès-verbal de cette expérience est consigné dans les Annales de Chimie, tome 3i.
- Il y a diverses espèces d’acier, parce que l’un de ses élémens, le fer, est lui-même d’une nature très variable. Il est d’ailleurs très probable que le fer s’allie au carbone en diverses proportions ; on ne sait pas encore s’il y a des combinaisons de fer et carbone en proportions fixes.
- Il est très remarquable que le poids du carbone ne s’élève, pour certains aciers, qu’au millième de leur poids ; une aussi petite quantité de carbone transforme le fer en une autre substance, qui a pour caractères particuliers, i°. de devenir très élastique, et de se durcir considérablement par la trempe; s°. de s’aimanter et de conserver après l’aimantation les propriétés magnétiques.
- La pesanteur spécifique de l’acier est un peu moindre que celle du fer qui entre dans sa composition.
- On a Trouvé par l’analyse chimique que quelques aciers contenaient jusqu’à vingt millièmes de leur poids en carbone : on n’est pas certain que cette substance combustible soit la seule qui donne au fer les propriétés de l’acier; il’ paraît, d’apres les expériences les plus récentes, que les verres, les terres, les oxitte
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- fondus ensemble ou séparément avec le fer, s’allient avec cc métal, en passant -eux-mêmes à l’état métallique, et que ces alliages, dont le fer est toujours le principal élément, jouissent des propriétés qui caractérisent l’acier, et même donnent à l’acier des qualités précieuses pour l’usage qu’on en fait dans les arts.
- De la trempe. Quelle que soit la composition de l’acier, ce métal, exposé à l’action d’une chaleur rouge , et trempé subitement dans un liquide froid , acquiert des propriétés physiques nouvelles : il devient moins doux, moins ductile, plus cassant que dans son état primitif. On dit alors que l’acier est trempé. 11 est plus ou moins trempé, selon la température du bain d’immersion, et la nature du liquide du bain. Le fer, le cuivre, l’argent, l’or, et les autres métaux sous un état quelconque ne jouissent pas sensiblement de cette propriété ; on a même observé ( M. Darcet ) qu’un alliage incandescent de 80 parties cuivre et 20 parties étain, plongé dans l’eau froide, devient très ductile, tandis que, refroidi lentement, il est cassant.
- Une lame d’acier poli étant chauffée, elle prend successivement les couleurs suivantes : paille, jaune foncé, rougeviolet j lieu j gris j blanc.
- C’est ordinairement l’eau qu’on prend pour la trempe; on se sert quelquefois de mercure , de métaux fondus, tels que le plomb, l’étain, le bismuth ; de presque tous les acides ; des huiles, du suif, de la cire et de la résine. On peut, par exemple, pour éviter l’oxidation d’une pièce d’acier, la chauffer dans du plomb élevé au degré de chaleur convenable, et la tremper dans du mercure qu’on aura refroidi. Rarement l’acier prend à la trempe le degré de dureté qui convient à l’usage qu’on veut en faire; le plus souvent on lui donne une trempe trop forte , mais on le ramène au degré de dureté désirable, par une opération qui s’appelle recuit, et qui consiste à le chauffer et à le laisser refroidir lentement dans l’air : plus on l’a chauffé et plus il perd de sa dureté par le refroidissement. Quelquefois un couvre la pièce d’acier d’une légère couche de suif, et 011 la chauffe par un premier recuit, jusqu’à ce que le suif répande une légère fumée ; un second recuit, en chauffant jus-
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- qu’à cc qte cette fumée soit plus abondante et un peu colorée; enfin un troisième recuit, jusqu’à ce que le suif soit sur le point de s’enflammer : chacun de ces trois recuits convient à divers ouvrages de coutellerie.
- On ferait plus sûrement l’opération du recuit au moyen d’un alliage très fusible , parce qu’il serait possible de connaître la température nécessaire pour cette opération. L’alliage Darcet, qu’on obtient en combinant 8 parties bismuth, 5 plomb et 3 étain, et qui est fusible dans l’eau bouillante, satisferait à toutes les conditions. On empêcherait l’oxidation de cet alliage en jetant de temps en temps de la résine sur le bain, (îïote de AL Thénard ).
- De Vacier du commerce. L’acier du commerce est une substance qui est composée presque en totalité de fer, et dans laquelle on trouve, par l’analyse chimique , du carbone et un peu de terre provenant des laitiers. Rinmann définissait l’acier, tout fer qui, étant chauffé au rouge et plongé ensuite dans l’eau froide, se trouve plus dur qu’il ne l’était avant d’avoir subi cette opération. On distingue trois espèces d’aciers, qu’on nomme acier de cémentation > acier de forge ^ acier fondu , et que l’on fabrique par trois procédés différens.
- De la fabrication de If acier de cémentation.
- La cémentation est une opération par laquelle on acière le fer forgé qu’on suppose amené à l’état de pureté. Les ouvriers cémentent de petites pièces de fer à la surface et sur une très petite épaisseur, par un procédé connu depuis long-temps sous le nom de trempe au paquet. Ce travail consiste à placer dans des caisses de tôle, de fonte en fer , ou de terre, les morceaux de fer qu’on veut aciérer : on enveloppe ces morceaux de fer d’un cément composé de charbon pulvérisé, de suie, de cendres et de sel marin (î). Les caisses étant enduites de terre argileuse
- (r) Composition des cémeus.
- Pour les fers mous. Pour les fers durs.
- Suie.......... S parties. 4 parties.
- Charbon de bois. 4 4
- Cendres.......4 8
- Sel marin.....3 3
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- pour résister an feu, on les place dans un fourneau de forge ou à réverbère : après quelques heures d’une haute température ( 80 à 90 degrés du pyromètre ), le fer est aciéré à la surface. La cémentation en fabrique ne diffère pas de ce procédé; mais on l’applique, avec les modifications qui conviennent, aux grandes masses à cémenter.
- Un trente-deuxième de charbon suffit pour rendre le fer acier, en augmentant cette dose, on obtient un acier plus facile à ramollir au feu, et toujours de plus en plus difficile à forger.
- On se sert indifféremment, pour la cémentation, de creusets ou de caisses qu’on fait ordinairement en briques réfractaires. Dans la plupart des usines anglaises, les creusets sont en grès. Les dimensions d’une caisse ou d’un creuset sont très variables-elles dépendent de la quantité de fer qu’on veut aciérer par une seule opération. A Osterbv en Suède, on cémente cinq mille kil. de fer dans trois caisses contenant chacune 823 litres ( 24 pieds cubes ) ; l’espace occupé par le cément et par le couvercle est environ les trois quarts du volume en fer.
- Du temps nécessaire pour la cémentation.
- Béaumur s’est assuré qu’il faut 12 heures pour cémenter un barreau de sept millimètres d’épaisseur , et trente-six heures pour cémenter jusqu’au centre un barreau d’une épaisseur double. Ordinairement on donne aux barreaux d’acier à cémenter une épaisseur qui varie d’un à deux centimètres.
- Les caisses ou creusets étant placés dans le fourneau, les ouvriers les emplissent de couches alternatives de cément et de barreaux de fer, en ayant soin que les barreaux ne se touchent pas, afin qu’amollis par le feu, ils n’adhèrent ni entre eux ni aux parois des caisses. A mesure qu’on stratifie le fer, on pose des barreaux éprouvettes dont l’extrémité inférieure est au fond de la caisse, ils sortent de la caisse, et on les garnit extérieurement d’argile, pour qu’ils ne soient pas altérés par le feu. On doit éviter de porter la température du fourneau à i3o degrés du pyromètre de Wegwood, degré de fusion du fer.
- M. Hassenfratz cite dans sa Sydérotchnie , l’ancien inspec-
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- teur tics mines, Duhamel, qui consumait dans ses fourneaux 200 pieds cubes de bois ( pesant environ trois mille kii. à io kil. le pied cuise ) , pour cémenter six mille kil. de fer.
- De V acier naturel et de sa fabrication. La fonte de fer est un composé de fer, de carbone , de chaux et de silice. En traitant cette fonte par le feu, on en sépare la chaux, la silice, et on y laisse la quantité de carbone qui, par sa combinaison avec le fer, détermine la substance qu’on nomme acier ncclurel ou acier de forge.
- M'existe peu de différence entre les instrumens employés à la fabrication de l’acier de foi’ge et ceux qui servent à la fabrication du fer. On fait Usage de part et d’autre des fourneaux d’af-fineries, connus sous le nom de chaufferies. Le charbon qu’on brûle dans ces fourneaux est exposé à l’action des soufflets mécaniques ou en trompes; il est apporté dans des vans, arrangé avec des pelles, et le travail du creuset se fait avec des ringards (i). Les formes et les dimensions des creusets sont très variables; elles dépendent de la qualité et delà quantité de fonte que l’on veut convertir en acier, et du mode de travail consacré par l’usage.
- Il peut arriver que la fonte qu’on emploie pour la fabrication de l’acier de forge contienne du carbone, ou plus ou moins qu’il n’en faut pour constituer l’acier ; il peut aussi arriver que la dose de charbon soit celle qui convienne pour l’aciération : les procédés de fabrication sont modifiés pour chacun des trois cas.
- Premier cas. La fonte contient la quantité de carbone nécessaire pour la production de l’acier.
- Le traitement de cette espèce de fonte consiste à brasquer (2) le creuset, à y mettre une couche de charbon, et à placer sur ce combustible des plaques ou des fragmens de fonte que I on recouvre de nouveau charbon pour la préserver de l’action de
- (1) Barres de fer pour manœuvrer dans les fourneaux.
- (2) Brusque, mélange de terre argileuse et de poussière de charbon.
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- l’air; à allumer le combustible, donner 3e vent, réunir la fonte liquide dans le creuset, en la couvrant constamment d’une croûte de scories liquides , et à laisser là masse de la fonte dans l’état de repos. Lorsque celte masse s’est affinée, et qu’elle a pris le degré de dureté convenable, on la retire du creuset pour être cinglée et martelée (1).
- Deuxieme cas. La fonte ne contient pas assez de carbone.
- Le traitement, dans ce cas , doit avoir pour objet d’ajouter du carbone à la fonte, ce qui peut se faire dé deux, manières : i°. en agitant avec une longue perche de bois le bain couvert de scories; une portion du carbone de la perche et une partie du charbon de la brasque se mêlent dans le bain de métal; 2°. en mélangeant les fontes carbonées par défaut avec des fontes carbonées par excès. Lorsque la fonte contient la dose convenable de carbone, on en sépare, pendant la fusion, par l’action des laitiers, les oxidules de fer et les substances terreuses qu’elle contient
- Troisième cas. La fonte contient du carbone en excès.
- Il faut, dans ce troisième cas , détruire le carbone en excès * i°. en mêlant à la fonte des substances oxidées et peu carbonées, telles que les oxidules qui tombent des marteaux en cinglant et en forgeant la ferraille oxidée à sa surface ; 2°. ou en brassant la fonte devant la tuyère. Quelle que soit l’espèce de fonte qu’on emploie, il est bon, avant de la mettre en fusion, de la réduire en feuilles, en lames, en gâteaux, ou en fragmens. Dans quelques usines, on coule d’abord la fonte en gueuses , puis on la fond dans des affmeries, pour la couler en plaques minces ce qu’on appelle mazer. En Suède, on chauffe la fonte au rouge-cerise, puis on la porte sous le marteau , où elle se brise en fragmens, A Rives, on traite la gueuse telle qu’elle est apportée du département de l’Isère et du Mont-Blanc, en masses rectangulaires pesant à peu près 5o kil.
- f.,n
- ^ Un martellcla loupe pour en former une pièce. jLoupe on loppe. masse de îe de fer ou d’aeier affinée , qui se coagule dans les fourneaux d’affincrie.-
- Tome I. io
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- Acier fondu. L’acier le plus pur, le plus homogène, susceptible du plus beau poli, s’obtient par la fusion du fer combiné avec du charbon; on le nomme par cette raison acier fondu. L’expérience que nous avons rapportée au commencement de cet article, et qui avait pour objet de combiner le fer et le carbone dans leur état de pureté, a donné pour résultat de l’acier fondu.
- Les fondans propres à convertir les aciers naturels et de cémentation ou le fer en acier fondu, sont tous les verres siliceux, salins ou terreux, ou des mélanges de ces verres; les verres de gobeleterie ordinaire qui ne contiennent que de la silice, de la chaux et de la potasse, sont fort bons ; un verre composé de chaux et d’argile cuite exempte d’alun, de pyrite ou de sulfate de fer, est aussi fort bon. Si, au lieu de chaux, on emploie le carbonate de chaux avec l’argile cuite, ce dernier fondant sera propre à convertir le fer en acier ; on peut aussi l’em-piover pour fondre l’acier.
- Si, au lieu d’employer les verres salins tout faits, on employait leurs élémens , c’est-à-dire, la silice et les alcalis, on n’obtiendrait pas un bon résultat; l’acier fond, mais il est trop difficile à forger; les verres terreux s’emploient en élémens. Le verre des glaces coulées ou soufflées est aussi un bon fondant ; il faut y mêler un peu de sable pour le rendre moins fusible ; les verres trop fusibles rendent l’acier plus difficile à forger.
- Lorsque l’acier est fondu, il ne faut pas le laisser trop longtemps en fusion avec le verre, parce qu’il en prend plus qu’il ne faut pour être facile à forger. Aussitôt que la fusion est complète, il faut le remuer avec une baguette de fer, et le couler de suite dans lalingotière, en observant de ne point couler trop vite, surtout les dernières portions , qu’il faut ménager de manière à pouvoir en remplir le creux que forme la matière, a l’instant où elle se fige ; il faut aussi avoir soin d’enlever le verre avant de couler, afin qu’il ne se mêle point avec l’acier, lorsqu’on le verse dans la lingotière.
- L’acier fondu se forge au rouge-cerise; il est très nécessaire de le bien ménager dans les-premières chaudes, et de le frapper
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- bien également sans le courber; un martinet mû par l’eau est ce qui convient le mieux pour cet objet. Les aciers fondus de-mandent à être bien forgés ; ils acquièrent plus de corps et de finesse de grain à mesure qu’on les forge et qu’on les réduit sons un moindre échantillon.
- Le degré de feu qui fond l’acier est le même que celui qui ramollit le fer forgé au .point de le souder. Les creusets blancs d’Allemagne sont ceux qui résistent le mieux au feu nécessaire pour cette fusion ; on peut s’en servir pour les essais en petit ; pour fondre en grand, il faut les fabriquer avec les mêmes terres qui servent à faire les pots de verrerie, et suivre les procédés employés par les verriers dans cette fabrication.
- Des Fourneaux. Les essais en petit peuvent toujours se faire dans une forge ordinaire , qu’on environne avec dés briques réfractaires pour soutenir les charbons-, le fourneau du fondeur en cuivre, avec un bon soufflet, peut aussi servir. Il faut toujours commencer par voir sur un échantillon si l’acier ou le fer qu’on destine à devenir acier fondu, y sera propre : l’acier fondu n’est de bonne qualité que lorsqu’il a pour élémens du fer ou de l’acier Lien préparé.
- On peut fondre à la fois, dans une forge ordinaire, quatre à cinq livres de matière plus ou moins, suivant la force du soufflet ; il ne faut employer que du charbon de bois de bonne qualité et bien sec. 11 est bon aussi de luter les creusets avec un mélange d’argile cuite, ou de tessons de creusets d’Allemagne broyés, et d’argile crue très réfractaire; il ne faut mettre dans cet enduit que la quantité d’argile crue nécessaire à sa iiaison.
- Pour fondre en grand, un fourneau construit d’après les principes des fours à reverbère, peut donner un feu suffisant, surtout si on a soin de tenir la cheminée assez haute. Le fourneau doit être plus court ; il ne lui faut qu’une longueur égale à sa largeur ; il sera d’une capacité suffisante, si on peut y mettre quatre creusets contenant chacun environ 12 Ail. de matière fondue; de plus grands creusets seraient plus sujets aux accidens.
- 11 est très essentiel que les creusets puissent soutenir un violent degré de chaleur; ils se composent des matières les plus
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- réfractaires; on les chauffe dans le fourneau avec le charbon de terre. (F", les dessins pour la fabrication de l’acier, à l’article Fer.)
- Des aciers orientaux. Les aciers fondus s’allient à d’autre5 métaux., tels que l’argent, le plomb, le sodium, le potassium^ le manganèse, le rhodium, le chrôme, et, quoique ces métaux n’y entrent qu’en très petite dose, néanmoins les propriétés de l’acier sont très modifiées par cet alliage; l’argent augmente considérablement la dureté de l’acier. La modification la plus remarquable de l’acier fondu est le damassé. Un morceau d’acier de Bombay dit wootz étant poli sur une face, on couvre cette face d’une couche d’acide nitrique affaibli, et après quelques instans on y voit un dessin vermieulé, plus ou moins régulier, qu’on nomme damassé ; en fondant de nouveau l’acier wootz,, il conserve cette propriété d’être damassé. Plusieurs chimistes pensent que l’acier damas est une combinaison d’acier et de carbure de fer , fondus ensemble ; les métaux qui entrent dans cette combinaison modifient le damassé. On commence à imiter en Europe les aciers orientaux. ( V. l’article Lames damassées ). H.
- De Vacier considéré sous le rapport de ses qualités et de ses
- usages.
- Les usages de l’acier sont si multipliés que l’on pourrait assurer qu’il n’existe aucun art où l’on ne l’emploie, soit comme matière première, soit sous la forme d’outils ou d’instrumens. Tous les ouvriers, tous les constructeurs sont intéressés à connaître ses propriétés, ses espèces, et la manière de le travailler.
- Quoique l’acier , dans son état naturel, c’est-à-dire, avant la trempe, possède toutes les propriétés du fer doux, il eu diffère par d’autres caractères qui lui sont particuliers et qui servent à le distinguer aisément. Sa couleur est d’un gris clair à peu près semblable à celui de la fonte. 11 est susceptible de prendre un beau poli et d’acquérir beaucoup de brillant ; sa surface se dresse, s’unit plus également que celle du fer. Il a une force de résistance plus grande, et sa dilatation est plus considérable. Sa densité, plus faible en général, varie entre 7,78 et 7,84. La texture de l’acier présente des grains ou du nert,
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- selon qu’il a été forgé à une température plus ou moins élevée.
- Lorsqu’il a été poli et qu’on l’expose à l’action de la chaleur, sa surface se colore en s’oxidant ; on voit cette couleur passer successivement du gris sombre au jaune pâle, au jaune d’or, au cramoisi, au pourpre, au Lieu foncé, au bleu clair, au veit de mer. Chauffé au blanc, il fait jaillir des étincelles rouges > il brûle avec une flamme bleue claire. Il fond sans addition et par la seule action de la chaleur, à i3o° environ du pyromètre. Tl exige beaucoup de précautions pour être forgé, et ne se soude que très difficilement. Lorsqu’on veut le forger très chaud, il se brise, s’égraine, et tombe eu poussière; chauffé et forgé plusieurs fois, il perd peu à peu son carbone et ses propriétés, il redevient fer doux.
- Exposé à l’action de l’air, il se rouille ou s’oxide moins vite que le fer ; mais les acides laissent à sa surface des taches d’autant plus noires qu’il est plus aciéré.
- L’acier semble après sa trempe n’être plus la même substance; il prend un grain dont la grosseur ou la finesse dépend de la chaleur qu’il a éprouvée ; sa couleur varie du sombre au brillant ; il est dur au point de couper le verre; il acquiert une grande élasticité et devient aigre, cassant ; il peut prendre un tranchant très fin. Ce sont principalement ces nouvelles qualités qui le rendent si précieux pour tous les arts.
- Une propriété curieuse de l’acier, c’est d’être très sonore, lorsqu’il a été forgé, refroidi lentement et limé ; il produit alors des sons agréableset harmonieux; aussi est-il propre à la confection des ressorts harmoniques, etc. 11 n’en est plus de|même lorsqu’il a été trempé ; il ne rend plus que des sons ternes } voilés , semblables à ceux qu’on tire des instrumens fêlés.
- Les aciers que l’on trouve dans le commerce sont extrêmement variés et jouissent de propriétés très diverses. Cette diversité tient à la nature plus ou moins variable des fers que 1 on emploie, à la quantité de carbone qui entre dans leur composition, au mode de fabrication que l’on suit, au mélange que Pon fait des divers aciers , etc. Les uns sont homogènes ,les autres hétérogènes ; les premiers diffèrent entre eux par leur
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- dureté qui augmente avec la proportion de carbone qu’ils contiennent ; les seconds, par le nombre et la nat ure des divers aciers mélangés dans le même morceau. Cette grande variation fait le désespoir des ouvriers qui ne savent pas choisir ce qui convient à leur genre de travail, et regardent comme mauvais tout acier qui ne répond pas à leurs vues, tandis qu’au contraire elle offre des ressources infinies à l’artiste habile qui sait choisir et manier adroitement les diverses espèces de cette substance.
- En effet, tous les aciers sont bons quel que soit leur degré <Vaciération, si l’espèce de minérai, de foute ou de fer dont il est formé est d’une bonne qualité. La seule attention que doivent avoir les fabricans et les ouvriers , c’est d’employer chaque échantillon d’acier à l’usage auquel il est le plus propre. Si l’on employait de l’acier dur à la fabrication des ressorts, ils casseraient et seraient réputés mauvais ; il faut pour cet usage une étoffe , un mélange de fer et d’acier. Si l’on employait de l’acier tendre et ferreux, à la fabrication des rasoirs et des burins, ils plie-raient et ne couperaient point.
- Tous les aciers, quelque nombreux qu’ils soient, peuvent se rapporter à trois classes : i°. acier naturel; a°. acier de cémentation 3°. acier fondu.
- Uacier naturel Ou acier de forge ou acier de fusion, est le plus impur , le plus inégal et le plus variable des trois espèces; mais il a l’avantage d’être à plus bas prix, il a la propriété de se souder très facilement avec le fer et avec lui-même, et d’autres qualités, que nous ferons connaître, et qui le rendent dans beaucoup de circonstances préférable aux autres aciers.
- Sa cassure présente des grains inégaux, quelquefois même du nerf ; sa couleur est communément bleuâtre ; il se laisse assez bien forger; il supporte une haute température à la trempe, et il prend une dureté moyenne; il se détériore difficilement à la forge, et passe à l’état de fer moins facilement que les autres.
- L’acier naturel présente deux variétés, suivant qu’on l’obtient avec de la foute, ou qu’on le retire directement du minerai de fer.
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- L:acier que donne la fonte charbonnée que l’on traite dans les afïïneries, est connu sous le nom général d’acier de fonte-Celui qui n’a été soumis qu’à une première préparation dans l’affinerie, est nommé particulièrement acier brut; il est souvent inégalement aciéré. Il est livré au commerce après avoir été tiré en barres , puis trempé et cassé par morceaux.
- D’autres fois, on sépare les morceaux, on les rassemble , en les distinguant par la nature de leur grain et la qualité du nerf; on forme une trousse en réunissant plusieurs barres d’acier semblables ou différentes , que l’on étire en les forgeant, et l’on obtient ainsi l’acier dit à deux marquesqui est plus égal. Enfin , si l’on étire et si l’on replie plusieurs fois ce dernier acier sur lui-même en le forgeant, il acquiert beaucoup de ressort, et c’est alors l’acier dit à trois marques, plus parfait et de plus grande valeur que les premiers.
- L’acier qu’on retire du minerai de fer, dans les forges catalanes , où l’on traite le fer spatbique et les hématites brunes , est connu particulièrement sous le nom de fer fort et de fer cédât, dans l’Arriège et dans les Pyrénées. Il est très propre? ainsi que Yacier brut, pour la fabrication des instrumens aratoires. L’acier à trois marques forme une étoffe qui est excellente pour les ressorts et les armes blanches.
- On reconnaît qu’un acier naturel est le meilleur possible, lorsqu’il a la plus grande densité, qu'il prend la plus grande dureté en se refroidissant dans un liquide, qu’il supporte, après la trempe, les plus grands chocs sans se casser. Il faut aussi qu il puisse être chauffé au degré le plus haut avant de passer d’une nuance à une autre: Il doit montrer dans sa cassure un gram très fin et très égal, lorsqu’il a été peu chauffé ; se laisser bien forger et se souder facilement sans se casser ni sé fendre ; enfin, supporter le plus long feu possible, subir l’action de la forge le plus long-temps et le plus grand nombre de fois, sans se détériorer.
- Les défauts de l’acier naturel sont d’être pailleux ou de présenter des gerçures ; d’avoir des fibres ou des filamens noirâtres, <1&> veines peu carbonées ou même formées entièrement de fer v
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- c’est alors un acier filandreux ou ferreux dont la dureté est très variable. D’autres fois, il présente des cendrures, c’est-à-d.re que sa surface est comme piquetée et parsemée de petits trous : l’acier est alors cendreux ; mais ce défaut peut aussi n’ètre qu’accidentel, car il est occasioné souvent par un trop fort degré de clialeur.
- Les aciers d’Allemagne ont été long-temps les plus renommés et les plus employés de tous les aciers naturels. Le plus estimé est celui de Styrie. Il est ordinairement dans des caisses ou barils de 7 à 1 o décimètres • de long. Il a le grain uni, serré et fin, mais le poli fait découvrir les libres, les ceadrures et les filandres dont cet acier naturel, quoique de bonne qualité, ne laisse pas d’avoir sa surface couverte. On remarque même qu’il présente quelquefois au milieu de sa cassure une tache jaune, orangée, bleue, à laquelle on a donné le nom de rose, et les barres qui la contiennent portent le nom à’acier à la rose. On a cru que cette tache était un signe de perfection: on a beaucoup recherché cet acier, et les autres aciéries de l’Allemagne se sont hâtées de travailler d’après les principes de celles de Styrie, pour faire de l’acier à la rose ; mais les aciers où l’on voit cette tache n’en sont pas plus parfaits : car la rose ne se trouve qu’accidentellement dans les barres d’acier, et c’est dans les endroits où elles cassent plus facilement. Il paraît qu’elle est due à une paille qui se forme dans la barre lors de la trempe. Les limes et les meilleurs outils d’Allemagne sont faits avec l’acier de Styrie; la couleur la plus convenable pour la trempe est le rouge-cerise.
- La seconde espèce d’acier d’Allemagne est celui d Allemagne proprement dit, ou étoffe de Pont-, il est inférieur au précédent. On le trouve en longues barres de 3 à 4 mètres de long, et en tonnes ou barils d’un mètre de long. Il est marqué d’une ancre on de sept étoiles arrangées en cercle. C’est celui dont les usages sont les plus multipliés.
- On cite encore l’acier dit de Cologne forgé en barreaux de S centimètres de long, 3 centimètres de large et ! et demi d’épaisseur; l’acier de Solingen, l’acier de Hongrie, marqué,
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- d’une feuille tle chêne : on l’expédie en lx>Ues de quatre ou six barreaux unis par des liens de fer-, ces barreaux varient en grosseur ; mais ils ont le plus souvent près de 3 centimètres en carré; cet acier est beaucoup employé dans la fabrication des gros outils; la couleur la plus convenable pour sa trempe est le cerise clair. -
- Des aciers naturels français. Il y a long-temps que l’on fabrique en France de ces sortes d’acier ; mais ce n’est que depuis quelques années qu’ils ont atteint une perfection qui leur permet de rivaliser avec les aciers étrangers ; on peut citer les aciers qui sortent des usines de Bèze, de La Bérardière, de Rives, de Paris, et de Saint-Etienne ; ils réunissent toutes les qualités nécessaires à la bonne fabrication des armes à feu et des armes blanches. Le mode le meilleur pour traiter les aciers destinés à cet usage, est le suivant :
- ORIGINE. TREMPE. REC EIX. Observations.
- Rives. Rouge le'ger. Bleu. Sans passer à l’eau.
- ( i marq. Bèze. < 2 marq. * 3 marq. Rouge le'ger. Rouge loger. Rouge fonce. Passe bleu. Bleu. Bleu. Idem. A Peau après ] min. De suite à l’eau.
- fi marq. Béraw 2 marq. bière. ( 3 marq. Presque bleu. Presque bleu. Bleu. Presque bleu. Presque bleu. Bleu. Idem. Idem. . Idem.
- Les aciers naturels de lia Bérardière sont en outre propres à la fabrication des fleurets lians et élastiques et à tous les usages auxquels on emploie les aciers d’Allemagne; ils sont aussi très l»ns pour la confection des cuirasses que l’on fait ordinaire-Kent en fer, mais qui, fabriquées avec de l’acier naturel corroyé, offriraient quatre fois plus de résistance et seraient aussi légères sans e*-re plus dispendieuses.
- Lacier de Rives, département de l’Isère, est employé avec SUtCes ^âus la fabrication de la grosse coutellerie. On a lieu de
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- croire qu’il pourrait être employé pour les ouvrages les plus délicats, s’il était convenablement travaillé et trempé, et qu’il remplacerait au moins l’acier (l’Allemagne.
- L’acier naturel des forges de La Hutte , département des Vosges , est excellent pour la fabrication des scies. C’est avec cet acier qu’a été créée à Hérimoncourt, par MM. Peugeot et Salin, la fabrique des grandes scies laminées, supérieures aux scies d’Allemagne par la durée et le vif de leur taille, non moins que par la régularité de leur épaisseur.
- On fabrique de bons aciers naturels dans le département de l’Arriège, dans les Pyrénées, dans le département de la Nièvre. Ils sont ordinairement en morceaux de i5 à 20 centimètres de long , de près de 3 centimètres en carré pour l’épaisseur, et renfermés dans un ballot. Celui de la Nièvre, qui se fabrique à Né-ronville, est marqué d’une N.
- Acier de cimentation. Cet acier s’obtenant par la combinaison directe du carbone avec le fer pur , il en résulte qu’il peut présenter des variétés très nombreuses , parce qu’on est le maître, en cémentant le fer plus ou moins long-temps, à une température plus ou moins élevée, de faire combiner avec ce métal de proportions de carbone plus ou moins grandes. Il paraît de plus que la nature des fers employés, la propriété qu’ils ont de se laisser pénétrer plus ou moins lentement par le carbone, ainsi qu’un forgeage plusieurs fois répété, influent beaucoup sur ses qualités
- Il prend le nom d’acier -poule acier boursoufflè, à cause des nombreuses ampoules ouboursoufflures qui couvrent sa surface, et qui sont produites, ainsi que le pensent Monge, Vandermonde et Bertholiet, par l’acide carbonique, que forme, pendant la cementation, l’oxigène du fer avec le carbone qui le pénètre.
- Cette variété d’acier est très peu homogène ; la quantité de carbone qu’il contient est variable et va en diminuant depuis la surface vers le centre. L’acier cémenté est dur, cassant,et ne peut être travaillé qu’après avoir été forgé.
- En général, il se forge et se soude bien avec le fer et avec lui-même, mais moins facilement que l’acier naturel; il es?e
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- plus de soin ; il perd de sa dureté à mesure qu’on le travaille ; il la communique eu partie a l’acier moins carboné , ou au fer avec lequel on le soude.
- Il perd peu à peu son carbone et ses qualités, chaque fois qu’on le met au feu , et il passe assez promptement à l’état de fer doux. Il a une cassure lamelleuse, dont les lames varient de forme et de couleur du centre à la circonférence. Après la trempe, la cassure présente en général un grain plus fin et plus égal que celui de l’acier naturel; rarement aperçoit-on du nerf: on ne voit dans son intérieur ni rebords ni taches noires, on ne distingue ni veines ni gerçures ; la couleur de la cassure est d’un gris tirant sur le bleu.
- Il faut tremper cet acier à une température moins élevée que l’acier naturel, autrement il est sujet à se voiler. Il acquiert , par ce moyen, un grain un peu plus lin, une cassure plus matte; il se colore plus facilement en bleu, par l’action de l’air , lorsqu’on le chaufi’e. Il devient très dur à la trempe, et susceptible de prendre un assez beau poli.
- Quoiqu’il ait l’inconvénient d’être quelquefois pailleux, ou d’avoir d’autres défauts qui tiennent à la qualité du fer dont il est formé, on l’emploie avec avantage à la fabrication des limes, des outils, des objets de quincaillerie, etc. Soudé au fer, il sert à armer des ciseaux, des marteaux , des enclumes , etc. ; mélangé avec d’autres aciers et même avec du fer , il produit des étoffes propres à tous les tranchans , etc.
- On connaît deux variétés d’acier cémenté , l’acier de première cémentation, qui a les propriétés que nous venons de décrire, et l’acier de deuxième cémentation, ou acier cémenté deux fois. Celui-ci, corroyé avec soin chaque fois qu’il a été cemente, est plus homogène que le premier; il prend bien "rieux le poli; il se soude parfaitement sur lui-même, et par cette raison il peut souvent remplacer avec avantage l’acier fondu. On le trouve rarement dans le commerce, où il est connu sous e nom S acier ci l’éperon , dont il porte l’empreinte.
- b acier cémenté est quelquefois livré au consommateur sans auhe façon ultérieure', ut porte alors le nom cl’ acier poule ou
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- acier boursouflé. D’autres fois, on le forge avant de le mettre en vente, et alors c’est de Y acier-poule ou boursouflé forgé.
- Par l’effet du marteau il acquiert plus de densité; il devient plus liant; il prend plus de finesse et plus d’égalité dans le grain.
- D’autres fois, on réunit en trousses plusieurs barres d’acier cémenté, comme nous l’avons dit pour l’acier naturel, et on leur fait subir les mêmes préparations, afin d’en faire un acier plus homogène, plus ductile , plus soudable, et de l’approprier aux ouvrages qui exigent de la ténacité , du liant, plutôt qu’une dureté excessive. On l’appelle acier corroyé.
- Les aciers de première cémentation, versés dans le commerce sans préparation ultérieure, offrent un défaut bien grave j ils sont tous plus carbonés, par conséquent plus durs, plus fins à la surface qu’au centre : or, c’est au milieu d’un morceau d’acier qu’il est important d’avoir la plus grande finesse de grain, la plus grande dureté , la portion extérieure étant toujours enlevée par le travail du marteau, par la lime ou par la meule. Pour éviter cet inconvéuient, on prolonge la cémentation jusqu’à ce que le milieu des barres soit convenablement pénétré ou saturé de carbone ; alors les parties extérieures en sont sursaturées et deviennent par là dures, intraitables et non-soudables; mais ce défaut se corrige aisément par un procédé que l’on pourrait appeler cémentation rétrograde.
- Pour rendre parfaitement malléable et soudable l’acier devenu intraitable ou aigre par un excès de carbone, il suffit de le cémenter avec de l’oxide de fer , ou de l’oxide de manganèse.
- L’oxigène de l’oxide ne tarde pas à former, avec le carbone, de l’acide carbonique qui se dégage. Cette nouvelle combinaison s’opère plus rapidement que la première , et elle est également progressive. Ainsi, les couches extérieures du morceau d’acier sont ramenées à l’état de fer doux, avant que le milieu ait reçu la moindre altération. Ce procédé est applicable non-seulement à l’acier cémenté, mais encore aux autres aciers quua excès de carbone ne permettrait pas de travailler ou de souder aisément.
- On reconnaît qu’un acier cémenté est de bonne qualité, te'
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- qu’il est extrêmement pur et blanc, qu’il ne montre ni bords ni taches noires après la trempe ; sa couleur est plus blanche et plus fine que celle de l’acier naturel, et il n’exige à la trempe qu’une très faible température.
- L’acier cémenté de Suède, ce royaume dont les usines en livrent annuellement au commerce i,5co,ooo kil., est d’un usage très répandu; on distingue l’acier B ru ne k qui est expédié dans des caisses de trois kil., et l’acier dit de Venise , que l’on fabrique à Osterby.
- Mais ce sont les aciéries de Newcastle, en Angleterre, qui ont principalement fourni du bon acier, fabriqué exclusivement avec du fer de Suède, et cémenté simplement avec du poussier de charbon de bois. Lorsqu’on le livre au commerce au sortir du fourneau, on le vend sous le nom & acier boursouflé ; mais les Anglais ont trouvé préférable de lui faire subir préalablement d’autres opérations qui l’améliorent considérablement, et qui consistent à forger les barreaux en trousses, à les étirer et les corroyer, et h. les laisser refroidir à l’air. C’est presque toujours dans cet état qu’ils le vendent, en lui donnant le nom àl acier commun ou acier d'Allemagne.
- L’acier à boule est aussi un acier de Newcastle, que l’on forge en barres de 4 centimètres de large et de i4 millimètres d’épaisseur.
- On peut appliquer aux aciers cémentés de France ce qui a été dit des aciers naturels de ce pays. Les plus célèbres aciéries en ce genre sont celles d’Amboise, dont l’acier donne des outils et des limes aussi parfaites que celles d’Angleterre et d’Alîe-magne; l’aciérie de Toulouse, où l’on fabrique de l’acier excellent, des limes, et 6o à 8o,coo faux par an; celle de Givet département des Ardennes, qui fournit de bons outils, etc.
- De l acier fondu. L’acier fondu est celui qu’on obtient eu liquéfiant le fer ou la fonte, ou l’acier naturel, ou l’acier de cementation , soit seuls, soit avec d’autres matières , en coulant eette fome dans des moules et en la foi'gcant ensuite, et j ac’®r^ fondu est le plus beaxi, le plus égal, le plus plein e pais homogène des trois espèces connues. On en distingue
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- plusieurs variétés: i°. acier fonda prenant le dur par la trempe dans l’eau ; a°. acier fondu prenant le dur à l’air ; 3°. acier fondu soudable ; 4°. acier fondu de seconde fusion , 5°. acier de I Inde ou wooiz.
- La première variété est livrée au commerce sous deux états : i°. tel qu’il sort de la fonte-, 2°. après avoir été trempé :1e premier peut être appelé acier fondu, brut le second acier fondu, forgé.
- L’acier fondu brut conserve encore l’empreinte des moules cylindriques dans lesquels il a été coulé; il ressemble par sa texture à une belle fonte grise bien épurée : sa cassure est compacte et plane; son grain est fin, homogène; sa couleur est d’un ton gris blanchâtre : il est difficile à forger, il exige beaucoup de soin; pour y parvenir , il faut l'amener à une chaleur douce qui lui permette de supporter le marteau : ce n’est qu’après avoir été travaillé qu’il peut être facilement forgé et soudé, sans cependant pouvoir supporter une chaleur trop grande. On le connaît ordinairement sous le nom d’acier marschaU, parce que, livré d’abord par les Anglais, sous cette dénomination, il a été ensuite imité par d’autres fabricans qui lui ont conservé le même nom.
- L’acier fondu et forgé est tiré en barres carrées, parfaitement unies et de diverses grosseurs; mais généralement peu épaisses. Celui-ci se laisse mieux forger, travailler et souder que le premier, et il lui est supérieur sous tous les rapports. Demêmeque l’acier fondu brut a pris le nom d’acier marschaU, celui-ci est souvent désigné sous la dénomination d’acier huntzmann.
- Les aciers fondus et forgés se trempent à une température inférieure à celle des autres : ils prennent ainsi un grain égal, uniforme et fin ; leur cassure est très pleine.
- Avant d’être trempés , ces aciers se travaillent à la lime, sans la moindre trace d’inégalité ni de grains durs, comme on en rencontre souvent dans les autres aciers. L’acier fondu, apres la trempe, prend un beau poli; on peut lui donner un tranchant d’une grande finesse, et qui offre beaucoup de durete sans aigreur.
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- Lorsqu’il a été poli avec soin, on n’aperçoit ni points, ni lignes, ni teintes différentes de celles du fond, comme on en remarque sur la surface polie des autres aciers, particulièrement sur celle des aciers naturels ou des étoffes.
- L’acier fondu prend, à la trempe dans l’eau, une grande dureté jointe à une grande ténacité , et il est susceptible de recevoir un superbe poli noir, surtout Vacier huntzmann.
- 2°. Vacier fondu -prenant le dur à Pair n’est pas commun ; il parait que MM. Poncelet de Liège sont les premiers fabrïcans qui l'aient mis dans le commerce et l’aient fait connaître à Paris. Cet acier se forge aisément ; et, très chaud, il a la singulière propriété, après avoir été chauffé, ou simplement forgé violemment, de sè tremper très dur par le simple refroidissement à l’air. Il peut, sous cet aspect, offrir des ressources inattendues aux. arts, surtout lorqu’il s’agit de fabriquer des pièces de forme rigoureuse, que la trempe ordinaire fait voiler trop souvent.
- 3°. Acier fondu souduèle. Il paraît dû à M. Fischer de Schaff-fhouse ; il possède réellement les qualités de l’acier fondu, sans en avoir les défauts, et il est soudable sur lui-même ; il est à regretter qu’on n’en connaisse pas la fabrication, car il serait d’une grande ressource dans les arts, surtout si on pouvait l’obtenir à un prix raisonnable. On ne peut, dans l’état actuel, employer l’acier fondu ordinaire pour les fortes pièces, à cause de l’élévation de son prix, ni en revêtir entièrement du fer et de l’acier, parce qu’on ne peut parvenir à le souder sur lui-même. Cependant MM. Poncelet de Liège sont parvenus à fabriquer une variété d’acier fondu qui remplit cette dernière condition, et se soude très facilement avec lui-même.
- 4°. Acier fondu de seconde fusion. Cet acier, fabriqué en Angleterre et à Liège, est plus dense, plus homogène et aussi ductile que l’acier fondu ordinaire ; il paraît susceptible, par sa ta.tu.re serrée et fine, de recevoir un poli, un lustre éclatant,
- et il peut, sous ce rapport, être très utile pour la bijouterie d’acier.
- 5 . Le woatz diffère, pour la composition , des autres aciers,
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- en ce qu’il paraît contenir une faible portion d’alumine et i!e silice, et ce sont ces substances ou leurs bases qui lui donnent ses caractères particuliers.
- Le wootz est extrêmement dur, assez malléable, mais susceptible de s’égrainer ; il ne peut se souder, il est difficile à forcer et lorsqu’on l’a fait rougir trop fortement, une partie de la masse paraît couler et se séparer de l’autre. Il paraît doué, plus que les autres aciers, de la faculté de cristalliser par le refroidissement; ce qui fait qu’il conserve, quoique fondu à plusieurs reprises, la propriété particulière de présenter une surface damassée, après qu’on l’a forgé, poli et soumis à l’action de Facide sulfurique affaibli. Cet acier nous vient des Indes, et on n’en connaît la fabrication que depuis peu.
- Jusqu’à ces derniers temps on a tiré d’Angleterre tout l’acier fondu que l’on employait dans les arts. Les deux variétés les plus fines et les plus renommées, l’acier marscliall et l’acier huntzmann, ne sont cependant fabriquées, à ce qu’il parait, qu’avec de la fonte et les mauvais morceaux ou rognures d’acier cémenté, appelés riblons. Depuis une dizaine d’années seulement, ce genre d’industrie s’est répandu sur le continent, et la France a possédé en 1811 une fabrique d’acier fondu comparable k celui d’Angleterre. Malheureusement cette usine , créée en quelque sorte par les soins de la société d’encouragement, a passé à l’étranger avec le pays de Liège, où MM. Poncelet l’avaient établie. Uacier Poncelet offre trois variétés : la première, extrêmement ductile à froid, est la tôle d’acier, bonne pour les ressorts, les surfaces planes pour l’horlogerie , la bijouterie, les cuirasses, etc., au prix de 4 fr. le Fil. ; la seconde est eu grosses barres carrées ou rondes , pour coins, matrices et cylindres , à 5 fr. le kil. ; enfin la troisième est au même prix, et en barres de différens échantillons, pour les limes fines, les pwols d’horlogerie, les outils et la coutellerie fine.
- Cette fabrique fournit encore de l’acier fondu prenant le i«r à l’air ; de l’acier de seconde fusion très ductile et susceptible d’un poli parfait.
- 11 est à remarquer que tous ces aciers, pour le moins egaiu
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- sux meilleurs aciers anglais, sont fabriqués- exclusivement arec la houille, tant pour la fonte qué pour le forgeage.
- Des Français industrieux, ont déjà réparé la perte que la France avait faite de ce genre de fabrication, et maintenant les mines de La Bérardière fournissent des aciers fondus qui ne le cèdent en rien aux meilleurs aciers, ainsi qu’il résulte des expériénces et des rapports faits à la Société d’encouragement en 1819 et 1820.
- L’acier fondu soudahle de cette usine est livré au commerce aux prix de 260 à 280 francs les 100 kilogrammes.
- Les autres aciers que fabriquent les usines françaises sont livrés à des prix qui varient depuis 4o fr. jusqu’à z5o fr., selon leur qualité et leur finesse, savoir : acier naturel à une marque, 4o fr. ; idem à deux marques, 60 fr. ; à trois marques, 90 fr.; acier corroyé plus ou moins raffiné, 100 à 180 fr. ; acier superfin dit huntzmann j 200 fr. ; acier fin pour aiguilles, 200 fr.; acier à deux colonnes j nouveau, fabriqué exclusivement à La Bérardière et raffiné à 1024 doubles, d’une qualité supérieure, 4oo francs.
- Le droit d’entrée sur les aciers a été fixé, par la loi du 21 décembre i8i4,à 45 fr. par ioo kil. ; celui sur le fil d’acier propre à la fabrication des aiguilles, à 20 fr.
- On peut consulter avec fruit les ouvrages suivans :
- L’Art de convertir le fer forgé en acier, par Béaumur, membre de l’Académie des Sciences, in-4°, 1720. Cet ouvrage renferme, comme tous ceux qui sont sortis de la plume de cet auteur, une foule de faits et d’observations intéressantes que les artistes ne sauraient trop étudier.
- Mémoire sur l’acier , par J. J. Perret, coutelier, couronné parla société des arts de Genève, in-8°, 1779.
- La Sidérotechnie, ou l’art de traiter .les minérais de fer , par Hassenfratz, 4 vol. in-4°, 1812. Cet ouvrage présente le traité le plus complet et le plus méthodique que l’on connaisse sur tous les travaux relatifs à l’extraction et aux préparations diverses du fer et de l’acier.
- Les auteurs des Annales de l’industrie nationale et étrangère
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- sont entrés dans beaucoup de détails importans sur les fabriques d’acier françaises. On trouve dans le tome Ier de cet ouvrage les adresses exactes de toutes les fabriques d’acier et une description détaillée des divers produits , confectionnés avec cette substance, qu’on voyait à l’exposition au Louvre en 1829.
- Quant aux emplois ultérieurs de l’acier, on pourra consulter les articles Aiguilles , Armes blanches , Bijouterie d’acier, Coutellerie, Etoffes , Faux, Limes, etc.
- Nous pouvons maintenant, à l’aide de la connaissance des diverses espèces d’acier et de leurs qualités, déterminer les usages auxquels on peut les employer.
- Tous les objets qui doivent supporter un beau poli sont faits avec un acier bomogène dont le grain est fin et serré. On reconnaît à ces caractères l’acier fondu particulièrement propre à la bijouterie d’acier. Si l’on faisait usage d’un acier hétérogène , les pièces laisseraient apercevoir des fibres, des filandres, par la réunion des divers aciers qui ont des grains différens -, si ces grains étaient gros ou inégaux,- on distinguerait les vides qui les séparent, et la surface serait cendreuse. On doit aussi employer de l’acier bomogène dans les pièces d’horlogerie exposées à des frottemens, afin qu’elles s’usent également dans toutes leurs parties ; dans celles qui doivent avoir une élasticité uniforme, telles que les ressorts de montres -, dans celles qui doivent avoir un tranchant très fin ou une pointe vive , comme les rasoirs, la coutellerie fine, les outils de graveur et d’horloger; enfin dans les machines de compression, les laminoirs, les coins de monnaies, les estampes.
- L’acier de cémentation, étant le plus homogène après l’acier fondu, et celui qui s’en rapproche le plus par ses qualités, pourra souvent être employé avec succès à la fabrication des mêmes objets, mais il sera éminemment propre pour tous les articles qui doivent avoir de la dureté et du corps, pour plusieurs instrumens de chirurgie, tels que des lancettes, des bistouris; plusieurs outils de gravure, des burins, des échoppes, des brunissoirs, des grattoirs, des ressorts de pendules; les ou-
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- tils de serrurier et de meauisier, tels que des limes, des râpes, etc.
- L’acier naturel, par sa composition hétérogène, sera très con* renable pour tous les objets durs et élastiques, tels que les sabres, les épées , les fleurets , les scies ,,les ressorts de voitures; on sera même obligé, dans plusieurs circonstances , de souder quelques lames de fer entre des lames de diiïërens aciers , pour en former des étoffes qui aient de la souplesse et de la flexibilité, comme les faux, les sabres de damas , etc. L’acier de forge bien choisi sera encore propre pour les outils d’horlogerie et <le gravure , pour les limes, les râpes et les ressorts de pendules. Il pourra être employé sans distinction par les arma* riers, les couteliers en gros,les taillandiers, les arquebusiers, etc.
- T)e l’essai de l’acier.
- C’est ordinairement par la nature du grain que la trempe donne à l’acier que l’on juge des qualités de ce métal; mais il ne faut pas attacher une trop grande importance à ce caractère, car le grain de l’acier peut varier soit par la grosseur de la barre, soit par la température de la trempe. En général, le grain est d’autant plus fin que la barre est moins grosse et la trempe plus chaude ; de sorte que c’est principalement l’égalité ou l’inégalité de la cassure qu’il faut observer pour juger de la bonté d’un acier par son homogénéité ou par son hétérogénéité.
- Mais il est des moyens plus complets et plus sûrs pour déterminer les qualités des aciers et, par suite, leurs usages les plus convenables. Ces qualités sont au nombre de cinq : 1°. l’homogé-•néité; 20. un travail facile à la forge; 3°. la dureté que donne la trempe ; 4°. le corps que l’acier conserve ; 5“. l’élasticité. On peut par cinq essais dilférens mesurer les degrés auxquels l’acier possède ces qualités.
- 1°. Après avoir écroui et trempé l’acier, ou le polit d’al>ord a laide de la meule, ensuite avec de l’émeri moyen, de l’émeri fin et en dernier lieu avec de la potée d’étain. On connaît par ce moyen le poli ou le lustre dont est susceptible l’échantillon , et la surface misé à nu laisse voir sa parfaite homogénéité, ou
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- Lien les fibres , les filandres, les cendrures , les reines , Tes pailles et toutes les imperfections de l’acier.
- 2°. En chauffant et.en forgeant l’acier plus ou moins longtemps, on voit s’il est sujet à se pâmer ou à se désaciérer ; on s’assure par l’action du marteau s’il peut supporter la percussion sans s’égrainer, sans se gercer ni casser; on voit s’il se soude avec facilité. On trouve qu’il est d’autant plus difficile à forger qu’il est plus dur, plus aciéreux. Il faut, selon son degré de dureté, lui donner, dans le travail ordinaire , des chaudes différentes : l’acier mou peut supporter comme le fer une chaude suante pour être forgé ; l’acier moyen peut être chauffé au rouge blanc; l’acier plus dur ne peut être chauffé qu’au rouge rose; l’acier très dur ne doit être chauffé qu’au rouge cerise ; et s’il était extrêmement dur, il ne devrait être chauffé qu’au rouge brun ou à la couleur de bronze.
- 3°. La nature, la couleur et la grosseur du grain variant avec chaque espèce de trempe, il faut, pour juger du grain et de la finesse de l’acier, employer un moyen indépendant de la trempe, que l’on doit à Réaumur.
- On forge le barreau d’acier en prisme triangulaire ou de forme à peu près pareille à celle d’un rasoir ; on le chauffe par un bout au rouge blanc et vif, et on le trempe ensuite en entier dans l’eau froide ; on casse sur toute sas longueur le bord mince du barreau par des coups successifs, et l’on voit tout le long de la cassure les diverses espèces de grains qu’a prises le barreau, en raison de la température et de la trempe que chaque partie a éprouvée.
- On remarque que les grains, au bout fortement chauffé, sont gros et blancs, qu’ils diminuent ensuite progressivement jusqu’à une distance où ils sont très fins et gris , puis qu’ils augmentent de grosseur en perdant peu à peu leur forme, et en devenant plus gris ; de sorte qu’on peut facilement, en suivant la progression de ces grains, les diviser en quatre ordres bien distincts : 1°. des grains blancs et brillans; 2°. des grains moyens mélangés,les uns blancs et brillans, les autresblancset ternes ;3°. des grains fins ternes; 4°. des grains moyens ternes et mal terminés.
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- Plus le 3e ordre de grainure occupe d’espace par rapport à Fétenduë, du second, plus l’acier est fin; moins il en occupe comparativement avec le second, plus l’acier est gros. Ainsi dans les aciers fins, l’étendue de la grainure du 3 e ordre est plus que double de celle du 2e, tandis que dans les gros aciers, cette étendue n’est pas la moitié de celle du 2e.
- Ce procédé donne encore F avantage de faire connaître et distinguer l’espèce de grain que présente l’acier à tous les degrés de trempe, depuis le plus bas jusqu’au plus élevé, de sorte qu’il peut servir d’indication aux ouvriers pour donner à leur acier la trempe, le grain et la dureté nécessaires à leurs divers ouvrages.
- On apprécie la dureté de l’acier par la difficulté plus ou moins grande que la lime éprouve à entamer soit les angles, soit les faces du morceau d’acier. Cet essai laisse encore quelque incertitude, à moins qu’on n’emploie des limes de duretés différentes et déterminées d’avance.
- 4°. On détermine le corps, la fragilité des barreaux d’acier par la grandeur de la courbure qu’on peut leur faire prendre, ou par le poids qu’on peut leur faire supporter, avant qu’ils cassent. On a soin avant cette épreuve de les tremper à une température uniforme après leur avoir donné les mêmes dimensions.
- 5°. L’élasticité de l’acier se mesure d’une manière analogue. Elle est en raison de la courbure ou du poids qu’a pu supporter le barreau sans cesser de reprendre exactement sa forme primitive , lorsque la force a cessé d’agir.
- 11 y a d’autres méthodes particulières d’éprouver les aciers, suivant les usages spéciaux auxquels on veut les employer ; mais il en est une que les ouvriers mettent fréquemment en usage : elle consiste à découper du fer avec des tranchans formés de l’acier à essayer et trempés : ces outils se refoulent s’ils sont trop mous, ils s’égrainent s’ils sont durs, ils résistent et coupent s ils ont la dureté et le corps convenables ; plus l’acier est dur, plus les coupures sont vives, nettes, brillantes, et plus les copeaux enlevés sont gros. Pour que ce mode d’essai fût bien exact d faudrait avoir déterminé le degré de la trempe la plus con-
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- venable; à l'espèce de l’acier ; il faudrait que le biseau du tranchant fût toujours du même angle et que la main eût toujours la même fermeté. Aussi ce procédé ne réussit-il qu’aux ouvriers très exercés. L.
- ACOUSTIQUE, V. Commets, Luthier, Facteurs d’ikstrc-
- MENS DE MUSIQUE , etc.
- ADHERENCE ou Adhésion ( Arts physiques ). C’est la résistance qu’il faut vaincre pour séparer deux corps qui se touchent, ou si l’on, veut, c’est la force qui produit cette résistance. Quand on applique l’une sur l’autre deux surfaces de mêmes courbures, et assez bien polies pour qu’elles puissent se toucher par un grand nombre de points, il arrive souvent qu’elles paraissent se toucher et que cependant elles ne se touchent pas. La couche d’air qui reste entre elles , quelque mince quelle soit, suffit pour les maintenir à distance et pour empêcher le véritable contact ; tant qu’elle n’est- pas chassée, les surfaces ne se joignent pas, elles ne tiennent pas l’une à l’autre, et il ne faut point d’effort pour les séparer : il n’y a pas adhérence, parce qu’il n’y a pas contact. Mais si l’on fait sortir l’air par un moyen quelconque, soit en humectant les surfaces avec quelques gouttes de liquide, soit en les faisant glisser en difî’érens sens avec une légère pression, alors un contact plus ou moins intime s’établit entre elles, et on ne peut plus les séparer, ni perpendiculairement ni obliquement, sans vaincre une résistance plus ou moins forte. Si on opère dans l’air, cette résistance se compose de deux parties, l’une qui est due à la pression atmosphérique et dont il est facile de trouver la la mesure ( V. Atmosphère ) , l’autre qui est due à une action particulière des surfaces qui se touchent, c’est celle-ci qu’on appelle adhérence.
- On voit i°. que le moyen deproduirel’adhérence entre deux corps est d’établir entre eux un contact immédiat; 2°. que pour les mêmes substances, prises à la même température, elle est proportionnelle à l’étendue du contact, qui est elle-même proportionnelle à l’étendue totale des surfaces, supposées partout également polies ; 3°. que pour une même étendue de contact, elle est differente dans les
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- différentes substances, sans qu’on puisse jusqu’ici ni déterminer la cause de cette différence, ni en assigner la mesure. Ces principes suffisent pour analyser les procédés des arts qui reposent sur l’adhérence, et pour expliquer les différentes pratiques de détail qui en assurent le succès.
- Il y a différentes circonstances à examiner.
- Si deux corps solides doivent conserver une grande épaisseur, on parvient à les attacher l’un à l’autre par l’adhérence, en donnant à leurs surfaces le poli le plus parfait et en les humectant pour chasser l’air; seulement il faut choisir un liquide qui n’oxide pas les corps , qui ne les attaque pas, et qui n’ait pas lui-même une grande tendance à s’évaporer ou à se décomposer. C’est ainsi que dans le pendule de Borda, pour attacher la boule de platine, sans lui faire perdre sa sphéricité, on applique sur elle une calotte de métal qui a été travaillée sur la même courbure. Leurs surfaces sont très polies : cependant pour chasser l’air plus complètement on les enduit d’une couche imperceptible de matière grasse quelconque; alors en glissant la calotte sur la boule , le contact s’établit, et l’adhérence a lieu : elle est assez forte pour soutenir le poids de la boule, qui est de 626 grammes, non-seulement quand elle est en repos, mais aussi pendant tout le temps qu’elle oscille.:
- ( V• Pendule ).
- Si l’un des deux corps peut être réduit ealame très mince, comme les feuilles d’cr battu , alors on comprend que la flexibilité du métal lui permet de s’appliquer exactement sur presque tous les points d’un corps qui n’est même que grossièrement poli. Dans ce cas, toute la difficulté est de chasser l’air, et on y parvient, tantôt par l’interposition d’une couche humide, tantôt par la pression et l’élévation de température, tantôt par tous ces moyens ensemble. ( V. Dorure , Etamage-
- DES GLACES, PAPIERS METALLIQUES , etC. ).
- Les liquides s’attachent facilement aux corps solides; quelquefois même l’attraction est si forte qu’elle suffit pour chasser 1 air qui revêt toujours leurs surfaces. Ainsi, quand on pose horizontalement un plan de verre sur de l’eau, sa surface se mouille et.
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- l’air s’en va de lui-même, sans qu’il soit besoin de presser ou de frotter pour le faire partir. Cependant, dans le plus grand nombre de cas, il ne suffit pas de plonger un solide dans un liquide pour qu’il se mouille. Des expériences familières font voir que l’air reste adhérent en plusieurs points de la sur-, face , et en même temps elles montrent ce qu’il faut faire pour le chasser; par exemple', quand on fait chauffer de l’eau dans un vase de métal, sitôt que la chaleur se fait sentir on voit les parois se couvrir d’une infinité de huiles qui se gonflent h mesure que la température s’élève, et qui enfin se détachent et montent en vertu de leur légèreté spécifique. Ces huiles proviennent de l’air qui adhérait aux parois et que l’eau n’avait pas déplacé, On observe exactement la même chose quand, au lieu d’élever la température, on diminue la pression ; mais on peut encore chasser cet air adhérent par des frictions répétées, comme en frottant les parois avec un pinceau ou un autre corps élastique qui puisse bien les toucher.
- Quel que soit le moyen qu’on emploie pour établir le contact entre un solide et un liquide, l’adhérence est toujours la même, Tantôt elle est plus faible que la cohésion du liquide, alors elle est facile à vaincre, la séparation se fait d’elle-même quand on retire le solide , car il n’emporte rien après lui ; tantôt elle est plus forte; alors, quand on retire le solide, il emporte avec lui une couche liquide qui s’est séparée de la masse totale plutôt que de se séparer de la surface du corps à laquelle elle adhérait plus fortement.
- Il y a même des cas où la couche liquide perd son état et se solidifie, tant est grande l’adhérence qu’elle contracte avec le solide ; c’est ce qui arrive, par exemple, quand on promène sur une surface de verre parfaitement nette, un amalgame de bismuth et de mercure; cet amalgame, qui est assez liquide, se durcit sur le verre par la force d’adhésion, et y fait l’office d’un véritable étamage.
- Les soudures rte sont pas un simple effet de l’adhérence ; il se fait en général une combinaison chimique entre le corps, soudant et le corps soudé, ( V. Soudures. )
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- .Mais les colles ne se combinent pas avec les corps, et l’u-7 nion plus ou moins forte qui s’établit par leur intermède ne dépend que de deux choses : de l’adhérence du corps pour la colle, et de la cohésion de la matière collante elle-même.
- • Dans la plupart des cas, l’adhérence ne s’exerce pas seulement en superficie ; la porosité des corps permettant à la colle de pénétrer dans leur intérieur, elle y jette en quelque sorte des racines plus ou moins profondes, par lesquelles elle s’attache avec une grande force. De là, la principale différence des effets d’une même colle, suivant la température à laquelle on l’emploie, et suivant la nature des corps sur lesquels on l’applique. ( V. Colles. )
- Quand les corps sont réduits en poudre, ils peuvent surtout prendre une adhérence excessivement forte ; seulement il est plus difficile alors de chasser l’air ou les autres fluides interposés. On n’y parvient en général que par une pression très énergique et très soutenue; c’est ainsi qu’avec des poussières très fines on peut composer des masses compactes et très solides, et qu’on parvient même à former des pierres artificielles , tout aussi propres que les pierres naturelles à résister aux chocs mécaniques, aux changemens de température et à tous les agens physiques. ( V. Pierres artificielles. ) Pouillet.
- ADOS ( Agriculture ). Lorsqu’on veut hâter la végétation des plantes, on donne à la terre une disposition propre, d’un côté, à arrêter l’action des vents, et de l’autre, à favoriser celle du soleil ; c’est ce qu’on appelle un ados, élévation de terre formant une planche inclinée qui regarde du côté du midi, ou de l’est, pour receyoir les rayons de cet astre sous une inclinaison plus favorable, servir d’abri contre les vents du nord ou de l’ouest, et faciliter l’écoulement des eaux. Fr.
- AERER, y. Assaixissemext.
- AEROSTAT, Ballox ( Arts -physiques ). De toutes les expériences faites dans les temps modernes, la plus imposante , celle qui causa le plus de surprise et d’admiration , fut 1 ascension des aérostats , et l’intrépidité des hommes !iu'- osèrent, s’élançant dans les régions supérieures, navi-
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- gaer au milieu de cet espace que naguère encore on croyait être le vide absolu.
- Depuis un an, le célèbre Montgolfier s’était assuré, par des expériences précises , de la possibilité d’élever des ballons dans l’air : le 5 juin 1783, dans la ville d’Annonai, il fît élever le premier aérostat, en présence d’une assemblée nombreuse, que cette belle expérience frappa d’étonnement. L’enveloppe, du poids de 5oo liv., avait la forme d’un globe presque spliérique, «le 35 pieds de hauteur et 110 pieds de circonférence, ayant une capacité de 22000 pieds cubes : elle était de toile doublée de papier ; on y avait ménagé une large ouverture à la partie inférieure, au-dessous de laquelle on avait allumé un feu de paille très vif, où on jetait des flocons de laine. L’air dilaté qui s’élevait avec force dans l’intérieur du ballon, le gonfla bientôt, et lorsqu’il eut acquis une température d’environ 7c0 Réaumur, il se trouva réduit à une légèreté spécifique suffisante, relativement à celle de l’atmosphère, et on le laissa s’élancer «lans les hautes régions de l’air.
- Aussitôt que cette belle expérience fut connue, tous les physiciens voulurent la répéter. Ils ignoraient le moyen dont Mont-goîfier s’était servi pour élever, pour ainsi dire, par enchantement un poids aussi considérable. M. Charles eut l’heureuse idée d’enfermer dans une enveloppe légère un gaz beaucoup plus léger que l’air, et il fit choix du moins dense des gaz, qu’oa peiA d’ailleurs obtenir sans de grands frais, Y hydrogène, «lit aussi air inflammable, qui est i5 fois moins pesant que le fluide qui nous environne. Il fit construire une enveloppe sphérique en taffetas rendu imperméable par des couches d’une dissolution de gomme élastique dans l’essence de ‘térébenthine et l’huile siccative, chaudes. Le diamètre du globe n’était que de 12 pieds ; sa capacité de g43 pieds cubes. Ce fut le 27 août que l’expérience fut faite, avec succès , dans le Champ-de-Mars, à la vue d’une immense assemblée, que la curiosité avait réume,
- Montgolfier vint à Versailles , fit construire un ballon de 5 ^picds de lianteur sur 4i de diamètre, contenant 37000 piflh cubes y ce sphéroïde était en canevas doublé de papier; d
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- le 19 septembre, en présence de la Cour, il fit enlever cette énorme enveloppe. C’était une chose véritablement admirable et qui tenait du prodige, que de voir une toile, servant de tapis à un échafaud, s’enfler graduellement par une cause invisible, et présenter, en 7 minutes de temps , aux yeux de i5o mille spectateurs, un globe d’une grandeur majestueuse, qui s’éleva de lui-même à 3oo toises de hauteur, avec tranquillité. Et quand on venait à apprendre qu’un phénomène aussi imposant n’était dû qu’à la combustion de 5o liv. de paille et de 5 liv. de poussière de laine, la surprise que ce phénomène avait produite était plutôt accrue que diminuée.
- Déjà les physiciens conjecturaient qu’il leur serait possible de traverser les airs sans danger, et d’aller dans les hautes régions de l’atmosphère, tenter des expériences d’un nouveau genre. Cette pensée se réalisa bientôt. Dans le mois d’octobre suivant, Montgolfier fit enlever, au faubourg Saint - Antoine, et par ses mêmes procédés, un aérostat de 70 pieds de hauteur sur 46 de diamètre, enfermant une capacité de 60000 pieds cultes. Ce ballon supportait une nacelle d’osier, suspendue à l’aide de cordages : la partie inférieure du globe était ouverte pour servir de passage à l’air dilaté par la chaleur ; un vaste réchaud lie fil de fer y était attaché avec des chaînes. Pilatre des Rosiers et d’Arlandes se placèrent dans la nacelle, et alimentèrent le feu, qui soutenait la dilatation de l’air intérieur. Cette machine, du poids de plus 1600 liv., s’éleva, à diverses reprises, à 2 et 3oopieds de hauteur, retenue au sol par des cordes.
- 11 fallait tenter une épreuve plus périlleuse, et se lancer, à talion perdu, dans le vaste champ des airs; et le 21 novembre 1783, les mêmes physiciens osèrent tenter cette audacieuse entreprise. Ces intrépides navigateurs partirent du château de la Muette, au Bois de Boulogne , s’élevèrent à 5oo toises, et vinrent descendre à plus de 2 lieues du point de départ, apres avoir traversé tout Paris, étonné de ce voyage extraordi-oaire, qui n’avait duré que 17 minutes.
- Malgré le succès dont fut couronnée cette expérience, oh connut bientôt combien elle présentait de dangers. Non-seu-
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- lement on s’embarquait avec un amas (le combustibles, qu!;j ne fallait livrer au feu que successivement; mais il était à craindre que les flammes ne vinssent à gagner le magasin ou l’enveloppe , à l’incendier au milieu des airs, et peut-être à faire descendre les flammes jusque sur les granges ou les édifices’ D’ailleurs, les navigateurs, occupés d’alimenter sans cesse le feu, ne pouvaient se livrer aux recherches physiques que ces ascensions faisaient espérer. Le poids du combustible dont il fallait faire provision pour ce voyage, et le peu de différence du poids spécifique de l’air dilaté, comparé à celui de l’atmosphère, ne permettaient pas d’atteindre à des hauteurs très grandes. On sentit alors combien l’emploi du gaz hydrogène devait offrir d’avantages par sa légèreté, la facilité de le produire et de le captiver , d’en arrêter ou hâter la déperdition au milieu des airs, et on prévit que la brillante découverte de Montgoî-fier ne rendrait tous les services qu’on s’en était promis qu’en y joignant celle de M. Charles, dont le nom est associé à celui du premier, dans cette belle époque de la Physique.
- Le ier décembre 1783, MM. Charles et Robert s’élevèrent, à ballon perdu, du jardin des Tuileries , dans un aérostat de taffetas gommé , rempli de gaz hydrogène. Au filet qui recouvrait ce globe était attachée une nacelle portant le lest et les deux voyageurs. Un petit ballon d’essai avait été d’abord lancé pour s’assurer de la direction des vents supérieurs. Bientôt l’aérostat monte chargé des deux physiciens , et les élève au-dessus des nuages , qui les dérobe à la vue de la foule attentive. Le voyage fut de 9 lieues en deux heures ; les navigateurs regagnèrent la terre , lorsque leur ballon, qui perdait du gaz, 11e fut plus capable de les soutenir l’un et l’autre : mais M. Robert descendit seul; le ballon, allégé de ce poids, regagna les hautes plaines de l’atmosphère, et M. Charles, avec une intrépidité égale, mais plus éclairée que celle de Pilatre des Rosiers et de d’Arlandes, s’étant élevé à i524 toises, redescendit, après 35 minutes, à plus d’une lieue de sa première station-
- Cette heureuse navigation montra tous les avantages de k méthode de M, Charles, et les montgolfières furent abandon-
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- tiéss pour les ballons à gaz hydrogène. Depuis cette époque , les voyages sé répétèrent fréquemment, et toujours sans danger lorsque la prudence dirigeait les expériences. Les fêtes nationales les jeux publics, furent même embellis par ce genre de spectacle. Les plus célèbres voyages aériens sont :
- i°. Celui de Pilatre des Rosiers, le premier qui ait osé en treprendre ces sortes de navigations, et qui eut la malheureuse idée de combiner les deux procédés de JL Charles et de Montgolfier. Il se servit de deux ballons,l’un supérieur, gonflé d'hydrogène -, l’autre, qu’il alimentait d’air dilaté par la chaleur. Cette funeste invention coûta la vie à son auteur, qui fut précipité du haut des airs, par l’incendie de cet appareil.
- 2°. Celui de Zambeccari, qui périt aussi victime d’entreprises mal conçues et plus mal dirigées.
- 3°. Le passage du bras de mer qui sépare l’Angleterre et la France; l’aéronaute Blanchard, partant de Douvres, vint aborder à Calais, où une pyramide fut élevée pour consacrer le souvenir de cette entreprise.
- 4°. Le malheureux événement arrivé à la veuve de ce physicien, dont le ballon fut embrasé au milieu des airs par les pièces d’artifice qu’elle eut l’imprudence de faire éclater de sa nacelle, et qui, précipitée, vint se fracasser sur les toits voisins, aux yeux du public, réuni dans l’espérance d’y trouver un amusement.
- 5°. La dangereuse expérience dont nous parlerons plus en. détail, où Garnerin , se séparant dé"son ballon, sur la foi d’un parachute, malgré la rapidité de sa descente, sortit sans accident de la plus périlleuse entreprise qu’on ait encore osé tenter.
- Ces ascensions n’étaient destinées qu’à plaire à la curiosité ; le gouvernement en tira un moyen de défense : un corps d’aéro-nautes fut créé, sous la direction de M. Conté, l’un de nos plus habiles physiciens, et on attribua en partie le gain delà bataille ue Fleurus, le 26 juin 1794 , aux services rendus par ces ingénieurs, sous les ordres du maréchal Jourdan.
- Jfais la physique n’avait encore recueilli aucun fruit de ces entreprises. MM, Gay-Lussac et Biot entreprirent un voyage
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- aérien dans le dessein de faire plusieurs expériences sur l’état électrique, le magnétisme, la constitution de l’atmosphère de ces régions supérieures. Un deuxième voyage, exécuté dans cette disposition par M. Gay-Lussac seul, fut surtout remarquable-ce physicien s’est élevé à 7000 mètres, hauteur qui surpasse toutes celles que l’homme ait jusqu’ici pu atteindre.
- Nous allons exposer les principes de la construction des aérostats, la manière de les emplir de gaz, et les précautions de prudence qu’il ne faut jamais négliger.
- Dans les ballons à gaz hydrogène, l’aéronaute, une fois lancé dans les hautes régions, n’a presque aucun soin à prendre, et peut se livrer à toutes les recherches physiques qu’il a projetées. Il s’est muni de sacs remplis de sable, qu’il jette pour s’alléger, lorsqu’il veut atteindre à de plus grandes élévations : s’il veut redescendre, il donne issue à une petite partie du gaz qui gonfle le ballon , ce qui le rend plus pesant A cet effet, on a soin, de pratiquer , dans l’intérieur et au sommet, une soupape, qui s’ouvre de haut en bas, et qu’un ressort, aidé de la force élastique du gaz, retient fermée; on peut ouvrir cette soupape en tirant un cordon qui pend dans la nacelle.
- La soupape a surtout pour objet d’empêcher le ballon de se gonfler et de se distendre avec excès. On sent, en effet, qu’en quittant la terre, il serait dangereux d’enfler entièrement le ballon; car, à mesure qu’on s’élève, les couches atmosphériques ayant moins de densité, le g^z de l’aréostat acquiert plus d’expansion , à raison de son excès de force élastique; et il y aurait infailliblement explosion, si on ne modérait cette redoutable action. L’aéronaute trouve alors son salut dans la soupape ; il l’ouvre pour perdre du gaz chaque fois qu’il remarque que le globe est entièrement plein. M. Biot recommande donc de s’assurer avec soin d’avance du jeu de la soupape , de la solidité du cordon qui la fait ouvrir et fermer, et même, pour pi® de sûreté, d’avoir deux cordons semblables. En perdant du gaz> l’aérostat se désenfle, en même temps qu’il redescend dans un air plus dense; causes qui conspirent ensemble pour empêcher l’explosion.
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- Lorsqu’on est prévenu de ce genre de danger, on ne peut se défendre d’un sentiment d’épouvante lorsqu’on lit la relation du premier voyage de Blanchard. Son Ballon, complètement gonflé de gaz, s’élève avec majesté, et l’imprudent aéronaute, peu instruit des lois de la physique, ne se doute pas du péril qu’il court; il se félicite dd son adresse, et admire ce qui doit infailliblement causer sa perte. Les parois sont distendues avee force, elles vont éclater.... Mais Blanchard, étonné du désert où il se trouve, au milieu du vaste champ des airs , et du silence qui l’environne, est épouvanté de ce qui n’offre nul danger, et sa terreur le sauve ; il aspire à redescendre, et ouvre sa soupape!
- Les précautions qu’il faut prendre au départ se réduisent, comme on voit, à n’enfler l’aérostat qu’aux trois quarts, et précisément de la quantité suffisante pour l’enlever avec sa nacelle et sa charge. Cette force ascensionnelle, dont nous allons calculer et prévoir l’intensité, doit être très faible; elle se mesure avec une romaine : on prend un poids de lest assez lourd, pour réduire cette force à environ un kilogramme. A mesure que l’aérostat montera, le gaz intérieur se dilatera pour se mettre à l’unisson de force expansive avec l’air ambiant, qui décroît de pins en plus. Cet air est, il est vrai, plus léger que celui des régions inférieures; mais, comme le volume du ballon, s accroît précisément d’autant, la diminution de densité de lair se trouve compensée, et la force ascensionnelle, dans cet air plus rare, est environ la même que près du sol.
- La température ne produira non plus aucun effet pour s’opposer à l’ascension, parce que l’air et le gaz se condensent de la même quantité par le même abaissement du thermomètre , du moins lorsque le froid des couches élevées de l’atmosphère s’est pro-Pge jusqu à l’intérieur. C’est pour cela qu’en partant avec la seule force ascensionnelle d’un kilogramme, M. Gay-Lussae a pu s élever à 7000 mètres. Nous devons cependant dire que, '•amies temps chauds, l’expérience paraît établir que l’ascension ües aer°stats est plus difficile, à raison probablement de la garnie différence de température entre le soi et les lieux élevés.
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- Ue froid supérieur est si vif, qu’il bc faut jamais oublier d’emporter des vêtemens chauds.
- Pour redescendre vers la terre, on abandonne du gaz ; îe ballon,devenu trop lourd, retombe : mais,comme la chute se fait par un mouvement accéléré, selon les lois de la gravitation, il faut modérer la vitesse de descente en jetant un peu de lest; ce qu’on fait aussi lorsqu’on veut gagner des régions plus élevées. Une attention importante à avoir, c’est de ne jamais abandonner la totalité du lest, dans le dessein de s’élever le plus haut possible; car, lorsque l’aéronaute voudra revenir à terre, ce lest lui sera indispensable pour modérer l’action de sa cbute, choisir le lieu où il veut aborder, éviter les écueils, les bois, les rivières , vers lesquels sa descente l’entraîne ; mais surtout pour empêcher le choc dangereux qu’il recevrait en heurtant la terre. Il diminue son poids par le lest qu’il jette peu à peu, et est conduit doucement sur le sol, ou à peu de distance de sa surface, jusqu’à ce qu’il ait trouvé un lieu propre à aborder. Il peut alors perdre le reste de son gaz ; ou bien, s’il met pied à terre, il doit, avant de quitter la nacelle, la charger d’un poids égal au moins à celui de son corps ; car sans cela, allégée de son poids, il la verrait de suite s’enlever rapidement à des hauteurs hors de la portée de sa vue , et ne retrouverait qu’au loin et en lambeaux son frêle esquif privé de guide.
- Pour se procurer une grande abondance de gaz hydrogène, on s’est long-temps servi de la décomposition de l’eau par l’action du feu ; on fait passer ce liquide en vapeur dans un tube de fer ou de porcelaine incandescent, et garni intérieurement de copeaux de fer : l’eau se décompose, l’oxigène se fixe sur le métal et l’oxide , tandis que l’hydrogène sort du tube ( Tr Eau)-Ce procédé, long-temps employé par les aéronautes du gouvernement , quoique propre à donner le gaz le plus pur, étant incommode et très dispendieux, on y a renoncé. Maintenant on se sert de celui qu’on trouvera décrit au mot Hydrogène : ce procédé consiste à mettre de la tournure de fer dans un ou plusieurs tonneaux qu’on ferme hermétiquement, après y avoir jeté de l’acide sulfurique étendu d’eau. Cette eau se décompo*
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- dans la"formation du sulfate de fer, et Vhydrogène se dégage pendant que l’oxigène se fixe sur le métal. Un tube adapté aux tonneaux conduit le gaz dans le ballon, où il s’introduit par une ouverture qu’on y a laissée, et qu’on referme aussitôt que l’aérostat est convenablement gonflé. Sous décrirons les précautions qu’il faut prendre pour que l’action de l’acide sur le zinc ne soit pas trop vive; car si cette action était tumultueuse, la chaleur, qui serait alors très forte, porterait dans le globe des vapeurs acides et même du liquide, ce qui nuirait beaucoup à l’opération.
- On a fait éclater et brûler en l’air des aérostats dans quelques fêtes publiques. Alors il faut les gonfler avec ~ de gaz hydrogène et | d’oxigène. Ce dernier gaz s’obtient, en grand, en exposant à un feu très fort des tuyaux de fonte remplis de peroxide de manganèse en poudre, lutantle tout et donnant, par un tuyau supérieur, issue au gaz développé. On remue, de temps à autre , la matière avec des ringards, et on îute de nouveau. Une bombe d’artifice qui doit éclater a une grande hauteur, enflamme subitement les deux gaz et les fait détonner.
- L’aérostat devant avoir l’enveloppe la plus légère possible, sans nuire à sa solidité , et être imperméable à l’air et l’eau, on le construit en taffetas gommé sur les deux faces. Autrefois cet enduit se faisait en gomme élastique ; mais, outre qu’il séchait très difficilement, la dissolution étoit d’un prix élevé; on a préféré le vernis de copal, et même simplement l’essence de térébenthine mêlée à l’huile rendue siccative en la faisant bouillir avec de la litharge. Nous décrirons ces divers procédés aux mots indiqués ci-dessus. L’étoffe de soie est d’abord taillée avec les dimensions convenables; nous décrirons bientôt cette opération. On coud les bords après les avoir collés : les coutures des pièces de taffetas se font en soie; on les rabat avec un petit maillet, et on bouche les trous par une nouvelle couche d’en-duit. Ainsi préparée, on estime que cette étoffe pèse environ deux hectogrammes et demi par mètre carré ( une demi-livre pour neuf pieds carrés ).
- Le ballon doit supporter une nacelle, sorte de petit bateau Tome I, 12
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- qu’on doit rendre très léger, qui est destiné à contenir les navigateurs et les provisions du voyage, et dont les dimensions sont proportionnées à cet objet. La nacelle de MM. Charles et Robert avait 7 pieds de long et pesait 65 kil. avec les cordages; mais on peut beaucoup réduire ce poids, par exemple à 3o ou 4o kil., et même moins encore.
- Pour tenir cette chaloupe suspendue , le ballon a son hémi sphère supérieur recouvert d’un filet de cordes fortement lié en ses bords à un cercle en bois qui en forme l’équateur ; c’est à ce cercle que la nacelle est attachée à 6 pieds au moins de distance du bas de l’aérostat. Ce Filet est formé de mailles liées à la manière ordinaire ; mais ces mailles vont en s’élargissant de plus en plus à mesure qu’elles approchent du cercle équatorial. On fait en sorte que dans chaque rangée circulaire parallèle à l’équateur il y ait le même nombre de mailles. Celles qui avoisinent le pôle sont très serrées. On évalue le poids du filet à 8 ou 10 kil. pour 5o mètres carrés de surface.
- Avant de construire le ballon, on doit en déterminer la forme et les dimensions : celles-ci dépendent du fardeau qu’on veut élever; savoir, des poids de l’enveloppe, de la nacelle, du filet et des cordages qui la tiennent suspendue , du lest, des instrumens dont on est pourvu pour le voyage, enfin du poids des aéronautes.
- Ces données sont faciles à obtenir : ces divers poids ajoutés constituent celui que la machine est destinée à enlever par lalégèreté spécifique du gaz. Pour qu’elle demeure en équilibre dans l’air, et sans aucune force ascensionnelle, il faut que ce poids soit égal à celui d’un pareil volume d’air. On sait que sous la pression et la température moyennes, le mètre cube d’air pèse environ iâ hectogr., tandis que celui du gaz hydrogène impur n’est que de x hectogr. : la différence est de 12. Il suffit donc que le ballon ait une capacité d’autant de mètres cubes que le nombre d’hectogrammes à enlever contient de fois 12. Prenez le 12e de ce poids, ce sera ce volume en mètres cubes.
- Ce calcul ne peut, au reste, être qu’approximatif, parce qne les vapeurs d’eau mêlées au gaz et à l’air altèrent les données
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- numériques ci-dessus. D’ailleurs les goutelettes aqueuses qui se déposent sur les parois du ballon,, en augmentent le poids. Enfin, nous ayons fait remarquer que le ballon ne doit être rempli que très imparfaitement, ce qui oblige de lui donner une capacité plus grande au moins d’un quart que ne l’indique le calcul.
- Voici quelques résultats numériques qui peuvent être utiles. Vous donnons ici le diamètre du ballon supposé sphérique, son volume et sa surface, en mètres linéaires, cubiques et carrés, le nombre de kilogrammes que la légèreté spécifique du gaz peut enlever dans l’état moyen de l’air et lorsque le ballon est complètement rempli, le poids de l’enveloppe de taffetas gommé qui retient ce gaz emprisonné; enfin, retranchant ce dernier poids du précédent, le reste, composant la dernière colonne $ est le nombre de kilogrammes que l’aérostat peut réellement enlever, constitués par les poids du filet, de la nacelle, des agrès, de l’aéronaute, etc.
- Diamètre en mètres. Volume en mètres cubes. Surface en mètres carres. Kilogram. que le gaz peut enlev. Poids de l’enveloppe. Force as-cens., ou poids des agrès.
- 2 4,19 12,57 5,o3 3,14 1,89
- 4 33,5i 50,27 4o,2i 12,57 27,65
- 6 1i3,10 n3,10 i35,72 28,27 107,44
- 7 ï7.9>59 i53,94 2i5,5j 38,48 177,03
- 8 268,08 201,oS 321,70 52,oi 269,69
- 9 381,70 254,47 458,o4 63,62 3g4,42
- IO 523,6o 3i4,16 628,32 78,54 549,78
- 1 l 696,91 38o,i3 836,2g g5,o3 741,26
- 12 304,78 452,3q io85,74 1i3,10 972,84
- i3 - n5o,35 53o,g3 i38o,42 iZa,y3 1247,69
- Une fois qu’on a le volume du ballon, une operation de géométrie apprend quel en doit être le diamètre (1). Il reste
- (1) Ce calcul consiste i prendre la racine cubique du volume donne
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- ensuite à découper le taffetas en pièces, qui, ajustées et cousues ensemble, fornjpnt le ballon. En le supposant sphérique, -voici la construction qui détermine la forme à donner à chaque pièce ; c’est celle dont on se sert aussi pour recouvrir de papier les globes géographiques.
- En général, on ne peut former une sphère par des assemblages de hftndes planes et étroites, s’étendant d’un pôle à l’autre > et diminuant de largeur à mesure qu’elles approchent de ces deux points : mais dans la pratique on trouve que 24 de ces fuseaux s’assemblent très bien, quand on donne aux. courbes qui les limitent la figure suivante.
- Dans l’angle droit GOA, du rayon AO ( fig. a , PI. I de Physique) de votre ballon, décrivez le quart de cercle ÀDG, sur lequel vous porterez ce même rayon de A en E, et de G en C ; vous prendrez la moitié de l’arc EG, qui sera de io° , ou le quart de l’arc AE, et ce quart sera juste contenu six fois dans l’arc AG , en AB , BC , CD, etc. ; par ces cinq points de division, vous tirerez des parallèles à OA; ces droites sont F5, E4, D3, C2 etBi.
- Cela fait sur une droite indéfinie NN ( fig. 1 ), vous porterez douze parties égales à la corde de l’arc AC, et par ces points vous tirerez les perpendiculaires GH, x, 2,3, 4 et 5; il s’agit de trouver les longueurs i<1' * zb', 3c'.... à porter de part et d’autre de N3Ï', pour obtenir les limites du fuseau. Du milieu K. de ÀB (fig. 2 )* tirez le rayon KO; puis du centre O, avec les rayons Bi, C2, D3, E4, F5, tracez les arcs 1 a, zb, 3c j 4d 5e. Ce sont les cordes de ces petits arcs que vous porterez de chaque côté de LN ( fig. 1 et 2 ) ; savoir 1 a et la" égaux à ta ; zb' et 2bL, égaux à zb , etc. Enfin, en unissant les points a'b'c'... par un trait continu , vous formerez le fuseau NGN'H. NN seront les pôles,
- mètres cubes, et à multiplier cette racine par 0,62; on a en mètres le rayon demandé. Le ballon dejM. Charles, celui de M. Blanchard, avaient environ 4 mètres de rayon ; le poids total était de 3oo kilogr., déplaçant 4°° kilosv d'air, et conservant 100 kilogr. de force ascensionnelle, ce qui est beaucoup trop. La table qui précède donne les calculs tout faits.
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- et GH «a arc d’équateur; ci a' b' b".... des arcs parallèles au cercle équatorial. Qn taille sur ce modèle, ou sur la figure GHN, qui eu est La moitié, un patron en carton ou en bois, si il ne reste plus qu’à découper et coudre ensemble n i fuseaux semblables.
- Quand le globe a de grandes dimensions, comme cliacun desarcs AB, BC... ne peut être censé égal à sa corde, pour plus d’exactitude, on coupe le quart de cercle en 12 parties égales (et même plus encore ) au lieu de B; et on fait pour chaque arc de 70 '-j la même construction que ci-dessus. La sphère est alors formée de 48 fuseaux au lieu de P.4. Comme les points de coïncidence
- des fuseaux sont déterminés par les arcs a a!', b' b‘‘..parallèles
- à réquateur, il est facile de peindre d’avance sur chacun des parties de dessin qui s’accordent après leur réunion; d’ailleurs,, on doit laisser des deux côtés de chaque fuseau une bande pour la couture avec le fuseau voisin.
- Si le globe doit être ovoïde, la construction est la mêmey excepté qu’il faut, dans la fig. 1 , donner aux intervalles égaux L 1 2 3... entre les parallèles, des distances plus grandes ou plus, petites que les précédentes, mais toujours égales entre elles.
- L’utilité qu’on a retirée des aérostats n’est pas douteuse. Nous mettrons au premier rang les ascensions de MM. Biot et Gay-Lussac, faites dans l’intérêt des sciences. Le plan de Paris a-éfé levé par Lomet, à l’aide de stations combinées dans des aérostats. Conté avait imaginé un système très ingénieux de signaux qui,à la guerre, pouvaient avoir de grands avantages. Pour juger de la situation des armées ennemies, on a employé des ballons; et le succès de Fleurus semblait présager qu’un jour la stratégie s’en servirait utilement ; mais l’inexpé-. rience des hommes à qui ces opérations ont été confiées, les. frais qu’elles exigeaient, les retards occasionés par le transport des aérostats et leur mise en activité, enfin la facilité qu’on a de parvenir autrement au même but, ont fait renoncer à. leur usage. Les aérostats ne sont plus guère aujourd’hui qu’un objet d’amusement et de curiosité.
- Pour retirer des aérostats tous les avantages qu’t© s’en était
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- promis , il aurait fallu les savoir diriger dans l’espace. Mai par le temps le plus calme, on rencontre toujours dans les hautes plaines de l’air, des courans très forts contre lesquels il faudrait lutter : que serait-ce dans les temps ordinaires , où les vents ont tant de puissance et d’impétuosité ? Il est aisé de faire comprendre que tous les moyens de résistance sont inutiles à cet égard. Le fluide sur lequel on peut s’appuyer est l’air même, qu’il faut frapper avec d’autant plus de rapidité qu’il est plus l’are et plus agité. Il faudrait donc se servir de rames ou nageoires, mues avec une excessive vitesse, pour que le fluide n’eût pas le temps de fuir devant elles. Cette rapidité d’action ne s’obtient qu’aux dépens d’une grande dépense de forces. D’ailleurs, les rouages, les manivelles qu’il faudrait embarquer , sont des poids considérables qui exigeraient un accroissement proportionné de volume du ballon : or, la surface immense que présente ce corps est une voile que l’air cbasse avec une force contre laquelle on ne peut espérer de lutter avec avantage, à l’aide du peu de puissance dont il est permis de disposer.
- Il est donc manifeste qu’on doit ranger ce problème parmi ceux qui sont impossibles à résoud re, quelle que soit la forme qu’ait PaérostaR Aussi des physiciens éclairés ont-ils vainement essayé d’y réussir : Conté, le général Meunier et Montgollier, n’ont rien pu obtenir de satisfaisant. M. Scott, ancien capitaine des dragons , a publié en 1789 la description d’un mécanisme qu’il croit propre à faire des voyages aériens. Il compare les ballons à d’énormes poissons nageant dans l’air. Mais les dépenses que nécessitent ces expériences, et le peu cl’espoir de succès empêchent de les tenter. On paraît y avoir tout-à fait renoncé, aussi bien qu’au dessein que Borelli et ses sectateurs ont formé de voler dans le sein des airs , à la manière des oiseaux. Dernièrement encore M. de Chenne est venu s’exposer aux risées publiques des lia-bilans de la capitale, auxquels il avait promis qu’il saurait se soutenir et même se diriger en volant.
- On peut consulter , sur la construction, la direction des aérostats et l’art de l’aéronaute, l’ouvrage de Faujas de Saint-Fond,
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- les Encyclopédies anglaises de Bfîtvsler et de ïtees, et le PJûlosophical Magazine ; des mémoires de MM. Hénin et Lu-zarches, dans les Armales des Arts etManufac tares , tome XXIII et XLVI.
- Il nous reste maintenant à parler des Parachutes.
- Les corps de toute nature tombent, dans le vide, avec la même vitesse accélérée y mais la résistance de l’air s’oppose à cet effet, et nous voyons les diverses substances tomber de même hauteur, en temps très différens. Sous des poids égaux, cette résistance devient quadruple pour une vitesse double ; elle croît comme les carrés des vitesses ; d’où résulte que si une masse tombe d’une grande hauteur , la résistance acquiert enfin la force de gravité, et la chute cesse de l’accélérer relie se fait avec une vitesse uniforme qui est celle que le poids se trouve avoir acquise alors.
- La résistance de l’air croît aussi avec la surface du corps >' si cette surface est très grande, le mouvement uniforme s’établissant plus près de l’origine du mouvement, la vitesse constante de la chute est laeaucoup moindre. On peut ainsi ralentir à son gré la descente d’un poids, en le soutenant dans l’air par un grand développement de surface. On croit qu’un parachute large de 5 mètres suffit pour rendre très douce la descente d’un poids de roo kilogrammes.
- L’un des collaborateurs de cet ouvrage, M. Lenormand, avait déjà fait à Montpellier des expériences de ce genre ( Annales de Chimie, tom. XXXVI , pag. qi ) , qui avaient très hien réussi. M. Drouet, pour échapper aux rigueurs de sa captivité, avait ose s’élancer avec un parachute du sommet de son donjon, élevé de 200 pieds, l’épreuve, d’abord heureuse, fut suivie d’un accident qui en détruisit l’effet; mais enfin son premier succès confirmait la théorie.
- Garnerin forma, en 1802, l’audacieux dessein de s’élever en aérostat et de se laisser tomber de plus de joo toises d’élévation. Cette périlleuse entreprise fut réalisée avec succès aux veux de tout Paris. Ou vit cet intrépide aéronaute couper la corde qui retenait sa nacelle au ballon : d’abord la chute se
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- lit avec une rapide accélération; mais le parachute se développant , la vitesse fut considérablement diminuée. C’était un spectacle effrayant, au milieu de la joie d’une fête, que celui d’une nacelle faisant d’énormes oscillations, dont le centre était dans le parachute tombant avec rapidité : cette barque vint enfin heurter fortement la terre, sans qu’aucune issue funeste ait trouble les plaisirs.
- Le parachute est un vaste parapluie de 5 mètres de ravon , formé de 36 fuseaux en taffetas, cousus ensemble; au centre est une rondelle de> bois où ces fuseaux se réunissent ; elle sert à fixer 4 cordes qui soutiennent la petite nacelle d’osier où se place l’aéronaute ; 36 petites cordes partent de la rondelle en rayons, soutiennent les coutures des fuseaux de taffetas, et dé-, passent un peu cette couture pour se réunir deux à deux en pointes, et se nouer à 18 ficelles attachées à la nacelle : celles-ci sont destinées à empêcher le parachute de se rebrousser sous l’effort de l’air. Une autre cercle en bois léger de î mètre et demi de rayon environ , concentrique au parachute, le maintient un peu ouvert pour en aider le développement lors de la descente. La distance de la nacelle à la rondelle est d’environ io mètres.
- On évite les dangereuses oscillations de la nacelle, en substituant à la rondelle centrale une cheminée de i mètre de hauteur, qui permet à l’air de s’échapper rapidement, sans nuire a la résistance qui modère la vitesse de la chute. V. le 2e vol, des brevets d’invention, pag 175, fïg 4o. Fr,
- AFFILER, v. a. (Coutellerie). Lorsqu’un instrument tranchant, un couteau, un rasoir, a été aiguisé et poli, on l’affile eu le passant sur une pierre d’un grain fin, pour enlever le morfil qui l’empêcherait de bien couper. On affile encore lès înstru-mens dont le tranchant s’est ébréché ou émoussé par l’usage.
- On connaît plusieurs sortes de pierres à affiler : une grosse pierre unie, couleur d’ardoise, et qui est un morceau de schiste ardoiseux ; elle sert à affiler les couteaux et les instrumens dont le tranchant ne doit pas être bien fin : une pierre schisteuse for mee de deux lits superposés, l’un jaune, l’a 11 tse noirâtre; fa
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- cassure dans le sein des feuillets offre une texture striée. Ce schiste vient de la Lorraine et des environs de Namur. La présence des deux couches jaune et brune est un caractère si reconnu dans le commerce, qu’on ajoute une couche brune aux petites pierres qui en sont privées. Cette espèce est connue plus particulièrement sous le nom de pierre à rasoir. Les meilleures sont celles dont le grain n’est ni trop serré ni trop ouvert, et qui se laissent rayer facilement par une épingle de cuivre. Il ne faut pas y laisser séjourner l’huile dont on l’a humectée; il est même convenable, quoiqu’on ait soin de l’essuyer après s’en être servi, de renouveler de temps en temps la surface en la frottant avec une pierre ponce à l’eau. Cette pierre sert à affiler les rasoirs.
- La pierre du Levant, d’un vert très obscur, très sale, et tirant en quelques endroits sur le blanchâtre, est une variété de schiste co ticulej qui vient d’Allemagne et du Levant; elle est d’un grain fin, mais le plus souvent trop dur. Elle sert aux couteliers pour affiler les lancettes, et aux graveurs pour leurs burins.
- Il y a encore une autre pierre qui est une espèce de jaspe d’un très beau vert, qu’on tire du Levant. On fait beaucoup de cas de cette pierre quand elle se trouve bonne, parce qu’elle est propre à affiler toute sorte de petits outils.
- Les couteaux s’affilent à sec; les rasoirs et les lancettes ne prennent bien le fl qu’à l’aide d’un peu d’huile d’olive répandue sur la pierre. Les faux et les faucilles sont affilées avec une pierre que l’on promène sur toute la longueur de la lame. L.
- AFFINAGE. Dans les arts, on donne le nom d’affinage k la purification de différentes substances; mais cette expression est plus spécialement employée pour désigner la purification de l’or et de l’argent. C’est sous ce point de vue seulement que nous en traiterons ici, et nous renverrons l’indication des procédés d’affinage pour les autres produits, aux articles dans lesquels l’on traitera de chacun d’eux.
- H est plusieurs emplois de l’or et de l’argent qui nécessitent que ces deux métaux soient dans un état de pureté absolue, parce qu’alors seulement ils jouissent de toute la malléabilité necessaire pour Pohjel qu’on se propose. Ces feuilles si légères et
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- si minces que ie batteur d’or obtient par le martelage, sont toujours le produit d’un métal entièrement exempt de cuivre; les moindres portions d’alliage communiquent plus de dureté à ces deux métaux, et il devient impossible de leur donner le dé-gré de ténuité extrême dont on a besoin dans plusieurs arts. L’or et l’argent ne se nuisent pas sous ce rapport, parce qu’ils jouissent à peu près du même degré de malléabilité; mais la grande différence qui existe entre leurs valeurs respectives fait qu’on ne les livre au commerce qu’après les avoir complètement isolés l’un de l’autre, et c’est là le but principal de l’affmeur.
- Si l’alliage qu’on se propose d’affiner ne contenait que de l’or, de l’argent ou du cuivre, il deviendrait inutile de lui faire subir aucune épuration préliminaire; mais comme il arrive presque constamment que les matières qui rentrent dans la fonte, contiennent en outre de l’étain et souvent même du plomb , qui gêneraient et entraveraient l’opération de l’affinage, ou est obligé avant tout, de débarrasser ces matières à bas titre de tous les métaux étrangers aux deux seuls qu’on veut amener au titre de fin, en telle sorte qu’on n’ait à effectuer l’opération subséquente de l’affinage que sur un alliage d’or et d’argent. Cette première épuration se nomme la poussée j parce qu’etle a pour but de pousser l’alliage au fin le plus possible. Je vais indiquer de quelle manière on la pratique. On commence par s’assurer , au moyen de l’opération connue sous le nem. d'essai; un titre réel de lin des matières qu’on soumettra à l’affinage, si l’or prédomine assez pour représenter à lui seul plus du quart du poids total de l’alliage affiné; alors on détermine la proportion d’argent qu’on doit ajouter pour établir ce qu’on nomme inquartation. Il est indispensable d’augmenter ainsi la quantité d’argent, car on a constamment observé quetouteslcs fois que l’alliage en contenait une Joindre portion, il se trouvait en quelque sorte garanti de l’action des acides par la présence de l’or; tandis que, lorsque l’alliage est formé au moins de trois parties d’argent contre une d’or, l’acide peut pénétrer partout et soustraire jusqu’aux dernières particules d’argent. Ces pr> noitions étant bien déterminées, on place un bon creuset
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- terre au milieu tics charbons, et on le fait rougir; on met ensuite flans le creuset assez de matière pour qu’étant fondue elle n’occupe à peu près que la moitié de sa capacité : on traite ordinairement de quinze à vingt marcs à la fois. Aussitôt que le métal est prêt à fondre, on y ajoute une demi-livre de nitrate dépotasse, puis on ferme le creuset et on le recouvre de charbon: 11 faut qu’à cette époque la chaleur devienne assez intense, Bon-seulement pour fondre l’alliage, mais encore pour déterminer la décomposition, du salpêtre, et l’oxidation des métaux étrangers ; il se produit un bouillonnement assez considérable par le dégagement des gaz qui se forment alors, et c’est là ce qui nécessite de ne remplir le creuset qu’à moitié. Lorsque la matière est en pleine fusion, ce qu’on reconnaît en l’agitant avec une baguette de fer, on donne un dernier coup de feu : îe bain devient tranquille, les scories se séparent Lien ; on retire le creuset et on le laisse refroidir; on le casse ensuite, et on trouve dans le fond un culot homogène, qu’on détache du chapeau des scories qui le recouvre. Ces scories contiennent beaucoup de potasse caustique, et elles attirent puissamment l’iiuniidité de l’air ; elles contiennent en outre des oxides de cuivre, d’étain, quelquefois de plomb et de fer ; en y retrouve aussi un peu d’or allié d'argent: on met toutes ces scories de côté, et quand on en a une assez grande quantité; on les fond avec du poussier de charbon, puis on soumet l’alliage qui en résulte à la coupellation.
- La matière d’or et d’argent qui provient de la poussée est fondue de nouveau et réduite en grenailles en la coulant dans un tonneau plein d’eau, au fond duquel on a placé une bassine de cuivre. On divise ainsi îe métal pour lui faire présenter pins de surface et en faciliter la dissolution, aussi clierclie-t-on a obtenir une grenaille la plus légère et la plus feuilletée pos-sible; on y parvient facilement en versant le métal dans l’eau ^ une certaine distance, et en faisant en sorte que le filet soit le plus petit et le plus continu possible. On enlève la bassine qui contient la grenaille, on décante et on sèche au feu. On distribue ceinte cette grenaille dans des matras à fond plat, dans des bon-clics de grès, ou dans des vases de platine, qu’on place sur une
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- espèce de fourneau de galère ; on verse dans chaque vase dens à trois parties d’acide nitrique à 3oou 35°5 on chauffe légèrement pour faciliter l’action : bientôt l’acide se décompose, le gaz nitreux. se dégage et la dissolution s’opère. Lorsque l’effervescence a cessé, on décante la liqueur, on verse une nouvelle et petite quantité d’acide : on chauffe davantage, et on va même jusqu’à l’ébullition; on décante de nouveau, puis on ajoute une troisième et dernière dosed’acide, mais plus concentré, qu’on fait également bouillir. L’argent se trouve alors complètement dissout, et l’or reste au fond des vases, sous forme de poussière ou de petites masses d’un brun jaunâtre. On lave très exactement l’or et on le réunit ensuite dans des creusets, où on le fait fondre en y ajoutant un peu de nitre; c’est ce qu’on appelle or de départ. Pour obtenir l’argent contenu dans les dissolutions, on les verse dans de grandes terrines de grès, et on y plonge des plaques de cuivre rouge : ce métal se substitue à l’argent, et celui-ci se dépose sous forme d’une mousse cristalline plus on moins compacte, selon la concentration de la liqueur. Pour juger si l’opération est entièrement terminée, on verse quelques gouttes de dissolution de sel marin dans une petite portion de cette liqueur. Si la limpidité persiste, tout l’argent est séparé; alors cette pou-dre, qu’on nomme fort improprement chaux d’argent, est lavée jusqu’à ce que les eaux de lavage ne bleuissent plus par l’alcali volatil. On fond cet argent avec un mélange de six parti» de salpêtre et d’une partie de borax. Lorsque la matière est en fonte tranquille, en la coule dans une lingotière plate, qu’on a eu soin de graisser avec un peu de suif; le lingot étant refroidi, on le plonge dans l’eau, pour en séparer les parties salines qm pourraient y être restées adhérentes.
- L’argent qne l’on obtient ainsi, quand l’opération a été conduite avec soin, peut servir de nouveau à l'inquartation: mais ce n’est pas le plus pur qu’on puisse obtenir; il contient encore quelques atomes de cuivre, dont on le débarrasse facilement par la coupellation.
- La précipitation de l’argent par le cuivre dure un temps plus ou moins long et qui est subordonné à la quantité de k
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- liqueur sur laquelle on opère, à son degré de concentration, à l’étendue des lames de cuivre, et à la température de l'atmosphère. Lorsqu’on agit sur des masses assez considérables, on peut tirer parti de ces dissolutions de cuivre; mais, comme elles contiennent une trop grande quantité d’eau, il faut les concentrer d’abord à vase ouvert dans des bassines de cuivre rouge, on mieux dans des vaisseaux de platine. Cette liqueur concentrée est ensuite distribuée dans des cucurbites de grès munies de chapiteaux et placées sur un fourneau de galère; on adapte des récipiens, on lute les jointures avec de la terre, on chauffe et on distille jusqu’à siccité. M. Vauquelin conseille de séparer l’acide qu’on obtient, en deux portions : la première qu’on recueille, pourrait servir à l’opération du départ j et la seconde à la reprise du cornet. Cette eau-forte est alors très pure, et elle n’a pas besoin d’être précipitée comme celle du commerce. Je crois cependant qu’elle doit contenir du gaz nitreux, ce qui pourrait bien la rendre impropre à l’usage des essais. On trouve pour résidu dans le fond des cucurbites, une poudre brune qui est de l’oxide de cuivre : pour le réduire, on le mêle avec parties égales du flux noir, et on le fait fondre dans un creuset.
- Plusieurs métallurgistes habiles pensaient que l’or de départ retenait un peu d’argent, et M. Lesage avait fait voir que cet or, dissout dans l’acide nitro-muriatique, laissait en effet précipiter, au bout de quelques heures, un peu de muriate d’argent. Il était également à présumer que l’argent de départ retenait aussi une petite proportion d’or. Ces idées engagèrent M. Dizé, alors affineur des monnaies, à chercher quelqu’autre procédé qui put fournir des résultats plus exacts ; et après de nombreuses expériences, il trouva que l’acide sulfurique offrait de grands avantages sous ce rapport, puisqu’avec cet acide il parvenait à déceler dans l’argent des quantités d’or inaperçues par le moyen que nous venons d’indiquer. Ce procédé que M. Dizé a mis en usage est actuellement employé en grand dans plusieurs établissemens de Paris. A mesure que de nouvelles masses d’argent sont présentées dans ces affinages, °n en retire la portion d’or qui s’y trouvait entièrement per-
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- due : on estime cette portion à un millième «lu poids total de l’argent ; ce qui équivaut à peu près à une valeur de 35oo fr. par mille kilogrammes d’argent. Si on calcule combien, dans les monnaies, dans le commerce et dans les arts, il est fondu annuellement de milliers de kilogrammes d’argent, ou sera convaincu de la grande quantité d’or qu’on remettra ainsi peu à peu en circulation, et qui était employé en pure perte. Le procédé, tel qu’on le pratique maintenant, consiste en 5 opérations différentes que nous allons décrire.
- ire Opération. Sur plusieurs fourneaux de 1 pied de diamètre sont établis des vases de platine, de forme ovoïde,qui reçoivent chacun 3 kil. d’argent en grenailles, sur lesquels on verse 6 kil. d’aeide sulfurique concentré. Chaque vase est recouvert d’un cône en platine, portant à son sommet une ouverture d’environ 4 lignes pour donner issue aux vapeurs. On peut adapter à cet orifice un tuyau de platine , ou un tube de verre qui conduise les vapeurs dans des appareils de condensation. Ces fourneaux sont disposés sous un liotte d’évaporation.
- A froid, l’action serait nulle; on est obligé de la déterminer par le secours de la chaleur, et alors une portion de l’acide se décompose, cède de l’oxigène au métal et se transforme en gaz sulfureux qui se dégage. A mesure que l’argent s’oxide, il se combine avec,une autre portion d’aeide, et forme du sulfate qui reste dans la liqueur. La dissolution n’est bien vive, et le dégagement du gaz sulfureux abondant, que pendant les 2 eu 3 premières heures ; après cela, la marche de l’opération devient hien plus lente , et ce n’est qu’au bout de i5 heures que tout le métal est attaqué.
- Pendant tout le cours de cette opération , il se dégage non-seulement du gaz sulfureux, mais aussi de l’acide sulfurique, parce qu’on en emploie, et à dessein, une quantité beaucoup plus considérable que celle qui se combine ou se décompose: il est donc essentiel de pouvoir se garantir de l’action corrosive des vapeurs ; aussi a-t-on soin de placer dans le tuyau de la cheminée un fourneau d’appel qui les détermine à s’élever par le courant rapide qui s’v établit; on doit aussi éviter ne
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- laisser ces vapeurs se répandre au dehors, et on aura probablement trouvé des moyens de les condenser. Je crois qu’après avoir déterminé leur ascension perpendiculaire, pour en débarrasser l’atelier, on ferait bien de les diriger latéralement dans un réfrigérant en plomb qui condenserait l’acide sulfurique, et laisserait échapper seulement le gaz sulfureux ; celui-ci serait ensuite très facilement absorbé, en lui faisant traverser des tonneaux contenant de la craie concassée et légèrement humectée.
- 2e Opération. Lorsque la dissolution sulfurique est achevée, on la retire des vases de platine, et on l’étend d’eau jusqu’à ce qu’elle ne marque que de i5 à 20°. On laisse déposer complètement la petite portion de poudre brune qui a refusé de se dissoudre et qui n’est autre chose que l’or qui était contenu dans l’argent ; on décante, on lave et on précipite ensuite la dissolution d’argent avec des lames de cuivre rouge, comme nous l’avons dit dans l’autre procédé, pour la dissolution nitrique. On lave très soigneusement la poudre d’argent qui se dépose.
- 3e Opération. L’argent précipité dans l’opération pi’écédente est fondu dans un creuset et coulé en lingot.
- 4e Opération. On fait de même pour la poudre d’or qui a été séparée, et on y ajoute un peu de nitrepour enlever quelques portions de cuivre qui pourraient y rester.
- 5e Opération. Comme le sulfate de cuivre a plusieurs usages dans les arts, il est plus facile de tirer parti des dissolutions quon obtient dans ce nouveau procédé ; en effet, quand tout fargent est précipité, on les évapore et on les fait cristalliser; on sépare les plus beaux cristaux des petits, et on redissout ceux-ci pour les faire cristalliser de nouveau.
- Tel est le procédé d’affinage actuellement usité; reste à savoir s> les avantages qu’il offre ne sont pas compensés par les frais qui] exige. Il n’est pas à présumer qu’il en soit ainsi, du moins 5 en juger par le prix très modique qu’on prend pour cet aflinr.gr. Cependant il existe dans ces opérations certaines sources de dé-chet qui doivent occasioner des pertes assez considérables..
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- Ainsi, par exemple, quand on fond une certaine niasse d’argent, il arrive assez souvent que le creuset se brise et que quelque soin qu’on mette à recueillir les cendres, on éprouve toujours un petit déficit. Chaque nouveau creuset dont on se sert s’imbibe d’une certaine quantité d’argent': à la vérité, tous ces débris sont réunis aux cendres dea fourneaux et à ce qu’on nomme Yairièrè, pour être ensuite exploité comme mine d’argent ; mais ce sont de nouveaux frais à subir, et jamais toute la quantité d’argent ne se retrouve. Il est donc à craindre que la modicité du prix d’affinage ait sa principale cause dans la concurrence et non dans le bénéfice réel. R.
- AFFUTS , V. ÀïlTlLI.ERTE.
- AGATE ( Technologie). Pierre dure et siliceuse, qui se taille, se scie, se polit et se grave plus ou moins facilement. Onl’emploieen vases, en bagues, en cachets , en manches de couteaux et de fourchettes , en chapelets, en cassolettes, en boîtes, en tabatières, en salières, en petits mortiers, et en quantité d’autres bijoux. Les Indiens colorent artificiellement les agates, en les faisant d’abord bouillir dans l’huile, et ensuite en les faisant pareillement bouillir dans de l’acide sulfurique. Bientôt quelques lames deviennent noires , tandis que d’autres conservent leur couleur naturelle , ou passent même à une blancheur plus éclatante; d’où résultent les contrastes qui ajoutent tant à la valeur de ces gemmes. V. Lapidaire, pour les tailler, et Pierres artificielles, pour les fabriquer. L.
- AGRIMINI STE ( Technologie ). C’est le nom qu’on donne à l’ouvrier qui travaille à tous les ornemens propres à la décora-tiondes robes des femmes, des meubles,' etc. V. Passementier. L
- AIGRE. V. Acide.
- AIGUILLES (Technologie ). Onappelle en général de ce nom beaucoup de petits instrumens ordinairement en acier poli, employés dans les arts industriels à différens usages. Nous ne prierons en ce moment que des aiguilles de tailleurs ou aiguilla à coudre , et nous tâcherons d’en décrire la fabrication : nous ferons connaître ensuite les autres instrumens qui portent k même nom.
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- Quand otl considère, x° la simplicité d’une aiguille, 20. sa petitesse , 3°. son prix modique, 011 serait naturellement porté à croire que ce petit instrument n’exige ni un long travail ni une main-d’œuvre compliquée. Cependant lorsqu’on apprend que chaque aiguille, quelle que soit sa dimension, passe entre les mains dé cent vingt ouvriers, au moins, avant d’être entièrement terminée, on ne peut se défendre d’un mouvement de surprise.
- L’acier très pur tiré à la filière d’un diamètre convenable à la grosseur des aiguilles qu’on veut faire, est la matière qu’on emploie ( V-. tbéfilerje ). Cet acier est apporté en bottes à la fabrique ; on en examine d’abord la qualité. Pour cela, on coupe quelques bouts de chaque botte, on les fait rougir dans un petit fourneau, et on les trempe dans l’eau froide. Après cela on les casse entre les doigts pour juger de leur qualité : les bottes qui appartiennent à ceux qui sont les plus cassans sont mises à part, pour être employées à la fabrication des aiguilles dites anglaises.
- Lorsqu’on est assuré de la qualité de l’acier, on calibre les bottes, c’est-à-dire qu’à l’aide d’une jauge (fig. i,Pl. 1 , Tech.) on examine à quelle qualité d’aiguille ce fil est convenable, s’il est partout dans là même botte d’une grosseur uniforme, si le fil est rond dans tonte sa longueur. Pour cette opération, on n’a pas besoin de délier la botte, on en présente quelques fils par-ci par-là à l’entaille de la jauge dans laquelle on a d’abord essayé le fil, et s’ils entrent avec plus ou moins de facilité dans la même entaille que le premier fil essayé, c’est une preuve qu’ils ne sont pas d’une uniformité parfaite. Dans ce cas, on renvoie la botte à la Filière, ( T. ce mot ), pour faire tirer ce fil d’un degré plus fin.
- La première opération que fait, à proprement parler, le fabricant d’aiguilles, consiste à dévider les bottes de fil d’aeier. Pour y parvenir, il place la botte sur un dévidoir un peu conique A ( fig. 2 ) , afin qu’elle puisse se fixer à une hauteur quelconque proportionnée à son diamètre. On développe le fil sur un rouet B, formé de huit bras égaux placés à égale distance Tome I. i3
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- autour d'an moyeu supporté par un axe tle fer rond et poli, solidement fixé dans un fort montant C invariablement consolidé dans le sol de l’atelier. Chacune des branches du rouet a seize décimètres de long-, l’une d’entre elles D est composée de deux parties, l’une supérieure qui porte la traverse E sur laquelle repose le fil, et l’autre F, fixée au moyen. La partie E glisse à coulisse dans la partie fixe F , et est fixée avec elle, au moyen d’une cheville , a une hauteur convenable pour qne l’extrémité de tous les rayons soit placée dans une même circonférence de cercle. Cette disposition est nécessaire afin qu’on puisse enlever facilement le fil lorsqu’il est entièrement dévidé et naturellement tendu sur les huit branches du rouet. Alors on enlève la cheville, la branche s’abaisse et le fil sort avec facilité. Avant de recommencer le travail, l’ouvrier retire la même branche en dehors et replace la cheville. La fig. 3 montre le rouet vu de profil, afin de faire connaître parfaitement sa construction. Le rouet est mis en mouvement par une manivelle &.
- La nouvelle botte de fil est ensuite coupée en deux points diamétralement opposés, soit à t’aide d’une cisaille à main, dont une des branches est solidement fixée dans un fort établi, par des boulons à vis et des écrous, comme l’indique la fig. 4.; soit à l’aide d’une cisaille à l’eau , mue par un mécanisme représenté par lafig. 5. La bielle ou tirant A est mue par la manivelle d’une roue hydraulique , et monte et descend alternativement. L’extrémité de cette bielle entre dans une mortaise pratiquée au bras B d’un levier coudé BGC et y est fixée par une cheville. Une tige de fer DF, fixée à charnière par une de ses extrémités au bout du bras C, et de l’autre à la queue de la cisaille E, force celle-ci à s’ouvrir et à se fermer alternativement. L’ou-vrierplacésurleplancber Fprésente la botte à l’action de la cisaille qui la coupe en deux faisceaux composés chacun de 90 à 100 fils» longs de 26 à 27 décimètres. La cisaille donne 21 coups par minute.
- Ces faisceaux sont coupés ensuite avec la même cisaille en morceaux, de la longueur que doivent avoir deux aiguilles de la dimension indiquée par la grosseur du fil d’acier. Cette dimension est donnée à l’ouvrier par une mesure qui fixe la longueur
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- J’une manière invariable pour les aiguilles de même qualité. Cette mesure n’est autre chose qu’un demi-cylindre creux fermé par un l»ut. L’ouvrier, tenant de la main droite cette mesure demi-cylindrique, et de la gauche le faisceau de fil dont il a égalisé les bouts en les frappant avec uu battoir, place le bout d’un faisceau dans la mesure", de manière que tous les fils s’appuient sur le fond, et que la main droite les tienne fermes dans cette position. Il présente aussitôt le faisceau entre les tran-chans de la cisaille et le coupe près du bout de la mesure; il dépose les fils ainsi coupés dans une boîte placée à côté de lui, et continue à couper de la même manière ët en suivant le même procédé.
- Il faut deux coups successifs pour couper un faisceau de ico fils, le troisième coup est perdu ; de sorte que la cisaille donnant 21 coups par minute , elle coupe en dix heures de travail plus de 4oc,ooo bouts de fil d’acier qui produisent plus de 800,000 aiguilles.
- Les fils, coupés comme je viens de le dire, sont en grande partie pliés et courbés ; on les donne à l’ouvrier chargé de les redresser. Cette opération s’exécute avec beaucoup de promptitude a l’aide d’un instrument que nous allons décrire : dans deux forts anneaux de fer A, B, fig. 6 , dont un est vu de face en C, on place 5 à 6000 fils bien serrés et bien pressés ; on pose le rouleau ou le faisceau qui en résulte sur un banc uni LM, fig. g, couvert d’une plaque de fonte BE, qui porte deux rainures assez profondes pour recevoir les deux anneaux du rouleau, ou bien des entailles à jour comme la règle F, fig. 8, et l’on pose dessus la règle de fer à jour F , Vue de face, fig. 8 , sur une plus grande échelle : on a soin que les deux anneaux se trouvent dans les intervalles de la règle ; et en faisant aller et venir cinq à six fois cette règle qui appuie fortement sur le faisceau , ce qui le fait tourner sur lui-même, tous les fils se redressent parfaitement et pi'esque en un clin d’oeil. La construction de la machine représentée par la fig. g aisée à concevoir.
- C’est un bâti en forme de table dont LM est le dessus ; la
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- plaque de fonte DÈ y est incrustée et solidement arrêtée. An* déssus de la table, que la fig. 7 montrerai plan, s’élèvent dfeui montans GH pour supporter la traverse AA qui est retenue dans des fourchettes pratiquées au haut de chacun des deux montans GH. Cette traverse AA entre juste dans une mortaise pratiquée dans la hascule N, au point N, où elle est fixée par une forte cheville, de manière que le mouvement horizontal imprimé à la traverse AA entraîne en même temps la bascule N. Au has de la bascule est fixée, de la manière dont l’indique la figure, la règle à jour F vue sur une plus grande échelle ( fig 8 ).
- Lorsque l’ouvrier veut introduire le rouleau B, qu’on voit en grand (fig. 6) , il soulève, à l’aide de deux chaînes I, K., ( fig. 9 ), et du levier G, O, la bascule et la traverse; il n’a qu’à tirer de haut en bas la chaîne I ; et lorsqu’il a convenablement placé le rouleau de manière que les deux anneaux entrent dans les rainures de la plaque ED, il laisse retomber la bascule de manière que les mêmes anneaux entrent dans les fentes de la règle à jour F ; alors il prend un des bras saillans de la traverse A, il là tire et la pousse dans le sens horizontal, pour opéi-eï, comme noHS l’avons dit, le redressement des fils.
- Les fils dressés sont portés à l’aiguiserie, qui est ordinairement composée d’une trentaine de meules distribuées dans les deux étages d’un moulin à eau , et conduites par la même roue hydraulique. Les meules ont cinq décimètres de diamètre, et douze ou treize centimètres d’épaisseur : elles sont de grès quartzeux, de couleur grise tirant sur le blanc, d’un grain brillant et d’une dureté moyenne. Comme ces meules tournent avec beaucoup de vitesse, et qu’elles sont sujettes à s’éclater; dans la vue de garantir l’ouvrier des accidens qui pourraient en résulter, on couvre la partie antérieure de ces mêmes meules par une forte tôle, dans le milieu de laquelle on a pratiqué une ouverture de deux décimètres de long, sur une largeur un peu plus grande que l’épaisseur des meules.
- L’ouvrier, assis au devant de la meule, prend, entre le pouce et l’index de sa main droite, cinquante ou soixante fils, et les
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- présente par un bout sur la meule. A l’aide d’un morceau de cuir fort, qu’on nomme doigtier, qui couvre son pouce, et dont la figure 10 représente en A le profil, et en B le plan, l’ouvrier appuie sur ces fils, les étale le long de son index, et leur imprime un mouvement de rotation sur eux-mêmes, qui est indispensable pour former les pointes coniquès. Cette opération se nomme dégrossissage.
- Le travail que nous venons de décrire doit se faire à sec, parce que, si l’on se servait d’eau, les pointes des aiguilles seraient promptement oxidées. Depuis long-temps on s’était aperçu que la poussière occasionée par l’opération d’appointer les aiguilles sur des meules de grès fatigue beaucoup la vue des ouvriers, et préjudicie considérablement à leur santé ; on s’était beaucoup occupé des moyens de remédier à ces graves inconvéniens. En 1809, M. Georges Prior présenta à la Société d’Encouragement de Londres un appareil très simple, qui produit un courant d’air assez fort pour entraîner la poussière hors de l’atelier, et en renouveler l’air.-Il reçut une récompense de vingt-cinq guinées. C’est d’après les mémoires de cette compagnie savante, tom. 3i, pag. 206, que nous allons décrire cet ingénieux appareil, qui, depuis cette époque, est employé dans toutes les manufactures d’aiguilles.
- Cette machine est composée d’une caisse pyramidale en bois, dans laquelle la meule entre de la moitié de son diamètre environ \ elle est destinée à recevoir la poussière qui se forme lorsqu’on appointe les aiguilles, et à la conduire hors de l’atelier par l’effet que produit un soufflet à double vent, susceptible de servira plusieurs meules à la fois.
- AA, figure 11, est une roue de tour ordinaire, sur laquelle passe une corde sans fin B B , qui embrasse la poulie C montée sur l’axe de la meule de grès D. Cette roue, qui transmet le mouvement à la meule, repose sur un fort bâti E E ; on la fait tourner au moyen d’une manivelle, comme une roue de tour.
- Dans les fabriques d’aiguilles, les aiguiseries sont en général hes vastes, et renferment plusieurs meules enfilées sur un axe horizontal très alongé, placé sous le sol d« l’atelier, et qu’une
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- grande voue hydraulique fait tourner. Cette disposition permet d’y appliquer le mécanisme dont nous allons parler.
- Une des extrémités de l’axe de la roue A porte une manivelle coudée F, qui, par l’intermédiaire d’une bielle G G, fait agir un soufilet à deux vents HI, construit et opérant de la même manière qu’un soufflet d’orgue, c’est-à-dire donnant un vent régulier et continu. Ce soufflet est formé de deux parties distinctes, dont l’inférieure H se nomme le soufflet nourrisseur j et la partie supérieure 1, le régulateur. La première est composée de deux fiasques , l’une a a fixe, attachée sur le plancher, et l’autre e e, mobile à charnière, réunies par un cuir fort cloué sur leurs bords ; cette dernière porte une queue g, dont l’extrémité, taillée en fourchette, reçoit le bout de la bielle G ; elle est percée au milieu d’une ouverture carrée, couverte d’une soupape (nommée ordinairement Vâme du soufflet), laquelle s’ouvre du dehors au dedans afin de permettre l’entrée de l’air et de s’opposer à son retour.
- La flasque a « est également percée d’une ouverture qui donne passage à l’air dans le régulateur I, composé de deux fiasques réunies de la même manière que les précédentes. En sortant de ce régulateur, l’air pénètre dans un canal horizontal K, qu’on peut prolongera volonté, mais qu’il convient d’établir au-dessous du sol de l’atelier. Le canal K répand ce vent régulier et non interrompu sur la meule, au moyen des tuyaux en fer-blanc AO O, qui l’embrassent, et sont percés de fentes longitudinales. On les voit séparément dans la figure 12, qui indique comment ces tuyaux sont ajustés entre eux et avec le canal K. Une douille en cuivre M est supposée fixée sur le sol; elle communique avec le canal K, par le moyen d’un petit tube en cuivre dans lequel s’ajuste l’une des extrémités du tuyau îî, l'autre est maintenue par la pointe d’une vis Q, sur laquelle elle est mobile comme sur un pivot qui permet de mettre avec facilité à la même distance de la meule D les deux branches verticales O O, qui sont soudées avec le tuyau horizontal N, et réunies à leur sommet par le tube P.
- Le vent qui s’échappe à travers les fentes de ces tuyaux souffle sur. la meule et entraîne la poussière dans le canal R, % IG-
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- qui peut être prolongé en S à travers le mur cîu Lâtiment, ou coudé en équerre comme en T, pour recevoir les canaux des. autres meules placées dans l’atelier. Cette disposition est préférable , parce que tout le volume d’air, étant ainsi porté dans un canal commun aura une plus grande force pour entraîner la poussière*
- Une soupape de sûreté J, placée sur une ouverture pratiquée dans la flasque du régulateur I, est maintenue fermée par un ressort en gros fil de fer. Elle s’ouvre pour laisser échapper l’air superflu, lorsque, par l’élévation du soufflet, la queue L vient appuyer sur une petite pièce de- bois : ainsi on n’a pas à craindre la rupture du soufflet, la soupape s’ouvrant chaque fois.que le régulateur s’emplit.
- On rapporte au premier atelier les fils-appointés, par les deux bouts ; là, on les coupe en deux pour en faire deux aiguilles, afin que dans une même qualité elles soient toutes, exactement de la même longueur ; on se sert, pour chaq ue espèce, d’un petit in -strument construit comme l’indique la fig. i3. C’est une plaque de cuivre à peu près carrée, dont deux côtés, seulement portent un rebord ; l’nn est destiné à recevoir toutes les pointes, et l’autre à résister à l’effort de la cisaille. On place dans ce petit instrument un certain nombre de fils de manière que toutes les pointes, touchent toutes le rebord, et on les coupe toutes à la fois, au ras de la plaque,» l’aide delà cisaille (fig. 4), qu’on fait mouvoir avec le genou. On remet ensuite sur la même plaque de cuivre la partie restante des fils, en les plaçant, comme dans le premier- cas, toutes les pointes appuyées sur le rebord, et on coupe tout l’excédant d’un seul coup. Le léger déchet que l’on-éprouve dans cette opération est inévitable. Dans la première opération, lorsqu’on a coupé les fils pour faire deux aiguilles,. °ny a ajouté une longueur un peu plus grande, parce que les -appointeurs ne sont pas toujours maîtres de n’user les fils que de la quantité strictement nécessaire pour faire la pointe, et qu’alors ces fils seraient souvent trop courts pour former deux aiguilles -parfaitement éaales.
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- On range dans de petites boîtes de carton ou de bois ks-
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- aiguilles parallèlement les unes sur les autres, au fur et à mesure, qu’on les coupe de la longueur exacte qu’elles doivent avoir. On porte ces boîtes à l’ouvrier chargé d’aplatir la tête des aiguilles et qu’on nomme palmeur. Cet ouvrier, assis devant une table sur laquelle est fixé un tas d’acier de forme cubique, et de 8 à 9 centimètres de côté , prend de la main gauche 20 ou 25 aiguilles entre le pouce et l’index et les arrange en forme d’évan-tail, c’est-à-dire, les pointes serrées sous le pouce, et les têtes plus écartées au dehors ; il pose les têtes sur le tas d’acier, et à l’aide d’un petit marteau à tête plane , il frappe plusieurs coups successifs sur toutes les têtes, et les aplanit en un instant : ce qui s’appelle palmer. L’ouvrier range ces aiguilles dans une boîte, les pointes tournées dans le même sens.
- Les têtes palmées se sont écrouies par le choc du marteau; on les fait recuire dans un four, et lorqu’elles ont été suffisamment chauffées. on les laisse refroidir lentement, et on les porte ensuite à l’ouvrier qui doit les percer.
- Un enfant, assis devant une table garnie d’un tas d’acier semblable à celui du palmeur , prend de la main gauche une aiguille et le poinçon approprié à la grosseur de l’aiguille; il pose la tête de l’aiguille sur le tas, et le poinçon sur la tête de l’aiguille, et frappe aussitôt un coup de marteau sur le poinçon; puis , retournant l’aiguille et y appliquant le poinçon de manière à rencontrer le trou commencé sur le côte opposé, il frappe un second coup. Cette opération se nomme marquer.
- Un autre enfant reçoit ces aiguilles marquées et les troque, c’est-à-dire enlève le petit morceau d’acier qui reste dans leur tête : cela se fait à l’aide de deux tas , l’un de plomb et l’autre d’acier. Il place la tête de l’aiguille sur le premief tas , applique le poinçon sur le trou, l’y introduit d’un coup de marteau, et fait entrer dans le plomb le petit morceau d’acier. Il porte ensuite à plat le poinçon et l’aiguille qu’il traverse sur le tas d’acier, et d’un coup de marteau de chaque côté il fait prendre à l’œil la forme du poinçon. Cette opération et la précédente se font avec plus de vitesse qu’on ne peut le décrire: les enfans à qui elles sont confiées sont si adroits, qu’ils se!font un jeu
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- de percer avec un poinçon le cheveu le plus fin, et de faire passer un autre cheveu au travers : c’est l’exemple qu’ils donnent de leur adresse aux curieux qui visitent leurs ateliers.
- Uèvideur s’empare ensuite des aiguilles pour faire la cannelure ou coulisse longitudinale et en arrondir la tête. Pour y parvenir, il place l’aiguille dans une pince à coulant ( fig. i4 ) de manière que l’œil corresponde au plat de cette pince ; il appuie ensuite la tête de l’aiguille dans une entaille angulaire pratiquée dans un morceau de bois fixé à son établi, de manière que l’œil de l’aiguille soit placé verticalement. Il prend aussitôt une lime qui a la forme d’un couperet de boucher, taillée en scie sur son tranchant ; il la pose à plat sur le bois et creuse en deux coups l’entaille longitudinale ; il tourne l’aiguille sur elle-même et fait la même opération de l’autre. Avec une lime plate et douce, il arrondit ensuite la tête. Il desserre la bride ou coulant de la pince, jette l’aiguille sur l’établi et en met une autre en place pour faire le même travail.
- Cette opération, qui s’exécute avec beaucoup de célérité à Aix-la-Chapelle, à Borcette et en Allemagne, se fait plus vite et avec beaucoup plus de perfection en Angleterre. L’évideur emploie un petit mouton qu’il fait mouvoir avec le pied, à peu près dans le genre de ceux dont on se sert ponr fixer les tètes des épingles ( voyez ce moi ). Un petit tasseau en acier trempé porte la forme delà gouttière ou coulisse de l’aiguille, un autre tasseau semblable porte l’autre gouttière, toutes les deux en relief se correspondent parfaitement comme les deux coins du balancier qui frappe les pièces de monnaie. Par un seul coup la gouttière est parfaitement faite des deux côtés et la tête arrondie. Cette machine , facile à concevoir, ne nous a pas paru devoir nécessiter une gravure.
- Toutes les aiguilles ainsi préparées, jetées sur la table, sont mises pêle-mêle dans une espèce de tiroir plat. Un ouvrier debout prend le tiroir en ses mains et l’appuie contre son ventre ; par des mouvemens horizontaux et tremblés de droite à gauclie, de derrière en avant, il parvient en peu de temps à ramener l’ordre parmi les aiguilles. En un instant et comme par enchan-
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- tement, elles viennent toutes se ranger parallèlement les unes à côté des autres , sur le côté du tiroir qui appuie sur le ventre de l’ouvrier. Cette méthode simple et ingénieuse n’est pas ancienne; auparavant il fallait les ranger à la main.
- Quelques aiguilles très soignées sont revêtues d’une marque particulière telle que l’Y ; pour cela l’ouvrier en prend i5 ou 20, qu’il dispose en éventail, comme lorsqu'on veut les palmer; alors il les présente l’une après l’autre sur un petit tas qui porte en relief l’empreinte qu’on veut donner à l’aiguille; il donne cette empreinte d’un coup de marteau.
- Cette opération déforme les aiguilles et les plie. Un ouvrier les prend et les redresse en les faisant couler sur elles-mêmes sur une plaque de fonte unie, et sous une règle de fer. Il les jette dans üne boîte au fur et à mesure qu’elles sont redressées. Il les arrange en un clin d’œil, en agitant la boîte, comme nous l’avons dit plus haut.
- On prépare ensuite les aiguilles pour la trempe; on lès pèse par tas de i5 kil. environ, ce qui fait depuis s5o jusqu’à 3oo mille aiguilles. On les met dans des boîtes qu’on porte au trempeur. Celui-ci les range sur des platines de tôle qui ont 5o centimètres de long sur i5 centimètres de large, et qui n’ont de rebords que sur les deux côtés longs. Après avoir garni dechar-bon de bois le foyer du fourneau, iig. i5 et 16, et l’avoir bien arrangé sur la grille C, il pose sur les barreaux de terre cuite E, deux platines D pleines d’aiguilles; il ferme: le foyer parles deux portes B. Le courant d’air qui entre rapidement par le cendrier A, rend le feu très actif, et bientôt les aiguilles acquièrent le degré de , chaleur convenable. Lorsqu’il s’aperçoit, en ouvrant l’une des portes B, qu’elles ont acquis le degré de chaleur nécessaire, c’est-à-dire la couleur rouge cerise pour les grosses et les moyennes aiguilles , et une couleur moins vive pour les petites, il retire avec une pince une des platines , la porte au-dessus d’un des deux en-veaux pleins d’eau froide qu’il a placés à ses côtés, et les jette dedans en les éparpillant circulairement de manière que chaque aiguille tombe pour ainsi dire séparément , et que toutes reçoivent la même trempe. Il en fait autant pour l’autre platine,
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- qu’il répand de même sur le second cuveau ; alors il ouvre les robinets, fait écouler l’eau des cuveaux , enlève les aiguilles avec des crochets ou mains de fer . et les dépose pêle-mêle dans une boîte. Un autre ouvrier prend la boîte pû sont déposées ces aiguilles, et, en les agitant comme nous l’aVons déjà dit, parvient facilement à les mettre en ordre.
- La meilleure trempe pour les aiguilles se pratique dans un bain de plomb chauffé au rouge. Ge moyen employé en Angleterre présente un degré de chaleur plus uniforme et moins sujet à brûler l’acier que le fourneau que nous venons de décrire et qu’en emploie à Aix-la-Chapelle. Les moyennes aiguilles peuvent être répandues sur la surface du bain, au lieu d’v être plongées.
- Les aiguilles au sortir de la trempe seraient trop cassantes et ont besoin d’être recuites. On porte à l’ouvrier chargé de cette opération les boites dans lesquelles sont les aiguilles trempées et rangées l’une à coté de l’autre. Mais avant le recuit proprement dit, il importe, en suivant la pratique usitée à Aix-la-Chapelle, de leur enlever la crasse ou l’oxide dont l’opération de la trempe les a couvertes.
- Pour y parvenir, un ouvrier place i5 à 20 mille aiguilles, tant à côté les unes des autres que bout à bout, dans une toile serrée, et en fait un rouleau qu’il étrangle parles deux bouts; il met ce rouleau sur une table et ,1e fait rouler en avant et en arrière, en appuyant dessus avec un bâton ou une règle qu’il fait aller et venir; puis il trempe ce rouleau dans un seau d’eau, le remet sur la tableetle fait rouler de nouveau pendant quelques mstans. Alors la crasse est détachée et l’aiguille est assez éclaircie pour distinguer, par la couleur qu’elle prendra, si le recuit est «u point convenable.
- On porte ces rouleaux près des poêles à recuire, on les ouvre et on les déroule. Deux ouvriers placés des deux côtés de la tablette en fer du poêle, qui est très chaud , disposent dessus les aiguilles encore mouillées, et en font deux rangées parallèles
- 8 à 10 millimètres d’épaisseur sur 5 à G décimètres de longueur. Les ouvriers roulent sans cesse les aiguilles sur elles-mêmes
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- en appuyant dessus une règle courbée garnie d’un manche en bois,la poussant et la ramenant, afin que les aiguilles supérieures descendent au-dessous, que les inférieures remontent au-dessus, et que toutes soient Ichauffées uniformément jusqu’à ce qu’elles aient acquis la couleur violet-foncé. On les pousse alors hors de la tablette du poêle et on] les jette dans une sebile de bois placée au bas.
- Un ouvrier ensuite les arrange parallèlement les unes aux autres, par les procédés que nous avoûs décrits précédemment et dont nous ne parlerons plus, parce que cette opération se répète toutes les fois que les aiguilles sont jetées pêle-mêle.
- A Neustadt, on suit un procédé plus expéditif et plus sûr pour donner à toutes les aiguilles le même degré de recuit; aussitôt que les aiguilles sont trempées, on les jette dans une poêle remplie de graisse de porc, qu’on met sur le feu : la graisse ne tarde pas à s’enflammer; on la laisse se consumer entièrement, et on retire ensuite les aiguilles. Cette méthode dispense de les éclaircir.
- On est obligé de redresser les aiguilles, qui se sont déformées par la trempe. L’ouvrier les prend une à une, les fait rouler entre le pouce et l’inclex, et, à l’aide d’un petit marteau tranchant , il les redresse à petits coups sur un tas d’acier, et les jette dans une boîte. Il ne s’agit plus ensuite que de les polir.
- Le polissage est l’opération la plus longue et n’est pas la moins coûteuse dans la fabrication des aiguilles. Si cette operation exige impérieusement un travail de plusieurs jours, la lenteur indispensable se trouve compensée par la multitude d aiguilles qui la subissent à la fois. On les polit par paquets ou rouleaux qui en contiennent jusqu’à 5oo mille, et lu même machine qu’un seul homme dirige, et qu’un courant d’eau fait agir, polit en même temps 20 on 3o paquets, c’est-à-dire 10 à i5 millions d’aiguilles.
- La méthode ingénieuse adoptée à Aix-la-Chapelle pour le polissage des aiguilles exige cinq sortes d’opérations distinctes qui se répètent chacune dix fois. i°. Confection des rouleaux ; 2° exposition des rouleaux sur les tables du moulin à polir.; 3°. tic-
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- graissage dans le tonneau ; 4°. vannage; 5°. arrangemôit des aiguilles. La dernière opération > qui ne s’exécute qu’une fois, est l’es— suiement des aiguilles.
- i°. Confection des rouleaux. On sé sert, pour cette opération, d’une forte table (fig. 17 et 18), solidement fixée contre un mur : sur cette table sont placées deux planches parallèles A B, longues de 60 à 70 centimètres, larges de 12 à 10 et à une distance de 16 centimètres. Elles forment ainsi une espèce d’auge, dans laquelle on étale les toiles qui doivent servir à faire les paquets. La planche B ne tient avec la table que par deux fortes chevilles ; on l’enlève quand les aiguilles sont arrangées dans la toile, afin de pouvoir plier et lier le rouleau et le paquet plus commodément
- On étend sur l’auge (fig. \j ) deux ou trois bandes de toile qui ont déjà servi à cette opération, de manière que, placées l’une sur l’aûtre, elles couvrent le fond et les côtés intérieurs, et qu’elles débordent un peu du côté de B, et beaucoup du côté de A. Ces toiles ont 4 ou 5 décimètres de largeur, et 6 à 7 décimètres de longueur. Dn met ensuite sur le fond plusieurs bandes de toile longitudinales, de 12 à i5 centimètres de largeur; puis on ajoute par dessus une bande de toile neuve, des mêmes dimensions que les premières, et mouillée : on mouille cette dernière afin d’en resserrer le tissu, et d’empêcher l’huile de s’infiltrer au travers.
- On étend sur le fond une couche de petites pierres d’un schiste quartzeux micacé, qu’on trouve auprès d’Aix-la-Chapelle. Ces pierres sont réduites en petits fragmens anguleux de 1 à 3 millimètres de grosseur. On en met une couche de 3 à 4 millimètres d’épaisseur. On arrange par dessus et dans le sens de la longueur du rouleau, une couche d’aiguilles épaisse d’un centimètre et longue de 45 centimètres environ, ce qui exige sept a huit longueurs d’aiguilles ordinaires , qui couvrent à peu près la couche de petites pierres qui est dessous.
- Sur les aiguilles on place Une autre couche de petites pierres ’emblaMe à la première ; on la recouvre d’une autre couche d’ai-gnilles, et on continue ainsi alternativement jusqu’à ce qu’on
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- ait placé cinq couches d’àîguilles qu'on recourre d’une dernière couche de petites pierres. On verse sur le tout un demi-litre d’huile de colza, qu’on répand le plus uniformément possible.
- On relève alors et on replie les deux bouts des bandes de toile selon leur largeur , puis on relève de même le côté des bandes qui pendent devant l’auge , et on ôte ensuite la planche B. On tourne la masse d’aiguilles dans les toiles en les serrant aussi fortement qu’on le peut contre la planche fixe A, jusqu'à ce qu’on ait enveloppé toute là toile autour du rouleau. On étrangle alors les deux bouts du rouleau, et on le lie fortement avec un nœud de corde; on soulève enfin le rouleau, on le plie dans un carré de toile dans lequel on l’enveloppe sans le lier, et on le livre à l’ouvrier chargé de terminer l’opération.
- Celui-ci, pour parvenir à les serrer étroitement, attache d’abord par le milieu à un fort crochet fixé dans la muraille à un mètre de hauteur, une corde ou grosse ficelle de 12 mètres de longueur, et de quatre à cinq millimètres de diamètre. Il lie un des bouts de la corde à un des bouts étranglés du rouleau, et recule quelques pas pour tendre bien la corde; alors il tourne le rouleau, la ficelle l’enveloppe sur sa longueur en hélices également distantes entre elles : il a soin de serrer fortement chaque tour ou hélice en tirant à lui de temps en- temps et par secousses-
- Quand l’ouvrier est arrivé à un ou deux mètres du mur, la tours de la première longueur de la ficelle doivent occuper toute la longueur du rouleau. Il détache alors la ficelle pour l’attacher par son extrémité, il recule de nouveau pour tendre la .ficelle, et il tourne le rouleau comme la première fois en formant de nouvelles hélices, qui recouvrent les premières et la croisent. Parvenu à un mètre du mur, il détache la ficelle,et en soulevant les unes après les autres, avec une cheville de fer, toutes les spires de ficelle qui couvrent le rouleau, il entrelace le bout de la ficelle avec ces spires et l’arrête enfin par un ou plusieurs nœuds. La fig. 9 représente un de ces rouleaux.
- Cette opération est une des plus importantes pour le poissage des aiguilles-, elle empêche, lorsqu’elle est exécutée avec
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- soin et intelligence, beaucoup d’aiguilles de se casser ou de se plier, et Contribue à donner un plus beau poli.
- 2°. Exposition des rouleaux sur les tables du moulin à polir. Ce n’est que depuis peu que l’on a substitué à Aix-la-Chapelle le moulin à polir, perfectionné par M. Molard aîné, à celui dont on se servait de temps immémorial. Cet ancien moulin ressemblait à* la machine à dresser que nous avons décrite ( pag. ig4 fig. 9.} ; il avait de grands défauts que M. Molard a fait disparaître. Nous allons décrire ce dernier moulin.
- Cette machine, représentée par la fig. 20, qui ne diffère de l'ancienne que parce que, i°. la table inférieure MM est mo~; bile dans la nouvelle, tandis qu’elle était fixe dans l’ancienne; 2°. que la table C avait tout à la fois un mouvement horizontal et un mouvement vertical, tandis que M. Molard n’a conservé à cette table qu’un mouvement vertical, au moyen duquel elle presse continuellement sur le rouleau ; cette machine a en outre le précieux avantage de recevoir plusieurs rouleaux d’aiguilles espacés convenablement.
- Une table MM d’une longueur indéterminée, et de 7 à 8 décimètres de largeur, repose sur des rouleaux de bois B, B, B espacés convenablement, reçoit un mouvement horizontal, soit par deux hommes soit par un autre moteur quelconque; on place au-dessus les rouleaux d’aiguilles A, A, À, sur lesquels appuient les tables C, C, C qu’on soulève à l’aide des chaînes K, K, K et des leviers L, L, L, pour placer ou pour enlever les rouleaux. On sent que le mouvement de va-et-vient force les rouleaux à tourner sur eux-mêmes, et c’est par ce mouvement alternatif que le polissage s’opère.
- L’ouvrier dispose les rouleaux sur la table M, dans une direction perpendiculaire à celles dans lesquelles cette même table remue. Si un rouleau vient à se déranger , il le replace en soulevant, à l’aide de la chaîne R, la table G qui a un poids suffisant et déterminé par l’expérience. La vitesse de la table est telle qu’elle va et vient 19 à 21 fois par minute : il s’ensuit que, pendant une minute, le rouleau, qui a une course de 33 centimètres environ, parcourt i3 mètres, ou près de 8co mètres par heure.
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- 3°. Dégraissage dans le tonneau,. Après dix-huit ou vin»* heures de travail sous les tables, OU enlève les rouleaux, on les porté au dégraisseur, qui les délie et les déploie. Lés petites pierres dé schiste sont noires, brillantes et coülèür d’acier; les aiguillés sont grasses ét couvertes dé cambouis; On lès versé dans une sébile, On. lés recouvre de sciure de bois passée au crible, ét on introduit ensuite le tout dans lé tonneau (fig. 21). Un ouvrier saisissant la manivelle P le fait tourner quelques in-Stans; il ajoute ensuite dé lé nouvelle sciure en ouvrant là porté AB qu’il fermé solidement au moyen dés agrafes G, G, et continue de tourner jusqu’à cè quê les aiguillés soient êSSUtées et dégraissées sur toute leur surface * ét que leurs trous soient débouchés, ce que l’on reconnaît en ouvrant là petite porte AÊ, et én tirant quelques aiguilles qu’on examine.
- 4°. Vannage. On sort les aiguillés èn les faisant tomber dans Uh van de Cuivre qu’on place SOUs le tonneau, et on les vanne de lâ même maniéré qu’on vanne le blé. La sciure voie, les pierres se séparent, et les aiguilles restent au fond du van. Elles sont déjà essuyées et presque sèches.
- 5°. Arrangement des aiguilles. On versé lés aiguillé! dans un tiroir, on les met en Ordre par lé procédé que nous avons décrit plusieurs fois ( V. pag. 20e ).
- Observations. Ces cinq opérations sé répètent successivementdix fois de suite, comme nous l’avons déjà dit; il n’y a de diflërence que dans la première opération. Nous avons fait observer qu’on formait les rouleaux, en faisant une couche de schiste quartzeui ét une couche d’aiguilles : cela se pratique sept fois consécutives; mais à la huitième, à la neuvième et à la dixième, on remplace le schiste par du son de froment sec et dépouillé de farine. Les quatre autres opérations se répètent toujours comme la pre-
- mière fois.
- Pour le poli dit anglais les mêmes opérations ont lieu; mais on substitue au schiste quartzeux. de l’émeri mêlé de talc dè quartz et dé mica. Après la première opération, on emploie de l'émeri sëul avec de l’huile d’olive; à la huitième et à h neuvième, de la potée d’étain avec de l’huile; et à la dixième, de la potée d’étain avec très peu d’huile. On termine par 'e
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- poli au son. Lorsqu’on emploie la potée d’étain, on dégraisse les aiguilles dans un baril en cuivre, vu en élévation fig. 22, et en coupe (fig. 23). Ce baril est garni de pointes sur toute sa face intérieure : on y met les aiguilles, et on ajoute de l’eau de savon très chaude, qu’on renouvelle plusieurs fois. On fait tour* ner le baril lentement pour ne pas rompre les aiguilles.
- On sèche ensuite ces aiguilles avec de la sciure de bois, dans le tonneau (fig. 21) , comme nous l’avons déjà expliqué.
- Essuiement des aiguilles. L’opération du polissage se termine en essuyant les aiguilles une à une avec un linge; on jette de côté celles qui sont cassées.
- Triage des aiguilles. Les aiguilles polies sont portées dans un atelier qu’on a soin de tenir toujours très sec, afin que les aiguilles soient moins sujettes à se rouiller. Cet atelier est dans un des étages les plus élevés de la fabrique, et l’on y entretient du feu dans des poêles pendant l’automne, l’hiver et le printemps. La sueur des mains et l’haleine même des ouvriers sont souvent des obstacles pour la fabrication pendant les fortes chaleurs.
- Un ouvrier détourne d’abord les aiguilles, c’est-à-dire, met toutes les têtes d’un même côté. Il sépare toutes celles qui sont défectueuses.
- Un autre ouvrier< sépare les aiguilles en deux qualités, en raison du poli plus ou moins brillant.
- Un troisième ouvrier est chargé de mettre à part les aiguilles dont la pointe est cassée. Le triage se fait avec autant de vitesse que de facilité. L’ouvrier place deux ou trois mille aiguilles dans un anneau de fer A (fig. 24), qui a deux pouces de diamètre, et les met toutes sur un même plan du côté de la tête; puis, en regardant fixement toutes les pointes, il reconnaît celles qui sont cassées. Alors, à l’aide d’un petit crochet fixé dans un manche de bois (fig. 25), il saisit, par son œil, l’aiguille dont la pointe est cassée, et la sort- Ces aiguilles repassent entre les mains d’un autre ouvrier qui les appointe de nouveau sur une meule; on en fait des aiguilles plus communes ou plus courtes, relativement à leur grosseur.
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- Uti ouvrier redresse sur un enclumeau de bois et avec un marteau les aiguilles qui se sont courbées pendant le polissage.
- Un autre ouvrier sépare chaque espèce d’aiguilles en trois tas selon leurs diverses longueurs. Cette opération, qui se fait très promptement, consiste à placer successivement plusieurs aiguilles perpendiculairement entre le pouce et l’index; au tact l’ouvrier juge quelles sont les plus longues, les moyennes et les plus courtes. On pourrait employer un aveugle à ce travail.
- Mise en paquet et affinage. C’est dans un papier bleu ou violet, d’une composition particulière, qu’on empaquette les aiguilles par centaines. Nous ne nous occuperons pas ici de la fabrication de ce papier ( V. Papier pour les aiguilles).
- Un ouvrier coupe le papier en petits carrés, d’une grandeur proportionnée aux aiguilles; le côté de ces carrés est ordinairement triple de la longueur de l’aiguille.
- Un enfant plie ces papiers au tiers et forme le premier pli. Pendant ce temps un ouvrier compte cent aiguilles et les met dans un des bassins d’une petite balance : il met ensuite dans l’autre bassin des poids équivalens au poids des cent aiguilla; puis d verse celles-ci dans un des papiers dont le premier pli a été fait par l’opération précédente II continue à peser des aiguilles avec les poids qui sont restés dans la balance, et il obtient ainsi des cents d’aiguilles sans s’occuper de les compter. Il les verse au fur et à mesure dans les papiers préparés et dont le premier pli est fait.
- Un autre ouvrier achève de plier les paquets et les arrange ensuite dans une boîte qui porte les numéros des aiguilles.
- On porte ces aiguilles à un autre ouvrier qu’on nomme le bleueur , qui en affine toutes les pointes. Il se sert pour cela, d’une petite meule quadrangulaire, montée sur un arbre comme la meule D ( fig. 11). Elle est mue rapidement à l’aide d’une corde sans fin, qui passe sur une grande roue semblable à la roue AA, et sur une petite poulie C (même fig. 11). L’on voit dans la (fig. 26 ) cette petite meule montée sur son arbre, avec la poulie qui reçoit la corde sans fin, et placée entre les deux poupées B B. La (fig. 27) montre la coupe de cette même meule sur
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- une très grande échelle; cette petite meule de schiste micacé compact, qui est quartzeux et calcaire tout à la fois, a une longueur de 9 à 10 centimètres, et sa grosseur est de 1 à 3 centimètres ; ces dimensions varient selon, les diverses aiguilles. On prétend à Aix-la-Chapelle que cette meule ne donnerait pas le poli convenable, si elle n’était point quadrangulaire ; cependant nous avons vu des fabriques qui se servent de meules cylindriques pour affiner les aiguilles. A Neustadt, ces meules cylindriques ont 12 centimètres de longueur sur 3 à 4 centimètres de diamètre.
- Le bleueur prend successivement chacun des paquets pliés, il les déplie, et, plaçant entre l’index et le pouce 25 aiguilles environ, il appuie toutes les pointes sur la meule, et fait tourner les aiguilles sur elles-mêmes avec le pouce; il bleuit ainsi cent aiguilles en quatre fois, et les remet dans chaque paquet; il est ordinairement aidé par un enfant qui ouvre et ferme les paquets. Les pointes qui sont émoussées et arrondies sont affinées par cette opération, qui donne en même temps à l’extrémité de l’aiguille près de la pointe un poli bleuâtre ( i), différent de celui du reste de l’aiguille, et sur une longueur qui est égale pour toutes à la largeur d’un des. côtés de la meule quadrangulaire. Les angles vifs de cette meule viennent frapper successivement les aiguilles , et produisent le même effet que les serruriers et les mécaniciens obtiennent sur les métaux avec la lime, lorsqu’ils tirent de long. Ce poli sur les aiguilles est dans le sens de l’axe, c’est-à-dire en long, tandis que le poli sur le restant de l’aiguille est en travers, ce qui donne des nuances différentes. Lorsque les angles de cette meule commencent à s’arrondir, elle est mise au rebut, parce que, disent les ouvriers, elle ne peut m mordre sur les aiguilles, ni leur donner de l’éclat.
- Un ouvrier prend ensuite les paquets, et écrit dessus avec de l'encre blanche le numéro des aiguilles, le nom du fabricant et les marques particulières adoptées pour chaque espèce et chaque
- (0 C’est de la nuance de ce poli qn’on a fait dêrivêrle nom de bleueur.
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- qualité d’aiguilles. Un autre ouvrier imprime sur le paquet, à l’aide d’un cachet en cuivre, l’empreinte de la fabrique.
- Après toutes ces opérations, les aiguilles sont livrées au commerce. On réunit dix paquets en un seul, pour former mille aiguilles; on les enveloppe de papier bleu ou violet, qu’on lie avec du £1 blanc pour les aiguilles ordinaires, et avec du fil rouge pour les aiguilles dites anglaises.
- Il est facile de distinguer les véritables aiguilles anglaises de celles qui en sont i’imitation : les premières ont toujours leur pointe dans l’axe, ce qu’on aperçoit facilement en les faisant rouler entre le pouce et l’index, tandis que les autres ont le plus souvent leur pointe hors de l’axe.
- Aiguilles cémentées. Jusqu’ici nous n’avons parlé que des aiguilles faites avec du £1 d’acier ; nous avons encore un mot à dire sur celles qui se fabriquent avec du fil de fer. Dans ce cas, toutes les opérations qui précèdent la trempe sont les mêmes que celles que nous avons décrites ; mais avant la trempe il faut en ajouter une autre, la cémentation, par laquelle on transforme le fer en acier. Cette opération consiste à arranger les aiguilles par couches dans un creuset avec du charbon en poudre, ou, comme on le pratique à Neustadt, avec un mélange de suie, de cornes de bœufs , de coquilles d’œuf, et de sel ammoniac ( hydro-chlorate dé ammoniaque ). On place le creuset au milieu d’un feu ardent continué pendant plusieurs heures': de temps en temps on retire, avec une pince, une aiguille ou fil d’épreuTe; on le plonge aussitôt dans l’eau et on le casse entre les doigts pour juger des progrès de la cémentation. Lorsque l’aiguille ou le fil sont sans taches, et cassent net et facilement, l’opération est terminée : on retire les aiguilles et on les trempe en les jetant dans l’eau froide. Les autres opérations après la trempe sont les mêmes que nous avons décrites.
- La fabrication d’une aiguille exige environ 120 opérations distinctes, comme on a pu le remarquer ; mais elles se succèdent
- presque sans interruption, et s’exécutent avec rapidité. D’ailleurs,
- le prix de la main d’œuvre est assez bas à Aix-la-Chapelle, et c’est un avantage qu’on chercherait vainement ailleurs.
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- On paie aux ouvriers pour couper les aiguilles, 3o centimes par mille; pour les appointer, 7 centimes et demi; pour palmer et pour les marquer, 5 centimes; pour les troquer, 5 centimes; pour les évider, 20 centimes. Total 67 centimes et demi* Un enfant peut marquer ou troquer 4 mille aiguilles en un jour.
- En parcourant ces sortes de manufactures, on ne tarde pas à reconnaître que cette variété d’opérations nombreuses auxquelles chaque aiguille est soumise porte le cachet de la perfection à laquelle cette fabrication est parvenue. Dans les arts mécaniques, diviser le travail c’est Vabréger ; multiplier les opérations, c’est le simplifier; attacher exclusivement un ouvrier particulier a chacune d’elles j, c’est obtenir à la fois vitesse et économie.
- Observations générales. Il y a une infinité d’instrumens qui portent le nom d’aiguilles, et qui ne ressemblent en aucune manière aux aiguilles à coudre ; tels que les aiguilles du métier à bas, cellés à faire les réseaux, celles des métiers à tisser, celles du piqueur d’étuis, du chandelier, du gaîniér, du blanchisseur de cire, du fabricant de filets, etc. etc. Nous ne nous occuperons pas ici delà fabrication de ces aiguilles; nous indiquerons leur forme et la manière de les fabriquer en décrivant les arts qui les emploient
- L’on se sert en chirurgie d’aiguilles de différentes formes. Ces sortes d’instrumens ne se font pas en fabrique comme les aiguilles à coudre; les couteliers qui s’adonnent à la fabrication des instrumens de chirurgie font à la main et une à une ces sortes d’aiguilles.
- En général, toutes les aiguilles qui sont employées à toute-espèce de couture et de broderie se font en manufacture, quelle que soit leur forme, et de la même manière que nous l’avons indiqué.
- Les grosses aiguilles d’emballage, les carrelets, etc., sont des ouvrages grossiers qui ne présentent pas de grandes difficultés; et lorsqu’on a bien saisi la manière de faire les petites aiguilles, d est bien facile de concevoir comment on peut faire avec cé~
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- lérité de grosses aiguilles qui n’exigent pas des mains très délicates , ni un grand génie. L.
- Aiguille aimantée ( arts physiques ). C’est une lame d’acier ( PI. I,fig. 11 ) longue, mince, et pointue aux deux bouts, qui a reçu la faculté magnétique en la frottant avec un? Aimant {V. ce mot ) Les frictions doivent être convenablement dirigées sur sa surface. On adapte au milieu de sa longueur, et vers son centre de gravité, une chappe en laiton, ou mieux en agate ; cette pièce est creusée d’un trou conique destiné à recevoir la pointe d’un pivot très fin et poli, sur laquelle elle peut librement se mouvoir, de manière à pouvoir, presque sans aucun frottement, présenter son extrémité à tous les points de l’horizon-
- On donne quelquefois aux aiguilles aimantées la figure d’un barreau de même épaisseur dans toute sa longueur : la pointe qu’on forme au bout, ou un trait qu’on y grave sur sa largeur, sert d’indicateur.
- L’aiguille aimantée sert à reconnaître la présence du fer, parce qu’en en approchant un corps où ce métal est caché, il fait entrer l’aiguille en mouvement et la détourne de sa direction naturelle. Cette direction est à peu près fixe dans un lieu donné: à Paris elle tend du nord au sud, en s’écartant de 220 20' du nord vers l’ouest. C’est cette propriété qui rend la boussole si précieuse à la navigation, et dans les mines. Nous exposerons au mot Boussole la construction et l’usage de cet instrument, et au mot Aimant la théorie du magnétisme et l’explication des phénomènes qu’il offre. Nous nous contenterons d’énoncer ici plusieurs faits qui se rapportent immédiatement à la construction des aiguilles aimantées.
- i°. D’abord on doit tremper les aiguilles, puis les faire recuire ( V. Acier ) , les polir, et enfin les aimanter.
- 20. On a coutume de graver la lettre N sur l’une des extrémités des aiguilles aimantées pour indiquer celle qui se dirige au nord ; on se contente souvent de la bleuir au leu avant l’aimantation.
- 3°. L’aiguille la mieux équilibrée sur son pivot cesse ce l’être après l'aimantation; la pointe nord s’incline en Europe
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- vers le sol, ce qui oblige à prévoir cette inclinaison et à placer la chappe hors de son centre de gravité, ou mieux encore à lester d’un petit poids le bout sud, afin que l’aiguille se maintienne horizontale.
- 4“.- La ligne qu’on imagine allant d’une pointe à l’autre, ou son axe de ligure, n’est pas ordinairement l’axe magnétique; aussi cette pointe ou le milieu de l’épaisseur d’un barreau aimanté n’indique-t-il qu’à peu près la véritable direction de l’aiguille. Il faut une opération spéciale pour trouver cette direction; c’est ce qui sera exposé au mot Boussole. Cette différence est une correction constante qu’on doit faire à toutes les indications de l’aiguille, lorsqu’elles ont pour but d’assigner la véritable position du nord. Fr.
- A1GUILLETIER. On appelle ainsi l’ouvrier qui fait et qui vend des lacets, des aiguillettes et d’autres cordons semblables. V. Passementier. L.
- AIGUISERIE. s. f. Usine où l’on aiguise et on polit les lames des armes blanches, et les autres instrumens tranchans. Ces opérations se font à l’aide de meules de pierre ou de bois. Une aiguiserie renferme ordinairement deux grosses meules de grès ou de granit, et plusieurs autres plus petites de pierre ou de bois, de différens diamètres. Toutes ces meules sont mues par une roue hydraulique ; à cet effet, son axe porte une roue dentée qui engrène avec des lanternes adaptées aux axes des grandes meules ; toutes les autres meules reçoivent le mouvement par des courroies.
- Les grandes meules ont ordinairement de 2 à 3 décimètres d’épaisseur, et leur diamètre varie depuis 24 jusqu’à i4 décimètres. Elles font de 180 à 200 révolutions par minute.
- Les meules moyennes, dont le diamètre varie d’un mètre à un demi-mètre, font environ 5oo révolutions par minute. Elles sont ordinairement d’un granit tendre et rougeâtre; elles s’emploient à sec, .et on y pratique , en les usant avec des crochets de fer, des cannelures dont les différentes formes sont adaptées à celles des parties qu’on veut y aiguiser. Il faut bien prendre garde que les meules de granit et surtout celles de
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- grès n’aient ni fentes ni gerçures ; car s’il vient à s’en détacher des morceaux, ils produisent de graves accidens. Il est arrivé quelquefois que les meules de grès ont éclaté avec une détonation remarquable et même dangereuse. Ce phénomène qu’on n’a pas encore expliqué a eu lieu quatre fois en quarante ans, aux meules de grès rouge dont on se sert à Oberstein pour user les agates.
- Toutes les meules, excepté les grosses, peuvent s’enlever et se charger avec la plus grande facilité, ainsi que les meules polis-soires. Elles tournent sur deux pointes dont l’une entre dans un tasseau mobile, qui se serre et se fixe à volonté, au moyen d’un ou de plusieurs coins et d’une pièce buttante. On les arrête quand on le veut, en retirant la courroie de dessus leur poulie. Les grandes poulies qui mènent n’ont point de rebord.
- Les polissoires sont des meules de bois de chêne; elles polissent au moyen de l’émeri délayé dans l’huile de navette, dont on enduit les pièces qu’on leur présente, et elles adoucissent ou brunissent au moyen d’un charbon d’aune ou de hêtre , avec lequel on a frotté pour cela leur circonférence. Le charbon s’y attache, et on le fixe dans le bois avec une agate qui polit cette circonférence, ou avec un morceau de sanguine dure. Il y a des polissoires de 8 à g décimètres de diamètre ; Il y en a aussi de moins d’un décimètre. Les formes de leur circonférence doivent être taillées de manière à s’adapter aux parties sur lesquelles elles doivent agir. Quand leur grandeur le permet, elles sont faites d’assemblages ; car c’est toujours le fil du bois qu’elles doivent présenter à la pièce à polir, lorsque cela se peut. On doit choisir du chêne âgé et à fil piqueté fin; il est bon de le laisser un an ou dix-huit mois dans l’eau avant de l’employer , pour qu’il ne se tourmente pas. Il faut en outre que le bois des polissoires ne soit défiguré par aucun nœud. Il est nécessaire, de temps à autre , de rafraîchir le gram des meules et des polissoires, et de leur en donner un nouveau. Pour ces dernières, on se sert d’un ciseau de menuisier qu’on appuie sur une pièce de Lois qui se place exprès. Pour les meules de granit tendre, on se sert d’un crochet de fer; çt pour les meules de grès, d’un marteau courbe à deux pannes
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- tranchantes, qu’on nomme hachoirj parce qu’il sert à faire des hachures sur la meule. t
- Si les meules ont perdu leur rondeur, ce qui arrive assez fréquemment , parce qu’elles sont plus tendres dans certaines parties que dans d’autres, il faut, après s’en être assuré en les faisant tourner et en les approchant avec un crochet de fer bien fixe, les user avec le même crochet, quon fait avancer jusqu’à ce qu’il touche toute la circonférence.
- L’aiguiseur taille des morceaux de bois pour y appliquer les pièces par une de leurs faces ,«%fin qu’elles ne se courbent point lorsqu’il appuie la face opposée sur la meule. Il faut des escahelles à toutes les places pour que l’ouvrier puisse s’y asseoir ; elles s’inclinent vers la meule: la disposition du jour n’est bonne que quand l’ouvrier l’a en face, ou à sa gauche, la meule tournant en dedans, ou de haut en bas, par rapport à lui. L’aiguiseur doit avoir près de lui une auge pleine d’eau pour y plonger les pièces quand il craint qu’elles ne se détrempent en s’échauffant.
- Une expérience journalière nous montre en effet que la chaleur est produite ou développée par le frottement. On voit les étincelles jaillir en abondance de la circonférence d’une meule sècbe, à laquelle on applique un outil de fer ou d’acier. La chaleur produite par ce procédé est même telle, que l’acier rougit bientôt, et que les outils durs sont souvent détrempés et gâtés par défaut d’attention à cet égard de la part de l’ouvrier. Lorsqu’une meule cylindrique est plongée en partie dans un baquet d’eau , il faut que la rotation en soit modérée, sans quoi l’eau jaillit par l’effet de la force centrifuge -, et quand ce liquide est versé d’en haut par stillation, la quantité ne suffit point pour maintenir la température convenable. On observe meme que la pointe d’un outil dur, appliquée à la meule sous nne masse d’eau considérable, perd de sa dureté, si on ne la tient pas de manière que le courant d’eau la frappe constamment ; et l’on voit jaillir des étincelles même sous l’eau. La coutellerie hne est travaillée en Allemagne sur un cylindre fait d’une espece de poterie particulière, qui remplace la pierre à aiguiser,
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- et sur laquelle on applique, avec (lu suif, du silex pulvérisé. On a prétendu que l’avantage particulier de cette espèce de poterie consiste en ce qu’elle ne s’échauffe jamais, quelque rapide que soit son mouvement ; mais Nicholson a constaté que cet avantage tenait uniquement à l’emploi du suif. Voici le procédé qu’il a employé avec succès dans une quantité considérable d’ouvrages.
- Il prépara deux meules de trois décimètres de diamètre, l’une en grès fin de Newcastle, l’autre tirée d’un bloc de bois de Ma-hogaui ( acajou). La surfa© convexe de celle-ci fut sillonnée en directions croisées pour y loger de l’émeri. On enduisit ensuite les deux meules, en appliquant à leur surface une chandelle ou un morceau de suif pendant qu’elles tournaient, et on garnit d’émeri la meule de bois. Les meules mises en mouvement faisaient cinq révolutions par seconde : les pièces à aiguiser y étant appliquées, le frottement s’apercevait à peine dans le commencement ; mais bientôt après, la zone de suif pressée par l’outil se fondit, et les meules devinrent très actives : l’outil restait très Ion g-temps sans changer sensiblement de température; et lorsqu’il commençait à s’échauffer, on le rafraîchissait de suite en l’appliquant sur une autre zone de la pierre où le suif n’était pas fondu. Il parvint avec cette meule à enlever toute la taille d’une lime douce, sans qu’elle s’échauffât sensiblement, tandis qu’avec l’autre meule les étincelles et la chaleur se manifestèrent presque à l’instant.
- Les meules sur lesquelles on travaille à sec dans la fabrication des couteaux , des instrumens tranchans , et surtout dans l’opération d’appointer les aiguilles à coudre, produisent une poussière nuisible aux ouvriers, et qui leur fatigue beaucoup la vue. M. Prior a imaginé une espèce de ventilateur qui provient ce danger. ( K. pag. îqS. ) L.
- AILE. Espèce de bière jaunâtre, enivrante, transparente, sans amertume, et piquante. V. Bière. Fr-
- AIMANT ( Arts physiques ). Il existe une variété de mine de fer peu oxidé, qn’on a surnommée aimantaire; c’est elle qnI constitue la pierre etaimant : les parties pierreuses qui s’y trou-
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- Tant mêlées ne contribuent en rien à l’effet qu’elle produit sur le fer; ce sont les particules agglomérées de métal oxidulé qui constituent l’aimant naturelj et jouissent de la faculté d’attirer le fer, et même quelquefois de supporter des poids assez considérables de ce métal. On a donné le nom de magnétisme à cette propriété, du mot grec et latin magnes qui signifie aimant. Cette attraction s’exerce à distance, et l’interposition des corps étrangers ne la détruit pas ; par exemple, si on place un carton, du verre, du bois, de la flamme, etc., entre un aimant et une aiguille de fer ou d’acier, celle-ci est tout aussi puissamment attirée qu’elle le serait à même distance sans cette interposition.
- Lorsqu’on roule un aimant sur de la limaille de fer, on l’en retire couvert de particules métalliques, qui sont groupées en une multitude d’aigrettes, accumulées principalement sur deux parties opposées : on taille même ces parties en deux plans parallèles; ce sont les -pôles de l’aimant.
- Le pouvoir magnétique se communique au fer par la seule présence d’un aimant qu’on en approche. Qu’on suspende une aiguille ab (fig. 3 , pl. I des Arts physiques ) à l’un A des pôles de l’aimant AB, et qu’ensuite au bout de cette aiguille on en présente une seconde a'b', celle-ci adhérera : une troisième aiguille a"b" restera de même suspendue au bout de la seconde, et ainsi de suite; chaque aiguille faisant sur celle qui la suit l’office d’un véritable aimant, jusqu’à ce que le poids total surpasse la force magnétique : alors la pesanteur rompt la chaîne. Lorsque plusieurs aiguilles sont ainsi suspendues bout à bout au pôle d’un aimant AB, détachez la première ab, et cette vertu Magnétique des aiguilles cessera: tout le système se disjoindra, parce qu’elle ne réside que dans une cause passagère.
- Comme les expériences sont mieux comprises et les faits plus aises à lier entre eux, lorsque la théorie les éclaire, nous commencerons par énoncer la loi générale qui les régit tous.
- On doit considérer les effets du magnétisme comme produits par deux fluides particuliers répandus dans toute la masse du fer : lorsque ces fluides sont en présence, ils s’attirent mutuel-
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- lement, se combinent et se dissimulent l’un l’autre, c’est-à-dire que leur action est anéantie par cette combinaison, et leur existence comme nulle. Mais quand on réussit à séparer ces deux fluides, à décomposer leur système, que le premier existe seul à un des pôles de l’aimant, et le second au pôle contraire, alors leur présence se manifeste par des phénomènes qu’on peut rapporter à deux modes opposés d’action : les molécules du fluide qui est à Vun des pôles se repoussent l’une Vautre, à la manière de celles du calorique; tandis qu’au contraire l’un de ces fluides attire celui de Vautre pôle, et en est attiré. Ces attractions et répulsions sont produites avec une intensité qui décroît avec la distance, et même elle devient quatre fois moindre pour un éloignement double ; elle décroît comme le carré de la distance.
- Comme cet ouvrage n’est pas destiné à former un cours complet de physique, et que chaque sujet n’y doit recevoir que les développemens qui conviennent aux arts, nous ne croyons pas nécessaire de montrer que cette loi du magnétisme est seule capable d’expliquer tous les phénomènes qu’on observe. Quand bien même ces deux fluides n’existeraient pas réellement, puisque les choses se passent comme s’ils existaient, il est permis de les admettre comme moyen de ramener tous les faits magnétiques à une loi qui les lie entre eux, les explique tous, aide la mémoire à les classer et à les retenir, et enfin en est, pour ainsi dire, l’expression. Nous regarderons donc l’existence des deux fluides magnétiques, leurs attractions et répulsions, comme une loi de la nature, et nous nous contenterons de l’appliquer aux faits les plus importuns qui se présentent, et de faire remarquer que cette loi est précisément la même qui régit 1k phénomènes électriques : aussi ces derniers ont-ils avec les premiers une analogie presque complète.
- Nous nous représenterons donc que dans tout morceau de fer il existe deux fluides dissimulés l’un par l’autre, et dont rien n’accuse la présence ; mais que si, par un moyeD quelconque, on réussit à séparer ces fluides l’un de l’autre, te pôles, où leurs molécules sont comme accumulées, présenter®-
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- les phénomènes d’attraction et de répulsion qui vont être exposés, et dont il nous sera facile de donner l’explication. Deux aimans qu’on applique pôle sur pôle, si on a choisi les surfaces convenables, ne se séparent ensuite qu’avec l’aide d’un effort qui est l’indice d’une attraction : mais si on change l’un des aimans de pôle, on n’éprouvera plus cette sorte de résistance; ce serait bien plutôt une répulsion qui se ferait sentir.
- Pour des raisons que nous donnerons bientôt, l’un des pôles de l’aimant est nommé nord ou boréal „ l’autre est le pôle sud ou austral. C’est en ces deux régions que sont accumulés les deux fluides après leur séparation, ou du moins leur centre d’action se trouve à peu de distance des extrémités. A mesure qu’on s’éloigne de ces points, l’action s’affaiblit, et vers le milieu de l’aimant on n’éprouve presque rien.
- Si je présente une aiguille ab (fig. 3) au pôle austral A d’un aimant AB, le fluide accumulé en ce point A exerce sur ceux que contient l’aiguille une double action : ce fluide austral A repousse le fluide austral a de l’aiguille et attire le boréal b. Les molécules des fluides qui étaient combinées dans le fer ne pourront plus demeurer en cet état à cause de ces forces décomposantes qui troublent l’équilibre. Les attractions qu’exerçaient les deux fluides contenus dans le fer se satisfaisaient l’une l’autre, et la combinaison en résultait : mais voici deux nouvelles puissances qui doivent opérer la séparation; dès-lors le fluide boréal h de l’aiguille se portera vers l’aimant, et le fluide austral a ira gagner l’autre bout de l’aiguille : c’est ce que représente la fig. 3.
- Maintenant l’aiguille ab est devenue magnétique, puisque ses deux fluides sont séparés ; elle est rendue capable à son tour de troubler l’équilibre de composition des deux fluides d’une seconde aiguille a'b' ; dans celle-ci le fluide boréal b' se portera vers le bout a, et l’austral à l’autre bout a!. et pourra agir sur une troisième aiguille ; et ainsi des autres, chaque aiguille ayant son bout supérieur chargé de fluide boréal, et l’inférieur de fluide austral, et par conséquent les fluides accumulés à chaque contact des deux aiguilles ayant des noms différens.
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- Pour l'intelligence des phénomènes, il faut encore que nous disions que les fluides magnétiques ne se meuvent pas dans l’acier avec une parfaite liberté ; le métal oppose à leur mouvement une certaine résistance : pour les'séparer l’un de l’autre, il faut surmonter cette résistance, qu’on a nommée force coercitive. Dès que les fluides sont séparés, la répulsion qu’exercent les unes sur les autres les parties de l’un d’eux accumulées en leur pôle, ainsi que l’attraction du fluide qui est réuni au pôle contraire, conspirent pour reproduire la composition: mais la force coercitive, ou la difficile perméabilité du métal, s’oppose à cette réunion. C’est ainsi qu’un plateau de résine, chargé de fluide électrique, résiste à la déperdition de ce fluide, et que des signes certains d’électricité se manifestent encore après un longtemps. Les fluides restent donc séparés dans l’acier aimanté, et se maintiennent en cet état. Mais cette vertu s’affaiblit avec le temps, à cause des attractions et répulsions sans cesse agissantes pour la détruire, en sorte qu’enün le magnétisme disparaît Plus le ter est doux , et plus il s’aimante facilement ; mais aussi, moins il conserve long-temps ses propriétés magnétiques. Le fer écroui a plus de force coercitive; I’aceer , surtout lorsqu’il est durci par la trempe, s’aimante plus difficilement encore, mais conserve davantage cette propriété. La même puissance qui a retardé la séparation des deux fluides s’oppose d’autant à leur recomposition, et l’acier revient avec peine à son état naturel. On a vu des barreaux de ce métal conserver plus de 5o ans la propriété magnétique.
- On voit, d’après cela, que si on met en contact le bout d’un barreau ou d’une lame d’acier avec l’un des pôles d’un aimant , le fluide de nom différent s’y portera et même s’v fixera, pourvu qu’on laisse quelque temps les choses dans ctt état : l’acier sera donc aimanté, et son pôle boréal sera le point qui est en contact avec le pôle austral de l’aimant, ou réciproquement. On hâtera l’aimantation en plaçant l’acier entre deux aimans dont on aura présenté les pôles de noms difit-rens aux bouts du barreau, parce que chaque aimant prêtera la force décomposante au fluide contraire renfermé dans l'a-
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- cier. Le magnétisme acquis par ce barreau pourra subsister très long-temps, quoiqu’avec une intensité décroissante : mais il arrivera enfin une époque où on n’y verra plus aucun signe de magnétisme. Le barreau aimanté fait alors fonction d’un véritable aimant, pour séparer les fluides contenus dans une autre lame d’acier.
- On aimante encore un barreau d’acier A'B' (fig- 4 ), en promenant longitudinalement l’un des pôles B d’un aimant ou d’un autre barreau déjà aimanté. Si le pôle frottant B est boréal, et procède de B' vers A', le fluide de B attire le fluide austral du barreau A'B', et refoule le boréal : cette action se produit tout le long de ce barreau, et il est facile de juger que le premier fluide doit être plus abondant vers l’extrémité A' que l’aimant vient de quitter, et que ce bout A' possède le fluide austral, précisément parce que le pôle frottant B est boréal. En répétant cette manoeuvre dans le meme sens on exerce une nouvelle action décomposante ; enfin le barreau se trouve aim anté, ayant son pôle boréal en B' et son pôle austral en A'.
- Eu général, les lettres A, A', a , a', désigneront, dans nos figures, un pôle austral, et B, B', b , V, un pôle boréal.
- Des frictions dirigées dans des sens opposés successifs n’auraient aucun effet, parce que chacune détruirait l’influence de la précédente ; c’est toujours d’un même bout à l’autre que l’aimant doit passer sur le barreau. Et si, après avoir aimanté une lame d’acier, on vient à la frotter en sens contraire, on détruit peu à peu son magnétisme, en aidant, à chaque coup, 1rs fluides à surmonter la force coercitive. Quand le barreau est une fois ramené de la sorte à son état naturel, si on continue les frictions dans le dernier sens qui a servi à détruire l’aiman-fitson, celle-ci reparaît, mais le barreau acquiert des pôles inverses des premiers.
- Cette manière d’aimanter une lame d’acier n’est pas propre a développer l’intensité magnétique au plus haut degré, parce flue, bien que l’action décomposante l’emporte d’abord sur la force d’attraction des deux fluides , comme ce mode de friction Produit des effets de plus en plus faibles, en même temps
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- qu’une partie de l’action est contraire au résultat qu’on veut obtenir, il arrive un instant où cette derniere force égale l’autre, èt les frictions ne produisent plus rien. Le procédé que nous allons décrire est bien préférable ; il est connu sous le nom de double touche.
- Après avoir posé sur une table le barreau A’B’ qu’on veut aimanter ( fig. 5 ) , on pose perpendiculairement à sa longueur et vers son milieu, deux, autres barreaux A b et Ba déjà aimantés, et un peu écartés l’un de l’autre ( de 5 à 6 millimètres); on fait en sorte que A'B' soit touché par les pôles a et b de noms différens. On fait glisser ces barreaux d’un bout B' de la lame à l’autre A', en les faisant aller alternativement de droite à gauche, puis de gauche à droite, mais sans leur permettre de dépasser les deux extrémités A' et B'. Le barreau A'B' sera bientôt aimanté, et ses pôles, comparés à ceux de a et b des ai-mans , seront tels que l’indiquent les lettres de la figure, d’après le sens que nous sommes convenus d’y attacher : le pôle boréal B' sera proche du pôle frottant austral a, et l’austral A' près du boréal b. Enfin, on ramène les deux aimans vers le milieu où on les avait appliqués d’abord, puis on les retire ensemble et perpendiculairement. Il faut avoir soin que les frictions opérées sur chaque moitié soient en égal nombre.
- Comme le centre d’action de l’aimant n’est pas à l’extrémité même du barreau, mais un peu au dedans, on rend l’action plus forte, en enclinant, de part et d’autre, en sens contraire; les deux aimans A et B , et leur faisant faire de petits angles de i5 à 20 degrés des deux côtés, avec le barreau à aimanter, comme on le voit ( fig. 6. ) ; et même, au Heu de promener alternativement le système des deux aimans sur ce barreau, il est préférable d’en poser les pôles vers le milieu en a et b, et de les tirer en sens contraire jusque près du bout ; puis de recommencer ainsi plusieurs fois, en partant toujours du milieu et frottant dans le même sens. On reproduit la même operation sur chacune des deux surfaces opposées du barreau. Enfin, on augmeute encore la puissance de décomposition,® plaçant, dans le cours de oes diverses frictions, le barreau a
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- aimanter entre (leux ainians opposés par les pôles de noms dif-férens : ce barreau a ses deux extrémités posées sur celles de ces ainians, comme on le voit dans la fig. 7 ; mais il faut avoir soin que les pôles en contact à b' aient même nom que ceux de frictionaZ»'> lesquels produisent, dans le barreau aimanté, des pôles de noms difTérens B'A'1.
- On donne quelquefois aux ainians artificiels la forme d’une sorte de fer à cheval ( fig. 10); il faut frotter la branche AB de manière à communiquer en B une vertu boréale, et, au contraire, frotter la branche ATT, pour lui donner un pôle austral, au bout A'. Ces frictions se font en observant les règles données précédemment.
- Dans les diverses opérations que nous venons de décrire, les frictions de l’aimant n’affaiblissent nullement ses propriétés magnétiques, parce que ce n’est pas en cédant de son fluide] que la communication des propriétés se fait, mais par une simple influence. On développe des facultés qui étaient cachées, mais le résultat n’est pas delà nature d’un vase qui se serait empli aux dépens d’un autre. L’aimant qui frotte acquiert bien plutôt de la force, loin d’en perdre, attendu qu’à mesure que l’aimantation se fait,les pôles qui s’établissent exercent à leur tour une action décomposante sur l’aimant qui frotte.
- Lorsqu’on casse vers le milieu un barreau d’acier aimanté, ou un aimant naturel, à l’instant on a deux aimans complets ; les points qu’on a séparés, et qui ne donnaient avant aucun signe de magnétisme Reviennent alors deux pôles de noms différens.De même, avec un aimant on peut en faire trois, quatre, etc., en les brisant ; et les pôles qui apparaissent subitement annoncent que l’aimant est réellemment composé d’autant d’aimans particuliers qu’il j a de parcelles d’acier. Tous ces aimans réunis en un seul se prêtent leur force mutuelle. Par la même raison , deux barreaux aimantés qu’on applique bout à bout selon leurs pôles de noms difTérens cessent en ce point de jonction de montrer le magnétisme -, les deux fluides qui s’y trouvaient sont neutralisés -, seulement ils accroissent par là la vertu des pôles opposés, dont l’action a plus d’intensité.
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- I! s’ensuit que les particules «l’acier dont un aimant est composé sont autant d’aimans réunis, dont chacun est très faible, il est vrai, mais qui, par leur concours , produisent une puissance beaucoup plus active.
- Lorsqu’on a unbarreauaimanté,même faiblement, on peut s’en procurer tant d’autres qu’on veut,-et même accroître beaucoup leurs facultés magnétiques. D’abord, par la simple friction, on se procurera un second aimant artificiel. Cela fait, on placera deux barreaux d’acier AB et A'B' ( fig. 8 ) entre deux autres barreaux de fer doux a b, cl b' de manière que l’ensemble forme un rectangle, laissant dans l’intérieur un espace vide. A l’aide de frictions par double touche, on aimantera AB ; l’action du pôle B sur le fer doux y déterminera les pôles a et V , au contact avec B et A, et par suite deux pôles contraires b et a , à l’autre bout. Le barreau A'B’ recevra donc aussi deux pôles èt s’aimantera un peu, en même temps que AB : les dénominations de ces divers pôles sont clairement désignées par les lettres de la figure. On répétera les frictions aux deux surfaces de AB , sans toutefois changer les pôles. On en fait autant sur le barreau A'B', mais en changeant les pôles frottans, toujours d’après la règle donnée ci-devant. On arrivera bientôt à donner une plus grande puissance magnétique aux aciers AB et A'B' qu’à ceux de friction. On substituera ceux-ci aux premiers, et on répétera la même manœuvre, en ayant attention de bien choisir les pôles de friction. En continuant de la sorte, on arrivera à donner aux quatre barreaux (et on en pourrait combiner un plus grand nombre), la plus haute force magnétique qu’ils soient capables de recevoir.
- Les fluides qui se séparent co-existaient combinés et inaperçus avant l’aimantation; s’ils ne se recomposent pas de suite, en vertu de leur attraction réciproque, c’est la force coercitive qui s’y oppose. Aussi, dès qu’on a atteint la limite où ces forces sont égales, tout degré d’aimantation ultérieur ne peut se conserver; l'acier est aimanté à saturation.
- Pour conserver aux aimans naturels ou artificiels leur puissance magnétique, et même l’accroître, on est dans l’usage de les armer j c’est-à-dire d’en réunir les barreaux, comme on le
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- toit dans la fig. g,à des barreaux de fer doux MN, rtm : ü faut que tous les aimans qui sont à droite aient leurs pôles de même nom contigus, de même pour ceux qui sont h gauche; mais les pôles de ceux-ci sont en sens inverse des premiers : on met entre ces deux faisceaux un barreau de cuivre ou de bois, et on réunit le tout par deux liens fg„ Jii, aussi en cuivre. Les pièces MN,ron> en fer doux, se nomment des contacts; ces contacts non-seulement fixent à chaque pôle le fluide magnétique qu’on y a développé, mais encore ils en accroissent l’intensité, par une action perpétuellement agissante et dont l’effet est de continuer1 la décomposition. On charge même le contact inférieur d’un poids qui sert à évaluer la force de l’aimant Q. Un petit aimant peut porter plus de cent fois son poids. L’action d’un faisceau s’étend quelquefois à 5 mètres de distance.
- On conçoit que le fer doux qui forme 1’ armure a son fluide naturel décomposé par la présence des barreaux aimantés, auxquels elle prête à son tour son influence décomposante pour en accroître la vertu magnétique.
- Décrivons quelques - uns des phénomènes que présentent les. lames, barreaux et aiguilles aimantés.
- Si on fait nager une aiguille aimantée à la surface dé, l’eau» en l’y soutenant par un peu de liège, ou si on la s- ^spend à l’aide d’un £1 attaché à son milieu, on remarque qu’' approchant une autre aiguille, et mettant les pôles de mr nom en présence, elles se fuiront ; les pôles s’attireront au r .qntraire » s’ils ont des noms différens. En vain s’efforcerait - or {qe s’0pposer à ces effets; dès que les aiguilles redeviennent lï> fes pôle nord de l’une attire le pôle sud de l’autre et repo, ^ s’on pôie nord. L’état hygrométrique de l’air, sa tempérer* ^ Rapportent aucune modification. 1 ’
- L’explication de ce fait résulte de fluides qui le produisent.
- On se sert de cette expérience pom _ fllsl;m„uer ]es pôles d’un aimant, en présentant l’un à celui, d ^ aWüce, d’une
- ne pourrait pas employer A de fer ou d’acier non aimanté» s5»
- la nature même des
- aiguille libre dans ses mouvemens. f a cette épreuve un simple barreai
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- parce qu’il serait incapable cle produire des répulsions; l’action exercée par le magnétisme de l’aiguille n’y peut développer momentanément qu’un pôle contraire à celui qui est en présence, et par conséquent il y aurait toujours attraction.
- Une aiguille qui flotte librement sur l’eau, ou qui est suspendue à un fil, ne se dispose pas dans une direction arbitraire; on remarque qu’elle tend à peu près du nord au sud. Quelque changement qu’on veuille opérer dans cette direction, lorsque l’aiguille reprend sa liberté, elle revient à celle qui vient d’être désignée. Cette ligne ne va pas directement du nord au sud; il y a un écart-qui est maintenant à Paris, de 22° 20' en allant du nord à l’ouest : c’est ce qu’on nomme la déclinaison de Vaiguille aimantée.
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- Les centres d’action polaire d’une aiguille sont à de petites distances des deux bouts ; la ligne dont on les joint par la pensée est Y axe magnétique * qu’il faut bien distinguer de l’axe de figure. Ainsi lorsque la pointe d’une aiguille aimantée se présente librement à un cercle gradué, pour en mesurer les changemens de direction, cette pointe ne marquerait plus la même graduation si on plaçait l’aiguille de manière à montrer en dessus la face inférieure. On construit même des aiguilles à cbappes mobiles, -qui permettent ce déplacement, et servent à évaluer la différence entre l’axe de figure et l’axe magnétique ( V. Boussole) : c’est une correction constante qu’il faut apporter à toutes les indications de l’aiguille, quand on l’emploie à donner la vraie direction nord et sud.
- Tous les indices s’accordent à faire penser que le globe terrestre fait fonction d’un véritable aimant, et que c’est à cette cause qu’on doit attribuer la direction constante que prend l’aigtiille aimantée : si la terre renferme dans son intérieur un aimant puissant , toutes les aiguilles librement suspendues doivent en éprouver l’inlluence et se diriger au gré de cette action : aussi remarque-t-on que cette direction de l’aiguille change avec les lieux, parce qu’en chaque endroit on prend une place différente à l’égard des centres d’action du globe.
- M. Biot, en rapprochant tous les faits observés, s’est cru fondé
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- à affirmer que ces centres, l’un de fluide toréai, l’autre de-fluide austral, sont placés tous deux fort près du centre de la-terre; à moins qu’on ne suppose, ce qui n’êst pas impossible , que les phénomènes de l’aiguille aimantée soient la résultante principale de toutes les particules magnétiques éparses et disséminées dans, la substance du globe.
- On conçoit maintenant la cause des dénominations d’austral' et boréal données , aux pôles d’une aiguille. Le pôle de l’aimant terrestre qui est plus voisin du nord est appelé boréal , et l’aiguille doit diriger vers ce point son pôle austral : celui-ci regarde donc le nord, le pôle boréal est tourné vers le midi. On a coutume, pour les reconnaître, de marquer les bouts des aiguilles des lettres N et S qui désignent le nord et le sud, ou seulement, de bleuir au feu le bout qui regarde le pôle boréab
- L’aiguille d’acier la mieux équilibrée sur son. pivot' avant d’ètre aimantée cesse de conserver la direction horizontale dès, qu’elle a reçu- la vertu magnétique; non-seulementelle se dirige -dans un plan vertical différent du méridien du lieu, mais on voit encore le bout de l’aiguilîç qui regarde lé pôle voisin s’abaisser vers l’horizon. Cette inclinaison de l’aiguille aimantée est encore due à l’attraction magné tique du globe : elle est nulle en certains points de la terre qui forment, près de l’équateur,, une courbe où l’aiguille se trouve exactement-horizontale. A. Paris elle est inclinée maintenant de 68°' environ. On voit en effet que les centres d’action magnétique du globe doivent, selon les lieux , agir avec plus de force sur un pôle de l’aiguille que sur l’autre, et que dans le plan-qui est exactement perpendiculaire-à l’aimant terrestre, et à égale distance de ses deux pôles, plan qu’on nomme l’équateur magnétique.., l’action de chacun étant la même sur l’aiguille, elle doit rester horizontale : elîeestau contraire verticale au pôle magnétique point tout-à-fait inaccessible,, parce qu’il est très voisin, du pôle terrestre. Plus on approche de ce point, et plus l'inclinaison de l’aiguille est grande; on l’a trouvée de 8a° à io° de distance du pôle. ^ Lorsqu’on veut que l’aiguille demeure horizontale, on est donc obligé de charger d’un petit poids le bras qui tend vers
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- le pôle opposé; mais ce poids doit changer avec les lieux, puisque l’inclinaison varie elle-même.
- Pour mesurer la déclinaison et l’inclinaison de l’aiguille aimantée en un lieu donné, on peut se contenter de la sus pendre par son centre de gravité à un Cl très flexible : mais ce moyen n’aurait pas assez de précision ; on construit des boussoles où l’axe de rotation de l’aiguille est propre à donner l’un ou l’autre de ces deux angles, que la pointera indiquer sur le limbe d’un cercle de cuivre ou d’argent, V. Boussole.
- Il est un autre fait moins aisé à concevoir et qui pourtant mérite d’être indiqué; c’est qu’en un lieu donné, à Paris par exemple, l’inclinaison et la déclinaison ne restent pas les mêmes en tout temps ; elles varient très lentement l’une et l’autre, comme si les centres d’action du globe changeaient eux-mêmes avec le temps. En 1787, l’inclinaison était de 710 à Paris; en i58o elle déclinait à l’est de il0 i, et en i663 elle se dirigeait juste au nord; maintenant elle tend à l’ouest, et depuis deux ou trois ans elle commence à rétrograder vers le nord : mais ces changemens ne s’opèrent qu’avec une extrême lenteur. Enfin on a observé de très petites variations diurnes qui font osciller légèrement l’aiguille de part et d’autre d’un état moyen. Ce sont des faits encore inexpliqués.
- On doit bien s’attendre que la loi que suivent ces changemens, tant d’inclinaison que de déclinaison de l’aiguille, selon les lieux où on se trouve, peuvent être en quelques endroits en contradiction avec la supposition d’un aimant puissant qui serait placé vers le centre du globe; car il suffit d’une forte mine de fer placée sous terre, pour détourner l’aiguille de la direction que tend à lui imprimer cette action centrale et beaucoup plus éloignée.
- Du reste, on ne remarque pas que les mines de fer où la propriété magnétique est prononcée dirigent leurs filons selon la ligne de tendance des aiguilles aimantées librement suspendues, ni même que les pôles des aimans qu’on en retire soient disposes selon cette direction. La présence du fer dans le voisinage d’un* aimant libre n’en affaiblit pas sensiblement la vertu : mais ü
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- paraîtrait, selon les rapports du capitaine Ellis, que le froid excessif qu’il a éprouvé dans la baie d’Hudson a suspendu le magnétisme de l’aimant.
- Les usages de l’aimant dans les arts se réduisent à l’emploi dé la boussole pour lever les plans, et se diriger sur les mers ou dans les lieux souterrains : nous décrirons ce précieux instrument» et nous en indiquerons l’emploi dans ces divers cas. On se sert aussi de l’aimant pour retirer des goupilles d’acier ou des brins de fer mêlés à de la limaille de cuivre, d’argent, etc. : on plonge-l’aimant dans cet amas., et on le remuer les brins de fer restent, fixés à sa surface.
- Mais l’un des usages les- plus ordinaires de t’aimant, c’est de lui faire indiquer la présence du fer. Le joaillier et le-minéralogiste n’ont pas- de procédé-plas commode pour reconnaître les grenats, le péridot et l’hyacinthe. Qu’on- apporte un corps quelconque à côté du pôle d’une aiguille aimantée librement suspendue ; si celui-ci contient du fer , l’aiguille s’y.portera sur-le-champ. Cependant, quand ce métal n’y est qu’en très petite quantité,, comme l’action du globe terrestre pour retenir l’aiguille dans l’axe magnétique est très forte relativement à celle qu’exerce la particule de fer qu’on, lui présente, on n’observe plus aucun effet. Il faut alors recourir à un moyen très délicat, imaginé par M. Haüv", qui l’appelle la méthode du double magnétisme. -Voici en quoi elle consiste i
- Après avoir suspendu une aiguille aimantée très libre dans ses mouvemens et très légère , on attendra qu’elle se soit flx,ée dans sa direction naturelle AB {fig- i l ) ; puis on approchera lentement, dans cette même direction prolongée, un barreau aimanté ab en présentant le pôle a de même nom que À. Dès que ce barreau sera assez près pour que son influence l’emporte sur celle de la terre, le pôle A sera repoussé, et le pôle B attiré, par une action opposée à celle dn globe; ce qui forcera l’aiguille à prendre la situation oblique rnrij le point A dérivant l’arc An autour du centre de suspension C. En approchant un peu plus l’aimant ab j l’angle ACra de déviation s’accroîtra , parce que l’influence est exercée de plus près et moins obli-
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- quement à la direction. En procédant graduellement, on parviendra à faire prendre à cette aiguille la direction A'B7 ( est et ouest ), à peu près perpendiculaire à la première AB. Si on continuait d’approcher le barreau ab delà plus petite quantité, son influence serait tout à coup tellement puissante, que l’aiguille achèverait de suite sa demi-révolution, et porterait le pèle A' en B. En effet, tandis que le pôle B7, en se rapprochant, est plus fortement attiré , l’action du globe qui s’exerce sur une ligne oblique nm' est au contraire diminuée : cette position A'B', croisée à angle droit, est la plus favorable pour reconnaître la présence du fer.
- En effet, lorsqu’on présente ce métal à une aiguille ÀB dans sa situation naturelle, il faut que l’attraction surmonte l’iXEnriE de l’aiguille, le frottement sur l’axe C de suspension, et surtout l’inlluence du globe terrestre pour la retenir dans la position AB. L’action du barreau ab affaiblit cette dernière résistance, et même quand l’aiguille est réduite à se diriger selon A'B7, cette influence est entièrement nulle. Dès-lors, pour manifester une attraction, il ne reste plus à vaincre que l’inertie Ct le frottement. Qu’on présente un atome dé fer au pôle B' du côté du barreau, c’est-à-dire dans l’espace aB7 , cette nouvelle force, quoique très petite, suffira pour contraindre l’aiguille à achever sa demi-révolution ; le pôle B7 viendra se placer en A,
- II est très difficile de fixer l’aiguille dans la direction A’B7, précisément perpendiculaire à ÀB, terme où la plus légère impulsion suffit pour faire achever au pôle sa demi-circonférence; les petites oscillations de l’aiguille, à chaque fois que le barreau ab estdéplacé, ne permettent guère d’atteindre à cet écart de 90°; on se contente de faire l’épreuve sur une position voisine de celle-ci, et on réussit très bien.
- Le nickel et le cobalt sont, comme le fer, sensibles à l’in-fluence de l’aimant; et lorsqu’ils sont exempts de substances, étrangères, on peut même en faire des aiguilles , dont la vertu magnétique est presque égale à celle de l’acier. Comme on ne lait aucun usage, dans les arts, île cette propriété, nous n’en dirons pas davantage sur ce sujet.
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- Il suit des expériences récemment faites par M. Oersted, qu’un rapide courant électrique, déterminé par une forte pile de Volta, à travers des aiguilles de laiton, d’argent, ou de tout autre métal, leur donne momentanément des vertus magnétiques. Dès que la transmission de l’électricité cesse ou même se ralentit, l’action magnétique ne se manifeste plus. La direction du courant voltaïque se transmet comme si elle faisait une multitude de circonvolutions spirales autour du fil conducteur du fluide qui joint ensemble les deux pôles de la pile; cette force révolutive s’exerce transversalement à la longueur du fil. Ces belles expériences ont donné naissance à plusieurs autres de MM. Ampère, Arago, Biot; et les physiciens sont maintenant appliqués à ces recherches: mais comme elles sont encore sans utilité pour les arts, nous nous bornons à cette courte indication. Il était impossible de ne point dire quelques mots d’un sujet qui sera peut-être un jour d’une haute importance pour la Physique. Fr-AIR. V. Atmosphère.
- AIRAIN, Bronze. Alliage de 100 de cuivre et 8 à 12 d’étain j ces diverses proportions forment le métal des statues, celui des canons, celui des cloches, etc. V. Bronze. Fr.
- AJUSTEUR. ( Technologie.) Ce mot, employé dans plusieurs arts, est toujours pris dans la même acception. C’est le nom qu’orr donne, dans les arts mécaniques, à l’ouvrier qui rassemble les parties d’une machine, exécutées par d’autres ouvriers, et qui les fait fonctionner. Dans l’horlogerie, cet ouvrier porte le nom de hsisseür; mais dans les grandes mécaniques,le mot à’ajusteur lui est consacré. Dans presque tous les arts, et surtout dans ceux qui emploient les métaux, il y a un ou plusieurs ajusteurs : ce sont ces ouvriers qui font la partie la plus délicate de l’ouvrage, celle qui exige le plus de précision et d’exactitude.Il faudrait parcourir tous les arts en détail pour faire bien concevoir quel est le travail de cet ouvrier dans chacun d’eux. Il est facile de distinguer les opérations de l’ajusteur, dans la description des arts que œt ouvrage renferme. L.
- AJUTAGE, AJOUTOIR. ( Arts physiques. ) On donne ce à un petit tuyau additionnel qui sert à joindre l’un à
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- l’autre deux appareils chimiques, qu’ou veut faire communiquer. On nomme aussi ajutage le bec de métal qu’on adapte aux orifices des tuyaux par lesquels l’eau s’écoule d’un canal ou d’un réservoir, pour en diriger le jet ou régler la dépense.
- Soit ABCD {fig- 12, pl. I des Arts physiques ) un réservoir où la surface de l’eau est en AB; le tuyau de conduite EF est percé en H d’un orifice, pour permettre l’écoulement de ce fluide. On sait, d’après les lois de 1’hydrostatique , que si l’on adapte en H un tuyau ascendant Hï , l’eau s’y élèvera au niveau I de AB. Si ce tuyau HI n’existe pas, le liquide tend, il est vrai, à monter en I, et la théorie prouve que la pression qu’exerce l’eau du réservoir sur celle de l’orifice est une force suffisante pour élever le jet jusqu’au niveau I de AB. En effet, la vitesse du liquide à sa sortie H est égale à celle d’un corps qu’on laisserait tomber de toute la hauteur HI; cette vitesse, étant dirigée de bas en haut, est capable de remonter l’eau à la hauteur même du niveau IAB. Telle serait, dans le vide, l’élévation du jet.
- Mais la résistance de l’air s’oppose à cet effet, en même temps qu’elle divise la colonne ascendante du fluide : aussi s’en faut-il de beaucoup que l’eau ne s’élève, par son jet rapide, à la hauteur que la théorie indique pour le vide. Mariotte a examiné ce sujet dans son Traité du mouvement des Eaux j et il suit de ses expériences que, pour obtenir un jet très élevé, le canal de conduite EF doit être beaucoup plus large que l’orifice H; on garnit cet orifice d’un ajutage ou petit tuyau conique ou cylindrique, percé d’un trou rond, égal et poli, dont l’ouverture soit suffisante pour que le frottement du liquide contre ses boi'ds n’en ralentisse pas sensiblemènt la vitesse ; on agrandit l’orifice à mesure que le niveau acquiert plus de hauteur, parce que le mouvement devient plus rapide. C’est ainsi que pour un réservoir où le niveau s’élève de 52 pieds, on doit prendre un tuyau conique d’environ 3 pouces de diamètre, et un ajutage de 6 lignes d’ouverture, pour que le jet perde moins de vitesse.
- On dirige l’ajutage à volonté pour lancer le jet où on vent-mais il ne faut pas que cette direction soit rigoureusement verticale , parce que les gouttes d’eau qui retombent après selrc
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- élevées à toute leur hauteur , rencontrant la colonne ascendante, la choqueraient de toute la vitesse de leur chute, et diminueraient la rapidité du jet, et par conséquent sa hauteur.
- Du reste, cette élévation des jets d’eau n’atteint jamais au niveau du réservoir : la différence est d’autant plus considérable que cette hauteur est plus grande, parce que la résistance de l’air croît comme les carrés des vitesses. La règle que donne Mariotte pour calculer cette perte de hauteur revient à celle-ci : If excès de la hauteur de l’eau dans le réservoir j sur celle du jet j est le carré du dixième de l’élévation du jet j exprimée en mètres : ce serait seulement le tiers de ce carré qu'il faudrait prendre , si la hauteur du jet était donnée en pieds. Par exemple, un jet a 20 mètres de haut-, comme le carré de 2 est 4, il s’ensuit que l’eau du réservoir est plus élevée. de 4 mètres que le jet, c’est-à-dire que le niveau est à 24 mètres au-dessus de l’orifice. Pour un jet de 60 pieds, le carré de 6 est 36, dont le tiers 12 indique que l’eau du réservoir est à 72 pieds de hauteur (1).
- Réciproquement j voulez-vous conclure la hauteur du jet de celle du niveau ; ajoutez 25 mètres à l’élévation de ce niveau, exprimée en mètres, prenez la racine carrée de la somme, et retranchez-en 5 ; dix fois cette différence sera le nombre de mètres de la hauteur du jet. Ainsi, le niveau du réservoir, au-dessus de l’orifice , étant 11 mètres ; comme 11 et a5 font 36, dont la racine est 6, en ôtant 5, le reste est 1 ; enfin, décuplant, oa trouve que le jet s’élèvera à 10 mètres.
- Quant à la dépense d’eau, nous examinerons cette question au mot écoulement , parce qu’elle exige quelques développemens théoriques.
- (0 L’expression algébrique de ce théorème est m "‘êtres... à = hy, h ~ 10 [\/ 2D -h H — 5),
- 01 P"5*.....A = 3 (jh hY’ h==3° (V/"a5 -f-jlï —5).
- 4 rat ici l’excès de ta hauteur H du niveau dans le réservoir, sur celle h à la-pclle s clerc le jet d’eau. V. Algèeue.
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- L’emploi des ajutages dans la construction des cascades, lorsqu’il est fait avec art, produit des effets qui, par leurs dispositions mutuelles, excitent la surprise et l’admiration. Voici les principaux résultats qu’on en obtient.
- La gerbe est un faisceau de plusieurs jets, qu’on fait jaillir d’ajutages très rapprochés et soudés sur une même platine. Ces ajutages sont quelquefois alongés en fente, ou taillés en couronne, ou en losange, ou percés de trous ronds, disposés en zone. Les jets se dirigent à peu près verticalement.
- Le berceau est une gerbe dont les ajutages, disposés en cercle, lancent leurs jets obliquement; ce qui forme une voûte circulaire, sous laquelle on pourrait passer sans être mouillé.
- La girande ou girandole est une espèce de gerbe qui s’élève avec impétuosité : l’air qui s’écoule avec l’eau dans le canal de conduite , en jaillissant à travers ce liquide, an passage de l’orifice, imite le bruit du tonnerre; l’eau, fouettée par cette action, blanchit d’écunre et retombe sous forme de neige mêlée de pluie. On fait un plus fréquent usage des girandoles dans la cascades d’Italie , que dans celles de France.
- Le bouillon est formé de jets qui s’élèvent à peu de hauteur, en imitant une source vive et abondante. L’eau s’écoule ensuite dans des rigoles, et passe d’un bassin dansl’autre.
- Le champignon est un bouillon qui, sortant de sa tige, tombe dans une coupe plate, supportée par un pied en forme de gros balustre; l’eau reçue; dans cette coupe en sort tout autour et tombe en nappe.
- La pyramide est formée de plusieurs coupes, placées chacune au-dessus et au centre d’une autre , en diminuant graduellement de diamètre. Le champignon qui s’élève de la coupe supérieure laisse retomber son eau dans celles de dessous, en formant autant de nappes successives, jusque dans le bassin d’en bas.
- La souche est un ajutage qui ; s’élève du milieu d’un bassin: on le fait de même diamètre que le tuyau de conduite, sur lequel on le soude avec du plomb. Il est terminé par un autre ajutagejde cuivre soudé, qui se dévisse pour pouvoir enlever les ordures.
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- Le globe est un ajutage sphérique percé d’une multitude de petits trous, et porté sur un canal vertical plus ou moins élevé, qui s’adapte sur la conduite. L’eau s’élance par tous les trous, et ensuit la direction; ce qui forme un globe d’eau.
- Le cône est un ajutage conique percé de trous à sa surface, et principalement sur toute la circonférence de la base ; cette base seule n’est pas percée. On adapte ce cône, le sommet en bas, au bout d’un tuyau vertical ; la pointe laisse pénétrer librement l’eau dans le cône : le liquide en sort sous la forme d’une demi-sphère.
- On peut aussi remplacer le cône ou le globe sur sa tige par un disque qui imite un soleil et même faire tourner ce soleil sur un axe.
- On a beaucoup varié les diverses combinaisons de forme, et la force et la grosseur des jets, ainsi que leur élévation. Ces jeux, embellis de marbres, de sculptures, de bronzes, et des beautés naturelles du paysage, font une partie des agrémens de plusieurs parcs, tels que ceux de Versailles et de Saint-Cloud, dont la vue en apprend plus , sur cette matière, que ne le ferait une plus ample description. On admire surtout, à Saint-Cloud, le grand jetj qui s’élève à une prodigieuse hauteur verticale. Fr.
- ALAMBIC. ( Technologie ). Vase de cuivre étainé ou d’étain, et quelquefois de verre, dont on se sert pour distiller les liquides et les substances volatiles que contiennent certains solides. ( V. Distillation. )
- Les alambics sont ordinairement formés de trois pièces distinctes ; la chaudière ou cucurbite, le chapiteau et le réfrigérant. En décrivant un de ces instrumens dont la forme est regardée comme la meilleure, nous ferons connaître ces trois pièces.
- La chaudière A (fig. 1, pl. II ) est une espèce de chaudron, dont la forme est celle d’un cône tronqué renversé, qu’on enfonce dans un fourneau en briques jusqu’au rebord B, B, qui r«pose sur le fourneau. Cette chaudière a une gorge C, C, qui en rétrécit un peu l’orifice. Sur la gorge sont placées la douille ® et le» deux anses E, E. Elle doit être solidement étamée en dedans. ( V. Etama,oe. )
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- Le chapiteau j fig. 2 „ est, à proprement parler, le couvercle de la chaudière, et est construit en étain , ou en cuivre étamé. Il a la forme d’un cylindre terminé par une calotte sphérique. FGIII est la partie cylindrique, qui porte au-dessous une gorge a a 3 qui entre juste dans l’ouverture de la chaudière CC , 11g. î. La calotte sphérique qui termine la partie supérieure du chapiteau est soudée en hh, un peu au-dessous du hord supérieur du cylindre, pour l’usage que nous indique-îons plus bas. Au centre de cette calotte est une douille K. Sur le côté du cylindre est soudé un gros tuyau L, L, légèrement conique, qu’on nomme bec du chapiteau.
- Lorsqu’on a introduit les substances à distiller dans la chaudière A, on place le chapiteau , et après l’avoir bien assujetti, soit en lutant les deux orifices ensemble, soit par des moyens inventés depuis peu, et que nous décrirons dans un instant, on fait feu dans le fourneau. Alors, par l’action du calorique, les substances s’élèvent en vapeur dans le chapiteau, et sortiraient dans cet état par l’extrémité L de son bec, se répandraient sous cette forme dans l’atmosphère, et seraient perdues. Comme on ne soumet ces substances à la distillation que dans la vue de les conserver , on a imaginé une troisième pièce, dans laquelle les vapeurs se condensent en se refroidissant; et par cette raison -on l’a nommée réfrigérant? ou condenseur.
- La forme du réfrigérant ou condenseur a beaucoup varié; d’abord on a employé un long tube conique plongé dans une hache pleine d’eau froide A, B, fig. 3; le tube C, B, s’ajuste par son bout C avec le bec du chapiteau I., fig. 2, auquel il est bien luté : les vapeurs 'chaudes entrent dans ce tuyau, mais, rencontrant une atmosphère plus froide que d’abord, elles s'y condensent et se refroidissent de plus en plus, en suivant la direction du tube C, B, légèrement incliné; de sorte que lorsque le liquide est arrivé à l’extrémité D, où il entre dans le récipient, il est descendu à la température de l’atmosphère, et n’est pas sujet à se volatiliser. L’on a soin d’entretenir l’eau de la hache le plus froide possible, en faisant entrer de l’eau fraîche par le bas, et faisant sortir, par un tuyau de trop
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- plein, l’eau cliaude, qui occupe toujours la partie la plus élevée.
- Cette disposition exigeait une bâche très longue, qui occupait un grand espace, que les distillateurs n’avaient pas toujours à leur disposition. Glauher imagina, en i65o, de contourner ce tube en hélice, dont les pas étaient distans l’un de l’autre de trois ponces environ; il enferma ce nouvel appareil daos une futaille, et parvint, par ce moyen, à se procurer un tube très long , qui occupait peu d’espace, et qui remplissait, jusqu’à un certain point, les conditions requises. Il donna à cet appareil le nom. de serpentin. On en voit la disposition indiquée par la fjg. 4 ; A, B, C, D représente la cuve; E, E, E, E, le serpentin ; F, l’orifice supérieur qui s’ajuste avec le bec du chapiteau; G, l’orifice inférieur qui verse dans le récipient la liqueur condensée; H, le robinet par lequel on vide entièrement l’eau contenue dans la cuve; I, l’entonnoir par-lequel on fait entrer continuellement de l’eau froide, qui est fournie par on réservoir supérieur. Cette eau eutre par la partie inférieure de la cuve; elle chasse, par le trop plein K, l’eau chaude qui occupe la partie supérieure, et qui s’échappe hors de l’atelier. C’est le réfrigérant qui est le plus généralement adopté ; on l’a modifié de mille manières, soit en faisant le tube très large et l’aplatissant comme une lentille, soit en donnant au tuvau une forme conique , de manière que dans les hélices supérieures le diamètre du tuyau est très grand, et très petit dans les hélices inférieures; mais cette construction est devenue très dispendieuse.
- Le serpentin présente plusieurs inconvéniens, et principalement celui de ne pouvoir pas être facilement nettoyé, lorsqu’on a distillé des substances odorantes. Plusieurs chimistes, parmi lesquels nous distinguerons M. le baron de Gedda, se sont occupés de perfectionner cet instrument. 11 emploie deux cônes tronqués renversés, ajustés l’un dans l’autre et réunis par les deux bouts. Dans la partie inférieure, ces deux cônes sont éloi-?nés d’un pouce l’un de l’autre, et de quatre pouces dans la partie supérieure, comme on le voit dans la fig. 5. A, A, A, A,
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- cône extérieur; B, B, B, B, cône intérieur, laissant entre eux un intervalle fermé en haut et en bas par des anneaux soudés aux cônes. C’est dans cet espace, qui est quatre fois plus large en haut qu’en bas, que s’opère la condensation des vapeurs. Le cône intérieur étant tronqué laisse passer l’eau du réfrigérant laquelle, frappant en même temps et la surface intérieure et la surface extérieure du condenseur conique, refroidit très promptement la liqueur. Le diamètre supérieur du cône extérieur est égal à une fois et trois quarts son diamètre inferieur. La hauteur des cônes est égale à deux fois et demie le grand diamètre du cône extérieur. Le petit diamètre du cône intérieur est égal aux quatre septièmes du cône extérieur, et le grand diamètre du cône intérieur est les sept dixièmes du grand diamètre du cône extérieur. Ainsi, dans les plus grands condenseurs , qui ont environ six pieds de hauteur, et servent pour des alambics d environ cent pieds cubes de contenu, l’intervalle en bas n’est que d’un pouce et demi, tandis que l’espace supérieur est de cinq pouces environ. Les condenseurs de moindre dimension sont établis d’après ces proportions.
- C, anneau qui ferme l’intervalle en haut, et qu’on fait comme un couvercle de boîte, afin de l’enlever lorsqu’on veut nettoyer le condenseur ; ce qui se fait aisément à l’aide d’un balai.
- D, anneau ou rebord qui ferme l’espace intérieur. Cet anneau est soudé aux deux cônes; il est incliné vers l’orifice H, qui porte le liquide dans le récipient.
- E, E, espace entre les cônes, où se fait la condensation dès vapeurs.
- F, espace ouvert dans le cône intérieur, où passent les eaux du réfrigérant, pour refroidir la partie interne du condenseur.
- G, tube qui reçoit le bec du chapiteau, et par lequel les vapeurs passent de l’alambic dans le condenseur.
- 1,1, pieds du condenseur : il y en a trois.
- K, K, K, K, grande cuve ou réfrigérant rempli d’eau froide, pour opérer la condensation.
- On a imaginé depuis peu un genre de condenseur aussi
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- Commode que celui de M. Gedda, et qui est tien moins dispendieux. Ce sont trois tubes , ÀB,GD, EF (fig. 6), cylindriques.) d’un mètre de long chacun, soudés l’un avec l’autre, comme l’indique la figure, et se communiquant sans interruption , comme nous allons l’expliquer. Le tube AB a un diamètre au moins égal à celui du chapiteau; il est conique du côté A, pour recevoir le bec avec lequel on le lute. Par l’autre extrémité B, il est soudé avec l’extrémité D du tube CD, en bec de flûte. Ces deux parties réunies sont soudées à un bout de tuyau cylindrique en cuivre G, qui porte un pas de vis extérieur. Ce tuyau est fermé par une boîte ou couvercle H, qui porte intérieurement une vis qui s’ajuste bien avec la vis du tuyau G. On place un cuir entre cette boîte et l’embase du tuyau G , afin de fermer hermétiquement ces deux tuyaux à ta fois. Les deux tubes CD, EF, sont ajustés de même. Tout l’appareil est soudé aux points A, G, I, F, delà baclie LM, que l’on remplit d’eau froide et que l’on renouvelle pendant la distillation, comme nous l’avons indiqué plus baut.
- Le mécanisme de cet appareil est facile à concevoir : les vapeurs entrent dans le gros tube AB ; là elles se condensent ; la liqueur coule lentement dans le tube DC, qui est peu incliné; de là dans le tube EF ; et comme elle est continuellement en contact avec de l’eau froide, elle est bientôt portée à la température de l’atmospbère, et tombe dans le récipient par le tuyau F. Si l’on craignait qu’un trajet de deux mètres ne fût pas assez long pour refroidir entièrement la liqueur, on pourrait ajouter un on deux tubes de plus, en employant des obturateurs semblables à ceux que nous avons décrits.
- La bâche LM n’a pas besoin d’une grande largeur : en supposant trois pouces de diamètre au gros tube AB, sept à huit pouces sont suffisans, puisque l’eau se renouvelle continuellement. Cette bacbe est construite en cuivre ou en zinc, et les tuyaux y sont soudés après. Cette disposition des tuyaux donne la facilité de les nettoyer à volonté, lorsqu’on a distillé des substances aromatiques. On dévisse les obturateurs H et I, et, à l’aide d’une brosse en crin et de l’eau, on frotte l’intérieur des-Tome T. 16
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- tuyaux jusqu’à ce que toute l’odeur soit dissipée. On place au bas de la bâche, et dans l’endroit le plus convenable, un robinet pour faire-évacua: toute l’eau lorsque la distillation est terminée.
- Le bain-marie. Il arrive souvent que l’on a à distiller des substances très volatiles, ou que l’on ne peut soumettre qu’à un degré de chaleur inférieur à celui de l’eau bouillante; alors on ajoute à Palambic que nous venons de décrire une quatrième pièce qu’on nomme bain-marie. C’est un vase cylindrique A (fig. 7) en étain, qui entre juste dans l’orificè C, C, de la -chaudière (fig. 1 ) et repose sur le collet N, N, de manière que son fond n’atteint pas celui de la chaudière. On l’introduit et -on l’enlève par les deux anses O, O. La gorge a , a > du chapiteau entre juste dans le bain-marie comme dans la chaudière, de sorte -qu’on peut distiller indifféremment avec ou sans le bain-marie.
- Lorsqu’on distille au bain-marie, on place dans ce vase les -substances à distiller, et après avoir introduit cette pièce dans la chaudière on la couvre du chapiteau et l’on introduit par la -douille D (fig. 1) de l’eau dans la chaudière. Nous avons fait observer que la partie supérieure du chapiteau est creuse extérieurement; on remplit cet espace de charbon pilé peu conducteur du calorique, pour empêcher que les vapeurs ne se condensent dans cette partie et ne retombent dans la cucurbite.
- La forme de l’alambic que nous venons de décrire est la plus parfaite que l’on connaisse; elle diffère à beaucoup d’égards des alambics anciens, dont nous ne parlerons pas, puisque l’usage en -est abandonné depuis long-temps, et que nous les avons décrits -dans le tom. Ier de VArt -du distillateur des eaux-de-vie et •-des esprits.
- En 1801, Edouard Adam conçut, à Nîmes, l’heureuse idée -d’appliquer, en .grand, à la distillation des vins l’appareil chimique connu sous le nom de Woulf, et changea totalement les procédés de l’art usités jusqu’à ce jour. Il substitua aux flacons (en cristal {V. Amjabeil de Wouu?) dont se forme cet •appareil, une suite de vases en cuivre en forme d’œufs, qu’il remplit de vin jusqu’à la moitié environ de leur hauteur. La
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- chaudière, aux trois quarts pleine de Vin, est seule exposée, dans un fourneau, à l’action directe du calorique-, les Tapeurs sont portées dans le premier œuf par un tube plongeur qui se termine en tête d’arrosoir percé d’une infinité de trous. Les vapeurs bouillantes mettent bientôt en ébullition la masse de vin contenue dans ce premier œuf; il s’en élève de nouvelles dans ce vase, qui passent dans le second par un tube plongeur semblable au premier, et de là dans un troisième, etc. Les vapeurs , eu sortant du dernier œuf, sont portées par un tube dans le premier serpentin immergé dans du vin, et de celui-ci dans un second serpentin inférieur immergé dans de l’eau. Il parvint par là à extraire, par une seule chauffe, de l’alcool à 34 et à 36 degrés de l’aréomètre de Baumé.
- Le grand avantage de cet appareil consiste, i°. à chauffer par la vapeur une très grande masse de vin contenue dans des vases contigus à la chaudière, qui seule est exposée à l’action directe de la chaleur ; 2°. à mettre à profit tout le calorique en lui faisant échauffer le vin contenu dans la cuve qui renferme le premier serpentin, après avoir échauffé tout celui qui est dans les œufs. Par ce moyen il condense les vapeurs par le secours du vin, au lieu de l’eau qu’on employait avant lui ; et ce vin échauffé sert à remplir la chaudière dans une chauffe subséquente, après avoir ôté la vinasse, ce qui économise et le temps et le combustible.
- Cet appareil fut d’abord adopté par tous les distillateurs du midi de la France, mais on ne tarda pas à en reconnaître les défauts, qui le firent abandonner par tous ceux qui les surent apprécier. L’on s’aperçut que l’énorme pression qu’exerçaient les vapeurs sur les parois de la chaudière, et qui est d’autant plus forte qu’il y a une plus grande quantité d’œufs, obligeait à employer, pour la construction, du cuivre très épais, et que malgré cette précaution on voyait, vers la fin de l’opération, l’appareil s’ébranler, les soudures se déchirer j et Von était menacé d’un accident fâcheux (î).
- (0 Ce sont les expressions employées par M. Et. Be'rard, chimiste distingué
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- Quoi qu’il en soit, il n’est pas moins vrai que c’est à Edouard Adam que l’on doit l’heureuse révolution qui s’est opérée dans -l’art du distillateur, et qu’il a rendu un très grand service à l’art de fabriquer avec économie et célérité les eaux-de-vie , par l’application d’un appareil dont l’invention est due à J. Rodolphe Glaubert (i), et dont Woulf s’empara. Adam n’avait certainement pas lu l’ouvrage du chimiste allemand; mais il connaissait l’appareil anglais, et l’on ne peut pas lui disputer le mérité d’en avoir fait une heureuse application.
- Peu de temps après, la gloire de cette invention fut disputée à Adam par Laurent Solimani, professeur de physique et de chimie à-1’école centrale du département du Gard, qui prétendit que c’était lui qui en avait donné l’idée à Adam. Nous ne nous occuperons pas de cette discussion qui est étrangère à notre sujet, et nous nous bornerons à parler de l’ingénieux appareil imaginé par Solimani, qui se fit breveter vingt-trois jours après Adam, et que nous regarderons comme le type .de tous les appareils qui, en se basant sur des principes différens de ceux •d’Adam, ont été inventés pour obtenir d’une seule chauffe l’alcool à tous les degrés de spirituosité qu’on désire.
- Le célèbre Lavoisier avait prouvé que l’alcool entre en
- - ébullition à la température d’environ 60 degrés ( Réaumur ), selon sa plus ou moins grande pureté; tandis que l’eau ne bout -qu’à 80 degrés de la même échelle. Solimani fut le premier qui conçut que si, au sortir du bec de l’alambic, il parvenait à forcer les vapeurs du vin, en ébullition, à| parcourir lentement,
- - et en s’élevant, un espace tortueux plongé dans une atmosphère de 60 à 70 degrés de température, selon le degré de spirituosité qu’on veut avoir; dans ce long trajet,les vapeurs, qui sont un -mélange d’eau et d’alcool, descendraient à la même température, et qu’il se ferait, dans l’appareil même, une véritable
- de Montpellier, dans son -rapport, comme expert, dans le fameux procès des frères Adam, pag. 18.
- (1) Descriptio Artis distillatoriæ novæ. Edition d’Amsterdam , chez Jesr. Jausserif i65t.
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- analyse. Il conçut que les Tapeurs aqueuses, en se condetïsant*. retomberaient en liqueur dans la chaudière, tandis que les vapeurs alcooliques continueraient à s’élever jusqu’à, ce que, arrivées au haut de l’appareil, elles entreraient seules dans le réfrigérant, où elles se condenseraient en descendant dans le récipient par une route longue et semblablement tortueuse. Ce principe était incontestable , et l’expérience le confirma.
- L’appareil construit, d’après ce principe,.par Curandau est beaucoup moins compliqué que celui de Solimanî, que nous avons décrit, avec une planche très détaillée, dans le tom. II de notre jLrt du Distillateur des eaux-de-vie et des esprits. Il nous paraît le plus propre, par sa simplicité et sa facile exécution, à faire connaître le nouveau système qu’ont adopté tous les distillateurs qui ont opéré avant et après lui. Nous en exceptons cependant l’appareil d’Adam, qui est fondé sur d’autres principes que nous développerons au mot Distillation.
- Explication de la fig. 8. A, fourneau avec son alambic surmonté de son chapiteau, tels que nous les avons déjà décrits îg. i et 2.
- B, hache en cuivre ou en bois contenant un serpentin ascendant ajusté avec le bec du chapiteau par son orifice inférieur C. Ce bec a une direction de bas en haut, c’est-à-dire, en sens inverse du chapiteau décrit fig. 2.
- D, orifice supérieur du premier serpentin, qui s’ajuste avec rôrifice supérieur du second contenu dans la hache E. L’orifice inférieur de ce second serpentin s’ajuste avec l’orifice supérieur du troisième serpentin renfermé dans la hache F, et son orifice inférieur G verse les produits de la distillation dans le récipient ou bassiot H.
- La première hache B contient de l’eau que l’on doit entretenir a une chaleur de 65 à 70 degrés. Un bassin supérieur, qui n’est point décrit dans la figure,, fournit de l’eau, froide lorsque cela est nécessaire, c’èst-à-dire, lorsque l’eau de la hache acquiert une température trop élevée par le passage des vapeurs dans le serpentin. Cette eau entre par le tuyau I, qui la porte vers,
- partie inférieure et extérieure de la hache: on eu règle l’iutro-
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- duction par le robinet J. L’eau chaude de la bâche, lorsqu’elle est chassée par la nouvelle eau froide, s’échappe par le tuyau de trop plein K., qui la conduit jusque sur le sol de l’atelier, et est portée au dehors par des canaux disposés pour cet effet. Les vapeurs qui se condensent dans le serpentin de la même bâche B sont ramenées continuellement dans la chaudière par le tube inférieur qui s’ajuste avec le bec du chapiteau.
- Gomme il est avantageux de tirer parti de la chaleur que conserve l’alcool en sortant du premier serpentin, la bâche E est remplie de vin froid qui est fourni par un réservoir supérieur qui n’est pas tracé dans la figure. Ce vin s’échauffe pendant la distillation et sert à charger l’alambic lorsque la chauffe est terminée. Par cette raison on place le fond de cette bâche au-dessus du niveau de la partie supérieure de la chaudière , afin de pouvoir la vider en entier par le bas lorsque cela est nécessaire Dans ce cas, on ajuste un tuyau au bout du robinet L, qui porte le vin dans la douille S. Cette opération n’a lieu que lorsque c’est la dernière distillation qu’on veut faire Dans une suite de chauffes successives, il importe de remplir la chaudière avec le vin le plus chaud ; et comme ce vin occupe la partie supérieure de la bâche, on fait entrer le vin froid dans la bâche par le tube M, qui le porte dans sa partie inférieure; le vin chaud est repoussé vers le tuyau de trop plein N et est versé dans la chaudière par ce même tuyau, qui porte un robinet que l’on ferme pendant tout le temps de la distillation et qu’on n’ouvre que lorsqu’on veut remplir la chaudière.
- Le vin contenu dans la bâche E s’échauffe et fournit des vapeurs alcooliques : pour ne pas les laisser perdre, on couvre la hache d’un chapiteau O semblable à celui de la chaudière; son bec porte dans le serpentin de la bâche B, par le tuyau P, soit les vapeurs, soit la liqueur qui en provient, et la partie qui se condense tombe dans la chaudière.
- Les vapeurs alcooliques se condensent dans cette bâche E, mais le liquide ne s’y refroidit pas suffisamment pour lui faire perdre tout le calorique qu’il a acquis dans la distillation ;
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- îe-fait passer dans le serpentin contenu dans là troisième hache F;, qui est pleine d’eau froide, qu’on renouvelle à tout instant pan les moyens- que nous avons déjà indiqués.
- Q, robinet de décharge pour vider la chaudière aussitôt que* la- chauffe est terminée.
- R, R, tuyaux, cylindriques ouverts par les deux bouts et communiquant librement avec l’air extérieur. Cès tuyaux sont fixés intérieurement autour de la bâche ea> plus ou moins grande quantité-,, ils sont destinés à établir un courant d’air froid qui tend à refroidir l’eau de cette bâche. Cette ingénieuse invention est due à Cürandau; elle est fondée sur ce que la partie supérieure de l’eau de cette bâche étant chaude,.elle échauffe le tuyau et l’air qu’il contient; cet air devenant-plus léger-que l’air extérieur, il s’établit un courant d’air frais, qui tend à abaisser la température de l’eau de la bâche. Ces tuyaux peuvent être mul-Çîpliés autant quon le-juge convenable.
- Dans les articles Distillateur, Distillation; , nous ferons connaître l’ingénieux régulateur de Solimani, et nous indiquerons la manière de conduire lès nouveaux appareils de distillation afin d’èn obtenir à volonté le degré de spirituosité que l’on désire- En- parlant de la distillation continue, nous décrirons ^appareil inventé par M» Gellier-Blumenthal,.perfectionné par. M. Charlès Verosne.
- Il nous reste à. parler des moyens que l’on emploie pour réunir les diverses-pièces qui composent les-appareils de distillation , afin d’en fermer hermétiquement tous- les orifices ; car il importe de ne laisser aucune autre issue aux vapeurs que celles que-leur présentent intérieurement toutes les parties de l’appareil.
- Fermeture dis grandis, ouvertures. On avait jusqu’ici fermé-les grandes ouvertures, telles que l’orifice de la chaudière avec son chapiteau:, soit par deux forts plateaux circulaires en fer,., dont l’im était placé sous le bord de la chaudière, et l’autre sur le bord supérieur du chapiteau. Chacun de ces plateaux, était percé d’un pareil nombre de trous, et des boulons à vis tendaient à les rapprocher, et par conséquent à empêcher toute-
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- issue de vapeurs, après avoir introduit des bandes de carton mou entre les jointures. Ce carton, fortement comprimé par les plaques de fer, empêchait toutes les issues. Ce moyen, quoique bon, faisait perdre trop de temps lorsqu’on avait besoin de visiter l’intérieur de la chaudière; on y substitua des grilles très ingénieuses, qui pressaient partiellement tout le tour des pièces à retenir, et ce moyen fut long-temps préféré au précédent.
- AL Moulfarine, demeurant à Paris, vient d’inventér un nouveau mode de fermeture qui présente tout à la fois sûreté et diligence. C’est un cercle A, B (fîg. 9) formé de deux pièces et d’une vis. Ce cercle, dont on voit la coupe en G ( fig. ro), est à charnière au point C ; il doit embrasser exactement les bords de la chaudière et de son chapiteau réunis : on le serre par la vis D, c’est-à-dire que cette vis tend à rapprocher les deux oreilles E, F. On voit en H et en I une coupe du bord de la chaudière et du chapiteau, que l’on façonne exactement sur le tour de manière à présenter ensemble la forme d’un angle saillant de go degrés environ. La coupe G du cercle présente un angle semblable, mais rentrant ; de sorte que plus l’on ferme le cercle, et plus il appuie avec force sur les deux parties qu’il s’agit de tenir fermées et à la désunion desquelles il s’oppose. Quoique l’auteur prétende qu’il est inutile de mettre du carton entre les deux pièces, il est plus sûr de ne pas s’en abstenir. Toutes les grandes ouvertures peuvent être fixées de même.
- Ajustage des tubes. Avant l’invention des nouveaux appareils; on se contentait de luter les tubes entre eux, ce qui n’était pas toujours commode, et ne présentaitpas, au moins constamment, en grand, beaucoup de sûreté. Dans les nouveaux appareils', ou imagina des plaques de fer avec des vis, analogues à celles que nous avons décrites plus haut ; mais on y a suppléé par des ajustages en cuivre plus commodes et plus sûrs.
- Ces ajustages, qu’on nomme nœuds sont formés de trois pièces A, B, C (fig. 11). La pièce A porte un collet a j a, sur lequel on place un anneau de cuir; la partie bb, est taillée en vis; elle est creusée en. c, c, pour recevoir juste la gorge dj d, de la pièce B. Celte pièce porte un collet s, e, sur lequel vient
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- appuver la partie pleine gj gs de la pièce C, lorsque la vis intérieure f, f> est placée sur la vis extérieure h 3 b . qui fixe la pièce intermédiaire B d’une manière inébranlable. L’un des tubes à ajuster est soudé intérieurement dans la pièce A, en m_, m; l’autre tube est soudé de même à la pièce B, en tij n, et l’anneau C coule librement sur ce dernier tube. Lorsque les deux tubes sont rapprochés de manière que la gorge d entre dans la rainure c, on visse l’anneau C, en le tournant à la main par son double goudron E, E, et les deux tuyaux sont ajustés de la manière la plus solide.
- La fig. 12 montre le nœud tout monté avec des bouts de tube soudés aux deux extrémités du nœud, vus par arrachement.
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- ALBATRE, s. m. Pierre ordinairement blanche et assez tendre pour être rayée par le fer ; il y en a de deux sortes ; l’albâtre gypseux, qui n’est qu’un sulfate de chaux naturel; et l'albâtre calcaire, qui est un carbonate de chaux. L’albâtre oriental est toujours de cette dernière espèce, et il est le plus estimé, parce qu’il est agréablement nuancé de couleurs vives par zones jaune de miel, jaune brun , rougeâtre, etc. ; il est en outre susceptible de recevoir un polq brillant.
- La finesse du grain de l'albâtre, l’homogénéité de sa pâte, le beau et doux poli qu’il reçoit, sa demi-transparence, sont des qualités qui le rendent très précieux pour la sculpture et pour la fabrication de toutes sortes de vases d’ornement.
- L’albâtre n’est autre chose que le dépôt d’un blanc jaunâtre que donnent certaines fontaines. La source la plus célèbre dans ce genre est celle des bains Saint-Philippe,enToscane. L’eau de cette source presque bouillante coule sur une masse énorme de stalactites qu’elle a formée , et, selon M. Alexandre Brongniard, la chaux carbonatée paraît y être tenue en dissolution par du gaz hydrogène sulfuré, qui se dégage dès que l’eau a le contact de lair. On a tiré parti de cette propriété d’abord pour faire des bas-reliefs qui sont d’un très beau blanc et d’une assez grande ourelé; on se sert de moules de soufre qu’on place tics obliquement contre les parois de plusieurs cuves de bois ouvertes
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- par leurs deux fonds. Ces cuves sont surmontées à leur ouverture supérieure d’une croix de bois assez large. L’eau de la source, après avoir déposé hors de l’atelier du moulage le sédiment le plus grossier, est amenée au-dessus des croix de bois: elle s’y divise en tombant, et dépose dans les moules un sédiment calcaire d’autant plus fin que la position de ces moules, approche davantage de la verticale. Il faut de un à quatre mois pour terminer ces bas-reliefs, selon l’épaisseur qu’on leur donne. Par des procédés analogues on est parvenu à mouler des vases, des figures et autres objets en reliefs de toute forme,, qu’on n’a plus ensuite qu’à réparer et à polir lorsqu’on les a sortis des moules. L.
- ALBUMINE. L'albumine est un produit immédiat qui se trouve répandu en très grande abondance dans l’économie animale, et qui forme la base essentielle de plusieurs liquides animaux , tels, par exemple, que le blanc d’œuf, le sérum du= sang, le chyle, la synovie, etc. Comme cette substance ne fait l’objet spécial d’aucune fabrication, mais qu’elle est seulement de quelqu’utilité dans certains arts, nous n’aurons ici que fort peu de choses à en dire. Parmi toutes les propriétés dont elle jouit, nous ne citerons que celles qui ont quelque trait à ses usages.
- L’albumine se dissout très bien dans l’eau froide •, mais la chaleur et les acides la coagulent et la modifient tellement, quelle devient tout-à-fait insoluble dans ce même véhicule.Elle est d’ailleurs susceptible, comme les autres substances animales, de se combiner avec certaines matières astringentes et tannantes, et de former avec elles des composés insolubles et imputrescibles. L’alcool la sépare aussi de ses dissolutions, quand elles ne sont pas trop étendues.
- L’énoncé de ces seuls caractères suffit pour faire concevoir de quelle manière elle agit dans les diverses circonstances ou on l’emploie, et particulièrement dans les clarifications.
- Lorsqu’il s’agit de clarifier un liquide qui ne contient aucun principe susceptible de se combiner avec l’albumine et de la rendre insoluble, on a recours alors à l’action de la chaleur;
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- et pour que l’albumine agisse plus uniformément, on la délaie d’abord avec une certaine quantité d’eau ou du liquide à clarifier; puis on ajoute cette dissolution à tout le reste de la liqueur, et l’on soumet à l'ébullition- Il est certain, d’après ce que nous avons dit, que l’albumine se coagulera par l’augmentation de température, et que, comme elle est également répartie dans toute la masse du liquide, en se contractant elle entraînera dans sa séparation toutes les molécules insolubles qui, en raison de leur ténuité extrême, se maintenaient en suspension dans le liquide; ces molécules très déliées deviendront plus volumineuses par l’addition de l’albumine, et ne seront plus capables, par cela même, de passer au travers des tissus qui auparavant les laissaient échapper.
- Le même effet se produit, mais par un autre motif, dans les clarifications à froid par l’albumine. Le vin, par exemple, contient une substance tannante et des acides à l’état de liberté. L’albumine qu’on y délaie se combine à ces principes et se concrète; mais, en se séparant du reste du liquide, elle entraîne également toutes les matières en suspension, leur donne plus de densité, et détermine nécessairement leur précipitation. Ainsi, un vin clarifié a perdu sensiblement de son âpreté et de son acidité, il s’est même dépouillé d’une portion de la matière colorante qui s’est fixée sur l’albumine.
- La viscosité de l’albumine la rend utile aussi sous quelques antres rapports. Les confiseurs, les pâtissiers, etc., s’en servent pour donner plus de légèreté ou plus de blancheur à certaines pâtes. Ils la réduisent en mousse excessivement blanche, en la battant vivement avec de petits balais ou fouets. Ils y incorporent ainsi une grande quantité d’air, qui s’y maintient enveloppé par l’albumine. Cette mousse, mélangée avec des pâtes et battue avec elles, leur communique de la légèreté, en y introduisant tout l’air qu’elle contient; elle leur donne aussi de la blancheur, en divisant davantage leurs molécules.
- four toutes les clarifications faites en petit, on se sert de l’albumine de l’œuf; mais lorsqu’il s’agit d’opérer sur de grandes toasses, comme cela a lieu dans les raffineries, on emploie le
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- sérum du sang de bœuf, quand on peut se le procurer très frais, car autrement il pourrait communiquer au sucre un goût désagréable.
- Enfin, on se sert aussi de l’albumine comme d’un excellent agglutinatif. Dans les laboratoires, on recouvre souvent les luts des appareils avec de petites bandelettes de linge imprégnées d’un mélange de chaux vive en poudre et de blanc d’œuf. Cette sorte de mastic rend les luts imperméables aux gaz les plus subtils. C’est une préparation analogue qu’on emploie pour recoller la porcelaine et le verre. R,
- ALCALI. Cette expression a d’abord été employée par les Arabes pour désigner Je résidu de l’incinération d’ane plante à laquelle ils donnaient le nom de kali ; ce nom, joint à l’article al j formait le mot alkali, dont nous avons changé l’orthographe depuis quelques années. Le hctli et autres espèces du genre salsola j contiennent, parmi les produits de leur combustion, une quantité plus ou moins considérable de soude, à l’état de sous-carbonate ; c’est donc à la soude seulement que les anciens donnaient le nom d’alcali. On a compris ensuite sous cette dénomination plusieurs substances qui jouissaient de propriétés analogues, et on a long-temps distingué trois espèces d’alcali: l’alcali minéral; c’était la soude, ainsi appelée parce qu’on présumait qu’elle seule pouvait entrer dans la composition de quelques minéraux; et, par opposition, on nomma la potasse alcali végétal, pour indiquer, sinon qu’elle se trouvait exclusivement dans ces êtres organisés, du moins qu’elle s’y rencontrait plus abondamment que les autres espèces d’alcalis: enfin, pour que chacun des trois règnes de la nature eût son alcali particulier , l’ammoniaque portait .alors le nom d’alcali animal: celui-ci, en effet, est presque toujours le résultat de l’altération des matières animales.
- Fourcroy a donné ensuite plus d’extension à cette classe, assez peu nombreuse, et il distingua, sous le nom d’alcalis terreux, certaines terres dont les propriétés alcalines étaient manifestes : peu à peu on vit le nombre s’accroître, et on entrevoyait qu on serait tôt ou tard obligé de comprendre duus un même groupa
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- la plupart des produits qui jouissaient, comme les premiers alcalis, de là propriété de se combiner, de se saturer et de former des sels, lorsque les découvertes modernes vinrent apprendre que ces alcalis, qu’on avait pris jusqu’alors pour des corps parfaitement simples, n’étaient autres que des oxides métalliques, et que, par conséquent, il n’y avait plus de division à établir entre les bases des différens sels; et que toutes devaient être comprises sous l’expression générique d’oxides. Leur grand nombre a cependant nécessité de les classer en trois séries, qui sont encore fondées sur les anciennes idées. Ainsi, on distingue, d’après M. Thénard, des oxides terreux , des oxides alcalins, et des oxides métalliques, proprement ditsl Quoi qu’il en soit, on définissait autrefois les alcalis comme des substances âcres, d’une saveur urineuse, susceptibles de verdir plusieurs couleurs bleues végétales, de ramener au bleu la couleur du tournesol rougi par un acide; d’agir avec plus ou moins d’énergie sur les matières animales, et de se coiïibiner avec les acides, pour former des sels ; d’où vient l’expression usitée de bases salifiables.
- On savait que les alcalis, tels qu’on les obtenait par les-pro-cédés de l’art, éprouvaient de grands changemens quand on traitait leur dissolution par la chaux vive ; on avait vu que leur saveur était bien plus prononcée, qu’ils devenaient caustiques, et qu’il ne se produisait plus d’effervescence quand on les saturait par les acides; enfin, que la chaux redevenait ce qu’elle était avant sa calcination; mais on ignorait complètement ce qui se passait dans cette opération. Ce fut le docteur Black qui, en 1706, parvint à prouver le premier que ce qu’on prenait pour une substance simple était un véritable sel, dont l’énergie de la base se trouvait en partie masquée par l’acide carbonique , et que la chaux ne faisait que s’emparer de <£t acide, pour se rétablir à l’état de craie. Dans le même temps,Meyer proposa une autre théorie, qui, tout ingénieuse quelle était, ne put prévaloir, parce qu’elle n’étàit pas basée sur des faits aussi positifs que celle du docteur écossais. Meyer supposait, au contraire, que la causticité de la chaux était ^ue à un acide particulier, avec lequel elle s’était combinée
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- pendant la calcination ; que l’alcali ordinaire, ayant plus d’affinité pour cet acide, pouvait l’enlever à la chaux, et acquérir par là un grand degré d’énergie. C’était ce principe qu’il appelait acidiim pingue ou causticum j fluide subtil, analogue au soufre, et s’approchant de très près de la nature du feu. Cet être imaginaire ne put se maintenir devant un observateur aussi exact que Lavoisier. Cet illustre académicien répéta les expériences de Black, et en reconnut toute la véracité. Dès lors chacun abandonna Yacidum pingue de Meyer.
- La potasse et la soude, qui sont les deux alcalis les plus im-portans, en raison de l’usage très multiplié qu’on en fait, sont livrées au commerce sous différens états de pureté et de concentration, suivant les matériaux et les procédés dont on se sert pour leur fabrication. De là résultait une grande difficulté pour être guidé dans leur achat et dans leur emploi. M. Vauquelin, qui avait entrepris l’analyse comparative de toutes les potasses du commerce, principalement sous le rapport de la quantité absolue d’alcali qu’elles contiennent, avait proposé d’employer à leur essai un acide d’un degré constant, et de juger de leur plus ou moins d’alcalinité, par la quantité d’acide nécessaire à leur saturation, en prenant pour type le sous-carbonate de potasse pur. M. Descroizilles a mis cette heureuse idée en pratique , et a construit un instrument qu’on trouvera décrit au mot ALCAiinÈTRE. C’est un important service rendu aux arts et aux manufactures, et il serait bien à désirer qu’on pût trouver des moyens semblables pour les autres produits de grande consommation ; car, avec cet instrument, si on observe exactement les règles prescrites dans l’article indiqué, on ne craint pas d’être trompé, puisqu’on n’achète que la quantité réelle d’alcali contenu.
- Aux articles Potasse , Soude , etc., on traitera de chacun de ces alcalis en détail, et on donnera les procédés de fabrication pour les obtenir. Quant à leurs usages , ils seront indiqués au fur et à mesure que l’occasion s’en présentera -, leur plus grande consommation se fait pour la fabrication du verre et pour celle du savon, etc. B*
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- ALCALIMETRE M. Descroizilles a donné ce nom à un instrument qu’il a imaginé dans la vue de mettre à la portée de tous les commercans un moyen d’évaluer relativement la richesse des soudes et des potasses ; il s’est proposé de rendre ces essais faciles, en substituant des mesures aux poids, et établissant sur une échelle une relation numérique de calculs tout faits.
- Pour bien faire comprendre et la construction de cet instrument et les résultats qu’on en obtient, nous indiquerons d’abord les procédés y relatifs employés dans les laboratoires de chimie, et nous ferons voir comment l’alcalimètre les peut suppléer.
- Lorsqu’on considérait les alcalis comme des corps simples, leur caractère distinctif était de neutraliser les acides en s’y combinant, et par suite on dut évaluer la quantité réelle de ces alcalis par une quantité correspondante d’acide, qu’ils pou-Taient neutraliser. On établissait cette relation de plusieurs manières : nous citerons celles qui ont précédé immédiatement le mode d’essai adopté généralement aujourd’hui , et sur lesquelles on a basé la théorie de l’alcalimètre. Maintenant que ces corps ont été analysés et sont devenus pour nous des oxides de potassium et de sodium ( V. Alcalis ) , nous ne pouvons plus les regarder comme des corps simples ; mais comme c’est toujours dans Pétât d’oxides qu’ils se fabriquent et s’emploient dans les arts, et que le pouvoir saturant de ces produits fabriqués est toujours proportionnel à la quantité qu’ils contiennent de ces oxides, nous conserverons les dénominations d’alcali, de potasse et de soude „ pour plus de brièveté, et parce qu’ils sont consacrés par l’usage pour long-temps encore.
- Essai des soudes et des potasses. On formait, avec de l’acide sulfurique étendu d’eau, une liqueur d’épreuve dont on s’assurait du pouvoir saturant par des essais préliminaires faits sur des alcalis purs, ou sur des sels alcalins, dont l’analyse avait démontré la quantité réelle d’alcali qu’ils contenaient^ on comparait ensuite l’acide employé avec celui qui était nécessaire pour saturer quantité égale d’un alcali dont on voulait connaître la richesse j et le rapport établi entre cette quantité d’a-
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- Gide dans les deux essais donnait les proportions d’alcali pur représenté et contenu dans celui essayé. Pour opérer cette saturation , on commençait par broyer et dissoudre dans l’eau pure une quantité de la substance alcaline pesée exactement; on fdtrait cette dissolution, et on lavait, à plusieurs reprises, le filtre de papier joseph employé à cette opération, afin d’entraîner dans la dissolution claire toute la portion soluble restée adhérente aux parois du filtre et aux parties insolubles de la potasse ou de la soude soumise à l’épreuve; on versait alors dans cette liqueur obtenue, de l’acide sulfurique préparé comme nous venons de l’indiquer, et par petites portions ajoutées successivement, jusqu’à ce que le mélange, bien agité pour favoriser la réaction, fîtvirer aurougeune couleur bleue végétale (extraite des mauves, du tournesol ou des violettes, etc.). Ce virement au rouge indiquant un excès d’acide, et par conséquent la saturation complète de tout l’alcali, on retranchait de l’acide employé celui reconnu d’avance nécessaire pour communiquer à une quantité d’eau pure égale au volume de tout lé mélange de la dissolution alcaline et de l’acide, l’acidité suffisante pour faire virer semblablement au rouge la même couleur bleue végétale; on obtenait pour reste le poids de l’acide utile à la saturation , et on. en tirait le rapport de cette quantité à celle de l’alcali pur contenu.
- L’habitude qu’on prit de faire ces essais avec l’acide sulfurique fut cause que bientôt on n’énonça plus que la quantité de cet acide concentré représentée par Veau acidulé employée dans la saturation, et on se contenta de cette relation, en nommant degrés les centièmes de cet acide neutralisé par une partie de soude ou de potasse. Enfin, pour supprimer tout calcul, on composal’eau acidulé de 1 partie d’acide sulfurique concentré à 66" Beaumé= 1845 , pesanteur spécifique, étendue de 9 parties d’eau; en sorte que le mélange représentait de son poids d’acide concentré ; on dissolvait 10 grammes du sel alcalin qu’on voulait essayer, et chaque gramme d’eau acidulé employé dans la saturation, indiquait un gramme d’acide concentré qu’on aurait employé pour saturer 10 fois les 10 grammes ou ico gramme5
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- de cette substance alcaline; c'était donc autant de centièmes ou de degrés que de grammes d’eau acidulé employés. Ainsi, pour saturer du sous-carbonate de soude cristalliséj par exemple, on. ea pesait 10 grammes; et si la dissolution filtrée saturait 34, grammes d’eau acidulé, on en concluait que ce sel avait 34 degrés, ou que îoo auraient saturé 34 d’acide concentré. Quoique ce résultat pris isolément ne pût rien indiquer, on conçoit qu’en le comparant à tous ceux obtenus de divers alcalis, on obtenait des relations ou valeurs comparatives exactes.
- Quoique cette opération, par laquelle on se propose de déterminer la quantité d’acide sulfurique qu’une matière alcaline peut saturer, soit une .des plus simples que l’on fasse dans les laboratoires de ebimie, bien peu de fabricans, de marchands ou de consommateurs , avaient assez l’habitude des manipulations ou des balances assez exactes pour qu’il leur fut possible d’évaluer la richesse des alcalis qu’ils répandaient ou qu’ils achetaient dans le commerce; et il arrivait rarement que l’on soumît ces matières aux analyses de quelque chimiste. Comment pouvait-on arriver à fixer la valeur vénale de l’alcali? T.es caractères physiques extérieurs, l’impression sur la langue, l’embarillage particulier à certaines potasses ou soudes étrangères, étaient des types bien incertains de leur degré de pureté; il n’y en avait pourtant pas d’autres généralement : combien les variations faciles dans la quantité réelle d’alcali contenu sous les mêmes formes, ne présentaient-elles pas, à la fraude ou à l’ignorance > de moyens ou de chances de réaliser de gros bénéfices, ou d’éprouver des pertes considérables ?
- M. Descroizilles a donc, en effet, rendu un service bien important à la classe industrielle , en faisant cesser pour toujours une dangereuse incertitude, qui embarrassait d’aussi nombreuses et d’aussi grandes transactions commerciales.
- Le premier tube alcalimétrique construit par M. Descroizilles > et répandu dans le commerce, portait une division telle, que la portion d’une eau acidulé, représentant le dixième de son poids d’acide sulfurique à 66°, contenue dans la capacité du tulie comprise entre chaque degré, était égale à 5 décigrammes Tome I. i ^
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- d’eau acidulé, équivalant 5 ‘centigrammes d’acide sulfuriqueà €6°; et comme la dissolution alcaline qu’on devait saturer représentait 5 grammes de soude ou de potasse employés, il s’ensuivait nécessairement que chaque division de l’instrument contenait, en eau acidulé, le dixième de l’alcali soumis à l’épreuve, ou le centième en acide sulfurique concentré à 66° ; et si l’on employait dans une saturation l’eau acidulé contenue dans 5o divisions de Palcalimètre, on en concluait que ico de la matière alcaline essayée saturaient 5o d’acide sulfurique concentré (4o d’acide sulfurique réel) , et l’on disait que cet alcali marquait 5o degrés. On pouvait, connaissant la composition des sulfates de soude et de potasse, en déduire immédiatement la quantité réelle de l’un de ces alcalis , démontrée par la saturation ; on pouvait encore, prenant pour base la valeur vénale de l’un quelconque , connaître comparativement celle de tous les autres. Si, par exemple, on voulait savoir quelle était la valeur d’un sous-carbonate de soude desséché, la quantité de sous-carbonate de soude cristallisée qu’il pouvait représenter, et la quantité de soude pure qu’il contenait ; supposons que 5 grammes de ce sous-carbonate desséché eussent employé l’eau acidulé contenue entre 70 divisions de l’alcalimètre, on aurait dit que ce sel saturait 70 degrés ; et comme le sous-carbonate de soude cristallisé du commerce sature 55. degrés on en déduisait que le premier était au second dans le rapport de 70 à 35, c’est-à-dire qu’il valait deux fois le sous-carbonate de soude cristallisé, équivalant par la saturation d’acide sulfurique, 100 de ce sel de soude essayé, qui saturait ? et représentait 200 de sous-carbonate de soude cristallisé, équivalait 4o de soude pure.
- M. Descroizilles a fait quelques changemens dans la construction de ses alcalimètres ; l’un des plus importuns est l’extension He l’échelle des divisions marquées sur le tube aîcalimétrique. cette échelle ne pouvant indiquer primitivement plus de 72 degrés. Et, en effet, les soudes étrangères d’Alicante, de Tc-nériffe, deCartliagène , de Ware, etc., de même que les soudes brutes factices, sont d’une richesse alcaline bien inférieure a
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- ce titrej et les meilleures potasses ne dépassent guère So degrés; mais depuis que l’on a converti en sels de soude blancs les soudes brutes, en en séparant les matières insolubles, on a obtenu ces sels beaucoup plus riches et assez communément de 70 à 80 degrés ; ceux obtenus par le procédé de l’acide py-roUgneax saturaient plus de 100 degrés.
- On peut cependant déterminer le pouvoir saturant au-delà de 7 2°, à l’aide des anciens, alcalimètres, dont beaucoup de personnes se servent encore; il suffit, pour cela, de remplir une seconde fois le tube alcaiimétrique d’eau acidulé , après que l’on a employé celle contenue dans les 72 divisions de cet instrument, et, après avoir continué et terminé la saturation avec cette nouvelle quantité, d’ajouter aux 72 degrés ceux indiqués par le deuxième emploi ; mais cette opération était par là plus compli quée, et devait apporter double chance d’erreur. Aujourd’hui l’échelle alcaiimétrique présente 100 divisions ou degrés.
- Pour faciliter la graduation de l’alcalimètre, M. Descroi-zilies y a encore substitué les mesures aux poids, c’est-à-dire qu’au lieu de verser dans le tube 5 décigranunes d’eati acidulé pour former chaque espace, il ajoute successivement pour chaque degré un demi-millième de litre d’eau pure; il faut alors que l’eau acidulé, sous chacun de ces volumes, contienne exactement 5 centigrammes d’acide sulfurique concentré à 66°. Pour la composer ainsi, on mesure d’avance un volume quelconque d’eau pure, dont on connaît le poids. On remplit ce volume avec le dixième de son poids d’acide sulfurique concentré; plus, la quantité d’eau nécessaire pour le compléter. Si l’on prend, par exemple, un flacon de la contenance d’un être, ou 1000 grammes d’eau, rempli jusqu’en un endroit du goulot où l’on aura fait une marque, on pèsera 100 grammes d’acide sulfurique à 66°, que l’on versera dans ce flacon ; on y ajoutera ensuite de l’eau jusqu’à ce que le mélange remplisse toute la capacité , en arrivant à la marque tracée sur le goulot; on sera ainsi assuré que ce volume d’un litre contiendra 100 grammes d’acide sulfurique concentré, et par conséquent que chaque degré égal à un demi-millilitre devra contenir 5
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- centigrammes de cet acide; tous les résultats seront donc les memes que ceux obtenus dans le premier avec l’ancien alcali-mètre.
- Pour éviter encore que l’on ait à peser l’acide sulfurique M. Descroizilles a tracé sur son nouvel alcalimètrë une ligne à la hauteur de laquelle ce tube en contient exactement 80 grammes , et il a indiqué dans sa notice l’emploi d’une bouteille à vin ordinaire pouvant contenir, remplie jusqu’à un des points de son goulot, 800 grammes d’eau pure, etc. On s’y prend, du reste, comme nous l’avons dit plus haut, pour composer l’eau acidulé.
- Le mélange d’acide sulfurique et d’eau doit être fait avec précaution , afin d’éviter le trop grand échauffement de la combinaison, qui pourrait faire casser la bouteille. Pour éviter cet accident, on verse d’abord de l’eau jusqu’à la moitié de la capacité de la bouteille environ ; on ajoute ensuite l’acide sulfurique par portions successives, et en agitant le mélange pendant chaque intermittence ; on rince avec de l’eau le flacon dans lequel l’acide a été pesé séparément, on verse les rinçures dans la bouteille où se fait le mélange, et on achève de remplir cette bouteille avec de l’eau pure, jusqu’au trait marqué sur son col, et qui indique le volume que doit occuper le mélange total. 11 faut eucore un peu d’eau pure après le refroidissement pour remplir le vide qui s’est formé par l’abaissement de température.
- Les divisions sur le tube alcalimétrique, et toutes les marques faites sur cet instrument, sont tracées à l’aide d’une plume de diamant.
- Essais des potasses et des soudes j au moyen de Valcalimètrë. Après s’être bien assuré que l’échantillon de cet alcali représente toute la masse dont on se propose de connaître la richesse {V. Potasse et Soude) , on broie très finement cet échantillon dans un mortier de fer ou de cuivre (si la matière alcaline que l’on essaie contient beaucoup de parties insolubles, il faut la réduire en poudre impalpable ) ; on en pèse ensuite 10 grammes le plus exactement possible, et on les met dans un mortier de verre, où on les triture de nouveau encore avec un peu
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- d’eau; on ajoute ensuite une quantité- d’eau suffisante pour emplir de cette dissolution, troublée une petite mesure d’un, demi-décilitre à peu près, et on verse cette dissolution, mesurée exactement, dans un verre : on rince avec de l’eau le mortier elle pilon, par lotions successives, et on réunit toutes-ces rin-çures dans la petite mesure, qu’on remplit une deuxième ibis bien exactement ; ou verse le tout dans le même verre où l’on a mis la première mesure, et on agite avec une baguette de verre, à quatre ou cinq reprises différentes, afin de bien mélanger le tout : on laisse ensuite reposer , jusqu’à ce que la précipitation de toutes les matières insolubles ait eu lieu, et que l?eau surnageante soit devenue bien claire ; on remplit alors, avec cette dissolution bien claire, la même petite mesure ci-dessus mentionnée, et on la renverse dans un mortier ou un verre à boire-, de 3 décilitres environ (i). On s’est proposé, par toute cette manipulation, d’obtenir la dissolution alcaline sur laquelle on doit agir, et qui, ainsi que nous l’avons dit plus haut, doit contenir 5 grammes de l’alcali qu’on veut essayer; quantité qu’on doit avoir en effet, en prenant la moitié d’une dissolution dont la totalité contenait 10 grammes.
- On emplit alors le tube alcalîmétrique d’eau acidulé sulfurique jusqu’à ce que son niveau soit à da hauteur du zéro de-l’échelle: on incline ce tube de manière à faire couler, par un petit filet, l’eau acidulé qu’il contient dans la dissolution alcaline; il faut verser avec précaution et lentement,. afin que l’effervescence due à l’acide carbonique, que l’acide sulfurique dégage de sa combinaison avec la soude ou la potasse, ne fasse pas jaillir en pétillant de petites gouttelettes de la dissol ution. que l’on sature, hors du vase. Lorsqu’on approche du terme ce la saturation, ce que l’on reconnaît par la diminution de-l’effervescence, on doit, de degré en degré, s’assurer que l’acide D est pas en excès ; et pour cela on enlève, au bout de la ba—
- (0 Pour hâter cccessai, on p ut, au lieu de îe faire ainsi'pardécantation v -verser je tout sur mi fiitre de papier josepit, et recevoir ce qui s’enecoule-dans. ” la petite mesure, j usqu’à ce ou’eiie soi t. remplie bien exactement.
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- guette de verre, une goutte du mélange, et on la pose sur une bande de papier teint au bleu avec du tournesol ; il est bien meme de plonger une autre petite bande de ce papier dans le vase où se fait la saturation , et de l’y laisser jusqu’à ce que sa couleur commence à virer au rouge : ce virement précède pour l’ordinaire d’un ou deux degrés le point de saturation complète ; c’est l’acide carbonique encore engagé dans la liqueur qui rougit faiblement la couleur bleue végétale. On le chasse par la chaleur , en agitant fortement, dans un flacon, tout le liquide que l’on y transvase à cet effet; quand enfin on a employé toute l\au acidulé nécessaire pour que le virement au rouge de la couleur bleue végétale soit bien prononcé, et que cet effet ne change plus après de fortes secousses, ou réchauffement du liquide saturé, on examine à quel degré de l’alcali-mètre correspond le niveau de l’eau acidulé; et, retranchant une unité du nombre marqué, pour la quantité d’acide en excès, et qui serait nécessaire pour donner à un demi-décilitre d’eau pure la même acidité, on obtient un reste qui exprime le pouvoir saturant de la matière alcaline éprouvée, en indiquant, comme nous l’avons démontré plus haut, les centièmes d’acide sulfurique concentré qu’elle saturerait, ou son équivalent en alcali réel, etc.
- Observations. On peut employer de l’ew chaude pour dissoudre les soudes et potasses qui ne contiennent presque pas de matières insolubles; ces essais, faits à chaud, présentent même l’avantage de dégager plus promptement l’acide carbonique ; mais il faudrait bien se garder d’opérer ainsi pour les soudes brutes. En effet, elles contiennent une quantité considérable de sulfure de chaux , qui, réagissant à l’aide de la chaleur sar la soude, les convertirait en sulfure de soude. Cet inconvé-3 lient s’est présenté dans le travail en grand de quelques fabriques de soude, où , pour raffiner les soudes brutes* on opérait la lixivation à chaud.
- Les sulfui'es et les sulfites de sonde contenus dans les soudes du commerce rendent ces essais incertains; en effet, ces deux sels, qui, en général, sont inutiles ou nuisibles aux consommateurs, emploient cependant à leur saturation une quantité
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- d’acide sulfurique qui élève la valeur vénale de l’alcali essayé. La présence des sulfures et des sulfites est indiquée par l’odeur d’acide hydro sulfurique ou d’acide sulfureux, qui se dégage vers la fin de l’opération; l’altération de la couleur bleue obtenue des fleurs de mauves, les indique aussi ; cette couleur démontre même tous les différons états de la saturation. La dissolution alcaline la verdit très fortement : cette couleur verte diminue par degré ; et à mesure que la saturation s’avance, elle-passe au jaune , et devient tout-à-fait blanche s’il se dégage de l’acide sulfureux, et jusqu’à ce que l’excès de cet acide la vire complètement au rouge.
- Pour apprécier l’influence de ees sulfures et sulfites dans la saturation, on saturait comparativement le même éehantillon-de soude, avant et après son exposition, dans un air huraiclp {à la cave ) : on convertissait ainsi les sulfures en sulfites, et ceux-ci en sulfates ; et une fois en cet état, ils n’influaient plus en rien sur le degré alcalimétrique: on pouvait donc évaluer l’erreur par la différence des degrés trouvés dans. le premier et dans le second cas.
- Un autre moyen d’éviter le pouvoir saturant des sulfures et des sulfites dans la saturation, consiste à calciner au rouge, dans un creuset de platine, les 10 grammes de sel de soude que l’on se propose d’essayer, en y ajoutant un, deux ou plusieurs grammes de chlorate de potasse, suivant la quantité présumée de sulfures ou sulfites.
- Dans cette opération, le chlorate de potasse cède son oxigène -au soufre ou à l’acide sulfureux, et les sulfures ou sulfites sont instantanément convertis en sulfates inertes dans l’opération: cette méthode donne des résultats exacts et prompts. ('Wdter et -Gav-Lussac, Annales de Chimie, février 1820, tome XIII. )
- La couleur bleue végétale qui doit indiquer le terme de la saturation fait souvent varier les résultats : ainsi celle extraite des violettes (sirop de violettes) est peu sensible; elle ne vire suffisamment au rouge qu’après que le point de saturation a été dépassé de 3 ou 4 degrés. On obtient des mauves une couleur Heue sensible aux alcalis, aux sulfures, aux sulfites, comme
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- aux ackles, et qui présente, ainsi que nous l’avons dit, des phénomènes assez curieux pendant la saturation ; il suffit, pour teindre du papier avec cette couleur, de frotter les pétales de la fleur, en appuyant assez sur le papier pour que le suc coloré s’en exprime. Le papier tournesolj que l’on emploie le plus généralement dans ces essais, est assez sensible aux acides ; mais comme la matière colorante est extraite du tournesol à l’aide d’une dissolution alcaline, et que d’ailleurs cette couleur n’est pas sensible’aux alcalis, ce papier, qui est toujours alcalin, peut accidentellement être assez fortement imprégné d’alcali ; et, dans ce cas , on conçoit que l’action de l’acide n’est pas directe sur cette couleur, et qu’il ne peut la faire virer au rouge qu’après avoir saturé la surface alcaline qui le recouvre. On se garantira de cet inconvénient en laissant tremper dans l’eau pure le papier tournesol pendant une demi-journée, et le faisant sécher ensuite. P.
- ALCARRAZA. s. m. ( Potier de terre ). Espèce de vases très poreux , d’un grand usage en Espagne et dans les pays chauds, où l’on s’en sert pour rafraîchir les liquides. Cette sorte de poterie, légèrement perméable à l’eau, laisse filtrera travers ses parois une portion du liquide qui y est renfermé, laquelle, en s’évaporant plus ou moins promptement, absorbe le calorique du vase et abaisse la température de la liqueur de plusieurs degrés. La propriété réfrigérante des aicarrazas résulte donc uniquement de la transsudation qui a lieu dans ces sortes de vases , et cette transsudation est elle-même le résultat d’une texture peu serrée que l’on parvient à donner à la terre cui te. C’est donc à trouver le degré convenable de cette texture poreuse que doit s attacher le fabricant.
- Les terres que l’on fait entrer dans la composition de la poterie ordinaire prennent, selon leur Dature , plus ou moins d’adhérence par la cuisson, et donnent des vases d’une matière plus ou moins compacte , selon qu’elles sont plus ou moins argileuses , c’est-à-dire qu’elles contiennent plus ou moins d alumine. De là la nécessité de les mêler avec d’autres substance' qui puissent leur donner, selon le besoin, plus de consistance ou
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- plus cîe légèreté. Il est rare de trouver une terre qui, dans son état naturel, puisse convenir à la fabrication des alcarrazas. Celle de Malaga jouit de cette propriété. Dans cette ville on fabrique ces vases de la même manière que la poterie commune, dont ils ne diffèrent qu’en ce qu’ils ne sont point vernis. A Anduxar, dans l’Andalousie, les fabricans mélangent avec leur argile trop compacte v ne certaine quantité de sel marin, qui a pour effet de diviser la matière, d’en écarter les molécules et d’y produire, en se dissolvant, une infinité de petits trous. Ce mélange, qui a lieu à raison d’une livre de sel marin pour vingt livres de terre plus ou moins , se fait lors du pétrissage de la pâte et après avoir préparé la terre comme pour la poterie commune ; on fait ensuite cuire les vases dans un four de potier, mais en ne donnant qu’une demi-cuisson, qui dure de dix à douze heures. C’est M. de Lasteyrie qui a fait connaître ee genre de fabrication et a même apporté d’Espagne quelques échantillons d’alcarrazas, dontM. Darcet a fait l’analyse; ils sont composés, selon ce chimiste, de cinq parties de terre calcaire et de huit de terre argileuse ( Bulletin de la Société d‘'encouragement j tom. III, pag. 62). M. Fourmy, déjà célèbre par l’invention de ses poteries salubres connues sous le nom d’hygiocé-rames, s’est occupé le premier en France de la fabrication des alcarrazas , et a trouvé des procédés particuliers pour faire des vases à rafraîchir auxquels il a donné le nom a’H/YDROcÉRAMEs. Ils seront décrits en leur lieu, ainsi que la manière de s’en servir. L.
- ALCOOL. Le mot alcool, qu’on écrivait alkool, ou alkoholj nous vient des Arabes ; on l’employait primitivement pour désigner le degré de ténuité extrême qu’on donnait à certaines poudres ; ensuite on a étendu cette expression à des liqueurs spiritueuses et bien déllegmées, et dont on supposait les molécules Ijeaucoup plus subtiles ; ainsi on disait esprit de vin alcoolisé. Fors de l’établissement de la nomenclature moderne, le mot alcoolj qui jusque-là n’avait servi qu’à indiquer une qualité» «st devenu le synonyme d’Esrarr de viy ; et en raison de sa bridge , on l’emploie meme de préférence.
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- L’alcool mérite une attention toute particulière, soit qu’on le considère relativement à sa fabrication, soit,qu’on l’examine sous le point de vue de son utilité dans les arts. Cependant nous aurons à élaguer de son histoire générale beaucoup de détails qui trouveront mieux leur place dans les divers articles de la Fermentation et de la Distillation , de la Fabrication des vernis et de quelques autres emplois de l’alcool. Ici nous nous bornerons à traiter de ses caractères essentiels, de ses propriétés générales , et nous indiquerons ses principaux usages.
- D’après tous les historiens, les boissons fermentées ont été connues long-temps avant l’art d’en séparer l’alcool qu’elles contiennent; et ce n’est que dans un ouvrage publié vers la lin du treizième siècle par Arnaud de Villeneuve, professeur de médecine à Montpellier, qu’on trouve décrit le procédé de la distillation du vin: on ignore si c’est réellement lui qui fit cette importante découverte, mais on la lui attribue assez généralement. Les premiers appareils employés pour cet objet ont été successivement améliorés; et vers ces dernières époques ils ont reçu un tel degré de perfectionnement qn’on ne peut guère supposer qu’ils soient désormais susceptibles d’en admettre de nouveaux. On trouvera aux articles Alambic et Distillation tout ce qu’il importe de connaître sur ce point.
- Il y a un grand nombre de matières végétales sucrées qui, mises en circonstances convenables, sont susceptibles, comme le raisin, de donner du vin ou du moins une liqueur analogue: ainsi les pommes, les poires, les cerises, les groseilles, les mures, les abricots, les pêches, les prunes, le suc de la canne, celui de la betterave, les semences des graminées germees et délayées dans l’eau, et tant d’autres que je pourrais citer, sont autant de moyens de produire des liqueurs fermentées, qui, par leur distillation, donnent de l’alcool; mais il s’en faut de beaucoup quecet alcool soit toujours identique, quelle que soit la substance qui l’ait fourni. Ce qui le fait différer surtout, c’est une espece d’arome ou de bouquet qui probablement réside dans une huile essentielle et particulière à chacune de ces substances, et qui, se trouvant entraînée et dissoute par l’esprit de vin, lui eommu-
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- nique souvent un goût et une odeur désagréables, qui en interdisent l’emploi pour certains usages. Il est cependant vrai de dire que les grands perfeetionnemens apportés dans les appareils actuellement usités pour la distillation, permettent la séparation presque complète de ces huiles aromatiques d’avec l’esprit de vin -, et cet heureux résultat est principalement dû à ce que ces appareils sont tellement construits, qu’on peut séparer les produits à mesure qu’ils se condensent, et que l’alcool, qui est le plus volatil de tous, se dépouille ainsi, chemin faisant, des corps qui lui sont étrangers; tandis que, dans les anciens alambics, tout ce qui se volatilisait par l’action brusque de la chaleur se condensait simultanément ou du moins se confondait dans un même produit.
- C’est donc par la distillation des liqueurs fermentées qu’on obtient ce que les anciens appelaient esprits ardens. Ces esprits portent différens noms suivant les substances qui ont servi à leur préparation : ainsi nous appelons eau-de-vie l’esprit obtenu par la distillation du vin; le rhum ou taffia est le produit de la distillation du suc de canne fermenté, le kirschenwasser celui de la cerise noire ou merise ; le rack provient du riz probablement germé et soumis ensuite à la fermentation. En distillant la bière on obtient un esprit de mauvaise qualité, connu sous le nom d’eau-de-vie de grain. 11 en est encore plusieurs autres qui ont reçu des noms particuliers; mais toutes ces liqueurs spiritueuses portent avec elles le cachet de leur origine; et, comme nous l’avons déjà observé, il est très probable qu’elles doivent leur arôme spécial à une buile essentielle, qui varie pour chacune d’elles. M. Aubergier, pharmacien à Clermont, a fait sous ce rapport des recherches intéressantes qu’on trouve consignées dans les Annales de Chimie pour 1820, et il a établi que cette saveur désagréable que contractent les eaux-de-vie qu’on obtient en distillant les mares de la vendange est principalement due à un principe huileux volatil contenu dans la pellicule du raisin-, et d a obtenu, en distillant séparément ces pellicules avec une petite quantité d’eau, une buile essentielle dont les moindres portions communiquent aux eaux-de-vie de première qualité la saveur détestable des eaux-de-vie de marc. Jusque-là on avait cru que
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- ce mauvais goût qui leur est propre était uniquement du a» commencement de décomposition que subit la portion du marc qui s’attache au fond de la chaudière sur la fin de la distillation, et il est très vrai de dire que cette cause peut y contribuer; mais c’est une autre espèce de saveur, c’est alors ce qu’on nomme un goût de feu ou d’empyreume, dont les eaux-de-vie se débarrassent assez facilement par la vétusté, quand il n’est pas par trop prononcé. Au reste, comme la construction mieux raisonnée de nos appareils et de nos fourneaux permet tout-à-la-fois et une distribution plus égale de la chaleur, et une condensation plus graduée des produits, il en résulte que nous obtenons maintenant des eaux-de-vie beaucoup plus douces et plus suaves que par les anciens procédés, parce qu’elles sont dépouillées de ces principes aromatiques et de ce goût de feu, et même à tel point, qu’elles ne plaisent pas à certains peuples qui avaient contracté l’habitude de ne consommer que des eaux-de-vie em-pvreumatiques; ainsi dans le malheureux temps de l’invasion,' nous avons vu les Russes et autres préférer nos mauvaises eaux-de-vie de marc, de grain et de cidre, à nos plus fines eaux-de-vie de vin; et quand tout a été consommé, les fournisseurs ont été obligés de gâter de bonnes eaux-de-vie pour les leur faire recevoir.
- Pour ne point anticiper sur l’article de la distillation, je ne traiterai point ici de tout ce qui est relatif à l’extraetion des eaux-de-vie de vin ; cela forme la base essentielle et la partie la plus intéressante de cet art. Nous dirons seulement d’une manière générale que tous les vins ne sont pas également propres à fournir de lionnes eaux-de-vie; que les vins vieux en donnent d’une qualité bien supérieure à celles qu’on obtient avec des vins nouveaux, que les vins sucrés en fournissent d’excellentes, et que les vins tournés ne' produisent que des eaux-de-vie de très mauvaise qualité. Lorsque l’eau-de-vie vient d’être obtenue, elle est parfaitement incolore, quelle que soit la substance qui l’a fournie. Si à cette époque on la transvasait immédiatement dans des bouteilles, comme cela se pratique pour le hirschen-wasser, il est certain qu’elle ne contracterait aucune couleur-
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- Cette pratique différente qu’on a adoptée n’est donc-1’effet ni du liasard ni du caprice. On se propose pour les unes comine pour les autres d’y conserver, quand il plaît, leur arôme ou bouquet particulier-, de les dépouiller autant que possible de ce léger goût de feu que les mieux préparées conservent pendant quelque temps, et aussi de mieux marier pour ainsi dire leurs principes, afin qu’elles aient, si je peux m’exprimer de la sorte, une saveur plus homogène et mieux fondue. Or, ces résultats s’obtiennent différemment suivant l’espèce d’eau-de-vie à laquelle on a affaire. Dans le kirschenwasser par exemple, cette saveur prussique ou d’amandes amères, qui en fait presque tout le mérite, dépend d’un principe aromatique très fugace contenu dans l’amande du noyau de cerise, et dont on retrouve l’analogue dans les amandes de plusieurs fruits à noyau; en sorte qu’il est très facile d’imiter le kirschenwasser en distillant de l’eau-de-vie sur ces amandes amères. Si cette liqueur était conservée dans des tonneaux, l’arome si recherché des gourmets serait bientôt dissipé. On a donc eu raison d’adopter la méthode de le mettre de suite en bouteilles, quoiqu’il s’ensuive un autre inconvénient, c’est que le goût de feu se conserve aussi plus long-temps : celui-là se perd peu à peu et finit par se confondre avec l’autre, en telle sorte que le kirschenwasser, pour être bon , exige plus de vétusté que l’eau-de-vie. Il n’en est pas de même pour celle-ci ; il n’y a aucun risque à la conserver en grandes masses parce que son arôme est plus tenace et qu’elle acquiert plus promptement du moelleux : elle perd un peu de degré en raison de la porosité de la futaille; elle attaque et dissout une certaine quantité de la matière extractive et colorante du bois. Tout cela contribue à masquer davantage son action trop énergique sur nos organes, et à la rendre par conséquent plus liquoreuse et plus potable. Il ne faut cependant pas s’imaginer qu’on obtiendrait un résultat analogue en prenant une eau-de-vie plus faible, car les consommateurs de ces sortes de liqueurs spirï-tueuses y recherchent principalement ce stimulus dont elles Manqueraient alors, et qui est nécessaire pour rehausser le ton leurs organes affaiblis. Il faut donc que, tout en conservant
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- sa force, elle se trouve adoucie et comme lubréfiée par les corps qui lui sont unis : ainsi, en dernière analyse, on recherche dans l’eau-de-vie deux qualités essentielles ; de la vétusté, pour qu’elle soit plus agréable au goût ; et le degré de concentration convenable, pour qu’elle agisse assez énergiquement sur nos organes. C’est en partant de toutes ces données qu’on a voulu obtenir presque instantanément ce qui n’était jusqu’alors que le résultat d’un certain laps de temps. On a prétendu qu’en faisant macérer des copeaux de chêne dans de l’eau-de-vie récemment distillée, elle acquerrait en très peu de jours tous les caractères de la vieille eau-de-vie. Il est certain qu’elle en a au moins la couleur; mais cette union plus intime des principes ne peut être, à mon avis, quele résultat d’une longue réaction. Au lieu des copeaux de chêne, on emploie quelquefois de préférence un peu de caramel : la saveur en effet devient par ce moyen plus agréable; mais les gourmets ne s’y trompent pas.
- Pour juger du degré de concentration de l’eau-de-vie, on employait autrefois diverses épreuves, qui toutes conduisaient à des résultats plus ou moins erronés ; nous en citerons quelques unes : un règlement de 17 29 prescrivait, par exemple, de mettre de la poudre à tirer dans une cuiller, de recouvrir cette poudre d’eau-de-vie et d’y mettre le feu ; on la j ugeait de bonne qualité, si la poudre elle-même s’enflammait : mais on peut à volonté faire réussir ou manquer cette expérience, quelle que soit la qualité de l’eau-de-vie; pour cela il suffit d’en mettre plus ou moins : toutes les fois que l'eau-de-vie sera en trop forte proportion par rapport à la poudre, celle-ci ne s’enflammera pas , parce qu’elle restera imbibée d une trop grande quantité d’eau, résidu de la combustion de l’alcool; si au contraire on met peu d’eau-de-vie, l’inflammation se communique promptement à la poudre. Un autre gouvernement prescrivit plus tard, comme moyen d’épreuve, de verser une goutte «"huile dans l’eau-de-vie, et de juger de son degré de spirituosité par h quantité dont la goutte d’huile s’enfoncait dans le liquide. En£n on s’est long-temps servi de ce qu’on appelieencore la preuve de Hollande , et qui consistait à agiter fortement l’eau-de-vie dans une bouteille qui n’en était pas entièrement remplie. On la regar-
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- dâit comme de bon aloî quand elle produisait ce qu'on nommait le chapelet, formé par un cercle non interrompu de petites bulles qui venaient se ranger à la paroi interne du vase, sur la surface du liquide. On voit que tous ces procédés ne peuvent être que fort incertains, et qu’ils ont dû céder au moyen plus exact de l’aréomètre, qui donne la mesure de la densité du liquide. A la vérité cette densité varie avec la température; mais on connaît dans quelle relation. On trouvera à l’article aréomètre tous les renseignem'ens qu’on pourrait désirer à cet égard : le maximum de l’eau-de-vie est 22°.
- Les eaux-de-vie, en faisant abstraction d’une très petite quantité d’acide acétique, et de cette partie aromatique et presque insaisissable, ne sont, au moment de leur extraction, qu’un mélange d’eau et d’alcool. Redistillées de nouveau, elles produisent un esprit plus concentré, auquel on donne dans le commerce le nom de trois six, et qui porte 33° a l’aréomètre de Cartier, le seul en usage actuellement pour cet objet. On n’avait pas anciennement d’autre moyen de se procurer de l’alcool que de distiller ainsi des eaux-de-vie ; mais maintenant, à l’aide des per-feetionnemens apportés à nos alambics, on obtient le trois six dès la première opération. Il arrive fréquemment que la cupidité des eommerçans les détermine à fabriquer eux - mêmes leurs eaux-de-vie, en coupant les trois six avec de l’eau, parce qu’ils économisent ainsi sur les transports et autres frais ; mais jamais ces eaux-de-vie n’acquièrent la saveur agréable de celles qu’on obtient par la distillation immédiate du vin; un palais tant soit peu exercé les distingue sur-le-cliarap. On donne à ce mélange la couleur de l’eau-de-vie ordinaire avec du caramel, ainsi que nous l’avons dit. Chacun aromatise à sa manière pour imiter le bouquet de la lionne eau-de-vie, et fait un secret de son moyen -les uns y mettent un peu d’infusion de tbé, les autres y ajoutent , soit un peu d’éther acétique, soit un peu d’éther nitrique. On retrouve en effet, d’après les observations de M. Vau-quelia, un peu d’éther acétique dans les meilleures eaux-de-vie de-vin. Enfin, il en est qui prétendent mieux réussir , en versant dans des esprits défectueux un peu de chlore, qui forme
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- 272 ÀLC
- de l’étlierliydro-elilorique: mais ces additions déterminent nnléger trouble dans la liqueur; et pour lui rendre de la limpidité, on y ajoute une très petite proportion d’acétate de plomb; on laisse déposer après avoir bien brassé, et du soir au lendemain on peut livrer cette eau-de-vie. Il n’y a point de doute que cette méthode ne soit vicieuse sous tous ses rapports et qu’elle mériterait bien d’attirer l’attention de l’autorité. Il est cependant vrai de dire qu’on emploie une si petite quantité de ce sel vénéneux , et qu’on prend si peu de cette liqueur à la fois,, qu’il serait possible que cela ne fût pas décidément nuisible; mais encore serait-il bon de s’en assurer.
- L’alcool le plus rectifié du commerce, celui qui porte 36° à l’aréomètre de Cartier, n’est point encore pour le chimiste de l’alcool pur. De simples distillations, quelque réitérées qu’on puisse les supposer, ne pourraient pas le séparer désormais de la quantité d’eau qui lui reste unie; la différence de volatilité de ces deux liquides ne suffit plus pour les isoler l’un de l’autre; il faut avoir recours à une force divellente plus puissante. Ce sont ordinairement des sels déliquescens qu’on emploie pour cet objet, et particulièrement du sous - carbonate de potasse, de l’acétate de potasse, ou du muriate de ebaux, bien desséchés et même fondus. Le procédé proposé par Richter est celui qui le donne le plus concentré : il consiste à prendre du muriate de chaux pulvérisé et fortement desséché jusqu’au rouge, à l’introduire encore chaud dans une cornue ou dans un alambic, et à verser dessus par intervalle un quantité à peu près égale en poids d’alcool déjà rectifié. Il se produit pendant la dissolution beaucoup de chaleur; quand la réaction est à peu près terminée, on achève de disposer son appareil distillatoire, et on soumet à l’ébullition ; on fractionne les produits. C’est ainsi que Richter est parvenu à obtenir un alcool d’une densité,égale à 0,792, a une température de 20° centigrades. On a donné à ce produit le nom d’alcool absolu.
- Il est peut-être à craindre que l’alcool ne soit légèrement altéré par cette rectification forcée; car la grande quantité de chlorure de calcium qu’on emploie pour cette opération, re-
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- ALG 273
- tarde singulièrement le point d’ébullition de l’alcool, et lui fait subir une température assez forte pour qu’on puisse croire à un commencement de décomposition. Selon Klaproth, l’alcool absolu de Ricliter ne différé pas seulement de l’alcool ordinaire par la proportion d’eau, mais encore par les proportions de ses parties constituantes. Le même auteur prétend, en outre, que cet alcool dépose de la suie sur la fin de la combustion, ce qui n’a pas lieu avec l’autre : néanmoins la plupart des chimistes regardent l’alcool absolu de Ricliter comme le plus pur et le plus concentré qu’on puisse obtenir. Nous allons décrire ses principales, propriétés.
- C’est un liquide incolore, transparent, d’une odeur fragrante et assez agréable; sa saveur est forte, pénétrante et brûlante: son action sur nos organes est trop vive pour que nous puissions le supporter dans cet état de pureté ; mais étendu d’eau et pris intérieurement en petite quantité, il excite et relève nos forces : une trop forte dose détermine l’ivresse.
- La pesanteur spécifique de l’alcool absolu est, d’après Ricliter, deo,7g2 à la température de 20°; Lowitz l’établit à 0,791 : le plus rectifié qu’on pouvait obtenir avant qu’on, ait connu le procédé que nous venons de décrire, pesait 0,820 à 16°. Celui-là contenait, comme on peut le voir dans la table suivante, de 10 à 11 pour cent d’eau. Lowitz a donné les pesanteurs spécifiques des mélanges d’alcool et d’eau, dans toutes les proportions, depuis un centième jusqu’à parties égales. Ces densités ont été prises à 20° par Lowitz, et à 160 par Thomson. Comme c’est une chose d’une utilité journalière, nous avons cru devoir donner ici ce. tableau. Il est à regretter que les densités n’aient été prises que pour 16 et 20°. Blagden et Gilpin ont dressé des tables pour i5 degrés différens, mais ils n’ont pas pris l’alcool absolu pour étalon, et chaque addition d’eau est de 5 parties plus forte que la précédente; ce qui les rend d’une utilité moins grande.
- A l’article Aréomètre , on traitera de l’influence des températures sur la densité des liquides.
- 18
- Tome I.
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- 274 ALC
- Table de la force de l’alcool de densités différentes.
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- ïoo parties. PPesanteur spécifia*
- Alcool.
- Kan- Îit20°cen.i à i6°.
- Alcool.
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- Pesanteurs spécifiques réelles à différentes températures, d’après Gilpm.
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- 100 Alcool, 10 Eau.
- 0,8.5957 8572y 855o7 80277 S5o/ja 84802 8456,S
- 84334
- 84092 83851 830o3 8.3371 83ia(i 82877 8263g
- 100
- Alcool,
- i5Eau.
- 0,86825 86587 86361 86131
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- H5i<)3
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- 8.I710
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- 84243
- 84001
- 80753
- 835x3
- 100 100 100 100 100 100 100
- Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool,
- 20 Eau. 25 Eau. 3oEau. 35 Eau. 4oEau. 4-5 Eau. 5o Eau.
- 0,87585 0,88282 0,88921 o,895u 0,90054 o,9o558 0,9002.3
- 87357 87134 86905 88o5ji 88701 89294 8q83ç) 90345 ()08 l I
- 8-838 88481 89073 89617 ()OI27 90596
- 87613 88255 88849 8(i3q() 8ç)909 i)o38o
- 86676 8;384 88OJO 88626 8917.4 89684 90160
- 86441 87160 87796 883i)3 889.45 89.458 £9933
- 86208 86't)l8 Snéfït) 87337 87100 88169 88720 8923a 89707
- 85976 86686 87€)3b 8S490 89OO6 89479 89252
- 867^6 83/in6 8645i 87705 88254 8H773
- 86212 86864 87,466 88018 88538 89018
- 85248 85966 86622 87228 87776 883oi 8^781
- 85o36’ 80757 86411 870^1 8^87 87S90 88120 886o5
- 84797 85518 86172 873()0 87889 88376
- 84550 85272 85o3i 85q»& 8(i542 87114 87654 88l48
- 84308 85688 863o2 86879 87421 87915
- 9124,
- 91020
- 90812
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- 90367
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- 89920
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- Température.
- Pesanteurs spécifiques réelles à différentes températures. (Suite.)
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- Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool , Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool,
- 65 Eau. 70 Eau. 76 Eau. 80 Eau. 85 Eau. 90 Eau. 96 Eau. 100 Eau 100 Eau 100 Eau 100 Eau 100 Eau 100 Eau 100 Eau !
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- ALC
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- Pesanteurs spécifiques réelles à différentes températures. (Suite.)
- H rt 5 65 60 55 5o 45 4° 35 3o 25 20 .5 10 5
- % V Alcool, Alcool, Alcool , Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool, Alcool , Alcool, Alcool, Alcool,
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- * L’affinité réciproque de l’eau et de l'alcool est assez énergique pour qu’il y ait dégagement de chaleur au moment du mélange , et par conséquent diminution de volume et densité supérieure à la moyenne; néanmoins il résulte d’expériences faites par M. Thillaye fus, que, quand l’alcool est très faible, non-seulement il n’y a point condensation, mais qu’il se produit au contraire une légère raréfaction, Lien qu’il y ait un accroissement sensible de température au moment du mélange. Le tableau suivant renferme les données et les résultats des expériences de M. Thillaye :
- DENSITÉ de l’alcool employé. Proportions de i’j2AU. Proportions de l'alcool. dessité OBSERVÉE DENSITÉ CALCULEE " 1 1 T"»aji Raréfaction résultante.
- °.-97°7 5 5 0,9835 0,9854 0,0019
- 0,9700 5 5 0,9834 0,9800 0,0016
- 0,9692 5 5 0,9828 0,9845 0,0018 |
- 0,968$ e 4 0,9857 0,9875 0,0018
- o,g6oo 6 4 0,9828 0,9840 0,0012
- 0,9544 8 2 0,989.5 0,9909 0,0014 .1
- 0,9455 8 2 0,9885 0,9893 0,000$ |
- Soumis à l’action d’une chaleur modérée, il se dilate comme tous les corps ; mais sa dilatation n’est pas régulière pour une grande étendue de l’échelle thermométrique, car on assigne son degré d’ébullition à 78°, 4 centigrades, sous la pression om, 76, et on sait que cette dilatation n’est uniforme que pour les degrés déjà éloignés du point d’ébullition. A lavéx-ité, il est facile de retarder ce point d’ébullition, en ayant la précaution de ne pas laisser d’air dans le thermomètre. On ne peut cependant se
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- ÀLC ' 079
- servir de ces thermomètres à alcooi pour mesurer des températures un peu élevées, tandis qu’on les emploie avec beaucoup d’avantages pour connaître les forts abaissemens de la température des divers corps. Walcher, d’Oxford, a exposé de l’alcool à un froid de 68°, sans qu’il se soit congelé ni altéré en aucune façon; mais M. Hutton, d’Edimbourg, prétend en avoir déterminé la congélation à un froid de 790 centigrades,, et avoir vu trois couches Lien distinctes se fonner dans cet alcool. La première était d’un vert jaunâtre, d’une odeur forte et désagréable , d’une saveur nauséabonde ; la deuxième , d’un jaune pâle, d’une odeur forte et agréable, et d’une saveur piquante. La couche la plus inférieure et la plus épaisse était, scion M. Iîutton, l’alcool pur qui était resté incolore et transparent; ce liquide répandait des fumées au contact de l’air, et avait une odeur forte et piquante. Du reste, ce chimiste a fait un mystère du moyen qu’il avait employé pour produire un froid aussi considérable; et on 11e sait quelle confiance on doit ajouter à ses expériences. Une seule chose nous' paraît rendre difficile d’obtenir un si fort abaissement de température, c’est la grande quantité de matière à employer; car du reste, il nous semble très possible d’y parvenir par le moyen lie refroidissemens successifs. Si, par exemple, à l’aide d’un premier mélange, on refroidit et les vases et les matériaux qui doivent servir pour en faire un deuxième ; qu’avec ce second mélange on refroidisse également. tGut ce qui doit servir pour en faire un troisième, et ainsi de suite, on arrivera successivement, en prenant des précautions, à produire un très grand degré de froid, pour peu qu’on ait à sa disposition des masses assez considérables de neige et de muriate de chaux. Le froid sera principalement limité par la température de l’air; mais on peut, jusqu’à un certain point, se garantir de cette influence, en se servant d’appareils munis d’enveloppes, comme cela a lieu pour le calorimètre de Lavoisier.
- J’ai peut-être un peu trop insisté sur ce fait de la congélation de l’alcool; mais cette expérience est d’un si grand intérêt, ^0 il serait bien à désirer qu’on s’en occupât de nouveau,
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- s8o ALC
- et qu’on pût savoir à quoi s’en tenir sur la nature de l’alcool. Avant Lavoisier, on n’avait que des données vagues sur la composition de l’alcool; c’est ce savant qui, le premier, en entreprit l’analyse : il reconnut bien qu’il ne se formait, pendant la combustion de l’alcool, que de l’eau et de l’acide carbonique; mais la méthode qu’il suivit ne lui permit pas d’en déduire rigoureusement les quantités absolues de chacun des élé-mens; il n’en put connaître que le nombre et le rapport. M. Théodore de Saussure a repris ces expériences à diverses époques, et, après avoir inutilement cherché à perfectionner le mode analytique employé par Lavoisier, il a fini par adopter un procédé tout-à-fait différent, et qui consistait à faire passer de la vapeur d’alcool au travers d’un tube de porcelaine rouge de feu, et de là dans un tube de verre très long et entouré de glace. L’eau qui se condensait était recueillie et pesée exactement ; le gaz produit était ensuite soumis à l’analyse dans l’eudiomètre, et le résultat définitif de l’analyse fut que l’alcool absolu de Richter contenait
- Hydrogène................ i3—70
- Carbone........................... 5i—98
- Oxigène.,......................... 34—3a
- 100—
- Îgaz hydrogène per-
- carboné........ 6-t,63>
- Eau.............. 38,37.
- Cette dernière manière d’envisager la composition de l’alcool conduit à un résultat bien remarquable, c’est que la somme des pesanteurs spécifiques de ces deux composans est égale à la pesanteur spécifique de la vapeur de l’alcool. En effet,
- la densité de l’hydrogène percarboné,...... = 0,974
- celle de la vapeur d’eau......... = 0,625
- h599
- et, d’après M, Gay-Lussac, celle de la vapeur d’alcool = 1,6133
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- Ces deux nombres, comme on voit, correspondent presque exactement, et il en résulte qu’il devient extrêmement probable, sinon certain, que la vapeur de l’alcool est formée d’un volume de gaz hydrogène percarboné et d’un volume de vapeur d’eau condensés en un volume.
- Nous avons dit, au commencement de cet article, que nous ne traiterions point ici de la fabrication de l’alcool, parce qu’on s’en occuperait nécessairement aux mots Distillation , Fermentation , et même à l’article du Vin; cependant, parmi les procédés, comme il en est un qui trouverait peut-être difficilement place ailleurs, nous croyons plus à propos de le décrire immédiatement. Ce procédé a été une conséquence heureuse des expériences de M. Kirchhoff sur la fécule. C’est un des plus jolis résultats d’application que la Chimie ait offert depuis longtemps aux arts. Lorsque M. Kirchhoff, célèbre chimiste de Saint-Pétersbourg, fit connaître que les fécules amilacées pouvaient être converties en matière sucrée fermentescible par la réaction prolongée de l’acide sulfurique très affaibli, on regarda ce fait comme fort curieux ; cependant, n’étant susceptible d’aucune application en grand, le point de vue théorique fut le seul dont nos chimistes s’occupèrent d’abord ; mais f dans le temps où les compatriotes de M. Kirchhoff, grands consommateurs de boissons alcooliques, comme tous les peuples du Kord, nous avaient mis presque au dépourvu de cette denrée , on fut forcé de chercher quelques moyens extraordinaires de s’en procurer, et on eut recours à celui dont nous venons de faire mention. Fne fois que l’industrie s’en fut emparée, les perfectionnemens marchèrent avec tant de rapidité, qu’on parvint, en très peu de temps, aux résultats les plus satisfaisans. M. Kirchhoff prescrivait de faire bouillir, pendant 36 heures, 2 kilogrammes de fécule avec 8 kilogrammes d’eau, et 20 grammes d’acide sulfuri-!ue> d’ajouter de l’eau à mesure de son évaporation, pour maintenir toujours la même quantité de liquide. Lorsque l’ébullition s’était prolongée pendant tout ce temps, on saturait l’a-C'de sulfurique par de la craie, on clarifiait ensuite avec le blanc
- œuf, et on ajoutait une certaine proportion de charbon. Le
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- tout était enfin jeté sur une étamine, puis on évaporait le sirop pour l’obtenir en consistance. En suivant cette méthode, il deviendrait excessivement difficile de convertir de grandes masses de fécule en sirop; et une des causes qui y mettent le plus d’entraves , c’est la grande consistance qu’acquiert le mélange par la première action de la chaleur : il devient si épais , qu’on ne peut plus le brasser ; on est obligé de ralentir singulièrement le feu, pour éviter de tout brûler : tandis qu’en ajoutant la fécule par très petites portions à l’eau acidulée et déjà bouillante, on évite ce grave inconvénient, et l’opération marche avec infiniment plus de rapidité. Quatre heures suffisent pour convertir 1 ooo kilogrammes de fécule en sirop, lorsqu’on a des vases d’une capacité convenable. Ainsi on se sert d’une chaudière ordinaire, dans laquelle on verse de l’eau acidulée dans la proportion de trois d’acide concentré pour cent de la fécule à employer. On chauffe'la liqueur, et, lorsqu’elle est en pleine ébullition, on y fait tomber uniformément, au moyen d’une petite trémie, Je la fécule bien desséchée, et on agite fortement. A mesure que la fécule se délaie avec l’eau acidulée bouillante, elle se dissout immédiatemen t, sans que la liqueur prenne de consistance. Dans plusieurs fabriques on s’est servi, mais avec un peu moins ü’avantage, de la méthode indiquée par Lampadius, qui consiste à opérer cette transformation de la fëcnle en sirop dans des cuves en bois et à l’aide de la vapeur fournie par une chaudière couverte et portant un tuyau qui communique avec le fond de la cuve : mais, par ce moyen, il faut employer plus d’acide et plus de temps. La pression que subit la vapeur exerce sur la chaudière une réactiou assez forte pour la détériorer en peu de temps.
- Lampadius recommande de mettre d’abord dans la cuve en bois, peur une dose de 4o livres de fécule, 60 litres d’eau,que l’on chauffe au moyen de la vapeur jusqu’à ébullition, puis ou y verse 4 livres d’acide sulfurique étendu de îo litres d’eau; lorsque l’acide est mélangé, on ajoute, livre par livre, la fécule délayée dans partie égale d’eau. A chaque addition, le liqwue devient épais ; mais, après quelques minutes de réaction, cette
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- consistance se perd, et on ajoute la livre suivante. On continue de soutenir l’ébullition au moyen de la vapetir pendant 7 heures consécutives : alors l’action chimique est achevée. Par ce procédé, on ne court point risque de brûler le sirop ni d’y introduire du cuivre; mais la manœuvre de cette opération est difficile : l’autre nous paraît bien préférable. Au reste, de quelque manière que l’on s’y soit pris pour déterminer cette formation du sucre aux dépens de la fécule, il faut, lorsqu’elle est achevée, enlever l’acide au moyen de la craie, et en ajouter tant qu’il se produit de l’effervescence. On donne le temps au sulfate de chaux produit de se déposer , puis on décante. Ce qui reste au fond est jeté sur une chausse ; on reprend ces résidus par une petite quantité d’eau froide, et on filtre de nouveau. Toutes ces liqueurs claires sont réunies dans une chaudière et soumises à l’évaporation, jusqu’au degré qu’on désire obtenir. Lorsqu’on est à 3o° de l’aréomètre, on retire i5o livres de sirop pour 100 de fécule; si on pousse à 45°, on obtient 100 pour 100; et enfin , 90 seulement de sucre sec (1).
- Les résultats sont toujours les mêmes quand on opère de la même manière; mais on peut les faire varier en changeant, soit la température, soit la proportion d’acide. En général, on a observé qu’en augmentant la température, on pouvait diminuer la dose d’acide, et réciproquement; ainsi, par exemple, quelques personnes se sont servies de chaudières autoclaves pour cette opération, et, bien qu’elles employassent une dose moins forte d’acide, cependant en moins de 2 heures la réaction était achevée; on avait seulement la précaution de faire bouillir l’eau acidulée avant d’y ajouter la fécule délayée, et de clore la chaudière. Il est fâcheux que ces sortes d’appareils soient accompagnés de quelques dangers, car ils offriraient de grands avantages cians ce genre d’opération. 1
- Ce n’est pas' seulement du sucre qu’on obtient dans cette opé-
- û, J observerai qu’il esl inutile d’aller au-delà du degré nécessaire pour l^nvoir v&blir la fermentation quand ou a pour but essentiel de fabriquer
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- ration, il se forme aussi une matière gommeuse en plus ou moins grande quantité. Les proportions de ces deux produits dépendent des causes que nous venons d’indiquer, et à tel point qu’on peut à volonté obtenir ou plus de l’un ou plus de l’autre. M. Couvercliel, Labile pharmacien de Paris, est parvenu, en diminuant beaucoup la dose d’acide et la durée de l’ébullition à n’obtenir presque que de la gomme, ou du moins une matière qui y ressemble parfaitement, car elle est cassante, transparente, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool ; mais elle attire un peu l’humidité de l’air, et je crois qu’elle ne donne pas d’acide inucique, quand on la traite par l’acide nitrique.
- On voit, d’après tout ce qui précède, que, pour obtenir les résultats les plus avantageux, il est certaines limites dans lesquelles il faut se maintenir. La proportion que nous avons indiquée d’abord de 3 d’acide concentré pour 100 de fécule, est ce qui réussit le mieux pour faire le plus de sucre possible.
- Lorsqu’on veut transformer le sirop obtenu en alcool, on s’y prend absolument de la même manière que pour faire fermenter toute autre liqueur sucrée, c’est-à-dire qu’ après l’avoir mis à 7 ou 8 degrés de l’aréomètre, on y délaie de la levure, et qu’on abandonne pendant un temps relatif à la masse sur laquelle on agit. Cette fermentation ne s’établit bien qu’à une température de 20 à s5° centigrades, et il est des plus essentiels que cette chaleur soit uniformément répartie et soutenue, sans quoi la fermentation pourrait s’interrompre, et il deviendrait extrêmement difficile et souvent même impossible de la rétablir.
- Si toutes les circonstances favorables se trouvent réunies, la fermentation marche avec rapidité et se manifeste par une espèce de bouillonnement bien soutenu. A mesure que l’alcool se développe, la densité de la liqueur diminue, et lorsqu’elle est descendue à i°, ou mieux à o°, que d’ailleurs le mouvement tumultueux a cessé, alors on juge qu’il est temps de soumettre à la
- distillation. Il ne faut y apporter aucun retard, car cette espece de vin artificiel passe promptement à l’acide. On retire, de 100 litres de sirop de fécule, i5 litres d’alcool à 220. Je n’iusistcpa?
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- davantage sur cette opération, parce qu’on y reviendra nécessairement, jet avec beaucoup plus de détails , à l’article de la Feemixtàtion.
- Le procédé que nous venons de décrire offre des avantages réels ; l’alcool qu’on obtient par ce moyen est de bonne qualité et il n’a rien de cette saveur désagréable qui caractérise les eaux-ue-vie de grain ou de marc. De plus, il s’exécute avec tant de promptitude , que même dans un petit emplacement on peut fabriquer d’assez grandes masses. Aussi est-on assuré maintenant que, bors les cas de disette, jamais en France l’alcool ne pourra devenir cber.
- Si l’alcool de fécule n’a point de saveur aromatique particulière , on doit présumer qu’il ne contient point d’buile volatile analogue à celle qu’on retrouve dans les eaux-de-vie de marc. Cependant des fabricans m’ont fait voir une espèce d’huile aussi légère que le naphte, et qu’ils m’ont assuré avoir retirée en assez grande quantité de la rectification des petites eaux d’esprit de fécule. Ce liquide avait une odeur éthérée, et m’a paru avoir beaucoup de ressemblance avec ce que nous appelons l'huile douce de vin : produit qu’on obtient dans l’opération (le l’éther sulfurique, et qui n’est que le résultat'de la combinaison d’une huile grasse avec une certaine proportion d’éther. Je croirais assez volontiers que ce liquide oléagineux obtenu par les distillateurs d’esprit de fécule doit avoir aussi une composition semblable à celle de l’huile douce ; du moins , en le rectifiant sur de la potasse caustique, j’en ai séparé un produit qui avait sensiblement une odeur éthérée.
- Jusqu’à présent on n’a point trouvé d’explication satisfaisante de la transformation de la fécule en sucre par l’acide affaibli. M. Théodore de Saussure a pensé que la fécule, dans cette operation, se combinait à une certaine proportion d’eau pour se convertir en sucre; mais cette théorie est assez peu probable, car elle n’est point d’accord avec les faits. S’il en était ainsi, fa fécule subirait une augmentation de poids, et c’est en effet ce que prétendait M. de Saussure; mais 3a pratique journalière prouve qu’on n’obtient que 90 pour 100. II y a encore d’autres
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- raisons qui militent contre l’opinion de M. de Saussure. Ou sait que de la fécule légèrement torréfiée se transforme en une manière gommeuse, semblable à celle qu’on obtient en traitant cette même fécule par une très faible dose d’acide sulfurique affaibli. Or, en faisant cette torréfaction en vaisseaux clos et avec les précautions convenables, on voit qu’elle s’effectue sous la seule condition d’une simple soustraction d’eau, sans dégagement de fluides élastiques. On peut donc admettre par analogie que même phénomène se passe pendant la réaction de l’acide sulfurique sur la fécule ; et on est d’autant plus porté à le croire, que telle est son action sur la plupart des matières végétales. Il devient donc extrêmement probable que l’acide qui par son influence a d’abord changé la fécule en gomme, change ensuite la gomme en sucre, et toujours d’après le même principe, c’est-à-dire en déterminant la soustraction d’une nouvelle dose d’oxigène et d’hydrogène dans les proportions pour faire de l’eau. Cette manière de voir a encore l’avantage de se trouver d’accord avec l’opinion de Thomson, qui établit, d’après des considérations analytiques, que le sucre ne diffère de la gomme que par un atome d’eau de moins.
- Il me reste maintenant, pour terminer cet article, à citer les usages les plus importans de l’alcool ; et je dirai d’abord que la plus grande quantité s’emploie comme boisson, soit à l’état d’eau-de-vie , soit à l’état de liqueurs ; mais, comme tout ce qu’on pourrait dire d’intéressant sur cet objet se retrouvera à l’article Liquoeiste , nous n’en ferons ici aucune autre mention. Dans les arts on emploie beaucoup d’esprit de vin pour fabriquer les vernis fins et siccatifs : il dissout facilement les résines, qui forment la base de ces vernis ; et comme il se dissipe promptement dans l’air, les surfaces qui en ont été enduites se trouvent bientôt uniquement recouvertes par une légère couche de résine, et garanties par là même de l’influence atmosphérique. On conçoit que, pour la fabrication des vernis, il serait superflu d’employer des alcools de première qualité ; aussi ne se sert-on, pour cet usage , que de celui qui provient de la rectification des petites eaux ou de l’esprit de grain, etc. On emploie
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- aussi d’assez grandes quantités d’alcool pour l’usage médical. Ainsi, tout ce qu’on nomme teintures ou alcoolats ne sont que des dissolutions de certains médicamens dans de l’alcool ç!us ou moins étendu. C’est aussi avec ce même véhicule qu’on prépare les différentes espèces d’éthers, les esprits dulcifiés, les esprits aromatiques, etc. ; mais, pour toutes ces compositions , il est nécessaire que l’alcool soit de bonne qualité , et le pharmacien a grand soin de s’en assurer. Il est assez difficile de s’apercevoir d’une légère saveur étrangère à celle de l’alcool, lorsque celui-ci est concentré; de là la nécessité de l’ctendre d’eau avant de le déguster. On peut encore avoir recours à un autre moyen pour recounaitre dans l’alcool la présence de quelques matières hétérogènes; ce moyen consiste à faire un mélange de parties égales d’acide sulfurique et de l’alcool qu’on veut essayer : quand l’alcool est pur, il ne se manifesté aucune coloration ; et lorsqu’il contient quelques substances huileuses ou autres, le mélange prend de suite une teinte bistrée, qui devient d’autant plus foncée que l’alcool est moins pur.
- On se sert aussi de l’alcool comme "moyen préservatif : il empêche la fermentation ou la putréfaction des substances végétales et animales. Ainsi, on l’emploie pour conserver des fruits, des légumes, des préparations anatomiques et divers objets de l’histoire naturelle organique. Il paraît que, dans toutes ces circonstances , il agit en dépouillant les corps de leur humidité naturelle, et en les privant du contact de l’air.
- Dans les laboratoires de chimie, on fait un fréquent usage de ce puissant dissolvant, et il est d’un grand secours dans la plupart des analyses : c’est par son moyen qu’on parvient à isoler certains composés qui sont tout à la fois solubles dans l’eau et dans l’alcool, tels sont tous les sels déliqueseens; et c’est aussi à laide de ce véhicule que nous pouvons extraire les résines, les Imiles, le sucre, et tant d’autres substances qui font partie de combinaisons plus compliquées. R.
- ALENIER. ( Technologie .) C’est le nom qu’on donne à l’ou-Tner qui fabrique les alênes, c’est-à-dire ces instrumens pointus
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- dont la coupe a la forme d’un losange et qui servent à percer le cuir pour le coudre. Les unes sont droites, les autres sont plus ou moins courbes, selon le genre de travail auquel elles sont destinées. Les alênes sont implantées dans un petit morceau de bois tourné qui leur sert de manche.
- Les premières alênes que l’on a faites n’avaient pas la forme que nous leur connaissons aujourd’hui ; c’étaient tout simplement de petits poinçons coniques qui faisaient un trou rond dans le cuir. On ne tarda pas à s’apercevoir que cette forme était mauvaise, parce que le trou n’était jamais rempli qua moitié par les deux fils qu’on emploie simultanément pour coudre le cuir : en effet on peut considérer la coupe des deux fils comme deux cercles qui se touchent et qui sont enveloppés par un troisième cercle qui les touche tous les deux par les deux extrémités opposées de son diamètre ; or, on démontre en géométrie que ces deux petits cercles n’ont exactement en surface que la moitié de celle du grand cercle. Ce vide ôtait beaucoup de la solidité à la couture et était désagréable à la vue.
- On imagina d’aplatir le poinçon conique, on lui donna d’abord une forme ovale dans sa coupe , et peu après on le lima à quatre faces en forme de losange dont les angles sont trancbans, comme on les voit aujourd’hui ; mais l’alêne étai^toujours droite. Cette forme, qui est utile dans beaucoup de circonstances, fut-reconnue très impropre pour l’art du cordonnier; et cela est facile à concevoir. Supposons qu’on veuille coudre ensemble, tout près du bord, deux morceaux de cuir placés l’un sur l’autre, et qu’on se serve d’une alêne droite; le trou qu’elle formera écartera a chaque point le cuir vers le bord, lui donnera une forme convexe; et lorsque la couture sera terminée, ce même bord présentera une série de festons qu’il faudra faire disparaître en 1k enlevant avec le tranche t pour donner de la régularité à la pièce, qui ne conservera plus aucune solidité. Si, au contraire, on se sert d’une alêne courbe, et qu’on la pousse avec adresse, on l’introduira même très près du fiord, en lui faisant décrire un arc de cercle dont la convexité sera opposée à ce même bord-le feston que nous avons observé dans le premier cas ne paraîtra
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- plus ici, et les deux cuirs conserveront parfaitement leur force première et la couture sera très solide.
- Le nom de celui qui a eu l’heureuse idée de courber les alênes, s’est perdu. Il serait avantageux que toutes les alênes eussent mathématiquement la même courbure, et cela ne serait pas difficile, comme nous le prouverons dans un instant, en décrivant la manière de les fabriquer; mais malheureusement chaque fabricant leur imprime une courbe particulière, ce qui fait le désespoir des cordonniers. Pour peu qu’on réfléchisse sur la manière dont le trou doit être pratiqué dans les deux morceaux de cuir superposés, pour leur laisser toute la solidité possible, il faut que l’alêne sorte dans le cuir inférieur à la même distance du bord que l’ouvrier a déterminée dans le cuir supérieur en y piquant son alêne ; ce ne peut être que par un tour de main qu’une longue habitude lui donne , qu’il parvient à faire cette opération avec facilité lorsqu’il travaille toujours avec le même outil; mais lorsqu’il le cassé ou qu’il en change, si l’alêne n’a pas la même courbure, il reste longtemps à acquérir le nouveau tour de main qui lui est nécessaire pour bien opérer presque sans attention. Aussi, lorsque le cordonnier casse son alêne, il témoigne jun grand mécontentement , parce qu’il sait bien qu’il est obligé de faire, pour ainsi dire, un nouvel apprentissage de plusieurs jours. En effet, si l’alêne est plus courbe que d’abord, par le même coup de main elle sortira plus près du bord que dans le premier cas parce qu’elle décrit une circonférence plus petite : le contraire arrive si l’alêne est moins courbe, et sa pointe sort à une distance plus grande du bord, le travail est irrégulier. L’ouvrier est donc obligé à faire des tâtonnemens, jusqu’à ce qu’il ait acquis , par l’habitude , le coup de main convenable. Ces explications nous ont paru indispensables avant de décrire la manière de fabriquer les alênes.
- Les alênes se font â la forge et à la lime. Tantôt on les fabrique avec de l’acier, mais plus communément avec du fer qu’on eemente après. Il suffira de lire notre article Aiguiixes pour
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- avoir une parfaite intelligence de la fabrication des alênes; qui y a quelques rapports.
- L’ouvrier prend un petit barreau d’acier étiré en long ou tiré à la filière, de la grosseur à peu près de l’alêne qu’il veut faire ; il l’alonge au marteau et lui donne une forme conique ; il étire en carré la partie postérieure qui doit entrer dans le manche» et qu’on nomme flamme. Alors il place l’alêne sur une rainure pratiquée dans une matrice rapportée sur l’enclume, et qui a la forme angulaire de l’outil ; il le recouvre d’un poinçon qu’il tient à la main et qui porte l’empreinte de l’autre moitié de l’alêne, et en trois ou quatre coups de marteau, il donne la forme désirée. Un autre ouvrier enlève les bavures à la lime, et la livre à un troisième ouvrier qui la courbe si cela est nécessaire, et à un quatrième qui la trempe. La trempe et le recuit se font comme pour les aiguilles ( V. ce mot}. On les polît ensuite par le procédé que nous allons indiquer.
- Lorsqu’il s’agit de courber une alêne, on la frappe avec un petit maillet de bois dur sur un tasseau de plomb, et c’est en cela que ce procédé est vicieux et ne donne que très rarement la même courbure. Le procédé anglais est simple et donne toujours la même forme pour chaque manufacture; il serait k désirer que tous les fabricans adoptassent la même matrice. L’ouvrier assis devant un petit tas en acier trempé creusé selon la forme et la courbure que doit avoir chaque alêne, la courbe, avant la trempe, dans ce mandrin , à l’aide d’un petit maillet, jusqu’à ce qu’elle en ait pris très exactement la courbure. On sent que par ce moyen toutes ont la même forme. On les trempe ensuite, on les recuit, et l’on s’assure après cette dernière opération, que la trempe n’en a pas changé la forme. Lorsque ce cas arrive, l’ajusteur les remet au point convenable à l’aide d’un petit marteau tranchant, comme nous l’avons indiqué pour les aiguilles.
- Le polissage des alênes ne se fait pas comme celui des aiguilles. Dans ces petits instrumens, le polissage se fait entravers , tandis que dans les alênes il se fait en long. On place ces
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- outils flans des sacs de peatt, avec de 1;émeri et de l’huile ; ces sacs sont suspendus par les deux bouts à une machine à laquelle on imprime un mouvement de va-et-vient, soit à la main , soit par manège, soit par une machine à vapeur ; et par le frottement continuel que ces petits instrumeus exercent l’ùn contre l’autre, ils se polissent en très peu de temps.
- Comme les alênes n’ont pas besoin d’un poli aussi parfait que les aiguilles j eu emploie d’abord l’émeri pour les dégrossir, ensuite les mêmes matières que pour les aiguilles. On les dégraisse à chaque opération, avec de la sciure de bois dans une barrique à laquelle on imprime un mouvement circulaire, comme nous l’avons indiqué au mot Aiguilles. L.
- ALGEBRE ( Arts de calcul ).. La nature et le plan de ce Dictionnaire s’opposent à ce que nous traitions d’une science qui exige des développemens tellement étendus, qu’elle doit faire seule l’objet d’ouvrages séparés. Les élémens mêmes de l’Algèbre seraient déplacés dans un livre où les sciences ne sont considérées que dans les rapports qu’elles peuvent avoir avec la Technologie. Ou ne doit donc pas s’attendre à trouver ici l’exposition des doctrines algébriques, puisqu’elles sont hors des limites que nous avons dù nous imposer. Mais il est une partie de l’Algèbre qui est si simple dans son objet, si facile à saisir, si utile, lorsqu’on veut arriver, dans les arts, à la connaissance des nombres qui fontle sujet constant des recherches des manufacturiers , des mécaniciens, des commerçans et de presque toutes les personnes auxquelles notre Dictionnaire est destiné, que fai cru devoir l’exposer ici avec tous les développemens propres à en rendre l’intelligence aisée, et à faire concevoir quels en sont le but et les avantages.
- Et en effet, il n’est nullement nécessaire de savoir l’Algèbre pour avoir l’idée vraie de ce que c’est qu’une formule un théorème pour en faire les applications aux divers problèmes dont ils expriment la solution, et enfin pour obtenir le même résultat que le mathématicien le plus consommé, et par les mêmes calculs qu’il serait obligé de faire pour y parvenir. Un exemple fera bientôt concevoir cette vérité.
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- Premier problème. On me propose de trouver la longueur développée en ligne droite, d’une circonférence dont je connais Iè diamètre? Si un géomètre me dit que cette longueur s*obtient en multipliant le diamètre par 3 et ÿ, n’est-il pas vrai que, bien que mon esprit n’ait pas acquis la certitude que la cbose soit ainsi, et que je n’aie pas la moindre idée du moyen qui a pu servir à reconnaître cette vérité , si les lumières de ceux, qui me donnent ce résultat de leur instruction, m’inspirent une confiance absolue, je puis m’en servir pour trouver la longueur d’une circonférence dont le diamètre serait connu ? Car je n’aurais «qu’à multiplier ce diamètre par 3 et y, et le produit serait la longueur demandée. Que le diamètre soit, par exemple, i4 pieds; 3 fois i4 donnent 4a, à quoi j’ajouterai le septième de l4 qui est 2, j’aurai 44 pieds, pour la circonférence proposée. Ce résultat est non-seulement le même que celui qu’un iiabile géomètre obtiendrait, mais encore celui-ci n’aurait pas d’autre moyen d’y arriver que de faire la multiplication du diamètre par 3 et 4. La connaissance de la proposition ci-dessus m’a, pour ainsi dire, élevé à sa hauteur ; je suis rendu son égal, avec cette seule différence que j’ai agi machinalement, me confiant à une vérité qu’il m’a apprise et que je ne conçois pas, dont il est certain, et que je n’adopte que de confiance : savoir que toute circonférence a pour longueur le produit de son diamètre multiplié par 3 et j.
- Cet énoncé est ce qn’on appelle un théorème ; lorsqu’il est écrit en langage algébrique, on a une formule dont chacun peut ensuite faire l’application à tous les problèmes dont ce théorème eu cette formule est destiné à donner la solution. Il se présente, dans les arts, un très grand nombre de problèmes où une pareille remarque doit se faire ; je veux dire qu’on peut énoncer la solution sous forme de théorème, l’écrire en langage algébrique ou en formule : et dans cet état, chacun peut sans difficulté obtenir les réponses aux questions de ce genre, sans rien comprendre au but de l’Algèbre, à ses ressources et aux procédés intellectuels dont elle se sert pour y arriver.
- Avant d’aller plus loin, il convient de nous entendre sur
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- plusieurs signes dont on fait un fréquent usage, et qu’il est indispensable de retenir. Les mathématiciens considérant que les mots ajouterj soustraire j multiplier, diviser.... reviennent souvent dans le discours , parce que ces opérations se présentent à chaque instant, ont voulu s’éviter l’ennui de ces répétitions , et ont imaginé de se servir de quelques- symboles qui retracent aux yeux l’idée que chacun de ces mots fait naître. Les calculs arithmétiques sont de six espèces différentes, dont chacune est représentée par un signe qui sert à l’exprimer..
- i°. U addition de plusieurs quantités s’écrit en plaçant le signe -f- entre les nombres qu’on veut ajouter-: on Yénonce plus. Par exemple, 10-j-3-f-7 + 5,.est la manière dont on écrit que les quatre nombres 10,3,7 et 5 doivent être ajoutés pour, former la somme 25. On lit ainsi cette formule, 10 plus, 3 plus 7 plus, 5.
- 20.1.3. sous traction est indiquée en plaçant un trait—, entre les deux nombres qui font le sujet du calcul; ce signe—, qu’on appelle moins j se met devant la quantité qu’on veut soustraire. Ainsi 10 — 7 signifie qu’on veut retrancher 7 de îo ; ou 10 moins 7, ce qui donne le reste 3.
- 3°. La multiplication s’exprime par X placé' entre les quantités à multiplier : on lit ce signe, multiplié par. Ainsi 3 X 7 marque qu’on veut multiplier 3 par 7 : de même 3X7X4, désigne qu’après avoir multiplié 3 par 7, il faut encore multiplier le produit 21 par 4, ce qui donne 84 pour résultat On se contente quelquefois- de mettre un point entre les nombres à multiplier ; 3.7.4 indique la même opération que 3X7X4.
- 4°. Il y a pareillement deux manières d’écrire la division savoir, en séparant le dividende du diviseur par deux points comme 12 : 4, qui est le quotient 3 de la division de 12 par 4 ; ou bien en écrivant , à la manière des fractions, car on sait que cette-fraction revient à 3, quotient de douze divisé par 4, ou l’une des parties de 12 coupé en 4 quantités égales.,
- 5°. Le signe — exprime l’égalité des deux grandeurs entre lesquelles il est interposé ; comme 32 — 4 — 2 X i4;eten effet les deux quantités 32 — 4 et 2 fois i 4 forment l’une et l’autre 28-?
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- De même i5 : 3 — 1 = 2X2, parce que ces deux quantités sont 4. On donne le nom d’équation à toute expression où entre le signé de l’égalité ; la partie qui est à gauche du signe = est le -premier membre > celle qui est à droite est le second-membre.
- 6°. Lorsqu’une quantité se multiplie elle-même une ou plusieurs fois, comme pour 2 X 2 X 2 X2, on est convenu d’a-hréger ce mode d’écriture en indiquant par un chiffre combien de fois le même nombre est facteur, et écrivant ce chiffre à droite et un peu au-dessus.: ainsi au lieu de 2 X 2 X 2 X 2, on écrit 2*', pour désigner qu’il faut que le nombre 2 soit 4 fois facteur dans cette multiplication, d’où résulte 16. De même 4 X 4 X 4 , ou 43 — 64.
- Ce chiffre placé ainsi à droite et au-dessus est ce qu’on nomme un exposant; on dit aussi que, dans 43, 4 est élevé à la troisième puissance.
- Quand le nombre est simplement multiplié par lui-même, comme pour 4X4, ou 42 = i6, on appelle le résultat, un carré: et si cet exposant est 3, comme pour 2X2 X2, ou 23 = 8 , il prend le nom de cube. Ces deux dénominations dérivent de propriétés géométriques sur lesquelles il est superflu de nous arrêter.
- 70. Au contraire, lorsqu’on se donne une puissance, telle que 16, qui est la 4e puissance de 2, on peut se proposer de trouver ce nombre 2 , qui est appelé la racine quatrième de 16. De même 64 a pour racine troisième le nombre 4, parce que 4 élevé à la troisième puissance reproduit 64, ou 43 = 64. De même que la division a pour but de défaire ce qu’on a fait dans la multiplication, 1’extraction de racine est l’inverse de l’élévation de puissance. Pour indiquer qu’on veut ainsi extraire une racine d’un nombre, on se sert du signe \/ placé devant ce nombre; on met entre les branches de ce signe , qu’on nomme radical , un chiffre qui marque le degré de cette racine. Ainsi
- on écrira \/ 8 = 2, parce qu’en effet si on rendait 2 trois fois
- 4-
- facteur, on retrouverait 8. De même y/ 81 = 3, parce que
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- ALG
- 295
- 3 X3 X 3 X 3 , ou 3f = 8i. Rien n’est plus facile que d’élever un nombre donné à ses puissances successives, puisqu’il ne s’agit que d’en opérer plusieurs fois consécutivement la multiplication. Mais l’extraction de racine présente des difficultés bien supérieures; on donne, en Arithmétique, des procédés pour obtenir ces résultats. •
- Quand la racine porte le chiffre 2, on se dispense ordinai-
- rement de l’écrire ; ainsi t/4g équivaut à [/ 4g qui est = 7 ;
- V 4g = 7.
- Tels sont les sept signes principaux dont on fait usage en Algèbre, et que même on s’accorde généralement à introduire dans les calculs arithmétiques, parce qn’ils abrègent le discours et l’écriture : le sens qu’on j attache est simple et précis ; il n’en peut résulter de confusion ni d’incertitude ; et quelque longs et comg pliqués que soient des calculs consécutifs, on.peut aisément, à l’aide de ces signes, en former le tableau général, de manière à pouvoir en retrouver les élémens.
- Cette manière d’écrire les calculs avant de les effectuer, a encontre l’avautage de montrer de suite les principales réductions dont l’opération est susceptible, et d’en abréger par conséquent les longueurs. Ainsi, avant d’entreprendre les calculs
- • j. . 9 X 170 X 356 . ,
- indiques par ^5 x 4 X 17 ’ 6 remar<îue T11® *e 9 Peut elre réduit à son tiers 3, pourvu qu’on prenne aussi le tiers de 15,
- • . r i, 1 , , 3 X 170 X 35S _
- qui est 5; dou resuite, ——-X---------. Je puis aussi suppri-
- 5 X 4 X 17 11
- mer le facteur 17, qui entre au dénominateur et dans 170, et
- même 10 en haut et 2 fois 5 en bas. Il reste donc
- 3 X 356 -------, ou
- 3Xi78r= 534.
- Quand plusieurs opérations doivent se succéder dans un ordre déterminé, on enveloppe de parenthèses les parties qui doivent, etre évaluées d’abord, avant d’entreprendre les autres calculs, far exemple, pour
- ( 562 — 12 ) X ( 2.34 t(— 66 ) X 2,43 (8261 — 161) X 5
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- 29 S ALG
- on cherchera d’abord à part les quantités que les diverses parenthèses enferment, savoir 56a — 12 = 55o , 234 -j- 66 =3oo, 8261 — 161 = 8x00: on remplacera ces parties par leurs valeurs réduites, et on aura
- 55o X 3ao X 2,43 400950
- 8100 X 5 4c5oo
- en sorte que tout calcul fait, le résultat numérique g,9 équivaut à l’expression compliquée qu’on avait d’abord.
- On pouvait, au reste, faciliter les calculs, en supprimant le facteur 5 dans 55o, et le facteur 3oo dans 8x00, ce qui aurait
- donné --10 ^ ..2’^ : on peut aussi prendre le neuvième de 2,43 27
- . 1 . , 110X0,27 „
- et de 27, ce qui donne--------, et enfin, 110 X 0,09=9,9,
- comme ci-devant.
- On donne le nom de formule à toute expression ainsi composée de signes annonçant une série d’opérations à exécuter.
- J’admets maintenant qu’on se soit rendu familiers les divers signes dont je viens d’exposer la nature et l’objet, en sorte qu’au seul aspect de l’un d’eux, on en ait présent à l’esprit la signification , sans avoir besoin d’aucun effort d’attention. Reprenons le problème que nous nous étions proposé précédemment sur le cercle : il est clair que ce théorème peut être écrit ainsi Circonférence = Diamètre X 3 7 ; on a déjà un énoncé parfaitement identique à celui qu’on avait d’abord, et cependant conçu en termes plus simples. L’idée de contracter davantage l’équation en écrivant en abrégé les mots circonférence et diamètre se présente naturellement, savoir, Cire, = Diam. X 3 7 :
- et même on peut se contenter d’écrire la lettre initiale, qui suffit pour rappeler le mot entier à la mémoire, ou
- C=DX3},
- et voilà précisément une formule algébrique dont le sens est facile à saisir.
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- ALG 297
- Quelques autres exemples feront mieux concevoir cette espèce de langage.
- Deuxième problème. On a cette suite de termes qui conservent successivement entre eux la même différence 4, savoir :
- 3, 7, il, i5, 19....
- on demande la valeur du centième terme de cette progression. On pourrait sans doute la prolonger jusqu’à ce qu’on atteignît au centième rang demandé ; mais on peut s’éviter l’ennui de ce calcul, qui serait d’autant plus long, que ce rang serait plus éloigné du premier. L’Algèbre enseigne que, dans toute progression qui s’élève en croissant successivement d’une même quantité, le dernier terme est égal au premier, auquel on ajoute le produit de la différence constante multipliée par le nombre des termes antérieurs. On peut, à l’aide des signes convenus, écrire ainsi cette proposition :
- Dern. terme.=Prem. terme, -j-diff.'^.{nombre des termes—un)'. ou d’une manière plus abrégée,
- z — a -f- d (n — 1) ,
- en désignant par z le dernier terme inconnu, par a le premier, par d la différence constante de la série ; enfin par n le nombre total de ses termes : la progression est censée formée des quantités a,] b, c,.... s, en nombre appelé n, et croissant perpétuellement de la quantité d.
- Dans l’exemple proposé,a désigne le premier terme 3, d ou la différence est 4, il y a 100 termes, n est 100 -, en remplaçant nos lettres par leurs valeurs actuelles, on a
- z = 3-i~ 4 X (ioo — 1) = 3 4 X 99 = ^99 î
- le centième terme demandé est donc 399.
- Pour toute autre progression de même nature, la formule ferait pareillement connaître la valeur du dernier terme ; on y remplacerait les lettres a, d et n, par les valeurs qu’elles y auraient actuellement. Ainsi, pour avoir le 3ooe terme de la suite,
- 5,7,9,
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- 238 ALG
- on fera a~ 5,d=. 2 et n—5 oo; et il viendra pour le 3ooe ternie demandé
- z — 5-*r 2 X 299 = 6o3.
- Ces problèmes sont, comme on. voit, résolus par les mêmes procédés et avec la même facilité que le pourrait faire un mathématicien exercé ; seulement celui-ci a l’avantage de comprendre les raisons par lesquelles la formule a été obtenue, de tenir le fil qui sert de guide dans ce calcul, et de pouvoir trouver toutes les formules propres aux diverses espèces de problèmes qu’il rencontre.
- Troisième -problème. Deux nombres ont pour somme i5; lorsqu’on les retranche, leur différence est 3; on demande quels sont ces nombres. Sans m’arrêter à faire ici les frais d’un raisonnement, je suppose qu’un homme versé dans l’Algèbre me donne, en ces termes, le procédé de calcul propre au problème proposé : Ajoutez les deux nombres donnés 15 -J- 3 = 18, la moitié 9 de cette somme sera la plus grande des quantités demandées : de même retranchez l’un des nombres donnés de l’autrej 15 — 3 = 12, et prenez encore la moitié du résultat; 6 sera la moindre des deux quantités inconnues. Les nombres 9 et 6 satisfont en effet aux conditions imposées, puisque leur somme est 15, et qu’ils different de 3 : et si on m’assure que cet ordre observé dans les calculs, convient encore à d’autres problèmes de meme nature, mais où la somme 15, et la différence 3 > seraient remplacées par d’autres données, je puis, à l’aide des signes algébriques, écrire les réponses à toutes ces questions, savoir :
- T . , somme A-différence
- te plus grand nombre inconnue--------------------,
- , . . 7 somme — différence
- le moindre nombre inconnu =------------------------ j
- 2
- j’abrégerai même ces formules de la sorte :
- 7 . som 4- diff
- g-ande mco =------------—
- . som
- petite mco = -----
- 2
- — diff
- 2
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- 299
- ALG
- et même en me contentant de la seule lettre initiale ,
- s + d
- P-
- 2
- s — d
- Ces deux formules m’en disent autant que l’énoncé écrit tout au long, ainsi que nous l’avions fait d’abord ; j’y vois le système des opérations qu’il faut faire pour répondre aux questions de cette nature. Qu’on me dise, par exemple, que deux frères ont 28 ans pour somme de leurs âges, et que l’aîné a 4 ans de plus, je verrai que la. somme désignée par la lettre s , est ici 28; que la différence désignée par la lettre d est 4, et qu’en remplaçant ces lettres par leurs valeurs numériques, il vient
- 28 + 4 3a ' .
- S 2 2 ’
- 28 — 4 24
- Faîne a donc 16 ans, et le plus jeune 12. Le problème est résolu, et bien que le fil manque pour saisir l’artifice de raisonnement qui a conduit à ces solutions, on est certain que les nombres 16 et 12 répondent au problème proposé, puisque leur somme est 28 et leur différence 4. Il y a plus, le mathématicien le plus exercé ne pourrait résoudre cette question qu’en passant par ces mêmes calculs ; et il n’aurait sur l’ignorant que l’a-vanîage de comprendre les raisons de ces opérations.
- Quatrième problème. Soit proposé de couper• eu 5 arcs égaux une circonférence ABEC ( PL I, fig. 4, des Arts de Calcul ), dont la longueur AC du rayon est donnée; en sorte qu’en joignant deux à deux les points de division, on ait un pentagone régulier ABDEF inscrit au cercle.
- La Géométrie enseigne que la corde AB , qui est le côté de ce pentagone ; s’obtient en multipliant la longueur AC du rayon parle nombre 1,1756; savoir:
- Côté du pentagone régulier inscrit — 1,77 56 X rayon du, cercle *
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- ALG
- 3oo
- ou plus simplement
- P = 1,1756 X R,
- en représentant, pour abréger,le côté demandé par P et le rayon du cercle par R. •
- Par exemple, pour couper en 5 arcs égaux une circonférence qui a 4 décimètres de rayon, je répète 4 fois 1,1756, et j’ai 4,7024, ou à très peu près 47 centimètres •, j’ouvre un compas jusqu’à ce que les pointes soient écartées de 47 centimètres , et cette ouverture sera portée 5 fois exactement sur la circonférence proposée ABDEF, c’est-à-dire, qu’on seraramené 3a cinquième fois sur le point de départ.
- Si on voulait couper la circonférence proposée en 7 parties égales, la formule ci-dessus ne serait applicable, qu’après avoir changé le facteur 1,1756 en 0,86785 en sorte que l’équation qui convient au polygone régulier inscrit de 7 côtés, est P =0,8678 X R.
- Pour l’hexagone, le côté est précisément égal au rayon, ou P r= R, c’est-à-dire que le compas étant ouvert de la même quantité que pour tracer le cercle, cette ouverture pourra être portée 6 fois juste sur la circonférence.
- Pour l’octogone, on a P = 0,7654 X R,
- Pour le décagone, P = 0,6180 X R,
- Pour le dodécagone, P = 0,6176 X R*
- On voit qu’en général pour chaque polygone régulier, il faut prendre pour facteur de R un nombre convenable ; ce facteur numérique est ce qu’on nomme un coefficient; en le représentant par a, on a P = a xR, pour la longueur d’un côté de polygone régulier inscrit au cercle; il reste ensuite a prendre pour a le nombre qui convient à chacun. Au lieu d’écrire P = a X R, on supprime le plus souvent le signe X, et on écrit P = «R ; mais il faut sous-entendre ce signe, et ne pas oublier de le rétablir par la pensée, toutes les fois qu on voit plusieurs lettres se suivre sans interposition de + ou de — ; l’absence de signe a, dans ce cas, la même signification que le
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- ALG
- OOi
- îigae même X* Posons donc
- P = aR
- pour la longueur du côté d’un polygone régulier inscrit dans un.
- cercle de rayon R, pourvu qu’on prenne
- a = 1,7321 pour le triangle équilatéral.. ou l’are de 120%
- a = 1,4142 pour le carré inscrit.......ou l’are de go°,
- a = 1,1756 pour le pentagone rég. inscr. ou l’arc de 72°,
- a = 1,0000 pour l’hexagone.............ou l’arc de 6o°,
- a = 0,8678pourl’eptagone..................ou l’arc de 5i°f,
- 4 = 0,7654 pour l’octogone. ..............ou l’arc de 45°,
- a = o,684o pour l’ennéagone........... ou l’arc de 4o°,
- a=0,6180 pour le décagone.................ou l’arc de 36°,
- a=0,5635 pour la ne partie delà circonf. ou l’arc de 32°
- 4 = 0,5176 pour la 12e partie............ ou l’arc de 3o°.
- Cinquième problème. Trouver combien il y a de mètres carrés renfermés dans la circonférence d’un cercle dont le rayon est 8 mètres et ~z, ou 8,3? Ce problème revient à trouver la surface iun cercle dont le rayon est donné ^ et la Géométrie apprend qu’il faut faire le carré du ray onj et multiplier ce produit par 5 et savoir :
- Surf, du cercle = 3 j X Hayon carré t «a S = 3 \ X R*
- en représentant par S la surface demandée, et par Rie rayon, Dans notre exemple R = 8,3, donc
- S = 3j X 8,3 X 8,3 — 3 j X 68,89 = 216,51; notre cercle a donc 216 mètres carrés et 5i centièmes de mètre ®ré (qui valent 5i décimètres carrés, puisque le mètre carré contient 100 de ces décimètres ).
- Pour un autre cercle qui aurait, par exemple, i4 décimètres trayon, on trouverait pareillement
- S=z3j X i4* = 3 jX 196 = 616; cercle a donc 616 décimètres carrés, ou 6 mètres carrés et 16 Pénétres carrés.
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- 302 ALG
- Sixième -problème. Une chaudière, à peu près cylindrique, a i3 décimètres de largeur et 8,3 de profondeur; on demande quelle en est la capacité, c’est-à-dire combien contient-elle de litres, ou de décimètres cubes? On sait par la Géométrie, que le volume d’un cylindre est le produit du cercle qui lui sert de base multiplié par la hauteur, et il est aisé de voir que ce volume se trouve en multipliant cette hauteur par le carré du rayon et encore par 3 ^, savoir :
- Vol. cylin = 31 X Rayon carré X Hauteur, ou V = 3fxB1H,
- "V étant le volume du cylindre, H sa hauteur, R le rayon de sa base. Bien entendu que ces deux dernières dimensions doivent être mesurées par la même unité ; par exemple, en décimètres. Dans notre problème, le rayon R de la chaudière est S,5, et H est 8,3 : donc
- Y = 3±X 6,5* X 8,3.
- "Voici l’ordre à suivre dans ces calculs :
- Carré de 6,5.................................= 42,25
- Multipliant par 8,3, produit.................— 350,6/5
- Enfin, multipliant par 3..................... io52,o25
- Ajoutant le 7e du multiplicande...........= 50,096
- Produit ou volume demandé............ 1102,121
- ou 1102 décimètres cubes et 121 centimètres cubes : la chaudière contient un peu plus de 1102 litres, ou de 11 hectolitre.
- Observez que dans ces divers problèmes et les suivans, le coefficient 3 ÿ, qui est le plus ordinairement employé, na qu’une approximation un peu éloignée, et qu’il convient de le remplacer par 3,i4iog, lorsqu’on veut obtenir des résultats plus précis.
- Septième problème. Jauger un tonneau ? La règle qu'on a coutume de suivre pour la' perception des droits du fisc, consiste à mesurer les deux largeurs du tonneau au cercle qui sert de base et à la bonde ; l’une est le diamètre du fond > l’autic
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- ALG 3o3
- celui du bouge; ces mesures doivent être prises à l’intérieur du tonneau dont on veut évaluer la capacité. On ajoute le diamètre du fond au double du diamètre du bouge , et on fait le cairè de cette somme : ensuite on multiplie ce carré -par la longueur du tonneau et par 0,0873; le produit est le volume du liquide contenu dans le tonneau. Exprimons cette règle algébriquement,
- capacité = 0,0873 X longueur X (petit diam -f- 2foisgr. diam)5 ; ou plus simplement
- C = 0,0873 XL X (d-f- aD)1,
- L désignant la longueur du tonneau, d et D les diamètres du fond et du bouge, exprimés en la même unité linéaire; G sera la capacité demandée en unités cubiques de même espèce.
- Si, par exemple, le tonneau est long de 11 décimètres et f, ou n,4, que ses deux diamètres soient 9,7 décimètres et 8,8 , la formule devient
- 0=0,0873X n,4 X (8,8-f 2X9,7)“=0,0873X 11,4X(28,2)*.
- Carré de 28,2............................. = 795,24,
- Multiplié par n,4, produit.................. = 9060,706,
- Enfin, multiplié par 0,0870 , produit....... = 791,44.
- Ainsi le tonneau contient 791 litres et demi, à peu près.
- Cet exemple montre que non - seulement on peut appliquer les formules algébriques aux cas qu’elles concernent, sans même les savoir obtenir, mais qu’il est plus aisé de lire et de comprendre le sens d’une formule, et d’y saisir l’esprit des calculs qu’elle prescrit, eue de recourir aux énoncés de théorèmes en langage ordinaire, qui sont souvent diffus et compliqués.
- Huitième problème. Trouver le volume d*un cône ? On prend kl surface du cercle de sa base et on la multiplie par le tiers de la hauteur; telle est la règle prescrite en Géométrie. Cette règle équivaut à multiplier le carré du rayon de la base par le tiers dco i, et ensuitepar lahauieur du cône, ce qu’on exprime ainsi : le volume d’un cône est le produit du carré du diamètre de sa
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- 3o4 ALG
- base j multiplié par la hauteur et par 0,2618, ou
- Vol. cône ~ 0,2618 X Diamètre2 X Hauteur j C = 0,2618 XD’H;
- D étant le diamètre, H la hauteur du cône, exprimés en la même unité linéaire ; C sera le volume, en unités cubiques de même espèce. Si, par exemple, un pain de sucre a 2,4 décimètres pour largeur de sa hase, et 4,i pour hauteur, son volume en décimètres cubes est
- C = 0,2618 X 2,42 X 4,1 = 0,2618 X 5,76 X 4,i, ou enfin, tout calcul fait, C= 6,i83 ; le volume est 6 décimètres cubes et 183 centimètres cubes.
- Neuvième problème. Trouver le volume d un cône- tronqué à bases parallèles. Sans nous arrêter à énoncer le théorème de Géométrie qui se rapporte à cette question,nous l’écrirons de suite en langage algébrique :
- Volume du cône tronqué =
- 0,2618 X Hauteur X (som des diam2 — prod. des diam), ou plutôt ^
- Y = 0,2818H [(D +• dy — Dû?],
- D et d étant les diamètres des deux hases parallèles opposées du cône tronqué,H la hauteur perpendiculaire, Y le volume.
- Un seau a la forme d’un cône tronqué de 2,9 décimètres et de 2,3 de largeur en haut et au fond ; la profondeur est 3 dé-
- cimètres ; on demande le volume ? Je fais D = 2,9 , d = 2,3, et H = 3 : il vient
- Y = 0,2618 X 3 X (5,2° — 2,9 X 2,3).
- Le carré de 5,2 est............................. 27,04
- Le produit de 2,9 X 2,3 est.................. 6,67.
- La différence est........................ = 20,37
- Multiplié par 3 , produit.................... = 61,11
- Enfin, multiplié par 0,2618, produit......... = i5,999-
- C’est le volume demandé, ou à très peu près 16 litres. Si on veut savoir combien le tonneau qu’on a jaugé dans le 7e F0'
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- ÀLG *5o5
- blême, page 3o3, contient de ces seaux, il suffit de diviser par 16 la capacité 791,44 obtenue précédemment; le quotient 4çj,5 exprime donc que ce tonneau contient 49 seaux et demi.
- Dixième problème. Trouver la surface d’ une sphère ? On sait, par la Géométrie, que cette surface est quadruple de celle d’un cercle de même rayon; en multipliant par 4 la valeur donnée dans le 5e problème, page 3oi, oh obtient
- Surf, sph — 4 X 3 \ X Rayon?, ou plus exactement =12,5664 X Ra = 3,i4i6 X D\
- Onzième problème. Trouver le volume d’une sphère ? Ce volume étant le produit du nombre 0,5236 multiplié par le cube du diamètre j on écrit ainsi ce théorème
- Vol. sphère — 0,5236 x D3.
- Nous ne donnons pas d’applications numériques dé ces formules ; parce que les calculs en sont très simples, et précisément de même genre que dans les problèmes 5, 6.... Au reste, on en trouvera des exemples dans le tableau page 179, relatif aux aérostats. La surface de la sphère est exprimée en carrés , et le volume en cubes dont le côté est la ligne qui a été prise pour imité dans la mesure du rayon ou du diamètre. Si cette unité est le décimètre, la surface est le décimètre carré, dont cent forment le mètre carré; le volume est le décimètre cube, dont il faut mille pour composer le mètre cube.
- Donnons maintenant quelques exemples tirés de la Mécanique et de la Physique.
- Douzième problème. On demande de déterminer le poids d’un corps sans le peser actuellement et par la seule connaissance de son volume et de la substance dont il est formé ?
- Rappelons d’abord que le kilogramme est le poids d’un litre ou décimètre cube d’eau; un centimètre cube d’eau pèse un gramme. Pour que cette proposition soit rigoureusement vraie, il faut que ce liquide soit à l’état de pureté et sous la température de 4° du thermomètre centigrade ; cependant, comme les différences des poids que prend l’eau en s’écartant de ces états Toms I.
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- 3o6 ALG
- sont très petites, dans les limites ordinaires, nous n’aurons pas égard à ces variations, qui sont tout-à-fait négligeables.
- Nous expliquerons au mot Poids spécifique , ce qu’on doit entendre par cette expression, comment on en trouve la valeur pour les bois, la pierre, les métaux et toute autre matière : nous montrerons que le poids d’un corps quelconque est le produit d’un volume df eau égal au sien propremultiplié par le poids spécifique de la substance dont il est formé. En désignant par V le volume de ce corps, exprimé en litres ou décimètres cubes, Ni sera aussi le poids d’un volume d’eau égal au sien, en kilogrammes. Si donc on désigne par a le poids spécifique de la matière qui constitue le corps, notre théorème écrit eu langue algébrique devient
- poids d’un corps — a V.
- Si le volume Ynlu corps est exprimé en centimètres cubes, son poids est donné en grammes par la même équation. La valeur numérique de a s’obtient par des opérations d’hydrostatique, qu’on trouvera décrites au mot Poids spécifique ; nous y donnerons une table de ces nombres : comme nous ne voulons que montrer maintenant l’usage des formules d’algèbre et les appliquer à la détermination des poids, nous nous contenterons d’extraire de cette table quelques-unes des principales valeurs, pour en faire l’application.
- Table de quelques poids spécifiques :
- Argent. . . . . . 10,47
- Plomb. . . . ... 11,35
- Cuivre. . . ... 8,90
- Fer. .... • • • 7>79
- Etain. . . . - 7>29
- Acier. . . . . . . 7,80
- Crès-.... . . . 2,42
- Marbre........... 2,72
- Pierre h plâtre.. 2,21
- Pierre à bâtir. . 2,08
- Craie.......» . 2,2a
- Sucre............1,61
- Lard, suif, beur. o,g5 Eau-de-vie à 190. 0,94
- Huile............o,gi
- Chêne..........» 1,17
- Orme.............0,67
- Poirier........
- Cerisier.........0,72
- Yin..............0,99
- Sel marin........i>92
- Cette table donne les valeurs numériques de a dans la formule ci-dessus, c’est-à-dire ce que pèse, en kilogrammes, un décimètre cube ou un litre de la substance indiquée, ou bien ce que pèse en grammes, un centimètre cube : ainsi, un dcci-
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- ÀLG- 5of
- mètre cube Je plomb pèse 11,35 kilogrammes; un centimètre cube pèse 11,35 grammes ; un litre d’huile pèse 0,91, ou 91 grammes , et ainsi des autres.
- D’après cela, posons qu’on veuille connaître le poids du pain de sucre dont le volume conique a été trouvé p.3o4 de 6,183 décimètres cubes; je prends ce volume pour V, je fais a — 1,61, et ma formule devient
- poids — i,G1 X 6,i83 = 9,g55;
- le pain de sucre proposé pèse donc 9 kilogrammes et 961 grammes. On doit remarquer que la densité du sucre étant très variable, le nombre a doit être, suivant les cas, plus ou moins grand : ce résultat ne peut donc être regardé que comme une approximation.
- Oa demande ce que pèse un mètre cube de marbre ? Comme ce volume contient mille décimètres cubes , je fais V == 1000; on a pour le marbre a = 2,72 ; le produit aV de ces deux nombres est 2720 kilogrammes, poids demandé.
- Un essieu a été forgé d’un prisme de fer de 9,5 centimètres sur 6,1 d’écarrissage, et 18 décimètres de longueur, quel en est le poids ? Je multiplie ces trois nombres; savoir :
- 9,5 X 6,1 X 180 centimètres; le produit io43i centimètres cubes, ou io,43i décimètres cubes, exprime le volume Y de ce prisme Pour le fer on a dans la table a —7,7. Le produit aY delà multiplication de ces deux quantités est 80, 3ig; ainsi l’essieu pèse 80 kilogrammes et 319 gi'ammes.
- Souvent le volume et le poids sont évalués en anciennes mesures ; alors V n’est plus le poids d’un égal volume d’eau, mais seulement le volume du corps. Or, on sait que
- un pied cube d’eau pèse .69,969 livres ; un pouce cube d’eau pèse 5,18/5 gros.
- Pour obtenir le poids d’un volume d’eau égal à celui V du corps* il faut visiblement multiplier V par l’un de ces nombres, suivant que l’uuité linéaire est le pied ou le pouce. Soit donc 3 ce nombre ; Z>V sera le poids de ce volume d’eau, et abY le
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- ALG
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- poids du corps : donc
- poids du corps = abV ;
- ce poids est exprimé en livres , quand on fait b = 69,96g • et qu’on a pris le pied pour unité linéaire; il est en gros, quand b = 5,1875 , et que le pouce est l’unité.
- Par exemple, le jaugeage d’un tonneau d’eau-de-vie à 190 de l’aréomètre de Cartier, a indiqué que ce tonneau contenait 260 pintes. Pour obtenir le poids de ce liquide, j’évalue d’abord ce volume en pieds cubes; en remarquant que la pinte vaut 0,02717 de pied cube, je multiplie ce nombre par 260, et je trouve pour produit 7,0642; c’est la jauge ou le volume du liquide en pieds cubes. Maintenant j’ai pour l’eau-de-vie, a — 0,g4 ; donc
- poids du liquide = o,g4 X 69,969 X 7,0642 = 0,94 X 494,276 = 464,62 ;
- le tonneau pèse donc 464 livres et |, sans compter le poids de la futaille.
- Treizième problème. Trouver la longueur d’un pendule qui, dans un temps donné bat un nombre connu d’oscillations ? La théorie du pendule établit que si on réduit, par la pensée, ce système à un point matériel oscillant avec la même vitesse» la longueur de ce pendule simple exprimée en centimètres , est égale au quotient du nombre 357768, divisé par le carré du nombre d oscillations exécutées en une minute. Ce théorème, écrit en langue algébrique, est
- T _ 357768 L— N2
- L est la longueur du pendule en centimètres, N le nombre d’oscillations accomplies en une minute.
- Par exemple, si le pendule effectue n3 vibrations par mi-
- i 1 357768 357768 . . . ,
- nute, sa longueur est ----—— = —— - ; le calcul donne pour
- n32 1276g
- quotient 28 centimètres. Pour qu’un pendule batte la seconde , il faut que le nombre d’oscillations en une minute soit 60 — N;d’où on voit que la longueur du pendule à secondes
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- ALG
- 5oj
- 35776S «
- est'36^"=99’38> ou tr®s Pr®s ^’un mètre. Le pendule qui bat les demi-secondes, frappe 120 coups par minute; il est
- 0 i44oo ’
- En remplaçant le numérateur par 132171, la longueur du pendule serait exprimée en pouces , savoir : L r=
- Quatorzième -problème. Trouver une force équivalente à deux forces parallèles ? Cette force, qu’on nomme Résultante, se dé--termine ainsi qu’il suit : soient P et Q (fig. 5, pl. I des Arts de Calcul ) les deux forces parallèles proposées ; l’une est appliquée au point A, l’autre au point C, aux extrémités de la barre rigide AC. La force R qui , par son action équivaut aux deux puissances données, doit être parallèle à celles-ci et égale à leur somme; le point B , où elle est appliquée, coupe la droite AC en deux parties qui sont déterminées par les équations suivantes, où la longueur AC est désignée par a, AB par p, BG
- par q,
- «P
- esQ
- * p~~P + Q’
- Il est clair que si, par exemple, P et Q sont deux poids donnés et qu’on ait mesuré la longueur AC du levier, ou a, ces équations donneront bientôt les quantités inconnues p et q ; p est ce qu’on nomme le bras de levier AB de la force P ; q est celui BC de la force Q. Que P soit 5 kilogrammes , Q 3 kilogrammes ; 3 5
- oa a ji = - a , q — - <2 : il faudra partager la ligne AC en 8
- 8 o
- parties, en prendre 3 du côté delà plus grande force P, ou 5 du côté de la plus petite Q; le point B ainsi déterminé sera tel, qu’un appui fixe qui y serait placé, retiendrait les forces en équilibre. On produirait le même effet, en appliquant à ce point B une force égale à 8 livres, qui tirerait le levier ÀC en sens contraire et parallèlement aux forces P et Q.
- Quinzième problème. Décomposer une force en deux autres
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- 3io ALG
- parallèles agissant en des points donnés et qui lui soient équivalentes ? Cette force étant B. ( fig- 5 ), soient P et Q les composantes demandées ; les inconnues de la question sont les intensités P et Q de ces forces ; on connaît les points A et C où celles- ci sont appliquées, ou leurs bras de levier AB := pt BC=ç. La Statique donne pour les forces P et Q les valeurs suivantes :
- p = !5, q = «5.
- a a
- Ainsi, un poids placé en B, sur un levier dont les deux extrémités A et C sont soutenues, fait supporter à ces appuis des effets inégaux que ces équations font connaître. Que le poids R. soit, par exemple, de 4o kilogrammes, les bras de levier AB = p = 3 décimètres, BC — q— 5 ; on obtient
- P = ^ X 4o = 25 kil., a = \ X 4o = i5 kil.
- 8 O
- Dans ce problème, comme dans le précédent, la composante qui a le plus long bras de levier, est la plus faible , et l’effort qu’elle supporte est d’autant moindre.
- Seizième problème. Un corps pesant P est formé a? un alliage chargent et de cuivre ; on demande de déterminer dans quelles proportions ces métaux entrent dans le composé ?
- Ou suspendra ce corps à un crin fixé sous le plateau d’une balance très précise, et on mettra dans l’autre plateau le poids nécessaire à l’équilibre. Ce poids , que nous nommerons P, sera celui de l’alliage proposé. On plongera ensuite ce corps ainsi suspendu dans l’eau-, comme la pression du liquide soulèvera le métal, le poids se trouvera diminué d’autant, et il faudra, pour ramener l’équilibre, ajouter des poids dans le plateau auquel le lingot est attaché : ce dernier poids, que nous appellerons p , sera celui que le corps a perdu par son immersion dans l’eau ( V. Balaxce iïyerostatiqüe ). Les poids P etp seront donc exactement connus par cette double expérience. Désignons par a et a les poids spécifiques de l’argent et du çiiivre, tels qu’on les trouve dans la taille page 3o6, ou plu5
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- ALG 3i t
- exactement au mot Poids spécifique. Les règles 'de Hydrostatique apprennent que le poids de If argent contenu dans le lingot est donné par la formule
- a X (P — n'p) x— a — â'
- et par suite celui du cuivre se trouve en retranchant ce résultat du poids total P.
- Par exemple, supposons qu’on ait trouvé que le lingot pèse P = 2,628, et que par son immersion dans l’eau il perde le poids p = 0,253. La table donne a = 10,474, a = 8,90; en substituant ces nombres dans la formule, elle devient
- ___10,474x(2,628—8,90 X 0,253) 10,474(2,628—3.2.5?.),
- 10,474—8,90 1,574
- __ 10,474 X 0,676_____6938_____
- 1,574 1574 2’ ’
- sur les 2,628 kilogrammes, le lingot en contient donc 2,5 d’argent-, le reste 0,128 est de cuivre, ou environ -f d’alliage. En divisant le poids de l’argent ou 2,5 par le poids total 2,628, le quotient o,g5i marque quelle est la proportion de l’argent dans le lingot, ou ce qu’on nomme 1 efn ; on dit dans le cas actuel que le métal est à o,g5i de fin. ( V. Titre et Monnaies.)
- Le problème que nous venons de résondre porte le nom du célèbre Archimède , qui le premier a su le résoudre. Hiéron, roi de Syracuse, avait confié de l’or à un ouvrier pour fabriquer une couronne-, on soupçonnait ce dernier d’avoir soustrait une partie de ce précieux métal et d’y avoir substitué de l’argent. 11 s’agissait de reconnaître la fraude sans endommager la couronne, et l’illustre géomètre en trouva le moyen. Dans le cas dont il s<agit, il suffirait de faire a — 19,257, a ~ 10,474, poids spécifiques de l’or et de l’argent.
- Dix-septième problème. On mêle ensemble deux substances, dans des rapports connus ,- les prix de Vunité ( de volume ou de poids) de chacune est connu ; on demcmde le prix de-l’unité du mélange! Cette question, dont la solution porte le nom de règle p’alliage, suppose que les deux si>îjstiiiïccs.- nié--
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- 3ia ALG
- lées sont sans action mutuelle chimique l’une sur l’autre, en sorte qu’elles n’éprouvent ni contraction ni dilatation. Nom--xnons a la quantité de la première substance exprimée en unités de volume ou de poids, f le prix que coûte chacune de ces unités ; de même a' la quantité de la seconde, f son prix •: la règle est comprise dans cette formule qui donne le prix de chaque unité du mélange.
- af + a> f'
- a + a!
- Si l’on mêle 8 bouteilles de vin à i5s à 6 bouteilles à 8J’, a = 8 > f— i5, a' — 6 , f* ~ 8 ; on forme donc ainsi un mélange dont chaque bouteille coûte
- 8 X t5-+-6X 8 120+ 48 168 .
- 8 + 6 Ï4 ”74' 12 '
- Ce mélange, qui aura pour volume le dénominateur coûtera donc i2-f par bouteille.
- On a mêlé du café de deux espèces, savoir, 5 kilogrammes à 4,i G fr, et 6 kilogrammes à 6,6o ; on demande le prix que coûte le kilogramme du mélange, a = 5, f —i,i6, a =. 6,f = 6;6o; d’où on tire pour le prix demandé
- 5 x 4,i 6 + 6 X 6,6o 20,80 -4- 3g,60 60,4o s ,
- 5 + 6 ““ i7 -"Ti-- ’49’
- Un lingot d’or est formé de 4 décagrammes à o,g5 de fix , un autre de 5 décagrammes à 0,86 ( le métal contient o,o5 d’alliage dans le premier, et 0,14 dans le second ) ; on demande le titre de l’alliage de ces deux lingots. On fait a = 4,/== 0,90, <z,==5,/'= 0,86, et il vient
- 4 X o,g5 + 5X 0,86 3,8o + 4,3o
- 4 + 5 — 9
- 8,10
- ~9~
- = 0,90 j
- l’alliage est à 0,9 de fin, titre voulu par la loi.
- Dix-huitième problème. Résoudre la question inverse de la. précédente, c’est-à-dire déterminer combien on doit prendre de deux substances dpnt les prix sont connus, pour composer un mélange dont le prix soit donné, et par conséquent interné'
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- cliaire entre ceux des deux, substances. Désignant par m ce prix intermédiaire qui doit être celui que coûtera chaque unité du mélange, et conservant les notations précédentes, on a pour les nombres d’unités de la première substance et de la seconde,
- a = m — f', a' = f— m.
- Ainsi, qu’un boulanger veuille faire des pains à 8-r en mêlant des farines qui élèveraient le prix du pain à io~r et à ’]s ; on a m~8 ,f— 10 ,f = 7, d’où
- a— 8 — 7 = 1, a— îo—8 = 2;
- il faut donc prendre 2 fois plus de la seconde espèce de farine que de la première.
- On a de l’argent à deux titres différens, l’un à 0,97, l’autre à o,8i de lin ; on demande dans quelle proportion on doit allier ces deux métaux pour produire de l’argent à 0,9 de fin, c’est-à-dire qui ne contienne que le dixième de son poids de cuivre, titre voulu par la loi. Je fais m = 0,9,y = 0,97,/’’ = o,84, et j’ai
- a = 0,9 — 0,84 = 0,06, et = 0,97 — 0,9 = 0,07 ;
- ainsi on prendra des poids de ces deux lingots qui soient dans le rapport de 0,06 à 0,07, ou de 6 à 7 , ou -g de plus de la seconde espèce d’argent que de la première.
- Dix-neuvième problème. Un corps est composé de deux substances qui y entrent dans des proportions connues ; la quantité a de l’une y est combinée avec la quantité b de l’autre : mais ce composé est de nature à ne pouvoir subsister en présence d’un autre corps qui, réagissant sur ces deux élémens, les sépare, en opère la décomposition, se combine lui-même avec l'un pour former un corps dans lequel les proportions sont telles, que sur A de cet agent, il se combine B de l’un des premiers élémens : u, b, A, B, sont des poids, ou bien si l’on veut, des volumes; mais ces quatre nombres doivent être rapportés à la même unité. Cette opération, l’une des plus fréquentes en Chimie, se rencontre, par exemple, quand un sel formé des proportions de a d’acide avec b de base, ce poids est décomposé
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- 3i4
- ALG
- par un acide qui s’empare de cette base, forme un nouveau sel le poids A de cet acide saturant le poids B de la première base.
- Donnons les formules qui résolvent les problèmes qu’on a souvent occasion de rencontrer dans les arts ; et suivant le principe dont cet article est le développement, supprimons la démonstration de ces formules, pour faire voir qu’elles peuvent être aisément appliquées sans connaître les raisons qui les prouvent i°. Combien d’acide doit-on employer lorsqu’on veut décomposer en totalité le poids P du sel proposé? Prenez ce poids de l’acide
- b AP
- B (a+ 6)’
- t . P5(A-}-B)
- le poids du sel produit est ' p yyy •
- 2°. Combien faut-il prendre du sel proposé pour saturer en totalité un poids P' d’acide ? Prenez de ce sel le poids BP' (a + b)
- A b ’
- et vous obtiendrez un poids du nouveau sel —
- (A + B)F
- A ‘
- Faisons quelques applications de ces formules pour en montrer l’usage.
- Le muriate de soude est formé de îoo d’acide muriatique (i) sur 85,38 de soude; on veut décomposer ce sel par l’acide sulfurique pour former du sulfate de soude, sel qu’on sait être composé de îoo d’acide sur 78,187 de soude; il est d’abord évident qu’on a
- a = A r= 100, 5 = 85,38, B = 78,187.
- i°. Si l’on veut trouver la quantité d’acide sulfurique à employer pour 25 kilogrammes de muriate de soude, on a P=23>
- (1) Quoique le corps à décomposer ne soit pas un ve'rilable sel, mais un chlorure de sodium pris à I’ctat de siccité, nous le considérons ici connue nu muriate de soude, pour faire comprendre l’exemple numérique : les fortnuk-cî-dessus sont generales et reçoivent leur application dans to’utes les de'coni positions de composés binaires par d’autres substances.
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- ALG
- et les deux premières formules, deviennent
- #6,38 X 100 X 25 s>,i5q5o _______ ^ _
- 78,187 X 186,38 14572,49 1 ’ 2’
- 25 X 85,38 X 178,187 _ 384794,83_______ .
- 78,187 X :86,38 — H57^49" — 2 ,i0‘
- Ainsi, il faut 14,82 kilogrammes d’acide sulfurique pour décomposer complètement les z5 kilogrammes de muriate de soude, et former 26,4o kilogrammes de sulfate de soude. Observez que cet acide est ici supposé à l’état sec, sous lequel il ne peut exister; aussi en soumettant le sel à son action, il faut ne pas compter l’eau qu’il contient; eau dont la quantité dépend de son état de concentration. Ainsi, lorsque l’acide sulfurique est concentré, comme on sait qu’il contient le cinquième de son poids d’eau, il faut, au lieu de i5 kilogrammes, en prendre 18,75 qui, déduction de son cinquième, ne représentent en effet que i5 kilogrammes d’acide sec.
- 2°. On demande que l’acide employé pèse 20 kilogrammes ( en le supposant d’abord dégagé d’eau et réduit, par le calcul, à l’état de siecité). On a P' =: 20, et les deux dernières formules deviennent
- 78,187 X 20 X i86,38 _ 2qi45o____ _r
- 8538 — " 8S38 " ~ à3,?i ’
- 35,64.
- 100
- Ainsi, il faut combiner les 20 kilogrammes d’acide sulfurique (supposé sec) avec 33,74 kilogrammes de muriate de soude, et on obtiendra 35,64 kilogrammes de sulfate de soude, considéré comme dégagé de son eau de cristallisation. On sait que ce sel en contient jusqu’à 56 centièmes de son poids, en sorte que le poids du sel cristallisé résultant de l’action n’est pas » 25,64, mais 81, puisqu’en ôtant de ce nombre ses 7— pour l’eau de cristallisation, on reproduit le premier.
- Donnons encore un exemple tiré des doubles décompositions.
- D’acétate de cbaux est formé de 100 d’acide acétique sur
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- 3i6 ‘ aLG
- 53,58 de chaux. Le sulfate de soude a la propriété de décomposer ce sel ; l’acide sulfurique se porte sur la chaux et forme du sulfate de chaux qui se précipite, tandis que l’acide acétique s’unit à la soude pour faire de l’acétate de soude. Ou demande combien on doit employer de sulfate de soude pour décomposer complètement 6 kilogrammes d’acétate de chaux? Supposons qu’on veuille former du sulfate de chaux en mettant de l’acide sulfurique sur de l’acétate de chaux •, on sait que le sulfate de chaux est formé de d’acide sur 33 de hase. Ainsi nos données sont
- «=ioo, b~ 53,58, A =43, B = 33, P = 6. Notre première formule devient
- 53,58 X 43 X 6________ 13823,64____
- 33 Xi 53,58 5o68,i4 2’72’
- c’est-à-dire qu’il faut 2,72 kilogrammes d’acide sulfurique pour opérer la composition complète du sulfate de chaux que peuvent donner 6 kilogrammes d’acétate de chaux. Or, ce n’est pas l’acide sulfurique qu’on veut employer à cette formation, mais le sulfate de soude, qu’on sait ne contenir que 56,12 d’acide sur 100, lorsqu’il est privé de son eau de cristallisation'; 100 en poids ne représentant réellement que 56,12 d’acide, une simple proportion suffit pour reconnaître qu’au lieu d’employer 2,72 d’acide sulfurique, il faut se servir de 4,84 de sulfate de soude. Oh sait que cette double décomposition, qui donne de l’acétate de soude, sert ensuite à former 1’Acide acétique concentré. F. ce mot.
- Sur quelques changement dont les équations sont susceptibles.
- Ce que nous venons de dire rend intelligible le but qu’on se propose en Algèbre. Cette science enseigne à résoudre tous les problèmes sur les nombres, l’étendue, etc., dans leur acception la plus générale ; c’est-à-dire qu’elle ne se borne pas a donner la solution d’un problème unique de Géométrie ou d’A-rithmétique, mais à indiquer par quels procédés de calcul on obtient cette solution : en sorte que la formule à laquelle on est
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- ÀLG $\j
- conduit n’exprime pas la valeur de l’inconnue en nombres ou en lignes, mais bien les opérations qui restent à effectuer pour obtenir cette valeur; opérations qui dépendent des règles ordinaires de l’Arithmétique. Pour une autre question de même nature que celle qu’on a traitée algébriquement, ces opérations seraient de même sorte, mais appliquées aux nouveaux nombres donnés dans cette question. Une fois la formule obtenue, tons les problèmes qui ne different entre eux que par ces données, sont résolus par cette suite de calculs à exécuter, sans qu’il soit désormais nécessaire de faire les frais de nouveaux raisonnemens pour obtenir les solutions; on n’a plus qu’à exécuter machinalement une suite de combinaisons numériques, et on s’y dispense des raisonnemens, précisément comme on. les évite dans la pratique même des calculs. Qui songe, lorsqu’il fait une division, à reproduire les formes logiques dont on se sert pour démontrer ce mode d’opérations ? On se livre à une marche habituelle de calculs qu’on pratique rapidement et presque par routine. L’Algèbre apporte ce même avantage dans l’art de résoudre les problèmes, et c’est en cela qu’elle rend des services si multipliés. Sans comprendre les vérités algébriques, on peut cependant s’en servir avec la même adresse que les plus habiles mathématiciens.
- Mais pour retirer de cette science tous les services dont elle est capable, on sent qu’une étude approfondie, de ses doctrines est nécessaire. Cependant à l’aide de quelques propositions, nous pourrons étendre beaucoup les usages qui ont été exposés ei-des-sus, ce qui nous détermine à ajouter encore quelques notions faciles à saisir.
- Il y a quelques changemens qu’il est permis de faire subir aux équations sans altérer l’égalité qu’elles expriment.
- 1°. On peut changer de membre un terme quelconque pourvu qu’on change le signe de ce terme. Par exemple, si on a 4r— 3 = 4 Sx, on a le droit de diminuer ou d’augmenter du même nombre les deux parties égales 4x — 3 et 4 -j- 3x, sans altérer leur égalité. Ajoutons donc 3 à l’une et à l’autre; la première devient ix — 3 -j- 3, ou 4x, puisque l’addition et la
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- Si 8 ALG
- soustraction de 3, emporte {a destruction de ces deux nombres. Ainsi on trouve
- 4* = 4 -4“ 3 -f- ox — 7 4" 3.ï,
- et voilà déjà le terme — 5 qui a changé de signe et de membre. De même si on retranche 3a- des deux parts, on aura 4.v — 3x = 7 ,
- et le terme -4- Sx sera devenu — 3a-, en passant du côté droit au gauche. L’équation est ainsi réduite à x — j. Ces raisonue-mens prouvent le principe énoncé; c’est ce qu’on appelle transposer les ternies. On voit que si x désigne une quantité inconnue, on pourrapar les transpositionsj réduire Véquation à ne contenir dans un *membre que les termes inconnus et dans Vautre rnembre que des nombres donnés. Ici, par exemple, nous avons x—rj\ cela signifie que le nombre 7 mis pour a- dans l’équation 4a — 3 — 4 -J- 3x, réduit les deux membres à l’égalité, ce que ne ferait pas une autre grandeur. En effet, on trouve 4X 7 — 3 et 4 -f- 3 X 7, qui font également 2 5. Le nombre 7 résout donc le problème qui avait donné lieu à cette équation , dans laquelle x avait été introduite pour représenter le nombre inconnu et demandé ; ce nombre avait momentanément été regardé comme connu , et assujetti à former une égalité, en le soumettant aux conditions de calcul exigées parla question.
- 2°. Lorsque l’inconnue d’une équation est affectée d’un multiplicateur ou coefficient j en divisant les deux membres de l’équation par ce facteur j on en dégage l’inconnue. Ainsi, lorsqu’après avoir transposé les termes d’une équation, d’apres la règle qui précède, je l’aurai réduite à 4x = 2Ï, il est clair qu’en prenant le quart des deux parties égales 4.r et 24, l’égalité
- subsistera encore, savoir x = ^, ou x — 6. Cet exemple
- suffit pour concevoir la règle que nous avons donnée.
- Soit proposé de résoudre l’équation
- 8x -f- 6a — 24o — 2a ~ g.v — a- — 96, c’est-à-dire d’en tirer la valeur de l’inconnue a-. Je réduis cia-
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- ALG- 3ig
- bord 83; + Gx — ix, dans le premier membre, à i'tx — qa-, ou 12X, puis 9 a — x dans le second à 8x, ce qui donne
- i2x — 24o = 8# — g6.
- Transposant — 24o dans le membre à droite et y mettant + 24o ; puis transposant 8x et mettant — 8.t dans le membre à gaucbe (puisqu’on est censé retrancher 8-c des deux parts) , il vient
- 12a; — 8x = 24o — gS j ou 4# = i44.
- Toutes ces modifications sont le résultat de l’application de la première règle-, venons-en maintenant à la deuxième, et divisons
- les deux membres par 4; 4# deviendra x, donc x — — 36:
- c’est la valeur demandée. Et en effet, si l’on met 36 partout où entre# dans l’équation proposée, on trouvex-a
- d’un côté.... 8 X 36 + 6 X36—24o — 2 X 36, ou 288+216—24o — 72;
- de l’autre.... g X 36 — 36 — g6, ou 324 — 36 — g6
- et il est visible que ces deux opérations donnent également 192, après avoir effectué les calculs indiqués par les signes.
- 3°. Enfin, quand une équation a des fractions, en multipliant tous les termes par le nombre qui peut servir de dénominateur commun à toutes on chasse ces dénominateurs s et l’équation rentre dans les formes qui permettent de la résoudre d’après les règles ci-dessus. Par exemple, si j’ai
- 2
- *
- . 1
- —x 2
- Je remarque que, conformément aux règles ordinaires de PA-ritbmétique, 12 peut servir de dénominateur à toutes les fractions |et“> je multiplie donc toute l’équation
- 2,2 1 par 12. Le terme = # devient _ X 12 X x , ou 8 x ; -x devi en o o 2
- etc.... -, j’ai l’équation
- 8# + 6x — 24o — 2x = gx — x — 96,
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- 320 ALG
- qui n’a plus de fractions, et qui est précisément celle qu’on vient de résoudre ci-dessus ; d’où on a tiré x = 36.
- On demande quel est le nombre x dont le tiers et le quart dif-
- lêrent entre eux de 5 ; ^ et - représentent ce tiers et ce quart,
- ô T
- X X
- la différence - — — doit donc être égale à 5, ou
- ô 4
- XX-
- 3-4 = 5'
- Je multiplie tout par 12; devient 4x, devient ox, et j’ai
- 4x — 3x = 5 X 12, ouî = 60.
- En effet, 60 est le nombre dont le tiers 20 surpasse de 5 unités le quart i5.
- Soit proposé de résoudre l’équation
- 1 2 i
- 3*— 10 = "* + 9-
- 2
- Je transpose 10 dans le deuxième membre, et - a: dans le pre-
- 7
- mier,
- 1 2 1
- -x------« = 9 + 10 = ig.
- à 7
- Je multiplie toute l’équation par 3 X 7 ou 21, il vient j x — 6x, ou x = 19 X 21 = 3gg.
- Soit encore — x — 4o — =60 — — x.
- 9 4 5
- Je multiplie toute l’équation par 9 X 4 X 5, ou 1B0, et j’ai 4or — 4o X 180 — 45x = 60 X 180 — 202r. Transposant, il vient
- 4o.r — 45r -j- 2Ô2x = 7200 -f* 10800.
- Réduisant, 247X = 18000, d’où x =
- 18000
- 247
- == 72,8745.
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- ALGr
- 3ai
- Enfin prenons l’équation
- 6 . 2 4 O
- —x — qo -J- -x -x — 82:
- 5 * 3 3
- transposant, il "vient
- 6,2 4
- ^+r“3-r=9°“82;
- 62
- 5*“3* = 8:
- réduisant
- multipliant toute l’équation par 3 X 5 ou 15, on a
- 18 x — ioæ = 8 X i5, ou 8 x = 120, d’où a: = ——= i5.
- 8
- Lorsque les conditions d’un problème ont été traduites algébriquement, on arrive à une équation dont les règles précédentes peuvent servir à dégager l’inconnue; la valeur de cette quantité résulte, comme on voit, de calculs très simples : maïs lorsque le problème est proposé généralement, c’est-à-dire qu’au lieu de nombres, les données sont désignées par des lettres, il est clair que la même équation peut servir à trouver la valeur de l’une quelconque de ces lettres, considérée comme inconnue, le reste étant donné. Cette remarque étend l’usage de l’algèbre à des questions très variées qui dépendent ainsi de la même formule. On prend tour à tour telle ou telle lettre pour inconnue. Nous en donnerons quelques exemples.
- D’après le premier problème, la circonférence d’un cercle est C = 3, i4i5g X D, D étant le diamètre; si ce diamètre est donné, et C inconnu, je tirerai la valeur de D , en divisant les
- C
- deux membres par 3,i4i5q, savoir D = -—— : et comme r 3,14x5g
- — revient à 0,0183, on a pour le diamètre D dé un cercle
- 3,i4i5g
- dont la circonférence C est connue j
- D = o,3i83 X C.
- De même la surface du cercle est donnée par le cinquième Tome I.
- 21
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- 322 AEG
- problème S =0,7 854 X B*- Si le diamètre D est donné et la surface S inconnue, en divisant toute l’équation par 0,7854, on a D2 = 1,2732 X S. Extrayant la racine carrée des deux membres, il vient pour le diamètre d’un cercle dont la surface S est donnée,
- D = 1,1284 X \/ S.
- ïl reste à extraire la racine carrée de la surface donnée S, ce qui dépend de l’arithmétique, et à multiplier le résultat par 1,1284. Enfin, pour trouver le diamètre d’une sphère dont le volume
- V est connu, il faut résoudre, par rapport à D, l’équation du onzième problème , savoir
- d=i,s4x P y.
- C’est ce résultat quron a énoncé dans la note du bas de la page 17g.
- Nous avons trouvé dans le douzième problème, que le poids d’un corps est P = aV, Y étant son volume connu en décimètres ou centimètres cubes, et a son poids spécifique : mais si au contraire ce volume V n’est pas donné, et que le poids P le soit, il est clair que par la troisième règle on a P
- Y —. Cette équation sert, comme on voit, à trouver le volume d’un corps dont on connaît le poids et la substance c’est-à-dire le poids spécifique a. Beaucoup de corps irréguliers, quelques autres d’une grande ténuité, exigent l’emploi de cette formule.
- Pour obtenir avec précision l’épaisseur d’un fil d’acier, d’or ou d’argent, il suffit d’en peser une longueur déterminée, et de ce poids on conclut le volume, puis l’épaisseur. Par exemple, pour avoir le diamètre intérieur d’un tube capillaire de verre, àprès l’avoir pesé vide, on y a introduit une colonne de mercure, et on l’a pesé de nouveau dans cet état ; la différence de ces poids est le poidsP de cette colonne métallique; on a trouve P — o,546 grammes : comme le poids spécifique du mercure est a — i3,568, le quotient de o,546 divisé par i3,568, donne
- “ o,o4o3 centimètres cubes, pour le volume de la co-
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- ALG
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- lonne, ou d’un petit cylindre dont on a mesuré la longueur. En supposant que celle-ci soit 147 millimètres, ou 14,7 centimètres, on voit, d’après le sixième problème, que si on divise le volume o,o4o3 par la longueur 14,7 , le quotient sera la base
- 4o3
- du cylindre = —------- = 0,0027 — S. 11 reste à déduire le
- 147000
- diamètre de cette surface circulaire, de ce qu’on vient de dire ci-devant, D = i,is84 X 1/0,0027 = 1,1284 X 0,062 : enfin D--o.o5g; le diamètre du tube capillaire est donc très près de ~ de millimètre.
- Nous ne pousserons pas plus loin ces considérations générales, qui ne trouvent leur place dans cet ouvrage que parce que, dans Fétat de perfection où les arts physiques et chimiques sont portés maintenant, on a souvent besoin de calculer les effets produits par des causes données, et que ces calculs pouvant être effectués sans la connaissance des principes de l’algèbre, il était indispensable de montrer l’emploi des formules les plus fréquemment usitées. Nous aurons soin, dans la suite, de rendre les théories des arts indépendantes, autant que possible, des calculs algébriques; mais aussi lorsque nous en trouverons les occasions , nous nous croirons fondés à donner les formules qui sont d’une intelligence et d’une application facile. Qu’on ne croie pas que, nous faisant les apologistes d»‘ l’ignorance, nous prétendions qu’on doit se dispenser de raisonner les calculs , et que la routine tienne lieu des opérations de l’intelligence. Mais, faute des ressources et du temps nécessaires à de certaines études, il est du moins bon d’v pouvoir suppléer ; il est utile de ne point être effrayé à la vue des formules algébriques et d’en savoir faireusage. Les démonstrations des formules trouveront leur place ailleurs; ici elles eussent été en contradiction avec l’esprit de cet article, et nous avons dû les supprimer, puisque notre objet était de montrer qu’on pouvait appliquer ces formules sans connaître les procédés qui servent à les obtenir. Fs.
- ALGUES, v arecs, en latin fucus. On nomme ainsi une famille de plantes marines , qui servent d’engrais et ont quelques usages dans les Arts. V. Va Rues. Fr.
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- 3a& ALI
- ALIDADE. ( Arts de calcul, pl. I, fig. 6). Oa donne ce nom à la pièce mobile qu’on dirige sur les instrumens de topographie, vers les objets dont on veut déterminer la disposition relative, pour les représenter sur le papier. C’est ainsi que les alidades du Graphomètre, de la Boussole, de la Planchette , servent à trouver les angles formés par les divers rayons visuels qui, partant d’une station , tendent aux. clochers, aux arbres, aux maisons, dont on veut figurer la situation sur le plan. V. ces mots.
- L’alidade est une règle mobile aux extrémités de laquelle s’élèvent perpendiculairement deux pièces de cuivre, dont l’une porte un trou contre lequel on applique l’œil, et dont l’autre est percée d’une fenêtre carrée au milieu de laquelle est tendu un fil ou une soie : ces deux pièces sont nommées pinnules. Pour viser un objet, on dirige l’alidade de manière que le rayon visuel qui part du trou de l’une des pinnules et rase le fil de l’autre, aboutisse au point dont il s’agit L’alignement est déterminé par le plan ainsi formé ; plan qui doit être exactement perpendiculaire à celui de la règle et en raser juste le bord.
- L’alidade de la Boussole est différente de celle-ci; nous nous réservons d’en traiter à ce mot. On donne encore, dans les arts, le nom d’alidade à toute sorte d’index qui tourne sur le centre d’un instrument, pour indiquer de combien de degrés cet index a tourné. Ce terme s’entend assez de lui-même, sans exiger plus de développemens.
- Du reste, on préfère dans les instrumens de précision les Lunettes aux alidades, parce qu’on y trouve plus de facilité pour pointer au loin, et plus de justesse dans les observations; mais le prix de l’instrument est alors plus élevé. V. le mot Lunette. Fk.
- ALISIER, s. m. Arbre qui s’élève à 10 mètres environ de hauteur; il est assez commun en France; le bois en est dur, sans couleur : les charpentiers l’emploient pour faire des al-luchons et des fuseaux dans les rouages des moulins. Il est recherché par les tourneurs ; les menuisiers en font les montures de leurs outils. On se sert aussi de ses jeunes branches pour faire des flûtes et des fifres. L.
- ALKERMËS. L’alkermès est une espèce d’élixir stomachique,
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- dont on a fait une liqueur de table, fort recherchée des gourmets. La saveur en est délicate effort agréable. Cette liqueur, qui se fabrique à Milan, à Naples, à Rome, et surtout à Florence, est très en vogue dans toute l’Italie. Il paraît assez certain qu’on ne la fait pas toujours d’après la même recette, car on remarque d’assez grandes différences entre les alkermës de tels- ou tels distillateurs.
- L’àLkermès doit son nom à l’insecte qui sert à lé colorer ; c’est le coccus ilicisj usité dans la teinture et connu dans le commerce sous les dénominations de graine d’écarlate, de kermès végétal, etc. On a publié, dans le Journal de Pharmacie pour x 809, une recette communiquée par un- distillateur italien, dans laquelle on prescrit de colorer cet élixir avec de la cochenille', mais par ce procédé on n’atteint ni la nuance particulière, ni le goût suave et inimitable que le sue de kermès végétal communique au véritable alkermès. En substituant dans cette formule le sirop de kermès au siropde sucre, on obtient-alors-une liqueur à peu près semblable à celle de santa maria novella^
- R. Feuilles de laurier................ i!lv- »«*»•»?«*•
- Macis.......................... » 1 4
- f Muscade
- < de chaque...........» 2 »
- ( Cannelle,
- Girofle...................... » » 6
- On fait infuser le tout pendant trois semaines dans quatorze pintes d’alcool faible; on filtre f infusion et on distille pour en-retirer douze pintes. On ajoute par pinte une livre et demie de sirop de kermès. Le sirop de kermès se prépare avec Suc épaissi de kermès végétal, une partie..
- Sucre blanc, quatre parties.
- Faites fondre à là chaleur du bain-marie, et passez au travers d’un Manchet R.
- ALLÉSOIR, du verbe alléser. C’est l’instrument ou la machine dont on se sert pour agrandir, arrondir, rendre cylindrique et polir la surface intérieure d’un corps.de pompe, d’une machine:
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- à vapeur, d’une presse hydraulique, l’âme d’une bouche à feu, le canon d’un fusil, d’un pistolet, les coussinets d’un arbre tournant d’un axe de tour, etc.; et généralement tous les trous qui doivent porter le même calibre dans toute leur longueur.
- Il y a aussi des allésoirs coniques, pour travailler l’intérieur îles trous qui doivent conserver cette forme , comme les goulots d’un flacon, l’a) utage d’un robinet, etc.
- Dans l’un et l’autre cas, l’objet à alléser étant fixé dans un étau, ou de toute autre manière, l’allésoir effectue son travail en tournant sur lui-même et en avançant dans le sens de son axe; et par ce double mouvement, il coupe, refoule ou use la matière, jusqu’à ce que le calibre du trou dans lequel il opère, soi t du même diamètre que lui.
- Ces instrumens ou machines varient de forme et de dimension, suivant l’usage qu’on se propose d’en faire.
- Dans les ateliers de limeurs-ajusteurs, on a de petits allésoirs de forme demi-ronde , triangulaire, quadrangulaire, etc.,légèrement eonique. C’est à l’aide d’un manche, d’un tourne-à-gauche, d’un vilebrequin, qu’on les tourne. Bien que la fonction de ces outils soit d’arrondir les trous, les ouvriers les nomment équarrissoirsj parce que , le plus communément, ils sont carrés. Les meilleurs sont ceux d’acier fondu, trempé dans l’eau à toute sa force, et revenu à la couleur de paille. Ils coupent d’autant mieux , qu’ils ont moins d’arêtes, parce qu’a-lors elles sont plus aiguës ; mais aussi ne font-ils pas le trou rond: on s’en sert pour dégrossir, et on a des allésoirs à six ou huit pans, du même calibre, avec lesquels on finit. La meilleure manière de faire ces outils, quel que soit le nombre de pans qu’on veuille leur donner, est de les tourner d’abord à la grosseur qu’ils doivent avoir, et de former ensuite leurs pans à la lime, ayant soin que chaque arête rendue vive, se trouve exactement conservée à la surface du cylindre ou du cône.
- L’allésage dans le fer, l’acier, le enivre rouge, l’étain, le plomb, etc., se fait à l’huile ou à l’eau. Il se fait à sec dans la fonte de fer. On empêche de crier dans le cuivre jaune, en mettant de la cire, qui, d'ailleurs, favorise l’opération.
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- Les allésoirs pour canons de fusil sont fixés sur le nez d’un arbre détour, soit horizontalement, soit verticalement. Cette dernière disposition est la plus favorable à ce travail, par la raison que les allésures tombent par leur propre poids, et sont plus facilement entraînées hors du canon, par l’eau qu’on fait arriver continuellement dessus, pour empêcher réchauffement. Dans cette opération, le canon de fusil est maintenu sur un châssis mobile, dans des coulisses, et un contre-poids les fait avancer ensemble sur l’allésoir.
- Les allésoirs de corps de petite pompe sont fixés sur l’arbre d’un tour, avec la faculté du double mouvement dont nous avons parlé plus haut. Ils sont taillés en i\raize ou en eebox ; V. ces mots; ou bien ce sont des disques en fonte, dont la circonférence est armée de burins d’acier. Le poli est donné avec des. allésoirs en bois blanc on de noyer , dont le mordant est de l’émeri, ou de la pierre ponce réduite en poudre. On fait frotter plus ou moins fort, en introduisant des coins de fer pins ou moins, dans une fente pratiquée à la scie par le centre et dans le sens longitudinal de l’allésoir. Pour-* que le travail soit par fait, il faut que le corps de pompe ou la pièce qu’on allèse reste invariablement à la position qu’on lui a d’abord donnée.
- Les machines à vapeur, les souffleries à cylindre, les presses hydrauliques, étant actuellement de la plus haute importance pour notre industrie, et l’allésage des corps de ces machines, étant le travail le plus essentiel de leur construction, nous allons décrire et graver la machine dont les constructeurs anglais font usage aujourd’hui pour cet objet. A notre connaissance , il n’en existe encore que deux en France; l’une dans les ateliers de Chaillot, et l’autre dans ceux de MM. Cordier et Cazalis , à Saint-Quentin. Son mouvement étant uniformément continu, il en résulte un travail plus prompt et plus parfait que par les anciennes machines, où l’on est obligé de remonter, de temps en temps, le poids qui fait avancer le rodoir ou la fraise dans, k sens de son axe»
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- Description de la nouvelle machine à attiser les corps de pompe j etc., planche II, Arts mécaniques.
- Fig. 1 et 2. Plan et élévation de la machine : elle est fixée au moyen de boulons et de scellemens , d’une manière invariable et de niveau, sur trois massifs de pierre ou de fonte de fer,X, T,Z.
- A Axe horizontal porte-burins de la machine. Il est en fonte de fer, et doit être tourné rigoureusement cylindrique. Une rainure ah, d’un pouce carré, est pratiquée dans la moitié de sajlon-gueur. Pour que celte pièce, la plus importante de la machine, se conserve droite étant travaillée, il faut qu’elle soit coulée debout
- B Disque en fonte fixé d’une manière invariable sur l’axe A, et dont la circonférence est armée de burins d’acier qui opèrent le travail de l’allésage. On a de ces disques de rechange pour tous les calibres. Les burins toujours en nombre impair, afin que deux ne se trouvent pas diamétralement opposés, sont tenus dans des entailles, par le moyen de coins de fer.
- C Poupées en fonte qui reçoivent, dans des collets à chapeaux garnis de cuivre, l’axe horizontal A , dans lesquels celui-ci doit se mouvoir librement. F. fig. 5.
- D Plaque de fonte, sur les bouts de laquelle s’élèvent d’équerre les deux poupées C, et qui ne forme avec elles qu’une seule et même pièce de fonte. C’est sur cette plaque, percée de mortaises parallèles dans le sens de sa longueur, qu’on place et qu’on fixe, par le moyen de Louions et de vis de rappel, les supports de corps de pompe, d’une manière convenable au travail.
- E Supports du corps de pompe : il y en a quatre, et chacun est formé d’un patin qui pose sur la plaque D, et d’un plan incliné à 45“ ; de sorte que deux de ces supports étant placés en sens inverse à côté l’un de l’autre, présentent un angle droit, dans lequel on assujettit chaque bout du corps de pompe, avec une chaîne et des vis. On voit qu’en faisant varier la position de ces supports, ils peuvent admettre des corps de pompe de différens diamètres. V. fig. 4.
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- F Graïuîe roue d’engrenage en fonte de fer, au moyen de laquelle on donne le mouvement de rotation à l’axe porte-burins À, tout en lui conservant la faculté de se mouvoir dans le sens de sa longueur. A cet effet, la roue, percée à son centre d’un trou cylindrique égal au diamètre de Taxe A, porte une clef d’acier qui entre et glisse librement dans la rainure ab. On a reconnu que la meilleure vitesse à donner aux. burins pour couper la fonte, est d’environ 5 ou 6 tours par seconde. Ainsi, quand on allèse un corps de 12 pieds de diamètre, il faut que la machine tourne avec une vitesse de 7 à 8 tours par minute.
- G Plaque de fonte en fer, jointe avec des boulons contre la pièce prolongée D ; elle porte en retour d’équerre, à son extrémité de droite et de la même pièce, une poupée H, qui s’élève au même niveau que les poupées G
- I Yis à pas carrés, fixée au centre et dans le bout de l’axe A.
- J Roue d’engrenage de 23 dents, fixée sur le même bout de l’axe A, et qui tourne avec lui.
- R Roue d’engrenage de 25 dents, menée par la précédente. On voit, sur le côté droit, un rebord qui sert à la maintenir dans le plan de la roue J.
- L Axe rond en fer, placé parallèlement à la vis I, et sur lequel glisse librement la roue K, tout en l’entraînant dans son mouvement de rotation , à l’aide d’une clef qui pénètre dans une rainure pratiquée longitudinalement sur cet axe.
- M Roue d’engrenage de 23 dents, placée sur l’axe L, en dehors de la poupée H.
- N Roue d’engrenage de 25 dents, que mène la roue précédente, et que porte l’écrou en cuivre O, dans lequel passe la vis I.
- Fig. 3. Vue de face des poupées C placées sur leurs massifs.
- Fig. 4. Vue des supports avec les moyens employés pour maintenir dessus, d’une manière invariable, le corps de pompe.
- Fig. 5. Plan et profil d’un disque porte-burins , avec indication des moyens d’y fixer ceux-ci.
- Des diverses dispositions que nous venons de décrire, il résulte, i°. que l’axe A venant à tourner sur lui-même, entraîne dans son mouvement de rotation le disque porte-burins Bj
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- qu’il entraîne dans le même mouYement la vis I, qui, s’engageant dans l’écrou O, le parcourrait arec toute la vitesse due au rampant de la vis , si cet écrou restait en repos; 3°. que cet écrou ayant, par l’effet des roues d’engrenage J , K, M et A, un mouvement dans le sens de la vis seulement, retardé de o 16 pour chaque révolution de la vis, et par conséquent de l’axe porte-burins, ceux-ci avanceront dans le sens horizontal, d’une quantité égale aux c,i6 du rempant de la vis. On peut donc calculer d’avance le temps qu’il faudra pour alléser un corps de pompe d’une longueur donnée. M. F. E.
- ALLÉSURE. Débris de métaux qui tombent sous l’allésoir. Les allésures de fonte étant réduites en poudre très fine, au moyen d’un cylindre creux de fonte tournant sur son axe et de boulets, servent, étant mêlées avec du soufre et du sel ammonniac, à faire le Civiext ( V. ce mot) pour les jointures du fer. M. F. E.
- ALLIAGES. En Chimie et dans les Arts, on entend par alliage la combinaison de deux ou d’un plus grand nombre de métaux ; mais les alliages de mercure portent le nom particulier iïamal-games. Ainsi, par amalgame de bismuth, amalgame d’argent, etc., on entend alliage de mercure et de bismuth, de mercure et d’argent , etc.
- Le nombre des alliages connus et usités est assez considérable; nous tâcherons de les citer tous et d’en donner la composition: mais il en est plusieurs qui forment l’objet principal de certaines fabrications, et qui devront être traités dans des articles spéciaux; nous les indiquerons à mesure.
- Un métal ne s’allie pas indifféremment avec chacun des autres métaux ; il en est un certain nombre avec lesquels il ne peut contracter aucune union, tandis qu’il a une affinité marquée pour les autres; mais lorsque la combinaison est possible, elle paraît susceptible de s’effectuer dans toutes sortes de proportions, ou du moins on n’a reconnu, jusqu’à présent, aucun caractère qui indiquât le point de saturation; ainsi cette sorte de combinaison peut être comparée, jusqu’à un certain point, aux dissolutions des sels dans l’eau. Cependant les alliages ont des propriétés qui ne semblent pas dérivées de celles de leurs com-
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- posans, et qui dénotent qu’il n’y a pas simplement mélange.
- Les alliages, comparés aux métaux qui entrent dans leur composition , offrent les caractères suivans.
- En général, leur ductilité est moindre , et on connaît plusieurs exemples de métaux très doux qui, par leur réunion, forment un alliage excessivement aigre. Le contraire arrive par rapport à leur dureté : elle est, en général, plus considérable, en faisant exception toutefois des amalgames.
- Il est rare que la pesanteur spécifique d’un alliage soit la moyenne entre celle des métanx alliés-, et ce qu’il y a d’assez remarquable, c’est que tantôt cette densité résultante est plus petite, et que tantôt elle est plus grande que la densité moyenne. Ainsi le volume d’un alliage est ou plus petit ou plus grand que la somme des volumes de ses parties constituantes. Nous présentons ici une table que nous avons extraite de la Chimie élémentaire de M. ïhénard ; cette table comprend un grand nombre d’alliages binaires partagé en deux séries, l’une à densité plus grande, l’autre à densité plus petite que la moyenne.
- Alliages dont la deusite est plus grande que la densité moyenne des métaux qui les constituent.
- Or et zinc.
- Or et étain.
- Or et bismuth.
- Or et antimoine.
- Or et cobalt.
- Argent et zinc.
- Argent et plomb.
- Argent et étain.
- Argent et bismuth.
- Argent et antimoine.
- Cuivre et zinc.
- Cuivre et étain.
- Cuivre et palladium.
- Cuivre et bismuth.
- Alliages dont la densité est plus petite que la densité moyenne des métaux qui les constituent.
- Or et argent.
- Or et fer.
- Or et plomb.
- Or et cuivre.
- Or et iridium.
- Or et nickel.
- Argent et cuivre.
- Cuivre et plomb.
- Fer et bismuth.
- Fer et antimoine.
- Fer et plomb.
- Etain et plomb.
- Etaiu et palladium.
- Étain et antimoine.
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- Plomb et antimoine, Nickel et arsenic:
- Platine et molybdène. Zinc et antimoine.
- Palladium et bismuth.
- II serait tout aussi difficile de prévoir le degré de fusibilité d’un alliage, car il n’a, pour ainsi dire, aucune analogie avec le degré de fusibilité des métaux qui le composent ; et on peut donner comme règle générale, que l’alliage est plus fusible qu’aucun de ses composans. On en a un exemple bien marqué dans l’alliage fusible de Darcet, qui se compose de huit parties de bismuth, cinq de plomb, et trois d’étain. Cet alliage, qui fond à la température du bain-marie, peut encore être rendu plus fusible en y ajoutant une petite proportion de mercure; et alors on s’en sert pour injecter des pièces anatomiques ; les dentistes en font usage pour boucher les cavités des dents cariées.
- Les couleurs des alliages semblent elles-mêmes ne dépendre en aucune façon de la combinaison des couleurs propres aux métaux qui sont réunis. Ainsi la couleur du cuivre, au lieu d’être atténuée par l’addition d’une certaine proportion de zinc, est au contraire singulièrement rehaussée, tandis qu’une très petite quantité d’argent suffit pour faire disparaître la couleur de l’or.
- Toutes les observations qui précèdent font bien voir qu’il y a réellement combinaison entre les métaux qui s’allient ensembla
- Il existe des alliages naturels, mais nous n’en ferons ici aucune mention : ils seront indiqués et décrits à l’article de la Dgcimaste, parce qu’ils sont l’objet d’exploitations diverses. Nous ne nous occuperons maintenant que des alliages qu’on fabrique, et même nous ne traiterons que de ceux qui sont usités.
- En alliant les métaux les uns avec les autres, nous retirons le même avantage que si nous possédions un bien plus grand nombre de substances métalliques primitives qui toutes jouiraient de qualités spéciales. Ainsi tel alliage nous représente un métal qui, tout en ayant la propriété d’être solide à la température ordinaire, est ''Cependant d’une fusibilité bien plus grande qu’aucun autre. Un second alliage remplace un métal sec, cas-
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- saat et bien sonore, qui pourra être employé à la confection des cloches, des timbres, etc. Un autre sera susceptible de prendre le plus beau poli et deviendra propre à la fabrication des miroirs métalliques, etc. C’est donc en quelque sorte multiplier les métaux et leurs usages, que de multiplier les alliages. Cette partie de la Chimie n’a peut-être pas été assez cultivée surtout sous le rapport de ses applications. On a peu ajouté aux travaux connus de Geïïert et de Black. On sait bien que tel métal s’unit avec tel autre, mais dans quelle proportion respective des composans cet alliage offrirait-il des qualités plus avantageuses? Cela ne se connaît que pour un très petit nombre ; et de semblables observations manquent encore bien plus pour des alliages ternaires et quaternaires. Ensuite, combien de métaux nouvellement découverts n’ont point encore été étudiés sous ce rapport, et dont peut-être les moindres quantités suffiraient pour donner des qualités utiles et même précieuses à certains autres métaux. On en a un exemple bien frappant dans les tentatives qui ont été faites pour imiter le wootz.
- Il y a quelques données générales sur la fabrication des alliages, qu’il est indispensable de connaître pour réussir à les faire convenablement. D’abord, comme ces alliages ne s’obtiennent que parlafusion,etqu’à la température nécessaire pour la produire, les métaux peuvent s’oxider , il est essentiel de les garantir, autant que possible, de l’action de l’air. Pour cela on prend différens moyens, suivant que les métaux qu’on veut allier sont plus ou moins fusibles et oxidables. Ainsi, pour l’étain et le plomb , par exemple, on se contente de projeter dans le creuset, lorsque les métaux commencent à fondre, un peu de résine, d’huile ou de suif ; on brasse avec une petite baguette de fer. Si quelques portions métalliques s’étaient oxidées, elles sont immédiatement réduites par l’hydrogène et le charbon de ces substances combustibles. Si c’est du fer qu’on veut allier à de l’étain, comme ce métal exige une température plus élevée pour entrer en fusion, même à l’aide de l’étain, alors les corps gras dont nous venons de faire mention seraient brûlés avant que l’alliage ait pu s’effectuer. Aussi on est obligé, dans ce cas, d’avoir
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- recours à un flux, qui forme une espèce de liai a qui enveloppa le métal de toutes parts et le garantit du contact de l’air. Quand on juge que la fusion est opérée, ou brasse pour rendre toutes les parties bien homogènes.
- Lorsqu’il y a une différence notable de pesanteur spécifique entre les métaux qu’on veut combiner, on éprouve quelquefois d’assez grandes difficultés pour obtenir un alliage bien identique dans toutes ses parties : chacun de ces métaux tend à se séparer suivant l’ordre de la densité, et c’est là ce qui nécessite de brasser, surtout au moment de la coulée. Si on opère sur de grandes masses, le temps que la matière met à se refroidir est quelquefois assez considérable pour que cette séparation se manifeste de nouveau. Cet inconvénient a principalement lieu dans la coulée des cloches et des pièces d’artillerie. Si l’alliage, quoiqu’ayant été Lien brassé, n’est pas encore assez uniforme, alors après une première coulée on le brise et on le soumet de nouveau àla fonte. Par ce moyen, le tout devient assez homogène.
- Quand on veut allier trois ou un plus grand nombre de métaux , souvent on y parvient difficilement, soit parce que l’un d’eux est moins fusible ou plus oxidable que les autres, soit parce que l’affinité qui détermine leur union n’est point assez énergique ; dans ce dernier cas, on réussit souvent mieux eu ne prenant pas d’abord chaque métal isolé, mais en les combinant deux à deux, pour en faire ensuite un alliage unique. Ainsi , on éprouve assez de peine à allier directement une petite portion de fer avec du bronze; mais si au lieu de fer on ajoute du fer-blanc, alors la combinaison s’effectue de suite, et le bronze,par cette addition, acquiert delaqualité sous quelquerap-port. De même pour rendre le laiton plus propre à certains usages, il faut y ajouter une petite quantité de plomb et ne pas le faire directement, car, d’après l’observation de M. Chaudet, on n’y réussit que fort imparfaitement. Il est préférable, ainsi qui! le conseille, de fondre d’abord le plomb avec le zinc, parce ces deux métaux se combinent facilement ; on ajoute ensuite le cuivre à ce premier alliage, pour obtenir le résultat désiré-
- Nous avons dit que la différence de fusibilité était aussi un
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- obstacle à îa combinaison, et cet obstacle est si puissant, qu’on eu tire quelquefois grand avantage pour décomposer certains alliages, comme cela arrive dans la liquation. Cette opération a pour but de séparer l’argent qui est uni au cuivre ; et pour y parvenir, on ajoute une certaine proportion de plomb. 11 en résulte un alliage composé d’élémens très différons sous le rapport de la fusibilité : on expose cet alliage à une clialeur seulement suffisante pour fondre le plomb; celui-ci se liquéfie et entraîne îa presque totalité de l’argent. La différence d’oxidabilité offre ensuite le moyen de les séparer l’un de l’autre.
- Telles sont les généralités qu’on peut donner sur la fabrication des alliages. Beaucoup d’autres observations relatives à la coulée, au moulage, etc., seront indiquées dans les articles d’application et particulièrement aux mots Bronze et Laiton.
- Nous citerons maintenant les divers alliages usités dans les-arts; et pour ceux dont nous ne traiterons pas immédiatement, nous indiquerons les articles dans lesquels on les trouvera.
- Un des alliages les plus usités, car c’est principalement sous ce rapport que nous devons les considérer ici, c’est celui de zinc et de cuivre; il est plus ductile , moins oxidable que le cuivre lui-même, et offre, sous ce point de vue, de grands avantages : aussi il n’en est aucun qui soit plus employé. Cet alliage peut se faire dans des proportions très variées ; et comme il prend alors des qualités différentes, on lui donne aussi différentes dénominations. Ainsi, on le connaît sous les noms de cuivre jaune, de laiton, tombac, similor, métal du prince Robert, or de Manheim, etc. nous décrirons tous ces alliages et les procédés qu’on emploie pour les fabriquer, au mot Laiton.
- Le cuivre et l’étain forment, par leur réunion, un alliage également très précieux, et qui est connu sous les noms d’airain et de bronze. Cet alliage se fabrique très en grand pour la confection des cloclies et des pièces d’artillerie. Nous en traiterons d’une manière spéciale au mot Buosze.
- L’or et l’argent, lorsqu’ils sont dans leur état de pureté, sont des métaux trop mous pour qu’on en puisse fabriquer des tases et des monnaies durables : on les allie avec un peu de
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- cuivre, dans une proportion déterminée par la loi , et qu’og ne peut outre-passer ni dans un sens ni dans l’autre. Tout ce qui est relatif à ces sortes d’alliages sera traité fort en détail à l'article des Monnaies et de I’Orféyrerie. On donnera aussi aux mots Coupellation, Essais , Départ , les moyens d’en faire l’analyse.
- Quand on a besoin de réunir plusieurs pièces métalliques, on emploie le procédé connu de la soudure, qui consiste à accoler leurs surfaces au moyen d’un alliage qu’on interpose, et qui doit être nécessairement plus fusible que le métal qui compose la pièce qu’on veut souder. Il faut aussi que cet alliage soit formé de métaux susceptibles de se combiner facilement avec celui auquel il doit servir de lien. On conçoit, d’après cela, que chaque métal exige, pour ainsi dire, une soudure particulière. En effet, la soudure de l’or de bijou ou de vaisselle est un alliage d’or et d’argent, ou d’or et de cuivre; celle de l’argent, un alliage d’argent et de cuivre; celle du cuivre est ou de l’étain pur pour des pièces qui ne doivent pas aller au feu, ou un alliage auquel on donne le nom de soudure forte, et qui est composé d’étain et de cuivre. La soudure de l’étain et celle du plomb est un alliage de ces deux métaux, etc. On fait beaucoup varier les proportions respectives des composans de ces divers alliages, suivant qu’on a besoin d’un degré de fusibilité plus ou moins considérable ; ainsi, pour des pièces très délicates , on rend l’alliage le plus fusible possible. La cupidité détermine souvent les ouvriers à forcer, dans les soudures, la proportion du métal le moins coûteux. L’alliage connu sous lenom.de soudure des plombiersj est composé d’une partie d’étain et de deux de plomb.
- A l’article Soudure , on indiquera le manuel de cette opération et les conditions sous lesquelles elle s’effectue le plus facilement.
- Pour garantir certains métaux de l’action de l’air et des divers agens qui peuvent les corroder , on les recouvre d un métal moins altérable et qui les rend propres à la construction d’une grande variété d’instrumens et d’ustensiles. On peut con-
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- sidérer cela comme de véritables alliages, mais seulement au point de contact des deux surfaces; hors de là les deux métaux sont parfaitement indépendans l’un de l’autre : c’est, si on le veut, une soudure sans intermède. Uétamagej la dorure, l’ar-genture, sont dans ce cas. Les deux derniers sont plus fréquemment employés comme objet de luxe, que comme préservatif. Ces opérations formant des branches particulières d’industrie, nous renverrons leur description à chacun des mots que nous venons d’indiquer, et en outre à l’article important de la fabrication du Fer-blanc. Nous devons observer, avant de terminer , qu’on ne pourrait appliquer ce que nous venons de dire à l’étamage des glaces; car ici l’un des deux métaux étant liquide et les deux couches excessivement minces, il y a pénétration réciproque et homogénéité dans l’alliage. On sait, d’ailleurs, que l’étamage des glaces a un tout autre but que les autres préparations dont nous venons de faire mention. Loin que ce soit cet étamage qui préserve la surface sur laquelle il est appliqué, c’est, au contraire, le plan de glace qui le garantit et lui conserve ce beau poli qui empêche les rayons lumineux de pénétrer plus avant,"et qui les réfléchit dans leur entier.
- Un chaudronnier de Paris,nommé Biberel, avait proposé, il y a quelques années, de substituer à l’étain fin pour l’étamage ordinaire, un alliage fait avec huit parties d’étain et une de fer. Ce procédé avait un grand avantage sur l’ancien; l’étamage durait beaucoup plus long-temps. 11 paraît que les personnes qui ont voulu l’exécuter s’en sont mal acquittées, ou qu’elles y ont mis du charlatanisme et de la mauvaise foi. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on n’en fait déjà plus d’usage. Il serait cependant fâcheux qu’on eût renoncé à une amélioration aussi importante.
- Le fer et l’étain s’allient assez difficilement l’un à l’autre et il est assez probable qu’il sera souvent arrivé à ceux qui n’ont pas une assez grande habitude de ces sortes d’opérations, de ne retirer que de l’étain pur, alors qu’ils croyaient obtenir de l’étain allié de fer. Peut-être même doit-on principalement attribuer à ce motif l’abandon subit qu’on a fait de ce nouveau procédé.
- Tome I.
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- Voici comment on obtient cet alliage. On commence par mettre dans un creuset le fer en petits copeaux, puis on le couvre avec du-verre pile. Ce creuset, placé dans un fourneau à vent, est chauffé jusqu’au rouge-blanc -, c’est alors qu’on y projette l’étain fin qui se fond aussitôt; on brasse le mélange promptement. On recouvre de nouveau avec du verre pilé, et on ferme le creuset. Lorsque le tout est bien rouge, on le brasse encore, et on donne une dernière chaude; puis enfin on coule dans une lingotière. Il est assez probable qu’on réussirait encore mieux en substituant des copeaux de fer-blanc aux copeaux de fer.
- Cet alliage va jusqu’à la chaleur rouge-brun avant que d’entrer en fusion; et cependant si on le promène à la surface d’une plaque de cuivre légèrement chauffée, mais imprégnée de sel ammoniac, il se fond immédiatement, et on peut l’étendre arec une étoupe, tout aussi facilement que si c’était de l’étain pur.
- Le plomb est beaucoup trop mou pour qu’on puisse l’employer à certains usages; mais on lui donne facilement la dureté dont il manque, en l’alliant à de l’antimoine en proportion plus ou moins forte, suivant le besoin. A la dose d’un sixième d’antimoine, ou au plus d’un douzième, l’alliage est devenu plus dur et plus fusible que le plomb, dont il conserve encore la malléabilité. Lorsque ces deux métaux sont combinés dans le rapport d’un d’antimoine contre quatre de plomb, cela forme la base de l’alliage qu’on emploie pour les caractères d’imprimerie. Chaque fabricant fait un peu varier ces proportions, et a pour ainsi dire sa recette particulière, dont il fait un secret. Ceux qui veulent livrer à bas prix forcent un peu la proportion de plomb; mais alors l’œil de la lettre ma pas de soutien, et, après quelque temps de service, il cède à l’effort de la presse, il devient, comme on. le dit, épaté. Quand au contraire on désire obtenir un caractère de bonne qualité et durable, non-seulement on y met toute la dose d’antimoine que nous avons indiquée, mais on y ajoute en outre un peu de cuivre. Au reste, on reviendra sur toutes ces données, lorsqu’on traitera de l’art du Fondeur en caractères.
- L’alliage dont on se sert à Paris pour faire les robiaets de
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- fontaine, est analogue à celui dont nous venons de faire mention ; seulement les proportions de plomb y sont plus considérables-, et quand l’antimoine, plus connu des ouvriers sous le nom de régule, est cher, ils le remplacent, au moins en partie, par du zinc. Ce métal, en effet, donne toujours de l’éclat, de la dureté et même du sonore au plomb.
- L’arsenic, allié à la plupart des métaux, et même à une dose excessivement faible, les rend cassans et très aigres; il en augmente aussi la fusibilité. Ces alliages sont facilement décomposés à une température plus ou moins élevée, surtout si cette opération se fait avec le contact de l’air. On a tiré grand parti de ces propriétés de l’arsenic pour l’exploitation du platine. On fondait ces deux métaux ensemble, puis on se débarrassait de l’arsenic par une calcination graduelle ; à mesure que le platine devenait plus poreux, on en rapprochait les parties en le soumettant à une forte pression. Cependant depuis que les acides minéraux ont diminué de valeur, on a préféré traiter le platine par la voie humide, parce qu’on peut l’obtenir ainsi beaucoup plus pur et plus malléable.
- On se sert, pour fabriquer Certains ustensiles, d’un alliage auquel on donne le nom de cuivre blanc; il est formé à peu près de dix de cuivre sur un d’arsenic : on l’obtient en fondant directement l’arsenic avec le cuivre, on en traitant celui-ci par l’arséniate dé potasse, en ayant toutefois la précaution de bien garantir l’alliage, pendant sa fusion, du contact de l’air. Il est rare que la couleur du cuivre soit complètement éteinte dès la première coulée; on est obligé de réitérer la fonte et d’ajouter une nouvelle dose d’arsenic ; on Cnit par obtenir un alliage d’un blanc semblable à celui de l’argent, mais qui est très aigre et très cassant.
- A l’article Acier, on a déjà fait mention des nouvelles expériences de MM. Stodart et Faraday, pour allier divers métaux au fer ou à l’acier ; nous ajouterons encore quelques nouveaux détails sur cet objet, qui est d’un si haut intérêt, et qu’on ne devrait pas abandonner sans avoir atteint le but désiré. La Société d’encouragement a consacré des fonds pour ce genre de re-
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- clierelies, et a nommé une commission spéciale qui s’en occupe sans relâche. Nous avons donc tout lieu d’espérer que nous verrons bientôt en France ce genre d’industrie recevoir de nouvelles améliorations.
- Voici les résultats les plus importans qui aient été obtenus jusqu’à présent.
- En Angleterre, MM. Stodart et Faraday ont formé un alliage qui présentait tous les caractères du meilleur acier de Bombay. Ces chimistes ont commencé par former un carbure de fer qui contenait q4,36 de fer sur 5,64 de charbon; ce carbure broyé et traité à une chaleur très intense avec de l’alumine pure, leur a fourni un alliage de couleur blanche et d’une texture à grains serrés : la proportion du charbon y était tellement diminuée, qu’on ne pouvait plus l’apprécier ; ce corps avait été remplacé dnas cette expérience par 6,4 d’alumine, probablement à l’état radical. Quarante parties de ce fer aluminé fondu arec 700 parties de bon acier, donnèrent un nouvel alliage qui, décapé par les acides, se damassait comme le wootz.
- L’acier et l’argent s’allient très difficilement', et, bien que la fonte ait été homogène, ils se séparent l’un de l’autre par le refroidissement ; cependant lorsque ces deux métaux sont combinés dans le rapport de 1 d’argent contre 5oo d’acier, cela fournit un alliage bien identique et supérieur au meilleur acier de l’Inde. Ce résultat est trop remarquable pour qu’on ne cherche pas à le confirmer par des expériences en grand.
- Les mêmes auteurs parlent aussi d’un alliage obtenu par fusion avec parties égales d’acier et de platine, qui aurait la propriété de prendre le plus beau poli, et qui ne serait pas susceptible d’être terni par l’action de l’air. La couleur de cet alliage est la plus belle et la plus avantageuse qu’on puisse désirer pour la confection des miroirs; le rhodium combiné à l’acier dans la proportion de un à deux pour cent, donne un alliage d’une dureté et d’une ténacité excessives. ( Annales de Chimie et de Physique, octobre 1820.)
- En France, M. Bertier, professeur à l’école royale des mines, a obtenu des alliages de chrome et d’acier dans les pvo-
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- portions de 0,010, à o,oi5 du premier. Ces deux alliages étaient surtout remarquables par la facilité avec laquelle on pouvait les travailler, et par le beau damassç argentin qu’ils prenaient en les décapant avec l’acide sulfurique.
- M. Boussingault, élève mineur à l’école de Saint-Etienne, a fait une série d’expériences, desquelles il résulterait que le silicium est une partie constituante et plus essentielle à l’existence de l’acier , que le charbon lui-même. Cet ingénieur a répété, avec beaucoup de soin, les expériences de Clouet sur la transformation du fer en acier, au moyen d’un mélaDge d’argile et de carbonate calcaire, et il a vu que le résultat était le même en substituant la cbaux pure à son carbonate; que dans l’un et l’autre cas, l’acier qu'on obtenait ne contenait aucune portion appréciable de charbon, mais bien du silicium. M. Boussingault s’est également assuré que le fer, pendant la cémentation, s’emparait d’une portion de la silice contenue dans le charbon. Si, comme tout porte à le croire, ces faits sont exacts, ils méritent à tous égards de fixer l’attention. (Annales de Chimie et de Physique ,. janvier 1821.)
- Nous n'avons pas parlé dans cet artîcledes alliages de mercure, parce qu’on en traitera plus spécialement au mot Amalgame. B..
- ALLIAGE (règle dite d’ ). V. Arithmétique.
- ALLECHONS [Arts mécaniques). Lorsqu’on veut transmettre l’action d’un moteur à l’aide de roues qui engrènent, on laisse à la circonférence de ces roues des parties saillantes, égales et également espacées, qui se pressent mutuellement. Quand ces paities font corps avec la roue et sont entaillées dans la matière dont elle est formée,on les nomme des dents : mais comme dans les grandes machines la pression est très forte , et que ces dents sont souvent entaillées dans le bois, qui, par la direction de ses fibres, ne serait pas capable d’une assez grande résistance, on préfère construire des roues tout unies et cylindriques, puis on les gârnit de pièces détachées, qu’on y assemble fortement. Ces pièces sont appelées,aUuchons : on les construit en bois lisse, dur et compact, tel que le cormier, l’alisier, etc., ou même en fonte de fer. Elles sont entrées dans des mortaises
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- pratiquées à la roue, par une partie nommée queue de l’allu-chon; la tête est saillante et forme l’engrenage. Comme l’alluchon doit supporter tout 1’elForJ; de la résistance, il faut qu’il ait une épaisseur convenable, qu’il soit épaulé à sa base, comme on le dira ci-après, et que sa queue, en pyramide quadran-gulaire, traverse toute l’épaisseur de la chaxpente où elle est emmortaisée. On clavette ensuite fortement cette queue, pour qu’elle demeure inébranlable dans sa place.
- Les alluchons sont implantés perpendiculairement, soit à la surface courbe et cylindrique de la roue, soit à la partie plane et latérale vers son contour : la roue prend le nom de hérisson dans le premier cas, et de muet dans le second, qui est le plus ordinaire, surtout dans les moulins et autres grandes machines.
- Lorsqu’on veut transmettre l’action motrice multipliée par des engrenages, chaque grande roue en mène oi'dinairement une de plus petit diamètre , qui est connue sous le nom de pignon dans le cas des roues dentées, et qu’on appelle lanterne quand elle est formée de plusieurs pièces. Deux petits plateaux circulaires et parallèles nommés tourtes ou tourteaux, sont maintenus à, distance par des fuseaux cylindriques ou coniques, formant un assemblage à jour : ce système doit tourner autour d’un axe qui passe par les centres des deux tourteaux. On conçoit comment les alluchons d’un rouet, en s’engageant entre les fuseaux, font tourner la lanterne autour de son axe. Les fîg. 1, pi. lit des Arts mécaniques , montrent les diverses dispositions qu’on peut donner à cet appareil très simple, dont on varie d’ailleurs beaucoup la grandeur et les relations.
- Nous donnerons, au mot Exghexage, les conditions de puissance, de pression et de vitesse, suivant lesquelles la force motrice se transmet à l’aide de rouages : nous dirons seulement ici que les dents de deux roues qui engrèuent devant être également espacées, le nombre de dents de la grande roue est d’autant plus: considérable par rapport à la plus petite, qué celle-ci est moindre : ces deux roues ont donc des nombres de dents qui sont dans le rapport des rayons de leurs circonférences; si l’une a un rayon dix fois plus grand que l’autre, celle-ci a dix fois mo.ns
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- de dents ; par exemple, l’mie 8o dents et l’autre 8. Mais dans eet énoncé, ce n’est pas le contour réel des roues qu’il faut envisager r puisque le point de contact change à mesure que la rotation s’ô-pere •, mais on substitue par la pensée aux véritables contours deux circonférences fictives qui sont censées se toucher, en sorte que l’une mène l’autre par une simple pression, aidée du frottement; les rayons de ces circonférences, de pure conception, sont ceux dont il est ici question : onlles nomme cireonfirences primitives ; c’est sur leurs dimensions que se règle et se calcule tout le rouage, attendu qu’on diminue en effet le rayon de chacune d’une partie qui est suppléée par la longueur qu’oit donne aux parties saillantes constitutives de l’engrenage.
- Tout ce qu’on vient de dire s’applique pareillement aux rouets et aux hérissons. Une fois qu’on connaît la résistance à vaincre et la force motrice dont on peut disposer, on commence par calculer le rapport de vitesse de chaque rouet et de la lanterne qu’il mène. Si la lanterne doit faire dix tours contre un seul du rouet, le diamètre de celle-là devra être le dixième de celui du rouet, qui portera dix fois plus d’alluchons que la lanterne n’a de fuseaux. La force et l’épaisseur de ces pièces se règlent d’après la pression qu’elles éprouvent, c’est-à-dire d’après le mode de transmission de la force motrice. Cette épaisseur ainsi calculée, on a par suite leur intervalle, la grandeur absolue du rouet et de la lanterne, ou plutôt celles des deux circonférences primitives, qu’on réduit ensuite aux dimensions nécessaires, pour que les alluchons et les fuseaux dont on les garnit produisent un engrenage uniforme, libre , sans arrêts, sans arc-boute-mens ,etc. F. le Traité élémentaire des Machines., de M. Hachette.
- D’après une remarque que La Hire emprunte à l’expérience , il prescrit de faire en sorte que les nombres d’alluchons et de fuseaux qui engrènent soient premiers entre eux, afin que les mêmes alluchons ne poussent les mêmes fuseaux que le moins fréquemment possible, et après que la lanterne a fait autant de tours que le rouet porte d’alluchons. Si, par exemple, le calcul a donné ce résultat que la lanterne doit tourner six fois plus vite que le rouet, ce qui permet de faire porter 10 fuseaux
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- à l’une et 60 alluchons à l’autre, on donnera à celle-ci 5g ou G» alluchons, au lieu de 60 : ce changement de nombres, et par conséquent aussi de diamètres, atteindra le but proposé sans altérer sensiblement la relation qui doit subsister entre les parties. On sait, en effet, que les forces éprouvent de la part des frottemens de la machine des résistances bien plus influentes, et que cependant on néglige, par approximation.
- La forme des alluchons est d’une grande importance dans l’exécution des engrenages, et plusieurs savans se sont occupés de les façonner de manière à obtenir une parfaite uniformité dans les mouvemens. Il faut que dans toutes les situations de la roue, la même force produise la même pression sur les parties qui se touchent; ainsi les bras de levier que la roue donne passagèrement à cette force, doivent varier proportionnellement à ceux que prend successivement la résistance dans le pignon d’engrenage. C’est sur ce principe qu’on a dû se régler pour déterminer la figure des dents des roues. La Hire a le premier examiné cette théorie, que depuis Camus et Le roi ont encore perfectionnée (Mémoires de l’Acad, des Sciences, 1733). Quelques ouvriers se contentent de donner une surface plane à la touchej partie de l’alluchon qui pose sur le fuseau; ils la dressent et la polissent avec soin, en arrondissent le bout pour faciliter le dégagement, et laissent au temps et au frottement à user les pièces jusqu’à ce qu’elles aient reçu la figure qui convient au mouvement régulier : mais ce résultat ne s’obtient souvent que lorsque la machine est affaiblie et hors de service. D’ autres donnent aux alluchons la forme de cônes tronqués, croyant diminuer le frottement en diminuant l’étendue du contact des parties qui s’engagent.
- Mais La Hire a prouvé que la figure des dents d’une roue doit être celle d’une surface réglée par la courbe, à laquelle les géomètres donnent le nom d’épicycloïde. Nous développerons^ au mot Dekts, le mode de construction de cette courbe. Les alluchons des hérissons et des rouets étant des pièces de rapport destinées à tenir lieu des dents des roues d’engrenage, doivent avoir leur forme déterminée d’après les memes principes.
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- Il faut en dire autant des fuseaux des lanternes, qu’on fait le plus souvent de figure conique ou cylindrique, selon que la lanterne est elle-même en cône tronqué ou èn cylindre. On réussit à diminuer beaucoup le frottement, en permettant au fuseau un mouvement de rotation dans les trous où il s’ajuste avec les tourteaux, parce que le frottement est rendu de seconde espèce. V. ce mot.
- Du reste, il est inutile de dire que la longueur des alluchons et leur écartement dépendent de leur grosseur, de celle des fuseaux de la lanterne, et de la distance qui règne entre eux : l’engrenage et le dégagement doivent se faire librement, sans arrêt ni frottement contre les parties voisines de la touche. On sent aussi que les fuseaux, surtout lorsqu’on est obligé de les tenir un peu longs, doivent être attaqués le plus près possible de leur point de jonction au tourteau, sans cependant qu’ils puissent rencontrer les jantes de la roue.
- L’alluchon n’agit ordinairement que par une de ses faces ; c’est donc une dépense inutile que de donner à la face opposée une forme régulière déterminée : aussi a-t-on soin d’épauler la base de cette partie par un collet qui en assure la solidité, et ajoute aux moyens de résistance du rouage un soutien appliqué précisément au point et dans le sens où l’effort se porte presque en entier. Il faut cependant observer de ne pas s’opposer absolument à ce que la roue puisse prendre une rotation rétrograde, dans le cas où ce mouvement pourrait être accidentellement nécessaire : car il arrive, quelquefois qu’on doit faire tourner la roue en sens contraire, soit pour la réparer, soit pour la démonter , soit pour dégager les arrêts nécessaires en certains cas. On doit donc veiller à ce que les épaulemens des alluebons ne présentent pas d’obstacle trop prononcé à cette arrière-rotation.
- Le mécanicien qui veut construire un de ces rouages doit d’abord en tracer I’êpcre sur le papier; il y dessine, sur une «belle réduite, si cela est nécessaire, les diverses parties, dans ks relations assignées par le calcul. Ainsi, après avoir tracé les projections des circonférences primitives, il y marque les aillions et les fuseaux sous les rapports de nombres, dimensions
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- et écartemens nécessaires. Il doit surtout observer que jamais-un alluolion ne quitte le contact avec son fuseau, sans que l’aïluclion suivant soit entré en prise : il faut que plusieurs alluclions touchent ensemble leurs fuseaux, si on veut éviter les chocs.destructeurs de la machine. Cette condition ne dépend que des nombres de ces pièces. Une'fois l’épure faite, il ne reste plus pour exécuter la machine, qu’à construire chaque pièce à part, dans les dimensions prescrites par le dessin : on assemble ensuite ces diverses parties dans l’ordre propre à chacune.
- On dit, en terme d’art, qu’on rechausse un rouet ou un hérisson, quand on en change les alluclions. Fit.
- ALLUMETTlEPu On fait les allumettes avec du bois sec, des roseaux, des chénevottes, des cartes ou avec toute autre matière facile à enflammer.
- Les allumettiers qui emploient le bois à cet usage, préfèrent le bois de tremble bien sec ; ils le scient en petits billots de la longueur qu’ils veulent donner à l’allumette , laquelle est ordinairement d’un décimètre : ils le choisissent autant qu’il est. possible, sans nœuds, le font sécher au four, puis le coupent, selon la direction des fibres du bois, en petites tablettes à l’aide d’une plane ou couteau à main.
- Cette plane est un outil long de six décimètres, dont un bout, replié en forme d’anneau, est inséré dans un piton qui est attaché sur le banc où l’ouvrier coupe le bois; l’autre bout porte un long manche de bois que l’ouvrier tient dans une main, tandis qu’il dirige de l’autre le billot sous le couteau.
- Le billot, coupé d'abord dans un sens en petites tablettes, est ensuite coupé transversalement dans l’autre, de manière à donner de petites bûchettes carrées. Un antre ouvrier les prend par poignées pour en former des paquets ou botte, qu’il lie avec de la ficelle, ou des fils de pennes, qui »out ceux qui restent de la chaîne des toiles après que les tisserands ont levé leur ouvrage de dessus le métier. Le paquet étant lié, passe à un autre ouvrier qui le frappe avec une palette, afin que les petits bâtons né dépassent point la su perficie des deux bouts; enfin un dernier ouvrier est char-1-
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- àe les soufrer en les trempant dans du soufre fondu. L’ouvrier qui fend le bois peut fournir aux autres environ quatre ou cinq mille allumettes à l’heure.
- Pour faire les allumettes plates, les allumettiers prennent le même bois, qu’ils fendent en planchettes de l’épaisseur proportionnée à la largeur qu’ils veulent donner à l’allumette; et avec une plane qu’ils conduisent horizontalement, ils les taillent une à une, puis les bottellent, les lient et les soufrent comme les autres. Pour cette opération, le bois ne doit pas être mis au four ; il faut même qu’il soit un peu frais.
- M. Pelletier a substitué à la plane, un rabot qui, sans être aussi simple, est d’un usage aussi facile, et donne un produit bien plus considérable puisqu’il peut fendre soixante mille allumettes à l’beure.
- Voici la description de celui que l’inventeur a établi dans son atelier. «(1) On j voit un établi ordinaire de menuisier» percé à la distance de trois décimètres de son extrémité droite » et sur le bord du côté où se place ordinairement l’ouvrier qui en fait usage. Par l’endroit percé se monte, à l’aide d’un contrepoids , un autre petit établi perpendiculaire. A l’extrémité supérieure de ce petit établi, se fixe le bois destiné à faire les allumettes, et qui, sans être mis au four, est coupé en planches d’une épaisseur proportionnée à la largeur de l’outil que l’on emploie, et d’une longueur choisie pour celle des allumettes que l’on veut faire.
- « Sur ce bois ou fait promener une espèce de rabot avec un tirant ou va-et-vient, mû par un levier, dont le point d’appui est placé sur le grand établi. Chaque coup de rabot fend le bois en lames parallèles et en coupes horizontales; er* sorte qu’au lieu du copeau que le menuisier retire ordinairement , l’allumettier retire huit, dix allumettes, plus ou aoins, suivant la préparation donnée au rabot.
- » Ce rabot est à coulisse; son fer est précédé d’une platine
- v'î Annales des Arts et Manufactures, tom. , p. 2i5.
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- contenant une douzaine de lames d’acier faites en forme de lancettes, dont le but est de fendre le bois dans sa longueur et parallèlement.
- » Ces lames sont placées dans une coulisse de cuivre, garnie de quatre vis : la première pour la serrer, la seconde pour les tenir perpendiculaires, et les deux autres pour les faire entrer plus ou moins avant.
- » On peut clianger, écarter ou rapprocher à son gré ces lames, suivant la largeur que l’on veut donner au bois qu’on désire refendre.
- » Le fer du rabot est d’acier fondu et très fin, affûté sur la meule du lapidaire; il est monté entre deux autres fers doubles, tous deux à chanfrein, mais dont l’un est garni de deux épaulettes, pour pouvoir, à l’aide de deux vis, donner plus ou moins d’épaisseur et de finesse au bois que coupe le rabot.
- « Le fer coupant est tenu par quatre vis , entre les deux autres dont on vient de parler et par une cinquième plus grande,, qui donne à l’outil l’inclinaison que l’on désire.
- » L’inventeur ayant senti que le bois que couperait son outils rabot, se roulerait comme le copeau du menuisier, a placé ingénieusement un autre fer au-dessus de celui qui coupe, et dont la fonction est de redresser le bois coupé. Ainsi l’allumette vient droite comme elle doit l’être pour l’usage auquel elle est destinée. »
- On voit par la description de cet outil, plus simple que ses détails ne paraîtraient l’annoncer, que si M. Pelletier est parvenu à faire avec lui des millions d’allumettes, objet d’une utilité d’autant plus réelle que, fabriquées avec ce soin, elles consomment moins de soufre, il peut aussi fournir à l’ébémste habile le moyen de refendre presque sans perte les bois précieux destinés au placage, et à l’éventailliste le moyen de tailler les bois déliés dont il se sert. On voit qu’il peut etre d’une grande utilité pour la marine, pour faire refendre les cornes destinées aux falots des vaisseaux, et dont la plus belle partie se perd actuellement par le sciage. Enfin, il peut servir
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- » fabriquer les filets flexibles et durables qu’on emploie dans la sparterie ; et M. Pelletier a fait même sortir de son rabot des rubans en bois, des feuilles et des fleurs.
- Les Allumettes oxigénées dont l’usage est récent sont très commodes pour se procurer promptement de la lumière. Il suffit d’en plonger l’extrémité dans un flacon contenant de l’acide sulfurique concentré, et de l’en retirer à l’instant; bientôt elle prend feu et le communique à l’allumette.
- Pour préparer ces sortes d’allumettes on fait un mélange d’une partie de soufre et de trois parties de chlorate de potasse, légèrement gommé. Ces deux substances sont broyées à part, précaution nécessaire pour éviter le danger d’une explosion qui pourrait résulter de la chaleur produite par le frottement On lave la fleur de soufre pour enlever la petite portion d’aeide sulfureux dont elle est imprégnée, et on la fait bien sécher. On mélangé ensuite les deux poudres sur le ppier , avec une carte et sans produire aucun frottement ni percussion. On incorpore dans le mélange un peu de mucilage de gomme adragante pour lui donner de la consistance, et on en met en aussi petite quantité que possible. On y ajoute un peu de lycopode, et l’on colore en rouge avec du cinabre ou en bleu avec l’indigo; les allumettes sont faites exprès et de forme ronde ; elles sont minces et on les fait sécher au four ; elles sont plus soufrées que les allumettes ordinaires, tuais par un bout seulement. C’est ce bout que l’on imprègne avec le mélange dont nous venons de décrire la préparation, ce qui en fait alors des allumettes oxigénées. Pour les laisser sécher, on les pique par le bout non imprégné dans du petit sablon ou du grès en poudre dont on remplit un plat.
- La cause de l’inflammation instantanée de ces allumettes est facile à concevoir. L’acide sulfurique dans lequel on les plonge décompose subitement et avec production de chaleur, le chlorate de potasse, et même l’acide chlorique; l’oxigène te ce dernier se porte immédiatement sur le lycopode et le soufre, et y produit une YÎve combustion qui enflamme ensuite l’allumette.
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- On trouve dans le commerce et k très Las prix des étuis qui contiennent une provision d’allumettes et le flacon qui l’enferme l’acide sulfurique. Ce flacon est ordinairement garni d’amiante qui contient l’acide comme ferait une éponge , et n’en transmet à l’allumette que la quantité nécessaire pour l’allumer. S’il en était autrement, la portion excédante de l’acide serait projetée d’une manière incommode sur les vête-mens; on se sert d’amiante pour récipient de l’acide sulfurique, parce que cette substance minérale n’est pas attaquable par les acides connue le serait le coton ou une éponge. Ce petit nécessaire ainsi disposé est connu dans l’usage sous le nom de briquet oxigéné. L.
- ALLUVION ( Agriculture). On donne ce nom à uu accroissement de terrain qui se fait sur les rivages des fleuves, de la mer ou des ruisseaux, par les terres que l’eau y dépose peu à peu. Comme ces accroissemens appartiennent au propriétaire riverain, il est de son intérêt de les faire fructifier et d’en augmenter l’étendue. La pratique qu’on -doit suivre k cet égard consiste k y planter des osiers, des roseaux, des iris, oü toutes autres plantes aquatiques, dont on puisse retirer quelque profit, et qui retiennent les dépôts des crues k venir, et exhaussent le sol. Dès la première année qu’une alluvion s’est faite, au temps des basses eaux, on entoure l’accrue de pieux-, l’usage de l’aulne est recommandé dans cette circonstance, parce que ce bois résiste très bien k l’action de l’air et de l’eau, et se pourrit très difficilement. Ces pieux, d’un mètre de long, k moitié enfoncés dans la vase, liés entre eux pour leur donner plus de résistance , fortifiés par une digue de gazon et de plantes aquatiques, formeront une sorte d’enceinte que les eaux des crues suivantes rempliront et combleront peu k peu par des dépôts successifs, tandis que ces plantes contribueront k exhausser et a féconder le sol. Des dessècliemens bien dirigés peuvent donner à uu terrain une étendue sans cesse croissante, dont il est de l’intérêt du cultivateur de favoriser les progrès et de rendre le* résultats productifs. bu.
- ALOI ( Technologie ). Le mot a loi ne se dit que d’un alliage
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- de métaux précieux fait dans un certain rapport ordonné par les lois. Si ce rapport se trouve exactement dans l’alliage que l’on considère, on dit qu’il est de bon aloi; dans le cas contraire , on dit qu’il est de mauvais aloi. Bon aloi est synonyme à titrej quand ii s’agit de matières d’or et d’argent. ( V. Titre et Monnaie. ) L.
- ALPHABET, Chiffres et Poinçons ( Technologie). On donne le nom d’alphabet à des poinçons d’acier ou de cuivre, qui portent chacun l’empreinte d’une lettre, et dont Passemhlage, au nombre de 25, forme toutes les lettres usitées dans notre langue. Les alphabets en acier servent à graver en creux sur du métal, à l’aide de quelques coups de marteau, les mots et les phrases que l’on désire y imprimer. Les alphabets en cuivre servent aux relieurs pour imprimer en or les titres des livres. (V. Relieur. )
- On fabrique aussi des poinçons qui portent l’empreinte des dix chiffres arabes, et qu’on nomme de même alphabets.
- La manière de les construire est facile à comprendre. On prépare les poinçons qui sont en acier, et auxquels on donne deux pouces de long; on détermine la grosseur qu’ils doivent avoir, et qui est proportionnée à la grosseur de la lettre que l’on veut y former. 11 est important que, pour le même alphabet, toutes les lettres aient la même hauteur, lorsque ce sont des majuscules. Il n’en est pas de même pour les minuscules ; les lettres b, d, f, etc., occupent un plus grand espace par en haut que. le «orps de la lettre, telles que a, c , e , m, n, s, t, etc., tandis que les lettres p, q, occupent le même espace au-dessous du corps.
- Pour faire bien concevoir la manière de graver les lettres, nous allons prendre pour exemple le B majuscule. Après avoir bien dessiné la lettre avec la pointe à tracer, sur une plaque de cuivre, et lui avoir donné la forme désirée, on fait le contre-poinçon. Pour cela on prend nn morceau du meilleur acier qu’on peut se procurer, de deux pouces de long et de la largeur de la lettre; on le lime carré, on arrondit le bout qui doit for-Mer la tète , c’est-à-dire le côté sur lequel on doit frapper avec le marteau ; on pratique deux traits en croix sur le devant
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- du poinçon, pour indiquer le côté qui doit former le bas de la lettre ; ee qu’on doit touj ours observer pour chaque poinçon. On dresse bien l’autre bout de manière que sa face soit exactement perpendiculaire à l’axe du poinçon, et c’est sur cette face qu’on lime les deux parties qui doivent former le blanc de la lettre. On présente souvent le contre-poinçon sur le dessin, afin de n’enlever de la matière que tout juste ce qui est nécessaire pour couvrir tout le blanc. Cela fait, on trempe ce contre-poinçon, on le revient jaune, il est prêt à opérer pour former la lettre.
- Le poinçon se prépare de la même manière que le contre-poinçon ; mais la face doit être plus large et plus longue, puisqu’elle doit renfermer tout le noir de la lettre. On le fait rougir au feu pour le ramollir, et on le laisse refroidir dans les cendres; alors on l’appuie contre, une équerre et on pose le tout sur une glace ou sur une pierre à huile bien dressée, et on l’use ainsi placé jusqu’à ce que la face du poinçon touche exactement par tous ses points. . .
- Le poinçon préparé, on le place dans un tas d’acier, dans lequel est pratiquée une ouverture propre à le recevoir; on l’y assujettit par deux fortes vis, la face perpendiculaire à l’axe tournée en haut. On présente à cette face le contre-poinçon, qu’on enfonce à coups de marteau dans le corps du poinçon, qui reçoit ainsi l’empreinte des parties creuses de la lettre. Cette empreinte ou profondeur d’œil peut être d’un quart de ligne pour les petits caractères, et toujours en augmentant de profondeur au fur et à mesure que la figure des lettres est plus grande.
- On retire le contre-poinçon, on ôte le poinçon du tas; on le dégrossit à la lime, tant à la surface perpendiculaire à l’axe, qu’à la surface latérale; on le dresse sur la pierre à huile avec l’équerre. Quand le contre-poinçon est bien fait, le graveur n’a qu’à se laisser diriger par la forme. On dresse h lettre sur la pierre à l’huile, pour enlever les bavures que la lime a occasionées; on finit la lettre à la lime, et quelquefois au burin , ne laissant à l’extrémité que la lettre seule, en observant de ne pas gâter les contours en emportant trop de
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- matière Tout cela terminé, on s’assure delà qualité de la lettre, en prenant une empreinte du poinçon : pour cet effet, on le pre* sente à la flamme d’une bougie, afin de l’écbauffer, et de dénicher l’huile qui est entrée dans l’œil, on l’essuie avec un linge et on le présente à la fumée de la bougie. Il en reçoit alors une teinte d’un beau noir; on l’appuie sur une carte qu’on a mouillée ou humectée; il se dépouille nettement de la teinte du noir dont il était chargé. La lettre qui a été gravée à l’envers se trouvant alors sur la carte dans le sens où elle doit être vue, on juge de sa perfection ou de ses défauts ; on corrige ces derniers s’il en existe. On trempe le poinçon et on le revient jaune foncé ; alors il est en état de servir pour graver des lettres dans le métal.
- L’explication des Fig. 1,2, 3, 4, 5, de la PI. 3 (Technologie), aidera à faire connaître tout ce que nous avons dit sur la fabrication des poinçons.
- Fig. i. Contre-poinçon de la lettre B.
- Fig. 2. Poinçon étampé par le contre- poinçon.
- Fig. 3. Poinçon de la lettre B entièrement achevé , vu du côté du bas de la lettre. On aperçoit, sous chacun de ces deux derniers poinçons deux traits en croix qui indiquent que c’est sur cette face que l’on doit appuyer le pouce lorsqu’on veut graver une lettre; alors on est assuré qu’elle n’est pas renversée.
- Fig. 4. Tas garni de ses deux vis. On voit, dans le creux qui est pratiqué au milieu, un poinçon fixé par les deux vis et prêt à être étampé.
- Fig. 5, A. Pierre à huile incrustée dans un morceau de bois B. On y voit posée dessus, i°. en C, une équerre à dresser les faces du poinçon ; b} c sont les deux faces de cette équerre; 2°. en D, la même équerre à dresser, dans l’angle de laquelle est placé un poinçon renversé, c’est-à-dire dont la face qui doit porter la lettre est posée sur la pierre.
- Aeïhaeet des remeers. Ces poinçons sont en cuivre jaune ou laiton; ils se fabriquent de la même manière; on les assujettit dans un manche de bois qui porteunevirole en fer; onlesfait Tome I. a3
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- chauffer et on les applique chauds sur les dos des livres, pour écrire les titres des ouvrages (.^.Relieur).
- Alphabet découpé. On découpe à jour des alphabets sur des plaques minces de cuivre jaune ou de fer-blanc, selon que les lettres sont d’une dimension plus ou moins grande. On emploie deux procédés différens pour les fabriquer, i°. avec des petits ciseaux d’acier bien tranchans on découpe la plaque sur du plomb, en plaçant le ciseau sur les traits que l’on a marqués avec la pointe à tracer, et l’on réserve de petits morceaux de matière qui soutiennent l’œil, afin qu’il ne puisse pas se séparer. On emploie ce moyen pour les lettres d’une grande dimension : on plane ensuite bien la plaque, et l’on achève avec de petites limes douces.
- 2°. Le second procédé est en usage pour les petites lettres. Lorsqu’on a bien plané la plaque qu’on veut découper, on la trempe dans de la cire fondue qui en couvre toutes les surfaces, en s’y figeant de suite. On laisse bien refroidir, après quoi on trace la lettre avec une pointe, en avant soin d’enlever la cire dans tous les endroits que l’on veut évider : on plonge, pendant plus ou moins long-temps, ces plaques dans une assiette peu profonde, que l’on remplit d’eau seconde des orfèvres, c’est-à-dire d’acide nitrique étendu d’eau. Cet acide ronge et perce le cuivre ; lorsque l’ouverture est faite, on lave les plaques dans de l’eau pure, on les fait tremper dans de l’eau bouillante qui détache la cire; on lave dans de l’ean fraîche, on répare et on achève avec de petites limes douces.
- Tout le monde sait qu’on emploie ces alphabets pour écrire sur du papier ou sur du carton, avec une forte brosse et une encre faite avec du noir de fumée délayé dans nne colle forte légère. On trace d’abord sur le papier une ligne horizontale au crayon, sur laquelle doit se placer le bas de la lettre. La plaque découpée porte deux sortes de repaires; i°. à droite et à gauche on a pratiqué sur les deux bords deux entailles angulaires, dont un côté de l’angle est une prolongation de la ligne horizontale sur laquelle repose la lettre : c’est cette ligne que l’on fait concorder
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- parfaitement avec la ligne qu’on a tracée an crayon; par ce moyen les lettres ne penchent pas et ne présentent aucune irrégularité.
- 2°. On a eu soin de faire sur la plaqué un petit trou à la gauche de la lettre. Ge trou indique la distance à laquelle uné lettre doit être placée à côté de celle qui précède, et ce trou est pratiqué sur la ligne qui sert de hase à la lettre. Lorsqu’on veut tracer une lettre à la droite d’une autre déjà posée, on met la plaqué sur la ligne horizontale -, de manière que le trou couvre l’extrémité de la lettre précédente ; alors en formant cette nouvelle lettre avec le pinceau dont nous avons parlé, on est assuré qu’elle est à une distance convenable. ^ L.
- ALTERNATIF (Arts mécaniques). Le mouvement est alternatif, ou de va-et-vient, lorsqu’il s’interrompt dans sa progression pour se reproduire en sens inverse, revenir, puis rétrograder, et ainsi consécutivement V.. Mouvement. Fr.
- ALTERJNATION ( Agriculture). Depuis qu’on a constaté que certaines plantes, loin de fatiguer la terre, pouvaient faciliter les reproductions végétales et donner d’utiles engrais, la théorie et l’expérience se sont réunies pour proscrire les ruineuses jachères. Nous donnerons, au mot Assolement, les principes qui doivent guider l’agronome dans le mode de la succession des cultures. Fr.
- ALUMINE. L’alumine long-temps confondue soit avec la chaux, soit avec la silice,a ensuite été reconnue par Gellert, Margraff et autres , comme étant une substance tout-à-fait distincte; ces chimistes s’assurèrent que les diverses argiles lui devaient leur propriété essentielle, et qu’elle formait la base de l’alun. La considérant donc comme une terre particulière, on la désigna dans le principe sous lesj dénominations de terre argileuse et de terre alumineuse; depuis, on lui a consacré le nom plus simple d’alumine.
- Ces substances terreuses, que naguère on regardait encore comme des corps simples ou élémentaires, ont été placées depuis les découvertes modernes au nombre des oxides métalliques. Chaque jour, on se trouve de plus en plus autorisé à regarder comme positif ce que l’analogie seule avait fait
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- admettre ; et les alliages que ees ..prétendues terres sont sus* ceptibles de contracter avec différens métaux, ne contribuent pas peu à consolider ces idées.
- L’alumine pure est rarement employée dans les arts; mais à l’état d’argilé elle a des usages excessivement multipliés. Kon-seulement elle fait alors la base essentielle de toutes les espèces de poteries; mais elle est en outre employée pour fouler ou dégraisser les étoffes, pour décolorer divers produits, etc. etc. La plupart de ces objets donnent lieu à des branches particulières d’industrie , et on indiquera au mot argile sous quelles dénominations on en traitera dans cet ouvrage.
- C’est ordinairement avec de l’alun qu’on prépare l’alumine, lorsqu’on veut l’obtenir dans son état de pureté absolue ; et une première condition à observer, c’est que l’alun lui-même soit entièrement débarrassé de toute matière étrangère : or ce sel contient assez constamment une quantité plus ou moins considérable de. sulfate de fer ; mais des cristallisations réitérées suffisent toujours pour l’en débarrasser complètement. Lorsque tout le fer est éliminé, la dissolution d’alun ne prend plus aucune nuance de bleu par l’addition du prussiate de potasse, et de plus l’alumine qu’on en précipite à l’aide des alcalis se redissout sans aucun reste dans la solution de potasse caustique. Une fois arrivé à ce terme, on verse sur l’alun une assez grande quantité d’eau pure et cbaude; on filtre ensuite la dissolution, et on y ajoute de l’ammoniaque en excès, puis on'agite très-vivement. Si la dissolution n’était pas suffisamment étendue, l’alumine se précipiterait par masses que l’eau ne pourrait pénétrer ni laver ; et si on mettait trop peu d’ammoniaque , il se formerait un sous - sulfate d’alumine insoluble qui se déposerait avec l’alumine. Mais supposant qu’on ait opéré convenablement, on laisse le tout en repos jusqu’à ce que l’affaissement du précipité ne fasse plus de progrès. Alors on décante, à l’aide d’un siphou, tout le liquide surnageant, et on le remplace par une même quantité d’enu pure ; on réitère ainsi les lavages jusqu’à ce que
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- l’eau n’enlève plus rien, ou du moins jusqu’à ce que la dissolution nitrique de quelques portions de cette alumine, reste parfaitement limpide lorsqu’on, y verse un peu de nitrate de baryte. Il est bien entendu que l’acide nitrique dont on se servira, pour cet essai, devra lui-même être parfaitement pur. Il est à remarquer que lorsqu’on opère sur une assez petite quantité pour qu’on puisse faire les lavages à cbaud, cela va beaucoup plus vite, et dans ce cas on se sert d’une bassine d’argent A chaque nouveau lavage on fait jeter un bouillon et!on laisse reposer dans la bassine même, etc.| Aussitôt que l’alumine a été suffisamment lavée, on dispose une toile très propre sur un carrelet, et on filtre à la manière ordinaire ; lorsque le dépôt ne s’égoutte plus, malgré la secousse réitérée qu’on imprime au carrelet, alors on a ce qu’on appelle l’alumine en gelée : on la conserve pour l’usage. C’est ainsi qu’on la prépare pour faire le bleu de Thénard. Si, au contraire, on veut l’obtenir à l’état sec, on l’expose à la chaleur du bain-marie ; et il arrive que tantôt elle se durcit beaucoup et conserve toujours de la transparence en se desséchant, mais qu’elle est jaunâtre; que d’autres fois elle devient Hanche, spongieuse, pulvérulente, douce au toucher, et qu’elle happe fortement à la langue; ce qui n’a pas lieu pour l’autre. KJaproth prétend que cette différence tient à ce que l’alumine, dans le premier cas, a été précipitée d’une dissolution très étendue, et il paraîtrait qu’alors elle se combinerait plus intimement avec l’eau. J’avais Cru remarquer, au contraire, que cela dépendait de l’état plus ou moins caustique de l’alcali qui sert à la précipitation, et je me rendais compte de ce phénomène en admettant que, dans le cas de plus grande causticité, l’alcali agissait assez, puissamment sur l’alumine pour en diviser excessivement les molécules et presque les dissoudre ; qu’elle devenait alors plus susceptible de contracter une union intime avec l’eau. Il se peut que j’aie fait erreur ; mais il se peut aussi que ces deux causes différentes produisent le même effet : ce qu’il y a de certain, c’est que cette alumine durcie et à cassure presque vitreuse et conchoïde, placée-cn même circonstance que l’alumine spongieuse, perd beaucoup
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- moins d’eau, Lieu qu’elle en contienne la même quantité. Ainsi'* toutes les deux étant exposées à une même chaleur rouge, l’une perd o,58., et l’autre c,43. M. Gay-Lussac a proposé un procédé beaucoup plus expéditif pour préparer l’alumine sèche. Ce pro-? cédé consiste à décomposer complètement, par la chaleur, l’alun à base d’ammoniaque. Cela réussit en effet très Lien ; mais il est excessivement rare de trouver dans le commerce de l’alun entièrement à base d’ammoniaque. Les aluns de Liège et autres contiennent en même temps et du sulfate de potasse, et du sulfate d’ammoniaque ; en sorte qu’on est obligé de le faire fabriquer exprès pour l’avoir pur.
- C’est l’alumine qui donne à divers fossiles qui en contiennent la propriété si souvent consultée par les minéralogistes, d’absorber l’humidité aveu tant de promptitude, qu’ils s’attachent et happent à la langue, quand on les applique sur son extrémité C’est également à l’alumine qu’appartient cette odeur terreuse qu’exhalent les argiles lorsqu’on les imprègne de l’haleine.
- L’action, de la chaleur sur çet oxide terreux est assez remarquable pour que nous en disions quelque chose ici ; car c’est de là que dérive, en grande partie, sou utilité dans les Arts.
- L’alumine, exposée à l’action delà chaleur, prend un retrait de plus, en plus considérable, et à peu près proportionnel à l’augmentation de température ; en sorte qu’on a pu s’en servir çomme d’instrument propre à la mesurer. Voyez la description du pyromètre de Wedgewood. On avait supposé d’abord que ce retrait successif dépendait d’une perte progressive d’humidité j mais on a vu qu’arrivé à. une certaine époque de la calcination , le poids, ne variait plus. Il faut donc que ce changement dépende d’un arrangement différent des molécules. L’alumine peut acquérir une telle dureté par la chaleur, qu’elle devient susceptible de donner des étincelles lorsqu’on la frappe avec le briquet. C’est, de toutes les substances terreuses, la plus réfractaire-, on ne parvient à la fondre qu’à la flamme du chalumeau alimentée par le gaz oxigène ; mais les alcalis la font entrer assez promptement en fusion. Aussi les argiles sont-elles d’autant plus propres à la construction des. fourneaux, des creusets et pots.
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- de verrerie, qu’elles contiennent moins de chaux et plus d’alumine.
- L’alumine, dans son état ordinaire , est susceptible de se délayer dans l’eau, de faire corps avec elle, et de donner du liant aux pâtes terreuses qui en contiennent; maïs une fois calcinée, elle a tout-à-fait perdu ces caractères distinctifs, et c’est là surtout ce qui la rend propre à former la base des poteries. Elle a tellement changé de nature dans cette calcination, que pour lui restituer ses propriétés primitives il ne faut pas moins que la traiter par les agens les plus puissans, pour venir à bout de la dissoudre et la précipiter de nouveau.
- Les alcalis fixes caustiques se combinent facilement avec l’alumine; aussi se sert-on fréquemment de leur intermède pour la séparer des autres terres. Même à froid, les lessives alcalines dissolvent l’alumine, lorsqu’elle est encore imbibée de toute son eau de précipitation : ces dissolutions peuvent être décomposées par des acides; mais comme on risquerait par ce moyen de retenir un peu d’alumine à la faveur d’un acide, on préfère précipiter ces dissolutions alcalines à l’aide d’un sel ammoniaque qui, cédant son acide à l’alcali plus puissant, laisse complètement déposer l’alumine.
- C’est en raison de l’affinité de l’alumine pour les corps gras, que diverses espèces d’argiles sont employées avec tant d’avantages dans l’art du foulonnier et dans. Part du dégraisseur.
- Enfin l’alumine a une telle tendance à se combiner avec les matières colorantes, que les divers sels qu’elle forme avec les acides sont les mordans les plus fréquemment employés en teinture, et qu’elle est la base de presque toutes les laques fines-On traitera spécialement de ces objets dans leurs articles respectifs. V. les mots Fottlox'xier , Dégraisseür, Laques , Moreaxs , Teinture , etc. R.
- ALUN. La fabrication de l’alun fut long-temps la propriété exclusive de la Syrie. Etablie d’abord à la ville de Rocca, d’où vient le nom d’alun de Rochej sous lequel on désigne quelquefois encore ce sel dans le commerce, transportée ensuite d’Orient en Europe vers le quinzième siècle , elle fut bientôt après répandue
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- dans toute l’Italie : à la Tolfa, près de Rome, on y obtînt coo-stamment l’alun dans un degré de pureté qui mérita à cette fabrique une grande réputation. Plusieurs autres exploitations de mines d’alun s’élevèrent successivement en Allemagne et en Espagne, au dix-septième siècle; et une fabrique de ce genre se forma en Angleterre sous le règne d’Elisabeib. Cet art était ce-pendant encore dans l’enfance à cette époque, et ne fît de progrès sensibles que lorsque la chimie put le guider par des données plus précises; lorsque Margraff, Monnet, Exrleben et Bergman firent de nombreuses expériences sur les aluns les plus connus, et donnèrent quelques indices sur leur composition. Bergman surtout , par suite de longues recherches, donna une direction nouvelle à cette fabrication, et indiqua quelques moyens de purifier l’alun dans sa préparation en grand ; ces moyens, quelque impar-f ûts qu’ils fussent, durent certainement mettre sur la voie ceux qui, après lui, rectifièrent les procédés qu’il avait indiqués, et quelques idées fausses qui lui étaient échappées.
- On pensait alors que l’alun était une combinaison simple d’acide sulfurique et d’alumine, et que la potasse employée dans sa fabrication ne servait qu’à saturer l’excès d’acide qu’on supposait devoir être enlevé pour obtenir l’alun cristallisabla Quoique Bergman eût trouvé du sulfate de potasse dans l’analyse de plusieurs aluns, il n’osa affirmer que ce sel fût nécessaire à leur formation. Bérard, fabricant de Montpellier, jeta des doutes sur la composition alors reçue de l’alun, en indiquant à Chaptal un procédé qui consistait à suppléer la potasse par le sulfate de potasse dans la fabrication en grand.
- A peu près dans le même temps, M. Descroizilles employa aussi le sulfate de potasse pour faire cristalliser l’alun, et en conclut directement la combinaison triple de l’acide sulfurique, la potasse et l’alumine; son opinion était déjà imprimée dans un mémoire de Berthollet sur les teintures, lorsque MM. Vauquelia et Cbaptal découvrirent, chacun de leur côté et dans le meme temps, la véritable composition de l’alun : cette importante découverte fut bientôt après mise à profit, et on vit naître, presque immédiatement, d’ingénieuses applications de ccs nou-
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- veaux résultats : mais les produits qu’on obtint dans la plupart des fabriques, quoique semblables à peu près à ceux de la Tolfa, furent long-temps repoussés par le commerce; et l’énorme différence qui en résulta entre les prix de l’alun d’Italie, déjà anciennement connu, et l’alun d’une fabrication plus récente, ne put déterminer un emploi considérable de ce dernier dans les arts. Cette réprobation lui était-elle méritée, ou la devait-il aux aveugles préjugés qui pour l’ordinaire accueillent défavorablement les nouvelles découvertes? Cette question intéressante excitait déjà toute l’attention des savans, lorsque M. Vauquelin démontra, par l’analyse comparée des divers aluns à celui de Rome, que tous étaient composés exactement des mêmes principes, à l’exception d’un ou deux millièmes de sulfate de fer contenus dans quelques-uns , et dont l’alun de la Tolfa était presqu’entière-ment exempt. Ce dernier arrivait en petits cristaux recouverts d’une poudre blancMtre légèrement rose, et dont les angles avaient été arrondis par les frottemens dans les transports ; l’alun d’Angleterre, contenant une plus grande quantité de fer et une matière huileuse, fut reconnu le plus impur de tous; la prévention qui existait alors en faveur de ce dernier, était donc bien évidemment mal fondée. La publication de ces analyses détermina les fabricans à s’efforcer de donner à leurs aluns le degré de pureté qu’on remarquait dans celui de Rome; mais pour le faire recevoir dans le commerce, ils furent encore obligés d’en imiter la forme, et y parvinrent en le concassant en morceaux de la même grosseur que ceux de l’alun étranger, le faisant rouler dans un tonneau suspendu sur son axe, et y ajoutant dans cette opération un peu d’oxide rouge de fer. Clément et Dé-sonnés découvrirent, plus tard, que la matière insoluble rose de l’alun de Rome qui rend les cristaux opaques, contient en outre du sous-sulfate d’alumine et de potasse, plus de la silice, et proposèrent d’ajouter .encore ces substances à l’alun français, afin d’imiter plus parfaitement celui qui jouissait alors d’une faveur si prononcée. Malheureusement cette apparence était trop facile à donner, et d’avides spéculateurs vinrent inonder le Commerce d’aluns de toute nature, qu’ils présentaient sous cette
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- forme-, les caractères extérieurs ne furent donc plus pour les consommateurs le cachet de la pureté, et cette fraude les rendit plus défîans; le préjugé contre les aluns français s’enracina davantage, éveilla de nouveau l’attention des savans, et de nouvelles recherches sur la composition et les applications nombreuses et comparées de ces sels dans la teinture, faites par MM. Thénard et Rouard, confirmèrent ce qui avait été déjà annoncé par MM. Vauquelin et Chaptal ; que quelques millièmes de sulfate de fer constituaient toute la différence entre les aluns des diverses fabriques; que le fer à cet état était seuTnui-sible dans les teintures, particulièrement celles des gaudes et des cochenilles (qu’il rendait plus foncées et plus ternes) ; que cet effet était beaucoup plus sensible sur la soie que sur toutes les autres étoffes ; que l’alun à base d’ammoniaque ne différait en rien par ses effets, dans tous les emplois auxquels on pouvait l’appliquer, des aluns à base de potasse; et qu’enfin les aluns les plus mauvais du commerce pouvaient, après avoir été purifiés, être employés dans les teintures les plus délicates, tout aussi bien que l’alun de Rome. Nous indiquerons les procédés fort simples au moyen desquels on peut obtenir directement ce degré de pureté, qui doit un jour assurer aux aluns français un rang parmi les aluns étrangers les plus purs ; rang qu’ils mériteront d’occuper lorsque les fabricans ne négligeront pas ces moyens de les avoir constamment purs.
- Fabrication. Le traitement des mines où l’alun se rencontre tout formé est fort simple ; il se borne à l’extraction d’un sel soluble et cristallisable, contenu dans des quantités plus ou moins considérables de matières étrangères et insolubles. Cette variété, dont nous parlerons d’abord , fut aussi la première connue; elle forme les mines de Syrie, d’Italie et de quelques points de la France, de l’Allemagne, etc. Nous nous occuperons ensuite des minerais, plus difficiles à. traiter, dans lesquels les principes de l’alun ne sont ni combinés ensemble ni tous contenus; cette deuxième variété, dite pyrites alumineuses ou schistes pynteux, se trouve en masses très considérables dans les mines de Liege, de Bohème, de Suède, du Frienwald, d’Angleterre, ne R'
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- eardie, de Flone, etc. ; elles composent la plus grande partie des jnines exploitées aujourd’hui pour la fabrication de l’alun. Enfin nous traiterons des procédés à l’aide desquels on fabrique l’alun de toutes piècesj par la combinaison de ses principes que l’on se procure chacun isolément De chacune de ces trois divisions nous obtiendrons successivement l’alun de Roche et de Rome , l’alun de Liège et de Picardie, l’alun de toutes pièces ou de Paris.
- Aujourd’hui que la composition de l’alun est bien connue, et toutes les réactions des principes qui concourent à sa formation bien étudiées, rien ne doit plus être laissé au hasard dans lés procédés relatifs à la fabrication de ce sel, et ils doivent être déterminés seulement par la nature des matières premières que les localités présentent aux fabriques. Nous nous attacherons h indiquer toutes les circonstances influentes dans ces diverses opérations, et nous les expliquerons par la théorie acquise de la réaction des divers agens mis en présence dans la fabrication de l’alun.
- Les mines d’alun qu’on exploita d’abord en Europe, furent celles d’Italie; quelques-unes contenaient tous les principes de l’alun. Pour en obtenir ce sel, il suffisait de lessiver le minerai et d’évaporer les dissolutions.
- L’alun se rencontra aussi à l’état natif dans plusieurs volcans en ignition, et dans quelques volcans éteints dé l’Auvergne, sous la forme cristalline rhomboïdale très prononcée; il s’en trouve que l’on pourrait à l’œil nu confondre avec un cnbe; quelquefois il est encore sous- forme de lames hexagones ( par la troncature des sommets de ses angles).
- Celui de l’Auvergne a une pesanteur spécifique 2617 ; sa composition est :
- Acide sulfurique... 35—9.5
- Alumine........... 3q—5o
- Potasse........... 10—35
- Eau............... 15-
- A la Solfatare, près Pouzzoles, et dans plusieurs autres en-
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- droits volcanisés, l’alun se forme dans l’intérieur de la terre par la réunion de ses principes, au nombre desquels se trouve le soufre, qui lui-même est un produit volcanique; la combinaison est favorisée par la chaleur interne des volcans, et ce sel vient spontanément, s’effleurir à la surface de la terre ; il suffit de le ramasser, le dissoudre dans l’eau, laisser la dissolution s’éclaircir par le dépôt des matières insolubles ou par filtration, évaporer dans des chaudières de plomb ; on obtient par le refroidissement des petits cristaux d’alun brut/ on le redissout et on le fait cristalliser une seconde fois, en concentrant la dissolution davantage, afin de l’obtenir en masses de cristaux bien formés et vendables. Le résidu des matières insolubles est composé de silice, d’alumine et d’un peu d’oxide de fer; plus, de sousrsulfated’alumine et dépotasse, auquel il ne faudrait qu’une addition d’acide sulfurique pour qu’il fût converti en alun soluble et cristallisable.
- On rencontre aussi, à la Solfatare , un minerai d’alun d’une composition différente, et qui doit être traité d’une autre manière; il est semblable à celui qui produit l’alun de Rome et que l’on extrait à la Tolfa, près de Givita-Vecehia : c’est un sous-sulfate de potasse et d’alumine mêlé de silice et d’un peu de sulfate et d’oxide de fer (1), en masses pierreuses et compactes ; on les concasse en morceaux et on les calcine dans des fours, ou bien on les grille en tas à l’air ( V. plus bas la méthode de grillage des schistes pyriteux}. Il paraît que dans cette opération, une partie de la potasse et de l’alumine se sépare de l’acide sulfurique pour s’unir entre elles et à la
- (r) Sa composition est
- Acide sulfurique............ s5 »
- Alumine..................... 4^ 9°
- Potasse..................... 3 oS
- Eau......................... 4 02
- Silice...................... 24 »
- 100.-
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- silice, laissant ainsi ces principes entre eux dans les proportions qui constituent l’alun soluble et cristallisable, tandis que ce sel, avant la calcination , était avec excès de ces bases et insoluble; une portion de l’acide sulfurique est décomposée pendant l’opération ; il se dégage l’acide sulfureux et de l’oxigèae : pour que cette décomposition n’ait pas lieu sur une quantité trop considérable, il faut éviter que la température ne soit inégalement répandue et trop élevée.
- Cette mine ainsi grillée est disposée en tas sur un terrain alumineux et bien battu, pour qu’il soit moins perméable; on arrose avec de l’eau chacune des couches de minerai qui sont ajoutées successivement les unes sur les autres ; et quand le tas qu’on en forme de cette manière est achevé, on continue ces arrosemens de temps à autre, jusqu’à ce que toute la masse soit réduite en pâte, ce qui arrive ordinairement au bout d’un mois ou six semaines. Une rigole circulaire est pratiquée près du tas ; elle recueille l’eau en excès qui pourrait s’en écouler en entraînant les parties solubles, et la rassemble dans un petit réservoir également pratiqué en terre et bien glaise. Cette opération a pour but de diviser la mine calcinée, et cet effet a lieu pour l’introduction de l’eau entre les molécules de ces masses pierreuses qui, totalement privées de ce fluide pendant leur calcination , s’écartent au fur et à mesure qu’elles s’en pénètrent de nouveau.
- Cette mine d’alun ainsi réduite en pâte, est traitée ensuite par lixivation et deux cristallisations successives, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut pour l’extraction de l’alun tout formé dans les alumières , et donne cet alun, très estimé, connu sous le nomà’alun de Rome (i).
- Le traitement de toutes les mines de pyrites alumineuses ou de schistes pyriteux étant le même, à quelques modifications près que nous indiquerons, et qu’il sera facile d’appliquer selon la nature de ces matières, dont d’ailleurs plusieurs variétés se rencontrent dans la même mine, nous comprendrons, sous une
- (0 L’alun de Roche s’obtenait en Syrie par un procédé tout-à-fait ana-logue.
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- acception générale, tous les procédés rais en usage dans divers pays par les fabriques de cc genre.
- Ces mines sont toutes composées des mêmes principes, mais seulement en quantités relatives variables; elles contiennent du sulfure de fer et de chaux, de la silice, de l’alumine, de la magnésie, de l’oxide de fer, et accidentellement une matière bitumineuse, inflammable ; elles se présentent en masses plus ou moins dures et compactes, micacées, qui, brisées par la percussion, se séparent en galets (1), ou morceaux délités. On doit cepem dant les distinguer en deux classes ; l’une, dans laquelle on peut ranger les mines de Flcne, de Liège, etc., composée d’un schiste dur et compact. dont il faut rompre l’agrégation pour le rendre pénétrable et disposer ses principes à réagir les uns sur les autres (on y parvient par une opération dite le grillage, que nous décrirons, et qui ne s’applique qu’à cette variété de minerai) ; l’antre, celle de Picardie par exemple, formée de pyrites alumineuses facilement pénétrables, et pouvant conduire de proche en proche la réaction de ses principes au travers de masses considérables, sans avoir préalablement subi aucune pré-paration (2)
- On concasse ces schistes en fragmens de 5 centimètres de grosseur environ, et on en forme des tas de 3 à 4 mètres de hauteur, en séparant les plus gros morceaux pour les placer au milieu. Si par le manque d’espace sur le terrain on est forcé de donner aux tas plus d’élévation, l’efflorescence est plus longue à s’opérer, le centre étant plus longuement accessible à l’eau> dont le concours est surtout utile à cette opération. Il arrive qu’élevé jusqu’à 15 mètres, le schiste n’est effleuri dans tonte sa masse qu’au bout de 3 ou 4 ans. On remédie en partie à cet inconvénient, en extrayant, pour les traiter plus tôt,
- (1) Terme technique que les ouvriers emploient pour désigner des morceaux plats, séparés par lits de sable.
- (2) Les pyrites noires sont celles qui contiennent le plus de fer ; celles qui sont grises contiennent une plus grande quantité d’alumine ; les premières sont plus propres à la fabrication du sulfate de fer, et les secondes J celle l’alun.
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- toutes les parties bien effieuries, et laissant an centre eelles qui iront été que peu ou pas attaquées. On recouvre celles-ci «l’une nouvelle quantité «le ruinerai, dont on reforme un nouveau tas. S’il est possible d’arroser ces morceaux restés au centre, ou d’attendre que la pluie soit venue les mouiller, avant que de les recouvrir d’autres schistes nouvellement extraits , la réaction sera beaucoup favorisée. En général, il faut se rappeler que rhumidité et la chaleur sont les conditions essentielles aux réactions de l’air et des principes pyriteux les uns sur les autres, et se proposer par conséquent de les placer le plus possible dans ces circonstances; c’est ainsi que des arrosemens artificiels sont très utiles, lorsque les pluies cessent pendant trop long-temps de les venir humecter; et quelquefois lorsque l’action est trop lente en raison de la compacité du schiste, on y met le feu par des trous que l’on pratique dans les tas. Si au contraire elle est trop vive,il faudra donner moins d’épaisseur au tas, et même, dans plusieurs circonstances, remuer de temps en temps ces pyrites avec une pioche, afin d’empêcher leur inflammation spontanée. On connaît que ces pyrites sont assez eff.euries, lorsque , d’insipides qu’elles étaient, elles ont acquis un goût styptique acide très prononcé.
- A la partie supérieure ou toit de la mine qui présente cette dernière variété , il se trouve un schiste composé d’une plus grande proportion d’alumine et de terres calcaires. On l’extrait séparément; il est mis en tas et s’eflleurit spontanément. Quand il est réduit en cendres, on le répand sur les terres pour activer la végétation.
- Voici ce qui se passe pendant le cours de cette exposition à l’air, plus ou moins longue.
- Le sulfure de fer, qui, là, se trouve dans un état de division extrême, se décompose par le concours de l’eau et de l’air ; peu à peu la combustion simultanée des deux principes du sulfure , détermine une assez forte élévation de température ; les gaz rendus plus légers par cette chaleur, s’élèvent et sont remplacés par l’air extérieur qui se précipite dans les endroits que les produits volatils abandonnent; il s’établit ainsi des courans
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- au travers de toute la masse ; la circulation de la vapeur d’eau multiplie les points du contact, et l’action se continuant, le sulfure de fer est entièrement converti en sulfate, et s’effleurit à la surface des morceaux de pyrites et du tas ; il se forme de l’hydrogène sulfuré qui se dégage; l’acide sulfurique qui se produit, se combine encore à l’alumine, en abandonnant une portion du fer trop oxidé ; il se forme à la fois du sulfate d’alumine et du sulfate de fer. La chaleur produite par l’absorption de l’oxigène, le mouvement interne occasioné par ces combinaisons, et enfin l’augmentation de volume des sels résultans de ces réactions , rompent l’agrégation de toutes les parties du minerai; il se délite et tombe en poussière : cependant les schistes trop compacts n’éprouvent pas cet effet. On les rend perméables par le grillage ( V. plus bas les détails de cette opération), si on a été obligé de mettre le feu dans les pyrites, en y creusant des trous en quelques endroits, et y jetant des corps embrasés (ce qui arrive quand l’action est trop lente), ou que l’on ait dû procéder au grillage. La combustion des sulfures produit beaucoup de chaleur ; et l’acide sulfurique, à cette température élevée, se porte presque entièrement sur l’alumine : une partie du sulfate de fer est décomposée; le fer sur-oxidé s’en sépare. On obtient ainsi du sulfate d’alumine, mais très peu de sulfate de fer ; il arrive encore que quelques portions du sulfate d’alumine dans cette opération, passent à l’état de sous-sulfate insoluble.
- Grillage. Nous avons vu dans quelles circonstances on doit faire subir aux schistes cette opération, qui se pratique de la manière suivante :
- On forme, sur un terrain alumineux bien battu, entoure d’une rigole qui conduit à un trou glaise, un lit de fagots serres les uns près des autres, d’une dimension qui varie suivant les localités, etc. Il faut cependant qu’il ait une étendue assez considérable, afin que la pyramide dont il doit former la base, puisse présenter une masse assez forte pour que l’influence de l’air extérieur ne lui fasse pas éprouver de variations rapides. En Suède, à Liège, et dans plusieurs autres endroits, on lui donne de 20 à 3o mètres de long sur 2 de large; on recouvre
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- ce premier lit fl’une couche de schistes, épaisse de 66 centimètres. On ménage au centre un espace libre de 60 centime^ très, par lequel on allume les fagots; le feu se propage de là vers les extrémités, à des distances plus ou moins rapprochées, suivant l’activité du feu et la combustibilité des pyrites. On fait des trous à l’aide d’une pioche, afin de présenter quelques issues à la flamme, et de distribuer la chaleur le plus également possible; il faut cependant éviter avec soin de produire une combustion rapide. Cette opération doit être en général conduite de manière à produire un feu étoufféet il faut beaucoup d’habitude et une bonne direction à l’ouvrier chargé de Ce soin. Lorsque le feu a pénétré assez avant dans la première couche, à peu près jusqu’aux trois quarts de son épaisseur environ, ont étend dessus un deuxième lit de fagots, que l’on recouvre comme le premier d’une couche de schistes ; on continue ainsi ces lits et couches alternatifs au nombre de 8 ou 10 de chaque, en prenant à toutes ces charges successives les mêmes précautions; Le tas doit être terminé par une couche du minerai le plus fin formant une pyramide tronquée, afin que les pluies trop abondantes ne puissent pénétrer l’intérieur du tas, laver et refroidir les pyrites; pour ces mêmes motifs, les côtés doivent être élevés le plus perpendiculairement possible; les eaux pluviales qui de temps à autre coulent à l’extérieur du tas, sont recueillies dans le trou glaisé où vient aboutir la rigole que nous avons décrite plus haut.
- Le grillage des schistes peut encore s’opérer par plusieurs autres procédés; dans des fours à réverbère ou dans de vastes èn-caissemens en maçonnerie, que l’on échauffe d’avance en y brûlant des fagots, etc.; mais il est difficile d’ÿ bien conduire les opérations. On ne peut apercevoir les phénomènes qui au même instant indiquent une combustion trop active dans certains points et une-trop lente en d’autres endroits de la même masse : dans le premier cas les sulfates sont décomposés ainsi que nous l’avons dit, et quelquefois même les oxides terx-eux de la pyrite s’unissent et forment une vitrification insoluble ou scories;
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- dans le deuxième cas, les morceaux de schistes restent mafia-qués et ne donnent pas non plus de produits à la lixiviation.
- Rinman a indiqué un procédé que l’on a suivi en quelques endroits, et particulièrement à Garphittan; il consistait à employer, dans des fours voûtés, les pyrites comme combustible, pour l’évaporation des dissolutions salines, en échauffant les chaudières placées à la suite de ces fourneaux, et sous lesquelles on faisait passer la flamme de ces pyrites. Le but était d’épargner le combustible; mais les inconvéniens que nous venons de signaler, et que toutes les méthodes présentent avec plus ou moins de chances de les éviter, se rencontraient là d’une manière beaucoup plus sensible, et on obtenait moins d’alun que par les antres moyens. On doit donc renoncer à ce procédé toutes les fois que les localités ne porteront pas le combustible à un prix trop élevé.
- Quelquefois il arrive que des chances de commerce forcent les fabricans d’alun à suspendre leurs travaux; les cendres accumulées subissent une trop longue exposition à l’air, dans ce cas, ou encore, ainsi que nous l’avons dit, lorsque les opérations de grillage ou de combustion spontanée ayant été poussées trop loin, il s’est formé du sous-sulfate d’alumine et du trito et sous-trito sulfate de fer ( sulfate de fer au maximum jaune), sels que l’on obtient toujours, mais dans des- proportions plus ou moins grandes, et suivant les précautions que l’on a prises pour les éviter. Il faut, pour changer les proportions relatives de l’acide à l’alumine, ajouter une certaine quantité d’acide sulfurique, ou, plus économiquement, mélanger ces cendres passées avec du minerai neuf et bien divisé ; on ne doit faire ce mélange qiie par quantités qu’on puisse traiter au fur et à mesure de leur préparation. On favorise les réactions des sulfures de la mine sur les sous-sulfates des cendres, en les remuant, à l’aide d’une pioche, trois ou quatre fois par jour; on rétablit les proportions du sulfate de fer par une addition de tournures, limaille eu copeaux de fer, et d’acide sulfurique. Dans cette dernière opération, le fer, au lieu d’enlever l’oxigène à l’eau pour se
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- combiner à l’acijc sulfurique (Ta Sulfate de fer), s'empare d’abord de l’excès de cet acide, entré dans la composition du sulfate de fer trop cxîdé, et ramène ce sel à l’état de protosulfate de fer cristallisable du commerce.
- Lessivagej évaporation des dissolutions salines, etc. Après avoir préparé le minerai par l’un quelconque des procédés ci-dessus décrits, on peut procéder de la même manière à l’épuisement de ses parties solubles, par des lavages et décantations successifs, ou par filtration. Le premier de ces moyen» ne doit être employé que dans le cas où la ténuité extrême des terres alumineuses rend la filtration impraticable. Il produit en effet des dissolutions plus faibles, et nécessite par conséquent l’emploi d’une plus grande quantité de combustible. Il consiste à ranger cîrculairement une batterie de six baquets, de maniéré qu’un homme placé au milieu d’eux puisse les servir tous : on les emplit à moitié de cendres, ou poussière des pyrites ellîeu-ries, que l’on a passées au crible préalablement; on les délaie dans l’eau que l’on ajoute successivement, jusqu’à ce que toute la capacité soit remplie; on brasse bien à plusieurs reprises différentes , on laisse le dépôt se former, et on soutiré la liqueur claire surnageante} pour la porter aux chaudières évaporatoires ; on répète la même opération en ajoutant ûrié nouvelle quantité d’eau sur le dépôt, et ainsi de suite jusqu’à entier épuisement; Afin de n’avoir pas à évaporer des dissolutions faibles, on se sert des eaux du lavage pour délayer des cendres neuves ou des dépôts plus riches, c'est-à-dire contenant plus de sels solubles que ceux d’où l’on a soutiré ces dissolutions ; enfin , il faut organiser ce service de manière à ce que les dépôts contenus dans les baquets soient à des degrés différens, afin que l’on puisse faire graduellement passer les dissolutions salines soutirées de l’un à l’autre, jusque dans le dernier, où elles doivent toujours être employées à délayer des pyrites neuves. Il faut toujours aussi verser de l’eau pure sur le dépôt dont l’épuisement est le plus avancé, afin de ne le jeter qu’après en avoir tiré la plus grande quantité possible de sels solubles.
- Cet effet d’un épuisement graduel, qui a pour but d’obtenir
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- d^tm côté des dissolutions aussi concentrées que possible, et de l’autre des dépôts bien épuisés, se produit tout naturellement d’une manière plus parfaite et sans nécessiter presque aucun soin, lorsqu’on opère ces lavages par filtration; ce dernier mode est préférable toutes les fois qu’on peut le pratiquer. On emploie, pour former les filtres destinés à cette opération, des baquets ou de vastes caisses en bois, à bords peu élevés, très solides èt fixés en terre, afin d’éviter qu’ils ne travaillent par les variations de sécheresse et d’humidité de l’air ; on les enduit quelquefois d’un vernis d’huile, de résine et de térébenthine; on construit encore ces filtres en maçonnerie très épaisse, glaisée extérieurement et revêtue à l’intérieur d’une couche de mastic composé de parties égales de cire, résine et pouzzolane (ou de brique pilée ) : cette première couche est recouverte d’une seconde de mastic semblable, auquel on ajoute j de térébenthine; on place dans ces baquets, caisses ou eneaissemens de maçonnerie, un grillage en bois parallèlement au fond, et élevé au-dessus de 5 centimètres à peu près ; on étend sur ce grillage ou faux fond une couche de minerai efïleuri en poudre, de 33 centimètres; on y verse de l’eau par lotions successives jusqu’à ce que les dissolutions qui traversent les cendrespassent sous le faux fond et coulent par un trou pratiqué au fond du filtre, après avoir diminué graduellement de densité, ne marquent plus que zéro ou - degré à l’aréomètre. Les premières dissolutions faites sont portées à l’évaporation, et celles qui suivent sont reversées sur des filtres dont l’épuisement des marcs est moins avancé, et dans le même ordre que celui indiqué ci-dessus pour le lavage par décantation. La couche de pyrites étendue sur ces filtres n’y doit occuper qu’une hauteur de 3o centimètres : cette donnée suffit pour calculer la surface du filtre, puisque l’on connaît la quantité des pyrites efileuries que l’on a à lessiver. Les morceaux qui n’ont pas subi l’efflorescence, et que l’on sépare au lavage, sont remis dans les nouveaux tas que l’ou reforme, ou on les reporte au grillage, si ce sont des schistes durs.
- On porte les dissolutions obtenues et le plus concentrées po»*
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- sible, dans des chaudières de plomb de peu de profondeur, où on les évapore jusqu’à ce que l’aréomètre que l’on y plonga marque de 25 à 3o degrés ; à ce terme on les verse dans de grands bassins, où elles déposent un sédiment des sels insolubles de fer et d’alumine, dont nous avons parlé, plus de la silice, etc. La liqueur est ensuite soutirée claire pour être concentrée jusqu’au point de cristalliser asser abondamment par le refroidissement j ce terme varie suivant les proportions du sulfate d’alumine au sulfate de fer ; mais en général on peut le reconnaître par la quantité de cristaux que peut produire une petite portion de ce liquide exposée à l’air pendant quelques minutes ; on observe alors le degré aréométrique de la liqueur, qui devra être le même, à très peu près, et servir de guide pour tout le traitement d’une pyrite de même nature : après un léger repos dans la chaudière, on tire tout le liquide qu’elle contient dans des encaissemens en maçonnerie peu profonds, où le sulfate de fer cristallise en plus ou moins grande quantité, suivant la proportion de ce set contenue dans la pyrite, et le procédé suivi dans son traitement. Les eaux-mères de cette première cristallisation sont évaporées de nouveau, après que, par un essai en petit, on s’est assuré qu’elles peuvent laisser encore cristalliser du sulfate de fer ; il est nécessaire, en quelques circonstances, que ces cristallisations successives soient répétées trois fois de suite, pour parvenir à séparer ainsi tout le sulfate de fer cristallisable. Arrivées à ce terme, les eaux-mères sont encore saturées de ce sel ; mais la grande quantité de sulfate d’alumine qu’elles contiennent, les rend très denses, sirupeuses, et s’oppose à sa cristallisation : il faut alors procéder à la formation du sel triple, par une addition de potasse, d’ammoniaque ou des sels de ces deux alcalis. Cependant si les ateliers disposés pour la fabrication et le raffinage de l’alun sont éloignés de la mine, et-qu’il soit nécessaire par conséquent d’y transporter les sulfates d’alumine, on rapproche la liqueur davantage encore, et jusqu’au point où elle se prenne en masse par le refroidissement; on la coule dans des baquets, où elle se forme en pains, que l’on expédie aux fabriques d’alun sous le nom de magmas.
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- Ces magmas pouvant se préparer à moins de frais, et exigeant des capitaux beaucoup moins considérables, sont devenus l’objet d’une fabrication spéciale, répandue entre les mains de propriétaires ou fermiers de mines pyriteuses ; plusieurs fabricans d’alun se sont réduits à la préparation de ces matières, lorsque l’abaissement du prix de l’alun, causé par une concurrence immense qui s éleva tout à coup et produisit ce sel en quantités plus .considérables qu’il ne s’en pouvait écouler dans le commerce, les força d’arrêter leur fabrication, et quelque temps après de démembrer leurs fabriques. Les mêmes circonstances subsistant encore aujourd’hui, les magmas préparés de la même manière sont vendus aux fabricans d’alun qui ont pu se maintenir.
- Le sulfate de fer étant à plus vil prix encore que l’alun, parce que sa fabrication est un résultat forcé du traitement des pyrites, le prix des magmas est déterminé par la quantité de sulfate d’alumine qu’ils contiennent, et on s’en assure par un essai en petit, c:ui consiste à y ajouter pour 100 parties, 10 de sulfate d’ammoniaque, et k en séparer, par cristallisations répétées, tout l’alun qui s’est formé par cette addition.
- La bonne préparation de ces matières, qui intéresse également l’acheteur et le vendeur, tient k la séparation la plus exacte possible du sulfate de fer; et il suffit pour cela de concentrer et faire cristalliser, comme nous l’avons indiqué, à plusieurs reprises, les dissolutions obtenues par le lavage des cendres; il faut aussi abandonner dans les cristallisoirs les eaux-mères rapprochées^ assez de temps pour que la cristallisation du sulfate de fer, embarrassée par la viscosité de la liqueur, s’y puisse opérer. La plupart des magmas sont cependant assez mal préparés aujourd’hui pour ne donner que a5 à de leur poids d’alun, et ou est ordinairement obligé, dans les fabriques d’alun, de purifier ces matières qu’on y reçoit, par une cristallisation ou deux- Soit que l’on ait traité directement les eaux-mères alumineuses de la cristallisation du sulfate de fer, ou les dissolutions épurées des magmas, ou enliu le sulfate d’alumine obtenu par la combinaison directe de l’acide sulfurique des chambres k l’alumine de 1a terre glaise, les procédés suivis
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- dans les opérations subséquentes sont les mêmes. Nous nous arrêterons donc ici pour faire connaître et amener au même point la fabrication de l’alun de toutes pièces.
- Plusieurs modes d’opérer ont été successivement indiqués par ceux qui se sont livrés à la fabrication de l’alun par l’acide sulfurique et la glaise. M. Alban, à Javelle près Paris, et M. Chap-tal à Montpellier, ont précédé dans cette carrière une multitude de fabricans qui, depuis enx, se sont élevés en France. Nous ne décrirons ici que les procédés résultant des diverses améliorations apportées dans ce genre de fabrication, et que l’on emploie aujourd’hui là où les localités ne permettent pas la préparation de l’alun par les pyrites, ou rendent ces aluns trop coûteux par le transport qu’il leur faudrait faire éprouver.
- Le choix de la terre glaise est important dans cette fabrication; on doit surtout s’attacher à employer celle qui contient le moins de fer et de terres calcaires : le sable est bien moins nuisible. En effet, il n’a aucune action sur l’acide sulfurique, tandis que le fer s’y dissout et rend l’alun impur; le carbonate de chaux sature en pure perte une quantité d’acide sulfurique proportionnelle à la chaux qu’il représente.
- On calcine la terre alumineuse dans des fours à réverbère, à la suite desquels sont placées des chaudières d’évaporation, afin de tirer parti de la chaleur excédante : cette terre calcinée est facilement réduite en poudre à l’aide d’un manège à meules verticales; et pour s’assurer de sa division complète, on passe la poudre obtenue au travers d’un tamis de toile métallique en cuivre; les morceaux restés sur le tamis sont de nouveau portés sous les merdes. Cette opération est la plus essentielle à la réussite; la plus grande division possible est nécessaire : en effet, tandis que les parties les plus ténues sont bientôt attaquées et combinées à l’acide sulfurique, cette Combinaison n’a lieu qu’à la surface des grumeaux ; et pour que l’action pénétrât plus avant dans cette partie, la plus grossière de la poudre, qui ne formerait pas le dixième du poids de l’argile, il faudrait suspendre le traitement de la totalité; encore un plus long laps de temps n’équivaudrait-il pas une division plus
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- complète, et la quantité de glaise qu’il faudrait employer en plus, rendrait le lessivage plus difficile et l’épuisement pins long. Cette calcination préalable a pour but d’enlever à la glaise toute l’eau qu’elle contient, afin de la rendre plus perméable à l’acide; en effet, il paraît que l’alumine hydratée retient l’eau avec assez de force pour empêcher la pénétration de l’acide. Celui-ci, dans ce cas, n’agit qu’à la surface, et la combinaison est longue à se faire et imparfaite : après la calcination, au contraire, la glaise totalement privée d’eau acquiert une grande force hygrométrique; son affinité pour l’acide sulfurique agit encore dans le même sens, et loin de repousser ou de laisser glisser, pour ainsi dire, l’acide qu’on lui présente, elle l’attire avec avidité, se gonfle, et s’en pénètre de toutes parts.
- Il faut prendre garde d’élever trop la température pendant la calcination de la glaise, on courrait risque de rapprocher les molécules au point de les rendre tout-à-fait inattaquables à l’acide sulfurique, V. Alttsïeÿe. 11 faut donc éviter soigneusement de dépasser le degré convenable de calcination. On connaît qu’on l’a atteint, lorsque les morceaux de cette terre calcinée se brisent facilement par la percussion.
- On mêle cent parties de cette glaise, en poudre fine, avec 45 d’acide sulfurique des chambres à 45° Beaumé , obtenu directement et sans concentration ; il faut que ce mélange soit fait le plus exactement possible : on le porte ensuite dans des bassins en pierre recouverts d’une voûte sous laquelle passent les produits de la combustion , émanés du four à réverbère dont nous avons parlé ci-dessus , après avoir échauffé deux chaudières évaporatoires destinées à rapprocher les dissolutions faibles et eaux de lavages. La température du mélange d’acide et de glaise s’élève dans ce bassin à 70° environ; on le remue de temps en temps, et on l’en retire après quelques jours pour le mettre en tas dans un endroit chaud et humide de l’atelier ( 1 ) , s’il est possible d’avoir un local assez vaste pour que le tas de ces mélanges accumulés soit l’équivalent
- (1) Pour réunir ces concilions sans qu’il en coûte, on fait passer dans une salle basse les cheminées des fours et chaudières.
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- d’un mois et même plus de travail; la combinaison sera favorisée par ce séjour prolongé, et en général elle sera d’autant plus parfaite , que le temps écoulé jusqu’à la lixiviation de ces matières sera plus considérable. D’après ces principes, et pour opérer par ordre, on disposera le tas circulairement et de manière à l’entamer d’un bout et en avançant toujours dans le même sens, tandis que l’autre bout sera rechargé des mélanges qu’on y ajoute successivement , et en suivant dans la même direction. On remplacera ainsi par degré le bout entamé.
- Dans quelques fabriques, la combinaison de l’acide sulfurique à l’alumine s’obtient par le procédé suivant, qui donne aussi de bons résultats. La glaise, après avoir été calcinée, broyée et tamisée , est délayée en pâte avec de l’acide faible à 5 ou 6° Beaumé, que l’on obtient dans les fabriques d’acide sulfurique; cette pâte est introduite dans une chambre de plomb, disposée pour la fabrication de cet acide, et toute la surface du fond en est recouverte à une épaisseur de 20 centimètres. On fait passer dans cette chambre les gaz sulfureux, nitreux et l’air atmosphérique comme dans la fabrication de i.’acide SULFURIQUE, par les moyens que nous avons indiqués (1) ; et à chaque renouvellement deJTair dans la chambre, on retourne ce mélange, afin de présenter le plus possible de sa surface à l’action de l’acide; la durée du temps qu’il doit séjourner dans la chambre se détermine ainsi : Connaissant la quantité de glaise introduite', celle d’acide faible ajoutée et son équivalent en acide à 4o° Beaumé, la quantité de soufre brûlé , et par conséquent son équivalent en acide sulfurique produit , et enfin partant de cette donnée qu’il faut mêler à la glaise les 45 centièmes de son poids d’acide sulfurique à 4o°, on en déduira facilement une relation entre ces conditions et le temps nécessaire à les remplir.
- Le mélange tiré de la chambre est ensuite traité de même que celui préparé par le premier mode indiqué.
- Lavage des pâtes alumineuses. Cette opération se fait par
- (1) Aû l’article Acide sulfurique, Fabrication.
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- touillage et décantations successifs, et en reversant les dissolutions faibles d’un baquet sur l’autre, afin de les renforcer, etc.
- Les premiers soutirages marquent 15 à 18° à l’aréomètre ; les seconds, de 9 à 12, et diminuent ainsi graduellement à chaque fois ; mais pendant plus de quinze jours on n’obtient que des dissolutions à 3 et 20. Ce mode est entièrement le même que le premier que nous avons décrit pliis haut pour l’épuisement des cendres eilleuries lentement. L’opération ici est plus longue, et on obtient une plus grande quantité de petites eaux; on les concentre, ainsi que nous l’avons dit, dans des chaudières auxquelles on applique l’emploi secondaire de la chaleur des fourneaux afin de tirer le meilleur parti possible du combustible. Le procédé de lavage par filtration que nous avons indiqué comme le meilleur, n’est pas praticable pour les terres ainsi préparées, à cause de leur extrême ténuité qui les rend presque impénétrables à l’eau.
- Au fur et à mesure que les dissolutions sont réduites à 20° parla première évaporation, on les remet dans un bassin où elles déposent , et on les soutire à clair pour les rapprocher jusqu’à 25° si on doit les breveter par le sulfate d’ammoniaque, ou à 4o°sî on doit y employer le sulfate de potasse. Ce qui va suivre maintenant pour compléter la fabrication de l’alun, s’appliquera aussi au traitement des pyrites au point où nous l’avons laissé ; les procédés, à partir de là, étant semblables, à de légères différences près, que nous indiquerons au fur et à mesure qu’elles viendront se pré-. senter.
- Brevetage. On nomme ainsi l’opération qui consiste à ajouter un sel de potasse, ou d’ammoniaque, ou un mélange de l’un et de l’autre, dans le sulfate d’alumiue préparé par l’un des procèdes indiqués ci-dessus. On doit, avant que d’employer le cristallisant (1), déterminer son équivalent en alun; cet essai prélian-
- (1) Ou nomme ainsi les sels dépotasse ou d’ammoniaque qui servent a cette -addition et complètent la formation de l’alun; ceux que l’on trouve en plas grande quantité dans le commerce, et que par conséquent on emploie le plus généralement, sont le sulfate de potasse d'eau forte, que l’on obtient eu résidu dans la fabrication de Vacide nitrique; le sulfate de potasse ^ chambres, qui résulte de la combustion d’un mélange de nitre et de so *c>
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- paire a pour double but de faire connaître au fabricant la valeur vénale du cristallisant qu’il achète,et les proportions relatives de sulfate d’alumine qu’il peut breveter. On conçoit toute l’importance de cet essai, et la nécessité de le répéter chaque fois qu’il entre à la fabrique une nouvelle partie de cristallisant. Des négligences en ce point sont souvent devenues funestes aux fabricans d’alun.
- On pèse exactement 5o grammes du mélange commun fait avec soin de divers échantillons de toute la quantité du cristallisant dont on se propose de déterminer la richesse ; on le broie dans un mortier de manière à le diviser le plus complètement possible ; on y ajoute 1200 grammes de sulfate d’alumine d’essai, dit eau de brevetage à 4o“. C’est un sulfate d’alumine saturé d’alun à la température que l’on opère; on y emploie des eaux-mires d’alun ou de couperose, ou on le prépare exprès. De quelque manière qu’on s’y soit pris pour obtenir ce liquide d’épreuve, il faut s’en procurer une assez grande quantité à la fois, et mettre cet agent à l’abri des circonstances qui pourraient faire varier les proportions d’eau ou d’alun qu’il contient, afin d’obtenir toujours des résultats comparatifs exacts. On porte le mélange à l’ébullition, qu’on laisse à peine se manifester, afin qu’il s’échappe le moins possible de vapeur; on laisse pendant 24 heures la cristallisation del’alun s’opérer spontanément; on recueille avec soin tous les cristaux formés, on les place sur un entonnoir afin qu’ils s’y égouttent bien pendant six heures ; on les lave par six lotions d’une dissolution d’alun pur que l’on verse par intervalles d’heure en heure ; on laisse de nouveau bien égoutter, on sèche au papier gris; on obtient ainsi le rapport du poids du cristallisant au poids de l’alun qu’il peut produire. Le sulfate dé potasse d’eau forte donne ordinairement ~~ d’alun ; le sulfate des chambres varie beaucoup depuis -^jusqu’à 4f§. Le sulfate d’ammoniaqueest préparé d’une manière constante et produit jff d’alun. 11 est bon de faire
- dans la fabrication de fiacide sulfurique; le souwarbonate de potasse, ou potasse du commerce ; eteufiu le sulfate d’urntuonuqiie préparé pour cet usage l’ar la distillation des matières animales.
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- ces essais dans une cave, afin d’avoir une température cdhstante • on évite ainsi des corrections qui sont toujours difficiles et souvent inexactes.
- Le sulfate de potasse et le sulfate d’ammoniaque s’emploient pour l’ordinaire concurremment dans le brevetage du sulfate d’alumine ; cette manière d’opérer est plus commode et plus avantageuse aux fabricans ; en voici les motifs : quoique l’équivalent de 100 d’alun dans le sulfate d’ammoniaque, soit toujours un peu plus cher que dans le sulfate de potasse, ce prix plus élevé est compensé, et bien au-delà, par la facilité de l’opération, l’économie du combustible, de la main-d’œuvre, et la plus grande pureté de l’alun qu’on obtient plus facilement. Or, tous ces avantages que présente l’emploi du sulfate d’ammoniaque, comparé à celui du sulfate de potasse, sont dus à la solubilité plus grande du premier de ces deux sels; en effet, à froid il faut 16 parties d’eau et à chaud 6 pour en dissoudre une de sulfate de potasse, tandis que le sulfate d’ammoniaque se dissout dans son poids d’eau bouillante et dans deux fois son poids d’eau froide. La grande soluhi-lité de ce sel permet d’employer sa dissolution assez concentrée à froid, pour que son mélange au sulfate d’alumine en dissolution aussi très rapprochée, donne instant anément unepréeipitation très abondante de petits cristaux d’alun; on ne pourrait obtenir le même effet avec le sulfate de potasse seul ; comme la dissolution saturée de ce sel dissout le sulfate d’ammoniaque en raison de l’eau qu’ït contient, il vaut bien mieux s’en servir que d’employer de l’eau pure; on peut de cette manière ajouter au sulfate d’ammoniaque un cinquième de son poids de sulfate de potasse (1).
- (l) On ne fabrique pas cependant en ge'ne'ral assez de sulfate d’ammoniaque pour qne partout ce procédé puisse être exécuté. En trance, pas exemple, la production de ce sel dans les fabriques n’excède pas annuellement 120,000 kilogrammes, qui équivalent en alun 720,000 kilogrammes : or, si l’on ajoute l’emploi d’un cinquième de sulfate de potasse, = 25,000 de ce sel qui, transformé en alun, équivaudrait 100,000, tout l’alun résultant du mélange des sulfates dépotasse et d’ammoniaque, serait de 720,000+100,000 =; 820,000 kilogrammes, ou à peu près le tiers de l’alun qui se fabrique eu Fiance chaque année.
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- Il est bien cependant d’élever la température de la dissolution de ces deux sels, à 20 degrés; on y verse le sulfate d’alumine obtenu ainsi que nous l’avons dit, ou de la combinaison directe de l’acide sulfurique à l’alumine, ou des eaux-mères du sulfate de fer des pyrites ; on agite le mélange de ces dissolutions en leur imprimant, à l’aide d’une spatule, un mouvement de rotation. Les cristaux d’alun se forment et se précipitent en abondance; lorsque toute la masse est refroidie et laissée en repos un temps qui suffise à la cristallisation et qui est proportionné à la quantité, on met le tout à égoutter sur des filtres, et on lave les petits cristaux d’alun qui y occupent une hauteur de 4o à 5o centimètres, en arrosant toute leur surface supérieure par de petites additions successives d’eau.
- Dans les localités qui ne permettent pas l’emploi du sulfate d’ammoniaque, soit en raison de l’éloignement des fabriques qui préparent ce sel, soit à cause du bas prix des autres cristallisans, en peut modifier ce procédé de plusieurs manières, mais toujours en visant à obtenir l’alun en petits cristaux faciles à laver ; ainsi, afin d’avoir une dissolution de sulfate de potasse aussi concentrée que possible, on en saturera à chaud au degré de l’ébullition l’eau dans laquelle on le fait dissoudre ; on versera cette dissolution bouillante dans le sulfate d’alumine très rapproché, et on agitera le mélange pour faciliter son refroidissement et déterminer la précipitation de l’alun; et, lorsque le tout sera refroidi , on le laissera déposer, on soutirera le liquide surnageant, qu’on évaporera de nouveau isolément et en opérant comme ci-dessus (pour empêcher la cristallisation en gros cristaux), ou l’on pourrait la réunir au mélange de sulfate de potasse et d’alumine opéré de la même manière dans un brevetage suivant.
- Je proposerais encore un autre moyen qui m’a assez bien réussi : que l’on réduise en poudre très fine, à l’aide d’un manège semblable à celui que nous avons déei'it pour broyer la glaise calcinée; que l’on introduise dans le sulfate d’alumine, le sulfate de potasse ainsi préparé peu à peu et d’une manière continue , à l’aide d’une trémie dont le fond sera percé d’un petit trou ( comme on fait passer le sable dans une sablière) ; que le mélange soit agité
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- continuellement an fur et à mesure qu’il se fait, et jusqu’à ce que tout le sulfate rie potasse pesé d’avance soit ajouté, etc.; on obtiendra , après le repos , l’alun cristallisé sous la forme voulue,et sans avoir été obligé d’employer toute l’eau qui aurait été nécessaire pour dissoudre le sulfate de potasse tout à la fois. Yoici ce qui se passe dans cette opération; les premières portions de sulfate dépotasse sont dissoutes et aussitôt transformées en alun qui reste en dissolution jusqu’à ce que l’eau en soit saturée ; arrivé à ce point, les nouvelles quantités de sulfate de potasse qu’on ajoute peuvent encore être dissoutes et réagir sur le sulfate d’alumine , puisque le liquide ne contient pas du tout de ce sel qui s’est transformé et qui continue de se transformer encore en alun , à l’instant même où il est dissous, etc. Ces réactions successives ont lieu jusqu’à ce que tout le sulfate de potasse ait été introduit ; les petits sels obtenus de cette manière sont traités de même que ceux que l’on obtient par les autres procédés que nous avons indiqués.
- L’alun des pyrites contenant beaucoup plus de sulfate de fer, que cette opération a surtout pour but d’éliminer, il faut continuer plus longuement les lavages pour purifier cet alun, que pour obtenir au même degré de pureté l’alun fait de toutes pièces; dans le premier cas, les premières eaux filtrées sont vertes et contiennent une quantité de sulfate de fer assez considérable pour en être complètement saturées; peu à peu les petites portions d’eau que l’on verse successivement passent moins chargées de fer, et bientôt elles ne contiennent presque plus que de l’alun : ces dernières eaux de lavages et toutes celles qui ne sont pas saturées de sulfate de fer, sont employées au lavage d’une nouvelle quantité d’alun, et toujours, comme dans toutes les filtrations, en commençant à verser sur le filtre les dissolutions les plus impures, et ensuite celles qui sont graduellement moins chargées, jusqu’à ce qu’enfin on termine en arrosant à plusieurs reprises avec de l’eau pure. Les dissolutions filtrées au furet à mesure qu’elles sont saturées de sulfate de fer, doivent être séparées de ce travail et remises dans les dissolutions rapprochées ou eaux-mères de la cristallisation de la couperose.
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- On voit qu’on s’est proposé dans cette opération, de purifier directement l’alun avec la moins grande quantité d’eau possible; on ne saurait trop attirer l’attention des fabricans sur ce point; c’est le plus essentiel de la fabrication, tout le reste en dépend. Ce procédé doit faire renoncer pour toujours à tous ceux, indiqués jusqu’ici, et qui, beaucoup plus coûteux . ne permettent pas d’obtenir en fabrique les mêmes résultats. On prescrivait, dans les divers mémoires publiés sur la fabrication de l’alun, des lavages à grande eau dans des baquets, des chaudières, des paniers ; la plus grande partie de cette eau était employée en pure perte puisque, loin d’être saturée, elle n’emportait que quelques centièmes d’alun et de sulfate de fer : on indiquait encore des cristallisations répétées (1); mais l’on conçoit que ces opérations en grand, où l’on remue des masses, ne peuvent s’exécuter sans de grands frais et des pertes sensibles, et on doit sentir combien il est important d’apporter le plus d’économie possible dans une fabrication qui présente aujourd’hui si peu de latitude.
- Cristallisation. Quand on a ainsi obtenu l’alun purifié en petits cristaux, il ne reste plus que bien peu de choses à faire pour le mettre sous la forme où on le trouve dans le commerce ; il suffit de le dissoudre dans l’eau, en quantité suffisante pour que la dissolution marque de 48 à 5o degrés à l’aréomètre Beaumé^ et de faire couler, à la température de l’ébullition, dans des cris-taHisoîrs qui ont la forme d’un cône tronqué, posé sur sa plus grande base. Ces cristallisoirs ont été nommés masses ; ce nom leur vient de ce que le liquide que l’on y verse s’y prend presque entièrement en masse par le refroidissement. Lorsque la cristallisation de l’alun y est terminée, on les renverse pour en faire égoutter l’eau-mère dans un réservoir enterré, et on démonte
- (i) A chaque fois qu’on fait dissoudre l’alun en grand ponr le faire cristalliser de nouveau et le purifier par ce moyen, il s’en sépare nne matière Manche pulvérulente, qui se dépose en quantité assez considérable. Ce précipité a été reconnu être presque en totalité du sous-sulfaie d’alumine et de potasse. Après une fabrication de i,5oo,ooo kilogrammes d’alun-environ, des fabricans ont calculé que la perte causée par cette altération pouvait être évaluée h 755 du poids de l’alun raffiné obtenu.
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- les côtés et le fond de ces cristallisoirs, pour en tirer l’alun, que l’on casse en morceaux, pour le livrer au commerce. Afin de l’obtenir plus pur, on peut le refondre et le faire cristalliser une seconde fois. Si la dissolution d’alun refondu mise à cristalliser était étendue à 25 ou 3o degrés Beaumé au lieu de 5o, l’alun, au lieu de s’v cristalliser en masse, s’y formerait en petits cristaux réguliers, et on l’obtiendrait dans un degré de pureté plus grand encore ; c’est ainsi que l’on prépare l’alun connu aujourd’hui dans le commerce sous le nom dfalunfin, dont le prix est d’un cinquième plus élevé que celui des aluns ordinaires; il commence à remplacer assez généralement les aluns étrangers, et notamment l’alun de Rome, dans les emplois où un grand degré de pureté est jugé nécessaire.
- Les massesj, dont la forme est, comme nous l’avons dit, celle d’un cône tronqué posé sur la plus grande base, sont composées de trois pièces assemblées, disposées de la manière suivante, afin qu’elles se puissent démonter facilement : le fond est un disque circulaire en bois, recouvert d’une nappe de plomb rabattue tout autour ; les côtés se divisent en deux parties, dont chacune doit pouvoir envelopper la moitié du fond; ils sont formés de douves assemblées à côté les unes des autres comme dans un baquet ordinaire, et sont soutenus par deux demi - cercles à vis et boulons destinés à les réunir, et placés l’un à la partie supérieure , l’autre à la partie inférieure; chacune des parties de ces côtés est aussi recouverte d’une nappe en plomb qui déborde tout autour : on réunit ensemble ces côtés, qui entourent le fond entre eux, et on les maintient ainsi en serrant fortement les vis de rappel qui terminent, ainsi que nous l’avons dit, chacun des bouts des deux demi-cercles en fer; s’il s’est fait quelques fentes ou desgerçures au plomb, ou que quelques parties mal jointes du fond ou des côtés laissent quelques intervalles entre elles, on empêche facilement l’alun d’y passer, en y introduisant un peu de glaise, que l’on fait pénétrer le plus possible, en la comprimant sur ces joints et l’y frottant un peu fort.
- L’alun de toutes pièces s’est encore fabriqué en France au moyen de la potasse du commerce; il suffisait de mélanger la
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- glaise en bouillie avec la potasse dans les proportions que nous ayons indiquées, relatives d’ailleurs à la richesse de l’alcali et la pureté de la glaise ; on faisait calciner le tout ensemble ; la div ision extrême de la glaise que l’on avait encore pour but dans cette opération, résultait de l’action de la potasse sur l’alumine; endissolvant ensuite ce mélange dans l’acide sulfurique faible, on obtenait l’alun tout formé; il ne s’agissait plus que d’évaporer ces dissolutions, les laisser cristalliser, refondre, couler dans les masses, etc. Ce procédé est, comme on voit, fort simple, et comme d’ailleurs il ne présente pas d’avantage en raison des prix comparés des autres matières premières et produits fabriqués, nous n’entrerons pas à son égard dans de plus longs détails.
- Composition. Les différens aluns sont composés ainsi qu’il suit, d’après Thénard :
- Acide sulfurique.. 26,o4
- Alumine........... 12,53 (
- _ >roo
- Potasse........... 10,02 1
- Eau...............5i,4i J
- ( Sulfate de potasse.. i8,o4 ou< Sulfate d’alumine.. 3o,55 L Eau................... 65,41
- Leur composition suivant Berzelius serait :
- Acide sulfurique. . 34,23
- Alumine............ 10,86
- Potasse........... 9,81
- Eau.................45,oo
- C Sulfate d’alumine.. 36,85 100 ou< Sulfate de potasse.. 18,i5 (. Eau......................45.
- L’alun, à base d’ammoniaque, en raison du pouvoir saturant de cet alcali, n’en contient que r§s. L’alun que l’on trouve le plus communément aujourd’hui dans le commerce présente à l’analyse la potasse et l’ammoniaque ; ces deux alcalis varient entre eux en toutes proportions, mais toujours dans le rapport des équiva-lens de leur pouvoir de saturation, c’est-à-dire, de 10 du premier représenté par 5 du second.
- Ces analyses doivent être supposées faites sur des aluns purifiés? en effet, outre ces principes constituans, on y trouve accidentellement de très petites quantités de sels étrangers à leur composition et qui seuls les font différer entre eux ; ainsi le sulfate de Tome I. 25
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- fer dans les différens aluns est en général contenu dans les pro*-portions suivantes : alun de Rome o,ooo5, de Liège 0,0010, de Javelle o,oco8, de l’Aveyron 0,0011, d’Angleterre o ,oo 12 ; ce dernier contient en outre une matière animale huileuse: c’est, comme on le voit, le plus impur de tous ; on doit donc rejeter son emploi surtout dans les teintures où le sulfate de fer est le plus nuisible. L’alun en petits cristaux, que l'on fabrique aujourd’hui, est sous ce rapport tout aussi pur.que l’alun de Rome et ne contient ps comme ce dernier 2 ou 3 centièmes de matières insolubles (composées de sous-sulfate de potasse et d’alumine, de silice et d’oxide de fer). Ces matières sont à la vérité inertes dans tous les emplois auxquels l’alun s’applique dans les arts, puisqu’elles sont séparées de la dissolution en s’y déposant; mais c’est toujours une perte qu’on doit éviter. Le prix de cet alun est d’ailleurs encore plus élevé même que celui de l’alun purifié en petits cristaux. Tous les aluns peuvent être amenés par une ou deux cristallisations à cet état de pureté qu’on remarque aujourd’hui dans ces deux derniers ; nous renvoyons à l’article Fabrication ci-dessus, pour les moyens d’obtenir directement l’alun le plus pur possible.
- Le sulfate de fer étant le seul sel nuisible dans l’emploi de l’alun , surtout pour les teintures de garance et de gaude sur soie et coton, il est bon de pouvoir s’assurer de sa présence : pour cela il suffit de verser dans une dissolution, saturée de quelques grammes d’alun, une goutte ou deux de prussiate de potasse ( hydrocyanaie de potasse ) ; si la couleur de la dissolution ne bleuit pas presqu’à l’instant ou après une ou deux minutes, l’alun essayé sera aussi par que celai de Rome au moins, et il sera plus pur même si, au bout de 24 heures, une teinte bleuâtre ne s’est pas répandue dans toute laliqueur. On peut d’ailleurs, pour acquérir l’habitude de juper de l’indice que donne la couleur bleue,comparer cette couleur, dans des circonstances semblables, à celle que le même réactif développe dans l’alun de Rome. Il est à désirer que cette épreuve si facile, devenue familière aux consommateurs que la pureté de l’alun intéresse (1), soit pour eux le type de cette pu-
- (1) Les fabricans de maroquins ctqueiques teinturiers connaissent ce nioyc» d’essai, et s’en servent avec beaucoup d’avantage.
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- reté, le véritable motif de la préférence qu’ils doivent accorder, et fixe seul la valeur vénale de ce sel dans le commerce : on a droit de l’espérer si l’on compare ce moyen si simple à d’autres bien plus compliqués, et qui cependant sont généralement répandus , 1 ’alcalimètre de M. Descroizille, par exemple . etc.
- Propriétés. L’alun cristallisé est blanc, transparent, solide, sa saveur acide est très prononcée. Suivant M. Haüy, sa forme primitive est l'octaèdre régulier formé de deux pyramides tétraèdres appliquées sur leurs bases, et sa molécule intégrante est le tétraèdre régulier. La forme sous laquelle il se présente le plus ordinairement est celle d’octaèdre, et quelquefois il cristallise en cubes ( dans une eau-mère moins acide surtout ) ; il se recouvré • au bout d’un certain temps d’une efflorescence blanche et opaque et en le dissolvant on en sépare une petite quantité de sous-sulfate de potasse et d’alumine.
- 100 parties en poids d’alun sont solubles dans i4i2 d’eau pure à froid et dans 70 d’eau bouillante. C’est en raison de cette différence de solubilité à chaud et à froid qu’il se prend pres-qu’en masse par le refroidissement de ses dissolutions faites à chaud. Son poids spécifique est 1710, celui de Feau étant représenté par icoo; mais si l’on tient compte des gaz interposés dans les cristaux, ce poids s’élèvera à 2070.
- Dans les teintures les plus altérables, l’alun à base d’ammoniaque peut remplacer l’alun à base de potasse ; le premier est même préférable dans quelques cas , particulièrement dans l’emploi de ce sel à préserver de l’incendie les matières combustibles.
- Chauffé au degré de Feau bouillante, il se fond dans son eau de cristallisation et est susceptible de se prendre en masse par le refroidissement; à un degré de chaleur un peu plus élevé, il perd toute son eau de cristallisation et prend le nom d’alun calciné.
- Aune haute température, l’alun à base d’ammoniaque est décomposé intégralement ; il se dégage de l’acide sulfureux , de l’arr^ moniaque, de l’azote , un peu d’hydrogène et d’oxigène. L'alun à base de potasse n’est que partiellement décomposé par la chaleur. Le sulfate d’alumine se décompose le premier , une partie de son acide s’en dégage réduit en acide sulfureux et oxigène. Il
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- reste d u sous-sulfate de potasse et d’alumine quilui-mêms ne tarde pas à se décomposer tout entier, tout l’acide sulfurique s’en sépare en oxigène et acide sulfureux désunis; si on continue de chauffer en élevant beaucoup plus la température, le sulfate de potasse perd aussi une partie de son acide de la même manière, mais seulement une partie, et on obtient pour résidu de l’alumine et de la potasse combinées, plus du sulfate de potasse.
- Usages. L’alun est employé dans beaucoup d’arts que nous ne ferons qu’indiquer, en renvoyant à chacun d’eux en particulier pour les détails.
- On s’en sert dans la fabrication du bleu de Prusse; dans presque toutes les teintures (Aluxagf.) ; pour conserver les peaux avec leurs poils ; préserver les substances animales de la putréfaction ; garantir les bois contre l’incendie ; pour préparer Y alumine pure; dans la fabrication du papier; celle de la colle forte; dans le raffinage du sucre en Angleterre ; dans la préparation du suif des chandelles, qu’il rend plus ferme : en chirurgie, ou l’emploie à l’état (Yalun calciné pour ronger les chairs baveuses ; en médecine, comme astringent; il est ordonné à l’intérieur,etc.
- On prépare encore par la calcination de l’alun avec le charbon un produit particulier, nommé pyrophore, à cause de sa propriété de s’enflammer spontanément à l’air.
- Afin d’obtenir, pour cette opération , le charbon dans l’état de division le plus complet possible, on emploie de préférence une matière végétale ou animale, une partie de sucre, ou d’amidon, ou de farine, etc., qu’on mêle bien exactement dans une cuillère de fer, avec 3 parties d’alun du commerce, à base de potasse ; oh chauffe légèrement et en remuant constamment ce mélange, jusqu’à ce qu’étant bien sec il devienne un peu brun ; on l’ôte de la cuillère, on le pulvérise , et on en remplit à moitié de sa capacité unefiole de ’ verre, lutée avec de l’argile; on chauffe à feu nu mais avec précaution, et peu à peu, cette fiole jusqu’au rouge cerise, et on soutient cette température sans l’élever davantage, jusqu a ce qu’une flamme, qu’on aperçoit au col de la fiole, et qui est due à la combustion des gaz hydrogène carboné et oxide de carbone dégagés, après avoir brûlé d’une manière continue, saffai-
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- Misse et ne se montre plus que par intervalles ; on enlève alors la fiole de dessus le feu, onia houchele plus hermétiquement possible et onia laisse refroidir: si l’opération a été bien conduite, le pyrophore contenu dans cette bouteille s’enflammera spontanément a l’air, à l’instant qu’on en versera une petite portion à l'air sur du papier. Il paraît que dans cette préparation l’oxi-gène, le carbone et l’hydrogène, principes- de la matière végétale employée, réagissant entre eux, et les deux derniers sur l’oxi-gène de l’acide sulfurique et de la potasse de l’alun, ii y a production d’eau, d’hydrogène carboné et d’oxide de carbone, qui se dégagent, et de soufre sublimé ; l’excès de charbon de la matière végétale reste intimement mêlé à l’ahimine et au persulfure de potassium.
- Le pyrophore est noirâtre ou brun, suivant qu’il a été plus ou moins chauffé ; souvent il présente, à la surface de ses grumeaux , des taches jaunes. Sa saveur est analogue à celle des œufs pourris ; exposé à l’air atmosphérique, il prend feu à la température ordinaire, de même que dans le gaz oxigène et protoxide d’azote: cet effet est d’autant plus rapide que ces gaz sont plus humides et chauds-, aussi facilite-t-on Beaucoup l’inflammation du pyrophore en dirigeant dessus l’air des poumons. Sa combustion donne naissance aux gaz acide sulfureux et acide carbonique ; il se forme aussi du sulfite et sulfate de potasse : la vapeur aqueuse contenue dans ces gaz est absorbée rapidement par le pyrophore, décomposée par le persulfure de potassium, et produit ainsi un dégagement de chaleur qui détermine l’inflammation de toute la masse. P.
- ALUNAGE. L’alunage est une opération préliminaire qu’on fait subir aux différens fils ou tissus qu’on veut teindre avec certaines matières colorantes. Le but de cette opération est de fixer la couleur d’une manière solide,.à l’aide de l’alun, qui là sert d’intermède et facilite la combinaison réciproque, parce qu’il a tout à la fois une grande affinité pour la matière colorante et pour la substance à teindre. Ces sortes d’intermèdes sont connus en teinture sous la dénomination générale de Mord axs. On en emploie de différentes espèces, suivant la nature des matières co-
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- lorantcs et des tissus. Les plus usités sont l’alun , l’acétate d’alumine, le muriate d’étain, etc. Nous ne décrirons point ici cette opération , parce qu’on sera forcé d’en parler fort en détail en traitant de 1’Art de la teinture ; ainsi nous renvoyons à cet article pour connaître quels sont les soins et précautions qu’exige l’application de ce mordant, et quelles différences on doit apporter dans Falunage de la soie, de la laine, du coton, du lin, etc. R.
- AMADOU, s. m. Substance spongieuse et très combustible qu’on emploie pour se procurer du feu avec une pierre à fusil et un briquet. On fait l’amadou avec Y agaric amadoupier ( bole-tus ignarius ) ; c’est un champignon qui croît sur le trône des vieux chênes , des ormes , des charmes , des bouleaux, etc. Sa substance est solide, compacte, et ligneuse dans plusieurs endroits. Il est recouvert supérieurement d’une écorce calleuse et blanchâtre sous laquelle on trouve une substance fongueuse assez molle , douce au toucher, et comme veloutée-, toute la partie inférieure est ligneuse. On trouve rarement l’agaric aux environs de Paris; mais il est commun dans les grandes forêts où on laisse aux arbres le temps de vieillir. On le cueille au mois d’août ou de septembre.
- La préparation de l’agaric consiste à emporter d’abord avec un couteau l’écorce extérieure de ce champignon ; on enlève ensuite la substance fongueuse d’un jaune brun qui est au-dessous. Cette dernière partie est la seule qui soit utile; on a soin de la séparer exactement de la partie ligneuse qui est au-dessous et quelquefois sur les côtés. On coupe cette substance fongueuse en tranches minces, que l’on bat avec un marteau, pour les amollir; on continue de battre j usqu’à ce que cette substance puisse se mettre aisément en pièces en la tirant avec les doigts. Dans cet état, l’agaric est bon à être employé pour arrêter les hémorragies et pour d’autres usages médicinaux.
- Pour en faire de l’amadou, on lui donne un dernier apprêt qui consiste à le faire bouillir dans une forte lessive de nitrate de potasse; on le fait sécher, on le bat de nouveau , et on le remet une seconde fois dans la lessive. Quelquefois meme pour
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- le rendre plus facile à s’allumer aux étincelles çîu briquet , on le roule dans de la poudre à canon ; ce qui fait la différence de l’amadou noir avec l’amadou roussâtre. Mais pour lui donner au plus liaut degré la propriété de s’allumer rapidement, il vaut mieux faire bouillir l’agaric dans une dissolution de chlorate de potasse au lieu de lessive nitrée.
- On se procure encore une autre espèce d’amadou en brûlant le papier à sucre , ou des morceaux de linge, jusqu’au point où. la flamme s’éteint, et en les étouffant à l’instant.
- Toutes les vesses-de-loup, sorte de plantes du genre lyeo-perdon, qui ontpour base une substance charnue ou filandreuse, donnent un amadou tout préparé qu’il suffit d’imbiber d’une légère eau de poudre. Pour le même usage, on se sert dans les Indes d’une plante légumineuse nommée soluj dont la tige épaisse, spongieuse , réduite en charbon, prend feu comme notre-amadou. L.
- AMALGAMATION. On donne ce nom à une opération métallurgique qui a pour but d’extraire, au moyen du mercure l’or, ou l'argent contenus dans certaines mines. En général, on n’emploie l’amalgamation que pour des minerais qui ne sont pas assez riches pour être exploités par les procédés ordinaires. On prétend que la première idée de cette méthode a été puisée dans Pline, et on regarde comme certain que les mineurs allemands l’ont pratiquée long-temps avant la découverte de l’Amérique. Néanmoins le procédé dont on se sert aujourd’hui dans le Nouveau-Monde, et auquel ou doit la majeure partie des métaux précieux qui existent en Europe, ne date que de 155y3 il a été inventé au Mexique par un mineur de Pacucha, appelé Bartholomé de Médina; c’est du moins ce qui résulte des intéressantes recherches que M. de Humboldt a publiées dans le 76e volume des Annales de Chimie.
- La première préparation qu’on fait subir au minerai destiné à l’amalgamation, est de le réduire en poudre aussi fine que possible: on donne le nom de. schlich a cette espèce de farine minérale. On conçoit combien cette opération préliminaire est importante pour l’exacte séparation du métal qu’on veut obtenir :
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- aussi y apporte-t-on un soin extrême, et, d’après M. de Hum-boldt, elle ne se fait nulle part avec autant de perfection que dans les usines du Mexique j là, le bocardage à sec se fait sous des pilons, dont huit travaillent ensemble et sont mus par des roues hydrauliques, ou par des mulets. Le minerai broyé est ensuite tamisé au travers d’un cuir percé de trous, et on achève la pulvérisation sous des espèces de moulins à auges, où se meuvent circulairement des blocs de porphyre ou de basalte. La circonférence de ces moulins est de 9 à 12 mètres; 12 ou i5 de ces moulins, appelés dans le pays arastrciSj, sont rangés sous un même hangard ; ils sont mis en mouvement soit par l’eau, soit par des mulets, qu’on relève de 4 en 4 heures. Chacune de ces machines broie, dans l’espace de 24 heures, de 3 à 4oo kilogrammes de minerai.
- Il n’est pas toujours nécessaire d’obtenir une poudre aussi ténue; si la mine est riche, on la réduit seulement au volume d’un sable grossier, qu’on lave ensuite pour en séparer les grains métalliques, et les traiter immédiatement par la fonte-Dans le cas contraire, on pousse la pulvérisation jusqu’au point que nous avons indiqué; mais alors on a soin d’ajouter un peu d’eau, pour éviter que les ouvriers en soient incommodés, et pour prévenir aussi la perte qui en résulterait. Lorsque le schlich a atteint le degré de ténuité convenable , on le transporte tout humecté dans l’atelier, qu’on nomme cour d’amalgamation : cette cour est ordinairement pavée avec de larges pierres ou dalles. Là, on range les farines en piles, qui contiennent de 20 à 3o quintaux ; 4o ou 5o de ces piles forment ce qu’on appelle une tourte. Get amas de schlich humide, qui a souvent de 20 à 3o mètres de largeur, sur 5 à 6 décimètres d’épaisseur, est ensuite abandonné, pendant un temps plus ou moins considérable, au contact de Pair libre, puis on y ajoute successivement du sel marin ordinaire, un mélange de sulfate de fer et de cuivre, auquel on donne le nom de magistral,, et enfin de la chaux et des cendres végétales. C’est par le contact de ces divers matériaux que se produit la réaction qui doit précéder l’amalgamation à froid. Voici comment on y procède ordinairement.
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- On commence par mélanger le sel à la farine métallique, et l’on brasse très exactement. La quantité de sel à ajouter varie suivant son degré de pureté ; en le supposant d’assez bonne qualité , on en met de 3 à 4 pour 100, et souvent davantage, jusqu’à 20 pour îoo, par exemple, surtout si c’est un minerai riche, ou si la poudre est moins ténue. Après cette addition, on laisse, pendant plusieurs jours, de nouveau le mélange en repos, afin que le sel se dissolve et se répartisse le plus également possible.
- La mine qu’on exploite n’est pas toujours de même nature, et non-seulement elle varie suivant les localités, mais dans un même lieu elle est souvent différente ; le plus ordinairement elle est composée d’argent natif, de sulfure et de chlorure d’argent, d’argent rouge, d’argent antimonial, de sulfures de fer et de cuivre, d’oxide de fer, de silex, de spath calcaire : mais les proportions respectives de chacun de ces matériaux, est extrêmement variable ; tantôt c’est l’un, tantôt c’est l’autre qui domine; de là résulte que la réaction qui doit avoir lieu dans le mélange de schlich et de sel marin, ne se produit pas toujours de la même manière, car elle ne se manifeste bien qu’à un certain degré de température : trop ou trop peu lui nuit également. Si le minerai se trouve naturellement chargé de sul-fures de fer et de cuivre, ou de muriate d’argent, souvent alors la température prend trop d’exaltation, et il faut la ralentir en ajoutant une certaine quantité de chaux. Si, au contraire, les schlichs proviennent de minerai qui contienne du sulfure de plomb ou des pyrites difficiles à décomposer à l’air humide, l’action chimique n’a pas lieu, et on ne la déterminera qu’en rehaussant la température. C’est dans ce cas qu’on ajoute ce qu’on appelle le magistrale c’est-à-dire un mélange de sulfures de fer et de cuivre. On juge que l’opération marche bien, quand une portion du mélange étant humectée et placée dans la main, y occasionne une sensation de chaleur. Quelques jours après, on incorpore le mercure au schlich salé ; on eri ajoute une proportion relative à la richesse du minerai. Généralement on emploie dans l’incorporation six fois autant de mercure que la iourte contient d’argent. A cette époque on fait une nouvelle
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- addition de magistral pour réchauffer la masse ; et si on Toit que le mercure prenne une couleur de plomb, on en conclut que le travail marche convenablement : pour faciliter encore cette réaction, on renouvelle toutes les surfaces, soit en forçant une vingtaine de chevaux et de mulets de courir en cercle pendant plusieurs heures, soit en faisant fouler le mélange par des ouvriers qui pendant des journées entières marchent pieds, nus dans ces boues métalliques. Chaque jour le chef de l’atelier pour s’assurer des progrès de l’opération, fait un essai qui consiste à laver, dans une petite sébile , une portion du mélange, et il juge j par l’aspect de l’amalgame, si la masse est ou trop froide ou trop chaude. Lorsque le mercure a une couleur cendrée, et qu’il se sépare en une poudre grise très fine qui s’attache aux doigts, c’est un signe qu’il faut ralentir l’action et ajouter de la chaux. Si, au contraire, le mercure conserve un éclat métallique , s’il reste blanc, couvert d’une pellicule rougeâtre ou dorée, si enfin il ne paraît pas agir sur la masse, il faut réchauffer en ajoutant du magistral. Ainsi, on voit que cette opération, qui se trouve naturellement modifiée par les variations de température, par les différences de nature des minerais, peut néanmoins être dirigée presque à volonté, par les additions successives de chaux et de magistral, et aussi par le mouvement que l’on donne plus ou moins fréquemment au mélange. Cette méthode est cependant fort longue, car l’amalgamation dure a elle seule quelquefois près de cinq mois. Toutefois, quand on la juge terminée, on jette les boues métalliques dans des cuves, dont les unes sont de bois, et les autres de pierre. Des moulinets garnis d’ailes placées perpendiculairement, tournent dans ces cuves. Les parties terreuses et oxidées sont emportées par l’eau, tandis que l’amalgame et le mercure restent au fond de la cuve. On sépare l’amalgame du mercure en versant le tout dans des sacs que l’on soumet à une légère pression. L'amalgame qui reste est ensuite disposé en pyramides, que l’on recouvre de cloches ou creusets renversés : on chauffe tout autour; le mercin-s’échappe par la partie inférieure, et va se condenser dans des rigoles, où on fait parcourir de l’eau froide..
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- Dans ce procédé, que M. deiïumboldt a vu pratiquer au Mexique tel que nous venons de le décrire, on perd de i,Al!-4 à i,k,l'7 de mercure par kilogramme d’argent qu’on retire, tandis que par le procédé employé en Saxe d’après Gellert et Charpentier, on ne perd que o,k,L2 de mercure par kilogramme d’argent -, mais il faut observer aussi, avec M. de Humboldt, que non-seulement les localités ne permettent pas d’adopter les mêmes moyens, mai qu’en outre ils ne sont pas de nature à être appliqués aux masses énormes de minerai qu’on exploite au Mexique et au Pérou. A Freyberg on amalgame par an 60,000 quintaux de minerai, et dans la Nouvelle-Espagne près de 10,000,000 de quintaux: que l’on juge d’après cela si le procédé que nous allons décrire serait praticable dans un pays où les mines se trouvent sur des plateaux dénués de forêts et dans un pays qui manque de combustibles.
- En Saxe, le minerai qu’on exploite par amalgamation ne contient guère au-delà de 0,0025 d’argent, encore n’y est-il pas à l’état natif ; il y est uni au soufre ou allié à des substances métalliques , de manière qu’on doit chercher avant tout à le réduire.
- On commence, après l’avoir mélangé avec 0,10 de sel marin, par lui faire subir un fort grillage dans un fourneau à réverbère; on brasse presque continuellement : le soufre se brûle, les métaux s’oxident, et il se forme des sulfates métalliques et du sulfate de soude. Le chlore du sel marin, devenu libre, se porte sur l’ai-gent et donne lieu à du chlorure d’argent. Une fois le minerai grillé, 011 le réduit en poudre très fine , puis on l’introduit dans des tonneaux enfilés sur un axe horizontal dont les douves ont 3 pouces d’épaisseur -, on se sert aussi de cuves dans lesquelles tourne un moulinet : le tout est mis en mouvement au moyen d’une roue mue par l’eau. Sur 100 parties déminé grillée on verse environ 28 liv. d’eau et on ajoute 6 à 7 liv. de plaques de fer forgé de la grandeur et de la forme d’une dame à jouer. Après quelque temps de rotation, on examine la consistance du mélange ; il faut qu’elle soit telle, qu’on puisse y faire entrer un morceau de Ixiis et que la pâte ne se réunisse pas, alors on ajoute moitié en poids de la mine employée de mercure. On fait tourner
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- ce mélange pendant 24 heures. Le fer décompose le chlorure d’argent, et à mesure que ce métal est mis à nu il se combine avec le mercure : du reste le traitement est absolument le même que celui que nous avons décrit ci-dessus ; seulement au lieu de jeter les eaux de lavage du schlich, comme elles contiennent beaucoup de sulfate de soude, on les fait évaporer pour obtenir ce sel. Ceprocédé, qu’on attribue à Ignace deBorn, paraît avoir été employé long-temps avant qu’il n’en eût introduit l’usage en Saxe. M. de Humboldt rapporte que i5 ansaprès que le procédé de Médina eut été connu au Pérou, un mineur péruvien, nommé Carlos Corso de Léca, conseilla de mêler des petites plaques de fer aux farines métalliques, assurant que par. ce moyen on perdait neuf dixièmes de mercure de moins. En i5qo, Àlonzo Barba proposa l’amalgamation à chaud ou par cuisson, daus des cuves de cuivre ; ce procédé est encore employé dans plusieurs mines du Mexique qui abondent ên chlorure d’argent. Il paraît que la chaleur et le mouvement de l’ébullition déterminent l’amalgamation à se faire plus promptement.
- Relativement au procédé le plus généralement suivi au Mexique et au Pérou, il est peut-être assez difficile de se rendre un compte bien exact de tous les phénomènes qui peuvent résulter de la réunion d’un aussi grand nombre de matériaux. Cependant il est assez probable que tout se réduit, comme dans le proeédé de Freyberg, à enlever la portion d’argent qui est combiné dans la mine, et à le convertir d’abord en chlorure d’argent, puisa décomposer ce chlorure par une autre substance métallique et à déterminer ainsi la combinaison de l’argent avec le mercure. Les sulfures métalliques ont évidemment un double but dans cette opération: d’abord, de produire de l’acide sulfurique dont une partie seulement est absorbée par leurs propres bases, tandis que l’autre, devenue libre,réagit sur le sel marin; mais comme cette décomposition a lieu avec le concours de l’humidité , c’est de Fa-cide hydrochlorique et non du chlore qui se produit en cette circonstance. Or , cet acide hydrochlorique ne peut agir sur
- les alliages métalliques qu’en perdant son hydrogène, et cet by
- Jrogène lui-même doit occasioner la réduction d’une partie de--
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- oxides contenus dans les sulfates, et ces métaux réduits décomposent à leur tour le chlorure d’argent. L’autre action des sulfures métalliques consiste à entretenir, par leur décomposition spontanée, une certaine élévation de température nécessaire à la réaction chimique. Quant a l’utilité des alcalis, elle me semble résulter de leur faculté d’absorber immédiatement les acides , et de ralentir l’élévation de température, en modérant l’action chimique; au reste, cette manière de voir est assez conforme avec l’opinion qui a été émise par M. de Humboldt lui-même.
- A l’article Argent , nous donnerons de nouveaux détails sur l’exploitation de ces mines, et nous indiquerons avec soin tous les résultats obtenus dans les principales usines de ce genre. R.
- AMALGAME. On donne le nomamalgame à tout alliage métallique dont le mercure fait partie. A insi on en connaît de beaucoup d’espèces; les plus usités sont ceux d’or et d’argent. Nous venons d’indiquer dans l’article précédent comment à l’aide du mercure on pouvait parvenir, par l’amalgamation, à exploiter les mines les moins chargées de ces métaux précieux. Nous indiquerons, en traitant de l’art du Doreur et de l’AscrENTEUR,tout lé parti qu’on peut tirer de ces amalgames. Nous pouvons même dire, dès à présent, que le mercure étant un métal toujours liquide à la température de notre atmosphère, il jouit de la propriété de diviser et dissoudre les molécules des substances métalliques avec lesquelles il a de l’affinité, de sorte qu’on peut ainsi les séparer des autres. Son extrême volatilité fournit en outre le moyen de s’en débarrasser par la chaleur, pour ne laisser que le métal avec lequel il était allié.
- L’amalgame d’étain est employé, comme on le sait, pour éta-mer les glaces ; mais on n’attend pas, comme dans le cas de la dorure, que l’alliage soit achevé pour en faire l’application. On verse une couche de mercure sur une feuille d’étain bien étendue , puis on applique la glace à la surface du mercure, et on comprime fortement pour que toute la partie excédante puisse s’écouler. Tous les détails de cette opération seront rapportés à I’Etamage nES GRACES.
- Le bismuth s’allie aussi très facilement avec le mercure. On
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- fait usage de cet amalgame pour étamer des ballons de cristal. On prend ordinairement 1 partie de bismuth pulvérisé et 4 de mercure : l’un et l’autre doivent être parfaitement purs et débarrassés d’oxide; pour plus de sûreté même on passe l’amalgame au travers d’une toile neuve etpeuserrée; d’unautre côté, il faut avoir soin de nettoyer parfaitement la surface intérieure du ballon, et, après l’avoir dégraissée avec une solution alcaline, la sécher en-.. suite avec du papier-joseph. Enfin, toutes ces conditions étant exactement remplies, on introduit l’amalgame dans le ballon et ou le promène sur toutes les parois ; on fait ensuite écouler la partie surabondante par l’orifice. C’est ainsi que l’on prépare ces globes étamés que l’on suspend aux plafonds.
- Plusieurs autres substances métalliques sont également sus- -ceptibles de s’allier avec le mercure ; mais ces alliages n’étant d’aucun usagé, nous n’en parlerons pas. B..
- AMBOTRACE , s. m. {Technologie). C’est le nom que M. de La Cbabeaussière a donné à un instrument de son invention, propre à écrire deux lettres à la fois.
- Il est composé de deux plans horizontaux, distan s entre eux d’environ 4 lignes , et dont l’un glisse librement sur l’autre. Le premier , destiné à recevoir la feuille de papier, est double au moins de la longueur de cette feuille; il porte des liteaux de 5 lignes de large sur4 d’épaisseur, pour soutenir le second plan, qui se meut à coulisse dans des rebords placés de chaque côté. Celui-ci n’est qu’un châssis posé sur les liteaux et maintenu par les coulisses, destinées à diriger sa marche quand onl’attire successivement pour tracer l’écriture, ou qu’on le repousse après l’opération finie.
- Sur le premier plan est un autre châssis très mince, s’ouvrant à charnière pour permettre l’introduction du papier sur lequel on doit écrire l’original ; ce châssis, maintenu par deux tourniquets lorsqu’il est fermé, porte en dessous des fils ou des soies tendues, qui espacent les lignes ou servent de guide, soit pour écrire , soit pour déterminer la descente du second plan.
- Le premier plan porte, dans la moitié de sa longueur et à la hauteur du second, une tringle de bois fixée sur les liteaux par des vis; celle-ci en porte une autre moins large qui, jouant
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- à charnière, s’écarte ou se rapproche de la première pour servir de pince et assujettir une des extrémités du papier destiné à recevoir la copie, lequel est fortement serré par un tourniquet placé derrière la première tringle.
- Le châssis formant le second plan est composé de 4 tringles de bois assemblées, de 5 lignes de large sur 4 d’épaisseur ; celle de devant étant partagée dans le sens de son épaisseur, une moitié se lève à charnière pour l’introduction du papier de la copie, qui, passant ainsi entre les deux épaisseurs, se recourbe en dessus, et est ramené sous la tringle fixe du premier plan, c’est-à-dire sous la pince. La partie supérieure de cette tringle est arrondie sur le devant, pour ne point maculer le papier à mesure qu’il coule lorsqu’on fait mouvoir le châssis mobile ; un tourniquet empêche qu’elle ne se relève, et une queue d’aronde la termine; elle s’emboîte dans une mortaise pratiquée dans la seconde épaisseur, pour empêcher le vacillement.
- Usage. On ouvre le châssis grillé, et on pose dessous la feuille de papier sur laquelle on veut écrire; après l’avoir fermé, on l’arrête par les tourniquets. On lève ensuite la partie supérieure de la tringle de devant du châssis mobile ; on passe entre les deux épaisseurs le papier destiné à recevoir la copie ; on en fait couler un bout sous la tringle du premier châssis, puis, fermant celle du châssis mobile, on ramène en dessus et on fixe l’autre extrémité du papier sous la pince, c’est-à-dire entre les deux parties de la tringle fixe s’ouvrant à charnière ; on les réunit et on les assujettit par le moyen du tourniquet.
- On remonte le châssis mobile près de la tringle fixe.
- Les plumes sont enchâssées dans un support d’un pouce de longueur , formé d’un morceau de corne, dont les deux extrémités sont contournées en tuyaux ;.on y introduit deux plumes taillées, et on les fixe à la hauteur convenable pour que leurs becs portent , l’un sur le papier de l’original, l’autre sur celui de la copie.
- Le papier placé sous]le châssis grillé étant assujetti, la main gauche reste libre et sert à faire mouvoir le châssis mobile, qu’on attire à soi lorsqu’une ligne est tracée; les fils du châssis grillé indiquent l’espace à parcourir à chaque révolution du châssis mobile.
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- Avec un peu d’habitude, on est bientôt formé a la pratique de cette manière d’écrire. Le peu de distance des plumes permet d’embrasser du même coup d’œil les deux lignes tracées. Il faut avoir soin de ne tenir à la main que le tuyau du support dans lequel est engagée la plume inférieure, qui doit être saillant à droite pour y appliquer avec facilité le doigt du milieu.
- On doit encore observer de porter principalement son attention sur l’écrit qu’on trace sur le papier placé sous le châssis grillé. L’auteur a proposé de supprimer le châssis grillé, comme on va le voir.
- Description des fig. 8 , 9 , 10 et 10 his, PL 3 ( Technologie}. L’ambotrace est représenté par la fig. 8; c’est une espèce de pupitre ABCD, portant, dans la partie postérieure du côté BC, un tiroir qui sert à renfermer les plumes, le papier et tous les ustensiles dont on peut avoir besoin pour le service de cet instrument.
- Pour bien saisir la construction de l’ambotrace, il ne faut s’occuper que de la partie supérieure du pupitre. C’est une planche ABCD sur laquelle est fixé un cadre aussi grand qu’elle, mais de deux centimètres de largeur et un centimètre d’épaisseur; ce qui forme dans toute son étendue une espèce de boîte d’une profondeur uniforme d’un centimètre.
- 1KLN, est un cadre qui peut glisser facilement sur le premier ABCD, et qui est retenu par deux coulisses AB, CD, qui lui permettent de glisser librement dans le sens de la longueur du premier cadre,mais qui l’empêchent de s’élever. On lui fait faire ce mouvement progressif, en le tirant ou en lepoussant parle bouton H.
- Sur le bord, du côté IK du cadre mobile, est pratiquée une crémaillère en dents de scie, comme on le voit dans la figure. Ces dents sont distantes l’une de l’autre comme doivent l’être deux lignes dans l’écriture qu’on se propose de faire; on leur donne ordinairement 7 à 8 millimètres. Uii ressort placé sur le côté du pupitre vers H B, que l’on voit dans la figure, ainsi que le bouton E, appuie sur un valet, ou bien fait lui-même l’office de valet, et ne permet au cadre mobile que le mouvement progressif vers A. Lorsqu’on veut le repousser vers B, on
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- est obligé de tirer en dehors le bouton du valet E, pour le dégager de la dent de la crémaillère. Cette opération ne se fait que lorsqu’on a fini la page et qu’on veut en commencer une seconde.
- V ers le milieu de la longueur du pupitre est placée une traverse O, M, fixée par ses deux extrémités sur le cadre fixe ABCD, mais qui ne touche pas le fond du pupitre; elle en est distante de 5 millimètres. C’est sous cette traverse que doit passer la feuille de papier qui doit servir pour écrire la seconde copie. On aperçoit en P, Q, une petite planchette qui tient par deux charnières à la traverse OM, et qui est fixée par les deux vis à tête goudronnée P, Q. C’est entre cette planchette et la traverse OH qu’est fixée par son extrémité la feuille de papier dont nous venons de parler; mais il faut observer que la planchette et la traverse sont ondulées pour retenir la feuille de papier. Avant de la fixer de cette manière, on la fait passer sur la branche IN du cadre mobile IKLN ; de manière qu’on conçoit bien qu’on ne peut pas tirer vers A ce cadre mobile, à moins qu’il n’entraîne avec lui la partie libre du papier dont le bout est pincé par la planchette PQ. On voit en F, une partie de cette feuille de papier, dont l’autre bout est pincé par la planchette PQ. Le mot ajnbotrace y est écrit, au-dessus de la traverse tlu cadre mouvant, et sur la feuille supérieure, au-dessus de la même traverse.
- La seconde feuille est fixée en X par les deux planchettes RS et TV, que l’on peut rendre parfaitement solides en faisant appuyer la planchette TV sur une feuillure pratiquée à la planchette RS, du côté R, et fixer cette planchette TVsoit par une vis à tête goudronnée, soit par un tourniquet, placé vers lepoint V.
- a, Encrier. Son ouverture doit être assez large pour que les deux plumes puissent prendre à la fois l’encre nécessaire.
- bj Boîte où l’on place du sable pour mettre sur l’écriture.
- Cj Boîte aux pains à cacheter. y
- dj Trous dans lesquels on place les plumes lorsqu’on veut se reposer.
- Fig. 9, Plumes enchâssées dans un morceau de corne, rues en perspective. T/une de ces plumes écrit sur le papier qui passe Tome ï. 26
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- sur la traverse IX du cadre mobile, tandis que l’autre écrit dans le même moment sur le papier X : comme ces deux, surfaces sont à des hauteurs différentes, on doit enfoncer, dans le morceau de corne, l’une des plumes moins que l’autre. On tient entre les doigts la plume qui écrit sur le papier X , à l’inclinaison convenable, et l’autre suit les mêmes mouvemens.
- La fig. 10 montre la pièce de corne séparée des plumes. C’est une bande de corne à lanterne, dont les bouts sont fixés en dessus et en dessous par des petits rivets en fil de laiton.
- La fig. 10 ( bis), qui représente une coupe de l’ambotrace prise perpendiculairement à la ligne I, X, fera parfaitement comprendre la manière dont les deux feuilles de papier sont placées, et la position des plumes pendant qu’elles écrivent sur les deux feuilles à la fois ; cequi parait le plus difficile à concevoir.
- r, Est la coupe de la traverse OM, fig. 8, qui elle-même est formée de deux pièces, la traverse proprement dite et la petite planchette P, Q, à cbarnière sur la traverse. C’est entre cette traverse et la planchette qu’est prise l’extrémité de la feuille de papier supérieure, où elle est fixée par les deux vis à tête P, Q, et dont une seule Q est vue dans cette fig. 10 ( bis). La feuille est donc fixée en m par un bout, elle se plie en n en embrassant la traverse I, N du cadre mobile, et passe au-dessous de la traverse O, M, pour se coucher sur la partie supérieure du pupitre. Le trait m, rij o_, indique la marche de cette feuille de papier, qui seule s’étend au fur et à mesure qu’on tire vers X le cadre mobile, tandis que la feuille X reste fixe.
- Il est facile actuellement de concevoir comment on peut écrire deux lettres à la fois. La plumef, qu’on tient à la main, écrit sur la feuille fixe X, tandis que la plume g écrit sur la feuille Trtj n, o, sur la partie qui couvre la traverse I, X du cadre mobile, qui change de place toutes les fois qu’on change de ligne. Les deux plumes étant invariablement fixées ensemble, suivent les mêmes mouvemens qu’on imprime à l’une d’elles
- Nous pensons qu’à d’aide de ces figures et de la description qui précède, la construction et l’usage de cet instrument, qui a été déjà décrit, mais qui n’a jamais été gravé, sera facilement
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- compris par tous ceux Je nos lecteurs qui ont quelque habitude des arts industriels. L,
- AMBRE GRIS. Ambarum cineritium. Substance aromatique concrète, d’une couleur grise mêlée de noir et de jaune, et comme stratifiée,plus légère que l’eau, d’une odeur suave, mais pénétrante, d’une consistance de cire, et susceptible, comme elle, de se ramollir à la moindre chaleur.
- L’ambre gris se rencontre ordinairement dans le commerce en masses irrégulières plus ou moins volumineuses ; plusieurs auteurs fout mention de morceaux du poids de 100 livres et au-delà.
- Ou le trouve particulièrement à la surface de la mer, aux environs de Sumatra, de Madagascar, et vers la côte de Coromandel.
- L’origine et la formation de l’ambre gris ont été le sujet d’une multitude d’opinions, dont quelques-unes seulement méritent d’être citées. Celle de M. Swédiaur, qui jusqu’alors avait paru la plus probable, consistait a regarder cette substance comme un produit excrémentitiel du cachalot, phjseter ma-crocephalm de L» M. Swédiaur cite, à l’appui de son opinion, la présence des os et des becs de sèche, que l’on trouve presque toujours incrustés dans l’ambre gris. On sait, en effet, que les cachalots recherchent ces espèces de poulpes avec une sorte d’avidité. Il cite aussi l’état maladif des cachalots, dans lés intestins desquels on rencontre de l’ambre. La plus forte objection qu’ou puisse opposer à cette version, c’est que l’ambre ne se trouve pas dans tous les parages fréquentés par les cachalots.
- M. Virey, dans un mémoire imprimé dans le Journal de Pharmacie, Ve année, pag. 385, a prétendu que l’ambre gris était une espèce d’adipocire ou gras des cadavres, provenant de la décomposition , sous l’eau, des poulpes odorans ; il a même avancé que l’on pourrait imiter ce procédé de la nature, et faire artificiellement de l’ambre gris, avec les poulpes odorans qui abondent dans la Méditerranée.
- Enfin, MM, Pelletier et Caventou, ayant fait dernièrement l’examen de l’ambre gris, ont trouvé une extrême analogie entre la matière nacrée de cette substance et la cholestérine des calculs biliaires humains, et ils en ont inféré que l’ambre gris
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- pourrait bien n’ètre qu’un calcul biliaire ou bézoard, formé dans les intestins de certains cachalots; ce qui expliquerait fort bien l’état de dé pér issement dans lequel on rencontre souvent ces cétacés.
- L’ambre gris , dans le commerce, est fort sujet à être falsifié; néanmoins il existe quelques caractères assez tranchés pour servir à faire reconnaître le véritable de celui qui est altéré. Si l’on casse un morceau de bon ambre gris, on voit que son intérieur est composé de plusieurs couches de différentes nuances de gris, mêlées de points jaunes, noirs et blancs; la chaleur de la main suffit pour le ramollir, et lorsqu’on y plonge une lame ou une tige d’acier chauffée au rouge, il laisse exsuder une matière liquide, d’une odeur très suave et très aromatique. Celui qui est falsifié ne possède au contraire aucun de ces caractères.
- L’ambre gris est fréquemment usité par les parfumeurs; mais jamais ils ne l’emploient seul, et il paraît que son odeur est peu susceptible de se développer, soit dans les poudres, soit dans l’alcool,car ils sont dans l’usage,lorsqu’ils préparent leur teinture d’ambre, etc., d’y ajouter du musc; sur quatre à cinq parties d’ambre on en met une de musc.
- L’ambre gris entre dans la poudre à la maréchale, l’eau de miel anglaise, les pastilles à brûler, les pastilles des Indes, le parfum de Portugal, etc., etc. On aromatise avec cette substance une multitude depréparations diverses, telles que des vinaigres, des savonet-tes, des huiles, des pomm ades, etc. En médecine, on fait quelqu’ u-sage de l’ambre; on l’emploie comme excitant et aphrodisiaque. R.
- AMBRE JAUNE, V. Succisr.
- AMÉNAGEMENT DES BOIS, Z7!Forestier.
- AMENDEMENT ( Agriculture). Amender la terre, c’est la rendre capable de produire une plus grande abondance de végétaux, ou des plantes plus grandes et plus succulentes que celles qu’elle peut donner par les seuls efforts de la nature. La théorie des amendemens est en général peu connue ; les causes auxquelles on a coutume d’attribuer les résultats de certaines pratiques, sont loin de satisfaire le physicien : mais ce qui importe surtout, c’est de connaître ces effets, pour être capable de les produire à volonté.
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- Les amendemens consistent, soit dans l'usage des engrais T du terreau, des cendres, des matières putrescibles, et de tout ce qui peut donner à la terre des sucs nourriciers-, soit dans les arrosages, les binages et les labours, qui en divisant la terre permettent aux racines des plantes de s y étendre, à l’air d’y pénétrer et à l’eau d’y descendre ; soit dans les mélanges convenables de terres de diverses qualités; soit enfin en remplaçant Tes absurdes jachères par des alternations de cultures. Comme nous ne pourrions, sans sortir des limites qui nous sont imposées , nous étendre convenablement sur ce sujet, nous nous bornerons à ces généralités, dont les applications seront d’ailleurs développées par la suite aux mots Assolemens , Esgrais , etc. Fr.
- AMEUBLIR la terre, la diviser par des labours; terme d’agriculture. On sait que lorsque la terre est trop compacte,, les-eaux n’y peuvent descendre, l’influence de l’air ne s’exerce pas au-dessous de sa surface, et les racines des plantes n’y pénètrent qu’avec difficulté. Aussi le-Cultivateur a-t-il soin d’ameublir la terre, soit en la labourant à la charrue, à la pioche ou à la bêche ; soit en y introduisant des engrais, du sable, des charrées, etc. On recommande cependant de ne pas rendre la terre trop légère, de crainte de priver les racines de l’eau nécessaire à la végétation, et de leur ôter le degré d’affermissement qui leur permet de résister aux vents. C’est surtout la surface de la terre qu’il importe d’ameublir par de fréquens binages> autant pour enlever les herbes nuisibles, que pour augmenter l’action des rosées et des eaux pluviales. Fa.
- AMIAATE. Cette substance minérale à laquelle on donne aussi le nom d’asbeste_, est une des plus singulières productions de la nature; formée principalement desilice,de magnésie, d’un peu d’alumine et de chaux, c’est-à-dire, des élémens des pierres les plus dures, l’arrangement de ses molécules est tel qu’on la prendrait pour un composé de fibres végétales. En effet, la texture fibreuse de l’asbeste, son éclat souvent soyeux, la facilité avec laquelle ou en sépare les filamens extrêmement déliés-, flexibles, et élastiques, peuvent le faire comparer au lin ou à la soie. La couleur de l’asbeste est tantôt d’un beau blanc soyeux, quelquefois
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- gî-ise, pins rarement brune, verte ou même noire. Si l’on ajoute à ces qualités celle d’être inaltérable au feu, ainsi que l’indique son nom, l’amiante sera regardé comme une des espèces minérales les plus précieuses. On ne sera donc pas surpris qu’à diverses époques on ait cherché à tirer parti de ce fossile et qu’on se soit occupe de le filer , d’en faire des étoffes et même du papier incombustible. Les anciens paraissent avoir bien connu la manière de le travailler et d’en obtenir des tissus qui étaient tels, dit-on, que le feu n’en altérait pas la souplesse, tandis qu’il les purifiait de toute matière étrangère.
- Quoi qu’il en soit, dans nos temps modernes , quelques personnes industrieuses se sont occupées de filer l’amiante , et sont parvenues à le réduire en étoffes, mais à l’aide d’un expédient qui consistait à le mcler avec un peu de coton ou de lin, sans quoi lo fil n’eût pas eu assez de force pour être tissé. On jetait la toile au feu et on en retirait un tissu d’asbeste pur. On aurait qui se dispenser d’avoir recours à cet expédient, si on avait connu et eufployé l’espèce d’amiante la plus convenable pour cet objet.
- Ou distingue plusieurs espèces d’asbeste : l’asbesteflexible3 l’as-beste dur j l’asbeste ügniforme , etc. La première variété est la plus propre à former des tissus, et elle est d’autant plus facile à lier que ses fibres sont plus flexibles et plus longues. C’est avec un amiante de cette espèce que madame Perpenti, en Italie, est parvenue, il y a une dizaine d’années, à fabriquer des toiles, des papiers et même de la dentelle. Un ouvrage imprimé en entier sur du papier fabriqué par cette dame, a été présenté et déposé à l’Institut de France par M. Huzard. Voici les procédés suivis par madame Perpenti.
- Elle a pris l’asbeste flexible qu’on trouve dans la vallée de Malenco, uni à la pierre ollaire, dont il semble provenir. la partie qui n’est point attachée à la pierre est lisse, grasse a» toucher, et d’un vert jaunâtre ; il forme des masses compactes; -il est tendre; il cède aux coups du marteau, et se divise facilement selon la direction des fibres.
- Toutes les préparations de l’amiante consistent à le laver dans de l’eau ordinaire , pour le débarrasser de la terre et. des.
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- autres matières hétérogènes dont il peut être souillé. Quand il a été suffisamment séché , on le partage en petits paquets ; on le gratte, on le frotte légèrement, et on le tire en sens contraire, en le prenant par ses deux extrémités. A mesure que ses parties ainsi tirées se séparent l’une de l’autre ; il se développe une quantité de petits fils d’une blancheur extrême, cinq fois, huit fois, dix fois plus longs que le morceau d’amiante dont ils proviennent.
- Cette production des fils d'amiante est un phénomène très curieux, très extraordinaire, dont il ne paraît pas que les naturalistes aient encore fait mention. Cette espèce d’amiante ne présente àl’œd, dans sa contexture, que des fibres grossières j et par le procédé de détirement indiqué, on obtient de ces fibres des fils très blancs, très fins, et d’une longueur telle, qu’on peut les employer à toutes sortes d’ouvrages. Ces fils se trouvent pelotonnés dans ses fibres grossières comme les fils de soie dans les cocons.
- On détache avec les mains les soies qui sortent des deux fragmens d’amiante, et on les dispose sur un peigne formé de-trois rangées d’aiguilles à coudra
- Ces fils étant longs, très flexibles et très fins., ils se travaillent: sur ce peigne avec la plus grande facilité , de la même manière-que l’on pourrait ouvrer le lin et la soie.
- L’amiante ainsi filé peut servir à former toute espèce d’ouvrages.
- On peut pratiquer la même opération sur les morceaux res-tans , quand ils sont d’une longueur suffisante.
- Les déchets peuvent se travailler sur les cardes que i’on emploie ordinairement pour la filoselle, le coton et la soie, et l’on peut filer ensuite la loquette au sortir de La carde.
- Ces déchets servent encore à la fabrication du papier, qui se fait par les procédés ordinaires , en substituant l’amiante au. chiffon.
- Pour donner au papier d’amiante une certaine consistance , on y applique la colle ou la gomme, en dissolvant l’une ou l’autre de ces substances dans une suffisante quantité d’eau»
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- Ou y plonge ensuite une éponge, avec laquelle on parcourt légèrement la surface de chaque feuille de la même manière que l’on s’y prend pour colorier le papier ordinaire.
- Quand elle est séchée, on la fait passer au cylindre pour effacer tous les plis.
- Le papier, ainsi préparé, est très propre à l’écriture, à l’impression ; et en employant une encre composée de manganèse et de sulfure de fer, l’écriture et le papier conservent le noir de l’encre , même après avoir passé par le feu.
- Ce papier d’amiante peut être très utile lorsqu’il s’agit de mettre à l’abri du feu des écrits précieux, des titres de famille , etc. ; mais quant aux ouvrages susceptibles d’être imprimés , le moyen le plus sûr de les conserver sera toujours d’en multiplier les copies par la voie de l’impression.
- L’amiante peut encore servir à faire des mèches incombustibles , qu’on n’aurait besoin ni de renouveler ni de moucher. Il faudrait avoir soin seulement, lorqu’elles se seraient remplies de crasse d’huile, de les jeter au feu pour les purifier. Suivant M. Sage, on en fait à la Chine des feuilles de papier de 6 mètres de long, et même des étoffes en pièces.
- Outre ces usages, l’amiante, dans certains pays, remplit des services non moins importans ; comme il ne peut s’altérer au feu ordinaire et qu’il faut le feu le plus violent pour le vitrifier, on l’emploie avec succès à la construction des fourneaux portatifs ou autres.
- L’amiante est, à cet effet, réduit en petites parcelles au moulin, et mêlé avec un mucilage pour en former une pâte que l’on introduit dans des moules, dont elle prend la forme et le poli, tandis que son intérieur présente sensiblement les parcelles d’amiante dont il est composé. Ces fourneaux sont d’un gris tirant sur le rouge, et allient la solidité à la légèreté ; ils changent de couleur et blanchissent au feu.
- Enfin, le savant Dolomieu a vu, dans l’ile de Corse, les potiers faire entrer l’asheste dans la composition d’une poterie, qui en devient pins légère et moins susceptible de se casser par le choc et par l’action du feu..
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- L'asbeste est très répandu dans la nature, et nous n’indiquerons que les lieux où on le trouve le plus abondamment.
- La partie de la Savoie que l’on nomme la Tnrentaise, produit l’asbeste flexible dont les filamens sont les plus longs et les plus soyeux. La Corse donne cette variété moins belle, mais avec une abondance remarquable, et telle, que Dolomieu l’employa pour emballer ses minéraux. On en trouve beaucoup aussi dans les Pyrénées, près de Baréges, dans les fissures d’une roche micacée. L.
- AMIDON. Cette substance, très répandue dans la nature, constitue la matière nutritive la plus importante parmi les principes immédiats des végétaux; on la trouve en quantité plus ou moins considérable dans les marrons, les châtaignes, les pommes deterre, les graines de toutes les graminées, et dans beaucoup de racines différentes : elle est identique dans toutes les plantes sous certains rapports généraux; mais elle diffère quelquefois relativement à sa forme, à son plus ou moins de solubilité dans l’eau bouillante, etm L’amidon est blanc, pulvérulent, insipide, inodore, peu hygrométrique, inaltérable à l’air et dans l’eau froide, l’alcool et l’éther. Son aspect brillant et comme cristallin, que l’on distingue facilement à l’œil nu, surtout quand cette substance est extraite des pommes de terre, se remarque à l’aide d’une loupe dans l’amidon provenant de tous les autres végétaux.
- MM. Yauquelin et Bouillon-Lagrange ont indiqué qu’en torréfiant l’amidon légèrement et avec précaution, on modifie ses propriétés seulement, sans le décomposer; qu’alors il devient soluble dans l’eau à la température ordinaire, et acquiert beaucoup d’analogie avec la gomme, qu’il peut suppléer dans presque tous ses emplois dans les arts. A une température plus élevée, l’amidon devient brun, se fond, se boursoulfle, se décompose, comme toutes les matières végétales, en dégageant les mêmes produits volatils et laissant un résidu charbonneux.
- On reconnaît la présence de l’amidon à l’aide de Y iodej avec lequel il forme des combinaisons de différentes couleurs ; l’une d’elles seulement, celle qui contient le moins à’iode possible, semblerait être blanche : les autres sont, en augmentant les
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- proportions de l’iode, d’abord de couleur -violette pas très pure bleue ensuite, et enfin toute noire lorsque la quantité d’iode est plus considérable.
- Lorsqu’on veut s’assurer de la présence de l’amidon dans un liquide, on y verse de l’eau que l’on a tenue pendant quelque temps en ébullition sur un peu d’iode (1) ; il se manifeste à 1 instant une couleur bleue assez prononcée. Pour obtenir de cette combinaison la plus belle couleur bleue possible, on traite l’amidon arec un excès d’iode, on dissout ce précipité dans la potasse, et on précipite de nouveau cette dissolution pari’acide acétique.
- On rend l’amidon soluble dans Peau froide, en le triturant préalablement avec de la potasse; tous les acides décomposent cette combinaison; l’amidon s’en précipite. Le sous-nitrate de plomb et le sous-acétate du même métal, que l’on fait bouillir avec un liquide contenant de l’amidon en gelée claire, y produisent un précipité composé de 38,8g de protoxide de plomb et de 100 d’amidon.
- L’acide sulfurique peut être uni à l’amidon et former une combinaison cristallisable ( Th. Saussure , Annales de Chimie r tom. XI ). Ce même acide étendu d’eau et à la température de l’ébullition, convertit 1 amidon en une matière sucrée analogue à celle qu’on obtient du raisin; mais comme cette conversion donne lieu à une fabrication spéciale, dont la fécule tirée des pommes de terre est la matière première, nous renverrons, pour la description du procédé à l’aide duquel on l’opère en grand, etc., à l’article Alcool , où on l’a déjà indiqué.
- Dans plusieurs circonstances, l’amidon est partiellement converti en sucrej soit spontanément et avec le contact de l’air, soit à l’aide d’une addition de gluten, soit lorsqu’il est uni a ce principe dans plusieurs graines céréales, et qu’il subit une reaction pendant l’acte même de la germination, soit enfin dans les fermentations alcooliques, acides, ou quelquefois même putrides. La fermentation spontanée convertit en outre une partie
- (i) Ou emploie aussi uue dissolution alcoolique d'iode.
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- de Pamidon en une matière gommeuse, analogue à celle obtenue par la torréfaction, et en une substance que M. Saussure a nommée amidine; substance dont les propriétés sont intermédiaires entre celles des deux autres états de Pamidon ( gommeux et sans qu’il ait subi d’opération ). Si cette décomposition a lieu avec le contact de Pair, il se forme de l’acide carbonique dû à la combinaison de l’oxigène de l’air avec le carbone qui se sépare aussi dans cette opération : il y a de plus formation d’eau aux dépens des principes de l’amidon, et le résidu sec obtenu pèse moins que l’amidon employé. Lorsque la même fermentation spontanée a lieu avec le contact de Pair atmosphérique, il y a peu d’acide carbonique formé et de gaz hydrogène pur ; il ne se dépose pas de charbon. M. Tli. de Saussure pense que dans cette circonstance, il y a une augmentation de poids qui serait due à ce que l’amidon aurait fixé ou se serait approprié une petite quantité des principes de Peau; et en effet on peut croire à cette assimilation , puisqu’elle a lieu dans une autre circonstance, la saccharification de Pamidon à l’aide de l’acide sulfurique.
- On a trouvé les quantités relatives suivantes, produites pendant ees réactions :
- Dans Pàmùîon fermante sans le contact de l’air.
- Matière sucrée........49,7
- Matière gommeuse..... 9,7
- Amidine..'. .......... 5,2
- Ligneux amilacé....... 9,2
- Li gueux mêlé de cbarlron. o,3 Amidon non décomposé. 3,8
- Dans l’amidon fermenté avec le contact de l’air.
- ........................ 47,4
- ....................... 23,0
- ........................ 8>9
- ....................... io,3
- .....Quantité inappréciable
- ......................
- De tous ces produits, la matière sucrée est la seule qui soit soluble dans l’alcool, et l’eau froide dissout parfaitement la gomme sans attaquer P amidine; on profite de ces propriétés et de celles que présente l’amidon de se transformer en sucre par l’acide sulfurique, pour séparer ces substances les unes des
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- autres. L’acide nitrique étendu d’eau dissout l’amidon à froid -plus concentré et à l’aide de la chaleur, il l’oxide et le transforme en acide malique ou oxalique; il se dégage de l’acide nitreux ( V. Acide oxalique ).
- Préparation de Vamidon. Nous ne parlerons ici que des-procédés à l’aide desquels on extrait en grand cette substance des graines céréales, renvoyant à l’article Fécule de pommes de terre , l’indication des moyens d’obtenir de ce tubercule l’amidon que l’on connaît particulièrement sous le nom de fécule dans le commerce ; là, nous traiterons aussi de la préparation analogue de la fécule de diverses plantes, telles que les palmiers de plusieurs espèces, la bryone, les arum, etc. Les emplois de cette substance n’étant pas, eu général, les mêmes que ceux auxquels on applique l’amidon proprement dit, ils se trouveront nature-lement placés à chacun de leurs articles spéciaux.
- L’amidon de blè, de seigle, à’orge, etc., se prépare, ainsi que nous l’avons dit, par les mêmes moyens; leur ensemble forme-l’art de Pamidonnier ; on peut donc traiter ces graines indistinctement soit isolées, soit mélangées en toutes proportions entre elles : on emploie de préférence les grains qui ont été altérés, gâtés par un long séjour dans des magasins humides, et rendus ainsi impropres à la plupart des autres usages, parce qu’alors ils se trouvent à meilleur marché dans le commerce, et que d’ailleurs l’amidon, étant moins altérable que plusieurs autres produits immédiats des végétaux, s’obtient ainsi en très grande proportion encore, avec plus de facilité et souvent même eu quantité presque égale. Pour préparer l’amidon très blanc, dit amidon fin, on se sert de recoupettes ou de griots de blé. Ces matières proviennent de la mouture imparfaite d’une partie des grains, dans laquelle la farine n’a pu être séparée du son. Les bons moulins, surtout ceux que l’on construit aujourd’hui, et qui donnent directement la farine sans repasses, ne produisent plus sensiblement de ces deux substances. V. Montres.
- On commence par moudre le grain d’une manière grossière, cette mouture s’obtient dans les moulins ordinaires en soulevant la meule supérieure à l’aide de la vis de pression sur 1 anille ; ou.
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- augmente par là l’espace qui sépare les deux tneuleâ, et le grain y passe seulement concassé-, si les grains employés sont trop humides , ils bourrent entre les meules, ont peine à s’en dégager, et on emploie beaucoup plus de force pour obtenir de moindres quantités moulues ; on évitera cet inconvénient par une dessication préalable. Après cette première préparation, on met tremper ces grains ainsi concassés dans de grandes cuves à moitié remplies d’eau , à laquelle on a ajouté un huitième ou un dixième d’eau sure provenant d’une opération précédente-, peu à peu la fermentation commence, et elle se développe d’autant plus rapidement que le gluten est en plus grande proportion dans les grains employés et que la température de l’atmosphère est plus élevée ; dès les premiers instans que le mouvement a commencé , toute la liqueur devient visqueuse, elle acquiert un degré d’acidité,et enfin elle se recouvre d’une croûte de moisissure assez épaisse. En cet état, on la nomme première eau sure ou eau grasse (1) ; on soutire cette eau à l’aide d’un robinet placé à la hauteur que doit occuper le dépôt dans la cuve, ou d’un siphon portatif et qui fait le service de plusieurs cuves ; on a enlevé préalablement toute la couche de moisissure ou chapeau avec une écumoire : la plus grande partie du gluten est alors décomposée, et les produits de cette décomposition répandus dans la liqueur avec la matière extractive du grain, sont séparés par cette première décantation; on lave le dépôt à plusieurs reprises, on le délaie ensuite dans l’eau et on jette le tout sur un tamis de crin ou de toile métallique posé sur deux traverses qui sont placées sur les bords d’un baquet. On a dernièrement appliqué à cette opération , dont le but est de séparer le son le plus grossier, le bluteau en vis d’Archimède: cet instrument est un cylindre dont l’intérieur est divisé par une bande continue de diaphragmes disposés de manière à former entre eux les pas d’une vis : ils s’appuient d’un côté sur l’axe du cylindre et de l’autre sur la toile qu’ils soutiennent dans sa forme cylindrique ; l’axe de ce bluteau est tourné à chacune de
- (i) Elle est composée, suivant M. Vauqnelin, d’eau, d’acide acétique, d’acétate d’ammoniaque, de phosphate de chaux , et de gluten»
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- ses extrémités et porte sur deux coussinets; sa situation doit être oblique, de manière à former avec la ligne horizontale un angle de 20 à 3û°; on lui imprime un mouvement de rotation à l’aide d’une manivelle ou d’une poulie à cuir, ainsi qu’on le fait pour les vis d’Archimède destinées au dessèchement des marais. La construction de ce bluteau est tout-à-fait la même-que celle de ces vis d’épuisement; seulement leurs fonctions étant différentes. le mouvement doit lui être donné en sens contraire, de manière que la vis, au lieu de prendre à sa partie inférieure des portions de liquide qui se succèdent par intervalles très rapprochés, en s’élevant jusqu’à ce qu’elles soient versées par le haut de cette vis, dans ce cas-ci le bluteau que nous décrivons est constamment alimenté, par sa partie supérieure, de bouillie claire formée avec le dépôt dont nous avons parlé ci-dessus. Un petit filet d’eau coule à l’extérieur de la toile métallique et la lave sans cesse; l’opération se conduit ainsi d’une manière continue; le son ou enveloppe ligneuse des grains sort par la partie inférieure du tamis parfaitement épuisé de l’amidon qu’il contenait. Ce qui a passé au travers de la toile de ce bluteau ou de celle du tamis ancien des ami-donniers, donne par le repos et la décantation une eau sure qui s’emploie, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dans la première partie du travail ; mais comme le dépôt contient outre l’amidon une certaine quantité de son très fin, pour opérer la séparation de ces deux matières, on la délaie dans l’eau et on laisse déposer: l’amidon se précipite le premier et occupe le fond du baquet Le son se dépose ensuite et forme la partie supérieure du dépôt; on l’enlève par couches successives jusqu’à ce que l’on ait atteint l’amidon, que l’on connaît à sa blancheur et à sa fermeté; on rince la surface de ce dépôt pour le dépouiller encore des parties de son qui y adhèrent ; on délaie de nouveau toute la masse blanche ainsi lavée, on verse le tout sur un tamis de soie ou dans un bluteau de même construction que celui décrit ci-dessus, mais qui en diffère en ce que son enveloppe extérieure est formée d’un tissu plus serré et semblable à l’étoffe des tamis de soie. Par 1 un ou l’autre de ces moyens, on élimine une nouvelle quantité de son fin, et l’amidon qui passe est plus blanc et plus pur; il faut ce
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- pendant le délayer encore dans l’eau, laisser déposer, décanter l’eau surnageante, rincer la surface du dépôt quiestencore un peu salie par les parties les plus ténues du son. L’amidon est alors très blanc, et en général sa blancheur et sa pureté seront en raison des précautions qu’on aura apportées dans les divers lavages et de la finesse du dernier tissu qu’on lui aura fait traverser. Les griots et les recoupettes de froment produisent, ainsi que nous l’avons dit, toutes choses égales d’ailleurs , l’amidon le plus/m et le plus blanc.
- Dessication. Cette opération, quoique fort simple, exige encore beaucoup de précautions ; car l’amidon le plus blanc au sortir des derniers lavages prend quelquefois une couleur brune ou verdâtre qui oblige à le mettre avec les amidons communs que Foh obtient ordinairement du dépôt des rinçures ou des grains trop gâtés j et que l’on classe, suivant leur blancheur, en plusieurs qualités. On met l’amidon prêt à sécher dans des paniers rectangulaires (dont les angles sont arrondis) garnis d’une toile libre. Ces paniers ont assez ordinairement les dimensions suivantes : longueur, 5o centimètres; largeur, 34 centimètres; hauteur, 2S centimètres ; on fait tasser l’amidon qu’ils contiennent en lui imprimant de petites secousses, on le laisse un peu s’égoutter et se raffermir, puis on le porte au séchoir. C’est un grand bâtiment dont la partie supérieure est divisée en plusieurs greniers, entouré de persiennes et garni intérieurement et près de ses côtés d?étagères ou planches superposées horizontalement les unes aux autres, à 4o centimètres de distance environ ; une aire en plâtre bien uni est disposée près de ces étagères.
- On renverse les paniers sur cette aire, et on enlève la toile qui sort de ces paniers avec le bloc d’amidon moulé.
- L’amidon éprouve là le premier degré de dessication : on le porte ensuite sur les étagères-, on en divise chaque bloc en seize parties, afin de présenter plus de surface à l’action desséchante de l’air; on les retourne plusieurs fois pour accélérer encore la dessication , afin aussi d’éviter une légère moisissure et les poussières, etc., qui peuvent salir l’amidon et dont on a moins de chances de le garantir par un long séjour. On porte alors ces mon-
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- ceauxà î’étuve, en raclant légèrement au préalable leur surface; ou les divise davantage et à la main, toujours dans le but d’opérer le dessèchement de cette substance le plus promptement possible; il faut aussi remuer de temps en temps au moyeu d’une spatule en bois, afin de renouveler les surfaces. À l’aide de ces précautions qu’il est nécessaire d’étendre ou de restreindre suivant l’état hygrométrique et la température de l’atmosphère, on sera assuré de conserver à l’amidon toute sa blancheur première.
- Connaissant la composition des farines d’orgeet de froment, etc., on pourra établir ainsi la théorie de ce qui se passe pendant la préparation de l’amidon. Ces farines contiennent beaucoup d’amidon , du ligneux provenant du cortex des grains, de petites quantités variables de gluten, d’albumine et de sels, entre autres du phosphate de chaux.
- La réaction du gluten sur l’amidon donne lieu à la formation d’un peu de sucre; le ferment contenu dans le mélange détermine une fermentation spiritueuse qui produit de l’alcool et de l’acide carbonique. Ce dernier se dégage sous forme gazeuse, et de là les bulles qu’on aperçoit venir crever à la surface de la liqueur. La fermentation acide suit immédiatement; l’eau sure excite nécessairement cette fermentation , de laquelle résulte une nouvelle quantité de vinaigre; et bientôt après le gluten, en raison delà grande quantité d’azote qu’il contient et de ses altérations spontanées faciles, donne naissance à la fermentation putride qui développe l’ammoniaque; le gluten et le phosphate de chaux sont en partie dissous dans la liqueur par l’acide acétique, et en partie tenus en suspension; la réunion de ces principes compose les eaux sures dont nous avons parlé.
- Il arrive souvent que les eaux sures, reportées sur la farine dans la première partie de l’opération, subissent, sans qu’il y ait aucun dégagement ni même aucun mouvement sensible, une dtèr ration particulière qui rend toute la liqueur épaisse, gluante et filante au doigt. Cette altération, qu’on pourrait appeler fermentation visqueuse, peu importante ici quoique fort remarquable, se présente accidentellement dans beaucoup de cas et dans le trai tement des matières sucrées, où elle est presque toujours nui si
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- et cause souvent des pertes considérables. V. Articles Fermentait»', Sucre de betterave, Tin, etc.
- Usages. L’amidon s’emploie dans beaucoup d’arts, quoiqu’en quantités peu considérables dans la plupart: les peintres, les colleurs,les confiseurs,les blanchisseurs, etc. s’en servent fréquemment ; les médecins le donnent comme aliment d’une nature particulière et comme médicament ; mais dans ce cas, comme dans la fabrication du sucre, on emploie de préférence la fécule de pomme de terre, etc.
- Composition. L’amidon est formé en poids, suivant M. Berze-lius, de
- Carbone............................. 43—481
- Oxigène............................. 4g—455
- Hydrogène........................... 7—o64
- 100—
- P.
- AMMONIAC ( SEL ). F.
- AMMONIAQUE. L’ammoniaque est un des alcalis les plus anciennement connus; on lui a donné, relativement à sa grande volatilité, les noms d’esprit volatil, d’alcali volatil, d’alcali volatil fluor, d’esprit volatil de sel ammoniac, et enfin, ayant égard à ce qu’on le retirait principalement du sel ammoniac ordinaire, on lui a donné une dénomination qui en dérive, et on l’appelle maintenant ammoniaque, dont on a fait un substantif féminin.
- Cet alcali ne ressemble en rien aux autres sous le rapport de sa composition, puisque, loin de pouvoir le ranger parmi les oxides métalliques, on le regarde comme entièrement formé d’azote et d’hydrogène. A la vérité, quelques chimistes des plus distingués ont avancé que l’ammoniaque contenait de l’oxigène , et ils en ont même déterminé la proportion à 20 pour 100, en la concluant de sa capacité de saturation; mais par des moyens plus directs, il a été impossible jusqu’à présent de fournir des preuves positives de cette assertion. On n’obtient, pour résultat de son analyse, que de l’azote et de l’hydrogène, dans le rapport d’une partie du premier contre trois du second, en volume ; ainsi, à moins qu’on Tome I. 27
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- ne démontre que l’un ou l’autre de ces gaz, ou peut-être tous les deux sont des oxides, il faut admettre que la composition de l'ammoniaque est tout-à-fait différente de celle des autres alcalis.
- La nature de l’ammoniaque fait voir que les substances azotées seules peuvent concourir à sa formation primitive; et, en effet, cet alcali est toujours le produit de la décomposition des matières animales : chaque jour nous sommes témoins de ce résultat et nous le voyons se développer là où les matières animales se trouvent accumulées. Les procédés actuellement en usage pour déterminer la formation de l’ammoniaque, sont une conséquence immédiate de cette observation. On soumet des matières animales à l’action de la chaleur, et la décomposition est telle, qu’il se forme entre autres produits une assez grande quantité d’alcali volatil. On indiquera, en traitant de la Fabrication du sel ammoniac , les moyens dont on se sert pour extraire cet alcali de ses congénères, pour le transformer en muriate d’ammoniaque, etc.
- L’ammoniaque privée d’eau est un gaz permanent, d’une odeur des plus vives et des plus pénétrantes, et qui excite le larmoiement avec une force extrême. Ce gaz alcalin, qui est très soluble dans l’eau, est un caustique énergique, susceptible de déterminer, en fort peu d’instans, des cloches ou phlyctènes à la surface de la peau que l’on soumet à son contact, lors même qu’il est dissous dans l’eau. Ces diverses propriétés ont été mises à profit dans l’art médical. Ainsi, on fait respirer de l’ammoniaque à des personnes qui tombent en syncope; la forte irritation qui est produite sur les membranes, ranime les esprits et fait revenir le malade beaucoup plus promptement Comme rubéfiant, on en a tiré aussi un grand parti. On imbibe des compresses avec de l’ammoniaque liquide, et on les applique sur le point où on veut produire de l’érosion; ou mieux encore, et ainsi que le conseille le docteur Gondret, on incorpore cette ammoniaque avec une graisse en demi-liquéfao-tion : il eu résulte une espèce de savon qui, appliqué sur la peau, y produit une action plus soutenue, et fait réellement vésicatoire. Le grand avantage de cette méthode est d’obtenir des effets beaucoup plus prompts qu’avec les épispastiques orch”
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- naires, et il est des cas pressans où cet avantage est inappréciable. Enfin, on s’en sert aussi sous ce même rapport, pour cautériser, en quelque sorte, les points où l’on craint que quelques virus ou venins n’aient été introduits, lorsqu’on en veut prévenir l’absorption. C’est ainsi qu’on l’emploie dans les cas de morsures par les animaux enragés , et aussi pour les piqûres des insectes-, mais alors on l’étend d’une plus grande quantité d’eau.
- Dans les arts, on fait quelque usage de l’ammoniaque; on s’en sert pour dissoudre le carmin, pour délayer l’écaille d’ablettes et faire une préparation employée dans la fabrication •des perles fausses, etc. En chimie, on s’en sert très fréquemment, soit comme dissolvant spécial de telle ou telle substance, soit comme réactif capable de faire reconnaître l’existence de certains corps dans une combinaison quelconque. Plusieurs oxides métalliques sont solubles dans l’ammoniaque, et fournissent par là un moyen de les séparer de tous ceux qui ne jouissent pas delà même propriété. Tous les sels d’argent, le prussiate excepté, sont solubles dans cet alcali; le chlorure d’argent s’y dissout aussi avec tant de facilité, qu’on a sérieusement songé à substituer ce moyeu au procédé d’amalgamation pour l’exploitation des mines d’argent, surtout tel qu’on le pratique au Pérou et au Mexique, où il se perd beaucoup de mercure, non-seulement en raison du temps très long que dure ce procédé, mais aussi paice que le manque de combustibles forçant d’éviter le grillage, on est obligé d’agir sur une plus grande masse déminerai, ou du moins sur du minerai qu’on n’a pas pu enrichir. Les frais que comporte le déchet du mercure sont assez considérables pouF qu’on ait cru plus économique de dissoudre le chlorurej une fois formé, avec de l’ammoniaque; l’expérience doit s’en faire incessamment. Cette dissolution laisse déposer le chlorure par une simple évaporation. Gn peut aussi en séparer immédiatement l’argent à l’état métallique, en y plongeant des lames de cuivre ; celui-ci se substitue à l’argent.
- L’ammoniaque étant assez peu énergique dans ses affinités pour les acides, elle se laisse déplacer de toutes ses combinaisons salines par la plupart des bases; quelques-unes cependant,
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- telles que la magnésie, n’en éliminent qu’une partie, et partagent avec elle l’acide combiné pour former un sel double ; mais ce cas est assez rare, et le plus ordinairement la décomposition -est complète; ainsi non-seulement la potasse, la soude, mais encore la chaux, la baryte, la strontiane, et même beaucoup -d’oxides métalliques, mettent l’ammoniaque à nu, lorsqu’on les mélange avec un sel quelconque formé par cette base. On ne manque donc pas de moyens de se procurer l’alcali volatil, l’économie seule doit fixer sur le choix des matériaux. Dans les laboratoires et même en fabrique, on se sert pour l’obtenir d’un mélange de cbaux éteinte à l’eau et de sel ammoniac pulvérisé. Si on ne veut la recueillir qu’à l’état de gaz, on prend de la chaux caustique anhydre, et on opère sur le mercure de la même manière que pour tout autre fluide élastique soluble dans l’eau. Pour obtenir l’ammoniaque liquide, on se sert d’un appareil de Wolf ordinaire, composé d’une cornue de grès chemisée, et d’une série de 3 ou 4 flacons garnis de leurs tubes de communication et de sûreté ( V. Apfabeid de Wolf, fig. 3, pl. IV des Arts chimiques ). Quand on opère sur des quantités un peu considérables , alors on emploie , au lieu de cornue, soit une marmite, soit un cylindre de fonte, et on adapte un appareil d’une capacité relative ; quelquefois ce sont de simples tourilles en grès, et on les dispose de la même manière que pour l’acide hydrochlorique. Voici, au reste, comment on procède. On commence par diviser la chaux à l’aide d’un peu d’eau, et pour cela il suffit de mettre les morceaux de chaux dans une terrine ou dans uu baquet; on les arrose lentement et sur toutes leurs faces, avec une petite quantité d’eau à la fois. On continue tant que la chaux fuse bien; lorsqu’elle est entièrement délitée, onia laisse refroidir,puison la passe au tamis. Quelques praticiens recommandent d’employer la chaux anhydre et simplement pilée au mortier ; mais tout est désavantage dans cette méthode : la main-d’œuvre est beaucoup plus considérable, et l’opération en elle-même est très désagréable à supporter; de plus, jamais on n’atteint le même degré de ténuité. Enfin, la raison la plus décisive, c’est que la présence de l’eau dans la
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- chaux rend la décomposition infiniment plus facile ; elle sert de-véhicule au gaz, et l’entraîne avec Lien plus de rapidité; Quant au sel ammoniac,. on le pulvérise par les moyens ordinaires» On en fait un mélange à parties égales de ces deux substances, on l’introduit soit dans une cornue, soit dans un cylindre-, suivant la quantité, et de manière que-le vase n’en soit jamais entièrement plein.. Assez ordinairement,pour être moins indisposé par l’odeur qui.se dégage, on ne mélange pas lè tout à la.fois..
- Les matières premières étant ainsi préparées, on adapte à là cornue ou au cylindre, un appareil, dont toutesles pièces doivent avoir été disposées d’avance. Au moyen-d’un gros tube courbe,. on ajuste un premier flacon destiné à laver le gaz-, c’est-à-dire à le débarrasser de tout ce qui lui est étranger, A. ce premier flacon, dans lequel on met une très petite quantité d’ëau, et qui est muni de son tube de sûreté, on en adapte un-second,, puis un troisième, et on divise entre les deux une quantité d’eau à peu près égale a la totalité du sel employé, en avant soin que chaque flacon ait au moins un tiers de sa capacité vide. Ges précautions.prises, on lute exactement toutes les-tubulures,, et on terrasse le fourneau après l’avoir recouvert de son dôme.. Les cylindres de fonte qui servent en grand pour faire cette opération, portent à l’une de leurs extrémités, une douille pour les mettre en communication avec l’appareil de Wolf. Du côté-opposé, qui est celui par où on introduit'la charge,, et par où on enlève le résidu, ils sont entièrement ouverts et munis d’un bord renversé quadrangulaire-, on applique sur ce bord renversé une plaque également carrée, et l’on fixe, à. l’aide devis et d’écrous, les deux surfaces entre lesquelles on a mis une petite rondelle de feutre ; les joints sont ensuite recouverts avec de la terre à four délayée, et à laquelle ou ajoute un peu de sel marin et de filasse hachée, enfin on recouvre encore ce lut avec delà terre glaise ou argile, pour en entretenir - l’humidité et empêcher qu’il ne se gerce. Cette opération,_ même en grand, exige plus desoins que ses analogues, parce qu’on ne peut éviter la pression, et qu’il faut que les luts puissent y résister. Il n’en est pas de même dans beaucoup d’autres cas; ainsi pour l’acide
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- hydrochloriquc, par exemple, on se contente de faire, arriver le gaz à la surface de l’eau, parce que sa solution, étant beaucoup plus dense, gagne immédiatement le fond du vase; et jusqu’à ce que la totalité soit saturée, c’est toujours de l’eau qui est à la partie supérieure, tandis que c’est précisément le contraire qui arrive avec le gaz ammoniac, puisque sa dissolution dans l’eau est plus légère que l’eau elle-même, et que par conséquent le gaz qui arriverait à la surface de l’eau, se trouverait bientôt en contact avec une couche saturée qui empêcherait la saturation des couches subséquentes. 11 faut donc, de toute nécessité, ou agiter fréquemment le liquide, ou faire plonger profondément les tubes qui amènent le gaz ; et dans ce dernier cas, les luts ont une forte pression à supporter : aussi arrive-t-il fréquemment qu’ils ne peuvent résister. En supposant toutefois l’appareil monté convenablement, on commence à chauffer, et on voit immédiatement le gaz se dégager; la rapidité plus où moins grande de son émission sert de guide pour augmenter ou diminuer le feu. A mesure que le gaz se dissout, le volume du liquide s’accroît, et sa température augmente dans un rapport d’autant plus grand que la quantité de gaz dissoute dans un temps donné sera elle-même plus considérable. Le changement de volume s’explique de lui-même, et on conçoit que l’élévation de température est due à ce que le fluide élastique abandonne son état aériforme pour se convertir en liquide, et que par conséquent il doit perdre toute la portion de calorique latent qui le maintenait à l’état de gaz.
- 11 arrive, une époque à laquelle, le courant de gaz étant supposé toujours le même, le liquide néanmoins se refroidit, parce qu’étant alors près de son point de saturation , sa faculté dissolvante s’atténue de plus en plus, et que portion du gaz passe dans le flacon suivant pour s’y dissoudre et ^produire, comme dans le précédent, augmentation de température et de volume. L’opération marche ainsi jusqu’à complète décomposition du sel ammoniac, et on s’aperçoit qu’elle est près de terminer lorsque le tube de communication qui part de la cornue, devient extrêmement chaud, et qu’une grande quantité de h-
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- quide vient se condenser dans le premier flacon. Ce phénomène est dû à l’humidité de la chaux et du sel qui se dissipe sur la fin, et probablement aussi à la combinaison de l’hydrogène, de l’acide hydrochlorique, avec l’oxigène delà chaux. Il se dégage quelquefois à cette époque un peu de gaz inflammable provenant, suivant toute vraisemblance, de la décomposition d’une portion de gaz ammoniac, qui subit alors une température très élevée. Arrivé à ce point, on laisse refroidir l’appareil, puis oirdélute.
- On trouve pour résidu une masse de couleur fauve, compacte et tellement dure, qu’elle scintille sous le choc du marteau. L’intérieur offre une cassure brillante et lamellaire; ces lames se ternissent au contact de l’air, parce qu’elles en attirent l’humidité.. Traité par l’eau, ce résidu ne s’y dissout pas complètement; une partie de chaux non combinée reste sur le filtre; la liqueur évaporée jusqu’à un certain degré de concentration, donne par refroidissement des cristaux semblables à ceux de l’acide borique, qu’on a pu prendre pour un sous-hydrochlo-rate de chaux, et que je croirais volontiers être le deutoxide de calcium;, du moins, ce sont les mêmes caractères-: mais comme-ees cristaux se forment au milieu d’une liqueur extrêmement visqueuse, et qu’ils sont d’ailleurs très altérables, on n’aura pas réussi à les séparer complètement dumuriate de chaux dont, ils étaient environnés, et on aura cru qu’ils contenaient dans leur composition une certaine quantité d’àcide hydrochlorique..
- Quant aux produits liquides, on doit rejeter celui du premier flacon comme étant coloré,. impur, et d’ailleurs excessivement faible , parce que la vapeur d’eau qui arrive sur la fin-est-tellement chaude, qu’elle dissout à peine le gaz. Le deuxième flacon est ordinairement le plus saturé; le volume de l’eau qu’il contenait primitivement est augmenté environ d’un tiers, mais sa densité est singulièrement diminuée. Dans le commerce, on évalue approximativement cette densité au moyen de l’aréomètre à esprit. L’ammoniaque ordinaire porte de 20 à 220; on peut la monter jusqu’à a4 et 25 ; mais dans l’été surtout il devient extrêmement difficile de la conserver à ce point de concentration. Pour les expériences qui exigent un plus grand degré cFexac-
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- titude, il faut en déterminer rigoureusement la pesanteur spécifique. M. Humphry Davy a calculé les tables suivantes, dans lesquelles il détermine les rapports entre l’eau, la quantité de gaz dissoute, et la pesanteur spécifique de la dissolution.
- Pesanteur spécifique. Ammoniaque. Eau.
- O,go54 .... 25,3/ .... ...... 74,63
- 0,9166 ...... .... 22,07 ' * * ' • 77.93
- 0,9255 .... 19,54 .... ...... 80,46
- 0,9326 ...... .... 17,52 82,48.
- o,g385 .... i5,88 .... 84,12
- 0,9435 ... .... i4,53 .... 85,47
- 0,9476 ...... .... i3,46 .... ...... 86,54
- o,g5i3 .... 12,4o .... ...... 87,60
- o,g545 .... n,56 88,44
- 0,9573 .... 10,82 .... ...... 98,18
- o,9%7 .... 10,17 • ••• 89,83
- 0,9619 .... 9,60 .... ...... go,4o
- o,g684 .... 9,5c .... 9°,5o
- o,97i3 .... 7,17 .... 02,83.
- L’emploi de l’ammoniaque comme réactif exige qu’elle soit d’une grande pureté; mais celle qu’on trouve dans le commerce et qu’on prépare en fabriquq, est loin d’avoir les. qualités requises ; plusieurs motifs s’y opposent : d’abord on ne se sert jamais d’eau distillée pour cet objet, et en outre, pour éviter une trop forte pression, on ne met pas de flacon de lavage. Souvent même les matériaux qu’on emploie ne sont pas de première qualité. En effet on tire parti, pour cette fabrication, des débris et grattures des pains de sel ammoniac, etc. ; de telle sorte que l’ammoniaque du commerce contient toujours et un sel ammoniacal et quelques sels particuliers à l’eau dont on s est servi, et enfin une quantité variable d’huile empyreumatique. On peut rendre sensible la présence de tous ces corps au moyen des réactifs connus ; un sel bary tique pour les sulfates, le nitrate d’argent pour les muriates ; mais dans ce dernier cas, il fw‘
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- avoir la précaution, avant de verser le nitrate d’argent, de saturer l’ammoniaque par de l’acide nitrique pur ; autrement il n’y aurait point de précipité, lors même que l’ammoniaque contiendrait beaucoup d’acide hydrocblorique, parce qu’elle a la propriété de dissoudre le chlorure d’argent Quant à l’huile empyreumatique, si on veut n’avoir recours qu’à l’odorat pour en juger, on devra étendre l’alcali avec de l’eau r afin d’atténuer l’odeur qui lui est particulière, et pouvoir mieux distinguer l’autre. On peut aussi se servir du moyen indiqué pour l’alcool, et qui consiste à ajouter, à volume égal, de l’acide sulfurique concentré ; l’huile est alors brûlée et le mélange se noircit.
- L’ammoniaque, ou liquide ou gazeuse, jouit de beaucoup de propriétés dont nous n’avons fait nulle mention, parce qu’elles n’ont aucun rapport direct avec notre objet; mais nous ne devons pas terminer cet article sans indiquer les moyens de s’assurer de la composition de cet alcali. Schéele fut le premier à s’apercevoir qu’elle contenait de l’azote; après lui, Priestley y découvrit l’hydrogène en la soumettant à l’action de l’électricité; et en 1785, M. Berthollet parvint à déterminer, d’une manière rigoureuse, les proportions relatives des deux élémens qui la constituent. Si on fait passer dans un eudiomètre à mercure , un volume quelconque de gaz ammoniac et un volume égal d’hydrogène , l’étincelle y déterminera la combustion de l’hydrogène, tandis que l’azote, mélé à l’excès d’oxigène, formera . le résidu. En prenant les deux tiers de l’absorption due à la formation d’eau ou la quantité d’hydrogène, le tiers restant donne l’oxigène combiné;ce tiers, retranché du demi-volume employé, donne précisément l’oxigène qui fait partie du résidu; cette nouvelle quantité, soustraite à son tour du résidu total, fournit l’azote. C’est ainsi qu’on trouve que; 100 parties d’ammoniaque en volume sont formées de i5o d’hydrogène et5o d’azote; ou, en ayant égard aux pesanteurs spécifiques de ces deux élémens, de 21,i5 du premier, et de 100 du second.
- Cette composition Lien connue de l’ammoniaque fait concevoir comment elle peut enlever l’oxigène à certains oxides
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- très réductibles, et comment aussi elle agit sur certains corps arides d’hydrogène; tels sont le chlore, l’iode, etc. R,
- AMORCES. V. Appâts.
- AMPOULETTE. On donne ce nom, en mer, à un petit sablier destiné à mesurer la durée d’une demi-minute. L’artiste qui fabrique cet instrument fait, à la lampe d’émaillenr, un étranglement à un tube de verre, de manière à imiter deux, petites fioles superposées qui communiquent ensemble par un trou : ce trou doit être fort délié, et également perméable des deux côtés. On met, dans l’une des fioles, du sable tamisé extrêmement fin, très sec et exempt de poussière. On a même proposé d’employer du mercure, ou de l’oxide de manganèse réduit en poudre très fine. La dose doit être tellement proportionnée, que le sable emploie juste une demi-minute à s’écouler d’une fiole dans l’autre ; ce dont on se rend certain à ï’aide d’une montre. 11 est convenable de réitérer plusieurs fois l’épreuve, en maintenant le tube exactement vertical, et de s’assurer du résultat. Le temps de l’écoulement doit être le même des deux côtés du tube. Alors on ferme les deux bouts à k lampe, après y avoir emprisonné le sable. Le tube est ensuite-retenu entre deux disques de bois, que des tiges de gros fil de fer soutiennent à la distance convenable.
- L’ampoulette sert, en mer, à estimer la vitesse dë la course d’un navire : on jette à l’eau une petite planchette triangulaire retenue par une ligne ou ficelle, et lestée pour flotter verticalement, une pointe en l’air. Cette planchette, nommée Lock, participe d’abord à l’agitation que la mer éprouve par le mouvement du vaisseau ; mais elle ne tarde pas à s’en trouver assez éloignée pour qu’on soit en droit de la regarder comme à peu près stationnaire. La ficelle, qui s’est dévidée de dessus un moulinet, porte alors une marque qui sert de signal ; dès qu’on l’aperçoit, on renverse l’ampoulette : la ligne, tirée par le lock quon suppose rester à la même place dans l’eau, continue à se dévider à mesure que le vaisseau marche : cette ficelle porte des nœuds en drap rouge, espacés de 45 pieds, et on compte com-
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- bien de ces nœuds se présentent pendant la demi-minute que l’amponlette mesure. Quand tout le sable de celle-ci s’est écoulé, l’observateur donne un signal, et on arrête brusquement la corde du lock. Autant il y a de nœuds passés dans la demi-minute, autant le navire parcourt, chaque heure, de milles marins de 95o toises.
- On sait, par cette opération, que le navire fait trois, quatre, cinq.... nœuds, c’est-à-dire, parcourt dans la durée d’une heure 3,4,5.... milles marins. La direction de la course est donnée par la boussole. On réitère l’épreuve chaque fois qu’on le veut, et particulièrement quand on remarque un changement, soit dans la direction, soit dans la vitesse du mouvement. Le marin trace sur la carte une ligne droite qui, partant du point où il est, se dirige comme le fait le navire. Sur cette ligne, il porte une longueur égale à l’espace parcouru, mesuré sur l’échelle de la carte, et le point ainsi marqué représente celui où il vient d’arriver. C’est ce qu’on appelle faire le point.
- Cette évaluation est, comme on voit, fort inexacte ; mais les navigateurs s’en contentent : ils ont, d’ailleurs, le soin de prendre de temps à autre des hauteurs méridiennes du soleil ou des étoiles, pour corriger les erreurs, à l’aide des latitudes qu’ils en déduisent. Ces procédés ne peuvent faire ici le sujet d’une discussion, mais ce que nous venons d’en dire suffit pour montrer comment ils peuvent déterminer le lieu du globe qu’ils 00-cupent à tous les instans, et la direction qu’ils doivent suivre pour achever leur voyage. Fr.
- ANALYSE, est proprement la méthode de résoudre les problèmes mathématiques, en les réduisant à des équations. Nous avons exposé, au mot Algèbre , tout ce qu’il est possible de dire sur ce sujet dans un ouvrage d’Arts et Métiers.
- On donne encore le nom d’analyse à l’opération de Chimie qui a pour but de connaître la nature des principes constituans des corps de la nature et les proportions de ces principes. Il y a un grand nombre de circonstances où le manufacturier doit savoir analyser les substances dont il se sert ; mais comme, en traitant de chaque art chimique en particulier, nous aurons soin
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- d’indiquer les proportions des principes qui constituent les divers corps solides, liquides ou gazeux qu’on y rencontre, nous, ne jugeons pas nécessaire de donner ici les procédés généraux de l’analyse chimique. Nous exposerons, d’ailleurs, au mot Réactifs, ce qu’il importe le plus au manufacturier de savoir sur ce sujet
- ANAMORPHOSE (Arts physiques). On nomme ainsi une image difforme, une représentation grotesque et défigurée faite sur une surface quelconque plane ou courbe, et qui néanmoins > vue d’un certain point, ou sous certaines conditions , offre une-figure régulière, conçue dans de justes proportions.
- Par exemple, après avoir tracé une image réguîière( fig. if pl. II, des arts physiques ), enfermez-la dans un rectangle ou carré ABGD, que vous partagerez en cases égales ou petits rectangles par un nombre quelconque de lignes droites parallèles aux côtés et équidistantes entre elles. Tirez ensuite ( fig.. 2 ) la ligne ah égale à AB et divisée en autant de parties égales que cette dernière: élevez la perpendiculaire EV au milieu de AB, et prenez EVd une longueur arbitraire, aussi bien que SV parallèle à al. Plus vous ferez SV court par rapport à EV, et plus l’anamorphose qui en résultera sera difforme. Après avoir tiré du point V des droites V i, Va, V3. .. aux points de division de ab, tracez la ligne Sa, et par chaque point où Su est croisé par les premières lignes divergentes, menez des parallèles k ab : le trapèze ahcd se trouvera coupé en autant de cellules que le rectang'e ABCD; ces deux réseaux ont des aréoles qui se correspondent sous des formes différentes, et qu’on marquera des mêmes lettres. M et m, N et n, P et p... Il faudra dessiner dans chaque cellule de la fig. 2 une figure analogue à celle qui se trouve dans sa correspondante fig. 1, avec les conditions de déformation résultant de la différence des contours qui limitent chaque aréole. Cette description, aidée de l’aspect de notre figure, peut se concevoir sans qu’il soit nécessaire de donner de plus amples développemens.
- Par ce moyen vous aurez , fig. 2, une anamorphose : l’image ainsi tracée sera défigurée, et cependant elle offrira une apparence très régulière quand l’œil sera placé au-dessus, du point
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- V, à la hauteur VS. On pose le bord d’une carte sur la droite VS, et on tient cette carte dressée perpendiculairement au plan de la feuille du dessin ; on perce un trou qui réponde verticalement ar.-dessus de V, à la distance VS du bord inférieur ; et l’œil, placé derrière la carte, verra à travers ce trou le dessin fig. 2 sous une apparence tout aussi régulière que celui de la fi g. 1. Il est inutile de dire qu’on doit diviser celle-ci en un d’autant plus grand nombre de cases,qu’on veut que l’anamorphose soit plus exacte.
- On peut faire mécaniquement toute sorte d’anamorphose par un. procédé très simple. On percera le dessin proposé d’une multitude de petits trous d’aiguille aux points principaux de son contour et de ses détails intérieurs ; puis, présentant ce dessin dans Un lieu1 obscur et devant une bougie allumée, les rayons de lumière qui passeront par ces trous iront se porter à la surface sur laquelle on veut dessiner l’anamorphose : ces rayons y marqueront les diverses parties de la figure proposée; on en tracera et unira les empreintes, qui détermineront l’anamorphose demandée. L’œil étant placé au point occupé par la flamme de la bougie, verra cette figure sous une forme très régulière, tandis quelle sera plus ou moins grotesque pour tout autre spectateur (1). La déformation de la figure peut beaucoup s’accroître en faisant varier les positions de la bougie et du dessin par rapport à la surface qui doit recevoir le tracé de l’anamorphose.
- En général, on s’efforce, dans ce genre de perspective, de donnera l’image déformée une telle irrégularité qu’il soit impossible delà reconnaître, quoiqu’elle soit rendue très distincte pour le spectateur qui est convenablement placé. Quelques artistes ont même réussi à donner à l’anamorphose l’apparence trompeuse
- (1) C’est ce qui explique la construction précédente des fig. x et 2. Concevons qu’un dessin régulier, exactement semblable à celui de la fig. 1, sous de pins petites dimensions, soit dressé perpendiculairement an plan delà fig. 2, selon la droite de, qui remplace la longueur DC ; il est évident que les rayons émanés de l’oeil S, divergens pour se porter aux divers points de ce dessin, 'ont marquer sur la feuille même, par leurs prolongerons, les contours de la fig. 2.
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- d’une image qui se change en une autre totalement différente lorsqu’on la regarde d’nn certain point de vue. On cite en ce genre quelques résultats curieux : un paysage se métamorphosait ainsi en deux personnages, sur les murs du eloître des Minimes,près la place Royale; ce dessin était fait par le père Nice-ron qui a publié un traité sur cette sorte de construction, intitulé Thaumaturgus opticus ; la Perspective horaria du père Mai-gnan contient aussi plusieurs phénomènes intéressans d’optique. Ces jeux de perspective n’intéressent guère les arts, et nous croyons inutile de nous étendre davantage sur ce sujet.
- Mais il est un genre d’anamorphose qu’on trouve dans les boutiques d’opticiens et les cabinets de physique, et qui mérite de nous arrêter. Un miroir conique ou cylindrique est debout sur sa base, posée sur un carton où sont marqués divers traits confus. Lorsque l’oeil est placé dans un lieu désigné, ces traits, réfléchis à la surface du Miroir( T. ce mot) , vont se réunir dans l’œil et y portent l’empreinte d’une image régulière. Exposons les règles qu’on observe pour dessiner ces anamorphoses.
- Dans un cercle ab (fig. 3 ) dessinez la figure régulière proposée, divisez cette surface en segmens égaux par des rayons ca,cb, cd.,.., et en anneaux concentriques d’égales largeurs par des circonférences , de manière que le champ soit partagé en cellules dont le nombre est d’ailleurs arbitraire, mais qu’il,faut rendre très petites si on veut obtenir un dessin facile à exécuter et qui ait quelque précision. Notre figure a 12 rayons inclinés sous des angles égaux, et ces rayons sont coupés en quatre parties égala par les circonférences.
- Soit maintenant ABE(fig. 4) le profil d’un miroir conique, tel qu’il est proposé: AB est le diamètre de sa base, ou plutôt celui de la planchette de bois mince et circulaire sur laquelle il est mastiqué : CE la hauteur du cône; AE, BE ses côtés; S le lieu de l’œil, situé où on veut sur la verticale CS ou l’axe prolongé Ordinairement ce cône a pour hauteur CE le diamètre AB de sa base ; mais rien n’oblige à s’assujettir à cette condition ; pluscelle-ci est large par rapport à la hauteur, et plus l’anamorphose esc difforme, plus le carton où elle est dessinée a d’étendue.
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- Du centre E tracez l’arc de cercle SIF, et prenez SI égal à IF, I étant situé sur le prolongement El du côté AE; ce qui déterminera le point F. Divisez le rayon AG en autant de parties égales que la fig. 3 a de cercles concentriques (en 4 parties dans le cas actuel), et menez des points de division A, 1', 2', 3*, des droites au point S. Chacune de ces lignes va couper le côté AE en un point tel que v ; par ces points et le point F vous tirerez des droites telles que Fv: ces lignes divergentes F i,F2, F3,F4seprolonge-ront pour aller rencontrer la droite indéfinie 6BA4 en des points 1,2,3,4, qu’on marque de numéros, dans l’ordre où la figure les indique. Ces points ainsi déterminés, on a les longueurs Ci, C2,C3,C4jdesrayotts de circonférences concentriques qu’on décrit dans leur entier, quoique nous n’en ayons tracé qu’une partie pour ne pas rendre la figure confuse (1).
- Après avoir divisé ces cercles par des rayons en autant de seg-mens égaux, qu’on en a formé dans la fig. 3, on aura des deux parts un égal nombre de cellules. On marquera ces cases de lettres qui puissent faire reconnaître celles qui se correspondent. Il est à remarquer que les cases les plus rapprochées du centre dans l’une des fig. 3 et 4, en sont au contraire les plus éloignées dans l’autre; ainsi la cellule M est analogue à m, et on devra reporter sur la surface M tous les traits déjà formés sur m, mais en les renversant de dedans au dehors et courbant les lignes sous les conditions de déformations qui résultent des relations d’étendue et de figure des deux cases M et m ; de meme N est analogue à », P à p. etc. Comme cette sorte de renversement présente quelques difficultés d’exécution , parce que les courbures sont ah-térées et s’assemblent bizarrement, on se contente de marquer quelques traits principaux par exemple, ceux où les lignes qui limitent les cases sont coupées par les traits du dessin régulier,
- (1) Il sait de ces constructions que les rayons de lumière se réfle'chissant à la surface des corps polis de manière à faire l'angle de réflexion égal à. l’angle d'incidence, comme l’angle mA est égal à SVE, le peint 1 sera va selon la direction Sv par l’œil situe’ en S, et qae la circonférence 1fg paraîtra être tracée snr la base même AOB du cône, avec le rayon Cl'. On en dira autant de» nôtres cercles concentriques; ce qui démontre la construction ci-dessus.
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- et on complète ensuite l’anamorphose en plaçant le miroir conî-quesur sa base ÀOB, etrecevant l’image dans l’œil situé en S. Il est inutile de dire que toutes les lignes qui sont au-dessus delà droite 4AB6, n’étant utiles qu’aux constructions, doivent être effacées du dessin et remplacées par la continuation des circonférences et par les cellules et les traits qui complètent la figure.
- Pour apercevoir mieux l’image, il convient de la regarder comme ci-devant, à travers un trou percé dans une carte qu’on place précisément au point S, c’est-à-dire dans l’axe du cône et à la hauteur SG. Ces jeux d’optique étonnent ceux qui n’v sont pas habitués ; la surprise naît du défaut de ressemblance entre les objets dessinés sur le carton et l’image qui s’offre à l’œil. On fait encore des miroirs pyramidaux dont les effets sont plus surpre-nans encore, en ce qu’on n’y doit voir qu’une partie de la surface du carton, et qu’on peut dessiner, sur les parties inaperçues dans le miroir, des sujets qui se lient avec les premiers pour en augmenter la déformation, ou même pour donner l’ensemble d’un sujet très différent de celui qu’on doit voir dans le miroir. Les principes que nous avons exposés suffisent à l’intelligence des procédés dont on se sert pour tracer ces anamorphoses. Nous en dirons autant de celles qu’on emploie pour les miroirs concaves, convexes, cylindriques, prismatiques et polyèdres. Chacun de ces miroirs exige un tracé différent, et nous ne pourrions, sans nous écarter beaucoup des limites qui nous sont imposées, entre-prendre de développer ces diverses méthodes; il nous a suffi d’exposer les principes généraux qui leur servent de base et de les avoir appliqués à quelques cas particuliers. On recourra pour plus de détails aux ouvrages déjà cités, à l’Encyclopédie, aux Récréations mathématiques de Guyot, au tome IV des Mémoires de l’Académie de Pétersbourg, à la Catoptrique de Wolff, etc.
- Il est inutile d’ajouter qu’on doit colorier avec soin les dessins de l’anamorphose. Comme certaines surfaces très étendues qui bordent le contour du tableau difforme sont vues en raccourci dans le miroir, il faut que le ton de couleur de celles-ci soit plus clair, pour qu’elles produisent par leur réunion le ton fonce qu’on désire; à peu près comme on le ferait si on lavait, à plu'
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- sieurs couclies claires, une même surface pour en élever la'cou-leur au degré d’intensité demandé. Réciproquement aussi, on donne un ton plus foncé aux parties centrales, qui, vues dans le miroir, y prennent une plus grande étendue, et doivent avoir leurs couleurs affaiblies. Fn.
- ANCHES ( Arts physiques). Lorsqu’on chasse l’air dans un tube librement ouvert aux deux bouts, il n’en résulte ordinairement aucun son, parce que la colonne d’air cède en entier à cette impulsion, et se transporte parallèlement, sans que ses particules réagissent; l’air n’éprouve alors aucune vibration de ses molécules. Pour qu’une colonne d’air produise un son, il ne faut donc pas l’ébranler en totalité en poussant sa masse, mais il faut en l’un de ses points exciter une succession rapide de mouvemens alternatifs, qui, transmis à la colonne entière, la fassent osciller dans sa longueur : le degré du son dépend de la vivacité de ces oscillations et de l’étendue de la colonne d’air. Dans tous les instrumens à vent, c’est toujours l’air qui est le corps sonore, et non pas les parties solides qui semblent produire le son.
- 11 suit de cet exposé que, si on introduit l’air avec plus ou moins de force sur les bords d’un trou qui le divise et le fait frémir, comme cela arrive à Y embouchure de la flûte, ou bien quand on garnit l’orifice d’un appareil vibratoire particulier nommé ancheil y a production de son. Dans la clarinette, par exemple, le tube de l’instrument se termine en avant par nn bec (fig. 5, 6, 7 ), dont une face est plane et ouverte, mais bouchée par une lame mince faite en bois de roseau. Cette anclie ( fig. 8 ) est retenue à sa base sur le tube même du liée, par une ficelle qui la serre exactement, en faisant une suite de circonvolutions; et pour que la jonction soit plus hermétique, l’anche est posée sur des rainures longitudinales pratiquées au bec; le tube est d’ailleurs incisé circulairement pour recevoij les contours successifs de la ficelle ( V. fig. 5 ). On a imaginé, pour plus de commodité, de remplacer cette corde par une espèce S anneau (fig. 6 et 7 ), qui enceint le liée à la manière d’une frette ; on peut serrer à volonté cet anneau, à l’aide de deux Tome I. 28
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- vis. Quoique cette invention nous paraisse très Lien remplir son objet, nous devons avouer que les avis des artistes sont partagés sur les avantages et les inconvéniens de ce dernier mode d’union de l’anche avec le Lee.
- Le Lrin de canne dont cette anche est faite doit être très aminci au bout antérieur ; après l’avoir taillée en longueur et largeur d’après la grandeur des rainures sur lesquelles elle doit poser et sur une épaisseur d’un millimètre environ , on la passe sur une lime plane et large pour que la table soit bien dressée. Placée sur le bec, elle ne doit laisser au bout qu’une petite fente qui diminue de largeur à mesure qu’on s’éloigne de ce bout, Dans cet état, avec un canif bien tranchant, on l’évide en dessus, àpartir de l’endroit où elle est près de l’anneau ou du premier tour de ficelle. Il faut j laisser assez de bois pour pouvoir , au besoin, remédier aux vices de conformation que l’expérience pourrait indiquer. L’épaisseur du roseau doit aller en diminuant de plus en plus vers le bout du bec, et principalement sur les côtés, le milieu devant conserver un peu plus d’épaisseur. Lorsqu’on ôte trop de bois vers la base, le son est canard et désagréable ; on passe la lime, ou on gratte le bois du bout de l’anche sur une longueur de 4 à 5 millimètres et sur toute sa largeur, pour l’amincir presque jusqu’à la transparence.
- Il arrive souvent qu’une anche faite avec soin n’est cependant pas bonne; mais en serrant ou lâchant plus ou moins, en l’avançant ou la reculant sur le bec, on réussit quelquefois à en tirer parti. Il arrive aussi que le bois se corrige de lui-même, et une anche rebutée peut redevenir bonne au bout de peu de temps. En un mot, les caprices de la nature dans la disposition des fibres ligneuses, Iaction de l’humidité, et la chaleur du souffle, influent beaucoup sur la qualité des anches ; on n’a aucune règle sûre à cet égard, et ces soins, souvent infructueux, font quelquefois le supplice de l’artiste. Les tâtonnemens sont indispensables pour s’assurer des qualités ou des défauts réels d’une anebe, et l’anneau qui la fixe sur le bec permet de faire ces essais avec bien plus de facilité que lorsqu’on se sert d’une ficelle, qu’il faut un long temps pour ôter et remettre. Quand une anche est gon-
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- fiée par l'humidité, on la remplace par une autre, et on ne la reprend que lorsqu’elle a eu le temps de se sécher.
- Comme la lame qui forme l’anche est extrêmement mince, et qu’elle affleure très près des parois du liée en n’y laissant qu’une petite fente pour l’entrée de l’air, l’insufflation met cette lame en vibration, en l’écartant et l’approchant avec vitesse des parois, et il en résulte un son.On voit, en effet, quel’air qui est poussé vivement , est forcé d’enfiler cette fente et de soulever la lame; celle-ci se referme de suite en cédant à l’élasticité des fibres ligneuses ; l’air et l’anche réagissent sans cesse l’un sur l’autre, et ce fluide entre en vibration.
- Le son produit par l’anclie sur son bec séparé dù corps de la clarinette, est criard et perçant; niais lorsque le liée est uni ail tube entier, ce son est conforme aux vitesses de vibrations de l’air dans ce tube d’après sa longueur. Le son est modifié par plusieurs causes; les unes ajoutent à sa qualité harmonieuse, les autres donnent son degré dans l’échelle diatonique : ces qualités dépendent surtout de la perce de l’instrument, c’est-à-dire de l’étendue et du diamètre de son canal longitudinal, du lieu et de la grandeur des trous que l’exécutant ouvre ou ferme avec ses doigts. La manière dont l’anche est pressée par les lèvres, ainsi que la force avec laquelle les poumons y chassent l’air, sont encore des causes qui influent puissamment sur la beauté des effets. L’art de filer et renfler les sons, de les briser par des coups de langue, etc., constituent le talent du musicien ; il nous suffira de faire observer que plus les sons doivent être aigus, et plus il faut serrer le bec entre les lèvres : cette pression, en diminuant un peu la longueur de la partie vibratoire de l’anche, en rend les vibrations plus rapides.
- Nous avons pris pour exemple l’anche de la clarinette, qui est le plus étendu de tous les instrumens où ce système soit employé ; mais l’explication et la cause des phénomènes sont absolument les mêmes dans tous les instrumens à vent. L’anche du basson, par exemple, est composée de deux roseaux égaux, et très minces au bout qui livre l’entrée à l’air ; ils sont légèrement courbés selon leur longueur. On applique l’une sur l’autre ces deux pièces de
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- manière à joindre les bords et à laisser entre deux un carrai ou l’air peut passer : ce système forme une sorte de cylindre creux et aplati. Pour réunir ces deux roseaux, on passe une petite broche de fer dans le bout du canal qui a les parois épaisses, afin de donner du soutien aux deux pièces; puis on les lie fortement ensemble avec une ficelle qui fait une suite de circonvolutions; mais on a soin de laisser libres les parties minces du roseau qui présentent une fente assez étroite. Cette broche de fer est de la grosseur d’un tube de métal porté par l’instrument et sur lequel l’anche doit être assemblée ; il faut que ce tube , nommé bocal, entre dans l’anche à la place de la broche qui est un moule d’égale épaisseur. L’anche ainsi enfoncée à frottement et serrée sur le bocal, on met le bout libre dans la bouche, et on presse les parois l’une contre l’autre près des points où la ficelle les unit. Enserrant un peu les lèvres, on rétrécit à volonté l’orifice, on pousse l’air avec les poumons, et les lames de l’anche entrent en vibration ; l’air participe à ce mouvement et produit des sons graves ou aigus, selon la force de l’insufflation et la longueur du tube de l’instrument déterminée par la position des trous qu’on a débouchés avec les doigts. L’anche du haut-bois offre la même construction.
- Les anches qu’on emploie dans certains tuyaux d’orgue ont une conformation différente. Ce sont des pièces de cuivre ou de Lois BH (fig. 9) ayant la forme d’un demi-cylindre creusé en rigole dans la longueur et ouvert au bout supérieur H : sur cette rigole est fixée une feuille Ci de laiton mince et étroite nommée languette; le tout est entré et retenu dans le trou d’un bouchon FE, qui la serre hermétiquement, sans que l’air puisse glisser entre deux. Si on souffle par l’emhouehure A, qui est fort étroite, pour donner au courant d’air plus d’impétuosité, ce fluide ne peut s’échapper qu’en passant par la petite fente qui sépare la languette Ci de la rigole B. L’une pressée contre l’autre, puis repoussée par son élasticité et par celle de l’air, fait une suite de battemens rapides qui mettent l’air en vibration et produisent le son.
- Le degré diatonique de ee son dépend de plusieurs causes, telles que la force du souffle, la courbure de la languette, son
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- élasticité, son poids- et enfin sa longueur depuis son attache C jusqu’au bout libre i: plus cette distance est considérable, toutes choses égales d’ailleurs, et plus l’air devra avoir de force pour ramener la languette contre la rigole, lorsqu’elle en aura été éloignée; les battemens étant alors moins rapides, les vibrations de l’air seront aussi plus lentes, et le son sera plus grave. Aussi pour rendre le son plus aigu, il suffit de diminuer la longueur de la partie libre Ct'B delà languette, toutes les autres conditions restant les mêmes, parce que cette extrémité i ayant moins d’espace à parcourir pour frapper sur la rigole, et moins pour s’en éloigner, fera vibrer l’air plus rapidement. Pour régler le son de Tanche etl’amener au degré convenable, la languette est.retenue à sa base par une tige DG de fd de fer, nommée rosette, qui est recourbée au bout où elle est serrée contre la rigole; on avance ou recule à volonté ce crochet ; comme le son monte ou descend à mesure qu’on accoureit ou alonge la partie libre Gide la languette, on amène aisément l’anche à résonner à l’unisson d’un , autre corps sonore : c’est ainsi qu’on accorde les jeux d’orgue dits -à anclie. V. Orgue , Accordeur , et Moxocorde,.
- Du reste, la forme des tuyaux qui portent les anches, leurs . dimension, etc., contribuent beaucoup à la qualité des sons d’un . instrument, et nous nous réservons de traiter ce sujet aux articles CtARIXETTE, BaSSOX , CoR, etc.
- M. Grenier a perfectionné lës anches d’orgues; nous extrairons de la Physique de M. Biot la description donnée par ce savant du nouvel appareil sonore. M. Grenier fait la rigole AR (fjg. xo) en bois ou en cuivre, mais à arêtes vives et sous forme d’un parallélépipède. La languette est une lame de laiton! parfaitement plane et coupée en rectangle qui remplit presque exactement la face évidée de la rigolé. Une rasette extrêmement ferme et solide rr arrête cette languette et laisse la longueur convenable à la partie vibrante, en fixant invariablement sa base. Lorsque cette anche est montée sur le porte-vent BCS (fig. 11), si on souffle par le trou S, l’air comprimé, parce qu’il ne trouve qu’une petite issue entre la languette et les parois de la rigole , écarte la languette et s’y fait un passage : celle-ci par
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- son élasticité revient de suite à sa place, puis l’air la pousse de nouveau et entre dans la rigole ; et agissant ainsi par une succession alternative de mouvemens vifs et contraires, fait entrer l’air en vibration. On comprend que de pareils mouvemens, lorsqu’ils sont devenus très rapides, doivent produire un son, comme dans les battemens des anches ordinaires. M. Biot trouve le son des anches de M. Grenier très doux et très harmonieux, et dit qu’il ne ressemble en rien au son rude et criard de ces dernières , parce que la languette, au lieu de battre sur le bois ou le métal de la rigole, ne frappe que sur l’air qui vibre et la repousse.
- Un autre point important de la construction des anches de M. Grenier, c’est la fermeté des languettes et celle des rosettes qui les retiennent fixes. La force de chaque languette est combinée avec la largeur de la rigole qu’elle couvre, de manière que le courant d’air qui la presse ne puisse jamais lui donner plusieurs inflexions autour de son axe; et comme la fixité de la rasette rend sa longueur invariable, il en résulte que, quelle que soit la force du vent qui la presse, elle ne peut jamais changer de ton. ^accroissement du vent n’a doncd’autre effet que de rendre les excursions de la languette plus grandes, et, par suite, de renfler le son, sans en changer le degré diatonique. Le musicien règle à son gré ce renflement, au moyen d’une pédale qui fait mouvoir un soufflet à ressort. De cette manière, on peut à volonté produire des sons forts ou faibles, et passer par ces deux extrêmes par un crescendo aussi régulier, aussi soutenu que celui de la voix, ou des instrumens dans lesquels le son est modifié par le jeu des lèvres. Cette comparaison est ici d’autant plus exacte, que l’organe de la voix est un véritable instrument a anche; l’organisation anatomique du larynx y fait retrouver tous les élémens qui constituent ce système : et même pour imiter l’influence de la bouche sur la qualité des sons, M. .Grenier evase en cône les tuyaux par où l’air s’échappe, et les termine en demi-sphère. Ce renflement donne au son de la rondeur et de la force
- ici, comme dans les anches ordinaires, il y a pour chaque Ion gueur de languette une longueur de tuyau qui est la plus
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- vorable, et que l’expérience fait connaître. Si l’on s’en éearte trop, l’anche parle mal ou ne parle pas du tout. M. Grenier a construit sur ce modèle des tuyaux d’anches qui sonnent le seize-pieds ouvert, avec une netteté, une force et une régularité véritablement remarquables. Dans ce cas, la languette est une règle mince en cuivre, dont la longueur est 24 centimètres , la largeur 3 - centimètres, et l’épaisseur 3 millimètres. Ses vibrations sont si énergiques, qu’elles font frémir le tuyau qui lui sert de prolongement, le porte-vent sur lequel elle est montée, le plancher même, et tous les corps élastiques qui sont dans le voisinage.
- Il suit de cette exposition générale que le son des tuyaux d’anche est immédiatement excité par les battemens de leur-languette •, la rapidité de ces battemens étant réglée par les dimensions des lames qui les exécutent, on voit que le ton du son qui en résulte est complètement déterminé par ces circonstances, quelle que soit la nature du milieu où ces vibrations sont produites. C’est ce qui explique les effets sonores de la s:bèi\e de M. Caignard-Latour, lorsqu’on la meut par un courant d’air ou-d’eau.
- Quoiqu’on donne le nom d’anche à toute puce détachée qui fait résonner un instrument à ventj cependant nous ne dirons rien ici des embotjchubes qui servent à produire des sons dans les cohs , trompettes , serpbs's , oBHicnêrDEs, parce que ces pièces de métal sont d’une construction particulière, et que la théorie en est très différente. V. ces mots. Fr.
- ANCHOIS. C’est un petit poisson très délicat, qui, avec les harengs , sardines,etc., forme le genre Clupèe. On en fait une pêche abondante principalement sur les côtes de Provence et de la Catalogne ; les barils d’anchois sont un objet de commerce assez considérable.
- C’est surtout en hiver que Tes pêcheurs trouvent les anchois ; ces petits animaux nagent, comme les sardines, en troupes très serrées, et on les prend par milliers. Comme la lumière les attire , les pêcheurs allument des flambeaux dans leurs chaloupes, ou bien, ils enflamment des copeaux placés dans une poêle percée,
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- qu'un homme, assis à la proue du bateau, tient en avant: les anchois arrivent de toutes parts et se prennent dans les filets Quoique ées poissons frais soient un mets très agréable, c’est cependant lorsqu’ils ont été salés qu’on les préfère. La sauce nommée garmn, si estimée des Grecs et des Romains, était composée d’anchois convenablement préparés.,On conserve et livre au commerce ces petits poissons en leur ôtant la tète et les entrailles, et les pénétrant de sel. Comme leurs arêtes sont molles et peu sensibles, on ne les en prive pas. On les entasse dans de petits barils avec des précautions particulières, et, ainsi enfermés, on peut les envoyer à de grandes distances sans craindre qu’ils se gâtent. V. Poisson. Fe.
- A ACM’, de vaisseau. C’est une forte pièce de fer qu’on jette au fond de l’eau ou sur le rivage pour y fixer un vaisseau : elle est formée d’une tige ou verge, dont une des extrémités porte une ou plusieurs branches recourbées et pointues qui s’enfoncent dans la terre, et l’autre un anneau auquel on attache le câble qui retient le vaisseau.
- Il est à présumer que l’usage des ancres est aussi ancien que l’art de la navigation ; car on ne peut guère supposer que des hommes déjà assez habiles pour construire des machines flottantes, se soient abandonnés au courant d’une rivière, d’un fleuve, aux dangers de la mer, sans avoir le moyen de s’arrêter à volonté. -4pollonius de Rhodes, Etienne de Byzance, Athéné, et autres historiens, parlent d’ancres de pierre ou de bois, dont les anciens faisaient*usage, ainsi que le font encore, de nos jours, les habitans de quelques îles des Indes, orientales.
- Nous voyons, par des médailles et par les rapports de quelques historiens, que les ancres de fer à une et deux branches, sont aussi fort anciennes, et qu elles avaient à peu près la meme figure qu’on leur donne encore aujourd’hui ; mais dans ces derniers temps, nous avons dû en augmenter considérablement les proportions, pour les mettre en rapport avec la grandeur colossale de nos vaisseaux actuels.
- En 1737, l’Académie des Sciences de Paris proposa pour sujet de prix, les trois questions suivantes :
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- i°. Quelle est la meilleure forme à donner aux ancres de vaisseaux ?
- 2°. Quelle est la meilleure métliode de les fabriquer?
- 3°. Quelle est la meilleure manière de les éprouver?
- La première de ces questions fut pleinement résolue par Jean Bernoulli, et la deuxième par M. Trésaguet. Les prix proposés pour chacune de ces questions, leur furent adjugés. La troisième ne fut pas résolue à la satisfaction de 1!Académie : cependant elle crut devoir partager le prix entre Daniel Bernoulli et le marquis de Poléni, qui avaient envoyé des mémoires intéressans sur ce sujet.
- On fabrique des ancres de diverses dimensions, à une, deux, trois, et même à quatre branches, qui ont des noms et des usages différens, que nous allons successivement faire connaître.
- Les ancres à une seule branche, avec ou sans jas^ servent dans les ports, à l'amarrage des vaisseaux; ou comme corps mort et de point d'appui pour les manoeuvres. On ne saurait en faire usage en pleine mer, parce qu’on ne serait pas certain, quoique garnie d’un jas , que la branche mordît en terre.
- Les ancrés à deux branches opposées sont généralement employées à la. grande navigation. Il y en a plusieurs dans un vaisseau de haut bord ; la plus grosse s’appelle la maîtresse ancre ^ ou l’ancre de salut ou de miséricorde, parce qu’on ne s’en sert que dans les cas extrêmes où toutes les autres ancres dérapent. Celle qui la suit en grosseur se nomme la seconde; la troisième prend le nom ÿ affourché; elle se jette du côté opposé à la maîtresse ancre, de.manière que leurs câbles se croisent et font un angle dont le sommet est au-dedans du vaisseau. La quatrième, ou la plus petite , s’appelle ancre de toue ou boueuse; indépendamment du câble qui l’attache au vaisseau de la manière ordinaire, cette ancre est encore saisie à l'encolure, c’est-à-dire au point où la verge et les bras se réunissent, par un second câble qu’on nomme apin ou grelin. Disposée de cette manière, on va la jeter avec une chaloupe à quelque distance du vaisseau, et au moyen du câble et du cabestan, on le toue
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- vers l’endroit où cette ancre est mouillée. Une bouèt attachée a« grelin indique la place que celte ancre occupe.
- Les ancres à trois branches qu’on employait autrefois sur les galères et autres bâtimens, ne sont plus d’usage aujourd'hui-elles sont plus difficiles à fabriquer et n’offrent pas les mêmes avantages que les ancres à quatre branches. En effet, les angles que font entre elles les branches des premières ancres, étant de 120°, deux de ces branches posent à la fois sur la terre, et sont obligées de s’y enfoncer obliquement, tandis que dans les ancres à quatre branches, les angles n’étant que de 90°, une des deux branches qui posent à terre est nécessairement ramenée dans un plan perpendiculaire à la surface du terrain, par la résistance qu’éprouve l’autre branche.
- Les ancres à quatre branches sont employées dans les petites embarcations, dans les canots,les chaloupes, etc. On s’en sertà bord des vaisseaux pour les abordages : alors elles prennent le nom de Gîiappin.
- On a, en Angleterre, pour les bateaux pêcheurs et le cabotage, des ancres en forme de champignon ou de parasol ; dont la calotte sphérique est en fonte de fer, et la tige ou verge en fer forgé. Cette calotte remplace les branches et cette sorte d’ancre, ainsi que celles à trois et quatre branches, n’a pas besoin de jas pour la faire mordre, puisqu’elle présente de toute part sur sa circonférence, un bord taillé en biseau qui pénètre facilement dans le sol, pourvu que celui-ci ne soit point rocailleux.
- Samuel Hemman, anglais, a imaginé, dans ces derniers temps, -une ancre d’amarrage en forme de bloc ( mooring-blok), qui remplace dans les ports, les ancres à une seule branche. Ce bloc est en foute et a la forme d’une boue de jardinier, percée d’un trou carré propre à recevoir la tige de l’ancre. Cette tige est garnie d’un jas en fer.
- N ous ne décrirons pas en particulier chacune des ancres dont nous venons de parler; nous nous bornerons à faire connaître, dans le plus grand détail, l’ancre à deux branches garnie de son
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- jas, comme étant la plus usitée. Nous commençons par la nomenclature des diverses parties qui la composent.
- La tige ou corps de l’ancre se nomme verge ou vergue; elle est ordinairement ronde et conique dans les petites ancres ; dans les grosses, elle est également conique, mais on l’aplatit suivant le plan des branches.
- L’ensemble des deux branches se nomme la crosses qui, étant soudée par son milieu au gros bout de la verge, forme, de part et d’autre, dans un même plan, les brasj ou branches> ou dents de l’ancre.
- L’endroit de la soudure des deux branches avec la verge, s’appelle encolure.
- Les angles intérieurs formés par les bras avec la verge, se nomment les aisselles. Nous verrons plus loin quelle doit être î’ouverture de ces angles, ainsi que la courbure et la force qu’il convient de donner aux bras d’une ancre, pour les mettre dans le eas de résister aux efforts d’un vaisseau battu par les flots et par les vents.
- L’extrémité de chaque bras, qu’on taille en biseau, afin qu’elle pénètre plus facilement en terre, se nomme bec ou -pointe. Non loin du bec , chaque bras porte une surface triangulaire qu’on appelle patte ou oreille j dont un des angles est dirigé vers le bec. La surface de cette patte est perpendiculaire au plan qui passe par les bras et la verge de l’ancre. Etant enfoncée dans la terre, elle oppose une résistance à se mouvoir d’autant plus forte, qu’elle a plus d’étendue et que le terrain a plus de consistance.
- On désigne par le nom de fortj l’endroit le plus gros de la verge : c’est auprès de l’encolure; et par faible3 l’endroit qui a le moins de diamètre : c’est au bout opposé au fort.
- À la suite du -faible, se trouvent des saillies prises dans la masse de part et d’autre, sur le même côté que les branches et qui forme Yencastrure ou culasse j où l’on fixe avec des bou -Ions et des frettes, les deux pièces de bois de chêne qui composent le jas.
- Un Anglais, le capitaine Bail, a pris dans son pays une patente
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- pour un moyen de fixer le jas sur la verge de l’ancre, qui nous parait plus solide que le nôtre. Il consiste en deux oreilles qu’il soude à chaud, portées de part et d’autre, vis-à-vis la culasse > dans la direction du jas, c’est-à-dire perpendiculairement au plan des hras. Ces oreilles se trouvant prises entre les pièces du jas et étant traversées chacune par deux des boulons qui assemblent les parties qui composent le jas, il est impossible à celui-ci d’éprouver dans sa position la moindre variation. V. Annales des Arts et Manufactures, ire collection, tom. 34 , pag. i63.
- On nomme tête de l’ancre, le prolongement de la verge au-delà de l’encastrure du jas. Cette tète porte un anneau rond, qu’on appelle organeau. C’est par cet anneau qu’on attache le câble du vaisseau; mais avant, on entortille l’organeau avec une petite corde qu’on, nomme bocdïxceje, afin d’empêcher le contact immédiat du câble et du fer.
- Quoique nous avons déjà plusieurs fois parlé du jas-, nous n’en avons cëpendaht point encore indiqué la fonction. Placé dans une direction perpendiculaire à la verge et au plan des branches de l’ancre, il oblige nécessairement une de celles-ci à. se diriger vers la terre et à s’y enfoncer quand on vient à tirer sur le câble. La longueur du jas est ordinairement égale à. celle de la verge. Il n’y a que les ancres à une ou deux branches qui en aient; celles à trois ou quatre branches n’en ont pas besoin. Les jas des petites ancres sont en fer, et passent dans un trou percé à cet effet dans la culasse de la. verge. Ceux des grosses ancres sont en bois de chêne, composés de deux pièces, comme nous l’avons déjà dit, réunies par des boulons et des frettes placés très près l’un de l’autre et alternativement..
- Nous allons placer ici, d’après les mémoires de l’Académie des Sciences, le tableau de la dimension des dix ancres les. phis usitées dans la marine.
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- TABLEAU des dimensions de dix ancres de poids dijfêrensj depuis 3ooo à 5o lùlog.
- Poids des ancres k. 3ooo aüoo 2000 i5oo T 000 5oo 25o i5o 100 5
- .Longueur do la verge Grosseur do la verge au fort 5.'".'ja 5,16 4,3o 4,00 3,80 3,20 2,3o 2,00 1,80 1,70
- 1,00 o,8() 0,60 0,80 0,78 0,70 0,44 0,33 0,28 0,24 0,21 )
- Grosseur de la verge au faible 0,63 o,55 o/l!) o,4« o,3o 0,16 0, ï.j 0,1J 0,1 r ;
- Largeur d’une des faces de l’encastrure Longueur de l’encaslrurc , Contour des bras k l’cncoIurc Longueur des Irras jusqu’à la patte 0,22 0,20 0,20 0,14 0, i3 0,12 0,08 0,08 0,07 0,06'
- o,7' 0,70 0,66 0 6*o o,55 o,5o 0,35 0,28 0,245 0,221 0,21 ;
- 1,00 0,94 Lc 0,82 o,49 0,62 o,3n 0,52 0,25 0,22 0,21
- O ce CCI o,83 0,81 0,66' o,3o 0,41 0,5x5 1,23 o,a3 1
- Longueur de la partie dos bras recouverte parla patte. Longueur des beos . Grosseur des bras près de la patte Largeur de la patte Longueur delà patte a Epaisseur de la patte Grosseur de l’organeau Diamètre de l’organeau o 0,78 0,73 0,67 o,63 0,59 0,33 o,3o 0,27
- o, i4 O, T/j 0, ï35 0, i3 O, 12 0,11 O, 10 0,10 O, IO 0,10
- 0,64 0,62 o,58 o/l!) 0,46 0,25 o,3o <M7 0,21 °,3() 0, i3 0, I I 0,20 0,11 j
- o,98 0,92 0,84 o,45 0,2,‘i 0,20 0,36 0,18
- 0,00 0,98 0,90 0,68 0,66 0,46 o,33 0,33
- 0,018 0,017 o,oi5 o,ox3 ,012 0,12 0,011 0,010 0,010 0,009
- 0,27! 0,25 0,2/j 0,24 0,14 0,13 0,11 0,09 0,08 0,07
- 0,92! 0,68 1 0,66 °,4<) 0,52 0,33 0,27 0,245 0,2l5 °> '9
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- Jean Bernoulli, dans k mémoire qui fut couronné par l’Académie, démontre d’abord que c’est sous l’angle de 45° qlie les branches de l’ancre doivent se présenter, afin de s’enfoncer le plus facilement en terre et d’y tenir avec le plus de force. Il s’applique ensuite à déterminer rigoureusement la figure que doivent avoir ces mêmes branches pour que l’ancre soit la plus avantageuse possible. A cet effet, il part de la supposition que la branche de l’ancre est engagée dans un terrain homogène, et que par conséquent chacun des points de la surface de cette branche éprouve une pression ou une résistance égale dans des directions parallèles. Si done la branche de l’ancre était partout de la même largeur, il en résulterait que la figure la plus avantageuse de sa surface serait une courbe que les géomètres nomment chaînette, c’est-à-dire la courbe que fait une corde ou une chaîne flexible suspendue par ses deux extrémités.
- Mais la surface de la branche de l’ancre ne peut pas être partout de la même largeur, car elle se bri rait plus vite auprès de la verge que vers son extrémité -, ou bien il faudrait que son épaisseur ou sa force augmentât suivant une certaine loi, à mesure qu’on s’approche de l’encolure. Tout en conservant une partie de cette disposition, Jean Bernoulli fit voir que la surface de la patte devait, à partir du bec, aller toujours en augmentant à mesure qu’on s’en éloigne, et que pour lui donner partout le même degré de solidité, il faut que la courbe qui termine de part et d’autre la surface de la patte et l’épaisseur du bras, soit une parabole dont le sommet ou l’origine se trouve auprès du bec.
- De ces principes, il déduisit rigoureusement la forme et les dimensions qu’il convient de donner à chacune des parties qui composent une ancre, pour qu’elle soit la plus avantageuse possible. L’expérience a tellement justifié tous les calculs de Jean Bernoulli , qu’aujourd’hui même, aux forges royales de la Chaussade, à Guérigny, près Ne ver s, où Fon fabrique toutes les ancres de la marine, on n’a encore point eu de changement notable a y faire ; seulement on a trouvé que la verge, pour offrir dans tous les points de sa longueur le même degré de résistance dans le
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- sens où l’effort s’exerce, ne doit point être conique, mais bien paraboloïde, aplatie dans le sens des branches.
- La résistance d’une ancre est proportionnée au carré de la surface de la patte engagée dans la terre , et à la consistance de cette même terre. Lorsque le terrain sur lequel on jette l’ancre se trouve être sablonneux, vaseux, ou, comme on dit, de mauvaise tenue, on augmente la surface de la patte par des madriers qu’on y lie, ce qui s’appelle brider l’ancre; mais pins communément on attache une seconde ancre à la crosse de la première, et on les mouille ainsi ensemble à la suite l’une de l’autre; c’est ce qu’on nommeempenneler.
- La pesanteur des ancres, ainsi que la longueur de leurs câbles, contribuent beaucoup à leur fermeté. On trouve, dans des traités d’hydrographie, que la proportion établie entre le port d’un vaisseau et le poids de la maîtresse ancre, est de xio livres de fer pour 20 tonneaux; de sorte qu’on donne une maîtresse ancre de 825o livres à un vaisseau de i5oo tonneaux.
- Mais nous ferons observer que ce n’est pas cette proportion qu’on prend aujourd’hui. En général, la plus grosse ancre a les o,4 de la plus grande largeur du bâtiment. Ainsi, la maîtresse ancre d’un vaisseau de 5o pieds de large ou de ban, a 20 pieds de longueur de verge. D’autres fois on fait en sorte que cette ancre pèse la moitié du poids du câble (1 ).
- Au reste, on a dans les magasins de la marine des ancres de toutes les grosseurs, afin que chaque capitaine puisse garnir son vaisseau des ancres qui lui sont propres.
- La circonstance où les ancres fatiguent le .plus, est au désancrage, à l’instant où l’on fait des efforts énormes pour les faire sortir de terre, ou, comme on dit, déraper. Quand on veut lever une ancre, on tire son câble dans le vaisseau à l’aide du grand cabestan. Alors le vaisseau avance vers l’ancre, jusqu’à ce qu’il soit d’à-plomb. Si le terrain n’est pas trop dur, l’ancre
- (1) L’admission des câbles de fer dans la marine, en place des câbles de chanvre, changera cette proportion, parce que les premiers ont bien plus de poids les seconds.
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- résiste à eet effort et dérape facilement : mais si le bras se trouve engagé entre des roches, la puissance du cabestan ne suffit plus pour le dégager. On est obligé alors de la multiplier par des caliokses , ou bien l’on attend qu’une lame eu la marée venant à élever le vaisseau, fasse un effort tel, que l’ancre soit nécessairement dégagée, ou qu’elle se rompe. Souvent on réussit mieux en employant une force beaucoup moindre, mais qui agit dans une direction plus convenable. C’est ce qu’on fait pour l’ancre de toue, en envoyant la chaloupe tirer sur le grelin; ce qui s’appelle tirer l’ancre par les cheveux. On dégage ainsi le bras d’entre les rochers , en le faisant sortir comme il v est entré. Dans ce cas, il est même à propos de laisser mollir le câble, afin de diminuer le frottement de la patte contre les rochers.
- Fabrication des ancres. Par ce qui précède, on a vu que les principales pièces qui composent une ancre, sont la verge, les bras, les pattes, et l’organeau. Toutes se forgent séparément, et ensuite on les soude ensemble.
- Il y a trois procédés différens de fabriquer les ancres ; savoir, de loupesj de mises ou de barres.
- On donne le nom de loupe à un morceau de fer d’environ un pied de diamètre, qu’on obtient immédiatement à Paffinerie. Plusieurs de ces loupes soudées ensemble sous le gros marteau, et façonnées convenablement, formaient une ancre. C’est, de toutes les manières de les fabriquer, la plus simple et la moins dispendieuse, mais aussi celle qui est la plus défectueuse. Il faut que le fer des ancres soit doux et liant. Le fer de loupe n’étant point assez forgé, ni dépouillé de ses parties hétérogèues, casse comme de la fonte. Cette méthode, qu’on pratiqua d’abord à l’origine de l’établissement de Cosne, dans le Nivernois, sous le ministère de M. de Seignelay, fut condamnée par l'expe-rience et abandonnée, comme faisant courir trop de danger» aux vaisseaux.
- On y substitua la fabrication par misesj cette méthode consiste à forger préalablement des morceaux de fer carrés ou nu-plats, qu’on amorce par les bouts, et qu’on soude ensuite les
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- vhs sur les autres pour former l’ancre. Mais on reconnut que le fer de mise n’était pas encore assez liant pour cette fabrication.
- Dans ces entrefaites, M. de Pontchartrain, ministre de la marine, chargea M. Trésaguet de veiller à la fabrique des ancres. C’est alors qu’il mit à exécution, avec un plein succès, les procédés qu’il conseille dans le mémoire couronné par l’Académie des Sciences, qui consistent à former chacune des pièces qui composent une ancre, d’un certain nombre de barres de fer soudées ensemble, et toutes à la fois, au martinet.
- D’après cette méthode, on forge d’abord des barres plates et pyramidales ; on en place un certain nombre, ordinairement 26 , quand c’est pour faire la verge d’une grosse ancre, les unes sur les autres, de sorte qu’elles aient ensemble plus que la grosseur de la pièce qu’on veut forger, et que leur longueur soit moindre, parce qu’elles s’étendent et diminuent de grosseur en. les forgeant. Le feu agissant plus fortement sur les barres • extrêmes que sur celles du centre, on fait les premières plus épaisses que les dernières. On lie toutes ces barres ensemble, avec des liens de fer soudés, que l’on fait entrer à coup de marteau par le petit bout du paquet. Les barres qui se dérangent sont ramenées à leur place au moyen de coins de fer qu’on enfonce entre le lien et la barre qu’on veut assujettir.
- Le paquet étant ainsi disposé, est porté, à l’aide de grues; au foyer d’une forge chauffée avec du charbon de terre. On souffle d’abord modérément, et ensuite plus fort et continuellement , jusqu’à ce que le fer soit suffisamment chaud pour souder ; alors il est placé sur l’enclume ou tas d’un martinet qui, en quelques coups, soude toute la partie chauffée. On continue ainsi à donner des chaudes à toute la longueur du paquet.
- Chacune des pièces qui composent une ancre étant travaillée de cette manière, on les soude ensemble dans des forges disposées à cet effet.
- On voit que la fabrication des ancres par mises ne diffère de la fabrication par barres qu’en ce qu’on soude les mises les unes après les autres, tandis qu’011 soude et forge à la fois toutes les barres qui entrent dans la composition d’uçe pièce. On s’arrêta. Tojue I. 2y
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- définitivement à ce mode de fabrication , que l’expérience fit reconnaître comme excellent et le meilleur qu’on pût pratiquer. Dès-lors M. le comte de Maurepas donna un grand développement à l’établissement de Cosne, dont la direction fut confiée à M. Babaud de la Chaussade. M. de Machault fit attribuer à ces forges le titre de manufactures royales; elles sont aujourd’hui sous la direction de M. Barbé. C’est le seul établissement de ce genre que nous ayons en France, et il suffit pour le service de la marine.
- Pour prendre une idée plus complète de la fabrication des ancres, on pourra consulter l’Encyclopédie méthodique, le Mémoire de Réautnur, revu et publié par Duhamel du Monceau, celui de M. Trésaguet, inséré dans les Mémoires de l’Académie, les descriptions des ancres perfectionnées par M. Brunton,dans le Repertory of Arts and Manufactures, 2e série, tome 27.
- Épreuve des ancres. Quoique la fabrication d’une ancre ait été extrêmement soignée et faite suivant toutes les règles établies à ce sujet, il serait néanmoins imprudent de s’en servir sans lui avoir fait subir une épreuve qui en constate positivement la solidité.
- On fait cette épreuve de deux manières. La première, qui n’est*pas la meilleure, et qui est pourtant en usage dans quelques-uns de nos ports, consiste à élever l’ancre à une grande hauteur, et à la laisser tomber, de tout son poids, sur de vieux canons placés au-dessous. L’ancre est jugée bonne si elle résiste à cette rude épreuve : mais dans cette chute il pourrait arriver que la percussion se fît sur une partie solide d’une mauvaise ancre, et qu’elle résistât, ou qu’une bonne ancre se cassât, si toute la force du coup portait sur une seule partie. D’ailleurs, ce n’est pas par percussion, mais par secousse qu’un vaisseau agit contre son ancre ; c’est donc par un moyen anc-logue qu’il convient le mieux d’en essayer la force. On y procède de la manière suivante. On fait mordre successivement les bras de l’ancre contre un obstacle invincible, et on tire dessus avec un caliestan jusqu’à ce que le câble casse. Alors si e.-e résiste, on la juge propre au service de la mer.
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- Il y a pourtant un terme auquel il faut arrêter l’cpreuve, car rien ne résiste à des efforts qu’on peut multiplier à l’infini. On a vu des ancres faites avec le fer le plus liant, casser, se déchirer par des efforts portés sans doute au-delà de ceux que la mer la plus agitée peut faire. On doit considérer, d’ailleurs, que , dans les épreuves portées à l’extrême, les ancres sont placées entre deux points inflexibles, et que la puissance augmentant toujours sans que l’obstacle cède, il faut bien qu’elle brise à la fin ce qui lui résiste. A la mer, les choses ne se passent pas ainsi. Le câble a de l’élasticité par lui-même, et surtout par la courbe qu’il décrit. L’ancre n’a à vaincre que l’effort des eaux et du vent sur le vaisseau, et cet effort n’est ni continu ni inflexible.
- Un des meilleurs moyens de faire cette épreuve et de la pousser jusqu’au degré convenable, est la presse hydraulique , dont on connaît à chaque instant l’effort. C’est ainsi que M. Brunton, à Londres, fait subir l’épreuve aux câbles de fer qu’il livre à la marine anglaise. M. F. E.
- ANCRE, en terme de serrurerie, est une barre de fer qui a la forme d’une S, d’un T ou d’un T, ou celle de toute autre figure coudée ou courbée, qu’on fait passer dans l’œil d’un tirant pour empêcher l’écartement des murs, la poussée des voûtes, et donner de la solidité aux tuyaux de cheminées qui s’élèvent beaucoup. Fr.
- ANCRURE ( Technologie ). Nom que l’on donne à un petit pli que l’on voit quelquefois sur une étoffe tondue. [T. Toxdeur de draps. ) L.
- ANDOU1LLE ( Technologie). On donne ce nom dans les arts à plusieurs choses différentes : i°. dans l’art du charcutier> une andouüle est un boyau de cochon rempli de ses boyaux et de sa chair (Fi Charcutier); 2°. dans la papeterie, on appelle andouülej des pâtons adbérens an papier (Fi Papetier); 3°. dans l’art du fabricant de tabac , lorsqu’on roule les feuilles pour en faire des espèces de cordes dont on forme les carottes , on dit que les feuilles sont roulées en andouilles ( Fi Tabac ). I,.
- ANDROÏDE, automate ayant figure humaine, et faisant di-
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- vers mouvemens pour imiter ceux qui nous sont naturels. ( V. Ae-tomate. pE
- ANÉMOMÈTRE, Akémoscope {Arts physiques). Tous les grands mouvemens de l’air sont causés par les variations de densité qu’éprouve l’atmosphère dans quelques lieûx de son étendue. Que la chaleur développée par l’action solaire dilate la masse atmosphérique qui couvre une vaste région, et que des nuages, ou des circonstances locales, s’opposent à ce que le soleil exerce la même influence sur les pays environnans, il est visible que l’air échauffé des premiers lieux gagnera les espaces supérieurs qui ont la même légèreté spécifique, tandis que l’air plus froid des régions inférieures affluera pour en prendre la place, s’échauffera, s’élèvera à son tour, et ainsi de suite. Les inégales pressions de l’air manifestées par les mouvemens du mercure dans le baromètre , sont donc des indices assurés du changement de force et souvent de direction des courans d’air. Ces courans divers se portent généralement dans le sens horizontal, du moins lorsque les circonstances locales ne s’y opposent pas : ils nous apportent l’atmosphère des régions éloignées, nous font participer à l’état de sécheresse et d’humidité des lieux qu’ils ont parcourus; le vent renouvelle ainsi la quantité plus ou moins grande de vapeur d’eau contenue dans -l’espace ambiant, et devient un des élémens les plus influens des vicissitudes atmosphériques dont nous éprouvons les effets.
- Ce qui justifie cette théorie des vents, c’est qu’on a observéque ceux qui sont un peu forts ont quelquefois leur origine dans les lieux vers lesquels ils soufflent. Ainsi en 17 4o Francklin éprouva à Philadelphie , vers 7 heures du soir, une tempête violente du nord-est qui ne se fit sentir à Boston que quatre heures plus tard, quoique cette ville soit au nord-est de la première. En comparant ensemble plusieurs rapports, on reconnut que l’ouragan, qui partout souillait du nord-est, s’avançait du sud-ouest vers le nord-est avec une vitesse de 16 myriamètres par heure. De h Francklin conclut que cette tempête était produite par une grande raréfaction dans le golfe du Mexique.
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- Une tempête semblable du nord-est fut observée de nouveau sur cette côte de l’Amérique en 1802; elle commença à Charles-town à 2 heures après midi, et ne se fit sentir à Washington qu’à 5 heures; à New-York, qui est plus septentrional encore, elle ne commença qu’à 10 heures du soir, et n’atteignit Albany qu’au point du jour du lendemain. Dans tout cet intervalle la vitesse par heure fut d’environ 16 myriamètres.
- Quelques physiciens veulent qu’ou donne le nom d’anémomètre ou anèmoscope à tout appareil destiné à indiquer les propriétés de l’air, telles que sa pesanteur, sa direction , sa température, la vapeur d’eau qui y est répandue, etc. ; mais ces dénominations ne peuvent visiblement appartenir qu’à Yinstrument qui mesure la vitesse du vent. Chacune des propriétés que nous venons d’énoncer est manifestée par un instrument spécial. ( V. Baromètre , Girouette, Thermomètre et Hygromètre ). Il ne sera donc ici question que des moyens de mesurer la force du vent.
- O11 a proposé divers appareils ayant ce but. Celui de Wolf consiste en un petit moulin à vent qui s’oriente de lui-même à l’aide d’un facile mouvement autour d’un axe vertical et d’une rame qui fait l’office de girouette pour diriger les ailes contre le vent. Ces ailes, au nombre de quatre, font tourner l’àrhré horizontal, ayant une vis sans lin qui engrène avec une roue verticale; sur l’axe de cette roue est porté une sorte de Pendule qui est vertical dans l’état de calme parfait, mais qui, faisant corps avee la roue, tourne avec elle et prend ainsi divers degrés d’inclinâisoü avec l’horizon. Un poids proportionné à l’étendue des ailes est placé au bout de la tige de ce pendule, et-, à l’aide d’une rainure où il est retenu, peut glisser selon sa longueur. On voit qu’à mesure que ' le moulin tournera par l’effort du- vent, l’arbre fera tourner la roue et élèvera le poids dont est chargé ce pendule, en même temps qu’il s’éloignera du centre; cet effet développera ainsi une résistance sans cesse croissante, parce que le bras de levier de ce poids , qui n’est autre chose que la distance à la verticale menée par l’axe de la roue, sera de plus en plus grand. Lorsque le poids s’est assez écarté sous l’effort du vent pour que le mouvement d’ascension du poids soit arrêté , l’angle du pendule avec la vci-tl-
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- cale , indiqué par un quart de cercle fixe, mesure la force da vent. ( y. la PI. III, fig. a, des Arts mécaniques.')
- L’anémomètre de Bouguer consiste en un disque de tôle qui se présente perpendiculaire à l’action du vent ; ce disque est retenu par un Peson qui mesure la charge supportée et par conséquent la force du vent.
- On peut aussi voir la description de l’anémomètre de Poléni dans la pièce couronnée en if33 par l’Académie des Sciences, et consignée dans les volumes des prix, ainsi que celui d’Ons-en-brai dans les Mémoires de 1734 : ce savant suppose que sa machine est propre à marquer d’elle-même sur le papier, non seulement les vents différens qui ont soufflé pendant 24 heures, ainsi que les henres où ils ont commencé et cessé leur action; mais encore les vitesses de leur cours.
- Smeathon a trouvé par expérience les résultats consignés dans la table suivante ( V. les Trans. philos. ); les deux premières colonnes sont les vitesses, ouïe nombre de mètres parcourus par le vent en une seconde ou une minute.
- Om5 par seconde. 3om par minute. Vent à peine sensible.
- 1,0 60 . Sensible.
- 0. n . Modéré.
- 5,5 . 33o .Assez fort.
- 10,0 .. . 600 • Vent fort.
- on 3 r» .1200 . Très fort.
- 22,5 .i35o . Tempête.
- 27.0 .1620 .Grande tempête.
- 36,o — .1740 .Ouragan.
- 45,o .27OO.. . . V ent qui déracine les arbres
- et renverse les édifices.
- Fr.
- ANGLES. Deux lignes ho et 01 qui se croisent sous des directions pins ou moins inclinées ( fig. g , PI. l.,Arts de calcul), forment ensemble ce que les géomètres nomment un angle. Dans les acceptions vulgaires , on entend par ce mot angle> le com o, la pointe où se rencontrent les deux lignes ho , oi ; mais dans les
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- A AG
- sciences, l’angle est l’ouverture, l’écartement plus ou moins grand des deux lignes ; la pointe o est appelée le sommet de l’angle. Imaginons que la droite BC tourne autour du centre C, en s’écartant de CA, sans quitter le point C, comme s’il y avait en C une charnière semblable à celle qui réunit les deux branches d’un compas; le point quelconque B décrira visiblement, dans cette rotation, l’arc de cercle ABDE, à mesure que BC s’écartera de AG Si l’arc BA est égal à BD, l’angle formé par DC avec la ligne fixe AC, sera double du premier BCA; en effet, si on plie la figure selon BC, il est manifeste que la surface BCA couvrira exactement BCD ; l’angle sera triplé pour CE, quadruplé pour CF, si on a pris les arcs BD, DE , EF égaux à AB.
- Il est donc clair que Vangle varie proportionnellement à Pare compris entre ses côtés et décrit de son sommetpris pour centre et que cet arc peut servir de mesure à P angle. On est convenu de partager toute Circokférexce de cercle en 36o parties égales nommées degrés; tout arc est formé d’une certaine quantité de ces degrés, et leur nombre détermine la grandeur de l’arc : on dira donc, par exemple, qu’un angle a4o degrés, pour indiquer que l’arc compris entre ses côtés et décrit de son sommet pris pour centre, a lui même 4o degrés. On voit bien que cet arc est défini dans sa grandeur par son nombre de degrés, et que par suite l’angle l’est lui-même par la grandeur de l’arc. En effet, si on pose une pointe de compas en un lieu o, et que de l’autre on décrive l’arc kij qui soit une telle fraction de la circonférence entière, qu’il ait 4o degrés ( cet arc est le neuvième de la circonférence ou de 36o° ), les droites ko et oi formeront l’angle koi qui peut seul satisfaire aux conditions indiquées ; c’est celui dont on a entendu parler.
- Quant au rayon oi avec lequel on a décrit Parc, ou le prend à volonté car, par exemple, après avoir choisi oij si on prend oa pour ce rayon, on tracera l’arc ab qu’il faudra faire aussi de 4o degrés ou le neuvième de sa circonférence, ce qui déterminera précisément le point b sur la ligne ko et formera le même angle. Par le mot angle on n’entend donc parler que d u degré d’inclinaison d’une ligue droite sur une autre; la grandeur d'un
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- angle ne dépend pas de la longueur des côtés qui le forment D’ailleurs, ces côtés doivent toujours être censés indéfiniment prolongés, à moins que la nature de la question n’en limite l’étendue , ce qui arrive le plus ordinairement.
- Pour dénommer un angle, on se contente souvent de désigner la lettre qui marque le sommet: mais comme ce point peut être commun à plusieurs angles, tels que ceux de notre figure qui ont le même sommet en C, on énonce les trois lettres qui désignent les deux cotés, en mettant celle du sommet au milieu. Ainsi dans la fig. 9, l’angle BCD désignera celui que forme BC en tombant sur CD.
- Ces principes généraux Lien conçus , il est évident que pour partager un angle en plusieurs angles égaux, il suffit de couper l’arc qui le mesure, en -autant d’arcs égaux entre eux. Pour diviser l’angle FC A en quatre, je partagerai en quatre l’arc FA, décrit de son sommet pour centre avec un rayon AC quelconque ; et si les quatre arcs AB, BD, DE ,EF sont égaux, les quatre angles BCA, DCB, ECD,FCE le seront aussi-, chacun sera le quart de l’angle total proposé FCA.
- De même, si je veux construire un angle égal à l’angle donné BCA, je décrirai d’un même rayon quelconque les arcs BA, la, ayant pour centre les sommets C et o des angles ; puis prenant l’ouverture AB et la portant sur l’arc ab de a en b , il est clair que ces arcs étant égaux , les droites bo, ao formeront l’angle o égal à l’angle proposé BCA ; ce dont on peut se convaincre en transportant la ligure boa sur BCA et remarquant quel’une coïncide parfaitement avec l’autre. V. Arc.
- Le procédé dont on se sert pour tracer sur le papier un angle dont on connaît le nombre de degrés, ou réciproquement pommes urer combien un angle tracé a de degrés , repose sur le meme principe.
- On a un limbe demi-circulaire divisé en 180 arcs égaux: cest ce qu’on appelle un Rapporteur (fig. j o). Il est clair que si on pose le centre C de cet instrument sur le sommet o (fig. 9 ) de l’angle qu’on veut mesurer , et qu’on applique le diamètre principal CA sur le côté oi de cet angle, l’autre côté ok ira marquer sur 1°
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- limbe, en le rasant, le degré demandé, puisque l’arc intercepté entre les côtés, en sera la mesure : et de même aussi, lorsqu’on veut construire l’angle o d’un nombre de degrés demandé, après avoir marqué le sommet o, sur le côté oi, on fera coïncider le rayon CÀ du rapporteur sur ce côté, le centre C sur le sommet o,et on marquera sur le papier un point k dans la direction qui rase le limbe au degré proposé ; ho fera le second côté de l’angle demandé.
- Pour construire ou mesurer les angles formés sur le terrain par des droites, le procédé qu’ on suit ne dilfère du précédent que parce que l’instrument destiné à cet usage, quoique exécuté sur les mêmes principes, est cependant d’une forme un peu différente pour être propre à l’objet qu’on se propose. Au lieu d’un simple rapporteur, on se sert d’un Ghapiiomètre, qui n’est qu’un demi-cercle gradué et muni d’alidades et de pinr.ules, ou de lunettes, destinées à viser aux objets qui sont en vue. Nous expliquerons plus particulièrement aux mots Graphomètre, Boussole et Planchette l’usage de ces instrumens et leur construction.
- En faisant tourner le rayon BC (fig. 9) autour de la charnière C, tandis que CA demeure fixe, l’angle BCA devient successivement DCA, EGA, FCA, etc., prenant ainsi toutes les grandeurs possibles. De toutes ces droites celle qui, telle que CE, fait l’angle ECA de 90°, et par conséquent ne penche ni à droite ni à gauche, puisque l’angle EC1 est aussi de go°, fait ce qu’on appelle des angles droits avec AI; elle est àitepejpendiculaire àAI. Ainsi l’angle droit ou de 90° est celui que forme une droite en tombant sur une autre perpendiculairement, ou à’à-plomb, c’est-à-dire sans pencher d’aucun côté à l’égard de celle-ci.
- Lorsqu’un angle BCA est moindre que 90°, on le dit aigu ; il est obtus quand, tel que ICB, il vaut plus de 90°. Deux angles qui ajoutés valent ensemble 180° comme ICB et A.CB, ou qui interceptent des arcs valant ensemble la demi-circonférence, sont appelés supplémentaires ; ils sont complémentaires quand ajoutés ils valent go° ; tels que BCA et BCE.
- Les angles se présentent dans toutes les figures ; ils affectent mille dispositions , et la Géométrie a pour l’un de scs principaux
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- objets de rechercher quelles sont les conditions qui établissent leurs rapports de grandeurs. Mais cette science est trop étendue pour qu’il nous soit possible d’en développer ici les théories-nous renvoyons aux ouvrages qui traitent spécialement de cet objet, nous bornant aux simples vérités de définition qui font le sujet de l’exposition précédente, sans laquelle il serait impossible de concevoir nettement plusieurs points qui seront traités par la suite. ( V. Dents , Projection, Machine , etc. )
- Cependant nous ajouterons encore quelques mots sur ce sujet. On donne souvent aussi le nom d’angle à l’inclinaison d’un plan qui en croise un autre. Supposons que le plan BA àb (fig. u) tombe sur le plan CA ac, et le coupe selon la ligne droite A a, l’ouverture ou l’espace intercepté est alors mesuré par Y angle rectiligne BAC que forment entre elles les deux droites AB, AC, perpendiculaires sur A« , et menées dans chacun de ces plans. Il suffit pour s’en convaincre de faire tourner l’un de ces plans autour rte leur intersection A a, comme sur une charnière, et de remarquer que dans toutes les positions représentées dans la figure, l’inclinaison mutuelle des deux plans varie précisément par les mêmes degrés et dans le même rapport que l’angle formé par les droites AB, AC. Tout ce qui a été dit ci-devant sur les variations correspondantes de grandeurs d’un angle et de l’arc intercepté, peut être répété comme démonstration de la proposition précédente, qui a pour but de ramener la mesure des angles formés par les plans à celle des angles formés par les lignes droites, et en dernière analyse aux arcs de cercle BC, bc.
- Pour mesurer l’angle que forment deux plans entre eux, on se sert dans les arts d’unefausse équerre; on nomme ainsi un assemblage de deux règles unies à l’un de leurs bouts par une charnière qui leur permet de s’écarter à volonté l’une de l’autre sou» toutes les valeurs angulaires, à la manière des deux branches d un compas. On applique le bord droit de l’une de ces règles à la surface de l’un de ces plans et on ouvre l’autre jusqu’à ce que son bord se couche à la surface de l’autre plan. On doit avoir soin de placer les deux brandies de la fausse équerre dans des direc tions bien perpendiculaires à l’intersection des deux plans propo-
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- scs ; sans cela, la mesure serait fautive. L’angle formé par les deux règles est précisément celui que l’on cherche, et il est aisé d’en évaluer le nombre de degrés en le transportant sur le papier et s’aidant du rapporteur.La charnière doit avoir un frottement assez dur pour que les règles restent ouvertes au degré où plies ont été portées. 11 faut avoir soin, si les surfaces des plans ont des inégalités, de les abattre et d’aplanir les éminences; comme aussi de répéter les épreuves de la fausse équerre à diverses hauteurs pour s’assurer qu’on a pris la mesure juste; car l’ouverture doit rester la même dans toutes les positions perpendiculaires à l’arête d’intersection des surfaces planes. BAC., bac représentent les situations de la fausse équerre, lorsqu’on veut mesurer l’angle que forment les plans CAae, BAab.
- L’angle de deux plans qui se coupent, tel que celui de deux murs, se prend, selon les cas, tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur , et les deux règles de la fausse équerre doivent se prêter à cette double disposition. Ainsi pour mesurer l’angle des faces externes d’un meuble, on présentera à l’extérieur de ce meuble le bord interne de chaque règle en les ouvrant au degré convenable ; et pour mesurer l’inclinaison des parois d’une cuve, on appliquera sur les surfaces intérieures de cette cuve le bord externe des règles. Les menuisiers, ébénistes, etc., font un usage perpétuel de la fausse équerre.
- Mais lorsque l’étendue des lignes dépasse certaines limites, ou que les faces sont raboteuses,.il n’est plus possible défaire usage des procédés qu’on vient de décrire. On trace alors deux droites parallèles aux lignes dont on veut mesurer l’inclinaison; cette inclinaison est la même pour ces parallèles : la question est ainsi ramenée à la détermination de l’angle que celles-ci forment entre elles, ce qui ne présente aucunedifficulté.
- Le procédé que nous allons décrire pour mesurer l’angle de deux lignes tracées sur le terrain, ou de deux surfaces planes, a l’avantage dé n’exiger l’emploi d’aucun autre instrument que de la règle et du compas, et même ce procédé est le plus précis de tous quand on y applique le calcul.
- Soitbqç (fîg. 11) l’angle qu’on veut mesurer, soit qu’il ait été
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- déterminé par des directions ab, ac données dans la campagne, soit qu’on veuille connaître l’angle de deux murs B A ab, CAac d’un jardin, d’un bâtiment, d’une chambre, etc. On mesurera le long de ces lignes des parties quelconques ab, ac- à partir du sommet a, et joignant les extrémités b et e, on mesurera aussi la droite bc; en sorte qu’on connaîtra les longueurs ab ac, le des trois côtés du triangle abc ainsi formé. On trace ensuite sur le papier un triangle a'b'c' parfaitement semblable an précédent: à cet effet, à l’aide d’une Echelle de parties égales, on prendra, sur une ligne droite quelconque a'e' indéfinie, une longueur d’autant de parties de cette échelle que ac contient d’unités linéaires ; puis des centres a' et c avec des rayons d b', c’b' respectivement formés d’autant de parties que les côtés ab, cb contiennent d’unités; on tracera deux arcs de cercle mn, op, dont l’intersection se fera en un point h', qui déterminera le triangle a'b'c' semblable à abc. L’angle a' sera précisément l’égal de a\en sorte qu’à l’aide d’un rapporteur, on connaîtra le nombre de degrés de cet angle. Cette construction offre d’autant plus d’exactitude dans ses résultats , que le triangle est plus près d’être équilatéral.
- Que ac soit de 10 mètres, ab de 8 et bc de i3; on prendra une longueur de de 10 parties de Féchelle dont il s’agit, puis ouvrant un compas de 8 de ces parties, on posera l’une de ses pointes en 6', et on décrira l’arc mn ; de même du centre c' avec i3 parties d'ouverture on décrira l’arc op; on tirera ab' et ôV; l’angle d sera celui qu’on cherche, on le trouvera de 62° environ.
- On est ordinairement le maître de prendre les longueurs al, ac égales entre elles ; le triangle est alors isoscèle et on a plus de facilité pour le tracer. Au reste, ces procédés graphiques sc ressentent plus ou moins de l’imperfection des instrumens et de l'inhabiletfi du dessinateur, et on préfère avec raison l’emploi du calcul, qui n’offre jamais d’incertitude (1).
- (1) Soient a, b, c, les trois côtes du triangle propose', A l’angle qin for ment entre eux les côtés b et'e; A est opposé au côté a. En désignant
- deuti-pvriiuètre du üiaus
- oppose ai : p.: savoir p
- HL±£±£; casait.-l»tlcs:
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- ANI 46 i
- On donne le nom d’angles rentrons à ceux qui, dans un polygone, ont leur sommet dans l’intérieur, pour les distinguer des angles saillans^ dont le sommet est placé au dehors.
- Lorsque plusieurs plans se coupent en passant par un même point, on a un corps pyramidal dont ce point est le sommet, l’ouverture de ces divers plans est ce qu’on nomme angle solide ; c’est l’espace renfermé dans l’intérieur de cette pyramide sans base dont les faces sont supposées prolongées indéfiniment. Les divers angles rectilignes juxtaposés qui constituent par leur réunion cet angle solide, sont appelés angles plans; ce sont les divers angles qui, ayant leur sommet à la pointe de la pyramide, en forment les diverses faces. Fr.
- ANILLE. C’est une pièce de fer forgé, ou de fonte, qui sert à supporter par son centre la meule supérieure d’un moulin à farine. On lui donne, en France, la forme d’un X, dont les extrémités des branches sont encastrées dans le bas de l’œillard de la meule, et dont le centre est traversé carrément par le bout supérieur de l’axe vertical du moulin. ( V. fig. 1 et 2, PI. IV, Arts mécaniques.) Cet axe venant à tourner, il entraîne nécessairement la meule dans son mouvement de rotation. Pour que le moulin fonctionne bien, il faut que la face inférieure de la meule tournante soit exactement perpendiculaire à l’axe vertical; ce qui
- gics de la Trigonométrie, qne l’angle A se détermine par l’équation
- y/ (/’ — b) (p—c)
- sin - A : 2
- bc
- { V. mon Cours de Mathématiques, tom. i, p. 367, et l’article Algèbre du présent Dictionnaire. } Le calcul prescrit par cette formule est faeile à exécuter, et l’emploi des logarithmes s’y fait sans embarras. Dans l’exemple
- ci-dessus , on a a — i3, b=: 10, c — 8, d’où pz^-x 3t = i5,5, partant
- sin - A = \f -’- X.r'—. Le calcul donne A = 62° i' 43".
- 2 V 8x10 ^ ’
- Quand les côtés b et c sont égaux, la formule se réduit à
- I . p — b sm - A — —,
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- s’obtient plus ou moins facilement au moyen cle coins de fer qu’on enfonce dans le trou carré de l’anille, qui reçoit l’axe vertical
- A cet égard, nous ferons observer que cette condition est d’autant plus difficile à obtenir , que la meule tournante a plus d’épaisseur ; car l’anille la soutenant par un point qui se trouve bien au-dessous de son centre de gravité, il arrive, comme dans une balance folle^ que l’équilibre de cette meule est très sujet à se déranger.
- Les anilles des moulins anglais n’ont pas cet inconvénient; elles présentent, sous ce rapport, un perfectionnement que nos constructeurs de moulins adopteront sans doute. Le point de suspension de la meule sur le bout supérieur de l’axe vertical du moulin, est placé bien au-dessus du centre de gravité de cette meule; de sorte que son horizontalité s’établit sans la moindre difficulté, et pour ainsi dire toute seule, sans avoir besoin d’employer des coins de fer, comme on est obligé de le faire dans nos moulins.
- L’anille des moulins construits par M. Maudslay de Londres, est en fonte; elle est formée d’un cône tronqué qui occupe le centre de l’œillard de la meule, et de trois branches suffisamment fortes qui vont la soutenir dans sa position. Voyez-en le plan et les coupes, fig. 3,4 et 5. Un trou percé dans ce cône reçoit le bout supérieur de l’axe du moulin ; lequel bout est d’acier et façonné en hémisphère, afin que, supportant tout le poids de la meule, il ne soit pas dans le cas de se déformer. Une clef ou lardon e également en acier, qu’on voit fig. 6, est place dans le fond du trou et sert de point d’appui. L’axe entraîne la meule dans son mouvement de rotation, à l’aide de trois clefs logées dans des entailles correspondantes, pratiquées sur la surface conique du bout de l’axe et dans le trou de l’anille qui le reçoit.
- L’anille des moulins de M. Alkins est plus simple encore, et remplit également son objet. Elle consiste en une pièce de fer forgé À (fig. 7,8 et q) , courbée en arc de cercle vers son milieu, dans le sens vertical, mais dont les bouts k, qui vont soutenir la meule de part et d’autre, restent dans une position horizontale-
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- Un trou rond a percé dans le milieu de l’arc concave de cette pièce, reçoit le bout de l’axe du moulin. La meule est entraînée par une seconde pièce de fer B (lig. 7), et dont B' et B" représentent le plan et la coupe, à travers laquelle passe carrément l’axe du moulin, et qui embrasse à droite et à gaucbe, aux entailles d, l’arc concave de l’anille, à peu près comme cela a lieu dans le toc-toc des tourneurs en métaux.
- On trouve ces deux sortes d’anilles décrites et gravées dans la 6e livraison des machines que publie M. Leblanc, dessinateur au Conservatoire des Arts et Métiers. M. F. E.
- ANIMAUX. Ils ne doivent être considérés, dans un Dictionnaire d’Arts et Métiers, que sous le rapport de la force qu’ils sont capables de développer lorsqu’on, les applique à une machine pour la faire marcher. C’est ainsi que le bœuf, le cheval, l’âne, le mulet et le chien même, sont employés à divers travaux , soit pour traîner des charrettes, tirer des bateaux sur un fleuve, labourer la terre, tourner un manège, etc. Nous exposerons ees divers genres d’action un mot Force motrice. Fr
- ANNEAUX ( Technologie). Ce sont des cercles en cuivre ou en fer, de plusieurs dimensions, dont on se sert dans beaucoup d’arts différens ; le tapissier principalement emploie des anneaux de cuivre qu’il coud au bout des rideaux pour les faire glisser sur la tringle qui les supporte.
- Les anneaux en cuivre sont moulés et fondus ; on les emploie quelquefois bruts; mais on est dans l’habitude aujourd’hui de les tourner; ce qui se fait avec beaucoup de facilité ( V. Tourneur ).
- Les anneaux en fer, dont on ne se sert que dans des ouvrages grossiers, se font avec du fil de fer qu’on tourne en rond, et qu’on brase, avec de la soudure forte, à l’endroit où les deux bouts se joignent.
- MM. Japy frères, à Beaucourt (Haut-Rhin), ont imaginé un instrument au moyen duquel ils plient le fil de fer, le coupent et le rapprochent par les deux bouts avec tant de précision qu’on a de la peine à voir la jointure. Ces anneaux sont très propres , et n’ont pas besoin de soudure. L.
- ANNUITE. On donne ce nom à une rente qui n’est payée que
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- pendant Un temps convenu, de sorte qu’après ce terme le débiteur sc trouve avoir acquitté son emprunt avec les intérêts en donnant toujours une même somme. Il est clair qu’il faut pour cela que chaque paiement soit formé d’un à-compte sur le capital, outre les arrérages échus : comme ce capital décroît ainsi de plus en plus, aussi bien que le montant des intérêts qu’il porte chaque somme constante payée comprend ùn à-compte croissant sur le capital ; ainsi cette dernière somme doit s’affaiblir, jusqu’à devenir enfin nulle après un temps fixé d’avance, et proportionné à la valeur de chaque paiement.
- De tous les moyens de former une entreprise manufacturière et de se libérer des emprunts auxquels on est contraint de recourir , les annuités sont le mode de paiement le moins onéreux pour l’emprunteur, parce que, sans enlever à son entreprise des capitaux trop forts, il se libère ainsi peu à peu. D’un autre côté le prêteur n’a aucun motif de se refuser à une transaction qui conserve à ses capitaux les intérêts qu’il en espère; en effet, il pourrait, à chaque paiement, retrancher les arrérages pavés pour le principal qui reste dû, et placer le surplus dans une autre banque et au même taux d’intérêt annuel; ce surplus formé un véritable remboursement partiel, qu’il fait valoir ailleurs; après le dernier paiement, il se trouverait avoir placé son capital entier dans une autre entreprise et joui des intérêts, comme si les fonds n’eussent été prêtés qu’à cette dernière banque et en perpétuel j conformément aux conditions accoutumées en pareil cas.
- On convient d’abord, dans ces sortes de transactions, du taux de l’intérêt, c’est-à-dire de ce que 100 francs de capital doivent d’intérêt. Cet intérêt, qui, dans le commerce, est légalement de six ' pour cent par an, peut s’élever à 7,8, et même plus, selon les circonstances de l’emprunt et les avantages commerciaux qui y sont attachés; La table (1) suivante est formée pour
- (1) Cette table est calculée sur une formule dont on trouvera la démonstration dans mon Cours de Mathématiques, tour. I, p- 208. Le taax riutéièt porté par 100 fr. à chaque terme de paiement étant fixé, P1 taeZ‘
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- ASS 465
- un prêt de mille francs en admettant que l’emprunteur veuille se libérer en 4, 5, 6.... paiemens effectués de six en six moisi et dans la supposition où l’intérêt serait convenu à 5, 6, j... et jusqu’à îo pour cent par an.
- On y voit, par exemple, qu’à 5 pour cent par an, l’emprunt de 1000 fr. sera soldé après huit paiemens ( en quatre ans ) de chacun i3g fr. 47 cent. Observez que si lé capital emprunté était différent de xooo fr., une simple proportion donnerait le montant de chaque paiement. Si, par exemple, le prêt est de 80000 fr. à 5 pour cent par an, et iqü’on veuille se liquider en quatre ans, on posera:
- Si iooo fr. sont payés par l3g fr., 47 d’arrérages,
- Gombiën paiera-t-on pour 80000 fr. ?
- Le 4e terme de cette proportion est 80 fois i3g fr. 47 , oü Ï1157 fr., 60 j somme qu’il faudra payer à chaque semestre.
- en ïe centième, et nommez cette fraction m ; m est l’intérêt que rapporte i fr; dans le même temps : pour qae l’emprunteur soit libère', après t paiemens^* de la somme prêtée a 3 il faut qu’il paie à chaque terme la somme
- am
- \m -h \J
- ( V. AlcÈbbe , p. 297 de ce volume.) Par exemple, en prenant le taux de 6 pourcent d’intérêt par an (ou 3 pour cent par semestre), m est égal = o,o3j ce qui donne
- o,o3o x a
- En faisant a = 100b et successivement t = 4,5, 6, 7..., on a le montant de là somme à payer chaque semestre -, ainsi pour être libéré du capital et des intérêts (fixés à 6 pourcent) après 2 ans, 2 ans 1,3 ans, etc., on trouve les sommes
- comprises dans la seconde colonne de notre table. Si l’intérêt est à 10 pour cent, on fait m ~0,05, etc.
- Tome I.
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- ANS
- î n 5 p. ioo 6 p. ioo 7 p. 100 Sp. 100 9 p. 100 IO p. 100
- :. ce par an. par an. par an. par an. par an. par an.
- £'r. Fr. Fr. Fr. Fr.
- 4 235,82 269,01 272,27 275,52 278,79 2S2,o5
- ,5 2>V4 218,37 221*51 224,62 227,81 23o,Q’7
- 6 r8i,55 :i84,5o 187,69 190,79 >93,90 197,01
- 7 49 i63,55 166,61 >69,72 172,83
- 8 >39,47 î 4^,45 >45,49 14#-5a 101,62 154,7-2
- 9 125,4s ‘128,45 >3i,47 134,50 >37,59 >40,69
- IO 114,26 **17,2.3 120,20 123,29 126,40 129,51
- TT xo5,11 108,07 T 11, 11 114, i5 >17,27 >20,39
- IÜ 97,49 .100,46 106,55 109,69 112,83
- >4 8&,54 88,53. 91,60. «d,6? 97,84 101,02
- IO 7 6,<5„ 79,61 82-1 85,82 ix),o4 Q2,2n
- 18 69,67 72,71 75,85 79,00 8^,27 85,55
- 20 64,iSj 67,21 70,39 73,58 76,9> 80,2$ î
- Fr.
- ANSE, partie mince et ordinairement courbée , qui est attachée aux vases, et sert à les prendre ou à les porter. On dit une anse de panier, de seau, de cruche, etc.
- U anse de panier est, en architecture, une courbe composée de plusieurs arcs de cercle placés bout à bout, de manière à former un ovale. Cette courbe,'étant plus facile à tracer que I’Ellipsr (Vce mot), est employée par paresse ou par ignorance au lieu de cette dernière. Voici la construction la plus simple de l’anse de panier :
- Soient AB (fig. 8, pl. I des Arts de calcul) le diamètre de la courbe , CD sa montée, C le centre; menez les cordes AD et BD, puis portez CD en CF,et la différence AF des demi-dimensions; de D en H et J ; au milieu G et I des parties AH, BJ, élevez les perpendiculaires GE, IE; elles iront concourir en un point E de CD prolongé ; ce point E fera le centre de l’arc MDN ; les points O et P de rencontre avec le diamètre AB seront les centrés des arcs AM, BN ; l’ensemble AMDNB de ces trois arcs sera l’anse de panier demandée.
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- ANT 4 67
- Du reste, lorsque la courbe est très surbaissée ou très surmontée , c’est-à-dire quand la montée CD est moindre que la moitié du demi-diamètre CA $• les arcs de cercle se joignent mal en M et N , et la courbe manque d’élégance. On est conduit à employer alors cinq ares de cercle au lieu de trois. V, l’Encyclopédie par ordre de matières, où cette théorie est très bien développée. Nous terminerons en exhortant les constructeurs à abandonner cette courbe et à préférer, dans tous les cas, l’elli pse, dont les formes sont à la fois simples et élégantes. Fr.
- ANTHRACITE (1), substance minérale qui a beaucoup de rapports avec la bouille quant à son aspect; d’une combustion lente et difficile, d’une pesanteur spécifique de 1,8, tachant facilement les doigts en noir, friable, d’une couleur noire foncée, électrique par communication.
- Cette substance, exposée à un feu très violent, ne donne pour tout produit de combustion, que de l’acide carbonique.
- M. Vauquelin, qui a analysé l’anthracite, y a trouvé
- Carbone 068
- Silice, environ o3o
- Fer TOÛ2.
- 100.
- Il existe plusieurs variétés d’anthracite, qui sont l’anthracite écailleux, friable, globuleux , et feuilleté.
- Le gisement de l’anthracite est totalement différent de celui de la houille, car cette dernière substance ne se rencontre guère que dans des terrains de seconde formation , tandis que l’anthracite se trouve toujours dans des terrains primitifs.
- Dolomieu a rencontré l’anthracite dans la Tarentaise en Savoie ; M. Ramond, dans la vallée de Heas, département des Hautes-Pyrénées , au milieu d’un mica-schiste.
- On trouve encore l’anthracite dans le Piémont, au pied du
- (1) Blende charbonneuse de Brochant, honibite de Daubanton, anthra-colite de Debom.
- 3o„
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- petit Saint-Bernard; dans le département de l’Isère, à'Saint Symphorien; aux Diablercts, en Valais, et dans une multitude d’autres lieux.
- ANTIMOINE. L’antimoine est un métal cassant, d’un blanc argentin, mais un peu bleuâtre, d’une texture lamelleuse et d’une facile cristallisation. Chauffé au chalumeau, il s’y fond arec assez de rapidité, et il répand immédiatement des fumées blanches, qui exhalent une odeur alliacée. Projeté, dans cet état de fusion, sur un plan, il s’éparpille et se divise en une infinité de petits sphéroïdes, qui conservent encore long-temps leur incandescence, et qui laissent dans tout leur trajet des traces de l’oxide blanc qui se produit pendant leur combustion. Cet oxide, fondu avec une matière vitrifiable, telle que le borax ou autre, lui communique une couleur jaunâtre ; et l’antimoine métallique, traité à chaud par de l’acide nitrique concentré, se convertit en un oxide majeur tout-à-fait insoluble dans les divers véhicules; enfin, sa pesanteur spécifique est de 6,86 d’après Berg-maxm. Tels sont les principaux caractères auxquels les minéralogistes ont recours pour distinguer l’antimoine de tout autre métal ; mais les chimistes lui assignent un beaucoup plus grand nombre de propriétés; car il est peu de substances qui aient . été autant étudiées. Les alchimistes avaient conçu les plus brillantes espérances sur ce métal; la facilité avec laquelle il s’alliait à l’or leur présageait une tendance à la royauté, et ils le décorèrent du nom de régule. Vers la fin du quinzième siècle , Bazile Valentin publia un traité sous le titre emphatique de Currus triumphaüs Antimonii. Kerkringius et tant d’autres firent de longues dissertations sur ce même objet. Enfin, les chimistes de toutes les époques ont ajouté quelque chose à Phistoire de ce singulier métal. La médecine, et surtout la médecine vétérinaire, en a tiré un grand nombre de préparations utiles. Nous sommes loin de pouvoir tracer ici une histoire complète ; le but de l’ouvrage ne le comporte pas : mais nous dirons tout ce qui est nécessaire pour faire connaître les caractères généraux de l’antimoine, les procédés en usage pour l’extraire de la mine, les diverses préparations qu’on en retire, et leur
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- degré d’utilité, soit dans les arts, soit dans la médecine. Nous commencerons par avertir, afin d’éviter toute confusion, que dans le commerce, ce qu’on appelle antimoine, est le sulfure d’antimoine, et que le métal lui-même est connu sous le nom de régule. Nous emploierons les mots dans leurs véritables acceptions , et pour nous l’antimoine sera l’antimoine métallique, et non son sulfure.
- On trouve l’antimoine dans la nature sous trois états diflerens ; à l’état natif-, celui-ci est peu répandu ; à l’état de sulfure , en très grande abondance; c’est même la seule mine d’antimoine qu’on exploite, pour extraire le métal : enfin on le (rencontre aussi, mais rarement, à l’état d’oxide, et bien plus rarement encore à l’état d’hydrosulfure. Notre but n’est point de décrire ici chacune de ces mines, et nous devons nous occuper seulement de celle qui est l’objet d’une exploitation.
- Le sulfure d’antimoine des chimistes, antimoine sulfuré des minéralogistes, a pour caractères principaux de se présenter toujours sous forme d’aiguilles d’une couleur gris d’acier et d’un éclat métallique très vif; le plus ordinairement, ces aiguilles sont disposées parallèlement ; quelquefois elles sont assez volumineuses et détachées pour qu’on puisse compter leurs faces. Ce sont des prismes tétraèdres terminés par des pyramides également à quatre faces. Ces prismes sont excessivement fragiles et très fusibles ; la chaleur de la flamme d’une bougie suffit pour les liquéfier : leur poussière répandue sur un charbon ardent exhale une odeur de soufre; ce sulfure, traité par l’acide hydrochlorique, donne de l’hydrogène sulfuré en quantité, etc.
- Les principales mines de sulfure d’antimoine que nous possédions en France, sont situées dans les départemens du Gard, du Puy-de-Dôme et de la Vendée; dernièrement on en a découvert une dans le département de l’Arr iége, et même celle-là a l’avantage, sur les autres , de ne point contenir d’arsenic; ce qui est très rare.
- Pour exploiter cette mine, on commence par la debarrasser de sa gangue, qui le plus ordinairement est de la baryte sulfatée ou du quartz. On concasse cette mine, on la réunit dans des pois ou creusets en terre ; on place ces creusets dans un fourneau
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- et, au moyen de tuyaux également en terre, on les fait communiquer avec des pots situés à l’extérieur , et qui servent de réservoir. On chauffe le fourneau avec de la houille; le sulfure fond , s’écoule, et la gangue seule reste dans les creusets : on F enlève et on recharge les vases. Le sulfure est si fusible, que cette opération marche très rapidement, et qu’elle occasione peu de frais. Dans le département de la Vendée, on la pratique d’une autre manière: on se sert d’une espèce de fourneau a réverbère circulaire, et dont le sol est concave; on place le minerai sur ce sol qn’on a légèrement brasqué, puis on chauffe : à mesure que le sulfure entre en fusion, il va occuper la partie la plus inférieure , et on l’en retire à l’aide d’une percée, qui communique avec un bassin de réception placé auprès du fourneau. Une portion de ce sulfure est expédiée dans le commerce sous forme de grosses masses ou pains ; l’autre est exploitée pour en extraire le métal et diverses préparations antimoniales très usitées dans la médecine vétérinaire. Pour arriver à ce résultat, on commence d’abord par débarrasser le sulfure, autant que possible, du soufre, au moyen d’une chaleur modérée. Pour cela, on bocarde le minerai, on le dispose assez uniformément sur le sol d'un fourneau à réverbère; on chauffe doucement» afin d’éviter la fusion et de pouvoir multiplier davantage les surfaces : peu à peu le soufre se dégage, le métal se met à nu, absorbe l’oxîgène, et, après un temps suffisamment prolongé, le tout se réduit en une poudre d’un gris cendré, qui n’est autre que de l’oxide d’antimoine, qui retient une quantité plus ou moins considérable de sulfure échappé à la calcination ; mais ce n’est pas, comme plusieurs auteurs l’ont répété, de l’oxide sulfuré, parce que l’oxide ne se sulfure pas.
- Cet oxide gris qui contient du sulfure, est la base de plusieurs compositions. Si on le fait chauffer dans un creuset, il entre assez promptement en fusion, et si on le coule immédiatement , on obtient, ou le crocus, ou le foie tïantimoine} suivant la proportion de sulfure qu’il retient. Ces deux produits sont opaques et d’une cassure vitreuse; mais l’un, le crocus, est d’une couleur rouge tirant sur le jaune; il est forme, suivant
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- Thomson, de 1 partie de sulfure et de 4 d’oxide: l’autre, le foie df antimoine, qui doit également son nom à sa couleur, est d’un rouge plus foncé et plus terne; il contient, d’après le même auteur, 1 partie de sulfure et 2 parties d’oxide ; aussi ajoute-t-on un peu de soufre dans le creuset quand on s’aperçoit que le sulfure a été trop décomposé pour donner du foie d’antimoine. Alors une partie du soufre qu’on projette s’empare de l’oxigètie, d’une portion de l’oxide, et il se forme de l’acide sulfureux qui se dégage. Cet oxide ainsi réduit se combine au soufre excédant, et le sulfure qui en résulte se dissout dans l’oxide. Quoi qu’il en soit des proportions indiquées par Thomson, il est peu probable qu’elles aient ce degré de régularité qu’il leur donne. L’oxide et le sulfure se dissolvent réciproquement dans des proportions très variables, ainsi que l’a fait voir Proust, qui le premier a reconnu la véritable nature de toutes ces combinaisons.
- Tl existe une troisième combinaison de sulfure d’antimoine et d’oxide, qui est très employée; c’est celle qu’on connaît sous le nom de verre <Pantimoine. Celle-là s’obtient également en fondant l’oxide qui provient de la calcination du sulfure, mais avec cette différence qu’on soutient la fusion bien plus longtemps, et jusqu’à ce qu’une portion de la matière extraite du creuset se fige, par refroidissement, en un verre transparent, de couleur hyacinthe. Arrivé à ce point, on coule le tout sur une plaque de fonte légèrement huilée, et on obtient le verre d’antimoine, qui diffère des deux autres préparations que nous venons d’indiquer , en ce qu’il contient moins de sulfure, et en ce qu’il doit sa transparence à une portion de silice enlevée au creuset pendant la fusion. C’est, du moins, ce qui résulte des analyses qui ont été faites par M. Vauquelin.
- Les trois compositions que nous venons de décrire sont très employées par les vétérinaires, et on se sert fréquemment, dans les laboratoires, du verre d’antimoine, pour la préparation de l’émétique. C’était avec ce verre d’antimoine que les anciens fabriquaient ces gobelets ou tasses dans lesquels ils faisaient macérer du vin blanc,dont ils se servaient comme de purgatif. Une
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- portion d’oxide se formait surtout à la partie supérieure, et se combinait avec l’acide du vin. Cela suffisait pour le rendre laxatif et souvent même émétique. ’
- Lorsqu’on veut obtenir l’antimoine métallique, on prend l’oxide gris dont nous avons fait mention, et on le mélange avec environ la moitié de son poids de tartre brut pulvérisé- ce sel est composé, comme on le sait, d’acide tartrique en excès et de potasse. Ce mélange est ensuite distribué dans des creusets qu: on place au milieu d’un fourneau de fusion ou sur le sol d’un fourneau à réverbère. Par l’action de la chaleur, le carbone et l’hydrogène contenus dans l’acide tartrique concourent à la réduction de l’oxide, et il se forme de l’eau et de l’acide carbonique qui se dissipent; à mesure que le tartre perd son acide, la potasse devenue libre s’empare de la portion, de soufre qui avait été retenue dans l’oxide gris, et continue ainsi à dégager une autre portion de métal. De plus, comme cette potasse se liquéfie et qu’elle est spécifiquement plus légère que le métal, elle le recouvre entièrement et le garantit, par cela même, de tout contact avec l’air, c’est-à-dire de toute oxidation. Lorsque l’action est achevée, on enlève le creuset, et, après complet refroidissement , on trouve l’antimoine réuni en une seule masse au fond du vase. Souvent ce culot métallique présente à sa surface une cristallisation en feuilles de fougère, dont tous les rameaux convergent vers le centre, et présentent la forme d’une étoile. Les alchimistes reconnaissaient, dans cette disposition, un heureux augure pour l’accomplissement du grand œuvre.
- Dans les usines où on exploite l’antimoine, les scories alcalines ne sont pas rejetées comme inutiles. Déjà nous avons dit que la potasse du tartre s’emparait du soufre contenu dans l’oxide gris, et nous devons ajouter maintenant que cet alcali dissout aussi une certaine quantité d’oxide d’antimoine; et c’est pour ce motif peut-être que le tartre est préférable, dans ce cas, aux autres fondans réductifs qui, n’étant point susceptibles comme lui de mettre de l’alcali à nu, ne peuvent soustraire les dernieres portions d’oxide et décaper assez le métal pour faciliter sa réunion. Quoi qu’il en soit, ces scories, sont formées de sulfures
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- de potasse et de potassium, et d’antimonite de potasse , c’est-à -dire d’alcali combiné avec l’oxide d’antimoine, qui, là, doit être considéré comme faisant fonction d’acide. On délaie ces scories dans l’eau; mais l’action est telle, de la part des sulfures, qu’il y a décomposition réciproque ; les élémens de l’eau se portent sur ceux du sulfure, et l’hydrosulfate alcalin qui en résulte réagit sur la solution antimoniale, de manière à former une espèce de kermès, qui se dépose par défaut de solubilité : je dis espèce„ parce que le vrai kermès est un sous-hydrosulfate, tandis que celui-ci doit être un hydrosulfate saturé. On donne le nom de kermès par voie sèche, à cette préparation; et comme ce résidu d’opération revient à très bas prix, on l’emploie en place de kermès dans la médecine vétérinaira
- L’antimoine métallique, qu’on obtient par le procédé que nous venons d’indiquer, est rarement pur, puisque le sulfure naturel d’où on l’extrait, contient lui-même différentes substances qui lui sont étrangères; ainsi on y retrouve souvent du plomb, du fer, de l’arsenic, etc. : chacune de ces substances est plus ou moins nuisible, suivant l’emploi qu’on veut faire de l’antimoine; mais c’est surtout pour l’usage médical qu’on ne saurait apporter trop d’attention à la présence de Parsenic. M. Serullas, pharmacien , professeur à l’hôpital militaire d’instruction de Metz , nous a fourni dernièrement un excellent moyen d’en reconnaître jusqu’aux plus légères traces. M. Yauquelin avait déjà démontré que de l’antimoine réduit par le tartre et maintenu pendant sa réduction à une température un peu forte, contenait assez de potassium pour donner à l’alliage qui en résultait, la propriété de décomposer l’eau , d’en dégager de l’hydrogène et de la rendre alcaline. M. Serullas a fait voir, de plus, que toutes les fois que l’antimoine est allié d’une certaine quantité d’arsenic , et quelque petite que soit cette quantité, il est toujours possible d’en manifester la présence, en traitant cet antimoine par du tartre, parce que l’alliage de potassium qu’on obtient donne en le traitant par l’eau, non plus de l’hydrogène pur, mais bien de l’hydrogène arsenical, qui laisse déposer son arsenic quand on le fait brûler dans des cloches à petit
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- orifice. Ce procédé est tellement sûr, que M. Scrullas est ainsi parvenu à retrouver des quantités notables d’arsenic dans des préparations antimoniales où on n’en avait pas soupçonné l’existence- Le kermès et l’émétique sont de ce nombre ; ce der-nier, d’après les belles expériences de M. Serullas, donne, par sa calcination prolongée en vaisseaux clos et à une température élevée, un alliage si riche en potassium, qu’il détonne très fortement quand on projette une petite quantité d’eau à sa surface. La composition de l’émétique permet de se rendre un compte facile de ce résultat: ce sel est, en effet, formé d’acide tartrique, de potasse et d’oxide d’antimoine; ainsi, on doit obtenir les mêmes produits que si on faisait calciner du tartre ordinaire avec de l’oxide d’antimoine. On voit de quelle importance ces observations peuvent devenir, et combien les pharmaciens doivent être scrupuleux dans le chèix de l’antimoine qu’ils emploient pour la préparation du kermès, de l’émétique et de quelques autres compositions antimoniales.
- La présence du fer dans l’antimoine est également nuisible, mais sous d’autres rapports ; c’est principalement parce qu’il colore et salit les compositions dans lesquelles il entre. Quand on veut, par exemple, obtenir de l’antimoine diaphorétique, on mélange de l’antimoine ordinaire et pulvérisé avec 2 parties de nitre; on fait ensuite chauffer au rouge un creuset, et on y projette ce mélange partie par partie; il se produit une vive, déflagration, l’oxigène de l’acide nitrique se porte sur le métal et l’oxide. Lorsque tout le mélange est ajouté, on recouvre le creuset et on donne une petite chaude pour compléter la décomposition et la réaction du nitre ; on laisse ensuite refroidir, puis on délaie dans de l’eau froide. La masse se délite, l’alcali se dissout dans l’eau, l’oxîde d’antimoine reste sous forme pulvérulente; on décante la liqueur surnageante , on verse une nouvelle quantité d’eau , et on retire ainsi jusqu’à ce que le résidu soit bien lavé; enfin on obtient par la dessication ce quon a appelé en médecine antimoine diaphorétique, à Gause des propriétés sudorifiques qu’on lui attribue. Cette préparation résulte, d’après les analyses de M. Thénard, d’une combinai-
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- son, en proportion constante, de 1 partie de potasse et de 4 d’oxide d’antimoine. Il est à remarcpier aussi que l’alcali qui se dissout dans l’eau, entraîne en solution une certaine quantité d’oxide, qu’on peut ensuite séparer à l’aide de la saturation par les acides. C’est cet oxide précipité que les anciens appelaient matière perlée de Kerkringius.
- Lorsque l’antimoine est pur, et que l’opération a été bien dirigée, l’antimoine diapliorétique est d’un très beau blanc-, mais lorsqu’il contient du fer, il a une teinte de rouille plus on moins prononcée, suivant la proportion de ce métal. Cet inconvénient ne serait pas grave, si l’antimoine diapliorétique n’était employé que comme médicament, parce que le fer n’a rien de malfaisant : mais on s’en sert aussi dans la peinture et dans la fabrication de certaines couleurs et de quelques émaux ; il entre dans la composition du jaune de Naples c’est avec lui qu’on obtient ces beaux jaunes paille sur porcelaine, etc. Or, dans tous ces cas, le fer serait extrêmement nuisible. On aura toujours un moyen d’en reconnaître la présence, en traitant l’antimoine par un acide composé de 4 d’acide liydrochlorique et de 1 d’acide nitrique, concentrant la dissolution et la précipitant ensuite par l’addition d’une certaine quantité d’eau ; il se dépose un sous-cbîorure d’antimoine, poudre d’algaroth des anciens; on filtre, on lave, puis on fait passer dans la liqueur un courant d’hydrogène sulfuré, qui sépare les dernières portions d’antimoine à l’état d’hydrosulfate. On fait bouillir la liqueur pour en chasser l’excès d’hydrogène sulfuré, et on obtient une dissolution ferrugineuse, dont on peut séparer l’oxide au moyen d’un alcali ordinaire.
- Le métal qui se rencontre plus fréquemment et en plus grande quantité dans l’antimoine du commerce, c’est le plomb , parce qu’il arrive souvent que les sulfures de ces deux métaux font partie de la même mine. Ce métal présente plusieurs in-convéniens dans la fabrication de certains produits antimoniaux. Ainsi, en faisant du kermès il se forme du sulfure de plomb qui est noir et qui ternit la couleur de ce médicament; en préparant le proto-chlorure ou beurre d’antimoine par l’eau régale *
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- il arrive qu’en concentrant la dissolution, il se forme un dépôt plus ou moins considérable de muriate de plomb, qui détermine des soubresauts si violens, qu’on est obligé d’interrompre l’évaporation. Il est donc essentiel de reconnaître si l’antimoine qu’on veut employer contient ou non du plomb. Il suffira pour cela, en supposant l’antimoine réduit à l’état métallique, de le pulvériser et de le traiter par de l’acide nitrique en excès ; on fait bouillir fortement, et on ne cesse que lorsque les vapeurs qui sortent sont parfaitement blanches et ne contiennent aucune portion de gaz nitreux. A cette époque, tout l’antimoine converti en peroxide est entièrement insoluble, tandis que le plomb reste combiné avec l’acide nitrique. On étend d’eau, et on ajoute dans la solution filtrée de l’acide sulfurique ou un sulfate quelconque; on voit immédiatement se déposer une poudre blanche qui est du sulfate de plomb, dont la compo-. sition bien connue fournit la proportion de plomb contenu dans l’alliage. Il faut donc réunir ce sulfate sur un filtre, bien le laver, le sécher, puis enfin en prendre le poids exact pour en conclure le résultat cherché.
- L’antimoine diaphorétique peut être également préparé avec le sulfure, mais alors il faut employer une plus grande quantité de nitrepour brûler le soufre, conjointement avec le métal; ainsi, au lieu de 2 parties de salpêtre, on en met 3. Du reste, l’opération est absolument la même, et les résultats ne diffèrent qu’en raison du sulfate de potasse qui se forme par la réaction du soufre et du nitre. On donnait le nom de fondant de Rotrou au produit brut de la calcination du sulfure d’antimoine et du nitre.
- Nous avons dit, dans le commencement de cet article, qu’aucun métal n’avait autant fixé l’attention des chimistes, que l’antimoine. Qui croirait, d’après cela, que plusieurs de ses combinaisons les plus simples sont encore mal déterminées? Nous sommes encore à savoir, par exemple, quel est le nombre précis de ses oxides et la quantité exacte d’oxigène qu’ils contiennent. Ou est vraiment étonné, en consultant les divers auteurs, d& voir le peu d’accord qui existe entre eux à cet égard. M. Proust
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- n’avait admis pour l’antimoine que deux oxides; depuis, M. Thénard en avait établi six; plus récemment, M. Berzélius en a distingué quatre, et la plupart des chimistes actuels n’en reconnaissent que trois. Les analyses qu’on a publiées de ces oxides différent toutes entre elles. Proust avait fixé son oxide mineur à 100 de métal pour 22,7 d’oxigène; Berzélius n’en a trouvé que 18,6, et Thomson 17,7. On voit que la latitude est trop grande pour qu’il n’y ait pas erreur quelque part. La même différence se remarque pour le deutoxide, dans lequel on admet depuis 23,7 d’oxigène, pour 100 de métal, jusqu’à 29,87. Le tritoxide est le seul sur lequel on soit à peu près d’accord; mais cela tient peut-être à ce qu’il a été moins étudié que les autres. Quoi qu’il en soit, Berzélius y a trouvé 37,2 d’oxigène, et Thomson 35,56.
- Toutes ces variations tiennent certainement à des causes qui n ont point été suffisamment appréciées ; déjà nous avons remarqué que de l’antimoine qu’on pouvait regarder comme étant pur, avant les expériences de M. Serullas, contenait presque toujours une quantité notable d’arsenic. M. Proust a démontré que le sulfure et l’oxide d’antimoine se combinaient très bien l’un à l’autre et dans des proportions très variables ; on sait aussi qu’il retient presque toujours un peu de soufre : or, qui peut garantir ceux qui ont conclu la composition d’un oxide, de la quantité de sulfnre qu’ils obtenaient en le traitant par le soufre; qui peut, dis-je, garantir que ce sulfure ne retiendra pas un peu d’oxide ? J’ai cru reconnaître que le métal avait aussi la propriété de dissoudre son oxide. J’ai souvent purifié de l’antimoine en le faisant fuser, à diverses reprises, avec une petite proportion de nitre, pour lui enlever le soufre, le fer et l’arsenic, et j’ai constamment vu qu’il finissait par perdre sa texture lamelleuse, pour en prendre une à grains serrés, comme celle de l’acier ou de certains fers. Une chose remarquable, c’est que cet antimoine, qui avait ainsi subi l’action du nitre; n’absorbait jamais autant d’oxigène que l’autre, quand on les traitait comparativement par l’acide nitrique.
- Je terminerai ces remarques par quelques observations pratiques sur la fabrication des oxides d’antimoine. M. Berzélius
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- prétend que de l’antimoine exposé au contact de Pair humide os soumis à l’action du pôle positif de la pile, se convertit en un oxide inférieur à l’oxide mineur de M. Proust. Je n’ai jamais fait cette expérience, dont plusieurs chimistes révoquent en doute le résultat; mais je suis certain, pour l’avoir fait un grand nombre de fois, que quand on calcine de l’antimoine avec quelque précaution., on voit, bien avant que la température ne soit assez élevée pour faire rougir ce métal, qu’il se forme cà et la, à la surface, des taches noires circulaires qui s’étendent de plus en plus; mais il est impossible de limiter à ce point l’oxidation; car, bien que le vase ne soit pas rouge, il arrive une époque oh toute la masse devient incandescente, et alors l’oxidation marche avec une rapidité extrême. La couleur noire qni s’était manifestée d’abord, ne se reproduit plus : il me semble qu’on ne peut pas douter que le phénomène que nous venons d’indiquer ne soit dii à la formation d’un oxide particulier,qui précède dans sa composition celui qu’on nomme actuellement le protoxide, résultat définitif de la calcination de l’antimoine. Une chose qui m’a toujours étonné en faisant cette opération, c’est que, quelque précaution qu’on puisse prendre pour rendre l’oxidation complète, c’est-à-dire pour convertir tout le métal en oxide, on n’en peut jamais venir à bout : ainsi, une fois que l’incandescence spontanée a cessé, on a beau chauffer et continuer de brasser, l’oxidation ne fait plus de progrès, et, à en juger par l’aspect extérieur, ou croirait que toutes les parti-ticules métalliques ont été également brûlées. La couleur est d’un gris cendré bien uniforme; la poudre, prise sous le doigt, paraît bien homogène, et cependant, quand on la soumet à la fusion,on en sépare, à très peu près, la moitié de l’antimoine qu’on a soumis à la calcination. S’était-ce qu’un simple mé lange ? c’eet ce que j’ignore. Mais pourquoi cela s’arrête-t-il presque toujours au même point?
- Je me sers habituellement de ee procédé pour obtenir le protoxide d’antimoine, avec lequel je fais ensuite diverses préparation* antimoniales; mais cet oxide, ainsi préparé, n’est jamais blanc : on ne pourrait donc pas le substituer aux fleurs argen-
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- tines, bien qu’il soit également obtenu par le feu. Peut-être retient-il un peu Je métal : ce qu’il y a de certain , c’est qu’il est constamment d’un gris sale.
- Le protoxide actuel a pour caractères de se fondre au rouge blanc , de se volatiliser, surtout quand il a le contact de l’air; de se prendre par le refroidissement en une masse cristalline formée de longues aiguilles accolées les unes aux autres comme dans l’asbeste; et enfin, de se dissoudre facilement dans les acides : il est la base de presque tous les sels d’antimoine.
- Lesfleurs argentines jouissent de toutes ces propriétés, et cependant plusieurs auteurs les assimilent au deutoxide ; c’est peut-être, de toutes les préparations d’antimoine, celle qu’il est le plus difficile d’obtenir en quantité un peu notable. Le seul procédé qu’on connaisse consiste à mettre de l’antimoine dans un creuset, au tiers de sa capacité environ, à perforer ce creuset un peu au-dessus du niveau du inétal, à le placer ensuite dans un fourneau et de manière à lui faire subir un certain degré d’inclinaison : ce premier creuset est recouvert par un deuxième à peu près de même dimension, et celui-ci par tin troisième; l’un et l’autre sont percés d’un trou à leur fond. Les choses étant ainsi disposées, oa chauffe jusqu’à bien faire rougir l’antimoine. L’air, ayant aecès à sa surface, le brûle et le convertit en oxide, qui, à raison du courant qui le produit, se volatilise et va se condenser dans la partie des creusets supérieurs qui se trouve hors de la direction du feu. L’oxide qu’on obtient ainsi est d’un beau blanc et souvent cristallisé en belles aiguilles nacrées ; ce qui lui a fait donner le nom de fleurs argentines.
- Le deutoxide d’antimoine s’obtient, soit en enlevant, au moyen d’un acide, la potasse contenue dans l’antimoine diapbo-rétique, soit en traitant directement de l’antimoine en poudre par de l’acide nitrique d’abord faible, et ensuite concentré. La réaction est très forte ; on la continue tant qu’on voit des vapeurs rutilantes se dégager : alors on étend d’eau , on filtre, on lave, puis on fait sécher. Cet oxide est blanc, infusible, insoluble dans les acides, etc, Quelquefois on l’a désigné sous le nom d’acide antimonieux, parce qu’il se dissout assez bien dans les alcalis.
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- Outre les préparations que nous avons déjà indiquées, il en est encore qui seront décrites en d’autres lieux ; tels sont lè hemiisj le soufre doré_, Y émétique ^ le proto et le deutochlorure déantimoines etc.
- Je terminerai par citer les principaux usages de l’antimoine dans les arts. On s’en sert principalement pour faire des alliages, et particulièrement celui qii’on emploie à la fabrication des caractères d’imprimerie et des robinets de fontaine : c’est surtout avec du plomb qu’on l’allie ; leurs propriétés respectives se mitigent au point qu’il en résulte un métal qui n’est ni trop mou ni trop cassant. L’acide nitrique fournit un moyen facile de faire l’analyse de ces alliages. L’antimoine passe à l’état de deutoxidé insoluble; le plomb seul resté en dissolution. On filtre, on fait évaporer, on calcine pour obtenir le plomb à l’état de protoxide.
- Le cuivre et l’antimoine se combinent avec assez de facilité : si on les réunit à parties égales, l’alliage qui en résulte est d’un beau violet.
- Pour donner plus de dureté à l’étain, on lui allie quelquefois un peu d’antimoine. On emploie un alliage semblable pour fabriquer les planches qui servent à graver la musique
- L’antimoine a une telle affinité pour l’or, que celui-ci, exposé seulement à la vapeur de l’antimoine fondu, devient immédiat tement cassant. Quelquefois on tire avantage de cette propriété, pour soustraire l’or à certains autres métaux qui se combinent difficilement avec l’antimoine. Cet alliage aurifère est ensuite traité par le nitre, qui oxide l’antimoine sans toucher à l’or.-
- R.
- FIN DU PREMIER VOLUME.
- ERRATA.
- Pag. 20, ligne 6 en remontant, pi. II, lisez pl. I.
- 2-J.......12, fa %, 146,5o et i66,25, lisez 146,45 et 176,78.
- Ici........24, elle ne dépend, effacez elle.
- 127........11 , planche I, lisez planche III.
- 174.......25, a récitât - lisez aérostat-
- L'article Acétate , qui n’est pas souscrit, est (le M. Robiquet. L’article Acier, signé H., est de M. Hachette,
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